Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS,
- FAITES OU APPROUVEES . PAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE ROYALE
- fdje:s scxjëwcjss jdje: jp^lmjcSo
- AVEC FIGURES EN TAILLE-DOUCE.
- NOUVELLE ÉDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre, en Suifle, en Italie.
- Far J. E. Bertrand, ProfeJJeur en Belles-Lettres à Neuchâtel, Membre de /’Académie des Sciences de Munich, & de la Société des Curieux de la nature de Berlin.
- T O M E XY.
- Contenant la Fabrique des ancres ; la Forge des enclumes ; le Nouvel an Radoucir le fer fondu ; VArt du faifeur de peignes £ acier pour la fabrique des étoffes de foie ; l'Art de réduire le fer en fil connu fous le nom de fil-d'archal ; C Art de raffiner le fucre ; & l'Art d'affiner targent.
- A NEUCHATE
- Di l’Imprimerie de la Société Typographique,
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- M. DCC. L X X XI,
- BIBLIOTHÈQUE DU CONSERVATOIRE NATIONAL des ARTS & MÉTIERS
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- du Catalogue.
- Prix ou Estimation_____
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- FABRIQUE
- DES ANCRES,
- LUE A L’ACADEMIE EK JUILLET 172?.
- Par M. de RÈAUMUR. Avec des notes & des additions de M. DüKAMELl
- Tome XV,
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- FABRIQUE
- DES A N C R E S. (O
- i-Nous allons entrer dans le détail d’un des plus gros ouvrages qu’on fade avec le fer : les ancres font certainement un des plus malfifs que l’on forge avec ce métal, & peut-être un de ceux qu’il importe le plus de bien forger. Que deviendrait um, vaiffeau, dont fouvent le falut eft confié à fes ancres, fi elles étaient compofées d’un fer trop calfant, ou mal foudé ? En fuivant les différentes maniérés dont on les fabrique , nous rechercherons quelles font les plus propres à leur donner toute la force qui leur eft néceffaire.
- 2. La figure d’une ancre,/?/. Ffig. i, eft affez connue; mais nous ne pouvons employer les noms de fes différentes parties qu’après les avoir expliqués. Cette tige de fer droite, qui eft la plus longue partie de l’ancre, s’appelle la verge A B ; quelques auteurs la nomment auftî La vergue. A un des bouts de la verge font foudés les deux bras BD, B G ; ce font ces deux pièces de fer recourbées vers la verge , qui forment des efpeces de crampons, dont un feul doit avoir affez de force pour foutenir un vaiffeau contre les vents les plus impétueux ; chaque bras fè termine par une pointe qui forme une efpeee de triangle ifofcele ; les bouts des bras MD, MG, font appellés les pattes.
- 3. L’endroit le plus gros de la verge eft le plus proche des bras, & ap-pellé le fort delà verge ; de là elle va en diminuant jufqu’à quelque diftance de îon autre bout. L’endroit où elle a le moins de diamètre fe nomme le faible ou le petit rond de la verge. Depuis le faible jufqu’au bout elle augmente de diamètre , & eft forgée à peu près quarrément ; aufli appelle-t-on cette partie
- ( 1 ) Ce cahier a été traduit & publié dans le premier volume de l’édition allemande , qui parut en 1762. '
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- FABRIQUE DES ANCRES.
- la culajje, ou plus communément U quarré de la verge. Le quatre eft traverfe par un trou qui reçoit un gros anneau de fer auquel eft attaché le cable qui retient l’ancre : cet anneau s’appelle Vorganeau. Enfin au - deffous de l’organeau , c’eft-à-dire, entre l’organeau & le faible de la verge, il y a deux tourillons de fer diamétralement oppofés , foudés contre le quarré i quoiqu’on les nomme des tourillons, ce ne font que deux bandes de fer coupées quar-rément, dont l’épailfeur eft différente dans les différentes ancres. Ces deux pièces n’ont d’autre ufage que de donner la facilité d’arrêter en croix fur la verge une piece de bois qui l’égale en longueur. Cette piece de bois, qu’on appelle le jas, n’a rien de commun avec la fabrique des ancres s mais il eft néceffaire de la connaître , fi l’on veut favoir comment les ancres fe difpofent pour mettre un vaiffeau en fureté.
- 4. „ (2) La defeription des ancres que donne M. de Réaumur m’ayant paru trop fuccin&e, j’y fupplée par ce qui fuit. Toutes les ancres dont.on fe fert pour les gros bàtimens , font formées, i°. de la verge AB ,7%. 1 , qui augmente de groffeur à mefure qu’elle approche de fon collet, qu’on nomme auiTi le fort ou le gros rond de la verge, du côté de la croifée ou de l’encolure B. Le bout A E e de la verge oppofé à l’encolure eft prifmatique fur une bafe quarrée : on nomme cette partie le quarré de la verge ou la culaffe de l'ancre. La longueur de la culaffe eft égale à un fixieme de la longueur totale A B de l’ancre. Les faces du quarré ou du prifme font égales au diamètre de la verge à fon faible ou'à la partie qui touche la culaffe e} excepté que les deux faces parallèles au plan des pattes, fur lefquelles eft’percé le trou qui doit recevoir l’organeau, font tenues un peu plus larges depuis les tourillons E jufquau bout, afin de renforcer cette partie qui eft affaiblie par ce trou. Cette augmentation de largeur eft d’une ligne & demie, ou au plus de deux lignes par pouce. On donne à la culaffe une forme quarrée, & on la tient plus forte que le faible de la verge , pour y mieux faire tenir le jas N O, fig. 2.
- 5”. „ Le diamètre du barreau qui fait l’organeau ou l’anneau qui fert à joindre le cable à l’ancre, eft d’un tiers d’une des faces delà culaffe prife au-deffous des tourillons. On fait le diamètre du trou qui doit recevoir cet anneau , de deux lignes plus grand, pour que l’organeau puiffe jouer. Le diamètre extérieur de l’organeau eft égal à la longueur F e comprife depuis le trou de l’organeau jufqu’à l’extrémité du faible de la verge.
- 6. „ Au milieu de la longueur de la culaffe font foudées deux oreilles qu’on nomme affez mal-à-propos les tourillons ; leur épaiffeur eft égale à un tiers
- (2) Les notes ajoutées par M. Duhamel étant plusconfidérables que le texte même , j’ai cru devoir les y inférer, en les diftinguant par des guillemets au commencement de chaque alinéa.
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- FABRIQUE DES ANCRES.
- êe la culafle ; ils font recouverts par le jas encaftré par fes flafques, & ils font foudés fur la même face de la culafle, où eft percé le trou de l’organeau.
- 7. ,, La circonférence de la verge ,à fon fort ou collet près les aillelles , eft égale à la cinquième partie de fa longueur; & la circonférence de la même verge à fon faible ou petit rond e, n’eft que les deux tiers de la grofleur au fort.
- 8* „ A l’extrémité B de la verge oppofée à la culafle font foudés les bras BD, B G, qui forment ce qu’on appelle la croifie : l’endroit où les bras font réunis à la verge , fe nomme l'encolure ; & les angles rentrans formés par les bras & la verge, s’appellent les aifielles.
- 5. „ La circonférence des bras auprès des aiifelles eft égale à celle de la verge à fon fort ; & à la naiflance des pattes L M, fa grofleur eft la même que le faible de la verge en e. L’extrémité D du bras qui forme le bec, ou par corruption la becque de la patte de l’ancre, n’a de largeur que la moitié du diamètre du bras en L M ; les deux bras forment ordinairement enfemble un arc de cercle, dont le centre H eft aux trois huitièmes de la longueur de la verge, à compter d’entre les aiifelles ; & comme chaque bras eft auili égal aux trois huitièmes de la longueur de la verge ou au rayon, il s’enfuit que les deux enfemble forment un arc de J20 degrés.
- to. ,, Si l’on voulait retferrer un peu les pattes pour donner à la croifée la forme d’une anfe de panier, il faudrait, après avoir tracé la partie IL du centre H, tracer la partie L D du centre C , faifant enforte que les deux: arcs fe joigniifent fans reflàut.
- 11. „ La portion IL des bras eft un peu applatie, comme le repréfente îa fig. 3 , qui eft la coupe de la verge fuivant la ligne HQ,; on la nomme le rond du bras. Sur la portion LD du bras qui eft quarrée, & qu’011 nomme pour cette rail'on U quand du bras , font foudées des pièces de fer plat triangulaires , qu’on nomme Us pattes : leur longueur LD eft égale à la moitié de la longueur I ]) des bras. Leur largeur en M M, fig. 4, eft les deux cinquièmes de la longueur du bras, & elle eft réduite en D à la même largeur que le bras à cet endroit D ou au bec. Les angles abattus ou non MM, fe nomment les oreilles.
- 12. ,, Le jas N O ,j%. 2 , eft un aflemblage de deux pièces de bois de figure fymrnétrique ; elles embradent le quarré de la verge & les tourillons. Elles font exa&ement empattées l’une avec l’autre, & liées par des chevilles de fer & fix frettes P; le jas a au milieu environ quatre fois plus de folidité que la verge, & i! diminue vers les extrémités : là longueur eft la même que cefe de la verge, & là policion eft telle qu’il croilê les bras à angle droit. „
- J3. Une ancre fans jas , jetée dans îa mer, s’y coucherait à plat ; les deux bras s’y placeraient à peu près horifontalement, ou il le cable élevait le bout
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- de la verge auquel il tient, les deux bouts des pattes de l’ancre s’élèveraient aufîi au-deifus du fond de l’eau ; ils feraient également bors d’état de s’y en* foncer. L’anere alors n’arrêterait le vaiifeau que par fon frottement; & ce ferait oppofer un faible obftacle à la force du vent, comme on ne l’éprouve que trop lorfque le fond ne donne pas prife aux pattes des ancres. Afin que l’ancre devienne un point d’appui ferme, il faut qu’elle s’accroche par une de fes pattes ; & pour cela il faut que le bout d’une des pattes laboure le fond de la mer. Comme ce fond eft rempli d’inégalités, il ne le laboure pas long-tems fans s’y enfoncer ; or c’eft le jas qui donne cette pofition favorable à l’ancre. Le jas eft attaché de faqon fur le quarré de la verge, qu’il né faurait être horifontal làns qu’un des bras de l’ancre foit au - deflous, & un autre au-deifus de lui ; le plan qui paiferait par les deux bras & par la verge, ferait perpendiculaire au plan qui paiferait par les tourillons du jas & par la verge. Cela fuppofé, il n’eft pas mal-aifé de voir comment l’ancre s’accroche. D’abord qu’on l’a jetée, fa pefantêur la porte au fond de l’eau ; elle entraîne le jas avec foi; elle s’y couche à peu près horifontalement, comme nous l’avons dit’: mais dès quelle touche le fond, elle n’agit plus de toute fa pefan-teur contre le jas ; il devient en état d’agir contr’elle avec quelque fuccès : s’il eft trop faible pour l’enlever entièrement, il a aifez de force ou de légéreté pour foulever le bout de la verge. 11 fait plus: il la fait tourner; il redreife l’ancre fur une de fes pattes, & cela par la loi d’hydroftatique qui oblige un bâton à fe coucher horifontalement fur l’eau. Mais le jas ne peut parvenir à cette Cituation horifontale, fans mettre en-deifous un des bras, & l’autre en-deiïus. Celui des bras, à l’élévation duquel moins d’inégalités du terrein s’op-pofent, prend le deffus; & c’eft à celui qui refte en-deifous à s’accrocher. La pointe de fa patte s’enfonce dans le terrein ; & à caufe de la figure recourbée du bras, elle s’y engage davantage à mefure que le vaiifeau, en tirant fur le cable, fait effort pour amener l’ancre à foi.
- 14. On a apparemment bien tâtonné avant d’en venir à donner aux ancres la figure qu’elles ont aujourd’hui, & elle eft très-propre à produire l’effet qu’on en attend. La pointe de la patte & fa figure triangulaire lui donnent la facilité de s’ouvrir une route dans le terrein. Il eft néceifaire de plus que la patte ait de la largeur à quelque diftance de fa pointe, & même plus, que le refte du bras. Un terrein fablonneux ou vafeux doit fervir d’appui folide à l’ancre: or fi la patte était une efpece de crochet rond, un terrein mou n’op-poferait pas aifez de réiiftance à fon mouvement. Le crochet de l’ancre, quoi-qu’engagé dans le terrein,• avancerait, au lieu que la patte de l’ancre étant large, trouve une trop grande quantité de terre à déplacer; & par-là un terrein , même mou, lui devient un appui folide.
- if. A l’égard du nombre des bras qu’on donne aux ancres, on demandera
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- peut-être pourquoi on s’eft déterminé à deux; puifqu’un feul agit, un feul femblerait fuffire. Mais il eft à obferver qu’à proportion que la patte inférieure de l’ancre eft plus chargée, elle s’enfonce davantage dans le terrein; le poids du bras fupérieur ne doit donc pas être regardé comme un poids inutile ; & d’ailleurs ce bras peut devenir utile, fi l’autre venait à manquer. 11 eft vrai qu’on pourrait peut-être placer la matière qui compofe le fécond bras, de maniéré qu’elle contribuât davantage à fortifier l’ancre, & à charger plus à propos le feul bras qui relierait; mais ce font des recherches à faire, & il ne s’agit à préfent que de ce qui eft en ufage.
- 16. Il y a même des ancres où l’on augmente le nombre des bras, loin de le diminuer. Le P. Reinau dit avoir vu de groifes ancres à quatre bras ; celles des galeres en ont trois; diverfes petites ancres appellées grapins, qui fervent aux chaloupes ou aux petits bateaux, ont de même trois, bras, & quelquefois davantage ; mais aufli ne donne-t-on point de jas à ces dernieres, parce qu’on veut éviter l’embarras de fon volume ; & pour füppléer à ce jas, il faut qu’il y ait allez de bras pour que quelqu’un foit en état de s’accrocher. Ces ancres à plus de deux bras ne font pas des pièces fort importantes ( 3 ) : c’eft uniquement de celles qui en ont deux 9 que nous allons parler.
- 17. Feu M. Perrault, de l’académie des fciences, connu par quantité de grands ouvrages, & qui avait,eu en partage l’eiprit d’invention, avait imaginé de donner une nouvelle figure à la verge des ancres, & cela fur-tout pour ménager les cables. La figure de cette ancre eft gravée dans un petit Recueil de machines nouvelles du même auteur, imprimé en 1700, par les foins d’un de fes freres. Nous l’avons aufli fait graver, pl. I, fig. p , pour
- ( ? ) On pourrait contelter ce que dit ici N. deRéaumur fur l’inutilité des ancres qui ont plus de deux bras. On peut voir dans ce que vient dire M. Duhamel , combien il eft difficile de faire tenir l’ancre dans une pofi-tion où elle puiffe mordre. D’ailleurs le falut d’un vaiffeau dépendrait fouvent d’un feul bras, qui a beaucoup de peine à pénétrer, qui ne tient quelquefois que faiblement à un morceau de roc, & qui peut fe brifer d’un moment à l’autre. Il femble qu’on diminuerait de plus de moitié la probabilité de tous ces accidens, ü les ancres avaient quatre bras. De quelque maniéré qu’ils tom-baffent, lefillagedu vaiffeau ne manquerait pas de faire engager au moins deux bras. Ainfi l’on pourrait compter que le vaiffeau
- ferait amarré ; & s’il l’était avec deux bras, il y aurait plus de certitude que l’anere ne fe romprait pas. Ces deux avantages femblent être décififs, & l’emporter fur toutes les difficultés. On pourrait placer deux bras au bout de la verge, & deux autres plus haut vers le milieu , de maniéré qu’ils formaffent un angle droit avec les premiers. Comme tout le poids de l’ancre ne fe trouverait pas au bout de la verge, cela ferait pencher l’ancre, enforte qu’il mordrait plus aifé-ment. Si l’on préférait de placer les quatre bras au bout de la verge, l’ancre allant au fond , fe trouverait debout ; mais le fillage du vaiffeau la ferait néceffairement coucher, & alors elle ne manquerait pas de s’engager par deux de fes bras.
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- la commodité de ceux qui n’ont point le recueil où elle fe trouve. La verge effc compofée de deux branches qui fe réunilfent à quelque diftance des bras , mais qui de là jufqu’à l’autre bout de l’ancre vont toujours en s’écartant; elles forment une efpece de fourche ; les bouts de ces deux branches font chacun percés par un trou où paife le cable. La vue de l’auteur était de faire tomber à la fois moins d’effort fur le cable ; il voulait que l’ancre, quoique fermement arrêtée dans le terrein, pût céder en quelque forte au cable ; & pour cela, que les deux branches qui compofent la verge, puffent s’approcher Tune de -l’autre 5 mais il n’y a guere apparence que cette invention in-génieufe pût être de quelqu’ufage. La verge compofée de deux pièces ferait trop faible, ou fi l’on donnait à chacune des branches toute la folidité né-ceflaire, elles n’auraient plus de flexibilité pour céder au cable; d’ailleurs le fer des ancres, comme nous le verrons dans la fuite, 11e faurait être trop doux, ou , ce qui revient au même, avoir trop peu de reffort. Quand le cable aurait une fois fait céder les branches, elles ne s’écarteraient plus; il les amènerait bientôt au point de ne faire plus que l’effet d’une verge fans branches.
- 18. On fabrique des ancres plus ou moins pefantes, félon la grandeur des vaiffeaux auxquels elles font deftinées. Le même vaiffeau en a plufieurs de différens poids, dont la première ou la plus pefante s’appelle la maîtrejje ancre.. Le P. Fournier, dans fon Traité d’hydrographie, page , dit que la proportion établie entre le port du vaiffeau & le poids de la maîtreffe ancre , efl de cent dix livres de fer pour vingt tonneaux, de forte qu’on donne une maitreffe ancre du poids de 82 fo livres à un vaiffeau de 1 foo tonneaux. Comme le vaiffeau a 75- fois 20 tonneaux, fancre a de même 7f fois 1 ro livres de fer. Ce 11’cft pas pourtant une proportion qu’on fuive toujours bien exactement.
- 19. Mais quel que foit le poids de l’ancre, elle doit être conftruite de façon que la force de chacune de fes parties foit proportionnée à l’effort qu’elles ont à foutenir; je veux dire, que les endroits de l’ancre contre qui le vaif feau tire avec plus d’avantage, doivent être plus forts que les autres. La fgure de fes bras, & leur longueur par rapport à celle de la verge, doivent aulli être telles que l’ancre puiffe s’accrocher aifément. La perfection de l’ancre confïïte à arrêter un vaiffeau facilement & flablement; elle 11e faurait faire l’un & l’autre, fl les diamètres & les longueurs de fes parties n’ont entr’elles de certaines proportions. Mais quelles doivent être ces proportions , ann qu’elles foient le plus avantageufes qu’il eft poffible? quelle longueur, quel recourbement, 8c quel diamètre doivent avoir les bras par rapport à la verge? en quels endroits les bras doivent-ils être le plus forts? où la verge doit-elle être la plus forte, où doit-elle être dans toute fa longueur d’une groffeur
- uniforme ?
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- uniforme ? Ce font autant de problèmes qui mériteraient d’être réfolus géométriquement, & qui le pourraient être, fi l’on fe donnait la peine d’aifembler les expériences d’où leur folution peut être tirée.
- 20. Ce n’eft pas que l’exa&itude géométrique foit nécelîàire dans l’exécution de la plupart des inftrumens & des machines ; on ne peut pas même fe promettre d’y arriver. Cependant il eft toujours avantageux de connaître le but auquel on doit tendre ; on s’en écarte moins. Mais nous remettons à examiner ce qui a rapport aux différentes proportions des ancres, jufqu’à ce que nous les ayons vu fabriquer.
- 21. M. de Réaumur infifte peu fur la figure la plus avantageufe qu’on doit donner aux ancres, même en joignant ce qu’il dira dans la fuite à l’article des proportions. Je ne me propofe pas non plus de traiter rigoureufe-ment cette partie ; il faudrait m’engager dans des recherches mathématiques qui font au - deifus de mes forces ; mais je crois qu’il ne fera point déplacé de rapporter des idées qui peuvent faire appercevoir que la figure qu’on donne aux ancres paraît bien propre à remplir le fervice qu’on en exige.
- 22. La figure des ancres doit être telle, i°. que l’ancre prenne promptement, c’eft-à-dire, qu’elle entre aifément dans le fond; 2°. qu’elle tienne ferme ou qu’elle ne clralfe pas; 39. qu’elle réfifte aux efforts du vailfeau, fans fe rompre. Suivons ces trois objets qui ont mérité l’attention de M. de Réaumur, & j’en ferai autant d’articles particuliers.
- 23. I. Comment Vancre, prend. Quand on laiffe tomber l’ancre , la croifée étant la partie la plus pelante, elle doit, de toute néceflité, tomber la première. Ainfi , c’etfc cette partie qui touchera d’abord fur le fond ; enfuite, comme la moindre pefanteur du jas fur le volume d’eau qui déplace n’eft pas confidérable , l’ancre fè couchera fur le fond. Il eft bon de rapporter les raifons qui me font croire que le jas ne pourra pas tenir la verge dans une pofition verticale , comme il femble que le penfait M. de Réaumur.
- 24. Le jas d’une ancre de réferve peut avoir au plus 20 pieds de longueur fur un pied d’équarriffage réduite ; ainfi ce jas eft formé par 20 pieds cubes de bois, qui déplacent 20 pieds cubes d’eau. Mettons ce bois de chêne à 60 livres le pied cube, il eft prefque toujours plus pefant, & le pied cube d’eau de mer à 72 livres ; le jas tendra à foulever la verge de l’ancre avec une force égale au plus à 240 livres. Ce n’eft pas de quoi fupporter un pied de longueur de la verge avec fon organeau & les cercles de fer qui em-braffent le jas. L’ancre fe couchera donc infailliblement : mais elle peut fe coucher fur un fond horizontal de deux façons différentes. Dans l’une, la croifée eft couchée fur le fond, pendant que le jas y eft appuyé par un de fes bouts; dans l’autre, le jas eft couché horizontalement fur le fond; & la croifée étant perpendiculaire, l’ancre repofe fur une de fes pattes. Il eft
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- clair que l’ancre ne peut mordre dans le fond que quand elle eft dans cette pofitiou. Il faut examiner d’abord laquelle de ces deux fituations eft: la plus naturelle aux ancres. C D ,fig. 6, repréfente la croifée ; A B , la verge ; E F 9 le jas. Concevons d’abord, que la croifée D C foit couchée horizontalement, de forte que l’extrémité E du jas repofe fur le terrein. Voilà une pofitiou. Dans l’autre, 7, le jas eft couché horizontalement, & l’autre bout de l’ancre s’appuie fur une de fes pattes D. Ce n’eft, comme le dit M. de Réaumur, que dans le terrein. Il me paraît néanmoins que la première fitua-tion eft celle que l’ancre doit prendre plus naturellement, parce que, portant d’abord fur le terrein par le fort A de la croifée, elle a plus de foutien du côté de C & de D, que du côté de H ou de G, qui repréfente une ligne qui coupe à angles droits la croifée C D. Ainfi, rien ne s’oppofant à ce qu’elle s’incline du côté de H ou de G, elle fe placera doiffc de façon que la croifée C D fera parallèle au terrein, c’eft-à dire, qu’elle fera dans la fituation la plus délavantageufe pour mordre. Mais bien des caufes concourront à lui en faire prendre une plus avantageufe. Ces caufes font toutes celles qui pourront faire tourner la verge A B, qu’on peut regarder comme un axe où réfide le centre de gravité de toute l’ancre ; mais cette verge ne peut pas tourner fur elle-même, à caufe de la longueur des bras. Il faudra que la partie A de la verge s’élève d’une hauteur pareille à la longueur du bras A D , en décrivant un quart de cercle, dont le centre eft à l’extrémité D de ce bras, pendant que le bout B de la verge s’abaiffera en décrivant un quart de cercle, dont le centre fera à l’extrémité E du jas. Or 011 voit que plus le rayon E B fera long & le rayon A D court, plus il y aura de facilité pour exécuter le mouvement de rotation dont il s’agit : c’eft pour cette raifon qu’on fait la longueur du jas égale à toute la longueur de l’ancre, environ un tiers plus longue que l’ouverture des bras ; & il me paraît^ivident que, fi l’on augmentait la longueur du jas, ou fi l’on diminuait la longueur des bras, le mouvement de rotation s’exécuterait avec encore plus de facilité : de plus, le mouvement de rotation s’exécutera d’autant plus aifément, que la partie B de la verge qui doit delcendre, fera plus pefante;& elle eft effectivement rendue très-pefante par le poids du cable, qui étant couché fur le terrein, agit pour faire abaiffer le point B de la croifée, non-feulement par fon poids, mais encore par fa direction, aufîî-tôt que le jas eft un peu fort! de la perpendiculaire. Suppofons, pour iimplifier l’hypothefe, que par l’augmentation de la pefanteur du bout du cable B I, le centre de gravité fe trouve en L ,/g. 7, milieu de la longueur de la verge, il me paraît qu’on peut prendre une idée de la force que le bout B de la verge aura pour vaincre la réfiflance que le bout A oppofe à fà defcente , en faifant A L égal à la demi-longueur du jas, & B L égal à la longueur d’un des bras de
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- l’ancre ; d’où il fuit que plus A L fera long & B L court, plus la croifée de l’ancre aura de facilité à fe mettre dans la perpendiculaire, & plus elle aura de peine à en fortir, quand elle s’y fera une fois placée, comme elle l’eft /%. 7. Alfurément, fi la croifée étant dans une pofition horizontale , & par coiiféquent le jas dans une perpendiculaire , l’ancre étant placée fur un plan dur & fort uni, on la tirait fuivant BM, fig. 6, prolongée de la verge AB, il eft certain qu’elle 11e changerait pas, de pofition. Mais ce qui aide beaucoup à exécuter ce mouvement de rotation , ce font les mouvemens du vaif-feau & l’inégalité du terrein ; car, pour peu que le cable tire obliquement le bout B de la verge, il fait perdre au jas fa pofition verticale, & lui aide à prendre une pofition horizontale, quelque réfiftance que falfent les bras.
- 2f. „ Quand j’ai dit que l’extrémité du cable qui tient à l’ancre était prefque toujours couchée fur le fond de la mer, je ne crois pas avoir rien avancé témérairement : car un cable tombe lui-même au fond de l’eau, & l’on ne mouille guere, avec un feul cable qui a 120 bralfes de longueur, qu’à la profondeur de 30 bralfes. Quand on mouille à 40 ou yo bralfes, on met deux cables l’un au bout de l’autre , fur-tout quand il elt important de compter fur la tenue de l’ancre. Suppofons qu’on mouille avec un cable de 120 bralfes, le fond de la mer étant à 30 bralfes j comme le cable ne tombe pas perpendiculairement au fond de la mer, mais qu’il décrit à peu près la diagonale d’un parallélogramme, dont je fuppofe le grand côté de 60 bralfes, double du petit qui a 30 bralfe, il y aura environ fo bralfes qui trameront fur le fond de la mer, & cette portion du cable tendra, par fou poids & fa dire&ion, à coucher le jas fur le terrein.
- 26’. Quand on mouille , il faut que le vailfeau ait du lîllage ; mais il eft important qu’il n’aille pas avec trop de vitelfe. Pour cela on cargue les voiles, on fournit du cable au vailfeau qui fille, afin que l’ancre foit tirée, mais qu’elle ne reçoive point de fecoulle vive qui pourrait la faire rompre ou du moins la faire déraper.
- 27. Voyons maintenant comment fe comporte l’ancre au fond delà mer, dans le moment qu’elle l’a atteint, & nous la fuppofons , pour les yaifons que nous avons rapportées, dans la fituation la plus avantageufe, fuvoir, que le jas foit couché fur le terrein, & la croifée perpendiculaire. Il n’arrive pas toujours que la patte prenne alfez fortement dans le terre* 1 pour arrêter le vailfeau 5 elle laboure le fond de la mer, en obéiifant au mouvement du vailîeau. Il peut bien fe faire dans ce tems que le jas prenne une pofition perpendiculaire, & j’apperçois une caufe qui peut produire cet effet : c’eft l’eftort que fait le cable pour fe détordre ; car on remarque que l’ancre a peine à mordre, & qu’elle court plus rifque de déraper quand le çable çft neuf & quand il a été commis par un cordier qui met beaucoup
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- de tord fur le cable, que quand il eft vieux & peu tord. Mais cette caufe qui change la fituation avantageufe de l’ancre, agit un inftant après pour la remettre dans la fituation qu’on déliré. Ainfi, comme elle agit fuccefiî-vement pour ou contre, nous pouvons n’y avoir aucun égard, & il nous fuffira de faire appercevoir que l’ancre a plus de dilpofition à refter, le jas parrallele à l’horizon, que dans une fituation contraire.
- 28. J’ai déjà rapporté plusieurs caufes q'ui doivent engager le jas à fe coucher fur le terrein ; je vais elfayer de faire voir que les mêmes caufes fubfiftent quand l’ancre obéit encore aux mouvemens du vaiffeau. D’abord, fi la marche du vailfeau eft douce & uniforme, comme le cable porte dans une grande longueur fur le terrein, le jas eft retenu dans une fituation horizontale par le poids du cable. Mais fuppofons que , par une fecoulfe vive, le cable entre en tenfion dans toute fa longueur, & qu’il fouleve la verge du côté du jas ; alors la croifée s’inclinera vers la droite ou vers la gauche, & elle tendra à fe mettre parallèlement au terrein. Mais le jas s’inclinera aufti du même côté, un de fes bouts portera bientôt fur le terrein ; & pour peu qu’il fe rencontre d’inégalités , il en réfultera une fecoulfe qui relevera cette partie du jas, & remettra la croifée dans la perpendiculaire qu’elle tendait à perdre ; d’autant que, comme elle s’en fera peu écartée, il faudra peu de force pour lui faire reprendre fa première fituation.
- 29. Supposons donc que la croifée refte perpendiculaire, & voyons comment la patte entrera dans le terrein. Il eft évident que , fi l’extrémité du cable eft couchée fur le terrein comme A B ,Jîg. 7, l’ancre étant tirée, le jas s’appuiera fur le terrein, & la patte D tendra à entrer fuivant la tangente, à quoi contribuera beaucoup le grand poids de l’ancre: mais il en ferait tout autrement, fi ayant filé trop peu de cable, le jas était foutenn en l’air, & fi l’ancre était tirée fuivant la direction qu’aurait alors la verge. Il eft fenfible que la patte pourrait tout au plus labourer le fond ; mais de* plus la croifée perdrait bientôt fa fituation perpendiculaire, comme il a été-dit plus haut. Ainfi, il eft avantageux de filer beaucoup de cable, pour Dire mordre l’ancre, & on fait quelquefois très-bien de charger l’organeau-avec des bouiets ramés ; mais nous allons tâcher de faire connaître que la forme des bras contribue beaucoup à faire mordre les ancres.
- 30. J’avertis, d’abord que, pour Amplifier la queftion que je me pro-pofe d’examiner, je fuppolè toujours , comme cela doit être , qu’on a filé' une alfe*z grande longueur de cable pour que l’extrémité qui tient à l’organeau porte fur le terrein, & contribue à y appuyer le jas ; fans quoi comme nous l’avons dit, la Groifée ferait bientôt couchée fur le terrein. Si* fancre était formée comme un T, fig. 8 , & fi les bras étant en ligne droite T la verge tombait perpendiculairement fur leur milieu, il eft évident que>
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- quoique le ;jas déterminât une des pattes à porter fur le terrein, elle n’y entrerait que par fon poids ; & quand le vaiffeau ferait avancer l’ancre, elle ne ferait que labourer le fond fans prefqu’y entrer. On apperçoit même que la preflion du terrein tendrait à foulever l’ancre : fi au contraire les pattes étaient fort rapprochées de la verge, comme font à peu près les ancres des Chinois ; comme les pattes tendraient à entrer dans le terrein par une ligne peu différente d’une parallèle à la furface du terrein, elles ne trouveraient devant elle qu’une petite épailfeur de terre que le moindre effort aurait bientôt foulevée. Voilà deux extrêmes entre lefquels fe doit trouver une moyenne, qui fera l’angle le plus avantageux que les bras doivent faire avec la verge. Je crois appercevoir que cet angle devrait être moindre de 4 y degrés, s’il ne s’agiffait que de faire mordre l’ancre, ou de lui procurer la plus grande dilpofition à entrer dans le terrein ; mais il n’en réfulterait pas la figure la plus avantageufe pour réfifter aux efforts du vaiffeau qui tend à chaffer fur fon ancre. C’eft ce qu’il faut examiner.
- 31. „ De la figure la plus propre pour que £ ancre tienne ferme ,&qu'elle empêche le vaijjeau de chaffer. On peut pofer comme un principe évident, en fup-pofant l’ancre engagée dans le terrein , que plus le plan de la patte approchera d’être perpendiculaire à la furface du terrein qui forme le fond de la mer , plus elle y tiendra ferme ; car d’abord la patte dans cette dilpofition rencontrera plus de matière, qui réfiftera davantage fous un angle plus approchant d’un droit que fous un plus petit y 8c encore, parce que chaque particule du terrein où l’ancre eft enfoncée, réfiftera davantage fous l’angle droit que fous tout autre. D’où il réfulte que, comme il faut fatisfaire aux deux conditions d’entrer dans le terrein & d’y tenir ferme, il faut que les bras faffent un angle plus ouvert que 45" degrés , & plus fermé que le droit.. Mais comme l’ancre ne ferait pas dans le cas de réfifter fi elle n’entrait pas d’abord dans le terrein , on doit avoir pour point de vue cette propriété préférablement à l’autre, fans néanmoins la perdre de vue. C’eft à quoi l’on pourrait fatisfaire, en rendant les bras des ancres plus courbes, & faifant cette courbure en. anfe de panier ; car par ce moyen, la patte fe préfentant au terrein fuivant un angle moindre que de 4f degrés , elle tendra à y entrer fuivant la tangente j & le refte du bras formant un angle plus ouvert ou plus approchant de la perpendiculaire au terrein, cette partie fera dans le cas de tenir très-ferme : néanmoins on trouvera dans la fuite des raifons qui pourront engager à faire le bras des ancres en portion de cercle.
- 3 2. 5, La pefanteur des ancres contribue à leur fermeté , ainfi que la longueur du cable, non-feulement parce qu’une partie de la longueur du cable étant couchée fur le fond de la mer, il en réfulte les avantages dont nous avons parlé pour tenir le jas couché fur ie terrein j, mais aulfi d’abord „
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- parce que le poids du cable qui traîne au fond de la mer, forme une refit-tance qui foulage l’ancre d’une partie des fecouffes du vaiffeau : car comme elles s’exercent à foulever une portion du cable qui porte fur le fond, il en réfulte l’effet d’un relfort qui foulage beaucoup l’ancre. D’ailleurs ce reffort eft encore augmenté par celui du cable même, qui n’étant point un corps abfolument roide , prête & s’alonge un peu, pour revenir enfuite fur lui-même. Toutes ces raifons font fentir combien il ell avantageux de filer beaucoup de cable , comme font les capitaines expérimentés , lorfque la mer eft fort grolfe.
- 33. „ Dans les fonds de vafe molle, qui n offrent point affez de réfif. tance à la patte des ancres , & qu’on nomme de mauvaife tenue , on a quelquefois augmenté la furface des pattes par des planches qu’on y ajuftait, ce qu’on appelle brider £ ancre. Mais plus communément on attache une fécondé ancre à la croifée de celle qu’on va mouiller; & ainfi l’on mouille deux; ancres à la fuite l’une de l’autre, ce qu’on nomme empenneller.
- 34 „ Si l’on n’avait pour objet que d’augmenter la fiabilité des ancres dans les fonds de vafe, fans les rendre plus pelantes, il faudrait faire les bras minces & fort larges, ou prolonger les pattes jufqu’au collet, parce que cette grande furface répondant à une grande malfie de terre, elle la divi-ferait difficilement j mais on perdrait beaucoup fur la force des ancres, comme on le verra dans l’article fuivant. C’eft pourquoi l’on fe contente de faire les pattes fort larges ; & comme les grands efforts que foulfrent les ancres, font toujours fuivant un plan perpendiculaire aux bras , on a augmenté leur force en les applatiflant un peu fur les deux faces parallèles aux bras ; de forte que la coupe de la verge & des bras , au lieu d’être un cercle, repréfente deux lignes parallèles jointes par deux lignes courbes ,fig. 3.
- 3 5. ,, III. Des précautions qu il faut prendre pour que Vancre ne rompe pas. Toutes les précautions qu’on prend pour empêcher que l’ancre 11e dérape, tendent à empêcher que les fecouffes du vailfeau n’agilfent fortement fur elle; & ainfi elles fervent à la ménager, ou à empêcher qu’elle ne reçoive des efforts capables de la rompre. Ces précautions confident à empenneller les ancres , à les charger de boulets rames du côté du jas ou de l’organeau, à filer beaucoup de cable, & à faire enforte, foit en fournilfant du cable lorfqu’on mouille, foit en carguant les voiles, que le vaiffeau n’imprime pas une fecouffe vive à l’ancre , lorfqu’elle commence à s’oppofer à fon mouvement ; mais il y a d’autres confidérations qui méritent quelqu’attention.
- 36. i°. „Nous avons dit que, pour augmenter la fermeté des ancres dans le terrein , il faudrait donner beaucoup de largeur aux bras, en augmentant la largeur des pattes. Mais fi , pour ne point augmenter leur poids , ou diminuait proportionnellemen|r>de leur épailfeur, elles fe rompraient aifç-
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- ment , ou elles ploieraient. Si Ton ne cherchait qu’à augmenter leur force, il faudrait au contraire donner beaucoup d’épaifïêur & peu de largeur aux bras : alors les ancres ne rompraient pas ; mais elles couperaient le terrein, & elles réfifteraient peu. C’eft pour éviter de tomber dans ces deux incon-véniens oppofés, qu’on fait les bras plus épais que larges auprès de la croifée # à la partie qu’on appelle le rond du bras, où nous ferons voir qu’elles fatiguent plus qu’ailleurs, & l’on augmente beaucoup leur largeur au bout des bras par les pattes qui ont peu d’épailfeur.
- 97. 2o. „ Il eft bien naturel de proportionner la force des ancres à la grandeur .des bâtimens, puifqu’un gros vaiffeau fait plus d’effort pour chaffer fur fon ancre qu’une frégate. Cette proportion de la force des ancres avec la grandeur des bâtimens, eft ordinairement établie fur la plus grande largeur du vaiffeau , ou fur la longueur de fon maître bau ; de forte que communément la plus groffe ancre, celle de réferve , a les deux cinquièmes de la longueur du bau. Ainfi cette ancre, pour un vaiffeau de fo pieds de bau, aurait 20 pieds le longueur. O11 s’écarte quelquefois de cette réglé 5 carfouvent on proportionne les ancres à la grandeur des vaiffeaux par leur poids. En ce cas 011 fait enforte que l’ancre pefe la moitié du poids de fon cable : une ancre de bord de feize pieds , qui était deftinée pour un vaiffeau du premier rang, pefait 7268 livres. Les autres ancres , qu’on nomme ePaffourché & à totter, font plus légères, fuivant des réglés que fe font les maîtres d’équipage ; & pour fatisfaire au fervice des ports, on fabrique des ancres du poids de 7000 livres jufqu’à 100 livres.
- 38. „ Il faut proportionner la groffeur des différentes parties des ancres aux efforts qu elles ont à fupporter : & comme on doit avoir égard à la force du levier, il faut que la verge augmente de groffeur à mefure qu’elle approche de la croifée, & que fépaiffeur des bras augmente de même en approchant de cette partie j car il eft évident qu’un barreau engagé par un de les bouts dans une muraille ?fig. 9 , & chargé à l’autre bout d’un poids , ne reçoit au point 1, que l’effort du poids 5 mais le point 2 eft chargé de ce poids; appliqué au levier 1,2 : le point 3 eft chargé de ce poids appliqué au levier 1 , 3 : & enfin le point 5 eft chargé du même poids appliqué au levier 1, 5-. Si donc on veut que ce barreau réfîfte dans toute fà longueur proportionnellement aux efforts qu’il a à fupporter, il faudra le faire plus épais du côté de 5” que de 1. Et c’eft pour cette raifon q.u’on augmente la force de la verge & des bras auprès de la croifée : car on apperçoit-clairement que , fi l’on fai-fait toutes les parties également épaiffes , il s’enfuivrait, ou qu’il y aurait trop peu de fer auprès de la croifée , ou qu’il y en aurait trop auprès de la culaffe. Il y a encore une raifon de conftrudion qui concourt à obliger de fortifier la croifée, c’eft que les bras étant réunis à la croilëe par des louduresj
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- il peut y avoir en cet endroit plus de défauts qu’ailleur's ,’& c’eft pour cette raifon qu’on fortifie les aiffelles.
- ? 9. „ 4®. La circonftance où les ancres reçoivent le plus d’effort, & &l elles courent plus de rifque de fe rompre, eft au défancrage, quand on fait des efforts énormes pour les faire fortir du terrein, ou pour les faire déraper ; en un mot, quand 011 veut lever l’ancre.Tour y parvenir, on tire le cable dans le vailfeau, aü moyen du grand cabeftan j & le vaiffeau avance vers l’ancre , jufqu’à ce qu’il ait gagné l’a-plomb de l’ancre, ou qu’il foit, comme l’on dit, à pic fur l’ancre. Il eft évident que quand le vaiffeau eft rendu à pic, fig. 10, tout l’effort qu’on fait fur le cable agit pour élever l’organeau qui décrit une courbe, jufqu’à ce que la verge foit rendue dans une fituation verticale: dans ce cas, la longueur de la verge fournit un levier qui concourt avec l’effort du cabeftan pour faire fortir du terrein la patte qui y était engagée. Ainfi la verge & le bras peuvent être regardés comme un levier recourbé qui trouve fon point d’appui à la croifée ; & plus la verge fera longue, plus elle aura de puiflance pour dégager la patte. Lorfque le terrein n’eft point trop dur, les bonnes ancres réfiftent à ces efforts ; mais quand le bras de l’ancre eft engagé entre deux rochers, l’effort du cabeftan 11e fuffifant pas pour la dégager, on l’augmente par des caliornes ; ou bien ayant employé toutes les forces poflibles pour roidir le cable , on -attend qu’une lame ou la marée venant à élever le vaiffeau, fade un violent effort. C’eft alors que la verge & le bras qui eft engagé entre deux rochers fatiguent prodigieufement ; & il faut que le rocher , ou la verge, ou le bras, ou le cable, rompe ; car on ap-perçoit fenfiblement que la direction de la force immenfe qu’on applique au cable , 11e tend point à dégager la patte : c’eft pourquoi il arrive fouvent qu’011 réuflit mieux en employant une force beaucoup moindre, qui agit dans une diredion plus convenable. C’eft ce qu’011 fait en envoyant une chaloupe tirer fur forain, ce qu’on appelle lever V ancre par les cheveux ; car par cette manœuvre on dégage la patte de l’ancre d’entre les rochers, en la faifant fortir par le même endroit par lequel elle s’y était engagée, & pour y mieux réuffir, il eft bon de mollir un peu fur le cable, afin de diminuer le frottement de la patte eintre les rochers.
- 40. „ Il eft à propos, en terminant ces obfervations , de rcfumer ce que nous avons dit fur la forme des ancres, & fur les proportions que doivent avoir leurs differentes parties. On peut conclure des raifonnemens que nous venons de faire en confidérant l’ancre avant qu’elle ait mordu dans le terrein, lorfqu’elle y mord, quand elle réfifte aux efforts du vaiffeau, & lorfqu’on la leve : on peut, dis-je, conclure de nos raifonnemens, que rien n’eft plus difficile que de fixer avec exaditude les proportions qu’on doit donner aux ancres ; des expériences confufes & peu exades ont conduit peu à peu à
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- donner aux ancres une certaine figure que je 11e crois pas fort éloignée de la plus avantageufe , quoiqu’elle n’ait rien de fort précis.
- 41. „ On voit en général : i°. que la verge d’une ancre doit être alfez longue par rapport aux bras , pour qu’étant mouillée, la patte morde dans le terrein. A la vérité, la longueur de la verge paraît devoir varier fuivant la courbure & la longueur des bras : néanmoins la longueur de la verge eft avantageufe pour placer le jas parallèlement au terrein ; mais une verge fort longue devient très-faible par rapport au poids de l’ancre, qu’011 ne peut augmenter à fon gré, puifqu’il faut le proportionner à la force de l’équipage.
- 42. „ 2*. Il eft bien prouvé qu’à caufe de la force du levier, la verge doit être plus forte du côté de la croifée que du côté de la culafle , & que les bras doivent être plus forts du côté de l’encolure que vers les pattes ; non-feulement parce que les efforts qui agiflent fur la croifée, & qui pourraient la rompre, agiffent avec plus de puiffance fur le milieu que vers les extrémités , mais encore parce que, donnant ainfl aux bras la forme d’un coin, ils doivent entrer plus aifément dans le terrein. Mais ces proportions ne font pas toujours bien obfervées, puifqu’on voit affez fouvent les ancres rompre par la verge, à deux ou trois pieds de la culaflè, & par les bras au milieu de leur rond ou à l’encolure. Peut-être néanmoins ces ruptures viennent-elles plutôt des défauts de la fabrique, que du manque d’épailfeur du métal aux parties qui rompent.
- 45. „ 30. Il eft clair qu’on rendrait les bras plus forts, en augmentant leur épailfeur & en diminuant proportionnellement l’étendue des pattes ; il eft également évident qu’il faudrait faire tout le contraire pour augmenter la ténacité des ancres dans le terrein : il faut donc prendre un milieu, & il eft probable que celui qu’on fuit 11’eft pas éloigné du vrai.
- 44. „ 40. Plus les bras font ouverts, plus ils tiennent dans le terrein quand l’ancre a mordu ; mais pour que l’ancre morde , il convient que les bras foient fermés : il faut donc encore ici obferver un milieu. En faifant les bras de deux portions de cercle ou en anfe de panier , enforte que le quarré des bras foit plus fermé que le rond , il femble que l’ancre doit d’abord mordre , & enfuite tenir ferme par la nature de l’arc plus furbailfé que le rond 5 mais aufïi un (impie arc de cercle a cet avantage, qu’à mefure que l’ancre entre dans le terrein, le chemin des parties qui entrent, eft frayé par les parties qui font déjà entrées fans-avoir de fable ou de vafe à déplacer, que relativement à l’augmentation de groifeur de la verge.
- 45-, „ Plus l’ancre eft pefànte du côté de la croifée , plus elle a de difpofition à entrer dans le terrein, quand les bras font placés perpendiculairement ; mais la pefanteur de l’ancre du côté du jas eft très-favorable à faire prendre aux bras cette pofition perpendiculaire, & la leur faire conferver.
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- 46. » 6°. La longueur & le poids du jas font des conditions avantageufes: pour le faire placer parallèlement au terrein ; mais il y aurait de l’inconvénient à beaucoup augmenter & le poids & la longueur du jas qui eft déjà affez em-barralfant. Les Chinois font leur jas de fer, puifque c’eft une broche qui eft foudée à la verge ; mais en le faifant court, & le mettant prefqu’au milieu de la verge , ils perdent une partie confidérable des avantages qu’ils pourraient fe procurer par la pefanteur de leur jas de fer.
- 47. ,, 70. Plus les bras feront courts relativement à la longueur du jas, plus l’ancre aura de facilité à fe mettre dans une pofition avantageufe pour mordre ; mais auffi il faut que les bras aient une certaine longueur pour entrer dans le terrein ,8c y tenir ferme , fur-tout dans les fonds de vafe 8c de mauvaife tenue.
- 48- Voilà bien des extrêmes qui exigent de prendre des milieux, & qui lailfent beaucoup d’incertitudes : néanmoins chaque nation & même chaque port a adopté des proportions qui leur font devenues favorites fans lavoir pourquoi. Après nos réflexions, il ne paraîtra pas fingulîer de voir qu’une ancre d’un [ certain poids , fabriquée dans une forge, ait une forme différente d’une autre ancre de même poids, faite dans une autre forge ; mais ce qui peut furprendre, c’eft de voir que, quoique la force & la bonté d’une ancre con-fîfte dans, fa figure, la matière étant toujours fuppofée bonne, chaque ancrier condamne décilîvement les ancres qui ont une autre forme que celle qu’il a adoptée. Les caufies d’incertitude font fenfibles ;.mais l’affection pour une forme fur une autre qui en différé peu, réfulte de l’ignorance de celui quis’en déclare obftinément le partifim. Heureufement l’expérience fait voir que les ancres de différente forme 11e laiffent pas de fervir & de réfifter à la mer : ce qui fait juger que, fi elles ne font pas rigoureufement de la figure la plus avantageufe , les -unes & les autres en approchent d’affez près ; & il paraît que le point le plus important, pour avoir de bonnes ancres, eft de choifir de bonne matière & de la bien mettre eff œuvre.
- 49. „ On s’eft beaucoup fatigué, lans y avoir réuffi, à faire cadrer le poids des ancres avec des dimenfions données 5 mais comme dans les grandes maf-fes de fer il n’eft guere poffible que les molécules métalliques foient également rapprochées les unes des autres, il en a réfulté que des ancres faites auffi exa&ement qu’il était poffible fur de pareilles dimenfions, avaient des pefan-teurs très - différentes, enfbrte que les unes 11e pelaient que 1900 livres , pendant que d’autres pefaient plus de afoo livres. O11 doit conclure de ce s épreuves qu’on ne doit pas exiger d’un habile ancrier de livrer des ancres qui foisnt exactement du poids & des dimenfions qu’on demande ; & je penfe qu’il faut exiger de l’exactitude dans les dimenfions, & eftimer beaucoup les ancres qui, fans fortir des dimenfions données feront d’un plus grand poids,
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- fo. „ Nous nous contenterons d’ajouter à ce que M. de Réaumur a dit fur les differentes formes qu’on a données aux ancres , i°. qu’on fait des ancres à un feul bras pour les ancres d’amarrage ou à demeure, qui font toujours fixées en un même lieu à terre, pour amarrer ou tirer les vailfeaux, en un mot j pour fervir de point d’appui ou de corps mort. Mais ces ancres à une patte & fans jas ne valent rien à la mer, pour les raifons qu’en donne M. de Réaumur. 20. O11 ne fait plus guere , ni pour les galeres, ni pour les chaloupes , d’ancres à trois bras : tous les grapins, même ceux pour les abordages, ont quatre bras. Je crois qu’on a raifon -, car une patte d’ancre n’eft jamais plus dilpofée à mordre dans le terrein que quand elle lui eft plus perpendiculaire » & il eft fenlible que les grapins à quatre bras qui n’ont point de jas, ont leurs bras plus approchans d’être perpendiculaires, que les grapins qui n’avaient que trois bras. Ce raifonnement prouve encore qu’on a raifon de ne mettre que deux bras aux grolfes ancres.
- f i* Nous ne parlerons point de certains grapins qui ont quatre bras fur un même plan , qu’on attache au bout des vergues lorfqu’on fe difpofe à attacher un brûlot, pour que les pattes s’engagent dans les haubans de l’ennemi. Ce font des efpeces de crocs, & de petites pièces de forge, qui ne font point partie de l’objet qui nous occupe. Mais un article des plus im-portans pour que les ancres ne rompent point, eft de les faire avec de bon fer & de les bien forger. C’eft ce point qui forme véritablement l’art de faire les ancres j c’eft celui qui fait la partie principale de ce mémoire > c’eft aufti l’objet qui a principalement fixé l’attention de M. de Réaumur.
- y2. De la fabrique des ancres. Pour venir à préfent £ la fabrique des ancres, nous remarquerons qu’on forge féparément chacune de leurs parties, c’eft - à - dire, la verge, les deux bras, les deux* pattes & l’organeau 5 & toutes ces parties étant forgées, on les affemble : c’eft l’ordre du travail, & celui que nous allons fuivre.
- f Si l’on a quelque connailfance de la façon d’affiner & de forger le fer, onappercevra de refte qu’une malfe , telle que la verge , ou même le bras d’une grolfe ancre, ne fauraient être faites d’une feule piece, qu’on ne peut les compofer qu’en foudant enfemble & en façonnant diverfes malfes de fer. On a fuivi differentes pratiques fur la maniéré de préparer les pièces ou malfes de fer dont on forme chaque partie des ancres. Ces pratiques peuvent fe réduire à trois , à les faire de loupes , à les faire de mifes , & à les faire de barres.
- 54. On a toujours fait dans les ports du royaume des ancres de barres ; mais comme leur façon était difpendieufe, & qu’on avait peine à y en fabriquer affez pour fournir à de grands arméniens, pendant que M. de Sei-gnelay avait le département de la marine, il établit une manufacture d’ancres dans le Nivernois ; on les y fit d’abord de loupes. On fondait enfemble autant
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- de loupes que le demandaient la longueur & la grofleur de la piece. A mefure qu’on foudait une loupe à une autre loupe , en les préfentant fous le gros marteau, on leur fallait prendre une figure convenable. De toutes les maniérés de faire les ancres, c’eft celle qui coûte le moins, & celle auffî qui donne le plus mauvais ouvrage. Il importe extrêmement que le fer des ancres foit doux, qu’il ne foit pas caftant ; mais il n’acquiert de foupleife qu’à mefure qu’on le dépouille de fon Laitier, & qu’on lui forme des chairs, ou, ce qui eft la même chofe, à mefure qu’on lui forme des parties fibreufes & feuilletées. Les loupes n’avaient pas été aflez forgées pour avoir été dépouillées de leur laitier fiiperflu, & elles n’avaient pas acquis aflez de longueur, pour que leurs parties fe fuifent difpofées en fibres & en* feuillets. Le mauvais fuccès de ces ancres qui caftaient prefqu’aufli aifément que de la fonte, fit abandonner cette méthode, & il eft à fouhaiter que ce foit pour n’y jamais revenir.
- ff. „ Il 11e conviendrait pas d’expofer ici en détail les premières préparations du fer : c’eft un art qui mérite bien de faire un traité particulier ; mais nous nous croyons obligés de préfeuter ici fort en abrégé ces mêmes objets, parce qu’ils font importans pour l’intelligence du texte de M. de Réaumur : on y parle de gueufe, de fonte de fer, de loupe de fer affiné, de fer en barre. Le le&eur nous faura gré de le difpenfer d’aller chercher ailleurs l’explication de ces termes. ( 3 ) %
- f6. „ Les mines de fer, telles qu’on les tire de la terre, font compofées de parties régulines ou ferrugineufes, de parties terreufes & de parties fulfu-reufes ou falines. On fond cette mine dans de grands fourneaux, en la mêlant avec une pierre calcaire qu’on nomme cafline, & du charbon de bois. La mine, en fondant, fe décompofe en deux fluides de différente pelanteur. Le fluide le plus léger qui nage fur l’autre eft une efpece de verre qu’on nomme Laitier; le plus pefant eft le métal. Le métal fondu coule au fortir du fourneau dans un moule, & fe forme en prifme à bafe triangulaire, quelquefois de 1 f pieds de îongueur fur un pied de côté j cette fonte ainfi moulée fe nomme une gueufe.
- 57. „ La fonte de fer eft un métal encore fort imparfait, & mêlé de par-. ties étrangères j on ne le'peut travailler fous le marteau ni à chaud ni à froid, il n’a point cette du&ilité qui fait le caraélere des métaux.
- f8. „ Il y a de ces fontes plus ou moins grifes & plus ou moins blanches. La fonte eft rendue grife par des parties terreufes qui font interpofées . entre les grains métalliques ; ce qui diminuant l’adhérence des parties métalliques , il en réfulte que le foret & la lime mordent deflus, & en emportent
- ( y.) Toutes les premières manipulations du fer depuis la fortie de la mine & dans les hauts fourneaux, font développées dans le fécond volume de cette colleétion.
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- de petits grains femblables, en quelque façon, à du grès ou à des parcelles d’un pot de terre cuite 3 mais on n’en peut point détacher de copeaux ou de lamines.
- 59. „ On peut affiner cette fonte, ou en la refondant, ou'par le marteau : on la rend fort blanche en la tenant long-tems en fufion, ou en la fondant plufieurs fois. Dans ces opérations il fe porte à la furface un peu de craffe & du laitier qu’on doit ôter : cette fonte blanche ainfi affinée, au lieu de paraître compofée de grains comme la fonte grife, femble être un affem-blage de feuillets talqu'eux. Elle contient plus de parties métalliques que la fonte grife 3 mais elle eft fi dure, que ni le foret ni le burin ne peuvent mordre deifus 3 & elle donne encore moins de marques de dudlilité que la fonte grife : elle calfe comme du verre, fur-tout quand , par un refroidilfement fil-bit, elle a acquis une forte de trempe; car cette matière furchargée' de phlo-giftique eft en quelque façon trop acier.
- Go. „ On conçoit par ce que nous venons de dire, que des ancres faites de fer fondu ne vaudraient abfolument rien: on dit que les Efpagnols en ont au Pérou qui font faites avec du cuivre fondu ou du bronze. Cette fonte eft capable de réfifter; mais je ne fâche pas qu’on en ait jamais fait avec de la fonte de fer.
- 61. „ Au lieu de raffiner la fonte de gueufe par des fontes réitérées, pour la rendre blanche, comme on eft perfuadé qu’elle n’en ferait que plus cafi fonte, on la raffine fous le marteau, comme nous allons l’expliquer. La gueufe eft portée au feu, où on la chauffe avec du charbon de bois. Ce bout très-amolli & prefque fondant fe détache du relie en parcelles qui tombent dans ce qu’on appelle Raffinerie. L’affineur raffemble ces parties avec un barreau , & en forme une maffe d’environ un pied de diamètre : c’eft ce qu’on nomme une Loupe. Il eft bon de remarquer que les fontes font d’autant plus ailées à fondre, qu’elles contiennent plus de laitier & de phlogiftique 3 de forte que toutes les fontes entrent bien plus aifément en fufion que le fer forgé. On faifit cette maffe avec une groffe pince, & on la porte fur une enclume, où un ouvrier, avec un marteau à bras, raffemble davantage les parties, & comme l’on dit, il raffermit la loupe, qui, en cet état, reffembîe à une éponge , & eft compofée de parties hétérogènes 3 car entre les molécules de fer eft interpolée une fubftance bouillante & coulante, qui eft du laitier qui n’a pas été féparé à la première fonte, & qui empêche que les parties métalliques 11e fe touchent immédiatement.
- 62. „ On porte cette loupe raffermie fous un gros marteau mu par l’eau, & qui pefe environ 8 ou 900 livres. Ce gros marteau comprime tellement la loupe , que le laitier fondant fort de tous les pores 3 & la loupe devient d’au-, ‘tant plus homogène , qu’elle eft plus déchargée de fon laitier ; c’eft du fer,
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- mais du fer imparfait, non - feulement parce qu’il n’eft pas encore entièrement privé de fou laitier, mais encore parce que les parties métalliques ne font pas aufli exactement unies les unes aux autres qu’elles doivent l’ètre. La malfe de fer n’eft pas aufli compacte qu’elle peut le devenir : c’eft néanmoins en cet état qu’on l’employait pour faire les ancrés de loupe, comme nous l’expliquerons dans un inftant.
- 63. „ Pour donner à ce fer toute la qualité dont il eft fufceptible, il faut le chauffer à différentes reprifes, & le forger. Mais ce n’eft pas tout : au lieu de fe contenter de le pétrir en le frappant de tous les fens , à peu près comme les boulangers font leur pâte, il convient de battre le fer toujours dans un même fens, pour que les molécules de fer s’applatiffent, pour qu’elles s’appliquent plus exactement les unes fur les autres: c’eft le moyen de faire prendre au fer de la chair ou du fil, comme difent les ouvriers , c’eft-à-dire, qu’il foit doux & pliant ; or rien n’eft plus propre à lui donner cette propriété que de le tirer en barre. Pour cela, ayant chauffé la loupe, on la porte fur l’enclume, & la pofant toujours du même fens fur le travers de l’enclume, le gros marteau ferre les unes contre les autres les molécules métalliques , qui de courtes qu’elles étaient, deviennent longues & fibreufes ; de forte qu’elles s’engagent les unes dans les autres. Il ne refte entr’elles que très-peu de laitier: alors le fer 11e fe caffe qu’avec beaucoup de difficulté ; au lieu de fe rompre net, comme faifait la fonte ou le fer de loupe, il fe déchire comme du bois verd. Cette qualité qui cara&érife les bons fers, eft fur-tout propre aux fers de Berry bien ouvrés dans l’affinerie. Nous parlerons dans la fuite du bon ufage qu’on peut faire de ce fer étiré en barres, pour en fabriquer de bonnes ancres ; mais il faut auparavant faire remarquer le défaut des ancres qu’on faifait autrefois de loupes. Quoique cette pratique ait été abandonnée, il eft bon qu’on fâche les raifons qui ont engagé à la profcrire 5 ne fût-ce que pour détourner d’y revenir dans la fuite.
- 64. “ On prenait autrefois des loupes qu’on foudait enfemble pour en former les ancres, comme nous l’expliquerons en parlant des mifes. Ce travail était prompt, & coûtait peu; mais il arrivait que le fer des loupes ayant une partie des défauts de la fonte, les ancres étaient fort fujettes à rompre : il aurait prefqu’autant valu les couler comme les canons.
- 6s. On chercha à fubftituer aux loupes de meilleur fer, 8c on commença à compofer des ancres de mifes, c’eft-à-dire, faites de plufieurs pièces de fer forgées quarrément 8c enfuite en coin. Au lieu d’employer les loupes rondes, telles qu’elles font au fortir de l’affhierie, on les cinglait fous le gros marteau ; on éii formait un parallélipipede, pi. //, vignette ,fig. 3 & 4, qui avait plus de longueur que de largeur & d’épaiffeur; on faifait chauffer une fécondé fois ce parallélipipede; 011 le forgeait enfuite de nouveau, mais de
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- façon que les deux faces égales & oppofées qui étaient auparavant les plus grandes , devenaient les plus petites. On amorçait enfuite chacun de ces paral-lélipipedes, c’eft-à-dire, qu’on en formait des coins^, & enfin on les foudait enfemble pour compofer les différentes parties de l’ancre. C’eft ce quon appelait des ancres faites de mifes fucées & refoulées.
- 66. A la vérité, cette méthode valait mieux que la précédente des deux chofes elfentielles pour rendre le fer doux, on en faifait une ; on lui enlevait fon laitier ; mais ce fer n’avait point encore de fibres. Celles qui avaient été commencées la première fois que les mifes avaient été présentées fous le marteau, étaient détruites la fécondé fois qu’on forgeait les mêmes mifesj aufli ces ancres foutinrent mal les elfais qu’on en fit à la mer.
- 67. M. Trefaguet, qui fut dans la fuite envoyé par M. de Pontchartrain pour veiller à la fabrique des ancres, découvrit le défaut de celles - ci : il préfenta en 1702, un mémoire à ce miniftre, où non content de lui apprendre le mal , il y propofait un remede, qui était une maniéré de faire des mifes qui euftent les mêmes qualités que le fer en barre. Il propofa de' faire forger, 8c il fit forger des barres de trois à quatre pieds de long fur un pouce d’épailfeur & quatre pouces de largeur, />/./, fig. 11. Il faifait chauffer ces barres prefque fondantes , & les repliait en deux ou trois endroits. Il les faifait préfenter fous le gros marteau*, afin que la partie repliée fe foudât avec le refte : il donnait de la forte à fa mife l’épaiifeur qu’il jugeait à propos, & l’amorçait, ou la formait en coin à l’ordinaire. Ce que-cette pratique a d’excellent, c’eft que chaque fois qu’011 forge les mifes de nouveau , on travaille à alonger & applatir leurs fibres ou leurs feuilles dans le même fens. Les derniers coups de marteau ne détruifent point l’ouvrage des premiers , de forte qu’il n’y a pas d’apparence de faire des ancres avec des mifes mieux conditionnées. Cette fabrique a cependant encore un inconvénient : dans un grand nombre de mifes aftemblées les unes avec les autres , il peut s’en rencontrer quelques-unes de mal foudées ; l’ancre excellente ailleurs, fe caftera dans ces endroits.
- 68- >, M. de Réaumur a expliqué fort clairement la façon de faire les. ancres avec des mifes non étirées. On conçoit qu’après avoir forgé la mife , pour en former un parallélipipede,on forge enfuite le parallélipipede dans le fens de l’a largeur , & qu’enfuite on en forme un coin; mais il nie parait que la: défec-tuofité de cette mife ne fe réduit pas au feul défaut que lui reproche M. de Réaumur; favoir, que les molécules ferrugineufes ne font point étirées, ap-platies, &, pour ainfi dire, foudées les unes aux autres par une comprelfioa fùffifante. Je crois devoir ajouter aux remarques de M. de Réaumur, qui font excellentes, que ces maftes de fer étant groftes ,il n’y a que le laitier de la fu~ jpercifie quipuifte s’échapper; celui du. centre, de. la mife y refte. Il 11’eu. eft:
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- pas de même des barres étirées: comme elles ont peu d’épailfeur, & comme il faut les remettre bien des fois au feu & fous le marteau, le laitier peut s’échapper. Je me fouviens qu’ayant fait dans un port une recette de fer aigre, on parvint à le rendre doux en le corroyanti mais il en coûta beaucoup en main - d’œuvre & en charbon. Il eft vrai que dans ce cas la coni-preffion des parties métalliques avait lieu j mais le grand déchet qu’on éprouva, me fait penfer qu’il s’en échappa beaucoup de laitier. Les mifes forgées, étirées & repliées, imaginées par M. Trefaguet, étant faites de barres étirées , ne font point fnjettes à ces inconvéniens. De plus, on doit remarquer que Paffineur peut aifément tromper dans la fabrique des mifes ordL naires 5 car Ci, pour gagner du tems & épargner du charbon, il les ouvre peu, il 11’y a plus moyen de connaître le défaut : lî - tôt que l’ouvrier a donné à fes mifes la forme qu’elles doivent avoir, quand il s’agit des mifes de M. Trefaguet, on peut rompre les barres dont elles doivent être faites, pour connaître la qualité du fer, & rebuter celui qui eft aigre. Il n’en eft pas de même du bloc de fer j comme 011 11e peut rompre une mife qui a huit pouces en quarré fur dix d’épailfeur, il n’eft guere pollîble de connaître la qualité du fer intérieur: aufli arrive-t-il que l’intérieur de ces mifes eft peu différent du fer de loupe, quoique l’extérieur femble affez bien ouvré. Et il s’enfuit que ces mifes étant chauffées à fouder, & portées fur une piece d’ancre, la croûte creve, une partie du laitier intérieur fort parles erevaffes, & en cet endroit la piece eft très-défe&ueufe; au lieu que les mifes faites de barres qui ont été éprouvées avant que de les fouder, en fouffrent encore une en les pliant & en les foudant. On eft donc certain que ces mifes qui n’ont point été refoulées fur elles-mêmes, font bien affinées , douces & ftbreufes dans toutes leurs parties ; mais il faut avouer que ces mifes font fort cheres, car on acheté le fer dont elles font faites le prix des barres : ces barres ont befoin d’être foudées trois fois après les avoir pliées, & il faut enfuite leur donner la forme d’un'coin, ou les amorcer, ce qui triple l’ouvrage : on voit ces trois opérations.
- 69. „ On voit, pi. 1, fig. 12, un corps d’ancre, & en </, une mife fou-dée à un ringard qu’on préfente fur la verge pour la fouder. La mife A fe foude fur la verfe B , comme on le voit, pi. 1, fig. 13. Lorfqu’elle eft fou-dée, ou qu’elle femble l’être, on tourne & retourne la verge fur l’enclume pour l’arrondir ; & le marteau venant à frapper fur la partie A de la mife, fig. 14, tandis que la partie C de la verge porte fur l’enclume, cette mife doit glilfer & fe féparer de la verge lî elle n’eft pas bien foudée : au contraire , fi elle rélifte au coup d’un marteau qui pefe près d’un millier, & qui tombe de haut, c’eft une marque que la mife a fait corps avec la verge, au moins à la partie A. On fera enfuite fubir la même épreuve à la partie B,
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- & fi là rnife n’eft pas bien fondée à cet endroit, au lieu de gliffer, il fe fera une fente g h. On voit parce qui vient d’être dit, qu’un forgeron attentif peut s’ailurer Ci (es miles font bien & exadernent foudées : c’eft un argument qu’on a beaucoup fait valoir en faveur des raifes faites de barres contre les faifceaux de barres forgés à bras, qui ne peuvent jamais faire une feule pièce., comme on le verra dans la fuite.
- 70. La troifieme maniéré de faire des ancres, c’eft de les faire de barres de fer. Pendant long-tems on s’eft occupé de ce travail dans les ports du -royaume ; elles ne s’y fabriquaient qu’à force de bras. La façon en devenait coûteufe , & peut-être ne donnait pas d’autîi bons ouvrages que la qualité de ia matière qu’on employait le faifait efpérer : c’eft fur-tout le prix de la façon, de ces ancres, qui fit fonger à en faire fabriquer dans les forges du Niver-nois, avec les gros marteaux ; mais 011 11e fongea d’abord qu’à les compo-fer de loupes, & enfiiite avec des mifes, comme nous l’avons expliqué. O11 regarda comme un projet impoffible, de forger des ancres de barres avec ces marteaux d’un poids fi confidérable : & voici far quel fondement.
- 71. Dans les ports, pour faire avec des barres une des parties de l’anore* par exemple J a verge, on coupait des barres égales, & chacune à peu près de la longueur de la verge , & ou prenait autant de ces barres qu’il en fallait pour qu’elles pelaffent enfemble à peu près ce que la verge doit pefèr. On faifait un paquet de toutes ces barres de fer* ou liait ce paquet avec des bandes de fer, pi. II, dans la vignette, fig. 1 : enfin on le faifait chauffer prefque fondant; & 011 le frappait, à force de bras, à coups de marteaux* pour fouder toutes les barres enfemble. Car on était perfuadé qu’il n’y avait point de liens qui pulfent réfifier aux rudes coups du marteau des greffes forges ; qu’auffi- tôt qu’ils viendraient à tomber fur le paquet* ils (écarteraient les barres de tous côtés , & que. les liens feraient brifés.
- 72. M. Trefaguet, dont nous venons de parler, qui pendant pîufieurs années avait regardé avec les autres cette difficulté comme un mal fans remede* foupçonna dans la fuite qu’elle était peut-être moins confidérable qu’on ne fe l’était imaginé. C’eft avoir fait un grand pas pour furmonter les obftacles , que de 11e les plus regarder comme invincibles. Il fe Famiharifa avec cette idée, & vint enfuite à croire qu’on avait eu tort de fe perTuader qu’on ne pouvait faire d’ancres de barres avec les gros marteaux. Malgré tout ce qac les ouvriers purent lui dire des eifais inutiles qu’ils avaient faits, il voulut faire tenter cet ouvrage fous fes yeux , & dès la première fois il réuffit mieux qu’il ne fe l’était promis; enfin il a depuis fait fabriquer un grand nombre d’ancres de barres fous les gros marteaux, qui nous parailfent être tout ce qu’on peut faire de plus parfait dans ce genre.
- 75. On ne {aurait douter que les ancres de barres ne foient entière-Tome XK D
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- ment faites d’un fer doux,; du moins ne tient-il qu’à celui qui les fait fabriquer de s’en allurer, puifqu’on peut caffer chacune des barres avant-de 1’employer , & par conféquent examiner la qualité de fou fer.
- 74. On fait qu’un fer aigre & mal ouvré fe rompt aifément, & que la -caffe eft brillante & formée de lamines, que les ouvriers nomment des ml; roirs : d’autres , un peu plus difficiles à rompre , préfententune furface unie , grife, formée de grains fins; alors ce font des fers acéreins, peu propres pour la fabrique des ancres & de tous les ouvrages qui exigent des fers doux. Les fers bien ouvrés, bien épurés & doux, font très-difficiles à rompre : on les plie bien des fois en fens contraire, fans qu’ils fe féparent ; & au lieu d’une rupture unie, ils fe déchirent prefque comme du plomb: alors les ouvriers difent que le fer a de la chair. Ce font les fers de. cette -qualité qui font les plus propres à faire de bonnes ancres.
- 75". „ Chacune des bandes de fer a autant de longueur que la piece qu’elles compofent. Les fibres du métal font dilpofées dans le fens le plus avantageux ; mais autant les ancres de barres méritent, par la qualité de leur matière , la préférence fur les autres , autant celles qui font forgées fous le marteau des groffes forges méritent, par la façon dont leur matière a été travaillée, la préférence fur celles qui font forgées à. force de bras d’hommes. Il y en a plulîeurs raifons toutes fort décrives.
- 76. Si la verge d’une ancre fe changeait, pour ainii dire, dans une feule barre , c’eft-à-dire , fi toutes les barres qui la compofent devenaient auffi étroitement unies les unes avec les autres que le font enfemble les différentes parties d’une même barre , la verge de l’ançre ferait travaillée le plus parfaitement qu’il eft .poffible. Quelque foin qu’on prenne pour ramollir par le feu les barres qui forment le paquet d’une verge, elles reftent toujours des corps durs , qu’on ne peut approcher les uns des autres, & ferrer affez les, uns contre les autres, que par le moyen d’un forte pereuffion. Il faut que la force de cette pereuffion foit bien confidérable pour agir avectfuccès vers le centre de ces paquets; les barres de la furface arrêtent prefque.tout l’effet du coup que peut donner un forgeron. Peut-011 fe promettre qu’un coup de marteau appliqué’ par des bras d’hommes parvienne jufqu’au centre ,*ma!gré toute la réfiftance qui lui eft oppoièe '< Sept à huit hommes à la vérité, armés chacun d’un marteau du poids de 12 a 1 y livres, (refrappent fur ces barres pendant qu’elles font chaudes ; mais le nombre des hommes ne fait rien ici qu’en ce qu’il met en état de profiter de la foupleffe qu’011 a donnée au fer: plus il y a d’hommes occupés à le travailler, & plus on en forge d’une’même chaude. Ce qu’il faut comparer , c’eft l’effet d’un mar*.
- (*) Les forts & vigoureux forgerons manient des marteaux qui'pefent 30 & mêmee 40 livres ; mais cela riinfirme point le raifonnement de IYL. de Réaumur..
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- teau du poids de iz k 16 livres, pouffé parles bras d’un homme, avec l’effet d’un marteau du poids de 800 livres, (*) qui tombe d’une plus grande hauteur que les marteaux ordinaires des groffes forges. Or il eft certain que la force de ce dernier eh prodigieufement fupérieure à celle du premier; que lî les barres peuvent êtres loudées jufqu’au centre , c’eft par une pareille percuffion.
- 77. D’ailleurs, ou ne chauffe dans les ports le paquet de barres qu’avec un feu excité par le vent de louffiets mus à bras , au lieu que dans les groffes forges on fe fert de fouffiets mus par l’eau, capables d’exciter une chaleur beaucoup plus confidérable. Il eft bien difficile que le feu entretenu de la première maniéré ait alfez d’ardeur pour ramollir les barres du centre ; de forte que dans les ports une force plus petite s’exerce contre des corps plus durs. Auffi les forgerons à bras ne fe propofent pas de fouder les verges de leurs ancres jufqu’au centre, ils prétendent feulement fouder celles de la fuperficie , en former une croûte dans laquelle les barres du mi-« lieu font renfermées comme des plumes dans une écritoire. Ce qui paraîtra fort fingulier , ou du moins ce qui nous l’a paru d’abord , c’eft qu’ils mettent entre les défauts à éviter, de fouder une trop grande épaiffeur de barres. Ils dut pris grand foin de faire mettre cet avis dans un mémoire que nous avons reçu d’un des ports du royaume fur cette matière ; & peut-être ferait-ce en effet un défaut pour des ancres fabriquées à bras , d’être foudées jufqu’au centre. En ne fe fervant que des petits marteaux & des foiiffl.es ordinaires , il ferait peut-être difficile de faire parvenir les coups jufqu’au centre , fans avoir furchauffé la piece , fans avoir brûlé les barres de la fuper-fici'e ; mais auffi eft-ce un grand défaut à cette efpece de fabrique de ne pouvoir pas même fe propofer de lier enfèmble toutes les barres qui forment la verge. Je fais que l’ancre 11e lailfe pas de conferver encore beaucoup de force par la maniéré dont les barres font difpofëes ; mais je fais auffi qu’il arrive quelquefois quion croit avoir une ancre de barres , & qu’on n’a qu’une ancre de mifes , même mal foudées. Quelqu’attention qu’y apporte le forgeron, quoiqu’il ne foude pas une couche épailfe , il eft toujours difficile qu’il ne fe brûle pas une épaiffeur de fer de quelques lignes. (4) Les barres
- (*) On proportionne la grofleur des marteaux avec celle des ancres : pour les groffes ancres, le marteau , comme ledit M. de Réaumur, eft de 800 livres ; pour les ancres de fix milliers, il n’eftquedc ; à 600 livres. Mais on leve l’arbre du marteau par le.milieu, pour élever le marteau jufqu’à quatre pieds & demi,& fai reclus d’impul-fion. Peut-être ferait - il mieux d’augmenter
- le poids du'marteau , pour ne l’élever que près de la maflè ; car en élevant l’arbre par le milieu, on fatigue beaucoup la machine.
- (4) Ce défaut n’aura lieu que quand on emploiera du charbon de pierre. Avec celui de bois la matière inflammable du charbon compenfe ce qui fe diliîpe par l’action du feu. Nous aurons occalion de parler ailleurs des qualités du charbon de pierre.
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- brûlées ne deviennent pins que des mifes , puifqu’elles ont été divifées par le feu. Près de la furface , l’ancre eft de mifes j & vers le centre elle eft de barres, qui ne font point de corps.
- 7g. Il y ai encore une autre raifon pour laquelle on ne doit pas fe promettre un auffi long fervice de ces ancres que des autres. La rouille que l’ean de mer eft fi propre) à produire , les ufe du côté où elles font le plus fortes5 elle peut même ouvrir des routes à l’eau, pour pénétrer dans l’inté-sieur de la. verge.
- 79. Les' ancres fabriquées fous le gros marteau ayant toutes leurs parties mieux liées , plus approchées les unes des autres, ont moins de volume que les autres;, à pelanteur égale > & cette preuve de la bonté de leur fabrique n’a pas. toujours tourné au profit, de celui qui en avait eu foin. M. Trefaguet en fit. faire une pour un des,ports du royaume: d’où on la lui avait demandée : on lui avait marqué de quel poids on la voulait, & quelle longueur & quel diamètre on voulait qu’euIfent chacune de fes parties ; on avait pris ces proportions fur une autre ancre. L’ancre fabriquée avec foin, & rendue dans' le port, fut refufée par ceux qui l’avaient demandée, & cela parce que cette ancre., quoique du poids qu’on avait fouhaité, n’avait pas la longueur & la. groffeur qu’on avait marquées. On eut beau dire que cela même était une preuve de fon excellente fabrique j que tout ce que l’on pouvait demander était que les parties de l’ancre euflènt entr’elles les proportions de l’ancre qu’on avait fouhaitée, & non pas les mêmes longueurs & les mêmes groffeurs ; que pour les donner, il aurait fallu, ou augmenter le poids de l’ancre , dans lequel cas bn ne l’aurait plus trouvée convenable, ou faire enforte qu’il reftât des vuides entre les différentes barres dont elle eft compofée. Ces raifons parurent trop abftraites j en un mot 011 voulait qu’une ancre d’un certain poids eût une certaine groffeur & une certaine longueur. Celle-ci, pour avoir été trop bien forgée, eft reftée à la charge de celui qui l’avait entreprife ; car cette affaire difficile ne fut pas jugée, & cette différence de pelanteur était affez confidérable.
- 80. Il y a même des cas où il faut avoir néceffairement recours à un plus grand poids que celui des marteaux à bras, comme nous le verrons dans la fuite j nous verrons en même tems qu’on n’a pu rien fubftituer d’équivalent aux marteaux des groffes forges. Nous avons dit que la fabrique des ancres demande deux fortes de travail ; celui de forger leurs différentes parties & celui de fouder enfemble ces différentes parties : les réflexions générales que nous avons faites , ont déjà fait entendre une partie du travail de la première elpece.
- 81* „ Nous avons dit qu’il eft prefqu’îrapoffible de faire cadrer les di-meufions exactes des ancres avec un poids donné. Qnvoit que c’eft le fen-
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- timent de M. de- Réaumur 5 c’eft pourquoi dans le marché qui a été paffé pour la. fourniture des ancres , où il eft dit que l’entrepreneur s’engage de faire cadrer les proportions des ancres avec leur poids ,, on a mis la réferve à dix pour cent près, ce qui fait 600 livres fur une ancre de fix milliers. Les forgerons des ports, qui étaient toujours confultés fur la fabrication des ancres, ont fait tout ce qu’ils ont pu pour qu’elles fuifent forgées dans les ports. D’abord ils fautenaient qu’on pouvait les forger parfaitement à bras , & qu’il était à propos que les barres intérieures ne fuifent pas jointes les unes aux autres. Mais enfuite ils ont eflayé de faire jouer à bras d’homme de gros marteaux : nous en. parlerons dans la fuite.
- 82. Nous avons déjà répété plufieurs fois que,.pour former la verge, il était à propos de faire un paquet de barres : il y a. encore ici quelques différences entre la pratique des groifes forges, ou plutôt de M. Trefaguet, & celle qui était en ufage dans les. ports 5 & cette différence n’eff pas encore à Pa-vautage de la fabrique des ports. M. Trefaguet faifait forger les barres exprès plus larges & plus épaiifes à un bout qu’à l’autre , à peu près dans la même proportion que la verge doit diminuer de groifeur. Comme il les prenait à deifein un peu plus courtes que la verge qu’elles doivent former, il leur donnait un peu plus de dimenfions dans les autres feus. (*)
- 85. De ces barres il formait un paquet qui était une efpece de pyramide tronquée, à bafe re&angle, ayant attention de faire placer les barres d’un rang au-deifus des joints des barres d’un autre rang. Pour retenir ce paquet, on formait des liens avec d’autres barres de fer qu’on changeait en des eipeces d’anneaux,/?/. //, vignette, fig. 1 c, en foudant leurs deux bouts enfemble. On faifait de ces anneaux de différens diamètres j on les contraignait, à grands coups de marteaux , à ferrer le paquet, pl. //, vignette ,fig. 1. Dans les ports où l’on forgeait à bras , on fe fervait de barres par-tout d’une largeur & d’une épailfeur égale, comme le font les barres ordinaires de fer forgé \ de forte que , pour fuppiéer à ce qui manquait de groifeur au paquet vers l’un de fes bouts , on lardait dedans, fig. 1 y , des barres plus courtes a , ou l’on mettait ees barres plus courtes tout autour de la furface: ces deux maniérés font reffembler en quelque chofe les ancres de barres aux ancres de mifes ; & la première fait craindre que les barres introduites ne eonfervent des vuides confidérables dans l’intérieur de la verge ; que les longues barres qui portent fur le bout des courtes, ne fe caifent îorfqu’on les forge, ce qui multiplierait encore le nombre des mifes. Ort avait pourtant foin de rendre les barres qui devaient être ainff fourrées, pointues par un bout : on les nommait Afquilles de fourniture.
- 84. On donnait une figure à peu près ronde à ce paquet,/?/. I, fig. ify
- O) La verge des ancres s’alonge à peu près d’dn fixieme fous le gros marteau.
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- parce qu’il n’aurait pas été aifé , avec les marteaux à bras, d’abattre des angles auffi aigus que ceux du paquet des groifes forges ; par conféquent les barres: s’y trouvaient moins bien agencées les unes auprès des autres ; elles biffaient plus de vuide.
- 8f. Pour forger aux gros marteaux des ancres de mifes & des ancres de barres, il n’y a de différence qu’en ce qu’on foude les mifes les unes après les autres, au lieu qu’on forge à la fois toutes les barres qui entrent dans la compofition d’une piece.
- 86. „ On a fait plusieurs tentatives pour trouver la meilleure maniéré d’arranger les barres, de façon qu’elles formaifent par leur union un cône tronqué. D’abord on les arrangea par zones concentriques, pi. I ,fig. 17 ; mais enfuite on apperçut qu’étant quarrées, elles ne pouvaient fe toucher au grand diamètre A A : on les arrangea donc par lits, & le paquet était o&ogone. On a depuis changé encore cette difpoiition des barres. M. Tre-faguet a fait les faifceaux de barres quarrés, comme on le voit : on eft enfuite revenu à les faire octogones ; mais ayant remarqué que des barres trop menues s’arrangeaient difficilement j qu’elles étaient plus fujettes à fe déranger; que celles de la furface ne foutenaient pas bien le feu, & qu’011 multipliait ain(iJe nombre des foudures; au lieu de les former de 120 barres, 011 ne les fait plus que de 2f ou de 26, dans l’ordre qu’elles font repréfentées ,pl.l,fig. 18 s qui indique le gros bout, & fig. 19 , qui repréfente le petit.
- Nombre de couches en barres pyramidales que Pon doit mettre dans le paquet de la verge & des bras , pour une ancre de} 0001. Nombre de barres à chaque couche. Dimenfions barres au bout. des gros Dimenfions des barres au petit bout. Longueur du paquet de la verge, prêt à mettre au feu. Longueur de chaque bras.
- Largeur Epai[j\ Largeur EpaiS
- Pouc. li. po. li. po. li. po. li. Pieds, po Pieds, po.
- Première couche, *
- pour couverture. I f IOi I 2 3 10 O 1-1 O ]
- 2 , idem .... 'J , D ! 2 4 I O ï 8 O 9^ 1
- 2 , idem .... 4 I J I I O 1 S 0 9-J 1
- 4 , idem .... 3 2 9 I O 2 0 0 9 k 1
- f , idem .... 4 2 I r O i 7 0 9 !>io 8 O M
- 6, idem .... 3 2 9 1 O 2 c 0 91 1
- 7, idem .... 4 I I I r O I 5 0 9ï
- 8 , idem .... 3 2 4 1 O 1 8 0 9ï
- 9 , idem .... 1 S I0| 1 2 3 10 O IQ
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- ' 87- ?> M. de Réaumur a bien raifon de fou tenir que les ancres foudées jufqu’au centre, valent mieux que celles où les barres font feulement enveloppées d’une croûte de fer forgé : néanmoins, comme on a vivement fou-tenu le contraire, il ne fera pas hors de propos d’entrer à ce fujet dans quelques détails.
- 88. „ i°. Il eft certain que Ci une ancre eft tirée directement d’un bout à l’autre, fuppolant la qualité du fer pareille, celle où les barres ne feront pas foudées jufqu’au centre, pourront être à peu près auffi fortes que les autres. 2°. Mais il faut examiner ce qui arrivera à celles qui feront tirées obliquement, comme fuivant la direction CD,/»/. I, fig. 22 ; cette puiifance qui tend à élever la partie C de la verge, tend en même tems à la faire plier.
- 89. „ Pour fe former une idée de ce qui doit arriver dans cette circonf-tance, fuppofons trois cylindres de bois égaux entr’eux: confervons-en un plein, perçons l’autre pour en former un tuyau-, ayant pareillement percé le troifieme , imaginons-le rempli avec des baguettes , ou fuppofons deux cylindres, un plein & formé dans une piece de bois, & que l’autre foit fait par la réunion d’un nombre de baguettes , ou que ce foit un fiifceau ; fuppofons encore que cesdifférens cylindres étant foutenus par leur extrémité AB,.pl. /, fig. 21, foient chargés à leur milieu du poids C, ce qui revient à peu près au même que l’effort que la verge FC,/?/. I ,fig- 22, a à fupporter, étant tirée fuivant la direction C D : or il eft évident que le cylindre maffif réliftera'mieux que le cylindre creux, ainli que celui qui eft formé par un faifceau de baguettes. Si nous foupqonnions que cela pût fouffrir quelque difficulté, nous lo prouverions d’une façon inconteftable ; mais nous croyons pouvoir nous eu difpenfer. Si le cylindre formé par un faifceau de baguettes était plus fort, on ferait ainli les effieux des voitures & les leviers qui font deftinés à remuer de grands fardeaux : 011 fe donne bien de garde de les faire de même ; & les ancres tirées fuivant une direction oblique à la verge , peuvent toujours être ra~ menées à l’effet du levier.
- 90. „ Il eft vrai que le leviér de barres mal’ foudées pourra plier avant de rompre, au lieu que le levier de barres bien foudées pliera peu. avant de rompre; mais il faut favoir li la force qui fera plier le levier de barres mal foudées, fera fuffifante pour rompre le levier de barres bien foudées : je penfe que non. O11 convient bien que la fournie des forces de toutes les barres rom--pues féparément, eft fupérieure à la force du faifceau, ou même de toutes îes> barres réunies par une bonne foudure ; mais il ne s’enfuit pas du tout que le. faifceau rompe plus difficilement que la maffe d’un barreau bien fondée. Si la verge d’une ancre faite de barres, non foudées, étant faite d’un fer très-, doux, pliait, il pourrait, à la vérité , en réfui ter un petit avantage, pour que. l’ancre ne rompit pas, parce que les barreaux du faifceau étant, en partie, tirés.-
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- fuivamt leiar longueur, ils fatigueraient moins ; mais auffi le levier de la verge ferait beaucoup raccourci,, .& la verge if agirait plus avec autant de puidaiice pour dégager les pattes..
- 91. „ Les partifans des barres non fondées ont fait un raifqmnement auquel je n’entreprendrais pas de répondre, s’il n’avait pas féduit plu(ieur$ perfonnes. Une ancre qui p’oie, dit-on , eft moins fujette à rompre que celle qui réfifte, par la même ration qu’un rofeau u’eft point rompu par une bour-rafque de vent qui rompt un gros arbre: pourquoi? Farce que le rofeau plie fous le vent & fe redreife quand le vent celle. Mais ne voit-on pas que le rofeau en pliant, fe dérobe à fadion du vent, au lieu qu’une ancre, qui a été pliée par un coup de mer, n’élude pas ou peu la force qui agit fur elle; un fécond etîorc la pliera encore, & un troifieme la rompra ; d’autant que dans un corps d’une certaine épaiifeur & qui a plié, toutes les parties folides qui le forment, font dans dçs tendons inégales, la tendon étant d’autant plus grande que les parties font plus voidnes de la face convexe, & celles qui font à la partie concave, font en condenfation. Si dqnc l’effort n’eft pas réparti également fur toutes les parties du corps, celles qui font les plus tendues rompront d’abord, & bientôt les autres éprouveront le même fort; au lieu que dans la verge d’ancre qui ne plie pas , il paraît qu’il y a un plus grand nombre de parties qui rédftent de concert: d’où il doit réfui ter une plus grande force ; car une corde dont tous les fils rédfteront à la fois rompra beaucoup plus difficilement que celle dont les fils inégalement chargés rompront les uns après les autres.
- 9.2. „ Mais je demande à ceux qui fe font le plus déclarés pour les barres mal foudées , pourquoi ils n’ont prétendu faire l’application de leur principe que pour les verges des ancres ? pourquoi ils ont toujours effayé que les barres fuiïent bien ioudées dans les bras ? pourquoi 011 tâche que les Toudures foient bien faites dans les eilieux des voitures, &c. ? Pour moi, je penfe qu’on ne s’eft fortement attaché à foutenir l’avantage des barres non foudées, que parce qu’il n’eft pas polfible dans les ports , où ion n’a pas de marteaux mus par l’eau, de fonder parfaitement une auffi grolfe maffe de fer que l’eft la verge d’une groffe ancre, & que les officiers de port fe font retranchés à dire qu’il était mieux qu’elles ne fuffent pas foudées.
- 93. “ Il faut néanmoins convenir que les pailles & les défauts de foudures qui font fuivant la longueur d’un levier, ne font pas, à beaucoup près, fi dangereufes que œil,es qui feraient en travers. C’eft pourquoi il faut bien fe donner de garde, en forgeant les ancres, de trop corroyer le fer fous le gros marteau ; 011 en romprait le fil : il faut effayer que les barres foient foudées les unes aux autres ; mais il faut faire euforte que ces barres 11e foient point déformées dans leur intérieur.
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- 94. Mais de quelque maniéré que l’on fabrique les pièces des ancres,, c’eft toujours avec le charbon de terre ; ou , comme on l’appelle en d’autres endroits, avec le charbon de pierre, qu’on les chauffe. Le charbon de bois incomparablement plus propre à faire les fers doux, foit lorfqu’on fond la mine , foit quand on forge les barres & les mifes, -ne donne pas allez de chaleur pour échauffer fuffifamment jufqu’au centre des pièces fi maflives. Auffi eft-ce une réglé générale que tous les gros ouvrages de fer doivent être chauffés avec le charbon de terre. Quand le fer a été affiné, & réduit en barres ou en mifes, il a été privé de la plus grande partie de fon laitier ; & ce n’eft qu’à l’aide de ce laitier, qui eft un fondant, que le charbon de bois vient à bout de fondre les gueufes. Si, pour chauffer affez une piece de fer épaiife, on la laide long-tems expofée au feu de ce charbon, le deffiis de la piece fe brûle ; le feu agit trop contre la furface , & pas affez fur l’intérieur; peut-être parce que le charbon de bois contient moins de matière huileufe que le charbon de terre. (*) Cette même matière huileufe qui en s’enflammant échauffe le fer, en humedant fa furface l’empêche de fe brûler. ( f ) Les forges deftinées à la fabrique des ancres , different peu de celles où l’on chauffe le fer pour le convertir en barre ; le delfus du foyer ou de la table eft plat, excepté vers fon milieu où il y a un enfoncement de quelques pouces, qui contient une partie du charbon de terre. La feule différence remarquable qui eft entre ces forges & les forges ordinaires , eft celle de leurs tuyeres ; l’ouverture delà tuvere des forges ordinaires eft un demi-cercle , au lieu que l’ouverture des forges à ancres eft circulaire B D ,/>/. //,
- - (*) Il y a des charbons fofliles très-bitumineux ; ce font les meilleurs pour les forges : d’autres font chargés de foufre, & ceux-là détruifent beaucoup de fer.
- ( ç ) Cette matière huileufe qui pénétré le fer, ne devrait pas contribuer à lui donner de la qualité. La plupart des charbons de cette efpece font chargés de beaucoup de foufre ; & le petit nombre de ceux qui en font exempts, ont beaucoup d’acide vi-triolîque. C’eft ce qu’on démontre aifémçnt par l’analyfe ehymique qui a toujours obtenu, ou l’un de ces deux élémens,ou quelquefois tous les deux. On conçoit que ni l’un ni l’autre ne peuvent contribuer à la perfeétion du fer ; elles le rendent caftant & auffi crud que la gueufe. Si ces deux chofes étaient avantageufes au fer , on ne prendrait Tome XF.
- pas tant de peine à les détruire par le grillage. Ainfi il refte prouvé que le travail du fer avec le charbon de pierre le rend caftant, & lui fait perdre en grande partie fa bonne qualité. Cet inconvénient ferait fans remede, s’il était vrai qu’on ne pût avec le charbon de bois fondre de groftes mafles comme les ancres ; mais c’eft un préjugé : on peut fondre avec du charbon de bois une mafle de deux à trois quintaux ; à plus forte raifon pourra-t-on les rougir autant qu’il eft nécef. faire. Si la chofe ne réuffit pas, il faudra s’en prendre à la tuyere, aux foufflets, ou à quel-qu’autre partie du fourneau. M. Duhamel convient auffi quelque part que le charbon de pierre n’eft pas indifpenfqblement nécef faire pour la fabrique des ancres , & qu’on peut fort biçn y employer celui de bois.
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- fig* 4; & cette ouverture circulaire eft beaucoup plus petite que l’autre. Le vent qui en fort, fe trouve plus ralfemblé ; il agit plus fortement contre les parties qu’il rencontre. La différente nature des deux charbons demande cette différence : celui de bois , plus aifément inflammable, eft, pour ainfi dire, compofé d’une huile plus volatile ; mais il donne une chaleur plus faible : celui de terre, compofé de parties plus fixes, donne une chaleur plus confidé-rable ; mais il ne la donne que quand fes parties ont été agitées plus fortement.
- 96. La matière huileufe, ou, fi on l’aime mieu M , la matière bitumineufe, eft fi abondante dans la plupart des charbons de terre , que quand on les allume, cette matière fort des différens morceaux de ces charbons, à peu près comme l’eau fort d’un des bouts d’un bâton humide, allumé par l’autre bout. Cette matière épaiffe, & par confisquent gluante, lie enfemble tous les morceaux de charbon, ce qui eft encore pour le forgeron une raifon de préférer le charbon de terre au charbon de bois. La piece qu’il avait d’abord pofée dans le milieu d’un tas informe de charbon , fe trouve dans la fuite entourée de tous côtés d’une efpece de voûte, au milieu de laquelle elle eft ifolée; les parties huileufes lient & foutiennent les anciens morceaux de charbon, & même les nouveaux que l’on ajoute; le vent du fouf-flet entre dans cette efpece de voûte ; il agit non-feulement contre la partie vers laquelle il eft dirigé, il circule enfuite autour de la voûte; la piece eft, pour ainfi dire , dans une efpece de fourneau de réverbere. Mais ce qui eft le plus avantageux au forgeron, c’eft que , comme fa piece ne touche le charbon en aucun endroit, fans déranger fon feu, il peut examiner fi elle chauffe également par-tout ; il le voit par la même ouverture par où la piece entre dans cette efpece de fourneau ; il voit s’il eft: à propos de la retourner pour mettre la partie contre laquelle le feu a le moins agi, dans la place de celle qui a chauffé plus vite ; il voit enfin quand il eft tems de retirer cette piece , & de la porter fous le marteau.
- 97. „ Il eft très-important, pour réuflir dans une groffe piece de forge , d’avoir un chauffeur attentif & intelligent: il doit tellement difpofer la piece qu’il chauffe , que le vent des fouffiets ne donne pas deffus, mais qu’il palis deifous ; car l’endroit où frapperait le vent des fouffiets ne manquerait pas d’être brûlé. Néanmoins la partie du fer qui eft voifine du vent eft plus chauffée que le refte ; & quand le chauffeur apperçoit qu’un endroit eft chauffé blanc , il doit retourner fa piece, & bien prendre garde, dans cette opération, de déranger la voûte que forme le charbon ; il doit même jeter de l’eau deffus, & la fortifier avec du charbon mouillé; & en continuant un feu bien réglé, il parvient à chauffer fon faifceau de barres jufqu’au centre ,fans en brûler la furperficie. Pour foutenir au-deffus de la tuyere la piece que l’on chauffe, on met au-devant de la forge une piece
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- de fer , pl. I,fig. 23 , qu’on nomme un croisant, ou une demi-lune, & au fond un morceau de fer quarré, auquel eft foudé une pointe qui entre dans le foyer de la forge, fig. 24. Ces deux morceaux de fer doivent avoir aflfez d’épaiffeur pour élever au-deffus de la tuyere la piece qu’on chauffe.
- 98. La verge d’une grofle ancre eft une lourde malfe à manier. Il ferait mal-aifé de la placer dans la forge , de l’y retourner, de la porter de la forge fur l’enclume, fi des hommes feuls en foutenaient le poids. On en charge une machine fimple & commode ; les forgerons l’appellent une grue : c’eft une potence qui a, à l’un & l’autre des bouts de fon arbre vertical, deux pivots fur lefquels elle tourne. La hauteur de cet arbre eft au moins telle qu’un homme droit peut paffer fous la branche qui eft affemblée près de fon extrémité fupérieure. Au bout de la branche de cette efpece de potence, pl. II,fig. 2 , il y a une crémaillère ou une chaîne de fer ; on pofe le faift. ceau de barres ou la verge dans le crochet de la crémaillère ; ou fi l’on le fert d’une chaîne, on l’entoure avec le bout de la chaîne.
- 99. L’usage de cette grue détermine fuftiPamment fa place & la proportion de fes parties. Lorfqu’on la fait tourner d’un côté, elle approche de la forge la verge dont la branche eft chargée j fi on la fait tourner de l’autre côté , elle éloigne cette verge de la forge, & l’approche de l’enclume : elle doit donc être à peu près à égale diftance de l’une & de l’autre , & fa branche doit avoir aifez de longueur pour conduire une partie de la verge dans le feu de la forge, & pour la conduire enfuite fur l’enclunle.
- 100. „ Pour qu’une fabrique d’ancres foit bien établie, il faut qu’il y ait trois grues ou potences tournantes. Il faut de plus trois feux : un grand pour forger les verges & les bras ; un moyen pour chauffer un bras, pendant qu’on chauffe la verge au grand feu, lorfqu’il s’agit de fouder les bras à la verge ; & alors il faut au moins deux grues qui, partant de deux feux différens , fe rendent à une même enclume : une de ces grues porte la verge, & l’autre le bras. Le troifieme feu qui eft le plus petit, fert à chauffer les mifes qui doivent fortifier les aiifèlles & perfectionner la tète de la croifée. Il faut aulli trois enclumes. On a de plus un petit feu pour forger & radouber les outils.
- 101. „ La potence tournante, que les forgerons nomment grue , pl. II, fig. 1, bas de la planche, eft compofée d’un arbre vertical C C, qui tourne en-bas fur une crapaudine A,& en-haut dans unebourdonniere B. Le bras D D étant fort long & devant porter des poids confidérables , il eft fortifié par un lien E & par les tirans F.
- 102. La crémaillère .fig. 2, étant foutenue par un étrier de fer a qui peut parcourir toute la longueur du bras D D , /%• 1 > 0,1 Peut l’éloigner ou la rapprocher de l’arbre tournant C C, pour que l’ancre porte fur le fort de
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- l'enclume: au moyen des dents d\fig. 2, on peut établir l’ancre à la hauteur qu’on veut. C’efl fur le crochet c que repofe l’ancre, qu’on peut tourner comme l’on veut à caufe du boulon b. Si l’on combine tous les mou-vemens dont la crémaillère & la potence font fufceptibles, on conviendra que cet infiniment efl d’une grande commodité pour remuer avec facilité d’aufhgros fardeaux ; quelquefois on fubflitue à la crémaillère la chaîne, fig. 3.
- 10^. „ Le bâtiment des forges ne doit point avoir de plancher, afin que la fumée & l’air chaud puiffent fe diffiper par le comble ; mais on place des poutres au-deffus des’ feux & des enclumes, pour y attacher des poulies , des mouffles ou des palans qui font d’une grande commodité pour le travail. Par exemple, le palan,fig. 4, fert à foutenir la verge lorfqu’elle efl au feu ; & le palan ,fig. f ,fert à foutenir la verge lorfque l’ancre efl fur fon enclume. Il faut donc remarquer que la chaîne , fig. 5 , ou la crémaillère, fig. 2, foutiennent le bout de l’ancre que l’on échauffe ou qui efl chauffée, & que les palans foutiennent le bout oppofé de la même ancre. Quand l’ancre efl ainfi foutenue & placée en équilibre, on la tourne aifément fur l’enclume au moyen d’une piece de bois qu’on paffe dans le trou de la culafle qui efl deflinée pour recevoir l’organeau , comme on le voit à la vignette, pi. II, fig. 3.
- 104. „ Quand un bras efl foudé, & qu’on donne une bonne chaude à la tète, il faut foutenir la patte avec un palan, fans quoi fon poids pourrait la faire courber. Cette remarque a lieu pour toutes les occafions où il faut porter une groffe piece qu’on a chauffée par le milieu.
- iof. 33 Quand la piece efl trop courte pour être maniée, on y foude un ringard, qui efl un morceau de fer terminé par un anneau dans lequel on patfe un morceau de bois comrq£ dans le trou de l’organeau. On s’aide encore , pour manier les pièces qu’on forge fuivant leur différente groffeur, ou de tenailles , ou de devers , ou enfin de leviers de fer ou de bois.
- Ioé. „ Les enclumes font prefque toujours tout-à-fait quarrées. La'fur-face en efl plate. On pratique toujours auprès de l’enclume une foffe recouverte d’une trappe pour que les bras des ancres puiffent entrer dedans*, elle procure la facilité de tourner l’ancre de tous les feus, ce qu’on ne pourrait pas faire fins cette foffe.
- 107. Aux groffes forges, la première fois qu’011 porte le paquet au feu , on le chauffe par le milieu ; 011 met ce milieu vis-à-vis de la tuyere ; on doit commencer par-là quand on fe fert du gros marteau mu par l’eau , & cela parce qu’en foudant les barres, il les alongetor le paquet étant d’abord^ forgé vers le milieu , elles s’alongent également vers l’un & l’autre bout. Une preuve encore bien décifive que le gros marteau foude la verge jufqu’au centre, c’efl que toutes les barres qui le compofent s’alongent confidérable-
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- ment, & de plus également ; ce qui n’arrive point à celles qui font forgées à bras. Le paquet étant chaud à fouder dans l’étendue d’un pied ou environ, on le conduit fous le gros marteau : en tournant & retournant ce paquet, on lui fait prendre la figure convenable ; c’eft à la prudence des ouvriers à faire tomber les coups à propos. On ne s’en fie pourtant pas au jugement des yeux , pour décider fi on la réduit au diamètre qu’il doit avoir. Avant de commencer à forger l’ancre , on en a tracé le gabari ; c’eft-à-dire, que fur une planche bien unie, on a tiré diverfes lignes parallèles, dont les diftan-ces des unes aux autres donnent la largeur & l’épaifleur de chaque partie de l’ancre ; avec un compas à branches courbes, on mefure fi la partie de l’ancre qu’on forge a les dimenfions que donne le gabari. Avec cette précaution on ne s’écarte pas des vraies îpefures à une demi-ligne près.
- io8- On continue à chauffer & à forger de même le refte de la verge ; on forme le quarré ou la culaffe qui eft au petit bout ; & en finiffant le gros bout, on l’amorce, c’eft-à-dire , qu’on l’applatit, afin qu’on puiffe plus aifé-ment fouder un bras de chaque côté.
- 109. On fonde enfuite, fur deux des côtés du quarré, les deux mifes en faillies qui fervent à attacher le jas, & enfin l’on perce le trou de l’organeau. Pour cela 011 fait chauffer le quarré ; 011 le porte fur l’enclume ; on appuie & 011 retient perpendiculairement fur le quarré un mandrin ou cylindre de fer de diamètre égal à celui du trou qu’on veut percer ,& alors on fait agir le gros marteau qui contraint le mandrin à traverfer la verge d’outre en outre.
- 11 o. La fabrique de l’organeau n’a rien de particulier: à coups de marteau à bras, on arrondit un morceau de fer fait de barres ; on le fait paffer par le trou de la verge ; on le recourbe en anneau, & on foude enfemble fes deux bouts.
- in. „ Toutes les pratiques qui regardent la forge font bien décrites par M. de Réaumur. Néanmoins je remarquerai qu’il eft d’un ufage confiant de commencer à chauffer & à forger le petit bout. On a foin qu’il y ait un lien immédiatement au-déifias de l’endroit qu’on chauffe, environ à deux pieds du petit bout. On frappe , s’il eft néceffaire, des coins de fer dans les vuides qui reftent entre les barres & le lien ; quelquefois même on lie le faifceau immédiatement au-deffous du lien avec plufieurs révolutions d’une corde mouillée pour empêcher que le lien ne coule. Quand la chaude eft bien donnée, on pofe fur l’enclume une des couvertures T,/>/./, fig. 18 ou 19, par exemple, & on frappe fur l’autre couverture H. En quelques coups de gros marteau toutes les barres font fondées , on retourne le faifceau fur toutes les faces, & on forme le quarré de la verge. Quand la chaude eft bonne, & qu’aucun accident ne dérange l’opération, 011 foude à chaque
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- chaude ig pouces de longueur au petit bout; mais au gros cela va plus lentement. Il elt vrai, comme le dit M. de Réaumur, qu’on perce à chaud le trou du quarré où doit entrer l’organeau; mais pour les grolfes ancres on emploie fucceflivement trois poinçons ou mandrins , commençant par le plus menu.
- 112. ,, L’organeau ç, pl. Efig.ij » mérite beaucoup plus d’attention que ne le dit M. de Réaumur. Celui d’une grolfe ancre du poids de fept milliers devant entrer dans le trou de la culaife qui a 44 lignes de diamètre, & avoir un peu de jeu, il ne peut avoir que 42 lignes de diamètre. Cet anneau qui a peu de groffeur relativement aux autres parties de l’ancre, doit néanmoins réfifter à de grands efforts. Ainfi il ell important de le faire avec du fer très-doux, & de le fabriquer avec toute l’attention pollible. Pour cela 011 aifemble avec des liens un faifceau de barres , comme nous l’avons expliqué en parlant de la verge, excepté que ces barres font plus menues & en moindre nombre; on foude, on forge & on amorce ce faifceau, puis on le contourne; 8c comme on n’en peut fouder les deux bouts que quand l’anneau fera paifé dans le trou de la culaffe, après avoir amorcé les deux bouts du barreau, pour qu’ils fe foudent plus aifément,au lieu de contourner l’anneau fur un même plan, on en forme le filet d’une hélice ; de forte que, quoique les deux bouts du barreau fe croifent,ils font alfez écartés l’un de l’autre, pour qu’on puiffe paifer le barreau recourbé dans le trou de la culaife; & en-fuite ayant donné une bonne chaude aux parties du barreau qui font amorcées, il n’y a qu’à les rabattre l’un fur l’autre & les fouder : le faifceau fe corroie fous le marteau mu par l’eau ; mais ce n’eft pas un marteau auffi pefant que pour forger la verge 8c les bras des ancres. Ainfi, quand il eft réduit fous le gros marteau, on le contourne & on le foude à bras avec les maifes & les marteaux qui pefent depuis if livres jufqu’à 30. Quand on prend toutes ces précautions pour bien faire les organeaux, ils plient quelquefois fous les grands efforts qu’ils ont à fupporter; de ronds qu’ils étaient, ils deviennent ovales, mais ils rompent rarement.
- 113. Les forgerons qui faifaient les ancres à bras, commençaient à chauffer & à forger le paquet de barres à environ deux pieds & demi du gros bout; de là ils continuaient en allant vers la culaffe ou le quarré, ôtant les liens à mefure que les barres fe foudaient : ils fùfaient enfuite le quarré de la culaffe ; & pour cela ils infinuaicnt encore diverfes quilles ,pl. /, fig. 1 f , de fourniture, jufqu’à ce que le lien qui les devait contenir fût rempli. On chauffait & forgeait ce quarré; on y perçait le trou de l’organeau; il ne pouvait être percé qu’en quatre à cinq chaudes, & dans les grolfes forges on le perce en une; on foudait enfuite les deux tourillons ou mifes qui fervent à tenir le jas ; 8c enfin la culaffe étant finie, 011 revenait au gros bout.
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- Comme cette partie doit être bien fournie de fer, on y faifait entrer des quilles à coups de malles, jufqu’à ce que le lien qu’on avait mis à un pied & demi du bout, fût bien rempli.
- 114. „ On a vu plus haut, que dans les grolfes forges on commence à forger la verge des ancres par le petit bout, & que par la forme pyramidale qu’on donne aux barres, 011 eft difpenfé de mettre des quilles de fourniture.
- 11 f. Pour former les bras, on difpofe un paquet des barres pyramidales, comme on l’a préparé pour la verge, aux différentes proportions près ; on le lie de même avec des liens d® fer. On foude les barres fous le gros marteau j on forme le rond & le quarré du bras, & on amorce l’extrémité du rond pour le louder & le joindre avec la verge. A chaque bout de ce bras, on foude un ringard ou longue barre, qui donne au forgeron la facilité de le remuer dans la forge. On fe fert au même ufage, pl. /, fig. 26, quand le bras eft prefque fini, d’un ringard volant. On donne ce nom à une barre de fer dont un bout eft percé par un trou dans lequel on fait entrer une piece de bois que le forgeron tient à deux mains. A quelque diftance de fon autre bout, ce ringard porte une efpece de lien de fer, & il a de plus à ce même bout un demi-lien, dont les extrémités font percées d’un trou dans lequel entre une cheville. On engage le bout du bras dans le lien ; plus loin on le faifit avec le demi-lienj on l’arrête avec la cheville, & de cette façon on ajufte au bras un ringard qui n’eft pas foudé.
- 116. „ Dans certaines circonftances les devers, pi. /, fig. 27,28, 29 & 50 , tiennent lieu du ringard volant dont on vient de parler.
- 117. A l’égard des pattes, on les a toujours faites dans les grolfes forges avec des mifes, même pour les ancres qu’on fabriquait dans les ports.
- 118. „ Pour faire les pattes, ayant préparé des mifes de fer bien affiné & corroyé, on en foude une au bout d’un ringard ; à celle-là on en ajoute une ou deux autres pour faire la longueur de la patte ; on étend ces mifes en les applatilfant ; on les amorce par les bords, pour recevoir d’autres mifes. Quand la patte a l’étendue & l’épaiffeur qui conviennent à la grandeur de l’ancre que l’on forge, on la borde ; c’eft-à-dire, qu’avec la tranche dont il fera parlé dans la fuite, on coupe ce qu’il y a de trop ; & avec les marteaux à bras on lui donne la figure régulière qui lui convient. Autrefois les .pattes étaient terminées par des lignes droites ; mais maintenant 011 fait leurs bords un peu courbes , comme on le voit pl. I, fig. 2 & 3 , & pU IF, fig. 3 & 4, ce qui augmente un peu leur furface.
- 119* » Quand le bras eft exactement forgé , on donne une chaude au quarré, & dans une autre forge on chauffe la patte pour la fouder fur le bras dans toute la longueur, ce qui demande de la célérité & de l’adreife j car il faut que cette réunion fe faffe d’une feule chaude , voy. pl. I, fig, 4.
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- Il eft vrai qu’ayant quelquefois remarqué , en finiflànt l’ancre , que la patte n’était pas foudée dans une partie de fa longueur, on y a remédié avec des clous rivés : cela eft très-bon , mais c’eft une reffource que l’entrepreneur doit éviter le plus qu’il eft pofliblej car comme il faut percer avec le foret la patte & le bras, cette opération emporte des frais confidérables. Lorfque la patte eft foudée, il faut donner aux bras la courbure qu’ils doivent avoir : pour cela on leur donne des chaudes plus ou moins fortes, fuivant l’épailfeur du fer , & on les tranfporte fur deux billots de bois qui fout couverts d’une épaiife femelle de fer, ce qui fait comme deux enclumes qui font près l’une de l’autre ; & avec de gros marteaux à bras on frappe dans le porte-à-faux ou entre ces deux efpeces d’enclumes, ce qui fait prendre peu à peu l’arc ou la courbure que les bras doivent avoir, comme on le voitpl.I ,fig. 4. Pour bien conduire cette courbure, il Brut, fur la table où on a tracé le patron ou gabari de l’ancre, tirer du bec de l’ancre à fon gros bout, non compris l’amorce, une corde ou une ligne RR,/;/. I ,fig. 1, enfuite élever de demi-pied en demi-pied les ordonnées S S perpendiculaires à la ligne R R i car en plaçant fur la piece qu’on forge une réglé divifée en demi-pieds , on fera enforte que les ordonnées fuient pareilles à celles du garabi ; ou bien on fait prendre à un barreau de quatre ou cinq lignes en quarré, la courbure que ce bras doit avoir j & en pofant ce barreau fur la piece qu’on forge , on fait enforte de lui faire prendre le même arc.
- 120. Quand il s’agit de foudet enfemble ces différentes parties d’une ancre, au lieu d’une grue il en Faut deux. On chauffe prefque fondantes vers les bouts , les deux pièces qui doivent être appliquées l’une contre l’autre ; elles ont chacune leur forge particulière ; elles font affez groffes pour l’occuper. Près de chacune de ces forges il y a donc une grue, & ces deux grues portent chacune leur piece fur l’enclume commune , où elles doivent fe réunir ; on applique l’un contre l’autre leurs bouts amorcés, & à grands coups on les contraint à ne plus faire qu’un corps. On ne faurait apporter trop de précautions pour bien fouder enfemble les parties de l’ancre ; il n’y a que des coups d’une prodigieufe force , appliqués fur une matière bien ramollie , qui en puif-fent venir à bout, fur-tout quand il s’agit de fouder un bras à la verge , ce que les ouvriers nomment encoller : aufli dans les forges où l’on travaille les ancres avec lès marteaux à bras, 011 a recours alors à des machines qui donnent des coups plus violens. Mais avant de parler de ces machines, fuivons la pratique des groffes forges.
- 121. „ M. de Réaumur infifte beaucoup, & avec grande raifon, fur les précautions qu’il faut prendre pour que la foudure des bras avec la verge foit bien parfaite : il dira dans la fuite qu’on fortifie l’encolure avec des mifes qu’on foude à bras dans les aiffelles & fur la tête de la croifée j enfin on rogne
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- l’excédent de fer avec la tranche, & on pare l’ancre. Tout cela fera explique quand M. de Réaumur aura décrit les machines de Breft & de Rochefort : iious remettons encore à parler en cet endroit, des attentions qu’on doit apporter pour que les bras foient exa&ement dans le plan qui leur convient.
- 122. A la forge d’Imphy dans le Nivernois , on a un marteau monté exprès pour l’encolage, qui s’élève plus au-deifus de l’enclume que les marteaux ordinaires , à caufe de la hauteur des bras qu’il faut retourner deffous. D’ailleurs l’effet de. la percuiffon eft d’autant plus confidérable que le coup tombe de plus haut j auffi ce marteau foude-t-il un bras à la verge en quatre à cinq coups. Il a pour manche une piece de bois de neuf pouces d’équarriffage , longue de douze pieds : ce manche eft à l’ordinaire porté par la piece de fer appellée hujfe ; mais au lieu que les bras agiffent fur les autres gros marteaux, en les prenant entre l’enclume & la huffe , ici ils le rencontrent entre la huffe & la queue , & c’eft en abaiffant le manche en cet endroit qu’ils élevent le marteau à trente ou quarante pouces de hauteur. Ii y a environ fix pieds du marteau à la huffe , & il n’y en a guere que trois de la huffe à l’endroit que preffent les bras alternativement ; l’arbre n’a que de ux bras i s’il en avait davantage, ils rencontreraient le manche avant qu’il fût à la fin de la chute.
- 12). „ Cette façon d’élever le marteau fatigue beaucoup l’arbre: néanmoins tous les gros marteaux de la fabrique de Cofne font dilpofés de cette façon j mais on fortifie toutes ces parties pour qu’elles puiffent réfifter à ces efforts.
- 124. Quand le marteau eft dans l’inaclion, il eft foutenu par un pieu prelque vertical, entré à force fous fon manche. Ce pieu refte jufqu’à ce que les pièces à fouderfoient arrangées fur l’enclume: fi-tôt qu’elles le font, un ouvrier abat le pieu d’un coup de maillet, le marteau tombe fur les pièces & continue à les frapper, parce qu’on leve dans le même inftant la pale qui arrêtait le cours de l’eau. Un bras étant foudé, on foude pareillement le fécond , mais de l’autre côté du même bout de la verge. O11 emploie différentes machines, dans différens ports , pour fouder les bras à la verge. A Breft on fe fert d’une bonnette femblable à celle avec laquelle on éleve un mouton pour enfoncer des pilotis. Pendant qu’on fabriquait des ancres à Vienne, on fe fervait de la même machine, par le moyen de laquelle fept à huit hommes élevaient un vrai mouton. Mais à Breft, en place du mouton, 011 met une maffue pefant environ 300 livres. Cette maffue eft par-tout à peu près ronde ; mais elle a deux diamètres différens : le manche eft de groffeur à être empoigné par un forgeron ; l’autre bout eft beaucoup plus gros. La corde qui fert à la fufpendre & à l’élever, eft attachée où finit le gros de la maffue, & où commence fon manche. Pendant que fept à huit hommes travaillent à i’élever en tirant fur les cordons, il y en a un qui tient le bout de fon man-Tome XV. F
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- elle ; il la dirige pendant fa chute , & il la fait tomber, autant qu’il lui eft poffible, fur l’endroit à fouder.
- 12 f. „ Les machines de Bref: & de Rochefort, qui originairement avaient été faites pour faire des ancres, ne fervent plus, depuis rétablilfement de la fabrique de Cofne , qu’à radouber celles qui ont été rompues. Je penfe meme qu’il y aurait plus d’économie à renvoyer les ancres à Cofne, que d’entreprendre des radoubs qui coûtent beaucoup dans les ports , & qui ne font folides que quand les ancres ne font pas fort groiTes.
- 126'. „ Je ne fais s’il ne ferait pas mieux d’élever par une fonnette ou poulie un marteau’ajufté comme dans les grandes forges, & qui ne peferait que 3 ou 400 livres ; car le grand défaut de la fonnette de Vienne & de la ma£ fue de Breft, que j’ai vu opérer, eft que le plus vigoureux forgeron a bien de la peine à diriger ces giodes maifes dans leur chute.
- 127. La machine dont on fe fert à Rochefort, pi. II^fig.6, eft moins iimple : eiie fait agir un marteau pefant 6 à 700 livres. Il a un manche lem-blable à ceux des marteaux des groiiës forges. Pour foutenir ce marteau & les pièces qui le font agir, 011 a *conftruit un aflemblage de charpente, compofé de divers montans liés par des entre-toifes : le tout forme une efpece de cage r. Les deux montants du devant de l’alfemblage ( nous donnons ce nom aux deux plus proches de l’enclume) portent les pivots, ou le boulon autour duquel le manche tourne. La partie de ce manche qui eft en-dehors de la cage, eft chargée du marteau ; elle eft de quelque chofe plus longue que celle qui eft en - dedans.
- 128. On entendra plus aifément l’ufage des autres pièces dont il refte à parler, lorfque nous aurons averti que le marteau n’agit point ici comme dans les grolfes forges , en tombant librement ; que diverfes pièces le pouffent pendant toute la chûte, à peu près comme les mains pouîfent les marteaux à bras. Les deux montans qui portent le marteau, portent au - dedus un boulon autour duquel tourne une forte piece de bois ; elle’eft pofée immédiatement au-deffus du manche ; elle a peu de faillie par delà les deux premiers montans; mais en-dedans de la cage, elle va quelques pouces plus loin que le bout du manche : on l’appelle & nous l’appellerons barre du rejfort, Elle tire ce nom d’une piece de fer recourbée , dont une partie eft attachée contre elle, & l’autre contre le manche aflez proche de fon extrémité.
- 129. La même barre tient encore au manche du marteau par un autre endroit ; à quelques pouces de fon bout elle a une frette de fer ; le manche en a aufîi une. Une chaîne de fer, engagée dans l’une & dans l’autre frette, eft le fécond lien qui tient la barre du relfort jointe avec le manche ; d’où il fuit que il 011 éleve le bout de la barre , on éievera en même teins le
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- bout du manche du marteau , ou ce qui eft la même chofe, qu’on fera def. cendre le marteau vers Penclume ; la barre contribue encore, par un autre endroit, à faire defcendre le marteau 5 quand là partie qui eft en - dedans de l’aifemblage s’élève, celle qui eft en-dehors s’abaiife; elle rencontre le manche entre fon point d’appui & le marteau ; elle le preife donc encore de defcendre.
- i}o. Huit hommes appliquent leurs forces pour faire agir la barre du reifort, & voici la difpofition des pièces qui leur en donnent la facilité. Dans les deux montans de derrière font taillées deux couliifes, l’une vis-à-vis l’autre; un pefant cric y monte & defcend librement, fans pouvoir s’écarter d’aucun autre côté. Les dents du cric font en-dehors de l’aifem-blage que nous avons comparé à une cage : une feule eft prolongée en-dedans, celle-ci eft arrêtée par le moyen d’une clavette contre une piece de fer faite en maniéré de verrouil commun; le prolongement de la dent entre dans la partie qui reifemble à la poignée du verrouil. Le corps du verrouil ou le boulon eft engagé dans deux crampons qui ont quelque faillie par-delà la barre du reifort, & attachés chacun contre une de les faces latérales ; ainiî le cric eft, pour ainii dire, attaché lui - même au bout de la barre du reifort.
- 131. Par-dela les deux derniers montans de l’aifemblage que nous avons appellé une cage, eft un autre aifemblage de charpente, dont les deux pièces q, fig. 6, que nous avons à confidérer, font deux entre - toifes de la cage prolongée; elles portent en n l’eflieu d une lanterne, qui n’a des fufeaux que dans une moitié de fa circonférence, & qui en a autant que le cric a de dents. Le même eiïieu eft celui fur lequel font fixées deux grandes roues de bois m ; la lanterne eft à égale diftance de l’une & de l’autre : elles ont chacune une manivelle p placée aifez proche de leur circonférence. Une groife corde tient à chacune de ces manivelles.
- 1^2. Quatre hommes tirent avec force & fubitement chacune de ces cordes, pendant que deux hommes de grande taille agi dent de chaque côté immédiatement fur la manivelle. Ils font faire un demi-tour aux roues, ou, ce qui eft la même chofe, à la lanterne, avec qui leur eftîeu eft commun ; au bout de ce demi-tour de lanterne, le marteau tombe fur l’enclume. Pour voir la liaifon qui eft entre ce demi-tour de la lanterne & la chute du marteau, il faut imaginer le cric auiîi bas qu’il puiife être, & la première dent ou la dent fupérieure du cric engagée fur le premier fufeau de la lanterne. La lanterne, en tournant, prend fucceflivement toutes les dents du cric ; elle 1 eleve ; le cric éleve la queue de la barre du reifort qui entraîne avec foi le bout du manche du marteau ; le marteau par conféquent defcend. Le fécond bout de la barre , celui qui eft placé entre le marteau &le point
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- d’appui de fon manche, preife encore la chûte : le marteau ne tombe fur l’enclume que quand le dernier fufeau a élevé la derniere dent du cric. Dans l’inftant fuivant dans l’autre demi tour, la lanterne n’a plus de prife fur le cric’: auffi le marteau fe releve; & cela parce que le poids du cric, celui du relfort, celui de la partie de la barre & de la partie du manche, qui font en-dedans de la cage, joints enfemble, furpaffent le poids du marteau & de la partie de fon manche qui eft en-dehors de la cage. Quoique la percullion de ce marteau produife un grand effet, elle n’égale pas celle des marteaux des groifes forges, & elle eft plus lente.
- 15J. Pour retenir encore plus fermement les bras contre la verge, 011 applique des mifes aux aiflelles & fur tous les joints, où on les foude avec des marteaux à bras. Le bout de la verge excede ordinairement les bras : 011 rogne cet excédent & tout ce qui fe rencontre ailleurs de fer fùperflu, avec une tranche, outil fimple,dont nous verrons fouvent faire ufage: c’eft une e£ pece de coin d’acier bien trempé, engagé dans une fente faite dans un long morceau de bois qui lui fert de manche. Le maître ancrier tient le manche pendant que des forgerons frappent fur la tète delà tranche, dont le tranchant eft appuyé fur le fer inutile : enfin, à coups de marteaux qui 11e pefent que if à 18 livres, on achevé d’applanir & d’unir les endroits raboteux', ce qu’on appelle fonder les balevrts & parer t ancre.
- 134. „ Nous avons déjà dit, & l’on doit le comprendre, fi l’on fe rappelle ce qui a été dit au commencement de ce mémoire, qu’il eft très-important que les deux bras des ancres foient exa&ement dans un même plan, & en outre que le plan qui palferait par l’axe des deux bras coupe à angle droit celui qui palferait par l’axe du jas. Enfin il faut que les plans des deux pattes foient parallèles entr’eux : ces conditions font très-importantes, & méritent toute l’attention du maître ancrier. Pour les remplir, il place fur l’en-e-lume la verge de façon que le morceau de bois que le maître ancrier tient dans fes mains, & qui palfe dans le trou de l’organeau, foi t bien parallèle au plan de l’enclume, au qu’il foit bien de niveau. S’il y a déjà une patte de foudée, le maître ancrier fait caller cette patte fur des chantiers & des coins de bois. Quatre ouvriers travaillent à faire prendre cette pofition à l’ancre qu’on va encoller5 outre les deux grues & les chaînes, on emploie encore des palans, des chantiers, &c. pour que les bras foient précifément dans k pofition. qui leur convient; mais il faut que ces opérations qui exigent de la précifion, s’exécutent fort vite, afin que le marteau puilfe frapper tandis que le fer eft extrêmement chaud.
- 135. Une partie de l’eifet de l’ancre dépend de la jufte courbure de fes bras; on achevé quelquefois de la leur donner après que tout le refte eft fini, & cela fans le fecours du marteau. On alfujettit avec des cordes la
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- verge de l’ancre contre un pieu vertical. On allume le feu fous un des bras, & principalement vers le défaut de la patte, qui eft l’endroit à recourber. On attache une corde à cette patte, & on la fait paifer fur une poulie qu’on a eu foin d’arrêter contre la verge. Deux ou trois hommes, en tirant cette corde, contraignent le bras à fe recourber; qu’on n’en conclue rien de défavantageux contre fa force, de ce qu’il cede à deux ou trois hommes, lui qui doit tenir contre le vent ; le feu l’a, pour ainfi dire, rendu une pâte molle.
- i $ 6. Il y a une maniéré équivalente de recourber le bras : après l’avoir chauffé, on paife une corde dans l’organeau ; on attache les deux bouts de cette corde tendue à un étrier de fer, qui embraife le bras proche du bec; cet étrier eft retenu par une chaîne de fer, qui faifit le bras au défaut?'des ailes de la patte ; ces ailes empêchent la chaîne de glilfer. On paife enfuite un levier entre les deux parties de la corde; plulieurs hommes appliquent leur force pour tourner le levier ; ils tortillent les deux parties de la corde l’une fur l’autre; ne qui tire fortement le bras, & le contraint à fe courber. Il y a pourtant des endroits où l’on ne courbe les bras qu’à coups de marteau , & cela immédiatement après y avoir foudé les pattes.
- 157. La courbure qu’on tâche de leur donner eft celle d’un arc de cercle de 6o degrés ou environ. Voici comment le forgeron mefure cette courbure : il prend la longueur qu’il y a depuis lacroifée jufqu’au bec. E11 commençant de même à la croifée, il porte cette longueur fur la verge, & mefure fi la diftance qu’il y a depuis l’endroit de la verge où elle fe termine jufqu’au bec, eft égale à chacune des longueurs précédentes. Si elle eft plus grande, il continue à faire courber le bras, il mefure la nouvelle courbure, & cela jufqu’à ce qu’il trouve que les trois lignes dont nous avons parlé, forment un triangle équilatéral.
- i;8- Avant de confier le falut d’un navire à une ancre, on réprouve ordinairement. On a deux maniérés diiférentes de faire cette épreuve, dont la première devrait être entièrement rejetée, quoiqu’on y ait quelquefois recours dans nos ports, & que plufieurs gens dignes de foi m’aient alfuré l’avoir vu pratiquer en Hollande. Pour cette efpece d’épreuve on fait un lit de vieux canons ou d’autres gros morceaux de fer arrangés les uns auprès des autres. Près de ce lit on place une grue de 30 à 40 pieds de haut: on éleve l’ancre à eiïayer au haut de la grue, & on la laiflè tomber tout d’un coup fur cette couche de ferraille. Elle eft jugée bonne fi elle réfifte à cette épreuve, & mauvaife fi elle fe caife. À vrai dire, le jugement qu’011 en porte eft fort incertain : une mauvaife ancre peut réfifter fi la perculïion tombe fur les parties les plus fortes; & la percufiion peut être telle, qu’elle brifera une partie bien fabriquée & conftiuite dans les proportions. Ce 11’eft point par une efpece de perculïion pareille que le vaiileau agit contre i’ancre, il faut
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- effayer fa force de la maniéré dont elle a à l’exercer ; c’eft: pourquoi la fécondé maniéré de l’éprouver eft fans doute préférable.
- 159. Pour faire cette autre épreuve, on enfonce un pieu ou une poutre dans' la terre,. 011 accroche le bras" de l’ancre à ce fort pieu, & l’on met un cordage dans L’organeau de l’ancre. Par le moyen d’un cabeftan, 011 tire ce cordage julqu’à le caffer, li l’on veut; d’où il eft clair que, fi le cordage eft de la grolfeur ou de la.force de celui qui doit tenir l’ancre dans la mer, l’ancre a Soutenu dans cette pofition la plus grande réfiftance qu’elle ait à foutenir : je dis dans cette pofition ; car celle où on l’a nufe n’eft peut-être pas celle où certaines parties de l’ancre fatiguent le plus. Pour faire cette épreuve d’une maniéré encore plus fûre, il faudrait placer l’ancre à peu près comme elle l’eft dans la mer, & lui donner des appuis fixes en différens endroits de fon bras ; ce qui ferait aifé en faifant entrer la patte dans un trou creufé en terre, auprès duquel une grolfe poutre, ftablement arrêtée, ferait auffiengagée en terre ; la poutre ferait le point fixe qui arrêterait le bras : enfin l’elîai fait fur un bras ne conclut rien pour l’autre.
- 140. C’est ordinairement aux bras que les ancres fe calfent en mer, ce que les marins appellent s'épatter ; elles fe calfent auffi à la verge près du quarré ; ce font les endroits les plus faibles : elles fe calfent auffi quelquefois proche de l’encolure, & dans d’autres endroits ; mais alors c’eft la faute du fer ou de la fabrique.
- 141 „ M. Deslongschamps avait imaginé une autre manœuvre pour éprouver les ancres. On enlaçait les bras de l’ancre à éprouver par des pilots , on tirait l’ancre obliquement par un cabeftan & un pieu : par l’application oblique des forces, on faifait en même tems {ouftrir des efforts à la verge & aux deux bras; mais fi l’on voulait augmenter ces eiforts jufqu’à rompre le cordage, il fallait ne le pas rendre capable d’une trop grande réfiftance; car un effort qu’on multiplie tant qu’on veut, peut être pouffé au point de tout rompre. Je voudrais donc ne mettre au cabeftan que le nombre d’hommes qu’011 emploie ordinairement pour lever une ancre qui eft bien prife dans un terrein ; car fi dans ce cas l’ancre réfifte, elle doit être jugée bonne, quoique le cable n’ait pas rompu: d’ailleurs , fi 011 allait toujours jufqu’à rompre le cable, les épreuves coûteraient beaucoup.
- 142. „ Pour prouver que rien ne réfifte à des efforts multipliés, il' fuftit de rapporter une expérience que j’ai vu faire à Rochefort. Ayant appuyé les deux pattes des ancres fur deux forts pilots, 011 multiplia la force du cabeftan, par des caliornes qui agilfaient fuivant une direction directe. Trois ancres- qu’on reconnut excellentes par la rupture, rompirent néanmoins par la verge, & on ceffa cette épreuve, parce qu’on. s’apperqut qu’ont romprait toutes les ancres de l’arfenal.
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- 14$. „ Je penfe comme M. de Réaumur , que l’épreuve propofée par M. Deslongs champ s eft beaucoup préférable à celle qu’on employait auparavant^ qui conliftait à faire tomber des ancres fur des canons ; car indépendamment des raifons que M. de Réaumur a rapportées, & qui font très-bonnes, j’ajouterai qu’une violente commotion, qui n’a pu rompre un corps dur, a quelquefois tellement ébranlé & délüni les parties, qu’elles rompent enfuite fous les moindres efforts. Un canon de fufil, à qui 011 a fait fubir -une violente épreuve, creve avec une charge ordinaire. Mais rien n’eft plus propre à rendre cette vérité fenfible, que de voir travailler un fen-deur de grès : il donne fur fon bloc de grès cinq ou fix coups de malfe * fans qu’il paraiffe la moindre rupture, & au feptieme le bloc fe fépare quelquefois en deux. Je penfe donc que l’épreuve propofée par M. Deslongs'* champs eft la moins mauvaife de toutes, mais que le mieux eft de s’alfu-rer de la bonté des barres qu’011 emploie , & de la perfe&ion de la fabrique. On verra dans un inftant, que c’eft aufïi le fentiment de M. de Réaumur.
- 144. Remarques fur les proportions des ancres de differens poids. Il n’y a encore rien de confiant, d’établi, ni meme d’ufage conftamment fuivi, fur les proportions que doivent avoir entr’eîles les parties d’une même ancre , & fur celles que doivent avoir entr’eîles les parties d’ancres de différens poids. Les proportions qu’on veut dans un port font différentes de celles qu’011 préféré dans un autre. Une ancre fabriquée fur les mefures qu’on demande à Breft, eft toute différente de l’ancre du même poids fabriquée fur les mefures qu’on demande à Rochefort : il y a plus, on change fouvent de proportions dans un même port.
- 14$-. En général ces variétés viennent de ce qu’on n’a encore rien déterminé géométriquement fur la figure des ancres. Entre plufieurs ancres d’un même poids, forgées félon les différentes proportions, on a choifi celle qui a plus d’avantage , pour fervir de modèle à toutes les autres de pareil poids : mais il eft fouvent arrivé que celles qui étaient félon les proportions choifies , n’avaient plus le poids de l’ancre qui fervait de modèle; ou que quand 011 leur donnait le même poids, on ne pouvait plus leur donner les mêmes proportions. Plus le fer eft pur, moins il contient de laitier, plus il pefe fous le même volume. D’ailleurs , une ancre contient d’autant plus de fer fous le même volume, qu’elle a été mieux forgée , que les barres ou les mifes ont été mieux foudées enfemble ; il en refte d’autant moins de vuide entr’eîles, & les différences qui naiifent de là peuvent aller loin. M Trefaguct affure,& on peut l“e fier à ce qu’il affure, qu’une ancre de fa fabrique , faite fur les mêmes dimenfions d’une ancre de Rochefort de 19co livres, pefait ifis livres.
- 146. Cela même fournirait une maniéré de connaître la nature de leur
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- fer, & fi elles ont été bien fabriquées. Après s’ètre déterminé pour les proportions qu’on croit les meilleures , il faudrait faire fabriquer, devant des perfonnes éclairées & attentives-, des ancres compofées toutes d’un fer excellent, & forgées le plus parfaitement qu’il ferait pofîible. Ces ancres faites avec foin , ferviraieut , pour ainfi dire , d’étalons pour toutes les autres ; celles qui ayant les mêmes mefures peferaient moins, feraient reconnues pour être d’un mauvais fer , ou mal fabriquées.
- 147. Une feule ancre même, faite avec ce foin, fuffirait fi elles doivent toutes avoir des figures femblables ; les mefures d’une ancre d’un certain poids étant connues, ou détermine par le calcul quelles doivent être celles d’une ancre demandée d’un autre poids ; le diamètre ou la longueur de chaque partie femblable de l’une eft au diamètre ou à la longueur de chaque partie femblable de l’autre , comme la racine cubique du poids de la première eft à la racine cubique du poids de la fécondé; ou, ce qui revient au même, foit divifée la racine cubique du poids de l’une par la racine cubique du poids de l’autre , & foient divifées par le quotient chacune des parties connues, on aura les parties cherchées ; c’eft-à-dire, que nommant D le diamètre ou la longueur d’une partie quelconque de l’ancre connue, P fon poids, p le poids de l’ancre qu’on veut fabriquer at , fon diamètre ou fa
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- longueur, on aura pour déterminer les proportions, D . x : : y P . y'/?.
- oux = —-j-y_=D x y/JL. Un exemple va rendre cela encore plus »/p , p
- fenfible. Soit P fuppofé repréfenter tantôt la longueur, tantôt le diamètre d’une ancre de 4000 livres, & qu’on veuille connaître les proportions d’une ancre de 500 livres: dans ce cas , = P '4000 livres &p = y 00 livres , & alors
- 3 ___ 3 -------- 3 D
- JL. = y -^35- = */\ = | : donc x — ' Ainfi, fi je veux conftruire
- une ancre de foo livres, femblable aune ancre de4000 livres, je dois donner à là verge la moitié de la longueur de la verge de l’autre; de mèniG je donnerai à cette verge près du collet & près du quarré, des diamètres qui feront la moitié de ceux de l’ancre qui fert de modèle, & ainfi de ceux de toutes les autres parties.
- 14g. Ce que nous avons dit de l’ancre de yoo & de l’ancre de 4000 livres , doit fe dire de même de toutes les autres. Le calcul 11’en deviendra pourtant pas toujours également commode : fouvent on fera contraint de fe contenter d’à peu près , & cela, parce qu’on ne pourra que rarement avoir en nombre entier la racine cubique d’un poids divifé par un autre. De là vient encore que, quoiqu’on fe foit propofé, dans les différentes tables des proportions des ancres, de leur donner des figures femblables, on ne
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- îe fait que rarement : on en aura affez de preuves, fi l’on compare dans une de ces tables, les proportions d’une ancre de foo livres avec celles d’une ancre de 4000 livres; on trouvera que les parties de la petite ont la plupart un diamètre qui furpalfe la moitié de celui des mêmes parties de la grande.
- ifi. On pourrait croire que cela a été fait à deffein ; qu’on a craint de rendre certaines parties des petites ancres, trop courtes ou trop minces, fi on les tenait proportionnelles à celles des grandes ; que la verge de l’ancre de foo livres n’aurait pas, par exemple , allez de longueur pour faire bien accrocher les pattes, fi elle n’avait précilëment que la moitié de la longueur de celle de 4000 livres. Mais fi l’on eût agi dans cette vue, il aurait fallu retrancher fur certaines parties ce qu’on eût donné de plus à d’autres; autrement l’ancre n’a plus le poids propofé, & c’eft ce qui arrive dans notre exemple. Si i’on fuppofe que toutes les proportions de l’ancre de 4000 livres 11e donnent précifément qu’une ancre du poids de 4000 livres , celles qui ont été données pour l’ancre de 500 livres donneront une ancre beaucoup plus pefante. Il eft vrai qu’on donne ordinairement aux bras des ancres de foo livres moins de largeur & d’épaiiTeur joignant la verge, & moins de largeur & d’épaiiîewr près de la patte, que le rapport de leur poids avec celui des ancres de 4000 livres 11e le demanderait; mais en même tems 011 fait ici les bras des ancres de foo livres plus longs à proportion, ce qui va à peu près à compenfer ce qu’on a ôté de l’autre côté ; de forte que la verge étant beaucoup plus pefante, les mefures données pour les ancres de f 00 livres donnent des ancres d’un poids beaucoup plus grand. Après tout, fi les différentes proportions qu’on a fuivies jufques ici 11e font pas les vraies, il y a du moins lieu de croire qu’elles s’en écartent peu, puilque des ancres fabriquées fur les unes & les autres, font de fort bon fervice.
- RÉCAPITULATION tant dt ce qui ejl contenu dans le mémoire de M. DE RÉAUMüR, que dans les notes de M. Duhamel.
- 15"2. On a vu, à la vérité fort en abrégé, la maniéré dont la mine de fer fe convertit en fonte ; comment la fonte fe convertit en loupes ; & comment on étire les loupes en barres, pour en faire ce qu’on appelle fer marchand. Nous avons effayé de faire connaître la maniéré d’employer le fer forgé en gros ouvrages ; car les ancres qui font d’un volume confidérable, font bien propres à fervir d’exemple.
- if3. Nous avons expliqué affez brièvement comment les ancres fe fabriquaient avec des mifes de loupe, lorfque M. de Seignelay fe propofa d’éta-Torne XF G
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- blir la fabrique des ancres dans différentes provinces ; & l’état où fe trouvait ce travail, lorfque M. de Pontchartrain envoya à Cofne M. Trefaguet, & des forgerons de Breft’, pour le rectifier. On a vu les progrès de cette fabrique fous diiférens miniftres, & comment M. le comte de Maurepas eft parvenu à mettre la manufacture de Cofne dans un état fort approchant de la perfection, fous la direction de M. Babaud de la Chauffade. (*)
- 15-4. On fit d’abord les verges & les bras des ancres dans les mêmes forges où la fonte fe convertit en fer forgé. Au lieu de porter les loupes fous le gros marteau pour les étirer en barres, on les joignait enfemble fous ce même gros marteau, & l’on en formait ainfi les pièces d’ancres. Il s’en fabriqua une quantité très-confidérable, mais qui furent reconnues mauvai-fes. Elles rompirent prefqu’auffi aifément que fl elles avaient été fondues. Les parties ferrugineufes de ces mifes n’étaient point liées les unes aux autres, & elles étaient mêlées d’une grande quantité de laitier qu’on fait être fragile comme le verre, & qui tient de fa nature.
- iff. On crut enfuite qu’elles feraient d’autant plus parfaites , que l’on en exprimerait plus exactement le laitier; & pour y parvenir, au lieu de fouder enfemble les loupes en Portant de la chaufferie, 011 les portait d’abord feules fous le gros marteau, où l’on en exprimait le laitier.le plus qu’il était poffible, en les tournant & retournant plufieurs fois, ce qui les alon-geait ; après quoi on les pliait bout fur bout, pour leur faire prendre la forme d’un parallélipipede , auquel on donnait enfuite une figure approchante de celle d’un coin. C’eft ce qu’011 appellait une mife fuée & refoulée. Enfin on fou-dait, fous le gros marteau, toutes ces mifes pour en former les verges & les bras des ancres. Mais ces ancres , plus folides que les premières & moins caffantes, l’étaient encore alfez pour qu’eu les éprouvant à la mer , 011 s’apperçût qu’il était très - dangereux de leur confier la lîireté des navires du roi.
- if6. C’est ainfi que l’on travaillait, lorfque M. de Pontchartrain envoya à Cofne des officiers inftruits, afin qu’ils fiiTent les épreuves & les tentatives qu’ils jugeraient néceffaires pour perfectionner la fabrique des ancres. Après avoir examiné ce travail, & la nature du fer que i’on employait, ils remarquèrent que cette derniere façon de fabriquer les ancres remédiait à l’inconvénient que caufait la trop grande quantité de laitier renfermée entre les
- ( * ) En 17 3 3, M. de la Chauffade acheta dans fa terre de Guérigny, & une quatrième le fonds de cette forge, & M. le comte de dans fa terre de Villemenant entre la Cha-Maurepas le chargea de cette partie du rité & Nevers. M. de Machault étant mi-fervice : le fuccès en a été fi heureux, que niftrede la marine, leur attribua le titre de M. de la Chauffade fut obligé de conftruire manufafturt royale, & les portes en font une fécondé forge à Cofne, une troifieme gardées par un Suiffe avec la livrée du roi.
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- molécules ferrugineufes des mifes de loupes, dont on avait exprimé une partie en les corroyant ; mais que ces parties ferrugineufes, quoique plus rapprochées les unes des autres, n’étaient pas alfez engagées les unes dans les autres, pour rendre le fer liant.
- 15*7. M. Trefaguet rejeta entièrement ces fortes de mifes : il fit étirer des barres à la longueur d’environ trois pieds, pour que les molécules s’alon-gealfent à mefure que la barre acquérait de la longueur j & de cette façon les molécules s’engageaient les unes dans les autres : il fit enfuite replier ces barres en trois ; après quoi il en fit chauffer les parties avec du charbon de pierre, pour les fouder les unes aux autres fous le gros marteau, & leur fit donner la forme d’un parallélipipede, que l’on amorçait enfuite en coins : par cette opération, les molécules de fer reliaient toujours longues , engagées les unes dans les autres ; de forte que ce fer, au lieu d’être caffant, était fort liants & l’on formait enfuite les pièces d’ancres avec ces mifes , comme op les faifait auparavant avec les mifes de loupes. M. de Pontchartrain ordonna qu’on en fit de cette façon, & qu’on les envoyât dans les ports , où elles réfifterent aux plus vives épreuves.
- 158. La fabrique des ancres avait ainfi acquis un grand degré de perfection. M. Trefaguet conçut néanmoins que ces ancres pouvaient être fujettes à un inconvénient : lavoir, que parmi le grand nombre de mifes âlfembîées les unes avec les autres , il aurait pu s’en rencontrer quelques - unes qui n’auraient pas été bien foudées ; de forte que, quelque bon qu’eût été le refte, l’ancre n’aurait pas laiffé de rompre dans ces endroits. Il fut donc jugé qu’au lieu de replier en trois chaque barre pour en former ùne mife, il était plus à ^propos de les laüfer de toute leur longueur, & même de les alonger davantage , afin qu'elles occupaient toute la longueur de l’ancre} ce qui revenait à la méthode qu’on fuivait dans quelques ports où l’on avait eifayé de faire des ancres.
- i)"9. Cependant, après avoir examiné cette derniere méthode, on crut y reconnaître plufieurs défauts effentiels qui la rendaient plus dangereufe , par conféquent moins bonne que la précédente. En fuivant cette méthode dans les ports où l’on n’a pas de courant d’eau pour faire jouer les gros marteaux & les foufflets, on prenait une fùfîifante quantité de barres de fer quarré, delà longueur que l’on voulait donner à l’ancre 5 011 en faifait un paquet -, on l’aiTemblait avec des liens de fer ; on le portait au feu -, & lorfque ce paquet était chaud, plufieurs forgerons frappaient deifus, 8c foudaient ainfi ces barres enfemble , ou au moins ils femblaient les fonder : car il faut obferver deux choies. La première., que la verge d’une ancre devant être plus groife par un bout que par l’autre , 8c toutes ces barres étant d’une égale groifeur par-tout, on était obligé d’en fourrer de plus courtes entr’clles ; ce qui fa fiait
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- qu’elles ne pouvaient fe joindre exactement ; que certaines parties des barres-longues portaient à faux fur l’extrémité des barres courtes, & qu’elles devaient fe caffer lorfque la verge de l’ancre tendait à plier dans le mouvement que le vailfeau lui caufe à la mer. Pour cette raifon, on avait pris le parti d’appliquer les courtes barres fur la fuperficie du faifceau ; mais on tombait dans l’inconvénient des mifes. La fécondé chofe à obferver, c’eft que ce paquet , de la maniéré qu’on le chauffait dans les ports avec des foufflets à bras, ne pouvait jamais dans le cœur être chaud à îouder; & que, iuppofé même qu’il l’eût été, les marteaux à bras ne font pas une impreflîon luffifante pour pénétrer jufqu’au centre du faifceau. O11 convenait, dans les ports , qu’il n’y avait que la fuperficie qui fe foudait d’un pouce ou environ d’épaiifeur, & que les barres du milieu reliaient féparées & renfermées feulement dans une écorce ou croûte de fer forgé. On conçoit que cette croûte, qui ne peut être foutenue également par-tout, doit fe rompre dans plufieurs endroits. En ce cas, fi l’eau de la mer s’infinue par ces ruptures, elle rouillera & détruira les barres intérieures , qui alors céderont aux moindres elforts.
- 160. Il parai fiait cependant, que lî l’on pouvait remédier aux défauts qu’on vient d’expofer, les ancres de barres feraient les meilleures qu’elles peuvent être. On y elt parvenu par la méthode que je vais expofer. Au lieu d’employer des barres de fer quarré égales dans toute leur longueur, on les fait forger plates & inégales dans leur largeur & leur épaifiêur, pour les proportionner aux dimenfions que la verge doit avoir , & fe difpenfer d’interpofer des bouts de barres courtes entre les longues. On forme donc , avec ces barres pyramidales, un paquet, en les couchant les unes fur les autres par lits j enfortc que celles de deflus couvrent les joints de celles de défions , obfervant de faire ce^ paquet beaucoup plus court que la piece ne doit être. Ce paquet eft chauffé jufqu’au centre d’une maniéré fuffifante pour être foudé par-tout, parce que les foufflets de bois que l’eau fait mouvoir, fourniflent un vent abondant & Lapide, dont ceux de cuir qu’on meut à bras, ne font point capables. Quand il eft chauffé de cette forte, on le porte fous un gros marteau pefant 800 li vres, duquel la forte impreftion furpaffe infiniment celle des marteaux à bras, dont on eft obligé de fe fervir dans les ports où il n’y a point de chûte d’eau pour faire mouvoir un marteau d’une pareille pefanteur. Toutes les barres fe foudent & s’alongent enfemble, les intérieures autant que les extérieures : ce qui prouve qu’elles font toutes fuffifamment chaudes pour être foudées.
- 161. Le volume d’une piece faite de cette forte, eft plus petit que celui d’une piece d’un pareil poids, faite à bras, parce que la matière eft plus comprimée , & qu’il ne refte point de vuide entre les barres. Cela paraît démontré , premièrement, par la difpofition du paquet avant d’être foudé j lècondement, parce que les barres du centre s’alongent autant que celles
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- delà fuperficiej ce qui prouve qu’elles font à peu près également chaudes, qu’elles fe font foudées, & qu’elles font toutes un même corps. Dans les petites forges au contraire, le paquet ne pouvant être que rond , parce que les petits marteaux ne pourraient abattre les grands angles d’un paquet quarré, les coups tendent plutôt à féparer les barres qu’à les joindre, comme il paraît en frappant fur la fuperficie d’un cercle, formée de plu-lieurs pièces féparées : il en réfulte qu’il refte beaucoup de vuide entre les barres quarrées , qu’on ne peut bien arranger quand on forme un paquet rond. D’ailleurs , chaque barre ne peut recevoir qu’obliquement la faible impreffion des petits marteaux ; ce qui fait que même celles de la fuperficie font mai foudées, & qu’il s’y doit former beaucoup de barbes. Auffi toutes ces barres reftent-elles de la même longueur fans s’alonger, au lieu que le gros marteau, qui porte à plomb fur les barres plates, les foude & les alonge toutes très-confidérablement. On voit par ce qui précédé, qu’à poids égal, ces ancres doivent avoir bien moins de volume que celles fabriquées dans les ports, & qu’elles ont toutes la perfedion que l’on peut defirer, fins qu’elles foient fujettes à aucun des défauts qu’on reproche à celles des mifes & à celles qui font formées de menues barres quarrées & d’égales dimenfions dans toute leur longuer.
- 162. Fabrique des différentes pièces qui compofent les ancres. Les barres qui doivent former la verge ou les bras d’une ancre étant bien éprouvées pour s’alfurer fi elles font de bon fer, on les arrange, comme il vient d’être dit, les unes fur les autres , afin qu’elles compofent un tout pyramidal 5 & pour les joindre enforte qu’elles puilfent être tranfportées au feu & à l’enclume, 011 foude des liens en anneaux de différentes grandeurs, que l’on fait entrer par le petit bout du paquet, jufqu’à l’endroit où l’on a delfein qu’ils s’arrêtent , en les y chaifant à grands coups de marteau, afin qu’ils ferrent le paquet qu’ils embralfent ; & on en met autant qu’on le juge néceifaire pour alfujettir toutes les barres du paquet. Si à quelques endroits les barres pa-railfent dérangées, on les force de reprendre leur place avec des coins qu’on chafle entre le lien & la barre qu’on veut alfujettir.
- 163. Avant de mettre le paquet au feu, on doit avoir calculé toutes les dimenfions de l’ancre, fuivant la figure & les proportions que l’on a delfein de donner à fes parties ; après quoi on trace exadement la vraie forme de l’ancre fur une table bien unie ,que l’on divife de pied en pied par des perpendiculaires à la ligne du milieu. On porte ce paquet à la forge, en commençant de le chauffer par le petit bout. On met cet endroit au-delfus & vis-à-vis la tuyere : on le couvre de charbon de terre, & on donne l’eau à la roue des foufflets.
- 164. Le paquet étant chaud à fouder dans la longueur d’un pied ou envi-
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- ron, eft porté fous le gros marteau qui en foude toutes les barres en cet endroit par fa feule imprefîion ; & ayant pris avec deux compas de calibre fur le patron de l’ancre & l’épailfeur & la largeur que doit avoir la piece dans l’endroit qu’on vient de forger, on lui donne exa&ement, à un quart de ligne près, les dimenlions qu’elle y doit avoir ; enfuite on forme de cette forte une autre portion, & l’on continue de la même maniéré dans toute l’étendue de l’ancre ; en finifïànt par le gros bout, on l’amorce de deux côtés , c’eft-à-dire, qu’on l’applatit pour recevoir un bras de chaque côté. A l’égard des bras, ils ne font amorcés que du côté qui doit s’appliquer fur la verge. La verge étant finie, on chauffe le quarré pour y fouder deux mifes en faillie , qui fervent à retenir le jas de l’ancre ; & après avoir marqué l’endroit du trou de l’organeau, on chauffe de nouveau le quarré, & on le porte fous le gros marteau qui, en frappant fucceffivement fur des mandrins de différente grotfeur , perce le trou où doit entrer l’organeau. A l’égard des bras, on foude fur chacun une patte formée par plufieurs mifes réduites à l’épaif. feur & à la grandeur convenable.
- iôf. AjfembLage des pkces. La verge & les deux bras étant finis, on les foude enfemble. Pour cela on chauffe le gros bout de la verge & celui d’un des bras ; & tous deux étant également chauds, on les porte fur l’enclume par le moyen de grues auxquelles ils font fufpendus à une même hauteur que l’enclume. Trois ou quatre coups du gros marteau les foudent parfaitement. On chauffe encore le tout, & le fécond bras que l’on foude de la même maniéré, en forte que le bout de la verge fe trouve engagé entre le bout de chaque bras. On applique enfuite des mifes dans les aiflèlles & aux endroits des joints pour les remplir & les lier plus fermement, & ces mifes fe foudent avec des marteaux à bras. On rogne le bout de la verge & les parties de fer qui font de trop, avec une tranche qui eft engagée dans la fente d’un long manche que tient le maître ancrier , & fur la tète de laquelle frappent les forgerons.
- 166. Pour donner à chaque bras le tour ou l’arc qui convient, afin qu’elle puiffe s’infinuer dans le fond du terrein, on amarre une corde au bout de la patte, on paife l’autre bout dans un moufle qui eft attaché au milieu de la verge; & après avoir chaude le bras au défaut de la patte, ou à l’endroit que l’on veut plier , au moyen de cette corde on parvient à le faire courber de la quantité qu’on juge néceffaire.
- 167. Comme la verge & les deux bras de l’ancre que l’on veut alfembler, forment une épaiffeur allez confîdérable, le marteau à encoller doit retomber d’aifez haut pour donner de forts coups, afin de profiter de la chaleur des pièces qui doivent être foudées en quatre ou cinq coups de ce gros marteau. Son arbre n’a que deux bras ou mentonnets, parce qu’un plus grand nombre ne lui donnerait pas le tems de retomber.
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- E TA T des proportions des ancres qui fouffrent quelques variations dans les differentes fabriques.
- Poids des ancres.' Longueur de la verge. Groflfeur de la verge au gros bout. GrofFeur de la verge auprès du quarré. GroITeur du quarré en une feule Face. Longueur du quarré. GrofFeur des bras à la croifee. Longueur des bras de la croifee à la patte. Longueur des bras dont la patte eft defFus. GrofFeur des bras contre la patte Largeur de la patte. Longueur de la patte. Epaif-feur de la patte. Groffeur de l’organe au. Diamètre de l’or* gan.
- pied. po. pouc li. po. li. po. li. POUG. lig- pou. li. po. li. po. li. po. li. po. li. po. li. lignes. po. li. pouc.
- 6000 n 3ï 23 7 I I 30 3 s I I 32 35 23 3f 3 6 18 10 3°
- 5900 14 10 34 9 22 II 6 11 29 7 34 9 31 7 3 s 6 22 11 34 9 3f 6 18 9 II 30
- S 800 •4 9 34 7 22 9 6 9 29 2 34 7 ?i 2 35 22 9 34 7 3f 18 9 10 29
- 5700 14 8 34 4 22 8 6 8 28 9 34 S 30 9 34 6 22 8 34 4 34 6 18 9 9 29
- f 6 00 14 7 3+ 2 22 7 <$ 7 28 4 34 2 3° 4 34 2% 7 34 2 34 18 9 8 28
- SSoo 14 5 $ 4 22 6 6 6 27 10 34 30 33 6 22 6 34 33 6 18 9 7 28
- 5400 H 4 33 9\ 22 4 6 S 27 5 33 9 29 7 33 22 4 33 9 33 17 9 5 27
- 5 300 14 3 33 7 22 3 6 4 27 33 7 29 2 32 6 22 1 3 3 7 32 6 17 9 r 26
- 5200 H 2 33 4 22 2 6 > 0 26 8 33 5 28 9 32 22 2 3 3 4 32 17 9 4 26
- 5100 H 1 33 2 22 1 6 26 4 33 2 28 4 31 6 22 1 33 2 31 6 17 9 2 2$
- 5000 '4 33 22 6 1 25 33 28 31 22 33 3i *7 9 24
- 4900 13 11 32 7 21 10 6 2f 10 32 7 27 11 30 11 21 10 32 7 3o 11 17 9 24
- 48oo 13 10 32 2 21 8 6 2f 8 32 2 27 10 3° 10 21 8 32 2 30 10 17 9 24
- 4700 13 lo 31 9 21 5 6 2f 5 3i 9 27 9 30 9 21 S 3i 9 3o 9 17 9 24
- 4600 13 9 31 4 21 3 6 24 3 3i 4 27 8 3° 8 21 3 3i 4 3o 8 17 9 24
- 4500 13 9 30 11 21 6 25 1 30 11 27 7 30 7 21 30 11 3o 7 17 9 24
- 4400 ‘3 8 30 6 20 10 6 24 10 3o 6 27 5 30 6 20 10 30 6 3o 6 17 9 23
- 4300 13 7 30 I 20 7 6 24 8 30 1 27 f 3° S 20 7 30 I 30 4 17 9 23
- 4200 13 7 29 8 20 5 6 24 29 8 27 3 30 3 20 r 29 8 30 3 !7 9 23
- 4100 *3 6 29 4 20 2 6 24 'y 29 4 27 1 30 2 20 2 29 4 3o 2 17 9 *3
- 4000 13 6 29 20 6 24 29 27 30 20 29 3o 17 9 23
- 3900 13 5 28 11 19 IO 6 23 JO 28 11 26 8 29 9 I9 9 28 11 29 9 17 9 23
- >3 * 28 10 T9 8 6 23 8 28 10 26 f 29 4 19 7 28 10 29 6 ï7 9 22
- 3700 13 4 28 9 19 5 6 23 S 28 8 26 1 29 19 4 28 9 29 3 17 9 22
- 3600 13 4 28 8 19 2 6 23 y ? 28 7 2f 9 29 I19 2 28 7 29 ï7 9 22
- 3500 13 0 28 7 19 S 1 2 23 28 6 2f 6 28 9 19 28 6 28 9 16 9 22
- 3400 13 3 28 6 18 10 ï I 5 22 10 28 5 2 S 3 28 6 18 9 28 5 28 6 i5 9 12
- 3300 13 3 28 S 18 8 5 î 22 8 28 4 2f 28 X r 8 rr / 2 8 'y * 28 -<s 16 Q 21
- FABRIQUE DES ANCRES.
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- FABRIQUE DES ANCRES.
- Poids des ancres. Longueur de la verge. Grofleur de la verge au gros bout. de la verge auprès du quarré. du quarré en une feule face. Longueur du quarré. GroReur des bras à la croifee. gueur des bras de la croifée à la patte. gueur des bras dont la patte eft deffiis. Grofleur des bras contre la patte. Largeur de la patte. Longueur de la patte. Epaif-feur de la patte. Grofleur de l’organeau. Dia- mètre del’or- ganau.
- pied. i>o. po. li. po. li. po. H. po. li. po. li. po. ü. po. li. po. li. po. li. po. li. lignes. po. li. pouces
- 5200 13 2 28 3 18 5 s a 22 5 28 3 24 8 28 18 4 28 2 28 16 9 21
- 3100 13 2 28 1 18 2 f 7 22 3 28 2 24 4 27 6 18 2 28 I 27 6 16 9 21
- 3000 13 2 28 r8 S 7 >. 22 28 24 27 18 28 27 16 8 1 a 21
- 2900 13 27 10 117 11 ï 1 2 22 27 9 23 9 26 10 17 II 28 26 IO 16 8 1 a 21
- 2gOO 12 IO 27 8 17 10 ï 22 27 7 23 7 26 8 17 10 27 7 26 8 16 8 j a 21
- 27OO 12 8 27 5 17 9 ï 7 21 27 4 23 4 26 6 17 9 27 f 6 16 8 1 2 20
- 2600 12 6 27 2 l7 8 s 7 2 21 27 2 23 2 26 4 17 8 27 2 26 4 16 8 1 n 20
- 2500 12 4 27 17 7 ï 1 21 27 23 26 3 ‘7 7 27 2 26 3 16 8 20
- 24OO 12 2 26 IO 17 6 ï 21 26 9 22 9 26 2 17 6 27 26 2 16 8 20
- 2300 12 26 8 17 4 s 20 26 7 22 7 26 1 «7 4 16 7 16 8 19
- 2200 II 10 26 17 3 s 20 26 4 22 4i 2f 9 17 26 f 2 f 9 16 8 19
- 2100 II 9 26 2 17 2 f 20 26 2 22 2 2f 4 17 2 26 2 2f 4 16 8 19
- 2000 II 9 26 17 s 19 ,10 26 22 2 f 17 26 2f 1 6 8 19
- *900 II 6 2f 16 I a f 19 8 2f 21 10 24 10 16 J /n 2 f 24 10 16 8 19
- 1800 II 3 24 16 V 19 5 24 21 8 24 8 16 24 24 8 16 8 l8
- 1700 II 23 if 1 2 T l9 2 23 21 f 24 f if i a 23 24 f 16 7 17
- 1600 IO 9 22 K Y l9 22 21 2 24 2 if 22 24 2 16 7 16
- IfOO IO 6 21 14 1 2 4 3 4 ï8 i°5 21 21 24 14 i 5 21 24 If 7 If
- 1400 IO 3 20 14 4 3 4 *8 8 20 20 10 23 10 H 20 23 10 If 6 14
- 1300 10 19 13 î 2 4 3 4 18 6 19 20 8 23 8 13 1 a 19 23 8 If G 13
- 1200 9 9 18 13 4 3 4 18 2 18 20 f 23 f 13 18 23 f If f 12
- 1100 9 6 17 12 4 3 4 18 17 20 2 23 2 12 17 23 2 If f 12
- 1000 9 4 16 11 4 3 4 18 16 20 23 11 16 23 I f f 12
- 900 8 10 16 10 4 1 2 17 1 f 19 21 10 if 21 1 n •>» H f 12
- 800 8 4 I? 9 4 4 16 H 18 20 9 H 20 13 f 12
- 700 7 IO 14 8 4 1 if 13 17 18 8 13 18 1 2 12 4 I I
- 600 7 4 13 7 3 11 H 12 16 17 7 12 17 11 4 II
- 500 6 10 12 6 3 8 13 11 if if 6 11 ‘f I '•y 10 4 10
- 400 6 4 11 f 3 6 12 10 13 *4 f 10 [4 9 3 10
- 300 1 10 IO V 3 3 10 9 12 H f 9 H 8 3 9
- 200 5 6 9 4 3 3 9 8 11 ‘3 4 8 13 8 2 I â 8
- IOO ï 6 8 4 3 8 8 ro 12 4 8 12 8 2 1 a 7
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- Tome XV.
- SC
- dimensions
- De quelques ancres ajfei généralement adoptées dans là marine.
- • Lon- Groffeur G10 (Peur Largeur Lon- Groffeur Loxi' Lon- Groffeur Lon-* Lia- 1
- Poids gucur de !a ‘‘ de la verge \ d’une gueur des bras gueur des bras gueur de la partie des bras Largeur gucur Epaif- Groffeur métré dei
- des ' verge au des de la des bras, auprès 1 1 de la feur de de l’or-
- de la gros .auprès du à la cr oifée recou- ‘ de la l’orga- B
- ancres.' du faces du croifée. à la verte par de la patte. la patte. ganeau.
- verge. boutB quarré. quarré. quarré. pattr la patte. patte. patte. neau. |
- - pieds, po.- pouces.- pouces pou. /ig. pou. /ig*- pou. lig. pouces. * pouces. pou. lig. pou. lig. pou. lig. pouces. pou. lig. pouces, f
- 6000 if 31 23 7 11 30 31 11 32 36 23 31 36 18 IO 3°
- fOOO H . 33. 22 - 6 26 33 28 31 22' 33 31 17 9 24
- 4000 U 6 29 20 6 24 29 27 30 20- 29 .30 17 9 . 23 1
- 3000 13 ; 2 •*28 18 f 6 22 28 24 27 l8 2 28 1 27 6 16 8 6 21 !
- 2000 u 9 26 17 f 19 10 2 6 22 ’ 2f 17 2 6 2f 16 & 19 1
- IOOO 9 4 16 11 4 - 9 18 16 20 23 I ï 16 23 if f 12 1
- fo 6 ^ 10 12 6 3 * 13 11 if If 6 11 I.f 6 10 4 IO f
- 300 1 10 IO f 3 3 10 9 12 H f 9 14 8 3 9 1
- 200 f 6 9 4 3 3 9 8 11 13: 4 8 13 8 2 6 8 1
- j 100 ' 1 & 8 ‘ 4 3 1 ;8 .8 ' ÏO 12 4 - 8 Ï2 8 2 6 7 1 ggrÆmÆii
- FABRIQUE DES ANCRES.
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- f8 FABRIQUE DES A'N C R E S.
- È X P JL* I C À'TJ O N D Ê_S ‘ F I G U R E S. j
- P L A N C H E | I.
- Fig. i , ancre couchée fur "le terrein , & deflinée régulièrement î AB, la verge ; B D , R G, les bras ; MD, MG, les pattes ; D & G, les becs 5 MB , te fort ou le rond des bras ;M D, MG, le faible ou le quatre des bras ; B , -encolure ou croifée.-Les angles rencraus formés par les bras & la verge aux côtés de N font les ailfelles. La partie de la verge près N fe nomme le* collet, ou le fort de la verge. Entre Q_& H, le centre d’où Ton trace la courbure des bras. N HD, triangle équilatéral. C, autre centre quand on veut rapprocher les pattes pour faire une anfe de panier : e, faible de la verge'; e E F , quarré de la verge ou culalTe de L’ancre ; E , tourillons » O, organeau; R R, ligne qu’on -trace fur le gabati pour élever les perpendiculaires S S S à cette ligne, qui font des ordonnées à la courbe du bras. Ceè ordonnées fervent à faire prendre aux bras la courbure qu’ils doivent avoir avant qu’ils foient foudés à l’ancre.
- Fig.. 2,, jas d’ancre N O ; la ligne ponduée marque l’endroit où fe réuniR Lent les deux pièces ou fiajques qui le compofent; P, cercles de fer qui le réuniifent ; Q_, quarré de l’ancre.
- Fig, 3 , coupe dç la verge,par la ligne Q_H.
- Fig. 4 , bras avec Fa patte avant! qü’il doit courbé : la^patte eft en-deffous» ce qui fait qu’outre le -rond-I L. des bras-,-on voit fon quarré L DjMDM, le plat de la patte ; M, les oreillons ; D,\le bec.
- Fig. f , ancré "imaginée par M. Perrault ; d , verge de l’ancre qui devient fourchue en e; /<?,/*, les deux branches de la verge fourchue.
- Fig. 6, ancre dont les bras A C, A D font fuppofés couchés fur le ter-rein ; A B , la vetge ; B M , ta prolongée de la verge ; E F , le jas qui eft fup-pofé perpendiculaire au terrein ; L , point de la verge où l’on fuppofe que réiîde le centre de gravité de l’ancre; BI, le cable.
- Fig-‘7', ancre qui a fe s bras A C,AD dans une fituation perpendiculaire au terrein, & le jas FE parallèle & couché furie terrein.
- Fig. 8-, ancre dont la verge tombe perpendiculairement fur les bras qu’on fuppofe droits. Le jas eft fuppofé couché fur le terrein.
- Fig. 9 ; levier fcellé par une extrémité dans une muraille ,& dont l’autre extrémité-eft chargée, d’un poids,
- Fig. 10, vaiifeau qui leve fon ancre mouillée dans un fond de fable ou de vafè.
- Fig. xi > barre étirée & enfuite pliée pour en faire une mife.
- Fig. 12 , maniéré de former une verge d’ancre en foudant des mifes les unes au bout des autres % a , l’enclume ; b, la verge ; c , morceau de bois qui paife dans le trou de l’organeau j dx la mife je, ringard foudé à la mife.
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- FABRIQUE DE S ANCRES/ &
- Fig, i$ , maniéré de fouderlcs mifes pour former la verge d’une atiêre.
- Fig. 14, maniéré de s’affurer que la mile eft exactement {budée.
- Fig. 1 ^, paquet de barres d’une égale force dans toute leur longueur, qu’on était obligé de grolîir du côté du fort par des quilles de fourniture qu’011 voit en a.
- Fig. i(5, autre difpofition des quilles de fourniture.
- Fig. 17, faifceau formé de barres quarrées, rangées par zones concentriques * pour faire voir les vuides qui relient en A A, & empêchent que les barres 11c fe joignent les unes aux autres.
- Fig. 18 & 19, deux coupes faites de barres plates & pyramidales, arrangées de façon qu’elles forment des liaifons. La coupe, fig. ig» ett au fort de la verge, & la coupe ,fig. 19 , efb au faible. FF, diamètre du gros & du petit bout ; GG, hauteur du paquet ; HH, première couche fervant de couverture du gros & du petit bout ; LL, fécondé couche; MM, troifieme couche ; N N, quatrième couche ; T T , neuvième couche qui fert de couverture. On voit què par les coups violens du gros marteau qui pefe huit à neuf cents livres & qui s’élève fort haut, toutes ces barres font comprimées de H en T, ce qui foude les joints horizontaux. Comme ces barres s’élar-gilfent, les joints verticaux fe ferrent les uns contre les autres , & fe foudent aulfi; d’ailleurs, après quelques coups de marteaux ,011 les retourne fur l’enclume pour les forger dans le fens FF.
- Fig. 20 , bras en partie forgé : a b , le quarré ; b c, le rond qui n’eft pas encore arrondi, mais qui doit l’être ; d, endroit amorcé.
- Fig. 21, cylindre fuppofé foutenu fur les deux points d’appui A & B , & chargé au milieu d’un poids C.
- Fig. 22 , ancre qu’on fuppofe tirée fuivant la direction C D.
- Fig. 23, croiffant placé fur le devant de la forge , pour foutenir la piece qu’on forge.
- Fig. 24, b, bécaffe, morceau de fer quarré, qu’on place au fond de la forge, & dont la pointe a Centre dans le foyer, pour élever les pièces au-delfus des tuyeres.
- Fig. 2$ , y, barre ronde dont on forme l’organeau
- Fig. 26, ringard'volant & à griffe, dans lequel on engage les bras prefque finis. c
- Fig. 27 , 2§ , 29 & 30, différens inftrumens nommés devers , qu’on emploie pour manier le fer chaud.
- 1 Planche IL
- Haut de la planche. Fig. 1, barres de fer plus épaiffes au bout a qu’au bout£, pour former la verge, retenues en paquet par des liens faits avec d’autres barres foudées en forme d’anneaux c; d, ouvrier qui contraint à grands coups de marteau ces anneaux de différens diamètres, à ferrer le paquet.
- H ij
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- €ù FA BRI QUE D E S ANCRES.
- Fig. 2, machine fimple & commode en forme de potence, qui a, à l’un & l’autre des bouts de fon arbre vertical , deux pivots fur lefquels elle tourne. Les ouvriers l’appellent grue.
- Fig. 3 , ouvriers qui tournent une ancre fur l’enclume, au moyen d’une piece de bois palfée dans le trou de la culaffe , lorfqu’elle eft mal préfentée fur l’enclume k & fous le marteau e ; car d’abord il faut que les barres foient ptéfentées fur leur plat ; & de plus c’eft le petit bout qu’on préfente le premier le manche du gros marteau ; /?, les bras de l’arbre tournant q; m , endroit où l’on a brifé le drome à deifein.
- Fig. 4, dans le fond on voit des forgerons occupés à faire prendre aux bras la courbure qu’ils doivent avoir quand on n’y a pas réufli en les encollant ; n, pieu contre lequel la verge eft attachée ; o , le foyer où l’on a fait chauffer la verge;/», le bras qu’on veut courber, auquel eft attachée une corde qui pade dans la poulie q, & fur laquelle les forgerons tirent.
- Bas de la planche.
- Fig. i , grue ou potence tournante fur le pivot A ; C C, arbre vertical tournant , qui porte le bras D D. Comme ce bras eft long , & chargé de gros fardeaux, il eft fortifié par le lien de bois E, par l’étrier de fer G, & par les tirans auffi de fer FF.
- Fig. 2 , crémaillère ; a , l’étrier de fer qui embraffe le bras de la grue. On y voit un boulon de fer h , qui permet à la crémaillère de tourner dans le feus parallèle à l’horizon ; e } verge qui foutient la crémaillère i d, dents qui l’accrochent dans l’étrier f; c, crochet fur lequel repofe la verge de l’ancre.
- Fig. y , chaîne fervant au même ufage que la crémaillère i a , l’étrier , b, boulon ; c, crochet qu’on paffe dans les maillons.
- Fig. 4, palan attaché à des poutres qu’on met à deifein au - deifus des feux & des enclumes. Il fert à foutenir la verge de l’ancre lorfqu’elle eft au feu. L’anfe de corde a, qui s’accroche au palan , s’appelle une élingue.
- Fig. <;, palan qui fert à foutenir la verge de l’ancre lorfqu’elle eft au feu.
- Fig. 6 , le grand marteau tel qu’on l’emploie à Bref!:, vu en perfpecftive avec l’afiemblage de charpente j k, u, marteau prefqu’abattu fur i’en-clume t. On voit en b comment le manche du marteau eft preifé par un des bouts de la barre du reffort ; #z, une des grandes roues qui portent les manivelles; n, la roue qui eft de l’autre côté , & qui ne paraît prefque point dans cette figure ; o p , manivelle pièces qui portent les queues des roues & de la lanterne \r, alfemblagfe de charpente qu’on nomme la cage; A, crémaillère; s , trappe placée auprès de l’enclume pour couvrir une foife dans laquelle entre un des bras quand il en eft befoin.
- Fig. 7 , palan dont on fe fert pour foutenir de groifes pièces.
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- FABRIQUE DES ANCRES. 61
- .....fr.
- EXPLICATION
- De quelques termes qui ont rapport à la forge des ancres.
- xAiles d’une ancre, en allemand Flü-gel. Voyez Pattes.
- Aisselles, en ail. Achfeln, ce font les a.ngles rentrans qui font formés par la verge & les bras : on fortifie les ailfelles par des mifes.
- Amorcer un morceau de fer, quelques- uns difc-nt émorcer : c’eft l’ap-platir par un de fes bouts comme un coin; il faut amorcer les mifes, les bras, & généralement toutes les pièces qu’on veutfouder.
- Ancre, en ail. Anker, gros crampon formé par une forte verge qui fe partage par un de fes bouts en deux ou plufieurs branches courbes & pointues , & qui porte à l’extrémité un anneau auquel ou attache ou on ëtalingue un gros cable qui répond de l’autre bout au vaifléau.
- L’ancre doit entrer ou mordre dans le fond de la mer, & fixer le vaifléau en un lieu_par l’effort qu’elle oppofe au vent, aux courans & à la lame.
- Les parties principales d’une ancre font le corps ou la verge , les bras , les pattes, l’organeau. Elle a de plus fon quarré, ou fa culaffe, fes tourillons, fon fort, fon faible : les bras ont auffi leur fort & leur faible, leur rond & leur quarré. Tous ces termes font expliqués dans le texte.
- Jeter l'ancre ou mouiller, en ail. den Anker aufverfen, C’eft quand , abandonnée à fon poids, elle fe précipite au fond de la mer. Le mouillage, en ail. der Ankergrund, eft le terrein où l’ancre s’attache : quand le fond eft de vafe ferme ou de fable , on dit que le mouillage eft bon : s’il eft de roche , de galet
- ou de vafe molle, le mouillage ne vaut rien ; car l’ancre ne mordant point ou ne tenant pas ferme, elle obéit aux efforts du vaiffeau qui chaffe fur fon ancre & court rifque de fe perdre. Dans les fonds de roche ou de galet les cables fe raguent 8c s'ëtripent, c’eft-à-dire, qu’ils s’ufent. Quelques-uns di-fent ancrage au lieu de mouillage : mais c’eft improprement; car l’ancrage eft un droit d’amirauté.
- Défancrer ou lever Vancre , en ail. den Anker lichten, eft la détacher du fond pour l’amener au vaiffeau: quand elle a quitté le fond, on dit qu’elle a dérapé.
- Ancre à demeure ou ancre d'amarrage , en ail. ein Hafenanker, eft celle qui eft toujours fixée en un même lieu, fouvent à terre au bord du rivage, pour y amarrer ou tuuer les vaiffeaux. Quelquefois ces fortes d’ancres n’ont qu’un bras.
- Il y a ordinairement fur un vaiffeau, i?. l’ancre de miféricorde, 2°. la groffe ancre, qv. l’ancre de veille, 49. l’ancre d’aifourche, p9. deux ancres à touer.
- L'ancre de miféricorde , en ail. der Nothanker9 qu’on'nomme auffi Vancre de la calle, eft une fort groffe ancre qu’on tient dans la calle pour y avoir recours dans les befoins preffans. Quelques capitaines n’en veulent point, parce qu’on s’en fert rarement, & que fou-vent le danger eft paffé avant qu’011 l’ait parée 8c mife en état de fervir.
- Les deux ancres de bord ou des bof-foirs, (ont. i9. la groffe ancre qu’on nomme auffi la maîtrejfe ancre, en ail.
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- 6Z FABRIQUE DES ANCRÉS-
- derHauptanker, c’eft celle qu’on mouille le plus ordinairement: l’autre eft Mancre de veille^ en ail. der Nachtanker, qui eft prefqu’auffi grolfe que la précédente i on la tient prête à mouiller il l’autre chalfoit: quelques-uns appellent la maîtrelfe ancre celte de la calle.
- Les ancres d'affourché, en ail. der Teyankerfontjaufli aux boiloirs. Ce font des ancres moins groifes, qu’on mouille pour empêcher les vailfeaux d’obéir aux courans & à la marée j quand un vaiifeau eft affourché fur deux ancres, celle quis’oppofe à la marée montante s’appelle l’ancre de flot, en ail. der Fluthanker, & celle qui s’op-pofeà la marée defcendante fe nomme V ancre de jufant\ de même Y ancre du large fe dit par oppolition à Yancre de terre ; celle - ci eft du côté de la terre, l’autre du côté de la pleine mer.
- On dit que des ancres font empenne-lees, quand on en mouille deux à la fuite l’une de l’autre.
- Brider une ancre, en ail. den Anker bekleiden , c’eft élargir lafurface de fes pattes, lorfqu’on mouille dans un fond de vafe molle.
- Les ancres à touer, en ail. der TVurf anker, font de petites ancres que la chaloupe va mouiller à l’avant, & qui fournirent un point fixe pour fe rendre dans un endroit en virant fur le cabeftan.
- Gouverner fur fon ancre, c’eft porter le cap fur la bouée pour fe rendre à pic ou perpendiculairement fur l’ancre.
- B
- Bec , en ail. Spitze, ou improprement la beque d’une ancre, eft l’extrémité la plus menue des bras: le bec répond à un des angles des pattes.
- Bouée. Voyez Orain.
- Bras , en ali. Arm. Les bras d’une ancre-fe-ntdeÈ pièces courbes qui font fondées au bout de la verge , & qui doivent entrer dans le terrein pour af-
- fujettir le vaiifeau. On diftingue le fore & le faible , le rond & le quarré des bras, fur lequel font foudées les pattes, le bec & l’extrémité de ce quarré.
- Brider une ancre. V. Ancre.
- C
- Cable , en ail. Tau , c’eft un gros cordage qui répond d’un bout à l’ancre & de l’autre au vaiifeau.
- Calcaire. Les piérres calcaires font celles qui par la calcination fe réduifent en chaux: la caftine eft une pierre calcaire qui fe charge des foufres de la mine.
- Car guer les voiles, en ail. dieSegel ein\iehen , c’eft les plier en tout ou en partie pour ralentir la marche du vaif-feau.
- Castine , en ail. Flufsfpat, pierre qu’on mêle avec la mine de fer pour aider à la formation des feories.
- Chasser fur fon ancre, en ail. auf dem Anker jagen.Un vaiifeau chaffe fur fon ancre quand elle obéit a fes efforts.
- Chaude , en ail. Schveiffe. Donner une chaude eft tenir le fer au feu ju£ qu’à ce qu’il ait pris alfez de chaleur pour être forgé ou foudé. On dit que pour faire une bonne foudure, il faut donner au fer une chaude fuante, c’eft-à-dire, qu’il commence à fondre.
- Cingler, en ail. durchfchneiden, chez les forgerons, lignifie forger, étirer , corroyer le fer, en un mot, le pétrir. Ce mot chez les marins eft fy-nonyme avec Jiller.
- CREMAILLERE , en ail. ein greffer Hacken, dans les forges, c’eft une forte de crochet brifé qu’on peut fixer à différentes hauteurs , au moyen d’une piece dentée que l’onj arrête avec une bride de fer qui fait l’office d’un lin-guet. Cet inftrument reffemblefort aux crémaillères des cuifines.
- Croisée , en ail. das Ankercreut\. La croifée d’une ancre eft formée par
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- FABRIQUE D
- les deux bras qui font foudés au bout de la verge: quelques-uns appellent cette partie la crojje.
- Culasse , en ail. das Viereck, ou le quarré de la verge , eft une portion qu’on fait quarrée du côté de l’organeau , pour que le jas foit mieux alfu-jetti : le quarré des bras eft la partie la plus menue, fur laquelle on foude les pattes.
- D
- Davier. Voyez Ringard volant.
- Déraper. Voy. Ancre.
- DÉSANCRER. V. Ancre. . '
- Devers , ail. Hebely Hacken, inf-trument de fer de différentes formes, qui fervent à faifir & manier le fer lorf-qu’il eft chaud. C’eft quelquefois un levier, d’autres fois un crochet ou un morceau de fer percé d’un trou dans fon milieu: nous en avons fait graver de plufieurs formes.
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- Eguille de fourrure, en ail. Aus-führungen.
- Empenneler une ancre 9 en ail. tinen Anker verdoppeln. Voy. Ancre.
- Encoller , c’eft fouder les bras à la verge.
- EpattÉE , en ail. ein entfchafelten Anker. Une ancre épattée eft celle qui a perdu une de fes pattes.
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- Faible de la verge & des bras, en ail. die fchwæche der Ruthe und der Ærme. Voy. Ancre.
- Fer affiné eft le fer forgé en barre.
- Fond de bonne ou de mauvaifè tenue. Voyez Ancre.
- Fonte de fer.
- Fourrures, en ail.Drfüllungsfloebe* fortes de mifes qu’on joignoit autrefois aux barres, pour augmenter la gtofleur de la verge & des bras.
- Frettes , en ail. eiferne Bander* anneaux de fer plat, qui fervent à réunir
- ES ANCRES. 63
- les faifeeaux des barres.
- G
- Grapins , ail. kleine Anker, petites ancres qui ont le plus fouvent quatre bras & point de jas : les grapins du bout des vergues pour les brûlots, font des efpeces de crochets : nous les avons fait graver.
- Grue , en ail. Gabeln. On nomme ainfi dans les forges des ancres des potences tournantes qui fervent à porter les groffes pièces de fer du feu à l’enclume. v
- Gueuse , en ail. eine Gans , gros lingot; de fer fondu qu’on moule au fortir du.grand fourneau : elle a la forme d’un ptftme.
- Jas , en al). Ankerfiock, deux pièces de bois exactement jointes enfemble , qui embraftent le quarré de la verge : elles font réunies par des chevilles & des frettes; on nomme quelquefois ces pièces des jumelles ou des flafqu.es.
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- Laitier ou litier* en ail. Schlacker, feories de fer à demi vitrifiées qui nagent fur le métal 'dans les grands fourneaux.
- Lever l’ancre, en ail. den Anker lichten , c’eft l’amener à bord.
- Loupe, en ail .gereinigte Gans, c’eft du fer de gueufe, fondu par du charbon de bois, & qu’on a un peu pétri fous le marteau.
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- Mises , en ail. Kolhen, ce {ont des morceaux de fer détachés qu’on foude enfemble pour en faire une grofte maife.
- Mouiller l’ancre, en ail. den Anker aufwerfen , c’eft la laiifer tomber au fond de la mer. Voy. Ancre.
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- Oreille , en ail. Winket, ce font deux des angl es des pattes. V. P ânes.
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- FABRIQUE DES ANCRES.
- Organeau, en ail. greffer Ring, anneau de fer auquel on attache le cable.
- Orin ou Okain , en ail. Bogfeil, cordage qui eft amarré à la tète de l’ancre ou à la croifée, auquel on attache à l’autre bout la bouée qui le fait flotter. Cette bouée eft quelquefois un barril, quelquefois des morceaux de liege fermement ailujettis les uns aux autres. On haie fur florin , quand on eft forcé de lever l’ancre , comme on dit, par les cheveux.
- Ouvrer , en ali. durcharbeiten, en terme de forgeron, eft corroyer le fer. Un fer bien ouvré & qui n’eft point brûlé , eft doux & liant.
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- Palan, en ail.Fackel Les marins appellent ainfi les poulies mouflées.
- Parer une ancre , en ail. einen Ankerfertig machen, en terme de marins, eft la difpofer à être mouillée j & parer une ancre, chez les forgerons , eft retrancher ©e qu’il y a de trop avec la tranche, & fouder des mifes aux endroits où il n’y a pas aflez de fer.
- Pattes , en ail. die Schaufeln. Les pattes font des morceaux de fer plats à peu près triangulaires qu’on foude. au bout des bras : deux des angles forment les oreilles , & le troifieme le bec.
- Prendre, en. ail. faffen. On dit que fl ancre prend, quand elle entre & mord dans le fond de la mer.
- Q_
- QuarrÉ, de la verge, en ail. das Viereck der Ruche , voyez Culaffe. Des bras. Voy. bras.
- Quilles de fourniture, en ail. Erfuliangsfplit.ter , ce iont des bouts de barre auxquels on donne une forme pyramidale ,&qiflon employait autrefois pour augmenter la grofleur de la verge du côté de là croifée.
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- Ringard, en, ail. Schweif hand-
- habe, barreau de fer qu’on foude au bout d’une piece qu’on veut chauffer & forger pour la manier plus commodément. On s’en fert quand les morceaux étant courts , n’ont pas aflez de prife fur- tout quand ils font trop pe-îans pour être fai fis avec des tenailles. On forme ordinairement au bout des ringards une anfe,dans laquelle on pafle un morceau de bois pour tourner aifétnent la piece fur l’enclume. On nomme ringard volant ou davier, un barreau de fer qu’on attache à la piece qu’on veut forger , au moyen d’anneaux & de crampons.
- Rouable , en ail. eine Krucke, c’eft quelquefois une efpece de ratiiToire emmanchée dans du bois^-ifautres fois un crochet ou efpece de fourgon : fon ufage eft d’attifer le charbon, & dans les fontes, d’écumer le métal.
- S
- Sillage , en allem. der Lauf eines Schifs. Le fillage d’un vaifleau eft la même chofe que fa marche: On dit indifféremment : ce vaiffeaa marche bien, ou il a un bon Jillage.
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- Tenir bon, fe dit quand l’ancre réfifte aux efforts du vaiifeau.
- Tourillons d’une ancre ,en ail. Zapfen ,font deux pièces de fer qu’on foude fur le quarré de la verge, & qui font encaftrées dans les flafques du jas.
- Tuyere, en ail. Rœhre, canal de fonte par lequel le vent des foufBets fort pour exciter le feu.
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- Verge d’une ancre, en ail An--kerruthe, eft un gros barreau de fer qui forme la longueur de l’ancre. On diftingue le gros ou le fort de la verge de fon faiblej la culaflê fait partie de la verge, & elle eft à fon faible. Dans Quelques ports on dit improprement la vergue au lieu de la verge.
- Fin de la Fabrique des Ancres.
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- DE LA FORGE
- DES
- ENCLUMES.
- Par M. Duhamel du Monceau.
- Tome XV.
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- DE LA FORGE
- D £ S E N C L U M E $. (*)
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- î. jLm E S enclumes font des maifes de fer acérées, plus ou moins grofles, fur iefquelies on forge différens métaux, pour leur faire prendre les formes qu’on defire. Elles font, après les ancres, une des plus grofles pièces de forge qu’on ait coutume de travailler, puifqu’il .y en a qui pefent quatre, cinq, fix cents, mille livres & même plus. On a coutume de fabriquer les plus fortes enclumes dans les grandes forges ( i ) ; on y coule même quelques gros tas : ces enclumes étant de pur fer de gueule, font les plus mauvaifes. On trouve communément deux efpeces d’enclumes chez les marchands , dont les unes font faites avec du fer de loupe : li l’on con-fulte ce que nous avons dit fur les ancres, on faura que les loupes font du fer de gueufe , c’eft - à - dire, du fer fondu qui a été pafle à raffinerie, & auquel on a enfuite donné .quelques coups de marteau. On forme avec ce fer brut des mifes amorcées en forme de coins, qu’on ajoute au bout d’un ringard, & qu’on foude les unes aux autres pour donner la forme à ces enclumes. Nous ne nous étendrons pas davantage fur ce point, parce que ces fortes d’enclumes ne font pas à beaucoup près auffi bonnes que celles dont nous allons parler. *
- ( * ) On n’a trouvé dans le dépôt de l’académie qu’une feule planche, fur laquelle on a ajouté quelques nouvelles figures ; niais aucun mémoire fur cette matière.
- (i) Très-fouvent pour forger les enclumes on conftruit un fourneau avec fes foufflets en plein air, foit pour radouber les vieilles enclumes qui ont des fraétures ,foit
- pour en forger de neuves. L’art confifte a donner au fer le degré de chaleur convenable , à l’écrouir , à le durcir convenablement & également par-tout,pour prévenir les fiflfures ou les écailles ; enfin à fouder les pièces ou mifes avec la plus grande exactitude au moyen des entailles & du marteau.
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- DE LA FORGE
- 2. Pour faire les bonnes enclumes, on forge, & on étire au gros marteau un paralléiipipede de fer bien épuré A , fig. 7 ; on y foude un ringard B. Comme on le voit en C, fig. 8 ^ a b doit faire une partie de la largeur de l’enclume, & b c fa hauteur. Et comme le paralléiipipede C doit être foudé fur un autre tout pareil, on mande une de fes faces avec la tranche S, fig. 13 de la vignette, comme on le voit à la face C, fig. 8.
- 3. Pour une enclume ordinaire, on forge quatre parallélipipedes fem-blables à C, fig. 8; en fuite on donne une bonne chaude fuante aux deux faces qui fe doivent toucher, & qui font martelées , comme il a été dit : quand les deux parallélipipedes font ,-bieii chauds, on les pofe l’un fur l’autre, comme D E, fig. 9; & avec le gros marteau, on les foude ; puis on coupe le ringard E; on martele la face d\ alors la moitié du corps de l’enclume eil faite : on forge une autre pièce toute pareille à E D ; & en chauffant à fuer les faces d dans deux forges differentes , on les applique l’une fur l’autre; on les foude, & par ce moyen l’on a un gros paralléli-pipede efg h , fig. 6, qui fait le corps de l’enclume : ik font les ringards dont on n’a repréfenté qu’un bout pour ne point embarraifer la planche. Si l’on fdudait encore un paralléiipipede femblable à E D, /zg. 9 , fur la face g h l k ; en rapportant une couche d’acier fur la face F, on aurait un gros tas propre à étirer du fer ou à forger de très-groifes pièces. Nous en avons repréfenté de pareilles dans l’art de la forge des ancres, ainfî que celui C, fig. de la vignette, qui n’eft guere plus difficile à faire que celui dont nous venons de parler.
- 4. Ces enclumes fe font aux groifes forges; & leur fa brique effc Ci fimple que nous nous contenterons du peu que nous venons de dire : le feul article qui mériterait quelques détails , eft la façon d’appliquer la table d’acier fur la face F, fig. 6, & de lui donner la trempe; mais ces deux points feront amplement détaillés dans la fuite: ainli nous allons expliquer comment ayant un corps femblable à celui marqué F , fig. 6, on peut en fabriquer une enclume femblable à celle marquée h, fig. 20, ou à celle marquée f, fig. 21.
- f. Cet ajulfement fe fait ordinairement dans les groifes forges pour les enclumes neuves; mais il y a des forgerons qui courent les villages pour radouber & rétablir les enclumes rompues ; & il eft fingulier que ces gens qui ne portent avec eux que deux foufHets à un vent & quelques marteaux, parviennent à rétablir toutes les pièces qui manquent à une groife enclume : bien plus, leur ayant fourni un morceau de fer ou un corps d’enclume femblable à F, fig. 6, ils nous en ont fabriqué une enclume femblable à celle marquée i, fig. 21, & très - exactement exécutée. C’eft ce travail que je me propofe d’expliquer, parce qu’il faut de l’indultrie
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- DES ENCLUMES.
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- pour exécuter d’aufii. gros ouvrages, fans le fecours d’aucune machine ; tout le travail dont nous allons parler eft le même que celui qui s’exécute avec plus de facilité dans les grandes forges, où l’on a des machines fondement établies & des foufflets très-grands , ce qui rend le travail beaucoup plus aifé.
- 6. Le maître forgeron arrive ordinairement avec deux compagnons & fes deux foufflets ; comme il travaille prefque toujours pour des maréchaux & pour des ferruriers, il trouve à emprunter un foufflet à deux vents pour la petite forge, & une enclume pour forger les miles : il trouve auffi par-tout des ouvriers qui favent mener le marteau; car on forge prefque toujours à quatre marteaux pour profiter, le plus qu’il eft poflible, des chaudes, & ménager le charbon. Ces gens bâtilfent aflez grofiiérement une petite forge a, fig. r : a en eft le foyer & le chevet; b, le foufflet à deux vents; c eft un petit garçon qui le fait agir. On voit en d une mife qui chauffe, & en e une enclume pour forger les mifes : cette petite forgé reffemble en tout aux forges ordinaires.
- 7. La grande forge, fig. 2,3 & 4, mérite plus d’attention : les forgerons bâtilfent un mur a qui fait le chevet de la forge, & qui eft traverfé par les bufes & les tuyeres des foufflets ; devant ce mur a , ils font avec des pierres & quelquefois avec des morceaux de bois, le foyer e de la forge qu’ils remplirent de cendres & de frafil, ou. plutôt de cralfe de forge; au-devant, un peu plus loin du feu qu’il n’eft repréfenté dans la fig. 2 , eft un gros billot de bois h pofé debout ; il ne doit pas être plus élevé que le foyer de la forge : c’eft fur ce morceau de bois qu’011 forge les enclumes ; car, comme on ne chauffe jamais le corps des enclumes que fur le côté où l’on foude les mifes , la face oppofée n’eft pas affez chaude pour brûler le morceau de bois, fur lequel 011 a foin de jeter de l’eau & des cendres quand il eft néceifaire.
- 8. Les forgerons ambulans n’ont ni courant d’eau ,ni autre machine équivalente pour faire agir leurs foufflets ; néanmoins ils ont b-efoin d’un vent violent pour chauffer fuffifamment d’aufïi groffes maffes de fer. Pour cet effet, ils établiifent derrière le mur a les deux grands fo.ufflets h, /, qu’ils ont apportés avec eux ; ces foufflets ont fix à fept pieds de longueur fur deux pieds fix à huit pouces feulement de largeur. Us ne peuvent pas être plus larges , parce que , comme on les fait agir avec les pieds, en refoulant alter-nativement les deux panneaux fupérieurs , il faut que les pieds puifîènt être placés à peu près au milieu de la largeur de ces panneaux, pour les comprimer régulièrement.
- 9. En jetant les yeux fur la fig. 4, on voit que les quatre hommes qui font debout l’un devant l’autre, ont un de leurs pieds fur le panneau fupérieur
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- du foufflet h, & l’autre pied fur le foufflet qui lui eft parallèle. On conçoit qu’en levant le pied droit pour porter tout le poids du corps fur le pied gauche, & enfuite le pied gauche pour porter tout le poids du corps fur le pied droit , on refoule alternativement les deux foufflets. Mais il faut une puitfance qui faife relever les foufflets quand ils font déchargés du poids des quatre hommes : deux perches pliantes i&font cet office, au moyen d’une corde qui lie le haut de chaque perche avec l’extrémité l des foufflets : ces perches font la fonction de deux grands refforts ; elles relevent les foufflets quand ils font déchargés du poids des hommes. Il eft vrai que l’a&ion des hommes fur les foufflets eft diminuée de la force qu’il faut pour plier les relforts ; mais il en refte encore affez pour faire un vent très - violent. L’exercice des fouffleurs eft fatigant; cependant quand le fer eft chaud , ces fouffleurs def-cendent de deffus les foufflets pour prendre chacun un marteau ; & quand la mife eft en place, ils remontent promptement fur les foufflets, afin de ne point laififer refroidir le fer & économifer le charbon.
- 10. Pour donner une chaude au corps de l’enclume, on creufe un trou dans la cendre qui fait le fond de la forge, & on le remplit de charbon, foit charbon de terre, foit charbon de bois , félon les endroits où ils travaillent; mais les forgerons prétendent que quand on peut avoir de ces deux efpeces de charbon , le mieux eft de les mêler enfemble ; que le feu en eft plus adif,-& qu’il fe forme moins de craife dans la forge. On pofe la face de l’enclume qu’il faut chauffer fur le lit de charbon ; on en ajoute encore tout autour ; & de tems en tems le maître forgeron d, fig. ? , qui fait ici la fonction d’attifeur, attire à lui les craffes, & fourre de nouveau charbon fous l’enclume , principalement du côté des foufflets.
- 11. Il ne faut pas que le vent des foufflets donne fur le fer quand on veut chauffer; c’eft pourquoi le jaugeur c, fig. 2, foutient continuellement l’enclume un peu élevée au-deffus du vent, tandis que l’attifeur fait paffer du charbon par-deffous. Si le feu s’anime trop, l’attifeur prend de l’eau avec la febille g-, fig. 15 ; il la jette fur les endroits où le feu eft trop vif, & ordinairement il ajoute en ces endroits une pellée de charbon de terre mouillé ; car ici, comme dans toutes les autres forges, il faut que le charbon faffe une croûte qui tienne lieu du dôme des fourneaux de réverbere. Une enclume de deux cents pefant peut être chauffée & en état de recevoir des mifes en moins d’une heure ou de cinq quarts heure.
- iz. Après avoir expliqué comment on donne une chaude à la grande forge, je vais fuivre en détail la façon de joindre au corps F, fig. 6, toutes les mifes qui font néceffaires pour en faire une enclume parfaite. La première opération confifte à faire à un des côtés & au - deffous du corps de l’enclume F , fig. 6 y des trous femblables à L ,fig. 14: on verra dafis la fuite qu’au moyen
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- DES E N C L U M E S.
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- de ces;trous d&ils lefquels on a paffé une barre de fer qui répond à un levier de bois, on a un ringard volant qu’on nommeJauge, au moyen duquel l’ouvrier manie une groife malfe de fer avec beaucoup de facilité. L’ouvrier c ,fig. 2, qu’011 nomme jaugeur , eft afïîs fur fa jauge pendant que le fer chauffe ; m eh le manche de cette jauge ; n eft la clef ou cheville qui le traverfe en croix ; le jaugeur , en appuyant tantôt fa cuiffe droite , tantôt fa gauche, fur cette cheville , tient l’enclume dans la lîtuation qu’il juge la plus convenable ; o eft le barreau de fer qui entre dans les trous qu’on a faits au corps de l’enclume.
- 13. Il a donc fallu percer un trou L, fig. 14. Pour cela 011 tranfporte à la grande forge le corps d’enclume F, fig. 6, par les ringards i, k, qui font bien plus longs qu’011 11e les a reprélentés dans la figure : on place fur les charbons la face g h, qu’il faut chauffer -, quand elle eft fuffifamment chaude, on met la face f e fur le billot b de la grande forge ; & avec le mandrin d, fig. 5 , fur lequel on frappe à coups de maffe, on fait le trou i, fig. 6, qui doit avoir trois pouces de profondeur , & être régulièrement percé, afin‘que le barreau o de la jauge m y entre bien jufte. Comme déformais on n’aura plus befoin des ringards i, k, on les coupe, & 011 chauffe la face f h g, fig. 6, pour faire un pareil trou au milieu du deifous do l’enclume 5 quelquefois on en fait encore un à la face f e. Quand le barreau de la jauge eft bien affujetti dans les trous, le jaugeur, fig. 2, prenant un point d’appui fur un morceau de bois qu’on voit au - delfus de e , & failif. faut à deux mains la clef de la jauge N, tranfporte avec promptitude & facilité cette groife maffe de fer, du feu fur le billot h, & il retourne l’enclume de façon que la face qui était en - deffus à la forge pofe fur le billot * & que la face qui était expofée à la chaleur du feu foit en-deffus. Pendant qu’on fait ces. opérations à la grande forge, on prépare les rnifes à la petite forge , ou plutôt elles 011 été préparées d’avance , ainfi que je vais l’expliquer.
- 14. On fortifie le devant de l’enclume par une efpece de pilaftre G, fig. 10, qu’on nomme Veflomac, ou la poitrine ; 011 forge cette mife telle qu’on la voit en G ; on martele la face qui doit être pofée fur le corps de i’en-clume b & après avoir chauffé à la grande forge la face Ikfe du corps de l’enclume , fig. 6 , & en même tems à la petite forge la mife G, fig. 10 , on la foude fur le corps de l’enclume, comme 011 la voit en H, fig. 10. Il faut que la mife foit bien également chauffée dans toute fon étendue, & bien conduire le feu de la groife forge , pour ne point brûler le fer aux angles du corps de l’enclume.
- 15“. On élargit la table de l’enclume en foudant la mife R, fig. 11 , à l’endroit marqué 1,1, fig. 12. Cette mife qu’on nomme la paroi, forme une efpece de couronnement au pilaftre G i & avec la-tranche S, vignette, fig. 13 , ou la chaffe d, ibid. fig. $ , on donne une forme arrondie à ces deus
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- miles qui forment des efpeces d’arcades : ces miTes fortifient l’enclume, fans en augmenter de beaucoup le poids. Quelquefois on met une pareille mile Y,fig. 14, au bas de l’enclume, pour en former le pied ; mais ordinairement on forme le pied des enclumes, en rapportant fur les côtés deux mifes , fig. 1 f , comme on le voit en M M ,/g. 16 ; & le pied du milieu qui eft pris fur la piece G, fig. 10, eft ou arrondi, comme on le voit fig. 16, ou bien avec la chalfe d, vignette , fig. %, on lui donne la forme d’un petit focle : aux fort grolfes enclumes , on fortifie le pied par des mifes pareilles à celles dont nous venons de parler, mais qui font de moitié moins grolfes.
- 16. Le pied, la poitrine, ou l’eftomac de l’enclume , & la paroi étant formés & foudés au corps , il faut rapporter aux deux bouts de l’enclume O , fig. 17, deux pièces femblables N , lefquelles font faillie » ce qui fè fait en fondant à l’endroit O la rnife P , fig. 19. On fait chauffer à la groffe forge le corps de l’enclume, feulement à l’endroit où l’on doit rapporter la mife : 011 fait chauffer à la petite forge la partie de la mife qui doit être foudée au corps de l’enclume. 11 eft clair qu’on ne peut frapper que fur le bout de la mife; mais le fer qui eft fort chaud bourfouffle de tous les côtés; & des forgerons rabattent les bavures, pendant que d’autres frappent fur le bout , après quoi la mife fe trouve foudée , comme on le voit en N , fig. 17. La mife P , fig. 16 , doit être de même largeur que l’enclume , y compris la paroi qui fait, partie de la table de l’enclume : cette mife eft formée de deux ou trois pièces de fer foudées enfemble ; elle forme par le bas une efpece de confoie, & fou vent on la fait repofer fur un petit talon que l’on ménage au corps même l’enclume: cette piece fe nomme le talon. Quand elle eft bien foudée, 011 coupe avec la tranche le ringard q, fig. 19 ; on emporte avec des tranches fines le fer qu’il y a de trop , & l’on achevé de donner à petits coups de marteau la forme régulière que doit avoir ce talon.
- 17. Aux enclumes quarrées , qui ont des talons tek que ceux des figures 18 & 20 , on foude deux talons Q_, R ; mais aux enclumes qui ont une bigorne, on foude au côté droit une mife conique , fig. 22; cette mife doit être pofée fur une faillie qui la fortifie en - delfous : on la répare en-fuite à la tranche ; on la pare au marteau, à petits coups, comme les talons. Il y a des enclumes qui ont deux bigornes, une ronde, & l’autre à p.ins. Ces bigornes font quelquefois un reifaut, comme en l, fig. 21 , qui fe forme avec la chalfe ; & fou vent 011 fait auprès un trou quarré , dans lequel on met un cifeau ou une tranche qui fervent à couper le petit fer qu’on vient de forger ; on y met encore une griffe qui fert à faire des enroulemens.
- ig. Voilà l’enclume forgée; il ne s’agit , pour la finir, que de former la table, c’eft-à-dire , d’en couvrir la fuperficie avec une lame d’acier qui doit être trempé. C’eft fur quoi la pratique des ouvrirers varie beaucoup.
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- DES ENCLUMES.
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- 19. D’abord il faut couvrir d’une lame de fer forgé les vieilles enclumes qu’on veut recharger d’acier, parce que l’acier fe foude mieux avec le fer qu’avec l’acier 3 ainli les uns commencent par couvrir de fer les vieilles enclumes , & d’autres arrangent fur une planche de fer Z Z, fig. 23, des barreaux d’acier a a , qu’ils retiennent par des entailles faites à la planche de fer , & par un lien ou bride b b. En forgeant le tout enfemble, ils ont une table de fer couverte d’une lame d’acier qu’ils rapportent fur l’enclume ; & cette lame, partie fer, partie acier, contribue à lier les talons avec le corps de l’enclume ; elle 11e s’étend point fur les bigornes , où l’on fe contente de mettre des lardons d’acier qui s’étendent de la table fur les bigornes. D’autres plient une lame d’acier mince & bien recuite , comme on le voit en y , fig. 24 3 ils la palfent enfuite à la forge, & ils l’appliquent par mifes fur les enclumes neuves. Quand ils réparent des enclumes qui ont déjà été acérées, ils foudent les mifes d’acier y , fur une plaque de fer Z , & ils foudent l’un & l’autre enfemble fur l’enclume : cela ne fe pratique guere que pour les petites enclumes , telles que la bigorne ,76g. 26. L’uîàge le plus ordinaire, qui eft le plus expéditif & qui eft fort bon , eft de tremper bien dur la verge d’acier g, fig. 2 f , & de la rompre par petits morceaux f d’environ un pouce de hauteur.
- 20. On arrange ces petits parallélipipedes d’acier dans un chaffis de fer i, auquel eft foudé un ringard h 5 on retient ces petits morceaux d’acier avec des coins auffi d’acier ; 011 leur donne une bonne chaude ; & après avoir frappé quelques coups de marteau fur le plat , 011 en donne dé légers fur le champ & fur toutes les faces, afin de les bien fouder enfemble 5 011 finit par frapper fur le plat, & alors on a une mife d’acier prête à être appliquée fur l’enclume : il en faut ordinairement trois pour couvrir une grande enclume. Si l’on a à charger d’acier une enclume déjà acérée , on commencé par fouder delfus une lame de fer; ou bien on arrange les morceaux d’acier dans un challis*/, fig. , qu’on pofe fur une femelle de fer c c , & l’on forge le tout enfemble : e eft la frette ou le lien de fer qui contient les morceaux d’acier/', cCmme on le voit en d. On laiife refroidir l’enclume dans la forge, pour que l’acier 11e fe durcilfe pas ; & quand l’enclume eft froide , deux ouvriers en liment & en unifient la table avec un gros carreau.
- 21. Les bigornes (a ) des chauderonniers ou des éperonniers, fig. 26, n’exigent pas tant de façons. Pour les fabriquer, on emploie un barreau de fer m \ fig. 27 , de cinq , fix ou fept pouces en quarré , fuivant la grofteur des bigornes qu’on fe propofe de forger ; on foude une virole de fer en /z, pour faire le pied ou le renflement qu’on voit en o,fig. 28 3 & l’on appointit
- (a) Bigorne. Il eft probable que ce mot vient de bicorne, c’eft-à-dire, qui a deux cornes ; néanmoins les ouvriers appellent bigorne une enclume dont deux ou un feul talon fe terminent en pointe.
- Tome XV.
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- DE LA FORGE
- l’extrémité p de ce barreau, pour lui donner la forme qu’on voit en q-> fig. 29 : .enfuite on coupe ce barreau en m ,fig. 27. Alors on refend le corps de la bigorne en s, fig. 28 ; quelques-uns rabattent les deux parties, comme on le voit pon&ué en tt, & ils foudent au - deifus la partie u^x^fig. 26 , qui a été forgée à part : on fait enfuite les parties plates y avec des mifes ; mais d’autres ouvriers , en refendant le corps de la bigorne en s , fig. 28 , font une gueule de loup r, fig. 29 , dans laquelle ils foudent le tenon s de la fig. 30, comme on le voit en 11, fig. 31. Enfin , l’on rapporte deifus une plaque de fer chargée d’acier ; on étire les parties 11 ; & la bigorne, fig. 26 , eft finie. La première méthode qui eft plus fimple, eft toutaufli bonne.
- 22. Il refte à expliquer comment on trempe les enclumes. Pour tremper une enclume, on ne chauffe point avec des foufflets : on fait en terre une foffe ou petit folfé a a, fig. 34, qui dans le fourneau b b a un pied de profondeur verticale, & qui, par un de fes bouts c, gagne par un plan incliné la fur-face du terrein : on pofe de travers fur la partie creufe de ce folfé des barres de fer d 9d ,d, qui doivent être affe^fortes pour fupporter l’enclume.
- 23. Comme il faut que la furf^ce acérée de l’enclume foit fort dure, & qu’elle foit unie, 011 doit éviter qu’il ne fe leve d’écaille fur le métal ; pour cela on fait une cage en tôle e e, fig. 34 , dont les bords font élevés d’environ quatre pouces ; l’étendue de cette cage doit être un peu plus grande que la table de l’enclume.
- 24. On pofe la cage de tôle fur les barres d,d, d, qui forment la grille du fourneau j on écrafe de l’ail avec le marteau fur la table de l’enclume , & l’on met dans la cage , à l’épaiffeur d’un pouce & demi ou deux pouces, une compofition faite avec de la fuie de cheminée, de la rapure de corne , de la poudre de charbon, du fel, & d’autres drogues qu’on emploie ordinairement pour les trempes en paquets. Ces différentes fubftances détrempées avec du vinaigre, forment une pâte qu’on étend dans la cage e de tôle, & fur laquelle 011 pofe la table de l’enclume ; on lutte, le plus exactement qu’il eft poflible, les bords de la cage avec le corps de l’enclume /,/,/; enfuite à cinq ou iix pouces du corps de l’enclume on conftruit trois petits murs g, avec des pierres ou avec des briques, ou même avec des morceaux de mâche-fer qu’on lie avec de la terre rouge. On arrange enfuite fur les barreaux d, d, d, quelques tortillons de paille entre ces petits murs & l’enclume j & on remplit tout le fourneau avec du charbon de bois. On met de la paille enflammée fous la grille en b b; les tortillons de paille s’enflamment, & allument des, charbons qui peu à peu tombent embrafés fous la grille , où ils amaffent beaucoup de braife : à mefure que le charbon fe confume, on y en ajoute de nouveau; car pour chauffer une enclume, il faut près de deux demi-queues de charbon ; on continue ainfi jufqu a ce que l’enclume foit devenue couleur
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- D ES' EN C L ü M E S.
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- de cerife , fi c’eft de l’acier de Stirie , qu’on nomme acier de Hongrie ; 8c tirant un peu au blanc , fi c’eft de l’acier commun : alors on retire l’enclume: de fon fourneau pour la jeter dans un ruifleau , ou dans un grand cuvier rempli d’eau fraîche, ou dans un baftîn rr,fig. 32.
- Comme les talons & les pieds de l’enclume font plus évafés que le. corps, on a la facilité de la faifir avec une chaîne A, 33 ; & avec le levier B on Penleve pour la porter promptement à l’eau.
- 26. La fig. 33 repréfente l’élévation du fourneau de la fig. 34, vu en per-Ipe&ive.
- 27. Les enclumes neuves entièrement faites de bon fer forgé, fe.vendent communément dix fols la livre ; & les forgerons ambulans achètent les efiieux rompus & les vieilles enclumes de bon fer fur le pied d’un fol , ou cinq à fix liards la livre ; mais communément on leur fournit le charbon , le fer & l’acier, & l’on convient avec eux du prix de la façon qui va à dix écus ou quarante liv. pour chaque enclume , fuivant les réparations qu’elle exige.
- 2g- Ces mêmes ouvriers ambulans réparent quelquefois les battans des grolfes cloches. C’eft une mauvaife méthode que de charger ces battans , en mettant aux endroits qu’on veut fortifier, des anneaux de fer ; car comme ces anneaux s’étendent par les coups de marteau qu’on donne pour les fouder avec le. battant, la mife annulaire ne fe foude jamais bien. Il eft plus à propos d’ajouter des mifès d’autre forme , & en plus grand nombre ; mais le mieux eft de donner une bonne chaude à la partie du battant qu’on veut groflir, de creufer avec une groffe tranche des filions fuivant la longueur du battant dans ces filions des mifes auxquelles on a donné la forme d’un quartier d’orange.
- EXPLICATION iDE S FIGURES.
- jpi G. 1 , a , la petite forge ; b, le foufflet à deux vents ; c, le petit fouf-fleur j d, mife qui eft à la forge ; e, enclume pour les mifes.
- Fig. 2, 3 & 4, grande forge ; a , chevet de cette forge ; h, billot de bois fur lequel on forge -, c, le jaugeur qui eft aftïs fur la jauge j m, manche de la jauge ; n, clef qui fert à tourner l’enclume 50, fer de la jauge ; au - delfus de e eft un billot qui fert de point d’appui à la jauge m o ; d, le maître ou l’attifeur qui tire les craffes avec un fourgon ; h /, foufflets fur lefquels font montés quatre iouffieurs ‘,ik, perches qui par leur reflort relèvent les foufflets.
- Fig. 5 , c , un tas j m, une grofte enclume finie j d, un mandrin ou étampe
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- DE LA FORGE
- emmanche comme un tranche ;f, une chafle emmanchée comme un marteau >
- & qui fert à former les creux où le marteau ne peut atteindre.
- Fig. 6, F, un corps d’enclume formé de quatre parallélipipedes femblables à A, fig. 7; B, ringard qui, après avoir été joint à la piece A, eft enfuite comme C, fig. 8-
- Fig, 9, deux pièces femblables à A, Cyfig. y 8c 8, jointes l’une à l’autre ; deux pièces femblables àE, D y fig. 9 , forment le corps de l’enclume y fig. 6.
- Fig. 10, G, mife préparée pour former l’eftomac que l’on voit en place fur l’enclume H, même figure.
- Fig. 11, R, mife préparée pour former le bandeau ou paroi II de l’enclume, fig. 12.
- Fig. 13 , S ( dans la vignette) la tranche : o ,0 3n3 q, différens marteaux > g y febille pour jeter de l’eau fur le feu.
- Fig. 14, une enclume renverfée pour faire voir comment on difpofe quelquefois le pied des enclumes avec la mife Y.
- Fig. 15“ , mife préparée pour faire le pied des enclumes.
- Fig, 16, autre maniéré de difpofer le pied des enclumes avec les deux mifes M M.
- Fig. 17 , enclume à laquelle il manque un talon du côté de O.
- Fig. 18 , enclume quarrée qui eft pourvue de fes deux talons Q_. R*
- Fig. 19 , mife préparée pour former le talon O de l’enclume de la fig. 17,
- Fig. 20, enclume quarrée parfaite de tous points,
- Fig. 21 , enclume à bigorne.
- Fig. 22, mife préparée pour faire la pointe de la bigorne.
- Fig, 23 y a a y barreaux d’acier arrangés fur une femelle de fer { £ y & de£ tinés à charger d’acier une enclume que l’on veut réparer.
- Fig. 24, autre difpofition d’une mife d’acier pour charger une enclume.
- Fig. 2ç , autre faqon de faire les mifes d’acier.
- Fig. 26, bigorne du chauderonnier en état de perfedion,
- Fig. 27, barreau de fer coupé en m ; la partie m p fert à faire le corps d’une bigorne; n, anneau ou virole que l’on y foude pour former le renflement o de la fig. 28.
- Fig. 28 , J, point où l’on fend la partie du barreau mp, fig. 27 , pour faire les orillons pondués tt.
- Fig. 29, r, gueule de loup faite pour recevoir la mife 5 y fig, 30, comme on le voit dans h fig. 31.
- Fig. 32 , badin où l’on trempe les enclumes.
- Fig. 33 , fourneau où l’on chauffe les enclumes avant de les tremper,
- Fig. 34, détail & coupe de ce fourneau.
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- DES ENCLUMES.
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- «S
- EXPLICATION
- De quelques termes qui ont rapport à la forge des enclumes•
- A
- A. T TI s E u R : ouvrier qui avec un fourgon arrange les charbons, & retire les cralfes,
- B
- Bigorne : talon qui fe termine en pointe. Les bigornes des chauderon-niers & des éperonniers font différentes de celles des ferruriers & des maréchaux.
- E
- Enclume coulée : ces enclumes font faites de fer fondu. Les enclumes de loupe font faites avec du fer qui a palfé à l’affinerie , qui a reçu quelques coups de marteau , mais qui n’a point été étiré : les meilleures enclumes font faites de fer forgé & étiré.
- Estomac : on nomme ainfi une mife faite en forme de piiaftre , & que* l’on foude fur le devant des enclumes.
- G
- Griffe: piece de fer refendue : on engage dans cette fente un morceau de fer rouge dont on veut faire une volute ou d’autres arrondiflemens.
- J
- Jauge : barreau de fer qui a un grand manche de bois ; ce manche eft traverfé par une cheville de bois qu’on nomme
- la clef\ la jauge fert à manier l’enclume pour la tenir en fîtuation à la forge & pour la tranfporter fur le billot où l’on foude les mifes : celui qui fait cette opération fe-nomm ejaugeur.
- M
- Mandrin : efpece de cheville acérée qu’on emmanche comme la tranche :il fert à percer le fer pendant qu’il eft chaud.
- Marteler : c’eft faire avec une tranche ou un cifeau des entailles fur une piece de fer. On martele les morceaux de fer fur les faces qui doivent être foudées l’une à l’autre.
- Mise : piece de fer qu’on forge à part pour lui donner la forme qu’elle doit avoir ; on P amorce, c’eft-à-dire , qu’on étend une de fes parties, pour qu’elle fe foude plus exactement au lieu où elle doit être placée. Les mifes de loupe font faites de fer encore brut : les mijes de fer forgé font de fer affiné.
- P
- Paquet : la trempe en paquet fefait en renfermant dans une cage de tôle -les pièces qu’on veut tremper , au moyen de quelques fubftances propres à durcir le fer & l’acier.
- Paroi : on nomme ainfi une mife qu’on foude au-deifus de Vefiomac pour élargir la table: cette mife forme une
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- 70 DE LA FORGE DES ENCLUMES.
- efpece de bandeau quiTèrt de- couronnement à Vefiomac.
- Pied: c’eft le bas de l’enclume qu’on élargit par des^mifes. (
- Poitrine: c’eft la mêmechofe quLefiomac.
- Radouber : c’eft rétablir une enclume rompue dans quelques-unes de fes parties.
- Ringard: barreau de fer qu’on foude à un morceau de fer pour le manier plus commodément à la forge & Pur l’enclume : c’eft unepiece poftiche qu’on retranche après que la piece de fer été forgée & foudée au lieu où elle doit être.
- S
- S e B i L L E : jatte de bois.
- Souffleurs : ce font les ouvriers qui font jouer les foüfflets.
- T
- Table : la table d’une enclume eft la face fupérieure fur laquelle on forge.
- Talon:c’eft une partie qui alonge l’enclume feulement par le haut : il eft elfentiel que cette mife foit bien foudée au corps de l’enclume, parce qu’elle eft fréquemment expofée à recevoir de grands coups de marteau.
- Tas : on nomme ainfi une enclume qui n’eft ordinairement qu’un paralléli-pipede.
- Tranche : c’eft un gros cifeau acéré, figuré comme un coin : l’on emmanche au bout d’un morceau, & l’on frappe deifus pour couper le fer chaud.
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- NOUVEL ART
- D’A DOIICIR
- LE FER FONDU,
- E T
- De faire des ouvrages de fer fondu auffi finis que de fer forgé.
- Par M. DE RÉ A U M U R.
- SUITE DE LA TROISIEME SECTION SUR LE FER*
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- NOUVEL A RT w
- D’ADOUCIR LE FER FONDU.
- -£=-==.-e**-
- INTRODUCTION.
- Par M. Duhamel du Monceau.
- t. ÏL.’art de faire le fer n’eft autre chofe que celui de tirer des mines & de raiïembler en une même malfe ce métal qui, étant diftribué en petites parties dans les entrailles de la terre , fe trouve mêlé avec plusieurs fubftances étrangères qui empêchent qu’on ne Papperqoive fous la forme métallique. C’eft ce que M. le marquis de Courtivron & M Bouchu correfpondant de l’académie, ont détaillé dans les trois fe&ions fur le fer; & ce travail eft, pour ainfi dire , la bafe d’une infinité d’autres arts , puifqu’il leur fournit une matière fans laquelle iis ne pourraient point opérer. Il n’y a effedivement point d’art, qui ne falfe ufage de différens outils qui font faits avec le fer, ou qui n’emprunte le fecours de machines auxquelles le fer donne la principale folidité. Mais indépendamment de ces arts où le fer entre comme matière fubfidiaire, le fer lui-même exige, pour qu’on en tire tant de fecours, différentes préparations qui font autant d’arts particuliers. Le régule ( 2 ) une fois tiré de la mine, eft une matière encore brute & imparfaite , qui exige beaucoup de préparations, foit pour en faire des ouvrages de fonte, foit pour être mife en état d’être traitée fous le marteau, &
- ( 1) Cette piece n’a point encore été a paru en 1774. publiée en allemand. Elle fait la fuite de ( 2 ) On donne le nom général de rcgult la troifieme fection fur le fer, inférée dans aux matières métalliques féparées d’avec le fécond volume de cette colledion , qui d’autres fubftances par le moyen de la fuûon. Tome XV. K
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- NOUVEL ART
- enfuite coupée dans les fonderies , ou tirée dans les tréfileries , ou convertie en acier. Toutes ces opérations méritent d’être connues par d’autres que par ceux qui ont le foin des fourneaux & des forges, par des gens qui foient plus en état de méditer & d’imaginer des expériences qui faflent apperce-voir des moyens d’opérer plus promptement & plus fùrement, pour faire des fers qui foient propres à différens ouvrages. Le travail de M. de Kéau-mur fur le fer fondu, que l’académie juge à propos de faire imprimer, eft une preuve de ce que je dis. Il y a long-tems qu’on jette en moule des ouvrages de fer fondu ; mais par un travail immenfe, M. de Réaumur eft parvenu à rendre cette fonte moins aigre , & alfez approchante de la malléabilité du fer forgé. Il eft vrai que ce traité paife un peu le but que s’eft propofé l’académie , en entreprenant l’hiftoire des arts qu’elle publie. ( 3 ) Elle a bien apperçu qu’il n’y avait prefqu’aucun art qui ne put être perfectionné , & combien il ferait utile de leur procurer ce qui leur manque ; mais elle a fenti en même terns qu’en entreprenant ce travail , un feul art pourrait occuper un académicien pendant toute fa vie. Elle a donc jugé plus convenable de commencer par décrire les arts tels qu’ils font, fauf à eflàyer dans la fuite de les conduire à un plus haut degré de perfection. Mais en formant ce plan, l’académie n’a pas prétendu s’interdire la liberté d’indiquer dans l’hiftoire de ces arcs les routes qu’on pourrait fuivre pour les perfectionner , ni cacher les découvertes qui auront déjà été faites : ce qui fait voir qu’elle ne s’écarte point de fon plan en publiant un ouvrage fur l’adoucilfement du fer fondu , qui s’eft trouvé dans les papiers de M. de Réaumur : elle defirerait même être dans le même cas à l’égard de beaucoup d’autres arts.
- 2. Par ce qui a été dit à la fin de la troifieme feCtion, l’on a vu qu’en faifant couler un métal rendu fluide dans des moules préparés pour le recevoir , 011 lui fait prendre à peu de frais des formes qu’on 11e pourrait lui donner par d’autres moyens qu’avec des dépenfes confidérables. On a vu avec quelle promptitude on jette en moule des marmites qui coûteraient-prefqu’autant que celles d’argent, fi on voulait les faire en fer forgé de la même épaiifeur, & aufii régulièrement contournées que celles que l’on moule.
- ( 3 ) Si l’académie royale avait pu former un plan pour la publication des def-criptions des arts, & les faire paraître de fuite dans un ordre prefcrit ou adopté , de maniéré que les arts qui ont un rapport marqué ou eflfentiel eulfent été donnés au public en même tems , ou du moins immédiatement de fuite, nous aurions aulft
- formé notre colleétion félon une méthode fyftématique. Mais les cahiers ayant paru à Paris les uns après les autres fans aucune liaifon, nous n’avons pu nous prefcrire aucune réglé. Le fécond & le fixieme volume de cette colleétion renferment déjà des arts relatifs au fer, & nous en raffemblons encore plufieurs dans ce tome XV.
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- DADOUCIR LE FER FONDU.
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- ?• Les ouvriers que l’on nomme fondeurs lorfqu’il s’agit du cuivre, de l’argent, de l’étain, &c. fe nomment mouleurs quand il eft queftion du fer. Cette différente dénomination n’en établit point dans le travail : les uns & les autres font des moules en creux qu’ils remplitfent de métal. O11 fait des moules , ou avec du métal, comme font les coquilles qui fervent à faire les boulets ; ou bien on forme ces moules avec du Cable ou de la terre , comme 011 l’a vu à la fin de la troifieme feclion. Quand il 11’eft queftion que de pièces plates qui n’ont des ornemens que d’un côté, comme les contre-cœurs de cheminées, les plaques qui forment les poêles quarrés , les chenets de cuifine, &c. on a un modèle de bois parfaitement femblable & égal à la piece qu’on veut couler en fer : ainfi le fcnlpteur forme en bois tous les ornemens qui doivent être fur le contre-cœur qu’on veut fondre. O11 imprime ce modèle dans du fable fin qu’on a humeété & battu ; on retire doucement le modèle fculpté ; le creux du fable eft le moule où l’on doit couler la fonte; on ménage enfuite un petit canal depuis la gueufe jufqu’à ce moule , afin qu’en coulant la gueufe le métal fe rende dans le moule de la piece que l’on veut faire.
- 4. Des moules auflî fimples ne peuvent convenir pour les pièces creufes & pour celles qui font terminées de tous côtés par des furfaces convexes ou concaves. Il faut que tout ce qui eft folide dans la piece fe trouve en creux dans le fable & entouré de fable de tous côtés ; de forte que, pour faire un moule , il faut former un vuide femblable au folide de la piece , qui doit être renfermée de fable de tous côtés, excepté à l’endroit du jet par où l’on coule le métal, & à quelques autres endroits où l’on ménage des ouvertures pour laifîer échapper l’air.
- Il y a prefqu’autant de maniérés de s’y prendre pour former les moules , qu’on a de pièces différentes à mouler ; il 11e nous ferait pas poflîble d’entrer dans les détails : ainfi nous nous contenterons de ce qui a été dit à la fin de la troifieme fe&ion, fur la façon de mouler les marmites & les tuyaux de conduite, foit en fable , foit en terre , d’autant que ces exemples fuffifent pour l’intelligence des mémoires de M. de Réaumur. Ce qu’il eft important de lavoir, c’eft que la fonte de fer étant très-aigre, on ne peut redreffer au marteau les ouvrages de fer fondu ; le foret ni la lime ne peuvent point mordre delTus. M. de Réaumur s’eft propofé de corriger ces défauts & d’adoucir affez cette fonte de fer, pour la rendre traitable au foret, à la lime, & même un peu au marteau.
- 6. Il a publié en 1722 un ouvrage qui a été bien reçu du public, quoiqu’il n’eût pas , à beaucoup près, épuifé la matière, & que ce traité ne fût qu’une ébauche en comparaifon des mémoires que nous publions aujourd’hui , dans lefquels on trouvera des procédés nouveaux plus fïirs & plus
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- N 0 U FEL ART
- applicables à la pratique que ceux qui font rapportés dans fou premier ouvrage. Nous avons cru que ce travail immenfe qui s’eft trouvé en bon ordre dans les papiers de M. de Réaumur, ne pourrait être mieux placé qu’à la fuite des détails fur la façon de mouler en fable & en terre , qui fe trouvent à la fin de la troifieme feêtion que M. le marquis de Courtivron & M. Bouchu ont publiée. ( 4 )
- 7. L’utilité des recherches de M. de Réaumur tournerait peu à l’avantage du public , fi elles ne nous conduiraient qu’à faire des ouvrages de grand prix, tels que les palaftres de ferrures , les bras de cheminées , & les îuftres , qu’011 a vu fortir de la manufacture de Cône. Dans les ouvrages , le brillant que prend l’acier poli, le beau bleu qu’il acquiert par le recuit, la couleur d’eau qu’on lui donne avec la pierre de fanguine , étant relevés par des filets d’01*, faifaient un effet admirable. Mais le cuivre doré d’or moulu, moins brillant à la vérité , a l’avantage d’être plus aifé à travailler, & de ne point craindre la rouille. De plus, quand ces pièces ont perdu leur mérite par un long fervice , on peut en retirer l’or & mettre le relie à la fonte, pour en faire de nouveaux ouvrages ; au lieu que ceux de fer deviennent de la ferraille de nulle valeur. D’ailleurs , ces beaux ouvrages de fer fondu, qui coûtaient beaucoup moins que s’i's avaient été faits avec du fer forgé, étaient cependant plus chers que ceux de bronze. Mais en laiffant à part ces ouvrages très - finis , qui ont été une des principales caufes de la décadence de la manufadure de Cône , 011 apperçoit qu’011 peut tirer un grand avantage du travail de M. de Réaumur, en l’appliquant à des ouvrages moins recherchés. Après tout, le travail de M. de Réaumur ell une fuite d’expériences exactement faites, qu’il faut conferver à la pofiérité.
- 8. Le volume qui a été publié par M. de Réaumur, indique comment on peut adoucir la fonte de fer, en enfermant les ouvrages dans des efpeces de creufets remplis d’une compofition de poudre d’os calcinés & de pouf-fiere de charbon. ( f ) Ces procédés qu’il avait déjà publiés, font rapportés dans les mémoires que nous faifons imprimer ; mais de plus , M. de Réaumur ett parvenu à adoucir la fonte , en couvrant les ouvrages tirés du moule , d’un enduit fait avec des fubflances capables de produire cet adouciffement. Ayant jugé enfuite qu’il pouvait adoucir les ouvrages de fer fondu , en fai-fan t palier le métal en fufion dans des creufets capables , par leur composition , d’adoucir la fonte , ou en fondant le métal avec des fabftances
- (4)Lorfque je publiai le fécond volume ( s ) Le verre même renfermé avec ces de cette collection , je crus devoir différer matières ou du gypfe réduit en poudre dans de donner le détail de tous ces procédés,, des creufets, mis enfuite dans un four de jufqu’à ce qu’ils euffent été examinés & con- potier , devient plus tendre : il y prend une jfirmés. par des expériences bien conftatées. couleur blanche comme de la porcelaine.
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- propres à l’adoucir, le fuccès a été meilleur & plus certain. Enfin il a fait fies moules avec les mêmes fubftances qu’il avait reconnues propres à adoucir la fonte de fer, & il a recuit les pièces fondues dans les moules même où elles avaient été coulées , ce qui a fîmplifié l’opération & beaucoup aflfuré la réuffite. On trouvera encore dans ces mémoires plufieurs détails curieux & utiles, fur la façon de jeter en fonte des ouvrages délicats, ou qui exigent pas beaucoup de précifion.
- 9. Le nouvel art d’adoucir la fonte de fer, que l’académie donne aujourd’hui au public, eft divifé en trois parties. La première contient cinq mémoires. Le premier traite des differentes efpeces de fonte de fer, & à quoi il a tenu qu’on n’ait fait jufqu’à ce jour en fer fondu beaucoup d’ouvrages qu’on fait de fer forgé ; avec une idée des différentes maniérés dont le fer fondu peut être adouci. Il s’agit dans le fécond mémoire des différentes maniérés de fondre le fer, quelles attentions il faut avoir pour jeter en moule le fer fondu , & pour retirer les ouvrages des moules. On trouve dans le troifieme mémoire des eflfais de différentes matières pour adoucir le fer, & l’on indique celles que ces elfais 011 montré y être les plus propres. ( 6 ) On décrit dans le quatrième mémoire les fourneaux propres à adoucir le fer fondu. Le cinquième mémoire, qui termine la première partie, cxpofe les précautions avec lefquelles on doit recuire les ouvrages de fer fondu , & les changemens que les différens degrés d’adoucilfement produifent dans ces fers 5 enfin comment on pourrait redonner aux ouvrages de fer fondu la dureté qu’on leur a ôtées
- 10. La fécondé partie contient quatre mémoires. Dans le premier , l’on fait connaître comment on peut adoucir les ouvrages de fer fondu, fans les renfermer dans des creufets : on donne deux maniérés de procurer cet adou-cilfementj on explique les avantages de ces deux maniérés d’adoucir, & le grand jour qu’elles donnent fur les caufes de radoucilfement. Le fécond mémoire indique les différens enduits qu’on peut donner aux ouvrages de fer fondu. On trouve dans le troifieme les différentes maniérés de recuire les ouvrages enduits, avec la defcription d’un nouveau fourneau qui y eft très - propre. Le quatrième & dernier mémoire de cette fécondé partie eft deftiné aux attentions qu’il faut avoir pour empêcher les ouvrages de fe voiler dans le recuit, & la maniéré de redreifer ceux qui font voilés.
- 11. La troifieme partie contient neuf mémoires. O11 rapporte dans le
- (6) L’expérience a appris que lé fer feu de la fonte, a.des propriétés différen-fondu , félon la nature de la mine d’où il tes, de même que le fer battu & forgé qui eft tiré, fuivant l’efpece de caftine ou fon- en réfulte. Il eft en conféquence des mariant que l’on emploie, enfin félon la qua- tieres plus propres à adoucir le fer fondu lité de la matière dont on fe fert pour le que d’autres.
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- premier les tentatives que Ton a faites pour adoucir la fonte en fufîon , & pour conferver douce pendant la fufion celle qui a été mife toute adoucie dans le creufet. On traite dans le fécond mémoire du choix des fontes propres à être coulées douces ; on fait voir que cette propriété eft naturelle à quelques-uns > qu’on peut par cet art la donner à d’autres, & qu’il y en a qui ne font prefque pas fufceptibles d’être adoucies. On voit dans le troi-fierae , que les fontes coulées douces : fuivant les procédés des mémoires précédons , ont quelquefois le défaut d’être trop grifes j & l’on rapporte les moyens de corriger ce défaut. Le quatrième mémoire traite des précautions elfentielles pour jeter en moule la fonte douce : on. fait voir que la fonte blanche eft trempée, & que certaines fontes ont plus de difpolition que d’autres à prendre la trempe. Il s’agit dans le cinquième mémoire, des chaffis de fer propres aux différentes efpeces de moules ; comment on peut empêcher qu’il ne fe forme des toiles épaiifes dans les moules , & comment on tient enfemble les deux moitiés dont le moule eft compolé. On explique dans le lixieme mémoire, comment doivent être faits les fourneaux propres à chauffer & recuire les moules de fable, & comment il faut recuire ceux de terre. Dans le feptieme mémoire on donne les moyens de ménager les fables à mouler ; de raccommoder les fables dont on s’eft fervi ; de les rendre bons dans les pays où le terrein n’en donne pas naturellement tels qu’on les deflre ; enfin , des matières dont on peut faire les moules où la matière a plus de difpofition à devenir douce , que dans les moules ordinaires de fable , de terre , ou de métal. Dans le huitième mémoire on détaille les procédés qu’on doit fuivre , depuis que les moules ont été mis en recuit, jufqu’à ce que les ouvrages fondus en foient retirés ; avec la maniéré de recuire les ouvrages dans les moules même. Dans le neuvième on parcourt les diiférens ouvrages qui peuvent être faits de fer fondu , & l’on avertit des précautions avec lesquelles quelques-uns veulent être jetés en moule, & recuits ; de plus , on fait connaître quels font les ouvrages qui ne doivent pas être faits de cette fonte de fer , & comment on peut rétablir les ouvrages où quelques parties ont manqué à la fonte.
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- Ou Ion donne les cavalier es des différentes faites, les différentes maniérés de les jeter en moule , & où Ion enfeigne à adoucir les ouvrages qui font fortis intraitables des moules, en les faifant recuire dans des capacités où la flamme ne /aurait pénétrer.
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- PREMIER MEMOIRE.
- Des differentes efpeces de fonte de fer, ou de fer fondu, & à quoi il a tenu quon nah fait jufques ici quantité d'ouvrages de fer fondu , quon fait de fer forgé. Idée des différentes maniérés dont le fer fondu peut être adouci.
- 12. jLiE caraétere le plus fenfible , qui diftingue les métaux des minéraux & des pierres, c’eft de fie laifier étendre fous le marteau, d’être malléables. Mais dès que le fer a acquis cette propriété, dès qu’il a pris, [pour| ainlî dire , le principal caractère métallique, il dilfere des autres métaux , en ce qu’il n’eft pas fufible par la force du feu de nos fourneaux. Tout fer forgé , tout fer en barres , peut au plus être réduit en une forte de pâte alfez molle pour tomber par gouttes : & c’effc ce que l’on nomme du fer chauffe fondant ; mais il ne peut plus être rendu liquide, comme le peuvent être l’or & l’argent, le cuivre, l’étain & le plomb. On parvient pourtant à le mettre en fufion ; mais c’eft en lui donnant des fondans qui le ramènent en quelque forte à fou premier état, à celui où il éta.it immédiatement après avoir été tiré de la mine:ainfi refondu, il perd fa malléabilité & fa fouplefle ; il redevient auffi dur & auffi calfant qu’il l’était avant d’avoir été affiné : la plupart même des fondans le rendent très-fpongieux. Pour faire des ouvrages de fer forgé en barres , on eft donc contraint de travailler le métal au marteau , à la lime, au cifeau, au burin, ou avec d’autres outils femblables; & fi l’on en excepte le travail au marteau, c’eft prefque toujours à froid qu’on le façonne avec ces outils. Or, comme alors il eft bien plus dur que lorfqu’il eft chaud, on n’en peut faire des pièces qui aient des ornemens recherchés & finis, qu’avec un tems confi-dérable. Il y a telle clef qui a occupé pendant plufieurs mois un ouvrier
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- habile. Quand les pièces font girofles, la difficulté augmente encore par une autre conlîdération : on commence par forger une mafle de fer, compofée deplufieurs barres, d’où l’on puifle , comme d’un bloc de marbre, tirer la figure dont on a le deffin ou le modèle. Cette mafle faite de diverfes barres foudées les unes contre les autres, n’eft pas toujours d’une tiflure, d’une folidité auffi uniforme que le bloc de marbre, auquel nous venons de la comparer j fouvent il refte dans l’intérieur, des fentes, des crevafles , des endroits mal réunis ; & quelquefois on ne parvient à découvrir ces endroûs défectueux, qu’après avoir emporté bien du métal avec le cifeau : il n’eft que trop ordinaire que de pareils défauts rendent inutile un long travail. On eft obligé d’abandonner la piece pour en forger une nouvelle avec le même rifque ; c’eft ce que les ouvriers appellent faire un pâtè\ & il leur arrive quelquefois de faire deux ou trois de ces mauvais pâtés avant de parvenir à une mafle de fer qui mérite d’ètre employée. Mais le prix de ces fortes d’ouvrages peut encore mieux mettre au fait du tems qu’ils demandent. Les curieux de fer bien travaillé connaiflent à Paris le marteau, ou, en terme de ferrurier, la boucle de la porte cochere de l’hôtel de la Ferté , rue de Richelieu. Il a coûté fept cents livres, dans une année où tout était à fa commune valeur. On paie quelquefois plus cher des gardes d’épées bien cifelées , qu’on nomme par honneur des gardes d'acier, quoiqu’elles ne foient pour l’ordinaire que de fimple fer : mais ici. ce n’eft point la matière qui renchérit l’ouvrage. A la vérité, ceux de fer de ce prix exceffif ne font pas communs ; il ferait même dommage qu’on les multipliât jufqu’à un certain point ; ce font des chofes dont on peut fort bien fe pafler, & qui conforamenC trop de tems , qui peut être mieux employé. Mais il ferait agréable qu’on les pût faire à jufte prix ; & il ferait avantageux, fur - tout pour la décoration des grands édifices & des maifons des particuliers , qu’on pût faire à bon marché de beaux ouvrages de ce métal. Les balcons, les grilles, les portes grillées , les rampes d’efcalier, ne font pour l’ordinaire que d’un travail médiocre > on n’y met rien de bien limé, de recherché, de poli j ou Ci l’on y veut quelque chofe de tel , on eft forcé d’abandonner le fer 5 on lui fubftitue le cuivre, qui, quoique plus cher, revient à beaucoup moins étant mis eu œuvre. Ce qu’il y a en fer dans ces grands ouvrages ne font guere que des barres ou des lames roulées ou contournées, & au plus quelquesornemens de tôle emboutie, toujours longs à finir, & rarement afl’ez bien aflemblés pour être regardés de près. A peine peut - on citer dans le royaume quelques grands morceaux de fer maffif bien travaillés , tels que font les fameufes portes du château de Maifon , près de Poiffy. Ce font de magnifiques ouvrages : mais il n’y a guere que des fouverains , ou que ceux qui gouvernent leurs finances, qui puiflent faire exécuter quelque chofe de pareil. On aflùre que
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- ces portes , qui ne confident qu’en trois battans, ont été autrefois payées foixante-neuf milleécusjà combien reviendraient - elles aujourd’hui ! Enfin on n’ofe entreprendre de grands & beaux ouvrages de fer forgé, à eaufe des fommçs exceflives qu’ils coûteraient.
- 13. Le prix des ouvrages de cuivre, & même de ceux d’or & d’argent, eft confidérablement diminué, par la facilité qu’on a de les jeter en moule , & de les réparer quand ils en font fortis : fans cette facilité , nous n’aurions point ces fuperbes ftatues, ces morceaux de bronze recherchés, & une infinité d’ouvrages de cuivre plus communs, mais plus néceflaires. A la vérité , le fer avant d’être parvenu à l’état de fer forgé, le fer tel qu’il a été tiré de la mine, en un mot, le fer qu’on appelle fonte de fer ,fe coule en moule. Nous devons à cette maniéré de le mouler divers ouvrages , mais qui ne font pas d’una grande beauté , & qui n’ont de valeur que proportionnellement à leur poids,. comme des contre - coeurs de cheminées, des poêles, des pots , & des marmites , des tuyaux de conduite d’eau, des canons, &c. Mais on ne fait de cette matière aucune piece de prix ; les ufages même auxquels on l’emploie font très-bornés : nous ofons pourtant nous promettre qu’on fera à l’avenir , avec cette même fonte de fer, des ouvrages auffi finis que le peuvent être ceux de fer forgé , ou même ceux d’acier ; qu’ils engageront à fi peu de frais , qu’on ne craindra pas de les entreprendre. Mais avant d’expliquer les différens fecrets qui en donnent les moyens, & de faire fentir l’étendue de l’utilité dont ces fecrets doivent être pour un grand nombre d’arts , il nous faut donner ici quelques notions des différentes fortes de fontes de fer, de leurs qualités, & voir quelles font les difficultés qui ont empêché qu’on n’en fit les ouvrages auxquels nous 11e doutons nullement qu’on les emploie par la fuite.
- 14. On fait , & nos mémoires de l’art de convertir le fer en acier l’auraient appris de refte, que la matière qui coule du fourneau immédiatement après que la mine de fer a été fondue, eft ce qu’on appelle fonte, & eft un fer qui n’eft pas malléable 5 que fon caraélere eft d’être dure & caf-fante. Quand cette matière a été moulée en ouvrage , elle porte ordinairement le nom de fer fondu ; les canons qui en font faits font appellés des canons de fer ou de fer fondu ; les tuyaux de conduite d’eau, des tuyaux de fer ou de fer fondu ; elle ne retient guere le nom de fonte que quand elle a été coulée en gueufe, ou fous quelqu’autre forme qu’elle 11e doit pas conferver : nous ne l’appellerons auffi fonte, que jufqu’à ce que nous l’ayons fait jeter en moule.
- 1 f. En général , on peut diftinguer les fontes , & on les diftingue en deux claffes, par rapport à la couleur de leur caffure : les unes font des fontes blanches, les autres font des fontes grifes. La différence des mines a quelque-Tomç XV, L
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- fois part à cette différence de couleur ; fouvent elle vient de la maniéré dont le fourneau a été chauffé & chargé. (6).
- 16. Quand on les divife en fontes blanches & en fontes grifes, on ne prend pourtant que deux ternies moyens , qui expriment leurs différentes couleurs. Parmi les grifes » il y en a qui font prefque noires , & qu’on appelle noires ; & entre les blanches & les grifes, il y en a d’une infinité de degrés de nuances, dont les uns tirent fur le gris-noir, & les autres fur le gris-blanc : enfin parmi les blanches , on en trouve de plufieurs blancs différens. Il y en a une forte qui pourrait faire clalfe à part ; on la nomme en Champagne fonte truitèe : elle eh blanche, mais parfemée de taches grifes ou noirâtres, qui imitent en quelque façon celles des truites.
- 17. La calfure des fontes blanches paraît d’une tiifure compa&e ; on n’y
- voit point de grains , confidérée attentivement ; elle femblerait plutôt faite de James , mais très-preffées les unes contre les autres , & qui ne lailfent point d’intervalles entr’elles, comme en laiffent les lames de fer forgé. Quelque-* fois les caffures de fontes blanches paraiffent radiées : on y remarque des, efpeces de rayons qui fe dirigent à peu près vers le centre; quelque chofe-d’approchant de ce que l’on voit dans certains régules d’antimoine : ce ne font pourtant pas des rayons fi bien marqués. On obfervera, & l’on aura, befoin ailleurs de fe rappeller cette remarque, que le blanc des fontes les plus blanches 11’eft pas de l’efpece de celui des fers à lames , ou de celui de l’acier trempé fondant. Ces derniers blancs font éclatans, & l’autre eh un, blanc mat.-Le blanc des fontes comparé au blanc brillant de certains fers, eh comme celui de l’argent mat, comparé à celui de l’argent bruni : il y a pourtant des fontes blanches qui ont des endroits brillans qui ont quelques lames , quelques radiations alfez éclatantes ;. mais leur éclat eft inférieur à, celui des lames de certains fers. ;
- ig- La calfure des fontes grifes eft tou jours plus fpongieufe que celle des. fontes blanches ; elle approche plus de celle de l’acier. Ordinairement elles font grainées ; mais leurs grainures'nous offrent bien des variétés , dont il fera très-important de fe fouvenir dans la troifieme partie de notre art. Les grains des uns font fi-fins , qu’à peine s’apperçoivent-ils ; d’autres plus gros, quoique très-fins, font bien arrondis, bien détachés les uns des autres; il y en ai
- (6) Cette différence de couleur & de vrage deM.de Genffane de la Fonte des: grain vient fouvent de la matière employée mines parlefeu de charbon de terreParis j pour le feu de la fonte , de l’efpece du bois 1776, in-pe. On peut voir dans le premier ou du charbon , de l’efpece de la houille ou volume la fonte du fer. Voyez auifi le du charbon de terre. Sur l’emploi de la Traité de la préparation des mines , de' bouille voyez l’ouvrage de M. Venel, fur ^ M.r Monnet-, Paris, .177} ,in-4V.
- If Ujagc du charbon de -tare., & le bel ou- ’ . ,
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- d’autres , où ces grains fins ne font pas fi bien terminés ; dans d’autres les grains font très - gros , & entre celles qui ont cette forte de grainure il y en a dont les grains font plus applatis , & d’autr-fcs où ils font plus relevés. Quelques-uns ont un cordon qui forme le contour de leur caflure, qui eft bien plus blanc que le refte, & qui eft compofé de grains peu différens de ceux d’un acier trempé couleur de cerife : on les eftime aufiî pour faire de l’acier.
- 19. Si l’on examine au microfcope les fontes, tant blanches que grifes, les blanches y paraîtront toujours d’une tiffure compa&e ; on y pourra obfer-ver quelques lames plates, parfemées, mais beaucoup plus petites que celles de l’acier : la même loupe qui fait appercevoir celles dont font comp-ofés les grains d’un acier trempé peu chaud , ne ferait pas appercevoir celles-ci. Les fontes grifes parailfentau microfcope d’un tilfu tellement fpongieux, que tout femble un amas d’efpeces de cryftallifations. O11 croit voir aufiî des brouf-failles, des efpeces de végétations chymiques , faites d’une infinité de branchages entrelacés, mais compofés chacun de petites lames agencées les unes fur les autres. Si l’on place au foyer du microfcope des grains des uns & des autres, aufiî petits que les grains d’un fable extrêmement fin , ils y garnirent plus tranlparens que le fable le plus cryftaîlin ; leur tranfparence & fur-tout la vivacité de leur couleur approchent de la tranfparence & du brillant du diamant : malgré la vivacité de la couleur qu’ont alors les grains des différentes fontes, on diftingue la couleur des grifes , de celle des blanches s les grifes reffemblent plus à l’acier poli, <& les blanches à l’argent poli.
- 20. Nous venons de dire que les fontes blanches paraiflent compa&es à la vue feule & au microfcope : fi on les compare avec les fontes grifes, elles font toujours telles. Mais il y a des fontes blanches , dont la tiifure eft moins ferrée que celle des autres. Il y en a qui femblent prefque grai-nées ; ce font ordinairement les moins blanches , celles qui n’ont ni radiations , ni lames éclatantes : leurs grains pourtant ne font jamais fi bien marqués que ceux des fontes grifes, & 11e laiifent jamais entr’eux de fi grands intervalles.
- 2r. Une autre remarque plus importante fur les fontes, & qui regarde dire&ement l’ufage que nous voulons en faire à préfent , c’eft qu’on peut prendre pour une réglé à laquelle je ne connais point d’exception , qu’elles font d’autant plus dures qu’elles font plus blanches. Quand elles font bien blanches , il n’y a ni lime ni cifeau , qui puilfent mordre deffus 5 au lieu qu’il y a des fontes grifes, & fur-tout des fontes brunes tirant fur le noir, & avec cela bien grainées , qui cedent à la lime; j’en ai trouvé même qui fe lailfaient limer comme le fer, qu’on pouvait percer aifément ; & en général, je les ai toujours trouvées d’autant plus limables , que leur couleur était plus foncée.
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- 22. Aussi tire-t-on des fontes grifes de prefque tous les fourneaux 'dont' on coule la fonte en moule, foit pour des contre cœurs de cheminées, foit fur-tout pour des pots , des marmites, des canons, foit que les mines qu’on y fond donnent naturellement ces fortes de fontes , foit qu’on les y rende telles, par les circonftances qu’on obferve en les faifant fondre. L’ufage ordinaire eft de ne point jeter dans des moules les fontes blanches des grands fourneaux : ce n’eft pas qu’elles n’en priifent bien la forme ; mais les ouvrages de fonte, quelque grofliers qu’ils doivent refter, ont prefque toujours befoin d’ètre un peu travaillés après qu’ils font, fortis du moule : au moins faut-il abattre les jets de la fonte ; on ne réuiîit pas toujours à les calfer aifez près ; on veut emporter les inégalités les-g.)us confidérables , les éb'arber un peu ; on pafle la lime, on la râpe fur ^plupart des marmites ; les canons demandent à être'allézés. Or fi ces ouvrages étaient de fonte blanche, ou ufe-rait detlus les outils fans rien opérer.
- 25. Quoique nous ayons dit qu’il y a des fontes grifes qui fe laiiTent bien limer , il ne faut pourtant pas efpérer qu’il y en ait qui pourraient être propres à faire des ouvrages qui doivent être extrêmement finis à la lime , être cifelés & polis : la lime prend deflus ; il ferait cependant prefque impolfible de réparer avec les cifeaux & les cifelets des ornemens délicats. Ces outils mordraient fur le fer fondu ; le mal même , eft qu’ils y mordraient fouvent plus qu’on ne voudrait. Le fer , le cuivre & tout métal qu’011 cifele, qu’on répare, fe doit lailfer couper comme le bois , ou même plus net; on en doit de même enlever des coupeaux qui ne foient précifément que ce que l’outil a rencontré dans fon chemin, & ce n’eft pas de cette feule façon dont nos fontes grifes cedent à l’outil s elles y cedent, comme feraient les parties d’une pierre de grès : elles s’égrènent i le cifeau n’en emporte pas des lames ; fouvent il en détache des grumeaux : il coupe plus rarement des grains , qu’il 11e brife des malles compofées de plufieurs grains : inutilement donc entreprendrait - on d’en faire quelque chofe de fini.
- 24. Nous avons encore à faire obferver un plus grand inconvénient. Le fourneau qui donne de la fonte grife , ne la donne pas telle conftamment. Il en donnera quelquefois de blanche, & nullement limable; & cela par des circonftances qu’il n’eft pofTible , ni de prévoir , ni d’éviter. Les matières employées 8c les procédés fuivis feront parfaitement femblables, autant qu’humainement on en peut juger*, & cependant, au lieu de la fonte grife qu’on attendait, on aurait de la fonte blanche. J’ai trouvé fouvent la moitié (7J d’une
- (7) La durée du tems pendant lequel le connues & inconnues font varier le grain fer fondu demeure en fufion dans le four- de la fonte comme fa couleur & fa dureté neau ou le creufet, le vent qui régné pen- félon qu’il y refte plus ou moins de loufre, dant la fufion,plufieurs autres circonftances de fel & d’autres matières hétérogènes.
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- marmite de fonte blanche, pendant que l’autre moitié était de fonte grife : elle était limable d’un côté, & 11e l’était pas de l’autre.
- 2f. Enfin , quand on pourrait avoir fûrement des ouvrages en entier de fontes grifes, jamais on n’aurait des ouvrages à qui l’on pût faire prendre la blancheur & le brillant du beau fer 5 leur couleur ferait trop foncée & trop terne.
- 26. Quand on aurait donc le fecret, qu’on n’a pas, défaire fortir constamment du fourneau des fontes limabies, ce n’en ferait pas encore aifez, lî l’on voulait des ouvrages de fer fondu, qui euftent la blancheur & l’éclat des ouvrages de fer forgé.
- 27. Rien n’eft plus facile que d’en mouler qui aient ces deux dernieres qualités. On a aifez de fontes blanches , & la métamorphofe des fontes grifes en fontes blanches eft aifée à faire : mais on a des ouvrages intraitables , qu’on eft obligé de lailfer tels que le moule les a donnés. Il eft vrai que des curieux ont fait jeter de ces fontes, pour en compofer des médailles, des delfus des tabatières , & d’autres pièces délicates ; & ces pièces moulées & fondues avec adrelfe'font quelquefois forties fi nettes du moule, avaient fi bien pris les traits les plus fins, qu’il n’était nullement néceffaire de les réparer. C’eft à quoi l’on réuflira, quand on fera les moules de ces petites pièces , avec autant de foin qu’on fait ceux où le verre prend fi exadement les empreintes des pierres gravées. Mais inutilement tenterait - on quelque chofe de pareil en grand , on n’y parviendrait pas ; quelque parfaite qu’une grande piece fût ferrie du moule , il relierait à couper fes jets, à Pébarber, & encore à la rendre moins caftante. Au moins favons-nous que la fonte blanche fe peut très-bien mouler, quoiqu’on 11e la moule pas ordinairement. Il y a plus, c’eft que la fonte blanche fe moule aufli aifément que la grife; on la rend même plus fluide.
- 28. Il faut fi peu d’art pour changer de la fonte grife en fonte blanche, qu’on fait même ce changement fans chercher à le faire. Qu’on prenne de la première fonte, qu’on la mette en fufion dans un creufet ; en la rendant fluide on la rendra blanche : l’ouvrage formé de cette fonte , qui a été Amplement refondue , fe trouvera de fonte blanche. Il eft vrai pourtant que plus elle aura été tenue en fufion , & plus elle fera blanche; que félon qu’elle était d’abord plus ou moins grife , elle fera devenue plus ou moins blanche , pendant une fufion d’une même durée : mais quelque grife qu’elle ait été, quelque peu qu’elle ait été tenue en fufion, au moins une partie de cette fonte fera-t-elle très - blanche.
- 29. Mais rien ne contribue davantage à rendre blanche la fonte grife, que de la couler en moule, & fur-tout de l’y couler très-mince. J’en ai eu la preuve, en obfervant bien des fois un fait qui d’abord m’a paru fingulier.
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- Après avoir fait refondre des fontes grifes , & les avoir fait jeter en des moules, où elles devaient prendre certaines figures, quand quelqu’accident a empêché la piece de bien venir * il m’efi arrivé de la caffer. Dans cette même piece, je trouvais de la fonte de différente couleur : dans quelques endroits elle était prefqu’auffi grife que quand elle avait été jetée dans le creufet ; & dans d’autres elle était très-blanche : mais la remarque la plus eifentielle, c’efi que les endroits où elle était grife , étaient communément les plus épais, & c’était fur-tout vers le centre des endroits épais qu’elle l’était : tout ce qui approchait de la furface était blanc. On donne le nom de jets à la matière qui a rempli les conduits par où a paffé celle qui a rempli le moule ; fouvent j’ai vu que tous les jets étaient blancs ; la furface des ouvrages, & tout ce qui en approchait, était blanche auffi ; tous les feuillages ou autres ornemens minces l’étaient de même : mais ce qui était épais était gris. Quand les jets n’étaient, pas entièrement blancs,au moins leurs couches extérieures l’étaient-elles. Enfin, il m’a paru confiant que la fonte coulée mince devenait" blanche : il y a pourtant quelquefois des endroits d’égale épaiffeur, dont les uns feront blancs & les autres gris.
- 30. Il n’eft pas tems encore de rendre raifon de ce fait, d’expliquer pourquoi la fimple fufion produit ce changement dans la fonte, & fur-tout dans certains endroits de la fonte s nous en donneront dans la fuite une caufe plus claire & plus certaine quo celle que nous en avons donnée dans la première édition de notre art : mais ce ne fera qu’après avoir rapporté bien des expériences nouvelles , qui ne le fauraient être il - tôt.
- 31. Les fontes blanches femblent plus pures, plus affinées, & contenir plus de matière métallique que les fontes grifes : nous les avons données ailleurs pour telles. Leur couleur qui s’éloigne davantage de celles des matières purement terreufes , difpofe à recevoir ces idées. D’ailleurs, généralement parlant, le fer & tous les métaux encore impurs s’affinent en foute-nantlefeu ; les fontes deviennent plus blanches quand elles ont été fondues plus de fois. On tient pour un fait confiant dans les forges , qu’on retire plus de métal malléable d’un certain poids de fonte blanche que d’un poids égal de fonte grife. Cependant toutes ces vraifemblances réunies 11’établiffent pas encore affez foîidement que les fontes blanches font plus pures ou plus métalliques. Nous n’entrerons point à préfent dans cet examen ; mais nous voulons nous tenir en garde contre des idées naturelles, que nous avons adoptées en d’autres endroits, & qui feront fujettes à révifion.
- 32. Enfin , à quoi fe réduit ce que nous avons vu jufqu’ici ? C’efi i°. que quand des fontes grifes feraient reftées douces & limables , après avoir pris les formes qu’on leur voulait, elles compoferaient toujours des ouvrages incapables de recevoir un beau poli, 8c d’avoir une belle couleur de fer ; ils
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- feraient toujours gris & ternes. 2° Qu’on n’a pu même jufqu’ici jeter en moule des ouvrages qui fulfent par - tout de fonte grife ; elle fe trouve prefque nécelfairement mêlée avec de la fonte blanche 3 fi un endroit de l’ouvrage eft traitable , l’autre ne l’eft pas , & cela quoique cette fonte ait été prife liquide dans le fourneau même où la mine a été fondue. 30 Que les fontes grifes étant refondues & jetées en moule, deviennent blanches, au moins à leur furface, & par conféquent en un état où la lime & les cifelets n’y fauraient faire d’impreffion. Ainfi les difficultés à lever pour avoir des ouvrages de fer fondu beaux & finis fe réduifent à trouver les moyens d’avoir des ouvrages de fonte qui fe lailfe réparer , & qui après être réparée , ait une belle couleur & de l’éclat.
- 33. Il peut y avoir deux maniérés d’adoucir le fer fondu : favoir, i°. ou de l’adoucir pendant qu’il eft en fufion, de le rendre tel que les ouvrages qui en feront faits fe laiffent réparer ; 20. ou on peut mouler des ouvrages dame belle fonte , qui auront la dureté & la roideur dont nous avons parlé, mais qu’on adoucira & rendra traitables par la fuite. Il eft indifférent dans lequel des deux états 011 adouciffe notre métal, ou pendant qu’il eft fluide , ou quand il ettfolide, pourvu qu’on le rende propre à nos ufiiges : le fecret de l’adoucir à ce point, eft ce qui nous manquait.
- 34- Si l’on s’en rapporte à la tradition des-ouvriers ,,c’eft un fecret qui a é.té perdu & trouvé plufieurs fois : tout ce que nous voyons de grand & de furprenant e.n fer „ comme font les ferrures des portes de Notre-Dame, ils.-veulent que ce foient des:ouvrages de fer fondu. Ce. qu’il y a de plus certain, & d’affez récent , c’eft qu’un particulier a, eu en France quelque chofe de fort, approchant du; véritable fecret d’adoucir le fer fondu qui a été jeté en moule. Il entreprit même d’en faire des établiflfemens à Cône & à Paris, dans: le fauxbourg Saint - Marceau. Il y a vingt, a ns & quelques années , il raflé m b lamie compagnie qui devait fournir aux frais , & qui fit même , à ce qu’on m’a-dit, des avances confidérables ; elle fit exécuter quelques-beaux modèles qui furent enfuite jetés en fer; Il y eut divers ouvrages de fer fondu adoucis; cependant l’entreprife échoua, & l’entrepreneur difparut, fans qu’on ait fu en aucune façon ce qu’il eft devenu. Il avait apparemment commencé trop légèrement avant d’être alfez fûr de fon fecret, avant de t’avoir porté au degré de perfection nécelTaire. j’ai vu des ouvrages venus de cette manufacture , & paffablement adoucis 5 mais ceux qui ont eu quelques connaiflances de ces établilTemens, m’ont alluré que le hafàrd avait trop de part au fuccès ; quelquefois, après avoir bien confumé du bois, 011 retrouvait aux ouvrages toute leur première dureté; plus fouvent les ouvrages n’étaient ramollis que par parties il y refait des endroits durs , intraitables , qui obligeaient à abandonner le refte : fouvent enfin les ouvrages fortaient du fourneau , défigurés
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- par les écailles qui s’en détachaient. J’ai rencontré toutes ces difficultés en mon chemin ; elles 11e font pas moins capables, que le fond du fecret même, d’arrêter ceux qui 11e fe conduifent pas par principes.
- Quelqu’imparfait que fût ce fecret, j’en ai long-tems regretté la perte. La description que j’ai faite de tous les arts qui mettent le fer en œuvre, les fouhaits que j’avais tant de fois entendu faire pour ce fecret, m’avaient convaincu de refte de l’importance dont il devait être. C’eft déjà une grande avance que de favoir que ce qu’on a befoin de trouver n’eft pas abfolument impoffible : j’avais oui dire que l’entrepreneur dont je viens de parler renfermait les ouvrages de fer fondu qu’il voulait adoucir, dans de grandes cailfes, où ils étaient entourés d’une compofition propre à y produire le changement fouhaité ; qu’on faifait fouffrir à ces ouvrages ainfi renfermés, un feu d’une longue durée. C’eft ce même fecret que je me fuis propofé d’abord de découvrir, & cela en fuivant les traces qui m’avaient été indiquées; c’eft-à-dire , que j’ai cherché d’abord à adoucir des ouvrages de fer fondu en les tenant dans des cailfes ou creufets, où ils étaient entourés de quelque compofition. C’eft ce fecret que j’ai trouvé ci-devant, & que j’ai donné dans l’édition précédente de cet art; il ne fera aujourd’hui que la première partie de celle-ci. Depuis j’ai été informé qu’on avait fu une autre façon d’adoucir les ouvrages de fer fondu , qui m’a paru avoir des avantages fur l’autre , pour tous ceux d’un poids & d’un volume confidé-rables;je fuis ainfi parvenu à découvrir cette maniéré d’adoucir le fer fondu, & la fécondé partie de cet art fera deftinée à l’expliquer. Enfin, convaincu qu’il ferait encore plus avantagenx de pouvoir couler des ouvrages qui, en fortant du moule, pulfènt être limés; après avoir celfé de regarder cette propriété comme abfolument incompatible avec la nature du fer fondu , j’ai cherché à y réuffir , & j’ai été alfez heureux pour en découvrir les moyens; je les donnerai dans la troifieme partie. Au refte , ces différentes voies d’adoucir le fer fondu avaient toutes befoin d’être connues ; elles ont chacune des avantages particuliers qui doivent tour - à - tour leur faire donner la préférence, félon les efpeces d’ouvrages qu’on veut avoir en fer, & félon les qualités qu’on veut à ces ouvrages.
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- SECOND MEMOIRE.
- Des différentes maniérés de fondre le fer. Quelles attentions il faut avoir pour jeter en moule le fer fendu, & pour tirer les ouvrages des moules.
- 36. C£tte première partie de notre art, & celle qui doit la fuivre, fuppofent des ouvrages qui ont été jetés en moule, d’où ils font fortis avec une dureté égale ou fupérieure à l’acier trempé 3 leur objet eft d’adoucir ces mêmes ouvrages , de les rendre traitables. C’eft aux fondeurs à nous les livrer bien conditionnés d’ailleurs }& c’eft à nous à les remettre aux cifeleurs dans un état où ils puiffent les réparer, comme ils réparent ceux d’or, d’argent, de cuivre, ou comme ils réparent ceux de fer forgé. L’art du fondeur en fer femble donc étranger au nôtre en quelque forte : aufti ne nous y arrêterions-nous pas , Ci les maniérés de fondre le fer étaient au point de perfection où font celles de fondre les autres métaux.
- 37. Les fondeurs en or, en argent, en cuivre & en fer, non pas feulement à tendre leur métal fluide & à en remplir des moules 3 ils doivent favoir faire ces moules. Le fondeur eft en même tems mouleur; & cette partie de leur art eft la plus étendue, & fournirait matière à un long traité. Qui voudrait ne rien laifler en - arriéré , aurait à remonter jufqu’à la maniéré de faire les modèles, & aux différentes matières dont on les fait: on expliquerait en-fuite comment 011 fait les moules foit en fable, foit en terre, foit en cire ; pourquoi certains ouvrages veulent être moulés en fable, pourquoi d’autre veulent être moulés en terre, pourquoi d’autres demandent la cire ; comment il faut faire fécher les ditférens moules ; les diverfes maniérés de mouler des pièces de figures différentes 3 comment on fait les noyaux 3 comment on rapporte des pièces pour les parties de l’ouvrage qui 11e font pas en dépouille. Mais ce font des détails que nous pouvons nous djfpenfer de fuivre : nous nous contenterons de donner des idées générales de ces différentes maniérés de faire les moules , & de faire r$narquer ce que ceux où le fer doit être coulé exigent de particulier ; une partie de ce que nous avons à en dire fera même plus à fa place dans la troilieme partie , qu’il ne le ferait ici 3 elle demande aux moules des qualités que les deux premières ne leur demandent pas. Jufqu’à ce que nous eu fovons là, il fuffit qu’on fâche que les moules fe font de différentes matières , & que ceux des fondeurs en petit font d’un fable gras , ( 8 ) d’un fable qui a
- ( 8 ) C’eft plutôt une terre fine argilleufe ou marneufe , mêlée avec un fable fin, dont les particules font égales entr’elles.
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- aflez de confiftance pour conferver les empreintes qu’il a reçues. Comme nous7 aurons fou vent à citer ces derniers moules, il eft bon qu’on lâche de plus qu’ils font ordinairement de deux pièces, dans chacune defquelles une portion de l’ouvrage eft imprimée ; que chacune des pièces ou de ces mafles de fable eft foutenue dans un chaftis de bois , & que c’eft dans ce chaftis qu'on a mis & battu le fab^e pour y former le creux deftiné à recevoir le métal ; qu’avant de fon-ger à l’y verfer, on fait bien lecher ces deux moitiés du moule : on les dreife l’une contre l’autre, comme les enfans drelfent les deux premières cartes dont ils veulent bâtir un château : on les affemble enfuite l’une, contre l’autre. & on les aliénable toujours exactement, parce qu’un des chaftis porte des chevilles ou goujons de bois , qui fè logent en des trous percés dans l’autre chaftis. Enfin, quand ces deux chaftis font bien ajuftés, on met un ou plufieurs moules dans une preflè allez femblable à celles dont on fe fert pour preifer le linge de table, pour preiler le papier, afin de bien maintenir l’un contre l’autre les deux parties de chaque moule. Alors ils font en état de recevoir le métal; on a ménagé une embouchure où il doit tomber, & des conduits appelles jets, par où il le rend dans la cavité qui a été préparée.
- 38. Nous fuppofons donc qu’on fait faire de ces moules & de ceux de
- toute autre efpece , & nous nous renfermerons actuellement à expliquer les maniérés de foudre le fer, qui ont été mifes en ufage, & les additions que, nous y avons faites pour remplir commodément de ce métal des moules de toutes grandeurs, & à moins de frais qu’on ne l’a fait ci-devant. f.
- 39. Toutes les maniérés de fondre le fer fe réduifent à deux manières^ générales; lavoir, ou de le fondre dans des creufets où il n’eft rendu fluide que par la chaleur qui paife au travers de leurs parois, ou de le fondre en le tenant immédiatement expofé à l’aCtion du feu, en le tenant au milieu de la flamme & des charbons. Mais il y a plufieurs moyens de mettre ce métal en fufion , foit pendant qu’il eft renfermé dans des creufets, foit pendant qu’il eft placé immédiatement au milieu des charbons allumés. ( 9 )
- 40. Les fondeurs ordinaires en cuivre fondent le fer comme le cuivre, dans de femblables creufets, & dans le même fourneau. Le fer eft un peu plus long-tems à y être rendu liquide ; mais cela ne va pas à une différence de tems alfez confidérable pour enchérir beaucoup la façon ;çjl i’eft d’autant plus vite qu’il a été concailé en plus petits morceaux; on y en peut pourtant fondre de très - gros, & l’on peut fe fervir de creufets qui contiendront chacun trente ou quarante livres de métal fondu.
- (9) Dans les grandes fonderies, dans ouvrages de MM. Schîutter, Hellot, Montes fourneaux , le minerai eft toujours jeté net , de Genflane, fur les fourneaux à au milieu du charbon, & fe frouve fondu fondre le fer. Voyez le tome II de cette au milieu du feu du fourneau. Voyez les collection.
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- 41. La conftru&ion de leur fourneau eft facile; auiïi fa forme eft-elle très-fimple. Ses parois renferment un trou , dont la coupe prife à quelque hauteur que ce foit, eft un quarré dont les côtés ont chacun environ fept pouces de largeur:*la profond^ir de ce trou eft affez communément de vingt - cinq à vingt-fix pouces : cette profondeur, ou , ce qui eft la même chofe , la hauteur du fourneau eft partagée en deux parties inégales par line plaque de fer qui d’abord a été forgée quarrément, & de grandeur inégale à la coupe horziontale du vuide du fourneau, & dont les quatre angles ont été enfuite abattus. La partie du fourneau qui eft au-deifous de la plaque , eft le cendrier. La hauteur de cette partie eft fur-tout celle qui eft arbitraire : la plaque eft , à proprement parler, le fond du fourneau : depuis cette plaque jufqu’au bord fupérieur , il y refte environ dix-fept pouces. C’eft fur cette plaque qu’011 pofe le creufet. Les charbons l’entourent de toutes parts ; ils font allumés par le vent d’1111 fouf-flet double : un tuyau conduit le vent dans la partie que nous avons nommée le cendrier, & de là il palfe avec rapidité dans le fourneau par les quatre trous que laiflent à chaque coin les quatre échancrures de la plaque de fer qui touche par-tout ailleurs les parois du fourneau; ces échancrures font circulaires.
- 41. On couvre le fourneau d’un couvercle plat, qu’on ajufte le mieux qu’on peut fur les bords fupérieurs du trou ; les vuides qui retient dans les endroits où il né s’applique pas parfaitement, donnent une iffue fuffi-fanteà l’air.
- 43. Les parois de ces fortes de fourneaux font de briques arrangées à plat les unes fur les autres; mais pour mieux les conferver, pour 11’être pas obligé à démolir quand le feu les a minées , 011 les revêt de carreaux dont la largeur eft égale à celle des faces. Ces carreaux s’appellent la chemife du fourneau. Quand on a à le raccommoder,' on n’a qu’à lui donner une chemife neuve. Je voudrais qu’on eut l’attention de faire ces carreaux des meilleures terres à creufets, ou à pots de verrerie; alors ils feraient d’une longue durée. Pour agrandir ou rétrécir ce fourneau à là volonté, entre la brique & la chemife on met une couche de terre qui rélifte au feu. Quand on change de chemife, ce qu’on ôte à l’épailfeur de cette couche on le donne à la grandeur du fourneau.
- 44. La plaque de fer a pour fupports deux petites barres de fer qu’011 peut ôter & remettre; ce qui donne aufli la facilité de relever la plaque dans quelques cas* où cela eft nécelfaire au fondeur, & fur-tout lorfque les trous qui donnent paflage au vent ont été bouchés, foit par la matière vitrifiée, foit par du métal qu’aura lailfé couler un mauvais creufet, ou un creufet qui aura été calfé par quelqu’accident.
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- 4f. Le fourneau précédent n’occupe pas grande place; mais il eft bâti à demeure : on en peut faire de plus petits , ou d’aufli grands, très-portatifs 9 qui paraîtront commodes en bien des circonftances. J’en ai actuellement un de cette rierniere efpece à ma maifon de campagne ; jê le fais quelquefois mettre au milieu des jardins. Au lieu quelle fourneau ordinaire eft fait de quantité de briques arrangées les unes fur les autres, celui - ci n’eft bâti que de quatre à cinq pièces ^qui, pofées les unes fur les autres, le compo-fent en entier : qu’on conçoive le fourneau ordinaire divifé en petites branches par des plans parallèles à fa bafe ; chacune de nos pièces eft une de ces branches, mais qui n’eft point compofée d’un affemblage de différentes briques ; elle eft faite de terre à creufets, & il n’y a pas grande façon à la faire ; tout fe réduit à former quarrément un bloc de terre , de Pépaifleur que la piece doit avoir , & qui ait extérieurement la largeur ^qui convient au fourneau ; on perce enfuite , au milieu de cette piece de terre , un trou quarré , du diamètre que demande l’intérieur du fourneau. Plusieurs pièces femblabies, ajuftées les unes fur les autres, compoferont le fourneau entier : une feule fera différente des autres, c’eft celle qui en fera la bafe, celle qui formera le cendrier. On lui laiffera un rebord tout autour, excepté dans les angles : ce rebord eft deftiné à porter la plaque de fer fur laquelle on pofe le creufet. Cette plaque pourtant fera, fi l’on veut,, foutenue comme dans l’autre fourneau , par deux barreaux de fer; la même piece aura fur une de fes faces une ouverture par où l’on pourra retirer la cendre & les charbons qui tomberont dans le cendrier.
- 46. Un tuyau recoudé qui recevra le vent du foufflet d’une forge , le conduira à l’ordinaire fous la plaque de fer de ce fourneau. Si, outre le fourneau portatif, on a une forge portative , une forge roulante, on pourra tranfporter fon fourneau où l’on fouhaitera. Plus les pièces dont ce fourneau fera fait feront minces, & plus aifé il fera à tranfporter : chaque fois qu’on le changera de place, on lutera toutes les jointures avec une terre iablonneufe.
- 47. Si l’on ne veut fondre du fer que pour des expériences, ou pour en jeter en moule de petites pièces, une forge ordinaire eft un fourneau fuffi-fant; en moins d’une demi - heure on y rendra très-fluide une livre ou deux de ce métal : il n’eft queftion que de pouffer le vent du foufflet , & d’être attentif à tenir le creufet bien entouré de charbons. Je me fers , dans cette occafion, de creufets cylindriques par préférence ;& j’en prends toujours de plus grands qu’il ne faut pour-contenir la quantité de métal que j’y veux mettre en fufion; & cela, pai\e que je le couche dans la fo£ge fous un angle d’environ quarante-cinq degîàr: le plus & le moins ne font rien ici. Ainfi couché, il eft moins expofé à être renverfé; on peut plus aiiément
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- mettre le fer dedans, on voit mieux le point où en eft le fer, s’il eft liquide , s’il l’eft fuffifamment : d’ailleurs le creufet en eft plus aifé à retourner.
- 48. Cette maniéré de fondre, toute fimple qu’elle eft , eft très-bonne, quand on aura envie de jeter en moule de petites pièces remplies de traits fins ; & cela, parce qu'on rend la fonte parfaitement liquide , & par confé-quent en état de bien remplir les plus petits vuides du moule. Quoiqu’on ait recours à des fourneaux où la chaleur eft plus violente, comme on y fond aufli, proportionnellement à leur grandeur , une plus grande quantié de fer à la fois , on ne l’y met pas dans une fufion auifi parfaite , aufli égale. Toute la matière contenue dans un grand creufet n’eft pas également ex-pofée à la chaleur : cette mâtiere, dans le tems même qu’elle eft fondue , peut être comparée à une barre de fer qu’on a fait rougir au milieu du feu, dont le centre a toujours pris un degré de chaleur inférieur à celui qu’ont pris les couches les plus proches de la furface.
- 49. On peut fondre à la forge une plus grande quantité de fer à la fois, fl l’on y met un plus grand creufet, & qu’on l’entoure d’un ferre-feu qui retiendra les charbons. J’en ai fait faire un pour cet ufage , qui vaut presque un fourneau : la confommation du charbon y eft pourtant un peu plus grande, proportionnellement à l’eftet produit, que dans le fourneau du fondeur-
- fo. Les différentes façons dont on peut fondre le fer par un feu qui n’agit qu’après avoir palïé au travers des parois du creufet, fe réduifent aux précédentes : il nous refte à parler des maniérés de le fondre , en l’expolant immédiatement à l’adion du feu. Je ne fais s’il ferait poflible d’y réuflir dans des fourneaux de réverbere, tels que font ceux où l’on fond le cuivre pour jeter les grands ouvrages , comme les cloches, les canons , les ftatues : je n’en ai fait qu’une expérience. Inutilement de la fonte de fer de la plus fuflble refta pendant long - tems expofée à l’adion du feu d’un de ces fourneaux, elle ne s’y fondit point. Cette expérience apprend au moins, que des fourneaux de réverbere précifément fembables à ceux où l’on fond aduellement le cuivre, n’agiraient pas aifez puilfamment fur le fer. Ce n’eft pas feulement que ce métal demande , pour être rendu liquide, un plus grand degré de chaleur que celui qui fufflt au cuivre : les obfervations qui viendront dans la fuite, apprendront qu’il a de particulier de vouloir être fondu brufquement. On ne doit pas efpérer ici de fuppléer à l’adivité du feu par la durée ; il eft fingu-lier & certain que le feu qui l’attaque trop faiblement pour le fondre, le rend de moins en moins fufible, & avec le tems l’amene au point de ne pouvoir plus être rendu coulant, même par le feu le plus violent, de quelqu’ef-pece de fourneau que ce foit. Il y aurait des moyens d’augmenter l’adi-vité de ceux de réverbere. J’ignore pourtant s’il ferait aifé de la pouffer au point néceifaire pour faire couler le fer;mais affez d’autres fourneaux
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- peuvent fuppleér à ceux - là , & agiront toujours plus promptement & à moindres frais : tels font tous ceux à foufflets.
- f i. Il y a une forte de fondeurs qui fondent journellement de la fonte de fer , & qui ne fondent point d’autre métal. Leur nombre n’eft pas grand : je ne fâche pas qu’il y en ait eu à Paris plus de deux ou trois à la fois, & je crois qu’à préfent il n’y en relie qu’un. Des fondeurs de cette efpcce courent la campagne ; ils parailfent fuccellivement en différentes provinces ; ils jettent en moule des poids de fer , des plaques deftinées à certains ufages » des marmites , & quelquefois les raccommodent. Le feu agit immédiatement contre le fer dans les fourneaux dont ils fe fervent, & y eft animé par le vent des foufflets. Il eft compofé de deux parties d’une forte de creufet, & d’une tour en forme de cône tronqué, qu’on pofe fur ce creufet. Nous décrirons d’abord ces deux parties & toutes les autres auffi Amplement & groffiérement faites qu’elles le font chez nos fondeurs -, nous dirons enfuite comment on peut les rendre plus folides, les mieux alfembler. Il eft bon de connaître ce qui peut s’exécuter à moindres frais : il y a des circonftances où le folide importe peu.
- 52. Cette maniéré de fondre s’appelle fondre à la. poche : auffi le creufet du fourneau eft - il appellé une poche. On appelle encore ce fourneau , un fourneau à manche ; & c’eft à la tour qu’il doit ce fécond nom : car on la nomme une manche. Le creufet eft compofé en partie d’un vieux pot, ou d’un vieux chauderon de fer fondu, félon qu’on le veut plus grand ou plus petit; ou plutôt ce vieux pot ou ce vieux chauderon fert à maintenir le creufet qui eft d’une couche de terre fàblonneufe, épaiife d’environ un pouce & demi y elle revêt intérieurement le vafe dont nous parlons. Pour le folider, & c’eft ainfi que je l’ai fait pratiquer , cet enduit doit être des mêmes terres dont 011 fait les creufets ,& préparées de la même faqon : car s’il eft d'une terre trop fondante, il y a trop fouvent à y retoucher. La terre peut s’élever au-defc fus des bords du vafe qui la foutient ; alors elle a feule quelque part une échancrure en demi-cercle, qui recevra en partie la tuyere dans laquelle les foufflets doivent poulfer le vent : cette échancrure pourrait être dans le bord même du vafe.
- f3. La fécondé partie du fourneau, la tour conique ou la manche, eft faite pour être pofée fur le creufet ; par conféquent fon diamètre eft déterminé à peu près par celui* du creufet que l’on a choifi : extérieurement elle eft auffi de fer. Nos ouvriers la forment fouvent de plusieurs marmites fans fond , ajuftées les unes fur les autres ; mais il eft plus commode de la faire de tôle. On lui donne environ quinze à feize pouces de hauteur ; mais on ne doit pas craindre de l’élever davantage. Intérieurement, elle eft revêtue de terre pareille à celle du creufet, & de faqon que l’ouverture
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- <îu haut relie un peu plus étroite que celle du bas. Nous ne donnons aucune mefurc précife, parce qu’on peut extrêmement les varier toutes : mais fi l’on veut faire ufage de ces fourneaux , tels qu’il y en a a&uellement de conftruits, les defîins donneront des dimenfions fur lefquelles on pourra fe régler.
- f4. N’oublions pas de remarquer que la tour a une échancrure fem-blable à celle de-la ( poche ou du creufet, au-deifus de laquelle elle fe pofe dire&ement; les deux cnfemble forment l’ouverture qui reçoit la tuyere.
- L’assemblage de ces deux pièces compofe le fourneau en entier; on y excite l’ardeur du feu par le moyen de deux foufflets : ils occupent chacun un ouvrier. Les foufflets étant placés d’une maniéré ftable , la portion du fourneau eft déterminée par la leur; mais ce qui eft elfentiel, c’eft quhls doivent être inclinés, & de façon qu’ils dirigent le vent vers le fond du creufet, non pas précifément au milieu du fond, mais au moins tout au-bas de la paroi qui eft oppofée à la tuyère.
- S b* Lej terr'ein qui eft au - detfous des bouts, ou, en terme de l’art, au-deflbus des buzes des foufflets * ce terrein , & même un peu par-delà, «ft p!us: creux que celui du refte de l’attelier. Ce creux eft rempli de cette efpece de poudre qu’on trouve toujours au fond des tas de charbons, de ce qu’on appelle du fraifil, & des craifes qui fe tirent de deifus le fer, qui ont été concalïëes c’eft au milieu de ce tas de poudre qu’on place la poche ou le creufet. Il eft aifé d’y faire fur-le-champ un trou pour lé recevoir; on creufe dans ce fraifil aufli aifé meut que dans le fable..
- 5"7. Mais nous avons à faire remarquer qu’on ne met pas le creufet immédiatement dans le fond du trou. Ce creufet recevra bientôt la matière tondue : quand il en fera plein , il faudra le porter fur les moules où le métal doit être jeté. Pour avoir la facilité de l’enlever dans la fuite, on le pofe dans une efpece de cuiller à jour, dont le cuiller on eft compofé de différentes bandes de fer : elle a un manche long de plufieurs pieds, & de plus une anfe à peu près femblable à celle des ehauderons.
- 58. Il n’eft pas tems encore de voir l’ulàge de l’anfe & du manche;, pour le préfent imaginons feulement cette cuiller enfoncée dans la poudre, dans le fraifil, & le creufet, ou la poche, pofe dans la cuiller; & cela à une dif-tance des foufflets telle que leurs bouts entrent d’environ un demi - pouce dans l’échancrure que nous avons deftinée à recevoir la tuyere. Nous fup-pofèrons aufti que la tuyere a été' mife dans cette place ; elle eft ordinairement de fer fondu , & eft toujours beaucoup plus évafée par - dehors , par l’ouverture qui reçoit les bouts des foufflets, que par le dedans.
- , 59. Posons enfin la tour fur le creufet, & enveloppons bien le creufet,
- & même le bas de la tour, de fraifil, afin que la flamme ne puilfe pas s’échapper du fourneau par les jointures de nos » deux pièces; tout pourtant
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- n’en fera que plus clos, fi on les a lutées avec de la terre. Cela fait, notre fourneau eft drelfé , & prêt à être mis au feu ; on jette par fon ouverture fupérieure quelques charbons allumés ; & par-deifus ceux-ci, l’on eii jette de noirs, que le vent des foufflets enflamme bien vite : on achevé enfin de le remplir de charbon.
- 60. Quand tout le charbon eft allumé, quand à la place de celui qui efl: defcendu on en a remis de nouveau , & enfin quand on voit que le fourneau eft fufflfamment échauffé, on y porte la première charge du fer que l’on y veut fondre. Chaque fois qu’on y met du fer, le fourneau efl: plein de charbon jufqu’à fon ouverture fupérieure : c’efl; le feul endroit par où l’on puiffe le charger , foit de charbon , foit de métal.
- 61. Le fer eftconcaffé en morceaux de la grandeur à peu près d’un écu ; ils doivent être fondus quand ils arrivent au creufet, & des morceaux trop gros pourraient ne l’être pas pendant qu’ils font ce chemin.
- 62. Quand la derniere charge de charbon s’eft abaiffée de deux ou trois pouces, il efl: à propos de faire entrer une verge de fer dans le fourneau par fon ouverture fupérieure ; en agitant cette verge , on oblige les charbons à fe mieux arranger , à defcendre davantage, à lailfer moins de vuides entre eux : mais il refte en haut une plus grande place vuide ; on la remplit d’une nouvelle charge de charbon, au-deffus de laquelle on étend une nouvelle charge de fer. Chaque charge de fer n’a d’épaifleur que cellè des morceaux de fer, & a de largeur ou furface toute celle de l’ouverture fupérieure du fourneau : tant qu’011 juge à propos d’entretenir le feu, de faire fondre de nouveau fer, on répété les manœuvres précédentes.
- 63. Pendant tout ce tems, il faut veiller à la tuyere : les buzes, les bouts de foufflets ne la rempliffent pas en entier ; il refte aflez de place pour voir, comme par un tuyau, ce qui fe pafle dans le fourneau à une certaine hauteur du creufet : on n’a pas un grand champ ; il y en a pourtant affez pour avoir quelquefois un fpe&acle amufant. On apperqoit la fonte qui, après s’être alongée, fe détache par gouttes y de tems en tems quelque nouvelle goutte tombe dans l’efpace qu’on peut voir : mais ce qu’on cherche à ob-ferver, c’efl fi la lumière de la tuyere eft bien brillante, bien blanche, ou en termes d’ouvriers , fi elle paraît comme une lune ; expreffion qui donne une idée fort jufte de la couleur qu’a le feu du fourneau vis-à-vis cette tuyere, quand les foufflets l’ont rendu auffl vif qu’il le doit être : mais fi la couleur paraît rougeâtre, c’efl un mauvais ligne. C’en eft encore un plus mauvais fi la tuyere fe barbouille, fi l’on y apperqoit du noir; c’efl qu’elle fe bouche : & il faut être continuellement attentif à empêcher que cela n’arrive ; ce qu’on fait en pafïant une petite verge de fer rouge ou même une petite baguette de bois dans la tuyere; & cela jufqu’au- dedans du fourneau,
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- Par ce moyen l’on emporte leà matières qui commençaient à s’attacher à fon bout intérieur, qui commençaient à le boucher, & qui peu à peu le boucheraient au point que le vent n’aurait plus aiTez de paflage. De la matière vitrifiée qui fera collée contre la tuyere, un morceau de fer mal fondu qui l’aura touchée * peuvent être la caufe de cet accident ; car tout ce qui fe trouve précifémênt au bout de la tuyere ne fe fond plus; la matière même qui a été rnife én fufîon fe refroidirait , fi elle s’élevait jufques là ; tant que le vent efl dans la tuyere , & dans Initiant qu’il eil fort, il efl froid : il refroidit donc ce qu’il rencontre avant d’avoir rencontré des charbons.
- 64*. Enfiïï , quand à diverfes reprifes on a eü jeté dans le fourneau tout le fer qu’on s’efl propofé de rendre fluide , on fé difpofé à le couler dans les moules ; on regarde fi au-deflus des charbons il ne parait plus de morceaux de métal qui relient à fondre ; fi on n’y en voit point, on tâte avec une verge de fer s’il n’en relie point qui ne foient pas vilibîes ; & en cas qu’il s’en rencontre, on les fait defcendre jufqu’au creufet ; on agite la matière qu’il contient, afin d’y faire amollir celle qui etl defcendue nouvellement. Lorfqu’on croit que tout ell fondu , on ceffe de mouvoir les foufflets : on déterre le fourneau , l’on ôte tout le frailil dont on l’a entouré , & l’on renverfe la tour.
- 6<) . Alors le creufet ell découvert, .la matière ell prête à être coulée ; les moules ont été préparés à la recevoir : il faut ôter le creufet de place , & le porter aü- delfus de ces moules. La maniéré commune d’enlever le creufet de fon trou, c’éft de palfer une barre de fer dans l’anfe de cette cuiller, dans laquelle nous l’avons vu mettre ; & c’ell feulement pour pouvoir retirer le creufet avec plus de facilité & le renverfer, qu’on a donné une anfe & un manche à cette efpece de cuiller. On pafle donc une barre de fer dans l’anfe; deux hommes prennent cette barre , chacun par un bout; ils portent le creufet auprès des moules : un troifieme ouvrier tient le manche de la cuiller, au moyen duquel il' fait pencher le- creufet, & lui fait verfer le fer fondu dans un moule.
- 66. Le fieur Cufîn, ouvrier induflrieux du fauxbourg S. Antoine , a une maniéré moins fatigante de porter le creufet : à quelques pieds de diflance du fourneau , il a planté un arbre vertical de plufieurs pouces d’équarriflage': le bout fupérieur de cet arbre porte un levier, dont la plus courte branche a aflez de longueur pour que fon bout aille jufques vis-à-vis le fourneau-Le levier tourne librement fur l’arbre qui le foutient; il efl: pafle dans uù anneau qui fait partie de la tête d’un boulon de fer; ce boulon a près d’un pouce de diamètre ; il entre verticalement dans l’arbre : il efl logé dans un trou, où il tourne avec facilité. A la plus courte branche du levier, tient une chaîne terminée par un crochet. Quand on veut enlever le creufet, on Tome XV. N
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- engage l’anfé de. la 'cuiller dans ce' crochet* &iafin d’avoir moins de peine à foulever le tout, on a foin de charger3l’autre branche d’un poids .qu’on augmente félon le befoin : de forte que -le; levier feul porte de creufet. En faifant tourner le‘levier, on conduit le-creufet au-deifus des moules; on a eu attention de les difpofer à-peu près dans la demi - circonférence que parcourt le bras * qui eft chargé du creufet ;: à mefure Àque le creufet a été conduit au - delfus d’un moule, un homme qui tient le manche de la;çuiller Féleve , & incline de creufet. ->>.’! ? " .v /: mv H ; m
- 67. Nous avons dit que nous ne nous arrêterions point à expliquer la conftruètion des moules & leurs différences. Ceux qui font repréfentés pl.IV^ font Simplement chargés de poids, quoique" pour l’ordinaire ils doivent être ferrés‘dans une prelfe , comme j ceux de la pl. III.
- 68. Quand le creufet a été enlevé de la première place, le fer fondu
- était encore couvert de charbon & de fcories fluides : fa voir , de matière vitrifiée ou laitier qui a été fourni par le fer , & aulîi par les cendres du charbon qui1 ont été réduites en verre. Avec quelqu’outil, quelque barre de fer, quelqu’efpece de ratilfoire , on ôte d’abord les charbons, enfuite on tâche de retirer toute la matière vitrifiée qui fumage le fer ; comme elle eft fluide , il ne ferait pas aifé de l’enlever, fans enlever en même tems du fer fondu: un expédient Simple en donne la Facilité. -.i. F . , ,ir
- 1 69. Un ouvrier arrofe d’eau la matière du rcreufet, &cela avec un linge mouillé, qui eft attaché au bout d’un, bâton. AùftiTtôtun autre; ouvrier, avec un bâton ou avec quelqu’outil, pouffe par-delfus les bords du creufet, tout ce qu’il trouve avoir quelque conliftance ; ce 11’eft guereque. la matière vitrifiée qui en a pris : outre qu’elle eft plus aifée à.refroidir que le fer, c’eft que l’eau eft tombée; immédiatement ifur elle. Ont eontinue'ide même à jeter de d’eau à fept ou huit reprifes différentes, &à retirer du creufet toute la matière que le bâton peut entraîner ; la iiirface-du fer?eft alors bien nette-,, bien découverte1: enfin il ne refte plus qu’à verfer ce métal-dans les moules,
- 70. Le fourneau que nous avons décrit eft conftruit très-grofîiérement ; mais après tout, il donne idée de la maniéré dont il faut s’y prendre pour faire mieux 5 011 voit alfez qu’on peut établir le creufet plus folidement que dans une marmite de fer fondu : j’ai fait faire un bâtis de barfes/de fer , & j’ai fait remplir les intervalles que laiifent les barres, avec de. bonne tôle.
- , 71. Pour la tour, plus elle fera haute., & mieux i le fer s’y-fondra ; fon afiêmblage fera plus Fur & plus ftable , s’il eft de tôle, que de fragmens de marmites , toujours mal ajuftés les uns fur les autres. Cette enveloppe de tôle n’eft que pour foutenir la terre dont elle eft revêtue intérieurement. Pour que la terre s’y foutienne mieux, qu’il ne s’en détache jamais de grandes pièces, & afin qu’il foit plus facile d’en remettre à la place de celle qui fera
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- tombée,'onrlardera cette tour de clous dont les têtes feront en-dehors, & .dont les pointes pénétreront horizontalement en-dedans : plus les clous feront près les uns des autres, & mieux la terre fera retenue. '
- 72. Au lieu de ces clous on a mis en-dedans d’une tour que j’ai fait faire, des verges de fer repliées par les deux bouts , & qui ont toute la longueur de cette tour ; elles ne font éloignées les unes des autres que d’un pouce : la terre fe trouve enchâifée entre ces verges de fer, & elle les recouvre au moins d’un pouce.
- ' 73. Notre fourneau a fon creufet enterré. J’en ai fait conftruire un dans une fituation tout-à-fait différente ; le creufet eft en l’air ; fon fond eft éloigné de terre de plus de quatorze à quinze pouces ; il eft foutenu dans cet état par deux tourillons qui font portés par deux montans d’un affemblage de bois. Je n’expliquerai point en détail les particularités de ce fourneau, 011 en fera aifez inftruit par la planche & fon explication.
- 74. Ce que je me fuis propofé principalement, c’eft qu’on ne fût plus dans la nécelîité de renverfer la tour, chaque fois qu’on a à couler la fonte ; par cette manœuvre le fourneau fe refroidit; il n’eft pas ailé de le rcdreflér lur-le-champ : chaque fois qu>on veut fondre, on eft donc obligé de recommencer fur nouveaux frais ; on ne profite point ou on profite peu du charbon qui a été brûlé auparavant. Au lieu de porter le creufet fur les moules dans notre nouvelle difpofition , 011 apporte les moules fous le cruelet : 011 incline ce creufet, on lui fait verfer fa matière fans le déplacer & fans ôter la tour. Il fait eii quelque forte corps avec la tour, où ils font liés enfembîe par des barreaux de fer aufli foîidement que s’ils faifaient corps. Pour incliner le creufet, on prend deux branches de fer attachées ou enclavées dans un lien qui entoure le haut delà tour; un homme fe faifit d’une branche, & un autre de l’autre ; en abailfant le haut de la tour, ils font pencher le creufet qui verfe la matière dans des moules ; s’ils font dans une prelfe, un ouvrier avance ou recule , incline ou redrelfe la preife ; à mefure qu’un des moules eft rempli, il eft attentif à bien préfenter l’ouverture d’un autre au métal qui coule. On peut même placer les moules fur une efpece de petit chariot, dont un ouvrier tiendra le timon: ce qui donne plus de facilité à les mouvoir & à les incliner de la façon qu’on trouve convenable.
- 75'. Comme il n’eft pas aulli aifé de verfer la matière qui fort de ce grand creufet dans l’ouverture du moule qu’il eft aifé de verfer celle d’un petit creufet qu’on tient avec des tenailles, on trouvera commode de fe fervir, comme je l’ai fait pratiquer, d’un petit entonnoir de terre cuite, ou , û on le veut plus durable, de fer forgé, ou de cuivre fondu. Ou place cet entonnoir au-delfus de l’ouverture du moule; il eft foutenu par une piece de fer, dont le milieu forme une efpece de collier aifez grand pour laiifer en-
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- trer partie de; Pgntotmpir» Cette, pieee de fer ; près de* fes deux bouts * eft repliée en équerre,, & à des diftances: telles l’une de l’autre., qu’entre les deux parties repliées il y< a précifément r une! diftanee égale à la largeur des deux çha£ftsjdoilt le moule eft formé. Ce n’eft pas une dépenfe, que d’avoir de çes pièces de toutes les grandeurs , dont on a des chaffis : mais avec des vis , on peut mettre une piece de fer en état de fervir à des challis de différentes grandeurs, Avant.de pofer Peutonnoir en place, on aura la précaution de le faire chauffer; on le placera auffi de façon qu’il refte quelque diftanee entre le bout dé fon tuyau & le trou ou jet du moule , afin de pouvoir remplir le moule, fans qu’il refte de métal dans l’entonnoir.
- 76. Dans la pL IF, qui repréfente le nouveau fourneau, il-y eft placé fur un bâtis de bois, dont les quatre piliers ont des roulettes; ce que j’ai fait faire pour qu’on pût changer de place à fon gré: mais cette difpofition rfteft nullement nécefîaire ; les piliers qui porteront le fourneau , peuvent être fixés : il peut même être foutenu d’un côté par une potence fcellée dans yn mur.
- 77. Au lieu d’un fouftlet, qui ici eft encore porté par le chaftis de bois ..qui foutient le fourneau , 011 peut difpofer, & de toute autre maniéré, deux fou filets : l’activité du fourneau n’en fera que plus grande. On augmentera la grandeur des foufîlets, & 011 les fera mouvoir avec plus de force & de yîteffe , félon qu’on voudra conftruire un fourneau capable de contenir plus de fer en bain; mais 011 remarquera qu’un feul foufflet rnymne fois plus vite, équivaut à deux foufBets, chacun de même grandeur que le précédent, mais mus la moitié moins vite.
- 78. Quand le creufet eft en terre, il eft placé plus favorablement pour conferyer fa chaleur que lorfqu’il eft au milieu de l’air. Pour remédier à ce que cette derniere difpofition a de défavantageux, on donnera à l’efpece de boite, à l’efpece de calotte de tôle, qui forme les parois extérieures du creufet, plus de profondeur & de diamètre que le creufet ne le demanderait ; & dans celle-ci, on eu mettra une fécondé moins profonde , & qui 11’aura un diamètre égal à celui de l’extérieure qu’auprès des bords; ce fera cette derniere qu’on recouvrira de terre, & qui formera le vrai creufet. Il reftera un vuide entre ces deux efpeces de calottes de tôle : l’extérieure fera percée de trois ou quatre ouvertures affez grandes pour laiffer entrer des charbons allumés qui rempliront le vuide, & échaufferont le fond & les parois, extérieures du véritable creufet.
- 7§u Au lieu de la fécondé calotte, on pest arranger divers morçeaux de fer , de façon qu’un de leurs bouts porte contre le bord fupérieur de la calotte de tôle , & que l’autre bout de chaque barreau aille fe réunir autour d’un même point. Ils renfermeront une efpece de cône j ils. formeront une
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- efpeee de grille conique , qu’on enduira intérieurement de la couche de terre qui doit former le creufet. ^
- 80. Qu’on ne cherche pas à rendre le creufet trop folide, en donnant beaucoup d’épaiifeur à la couche de terre; il aurait peine à s’échauffer; la fonte qui toucherait le fond, pourrait fe figer : que fon épaiifeur ioit d’un pouce ou peu davantage, & elle fera fuffifaste.
- 81. On aura foin de réferver une ouverture tout au bas de la tour, oppofée à peu près à celle où eft la.tuyere : fon ufage fera juger de la grandeur qui lui convient. Chaque fois qu’on fera prêt à couler la fonte , ori fera entrer par cette ouverture un ringard crochu, quelqu’efpece de ratif-foire, avec laquelle on entraînera les charbons , & fur-tout toutes les crafles, toute la matière vitrifiée, qui furnagent la fonte. Nous -parlerons pourtant ailleurs d’un expédient pour faire couler du creufet de la fonte très-claire, quoiqu’on n’ait pas nettoyé fa furface ; & l’on en pourrait faire ufage ici.
- 82. Quoique çes derniers fourneaux fourniifent de la matière pour remplir de plus grands moules , ou plus de moules médiocres qu’on n’en pourrait remplir par le moyen de ceux où l’on fond le fer dans des creufets de terre; cependant couftruits fur lesmefuresqu’ils ont dans les pi. II& IV, ils ne pourraient fufïire qu’au travail de quelque maître fondeur. Pour des manufactures confidérables, on les pourrait faire plus grands, leur donner de plus forts fouffiets, & meme mus par l’eau : car ils font faits fur le principe de ceux où l’on fond la mine de fer, qui ne font réellement que de très-grands fourneaux^ à manche. Mais dès qu’on aura la facilité de mouvoir des foufflets par l’eau, je confeille d’avoir recours à une autre efpeee de fourneau plus fimple, plus expéditif, & propre à donner abondamment du métal fluide : je veux parler de ces fourneaux appelles affineries en quelques pays. , & renardières en d’autres. On s’en fert pour fondre la fonte qu’on veut convertir , foit en acier, foit en ces fers qu’on nomme quarillons. J’ai propofé autrefois d’y avoir recours ; mais alors ce n’était qu’une idée qui demandait à être perfectionnée par l’expérience, ce que depuis j’ai euocca-iion de faire ; j’ai fait mettre ces fourneaux dans un tel état, que je ne crois pas qu’on s’avife d’en chercher de plus commodes. Ce font les feuls dont on fe fert à la fonderie de Cofne en Nivernois, où l’on coulait en fer des ouvrages magnifiques & de toutes grandeurs.
- 85- Rien n’eft plus fimple que les affineries ou renardières ordinaires. Deux grands fouffltets pouflent leur vent dans une tuyere pareille à celle qui reçoit le vent du foufflet de la forge d’un ferrurier. Au-deffous de cette tuyere , dans l’endroit] où eft le foyer de la forge du ferrurier, eft un trou qui a la forme d’une pyramide tronquée à quatre faces'. Ce trou eft formé par de folides murs de briques, fes parois intérieures font de plus revêtues
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- de' quatre épaiffes plaques de fonte ’de fer ; une de ces plaques feulement eft percée prés du bas. Le mur de brique manque auffi en cet endroit ; le côté où eft cette ouverture eft le devant de l’affinerie , & c’eft par ce côté qu’on donne écoulement hors du fourneau au métal fondu.
- 84. Avant de fonger à y eu fondre , on remplit le trou avec du charbon pilé, ou au moins concaifé aflfez menu; on le bat même à mefure qu’on en remplit le Trou ; il y doit être bien entalîé. Nous n’infifterons pas davantage fur cette circonftance , & fur quelques autres petites particularités , parce qu’elles ne font rien au but que nous nous propofons. Ce qui y effc eflentiel, c’eft qu’on pofe au-deifus du trou rempli de charbon le bout des plus groiTes gueufes. On le recouvre de gros charbon ; le vent des foufîlets les allume, & enfuite en darde la flamme & la fait circuler fur le bout de cette gueufe : il fe fond ; la fonte liquide tombe dans l’affinerie ; elle force les charbons qu’elle fouleve à lui faire place; de tems en tems on avance la gueufe vers la tuyere , afimqu’une portion égale à celle qui vient d’ètre fondue foit toujours prête à fondre.
- g) . C’est dans ces mêmes affineries qu’on peut fondre très - avantageufe-ment le fer qu’on veut jeter en moule; mais pour cela il y faut faire quelques additions , afin que le métal y foit tenu plus fluide qu’il n’y eft ordinairement , & afin qu’on l’en puiife tirer fans peine , pour en remplir les moules. La principale de ces additions , c’eft que je fais mettre dans le trou de l’affinerie un grand creufet, dont le bord eft immédiatement au-deflous-de la tuyere. Il reçoit le fer liquide qui fe ferait épanché dans le trou. Il paraît peut-être étrange que pour tenir à la fois une grande quantité de matière fondue , j’en revienne à un creufet : mais celui - ci reifemble peu à celui des fondeurs ; c’eft plutôt une chaudière qu’un creufet, dont la profondeur ne doit pas être trop confidérable. Les plus petits de ceux-ci contiendront au moins 200 livres de métal, & l’on peut en employer qui en contiendront fix à fept cents livres. Ils doivent être de fer forgé, comme le font ceux dont on fe fert aux monnoies, pour faire à la fois des fontes d’argent de 1200, 1500, & jufqu’à 2000 marcs. On tire des groffes forges des plaques de fer forgé propres à les faire ; & on fait en fabriquer de telles formes & grandeurs qu’on voudra.
- 86. J’ai dit qu’une des vues qui m’a fait recourir à ce creufet, a été d’entretenir le métal très-fluide ; elle engage à bien chauffer continuellement fon fond & fes parois extérieures ; & c’eft là l’objet des principaux chan-gemens faits dans l’intérieur de l’affinerie. On y met une grille élevée de terre de quatre à cinq pouces ; elle eft deftinée à foutenir des charbons. Au-cicJfus de cette grille eft une piece de fer roulée circulairement, & élevée un peu au-deifus de la grille , foit par trois pieds qui pofent fur la grille même»
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- foit par des parties Taillantes qui font fcellées dans les parois du fourneau ; tout cela importe peu , puifque l’ufage de cette piece eft uniquement de foutenir le crcufet. Les vuides qui reftent entre fes parois, ceux du fourneau & la grille, feront tenus pleins de charbons. Une partie en fera fournie par ceux même qu’on fcellera autour de latuyere; ils defcendront peu à peu jufques à la grille : pour achever de l’en garnir , on en mettra de tems en tems, par une ouverture qui communique en - dehors du fourneau & qui eft peu au-deifus de cette grille.
- 87. On pourrait exciter l’ardeur de tous ces charbons qui 11e doivent fervir qu’à échauffer'les dehors du creufet, & non à fondre le métal, par le moyen d’un foufflet double , femblable à ceux des fondeurs ou à ceux des îerru-riers, qui ferait mu à bras, ou par l’eau même qui fait agir les deux foufflets de bois ; mais fans ce fouftiet, les dehors du creufet feront fuflfifamment échauffés, pourvu qu’on perce les quatre faces du fourneau , ou feulement deux ou trois de fes faces , à,la hauteur du cendrier : le cours libre de l’air produira tout l’effet néceffaire.-
- 88- Nous avons dit que l’intérieur des fourneaux des affineries a la figure de pyramide tronquée 5 mais nous avons jugé, & l’expérience a juftifié cette idée , que la figure dont le diamètre furpalie feulement de trois à quatre pouces celui du creufet, vaut mieux.
- Avant de mettre ce.creufet dans le fourneau, 011 le revêtira intérieurement d’une couche delutépaiffe d’environ un pouce j fi l’on recouvre fa furface extérieure d’une autre couche de lut, elle fervira encore à le rendre plus durable, & le creufet ne s’en échauffera guere moins vite, pourvu qu’on tienne mince cette derniere couche.
- 90. Quand on, n’a à remplir qu’un ou deux grands moules à la fois, on le peut fans retirer le creufet du fourneau , & nous-dirons bientôt ce qu’il faut alors ajouter tant au fourneau qu’au creufet ; maisquand on a à remplir de fuite quantité de petits moules, on eft dans la néeeffité de conduire le creufet fucceffivement fur chacun de ces moules : la première difficulté eft de retirer du fourneau , d’enlever ce creufet plein de métal fluide. Il doit donner une prife commode : pour cela il portera deux oreilles faites & pofées à peu près*comme celles des chauderons, & folidement .rivées.: quand 011 voudra le retirer-du fourneau , l’on paffera une anfe dans ces deux oreilles j cette anfe,qui eft mife froide, aura fuffifamment de force, quoiqu’elle n’ait qu’une groffeur médiocre : mais les oreilles font abfolument nécelfàires 3 d’autres parties en apparence plus folides & qui auraient de même à refter dans le feu autant que le creufet, ne réfifteraient pas. J’ai, par exemple, commencé par faire river deux forts tourillons en deux endroits diamétralement oppofés du milieu du;creufet j,c’eft à ces tourillons que je prétendais accrocher
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- ranie: j'ai encore fait fouder parfaitement • de pareils tourillons à un épais collier que je faifais river autour du creufet. Ces tourillons ramollis par la chaleur, quelque gros qu’ils aient été, ont toujours cédé , ils n’ont pu réfifter à la pefanteur du creufet chargé de métal ; au lieu que les anfes n’ont jamais manqué : les tourillons font pofés'horizontalement, & les anfes verticalement. Par la loi du levier , le poids agit avec plus de fuccès contre ces tourillons que contre les oreilles, par rapport auxquelles l’effet du levier eft abfo;lument nul.
- 91 Contre le mur du fourneau doit être fcellée une potence mobile autour de deux pivots; fon ufage déterminera la hauteur où elle doit être, la foree & les dimenfions de fes parties : elle porte un levier, dont un bras eft confidérablement plus long que l’autre. Au bras plus court, tient une chaîne terminée par un crochet qu’on arrête à l’anfe du creufet. Alors la force d’un feul homme appliqué fur le long levier, enleve le creufet, le fait tourner & le pofe fur la table du fourneau. On peut accourcir le plus long des bras de ce levier, fi l’on veutcompenfer, par les poids dont on le chargera , l’avantage qu’on lui fera perdre en le raceourciifant.
- 92. Quelque fimple que foit cette manœuvre, elle a été jufqu’ici aifez négligée ; les ouvriers accoutumés au feu , s’en approchent avec une har-dieife furprenante. Après avoir écarté les charbons qui entouraient le creufet* & avoir un peu amorti leur ardeur avec un feau d’eau , ils montent deux fur le fourneau , palfent une barre ou ringard de fer dans l’anfe du creufet ; & prenant chacun par un bout ce ringard, ils l’enlevent & le pofent fur le fourneau. C’eft néanmoins une opération qui 11e faurait fe faire fans que leurs jambes foient expofées à s’échauffer violemment. Le vrai eft, que j’ai cherché à les défendre contre le feu, en les faifànt recouvrir de guêtres, qui font précifément de petits matelas. Elles ont deux épailîeurs de toile , entre lefquelles de la laine eft renfermée , & 11’eft piquée que loin à loin* Je me fuis fu grand gré!d’avoir penfé à ces guêtres. Un jour , où devant moi deux ouvriers chargés d’un creufet qui tenait plus de deux cents livres de fer fondu , voulurent lelever trop pour le verfer dans un moule , ils ne fe trouvèrent plus aifez en force pour le retenir ; ils le lailferent tourner : il verfa toute fa matière entr’eux deux. Je leur croyais les jambes brûlées; mais les guêtres les avaient fi bien défendues, qu’à peine furent-elles attaquées de quelques petites dragées de métal: le travail de ces ouvriers ne fut pas même interrompu par un événement qui m’avait fi fort effrayé pour eux.
- 9;. Le creufet étant tiré du fourneau , il refte à le conduire fur les moules : fi l’on en avait peu , & que les circonftances permitëènt de les arranger près du fourneau , on l’y pourrait conduire au moyen d’un' levier mobile fur un pivot, &• d’une1 maniéré équivalente à celle qui eft repréfentée dans la
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- planche. Mais dans le plus grand nombre des cas, on ne pourrait verfer le métal dans les moules par le moyen d’une machine fixe : j’ai tenté d’en employer une mobile fur des roues. Mais pendant qu’on la conftruifait, je donnai aux ouvriers des moyens affez fimples de porter eux - mêmes à bras le creufet. Cette maniéré d’opérer leur a paru fi commode & fi prompte, ils s’y font accoutumés fi vite, qu’ils n’ont pas même voulu eifaver la machine , & que je n’ai pas cru devoir m’obftmer à leur donner un fecours dont ils voulaient fe palier.
- 54. Lorsque le creufet a été enlevé du fourneau, on le pofe dans une armure de fer qui a quelque reffemblance avec l’efpece de cuiller où nous avons vu mettre la poche, la marmite de la pi. IV. Cette armure ne peut être, comme celle de la poche , fous le creufet, pendant qu’il eft dans le fourneau ; elle en fortirait trop molle pour foutenir le creufet. C’eft une efpece de boite à jour : elle confifte dans un collier de fer, dont le diamètre fur-paile celui du creufet de plus d’un pouce. Deux bandes de fer qui fe croi-fent à angles droits , forment le fond de cette efpece de boîte ou de cette armure. Elles font chacune coudées verticalement, pour venir joindre le collier, fur l’extérieur, duquel elles font rivées en quatre endroits différens. La diftance entre leur coude & le bord fupérieur du collier eft telle que le creufet trouve, pour fe loger, une profondeur à peu près égale à la moitié de la hauteur.
- 9?. Une de ces bandes eft encore recourbée à angles droits, immédiatement au-delfus de l’endroit où elle eft rivée contre le collier. Ses deux bouts Vaillent horizontalement de quatre à cinq pouces. Ils forment deux forts tenons de quatre faces égales entr'elles , mais chacune un peu plus large à fon origine qu’à fon extrémité. Deux autres bandes de fer, ou plutôt deux montans, s’élèvent perpendiculairement au-deflùs des endroits du collier, d’où partent les tenons précédens. La bafe de ces montans eft plus large que leur tige, & eft échancrée au milieu ; ce qui donne le moyen de la river contre le collier en deux endroits différens, lans que le coude, d’où part un tenon , y faffe obftacle. La hauteur de chacun de ces montans furpaife au moins d’un pouce & demi le plus haut des creufets, qui fera mis dans l’armure 5 elle eft d’environ feize à dix-fept pouces. La même peut fervir à des creufets de différens diamètres & de différentes hauteurs. L’ufage de ces deux montans eft de donner le moyen d’arrêter fixement dans l’armure le creufet qui y eft entré à l’aife, & qui y eft comme flottant. Ils font l’un & l’autre percés d’outre en outre par des entailles correlpondantes : il y a deux rangs d’entailles dans chacun. Dès que le creufet eft en place, on fait entrer une clavette , dont un des bouts fe termine en pointe dans une des entailles d’un montant, & on la pouffe dans une entaille de l’autre. On choifit deux en-Tome XV. O
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- tailles telles que la clavette ne puilfe s’y loger entièrement fans rencontrer & prelfer le bord fupérieur du creufet en deux endroits ; elles font toujours aifées à rencontrer : car depuis le commencement de la première , juf-qu’à la derniere , chacune des bandes eft entaillée tout du long, parce que, comme nous venons de le dire, les entailles font diftribuées en deux rangs: & ainfi il eft aifé de les difpofer de façon que le milieu de l’une fe trouve prefque vis - à - vis les bouts de deux autres.
- 96. Au refte la manœuvre ici eft aufli prompte que folide ; on lailfe def-cendre dans l’armure le creufet qu’on a retiré du fourneau : il y entre fans peine, parce qu’elle le furpaife en diamètre. Dès qu’il y eft, on fait paflfer la clavette au travers des montans : un coup ou deux de marteau la forcent à tenir le creufet fuffifamment gêné.
- 97. Il 11’y a plus qu’à porter le creufet ainfi alfujetti ; les tenons dont nous avons parlé , en donnent le moyen. Ils doivent s’emboîter dans deux inftrumens fimples : ce font deux ringards, ou deux barres de fer longues d’environ trois pieds & demi, ou quatre pieds , qui à l’un de leurs bouts ont une douille dont la cavité eft proportionnée à la figure & grolfeur des tenons. Deux hommes fe faillirent chacun d’un de ces leviers , & chacun fait entrer un des tenons dans la douille du lien. Alors ils n’ont plus qu’à porter le creufet où ils veulent; fi la quantité de métal que contient le creufet eft une charge trop lourde pour deux hommes , 011 y en emploiera quatre, deux fur chaque levier, ou davantage, s’il en eft befoin.
- 98. Nous avons averti ailleurs , que la fonte qui eft verfée dans les moules doit êrre nette, qu’elle ne doit entraîner avec elle, ni cendres, ni matière vitrifiée , ni charbons : & nous avons dit comment les ouvriers qui fe fervent du fourneau à manche, l’écument. Leur pratique ne m’a pas paru convenir, lorfque j’ai fait fondre dans les grands creufets dont nous venons de parler. En découvrant ici la fonte , on expofe à l’air une trop grande furface. Le métal perdrait trop de fa fluidité ; il y en aurait toujours une quantité confidérable qui 11e pourrait être verfée dans les moules , quand il y en a un grand nombre à remplir. La manœuvre, quoique prompte, ne le ferait pas alfez pour de la fonte expofée à l’air. Un petit expédient, qui fe trouve ici d’une grande conféquence , donne la facilité de verfer la fonte très-pure, fans avoir befoin delà nettoyer, & la laiflant même recouverte d’une partie des charbons que le creufet a emportés. Toute la craflfe eft à la fur-face, il ne s’agit donc que de ne point verfer la fonte de la furface; & en voici le moyen. Le creufet a un bec pareil à celui d’un pot à l’eau ; le jet en eft plus aifément dirigé. A un pouce de ce bec je fais mettre une petite cloifon qui furpaife le bord du creufet de quelque chofe, & qui defeend juiqu’à environ deux pouces du fond. Une tuile un peu ceintrée forme cette
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- cloifon ; on l’ajufte quand on. lute le creufet par - dedans ; les bords de la cloi-fon font engagés dans le lut. Le creufet ne faurait être rempli, que le petit efpace qui eft entre la cloifon & la partie du creufet où eft le bec, ne fe rempliffe, puifqu’il y a une communication par en - bas.
- 99. Cette difpofition conçue, on concevra comment on peut toujours verfer de la fonte pure. Quand le creufet a été arrêté dans l’armure, 011 emporte feulement le gros des charbons : un feul coup de balai fuffit. Mais auflt - tôt on nettoie bien avec un crochet de fer la fonte qui fe trouve dans l’efpace compris entre le bec & la cloifon. Les gros charbons & la matière vitrifiée étant enlevés, on fouffle fur cet endroit avec un foufflet à main , pour emporter toute la poudre du charbon qui pourrait y être reliée. Cet endroit qui eft ainfî parfaitement découvert, n’eft pas la centième partie de la furface de la fonte. C’en eft cependant alfez ; car quand le creufet va verfer , la fonte qui coulera , coulera par le bec & viendra d’entre ce bec & la cloifon. Or, ce fera toujours celle du fond du creufet, qui fournira à l’écoulement : il n’en fortira donc que de pur, parce que les charbons & les autres cralfes furnagent toujours dans le creufet.
- 1 oo. On pourrait donner une manche à notre fourneau d’affinerie , & alors on augmenterait encore fou effet, & l’on diminuerait en même tems la contamination du charbon. Le creufet étant mis en place , il n’y aurait qu’à rapporter deffus cette tour qu’on appelle manche. Elle pourrait n’ètre qu’un chapiteau de terre de figure conique, pareil à ceux de bien des fourneaux, & entr’autres de ceux où l’on fond dans les monnoies : mais fait de tôle ou de plaques de fer forgé, enduites de terre par - deifus, il n’en ferait que plus durable.
- 101. Il y a deux maniérés dont on peut expofer alors la fonte à l’ardeur du feu. La première eft, de la concalfer par petits morceaux que l’on mettra à différentes charges, par l’ouverture fupérieure de la tour, comme nous l’avons déjà vu pratiquer: avec cette feule différence, que l’on pourra compofer chaque charge de morceaux plus grands & plus épais.
- 102. La fécondé maniéré eft de fondre les morceaux de fontes entières , ou même de fondre des guezards ou des gueufes. Alors on les placera près de la tuyere , comme 011 le pratique dans les afïïneries ordinaires, & comme nous l’avons fait pratiquer dans les nôtres. Pour cela, la tour aura en - bas une échancrure proportionnée aux dimensions des morceaux que l’on voudra fondre. On jetera tous les charbons par l’ouverture fupé. rieure. L’ardeur du feu étant ainfi renfermée, & le vent étant obligé de faire plus d’effort pour s’échapper, 011 doit fondre confidérablement plus de métal dans le même tems. Mais je n’ai pu parvenir encore à faire faire ufage dé cette manche , ni de l’une ni de l’autre façon,* La fufion fe fait bien & vite,
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- quoique les charbons foient à découvert: la confommation en eft plus grande j mais ce n’eft pas une raifon fuffifante pour déterminer des ouvriers qui ne travaillent pas pour leur compte , à prendre une pratique nouvelle. .
- . io^. Quand on n’a à remplir qu’un grand moule , comme celui d’un vafe, d’un balcon, on peut s’épargner la peine de retirer le creufet du fourneau* Alors le creufet aura près de fou fond une ouverture de fept à huit lignes de diamètre: le plus ou le. moins fera réglé par la grofleur qu’on veut au jet de fonte. Pour avoir une ouverture de cette grandeur, on en percera pourtant une plus confidérable dans le creufet, dans laquelle on fera entrer une efpece de douille ou une piece de fer forgé, qui en - dehors du creufet aum la forme d’un pavillon d’entonnoir, dont l’axe elt horizontal. La même piece pénétrera de quelques pouces dans l’intérieur du creufet : là, elle fera faite en cylindre creux. Cette piece doit être bien aflujettie contre le creufet. On bouchera par - dehors fon ouverture, foit avec un bouchon de terre , foit avec un bouchon de fer forgé , nu , ou revêtu de terre. J’ai éprouvé qu’on le peut de ces trois façons. Il effc pourtant mieux que le bouchon foit de fer , & qu’il ait aifez de longueur pour fortir de plufieurs pouces hors du fourneau. Ce fourneau aura une ouverture dont le milieu fera à peu près à la hauteur de l’entonnoir dont nous venons de parler, d’environ deux pouces en quarré. Le manche du bouchon fortira par cette ouverture, où il y aura même une piece de fer affujettie horizontalement, deftinée à le foutenir. On remplira à l’ordinaire le creufet de métal fondu ; & quand il en contiendra aifez : on pofera un écheneau de fer forgé au - delfous de l’entonnoir. Cet écheneau eft une bande de fer qui a été pliée en gouttière. Sa longueur eft déterminée par la diftance qu’il y a du creufet à l’endroit où doit être placée l’embouchure du jet du moule. La grille qui foutient le creufet porte un des bouts de l’écheneau, qui peut être encore foutenu vers le milieu par une barre de fer pareille à celle qui fupporte le bouchon du creufet, & placée plus bas : afin même de choifir des places convenables à ce fupport, félon les différentes inclinaifons que l’écheneau pourra demander , il fera porté là par deux crémaillères fcelïées l’une & l’autre verticalement contre les bords extérieurs de l’ouverture du fourneau, à laquelle nousfommes arrêtés.
- 104. On peut attendre à mettre cet écheneau en place jufqu’à ce qu’on foit prêt de couler, & alors on doit l’y mettre tout rouge j mais le mieux eft de le mettre plutôt à froid, & de difpofer tout autour & au-delfous des tuileaux qui (outiendront des charbons allumés, parce qu’il eft mieux qu’il foit très - chaud quand le métal y coulera. On trouvera dans la fuite de cet ouvrage, un defjîn qui repréfente cette difpofition de Ü écheneau, & le fourneau même ; il fuppléera à ce qui pourrait manquer de détails à notre defcription.
- iof. Le moule étant en place, c’eft-à-dire, mis de façon que le bout
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- de l'écheneau fe trouve précifément fur l’embouchure du moule , lo-rfqu’oii a fuffifamment de matière fondue, pour la faire couler, il n’y a fouvent qu’à retirer le bouchon du creulèt. Quelquefois pourtant la matière ne coule pas dès que le bouchon a été tiré ; il s’en fige quelquefois un peu dans le tuyau où elle doit palfer, quand on n’a pas été aifez attentif à bien chauffer le delfous du creufet. Mais pour ce cas on aura tout prêt un petit ringard pointu , dont le diamètre fera moindre que le diamètre du conduit qui pénétré dans le creufet. En le pouffant avec la main on le fera entrer dans ce conduit le plus avant qu’il fera polfible, & enfuite on donnera quelques coups de marteau fur fon gros bout pour le forcer à s’introduire dans le creufet jufqu’où la fonte eft fluide. A mefure qu’on le retire, le courant de métal le fuit j il fe rend dans la partie extérieure de l’entonnoir, & de là coule dans l’écheneau qui le conduit dans le moule-.
- 106. Quand il paraît plein , on remet le bouchon au creufet. Et fi l’on juge qu’il y relie allez de matière pour remplir un fécond moule, on l’apporte dans la place du premier, & on répété la première manœuvre ; ou on attend à la répéter, qu’on ait fait fondre de nouveau métal, fi on eltime que le creufet n’aurait pas de quoi fournir aifez.
- 107. Quelles que foient au relie les efpeces de fourneaux & les efpeces de creufets dont on veuille fe fervir, 011 fe fouviendra d’un précepte qu’on peut déduire de ce que nous avons déjà dit en paflant ; c’ell qu’on fera en-forte que le fer foit mis en fufion le plus promptement qu’il fera poflîble. Si l’on faitfouflfrir une chaleur trop faible au fer qu’on veut fondre , il perd peu à peu de fa fufibilité, & palfe enfin en un état où il n’eft plus polïïble de le rendre fluide : j’ai vu plufieurs fois des fondeurs défolés de ne pouvoir venir à bout de fondre du fer qu’ils avaient mis dans des creufets de terre où ils le faifaient chauffer aufli vivement qu’il étoit polfible de le faire dans leurs fourneaux ordinaires ; la quantité de métal qui aurait dù être entièrement en bain après une heure de ce feu, au bout de cinq à fix heures n’avait pas donné une feule goutte fluide. Après les avoir queîtionnés fur la façon dont ils avaient conduit leur feu, j’ai toujours appris qu’ils avaient commencé par fouffler négligemment & à diverfes reprifes.
- 108. Un autre précepte encore, c’ell: de s’attachera rendre la fonte très-liquide , & à lui conferver fa liquidité jufqu’à l’inlfant où elle entre dans les moules j mais que ce foit par la feule ardeur du feu qu’011 la rende ainfi liquide j que pour y mieux réufiir , on n’y mêle point de fondant, au moins pour les ouvrages ordinaires. Ceux qui contribuent à la mieux fondre, lui donnent des difpofitions contraires à l’adouciflement qu’011 veut lui procurer. Dans une épreuve où je faifais adoucir divers ouvrages de fer fondu, il y en avait que j’avais placés plus favorablement qu’aucun des autres, & que
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- j’avais envie qui FuiTent les mieux adoucis ; tous les autres le Furent parfaitement, & ceux - là feuls le Furent très - médiocrement. Je cherchai avec inquiétude à démêler la caufe d’unfuccès fi contraire à mon attente, jufqu’à ce que le fondeur m’eut avoué que pour mieux fondre fon fer & plus promptement, il avait jeté du foufre dans le creufet.
- 109. Je ne prétends pas néanmoins exclure les fondans dans toutes les cir-conftances, ni toutes les efpeces de fondans. Je donnerai ailleurs des obfer-vations que j’ai faites fur ceux qu’on peut employer, & fur les cas où on peut les employer; mais que les fondeurs ne s’avifentpas d’en mettre îndif-tin&ement dans les ouvrages ordinaires , dans ceux qu’ils ne voudront pas fendre plus difficiles à adoucir.
- 110. Les fondeurs favent qu’il importe que les moules dans lefquels ils ont à couler du métal, foient très-fecs ; c’eft quelque chofe de les bien fé-cher. Mais on s’attachera encore à les tenir le plus chauds qu’il fera poffi-ble, lorfqu’ils feront prêts à recevoir notre fer fondu. Il eft certain que plus ils feront chauds, & moins le métal s’épaiffira en coulant dedans, plus il fera en état de les remplir. On ne faurait donc leur donner un trop grand degré de chaleur, pourvu qu’011 le leur donne avec des précautions qui empêchent qu’il ne s’y faife intérieurement des fentes ou des gerçures. Les chailis des moules en fable font de bois , & par-là peu en état d’être expofés à un grand feu. Loin que je voie de Pincouvénient à faire de fer de pareils chaffis, nous aurons dans la fuite oücafion de rapporter bien des raifons qui doivent déterminer à ne fe fervir que de ceux - là.
- in. Après même que le fer fondu a été jeté dans les moules, fouvent il exige encore l’attention du fondeur. On lait qu’il eft extrêmement calîànt ; mais nous devons apprendre qu’il l’efl au point de fe calfer de lui - même dans les moules, fans recevoir aucun coup. Quand on veut retirer les pièces , qui d’ailleurs étaient bien venues, quelquefois Ton lès trouve calfées prefque d’outre en outre; quelquefois elles ont feulement de légères bteffu-res , mais qui les affaiblilfent toujours, & les rendent pour l’ordinaire des pièces inutiles: cet accident n’arrive guère qu’à celles qui font minces , & il arrive fur-tout à celles qui font minces & grandes. Notre fer fondu eft pref que calfant comme le verre, & il fecaffe de même fi on lelailîe refroidir trop fubitement: on doit donc chercher à prévenir cet accident par un expédient femblable à celui qui conferve entiers les ouvrages de verre ; aufil- tôt que ces ouvrages font faits, on les porte dans des fourneaux dont la chaleur entretient pendant quelque tems celle du verre; elle ne la laide diminuer que peu à peu : le verre ainfi refroidi peu à peu conferve la figure qu’on lui a fait prendre. Avec une précaution équivalente, on empêchera fïirement les ouvrages de fer fondu de fe cafler, quelque minces qu’ils foient ; & , je le
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- répété, ce ne font que les minces qui exigent de l’attention. Dans une manu-fadure, on fera la dépenfe d’un four femblable à ceux des boulangers & pà~ tiîîjers ; on le chauffera comme les leurs avec le bois ; on le tiendra chaud pendant tout le tems qu’on jetera du fer en moule. Auffi-tôt que la matière y aura été jetée, on ouvrira les moules , on en retirera l’ouvrage tout rouge ; & fans perdre un inftant, on le mettra dans le four, où il fe refroidira peu à peu.
- 112. Sans faire la'dépenfe de bâtir un four, j’aiconfervé les ouvrages les plus minces , les plus délicats , d’une maniéré qui peut être pratiquée par-tout -, ça été de faire allumer un tas de charbon tout auprès des moules : dès que l.e fer avait été coulé , je les failais ouvrir s j’en retirais fouvrage que j’enfonçais fur-le-champ dans le tas de charbon.
- 113. L’avidité du fondeur eft fouvent caufe que les ouvrages minces fe caflent dans les moules. Quoiqu’ils n’aient que de petites pièces à mouler , ils les mettent autant en rifque de fe caffer que fi elles étaient confidéra-blement plus grandes & auiïi minces : & cela parce qu’ils rempliffent leurs chafîis du plus grand nombre d’empreintes qu’il eft poftible, qui toutes fe communiquent. Ces empreintes de différens ouvrages, ou du même ouvrage répété, mettent chaque ouvrage prefque dans le rifque où il ferait s’il avait une grandeur approchante de celle du chafîis, & plus que s’il avait feul celle de toutes les autres pièces enfemble. En voici laraifon: par une feule & même ouverture du challis ils verfent la matière qui doit remplir les différentes empreintes ; par conféquent toutes les pièces qui ont été moulées fe communiquent par des tuyaux, par des efpeces de canaux, des jets. Ces jets fe rempîifîènt, comme le refte, de matière qui s’y fige ; toutes les; pièces du moule fe trouvent liées enfemble, ou n’en faire qulune qui a des découpures. Gr , il eft aifé de voir pourquoi plus une piece eft grande, plus elle eft expo-fée à fe caffer ; car elle ne fe caffe que parce que toutes les parties ne diminuent pas de volume , ne fe retirent pas en même proportion : s’il y en a qui ne fuivent pas les autres, là fe fait une fradlure. Un corps d’une matière extrêmement caffante , comme le verre, expofé à l’air, fe caflerait en fe re-froidiffant par cette feule raifon : mais un corps d’une matière un peu moins caffante , comme notre fonte , peut fe caffer dans des moules, dans des cir-conftances où il ne fe cafferait pas au milieu d’un air qui aurait feulement le degré de chaleur des moules. Les parties des pièces qui font engagées dans le moule, pour fe retirer, ont à vaincre la réfiftance que leur oppofe le fable contre lequel elles frottent} & cette réfiftance eft d’autant plus grande & d’autant plus confidérable par rapport à l’ouvrage , que cet ombrage a plus de furface & moins d’épaiffeur.
- 114. Il eft rare que les groffes pièces fe caffent dans les moules s & cela
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- parce que plus elles font épaiftes, plus lentement elles fe refroidirent, & plus aufti elles ont de force pour vaincre les frottemens. D’ailleurs la réfiftance qu’elles trouvent dans le fable eft moindre proportionnellement à leur volume , la réfiftance étant à peu près en raifon des furfaces.
- 115. Si les fondeurs veulent abfolument remplir beaucoup de leurs chaflîs au moins devraient-ils y multiplier les ouvertures par où ils jettent le métal fondus ils ne feraient plus dans la néceftlté d’ouvrir tant de canaux de communication. i.
- ir6. Quand ils feront faire des modèles de nouveaux ouvrages, qu’ils évitent de faire trouver une partie grotte , très-renflée , tout auprès d’une partie mince de quelqu’étendue: autrement, dans l’ouvrage qui aura été coulé en fer fur ce modèle , la partie mince fera en rifque de fe cafter dans le moule ; elle fe refroidit plus vite que celle qui eft épaiife : elle fera encore en rifque de mal venir. Mais fi l’ouvrage demande abfolument qu’il y ait des parties très - grottes, très-renflées , qui tiennent à des parties minces , le plus fur fera de mettre les noyaux dans les endroits renflés , afin qu’ils viennent creux : la forme de l’ouvrage n’en fera point changée , & les endroits qui auraient été confidérablement trop épais , n’ayant plus qu’une épaifleur proportionnée à celle des parties minces, avec lefquelles ils tiennent, il n’y aura plus la même difpofition à s’y faire des vuides qu’on ne veut pas. La maniéré de tirer les jets contribue encore extrêmement à faire venir les pièces avec plus ou moins de foufflures : il y aurait bien des préceptes à donner, fi on voulait en donner pour tous les cas qui peuvent fe préfenter? mais un feul avis peut difpenfer d’entrer dans ce détail. Quand il fera arrivé qu’une piece fera mal venue, parce que quelque partie ne fe fera pas bien remplie, 011 tirera les jets d’une autre façon la fécondé fois qu’on moulera cette piece. On n’aura pas varié ces tentatives trois à quatre fois par rapport aux pièces les plus difficiles, qu’on parviendra à trouver la bonne diredion des jets ; & nue fois trouvée, c’eft pour toujours pour de fembîables pièces.
- 117. Il eft arrivé à des pièces que je 11’avais pas mis refroidir à une chaleur douce, de fe cafter plufieurs heures & même un jour après qu’elles avaient été entièrement refroidies : cet accident arrive aulïl quelquefois au verre. M. Homber, pour conferver les verres auxquels il avait fait prendre l’empreinte de pierres gravées, les égrifait tout autour i & il prétendait qu’alors ils étaient hors de rifque. On défigurerait nos ouvrages de fer fondu, fi on les égrifait ; on pourrait tout au plus faire cela à leurs jets : mais cet accident m’a paru fi rare, qu’il ne me fcmble pas êtredo ceux à qui il importe beaucoup de tr^ver remede ; & je doute même que les ouvrages qui, après avoir été tires du moule, auront été refroidis au milieu des charbons, y foientfujets.
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- 118. Un dernier avertiflement que je donnerai encore aux fondeurs, fera de faire les jets, les canaux qui conduifent la matière dans le creux des moules , le plus minces qu’il leur fera poffible ; qu’ils ne donnent aux jets & évents que ce qui eft nécelfaire pour que la matière coule facilement ; qu’ils compenfent autant qu’ils pourront par la largeur, ce qu’ils donneraient en profondeur, au moins lorfqu’il s’agira d’ouvrage qu’on aura befoin d’adoucir. Il- ferait défagréable d’être obligé d’adoucir avec eux tous les jets qui y tiennent: il faut donc calfer les jets. Or, s’ils ont l’épailfeur ou une épaifi feur approchante de celle de quelques-unes des parties de l’ouvrage , dans le tems qu’on frappera fur le jet, il arrivera fouvent qu’on calfera quelques-unes des parties minces, qui ne feront pas expofées à cet accident , fi les jets font minces.
- 119. Quand il y a de gros jets, & qu’011 veut abfolument les abattre, tout ce que j’ai trouvé de plus fûr, c’eft de mettre l’ouvrage à la forge, & de le faire rougir fur-tout où on veut le calfer s on le portera enfuite fur l’enclume ; on fera enforte que la partie qu’011 veut féparer du relie n’y pofe point à faux : on mettra delfus un cifeau, & l’on frappera fur le cifeau, comme pour lui faire couper du fer forgé, mais pourtant à petits coups.
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- TROISIEME MEMOIRE.
- Lffais de différentes matières pour adoucir le fer : quelles font celles que ces effais ont montré y être le plus propres.
- 120. j^ous fuppofons qu’au moyen des arts connus , de la fonte blanche & bien affinée a été fondue & jetée dans des moules dont elle a rempli exactement les empreintes ; en un mot, qu’on a ou qu’on peut avoir des ouvrages de fer fondu bien conditionnés, mais qu’il relie à les adoucir, pour leur ôter partie de leur roideur, & fur-tout leur dureté , & les mettre en état de fe lailfer réparer. L’importance dont ce fecret m’avait paru, me l’a fait chercher il y a déjà long-tems, & même avant que je fongealfe à celui de convertir le fer en acier. Il n’y avait pas de doute qu’il 11e fallût faire agir le feu pour opérer dans le fer fondu un changement pareil à celui que je fouhaitais ; mais je croyais avoir preuve que l’on ne devait pas l’attendre de faCtion immédiate du feu dans les contre-coeurs des cheminées des grolfes cuifines, qui confervent leur dureté, quoiqu’ils aient relié pendant longues années en une place où ils ont été chauffés vivement & à bien des reprifes. Quoi qu’il en foit de cette idée, que nous examinerons davantage dans la
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- fécondé partie , je penfai qu’il fallait renfermer dans des creufèts le fer fondii qu’on cherchait à adoucir, & l’entourer de matières qui avec le fecours du feu feraient capables de produire cet effet. '
- 121. Après diverfes tentatives, dont quelques-unes m’avaient fait croire que j’étais dans la bonne voie, j’abandonnai pour quelque tems ce travail, pour fuivre celui de la converfion du fer en acier, qui était en quelque forte la matière du tems. Tous les jours on voyait des gens qui fe préfentaient avec ce prétendu fecret, & qui répondaient mal aux efpérances qu’ils voulaient donner. J’ai dit que j’abandonnai mes expériences fur le fer fondu, pour fuivre celles de la converfion du fer en acier ; j’aurais dû dire que je crus les abandonner : je les continuai réellement, en travaillant à convertir le fer en acier, mais d’abord fans y penfer. Je me trouvai bien du chemin fait pour adoucir le fer fondu ; je me vis difpenfé de bien des expériences compofées , par lefquelles il eût fallu paffer avant de parvenir aux expédiens (impies qui fuffifent ici, lorfque je fis réflexion à ce que nous avons prouvé ailleurs ( Art de convenir Le fer en acier ) fur la compofition de l’acier, fur fon véritable cara&ere, fur ee qui le différencie effentiellement du fer, fur le caractère que nous avons donné de la fonte de fer ; & fur - tout lorfque je fis attention à la maniéré de redifier les aciers qui ont le défaut de fe laiffer difficilement forger, ou, ce qui eft la même chofe , à la maniéré de décompofer l’acier, que nous avons rapportée dans le huitième mémoire de l’art de convertir le fer en acier.
- 122. En phyfique, l’expérience & le raifonnement doivent s’entr’aider ; ceux qui ne veulent que des expériences, & ceux qui ne veulent que des raifonnemens, s’ôtent la moitié des fecours néceffaires pour avancer dans la phyfique utile. Toutes mes réflexions & toutes mes expériences fur la nature du fer & de l’acier m’avaient donc appris qu’en convertiffant le fer en acier, on le rapprochait du premier état où il avait été j que plus il était, pour ainfi dire , acier, plus il était proche de redevenir fonte de fer j. que les aciers trop pénétrés de fels & de foufres, avaient de commun avec la fonte, de fe laiffer forger difficilement, & de fe laiffer plus aifément ramollir par le feu que l’acier & le fer ordinaire. Nous avons même cru être conduits par ces raifonnemens & ces expériences, à conclure (a) que la fonte de fer bien affinée, bien pure, eft une forte d’acier , mais la plus intraitable de toutes. L’acier difficile à forger devient un acier qui foutient bien le marteau , fi on lui enleve fes foufres & fes fels fuperflus : la fonte a encore plus de foufres que l’acier ordinaire , quel qu’il foit.
- 125. Qu’y avait-il de plus naturel que de pouffer plus loin ces confé-
- ( a) Art de convertir le fer en acier , Mémoire IX.
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- quences j de penfer que , fi la fonte, le fer fondu, eft abfolument incapable de foutenir le marteau, & eft en même terns fi dure , c’eft qu’elle eft ex-ceffivement pénétrée de foufres & de Tels; que c’eft ce qui la rend en même terns plus fufible, plus aifée à ramollir par le feu que ne font le fer forgé & l’acier ? Je n’eus nulle peine à croire que des foufres fuflent capables d’augmenter jufqu’à ce point la dureté d’un métal ; on connaît la grande dureté de certaines pyrites qui ne font ni métal, ni pierre, quoiqu’on leur donne fouvent ce dernier nom aifez improprement, qui ne font prefque que foufres & fels. Qu’on les réduife en poudre & qu’on les mette fur les charbons , elles y brûlent prefqu’entiérement ; elles y flambent comme le foufre commun , & répandent la même odeur. Cependant, ces mêmes pyrites font fi dures, qu’autrefois on en faifait , pour les arquebufes à rouet, un ufage pareil à celui qu’on fait aujourd’hui des cailloux pour les fufils.
- 124 DÈS que je crus fuffifamnient établi que la dureté de la fonte de fer était produite par les foufres & les fels dont elle eft pénécrée, il me parut que le fecret de la ramollir, de l’adoucir, n’était que celui de lui enlever une partie de fes foufres ; & que le moyen d’y parvenir devait être le même pour le fond , que celui que nous avons employé pour corriger le défaut des aciers difficiles à forger. Vraifemblablement les mêmes procédés & les mêmes matières qui avaient enlevé aux aciers intraitables leurs -loufres fuperflus, qui pouvaient même ramener ces aciers à être 1er, devaient opérer quelque chofe de femblable fur les fontes i, les mettre en un état approchant de celui du fer forgé. Nous avons vu que les matières qui produifent ce changement dans les aciers, font des matières terreufes des plus alkalines; & que celles dont l’effet eft le plus prompt fur les aciers, font la chaux d’os » & la craie réduite en une poudre fine.
- 12^. Presque fûr du fuccès de mon expérience, je renfermai dans des creufets des morceaux de fonte blanche fort minces : ceux de quelques creufets étaient entourés de chaux d’os , & ceux des autres de craie. Je donnai quelques heures de feu à ces creufets , après quoi j’en retirai mes fontes. Lorfque je vins aies eflàyer, je trouvai tout ce que j’avais efpéréj que les fontes , de dures, de rebelles à la lime qu’elles étaient, s’étaient ramollies au point de fe laiifer limer comme le fer.
- 126. Je° comptai pourtant un peu trop fur ce fuccès ; j’eus bientôt une nouvelle preuve de ce dont on a tant d’expériences, que tes eonféquences du petit au grand ne font pas toujours bien certaines : je fis jeter en moule des pièces de fer fondu d’une grandeur raifonnable, épaifles de plus d’un pouce , ou d’un pouce & demi : elles étaient chargées d’ornemens -, je les entourai de toutes parts de chaux d’os , je les renfermai dans un fourneau pareil à nos fourneaux à acier, où elles pouvaient chauffer fans être ex-
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- pofées à l’adion immédiate de la flamme : elles y foutinrent le feu pendant près de deux jours, & ce n’était point trop pour leur épaiffeur. Lorfque je vins à les tirer du fourneau , je trouvai bien du mécompte: ce n’eft pas que les ouvrages n’euffent été adoucis autant que je me l’étais promis ; ils étaient aifés à travailler : mais ils avaient un défaut qui s’accommodait mal avec l’efpérance des grands ufages dont je m’étais flatté ; leurs premières couches s’en allaient toutes en écailles; les feuillages minces , les traits délicats qui étaient dans le modèle , & qui étaient bien venus dans l’ouvrage moulé , étaient emportés par ces écailles. On eût pu travailler ces pièces ; mais il eût fallu employer bien du tems pour réparer tant de défordres. Ce ne ferait pas aflez que d’adoucir le fer fondu de cette façon ; il ne ferait prefque d’aucun ufage pour les ouvrages délicats, f io)
- ] 27. Les mêmes principes qui avaient conduit à le rendre aifé à travailler, conduifaient à découvrir la caufe de cet accident, & me firent efpérer d’y trouver remede. Les matières terreufes , alkalines, fe chargent, s’imbibent des foufres dont le fer fondu eft pénétré ; mais pendant une longue durée de feu, elles en enlèvent trop aux couches les plus proches de la furface ; elles dépouillent les premières de tout ce qu’elles ont d’ondueux, de ce qui liait leurs parties : ces parties alors fe trouvent défunies , & fe détachent à la fin fous la forme d’écailles friables, femblables à celles qui tombent de défi fus le fer qu’on forge au marteau , ou du fer qui a été trop chauffé. Ces écailles font d’autant plus épaiffes & en plus grand nombre , que l’adion du feu a été plus longue. Il n’arrive rien de femblable à des morceaux de fonte qui 11e foutiennent le feu que peu d’heures ; & de là était venu le fuccès de mes premières expériences.
- 128- Je penfài qu a ces matières trop abforbantes, qui ne rendent point au fer ce dont elles fe font failles , il fallait joindre une autre matière qui modérât leur effet, qui, quoiqu’elle ne pût rendre au fer autant qu’on lui ôterait, fournirait au moins aflez de parties huileufes pour humeder ce qui fe ferait trop defféché ; faire quelque chofe d a-peu-près équivalent à ce qu’on pratique quand on chauffe à la forge du fer qu’on cherche à ménager, dont on veut conferver la furface. Quoiqu’on veuille que le feu agiffe puilfamment deffus, on le poudre pourtant en bien des rencontres de fable, de terre fine, & cela pour défendre fa furface contre l’adion immédiate du feu.
- 129. Quoi qu’il en foit de ce raifonnement, il me détermina à mêler de la poudre de charbon très-fine avec de la craie ou de la poudre d’os calcinés ; mes expériences fur la converfion du fer en acier m’avaient aflez
- (10) Les matières alkalines & abforbantes & le feu pénétrant diverfement ces pièces de fer travaillées, cette inégalité de pénétration & d’adion devait néceffairement déranger la co ntexture des parties du fer & défigurer le travail.
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- appris que, quelque durée de feu que la poudre de charbon foutienne, elle ne fe confume point, pourvu qu’elle, n’ait point d’air 5 qu’ainfi elle ferait toujours en état d’opérer fur le fer fondu l’effet que , je m’en promettais. Je la mêlai donc en differentes proportions avec des poudres d’os ou de craie, afin de découvrir le mélange le plus convenable. Le fuccès 'de ces expériences fut aufîi heurenx que je pouvais le fouhaiter : avec cet expédient, je parvins à adoucir le fer fondu, & à le tenir au feu'auffi long-tems qu’il était néceifaire, fans qu’il s’en détachât d’écailles. ’
- 130. Quelque fur, quelqu’efficace, .que j’euffe trouvé l’effet du dernier mélange , quoiqu’il m’eût paru adoucir parfaitement la fonte & en même tems l’empêcher de s’écailler, j’ai pourtant voulu effayer s’il n’y aurait point d’autres compofitions, dont l’effet fût plus prompt ou plus confldérable ; je 11e me fuis fait grâce fur aucune des expériences que j’ai cru devoir être tentées: je ne rapporterai pourtant ici que les,principales , que celles dont il femble qu’on devrait le plus fe promettre.,
- 13 1. J’ai elfayé l’effet de différens fels , &fur - tout des fels alkalis, comme de la foude, de la potalfe, &c. J’ai auffi elfayé Je fel marin. J’ai entouré de ces différens fels des morceaux de fonte: les fels remplilfaient tout le vuide du creufet ; feuls, ils n’ont point produit un grand adouciffement, & ont mis le fer fondu en état de s’écailler: d’ailleurs, les frais du travail augmenteraient confidérablement, s’il fallait uniquement employer un fel, quel qu’il fût. ,,
- 132. Mais j’ai cru devoir tenter s’il 11’y en avait point quelqu’un qui rendît notre compofition plus a&ive. Au mélange des deux parties d’os ou de craie , & d’une partie de charbon, j’ai ajouté des fels fuivans, de chacun une partie dans chaque effai : c’eft-à - dire, que j’ai pris, par exemple , deux par-ties-d’os, une partie de charbon, & une partie de fel marin j dans un autre effai j’ai mis du fel de verre j dans un autre , du vitriol j dans un autre , de l’alun s dans un autre , de la potaffe ; dans un autre, de la foude ; dans un autre, de la cendre gravelée j dans un autre , du falpêtre concentré par le tartre : j’ai employé auffi le tartre. Aucun des fels précédens ne m’a paru faire de mauvais effets : mais s’ils ont contribué à accélérer l’adoucilTement de la fonte , ç’a été peu fenfiblement ; les fontes cependant qui étaient entourées de compofitions où des fels alkalis étaient entrés, ont été un peu plus adoucies, & plus promptement que les autres ; & celles où étaient les cendres igravelées., m’ont paru l’emporter fur les autres: on pourrait, je crois, des ajouter avec fuccès à la compofition, quand on voudra abréger la durée du feu ; mais on peut s’en paffer à merveille.
- 133. J’ai auffi éprouvé ce que produiraient l’antimoine, le verd-de-gris & le fublimé corrofif -, j’ai même .employé d’autant plus volontiers, cette
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- dernier? matière , que j’avais oui dire qu’on s’en était fervi avec fuccès pour l’adouciffement des fers fondus ; mais elle a plutôt retardé qu’avancé l’etFet des matières avec lefquelles elle était mêlée. Pour l’antimoine, il a gâté le grain de la fonte, & l’a empêché de s’adoucir : il a fait plus ; l’effet d’une fournée entière, où étaient quantité d’ouvrages de fer fondu , fut arrêté par un peu d’antimoine que j’avais fait entrer dans la compofition qui entourait le fer que j’avais mis dans un périt creufet. Ce petit creufet était, comme lousles grands ouvrages de fer, placé dans la caiffe ou le grand creufet. Quoique j’eulfe eu foin de luter ce petit creufet, prefque tous les ouvrages qui l'environnaient refterent durs; quelques-uns même s’écaillèrent allez. confidé-rablement. Le verd-de-gris n’a point fait de mal, & peut-être a-t-ilfaiü quelque bien.
- 134. Au charbon de bois j?ai fubftitué en même poids le charbon de favate réduit en poudre ; on s’en fert avec fuccès pour les recuits de fer, & fur-tout pour les trempes en paquet: mais je n’ai pas reconnu que cette poudre eût ici aucun avantage fur-'celle du charbon ordinaire.
- i^f. Il n’y avait pas lieu de'fe promettre que des matières huileufes fuifent propres à avancer l’opération; cependant, comme il faut être extrêmement en garde contre les raifonnemens, même les plus vraifemblables , & qu’il eft toujours bon de les confirmer par de nouvelles preuves, j’ai abreuvé des matières terreufes de fuif fondu, qui alors ont moins produit d’effet que lorfqu’elles ont été feules. r.
- 1 36. Pour m’affurér fi nos poudres, foit d’os calcinés, foit de craie, méritaient d’être préférées à d’autres matières infîpides ou alkalines , j’ai mis en pareil poids que dans mes autres elfais, de la chaux vive, de la chaux éteinte, des terres à potier réduites en poudre fine , du verre pilé. La chaux a adouci la fonte; mais elle ne lui a pas donné tant de corps que nos deux autres matières. La terre à potier, la glaife l’adoucit aifez bien ; mais elle a fait plus écailler. Le gyps, ou plâtre tranfparent, eft de toutes les matières celle qui’ eft le plus à craindre pour produire des écailles.
- 137. De forte qu’après avoir examiné les différentes matières que j’ai pu foupçonner propres à être employées pour notre opération, je n’ai rien trouvé de mieux que les os calcinés & la craie.
- 138. Notre art femblait fait pour fournir des preuves de la différence qu’il y a entre le travail en petit & le travail en’grand. Nous en avons déjà rapporté un exemple, lorfque nous avons parlé de l’accident auquel nous avons imaginé de remédier par la poudre de charbon : un autre événement nous eu a donné une nouvelle preuve plus finguliere. Il n’eft que trop ordinaire à ceux qui femblent révéler des fecrets. au public, de fe réferver ce qu’il y a de plus important; on donne en avare: on veut paraître donner,
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- pour faire voir qu’on a; mais on garde les coups de maître, certains tours de main, certaines obfervations effentielles. L’obfervation dont nous voulons parler cachée , ce qui peut affiner le fuccès de notre art le ferait. Dans nos effais en petit, la craie réduite en poudre & la chaux d’os ont été de pair : nous n’avons pu découvrir aucune différence dans leurs effets. Dans les premiers eifais que je fis en grand , je me fervis de chaux d’os ; ils réuffirent à fouhait : ayant dans la fuite à faire un autre effai en grand , & ne me trouvant: pas ma provifion de chaux d’os, j’employai la craie fans héfiter. Cette épreuve me fit reconnaître que les os ont fur la craie des avantages fi confidéra-bles , qu’il eft furprenant qu’ils m’euffent échappé dans les épreuves en petit : dans une durée du même degré de feu , près d’une fois plus longue, la craie produit à peine autant d’effet que les os. Quelque confidérable que foit cet avantage, les os en ont encore un plus important î ils ne manquent jamais d’adoucir le fer fondu : & il y a une circonftance difficile à éviter, où la craie, au moins la craie pareille à celle que j’employai dans l’expérience que je viens de citer, n’opere aucun adouciifement ; ou même, ce qui eft plus furprenant, elle rend au fer la dureté qu’elle lui avait ôtée > c’eft quand le feu agit trop fortement. S’il eft pouffé jufqu’à un degré que nous déterminerons dans la fuite , quoiqu’on ne retire les ouvrages de fer fondu du fourneau qu’après qu’ils y ont refté par-delà même le tems néceffaire, on les trouve auffi durs que quand on les y a mis. J’ai vu plus : des pièces que j’y avais mifes déjà adoucies , je les ai vu en fortir dures. Or, il n’eft guere poffible que dans un fourneau tout chauffe également j fouvent même une piece un peu grande ne prend pas par- tout un égal degré de chaleur. Si quelques-unes des pièces , ou quelques endroits des pièces , ont été chauffées par - delà le degré convenable , elles retient dures en entier ou par parties ; ce qui était ramolli redevient même dur. C’eft apparemment quelque matière pareille à la craie, qui rendait fi incertain le fuccès des adouciffemens qu’on a tentés autrefois. ; ç’a été apparemment un des inconvéniens qui, joints à celui des écailles qui furve-naient en diverfes circonftances, a renverfé cet établiffement, & qui a engagé à une infinité de faux frais. Pour les os calcinés, ils adouciffent fûre-ment & immanquablement, & ils adouciffent d’autant plus vite , qu’on a fait prendre un degré de chaleur plus confidérable aux fers fondus qu’ils environnent.
- I25>. Il peut donc y avoir de la craie qui ne réuftiife bien que quand oiî l’emploie pour adoucir des pièces minces , ou que quand on donne un feu très-doux aux groffes pièces , qu’on ne leur fait guere prendre qu’une couleur de cerife : d’où il fuit qu’outre que cette matière ne procurerait au fer d’adou-ciffement que dans un tems plus long que celui que les os demandent, il eft toujours dangereux de s’enfervir, puifqu après avoir produit un bon effet,
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- elle pourrait elle - même totalement le détruire. Mais pourquoi cette craie qui a adouci en petit à feu modéré , n’adoucit-elle pas & rendurcit - elle même îorfque la chaleur eft plus violente? & pourquoi la même chofe n’arrive-t-elle pas à la chaux d’os ? Ce phénomène eft affez fingulier pour mériter que nous en cherchions le dénouement. Nos principes doivent encore nous le donner. Ils ont appris que le fer fondu s’adoucit à mefure qu’il eft dépouillé de fes parties fulfurenfes & falines. Pour qu’il s’adouciife de plus en plus, il faut qu’il en forte de nouveaux foufres & de nouveaux fels, & que les foufres & les fels que le feu en a chaffés n’y rentrent plus ; que d’autres matières fe chargent de ces foufres & de ces fels ; qu’elles ne les lailfent plus échapper : c’eft ce que la poudre d’os calcinés fait toujours. La plupart des fels propres aux os, font volatils : ils leur ont été enlevés pendant la calcination ; leurs foufres ont été brûlés : cette chaux fe faifit de tout ce qui s’échappe du fer , & a des places pour le loger. Toute craie eft bien une matière abforbante ; mais elle n’eft pas fî dénuée de foufres & de fels 5 fes foufres & fes fels font fixes ; étant fixes , ils y relient tant qu’elle n’eft échauffée que jufqu’à un certain point i elle s’empare même alors de ceux qui font ôtés au fer. Pendant tout ce tems , pendant la durée de ce degré de feu , elle contribue à l’adouciffement de la fonte : mais s’échauffe -1 - elle davantage ? alors la chaleur a affez de force pour emporter fes fels & fes foufres, malgré leur fixité i alors la craie ne prend plus ceux du fer , elle peut même lui en fournir davantage à chaque inftant que le feu ne lui en ôte, fur - tout fi elle eft de l’efpece la plus chargée de foufres & de fels: alors elle n’adoucit donc plus le fer; elle peut même contribuer à l’endurcir; & c’eft ce qui arrive réellement toutes les fois où de la fonte adoucie ou commencée à adoucir par le moyen de la craie , fe trouve enfuite rendurcie par le moyen de cette même craie. Les acides, les fels de la craie font probablement vitrioliques , & par-là très-difficiles à en enlever ; ils ne partent qu’à une très - grande chaleur. Nos expériences fur la converfion du fer en acier ( Mêm. /. ) nous ont fait voir à la vérité, que les fels ne s'introduirait guere dans le fer qu’à l’aide des matières huileufes ou fulfureufes; qu’ils ont befoin de ce véhicule. La craie ne peut peut-être pas fournir affez de ce s parties ; mais celles même qui s’échappent du fer fondu peuvent y rentrer, après s’être emparées des fels delà craie. Rien n’empêche cette forte de circulation : le fer fondu a bien une autre quantité de matière fulfureufe que le fer forgé. La poudre de charbon , avec laquelle nous mêlons notre craie , peut auilî donner à fes acides fuffifamment de matière huileufe: la craie eft une pierre calcinable , & peut-être que ce n’eft que dans l’inftant qu’elle devient chaux , qu’elle produit de mauvais effets.
- 140. Nous avons déjà averti dans la première édition, que l’effet de toute
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- craie peut pourtant n’être pas également à craindre ; il peut y eu avoir de plus chargées de fels, & d’autres dont les fels feront plus fixes , & par conféquent n’en pourront être détachés que par un feu plus violent : mais nous avons encore plus infixé ici fur cette reftriétiqn, parce que nous avons trouvé depuis beaucoup de craies qui ne nous qnt pas paru produire l’effet de celle qui a dqnnê lieu aux dernieres obfervations, qui doivent toujqurs tenir en garde contre cette matière.
- 141. Après tqut, dès qu’il s’agiflait de fe fervir des matières les plus dénuées de fpls, dès qu’on fe condiûfiit par ce principe, la chaux d’os était, de toutes les matières qqe nous cqnuaiffons, celle qui promettait le plus. Les fels des qs, comme ceux de toutes les matières animales , font volatils ; hs peuvent leur être enlevés par la calcination ; après la calcination , on ne leur trouve point ou prefque point de fels fixes, comme on en trouve aiu£ différentes efpeces de cendres. Ils n’ont point de fels de la nature de ceux de^ minéraux, comme en ont toutes les terres. Veut-on faire des coupelles qui, de toutes les efpeces de creufets , font cellets qui demandent à être compofées de terres plus inflpides , plus privées de fels? C’eft la chaux d’os qu’on emploie. Quoiqu’elle foit la matière qui doit être prife par préférence à toutes celles que nous avons éprouvées pour nos adouciffemens , nous avons vu qu’il fallait fonger à modérer l’effet qu’elle produit, en la mêlant avec la poudre de charbon > mais comme cette derniere retarde peut- être l’adouciife-ment, ou au moins ne l’avance pas autant que le font les os , j’ai cherché , & j’en ai déjà averti ci - devant, en quelle proportion il fallait faire ce mélange. Tantôt je n’en ai mis qu’une fixieme partie, tantôt qu’une quatrième, tantôt qu’une troifieme. Si le feu ne doit pas être long, ces dofes peuvent fuffire : ou, pour réglé encore plus générale, mieux les creufets feront clos , & moins il fera néceffaire d’employer de poudre de charbon ; mais le plus fur eft d’en mettre une partie contre deux parties de l’autre matière : après tout, un peu plus de charbon n’eft pas capable de retarder l’opération. Si la poudre de charbon ne contribue pas beaucoup d’elle-même à adoucir la fonte, au moins eft - il fur qu’elle ne la rend pas plus dure : après un alfez long feu , j’ai tiré de la fonte d’un creufet où je l’avais uniquement entourée de cette poudre ; elle m’a paru y avoir été un peu adoucie. Le charbon de favate feul a auffi produit le même effet.
- 141. D’ailleurs , il m’a femblé que la poudre de charbon contribuait à faire prendre plus de corps au fer fondu; & cet effet feul engagerait adonner la dofe de charbon un peu plus forte: fi elle le produit, c’eft peut-être qu’elle empêche l’adouciifement de fe faire avec trop de précipitation.
- 143. Quelque peu d’adouciifement que la poudre de charbon procure feule au fer fondu, cet adouciifement peut paraître Singulier, fi l’on fe fou-Tome XF. Q_
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- vient que nous avons vu ailleurs que feule elle peut convertir le fer en acier, lui donner affez de foufres & de fels pour changer fa nature. Comment fe peut-il donc faire qu’elle n’augmente pas la dureté de la fonte, qu’elle lui ôte plutôt des foufres que de lui en donner ?'L’explication de cette difficulté deviendra ailleurs plus facile: elle doit être précédée de laconnaiflance de bien des faits que nous ne pouvons apprendre que dans les autres parties de notre art.
- 144. Il réfulte de ces expériences , que pour bien adoucir le fer fondu , ce qu’il y a de mieux c’eft de s’en tenir aux os calcinés & au charbon. On ne craindra pas que le prix de ces matières faffe monter trop haut celui des ouvrages , il ne ferait guere aifé d’en trouver qui fuifent à meilleur marché. Qu’on ne fe falfe pas aufïi un embarras de la quantité d’os néceffaires; les voiries des villes en fourniront de refte : que voudrait - on de plus commode, que de n’avoir que la peine de ramaffer des matières qui ne coûtent rien? D’ailleurs, il me femble qu’011 doit voir avec une forte de plaifir, que des matières ci - devant inutiles pour nous , ont de grands ufàges. Si l’on veut s’épargner la peine de raffembler les os dont on aura befoin , ceux qui n’ont d’autre occupation que de ramaffer les chiffons pour les papeteries, ajouteront cela à leurs emplois 5 ils trouveront même dans les rues plus d’os que de chiffons : les boucheries fourniront encore des os abondamment.
- r4f. La quantité d’os dont on aura befoin , ne fera pas même aufïi considérable qu’on le croirait ; une provillon fuffifante pour remplir fes creu-fets ou fourneaux étant une fois faite, il n’en faudra rama/fer que pour remplacer ce qui fe perdra de cette matière , comme il s’en perd de toutes celles .qu’on manie & remanie: elle ne diminuera pas fenfiblement au feu. J’ai .•employé la même matière plufieurs fois, fans avoir apperqu de différence fehfible dans fon effet ; peut-être pourtant qu’à force de fervir, elle fe chargerait de trop de fels ; en la calcinant de nouveau & la leilivant enfuite, on la dépouillerait encore , tant de ceux qui peuvent lui être venus du fer, que des Tels alkalis du charbon qui aura été réduit en cendre. Une partie du chatbon fe brûle dans chaque opération; mais on Je remplacera en en ajoutant un peu de nouveau à diferétion : nous avons vu , par les expériences fur les fels., que des Tels alkalis qu’il y laiffera 11e feront pas à craindre. Mais après tout, fi on fait entrer dans la compofition une partie de charbon contre meux parties d’os, on peut hardiment s’en fervir trois à quatre fois , fans y ajouter de nouveau charbon.
- 346. Pour compofer les coupelles, on cherche certaines efpeces d’os, comme les os de pieds de moutons, ceux de tètes de veaux. Je crois bien qu’il y a des os qui peuvent valoir mieux les uns que les autres; mais j’ai .fait ufage indifféremment de tous ceux qu’on m’a ramaffés , fansj,m’embar-
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- rafler de quels animaux & de quelles parties d’animaux ils venaient: je les ai tous trouvés très - bons. Quand il eft question du travail en grand , on doit iouvent préférer ce qui eft le plus commode à ce qui ferait un peu meilleur. Notre art ne pourrait pourtant qu’y gagner , fi l’on faifait des expériences fur les efpeces d’os qui agiifent le plus efficacement: peut-être en trouverait-on de ceux-là aifés à recouvrer ; & fi les meilleurs étaient d’efpeces rares, on les conferverait pour les ouvrages qui méritent le plus d’attention : mais ce font des expériences qui eulfent été longues & difficiles à fuivre , & qu’on fera néceffairement à mefure que l’ufage d’adoucir le fer fondu s’étendra.
- 147. Nous n’avons encore rien dit de la façon dont il faut calciner les os : auffi y a -1 - il bieii peu à en dire ; car tout fe réduit à les faire brûler juf-qu’à ce qu’ils deviennent aifément friables & très-blancs. On peut en remplir tout four ou fourneau où l’on fera du feu , jufqu’à ce qu’ils foient fuffi-famment calcinés, ce qui n’eft pas long, & qui le fera pourtant proportionnellement à la quantité d’os qu’on calcinera à la fois : mais on ne craindra pas de les brûler trop. Cette opération coûtera peu de bois & de charbon : les os s’enflamment ; & ceux qui font déjà allumés , allument ceux qu’on jette def-fus. J’ai cru avoir obfervé que la poudre d’os, dont je me ffuis fervi pour adoucir le fer, avait plus opéré à une*fécondé fournée qu’à la première, & cela probablement parce que leur calcination avait encore été continuée pendant toute la durée de la première fournée : mais on doit être averti qu’011 11e {aurait faire brûler ces os , fans qu’il fe répande une odeur défagréable.
- 148. Les os étant bien calcinés, 011 les pulvérifera ; la poudre dans laquelle on les réduira, ne faurait être trop fine : mais il n’eft pas néceffaire qu’elle le foit extrêmement ; j’en ai fouvent employé d’auffi grofle que du fable: elle fait plus d’effet quand elle eft plus fine; iorfqu’elle eft très-groffe, il arrive quelquefois que de petits endroits de l’ouvrage de fer, proportionnés à la groffeur des plus gros grains d’os, s’écaillent ; l’ouvrage eft quelquefois par - tout piqué de pareils grains : alors le mélange de la poudre d’os & de la poudre de charbon n’a pu être affez bien fait. A l’égard de la quantité de poudre qu’on doit employer à la fois, elle eft très - arbitraire ; il n’en eft point comme de nos compofitions à acier: le plus ici ne faurait rien gâter; mais il y en a allez, quand il y en a ce qu’il faut pour empêcher les ouvrages du même creufet de fe toucher, & les tenir un peu féparés les uns des autres.
- 149. Outre les différentes matières dont j’ai dit ci-devant que j’avais fait des épreuves, j’ai cru en devoir effayer quelques - unes qui, venant des animaux, ont quelqu’analogie avec les os. Les coquilles font, pour ainfi dire , les os de divers animaux aquatiques & terreftres. J’ai fait calciner des coquilles d’huîtres, des coquilles de moules de riviere , des coquilles de limaçons de jardin ; & de chacune de ces différentes, chaux j’ai entouré le fer
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- des différens treüfets. Dès qire la chaux ordinaire eft capable de prôcuref quelqu’adouciiTèment, il était fans difficulté que le fer sWteucirait dans ces dernières : il s’y eft auffi adouci.
- i yo. Une autre efpece'd’os depoiffon que j’ai cru devoir encore éprouver, font les os de feche ; ils font très - connus des-orfèvres , des metteurs-èn œuvre , des diamantaires ; tous ‘ces ouvriers s’en fervent 'pour mouler de petits "ouvrages: ces os'caicinés ont encore adouci le fer. ( n )jMais le fer s’écaille avec toutes ces différentes chaux, comme avec celle des véritables os, fi l’on ne modéré leur effet par une addition de charbon. La plupart de-ces matières feraient aifées à recouvrer au bord de la mer ; on y en pourrait faire à bon marché de grands amas. Mais valent - elles mieux que la chaux d’os ordinaires? valent-elles même autant? Après ce qui ni’eft arrivé fur l’effet de la craie, il 11e ferait pas fage de décider avant d’avoir fait des expériences en grand ; '& je ne crois pas qu’on exigeât de moi que j’euffe cherché à faire -en grand toutes ces expériences. Il n’y a que dans des manufactures où l’on travaille régulièrement, où des épreuves de cette forte fe feront lans trop de frais.
- 151. Comme j’ai voulu au moins eflayer en petit tout ce que j’ai pü penfer être céfrivenable , j’ai auffi efîàyé des coques d’oeufs, après les avoir fait calciner : elles ont réuffi à peu près comme les matières précédentes > mais il ne ferait pas auffi aifé de s’en fournir.
- 152. J’ai encore fait une épreuve , par laquelle je finirai; ce mémoire. Je me fuis fervi du fer même, pour adoucir le fer fondu. On fe fouviendra que quand j’ai parlé de notre fourneau propre à convertir le fer en acier, j’ai oornpofé les creufets, les capacités qui renferment le fer, de plaques5 que j’ai dit que, pour réfifter à un feu violent, ces plaques doivent être de terre, mais qu’elles pouvaient être de fer fondu, quand on ne voulait donner qu’un feu plus modéré. En bien des circonftances , je n’ai mis à mon fourneau que des plaques de fer fondu î après qu’elles ont eu foutenU le feu pendant un ou plufieurs jours, & que le feu a été entièrement éteint, la furface de chaque plaque , fur laquelle le feu avait agi, s’eft trouvée recouverte d’une
- ( 11) On trouve fur les rivages de la mer en Hollande & ailleurs une grande quantité de ees os de feche , plus ou moins, félon qu’il a péri plus ou moins de ces poif-lons li finguliers.. C’eft une forte ’de poiflbn mou, que Linné met dans le rang des vers zoophytes. L’os eft au-deflus du dos de l’animal , plus ou moins long félon la groffeur de l’animal ; cet os eft blanc, opaque , léger, plus dur par-dëiïus, mais tendre & fongueux par-deffous, rayé ou veiné. Swam-
- merdam a donné une defeription anatomique , longue & curieufe de ce poiifon, dont on peut lire la traduction dans le tome V de la collection académique. La calcination de ces os de feche n’eft pas difficile dans les pays maritimes ;mais elledoit être faite en plein air, à caufe de la puanteur. Cette chaux , mêlée avec le charbon pilé, adoucit merveilleufement le .fer. Les os des poiifons font tout auffi propres à cet ufage que ceux des quadrupèdes terreftres,
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- couche affez épaiffe d’une poudre d’un très-beau rouge, & quelquefois d’uil rouge tirant fur le violet. Cette couche était faite des parties du fer qui avaient été brûlées. En un mot, les chymifles favent que cette poudre était ce qu’ils ont nommé du fafran de, mars, & un fafran de mars fait fans aucune addition. J’ai fait balayer les plaques j j’en ai fait détacher & ramaffer toute cette poudre. Ce que nous venons d’en dire, & la place où elle fe trouve, montrent affez qu’elle n’efl qu’un fer brûlé, quia été dépouillé de fa partie huileufè. Comme cette poudre eft bien éloignée d’avoir la quantité de parties huileufes & filines dont elle peut fe charger, j’ai penfé qu’elle ferait très-propre à adoucir le fer fondu qui en ferait enveloppé. J’ai donc entouré du fer fondu de cette poudre: elle l’a adouci parfaitement , & il m’a paru qu’elle l’a adouci bien plus promptement que ne l’ont fait toutes les autres matières. Pour tâcher de m’alfurer de cette circonftance, dans le fond d’un creufet cylindrique j’ai mis de cette poudre , de ce fafran de mars , toute pure -, dans le même creufet j’ai mis un fécond lit compofé de ce fafran mêlé avec des os > & plus haut j’ai mis des os feuls : ce creufet ayant été tenu au feu pendant quelque tems ; quand il en a été retiré, j’ai trouvé que le fer de ce creufet, le mieux adouci, était celui qui s’était trouvé au milieu du fafran de mars feul : le mélange de cette poudre & des os avait fait moins d’effet, mais plus que les os feuls.
- if3. On pourrait ramaffer quantité de cette poudre dans des manufactures où l’on ne fe fervirait que de plaques de fer : 011 en pourrait même faire à bon marché. Cette poudre occupe bien un autre volume que le fer j après tout, il n’y a guere d’apparence qu’elle puiife convenir pour le travail en grand ; ce ferait beaucoup qu’on s’en fervît pour l’adouciflement de quelques petits ouvrages. Mais il ne faudra pas donner le feu violent au creufetoù elle fera renfermée ; autrement elle deviendra une maife compacte , qui fe trouvera attachée fur le fer : quelques coups pourtant la détacheront, mais ce fera avec rifque d’emporter quelque petite partie de l’ouvrage.
- If4. Si le feu a été violent dans le fourneau où étaient les plaques fur lefquelles nous avons dit qu’on ramaifait cette poudre , qu’on n’en trouvera plus fur leur furface j les grains fe feront réunis & auront formé des écailles îpongieufes, & en fi grande quantité, qu’011 fera étonné de voir que l’épaif-feur du fer ne foit pas diminuée bien fenfiblement dans des endroits d’où ces écailles font tombées ; car ces écailles mifes les unes fur les autres auraient ;plus que l’épailfeur de la plaque : mais c’eft qu’elles font d’une til-Jure très - fpongieufe, & beaucoup plus même qu’elle ne le paraît.
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- QUATRIEME MEMOIRE.
- Des fourneaux propres à adoucir -les ouvrages de fer fondu.
- iff. ^Puisque nos ouvrages de fer fondu demandent, pour être adoucis, d’être environnés de poudre fine, il s’enfuit qu’ils doivent être renfermés dans des efpeces de creufets, comme nous l’avons toujours fuppole jufqu’iei. Mais de cela feul il ne s’enfuivrait pas que les creufets duffent être aulîi bien lûtes que ceux où nous avons mis des barres pour être converties en acier. Pour faire de l’acier, il faut contraindre des foufres & des fels à pénétrer le fer. Pour adoucir le fer fondu , il faut au contraire lui enlever ce qu’il a de trop des uns & des autres. Dans ce dernier cas , il femble donc que l’évaporation ne foit pas à craindre ; elle eft même à fouhai-ter ; cependant les creufets ou capacités équivalentes, dans lefquelles on arrange le fer, doivent être lutées, comme lorfqu’il s’agit de faire l’acier, & cela par d’autres confidérations. Le mélange de poudre de charbon avec celle d’os , a été trouvé néceffaire; fi lecreufetavait air, le charbon fe brûlerait : d’ailleurs , c’eft une réglé générale, que tout fer qui chauffe pendant îong-tems dans un endroit où l’air à quelqu’entrée libre , eft fujet à s’écailler.
- 1^6. J’ai pourtant voulu voir fi l’adouciflement ne fe ferait pas vite, îorfque les foufres & les fels auraient la liberté de fe fublimer. J’ai pris un creufet long & étroit ; je l’ai rempli de couches d’os & de couches de fer fondu, jufques environ à la moitié de fa hauteur. Là, j’ai mis une cloifon de terre qui empêchait la communication de cette partie avec la partie restante ; j’ai rempli cette derniere, comme l’autre, de lits d’os & de lits de fer; j’ai laiffé le creufet ouvert, afin que les foufres & les fels des matières de la moitié fupérieure euffent la liberté de s’évaporer. Après la durée de feu, que j’ai cru néceffaire , j’ai comparé les morceaux de fonte qui étaient au bas, avec ceux qui étaient au haut. Je n’ai pas trouvé de différence alfez confidérable pour donner du regret de ce que la poudre de charbon exige qu’on tienne les creufets fermés.
- 157. Les mêmes raifons qui nous ont conduits à donner au nouveau fourneau , pour la converfion du fer en acier, la figure que nous avons expliquée , fubfiftent pour l’adouciffement du fer fondu. On ne doit pas moins longer à mettre la chaleur à profit, à diminuer la confommation de la matière combuftible , dans l’une que dans l’autre opération ; il y faut également chauffer du métal dans des capacités bien clofes à la flamme. Il eft également eflentiel de pouvoir s’affurer à chaque inftantdu degré de chaleur qu’ont pris
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- D'ADOUCIR LE TER FONDU. 127
- les ouvrages, & du degré d’adoucilfement où ils font parvenus. La conftruc-tion de notre fourneau à acier donne fur cela tout ce qu’on peut fouhaiter,
- 15 g. Je m’imagine qu’on le penfera comme moi, fi l’on fe donne la peine de lire le long mémoire où elle a été décrite ; nous y renvoyons pour bien de petits détails que nous n’aurions pas la force de répéter ici, quoiqu’ils aient leur utilité. Nous nous bornerons à préfent à retracer une idée générale de ce fourneau , & à parler de quelques additions qui peuvent y être faites, & plus convenables pour l’adouciflement du fer fondu, que pour la converfion du fer en acier.
- 159. La malfe qui la forme a quatre côtés; fes parois intérieures font plates, pofées à plomb & quarrément* deux de ces parois, oppofées l’une à l’autre, ont des coulilfes qui font ce qui caraétérife le plus ce fourneau. Elles font verticales , allant prefque depuis le haut jufques en bas : leur ufage fera connaître quel en peut être le nombre, comment elles peuvent être efpacées , & quelle profondeur leur convient. Une coulilfe d’une face «11 a une correfpondante, ou femblablement taillée dans la face oppofée ; elles font faites pour recevoir une plaque, foit de terre, foit de fer fondu, foit de fer forgé. Deux pareilles plaques , avec les deux parties des parois & celle du fond comprifes entr’elies forment une efpece de boîte que fon ulàge îious a. fou vent fait appeller un creufet, & à qui nous conferverons encore ce 110m. On y met les ouvrages qu’on veut adoucir : ils y font à l’abri de l’a&ion immédiate du feu, lorfqu’on lui a eu donné un couvercle, .& que Les jointures & celles des coulilfes & du fond ont été bien lutées.
- ' 160. Toutes les coulilfes font deftinées à recevoir des plaques ; mais tout
- •efpace qui eft entre deux plaques ne doit pas faire la fonétion de creufet. Quelques - uns de ces efpaces font les cheminées ou les foyers qui reçoivent •le bois ou le charbon. Chaque plaque fert à former & le creufet & le foyer : car alternativement il y a un creufet & un foyer., le foyer n’étant que l’ef. pace qui eft entre deux creufets. On peut multiplier le nombre des uns & des autres à volonté ;mais nous nous fixerons à préfent à un fourneau qui a trois creufets & deux foyers. Le fond du fourneau, ou ce qui eft la même chofe, celui des foyers ou cheminées , eft toujours plus bas que celui des creufets.
- 16*r. Quand il a été queftion de faire de l’acier, nous avons paru pen-•cher pour ceux des fourneaux de cette efpece, où la chaleur eft excitée par le vent des foufflets; nous aimerions mieux n’employer ici que ceux où l’air agit librement ; & tout confidéré, ils valent même mieux pour l’acier. Ce •n’eft pas que les foufflets ne filfent bien ; mais fi l’on veut s’en fervir , il faut être attentif à modérer leur vent ; & il le faut bien être davantage pour adoucir de la .fonte que pour conve rtir du fer en acier. Les barres de fer fou-
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- tiennent un degré de chaleur qui ferait couler encore-une fois nos ouvrages de fer fondu. Avec quelqu’attention néanmoins on préviendrait cet accident. A chaque inftant on peut voir ce quife pafledans les creufets > on peut donc obferver fi la chaleur devient trop violente ; il eft toujours aifé de la modérer, en diminuant ou arrêtant totalement l’atftion des foufîlets. Les parois du fourneau font percées par des trous difpofés les uns fur les autres à différentes hauteurs, qui pénètrent chacun jufques à l’intérieur d’un ereufet, Ils ne font remplis que par des bouchons qu’on ôte & qu’on remet quand on veut. Nous expliquerons bientôt comment au moyen de ces trous on peut s’affurer de l’état des ouvrages qui recuifent.
- 16z. Dans le fourneau auquel nous nous fixons, dans celui qui n’a que trois creufets , il ne faut que quatre plaques, & huit couliffes qui les reçoivent. Les deux plaques du milieu forment un ereufet plus grand lui feul que les deux autres. Chacune des deux autres plaques fuffit pour compofer un 'ereufet, parce que la paroi du bout du fourneau, dont elle eft le plus proche & à qui elle eft parallèle, tient lieu d’une autre plaque } il y a ici deux foyers placés chacun entre une plaque du bout & une du milieu. Les plaques étant mifes en place , ou, ce qui eft la même chofe, les creufets étant ajuftés , on peut les charger , c’eft-à-dire, les remplir d’ouyrages & de compofition, en arrangeant le tout lit par lit, comme on arrange les barres de fer dans les fourneaux à acier. C’eft par l’ouverture fupérieure qu'on y fait entrer ce qu’on veut, & qu’on retire ce qu’on y a mis quand l’opération eft finie. Mais nous avons fait remarquer ailleurs que, pour charger un ereufet de cette maniéré, le fourneau doit être prefque froid j de forte que dans une faconde fournée on ne profite pas ou peu de la chaleur qu’a prife le. fourneau dans la fournée précédente ; & l’on eft d’autant moins en état d’en profiter que le ereufet eft plus profond. La main ne faurait y entrer bien avant lorfqu’il eft encore fort chaud, & le vifage qui eft au -delfus de ce ereufet n’aurait pas mfcins à fouffrir. J’ai propofé aufîi, pour convertir le fer en acier, de conf-truire des fourneaux qu’on pût charger par le côté, & je l’ai fait exécuter pour l’adouciffement du fer.
- i6$. Pour pouvoir charger par le côté, tout fe réduit à laiffer chaque ereufet ouvert d’un côté depuis fon fond à peu près jufques en haut. Si le fourneau a trois creufets, l’ouverture de celui du milieu fera fur une de fes faces, & les ouvertures des deux autres creufets feront fur la face oppofée. A mefure qu’on chargera un ereufet, on bouchera une partie de fon ouverture : pour le faire commodément, on aura cinq.à fix pièces de terre cuite , de terre à ereufet, propres à s’ajufter les unes fur les autres & dans l’ouyerture qu’on a laiffée au ereufet. Ces pièces feront .enfemble une efpece de petit mur de rapport, qu’il fera aifé d’élever & d’abattre dans Uiiinftantjchacune
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- de ces pièces fera traverfée par deux barres de fer qui fortiront en - dehors de îa piece, & y formeront une tète ; ce feront deux poignées qui donneront la facilité de retirer la piece à laquelle elles tiennent. Chacune auifi de ces pièces aura une ouverture quarrée qui recevra un bouchon de même figure: c’eft par ces trous qu’on verra ce qui fe paffera à différentes hauteurs du fourneau.
- 164. Comme cette difpofition affaiblit le corps du fourneau, on doit fon-ger à le fortifier par des liens qui l’empêchent de s’entr’ouvrir. Outre les liens pofés horizontalement, on pofera d'autres barres de fer verticalement, dent les bouts feront recourbés , & entreront dans la maçonnerie: les liens horizontaux feront arrêtés fur les barres verticales , foit avec des rivets, foitavec des vis & des écrous.
- i6f. Mais fur-tout il faut qu’une barre verticale foit placée jufqu’à fleur de chaque bord de l’ouverture extérieure du creufet, & que les liens horizontaux foient bien affemblés avec ces dernieres barres : voici ce qui y oblige. Pour avoir plus de commodité à charger , les liensWrizontaux feront brifés vis-à-vis chacune des ouvertures; il ferait incommode, quand on charge, de trouver devant foi la partie des liens qui paffe fur cette ouverture ; il faut que cette partie puiffe s’ôter & fe remettre. De cent maniérés dont cela peut s’exécuter , il fuffit d’en rapporter une. Près des ouvertures des creu-fets, chaque lien fe terminera par une tète plus groffe que le relte, & percée en eipece d’anneau ; le bout fe roule comme celui d’une penture de porte qui reçoit le gond: dans chacun des anneaux qui font à' même hauteur, & placés de part & autre du bord de l’ouverture d’un creufet, entrera le bout recoudé d’une verge ou barre de fer. Cette piece mife en place rend le lien complet ; fes deux bouts feront percés par des trous qui recevront des clavettes qui les arrêteront en place, & qui même contribueront à les mieux ferrer. Ces pièces pourront s’ôter & fe remettre à volonté ; quand elles feront en place, le fourneau fe trouvera aufli bien ferré que fi tous les liens étaient une piece. Ces parties de rapport peuvent être aflêmblées avec des vis , & , comme nous l’avons dit, de bien d’autres maniérés.
- 166. Si l’air qui entre dans le fourneau n’y eft pas pouffé par des fouf-flets, on multipliera les ouvertures du cendrier ; on en laiffera quatre , une au milieu de chaque face ; on aura des portes en bouchons pour chacune de ces ouvertures ; & ces portes en bouchons tiendront lieu de regiltres : félon qu’ils feront en place, ou qu’ils en feront ôtés , il entrera moins d’air ou plus d’air dans le fourneau. On l’obligera même d’entrer avec plus de vî-teffe & en plus grande quantité ; on lui fera produire un effet approchant de celui que lui font produire des foufflets, mais moins dangereux, en ménageant des conduits pour l’amener de loin. On connaît les efpeces de fouftlets Tome XV. R
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- qu’on pratique dans quelques cheminées , & qui font expliqués dans la Mé-chaniqiu du fin, de l’ingénieux M. Gauger. Dans ces fortes de chéminées , pour fouffler le feu l’on n’a qu’à lever une petite foupapc qui eft au niveau de l’âtre : auiFi- tôt que le trou eft ouvert, le vent en fort avec plus de vitelfe qu’il n’en for tirait d’un fou filet qui donnerait beaucoup de peine à agiter. Toute la méchanique de ce Ibufflet (impie dépend de la communication qu’on a ménagée à ce trou avec fair extérieur : pour pratiquer quelque chofe d’équivalent dans notre fourneau , on établira le fond de fon cendrier au-de do us du niveau du terrein qui environne le fourneau. Et à commencer à chacune des ouvertures qui donnent entrée à l’air , on creufera dans la terre une tranchée qui formera une efpece d’entonnoir qui depuis le fourneau ira toujours en s’élargilfant. Ces quatre tuyaux étant ainfi creufés, on les recouvrira par - delfus avec des planches , & l’on recouvrira les planches elles-mêmes avec delà terre; plus ces tuyaux de conduite d’air feront pouf-fés loin, & plus leurs embouchures feront évafées, & plus il y aura d’air introduit dans le fourneau.
- 167. On n’aura pourtant rien à craindre de fon activité , qu’on modérera à fon gré; 011 diminuera à fon gré la quantité d’air qui tendra à palfer par chaque tuyau , ou même 011 l’empêchera totalement de palfer par un des tuyaux , & cela en difpofant au - delfus de chacun , dans l’endroit qui fem-blera le plus cnn mode, des efpeces de portes qu’on pourra tenir enfoncées jufqu’au fond du tuyau , ou tenir élevées jufqu’à Ion bord fupérieur. La même chofe pourra s’exécuter par d’autres difpolitions très-arbitraires ; ces tuyaux de conduite d’air feront plus durables , il on les revêt intérieurement de pierres , ou de carreaux de terre cuite. Mais, fans pratiquer tous les tuyaux de conduite d’air dont nous venons de parler, on produira une chaleur allez violente, en ménageant des ouvertures dans le bas du fourneau. Il peut être chaulfé avec le charbon , il peut l’être aulli avec le bois ; dans ce dernier cas on le tiendra au moins d’un tiers ou de la moitié plus haut que ceux dont nous avons donné les mefures pour la converfion du fer en acier. La flamme du bois s’élève bien à une autre hauteur que celle du charbon ; d’ailleurs la chaleur ici n’étant pas l’effet d’une aulli grande quantité d’air introduite continuellement, les raifons qui voulaient qu’on le tint plus bas îorfqu’on fe fervait de foufïïets, ne fubuftent plus. Le haut de ce fourneau, quoique plus élevé , aura donc une chaleur fuffifante ; d’ailleurs il pourra être occupé par les ouvrages les plus minces : or, dès qu’on donne plus de hauteur au corps du fourneau, on trouvera plus commode d’en enterrer le bas en partie , c’eft-à-dire, de le mettre au-deffous du niveau du terrein ; on en fera plus à portée de regarder dans le fourneau par le delfus , & cette dif-pofition s’accommode à merveille avec celle de nos tuyaux de conduite d’air qui engagent aufti. à le tenir ifalé.
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- 168- Quand on veut chauffer notre fourneau avec le bois, on difpofe des barreaux de fer entre lès creufets , qui y forment des grilles affez ferrées pour foutenir de menues bûches- & leurs charbons. La flamme s’élève dans chaque cheminée , pour aller au - deffus du creufet du milieu ; elle s’échappe enfuite par une ou plulieurs des ouvertures qui font percées dans le couvercle du fourneau. Lorfque le feu y a été allumé pendant plulieurs heures , la flamme en fort avec violence , & s’élève fort haut. J’ai regretté bien des lois de ce que fon adivité devenait fi - tôt inutile ; fi elle eût continué plus long-tems à agir contre les creufets, elle eût été capable d’y produire beaucoup d’effet. J’ai donc cherché à prolonger la durée de fon a&ion, & pour cela j’ai fait faire quelques changemens au fourneau précédent : j’ai fait boucher toutes les ouvertures du couvercle, & j’ai fupprimé une des grilles. En fa place j’ai fait mettre un plancher folide; j’ai fait percer le mur du fourneau de part en part de quelques trous peu élevés au - delfus de ce plancher , & qui fe trouvaient plus bas que le fond des creufets : ces trous étaient deftinés à‘tenir lieu de ceux du couvercle.
- 169. L’effet qu’a dû produire cette nouvelle difpofition s’imagine aifé-ment. Le feu ayant été allumé fur la feule grille qui a été lailfée , c’eft-à-dire , entre un creufet du bout, que nous nommerons le premier ^ & le creufet dti milieu , la flamme a monté dans la cheminée qui les féparait, s’eft élevée juf-ques au haut de ces creufets ; & ne trouvant plus d’ilfue dans le couvercle, elle s’eft détournée furie delfus du creufet du milieu , & de là eft defeendue par la fécondé cheminée, pour aller chercher au-delfous du dernier creufet les feules ouvertures qu’on lui avait laiflëes pour fortir. On fuppoferait bien , quand nous n’en avertirions pas, qu’on avait empêché toute communication par-déifions entre le fond de la première cheminée & celui de la fécondé, & que cela eft aifé à faire par le moyen d’une petite cloilon.
- 170. Dans l’unique foyer qui était refté au fourneau , je n’ai fait jeter qu’autant de bois qu’on y en jetait lorfqu’il avait deux foyers. On n’a brûlé dans le fourneau que la moitié de ce qui s’y brûlait ci-devant. La flamme ne m’en a point paru cependant moins confidérable, & fon effet ne m’a pas paru moindre ; elle forfait par le bas du fourneau aulfi abondamment qu’elle était fortie auparavant par fon ouverture fupérieure , lorfqu’elle était produite par le bois brûlé dans deux foyers. Il m’a donc femblé que par cette dilpofition l’on épargnerait confidérabîement de bois ; & l’épargne ira d’autant plus loin que le fourneau fera compofë d’un plus grand nombre de creufets, & de creufets qui demanderont une plus longue durée de feu. Car c’eft fur-tout dans les opérations qui demanderont une longue durée de feu, qu’on trouvera les avantages de cette conftruétion ; & cela, parce que la petite quantité de bois rnife dans un feul foyer n’agit aufti avantageufe-
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- ment qu’une plus grande quantité diftribuée en plufieurs foyers , que lorfque la chaleur du fourneau eft parvenue à un certain point. Quand on ne vient que d’y allumer le feu dans un feul foyer, la flamme ne fait pas dans un inftant ,| à beaucoup près, tout le chemin que nous lui avons fait, faire; ce n’eft que fuccefïivement qu’elle s’élève , qu’elle vient à monter au haut des creufets, & ce n’eft que fuccefïivement qu’elle defcend aflez bas pour for-tir par les ouvertures qu’on lui a laiflees : pendant long-tems il n’y a que la fumée qui s’en échappe. La flamme avance à mefure que la chaleur gagne , & on ne la trouve guere par-delà les derniers endroits qui ont pris une couleur rouge. Ainfi le feu allumé dans un feul foyer eft plus long-tems à échauffer le fourneau, que le feu allumé dans deux ou plufieurs foyers. Mais le fourneau eft-il parvenu à un certain degré de chaleur , à être rouge, ou plus que rouge ? il m’a paru vrai, quelqu’étrange que cela femble, que la même quantité de bois qui eft néceflaire pour entretenir dans ce degré de chaleur deux creufets , fuffit à peu près pour entretenir dans le même degré de chaleur trois, quatre , & peut - être tel nombre de creufets qu’on voudra. Je n’ai pourtant pas pouffé l’expérience fi loin ; je ne l’ai faite que dans des fourneaux où la flamme d’un foyer a eu à parcourir trois ou quatre cheminées; & je ne lailfe pas de me croire en droit d’en tirer une conféquence très - étendue , parce que je n’ai point vu que l’adivité & la quantité de la flamme qui for-tait du fourneau, après avoir parcouru un chemin quatre fois plus long , aient fouffert quelque diminution fenfible : quand on lui donnait iffue parla première ou par la fécondé cheminée, elle ne femblait pas en fortir plus abondamment que par la quatrième.
- 171. Quelque paradoxe qu’il foit d’avancer qu’on entretiendra au même degré de chaleur dix à douze creufets , & peut-être davantage, avec à peu près la même quantité de bois néceffaire , pour en entretenir un à ce mèixje degré , l’expérience y femble conduire, & le raifonnement ne fe trouvera pas même contraire à l’expérience. Car fuppofons que les chemins qu’a à parcourir la flamme fuccefïivement entre tant de differens creufets qu’on voudra, font également chauds. Suppofons de plus, que les bords de ces chemins, ou, ce qui eft la même chofe, les parois intérieures du fourneau & les furfaces extérieures des creufets ont pris un degré de chaleur égal à celui de la flamme du bois qui brûle librement, ce qui n’eft pas un degré de chaleur exceifif. Il n’y a peut-être nulle raifon alors, pour que la flamme, après avoir parcouru dix à douze pieds, foie en moindre quantité & ait moins d’adivité que lorfqu’elle n’avait parcouru que trois à quatre pieds. La flamme qui s’eft trop élevée au-deffus d’un foyer, fe refroidit, pour ainfi dire, s’éteint par l’attouchement des corps voifins ou de l’air. Nous n’avons pas d’idées trop claires de la nature du feu ; mais les plus claires que nous en puiflions
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- prendre, c’eft que fon activité dépend du mouvement, d’un certain mouvement, fi l’on veut, & fi l’on veut encore, d’un mouvement qui ne peut être pris que par certaines matières: mais une matière plus enflammée qu’une autre, toutes chofes d’ailleurs égales , a une plus grande quantité de ce mouvement, d’où dépend l’a&ivité du feu ; & cette matière devient de moins en moins enflammée, de moins en moins feu, à mefure qu’elle rencontre des corps qui lui ôtent de ce mouvement. Ainfi l’air, les parois noires des cheminées arrêtent le mouvement de la flamme ; mais dès que les parois feront rouges , dès que les corps qui toucheront la flamme auront une activité égale à la fienne, qu’ils feront prefqu’auflî feu qu’elle , leur attouchement ne s’affaiblira pas.
- 172. Nous concevons, à la vérité, que la matière qui fait la flamme fe confume continuellement, & par conféquent que la flamme ne faurait fubfif-ter long-tems. Mais cette idée n’eft pas aflez démêlée ; elle tient du préjugé qui nous a fait trop étendre ce qui arrive continuellement aux feux de nos foyers ordinaires. Une autre expérience que nous avons vue bien des fois , nous apprend qu’une matière ne fe confume pas de cela feul qu’elle a pris un certain degré de chaleur, de cela feul qu’elle eft allumée ; la poudre de charbon, quelque violemment qu’elle foit échauffée dans des creufets bien clos, ne fe détruit points elle ne fe confornme que quand elle efb expofée à l’air. Tant que la flamme circule entre nos creufets fans trouver d’iflue , elle eh dans un état femblable à celui de la poudre de charbon renfermée dans des creufets; de même elle ne doit pas diminuer en quantité, ni perdre de fon aélivité. En un mot, le feu ne paraît éteint, détruit, ou que quand 011 arrête le mouvement de la matière enflammée, ou que quand cette matière eft difperfée par évaporation, ou autrement: ni l’un ni l’autre ne peuvent arriver à la flamme qui eft entre nos creufets. Il eft au moins très - fûr que, dans un fourneau conftruit fur le principe que nous venons de donner, on peut entretenir dans un grand degré de chaleur une longue fuite de creufets avec peu de bois. Tout fe réduit à difpofer des cloifons de maniéré que la flamme foit obligée de paflèr alternativement au-deflus d’un creufet, & au - deffous de celui qui le fuit. Mais cette voie excellente pour les entretenir dans ce degré de chaleur, ne pourrait le leur donner qu’à la longue ; je voudrais donc qu’on commençât par les faire rougir par le moyen du charbon, ce qui ferait toujours aifé en débouchant les ouvertures des couvercles & quelques-unes pratiquées au bas du fourneau. Ces creufets devenus rouges , on boucherait ces ouvertures , on allumerait du bois dans un feul foyer , & bientôt la flamme circulerait d’un bout du fourneau à l’autre : quand elle a pris fa route, elle ne s’en détourne pas dans l’inftant. Si l’on débouche queî-qu’ouverture qui pénétré entre les creufets, on ne faurait voir fans plaifir
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- avec quelle viteffe elle defcend. Des opérations qui feraient très - cheres ï parce qu’elles demandent une longue durée de feu, pourraient par cet expédient fe faire à bon marché , & je ne doute point qu’on n’emploie avantageu-fement par la fuite cette circulation de la flamme pour bien d’autres opérations.
- 173. De quelque maniéré que foit confinait le fourneau, dès qu’on le chauffera avec le bois, l’on pourra hardiment former les creufets avec des piaques de fonte. Je dis hardiment, parce que jefuppofe qu’on aura l’attention de voir fi la chaleur ne devient pas allez eonfidérable pour les fondre , & qu’il fera facile de l’arrêter avant qu’elle en foit là. Plus le fourneau fera large, & plus on rendra les plaques épaiffes : cette épaiffeur ne doit pourtant pas paffer un pouce. A mefure qu’elles ferviront, elles deviendront de plus minces en plus minces ; à la fin de chaque fournée , la face fur laquelle le feu aura agi fera recouverte d’une couche affez épaiffe d’une poudre rouge j o’eft un fafran de mars qu’on fera-bien de ramaffer 3 il a les propriétés du fafrande mars ordinaire , & eft préparé fans addition defoufres : 011 s’en fer-vira aux ufages où la médecine l’emploie, & à quelques autres dont nous avons déjà parlé. Les plaques deviennent minces par ce qui s’en détache pour fournir à cette poudre, & encore par des écailles qui s’y forment: mais malgré cette poudre & ces écailles, elles durent long-tems. Plus elles font minces, plus elles font expofées à fe voiler: afin qu’elles ne viennent pas au point d’en être trop contrefaites, ce qui changerait la figure & les proportions des creufets & des foyers, on aura foin de les retourner après' chaque fournée 3 on mettra en - dehors du creufet la face qui était en-dedans : le feu les redreffera, & même il les fera enfuite devenir convexes du côté où elles étaient concaves. Si l’on veut les maintenir plus fùrement' dans leur figure à peu près plane, fans être dans la néceflité de les retourner fi fou vent, les précautions fuivantes y contribueront.
- 174. On fuppofe qu’elles font de fonte grife ou noire, qui fe laiffe percer comme fe laiffe percer celle dont on fait les poêles 3 & en cas qu’elles ne foient pas de fonte de cette qualité, après qu’elles auront fervi à deux fournées, on pourra toujours exécuter ce que nous allons propofer. Ayant diviféleur hauteur dans le nombre de parties qu’on voudra, trois ou quatre fufhront 5 on tirera par ces divifions des lignes parallèles , & dans chaque ligne on percera deux ou trois trous de quelques lignes de diamètre j dans chacun de ces trous on fera entrer un boulon de fer 3 ce boulon aura une tète percée quarrément , & propre à recevoir une barre de quàrrillon, ou d’autre fer plus mince 3 la tête de chaque boulon fera fur la face de la plaque, qui doit être en-dedans du creufet, & leur bout paffcra tout au travers, juiques à l’autre face, fur laquelle il fera bien rivé: dans toutes les
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- tetes des boulons, placées fur une meme ligne horizontale, on fera entrer une barre de quarrillon de longueur prefqu’égale à la largeur de la plaque. Il eft déjà viiible , que ces barres difpolées d’efpace en efpace , maintiendront la plaque. Mais pour aflurer encore davantage l’effet des barres, afin que quand elles feront arrangées , elles ne cedent point à i’eifort de la plaque, on liera en quelque forte enfemble les barres des deux plaques. Le moyen en eftfimple. Je fuppofe que les barres traverfantes font fur chaque plaque à des hauteurs correfpondantes : on aura des morceaux de fenton de fer > ou de fer plus gros , dont les deux bouts feront recourbés; leur longueur entre les deux courbures fera égale à la diftance d’une plaque à l’autre : un de ces crochets fera accroché aux deux barres à même hauteur. On fera maître de donner à chaque barre plus ou moins de ces liens. Un des liens peut être attaché fixement par un bout à une des barres , & entrer par l’autre bout dans un trou percé à l’autre barre. Toutes ces difpo-litions peuvent fe varier félon le génie de l’ouvrier ; on lui laiffe à choifir. Il mettra, par exemple, des clavettes, s’il le juge à propos, pour tenir les bouts des crochets. Les plaques , avec cette précaution, feront folidement maintenues ; l’alongement des barres & des liens ne leur permettra pas de s’étendre au point de les défigurer , & la place que tiendraient ces barres dans le creufet, ne fera pas allez confidérable pour mériter attention.
- i7f. Une plaque feule aurait peine à fuffire à toute la hauteur du fourneau : fi on le tient auffi haut qu’on le peut & même qu’on le doit pour profiter de la chaleur, on en difpofera deux ou davantage les unes fur les autres. Mais alors, pour empêcher plus finement l’entrée de la flamme , le bord d’une des plaques fera moulé en coulifle qui recevra le bord de l’autre : de la terre pourtant appliquée du côté de l’intérieur du creufet, bouchera aflez les jointures pour fuppléer à la coulilfe. Ces plaques dureront plus long - tems, fi l’on enduit de lut le côté qui eft expofé à la flamme ; à la vérité , il aura peine à s’y foutenir , à moins que la plaque ne (oit lardée de clous a/fez proches les uns des autres. Si au lieu de plaques de fonte on fe fervirait de plaques de tôle épaifle, il ferait plus aifé de les larder de clous, elles feraient plus aifées à percer : mais la tôle auffi eft plus chere que la fonte.
- 176. Nous avons fait valoir dans le quatrième mémoire de l’Art de convertir le fer en acier , l’avantage des plaques & fur-tout l’avantage des plaques minces : il eft confidérable auffi, tant qu’on fera obligé de îaifler refroidir le fourneau pour le charger, tant qu’on le chargera par-deffus ; mais fi on le charge par le côté , & encore très-chaud, comme on pourra le faire ai féru eut en fuivant ce que nous avons expliqué au commencement de ce mâ. moire, alors il n’importera plus tant d’avoir des cloifons fi minces pour for-
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- mer les creufets, & d’en avoir qu’on puifîe ôter de place fi aifément. L’on bâtira des efpeces de petits murs , épais d’environ un pouce & demi ; on les compofera, ou de petites briques de pareille épaiffeur , ou même d’un feul maffif de terre; mais cette terre & celle des briques fera toujours une terre préparée, comme celle des creufets ordinaires. Sans être fort habile à manier la terre , on élevera ces cloifons, ces efpeces de petits murs, fur-tout û l’on a une table de bois palfablement unie , de la hauteur & de la largeur de la cloifon ; on mettra la table de bois debout dans le fourneau ; elle conduira pour appliquer la terre uniment, & l’élever bien à-plomb : mais les bouts de chacune de ces cloifons feront enclavées dans l’épailfèur du mur, dans des entailles ou couliifes pareilles à celles qui retiennent les plaques.
- 177. Pour rendre ces cloifons plus fiables, pour qu’elles foient moins en rifque de fe courber, l’on pratiquera quelque chofe de femblable à ce que nous avons propofé pour les plaques de fer; en - dedans du creufet on les tiendra plus épaules qu’ailleurs en un ou deux endroits, depuis le bas jufques en haut : l’on formera en ces endroits des efpeces de pilaftres. Pour les affiner encore mieux, on donnera à chaque pilaftre deux ou trois parties Taillantes ; ces parties Taillantes feront chacune percées d’un trou d’outre en outre, dont la diredion fera verticale ; les pilaftres de chaque cloifon ou plaque étant vis-à-vis de celle de l’autre cloifon, & les parties Taillantes de l’une à même hauteur que les parties Taillantes de celle vis-à-vis de laquelle elle eft placée : les plaques ferviront mutuellement à fe fbutenir, fi l’on enclave un des bouts d’une verge de fer dans une des parties {aillantes, & l’autre bout dans l’autre.
- 178. Une autre maniéré de maintenir les plaques encore plus fimple, & que j’ai trouvé fuffifante , c’eft de mettre dans chaque foyer, c’eft-à-dire, entre les plaques de deux creufets difterens, une troifieme plaque de terre ou de fonte de fer. La largeur de celle-ci fera perpendiculaire à la largeur des autres, & égale à l’intervalle qui eft entr’elies ; ce fera une efpece de cloifon qui divifera chaque foyer en deux parties égales ; on ne la fera pourtant pas defeendre jufqu’au fond du foyer , jufqu’au bas du fourneau ; que fou bout inférieur en loit à un pied , ou à neuf à dix pouces , & il en fera aflTez proche. Pour retenir plus folidement cette plaque en fa place , en formant les autres, on y ménagera des couliifes dans les endroits contre lef-quels cette troifieme plaque doit être appliquée; on les rendra plus épaifi fes dans ces endroits , de ce qu’il faut pour fournir aux couliifes. Si i’on craignait que la plaque d’un des petits creufets ne fût enfoncée en-dedans le creufet par l’effort que la plaque du creufet du milieu pourrait faire fur elle par l’entremife de celle qui les touche l’une & l’autre, 011 l’empêcherait finement en plaçant dans chaque creufet des bouts, & d’une maniéré fem-
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- blable . une autre petite1 plaque pareille à celle qui eft dans le foyer. Enfin , des morceaux de tuileaux mis d’efpace en efpace en maniéré de coins , entre les plaques de deux creufets , les maintiendront aifez bien, & ne nuiront pas à la chaleur, fi 011 ne les place pas trop proche les uns des autres.
- 179. Au refte, l’on proportionnera la grandeur des creufets de chaque fourneau à la quantité & à la grandeur des ouvrages qu’on y veut renfermer ; nous n’avons eu nullement en vue de gêner aux mefures des defîins. La durée du feu nécefïaire deviendra plus grande à proportion de l'augmentation de la capacité ; mais toujours fe fouviendra-t-on que , pour ménager le bois , l’on ne doit pas élargir beaucoup les foyers ou cheminées.
- 180. On fait que , pour chauffer , il y a grande différence de bois à bois ; mais ici l’on doit favoir encore qu’il y a grande différence pour nos fourneaux, entre du bois bien fec & le même bois humide. LTexpérience l’a aufii appris à ceux qui conduifent le travail des verreries : ils placent leur bois dans le même angar où eft le fourneau ; ces angars font pour l’ordinaire difpofés de façon que le bois peut être mis immédiatement au-deifus du fourneau ; il y eft arrangé en pile fur une efpece de plancher à jour. Le degré de chaleur que prend le bois en s’enflammant, eft tempéré par les parties d’eau dont le bois humide eft chargé. Si les parties enflammées qui s’élèvent, s’élèvent mêlées avec une plus grande quantité de vapeurs aqueufes , ces dernieres peuvent éteindre la chaleur de quelques-unes des premières, & modèrent celle de toutes les autres.
- 1 8r. En cas qu’on ait envie de faire en petit des adoucilTemens d’ouvrages de fer fondu, foit par curiofité, fait autrement, il en fera ici comme de nos elfais pour la converfion du fer en acier. On aura recours au feu de la forge, ou à celui de tout petit fourneau où l’on pourra donner un degré de chaleur confidérable au fer, mais fans le faire fondre ; il y a telle piece de fer qui fera adoucie de la forte en deux ou trois heures. On fe fer vira des creufets de la grandeur & de la forme le plus convenables aux pièces qu’on y voudra renfermer.
- 182. La maniéré d’arranger les ouvrages de fer fondu dans le fourneau , ne demande aucune explication ; nous avons dit ailleurs qu’on ne faurait trop mettre de notre mélange d’os & de charbon pulvérifés , mais qu’il y en a fuffiiàmment quand il empêche les pièces de fe toucher. Il ferait auflï inutile d’avertir de placer les pièces les plus épaiifes, & celles qui ont befoiu d’être le plus adoucies,'dansdes endroits où la chaleur eft la plus vive. Mais nous avertirons de bien ôter tout le fable qui pourrait être refté fur chaque piece quand on l’a tirée du moule ; les endroits où l’on en aura laiifé s’adouciront beaucoup moins que le refte : d’ailleurs , fi le fable vient à fondre , il formera un enduit qui s’étendra beaucoup par-delà l’endroit où il a été mis ;
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- s’il ne rend pas la piece plus dure , il la couvrira d’une matière qui fera fouvent difficile à détacher. Un autre avertiffement dont je ne comiaiiTais pas autrefois l’importance, c’eft de bien preffer la compofition contre les ouvrages. Je voudrais même qu’on la tapât avec des miillets, comme les fondeurs tapent le fable de leurs moules. Cette façon Ci (impie elt capable de mieux affurer le fuccès du recuit, & de prévenir bien des accidens. (a)
- 183- Après avoir bien effayé Ci une chaleur modérée & plus longue ne produirait point de meilleurs effets pour nos adouciffemens qu’une chaleur plus violente, je me fuis convaincu que la chaleur ne {aurait être trop grande, Ci l’on n’a en vue que de rendre les ouvrages limables, pourvu qu’elle ne le foi! pas au point de faire fondre les pièces. Mais on ne peut encore donner de réglés générales fur la durée du feu que demandent les ouvrages pour être adoucis : outre qu’elle doit être plus grande quand les ouvrages font plus épais , c’eft qu’ils ne demandent pas tous à être adoucis au même point , & que ceux de différentes fontes, pour être amenés au même point, demandent quelquefois des tems très-différens. Pour lavoir (î les plus épais le font au point où on les veut & pour s’affurer Ci la chaleur n’eft point trop faible, ou Ci elle n’eft point trop violente, lorfqu’on chargera le fourneau , l’on aura foin de placer à la hauteur de chacune des ouvertures des morceaux de fer fondu de différentes épaiffeurs , de même nature que celui des ouvrages, & qui puilfent être retirés alternent}, ceux-ci ferviront à inftruire de l’état des autres. Il n’importe point qu’ils foient façonnés en ouvrages , il importe même qu’ils foient peu contournés ; ils en feront plus faciles à ôter de place fans rien déranger dans l’intérieur du fourneau. De toutes les formes , la plus commode qu’on puiffe leur donner , c’eft la] ronde. Je les fais mouler en petits cylindres , en forme de baguettes, qui ont chacune de longueur au moins la moitié de celle du fourneau , & je fais fondre de ces baguettes de différens diamètres : celui de quelques - uns eft prefqu’égal à l’épaiffeur de fes plus groffes pièces qui doivent être adoucies jufqu’au centre. Les petites apprennent Ci les pièces minces ne font pas en danger de fondre : c’eft ce qu’on voit fur-tout fhr les barbes qui font reliées à ces baguettes. Quand on les a retirées du moule, elles ont tout du long de deux côtés diamétralement oppofés, une petite feuille de métal qui s’eft moulée dans les vuicfes que ne manquent guere de lailîer les deux parties du moule , quelqu’exadement qu’011 les ait appliquées l’une fur l’autre ; il n’y certainement rien de plus mince dans le fourneau que ces petites barbes, & par conféquent rien qui foit plus en rifque de fondre.
- (a) Voyez la fécondé partie, Mémoire UL
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- Des précautions avec lefquelles on doit recuire les ouvrages de fer . fondu : des changemens que les différens degrés d'adoucijjement pro-1 duifent dans ce fer : comment on peut redonner aux ouvrages de fer fondu la dureté qu'on leur a ôtée.
- 184. jA. mesure qu’on a rempli le fourneau des ouvrages qu’on y veut adoucir, qu’on l’a chargé , nous avons fait mettre des baguettes de fer à la hauteur de chacune de ces ouvertures qui fe ferment par des bouchons aifés à ôter. Entre ces baguettes il y en a dont le diamètre approche de l’épaiifeur des pièces les plus malTives , & d’autres plus menues. Ce font ces differentes baguettes qui doivent inftruire de l’effet que le recuit a produit fur les ouvrages. Mais pour être en état d’en juger, on a befoin de connaître quels font les changemens fucceiïifs que ce recuit opéré dans le fer qu’il adoucit ; car alors on n’aura plus qu’à obferver fur les caffures des baguettes qu’on aura retirées, lî les changemens qui dénotent!i’adoucilfement y ont été faits. Nous devons favoirauiïi jufqu’à quel point les différentes efpeces de fer fondu peuvent être adoucies.
- i8f. Quand on a retiré du fer fondu du fourneau à recuit, & qu’011 l’a laiffé refroidir , à la feule infpeétion de l’extérieur 011 peut juger s’il a été adouci en partie, ou s’il 11e l’a pas été du tout. Le fer qui s’eft refroidi dans le moule où il a été coulé, a une couleur bleuâtre, d’un bleu ardoife ; s’il a confervé cette couleur , ou fi après lui avoir été ôtée par une forte de rouille ou autrement, elle lui eft revenue dans le fourneau , ce fer n’eft point du tout adouci. La lime mord rarement fur celui qui a cette couleur bleuâtre ; mais fi la couleur eft terne , d’un brun tirant fur le café, ou plus noirâtre , on peut compter fûrementque fa furface eft douce.
- ig6. Le fer fondu dont la furface a pris une couleur brune, eft donc devenu du fer limable , au moins auprès de la furface. Caifons - le pour obferver les changemens fenfibles qui fe font faits dans fon intérieur ; mais commençons par caffer un morceau qui ne foit pas adouci à fond : nous trouverons un changement de couleur dans toute la caifure ; fi la fonte était blanche, elle fera moins blanche s fi elle était grife , elle fera devenue plus brune , & prefque noirei la fonte qui était noire, devient d’un noir plus foncé. On fera finement cette comparaifon de couleur, fi l’on conferve des morceaux des mêmes baguettes qu’011 amifes dans le fourneau. Ce changement de couleur
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- s’étendra jufqu’au centre d’an morceau ayant qu’il s’y foit fait aucun adoucif-fement confidérabie ; il le précédé fouvent de long - tems ; à peine la plus mince couche de la furface , plus mince que dp papier, eft adoucie, que tout a changé de couleur, comme nous venons de le dire. Mais le changement le plus remarquable qui fe fait dans le fer pendant l’adouciirement, eft celui de fa tiffure ; celle de la fonte blanche , qui était coriipaéte , où l’on 11e voyait point de grains, où à peine pouvait-on diftinguer quelques lames, même avec un mierofcope, devient plus rare. ^ ’
- 187. Tout autour de la furface on apperçoit un cordon compofé de grains; par-tout où cette fonte a pris des grains, elle eft adoucie: infenfi-biement les grains s’étendent, & gagnent jufqu’au centre. Quand tout l’intérieur , jufqu’au centre, eft parvenu à être graillé , le fer y eft adouci ; il eft limable par-tout où il a pris des grains: mais dans les endroits qui commencent à s’adoucir , les grains n’y font que parfemés, ils font écartés les uns des autres. A mcfure que l’adouciffement avance , la quantité de grains fe multiplie en chaque endroit, ils y deviennent plus preffés les uns contre les autres. A mefure auffi que l’adouciffement continue, la couleur du fer devient plus terne; la fonte blanche & la plus blanche devient plus grife que l’acier ordinaire , même que l’acier le plus difficile à travailler. Mais une fingnlarité à remarquer, c’eft qu’au milieu de ces grains , il y a des endroits parfemés de grains plus gros & plus noirs : ©lie en eft toute piquée.
- 188. Suivons encore le changement un peu plus loin. Le recuit a rendu notre fer fondu d’une couleur plus terne ; fi on continue ce recuit, il fe forme autour de fa furface un cordon blanc , brillant, d’une couleur plus claire que celle de l’acier ; en un mot , qui approche de celle des fers blancs à lames : aufli ce cordon eft - il un véritable cordon de fer ; il ferait malléable comme le fer ordinaire.
- 189. Enfin, le recuit eft - il encore pouffé plus loin, le cordon blanc s’étend ,tout l’intérieur reprend des nuances de plus claires en plus claires , & enfuite de la blancheur. Mais ce qu’il y a encore plus à remarquer , c’eft le changement de tiifure qui continue à fe faire. Nous avons divifé les fers , dans l’Art de convertir le fer en acier, en différentes cia Tes par rapport aux variétés qui paraiffent fur leurs caffures» Il y a des fers fondus , dont la caffure devient précifément femblable à celle des fers à lames , que nous avons rangés dans la première & dans la fécondé claffe. Il 11e ferait nullement poffible, en comparant la caffure de ces fers forgés avec celle de nos fers fondus , de décider lefquels ont été fondus ; elles montrent l’une & l’autre des lames très-grandes, mêlées avec de plus petites, & d’un très - grand éclat : s’il y a quel qu’avantage du côté de la blancheur & du brillant, il eft en faveur de notre fer fondu. D’autres fers fondus, après des recuits, ont des caJlures femblables à celles des fers à
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- grains ; elles font moins blanches & moins brillantes que celles des autres fers fondus, mais toujours au moinsauili blanches que celles des fers forgés, à qui elles reffemblent : aulii font-elles redevenues à l’état du fer forgé.
- J90. Arrêtons-nous encore à remarquer les changemens qui fe font faits dans nos fontes blanches, à mefure qu’elles ont changé de tilfure & de couleur. Nous n’avons point parlé jufqu’ici allez noblement de nos ouvrages jetés en moule.. Au moins, fil acier eft plus noble que le fer, ils font, quand on le veut, des ouvrages d’acier, femblables à ceux d’acier ordinaire; & il eft plus difficile ou au moins plus long de les ramener à être de fer commun. C’était une conféquence nécelfaire de tout ce que nous avons reconnu ailleurs de la nature de l’acier, de celle du fer & de celle de la fonte, que nos fontes, en s’adoucilfant, devaient devenir acier femblable à l’acier ordinaire: elles le font auffi lorfqu’elles ont pris une couleur terne, & que leur caflure paraît compolëe de grains. Si ces fers rendus limables font chauffés & trempés comme l’acier ordinaire, ils prennent de même de la dureté par la trempe ; quand ils font fortis de l’eau, la lime n’a plus de prife fur eux; & fi on les chauffe enfuite furies charbons , ils redeviendront limables, comme le redeviennent les aciers ordinaires : en un mot, notre fonte eft alors transformée en véritable acier, pareil à l’acier ordinaire.
- 19 1. Mais ce nouvel acier 11e doit pas être d’une condition plus durable que l’autre ; on doit le détruire, le ramener à être fer , le mettre hors d’état de prendre la trempe , en continuant à lui enlever fes foufres , ou, ce qui eft la même ehofe, en continuant de le recuire ; c’eft auffi ce qui ne manque pas d’arriver. Dès que le cordon gris , compofé de grains, elt devenu blanc & compofé de lames , alors il eft fer. Qu’on le trempe en cet état, & l’on trouvera précifément ce qu’on a trouvé dans nos aciers qui, ayant été adoucis par des recuits , ont été enveloppés d’une couche de fer. Après la trempe, la lime mordra fur la première furface, elle eft fer: mais elle ne mordra pas par-delà l’endroit où celfe le cordon de fer. Si après avoir endurci par la trempe le centre de notre morceau de fer fondu , on le met fur les charbons, qu’on l’y faife rougir, & qu’on l’y laiffe enfuite refroidir lentement, il redeviendra lima-ble , comme l’eft Tacier ordinaire non trempé.
- 19a. Si l’ouvrage de fer fondu eft épais, on peut donc , dans le même endroit de la caflure , avoir du fer dans tous les états , & cela par le moyen du recuit. La furface pourra être fer, ce qui fuivra fera acier; fi par-delà il n’a pas encore été affez adouci, il y fera refté fonte : & cettotJbUte, à différentes distances du centre, fera de différentes qualités.
- 195. De tout cela il réfulte que, fi l’adouciflement eft porté feulement jufques à un certain point, l’ouvrage de fer fondu eft devenu un ouvrage d’acier ; que s’il eft pouffé plus loin, il eft d’acier revêtu de fer y & qu’enftn
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- un adoucilfement encore pins long rend l’ouvrage de fer fondu de même nature que celui de fer forgé.
- 194. Nous parcourrons les ufiiges qu’on doit faire du fer fondu , ramené à ces diiférens états , pour diiférens ouvrages : mais pour la plus grande partie , il ne demande que d’être ramené à être acier ; de forte que réellement la plupart de nos ouvrages fondus deviennent & relient des ouvrages d’acier. Comme le nouveau n'om n’ajouterait rien à leur mérite , laifl’ons - leur pourtant l’ancien.
- 195. Notre fer fondu, qui a été mis blanc dans le fourneau, y eft d’abord devenu d’une couleur terne ; il y a enfuite pris des nuances de plus brunes en plus brunes, en continuant à s’adoucir. Devenu brun ou gris jufqu’à un certain point, & continuant toujours à s’adoucir, il a enfuite commencé à prendre des nuances blanches , & de plus blanches en plus blanches ; & enfin il eft arrivé à être plus blanc qu’il ne l’a jamais été.
- 196. On demandera apparemment pourquoi le fer qui commence à s’adoucir devient de moins blanc en moins blanc ; on demandera fur - tout pourquoi, après être devenu gris , brun ou noir jufqu’à un certain point, il retourne en blanc. Voici, ce me femble , ce qu’on peut dire de plus probable pour expliquer la raifon de ce retour. Quand le fer fondu a commencé à fouf-frir le recuit, fa tilfure était compade, toutes fes parties étaient à peu près également pénétrées de foufres & de fels > il n’y avait ni grains ni lames vili-bles, & alors il paraiifait blanc. Le feu a-t-il agi fur ce fer pendant un certain tems ? il paraît grainé ; les foufres & les fels qui fe font évaporés, ou qui fe font mis en route de s’évaporer, ont trouvé des chemins plus commodes en certaines directions que dans d’autres; en fe fai finit palfage, ils ont divifé par parcelles ia malfe du fer, & c’eft cette efpece de divilion qui produit la grainure qui paraît alors. De cela feul que ce fer eft devenu grainé, il doit paraître moins blanc qu’il ne le paraiifait; fa tilfure rendue moins compade , par les vuides qui y ont été introduits , eft moins propre à réfléchir autant de lumière vers les mêmes côtés ; car on doit concevoir qu’il s’eft palfé dans chaque grain quelque chofe de pareil à ce qui s’eft palfé fenfiblement dans le total de la malfe, que les grains eux - mêmes font devenus graines, qu’ils font devenus fpongieux: nous avons donc alfez de quoi le rendre de plus brun en plus brun.
- 197. Nous avons rapporté en palfant, comme une fingularité, qu’il paraît parfcmé en certfrii^endroits de grains très-noirs ; ces grains noirs peuvent eux - mêmes nous faire voir d’où vient la couleur brune du refte. Je les ai obfervés au microfcope, & alors je n’ai plus trouvé de grains dans'ces endroits ; j’ai vu que ce que je prenois pour des grains noirs étaient des cavités beaucoup plus conlidérables que celles qui font ailleurs. Des cavités plus
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- petites, & pofées plus proches les unes des autres ne donneront donc qu’une couleur brune ou terne à notre fer fondu.
- 198. Il eft plus difficile de voir ce qui va le ramener au blanc ; la difficulté pourtant ferait plus confidérable, fi, devenu blanc pour la fécondé fois, il avait fon premier blanc & fa première tiflue. Mais on obfervera que ce dernier blanc eft un blanc vif & éclatant, au lieu que le premier était mat. D’ailleurs , au lieu que la première tiiîure était égale , la derniere eft très-inégale. On y obferve , ou des grains qui laiflent entr’eux des vuides , ou des lames féparées les unes des autres par des vuides encore plus grands ; & l’on n’y voyait rien de pareil quand il a été mis au feu. Les vuides qui fe trouvent entre les grains & les lames , & qui n’y étaient pas auparavant, ne fauraient être pris pour les places qui ont été abandonnées par les foufres & les fels ; ils n’étaient pas ainfi amoncelés. Mais il faut concevoir que les grains qui étaient fpongieux quand les foufres ont été évaporés , font enfuite devenus plus compares ; les parties du métal ayant été mifes dans un état approchant de celui de la fufion , fe font touchées les unes les autres & collées les unes contre les autres ; il n’y a donc plus eu alors autant de vuide dans chaque grain, dans chaque lame, & il s’en eft fait de plus grands entre les grains & les lames. Mais les grains viiibles par eux-mêmes, dès qu’ils font devenus d’une tilfure plus ferrée, font devenus plus blancs & d’un blanc plus vif & plus éclatant que celui qu’ils avaient d’abord, parce les parties métalliques ne font plus ménagées avec autant de matières étrangères.
- 199. Une des premières fois que je commençai à adoucir le fer en grand , celle même où je fus dérangé par les écailles, ily eut un événement qui me paraît bien mériter d’être rapporté , & dont l’explication eût été embarrafi fante , fi elle n’eut été précédée des obfervations dont nous venons de parler. Parmi les ouvrages qui étaient dans le fourneau , il y avait plusieurs grands marteaux defporte cochere. Ces marteaux étaient pefans , comme il convenait à leur grandeur & à leur épaiifeur. Lorfque je les retirai du fourneau, je ne fus pas peu furpris de les trouver légers : auffi , de maffifs que je les y avais mis, ils étaient devenus creux ; ce n’étaient plus que des tuyaux contournés ; tout leur'intérieur était vuide ; ils avaient pourtant confervé leur forme extérieure* ils n’avaient perdu que quelques feuillages qui s’en étaient allés avec les écailles. Regardés attentivement, on remarquait quelques petits trous, par où la matière de l’intérieur s’était écoulée après être devenue fluide. Il n’eftpas merveilleux que ces marteaux fuflènt devenus plus légers, une partie de la matière dont ils étaient compofés s’étant écoulée; mais il fe paraît que ce foit la matière qui occupait l’intérieur & même le centre, qui eût été rendue plus fluide pendant que les couches extérieures avaient conlervé leur folidité : il eft contre l’ordre que la fufion commence par l’intérieur. Les couches
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- intérieures n’ont de chaleur que celle qu’elles reçoivent des couches extérieures 5 elles peuvent au plus en avoir autant, mais elles ne fauraient en avoir davantage. Pour le dénouement de ce fait, il fuifit néanmoins de fe fou venir que le fer forgé ne faurait être mis en fufion par le feu ordinaire, & concevoir que la chaleur n’a été alfez violente dans notre fourneau pour rendre la fonte fluide, qu’après qu’une certaine épailfeur de nos marteaux a été adoucie au point d’être convertie en ferforgeable , ou en acier. La chaleur a eu beau alors augmenter , les marteaux ont confervé leur forme extérieure j leur intérieur était de la fonte qui fe trouvait renfermée dans une forte de creufet de fer nonfulible, & clos de toutes parts; elle s’eft liquéfiée dans ce creufet ; après avoir ramolli fes parois dans les endroits où elles étaient le plus minces, le plus faibles, elle les a forcées à céder; elle s’eft ouvert des paflages par lef. quels elle a coulé dans le fourneau , ou dans le creufet commun à toutes les pièces. J’ai trouvé cette fonte dans le bas du fourneau en maffe informe.
- 200. Peut-être mettra-1-on cette obfervation à profit, pour donner de la légéreté à certains ouvrages de fer fondu qui feraient trop pelàns. Si après avoir amené leurs premières couches à être acier, ou fer forgé, on pouffe le feu plus violemment, leur intérieur fondra affez vite. Il n’arrivera pas même pour cela à la furface de s’écailler, s’il y a de la poudre de charbon mêlée avec la poudre d’os. La poudre dos était feule lorfque le fait précédent arriva.
- 201. Pour m’aflurer que cette expérience n’était point l’effet d’un hafard fingulier, ou, pour parler plus exactement, d’un concours de caufesdifficiles à raifembler, j’ai cherché à changer des cylindres mafîifsen des tuyaux creux. Pour cette expérience, j’ai pris des morceaux de ces mêmes baguettes que nous avons employées pour les épreuves.J’ai mis de ces morceaux de baguettes dans de petits creufets où ils étaient entourés de la compofition propre à adoucir. Ces creufets étant expofés au feu d’une forge ordinaire, & entièrement couverts de charbons, je leur ai fait donner d’abord un feu modéré propre à les adoucir. Quand j’ai eftimé que ce feu avait fuffifamment produit d’effet, qu’il avait tiré les premières couches de nos cylindres de l’état de fonte de fer, j’ai fait augmenter le feu au point néceflaire pour rendre liquide de la fonte. Celle qui occupait le centre de nos cylindres l’eft devenue auflî ; & devenue liquide , elle a abandonné le milieu du cjdindre qui a été transformé comme j’avais travaillé à le faire dans un tuyau cylindrique.
- 202. Cette expérience faite, pour ainfi dire, à tâtons, ne m’a pas pourtant toujours réufïi; quelquefois j’ai fait agir trop tard le feu violent , dans le temsque les cylindres avaient été adoucis jufques au centre; alors ils ont confervé leur folidité. Quelquefois j’ai fait donner trop tôt ce feu , & alors tout s’eft fondu ; la couche adoucie eft devenue fer commun ; étant trop
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- mince, elle a été un creufet trop faible pour contenir le métal fondu. Mais veut-on une maniéré immanquable de réullir '< Qu’on retire du fourneau ces baguettes qu’on y a mifes pour épreuves; qu’on les caife, & qu’on voie fur leur catfure quelle partie de leur épailfeur elt adoucie; fi cette épaifleur parait fuffifante, qu’on donne à ces baguettes un feu violent, comme nou-s venons de l’expliquer, & on les rendra creufes. L’expédient que nous proposas pour ces baguettes , fera général pour toutes les efpeces d’ouvrages ; on peut y laitier des jets de fonte, qui étant caiîes, inftruiront de l’état du refte. Mais le fuccès fera d’autant plus fur que les pièces feront plus épailfes : cela même eft une circonftance heureufe ; car ce ne fera guere que pour les pièces épaiifes qu’on pourra tirer avantage de cette oblèrvation. Avant delà quitter, remarquons encore qu’on pourra faciliter la fortie de la matière qui fe fondra au milieu d’une piece , & donner à cette matière fluide ilfue par quel endroit on voudra ; ou fera l’un & l’autre en couvrant cet endroit d’un petit enduit de làble, ou de quelque matière moins propre à avancer l’adoucilfement, que ne le font nos compofitions.
- 203. Entre les ouvrages que l’on peut faire de fer fondu , il y en aqiii 11e demandent à avoir que leurs premières couches adoucies ; tels font ceux qui n’ont befoin que d’ètre travaillés à la lime, aux cileaux & eifeiets, qui font delfinés à des ufages où ils fatiguent peu , ou qui étant très-épais, font par leur épaiiïeur fuffifamment en état de réfilfer ; car quoique le fer fondu loit naturellement caifant, il peut réfifter par la grolfeur de fa malfe. On fait actuel--îement fans aucune préparation des enclumes de fer fondu qui fouticmient les coups des plqs peftns marteaux ; on pourrait frapper rudement de grofles malfes de verre fans les calfer. Il ferait inutile de donner un recuit long aux pièces qui ne demandent que ce léger adouciffement.
- 204. D’autres ouvrages de fer fondu veulent être adoucis jufqu’au centre *, tous ceux qu’on doit percer de part en part avec le foret font dans ce cas , & de même tous ceux où il faut tailler des écrous ; la durée du feu les amènera toujours à ce point quand on voudra.
- 20f. Enfin d’autres ouvrages ont non-feulement befoin d’ètre adoucis , mais ils ont befoiii de devenir moins caflans , d’acquérir de la foupleife jufqu’à un certain point; c’eft ce que nous appellerons ici prendre du corps, comme nous l’avons fait en parlant de l’acier. Ceux qui demandent à acquérir une forte de flexibilité , doivent être flexibles ou à chaud ou.à froid; comme on ne jette des ouvrages en moule que pour n’avoir pas la peine de les forger , la foupleffe qu’on doit exiger des ouvrages de fer fondu , pour être travaillés à chaud , n’eft pas qu’ils lè laiffeht forger entièrement, que l’on puiifè changer tout-à-fait leur figure; ce ferait perdre les avantages de notre art : mais il y a de$ circonftances où une piece, pour être ajuftée dans la place où on la veut, Tome XV. • T
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- pour-être affemblée avec une autre ,a befoin d’ètre courbée ou redreflee’, d'être- quelque 'part un peu applatie : des fleurons, ou' d’autres- ornemens qu’on5 veut-placer dans des grillesffont quelquefois dans ce cas. Les ouvrages de fer fondu qui auront pris jufqu’au centre le grain dé fer forgé , peuvent être chauffés couleur de cerife; & alors, pourvu qu’on les traite doucement, ils fe laifferont 'plier & applatir. Mais nous donnerons dans la partie fuivante la maniéré de plier & de contourner ces fortes d’ouvrages , s’il eft néceffaire , ffans qii’ils aiént befoin' d’ètre autant adoucis que nous venons .de le fuppoler.
- "'206. -Quoique très -"adoucis, ils peuvent ne l’àvoir été que jufqu’à un poiritj!tel que , ffi’on leur donnait une chaude fuante , ils crèveraient fous le 'marteau, ils relieraient pleins de fentes. Par l’adouciflement ^deviennent d’abord aciers, mais ils commencent par être aciers intraitables, aciers des plus difficiles à forger ; enfin on les ramene à être des aciers de qualité approchante de celle des aciers ordinaires, & même à la nature du fer forgé, fi l’adouciffement'eft pouffé plus loin.
- 207. J’en ai pourtant trouvé qui, ramenés même à l’état du-fer forgeable , ‘ne fe laiflaient quelquefois forger que comme des aciers dffiiciles à travailler , •& cela 11’eft pas étonnant ; il y a des fers ordinaires difficiles à forger: des parties de notre fer, qui doit fon état à l’adouciflement, font plus écartées les unes des autres; elles laiflfent entr’elles plus de vuides : chauffe -1 - on ce fer à un grand degré de chaleur, & le veut-on forger rudement?*on écarte des parties mal unies , quelques-unes fe détachent, il fe fait des crevaffes. En réitérant les chaudes , on parviendrait à réunir ces endroits gercés , comme on réunit enfemble deux différens morceaux de fer ; mais, nous le répétons , nos ouvrages de fer fondu ne’ demandent pas d’ètre façonnés au marteau ; 011 ne moule point le fer pour avoir la peine de le forger. Ils peuvent au plus demander à y être un peu redreffés , & il fera facile de les mettre en cet état.
- - 208- Par l’adouciffement, j’ai pourtant mis du fer fondu'en état de fe biffer travailler à chaud, comme eût fait du fer en barres : après avoir été forgé’, il ne laiffait voir aucune fente, aucune gerçure; mais pour l’amener à ce point, il faut continuer le recuit bien plus long - tems qu’il ne ferait né-ceffaire pour donner au fer fondu la molleffe qui donne prife aux cifeaux & aux limes.
- 209. On fera plus fi les pièces font minces ; fi on réitéré les recuits affez de fois, & que les fontes foient de certaines efpeces, après avoir ramené.ces pièces à la condition du fer forgé, on leur fera acquérir une foupleffe qui à froid furpaffe celle de certains fers. J’ai fouvent fi bien adouci des pièces minces , comme font des gardes d’épées, des deffus de tabatières, que je les ai conduites au point de fe laiffer plier en deux à froid & à coups de marteau. U y a bien des pièces qui étant faites de diverfes fortes de fer forgé 3
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- n’auraient pas eu une fi grande foupleffe. Des recuits poufles plus loin donneront aufîi une forte de flexibilité du corps, jufqu’à un certain degré, aux pièces épaiifes , fur - tout fi elles font de certaines efpeces de fonte. La méthode de donner du corps à nos ouvrages a pourtant encore befoin d’ètre perfectionnée ; & nous nous étendrons dans un mémoire de la troifieme partie fur les vues.quifemblent propres à y contribuer.
- 210. Outre l’avantage du corps que le fer fondu retire des recuits poulfés plus loin que le travail de la lime ne le demanderait, il en retire un autre. Nos obfervations nous ont appris que le fer commencé à adoucir, & même devenu très-limable, a une couleur terne, grife; niais que fi le recuit eft continué, cette couleur s’éclaircit, & qu’enfin la couleur la plus blanche & la plus vive que le fer puiife prendre , lui fuccede. Si l’on a ôté le fer du fourneau dans le premier état d’adoucilfement, les ouvrages réparés, avec quelque foin qu’on les polifle , n’auront pas une couleur fi blanche que fi le fer eût été pris dans l’état du fécond adoucilfement. Si cependant les ouvrages qu’on veut adoucir n’ont befoin, après l’adoucilfement, que d’ètre réparés , qu’il ne faille pas les percer ni en emporter des couches épaiifes , il ne fera nullementnéceffaire que le recuit donne de la blancheur atout l’intérieur du ferjc’efl; alors à la furface à qui on a affaire, & nous fa vous qu’heureufe-ment l’adoucilfement & par çonféquent les nuances de blanc commencent par - là.
- 211. Nous avons fuppofé tous nos ouvrages de fonte blanche -, ceux de fonte grife, ou même noire, limables avant le radouciflement, fembleraient promettre encore un adoucilfement plus confidérable ; tout au plus craindrait-on pour eux qu’étant déjà de couléur brune, & qui le devient encore davantage par le premier recuit, ils ne fuflent des fers d’une vilaine couleur : il eft vrai aufîi que, quoiqu’autant limables que des' ouvrages de fonte blanche adoucie, ils n’ont pas la blancheur de ceux de cette fonte. Mais fi l’on poulie leur recuit jufqu’à un certain point, & que ces fontes grifes foient d’une bonne qualité, & telles que nous les emploierons ailleurs (<z), quand elles auront été fuffifarnment recuites, elles 11e le céderont, ni pour l’éclat , ni pour la blancheur , aux fontes .blanches. Je l’ai déjà dit, la douleur naturelle des fontes blanches m’avait trop prévenu en leur faveur; j’en ai été plus facile à déterminer par les expériences qui leur ont femblé favorables, & par celles qui ont paru contraires aux fontes grifes. Dans la première édition j’ai même avancé que les ouvrages de fonte grife 11e prenaient jamais' autant de corps que ceux de fonte blanche. Mais des expériences que j’ai faites depuis & qui m’ont engagé à multiplier les effais des fontes grifes, m’ont appris qu’il y
- ( a ) Voyez la troifieme partie.
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- ch a des efpeces qui peuvent acquérir beaucoup de corps par l’adonciffernent, autant & plus qu’aucune fonte blanche , qui deviennent des fers très - ai Tes à forger à chaud & flexibles à froid, & dont ta couleur ne laide rien à defirer. On pourra donc hardiment entreprendre d’adoucir des ouvrages de ces fontes qui ont été coulées en moule en Portant du fourneau où la mine a été fonduq., comme font les marmites , les chauderons, &c. les vafes à fleurs , &c. & quantité d’autres. ‘':'i ' • ' ' • : ' '
- 212. Au refte , toute fonte , foit grife, foit blanche ne fera pas capable d’acquérir un égal degré de flexbilité , quoiqu’elle prenne au recuit la même nuance ; il y en a qui doivent l’emporter beaucoup fur les autres de ce côté-là , il y a des fers forgés incomparablement plus flexibles les uns que les autres; il eftprobable que les fontes qui donnent les fers forgés les plus lians , donneront auifi des ouvrages de fer fondu qui auront plus de corps.' J’ai trouvé des fontes qui font devenues flexibles à un point qui m’a fur-pris; il n’y a point de fer qui fe lailfât mieux plier que les morceaux des fontes dont je veux parler : mais malheureufement j’ignorais le fourneau d’où ils étaient venus. Audi eft-ceune fuite d’expériences qui reftent à faire, que d’éprouver les fontes de diiférens pays, qui prendront le plus de corps par,les recuits; & ce font des expériences qui fè feront nécelfairement à niefure que notre art s’étendra : mais la préemption eft actuellement pour les fontes qui donnent des fers fibreux.
- 213. Nous avons diftingué diiférens degrés d adouciffemens, qui conviennent à différentes efpeces d’ouvrages : mais il n’eft prefque pas poffible d’entrer dans le détail de la durée du feu qu’ils demanderont; car elle doit être proportionnée à leur épaiffeur. Pour donner pourtant quelqu’idée des frais, nous dirons que fi l’on .chauffe avec du bois un fourneau dont les creu-fets auront les dimenfions de celui qui eft repréfenté, une voie de bois y adoucira prefque tous les ouvrages au point de pouvoir être bien réparés, de quelque grandeur que foient ces ouvrages 8c quoiqu’ils aient un pouce & demi d’épaiflêur en quelques endroits , ce qui fait des pièces de fer épailfes. Tout le fourneau ne doit pourtant pas être rempli de pièces fi épaiifes, il y en aura de beaucoup plus minces dans les endroits où la chaleur eft moins violente. Cette voie de bois y doit être brûlée dans trois jours & deux: nuits au plus, & même dans un tems plus court. Si on la fait durer plus r long-tems, la chajeur ne fera pas alfez vive. Si le fourneau eft conftruit fur les mêmes mefures que celui de la pl. Il, l’on y brûlera environ deux voies de bois. Nous abrégeons bien l’opération, s’il eft vrai, comme les ouvriers qui ont travaillé à l’établiifement , il y a vingt & tant d’années, m’en ont alfuré, qu’on tenait en feu dix-huit &'vingt jours le fourneau où l’on adou-ciflait. L’opération fera plus prompte, & adoucira le fer plus profondément,
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- û au lieu de bois on emploie le charbon, & fi fur-tout on excite fon ardent par un foufHet : mais auffi fera -t-on plus attentif alors à voir jufqu’où va fa chaleur des ouvrages ; ils pourraient fondre ; pourvu qu’ils ne fondent pas , ils ne fauraient chauffer trop vivement t mais on fera inftruit de leur degré de chaleur, comme du fuccès de l’opération ,par les baguettes d’eifai, dont nous avons alfez parlé. Enfin le charbon de bois allumé feulement par l’ait qui entre librement dans le fourneau , rendra l’opération affez prompte. Des ipalàtres de ferrures & d’autres ouvrages plus épais pourront y être adoucis dans un jour, fi le feu eft bien ménagé.
- 214. Quelque attention qu’on ait à donner aux pièces les places qui leur conviennent le mieux par rapport à leur épaifîêur, il arrivera fouvent que quelques-unes, pour être elles-mêmes en différens endroits d’épailfeur très-inégale , ne feront pas fuffifamment adoucies. Il y a des épaiffeurs qui peuvent être adoucies dans dix à douze heures, & d’autres qui demandent plufieurs jours. Ces différentes épaiflêurs peuvent fe trouver dans le même ouvrage. Le remede qui fera plus facile , ce fera de trier celles - là, & de les garder pour une fécondé fournée où elles feront remifes, comme ou y remettra généralement toutes les pièces qui n’auront pas été rendues affez traitables.
- 2 r f. La première fournée, celle où l’on n’aurait brûlé qu’une voie de bois , 11e procurera pas non plus un adoucilfeinent fuffifant aux ouvrages épais, qui demandent à être adoucis jufqu’au centre au point de pouvoir être percés, ni même à ceux des ouvrages minces qui doivent être adoucis au point de fe laiffer plier à froid. On les recuira une fécondé & une troifieme fois, jufqu’à ce qu’on les ait amenés au degré où on les veut. Il y aurait encore plus d’épargne à mettre dans différentes fournées les ouvrages qui demandent différons degrés d’adouciffement ; l’on profiterait de la chaleur acquife, en ne les laiffant point refroidir, & continuant le feu jufqu’à ce qu’ils fuffent adoucis à fond.
- 216. Ce n’eft pas qu’il en foit ici, comme pour nos aciers, que la durée du feu puilfe nuire au fer adouci au point où il a befoin de l’être ; l’adou-ciffement ne fàurait rien gâter, que pouffé par - delà les bornes où l’on ne s’avifera pas de le pouffer. Ce ferait après un trop grand nombre de recuits répétés ; mais il eft dommage de confumer du bois pour produire un effet inutile : auffi doit-on fe munir de plufieurs fourneaux ; ils ne reviendront pas chacun fort cher. On fe fervira des uns ou des autres, félon les efpeces d’ouvrages qu’on aura à adoucir : on Mettra dans les petits fourneaux tous les ouvrages minces.
- 217. Quoique nous 11e puiftions entrer dans un jufte détail de la dé-penfe'des recuits, on peut vouloir en.prendre une idée grofliere, on peut craindre qu’outre les frais du recuit, le fer adouci ne coûtât davantage à
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- réparer que les autres métaux. Pour donner quelqu’idée de l’épargne, je citerai feulement deux ouvrages du même genre, que je fis faire d’abord pour m’inftruire moi - même. Le premier eft le marteau de la porte de l’hôtel de la Ferté, que nous avons cité dans le premier mémoire; j’en fis prendre le modèle; les frais du modèle ne devaient pas entrer en ligne de compte, parce qu’ils y entrent pour très-.peu de chofe, le même ..modèle fervant à faire une infinité d’ouvrages femblables ; ce qu’il a coûté fe dilr tribue fur eux tous. Ayant donc le modèle de ce marteau, j’en ai fait jeter plufieurs en moule, que j’ai enfuite fait adoucir & réparer. Ces marteaux très-beaux & très - finis 11e me font par revenus chacun à vingt livres, pendant que l’original en avait coûté 700. J’ai fait faire en plomb le modèle d’un autre marteau*, je l’ai préfenté à divers ouvriers , pour favoir c.e qu’ils demanderaient pour le faire en fer forgé. Quelques-uns en ont mis la façon à 1 foo livres, & aucun 11e l’a laiifée au delfous de 1000 livres. Plufieurs de ces marteaux très- beaux & très-finis ne m’ont coûté en fer fondu que z% livres chacun. Il 11e faut pourtant pas croire que les premiers ouvrages fe donnent à fi bon marché; 011 voudra faire payer les premiers modèles, & dans tout établiifement il y a à confidérer des dépenfes que je n’ai pas calculées pour moi, comme de loyers d’attelier & de maifous, det frais de commis, &c. & ajouter les profits qu’on doit faire. Après toutes ces/addi-tions , ce même marteau qui avait été payé 700 livres, eft aujourd’hui donné à1 35 livres.
- 2ig* Nous n’avons rien à ajouter ici fur la maniéré de piler le charbon, de le mêler avec les os ; il n’y a pas fur cela de pratiques différentes à fuivre de celle dont nous avons parlé à l’occafion de notre compofition à acier ; nous ne ferions aufiî que répéter ce que nous avons dit tant de fois , en parlant de la néceflité'de bien luter toutes les jointures. La flamme eft capable d’empêcher l’adouciffement , & qui plus eft, de rendurcir même ce qui a été adouci ; elle rend au fer ce qui lui a été ôté : mais ce n’eft que dans des cas où fon a&ion fera très - forte & longue.
- 219. En voici une preuve qui ne doit pas être oubliée. Je me fuis fou-vent fervi pour les recuits de nos ouvrages, de plaques de fonte. Le côté de ces plaques, qui était touché par les matières propres à adoucir les ouvrages, devait donc être adouci lui - même après l’opération finie ; & il l’était , ce qui eft dans l’ordre; & de même il était dans l’ordre que la face qui était du côté du feu reftât dure. Dans la fournée fuivante , chaque plaque ayant été retournée de faqon que la face qui était en - dehors du creufet devînt en-dedans, elle fe trouva à fon tour en place de s’adoucir, & elle s’adoucit. Mais la furface qui avait été adoucie ci-devant, celle fur laquelle la flamme agiflait, reprit fa première dureté 3 le foret ne pouvait plus la percer; de forte que
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- L'ADOUCIR LE FER FONDU. ifi
- chaque fois qu’on retourne les plaques , on adoucit un côté , & au moins les premières fois on rendurcit celui qui était devenu doux.
- 220. Le côté des plaques qui eft expofé au feu redeviendrait dur, quand ces plà’qües feraient de fer forgé ; tout fer brûlé, tout fer réduit en écailles, ou près d’y être réduit, prend une dureté prefqu’à l’épreuve des limes & des forets, ou une dureté approchante de celle du verre : le fer brûlé eft du fer vitrifié , au moins en partie.
- • -r 22 ï. Aussi ,-quand par quelqu’accident la furface des ouvrages de fer fondu fe fera un peu brûlée , qu’elle fe fera écaillée , l’écaille fera toujours dure: mais fi l’on fait tomber l’écaille, fouvent on trouvera le delfous très-limable. Ces écailles pourraient quelquefois faire croire que le fer n’eft point adouci, quoiqu’il le foit très - bien i & cela dans certaines circonftances où cette écaille , cette portion de l’épailfeur qui a été brûlée, ne s’eft nullement détachée de delfus le fer. Elle y paraît quelquefois fi bien appliquée, qu’on ne foupqonnerait pas qu’il y a une partie de ce fer qui peut être facilement féparée du refte ; qu’on tâte alors l’ouvrage a la lime, il y réfiftera. Mais qu’avec la panne d’un marteau on leftrappe doucement , la partie brûlée, la partie écaillée fe détachera par parcelles 5 en donnant fuccefiîvement de femblable coups par-tout, 011 fera tomber la feuille brûlée dontil était enveloppé, & au-deifous de cette feuille il fera limable.
- 222. Le fer fondu qui, au fortir du recuit où il a relié alfez long-tems pour être adouci , a une couleur bleuâtre , ou qui paraît parfemé de petits brillans, enfin le fer qui n’a pas cette couleur d’un brun café, dont nous avons parlé au commencement de ce mémoire, ce fer a fûrement fa furface brûlée : il eft recouvert d’une écaille dure que les coups de marteau feront tomber.
- 223. Les ouvrages de fer & d’acier n2 fauraieut être trop mous pendant qu’on les lime & qu’on les cifele ; mais fouvent il eft à propos de leur donner de la dureté, iorfque la lime, les cifeaux & les burins n’ont plus à mordre delîus. Si on les rendait durs , on 11e parviendrait pas à leur faire prendre un poli vif & brillant : dans les métaux-comme dans les pierres le degré du poli eft nécelfairement proportionné au degré de dureté. D’ailleurs, ces ouvrages conferveraient mal le poli qu’ils ont reçu , s’ils n’avaient de la dureté i une clef extrêmement finie , comme font celles qu’on nous apporte d’Angleterre , perdrait bientôt fon luftre, fi avant d’achever de la polir 011 11’avait eu la précaution de la tremper ; on trempe l’acier d’autant plus dur, qu’on veut le polir avec plus de foin. Quand l’adoucilfement 11’a ramené notre fer fondu qu’à être acier , il n’y a pas à douter qu’il ne puilfe être trempé comme l’acier 5 & quand l’adoucilfement n’a recouvert l’acier que d’une couche de fer mince, fi en travaillant la piece on emporte cette couche de fer, la piece pourra
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- NOUVEL ART
- encore prendre la trempe ; fi l’adoucilTement l’a rendue trop fer, s*il Ta amenée en entier ou fort avant à l’état du fer doux, elle ne pourra plus s’endurcir par la trempe ordinaire, comme nous l’avons dit ci - deifus.
- 224. Mais j’ai éprouvé qu’on l’endurcira de nouveau à quel point ou voudra, en la trempant en paquet. Il n’y a point d’acier dont la dureté fur-palfe celle qu’on peut lui donner au moyen de cette forte de trempe ;& alors elle pourra être polie auffi parfaitement quon le voudra.D’ailleurs il faut moins de tems pour tremper en paquet les ouvrages de fer fondu , que pour tremper ceux de fer forgé.
- 22f. Nous avons vu que, pour tremper une piece en paquet, on la fait recuire dans des matières qui feraient propres à la convertir en acier , qui lui fournidênt des foufres & des Tels -, il fuffit de donner un recuit d’une durée allez courte , pour mettre la piece en état de s’endurcir , étant trempée dans î’eau froide. Mais j’ai donné à delfein un recuit très - long à des ouvrages de fer fondu adoucis au point d’avoir pris un grand blanc. Pendant ce recuit ils étaient entourés de la même compofition que j’ai décrite pour convertir le fer en acier. Au fortir du recuit, le fer fondu que je n’avais pas trempé dans Peau , avait repris une grande partie de fa première dureté : il y avait des endroits que la lime ne pouvait plus attaquer s d’autres endroits étaient feulement moins doux , & la couleur blanche qu’ils avaient acquife ci - devant était redevenue plus brune. Apparemment qu’en pouffant plus loin l’expérience , on rendrait de la forte à une malfe de fer adoucie toute fon ancienne dureté. Pour adoucir le fer fondu , nous l’avons décompofé, & par cette opération nous le recompofons. Mais fi le recuit de cette efpece n'eft pas fait à feu violent, ni exceflivement long, il n’augmentera pas la dureté : il don-nera même du corps.
- SECONDE
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- D'A D 0 OC I R LE FER FONDU.
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- SECONDE' PARTIE.
- Qui apprend à adoucir le fer fondu en couvrant les ouvrages avec un fimple enduit ; la compofition de ces enduits ; différentes maniérés de recuire ces ouvrages ; précautions pour que les ouvrages ne fe voilent point.
- PREMIER MEMOIRE.
- Comment on peut adoucir les ouvrages de fer fondu fans les renfermer dans des creufets ou capacités équivalentes : deux maniérés de le faire : avantages de ces maniérés d'adoucir : éclair ciffemens qu'elles donnent fur la caufe de d adouci jfe ment.
- 1. ]^fous avons pris pour principe, qu’adoucir le fer fondu c’eft lui enlever les foufres & les fels dont il eft trop pénétré. Selon ce principe, pour parvenir à rendre traitables les ouvrages de ce métal, nous les avons fait recuire dans des efpeces de grands creufets, où ils font entourés principalement de poudre d’os qui, des matières que nous connailTons , eft peut-être la plus dénuée départies fulfureufes & de parties, falines. Outre que cette méthode, celle de renfermer les ouvrages dans des creufets , eft celle qui femble fe pré-fenter le plus naturellement, j’avais encore été déterminé à la tenter, parce que j’avais appris qu’elle avait été pratiquée à Cône , lorfqu’on y travailla , il y a vingt & quelques années , à adoucir le fer fondu. C’eft peut - être tout ce que les procédés que nous avons donnés ont de commun avec ceux dont on fit alors ufage ; l’incertitude & la lenteur du fuccès des anciennes opérations en femblent des preuves. Cette méthode d’adoucir dans des creufets, eft la feule qui ait été expliquée dans la première édition de notre art, & je n’ai rien trouvé d’eflentiel à y ajouter.
- 2. Depuis que cette édition a été rendue publique, j’ai appris qu’il y avait à Conciles en Normandie un établiffement pour adoucir les ouvrages^ de fer fondu , qui avait précédé de plusieurs années celui de Cône. Le fieur d’Haudimoiit avait le fecret de l’adoucifTement ; & les fonds nécelÏÏures lui étaient fournis par des particuliers qu’il avait affociésàfon entreprife. Des commencemens heureux furent arrêtés par un procès que fe firent les affociés.
- Tome XV. V
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- Pendant je cours du procès le fleur d’Haudimont mourut, & l’établifTemeiat périt avec lui.
- 3. Un fils de ce même M. d’Haudimont me fît l’amitié de me venir voir , & c’eft de lui que j’ai fli ce que je viens de rapporter du Iccret qu’avait eu feu fon pere. Il m’apprit de plus, que fa pratique était de recouvrir les ouvrages d’une certaine compofidon , & ainfl recouverts , de les expofer au feu i que, quoiqu’auftr épais que le fout les balcons ordinaires, un jour de feu les rendait limables ; il me fit voir un panneau de balcon , & de grands chenets, qui avaient été alfez bien adoucis par cette méthode. Lorfqu’il perdit fon pere, il était dans un âge auquel on ne pouvait lui confier un fecret, & auquel même on n’aurait pu le lui apprendre : il m’affura pourtant qu’il lavait à peu près quelles étaient les matieresdont Ion pere fe fervait. Mais, quoiqu’extrêmement poli, il ne crut pas m’en devoir communiquer davantage. Peut-être même par politeife voulut-il me lailfer le plaifir de découvrir cette nouvelle façon d’adoucir : peut - être aufTî n’étais - je pas fâché de ce qu’il me le laiifait. J’avais pourtant fait autrefois des tentatives pour y parvenir ; elles n’avaient pas été heureufes, & je les avais abandonnées. Dès que je fus que cette nouvelle façon avait été trouvée, l’efpérance ne manqua pas de me renaître. Dans ce genre un homme fûr de fa patience peut fe promettre avet une confiance raifonnable, de trouver ce qui l’a été par un autre.
- 4. La méthode d’adoucir les ouvrages en les tenant renfermés dans des efpeces de creufets eft bonne, & préférable même à l’autre dans des cas que nous déterminerons par la fuite; mais dans d’autres cas, & fur - tout dans ceux où il s’agit d’ouvrages qui ont de J’épaiffeur, il eft plus avantageux de pouvoir les adoucir, après les avoir Amplement recouverts d’un enduit: cette fécondé méthode épargne confidérablement de bois ou de charbon & de tems. Quand le feu a à traverfer les parois épaiifes d’un vaite creufet, fon ardeur eft amortie avant d’être parvenue jufqu’au centre. Nous avons expliqué les moyens de donner à ce feu toute la violence néceffaire : mais alors il faut lui oppofer des parois d’une épaiifeur proportionnée à fon adivité; & plus les parois font maffives , plus le feu eft inutilement employé aies chauffer elles - mêmes. Si je me propofe d’adoucir un canon, je me trouve d’abord embarraifé par la conftrudion de la capacité du prodigieux creufet dans lequel je dois le renfermer ; je fuis contraint de donner beaucoup de folidité à fes parois, & je prévois que l’effet du feu en fera proportionnellement plus lent. AuiTt, quand j’ai parlé de fadouciffement des canons ( première ^ition) , n’ai - je ofé déterminer le tems qu’il demanderait. S’il füffifait à ce même canon d’être enduit d’une couche mince de quelque matière, & qu’il pût en cet état être environné de charbons ardens, ou expofé à l’adion de la flamme la plus vive , il eft clair que l’adoucilfement en ferait achevé bien plus vite*
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- B* A D 0 U,C I R LE FER _ F 0 N D U. i tf
- Et quoiqu’on imagine^que'ce moyen accéléré confidérablement'l’opération ^ on n’imagine pourtant, pas qu’il l’accélere autant qu’il le fait. j
- Pour parvenir à recuire des'ouvrages, félon cette méthode , ^difficulté fe réduit à trouver une pâte_pour les enduire , qui ait trois qualités , dont la première eft, que feche elle réfilie au feu fans fe fondre ; la féconde , qu’elle ne foit pas de nature à s’oppofer , par : fes foufres & par fes fels, à l’adoucilfe-ment que le feu doit opérer ,-cetteffecqnde qualité fe-trôuvera allez ordinairement .réunie f à la première :dama.tje.re qui aurait beaucoup de foufres ou beaucoup de fels i foutiendrait mal .4efeu. - .
- 6. La troifîeme qualité eft celle,, qui-paraîtra la plus difficile à trouver* C’eft que cette matièreaprès avoir-,été ramollie.par l’eau, fe feche fans dimi* nuer fenliblement de volume; & c’eff une propriété au moins aulfi eifeii-tielie: i qu’aucune dés deux précédentes. Car. que nous .propofons - nous , en recouvrant .chaque jouvrage d’un .enduit '( Nous voulons le mettre dans une efpece decreüfet exactement, moulé fur: fa figure. Cet enduit , cette efpeçe de creufet qui n’a pas à foutenir je poids' de l’ouvrage & qui lui-même eft fcnitenu par la piece qu’il renferme , peut être'extrêmement mince , dès qn’il lie fera pas fondant par fa nature: mais-il. faut qu’il renferme l’ouvrage aulfi parfaitement que le renfermerait un creufet ordinaire bien luté. De là ou voit que les terres dont on fait les pots de verrerie & les meilleurs creufets dès fondeurs , ne rempliraient, pas notre-'vue :-Çes terrés ne peuvent être façonnées que Jorfqu’eües ont été ramollies par ,l’eau. Quand ou les fait fé-cher, elles perdent de leur volume, les unes plus &des autres moins : corn-munément c’eft un douzième ou,un treizième fur chaque dimenfion. Si nous enduifons notre ouvrage d’une pareille.ter re , nous prévoyons que lorfqu’elle fera feche, elle le laiifera à découvert en plufieurs endroits ; car puifqu’en féchant elle diminuera de volume, pendant que le fer confervera le lien , il fe fera nécelfairementdes feiitesdans cette terre, qui donneraient lieu au feu d’attaquer le fer immédiatement : lesffentes faites pendant que l’enduit a féché à i’air, pourraient être bouchées ; mais celles qui s’y feraient pendant qu’il ferait dans le fourneau, ne le pourraient pas être de même.
- 7. Quoique ce raifonnement fi naturel m’ait épargné l’elfai des meilleures terres, il 11e m’a pas empêché d’en éprouver plufieurs. Nous devons à toute recherche des tentatives inutiles ; en revanche, ces mêmes tenta»-tives qui ne répondent pas à .nos delfeins préfens , nous fervent quelquefois dans d’autres circonftances où nousafeulfions pas imaginé d’y avoir recours. Des expériences Faites dans des vues fort différentes de celles d’adoucir le fèr , m’ont fait connaître la matfere dont je devais le plus me promettre, pour l’enduire fûrementj. & cette matière a parfaitement répondu à mon attente: c’eft la mine de plomb'dont je veux parler. Ce que j’appelle ici mine de plomb,
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- i<;C : - " N 0 U F E L A R T'. '* V. I
- 11’efl: point le minéral d’où l’on tire le plomb; c’efDcéttè matiefe dont la plus fine eft employée à faire les crayons-:’-elle n’a:rjen de commun avec la véritable mine'de plomb que le nom & la couletfr > & malgré'cette redemblance de nom & de couleur, elle ne contient point du tout de plomb. On s’en fert en Allemagne, pour faire des creufets qufiréfiffent bien au feu ; voilà déjà une des propriétés que nous cherchons':-c:es creufets ont une> qualité qufdé-noté la propriété que nous avons "regardée -Comme la plus-difficile à' trouver i ils peuvent être > tù*és‘rouges du feuJ,:3&!'expbfés à; « l’air ffoid fanséfe'édifier : refroidis, ils peuvent être fubitement-'èxpbfésune fécondé fois à üne-chaleur afléz confidérable ; cë'quin’eft propre? qu’à'dec-terres qui-,' en s’échauffant & en fe refroidilfant, perdent pèu déOëur volume, qu’à des terres que la chaleur &’ l’humidité dilatent peu. ‘ i- • ' rr ‘.loi.n-.u
- 8. MAis des* épreuves plUS idirecAeë & -plus-décifives m’ont Convaincu que
- la mine de plomb5 ,<apfês avoir été trêS^ffiuméétée d’éau V peut devenir trèsi feche , fans p er d re; feu fi b 1 e m eut-’ de foiV p rem ier! vo 1 u m e. Apr è s l’avoir-réduite en poudre , je1 l’ai détrempée a confiftance-de pâte! niolle ; de cette pâte j’ai formé'des bandes longues de huit à dix - pouces > je les ai mefurées d’abord qu’elles ont été faites , & je les -ai mefurées encore après qu’elles ont été fechesr dans ces deux états, je né leur ai point trouvé dé différence fenfible en longueur. oL «•-.-q rJ m\ m. mob ;vrm -rd, i-. -. uov
- 9. Je crus donc pouvoir: me'fervir'aVécifücjcès'dé cette mine de* plomb?, pour enduire léfer.vTayânt fait réduire eii'poudre paflbr>cette poudre par lé- tamis é je la délayai avec de l’eau ; j’en’formai une pâte très - molle, une eipece de bouillie ;& avec1 un pinceau’j’en couchai à différentes reprifes-des enduits d’environ une demi-ligne ou une ligne d’épaiffeur fur'des'ouvrages
- . u*- j i ... -U... : tn r-. s sv.'afi si élis . orimi ;nff
- ( 12 ). Çé/teri)iej#2W7<?. de $lonib, peut-,5près. despniines.d’étain,.,Il-jy J*(Pn...crayon donner lieu àj quelqu’equivoque ; ç’eft fin d’u^grain fin & ferréffuff crayon‘plus crayon noù\ dont if s’agi tj ^auquel on adon-'"'.;grouîer'‘d’un grain dur graveleux'; un né uné” mm'tîtudé de noms , molybdënéff~fi;ftfjoffcébique , allez femblâblé’à la vrarè mica des: peintres , potelot, plombagine, - mine de plomb cubique ou teffulée. On a blende , faufie galenéy &c.- Voyez le Die- ‘ encore donné le nom de crayon noir à une iiannairt'dts.fojjïtes de M. Bertrand ,-&• autre fubftapce qu’il ne faut pas-confondre, fes Eiémens doryctologie. Ce xr,ayon.noirf; qui eft une fortp de fchiftejnoiryfiftilé, mol, paraît compoféj de parties talqueufes. ou, . friable , fuligineux ,, qui contient "du bitume micacées, légères , ehtaflees farts ordre dans *' ’t8i ‘qui appartient apx*"ardôîfesl' 'Pour 'faire une terré grade’ ou favonneufe. Voyez Dif-1 les crayons dont’dn fe fert pouffielîiner, fert. de nifiilo, de Lawfo-n. Il prétend que ®n réduit le Crayon foffile bien trié en-une le crayon noir contient un peu de zinc ,. poudre fine ; on en fait une pâte avec de & Pott penfe qu’il renferme des molécules la colle de poifion légère.. On emplit t de martiales. Voyez Mifcdl.. Bcrol. tome VI,., cette pâte des bâtons, jevuides ,'avec’uriè’ page 29. D’autres jugent qu’il renferme', rainure qu’orTbouçhe'enfuiteparunc petite de l’étain, & il fe trouveen- effet fouvent tringle que l’on ÿ Colle.'^-i
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- D'ADO UCI R L E F ER FONDU.
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- de fer que je voulais adoucir. Parmi ces ouvrages il y avait des boules de plus de quinze à feize lignes de diamètre ; les enduits fécherent fans qu’il s’y fît la moindre faute, la moindre gerçure; lorfqu’ils furent bien fecs, je mis les ouvrages dans un fourneau à eifai de mine ; on y jette le charbon par en-haut; le feu y eft entretenu par le cours de l’air qui entre par différentes ouvertures que l’on augmente ou diminue félon qu’on tire plus ou moins les regiftres. Je retirai les ouvrages de ce fourneau après cinq heures de feu ; ce tems , quoiqu’aifez court par rapport à des ouvrages de quel-qu’épaiffeur , avait fuffi pour les bien adoucir; ils étaient peut - être plus doux qu’ils ne l’euffent été s’ils euiTent été tenus plufieurs jours. Dans nos grands fourneaux à acier, ou à recuit, les boules étaient aulîi aiféesà percer de part en part, que fi elles euifent .été de fer ordinaire. Au relie, nulle écaille ne parailfait fur la furface de ces ouvrages. En un mot, ils furent très-bien & promptement adoucis.
- ig. Je répétai cette expérience plufieurs fois dans le même fourneau , 8c toujours avec le même fuccès. Mais ce fourneau ne me parailfant pas d’une forme trop convenable pour le travail en grand , j’en fis faire un de réverbère qui pouvait fervir de modelé pour en conliruire de propres à contenir autant d’ouvrages que l’on fouhaiterait où ils pourraient être arrangés commodément.. Ce fourneau de réverbéré était fait pour être chauffé avec le bois; j’y mis des ouvrages enduits de mine de plomb, j’y en mis auffi d’enduits de diverfes autres matières que je m’étais propofé d’éprouver en même tems» Comme mon deifein était d’adoucir le tout parfaitement, j’y fis tenir le feu pendant quinze heures , & je penfais que c’était au moins deux à trois fois plus de tems-qu’il n’était nécelfaire. Cependant, quand je vins à retirer les ouvrages du fourneau , je ne trouvai pas même les plus minces entièrement adoucis , & tous étaient confidérablement écaillés.
- c*. U. Qu’on me permette de continuer le détail dans lequel j’ai commencé à entrer, de pourfuivre l’hifioire de ces expériences ; elles doivent nous donner des idées plus juffes, plus précifes, fur les caufes de l’adouciifement, & fur la maniéré de le conduire, que celles que nous avons eues jufqu’ici. Si nous rapportions fimplement les réfuitats de ces expériences, pour prouver ces réfultats , il nous faudrait revenir , & peut-être plus d’une fois, à parler de ces' mêmes circonfiancesrque^nous aurions omifes ; nous ne gagnerions rien du côté de la brièveté : ce fierait avec moins de clarté que nous déduirions les principes que nous avons à établir.
- 1 12. Pour revenir donc au fingulier & mauvais fuccès de Fexpérience ddnt je viens de parler, je l’attribuai à ce que les enduits étaient peut-être trop humides dorfquer:je les avais rais dans le fourneau; que l’humidité les avait foulevés en s’évaporant trop fubkement ; qu’elle avait ouvert des
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- N 0 U F E L .ART
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- paffages au feu pour attaquer le fer & leffaire écailler. J’enduifis de nouveau d’autres ouvrages s je fis fécher avec foin les couches dont je les avais recouverts , & je les remis dans mon fourneau de réverbere. Je tirai des eflais de tems en terns ; les premiers me firent voir du fuccès, ils étaient adoucis auprès de la furface ; il faut fe rappeller que c’ed toujours par - là que l’adou-ciffement commence : je fis continuer le feu , & je continuai, après quelques heures, à tirer des eflaisi ils me contentèrent peu, lorfque je remarquai qu’ils s’étaient écaillés, & que, qui pis était, l’adouciflement ne femblait pas y avoir fait de progrès. La couche qui était adoucie dans les premiers eifais , ne le cédait point ou peu en épaiiieur à la couche adoucie dans les derniers, Cependant, pour poufler l’expérience à bout, j’entretins pendant cinquante-trois heures un feu que je croyais ne devoir être néceffaire que pendant quatre à cinq. Enfin je l’éteignis. Tous les ouvrages qui furent tirés du fourneau , n’avaient pas une.couche adoucie plusépailfe que celle des eflais qui furent examinés les premiers j mais ils avaient beaucoup plus d’écailles : le milieu était blanc , & au plus piqué de quelques points noirs. J’avais renfermé dans des creufets bien lutés, des morceaux de fonte entourés de la même poudre qui compofait l’enduit des autres. Ici l’on ne pouvait pas reprocher à l’enduit d’avoir mal défendu le fer contre la flamme, ^d’avoir par-là occafionné les écailles ; cependant les morceaux de fer qui niaient eu aucun air , étaient très - confidérablement écaillés. - j
- ij. Une feule obfervation, à laquelle je fus heureulèment attentif, me parut propre à découvrir la caufe de ces mauvais fuccès, & le moyen infaillible d’en avoir de meilleurs. Pour tirer de l’obfervation dont je veux parler les mêmes conféquences que nous en tirâmes , il faut avoir préfent l’ordre dans lequel fe font tous les progrès de l’adouciflement de la fonte blanche. Rappelions-nous donc que dans de la fonte très-blanche qui fe cuit dans un creufet au milieu de la compofition d’os & de charbon, les premiers degrés d’adouciffement fe font appercevoir près de fa furface, & font marqués par des points gris dont elle devient piquée en cet endroit. A mefure que l’adouciffemeiTt avance, des points gris paraiflent à de plus grandes dif tances de la furface, & le nombre de ceux qui en étaient proches fe multiplie ; car par la fuite elle devient entièrement grife , & entièrement grainée. Cette grainure pafle fuccelfivement par différentes nuances de gris, de plus grifes en plus*grifes, & qui fuccelfivement gagnent le centre: en-fuite des nuances les plus grifes, il fe fait un retour à des nuances de plus claires en plus claires, toujours en commençant par la furface. Enfin l’adoucif ièment étant pouffé plus loin , il fait paraître un cordon femblable par ia couleur & fa tiifure à la caffure de divers fers forgés. Voilà l’ordre ordinaire. Quand le cordon de fer commence, l’intérieur eff adouci, eft devenu tout
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- L'ADOUCIR LE FER FONDU.
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- graine ; il eftgris. L’obfervatîon dont je veux parler, c’eft que je remarquai que les fers fondus, que je retirai du fourneau de réverbéré , avaient tous à leur caifure le cordon ; mais que plus avant ils n étaient ni gris ni grainés : leur tiflure & leur couleur y étaient prefque les mêmes que lorfqu’ils avaient été mis au feu ; à peine étaient - ils piqués de quelques grains gris.
- 14. Je favais que cette fingularité ne pouvait être attribuée à la mine de plomb, comme mine de plomb ; car pendant que les fers avaient (butenu Ci inutilement faction du feu du fourneau , j’avais expofé au feu de forge de la fonte épaiffe renfermée dans un creufet où elle était enveloppée de mine de plomb : cette fonte y avait été adoucie dans moins de trois quarts d’heure , au point de^fe laiffet très - aifément limer & percer ; mais comme le feu n’avait pas duréaiîez, elle n’avait pas pris de cordon de fer. De la fonte qui avait fouffert le feu pendant cinquante - trois heures, avait un cordon de fer à fa furface , & n’était point adoucie intérieurement; celle qui n’avaitfouffert le feu que trois quarts d’heure, était adoucie à fond , & n’avait point encore de cordon de fer.
- if. Ces expériences ainfi comparées, me parurent démontrer qu’il ne fallait chercher le vrai dénouement de ces variétés que dans la différente a&ivité du feu qui avait été employé. La crainte de faire fondre les ouvrages de fer mis dans le fourneau de réverbere , m’avait empêché de rendre ce feu aufli violent qu’il eût dû l’être; les ouvrages'n’y étaient pas devenus blancs; ils avaient peu paffé la couleur de cerife: il n’en avait pas été de même de la fonte qui avait été mife dans le creufet expofé au feu de forge. Voilà donc comme je raifonnai alors, & comme nous devons raifonner à préfent, pour rendre raifon de tous ces phénomènes. Si l’on chauffe un morceau de fer , & qu’011 ne lui donne pas tout le degré de chaleur qu’on peut lui donner , ce fer fera plus chaud auprès de fa furface que vers l’intérieur; c’eft par la furface que la chaleur commence. Une piece de fer très-épaiffe pourrait être rendue rouge à fa furface , pendant que l’intérieur de la même piece ferait encore tout noir. Cela étant, fl un ouvrage de notre métal, enduit comme il le doit être pour être adouci, n’efl échauffé que jufqu’à un certain degré , ce degré pourra être tel près de la furface, qu’il foit fuffifant pour y adoucir la fonte, c’eft-à-dire, pour lui enlever les foufres & les fels auxquels elle doit fa dureté , mais les lui enlever lentement & peu à peu. Plus avant, où la chaleur a moins de force, elle ne pourra rien, ou pourra peu. Continuons ce degré de chaleur: les progrès de l’adouciffement ne feront que pour ce qui eft près de la furface ; là le fer perdra de fa blancheur, il deviendra piqué de points gris, ces points fe multiplieront, le fer aura une couche grainée , & fucceflivement cette couche paffera par les grainures différentes, & arrivera au cordon de fer forgé ; une plus longue durée de feu ôtera à ce
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- cordon de fes foufres; & s’il lui en ôte jufqu’àun ceftain point, il le deffé^* chera trop , les parties: du fer ne feront plus alfez liées enfemble : la première couche trop defféchée fe brûlera, & ne deviendra plus qu’une écaille , un fer noir, caffmt, nullement duétile, qui ne tiendra plus à la couche fuivante. Tout ce que fera un pareil feu continu , ce fera de former de nouvelles écailles à mefure que l’adoucidement pénétrera un peu plus dans l’intérieur. Des fers qui auront foutenu le feu pendant plus d’heures, étant caffés, ne bifferont pas voir fur leur caffure des couches adoucies plus épaûTes ; mais ils auront de plus épaiifes écailles. C’eft précifément ce qui s’était patîé dans les deux fournées dont j’ai parlé. Les morceaux de fonte tirés du feu après feptà huit heures , étant refroidis & caffés , faifaient voir fur leur caifure des couches adoucies, auiïi épaiifes que les morceaux de fer retirés du feu après cinquante - trois heures ; le feu n’avait donc été employé pendant la plus coniidérable partie du tems , qu’à former des écailles.
- 16. Donnons à préfent un feu plus violent à d’autres pièces enduites comme les premières. Echauffons autant & plus le centre de celle-ci, que nous n’avons échauffé la furface des autres. Alors nous mettrons les foufres du centre en état de partir ; continuellement ils feront enlevés. Lorfqu’une piece aura pris à b furface un cordon de fer forgé, nous n’aurons pas à craindre qu’elle s’écaille, parce que les foufres qui s’échappent de l’intérieur abreuvent continuellement ce cordon de fer ; ils lui rendent ce que le feu lui fait perdre.
- 17. Nous avons averti ailleurs que l’adouciffement eft d’autant plus prompt que la chaleur eft plus considérable. Mais pour les ouvrages enduits, ce n’eft pas affez de regarder le grand degré de chaleur comme plus avantageux , il devient nécelfaire. De là il fuit que l’attention effentielle à avoir pour adoucir des ouvrages recouverts d’un enduit, c’eft de les chauffer confidéra-blement ; nous avons déjà fait remarquer que cet enduit ne peut jamais être fait d’une composition qui contienne beaucoup de matière huileufè : par con-féquent la furface du fer s’écaillera fi elle n’elt hume&ée par ce qui s’en échappe de l’intérieur de ce fer même.
- 18. Le grand avantage de cette façon de l’adoucir, eft aufii la facilité de réchauffer promptement. Qu’on ne foit point inquiet de ce que le fourneau de réverbere dont nous avons parlé n’a pas produit affez d’effet ; on lui en fubftituera aifément qui donneront toute la chaleur néceffaire , & où l’adouciffement fera aufft prompt qu’on peut le fouhaiter.
- 19. Pour travailler en grand félon notre première façon d’adoucir , on renferme les ouvrages dans des caillés où il eft long de les amener à un degré de chaleur confidérable, fur - tout ceux qui en occupent le milieu & qui ont de l’épaiffeur. Pourquoi, demandera-t-on , ces ouvrages fl lentement
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- «lent échauffés ne s’écailleront - ils pas ? Ils s’écailleraient auflî s’ils n’étaient entourés que de poudre d’os j & nous avons trouvé que, pour arrêter la production des écailles, il était néceifaire d’y joindre la pouffiere de charbon j que celle - ci empêche la furface du fer d’être trop promptement delféchée ; qu’elle lui redonne de la matière huileufe. Nous avons alors aflez expliqué à quoi fervait cette poudre : mais nous voyons de plus à préfent jufqu’à quel temsf elle doit être d’ufage ; qu’elle ne l’eft que jufqu’à’ ce que le centre d’une piece ait été fuffifamment échauffé pour s’adoucir. Si dans cet inftant on pouvait féparer tout le charbon qui a été mêlé avec les os , les os feuls ne feraient plus écailler le fer. Nous verrons pourtant dans la fuite , qu’iiya un tems où la poudre de charbon deviendrait néceifaire : elle l’eft au commencement & à la fin de l’opération.
- 20. Ce n’eft qu’à mefure que les faits diiférênsfe multiplient, qu’on peut multiplier les explications fures. Il m’était arrivé plufieurs fois d’adoucir du fer fondu dans l de petits creufets pleins de feule poudre d’os, fans qu’il s’y* fût écaillé ; j’avais cru que quelque circonftance particulière, difficile à démêler, avait empêché les écailles de paraître. Cette circonftance eft, que les petits creufets avaient été mis au feu de forge ; le centre du fer y était devenu chaud au point de s’adoucir avant que les écailles euffent le tems de fe former fur là furface.
- 21. Nous avons répété , & même de refte, que les ouvrages recouverts d’un fimplé enduit peuvent être échauffés vite, &à quel point on le veut. En continuant des effais fur cette maniéré d’adoucir , & toujours avec la mine de plomb , je ne pus voir fans furprife combien la durée de l’opération fe trouvait abrégée ; la mine de plomb, que je croyais au moins entrer de part dans ce grand effet, meparailfait une matière raerveilleufe. Je voulus effayer en quelle qualité elle était néceifaire, proportionnellement à l’épaiffeur du fer ; je mis par degrés des enduits moins épais fur les fers que je voulais adoucir; quelque minces que fulfent ces enduits, l’adoucifTement n’en fut ni moins parfait, ni moins prompt. Enfin je rendis l’enduit auffi mince qu’il le pouvait être , je me contentai de frottèr du fer avec un morceau de cette mine, comme on en frotte divers ouvrages de fer qu’on veut faire paraître de couleur ardoifée. Avec cet enduit, le plus léger de tous ceux qu’on pouvait donner, l’adouciflement fe fit auflî bien & auflî vite qu’il s’était toujours fait.
- 22. Pour lors l’effet de la mine de plomb me parut trop admirable ; je commençai même à douter s’il devait être admiré, fi je ne faifais point honneur à cette matière de ce qui était uniquement l’ouvrage du feu. J’expofai donc au feu des ouvrages de fer fondu ,fans être aucunement recouverts. Je leur fis prendre un degré de chaleur égal à celui qu’avaient pris ceux qui
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- avaient été 'enduits-* la-réuflitë fut la même* au moins par rapport à î’adoiu ciflement*:-ils fortirent du feu auiîi aifés à limer & aufll aifés à percer que les autres. • ; . - »
- 23. G-est donc précifément ou au moins principalement le feu , qui adoucit le fer fondu, & c’elî la force du degré de feu , qui rend le fuccès de l'opération plus prompt, & qui peut le.rendre prompt à un point furprenant : un morceau de certaines fontes,, épais déplus d’un pouce.,t peut être rendu limable? en moins1 d’un quart-d’heure., lu on emploie une chaleur allez violente. 7. .n " 24. Voilà bien du chemin.fait pour arriver au (impie & au très-limple9 pour arriver où nos premiers pas devaient, ce'femble, nous conduire, les détours nous font fi naturels, qu’il 11’y aurait pas de quoi s’étonner que j’en eulfe tant pris 5 le fîmple nous fuit, ou peut-être plutôt le fuyons-nous* nous portons plus volontiers nos regards au loin qu’autour de nous: mais notre phénomène n’était pas réellement auiîi (impie à découvrir, qu’il l’elf en-apparence ; trop de faits concouraient à le cacher. Le feu .feul fufBt pour, ôter à la fonte de fer toute fa dureté} quelle difficulté pouvait-il y avoir à en faire l’épreuve ? C’eft qu’il n’y a que certains degrés d’a&ion du feu qui pro-duifent cet effet. Qu’on ne faife prendre au fer fondu, immédiatement expofé au feu, qu’environ la nuance de couleur de cerife : on aura beau continuer la durée de ce degré de chaleur, on n’adoucira jamais le fer} tout au plus diminuera -1 - on fon volume, parj.es écailles qui s’en détacheront. Nous ayons dit ailleurs ( dans la première édition') que l’aétion immédiate?du feu ne/uf-bfait pas pour rendre doux le fer fondu. Nous devions dire, (amplement , qu’une certaine action du feu ne fuffifait pas. Les contre - cœurs des cheminées des plus grolfieres cuifines, qui, après avoir refté piufieurs années en place, ont confervé toute leur dureté, prouvaient le peu d’efficace d’un certain degré de chaleur , & rien de plus. I
- 2f. La première fois que je longeai à donner quelqu’adoucilfement àmotre métal , j’y fus déterminé par une lettre d’un homme d’efprit, que fon emploi obligeait d'être fouvent dans les forges.' Il avait fait couler de beaux vafes de. fer qui lui étaient inutiles, par l’impoflibilité où il fe trouvait de les faire réparer ; il me confulta fur ce qu’il pourrait tenter pour les rendre traitables t l’idée qui me vint, fut de lui propofer de les faire recuire immédiatement dans, le charbon allumé. Avant d’expofer fqs vafes au feu , il crut fagement devoir commencer par une épreuve fur des morceaux de fonte de la même qualité que celle des vafes. Il m’écrivit dans la fuite, qu’il en avait fait l’expérience fans fuccès-, fans doute qu’il n’avait pas donné tout le degré de feu que cette fonte exigeait : alors peu inftruit de notre nouvel art, je n’inliÜai nullement fur la né-cellité de cette circonftance.
- 26. Mais l’expérience des contre-cœurs de cheminées* & celle que je
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- .viens de citer, fuffifaient - elles pour nous arrêter ? Quoi de plus vraifembla-b!e & de plus naturel, que de penfer qu’un degré de feu plus violent pourra ce que ne peut un plus faible ? Le fer réduit en barres , le fer le plus flexible a 'été autrefois fonte, & n’eft devenu fouple qu’à l’aide d’une opération ou la force du feu femble tout faire. Mais pour adoucir des ouvrages de fer fondu , on n’a garde de les réduire à confiltance de pâte, & de les pétrir ; on fait l’un & l’autre, pour rendre la fonte propre à devenir du fer en barre. L’exemple pris de cette fonte ne prouve donc pas fuffifamment qu’on puiffe adoucir des ouvrages de fer fondu par la feule adion du feu, en leur confervant leur figure» Mais en finilfant la première partie, nous avons rap*porté une expérience qui femblait prouver fans répliqué qu’ongne doit pas attendre d’adouciffement de l’adion immédiate du feu , quoique violente i que cette adion même peut rendurcir de la fonte déjà adoucie i je veux parler de celle qui nous a appris que les plaques de fonte dont nous formons les caiifes de nos fourneaux de recuit, avaient une furface qui s’adouciflait, pendant que l’autre confervait fa dureté. Celle contre laquelle la compofition était appliquée devenait douce, pendant que celle qui était touchée immédiatement par un feu, & un feu quelquefois affez violent pour les fondre, refiait dure; & ce qui eft plus encore, la furface adoucie reprenait fa première dureté dans un autre recuit, lorf. qu’avant de le faire la plaque avait été retournée.
- 27. Enfin l’on ne réduit guere de fonte en fuilon dans un creufet, fans voir un effet qui femble prouver contre l’efficace du grand degré du feu par rapport à radouciffement; quoique cette fonte ait été mife dans le creufet douGe & limabfôj ordinairement des qu’elle a été refondue, 011 la trouve exceffi-vement dure, en entier ou en partie, foit qu’on l’ait coulée à terre, foit qu’on l’ait retirée du creufet avec une cuiller rougie.
- 28- Nous avons vu d’abord, qu’un degré de chaleur médiocre îaiffe à la fonte toute fa dureté. Nous venons devoir aduellement, que des degrés de chaleur violens & les plus violens parailfent donner de la dureté à la fonte la plus douce. Qu’y a-1-il de plus fingulier que certains degrés de chaleur, moyens entre les précédens, foient cependant propres à adoucir cette même fonte , & à l’adoucir très - promptement ? Que ces phénomènes nous apprennent au moins combien il eft dangereux de tirer des conféquences trop générales des expériences, & qu’011 ne doit rien en conclure que pour des cas parfaitement femblables à ceux qu’on a éprouvés.
- 29. Il y a donc une maniéré d’adoucir le fer qui ne demande précifément aucun appareil : c’eft de l’expofer immédiatement à un feu qui lui donne un degré de chaleur confidérable. Au relie, quoique nous ayons vu qu’un trop grand degré de chaleur peut produire un effet contraire à celui qu’on veut, on 11e doit pas être inquiet fur la difficulté de faifir précifément les de-
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- grés convenables : ftteqdue des termes entre lefquels ils fe trouvent corrv pris eft grande.
- 30. On a peut-être déjà conclu que cet expédient fi (impie nous débar-raffe de ces enduits qui ont été le but de nos recherches au commencement de ce mémoire, & des recuits de la première partie. Pourquoi enduirë la fonte, (i elle peut être adoucie étant (implement expofée au feu ? Le vrai eft pourtant, qu’il n’eft que certains ouvrages que l’on pourra fe difpenfer de recouvrir de composition. Expoiës nus à l’ardeur du feu , ils courront toujours rifque de s’écailler i au lieu que bien enduits, ils ne s’écailleront pas. Il s’y formera d’autant plus d’écailles, qu’on voudra les adoucir davantage. Si l’on ne fe propofe que de les rendre limafcles, (i l’on ne fe foucie point qu’ils aient auprès de leur furface un grain de fer ou d’acier, 011 pourra les adoucir fans aucune préparation. Une circonftance pourtant fera encore néceffaire, c’eft qu’ils ne foient pas extrêmement plus épais en certains endroits que dans d’autres, fans quoi les endroits minces feraient en rifque de s’écailler avant que les endroits épais fulfent fuffifamment doux.
- 31. Mais il eft toujours certain qu’on pourra fe difpenfer d’enduire les ouvrages unis & malfifs. Les marmites même qui feraient forties trop épailfes du moule, tireront un avantage des écailles j elles en deviendront plus minces.. Au contraire, tous les ouvrages qui veulent être adoucis à fond, & qui ont des ornemens qui méritent d’être confervés , exigeront des enduits.
- 32. On a penfé avant moi, que la feule a&ion du feu pouvait être capable d’ôter à la fonte la dureté : mais je ne fais il l’on a reconnu quel degré de chaleur était néceffaire pour produire cet effet. On a fait recuire à Goiithes en Normandie, & à S. Gervais en Dauphiné, des canons de fer. Gë qu’on m’a rapporté de la façon dont on s’y prenait pour les chauffer, me fait croire que le feu qu’on y employait pouvait à peine faire quelqu’impreffion d’adouciffe-roent fur la furface de ces pièces maflives. L’idée qu’on avait etie de recuire la fonte, était probablement venue de ce qu’on avait vu pratiquer pour ôter la dureté à l’acier trempé. Mais il y a bien loin du degré de chaleur nécef. faire dans l’un & dans l’autre cas ; encore doutai-je fi les canons euffent été détrempés jufqu’au centre parle recuit qu’on leur donnait, s’ils euffent été d’acier Lien trempé.
- 33. Les ouvrages de fer fondu , recouverts d’un enduit de nature à réfifter au feu, ne font point expofés à s’écailler, lors même que leur première couche eft parvenue à l’état de fer forgé, pourvu qu’ils foient pénétrés d’une chaleur alfez violente.: des foufres tirés continuellement des couches intérieures, font conduits à la couche extérieure, quand ils la quittent i quand ils ceiTent de la pénétrer intimement, ils hume&ent encore fa furface. L’enduit ÿit la fon&ioa d’un chapiteau d’alambic, contre lequel la vapeur huileufe ie
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- xaflemble. Otez ce-chapiteau , brifez l’enduit ; auffi-tôt la vapeur s’évaporera : le feu , dont elle eft la pâture , l’aura bientôt abforbée.
- 34. Aussi eft-ce une réglé générale, qu’à même degré de feu, que pendant même durée de tems, tout fer, tout acier chauffé dans un endroit clos , n’écaillera pas en comparaifon de celui qui eft chauffé dans un endroit où la circulation de l’air & des vapeurs eft plus libre. Que l’on chauffe le Fer fur les charbons ou dans un creufet ouvert, & qu’on le chauffe dans un creufet bien luté, 011 verra toujours cette différence : le fer du creufet luté s’écaillera bien plus lentement. Les foufres ne s’évaporent point de dedans ce creufet, comme ils s’évaporent de celui qui eft ouvert. Il en eft fans doute de ces foufres, comme de ceux de la poudre de charbon, qui reftent dans les creufets bien bouchés fans fe brûler.
- 3 f. Le fer forgé a moins de foufre que l’acier , & s’écaille plus aifément., chauffé au même degré de feu & pendant le même tems ; l’acier qui a moins de foufre que la fonte non adoucie, s’écaille plus promptement que la fonte. Les contre-cœurs des cheminées durent pendant des fiecles, & des barres de fer ou d’acier expofées à une aétion du feu un peu continue, font bientôt détruites entièrement par les écailles qui s’en détachent. Toutes les fois qu’on forge les barres, foit de fer, foit d’acier, il s’en enleve fous le marteau des écailles, quoiqu’elles n’aient pris que la couleur de cerife.
- 36. La fonte la plus dure, la plus rebelle à la lime & au foret, devient très-vite en état de céder à l’un & à l’autre outil, fi elle eft expofée à un feu ardent, foit immédiatement, foit recouverte d’un léger enduit: bientôt elle pafle par tous les ordres de grainure grife. Mais fi l’on veut pouffer l’adou-ciifement plus loin, fi l’on veut lui faire prendre le grain du fer forgé , c’eP-à-dire , des lames , alors les progrès de Padouciifement 11e font plus fi rapides. Tel morceau aura été rendu aifé à limer & à percer dans une heure, qui, avec cinq à fix heures de plus du même feu, aura peine à prendre le grain du fer forgé. Plus la fonte eft chargée de foufres & de fels , plus il eft ailé de lui en enlever une quantité égale dans le même tems. Quand on commence à l’expofer au feu, elie eft prefque noyée dans ces matières. Mais quand elle en a perdu une certaine quantité , outre qu’elle a moins de quoi fournir à l’évaporation , les fels & foufres qui reftent font plus difficiles à détacher ; ce font ceux qui lui font le plus intimement liés. Nous aurons occafion ailleurs d’examiner quels moyens peuvent faciliter le dégagement de ce qui refte de fels ou de foufres trop tenaces. Il y a encore une raifon fimple de ce que les premiers progrès de l’adoucilfement font fi prompts : mais elle ne peut être bien entendue que dans la troifieme partie. Nous nous fommes bornés dans ce mémoire , à faire voir que l’adion du feu pouvait feule produire l’adoucifi. fement de la fonte, & très - promptement -, mais que ce ferait trop que d’en
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- conclure qu’elle peut produire le plus parfait adouciffement. Nous, avons même vu que cette façon d’adoucir n’eft bonne que pour quelques elpeces d’ouvrages groiïiers ; que les ouvrages enduits font mieux défendus contre les écailles. Comme cette derniere façon d’adoucir les ouvrages aura même de -grandes utilités pour la pratique de notre art, le mémoire fuivant eft uniquement deftiné à traiter de ce qui a rapport à la maniéré de faire les meilleurs enduits, & aux meilleures maniérés de les appliquer.
- SECOND MEMOIRE.
- Des différentes fortes d'enduits qu'on peut donner aux ouvrages de fer fondu, & de la maniéré de les donner.
- 37. XJ*N ouvrage de fer bien enduit eft renfermé dans une efpece de creufet dont les parois font très - minces & exactement moulées fur cet ouvrage. Nous avons remarqué qu’il ne fufîit pas à cette forte de creufet, comme il fufiît aux autres , de bien réfifter au feu ; il faut encore que ce foifc fans diminuer ou fans augmenter plus de volume que le fer qu’il renferme î autrement, il s’y fera des fentes , des gerçures qui permettront au feu d’attaquer le métal, de le faire écailler.
- 38. Les gerçures font d’autant plus à craindre qu’elles font plus grandes î mais les petites même font dangereufcs, ne laiiïàifent - elles le fer à découvert' que de la dixième partie d’une ligne. Un défaut qui aurait fur l’ouvrage fi peu d’étendue , ferait à négliger : mais cette petite fente produirait par la fuite des défauts plus confidérables. Le fer ne s’écaille pas feulement à l’endroit découvert; il commence à s’écailler par-là ; l’écaille enfuite gagne infen-fiblement plus loin ; le feu continué la peut faire aller très - avant. La fente de l’enduit eft une efpece de cheminée, par laquelle les foufres des parties voi-flnes s’élèvent avec trop de facilité ; il fe fait donc une écaille qui occupe bien plus d’efpace que l’ouverture qui y a donné lieu : delfous cette première écaille il s’en produit une fécondé. Mais ce n’eft pas feulement en épaiifeur qu’elles fe multiplient ; celle qui eft formée occafionne la naiifance de quantité d’autres; tantôt c’eft qu’étant un fer brûlé, elle occupe moins de volume , par conféquent elle permet au feu de s’infinuer plus avant fous l’enduit ; tantôt au contraire , & c’eft même le cas le plus commun, cette écaille fè gonfle , elle prend plus de volume que n’en avait le fer dont elle eft faite; en fe gonflant, elle briîe l’enduit en d’autres endroits , ou au moins augmente les ouvertures déjà faites. Ce phénomène eft remarquable , & n’eft pas auffi facile
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- à expliquer que le premier-, car les écailles s’éloignent confidéràblement de la maffê de,fer, dont elles étaient ci-devant des parties. Quand on tire'cette malie du feu,-elle paraît beaucoup plus groffe que quand elle y a été mife: que tout fer brûlé forme des écailles, une maife duré, caftante* non forgea-ble , une efpece de demi - vitrification , cela eft aifé à imaginer ; il n’en eft pas de* même de l’.écartement où ,fe trouvent ces écailles. On ne peut l’attribuer qu’à des bouillonnemens qui fe font faits à la fürface du fer ; les’ foufres ne s’en échappentrpas toujours auffi paifiblement qu’oiV'pourrait fe l’imaginer j prêts d’abandonner je fer , ils fe raréfient beaucoup ; ils produiront des'effets pareils à ceux que produifent l’eau ou l’air , qui tendent à fortir d’un maron qui, s’échappant avec imfétuofîté, en rompent la coque; nous avons vu quelque chofe de pareil dans le fer qui eft converti en acier: nous avons parlé ailleurs des bulles confidérabies qui fe forment fur fa furface, & qui la rendent raboteufe.
- 39. Ajoutons encore une remarque à ce que nous avons dit des écailles. Celles qui fe forment fur le fer expofé au feu immédiat, ou fur le fer mal recouvert par les enduits , font bien moins mauvaifes que celles qui le forment fur le fer renfermé, dans des creulets avec les os : elles font auffi de deux efpeces differentes ; celles de la première font des lames minces pofées par étages les unes fur les autres ; celles de la fécondé efpece ne font qu’une feule écaille compare, qui a l’épaiifeur de plufieurs réunies. Cette derniere écaille tient quelquefois(fi obftinément au fer, que les coups de marteau ont peine à l’en détacher, & les autres en font féparées par des coups légers. La différente activité du feu qui a formé les unes & les autres, eft la caufe de leur différence : où lesfoufres s’échappent plus doucement & plus imperceptiblement, l’écaille eft graduée infenfiblement & par degrés , dont le dernier eft prefque fer ; il n’eft donc pas étonnant que la partie la plus intérieure de cette écaille foit bien attachée au fer même. La caufe de la liaifon des autres couches les unes aux autres eft la même : voilà auffi pourquoi il ne fe fait ordinairement qu’une feule écaille , mais épaiffe , fur le fer chauffé au milieu des poudres d’os , ou des compofitions dont le charbon a été brûlé ; au lieu que ces écailles font minces par étages les unes fur les autres, & fouvent très-écartées les unes des autres, lorfqu’elles ont été produites fur le fer mal enduit ou fur le fer chauffe immédiatement. L’adion du feu plus puiffante dans ces deux derniers cas , a produit des dilatations plus fubites dans lés foufres, & la couche qui a commencé à brûler a toujours brûlé vite & entièrement.
- 40. Quelle que foit au refte la caufe de la formation de ces différentes écailles, ce qui nous importe à préfent eft de les empêcher de fe former y & pour cela d’empêcher que la flamme 11e puifie toucher immédiatement.
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- notre fer. De toutes lesmatieres dont j’aieflàyé de faire des enduits propres à produire, ce dernier eifet, il n’en eft point qui m’ait mieux réulîi que la mine, de plomb ; j’ai pourtant tenté différens mélanges, foit pour épargner cette matière, foit pour l’employer plus commodément ; je vais les rapporter , afin qu’on fâche ceux qui m’ont paru les meilleurs , & que s’il vient dans l’idée de fe feryir de quelques autres enduits auxquels je n’aie pas penfë, on puifle prévoir s’ils, méritent d’être edàyés.
- i?. Au lieu d’employer lamine de plomb feule, je l’ai mêlée avec de la farine, afin d’en faire une pâte qui eût plus de corps , qui s’attachât au fer plus promptement & plus fortement.
- 2°. Pour la même vue , au lieu de délayer la.mène de plomb avec de l’eau ; je l’ai détrempée avec une eau très-chargée de colle-forte. Dans l’une & dans l’autre expérience, la, mine s’eft un peu mieux attachée fur-le-champ , qu’elle n’eût fait fi elle eût été fimplement détrempée avec l’eau 5 mais le petit? avantage qui revient de là, eft peut - être plus que balancé par un inconvénient: l’enduit alors ne réfifte pas au feu fi parfaitement.
- 30. Pour remplir encore les vues des deux expériences précédentes, 8c en même tems pour épargner la mine de plomb, je l’ai mêlée en proportions différentes avec de la terre à creufet de diverfes efpeces , comme font la glaife ordinaire , la terre à pots de verrerie, & d’autres terres qui foutien-nent le feu fans fe fondre, ou qui ne fe fondent qu’à un degré de feu très-violent. Dans quelques - uns de ces mélanges j’ai mis trois parties de terre & une de mine de plomb; dans d’autres, deux parties de terre & une de mine de plomb ; dans d’autres , parties égales de mine de plomb & de terre. Dans d’autres elfais j’ai fait dominer la mine de plomb , comme j’avais fait dominer la terre dans la plupart des elfais précédées ; c’eft - à - dire , que j’ai tantôt employé deux parties de mine, tantôt trois parties, tantôt quatre parties , tantôt cinq , & une de terre. Il n’eft aucun dë ces elfais , qui n’ait donné des enduits dont on peut fe fervir : mais plus on y fait entrer de terre , & plus ils demandent à être féchés lentement, & féchés à fond ; & plus ils craignent la grande chaleur. Quand pourtant 011 ne mettra qu’un quart, ou qu’un cinquième, ou un fixieme de bonne terre , loin qu’elle falfe du mal, elle donnera à la mine de plomb une confiftauce qui fera avanta-geufe à l’enduit. Le défaut de l’enduit qui eft de feule mine de plomb, eft de moins réfifter aux frottemens, tels que ceux de charbons contre les pièces, ou des pièces les unes contre les autres : au moyen de la terre, un enduit prend plus de confiftance, 8c réfifte mieux à ces frottemens.
- 40. Puifque. toute matière qui ne fe retire point au feu, eft , par cela même, propre à faire des enduits , le fable, le pur fable ferait en état de produire l’eifet que nous cherchons, s’il 11e lui manquait de prendre la
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- Iiaifon d’une pâte.'Ses grains, quoique mouillés, ne font point une mafTe continue j la groifeur de ces mêmes grains en eft la caufe. La ténacité de l’eau n’eft pas fuffifante pour tenir de fi gros grains joints enfemble ; de la colle - forte réunirait mal des blocs de pierre, & tiendrait des graviers bien liés. J’ai fait piler du fable extrêmement fin 5 j’ai fait piler de même du caillou. De ces matières fines détrempées avec de l’eau, j’ai compofé des pâtes dont j’ai enduit divers ouvrages de fer fondu ; elles ont féché fans fe fendre , elles ont pris toute la conliftance néceflaire. Cet 'enduit a parfaitement réfifté au feu, & a bien défendu les ouvrages ; enforte qu’il peut être employé avec fuccès dans les endroits où la mine de plomb manquera,& où elle fera chere. Il y a pourtant une remarque à faire, qui donne encore l’avantage à l’enduit de mine de plomb fur ceux de nos poudres de fable & de caillou. Ces derniers ne fe raccouroiflent pas plus que l’autre j ils font aufli difficiles à fondre qu’il en eft befoin , mais le feu lie trop fortement leurs parties. Je n’eufle pas cru qu’il pût y avoir en cela du trop , fi l’expérience ne me l’eût fait voir. Concevons que nos grains de fable font réunis , qu’ils font corps comme, les parois d’un creufet; alors ils défendent bien le fer: mais que le fer qu’ilà couvrent vienne à fe courber, ce fer acquerra du côté convexe une furfaceplus grande que celle qu’il a du côté concave ; l’enduit, dont les grains feront bien liés, fe brifera du côté convexe î il s’y fera quelque part une fente d’une largeur proportionnelle à l’augmentation qu’aura acquife la furface du fer qu’il couvrait. Cette fente 11e ferait pas confidérable & ferait un petit mal : mais la Iiaifon des grains entr’eux en produit un plus grand ; elle efi: caufe que l’enduit qu’ils forment peut fe foutenir feulj il ne fuit pas le fer pendant qu’il fe plie: de forte qu’entre cet enduit & le fer il relie un vuide où la flamme s’introduit & produit des écailles fur la furface du fer , qui par la fuite foulevent l’enduit de plus en plus , & enfin le font tomber. Les parties de la mine de plomb, au contraire , ne fe lient point enfemble tant que la chaleur n’eft pas exceffive; elles ne fe foutiennent point les unes les autres; elles n’ont d’autre appui que le fer même ; quel qu’in flexion qu’il prenne , elles la fuivent; leur Iiaifon n’eft que telle qu’il faut pour les faire tenir les.unes contre les autres , & trop faible pour réfifter à une force Jé-gere qui tend à les faire glifler : d’ailleurs elles gliflent aifément les unes fur les autres , parce qu’elles font plates , qu’elles font chacune de petites lames.
- ^°. Létale eft une matière rare en quelques pays , très-commune dans d’autres ; dans ceux - ci on pourra s’en fervir avec fuccès, comme de la mine de plomb, après l’avoir fait réduire en poudre; cette poudre aura toutes les propriétés qu’on veut à nos enduits. Que ceux qui ne connaiflent pas allez çq minéral, ne le confondent point avec le gypfe qui a la tranfparence du Tome XV. Y
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- talc , niais qui en différé parce qu’il eft très - ealcinable , & que le talc ne Te£ point. (13) . . ,
- 6c. J’ai effayé d’enduire avec de la craie : les enduits de cette matière s’étendent aiiëmenti comme lès parties n’ont pas beaucoup de liaifon enfemble, elle paraît avoir la propriété qui nous a fait préférer la mine de plomb aux poudres de fable & de caillou : mais elle l’a * cette propriété, à un trop haut degré ; elle l’a même d’autant plus qu elle eft reftéeplus long-tems au feu ; elle s’y calcine ; la calcination divife & fubdivife Ces grains à un tel point qu’ils n’ont plus .allez de liaifon enfemble : alors une infinité d’accidens peuvent la faire tomber: des bouillonnemens y fuffifent.
- 70. La chaux que j’ai aulïi employée , a les mêmes défauts que la craie , puifque la craie n’a ces défauts que parce qu’elle devient chaux. J’ai voulu mêler de la chaux non éteinte avec la mine de plomb: l’enduit eft tombé en poudre en féchant ; il n’a eu nul corps.
- 8°. Je n’avais garde d’oublier la poudre d’os , je m’en étais bien trouvé ailleurs. Dès qu’on lui donne allez deliaifon pour en compofer des coupelles,il n’y avait nul doute qu’on pût la rendre propre à bien tenir fur le fer. Je l’ai fait réduire en poudre extrêmement fine: elle a , comme la mine de plomb & le fable, la propriété de ne fe point raccourcir en léchant ; mais elle a le défaut des fables de n’avoir pas de grains bien propres àglilfer lés uns fur les autres;. D’ailleurs, dans les épreuves que j’ai faites , elle m’a paru faire écailler le fer,, lors même qu’elle le recouvre bien. Elle fe faifit trop des matières: huileufes qui viennent à fa furfaee. J’ai tenté fi la poudre d’os mêlée en parties égales avec la mine de plomb ne réuflirait pas mieux. L’enduit qui en été fait ne: m’a pas paru tenir affez bien fur le fer.,
- 90. J’ai mêlé avec de la mine de plomb, de la poudre de caillou , ou de la poudre de fable : ces deux poudres étaient très - fines ; elles avaient été paffées; à l’eau. L’enduit qui en a été compofé s’eft fort bien foutena,
- 10e. Au mélange précédent j’ai ajouté une demi - partie de verre en poudre; & cela afin que l’enduit eût. du corps & de la flexibilité, en même tems*
- (1D Le talc oc Te gypfe font deux folîîles très-différens. Voyez la Minéralogie de Walle ri us, celle de Vaknont de Bomar &. les Elémens d’oryélologi-e de Bertrand. L’auteur ne défigne point quelle forte de talc il a employé : il y en a de diverfes fortes ; on donne même le nom de talc à des fubftan-ces dont les propriétés font fort différentes. Ï1 y a du talc blanc en petites lames, du taie jaune en feuillets minces 3 du talc ver-
- dâtre en feuillets courts, celui-ci eft appelle; talc de Venifè, du talc glacé en maffit opaque , du talc ftéatite blanchâtre en petites lames, celui-ci eft appelle craie de: Briançon, dq talc noirâtre qui xeffemble un pqu au crayon noir dont nous avons déjà* parlé. En général, tous les taîcs appartiennent à la claffe des pierres argilleufës qui réfîftent au feu, que l’on nomme réfractaires*
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- lorfque le verre ferait ramolli par l’ardeur du feu : cet enduit a fort bien 'tenu. Si le verre qu’on emploie n’eftpas aflezfondant, on pourra faire entrer dans l’enduit un peu de fel de foude ou de borax ; mais il n’en faudra que bien peu.
- ii°. A trois parties de mine de plomb, j’en ai ajouté une de poudre de verre. L’enduit qui en a été fait, ne m’a pas paru prendre affez de confiftance. Pour lui en donner aifez , il aurait demandé qu’on y eût joint un peu de fel propre à faire fondre le verre.
- 12°. Dans un autre enduit, la craie & la mine de plomb ont été mêlées à parties égales : celui-ci s’eft très - mal foutenu, & a été un des plus mauvais que j’aie eiîayés.
- 130. J’ai mêlé du fable commun en parties égales avec la glaife ; & pour donner du corps au mélange, j’ai fait bien pétrir le tout avec de la bourre.
- 14Q. Dans une autre épreuve, j’ai fait ajouter à la pâte ci-delfus, du verre en poudre. L’enduit a bien tenu dans l’un & dans l’autre ças 5 mais il ne m’a- pas paru aifez exactement appliqué fur le fer i il s’eft formé quelques écailles : peut-être qu’après que la bourre eft brûlée, l’enduit refte trop fpongieux , & lailfe trop échapper les foufres.
- Les pots de'grès pilés donnent un ciment propre à faire de bons creufets, lorfqu’on en mêle fuffilàmment avec de la terre glaife. J’en ai.mêlé beaucoup avec très - peu de cette terre : l’enduit qui en a été fait a très - bien rélîfté au feu ; mais il n’a pas cette flexibilité que nous avons vantée dans celui de mine de plomb. Bailleurs , comme on ne peut donner de liaifon à ce ciment fans employer beaucoup de terre, il faudrait faire fécher l’enduit très-lentement.
- i6Q. Enfin , j’ai pris de ce fable gras dont on fait les luts ordinaires, de ce Fable qui naturellement eft mêlé avec une terre qui a de la confiftance 5 j’en ai recouvert differens ouvrages. ( 14) Cet enduit a très-bien tenu : il vaut les enduits les plus recherchés, tant qu’il ne s’agira que de greffes pièces peu en rifque de fe tourmenter & de fe plier au feu. Il défend bien les ouvrages ; il les conferve fans écailles, même après qu’ils ont pris le cordon & le grain de fer forgé.
- 41. Pour tous les ouvrages épais & malîifs , il fufïira donc delesGouvrir de lut, comme les chymiftes en couvrent differens vafes avant de les mettre au feu. Le fable dont on fera ce lut fera un fable gras : que pourtant la terre n’y domine pas trop ; il ferait en rifque de fe fendre : & qu’on ait de plus l’attention de faire parfaitement fécher cet enduit avant de le mettre au feu.
- 42. Au lieu d’un enduit, on en donnera deux aux ouvrages qui, à caufè de leur épaifleur, doivent refter du tems au feu. Le premier ne fera que de
- (14) Il s’agit de fables mêlés avec des terres argüleufes qui réfiftenfc au feu.
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- poudre de charbon délayée avec de l’eau, ou quelque liqueur plus vifqueufe ; une eau de gomme , une colle claire peut être employée pour la délayer. Sur ce premier enduit on appliquera le fécond qui fera fait d’une matière capable de réfifter au feu. Les ouvrages ainfi doublement enduits s’adouciront plus vite que ceux des creufets, & ne s’écailleront pas davantage.
- 45. Pour les ouvrages minces, pour tous ceux qui courent rifque de plier , lorfque la chaleur les aura ramollis , 011 choifira quelqu’un des enduits dont nous avons parlé ci-devant. Nous en avons indiqué pîufieurs qui font excellens ; on emploiera par préférence ceux dont lés matières feront plus aifées à trouver dans l’endroit où l’on aura fait fon établhfement.
- 44. Une réglé générale, c’eft de proportionner la force du lut au degré du feu qu’on veut employer, c’eft-à-dire, de compofer un lut plus difficile à fondre, félon que les ouvrages doivent fouffrir une plus longue & une plus violente chaleur. La mine de plomb peut en foutenir une aifcz con-fidérable, & étant refroidie, paraître avec fa première couleur noirâtre. Mais fi le degré de chaleur qui a agi fur elle a eu un certain degré de force; refroidie , elle eft d’une couleur rougeâtre femblable à celle de certains pots de terre cuite. Plus les nuances que le feu lui a fait prendre font rouges, & plus l’enduit qu’elle forme eft en rifque de tomber en écailles.
- 4f. La mine de plomb produit un effet qui tient quelque chofe de celui de la poudre de charbon, & a l’avantage de réfifter au feu ouvert; ce ne ferait pas une mauvaife pratique que celle d’enduire légèrement les pièces de mine de plomb, & de recouvrir ce premier enduit'd’un lut .d’une terré extrêmement fablonneufe.
- 46. Dans tout ce qui eft de pratique, l’épargne du tems mérite grande attention; rien de plus fimple que d’enduire nos ouvrages de fer fondu. Cependant il y a deux maniérés de le faire, dont l’une eft bien plus expéditive que l’autre. La première, qui, quoique commode, eft la plus longue, c’eft de préparer , la pâte dont on veut faire l’enduit, de telle confiftance qu’on puifife la prendre, & l’étendre avec un pinceau ; en frottant ainfi une piece avec le pinceau , on lui donne une couche : on lailfe fécher cette premierô couche, fur laquelle on en applique enfuite une fécondé, & fur celle-ci une troifieme. On donnera plus ou moins de couches , félon l’épâilfeur qu’011 veut à l’enduit, & auiïi fuivant que la matière de cet enduit était plus ou moins épaiffe lorfqu’on l’a étendue. Mais la réglé générale eft toujours de 11e laiifer rien à découvert, de repayer fur les endroits qu’on a touchés né-ceflairement pendant qu’on enduifait l’ouvrage. Il y en a certains à qui il fera plus commode de ne donner d’abord qu’une demi-couche ; c’eft-à-dire9 qu’on n’étendra chaque couche que fur une moitié de l’ouvrage , on la lailfera fécher avant de la continuer fur le côté oppofé à celui où elle a été mile,
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- " 47. J’ai éprouvé une autre' maniéré d’enduire , incomparablement plus prompte que celle d’enduire au pinceau, fur-tout lorfqu’il s’agira de pièces ou petites ou d’une groffeur médiocre ; c’eft de les plonger Amplement dans la composition, d’appliquer l’enduit par immerlion , comme les faïanciers api. pliquent l’émail fur leurs terres. La matière dont il doit être fait, n’aura alors que la confifîance d’une bouillie claire.
- 48. Le grand fecret pour employer le tems des ouvriers le plus avan-tageufement qu’il eft poflible, eft d’occuper autant qu’on peut les mêmes à faire les mêmes ouvrages , fans les détourner pour d’autres d’une autre ef-pece. De là vient, par exemple , que nous avons des épingles à fi bon marché. Selon ce principe, on attendra à donner les enduits jufqu’à ce que l’on ait alfez d’ouvrages fondus pour en remplir le fourneau. L’endroit où on y travaillera , fera une efpece d’attelier particulier. Dans cet attelier, l’on aura un ou plufieurs baquets‘remplis de la bouillie claire dans laquelle lés ouvrages doivent être trempés. Dans le même endroit il y aura différentes tables rangées tout autour des murs; fi celles-là même ne fuffifent pas, 011 en difpofera en allée. A mefure qu’une piece aura été plongée dans la bouillie 5 on la pofera fur la table. Ce travail pourra occuper deux hommes ; l’un fera chargé de remuer de tems en tems cette bouillie avec un bâton ,afin que les grains né fe précipitent pas au fond ; le même trempera les ouvrages dans la bouillie ; il donnera auffi-tôt la piece qui vient de recevoir une couche au fécond ouvrier, pour la porter fur les tables. Celui - ci, en prenant une piece, en donnera une autre à enduire , & ainfi de fuite.
- ' 49. Le travail conduit avec cet ordre, ira extrêmement vite : quelque quantité d’ouvrages qu’011 ait, bientôt on les aura tous fait palfer par les baquets ; mais chaque piece aura à y palfer plus d’une fois , & cela parce qu’à chaque fois elle ne prendra qu’une couche bien mince, fi la composition eft liquide, ce qui eft le mieux. Il ferait inutile de donner une féconde couche avant que la première eût pris delà confiftance. On pourra cependant continuer le travail fans interruption au moyen d’un expédient affez fimple : c’eft de difpofer des réchauds de feu fous les tables , d’efpace en efpace ; ou de dif. pofer fous ces tables des efpeces de grils qui foutiendront quelques charbons allumés. Le feu en fera plutôt fon effet, fi les déifias des tables font minces : ils pourront être des plaques de fonte ; mais l’épaiffeur de la tôle forte leur fuffira. Ces plaques feront percées de quantité de trous , afin que la chaleur des réchauds parvienne plus aifément jufqu’aux pièces. Cet attelier pourrait être une efpece d’étuve ; cependant les ouvriers travaillent toujours avec peine dans les étuves, & nos réchauds donneront une chaleur fuffifante. Quand les dernières pièces auront requ une couche , les premières fe trouveront affez feches pour en recevoir une fécondé. ‘ •* - ;
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- fo. Qu’on ne me demande point que je détermine le nombre des couches néceflaires ; il dépendra de la confiftance de la bouillie. Je ne faurais mémo déterminer lepaifleur que doit avoir tout l’enduit i il convient qu’il en ait plus ou moins, félon la matière dont on l’aura fait. Quelques remarques tiendront peut - être lieu de réglés plus précifes. Si l’enduit était extrêmement mince , il lie fu dirait pas: fi on frotte fimplement un ouvrage de fer avec de la mine de plomb, on lui donne le plus mince de tous les enduits ; mais auffi on ne le met, pas à l’abri des écailles. Une couche fi mince ne faurait tenir contre les plus petits bouillonnemens qui arrivent à la furface du fer i tout elt capable de remporter. Si l’enduic eft épais jufqu’à un certain point i outre qu’il confumera inutilement de la matière, il ne fera pas alfez flexible pour fuivre le fer quand il viendra à fe plier ; cet enduit fera plus aifé à fe calfer. Si l’on emploie de la mine de plomb pure , les termes de l’épailfeur de l’enduit me parailfent devoir être entre une ligue & une demi - ligne. Plus d’épailfeur ferait fuperflue ou nuifible , & moins ne fuffirait pas.
- fi. L’enduit s’attachera fans peine fur tous les endroits plats ou creux ; mais il ne prendra pas toujours fi bien fur les angles, fur - tout fur ceux qui font à vives - arêtes & près .des bords. Quand les ouvrages auront été trempés alfez de fois pour avoir reçu un enduit d epailTeur convenable , & quand cet enduit fera fec, on examinera s’il ne manque rien fur les angles ; s’ils font à découvert quelque part, on paflera le pinceau fur ces endroits , après l’avoir trempé dans une matière plus épaifle que celle où l’on plonge les ouvrages.
- f2. Nous avons dit que les pièces qui n’auraient été que frottées à la main avec de la mine de plomb feche , ne feraient pas en état de foutenir un long feu fans s’écailler ; elles en foutiendront pourtant un plus long que ne feraient des pièces expofées toutes nues: c’eft un enduit très-mince j mais c’eft toujours un enduit. Auffi voudrais-je qu’on commençât parle donner avant de plonger des pièces dans notre efpece de bouillie, & fur - tout avant de couvrir celles qu’on couvre avec le pinceau.
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- TROISIEME MEMOIRE.
- Différentes maniérés dont on peut re-cuirc & adoucir les ouvrages enduits : dejeription d'un nouveau fourneau qui y eft très - propre.
- ïb .A.U moyen de nos enduits, les ouvrages de fer fondu peuvent être adoucis par tout feu d’une activité fuffifante ; qu’il foit de bois ou de char-
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- bon, il n’importe. La forme du fourneau n’importe aufîi qu’autant qu’elle conferve ou augmente davantage la force du feu , & qu’autant qu’elle donne plus de commodité pour arranger les pièces.
- Ï4- Dans cette façon d’adoucir , on peut très-bien fe fervirdu feu d’une forge ordinaire, pourvu que la grandeur des pièces permette de les y placer: il ces pièces font épailfes , on peut les mettre au milieu même des charbons de la forge. Je fuppofe néanmoins que l’ouvrier fera attentif à ne pas faire agir le foufflet trop vivement : il fera bon même que de tems en tems il eeife de le tirer.
- ' îf. Si les ouvrages font fcpinces ou chargés d’oriiemens délicats, le rifque de les fondre ferait encore plus grand 5 ils demanderaient par eonféquent encore plus d’attention , & peut-être en demanderaient - ils au - delà de ce que le commun des ouvriers ell capable d’en avoir. Pour les adoucir à la forge, au lieu de les placer immédiatement au milieu des charbons, le plus fur fera de les mettre dans un creufet, foit quarré , foit quarré- long , foit rond i en un mot, tel que leur grandeur & leur figure l’exigent. Ce creufet aura un couvercle ; on fe difpenfera de le luter : il en fera plus commode à lever ; & c’effc ce qu’on aura foin de faire de tems en tems pour voir les pièces & juger par leur couleur s’il eft à propos d’augmenter leur degré de chaleur ou de le diminuer.
- f 6. Le feu de forge ainfi ménagé adoucira bien & vite i il peut fiiffire à un ouvrier qui fondrait & réparerait lui - même fes ouvrages , & qui n’entreprendrait pas d’en adoucir dont le volume furpalfât celui des marteaux de porte cochere.
- 57. Le feu de la forge peut fervir encore utilement pour des pièces, foit grandes, foit petites , qui ayant été mifes dans les recuits , ou qui ayant été adoucies par la méthode dont il fera parlé dans la troifieme partie, font cependant reliées dures en quelques endroits d’une étendue peu confidérable-On expofera ces endroits-au feu de la forge à nu, s’ils n’ont pointd’ornemens qui méritent d’être ménagés, ou après les avoir enduits s’ils ont des ornemens-délicats. Mais il conviendra, dans une manufacture en réglé , qu’on ait des fourneaux pour adoucir des ouvrages enduits.
- 58. Ceux dont nous avons donné la conflrudion dans le- mémoire IV de la première partie, & qui font repréfentés dans la pL IF, pourraient y être employés; ils produiront ici des effets plus prompts que ceux qu’ils produi-fenc par rapport aux opérations pour lefquelles nous'les avons d’abord imaginés , & cela quoiqu’ils ne foient pas chauffés davantage. Les ouvrages enduits feraient Amplement mis dans les caiffes les uns fur les autres j au lieu que quand 011 les y veut adoucir fans les enduire , on remplit les vuides qu’ils biffent entr’eux avec la p-oudre eompofée ; alors tout l’intérieur de chaque
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- caiffe eh un maffif à échauffer. Or , comme le poids des ouvrages & des poudres pris enlemble eh au poids des ouvrages feuls ; ainfi eh le rapport de ia malfe que le feu a à échauffer dans le premier cas, à celui dé la maffe qu’il a à échauffer dans ce cas - ci : & cette différence eh affez confidérable , parce que les poudres, & fur-tout celle d’os , pefent beaucoup.
- ^9. D’ailleurs, l’ufage de cès fourneaux pour nos radouciffemens par enduit ne demanderait plus les fujétions qu’ils demandaient pour adoucir avec les poudres , ouppur convertir le fer en acier. Les plaques bien ou mal lutées, les plaques fondues ou percées feraient ici toujours bonnes, pourvu qu’elles ne s’en allaffent pas par morceaux, pourvu qu’elles puffent empêcher les ouvrages de tomber au milieu des charbons : à quoi même il n’y aurait d’autre inconvénient que celui du dérangement qui pourrait en arriver à l’enduit ; des grilles même y pourraient être mifes à la place des plaques.
- 60. On pourrait ici, comme pour les autres opérations , chauffer ces fourneaux avec le bois ou avec le charbon ; mais le charbon produirait un plus prompt adouciffement. Le cours libre de l’air fuffira, fi on ménage affez d’ouvertures pour lui donner de libres entrées. Mais dès que les ouvrages feront enduits ,les fourneaux dont nous venons de parler, quoique bons, ne doivent pas être regardés comme les plus avantageux dont 011 puiffe fe fervir : on peut en employer d’autres de formes plus convenables. Les fourneaux de réverbere pareils à ceux où l’on chauffe les barres de fer, avant de les faire palier entre les rouleaux des applatiiîeries , ou les couteaux des fenderies , y pourraient être propres ; on y arrangerait facilement une grande quantité d’ouvrages. Il faudrait pourtant les conlfruire de façon qu’ils chauffaffent plus violemment que ces fourneaux ne font pour l’ordinaire. Autrement, le fer né s’y adoucirait que pour former des écailles, comme je l’ai éprouvé dans les fourneaux de réverbere, dont j’ai parlé ci-devant. Mais il n’eh pas difficile d’en conhruire de ceux-ci, où les ouvrages deviendront blancs en peu de tems. On en pourrait faire de femblables à ceux des ouvriers qui fondent le cuivre en grand, comme pour des canons, des cloches, &c. Cependant j’emploierais volontiers des fourneaux pareils à un dont je n’ai encore fait ufage qu’en petit , & dont je vais donner la defcription. Il me parait raffembler à peu près les avantages qu’on peut defirerj il doit être chauffé avec le charbon de bois, & par le feul cours de l’air libre. On en proportionnera la grandeur à la quantité d’ouvrages qu’on voudra adoucir à la fois ; on en peut faire de fort petits & de très-grands fur les mêmes principes. On en variera la plupart des dimenfions à fou gré ; les petits pourront être faits par les potiers, & des mêmes terres dont ils font d’autres fourneaux à l’ufage des orfèvres : pour les grands , on les bâtira de briques.
- 61. Le fourneau fera ifolé8 de façon qu’un homme puiffe tourner tout
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- autour commodément. Sa partie inférieure fera un cendrier de profondeur alfez arbitraire ; ce qui ne Peft pas , c’eft que les murs de ce cendrier foient percés de plusieurs trous qui auront chacun' leur regiftre : félon que ces regillres feront plus ou moins tirés, l’air aura de plus ou/de moins faciles entrées dans le cendrier. Le fond du fourneau fera immédiatement pofé fur le cendrier ; il peut être compofé d’une ou de plusieurs plaques de fer fondu, percées de quantité de trous, par où l’air qui entre dans le cendrier montera continuellement dans le fourneau. Ce fond peut aufli être de plaques de terre cuite ; ou fi on le veut bien folide , il fera une voûte furbaiffée, compofée de briques , dans laquelle on ménagera les trous dont nous venons de parler. Il eft indiffèrent qu’ils foient ronds, quarrés , oblongsî mais ils ne doivent jamais être alfez grands pour lailfer palfer les charbons d’une médiocre grolfeur.
- 62. La forme quarrée eft celle qui me paraît le mieux convenir au corps du fourneau , qui s’élèvera fur la bafe que nous venons d’établir: les angles néanmoins en pourraient être abattus ou remplis. On donnera de l’épailleuc à'fes murs^,' félon qu’011 aura envie de les rendre plus folides : plus le fourneau fera grand , & plus il leur conviendra d’en avoir.
- Ce que fa conftru&ion a de plus particulier , ce qui lui efl: propre , c’eft que ion intérieur fera occupé par divers rangs de tablettes. Chacune des tablettes dont nous parlons fera foutenue par deux des faces oppofées de ce fourneau, & fa longueur fera égale à celle des autres faces, & leur fera parallèle : elles feront difpofées par rangs, tant horizontalement que verticalement. Le nombre des tablettes d’un rang horizontal & celui des tablettes d’un rang vertical, & la largeur de chaque tablette , feront encore déterminés par la capacité qu’on fouhaite au fourneau , & fur-tout par la largeur des ouvrages qu’on y voudra recuire ; car , quoique nous ne l’ayons pas dit, 011 a apparemment imaginé déjà que chaque tablette eft une petite table, fur laquelle les ouvrages enduits feront pofés. Dans celui que j’ai fait conftruire, nous n’avons mis que deux tablettes dans chaque rang horizontal, & trois dans chaque rang vertical 1 on conçoit de refte- qu’on peut multiplier à fon gré celles des uns & des autres rangs, quand 011 élargira ou quand on élevera davantage le corps du fourneau.
- 64. Ces tablettes , dans tous les fourneaux de quelque capacité , feront des arcs furbaiffés. On les conftruira'de* briques plus ou moins épailfes , félon la charge qu’on voudra leur donner. Comme l’elfort de chacune de ces tablettes tendra à écarter les parois dans l’endroit où elles s’appuient contre le fourneau , on les liera de fer à cette hauteur. Des liens aifemblés à vis & à écrou , pareils à ceux que nous avons fait mettre aux couvercles des fourneaux à acier, feront ici très - convenables.
- 6 Ces liens font d’autant plus néceffaires que le fourneau fera même affaibli Tome XV. Z
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- un peu au -defïus de chaque tablette. Là doit être une porte par où l’on fera entrer les ouvrages , & par où on les retiendra pour* ménager la force du fourneau : la porte d’une tablette fupérieure fera ouverte du côté oppofétà celui où Ton a ouvert la porte de la tablette inférieure.
- 66. Quand le fourneau fera chargé, l’efpace qui eft entre les tablettes d’un
- même rang vertical fera occupé par les ouvrages; il ne relie donc de place au charbon, qu’entre les rangs des tablettes & les cptés du fourneau,, à qui leur longueur eft parallèle. Üne des chofesdeplüs de conféquence ici, c’eft donc de bien efpacer les tablettes de chaque rang horizontal ,& autrement on confommerait trop ou trop peu de charbon. Deux pouces & demi d’intervalle m’ont paru fuffireentre deux tablettes d’un même rang horizontal: il eft né-celïaire qu’il y ait un demi-pouce de plus, entre la face du fourneau & la tablette qui en eft la plus proche. - i t
- 67. Le haut de notre fourneau fera terminé par un dôme; cette figure eft toujours propre à faire tirer meilleur parti de l’aôlion du feu. i Ce dôme aura plus ou moins d’ouvertures, félon que le fourneau aura plus ou moins de tablettes dans chaque, rang horizontal ; & cela , parce que le haut du dôme fera compofé d’autant de parties qu’il y a de tablettes en chaque rang horizontal , & chacune p'ofée immédiatement au-delfous d’une tablette ; elles feront convexes par-dehors, & par-dedans ceintrées & faites en efpece de gouttières,
- 68- Si le haut du "dôme était entièrement ouvert lorfqu’on jeterait des charbons , ils tomberaient immédiatement fur les ouvrages de;la tablette Supérieure; les coups de leurchûte pourraient emporter les enduits , ou au moins les faire fendre. Par la difpofition <füe nous venons d’expliquer, les charbons ne peuvent tomber que dans les intervalles qui relient entre les tablettes , ou entre les tablettes & les parois du fourneau : d’ailleurs, la figure que nous avons donnée aux pièces qui partagent l’ouverture du, dôme en plufieurs parties, étant compofée de plans inclinés, la defcente du charbon s’en fait plus facilement. * . ,-;
- 69. Que notre fourneau foit rempli d’ouvrages ,& de charbons; que Pair: qui entre par les ouvertures du cendrier , & par celles du fond du fourneau , ait allumé ces charbons; leur chaleur fe communiquera promptement aux ouvrages; ils les entourent, & même touchent toujours les bords de quelques - uns. Rien ici n’arrête l’eifet du feu, que l’épaiifeur des tablettes, & cet obftacle n’eft pas bien confidérable. Aulfi l’adouciifement fe fait-il vite dans ce fourneau; pour l’accélérer encore, outre les regiftres du cendrier, on peut en ménager quantité d’autres dans le corps même du fourneau. Dif. tribués à différentes hauteurs , on les tiendra ouverts quand on voudra rendre 'l’ardeur du feu plus violente ; & fi on veut feulement qu’elle 1g foit du côté de certaines tablettes, 011 n’ouvrira que ceux qui peuvent^onner de l’air aux charbons-qui les entourent.
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- 70. Il ferait aflez inutile d’avertir qu’on peut boucher les ouvertures qui permetteut l’entrée de l’air , celles par où l’on met & retire les ouvrages * ioitavec de la tôle , foit avec des bouchons de terre. Il n’eft guère plus nécef. faire de répéter que l’on pourra avoir, dans ce fourneau, des baguettes d’eflai pareilles à celles qu’on pofe dans le fourneau où l’on recuit avec des poudres de charbon & d’os : ces baguettes font toujours nécelfaires iorfqu’on veutr fe conduire avec certitude.
- 71. Le corps des petits fourneaux pourra être de plulieurs pièces qui fe rapporteront les unes fur les autres , comme celles du fourneau à fondeur ; & dans ce cas, on l’affaiblira moins par les ouvertures deftinées à mettre & à retirer les ouvrages. Il fuffira alors que ces ouvertures foient affez grandes pouf donner paffage aux baguettes d’eflais j car avant de charger le fourneau , l’on ôtera de place toutes les pièces qui font au-deifus de celles qui portent les tablettes inférieures. On garnira ces tablettes d’ouvrages 5 alors on remettra en place la piece qui porte le fécond rang de tablettes ; on les garnira d’ouvrages > ainfi de fuite, on achèvera de charger le fourneau.
- QUATRIEME MEMOIRE.
- Attentions pour empêcher les ouvrages de fe voiler dans le recuit : maniérés de redrejjer ceux qui fe font voilés.
- '72. XJ*N des inconvéniens des plus à craindre dans toute efpece de recuit , c’eft que les ouvrages 11e s’y tourmentent & ne s’y voilent ; c’eft à quoi font expofés ceux qui font plats & minces, & fur-tout ceux dont la forme tient de celle des boites. Il n’y en a que de courts & maffifs, tels que les marteaux de porte , qui foient à l’abri de ce rifque. Je n’ai pas aflez appris dans la première édition de cet art, comment on peut les en garantir, ni comment on peut réparer les défauts que cet accident aura produits. Je n’en avais pas aflez fenti la conféquencej j’avais fait mes eflais, ou fur des ouvrages épais , ou fur des ouvrages qui, quoique minces , n’étaient pas d’une grandeur confidérable > mais on en a fait plus d’épreuves que je n’eufle voulu, dans une manufacture où l’on s’était principalement propofé de fondre & adoucir de magnifiques palâtres de ferrures. La plupart de ces palâtres fortaient du recuit très - courbes j Iorfqu’on voulait les redrefler, on en caflaitlaplus grande partie j les frais de la fonte & de l’adouciflement étaient perdus, & devaient être dift^ibués fur ceux qui avaient mieux réuffi : ce qui 11e pouvait qu’eu augmenter lp prix çoniîdérablement.
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- 73. Les pièces fur lefquelies le recuit agit avec fuccès, font ramollies ; le feu les a mifes dans une confiftance approchante de celle de la pâte, pour peu quelles portent à faux ; trop faibles alors pour foutenir leur propre poids , elles fe ploieront vers le côté où elles ne font pas foutenues.
- 74. On préviendra cet accident dans les recuits qui fe font félon la méthode enfeignée dans la première partie, dans les recuits où les ouvrages font environnés de notre poudre compofée d’os & de charbon , fi à mefure qu’on aura mis une couche de cette poudre on la bat avec des maillets, comme les fondeurs battent le fable de leurs moules : auffi avons-nous in-fifté fur cette circonflance dans le mémoire IV, première partie. Alors la poudre fera avec les ouvrages un maffif capable de fe foutenir; au lieu que quand la poudre a été mife négligemment, elle fuit les plaques lorfqu’elles viennent à s’écarter, ou à prendre des formes irrégulières. Elle s’échappe en partie d’autour des ouvrages ; & comme elle s’en échappe inégalement, elle eft caufequ’ils portent à faux en bien des endroits. Pour donner encore plus de folidité à cette malfe, il fera peut-être à propos d’humecter la poudre avant de la mettre dans les creufets ; il en fera d’autant plus facile de la rendre plus compacte & de la mieux lier.
- 75. Mais il eft bien difficile d’empêcher que les ouvrages qui ne font qu’enduits ne fe voilent dans le recuit, au moins fi dans la vue de profiter de la capacité du fourneau, on les arrange en pile les uns fur les autres: car il fera prefqu’impoffible qu’ils foiêrit aifez foutenus par-tout.
- 76. Il y a encore une autre caufe que celle que nous venons d’indiquer, qui altéré quelquefois confidérablement la figure des ouvrages, fur-tout de ceux qui approchent de la forme de boîtes , comme font des palâtres des ferrures , des pieds de grille ; c’eft l’inégalité avec laquelle leurs diftèrentes parties s’échauffent, puifque plus le fer eft échauffé , plus il s’alonge ; le côté de l’ouvrage le plus échauffé tendra à s’alonger davantage; fi la-difpofition des autres parties^ s’oppofe à cet alongemént, il prendra fous une forme courbe la longueur qu’il n’a pu avoir en reftant droit. Les pièces en font quelquefois très.contrefaites ; une partie rentre en-dedans, l’autre fort en-dehors : les courbures fe fout dans des plans différens.
- 77. Si la fonte des ouvrages était de bonne qualité , & fi on l’adouciffait toujours jufqu’à la ramener à l’état de fer forgé , 011 redrefferait tous les ouvrages au marteau, après les avoir fait chauffer, comme on redreffe les ouvrages de fer ordinaire, & e’eft la feule méthode que j’aie enfeignée ci - devant. Mais comme on n’eft pas toujours allez attentif au choix des fontes, & que fouvent on n’a pas la patience de pouffer l’adouciffement affez loin , il y a ordinairement du rifqwe à redrelfer au marteau les ouvrages adoucis. Quand les entrepreneurs delà manufacture dont je 'viens de faire mention *
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- me parlèrent de cet inconvénient par rapport aux palâtres, je leur propofai la maniéré de les redrelfer, que je vais donner ici: mais comme on avait mon livre , & qu’on avait fait depuis des expériences, on croyait que je ne pouvais plus donner d’idées neuves, ou qui apprilfent quelque chofe;
- & l’on négligea de*fe fervir du plus limple & du plus fur de tous les expé-diens.
- 78. Les ouvrages qui fe plient, qui fe courbent dans le fourneau fans fe caifer, nous apprennent clairement que nous pouvons les redreiîer , & même s’il en elt befoin , leur donner une courbure qu’ils n’avaient pas lorfqu’ils font fortis du moule ;& cela aulli fans les caifer. Pourquoi dans le recuit fe courbent-ils fans fe caifer? C’eif que quand ils fe courbent, ils fontramoliis,
- & que la force qui tend à leur faire prendre le pli, agit avec lenteur ; qu’elle ne contraint aucune partie à céder brufquement. Les parties qui commencent à céder , donnent aux autres le tems de les fuivre. Voulons-nous redreifer des ouvrages qui ont été adoucis ? donnons-leur donc le même degré de chaleur qu’ils avaient lorfqu’ils fe font courbés & ramollis au même point; fai ions les céder à une force qui agiife doucement. N’employons que la preifion , & . même qu’une preifion lente ; mais ne les traitons point à coups de marteau : avec une pareille méthode nous ne faurions manquer de réuilir.
- 79. Il y a diverfes maniérés de la mettre en pratique , que nous allons parcourir , en prenant pour exemple des pièces de différentes formes. Si la piece eft plate, comme le font une platine defufil, une entrée de ferrure , &c. & qu’elle fe foit courbée , on la fera chauffer par - delà la couleur de cerife prefque blanche ; on la mettra alors entre les mâchoires d’un étau ; enfuite on tournera avec lenteur la vis qui approche fes mâchoires l’une de l’autre ; cette preffion douce fera céder la piece fans la caifer. Le fuccès me parailfait certain ; aulli a - t - il été tel que je l’attendais, par rapport même aux pièces qui s’étaient le plus voilées.
- 80. Pour des pièces plates & beaucoup plus grandes que des platines, il faudrait avoir des étaux plus grands que les ordinaires, ou ce qui revient au même, agrandir l’étau en rapportant contre chacune de fes mâchoires deux plaques de fer de grandeur proportionnée à celle de la piece qu’on veut redreiîer.
- 81. Nous n’indiquons l’étau que parce qu’il fe trouve dans prefque toutes les boutiques des ouvriers en fer; mais toute prelie produirait le même effet, & ferait même plus commode. Ceux qui voudront adoucir beaucoup d’ouvrages de fer fondu , feront donc mieux d’avoir des prelfes de fer ; les mêmes pourront fervir à des ouvrages de différentes grandeurs.
- 82. La forme de ces machines , tant qu’il ne s’agira que d’ouvrages plats, eft arbitraire; ce qui contribuera le plus à leur perfection, à les faire agir
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- d’une maniéré fùre, c’efLqii’e leurs vis aient des filets très - inclinés ; plus ils le feront, & plus ces vis feront propres à l’ufiige où nous voulons les appliquer. La main ne ferait pas toujours maître Je de faire tourner avec affez de lenteur les vis dont les filets ne font pas alfez obliques.
- 8}. Les pièces qui ont des ornemens, des parties très - faillantes , ne feraient pas facilement redreffées entre des furfaces plates. En faifant céder des parties qui {aillent trop , on pourrait en faire céder de celles qui doivent faillir ; les fleurons tels qu’ils font en ufage aujourd’hui pour les balcons & les grilles, nous donnent des exemples de ces fortes de pièces. Pour leur faire reprendre exactement la figure qu’ils avaient en fortant du moule, il faut un autre fleuron qui ait en creux tout ce qu’ils ont en relief, & au contraire ; ce fleuron mafîiffera arrêté dans l’étau ou dans la preife , & ce fera fur celui - ci qu’on preflera l’autre. On introduira de petites pièces de fer dans les endroits de la prefle qui ne s’appliquent pas contre des parties qu’on veut faire céder « afin qu’au moyen du fer introduit, la prefle agiifefur les endroits ou elle ne pourrait agir immédiatement. Mais pour les redrefler plus parfaitement, il faudrait avoir deux fleurons matrices, dont l’un ferait moulé fur une des faces du fleuron, tel qu’il doit être quand il elt droit, & l’autre fur l’autre. Entre cés deux matrices, on ferait reprendre au fleuron exactement (a première figure: ces pièces feraient moins cheres qu’on ne fe l’imagine. Le gros de la forme du fleuron leur fuffirait ; ceux qui font moulés doivent s’y redrefler, & non s’y imprimer. Quand on fond des fleurons, on en fond des centaines & même des milliers : ainfi l’on ne doit pas plus craindre la dépenfe des deux que nous pro-pofons , qu’on n’a craint la dépenfe de celui qui fert de modèle.
- 84. Il n’ert pas néceflaire d’avertir que tous les ouvrages qu’on voudra redrefler dans des matrices , dans des modèles pareils à ceux que nous venons d’indiquer, doivent être ébarbés ; autrement ils ne retrouveraient plus leur place. Mais un avertiflement qui ne doit pas être oublié, c’eft que les matrices foient plus grandes que les premiers modèles.
- 8)'. Des ouvrages creux , fans être chargés d’ornemens , comme font des cafleroles, des marmites, feront encore plus aifés à redrefler. Il ne s’agit que de faire reprendre à ces dernieres pièces la rondeur qu’elles ont perdue, & pour cela d’avoir des mandrins de diflférens diamètres, dont le plus grand fera précifément égal au diamètre intérieur du vafe. Ces mandrins feront introduits les uns après les autres dans la marmite ou la calferole qu’on aura fait chauffer au point néceflaire. On pourrait les faire entrer en les pouffant à bras ; mais le mieux fera d’avoir une prefle où l’on puiffe placer le vafe , & où l’on puiife rapporter fucceiîivement ces diflférens mandrins. Des mandrins de bois pourraient fuffire. On les fera de métal, ou on les recouvrira de lances de fer, fi on veut les rendre plus durables.
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- • "g6. Pour redrefler les palâtres , au lieu de mandrins ronds , on n’a qu’à en employer de'quarrés. On épargnera la peine & les frais dé chauffer de nouveau les pièces à redrefler, fi on les tire du recuit avant d’avoir laide affaiblir le feu, & l’on fera fur alors qu’elles auront le degré de chaleur convenable j on ne les tirera qu’une à une 5 dès que la première aura été re-dreifée , on en tirera une fecoilde , & ainfi de fuite. Les pièces qu’on voudra redrefler dans des moules , comme les fleurons , ne peuvent pourtant l’ètre au fortir du recuit, parce que nous avons dit qu’il efl néceflaire de commencer par les ébarber.
- 87. Il y a aulfi telle piece à qui on 11e faurait faire reprendre fa forme dans une feule chaude ; elle peut perdre le degré de chaleur qui la met en état de céder fans rifque, avant d’avoir aflez cédé ; fi cependant on voulait faire la dépenfe de prelfes de fer qu’on ferait rougir avant d’y porter les ouvrages , le redreflement s’achèverait toujours dans une chaude.
- 88. Mais s’il faut chauffer de nouveau des ouvrages à redreflèr , qu’on évite, autant qu’il fera pofîible , de fe fervir du feu de la forge -, on n’efl; pas toujours aflez maître de le modérer: d’ailleurs il n’efl: pas aifé de juger fi la piece qui chauffe au milieu des charbons, a pris le jufte degré de chaleur néceflaire. Quand la piece n’efl: pas aflez chaude , elle efl; expofée à fe cafler , trop de chaleur la peut fondre. Le plus fût* fera doncide faire chauffer les ouvrages dans des fourneaux pareils à ceuxoù fe font les recuits , ou Id.ans des efpeces de grands creufets quarrés. On fe fouviendra auffi qu’il efl: plus aifé & plus fûr de redrefler une piece courbe que de courber une piece droite. Dans îa première opération , rien ne tend à féparer les parties du métal les unes des autres. Il n’en efl: pas de même dans la fécondé : aufîi demande - t- elle un redoublement d’attention.
- 89. Le redreflement des ouvrages fe fera donc toujours fans rifque, tant qu’on n’emploiera que la preflion; pour la percufïion , elle efl: à craindre : elle ne laiflera pas néanmoins de réufïir, fi elle efl: employée par un ouvrier adroit & exercé ; il faura modérer les coups du marteau ; au lieu d’un marteau , fouvent il ne fe fervira que d’un maillet de bois. Il aimera mieux multiplier les chaudes que trop fatiguer la piece dans lés premières. J’ai vu des ouvriers qui en caflaient très - peu , parce qu’ils avaient toutes ces attentions.
- 90. Avant de finir ce mémoire , je rapporterai un moyen auquel j’ai eu recours pour empêcher des balcons enduits de fe- voiler pendant le recuit. Il peut être d’ufage pour tous les ouvrages qui ont beaucoup d’étendue & peu d’épaifleur. Au lieu de les pofer à plat dans le fourneau , j’imaginai de les mettre verticalement, & de les y tenir fufpendus par des crochets ; ils y pourraient avoir un mouvement de pendule. Les charbons qui tombaient de chaque côté d’un balcon 11e le prenaient point. L’idée qui m’avait déterminé
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- à tenter cette pofition , eft que la force qui agitpour courber le balcon , quelque part qu’elle fe place, agit toujours comme-celle qui eft appliquée à un levier. Pour agir avec fuccès , il faut qu’un point d’appui fe trouve quelque part. Il finit de la réfiftance. Or, le balcon étant fufpendu en l’air, j’ôte prefque tous les points d’appui fixes qu’aurait donné le fourneau. Il ne relie plus que ceux de fufpenlion , & ceux qui peuvent fe trouver dans la piece même , mais qui ne font point auffi folides que ceux que le balcon aurait dans toute autre pofition. Ce qu’il y a de lur, c’elt que les balcons que j’ai fait recuire de cette façon, ne fe font aucunement voilés, & j’en ai fait recuire d’une feule piece qui avaient plus de quatre pieds & demi, fur environ trente de hauteur. Le vrai eft que je n’ai pas fait répéter cette expérience bien des fois.
- 92. Quelques pièces, comme des palâtres & des gâches , qui avaient été tirées douces du recuit, après avoir été redrelfées, n’ont plus été trouvées alfez limables ; cet accident n’eft pas arrivé alfez de fois pour que j’en aie pu bien démêler la caufe : la prelfion feule ne me parait pas avoir été capable de produire un pareil effet. Je ne fais fi les pièces qu’on a chauffées ont eu trop chaud, ou fi elles étaient trop fufceptibles de la trempe , & qu’elles ont été refroidies trop fubitement : mais ce que je fais , c’elt que les ayant fait cou--vrir de charbons noirs qu’on a allumés peu à peu , & qu’on a laide confumer fur ces pièces, & que les pièces n’ayant été retirées de delToiis la cendre que quand elles ont été froides 9 alors elles ont été très - limables.
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- 2AU.
- TROISIEME PARTIE.
- Qui apprend à jeter en moule des ouvrages de fonte qui en fortiront doux au point de pouvoir être limés 0? réparés fans avoir befoin d'être recuits ; & ce qu'on doit attendre des ouvrages faits d acier, ou de fer forgé, fondus.
- 4a - r-:•J.-'. .•.sssi, - • -y --bl-st. ,tt—
- PREMIER MEMOIRE.
- Tentatives faites pour adoucir la fonte en fujîon , & pour conferver douce pendant la fujîon celle qui a été mife telle dans le creufet : moyens de réufj.T par rapport à la derniere.
- I. ^2uelQ£e faciles, quelque prompts que nous ayons rendu les recuits , il ferait encore mieux de pouvoir fe difpenfer de les faire. Ce ferait épargner une façon , & , ce qui eft beaucoup plus , les rifques où elle expofe. Nous avons donné des moyens d’empêcher les ouvrages de fe voiler, des moyens de redrelferceux qui fe font voilés, de les défendre des écailles, de les mettre à l’abri de fe brûler: mais tout cela demande des ouvriers certaines attentions qu’il vaudrait mieux ne pas exiger d’eux. Rien ne ferait plus commode que de pouvoir réparer les ouvrages de fer immédiatement après qu’ils feraient fortis du moule , comme on répare ceux de cuivre , & des autres métaux. Les recherches de cette troifieme partie tendent à découvrir les fe-crets nécelfaires pour y parvenir, & je me flatte qu’elles apprendront à pe.u près ce qu’on a befoin de favoir fur cette matière.
- 2. Jusqu’ici j’avais eu des traces à fuivre j j’avais fu du moins qu’on avait adouci des ouvrages de fer fondu de deux maniérés différentes, & j’avais pu efpérer de découvrir des pratiques qui, quoiqu'ignorées , avaient été découvertes autrefois par d’autres : mais lorfque j’ai entrepris cette derniere partie , je me fuis propofé un terme où j’étais incertain fi l’on était jamais arrivé , & s’il était poffible d’y arriver. Le tems employé à la recherche des chofes utiles , ne doit pas être regretté, lors même que le fuccès ne répond pas à nos efforts. On a rempli fes devoirs par rapporta la fociété, quand on a travaillé à lui procurer des avantages. Mais on doit regretter l’emploi de ce même tems, lorfqu’il a eu pour objet des recherches impoffibles, & de Tome XV. A a
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- l’impoffibilité defquelles on pouvait Te convaincre. Ce ferait peut-être fe pro-pofer dans notre art une chimere, telle que celle d’un mouvement perpétuel produit par des poids ou des'relforts , ou que celle de la pierre philo-fophale dans la merveilleufe étendue qu’on a voulu lui donner, que de prétendre fondre des ouvrages qui, immédiatement après qu’ils auraient été jetés en moule, auraient toute la fouple/fe des fers forgés les plus doux, qui fe laiiferàient auffi facilement plier & replier à froid. Il ne paraît pas même qu’on puilfe raifonwablement fepropofer de fondre des ouvrages qui aient des fibres ou des lames pareilles à celles des fers ordinaires. Ces fers r s’ils font mis en fufion , perdent leurs lames & leurs fibres ; & le feui refroidiifement n’eft pas capable de les reproduire. Pour donner aux ouvrages fondus les qualités des fers forgés , il en faudra donc toujours venir à des recuits femblables à ceux dont nous avons parlé. •
- 3. Mais nous avons vu qu’il 11’eft pas néceffaire que tous les ouvrages fondus aient des fibres ou des lamesv II y en a une très-grande quantité, à qui il fuffit d’être aifés à limer, à réparer , à percer : on n’a même en vue , en les adoucilfant, que de les rendre doux jufqu’à ce point. Or, ne pourrait - 011 point en retirer de tels du moule même dans lequel ils auraient été coulés ? C’eft ce qui ne m’a pas paru impoffible , parce que l’expérience m’avait appris que la fonte adoucie, qui a Amplement pris le grain gris , effc encore fufible.
- 4. Outre qu’il ferait avantageux d’avoir doux , à la farde du moule , les ouvrages à qui un adoucilfement médiocre fuffit , il le ferait pour ceux qui veulent l'adoucifTement plus parfait. La douceur qu’ils auraient, ferait déjà d’autant d’avance fur celle qu’ils doivent avoir. Convaincu de l’utilité de ce fecret, & n’ayant aucune raifon de le regarder comme impoffible , j’ai fait des tentatives, & en grand nombre , pour le découvrir. Il eft rare que celles par où on commence foient heureufes ; mes premières auffi ne l’ont pas été. Je vais pourtant les rapporter. Lesraifons qui m’ont déterminé tant de fois à ne pas taire les expériences qui n’ont pas réuffi , fubfiftent encore ici -, j’épargnerai à d’autres la peine de les faire , & elles ne feront pas inutiles pour expliquer d’011 dépend le fuccès de celles qui nous conduiront au but principal de notre recherche.
- f. La première méthode que j’ai tentée , a été de mettre de la fonte en parfaite fufion dans un creufet, & de jeter fur cette fonte fluide quelqu’in-grédient, pour voir fi par - là je ne parviendrais pas à la rendre telle qu’elle pût être tirée du creufet douce & limable. Tantôt je laiffais cet ingrédient fur la fonte, comme il y était tombé ; tantôt je les mêlais enfemble , agitant le tout avec une baguette de fer. Je faifais bouillir ces deux matières , plus ou moins, félon que je l’imaginais convenable, quelquefois feulement pendant un quart - d’heure , & quelquefois pendant plus d’une heure , ou d’une heure & demie.
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- l°. La poudre d’os brûlée était la matière qui femblait la plus indiquée, & a été aufli celle que j’ai employée d’abord. J’ai jeté beaucoup de cette poudre fur de la fonte fluide s je les ai fait bouillir long-tems enfemblejla fonte que j’ai coulée n’en a été de rien moins dure, moins rebelle à la lime > qu’elle l’eût été , fi elle eût bouilli feule. L’efpérance que j’avais dans cette matière, me l’a fait tenir plus de deux heures avec la fonte en fufions la durée de l’opération n’a produit aucun changements cependant, fi cette même fonte étant en malfe folide eût été entourée de poudre, comme elle l’était ici étant en liqueur , alors cette fonce eût été adoucie , & même à fond : car elle était eu petite quantité , & expofée à un feu violent.
- 2Ç. Sur d’autre fonte en fufion j’ai jeté de la poudre de charbon , j’ai mêlé même cette poudre avec la fonte.
- 3ç. Dans d’autre, j’ai jeté du fable. , . i( ,
- f 4«. Dans d’autre, du verre pilé.
- 5"0. Dans d’autre, delà pierre calaminaire, & cela par rapport à une vue qu’il eft inutile d’expliquer à préfent, La fonte tenue avec ces différentes matières, a été coulée aufli dure & aufli blanche qu’elle l’eût été fi el!«e fût» reliée feule dans le creufet : i’ai dit auili dure & aufli, blanche. Je veux faire fouvenir pour la fuite , que ces deux termes font ici iynonymes: de la fonte' bien blanche eft toujours delà fonte très-dure.
- On pourrait efpérer que de la fonte qui aurait été mêlée avec de la limaille de fer, compoferait une nouvelle foute plus traitable que fi elle eût été coulée feule : dans trois parties de fonte fluide j’ai fait entrer une partie de limaille de fer, & cela à diverfes reprifès , ne mettant la limaille que peu à peu. La fonte ainfi compolée était peu coulantes difficilement eût-elle pu être jetée en moule: mais un plus grand défaut, c’ell qu’elle avait toute la blancheur & la dureté des fontes les plus rebelles.
- * 7,?. Le fafran de mars (15) femblait aufli promettre pour l’adoucilTement de la fontes dénué comme il eft, des foufres & des fels qu’il avait quand il était fer , il femblait qu’il devait fe charger de ce que la fonte fluide en avait de trop : mais quelque chofe que j’aie tenté , il 11’a produit aucun effet s il s’eft vitrifié à lafurface de la fonte , fur laquelle il s’eft toujours élevé, étant une matière trop légère.
- ( 1 ç ) Les chymiftes ont donné le nom de fafran à pluiieurs préparations ou fubftances qui ont une couleur fafranée ou jaunâtre. Telle eft la rouille de fer qui a une couleur jaune. Comme le fer peut être privé de fon phlogiftique par l’action combinée de l’air & dei’eau , par celle de l’air & du feu , en-
- - . - 7 : ..l - !•* t
- fin par celle des acides végétaux & minéraux, on a donné des noms < différens aux fafrans de mars, ou terres ferrugineufes, qui réfultent de l’aêtion de ces différens agens. L’ochre ferrugineufe eft une forte de fafran de mars. L’auteur ne dit point comment il préparait fon fafran de mars.
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- ' 8°. J’ai pAffè eftfiute aux effa'is des feîs. Qu’on ne s’étonne'point au refte, que pour adoucir ta fonte j’aie tenté t’effet de matières quifemblent durcir le fer, qui le changent en acier. On a tant d’expériences que les mêmes chofes font en phyrique des effets contraires, par des changemens de circonftances peu importuns en apparence, qü’il n’eft rien qui ne doive être effayé :1a matière que nous examinons exempterait d’aller chercher ailleurs des exemples propres à le prouver. J’ai donc mêlé avec de la fonte en fufion, tantôt du fel marin , tantôt du borax , tantôt du vitriol , tantôt de l’alun , tantôt du fel ammoniac, tantôt de la foude , ou du fel de foude , ou des cendres gra-velées : aucun de ces mélanges n’a produit d’adouciffement fenfible.
- 9°. Un fel dont on pouvait plus attendre que des précédais, eft le fal-pètre. On fait qu’il peut être tenu en fufion dans le creufet le plus violemment chauffé, fans donner la moindre étincelle, & que ri au contraire on le jette fur le fer fondu, il y fufe comme fur les charbons. Quand le falpêtre contiendrait réellement de la matière inflammable , ce que d’exceîlens phyriciens ne veulent pas, il eft toujours fur que lorfqu’il s’enflamme, il demande à être environné d’une matière inflammable qui lui foit étrangère 5 il fufe dès qu’il eft jeté fut les charbons, parce qu’ils lui fournilfent cette matière ; le fer fur lequel il détonne , lui en fournit de telle : il femble donc propre à brûler les foufres du fer. J’ai jeté à différentes fois de ce fel fur de la fonte en fufion : il y a détonné tout autant de fois. J’ai fait brûler de la forte plus d’un quarteron de falpêtre fur une livre de fonte. L’effet qu’il y a produit n’eft pas favorable à ceux qui la veulent jeter en moule ; foudainement il l’a figée : dans l’inftanü qu’il a été jeté, il fe fait une croûte fur cette fontej le refte s’épairiit affez vite, & bientôt toute la maffe devient folide.
- 6. Qu’on ne foupçonne point que cet effet pourrait être attribué au re-froidiffement caufé à la matière en fufion par l’attouchement du falpêtre , dont lé degré de chaleur était fort inférieur au fien. Deux remarques feront voir que ce 11’en eft pas là la véritable caufe : i°. fi on jete dans le même creufet d’autres fels en grande quantité que le falpêtre, & des fels qui n’ayant pas la propriété de s’enflammer, doivent refter pendant long-tems moins chauds que la fonte j ces fels ne l’épaifiiront pas fenfiblement ; ils ne formeront pas fur fa furface la croûte folide dont nous avons parlé ; 2”. enfin fi cette croûte & un épaiiïiffement général de la fonte ont été occafionnés par la fimpîe fraîcheur d’une matière étrangère, on n’a qu’à continuer le feu , la fonte redevient fluide comme elle l’était auparavant ; au lieu que celle qui a pris con-fiftance après que le falpêtre l’a touchée , ne peut plus revenir à fa première fluidité : elle refte conftamment épaiffe, aii moins pour la plus grande partie , & ne laiffe au plus couler que quelques gouttes.
- 7. Puisqu’il eft certain que le falpêtre 11e s’enflamme que lorfqu’il eft
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- environné de 'corps qui peuvent lui fournir des matières fulphureufes, il eftyiftble que le fatpêtre en brûlant brûle une partie des foufres de la fonte. Ces foufres étant brûlés , elle s’épaiffit de faqon que le feu ne peut la rendre coulante ; donc elle devait aux foufres qui lui ont été enlevés, fa difpoli-tion à devenir fluide : cependant elle efl: encore alors très - dure ; elle ne devait donc pas fa dureté à ces mêmes foufres. Mais c’efl une conféquence que nous 11e voulons à préfent qu’indiquer 5 il n’efl: pas tems de nous y arrêter: nous y reviendrons ailleurs.
- 8- Au relie , pour produire l’épaiffiffement de la fonte, il n’efl: pas befoin de mettre autant de falpètre que j’en ai mis dans l’expérience que je viens de citer: une quantité beaucoup moindre y fuffit.
- 9. Il efl: fingulier que, quoique les fondeurs cherchent fur-tout à rendre leur fonte coulante, il y en ait de très-habiles, dont l’ufage efl de jeter un peu de falpètre fur leur fonte de fer en bain, immédiatement avant de la couler : ils s’imaginent que c’efl: un moyen de la mieux affiner. Après avoir jeté ce fal-pêtre, ils peuvent enlever une croûte épailîe , qu’ils regardent comme une crafle dont la fonte s’eft purgée à l’aide du falpètre; cette prétendue crafle n’efl que la fonte même de la furface qui s’eft épaiffie : cette couche épaiffie leur donne plus de facilité à enlever les charbons qui font tombés dans le Creufet, & tout ce qui s’y efl vitrifié ; ils les emportent aifément avec la couche du métal : c’efl là le feul avantage qu’ils doivent attepdre de cette pratique.
- io°. U y a eu auffi des expériences où la fonte s’eft épaiffie après que j’ai eu jeté deflus de la fou de ou du favon; mais ces mêmes matières n’ont pas diminué fenfiblement la fluidité de quelques autres fontes ; il y en a à qui elle efl: plus difficile à ôter qu’aux autres. Le gypfe a auffi épaiffi quelques fontes , mais en a laide d’autres très-fluides : la chaux & la craie ne l’ont ni épaiffie, ni adoucie.
- ii°. Le tartre, les huiles, les graifles que j’ai fait brûler fur des fontes liquides, & que j’y ai mêlés , autant que la différence de pefanteur l’a pu permettre, ne leur ont procuré ni adouciffement ni épaiffiffement.
- 12°. J’ai jeté , comme dans les expériences précédentes, fur la fonte en fufion , du foufre commun, de l’antimoine, de l’orpiment, du verd-de-gris : toutes ces matières lui ont laiffé fa dureté. L’orpiment la rend beaucoup plus fluide; celle dans laquelle l’antimoine a été jeté efl très-fpongieufe : le foufre auffi la rend fpongieufe.
- Je ne parlerai point des alliages que .j’ai tenté de faire du fer avec différens métaux ; ces expériences mériteront un article particulier, & ne m’ont rien fourni pour avoir une fonte plus douce.
- 10. Le réfultat effentiel des expériences que nous venons de rapporter, c’efl qu’il n’efl aucune des matières dont j’ai parlé, qui, étant jetée fur la
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- fonte en fufion & mêlée avec cette fonte, lui procure quelqu’adoucilfement fenfible. Il 11e paraît pas même qu’il y ait à efpérer que le mélange & la combinaifon de ces matières produife cet effet. Quoi qu’il en foit, j’ai-dé-fefpéré d’y parvenir par cette voie s je ne fais fi quelqu’autre fera plus heureux que je ne l’ai été.
- n\ Quoique je n’aie pu adoucir les fontes pendant qu’elles étaient en fufion, quoique l’efpérance d’y parvenir m’ait été ôtée , je n’ai pas cru qu’il fût impolïible, par toute autre voie, de couler des fontes limables. Rappelions-nous les idées que nous avons données des différentes fontes ; elles nous prouveront la poffibilité d’en couler de douces. Nous les avons diftinguées en blanches & en grifes ; nous avons dit que les grifes font fouvent limables ; & les obfervations que j’ai faites depuis , m’ont prouvé qu’elles le font puef-que toutes -.elles le font d’autant plus, qu’elles font plus grifes. Pour les fontes blanches, elles font toujours à l’épreuve de la lime: parmi une quantité prodigieufe que j’ai eifayée,il 11e s’en ell jamais préfenté une limable.
- 12. Toutes ces fontes grifes & limables font des fontes telles qu’elles font fbrties du fourneau, où la mine a été fonduej qu’on les mette une fécondé fois en fufion, elles deviennent blanches , ou en entier, ou en grande partie ; c’eft-à-dire , comme nous l’avons remarqué ailleurs , que ij l’intérieur de l’ouvrage qui en a été fait a confervé quelques nuances de l’ancienne, couleur de cette fonte, tout l’extérieur a pris H couleur des fontes blanches. Par conféquent la lime n’y faurait faire d’imprelfion, ou fi quelques endroits de la furface font par hafard reliés limables, il y a beaucoup plus d’autres endroits qui ne le font point.
- i^. Si l’on s’en tient Simplement à refondre dans des creufets de ces fontes qui font forties douces du fourneau où la mine a été fondue, on ne peut s’en promettre des ouvrages limables j mais comme nous venons de dire qu’il y a quantité de fourneaux d’où on tire des fontes grifes, fans s’embarra (fer d’autres expédiens, il femble qu’il n’y aurait qu’à établir des atteliers pour mouler les ouvrages auprès de ces fourneaux , & couler leur fonte dans les moules préparés. Cependant plufieurs inconvéniens réels, dont nous avons parlé dans le premier mémoire de la première partie , s’y oppofent. i°. Ces fourneaux d’où la fonte coule douce , n’en donnent pas conftamment de telle. J’ai fouvent caifé une marmite, dont une moitié ou à peu près était grife, & dont l’autre moitié était blanche : d’un côté elle était limable , & de l’autre elle ne l’était point. 20. Toutes ces fontes grifes naturellement limables font communément trop grifes ; elles ne fauraient prendre une belle couleur de fer, quoique limées & polies : elles relient trop ternes & trop brunes. 30. Ces fontes ne peuvent prefque point être traitées avec le cifelet 5 elles s’égrainent. 4°. Enfin ces fontes qui peuvent être coulées, grifes & douces hors du four-
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- neau, fouvent ne refieraient pas telles après être entrées dans les moules. Cette proposition efl une efpece d’énigme que nous expliquerons ailleurs. r 14. LES'fontes qui fortent grifes des fourneaux, outre qu’elles pechent par la couleur & par le corps , ne font donc pas douces affez conftamment. Malgré les deux premiers défauts , fi eu fondant une fécondé fois celles qui font douces, il eut été poffible de leur conferver leur douceur ; fi une fécondé fufion ne la leur enlevait point, il ferait aifé de ne mettre dans les creufets que de la fonte douce; on la concaflerait par petits morceaux'; 011 examinerait la couleur de ces morceaux les uns après les autres rainfi on ne remplirait le creufet que de fonte convenable. Si en fondant elle s’y con-fervait telle , on en pourrait faire des ouvrages auxquels la couleur & le corps importent peu,tous ceux qui £ont befoin que d’être limés & grofiiérement réparés, & auxquels même 011 donne une couleur, comme fout les balcons & les vafes à fleurs, & divers autres ouvrages. Mais le nœiid qui a arrêté, qui a empêché défaire ufage de cette fonte, c’eft, comme nous l’avons dit, que celles qui ont été miles grifes & limables dans le creufet, en fortent très-blanches & très dures; elles y perdent la propriété de fe lailfer limer.
- if. La couleur de ces fontes m’avait trop prévenu contr’elles, & m'avait fait négliger dé cherchera en faire ufage. Ayant depuis donné plus d’attention à un des phénomènes ordinaires de notre art, favoir, que les fontes les plus blanches qu’on radoucit deviennent elles - mêmes nécedairement des fontes grifes, puifqu’il faut abfolument qu’elles palfent par différentes nuances de gris avant de devenir fer à grain blanc, l’avantage que j’avais attribué aux fontes blanches fur les grifes , me parut moins fondé, & je crus qu’il y avait beaucoup à rabattre des idées que j’avais eues des blanches, que leur couleur m’avait fait regarder comme plus affinées; que l’efprit fyfté-matique auquel on s’abandonne, pour peu qu’on ceffe d’être fur fes gardes, m’avait fait prendre parti' trop vite , & qu’en un mot, ce ferait un fecret important que celui de pouvoir couler douces hors d’un creufet les fontes qui y avaient été mifes telles.
- 16. Ume expérience que je ne m’étais pas propoféde faire , me détermina à le chercher. J’avais donné de la fonte grife pour être refondue;je voulais même la changer en fonte blanche que je deftinais à des épreuves d’adoucil-fement. Contre mon gré, elle fortit du creufet à peu près auffi grife qu’elle y était entrée, & très-limable en bien des endroits : elle avait été jetée feule dans ce creufet; aucune circonflance particulière ne femblait avoir contribué à lui conferver la première couleur; une infinité d’expériences faites autrefois ne me permettaient pourtant pas de douter que cette même fonte ne fût devenue très - blanche & très - dure , fi elle eût été tenue en fufion pins long-tems. Si elle avait confervé fa couleur grife, je ne pouvais donc i’at-
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- tribuer qu’à ce quelle avait été verfée hors du creufet auflî - tôt qu’elle avait été en fufion. Rien n’eût été plus firnple que cet expédient, pour couler de la foute douce, pourvu que le tems pendant lequel elle refte en cet état, ne fût pas trop court pour être facile à faifir.
- 17. Pour favoir combien il pouvait durer, je remis de la même fonte grife dans un creufet: dès que je vis qu’elle'était fluide , je retirai un peu de cette fonte avec une cuiller de fer. Je l’effayai quand elle fut refroidie , & je la trouvai limable & de couleur grife. Un quart d’heure après je répétai la même manœuvre : la fonte tirée cette fécondé fois cédait encore à la lime, mais aflez difficilement. Enfin celle qui fut tirée après un autre quart-d’heure lie fe laiflait plus du tout limer.
- 18- La fonte grife , ou au moins de la fonte grife de l’efpece de celle dont je viens de parler, étant tirée promptement ctu creufet,pourrait donc relier douce ; mais peut - être ferait - il difficile de faifir l’in liant où cette fonte aurait aflez de fluidité pour couler , fans avoir aflez long - tems fouffert le feu pour être devenue blanche & dure , au moins en partie. D’ailleurs , celle qui avait donné occafion à ces épreuves, & qui avait coulé douce la première fois , faiw qu’on fe fût embarraflé de lui conferver cette qualité, pouvait avoir des difpofitions favorables, peut-être difficiles à retrouver dans les autres fontes grifes. J’ai donc cru devoir eflayer plufieurs de ces différentes fontes ; je les faifais verfer dès qu’elles me paraiifaient fluides, mais c/a été avec des fuccès très - différens. Il y a eu telle fonte grife & même noire qui n’a pas été plutôt fondue , qu’elle a été blanche & dure. D’autres fois de la fonte ell îbrtie grife du creufet; & lorfque cette expérience a été répétée, elle ell fortie blanche , & cela quoique les morceaux mis dans l’un & l’autre creufet fuflent des fragmens d’une même piece, & que ces fragmens eutîent été tous mêlés enfemble ; cela rn’efl même arrivé en répétant les expériences fur cette même fonte, qui m’avait déterminé à eflayer les autres : j’en ai tiré du creufet auffi - tôt qu’elle a été fondue, qui s’efl trouvée dure.
- 19. DÈS que le fuccès ferait auffi incertain, il n’y a pas d’apparence que des ouvriers cherchaflent à jeter ces fontes en moule, dans la vue d’avoir des ouvrages doux. Tout ce qui efl de pratique doit être fondé fur des réglés non fujettes à varier ; mais pour moi, il me parut que c’était beaucoup , que c’était avoir fait un grand pas, que d’avoir appris que dans quelques circonf-tances on pouvait couler hors du creufet une fonte entièrement douce & grife ; dès lors il ne me parut plus impoffible de trouver des réglés pour avofi' conflamment cet effet. Si la fonte vient tantôt dure & tantôt douce , il y a quelques circonflances qui font varier l’opération, & tout fe réduifait à les démêler.
- 20. J’imaginai que les creufets pouvaient y avoir part ; ceux dont je me
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- fervis étaient de nos glaifes des environs de Paris. On trouve dans ces glaifes quantité de pyrites qui contiennent de véritable foufre commun ; ce foufre peut entrer dans la compofition du creufet* il y en a eu tel qui, lorfqu’on le retirait du feu , répandait une véritable odeur de foufre commun. Il me parut poflible que, félon que le creufet aurait eu plus ou moins de foufre, la fonte aurait été endurcie plus promptement ou plus lentement. J’en|ondis qui aurait dû couler douce dans des creufets qui ne pouvaient pas èfrfe foupçonnés de contenir du foufre, dans nos creufets de Beauvais5 & j’eus de la fonte dure, lorfque j’en cherchais de douce.
- 21. Je fis faire d’autres creufets avec très-peu de terre & beaucoup de mine de plomb. Dans quelques-uns la mine entrait pour plus des deux tiers, ou des trois quarts; Ces creufets me firent voir les mêmes irrégularités que les autres m’avaient montrées. Tantôt j’en retirai de la fonte blanche, & tantôt de la fonte grife.
- 22. Les expériences que nous avons faites , foit par rapport à la conver-fion du fer en acier, foit pour l’adouciffement des ouvrages de fer fondu, nous ont conduits à penfer que les foufres endurcilfent le fer & la fonte. Celles que nous faifons à préfent, nous mettront en état par la fuite de mieux démêler cette idée : avant qu’elle fût alfez développée , j’imaginai que les foufres qui étaient néceflaires pour donner à la fonte une parfaite fluidité, étaient les mêmes qui produifaient Ion endurçilTement j que le feu même qui la rendait fluide , qui l’entretenait en mouvement, lui donnait fes propres foufres : d’où il me parut probable qu’en la faifant fondre dans des creufets de fer forgé , on pourrait l’y conferver douce , & cela parce que le fer beaucoup plus dénué de foufres, retiendrait ceux qui pénètrent au travers des creufets de terre, & peut-être même boirait une partie de ceux de la fonte. Je fis donc fondre de la fonte dans des creufets de fer forgé. Les premières expériences parurent répondre à mon attente j mais elle fut trompée, lorfque je les eus répétées autant de fois que je le croyais néceifaire pour eompter fur leur fuccès ; je trouvai les mêmes variétés que ci-devant, c’eft-à- dire , tantôt des fontes blanches , & tantôt des fontes grifes.
- 23. Nos reçuits, & fur-tout ceux que -nous avons faits ci - devant au feu immédiat, foit avec enduit, foit lans enduit, nous ont fait voir que la fonte mife dans un creufet pour y être fondue, quelque blanche , quelque dure qu’elle foit, doit s’y adoucir, au moins en partie , avant d’être mife en fufion. Car ces expériences nous ontappris qu’un violent degré de chaleur y produit un adouciflement certain. La fonte d’un creufet, avant de devenir fluide , a fouffert ce violent degré de chaleur ; par la même raifon les fontes déjà douces doivent s’adoucir de plus en plus avant de devenir coulantes. Il me parut curieux & même néceifaire pour éclaircir ce que je cherchais, de favoir il le tems
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- precifément où de la fonte commence à s’endurcir eft,celui où elle eft rendue fluide ; toujours me paraît-il certain que fi quelques fontes étaient rendurcies dans le creufet avant l’inftant de fulîon , il ne fallait pas attendre que ces mêmes fontes fuflèntlimables après qu’elles auraient été fondues. Jemepropofai donc d’obferver les fontes depuis l’inftant où elles auraient été jetées dans le creufet ,jufqu a celui où elles y deviendraient liquides > j’en fis concalfer en petits morceaux, j’en remplis en partie un creufet je fis chauffer le creufet, & d’inftant en inftant je retirais des morceaux de cette fonte. J’éprouvais les progrès de radoucilfement, qui devaient aller vite, parce qu’on donnait un grand feu au creufet. Ces effais furent faits fur différentes fontes ,‘fur des fontes blanches, fur des fontes qui avaient été blanches & que l’adouciffe-ment avait rendu grifes, & fur des fontes naturellement grifes. Après avoir fuivi les unes & les autres attentivement, j’obfervai que des fontes blanches» & de celles qui tiennent leur couleur grife de l’adouciflement, apres être devenues déplus douces en plus douces, redevenaient dures avant d’être fondues. Le tems précis de ce retour n’était pas déterminable j mais ce qui était certain , c’eftque ce même morceau de fonte qui fe fût laiffé limer très- aifé-ment s’il eût été tiré plus tôt du creufet, ne cédait plus à la lime lorfqu’il en était tiré un peu plus tard. Le degré de chaleur qu’opere ce changement eft toujours proche de celui qui donne la fluidité ; car les angles des morceaux qui étaient devenus durs dans le creufet, avaient été fondus. Mais ce qui démontre qu’un degré de chaleur moindre que celui que demande la fufion, opéré ce prompt endurcilfement, c’eft que les endroits qui n’avaient point été fondus , avaient toute la dureté pofîible. Les plaques dont nous avons parlé dans le quatrième mémoire de la première partie , nous ont donné encore plus en grand l’exemple de l’endurciffement produit avant la fufion.
- 24. Parmi les fontes naturellement grifes , dans quelques circonftances , j’en ai obfervé qui fe font fondues fans retour à la dureté ; en quelque tems que je les aie retirées du creufet, je leur ai toujours trouvé la même douceur : mais dans d’autres circonftances , j’ai retiré des fontes grifes naturellement qui étaient devenues blanches, & par conféquent non limables , avant d’avoir été fondues. Ces circonftances ont été celles où la fufion a été trop long - tems à fe faire. A deifein je ne la preffais pas ; j’avais befoin de con*. ferver mes morceaux en mafTes folides pour les examiner en diiférens états.
- Puisque la fufion par elle - même n’eft pas propre à adoucir la fonte , pour en avoir de douce après qu’elle fera fondue, il eft donc au moins abfolu-mentnéceifaire de la conferver telle jufqu’à l’inftant où elle devient fluide. Et il luit de la derniere remarque, que l’on y réuffira d’autant mieux, toutes choies d’ailleurs égales, qu’on la fondra plus promptement ; mais on ne fau-rait fe promettre d’exécuter cette opération fimple plufieurs fois de fuite avec
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- la même vîtefle. Une infinité de circonftances peuvent la retarder j les cren-fets, les qualités des charbons, les foufflets, les épaifleurs differentes des morceaux de fonte font des fources d'irrégularités fans nombre. Auffi, quoi-que j’aie à deffein tâehé de mettre en fufion de nos fontes grifes le plus promptement qu’il était pofîible 3 il m’eft arrivé de couler de la même tantôt grife & tantôt blanche.
- 26. Ce n’était qu’en petit que je faifais cette expériences peut-être que le fuccès en ferait encore plus incertain en grand , par rapport aux cir-confiances dont je viens de parler. Mais par rapport à quelques autres circonf-tances , il eft auflî plus facile de tirer de la fonte douce , au moins en partie, en en fondant une plus grande quantité à la fois. Plus rarement il m’efi arrivé de couler cette fonte douce du creufet, quand je n’y en eus mis que quelques onces» & quand j’y en ai eu mis une oupluiieurs livres j & aifez fouventelle a coulé douce quand la quantité a été raifounable : mais, comme je viens de le dire, douce en partie s car il y en avait prefque toujours une portion qui avait pris la blancheur , ou 3 ce qui eft la même chofe , la dureté à l’épreuve de la lime.
- 27. Pour revenir à nos obfervations faites furies fontes que j’ai tirées des creufets avant qu’elles y eu ifent été rendues fluides, & où elles s’étaient ren-durcies, j’ai cherché à comprendre ce rendurciffement 5 & pour cela j’ai mis de la fonte grife dans un creufet où elle était environnée de toutes parts de. poudre d’os ; elle s’y eft cependant endurcie avant d’avoir pris de la fluidité ; & qui plus eft , le feu ayant été donné trop long - tems à un degré au - deffous de la violence néceflaire pour fondre, on a eu beau enfuite augmenter la force du feu , la fonte n’a jamais pu prendre de fluidité.
- 28. Dans une autre expérience , je me fuis contenté de couvrir la fonte de poudre d’os -, & où le feu violent a été donné plus tôt, la fonte a coulé : mais elle a coulé blanche & dure. Les os qui procurent fi efficacement l’adouciife-ment dans d’autres circonftances, n’avaient donc rien opéré ici ; ou s’ils avaient opéré , c’avait été l’endurcilfement. Ces dernieres expériences femblent attaquer diredement les principes que nous avons établis fur tant d’autres expériences & des plus décifîves. Nous avons avancé tant de fois que tout fer, foie forgé ou fondu,s’endurcit à proportion qu’il eft plus pénétré de foufres & de fels* qu’il s’adoucit à mefure que ces foufres , ces fels lui font enlevés, que l’adion violente du feu eft néceflaire pour emporter ces matières de celui qu’on veut rendre plus traitable, qu’enfin les os aident à l’adion du fer ; & nous voyons ici au contraire que le grand feu avec le fecours des os redonne de la dureté à la fonte. Mais ne nous embarraflbns point encore de chercher fi, quelqu’oppofées que femblent les conféquences qu’on peut tirer de ces dijférens effets, il n'y aurait pas de moyen de les concilier, Allons plutôt où les expériences nouvelle
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- nous mènent; elles nous font voir que fi on deffeche la fonte jufqu’à un certain point avant de la mettre en fufion , on lui ôte trop de fes foufres ou de fes fds , qu’on ne peut plus la fondre , ou que fi on la fond , 011 la rendur-cit : car la fonte qui a foufiert du tems un violent feu avant de fe fondre , & fur - tout celle qui a été entourée pendant ce tems de poudre d’os, doit être de la fonte très - deiïechée. Or, fi nous entourons nos morceaux de fonte de poudre de charbon , nous fommes fars par toutes les expériences , foit de nos recuits, foit de l’art de convertir le fer en acier, que la furface de notre fer ne fe delféchera pas, quoique le charbon foit propre à convertir le fer en acier, à lui donner une dureté qu’il n’a pas : j’ai donc penfé qu’il pourrait être propre à conferver aux fontes grifes, & la couleur & la douceur qu’elles avaient avant d’être mifes dans le creufet: du moins l’épreuve m’en a-1-elle paru très - indiquée ; je l’ai faite, & j’ai trouvé que toute fonte grife de bonne qualité fondue , dans un creufet où elle était entourée de poudre de charbon, fe fondait ; & qu’après y avoir été rendue fluide, celle qui était tirée du creufet était iimable , comme elle L’était avant d’avoir été refondue.
- 29. Ne cherchons point encore à expliquer pourquoi la poudre de charbon conferve à la fonte douce fa douceur ; un grand nombre de faits que nous avons à rapporter, aideront à éclaircir ce phénomène : continuons à pré-fent de fuivre ce qui regarde la pratique de notre art. Dès que la fonte fondue dans le charbon refte douce, j’ai cru qu’elle le deviendrait encore davantage, étant fondue dans un mélange de poudre de charbon & de poudre d’os; qu’au moyen de la poudre de charbon , il 11’y aurait plus à craindre que les os filfent de mauvais effet ; que dans cette circonftance ils adouciraient, comme ils avaient été en pofleflion de le faire dans tous les recuits. J’ai donc fait fondre de la fonte grife dans un mélange de parties égales de poudre d’os & de poudre de charbon : celle qui a été fondue dans ce mélange a toujours été douce , & extrêmement douce. Cette dofe peut fe varier; on peut augmenter la quantité d’os : mais j’aime mieux au contraire qu’on la diminue , parce que le creufet n’étant pas clos, le charbon fe brûle ; &il eft eflentiel qu’il en refte toujours une certaine quantité: trop d’os pourraient même empêcher que la fonte ne pût devenir fluide.
- 30: Ce n’eftpas aflez que la fonte foit douce, précifément dans l’inftant où elle vient d’être fondue: dans le travail en grand,la fonte qui a été rendue liquide la première, refte fouvent pendant plufieurs heures dans le creufet avant que le refte ait été fondu ; il faut que cette fonte puilfe conferver fa fluidité fans prendre de dureté, pendant un tems confidérable ; & c’eft ce qui arrive à celle qui eft mife en fufion dans le mélange de poudre d’os & de charbon : j’en ai tenu de fluide pendant plufieurs heures dans ce mélange ; elle n’en a pas été coulée moins douce.
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- 31. Le mélange de poudre d’os & de charbon, qui de toutes les comportions eft celle qui réuflit le mieux dans les recuits faits dans les cailles , eft donc jufqu’ici celle qui eft la plus avantageufe pour fondre de la fonte douce. Cette compofition fuffit pour tenir les fontes douces pendant la fufion , & fera la feule qu’on emploiera dans la pratique ordinaire. Mais fi 011 lui ajoute une portion de fublimé corrofif réduit en poudre fine, elle vaudra encore mieux , & pourra conferver douces des fontes qu’elle ne conferverait pas telles fans cette addition. La dofe de fublimé ne fera pas confidérable : qu’elle foit un vingtième ou même un quarantième du poids total, & c’en fera allez. Mais au Heuque la poudre d’os nepeutétre employée feulle; quand on aura de bonne fonte , on pourra fe fervir de la feule poudre de charbon.
- 32. Tout ce que nous avons tenté au commencement de ce mémoire, n’a pu nous donner de moyen de rendre douce de la fonte mife en fufion , qui était auparavant dure, ou qui était devenue telle en fe fondant. Nous avons même avoué que nous défefpérions d’y parvenir ; mais nous voilà parvenus, par une autre voie, à pouvoir avoir de la fonte douce après qu’elle fera refondue , pourvu que celle qu’on veut fondre foit grife ou de bonne qualité. La poudre d’os & celle de charbon jetées fur de la fonte actuellement en fufion, ne lui procurent aucun adoucilfement. La fonte douce qui fe fond étant environnée de poudre d’os feule , s’endurcit j mais la poudre fimple de charbon , ou la poudre compofée d’os & de charbon , conferventla douceur à celle qui eft mife douce dans le ereufet, & qu’elles ont toujours entourée. L’expédient eft fimple & commode; nous expliquerons pourtant dans la fuite plus au long toutes les petites attentions qu’il demande : mais ce dont il nous refte à parler , & qui va faire la matière du mémoire fuivant, c’eft l’explication de ce que nous avons voulu dire, quand nous ne nous fommes pas contentés de demander de la fonte grife , que noifs avons demandé de la fonte grife & de bonne qualité.
- 33. Une autre remarque de ce dernier mémoire, dont il eft importantdç fe fou venir , eft que la fonte conferve d’autant mieux la douceur qu’elle avait avant d’ètre mife dans le ereufet, qu’elle eft fondue plus promptement : pour la conferver douce , un point elfentiel eft d’empêcher fa furface de fe deffécher , de fe brûler.
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- SECOND MEMOIRE.
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- C/;ofx cfcr fontes propres à être coulées douces ; que cette propriété efl naturelle à quelques - unes ; que par art on peut la donner à d'autres ; qu'il y en a d'autres à qui il eftprefquHmpojflble de la donner.
- 34. ]Oans le mémoire précédent, nous avons borné à deffein à certaines efpeces de fontes le fecret que nous y avons découvert, pour en couler de douce hors des creufets. O11 nous a peut-être déjà prévenus fur l’étendue dont ce fecret elt fufceptible. Il apprend la maniéré de conferver douce, malgré la fulion, la fonte qui l’était avant d’être fondue. Nos recuits nous ont enfergné de fûrs moyens d’adoucir^toute fonte; il femble donc qu’il n’y en a aucune qui ne foit dans le cas du mémoire précédent , & qu’on doive prendre pour réglé générale, que toute fonte naturellement limable ou rem* due telle , étant fondue dans le charbon ou dans le mélange d’os & de charbon , reliera limable comme elle l’était avant la fufion. On peut aufîfle regarder comme une réglé, mais qui efl fujette à des exceptions : pour les avoir ignorées, j’ai été jeté dans des incertitudes bien embarraffantes. Le fuccès des premières expériences a été fouvent démenti par celui des expériences fuivantes. Après avoir retiré de la fonte du creufet où elle avait été fondue, fouvent cette fonte était douce, & plus douce qu’elle n’y était entrée ; d’autre mife très-douce dans un autre creufet, en forfait d’une dureté à toute épreuve ; & quelquefois au contraire il rn’efl arrivé de mettre de la fonte dure & blanche dans un autre creufet, & de la verfer îrès-grife & très-limable. Non-feulement cela efl arrivé à des fontes différentes ; la même m’a quelquefois fait éprouver ces défolantes variétés : ce n’efl qu’à force d’expériences tournées & retournées de toutes façons, que les caufes de ces diverfités ont pu être démêlées j & que j’ai pu établir des réglés fubordonnées à la réglé générale : elles feront faciles dans la pratique, elles préviendront tous les contre-tems par où j’ai pafîé.
- 3^. Quoiqu’il y ait des fontes blanches qui peuvent être coulées douces dans un travail réglé, le plus fur fera de n’en fondre que de grifes. Nous les confidérons ici telles qu’elles font forties du fourneau à mine ; nous les avons ailleurs caraélérifées par leurs nuances de couleur , qui dans différentes efpeces varient depuis le gris-blanc ou blanchâtre, jufqu’au gris-noir ou gris de maure , & même jufqu’au noir. Elles 11e different pas moins les unes des autres par leur tiffure, qui en toutes efl fpongieufe, fi on la compare avec celle des fontes blanches : c’efl à cette tiffure à laquelle nous deman-
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- dons à préfent qu’on falTe le plus d’attention. Quelques-unes femblent compofées de grains ou de molécules qui, à la vue liniple, ont un air arrondi; & les autres bien obfervées , paraiifent l’ètre de lames : on ne trouve point à leurs molécules la rondeur des molécules des premières. Les grainées varient par leurs grainures ; quelques-unes ont de gros grains, pendant que d’autres en ont de fins. Les raifons de préférence d’une fonte fur une autre doivent être prifes, & de fa couleur, & de fa tilfure. Du côté de la tiffure , celles qui ont le grain le plus fin , le plus diftinél, le mieux démêlé, le mieux arrondi, le plus approchant de celui d’un acier trempé peu chaud, l’emportent furies autres : & du côté de la couleur , celles qui ont des nuances plus brunes font plus faciles à tenir douces. Les meilleures de toutes , ou au moins celles qu’on peut fondre avec le moins de précautions , fans craindre de les rendurcir, font donc celles qui étant noires, ont un grain très-fin & très-diftinét. Mais de deux différentes fontes , dont l’une aura un gris plus clair & fera mieux grainée, & dont l’autre fera plus noire avec des grains plus gros & moins démêlés , on préférera celle de la plus parfaite grainure : généralement parlant, 011 peut beaucoup plus compter fur le grain que fur la couleur.
- 36. Celles qui, bien conlîdérées , femblent plutôt compofées de lames que de grains, font inférieures aux grainées; mais entre celles-là les meilleures ont les lames plus fines, plus petites , plus détachées les unes des autres ; & les plus mauvaifes de toutes ont des amas de lames qui forment comme de gros grains applatis.
- 37. Si celles qui n’ont que des lames ne font pas d’un gris foncé ou très-brun , il fera toujours très-difficile d’en couler des ouvrages limables.
- 38- Qu’on efpere peu de celles qui, quoiqu’extrèmementnoires, paraif. fent parfemées de brillans : en général, ces brillans dans les fontes grifes font de mauvais indices. Si de plus les fontes noires font compofées de gros grains applatis, elles font les plus mauvaifes de toutes : des fontes d’un gris prefl que blanc vaudraient fouvent mieux.
- 39. Il y a des fourneaux qui, tant qu’ils font au feu , donnent des fontes des qualités que nous avons indiquées pour bonnes. Mais un avis très-important pour les établiffemens où l’on travaillera en grand aux ouvrages de fer fondu , c’eft qu’il n’y a prefque point de fourneau où ils ne puiffent fe fournir de fontes convenables : il ne' faut que laifir le tems où ils en couleront de telles. Les premières gueufes qui fortent d’un fourneau nouvellement mis au feu font très-noires, & ordinairement de celles que nous avons rejetées par le défaut de leurs grainures ; mais de jour en jour les gueufes viennent d’une meilleure grainure. Leur couleur auffi va en s’écîair-cilfant: & enfin leurs couleurs deviennent blanches en quelques fourneaux. Le tems où on fera provifion de leur fonte fera entre celui où ils ont donné
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- des gueufes trop noires, & celui où ils font prêts d’en donner de trop blanches. Ce tems favorable n’eft pas pourtant difficile à faifir , il vient ordinairement peu de iemaines après que le fourneau a été mis en feu. II y en a où il ne dure pas quinze jours ; d’autres où il dure plufieurs mois : car ils palfent tous du gris au blanc très-inégalement. Une infinité de caufes peuvent contribuer à cette inégalité , la conftrudtion même du fourneau , la difpolition des fôufflets, la qualité des charbons, & celle des mines.
- 40. Mais il 11e ferait pas difficile de remettre au gris un fourneau qui ferait venu au blanc. On a quelquefois vu ce retour, fans avoir cherché à le procurer ; ce qui l’occalionne donnera par la fuite idée de la vraie caufedes différences qui font entre les fontes de différentes couleurs. Quand les courons d’eau qui font mouvoir des fôufflets s’affaibliflent par la féchereffe, le fourneau d’où la fonte fortait blanche , n’en fait plus voir que de grife j de là il eft clair que la fonte devient blanche dans les fourneaux où l’adtion du feu eft plus violente. Un expédient pour fe procurer de la fonte grife, eft donc de diminuer le cours de l’eau qui fait tourner les fôufflets ; mais cette diminution ne devrait fe faire qu’imperceptiblement : qui diminuerait trop vite la chaleur, courrait rifque de ne pas fondre la mine, & de faire ra-mafler de ces mafles non - fondues , qu’on appelle des renards, & qui obligent à éteindre totalement le feu pour les retirer.
- 41. On ne faurait refondre notre métal fans trouver du déchet. Un avantage des fontes que nous avons ca radié ri fées pour les meilleures , c’eft que dans la fufion elles diminuent confîdérablement moins que les autres. Les mauvaifes noires diminuent plus qu’aucune des autres î on les trouve couvertes d’une quantité très - confidérable de laitier ou de matière vitrifiée \ elles font mêlées apparemment avec beaucoup de terre de la mine.
- 42. Nous avons confeillé de ne faire aucun ufage des fontes blanches, Auffi toutes celles qui font blanches , quoiqu’elles aient été coulées en grof-fes gueufes, ne peuvent être refondues ,pour être coulées en ouvrages lima-bles j mais il ne ferait pas auffi jufte de condamner'les fontes blanches qui ont été coulées en plaques minces. Il peut y avoir de celles-ci qui font de très-bonne qualité , & qui, malgré les apparences , font de la nature des grifes. Ces remarques ne font guere néceffaires pour des manufactures ; mais elles le font pour la phyfique de notre art, & peuvent l’être pour les ouvriers ordinaires. Si ces derniers ont acheté de vieilles marmites pour les refondre, il leur arrivera de trouver une portion de la même marmite, qui aura la couleur & la grainure de la meilleure qualité , pendant que les autres portions feront blanches & très - dures. Ce qui fera blanc, étant refondu , peut être coulé doux & gris comme le refte.
- 4$. Il peut de même y avoir de grandes plaques de fonte blanche , qui
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- ne tiennent à du gris nulle part, & qui étant fondues , foit dans la poudre de charbon , foit dans le mélange de cette poudre & de celle d’os , deviendront douces. Il y a une maniéré de reconnaître la qualité de ces fontes blanches , de les diftinguer des autres : il n’y a qu a eflayer fi l’on peut les radoucir promptement. L’elTài en eft aifé à faire, en les recuilànt immédiatement au ïeu de la forge. La fonte blanche qui s’adoucira vite , peut être fondue douce j mais celle qui fou tiendra une chaleur plus longue , fans devenir grife & grainée, fera de nature à fortir dure du creufet où elle aura été fondue.
- 44. Non - seulement on peut par les recuits juger fi des fontes blanches font propres à être coulées douces ; mais les recuits peuvent donner la dîfuofition à l’être à celle à qui il en manque peu. Ces derniers recuits , pour être bons , ne doivent être faits que dans la feule poudre de charbon. Après tout, il ferait très - inutile de nous arrêter aux maniérés de rendre de la fonte propre à être fondue douce, par des recuits qui coûtent toujours des foins & des frais , pendant qu’on en peut avoir qui eft telle naturellement.
- 4f. Je ne dois pas pourtant me difpenfer de parler d’une forte de fonte blanche, qui, quelques recuits que j’aie tentés , quelque chofe que j’aie faite , a toujours été coulée très-dure. Elle n’a pas de caraétere allez marqué pour fe faire diftinguer de celles que réufliraient tout autrement. C’eft, &je lui en donnerai toujours les noms dans la fuite, de la fonte blanche de plufieurs fufions, ou delà fonte blanche par art: je veux dire que ce genre eft composé des fontes qui, étant forties, ou blanches, ou grifes du fourneau où la mine de fer a été fondue , ont depuis été refondues une ou plufieurs fois , ou tenues liquides^pendant du tems. Il 11’y a guere que des yeux très - accoutumés à les voir , qui puilfent ne les pas confondre avec celles qui font forties blanches du fourneau : leur tiflure parait pourtant plus compacte que celle de ces dernieres. Il fera rare de trouver de cette efpece de fonte ailleurs que chez les ouvriers même qui s’occupent a&uellement à mouler le fer , & ils 11’en auront que ce qui leur viendra des ouvrages manqués , ou de ce qui fera refté dans les creufets. La quantité de cette efpece de fonte ne fera jamais comparable à celle des autres. Les ouvriers même qui chercheront à couler doux , comme on le cherchera apparemment à l’avenir , n’auront prefque point de cette fonte. Nous en faifons une clalfe à part, & elle le mérite par la propriété finguliere qu’elle a de ne pouvoir être coulée douce , au moins par les moyens qui font le mieux réuftîr les autres fontes blanches.
- 46. Ce phénomène eft un de ceux qui méritent d’être remarqués dans notre art. Si je prends une fonte grife , quelle que foit la qualité de cette fonte , & que je la fonde feule dans un creufet , je la rends blanche, fi je la tiens liquide pendant un certain tems qui , dans de petits creufets, n’a Tome NV. C c
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- jamais bcfoin d’aller à une demi - heure > fi après cette première fufion il lui était refté en’ quelqu’endroit une nuance de gris , je n’ai qu’à la refondre , & elle deviendra parfaitement blanche. Cette fonte qui a été ainfi refondue peut être adoucie, comme nous l’avons expliqué en tant d’endroits. En l’adouciifant, je la fais paffer fucceflivementpar différentes nuances de gris : qu’on la prenne lorfqu’elle eh venue à la nuance de laquelle que ce foit des fontes naturellement grifes ; qu’alors on la mette dans un creufet au milieu des mélanges de poudre d’os & de charbon , & qu’on l’y fonde : on aura beau la faire couler dans l’inftant même où elle a été rendue liquide , elle fera blanche comme elle l’était la première fois. J’ai voulu voir fi ce n’était point que cette efpece rde fonte demandât des dofes de charbon ou d’os, différentes de celles que veulent les autres fontes. Je l’ai donc fondue dans les os feuls , dans le charbon feul, & dans des mélanges de ces deux matières faits en différentes proportions , où tantôt l’une dominait & tantôt l’autre , & q’a toujours été avec le même fuccès.
- 47. Ce qu’on peut avoir de fonte de cette efpece dans un attelier, ne fera pourtant pas de la fonte inutile à ceux qui voudront couler doux ; il refte un moyen d’en faire ulage. Pour cela il faut toujours commencer par l’adoucir , & la très - bien adoucir. O11 mêlera cette fonte ’adoucie avec de la fonte naturellement grife qu’on fondra comme nous l’avons enfeigné 5 feulement faut - il prendre garde à ne pas mêler la fonte blanche de plufieurs fu-fions en trop grande proportion avec la fonte grife. J’ai fondu d’abord trois parties de fonte blanche adoucie avec une partie de fonte grife naturellement. Dans la compofition faite des parties égales, os & charbon , la fonte compofée qui en ett venue, a été très - blanche. La fonte blanche adbucie & fondue feulement à partie égale avec la fonte grife , a donné une fonte grife d’un gris alfez blanc , mais aufli médiocrement limable. Mais deux parties de fonte grife, & une de fonte blanche adoucie , m’ont paru une dofe fùre qui donne de belle fonte grife & affez limable.
- 48. Afin que le mélange de ces deux fontes fe faffe plus parfaitement dans le creufet, il faut y mettre alternativement des lits de fonte blanche &..des lits de fonte grife. Au refte , c’eft toujours la fonte blanche adoucie , & très-bien adoucie, que je mêle avec la grife : car fi c’était de la fonte blanche non adoucie , la fonte grife n’en pourrait porter qu’une très - petite quantité. Toute fonte blanche par art n’eft pourtant pas fi peu traitable ,Iorfqu’elle n’a fouffert qu’une feule fufion : quand elle eft venue d’une fonte douce , elle conferve encore quelque tems de la difpofition à redevenir douce.
- 49. J’ai fondu de la fonte grife très - douce ; je l’ai tenue en fufion jufqu’à ce qu’elle ait eu pris le blanc. J’ai fait adoucir cett£ fonte blanche dont je çonnaiftais l’origine j adoucie, je l’ai fait fondre dans le mélange d’os. & de
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- charbon , & j’en ai eu une fonte très - grife & très-liniable. J’ai fait auftt la même expérience fur des ‘fontes de fécondé fufion , dont l’origine ne m’était pas connue , mais qui en avaient apparemment une bonne. Mais fi cette fonte blanche eût été encore mife en fufion une ou deux fois , ou fi cette fonte fût venue d’une fonte naturellement blanche , inutilement tenterait-ou de l’adoucir par recuits y quelqu’adoucie qu’elle fût , dès qu’elle aurait été rendue coulante, elle aurait repris fa première dureté. La phyfique de ces phénomènes ne faurait manquer d’être intéreflaute ; mais elle ne peut être bien expliquée que par lés expériences qui feront la matière des"mémoires fuivans.
- 50. Quoique les fontes blanches de plufieurs fufions londues dans la même compofition d’où les fontes grifes fortent douces , en fortifient dures, je 11e me fuis pas cru difpenfé de tenter de les fondre dans des compositions même qui ne font pas favorables aux autres. Il n’était pas prouvé que leur différente tiffure ne demandât pas d’autres mélanges ; mais toutes ces tentatives ont été inutiles : en voici les principales. 1 «. Elles ont été fondues dans deux parties de fuie, une de charbon, & une de fel marin , & font reliées blanches, coulées après une demi-heure & une heure de feu. 20. Notre fonte blanche adoucie a été fondue dans os & charbon. On y a jeté du fel de fonde à trois différentes reprifes ; elle eft toujours venue blanche'. 50. Elle a été fondue étant très - adoucie avec de la fuie. 40. Elle a été fondue dans du charbon de corne} elle eft fortie dure & blanche de ces deux creufets. f?. La même fonte a été fondue avec un mélange de poudre d’os & de charbon , auquel j’avais fait ajouter du fublimé corrofif. J’avais lieu d’attendre' que cette derniere matière opérerait quelque chofe. La fonte eft cependant reliée très - dure après la fufion.
- fi. Nous ajouterons encore une remarque fur le caraélere des fontes blanches , c’eft que celles de plufieurs fufions font certainement plus aifées à fondre que les fontes grifes. Il rne nous a pas été fi aifé de démêler fi les fontes naturellement blanches le font de même : mais l’analogie conduit à le penfer. Cette obfervation rend raifon d’un phénomène qui m’a quelquefois dérouté : quand on tient de la fonte en fufion, s’il y eîi a qui doive fortir douce , c’eft celle qu’on en tire la première , puifque nous avons fait remarquer que le fèu continué lui ôte fa difpofition à être douce. Cependant dans quelques circonftances il m’eft arrivé tout au contraire , de tirer d’un creu-fet de la fonte blanche & dure,& un quart d’heure après , d’en tirer du même creufet de la grife & douce.
- f2. Ceci ne m’eft arrivé que dans des tems où je ne favais pas afiez le choix qu’il fallait faire des fontes ; & dans des cas où j’en avais jeté dans le creufet des morceaux de différentes qualités. La fonte blanche fondue la première en. fortait blanche & dure 3 & ce^qui reliait à fondre dans le creu-
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- fèt, qui «tait la fonte grife , m’en donnait enfuite de douce. Aufïi depuis que j’ai été mieux inftruit, ayant mis dans un creufet , & avec connaif-lance, de la fonte grife & de la fonce blanche, j’ai d’abord tiré de la fonte blanche , & enfuite de la fonte grife : celle qui a coulé d’abord eft fortie avant que l’autre fût enfufion. Autrefois cela m’était arrivé dans une même circonftance plus embarraffante , fur le même morceau de marmite ; mais j’ai obfervé dans la fuite, que cette marmite était partie grife & partie blaty-che , & apparemment que le morceau jeté dans le creufet était de cette qualité. v
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- TROISIEME MEMOIRE.
- Que les fontes coulées douces félon les procédés des mémoires précédens ont quelquefois le défaut d'être trop grifes : moyen de corriger ce défaut, de leur donner la couleur des ouvrages de fer les plus blancs : comment de la fonte grife & douce peut dans P infant être rendue blanche & dure.
- 53. ISious avons commencé par chercher àconferver aux fontes, pendant une fécondé fufïon,la douceur qu’elles avaient naturellement, ou celle1 qu’elles avaient acquife dans les recuits. Les mémoires précédens en ont donné les moyens i c’eft déjà beaucoup : mais il reliait encore quelque choie à trouver. Les fontes qui font grifes naturellement, pechent par leur couleur : il eft vrai qu’après avoir été refondues, elles ne font ni aulïi grifes ni auili ternes qu’elles l’étaient en fortant du fourneau ; elles font même d’une meilleure tilfure , plus égale, mieux grainée. Mais il y a des fontes, & de très-bonne qualité , qui, quoique refondues, relient beaucoup trop grifes. Ce qui reliait à trouver était donc le moyen de couler des fontes de telle qualité , que les ouvrages en fortant du moule, eulfent non-feulement la douceur de ceux qui ont été bien adoucis, mais qu’ils pulfent aulïi prendre à peu prés la même couleur & le même poli lorfqu’ils auraient été travaillés. Pour y parvenir, il a fallu encore tenter différentes maniérés de faire ulàge des foufres & des fels : on les voit reparaître bien fouvent; mais puifque la> nature les fait entrer dans la compolition des métaux, nous ne pouvons imiter fes procédés, qu’en tâchant de les employer comme elle le fait pour varier leurs propriétés.
- 5.4. La méthode par où je devais commencer m’a paru être de tenir en fuflon^
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- de la fonte naturellement douce, ou douce par art, au milieu de notre poudre compofëe d’os & de charbon ; de tirer de ce creufet un peu de cette fonte liquide qui ferait un échantillon par où je jugerais à quel point celle qui était reliée dans le creufet était douce & grife; que je devais enfuite jeter quelqu’ingrédient dans le creufet, d’où retirant de la fonte quelque tems après , je me trouverais en état de voir fi cet ingrédient y aurait produit quelque changement, par la comparaifon quelj’en ferais avec l’échantillon qui aurait été tiré d’abord. J’ai cru aufli qu’il fallait retirer de la fonte de ce creufet à différentes reprifes , pour s’affurer fi cet ingrédient ne produirait pas , dans un tems plus long, un effet qu’il n’aurait pas produit dans un plus court. C’eft là le détail de la manœuvre que j’ai pratiquée dans toutes les expériences fuivantes. i°. Du falpètre jeté dans le creufet où la fonte était eu fu.fion, n’y a produit aucun changement fènfible ; elle eft reftée douce & grife , autant que celle de l’échantillon. z°. Du fel de foude n’y a rien opéré de plus; mais ce qui eft à remarquer, c’eft que le falpètre qui épaiffitfi fubi-tement la fonte liquide lorfqu’il a été jeté fur cette fonte feule, ne lui a ici rien fait perdre de fa fluidité ; il a pourtant fufé à l’ordinaire. Le fel de foude a occafionné divers jets de flamme. Ici le charbon mêlé avec la poudre d’os, a fourni à toutes ces flammes; elles n’ont point confumé la partie hui-leufe du fer ; il y en avait de plus à portée. La fonte n’a donc dû rien perdre de la fluidité, fi elle la tient de fa partie huileufe. 30. Le fel marin a produit un peu plus de changement. J’ai jeté de ce fel, & de même de tous les autres,,à différentes reprifes; la fonte qui avait été tirée du creufet après que la première dofe de fel y a été jetée, avait la couleur grife de celle de l’échantillon. Mais celle qui a été tirée après une fécondé dofe de fel , quoique grife & limable , a paru plus brillante dans les endroits limés , que 11e l’eft la fonte qui a le même gris. Peut-être aufli était-elle plus dure.
- j*f. Le fel marin m’a fait ici voir un phénomène nouveau. Il eft forti plus de flammes , & des flammes plus confidérables, du creufet où il a été jeté, qu’il 11’en eft forti de celui où le fel de foude a été jeté. Il femble que le fel marin ait donné occafion au charbon de s’enflammer; car ce fel n’a rien fait de pareil lorfqu’il a été jeté , dans une autre expérience, fur la-fonte qui était en fufion, fans être environnée de poudre de charbon & d’os. Les fels fixes ne feraient pas aufli peu propres à exciter l’inflammabilité qu’on l’a penfé, & peut-être n’y-a-t-il pas aufli loin qu’011 fe l’imagine , du fel marin au faL pêtre : une autre expérience dont il n’eft pas tems de parler, femble le prouver ; & les deux enfemble invitent à en faire d’autres fur cette matière. Le fel marin jeté dans le creufet où la fonte eft feule , répand d’épailfes vapeurs ; ne «font-ce point ces vapeurs qui enlevent & mettent en mouvement l’huile du charbon , & qui lui donnent occafion de s’enflammer ’{
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- ^6. Quoique les expériences que nousparcoiîron? enflent été prindpa-’ 'lenient faites dans la vue de découvrir des moyens d’avoir de la fonte'-douce & de meilleure qualité que ne le font les fontes grifes ordinaires , je les avais en même tems regardées comme propres à nous donner des éclairciflemens fur la nature de tout fer fondu ou autre; depuis long-tems j’avais eu envie de pouvoir tenir en fufion à mon gré des fontes douces. Nous avons attribué la dureté de la fonte du fer & de l’acier auxfoufres & aux fels indiftinc-’ tement. Nous euflions bien voulu pouvoir faire le partage ; il m’a femblé que nous le pourrions , dès que nous aurions en fufion des fontes de la douceur defqueiles nous ferions certains.
- y7. Sur environ une ou deux livres de fonte grife en fufion , je jetai du foufre commun en poudre , plein une petite cuiller à café. Un inftant après , je retirai du creufet de cette même fonte ; je la vis blanche , & aufii dure qu’aucune fonte que j’aie jamais eflàyée; cependant elle était extrêmement grife un moment avant que le foufre y eût été jeté. 1 !
- 58. On connaît la compofition du foufre commun, aufii bien que celle' d’aucun minéral ; on fait du moins qu’il efi: un mixte dont la partie inflammable, le vrai foufre, n’eft qu’une très-petite portion ; un acide de la nature de celui du vitriol domine dans ce mixte. Il s’agit de lavoir fi c’efl: par la partie inflammable qu’il a endurci fi promptement notre fonte, ou fi c’elf par fa partie faline , ou fi c’elf par les deux enfemble : & cette queftion devenait facile à décider ; car fi la matière inflammable , comme inflammable , donne de là du-' reté à notre fonte, fi l’endurciflèment n’efl; pas opéré par un acide analogue à-l’acide vitriolique, du fuif ou de l’huile jetés fur la fonte douce ne manqueront pas de l’endurcir. Sur de la fonte grife & douce je jetai donc à différentes fois du fuif, & en quantité aflez confidérable : ce fuif brûla fur la fonte fans la rendre ni plus blanche ni plus grife.
- 59. J’éprouvai enfuite l’huile d’olives, comme j’avais éprouvé le foufre & le fuif : cette huile laifla la fonte aufii douce qu’elle l’était. Je jetai du favori fur de la même fonte; nous avons vu ci-devant que le fel de foude n’a produit aucun effet en pareille circonlfance pour l’endurciffement de la fonte; l’huile n’en a produit aucun feule : le mélange de ces deux matières n’a pas plus opéré.
- 60. Il femble donc'évident que le foufre commun n’endurcit fi confi-dérablement & fi promptement la fonte que par le moyen de fon acide, ou au moins à l’aide de fon acide ; on aurait pu le démontrer en compofant une efpece de foufre commun , avec l’huile ou la graille , & l’acide du foufre ordinaire , par les procédés enfeignés par M M. Stahl & Geoffroy, & jetant de ce foufre fur la fonte en fufion ; il n’y a point lieu de douter que le foufre -fadice} dont la partie huileufe 11’était pas capable d’endurcir la fonte, 11e l’eût
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- cependant endurcie. Mais une autre expérience plus fimpîe épargne Pap-pareil de celle-ci : on fait que l’acide, du foufre & celui du vitriol font les mêmes, mais engagés dans différentes matrices j on doit,donc, attendre du vitriol le même effet que du foufre commun , par rapport à Pendurciffement de notre fonte, fi cet endurciffement eft opéré par l’acide. J’aurais toujours jeté du vitriol fur la fonte en fufion ; mais ici je l’y jette dans le deffein de confirmer les raifonnemens précédons : j’en jetai donc peu, & ce peu fut fuf-fifant pour donner à cette fonte grife & douce la dureté & la blancheur que le foufre avait données à l’autre.
- 61. On retrouve encore dans l’alun le même acide que dans le vitriol & le foufre ; pour parfaite confirmation de l’effet de cet acide , l’alun devait donc , comme le vitriol, donner fubitement de la blancheur & de la dureté à notre fonte grife : c’eft auiïi ce qu’il a fait. Il eft donc clair que l’acide vitrio-lique donne la blancheur & la dureté au fer. Mais les donne-1-il par lui même , & eft-ce en facilitant l’introduction de la matière huileufe ? C’eft la feule difficulté qui peut relier à réfoudre , & que nous examinerons dans un autre mémoire.
- 62. Pour revenir à nos effais, le borax a été le feul des autres fels que j’ai éprouvés , qui jeté fur la fonte en fufion dans notre mélange de poudre de charbon & d’os, ait, comme l’alun & le vitriol, donné de la blancheur.à la fonte grife : mais.il ne l’a pas donnée fi fubitemnnt, & il n’a pas donné un fi grand degré de blancheur & de dureté.
- 63. Dans la fonte grife mife en fufion, avec parties égales os & charbon, ou a jeté du fublimé corrofifj elle eft au moins reftée grife, comme elle Pétait auparavant : peut - être même l’eft - elle devenue davantage. Ainfi le fublimé ne la rendürcit point, comme d’autres expériences Pont fait voir : il eft un puiffant fondant ^du fer ; il peut être employé avec fuccès lorff qu’on fe fervira de fontes difficiles à conferver douces pendant la fufion.
- 64. Le gypfe que j’ai effayé encore , parce que j’avais vu tant d’autres fois qu’il agit puiffamment fur le fer, n’a produit ici aucun effet. Enfin tout ce que j’ai tenté en jetant fur de la fonte grife & douce en fufion queiqu’in-grédient, n’a rien opéré pour la rendre de meilleure qualité, fi on en excepte le fel marin qui a paru produire quelque bon effet: mais nous avons vu que le vitriol, l’alun, font très - nuifibles dans cette circonftance j qu’ils la rendent dure & blanche fur - le - champ.
- Le premier mémoire de cette troifieme partie a dontié le détail des expériences où Pou a jeté quelque fel , ou autre ingrédient, fur delà foute en fufion dans un creufet où elle avait été mife feule. 20. Nous venons de parler de l’effet des mêmes fels ou ingrédiens jetés dans de la fonte fondue au milieu d’un mélange d’os & de charbon. 3^. Il nous refte adiré ce que
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- nous avons tenté en faifant fondre la fonte avec le fel même, i <?. Nous avons mis dans un creufet cinq onces de fonte grife, & en même tems deux gros de vitrîol i 29. dans un autre creufet , le même poids de la même fonte , avec deux gros d’alun ; 39. dans un autre, le même poids de la même fonte , & deux gros de fel marin ; 4?. dans un autre , le même poids de la même fonte , & deux gros de fel de foude ; 50. dans un autre , le même poids de la même fonte , & deux gros de borax. La fonte de tous ces effais eft fortie très dure & très - blanche , quoiqu’elle eut été mife dans le creufet très - grife & très-douce.
- 66. Pour varier les maniérés d’éprouver l’effet des fels fur la fonte, autant qu’elles le pouvaient être , la feule qui me reliait, était de mêler chaque fel en particulier , foit avec la poudre de charbon feule , foit avec la poudre compofée de charbon & d’os, & de faire fondre notre métal au milieu de cette nouvelle compolition : les expériences ainfi retournées ne fem-blaient pas beaucoup promettre-, mais cela même fortifiera ce que nous avons avancé tant de fois, qu’on ne faurait trop les retourner , que l’on ne doit fe paifer aucune négligence en ce genre. La première de ces nouvelles épreuves fut faite avec l’alun: j’en mêlai deux gros avec demi - once de charbon ; je mis~oe mélange dans un creufet, & au milieu du mélange une once de fonte grife. Si j’euffe eu à prédire le fuccès de cette épreuve , j’euffe cru devoir annoncer qu’il fortirait du creufet une fonte très - blanche & très - dure ; l’alun , en toute autre circonftance, avait toujours donné à la fonte le plus grand degré de dureté s cependant, après lui avoir fait foutenir le feu pendant une demi - heure , je la trouvai, à mon grand étonnement, trés-limable. Mais ce qui me furprit le plus, c’eft que cette fonte très-aifée à limer, très-aifée à percer , avait la blancheur & l’éclat des fontes les plus parfaites : en un mot, cette fonte fi douce avait précifément la couleur que j’avais cherché à lui donner par toutes les expériences dontil a été fait mention jufqu’ici.
- 67, Je n’ai pas manqué de répéter cette derniere fur une quantité de fonte plus confidérable , & ç’a toujours été avec le même fuccès. J en ai fait d’autres , où j’ai varié les dol'es de l’alun , par rapport à celles du charbon ; & d’autres où j’ai aulfi mêlé l’alun en différentes dofes , avec la poudre com-pofée d’os 8c de charbon : le réfultat de toutes a été que l’alun ainfi employé donne de la blancheur à la fonte, qui la met en état de paraître baillante après qu’elle aura été limée. Si pourtant on outrait la dofe de ce lel, au lieu d’une fonte douce , 011 en aurait une très-dure. Je voudrais fort prefi crire les bornes dans lefquelles on doit la renfermer : mais cela 11e me paraît nullement poffible. Selon que les fontes font naturellement plus do:ices,ou qu’elles' ont moins de difpofition à s’endurcir , on pourra les fondre avec une plus grande quantité d’alun. La première expérience donne un exemple d’une
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- des proportions dans lesquelles on peut mêler ce Tel. Il fera aifé de s’aflurer par des expériences en petit, li elle conviendra aux fontes qu’on veut jeter en moule i mais il on commence les eilais fur des ouvrages, il fera prudent de pécher plutôt par le trop peu que par le trop 5 011 aura toujours un ouvrage iimable : s’il n’a pas une couleur aflez vive & aifez blanche , 011 ajoutera du fel dans la composition qu’on fondra dans la fuite pour en couler de fem-blables ouvrages.
- 68. Quand nous difons que les fontes que ce procédé nous donne ont de la blancheur , nous ne voulons pas faire entendre qu’elles en ont une Semblable à celle des fontes blanches ; elles ontauffi une tiifure toute différente. Leur enflure paraît grainée à grains fins , bien détachés , égaux , & d’une couleur d’un gris léger ; en un mot , cette caifure eft femblable à celle de quelques aciers trempés : auffi dès qu’elle a été limée, paraît - elle avec le blanc & le brillant des plus beaux aciers.
- 6y. Quoique l’alun qui a été jeté fur de la fonte grife tenue en fufîon , foie au milieu de la poudre de charbon, foitau milieu de celle d’os & de charbon , l’ait foudainement rendue dure , il femble fuivre des dernieres expériences, que il on ne jetait fur cette fonte une très - petite quantité d’alun , on pourrait lui ôter de fa couleur grife , fans lui faire perdre fa douceur. Mais cette expérience ferait toujours fort incertaine j quelque peu de poudre qu’on 'jetât dans le creufet , elle fe trouverait en trop grande quantité par rapport aux endroits de la fonte qu’elle toucherait, parce qu’il ferait impoffibîe de mêler aifez bien cette poudre. Quand heureufement on réuflirait quelquefois par ce moyen , on ne devrait jamais y avoir recours dans la pratique ; il exposerait à trop de variétés.
- 70. Le fuccès qu’a eu la fonte rendue fluide dans la poudre compofée d’alun Sc de charbon, ou d’alun, de charbon & d’os , qui eft même celle qu’il faut prendre par préférence ; ce fuccès, dis - je , ne permettrait pas de douter que le vitriol 11e put être fubftitué à l’autre fel: il le peut auffi. J’ai fait beaucoup d’expériences pour comparer leurs effets ; il l’un des deux a paru mériter quelque préférence , ç’a été l’alun. Ordinairement la fonte a été confervée plus long-tems douce dans la compofition où il efl: entré , que dans celle où eft entré le vitriol: d’ailleurs l’alun eft à meilleur marché , autre rai fou de le faire préférer.
- 7r. Le borax n>^|arut auffi mériter d’être éprouvé , puifqu’il avait produit le même effet ^ue l’alun & le vitriol, quoique plus faiblement, lorfqu’il avait été jeté fur la fonte grife *en fufîon. Cependant, lorfque je l’ai fait entrer dans la compofition de la poudre dans laquelle la fonte a été fondue, cette fonte s’eft toujours trouvée très - dure & très - blanche , quoique tenue peu de tems en fufion.
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- 72. Jai auffi mêlé le fel marin avec cette poudre î j’y ai mêlé aufli du fel de foude. La fonte qui a été fondue dans l’une & l’autre de ces compositions a fenfiblement confervé fa couleur grife -, peut-être pourtant que le fcl marin l’a rendue un peu plus blanche, fans lui ôter de fa douceur.
- 73. J’ai fondu de notre fonte grife , & trop grife dans une composition propre à convertir le fer en acier > elle était faite de deux parties de fuiede deux parties de charbon & d’une partie de fel marin. Après qu’elle a été tirée du creufet, je l’ai trouvée très - limable j & les endroits limés ont été blancs & brillans. La composition à alun m’a pourtant paru faire mieux d’ailleurs, lorfque j’ai réitéré l’ufàge de cette composition, j’ai trouvé que la fonte s y endurcit plutôt qu’elle ne s’endurcit dans celle dont l’alun fait partie.
- 74. QjJOlQJJE le fer fondu forgeable ne foit plus fuSIble étant feul , il peut être fondu avec le fecours de divers fondans , & la fonte même peut lui en tenir lieu. Du fer devenu forgeable , mêlé avec de la fonte , Semble devoir compofer une nouvelle fonte q.ui, refroidie, fera plus limable , aura plus de corps & une plus belle, couleur que la fonte grife ordinaire. Cette idée eft Si vraifêmblable , que quoique le fer mêlé avec la fonte m’eût déjà mal réuSli dans les expériences du premier mémoire de cette troisième partie, je n’ai pas cru qu’il fallût renoncer à de nouvelles épreuves. Dans les autres, la fonte & le fer étaient dans un creufet où je n’avais mis aucune composition ; je ne connaiifais pas. pour lors la néceffité de la composition, ou plutôt la néceiïîté de la poudre de charbon pour empêcher le fer de fe brûler avant de fondre, j’ai donc, recommencé les épreuves : j’ai mis dans un creufet un mélange égal de poudre d’os & de charbon ,- & j’ai fait entrer dans cette poudre compofée , des fragmens de fonte très - grife & de la limaille de fer. Le tout a été parfaitement mèlé,favoir, deux parties'de fonte grife & une partie de limaille. L’expérience a été répétée bien des fois , la fuSIon. a toujours été longue à fe faire : la fonte qui feule eût été liquide en moins d’une demi-heure, mêlée avec le fer, n’a été en liqueur qu’au boutde d'eux heures ; & cette liqueur refroidie a toujours été une fonte dure & blanche.
- 7f. Au lieu de la poudre compofée d’os & de charbon, j’ai pris enfuite la poudre de charbon feule, &}’y ai rais de même deux parties de fonte, & une partie de limaille -, la fuSIon a été faite plus promptement. Mais la fonte quia été tirée en diiférens tems, a toujours été blanche & dure.
- 76. Quatre parties de fonte grife fondues dans le chaybon avec une feule partie de limaille ont été encore fondues plus vite : aprÿ une demi - heure de feu , j’ai retiré de la fonte grife ; mais celle qui a été retîree après était blanche, probablement le fer n’était pas encore fondu lorfque la première a été tirée, & c’eft pour cela qu’elle était grife ; la fécondé était blanche, parce que la-limaille fondue en faifait partie.. De même dans une autre expérience où j’ai
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- fondu quatre parties de fonte grife avec une de limaille de fer dans une compofition faite d’une partie d’os, une partie de charbon , & un quart d’une de ces parties de vitriol, fai coule de la fonte grife après une demi-heure de feu, & la fonte était blanche après une heure de ce feu.
- 77. Il parait par ces expériences que le fer forgeable mis en fufion non-feulement devient une fonte blanche dure, mais devient une fonte de telle qualité que peu fuffit pour durcir celle qui eût été douce. Au refte, par le poids de la fonte retirée des creufets , je me fuis toujours alluré que le fer avait été fondu dans les expériences que je viens de rapporter.»
- 78. Quoi qu’il en foit des différens moyens par lefquels on pourrait rendre la fonte d’une belle couleur , e.11 lui confervant la propriété d’être limable,il ne paraît pas qu’on doive fonger à recourir à d’autres matières que l’alun, puifqu’il fait très - bien, & qu’il eft à bon marché. Nous ajouterons feulement une remarque qui conduira à l’employer fans rifque. Si l’on jette un morceau d’alun, ou une petite malfe de poudre d’alun, dans de la fonte qui eft fluide au milieu même de la compofition d’os & de charbon , l’on ôte foudai-nement à cette fonte la difpofition qu’elle avait d’être limable. Si au contraire cette fonte a été rendue liquide au milieu d’une compofition où l’alun en poudre avait été bien mêlé, la fonte n’en devient pas moins limable. Ici l’alun mêlé par plus petites parties , & qui par-tout eft environné de poudre de charbon , ne peut pas produire de mauvais effet. Ainfi il m’a femblé que fi de la fonte ayant été mile en fufion au milieu de la poudre de charbon & de la poudre compofée de charbon & d’os, on jetait deffus une autre poudre où l’alun fût bien mélangé avec le charbon , alors on pourrait donner de la blancheur à la fonte, fans courir trop rifque de l’endurcir. L’expérience m’a fait voir que mon idée était vraie, & nous en pouvons tirer la réglé la plus commode pour conduire dans la fufion des fontes. O11 fe contentera de mettre dans le •creufet une poudre compofée d’os & de charbon , & en affez grande quantité pour couvrir toute la fonte : dès que la fonte y aura été entièrement fondue , on en retirera un peu du Greufet avec une cuiller de fer ; on la laiffera refroidir doucement : alors on examinera fa couleur; fi elle paraît trop brune, 011 jetera dans le creufet de la compofition faite avec l’alun & le charbon : quelques minutes après on retirera un fécond effai de fonte qui fera connaître le changement de couleur qui s’eft fait ; s’il ne paraît pas fuffifmt, on jetera de nouvelle compofition à alun ; & ainfi de fuite, jufqu’à ce qu’on foit parvenu à un effai de la couleur duquel on foit fatisfait.
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- QUATRIEME MEMOIRE.
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- T récaution ejfentielle avec laquelle la fonte douce demande à être jetée en moule : que la fonte blanche ejl de la fonte trempée ; mais que certaines fontes ont plus de difpofition à prendre la trempe que les autres : avantages des chqffis de fer.
- 79 ^OUT femble fait, du moins tout me le paraiifait, lorfqu’on eft parvenu a avoir de la fonte qui, étant tirée du creufet où elle a été fondue , eft aufti douce & auffi belle qu’on peut la defirer. Nos mémoires précédens nous en ont appris les moyens; que peut-il refter à faire que de jeter cette fonte en moule , comme on jette celle des autres métaux? Je le penfai ainfi , & je ne m’avifai de fonger à en remplir des moules que quand j’eus entièrement découvert les procédés qui la donnent douce & belle ; alors ne foupqonnant pas même qu’on dût être inquiet fur le fuccès , je fis verfer de cette fonte dans des moules préparés: à peine eus-je fait eflayer de limer les ouvrages minces qui en furent tirés, que je trouvai le plus rude comme le plus inattendu mécompte : tout était dur ; la lime n’avait aucune prife fur les ouvrages ; enfin les ayant caflqs ,les caflùres me montrèrent dans la plupart des endroits de la fonte la plus blanche, de la moins grainée & de la plus dure : au moins la couche extérieure était telle par-s tout. Dans un infhmt, en entrant dans le moule , ma fonte grife & douce avait donc été transformée en fonte blanche & dure. Je ne pouvais douter que cette fonte , avant d’ètre entrée dans le moule, ne fût de nature à être douce : j’en avais fait tirer du creufet dans finf. tant qui avait précédé celui où elle avait été coulée ; j’en avais même fait ver-fer un peu dans un autre creufet voilin du fourneau : l’une & l’autre avaient été trouvées douces.
- 8o. Dans nos matières de phyfique , les événemensimprévus , quelqu’op-pofés qu’ils loient à ce qu’on s’était promis ,, ne doivent point alarmer quand on a le courage d’y chercher des remedes : on doit même les voir avec plaifir ; ils nous mettent ordinairement fur une nouvelle voie d’acquérir des connaif-fances. Un peu de foufre, un peu de vitriol, un peu d’alun , peuvent fur-le-charnp métamorphofer la fonte douce en fonte dure. (a) Ces faits connus , il était naturel de penfer que le fable où la fonte avait été moulée , tenait quelque chofc d’analogue à ces matières. Je fis donc jeter de la fonte douce dans
- (û) Voyez ci - deiïùs troifieme partie, troi/îeme mémoire.
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- diverfes autres efpeces de fables & de terres, dônt les unes font actuellement employées à mouler dans quelques pays,& dont les autres ne fervent pas à cet ufage ; la fonte fortit dure & blanche , au moins en partie ,.de tant de diffé-rens moules. Toutes les efpeces de terre & de fable auraient-elles eu de ces foufres & de ces fels nuifibles ? Il n’était pas naturel de le penfer. Je fis enfuite couler de la même fonte entre les lames de fer, & entrer des pièces de bois qui formaient des efpeces de moules 3 la réuffite fut la même qu’elle avait été dans les moules de fable ou de terre. Au lieu de former mes moules , de faire remplir les chafiis avec de la terre & du fable, je les fis remplir de poudre d’os , de charbon pur , de charbon mêlé avec la poudre d’os , de craie, de chaux , de fable à fondeur mêlé avec la poudre d’os & la poudre de charbon dans quelques-unes de ces expériences : une plus grande partie de la fonte fe trouva douce. Mais elle ne fe trouva pas douce en entier: les endroits minces furent toujours extrêmement durs 3 & c’en était alfez pour rendre inutiles nos recherches précédentes. A quoi avoir recours pour empêcher la fonte de prendre une qualité fi différente de celle qu’elle avait en fortantdu creufet?
- 81. Une autre caufe à laquelle j’attribuai cet elfet fi fubit , fut que les moules étaient trop froids ou trop humides. Les fondeurs font fécher & chauffer ceux dans lefquelsils veulent couler du métal. Je fis fécher & chauffer ceux dont je voulais me fervir , autant & même beaucoup plus que les fondeurs ne le font ordinairement. Souvent ils étaient fi chauds, qu’on ne pouvait tenir la main deffus pendant un inftant : ma fonte,grife y devenait cependant dure & blanche. De cette même fonte qui prenafi: de la dureté dès qu’elle était entrée dans le moule , que j’en fiife jeter dans uji creufet médiocrement chaud, & même froid 3 que j’en fiife jeter fur une couche de fable pareil à celui dont les moules avaient été faits : la fonte jetée fur ce fable fec, ou ietée fur ce fable même humide & froid, de la fonte même tombée à terre fe trouvait douce & grife, & cela conftamment : & cette fonte coulée entre deux plaques de terre cuite appliquées l’une contre l’autre y devenait dure & blanche , quoique ces plaques fulient de la même terre que le creufet, où étant verfée elle fe trou* vait douce.
- . 82. Il femblait que la fonte la plus douce 11e pouvait permettre qu’on la renfermât dans un moule 3 que dès qu’elle était conduite par une petite ouverture dans une cavité clofe , elle s’y rendurciifait. Quand l’entrée du moule était large, que le jet fe trouvait gros, toute la partie de ce jet qui était la plus proche de l’embouchure , était très - douce & très - grife : devait - on attribuer cet effet à l’air qu’elle rencontrait dans fon chemin ? On aurait pu imaginer encore qu’il s’échappe continuellement des vapeurs, foit fulfureufes, foit falines , de la fonte qui eft fluide 3 qu’elle refte douce lorfque ces vapeurs ont eu la facilité de fe diiïiper 3 mais que fi elles 11e peuvent en fortir, ou
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- que quelque circonftance les contraigne d’y rentrer, elles taillent à ta fonte là dureté, ou elles la rendurciflent. De pareilles vapeurs pourraient n’avoir pas une libre circulation dans un moule, comme elles l’ont torique 1a fonte eft coulée fur une (impie couche de fable ,-ou .dans un creufet, ou même k terre. Je multipliai les évents des-moules , afin de donner à l’air & aux vapeurs plus de liberté pour fortir, & cet expédient ne produifit nul effet.
- 83. Tout pourtant bien expérimenté & bien confidéré, je vis qu’il fallait abandonner ces demieres idées , & je penfai que je devais revenir à une des premières ; . que,ce phénomène 11e pouvait être attribué qu’au peu de chaleur des moules..; que, quoique je leur en filfe prendre bien davantage que n’en ont ceux où les fondeurs coulent le cuivre & l’argent, ce n’était pas une preuve que je leur en donnaffe a(fez : ces derniers métaux ne font pas fufceptibles de la trempe, comme le fer l’eft en certains états. Je crus donc que la fonte fe trempait dans les moules; & cette idée était la vraie., quoiqu’elle parût fortement combattue par les expériences où ta fonte s’était trouvée douce, quoiqu’elle eût été jetée dans des creufets froids , fur du fable froid, ou même qu’elle eût été verfée par terre. Ces expériences ne me femblerent que des obje&ions qui pouvaient être éclaircies.
- 84. Pour avoir preuve que 1a fonte douce & grife pouvait devenir parfaitement fembtable à ta fonte ta plus blanche , par l’effet de ta trempe je verfai dans de l’eau de la fonte liquide , qui eût été très-grife & très» douce , fi elle fe fût refroidie, expofée à l’air libre : tirée de l’eau , elle ne parut .en rien différente de ces fontes blanches, que nous avons nommées de plusieurs i'ufions, blanches par art.
- 8f. Celui des mémoires de l’art de convertir le fer en acier, où nous avons traité de la trempe alfez au long, nous donnera à préfent bien des lumières ; & en revanche, l’idée nouvelle que nous examinons, nous en donnera aufîi beaucoup fur la trempe. Nous y avons vu que tremper l’acier n’eftque le refroidir fubitement ; que l’acier prend d’autant plus de dureté qu’il était plus chaud lorfqu’il a été plongé dans l’eau ou dans toute autre liqueur; que plus la liqueur eft froide, plus elle peut faire d’effet fur de l’acier trempé au même degré de chaleur ; que Ci on fe contente de chauffer de l’acier couleur de cerife, & qu’on le trempe dans l’eau bouillante, il fortira limable de cette trempe. Qu’on chauffe le même acier tout blanc., & qu’on le plonge dans l’eau bouillante , il en fortira auffi dur que s’il eût été trempé rouge dans l’eau froide. De la fonte en fufion eft échauffée bien par-delà le point où eft échauffé l’acier qui eft trempé le plus chaud : donc •cette fonte peut être rendurcie par un degré de froid , ou Ci l’on veut, par un degré de chaud qui n’endurcirait pas l’acier. Si de l’eau bouillante peut Tremper l’acier chauffé blanc, Ci elle eft froide par rapport à cet acier, une
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- Kqueur capable de prendre un plus grand degré de chaleur que l’eau, de Fhuile bouillante, par exemple, pourra être froide pour la fonte en fufioir, & elle l’eft réellement, puifque la fonte fe fige dans cette huile. Mais li on n’aime pas à donner à l’huile bouillante l’épithete de froide, quoique le froid & le chaud ne foient que des termes relatifs : dilons que l’huile bouillante pourra tremper de la fonte en fufion , comme l’eau bouillante trempe de l’acier chauffé blanc.
- 86. L’effet de la trempe peut être opéré par des corps folides, comme il le peut être par des liqueurs. Dans le mémoire fur les trempes, que'nous avons cité ci-deflus, nous avons fait voir qu’en enfonçant une pointe d’acier toute rouge dans le plomb, dans l’étain , dans l’antimoine, on la trempe. Tremper n’eft que refroidir, arrêter le mouvement des parties j plus ce mouvement ell fubitement arrêté, & plus l’effet eft confidérable. Le mercure trempe plus efficacement que l’eau froide ; par cette raifon, ne foyons donc point étonnés que le fable qui eft dans un moule puiffe tremper de la fonte, & que le fable étant plus folide que l’eau , il puiffe même la tremper plus efficacement. Mais remarquons avec attention, que quand l’acier 11e demanderait, pour être trempé, que le même degré de froid ou-de moins de chaleur dans le corps qui le touche que celui que demande la-fonte , il ne pourrait pas être trempé aufîi efficacement par le fable j .& cela parce que le fable compofant une maffe fpongieufe, il ne s’applique pas exa&ement fur toute la furface d’un corps folide. Suppofons , par exemple , que la fournie des vuides que laiffent les grains de fable entr’eux eft égale en volume à la fournie des grains de fable pris enfemble j il eft vifible que l’acier enfoncé chaud dans ce fèbie n’eft pas refroidi aulfi vite qu’il le ferait fi les-intervalles que laiffent entr’eux les grains étaient remplis par une matière femblable à celle des grains, ou par une autre aufîi denfe : il s’en faudra de moitié. Ménageons à préfent, dans ce même fable, un creux dont la capacité foit égale femblable au volume du morceau d’acier que nous y avons fait entrer ci -devant > rem-pliffonS' ce creux de fonte fluide : fi nous y prenons bien garde , dans notre fuppofition de la fournie des vuides que lailfent les grains, égale à celle des pleins des grains, l’acier 11’a été touché que par une moitié des grains qui n’ont pu toucher la fonte, & ne l’eft pas à beaucoup près par la moitié de la furface de ces grainsj la fonte en liqueur pénétré dans les intervalles que îes grains laiffent entr’eux ; elle touche ces grains de toutes parts. Que A, B , C foient trois grains de fable du moule , mais groffis dans cette figure ; le grain C ménage un vuide entre les grains A & B. Le morceau d’acier D ne fera prefque touché qu’en deux points , par les grains froids A & B, & à peu près de même par tous les grains du moule. La fonte qui coulera dans ce moule, pénétrera dans le vuide que laiffent entr’eux ces grains3 non-feu^
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- lement elle touchera le grain C , mais elle s’appliquera contre la plus grande partie de la lurface de ces trois grains -, elle les touchera chacun en une infinité de points, au lieu que le morceau d’acier 11e les touchait prefque qu’en deux points. A la vérités le morceau de fonte aura plus de volume que le morceau d’acier, parce qu’il occupe des efpaces que l’autre n’occupe point; mais le volume n’eft par-là augmenté qu’imperceptiblement, pendant que les attouchemens font indéfiniment augmentés. C’eftauffi cette augmentation des attouchemens qui fait que l’eau trempe fur-le-champ un acier rouge qui ne ferait point ou prefque point trempé étant enfoncé dans le fable , quoique le volume d’eau qui entoure l’acier ait moins de folidité, de maffe, que celui du fable qui l’entoure. Si 011 coule de la fonte dans un creux au milieu de cé fable ,fa fluidité met le fable en état d’agir fur cette fonte, comme la fluidité de l’eau met l’eau en état d’agir fur l’acier. Le corps qui trempe l’autre, doit le refroidir, arrêter le mouvement de fes parties. Que cefoitle corps chaud qui aille s’appliquer contre celui qui eft froid, ou que celui qui eft froid vienne s’appliquer contre celui qui eft chaud , l’effet n’en doit pas être différent.
- 87. Il réfulte des remarques précédentes, que quand de la foftte en fu-fion ne ferait pas plus fucfeptible de la trempe que de l’acier rouge, cette fonte pourrait être trempée par le fable du moule , quoique ce fable ne pût faire d’impreffion fenfible fur l’acier qu’on y ferait pénétrer ; mais nous avons vu outre cela, que la fonte liquide étant confidérablement plus chaude que l’acier , quelque chaud qu’il foit, peut encore, par cette confidération, être trempée par un corps ou un fluide qui ferait trop chaud pour tremper l’acier. C’eft de cesprincipes très-clairs, que je crus devoir conclure que quand je chauffais mes moules autant & même davantage que les fondeurs ne les chauffent ordinairement , je ne les chauffais pas encore affez ; qu’ils devaient peut-être être extrêmement chauds pour être hors d’état de tremper la fonte; que fi je les faifais rougir, j’en retirerais des ouvrages très-doux.
- 88. Les moules des fondeurs ordinaires en fable font maintenus par des chaffis de bois; fi on voulait extrêmement chauffer les moules, on brûlerait les chaffis ; j’en fis faire de fer, & j’avais propofé autrefois d’en faire de tels par rapport à d’autres avantages. Je pus hardiment faire entourer les moules de charbons rouges ; je les fis fécher eux-mêmes jufqu’à ce qu’ils euiîènt rougi. Dans ces moules rouges, je fis verfer de la fonte douce ; je laiflai refroidir le moule avant de la retirer ; & je trouvai, comme je l’avais efpéré, des ouvrages très-bien venus , & parfaitement limables. Dans toutes les expériences que j’ai répétées, cette méthode a eu le même fuccès. Elle réuffira toujours pourvu que les moules aient le degré de chaleur que la fonte demande.
- 89. Il eft donc certain que la fonte qui eût été douce & grife, fi elle eût été coulée dans un moule chaud à un certain degré, devient de la fonte blanche
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- 8c intraitable, fi elle eft coulée dans un-moule moins chaud, où elle Te fige plus promptement. Ainfi il paraît qu’en général de la fonte blanche eft de la fonte trempée ; c’eft une nouvelle idée qui demanderai être plus développée. Remarquons encore que la parfaite analogie qui eft entre nos fontes refroidies plus ou moins lentement,eft entre les aciers trempés.Si on trempe le même acier fucceffivement après lui avoir fait prendre différais degrés de chaleur, il fera d’autant plus dur & plus blanc qu’il aura été trempé plus chaud ; il fera gris , & un peu limabie , s’il avait peu de chaleur lorfqu’il a été trempé.
- 90. Il nous refte pourtant à lever quelques difficultés fondées fur des expériences quife trouvent au commencement de ce mémoire. Ces expériences m’ont d’abord empêché de reconnaître que c’était aune forte de trempe que la fonte jetée en moule devait fa dureté ; & elles pourraient encore faire peine à d’autres, malgré les derniers éclaircilTemens. Nous avons vu que de la fonte ver-fée dans un creufet froid , de la fonte jetée fur du fable froid & même humide , eft reftée grife & douce: là elle ne s’eft point trempée; comment arrive -t-il qu’elle fe trempe dans un moule chaud ? Pour en appercevoir la caufe , faifons attention que la fonte coulée fur une couche de fable , fur une plaque de terre, n’eft touchée par ces matières que d’un côté ; ailleurs elle eft environnée d’air qui ayant peu de denfité , n’eft pas capable de faire une impreffion alfez fubite fur notre fonte : nous favons que le mercure trempe bien plus efficacement que l’eau , parce qu’il a plus de folidité. L’eau qui a plus de folidité que l’air, trempe confidérablement, pendant que l’air ne trempe point: un morceau de fer eft du tems à perdre la couleur que le feu lui a donnée, fi 011 le lailfe refroidir à l’air ; & il la perd vite, fi on le plonge dans l’eau.
- 91. La fonte douce qui a été coulée fur une fimple couche de fable , ayant une partie confidérable de fa furface qui n’eft touchée que par l’air qui prend bientôt un degré de chaleur approchant de celui de la fonte, n’eft donc pas en rifque d’être trempée,au moins de tous les côtés où l’air l’environne ; fi elle pouvait l’être , ce ferait feulement du côté qui touche le fable ou la terre: aulfi eft-elle plus dure de ce côté-là que de l’autre, & quelquefois y eft-elle trempée: mais il peut arriver, & il arrive fouvent , qu’elle ne fe trempe pas même de ce côté - là. Chauffez de l’acier trempé, & vous le détremperez. La furface de la fonte qui a touché le fàble, fe trouve peut-être trempée dans le premierinftant ; mais concevons qu’enfuite elle a donné au fable qui l’a trempée, un certain degré de chaleur qui le mettrait hors d’état de tremper une fécondé fois la furface contre laquelle il eft appliqué, fi cette furface fe trouvait détrempée fur-le-champ par un violent degré de chaleur qui lui ferait communiqué : l’intérieur de la fonte communique ce degré de chaleur; il détrempe cette furface qui a d’abord été trempée, par l’attouchement du fable , & elle refte détrempée , ou ce qui eft la même chofe ,
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- doues, parcs que le fable n’eft plus en état de la tremper. Pour avoir urrexemple très-fenfible de tout ceci, on n’a qu’à plonger dans i’eau froide un morceau de fer tout rouge, & l’en retirer dès qu’il fera devenu noir, ou peu après : dans l’inftant qu’il en fera fort!, on pourra le toucher fans rifque de fe brûler; mais bientôt il n’en fera plus de môme: la chaleur que le centre a confervée fe communique de proche en proche ; bientôt la furface qui était froide lorfqu’elle a été tirée de l’eau , fe trouve très - chaude.
- 92. Quand nous regardions (a) les fontes blanches comme plus affinées que les grifes, c’était un phénomène embarraflant que de voir fortir d’un môme moule des ouvrages dont l’intérieur était gris , & dont les premières couches étaient blanches , de trouver condamnaent que tout ce qui était moulé mince, que tout ce qui avait rempli les évents du moule , était de la fonte parfaitement blanche, pendant qu’il s’eu trouvait de la grife mêlée dans les gros jets. Pour en rendre raifon , nous imaginions que la fonte d’un même creufet était inégalement affinée , ce qui eft très - poflible ; mais quand nous venions à faire occuper précifément certaines places à la fonte blanche , à la fonte que nous regardions comme la plus affinée, l’explication de ce fait devenait forcée : nous pouvons lui en fubftituer une très - naturelle. Quelquefois toute la furface d’une piece fe trouve blanche & dure , pendant que l’intérieur eft gris & doux , parce que la furface extérieure a feule pu être trempée ; la même chofe arriverait à une barre d’acier épailTe qui ferait trempée médiocrement chaude ; l’intérieur de cette barre ne prendrait pas de dureté par la trempe ; ce qui a été moulé mince fera blanc dans toute fon épaiffeur , parce que la trempe a pénétré jufqu’au centre de ces pièces minces. Le jet, & fur-tout la partie du jet la plus proche de l’ouverture, fera plus fouvent grife & douce que ne le feraient des parties de même épaiflèur renfermées dans le moule , parce que le jet du côté de l’ouverture du moule 11’eft touché que par i’air qui 11e peut pas autant pour le tremper que peut le fable. De là fe tire naturellement une conféquence qui eft une réglé pour la pratique de notre agt. A fonte égale, plus les pièces qu’on veut jeter en fer font minces, & plus elles exigent que le moule foit chaud. Au contraire , des pièces épaiffes peuvent fortir douces d’un moule médiocrement chaud. Cela arrivera à des pièces qui font très-épaiiTes , autant &plus que 11e le font des marteaux de porte.
- 93. Les pièces qui feront refroidies dans le moule même, n’en peuvent être que plus douces. Je ne vois pourtant nul inconvénient à les en tirer encore très - chaudes & même rouges ; l’air ordinaire, qui ne trempe pas de la fonte pendant qu’elle eh fluide , la trempera beaucoup quand elle aura pris une grande coniiftance.
- (a) Première édition de cet art.
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- 94. Puisque la fonte grife, dès qu’elle eft trempée, devient de la fonte blanche , il femble que les didinétions que nous avons faites jufqu’ici de ces fontes doivent s’évanouir ; que le blanc & le gris , le dur & le doux ne font que des termes qui expriment les qualités de la fonte en deux états différens , tels que ceux de l’acièr trempé & de l’acier non trempé : il femblerait même que tout ce que nous avons prefcrit pour adoucir la fonte avant de la mettre en fufion , devient inutile 5 car la fonte en fufion eft de la fonte bien détrempée : ficela eft, pour la couler douce, il iuffit de la couler dans des moules affez chauds. Cependant nos différences entre les efpeces de fontes n’en fubfif. tent pas moins 3 le choix des fontes, on les adouciffemens de celles qui ne font pas douces , 11e laiiferont pas d’être néceflaires. Enfin , quoique les noms de fontes blanches , ou de fontes grifes, foient devenus un peu plus équivoques , nous le&retiendrons , & nous devons les retenir pour défigner des efpeces réellement différentes entr’elles. Nos recherches, pour rendre la fonte propre à être coulée douce, nous ont fait voir cent & cent fois qu’il y a telle fonte en bain, qui étant tirée du creufet dans une cuiller rouge , ou étant verfée dans un creufet froid , & même à terre , enfin par - tout ailleurs que dans un moule , eft grife & douce. Il y a au contraire des fontes qui dans les mêmes circonftances font blanches & dures, & tout le travail des premiers mémoires de cette partie a eu pour objet de procurer des fontes de la première efpece 3 donc il y en a de réellement différentes par la difpofîtion qu’elles ont à devenir plus dures.
- 95. Je n’examine point actuellement la fource de cette différence : il nous furfit de favoir que celles qui n’auraient pu fortir du creufet que blanches, en fortiront grifes lorfqu’elles auront été recuites 3 que les fontes au contraire, qui auront été coulées grifes, fortiront blanches fl elles font tenues trop long-tems au feu. Nous ajouterons pourtant qu’au moyen de moules bien chauffés, il y a des fontes de bonne qualité qui pourront être coulées douces dans les moules fans avoir befoin même d’être fondues avec nos poudres de charbon & d’os. Niais revenons au cara&ere de nos fontes , & à la preuve de ce que nous venons de dire à l’avantage de quelques-unes.
- 96. Il eft vrai qu’en général toute fonte qui ne fera pas trempée peut être douce 3 mais il eft vrai auffi qu’il y a des fontes qui ont une difpofition beaucoup plus grande que les autres à prendre la trempe, & qu’il y en a qu’il eft prefqu’impolTSble de ne pas tremper. En voici des preuves inconteftables. j’ai fait fondre de la fonte grife dans un creufet fans addition d’aucune des matières employées ailleurs pour conferver grifes celles qui le font: quand elle a été eu fufion, on a arrêté le mouvement du foufflet 3 mais on n’a pas retiré le creufet du feu 3 mon intention était que la fonte s’y refroidit par degrés infenfibles , afin qu’elle prit confiftance fans fe tremper. Aulfi l’ai- je
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- trouvée douce , comme je m’y étais attendu. J’ai traité précifément de la même maniéré de la fonte blanche mife dans un autre creufet. Quand elle a été refroidie, je l’ai trouvée un peu grife, mais bien moins grife & bien moins douce que la première.
- 97. Dans une autre épreuve, j’ai fait chauffer enfuite un fécond creufet prefque blanc ; j’ai verfé dans ce fécond creufet la fonte qui était fluide dans l’autre. Cette fonte qui n’avait fait que changer de creufet, qui en avait rencontré un prefqu’aufîi chaud que celui qu’elle avait quitté, a été trouvée de la fonte très - blanche. Il y a plus : la difpofition à prendre la trempe eft fl grande dans quelques fontes blanches, que quoiqu’on les laide refroidir dans le creufet même où elles ont été fondues , fans retirer ce creufet du milieu des charbons , elles ne laiffent pas de fe tremper. Afin qu’elles fe confervent douces dans le creufet, il faut pouffer l’attention jufqu’à diminuer par degrés infenfibles le nombre & la force des coups de foufflet. J’en ai trouvé qui fe font rendurcies dans le creufet, parce que cette diminution de l’adion du Ibufflet n’avait pas été faite affez imperceptiblement.
- 9g. On ne fera pas furpris , malgré la difpofition que la fonte a à fe tremper, qu’il y ait des tems où les fourneaux à mine en donnent de grife , & que d’autres la donnent toujours telle. Elle fort de ce fourneau par une grande ouverture. Le jet, ou plutôt le courant, eft confidérable lorfqu’on la moule en gueufe s la maffe pefe fouventplus de deux milliers, & une de fes plus larges faces n’eft touchée que par l’air : elle n’eft donc pas refroidie affez fubitement. Vingt - quatre heures après qu’une gueufe a été coulée , fi on l’a laiffée dans le fable , elle eft quelquefois fi chaude qu’elle brûlerait les fouliers.
- 99. Une réglé importante pour le choix des fontes qu’on veut couler douces , fe tire dire&ement des remarques précédentes. Quand on veut acheter de la fonte à couleur & grainure égales , on préférera celle qui fera moulée le plus mince. Il eft certain que c’eft celle qui, par fa nature , eft la plus douce : celle qui parait aufii grife étant épaiffe , ferait peut - être abfo-lument blanche , fi elle eût été coulée mince.
- ïoo. Il eft extrêmement nécèflaire de fondre delà fonte douce, & d’em-pècher que pendant que la fonte grife eft en fufion , elle ne fe change en fonte blanche ; mais on regarde encore comme une réglé, que plus la fonte fera douce, & moins elle demandera que le moule où elle doit être coulé foit chaud.
- 101. Que l’ufage des chaffis de fer ne paraiffe pas un obftacle à cette nouvelle méthode. Ils ont des avantages fur ceux de bois, qui même nous ont engagés à en confeiller l’ufage dans un tems ou nous ne fongions pas a couler de la fonte douce. Plus un moule eft chaud , plus Ja matière qui entre dans ce moule conferve fa fluidité, plus cette matière s’y moule par-
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- fortement. Les traits des ouvrages moulés dans des ’chaflis de fer feront donc plus vifs que .ceux des ouvrages moulés dans des chaiîîs de bois, puif-qu’il eft aifé de tenir ces derniers moules plus chauds : les ouvrages qui en fortiront, coûteront moins à réparer.
- 102. Nous avons dit qu’il y a des précautions à prendre pour empêcher les pièces minces de fe calfer dans les moules. Toutes ces précau-tions ne feront plus nécelîaires : dès que le moule aura un degré de chaleur confidérable, l’ouvrage fe refroidira peu à peu dans ce moule , comme s’il était mis dans un four chaud.
- 103. Souvent des pièces fortent du ' moule avec des foufflures qui les rendent inutiles ou très - défedtueufes. L’air qui s’eft trouvé renfermé quelque part, en eft la caufe principale 5 le peu de fluidité du métal en eft une autre. Quand les moules feront extrêmement chauds, ils contiendront moins d’air, un air qui aura plus de difpofition à s’échapper ; & le fluide métallique fera fixé plus tard.
- 104. Les chaflis de fer, fuflent-ils confidérablement plus chers que ceux de bois , on ferait dédommagé avec ufure de ce qu’ils auraient coûté de plus, parce qu’on aurait moins d’ouvrages défectueux, & qu’entre les ouvrages fortis des uns & des autres fans défauts fenlibles , ceux qui feront for-tis des moules de fer feraient toujours plus parfaits. Mais d’ailleurs, quoique le chaflis de fer foit plus cher de premier achat, il y a de l’épargne à s’en fervir , parce que celui de bois n’eft pas de longue durée, la traverfe de ces derniers chaflis qui eft du côté du jet eft bientôt brûlée j elle s’enflamme chaque fois qu’on coule du métal : on éteint le feu le plus tôt qu’il eft poflible * mais elles fe brûlent toujours au point de ne pouvoir être de longue durée.
- 10v Quelques fondeurs même ayant fait attention depuis peu combien il leur en coûtait en chaflis , y ont fait mettre la traverfe de fer : voilà déjà un quart du chemin que nous voulons faire, qui fe trouve fait.
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- Des chajjis de fer propres aux différentes efpeces de moules : comment on peut empêcher qu'il ne fe forme des toiles épaiffes dans les moules : comment on tient enfemble les deux moitiés dont ils font compofés.
- 106. 3Les obftacles qui peuvent empêcher les ouvrages de fer de fortir limables des moules, ont été levés. Les principes généraux ont été établis5
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- mais ii refte à voir comment on réduira en pratique ces mêmes principes commodément & fûrement. Nous nous trouvons néceffairement engagés à avoir recours à bien des manœuvres nouvelles , & ces manœuvres n’ont pas été ce qu’il y a eu de moins rebutant à chercher. Il y en a plufieurs dont on n’a pu s’inftruire que par le travail en grand , où les expériences font cheres & difficiles à répéter.
- 107. DÈS le premier pas, le nouvel art demande que nous nous écartions de l’art des autres fondeurs. Ceux qui moulent en fable font leurs moules dans des chaffis de bois, & le nôtre ne veut que des chaffis de fer. On fait que les moules en fable font ordinairement compofés de deux maffes de fable égales, dans chacune defquelles une partie du modèle eft imprimée en creux. Ce fable eft gras -, il a quelque confiftance : cependant il n’en aurait pas alfez pour fe foutenir feul ; mais il fe foutient à l’aide des chaffis. Quand on veut mouler une piece , 011 pofe le chaffis fur une planche de bois ; il forme avec cette planche une efpece de boite à qui il manque le défi us. On remplit alors ce chaffis de fable , dans lequel on enterre en partie le modèle. Enfuite ou preffe le fable , ou le bat avec des maillets ; à force de coups, on le durcit le plus qu’il eft pofîible , & aidez pour que le modèle étant retiré , l’impreffion qu’il y a laiffée fe conferve, & pour que le chaffis étant ôté de deifus la planche qui lui fervait de fupport, le ftbley refte attaché en quelque pofition que le chaffis foit mis. Nous ne nous arrêterons point à décrire comment on remplit le fécond chaffis qui doit faire la fécondé moitié du moule : ce ferait s’engager dans la defcription de l’art du mouleur. Il nous fuffit qu’on fe repréfente le moule compofé de deux maffes de fable à peu près égales, appliquées l’une contre l’autre, & que le fable de chacune de ces maffes eft foutenu par fa preffion & fon frottement contre les côtés du chaffis.
- 108. La forme de ceux de bois eft redaugle; deux des pièces qui le compofent font appellées les traverfes, & les deux autres Us rnontans. Les montans font plus longs que les traverfes, non-feulement parce qu’ils forment les plus longs côtés de l’intérieur du chaffis, mais encore parce que leurs bouts ont environ un pouce & demi de faillie par-delà les traverfes : ces bouts font des poignées qui donnent prife au mouleur. La face de chaque traverie qui eft dans l’intérieur du chaffis, eft affez groffiérement creufée en efpece de gouttière : le fable en eft mieux retenu. Au refte, on en fait de toutes grandeurs & épaiifeurs , félon les ouvrages auxquels on les deftine.
- 109. Ceux de fer demanderont moins d’épaiffeurj leur matière eft bien autrement en état de réfifter. Je les ai fait faire d’abord minces, c’eft-à-dire, d’un fer qui n’avait que trois à quatre lignes. J’appréhendais que leur poids 11e rebutât les mouleurs j mais dans la fuite, tous ceux de grandeur commune ont été faits de fer qui a environ fept lignes d’épailfeur : leur poids
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- rt’a pas paru auffi incommode que je l’avais craint. Dans l’effentiel, ils ns, different point de ceux de bois par leur figure ; elle montre fuffifamment à tout ferrurier comment doivent être affemblées les barres de fer plat dont on les formera, & il ne s’avifera pas dscr^ifer dans les faces intérieures des montans les rainures ou gouttières qui^Kmt dans ceux de bois ; ce ferait lui ouvrage long; il fera fimple en aboutiffant ou eftampant à chaud chacune de ces pièces : des chaffis qui ne feraient deftinés qu’à mouler des ouvrages très-minces , peuvent même n’avoir point de ces rainures.
- no. Ce qui eft encore plus fimple que les rainures, & ce qui équivaut* c’eft d’attacher tout le long du milieu de chaque montant une verge de fer, telle qu’efit ie fenton ordinaire. Il n’importe, pour retenir le fable, qu’il aille s’engrener dans des creux du moule , ou qu’au contraire ce moule ait des parties l’aillantes qui aillent s’engrener dans ce fable. Ce fera aufiî la pratique qu’on fuivra pour tous les moules d’une grandeur extraordinaire ; on rivert de pareilles verges de fer aux traverfes de ceux-ci. Dans ceux qui fervent à mouler des panneaux de balcons ou des balcons entiers, & dans les autres grands challis , outre les tringles dont nous venons de parler, il en faut mettre d’autres parallèles aux traverfes des bouts,& cela de diftance en diftance: on fe reprérente aifément comment elles doivent être difpofées. Une mafle de fable de cinq à fix pieds de longueur aurait peine à fe foutenir pendant qu’on retourne le chaffis. Au moyen de ces tringles, ce grand moule eft dans le cas d’un de pareille hauteur, qui n’aurait que douze à quinze pouces de largeur j les traverfes qui le foutiennent d’efpace en efpace, font un effet équivalent à une divifion réelle du chaffis en plufieurs parties.
- iii. Si nous n’avions à chauffer les chaffis de fer qu’autant qu’on a chauffé ceux de bois, la forme des uns & des autres relierait abfolument femblable, à la différence d’épailfeur près. Mais le grand degré de chaleur qu’ont à foutenir ceux de fer, produit un mauvais effet , auquel il a fallu chercher un remede dans leur forme même. Les fondeurs ordinaires favent ce que c’eft que trouver des toiles dans un moule; ils donnent ce nom à des feuilles de métal très-minces, qui s’y moulent contre leur intention. Ces toiles ou feuilles minces fe rencontrent entre les deux principales parties, dont le moule a été compofé, & aufti entre les pièces de rapport qu’on y a fait entrer. Quoiqu’on ait pris foin de bien appliquer ces parties les unes contre les autres, comme elles font couvertes de poudre de charbon, ou de quelqu’autre poudre fine, jamais l’union n’y eft auffi parfaite que dans les autres endroits ; du fable gras s’attache mieux contre de pareil fable gras , que contre de la poudre d’une autre efpece. Ainfi les parties rappliquées les unes fur les autres font plus ailées à féparer , & laiffent actuellement entr’elles de petits vuides. Ces vuides' s’augmentent lorfque le métal fluide
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- «rître dans le moule : outre que l’effort de fa chute tend à écarter les parois qui le contiennent, l’air qu’il raréfie tend encore à produire cet effet : les parties rapportées les unes fur les autres fe fépareront donc un peu. Le moule qui reçoit le métal eft à la vérit.^gèné dans une prefle ; elle s’oppofe à cet écartement qu’elle ne faurait rendw totalement nul ; le métal qui s’introduit dans ces petits vuides, s’v moule, comme il fe moule dans les creux qui lui ont été préparés ; mais il n’y prend que la forme d’une feuille mince ou d’une toile: cette toile, aifée à calfer ou à emporter avec la lime, défigure peu *l’ouvrage, & même n’y produit aucune altération fenfible.
- 112. Dans nos moules à chaffis de fer , qui ont été chauffés, il fe forme des toiles d’une autre conféquence que celle dont nous venons de parler. J’en ai vu même dans de petits moules, qui avaient plus de deux lignes d’épaif-ièur. De pareilles toiles font à évicer,par bien des raifons -.elles font difficiles à détacher ; elles défigurent les endroits fur lefquels elles fe trouvent; elles obligent à verfer dans le moule plus de fonte qu’on n’y en verferait: enfin les diamètres des ouvrages font augmentés de toute l’épaiffeur qu’a la toile dans les endroits où elle leur eft contiguë ; & ces toiles étant de différentes épaiffeurs en différens endroits , l’ouvrage n’a plus fes juftes proportions. Un rouleau qui aurait dû fortir du moule parfaitement rond, en fort oval : la même chofe arriverait à une vis, à un écrou.
- 113. Le feu produit dans les matières de nos moules deux effets oppofés, qui concourent à augmenter l’épaiffeur de la toile. Il n’eft point de preffion affez violente pour empêcher qu’un métal qui s’échauffe ne fe dilate ; nos deux chafîis appliqués l’un contre l’autre ne (auraient devenir rouges, fans acquérir en tout feus une augmentation de volume. La largeur de chacune des bandes dont ils font faits, ou, ce qui eft la même chofe, l’épailfeur du moule devient donc plus grande. Chacun de ces chaffis eft rempli de fable ; fuppofons , pour un inftant feulement, que la chaleur ne produit aucun changement dans le volume de fable ; & fouvenons-nous que les furfaces intérieures du fable de chaque chaffis font féparées par une couche de poudre de charbon mince à la vérité, mais qui toujours les empêche de fe toucher. Chaque maffe de fable,fuivra fon chaffis; car les frottemens fuffifent pour l’entraîner : elles vont donc fe féparer l’une de l’autre ; elles laifferont entr’elles un vuide.
- 114. Mais le fable qui remplit les chaftls y a été rnis humide : au lieu d’acquérir du volume en s’échauffant, il en a perdu; ce dont le diamètre de chaque grain s’étend ne remplace pas dans la malle ce qu’elle perd par l’eau qui s’eft évaporée. La diminution du volume du fable & l’accroi fie ment de celui du fer contribuent donc à augmenter le vuide du milieu du moule, & généralement à produire des vuides entre toutes les pièces de rapport.
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- rif. Pour empêcher de pareils vuides de fe former, j’ai cherché à empêcher non-feulement ces deux caufes de concourir à leur production, mais de plus à faire enforte que l’une tendit à réparer l’effet de l’autre : le moyeu m’en a paru fimple. Au lieu que les chalîis ordinaires (ont égaux appliqués l’un fur l’autre, & qu’ainfi ils s’arcboutent nécelfairement , faifons-les de différentes grandeurs, que l’un puiffe entrer dans l’autre , comme le corps d’une boite entre dans fou couvercle; & que quand on les ajufte, on ne les faffe pas autant entrer l’un dans l’autre qu’on le pourrait. Cela fuppofé, qu’on conçoive cet affemblage de chaffis pofé verticalement & gêné dans une preife, ou de quelqu’autre maniéré équivalente. Quand les deux chalîis en fe chauffant chercheraient chacun à s’étendre , comme ils font chacun appuyés d’un côté, & que de l’autre ils ne le font point ou le font peu, ce n’eff que vers ce dernier côté qu’ils s’étendront. Ils trouveraient incomparablement plus de difficulté à avancer vers la preffe, à l’écarter, qu’ils n’en trouvent à s’emboîter davantage ; ils fe mettront plus en recouvrement. Par conféquent, l’effet de leur augmentation de volume fera tel que tous deux tendront réciproquement à rapprocher continuellement l’une de l’autre les furfaces intérieures du fable, celles qui ont été poudrées de poudre de charbon.
- il 6. Les épreuves que j’ai faites de cette conftru&ion des chalîis m’ont convaincu de la jufteffe du raifonnement qui m’avait conduit à y avoir recours. Par cet expédient, j’ai fouvent empêché totalement la production des toiles ; ou s’il s’y en eft formé, elles ont été minces & telles que celles que les fondeurs ordinaires ne manquent guere de trouver. Pour produire librement cet effet, il fuffît que le plus grand chalîis foit en recouvrement fur l’autre d’environ trois lignes. Mais quand on les remplit l’un & l’autre de fable, on prendra garde d’empêcher qu’ils ne s’emboîtent autant qu’ils peuvent s’emboîter. Le plus petit eft celui qu’on remplit le premier. Eft - il plein ? on pofe l’autre deffus , pour le remplir à fou tour. Mais il faut plus que remplir le premier, c’eft-à-dire, y élever aifez le fable pour que l’autre recouvre fes bords d’environ une ligne & demie de moins qu’il ne peut le recouvrir. Cela eft fi aifé dans la pratique , que je négligerai de rapporter les petits expédiens que j’avais indiqués pour y réuflîr toujours fûrement, comme on a négligé de s’en fervir.
- 117. Un des avantages encore de cette difpofition des chaffis, eft que les deux parties du moule en font moins en rifque d’être ébranlées. Tout ébranlement, tout mouvement d’un chaffis qui ne fe fait point dans l’autre, peut déranger le moule. Dans la pratique ordinaire, un des chaffis de bois a trois goujons ou chevilles qui entrent dans trois trous percés dans l’autre. Ces trous & ces chevilles font qu’on rapporte exactement les chaffis l’un fur l’autre , & contribuent à les maintenir en place. L’emboîtement des nôtres Tome XV, F f
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- les maintient encore plus fûrement, & ferait plus que fuftifant, fi la fuite de notre travail permettait de les mettre dans une preffe dès qu’ils font fermés , comme on y met ceux à chaflis de bois : mais nos opérations ne nous permettent pas même de nous fervir des prelfes ordinaires.
- i ig. Dès que le moule eft fermé, c’eft-à-dire, dès que fes deux moitiés font appliquées l’une contre l’autre, il faut les empêcher de pouvoir fe féparer. Le moyen dont on s’eft fervi pendant quelque tems, a été de lier avec du fil de fer le bout de chaque montant du chaflis fupérieur avec celui du montant du chaflis inférieur qui lui correfpond. Cette méthode que les ouvriers trouvaient commode & fûre, me déplaifait par fa longueur & par la confommation du fil de fer; car celui qu’on employait pour chaque lien, qui était d’un grand nombre de tours, était perdu : il avait à foutenir un feu qui le brûlait.
- 119., On maintenait encore ces chaflis parle milieu, au moyen de deux chevilles de fer, dont chacune était rivée contre le milieu d’un montant, & entrait dans un piton rivé de même contre le chaflis inférieur. Les chevilles étaient percées d’un trou qui fe trouvait au-delfous du piton ; une clavette étant engagée dans le trou , la cheville ne pouvait plus fortir : mais ces chevilles , avec leurs pitons, n’avaient pas alfez de folidité.
- 120. En quelques circonftances 011 a employé des brides qui embralfaient enfemble les deux bouts des montans que nous avons vu lier ci-deflus avec du fil de fer : on en a même employé qui embralfaient tout le moule, & il y a des cas où on doit encore y recourir. Mais ce que j’ai trouvé de mieux pour les cas ordinaires pour tous les petits chaflis, c’eft de les arrêter au moyen d’efpeces de charnières. On peut n’en mettre que deux à chaque moule, y en mettre trois & même quatre à cinq, félon que fa grandeur l’exigera. Cette efpece de charnière eft alfez femblable à quelques fermoirs de livres. Elle eft compofée de trois charnons ; une plaque feule rivée contre un des chaflis fournit deux des charnons, & une autre plaque rivée fur l’autre chaflis fournit l’autre, qui doit fe placer entre les deux précédentes. Au lieu que les charnons ordinaires font enfilés par un fil de métal, ceux-ci doivent laitier palfer une clavette plate, mais qui fe termine en pointe. Le charnon du milieu n’avance entre les deux autres, qu’autant qu’il y eft forcé par cette clavette qui gêne en même tems les chaflis.
- 121. L’emboîtement de nos chaflis eft un bon moyen pour empêcher les toiles de fe former dans les moules de grandeur commune. Mais je ne l’ai plus trouvé capable de produire le même effet , quand j’en fuis venu à Dire jeter de grands ouvrages plats, comme des balcons de quatre pieds & demi ou de cinq pieds. Ces grandes pièces doivent être percées à jour, & extrêmement percées ; c’eft ce qui leur donne un air de légéreté qu’011 leur aime. On
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- avait eu foin! que les modèles fuffent dans ce goût. Néanmoins les premiers balcons qui furent jetés fe trouvèrent tous pleins ; les intervalles qui devaient relier entre les ornemens étaient occupés par de maitrelfes toiles j elles avaient communément l’épailfeur du petit doigt, & fouvent davantage. On aurait eu bien de la befogne , s’il eût fallu évuider tout ce qui demandait à l’être. Enfin, ces balcons avaient par - tout une épail'feur confidérablement plus grande que celle du modèle. L’augmentation du volume du fer des chaffis n’était point ici la caufe de cette augmentation du vuide de l’intérieur du moules le delféchement du fable ne pouvait pas'mon plus aller jufques là -, mais il me parut' qu’il était produit principalement par la fonte qui entrait dans un moule pofé à plomb, que fa charge agiifait puilfamment pour écarter l’une de l’autre les deux épaifleurs du fable. Nous verrons dans la fuite comme on remédie en partie à l’effort de cette charge , en donnant au moule une pofition fort inclinée. Mais ce qu’il y a de plus efficace, & ce qui l’eft indépendamment de toute pofition , c’eîl d’aflujettir , comme je fis faire , les deux parties du moule l’une contre l’autre en différens endroits , par de fortes vis. Alors le grand moule fe trouvait tel que s’il eût été réellement partagé en plufieurs petits. Les balcons , & généralement toutes les pièces à jour , nous permettent de nous fervir de cet expédient. On marque fur le moule fix ou huit endroits, plus ou moins à volonté, vis-à-vis des endroits où il eft plein, c’eft-à-dire , dans ceux qui doivent refter vuides dans l’ouvrage : là on le perce de part en part d’un trou capable de laiffer palfer un boulon , dont un bouteft en vis > ces boulons fe trouvent efpacés également, ou avec l’inégalité qu’il convient pour réfifter proportionnellement à l’elfort de la fonte. La tète de chaque boulon s’appuie immédiatement fur une plaque de fer de cinq à fix pouces en quarré , & de l’épailfeur de quelques lignes , qui eft percée au milieu d’un trou qu’on pofe fur celui du moule où l’on veut faire palfer le boulon. Sur l’ouverture du trou du moule qui eft du côté oppofé, eft. une pareille plaque, au travers de laquelle le boulon pafle : ainfi il eft aifé devoir qu’avec un écrou on va gêner en cet endroit , & fur une étendue de fix pouces en quarré , les deux parties du moule l’une contre l’autre , & de même dans tous les endroits qui font traverfés par les boulons.
- t 22. Il y a pourtant encore une petite méchanique à obferver dans la dif-pofition de ces boulons. Leur longueur eft telle que les filets de leur vis les plus proches de leur tète fe trouvent éloignés de plus de fixàfept pouces de la furface du moule > & cela afin que l’écrou 11e preffe pas immédiatement la plaque : elle en eft éloignée des fix à fept pouces dont nous venons de parler. On faitpaffer cette partie du boulon dans un canon de fer ; & c’eft en ferrant ce canon , que l’écrou ferre la plaque de fer & le moule. La raifon de cette difpofition ne peut être bien entendue que lorfque nous verrons comment on
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- chauffe les moules ; elle fert à ménager les filets des vis ; elle empêche qu’ils ne fe trouvent dans le Feu pendant qu’il agit fur les moules ; enfin elle donne la facilité de preffer ,de rapprocher les unes contre les autres les parties- d’un moule qui eft au milieu d’un brader.
- 123. Des moules encore d’une grandeur confidérable font ceux de ces grands vafes chargés d’ornemens comme ceux de bronze , & deftinés de même à l’embellifîèment des jardins : outre le prix de la matière, ceux de bronze font chers , parce qu’on les moule ordinairement en cire perdue. Nous avons cherché à faire mouler ceux de fer en des chaffis , comme on y moule tant d’autres ouvrages. Ces chaffis font un objet de dépenfe : fi leur conftruction 11e différé de celle des autres qu’autant que la forme des vafes ledemar.de, alors ils doivent être faits d’un fer dont la largeur excede au moins de trois pouces le plus grand demi-diamètre du vafe : cette largeur pourtant ne leur eit pas néceffaire fur toute leur longueur ; les vafes ont plus de diamètre à leur embouchure, ou un peu au - delfous , que vers leur pied. On fera forger le fer de façon qu’il foit plus étroit à un de fes bouts qu’à l’autre , dans la proportion que les différences du plus grand & du plus petit diamètre du vafe le peuvent permettre ; les traverfes qui aifembleront les deux montans du chaffis feront auffi inégales que la même proportion : au lieu que les autres moules1 font des paralléiipipedes , ceux-ci font des pyramides tronquées à bafe re&angle.
- 124. Au lieu d’employer du fer fi large qui coûte cher à forger , on peut en employer de la moitié plus étroit. Deux pièces affemblées comme le font celles de divers ouvrages de tôle & celles des grandes chaudières de cuivre.., tiendront lieu d’une piece double. Mais ce qui m’a paru de mieux pour ces fortes de chaffis que les premières dont on a fait ufage, c’eft de ne point s’embarraifer de les faire pleins ; on les fera à jour comme des grilles; on les compofera de forts montans aflemblés d’efpace en efpace p,ar des traverfes. J’avais appréhendé que cette conftruction ne permît pas de bien battre le fable des moules, qu’il ne s’échappât fous les coups de maillets; mais raboteux, tenace & comme il eft , il foutient l’effort dans la preffion verticale, fans prefque s’écarter horizontalement : auffi 11’a-t- on point eu befoin de fe fer-vir du remede que j’avais donné pour empêcher le fable de fuir. Il confiftait à appliquer & affujettir contre les côtés du chaffis , des planches de bois , comme on y en met une delfous , pendant qu’on y moule l’ouvrage. Heureu-fement que les toiles ne font pas à craindre dans ces fortes de moules, comme .dans ceux des balcons ; il ne ferait pas auffi aifé de les affujettir avec des vis : il fuffit de les bien lier avec de bonnes brides. Celles qu’on emploie font fortes , elles ne demandent pas grande façon : ce n’eft qu’un morceau de fer recourbé à chaque bout.
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- /?£$ fourneaux propres à chauffer ou recuire les moules de fable ; comment il faut recuire les moules de terre, & /æj mettre en état des recuits.
- I2f. Nous avons vu que rien ne contribue plus à la bonne ou à la mau-vaife réuffite de nos ouvrages , que le degré de chaleur des moules. De la fonte excellente deviendra dure , fi elle entre dans un moule peu chaud ; & de la fonte très - médiocre , reçue dans un moule extrêmement chaud , fe trouvera limable. Quoique de chauffer des moules foit en apparence une opération aflez fimple , elle ne l’eft plus autant quand on veut en venir à la pratique, quand on a à chauffer une grande quantité de moules à la fois, qu’on a à en chauffer de toutes figures & de toutes grandeurs : un moule feul à chauffer offrirait des difficultés. Malgré les différentes maniérés dont nous avons aflùjetti les chaffis enfemble,le feu n’agira pas long-tems déifias fans les faire tourmenter. Ils s’entr’ouvriront en quelques endroits , par où ils bifferont échapper la fonte qu’ils devraient retenir. C’eft ce qui m’eft arrivé dans mes premiers effais , & qui n’arriverait point fi nous pouvions mettre nos moules dans des prefles , comme les fondeurs ordinaires mettent les leurs. Ici, il nous les faudrait de fer > mais elles ne pourraient être bonnes que pour qui voudrait jeter quelques pièces par curiofité, & fans s’embar-raffer des frais : elles ne fauraient être d’ufage dans un travail continu & varié. La feule vue qui me parut être à fuivre , fut celle d’avoir des four-neaux où l’on chauffât à la fois un grand nombre de moules , & où ils fulfent ferrés comme dans une efpece de preife.
- 126. L’intérieur du premier que j’imaginai de conftruire , était une cavité quarrée longue , entourée de murs de brique. Les moules y étaient pofés verticalement & appliqués les uns contre les autres , comme le font les livres rangés fur une tablette. Le premier touchait immédiatement un des bouts du fourneau ; le dernier était peu éloigné de l’abtre bout. Contre celle de ces faces qui en était le plus proche , on appliquait une plaque de fer fondu ou de fer forgé , qui lui était égale en dimenfions. Le peu d’efpac» qui reliait entre cette plaque & le bout du fourneau, était rempli par du fable détrempé & par des tuileaux qu’on faifait entrer à force. Ces tuileaux tenaient lieu de coins pour prefler enfèmble tous les moules les uns contre les autres. Entre cette file de moules & chaque côté du fourneau 9il reliait
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- un efpace d’environ deux pouces & demi, deftiné à recevoir le charbon : on les en recouvrait auffi par-delïus. On pouvait encore les chauffer par-def-fous ; les traverfes inférieures des moules n’étaient foutenues qu’en quelques endroits ; une grille de barres de fer pouvait leur fervir d’appui ; je leur en fis donner encore un d’une autre forme , en fai faut bâtir le long de chaque côté du fourneau une petite banquette, fur chacune defquelles portait une partie du moule : au - deffous de ces moules il reftait un efpace où l’on pouvait mettre , foit du bois , foit du charbon.
- 127. Cette difpofition eft iimple ; ce n’eft même que la /implicite qui m’a engagé d’en parler , parce qu’il y a des circonftances où l’on y pourra avoir recours : mais elle a fés inconvéniens ; de la faqon dont les moules y font chauffés, ils n’expofent chacun qu’une petite furface à l’aétion du feu. La chaleur a loin de toutes parts avant d’avoir gagné jufqu’au centre ; ainfi ils chauffent lentement : d’ailleurs les chailis feuls foutiennent l’aélion immédiate du feu , & s’en ufent plus vite.
- 128- C’est la pratique ordinaire des fondeurs, qui m’avait conduit à difi pofer ainfi les moules ; les preifes dans lefquelles ils mettent les leurs, les ferrent par-tout, & j’avais voulu que les miens le fulfent de même. Mais je penfai depuis , que la preffion pourrait bien 11’ètre néceffaire que pour maintenir les chaffis l’un contre l’autre ; que celle qui tombe fur le fable était inutile dans les petits moules ; que le fable même du moule celfe d’ètrë preffé fi on le fait chauffer jufqu’à un certain point ; car les chaffis s’étendent, & au contraire le fable qui a été mis humide dans le moule, en s’échauffant, fe retire ; loin d’acquérir du volume , il en perd : ainfi il ne tend nullement à fortir des chaffis : il n’a donc nul befoin d’y être maintenu. Le fable encore humide , comme il l’eft dans les moules des fondeurs ordinaires , ne réfuterait pas à l’impétuofité du liquide qu’on yverfe,au lieu que notre fable fe cuit & prend la confiftance des parois d’un creufet. L’expérience s’eff: accordée avec ce raifonnement ; les petits moules confervent parfaitement leur forme , pourvu que les chaffis , & pourvu même que trois de leurs côtés foient bien aifujettis les uns contre les autres.
- 129. Suivant cette idée , je fis conftruire un fourneau qui, comme ceux que nous avons employés à la converfion du fer en acier, ou à l’adouciffe-ment de la fonte, avait des couliifes verticales réfervées dans les faces intérieures de fes côtés: chacune de celles d’un côté était vis-à-vis une de celles de l’autre côté. Leur largeur était au moins égale à l’épaiffeur d’un moule; deux de ces coulifles enfemble iervaient à le maintenir. La diftance de l’une à l’autre était plus petite d’environ un pouce & demi que la largeur dw moule , & elles avaient chacune autant de hauteur c;ue ce moule ; ainfi étant pofé dans deux couliifes, leurs bords étaientrecouveirts de chaque côté
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- d’environ trois quarts de pouce. Le bas de ce même moule était reçu dans une troilieme coulilfe qui fervait de fond au fourneau. Elles étaient chacune plus larges qfle ce moule , afin qu’il s’y logeât fans peine 5 mais enfuite on remplirait avec de la terre & des tuileaux qu’on faifait entrer à force, les vui-des qui pouvaient y relier : ainfi trois des côtés du moule fe trouvaient gênés comme s’ils euflent été dans une preffe.
- 130. Un autre moule était femblablement pofé dans trois autres couliffes. La diftance entre celle-ci & les précédentes , ou , ce qui eft la même chofe , le vuide qui reftait entre les deux moules, était le foyer ou la cheminée où l’on mettait le charbon qui, étant allumé , échauffait une des faces de chaque moule. On ménageait dans les murs les ouvertures néceifaires pour donner entrée à l’air qui devait foufflerfur les charbons. On peut alonger à volonté lin tel fourneau , & p[ar conféquent le rendre capable de contenir telle quantité de moules qu’011 voudra, qui peuvent y être rougis alfez vite. Mais il n’eft pas aifé de les en retirer auffi - tôt qu’ils ont été remplis ; il y a de la difficulté à les dégager des coulilfes où ils ont été en quelque forte maçonnés > quoique même on les en retire froids , fouvent on abat les bords des coulilfes, ou au moins 011 les fatigue beaucoup : il y a trop fouvent à y refaire ; de forte qu’après avoir fait faire ufage de ce fourneau pendant quelque tems, & après y avoir fait faire diverfes additions qui donnaient néanmoins des facilités pour en retirer les moules, fans trop ébranler les coulilfes, je con-feillaitle l’abandonner pour un autre, dont j’imaginai la conftruction telle que les moules font chauffés plus vite , qu’ils peuvent être arrangés en moins de tems, & qu’on les en retire encore plus aifément qu’on 11e les y arrange : c’eft auffi celui dont on avait enfin adopté l’ufage à la manufacture de Cône. Peut-être néanmoins n’a-t-il pas été inutile de rapporter la conftru&ion de l’autre, quand ce ne ferait que pour empêcher qu’on 11’y revienne : j’ai vu même dans cette manufacture , qu’011 a tenté de 1e fervir de certains fourneaux que l’expérience m’avait déjà montré n’ètre pas convenables.
- iji. Celui auquel on s’eft arrêté en dernier lieu eft parfaitement fem-blable au premier que nous avons décrit. Il ne confifte qu’en quatre murs de brique , qui renferment un efpace quarré long. Ses mefures doivent être déterminées par la quantité des moules qu’011 y voudra chauffer à la fois , par la largeur & la hauteur de ces moules. Pour leur épaiffeur , ici elle eft indifférente j tout le changement qu’elle peut apporter, c’eft qu’011 y en mettra moins lorfqu’ils feront plus épais. Ils feront tous placés verticalement, comme nous les avons vus dans les autres fourneaux. La largeur intérieure de celui-ci, ou la diftance d’un defes côtés à l’autre , furpalfera d’environ cinq pouces la largeur de chaque moule j & la hauteur de fes murs furpalfera celle
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- de chaque moule d’environ fix à fept pouces. Il y aura ici, comme dans îe premier fourneau , le long de chacun de fes côtés , une banquette haute de fix à fept pouces , qui aura pour largeur celle d’une brique. Dans une manufacture , on lui donnera allez d’étendue pour contenir au moins vingt-cinq moules de l’épailfeur de ceux des fondeurs ordinaires en làble ; & fi l’on veut & fi le terrein le permet , on lui en donnera l’étendue nécelfaire pour en contenir le double ou le triple.
- 132. Sa conftruclion eft fi fimple, qu’elle eft déjà décrite, à quelques jours près , qu’on doit réfer ver dans les murs , & dont la pofition pourra être déterminée plus clairement dans la fuite qu’elle ne le ferait à préfent.
- 133. Tout l’artifice ici confifte dans.l’arrangement des moules ; ils y doivent être placés , comme ceux que nous avons mis dans des coulifTes. Mais ces coulifles de nouvelle efpece font mobiles s elles fe font fur-le-champ au moyen de pièces de fonte qui ont été moulées de la figure & de la grandeur convenables. Pour cela , il faut trois fortes de pièces. Difpofons un moule dans le fourneau , & nous verrons en même tems la figure & les dimenfions qui conviennent à ces pièces. Le moule qui fera placé le premier, doit toujours être mis près d’un des bouts du fourneau ; n’importe contre lequel. Avant de l’y arranger , on couche horizontalement une piece qui eft la moins fimple des trois que nous avons à faire connaître. Sa longueur ne doit être guere moindre que la largeur du fourneau; elle eft plate par-deifous; elle eft portée par nos deux banquettes. De chaque côté elle a un reboni haut de quinze à feize lignes-, & épais de trois à quatre lignes , qui fe termine de part & d’autre à environ trois pouces de chaque bout. Nous appelions ces pièces des coulijfes ou des gouttières ; où elles n’ont point de rebord, elles 11e font épailfes que d’environ quatre à cinq lignes. Sur chaque bout de cette coulilfe on pofe à plomb une des fécondés pièces de fonte ; je nomme celles-ci des piliers ; ce font de fimples parallélipipedes , dont la hauteur eft égale à celle des moules, dont la largeur eft de trois pouces, c’eft-à - dire, égale à la longueur du bout de la coulilfe qui eft fans rebord, & dont l’épailfeur eft égale à la largeur de la coulilfe ou gouttière , c’eft-à-dire, d’environ deux pouces & demi.
- 134. La coulilfe étant pofée contre le bout du fourneau , & les deux piliers étant drelfés fur les deux bouts de la coulilfe, on pofe la troifieme piece ; pelle-ci n’eft qu’une plaque de fonte coupée quarrément, dont la longueur & l’épailfeur font égales à celles du fond de la coulilfe , comme fa largeur eft égale à l’épailfeur du moule qu’on veut placer : nous l’appellerons un fond. Sur cette plaque quarrée , fur ce fond, on étend une couche de lut épailfe au moins d’un demi-pouce , qui eft le lit fur lequel on drelfe le moule. Far cette dilpofition, un des bords de la coulilfe recouvre le moule par en,
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- bas , & les deux piliers le recouvrent le long de Tes montans. Ainfi les jonctions du fable , avec la traverfe inférieure & les deux montans d’un chalfis, font recouvertes. Pour recouvrir pareillement celles de l'autre chalfis, il ne refte qu’à mettre une autre féconde couliiTe pareille à la première de l’autre côte du moule, & élever fur les deux bouts de celle-ci deux piliers.
- I3Ï- Alors l’arrangement du premier moule eft fini ; tout eft meme dif-pofé pour qu’on en puilfe placer un fécond : car il n’y a qu’à mettre un fécond fond, ou une fécondé plaque avec fa couche de lut, & pofer le fécond moule fur ce fond; les mêmes piliers, la même couliiTe qui recouvrent les bords d’une face du premier , recouvrent les bords de celle des faces du fécond, qui efttournée vers la précédente.
- 136. On n’a qu’à continuer précifément cet arrangement, jufqu’à ce que le fourneau foit rempli. Quand il l’eft, entre chacun des deux derniers piliers & le bout de ce fourneau 011 fait entrer la pointe d’un coin de grolfeur proportionnée à l’efpace qui refte; on en a de rechange; on les enfonce en frappant déifias à petits coups : leur preilionfe communique du pilier au moule, & a'infi fucceffivément tous les moules fe trouvent gênés.
- 137. Quand le fourneau n’eft pas fort long , ces deux coins Tuffifent pour tenir tout bien alfujetti. Pour rendre pourtant la prelfion plus égale, on peut introduire horizontalement deux autres coins qui ferreront les deux derniers piliers par le bas , comme les deux premiers coins les ferrent par en-haut: on réferve au mur du fourneau deux trous pour les îailfer entrer.
- 138. Si la file des moules eft longue, & que la prelfion faite fur les’ premiers fe trouve affaiblie en chemin par les réfiftances qu’elle rencontre avant d’être arrivée aux derniers, ou même a ceux du milieu , on introduira d’autres coins dans les endroits où on le jugera le plus convenable ; mais on doit avoir déterminé ces endroits pendant qu’on arrangeait les moules. Chaque pilier fera compofé du haut en bas de deux pièces qui n’auront chacune qu’à peu près la moitié de l’épaifleur d’un pilier ordinaire. Dans chacun de ces piliers divifés, on introduira* un coin; l’introdudion fera plus facile, Il les deux piliers font chacun un peu entaillés vers le milieu de leur bout fupérieur. On pourrait mettre de ces piliers de deux pièces de cinq moules en cinq moules.
- 139. Il n’y a que les traverfes fupérieures de nos moules qui' ne fe trouvent gênées que par les bouts ; mais tout le refte étant maintenu , le moule 11e {aurait s’entr’ouvrir, & ces traverfes ne peuvent guere fe tourmenter. Si l’on veut cependant les arrêter plus folidement, il n’y a qu’à mettre lin gros coin à la hauteur de ces traverfes, & précifément à leur milieu ; ce coin entrera précifément dans l’efpace qui refte entre deux moules.
- 140. Les faces oppofées de deui moulés-, & les piliers qui font entr’eux,
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- forment une efpece de foyer ou de cheminée qu’on remplit de charbon : ft l’on a préfenté les mefures que nous avons données » à la largeur du fourneau » on verra qu’il relie entre chacune des parois de fes côtés, & les moules & piliers , un vuide d’environ deux pouces ou deux pouces & demi; ces deux capacités fontaufli dellinées à recevoir du charbon qui doit chauffer les petites faces de chaque moule, ou celles qui font recouvertes entièrement par les çhaifis.
- 141. Nous avons à ajouter à la defeription que nous avons faite des pièces appellées coulifl'es , qui recouvrent le "bas des moules , que la partie com-prife entre leurs rebords eft percée de divers trous , ou pour le mieux , d’un feul oblong auiïi grand que la piece peut le permettre. C’eft par ces trous, que fe rend dans le fourneau partie de l’air qui doit allumer les charbons contenus dans chacune de ces capacités formées par les.grandes faces de deux, moules. & par les piliers : les murs du fourneau ont plufieurs ouvertures à Heur de terre , qui donnent la première entrée à cet air ; il pafle dans le cendrier,. & de là remonte par les trous des couliffes.
- 142. Les murs des fourneaux ont encore d’autres ouvertures plus petites,, diftribuées les unes au-deiTus des autres en deux ou trois rangs : par celles-ci entre l’air qui agit fur les charbons de deux longues capacités formées par les parois du fourneau, les chaflis & les piliers. Une partie de cet air pénétré même julques aux charbons qui font entre deux moules ; il augmente, l’effet de celui qui vient par les couliifes ; il rencontre des palfages au travers, des piliers qu’on a foin de tenir percés de divers trous, élevés les uns. au-deifus des autres. Les trous, foit des coulifl’es, foit des piliers, n’enclié.-riflent pas la façon de ces pièces ; elles les ont en fortant du moule, parce, que. le. modelé qui fert à les jeter eft lui-même percé.
- 143. Au refte , ou eft martre de modérer l’adivité du feu , & de la modérer dans quels endroits &à quelle hauteur du fourneau qu’on veut,& cela en. bouchant les trous ou partie des trous qui y répondent; on a des bouchons: tout préparés. Les moules épais demandent à être plüs chauifés que les minces ; & quoique les, uns & les autres foient dans.le même fourneau, on leur donnera par-là les degrés inégaux de feu qui leur conviennent.
- 144.. Après que les moules font arrangés dans le fourneau , avant d’y mettre du charbon, on lu.tera les chaiïis par-tout où ils font à découvert;, cette précaution contribue à les rendre plus durables : on peut même les enduire avant de les mettre en place , & alors on ne manquera pas d’étendre-le lut fur les bords du fable;, fi même le fable du moule n’eft pas de nature à prendre beaucoup de confiftance, on enduira le moule en entier de lut.
- 14C UîjE remarque que nous ne devons pas oublier, & que nous n’avons, faite qu’après qu’011 a eu travaillé quelque tems , c’eft que, malgré la fujéticua
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- de nos chaffis, quand les pièces qu’on doit y couler font forte-s , il s'y produit des toiles ; les deux épaifieurs du fable n’étant foute nues que par leurs bords, elles, cedent de quelque chofe à l’effort de la fonte qui entre dans le moule : il ne faut que foutenir le moule dans le milieu ( je parle de ceux de grandeur ordinaire ) pour empêcher tout écartement fenfible du fable. Pour cela on applique un morceau de fer plat de deux ou trois pouces en quarré , contre.le milieu d’une face d’un moule, autant contre celle du moule qui en eft le plus proche : entre ces deux plaques on fait entrer un coin ; il peut être de fer, ou de terre cuite: ainfi les milieux des deux moules font arc-boutés fur une des faces. La même manœuvre pratiquée fur les deux faces de chaque moule fert à les maintenir tous autant folidement qu’il eu eft befoin. Toutes ces petites opérations font au refte plus longues à décrire qu’à exécuter.
- 146. Dans la difpofîtion du fourneau que nous avons décrit, les charbons entourent les moules de toutes parts, excepté par - délions ; ils peuvent y chauffer vite : mais peut-être perdra-t-on volontiers quelque chofe fur la promptitude du recuit, en confédération d’autres avantages , quoique la pratique précédente ait été celle d’une année entière. J’aimerais mieux que le fourneau de recuit fût plus étroit ; qu’entre le mur & les chaffis il ne reftât pas affez de place pour recevoir les charbons ; & en un mot, qu’il n’y eût que le jeu néceffaire pour faire entrer le chaffis. Les charbons qui font entre les chaffis & le mur du fourneau fatiguent extrêmement les chaffis ; ils en abrègent confidérablement la durée; ils les brûlent; d’ailleurs ils font voiler leurs montans , ce qui force tout le refte : dès qu’il lie reftera plus d’efpacc pour les charbons entre le chaffis & le mur, on remplira le petit intervalle qui y fera avec du lut & des tuileaux. Alors le feu n’attaquera jamais les chaffis immédiatement; ils ne pourront plus fe voiler : la durée du recuit fera un peu plus longue, mais la confommation du charbon n’en fera pas plus grande. Cependant fi on Veut conferver le long foyer, qu’on arcboute au moins les montans de chaque chaffis vers leur milieu avec quelque morceau de tuileau ou de brique entrée à force.
- 147. Avant d’allumer le feu dans le fourneau , il refte encore une petite façon ; c’eft de fermer l’embouchure du moule qui doit donner entrée à la fonte, & qui n’en doit pas donner à la cendre & aux petits charbons. D’abord on fefervait de petits bouchons de terre cuite, dont la forme n’avait rien de fingulier; depuis je leur en ai fait fubftituer d’autres. Ceux-ci n’entrent point dans le trou ; ils ont une bafe circulaire qu’on lute autour de l’embouchure du moule, au - deffus duquel le refte de ce couvercle s’élève & s’arrondit en forme de boule creufe , de deux ou trois pouces de diamètre. Cette boule eft percée comme un arrofoir d’un grand nombre de trous û
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- petits, qu’il n'y a pas à craindre qu’ils donnent entrée dans le moule à cfcs corps qui pourraient en altérer la forme 5 mais ils font allez grands pour Jaifier évaporer l’humidité du fable 5 qui autrement aurait peine à s’échapper de l’intérieur du moule. _
- 148. Dès que les moules font garnis de leurs bouchons 9 <?n peut Remplir de charbon tout le fourneau -, une partie de leur chaleur fe diüiperait inutilement, fi l’air extérieur agirait par-deflus avec trop de liberté , fi on 11e donnait pas des couvercles au fourneau : je dis des couvercles ; car fa longueur eft telle que fi on ne lui en donnait qu’un feul, il ne ferait pas maniable : je lui en fais donner un grand nombre, & prefqu’autant que de moules. Chaque couvercle n’eft qu’une plaque de fonte un peu plus longue que l’intérieur du fourneau n’eft large ; elle a pouces de largeur ; elle porte en - def-fus deux anneaux de fer forgé, qu’on a eu foin d’engager dans le moule où elle a été coulée : ils donnent une pnfe commode au ringard toutes les fois qu’011 veut ôter ou remettre le couvercle : ils peuvent être chacun percés de plu-fieurs trous ; mais il vaut peut-être autant les tenir pleins : on laiiTe entre deux couvercles le vuifie qu’on juge néceflaire pour faire bien allumer les charbons ; on l’augmente ou diminue à volonté en approchant ou en écartant les couvercles les uns des autres.
- 149. Ce ne font que de petits moules que nous avons mis jufqu’ici dans les fourneaux de recuit : les grands demandent une attention particulière. Le moule d’un balcon de cinq pieds porte près de fix pieds de longueur , & plus de trois de largeur, fur environ potices d’épaitîèur. La difficulté feule de manier, d’enlever, de retourner une malfe de fable fi confidérable, avec les pefans chaffis dont elle eft armée , eft quelque chofe -y & cela, parce que les ébranlemcns violens peuvent déranger l’intérieur du moule: mais le difficile eft, ou il a été d’abord , de bien alfujettir un pareil moule dans un fourneau de recuit , & de l’y gêner du haut en bas dans les endroits nécelfaires. Un tel nioule mérite bien feul fon fourneau ; mais comme la profondeur en ferait confidérable , s’il était-conftruit fur les principes des autres , on ferait obligé de lailfer d’aflez grands efpaccs entre le balcon & le mur , pour avoir la liberté de le gêner fur difterens endroits de fa longueur & de fa hauteurs il s’y ferait une grande coiifommation de charbon inutile. On brife , on renverlè les murs du fourneau , quand 011 veut y mettre ou en ôter ce moule ; c’eft ce que j’ai éprouvé quand j’ai voulu faire jeter des balcons mis en recuit , dans des fourneaux fembiables à ceux de nos petits moules , & ce qui m’a contraint à en imaginer d’une autre forme : heureufement il s’en eft préfenté une qui fatisfait à tout ce qu’on peut defirer. Le fourneau n’eft qu’une efpece de pupitre ou une table inclinée fous un angle d’environ quarante - cinq degrés, anlfi longue & de quelque chofe de plus que le moule a & auffi de quelque
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- ehofe de plus large : ce font les lignes fur lefquelles nous prenons fh largeur , qui font inclinées à l’horizon : pour mettre le moule de êii re-r
- VA\ (Jlfà le coucher fur cette fable. l\e nous arrêtons point encore k voir comment agiflent les cordes qui l’élevent & le laiifent conduire; ilfuffifr qu’on remarque qu’il ne rencontrera rien qui puilfe l’empêcher d’être couché fur cette table : elle fait le fourneau , ou elle en fait au moins la moitié. Pour apprendre comment elle le fait, nous ne devons plus la laiifer regarder com-. me un fimple plan incliné ; nous devons ajouter que fur ce plan font arrangées des pièces de fonte parallèlement les unes aux autres , & parallèlement aux bouts de ce plan, ou à fes côtés inclinés ; elles les égalent en longueur:) elles ont environ deux pouces & demi d’épaiifeur ; la diftance qui eftentr’elles eft d’ environ cinq à fix pouces. Les ouvriers leur ont donné le nom de piliers, & nous le leur conferverons. C’eft fur ces piliers qu’on couche immédiatement le moule du balcon ; chaque efpace entre £êux piliers eft un-foyer ménagé pour recevoir le charbon; on le met par l’ouverture fupé-rieure : l’inclinaifon du plan lui donne de la difpofition à defcendre ; il le fait de tems en tems par fon propre poids, mais aufli de tems en tems on îe pouffe* avec une verge de fer.
- ifo. Il n’y a que la moitié de notre fourneau de faite; mais l’autre ne fera pas difficile à finir : le delfus même du moule va tenir lieu de table; on y arrange des piliers précifément vis- à - vis de ceux qui’le portent ; on1 couvre enfuite ces piliers avec des plaques de fonte, & dès lors on a des foyers bâtis fur la furface fupérieure du moule , comme on en a fous la fur-face inférieure. On eft en état de chauffer également ce moule des deux côtés.
- 1 y i. Les premiers fourneaux de cette efpece qui ont été conftruits , avaient pour bafe trois murs bâtis parallèlement les uns aux autres , avec l’inclinaifon néceffaire. L’efpace était partagé également par celui du milieu ; fur ces murs étaient couchées des barres de fer quarré, fur lefquelles on arrangeait des briques aplat; d’autres pofées de champ entre celles -ci,formaient des piliers ou cloifons des foyers. Mais qui veut les fourneaux de cette efpece durables , fera la table avec des plaques d|e fonte , comme nous aVQiis déjà dit qu’on en devait faire lesvpiliers. La dépenfe même de la conftruétiôtf en fera diminuée ; on épargnera les barres de fer quarré qui fervent- de'fupport aux briques; les plaques feront moulées avec les piliers.
- I f2. Auprès du fourneau où l’on veut recuire dé grands moules, doit être une place libre , où l’on falfe ces moules , pour épargner'la-peine du tranfport & le rifqu*e de les trop fatiguer ; la peine même de les retourner , de les ouvrir & de les fermer ferait coniidérable , fi tout cela fe faifait à force de bras : une machine rend ces manœuvres de force aifée ; une efpece de grue m’a paru celle dontl’ufage était le plus fimple & le plus commode. La mêmefert’
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- non-feulement à faire le moule & à le mettre dans un fourneau de recuit? niais elle peut fervir pour les opérations à quatre différens fourneaux, pourvu qu’on lui donne un bras d’environ douze pieds de longueur. Il eft porté par lin arbre qui tourne fur deux pivots. Cet arbre pourrait avoir un pied, un batts, comme les grues ordinaires, qui mettrait en état de la faire marcher dans tout l’attelier ; mais il ma paru qu’il valait mieux multiplier les grues fixes que d’en avoir une mobile, qui feule embarrulfe plus que plusieurs des autres.
- Ce ferait s’arrêter à ce qui n’a rien de particulier à notre art, que de décrire comment avec des leviers on fait tourner un tour qui eft porté par l’arbre de la grue , comment s’y dévidé la corde qui palTe fur la poulie du bras de la grue. Il 11’eftpas même trop nécelfaire de voir comment on attache cette corde au moule , au moyen de diverfes autres cordes. Nous ferons feulement remarquerique, pour faciliter cette opération , il y a aux coins des chailis des anneaux mobiles dans des pitons rivés fur ces challîs ? toujours voit - on que le moule étant fufpendu en l’air , il eft aifé de le conduire , de le coucher & le bien ajufter fur le fourneau de recuit.
- if4. Un avantage de ces fourneaux inclinés , c’eft que le moule peut y ^tre autant mis en prelfe qu’on veut; car on peut le charger de poids à volonté , après que la couverture fupérieure a été miferdans un attelier où l’on fond, l’on ne manque pas de poids. J’ai fait quelquefois charger un moule de balcons de plufieurs milliers ; mais les vis dont ils font li& exemptent de leur donner de fi grandes charges. Nous avons dit que ces vis palfaient dans un canon ; fa longueur fait voir qu’il doit fe trouver en-delfus. En plaçant les piliers & la couverture , on ménage des places aux canons de ces vis; elles fe trouvent en - dehors du feu ; elles ne font pas en rifque de fe brûler , & on peut les ferrer pendant que le moule recuit, fiotj le juge nécelfaire.
- iff. Il eft évident que la fonte qui entre dans un moule incliné ne fait pas autant d’effort pour écarter l’une de l’autre les deux moitiés du moule, que celle qui entre dans un moule vertical. Il y â donc moins à craindre qu’elle ne s’ouvre des palfages entre les deux chaflis pour s’échapper, & de même qu’elle n’agrandilfe des vuides où fe formeraient les toiles.
- if6. Les panneaux de balcons, comme les balcons entiers , peuvent s’ar-^ ranger dans ces fortes de fourneaux ; on pourrait, & il y aurait de l’épargne, avoir un fourneau conftruit de maniéré qu’on y arrangerait plufieurs balcons les uns fur les autres. Les piliers fupérieurs ayafht été placés fur le.premier moule, on, coucherait le fécond fur ces piliers , comme on couche le premier fur ceux de la table : feulement faudrait-il avoir attention que le deuxieme moule 11e cachât par les embouchures du premier ; qu’il montât
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- un peu moins haut, par conféquent qu’il defcendit un peu plus bas : ce qui engagerait à augmenter de quelque choie la hauteur du fourneau.
- i f 7. Les moules des grands balcons ont ordinairement deux embouchures pour recevoir la fonte , & trois évents. Il eft plus commode de verfer dans une embouchure dont le plan eft horizontal, que dans une dont le plan eft: incliné. Afin que les embouchures des jets fe trouvaflent horizontales, ou à peu près, malgré l’inclinaifon du fourneau , j’ai fait aifembler un des mon-tans de chaque chaftis , avec fes traverfes , dans l’inclinaifon approchante de celle de la table ou fourneau, avec fon plan horizontal.
- 158. Les moules des grands vafes peuvent , comme ceux des balcons , être mis dans des recuits inclinés ; cependant comme les toiles y font moins à craindre, parce que les furfaces qu’ils oppofent à l’impétuofité de la fonte ne font pas des plans , l’effort du liquide n’eft pas affez puiffant pour écarter les maifes de fable , qui d’ailleurs font plus confidérables par rapport à leur étendue ; de forte qu’011 peut fort bien couler droits les moules de vafes. On les pofe fur leur bafe , qui doit être portée par une grille, fous laquelle il y ait du charbon. Trois murs élevés autour de cette grille forment le corps du fourneau. Une de ces faces refte ouverte,afin que le moule y puiife être introduit & en puiffe être retiré plus facilement.
- 15*9. Quand il eft bien en place , on bâtit le quatrième mur, ce qui n’eft pas un ouvrage long: mais il eft plus court de boucher cette partie avec une plaque de fonte. J’aimerais mieux encore qu’on conftruisit en entier les quatre faces de ce fourneau avec quatre plaques de fonte ; les mêmes pourraient s’ajufter fur - le -champ , pour former des fourneaux de différentes grandeurs ; on pourrait les incliner plus ou moins , félon que le moule à recuire le demanderait. Des pitons de fer engagés dans ces mon tan s en différent endroits , dans lefquels on pourrait faire entrer des crochets , fuffiraient pour tout cela, ce qui fe pourrait exécuter de bien d’autres maniérés.
- 160. Les moules de terre ne font guère d’ufage que pour des ouvrages de formes fimples , telles que celles qui tiennent des vafes ou des cloches y &’qui 11’ont d’autres ornemens que ceux qu’on peut donner fur un tour ordinaire. Notre objet & notre delfein ne font pas de fuivre le travail de cette forte de moulerie ; nous voulons feulement apprendre comment on peut: recuire les moules de terre i nous prendrons pour exemple ceux de l’efpece la plus commune & la plus utile, les moules de marmites. Us fe font fur le tour ; ils font compofés de deux parties , d’un noyau qui occupe l’intérieur du moule, & d’une chape qui en eft la partie extérieure. Entre la chape & le noyau , eft le vuide qui a la forme de marmite, l’efpace que le métal doit remplir. Pour lui donner entrée , la chape fe termine par un long col allez: xeiiemblant à celui de quelques bouteilles ; auiii la figure extérieure de ce
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- moule approche afîez de celle de certaines cruches de terre. Ils font faits d’une terre franche , pétrie en une certaine proportion avec du crotin de cheval ; les mouleurs les font fécher, & même un peu cuire , avant de fonger à les mettre en place pour y couler la fonte. Leur chape eft aifez mince ; la force n’eft pas fuffifante pour loutenir le poids de ce pefant fluide ; il fe ferait aifémeilt des partages pour s’écouler. Il n’eft pas polïibie de foutenir de pareils moules dans une prefle ordinaire ; mais on en a imaginé une plus fimple très - commode. Un épais lit de fable étendu dans Pattelier , en fait les fondions; on creufe dans ce fable ; on y enterre les moules, de faqon qu’il 11’y a à découvert qu’une portion de cette efpece de col où eft l’embouchure du jet. Ce fable bien prefle , bien tapé autour du moule, le foutient de toutes parts: il met fa chape mince en état de réfifter parfaitement à la fonte.
- 161. J’ai eu grand regret de me voir forcé à renoncera cette faqon commode de maintenir les moules. Mais l’expérience m’a appris qu’on ne pouvait les chauifer au point de devenir rouges pendant qu’ils étaient enterrés dans le fable, fans, s’engager à une dépenfe que les ouvrages ne peuvent guere porter. J’ai mis le fable-dans des efpeces de caifles de tôle , qu’oit chauffait par - deflous : mais c-’en eft trop d’avoir à chauffer la mafle de fable avec les moules.
- 162. D’entreprendre de fortifier ces moules avec des liens ou des frettes de fer , 11e m’a pas paru un expédient fuftirant ; on nefaurait en multiplier affez le nombre ; la châpe fe trouverait trop faible où elles manqueraient : d’ailleurs ces moules fimples feraient par - là fort enchéris. Mais un moyen prefqu’auifi Gmple que de-les enterrer, & qui eft de peu de dépenfe, c’eft de les enduire d’une couche de lut épaifle d’environ quatre à cinq lignes : ce lut doit être d’une terre qui ait du corps & qui fe retire peiu On peut le’ faire avec de la glaife pétrie avec du crotin de cheval , mais qui y fera mis en moindre proportion qu’on n’en met dans la terre des moules. On n’étendra ce lut que fur des moules bien fecs. On le laiifera fécher lui-même à fond & peu a peu. Alors, la chape foutenue par le-lut, foutieiidra la fonte ; & il fera plus aifé, de faire chauffer les moules en terre ainfi lutés , qu’il ne l’eft de faire chauffer les moules en fable : l’objet fera d’une bien moindre’ dépenfe.
- 16}. On 11e produirait pas un effet équivalent à celui'du lut, en donnant aux chapes une épaifleur égale à celle qu’elles ont ordinairement & à celle de la couche du lut prifes enfemble. La terre du moule eft plus faible que celle du lut, parce qu’il y entre plus de crotin de cheval. Je n’aurai garde de confeiller d’en diminuer la quantité ; car nous verrons dans le mémoire fuivant, qu’il contribue à adoucir la fonte.
- 164. Ces moules ne demandent aucune conftruétion particulière dans !e;
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- fourneau où on les fera recuire ; fon fond fera élevé du terrein de quelques pouces, pour n’en pas reflentir l’humidité. On y arrangera deux moules l’un à côté de l’autre, fi l’on veut ; fa longueur n’eft pas moins arbitraire. Tout autour il y aura un mur de btique qui montera de quelque cltofe moins haut que le col ou le jet des moules. On jetera des charbons fur ces moules ; de petits jours ménagés dans le fond &dans les côtés du fourneau , les allumeront. Je dis de petits jours, parce qu’il ne faut pas un feu violent pour recuire ces moules qui, malgré leur lut, relient toujours, & qui fontcompofés en partie d’une matière qui prend feu aifément. O11 les cuira doucement pendant quelques heures , & on ne les chauffera vivement qu’une demi-heure avant d’y couler la fonte : un feu violent d’une longue durée les affaiblirait au point que le métal pourrait palier au travers.
- i6f. Les couvercles ne font pas moins néceffaires à ce fourneau qu’à tous les autres * il y en aura autant que de moules j vers le milieu ils feront échancrés de chaque côté en demi - cercle , au moyen de quoi ils pourront tous fe toucher , & laiiîeront cependant palier les cols des moules. Mais pour bien Taire chauffer le bas de chaque moule , le fond du fourneau fera une grille, au - delfous de laquelle il y en aura une autre qui foutiendra des charbons.
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- SEPTIEME MEMOIRE.
- Moyens de ménager les fables à mouler ; de raccommoder ceux dont on s'ejl fervi; d’en faire de convenables dans le pays où le terrein n'en donne pas qui foient naturellement tels. Des matières dont on peut faire des moules ou la fonte a plus de difpofition à venir douce qu'en ceux de fable. Des moules de terre & des moules de métal.
- 166. j^?*OTRE nouvelle maniéré de couler des ouvrages doux, engage à une dépenfe dont nous n’avons point encore parlé, & qui pourrait être un objet affez conlidérable à qui la mettrait en pratique dans des endroits où le fable propre à mouler ferait aufîi cher qu’il l’efl à Paris. Dans cette grande ville on fait les moules d’un fable qu’on tire de Fontenay-aux-Rofes ; une charge de cheval, ou plutôt d’un âne, avec laquelle on 11e. peut pas remplir beaucoup de chaffis d’une grandeur médiocre , coûte.depuis quarante jufqu’à foixante fous. Les fondeurs ne (auraient employer feul le fable neuf , le fable qui n’a jamais fervi, les ouvrages qui y feraient jetés, feraient pleins de Tome XV. ' H h
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- foufftures : ils le mêlent avec d’autre qui eft déjà entré dans les moules. Le fable neuf demande d’ètre plus échauffé,que le vieux , & ils ne font en ulàge de chauffer leurs moules que très -légèrement 5 mais dès què^ les moules feront chauffés au point tjui convient à notre fonte 3 ils peuvent être faits de fable neuf comme de vieux. (16)
- 167. Nous avons donc de ce côté - là un petit avantage ; mais nous
- avons bien du deffous par une autre considération : le fable vieux , pour être employé, demande toujours une addition de fable neufj le fable neuf lui donne du corps ; Amplement humedé par l’eau , il n’en prendrait pas affez. Plus le fable a été cuit, & plus il perd de fon corps, & par conféquent 'plus il demande de fable neuf j on confommera donc nécelfairement plus de fable neuf que les fondeurs n’en confomment ordinairement dans les .campagnes. Où il fe trouvera du fable propre à mouler , il ne coûtera pref-que que les frais du tranfport. On n’y vend point le fable qu’on emploie à paver ou à bâtir ; & de même on n’y vendra pas , ou on vendra peu , le fable à mouler j là on ne fongera pas à l’épargner : mais on y doit fonger à Paris & dans bien des villes, & en voilà les moyens. •
- 168. Les fables qui ont aifez de corps pour bien tenir dans le moule, ne font pas rares aux environs de Paris j mais ils ne font pas tous auffi propres que celui de Fontenay-aux-Rofes à recevoir & à conferver cfes impreflions délicates. Il n’importe au refte , que le fable ait cette difpofition à fe lailfer imprimer parfaitement , que dans la couche qui touche le modèle ; les moules où l’on imprime des verres colorés , pour leur faire imiter les plus belles pierres gravées , font faits de tripoli ordinaire , excepté à leur furface qui eft d’un tripoli de Venife palfé à l’eau. On pourrait de même faire le corps de nos moules d’un fable commun , & ne mettre que quelques couches du fable de Fontenay - aux - Rofes. Quand on jeterait comme inutile tout le fable du moule où de la fonte aurait été 'coulée , il n’en aurait peut - être pas plus coûté au fondeur de fable neuf de Fontenay , qu’il ne lui en coûte ordinairement.
- 169. Dans les pays où les fables ne font pas propres à mouler parfaitement , c’eft qu’ils ont un de ces trois défauts , ou d’être trop groffiers, ou de n’avoir pas aifez de corps, ou d’en avoir trop. On rendra le fable le plus grofiier auffi fin que celui de Fontenay-aux-Rofes , fi on fe donne la peine de le faire piler ; & cette façon ne fera pas d’une dépenfe exceflive où l’on pourra établir des pilons mus par l’eau. Si le fable peche par le corps, on
- (16) Les foufflures qui arrivent aux tages que celui qui a déjà fervi. Au refte, fontes jetées dans le fable neuf, viennent ce fable fin à grains égaux doit êtrenatu-d’un refte d’humidité qui s’y trouve. Si le Tellement mêlé d’un peu d’argille fine, fable eft bien féché, il a les mêmes a van-
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- pourra lui en donner 5 j’ai fait rendre même à du fable de Fontenay - aux-Rofes celui qu’on lui avait ôté en le faifant trop cuire. Qu’eft-ce que du fable qui a du corps ? C’eft un fable qui eft mêlé en une proportion convenable avec une terre graife. Ajoutons de cette terre au fable qui en manque, & nous lui donnerons du corps. Qu’on prenne donc quelque terre fine , comme de la glaife , du bol, ou une terre franche qui aura été féparée de fon fable par des lotions ; qu’on la réduife en poudre très-fine, qu’on la mêle avec le fable qui manque de confiftance , qu’on arrofe d’eau ce mélange , qu’on le remue, pètriffè ; & l’on en fera un fable gras , ou un fable qui aura le corps qu’on lui voulait: oirproduira encore le même effet, au moyen d’une terre fine délayée dans l’eau, dont on arrofera le fable trop fec. Plus la terre y fera délayée , & mieux le mélange fe fera: mais aufîiil en faudra arrofer ce fable às plus de reprifes.
- 170. Dans les manufactures , on pourra ainfi raccommoder à peu de frais les fables ufés , les fables qui ont été trop cuits. On aura une cuve où ion portera tout le vieux fable des moules : on l’y portera bien pilé. Auprès de cette cuve on en placera une autre , de maniéré que fon fond ne foit que quelques poucesau^delfous du bord fupérieur delà précédente. O11 remplira en partie la plus életée de quelque terre grade j ou fi cette terre manque dans le pays, 011 y mettra de la meilleure terre franche. On achèvera enfuite de remplir d’eau cette cuve j alors on remuera bien la terre avec un grand bâçon pareil à celui dont 011 fe fert pour détremper la chaux qu’011 fait éteindre ; quand l’eau fera devenue bourbeufe , qu’elle fe fera fuffilamment chargée de terre, on la laiffera repofer pendant quelques inftans, afin que les parties les plus grofïieres fe précipitent j après quoi on ouvrira un robinet , par lequel l’eau bourbeufe fortira de cette cuve , pour fe rendre dans celle où eft le fable. On agitera avec un bâton ce fable , on le délayera bien avec l’eau. Quand l’eau , après quelques heures de repos , aura dépofé toute là terre , on la laiifêra fortir par un robinet, & on mêlera encore avec le fable la terre qui peut être reliée par - delfus. Dans une journée on rendra propre à mouler une grande quantité de fable qui eût été inutile.
- 171. Où le bon fable manque , on peut donc en faire de tel, en pilant celui qui eft trop gros , & en ajoutant de la terre à celui qui manque de corps; & de même avec une addition de terre , on raccommodera tout le fable trop brûlé. Les fondeurs, en maniant le fable ainfi raccommodé, jugeront affez fûrement fi on lui a fait prendre tout le corps dont il a befoin, ou ii 011 ne lui en a pas trop donné, fi la terre a été ajoutée en trop petite ou en trop grande quantité. Mais en veut - ou une efpece d’épreuve parfaitement Rire ? on remplira d’un fable reconnu pour bon , un chafiîs. Ce chaflis étant foutenu horizontalement feulement par fes bords, 011 chargera le fable fuccefîivement de
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- différens poids , jufqu’à ce que ce fable foit détaché , brifé par le poids qu’il ne poui ra Soutenir. On remplira enfuite le même chafîis du fable nouvellement préparé ou raccommodé, & l’on verra s’il foutient aufïïpefant que l’autre.
- 172. Enfin , fi le fable peche par trop de corps, 011 voit qu’il eft aifé d’y apporter remede ; qu’on lui emportera , par des lotions, ce qu’il a de trop en terre , ou qu’on lui ajoutera, du fable. Nous pourrions donner quelques réglés pour connaître par une efpece de décompofition du fable , fi la terre y eft mélangée dans la proportion néceffaire. Mais comme toutes les terres ne font pas elles-mêmes également graffes , ces réglés auraient à embraffer bien des cas , & elles ne vaudraient jamais , pour les ouvriers,'l’épreuve dont nous venons de parler.
- 175. Avant d’avoir découvert que fi la fonte s’endurcit dans les moules qui ne font pas bien chauds, c’eft quelle s’y trempe , j’avais penfé que fou endurciffement pouvait être attribué à la qualité du fable dont les moules étaient compofés. J’ai dit ailleurs, part. III, mém. III, que j’ayais tenté di-verfes épreuves propres à apprendre s’il fallait s’en tenir à cette idée ; qu’au lieu de faire faire les moules de fable de Fontenay - aux-Rofes , j’en avais fait compofer de divers autres fables , & même de matières fort différentes des fables, dont les fondeurs ne fe font peut - être jamais fervis, & dont ils ne fe Serviraient pas commodément ; que j’en avais fait faire de poudre d’os, de poudre de charbon feul, de poudre d’os mêlée avec la poudre de charbon, de chaux & de craie. Le fuccès d’aucune de ces expériences ne fut complet ; mais plufieurs eurent une forte de réuflîte. Dans tous les moules , ce qui était mince fut trouvé dur ; mais dans plufieurs, ce qui n’avait qu’une épaii-feur médiocre , comme celle de deux ou trois lignes, fut trouvé doux . & certainement ne l’eût pas été fi la même fonte eût été coulée dans nos moules de fable, toutes les autres circonftances étant pareilles ; car fouvent ils n’avaient point été du tout chauffés , & jamais ils ne l’avaient été aifez pour prendre un degré de chaleur qui pût fufïire au fable.
- 174. Il m’a donc paru certain que, fi les moules étaient faits de certaines matières , la fonte s’y endurcirait plus difficilement que dans ceux de fable ; & que peut - être il y aurait des matières où, étant coulées , elle ne s’endurcirait aucunement, dès qu’on donnerait aux moules qui en feraient faits, ce faible degré de chaleur que les chafîis de bois peuvent fouffrir. Cette idée qui méritait d’être fuivie , m’a engagé à répéter plufieurs des expériences dont j’ai parlé ci - deffus, & à en tenter de nouvelles : peut - être pourtant n’en ai-je pas fait encore autant qu’elle le demanderait ; mais fi cette recherche parait auffi importante à d’autres,qu’elle me l’a paru , on travaillera apparemment à fuppléer à ce qui pourra manquer ici. J’ai reconnu que le charbon ,1a chaux ordinaire , la poudre d’os & même ia craie étaient toutes matières propres ,
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- mais moins les unes que les autres, à faire des moules où la fonte fe confer-verait douce , quoiqu’ils enflent été peu chauffés.
- I7f. Le principe de cette propriété n’eft pas difficile à découvrir j & connu , il conduit à prévoir quels font les matières où on peut fe promettre de la trouvera un plus haut degré. Ce principe eft, que plus les'matières des moules feront aifées à chaulfer , & moins on aura à craindre qu’elles en-durciflent notre métal. De là il fuit qu’en général les matières les plus hui-leufes , les plus grades , fi d’ailleurs elles font propres à former des moules * feront celles où la fonte prendra moins de dureté.
- 176. Les matières les moins denfes , celles qui étant réduites en poudre , forment des mafles fpongieufes & légères, quoiqu’elles aient été preffées, font encore celles dans lefquelles la fonte doit le mieux réuflir; ayant moins de folidité, elles peuvent être échauffées par un degré de chaleur qui ne fuffi-rait pas pour échauffer au meme point des matières plus maffives : d’où l’on peut prévoir ce que l’expérience confirme, que la fonte prendra moins de dureté dans des moules de chaux & même de craie, que dans des moules de fable. Chaque grain de fable eft plus maflif que chaque mallé de chaux de même groifeur. 11 y aura donc plus de chaleur ôtée à la fonte, plus de chaleur employée pour chauffer une fournie de ces grains de fable , qu’une pareille fournie de petites mafles de chaux j ou, ce qui n’eft que la proportion inverfe, le même volume de fable refroidira plus promptement le corps chaud qui le touchera , qu’un pareil volume de chaux 11e refroidira un corps femblable 8c chaud au même degré.
- 177. Les premières expériences que je fis de ces matières n’eurent pas tout le fuccès qu’elles auraient pu avoir: uniquement occupé d’en chercher une qui n’eût pas cette qualité d’endurcir que je foupçonnais au fable , je négligeais de chauffer les moules que j’en avais faits , autant qüe les chaflis de bois peuvent le permettre , & autant même que les fondeurs ordinaires chauffent leurs moules de fable : fouvent je ne les chauffais point du tout. Depuis j’ai répété ces expériences, après avoir fait prendre aux moules toute la chaleur que les chaflis de bois peuvent fouffrir fans fe brûler. Je vais rapporter comment ont réufli les différentes matières que j’ai eflayées $ mais j’avertirai auparavant, que ceux qui voudront tenter les mêmes eflais, doivent s’aflu-rer d’une fonte bien douce ou bien adoucie : l’épreuve qui en rend certain eft facile. On fondra un peu de cette fonte dans un creufet, au milieu de» notre compofition d’os & de charbon fondue : on la verfera à terre : fi elle fe trouve
- 'grife & limable, elle eft de la qualité dont elle doit être pour être jetée en moule.
- i ç. Ayant de la fonte telle que je viens de la fuppofer, j’ai fait faire un moule de cette craie blanche en pains, qu’on nomme du blanc d'Efpagne.
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- J’ai fait chauffer ce moule de la maniéré dont les fondeurs chauffent-les leurs , & dont nous avons parlé dans la première partie , mémoire II ; c’eft-à-dire, qu’entre les deux moitiés du moule, dreifées l’une contre l’autre , comme les deux premières cartes des châteaux que font les enfans, j’ai mis des charbons allumés. Quand elles étaient chaudes au point où l’on ne pouvait plus fouffrir la main deffus pendant quelques inftans, je faifais affembler ces deux parties du moule, & fur-le-champ le moule était mis & ferré dans la preife. Ce qui .y a été moulé a été très-doux, très-limable > les barbes , quoique minces, pouvaient être emportées par la lime î s’il y avait de la fonte dure , elle était uniquement dans les évents, dans les endroits qui étant éloignés des ouvrages n’avaient pu être autant échauffés que les autres par la fonte même qui n’y était arrivée qu’après s’ètre un peu refroidié. La craie a un avantage que n’ont pas bien d’autres matières qui ne femblent pas moins fpongieufes : elle a du corps , elle fe foutient bien dans le moule ; mais pour être en état de s’y foutenir, elle demande à être humide lorfqu’on la travaille ; & quand elle eft feche , il y a une difficulté à l’humeder. Si l’eau tombe deffus par gouttes trop groffes, elle en fait des grumeaux qu’on ne ferait dif-paraître qu’après l’avoir bien maniée & remaniéequ’après l’avoir écrafée fous le rouleau à bien plus de reprifes que les fondeurs n’écrafeut leurs fables. Pour s’épargner celte peine, on ne i’humedera qu’avec des arrofoirs très-fins. Des maniérés plus fùres encore de l’humeder feraient, après l’avoir réduite en poudre, de la tenir dans la cave quelques jours avant de la mouler, de l’expofer à la rofée , ou de la fufpendre dans des paniers d’ofîer, ou dans des efpeces de tamis, au - deffus de la vapeur de l’eau, qu’on ferait bouillir dans un chauderon.
- 2°. Il eft dommage que l’avantage qu’a la craie fur d’autres matières, pour conferver la fonte douce , foit compeiffé par un défaut ; les ouvrages qui y font moulés font expofés à avoir des foufflures. Plus les matières font réduites en des poudres fines, & plus elles acquièrent de liaifon ; le fable commun bien lavé, & par-là bien féparé de toute terre, n’en à nulle : qu’on le pile extrêmement fin , alors fes grains pourront être liés par l’humidité. Comme la poudre de charbon un peu groffiere n’a pas affez de liiifon , j’en ai fait faire d’extrêmement fine j étant humedée , elle s’eft foutenue dans les moules. La fonte qui a été coulée dans le moule lorfqu’il a été feché & chauffé , a été grife par-tout où elle n’était pas extrêmement mince : mais de la poudre de charbon feule n’avait pas allez de corps pour fe foutenir dans de grands moules.
- 3°- J’ai voulu éprouver un moule de farine j la fonte en fortirait grîfe : mais il eft difficile de mouler avec cette matière, & la fonte brûle fon moule en y entrant.
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- 4o. La fuie de cheminée eft fpongieufe & inflammable, & par ces deux qualités s propre à s’échauffer promptement ; d’ailleurs elle a plus de corps que les meilleurs fables. J’en ai fait paffer par un gros tamis, & j’en ai fait faire des moules s ils n’ont pas mieux foutenu la fonte qui y a été verfée, que n’avaient fait ceux de farine. Le degré de chaleur de notre métal fondu a fait fubitement gonfler & bouillonner cette matière. Le moule a perdu fa forme avant que la fonte ait eu le tems de la prendre avant de s’y être figée. Mais cette expérience m’a fait voir un fait digne de remarque. La fonte tirée de ce moule avait b furface nette & blanche prefqu’au même point que l’aurait de la fonte limée. Nous tirerons peut - être ailleurs parti de cet effet, & nous verrons en même tems la caufe d’où il dépend.
- S°. J’ai fait piler de la chaux éteinte , & je l’ai fait pafler au tamis. Ou a trouvé à la mouler les mêmes difficultés qu’à mouler la craie j mais la fonte qui y a été coulée y eft reftée très-limable.
- 6°. Les os de feche ne feraient pas propres à mouler de grandes pièces. Les metteurs en œuvre , les orfèvres , s’eji fervent pour faire des moules pour de petits ouvrages i & rien n’eft plus facile que d’y mouler. On coupe de la partie fpongieufe de deux os, autant qu’il faut pour les applanir, & qu’ils puif-fent s’appliquer l’un contre l’autre ; entre ces deux os on riiet la piece dont ou veut avoir l’empreinte : on preffe le tout, & la piece s’imprime. Comme la matière de ces os eft fpongieufe , elle m’a paru avoir une des qualités propres à donner des ouvrages de fer doux ; elle ne l’a pas fait pourtant auffi fûremenc que quelque-unes de celles dont nous venons de parler.
- 7°. Dans la vue de donner plus de confiftance à quelques-unes des matières, & pour les rendre en même tems propres à conferver la fonte plus douce , au lieu de les hume&er avec de l’eau , je les ai humetftées avec des huiles de navette, de lin & autres : j’ai trouvé qu’elles augmentent peu le corps des matières terreufes, & qu’elles les rendent moins commodes à être moulées. Quoique la poudre de charbon, la fuie, la craie, la chaux, &c. ne fe biffent pas mouler alfez facilement lorfqu’elles font feules ou qu’elles ne fe foutiennent pas affez bien dans de grands moules , je n’ai pas cru qu’il fallût les abandonner entièrement. Nous euffions dû avoir regret à biffer inutiles les propriétés avantageufes que nous leur avons découvertes. J’ai donc eflayé fi nous pourrions nous en ferviravec fuccès en les mélangeant différemment.
- g*?. Au lieu d’entreprendre de faire de grands moules avec la feule poudre de charbon j à quoi nous avons dit qu’on ne faurait réuffir, j’ai fait mêler de cette poudre en affez grande quantité avec du fable neuf de Fontenay-aux - Rofes î ce qu’on peut faire en lui biffant autant de corps qu’en a chez les fondeurs le fable vieux mêlé avec peu de neuf. J’ai bien cru que les moules faits en partie de fable & de charbon, demanderaient à être plus échauffés
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- que ceux qui feraient de pur charbon : mais aufli était-il évident, & l’expérience ne pouvait y être contraire, qu’ils demanderaient à être moins chauffés que ceux de pur fable. Ce mélange de poudre de charbon & de fable m’a toujours paru une excellente compofition pour mouler notre métal. La dépenfè de la poudre de charbon eft en partie compenfée par ce qu’il en coûte de moins à chauffer les moules, qui ont d’ailleurs plufieurs avantages qui feront expliqués dans un autre mémoire. Un fait pourtant que nous n’omettrons pas ici, c’eft que le fable du moule en cuit moins, & peut par conséquent être employé plus de fois. Il fe cuirait moins de cela feul que le moule eft chauffé plus faiblement ; mais à même degré & à même durée de chaleur, une terre qui eft humedée par la partie huileufe du charbon ne fe cuira pas à beaucoup près autant qu’une terre feule. Nous confeillerons donc très-fort d’employer cette compofition pour mouler : mais nous avertirons que toute la poudre du charbon qu’on emploiera doit être palïée au tamis.,
- 90. J’ai penfé à compofer un autre nouveau fable à mouler. Là fonte fort douce des moules de la craie : elle fort telle encore des moules de poudre d’os. Les os ont trop peu de corps ; la craie en a de refte, mais eft difficile à humeder au point néceifaire, fans qu’il s’y faffe de grumeaux. Toute terre, même celle qui entre dans la compofition de notre fable de Fontenay-aux - Rofes , aurait le même inconvénient, fi 011 la féparaic du fable avec lequel elle eft mêlée ; elle ne ferait plus propre à mouler, & le fable dont elle aurait été féparée ferait pareillement inutile à cet ufage. Sur ce principe, j’ai cru devoir mélanger de la craie avec de la poudre d’os, après les avoir fait palfer l’une & l’autre par un tamis : quand le mélange a été bien fait, j’ai humedé cette poudre compofée. Alors elle a eu tout le corps que je lui voulais, & a été auffi propre à mouler qu’un véritable fable gras naturellement. Les moules faits de cette compofition fe font bien foutenus, & les ouvrages qui en font fortis ont été très - limables.
- *178. Au lieu de craie, je me fuis encore fervi de chaux, qui après avoir été éteinte a été pilée , paifée par un tamis, & a été mêlée avec la poudre d’os : la poudre compofée eft devenue propre à mouler. La fonte s’eft confervée encore plus douce dans ces nouveaux moules que dans ceux où la craie était entrée, & , ce qui mérite beaucoup d’attention, ni’onù paru moins fujets aux fouffiures.
- 179. Si la poudre d’os était trop embarrafTante à recouvrer en affez grande quantité, on pourra mêler la chaux avec du fable qui a déjà fervi : la compofition ne fera pas auffi parfaite; mais elle fera bonne. Si les expériences continuées en grand font auffi favorables aux compofitions où la chaux entre que l’ont été les eifais, ce nouveau fable à mouler aura un avantage qu’on
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- île Te ferait jamais promis : ce fera un fable qui reliera toujours le même, quelque nombre de fois qu’on le cuife & recuife : la preuve en eft fîmple. Nous l’avons fait de fable cuit ou de poudre d’os qui ne peuvent pas changer d’état tant qu’on ne leur donnera que le degré de chaleur que demandent les moules ; la chaux ne peut auflî que refler chaux, tant qu’elle ne fouffrira que le degré de chaleur que nous faifons foutenir à nos moules. Au lieu que les terres qui donnent le corps à nos fables ordinaires, perdent le leur, expofées à un degré de feu affez léger ;ia chaux expofée même à un degré de chaleur violent ne s’alcere point du tout.
- 180. Enfin , fî à notre mélange de chaux & de fable ou de chaux & de poudre d’os on ajoute de la poudre de charbon , on aura une compofîtion à mouler qui raffemblera toutes les qualités qu’on peut fouhaiter*
- 181- Si l’on veut ménager la poudre compofée qu’on aura faite, quelle qu’elle foit, ou fî elle n’a pas affez de corps , on pourra, comme nous l’avons enfeigné, pour ménager le fable de Fontenay-aux-Rofes, n’en faire entrer dans le moule qu’une couche de l’épaiffeur d’une ou deux lignes, pour former les parois intérieures du creux du moule.
- 182. Les moules dont nous venons de parler font tous du genre des moules en fable. Les différentes matières réduites en poudre , dont nous avons fait ufàge ou tenté de le faire , tiennent lieu du fable ordinaire , & s’emploient de même dans des chaffis. Nous avons vu dans le mémoire précédent, que ceux de terre fe font fans chaflîs. Le travail en eft quelquefois un peu plus long i mais on en eft récompenfé par quelques avantages. Les pots & les marmites de fer fe moulent dans certains fourneaux en fable ; & dans d’autres peu éloignés des précédens, elles fe moulent en terre. Les ouvrages des uns ne fe vendent pas ou guere plus cher que ceux des autres : d’où il fuit que le prix des faqons ne fait pas de différence fenfible. Mais les mouleurs en terre prétendent que la fonte fort moins aigre de leurs moules : le fait eft vrai; les raifons en font qu’on les feche beaucoup mieux que ceux de fable ; dans la pratique ordinaire, ces derniers reftent toujours très-humides. Mais la vraie raifon, c’eft que la matière des moules de terre eft bien moins com-padte que celle des moules de fable , & qu’elle s’échauffe bien plus aifé-ment. Il arrive que les mouleurs en terre font contraints , en cherchant à donner du corps à leur terre , de faire un mélange équivalent à celui que nous avons oonfeillé de la poudre de charbon avec le fable. Ils mêlent leur terre avec du crotin de cheval, pendant qu’ils font fécher leurs moules au feu. Cette matière fe feche , & même fe brûle en partie ; mais fî on les fait recuire , comme nous l’avons prefcrit, tout le crotin fe réduit en charbon 5 la caffure d’une chape de moule refroidie paraît alors toute noire ; de forte que les moules de terre font naturellement excellens pour conferver la fonts Tome XV. I i
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- douce; & on les rendra encore'meilleurs, fi on donne la dofe de crotîli pîui" forte, c’eft-à-dire, aufli forte que le moule la pourra porter,
- i£3. Ce ferait un examen qui nous mènerait loin, que celui des terres propres à mouler ; en général elles doivent, comme les terres à creufets , ioutenir une grande chaleur fans peter, fans fe fendre ; elles doivent être maniables , douces ; elles doivent être de nature à fe retirer peu pendant qu’elles fechent. C’eft pour leur donner cette derniere propriété & la première, que lorfqu’on veut mouler avec des glaifes ordinaires , ou autres terres à pots & à creufets , on les mêle avec du crotin de cheval. Communément les mouleurs prennent de la terre qu’ils nomment d'herbue, c’eft-à-dire , une terre telle que celle des prés , au-delfus de laquelle.l’herbe croît bien : celle-là eft ordinairement de couleur noirâtre. Du refte, les terres à mouler ne font pas plus rares que les terres à creufets & à pots. Mais entre ces terres il y en a de plus convenables les unes que les autres : quelques-unes ont naturellement la propriété de ne fe point fendre enféchant; mais lorfqu’elles la doivent à un fable groffier, avec lequel elles font mêlées, elles 11e conviennent pas pour des pièces fines.
- 184. Où les terres naturellement propres à mouler manquent, pourvu qu’on y en trouve de fines qui aient du corps, on peut toujours, par des préparations , les rendre propres à mouler les plus beaux ouvrages ; il n’y a qu’à mêler avec ces terres un fable fin, & l’y mêler dans la proportion qu’elles l’exigent. Comme pour faire du fable à mouler, nous mêlons delà terre avec du fable j fi on ne trouve point de fable aifez fin, on rendra tel tout fable groffier, comme nous l’avons déjà dit, en le pilant dans des mortiers.
- 18^. Ce que j’ai trouvé de plus propre pour compofer d’excellente terre à mouler , c’eft lamine de plomb réduite en poudre & paffée au tamis ; on la pétrira avec une terre à creufet pure; on n’emploiera de cette terre qu’au-tant qu’il fera nécelfaire pour donner du corps à la mine de- plomb. Les moules de cette terre compofée pourront recevoir les impreffions les plus délicates : ils fécheront fans diminuer confidérablement de volume ; ils fou-tiendront parfaitemeut le métal en fufion. Avant de l’y couler, on pourra les chauffer autant qu’on voudra; mais toujours fe lbuviendra-1 - on pour ces moules , & pour tous ceux de terre , de les faire parfaitement fécher avant de s’en fervir.
- ig<5. Les potiers d’étain trouvent de l’épargne à couler leur métal dans des moules de cuivre : quoique ces moules coûtent beaucoup , leur durée dédommage de leur prix. J’ai auffi fongé à faire jeter le fer dans des moules de métal, & fur - tout dans des moules de fer même , fans négliger pourtant d’effayer ceux de cuivre qui coûteraient beaucoup plus cher. Ces moules durables me femblaient devoir être très-avantageux pour une infinité de
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- petits ouvrages dont le débit eft grand ; mais l’expérience m’a appris qu’ils lie convenaient nullement lorfqu’on fe propofe de les tirer doux du moule j & elle a fourni de nouvelles preuves de tout ce que nous avons établi juf-qu’ici fur la denfité de la matière des moules. Nous avons dit que plus leur matière des moules eft compatfte , plus elle demande que les moules foient chauds, afin que la fonte ne s’y trempe pas. Je fis chauffer des moules de cuivre & des moules de fer autant & plus que j’aie jamais lait chauffer ceux de fable. J’y fis couler de la fonte très - douce; ayant été retirée de ces moules, elle fut trouvée aufîi dure & aullî blanche que fi elle eût été coulée dans un moule de fable prefque froid. Le métal qu’elle avait touché étant beaucoup plus denfe que le fable le plus compacte , l’avait refroidie plus promptement.
- 187. Il y a diverfes circonftances que nous rapporterons dans la fuite , où l’on met dans les moules , foit de terre , foit de fable, des pièces de fer forgé a autour defquelles on veut que la fonte s’unitfe étroitement : par exemple, on peut fe conteuter de fondre l’anneau d’une clef, & le faire tenir à une tige de fer forgé. Dans ce cas, on met dans le moule la tige au bout de laquelle la fonte doit fe mouler en forme d’anneau. Lorfque j’ai fait ainfi rapporter des pièces de fer forgé , il m’eft fou vent arrivé d’obferver un fait dont le phénomène précédent découvre la caufe. Les extrémités de la fonte qui touchaient le fer étaient dures & hors des atteintes de la lime, pendant que tout le refis était doux; le fer avait trempé ce qu’il avait le plus touché.
- 188- Il n’y a pourtant pas à défefpérer des moules de métal ; pourvu qu’on les falfe chauffer beaucoup plus que les autres , on pourra s’en fervir. Mais le plus fur fera de ne les employer que pour des ouvrage^ que l’on fe propofera d’adoucir par les recuits faits félon la méthode de la première partie ; & ces ouvrages qui feront moulés fans frais, reviendront à bon marché après le recuit. Ces fortes de moules conviendront généralement pour tous les ouvrages unis , ou peu chargés d’ornemens.
- 189- Un moule de métal, comme tout autre , eft au moins compofé de deux parties ; il en aura fouvent trois, quand il demandera un noyau ; & quelquefois en aura-t-il beaucoup davantage. L’art du potier d’étain donnera au nôtre des exemples derefte, des maniérés dont on peut tenir aflem-blées les pièces dont un moule eft compofé. La pratique des mouleurs en terre fera peut-être encore plus commode pour la plupart des cas; dès que les différentes pièces d’un moule auront été réunies , on l’enterrera dans du fable qu’on battra à coups de pilons ou de maillets: ce fable pourra être contenu dans des caiffes de grandeurs proportionnées à la grandeur & au nombre des moules qu’on voudra remplir tout de fuite.
- 190. La fonte fluide s’attache en bien des circonftances au fer forgé*
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- e^efidè quoi même nous, tirons parti ailleurs; elle s’attacherait de même à d’autre fonte ; & quoique la réunion ne fe fît pas parfaitement dans nos moules , elle empêcherait quelquefois, que l’ouvrage ne fût retiré facilement des creux où il aurait pris fa forme. Pour légère que foitla couche d’une matière étrangère qui recouvrira la furface intérieure du moule l’adhérence de la fonte qu’elle doit recevoir ne fera plus à craindre ; & il importe que cette couche foit légère pour ne point altérer la forme du moule. Avant de le fermer , il faut donc le rêvetir d’une très - mince couche de quelque matière » je n’ai rien trouvé de mieux que d’y employer la même compofition avec laquelle les mouleurs en terre frottent leurs noyaux & leurs chapes dans la même vue que nous avons à préfent ; elle eli faite de poudre de char-bon de bois blanc , pilé & paifé par un tamis fin. Ils détrempent cette poudre-avec de la lie de vin & de l’eau ; ils laiifent en fuite- repofer le tout , & ver-lent dans un autre vafe ce qu’il y a de plus liquide. Avec un morceau de filafle qui leur tient lieu de pinceau & à qui ils en donnent le nom , ils mouillent de cette compofition toutes les furfaces contre lefquelles la fonte fluide pourrait s’appliquer. On enduira de cette même compofition l’intérieur des moules de métal, dans lefquels pourtant on ne verfera la fonte que lorfo qu’elle fera lèche.
- 19 T. Les potiers d’étain , en quelques endroits emploient au même ufage-du vinaigre dans lequel ils. ont détrempé de la fouie j ils ne prennent que le plus clair de cette liqueur : du noir de fumée vaut encore mieux. Enfin il îiiffirait d’enfumer les moules de métal, comme les mouleurs en labié enfument les leurs , c’eft- à - dire , en les préfentant à la fumée de ces efpeces de petits, flambeaux de réfine qu’il leur a plû de nommer des bougies»,
- 1 'l— .......----------------n '=—t- t—q= ...... =n<5»»
- HUITIEME MEMOIRE.
- Suite des procèdes depuis que lès moules ont été mis en recuit, jufqu> à ce. que les ouvrages fondus en foient retirés, avec des remarques fur chaque procédé. Maniéré de recuire les ouvrages dans les moules memes-
- ï62. E-APFRO.chqns à préïènt Tes unes des autres nos principales operations ;; parcourons - les plus brièvement que nous ne l’avons fait dans les; articles , qui, chacunn’en avaient qu’une feule pour objet ; nous nous eir sepxéfeiixeroiis. mieux toute la.manoeuvre de notre art;. & les remarques qui
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- tiennent en même tems à des procédés qui fe fuivent, en feront placées dans des points de vue plus convenables. Suppofons nos moules faits. Confidé-rons-les pofés & aifujettis dans des fourneaux de recuit, foit droits , foit inclinés, foit bâtis de brique , foit de plaques de fonte, & qu’on les y chauffe avec du charbon. On mefurera le tems néceifaire à fondre la quantité de matière dont on veut les remplir, de façon qu’elle ne foit en bain que quand ils feront affez chauds. Selon la différente épaiffeur de leur fable, ils demandent des durées de chaleur différentes. Ils veulent être auffi plus ou moins chauds , félon la qualité de la fonte dont on doit les remplir. Nous avons vu que telle fonte grife reliera douce dans un moule dont l’intérieur commencera à peine à rougir, pendant que d’autre fonte grife fe durcira , fi l’intérieur du moule n’eft d’un rouge tirant fur le blanc. Enfin le moule demande à être plus ou moins chaud , félon que les pièces qui y font moulées ont plus ou moins d’épailfeur. L’attouchement d’une quantité égale de fable eft moins en état de refroidir une groffe maffe de matière qu’une petite. Des pièces extrêmement minces , qui ne font que des efpeces de feuilles, exigent qu’on chauffe leurs moules confidérablement davantage que ceux des pièces maffi-ves ; mais auffi leurs moules étant moins épais, font plus aifés à échauffer.
- 19$. Qe là il paraît une efpece d’impoffibilité d’établir des réglés précifes. Il y a tel moule de terre à qui une heure de feu fuffira , & il y a des moules en fable à qui il en faudra plus de dix-huit. Ce ne font pourtant que ceux d’une grandeur extraordinaire. Ceux qui feront dans les chaffis de grandeur commune , ne demandent le plus fouvent que huit à dix heures de recuit. C’eft ce qu’on faura avec affez de précifion, quand on aura fait effai dans ces moules de la fonte dont on eft fourni. Pour même ne rien rifquer , dès ce premier effai on rendra les moules chauds au-delà de ce qu’ils ont befoin de l’être. La chaleur du moule ferait pouffée exceffivement loin , fi elle allait jufqu’à gâter quelque chofe. On diminuera dans l’effai fuivant,de celle qu’on avait donnée dans le premier. Ainfi dans peu l’on parviendra au point de 11e confumer que le charbon néceifaire.
- î 94. D’ailleurs on ne fe conduit pas ici auffi à tâton qu’on fe le pourrait imaginer : on voit, quand on le veut, l’état dç l’intérieur du moule ; on n’a qu’à ôter le bouchon qui eft au-deffus du jet. Tout y eft obfcur quand la chaleur n’a pas pénétré ; mais la clarté y vient, dès que les parois intérieures arrivent à quelque nuance de rouge : devenues lumineufes , elle fe font voir jRms ôter même le couvercle dont nous venons de parler ; on reconnaît affez bien où en eft le dedans du moule. Nous avons dit que ce couvercle ou bouchon eft percé en arrofoir : quand l’intérieur du moule a pris un certain degré de chaleur, il s’en éleve une petite flamme qui fort par les trous du bouchon ; les nuances de cette, flamme changent , & fervent de réglé plus
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- l’intérieur devient chaud, plus elles blanchiffeut. Pour toqsles grands moules? comme ceux des balcons & des vafes, on ne commencera à faire fondre lç fer qu’après que la flamnie'de l’intérieur du moule aura paru,
- i9f. Quand on juge les moules au point où il ne leur faudra plus qu’une heure ou une heure & demie de feu & qu’ils demanderont pour être tous remplis, environ deux cents livres de fonte , on commence à faire agir les fouftlets pour la mettre en fulion. La quantité de matière que nous fuppofons nécellaire, montre que nous prenons ici le travail en grand dans une vraie manufacture. Dès là il eft clair que ce n’ell pas d’un creufet de terre qu’on doit fe fervir , mais d’un de fer forgé pareil à ceux que nous avons décrits dans la première partie. Nous y avons expliqué la conftruétion de l’eC. pece de fourneau où on le place, qui a quelque relfemblance avec les affiU neries des petites forges : & c’eft celui qui jufqu’ici m’a paru d’un uiage plus commode. Il conlifte dans un trou rond, qui eft immédiatement au-delfous de la tuyere ; là le creufet eft porté par une efpece de grille à une profondeur telle que fon bord fe trouve à fleur ou feulement quelques pouces au - deffous de la table ou de lafurface fupérieure du mallif de la maqon-nerie de 1’affinerie. Au - deffous de la grille ou pièces équivalentes qui fou-tiennent le creufet, eft une autre grille fur laquelle on met des charbons ; la circulation de l’air feul peut fuffire pour les tenir bien allumés, & on les allume environ une demi-heure avant de commencer à fondre ; car on ne commence à fondre que quand le fond du creufet & partie de fes parois font extrêmement rouges : ce font les charbons de la derniere grille qui doivent produire cet effet.
- 19 6. Le creufet qu’on met en place, a été luté intérieurement d’une couche de terre propre à réfifter au feu. Nous avons averti ailleurs ( voye{ première partie) qu’elle eft néceffaire pour empêcher le fer fondu d’attaquer le fer forgé. Nous ajouterons à préfent qu’outre cette première couche de lut, il eft très-important d’en donner une fécondé d’un lut d’une autre efpece. Celle - ci produit deux effets, l’un de conferver la douceur à la fonte , & l’autre delà tenir fondante." Pour faire fentir la conféquence de ce dernier, je rapporterai ce que je trouvai à la manufacture de Cône ,au voyage qui fui-vit celui où j’avais commencé à mettre le travail en réglé. Lorfqu’oii venait à verfer la matière des creufets , il n’y en avait qu’une partie qui fut verfable, le refte était figé. Les ouvriers avaient donné le nom de gâtzau & l’ont con-fervé à cette portion figée: quelquefois elle allait à plus de la moitié de celle qui avait été fondue. Ce que cet inconvénient avait de plus fâcheux 11’était pas la dépenfe de la fulion faite inutilement. On était dans des incertitudes bien pires, fur-tout quand 011 avait de grands moules à remplir. La capacité du creufet ne guidait point fur la quantité de matière qu’on pouvait fe pro-
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- mettre. Un moule qui n’avait pu recevoir que cent livres, n’était quelquefois pas rempli par le creufet qui en contenait plus de deux cents. Il eft certain qu’en chauffant plus vivement le deffous & les contours du creufet, on y eût entretenu la fonte plus fluide. Un fouffiet qui eût agi fur les charbons , eût pu les animer au-point néceffaire , maisauffi eût - on fatigué le creufet. Le fécond lut , dont je viens de parler , empêche la fonte de s’épailîir , quoique le feu de deffous le creufet ne foit pas violent ; ce lut ne confifte qulen une terre pétrie avec le crotin de cheval, qu’on mélange avec autant de poudre de charbon qu’il eftpoilible , fans lui ôter toute confiftance. On revêt l’intérieur du creufet d’une couche de cette compofidon épaiffe d’environ quatre à cinq lignes. J’avais donné cette pratique ; on l’avait négligée, parce qu’on ne lai croyait néceffaire que pour l’adouciffement de la fonte, qu’on avait d’une autre maniéré j mais dès qu’on l’eut reprife, il ne fe fit plus de gâteau : la fonte du creufet coulait lé plus fouvent jufqu’à la dernière goutte.
- 197. Le creufet doublement luté , étant chaud fuffifamment pour recevoir la fonteiàns qu’elle s’y fige , on jette dedans de la compofidon en poudre, c’eft-à-dire, de ce mélange de poudre d’os & de poudre de charbon , que nous avons enfeigné ailleurs , ou même de la feule poudre de charbon. La mefure eft d’en mettre environ épais de deux ou trois doigts fur le fond du creufet. Quand la fonte y tombe par la fuite , elle fouieve une partie de cetce poudre ; fa furface en eft toujours couverte. Tout étant ainfi difpofé, l’on achevé de remplir le creufet avec des charbons noirs ; on en met même juf-qu’à ce que le tas s’élève au - deffus de la tuyere : alors on leve la pile , & l’eau fait agir les foufflets de bois, dont le vent allume les charbons.
- 198. Sous ces charbons eft la fonte qui doit être fondue 5 c’eft - à - dire , qu’ils couvrent le bout d’une longue piece , dont le refte pofe fur la table de l’afiinerie ou du fourneau. La figure & la groffeur de cecte piece- ne font pas indifférentes ; elle peut avoir la figure d’une gueufe ordinaire ; mais elle ne doit pas, à beaucoup près , en avoir le diamètre : une fi grofle piece fondrait avec plus de peine, & donnerait une fonte moins coulante. Au lieu de gueufes , 011 peut employer des pièces de fonte de même figure , qui 11e pefent que cent ou cent cinquante livres, pendant que les gueufes pefent quelquefois jufqu’à deux mille cinq cents & davantage. On les nomme dis guépards ; ils font près de la moitié plus courts que les gueufes , & moins gros en plus grande proportion.
- 199. Des morceaux de fonte courts , comme des fragmens de plaques & autres, ne conviennent point ici. Le métal ne doit tomber dans le creufet que fluide j & c’eft ce qui arrive à ce qui fe détache du bout d’une longue piece. Mais des morceaux courts perceraient quelquefois les charbons par leur propre poids , & defeendraient avant de s’être liquéfiés. On a pourtant
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- quantité de fragmens dans une manufacture ; les reftes des creufets , les pièces mal venues en fournirent : quoiqu’on ne les refondit pas pour les jeter en moule, ces débris ne feraient pas inutiles : on en peut faire du fer en barre, & même meilleur qu’avec les fontes ordinaires : on peut auffi les refondre ; mais pour le faire plus commodément1, au lieu de guezards il faut, pour le travail ordinaire , avoir des pièces qui aient la forme , & on leur en donne lè nom, de membrure, c’eft - à - dire , des pièces longues & plates , dont l’é-pailfeur l'oit au plus de deux pouces, & la largeur de Cix à fept. En elle - même cette forme vaut mieux que celle des guezards , & de plus elle donne la facilité de fondre les fragmens fans rifque : on en charge la membrure près de ion bout. Elle ne les lailfe tomber que lorfqu’ils font fondus , ou que la partie qui les porte l’eft : elle eft rarement fondue avant les fragmens qu’elle fou-tenait.
- 2©o. A mefure que le bout d’une membrure ou d’un guezard fe fond , la piece fe raccourcit & fe trouve plus loin de la tuyere ; auffi de tems en tems l’en rapproche -1-on , & de même de tems en tems on la recouvre de nouveaux charbons. Enfin, quand le creufet eft plein, ou qu’il contient la matière qu’on a voulu y faire entrer, le fondeur ion ne une cloche, ou ce qui en tient lieu , frappe avec un marteau fur quelque plaque de fer, qour avertir les ouvriers deftinés à verfer la fonte dans les moules , de fe rendre : ils apportent l’armure du creufet près de raffinerie i ils ajuftent dans les tenons les deux ringards, avec lefquels on la porte ; ils pofent auprès la clavette qui fervira à y arrêter le creufet, & tout auprès, un marteau & un fouf-fiet à main.
- 20r. Tout ainfi préparé, le fondeur pouffe fur la table de raffinerie les charbons qui couvrent le deffus du creufet ; il amortit une partie de leur ardeur, en jetant delfus quelques cuillerées d’eau. Alors un ouvrier monte fur l’affinerie ; il tient faille qui doit être rapportée au creufet ; il la paffe dans les oreilles : auffi - tôt il paffe dans cette anfe un ringard qui doit fervir à élever le creufet & à le porter comme on porte avec un bâton un chau-deron ou un feau. Il prend un des bouts de ce ringard , & un autre ouvrier prend l’autre. Leur première action eft de retirer le creufet de fou trou , & de l’élever fur la table de l’affinerie. La fécondé eft de le defeendre au bas de l’affinerie , & la troifieme de le placer dans l’armure. Dès qu’il y eft, on emporte avec un crochet le gros des charbons qui y étaient reftés j & on le couvre en partie d’une plaque de tôle coupée quarrément, mais plus longue que large. Elle doit porter fur les bords du creufet j mais elle doit lailfer à découvert un efpace auprès du bec. Enfin l’on fait entrer à force dans les entailles des montans de l’armure la clavette qui doit gêner le creufet, comme nous l’avons expliqué ailleurs, & qui gêne en même tems la plaque que nous
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- vêlions de lui donner pour efpece de couvercle. Il ne refte plus qu’à bien nettoyer cette partie du creufet qui eft entre le bec & la piece de terre cuite s qui forme une cloifon ; & on la nettoie, comme nous l’avons dit, en l’écumant d’abord avec un ringard crochu , & enfuite en foufiiant deifus avec le fouiRet à main. Pendant que tout cela fe prépare , l’ouvrier qui eft chargé du recuit, difpofe les moules, & ôte les couvercles du fourneau ; il range les charbons qui fe trouvent fur le deifus des moules , il les fait tomber dans les foyers. Avec une pincette il fouleve & détache les bouchons des moules qu’on veut remplir , de crainte que quelqu’un ne s’y fût attaché. Il les remet auffi-tôt chacun dans leur première place, pour ne les retirer entièrement de deifus chaque moule que dans l’inftant que la fonte fera prête à y couler.
- 202. Retournons à notre treufet : deux hommes faifilfent un des ringards , & trois fe mettent fur l’autre. Le poids à porter eft augmenté de' celui de l’armure; deux hommes ne feraient plus allez forts, comme ils l’étaient quand il ne s’agilfait que de porter le leul creufet. Si toute leur fores était employée à porter , ils ne feraient pas maîtres de bien ajufter leur creufet au-delfus des moules, de l’incliner , de le redrelfer à volonté. C’eft pour faciliter ces derniers mouvemens , qu’il y a un homme de plus fur un levier que fur l’autre. Il tient une verge de fer courbe, qui eft engagée dans le levier : ils la nomment le gouvernail. Conlidérons les deux leviers comme s’ils palfaient au travers du creufet, comme s’ils n’en faifaient qu’un qui lui fervît d’arbre. En faifànt tourner cet arbre fur fon centre , on fait tourner le creufet, on l’incline, ou on le redretfe félon le feus dans lequel l’arbre tourne. L’adion de l’homme fur le gouvernail eft pour faire tourner le levier dans lequel il eft engagé : les deux hommes qui portent l’autre, n’ont prefque point de peine à déterminer le leur à fuivre ce mouvement.
- 20$. Laissons pour un inftant nos cinq hommes chargés de leur creufet, pour confidérer l’ufage de quelques pièces qu’on met fur le fourneau de recuit, avant qu’ils y arrivent; & pour l’entendre mieux, remarquons que dans le tems qu’on remplit un moule, le creufet doit être foutenu à une certaine hauteur, qu’on ne doit l’incliner qu’avec une certaine vitefle & jufqu’à un certain point. Il n’eft pas fur que des hommes que le poids & la chaleur du creufet mettent mal à leur aife, s’entendent toujours alfez bien pour agir de concert : mais ce qui leur refte à faire devient (impie , dès qu’ils fe trouvent prefque déchargés de leur fardeau, & que ce fardeau fe trouve naturellement placé à la hauteur convenable : c’eft ce qu’operent les deux pièces dont nous voulons parler. Ce font deux efpeces de chevrettes pareilles à celles qu’on met dans les cheminées qui n’ont point de chenets , ou qu’on met quelquefois à côté des chenets. Les nôtres font confidérablement plus longues ; elles le font autant que lé fourneau , ou que la moitié au moins du fourneau de Tome XV. K k
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- recuit. Une eb places dciîus un de fes murs , & l’autre fur l’autre. Au lieu que les chevrettes ordinaires n’ont qu’un pied à chaque bout, celles-ci en ont uti autre vers le milieu , ou même en ont d’autres de diifance en dibanee. Tout ce? qu’on fe propofe ici , c’eb d’avoir en chaque chevrette une barre de fer fouter.ue horizontalement & foiidement à une certaine hauteur au-deiTus de chaque mur ; & c’eb ce qui détermine la hauteur & le nombre des pieds.
- 204. Faisons marcher nos ouvriers chargés du creufet ; dès qu’ils l’ont conduit au fourneau de recuit, ils élevent leurs ringards au-delfus des chevrettes, & bientôt les lailfent pofer deifus. Ainil ils fe déchargent de la plus grande partie de leur fardeau j ils l’avancent ou le reculent à leur aife , juf-qu’à ce qu’ils jugent le bec du creufet à une dibanee convenable du moule qu’ils veulent remplir : alors ils n’ont plus qu’à l’incliner. Celui qui tient le gouvernail eb principalement chargé de ce foin i le métal coule , il tombe dans le moule. Dès que ce moule eb rempli, on redrelfe le creufet, on le porte fur. le moule buvant ; & ainfl l’on continue à les remplir les uns après les autres, tant que le creufet peut fournir de matière, & cela fans rifque ni fatigue , & avec beaucoup de jubede. Quelque commode pourtant que foit l’ufage des fupports , l’exercice a rendu les porteurs de creufets b adroits & iî fûts, qu’ils négligent le plus fouvent de s’en fervir.
- 207. Il eb cependant extrêmement effentiel que les verfeurs {oient bien maîtres de leur creufet ; dès que la fonte commence à couler, elle doit couler fans interruption. Le fil, le jet du liquide doit être continu , & tomber, autant qu’il eb polfible , dans le milieu de l’embouchure du moule. Un inf-tanc d’interruption caufe quelquefois un défaut fenfible ; la reprife paraît ; fila fonte! tombe fur les bords de. l’embouchure, fouvent il fe fait dans l’ou-vrage d’autres défais.app’eiJp %ouut$ froides : ce font des reptiles, plus petites que celles qui fe feraient en interrompant le jet, mais fouvent plus marquées \ la foute qui eb tombée, fur les bords du moule , prend une diredHon différente de celle dû gros courant! ëlle va feule pendant quelquesinbans ;’ 8c par-là plus expofée aux impreifions de l’air,, elle fe refroidit & produit des. défauts dont le nom eb pris de. l’état des gouttes qui les ont occafioimés.. La groifeur du jet fera au 117 proportionnée à l’épailfeur des malfes qu’elle doit former i il 11e ferait pas prudent de faire entrer à la fois une auffi grande quantité de matière dans un moule’ dont on veut tirer des plaques de quelques lignes d’épailfeur, que dans celui.?oû’fe doivent mouler des pièces épailfes, de pluiieurs pouces.
- 206. Quelquefois la fonte qui eb entrée dans un moule’èn fort fur-Ie-champ par bouillons , même ayant que le moule en foit rempli à beaucoup près j c’eb une marque.que le moule a confervé de l’humidité. Un moule froid, mais bien fec, ne fera1 pas bouillonner la fonte 5 & un moule, quelque
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- chaud qu’il foit, s’il eft un peu humide, donnera des bouillons qui ordinairement produifent des fautes dans l’ouvrage. Malgré ces bouillons , il faut pourtant continuer de verfer jufqu’à ce que le moule paraifle véritablement plein.
- 207. L’inspection du jet de fonte qui tombe dans le moule met en état de prédire allez fûrement quelle fera la qualité de l’ouvrage. Si elle eft extrêmement pâteufe , fi épaifle qu’elle coule difficilement, on a lieu de craindre que l’ouvrage ne foit floux, ou en termes plus connus que celui de l’art, qu’il 11e foit pas moulé vif j que les ornemens n’aient pas le relief du modèle ; que les arêtes, qui devraient être aiguës, ne foient moufles & arrondies. Si la fonte, au contraire, eft extrêmement fluide, que fou rouge tire beaucoup fur le blanc, l’ouvrage court rifque d’être dur, Ci le moule n’efl pas extrêmement chaud ,*& fi la fonte en elle-même n’efl: pas excellente. Mais fi ta fonte n’efl: que médiocrement fluide, ce qu’un peu d’habitude fait diftinguer , & ce qu’on reconnaît à fa couleur qui eft d’un rouge alfez beau, elle eft la plus propre à être jetée dans des moules chauds ; elle s’y moulera parfaitement & reftera douce. Ce degré de fluidité , qui eft le meilleur pour les moules chauds, dont il s’agita préfent, n’efl:pourtant pas celui qui convient à ceux qu’011 ne recuit point. La fonte qui entre dans un moule froid demande à être extrêmement fluide. Un fondeur habile & attentif donnera aifément à la même fonte ces diflférens degrés de fluidité, félon les ufages auxquels on les deftine.
- 2,08. Nos expériences d’eflais ( part. III, mém. II) nous ont appris que de la fonte grife qui a été mile en fufion dans un creufet ordinaire, où le feu n’agit fur le métal qu’après avoir traverfé les parois, peut être coulée grife, quoiqu’on n’ait employé aucune compofition dans le creufet, fi on la verfe auffi-tôt qu’elle aura été fondue ; qu’au contraire cette fonte ne pourra, être coulée que blanche, malgré la compofition , fi on la tient très-long-tems ^ fondue. Le feu continué augmente fa liquidité, la rend plus fluide j & il eft très-difficile de ne pas couler blanche de la fonte trop fluide. Ce principe me mit en état de tirer parti d’une fonte excellente qu’011 était près d’abandonner. Elle avait toutes les marques extérieures de la meilleure fonte -, cependant après avoir été fondue par le vent de nos foufflets à eau, & reçue liquide dans nos grands creufets de fer, toiïlHes ouvrages qui en étaient jetés dans les moules très - chauds étaient très-blancs & très-durs. Dans cette maniéré de fondre , la fonte n’acquiert point ou acquiert peu de fluidité après être tombée dans le creufet : mais elle peut y tomber plus ou moins liquide , & y tomber tellement liquide , qu’elle fera dans le cas d’une fonte qui a fouffert un long feu dans un creufet ordinaire. Je penfais que la fonte dont il s’agit était très-fondante de fa nature , & que le feu qui agiflait delfous était trop vivement pouifé par le vent des foufflets : je fis percer le defliis des foufflets
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- d’un trou qui avait plus d’un pouce de diamètre ; il s’échappait prefqu’autanfc d’air par ce trou que par la buze du foufflet. Le vent pourtant fort a fiez fort: encore pour fondre notre métal ; & fondu par un feu moins actif, il prit un moindre degré de fluidité : verfé dans les moules, il donna des ouvrages très-îimables.
- 209. Quand donc la fonte deviendra trop fluide pour être verfée dans des moules chauds , on diminuera le vent des foufflets en en laiifant échapper une partie par un trou percé à leur table fupérieure. On peut avoir plufieurs de ces trous de différens diamètres , fermés par des bouchons. Ces trous feront autant de regiflres ; on ouvrira les uns ou les autres, on on les tiendra tous fermés , félon que le demandera la fonte qu’on veut couler. Souvent un grand moule ne faurait être rempli par la fonte d’un feul creufet : tels font ceux de quelques balcons & de quelques vafes. Alors on fond en même tems dans deux ou trois fourneaux différens , & dans autant de creu-fets : on les retire du feu en même tems. Les moules des balcons ont deux embouchures ; chacun des creufets , porté par un nombre d’hommes égal , verfe en même tems dans une des embouchures. Les verfeurs ne s’embarrafc fent point dans leurs manœuvres ; ceux d’un creufet font près d’un des, bouts du moule , & ceux de l’autre près de l’autre bout , difpofés de maniéré que les ringards qui foutiennent l’armure d’un creufet font parallèles à ceux de l’autre , & croifent à angle droit la bande fupérieure du chafïis du moule.
- 2fO. Les grands moules de vafe n’ont qu’une embouchure: les verfeurs en ont moins de commodité à s’arranger 5 aufii ne verfent - ils pas précifé-ment en même tems. Les uns ne commencent à pencher leur creufet que quand celui des autres eft prefqu’entiérement vuide : cela s’exécute pourtant avec aifez de facilité. Après que les moules ont été remplis , on les laiflè refroidir jufqu’à ce qu’on puifl’e s’en approcher pour les retirer avec des tenailles , fans avoir trop à fouifrir du feu. Retirés du fourneau , il ne refte plus qu’à les ouvrir pour en ôter les ouvrages : on ménage les chafïis , fi on a la patience de ne les féparer l’un de l’autre que quand ils font froids. Il 7 a toujours quelques coups de marteau à donner, foit pour faire fortir les clavettes , foit pour dégager-les liens. Ces coups fatiguent les chafïis encore ramollis par la chaleur, & ne font point d’imprellion fur ceux qui font froids. Si cependant on ouvre les moules pendant qu’ils font chauds , on trouve les ouvrages encore rouges, & alors leurs jets en font plus aifés à abattre. L’une & l’autre pratique ont donc leurs inconvéniens & leurs avantages : félon que les jets feront plus ou moins difficiles à cafl’er , ou qu’il y aura plus ou moins de rifque à tourmenter les chafïis de certaines efpeces de moules , on ouvrira ces moules plus tôt ou plus tard.
- 2ïi. Il y a des pièces qui u’ont befoin , pour être moulées , que d’un feul
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- chafiis , & qui même peuvent être moulées fans chafiis : telles font toutes-celles qui n’ont des ornemens que d’un côté, & qui font plates de l’autre , comme les contre - cœurs de cheminées , & comme le feraient des chambranles. Ces pièces n’ont befoin que d’être imprimées fur le fable , comme on imprime un cachet fur la cire: fi on a de bonne fonte & qu’on ait confervée telle pendant la fufion , les moules de cés pièces demanderont à être très-peu chauffés, & quelquefois ne le demanderont pas du tout. La fonte qui aura rempli le moule ne fera touchée d’un côté que par l’air, & peu expofée à fe durcir, à fè tremper, par les raifons que nous avons expliquées au long dans le quatrième mémoire de cette partie. Audi trouve -t - on fou vent des contre - cœurs & des plaques limables & perçables, qui ne le feraient pas fi elles euifent été coulées dans un moule fermé :1e plus fur fera pourtant toujours de chauffer ces moules par-deffous.
- 212. On pourrait mouler certains balcons , comme on moule les plaques don£ nous venons de parler, favoir, ceux qui n’auraient des ornemens en relief que d’un côté , & qui feraient plats de l’autre. En général, tous les ouvrages de fonte de bonne qualité & coulés dans des moules fuffifamment chauds , en font tirés limables & ayant le grain ' d’acier ; mais nous avons averti que, fi l’on veut leur faire prendre le grain de fer forgé , fi l’on a befoin de leur procurer plus de corps , il en faut venir à leur donner des recuits. Nousfommes en état de leur donner ces recuits fans rifque, & avec un très - prompt fuccès : recuifons nos ouvrages dans les moules même où ils ont été jetés. Nous favons que le requit opéré d’autant plus promptement que l’ouvrage eftplus chaud ; qu’une grande partie du tems eft employée à l’amener au degré de chaleur néceffaire. Certainement, nos ouvrages qui ne font que d’être coulés en moule , ne manquent pas de chaleur ; il ne s’agit que de les entretenir dans un degré approchant de celui qu’ils avaient lorf-qu’ils fe font figés. Pour cela , aufïï - tôt qu’ils ont été coulés , on remettra du charbon dans le fourneau de recuit : on ouvrira tous les regiftres. Ici il n’y a pas à craindre de trop chauffer; les ouvrages ne fe tourmenteront point, ne fe voileront point. On les fondrait même fins inconvénient, puifqu’ils font toujours dans leur moule: la force feule du feu fuffitpour recuire. Nous l’avons démontré dans la fécondé partie , & elle peut être aidée ici par la poudre de charbon & la mine de plomb qui font entrées dans le moule. On ne manquera jamais de donner ce recuit aux ouvrages qu’on peut foupçonner de dureté -, & peut-être ferait-on bien de ne manquer de le donner à aucun, au moins pendant quelques heures.
- 213. Dans cette efpece de recuit, les ouvrages occupent bien de la place, & par-là fembîent engager à une grande confommation de charbon. Le degré de chaleur qu’ils ont lorfqu’on commence à les recuire, fait auifi qu’on-
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- gagne fur la durée du recuit. D’ailleurs ils n y font point expofés à fe voiler & à fe brûler: ces avantages peuvent bien dédommager du charbon qu’on brûle de plus. J’ai vu quelquefois tirer des moules des ouvrages où le fable était ft adhérent & fi fermement lié, que c’était un travail très - pénible & très - long que de l’en détacher. Il n’y a guere de ciment plus dur que ce fable l’était. La couche n’en était pas bien épaiife fur les furfaces unies : on y avait prife pour l’enlever , & on en venait à bout; mais il a fallu encore en retirer celui qui s’était engagé dans les creux de diverfes pièces. Plufieurs marteaux de porte ont été abandonnés ; il en eût coûté confidérablement plus à les nettoyer qu’à en refondre d’autres. Cet accident au refie n’eft arrivé que jufqu’à ce qu’on ait été bien au fait des recuits , & il a ceifé même avant que j’en connuffe fûrement la caiife. Il me paraiUait difficile d’imaginer celle qui attachait fi fortement des grains de fable les uns contre les autres , & qui les attachait encore mieux au fer. Ce n’était ni l’excès , ni le manque de chaleur dans le moule ; l’un & l’autre cas avaient donné des ouvrages auxquels le fable n’était nullement adhérent. ?vlais j’ai reconnu par la fuite que cette adhérence était produite par l’humidité du fable du moule. Nous' avons dit ailleurs qu’un moule peut être humide, quoiqu’extrèmement chaud. Plus il fera en même tems chaud & humide, & plus le fable fe liera étroitement contre le fable : l’humidité feule ne formerait pas ce lien. Mais l’humidité fait rouiller le fer , & quantité d’expériences m’ont appris qu’elle le fait rouiller d’autant plus vite qu’elle eft plus aidée par la chaleur : l’eau eft un diifolvant du fer , & le feu augmente l’aétion de tout dilfolvante. Dès que la fonte s’efi figée dans un moule chaud & humide , il fe forme donc fur fa furface une rouille qui y attache les grains de fable , & qui les attache les uns aux autres. Quand on veut faire bien tenir des gonds , on les Icelle en plâtre ou en mortier : avant de les mettre en place, on les mouiHe dans du vinaigre, ou même dans du vinaigre qui a diifous du fei, & cela pour accélérer & augmenter la production de la rouille.
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- NEUVIEME MEMOIRE.
- Où l'on parcourt les différents ouvrages qui peuvent être faits de fer fondu; où l'on avertit des précautions avec lefquelle s quelques-uns veulent être jetés en moule & recuits; & où l'on fait connaître auffi quels font les ouvrages qui ne doivent pas être faits de cette forve de fer.
- 214. Faire de plus beaux ouvrages , les faire auffi bons & à meilleur marché, font les degrés de perfection où l’on doit travailler à conduire les
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- arts .; & ce font des avantages que notre nouvel art paraît avoir dès fa naif-Lance fur ceux qui jufqu’ici ont mis le fer en œuvre. Il eft peu de ces arts à qui il ne doive devenir utile : on en fera d’autant plus convaincu , qu’on fera plus d’attention aux ufages immenfes auxquels il peut s’étendre ; nous allons en indiquer une partie. Peut-être penfera-t-on que nous faifilfons volontiers cette occafion de donner plus de prix à nos recherches: ce qui eft de fur, c’eft que nous 11e faurious en être contens qu’à proportion de ce qu’elles deviendront utiles au public; & pour les lui rendre plus utiles, au moins devons - nous lui faire entrevoir les fruits qu’il pourra en retirer , l’avertir de 11e pas les négliger.
- 2rLa ferrurerie eft de tous les arts en fer oeliïi qui nous préfente ce métal fous plus de formes différentes, & propres à plus d’ufages dilférens ; mais elle n’ofe même entreprendre de le façonner jufqu’à un certain point, fur-tout pour de grands ouvrages. Nous avons déjà dit que les grilles , les balcons , les rampes d’efcalier , font d’un travail médiocre : y veut - on des feuillages, des fleurons ? tout cela n’eft exécuté qu’avec une tôle mince. Veut-onxeu ornemens quelque chofe de plus maffif ? on a recours au cuivre , & c’eft au grand regret des ferruriers, toujours très - fâchés d’abandonner leur métal favori. Quand ils ont fait quelque chofe de beau en pur fer , ils croient que la dorure même le gâterait, ou qu’elle le ferait paffer pour être de cuivre : car ce qu’il y a de doré dans la plupart des grandes grilles d’églife , n’eft presque jamais que ce quia été rapporté en cuivre. Dès qu’on aura fait faire des modèles de grilles , de balcons, des fleurons qui doivent y entrer, on multipliera , autant qu’on voudra , les ouvrages de ce genre. Ceux qui ont des modèles de fleurons , qu’ils font jeter en cuivre , ont déjà une avance.
- 216. Les modèles des grilles, balcons, rampes , coûteront, mais ne coûteront pas autant qu’on fe l’imaginerait. Ces ouvrages font compofés d’un nombre borné de pièces qui fe répètent: on n’aura qu’à faire faire un modèle de chacune de ces pièces , qu’on aflemblera après qu’elles auront été adoucies. Les balcons , par exemple, ne font qu’un aflemblage de panneaux répétés , & il n’entre dans chaque panneau qu’un petit nombre de pièces différentes. On pourrait jeter un panneau entier en moule : mais il ferait plus difficile à mouler; il s’y trouverait plus fouvent des défauts ; il demanderait de plus grands, fourneaux pour être recuit: il fuffira de le mouler par parties.' On en .pourra faire les principaux montans en baluftres ,• ou de quel qu’autre figure recherchée , au lieu qu’ils font faits aujourd’hui de barres unies. Les chapiteaux des pilaftres ou des colonnes, leurs bafes, qui aujourd’hui font quelquefois de cuivre , ou qui font trop minces en fer, pourront être jetés en moule avec toute ,1’épaiifeur convenable.
- 217. Les piqçes mallives qui entreront dans les ouvrages de cette efpece .
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- ©lit aflez de folidité d’elles-mêmes $ elles n’ont pas befoin de prendre dit corps par l’adouciffement; c’en fera alfez de mettre leurs premieres-couches en état d’être ufées par la lime & coupées par le cifeau. Si on avait befoin de les percer, il faudrait les adoucir davantage ; mais on abrégera le tems du recuit, fi l’on réferve les trous dans le moule. Si ces trous doivent être en écrous, ceux qu’on aura réfervés pourront être taraudés , quoique la piece n’ait pas été adoucie jufqu’au centre ; une partie de l’épailTeur qui environne le trou , l’aura été. Deux autres efpeces d’ouvrages vont encore nous donner l’idée d’une façon de ménager fur la durée du recuit. Les marteaux ou boucles de portes cocheres & autres font aujourd’hui prefque fans ornemens, & coûtent autant que coûteront des marteaux de fer fondu très-ornés. L’endroit qui doit faire partie de la charnière eft un de ceux qui fatiguent le plus , & qui doit être percé : pour s’exempter d'une durée de recuit que le corps du heurtoir ne demande pas, dans cet endroit je fais mettre dans le moule une piece de fer forgé, de figure , grandeur & épaiifeur convenables : quand la fonte eft jetée en moule, elle enveloppe une partie du fer forgé -, elle s’y applique exactement : la piece de fer forgé eft alors aufli foli-dement unie avec la fonte, qu’elle le ferait fi elle était de fonte même, & a l’avantage de fe laiffer percer fans avoir befoin du recuit.
- 218- Des feux pour les cheminées feraient encore des ouvrages très-chers, s’ils étaient ornés jufqu’à un certain point ; il y en a à Paris d’un grand prix : on les fera à bon marché comme le refte. Mais fi j’en parle actuellement , e’eft principalement pour faire remarquer que j’en ai fait recuire qui avaient été jetés en moule avec une précaution qu’il eft bon de ne pas ignorer. La tige du feu s’affemble avec la bafe à vis & à écrou; le bout de la tige doit porter cette vis ; on avait mis dans le moule une piece de fer forgé, taillée en vis par le bout : cela n’enchérit en rien la façon , & eft de la befogne épargnée pour le recuit.
- 219. Des deux faits précédens, nous pafferons à une remarque générale & utile pour quantité d’ouvrages de fer fondu ; e’eft que fi on a à jeter en moule de greffes pièces , & que ces groifes pièces aient befoin d’avoir du eorps , qu’elles foient expofées à fatiguer , & qu’on ne veuille pas s’engager aux frais de longs recuits, il n’y a qu’à faire placer dans lë moule des pièces de fer forgé proportionnées à la grolîeur de l’ouvrage & à la force qu’on fou-haite lui donner. On n’y mettra , fi l’on veut, qu’un fil de fer gros comme le doigt ; & fi on le veut, on y placera une barre de fer r le fer fondu fe réunira bien avec le fer forgé, ils feront corps enfemble. Au refte, ceci n’eft pas une pratique particulière pour nos ouvrages de fer fondu ; les fondeurs y ont recours pour quantité d’ouvrages de cuivre , qui feraient trop caffans s’ils n’étaient foutenus par le fer. Les grandes boucles des foupentès des car-
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- rafles font Peuvent fourrées de fer. Dans les grandes ftratues de bronze il entre quelquefois des milliers de fer, pour donner de la folidité à toute la malfe. Les aigles de pupitres .& autres pièces pareilles doivent grande partie de leur folidité au fer.
- 2,20. N’oubliqns pourtant pas un avertiflement important 5 favoir, que les parties des pièces de fer forgé introduites dans les ouvrages fondus , qui fortiront en - dehors, comme les branches des crampons des marteaux, que ces parties, dis-je, qui font de fer forgé, pourraient dans un long recuit devenir enfantes , & plus caftantes même que le fer fondu ; les remarques par lesquelles nous avons fini le mémoire précédent, le font prévoir. Le fec trop recuit fe deifeche. Pour aller au-devant de cet inconvénient, on aura foin d’entour-er ces parties de matière, qui puiife fournir plus de parties kuileufes que notre compofitiôn propre à adoucir. Le charbon en poudre fera cet effet, on en couvrira tout ce qui fera de pur fer forgé. Qu’on mouille un peu ces pièces , & qu’après les avoir mouillées on les trempe dans la poudre de charbon, elles en prendront aifez pour fe défendre contre l’effet du xecuit. Pour mieux leur confer.ver même .cette poudre , 011 peut la recouvrit d’une couche de terre fiblonneufe détrempée à confiftance de pâte ou de fable à mouler. Qn peut encore arranger ces pièces comme les autres dans le fourneau, & lorfqu’elles feront en place, mettre de la poudre de charbon tout autour de ce qui eft de fer forgé. Mais pour revenir à nos ouvrages de ferrurerie , les cages des ferrures ,ou en termes de l’art , les palaftres, même dans les plus fuperbes appartemens , font fimples, unis ; fi on leur veut quelque beauté, on eft contraint de les faire de cuivre , quoiqu’il foit toujours défagréable de toucher ce métal : on fera en fer fondu les palaftres les plus .ornés & les plus recherchés.
- 221. Platines , targettes, verroux , fiches , en un mot, toutes les ferrures qui n’ont point à fatiguer pourront être du plus grand goût, & ne coûteront guere davantage que les unies coûtent aujourd’hui. Les clefs, telles que nous en faifons à préfent venir d’Angleterre , fe feront à peu de frais ; on en jetera en moule dont les panetons feront pleins , & on-entaillera enfuite ces panetons félon la figure de la garniture à laquelle 011 aura envie de les faire: îervir. Ce font des ouvrages qui demanderont à être très-bien adoucis , afin qu’il refte du corps au paneton, & qu’on puifle percer la tige. Je ne puis m’emp|cher de parler ici d’une objection qui m’a été faite ; elle preuve au moins qu’il n’eft rien qu’on ne puiife attaquer par quelqu’endroit, & cela d’autant plus que l’envie de contefter n’a eu aucune part à cette obje&ion. Des magiftrats , éclairés d’ailleurs , ont regardé comme une fort mauvaife chofe le moyen de jeter une clef en moule ; que ce devait être une invention pernicieufe. Peu au fait de la pratique des arts , ils avaient peine à comprendre Tome XV. h 1
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- qu’il ferait plus facile , à qui voudrait faire mauvais ufage d’utie clef, d’en faire forger une, que de la faire mouler en fer ; qu’immédiatement après qu’elle ferait forgée, on pourrait y fendre les rouets ou autres garnitures > au lieu que pour faire recuire celles de fer fondu , il faut du tems & de l’appareil ; qu’en moins d’une demi-heure on peut forger grolîiérement une clef avec fou paneton ; que d’ailleurs jufqu’ici on en a pu fondre en cuivre qui ouvriraient bien ; & les filoux, que je fâche, 11’ont pas encore eu recours à cet expédient.
- 222. Nous placerons encore ici un avertiifement qui regarde plufieurs ouvrages. Quand il fera arrivé quelqua’ccident léger à une piece qu’on aura moulée avec peine ; fi elle a quelqu’endroit où la matière n’ait pas bien rempli le moule, on la limera, cifelera ; en un mot , on la réparera fans é’embarraffer de ce défaut ; on y portera remede, en faifant enfuite en fer forgé tme petite piece femblable à celle qui aurait dû venir en fonte. On laiffera à cette petite piece une queue qu’011 taillera en vis, & on percera un écrou dans la place où elle doit être rapportée : fi cela eft exécuté avec adreffe , on ne reconnaîtra pas l’endroit où la piece a été ajoutée.
- 2,23. Il y a encore une autre maniéré de remédier aux défauts des endroits mal venus dans le moule. Us ne pechent jamais par trop de matières , c’eft toujours par trop peu ; il y peut relier des creux à remplir, des foufflures: ôn coulera dans les creux quelques gouttes de fer fondu. Mais afin que la fonte qui aura été coulée s’attache parfaitement au refte, qu’elle y fafle corps, on chauffera le plus chaud qu’on pourra les endroits dans lefquels on veut la jeter : 011 recouvrira de terre les endroits qui font proche de ces derniers, ceux où on ne veut pas qu’elle s’attache. Les fourbilfeurs feront jeter en moule des gardes d’épées, & pourront finir en quelques jours des ouvrages qui les tenaient plufieurs mois : ils ont déjà leurs, modèles ; il ne leur en faudra pas d’autres que ceux qu’ils font mouler en cuivre ou en argent. A la vérité, ces épées n’approcheront plus du prix de celles d’or maflif, comme elles ont fait ci - devant; mais on'en débitera davantage. On adoucira de refte les gardes & les pommeaux; mais il faudra réitérer les recuits des branches qui, étant longues & minces, feraient plus expofées à fe caffer.
- 224. Les boucles de ceintures, de fouliers , les étuis , les clefs de montres , les crochets de montres , & une infinité de colifichets n’occuperont plus, comme ils ont fait, des ouvriers pendant autant de tems que les plus grands ouvrages : qu’on en ait les modèles, & l’on fera en état de les faire promptement. Les roues des diamantaires, les roues à applatir ou à écacher les fils d’or & d’argent, pourront être faites de fer fondu: ce font des ouvrages chers. Je crois que l’éperonnerie y trouvera auflî des avantages ; les branches de la plupart des brides fatiguent peu , & pourront être fondues : ce font des
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- plus difficiles ouvrages de la forge : j’en ai fait faire qui ont bien réuffi. Si l’on eft tenté d’y faire jeter des ornemens, on n’aura qu’à les demander j oa fera maître d’en placer par - tout : les filets réuffiront encore mieux.
- 225. Un art à qui notre adouciifement du fer doit épargner bien du tems ,
- & qui s’en trouvera en état de faire les plus beaux ouvrages, eft l’arquebu-ferie. Les platines de fufils feront excellentes de fer fondu : j’en ai fait fondre plufieurs pour épreuve. O11 les laiifera unies ou on les chargera d’ornemens : ce fera à la volonté de l’ouvrier ; mais (1 on les orne , ce ne fera plus ni fi mef. quinement ni fi chèrement quaujourd’hui. Au lieu de quelques légères figures en creux qu’ont à préfent les plus finies, on pourra leur donner des ornemens en relief, dans le goût de ceux des plus belles gardes d’épées ; & fi on y en veut de creux , on les fera femblables à ceux des plus beaux cachets. Je ne voudrais pourtant pas que les chiens & les batteries fuffent faites de fer fondu j j’en dirai la raifon dans la fuite. JVlais la plaque de couche, ia piece qui recouvre le bout de la croife , peut en être faite autant qu’aucune autre piece > & de même les porte - vis , les porte - baguettes, les ornemens qu’011 met auprès des vis qui arrêtent la platine. Si l’on fait les fous - gâchettes de fer fondu , il faudra confidérablement les adoucir, comme toutes les pièces qui font grandes & minces. En un mot, ce peut être un objet d’épargne bien confidérable pour les arfenaux de Sa Majefté. On a propofé'une idée très-ingénieufe & très - utile ; e’eft de faire toutes les pièces des fufils des troupes de même calibre. Unfufildont le canon eft crevé devient inutile , parce que fa platine ou les pièces de fa platine ne peuvent pas s’ajufter à un autre fufil j mais dès que toutes les pièces feront de même calibre , celles des uns pourront être remifes aux autres ; quelques pièces calfées ne rendront plus toutes les autres inutiles : ce qui reftera du fufil le plus délabré fervira à en raccommoder un autre. *
- 226. Avec le tems , le roi tirera peut - être un avantage plus important de ce nouvel art : e’eft par rapport à fon artillerie , & fur*-tout par rapport à celle de mer. Je ne rapporterai pas fur ce fujet autant d’expériences que je fouhaiterais : je n’ai point été à portée de faire fur les canons celles que j’aurais voulu tenter ; mais il 11e me paraît pas y avoir lieu d’appréhender que les expériences démentent ce que notre art femble promettre fur cet article. O11 ne fait que de deux fortes de canons : les uns font de cuivre rouge avec un mélange d’étain & de zinc : e’eft ce. qu’on nomme fimplement des canons de fonte ; on les appelle auiii des canons de bronze, & nous les appellerons toujours ainfi, pour éviter l’équivoque de la fonte de fer. Les autres canons font de fer fondu de matière pareille à celle des contre - cœurs de cheminées de fontes grifes. On les appelle fimplement des canons de fer, Les uns & les autres ont leurs défauts. On a fait bien des tentatives pour avoir des canons
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- d’une troifieme efpece, exempte des imperfe&ions des deux précédentes. On ai cherché les moyens de les fabriquer de fer forgé : c’eft de toutes les matières que nous connaiifons la plus capable de réfifter aux grands-efforts ;& la plus pref-fante réfiftance n’eft pas trop forte pour tenir contre l’impétuofité de là poudre.. Le fer forgé eft incomparablement plus en état de réfifter que ne le font les^ fontes de cuivre ; des canons de fer forgé , plus légers, feraient plus forts. On eft même contraint, par une raifon particulière, d’affaiblir la force que le cuivre pourrait oppofer à la dilatation de la poudre.: l’ame d’un canon doit coiferverfon diamètre, fa rondeur uniforme ; fi le cuivre était pur ,il n’aurait pas aifez de dureté pour réfifter au. traînement du boulet ; on eft donc obligé de l’allier avec l’étain & le zinc» ce qui le rend plus dur , mais en même tems plus caffant : on le met en état de réfifter mieux au traînement du boulet, & moins en état de réfifter à T effort de la poudre.* D’ailleursJes lu mieress'en agrandiifent plus.aifément: autre inconvénient, très-confidérable.
- 227. Les canons, de bronze font pourtant encore préférables aux canons,
- de fer fondu. La matière de ces derniers réfifte plus au traînement du boulet », mais elle eft caifante , & de là naiffent deux inconvéniens confidérables. i°. Four les rendre aufii forts que les canons de bronze, on eft obligé de leur donner plus de poids qu’à des. canons de bronze de même calibre. 2?. Quand-ces canons crevent, ils. ne s’e.ntr ouvrent.pas fimplement comme les canons de bronze ;. leur matière plus roide s’en va en éclats qui tuent des cannoniers &. répandent la terreur parmi ceux qui relient;.un canon une fois crevé., on ne-charge plus les autres avec la charge ordinaire ; les coups qu’on tire enfuite ne font plus d’effet : les combats de mer ont fouvent changé de face par un pareil accident. »
- 228. - S’il était poffible de parvenir ,fans de trop grandes.dépenfes ,.à forger des canons de fer, ils feraient fans doute incomparablement, meilleurs que. les autres : ils réfifteraient mieux à l’effort de la poudre & au traînement du boulet; étant plus forts, ils ne demanderaient pas à être fi. épais. On a.fait beaucoup de tentatives pour y parvenir, qui n’ont pas encore eu beaucoup de fuccès ;.elles, ont même ruiné un homme qui avait du .bien & du génie 1 on ne laide pas d’en faire de nouvelles journellement ; il eft à fouhaiter qu’elles foient plus heureufes , & après tout il n’y a. pas à défefpérer.
- 229. Quoi qu’il en foi-t ,on s’en tient à préfent aux,canons de bronze & aux canons de fer. L’artillerie de terre eft de bronze mais.la plus grande partie de. l’artillerie de mer , tant celle des vaiffeaux du roi que celle des vaiifeaux marchands, eft de fer :. il en coûterait des fournies trop confidérables pour l’avoir de bronze. Les vaiifeaux cependant font accablés fous le poids de leurs canons „ & c’eft fur-tout ce qui défoie nos négocians en tems de guerre; ils feraient fort contens , s’ils, pouvaient ne charger leurs vaiffeaux que de canons de
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- bronze. Ce qu’ils trouvent de défavantageux dans cette augmentation de charge, n’eft pas feulement de ce qu’elle tient la place d’un poids égal de marchandifes : j’ai oui dire à des négocians fenfés, qu’elle ruine leurs vaif-feaux j qu’elle contribue beaucoup à les faire entr’ouvrir. Le vaifleau n’en eft pas fatigué tant qu’il va vent arriéré ; mais dès qu’il a le vent de côté, il eft clair que le poids des canons , porté par une des moitiés du vaifleau , tend à lafépa-rer de l’autre : la pofition de ce poids eft caufe que fon effort eft plus puif-fant qu’il ne le ferait, placé par - tout ailleurs.
- 2j0. Il paraît inconteftable qu’au moyen de notre nouvel art on rendra 1^|. canons de fer fondu meilleurs qu’ils ne le font aujourd’hui : le fer adouci fera certainement moins caftant; mais le grand objet fera de favoir fi on peut les amener au point de ne crever plus par éclats lorfqu’ils feront adoucis. Je fais qu’on ne peut pas attendre ce bon effet de toutes fortes de folites adoucies : j’en ai même fait une forte d’épreuve. Au lieu de grands canons , j’ai fait jeter en moule un canon de piftolet;je l’ai fait très - bien adoucir , je l’ai rendu très - limable ; je l’ai chargé beaucoup plus qu’il ne devait l’être naturellement, fans qu’ils fe foit crevé ; enfin , l’ayant chargé encore davantage , l’ayant prefc que rempli de poudre , il s’eft crevé, & le mal eft qu’il s’eft crevé par éclats. Je ne crois pourtant pas que cette expérience doive faire défefpérer de parvenir à faire des canons de fer fondu qui , en crevant, s’entr’ouvriront comme ceux de bronze. La fonte de ce canon de piftolet avait été prife au hafàrd ; & j’ai averti qu’il y a des fontes qui donnent des fers adoucis incomparablement plus flexibles que d’autres fontes ne le donnent : il faut donc eftayer les différentes fontes ; & fi l’on veut commencer à faire les eflais fur des canons de piftolet, iis ne feront pas chers , & fuffiront pour conduire à des épreuves plus confi-dérables.
- 231. Pour amener des pièces de fer fondu auiïi épaiftes que le font des canons au degré de fouplelfe néceflaire , il faudra leur donner de longs recuits avec nos poudres : mais la dureté des recuits n’ira pas aulli loin qu’on pour-; rait fe l’imaginer. Il y a des endroits où l’on eft déjà en ufage de recuire pendant plufieurs jours les canons de fer ; après qu’ils ont été tirés des moules , 011 les entoure immédiatement de charbons allumés , ce qui produit peu d’effet. La durée de nos recuits ne fera peut-être pas beaucoup plus longue-; nous avons vu que des pièces épaiftes de plus d’un pouce n’en demandent que trois jours au plus : le nombre des jours augmentera en plus grand rapport que l’épaifteur ; mais félon les apparences , il n’ira pas bien loin , & ces frais île fauraient entrer en comparaifon avec les avantages qu’on en retirera.
- 232. D’ailleurs on fera ces recuits bien plus hardiment que pour les menus ouvrages ; on ne craindra pas de faire fondre des pièces fi épaiftes ; les-écailles ne feront pas non plus au rang desinconyéniens à appréhender. Une
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- des difficultés fera d’avoir des fourneaux convenables ; on pourrait en employer de femblables à ceux dont nous avons fait ulàge jufqu’ici ,,avec la différence du petit au grand , & fur - tout du basait haut. Qu’on imagine les creu-fets diftribués comme nous les avons diftribués, & que celui du milieu a affez de profondeur pour recevoir un canon placé debout, & affez de longueur pour en contenir plufîeurs arrangés de file. Enfin, cette matière eft affez importante pour qu’on fît des expériences, dont les frais n’iraient pas bien loin. On pourrait auffi bâtir des efpeces de tours , faire des efpeces de chapes plus guides, mais femblables à celles dans lefquelles on moule les canons. Comme nous n’aurions point ici à appréhender les écaiiies, des creufets parfaitement clos pourraient n’ètre pas fi néceffaires.
- 233. Nous avons vu qu’on peut augmenter la force des ouvrages de fer fondu , en les fourrant de fer forgé. Cet expédient ne nous fournirait-il pas le moyen de faire des canons de fer qui auraient toutes les perfe&ions qu’on leur voudrait ? Qu’on affemblât des barres de fer liées de diftance en diftance par des frettes de fer ; peut-être fufRrait-il de faire cet alfemblage avec des rivets, & dans ce cas il ne ferait pas un ouvrage long. Ce bâtis de fer fournirait une efpece de noyau qu’on recouvrirait par-dehors & par-dedans de fer fondu. M. de Vidons , après toutes ces tentatives fur les canons de fer forgé , avait penfé qu’on ne pourrait , fans des frais trop grands, leur donner leur forme en entier, fi on les faifait de ce métal ; il avait penfé d’en compofer l’intérieur de fer forgé , qu’on revêtirait par-dehors de fonte de cuivre.
- 234. Après avoir parcouru les ufages qu’011 peut faire de notre fer fondu, dans le grand, dans le beau , & même dans le terrible , nous allons le confi-dérer par rapport à des ufages moins nobles , voir l’utilité dont il peut être dans les cuilines. J’avouerai pourtant que ce n’eft: pas le côté par où il me parait qu’on en doive faire moins de cas. Dans le fond, il vaut mieux perfectionner les uftenfiles qui y font propres, que les armes meurtrières. Si cette façon de penfer n’eft pas la plus élevée, elle eft au moins la plus humaine , & peut-être la plus fenfée. On peut efpérer de faire par la fuite prefque toute la batterie de cuifine de fer fondu , chauderons , marmites , poêles à confitures , cafferoles, bafîînoires, &c. Le royaume, dont 011 néglige les mines de cuivre, épargnerait par - là bien de l’argent qu’il fait fortir pour fe fournir de ce métal. O11 a depuis long-tems des marmites & des chauderonà de fer fondu; on ne s’en fert guere qu’aux villages & en quelques petites villes , & c’eft pour épargner des vafes de cuivre. Trois raifons ont empêché que les uftenfiles de fer fondu de cette efpece ne devinffent d’un ufage plus général. i°. Ils ont toujours un air mal - propre ; comme ils font raboteux, tant intérieurement qu’extérieu-rement, il n’eft pas aifé de les nettoyer. 20. Ils font plus épais que ceux de cuivre forgé, & par - là plus difficiles à échauffer. 3?. Enfin ils fe caftent aifé-
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- ment j ils feraient mal entre les mains des cufinieres j ils demandent à être ménagés : on ne peut qu’avec rifque les frapper rudement. Sans cela, une marmite , un chaudero-n de fer fondu feraient prefque des vafes éternels : le feu ne les brûle point comme ceux de cuivre. Notre nouvel art leve ces trois difficultés. On moule aujourd’hui ces vafes moins minces qu’on 11e le pourrait, afin qu’ils foient plus en état de réfiifer aux chocs ; fi cependant on ne trouve pas ceux qu’on fera mouler par la fuite allez minces au fortir du moule , on achèvera le relie après qu’ils auront été adoucis: on les travaillera fur le tour , comme on travaille les chauderons de cuivre j on les rendra auffi minces qu’il fera nécelfaire pour qu’ils s’échauffent promptement. Enfin nos recuits les rendant moins caifans, ils remédient à la principale difficulté qui en a arrêté l’ufage. Je n’ofe efpérer qu’ils leur donneront toute la foupleife du cuivre: mais ils leur en donneront affez pour qu’ils ne fe caffent point, quand on aura une attention médiocre à les ménager. Il y a actuellement bien des maifons aifées , où l’on fe fert de marmites d’une fonte de cuivre compofé ; elles font épaiffes & caifantes , & cependant elles coûtent fort cher. L’avantage qui compenfe ces deux défauts, eft qu’elles ne demandent pas à être étarnées.
- 235'. Aussi n’ya-t-il que lanéceffité qui ait pu forcer à avoir recours au cuivre ordinaire , malgré fon odeur défagréable & malgré la nature de la rouille à laquelle il eftfujet, qui eft un dangereux poiibn. On a à la vérité très - bien imaginé d’étamer les vafes de ce métal, pour les préferver du verd-de-gris & pour les empêcher de communiquer leur mauvaife odeur à ce qu’on y fait cuire & qu’on y laiffe refroidir. La rouille du fer n’eft pas à craindre, & eft peu confidérable dans les vaiffeauxde fer fondu. Au rapport des ménagères , ces* vafes ne donnent aucun goût à ce qui a été cuit dedans ; elles allurent que la foupe eft excellente dans les marmites de fer fondu. Mais enfin , fi l’on veut encore les défendre contre la rouille , rien n’empêchera qu’on ne les étame , comme les ferruriers étament les ferrures , les targettes , les verroux , comme les éperonniers étament les branches & les mords de brides, & comme on étame les feuilles de fer. Je ne parle qu’après l’expérience. J’ai fait étamer par des éperetnniers des marmites de fer fondu , qui ont très - bien pris l’étain.
- 236. L’usage de tout ce qu’on nomme batterie de cuijine eft fi grand & fi général, que je n’héfite point à regarder cet objet comme un des plus impor-tans de notre art. C’eft beaucoup que de faire de plus belles grilles , de plus beaux balcons , de plus belles ferrures , de faire en général des ouvrages plus recherchés , plus ornés ; on pourrait pourtant douter s’il y a à gagner pour le genre humain , en multipliant jufqu’à un certain point ce que nous appelions beau, & qui eft fimplement beau. Si 011 avait le fecret de bâtir des palais à auffi peu de frais & auffi promptement que des chaumières, fi les petites fnaifons étaient foudainement changées en funerbes édifices, nous ferions
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- frappés de la nouveauté du fpectacle ; mais bientôt il eut autant valu que nos maifbns ordinaires eulfeu.t fubfifté. Nous considérerions avec moins de plaifîr & d’attention les tableaux des grands maîtres, (1 les barbouilleurs avaient trouvé le fecret d’en faire de pareils. Nous ne (avons juger que par comparai* fon, de ce que nous appelions beau-, mais en touttems nous pouvons juger de ce qui a un rapport diretft avec nos befoins , de ce qui eft bon : nous avons toujours avec quoi le comparer.
- . 237. Ne s’inquiétera -1 - 011 peint, ( car on eft quelquefois étonnamment humain quand il s’agit de faire des objections ) ne s’inquiétera -1 - ou point, dis-je , de ce que deviendraient tant dechauderonniers , Jfi la batterie de cui-finefe faifàit de fer pour la plus grande partie ? J’ai vu un grand magiftrat s’oppofer au privilège demandé pour une nouvelle machine , par une raifon de cette efpece. Je répondrai ici ce que je lui répondis pour celui qui follicitait un jufte privilège, que fi i’011 eût toujours eu une pareille fenfibilité , nous n’aurions ni moulins à vent, ni à eau , ni à chevaux. Le bled était pilé à bras dans des mortiers, avant qu’on fût l’éerafsr fous des meules mues par des chevaux, combien cela occupait-il de gens! Les moulins à eau, au grand avantage du genre humain, ont reftreint l’ufage des moulins à bras & à chevaux, au cas de néceflité : l’invention des moulins à vent, alfez récente, fupplée aux moulins à eau , qu’011 ne peut eonltruire par - tout. Je ne crois pas aufli, pour revenir à nos chauderonniers , qu’il y eût beaucoup de gens qui voulut fent charitablement leur acheter des uftenlîles de cuivre , uniquement pour les faire vivre, fi ceux de fer étaient meilleurs & à meilleur marché. Mais qu’on ne s’inquiète point ; 011 leur trouvera de l’occupation de refte : ils travaillent déjà en fer ; ils font des réchauds & d’autres petits ouvrages ; ils s’exerceront davantage à travailler ce métal ; ils le répareront, tourneront, &c.
- 238- S’il était poffible de faire en fer forgé tous les uftenfiles de cuifine qu’on fait en cuivre , il 11’y a pas lieu de croire qu’on y eût employé ce dernier métal. Si l’art y eût pu parvenir, on ferait des marmites, des cafleroles , des chauderons de fer battu , comme on en fait des poêles à frire. Mais le fer n’a pas une fouplefie qui lui permette de fe lai/Ter contourner autant qu’il eft né-ceflaire j & ce qui lui manque fur - tout , c’eft de fe lailfer rltrdndre, : ç’eft cette derniere qualité qui donne le moyen de faire au marteau des vafes de plomb, de cuivre , d’or & d’argent. On forge de fer une poêle à frire , parce que les bords de la poêle font plus évafés que fon fond. .Si 011 avait une pareille poêle faite de cuivre ou d’argent, on pourrait la changer en un vafe de quelle forme on le voudrait : en frappant fur fes bords par - dehors , on les rétrécirait de faqon qu’ils lailferaient une ouverture beaucoup plus étroite que le fond d’où ils partent , c’eft ce qu’on appelle rétrdindre. Mais il n’y a pas moyen de rétrein-4re aiafi le fer. J’ai oui parler d’un ouvrier qui avait eu Ladrede de faire de
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- • fer forgé, une efpece de bouteille à long col, qui était parvenu à le rétreindre à ce point. Mais ce n’avait pu être qu’après beaucoup de tems , après un nombre prodigieux de chaudes ; & un pareil ouvrage en fer était devenu plus cher par la façon , que s’il eût été d’argent, & peut - être d’or.
- 239. On fait à la vérité des vafes de fer plus étroits par en - haut que par en - bas : tels font nos cafFetieres. Mais on fait que le fer de ces fortes de vafes n’a pas été rétreint ; il elt quelquefois de différentes pièces , dont les bouts repliés les uns fur les autres font retenus feulement par de la foudure : ce qui eft caufe quon ne faurait les expoferau feu que quand ils font pleins d’eau , qui empêche le vafe de prendre le degré de chaleur qui ferait fondre la foudure. On pourra avec le fer fondu faire à l’avenir des poeles dignes d’échautfer les appartemens , où ils trouvent place dans le royaume depuis quelques années.
- 240. Les grands vafes à fleurs , dont on pare les parterres , auront en fer les formes les plus gracieufes, comme en bronze, & pourront être aufii bien réparés : enfin, on pourra mouler en fer une infinité de ftatues, de buftes. Le petit cheval de fer fondu , qui eft dans le cabinet de fa majefté à Verfaille-s , ne fera plus au nombre des ouvrages rares parleur matière. S'il y a quelque chofe à quoi le fer fondu convienne, c’eft certainement aux ouvrages qui 11e font faits que pour être expofés en vue , & qui n’ont point à fatiguer. Oïl fait en cuivre ou en potin, des flambeaux & une infinité d’autres uftenfiles, qui pourront aufii être faits de fer fondu.
- 241. Voudra-t-on dorer ou argenter nos ouvrages de fer fondu? on n’y trouvera nul obftacle ; ils fe doreront & argenteront comme le cuivre ; ils auront aufii , comme le fer , leur efpece de dorure particulière : on pourra les dorer d’or damafquiné, comme on dore les fufils & les gardes d’épées. Des feux, des flambeaux , des bras, des luftres de fer fondu , à qui l’on ferait prendre le violet, & fur lefquels on jeterait enfuite de légers ornemens d’or damafquiné , feraient de magnifiques ouvrages , & d’un grand goût.
- 242. On peut tirer parti de tout ; les inconvéniens même qui s’oppofent aux recherches qu’on fe propofait, peuvent fouvent tourner à profit. C’en a été un pour les premiers ouvrages que nous avons tenté d’adoucir, que de les voir expofés à s’écailler : mais cet inconvénient n’eft pas général pour tous. On emploiera hardiment la poudre d’os feule pour les ouvrages unis, ou pour ceux dont les ornemens ne font pas délicats : fadouciifement en fera plus prompt. Il y a même des ouvrages unis qu’on doit chercher à faire écailler; ce font ceux qui fortent du moule plus épais qu’on 11e le vdlidrait : les marmites, les calferoles font de cette efpece; fi ces vafes ne font pas fortis du moule alfez minces , tout ce qui fera détaché par les écailles, fera autant de gagné fur ce dont il faudrait les ufer , foit à la lime , foit fur le tour.
- 24?. J’ai donc fait des expériences où non - feulement j’ai employé à Tome XV. M m
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- deflein la poudre d’os feule : je me fuis même fervi de glaife, de chaux ordinaire, & de gypfe calciné. La chaux feule fait beaucoup plus d’effet que la glaife : le gypfe feul en produit trop ; il pourrait creufer. Mais pour modérer fou activité, je n’ai entouré l’ouvrage que d’une couche mince de cette poudre , & j’ai rempli le relie du creufet de poudre d’os à l’ordinaire : alors les écailles n’ont eu qu’une épaiffeur convenable ; elles deviendront plus ou moins épaiffes, félon que la couche de gypfe ou de plâtre fin, qui entourera l’ouvrage, iera plus ou moins épaiffe, & auffi félon la durée du feu. Mais il faut faire en forte que les ouvrages qu’on fera écailler chauffent également, fans quoi les écailles fe trouveraient d’épaiffeurs trop inégales.
- 244. Je rapporterai, à l’occalion du gypfe , une expérience qui ne fait pourtant rien au fond de notre art; c’eft que lorfque j’ai débouché & ren-verfé les petits creufets dans lefquels j’avais mis de cette poudre feule autour du fer fondu , avant d’avoir donné le tems à la fonte de fe refroidir entièrement, mais pendant qu’elle n’était que d’un rouge très-brun, très-foncé; dans ces circonftances , dis-je, j’ai vu des flammes s’élever de plus de vingt endroits de cette poudre : elles avaient la couleur de celle du foufre commun. Le fer fondu qui a été entouré de gypfe, a auffi toujours pris une odeur de foufre infupportable. Une autre remarque , c’eft qu’il m’a paru que le gypfe fait beaucoup plus écailler les fontes blanches que les fontes grifes, & qu’il fait plus écailler & plus promptement, le fer forgé que le fer fondu.
- 24f. Nous avons parcouru jufqu’ici les principaux ufages qu’on peut faire de notre nouvel art ; nous ne devons pas être moins attentifs à arrêter les efpérances trop avantageufes qu’on en pourrait concevoir; nous en avons fenti la néceffité depuis que nous avons donné les fondemens de cet art dans l’affemblée publique de l’académie du mois de novembre 1721. Nous avons été obligés plus de fois à faire rabattre de ce qu’on s’en promettait de trop, qu’à répondre aux difficultés qu’on aurait pu former contre divers ouvrages de ce fer. A entendre certaines gens , il fallait abandonner tout le travail de la forge ; ils auraient voulu qu’on eût tout jeté en moule , jufqu’aux ouvrages les plus (Impies , & je crois jufqu’aux barres de fer : on veut qu’une découverte ferve atout, & par-là fouvent on la rend inutile. Il y a tel remede qui eft à préfent ignoré, qui ferait encore en grande réputation & qui mériterait d’y être , fi on fe fût tenu à en faire ufage dans les cas où il avait réuffi d’abord, fi 011 n’eût pas voulu letendre à toutes les maladies. Afin qu’on ne fade point d’aufli mauvais emplois de nos fers fondus , nous avertiffons avec grand foin qu’ils ne doivent jamais être la matière des ouvrages qui demandent à être d’un fer très-doux , très-pliant. Ce ferait en abufer que d’en faire, par exemple, des canons de fufii, puilqu’il y a même quantité de fers en barre qui n’y font pas propres, je ne fais fi le chien du fufii, qui frappe avec une
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- percuffion très-prompte, peut même être fait de fer fondu. Les ouvrages de fer qui ont beaucoup à fatiguer, doivent en général être faits du fer le plus doux ; par conféquent le fer fondu ne leur convient point. Tous les ouvrages grands & très-minces , dès qu’ils auront quelque chofe à foutenir , 11e doivent point être de fer fondu.
- 246. D’ailleurs on 11e doit chercher à faire de ce fer que des ouvrages dont le travail eft long à la lime & au marteau : tout ce qui ne demande pas de longues façons, doit fe faire de fer forgé. Nous avons dit qu’on ferait de fer fondu des clefs chargées d’ornemens ; ce ferait mouler pour peu de profit, & courir rifque de faire de moins bons ouvrages , que de faire de fer fondu des clefs ordinaires. Il 7 a d’autant plus à gagner fur les ouvrages de fer fondu, qu’ils feraient plus longs à finir à la maniéré ordinaire ; & il en reliera alfez de ceux-ci pour que les avantages de notre nouvel art s’étendent loin. Ce fer pourra être la matière de bien des efpeces d’ouvrages que nous n’avons pas indiqués. Peut-être aufîi trouvera-t-on des inconvéniens à en faire quelques-uns de ceux pour lefquels nous l’avons jugé propre.
- 247. Les ouvrages de fer fondu, bien moulés & limés avec foin, ne fau-raient fouvent être diflingués à la vue de ceux de fer forgé. Il y a pourtant des circonflances où , quoiqu’ils foient aulîi bons que les autres, il faut que celui qui peut s’en fervir fâche quelle eft leur origine ; & ce ferait tromper celui à qui 011 les vendra, &.à fa perte, de les lui vendre pour être de fer forgé. Expliquons-nous davantage par un exemple. Si on vend des fiches très-chargées d’ornemens à un ferrurier , & même à un particulier , il leur fera facile de reconnaître qu’elles ne font pas de fer forgé. Si on leur vend des fiches unies, & qu’on veuille leur perfuader qu’elles font de fer forgé, quoiqu’elles foient de fer fondu , il peut être mal-aifé qu’ils le reconnaifient. Ces fiches de fer fondu , une fois mifes en place, foutiendront la porte , comme feraient des fiches de fer forgé; mais pour être mifes en place, elles exigent quelquefois des précautions que n’exigeraient pas les autres. Si la partie qui eft def-tinée à entrer dans le bois a befoin d’être redreiîée, l’ouvrier qui la croira de fer forgé, frappera delfus trop hardiment; peut-être la caffera-t-il : au lieu que s’il eût fu qu’elle était de fer fondu, il Peut frappée à petits coups, ou même il l’eût fait chauffer pour la ménager davantage.
- 248. L’avidité de gagner trouve le moyen de faire faire de mauvais ufages des meilleures chofes. Pour obvier à celui dont nous venons de parler, peut-être ferait-il à propos que tous les ouvrages unis de fer fondu , qui fe débiteront dans les grandes villes , fuffent marqués pour tels. Les fyndics ou jurés des communautés des ferruriers , ou autres communautés, pourraient être chargés de pofer cette marque. Mais Ce ferait faire un plus grand mal que celui auquel nous nous propofons de remédier, que de mettre cette marque
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- entre les mains des traitans ; & fi cela arrivait, nous aurions grand regret à l’avis que nous venons de donner. Néanmoins , comme c’eft une efpece de gens qui penient à tout, pour s’enrichir en vexant le public, fous prétexte d’utilités fouvent imaginaires, ils y auraient apparemment penfé d’eux-mêmes : heureufement nous vivons fous un régné où l’on eft peu difpofé à recevoir leurs proportions.
- 249. Mais pour revenir à nos ouvrages de fer fondu, chaque ouvrier pourrait avoir chez lui un fourneau où il adoucirait les ouvrages qui concernent fa profeflion. Cependant, comme il en eft peu qui veillent & qui puiflent s’écarter de leur travail ordinaire, qu’il y a même plus de profit pour eux à faire toujours la même chofe , il ferait plus avantageux pour le public qu’il y eut des ouvriers établis qui travaillaient à adoucir les ouvrages de fer pour tous les autres , qui fuifent des adouci(feurs de fer en titre. Si l’ébénifte, l’horloger, le fourbiffeur, le ferrurier, & de même, fi divers autres ouvriers ont befoin de cuivre ou d’argent fondus en ouvrages, ils 11e fondent pas eux-mêmes ces métaux i il n’y a pas jufqu’aux orfèvres qui n’aient recours aux fondeurs ; on leur porte les modèles des pièces qu’on veut avoir, & l’on fait combien on doit leur payer la livre des ouvrages moulés. L’arquebufier , le ferrurier , le fourbilfeur, &c. feraient de même fondre en fer par des fondeurs ordinaires, tout ce qu’ils voudraient, & en paieraient la livre fur le pied dont ils feraient convenus. Ils porteraient enfuite chez les adouciffeurs de fer fondu ces mêmes ouvrages , & les leur paieraient plus ou moins cher , félon le degré d’adouciiTement qu’ils demandent, foit par rapporta la foupleffe , foit pàr rapport à la couleur & aufïl félon la grolfeur des pièces. Il ferait aifé de faire un tarif fur cela j & pour peu qu’il fe falfe des établiffemens , cette efpece de tarif fera bientôt réglé.
- 2fo. Ceux qui n’auront d’autre occupation que d’adoucir, qui en feront leur objet, doivent être pourvus de fourneaux de différentes grandeurs ; quand ils n’auront à acjoucir que de menus ouvrages , qui veulent être extrêmement adoucis, ils en chargeront de petits fourneaux. Un fourneau, quelque petit qu’il foit, tiendra une grande quantité de gardes d’épées, de platines de fufils^ de boucles , & autres menus ouvrages : quelque peu qu’on prenne pour le recuit de chacune de ces pièces, on fera payer affez cher & le tems & le feu : avec une voie de bois 011 recuirait une quantité d’ouvrages de ces petites efpeces.
- 2 f 1. Au refte, nous n’avons encore jeté que les fondemens d’un art qui a befoin d’être perfectionné ; nous ne l’avons que dégroffi : nous n’avons pas tout tenté, nous n’avons pas tout prévu ; des pratiques en grand , fouvent réitérées, apprendront encore beaucoup. Nous elpérons que ceux qui feront' des expériences propres à contribuer aux progrès de cet art, ne les envie-
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- ront pas au public ; pour nous, nous lui communiquerons certainement ce que nous pourrons découvrir de nouveau fur cette matière, & ce qui nous refte fur diverfes autres matières qui y ont rapport, qui nous ont fourni des obfervations que nous croyons devoir être utiles , & qu’on trouvera peut-être alfez curieufes.
- MEMOIRE
- CONTENANT des procèdes économiques dans la fabrication des fers , fils de fer & fers de fenderie , démontrés par texpérience.
- X^epuis trente ans j’ai fait ma principale occupation du travail des forges ; j’étais furpris que dans une province auili abondante en fer que celle de Franche - Comté, ma patrie, l’on fe fût borné jufqu’alors à la fabrication des fers coulés & forgés , dont la plupart paifait à l’étranger, à qui on laif. fait le foin d’en fabriquer de la tôle & des fils de fer qu’il nous revendait. Ces marchandifes augmentaient néceifairement en proportion des frais de tranfport & de main - d’œuvre. Ces dépenfes étaient une perte réelle pour la province & pour l’état, par la fortie~du numéraire. Je réfolus de former un établiifement en ces deux genres ; il me fallait des artiftes en état d’en confiruire , & des ouvriers pour en diriger les travaux. J’entrepris différons voyages en Allemagne , en Suiife, & principalement dans les manufactures d’Albrouk,de Lieftel & de la Nevelt. Je fus alfez heureux, non-feulement pour me mettre au fait, mais encore pour me procurer les ouvriers néeek îaires à l’exécution de mon projet. Je m’occupai d’abord à rétablir une petite tirerie que mon pere avait à ferme à Morvillard en Alface. Cette ufine était dans fa plus tendre enfance , la feule de ce genre dans toute la France (a). Je n’épargnai rien pour l’agrandir 5 je réufîîs enfin à y faire du fil de fer 8c du fer en tôle en grande quantité 8c d’une qualité parfaite , en n’y employant que les fers du voifinage, que je ffus faire préparer pour avoir de bonne marchandée. On la préféra bientôt à celle d’Allemagne 8c de la Suiife j on la préféré encore, puifque la Comté en fournit aujourd’hui dans ces contrées.
- (a) L’on ne craint point d’avancer ici parce que celles-ci font de peu de confé-que l'a tirerie de Morvillard était alors la quence, & n’ont pas l’ombre de reffem-feule en France dans fon efpece , malgré blance avec celles d’Allemagne , ni avec que M. Duhamel ait parlé dans un de fes celles de l’auteur de ce mémoire , qui a ouvrages des tréfileries de -Normandie > viüté les unes & les autres.
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- Ayant acquis des connaiffances , je fongeai à donnfer plus d’efTor à cette entreprife. M. le maréchal duc de Randan , propriétaire d’une ufine aiTortie de fourneaux & de forges considérables au comté de Bourgogne , inftruit de mes progrès à Morvillard, difpofé d’ailleurs à favorifer dans la province où il commandait, une industrie nouvelle , dont il fut apprécier l’utilité pour l’état, m’en palfa le bail en 1745: , & me permit même de faire les cbangemens que le nouvel établiflement exigerait.
- J’augmentai bientôt cette ufine d’une tirerie de fil fer & d’une platinerie de fer en tôle ; je l’agrandis peu de tems après, je continue encore de la faire valoir.
- Ces établiSTemens exigeaient une augmentation d’ouvriers en ce genre. A l’aide de ceux que j’avais déjà de l’étranger, j’en formai de nationaux. Encouragé par le fuccès, j’achetai les ruines d’une ancienne ufine abandonnée depuis l’invaSion des Suédois en cette province. Le local ne repréfentait qu’un défert, des rochers entourés de précipices ; mais le cours d’eau ett unique. Il eSt à portée d’ailleurs de quantité de forêts appartenant, foit à Sa Majeflé , foit à des feigneurs & des communautés, qui n’en avaient de débit qu’à vil prix ; c’eft ce qui me fit paSfer fur toutes les difficultés. Bref, j’y ai fait conftruire une vingtaine de corps de bâtimens, foit pour y loger les ouvriers , foit pour y placer les machines. Cet établiffement reffemble actuellement à une nouvelle colonie des mieux peuplées , qui répand beaucoup d’ailance chez les habitans qui l’avoifinent. J y occupe plus de cent ouvriers; j’y ai ajouté une clouterie à froid , deffervie par de jeunes enfans & des orphelins de dix à douze ans; ils gagnent déjà chacun if, 18 à 20 fols par jour, & touchent au moment d’en gagner 25 à 30- Ces fortes de clous font tellement recherchés par rapport à leur perfection , que l’on m’en demande jufqu’en Efpagne , en Italie, en Suiffe & en Allemagne.
- L’administration, toujours attentive au bien-être,des peuples de fa domination , a fenti combien il était avantageux de favorifer l’établiifement des manufactures nationales, quand elle a augmenté les droits d’entrée dans le royaume fur les fils de fer venant de l’étranger ; elle avait fait atiffi une diminution fur ceux que paieraient à la fuite les fers fabriqués en Franche-Comté , réputée province étrangère : mais cette diminution ne fe trouve plus aujourd’hui dans une proportion qui conferve la balance du commerce, en ce que, pour avoir la concurrence avec ceux qu’on fabrique aCtuellemenr dans le royaume , les manufactures Comtoifes font obligées de diminuer fur le prix, à proportion des droits qu’elles paient & des frais de voitures qui font plus forts à caufe de fon plus grand éloignement.
- Quoi qu’il en foit de cette obfervation, qui cependant mérite attention , lé fuccès des trois tireries dont on vient de rendre compte a encouragé l’in- ,
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- •duftrîe ; elles ont excité l’émulation de tous les artiftes : de forte qu’il y a fept tireries roulantes dans le comté de Bourgogne , toutes modelées fur la première que j’y ai établie; & depuis il s’en eft formé de fèmblables de proche en proche, en Alface, en Lorraine , en Bourgogne, dans le Niver-nois , dans la Touraine , dans le Forez, dans le Limoufin & en Champagne. Les ouvriers que j’avais formés fe font répandus dans tous les nouveaux établilfemens , ceux - ci en ont formé d’autres ; ainfi la France préfentement, loin de tirer des bras de l’étranger, eft en état de lui en fournir.
- Si Ja nation jouit actuellement de cette branche d’induftrie, je pénle qu’elle m’en eft redevablej mais je crois lui devoir communiquer encore la méthode qu’une fuite d’expériences opiniâtres m’a fait trouver pour perfectionner & fimplifier la fabrication des fils de fer avec plus d’économie dans tous les détails.
- Les tireries, telles que je les avais montées dans le principe fur le modèle de l’étranger, malgré leurs avantages, étaient bien loin d’un certain degré de perfection ; les rectifier n’était pas l’ouvrage d’un moment, il a fallu multiplier des effais , employer beaucoup de tems, de foins & d’argent.
- J’ai remarqué que la méthode dans certaines tireries de fendre les barreaux en verges était nuifible j qu’elle décompofait le fer, lui coupait fon nerf & le détruifait ; qu’il devenait caftant & ne pouvait réfifter à l’effort des tenailles fans faire beaucoup de bouts & occafionner des déchets confi-dérables.
- La verge fabriquée au martinet ferait fans doute préférable : cependant l’expérience m’a démontré que cette verge forgée, pour ainfi dire, en octogone de quatre lignes, occafionnait aufli quantité de rebuts & de déchets , dont le détail ferait trop long ; mais voici les principaux défauts de cette verge.
- i°. Il n’eft pas poffible de fabriquer en fi petites verges au martinet des barreaux mal travaillés & mal foudés à la forge ; il ne s’y en trouve que trop de cette efpece, malgré toute l’attention du maître.
- 20. Les barreaux les mieux foudés & les mieux travaillés ne peuvent paè Te forger en fi petites verges dans toute leur longueur, il en faut rogner ce qu’on appelle les bouts écrus d’un à deux pieds de longueur 3 ce qu’on a coupé n’eft plus qu’un fer de rebut, dont la valeur intrinfeque diminue en proportion.
- 3^. En forgeant du fer en fi petit diamètre, cela occafionne beaucoup de verges écrafées qui ne peuvent fervir aux tireries : une partie ne peut être que rebroyée, l’autre vendue aux cloutiers à vil prix 3 cependant l’ouvrier n’en eft pas moins payé, le charbon n’en eft pas moins confommé, &c. Un millier pelant de barreaux ne peut tout au plus donner que fix cents livres de cette verge propre aux tireries, encore faut - il qu’elle foit forgée bien
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- jufte & bien égale, ce qui eft fort rare, les foubrelàuts y mettent fbuvent obftacle; mais le plus grand provient, ou de l’inattention, ou de la négligence des ouvriers à tenir leurs ourdons en état : nouvelle caufe de déchets & de bouts. Il faut d’ailleurs recuire trois fois cette verge , & la palfer fix fois par la filiere , avant que d’ètre au n°. 24, dont ta groffeur eft de quatre lignes de diamètre ; mais le fer à ce numéro n’eft pas encore bien rond.
- Pour parer à ces inconvéniens, je fais forger la verge de fix lignes de diamètre en diagonale irrégulière ; à cette groifeur le fer s’écrafe beaucoup moins; l’on forge les barreaux dans toutes leurs longueurs., Puis rien diminuer pour les bouts écrus; l’on confomme moins de charbon, & il en coûte moins pour la façon , l’entre'tien , les outils ,&c. Mais pour faire du lit de “fer de cette verge, je fuis un procédé différent de toutes les tireries connues; je me fers d’une machine que j’ai imaginée, qui accéléré la fabrication , adoucit la matière , amalgame & ralonge le nerf, qui diminue les déchets , les bouts, le fuif & les recuites multipliées. Une verge de fix lignes , de quinze pieds de long, s’alonge à trente pieds d’une feule recuite; c’eft une fimple opération pour lîx qu’il aurait fallu faire à la tenaille avec une verge de quatre lignes. On épargne encore bien d’autres frais de main-d’œuvre , tels que pour appointer, porter le fer au four deux fois pour le recuire, l’appointer & le reporter de nouveau , le grailler avec du fuif pour le tirer fix fois à froid par la filiere avant qu’il foit au numéro 24. Cette machine rend le fer dans toute fon étendue de la même force, & procure une marche égale aux fils de fer; elle évite les ruptures fréquentes de la tenaille: fix ouvriers principaux, affiliés de quelques enfans, alongent dans vingt-quatre heures fix milliers de ce fer de fix lignes de diamètre, tandis que quatre ouvriers occupés autant de tems à la tenaille , 11e pourraient tirer que cinq cents livres au plus de verge de quatre lignes de diamètre.
- Si je n’avais confulté que mon intérêt, je me ferais borné à continuer de vendre mon fer aux tréfileries de différentes provinces où j’en ai fourni, ce qui eft une preuve fans répliqué de la fupériorité de ce fer fur celui qu’on y fabrique, & des avantages que les entrepreneurs en retiraient,‘malgré les frais d’acquit, d’entrée & de tranfport confidérables ; mais après l’ordonnance du glorieux monarque Louis XVI, du 28 décembre 1777 , je me crois obligé de rendre mon invention publique. Quel motif pourrait être plus prelfant pour une anie patriotique, pour l’engager à frayer de nouvelles routes à la perfe&ion de l’induftrie nationale!
- Cette machine comprend quatre cages de fer , dans chacune defquelles font adaptés deux cylindres qui produifent à l’alternative des effets contraires. Dans la première on paffe à chaud ce fer en verge de fix lignes entre deux cylindres unis , qui l’applatilfent d’environ fept lignes fur trois
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- d’épaiffeur ; fortant de là , on le fait rentrer entre deux cylindres rayés dans la fécondé cage , qui en mettant le plat en - haut, donne un fer rond d’environ cinq lignes de diamètre ; de"'fuite on le paffe par la troifieme entre deux autres cylindres unis , qui l’applatiffent de nouveau d’environ cinq lignes fur deux d’épailfeur ; enfin le paflant toujours de, la même chaude par la quatrième cage,& mettant le plat en-haut, ces deux derniers cylindres rayés forment un fer rond d’environ quatre lignes de diamètre, & donnent un fil de fer du numéro 24, alongé du double de ce qu’était la verge , avec les avantages détaillés ci - devant.
- Cette machine , comme on le voit, eft très - peu compliquée, elle tient de l’efpatard & du cylindre; j’en ai fait tirer le plan fous differens points de vue que j’ai joints au préfent mémoire en manufcrit, lequel j’ai adrefle à M. le fecretaire général du commerce , fuivant qu’il était indiqué par ladite ordonnance de Sa Majefté du 28 décembre 1777 > je la ferai voir aux amateurs , & je m’offre d’én faire faire une femblable à ceux qui le délireront. Il en eft de même de la fenderie dont il fera parlé ci-après.
- Il n’y a d’entretien que les cylindres qui font de fer trempé en paquet, & qui s’entretiennent à peu de frais, en les rechargeant de fer ; cela n’arrive fou vent qu’après avoir paffe une centaine de milliers de verges de fix lignes, comme on l’a dit. Je fais ufage de cette machine depuis plus de quinze ans ; fans augmenter le nombre de mes tenailles , j’ai augmenté la fabrication de près de moitié ; le volume des bouts & des rebuts fe trouve diminué de plus des trois quarts , la confommation de fuif eft diminuée de pareille quantité, &c.
- Je confeillerais encore de fe fervir de tourniquets à la maniéré de lierre pour épailler le fer , en place de tenailles , ou d’un marteau de bois.
- Les tenailles à épailler fe dérangent journellement ; elles font d’un grand entretien j elles mordent fouvent trop le fer, ce qui le corrompt.
- Le marteau de bois le corrompt encore davantage, le durcit & l’eftropie ; de là le volume des bouts & la quantité de déchets, fur - tout en tirant le fer jufques dans les fins numéros, tandis que les tourniquets ne iont fujets à aucun de ces inconvéniens.
- Les filières font ordinairement d’un pouce d’épaiffeur, compofées de fer & d’acier fuperpofé; le fer a environ neuf lignes d’épaiffeur, & l’acier trois lignes ; l’ufage acffuel ( eft de les rougir plufieurs fois pour les percer : un Ouvrier tient un gros poinçon 3 un autre ouvrier , fouvent deux, touchent deflus à‘grands coups de maffe , tandis qu’on la tient fur une enclume. Cette opération fe répété douze à dix-huit fois; à chaque fois il faut reporter la filiere à la fouriraife. Ces chaudes multipliées la corrompent & la décom-pofent; l’acier perd fa qualité; les filières, ou ne valent rien, ou ne font* Tome XV. " N 11
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- pas de la même dureté qu’elles devraient être : propriété effentielle pour rélifter au frottement. Cet outil coûte cher; & quand il a été manqué, c’eft line double perte, 8c de la matière & de la main-d’œuvre.
- Pour remédier aux inconvéniens , j’ai imaginé un tour à eau à plusieurs poinqons qui joueront tous enfemble. Ces poinçons perceront le fer de la filiere à froid jufqua ce qu’ils rencontreront l’acier i après quoi n’y ayant plus que l’épaifleur de trois lignes d’acier à trouer, un ouvrier pourra feul, à l’aide de quelques petites chaudes, achever de la percer, en touchant à petits coups d’une main fur un poinçon qu’il tiendra de l’autre ; la filiere par cette opération ne fera point fatiguée, l’acier confervera fa force & fa qualité i il aura un bon outil, dontrles trous réfifteront au frottement lors du paffage du fil de fer; la filiere durera par conféquent plus long-tems, & le fil fe trouvera de groffeur égale dans toute fa longueur. Ce tour peut s’adapter à un arbre qui fera mouvoir d’autres machines ; fi l’on veut, on épargnera encore par - là les charbons , ce qui eft une confidération qui doit lui donner la préférence fur la méthode ordinaire.
- Toutes les tentative^-& les expériences rapportées ci - delfus pour fini-' plifier le méchanifme des tréfileries, autrement des tireries de fils de fer, en augmenter la fabrication & diminuer la dépenfe , fuppofent effentiel-lement une certaine qualité dans le fer que l’on deftine à faire palfer par la filiere. Ce fer doit être doux, du&ile , nerveux & compa<ft ; qualités qui dépendent autant de la façon de le préparer que de la matière première.
- J’AI d’abord reconnu que les fontes ne doivent être ni blanches ni trop lioires, mais d’un gros grain gris-clair ou de fonte mêlée.
- Les feux de forges doivent être conftruits tout différemment que pour du fer marchand ; la pofition de la tuyere , la dire&ion du vent qui doit fe croifer & tourbillonner dans le creufet, font des caufes phyfiques elfentielles à bien faifir : les connailfances pratiques d’un bon aftineur valent peut-être mieux pour diriger un feu , que tous les préceptes que les favans ont pu mettre par écrit jufqu’à ce jour.
- Le degré de chaleur nécelfaire dépend de la bonté du charbon & de l’habileté du forgeron. La manipulation de celui-ci contribue effentielle-ment à purifier le ferj car après une première fufion du fer coulé, il n’eft encore dégagé que d’une partie de fes fcories les plus groflieres j & au lieu de retirer cette maffe du creufet pour la porter fous le marteau, comme il eft d’ufage pour du fer ordinaire, il faut au contraire retour-^ lier cette malfe fens-delfus-deffous dans le creufet, en détacher une efpece de gâteau que les forgerons appellent la forne : ce font les parties les plus craffes qui fe précipitent dans la fufion ; & c’eft ici que par une manipulation fouteilue * le forgeron tient cette maife expofée de nouveau
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- à l’aétion du feu & du vent : la grande dilatation des pores eft une efpece de nouvelle fufion ; les pores ainfi ouverts, s’imbibent de nouveau du laitis, dans lequel nage cette malle, à peu près comme une éponge ferait Peau ; & par un travail alïidu & redoublé, les parties métalliques fe précipitent de nouveau au fond du creufet, après être dégagées des corps hétérogènes qui empêchaient la réunion. Cette maffe ainfi purifiée une fécondé fois, fe foudera pour ainfi dire d’elle - même ; elle s’étendra facilement fous le marteau, & participera des qualités requifes pour du fil de fer. L’on voit donc qu’il eft intéreifant de faire choix de la matière première, & d’avoir des ouvriers intelligens. Il eft difficile que les tréfileries puilfent fe procurer du fer convenable, à moins que les entrepreneurs ne le falfent faire par eux - mêmes. Ceux qui n’ont point des feux de forges attachés à leurs ufines, pourront du moins profiter des obfervations ci-deffus pour le faire travailler en conféquence.
- Le fuccès d’une entreprife donne de nouvelles forces ; il éleve l’ame pour ainfi dire au-deffus d’elle-même, lui fournit de nouvelles idées & lui fait enfanter de nouveaux projets. C’eft ici le cas d’appliquer ce principe.
- Tout le monde fait que les fenderies (a) exigent un bâtiment vafte entre deux courans d’eau ; qu’il leur faut deux roues, l’une à la droite, l’autre à la gauche; que les arbres de ces roues font de douze à quinze pieds de long chacun ; qu’ils entrent fort avant dans l’intérieur de l’ufine ; qu’il faut des emmarchemens bien folides & profondément plantés en terre, ce qui exige une quantité de groffes pièces de bois; qu’il faut de gros rouets & de groffes lanternes en bois, un arbre de couche de plufieurs pieds de long pour faire mouvoir en fens contraire les rouleaux & les taillans fupérieurs. Tout cet embataillement, outre la dépenfe primitive qui eft affez confidérable , demande beaucoup d’entretien par rapport aux frotte-mens multipliés.
- Pour fimplifier cette machine, il s’agiffait d’abord de fa voir fi l’on pourrait fendre du fer avec une feule roue , fur un feul courant par con-féquent; & en fécond lieu, fi après avoir pafle une bande de fer entre deux cylindres unis pour l’alonger & l’égalifer d’épaiffeur , l’on pourrait fur le tetns préfenter cette bande aux taillans fans être obligé de repaffer de l’autre côté des cages , tel qu’il fe pratique pour cette opération, comme font conftruites les fenderies 1 d’aujourd’hui.
- L’on fentait bien l’avantage de cette firnplification ; mais ces deux difficultés paraiffaient infurmontables. Encouragé par le fuccès de mes cylindres
- (a) On entend par le mot fenderie la tréfilerie ; ce mot exprime auffi les ma-l’aêtion de mettre les rnaiïes de fer en chines qu’on emploie à cet ufage. barres, afin de les faire paffer enfuite par -
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- à fil de fer, je les ai vaincues toutes les deux; j’ai conftruit une fende-rie unique en fou efpece , elle fait même l’étonnement de tous les maîtres de forges de la province ; ceux qui ne l’ont point vue, ont peine à croire qu’il n’y ait qu’une roue, tant pour les rouleaux applatilfans que pour les troulfes des taillans. Telle eft cependant en abrégé fa defcription : c’eft une roue mouvante à eau, montée fur un arbre de huit pieds de long feulement > à l’extrémité de cet arbre , qui n’entre par conféquent pas fort avant dans l’intérieur du bâtiment, font placées deux cages de fer fixées fur une piece de bois de fix pieds de long, d’environ un pied d’é-paiifeur dans un bout, & d’un pied & demi dans l’autre , & de deux pieds & demi de largeur. Ces cages font, il eft vrai, un peu plus groffes que celles de mes cylindres à fil de fer, mais c’eft la même conftruction.
- Dans l’une de ces cages font les taillans, & dans l’autre les rouleaux plats. Tout fe meut par la même & feule force de la roue unique qui eft dans l’eau ; après avoir applati la bande de fer , l’ouvrier qui reqoit le bout fortant, le porte fur - le - champ entre les troulfes des taillans ; il n’y a qu’un pas en arriéré à faire. Le furplus des procédés pour la verge de fenderie eft le même que par-tout ailleurs.
- On peut, quand l’on veut, ne faire que des cercles ; il fuffit de fubftituer des rouleaux plats aux taillans.
- En jugeant’de la fimplicité du méchanifme, on doit juger aufti de la modicité de l’entretien & de l’avantage de l’invention. Combien en effet n’y a-t-il pas d’ufines dans le royaume, où l’établiffement d’une fenderie ferait fort utile , & où le cours d’eau , le local n’ont pas permis jufqu’ici d’y eu établir, à caufe que l’on regardait comme impolfible de le faire fans avoir deux roues & deux courans ! Aujourd’hui que cette impoffibilité eft démontrée imaginaire par une expérience d’une dixaine d’années, on pourra facilement mettre à profit mon invention.
- Combien aufîi les ufines qui ont des fenderies ne pourraient-elles pas profiter de cette découverte, en les faifant conftruire fur ce modèle! Outre les avantages ci-devant, ils auraient encore un courant de refte , dont ils pourraient difpofer , & y conftruire une autre ufine.
- Tel eft le réfultat de mes recherches & de l’application continuelle que j’ai eue pendant trente ans à chercher les moyens de fimplifier la fabrication des fils de fer ; ces recherches m’ont fait faire des effais dans toutes-fortes de genres de travail en fer : heureux fi mes obfervations peuvent remplir les vues de notre augufte Monarque, qui daigne s’occuper de tout ce qui peut devenir utile à fes peuples ! La partie des fils de fer eft une branche de commerce qui peut devenir encore beaucoup plus confidérable qu’elle ne l’eft aujourd’hui, je puis en fournir une preuve fans répliqué.
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- Il y a trente ans qu’il fallait tirer cette marchandife généralement toute de l’étranger ; j’en fournis plus de quarante milliers pelant par mois, fabriquée dans mes ulines. Il,y a un grand nombre de pareils établfifemens actuellement dans le royaume , qui fourniflent de leur côté auffi. "Malgré cela, les fabricans ne peuvent alfortir ni contenter leurs correfpondans , ce qui prouve la difette de cette marchandife. Mes vœux feront accomplis , fi mes obfervations peuvent contribuer à faire remplir ce vuide ; fi du moins, après avoir fini ma carrière, le réfultat de mes expériences peut donner des idées à ceux qui me fuivront, pour parvenir à une méthode encore plus fimple & à une économie auffi utile pour le fabricant qui pour l’état.
- Je me ferais beaucoup plus étendu fur le travail des fers en tous genres , fi je n’avais appréhendé d’ètre ennuyeux. Je me propofe cependant d’en faire un particulier fur le travail des fers en tôle. Le méchanifmè en eft fort fimple; mais pour monter un attelier tel que je le defirerais, pour faire de la tôle femblable à celle dés Anglais, il m’eût fallu faire une dé-penfe que ma pofition & les circonftances où je me fuis trouvé ne m’ont pas permife. Il faudrait d’ailleurs être alfuré d’un débit que l’Angleterre pourrait gêner; l’établiifement que je formerais pourrait peut-être fuffire à la confommation de tout le royaume , il aurait par conféquent befoin d’ètre favorifé du gouvernement : je n’en ferai pas moins zélé pour le bien de ma patrie, pour celui de l’état en générai, de développer mes idées fucceffivement au fur & mefure que j’aurai l’expérience pour guide.
- J’ai déjà eu l’honneur d’adreifer dilférens mémoires au gouvernement fur le travail des monnoies ; j’ai eu la fatisfadion d’en recevoir des lettres de remerciement. J’en ai donné un autre en dernier lieu à M. l’intendant de cette province fur le travail particulier du billon, & cela à l’invitation du miniftere. J’ai cru, dans les uns & daus les autres, ne devoir parler qu’après l’expérience: trop heureux fi mes réfultats une fois développés & mis en pratique , redifiés fi l’on veut dans ce qu’ils auront de défectueux j peuvent conduire au but que Sa Majefté s’eft propofé!
- FLEUR, ancien diredeur de la Monnoie de Befançon, Befançon, k 15 décembre 1778.
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- ET FOURNEAUX DE FER DE BARUTH(i).
- Par M. k comu régnant Jean - Chrétien de Solms - Baruth (%),
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- SECTION I.
- I. J E me propofe dans ce traité (3) de donner une idée des mines de Baruth , & des procédés qu’on y fuit dans les fonderies. J’y joindrai diverfes obfervations utiles que j’ai lues ou recueillies fur les fonderies de fer ( a ).
- ( 1 ) Comté d’Allemagne, dans l’éleétorat de Saxe, fur les frontières du Brandebourg.
- ( z ) Cette piece eft fubftituée dans la traduction allemande à la quatrième feétion fur les fers, qui fait partie du fécond volume de cette édition. L’extrait de Swedenborg , que l’académie a jugé à propos de publier en français, contenait peu de choies intéreiTantes pour les Allemands, qui-ont pouffe fort loin les connaiffances métallurgiques. Je crois faire un préfent précieux aux vrais favans, en plaçant ici la traduction de l’ouvrage de M. le comte de Solms-Baruth. On y verra la maniéré de travailler des Allemands, leurs fourneaux , leurs for-' ges, &c. Un des principaux objets que je me fuis propofés dans cet ouvrage, c’eftde comparer les découvertes & les procédés des différentes nations.
- ( j ) L’illuftre auteur de ce traité a daigné le communiquer à M. le profeffeur Schrei-ber, l’un des éditeurs de la traduction allemande des Defcriptions des arts& métiers. Al. de Jufti y a joint quelques notes tirées de fes ouvrages ou de fon expérience, je les donnerai ici, en les diftinguant des miennes par des lettres de l’alphabet. v
- (a) J’envifage ce morceau comme un des ornemens de mon ouvrage, & les vrais connaiffeurs dans la fcience des mines ne manqueront pas de penfer comme moi, & de partager ma reconnaiffance pour l’illuftre auteur qui a bien voulu en faire part au public. Ce traité eft tout pratique, enforte qu’on en peut tirer d’excellentes idées pour établir ou pour perfectionner des travaux du même genre. Un des protecteurs de mon ouvrage, confeiller des finances d’un prince voifin , me témoignait, il y a quelque tems, qu’il defirait fort de voir une defcription détaillée des travaux d’une mine de fer. Il obfervait qu’il y avait dans le pays qu’il habite des mines de la même nature que celles de Baruth, dont on ne tirait aucun parti, faute de connaître affez la maniéré de les travailler. La piece que l’on va lire fatisfait pleinement au defir de mon ami. Il me femble même qu’elle répond en grande partie à une queftion économique fort inté-reffante, propofée pour l’année 1797 par l’académie des fciences de Gôttingue , & fur laquelle on n’a rien dit jufqu’ici de fatisfaifant. On y demandait : En quoi canjijie la prééminence du fer de Sucde ?
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- 2. Le rainerai de Baruth eft de la même forte que celui qui fe trouve en grande quantité dans la Luface & dans le comté de la Marck ( 4 ). Il eft connu en Suede fous le nom de pierre de marais ( $ ). On le trouve (6) en plufieurs endroits fur la furface même du terrein, & jamais il n’eft à plus d’un pied au-delfous de la première couche. Il n’eft point difpofé comme dans d’autres endroits, par monceaux, mais en filons qui ont au plus deux pieds de Rhin , & fou vent à peine trois pouces d’épailfeur. O11 le trouve fur-tout dans les lieux bas & marécageux 3 mais dans tout le pays, même dans les endroits où il n’y a que le pur fable, on apperçoit des traces de fer. Il paraît que ce minerai eft formé par certaines eaux vitrioliques- qui trouvent fans doute dans ces quartiers une terre légère propre à cette minéra-lifation. On obferve dans ce minerai une propriété finguliere : il eft mol quand on le tire de l’eau où il s’eft formé 3 mais dès qu’il eft fec, il acquiert une plus grande dureté.
- 5. Il fe reproduit aifément dans les endroits d’où on l’a tiré 3 mais il n’atteint pas d’abord le même degré de dureté. On trouve dans les minières des bois de cerf & des os , qui fouvent font minéralifés ; & cela confirme le iyftème que je viens d’expoler fur la formation de cette mine. Sa couleur tire fur le brun. Plus elle eft riche , & plus auifi elle eft dure & foncée. Elle ne rend pas toujours également 5 mais pour l’ordinaire le produit eft entre 40 & 60 livres par quintal. Dès que le minerai eft hors de la mine , 011 la recouvre foigneufement avec de nouvelle terre, qui produit avec le tems une autre couche de fer. O11 fait fauter la pierre avec des coins & des pioches de fer, on la pile avec des marteaux & des pilons à bras5 opération qui eft d’autant plus facile que la matière eft plus tendre & friable. On pâlie le tout au tamis pour le laver & enlever les ordures 3 après quoi on le tranfporte, foit en bateau , foit fur des chars , jufqu’auprès des fourneaux.
- (fiels font les defauts des fers d’Allemagne , comment pourrait - on les corriger ? Cependant ce traité ne fe rapporte pas directement à cette queftion ; il était même écrit avant qu’elle eût été propofée.
- (4) Province du cercle de Veftphalie, appartenant à S. M. le roi de Prufle.
- ( ç ) Morajl - oder rafenjïeine.
- ( 6 ) 11 y a cinquante ans & plus que ces mines furent découvertes^ mais ce n’eft que depuis fix ans qu’on a commencé à les exploiter. Comme les arbres ne peuvent pas jeter des racines profondes par-tout où
- il y a beaucoup de ces minerais, les vents en déracinent chaque année un grand nombre, C’eft ce qui aura fans doute fait découvrir ces mines. Depuis qu’on les connaît, on les a fait éprouver plufieurs fois, & toujours on les a trouvé fort riches : on a examiné par quels moyens on pourrait en tirer parti ; mais on a toujours été arrêté, parce qu’on ne favait comment amener une chute d’eau affez' confidérable pour établir des fourneaux. Orf a levé cette difficulté en creufant un canal de plus de deux milles de long & d’une toife de large.
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- 4. La première préparation que l’on donne ordinairement au minerai, c’eft le grillage; mais elle 11’a pas lieu dans les mines de Baruth, parce que' le minerai elf fort doux, & que l’avantage qu’on fe procurait par la torréfaction était fi mince , que Ton a jugé à propos de le fupprimer. On a trouvé que le grillage du minerai dans les fourneaux était fuffifant. Quand on le faifait,-011 choifilfait une place d’environ quatre verges en quarré ; on l’entourait de trois côtés d’un mur haut de deux pieds & demi ; le fond était pavé & cimenté , enforte que le terrein allait en pente pour favorifer l’écoulement des eaux. On évitait foigneufement les endroits humides. On couvrait d’abord le fond d’une couche de charbon menu , fur laquelle on mettait de gros charbons. On y jetait enfuite une égale épailfeur de minerai, & l’on continuait ces lits de charbon & de mine jufqu’à la hauteur du mur ; on y mettait le feu par le bas , & le grillage durait jufqu’à ce que le charbon fût confumé. Le minerai ainfi préparé ne donnait pas plus ni de meilleur fer ; les fcories étaient les mêmes, & les différentes charges ne paffaient pas plus vite dans le fourneau, quoique la mine eût été grillée jufqu’à devenir entièrement rouge.
- y. La ..féconde préparation qui fuit le grillage, c’eft la fufion du fer contenu dans le minerai. On la Faifait autrefois en gueufes dans les fournaifes ; aujourd’hui on fe fert prefque par-tout des hauts fourneaux. Le profit que l’on peut faire en fuivant l’ancienne méthode , fe réduit à très - peu de chofe. Pour fentir encore mieux la différence, que l’on prenne la peine de comparer le produit d’un fourneau avec Pacte d’amodiation des forges de San-gershaus , tel qu’il eft inféré dans la collection de M. le doéteur Schreiber, Samlung verfclùedener fchriften die in die œconomifche policey , cameral undandere wiffenfchaften einfchlagen. Dans le pays de Baruth on fe fert aulfi de hauts fourneaux, dont on trouvera ici le deflin & la defcription. On n’a pu le placer que dans un endroit marécageux, à caufe de l’eau néceffaire pour faire jouer les foufflets.
- 6. Pour corriger ce défaut inévitable, on a planté dans la terre des efi. peces de pilotis, fur lefquels on a mis un grillage de bois. C’eft fur ce fondement qu’eft bâti le fourneau. Au - deffous 011 a pratiqué quatre creux deftinés à arrêter l’humidité qui, s’élevant de la terre , retarderait la fufion, ou même l’empêcherait entièrement. L’on appelle ces ouvertures an%ttch~ ten ( 7 ). Les pierres les plus propres à la conftruétion des fourneaux font les pierres de grès ; quelquefois on emploie , comme en Suede, les holtifîeine, pierres communes , & les feldjieine , cailloux ; quelquefois enfin , comme à Baruth , 011 les fait de backfieine , briques. On peut voir, par le plan
- ( 7 ) Voyez fur la néceffîté de ces ouvertures le tome ÏI de cet ouvrage, page 246 & fuivantes*
- que
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- que nous en donnons ici, que l’épaifleur des murs- eft de fix pieds de roi. L’intérieur d’un fourneau peut être divifé en deux portions?: la partie iupé-rieure eft nommée en allemand Schacht, le puits ; le foyer eft la partie inférieure. A Baruth le puits eft quadrangulaire ; mais une longue expérience a prouvé qu’il vaut mieux les faire ronds, parce que le feu y agit plus uniformément. S’il eft inconteftable que le puits eft préférable lorfqu’il eft rond, il ne l’eft pas moins que la jufte proportion du ventre de cette partie contribue beaucoup à la bonté du fer aufli bien qu’à la quantité. On a trouvé), à force d’obfervations, que la bouche fupérieure du puits eft à la plus grande dimenlion du ventre, comme 4 eft à f , & que celle-ci eft à la bouche inférieure du puits comme f-eft à 3. Cependant on ne [aurait donnera cet égard des réglés générales ; Il l’on veut procéder fûrement, il faut avoir égard au degré de fufibilité du minerai, &.à la quantité des matières étrangères qu’il renferme. Je penfe que , li la mine renferme quelques parties arféni-cales, le ventre ne doit pas être li large , afin que ces particules étrangères foient peu à peu diffipées, ou, s’il eft poftible, qu’elles le fixent à la chaux dont on fe fert pour faciliter la fullon. )
- 7. On peut comprendre par ce que nous venons de dire, combien ilim* porte qu’un infpeéteur des forges entende la métallurgie ou la chymie.-Cette derniere fur-tout, quand elle eft jointe à la première & aux mathématiques-, oft comme la clef de la fufion des métaux. Dès que l’on poifede ces connaifi-fances, on peut procéder fcientifiquement., Mais je m’écartei de mon'fujefi •8. Le vuideinférieur d’un fourneau ,«ou le foyer, en allemand:^ Heerd , eft pour l’ordinaire conftruit de' grolfes pierres de grès, plus capables de réfifter à la violence du feu augmentée par faction des foufflets. Malgré cela, elles fe changent en verre au bourde quelque tems. Le quartier qui eft placé vis-à-vis des foufflets, doit être plus épais que les autres. Les pièces qui forment le foyer, s’appellent en allemand Gejîdljhine. On les change toutes les. fois qu’on charge le fourneau. La conftrucftion d’un foyer eft le chef-d’œuvre d’un ouvrier. La jufte prdportion & l’arrangement convenable des parties font réuflir la fufionj au contraire , s’il y a quelque défaut dans cette partie, on ne peut pas venir à bout de l’opération. - • ' • '
- 9. Dans les mines de Baruth, cette partie du fourneau peut contenir k la fois environ quatre quintaux. J’ai ouï dire qu’en Suède un foyer peut contenir de 30 à 60 quintaux & au-delà. Les fourneaux de cette force doivent être Beaucoup plus vaftes que ceux de'ce pays , & avoir-des foufflets beaucoup plus gros & plus forts. Cette partie renferme communément la forme, la tympe, la piece du fond, & les dix pièces ordinaires. SM’-ôn vëufc profiter des leçons de l’expérience , il faut que le foyer foit une fois plus' jdng1 que large ; fa hauteur fera la moitié de ü\ largeur , uniforme j^ quarrée» Tome XV. O o
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- L’ouverture par eù l’on fait fortir le fer lorfque les fcories en ont été loi-gneufement féparées , doit être bien garantie. Cette ouverture eft au - deffous de la tympe dans la piece du fond. La forme eft un tuyau de fer ou de cuivre , dont la figure eft à peu près conique , ayant par - devant une ouverture d’un pouce & demi en demi - cercle , dans laquelle font placés les fouf-flets. Elle fert à empêcher que les foufflets n’attirent point de feu , & à faire que l’effort du vent tombe précifément dans l’endroit où il contribuera le plus à favorifer la fufion. On la place communément de maniéré qu’elle fe trouve un peu plus élevée par-derriere que par-devant, enforte qu’elle forme avec l’horizon un angle d’environ douze degrés. Cet article eft regardé par les ouvriers comme leur plus grande fcience, & ils en font une forte de myftere.
- 10. Dans plufieurs cas la forme doit être changée au bout d e 6, 8, 10 à 12 femaines & plus, fuivant que letalage réfifte plus ou moins à la violence du feu , & que la forme n’eft pas dégradée près de l’ouverture. Voyez ci - après l’extrait de l’état d’un fourneau , coté C.
- 11. Après la forme (8) «il faut conlidérer les foufflets. Dans cette fonderie ils ont environ 12 pieds de long (9 ) fur £ de large. Les bufes (10) ou les tuyaux de fer qui font pofés dans la tuyere , ont près de 3 pieds de long, & environ ig pouces de circonférence. Les foufflets font de bois : autrefois on les faifait de cuir. D’ordinaire l’ouverture des bufes eft éloignée de celle de la tuyere de 9 à 12 pouces. L’ouverture extérieure de la tuyere doit aboutir au centre du fourneau. La plupart font conftruits de maniéré que la piece de la tuyere eft prefqu’au milieu ; ainfi il n’eft pas néceffaire que la tuyere forte beaucoup : fi l’on néglige cette précaution , la chaleur peut diminuer au point que le laitier viendra fe placer à l’ouverture de la tuyere. Dans ce cas, fi l’on n’y apporte pas inceffamment du remede,on fera obligé de matra- hors, c’eft-à - dire , de laiflèr éteindre le feu,& refroidir le fourneau, pour recommencer enfuite à nouveaux frais. Si l’on travaille un minerai facile à fondre & chargé de fondans calcaires , on fait aboutir la tuyere un peu en - dedans du centre du fourneau.
- 13. Après avoir confidéré le fourneau & fes différentes parties , voyons maintenant comment on s’y prend pour tirer le fer du minerai, ou comment fe fait la fufion. Si le fourneau eft neuf, enforte que les parois foient encore humides , on doit avoir foin d’y jeter quelques gros quartiers de bois, auxquels on met le feu pour bien fécher l’ouyrage avant dy commencer le tra-
- (8) Les Français donnent à cette piece le nom de tuyere. Voyez tome II, page 113 & fuivantcs.
- ( 9 ) Mefure de France , ou kçtEllen ,mefure de Leipfick.
- ( 10 ) En allemand Liefen.
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- vailqui ferait confidérablement retardé par cette humidité dangerçufe. Lorfque ie foyer eft humide, il faut le couvrir de fable ou de cendres qui tirent l’humidité. On les retire avant de charger le fourneau j & Ci l’on néglige ces précautions, il peut arriver qu’011 travaillera une quinzaine de jours fans aucun fruit & avec beaucoup de peine, ce qui occafionnera une perte confldérable en charbon & autres frais.
- 13. Cette première préparation une fois terminée, on met la charge de charbon. Elle eft à Baruth de 30 cuveaux (11 ). Le cuveau eft une mefure de planches , haute de deux pieds fept pouces deux lignes mefure de France, trois pieds quatre lignes & deux tiers de longée autant de large. Cette mefure
- ' contient trois boifleaux de Drefde bien mefurés.
- 14. On a éprouvé qu’il vaut mieux allumer le charbon en failant du feu par-delfous. On attend, pour faire agir les foufflets, que les murs du fourneau {oient rehauffés jufqu’à l’épaiifeur d’environ trois pieds. Pour cet effet ou bouche toutes lés ouvertures intérieures dans le haut du fourneau. La partie que nous avons nommée le puits, fe recouvre d’une plaque de fer, dont on ferme tout autour les ouvertures avec de la terre glaife , & on recouvre le tout d’un lit de fraifil.
- 15. Il importe peu qu’il fe trouve parmi le charbon des morceaux de bois* ils font bientôt confumés. Lorfque le feu a duré huit à quinze jours , on enleve la première couverture. En réchauffant ainfî peu à peu le fourneau, on prévient le dommage qui peut réfulter d’une trop prompte inflammation ; & immédiatement après avoir ouvert le puits , on peut charger une plus grande quantité de mine que fi l’on donnait au fourneau une plus rapide inflammation par un libre courant d’air & par l’a&ion des foufflets. Quand le fourneau eft réchauffé infenfiblement, & qu’on enleve la plaque, les charbons déjà réchauffés s’allu\nent dans moins d’une demi - heure par l’a&ion de l’air.
- 16. C’est alors qu’on commence à charger , c’eft-à - dire , à jeter dans le fourneau du charbon & de la mine. Pour cet effet on tranfporte , au moyen d’un échafaudage , fur la terraffe du fourneau le minerai & le charbon né-ceffaires. O11 y ajoute dans les mines de Baruth, de la terre glaife, de la chaux, & quand on n’en a pas, une efpece de pierre calcaire que les ouvriers appellent Wackers, mais qui ne fait pas Ci bon ufdge que la chaux.
- 17. Cette pierre à chaux (12) fert principalement à faciliter la fufion & à empêcher que le minerai ne fe brûle. L’argille de Baruth eft très - fu-fible, ce qui vient principalement des petites piçrres calcaires qui y font mêlées. La meilleure pour les forges eft celle que les briquetiers 11e peuvent
- (ii) En allemand Kiibel.
- ( 12 ) Les Français la nomment caJUne. Elle eft blanche dans le Berry & leNivernois, & grife dans d’autres pays. Voyez ce qu’on en dit tome II, pag. 119 & fuiv.
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- pas employer j à caiife, du grand nombre, ;de petits cailloux quelle renferme. On a e/Tayé avec fucçès de .griller un peu cette1 terre glaife : on en fait de même aux cailloux &> à cette efpeqe de pierre qu’ils nomment Wackers. On mêle la caftine avec les différentes fortes de minerais. Pour faire de bon fer, & en obtenir une plus grande.,quantité, il importe de bien connaître toutes les fortes de minerais qu’on emploie, & la proportion qu’il en faut mettre tant entr’eux qu’avec la caftine & le charbon. Celui qui faiiît bien ce rapport, deviendra, un maître dans, les travaux de la fonte. Les réglés relatives à cet objet font fondées fur la connaiflance des mines. Un ouvrier habile dans fon art jugera par des épreuves en petit, & par l’examen attentif du minerai, s’il convient de mêler dans la fonte des matières étrangères; comment il faut faire cette addition ; quel mal elle peut faire dans la fufion , & quel ferait le moyen de le prévenir ; fi le minerai eft aifé à fondre ou non. A Ba-ruth , la proportion de la chaux grillée & brifée etf comme i à 10 ; celle de la terre glaiiè eft à peu près égale. Si l’on prend pour une charge 60 charretées ( 13 ), ou i tonnes de mine , on y ajoute 6 ou 6 ^ charretées de chaux & autant de cette terre glaife qu’on ne, peut employer dans les brL queteries. Le fourneau ayant été convenablement chauffé, l’on y jette pour la première charge une caille de mine mêlée de caftine. Cette caille eft haute d’un pied g pouces io lignes | de roi ; elle a i pied 3 pouces 8 lignes de large, & 6 pouces de haut. On y ajoute 6 boilfeaux de Drefde de charbon 5 quand le charbon eft confumé & la mine fondue , au point que le fourneau eft baille d’environ quatre pieds, on met une nouvelle charge. (14)
- 18. Quand on a fait palfer environ huit charges pareilles, 011 y ajoute une raflée de mine, & un peu plus de charbon , & on continue à augmenter la force des charges , jufqu’à ce que le maître juge à certaines marques qu’il y en a alfez. Lorfque la fonte réulïît le mieux à Baruth , on n’a jamais mis plus, de ig à 19 cailfes de mine par charge, & 011 n’a pas fait plus de 18 charges en 24 heures. Plus on met de mine dans chaque charge, & plus ou fait de charges, plus auflî l’on a de fer. Pour faire mieux comprendre ceci, j’ajouterai à la fin la table d’un travail de trente femaines. On y verra qu’on ne doit pas prendre à la rigueur cette derniere réglé, comme fi la quantité de fer était une fuite néceilaire de la quantité de mine qu’011 a employée. La qualité de la mine plus ou moins riche, & une foule d’autres caufes ,comme la difette d’eau, l’obturation des tuyeres , quclqu’humidité qui pénétré au fond ou dans les parois du fourneau , la mauvaife qualité du charbon & d’autres cirçonftances accidentelles peuvent faire une différence très - fenfibie dans le produit d’un fourneau.
- ( 13 ) En allemand Karrtn, dont il faut quatre pour faire une tonne»
- (14) C’eft ce que les Allemands appellent cine Gicht,
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- 19. Si l’on a chargé une plus grande quantité de mine , il faudra pouffer les foufHets avec plus de force. On y réuffit en accélérant le mouvement de la roue au moyen d’une plus grande quantité d’eau. O11 augmente plus lentement la quantité de charbon & le nombre des charges , à mefure qu’on peut fondre plus long-tems. Si, fans faire attention à cette réglé , on voulait charger le dixième jour une quantité de mine qui 11’aurait dû être chargée que le quatorzième , il arriverait que le fourneau , comme un eftomac dérangé, ne pourrait plus préparer la même quantité déminé. Elle s’attache aux parois du fourneau, & empêche la chaleur de pénétrer par - tout.
- 20. D£s que le maître obferve cet accident, il ordonne, comme un bon médecin , une dicte plus févere. Il diminue la force des charges, & il continue ainfi jufqu’à ce qu’il s’apperçoive que le dommage eft réparé , & qu’il peut augmenter la quantité de mine. Ce dérangement furvient quelquefois au milieu d’une fonte , au point que l’on ne peut donner que la moitié de la force ordinaire des charges. Plus le gueulard eft grand, & plus le fourneau contient de mine & de charbon ; ainfi on augmente dans la même proportion la force des charges. L’humidité du fourneau & celle du charbon , les défauts des foufflets , un fourneau ufé & fendu , la difette de bonne caftine, le mélange de quelque minerai peu connu & qui n’a pas été fuftifàmment éprouvé , font autant de caufes qui font diminuer la force des charges. Ainfi on ne peut pas toujours juger par la quantité de charbon que l’on brûle ,ou de la mine qu’on met dans le fourneau , de l’abondance de fer qu’on en retirera ; il faudrait, fuppofer qu’on ne négligera aucune précaution, 8c que les circonstances feront toujours favorables.
- 21. Dans les quinze premiers jours on fait dans les vingt-quatre heures huit, neuf, jufqu’à dix charges /depuis cette époque on charge quinze, feize , dix-fept fois ; c’eft- à - dire, au bout d’une heure & demie. On a une machine pour mefurer Pabaiifement fucceffif de la charge qui s’affaiife à proportion que le charbon fe confirme , & que la mine fe fond ou fe change en laitier.
- 22. Il ne fuffit pas d’avoir heureufement commencé la fufion , un ouvrier habile s’applique à poulîèr l’ouvrage aulîi long-tems que cela eftpolfible.il doit pour cet effet avoir étudié la ftru&ure de fon fourneau , la nature & les diverfes fortes de mine , celle du charbon & de la caftine qu’il doit employer. Il jugera par les réglés fuivantes, qu’il doit augmenter la charge de mine ou de charbon.
- i°. Lorlque le laitier qu’on tire du fourneau eft chargé de petites bulles, fquamcB, ou de petites étincelles brillantes , micas. , ou de bluettes couleur de fer ou noirâtres.
- 2°. Lorfque le laitier eft blanchâtre, ou d’un blanc verdâtre» principalement fur les bords.
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- 5°. Lorfque le laitier eft léger, coulant comme de l’eau, & qu’il fe durcit promptement à l’air.
- 4°. Quand on voit au travers de la tuyere le fer tomber en petites gouttes blanches, il faut donner plus de mine.
- f °. Si l’on remarque, en regardant par la tuyere ,que le fer fe fond abondamment , mais que les gouttes qui tombent font noires , c’eft une marque qu’il n’y a pas aflez de chaleur , & par là même qu’il faut augmenter la dofe de charbon.
- 6°. Si parmi les gouttes qui tombent il y en a autant de blanches que de noires , il faut augmenter la quantité de mine & celle de charbon.
- 7°. Si l’on obferve que le laitier eft brun ou noir dans le fourneau, il faut mettre une plus forte dofe de charbon ; mais il le laitier parait clair & luifant, on peut augmenter la quantité de mine.
- 8°. Un laitier verdâtre & bien coulant promet une bonne fonte.
- 9®. On ne peut pas toujours juger avec certitude par la couleur du fer brut dans la mine, li l’on a obfervé une jufte proportion de charbon & de minerai; mais G. le fer paraît luifant couleur d’argent, & montre la couleur du minerai à la mine, alors on peut être alluré que la chaleur n’a pas eu encore fon effet.
- io°. Si l’on remarque de nuit que les flammes font blanchâtres, claires,’ pas trop rougeâtres , & ne jettent pas beaucoup d’étincelles , c’eft une marque que le fer ne cuit pas dans le fourneau ; ce qui vient quelquefois de ce qu’il n’y a pas aifez de particules échauffées qui fe mêlent au fer ardent. Dans le cas oppofé , le fer commence à bouillir comme l’eau dans un chauderon, & à s’enfler.
- 23. Ce mélange des particules froides avec les chaudes peut venir des caufes fuivantes.
- a ) Lorfqu’on emploie au fourneau des charbons humides.
- Æ) Lorfqu’on mêle trop peu ou de trop mauvais fluide.
- e) Lorfque la pente du puits au-deffusdu foyer eft trop penchée ou trop plate, tellement que le minerai tombe trop tôt & tout d’un coup fur le foyer à caufe de fa pefanteur, avant qu’il ait commencé à fondre , par conféquent avant qu’il ait atteint le degré de chaleur qui eft égal à celui que contient le fer fur le foyer ; &
- </) Lorfque l’humidité ne peut pas s’évaporer fuffifamment par les foupi-raux , c’eft alors qu’il y a ce combat entre le chaud & le froid.
- 24. Les marques qui fervent à faire connaître d’avance un tel mal dans le fourneau, font les fuivantes :
- a ) Lorfque le laitier eft jeté hors du foyer per la chaleur, tout comme l’écume de la bierre par la fermentation.
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- b ) Lorfque le laitier paraît enflé en fortant du foyer, & qu’il fe rétrécit en paflant dans l’air , c’eft une marque que la fermentation , Jfi on peut s’exprimer ainfi , a déjà commencé.
- c ) Un laitier épais , brun ou noir, eft auffi un fymptome de la maladie du fourneau.
- d) De nuit on peut encore s’enaflurer lorfque la flamme s’élève beaucoup au deflTus du fourneau, eft très - rouge,. & lance une fumée épailfe & noire remplie de fraifif, & jette beaucoup d’étincelles.
- e ) Lorfque la flamme fort tout d’un coup , difparaît de même , & continue à changer de la même maniéré , le mal eft encore dans fon commencement.
- f) Ceux dont les yeux font en état de foutenir la clarté du feu en regardant par l’ouverture de la tuyere, peuvent voir ce qui fe paife dans le foyer , & juger de l’état de la fufion fans confulter les lignes extérieurs. Comme on connaît les caufes de ce mal, on peut auffi y remédier.
- 2S>. Les meilleurs moyens de le faire efficacement , font les fuivans :
- 1 ) Lorfque le maître remue le fer avec une barre jufqu a ce que le minerai qui caufe cette agitation continuelle, foit dilfout & commence à fe changer en fer ou en laitier.
- 2 ) Si l’on retire le laitier du fourneau.
- 5 ) Lorfqu’on débouche continuellement & avec foin l’ouverture de la tuyere que ferme le laitier, afin d’y lailfer un libre paflâge à l’air.
- 4 ) Lorfque le minerai & le charbon font abfolument fecs, les flancs du puits ni trop penchés ni trop plats , & les foupiraux fecs & débouchés; cela même fuffit en grande partie pour empêcher une fonte défaftreufe.
- 2.6. Si l’on ne fe hâte pas de procurer une fonte heureufe de la maniéré ci-deflus enfeignée, le poffeifeur du fourneau n’aura pas feulement du mauvais fer plein de veffies , mais il fera une perte cônfidérable en minerai & en charbon ; & de plus il doit craindre que toute la fufion ne ceflfe, fi on n’a pas foin de déboucher continuellement l’ouverture de la tuyere fermée par le laitier.
- 2.7. Si au contraire le maître eft attentif aux fignes d’une bonne fufion ( & l’on en connaît encore plufieurs tirés des diverfes couleurs de la flamme) & s’il évite les défauts que nous avons indiqués, il tirera plus ou moins de fer, félon la grandeur de fon fourneau ; mais il fera d’une bonne qualité.
- 28* Lorsque le laitier qui fumage le fer, parce qu’il eft le plus léger des deux corps, a atteint l’ouverture de la tuyere, on doit avec une barre de fer ouvrir le trou qui eft fermé avec de la terre glaife , & qui fe ferait rempli de laitier : le fer en fort alors liquide avec une partie du laitier. Mais avant de faire cette opération, le maître doit détacher le laitier des parois du foyer, & l’en éloigner avec la même barre de fer, afin qu’il s’élève ; & lorfque l’écoulement a cefle, on ôte foigneufement du fourneau, avec des inftrumens de
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- fer propres à cet ufage,le laitier ôu les fcories qui y étaient reftés. Si l’on négligeait de le faire tout de fuite, il s’en amafferaic peu à peu une il grande quantité dans le foyer, qu’il ferait difficile de les en retirer; on ferait même dans la néceffité de difcontinuer la fonte, parce que l’ouverture de la tuyere fe fermerait entièrement. Quoique les fcories parailfent nuifibles dans ce cas-ci, elles font utiles à d’autres égards; car pendant qu’elles furnagent le fer-fondu, elles empêchent que l’air du foufflet 11e falfe agir trop vivement le feu fur le fer, ce qui certainement brûlerait & confumerait ce dernier. S’il n’y en avait donc pas, non-feulement la quantité de fer diminuerait, mais de plus il deviendrait aigre ou pailleux. Elles retiennent auffi les petits globules du minerai qui ne font pas encore fondus, & les empêchent de tomber dans le fer en fiffion, ce qui y cauferait des veilles & des particules aigres. Lorfquc l’on a détaché & retiré les fcories, & qu’on a mis le bouchon au trou où il doit être, on le lutte encore cn-dedans avec du laitier & du fable.
- 29. Au moment où le trou eft ouvert, le fer liquide fort du fourneau & coule dans les canaux que les fondeurs ont creufés pour cet effet dans le fable. Si l’on forme iimplement des lingots ou morceaux de fer , dont plusieurs pefent de dix à douze quintaux, les fondeurs n’ont rien à faire quant au fourneau. Cependant cela arrive rarement & feulement dans le cas où les marchau-difes de fer fondu n’ont point de débita caufe de leur mauvaife qualité ,011 pour d’autres raifons.
- 30. Il eft plus avantageux de débiter le fer eu marchandifes de fonte qu’en fer à forger ; car le premier eft fujet à bien moins de frais, & le dernier a dans nos mines | de différence quant au débit.
- 31. Le fer de fonte efl de deux efpeces, la fonte de fable & celle de terre glaife ; on les nomme ainfi, félon la matière dans laquelle on le fond. O11 11e fond dans le fable que des plates , comme des plaques de cheminées ou de fourneaux, & dans la terre glaife feulement celles que le fable ne reçoit pas; des farbacannes à fouiller le feu, des pots, des fourneaux ronds, &c. Lorfqu’on veut fondre en fable, on imprime perpendiculairement le moule en bois des pièces que l’on veut fondre, dans du fable fin qui ne doit être ni trop humide ni trop fec, & on l’enduit de fin fraifil ; on forme avec la main un petit conduit ou chêneau dans la principale empreinte, afin que le fer foit forcé, par le moyen d’une fuite de petites écailles de fer , de couler dans le moule. Auffi-tôt qu’il eft rempli, l’on met une écaille à l’entrée du petit .chêneau , afin qu’il n’y coule plus de fer, & ce fuperflu coule plus loin dans d’autres moules que l’on multiplie fuivant la quantité de fer qu’il y a.
- 32. Quant à là fonte en terre glaife., on fait deux moules de cette terre qui s’ajuftent l’un fur l’autre, laiffant entre-deux l’efpace que le fer doit remplir; 011 enfonce ces moules dans le fable, d’une telle maniéré que le fer puiffe
- couler
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- couler dans le trou pratiqué au haut, & remplir le vuide qu’il y a entre le cœur & Yécorce , c’eft-à-dire , le moule extérieur *& l’intérieur. Les moules de terre glaife font faits par les fondeurs ; ils les fechent à la main au feu , les ârrondif-fent & les ferrent pour l’ufage. Comme ils retient attachés-au fer & qu’on ne peut les en féparer qu’en les catfant,ils ne peuvent fervir qu’une feule fois* r 3 3..Lorsqu’on débouche le fourneau, on couvre le fer de fable, afin d’en étouffer la chaleur & que les fondeurs ne foient pas obligés de difcontinuer leur travail, ni hors d’état de retirer les icories ; on met de plus au-devant de le cheneau un écran qui fert au même but. Aufîi-tôt que la fonte etl refroidie, ce qui fe fait en plus ou moins de tems , félon fon épaifleur , on retire le fer du cheneau & on le met en magafin.
- 34. On coule le fer plus ou moins fouvent, félon que le fourneau etl en bon train & félon le débit ; mais on ne peut pas faire cette opération plus de trois fois en vingt-quatre heures, quand même le fourneau ferait dans le meilleur train poiïible.
- 3f. Nous avons vu ce qui rend la fonte heureufe au commencement 6c dans la continuation. Les caufes ordinaires , pour lefquelles la fonte doit celfer, fe tirent de l’état du fourneau lui-même : c’eft lorfque les pierres qui le com-pofent font ptefque rendues fufibles par l’extrême chaleur, au point que fi on voulait continuer de fondre , on ferait en danger que les murs ne fe trou-valfent endommagés , à caufe de la grande fufibilité des briques. On peut en conclure qu’un fourneau fervira plus ou moins de tems, félon que les pierres de grès font plus ou moins dures , & que la chaleur eft plus ou moins grande ; il peut y avoir d’autres raifons qui font qu’un fourneau étant dans le meilleur train, la fonte doit difcontinuer. Dans de certains endroits il ne rapporte pas moins, quoiqu’on celfe de fondre , que d’ordinaire. Dans d’autres, corn me pour le fourneau que nous décrivons, on celfe de fondre en même tems que l’on celfe aufii peu à peu de fournir des charges. Enfin on y jette encore du fraifil ; &'lorfque toute la malfe eft fondue, on débouche pour la derniere fois.
- 36. Pour que le fourneau fe refroidilfe d’autant plus vite, on fait agir les
- fouffiets pendant dix ou douze jours, c’eft-à-dire, jufqu’à ce qu’il foit entièrement froid. Alors on détruit latympe& l’on remplace les pierres de grès les plus-’ endommagées. Auflî-tôt que le’fëu eft éteint , la chaleur quijufqueslà était concentrée dans le milieu du foyer, fe répand également vers les murs‘& les parties extérieures. J’ai remarqué que la chaleur, pendant que la fonte y était dans le meilleur train , pénétrait par une crevalfe au haut de la-charge, qui était éloignée de fix pieds deux pouces du puits. * 1 ' -
- 37. Le fer, qui dans la mine paraît avoir un grain groflier & une couleur
- argentine, luifante, eft pailleuxi celui qui eft grifâtre & par petits grains, eft le meilleur. s. .... ............... - • • ' è.-1- '- -!
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- Lorfqu’en débouchant le fer n’eft pas égal, mais fort au contraire épars & par morceaux, c’eft une marque qu’il n’eft pas encore affez féparé du minerai ou du laitier.
- Si le fer jette des étincelles lorfqu’on débouche, c’eft une preuve qu’il eft pailleux. )M ,
- • Si l’on jette de l’eau fur le fer liquide, cela le rend pailleux ; s’il y en a même dansies conduits où coule le fer, il commence quelquefois à rejaillir d’une telle maniéré, que le fourneau & les bâtimens voifins font en quelque danger.
- •,<Le bon minerai gris eft plus pefant que le mauvais minerai blanc.
- Plus le minerai eft en petits grains, meilleur il eft, & mieux il fe fond au fpurneap.
- Lorfque la furface du fer fondu eft lilfe & unie , c’eft la marque d’un bon fer j fi elle eft poreufe, c’eft une preuve qu’il y a trop de foufre dans le minerai.
- Le minerai foufré exige un grillage & un puits plus profond dans le fourneau, & il confume une:plus grande quantité de charbon que le minerai ordinaire.
- 3&. Quelquefois le fourneau'rend avec la même charge de minerai & de charbon beaucoup de fer de bonne-qualité > d’autres fois peu & du mauvais. C’eft alors la faute du maître ou du fer , fuivant qu’il eft de bonne ou de mauvaife qualité , facile ou difficile à fondre, ou enfin de la quantité d’eau qui fait aller la roue. Ces circonftances & autres y contribuent.
- 39. Quelquefois même il arrive que tout d?un coup l’ufage du fourneau eft fufpendu. Cela provient des caufes fuivantes :
- 1) Lorfque le maître fürcharge le fourneau de minerai, ou y jette trop peu de charbon, & occafionne par là que le foyer fe change en laitier.
- 2) Lorfqu’on fait agir les foufflets trop vivement, d’où il arrive que les pierres du puits font rongées trop vite.
- , 3 ) Lorfque le foyer eft mai bâti * & la tuyere mal pofée.
- .4) Lorfqu’un fourneau bâti nouvellement n’eft pas auparavant échauffé peu à peu de la maniéré, que nous avons décrite.
- f } Lorfque le fourneau eft vieux & fendu.
- 6) Lorfque les pierres du fourneau 11e font pas toutes également jointes enfemble avec de la terre glaife; alors le feu commence à creufer un trou dans le mur. C’eft ainfi que la conftru&ion de l’intérieur du puits peut donner lieu à une mauvaife fonte, ....
- Les caufes extérieures font:, les fuivantes:
- ,7} Le manque d’eau,.81) ddibois^ 9) de minerai,: 10) de charges, 11} & une trop grande force de la part du feu qui agit par-delfous*
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- Cela fuffit pour donner une idée du Fourneau & des ouvrages qui s’y Font» comme aufîide ce qu’il Faut éviter.
- 40. Pour tracer un plan du produit d’un Fourneau, il Faut fuppofer certaines chofes, comme i ) le tems pendant lequel on le Fait fervir ; 2 ) la. quantité de Fer qu’on Fait journellement ; $ ) les Frais qu’il occafionne. Les deux premières fuppofitions dépendent de l’adreffe du maître, auiîi bien que de la bonté du minerai & du charbon, & même du bonheur. On ne peut déterminer avec certitude le dernier article j cependant on doit fe régler d’après les différentes circonftances. Le tableau fuivant des fourneaux de Baruth pourra fervir de modèle. J’ai des fourneaux où l’on fond foixante-deux fe-maines de fuite fans interruption , & dans certaines femaines 200 quintaux de fer. Mais afin de prendre un milieu, nous 11e fuppoferons que quarante femaines de fonte continuelle , & que chaque fernaine ne donne que 140 quintaux» le quintal à 2 j Reichsthaler, foit 10 livres de France.
- I.
- TARIF des frais indifpenfailes des fourneaux de Baruth.
- Cinq, mille fix cents quintaux de fer à 2 { Rthl. font 1 tooo Rthl. ou 44000. liv.
- Les dépenfes qu’on doit faire aux fourneaux, font les fuivantes :
- , 1 ) Aux fondeurs chaque femaine 6 Rthl. :« .
- 2) Aux chargeurs par femaine 3 Rthl. . .
- 5 ) Les gages des concalfeurs, laveurs & porteurs de minerai, s83 charrettées ou charges , qui donnent environ f6oo quintaux de fer brut à j 2 gros 6 pfen. foit 2 1. 1 f. 9 d. fait par charge 4) Gages pour le tirage du minerai. . . .
- f ) Pour une pierre de grès, 1 pram. de chaux de Berlin, avec une tuyere de cuivre, compris le fret & la voiture , l’un, dans l’autre. . . .
- 6) Pour 3SH5 toifes de bois, chaque toife à î2 gros ( 2 liv. ) , le coupage compris à $ gr. 6 pf.
- ( 11 f. 9 d. de France. ).........................
- 7 ) Comme on doit, fuivant la réglé , faire de eliaqüe'toife 4;| nouveaux de charbon, & qu’on paie chaque cou veau à 1 gr. 3 pf. ( 4 F 4 d. ) le
- Rthl. gr. pf. ou liv.
- • 246’ 960
- 120 1 480
- 29Î 1-f 6 r 14
- 260
- •'•23O ' • ,J ^20
- i3 7022 4
- 2702 9 6 10808 x§
- P p ij
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- 300 NO U V EL A R T ;
- 'Rthl. gr. pf. où tir. f-
- De Vautre part. ... charbonnier fait de ces 3511 i toifes 144g f cou- 2702 9 6 10808 18
- veaux , qui coûtent . . . . 8 ) L’entretien de huit chevaux & des gens pour 7f4 12 3016
- les foigner, l’un dans l’autre. 318 1272
- 9) L’entretien des outils du fourneau. . . 10 ) Un mefureur de charbon, par femaiire 1 Rthl. 10 4°
- 6 gr. ( 5 hv* de France ) . . . „ . . . . il ) A un journalier qui creufe le minerai à la mine, & porte le charbon au magalin, à 1 Rthl. 260
- foit 4 livres par femaine, fait 12) Plufieurs fortes de faux-frais, comme la ré- S2 208
- paration des bâtimens, &c. . 150 600
- 1 13 } Les gages du faéteur ou intendant. . . 200 800
- 42U 21 6 17004 18
- Revenus. . . * ï . I fOOO 44000
- Frais. . . • . . . . : . 425 T 21 6 17004 18
- 6748 26 26995 2
- Nota. Dans ce tarif on n’a calculé que les frais abfolument néceifairea qu’il y a à faire à un fourneau qui ne donne que 140 quintaux de fer , mais point les accidens. Par exemple, il dépend de la bonté & de la qualité du fer de favoir fi Ton peqt cm non le débiter comme marchandée de fonte , & combienjon peut en defiiner à.cêtJXifageïic’elï: pourquoi je 11’ai pas couché fur le tarif! les gages des-fondeurs; , mais j’y ai fuppofé le cas où l’on pouvait vendre? le fer comme brut* le quintal à deux Rthl. ce qui n’eft pas trop cher lorfque la toife de bois ne. bcmtè que 12 gros ( 2 liv. de France ) puifque le quintal de barres 4e fet coûte .au moins 3 | Rthl. ( 1 j* liv. de France.)
- Defcbiption des' mines du fer fituees dans la feigneurie de Baruth.
- SECONDE PARTIE.
- I. Les fourneaux font compofés de quatre bâtimens ; favoir :
- 1) Un bâtiment de 33 aunes de longueur ( 16 aunes de France) & 22 de largeur , dans lequel eft le fourneau fait de briques , tq.ui-&£2 aunes en quarré & 13 de hauteur fans le mur , outre une chambre qui eft le lieu def-
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- D’ ADOUCIR 1E FER 'FOND U. 301'
- tiné pour la fonte, & où fe tiennent les ouvriers. A ce bâtiment eft joint ie magafin des charges où l’on dépofe le minerai, & eft préparé pour cet ufage j & outre cela le pont fur lequel on porte le minerai & les charbons pour faire la charge.
- 2) Un tnagafm à charbons, de 33 aunes de longueur & de ig de largeur , où Ton garde les charbons dont on a befoin pour le fourneau j ce bâtiment peut en contenir de 4 à foo charrettées.
- 3 ) Un bâtiment à étages & habitable , où il y a fix chambres ; il a 3 6 aunes de longueur, ig de largeur, & c’eft là que demeure le facteur ou adminif-trateur : dans ce bâtiment il y a aulii une place pour battre le fer.
- 4) Un bâtiment long de ^2 aunes fur 16' de large , qui contient une chambre, un attelier pour le ferrurier , le magafin de fer pour la fonte, & une écurie pour les chevaux dont on a befoin dans les mines.
- 5" ) Il y a outre cela le foulon qui a trois marteaux de fer , & eft mis en mouvement par l’eau. Il fert à concalfer le minerai.
- Lorfqu’on veut fermer le fourneau , il faut avoir quatorze pierres de taille grandes & petites. Cela fait, après que le maître y a travaillé pendant trois ou quatre jours, on verfe des charbons en-bas devant le foyer, pour échauffer réchaufaudage pendant trois jours. Après cela on remplit le fourneau depuis la charge, de trois charrettées de charbon. Ces charbons diminuent, & il fe palfe huit heures avant que le feu forte par en-haut. Lorfque cela eft fait, on y jette du minerai pour la première fois, 011 y ajoute fix boffettes de charbon, & l’on continue d’y jeter depuis lors du charbon & du minerai, jufqu’à ce que la charge fe foit affaiffée.
- Si l’on apperçoit du laitier à l’ouverture du foyer, alors on fait agir les foufflets, & dès ce moment l’ouvrage va fon train. Pour cet effet on fe fert des travailleurs fuivans :
- O Le maître qui ne fait que fermer le -j ^ ,
- y p • o • Ces cinq hommes
- Xj nm Xr T7i^nt- onrpe rp\a \ a
- fourneau , & qui va & vient après cela
- 2 ) Deux travailleurs au fourneau.
- 3 ) Deux chargeurs................
- Rthl.
- reçoivent 6 liv. de France
- j" par femaine de gages.
- Ces gens-là fe rechangent pour travailler toutes les douze heures delà maniéré fuivante :
- 1 ) Le travailleur eft devant le fourneau , & s’occupe à ôter le laitier j & î lorfque le foyer eft rempli de fer, il le débouche.
- 2 ) Le chargeur s’occupe à verfer le charbon & le minerai, ce qui s’appelle charger. On débouche toutes les huit omdix heures , & on laiffe couler chaque fois dix , onze , ou douze quintaux de fer. On charge toutes les heures ]' même aufll d’heure & demie en heure & demie, ou toutes les deux, heures ;
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- $oz N G U F EL A RT
- la charge eft de fix boflettes de charbon, qui font deux couveaux, & de quinze jufqu’à dix - huit caiflons de minerai brifé.
- Voici les outils dont on a befoin pour ce genre de travail.
- I ) Deux foufflets qui font conftruits de planches fort épailfes & folides , & qui repofent en - dedans fur beaucoup de relîorts d’acier. C’eft une roue qui les fait agir par le moyen de l’eau, aulîi long-tems que le fourneau donne du fer, ce qui dure de vingt à quarante femaines & au-delà : les foufflets' doivent aller jour-& nuit pendant cetems-là fans interruption.
- ) Deux poinçons de fer chacun au bout d’un longmanche, avec le£ quels on ôte le laitier qui s’amalfe à l’ouverture de la tuyere.
- 3 ) Deux barres de 1er à rompre le laitier lorfqu’il s’attache trop fortement aux parois.
- 4 ) Deux crochets avec lefquels on tire le laitier par l’ouverture de la tuyere.
- ç ) Une fourche pour enlever le laitier du fond du foyer.
- ) Deux pèles pour le même ufage.
- 7 ) Un poinçon à déboucher, avec lequel 011 perce le foyer lorfqu’on veut faire couler le fer.
- 8 ) Un crochet de tuyere pour entretenir la tuyere exempte de laitier.
- 9 ) La tuyere elle - même, qui eft en - dedans du fourneau , & à travers laquelle l’air du foufflet palfe ; elle eft de cuivre.
- La fécondé efpece des travailleurs font ceux que l’on emploie pour la fonte. Ce font un maître & deux garçons qui , lorfqu’on veut fondre des plaques de fourneau & autres articles de fonte , mettent les moules qui leur font deftinés dans le fable ou la terre glaife lorfqu’on débouche le fourneau. De plus , il y a des ouvriers & travailleurs dont on ne peut fe paifer aux fourneaux ; favoir , un mefureur de charbon , un mefureur de minerai, fix ou huit charbonniers qui réduifent en charbon la provifion de bois fec & déjà coupé , & dont il doit y avoir toujours jufqu’a deux mille toifes de provifion; fix ou huit mineurs qui creufent le minerai dont 011 a befoin j deux bateliers qui tranfportent le minerai par eau;'deux charretiers de la mine, qui ne font occupés qu’à charrier le charbon & le minerai avec les charrettes de la mine , comme aulîi à tranfporter le fer brutaux forges.
- II. Les bâtimens pour les forges de 1er dont il y en a une fupérieure 8c une inférieure , font les fuivans :•
- I ) La forge proprement dite ; c’eft dans ce bâtiment qu’on Fait le travail.
- a ) Un magafin à charbon.
- 3 ) Une maifon habitable à trois chambres pour les travailleurs, qui font : un maître , un maréchal 0 un fondeur & un apprentif,
- La forge contient ;
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- D'ADOUCIR LE F E RF 0 N D U. 303
- 1 ) Une chaufferie ou'cheminée, que l’on nomme cheminée fraîche, dans laquelle on refond le fer brut fôrti du fourneau , & on le réduit en fer tendre à forger; le forgeur efh obligé de livrer cinq quintaux de fer brut pour cinq de fer battu, pour lefquels 011 lui donne 2 \ melures de charbon par quintal.
- 2) Deux foufflets qui font faits comme les fouffiets des fourneaux, mais plus petits. C’eft l’eau qui les fait auflî agir.
- 3 ) Deux marteaux , dont l’un pefe deux quintaux , & l’autre deux quintaux & demi ; ils font mis en mouvement par un rouage ; le premier fert à forger le fer, le dernier à le battre & le couper en morceaux.
- Lorfque le fer brut eft rendu bon & tendre, on en coupe un morceau qu’on appelle une partie & qui pefe de 1 à 1 \ quintal.
- Les outils dont les forgeurs ont befoin font les fuivans:
- Quatre barres à caffer, avec lefquelles on caffe le fer dans le foyer pour le rendre bon, deux tenailles pour le chauffer, fix autres tenailles , huit ou dix tenailles pour tenir les bandes & barres de fer , une tenaille à marteau , un crochet à féparer les parties, un crochet de tuyere, une pèle pour le foyer, une poche à verfer le fer fondu, un ou deux coins : pour chaque marteau une enclume, outre quelques-unes de réferve, un outil à arranger & aligner les barres & bandes de fer , un marteau à marquer, un fer à eifayer, une tuyere de cuivre dans la chaufferie, à travers laquelle le foufflet agit.
- »Les forges commencent à travailler le dimanche au foir, & continuent ainfi jour & nuit fans interruption jufqu’au famedi après midi, tems où l’on arrête les marteaux ; & lorfque les ouvriers travaillent fans relâche pendant tout ce tems-là, ils peuvent livrer 20 à 30 quintaux de fer ,8c reçoivent g gros ( 1 liv. 6 f. 8 d. de France ) de gages par quintal , dont
- Le maître reçoit 3 gr. 6 pf. . . . . 11 f 8 d. de France.
- Le premier forgeur 2 ............6 8
- Le mouleur . I 9...................f 10
- L’apprentif . . 9..............2 6
- Si le premier forgeur eft affîdu à fon travail & fait la première 8c deuxieme partie , le maître lui donne 2 gr. 7 pf. ( 8 f. 4 d. ) par quintal.
- I I I.
- Tableau de la conjtrucüon du fourneau dans les mines de Bamth.
- En 1753 le maître du fourneau Ta élevé dans les proportions fuivantes : IX pouces d'étendue > 11 pouces la tuyere depuis terre , 2 aunes ( 1 ^ de
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- N 0 U F E L ART
- 3°4
- France) de hauteur par-derriere, 20 pouces depuis1 le tympe, ï \ aune (| de France) pour la hauteur du grillage. Le fourneau ainli conftruit, a travaillé pendant vingt - cinq femaines.
- En avril 17^4, le maître d’un fourneau de la forêt du Hartz , éle&orat de Hannovre , en a conftruit un à Gottow, de ig pouces d’étendue, 14 pouces pour la hauteur de la tuyere depuis terre, 20 pouces de longueur. Le grillage était très - plat, l’échafaudage débordait de près de la moitié par-deffous le grillage, & avait à peine 8 ou 10 pouces de hauteur par-derriere-Ce fourneau fut chauffé huit jours avant de s’en- fervir , puis il fut rempli ; enfuite 011 le ferma bien par en-haut & par le bas, tellement que le charbon pouvait s’y confumer avant qu’011 le remplit de nouveau, & alors 011 le déboucha. Obfervez que ce fourneau 11’a fervi que pendant fix femaines , & encore très - mal : c’eft pourquoi nous en avons fait éteindre le feu.
- En odobre 17^4 , le fourneau dont 011 fe fert à préfent à Baruth fut fait par un maître qui en avait déjà élevé deux à Shedow, lefquels avaient fervi pendant quarante-trois femaines fort heureufement.
- E11 feptembre 175)' ,il en fît un autre de 13 | pouces d’étendue, la tuyere 12 pouces de hauteur depuis terre, 21 pouces de longueur, 21 \ pouces, & depuis la tuyere jufqu’au dos 9 pouces, le grillage J d’aune de hauteur, & depuis l’échafaudage jufqu’au puits 1 \ aunes, \ d’aune de hauteur par-derriere.
- Après que le fourneau fut élevé, 011 l’échauffa huit jours de fuite pour le préparer, le dixième on fît agir les foufflets , il alla de la maniéré fui-vante. Il travailla pendant trente femaines , on y mit 299 f charges & 4646^ caillons de minerai, qui rendirent 4626 quintaux de fer.
- EXTRAIT
- De ce que contient , relativement à l'Art d'adoucir le fer fondu, le Traité de M. H O R N E fur le fer & l'acier, publié à Londres en 1777 3.
- d’adoucir le fer fondu , ou de le tempérer par une chaleur graduelle & réglée , ell une matière fur laquelle il ferait affez inutile de s’étendre beaucoup, parce que j’ai des raifons de craindre que le fuccès de cette entreprife ne répondit pointa l’attente de M. de Réaumur. Cependant, pour fatisfaire la curiolîté de quelques perfonnes, je leur préfenterai les obfer-vations que j’ai eu occafion de faire fur ce fujet, après avoir éprouvé fous
- toutes
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- D'ADOUCIR LE FER-FONDU
- SOS
- toutes les formes poflibles la théorie de cet académicien. Voici quel eft fou raifonnemenc. “ Si d’un côté, en imprégnant le fer d’une quantité fuffi-„ faute de fel & de foufre, on le convertit en acier d’un degré plus ou „ moins parfait à proportion de la quantité des ingrédiens dont on fera „ ufàge dans cette opération, & du tems qu’on y emploiera, & fi d’un » autre côté l’on peut trouver des matières d’une nature oppofée, qui, „ ayant la faculté d’abforber, doivent néceifairement confumer la première „ matière plus faible : eu faifant cette opération , l’on fera atfuré de dépouiller
- entièrement l’acier de fa qualité propre & de le rétablir dans fon pre-„ mier état; enforte qu’il ne fera plus alors que. du fer en barre tout fini-„ pie „. Pour pouvoir établir la vérité de cette hypothefe, M. de Réaumur s’eft fervi, fuivant l’ufage, de diverfes matières, & a fait un grand nombre d’expériences qui l’induifirent à fe déterminer en faveur des os d’animaux calcinés, réduits en poudre ; il y fonda fes efpérances pour le fuccès qu’il fe promettait de fon entreprife. Or on fait que ces cendres d’os , ainfi qu’on les appelle , ell la matière dont fe fervent les raffineurs pour former les creufets dans lefquels ils raffinent l’or & l’argent ; & comme le medium employé à cet ufage eft du plomb , qui a la propriété de détruire tout métal impur dont les métaux purs font imprégnés & de les réfoudre en fumée, la partie de ce métal impur qu’on n’a pu ainfi féparer du refte par la fublimation, eft réfervée pour être abforbée par la cendre des os, dont le creufet eft compofé. Cette confidération eft, à n’en pas douter, le fondement particulier fur lequel M. de Réaumur a eu lieu de s’attendre à pouvoir élever l’édifice de fon hypothefe. Mais après avoir continué fes expériences & fes obfervations, il fut bientôt convaincu que le medium qu’il avait choifi n’était pas d’une nature à pouvoir remplir fes vues ; car quoique la matière fur laquelle on doit faire fes expériences ne fût pas de l’acier, mais du fer non encore forgé, ou fer fimplement fondu qui eft, comme on l’a obfervé, de l’acier dans le plus haut degré; cependant cette matière avait tant de force qu’en même tems qu’elle attirait & abfor-bait le fel & le foufre, elle calcinait tellement le métal par le moyen du feu néceffaire à cette opération, que ce n’était plus qu’un fimple fafran de mars.
- Afin de remédier à cet inconvénient, il fe vit dans la néceffité de diminuer & de corriger fa force, en y mêlant dans la proportion fui van te, du charbon de bois réduit en poudre; lavoir ,deux portions d’os calcinés & une portion de poudre de charbon. Ce mélange lui réuffit fi bien , qu’il remplit fon premier but qui était la réduction du métal. Mais,comme le fécond était de former de fins ouvrages & des'ornemens en fer non forgé, enfuite de les perfectionner & de les polir, ce fut ici que fes expériences Tome XV Q. q
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- portèrent à faux; car, quoique par cette méthode il réufsît à extraire du fer fondu le foufre & le fel, cependant, tout en produilant l’effet déliré , il fe forma un fî grand nombre de trous de la grandeur d’une tête d’épingle, ou de petites cavités fur la furface , qu’il fut abfolument impoffible de polir les ouvrages d’ornemens à un degré paffable d’exa&itude.
- Voilà ce que j’avais intention de mettre fous les yeux de mes le&eurs : c’eft un narré court, mais fidele, de toute l’opération de M. de Réaumur. S’il fe trouvait quelqu’un qui fût curieux de faire des expériences ultérieures fur ce fujet, il lui fera facile de fe fatisfaire , d’après ce que M. de Réaumur a déjà découvert, fans même fe donner la peine de répéter cette opération en entier.
- Séduit par la beauté & l’utilité de l’invention, j’ai voulu me convaincre moi-même du vrai qu’il pouvait y avoir dans fon hypothefe ; j’ai fait une quantité d’expériences pour ce qui regarde la partie de la température ou delà réduction du métal, autant qu’elle a quelque rapport à mon fujet j je me contenterai d’en citer deux, comme pour fervir d’échantillon. J’avais plu-fieurs petits lingots de fer fondu, de l’épailfeur de trois quarts de pouce ; je les mis dans un creufet entouré de la matière dont nous avons parlé , & dans cette fituation je le plaçai fur le feu, où je le lailfai un tems fufR-fant ,puis je l’en retirai & lui donnai enfuite une chaleur très-vive ; & lorf. que la partie extérieure fut devenue capable de la fupporter, j’obfervai que l’intérieur fe dilfolvait doucement & pénétrait dans le feu ; j’effayai avec d’autres lingots de la forme extérieure d’un canon de piftolet, mais maffif? & après les avoir fait paifer par la même opération , je vis qu’il en réful-tait le même effet. La partie extérieure relia comme auparavant ferme & folide , tandis que l’intérieure fut diifoute & fe porta dans le feu, donnant lieu à des tuyaux précisément de la forme extérieure & intérieure d’un canon de piftolet.
- •g----'- —-..'-J—:—...=^J=g»
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche premier e.
- Elle repréfente des caffures de diverfes efpeces de fonte de fer ou de fer fondu,
- Fig. i , caffure d’une fonte blanche qui a quelques inégalités.
- Fig. 2 i calfure d’une autre fonte blanche affinée une fécondé fois.
- Fig. 3 , caffure d’une autre fonte blanche radiée.
- Fig. 4, caffure d’une fonte blanche ayant des rayons dirigés vers le centre,
- Fig. f, calfure d’une fonte grife qui approche allez de celle d’un acier greffier,
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- L'ADOUCIR LE FER FONDU.
- 307
- Fig. 6, calibre d’une fonte truitée.
- Fig. 7, caflure d’une fonte très-brune , moins grainée & parfemée de lames.
- Fig. g , portion de la fig. f , prife à l’un de fes angles.
- Fig. 9, l’un des branchagesde la fig. 8 , deffiné féparément.
- Fig. 10 , caflure d’un jet de fonte qui a été coulée dans un moule.
- Fig. 11 j caflfure d’un autre jet de fonte affinée.
- Planche IL
- Le haut de la planche repréfente deux petits fourneaux à fondre, & des ouvriers occupés à tout le travail qui en dépend, a b, angar fous lequel 011 a placé le fourneau, c, fourneau.
- La fig. 1 tire le foufflet de ce fourneau, dd, caiflfe , efpece de huche qui contient le fable dont on remplit les moules, c c, moules qui font à fécher. f, petit fourneau portatif qui reçoit le vent par le foufflet d’une forge, g, tuyau qui conduit le vent du foufflet h dans ce fourneau, i k , forge roulante.
- La fig. 2 verfe dans un moule le métal fluide du creufet qui vient d’être tiré du fourneau f.m, prelfe dans laquelle les moules font ferrés, n , trois moules renfermés dans cette prefle. o, moule ouvert.
- La fig. 3 met dans un tas de charbons /?, les pièces qu’elle vient de tirer toutes rouges du moule o. q, four femblable à ceux des boulangers.
- Bas de la planche. A, petit fourneau portatif. B, pierre fur laquelle il eft pofé. C, fon couvercle. D E F G H 1 K, pièces qui compofent la fig. précédente A, féparées les unes des autres. D , la pierre. E , cendrier. F, plaque dé fer. GHIK, autres pièces du fourneau. L, piece de terre molle façonnée quarrément. M ,ferre - feu. N, moule dans lequel on vient de couler du métal. O P , le moule N ouvert. Q_R S T V X Y Z , le fer fondu coulé dans le snoule N, & retiré. RS, branche de bride. T, platine de targette. V, garde d’épée. XY3 platines de fuffl. Q_Z , trou du jet.
- Planche III.
- Fourneau ordinaire où l’on fond la fonte de fer. Le haut de la planche en fait voir un en place.
- Les fig. 1 &2 font mouvoir les foufflets. a b, partie fupérieure du fourneau , dont l’intérieure eft enterrée dans le fraifil ou la pouffiere de charbon. b, l’ouverture dans laquelle on jette le charbon & les morceaux de fonte. c c , tas de pouffiere de charbon qui entoure le bas d» fourneau, d, tuyere qui reçoit les buzes des foufflets. e, tas de charbon, ez , tas de fragmens de fonte. /, arbre qui porte le levier, gg, levier, h , crochet qui fertà foulever le creufet.
- Les figures 3 & 4 font occupées à verfer dans des moules le fer qui a été fondu. La fig. 3 conduit & fait tourner le levier. .
- Q.q ij
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- 3o8
- NOUVEL ART
- La fig. 4 tient le manche de la cuiller, i i, trou où la poche était ci-devant placée. /, tour qui couvrait la poche renverfée. k k , la poche ou le creufet. m , Panfe de la cuiller, n, moule dans lequel on verfe la fonte, o ± moule rempli. p, moule à remplir. A A, B B , CD, poche ou creufet qui fait le fond du fourneau. A A, B B , vieux chauderon. C , la terre qui s’élève au-deifus de lès bords. D, échancrure qui eft ménagée pour recevoir la tuyere. EFGHI, tour du fourneau, F G HI , différentes pièces dont elle eft compofée. E, échancrure qui reçoit la tuyere. K, tuyere repréfentée féparément. LL,MM, N O , coupe du creufet ou de la poche. M L , M L , vieux chauderon ou pot de fer. M N , terre qui s’élève au -delfus du chauderon. ’O , la tuyere qui eft en place, N N, coupe de la piece de F, de la fig. EFGHI. PP, Q_Q_> coupe des pièces G H de la tour. R, partie fupérieure I de la tour. S, divers frag-mens de fonte. TVXX, cuiller dans laquelle on met la poche. Y,anfe de cette cuiller. Z V, manche de fer. 1,2,3, poche placée dans la cuiller. 4 , anfe fufpendue à un crochet. <,, 6, différens crochets qui fufpendent la cuiller à l’un des trous du levier 7. 8,9 , 10, 11, coupe d’une partie de la fig.f. 8, anneau dans lequel paffe le levier. 9, 10 , boulon qui porte l’anneau précédent. 11,11, coupe de l’arbre. 12, poids qu’on fuipend au bout du levier. 13, moule. 14, mortier coulé dans ce moule.
- Planche IV.
- Le haut de la planche repréfente en perfpecftive ce fourneau à fondre le fer, vu dans deux tems différens.
- Fig. r , fltuation où il eft quand on y fond le métal.
- Fig. 2 , pofition où on le met pour lui faire verfer le métal fondu, a aaa] roulettes fur lefquelles porte tout l’affemblage. b b , c d, quatre montans maintenus par des traverfes. d , montant beaucoup plus élevé que les autres. /, foufflet. g , le fourneau droit ,fig. 1, & renverfé ,fig. 2. i i, deux crémaillères qui reçoivent les deux tourillons qui portent le fourneau , & fur lef-quels il peut tourner. Fig. 2 , frette de fer qui entoure le fourneau, k k , ouvriers qui l’abaiifent avec des leviers. I ,fig. 2 , ouvrier qui tient les deux vis d’une prelfe. 0, échelle pour charger le fourneau, p, perche qui fait reffort fur le foufflet. AA, BBC eft le fourneau entier repréfenté féparément. A A , B B eft la tour. B B C, la poche. B B, les deux tourillons. D , l’ouverture pour écouler le fer fondu. D 2 , la porte repréfentée féparément. E E , verges de fer affembîées à vis. F# frette de fer. F 2 , frette repréfentée féparément. G, un des leviers. H HI K , coupe de tout le fourneau. I, l’ouverture par où fort la fonte. L, la tuyere. OH, H 2 , lame de fer attachée par lès deux bouts contre les parois de la tour. H 3 , une de ces lames féparément. M M , la tour repréfentée féparément. D, ouverture. N X, O O , le creufet, la poche fépa-
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- D'ADOUCIR LE FER FONDU.
- 509
- rément. O O , ouvertures pour faire entrer les charbons. P P, enveloppe extérieure de la poche. Q_Q_, grille qui fe place dans la capacité PP. S, la grille mife en place dans la poche. TTX , le charriot pour mettre les grands moules. V, moule pofé deiius. X 2, entonnoir que l’on pofe fur le moule. Y, piece de ier qui porte l’entonnoir. Z, moule fur lequel l’entonnoir eft placé.
- Planche V. ( æ )
- Elle repréfente un fourneau propre à adoucir les ouvrages de fer fondu.
- Fig. 1, plan de ce fourneau. A A A A, les quatre conduits par où l’air y entre. B B, ouvertures par où on met le bois. CD, deux plaques ou cloi-fons qui forment le creufet du milieu. EF , deux plaques qui compofent les creufets des bouts EHFG. EC,DF, deux plaques qui fervent à maintenir les autres.' F G , petite plaque qui areboute la plaque F du creufet du bout.
- Fig. Il, fourneau en perfpe&ive. A, ouverture qui donne entrée au vent. B B, portes par où on met le bois. CD EE. ouverture par où on charge le grand creufet. F F , les deux petites plaques. G , ouvrage dont on a commence à charger ce creufet. I H , I H , IH , liens du fourneau brifés en FI. K K , une des barres verticales. TT, terrein qui fe trouve-élevé des deux côtés au-deffus du plan du fourneau.
- Fig. III, fourneau en perfpeélive & vu du côtéoppofé. A, ouverture par où l’air entre dans le fourneeu. FF , les petites plaques. G,autre petite plaque. I K, ouverture d’un des creufets des bouts. LM, pièces de terre qui bouchent l’ouverture du creufet chargé.
- La fig. IV les repréfente toutes arrangées.
- Fig. V, une de ces pièces de terre. P P , poignées pour la tirer du fourneau.
- Fig. VI, la même piece à qui l’on a ôté fon bouchon Q.
- Fig. VII, parties brifées des liens qui paffent au-delfus des ouvertures des creufets.
- Fig. VIII, coupe de trois plaques mifes les unes fur les autres, a , plaque. b b, coulilfes.
- Fig. IX, maniéré dont on lie les deux plaques du creufet du milieu.
- Planche VI.
- Fig. 1 , ABC, baguettes de fer fondu.
- Fig. 2, D , caflure d’une de ces baguettes qui n’a pas encore été adoucie.
- ( a ) Les figures de cette planche font qui appartiennent à la planche 7, qui font gravées fur la planche /, & cocreesen chif- cottées en chiffres arabes, fres romains ; ce qui les diftingue de celles
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- Fig. ^, E, calibre d’une autre commencée à adoucir.
- Fig. 4 , F , caflure d’une autre plus adoucie.
- Fig. f , G, caflure d’une autre encore plus adoucie.
- Fig. 6 ,H, caflure d’une autre encore plus adoucie.
- Fig. 7,1, caflure de baguette toujours plus adoucie.
- Fig. 8, KK, LL, caflure d’un morceau de fer fondu plus gros que les baguettes.
- Fig. 9, M, caflure de baguette qui a pris un grain blanc.
- Fig. io, Q_Q_, OO ,PP, marteau de porte cochere.
- Fig. ii , RSV, partie de ce marteau féparée du refte. RV, ouvertures à l’endroit de la réparation. T, petit trou par où le métal fluide s’était écoulé.
- Fig. 12 & 15 , X Y , morceau de baguette de fer fondu. Y, endroit pour écouler la fonte. Z, cylindre changé en tuyau creux.
- Fig. 14 eft le marteau de la porte cochere de l’hôtel de la Ferté , rue de Richelieu.
- Fig. if , le même retourné. AA, deux pièces de fer forgé. BCC, crampon, de fer forgé, enchâfle dans le moule de ce marteau.
- Fig. 16, autre marteau de porte cochere, dont le fleuron D était mal venu.
- Fig. 17, le même marteau. E, trou où l’on a percé un écrou pour y rapporter le fleuron manqué. F G, petit fleuron de rapport, fait de fer forgé , dont la queue G a été taillée en vis.
- Fig- 18, H, petit rebord de terre qui forme une efpece d’entonnoir.
- Fig. 19 , partie d’un feu. L, piece de fer forgé mife dans le moule.
- Fig. 20, tige de flambeau dont la partie M eft aufli de fer forgé. j
- Fig. 21 , clef de fer fondu, telle qu’elle fort du moule. O ,fon panneton point encore entaillé.
- Fig. zz , la même clef dont on a entaillé le panneton adouci.
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- D'ADOUCIR LE F E-R FONDU.
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- EXPLICATION
- DE QUELQUES TERMES.
- adoucir le fer fondu ou le fer forgé 5 diminuer (a dureté &fa roideur; le rendre plus aifé à limer , plus aifé à couper au cifeau, & le rendre aufîi plus flexible.
- Bain. Etat de parfaite fufion , dans lequel un métal a été mis. Tout métal devenu bien fluide par la force du feu, eft du métal en bain..
- Bu\e d’un foufflet, le bout du foufflet, le tuyau par lequel le vent fort du foufflet.
- Chaude. Degré^de chaleur qu’on fait prendre au fer oii à l’acier. La chaude n’eft que couleur de cerife , quand le fer n’eft parvenu dans le feu qu’à la couleur de cerife.La chaude eft appellée fuante ou fondante , quand le fer a chauffé au point d’ètre prêt à tomber par gouttes.
- Corroyer un morceau de fer ou d’acier, c’eft le replier une ou plufieurs fois fur lui - même , après lui avoir donné une chaude fuante , & forcera coups de marteau les parties à s’unir avec celles fur lefquelles elles ont été rep'iées.
- Egrainer, s’égrainer, fe cafTer par grains ; l’acier trempé trop chaud, s’égraine aifément.
- Event. En terme de fondeur , canal, rigole creufée dans le moule , pour donner à l’air la liberté de s’en échapper.
- Fonte de fer. Fer fondu qui n’a pas .encore été ramené à l’état du fer malléable ,ou c’eft du fer qui ne fautait fou-
- tenir le marteau ni à chaud ni à froid, & qui eft beaucoup plus dur que le fer forgé.
- Gueu\e. Longue piece de fer fondu , de fonte de fer, dont la figure approche de celle d’un prifme à bafe triangulaire. Il y en a de longues de dix à pouze pieds, & qui pefent depuis douze à quinze cents livres , jufqu’à deux milliers.
- Jet, en terme de fondeur, eft tout canal qui conduit le métal dans les creux du moule : c’eft aufîi le métal qui s’eft moulé dans un pareil canal.
- Laitier. Matière vitrifiée, efpece de verre qui fumage la .fonte de fer qui eft en bain. 11 y a des laitiers de bien des couleurs différentes ; il y en a qui tiennent beaucoup de fer, & d’autres qui n’en ont point ou très - peu.
- Pailles de fer ou d’acier. Parties mal réunies. Les fentes qui forment des pailles, different de celles des gerçures , en ce que les gerçures ne font, pour ainfi dire, qu’entailler la barre ou la bille, au lieu que les pailles font des parties fouvent alfez grandes , pref. qu’entiérement féparées de celles fur lefquelles elles font appliquées.
- Paquet, en terme de trempe eft une efpece de boîte de tôle enduite de terre, dans laquelle de l’acier eft renfermé Si environné de certaines matières : on fait chauffer l’acier dans ce paquet, d’où on le retire pour le tremper.
- Recuire. C’eft ordinairement chauffer
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- le fer & l’acier dans .une autre vue que celle de les forger après qu’ils auront été chauffés. Souvent on recuit l’acier pour le détremper , pour l’adoucir, & quelquefois pour le rendre plus dur , comme pour les trempes en paquet.
- Recuit. Maniéré de chauffer l’acier ou le fer à un léger degré de chaleur, quand on les chauffe à la forge ; mais à quelque degré de chaleur qu’on les faffe parvenir quand on les chauffe renfermés dans des creufets ou autres capacités équivalentes , cette maniéré de les chauffer porte toujours le nom de recuit.
- Ringard. Toute barre de fer, foit droite, foit crochue , avec laquelle on remue les charbons ou le bois enflammé , ou le métal qui chauffe, ou qui eft en fufîon.
- Tremper Vacier, le refroidir fubi-tement, & pour l’ordinaire en le plon-
- geant rouge dans de l’eau commune froide.
- Trempe fignifie tantôt la qualité qu’a prife l’acier trempé, tantôt la matière dans laquelle il a été trempé , tantôt les préparations qui ont précédé la trempe. L’acier a eu une trempe dure , caffante, quand il eft devenu dur ,caffant, après avoir été trempé. La trempe à l'eau, la trempe au fuif, font le fuif ou l’eau dans laquelle on trempe l’acier. La trempe en paquet, c’eft faire recuire l’acier dans un paquet avant de le tremper.
- Tuyere. Court tuyau en forme de cône tronqué, dans lequel font logés à leur aife le bout ou la buze du fouf-flet ou des foufflets d’une forge ou d’un fourneau.
- Voiler , fe courber; une plaque de terre qui fe courbe, qui prend la figure d’une voile.
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- Introduction. page 73
- PREMIERE PARTIE. Ou Voit donne les caractères des différentes fontes , les différentes maniérés de les jeter en morde, & où l'on enfeigne à adoucir les ouvrages qui font fortis intraitables des moules , en les faifant recuire dans des capacités où la flamme ne faurait pénétrer.
- Premier Mémoire. Des différentes efpeces de fonte de fer, ou de fer fondu , & à quoi il a tenu qu'on n'ait fait
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- jufqiiici quantité déouvrages de fer fondu , qu on fait de fer forgé. Idée des différentes maniérés dont le fer fondu peut être adouci. ' 79
- Second Mémoire. Des différentes maniérés de fondre le fer. Quelles attentions il faut avoir pour jeter en moule le fer fondu & pour tirer les ouvrages des moules.1 89
- Troisième Mémoire : Effais de différentes matières pour adoucir le fera quelles font celles que ces effais ont montré y être le plus propres. 113 QUATRIEME
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- QUATRIEME MÉMOIRE. Des fourneaux propres d adoucir les ouvrages de fer fondu. Page 12 6
- CINQUIEME MÉMOIRE. Des précautions avec lefquelles on doit recuire les ouvrages de fer fondu : des change-mens que les dfférens degrés d'adou-cifjement produifent dans ce fer: comment on peut redonner aux ouvrages de fer fondu la dureté qu'on leur a ôtée. i 39
- SECONDE PARTIE. Oui apprend à adoucir le fer fondu en couvrant les ouvrages avec un jimple enduit ; la compofition de ces enduits ; différentes maniérés de recuire ces ouvrages ; précau-- - tiens pour que les ouvrages ne fe voilent point.
- Premier Mémoire. Comment on peut adoucir les ouvrages de fer fondu fans tes renfermer 'dans des creufets ou capacités équivalentes : deux maniérés de le faire : avantages de ces maniérés d'adoucir : éclaircffemens qu'elles donnent fur la caufe de l'a-douciffement. 15-3
- Second Mémoire. Des différentes fortes d'enduits qu'on peut donner aux ouvrages de fer fondu a & de la maniéré de les donner. 166
- Troisième Mémoire. Différentes maniérés dont on peut recuire & adoucir les ouvrages enduits: defeription d'un nouveau fourneau qui y ef très-propre. 174
- QUATRIEME MÉMOIRE. Attentions pour empêcher les ouvrages de fe voiler dans le recuit : maniérés de re-dreffer ceux qui fe font voilés. 179 Tome Xr.
- FER FONDU, bis 313
- TROISIEME PARTIE. Qui apprend à jeter en moule des ouvrages de fonte qui en fortiront doux au point de pouvoir être limés & réparés fans avoir befoin dé être recuits ; & ce qu'on doit attendre des ouvrages faits d'acier , ou de fer forgé, fondus.
- Premier Mémoire. Tentatives faites pour adoucir la fonte en fufon, - & pour conferver douce pendant La fufon celle qui a été mife telle dans le creufet : moyens de réuffr par rapport à la derniere. Page igf
- Second Mémoire. Choix des fontes propres d être coulées douces ; que cette propriété ef naturelle d quelques-unes ; que par art on peut la donner d d'autres ; qu'il y en d'autres d"qui il ef prefqu impoffble de la donner. 198
- Troisième Mémoire. Que les fontes coulées douces jelon les procédés des mémoires^ précédens ont quelquefois le défaut d'être trop grifes : moyen de corriger ce défaut, & de leur donner la couleur des ouvrages de fer les plus blancs : comment de la fonte grife & douce peut dans l'infant être rendue blanche & dure. 204 Quatieme Mémoire. Précaution ef-fentielle avec laquelle la fonte douce demande d être jetée en moule : que la fonte blanche ef de la fonte trem-pèe ; mais que certaines fontes ont plus de difpofition d prendre la trempe que les autres : avantages des chaf-fs de fer. 212
- Cinquième Mémoire. Des chajfs de fer propres aux différentes efpeces R r bis
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- N 0 U V E L ART, &c.
- de moules: comment on peut empêcher qu'il ne fe forme des toiles épaif-fes dans les moules : comment on tient enfemble les deux moitiés dont ils font compofès. Page 221
- Sixième Mémoire. Des fourneaux propres à chauffer ou recuire les moules de fable : comment il faut recuire les moules de terre, & les mettre en état des recuits. 229
- SEPTIEME Mémoire. Moyens de ménager les fables à mouler ; de raccommoder ceux dont on s'ejl fervi ; d'en faire de convenables dans le pays ou le terrein rien donne pas , qui foient naturellement tels. Des matières dont on peut faire des moules ou la fonte a plus de difpojî-tion à venir douce qu'en ceux de fable. Des moules de terre & des moules de métal. 241
- HUITIEME MÉMOIRE. Suite des pro-
- cédés depuis que les moules ont M mis en recuit, jufqri a ce que les ouvrages fondus en foient retirés, avec des remarques fur chaque procédé« Maniéré de recuire les ouvrages dans les moules même. Page 2f2
- Neuvième Mémoire. Où l'on parcourt les diffêrens ouvrages qui peuvent être faits de fer fondu ; où P on avertit des précautions avec lefquelles quelques-uns veulent être jetés en moule & recuits ; & où l'on fait connaître aujfi quels font les ouvrages qui ne doivent pas être faits de cette forte de fer. 262
- MÉMOIRE contenant des procédés économiques dans la fabrication des fers, fils de fer & fers de fenderie, démontrés par Vexpérience. 277 Des Mines 6* fourneaux de fer de Barutk. 28 6
- Explication des figures, 306
- Fin de l'Art ri adoucir U fer fondu,
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- T» xr F AL X S JB TT SEL
- DE PEIGNES D ’ACIER
- POUR LA FABRIQUE DES ÉTOFFES DE SOIE.
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- ART
- DU FAISEUR DE FEIGNES jd * AL C z £ JR.
- P OUR LA. FABRIQJJE DES ÉTOFFES DE SOIE.
- CONTENANT tous les procédés quon emploie pour faire les peignes d'acier liés,
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- INTRODUCTION.
- i. Les peignes de canne, dont on a détaillé la conftruClion ( ï ) , font ceux dont on s’eft fervi le plus anciennement, & même univerfellement. Ils font très - bons pour fabriquer toutes fortes d étoffés , & fout encore en ufage dans prefque toutes les manufactures de l’Europe. On peut même dire que , pour certains genres, ils font préférables à ceux d’acier } mais fur la im du fîecle dernier on vit éGlorre"plujiieurs genres d’étoffes , dont il parait que nos anciens n’ont jamais eu connaiffance : la mécanique , portée au plus haut degré de perfection, a lans doute applani les difficultés qu’ils n’avaient pe,ut-
- ( i ) Voyez le traité qui termine le neuvième volume de cette colleétion. Pour donner à mes volumes une groflfeur à peu près égale, j’ai été obligé de féparer la defcrip-tion de l’Art de faire des peignes de canne Sa d’autres matières, de celui de faire les peignes d’acier , qui vient naturellement après l’Art de la trifilerie. Cette defcription cft comme la fixisme partie de l’Art de fa-Tome XV,
- briquer les étoffes de foie. L’Art du peigner de canne & d’autres matières forme la première partie de l’Art dufaifeurde peignes , & la fabrication des peignes d’acier liés fait la fécondé partie de l’Art général .du peigner. Us pouvaient être féparés, puifqup ce n’eft ni les mêmes perfonnes qui les font, ni les mêmes matières qui y font em* ployées.
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- être pas pu vaincre jufqu’à ce moment > peut- être aufli eft-il dans les productions de l’efprit humain, des époques afiignées qu’il 11’eft pas poflibler d’avancer. 'Quoi qu’il en Toit, la nécefnté d’exécuter les étoffes qu’on venait d’inventer a rendu infuffifans à beaucoup d’égards les peignes de. canne, dont on ne peut cependant fe paifer pour toutes les autres; & l’obligation de refferrer dans un efpace fort étroit une quantité itnmenfe de dents, qu’on ne pouvait plus faire en canne fans leur ôter leur principale qualité, la force:»* a dû naturellement leur faire fubftituer l’acier, que l’induftrie des hommes gouverne à fbn gré, & dont on eft venu à bout de former du fil aufli fin que des cheveux. .
- 2. Malgré les foins que j’ai pris pour fixer l’époque de l’invention des peignes d’acier, & en faire connaître l’auteur, je n’ai pu «venir à bout d’en îinvre la trace: les uns aifurent que la France en a le mérite ; d’autres prétendent que nous la devons à l’Angleterre ; d’autres enfin foutiennent que les Italiens les ont les premiers mis en ufage, & donnent pour preuve de cette alfertion, que les Frauçais n’ont connu les peignes daçier que par les Lucquois, dont ils ont appris à fabriquer le velours & le damas.
- Il eft vrai que cette ville a fourni à l’Europe entière de grandes con-•naiffances fur la fabrique des étoffes de foie : les Génois ont aufli contribué à l’avancement de nos manufactures ; & il paraît aflez vraifemblable que ces deux villes , en communiquant leurs procédés, auront aufli fait part des inflrumens qu’ils y emploient.
- 4. Ce que j’avance ici, aurait fans doute befoin de l’appui de quelqu’au-teur digne de foi, ou de quelque monument hiftorique , qui en conftataffent l’authenticité ; mais la tranfmigration des manufactures eft fi moderne j eft fi connue, que j’ai moi-même parlé à des ouvriers'qui avaient connu quelques - uns de ces Lucquois qui étaient paffés en France pour y communiquer leurs opérations. Quant aux Génois, j’ai eu occafion de connaître une partie de ceux qui nous ont donné les connaiffances les plus étendues fur les velours plein & à jardin , dont nous avons tiré les velours mignaturè.
- f. Parmi ces Génois, quelques-uns font encore exiftans à Lyon : ils étaient alors deux freres qui ont fabriqué les premiers les velours pleifi & à jardin, & leur pere était employé à rafer le velours plein, lis avaient d’abord paffé à Tours 5 mais attirés par la renommée de la ville de Lyon, ils y vinrent & furent accueillis comme on y reçoit ordinairement les talens fu-périeurs. Ces détails que j’ajoute ici, n’ont pour but que de rappellera ceux qui les connailfent, une époque qu’ils ne peuvent avoir oubliée entièrement, & de déterminer par des faits connus ce que je n’ai pas craint d’avancer.
- 6. Quant au paffage des Lucquois en France, il parait qu’on peut le fixer à la fin du JÛecle dernier. Ils vinrent à Avignon j mais ayant trouvé
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- DE PEIGNES D'A CI Eli
- cette ville déjà habile dans le talent qu’ils voulaient y exercer, ils n’y furent par cette raifon reçus avec aucune autre diftin&ion que celle d’habiles ouvriers.
- 7. Il n’eft pas vraifemblable, comme le prétendent les Avignonnais, que les premiers peignes d’acier aient été fabriqués dans cette ville ; on n’y en
- 'a trouvé aucune marque ni aucun uftenfile: mais il peut être vrai qu’ils s’en foient fervis les premiers en France, & qu’ils les aient tirés de i’Italie, avec laquelle ils ont toujours eu une très-grande liaifon, comme étant fous une même domination. Cette conjedure eft fondée fur un fait qui m’eft per-fonnel, & qu’il n’eft peut-être pas indifférent de rapporter pour appuyer ma conjecture. Me trouvant un jour à Avignon, j’y achetai de vieux uften-files de fabrique, dans le deffein de les faire tranfporter à Nîmes, ma patrie : parmi ces uftenfiles il y avait deux ou trois peignes d’acier hors d’état de fervir, que celui qui me les vendait m’affura venir de fort loin : d’où je conclus qu’ils n’avaient pas été faits en France ; car il ne m’en aurait rien dit, s’il eût été ordinaire d’en voir de pareils. J’étais jeune alors ; je réfléchis peu fur cet objet, & ne tardai pas à me repentir de n’avoir pas pris là - deffus des renfeignemens plus particuliers.
- 8. Quelques Piémontais ont prétendu que la cotinaiffance des peignes
- d’acier en Europe était aufli ancienne que celle de la fabrique des étoffes de foie ; ils affurent que les Vénitiens & les Calabrois ont les premiers fabriqué en Europe de ces étoffes, & qu’ils ont eu en même tems conuaiffanqg des peignes d’acier, parce que , difent- ils, les Indiens, les Chinois & lesPerfes s’en fervaient alors. '
- 9. Il eft fans doute poflîble que ces trois peuples , chez qui l’art de fabriquer les étoffes de foie eft beaucoup plus ancien qu’en Europe, puifque' c’eft d’eux que les Européens en ont eu les premières connaiflances, aient employé les, peignes d’acier dans leurs manufactures ; mais du moins rien, à mon avis, ne prouve que l’ufage de cet uftenfile foit auffi ancien en France que' nos fabriques, en adoptant même l’idée des fabricans qui prétendent que l’invention nous en appartient. Ils prétendent que le dépériffement très-prompt des dents des lifiëres, tant qu’on les a faites en canne, a engagé à applatir au marteau du fil de fer, pour les faire avec ce métal ; qu’enfuite le laminage de l’or & de l’argent a fait naître l’idée de laminer du fil de fer & de l’employer pour les dents des peignes. Il eft vrai que le laminage de, l’or & 'de l’argent a un rapport immédiat avec celui des dents de, peignes;-mais 011 n’en peut rien conclure pour le tems & le lieu de cette invention.,
- 10. Quoi qu’il en foit de l’invention des peignes d’acier, il eft certain; qu’elle a procuré aux manufactures d’étoffes de foie un avantage d’autant plus coniidérable, que ces fortes de peignes rendent une très - grande quan-.
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- ART D ü FAISEUR
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- tité d’étoffes, à la fabrication defquclles on les emploie par préférence , plus parfaites que ceux qu’on fait ordinairement en canne : mais cette utilité a fes bornes j & telle étoffe réufîtt très-bien avec un peigne de canne, qui n’en admettrait point d’acier y c’eft à l’ouvrier intelligent à faire ce difcer-nement.
- 11. Les peignes d’acier ne font à ma connaiffance que dans les fabriques d’étoffes de foie. Je ne crois pas même qu’on puiffe les employer pour les étoffes de coton , de laine ou de fil ; ou s’il y en a quelques - unes , le nombre en eft fort petit j car ces matières font peu capables d’efl'uyer le choc d’un peigne qui 11e laurait avoir autant d’élafticité que ceux de -canne; les frot-temens même déchireraient les brins de la chaîne, & les mettraient hors d’état de fervir. D’ailleurs, ces étoffes 11e font pas fufceptibles d’un mani-ment carteux , comme le font celles de foie: il 11e s’agit dans leur fabrication que de leur donner une certaine épailfeur, & de faire joindre également les duitës de la trame dans toute la longueur de l’étoffe, pour leur donner toute la perfe&ion dont elles fout fufceptibles : aufurpius, les fils de la chaîne de ces fortes d’étoffes, ne font ordinairement paffés entre les dents que deux par deux, & n’y cffuient pas des frottemens conlîdérables ; c’eft? pourquoi les peignes dont les dents font de canne , & par conféquent flexibles , leur conviennent beaucoup plus , pourvu que leurs hauteur, largeur & épaiffeur foient déterminées dans de juftes proportions.
- iZ. On pourrait, fans contredit, employer les peignes d’acier à la fabrique de toutes fortes d’étoffes de foie, même dans les comptes les plus fins, fans que leur qualité eu fût aucunement altérée ; & même celles qui ont été ainfi fabriquées , ont un maniment; plus carteux , & un éclat au - deffus de celles auxquelles on a employé des peignes de canne. Cet avantage eft ail fürément capable de déterminer: lès fabrieans à ne fe fervir que de peignes d’acier ; niais toutes les fortes de foie ne font pas en état de! fupporter le frottement de leurs dents. Je ne parle pas même du nombre de brins qu’011' mettrait entre chacune ; car deux fils d’une certaine qualité de foie pourraient ne pas paffer entre deux dents , tandis qu’au y en ferait mouvoir-huit ou dix d’une autre qualité, & même dont les brins feraient plus gros, fens recevoir la moindre atteinte.
- 15. Il faut, dans la fabrication des étoffes , employer dès foies dè toutes les qualités, fuivant qu’on les a préparées pour les chaînes des différentes* étoffes : elles different entr’elles en groffeur, en nerf, en apprêt; & ces* différences exigent plus ou moins de ménagement dans l’emploi qu’on en* fait : il faut combiner les frottemens que peuvent effuyer telle ou telle efpece de foie, & que les uftenfiles qu’on y emploie foient proportionnés à-leur force. Si, par exemple , oii'voulait faire une étoffe avec une foie fine.
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- DE FEIGNES D'A C 1 E R.
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- & qui eût reçu peu d’apprêt , & qu’on voulût y employer un remiffe de gros fil & un peigne à Fortes dents, il eft certain que les difficultés feraient fans nombre , & l’étoffe défedueufe & fans éclat.
- 14. Lorsque la foie eft fine, qu’elle a requ peu d’apprêt, & qu’elle a été ourdie fimple, on doit fe fervir de peignes de canne par préférence à ceux d’acier : il y a encore une raifon déterminante pour les fabricans , qui leur Fait préférer les premiers aux autres ,c’eft que ceux d’acier font les moins coûteux j mais il me femble que cette différence ne devrait faire impreffion que fur les ouvriers , qui font quelquefois obligés de fe fournir de peignes > car les fabricans retrouvent aifément fur la fupériorité de leurs étoffes ce qu’un peigne d’acier leur coûte de plus : aufîi beaucoup de fabricans ont-ils pris le parti de les fournir eux-mêmes à* leurs ouvriers, à qui la modicité du gain ne permet fouvent pas de faire cette dépenfe.
- if. Les peignes d’acier conviennent parfaitement à la fabrication desgros-de-Tours , des gros-de-Florence , des gros-de-Naples , des moëres, des gros fetins, auxquels on ne donne aucun apprêt après les avoir fabriqués ; des velours de tout genre, fur - tout quand on veut les rendre carteux ; car fî on veut les rendre moelleux, le peigne d’acier leur devient contraire.
- 16. On peut établir pour réglé générale, que toutes les étoffes qu’oil fabrique à la tire, & qui font fufceptibles d’avoir un corps carteux , doivent être faites avec des peignes d’acier; mais celles qui après la fabrication doivent recevoir un apprêt, feront faites avec les peignes de canne. Le peigne d’acier, employé dans la fabrication des étoffes de foie qui ne font pas fufceptibles d apprêt , n’a fur ceux de canne aucun autre avantage que de donner à l’étoffe une force plus confidérable , & détenir la quantité des fils qui paffent entre chaque dent, écartés les uns des autres : enforte que , fi on a mis , par exemple , huit fils entre chaque dent, ces huit fils ne forment point un cordon; mais ils font diftinds & iëparés les uns des autres, & même on en reconnaîtra la pofition fur l’étoffe à l’aide d’un microfcope: par conféquent la trame eft mieux & plus fortement contenue par des fils qui s’étendent en furface, que par d’autres qui ne forment pour ainfi dire qu’un feul brin ; & tous les intervalles qui régnent entre chaque fil de cet affemblage , forment une régularité fur l’étoffe, qui en augmente encore la beauté.
- 17. Les peignes de canne 11e finiraient produire le même effet, parce que la flexibilité des dents ne permet pas aux fils de la-trame de fe joindre aulfi intimement , & même les fils qui fe meuvent entre chaque dent, couvrent la trame en entier, parce que les dents fléchifïant fous le coup de battant, les brins de foie fe trouvent à cet inftant moins refferrés, s’écartent à droite & à gauche, & 11e gardent aucun ordre entr’eux. Lorfqu’on
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- apperçoit- fur l’étoffe quelque trace produite par l’épaiffeur des dents, on •juge que le peigne de canne qui la fabrique eft fort de dents : ce qui provient de ce que la foie trop gênée entr’elles n’y coule pas avec la facilité qui lui effc néceffaire ; & fi ces traces font inégales, c’eft une preuve que les dents n’ont pas été tirées parfaitement d’épaiffeur.
- ig. J’ai dit qu’on n’employait pas de peignes d’acier à la fabrication des étoffes qui font deftinées à recevoir de l’apprêt; en Voici la raifon.Ces étoffes font ordinairement les plus légères, auxquelles l’apprêt répare ce qui manque du côté de la matière ; cet apprêt dérange l’ordre que le peigne avait établi entre les fils de la chaîne dans toute la longueur de, l’étoffe ;• & l’expérience a appris que, lorfqu’une pareille étoffe eft fabriquée avec un peigne de canne , les fils de la chaîne fe rangent, pour ainfi dire, d’eux-mêmes fur la trame, & ne font prefque plus fufceptibles de fe déranger; & comme ils fe trouvent moins intimement liés, ils fe pénètrent plus aifément des drogues qui entrent dans la compofition de cet apprêt.
- 19. Toutes les étoffes dont le fond eft fatin, feront mieux fabriquées avec des peignes de canne, parce que la beauté du fatin dépend de l’égalité dans la difperfion de la chaîne ; ce qui fait qu’on n’y voit aucunement la trame : aufli plus la chaîne couvre la trame , plus le fatin eft velouté. Ceux qui fabriquent des fatins avec des peignes d’acier, ont intention de leur donner de la force que ceux de canne ne leur donnent jamais ; mais ils n’acquierent cette force qu’aux dépens de la beauté & de l’éclat qui caradérifent fi agréablement le fatin.
- 20. Il eft fi vrai que c’eft la chaîne qui conftitue l’effence du fatin, qu’on en fait paraître à peu près les fept huitièmes fur un huitième de trame du côté de tendroit; mais on y emploie les peignes les plus fins, fans crainte des irrégularités qui fe rencontrent dans le nombre des fils qu’011 paffe dans chaque dent : les unes en contiennent fix , d’autres cinq, & d’autres enfin en contiennent fept: quelquefois ces nombres fe répètent fuivant une alternative réglée ; quelquefois aufli cette alternative n’a pas lieu dans toute la largeur de l’étoffe, à caufe du peu d’accord qui fe trouve entre la quantité des dents des peignes & le nombre de fils dont la chaîne eft compofée ; & voici comment on en fait la répartition.
- 2r. Supposons qu’on ait 6400 fils à paffer dans un peigne de goo dents; en mettant huit fils par dent, on trouvera l’emploi jufte de tous les fils, puiique 800 fois 8 donnent 6400 ; mais fi la chaîne n’eft que de 6000 fils, & que le peigne foit le même, il faut en mettre alternativement^èpt dans une & huit dans l’autre dans toute la longueur du peigne : ainfi 011 aura quatre cents dents à fept fils & quatre cents à huit; les quatre cents dents à fept fils en emploieront deux mille huit cents, & les quatre cents
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- à huit fils en contiendront trois mille deux cents : ainfi ces deux fommes faifant celle de fix mille , conviendront au nombre total de la chaîne.
- 22. Si l’on avait fix mille quatre cents fils à diftribuer dans un peigne de neuf cents dents, il faudrait mettre fept fils dans huit cents dents , & huit dans les cent autres: on met le moindre nombre vers les extrémités, alternativement avec les plus forts ; d’autres mettent les divifions de fept fils au milieu ; mais dans tous les cas on a foin de garder l’alternative de fept & de huit.
- 23. Je ne ferais pas entré dans ces détails, qui conviendraient mieux à l’endroit où il s’agira, dans la fabrique des étoffes de foie , de monter un métier pour du fatin ; mais j’ai eu delfein de rendre fenftble l’inutilité des peignes d’acier pour le fatin , fi ce n’eft, comme je l’ai déjà dit , dans les petits latins , dont i’apprët fait toute la confiftance. Il eft cependant vrai qu’un fatin tramé à un feul brin peut faire coucher les dents d’un peigne de canne plus vite que celles d’un peigne d’acier; mais il faut opter entre la crainte d’ufer le peigne un peu plus vite, & celle de faire le fatin moins beau, & je ne crois pas qu’il'-y ait à balancer entre la dépenfe d’un peigne & la vente t d’une étoffe. D’ailleurs , cette économie eft fort mal entendue, puifque Ci un peigne d’acier dure deux fois autant qu’un de canne, en revanche il coûte le double ; d’un autre côté une trame faible ne {aurait réfifter aux efforts d’un peigne d’acier comme à ceux d’un de canne. ,
- 24. Comme l’art du peigner que je traite n’eft pas un art ifolé, & qu’il tient de très-près à la fabrique des étoffes de foie , dont j’ai ofé entreprendre la defcription ; fi d’un côté je ne néglige rien pour décrire tous les procédés qui le conftituent, je crois que l’on ne peut me favoir mauvais gré de tourner principalement mes vues du côté de l’art le plus précieux parmi ceux auxquels il a rapport. Tout ce que des fabricans d étoffés de moindre conféquence pourront me reprocher, c’eft d’avoir exigé trop de foins pour les peignes qu’ils mettent en œuvre : mais ils peuvent fe raf-furer ; les ouvriers en rabattront toujours affez, & la perfection n’eft jamais un défaut. La perfection des étoffes de foie dépend de tant de foins , qu’aucun ne faurait être négligé fans conféquence.
- 25. C’est mal-à-propos qu’011 nomme peignes d'acier ceux dont la defcription va nous occuper ; car on fe fert fort peu d’acier pour faire les dents : elles font prefque toutes de fer, foit qu’il foit moins cher, ou que le fil d’acier foit plus aifé à caffer. Quoi qu’il en foit, les peignes d’acier, car c’eft ainfi qu’on les nomme dans toutes les manufactures, fe montent à peu près comme ceux de canne ; & cependant les peigners qui font les uns, ne font ordinairement pas les autres. Ceux qui entreprennent ces deux efpeces n’y réufliifent pas également, & fouvent même ils ne réuffif-
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- fent à aucune , la préparation des dents & la maniéré de les monter étant abfolument différentes.
- 26. La préparation des gardes, des Jumelles & du ligneul eft abfolument la même qu’aux peignes de canné; les dents font placées & retenues de la même maniéré : ainfi je ne répéterai ici rien de ce que j’ai dit dans la partie précédente, à laquelle je me référé à cet égard. ,
- 27. Les métiers dont j’ai donné la defcription, peuvent fervir aux peignes d’acier ; mais comme il y a des ufàges particuliers que je fuis obligé de rapporter , je mettrai fous les yeux du leéteur trois maniérés qui font généralement adoptées parmi les ouvriers de ce genre.
- 28. Les dents font, comme je l’ai déjà dit, formées avec du fil-d’archal applati, & mis de largeur & d’épaiffeur convenables : ce font ces deux opérations que je vais décrire, & qui feront l’objet du chapitre fuivant.
- CHAPITRE PREMIER.
- Defcription des moyens qiCon emploie pour applatir le fil de fer, pour en régler les différentes épaiffeurs, & couper les dents de longueur, fuivant la hauteur des foules , &c.
- Article premier.
- Du choix du fil - d'aï chai propre à faire les dents.
- 29. U fil-d’archal dont on fe fert pour les dents des peignes, doit être d’un fer doux, point pailleux, & le plus égal qu’on peut rencontrer. Il ne faut pourtant pas qu’il foit trop doux, parce que le moindre effort ferait plier les dents, qui, n’ayant prefque pas d elafticité, relieraient courbées; & pour en faire l’elfai, on prend un bout de fil de fer de trois pouces de long ou environ ; on le courbe un tant foit peu, en le tenant par les deux bouts ; puis l’ayant lâché, il doit fe redreffer parfaitement comme il était auparavant.
- 30. L’attention que je recommande de ne fe fervir que de fil de Fer bien élaftique, eft de la plus grande conféquence ; fans cela les dents une fois courbées , ne fe redreffent plus , & les fils de la chaîne trop ferrés entre les unes & trop écartés entre les autres, produifent fur toute la longueur de l’étoffe des raies qu’il eft impoflible d’éviter. J’ai, pour rendre ce défaut fenfible , fait graver fous de très - fortes proportions >pl. I ,fig. 3 , un
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- ^peigne j où ces inégalités de courbure font rendues très - apparentes.
- 31. Ce n’eft pas feulement fur la largeur que les dents peuvent fe courber} lorfque le fil-d’archal eft trop mou, elles fe courbent auffi fur leur épaiifeur. Le défaut que cela produit fur VétoiFe eft d’une autre efpece } la trame qui doit à chaque duite être incorporée avec la chaîne fuivant une ligne droite , déterminée par l’alignement des dents du peigne, forme à l’endroit de la courbure une finuofité qui, fe répétant à chaque duite, produit fur la longueur de l’étoffe une raie aulli défe&ueufe que celles dont j’ai déjà parlé. La courbure dont je parle ne {aurait guere arriver au^ dents d’un peigne que par quelqu’accident étranger à la fabrication i car comme toutes les dents d’un peigne portent à la fois contre la trame , il eft pref. qu’impoffible qu’elles fe faulfent dans ce fens en travaillant. Il faut donc n’employer que de très-bon fil-d’archal, & même celui d’acier ferait infiniment meilleur à beaucoup d’égards. Premièrement il a les pores plus ferrés , & par conféquent eft fufceptible d’une plus grande élafticité} il prend un plus beau poli , & par conféquent il ufe moins les fils -de la chaîne ; enfin il eft moins fujet aux pailles, aux rugofités, & étant mis à une très-faible épaiifeur, eft plus fufleptible de roideur & de force : mais le préjugé s’oppofe encore en cette partie à l’avancement de nos manufadures ; peut-être qu’un jour on reconnaîtra cette erreur.
- 32. Un autre inconvénient, auquel les peignes de fer font très-fujets , c’eft la rouillej pour peu qu’un peigne celle de travailler,- quoiqu’il refte fur le métier, & que la chaîne foit palfée dedans , Il l’endroit n’eft pas parfaitement fec, il eft auffi-tôt faifi de la rouille. Ceux d’acier n’y font pas aufti fujets , & même avec un peu de foin on pourrait les en garantir fort aifément. Il eft un moyen de dérouiller les peignes , qui 11’eft pas facile à pratiquer à caufe de la finelfe des dents} mais pour ne rien laiiTer à defirer fur cet art, je donnerai à la fin de ce traité les moyens qu’on met en ufàge pour cela.
- 33. C’est une chofe prefqu’incroyable que l’ignorance dans laquelle les ouvriers les plus intelligens dans leur art font à l’égard des autres, dont ils pourraient cependant quelquefois tirer avantage. Occupé moi-même à toutes les recherches qui concernent l’art que je décris aujourd’hui, j’ai long-tems confondu le fer avec l’acier, &,ainfi que mille autres, j’ai cru long-tems que l’acier n’était autre chofe que du fer trempé : & comme il eft à peine pratiquable de tremper des dents , à caufe de leur finelfe , du moins par les méthodes ordinaires, j’étais fâché qu’on ne pût pas leur procurer les qualités que j’admirais dans beaucoup d’ouvrages d’acier. J’apprends avec une entière fatisfa&ion qu’il eft polfible de convertir le fer en acier , dans un ouvrage publié par l’académie des fciences ; j’elpere que nos ma-
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- nufa&ures tireront à la fin la perfe&ion à laquelle elles tendent, de ce trophée élevé pour l’utilité publique fous les aufpices de cette favante académie.
- 34. Après avoir choifi la qualité du fer dont on forme les dents , il faut déterminer les grolfeurs qui leur conviennent; ces groifeurs varient fuivant l’épaiffeur qu’elles doivent avoir. Le peigner doit donc favoir quel numéro de fil de fer convient à telle épaiifeur de dents., fuivant le compte du peigne.
- 3). On peut voir dans l’Art du fil de fer ou fil-d’archal, publié par M. Duhamel du Monceau , citoyen zélé pour le bien public, académicien distingué dans toutes les fciences, & plus que tout cela encore, protecteur des arts qu’il cultive & éclaire aux dépens de fa propre fortune, de quelle maniéré on tire le fer par des filières de différens degrés , pour le réduire à la grolfeur d’un fil très-délié. Les tréfileurs ou tireurs de fil le divifent en vingt - neuf groifeurs différentes , & ils alignent à chacune un numéro, depuis 1 qui elt le plus fin, jufqu’à 29 qui eft le plus gros : c’eft dans ces différentes groifeurs que le peigner doit connaître celle qui convient à telle ou telle épaiifeur de dents , fuivant le compte du peigne qu’il doit fabriquer.
- 36. Tous les ouvriers n’emploient pas à un même compte de dents du fil de fer d’une égale grolfeur, ou, pour mieux dire, d’un même numéro : les uns prétendent qu’il faut l’employer plus fin, d’autres plus gros; & cependant tous deux rempliffent le même objet. Qu’il me foit permis d’étar blir ici une réglé générale, que je n’ai puifée chez aucun fabricant, & que je m’attends à voir contredire par le plus grand nombre d’entr’eux ; mais j’en appelle au public éclairé, que je vais faire juge de mon fend ment.
- 37. Je fuppofe qu’il s’agiffe de fabriquer un peigne de huit cents dents fur vingt pouces de longueur, & qu’il réuiïiife très-bien avec du fil de fer du iV*. 3. Il eft allez ordinaire de rencontrer des ouvriers qui le feront avec un fil du n\ 4 ; mais pour peu qu’on y réSéchifte, les dents de ce dernier feront plus é.paiffes. ou plus, larges, puifque dans une même longueur donnée il y a plus de matière : fi elles font plus épaiifes, la chaîne n’aura pas la même liberté entre les dents ; & fi elles font plus larges , elle y effuiera plus de frottement : il vaut cependant mieux tomber dans le défaut de plus de largeur que de» trop cfépaiffeur ; on en eft quitte pour tenir la foule un ppu plus haute, ce qui y remédie en partie.
- 3g. On tomberait dans un défaut oppofé, fi, au-lieu d’un fil du numéro 3 , que je fuppofe être celui qui convient, on voulait en employer un du n°. 2 ; les dents feraient trop faibles , les étoffes ne prendraient pas fuffi-famment de qualité , les dents au moindre effort fe tortueraient & deviendraient courbes, & le peigne entier fe coucherait dans toute fa longueur. Il faut donc éviter avec foin ce double inconvénient qui peut faire un tort égal à un peigne; & comme iln’eft 'pas de mal-façon à laquelle 011 ne puiffe ap.
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- porter quelque remede, nous avons vu que quand les dents font trop larges, il faut tenir la foule un peu plus haute. On emploiera l’expédient contraire, iî elles font d’un fil un peu trop faible ; & par ce moyen on leur rend un peu de la confiftance que trop de hauteur leur aurait ôtée.
- 39. De quelque compte de dents que foit un peigne , il 11e faut leur donner g uere plus d’une demi-ligne de large; mais par rapport à la fineffe , il n’eft pas pofîible de la déterminer exactement : c’eft d’après le nombre de dents & la longueur du peigne qu’on doit fe régler, & c’eft alors qu’on varie avec intelligence la groifeur du fil de fer. Il eft certain , par exemple , qu’un peigne de mille dents fur vingt pouces , ne doit pas être fait avec le même numéro que celui de huit cents fur la même longueur ; & pour opérer avec certitude, les peigners ont une jauge telle que la repréfente la figure, f , pl. 1, dont l’entaille A doit contenir un nombre connu de dents; & fi elle en contient foixante & douze pour un mille dents fur vingt pouces , elle n’en contiendra que cinquante-deux, d’un 800 fur la même longueur, & toutes à la même largeur. La différence ne doit donc naître que de l’épaiffeur, & par conféquent des différons numéros du fil de fer; & l’ouvrier doit favoir à quelle largeur & épaiffeur fera réduit tel ou tel numéro de fil aufortirdu laminoir, que, pour me conformer aux termes reçus dans les manufactures , j’appellerai dorénavant moulin.
- 40. Toute l’attention du fabricant de peignes d’acier eft, de n’employeü que des dents dont la groifeur foit proportionnée à leur nombre ; & quoiqu’il foit poflible de faire un peigne d’un moindre nombre de dents avec des dents plus fines, puifqu’il fuffit alors d’employer de plus gros ligneul, & de tenir la foule un peu plus baffe, il vaut toujours mieux affortir les groffeurs aux comptes de peigne, & ne donner de la foule que convenablement à leur fineffe. Si l’on veut donner la même foule à un 8°° qu’à un mille , le premier fera trop fort, & l’autre trop faible ; l’un oppofera trop de réfiftance aux fils de la chaîne, & l’autre fléchira trop aifément : de là vient, pour le dire en paffant , que certains fabricans font furpris que tel qui paffe pour bon ouvrier , ne fabrique pas chez eux d’aufli belles étoffes qu’il en fabriquait ailleurs: on s’en prend à la qualité des foies, à l’ouvrier; c’eft au peigne qu’il faut imputer les défauts dont on fe plaint.
- 41. Comme dans la description d’un art, ce qu’il y aurait de plus avantageux ferait d’établir des réglés générales fur tous les procédés, & que cela n’eft pas fouvent poflible, je ne manquerai jamais de faire connaître celles qu’on peut admettre. On peut donc dire en général qu’un peigne d’acier de mille dents , fur vingt pouces de hauteur, doit avoir de dix-huit à dix-neuf lignes de foule ; & que ceux à huit cents dents doivent en avoir depuis vingt jufqu’à vingt-deux: cela fuffira , je penfe, pour fervir déréglé
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- à tous les autres; & plus les comptes font fins, moins on doit donner de foule, pour compenler par la hauteur ce qu’on ajoute en force.
- Article II.
- De la maniéré dC applatir le fil - (Cardialpour les dents des peignes , & des moyens-de connaître les -différentes èpaijjeurs qu il convient de lui donner fuivant le compte des peignes. /
- 42. Les peigners en canne ont coutume, comme on l’a vu ( 2 ), de faire en acier les dents des lifieres ; mais comme le nombre de ces dents eft fort petit relativement à celui des dents du peigne, ils fe contentent d’applatir le fil de fer avec un marteau à tête plate , pi. I , fig. 7, fur une bigorne, fig. 8, montée fur un billot à la hauteur convenable à un ouvrier qui travaille affis.
- 45. Cette maniéré d’applatir les dents eft très - imparfaite ; mais elle fuffit pour celles des lifieres quand les peignes font de canne: d’ailleurs la dépenfe d’un laminoir ou moulin, tels que ceux dont 011 va voir la deferip-tion, eft trop forte pour un ufage auffi borné. Les moindres reviennent à 400 liv. ou environ; & lorfqu’ils font bien traités, ils vont jufqu’à 600 liv.
- 44. Cette différence de prix vient auffi de la différence de leur conf-truciion ; car la variété que nous avons déjà vue parmi les uftenfiies dont on a donné la defeription, régné encore dans les moulins que nous allons palier en revue : tous fuffifentà la rigueur ; mais ceux qui font plus parfaits, contribuent bien plus fûrement à la perfe&ion des peignes, ainfi qu’on le verra lorfqu’en détaillant les différences, je ferai remarquer les inconvéniens 6c les défauts.
- §. I. Defeription ctun moulin propre à applatir le fit de fer.
- . Le moulin dont on fe fert le plus ordinairement pour applatir le fil de fer, eft celui que repréfente la pl. I,fig. 9 , & dont je vais détailler la conf. trudion. Sur une forte planche B , aifemblée par fes deux extrémités dans les' pièces de bois C, C, qui débordent fa largeur pour donner plus d’affiette à la machine, font plantés deux forts montans auffi de bois A, A, retenus par-deffous la bafe au moyen des clavettes E , qui entrent dans les tenons a de chacun : toute cette cage eft portée par quatre pommelles D , D, D} D 9 ainfi qu’on le voit fur la figure,
- (2) Voyez tome IX.
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- 46. Au haut de ces montans eft une entaille qui defcend prefque juf-qu’au renflement qu’on y voit fur leur largeur. Cette forme a été jugée convenable pour donner plus de force à l’empattement dans la bafe; mais comme trop de largeur par le haut aurait entièrement caché les meules, 011 a diminué de cette largeur comme on le voit: c’eft dans cette entaille que font placées les deux meules, dont il faut faire connaître la forme avant de parler du chaffis qui les porte. Chacune de ces meules eft d’acier très - fin, d’environ fix pouces de diamètre , fur deux pouces d’épailfeur ; elles doivent être faites au tour,& parfaitement cylindriques: après qu’on les a forgées & dreffées à peu près à la lime , 011 perce au centre un trou quarré d’environ un pouce de grandeur ; on y fait entrer à force la partie quarréed’un arbre, fig. 13 & 14, qu’on a forgé, limé & tourné à part ; je dis tourné, car les deux collets qu’on y voit doivent être parfaitement ronds & d’un égal diamètre. Vers un des bouts d’un des arbres, on a réfervé un peu dé longueur , où l’on pratique un tenon dont le quarré eft infcrit au cercle du collet, & qui fe termine en vis pour retenir la manivelle en fa place , comme on le détaillera plus bas. Il faut, en finiflant cet arbre, conferver les deux points de centre fur fefquels on l’a mis au tour ; car c’eft fur les mêmes qu’il faut tourner la meule. Il faut avoir grand foin de tourner l’arbre avant de tourner la meule ; fans cela on ne rendrait pas les collets aufti ronds. O11 termine donc ces meules fur le tour , & on les polit fur leur circonférence autant qu’il èft pofîible ; après quoi on les trempe, & c’eft à quoi il faut apporter la plus grande attention pour qu’elles ne gauchiifent que le moins qu’il eft polïible j mais on ne leur donne point de recuit, & on les laifle dé toute leur force ; après quoi on les remet fur le tour pour corriger ce qu’il pourrait y avoir de gauche : ce qui eft très - difficile , attendu leur dureté & la difficulté de les entamer. Je fuppofe qu’elles n’ont pris aucun gauche ; & s’il y en avait quelqu’un, on pourrait changer l’arbre de centre & chercher celui qui convient aux 'meules, en fe jetant un tant foit peu de côté ou d’autre: dans ce cas il faudrait retourner les collets qui, étant de fer, n’auraient pas pris détrempe. Je ne luis entré dans ces détails que pour fatisfaire la euriofité de ceux qui défirent connaître la maniéré de traiter ces fortes d’ouvrages 5 mais comme la fabrication de ces pièces eft toute entière du reflort du tourneur mécanicien, j’engage les ledeurs qui voudront prendre là-deflus les connaiflances les plus amples, à lire l’Art du tourneur mécanicien , par M. Hulot, tourneur du roi, & publié fous les aufpices de l’académie royale des fciences.
- 47. Quelques peigners ont eflayé de faire forger les meules & leur arbre d’une feule piece , & de les faire tourner dans cet état: on 11e faudrait difeonvenir qu’elles ne foient par ce moyen beaucoup plus folides;
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- mais lorfqu’à la longue la meule s’ufe & qu’il faut en fubffftuer une autre ^ on pferd l’arbre & la roue ; au lieu qu’en les faifant de deux pièces, on en efl quitte pour changer de meule, & l’arbre fert toujours.
- 48. Les meules font placées l’une au-delfus de l’autre, dans un chafïls qui lui-même fe place dans les entailles des deux montans A, A ,fig. 9. Pour faire mieux fentir la conflruétion de cette machine, je vais la prendre par détail.
- 49. Au haut de chacun des deux montans,fig. 10, efl une entaille A, fur l’épaiffeur de laquelle efl une rainure g, g, à droite & à gauche, qui reçoit les languettes /,/, de la piece de 1er, fig. if , qui y entrent jufle, tant pour la hauteur & largeur que pour PépaiiTeur. Cette piece de fer efl elle-même entaillée en i, comme le montant, & a en-dedans de l’entaille, fur fon épailfeur, des rainures /,/, comme celles qu’on a vues au montant : c’efl dans ces rainures que gliffe jufle & fans balotter, la piece G, qui par ce moyen a la faculté de fe hauiTer & baiffer. On peut voir, fig. 16, fous de plus fortes proportions, & la conflruélion de ces pièces & leur affemblage. Les pièces F, F, font dans la polition qu’elles tiennent fur les montans, & le chaflïs mobile qui efl au-deffus efl compofé de deux pièces G ,G, dont on vient de parler, affemblées au moyen des mor-taifes a, a, qui reçoivent les tenons de la piece L, qui au moyen de la vis M qu’on y voit, conduit toute la machine.
- 50. Les pièces F, F, une fois mifes en place dans les montans, n’en changent plus ; aufli la meule inférieure, dont les collets entrent dans les trous /z,«, qu’on voit au bas , efl immobile , tandis que l’autre meule, dont les collets entrent dans de pareils trous /z,/z, du chafîis fupérieur,a la liberté de monter & defcendre, pour que les plans de ces deux meules puiffent s’approcher plus ou moins, félon le befoin.
- 51. Toutes ces pièces étant mifes en place dans l’entaille des mon-,tans, il ne s’agit plus*que de couronner le tout par une piece de bois quarrée , & aux quatre coins de laquelle, fuivant fa longueur, efl une mortaife qui reçoit les tenons qu’on voit fig. 10, au haut des montans; & pour que l’effort du travail ne puiffe pas faire fortir cette piece de fa place, on la cheville, comme on peut le voir fig. 9; enfin l’on ajufle au centre de cette planche un fort écrou de fer, fig. 21, dans lequel entre une vis à tète , comme la figure. 18 le repréfènte. Cet écrou a de hauteur toute l’épaiifeur de la planche dans laquelle il doit être encaflré : les rebords qu’on voit tout autour entrent de toute leur épaifleur dans celle de la planche N , fig. 9, & y font retenus par quatre vis aux quatre coins ; de façon que quand cet écrou efl en place , fa furface affleure celle de la planche.
- iZ- Au haut de la vis efl un anneau, dans lequel on pafie un levier
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- 'peur la faire tourner ; & à l’autre bout eft un collet r, qui entre dans Te trou de la traverfe L ,fig. 16, 8c repaie fur fon épaulement ; enfui te eft une partie de moindre diamètre fi, qui reçoit la rondelle p, qu’on fixe en fa place au moyen d’une clavette q, qui entre au bout de cette vis en /, par-deflous la rondelle.
- fj. La machine étant ainli montée, fî l’on tourne un tant foi t peu la vis, elle monte ou defcend dans fon écrou , qui eft immobile; mais comme cette vis eft retenue dans la traverfe L, il faut de toute néceffité qu’elle l’emmene dans fon mouvement, & avec elle le chalîîs & la meule. Par ce moyen, lorfqu’on veut amincir plus ou moins du fil de fer, on defcend plus ou moins la meule fupérieure, & l’on obtient l’effet déliré.
- Pour rendre plus fenlible la maniéré dont la meule H peut être éloignée ou rapprochée de celle I, j’ai fait repréfenter fig. 17, le moulin vu de face: on y reconnaîtra la piece de fer L, menée par la vis M, qui tournant à droite ou à gauche , fait defcendre ou monter le chafîis dans lequel roule la meule H, tandis que l’autre refte immobile. J’ai aufti tâché de rendre fenlible une diftance qu’il eft à propos d’obferver entre les meules 8c les mon tans, de trois lignes ou environ de chaque côté.
- ff. On ne (aurait conftruire ces fortes de moulins avec trop de pré-cilion ; & s’il était fujet à fe lâcher , on ne pourrait jamais compter fur l’épailfeur des dents , qui varierait à chaque inftant, & le peigne ferait par conféquent rempli d’irrégularités. Telle eft la conftru&ion du premier moulin à tirer les dents d’épaifleur. Je vais en faire connaître l'enfemble,
- §. n. Maniéré de monter le moulin.
- Pour monter le moulin, tel qu’il eft repréfenté fig. 9, on alfemble les pièces C , G , avec la planche B , pour former la- bafe ; on y place les quatre pommelles D,D,D,D,& l’on place les deux montans dans des mortaifes deftinées à cet effet v puis on ferre la clef E par-delfous; après cela on fait entrer les pièces de fer dans l’entaille dés montans * ayant eu foin auparavant d’y placer la meule; & en faifant defcendre tes deux pièces, il faut obferver de bien garder le niveau; car fi l’une baillait plus que l’autre , 011 rifquerait de fauifer l’arbre.
- f7. Il s’agit maintenant de mettre l’autre meule en place,. & pour cela on alfemble les deux pièces G, G, à la traverfe L, en y mettant en même tems l’autre meule dans les trous n,n, qui doivent fe correfpondre bien parfaitement; & gardant encore la ligne de niveau , on fait entrer lechaiffs dans les rainures des pièces de fêr qui font déjà en place ; après cela on fait, entrer, la. vis M- dans fon écrou , qu’on avait eu foin de mettre dans.
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- l’entaille pratiquée à la piece de bois N, fig. 9, où il eft retenu par quatre vis : on fait,entrer cette piece dans fes quatre tenons , qu’on y cheville 'folidement. Il ne faut plus dans cet état que mettre la rondelle p, fur fon tenon S 5 car on doit fe fouvenir que celui r entre jufte dans la traverfe L; & enfin on met la clavette q en fa place t\ après quoi le métier eft monté & prêt à fervir. On a repréfenté dans la même planche, différentes coupes ou profils des mêmes pièces, pour en faire fentir la conftrudtion ou la polition : par exemple , la figure 23 repréfente l’inftant où le chaflis fupérieur, tout monté & garni de fa meule H, entre dans les couliffes des pièces qui font déjà en place. La figure 19 repréfente les pièces de fer qui tiennent la première meule, vues hors des montans. Enfin la figure 9 repréfente le moulin tout monté & vu de profil : on peut y reconnaître toutes les pièces dont on vient de rendre compte. Par-derriere, en k9 eft une partie de la manivelle qui tient à l’arbre de la roue inférieure, à laquelle beaucoup d’ouvriers ont l’habitude de donner la forme d’unfi S , & d’autres celle d’un C, croyant chacun gagner de la force par ces différentes formes. Mais depuis que la faine phyfique eft venue éclairer les arts & la mécanique, on a reconnu qu’une manivelle n’eft qu’un levier, au manche duquel la puiffance ou le bras du moteur décrit un cercle i que c’eft fuivant le rayon de ce cercle qu’il faut eftimer la force 5 & que c’eft par une ligne droite , tirée du centre au point où s’applique cette puiffance, qu’il faut compter ce rayon ; & par confëquent, qu’une manivelle droite ne le cede en rien à celle dont les contours font le plus variés.
- 58. La conftrucftion de ce moulin le rend très-facile à démonter toutes les fois qu’on en a befoin : on a coutume de mettre beaucoup d’Kuile à toutes les parties qui frottent, comme aux collets des deux arbres & aux couliffes des pièces mouvantes ; mais c’eft encore une mauvaife habitude qu’il ferait à defirer qu’on profcrivît dans l’ufage de toutes les machines : en voici les inconvéniens,
- 59. Premièrement, le trop d’huile coule le long des montans & les fàlit horriblement. Secondement, toute la machine eft tellement remplie d’huile, qu’on 11e fauroit y toucher fans fe noircir les mains & les vêtemens d’un cambouis qui pénétré très-avant; mais ce qui mérite le plus d’attention, la grande quantité d’huile qu’011 met à toutes les pièces retient la poufîiere , qui dans les atteliers eft confidérable , forme une pâte qui en très-peu de tems ufe les collets, les trous dans lefquels fis tournent, & donne du jeu aux pièces qui avaient été le mieux finies. Il faut huiler les pièces des machines, fans doute, puifque les montres ne fauroient s’en paffer : mais le moins qu’on en pourrait mettre eft le meilleur ; encore je délirerais qu’au moins une fois par fe maille on démontât toute la machine, & qu’après avoir effuyé toutes les pièces avec
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- foin, on y mît de nouvelle huile, & de la meilleure ; car c’eft encore un abus que de fe fervir de mauvaife huile : elle eft plus épaiffe, & ne facilite pas autant les frottemens ; & fi l’on épargnait/fur la quantité pour la qualité, la dépenfe reviendrait au même. Tant d’artiftes éclairés ont crié contre cet abus, que je ne me flatte pas de réuffir plus qu’eux. Mais ou dira tant de fois les mêmes vérités dans toutes les branches des arts, que peut-être à la fin le préjugé cédera à l’expérience.
- 60. Le moulin qu’on vient de voir n’eft pas le feul dont on fe ferve dans l’art du peigner : il en eft d’autres qui ne different de celui - ci que de fort peu de chofe ; il en eft aufli dont la conftrudion eft tout-à-fait différente. Je me garderai bien de les décrire tous, je n’aurais jamais fait; mais je vais indiquer en peu de mots en quoi ils different les uns des autres.
- 61. La figure i , pl. //, repréfente une autre maniéré de faire mouvoir les couliffes qui portent la meule fupérieure: elles s’élèvent au-deffus de la couverture N, laquelle eft entaillée pour les laiffer paffer ; alors c’eft la traverfe L qui eft taraudée, & le bas de la vis roule dans un trou pratiqué fur cette ouverture, & y eft retenu de la même maniéré qu’à l’autre moulin * au moyen d’une rondelle de fer, dont le trou eft quarré , ainfi que le tenon de la vis qu’elle reçoit, & qui eft-retenue eu place par la clavette f. On peut voir , fig. 2 , une des couliffes , dont c, c font les languettes,, & d eft un des trous qui reçoivent le collet de la meule. La fig. 4 repréfente le même moulin vu de profil, dont on reconnaîtra aifément toutes les pièces % mais il faut avoir attention de fixer très - folidement la piece de bois qui couvre les montans de la piece de fer d , parce que dans ce dernier cas elle fait effort, tant en-deffus qu’en - deffous, pour preffion , & pour remonter le chaflîs.
- 62. Pour peu qu’on réfléchiffe fur la nature de l’opération à laquelle font deftinés les moulins dont nous fommes maintenant occupés , on fen-tira que , pour peu qu’une meule penche plus d’un côté que de l’autre , le fil de fer ne iàurait être d’égale épaiffeur quand il eft applati, & qu’il doit néceffairement prendre la forme d’une lame de couteau ; mais pour leur procurer cette égalité refpedive de leur circonférence, il faut d’abord s’afi îurer que la première meule eft pofée bien horizontalement : ce qui dans tous moulins n’eft pas fort difficile, puifqu’on peut caler à droite ou à gauche le chaffis qui la porte , jufqu’à ce qu’on ait atteint le véritable point. Il n’en eft pas de même de la meule fupérieure; car à moins qu’on ne -faffe paffer le fil de fer abfolument au milieu de la furface que préfente leur circonférence, il eft certain qu’elle ne peut manquer de pencher du côté oppofé, & c’eft à quoi eft fujet le moulin qu’on vient de voir ; ce qui n’empêche pas le plus grand nombre des ouvriers de s’en fervir. Quelques
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- peigners plus intelligens ont fenti cet inconvénient , & ont fenti qu’une feule vis de prelfion. n’était pas fufEfante pour la perfe&ion de cet uften-file ; & c’eft ce qui a fait imaginer le moyen que repréfente la figure f, où l’on voit le même moulin, auquel on met une vis au-delfus de chaque couiilfe; mais ce moyen , tout ingénieux qu’il eft, ne remédie pas encore à tous les inconvéniens ; & néanmoins, comme il eft adopté par un affez grand nombre d’ouvriers, je crois devoir en dire quelque chofe.
- 63. Je 11’infifterai aucunement fur la conftrudion des autres pièces de ce moulin , non plus que fur leur difpofition ; on peut reconnaître à l’inf-pedion de cette figure qu’elles font abfolument les mêmes qu’à l’autre: je. 31e m’arrêterai donc qu’aux deux vis.
- 64. Nous avons vu précédemment, que les deux couliffes qui portent la meule inférieure, étaient alfemblées par une traverfe , au milieu de laquelle paffe la vis de preflion. Ici chaque couiilfe eft menée féparément par une vis qui lui eft adaptée de la maniéré fui vante.
- 6f. Au haut de chaque couiilfe,/#. 8 , eft une entaille E, à laquelle répond un trou fait au bout fupérieur de cette couiilfe, comme on peut le voir au haut de la fig. 6 : c’eft dans ce trou qu’entre le tenon du bas de la vis, fig. 7 , qui y eft retenue par le même moyen qu’à l’autre moulin , par une rondelle e, en-delfous de laquelle eft une clavette/, ainlï qu’on le peut voir. Il eft certain qu’on eft plus alfuré par cet expédient de la polition horizontale de la meule 3 mais eîè-011 toujours fur de la faire marcher parallèlement à elle- même ? & un dixième de tour de vis de plus d’un côté que de l’autre dérange toute l’économie de cette machine. On a cherché à corriger ce défaut. Il ne m’appartient pas de fixer l’invention des laminoirs d’or & d’argent 3 mais celui que je vais décrire leur reifemble fi fort, qu’il me parait impoffible que l’un n’ait été fait d’après l’autre.
- 66. Les figures 9, 10, il, 12, 13 & 14 repréfentent différentes maniérés de faire & de pofer les écrous des deux vis de preflion b, b, fig. f: l’écrou , fig. 10, au moyen des deux feuillures qu’on y voit, fe place en-deflous de la piece de bois, fig. 9 , & remplit une des entailles a , & les feuillures c, c , qu’on y voit; toutes les autres pièces font des variétés dans les mêmes écrous, imaginées, ou pour les rendre folides , ou pour plus de commodité. Pour ne pas m’arrêter en defcriptions faftidieufes, le lecteur voudra bien , pour prendre une plus ample intelligence de ces pièces , con-fulter l’explication des planches-r
- 67. Je palfe à l’explication des pièces d’un autre moulin, où les deux vis de preflion font unies par une roue dentée qui eft entre-deux, & qui réglé allez bien la montée & la defcente des deux vis de côté. La fig. 1 ç , même planche, repréfente ce même moulin, coupé un peu au-deflous des
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- meules, parce que , comme il eft abfolument femblable à celui fig. f , pour la pofition des pièces, & à celui qu’on a vu monté dans la planche précédente pour la conftrucftion des montans & du pied, c’eût été perdre de la place que d’en repréfenter ici la bafe.
- 68. On voit bien par cette figure que les vis mènent avec elles les cou-liffes , femblables à celle fig. 6, & que la pofition des meules eft abfolument la même qu’à l’autre moulin : la différence confifte en ce que les tètes des vis de preflîon font quarrées au - deffus du chaperon d, fig. 19, pour recevoir chacune une roue dentée a, a, fig. if, qui y eft folidement fixée & arrêtée par - deffus au moyen d’un chapeau chevillé ou d’un écou : le nombre des dents de ces deux roues eft égal, pour qu’on puiffe être affuré d’un pa-rallélifme parfait dans le mouvement des deux couliffes : la roue du milieu B a beaucoup moins de dents, pour pouvoir gagner de la force. Il faut que ces trois roues foient parfaitement finies, & que leur denture engrene bien également.
- 69. Les deux roues a , a , étant fixées fur les tètes des deux vis de preff fion , ne (auraient tourner fans communiquer auifi-tôt leur mouvement aux vis s mais comme elles fui vent ces vis dans leur marche , il eft certain qu’elles s’élèvent & s’abaiffent félon qu’on les fait tourner à droite ou à gauche : il a donc fallu que la petite roue du milieu qui les mene, les fuivit dans cette marche} fans quoi, au bout de deux ou trois tours, leurs dents auraient ceffé d’engrener : voici comme on monte cette roue. Au haut d’uné vis de cinq à fix pouces de long , on forme une tête , en - deffus de laquelle eft une tige quarrée qui reçoit le centre de la petite roue} & comme la tète eft plus large que la tige, elle fert d’appui à cette roue, qui eft fixée par un chapeau qu’on y cheville, comme on peut le voir par la fig. 21. Au haut de ce chapeau eft un anneau , dans lequel on paffe un levier, comme le repréfente la fig. 16, & qu’on retient à l’endroit qui convient le mieux de toute la circonférence de la roue, au moyen de la cheville e qu’on peut changer de place, dans tous les trous qu’on voit au - deffus du moulin que cette figure repréfente. On a foin que les pas de cette vis foient les mêmes que ceux des vis de preflîon} par ce moyen , à mefure que celles - ci en tournant montent ou defcendent, l’autre la fuit: cette vis du milieu paffe dans un fort écrou, qu’on noyé de toute fon épaiffeur dans la piece à feuillure du deffus du moulin, & à un écartement égal des deux vis de preflîon, pour que la roue n’effuie pas plus de frottement d’un côté que de l’autre.
- 70. J’Ai fait repréfenter géométralemens la pofition de ces trois trous dans la fig. 17 , pour faire fentir le rapport qu’il convient de donner des deux grandes roues D,D, à la petite E, St pour rendre fenfible leur pofition refpeâive. Le deffus de ce moulin eft beaucoup plus grand qu’aux autres 9
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- tant pour contenir plus folidement les roues & empêcher qu’en débordant on ne les accroche ou heurte contre les murs ou autre part, que pour pouvoir placer la cheville qui fixe le levier , & par confisquent la roue du milieu. L’ufage de cet uftenfile eft très - commode & très - fur ; & lorfqu’oil a trouvé le degré de preffîon convenable à l’épaiffeur qu’on doit donner aux dents , il faut y affujettir le levier au moyen de la cheville qui l’empêche de céder' aux efforts du laminage, qui tendent à le faire retourner en - arriéré& laminer toutes les dents, dont on, a befoin à cette épailfeur.
- 71. Tel eft le point de perfection où le laminoir des, peigners a. été porte par gradation. Quelques ouvriers fe font apperçus que fouvent la meule, à l’arbre de laquelle eft adaptée la manivelle, faifait plus de révolutions dans un tems donné que l’autre ; d’où s’enfuit une irrégularité dans les deux fur-faces des dents : l’une eft lilfe & plane , au lieu que l’autre eft remplie de finuo-fîtés qui proviennent du retardement de la meule ; & pour parer cet inconvénient , on a adapté au centre, & fur l’arbre même de chaque meule , une roue dentée A, Bfig. 22 , qui ne permettent pas à l’une d’aller plus vite que l’autre : elles font de plus retenues en place au moyen de quatre vis à tète perdue dans l’épaiffeur de chaque bras de la croix a, a r qui portent la roue.
- 72. Cet expédient a beaucoup de partifans, & mériterait d’en avoir encore plus , s’il n’était fujet à un très-grand inconvénient qui confifte en ce que c’eft un principe de mécanique , & fur - tout d’horlogerie, que les roues dentées ne font fufceptibles que d’un feul & même écartement pour fe mouvoir comme il. faut: or,, comme à notre machine les meules s’écartent. & fe rapprochent plus ou moins l’une de, l’autre ,.trop près les roues effùieront des frottemens confidérables , & trop écartées elles n’engreneront plus ; mais comme la différence de l’épaiffeur des dents ne faurait être d’une ligne, on. peut à la rigueur s’en fervir , en tenant la denture un peu plus profonde.
- 73. L’idée d’adapter des roues dentées fur les meuies ne difpenfe pas de l’ufage de. celles qu’on met au-deffus du moulin pour régler leur montée & leur defoente; & même les trois trous qu’on y voit, indiquent aifez que cet ufage eft univerlellement obfervé. La jïg. 24. repréfente la même machine dp profil j où H ». Hfont les roues du haut des vis, & I celle du milieu, j A & B celles qu’on applique fur les meules C , D : K eft la manivelle qui fait mouvoir les meules, placées du côté oppofé aux roues,, pour laiffer voir ce qui fe paffe dans l’engrenage & entre les meules.
- 74. Pour laminer au moulin que je viens de décrire, il faut être deux; l’un tourne la manivelle; l’autre guide le fil de fer, & le. reçoit au fortir d’entre les meules. Je vais mettre fous les yeux des leefteurs, un troifîeme moulin, qu’un feul homme peut mettre en oeuvre, & dont la mécanique,, pour s’affurer de l’épaiffeur du fil de; fer , eft toute différehte.. Les ouvriers
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- par qui Je l'ai vu employer , le préféraient à tous les autres. Je ne préviendrai pas le jugement des artiftes j ils ne feront en état de le porter que quand j’en aurai donné la defcription.
- Article III.
- Defcription <Tun autre moulin à applatir le fil de fer,
- 75\ Le moulin que je vais décrire n’eft prefqu’autre chofe que le précédent, auquel on a fait quelques changemens , & qu’on a monté dans une cage différente. La fig. i , pi. III, le repréfente tout monté. A, A, font deux montans, qui s’affemblent haut & bas dans les traverfes D, E: celle d’en-haut E reçoit fur fa largeur deux autres traverfes M, M , dont l’écartement eft déterminé par celui de la cage qui porte les meules, dont nous parlerons plus bas. Ces deux traverfes vont par l’autre bout s’affembler dans deux autres montans C, C , dont l’écartement,, ainli que celui des traverfes même , eft fixé par la piece G par le haut, & le bas entre dans celle F, dont la longueur e 11 égale à celle D de l’autre côté. Au milieu des traverfes M, M, & fur leur largeur, font deux autres montans, dont la hauteur eft telle, que quand par les deux bouts le moulin repofe fur cinq pommelles, ils viennent repofer fur le plancher -, & pour plus de folidité , ils font retenus par quatre traverfes L, L, L, L. Cette bafe ainli alfemblée ne faurait manquer d’être très-folide pour rélifter aux ébranlemens multipliés que reçoit toute la machine-
- 76. En - dessus des traverfes M , M, & au milieu de leur longueur, font plantés les deux montans Q_, Q_, qui, au moyen de la- large entaille qu’on y voit fig. 9 , femblent en former quatre. Leur furface intérieure affleure celle de lepaiffeur des traverfes qui les portent ; & par le haut ils s’affemblent àtenons & m'ortaifes dans la piece de bois X , comme la fig. 9 le repréfente;
- 77. Sur les faces intérieures des entailles de chaque montant Q_, Q_, eft pratiquée une rainure, dans laquelle gliffent les languettes de pièces de fer,, pareilles à celles* du moulin précédent, qui portent la meule inférieure dans-une fituatiou bien horizontale. Ces pièces R , R ,-font elles-mêmes à rainures-pour recevoir les couliffes S , S , qui portent la meule fupérieure : la différence' de ces pièces', avec celles du moulin précédent, conlîfte en ce que le haut de ces couliffes n’eft point preffé par des vis y mais on a foin de les tenir un peu moins longues que la hauteur de la cage. Il ne refte plus qu’à rendre fenfible la maniéré dont les deux meules font déterminées- à.fe rapprocher fui-vaut l’épaiffeur qu’011 veut donner aux dents..
- 78. Presque au bas de chaque couliffe 5TVS ,• eft fixée folidemuiit une cheville de fer qui a. une tète par-dehors.,; c’eft-là qu’on- place iss’étriers; de*
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- fer c, c, dont le fécond ne peut être vu, puifqu’il eft derrière la macliine. Au bas de cet étrier, dans une partie qu’on a réfervée pleine, eft un pareil boulon à tète qui reçoit la boucle de la cordee,<?5 qui attire la meule fupérieure en - bas & la prefle contre l’autre.
- 79. Sur les deux traverfes L, L, du devant de la bafe, font plantés deux petits montans P, P, percés par le haut pour recevoir l’axe a de la bafcule N, en- defsous de laquelle , & vis - à - vis des montans B , B , eft une traverfe de bois / qui déborde de chaque côté , pour recevoir une boucle pratiquée à l’autre bout des cordes qui foiit le tirage ; & pour que cette traverfe/ne fe dérange pas, on fait fur la face intérieure des montans B,B, une large rainure , dans laquelle elle glifse de haut en bas.' Dans cet état il ne s’agit plus que d’avancer ou reculer le long de la bafcule le poids O, pour obtenir plus ou moins de preftlon entre les meules. On peut voir dans la figure 3 le jeu de la bafcule, fa pofition & le tirage des cordes, ainfi que le poids dont on la charge.
- 80. L’usage du contre-poids fur la bafcule eft très - commode} on obtient par ce moyen une prefliou auffi forte qu’on le defire, en l’avançant vers le bout ; & fi ce poids 11’eft pas fuffifant, on peut y en ajouter un autre , comme on le voit fig. 5 ; on ne doit pas même craindre que les meules penchent d’un côté ou d’un autre , pourvu que les cordes e, e, loient lur leur cheville tout contre la bafcule.
- 81. L’usage des boucles de fer c, c,fig. 13 , qui tirent la meule fupérieure , n’eft pas auflî arbitraire qu’on pourrait peut-être fe le figurer, & à la première vue il femble que les cordes pourraient elles-mêmes aller faifir les deux bouts de l’axe i cependant, en y faifant attention ,l’on verra que cet expédient eft fort ingénieux, puifque dans la longue ouverture qu’elles préfentent, on fait pafler d’un côté le bout de l’axe de la meule inférieure, & de l’autre la tige, fur laquelle on place la manivelle, & qui eft l’autre bout de l’axe. 11 eft aifé de fentir que la corde ne pourrait pas le prêter à tous ces mouvemens, qui l’uferaient en fort peu de tems.
- 82. Il eft, jepenfe, inutile de faire obferver que les cordes e, e,paf. fent au travers des traverfes fupérieures M, M , pour aller chercher la bafcule : cela fe voit alfez fur la figure même.
- 83. Il refte maintenant à décrire une commodité qu’on a adaptée à cette machine & qui fait qu’un feul ouvrier peut, en tournant la meule, tirer le fil de fer d’épailfeur. Aux autres moulins qu’on a vus jufqu’à préfent, il fallait qu’un fécond ouvrier dirigeât le fil de fer entre les meules ; mais ici il ne faurait fe déranger, au moyen de l’invention qu’on va voir.
- 84. Sur la hauteur des montans CLQ_, & précifément vis-à-vis de l’entre-deux des meules, font deux écrous r, r, fig. 8 , folidement fixés dans
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- Tépailfeur du bois, & qui reçoivent les vis /,/, dont l’office eft d’aflujettir le guide comme on le voit fig. 9, & qui dirige le fil de fer entre les meules. Ce guide, repréfenté à part fig. 10, eft tout en fer; fa longueur eft déterminée par l’écartement des deux montans. Ses deux extrémités i31, font pliées à angles droits pour s’appliquer fur les montans , & percées en V", V, pour recevoir les vis qui l’arrêtent en place : fa largeur peut avoir cinq à iix pouces ; au milieu de fa partie antérieure font ajuftées deux pièces de tôle qui, diminuant par le bout, font terminées en gouttière, & qui, s’appliquant l’une fur l’autre , forment au bout feulement .r , une efpece de tuyau de deux lignes de diamètre au plus, par où palTe le fil de fer, qui par ce moyen ne faurait fe déranger à droite ou à gauche : on conçoit qu’il eft elfen-tiel que le bout de ce guide foit bien au milieu de la largeur, & vis-à-vis l’entre-deux des meules. Le fil une fois pâlie dans le tuyau , & làilî entre les meules, eft appellé finis celle par la rotation qu’on leur imprime : ce moyen eft très-ingénieux & très - fimple. Je vais maintenant faire connaître quelques corrections que difterens ouvriers ont faites à ce moulin, chacun fuivant fon génie $ on fera à portée de juger de leur mérite, & d’accorder la préférence à celle qui le mérite le plus.
- 8f. Quelques perfonnes ont remarqué que la boucle à laquelle le poids eft fufpendu , éprouvait trop de frottemens fur la bafcule , & le rendait difficile à changer de place : on y a fubftitué la méthode que repréfente la fig. 6, où 1^ bafcule eft percée d’une entaille fuivant fa longueur , dans laquelle glilfe la corde qui tient le poids : 011 y fait un nœud dans lequel on pâlie une cheville applatie par - delfous & ronde par - deifus , qui a la liberté de parcourir tout l’efpace contenu dans l’entaille : au bout de la même corde on fixe une autre cheville qui fert à tirer le poids à foi plus commodément. A l’autre bout de la bafcule eft un trou qui la traverfe d’un côté à l’autre fur fon épailfeur, & dans lequel entre la cheville de fer a , qu’on y voit fur la machine,^. 1. Quelques-uns ,au lieu des montans P, P, en fubftituent deux autres, femblables à celui qu’on voit en n ,fig. g, qui entre dans la traverfe L, qui eft arrêté par - delfous au moyen de l’écrou à oreilles p , qui procure la facilité de lâcher ou raccourcir le montant, félon que les cordes e ,e9 du tirage deviennent plus ou moins lâches , lèlon la fécherelfe ou l’humidité , & par - là ils empêchent le contre - poids de traîner à terre dans des tems fort fecs. Quant à la traverfe qui palfe fous la bafcule , & que faillirent les boucles des deux cordes e , e, elle doit être applatie fur la face par où elle touche la bafcule, & arrondie par - delfous, pour ne pas couper la corde par de vives arêtes ; du refte elle doit couler aifément dans les entailles des mon-tans B, B , qui lui fervent de guide.
- 86. On a encore cherché à rendre l’ufage de la bafcule plus lîir pour
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- régler le laminage, & pour cela on a imaginé de lui fubftituer un levier pareil à celui d’une romaine ou pefon , dont les bouchers des grandes villes fe fervent pour pefer la viande : on peut le voir fig. 7, même planche, avec toutes les pièces qui y ont rapport ; a eft un palonnier, aux extrémités duquel font les boucles des cordes de tirage b b ; au milieu de ce palonnier eft un boulon à crochet c, qui reçoit une S d, laquelle entre dans le trou d’un tenon qu’on a pratiqué en - deflus du corps du levier & : au bout eft un trou qu’enfile un anneau k, dans lequel on met une autre S i,qui s’accroche à un boulon à crochet h, fixé dans la traverfe g, & cette tra-verfe eft elle-même fixée aux deux montans f, f, pareils à ceux qu’011 voit en P, P, fur la machine,1. La branche du levier eft graduée par de petites encoches, fur un des angles de la forme lofange qu’elle préfente > & comme cet angle de la branche eft en-deflîis, l’anneau , aufli de forme lofange, qui fe promene deflus , étant un peu tranchant en - dedans, fe fixe d’une maniéré certaine à chacune des entailles où on le defire ; & par ce moyen l’on eft affiné d’une preffion toujours égale.
- 87. Le défaut que je trouve dans cette bafcule eft, que pour peu que le tirage ne fe fafle pas parfaitement au milieu du palonnier a, ( & la moindre chofe peut le derânger ) un des bras de ce levier devenant par - là plus long que l’autre, la meule ne manque pas de pencher de ce côté, & l’on tombe dans le défaut qu’on avait le plus grand intérêt d’éviter.
- 88. Je penfe que l’idée de ce levier gradué eft fort bonne , s’il était fubf. titué tout fimplement à la bafcule ordinaire. Au refte, il en eft de cette machine comme de toutes les autres : ceux qui s’en fervent ne manquent pas de raifons pour la trouver préférable à celles qu’ils ont rejetées ; & quant à moi, ma tâche eft, je crois, remplie, quand j’ai décrit les inftrumens & rendu fenfibles les opérations j chacun eft le maître de 11’en prendre que ce qui lui convient. Qu’il me foit du moins permis, en finiffant cet article, de propofer mon avis fur l’ufage des cordes qui opèrent la preffion des meules. Ces cordes font fufceptibles de s’alonger & de fe raccourcir félon la température de l’air : ne vaudrait-il pas mieux leur fubftituer deux tringles de fer, terminées par un bout en étrier i9i, fig. f, & par l’autre , par un œil quarré l, l, qui embrafferait jufte la traverfe de deflous la bafcule h ? & pour plus de légéreté l’on pourrait en amincir la tige g , g ; on n’aurait par ce moyen aucune variation à craindre, &-la preffion ferait toujours égale.
- Parallèle des deux moulins précidens.
- 89. En comparant les deux moulins que nous venons de voir, on trouvera que ceux dont les meules font conduites par des vis règlent bien plus
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- furement l’épaiffeur des dents : ceux au contraire, dont la prefîion eft déterminée par la bafcule , tendant toujours à prelfer le fil de fer, ne déplacent de la matière que ce que l’elfai qu’on a dû en faire avait fait voir qu’on peut déplacer : s’il furvient quelqu’inégalité dans la texture du fer ou de la part de la matière, ou quelqu’irrégularité dans fa grolfeur, la preiïion pouvant fe prêter à toutes ces variations , produit des inégalités dans l’épailfeur. Il parait donc que l’écartement des meules, produit par des vis, eft, plus fur à tous égards que l’ufage du contre - poids. D’un autre côté , ne peut-on pas dire que le moulin à vis ne permettant aucune variété dans l’épailfeur , fait calfer le fit de fer lorfqu’il s’y rencontre quelqu’endroit plus aigre , & que s’il ne caflè pas, la furface des lames eft ondée & le poli altéré? A juger de la préférence qu’on doit accorder à l’un fur l’autre , par l’ufage plus ou moins reçu de l’un des deux, on eft tout auffi embarrafle; car j’ai vu l’un adopté dans certaines provinces toutes entières, & profcrit dans d’autres, où le fécond était en ufage. Les uns vantent celui à vis , par l’égalité des lames qui en fortent, & croient qu’avec le foin de bien choifir le fil-d’archal, ou de s’aflùrer du pays d’où il vient, on peut compter fur une alfez grande uniformité de douceur & de liant de la part de la matière : les autres prétendent qu’avec les mêmes précautions, l’inégalité qu’on craint de la part de la bafcule fe réduit à rien. Quant aux différentes épaiffeurs des lames , ils prétendent connaître alfez bien l’effet de la bafcule pour qu’en plaçant le poids à tel ou tel point de fa longueur, ils foient allurés de cette épailfeur.
- 90. A juger maintenant du mérite de ces deux uftenliles par l’ufage qu’011 en fait dans l’orfèvrerie & la bijouterie, où l’on eft venu à bout de laminer des feuilles d’or & d’argent à des épailfeurs prefque furprenantes, puifqu’on y réduit ces métaux à n’ètre que du clinquant, & , ce qui mérite encore plus d’admiration , fuç des largeurs de quatre, cinq, & même fix pouces ; quelle perfection n’a-1-il pas fallu leur donner pour que les plans de ces meules fuffent & bien droits & bien parallèles ? car dans l’état où on réduit ces lames , un peu plus de prelîion dans un endroit que dans l’autre les réduirait à rien , & fendrait en plulieurs endroits le bord le plus mince : or la conftru&ion des laminoirs en or & en argent, beaucoup plus parfaite que celle des uftenliles que nous avons décrits, tient de celui que repréfente lafig. 1 f , & nullement de celui à bafcule : on peut donc penfer qu’en perfectionnant celui-là , il ferait feul digne d’être adopté.
- 91. Néanmoins les moulins à bafcule font d’un ufage plus général parmi les peigners : ils connailfent parfaitement l’effort de leurs contre-poids par des graduations qu’ils fe font eux-mêmes , d’après leur expérience, & dont chacun fait un myftere ; & s’il faut j uger des uftenliles par l’ouvrage, il femble, à voir la précilion qui régné dans les peignes d’acier dont les dents ont été
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- tirées au moulin à bafcule, qu’on ne puifle rien y defirer. Ils prétendent qu’avec le moulin à vis on ne finirait jamais atteindre à une épaifleur parfaitement égale à celle qu’une opération intermédiaire a fait perdre , & qu’on voudrait retrouver.
- 9z. On peut répondre à cette objection , qu’en adaptant un cadran immobile au-detîus de la roue du milieu , qui mene celle des vis, & fixant une aiguille à l’axe de cette roue , on pourrait avec la plus grande jufteffe retrouver une même épaifleur, en la mettant au numéro qui a donné l’épaiffeur qu’on veut avoir: mais comme les efforts qu’efluie cette mécanique font con-fidérables & multipliés, au bout de fort peu de tems les pièces prennent du jeu, & on ne peut plus compter fur la juftetfe du régulateur ; d’un autre côté les meules s’ufent fur leur circonférence, & tel numéro qui a donné telle épaifleur il y a deux ans, & qu’on veut aflortir aujourd’hui, ne la donnera plus défaut auquel n’eft pas fujette la bafcule graduée.
- 93. Je me fuis un peu étendu fur tous ces effets, parce que l’uftenfile dont j’entretiens le ledeur eft, dans l’art du peigner en acier, le plus effentiel pour faire un peigne avec précifion. J’ai beaucoup vu de moulins, j’ai conféré avec les plus habiles ouvriers , & je ne rapporte ici que le réfultat des obfer-vations des uns & des autres. Enfin, & pour me déterminer, je penfe que chacune de ces machines exigerait que quelqu’artifte éclairé leur procurât la perfedion qui lui eft néceflaire ; mais telles qu’elles font, je penfe que l’ufage du moulin à bafcule eft préférable. Chacun en jugera fuivant fes lumières: je n’ai porté mon jugement que fur le concours de ceux des artiftes les plus habiles dans l’art que je décris.
- 94. Il faut maintenant voir l’opération du laminage. Pour que le fil de fer ne fe mêlât pas, il a fallu prendre quelques précautions & le placer fur un cylindre avant de paffer fous les meules j c’eft pour cet ufage qu’on pratique fur la traverfe fupérieure E du moulin , fîg. 1, pl. III, deux mortaifes i, /, propres à recevoir les montans A, A, qui portent le cylindre B, que repréfente la fig. 1 , pl. IF. Ce cylindre a à chacun de fes bouts, au centre , une cheville de fer entrée à force, qui lui fert d’axe : c’eft là qu’on place les paquets de fil de fer , comme des écheveaux de fil fur un guindre ; mais comme ce fil de fer s’échapperait à droite & à gauche, on perce fur la circonférence du cylindre deux rangées de trous circulairement, comme on le voitfg. 3 5 & comme ces trous ont une inclinaifon vers le milieu de la longueur du cylindre , les chevilles e , e, e, e, &c. qu’on y place ,fg. 4 , vont en s’écartant, comme on le voit. Le nombre de ces chevilles n’eft pas déterminé ; mais plus on en met, mieux le fil eft contenu , & moins il eft fujet à fe mêler , ou à fe plier en petits nœuds : ce qui peut faire tort au laminoir même.
- 9f. Tous les numéros de fil de fer ne font pas dévidés fur des rouleaux
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- de même diamètre dans les manufaâures ; & quoiqu’il parût plus commode à ceux qui l’emploient, qu’il fût uniformément dévidé, avec un peu de réflexion on verra qu’un fil fin , s’il offrait un cercle de grand diamètre, ferait fujet à fe plier au moindre choc ; au lieu que quand il eft d’un très - petit diamètre, il eft fufceptible d’une très-grande réfiftance qui le garantit: d’un autre côté, le gros fil de fer ne faurait être dévidé auffi fin, puifqu’il offre plus de réfif-tance à être courbé, & que par la même raifon on aurait plus de peine à le redreffer. On peut voir dans l’Art de l’épinglier la maniéré aufti ingénieufe que fimple dont on fe fert pour reireffer parfaitement, tant le fil de fer que ce-lui de laiton, pour en former des épingles & des clous d’épingles : il a donc fallu augmenter le diamètre des cercles que décrivent les paquets de fil de fer dans la même proportion que leurs numéros. Les peigners doivent donc avoir des cylindres de toutes les groffeurs , fuivant les numéros qu’on emploie ordinairement i du moins à peu près, car la régularité n’eft pas néceffaire.
- 96. On pourrait à la rigueur fe fervir de poulies fort étroites, ou de cercles montés comme la roue d’un rouet ; mais ces machines n’ayant pas affez de pefànteur, laifferaient le fil fe dérouler trop vite , & ne lui confer-veraient pas la tenfion dont il a befoin pour être droit au fortir du laminage.
- 97. Il eft vrai qu’on pourrait donner du frottement à l’axe, ou fur la circonférence de ces roues trop légères, à peu près comme nous avons vu lors de l’ourdiffage qu’on empêchait les roquetins qui contiennent l’or ou l’argent en lame de tourner trop vite, ou par les moyens dont on fe fert en pliant les chaînes, pour empêcher le tambour de fe dérouler trop vite ; mais comme ces moyens ne font point en ufage dans les fabriques, je ne les propofe ici que comme un objet de perfeétion qu’il ferait à defirer qu’on adoptât : il ne faudrait pour cela que tourner un collet en forme de poulie, qu’on envelopperait d’un ou deux tours de corde , au bout de laquelle ferait un contre-poids.
- Article IV.
- Des différentes maniérés de laminer le fil de fer.
- 9S. §. I. Ufage du premier moulin fans dévidoir ni guindre. Il n’eft per-fonne qui ne connaiffe la maniéré dont le fil de fer eft roulé dans les manufaâures, & tel qu’on nous l’envoie pour les ufages ordinaires. La fig. j* repréfente un de ces paquets , dont le dernier bout entoure la totalité dans un endroit, tant pour empêcher qu’il ne fe mêle, que pour qu’on puilïe reconnaître le bout par lequel on a fini de le devider ainfi , & par lequel il faut commencer à l’employer : l’autre bout n’eft pas à beaucoup près auffi aifé.
- 99. La fig. 7 , pL IV, repréfente deux ouvriers occupés à laminer du fil de
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- fer 3 mais pour laiffer voir le jeu des meules & la tendon du fil, on a fupprimé tout le corps de celui qui tourne, & on n’a repiéfenté que fes deux mains A , A. L’autre ouvrier B, ayant jeté à terre fon paquet de fi!, le tient-dans fes deux mains 3 lavoir, de celle G, qui tire un tant foit peu pour le dreifer, & l’autre C , qui le dirige entre les meules, pour qu’il garde toujours le milieu. L’attention de cet ouvrier confille à ne laiifer gliller le fil de fer qu’autant qu’il eft appelle par le moulin , de façon cependant à entretenir toujours une tendon égale j de là dépend la régularité ou l’irrégularité du laminage.
- 100. Quant à l’ouvrier qui tourne les merles , il doit avoir foin de n’aller pas plus vite dans un inftant que dans l’autre 3 & dès qu’on a commencé à laminer une partie de fil de fer , il ne faut pas quitter l’ouvrage qu’il ne foit entièrement fini 5 car il n’eft pas pofîible que ces deux reprifes donnent au fil une égale épaiifeur, même fans qu’on touche aucunement à la vis. Il fautaulfi tourner plutôt vite que doucement, & l’égalité de mouvement n’eft pas indifférente. L’expérience a appris que le fil qui a été laminé vite eft plus épais que celui qui l’a été plus lentement: voici la raifon phyfiquede ce phénomène.
- 101. Il ne paraît pas poflible au premier coup-d’œil, que du fil qui paffe entre deux meules dont l’écartement eft déterminé , puiffe en fortir plus épais dans un cas que dans un autre 5 mais fi l’on y fait attention, on fendra que quand les meules tournent doucement, les molécules déplacées, étant retenues plus long-tems en prefïion , ont la faculté de s’arranger les unes avec les autres, & qu’alors c’eft l’écartement des meules qui détermine, à bien peu de chofe près, l’épaifteur du fil3 au lieu que quand la rotation eft plus vive, les parties font bien également déplacées : mais elles n’ont pas le tems de s’arranger 3 & reprenant une partie de leur reffort, elles tendent à occuper la place qu’elles avaient auparavant 3 de forte qu’il n’y a que les moins élaftiques qui aient entièrement cédé à la preflion des meules.
- 102. Avant de palfer le fil à la filiere, il faut développer le bout qui entoure chaque paquet 3 & comme ce commencement eft plein de finuo-fités, il jvaut mieux couper ce bout à l’endroit où commence la courbure du cercle du paquet même. On fe fertpour cette opération, des mêmes cifeaux, fig. 1 , pl. V, avec lefquels nous verrons plus bas qu’on coupe le fil ap-plati par longueurs pour en former les dents, & que dans tous les arts 011 connaît fous le nom de cifailles. On applatit enfuite le commencement du fil avec un petit marteau ,Jig. 2 , fur un tas, fig. 2 , que, pour pouvoir s’en fervir commodément, on monte fur un morceau de bois de figure redangle, ou fur un billot peu élevé. Il faut faire cet applatiffement fuivant la courbure du fil de fer, que l’on préfente enfuite au moulin , du feus qui paraît devoir envelopper la meule inférieure. Cette attention n’eft point du tout indifférente 3 autrement, en abandonnant au hafard le paffage du fil entre les
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- meuîes , on ne ferait jamais afliiré d’avoir des dents bien droites fur les bords: ainfi il faut qu’en paifant par le laminoir ce fil fe redrelfe parfaitement ; ce qu’on obtiendra toujours avec le foin que je recommande.
- io}. Il eft difficile , avec l’ufage du moulin dont je parle , qu’on parvienne aifément à laminer le fil du fens de fa courbure ; car fi l’on prend garde à la pofition du fil qui repofe à terre, on verra qu’il doit nécelfairement entrer de côté, par rapporta cette courbure, fous le laminoir. L’attention de l’ouvrier ne faurait guere corriger qu’en partie cet inconvénient ; & pour l’anéantir entièrement, il faudrait que l’ouvrier tirât tellement le fil depuis le point où il eft làifi entre les meules, qu’il pût le redrelfer parfaitement, ce qui n’eft pas poffible ; au lieu que la méthode qu’on va voir procure cet avantage au laminage, au moyen du guindre ou cylindre horizontal, qui, en développant le fil, le préfente du fens où il doit être. Un guindre, pour s’en fervir commodément, doit être très-fort : autrement il plierait, & fe cafferait très-promptement.
- §. II. Ufage du moulin à bafcule.
- 104. La figure $,pl. repréfente le moulin à bafcule en travail : 011 voit l’ouvrier qui n’eft occupé qu’à tourner les meuîes, entre lefquelles il a eu foin ,en commençant, de placer le bout du fil de fer, après l’avoir ap-plati au marteau, comme je l’ai dit plus haut. On voit auffi de quelle maniéré le cylindre , fur lequel a été dévidé le fil de fer, eft porté par deux montans D, D, dont la hauteur eft telle qu’il fe trouve à celle du guide. Ce fil, appelle fans celfe par la rotation des meules, fe déroule, & palfant dans le tuyau que forme le guide, fe préfente en ligne droite pour entrer fous les meules. Il fort du moulin en lame, ainfi qu’on peut le voir en F5 & par un ufage très-blâmable, mais univerfellement adopté , on l’abandonne' à fon propre poids au fortir du moulin ; de forte qu’il traine à terre pendant l’opération, après laquelle on le recueille en rouleaux pour s’en fervir au befoin.
- iOf. J’ai dit qu’011 a tort d’abandonner le fil laminé à fon propre poids; il vaudrait mieux qu’un enfant, une femme, ou quelqu’un dont l’induftrie ne fût ni chere ni précieufe , le tînt par le bout, & reculant à mefure qu’il fort du laminoir , l’étendît par terre par longueurs. Après avoir coupé les dents de longueur, il faut s’occuper à les redrelfer parfaitement : cette opération ne ferait ni.fi longue ni fi difficile, fi l’on avait pris la précaution dont je viens de parler: c’eft ordinairement le maître, ou du moins un ouvrier habile & de confiance , à qui on abandonne l’opération de redrelfer les dents, tant elle eft eilentielle à la perfection du peigne; mais enfin c’eft
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- ainfi qu’on en ufe, & je ne puis que faire connaître ce qu’il y a de vicieux dans chaque ufage.
- 106. Pour fuivre l’idée que je ptopofe , fî Pon trouve que le tems du fécond ouvrier êft alfez inutilement employé à cet ouvrage, on peut fubf. tituer à ce moyen Une 'infinité d’autres moyens-qui dépendront du local de l’attelier & del’induftrie des ouvriers. On peut, par exemple, pofer à une diftance convenable du moulin, une efpece de cantre , comme le repréfente la figure f , au haut de laquelle eft une poulie où paife une ficelle qui d’un bout tient à la piece L ,fig. 6 , & de l’autre à un contre - poids qui, à mefure que le £1 fe lamine, l’attire à lui.
- 107. La cantre dont il eft ici queftion, n’eft autre chofe que l’aifembîage de deux montans plantés folidement dans une planche longue, large & épaifte fuffifamment pour donner à cet uftenfile aifez de folidité : ces mon-tans font percés par le haüt pour recevoir une broche de fer , qui fert d’axe à une poulie aufli longue que les montans ont d’écartement, & fur laquelle glilîe la ficelle aù"bout de laquelle eft le contre - poids.
- 108. Si cet attelier où on lamine eft un peu long, on peut écarter la cantre à quelque diftance du moulin ; Si oomme le contre-poids ferait trop tôt arrivé en - bas, on peut fe fervir de divers moyens, ou pour lui faire parcourir de plus grands efpaces, ou pour, dans une moindre courfe, lui faire déployer beaucoup de corde. Pour le premier moyen , il fuffit de doubler la diredion de la corde, à peu près comme la fig. 8 le repréfente. R eft la poulie féparée de la cantre; V eft une autre poulie attachée par fa chappe au plancher, ou autre endroit élevé; alors le poids parcourt dans fa defcentô un aifez grand efpace qui eft le même à la lame.
- 109. On pourrait, fi l’attelier eft au haut d’une maifon, faire defcendre le poids par la fenêtre; mais ce qui réufiira le mieux, c’eft d’attacher une poulie au plancher, comme ôn le fuppofe en V, fig. 8 ; & aü lieu que le poids fût attaché au bout de la corde, comme on le voit, ce poids porterait une poulie, Si le bout de la corde ferait fixé au plancher : par ce moyen le poids, en parcourant un allez court efpace, développerait beaucoup de corde. On pourrait 'aufii moufler toutes ces poulies ; mais je reviens à l’opération.
- 110. La piece avec laquelle on failit le fil de fer* eft repréfentée fig. 7: elle fait relïort par le bout inférieur , & tend à tefter ouverte. Le coulant ou boucle c, glilfe fur fa longueur, & la force de refter fermée quand on y a pince la lame dans l’ouverture £ ; à l’autre bout eft un crochet que fSifit un nœud qu’on pratique à un bout de la corde , comme on le voit en d, ,fig. 6 : à chaque longueur on coupe la lame & on la couche par terre en un tas, fig. 9, & en-fuite on en fait un paquet lié de ptufieurs liens, comme e,f, g, g,f,c, fig. 10.
- in. Je ne fuis entré dans tous ces détails que pour apporter quelque
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- remede aux défauts de tous les procédés qu’on emploie. Quelques peigners placent en-devant du moulin un fécond guindre horizontal, fur lequel ils enveloppent le fil à mefure qu’il fort du moulin : lorfqu’on fe fert du moulin fans baf-cule, on monte ces guindres fur des pieds , tels qu’on en voit un ^fig. 2 ,/?/. IV' dont la hauteur égale celle des meules ; mais quand on fe fert du moulin à bafcule, on peut fur les deux montans de devant placer un cylindre , comme on voit celui de derrière ; & pour les faire mouvoir tous deux, voici comme on s’y prend.
- 112. La fig. 1 VI, repréfente cette mécanique ; les deux cylindres ne (ont pas tout-à-fait femblables à ceux que nous avons déjà vus. A l’un des bouts de chacun eft une poulie placée fur l’axe du cylindre, & dont le diamètre eft plus petit à celui B qui reçoit la lame , qu’à celui A , qui contient le fil de fer, & cela afin qu’il aille un peu plus vite : en voici la raifon. Le fil en pat finit par le laminoir s’applatit, tant aux dépens de fon diamètre que de fa longueur : il faut donc que le cylindre qui rccuille la lame aille un tant foit peu plus vite que l’autre ; puifqu’en fuppofant qu’il y eût quarante tours de fil de fer, on peut trouver quarante - cinq ou quarante - huit tours de lame. Ces deux cylindres font menés par le moyen d’une corde fans fin E, qui palfe fur les deux poulies , & la lame qui attire le fil de fer eft elle-même attirée par l’autre cylindre.
- 115. Il n’eftpas aifé de déterminer au jufte le rapport du diamètre d’une poulie à celui de l’autre poulie; mais il n’y a pas un grand inconvénient à craindre. Il vaut mieux que la poulie du cylindre qui reçoit la lame, foit plus petite que plus grande: car fi étant un peu petite elle eft déterminée à tourner plus vite que la lame ne le lui permet, en tenant la cordc fans fin un peu lâche, elle glifiera fur fa poulie, & n’ira pas plus vite qu’il ne faut. On a coutume de fe précautionner d’un certain nombre de poulies qu’on change à volonté, félon que l’un des deux cylindres va trop vite ou trop doucement; & pour cela chaque poulie a à fon centre un trou quarré , jufte à la grolfeur du quarré pratiqué fur l’un des bouts de l’axe des cylindres : on retient ces poulies en place au moyen d’une cheville d qui palfe au travers de l’axe, en-dehors de la poulie , qui par ce moyen fe trouve retenue folidement.
- 114. Il ne nous refte plus qu’à lever la difficulté qui réfulte de l’inégalité du diamètre des poulies ; c’eft le trop ou le trop peu de tenfion de la corde fans fin : l’une & l’autre extrémité eft nuifible; il a donc fallu la corriger. Voici comment on en efl venu à bout.
- 115. Remettons fous les yeux la fig. 1,/?/. VI, & voyons de quelle maniéré les montans F, F, y font placés : nous y remarquerons que ces deux montans font mobiles; de maniéré qu’on peut les avancer & reculer à volonté par le fecours de deux vis , comme celle G, qui adaptent à la traverfe H deux pièces
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- de bois femblabîes à celle I, qui portent la traverfe Kî mais comme la force de ces vis ne ferait pas fuffifante pour fupporter une malfe auffi forte que le cylindre D, on a ajouté une piece de bois L, qui tient folidement dans la traverfe K, & qui entre avec une certaine force dans le milieu de celle H. Comme l’enfemble de la machine ne permet pas qu’on apperçoive l’arrangement de ces pièces , j’ai cru qu’il était nécelfaire de faire voir cette partie du moulin féparément ; ainfi la fig. > va nous mettre tout - à - fait à portée de voir tout ce mécanifme, qui devient intéreflknt, pour connaître à fond le moyen qu’on a employé pour tendre ou pour lâcher la corde fans fin E. Les montans F, F, de cette dernierejfgw* font folidement plantés dans la traverfe K: cette traverfe eft aflernblée avec celle H, de maniéré à pouvoir être menée en-avant & en-arriéré, parce que les pièces de boisl, I, L, peuvent glifler dans les entailles ou dans les mortaifes qui les contiennent. Les deux premières de ces pièces font un peu plus larges dans leur épaiflêur par-delfous que par-deifus, & l’entaille que chacune d’elles occupe eft faite en conféquence 5 ce qui commence à donner un premier point d’appui pour s’oppofer à la lourdeur du cylindre qu’elles doivent aider à fupporter. On apperçoit à chacune de ces pièces une longue ramure g, g, dans laquelle entre une des vis G, G, par le moyen defquelles on aifujettit ces pièces ; de façon que lorfqu’on a déterminé la longueur qu’il faut donner à la corde fans fin, on les ferre. Les vis aident auffi à fupporter le fardeau ; mais comme on a apperçu que ce moyen n’était pas fuffifant pour oppofer une force majeure, on y a ajouté la troi-fieme piece L, qui entre dans une mortaife pratiquée au milieu de l’épaiffeur de la traverfe H à frottement dur ; enforte que , lorfqu’on veut reculer ou avancer le cylindre , on eft obligé de frapper delfus , afin de la faire entrer ou for-tir. Cette piece elle feule oppofe plus de force que les deux précédentes. Pour finir de connaître cette machine, il faut voir la fig. 6, qui repréfente la traverfe H, féparée du moulin : on y voit les entailles A, h , où l’on place les pièces de bois 1,1: on apperçoit au fond de ces entailles ut> trou taraudé qui fert d’écrou aux vis G , G, qui fixe les pièces qu’on met dans ces entailles; la mortaife l reçoit la piece de bois L, & les deux mortaifes m, m , font pour les tenons des grandes traverfes M, M, du moulin. Cette traverfe eft elle-même fupportée gar deux montans qui fervent de pied au moulin, de même que ceux N, N, fig. 4, pl. V. Voilà le feul moyen que j’aie vu pratiquer pour tendre les cordes fans fin qui font tourner les cylindres. Mais je dois prévenir encore d’un autre foin que doit avoir le lamineur : il confifte à prendre garde de faire diftribuer également la lame fur le cylindre entre l’efpace des chevilles, afin qu’elles ne s’entalfent pas trop l’une fur l’autre, parce que la quantité augmenterait bientôt le diamètre du cylindre, & alors il tirerait davantage de lame qye 11 en fourniraient les meules ; on ferait forcé de changer
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- la poulie B, fig. i ,pl. FI, pour une d’un plus grand diamètre , afin qu’elle fit tourner moins vite le cylindre.
- ii 6. Quoique cette façon de laminer foit adoptée par plufieurs peigners, je ne {aurais l’approuver, parce que la lame qui fe rouie fur ce cylindre contracte une courbure nuifible , que fon élafticité, quelle qu’elle foit, ne faurait lui faire perdre : il faut donc que , lorfqu’on a coupé les dents de la longueur qu’elles doivent avoir, on ait foin de les redreffer , en faifant le choix de celles qui pourront fervir. Je reviens encore à mon premier fentiment, qui eft de faire tirer la lame par longueurs, il faudrait même que le fil de fer qu’on emploie à l’ulage de cet uftenfile n’eût jamais été en mafle : je voudrais que les peigners euflênt correfpondance eux-mêmes avec les tréfileurs i qu’ils leur demandaient de tirer le fil de fer dans les numéros convenables, par longueurs de huit à dix pieds , & qu’on les empaquetât comme je l’ai dit ci-devant pour les longueurs laminées , conformément à la fig. io de la planché F, & que dans cet état ce fil fût envoyé aux peigners , qui le lamineraient longueurs par longueurs ; alors on n’aurait aucune courbure à craindre , on fe fervirait feulement de la méthode que j’ai propofée & établie par les fig. 6 & 8 de lapl. F.
- 117. J’ai dit plus haut que l’on fe fervait d’une jauge, fig. f & 6, pl. /, pour apprécier l’épaiifeur des dents qu’on avait à employer pour tel ou tel compte de peigne. Cet ufage eft adopté généralement par tous les peigners en acier : mais il faut obferver que cette jauge n’eft pas fufïifante pour cette appréciation, parce qu’elle 11e peut décider que d’une grande quantité enfemble; c’eft-à-dire, qu’il faut que fon entaille foit remplie de dents , pour favoir le nombre qu’elle en contient. Ce moyen n’eft pas propre à décider de l’épaiifeur qu’il faut leur donner, parce qu’il faudrait laminer tout de fuite une longueur de fil aifez grande pour la couper & en faire des dents, & les jauger enfuite toutes à la fois. Cette opération exige trop de tems, & je doute même qu’elle foit auffi précife qu’une méthode que j’ai vu pratiquer chez un des meilleurs peigners en acier qui ait encore paru , & que la fabrique de Lyon a eu le malheur de perdre prefqu’à la fleur de fon âge : je veux parler du fleur Mangeot pere ; fa réputation était fi bien établie , qu’il était connu dans toutes les ma-nufa&ures d’étoffes de foie de l’Europe : il ne pouvait pas même remplir toutes les commifîions qu’on lui donnait, parce qu’il 11’admettait aucun aide dans fon travail, tant il comptait peu fur le travail des autres : fes peignes balançaient prefque la bonté & la beauté des peignes anglais. Mon deflein n’eft pas de déprimer les talens de quelques autres habiles peigners qui fe font fait un nom dans leur état ; mais j’ofe avancer qu’il n’y a aucun fabricant qui ait employé des peignes du fieurMangeot, qui ne les ait préférés à tous autres du même genre.
- 118. C’est chez cet habile homme que j’ai puifé les principales lumières que j’ai acquifes fur l’art de faire les peignes. Je reviens à la méthode du
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- fleur Mangeot pour régler fon moulin, & pour fe procurer les épaiffeurs des dents, convenables aux comptes des peignes qu’il voulait exécuter. Outre les connaiffances particulières fur les moulins à vis & fur ceux à bafcule , dont il poffédait parfaitement les propriétés, il avait des procédés particuliers, & entr’autres une jauge , telle que celle qu’on voitfi g. 7, pi. VI, qui n’eft autre chofe qu’un gros fil de fer formant une efpece d’S , dont une des ouvertures n, o} détermine l’épaiiïeur des dents: il avait pîufieurs de ces jauges, dont chaque bout numéroté indiquait les différentes épaiffeurs qui pouvaient y entrer. On peut avoir une jauge qui comprenne de fuite tous les numéros pof-jflbles : elle eft connue parmi beaucoup d’ouvriers fous le nom de calibre. & eft repréfentée par la fig. 13; on y voit de quelle maniéré les écartemens de chaque tour vont en diminuant infenfiblement depuis A jufqu’au bout B.
- 119. Quoique j’aie reconnu dans le fleur Mangeot tout le talent imaginable pour la conftru&ion des peignes, je ne me luis pas borné à 11e voir que lui feul fur cet objet ; car, foit par occaflon, foit par recherche, j’en ai vu autant qu’il m’a été poflibie, & j’ai tâché de découvrir leur fentiment fur les différentes maniérés de travailler} & comme par mes recherches j’avais allez d’expérience pour difcerner les bons des mauvais procédés , je n’ai jamais eu pour but que de connaître à fond l’art que je décris aujourd’hui.
- 120. Comme je n’ai jamais exercé cet état, on pourrait imaginer que j’ai avancé bien des ehofes au halard, ou que je n’ai pasaffez pris de connaiffances dans cet art pour ofer le mettre au jour. Quoique je n’aie jamais exercé le talent de peigner, j’ai néanmoins fait les expériences les plus difficiles ; & toutes les fois que j’ai cru que fur les différentes opérations qu’on m’expliquait il y avait quelque chofe à deflrer , j’ai engagé ceux à qui je m’étais adrelfé , non-feulement d’opérer devant moi, mais de me laiffer opérer feul, ou pour le moins de permettre que j’aidaffe à l’opération : de forte qu’il n’eft aucune des opérations principales que je n’aie exécutée & vu exécuter ; & à force de recherches , j’ai réuni en moi les connaiffances des différens genres d’ouvriers. C’eft en prenant des lumières chez les uns & les autres, que j’ai trouvé toutes les différentes façons de travailler que je rapporte. L’opération du laminage étant en quelque façon la partie la plus elîentielle du peigne, j’ai cru auffi que ce ferait l’endroit où ceux qui la connaiffent porteraient plus d’attention , & que par conféquent il Fallait y apporter plus de foin. Je dois prévenir le ledeur , que toutes les fois que je mettrai en-avant quelque chofe dont l’ufage ne fera pas reçu dans quelque partie que ce foit de l’Art du fabricant d’étoffes de foie , &c. j’en défignerai les auteurs j & fi c’eft quelque chofe qui vienne de ma part, j’en uferai comme j’ai déjà fait : au furplus, je ne parlerai de ces procédés, généralement ignorés ou nouvellement inventés, qu’autant que je les connaîtrai préférables aux procédés ordinaires , foit à caufe de la célérité,
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- foit pour la plus grande perfection de la chofe en elle-même ; j’aurai foin de les donner pour tels qu’ils font. Je ferai obferver, avec la plus exa&e vérité , les avantages qu’ils peuvent avoir fur les autres; d’après cela, je crois que je ne dois pas être en peine de ce qu’en peut dire la critique.
- 121. Qu’on ne foit pas furpris fi j’entre ici dans une differtation qui paraît étrangère à mon fujet; mais comme je fais que quelqu’un a voulu contredire les procédés que j’ai rapportés dans ce qui a déjà paru de mon art, où l’on n’a pas fûrement pris garde aux avantages qui en réfultaient, je fais que non-feulement on n’a pas trouvé bon que je donnaffe des moyens de perfection , tant aux machines qu’aux opérations ; mais on a trouvé mauvais que je rapportafle les méthodes reçues dans de principales villes de manufacture, à caufe qu’on les ignorait dans d’autres.
- 122. Quelques perfonnes ont perde que j’aurais dû m’en tenir aux feules méthodes ufitées à Paris & à Lyon, fans faire aucune mention de celles d’Avignon, de Tours & de Nîmes ; mais j’ai toujours cru qu’il n’était pas pof lible de traiter la fabrique des étoffes de foie avec quelque clarté, fans rapporter les différens procédés des principales manufactures : la plus favante doit fans doute éclairer l’autre, qui peut à fou tour lui communiquer quelques éclairciffemens ; au furplus , j’ai pris là - deffus l’avis de perfonnes très-éclairées , & je ne crains pas de m’égarer.
- i2£. Il eft bon , avant de finir l’article du laminage, d’obferver que, quand par malheur on s’apperçoit que le fil n’a pas été réduit en lames de l’épailfeur requife , on peut le palier une fécondé fois au moulin ; mais il faut à cette fécondé fois apporter beaucoup d’attention, & ne pas abandonner la bafcule au même poids, fans quoi il deviendrait tout de fuite trop mince : il faut donc effayer à quel point le contre-poids doit être placé pour donner l’épailfeur convenable ; & li c’eft au moulin à vis qu’on lamine, on court moins de rifque à la vérité ; mais il faut encore tâtonner , en ferrant peu à peu , jufqu’à ce qu’on ait acquis le degré jufte. L’inconvénient le plus ordinaire quand on repalfe le fil une fécondé fois/au moulin, eft de lui oc-cafionner des finuofités fur le tranchant de la lame, qui le rendent entièrement défedueux & le mettent hors d’état de fervir : mais enfin, quand le mal eft fait, il faut y chercher un remede; & quand par oubli, ou par négligence, on a manqué fon épailfeur du premier coup , il faut s’y reprendre, & tout ce qu’on peut employer eft autant de moins de perdu.
- 124. Le laminage des bijoutiers & des orfèvres eft tout différent du nôtre: ici il faut obtenir du premier coup l’épaitfeur de la lame, qui 11’a fouvent qu’une demi-ligne de large ; au lieu que le clinquant, ou autre partie d’or ou d’argent qu’on paffeau laminoir, a fouvent 6, 7, & même 8 pouces de large, & on ne la réduit auffi mince qu’on la voit, que par degrés &en changeant fans celfe la preffion. X x ij
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- 12?. Nous venons de voir les moyens ufités pour mettre les dents d’épaif-feur; voyons maintenant ceux qu’on emploie pour les couper de longueur.
- Article V.
- De la maniéré de couper les dents de longueur.
- 126. §. I. Première méthode. Quelle que foit la maniéré dont on reçoit la lameaufortir du moulin , l’opération fui van te confifte à la couper par longueurs pour en former les dents : cette longueur, comme on la déjà dit, Varie fuivant la hauteur delà foule} c’eft-à-dire, que cette foule elle-même change fuivant lafineffe des dents: mais enfin cette hauteur de foule une fois déterminée , il faut faire le calcul fuivant. Je fuppofe que cette hauteur doive être de 19 lignes; chaque jumelle peut avoir environ 3 lignes & demie ou 3 lignes 3 quarts de largeur, ce qui fait 7 lignes & demie pour les deux : le ligneul peut occuper une demi-ligne, & enfin les dents doivent déborder d’une ligne haut & bas ; ce qui, compté tout enfemble , fait 29 lignes. Ce calcul eft nécefïaire chaque fois qu’011 fait un peigne d’une hauteur de foule différente, & les peigners un peu occupés ont toujours des dents coupées à toutes ces longueurs, fuivant leur degré de fineffe.
- 127. Il 11’en eft pas des dents de fil de fer comme de celles de canne, que nous avons vu qu’on 11’eft pas obligé de couper aufli exactement de longueur, puifque, quand le peigne eft fini, on rogne l’excédant des dents par chaque bout : ici cela n’eft point praticable, op du moins on ne le fait pas ; aufli faut-il apporter la plus grande attention à les couper parfaitement de longueur : voici comment il faut s’y prendre. Je fuppofe d’abord qu’on a reçu le fil par longueurs au fortir du laminoir : l’ouvrier que je fuppofe affis, tient de la main gauche un petit morceau de bois a ,fig. 8 ,/>/. VI, dont la longueur eft connue, & détermine celle qu’on doit donner aux dents ; il applique deffus'la lame, ayant foin qu’elle affleure exactement par le bout celui de la mefure, & avec des cifailles/, qu’il tient de la mam droite, il coupe toutes les longueurs, ayant foin de ne pas lailfer échapper le bout qu’il ferait obligé de ramaffer à terre à chaque dent. La figure 10 , même planche , repréfente un ouvrier qui coupe les dents de la même maniéré ; toute la différence confifte en ce qu’il a enlevé le cylindre qui a reçu la lame de deffus le moulin, & l’a placé fur deux montans B, B, plantés folidement dans une planche à côté de lui, où il fe déroule à mefure qu’il l’attire à lui. A mefure que cet ouvrier coupe les dents, il les jette dans une boîte qu’il a à côté de lui, pour empêcher qu’elles 11e fe gâtent en traînant par terre.
- 128. Je ne faurais trop recommander de couper toutes les dents fur la
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- mefure qu’on s’eft faite, &• non pas fur des dents qu’on coupe à mefure, 'comme le font beaucoup d’ouvriers. Il n’eft pas poflible que l’épaiffeur de la cifaille lui permette d’approcher tout contre le bout de la mefure ; d’où s’enfuit un peu plus de longueur ; & comme on a compté1 ouidû compter fur cet excédant, les dents ne fe trouvent qu’à la longueur néceffaire î au lieu que fi l’on fe fertpour mefure indifféremment des dents dernieres coupées, chaque excédant ajouté à la lbmme des précédens fait qu’au bout d’une certaine quantité on trouve les dents d’une & quelquefois deux lignes plus longues que les premières : ce qu’il eft toujours aifé d’éviter quand on ne change pas la mefure.
- i2'9. Je n’ai vu employer , dans les atteliërs que j’ai parcourus, que la méthode que je viens de rapporter ; mais un habile fabricant m’a donné la def-cription d’une méthode qu’il a vu pratiquer, & que je ne faurais lailfer ignorer au ledteur. Cette méthode eft préférable à la précédente, & pour la juftelfe qu’elle procure aux dents , & pour la célérités puifqu’un ouvrier, même ordinaire , peut y couper quatre fois plus de dents dans un tems donné, que le plus habile n’en faurait faire dans le même tems ; encore ne lui-eft-il pas polfible, fans une mal-adrefle extrême , oii une inattention impardonnable, de les couper plus ou moins longues qu’il ne faut. C’eft de quoi nous allons nous entretenir dans le paragraphe fuivant.
- §. II. Seconde maniéré de couper les dents des peignes.
- 130. Pour couper les dents fuivant la fécondé méthode,-011 fe fert d’un inftrument repréfenté par la fig. 1, pl. VII, que je nommerai coupoir, faute -de favoir le nom que fon auteur lui a donné. Ce font deux lames A, B, jointes enfemble en un point C, comme des cifeaux, au moyen d’une |vis affez forte pour réfifter aux efforts multipliés qu’on leur fait éprouver. La lame A eft terminée par un de fes bouts par une queue F, à l’extrémité de laquelle eft un trou dont on fera connaître autre part l’ulage; l’autre bout, qui quand on l’a forgé a été réfervé femblable au premier, eft relevé & arrondi dans la partie D , & va fe terminer en une pointe affez fine pour entrer dans toute la longueur du manche E, garni d’une virole par un bout, & par l’autre d’une contre-rivure, fur laquelle eft rivé le bout de la queue ou foie G. L’épailfeur de cette lame peut être de cinq à iix lignes , & à fa partie inférieure fe termine en bifeau très-obtus , pour que le tranchant ne s’émouffe pas aifément feulement depuis d jufqu’en e , dont l’inclinaifon eft dirigée vers le milieu de la largeur de cette lame , ainfi qu’on le voit : l’autre lame B , repréfentée par fa face extérieure,^. 3 , eft un parallélogramme de même épaiffeur que lajareiniere lame , & beaucoup plus long',1 ainli qu’on'peut en juger, A peu
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- près au milieu de fa largeur eft un bifeau de i en k, auiîî long qu’à l’autre lame, &.fait de même : h eft le trou taraudé , dans lequel entre la vis C, & enfin aux quatre angles eft un trou par où on fixe ce coupoir fur les mon-tans deftinés à le porter.
- 131. Pour que la lame A ne defcende pas trop bas quand on l’abandonne à fon propre poids , on réferve un épaulement à la naiifance du manche en fy par où elle repofe fur l’autre lame. Il ne s’agit plus que de faire fentir de quelle maniéré ce coupoir doit être monté. Comme l’objet de la fig. 7 , qui le repréfènte.en œuvre, eft de faire fentirl’aètion de l’ouvrier, les pièces de ce coupoir y font trop peu fenfîbles pour pouvoir fervir à notre explication i je vais le préfenter fous différens points de vue , félon les pièces que j’aurai à faire connaître.
- 131. Sur une bafe forte & pefante, comme K , fig. 4 , eft alfemblé à tenons & mortaifes un très - fort montant I, au haut duquel font fixées toutes les pièces qui compofent ce coupoir. Les angles de devant des deux joues de l’entaille M, qu’on y a pratiquée, font armés de fortes équerres de fer L ,L, telles qu’on en voit une à part en L , & qu’on peutauffi voir en L, L, fig. f. Ces équerres font fixées en place par-deiîùs, au moyen d’une vis qui entre dans un trou qu’on y voit, & qui fe viffe dans le bois ; & par-devant, au moyen d’une broche de fer qui, paifant dans l’épaiifeur de chacune des joues du montant, enfile un trou correfpondant, pratiqué fur le côté de l’équerre , comme on le voit en /dans celle qu’on a repréfentée à part. Quant aux deux trous pratiqués furie devant de l’équerrel, ils font taraudés, &au même écartement que ceux qu’011 voit au bout de la lame, fig. 3 , pour fervir à la tenir en place. Cela pofé, je penfe que la fixation du coupoir fur fon montant doit être intelligible. Il me refte à décrire un autre moyen auffi fimple qu’ingénieux, qui fert à déterminer la longueur qu’il convient de donner aux dents félon le befoin i & pour cela le ledeur voudra bien jeter les yeux fur les fig. $ & 6 dont on a ôté le coupoir , pour ne plus laiifer voir que ce dernier objet, dont nous allons nous occuper.
- 133. Sur les deux angles intérieurs des deux joues du montant fig. 6, 'eft une entailler, x, refouillée comme on le voit en y > y, qui reçoit le cou-diifeau q, repréfenté à part fous la même lettre. Cette piece , qui eft de fer, eft faite de façon qu’elle puiiTe remplir les entailles x, x, y , y ; & elle eft fixée par des vis qui entrent dans les quatre trous a ,a , , a, pratiqués fur
- fa hauteur, & ceux b , b, font entièrement taraudés pour recevoir les vis de preffion s, s, qui, ferrant les deux tringles de fer r, r , forment une efpece de preife dont on va voir l’ufage. La fig. R n’eft autre chofe qu’une plaque de tôle sd’une épaiifeur convenable , aux deux côtés de laquelle font attachés foüdement à une-.égale hauteur les tenons r, ty qui failis entre les deux
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- tringles de fer q, q > r, r, peuvent être aifément fixés à l’endroit'où on le defire pour déterminer .la longueur des dents qui, appuyant contre cette plaque, font toutes coupées à la longueur qui fe trouve entre le coupoir & la plaque : au bord inférieur de cette plaque eft un rebord dont futilité eft d’empecher que le fil de fer ne defcende plus bas qu’il ne faut, & par eon-féquent ne varie de longueur; ce qui arriverait infailliblement, àcaufe de la courbure qu’a néceflairernent contra&ée le fil fur le cylindre, ou en le lait fant traîner à terre. Au moyen de cette précaution, l’ouvrier n’a plus de foin que de préfenter fon fil bien perpendiculairement à la plaque ; car il eft aifé de lèntir que toute ligne qui ne ferait pas la perpendiculaire ferait plus longue qu’elle, & que'par conféquent les dents feraient tantôt longues & tantôt courtes. L’ouvrier occupé à cette opération , comme on le voit fig. 7, prend de la main droite le manche du coupoir, & étant afïis, il pôle les pieds fur la bafecle cette machine, & de la main gauche il avance la lame à mefure qu’il coupe les dents qui par leur propre poids tombent dans un tiroir qui entre dans un élargiifemeht fait entre les deux joues du montant, fig. 6; & pour qu’il n’ait pas la peine de relever fon outil, ce qui au bout d’une journée ne lailfe pas de fatiguer, au bout de la tige F, fig. 7, eft une ficelle, à laquelle pend un contre - poids qui ouvre les cifeaux tout naturellement, an moyen de quoi l’ouvrier n’a d’effort à faire que pour cQuper les dents, eu appuyant autant qu’il eft nécelfaire.
- 134. On voit dans cette fig. y , que l’ouvrier a placé par terre à fa gauche le cylindre B, moîité fur la bafe dont nous avons déjà eu occafion de nous entretenir. Pour ne rien laiifer à defîrer fur la conftrudlion de cette machine, j’ai fait repréfenter dans la fig. 6 les entailles £ , dans lefquelles on loge les équerres de fer, fur le devant defquelles on fixe la lame immobile du coupoir au moyen de quatre vis dont les têtes font noyées dans fon épaiifeur pour ne pas nuire au mouvement de l’autre lame. Le montant de cette figure , ainfi que celui de la fig. 5", eft repréfenté brifé fur fa hauteur, parce que nous n’avions befoin , pour notre démonftration , que de fa partie fupérieure. On a foin, pour gagner du terns * de tracer fur les deux tringles q, q , qui remplilfent les longues entailles des deux joues du montant, des lignes parallèles & peu diftantes entr’elles ; au moyen de quoi, quand une fois 011 s’eft mis au fait de ces marques, on y fixe les deux tenons qui fupportent la plaque, & 011 eft alfuré d’obtenir des dents d’une longueur connue.
- 135-. Quelle que foit la méthode dont 011 s’eft fervi pour laminer le fil de fer, il faut avoir grand foin de le préfenter au coupoir de façon que la courbure foit du feus que repréfente la fig. 7, comme s’il fortait de delïiis un cylindre : le rebord qu’on a pratiqué au bas de la plaque, indique alfez combien cette précaution eft néceifaire ; fans cela le fil montant plus ou moins haut,
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- on tomberait dans l’inconvénient que l’on a urffi grand intérêt d’éviter.
- 136. Je ne penfe pas que la première méthode puifle fupporter la com-paraifon avec celle-ci : l’une eft lente, ennuyeufe , & fatigue extrêmement la main droite qui tient la cilaille; au lieu que l’autre méthode n’ayant pas befoin de mefure, eft plus aifée & plus expéditive. On pourrait même, en tirant le fil par longueurs , pafler dans le coupoir trois ou quatre lames à la fois, & alors il fuffirait de s’alîurer qu’elles appuient exactement toutes contre la plaque, pour leur procurer une égale longueur. Enfin , foit prévention ou autre fentiment mieux fondé , je ne penfe pas qu’on puifle imaginer de méthode plus fimple & plus expéditive. Il me refte à décrire l’opération qu’on fait aux dents après qu’on les a coupées de longueur.
- Article VI.
- Des façons à donner aux dents quand elles font couples de longueur.
- 137. Pour peu que l’ouvrier aille un peu vite en coupant les dents de longueur , il faut qu’il vuide fon tiroir aflez fou vent, fans quoi elles monteraient jufqu’auprès du tranchant du coupoir, & lui nuiraient infailliblement. Il a donc foin de tems en tems de les mettre dans quelque grande boîte; & quand cette première opération eft finie, il les choifit une à une, les redrefle fi elles ont contracté un peu de courbure, & les examine attentivement pour voir fi elles n’ont point de pailles, de fentes ou de gerçures ; auquel cas il faut abfolument les mettre au rebut.
- 13 g. Parmi les dents où l’on apperçoit des gerçures, il y en a en qui ce 11e font que des pailles fort légères : on ne met point celles-là au rebut; mais les ayant toutes mifes fur une table bien unie, on y jette un tant foit peu de pierre ponce en poudre, & avec un morceau de liege de la forme d’un bouchon, mais un peu plus gros, on les frotte fur leurs deux faces; & comme cette opération ferait trop longue fi on les poliflait Tune après l’autre, on en prend plusieurs à la fois, & 011 les retourne fens-defliis-deflous & bout pour bout. Quand on les a ainfi toutes frottées, on les examine de nouveau, & on met à part celles en qui cette opération a fait difparaître les pailles, & on rejette abfolument les autres; on les efluie, 011 ôte cette ponce , & on les nettoie avec un autre bouchon qu’on frotte fur une plaque de plomb ; d’autres les frottent avec un morceau de plomb même, en les tenant toujours bien à plat fur la table, pour ne leur faire contracter aucune courbure. Enfin on les efluie parfaitement & on les met parmi les autres , dont elles ont par ces préparations acquis la perfection.
- 139. Je n’ai jamais pu concevoir quelle pouvait être la raifon de l’ufage
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- du plomb pour polir les dents : la pierre ponce eft très-incifive, & a la propriété d’ufer en fort peu de tems la furface à laquelle on l’applique, avec le moindre frottement; mais fi cette poudre raie les dents, a-t-on prétendit remplir ces raies ou' Ges inégalités avec le plomb ? Je n’en crois rien : d’ailleurs , en prenant ainfi le plomb à fimple frottement, on n’en enleve que des parties fi déliées, qu’on n’en a guere que la teinture ; & le moindre attouchement qu’effuieront les dents, la leur fera perdre. Je crois pouvoir ranger cette recette parmi ces vieux procédés que l’ignorance a introduits, que l’ufage perpétue, & dont on ne faurait donner aucune raifon. Nos peres avaient tant de bonhommie î Et quand on fe rappelle toutes les puérilités dont on s’occupait férieufement il n’y a pas encore long-tems, doit-on être furpris que les arts s’avancent à pas-fi lents vers la perfe&ion? Voulez-vous polir les dents ? con-fultez ces artiftes qui, d’un nombre infini d’efpeces de têtes de clous , nous font autant de miroirs à facettes , dans lefquelles le foleil fe multiplie, au grand dommage de notre vue , fur les habits des hommes. Je fais cependant que les roues de plomb font un des intermèdes dont on fe fert pour parvenir à ce beau poli; mais ce n’eft pas immédiatement après la ponce, qui raie fi fort tout ce qu’elle approche ; & encore fà ut-il un frottement très-rapide & con-fidérable, dont n’approchent pas ceux qui frottent un tant foit peu les dents avec du liege.
- 140. L’usage de certains ouvriers de mêler enfemble les dents qui du premier inftant fe font trouvées bonnes , avec celles à qui il a fallu donner l’apprêt dont nous venons de parler pour qu’on pût s’en fervir, eft très-dé-fedueux : quelque peu que ce poli diminue fur chaque furface, il diminue enfin ; & fur la quantité de ces dents on ne faurait manquer de s’en apperce-voir : le mieux eft donc de les mettre à part, pour fervir à l’épaiffeur où elles Le trouvent réduites.
- 141. Quoique l’ufage de la jauge en S foit fort bon, il eft toujours plus fur, après que les dents ont été coupées de longueur, de les jauger encore dans l’entaille A , fig. y , pi. I ; après cela 011 les range dans des boîtes ou tiroirs numérotés fuivantles numéros des dents elles-mêmes , & dans lefquels on doit les préferver avec grand foin contre la moindre humidité. Qu’il me’ foit permis de le dire en pafîànt, il 11e faut jamais recevoir de ces tiroirs que les menuifiers font avec des douves de tonneaux ; le vin qui y a féjourné y dépofe des fels qui, quelque feches que foient ces douves , en fe volatilifant rouillent tous les inftrumens de fer ou d’acier qu’on y entrepofe : le mieux eft de les faire en chêne neuf ou en noyer. Les ouvriers ont la précaution,5 pour empêcher la rouille , d’enterrer les dents dans du fon , où elles fe Con-fervent très-bien : le parti le plus fur eft de ne pas tirer beaucoup plus de délits d’épaiifeur qu’011 n’en a befoin. J’infifte un peu là-delfus, parce que j’ai
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- vu beaucoup de peigtiers, dont l’ufage eft de faire de très - grandes provi-lîons de toutes longueurs & épailfeurs : il eft vrai qu’on peut les envelopper librement dans un papier gris , un peu imbibé d’huile d’olive , & même il eft bon d’en répandre quelques gouttes fur les dents & de les remuer enfuite pour répandre également cette huile y 8c quand on veut monter un peigne, il faut les fécher avec grand foin, fans quoi la poix du ligneul ne prendrait pas, & elles feraient fujettes à glifler lors même qu’elles feraient entre les jumelles.
- 142. C’est donc une attention qu’on ne faurait avoir trop grande pour pré-ferver les dents de la rouille ; & Ci, malgré toutes les précautions, elles en font prifes, il faut faire un choix de celles où il n’y a que la fuperficie d’en-tamée, d’avec celles où, ayant pénétré un peu avant dans fépaitfeur, il faudrait fe fervir de limes aux dépens de cette même épailfeur, ce qui les mettrait hors d’état de fervir ; & fi. la finelfe à laquelle elles fe trouveraient réduites 11e les rendait pas entièrement défe&ueufes , le tems qu’on emploierait à les limer & polir ne ferait pas compenfé par leur valeur intrinfeque. Quanta celles qui ne font que légèrement attaquées de la rouille, voici la maniéré d’ôter cette rouille : on enduit ces dents d’huile d’olive ; enfuite on les met dans une boite dans de la farine, & on les expofe deux jours de fuite à l’ardeur du foleil ou à un grand feu pendant l’hiver ; & quand on voit que la farine qui s’était attachée autour de chaque dent eft un peu tachée par la rouille, on les retire, & en les elfuyant on a la latisfàdion de voir dilparaître prefque toute cette rouille. Si cette opération ne réuflitpas de la première fois , on la répété une fécondé , 8c on peut être afluré d’une parfaite réuflïte. Si quelqu’une rélifte à ces opérations, il faut voir fi c’eft que la rouille eft trop enracinée , ou li le frottement de la pierre ponce en poudre, comme nous l’avons vu plus haut, ne la ferait pas entièrement difparaitre ; mais quoique dans tous les arts, on polilfe l’acier & le cuivre avec la ponce 8c l’huile, les peigners ont l’habitude de remployer à fec : ils prétendent que la ponce, s’imbibant d’huile, fait une pâte qui émoulfe le tranchant de cette poudre , 8c l’empêche de mordre aulii bien. Ils ont bien raifon à cet égard; mais c’eft par-là qu’on empêche que l’ouvrage nefoitrayé, ce qui à fec ne peut manquer d’arriver : c’eft aufli par la même raifon, que quand on polit à la lime douce, on l’enduit de quelques gouttes d’huile pour polir plus fin : l’ufage eft contraire , je dois fans doute le rapporter ; mais je ne me crois pas obligé de l’approuver.
- 145. Je ne me fuis jamais annoncé que pour un artifte ; en cette qualité je dois rendre compte de tous les procédés mis en ufage dans chacune des parties que j’entreprends de décrire : le favant & le phyficien auraient une toute autre tâche à remplir. Àflidus obfervateurs & fcrutateurs des fecrets de la ûature, on attend d’eux de rendre compte de toutes fes productions 8c de fes
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- écarts même. Cette tâche eft certainement bien au-defïus de mes forces & de mes connaiflànces j & lorfqu’il m’échappe quelques réflexions fur les caufes phyliques des effets que je décris, je ne fais que propofer modeftement mon avis, que je foumets entièrement aux lumières fupérieures. Sans être phyfî-cien, j’ai ,{comme tout homme fage, réfléchi fur les caufes; je m’en rends compte du mieux que je puis, & c’eft là ce que je propofe au public. Mais ce ferait pour le chymifte un objet de recherches , que d’expliquer pourquoi les dents rouillées, mifes pendant fort long-tems dans l’huile, lie fe dérouillent pas à beaucoup près aulii bien que quand on y joint de la farine. Ne s’y établirait-il pas une fermentation qui, donnant du mouvement aux parties , arrête d’abord la décompofition du fer , qui produit l’ochre de la rouille , & bientôt déterge ( s’il m’eft permis d’employer ce mot ) ces mêmes parties ulcérées ? Je vois d’ici le ledeur crier après le fabricant - chymifte : mais les arts font freres ; & s’ils ne fe connaiflfent pas bien tous , c’eft que la parenté eft un peu longue. Voilà en général ce qui concerne la préparation qu’il convient de donner aux dents , & le foin de les préferver ou de les guérir de la rouille. Je pafle à l’emploi qu’on en fait pour monter les peignes.
- t* i-g=-:— -----Jf ur-i- '===<}».
- CHAPITRE* IL
- De la maniéré de monter les peignes d'acier.
- i44- Le s peignes dont les dents font d’acier , le montent fur leurs jumelles avec du ligneul tel que celui dont on a parlé pour les peignes de canne. Il ferait fans doute très-déplacé d’entretenir ici le ledeur de tous les procédés qui font communs aux uns & aux autres ; le plus fitnple eft d’y renvoyer. La maniéré de monter les peignes eft à peu près femblable à la première : je ne ferai donc ici que rapporter en peu de mots les particularités adoptées par les peigners en acier ; particularités qui confident en quelques machines & quelques procédés qu’ils fe font rendu propres à eux feuls.
- 14Ï. A la rigueur on peut donc monter les peignes d’acier fur les mêmes métiers où ou monte ceux de canne ; mais 011 va voir que les moyens dont 011 fe fert pour frapper les dents, ainfi que les autres opérations, font fort ingénieux. J’aurais déliré pouvoir rendre un compte un peu circonftancié d’un moyen très-heureux, qu’un habile peigner de Rouen a imaginé pour monter un peigne fans le fecours des mains. Ce moyen eft très-expéditif; il confifte à faire’ entourer les jumelles par le ligneul à mefure que les dents prennent leur place, par une mécanique bien entendue, & enfuite à frapper fur la dent qui vient d’être placée.
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- A R T D V F A 1 SE U R
- 14L’auteur de cette invention prétend que des machines mues également travaillent bien plus régulièrement que les bras d’un homme, dont la volonté feule réglant l’adion des mufcles, ne faurait produire une parfaite égalifê. Cette machine , dont l’auteur fait myftere, n’eft pas venue à ma connaiifance ; il 11e l’a communiquée qu’à l’académie des fciences; & tout ce que j’ai pu en apprendre , c’eft; que les jumelles font enfermées dans une boite où fe paife toute l’opération. J’ai craint de commettre une indifcrétion en cherchant à pénétrer l’intérieur de la boite ; & quand l’auteur veut s’envelopper dans la nuit du myftere , eft-ce à moi d’y porter le flambeau de la curiofité? Je coniigne ici ce fait. Heureux qui pourra en acquérir de plus grands éclair-ciifemens ! Et fi j’eulfe déliré de connaître ce chef- d’œuvre, c’eût été pour en faire part au public & le tourner à l’avantage de mon art. Si l’amour de la gloire doit inviter les artiftes à publier leurs découvertes , on peut, fans crainte de reproches, fe réferver celles dont le fuccès peut indemnifer des dépenfes & du tems qu’elles nous ont coûtés : tout ce que la patrie a droit d’exiger, eft qu’on n’enfeveliffe pas ces utiles fecrets. Il faut efpérer que , les raifons d’intérêt particulier cedant, l’auteur nous lailfera le détail de fes procédés. J’apprends qu’un peigner d’Aix en Provence vient d’inventer une machine qui produit les mêmes effets : ont-ils employé les mêmes moyens ? C’eft ce que la fuite nous apprendra fans doute. Ces deux inventions prouvent la néceiîité de perfectionner cette partie de la fabrique des étoffes de foie, puifque des gens de génie s’en occupent avec fuccès. Le but de cette machine n’eft pas la célérité de l’ouvrage feule ; des perfonnes qui ont vu des peignes qui fortent de cette fabrique , aflurent qu’ils font très-réguüérement faits. Je reviens aux opérations qu’on met en ufage pour monter les peignes.
- Article premier.
- Première maniéré de monter les peignes d'acier.
- 147. §. I. Defcription du métier. La fig .1, pl. FIII, repréfente un métier à monter les peignes , dont ie le&eurpeut reconnaître la conftrudion pour l’avoir vu employer à monter les peignes de canne. On a feulement à celui-ci le foin de tenir la table de ce métier un peu plus large , pour y placer les deux couliffes, ij? i, formées par les rainures des deux tringles c , c. C’eft fous ces coulill'es que glifle la planche d, qu’il eft à propos d’examiner à part pour en fentir mieux la çonftrudtion, fig. 2 : aux deux bouts de cette planche eft une feuillure g, g , dontl’épaiffeur de la languette h, A, coule aifément dans la rainure des deux tringles : au milieu de cette bafe eft plantée une équerre de fer e, qui porte la batte 772, dont nous allons parler i mais comme cette piece eft fans celle en mouve-
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- ment, & qu’elle frappe fans ceffe des coups redoublés contre les dents du peigne , elle a befoin d’ètre très -foiidement fixée dans fa bafe ; pour cet effet le bout inferieur de cette équerre, fig. 3 , eft taraudé , comme 011 le voit en o, & entrant dans le trou p de la piece de fer quarrée, fig. 5, fans cependant s’y viffer, le quarré de cette piece entre jufte dans une entaille de pareilles dimeniions q , pratiquée fur l’épailféur de cette plaque , d’environ trois lignes, & par - deffous efl arrêtée au moyen d’un écrou quarré , fig. 6 ; enluite de quoi eft une autre plaque de fer de deux ou trois lignes d’épaiffeur, fig. 9, entrée en-deffous de la bafe de toute fon épaiffeur dans le bois , & arrêtée par les quatre coins : cette plaque reçoit dans le trou y du centre , le bout o de l’équerre fig. 3 ; au moyen de quoi la batte ne faurait s’incliner en-devant ou en-arriçre. La plaque de fer , fig. 5 , eft aufli noyée de toute fon épaiffeur en-deffus de la bafe pour plus de propreté : à l’autre bout de l’équerre eft un tenon qui reçoit la piece de fer /, fig. 4, aux deux bouts de laquelle on a réfervé une maffe de fer pour lui donner de la pefanteur. La mortaife / qui reçoit le tenon k,fig. 3 , doit être bien jufte à ce tenon, & bien au milieu de la longueur de la piece; de là dépend l’égalité des dents par rapport à leur épaiffeur, comme nous le verrons dans l’opération. Cette piece eft fixée en place au moyen d’une cheville de fer qui entre dans le trou m , fig. 2, qui repréfente la batte toute montée. Quand 011 veut mettre cette batte en place , 011 l’entre par le bout des tringles A , qui ne vont pas contre la poupée à gauche ; mais elles y vont tout-à-fait par l’autre bout, pour donner plus de courfe à la batte. On conçoit à l’infpedion feule, que la piece de fer repréfentée par la fig. 4, gliffe entre les jumelles, pour aller frapper contre les dents , dont elle doit avoir tout au plus l’épaifleur, mais pour gagner de la folidité , on la tient fort large, fans quoi elle plierait au moindre choc , & ne remplirait pas fon objet. Le plan de la table de ce métier & celui de deffous la bafe ne fauraient être trop unis pour diminuer les frottemens, & même il eft à propos de frotter de favon. tant ces deux plans que les deux couliffes : la hauteur de cette batte doit être telle que la lame puiffe güffer parallèlement aux deux jumelles j & pour fe régler, on peut prendre la hauteur des tenons g, g, des deux poupées E, E, fig. 1. Il faut 'encore avoir grand foin que l’équerre foit montée fur fa bafe, parfaitement a angles droits avec les poupées, pour qu’en frappant fur les dents , on foit fur de leur procurer une pofition perpendiculaire avec les jumelles , comme je l’ai dit en parlant des peignes de canne, où je recommandais de frapper avec la batte également fur les deux bouts des dents, Je paffe à la maniéré de fe fervir de ce métier ainû monté.
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- Jf8 ART DU FAISEUR
- §. II. De la maniéré de monter les peignes en fe fervant de la batte qiùon
- vient de décrire.
- 148. Les préparatifs néceflaires avant de monter les peignes d’acier, font abfolument les mêmes que pour les peignes de canne : le métier eft le même ; les montans font garnis de vis & de tenons , fur lefquels on fixe les jumelles en les attachant l’une à l’autre avec une ficelle dans des encoches, ainfi qu’on l’a vu plus haut : les gardes fe pofent de la même'maniéré, & on les fixe, ainfi que les dents des lifieres, comme aux peignes de canne. Il faut auiîi, avant toutes ces opérations, marquer fur les jumelles de delfus les divifions par pouces, demi-pouces, &c. ou par portées, demi - portées, avec les inC. trumens qu’on a rapportés à ce fujet : les dents fe placent enfuite de la même maniéré , en les entourant chacune d’un tour de ligneul, & frappant avec la batte pendant qu’on tient les deux petits paquets de ligneul de la main gauche un peu tendus ; mais comme cette opération ne différé des précédentes que par l’ufage & la forme de la batte ( car les dents , quoique d’une autre matière, fe placent de même ), c’eft à cela feul que nous nous arrêterons.
- 149. L’ouvrier prend la batte au milieu de fa hauteur, & la faifant gliifer fur la bafe, il appuie & frappe le plus également qu’il lui eft poflible contre les dents; & pour cela il a plufieurs précautions à prendre. Premièrement , comme le frottement qu’effuie la bafe de la batte dans là couliife diminue la force qu’on lui imprime , il faut s’habituer à bien régler fon coup, & pour cela prendre fon élan à une égale diftance : fecondement, avoir attention de prendre la tige au milieu de fa hauteur; car fi, pour avoir plus de force , on voulait la prendre un peu plus haut, la bafe ne fuivant plus un mouvement parallèle , s’engagerait entre les tringles, & l’opération ferait retardée. Si au contraire on la prend trop bas, le levier de la réfiftance étant plus long que celui de la puilfance, on ne frappera plus, même avec d’alfez grands efforts, que de faibles coups , & l’on ne pourra ferrer les dents autant qu’il eft néceffaire.
- 1^0. Il y a des ouvriers qui, pour ne pas prendre les dents l’une après l’autre fur le métier, ou dans une boîte qu’ils ont à côté d’eux , en prennent une petite poignée de la main gauche, quoiqu’ils tiennent de cette main les deux petits paquets de ligneul. Cette pratique eft fort expéditive quand on peut en prendre l’habitude ; mais la main droite doit être libre pour empoigner la tige de la batte.
- if 1. Il y a pourtant un inconvénient dans cet ufage pour certaines per-fonnes qui fuent des mains, & donnent par-là lieu à la rouille; dans ce cas il vaut mieux placer les dents fur une tringle de bois fur le métier , pour qu’ayant un bout en l’air, on puiffe les prendre fans peine. Chacun en ufe fuivant l’habitude qu’il a contractée: mais je penfe qu’en effet cetinconvé-
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- aient mérite confidération ; car les dents une fois placées, ne peuvent plus être eifoyées , & avec beaucoup de foins depuis que le peigne eft fait, oneft fort furpris de le voir rouiller.
- 152. Les attentions que je recommande fi fort , paraîtront fans doute minutieufes à bien des perfonnes ; mais elles font elfentielles pour l’ouvrier , qui ne peut trouver fon bénéfice que dans la célérité. S’il s’agiflait de me déterminer fur la préférence qu’on doit accorder à l’une des battes dont nous avons indiqué l’ufage, tant pour les peignes de canne que pour ceux d’acier, il me femble que la derniere eft préférable à beaucoup d’égards ; mais d’un, autre côté l’habitude peut rendre l’ouvrier auflî habile avec l’une qu’avec l’autre : un avantage réel avec la derniere , c’eftque, fi elle eft bien faite & pofée bien d’équerre en tout feus, elle difpenfe du foin particulier de placer les dents b à angles droits avec les jumelles, puifque cela 11e peut manquer d’arriver. L’ouvrier n’a d’autre attention que de bien ferrer fon ligneul, & de faire tomber jufte fur chaque divifion marquée le nombre de dents qui leur convient. Quelle attention ne faut-il pas pour frapper également fur chaque extrémité des dents, lorfque le bras qui conduit la batte décrit un arc de cercle ? Il eft fort difficile de corriger cette courbure, & le moindre défaut eft confidérable. Enfin, nous avons vu que pendant que l’ouvrier place & entoure les dents de ligneul, la batte repofe entre les jumelles ; & ce poids, quoique peu confidérable, imprime infenfiblement au peigne une courbure que tout peigner qui démonte le métier a foin au premier inftant de redreifer , fans même s’inquiéter de cette caufe. Mais cet inconvénient qui parait de 11 peu de conféquence, devient confidérable j & 11’arrive-t-il pas par-là que chaque dent change de pofition refpedive avec les dents voL fines, & que le ligneul fe lâche & ne les fai fit plus avec autant de force, fur - tout au milieu du peigne , où la courbure était plus grande & le déplacement plus confidérable ? Ce n’eft pas quand le peigne fort des mains de l’ouvrier qu’on peut juger de ce dérangement ; mais il devient plus fenfible quand il a travaillé quelque tems. Il nous refte à parcourir quelques méthodes particulières pour monter les peignes, qui ne confident que dans la maniéré de frapper les dents, & dans les machines qu’on a inventées pour cetufage.
- Article II.
- Defcription d'un fécond métier à monter les peignes d'acier y & de la maniéré
- de s*en fervir.
- 1)3. §. I. Defcription du métier. La fig. 1 r, pl. VIH, repréfonte un me* tier à monter les peignes, que j’ai vu mettre en ufage dans quelques pro-
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- vinces, & qui a Tes avantages ainfi que Tes inconvéniens. La table ou le banc de ce métier eft monté à peu près de la même maniéré que les précédais i\ mais au lieu des poupées qu’on y a vues , on fe fert de deux mon-tans A , A , qui en font l’effet, & de plus vont à environ quatre pieds s’af-fembler dans les bouts des deux traverfes F, F. A la hauteur des poupées qu’on a vues, ces montans font percés & garnis de fer pour recevoir les boulons à vis D , E, que le le&eur doit parfaitement reconnaître, & dont par conféquent je ne dirai rien. Il ne me refte à décrire que la batte I, qui fe meut par le moyen d’un balancier, comme on va le voir. Au haut de chaclm des montans A, A, & fur leur épaiffeur, font deux entailles où feuillures qui reçoivent les tenons des crémaillères de fer F, F, qui y font attachées. Ces tringles ont peu d’épaiffeur; mais pour ne pas perdre de la force , on leur donne une certaine largeur : leur épaiffeur eft abattue en chanfrein des deux côtés , & forme un bifeau , fur la longueur duquel eft une certaine quantité d’encoches anguleufes , c’eft-à-dire, de la forme d’un V; mais comme il faut que ces encoches fe répondent parfaitement l’une à l’autre, on faifît les deux tringles dans un étau ou dans une entaille , puis on trace & l’on forme chacun de ces crochets d’un même coup. Je paffe au balancier.
- 154. A environ quatre pouces du bout fupérieur de la tige de fer H, eft; une mortaife </, fig. 1^ , dans laquelle entre jufte la petite traverfe ^fig. 12, qui y eft chevillée , comme on peut en juger par les trous e de l’une & f de l’autre : les deux bouts de cette traverfe ont leurs plans abattus en bifeau , & forment une efpece de lame de couteau b ,b, fig. 12, d’environ deux pouces de loug chacun ; & la longueur comprife entre les épaulemens c, c, eft à peu près égale à la diftance qui régné entre les deux crémaillères F , F. A l’autre bout de la tige H , ou fig. 13 , eft un tenon quarrég , taraudé au centre, formant écrou n ,;pour recevoir la vis l de la piece L>fig. 1 f ; de maniéré que quand ces deux pièces font viffées enfemble , elles ne biffent d’écartement fur leurs quatre- faces que la longueur du tenon g, dont on . connaîtra bientôt l’ufage. L’autre bout de la piece L eft aufîi taraudé , & va fe vilfer dans un écrou p, pratiqué fur la boule de fer K , ou fig. 17, qui ne fert qu’à donner de la pefanteur au levier * & par conféquent plus d’impulfion à la batte. Cette batte qu’on voit en I, fig. 11 , )k qui eft; repréfentée à part fig. 14 , eft une lame de fer ou d’acier , dont l’épaiffeur eft à peu près égale à la largeur des dents , & au centre de laquelle eft une mortaife, jufte aux dimenfions du tenon quarré g} qui y entre fans balotter. On fent aifément que ce tenon, n’ayant tout au plus de longueur que l’épaiffeur de cette lame ou batte, quand on viffe la piece L, cette batte fe trouve prife folidement en tout feus : toute l’attention qu’il faut avoir con-fifte à ce que cette batte, quand'elle eft à fa place, foit parfaitement à la
- hauteur
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- hauteur des boulons D, E , des montans A , A ; fans quoi, en gliflant entre les jumelles , elle les fatiguerait conftdérablement : quelques-uns font faire la piece L cylindrique, comme la fig. 18 la repréfente, & interpofent entre elle & la batte une rondelle , fig. 19, en place de la plaque, fig. 16 , que d’autres mettent à la tige quarrée au - delfous de la batte.
- if 5. Cet ajustement de pièces multipliées me parait fujet à fe déranger fort aifément; ne ferait-il pas meilleur & plus Ample de pratiquer après le tenon quarré du bas de la tige, fig. 15 , un long tenon qui palfât au travers de la tige L, qu’on percerait pour cela , & qu’àprès y avoir enfilé la boule , qu’on pourrait aufli faire de plomb, on fixât le tout en place par le moyen d’un écrou à pans ou à oreilles par-delfous la boule ? Mais l’ufage en a décidé autrement. D’autres ont fait faire tout d’une piece la tige & la .boule,& pratiquant à la hauteur du peigne un épaulemeut fur chaque face, ils enfilent la batte qui vient y repofer & eft enfuite arrêtée par une clavette, qui prede une rondelle fur la batte.
- §. II. Vf âge du métier.
- if£>. La fig. 1, pl. IX, repréfente un métier à monter les peignes , garni de la batte, en forme de balancier: cette batte eft entre les jumelles, & au milieu de l’efpace compris entre les dents & la foule , dans l’état d’inertie où tout corps grave qui fe meut autour d’un centre tend à fe placer. L’ouvrier, qu’on n’a pas jugé à propos de repréfenter, ferait ici derrière le métier. Après avoir fixé les jumelles fur les tenons b, b, qui font aux boulons à vis , il attache la garde du côté gauche du peigne, enfuite les dents des lifieres, & enfin les dents du peigne i & à mefure qu’il les place l’une après l’autre, il les arrête d’un tour de ligneul haut & bas , & ne celfe d’en tenir les bouts de la main gauche, tandis que de la droite il écarte le balancier un peu vers fa droite , & le ramene avec un peu de force frapper contre les dents C j mais dans ce travail il faut apporter quelques foins.
- if7. La batte étant fixée en un point de la longueur du balancier,me faurait décrire qu’une portion de cercle dans le mouvement qu’on lui imprime : or cet arc tend à faire écarter les jumelles ; il faut donc que la foule A leur procure un' écartement fuffifant , & que le point de repos du balancier foit allez près des dents pour ne pas fatiguer ces mêmes jumelles. Il ferait donc à fouhaiter que le point même de repos fût contre les dents, 8c que l’ouvrier l’écartât un tant foit peu pour placer fa dent ; alors l’arc de cercle aurait un de fes bouts contre les dents, 8c pourrait s’étendre à l’aife de l’autre côté entre les jumelles écartées : aufti l’art des ouvriers eft Tome XV, Z 2
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- de tenir la batte à la plus petite diftance poflible des dents. Il eft aile dé fentir qu’à mefure que le peigne fe garnit de dents , la batte ceffe d’être perpendiculaire : aufîi a-t-on imaginé l’ufage des crémaillères , lur les dents defquelles on peut reculer à volonté fon point de fufpenfion.
- Réflexions fut la maniéré précédente de frapper les dents.
- i^g. Quelque ingénieufe que foit l’invention du balancier qu’on vienù de voir, il eft certain qu’elle eft fujette à de grands inconvéniens î j’en ai déjà annoncé quelques - uns, & je crois y en appercevoir d’autres. La batte, dans fon mouvement circulaire, ne préfente pas le côté de fon épaiffeur qui frappe les dents, parallèlement à elles; ou fi le parallélifme s’établit à la fin, ce n’eft que parce que les dents ont pris l’obliquité de la furface qui les frappe. Ce défaut eft d’autant plus fenfible , que nous avons fait voir que le côté des dents devait être perpendiculaire aux plans des jumelles, pour que les fils de la chaîne trouvaient moins de réfiftance. On pourrait, cefemble,corriger ce défaut, en donnant un peu d’obliquité au côté de la batte qui touche les dents ; mais pour peu qu’on falfe réflexion à ce qui fe paie dans la fuite de cette opération, l’on fentira qu’à mefure qu’on place des dents, l’arc de cercle que décrit la batte raccourcit infenfiblement, & qu’on ne faurait changer la fufpenfion du balancier alfez fouvent pour réduire à zéro ces variations: il n’y aurait abfolument que le moyen dont j’ai déjà touché quelque chofe , de fufpendre le balancier de façon que fon point de repos fût toujours celui où la batte toucherait les dents ; alors 011 ferait prefque fûr du parallélifme entre le côté frappant & la dent qui reçoit le coup. J’ai vu plufieurs peigners à qui ce défaut avait fait chercher les moyens de le corriger ; chacun s’y prend félon fon génie : voici un de ceux qui m’ont paru mériter le plus d’être rapportés.
- 3 f 9. La fig. 2, meme planche, repréfente un métier à monter les peignes, qui 11e différé du dernier qu’on vient de voir que par la maniéré dont le balancier eft mis en mouvement ; du refte les boulons à vis font placés de même dans les trous qu’on a repréfentés en i} i: 011 a, pour fimplifier les objets, fupprimé toute la table du métier, parce qu’on n’en a pas befoin pour le faire entendre. A la partie inférieure de la bafcule en G, eft un tenon quarré, femblable à celui qu’on a vu , & qui entre jufte dans un trou de mêmes forme & dimenfion, fait au centre de la batte qui y eft retenue par la piece H qui reçoit le bout de ce tenon , & y eft arrêtée au moyen de deux chevilles ou clavettes de fer, alfez folidement pour empêcher que la batte ne balotte ( la batte n’eft pas repréfentée ici ). Le bas de la piece de fer, dont on va faire connaître la forme & les ufages , eft armé
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- d’un poids très-lourd I; & lorfqu’on veut s’en fervir, l’ouvrier place le balancier de façon que fou repos foit à deux ou trois lignes de la derniere dent ; & comme il nuirait à l’opération, fur l’épailfeur du petit chaflis de fer H, eft un trou qui reçoit la cheville #, à laquelle on attache le bout d’une corde M, dont l’autre va palfer fur la poulie N, & fe fixer par un nœud en - deflous de la marche L, qu’elle tient à fept ou huit pouces d’élévation de terre. L’autre bout de cette marche a une entaille ou enfourchement par où elle repofe contre une cheville e , qui eft plantée dans le plancher & l’empêche de reculer.
- 160. On fent que quand l’ouvrier pofe le pied fur la marche, le contrepoids & la batte font attirés à droite & écartés des dents ; pendant ce tems-là il place une dent, l’entoure de ligneul haut & bas, & laide aller la marche ; au moyen de quoi le poids, par fa tendance à la ligne perpendiculaire à l’horizon , vient frapper contre les dents un coup dont on eft aifuré de la force , puifque l’élan eft toujours à peu près le même. Lorfqu’on a placé un nombre de dents à peu près égal à l’écartement des encoches des crémaillères , on recule d’un cran le point de fufpenfion.
- i6t. Quelques ouvriers ont trouvé que d’abandonner ainfi le poids à lui-même , ne lui donnait pas affez de force pour prefler convenablement les dents ; ils ont attaché à la même cheville#, une fécondé corde qui, paft fant fur une autre poulie R, tient fufpendu par le'bout un contre-poids P, qu’on peut rendre plus lourd ou plus léger à volonté : par ce moyen , quand on lailTe aller la marche, non-feulement la pefanteur du poids I le porte vers les dents, mais le contre-poids l’appelle encore.
- 162. Il reliait une difficulté à vaincre, c’eft qu’à mefure qu’on fait avancer le point de fufpenfion V, la corde qui tient à la marche devient trop longue, & l’autre trop courte. Voici comment on y a remédié. La fig. 3 repréfente le même poids I fous de plus fortes dimenfions , & fous les mêmes lettres. A l’un des bouts de la cheville #, eft enarbrée une roue à rochet n, dans les dents de laquelle repofe une efpece d’encliquetage m, pofé fur le plat de la cage comme le loquet d’une porte. Il tourne par un bout fur une vis o , eft retenu par le milieu contre la cage , au moyen d’une gâchette, en terme de ferrurerie ; l’autre bout tombe par fon propre poids entre les dents : 011 voit que le bout de chaque corde étant palfé dans l’un des deux trous pratiqués fur le corps de la cheville , au milieu de la cage , de maniéré que l’une enveloppe le cylindre, tandis que l’autre fe déroule, quand on tournera la roue dentée , la corde de la marche fe raccourcira, & l’autre s’alon-gera*, ce qui convient parfaitement à l’ufage qu’on en attend. L’entaille de la cage , dans laquelle les cordes s’entortillent, doit être capable de les contenir fans que les tours de l’une chevauchent fur ceux de l’autre: au fur-
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- plus, comme on fe fert de cordes à boyau d’une ligne ou une ligne & demie de diamètre, pour peu qu’on y prenne attention, l’on ne court pas rifquet de tomber dans cet inconvénient.
- i6j. Ceux qui ne fe fervent point de contre - poids, font également ufage de la roue à rochet, à la tête de la cheville,g; & alors ils fe contentent de développer la corde de la marche à mefure que le peigne avance» Il refte une difficulté, c’eft que quand la traverfe à couteaux qui fufpend le balancier dans les encoches des crémaillères eft une fois au fond des encoches, plus le poids eft lourd , & plus on a de peine à la faire fortic de ces encoches > il faut que l’ouvrier fe leve , qu’il fbuleve la. tige, & la place dans les encoches fuivantes : ce qui le dérange & le fatigue beaucoup*: Pour remédier à cet inconvénient, il me femble qu’on pourrait employer l’un des deux moyens fuivans. Le premier eft , de tenir les encoches d’un angle plus obtus, & au lieu d’un couteau à chaque bout de la traverfe V ,fig. 2 y on y pratiquerait un tenon bien rond & bien poli, qui, entrant dans do petites roulettes , palferait aifément d’une encoche à l’autre, comme on le pratique à certains métiers d’étoffes de foie , & comme on le voit repré-fenté fig. 4, où q repréfente la roulette dans une entaille.
- 164. L’autre moyen confifterait à faire les dents précifément comme celles d’une crémaillère ou d’une fcie , penchées toutes vers un bout, & à angles .droits par rapport à l’autre. On placerait une poulie au milieu delà largeur du montant à droite , & avec une corde » dont le bout ferait, attaché au milieu de la traverfe V, on tirerait la bafcule de cran en cran à mefure que l’ouvrage avancerait. Il faut avoir attention déplacer le poids de maniéré que fon centre de gravité foit au centre de la figure, comme s’expriment les physiciens i fans céla la batte frapperait plus fort fur un bout des, dents que fur l’autre. Voyons maintenant le parallèle de ces deux méthodes*.
- Parallèle des deux battes précédentes..
- iGf. En comparant ces deux méthodes , on trouvera qu’elles ont des. avantages & des inconvéniens : toutes deux donnent allez d’expédition à l’ouvrage ; l’une frappe toujours les dents dans la ligne perpendiculaire, au lieu que l’autre 11e les frappe qu’au bout d’un arc qui fatigue toujours les jumelles enfin la derniere parait préférable, en ce que l’ouvrier a les deux mains libres pour placer fies dents , & n’a qu’à lever le pied pour les frapper. Encore une fois, ce n’eft pas à moi à prononcer fur la fupériorité de-ces fortes, d’uftenfiles & d’opérations : les ouvriers qui ont long-tems pratiqué l’un &. l’autre , font feuls compétens pour porter ce jugement.
- 166. Je penfe cependant que l’ufage de la batte à la main eft préférable s
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- «ar quelqu’égale que Toit la force qui vient frapper fur les dents, il faudrait avoir réglé le poids avec une julteile mathématique , pour être fur que tel nombre de dents entrera exactement dans la divifion marquée fur les jumelles ; & fi l’on s’appercoit qu’on ne pourra pas l’y faire entrer , l’ouvrier , en lâchant la marche-, ne faurait donner à la bafcule plus de force que l’écartement où il Famene ne peut lui en procurer : il faudrait l’écarter davantage à la main, & l’appuyer plus fort, ce qui ne faurait avoir lieu. La première méthode remédierait mieux à cet inconvénient i mais la batte à la main elt plus fure, parce qu’on peut redoubler le nombre des coups, & augmenter leur intenlité, jufqu’à ce qu’on voie que les dents prennent l’arrangement qu’on veut leur procurer.
- 167. Il eft il vrai que la méthode qu’on vient de voir elt fujette à des inconvéniens, qu’on a cherché à la perfectionner en procurant à la batte la liberté du mouvement pour la faire frapper plus ou moins fort, félon le befoin ; mais comme l’ufage de la marche eft très - avantageux, puifqu’ii laiife la liberté aux deux mains , on a adapté à ce mécanifme le mouvement de la même marche, comme on va le voir à l’inftant.
- 168. La néceflité feule de décrire l’art du peigner dans toutes fes parties, a pu me déterminer à rapporter tous les procédés que je fais palier en revue : les méthodes qu’on vient de voir n’ont pas lieu pour la fabrique des étoiles de foie, les peignes n’en feraient pas allez parfaits ; mais en Flandre, ou l’on fabrique beaucoup de toiles & de moulfelines, c’eft ainli qu’on fait les peignes, & je 11e fais aucun autre endroit où 011 les faiîe de cette maniéré» J’ai toujours cru qu’un art n’était complet qu’autant qu’on y confignait tous les ufages, pour qu’il en réfultât une malle de connailfances dont chacun pût tirer avantage. Verfé dans la fabrique des étoffes de foie, je ne me crois, pas juge corftpétent des uflenliles & des procédés' qu’on emploie dans les, autres arts qui y ont rapport : aulfi jem’abftiens d’en porter aucun jugement»,
- Article III».
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- Defcripdon d'un troifieme métier à monter les peignes , & de la maniéré de
- s’en fervir.
- 169. §= I. Defcripdon du métier. Le métier que je vais décrire me fembîe le plus ingénieux de tous ceux que j’ai vus ; & cependant je dois avouer que dans nos grandes villes de manufactures il n’eft aucunement mis en ufage, & peut-être même n’y elt pas connu» II n’y a pas dix ans qu’un, peigner d’Anvers l’inventa, & en fit conftruire un : fon exemple fut aulli-tôt; fuivi par tous fes confrères de la même ville. Je ne l’ai pas-vu &Je ne le
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- connais que par les détails que je m’en fuis procurés. La bonne-foi exige de moi cet aveu; & fi la defcription que j’en donnerai n’eft pas entièrement conforme à celle de l’original, je crois par mon aveu me mettre à l’abri de tout reproche.
- * 170. La fig. 5, pi. IX, repréfente un troifieme métier à monter les peignes : on voit à la fimple infpedion que fa conftrudion eft fort compliquée ; mais avec un peu d’ordre j’efpere la rendre fenfible. La bafe de ce métier effc une efpece de tréteau compofé de deux pièces de bois A , A, montées fur quatre pieds B , B, B , B. Au milieu des pièces de bois A, A , eft une entaille en queue d’aronde, de quatre à cinq pouces de large à fa partie fupérieure qui eft plus étroite , & de deux pouces plus large au fond. Tout contre les deux joues de cette entaille , qu’on peut voir en N, fig. 7 , font alfem-bîées deux longues traverfes C, C, dont on peut voirie bout des tenons/,/, fur la même figure, qui repréfente la coupe tranfverfale de la machine : les faces intérieures de ces traverfes font inclinées comme celles de l’entaille N, & c’eft là que gliife une autre piece de bois dont nous parlerons bientôt. Sur répaiffeur de chacune des traverfes C, C, & en - dehors , eft une rainure à deux pouces de fa face fupérieure, dans laquelle s’alfemble à languette , ainfique fur l’épailfeur des pièces A, A, une planche fur le bord de laquelle on attache avec des clous une tringle P, qui affleure le de/fus & le bout des pièces de bois A, A, & forme une efpece de tiroir , dans lequel on entrepofe les dents & autres outils.
- 17 t. Dans la couliife que forment les deux traverfes C , C, eft une longue piece de bois D , à queue d’aronde, qui y gliife ni trop jufte ni trop aifément; à chacun de fes bouts eft planté un montant E , ou poupée , femblablè à celles qu’on a vues aux métiers précédens; à chacune eft un boulon à vis avec un tenon comme aux autres ; & quand le peigne eft folidement retenu entre les deux poupées , il a la liberté d’avancer & de reculer au moyen de la crémaillère m, qui eft fixée par les deux extrémités fur la piece mobile D, & à qui le réglet de fer Q_ne permet pas de changer de place fans la volonté de l’ouvrier.
- 172. Tout contre l’entaille de la piece de bois A, à droite, font plantés deux montans H, H, au haut defquels eft un enfourchemeut qui reçoit une des poulies fur lefquelles palfe la corde qu’on y voit : cetre corde paffe au travers d’un trou pratiqué fur l’épailfeur de la batte I, & eft arrêtée de l’autre côté au moyen d’un nœud ; l’autre bout de ces cordes , après avoir paffé dans un anneau R, de peur qu’elles ne fe dérangent, va paffer au travers de la marche K, en-deffous de laquelle elles font aufîi arrêtées par un nœud.
- 173. La marche K ne doit pas être plus longue que les deux tiers du
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- ttrétier ou environ, parce que Ci elle était de tout* fa longueur, le pied aurait trop de chemin à parcourir pour lui faire décrire un arc égal à celui qu’elle décrit à la longueur que je recommande. On la fixe en un point, au moyen d’une broche de fer d qui pafle au travers de Ton épailfeur, & roule dans les pitons e, e, qui font enfoncés dans le plancher. La batte que la jig. 8 repréfente à part, eft une planche large & mince, au milieu de laquelle eft réfervée une épailfeur dans laquelle on pratique un trou y, ç , où paflent les deux cordes/,/, auxquelles font fulpendus les contre-poids M, M , & qui font retenus par un nœud en y , /g, j-. A peu près au tiers de la longueur des deux traverfesC, C, eft plantée une pièce de bois, telle qu’on le voit jig. 6, & en h, jig. f , en-dehors de laquelle, & près de fes angles, font deux poulies h, h : au - deffùs font deux autres poulies placées hori2ontalement g, g, fur lefquelles paifent les cordes /, /, avant de paffer fur celles h, h. Les traverfes C, C, font percées perpendiculairement aux poulies pour lailfer palfer les cordes, auxquelles, quand elles y font, l’on attache les contre-poids. Pour achever de décrire cette machine , je vais la fuppofer en mouvement.
- 174. Supposons donc qu’entre les deux poupées E,E, on a placé les jumelles d’un peigne aux deux tenons a, a, ainfi qu’on l’a déjà vu plusieurs fois : on tend ces jumelles au moyen de l’écrou G qu’on voit au boulon à vis de la poupée à gauche : l’ouvrier attache les gardes de ce côté , & appuyant le pied fur la marche , il place les dents des lifieres, puis celles du peigne même, & chaque fois qu’il en a placé une, il leve le pied de de£ fus la marche, qui eft auffi-tôt attirée par le contre - poids ; & comme le peigne peut avancer & reculer à volonté avec la piece de bois qui porte les jumelles, 011 le met au degré convenable par le moyen de la crémaillère qu’on fixe par le réglet n, qui, pris lui-même entre les deux entailles Q_, Q_, ne faurait éprouver ni permettre aucun balottement. La batte eft placée entre les jumelles, & 11’a pas plus d’épaiifeur que les dents ; & étant appellée fortement contre les dents, elle ne faurait s’écarter du paralléliüne, & frappe suffi fort qu’on le defire : après quoi l’ouvrier remet le pied fur la marche , & attire la batte vers l’autre bout du métier , ce qui lui donne de la place pour opérer commodément , & placer une nouvelle dent, qu’il frappe de même, & ainfi des autres ; mais comme le peigne fe garnit infenfiblement de dents, la batte n’a bientôt plus alfez de courfe : l’ouvrier fouleve le réglet /z, & fait gliifer d’un cran la piece de bois D , & par conféquent avancer le peigne ; ce qui donne toujours la même force pour frapper les dents : il faut cependant prendre garde de ne pas trop tirer le peigne vers la droite, car la marche pourrait toucher à terre , fans appuyer fuffifamment ou même aucunement contre les dents j un peu d’expérience met bientôt au fait.
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- i7f. Je penfe avoir fendu fenfible la defcription de cette machine ; je n’ajouterai plus que quelques mots fur la conftruélion de quelques-unes des pièces qui la compofent : C , au bas de la planche, eft une des deux traverfes qui s’affemblent aux deux tréteaux A , A. La face contre laquelle gliffe la piece D qui porte les poupées, eft cenfée derrière : j’ai fait repréfenter la rainure dans laquelle on fait entrer la languette d’une des planches qui •forment le tiroir dont j’ai parlé ; o eft le trou par où palTe la corde d’un des contre - poids \p eft la mortaife où l’un des tenons du chevalet L, ou fig. 6, entre à force ; q eft celle qui reçoit le tenon d’une des entailles Q_, Q_. La piece qu’on voit tout au bas de la planche repréfente la traverfe qui entre jufte dans les entailles Q_, Q_, par fes parties quarrées xf x ; 8c les deux plans inclinés s, t, qui fe rencontrent au milieu du plan inférieur , forment lin bifeau qui entre dans les crans de la crémaillère, & rendent folide la piece mobile D & les poupées.
- 176. La figure 7 repréfente le métier vu par un de fes bouts; on y voit
- la couliife à queue d’aronde N ; les bouts des tenons i, i, des traverfes C, C ; ceux /, /, des planches qui forment des efpeces de tiroirs; & enfin les mon-tans H, H, &les poulies dans leurs entailles. On peut remarquer fur la fig. s 9 que la poupée à gauche eft tout près du bout de la piece mobile D , tandis que l’autre en eft à une certaine diftance. Je n’en fais pas préci-fément la raifon ; mais je ne crois pas qu’elle puilfe être autre que d’empêcher cette piece, quand on la pouffe tout-à-fait vers la gauche, de tomber à terre , fi elle forfait de l’entaille faite fur le tréteau : ainfi , quel-qu’avant qu’on la pouffe à gauche, 611 n’a pas à craindre qu’elle forte de l’entaille. ~
- 177. Il eft néceffaire, dans la conftruââon de cette machine , d’en dif-poferles pièces de maniéré que la batte fe meuve bien parallèlement au banc du métier, ou, pour mieux m’exprimer, dans la même ligne des boulons à vis qui tiennent le peigne; & pour cela il faut avoir égard aux épailîèurs des bois, de?cordes, & à la pofition des poulies: ainfi, quoique la pofition des montans H, H, foit à la hauteur des boulons à vis , il faut encore que les entailles qu’on y voit foient telles que les poulies débordent un peu leur bout, pour que l’axe de la corde réponde bien parallèlement aux deux tenons a ,a; fans quoi la batte frottera contre les jumelles de deffus ou de' deffous. Maintenant il faut prendre d’autres dimenfions pour placer les poulies g, g; car comme les cordes /,/, qui paffent delfus , prennent leur origine au-deffus de l’épaiifeur de la batte, il faut tenir compte de cette épaif-feur , & que les rainures des poulies g, g, répondent au trou où paffent ces cordes. Ce n’eft pas tout, il faut pofer une réglé fur chaque bout des tenons iz 3 a de chaque boulon des poupées, après s’ètre alluré de leur paral-
- * lélifme.
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- îélifme, & voir fi la batte fuit bien également le bord de cette réglé : avec toutes ces précautions on peut être alluré de l’exaélitude de la machine, & des peignes qui feront fabriqués. Pour un artifte intelligent il n’y a rien à négliger; une Pomme d’erreurs infenfibles eft une erreur confidérable qu’on apperqoit bien , & dont on ne peut fouvent pas deviner la caufe. Il eft à propos, en finiffant, d’avertir que l’ouvrier doit être, en travaillant affis, plutôt plus haut que trop bas, lans quoi le mouvement du pied fera gêné; au lieu que plus ja jambe & la cuilfe approcheront d’être en ligne droite, moins les mufcles emploieront d’efforts pour obtenir de grands effets.
- 17g. Ce métier me parait mériter la préférence fur tous ceux qu’on a vus jufqu’ici; il n’y a d’inconvénient que l’attention qu’il faut avoir pour mettre des contrepoids M, M, égaux de pefanteur , fans quoi un bout des dents fera plus pretfé que l’autre. Au dernier métier qu’on a vu, l’ouvrier était obligé de le déranger alfez fouvent pour reculer la bafcule d’encoches en encoches : ici il eff obligé d’arrêter fon travail pour avancer la piece mobile qui porte le peigne. Ne ferait-il pas poffible d’adapter en -delTous du métier une roue ou pignon denté qui, au moyen d’une manivelle, fit avancer & feculer cette piece à volonté, à l’aide d’une barre dentée , comme l’effc celle d’un cric, que tout le monde connaît ? Mais, ce qui me paraît plus facile encore , on pourrait y adapter le moyen fi fimple & il ingénieux dont on fait fnouvoir le train d’une preffe d’imprimerie en caraderes : ce n’eft autre chofe qu’un cylindre , fur lequel font arrêtés les deux bouts de deux cordes, dont l’une tient à une extrémité du train , & l’autre après avoir fait plufieurs tours fur le cylindre, va fe fixer à l’autre extrémité : à l’axe du cylindre eft une manivelle, & en fai fan t tourner le cylindre à droite ou à gauche, 011 fait avancer ou reculer la piece qui y eft fixée.
- 179. Il paraîtra peut-être furprenant qu’un métier aufîi bien entendu & aulfi commode foit à peine connu dans les principales viltes de manufactures , & qu’il n’y foit pas mis en ufage ; mais voici la raifon que j’ea foupqonne. Le nombre des ouvriers en peignes n’eft pas fort considérable ; & comme chacun d’eux eft à peu près fixé dans la province où le fort ou bien (a naiffance l’a placé; attaché aux méthodes qu’il a adoptées, il les préféré à celles dont il n’a d’autre occafion pour les connaître que d’en entendre parler. Un ouvrier un peu habile peut faire un peu plus d’un peigne par jour : ainfi le nombre des maîtres dans cet art qui fuivent les vilies de fabrique, eft toujours fuffifant pour les entretenir de cet uftenfile.
- 180. Les métiers dont je viens de donner la defcription dans cette partie/ conviendraient certainement à la fabrique des peignes de canne : j’aurais peut-être pu les décrire dans la première partie ; mais pour mettre de l’ordre dans mon ouvrage, j’ai cru qu’il était plus à propos de parler des peignes
- Tome XV» A a a
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- de canne avec les métiers dont on fe fert pour les fabriquer , & de ceux qUfi fervent aux peignes d’acier féparément: le le&eur & ceux qui chercheront dans ce traité des lumières fur leurs méthodes , feront à portée de comparer les différens ufages : j’ai mis chaque chofe. à fa place ; c’eft à celui qui en a befoiiî à l’y aller prendre..
- igi. Chaque pays a fes ufages, chaque nation les avantages ; c’eft l’ali-ment de l’émulation. Nous aurons beau nous évertuer; le velours de Gènes aura long-te ms la préférence fur tous les. autres. Lyon n’atteindra peut-être jamais à la perfedion du latin des Indes. L’Angleterre l’emporte fur nous dans la fabrique des moéres» Peut-être ces préjugés, fondés en raifon dans leur origine, ne font-ils plus entretenus que par leur ancienneté: la prévention fafeine les yeux ; & lorfq,u’on ma cru aveuglé par Fameur de ma patrie 9 lorfque j’affurais à la ville de Lyon la primauté fur les autres fabriques , on avait tort : prêt d’avouer que nos voifins l’emportent fur nous dans quelques parties , j’ai prétendu démontrer-que nous leurs fommes fupérieurs dans l’uni verfalité. Je ne déclame pas , je raifonne , je calcule ; je ne fuis ni patriote outré, ni cofmopolite ; je cherche la vérité., 8c j’ai le courage de la publier* Revenons à nos métiers.
- i Si. J’ai dit que le dernier métier était préférable aux autres. En effets Fouvrier ayant à placer des dents, auxquelles on eh forcé de donner du premier coup l’alignement qu’elles doivent avoir, a bien plus de facilité à les aligner lorfqu’il a les deux mains libres que quand il eft obligé de quitter & de reprendre fans ceffe la batte : il peut, s’il le veut, avoir devant lui une réglé qui s’appuie fur les. dents déjà placées, 8c détermine la pofition de celles qu’il va mettre : à- la monture des peignes de canne ce foin n’eft aucunement nécelfaire, on a la facilité de les rogner quand le peigne eft fini; mais les dents d’acier une fois mifes en place , ne peuvent plus recevoir de façon > & fl ce peigne eft mal, c’eft un peigne gâté, ou qu’il faut démonter.
- 183. J’Ai dit, en parlant des peignes de canne , qu’il était à propos qua la longueur des gardes excédât par chaque bout celle des dents d’une ligne ou environ: il faut bien fe garder d’en ufer ainfi aux peignes d’acier; les dents ébranlées fans cefle parles fecouffes qu’elles éprouvent dans la rainure du battant, defeendraient infeiifibiement, fur - tout quand le papier qui entoure les jumelles ferait ufé. On n’a pas cet inconvénient à craindre-à celles de canne ; leur légéreté eft fi grande , l’extrémité par où elles font prifes entre les jumelles eft bien plus large ; ainfi tout s’oppofe dans les unes à ce qu’elles changent de place, 8c tout les y invite dans les autres.
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- Article IV.
- De la manière de polir les peignes d'acier.
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- 184. Quand un peigne eft monté, l’opération fuivante confifte à le polir avec de la pierre ponce : quelques peigners intelligens couvrent auparavant les jumelles avec des bandes de papier, comme nous l’avons enfeigné à la fin de la première partie de ce traité, en parlant des peignes de canne; d’autres aiment mieux 11e les couvrir qu’après les avoir polis. S’il rn’eft permis de dire ce que j’en penfe, ces derniers ont tort, parce que la ponce, mile en poudre, s’attache au ligneul, & le ronge infenliblement, à caufe des frottemens réitérés que le peigne éprouve dans la rainure du battant. Je 11e répéterai ici rien de ce que j’ai dit dans la première partie, des moyens ufités pour couper les bandes de papier & pour en couvrir les jumelles ; cette répétition ne faurait être que très-faftidieufe & déplacée.
- 185. Lorsque j’ai détaillé la maniéré d’applatir les dents au laminoir ou moulin, j’ai dit que leur épaiifeur 11e recevait aucune forte d’apprêt: ordinairement elles font fur cette dimenfion très - minces ; & à les regarder chacune en particulier, après que le triage en eft fait, on n’y apperçoit rien : cependant, quand le peigne eft monté, on voit qu’elles ont befoin d’une légère façon pour préfenter enfemble une furface unie. Cette opération tient lieu du planage qu’on fait aux dents de canne. Voici comment on s’y prend.
- 186. Quelques ouvriers fe contentent de pofer le peigne à plat fur une table, & le tenant de la main gauche, ils frottent les dents avec la pierre ponce. Cette méthode eft vicieufe. en ce que, quelque force qu’011 y emploie , on ne faurait empêcher le peigne de remuer fur un plan où rien ne lui fert de point d’appui : la ponce fe met en poudre, qui en peu de tems ronge le papier, & même le ligneul qui entoure les jumelles.
- 187. D’autres fixent le peigne fur la table, par les mêmes moyens que ceux qu’on a vu employer pour placer les peignes de canne fous la feuillure d’une tringle fixe & d’une mobile qu’on arrête avec des vis : avec cette attention l’on ne craint pas que les jumelles reçoivent aucune atteinte. Il refte à dire comment 011 fe fert de la ponce : on choifit les pierres les plus légères, & qui foient fans veines; on les dreife fur une face avec une groiit- lime plate, & on frotte les dents fuivant leur longueur, & non pas fuivant celle du peigne. Il faut avoir grande attention de ne pas aller frapper contre les jumelles ; car l’angle aigu qui forme le plan inférieur de la pierre avec fes côtés, aurait bientôt coupé le ligneul : & c’eft pourquoi il eft à propos d’y mettre une bande de papier, qu’on peut renouveller ou recouvrir li elle fe trouve un tant foit peu endommagée. Il ne faut pas pro-
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- mener la pierre fuivantla longueur du peigne, parce que les dents contracteraient une courbure qu’il ne ferait plus pofTible de redreifer; d’ailleurs, en ufant un tant foit peu fur i’épailfeur, ce mouvement jeterait entre les dents une rebarbe qui déchirerait la foie qu’on y enfile: ainii tout engage à prendre les plus grandes précautions dans ce travail.
- Lorsque le peigne eft pofé fur une face, on l’ôte de fa place, & on retire avec un balai de plume la ponce que ce travail a mife en poudre, & on la garde pour le befoin: on remet le peigne fur l’autre face, & on y donne la même façon ; après quoi on le retire encore pour nettoyer la place, & ramaifer la poulfiere, qu’on palfe au tamis de foie, pour qu’elle foit plus fine. Pour nettoyer le peigne parfaitement, on fe fert d’une forte vergette ou bîoffe à poil de fanglier , qui pénétré entre les dents, & ôte toute la ponce qui pourrait y être refiée i alors on remet encore le peigne fous les tringles ; puis amincilfant en forme de bifeau un morceau de bois blanc, tel que du faule, qui eft fort bon pour cela , d’un pouce ou un pouce & demi de large, & enterrant pour ainfi dire le peigne dans cette pojftfiere fort fine, on frotte les dents avec ce bâton, jufqu’à ce que les dents entrent dans le bois , & qu’on foit fûr de leur avoir procuré une forme arrondie fur leur épaiifeur. On paife eniuite à d’autres, mais fans abandonner celles qui font finies, dont on prend encore quelques-unes pour que le peigne ne foit pas ondé fur fa longueur, & l’on continue ju£> qu’au bout en prodiguant la poulfiere qui n’eft pas perdue, & qu’on ramalfe pour une autre fois. A rnefure que le bâton s’ufe, 8c que le bifeau qu’on y avait formé eft fendu par les dents, on le refait avec un couteau pour s’en fervir jufqu’au bout. On fait la même opération fur les deux faces du peigne, après quoi on le brolfe bien ; de maniéré que les poils de la brofle s’inlinuent entre les dents & contre les jumelles : ce qui n’eft pas difficile s’ils font longs & roides; & quand on eftalfuré qu’il ne refte plus de ponce , on refait le bife.au du bâton de faule , & on le paife à fec fur les dents , fuivant leur longueur, comme on l’a toujours dû pratiquer ; & enfin l’ayanfc refait une autre fois, on y met un tant foit peu d’huile, & on le repalfe encore fur les dents. On prétend que cette derniere façon préferve les dents de la rouille : cela eft aifé à concevoir ; mais il faut mettre bien peu d’huile, autrement la chaîne de‘l’étoffe en ferait tachée. *
- 189. Il y a des ouvriers qui, au lieu d’huile pour derniere façon à donner aux dents, préparent un morceau de plomb de la forme du bâton de faule , & les frottent alfez fort. J’ai déjà, dans un endroit de cette partie , dit ce que je penfe de cette recette digne d’Albert - le - Grand ; mais une autre qui n’eft pas dépourvue de bon fens , c’eft de prendre un bouchon de liege, de le faire un. peu brûler à la chandelle, 8c d’en frotter les dents $
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- & quand îa partie charbonneufe efl; ufée, on le brûle de nouveau pour répéter la même opération. Ici le liege brûlé efl une poudre impalpable, qui, à l’aide du liege que n’a pas été brûlé , peut produire un peu de luflre ; au furplus je rapporte un procédé reçu. Quand toutes ces opérations font finies, on prend une vergette à longs poils, & on l’infinue de tous fens dans l’intervalle des dents, & fur- tout entre les jumelles, pour en faire fortir la ponce ou le liege qui pourraient s’y être introduits.
- 190. Le leéteur qui 11’a aucune connaiflànce de îa fabrique des peignes j croira aifément ce que je dis ici de la difficulté qu’on rencontre à fabriquer un peigne, pour le porter au point de perfe&ion où il doit être; mais parmi les ouvriers, ceux qui n’ont pas porté leurs vues au-delà des bornes ordinaires , croiront que je me forme des monllres pour les combattre. Voici ma réponfe ; elle efl, je crois, fans répliqué. A Pin fiant où j’écris ceci, j’ai fous les yeux un peigne d’acier, provenant d’une manufacture très-bien uflenfilée: j’avoue que je n’y ai pu diftinguer aucun défaut, ainfi que plu-fieurs bons ouvriers à qui je l’ai montré ; & cependant, en l’envoyant à Paris, 011 a écrit deffus dans la fabrique même, il ne peut fervir comme il ejl, en P a effayé de toutes les façons. On s’efl enquis des défauts qu’il occafîon-nait à l’étoffe,-& l’on a répondu qu’il fabriquait fort bien, que 1 étoffé n’avait aucune inégalité, aucune rayure ; mais qu’il fallait ca/fer les brins de la foie. On a cherché fi les dents fur leur plat ne feraient point pailleufes ou écorchées ; mais à l’aide d’un microfcope on 11’y a rien pu découvrir : ce qu’il y a de fort fingulier, c’efl qu’ainfi qu’à beaucoup d’autres peignes que j’ai vus, la feule opération qu’il foit à propos de lui faire, ferait de le démonter & de le faire remonter par un autre ouvrier. Qu’on foit après cela furpris de me voir tant infifter fur les foins qu’on doit apporter à la fabrication de Puftenfile qui contribue peut-être le plus à la perfection des étoffes. J’ai cru que l’exemple que je viens de rapporter répondrait mieux aux objections , qu’un long raifonnement.
- 191. Il y a encore des ouvriers qui polilfent leurs peignes avec de l’oignon blanc. Il ell à peine croyable qu’on ofe appliquer fur une iurrace polie , & fur un métal, un acide aufïi violent. Qui ne fait l’effet que produit fur la lame d’un couteau le jus d’un oignon qu’011 a coupé avec , fans le bien elfuyer ? & peut-on effuyer parfaitement un peigne, fur-tout entre les dents? Oh ! fous combien de formes fe-produit la folie! Ce qu’il y a de plus furprenant, c’efl que , quoi que vous difiez à ces gens - là , ils ne fe rendent pas j ils ne manquent pas de réponfes à tout
- ce que vous leur démontrez........Laiifons-les faire. Il ell à propos, en
- finilfant cet article, de faire remarquer que, pendant qu’on polit les dents fur une face du peigne, l’autre face fe trouve porter à faux,puifque les
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- jumelles font une épaiffeur : il ferait bon de faire une cannelure de chaque côté fur la longueur d’une planche, pour que les dents paffant dçlfus ne puf-lent recevoir aucun dommage.
- 192. Dans l’état où nous venons de quitter le peigne, il n’eft pas encore fini ; la nature du métal dont font faites les dents, ne lui permet pas d’ètre auflî docile aux volontés de -l’ouvrier qu’on le délirerait : on a beau drelfer parfaitement les dents , les monter avec beaucoup de foin, l’on eft tout furpris après tout cela de les voir fe porter à droite ou à gauche, & en touchant leur voifine , empêcher la chaîne de fe mouvoir comme il eft néceifaire. Nous avons vu qu’on redrelfe celles de canne avec un fer chaud : nous allons enfeigner la même opération pour celles de fer j mais il y a quelques manipulations particulières qu’il 11e faut pas omettre.
- 193. Le ledeur doit fe fouvenir de la maniéré dont j’ai fait voir qu’on redrelfe les dents des peignes de canne: alors la courbure venait de la nature élaftique & fibreufe de la canne 5 mais au peigne d’acier l’on 11e faurail venir à bout de redrelfet que les dents qui, ayant été un peu forcées par le ferrement du ligneul, ont contracté une légère courbure: il faut donc apporter une tres-grande attention pour ne les forcer contre aucun corps dur ou autrement : les dents qui, ayant été d’abord bien drelfées, ne fe font courbées que par la gêne où les tient le ligneul, doivent nécelfairement par leur élafticité tendre à fe redreifer, pour peu qu’011 leur en facilite les moyens ; c’eil ce qu’on fe procure au moyen d’un fer chaud qui, faiiànt fondre le ligneul, permet aux dents de s’étendre. On fe fert donc de fers à drelfer, femblables à ceux qu’on a déjà vus : 011 les fait chauffer plus fort que pour la canne , mais cependant pas allez pour donn#r du recuit aux dents j ce qui leur ferait perdre de leur élafticité, & les empêcherait de le redreifer quand les chocs qu’elles éprouvent en travaillant, les courbent un tant foit peu.
- 194. A moins d’avoir l’ufage de travailler les métaux, on fera peut-être en peine des moyens de s’appercevoir quand une dent s’échauffe trop : voici à quoi on peut s’en tenir. Le fer ou l’acier , quand ils font polis, prenaient au feu différentes couleurs , fuivant le degré de chaleur qu’011 leur donne > quand 011 y fait attention , on les voit devenir petit jaune, enfuite couleur de paille, puis couleur d’or , puis gorge de pigeon , enfuite violet, après cela bleu, & enfin gris. C’eft d’après ces différentes couleurs que les ouvriers en métaux s’aflTurent de la dureté qu’il convient de donner à leurs outils tranchans , ou autres. On peut fe convaincre aifément du tort que fait le recuit aux James de fer dont on fait les dents ; il fuffit pour cela de prendre une dent non chauffée par un bout, entre les doigts , & avec l’autre main de la tirer un peu en-devant j fi elle eft de bon fer ou d’acier, elle doit retourner à fa
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- place, c’eft-à-dire, en ligne droite, après une certaine quantité de vibrations j mais Ci la chaleur la plus ou moins détrempée, elle fera très-peu de vibrations, & reliera plus ou moins courbe , félon qu’elle aura été plus ou moins recuite.
- 19-ç. Il y a des peigners qui, pour redrefler les dents, au lieu de les chauffer avec un fer, comme je viens de le dire, font chauffer les jumelles d’un bout à l’autre j & quand ils jugent que la poix peut être très - amodié , ils tordent le peigne en différens feus, & prétendent par là rendre aux dents la facilité de fe redrelfer. Ils ont raifon à cet égard ; mais fi le ligneul confi. titue l’écartement des dents , la poix y entre affurément pour quelque chofe; & quand elle ell fondue, elle s’inlinue par-tout indifféremment, & l’on ne peut être affuré que le peigne étant'refroidi, fôit aulli folidement monté qu’il l’était auparavant.
- 196. J’ai rapporté cette méthode, toute vicieufe qu’elle ell, pour Pop-pofer à celle dont j’ai précédemment rendu compte. Le poli que je viens de foire voir qu’il convient de donner aux dents , eft la derniere opération qu’on y fait. Quelques ouvriers terminent leur ouvrage par coller de fécondés bandes de papier fur les jumelles j cette précaution ell fort bonne & les conferve très - bien. Il ne relie plus qu’à ferrer ces peignes dans des boites bien clofes ,, & à l’abri de toute humidité, dans dufon, pour prévenir la rouille. Je paffe à d’autres fortes de peignes qui fervent pour les paflêmentiers, les rubaniers & pour les galonniers.
- CHAPITRE III.
- De la fabrique des peignes propres aux paffementiers ? aux rubaniers
- & aux galonniers.
- 197.1L(E titre de ce chapitre annonce trois fortes d’artifans qui pourraient paraître faire trois corps différens, & qui cependant n’en font qu’un. Le rubanier eft celui qui fabrique tous les rubans tant en foie qu’en fil, unis & rayés, ainfi que les chenilles de foie & de laine. Le paffementier fabrique les rubans à fleurs brochés, ou autrement, & le galonnier fait les galons y les fyjlêmes & les livrées. Chacun de ces artifans emploie des peignes diffé*. rens, tant pour les dents que pour la monture, qui fe font par les mêmes ouvriers. Les uns fe fervent dépeignes d’os, d’autres de cuivre, & d’autres enfin d’acier. La façon de ces derniers ne reffemble guere à ceux dont oit vient de voir la defcription y les dents Cs préparent d’une tout autre maniéré y
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- & même depuis quelque tems on a adopté une nouvelle maniéré de les monter : c’eft ce que je vais décrire alfez brièvement. Je commence par les peignes des rubaniers & des paifementiers ; car ceux de cuivre , d’acier & d’os appartiennent aux galonniers.
- Article premier.
- Des peignes propres à la rubanerie & à la pajjementerie.
- 198. §. I. Des peignes pour les rubans. On peut dire en général que les peignes propres à fabriquer les rubans font, à la longueur près , femblables en tout à ceux des étoffes de foie; les dents en font ordinairement de canne , les jumelles de bois ; on les monte avec le ligneul, & la frneffe des dents dépend de la fineffe des rubans qu’on veut fabriquer. Les rubans fe' diftin-guent par numéros, & les plus larges ont le plus fort nombre : il eft encore généralement vrai que les numéros des rubans, & par conféquent leur largeur , ne changent rien à leur fineife ; & le grain en étant une fois déterminé , un ruban large reffemble parfaitement à un plus étroit. Ces largeurs font ordinairement fixées pour chaque numéro ; mais l’ufage a introduit des largeurs bâtardes, qui font moindres que celles dont elles portent le numéro. Ainfi, fuppofons qu’un ruban d’un pouce foit du num. 8 , on en fait de dix ou onze lignes qui portent le même nom : il ne m’appartient pas d’en deviner la raifon précife ; peut-être a-t-on. voulu par-là pouvoir donner à meilleur fnarché un ruban qui pâlie pour le numéro que l’acheteur déliré; peut-être bien aufil a-t-on eu en vue de gagner davantage fur celui qu’on vend pour le numéro 'dont il ne porte que le nom.
- j 99. On diftingue dans la rubanerie les rubans de taffetas unis & bordés , les nompareilles, les faveurs, Sic. les rubans à gros grain , les rubans à cordon bleu , ceux pour les bourfes à cheveux , Sic. Sic. Après eux viennent les rubans fatinés, cannelés & ceux à grain d’orge; les rubans façonnés par une double chaîne, ceux brochés en foie, les brochés en or & en argent. Toutes ces efpeces de rubans exigent autant de fortes de peignes particulières, tant dans le compte des dents que dans les largeurs ; c’eft au peigner intelligent à les connaître toutes , pour n’ètre point embarraifé dans leur fabrication. Il y a cependant des rubaniers qui ont des comptes de peignes particuliers : dans ce cas il eft de toute néceflité d’en donner l’explication aux peigners qui 11e les font que quand ils leur font commandés ; au lieu qu’011 trouve des peignes tout faits pour les efpeces courantes de rubanerie, fur-tout dans le pays où ce genre de commerce eft en pleine vigueur, comme à Paris , àLyon,à Tours, à Saint - Etienne-ea-Forez} à Saint-Chaumont, &c.
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- 200. Comme le nombre des dents dont un peigne à rubans eft compofé eft peu confidérable, il ne ferait pas poffible, ou du moins il ferait trop vétilleux de monter fans ceffe ces peignes Tun après l’autre ; c’eft pour cela que quand les jumelles font une fois montées fur les poupées , comme, on l’avfc tant aux peignes de canne qu’à ceux d’acier, & comme le repréfente lafig. \ 9 pL X, on fait tout de fuite huit, dix, douze, plus ou moins de peignes» comme on peut le reconnaître par les lettres a, a, a, &c.‘qui chacune eh repréfentent un féparé de fes^oifins; & quand ils font tous finis, on les fépare les uns des autres avec une fcie , comme on le dira en fon lieu. 1
- 201. On n’eft pas aftreint à faire tous ces peignes du même compte,ni d’une même largeur : comme ils n’ont rien de commun entr’eux que les jumelles , on eft abfolument maître d’efpacer les dents à volonté. Lors donc qu’un peigner fe propofe de monter un certain nombre de peignes, il met fes poupées au plus grand écartement poilible, & il y proportionne fes j'u-'melles pour y trouver un plus grand nombre de peigne^, il divife les jumelles en autant de parties qu’elles peuvent contenir de peignes, y compris un demi-pouce ou environ de diftance qu’il doit y avoir entre chacun ; puis il marque la place des gardes , & enfin celle des deux ou trois dents de lifieres; pour être plus fur d’efpacer comme il faut le petit nombre de dents qu’un auiïi petit peigne contient, il divife f efpace deftiné aux dents en parties égales, dans chacune defquelles il puilfe placer un nombre connu de dents ; ou ïî le nombre était impair ou ne pouvait pas fe divifer en parties égales, il fera des divifions égales, & mettra le refte dans un efpace qui y ait rapport.
- 202. Il n’eft, je crois , pas nécelfaire de dire qu’il faut commencer par le peigne du bout à gauche ; ce qu’on a déjà vu de la maniéré de monter ceux dont nous avons parlé , fuffit pour faire comprendre qu’on ne peut s’y prendre autrement : lorfqu’ils font tous finis , on les fépare avec une fcie les uns des autres, & alors ils reffemblent tous à celui que repréfente la fig. 2, qui eft double de grandeur à ceux de la fig. i. Les peignes étant ainft féparés, on les rogne, en fuite on les plane & on les excarne, & enfin on les couvre de bandes de papier, comme ceux des étoffes qu’on a vus.
- 20}. Si pour ces fortes de peignes pour la rubanerie ou la paffementerie, on emploie des dents d’acier, on peut fe fervir de celles des peignes d’étoffes, pourvu que le compte fe rapporte. Ce que j’ai dit qu’il fallait monter tout de fuite le nombre de peignes que peuvent contenir les jumelles, ne doit pas fe prendre à la lettre; on pourrait'les monter les uns après les autres , & les féparer à mefure : mais on perdrait trop de tems à remettre les jumelles fur les tenons, & à les bien dreffer ; d’ailleurs on perdrait auffi de la longueur des jumelles : ainfi ce que j’ai recommandé n’a pour but que l’économie du tems & de la matière,
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- §. II. Des peignes pour faire les chenilles.
- 204. Je ne répéterai rien ici de ce que j’ai dit de la nature de la chenille & de la maniéré de la fabriquer : quoique je ne fois entré dans aucun détail confidérable, le le&eur peut confulter l’Art de faire les canettes, chap.V, fecft. VII ( 3 ). J’y ai dit que les peignes pour la chenille étaient formés par quatre dents placées comme à l’ordinaire, & quon laiifait entr’elles & les quatre fuivantes un efpace de deux dents ; mais pour parler .d’une maniéré plus générale, on réferve entre chaque couple de dents un efpace égal à elles & à la diftanee qu’elles tiendraient avec leurs voilines. On faifira mieux cet effet en jetant les yeux fur la fig. 3 , qui repréfente une partie de peigne à chenille de grandeur naturelle. La foule ou hauteur de ces peignes eff plus forte qu’à tous autres , ce qui donne plus d’aifance à les fabriquer ; mais en revanche les dents font beaucoup plus groffes , & le peigne a très - peu d’étendue : quant au nombre de paires de dents, il varie fuivant l’idée des fabri-cans,& félon les groifeurs des chenilles qu’on veut fabriquer; cette groffeur provient plutôt de la longueur qu’on laiffe au poil qui veloute, qu’à la groffeur du fil qui le contient. Plus les paires de dents font écartées les unes des autres, plus la chenille eft groffe ; parce que ces intervalles étant plus confidérables, laiffent plus d’étendue à la trame, & que c’eff la trame qui forme le velouté de la chenille; ainfi on met ordinairement depuis fix jufqu’à douze & quatorze paires de dents, & delà réfulte une chenille très-groffe ou très-petite. Voyons maintenant la maniéré de monter les peignes,
- §. III. Maniéré de monter les peignes pour la. chenille.
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- La maniéré de monter les peignes pour la chenille eft abfolument la même que pour le ruban ; mais comme les efpaces qu’il convient d’ob-ferver en eonftituent toute la différence, je vais en peu de mots paffer en revue l’opération. On a coutume , comme aux précédens , de faire fur une longueur de jumelles , à la fuite les uns des autres, autant de peignes qu’elles en peuvent contenir: on place d’abord une garde au bout à gauche;& comme on a dû marquer fur les jumelles les efpaces qu’il faut obferver , on entoure les jumelles de ligneul l’efpace de huit à neuf lignes, comme le repréfente la figure 4,- & à chacun 011 le frappe avec la batte, comme fl l’on plaçait des dents : on met enfuite deux ou quatre dents,?félon l’idée du fabricant pour qui le peigne eft deftiné , & à chaque deux ou quatre dents on fait un efpace réglé par trois , quatre , plus ou moins de tours de ligneul,
- 43) Tome IX de cette colle&ion.
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- àinfi qu’on le; voit fur la figure. Quand le nombre de denfès nécefiàire eft rempli, on finit par autant de tours de ligneul qu’on en a mis en commençant ; enfuite de quoi vient la fécondé garde , qu’on attache auffi fondement que la première : puis on laiife un efpace de fix à huit lignes , après quoi on met une nouvelle garde pour un fécond peigne, & ainfi de fuite jufqu’à la fin. Quand les peignes font montés, on les fépare ,on les rogne, excarne & plane comme les autres , & enfin on y colle des bandes de papier* 206. Certains fabricans prétendent que les peignes à quatre dents font plus parfaits que ceux à deux : on ne laiife entre chaque quatre dents que l’efpaçe d’une dent. La raifon de fupériorité qu’ils en apportent eft, que les trois fils de foie qui lient la chenille, c’elt - à - dire , la trame qui la forme, étant plus reiferrée au milieu de ces quatre dents par le mouvement des deux fils de lin qui font paifés dans les deux voifines, font plus folide-ment retenus enleurTplace , & conféquemment le velouté de la chenille eft plus fin & plus beau: d’ailleurs, difentrils , le fil de lin qui paife dans la dif. tance obfervée entre chaque affemblage de dents , tient le tiifu plus large en cet endroit, & facilite davantage le paifage des cifeaux ou forces dont on fe fert pour découper lès cordons qui forment autant de brins de chenille; ce qui n’arriverait pas fi ces deux fils fe mouvaient entre deux dents efpacées comme à l’ordinaire. Ces détails qui , s’ils étaient plus confidé-râbles, feraient déplacés ici, fuffifent pour faire fentir la fupériorité des peignes dont les dents font affemblées quatre à quatre ; mais pour avoir là-deifus des idées bien nettes, il faudrait que les perfonnes qui défirent connaître cet art, euffent quelque connaiffance de la rubanerie & de la paffementerie.
- Article II.
- Des peignes en acier, & de ceux en cuivre ou laiton, =
- :2C>7. §. I. Préparation des dents 'de cuivre. Les dents de laiton 8c celles <fa.cier.,-dont on fait.les peignes pour les galonniers, ne le. préparent pas-comme celles pour les étoffes de foie. Ici ce ne font plus des brins de fil d’archal qu’on paffe au .laminoir & qu’on monte enfuite : voici comment'on s’y prend. Je commence par les dents de cuivre. Les peigners ne fe chargent pas de régler l’épailfeur des dents, ou du moins des pièces de cuivre dans Ip/qu elfes (Oui lès prends ils achètent; du cuivre én/pkique , battu •&. forgé à mie certaine.épaiffeur qu’ils ordonnent; & quand ces plaques foiit furïifam-ruent écrouies , .ils les diftribuent par lames de trois lignes de largeur ou environ, par le.fecours de fortes cifailles ,tfemblables à celles avec lefquelles les chauderonniers coupent ou rognent leurs pièces.. ;i .
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- 208. Les ouvriers qui fe chargent de préparer le cuivre pour les dents ] ont coutume de prendre une plaque de quinze à vingt pouces de longueur ', fur un pied ou même moins de largeur. Ils forgent cette plaque fur un tas bien drefle, & avec un marteau convenable, jufqu’à ce qu’ils fentent que la matière, ne cédant plus, répercute les coups qu’on lui donne : l’ufnge apprend à ne s’y pas tromper. On lent bien que cette opération , qui diminue l’épaif* feur, doit néceflairement augmenter les deux autres dimenfions, longueur & largeur : aufli la plaque après cela a-t-elle acquis vingt-quatre ou vingt-fix. pouces , fur quinze ou feize de large. Enfuite on polit cette plaque , tant pour drefler parfaitement fes deux plans , que pour les unir parfaitement; après quoi on la coupe par longueurs de quatre pouces fur la largeur , & de toute la longueur de la plaque ; c’efi: dans cet état que le peigner acheté le cuivre, & c’efi à lui à couper les dents à même cette plaque, à la mefure qu’il juge convenable.
- 209. Cette opération , quelqu’intelligence & quelqu’habitude qu’on fup-pofe à l’ouvrier , ne faurait; procurer des dents d’une égale épaiifeur , & je fuis furpris que la perfe&ion où les arts mécaniques font portés de nos jours, n’ait pas engagé quelqu’artifte à perfectionner cette branche"ï le laminage eft fi fort perfectionné, qu’il n’eit rien qu’on ne foit en droit d’en attendre ; mais enfin l’on s’en contente, comme je viens de le faire voir.
- 210. La feule réponfe qu’on puilfe faire à mon objection, c’efi que les
- peignes des galonniers 11’exigent pas une régularité aufli grande que pour les étoffes de foie ou pour la rubanerie; mais pourquoi abandonner la perfection à laquelle tous les arts doivent tendre'? Eh, n’en décheoit-on pas toujours allez ? ' -
- 211. La largeur à laquelle on coupe ces dents à même les plaques, n’efl: pas celle qu’il convient de donner aux dents; on aime mieux les tenir trop larges pour les drefler & des polir fur leur épaiifeur ; car la cifaille ne (aurait couper aflez net, & l’on n’eft jamais afluré de les couper affez droit, pour qu’on ne’foit pas obligé de leur donner une façon avant de les employer; c’efi de quoi nous allons nous occuper dans le paragraphe fuivant.
- II. Maniéré de mettre ies lames de cuivre à égales longueur & largeur, pouT . en former Us dents. ’ ; . ' ' "
- - j(; \ ' L ' *!>.* î : • ; [r t} v . f
- 212. PoiJiR donneriauxdents de cuivre da largeur qu’elles doivent à Voir ÿ on en prend une certaine'quantité entre les deux tringles 'de fer A\’B,fg. fp à chaque bout de ces tringles eft un renflement circulaire, au centre du-* quel efi un trou , uni à l’une des tringles, & taraudé à l’autre. Il faut que" ces quatre trous fe correfpondent parfaitement deux à deux,pour recevoir
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- les vis k, K, à l’aide defquelles on laifit entre les tringles les dents i9 fig. 6. Les furfaces fupérieures' & inférieures de ces deux réglés doivent être bien drelfées; car de là dépend la perfection des dents. Pour fe fervir de cet outil , on deiferre les deux vis ; on place entre les tringles quatre ou fix dents, plus ou moins s de maniéré qu’elles débordent toutes autant en-deflus qu’en-deifous : on les ferre en place -, puis mettant le tout entre les mâchoires d’un étau, on lime l’excédant avec une lime dont le grain ne foit ni trop fort ni trop fin, jufqu’à ce qu’on affleure la fuperficie des dents,<&ns cependant fentamers & quand on a limé un côté , on retourne l’outil fens-delfus-delfous, & on en fait autant de l’autre côté. Pour ne pas multiplier les planches, je n’ai pas fait représenter cette opération , qui d’ailleurs peut être aifément entendue de tout le monde. Il y a des peigners qui, au lieu de vis pour retenir les dents entre ces tringles, ne fe fervent que de goupilles, & les aflujettilfent dans l’étau d’une maniéré invariable: d’autres ne fe fervent point d’étau, & fe contentent du ferrement produit par la vis j mais comme ils ne peuvent limer qu’avec une main , l’autre étant occupée à tenir l’ouvrage, ils ne font jamais allurés de drelfer parfaitement les dents.
- 213- Après avoir rapporté la méthode & l’uftenfile, je vais en faire fentir la défe&uofité. Il n’eft peffonne qui ne fente que, quelqu’attention qu’on y apporte , il n’eft pas poflible de ne point endommager infenfiblement les réglés: au bout de fort peu de tems elles deviennent ondées, & les dents contracftent la même inégalité. Pour remédier à cet inconvénient, je voudrais que ces réglés fulfent d’acier trempé j alors, quand on aurait ufé tout le cuivre excédant , on ne pourrait entamer leur furface, & toujours les dents feraient parfaitement droites. Je fais bien aufli qu’il n’eft pas poffible d’a£* fleurer les dents aux deux réglés, fans que la lune ne les touche un tant foit peu, & que cette lime touchant un corps très-dur, perd de fon âpreté Si ne mord bientôt plus j mais à cela deux réponfes : i°. on peut acquérir aflez d’habitude pour que l’àttouchemènt de la-lime fe réduife prefque à zéro j’fecondement une lime n’eft pas un objet !fort cher, & les ouvriers qui en eonfomment beaucoup, trouvent encore à les vendre, quand elles ne peuvent plus leur fervir.
- 214. Il eft rare que les dents n’aient pas contrarié une certaine courbure lorfqu’bn les coupe à la cilàille : aufli eft-il à propos de les redrelTer avant de les mettre à la largeur j & le ferrement qu’on leur fait "éprouver dans l’étau, eft fuffifant pour achever de les rendre droites. On les dreife fur une enclume ou tasi garni d’acier trempé de tout fon dur & poli, avec un marteau uni, qui ne gâte aucunement le «poli qu’on a d’abord donné à la plaque.
- %ij-. Quant à l’a maniéré de couper les ‘ dents à la longueur qu’elles*
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- doivent avoir, les peîgners ont prefque tous des méthodes différentes : les uns fe fervent de cilailles, avec la mefure dont on a parlé à l’article des dents d’acierî d’autres, mais c’eft le plus petit nombre, ont un inftrument qu’ils nomment appartilleur, & qui me femble le plus fur de tous: il eft repréfenté par la fig. 7. Cet inftrument n’eft autre chofe qu’un fragment des réglés, entre lefquelles nous venons de voir qu’on égale les dents de largeur. Les deux tringles K, L, tournent fur un clou a, qui entre jufte dans leur tète, & font l’effet d’une charnière. On voit aifément que les dents qu’on peut, pour plus de diligence, y placer par quatre ou fix à la fois, pofant contre le clou , ne fauraient être rognées à une plus ou moins grande longueur que le boutr, /, des réglés ne le permet Quand les dents font failles entre ces réglés , on met le tout debout dans un étau, le plus près de / / qu’il eft poffible, pour empêcher le tremblement, & avec une lime moyenne on ufe le bout jufqu’à ce qu’il affleure les réglés..
- 216. Les tètes de ces deux réglés ne font pas également percées.: l’une, fig• 8 * a un. trou quarré m, dans lequel entre jufte la pieceo,/>, fig. 10, & l’autre réglé eft taraudée, comme 011 le voit en /z, fig. 9, & reçoit la vis q de la même piece , fig. 10 ; mais en fabriquant cet inftrument , il faut avoir attention que, quand la vis repofe fur fon épaulement o, la face la plus large du tenon o, p, réponde à angles droits aux faces intérieures des deux réglés, pour que les dents repofent fur cette face d’une maniéré fixe. Il eft aifé de faifir entre ces deux réglés une quantité plus ou moins grande de dents, pourvu qu’011 ait eu foin de drelfer d’abord le bout qui repofe fur la tringle ; & en rognant l’excédant r, fig. 7 , on ne craint pas d’en trouver de plus courtes les unes que les autres. Lorfqu’à force de fervir , la vis vient à s’ufer & que la face de la .tringle n’eft plus d’équerre avec la longueur des deux réglés , on y remédie aifément, en enfilant entre la tête & l’épaulement de la vis une rondelle de carte ou de papier, plus ou moins , & mieux encore de cuivre mince, au centre de laquelle on fait un trou.
- 217. Quelques ouvriers , pour s’affurer davantage que les bouts des dents font limés bien d’équerre par rapport à Jeur longueur, après avoir rogné les dents par un bout, les retirent d’entre les tringles, .& les y remettent bout pour bout ; & comme elles n’excéderaient pas l’extrémité des réglés, fi l’on fuppofe qu’elles, y ont déjà été affleurées, ils mettent entre le clou ou tige, fig. 10, & le bout déjà dreffé des dents, une calle plus ou moins épaiffe, félon la longueur que tes dents doivent avoir; l’autre bout des dents excede d’autant , & offre de da, matière à rogner. Il eft certain qu’au fortir de cette opération les extrémités des dents font très-vives;, aufïï a-t-on foin de les paffer une à une fur une lime bien doucepour
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- imbufferlès angles & les vives-arêtes : on en ufe de même fur la longueur des dents. Je paffe à la préparation des dents d’acier.
- Article III.
- Maniéré de préparer les dents d?acier pour les galonniers.
- 218. Les dents d’acier dont on fait les peignes pour les galonniers, font prîfes en grande partie dans des bouts de relforts de pendules. Quelques taillandiers qui fabriquent des lames de fries, font auffi des plaques d’acier ou de fer à l’épaiffeur qu’on leur commande, & enfuite c’eft l’affaire du peigner de les débiter par longueurs & largeurs, félon les dents j mais foit difficulté ou manque d’ulage , on ne trouve guere de ces plaques plus larges que de deux pouces & demi, & par cenféquent, au lieu de prendre la longueur des dents en travers de ces plaques, comme nous avons vu qu’on le pratique aux plaques de cuivre , 011 coupe les plaques d’acier par longueurs , fuivant celles des dents, & on les refend fur leur largeur pour y trouver plus ou moins de dents. Comme la matière eft fort dure, 011 apportera plus grande attention à les couper à fort peu près de la largeur convenable, à quoi l’on 11e prenait pas garde de fi près aux dents de cuivre, tant parce que la matière n’eft pas fort dure, que parce que la cifaille les force un peu fur leur longueur. Quand on a coupé un certain nombre de dents, 011 les lime à la largeur convenable dans un outil femblable à celui dont 011 fe fert pour celles de cuivre ; & pour le dire en un mot, on y fait les mêmes préparations. Les vives-arêtes qui fe trouvent néceffairement fur Pépaiffeur des dents, ne s’abattent pas à la lime , mais avec la ponce en pierre , quand le peigne eft monté, comme nous l'avons vu aux peignes d’acier. Après ce que j’ai dit de la maniéré de monter toutes fortes de peignes, je n’ai rien à ajouter de particulier pour ceux - ci ; je me réferve feulement de rapporter une invention ingénieufe , qui m’a été communiquée par l’auteur même, habile peigner à Paris j mais il faut auparavant parler des dents d’os & d’ivoire.
- Article IV.
- Des dents d'os & d'ivoire.
- il9. L’USAGE des dents d’os & d’ivoire n’eft pas fort commun dans les fabriques ; mais enfin il y a des fabricans qui tiennent à cette méthode, & je dois en dire quelque chofe.
- üo. Il n’eft pas du reffort du peigner de refendre l’os ou l’ivoire en lames
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- propres aux dents; il ferait difficile qu’ils s’en acquittaient aufFf bien Sch il bon marché que les marchands de qui on les tire : ce font les tabletiers * ou du moins quelques-uns d’entr’eux , qui débitent en lames de toutes longueurs & épailfeurs de fott gros morceaux d’ivoire, & les vendent à Ci bon marché, que ce ferait duperie de s’en occuper. Ces lames fervent pour des jetons , des évantails & beaucoup d’autres objets qu’il eft inutile de rapporter ; on peut comprendre par-là comment un ouvrier qui travaille à un même objet toute la vie, y acquiert une perfection que fart imiterait avec peine. Ces ouvriers font tellement habitués à mener leur fcie, que les lames qui en fortent ont l’air d’avoir été polies ; & ce qu’il y a de plus furprenant encore, c’eft la parfaite égalité d’épaiifeur à laquelle elles font refendues. J’en ai vu qui n’avaient pas même un tiers de ligne, & fans un parallélifme parfait dans le mouvement de la fcie , elles viendraient à rien fur le bord : «’eft à ces ouvriers que les peigners fe fourniflent dé lames dont on fait les dents. On les commande à l’épailfeur qu’on veut; & pour être phyli-quement fûr de cette épafffeur, il fuffit de le§ jauger, & de racler un tant foit peu celles qui en ont befoin.
- 221. Quant au montage des peignes d’ivoire, il eft le même qu’aux autres ; quelques peigners cependant fe fervent de ligneul moitié plus fin qu’il ne faudrait, pour faire deux tours à chaque : ils en ufent de même pour les peignes de cuivre , & quelquefois pour ceux d’acier ; ils prétendent par-là remédier à l'effort de la batte qui, frappant quelquefois la dent à faux, en calfe quelques-unes.
- 222. Les galonniers qui fe fervent de peignes d’acier, de cuivre ou d’ivoire, s’abandonnent pas pour cela ceux de canne ; il y a même certains galons qui ne peuvent fabriquer *qu’avcc de pareils peignes : ils reffemblent à «eux deftinés aux étoffes ; mais on les tient plus larges & plus épais.
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- Nouvelle méthode pour monter les peignes propres aux galonniers , inventée par le Jieur Gourdet, peigner à Paris.
- 22%. La maniéré de monter les peignes propres aux galonniers , inventée par le fieur Gourdet, -eft Ci ingénieufe , que dans la province même elle eft très-connue, quoique fous le nom de monture de Paris : auffi les matériaux qu’on emploie pour ces peignes, font les mêmes que pour les autres ; ee n’eft que la maniéré de les monter qui la fait rechercher.
- 224. La figure 1 ,pl. XI, repréfente la„monture de cet uftenfile , dépour; wue de dents ; voici en quoi elle conlifte. Deux pièces de bois À , A, fervent
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- de jumelles, & au bout de chacune eft une mortaife , dans laquelle entrent les tenons pratiqués à chaque extrémité des deux gardes : la feuillure de chaque piece fervant de jumelles, eft aflez profonde, comme on le voit à part, fig. 4, pour recevoir la traverfe dentelée,/%. 6, dont l’épailfeur eft telle qu’elle affleure les épaulemens qu’on voit en i, i, fig. 4 : elles font retenues en place par le moyen de deux petites tringles qui s’appliquent fur celle qui entre dans la feuillure , comme on peut le voir fur la fig. 2. On conçoit aifément que quand ces tringles font en place , elles appuient contre l’épaifleur des dents, qui par conféquent 11e peuvent plus fortir de place; mais ces tringles font elles-mêmes retenues par trois vis e, e 9e ,fig. 1 , tant en-haut qu’en-bas , qui tournent dans autant de trous formés fur les tringles , fig. 3 & 6 , & dont les pas prennent dans les jumelles en m,m tm 9fig. 4-II faut affembler les gardes de façon qu’elles affleurent l’intérieur des feuillures pour que la tringle ne foit pas écartée ; & même pour plus de folidité, les deux vis des extrémités entrent en même tems dans les tenons des gardes, auxquelles elles fervent de chevilles. On a imaginé de ne placer ces dents que d’une maniéré aifée à démonter, pour les changer de place à volonté, ainlî que nous le verrons inceflamment : il faut, avant de fixer les-tringles dentelées dans leurs feuillures, s’aflurer que les entailles fupérieures correspondent bien parfaitement avec celles d’en-bas, pour que les dents Soient placées bien à angles droits avec les jumelles i auffi , pour plus d’exa&itude, fait-on ces entailles aux deux tringles d’un même coup , en les pinçant dans un étau ; après quoi on les fixe en place avec de la colle forte, ou bien avec des clous d’épingles. Je ne crois pas que l’infpedion des figures , tant principales que de développement, laiflent rien à defirer fur la conftrudion de ce peigne, dont on Sentira de plus en plus la perfedion quand nous le verrons en travail : il Suffit d’avertir que toutes ces pièces doivent être construites dans la plus grande perfedion ; qu’elles Soient toutes bien dreifées pour quelles s’appliquent parfaitement les unes fur les autres , & par-là éviter le ballottage ; & quand ce peigne eft tout monté, les pièces A, A, fig. 1 , doivent être arrondies extérieurement & reifembler allez bien aux jumelles d’un peigne.
- 225. De toute cette machine, c’eft aux tringles dentées qu’on doit apporter le plus grand foin ; il ne faut même pas juger de l’écartement qu’elles doivent avoir par celui que je leur ai donné fur la figure; mais ne pouvant rendre fenfibles ces entailles fous d’auffi faibles proportions , j’ai pris le parti de les groffir confidérablement. L’attention de l’ouvrier doit rouler prefque toute fur la divifion , la largeur & la profondeur des dents. Comme j’ai recommandé de faire les pièces qui tiennent lieu de jumelles, rondes par-dehors feu-Tome XV.. ,f C ç ç
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- îement, elles n’effuient prefque pas de frottemens dans la rainure du battant quand on fabrique l'étoffe.
- 226. L’ustensile que je viens de décrire a fur tous les autres peignes beaucoup de fupériorité : lorfque la monture en eft bien faite , elle peut ufer quatre garnitures de dents, fulfent-elles d’acier. La faculté qu’on a de changer les den'ts, d’en ôter & d’en ajouter , foit par ufure , foit fuivant l’ouvrage, lui alfurent l’avantage fur tous les autres : on peut avec un tel peigne fabriquer toutes fortes de galons, dont le compte de fils fe rapporte avec celui des dents : mais fi le nombre vient à changer, on peut aifément aux tringles/, /, fig. 2 , en fubftituer d’autres, dont la divifion foit conforme au nombre defiré, quoique fur les mêmes dimenfions extérieures : du refte, quand on veut faire un galon étroit, on ne peut mettre au peigne que le nombre de dents nécefîaire , & l’augmenter ou diminuer à volonté. Ces peignes font ordinairement faits pour les plus forts nombres de dents qu’on puilfe employer au galon : ainfi dans tous les cas on n’eft jamais embarraiTé.
- Article VI.
- De la maniéré de monter les cafés pour les galonniers.
- 227. Les galonniers appellent' cafés ce que les autres fabricans en tiffus nomment peignes. La nécelfité où ils (ont pour ce genre de travail, d’élargir & de rétrécir fans ceffe leurs galons, & par conféquent les peignes, a fait imaginer cette machine : voici en quoi elle confifte. La figure 8 fait voir une efpece de râtelier formé dè l’affemblage de deux planches D, D , dont la figure 9 repréfente l’une à part : vers les deux extrémités F, F, eft une entaille quarrée, propre à recevoir les tenons de l’efpece de garde qu’on voit fur la fig. 8 , & à part ,fig. 10, où les tenons p ,p , font repréfentés d’une maniéré fenfible. Chacune de ces planches eft entaillée, comme on le voit fur ces figures, d’un nombre déterminé de traits de fcie dans lefquels on place les dents : ces planches font retenues en place fur l’épaulement des tenons des gardes, & fixées par le moyen, de deux tours de ligneul croifés comme on le voit en o, o, o, o e il faut fur -tout avoir foin que les deux planches à entailles affleurent parfaitement les gardes ; & pour que le1 ligneul ne nuife pas à cet effet par fa groffeur, on entaille un tant foit peu la place qu’il doit embraffer haut & bas. Les choies étant en cet état, on recouvre les dents d’une petite tringle L, L,fig. 12, qui les empêche de tomber en-devant fans leur ôter la faculté de s’enlever par en-haut, fuivant'les cas. Comme on n’a pas befoin , poür déplacer les dents, d’ôter1 les tringles L, L, on les fixe très-fortemént avec un ou deux tours de ligneul, comme t,t, t0 /, le
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- repréfente. Voyons maintenant comment on place & déplace les dents. Les dents dont on garnit cette caffe font d’acier ordinairement, comme celles des autres peignes ; mais elles font plus longues & plus larges, telles enfin que celle qu’on voit repréfentée à part, fig. n , qui eft coupée quarrément par un bout, & terminée en pointe par l’autre : elles ne font que paiTer dans les entailles des deux rateauxD, D, haut & bas, & n’y font, retenues que par - devant, au moyen des deux tringles de fer L, L : dans cet état il ne ferait prefque pas poffible de changer ce peigne de place fans crainte que les dents ne gliifaflent de leurs entailles , où elles font ordinairement peu ferrées ; auffi a-t-on coutume de coller en-delfous des tenons inférieurs des deux gardes, une bande de fort papier, qui en même tems qu’elle leur fert d’appui, réfléchit un peu de lumière dans la rainure du battant, pour faire appercevoir les entailles quand on déplace quelqu’une des dents. Il eft aifé de voir que cette maniéré de fupporter les dents eft vicieufe. Comme elles ne font pas retenues fortement dans leurs entailles, & qu’elles éprouvent à chaque coup de battant des fecoulfes confidérables, le papier eft bientôt percé, & c’eft toujours à recommencer. J’en ai conféré avec le Heur Lemaire, habile peigner à Paris, de qui je tiens tous les détails & tous les procédés que je rapporte fur les peignes des galonniers, & de concert nous avons imaginé les corrections qu’on va voir, & qu’il a lui-même exécutées. Les deux rateaux M, M, fig. 13 , qui contiennent les dents , & dont on voit une à part,;%. 14, ont par leurs extrémités des tenons à enfourchement qui entrent dans des mortaifes & entailles pratiquées à chaque bout des gardes. La figure 1 s repréfente une de ces gardes , où b , b , font deux mortaifes qui traverfent d’outre en outre, & qui reçoivent le tenon du milieu des bouts de chaque rateau ; & c, c , font des entailles deftinées au même ufage : quand ces pièces font en place, on les y retient au moyen de clefs d, d, en-dehors des gardes. Au-deflous de ces rateaux eft une traverfe qui s’alfemble auffi à tenons & mortaifes , à fix lignes plus bas qu’eux dans les gardes, & qui fert à fupporter les dents ; & pour ne pas perdre l’avantage du papier blanc qui réfléchit les rayons du jour pour faire appercevoir les entailles, on peut la couvrir également d’une bande de même papier, qui fera le même effets mais comme rien n’eft auffi gênant que de faire le nœud de la ficelle qui retient les tringles de fer L , L, en-devant, nous fommes convenus de faire repofer ces tringles fur deux crochets de fer chacune g, g, &c. qui en même tems les tînt ferrées & contre les gardes & contre les dents ; & comme ces tringles pourraient glifler à droite ou à gauche, on réferve à chaque rateau, fig. 14, un épaulement aux deux bouts , jufte à la longueur de ces tringles : par ce moyeu le peigne fera rendu on ne faurait plus folide.
- SU8. Quant à la matière dont font faits les rateaux, c’eft ordinaire-
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- nient de corne; la préparation qu’on leur donne n’eft pas du relTort du peigner : ils achètent ces morceaux de corne chez les'tabletiers qui font les peignes à cheveux ; mais cette matière n’eft pas fort bonne & fe déjette en peu de tems à rhumidité ou à la chaleur : auffi le fieur Lemaire m’a-t-il fait part de la monture qu’il fubftitue à celle de corne. Je crois devoir aux perfonnes qu’un long ufage détermine à fe fervir de ces dernieres , le détail des moyens qu’on emploie pour les redrefler lorfqü’ils fe font courbés : on chaufie un peu fort ces pièces de corne fur un réchaud, & on les met refroidir entre deux planches dans une prefle , li l’on en a la commodité; il vaudrait mieux encore les prelfer entre deux plaques de fer ou de cuivre un peu épailfes, qu’on aurait fait chauifer.
- Article VII.
- Nouvelle maniéré de monter les cajjes.
- 229. Comme la maniéré-de monter la nouvelle calfe pourrait embarralfer quelques ouvriers, je vais en peu de mots leur en indiquer les moyens. On fait couper , à même une planche de cuivre d’une ligne & demie d’épailfeur, deux réglés de longueur & largeur fuffifantes ( on trouve de cette efpece de cuivre dans toutes les grandes villes. ); on le bat fortement avec un marteau uni fur un tas ou enclume,’auilî très-uni ; ce qu’on appelle forger une piece ou Cècrouir. Lorfqu’après avoir pafté le marteau fur tous les points de la fuperficie , on fent que la matière réfille, le morceau eft fulfifani-ment dur. A la fuite de cette opération l’on doit s’attendre de voir augmenter en longueur & en largeur chaque piece ; ce qui fs fait aux dépens de l’épailfeur qui eft confidérablement diminuée. On fait avec un foret d’acier trempé à chaque bout un trou qui correfpond aux deux plaques ; ou pour mieux dire , on les pince dans un petit étau , & on les perce par chaque bout toutes deux à la fois dans un endroit où par la fuite on n'ait ni dent ni entaille à pratiquer, mais dans une partie qui doive refter pleine : avec un clou de cuivre ou de fer on rive ces deux réglés Pune fur Pautre, pour être plus aiiuré de les faire égales entr’ellcs. On fait d’abord les deux épaule-mens f, /, puis ayant marqué très-exa&ement avec un compas les divifions des dents, on refend les entailles avec une feie trempée, dont la denture foi t un peu fine; enfuite avec la même feie on refend les entailles a, a9 à chaque bout à une égale profondeur. Ce n’eft pas aifez, il faut que les entailles foient également profondes, & pour s’en alfurer mieux, on enchâftê entre deux réglés de cuivre un bout de lame d’acier dentée très-fine, de maniéré qu’elle déborde de la quantité dont on veut enfoncer ces entailles s
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- & comme le bord de devant a du être bien dreffé , l’on fait entrer cette feie, qu’en terme d’atteliers de mécanique on nomme Lime, à dojjîcr, jufqu’à ce que les réglés appuient fur le bord de la piece : on dreffe l’autre bord des plaques, on recale les tenons pour qu’ils foient bien droits, & enfin on fait avec un foret deux trous en e, e , aux deux bouts j mais comme ces trous font ronds, & qu’il les faut quarrés , voici la maniéré de les équarrir. Oit lime un petit morceau d’aciér de la forme qu’on veut donner à la clavette, plus gros que le trou qu’on a fait : on le met au feu de charbon ; & quand il eft d’un rouge couleur de eerife , 011 le jette précipitamment dans de l’eau froide & nette, puis on polit un tant foit peu ce mandrin , non pas avec des limes qui n’y mordraient pas , mais avec un peu de pierre ponce ou de grès ; & quand il eft blanchi fur fes quatre faces, on le tient au-deifus d’un feu de charbon fur un morceau de tôle , le remuant fans cefle pour qu’il chauffe également : dans cette derniere opération il 11e faut pas perdre la piece de vue un feul moment i car on la voit d’abord devenir petit jaune, enfuite plus foncé, que les ouvriers appellent couleur d’or, bientôt pourpre , & enfin bleu, ce qui fe fait prefqu’en un clin d’œil : dès qu’il commence à bleuir on le jette dans de la graiffe ou de l’huile, & l’on peut être alluré de la trempe lî l’acier eft bon. Comme on a dû , lorfqu’on a formé ce mandrin à la lime , le faire plus menu d’un bout que d’un autre, on le fait entrer quarrément, c’eft-à-dire ïuivant le quarré de la plaque, dans le trou qu’on rend quarré à coups de marteau, ce qu’on nomme étamper un trou j 011 lime enfuite ces pièces fur toutes les parties qui leur font communes, & enfin on lime les rivures & 011 fépare les deux rateaux : on les lime fur le plat deffus & delfous avec une limz bâtarde, puis avec une lime douce on abat toutes les vives-arêtes, & dans cet état il ne s’agit plus que de faire les gardes en bois ; mais il ferait bien plus propre & plus folide de les faire en cuivre : dans ce cas on en fait une en bois , & 011 la donne pour modèle au fondeur , qui en coule deux toutes pareilles, que l’on repare & ajufte aifément enfuite. Quant aux tringles 0,0, qui retiennent les dents , elles feront mieux en acier , dont on trouve chez les marchands de petites tringles d’un pied de long & de toutes groifeurs. Enfin la réglé fur laquelle repofent les dents , peut être de cuivre 5 mais, je le répété, il faut être un peu habitué à travailler les métaux, ou bien adroit, pour monter comme il faut une pareille caife , dont tout le mérite eft la folidité qui dépend de Pajuftage des pièces qui la compofent. Je penfe que cet uftenfile étant fait foigneufement 11e laiifera rien à d'efirer aux ouvriers qui le mettront en œuvre.
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- Artic le VIII.
- ... Defcription cCun peigne particulier à certains tijjus. ,
- 130. LE speigne dont je vais détailler la conftru&ion , fert pour quelques 'étoffes, & pour des gazes à bandes. Dans les étoffes il fert à fuppléer aux inégalités des bandes qui font quelquefois plus & quelquefois moins fournies que le fond. Il a donc fallu mettre plus de brins .à la chaîne dans certains endroits que dans d’autres ; quant aux gazes , où l’on ne met guere qu’un ou deux fils par dent, il a fallu fournir les bandes un peu plus, ou quelquefois le fond plus que les bandes.
- 231. Quoique dans la fabrique des étoffes on ait coutume, quand le befoin l’exige, de faire paffer plus de fils dans certains endroits d’un peigne que dans d’autres il .eft certain qu’on ne réuffit jamais aufli bien que quand le peigne eft fait exprès; mais la dépenfe deviendrait immenfe, fi l’on voulait faire faire un peigne chaque fois que telle ou telle rayure l’exige. Ce n’eft pas ici le lieu d’expliquer ce mécanifme ; il fuftit, pour faire entendre le peigne qui y.fert, d’en donner une légère notion. On doit donc favoir qu’il « y a des étoffes où, pour varier agréablement, on fait une bande de taffetas, une de fatin, une de ferge ou de cannelé, & qu’il ferait à defirer que dans un même peigne chaque partie de la chaîne fût fabriquée par une partie de peigne propre à chaque genre : d’autres fois c’eft lorfqu’on fabrique des étoffes à bandes en or ou argent, & il eft certain que la lame tient plus de place que de fimples fils de foie. En voilà allez pour le préfent, je me référé à ce que j’en dirai dans le traité de la fabrication des étoffes. ~ i
- 232. La fig. 1 , pl. XII, repréfente un peigne où les dents font diver-fement efpacées ; il eft defliné dans la proportion de quatre pouces par pied : les dents des parties a ,a, &c. qui doivent former les bandes, font plus ferrées que celles é, Æ, &c. qui font deftinées à former le fond. On peut aifément concevoir un peigne où les dents fuffent dans une difpofition in-verfe de celui-ci; telle eft la différence qui fe trouve entre ces fortes de peignes, qui d’ailleurs fe fabriquent de la maniéré qu’on a vue, & ce.ux dont nous avons traité jufqu’ici: il faut cependant avouer que ce peigne, qui fervait beaucoup autrefois, commence à être profcrit de la fabrique des étoffes de foie, 8c qu’il eft prefqu’entiérement abandonné aux gaziers, qui même, à caufe de la variété qui s’eft.'introduite dans ce genre de tiifu, 11e fert pas très-fouvent.
- 233. On monte ces fortes de peignes'abfolument comme tous les autres; 011 y obferve feulement de tenir les dents un peu plus fortes dans
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- les endroits ou elles font plus efpacées ; & pour trouver plus d’écartement entre les unes qu’entre les autres, on fe fert d’autant de fortes de ligneuls qu’on a d’écartemens différons à produire. Suppofons, par exemple, un peigne où la partie des bandes foit eu proportion de huit cents dents , fur vingt pouces ; les dents qui y entreront feront celles qui auraient corn-pofé un peigne plein du même compte , ainfi que le ligneul dont on s’y ferait fervi : fi le fond répond à un douze cents fur la même largeur, les dents & le ligneul feront dans la même proportion. Il fuffit donc dans ce cas au peigner de bien faire fes divifions, pour que les bandes & le fond occupent les places qui leur font deftinées, & qu’il n’y entre pas plus ou ‘moins de dents qu’il n’y en doit avoir.
- 234. C’eft ordinairement le fabricant lui-même qui donne au peigner les proportions du peigne qu’il veut faire conftruire ; ces divifions fe marquent fur une bande de papier ou fur une réglé de bois, & à chaque divifion l’on écrit le nombre de dents qui doit y entrer.
- 23 f. Après avoir parcouru toutes les fabrications de peignes dans tous les genres, il ne refie plus qu’à parler en finiflàné, de la maniéré d’entretenir les peignes , & de les raccommoder lorfqu’il leur arrive quelqu accident.
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- CHAPITRE V.
- De l'entretien & du raccommodage des peignes, tant par les ouvriers fabricans que par les peigners.
- Article premier.
- Du raccommodage, des peignes'par les ouvriers fabricans,
- 236 J’ai dit en quelqu’endroit delà' première partie de ce traité, que les dents des bords d’un peigne s’ufent beaucoup plus vite que' celles du milieu i il faut dans ce cas*leur en fubfiituer d’autres: c’efi de quoi nous allons nous occuper en peu de mots.'
- 237. En réfléchïffant fur les effets de l’incorporation de la trame dans là chaîne, oh voit que’bette trame'’tend fans celle à faire rétrécir l’étoffe, & que ce rétréciffement fe fait< particuliérement refleurir fur les bords : de là viennent ces'défauts^ foüvent légers ,qu’on àpper’qoit aux étoffes, près des deux lifieres : ce>mêm'e rétréciffement entraîne avec lüi les* dents i & leur lait contrader 'üiie- courbure qui'nuit au mouvement des brins de la'chaîne ,
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- fur-toiït dans les étoffes de foie. Les dents de canne s’ufent en fort peu de tems ; celles d’acier même à la longue n’y fauraient réfifter, & font fujettes à fe coucher fur les bords. /
- 238- C’est improprement qu’on a donné à ce défaut du peigne le nom de couchure. La véritable couchure eft celle qui provient de la faibleffe du montage d’un peigne, dont le ligneul venant à fé relâcher, fait perdre aux dents la dire&ion d’équerre qu’elle forme avec les jumelles, & dans ce cas une jumelle s avance par un bout, & l’autre par l’autre.
- 239. Lors donc que quelque dent du corps du peigne ( car celles des lifieres étant beaucoup plus fortes , ne font point fujettes à ce défaut ) vient à fe courber, faufler, ou contra&er quelqu’autre défe&uofité s il faut la changer ; & fi l’on était obligé d’aller chercher un peigner pour cette opération , l’on n’aurait jamais fini. Il eft à propos qu’un fabricant lui-même fâche remettre les dents, parce qu’aucun ouvrier n’eft en état comme lui de ménager la chaîne de l’étoffe, cet ouvrage devant fe fairp fur le métier même. Ce n’eft pas un fecret, quoi qu’en difent quelques ouvriers ; ou , s’ils en font un , voici en qupi il confifte. On commence par retirer le peigne de la rainure du battant pour travailler plus à fon aife j & ayant choifi quelque bonne dent d’un vieux peigne du même compte de dents & de la même foule, on les fubftitue aux mauvaifes : pour cela on coupe au milieu la dent qu’on veut ôter, & l’on en fait fortir les deux parties, l’une par en-haut, fautre par en-bas ; ce qui n’eft pas difficile fi l’on fe rappelle que les dents de canne forment par leurs deux bouts une efpece de pelle ; mais il faut auparavant avoir déchiré le papier qui couvre le ligneul, à cet endroit feulement. Il n’eft pas poffible de mettre la nouvelle dent dans la place de l’ancienne ; il faut agrandir cette place : on fe fert pour cela d’un poinçon applati , que l’on enfonce entre les jumelles en-haut & en- bas ; & quand on juge que la place eft fuffifante, on fait entrer la dent; & dès qu’elle paflè en- dedans de la foule du peigne , on la faifit avec des pinces fort plates & fort minces, on l’amene vers les autres jumelles, & on la fait entrer dans le fécond trou. On peut faciliter la» defcente de la dent par quelques petits coups; mais comme cela fatigue le peigne, fff vaut mieux s’en abftenir. On change ainfi de fuite toutes les dents qu’on a à fubftituer; & comme le poinçon leur forme une ouverture dans, laquelle elles ballottent, on fe fert d’un autre poinçon, avec lequel on écarte un peu les dents voifînes, pour rendre aux dernieres l’écartement uniforme à toutes celles du ,peigne. Avec, un peu d’attention dans ce travail, on n’eft pas obligé çle calfer les trins" de la chaîne;, &. fi l’on a eu foin» de conferver la féparation de chaque délit qu’011 déplace.?!on pu remet une nouvelle dans le même endroit, &1’étoffe .n’en eft, aqqu-nement endommagée. ' '........ 24a
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- 240. Il n’eft guère pofïîble au fabricant de raccommoder ainfi plus de trois ou quatre dents de fuite, attendu la difficulté de rencontrer les mêmes hauteur, largeur & épaifleur , & d’obferver les mêmes écartemens; mais comme il arrive quelquefois à des ouvriers de crever des peignes, c’eft- à - dire, de calfer ou fauffer des dents l’efpace d’un pouce ou même plus, on peut le raccommoder fur le métier même, ce qui eft très-difficile à bien faire , ou enfin on cçupe la chaîne pour remonter le peigne plus à fbn aife. Cette opération eft du reffort du peigner, & il eft alfez rare qu’un ouvrier ordinaire foit atîez entendu pour la bien exécuter : dans ce cas 011 11e prend point de dents à un vieux peigne ; on en faic de neuves , que l’on égalife d’épaiifeur & de largeur autant qu’il eft poffible, & on les rogne , plane, & finit d’excarner quand elles font en place, même fans fortir du métier. Mais, je le répété , cette opération eft très - difficile , & -demande la main la plus légère & l’ouvrier le plus intelligent.
- 241. Ce que je viens de dire, de fubftituer des dents neuves à celles qui font caiîees, doit s’entendre du milieu du peigne i car quand ce font celles des bords qui font ufées, on ente ou tejle les deux bouts. Ces deux ex-preffions , qui font fynonymes, ne font cependant pas adoptées dans toutes les fabriques de peignes ; je les rapporte pour les faire entendre. Cette opération fe fait de plufieurs maniérés ; mais je n’en rapporterai que deux: Tune eft fuivie par tous les ouvriers, quoique moins bonne ; la fécondé m’a été enfeignée parle fieur Lemaire, peigner de Paris, dont j’ai déjà parlé, & qui a eu la complaifance de la faire exécuter à loifir fous mes yeux: ce font ces deux méthodes qui vont faire la matière des deux articles fuivans.
- Articl e IL Première maniéré de tefler ou enter les peignes.
- 242. Pour enter un peigne, on commence par ôter la garde d’un des bouts par où l’on veut commencer j enfuite on retire les dents des lifieres-, que l’on garde fi elles font d’acier, {ans quoi 011 les néglige s enfin on coupe avec un fort canif les dents de canne jufqu’à l’endroit où le peigne a befoin d’être raccommodé: mais avant toutes ces opérations il eft nécelfaire de s’af-furer du compte de dents que contient le peigne ; & pour ne commettre aucune erreur, on compte bien exactement les dents qu’on retire , pour n'en
- , remettre ni plus ni moins. O11 coupe les dents haut & bas, prefque tout contre le ligneui, qui, 11e trouvant plus d’obftacle , fe déroule aifément, pour peu qu’on le tire fuivant la longueur des jumelles ; au moyen de quoi les extrémités des dents qui étaient reftées entre les jumelles, tombent à Tome NK Ddd
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- terre. Quand on a fait cette opération haut & bas, on coupe le îigneul qui ne peut fervir, tout contre la première des dents qui reftent, & on le joint au nouveau , dont on va fe fervir, par le moyen d’un nœud très-folide , comme de tiiierand, de charretier, &c. En plaçant les dents, qu’il doit avoir apprêtées du même compte, ou prendre dans un vieux peigne où elles foient encore bonnes, l’ouvrier doit fe guider fur les anciennes marques qu’il doit retrouver fur les jumelles , & qui ont réglé le premier montage : dès qu’il s’eft alluré du nombre que chaque divifion doit contenir de dents , il procédé à remettre des dents } mais û les marques étaient totalement effacées, il doit, fuivant la méthode qu’il pratique ordinairement, les remarquer, pour ne pas travailler au hafard. Tout étant ainfi difpofé, il s’afïied devant une table, fig. 4, fur laquelle eft tout ce dont il peut avoir befoin, comme de dents A., d’un canif B, de la garde qu’il a retirée , & ainfi du refte ; puis prenant fous fon bras le peigne D , comme on le voit fig. 5 , il tient contre fa main gauche le bout où il va opérer, & en même tems tient dans cette main les deux bouts de Iigneul ; puis il place une dent , l’entoure de Iigneul haut & bas, & frappe avec la fourchette , qui tient ici la place de la batte. Cette fourchette eft repréfentée à part fig. G : elle eft fort commode pour cette opération. L’ouvrier la prend parle manche F, fait paffer la lame entre les jumelles, & frappe autant de coups qu’il eft né-ceffairecpour donner aux dents l’écartement qui leur convient, précifément comme on a fait avec la batte. On répété cette opération à chaque dent ; & quand elles (ont toutes en place, on remet les dents de lifieres Ci on les a confervées, finon des neuves} & pour les efpacer comme il faut, on les entoure de deux tours de Iigneul, après quoi 011 met la garde , que l’on arrête très-folidement} & enfin on rogne les dents , on les plane & excarne, comme 011 l’a dit plus haut, & l’on en fait autant à l’autre bout du peigne ; car il eft rare qu’il n’en ait befoin que par un bout : néanmoins il y a des ouvriers qui ne Fufent que d’un côté.
- 243. Il peut paraître furprenant que le peigne s’ufe plus d’un bout que de l’autre. Comme tout ce que j’ai à traiter concourt au but général, je veux dire l’intelligence de l’art qui fait mon principal objet, celui des étoffes de foie, je vais en faire fentir la raifon. On peut fe rappeller ce que j’ai dit des ouvriers qui travaillent à pied ouvert, & d’autres à pied clos. Il eft rare que chacun d’eux, même travaillant à pied ouvert, fuive cette même méthode des deux mains , & j’en ai obfervé un très-grand nombre qui tiennent la marche baillée en frappant fur la trame lorfqu’ils ont lancé la navette de droite à gauche , par exemple, & frappent à pied clos après avoir lancé la même navette de gauche à droite. Si j’ai fait voir que la trame tire beaucoup plus les lifieres à pied clos que de l’autre maniéré, il eft évident que , travaillant toujours à pied ouvert d’un côté, & à pied clos de l’autre, ce dernier côté
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- ufera le peigne beaucoup plus vite par ce bout. Cette maniéré de travailler eft très-vicieufe, & eft tellement paffée en habitude chez certains ouvriers , que rien ne pourrait les en détourner. On peut aifémeut fe convaincre de la vérité de ce que je dis, en examinant quelques étoffes : celles où l’on trouvera une lifiere plus étroite, indiquera que l’ouvrier travaillait à pied clos en lançant la navette de ce côté. Au relie, toutes ces obfervations n’ont pour but que l’avantage du fabricant , qui fe trouvera à portée de conferver fes uftenfiles en Tachant d’où procédé le mal ; c’eft à lui à s’oppofer à de pareilles habitudes, lorfqu’il forme de jeunes ouvriers. Je paife à la féconde méthode de teller les peignes.
- ArticleIII.
- Seconde maniéré de tefler les peignes.
- 244. Cette maniéré de teller ou enter les peignes ne différé de la précédente que par la pofition du peigne pendant l’opération. Il faut commencer par défaire les vieilles dents, comme 011 l’a vu, après quoi on place le peigne H fur une piece de bois I, fig. 7 , qu’on met fur le banc K du métier à monter les peignes. Cette piece de bois eft repréfentée à part, fig. 8 : on la fixe par Ton tenon L , dans une mortaife pratiquée exprès fur la longueur du banc, où on l’alfujettit au moyen de la clavette M. Le peigne eft faifi entre la piece de bois & celle de fer N, comme dans uneprelfe’, puifque les écrous a, a, la ferrent à volonté au moyen des vis £, dont la tête efl placée dans les entailles c, c, de la piece de bois fig. 8, & recouverte par un morceau de bois qui y entre à force. Ces vis font repréfentées à part, fig. 9, & la piece de bois qui les recouvre , fig. 10. Cette derniere eft fixée par quelques vis à bois, au moyen de quoi l’on peut aifément démonter toutes ces pièces. Les lignes h, h , qui font tracées fur la fig. g , fervent à placer le peigne dans un alignement convenable, comme elles l’ont entre les deux poupées des autres métiers. La piece de bois O n’eft placée là que pour y pofer la batte, quand la main eil occupée à placer une dent. On met la batte à cette hauteur pour imiter mieux la pofition qu’elle tient entre les jumelles quand 011 fait un peigne neuf, 8c parce que l’ouvrier eft habitué à cette hauteur : à chaque dent qu’il place, il gliffe la batte entre les jumelles 8c frappe convenablement à l’écartement qu’il faut donner aux dents ; il les entoure toutes d’un tour de ligneul, qu’il tient tendu de la main gauche pendant qu’il frappe , & enfin il met les dents des lifieres & les gardes comme 011 l’a déjà dit; & quand le peigne eft ainfi raccommodé par les deux bouts, il recouvre les jumelles avec une ou deux bandes de papier. Cette méthode
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- eft infiniment préférable à la première, en ce qu’elle eft plus expéditive & 11e fatigue pas tant les'peignes. Je fuis perfuadé qu’elle n’a befoin,pour être univerfellement adoptée, que d’être connue de tous les ouvriers.
- 24Ï. Quoique je n’aie promis de rapporter que deux maniérés d’enter les peignes, je ne faurais réfifter à l’envie d’en rapporter une troifieme que je ne tiens que par le récit qu’on m’en a fait : la voici. Après avoir défait les dents par un bout aufll avant qu’il eft néceifaire , on monte l’autre bout qui refte encore entier, fur le tenon du boulon à vis des poupées fur lefquelles. on monte ordinairement un peigne , & profitant de l’entaille qui au bout de chaque jumelle fert à retenir le lien des gardes , on y attache, quatre bouts de jumelles de fix à huit pouces de long, auxquels 011 fait suffi des entailles pour qu’ils ne s’éc.happent pas. Les chofes étant en cet état*, ou monte ce peigne fur les poupées , comme fi on en allait monter un neuf: on le tend autant qu’il eft néceifaire, & on a la facilité de raccommoder le peigne-comme fi on le finilfait neuf : mais comme la batte ne pourrait pas glilfer aile— ment entre les jumelles, on fait les quatre bouts qu’on y ajoute, du double plus épais que les jumelles même; & ayant pratiqué une entaille au bout qui tient ces jumelles, leurs faces intérieures, s’afEeurent. & ne.préfentent aucun obftacle à la batte quand on-la fait gliifer.
- 246. Quand un bout du peigne eftfinion le retourne bout pour bout & on en fait autant à l’autre , fe fervant des premières fauifes jumelles , ainfi que des fécondés ,. pour.le fixer fur les-poupées ; & lorfque le peigne eft achevé,, on le démonte entièrement pour y mettre les gardes : ce que le peu de longueur qui refte ne permet pas de faire fur. le métier même.
- 247. Quoique les dents d’acier foient bien plus-de réfiftance que celles de canne , on pourrait très - bien enter les peignes d’acier comme ceux de canne: mais il eft rare qu’on les raccommode par les bouts feulement ; on préfère de les faire, remonter entièrement,, en. 11e confervant que les dents &.les gardes. J’en dirai un mot dans la fuite, après avoir rapporté les- moyens mis en.ufage pour dérouiller les; peignes qu’on n’a pu défendre contre cet accident,.
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- Maniéré de. dérouiller les peignes dl acier*
- 24?. LES'peignes d’acier exigent le plus grand foin pour n’ètre pas en peu dê‘ tems attaqués de la rouille. J’ai recommandé de les-tenir dans des lieux lecs. Cette précaution eft bonne quand ils ne. travaillent pas; mais- quand iis font placés furie métier, pour peu que l’endroit foit humide, ou qu’on foit quelque tems £ms s’en iérvir 3 ils de viennent tout rouilles, & pourraient même déchirer les fils.
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- 'de la chaîne fi l’on n’y remédiait. On ôte le peigne de fa place 9 & avec attention l’on frotte les dents d’huile d’olive , de maniéré qu’il n’en vienne pas jufqu’aux jumelles, car la poix ferait en peu de tems rendue liquide , & le peigne fe lâcherait : on couvre les dents de ce côté avec de la farine 5 on en fait autant de l’autre côté , & on îaifle ce peigne au foleii ou à la chaleur d’un poêle ou d’un feu modéré , pendant deux ou trois fois vingt - quatre heures , jufqu’à ce qu’on voie que la farine devient rouffâtre & tombe par petits grumeaux ; alors on met le peigne à plat, avec les précautions que j’ai déjà rapportées , & on le frotte avec un bâton de faule, coupé en bifeau de chaque côté. Si l’on s’apperçoit que l’opiniâtreté de la roûille ne lui permette pas de céder du premier coup , on réitéré l’opération , & enfin on fe fert de la pierre ponce fi ces eflais font infructueux. Quand les peignes font revenus à leur ancien poli, on recouvre les jumelles avec de nouvelles bandes de papier , attendu que les anciennes imbibées d’huile ne peuvent plus fervir , & gâteraient la foie.
- 249.. Comme les dents des peignes peuvent, par une interruption de travail, fe rouiller fur Te métier, lors même que la chaîne y effc paffée ; fi cette rouille eft confidérable , il faut couper la chaîne pour y faire l’opération qu’on vient de voir ; mais fi ce ne font que quelques parties, on peut employer les moyens indiqués, fur le métier même, en prenant beaucoup de précautions pour ne faire aucun tort à la chaîne. Lorfque les dents d’acier des lifieres , aux peignes de canne , font très-rouillées , on ne fe donne pas la peine de leur faire cette opération ; on démonte le peigne par les deux bouts , & l’on y meti d’autres dents, fuivant les méthodes qu’on vient de rapporter.
- A R T I C L E V.
- Maniéré de remonter les peignes d’acier.
- 2fO. Pour peu qu’on réfiéchiffe fur la maniéré dont la chaîne eft placée’ par rapport au peigne, fur-tout dans l’inftant fans ceffe répété du coup de battant, on verra qu’il doit s’ufer beaucoup plus vite par les deux bouts qu’au milieu : il y a de cet effet plufieurs raifons à donner y mais ces détails feront beaucoup mieux placés lorfque je traiterai de la fabrique des; étoffes; il me fufiit de dire pour l’inftant, que l’ufiire produite parla chaîne' ne rend pas les dents tellement défeclueufes qu’elles ne puilfent plus fervir : au contraire même , .& il y a des fabricans qui, quand ils font faire un peigne-neuf, recommandent au peigner de fe pourvoir de vieux peignes , dgmt ils* prennent les dents pour en faire un nouveau ; alors il fufïit de mettre les dents; des extrémités, au- milieu, & celles-ci à la place des. premières : on eft- affuré;
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- que le poli que leur a procuré la chaîne fans cefle en mouvement, les a rendu infiniment préférables à toutes celles qu’on pourrait avoir polies par d’autres moyens. /
- 3fi. J’ai dit en queîqu’endroit de ce traité, que le ferrement du pas de la chaîne faifait tendre les dents de chaque bout vers le milieu du peigne, à peu près comme une infinité de triangles , dont les fils de la chaîne font les côtés & le peigne eft la bafe ; mais par une fuite de cette oblèrvation, l’on trouvera que les dents feront d’autant plus ufées qu’elles approcheront plus des bouts du peigne , & qu’elles feront ufées, non pas parallèlement à leur largeur , mais du côté qui regarde l’étoffe: aufli, quand un peigner intelligent démonte un vieux peigne, ne mèle-t-il pas les dents & ne les replace-t-il pas indiftin&ement. Indépendamment de l’ufure qu’on y apperçoit , elles ont contradé une certaine courbure que leur élafticité ne faurait leur faire perdre , & qui les dirige toutes vers le centre. Par une raifon inverfe il faut remonter le peigne dans un ordre oppofé , & par ce moyen on difpofera toutes les courbures en fens contraire vers chaque bout, & le côté ufé vers la face de derrière du peigne. Ainfi l’on profite de la perfedion qu’a procurée aux dents un long travail, & on réduit à zéro les défauts qu’il leur avait occafionnés : telles font les reffources de l’intelligence. Je n’ai infifté fur ces détails, que parce que fort peu d’ouvriers les connaiffent & les mettent en pratique, & que je ne cefferai d’avoir devant les yeux l’avancement de mon art.
- 252. Quelques fabricans ont imaginé de faire monter les dents des vieux peignes qu’ils font défaire , à d’autres d’un compte plus fin j puifque , difent-ils, l’ufage a aminci les dents. Ils ont raifon à quelques égards ; mais les têtes de ces dents, enfermées entre les jumelles, n’ont affurément pas changé : ainfi , fi l’on n’a larprécaution de faire remonter les peignes avec du ligneul plus fin qu’il ne faudrait pour le compte qu’on demande , les dents fe trouveront trop écartées.
- 255. C’est une raifon d’économie qui engage les fabricans à faire remonter leurs vieux peignes ; il ne leur en coûte que la façon , & c’eft toujours une épargne des deux tiers de la valeur d’un neufill eft vrai que quand ils font changer le compte des dents de leurs peignes , pour les remettre dans, de plus fins , ils doivent fournir les dents qui y entreront de plus, & qu’il eft toujours vicieux de mêler des dents neuves avec des vieilles, quelque bien calibrées qu’elles foient ; alors on fait fervir deux ou trois peignes j par exemple, de trois huit cents, on fera deux peignes d’un mille , & les dents de lurplus compensent celles qui fe trouvent toujours fauffées, ufées, ou autrement hors«fl’état de fervir.
- 254* Pour monter à neuf un vieux peigne, l’ouvrier déchire le papier qui couvre les jumelles, & avec la lame d’un canif il coupe le ligneul d’un bout
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- à l’autre haut & bas ; au moyen de quoi les dents ne tenant plus à rien, il peut en faire le choix convenable : mais s’il veut garder l’ordre que je viens d’indiquer , il met ce peigne ainli démonté devant lui fur le métier } & pour pouvoir placer celles des bouts au milieu , & celles du milieu aux bouts , il coupe ce peigne exactement par la moitié , & prend par-là les dents , qu’il met au bout à gauche, après celles des lifieres. Quand il a fini cette première moitié , comme il fe trouve au milieu du nouveau peigne, il doit continuer par le bout de la fécondé , qui fe trouvera ainfi placé au milieu , & ainli de fuite jufqu’à la fin. On ne rejette que les dents hors d’état de fervir j du refte le peigne fe finit comme on l’a dit en enfeignant à les monter.
- Ar ticle VI.
- Maniéré de remonter les peignes de canne ou d'acier fur le métier meme fans
- couper la chaîne.
- Il n’eft point de talens, point d’arts , où des accidens inopinés ne viennent quelquefois déranger les précautions les plus fages , renverfer les méca-nifmes les mieux entendus. Qpand la chaîne d’une étoffe eft une fois paflée dans un peigne, que par un bout il y en a une certaine quantité de fabriqué, & de l’autre le refte de la chaîne roulé fur l’enfuple , quel remede apporter à un peigne auquel fubitement il arrive queîqu’accident ? On n’en a long-tems connu d’autre que de couper la chaîne pour fubftituer un autre peigne. Enfin , après m’ètre occupé dès mon enfance de ce que la fabrique a de plus curieux & de plus intérelfant, j’avoue qu’il n’y a pas plus d’un an que j’ai appris qu’on pouvait fubftituer un autre peigne fans couper la chaîne. Je tiens cette utile découverte d’un habile fabricant d’étoffes de Paris, qui l’a vu mettre en œuvre parle fleur Bordier, ancien peignera Tours, fur un métier de damas broché. Voici le cas où cet expédient eft nécelfaire. Un ouvrier négligent dans la conduite de fon étoffe , lailfe perdre la quarrure de fon métier ; ce qui provient de ce que les étaies qui alfujettiffent quarrément le métier en tous fens , fe relâchent fur quelqu’un des angles : alors le battant qui ne frappe jufte fur la largeur de l’étoffe qu’autant que le métier eft quarrément pofé 5 s’il vient à prendre une pofition hors d’équerre 3 le peigne frappant plus d’un côté que de l’autre, l’étoffe n’avance que de ce côté, tandis que l’autre eft fort lâche : bientôt le peigne fatigué des coups redoublés que lui donne l’ouvrier pour regagner cette inégalité ,fe couche entièrement vers un bout, & ne peut plus fervir. Cet accident peut arriver dans la longueur d’une demi-aune d’étoffe : j’ai vu dans une fabrique qui m’appartenait, un peigne de canne fe calfer au milieu des dents, d’une longueur de trois ou quatre pouces, en fabriquant du damas. J’ai
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- vu une autre fois les jumelles fe cafter. J’avoue que je n’ai fu trouver d’autré moyen pour placer un autre peigne, que de couper la chaîne. Cette perte eft toujours très-confidérable pour le fabricant. Je perdis la première fois un aunage confidérable d’un ameublement qu’il fallut recommencer ; car ce qui eft fait eft de fauife mefure , & la chaîne pliée fur Fenfuple n’eft plus à la longueur requife. La fécondé fois je perdis une robe de prix, dont l’argent qu’on m’aurait demandé pour remettre un peigne, quel qu’il eût été, m’eût amplement dédommagé. L’inconvénient dont je parle peut arriver à tous les ouvriers, & fur-tout en fabriquant des étoffes riches, & par conféquent fortes , plutôt que fur de petites étoffes, où le coup de battant eft infiniment moindre.
- 246. Dès qu’on s’apperçoit de l’entiere couchure d’un peigne, quile met hors d’état de fèrvir, il faut difcontinuer l’ouvrage,& avertir promptement 1# peigner. Celui - ci fabrique un peigne de la même largeur , de la même foule, & du même nombre de dents ; & prenant devant le métier où eft le peigne cafté , la place de l’ouvrier , il coupe le vieux peigne par le milieu , pour le féparer en deux parties fur fa longueur, fans endommager la chaîne , après en avoir ôté les gardes & les dents des lifieres Ci elles font d’acier ; enfuite il coupe le ligneui tout du long des jumelles fupérieures du nouveau peigne , retire ces jumelles, & le met dans l’état de celui qu’on voit fig. 13 ^pl.XlI, dont les dents ne font plus retenues que dans les jumelles d’en-bas : il remet ce peigne à l’ouvrier qui fabrique l’étoffe , à qui appartient le foin de diftribuer fa chaîne dans les dents du nouveau peigne. Ilfufpend fon peigne en-deftous de 3a chaîne, les dents en-haut, entre la partie qui eft fabriquée & le remifte qui fait mouvoir la chaîne de maniéré que les dents puiftent entrer comme d’elles-mêmes entre les fils de la chaîne qui, pendant cette opération , doit être un peu lâche , afin de pouvoir la divifer en petites parties, fans craindre de rien cafter ; & pour plus de facilité, il ne donne pas à fon peigne une pofitioii horizontale , mais un peu penchée de droite à gauche , au moyen de quoi la moitié du peigne à peu près pafie au travers de la chaîne, tandis que l’autre moitié eft par-deftous. L’ouvrier prend une cinquantaine de fils, & les place dans une dent près des lifieres, puis une autre cinquantaine qu’il place dans -une autre , & ainfi de fuite, jufqu’au dernier fil, fans obferver dans cette divifion aucune réglé, finon que chaque cordon foit placé à peu près en ligne droite, & non pas d’un ou d’autre côté , ce qui tiraillerait la chaîne : à mefure qu’on diftribue ainfi toutes ces parties ,011 releve le peigne , jufqu’à ce .qu’étant arrivé à la fin ,il fe trouve dans une pofition à peu près horizontale. Quand toute cette première divifion eft faite , l’ouvrier place entre chaque dent tous les fils à la place qu’ils occupaient dans le vieux peigne , & pour cela il doit favoir exactement combien chacune doit contenir de fils , tant de la chaîne que du poil, s’il y en a un, pour 11’en pas déranger un feul, en commençant
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- mençant par un des bouts du peigne. La maniéré la plus folide & la plus commode de faire tenir le peigne pendant cette opération, eft de l’attacher à deux montans femblables à des pieds à perruque, parce qu’on eft fur de l’égalité & de la habilité.
- ' 25-7. Il eft aifé de fentir que les dents n’étant retenues que par un bout, ne préfentent pas un écartement bien uniforme, & que par conféquent rien m’eft aulli difficile que de faire entrer ces fils entre les dents : voici comment on y remédie. L’ouvrier tient de la main gauche le fil qu’il veut placer, ouvre les dents où il veut le mettre, avec la pointe d’un poinçon, & continue ainfî jufqu’à ce que toute la chaîne foit remife en place j mais pendant tout ce travail il faut que la chaîne foit un tant foit peu tendue, pour que les fils fe tiennent à la place où on les met : alors le peigner recommence l’opération qui eft de fonreffort, c’eft-à-dire , de finir de monter le peigne. Il prend la place de l’ouvrier fabriquant, qui eft la plus commode j il fixe les deux jumelles qu’il avait ôtées, fur les gardes par chaque bout, & attache le peigne très-folidement fur deux montans , pour qu’aucun effort ne le puiffe faire mouvoir en-devant ou cn-arriere ; enîùite il place entre les jumelles un petit morceau de bois d’un pouce de groffeur, ou environ , pour les tenir écartées, & avoir plus de liberté à fàifir avec la pointe du poinçon le bout de chacune , à mefure que vient fon tour d’ètre entourée avec le ligneul qu’on ferre fortement. A chaque dent l’ouvrier appuie avec un des bouts de la même fourchette, 7%. 6 , dont j’ai déjà parlé en traitant la maniéré d’enter ou tefter les peignes ; mais il doit fur-tout prendre bien garde à fe rencontrer jufte avec les marques qu’il a faites fur les jumelles, & qu’il doit avoir devant lui, & fur-tout il doit prendre garde que les dents foient bien à angles droits avec les jumelles.
- 2f 8. Quand le peigner eft à peu près au milieu de la longueur du peigne, il détache les jumelles de deffus la garde de ce côté , pour que l’écartement produit par le petit coin de bois ne force pas trop les jumelles ; & quand on eft à deux ou trois pouces de-la fin., 011 ôte entièrement là garde , pour avoir plus d’ailance à opérer , & on ne la remet que quand toutes les dents font en place ; après quoi on couvre ces jumelles de bandes de papier, celles qui ont refté ayant du en être couvertes auparavant.
- 259. Quelque attention qu’on apporte à cette opération, le peigne n’eft jamais auffi folide que quand il eft monté fur le métier: j’ai cependant entendu dire qu’on avait fabriqué beaucoup d’étoffes avec un pareil peigne. Quoi qu’il en foit, c’eft beaucoup que d’ètre venu à bout de réparer un pareil accident ; & le peigne ne finît-il que la piece commencée , c’eft beaucoup gagner. Cette invention eft une des plus heureufes de toute la fabrique des étoffes. .
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- Article* VIL
- Obferv allons générales fur fart du peigner«
- 260. Les peigners qui veulent traiter leurs peignes avec toute la régularité poffible, au lieu de faire leur ligneul avec du fil de lin, comme noue l’avons vu, choififlent la foie la plus égale dans les foies fines, & en aflem-blent plufieurs brins, jufqu’à ce qu’ils aient atteint la grofleur néceflaire : ils tordent tous ces brins , pour n’en former qu’un feul qu’ils poifTent enfuite de la maniéré qu’on a vue. On fe fert de ces fortes de ligneuls pour les peignes deftinés à faire des chenilles très-fines, qui demandent la plus grande régularité de la part du peigne.
- 261. Quant à l’emploi du ligneul, ce que j’en ai rapporté ne contient que les réglés générales ; on s’en écarte quelquefois. Dans l’hiver, par exemple, la poix fe brife & s’en va en pouffiere en tournant en tous fens le fil : aufli les ouvriers curieux de leur ouvrage , ou ne font point de peignes dans les gelées, ou mettent fur le métier des réchauds remplis de feu , qui entretiennent autour du peigne une température modérée. L’été , au contraire , le ligneul effc fî mou, qu’on nefauraity toucher fans changer la grofleur que lafiliere avait réglée : aufli trempe-1-on les paquets de ligneul dans de l’eau fraîche; & l’ouvrier, quand il fent que les doigts s’échauffent, les y trempe aufli de tems en tems.
- 262. Le fieur Lemaire, dont j’ai parlé, a coutume de mettre d’autant plus de réfîne dans la poix, que le froid eft plus grand, & il en diminue la dofe, jufqu’à l’anéantir même, quand il fait chaud. O11 pourrait l’hiver travailler dans un endroit où la chaleur modérée d’un poêle rendît la température convenable ; on peut fe régler au moyen d’un thermomètre.
- 26]. Les peigners ont coutume de marquer fur les gardes le nombre de dents que contient le peigne; les uns marquent le nombre de portées, & d’autres celui des dents. Cette méthode eft fort bonne ; mais on pourrait marquer fur la longueur du peigne chaque centaine par une dent teinte dans de la fuie ,ou bien mettre une dent d’acier aux peignes de canne , ou une de canne à ceux d’acier: par ce moyen on ne confondrait jamais les peignes. Cette précaution ferait avantageufe aux fabricans d’étoffes de foie qui fourniflent leurs ouvriers de peignes, dont les comptes varientprodigieufement.il arrive foulent que quelques ouvriers ufent les gardes, d’autres en font mettre d’autres, & dans tous ces cas le numéro marqué fe perd: on n’a plus de reflburce qu’à compter les dents; ce qui eft fort difficile, fur-tout lorfqüe les fabricans, à qui l’on rend ces peignes, les mêlent tous enfemble. D’autres écrivent fur les jumelles, comme 011 le voit fur celle'du peigne,/g. ij , pl. XII5 mais
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- cette précaution efl: bientôt anéantie , lorfque les ouvriers, voyant le papier s’ufer , en recollent allez fouvent de nouveau.
- 264. L’expédient que je propofe n’ell pas de mon invention, je l’ai vu mettre en ufage très - avantageufement, & rien n’eft auffi rebutant que de compter fix ou huit peignes de fuite pour trouver celui qu’on cherche. Lorsque les gardes font de cuivre ou de bronze, on n’a pas à craindre cette inconvénient, fur-tout Ci l’on met ce numéro au-delfous delà portée du coup de navette: au furplus, on peut les marquer devant & derrière. Bien des peigners ont coutume de mettre leurs noms fur leurs'peigues ; cet ufàge efl: fort utile, & met les fabricans dans le cas de juger lequel de plulieurs peigners travaille le mieux.
- AVIS AU LECTEUR.
- J'A I , au commencement de cet art, annonce trois parties , dont la derniere doit' contenir la maniéré de faire les peignes dont les jumelles font jetées en moule. Ce fecret efl du aux Anglais, qui le pratiquent depuis fort long- tems ,fans qu oit ait jamais pu le pénétrer. Enfin il y a un certain nombre d'années que les Lyonnais firent venir che£ eux un Anglais qu'ils penjîonnent , & qui feul en France en fournit a nos manufactures. Néanmoins j'ofe me flatter de l'avoir découvert : toutes mes recherches , & les effais que fai faits jufquici, m'annoncent la réujjite la plus fatisfaifante. Ce ferait manquer au public que de lui offrir des à -peu - près & des effais informes. Occupé journellement à la defcription de £ art qui fait mon principal foin, je niai pas encore pü répéter mes expériences affe{ en grand pour entreprendre de décrire cette opération. Je promets de donner par fupplément cette troifieme partie, aufji- tôt qu'un fort grand moule , auquel je travaille, fera fini : je niai encore fait de pareils peignes que de quelques pouces de long, qui pour beaucoup d'autres feraient une réujjite parfaite ; mais je veux m'afjurer que ce qui me réujjit bien: en petit, ne manquera pas en grandeur naturelle.
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- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche première.
- X*a fig. i repréfente une partie de peigne au-deffus de la grandeur ordinaire, dans la longueur de laquelle on apperçoit des dents cpurbes fur leur largeur , & d’autres qui font droites , pour faire fentir combien la courbure des dents peut nuire à la fabrication des étoffes, puifqu’elles appuient contre leurs voifines, & qu’elles ne laitfent pas la liberté aux fils de la chaîne de fe mouvoir avec autant de liberté qu’il leur en faut.
- On voit par la fig. 4 une dent courbée fur fon épaiffeur : défaut qui nuit à la fabrication de l’étoffe.
- Par la fig. 5 , on a repréfenté une jauge pour déterminer l’épaiffeur des dents , en les y plaçant comme on le voit en B , fig. 6.
- Cette derniere figure contient dans fon entaille qui eft de demi-pouce , une quantité connue de dents : ce qui fait juger de leur épaiffeur , parce que l’entaille dans laquelle on les met toutes fur leur champ à côté de l’une de l’autre, doit contenir un nombre de dents fixe pour chaque compte de peignes ; c’eft le moyen le plus précis qu’on ait trouvé pour avoir des dents égales dans toute l’étendue d’un peigne, & pour rendre les procédés du laminage plus affurés.
- La fig• 7 fait voir un marteau dont fe fervent plufieurs peigners pour appîatir les dents des lifieres.
- La fig. 8 eft un tas d’acier, planté dans un billot de bois ;c’eft fur ce tas que les peigners battent le fil-d’archal pour en former des lames dont on fait les dents des lifieres.
- Là fig. 9 repréfente un moulin propre à laminer le fil - d’archal , pour en faire les dents qu’on emploie aux peignes d’acier ; ce moulin eft réglé par la feule vis M, qui fait mouvoir, c’eft-à-dire, monter & delcendre la meule H, pour obtenir telle épaiffeur de dents qu’on juge à propos , conformément aux comptes des peignes pour lefquels 011 veut laminer.
- Développement de cette machine.
- La fig. 10 eft un des deux mon tans faits en bois, entre lefquels on place les deux meules I, H, & dont les enfourchemens reçoivent les pièces de fer G, F , qui portent ces meules.
- On voit par la fig. ji , une''de ces deux meules féparée de fon axe.
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- La fig. 12 eft une piece de fer à quatre faces égales, dont la groffeùr eft telle qu’elle doit entrer*avec force dans le trou C de la figure précédente , pour être enfuite mife fur le tour pour former les collets de l’axe.
- La fig. 13 eft l’axe de la meule fupérieure H, vu féparément.
- La fig. 14 eft l’axe de la meule inférieure 1 : cet axe différé du précédent en ce que fon bout d eft terminé par un quarré , & enfuite par une vis : c’eft fur ce même bout qu’on emmanche la manivelle K du moulin* e eft un petit écrou dont le taraudage eft égal au pas de vis d de la figure précédente , & dont on i’e fert pour arrêter la manivelle du laminoir , lorf-qu’on la place fur la petite portée quarrée du même bout d, de l’axe que nous venons de voir.
- On voit par la fig. 15 une des pièces F, F, qui placée dans les enfour-chemens des montans A, A, du laminoir, portent entr’elles la meule I.
- La fig. 16 repréfente l’alfemblage qui compofe le chalîîs fupérieur du laminoir, formé par les deux pièces G , G, & celle L qui reçoit le bout de la vis M.
- G eft une de ces pièces vue féparée de l’aifemblage & hors du moulin, dans les mêmes proportions delà fig. 16, qui eft d’un tiers plus forte que celle du moulin.
- F, F , font les deux pièces de fer qui étant placées dans les montans du laminoir, reçoivent l’aifemblage repréfenté par la fig. 16 , qui doit porter la meule H* ces deux pièces font placées au-deifous de cette figure, comme pour recevoir dans leur enfourchement A, A, les deux pièces G , G, qu’elles doivent contenir étant placées au laminoir.
- La fig. 17 repréfente le laminoir vu en face fur le profil des meules , pour faire voir la pofition de ces mêmes meules & celle de la piece L, qui guide celle 1, qu’on a cru devoir repréfenter.
- La fig. 18 repréfente la vis M, qui fert à régler les diftances qu’on eft obligé de donner entre les meules du laminoir, pour obtenir par-là les épaiifeurs des dents qu’011 fe propofe de tirer : cette vis eft ici contenue dans fon écrou O, qui doit être lui-même encaftré dans la couverture N du laminoir.
- La fig. 19 fait voir en face un des chaflis féparé du moulin, & portant la meule I au point de hauteur où elle doit être lorfqu’elle eft placée dans le moulin.
- J3ar la fig. 20, on remarque à quel point doit être placée la meule H, par les pièces G, G , qui la contiennent * elle eft ici vue en face, & la piece qui la porte eft tenue par la vis M qui paife dans la couverture N du moulin»
- La fig. 21 fait voir l’écrou de cette vis dans les proportions de la moitié
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- à peu près de ce qu’il doit être en toute grandeur ; on apperçoit fur cet écrou par quel moyen on l’encadre dans la couverture du moulin , 8c comment on 1 y arrête fblidement.
- On voit par la fig. 22, la couverture N du moulin féparée de toutes les pièces qu’elle doit affembler > on y remarque les mortaifes a , a, a ,a, (qui fervent à recevoir les tenons des montans A, A, du moulin, & le trou y, qui reçoit l’écrou que nous venons de voir.
- La fig. 2? fait voir de profil l’aflemblage des piecesG, Gavée celles F, F, après avoir placé entr’elles les meules H, I, & après avoir arrêté la vis M dans la piece L, dont la pofition de la figure ne permet de voir que le tenon. Cet aifem-blage ne fe fait ordinairement qu’après avoir fixé l’écrou de la vis dans la couverture N ; c’eft ainfî qu’il faut que cet arrangement foit fait pour qu’on puifle monter le laminoir tel qu’il eft, avec la différence qu’en le plaçant dans les enfourchemens des montans du moulin les meules font totalement rapprochées l’une de l’autre.
- On voit en E , fig. 9 , la clavette qui tient folides les deux montans du laminoir , en les traverfant en - deffous de la bafe B, dans le milieu de leurs tenons.
- Planche II.
- La fig. I repréfente le haut d’un laminoir, dont la conftrutftion différé de celui que nous venons de voir, parles pièces de fer qui portent la meule fupé-rieure: cependant c’eft toujours par la vis M que ces pièces font menées; mais la traverfe L eft en -deffus de la couverture N : aufli cette couverture a une différence fenfible dans fa conftruction. Il faut prendre garde encore qu’à ce laminoir le bout de la vis entre dans une piece de fer qui eft encaftrée dans la couverture fans être taraudée ; c’eft précifément la traverfe L, qui fert d’écrou à cette vis.
- Développement de ce fécond laminoir.
- La fig. 2 eft une des pièces G , G, qui portent la meule H : on doit apper-cevoir à laTeule infpe&ion, qu’elle différé de celles de l’autre moulin , en ce que les languettes c, c , ne vont qu’aux deux tiers de fa hauteur, tandis qu’à celles qui font la même fonélion dans le laminoir qu’on a déjà expliqué, ces languettes portent d’un bout à l’autre de la piece.
- La fig. 1 fait voir la couverture de ce dernier moulin féparée de fou affemblage; elle différé de la couverture du premier laminoir par fes entailles b, b, & par la piece de fer d qui y eft encaftrée, 8c dans laquelle tourne le collet de la vis.
- L,a fig. 4 repréfente le haut de ce moulin vu en face du côté des meules:
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- on n’a pas jugé à propos de mettre la manivelle, parce qu’elle doit être placée de même que fur le premier laminoir ; on a feulement rendu fenfible fur cette figure le point d’appui de la vis, afin de faire connaître par quel moyen elle pouvait attirer ou faire defcendre la meule fupérieure.
- La fig. 5 repréfente le haut d’un troifieme laminoir dont les pièces de fer qui portent la meule fupérieure font différemment mues que celles que nous avons vues jufqu’à préfent : chacune d’elles monte & defcend par le moyen d’une des vis b, b, qui lui eft propre.
- Développement de ce moulin.
- La fig, 6 eft une des deux pièces C, C, qui portent la meule fupérieure ; on peut appercevoir qu’une des vis entre dans fon épaiffeur, fans cependant lui fervir d’écrou.
- La fig. 7 fait voir une des vis du moulin.
- On voit par la fig. 8 , de quelle maniéré cette vis eft affemblée avec une des pièces C, C i fig. 5-, elle tourne dans l’épaiffeur de cette piece de la même maniéré que la vis M tourne dans ta couverture /de la fig. 4 ; elle n’y eft fixée que par le bouton c , & par la petite clavette qui fempêchent de fortir de fou trou , où elle a cependant la liberté de tourner.
- La fig. 9 fait voir la couverture du moulin ; fà conftruétion différé de celle fig. 3 , en- ce qu’elle 11 eft point percée fur le milieu , & en ce que celle-ci eft entaillée par-deffous en a , a9 où elle forme une languette de chaque côté.
- La fig. iofeft un des deux écrous qui reçoivent les vis b, b , qu’on affemble avec la couvertures ces écrous entrent tres-jufte chacun dans une des entailles a, a, fig. 9 , de la couverture que nous venons d’expliquer.
- La figure 11 repréfente une autre forme d’écrou qu’on affemble de même que le précédent avec la couverture, mais dont la forme différé en quelque chofe , parce qu’indépendamment des languettes , il !eft entaillé en d d par-deffous j ces entailles reçoivent le bout fupérieur des pièces B,B, qui portent la meule F, fig. %.
- La figure 12 repréfente le même écrou que nous venons de voir, mais vu en plan par -deffous j il a été ainfî repréfenté afin qu’011 pût appercevoir par quel moyen on le fixe au - delfus des pièces B, B , par de petites vis qui entrent dans l’épaiffeur de ces mêmes pièces, ainfi que les trous e, ey l’indiquent.
- La figure 13 eft une troifieme forte d’écrou qui prend toute la largeur du laminoirs les trous qui reçoivent les vis répondent dans les entailles#, g, & ces mêmes entailles s’emboîtent avec les bouts fupérieurs des pièces B ,B» Ces
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- écrou exige une couverture différente pour le moulin, que toutes celles que nous avons vues jufqu’à préfent j c’eft ce que nous allons voir par la figure fuivante.
- La figure 14 eft une partie de couverture de moulin , propre à être alfemblée avec l’écrou qu’on vient d’expliquer : ce n’eft précifément que la moitié de la couverture : il faut une autre partie femblable, pour avec l’écrou faire*la couverture entière , & on lesaffemble de maniéré que la languette A pofe fur une des languettes/, /, de la figure précédente. Ces deux dernieres figures font vues par-delfous.
- . La figure 1 f repréfente un moulin à deux vis C, C, qui ne peuvent pas marcher l’une fans l’autre ; elles marchent par une troifieme vis B , fur laquelle eft enarbrée une roue dentée b , qui mene les deux autres roues aufîi dentées a , a j c’eft par ce moyen qu’on réglé le plus ou le moins de féparation qu’on veut mettre entre les deux meules du moulin. Ce font les vis C, C, qui con-duifent ces pièces de fer qui portent la meule fupérieure ; les roues dentées qui font adaptées à ces vis étant égales en nombre de dents , comme en diamètre , ne peuvent que tourner également, puifqu’elles ne font mues que par celle qui eft adaptée à la vis b. On peut voir dans la defcription qui en a été faite , les avantages que ce laminoir a fur les autres.
- La figure 16 repréfente le delfus du même moulin dépourvu des deux vis C , C , & de ces roues dentées. Cette figure fait voir la conftrudion de la couverture du moulin , & en même tems par quel moyen on arrête les vis afin qu’elles ne marchent en aucune façon par les efforts du laminage. La couverture de ce moulin eft femblable à celle fig. 1 j , & de deux pièces de bois fem-blables à celle fig. 14, ce qu’on peut reconnaître en remarquant la maniéré avec laquelle font affemblées ici les deux pièces de bois d, d, & l’écrou g, qui compofent cette couverture.
- Lafigure 17 fait voir en plan le delfus d’un moulin à deux vis & à trois roues dentées , mais dont les dents font taillées différemment que celles des roues du moulin fig. 1 f. Voye£ ce que j’en ai dit dans le cours de l’ouvrage.
- On voit par la figure 18 une des roues dentées de ce dernier delfus de moulin , vue en double proportion de grandeur en perfpeéîive, & dépourvue de fa vis.
- Par \?l figure 19 , on apperçoit la forme d’une des vis des moulins ,fig. 1 & 17. Cette vis eft féparée de fa roue dentée & du moulin , elle eft conforme par fon bout inférieur à la vis fig. 7, parce que fon affemblage avec la piece qui porte la meule fupérieure eft le même: mais la tète n’eft pas conftruite de même ; & comme elle doit être affemblée avec une roüe dentée , il y a par-delfus une efpecê de chapeau qui les rend folides; de maniéré que lorfque ces vis font jointes avec les roues , on les fait retenir par-delfus avec, ces chapeaux qui
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- Forment une fécondé tête qui s’eleve de trois à quatre pouces au-deflus des roues.
- La figura 20 efb un des deux chapeaux desjroues dentées, qui font adaptés à la tête des vis.
- hà figure 21 eft encore une vis vue en face ,féparée du moulin , garnie de fa roue dentée & de fon chapeau : cette vis n’eft pas faite comme eelle fig. 19, aufli n’eft-elle pas au même ufage ; car la première eft une de celles qui font monter & defcendre la meule fupérieure d’un laminoir, & cette derniere eft celle qui eft aifemblée avec la roue dentée du milieu, qui fait marcher les deux autres.
- La figure 22 fait voir un moulin tout femblable à celui figure if , excepté que les meules C, D , font adaptées fur des roues dentées dont le diamètre & le nombre des dents font égaux, On a pris foin de repréfenter cette figure avec un des montans brifé , afin qu’on apperqut entièrement par quel moyen une des roues dentées fait mouvoir l’autre } du refte la defcription que j’ai faite de cette machine prouve la fupériorité qu’elle a fur tout ce que nous avons vu jufqu’à prélent.
- Far la figure 24 on voit ce dernier moulin en face du côté du profil des meules , où l’on peut remarquer l’ordre qu’on fait tenir, tant aux roues dentées du delfus qu’à celles qui font adaptées aux meules.
- La figure eft une des meules vue en perfpe&ive féparée du moulin & de fa roue dentée, fur laquelle 011 apperçoit les quatre trous C, C ,C ,C , qui fervent d’écrous aux quatre petites vis qui lui adaptent fa roue dentée.
- Planche III.
- La figure 1 repréfente un laminoir dont la conftru&ion eft toute differente du précédent. Au lieu des vis de preiïion qu’on a vues au premier, cette prellion fe fait ici par la bafcule N, chargée du poids O.
- Développement de la machine.
- A, A, font les deux montans du devant, & D , E, font les deux traverfes dans lefquelles ils s’emmanchent à tenons & mortaifes.
- C, C, font deux autres montans de derrière , qui s’alfemblent par le bas fur la traverfe F, à environ fix pouces de diftance Pun de l’autre.
- H, H, I, K, K, font cinq pommelles faites au tour, dont le tenon entre dans des trous pratiqués en-delfous des pièces D , F, pour élever un peu la machine , & faciliter le palfage des ordures.
- G eft une traverfe qui aflemble par le haut les montans C, C.
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- M, M, font deux.larges traverfes qui par un bout s’aflemblent, & affleurent de trois côtés les montans C, C , & par l’autre dans celle E, qu’elles affleurent en - deflus.
- B, B , font deux montans qui par le haut s’alfemblent en - deflous des traverfes M Mdes côtés, & par le bas reçoivent les traverfes L, L, L, L, qui les entretiennent dans un écartement convenable. Ces deux montans defcen-dent au niveau des pommelles.
- P , P, font deux petits montans aflemblés à tenons & mortaifes dans les deux traverfes de derrière L, L, où ils font folidement chevillés j au haut de ces montans eft un trou rond ou œil, dans lequel paffe une tringle de fer a, qui tient la bafcule N par un bout.
- Q_, Q_, font deux chaflis d’une feule piece, qui avec la piece de bois X, dans laquelle ils font aflemblés, forment la cage de cette machine ; ils font plantés folidement au milieu des traverfes M , M , qu’ils affleurent par leur face intérieure.
- R , R, font deux pièces de fer qui rempliiîent exactement les entailles des chafïïs , & qui y entrent à rainure & languette , & au bas defquelles eft un trou qui reçoit l’axe de la meule inférieure V.
- S , S , font deux autres pièces de fer qui remplilfent les entailles des pièces précédentes, où elles glilfent auffi à rainure & languette, & qui portent la meule fupérieure.
- b eft l’un des boutons ou chevilles de fer , entré à force au bas des pièces précédentes au-defliis des meules, & où s’accrochent les étriers de fer C, qui attirent la meule en-bas. L’autre étant derrière la machine, ne peut être vu.
- d eft un autre bouton attaché au bas des étriers de fer , & qu’embralfe la boucle de la corde e.
- e, en-dedans de la machine , eft une partie de la même corde qui pa» fon autre bout va faifir la traverfe/, qui pafle fous la bafcule, & glilfe dans l’entaille pratiquée fur les faces intérieures des montans B, B.
- T & V font les deux meules, fur l’un des côtés defquelles font fixées parfaitement au centre les roues dentées qu’on y voit.
- if i, font deux mortaifes pratiquées en-deflus de la traverfe de devant E, pour recevoir le guide dont on verra plus bas les détails.-
- La figure 2 repréfente le profil de la cage qui contient les meules, & la maniéré dont le tirage produit par la bafcule, fe fait au moyen des deux cordes e, e.
- Q_, Q_, font les deux chaflis de bois j T V ; les deux meules ; N, la corde à laquelle eft fufpendu le contre-poids qui pafle par-deflus la bafcule, dont on ne voit ici qup l’épaiflêur.
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- c, c, font les deux étriers de fer qui s’agraifent fur les boutons du chaflïs qui porte la meule fupérieurej e, e, font les cordes qui palfent en-def. fous & vont en /, embraifer la traverfe qui porte la bafcule ; o eft le contrepoids.
- La figure 3 fait voir en perlpedive la pofition de la bafcule, où toutes les pièces font fous les mêmes lettres pour être mieux reconnues.
- y eft un poids qu’on ajoute au premier pour augmenter à volonté la pefan-teur en le reculant ou avançant.
- La figure 4 repréfente un des deux montans B , B, vu par fa face intérieure, fur laquelle eft une couliifeg, où gliife la traverfe qu’embraifent les cordes e , e, 1
- La figure f repréfente une autre efpece d’étrier qu’il ferait à propos de fubfti-tuer aux premiers & aux cordes. Celui-ci eft tout en fer, & la traverfe h paffe dans deux yeux quarrés 1,1.
- La figure G fait voir une maniéré de fufpendre le contre-poids , plus commode pour le faire avancer ou reculer à volonté.
- La figure 7 eft une autre efpece de bafcule qui relfemble aifez à cette forte de balance qu’on nomme romaine, dont le levier / eft gradué pour mieux apprécier le degré de preflion qu’on veut donner: b, £,font les deux cordes de tirage ; a eft une traverfe au milieu de laquelle palfe un boulon à crochet C; d eft une S qui entre dans le trou e du levier j k eft un anneau au bout du même levier ; ieft une fécondé Si h, un autre boulon à crochet au milieu de la traverfe g, qui eft alfemblée aux deux petits montans/, f, qui font plantés fur les traverfes L, L , de la machine.
- La figure 8 repréfente une maniéré plus folide de retenir par un bout la baf. cule au moyen de deux tringles defer/z, dans l’œil defquelles paife la broche de cette bafcule. Ces tringles s’arrêtent à vis en-deifous des traverfes L, comme on le voit.
- La figure 9 repréfente de profil & de côté la cage qui contient les meules ; comme toutes les pièces en font fous les mêmes lettres, on fe difpenfera de rien répéter. Ici l’on voit de quelle maniéré la manivelle Z paife dans l’étrier pour que le tirage fe faife perpendiculairement : on peut auflï remarquer les écrous r, r, qui reçoivent les vis au moyen defquelles 011 fixe le guide dont on va parler.
- La figure 10 repréfente le guide qui eft de fer & d’une feule piece, à l’exception du conduit x, qui eft formé par le concours de deux pièces de tôle qui le terminent en gouttière par le bout, v , v ,font les trous des vis par où 011 attache cette piece fur le devant de la cage qu’on voit toute placéé dans là figure 12.
- La figure 12 repréfente une des couliifes qui portent la meule fupérieure :
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- on voit en a, a , les languettes au moyen defquelles elle gliffe dans les entailles où font les rainures pour la recevoir.
- La figure 14 eft un étrier de ter vu en grand : au bas eft le bouton qu’embraffe la boucle d’une des cordes de tirage.
- Planc he IV.
- La figure 1 repréfente un cylindre fur lequel on place le fil-de-fer pour qu’il, ne fe dévidé qu’à propos pour palier au laminage ; les deux tenons des montans A, A, qui le portent, entrent dans les mortaifes /, i} de la traverfe de devant du moulin de la figure 1 de la planche précédente.
- La figure 2 repréfente un pied fur lequel on peut placer le cylindre quand 011 ne le met pas fur le métier même.
- A eft fa bafe ; B, B, {ont deux montans dont la hauteur eft égale à celle de l’entre-deux des meules ; & C, C, font deux areboutans qui rendent bolides les deux montans.
- hz figure 3 eft un autre cylindre , fur la circonférence duquel font deux rangées de trous percés en biais, dans lefquels on met des chevilles qu’on voit en e, e, e, e, fig. 4, pour remédier aux inégalités de diamètre auquel font dévidés les paquets de fil-de-fer.
- Les figures 5 & 6 font deux paquets de fils-de-fer , dont l’un eft lié en un feul, & l’autre en deux endroits.
- La figure 7 repréfente l’opération du laminage au premier des moulins dont on a parlé.
- A , A, font deux mains d’un ouvrier qui eft cenfé tourner la manivelle , & qu’on n’a pas jugé à propos de repréfenter, pour lailfer voir la figure. B eft un autre ouvrier qui dirige le fil-de-fer D entre les meules E, F 5 ce fil-de-fer eft à fes pieds H, & fe déroule à mefure qu’il eft appellé par le moulin.
- La figure 8 eft une cheville plantée dans un mur dans l’attelier, & fur laquelle on met des paquets de fil-de-fer. .
- Planche V.
- La figure 1 repréfente une paire de cifailles avec lefquelles on coupe le fil-de-fer applati, à la longueur néceflaire pour en former les dents.
- La figure 2 eft un marteau dont on fe fert pour applatir les dents des lifieres.
- La figure 3 eft un tas ou petite enclume, fur laquelle on applatit ces dents * & pour cet effet le deffus eft d’acier trempé de tout fon dur, & poli : on voit 'qu’il eft placé dans un morceau de bois B, d’une certaine épaiffeur , pour lui procurefrd.e l’affiette.
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- h&figure 4 repréfente le moulin dont on a?donné le détail en expliquant la planche précédente en œuvre;
- A eft l’ouvrier, qui d’une main fait tourner la manivelle B* *• r •’ r ">*'’ -G eft le cylindre fur lequel eft un paquet de fil-de-fer monté fur deux pièces qe bois D, D ; on'Voit qu’après avoir palfé dans le conduit E, & de là entre les meules, il va fe coucher par terre au hafard , en décrivant une ligne courbe F, que l’on a vu dans le détail de l’opération être nuifible aux délits : du refte toutes les pièces font très - fenfibles1 & peuvent‘àifément être reconnues ‘ ' 1 j. : , '‘ • • 1’
- La figun f repréfente une longue poulie T, tournant fur une broche K , & élevée à une certaine diftance de terre au haut^ des montans G, G, portés fur une bafe folide H i c’eft le moyen que j’ai propofé pour tirer le fil par longueurs.
- , La figure 6 repréfente le détail de cette opération^ >
- L eft une pince à coulant C , au bout de laquelle eft attachée une corde 1VT en </-,.qui palfant fur la poulie P de la fig. f , a à fou extrèmité'un poids Q_, qui tient le fil de-fer tendu & l’attire à mefure qu’il palfé entre les meules' N , O , & fe déroule de delfus le cylindrey. * • ' 1
- La figure y repréfente plus en grand la pince à coulant c j entre laquelle on faifit le fil-de-fer en g. •
- - La figure y eft la même opération, à laquelle feulement ort fait un renvoi de tirage au moyen des deux poulies R , V : S , S , font iesAeux meules ; X , la pince à coulant y I, la corde qui palTe fur la poulie R, de là fut celle V, & ‘ enfin eft attirée par le contrepoids Z. !
- La figure 9 eft une quantité de ces lames coupées par longueurs ;
- Et la figure 10 les repréfente alfemblées en un paquet au moyen de plufîeurs liens e,/, g 9g.9f, e, . t . ..,
- La figure 11 repréfente la maniéré dont il ferait à defirer qu’on retînt les : lames C entre deux entailles A , B , à la longueur de fix à dix pieds, pour con« ferver aux dents leur ligne droite. D, lEyfont deux piecesAe bois mobiles ÿ fur lefquelles font plantés les montans A, B. •' c-*:r
- Planche V* I.
- La figure 1 repréfente un moulin à peu près pareil au précédent, fijce n’eft que la lame au fortir du moulin eft recueillie fnr'un autre cylindre.
- A eft une poulie fixée fur l’arbre d’un des cylindres.* J !
- B eft celle fixée, fur l’arbre de l’autre cylindre. ’ >
- C D , font les deux cylindres. :-
- E eft la corde fan's fin qui les fait mouvoir.
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- F, F,font les deux montans qui portent le cylindre de devant. . 1
- G eft une vis qui fert à retenir le chalîis qui porte le cylindre à l’écarté-ment convenable pour tendre la corde fans fin.
- H\ eft la traverfe immobile, dans les entailles de laquelle glilfent les coulif-fesl. L’autre vis & l’autre coulilfe ne peuvent être vues, K eft la traverfe mobile qui porte les rnpntans. au haut defquels tourne le cylindre.
- . L eft une mortaife dans laquelle entre le tenon d’une traverfe .qui glilfe dans la traverfe immobile H, pour donner plus de force à la partie mobile.
- M, M, font les deux traverfes qui forment la longueur du moulin v & fur le milieu de laquelle eft plantée la cage du moulin : comme les pièces féparées font fous les mêmes lettres , nous ne ferons que les indiquer.
- Lafigure 2 eft une des poulies : a eft le trou quarré du centre, par où on la fixe fur l’arbre du cylindre.
- La figure $ repréfente l’arbre de ces cylindres ; b eft le quarré où fe place la poulie ; c, eft la clavette qui, en entrant dans la mortaife d, retient la poulie en place ; e eft le collet de cet arbre i / eft le corps quarré fur lequel on place le cylindre ; & enfin g eft l’autre collet.
- La figure 4 repréfente une poulie en place fur un bout de l’arbre.
- La figure ç repréfente la partie mobile qui porte un cylindre, avec la traverfe du devant du métier, dans laquelle elle glilfe.
- F, F , font les deux montans} G, G, les deux vis de prelîion;H, la traverfe immobile ; I, I, les coulilfes ; K, la traverfe qui porte les montans, & L eft une autre traverfe qui glilfe dans une mortaife pratiquée fur l’épailfeur de celle H.
- La figure 6 eft la traverfe immobile repréfentée à part pour faire voir les entailles & mortaifes qu’il faut y pratiquer.
- h, h, font les deux entailles en queue d’aronde ; i, i » les trous taraudés des vis: de preflion \ l, la mortaife où glilfe la traverfes Ukmym, les mortaifes d’aifern-blage avec le métier ’ ‘
- La figure 7 repréfente un calibre pour mefurer l’épailfeur des dents dans les diftances n, o.
- La figure 8 repréfente l’opération de couper les dents de longueur j la main gauche tient la mefure a, & la droite tient les cifailles f.
- La figure $ repréfente cette mefure plus en grand, & le fil-de-fer b, c, eft couché delfus.
- La figure 10 fait voir de quelle maniéré l’ouvrier ayant ôté de delfus le métier le cylindre fur lequel s’était dévidé la lame, le place auprès de lui fur deux montans B, B, plantés dans une planche C, & coupe la lame avec des cifailles i, par longueurs.
- La figure 11 repréfente les montans où 011 met le cylindre.
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- DE P E I G N E S D'A C 1 E R.
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- La figure 12 eft une boite dans laquelle l’ouvrier jette les dents à mefure qu’il les coupe.
- La figure 13 eft une autre efpece de calibre plus commode que celui qu’on a vu : tous les replis du fil-de-fer dont il eft formé font diftans inégalement & par graduation infenfible, pour mefurer plus exa&ement lepaif» feur des dents.
- Planche VII.
- La figure 1 eft une efpece de couteau dont la lame A eft mobile, & celle B s’attache fur le coupoirfig. 4.
- . C .eft la vis fur laquelle tourne la lame comme fur fon centre j D eft là partie courbée qui entre dans le manche E.
- F eft l’autre bout de cette lame : on y voit en a, un trou dans lequel pafle une corde à laquelle pend un contrepoids pour que cette cifaille foit moins fatigante à ouvrir.
- . La figure 2 repréfente la partie de la lame mobile qui reçoit le manche.
- La figure 3 repréfente la lame immobile par-derriere : on voit enz, k, un bifeau correlpondant à celui d, e, de l’autre lame 5 g> g > g> g9 font les quatre trous au moyen defquels on l’attache fur le montant.
- La figure 4 eft le montant ou coupoir qui n’eft garni que de la cifaille pour en faire fentir la pofition.
- La fig 5 repréfente le même coupoir garni de toutes fes pièces excepté de la cifaille.
- L , L, font deux fortes équerres deier entaillées, de leur épailfeur font les vis qui les tiennent en place.
- p, p , font deux trous qui en traverlant l’épaifleur de chaque joue du montant , reçoivent une cheville de fer qui palTe auffi dans l’épaifleur des équerres L, L.
- q, q , font deux tringles à languette qui entrent dans une feuillure refouillée fur l’épailfeur des joues, & fixées avec des vis dont on voit la place fur la longueur de celle à gauchel’autre ne pouvant être vue.
- r, r, font deux réglés de fer, qui au moyen de quatre vis s 9 s , s , s3 font fixées à la diftance dont on a befoin fur les tringles q, q.
- t, z, font les tenons de la pieceR5qui étant retenus entre ces tringles, déterminent la pofition de cette piece , & la longueur qu’on veut donner aux dents. ;
- On a eu foin de repréfenter toutes ces pièces à part fous les mêmes lettres,' & en plus fortes proportions.
- R eft la piece de tôle avec fes deux tenons, : '
- L eft une des équerres fur lefquelles fe montent les cifailles,
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- ART DU FAISEUR
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- , \jà figure £eft le coupoif dépourvu. d& toutes fes pièces, mais où l’on voit toutes les entailles qui reçoivent les pièces. ‘
- , La figure 7 repréfeute, un ouvrier en a&ion. : . >
- La figure 8 eft un cylindre fur lequel eft la lame.
- N, à part, eft un tiroir qui reçoit les dents à mefure qu’on les coupe : on peut voir fa place enM, figure 4, & il eft en place dans la figure 5.
- Planche VIII.
- L4 figure 1 repréfente un métier à monter les peignes, & ne différé dé ceux qu’on a vus dans la première partie , que par la batte e, qui gliife entre les deux couliffes c, c.
- La figure z repréfente cette batte ; e eft une équerre de fer , au bout de laquelle eft un tenon m , qui entre dans la piece de fer, fig. 4 , en /.
- Cette figure 4 eft la batte proprement dite : on voit aux deux bouts des maffes de fer réfervées à même la piece pour donner plus de poids & de force aux coups qu’elle imprime.
- \jà figure 3 repréfente 1 equerrè toute nue ; k eft le tenon qui reçoit la batte, & o eft l’autre tenon taraudé, par où elle fe monte fur la couliife.
- La figure $ eft une piece quarrée de fer, où la tige de l’équerre entre jufte , & le trou rond qu’on y voit n’eft pas taraudé.
- La figure 6 eft l’écrou qui fe vide par - deffous.
- La figure 7 repréfente l’équerre, la piece fig. f, enr, 8c celle fig. 6, en s; & le petit bout t eft retenu par la piece quarrée fig. 9, au moyen du trou y , qu’on y voit.
- La figure 8 repréfente la bafe ou couliffe où fe plante l’équerre ; la première entaille v, qu’011 y voit, reçoit la piece quarrée fig. f ; enfuite le trou x reçoit la tige ; par - deffous eft l’écrou, & enfuite la fécondé piece quarrée.
- La figure 10 repréfente l’ouvrier en action : on voit un peigne fur lequel eft un certain nombre de dents j a chacune l’ouvrier gliife la batte G dans l’entredeux des jumelles confervé par la foule F, & la frappe fortement contre les dents. .
- La figure 11 repréfente un autre métier où les dents font frappées par un balancier.
- A, A, font les deux montans qui en même tems fervent de poupées; R eft le banc ou métier; C, C, C , font les quatre pieds j D, D, eft un boulon fans vis, & E eft le fécond boulon à vis. ?
- F , F , font deux tringles de fer plates, dentées fur leur longueur pour recevoir le levier en couteau G, qui paffe dans une entaille pratiquée au haut du balancier H.
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- DE PEIGNES D'A C I E R.
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- I eft. une lame de fer fixée fur le balancier à la hauteur des boulons qui portent le peigne.
- K eft un poids de plomb ou de fer pour donner plus d’impulfions au contre - poids.
- La figure 13 eft le balancier; d eft la mortaife où paife le levier; e eft le trou pour le cheviller.
- La.figure s 2 eft ce levier en couteau b, b; c9c9 font les épaulemens, & f eft le trou de la cheville.
- La figure 14 eft la batte; h eft une mortaife quarrée pour recevoir *le tenon g9 du balancier fig. 13. Cette batte eft ferrée contre l’épaulement i, par la pieczfig. 15 , dont la vis / entre dans le trou n , fig. 13 ; & l’épaulement m prelfe le delfous de la batte.
- La figure 16 eft une piece quarrée qu’on place en-delfous de la batte.
- La figure 17 eft la boule de plomb dans laquelle eft un écrou p , qui reçoit la vis o ; le refte des pièces eft aifé à entendre.
- I
- P L A N C H E I X.
- La figure 1 repréfente en perpeélive le métier de la planche précédente.
- A eft la foule ; B , la batte ; C, un certain nombre de dents ; D , la tige du balancier vilfée en-delfous de la batte ; E , E, les deux ttaverfes à crans , fur la longueur defquelies on promene la traverfe à couteaux; F, G, eft la tige du balancier,
- a, a, a , a, font les jumelles du peigne ; b ,b, font les tenons fur lcfquels elles font arrêtées ; le refte eft connu.
- La figure 2 repréfente le même métier à peu près : on n’a repréfenté que les montans & lestraverfes T , T, avec le balancier K , au-bas duquel eft un contre-poids dont le détail fuit.
- La figure 3 repréfente ce contre - poids à part ; t eft une mortaife qui reçoit le tenon du bec du levier K , où il eft chevillé , ainfi qu’on peut le voir.
- h eft le bas du bloc de fer dont cette piece eft compofée , & l’entaille quarrée dans laquelle palfe le cylindre qui reçoit les cordes.
- g eft ce même cylindre fur lequel font deux trous où palfent les bouts des deux cordes.
- I eft une roue dentée à rochët, qui eft enarbrée fur le cylindre.
- m eft un petit loqueteau qui entrant dans les dents du rochet, l’empêche de tourner.
- n eft une tète de vis plate, qui en retenant le rochet à fa place , fert à faire tourner la roue & le cylindre.
- i eft une efpece de cube de plomb, fur lequel eft planté la piece H, & qui Tome XV, „ G g g
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- 4i$ ART DD FAISEUR
- en l’alourdiflànt donne plus de force aux coups que cette batte va frapper contre
- les dents.
- G t fîg. 2, eft la place de la batte qui fe trouve faille entre la piece H & l’épaulement de la tige du balancier.
- n, même figure, eft une poulie fur laquelle palfe la corde M, qui va s’arrêter à la marche L.
- R eft une autre poulie, fur laquelle paiîe la fécondé corde <z, qui par un bout tient au cylindre & par l’autre porte le contre-poids P.
- La figure 4eft une des deux traverfes à crans du haut du métier, dont les dents font d’un angle plus obtus pour faciliter la courfe de deux roulettes, comme celle q, en place des couteaux de la traverfe V, fig. 2.
- La figure 5 eft un autre métier alfez compliqué, où la batte fe met parallèlement aux jumelles.
- A, A , font deux fortes pièces de bois, fous lefquelles font plantés les quatre pieds B , B, B , B.
- Ç, C , font deux traverfes qui s’affemblent aux pièces de bois A , A, & dont l’écartement eft fuftifant pour lailfer palfer la piece de bois D, à queue d’a-ronde, au moyen de quoi leurs deux faces qui fe regardent vont en s’écartant par le bas.
- D eft la piece de bois à queue d’aronde , qui glilfe entre les pièces précédentes : elle eft beaucoup plus longue que le métier, pour qu’en aucun cas elle ne quitte les entailles des deux pièces A, A.
- E, E , font les deux poupées folidement plantées fur cette piece.
- F eft le boulon fans vis.
- G eft l’autre boulon à vis.
- H, H , font deux montans plantés fur la piece à droite A, dont la hauteur eft telle que les cordes C, C, qui paifent fur les poulies b, b} foient parallèles aux jumelles.
- a 9 a, font les clavettes fur lefquelles on fixe les jumelles.
- I eft la batte dont on voit la conftrudion à part , fig. 8.
- L eft une piece de bois fixée debout fur les traverfes C, C; en-deffus font deux poulies g, g, placées horizontalement, & fur lefquelles paifent les cordes/,/, dont on voit le bout en y, en-devant de la batte I; fur la face extérieure de la même piece de bois L, font deux autres poulies où paifent les mêmes cordes, au bas defquelles font fufpendus les contre-poids M, M.
- m eft une efpece de crémaillère attachée par les deux bouts fur la piece de bois D , & qui ne lui permet de glilfer que quand 011 leve la tringle n, qui entre dans les entailles des deux montans Q_ , Q_.
- Ü,Q, font deux planches affemblées fur les côtés des traverfes C, C,
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- DE PEIGNES D'A C I E R.
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- un peu plus bas que leur deffus 9 & qui forment deux efpeces de tiroirs au moyen des tringles P , qu’on attache contre.
- R eft un des pitons dans lefquels paflent les deux cordes c, c , & de là vont le fixer par un nœud fous la marche K.
- d, d > font deux pitons où paflent les deux bouts de la broche e, e, qui paffe au travers de l’épaifleur de la marche.
- La figure 6 repréfente en face la piece L, qui eft fur le métier : 011 y voit les deux poulies horizontales g, g, les deux debout h, h, & le chemin que prennent les cordes fi, f, au bout defquelles font les deux contre - poids.
- La figure 7 repréfente le même métier vu par un bout, & dépourvu de la longue piece de bois qui porte les poupées.
- La figure 8 eft la batte vue en grand : l’épaifleur qu’on y voit eft endettons quand elle eft en place, & le trou qu’on y voit ferc à paffer les cordes fi, fi.
- Q_ à part eft un des deux montans à entailles, dans lefquels paffe la traverfe n, x , x, au bas de la planche : on y voit au milieu deux bi-, féaux s, t.
- C eft une des deux traverfes du métier qui s’affemblent dans les pièces A, Ai o eft le trou d’une des cordes /,/; p eft la mortaife de la pièce L» & q eft celle d’un des montans Q_.
- Planche X.
- L A figure 1 repréfente deux portions de poupées d’un métier, fur îefquelles font des jumelles qui contiennent dix peignes à rubans, ou pour la pafle-menterie ; a, a, a, &c. font les dents de chacun, & b> b 9 &c. font les gardes avec une diftance entre chacune.
- La figure 2 repréfente un de ces peignes à part.
- La figure 3 eft une partie de peigne pour les chenilles, ainfl que celui figure 4.
- La figure 5* eft un appareilleur dont on fe fert pour égaler les dents de cuivre de largeur en les ferrant entre les deux tringles A & B, au moyen des vis h, h.
- La figure 6 eft le même inftrument où l’on voit des dents i.
- La figure 7 eft un inftrument à peu près femblable, au moyen duquel on les égalife de longueur.
- La figure g eft l’une des deux tringles, où la tête quarrée de la vis, figure 10, entre en m ; & la figure 9 eft l’œil taraudé de l’autre tringle qui reçoit la vis q de la même tringle figure 10.
- G g g ij
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- La figure i eft une monture de peigne propre aux galonniers 9 inventée par ie fieur Gourdet , peigner à Paris.
- La fig. 2 fait voir l’intérieur de cette monture.
- A , A , l'ont les deux tringles, fur l’épailfeur defquelles eft une feuillure aflez profonde pour recevoir les rateaux fi, fi.
- On voit l’une de ces tringles fig. 4 -, g, h , font deux épaulemens contre lefquels repolènt les gardes, en même tems que leurs tenons entrent dans les mortaifes i, i, de maniéré que quand elles font eii place, elles affleurent les deux épaulemens.
- La figure g eft une des traverfes qui s’appliquent fur les rateaux,& y font fixées par le moyen de vis qui entrent dans les trous /,/,/, palfent au travers des rateaux, & vont fe vider dans les tringles à feuillure, dans les trous taraudés m , qu’on y voit.
- La figure y eft une garde.
- La figure 6 eft un rateau , & la figure 7 eft une des ffx vis à tète noyée.
- La figure g eft une caife dont le fervent les patfementiers.
- D,D, font deux planches aifemblées dans'les deux montans E,E, fig. 10 , au moyen des tenons P, P, qu’on y pratique.
- G, G, font les entailles dans lefquelles on place les dents.
- La fig. 1 r eft une de ces dents pointues par le haut pour qu’on puiiTe les ôter & les remettre plus aifément.
- La figure 12 repréfente une caife toute montée : les dents y font retenues haut & bas par le moyen des traverfes L, L, qui font fixées par deux tours croifés de fil r,r,r,?.
- I eft une bande de papier qu’on colle en - deflous pour empêcher les dents de gliifer.
- La figure repréfente une caife de nouvelle invention & toute en cuivre ; les deux montans N, N, font faits comme celui qu’on voit fig. 1 f ? b >b, font deux mortaifes qui reçoivent le tenon du milieu des deux traverfes M, M,oufig. 14; & les entailles C,C,C,C, reçoivent les autres tenons , dont ceux à épaulement f, f, fig. 14, fervent à retenir la tringle de devant 0,0, figure 13.
- Les quatre crochets de fer g, g, g, g, traverfent les mêmes tringles, & n’empêchent pas qu’on puitfe les ôter à volonté.
- La figure 16 eft une traverfe large qu’on met au deifous du rateau d’en-bas, dont les tenons entrent dans la mortaife i, figure 1 $, & retiennent les dents à leur place, au lieu de la bande de papier qu’on a vue à l’autre.-
- La figure 17 eft une tringle qu’011 met devant les rateaux eu place de
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- DE PEIGNES D'ACIER.
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- celles 0,0, qu’on y voit : 011 les arrête avec des vis qui entrent dans les trous/, /, des deux tenons m, & fe vident fur les montans.
- Planche XII.
- La figure 1 repréfente un peigne à bande ; les dents y font fines & épaiiîes, félon les effets qu’on veut produire fur l’étoife.
- La figure 2 eft une pince à bec-de-canne , dont on fe fert pour retirer une dent ou la remettre en place quand on veut en fubftituer fur un peigne où il s’en eft calfé.
- La figure $ eft un poinçon applati , avec lequel on fait la place d’une dent qu’on veut remettre.
- La figure 4 eft un ouvrier occupé à remettre des dents aux deux bouts d’un peigne ; il eft occupé à frapper avec la batte qu’on a repréfentée en grand figure 6 ; à côté de lui eft une table, des outils & des dents.
- La figure 7 eft un métier propre à remonter de vieux peignes par les bouts: il eft arreté fur la piece de bois A, au moyen de deux vis b, b, do.nt la tète entre dans l’entaille qu’on y voit : ces vis font enfilées par la tringle N, qui retient le peigue dans une pojfttion folide au moyen des écrous à oreilles a, a.
- La piece de bois O ne fert qu’à tenir la batte P à la hauteur des jumelles /, /, /, /, pour qu’011 puilfe l’y introduire plus aifément.
- La figure g repréfente la même piece de bois Ai 011 y voit les entailles ou entrent les vis à longue tête.
- La fig ure 9 eft une de ces vis, & la figure 10 eft une piece de bois de même forme que l’entaille, & qui fert à les fermer.
- La figure 11 eft la tringle qui ferrre le peigne, avec les deux trous qui donnent palfage au'x vis.
- La figure 12 eft le cube de bois qu’on voit en O fur le métier.
- La figure 13 eft un peigne auquel on a ôté les deux jumelles d’un côte après l’avoir monté, pour le placer fur une chaîne dont le peigne eft caifé ou couché de maniéré à ne pouvoir plus fervir. On a coutume d’écrire au bas de tous les peignes le nombre de dents qu’ils contiennent, ainfi qu’011 le voit fur une des jumelles, pour ne pas être obligé de compter les dents quand on veut s’en fervir.
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- A R T D ü FA I S EU R, &c:
- g£~--........-=
- 5$»
- TABLE DES CHAPITRES ET ARTICLES.
- jtNTRODUCTION. • page 3 ï 3
- CH AP. I. Defcription des moyens qu'on emploie pour applatir le fil de fer, pour en régler les différentes épaiffeurs, & couper les dents de longueur , fui vaut la hauteur des foules, &c.
- Art. I. Du choix du fl-d'archal propre à faire les dents. 3 20
- Art. II. De la maniéré d'applatir le fil-d'archalpour les dents des peignes, & des moyens de connaître Les différentes épaiffeurs qu'il convient de lui donner fuivant le compte des peignes.
- Art. III. Defcription d'un autre moulin à applatir le fil de fer. 333
- Art. IV. Des différentes maniérés de laminer le fl de fer. 339
- Art. V. De la maniéré de couper les dents de longueur. 348
- Art. VI. Des façons à donner aux dents quand elles font coupées de longueur. 3^2
- CH A P. IL Delà maniéré démonter les peignes d'acier. 3 f 5
- Art. I. Premiere maniéré de monter les peignes d'acier. ' 3 f 6
- Art. II. Defcription dé un fécond métier à monter Les peignes d'acier, & de la maniéré de s'en fervir. 3 y 9 Art. III. Defcription d'un troifieme métier à monter les peignes , & de la maniéré de s'en fervir. 3 65
- Art. IV. De la maniéré de polir les peignes dé acier. 371
- CHAP. III. De la fabrique des peignes propres aux paffementiers, rubaniers s &galonniers. p• 3 7 f Art. II. Des peignes propres à la ruba-nerie & a la paffememerie. 3 y6
- Art. II. Des peignes en acier, & de ceux en cuivre ou laiton. 3 79
- Art. III. Maniéré de préparer les dents dé acier pour les galonniers. 383 Art. IV. Des dents d'os & d'ivoire, ib. Art. V. Nouvelle méthode pour monter Les peignes propres aux galonniers, inventée par le fitur Gourdet. 384 Art. VI. De la maniéré de monter les caffes pour les galonniers. 386 Art. Vil. Nouvelle maniéré démonter les en (Jes. 388
- Art VIII. Defcription dé un peigne particulier à certains tiffus. 390 CHAP. V. De l'entretien & du raccommodage des peignes,
- Art. I. Du raccommodage des peignes parles ouvriers fabricans. 351
- Art. II. Première maniéré de tefler ou enter les peignes. 393
- Art. III. Seconde maniéré.
- Art. IV. Maniéré de dérouiller Us peignes dé acier. 35$
- Art. V. Maniéré de remonter les peignes
- d'acier.
- 397
- Art. VI. Maniéré de remonter les peignes de canne ou d'acier fur le métier meme fans couper la chaîne. 399
- Art. VIL Oljérvations générales fur lé art du peigner. 402
- Explication des figures. 404
- Fin de C Art du Faifeur de peignes dé acier.
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- ART
- DE RÉDUIRE
- LE FER EN FIL,
- CONNU SOUS LE NOM
- x? jel rii-DUai cnxi.
- ParM. Duhamel du Monceau.
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- ART
- DE RÉDUIRE
- LE FER EN FIL,
- CONNU SOUS LE NOM DE FIL D’ARCHAL.
- =3g£=-—^=er
- i. Le fer eft un métal fort du&ile. Quoiqu’il ne le foit pas autant que l’or, l’argent, le cuivre, &c. il a la propriété de s’amollir dans le feu , & alors on l’étend aifément fous le marteau. On peut même le contraindre à entrer dans le creux d’un moule. Il eft bien moins dudile lorfqu’il eft froid ; cependant il ne lailfe pas d’être fufceptible de prendre une extenfion alfez confidérable : à mefure que l’on comprimefes parties, il fe durcit & s’aigrit, ou , en termes d’art, il s'écrouit ; mais on lui rend fa fouplelfe , en lui faifant éprouver un certain dégré de chaleur, ce qu’on appelle rccuin. Toutes ces chofes fe remarquent dans beaucoup d’arts , mais particuliérement dans celui du ferrurier : il s’agit, dans celui que nous nous propofons.de décrire, de profiter de la dudilité du fer à froid, pour qu’en le contraignant de palfer par des trous de difterens diamètres, il devienne un fil plus ou moins fin. On trouve à Paris, chez les marchands de fer, du fil de fer de toute groifeur, en augmentant depuis le plus petit échantillon qu’on appelle manicordion, avec lequel on fait une partie des cordes de claveffins, pfaltérions, &, autres inftrumens de mufique, julqu’à celui d’environ fix lignes de circonférence, qui eft employé par les chauderonnierspour border leurs ouvrages (excepte cependant ceux de Paris, auxquels il eft défendu de border fur du fer ). On en fait pour les ferruriers, de quatre à cinq lignes de diamètre ; mais pour Tome XF. H h h
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- ART DE REDUIRE
- parvenir à réduire ainfi le fer en fil, il faut lui faire fubir différentes opérations que nous allons expliquer, (a )
- 2. Il faut que le fer paffe par quatre différens atteliers, quand on veut le réduire en fil très-fin.
- 3. i°. On commence par choifir un fer qui foit affezdu&ile pour s’étendre en fil fans fe rompre. 20. On refend ou bien on forge le fer pour le réduire à une groffeur qui permette de le paiîer par les plus grands trous des filières. L’attelier où le fer reçoit cette préparation, fe nomme I allemande-
- jie. 30. On le paffe à la filiere jufqu’à ce qu’il foit réduit à une certaine groffeur. Cette opération appartient à la tréfilerie, & c’eft l’eau qui la fait agir. 40. Quand on veut que le fil foit très-fin , on le paffe , à force de bras , par des filières plus déliées ; c’eft le travail des agrayeurs , ou même des tireurs à la bobine, quand le fil doit être très-fin.
- Article premier.
- Du choix du fer.
- 4. Le choix du fer eft un article très-important. Il paraîtrait d’abord qu’on devrait donner la préférence au plus doux, parce que ce fer devant s’étendre beaucoup à froid, il eft néceflaire qu’il foit très-dudile : cependant il y a des fers doux qui font pailleux, qui ont des grains , & dont les parties ne font pas bien liées les unes aux autres 3 ceux-là font fujets à'fe rompre. Ainfi la douceur du fer n’eft pas toujours d’accord avec fa ducftilité. D’un autre côté , il y a des fers durs & de bonne qualité , qui étant chauffés à propos ,beaucoup maniés & étirés fous le marteau, prennent du nerf & deviennent capables d’une grande extenfion. Au refte , Tadreffe du tréfileur peut le mettre en état de tirer un bon parti des fers qu’il doit employer ; cette adreffe confifte, fi ce font des fers mous , à arranger la tenaille de façon qu’elle ne tire qu’une petite longueur de fil à la fois ; en répétant ainfi les tirées, le fil en fouffre moins. Lorfque le fer eft très-doux & mou, la feule tenfion peut l’alonger avant que de paffer dans la filiere, & l’affaiblir au point de le faire rompre ; mais le tréfileur intelligent fait ménager cette matière fort tendre en la faifant paffer par un plus grand nombre de trous , afin
- (a) Je n’ai trouvé dans le dépôt de l’a- paffer fous les yeux de M. Magné de îa cadémie que deux planches gravées & quel- Londe , receveur des bois de la maitrife de ques deffins. Iieureufement ayant autrefois Belefme , qui fait convertir beaucoup de examiné des tréfileries auprès de la Trappe, fer en fil-d’archal dans les tréfileries du j’avais confervé des mémoires qui m’ont été Perche , ce qui m’a mis en état de joindre à utiles ; & après avoir fait l’art} je Tai fait mon mémoire plufieurs articles intéreffans.
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- LE FER EN FIL
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- qu’elle n éprouvé à chaque fois que peu de réfiftance ( i ). Si le fer eh dur & caifanc, on lui donne du nerf en le forgeant dans l’allernanderie ; & s’il eil eXentiellement de bonne qualité, il devient de plus en plus ductile en paf-lant dans les trous de la filiere.
- y. Au relie , il me parait que , fuivant Pu Page qu’on veut faire du fil qu’on tire , il convient de choifir du feu dur , ou du fer mou. Si l’on defiine le Ri de fer à faire des conduites de fonnettes , ou des treillages, ou certaines chaînes , comme nous l’avons expliqué dans l’art de l’épinglier, ce RI ne peut pas être trop mou ; mais fi l’on veut en faire du clou depingle, ou des épingles, ou des broches pour tricoter, ou des hameçons, ou des cardes , il elt bon qu’il foit dur & élatîique. On prétend de plus que ce fer prend mieux le blanchiment d’étain, & qu’il le conferve mieux. C’ell pourquoi l’on dit qu’à Aigle on donne la préférence au fil de Normandie , pendant que pour d’autres ouvrages, & particuliérement pour les treillages*, on préféré celui d’Allemagne & d’Alface -.bien entendu qu’il faut que les différentes efpeces de fer qu’on emploie aient été bien chauffées , forgées & étirées dans l’allernanderie, pour qu’il n’ait ni pailles,-ni criifures, ni grains 5 & c’elt à ce point que fe réduit communément l’attention des tréfileurs qui fe contentent de choifir îe meilleur fer des forges qui font dans leur voi-finage : par exemple , les tréfileurs de Normandie emploient le fer qu’on fait aux environs de Couches, & de même des autres. Quand on dre du fil d’acier, c’eft ordinairement celui de Hongrie qu’on acheté en barres , & qu’011 forge, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- Article IL
- De L'allemande!ie.
- 6. J’ai vu auprès de la Trappe trois tréfileries, où l’on fe fervait de fer p’at de vingt-une à vingt-deux lignes de largeur , & de fix à fept lignes d’épaiffeur, qu’on fendait en trois avec des cifeaux ou tranches. Ces tringles
- ( 1 ) Moins il y a de différence entre les trous par où on fait paffer le fil de fer fuc-ceffivement, moins auffi il eft fujet à fe rompre. Plus les mouvemens de la machine exactement montée font réglés & uniformes, moins il y a de rifqueà voir rompre les fils. Les tréfileries près de Neuchâtel & près de Bienne en Suiffe , l’une dans le comté de Neuchâtel, l’autre dans l’évêché de Bâle , font très - bien conftruites. Leur
- mécanifme,également fimple& ingénieux, différé à tant d’égards de celui que décrit ici notre académicien, qu’il m’a paru nécefi faire de les connaître plus exactement. Ce fera la matière d’une addition particulière, & ce foin de ma part fervira à remplir toujours mieux les vues que je me fuis pro-pofées dans mon travail d’inftruire les artiftes Français, & de leur fournir des termes utiles de comparaifon.
- H h h ij
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- qui avaient environ trois pieds de longueur, fe nommaient catons. Enfuite on les forgeait à bras fur une enclume pour les réduire à trois ou quatre lignes de groifeur, & les mettre de calibre à paffer par les filières; par cette manœuvre , les catons acquièrent douze pieds de long. Cette pratique efi fins contredit la meilleure de toutes ; le fer étiré à petits coups de marteau prend du nerf & acquiert de la qualité , mais elle occafionne beaucoup de main-d’œuvre & une grande confommation de charbon. C’eft pour ces raifons qu’elle n’eft guere en ufage dans les tréfileries.
- 7. Assez fouvent on tire des fenderies le fer en verge , & on fe contente de l’arrondir un peu fous le petit marteau des allemanderies ; mais il eft beaucoup mieux de faire venir des grolfes forges, où l’on fait que le fer eft de bonne qualité, du fer quarré en barres de la grofleur du carillon de dix à douze lignes quarrées. On le forge dans les allemanderies , comme je l’expliquerai , pour le réduire à la groifeur du doigt, afin qu’il puiffe paffer dans les filières. (2)
- 8. Ceux qui prennent des verges refendues ont l’avantage que ces verges approchent beaucoup de la groifeur du fer qu’on doit travailler dans les tréfileries ; mais il n’eft propre qu’à faire du gros fil de fer pour les ferruriers 8c les chauderonniers , & il eft beaucoup mieux d’employer du fer en barres .> fur-tout quand on fe propofe de faire du fil fin. En voici la raifon : pour faire du fil fin , il faut du fer très-dudile, & qui ait de longues fibres ; or en étirant le fer en barres fous les gros marteaux des allemanderies, on lui donne cette qualité; le fer prend du nerf par les coups de marteau qu’on lui donne pour changer les barres en ce qu’on appelle des forgis, qui font des verges longues & menues, au lieu que les fibres font raccourcies par les couteaux de la fenderie , qui ne fuivent pas régulièrement les inflexions que les fibres ont prifes , lorfqu’on a étiré le fer fous le gros marteau : c’eft pour cette raifon qu’on réduit en forgis , ou qu’on travaille encore dans les alleman-deries, le fer qu’on deftine à être tiré en fil fin.
- 9. Je ne dis pas que dans quelques fabriques on ne tire des greffes forges les forgis tout prêts à être travaillés dans les tréfileries ; mais le fer étiré comme nous le difons, eft meilleur , & dans les allemanderies cfn apporte plus d’attention à fouder les endroits où il y a des pailles.
- 10. Les allemanderies font affez femblables aux petites forges où l’on fait
- ( 2) Le choix & la préparation du fer défauts de la préparation. Ainfi les ouvriers à employer dans les tréfileries, eft le point & les travaux de l’allemanderie font les plus le plus effentiel, qui affine le fuccès de la importans. L’ignorance ou la négligence de fabrication. La préparation fur-tout des bàr- ces ouvriers a fouyent décidé du fort de res eft le fondement de tout. Plufieurs fa- ces entreprifes» briques de ce genre font tombées par les
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- le carillon. Une roue à aube A, pl. I, fig. 1 & 2, mue par l’eau , fait tourner un gros arbre B, qui fait feize tours par minute ; il eft renflé en deux: endroits de fa longueur en forme de tambour C & D : ces tambours portent les cames Q_, qui font lever le gros & le petit marteau E & F, fig. 1,2 & 4. Celles du petit marteau font de fer acéré; celles qui font agir le gros font fouvent de bois dur (a). Mais ces marteaux frappent avec des vîtelfes très-différentes ; car le petit eft relevé à chaque tour de l’arbre par feize cames : ainfi à chaque tour de la roue il frappe feize coups, «St deux cents cinquante-fix coups par minute ), au lieu que le gros marteau n’étant relevé que par huit cames, n’en donne que huit à chaque, & cent vingt-huit par minute.
- 11. Le gros marteau qui eft de fer fondu pefe cent livres. Il ne fertqu’à reffouder les barres qui fe rompent, & à rétablir les outils. Il n’y a que le petit qui travaille pour faire les forgis ; il eft de fer acéré , & pefe quarante-cinq livres.
- 12. On conçoit, fans qu’il foit befoin de le dire, que ces barres fe forgent à chaud ; c’eft pourquoi il y a auprès des martinets une forge G , fig. 2 , qui fuffit avec un forgeron pour faire les chaudes, & fournir le fer en état d’être forgé au forgeron qui fait les forgis.
- 1?. Le chauffeur doit être habile & attentif à bien conduire fon feu , pour que la chaleur pénétré jufqu’au centre du fer qui a douze à quatorze lignes de gros, & faire en forte que la fuperficie ne foit point brûlée; les mauvais chauffeurs occafionnent des déchets confidérables.
- 14. On prend des bouts de fer de carillon , tel qu’il vient des forges ; le chauffeur en fait rougir à la forge fix à huit pouces de longueur, & il donne cette barre au forgeron , qui la fait paiTer fur l’enclume E & fous le martinet K, en le tournant d’un mouvement égal & très-prompt; en même tems il l’avance & le recule, pour que le fer foit étiré & alongé dans toute la partie qui a été fuffifamment chauffée, évitant de lailfer frapper deux coups de marteau de fuite fur le même endroit, qui ferait immanquablement coupé. Un bout de barre d’un pied de longueur acquiert fix ou huit pieds, fuivant la groffeur du carillon (c), & en cet état on le nomme ^ fer forgls L>pl. Il, fig. if. U11 bon ouvrier peut forger deux cents livres de fer par jour ; mais on compte ordinairement fur cent cinquante livres.
- 1 y. Ce travail exige uneadreffe qu’on ne peut acquérir que par un long exercice; le marteau E frappant avec beaucoup de vîteffe, l’ouvrier doit
- (a) M. delà Londe a fait faire les cames (b) M. de la Londe dit que fon grtfs du gros marteau d’acier ; & s’il y a feize ca- marteau frappe 3 ço coups par minute , & mes au petit, il en a mis huit au gros mar- qu’il pefe 150 liv.
- teau ; s’il y en a vingt au petit, il en amis (c) On voit dans les figures un échan-dix au gros, tillon du carillon , figure 4.
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- être continuellement occupé à retourner fa barre, & à l’avancer à mefure qu’elle s’alonge.
- i(3. Il eft aiTis fur une planche M, pi. ! & IIfig. 2 & if , qui lui fournit un fiege mobile qu’il peut approcher ou éloigner de l’enclume avec fes pieds , & fans le fecours de fes mains , qui font occupées à tenir la barre.
- 17. Ce fiege eft une planche M, donc un bout N eft retenu par un crochet & un anneau qui permettent à la planche de décrire horizontalement un mouvement circulaire : la même planche eft de plus foutenue vers les deux tiers de fa longueur , par une chaîne de fer O , fig. 1 f , attachée au plancher , ou à quelque traverlè de la charpente.
- 18. Au moyen de ce fiege mobile, le forgeur fe place à la hauteur qui lui convient relativement à celle de l’enclume, & il peut s’en approcher 8c s’en éloigner fuivant que les circonftances l’exigent.
- 19. Il y a dans les allemandenes une gouttière de fer P, fig. 2 & 15 , qu’on ne voit point dans les forges ordinaires 5 on la nomme dalU. Un de fes bouts eft à la hauteur de la table de l’enclume ; elle ferc à recevoir la partie de la barre qui a été réduite en forgis pour la maintenir droite, ou l’empêcher au moins de devenir très - courbe.
- 20. Pendant que l’ouvrier qui travaille au martinet fait un forgis , le chauffeur conduit le feu de la forge, afin qu’auffi-tôt que la partie de la barre fera étirée, le forgeron en reçoive une autre du chauffeur à qui il remet celle qu’il vient de travailler, pour que le chauffeur la redreffe avec un marteau à main fur l’enclume R, />/. 1 fig. 2. Car les barres qui fortent de deffous le martinet ne font jamais bien droites. Il mouille la partie qui a été travaillée, pour qu’elle chauffe moins que le refte.
- 21. Si le chauffeur apperçoit quelques pailles ou quelques calfures dans
- le fer forgis, il fait chauffer cet endroit prefque fondant, & il le forge fous le gros marteau F, fig. 2 & if , pour fouder cette partie ; c’eft prefque
- la feule occafîon où l’on fe ferve de ce gros marteau.
- 22. Suivant le rapport des ouvriers, on perd 3 2 ou 33 livres pour cent en
- réduifant les barres en fer forgis, ce qui fait près d’un tiers j mais on m’a affiné que le déchet, pour réduire les barres en fer forgis , 11’eft que de 26 pour cent, & que 108 livres de fer produifent 7$ livres de fil de fer ébroudi. On m’a affuré aufi] que dans une allemanderie où l’eau ne manque pas, deux ouvriers font 80 douzaines de fer forgis parfemaine : la douzaine de forgis pefe 12 livres d’où il fuit que deux hommes travailleraient par Iq-
- maine 960 livres de fer; mais à caufe des fêtes & des autres chommages,
- le travail ne fournit, du fort au faible par femaine dans une année, que 50 douzaines qui pefent 625 livres. ( a )
- (a) Suivant M. de la Londe, la douzaine* de forgis doit être de 13 livres & demie, qui rendent en ébroudi iz livres & demie, & en engrêlés 1%.
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- £3. Les cames Q_, pi- I->fig- 1 & 2, du petit marteau font de fer acéré & aflujetties par des coins de bois. Celles du gros marteau font de bois dur, ou, comme nous l’avons dit, d’acier.
- 24. Les marteaux font retenus dans leur manche par des liens de fer, & des coins de bois S, fig. 10 & 13 i ils frappent de leur largeur fur une plaque de fer.
- 2f. Chaq_ue came fait baiffer la queue du marteau , dont le poids la Fait relever j ainfi c’eft le poids du marteau qui détermine la force du coup. Les manches des marteaux palfent entre les pieds - droits T , fig. 15 ; ils font fufpendus fur deux pivots d’acier V, fig. 10 & 13 , qui fervent d’aif-fieu à une heufe de fer de loupe , fortifiée par un fort lien qu’on ferre avec des coins de bois frappés tout autour du manche. Les tourillons repofent fur des coullinets de fer fondu , ou encore mieux de fonte ; & pour arrêter les martinets , on met defious leur manche un morceau de bois X , pi. I, fig. 4 , pofé verticalement, qu’on ôte par un Coup de maillet, quand on veut que les marteaux recommencent à travailler.
- 26. L’enclume R, pi. I, fig. 2 , qui eft auprès de la forge, fert à raccommoder les marteaux & les enclumes des martinets, ou à redreller les forgis. Et ce travail fe fait ordinairement avec un marteau à main.
- 27. Il y a au bout de l’arbre une manivelle Y ,/?/./& Il, fig. 2 & 1 y , qui fert à faire agir les foufflets. (a)
- 28. On fait encore dans les aliemanderies des forgis avec du fer fendu par les couteaux. Ces forgis , qui coûtent moins que ceux pris dans des barres , fervent à faire de gros fil de fer ; mais pour le fin, il eft bon que le fer ait été étiré, comme nous l’avons expliqué.
- 29. On m’a aifuré que dans quelques fenderies on Faifait du fil de fer gros comme le bout du doigt fans le paifer par la filiere : je n’ai point vu de ces établiffemens ; je fais qu’on en fait de cette groifeur à la filiere : mais voici l’idée qu’on m’en a donnée.
- 30. Quand on a fendu le fer en verges plus ou moins épaiifes, fuivanc la groifeur du fil qu’on fe propofe de faire , pour arrondir & alonger ces verges, on fe lert de deux rouleaux de fer placés l’un fur l’autre, comme ceux des applatilferies ; mais fur la circonférence de chacun de ces rouleaux, il y a une ou plufieurs cannelures creufées dans leur épaif-feur > elles forment une gouttière qui enveloppe chacun des rouleaux ; ces cannelures font d’une largeur & d’une profondeur égales , & elles font pofées bien exactement l’une fur l’autre, de telle forte que ces deux cannelures forment enfemble le moule dans lequel la verge doit s’arron-
- (a) M. de la Londe fait mouvoirvfon foufflet par une éfpece de marche femolabîc a celles des tiflerands, qu’une came attachée à l’arbre fait mouvoir en appuyant de'(Tus*
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- dir. Si ,en. palfant dans ces cannelures , elles ne font pas bien arrondies, comme, cela arrive ordinairement, on les fait paifer par une troifieme i mais comme il refte nécellàirement un petit intervalle entre ces deux rouleaux, il y a 'toujours des bavures à ce gros fil ; & fi l’on voulait l’avoir bien rond, il faudrait le faire paifer par deux ou trois trous de filiere.
- 31. J’ai déjà averti que je n’avais point vu «faire du gros fil - d’archat de cette façon, & que je ne parlais que fur le rapport qu’on m’en a fait. J’ai feulement vu à Elfonne près Corbeil une machine à peu près fem-felahle#, très - bien exécutée par un maître ferrurier de Paris, nommé Chopitel; il s’en fervait pour calibrer des tringles rondes de différentes groffeurs , ainfi que des plates - bandes chargées de moulures très-exactement travaillées.
- 32. On fait rougir dans des fours les verges qu’on veut paffer entre les cylindres.
- 33. Pour difpofer les forgis à paifer par la filiere, on les recuit couleur de cerife fur un feu de braife ou de charbon qui a douze pieds & plus de longueur ; puis on le donne à l’écoteur , qui le grailfe avec du lard, du beurre , du fuif, ou de l’huile ; & en le palfant trois ou quatre fois par les trous de la filiere, qui diminuent toujours un peu de diamètre, il en fait ce qu’on nomme du roulage. Comme il s’eft écroui & durci dans cette opération , 011 le recuit , & l’écoteur le palfe dans trois trous de filiere. On recuit encore l’écotage , puis le tréfileur le palîe dans trois trous de filiere , & alors on le nomme èbroudage. Quand on l’a recuit & palfé par trois autres trous, on l’appelle èbroudi. Voilà une idée générale de tout le travail ; mais il faut entrer dans les détails.
- Article III.
- Defcription des tréfileries où bon tire le fer forgis.
- 34. Nous avons expliqué ce que c’eft que le fer forgis j ainfi l’on fait que ce font des verges de fer rondes, grolfes comme le petit doigt, qu’on a étirées & forgées fous les gros marteaux pour les difpofer à être étendues & arrondies , en palfant par les filières ; c’eft ce dernier travail qu’on fait dans les atteliers nommés tréfileries, peut-kre parce qu’011 a coutume d’y tirer à la fois trois fils. J’ignore pourquoi l’on s’eft fixé au nombre de trois. ( 3 )
- (?) Lorfquelefil a palfé par trois trous, trous qui vont proportionnellement en di-il eft néceffaire de le remettre au feu ; & minuant.Sans ce recuit, le fil courrait rifque c’eft par cette raifon qu’on s’eft borné à trois de rompre ou de prendre des écailles.
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- 3?. Peut-Être aufli le ternie de tréfilèrie vient-il de traire; car on dit du fil trait ; ou bien le terme de trait vient-il de ce que le fil a été tiré dans les tréfileries.
- 36. Dans ces atteliers , le fil engagé dans la fiiiere, elt faifi par une pince qui, en s’éloignant de la fiiiere, force une. certaine longueur de fil à paifer par le trou de la fiiiere ; la pince aufli - tôt fe rapproclie de la filière , elle faifit de nouveau le fil, elle s’éloigne ; & continuant ces mêmes mouvemens , elle fait paifer toute la longueur du fil par la fiiiere, & fuc-celîivement, par des trous de plus en plus petits; ce qui alonge, arrondit & polit le fil. Tout cela s’exécute par une machine alfez fimple , mais très - ingénieufement imaginée , qui reçoit fes mouvemens d’un courant d’eau, & d’une roue à aube A 8c a dans la vignette , pl. III, pareille à celle des moulins à moudre les grains. Il eft fenfibla-que la grandeur de cette roue varie fuivant la chûte de l’eau & la quantité d’eau dont on peut difpofer.
- 37. Cette roue a pour axe un gros arbre horizontal qui porte des cames
- B,C, à peu près femblables à celles qui font agir les gros marteaux dans les forges , ou dans l’attelier où l’on fait les forgis. Comme ordinairement il y a trois tenailles dans les tréfileries, il y a fur l’arbre trois rangs de cames b , c , d , vignette , éloignées les unes des autres de plufieurs pieds ; & ces cames font pofées fur un même cercle qui entoure l’arbre : la première tenaille devant faire paifer les forgis par la fiiiere , elle a befoin d’être plus forte que la fécondé, & celle - ci eft plus forte que la troifieme. • ~
- 38- Pour faire agir la première tenaille , figure 2, il n’y a fur la circonférence de l’arbre que trois cames qui font à des diftances égales l’une de l’autre; il y a de même trois cames c, c, c , vignette , pour faire agir la fec-onde tenaille, & il y en a quatre d, d, d, d, pour la troifieme ; mais pour que l’effort de la machine foit toujours à peu près le même , on place les cames de la fécondé tenaille dans le milieu de l’efpace qui eft entre les cames de la première tenaille. Enfin il y a quatre cames pour mener la troifieme tenaille, & on les place de façon qu’elles n’agiffent point quand les autres travaillent.
- 39. Tous les uftenfiles qui dépendent de chaque tréfilerie font placés fur un gros 8c fort madrier qu’on nomme bûche , pl. III , h i k , vignette, 8c K, fi g. 7 8c 8. C’eft à ce madrier que la fiiiere eft folidement aiîujettie, 8c c’eft fur ces madriers que repofent les tenailles. Tout cela s’éclaircira par la' fuite.
- 40. Les trois bûches font dans une même pofition : celui de leurs bouts qui eft tout auprès de l’arbre, eft plus élevé que l’autre, 8c cette pente eft
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- mécefTaire pour que les tenailles gliffent deffus, & qu’elles fe rendent d’elles-mêmes & par l’efFet de leur poids auprès de la filiere, comme nous l’expliquerons plus amplement. Le bout des bûches le plus éloigné de l’arbre s’appuie contre une forte piece de bois parallèle à l’arbre, & fur laquelle les trois bûches tombent perpendiculairement l /, vignette, & M ,/g. 7 & 8.
- 41. Chaque bûche eft vis-à-vis un des rangs de cames, & il refie entr’elles une efpece de fentier ou unefpace affez large pour qu’un homme puiffe y paffer,
- 42. Comme ces trois bûches fe reffemblent, à la force près, il nous fuffira d’en .examiner une;-ce que nous en dirons conviendra aux autres. La filiere P P , /%. 8, eft attachée fur la bûche K, de forte que fa longueur traverfe la largeur de la bûche; pour la retenir bien ferme, il y a fur la bûche quatre forts barreaux montans, ou jumelles de fer N, N, fig. 7 & 8 , placées, deux à deux vis-à-vis l’une de l’autre ; on met la filiere de champ entre ces montans, oh la ferre en cette fituation avec des coins de bois ; & afin qu’elle n;e puiiîe point s’élever , & pour rendre les montans plus inébranlables , J es deux montans qui font vis - à - vis l’un de l’autre font liés au bout d’en-haut par une cheville à clavette Ü ,fig. 7 , qui les traverfe.
- .43. Le fil qui eft engagé dans la filiere eft fai fi entre la filiere & l’arbre par de fortes tenailles H , fig. 7 & g , qui le ferrent ; & en s’éloignant en-fuite fie la filiere , elles contraignent une certaine longueur de ce fil à paffer par le trou de la filiere , où on l’a engagé. Ces tenailles étant arrivées au bout deJeur courfe , reviennent, par leur propre poids, auprès delà filiere pour "commencer une autre tirée. Cette courfe 11’eft pas longue; car la tenaille de la première bûche ne tire à chaque coup que deux pouces de longueur de fil; la tenaille de la fécondé bûche, quatre pouces ; celle de la troifieme bûche, cinq pouces. Et comme l’arbre fait à peu près feize tours par minute , la petite tenaille tire environ 80 pouces de fil par minute , & les autres à proportion. Les tenailles , les filières, 8c tout ce qui dépend de la première bûche eft plus gros & plus maffif que tout ce qui appartient aux autres. Cet ajuftage pour la première bûche pefe environ 200 livres, pour la fecon.de, 150, pour la troifieme 100. Quand les tenailles ont reculé d’une quantité convenable , elles s’ouvrent, elles abandonnent le fil qu’elles tenaient; & en glilfant à caufe de la pente de la bûche, elles reviennent le prendre de nouveau tout auprès de la filiere pour en tirer une fécondé longueur lorfqu’elles retourneront en arriéré. 11 faut expliquer comment s’opère ee jeu alternatif des tenailles, qui produit tout l’effet de la. machine.
- 44. Après ce que nous venons de dire , on conçoit que c’eft toujours tout près de la filiere que la tenaille doit faifir le fil pour en tirer une cer. taine longueur, quand une force obligera la tenaille de s’éloigner de la
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- filiere , & de fe rapprocher de l’arbre ; puis cette force cedant d’agir , la tenaille^ par fon propre poids , fe rapprochera de la filiere : & afin de faciliter ce mouvement , 011 met fur la bûche & fous la tenaille une planche fort unie I /, fig. 7 & g , qu’on nomme la tuile, qui eft encore plus inclinée que la bûche ; elle eft arrêtée par un bout tout auprès de la filiere , & fon autre bout repofe fur un taifeau qui Péleve ; on le voit , figt 7. Cette tuile recevant les frottemens de la tenaille , elle préferve la bûche d’en être endommagée , & il eft facile de changer cette petite planche quand elle eft ufée.
- 4f. Par ce que nous venons de dire, 011 apperçoit qu’il faut que la tenaille s’ouvre en delcendant fur la planchette ou la tuile, pour s’approcher de la filiere, & qu’elle doit fe refermer pour faifir le fil de fer, quand la force agit pour l’éloigner de la filiere : voici comment cela s’exécute. Les deux branches de la tenaille paifent dans un .anneau ovale G , & un peu applati, qui porte une queue c, fig. 7, 8 & 9. Cet anneau & fa queue fe nomment un chaînon. Comme les deux branches delà tenaille fe renverfent en-dehors, on voit que quand le chaînon eft tiré en arriéré, il fait force pour rapprocher les branches de la tenaille , & par conféquent pour ferrer les mâchoires a , a\ fig' 8 & 9> qui faillirent le fil de fer, & elles le ferrent d’autant plus qu’il faut plus de force pour faire paifer le fil par le trou de la filiere ; mais quand l’anneau ou le chaînon eft pouifé en-avant, les branches & les mâchoires s’ouvrent „ & la tenaille n’étant plus retenue par le chaînon, coule fur la tuile; elle fe rapproche ainfi de la filiere, & elle mord le fil de nouveau quand 011 tire le’ chaînon en-arriere.
- 46. Pour comprendre comment le chaînon eft retiré en-arriere , il faut favoir que fa queue c ,fig. 7,8 8c 9 , eft repliée en crochet ; que le crochet pafle dans l’anneau d’un piton qui tient à la branche verticale F d’un levier de bois D F, fig. 7 , recourbée en équerre , qui fait avancer & reculer le chaînon, comme nous allons l’expliquer.
- ? 47. Cette équerre a donc deux branches, une verticale F , à laquelle eft attaché le chaînon, l’autre horizontale D qui eft abaiifée par la came C, fig. 7 & 8 » de l’arbre. Une cheville de fer V , fig. 7 8c 8 , traverfe cette équerre allez proche de l’angle où fe réunifient fes branches, 8c cette cheville ou boulon forme un aifiieu dont les extrémités traverfent la bûche à fon bout qui eft élevé, & placé du côté de l’arbre.
- 48. Cette extrémité de la bûche eft entaillée pour recevoir l’équerre, ainfi l'equerre peut-tourner fur fon'aifiieu fans que rien s’y oppofe. La branche verticale F de cette équerre qui tient la queue du chaînon , 8c qui eft toujours'plus élevée que la bûche, eft plus courte que là'branche horizontale , & c’eft vers le milieu de fa hauteur qu’eft le piton dans lequel pafie la queue du chaînon. I i i ij
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- 49. La branche horizontale D excede la bûche d’une grande partie de fa longueur, & elle eft aifez longue pour aller rencontrer une des cames de l’arbre que l’eau fait tourner. Il faut donc concevoir que , quand une came rencontre la branche horizontale de l’équerre, elle appuie deffus avec beaucoup de force ; elle l’oblige de defcendre ; l’équerre tourne fur fon axe ; la branche verticale obéilfant à ce mouvement, fe porte en- arriéré ; elle tire dans ce fens le chaînon , ainfi que la tenaille qui contraint le 61 de palier par la filiere, parce que le chaînon rapprochant les branches des tenailles, il fait faifir & ferrer le 61 par les mâchoires.
- 50. Quand la branche horizontale de l’équerre efl échappée de la came, cette branche eft relevée par une chaîne q, vignette, & Z Y, fig. 7 , qui répond à une perche à reftortpo tk Y X, qui a été pliée par l’effort de la came ; la branche verticale de l’équerre fe rapproche donc de la 6!iere & poulfe devant elle le chaînon; alors les tenailles s’ouvrent, elles gliifent fur la tuile & £è rapprochent prefque d’elles-mèmes de la 6liere.
- f 1. Comme il y a trois équerres à relever, une pour chaque bûche, on établit , pour tenir les trois perches à reffort en état, un chaflîs foutenu par quatre montans m n, m n , vignette, & T , T, fig. 7 & 8 , aftez forts, & huit plus menus qui font diftribués, quatre à la face de devant, & quatre à celle de derrière qui regarde l’arbre tournant. Ceux-ci font plus courts que ceux que j’ai appellés de devant ; les perches font attachées par leur gros bout à la traverfe du chaflîs qui eft foutenue par les montans du devant, & environ aux deux tiers de leur longueur ; elles s’appuient fur la traverfe de derrière qui, comme je l’ai dit, eft plus baffe que celle de devant : par cet ajuftement, toute la longueur de la perche fait reffort.
- Comme pour tirer le gros 61 il faut plus de force que pour tirer le fil fin , on tient les cames qui répondent à la première bûche plus courtes que celles qui répondent à la fécondé , & les cames qui répondent à la troifieme bûche font les plus longues de toutes : c’eft pour cela que la tenaille de la première bûche ne tire que deux pouces de longueur de fil ; celle de la fécondé, quatre ; & celle de la troifieme, cinq. L’arbre fait ordinairement feize tours par minute.
- A mefure que le fil paffe par la filiere, il acquiert de la longueur ; & quoique le jeu de la fécondé & de la troifieme tenaille foit plus grand que celui de la première, le fil déjà alongé ne pafferait pas dans le même tems que celui qui ne l’eft pas, fi outre la plus grande tirée, il n y avait pas trois cames pour la première & la fécondé bûwhe , & quatre pour la troifieme.
- S4. Maintenant que l’on conçoit le jeu de la machine , nous pouvons expliquer comment elle travaille.
- 5f. On commence par donner un recuit au forgis, avec du charbon de
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- bois, fig. i ; enfuite on prépare le bout qui doit entrer dans le premier trou qui eft aflez large pour effacer ou rabattre les éminences les plus Taillantes & les arêtes qui n’ont point été effacées par le martinet ; on fait, dis-je, rougir le bout du forgis, & on le bat fur l’enclume pour qu’il entre aifément dans le trou de la filiere. La première bûche devant dég.roflir le forgis , a toutes Tes parties plus fortes que les autres. L’ouvrier qui eft attaché au fervice de cette bûche, fait mordre les mâchoires des tenailles fur le bout qu’il a fait paifer par la filiere; il a même l’attention de conduire les tenailles pendant qu’elles tirent les deux ou trois premières longueurs; la machine enfuite fait le refte , & toute l’occupation de l’ouvrier, fig. 2 , vignette, fe réduit à recevoir le fil à mefure qu’il fort de la filiere ; il donne enfuite un recuit à ce fil, il l’appointit & il le palfe dans un autre trou un peu moins gros , qui arrondit le fil ; puis il le palfe encore dans un trou un peu moins gros que le précédent; & alors, en le recevant au fortir de la filiere , il le roule, comme on le voit dans la figure ; & ce gros fil fe nomme fier de roulage. '
- $£. Un bon écoteur (•c’eftainfi qu’on appelle l’ouvrier qui eft attaché à la première bûche ) doit étudier la nature de fon fer; quand il eft mou ou caifant , il doit diminuer la tire de fes tenailles, & dégorger fa filiere, c’eft-à-dire , augmenter un peu le trou par-derriere ; car ii faut que la partie la plus étroite du trou, celle qui agit principalement fur le fer, foit à la fortie du trou; fans cela le fil fe trouve gêné dans le trou : les tenailles, il eft vrai, le forcent de paifer ; mais il le forme des grains qui fe découvrent par la fuite , & occafionnent des ruptures, fur-tout quand le fer eft tendre ; en ce cas il doit ôter une hape de fon chaînon pour raccourcir le trait, & n’en tirer à la fois qu’une petite longueur, comme deux pouces; au lieu que quand fon forgis eft bon , il peut en tirer trois ou quatre pouces à chaque tenaillée. Je reviens aux opérations qui fe font à la première bûche, & dont j’ai interrompu le détail.
- 57. On voit que, quand la machine eft en train , & lorfque les tenailles ont agi deux ou trois coups , l’ouvrier la laitfe faire tout l’ouvrage. Il s’alfied fur une planche V1 qui eft entre les bûches , & il n’a autre chofe à faire que de recevoir le fil qui a paifé par la filiere, & de le rouler pour en former une efpece d’écheveau ; fans quoi il pourrait fe mêler & arrêter le jeu des tenailles : mais comme ce fil, au fortir de la filiere, eft très-chaud , pour ne fe pas brûler , il 11e le manie qu’avec des chiffons.
- 58. Quand le fil a paifé par le premier trou qui ne fait qu’abattre les principales éminences & les coups du martinet, on le palfe dans un trou plus petit, & enfuite dans un troifieme qui achevé de le dégrolfir.
- 59. Pour que le fil glilfe plus aifément en traverfant la filiere, il eft bon qu’il foit toujours gras ; & pour cela on ajufte dans un nouet de toile, un
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- morceau de lard que le fil traverfe avant que de pafler par le trou. Q_,
- fig, 7 & 8-
- 60. Après que le fil a été pafle par trois trous, & qu’il a été réduit en roulage , parce qu alors on peut le rouler en lui faifant décrire un aflez grand cercle, on lui donne un nouveau recuit ; on forge la pointe pour entrer dans la filiere de la même bûche , où on lui donne deux trous pour le réduire à la grofleur qu’on nomme écotage 5 enfuite on le recuit , & on le porte à la fécondé bûche.
- 61. L’ouvrier qui eft attaché à cette bûche le fait pafler par trois trous de fa filiere pour en faire un fil & écotage ; 8c comme le fil gagne beaucoup de longueur, il eft aulli Iong-tems à palier par les trous de la fécondé bûche, qu’il avait été à palfer par les trous de la première, quoique les cames foient plus longues, & les tirées plus confidérables.
- 62. Après avoir donné un troifieme recuit, & avoir formé la pointe, ou avec le marteau , ou avec la lime, ce dont on ne peut fe difpenfer toutes les fois qu’011 change de trous de la filiere, on porte le fil à la troifieme bûche. Les mouvemens de cette tenaille font plus vifs que ceux: des précédentes, parce qu’à cet endroit l’arbre a quatre cames, au lieu qu’aux autres bûches il n’en a que trois. Comme cette tenaille fatigue moins que les autres, elle eft un peu moins forte : on y fait paifer le fil par trois ou par quatre trous. Quand il a pafle par trois trous, on le nomme fil ePébroudage ; quand il a pafîe par quatre trous, 011 le nomme èbroudis ; de forte que, pour réduire le fil en èbroudis, il pafle par huit ou neuf trous. On n’eft pas plus de tems à réduire le fer en èbroudis dans les tréfileries , qu’on n’a été à le convertir en forgis fous les martinets.
- 63. Les ouvriers travaillent neuf heures par jour au tirage, & ils emploient quatre heures pour recuire & brider les filières, c’eft-à-dire, pour aflortir les trous & alfujettir les filières dans les crampons.
- 64. Tl n’arrive guere qu’on tire le fil dans les tréfileries plus fin qu’en èbroudis ; pafle ce terme, 011 le tire à bras, comme nous l’expliquerons dans la fuite. Il me paraîtrait cependant poftîble d établir dans les tréfileries line quatrième bûche plus légère, ainfi que les tenailles , pour tirer du fil plus fin, comme on en a quelquefois qu’on fait mouvoir à bras ; ou bien, pour éviter les mâchoires des tenailles qui endommagent le fil délié, on pourrait tirer le fil avec une bobine que l’eau ferait tourner. (4)
- 6f. Dans toutes les opérations de la tréfilerie, il y a fur-tout deux choies qui méritent une attention particulière : l’une eft de proportionner la grandeur aes trous de la filiere a la grofleur du fil. Si le trou de la filiere était prefque de 1a même grofleur que celui d’où le fil fort, on perdrait fou tems > mais
- (4) Voyez l’addition placée à la fin de ce traité.
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- la qualité du fil n’en fouffrirait pas. Si le trou était trop fin , comme le fil éprouverait trop de réfiftance à palier par le trou, ce que les ouvriers appellent donner trop de faix, ou le fil romprait, ou il aurait des bouillons j il ferait, comme difent les ouvriers , la queue de renard.
- 66. Il faut avoir grande attention que la partie du trou la plus étroite foit toujours à la fürface par où fort le fil, fans quoi le fil romprait ou ferait la queue de renard ; c’eft pourquoi nous avons déjà dit que l’ouvrier devait avoir foin de dégorger fa filiere en faifant entrer le poinçon par-derriere. Quelquefois le fil, au lieu d’être rond, eft ftrié & comme cannelé ; cela vient de ce que le trou de la filiere n’eft pas bien arrondi, & qu’il a de petites bavures : en ce cas il faut réparer le trou défectueux avec le poinçon.
- 67. Il arrive encore , qu’il fe fait dans le trou de la filiere ce que Poil nomme un cograin. Ce font de petits grains de fer qui s’attachent fi intimement au-dedans du trou , qu’ils y font comme foudés j ce cograin fait des rayures confidérables au fil de fer , qui fort rude & défe&ueux de la filiere, & le fil ne tarde pas à rompre. Quand l’ouvrier s’en apperçoit, il prend un poinçon qui eft plat par fon petit bout ; il introduit le poinçon par le bout étroit de la filiere, & avec un petit coup de marteau il détache le cograin. Il eft évident que s’il paifait fon poinçon par l’ouverture large de la filiere, il pourrait fermer entièrement le trou avec le cograin. Après que le cograin eft parti, il doit poinçonner le trou pour l’arrondir. Tout cela fe fait par-derriere j mais quelquefois il donne un petit coup par-devant pour fortifier les bords du trou qui doit être bien calibré , pour que l’extenfion fe falfe peu à peu & par degrés.
- 68- On a vu qu’il y a un homme deftiné pour le fervice de chaque bûche , & que cet homme eft prelqu’uniquement occupé à rouler le fil qui palfe par la filiere. Il ne paraîtrait pas impofiîble d’imaginer un moyen pour que le fil fe dévidât fur un moulinet que l’eau ferait tourner*, mais cette machine 11e difpenferait peut-être pas d’attacher un homme à chaque bûche pour veiller à ce que tous les mouvemens allaient régulièrement, pour arrêter la tenaille, & rajufter le fil quand il fe rompt, &c.
- 69. Une filiere coûte environ dix livres , & elle ne dure guere que deux mois. Ce font les ouvriers de la tréfilerie qui apprêtent l’œil des filières. Il y a pour cela fur les bûches une mortaife dans laquelle ils alîu-jettilfent verticalement avec des coins la filiere , & ils calibrent l’œil avec un poinçon d’acier trempé. Quand l’œil eft trop large, ils le diminuent en appuyant la filiere fur un morceau de bois, & frappant tout autour de l’œil avec la panne d’un martetfu.
- 70. On mefure la groifeur des fils de fer avec une~efpece de compas
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- d’épaifleur, qu’on nomme jauge. d, fig. 8- Elle eft faite avec un fil de fer, ou de laiton, qu’on plie en zigzag , mais de telle forte/qu’entre chaque inflexion , il y ait jufte un efpace femb’able au diamètre que doit avoir chaque numéro de fil.
- 71. Indépendamment des noms qü’on donne aux fils de fer qui ont pâlie par les différentes filières, on les diftingue encore par des numéros relatifs aux nombres de trous par lefquels ils ont paifé. Le roulage fait le num. 6 ; l’écotage, num. 7 ; l’ébroudage à trois trous , num. g ; celui à quatre trous, num. 9.
- 72. Toutes les fois qu’on a recuit le fil, on l’éclaircit avec du grès pilé fin , ou quelqu’autre matière. Lecrieur qui fait ce travail,/#, f , vignette % eft comme le garçon du tréfileur. Cet ouvrier qu’on nomme Yécrieur ou Yébroudeur, attache à un clou à crochet, placé à la hauteur où fon bras peut atteindre, un bout, de fil qui a été recuit, & il éclaircit le fil en le frottant avec un morceau de toile écrue & du grès. Quand il a donné cette préparation à une certaine longueur de fil, il en forme un écheveau t u\ fi le fil n’eft pas bien ébroudi ou écrié, & qu’il refie du grès attaché au fil de fer, il eft fujet à rompre, & il endommage les filières. Cependant le beau poli du fil de fer vient de ce qu’il eft en quelque façon fourbi par le frottement qu’il éprouve dans la filiere.
- 7j* Nous avons dit que les ouvriers recevaient le fil au fortir de la filiere , & qu’ils le roulaient en écheveau pour qu’il ne fe mêlât point : il faut faire le diamètre des écheveaux d’autant plus grand que le fil eft plus gros; l’ouvrier peut, en donnant une certaine pofition à fa filiere, difpofer le fil à fe rouler en écheveaux plus ou moins grands.
- 74. Car fi la filiere penche en-devant, elle donne un petit tour au fil ; fi elle penche en - arriéré, elle lui donne un grand tour : la même chofe arrive lorfque les trous de la filiere font mal percés; fi l’inclinaifon du trou porte en l’air , il fe forme un grand tour; s’il s’incline en-bas , il fe forme un petit tour : ainfi l’ouvrier réglé fa filiere par des coins de fer qu’il place entre les crampons, pour que le fil fe difpofe à faire un grand ou un petit tour, ou pour re&ifier le défaut d’un trou qui n’eft pas exactement percé.
- 7f. Dans quelques atteliers, on donne les recuits à la forge ; mais il faut prendre garde de brûler le fer dans quelques parties qui rompraient infailliblement. J’aimerais mieux le recuire dans un four chauifé avec du bois , comme dans certaines refenderies ; quand le fil eft fin, on le recuit différemment , ainfi que je l’expliquerai dans un inftant.
- 76. M. de la Londe fe fert d’un four qui a douze pieds de longueur fur quatre de largeur ; il y a dans l’intérieur trois ou quatre chantiers de fer, fur lefquels on met les écheveaux de fil; 011 fait deflous un feu clair avec de
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- îa bourrée ; il y a au fond du four un trou de quatre ou cinq pouces en quarré, qui fert de foupirail pour attirer la chaleur vers le fond, & animer le feu. Ce four contient deux cents douzaines de marcliandife ; ce qui fait qu’il en coûte moins qu’avec du charbon. On retire les paquets quand ils font couleur de cerife.
- 77. On tire ordinairement par jour neuf douzaines du fil nommé èbroudu Le cent de forgis fait pieds de longueur étant réduit en écotage ; le cent d’écotage donne 947 pieds d’ébroudage ; & cent livres d’ébroudage donnent en ébroudis 15-92 pieds de longueur.
- 78. En palfant par le premier trou de la filiere , dix aunes de forgis s’alon-gent à peu près de fept aunes. En palfant par le fécond trou, dix aunes s’alongent environ de fix aunes. En palfant par le troilieme trou, dix aunes s’alongent environ de cinq aunes. En palfant par un quatrième trou , dix aunes peuvent s’alonger de quatre aunes.
- 79. Au refte, le fer s’alonge d’autant plus qu’il eft plus doux ; & quand le trou eft petit, l’alongement eft plus confidérable que fi le trou différait peu de celui dont le fil fort; mais 011 ne doit pas tendre à avancer ainft l’ouvrage : ordinairement un fil trop ferré dans la filiere rompt, ou au moins il en fort mal conditionné ; il eft fendu , & a des crilfures. Si le fil a des pailles, c’eft prefque toujours la faute de celui qui a fait les forgis , qui n’a pas bien corroyé fon fer. Ce qu’on nomme les mautures vient de ce que le fer a été chauffé inégalement & brûlé en quelques endroits qui fe feront trouvés dans le vent de la tuyere; ce qui arrive par la faute du chauffeur qui n’a pas bien attifé fon feu & débouché la tuyere. Quand le trou de la filiere eft trop ferré, il fe forme ce qu’on nomme des pierres ; c’eft-à-dire, que le fil demeure creux, qu’il fe déboucle , & qu’il fe file par nœuds : ce qui le fait caffer , ou le fil refte défe&ueux. Il eft donc toujours à propos de faire paffer ]e fil dans un grand nombre de trous dont le diamètre différé peu , afin de ne point trop forcer le fil.
- 80. Il faut cependant que le trou de îa filiere foit proportionné à la grof-feur du fil. Quand le trou différé trop peu du trou précédent, il eft vrai, que le fil éprouve peu de réfiftance ; mais comme la filiere n’agit que fur la fuperficie du métal, Pextenfion ne fe fait pas dans toute l’épaiffeur du métal : ce qui fait que le fil eft mal conditionné, parce qu’il n’y a que le bord du trou qui agiffe fur le fer, Toute la gêne , comme l’on dit, fe fait au fortir du trou : fi le trou eft trop petit, le fil caffe, ou il devient frifé ; mais quand la grandeur du trou fe trouve proportionnée à la groffeur du fil, & que la filiere eft bien percée, la gêne commence un peu en-arriéré de l’œil à cet évafement qu’011 nomme permis ; & la filiere, comme difent les ouvriers , commande plus long-tems au fil : ce qui fait un fil bien conditionné 9
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- pourvu que le fer foit de bonne qualité ; car quand le fer fe trouve avoir ce que les ouvriers appellent du blanc ployant ou des taches couleur de charrie , il eft bien difficile d’empècher qu’il ne fe déchire à la fortie du trou, & qu’il ne forme ce que l’on nomme la queue de renard ou de canard. Au contraire , le tréfileur peut travailler hardiment, quand fon fer a ce qu’on nomme du noir ployant.
- 81. Voila le fer ébroudi, & en état d’être travaillé par les agreyeurs: fuivons-le dans cet autre attelier. (4)
- Article IV.
- Maniéré de tirer les fils de fer ébroudis juj,qu au dernier degré de finejfe.
- 82. Le fil de fer ébroudi, ou, comme nous l’avons expliqué , réduit à 11’avoir qu’un tiers de ligne de diamètre, n’eft plus tiré dans les tréfileries: il eft acheté par des ouvriers établis auprès de ces atteliers , ( on les nomme agreyeurs ) qui travaillent dans leurs boutiques à le rendre beaucoup plus fin ; ou bien ce fil eft vendu à des marchands qui le diftribuent à des ouvriers établis dans les villes éloignées.
- 83. Comme rien n’eft plus avantageux dans les fabriques que de ménager la main-d’œuvre, on continuerait apparemment à tirer le fil dans les tréfileries plus fin qu’on ne fait ^ fi l’expérience n’avait appris qu’il demande alors à être plus ménagé, à être tiré moins brufquement, pour n’ètre point entamé par les mâchoires des tenailles î il eft devenu plus caftant à proportion qu’il a perdu de fa grofteur : peut-être néanmoins gagnerait-on à le tirer un peu plus fin , en employant des outils moins groffiers , & en rendant les mouvemens plus lents, ou en faifant agir la tenaille par un cheval, au lieu d’employer la force des hommes. Mais, fuivant l’ufage , au for tir de la tréfi-lerie, il n’eft plus tiré qu’à bras, à la bûche, puis à la bobine.
- 84. La première filiere par où on le fait pafler eft difpofée à peu près comme celles des tréfileries j je veux dite , qu’elle eft de même arrêtée fur une piece dé bois aftez maffive , appellée bûche , pl. iV^fig. 1 & 6 , qui a de longueur trois pieds fix pouces, de largeur huit à dix pouces , & d’épaif-feur cinq à fix pouces ; un des bouts de la bûche pofe à terre , & l’autre eft foutenu par deux forts pieds d’environ deux pieds quelques pouces de hauteur. Le fer y eft auffi tiré par des tenailles qui ne different de celles
- ( 4^ Voyez ce queM. Gallon a dit dans on y trouvera la defcription d’une tréfilerie l’Art de convertir le cuivre de rofette en autrement difpofée que celle dont nous laiton , tome VII de notre collection, page venons de parler.
- 468, où il s’agit de faire du fil de laiton;
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- des tréfileries que par leur grandeur. La pofition inclinée de la bûche a encore ici le même ufage ; elle fait que les tenailles , après avoir été éloignées de la filiere, s’en rapprochent par leur propre poids ; enfin les teuaflies font tirées ici de la même maniéré , à cela près que la main droite a ,fig. i ,de l’ouvrier pefe fur une piece N, fig. 7, femblable à celle qui eft rencontrée par les cames de l’arbre.
- 85". Le bout de la bûche le plus élevé a une entaille où eft arrêté un aiflieu de fer b, fig. 1, autour duquel tourne le levier fur lequel l’ouvrier agit ; ce levier eft de bois, & fait à peu près en équerre. Le boulon qui lui fert d’axe, le traverfe auprès de fon angle. Les deux bras font inégaux ; le plus long fort d’environ dix-huit pouces hors de l’entaille ; c’eft celui fur lequel la force de l’ouvrier s’applique ; l’autre s’élève au-deifus de la bûche; à celui-ci eft attaché un anneau qui eft au bout d’un piton qui traverfe le bras, & y eft arrêté par une clayette.
- 86. Les deux branches des tenailles font encore palfées ici dans une efpece d’anneau applati , appellé chaînon , & ce chaînon a une queue ou verge de fer, dont le bout recourbé palfe dans l’anneau du levier.
- 87. La longueur des tenailles & celle du chaînon font compalfées de telle forte que, quand la petite branche du levier eft verticale, les mâchoires des tenailles touchent la filiere; auftî-tôt que l’ouvrier appuie fur la branche horizontale, il l’oblige à s’abailfer. Il éloigne donc de la filiere le bout de la branche verticale ; elle tire à elle le chaînon, & par conféquent les tenailles tirent le fil de fer, fi elles le tiennentfaifi entre leurs mâchoires : dans l’inftant l’agreyeur releve la queue ou longue branche du levier, il fait avancer le chaînon vers la filiere, & les tenailles entraînées en partie par leur propre poids, ne manquent pas auflî de defcendre.
- 88. Outre l’inclinaifon de la bûche, afin que ces tenailles defcendent plus aifément, elles font immédiatement pofées fur une petite planche alfez mince I, fig. 6 & 7, qu’on nomme tuile, dont le bout le plus éloigné de la filiere eft plus élevé d’un pouce que l’autre : l’ufage de cette planchette eft , comme dans la tréfiierie, de ménager la bûche. Quand cette planchette eft ufée, ou que les frottemens y ont caufé des inégalités, on lui en fubftitue une autre.
- 89. La main droite de l’ouvrier agit feule pour tirer le fil ; étant aidée d’un alfez long levier, elle a de la force de refte ; ainfi la gauche n’eft chargée que de conduire les tenailles, fur-tout pendant les premiers coups, comme on le voit en b,fig. 1, lorfqu’elle paraît fe déplacer, & enfuite d’arranger le fil de fer qui vient d’être quitté par la tenaille. Ce fil monte vers le haut d’un bâton R ,fig. 6 , attaché contre un des côtés de la bûche; on le nomme la chambrière. Il porte une efpece de petit anneau de fil de fer ou de laiton,
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- & c’eft dans cet anneau qu’eft conduit le fil nouvellement tiré; de là or* le fait tomber à terre, autrement il s’en affemblerart trop fur la bûche. Il pourrait être un obftacle au mouvement & à l’a&ion de la tenaille ; on a attention de l’y difpofer , autant qu’il eft pofîible » en efpece d’écheveau.
- 90. Chaque fois qu’on fait paffer le fil par un nouveau trou, on lui fait une pointe, & toujours avec la lime ; on l’appuie pour cela fur un billot de bois appelle ejiibot, qui eft arrêté contre le bout le plus élevé de la bûche, qu’il excede de quelques pouces ; autour du même billot on entortille une efpece de torchon appelle la chiffe. Ce torchon n’ell pas inutile à l’agreyeur, qui a fouvent à manier un fer très-gras & chaud ; car ici le fil paffe encore au travers d’un morceau de lard G y fig. 6 &7, avant que d’entrer dans la filiere : le lard eft enfermé dans une efpeee de nouet de toile pofé fur la bûche immédiatement contre la filiere ; fon ufage apparemment l’a fait nommer Vaffile ; effectivement, elle contribue à faciliter le paifage du fil, comme fi elle le filait ; un peu par-delà le fac au lard , il y a dans le deflus de la bûche un allez grand enfoncement* quarré P, fig. 7, qui contient les outils néceffaires à l’agreyeur, & les empêche de tomber ; ils fe réduifent à ut* marteau, un poinçon & une jauge Q_, fig. 6 ik 7.
- 91. Cette maniéré de tirer le fil avec la tenaille donne de l’avantage à la force de l’ouvrier : mais elle eft un peu lente ; chaque coup de tenaille' n’en fait paifer qu’environ une longueur de trois ou quatre pouces; & comme les mâchoires entament un peu le fil, cette comprefiion endommage le fil fin : auiîi, quand:le fil eft parvenu à une certaine fineife, on s’y prends d’une autre maniéré quelques ouvriers même ne tirent à la tenaille qu’ui* pied ou environ du fil le plus gros ; quand ils en ont tiré une certaine longueur , ils polent fur leur bûche une groife bobine T , Jig. 3 & g , dont l’axe eft foutenu par deux montans de fer Y, arrêtés pour cet ufage contre-la bûche; chaque bout de l’axe peut s’engager dans une manivelle V,après avoir arrêté le bout du fil fur la bobine, & ils le contraignent de la forte à paifer plus vite par la filiere ; ils font toujours recuire leur fil après l’avoir fait palier par deux trous,. comme font les ouvriers de la tréfilerie.
- $12. Il eft à remarquer que le fil de fer s’écrouit moins qu’op ne croirait * en palfant par la, filiere, & cela parce qu’il s’échauffe. Je crois que cette chaleur produit un peu l’effet du recuit; cette preflion rapproche les parties du fer, & la chaleur les écarte.
- 93. Mais quand le fil de fer a acquis une certaine finefle,on abandonne la bûche, & on le tire fur des bobines verticales, difpofées fur un établi fig. 4, f & 9, à peu près comme celles des tireurs d’or; il palfe entre les mains de‘nouveaux ouvriers ; ou bien les agreyeurs qui travaillent comme les tireurs d’or,, prennent un nouveau nom ; on les appelle tireurs de feu
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- 94* Leur établi a environ quatre pieds & demi de longueur, un pied 8c demi de largeur , & cinq ou fix pouces d’épaitfeur. Cet établi eft fupporté par deux forts piliers à environ trois pieds du terrein 3 ces piliers entrent en. terre , où ils font icelles dans une maçonnerie; prés d’un des bouts cîe cet établi, il y a un petit arbre de fer, autour duquel tourne une bobine 2 , haute de fix ou fept pouces » & qui en a fix de diamètre ; on la fait tourner par le moyen d’une manivelle en équerre V, dont une branche eft arrêtée fur le bout fupérieur de la bobine. Celle-ci a depuis le centre de la bobine juf-qu’à l’angle de l’équerre, huit à neuf pouces de longueur; l’autre branche de la manivelle eft verticale , & a un manche de bois appelle la nille V , fig.
- 9 S• A l’autre bout de l’établi eft un tourniquet 19fig. 4, ç & 9 , allez fembla-ble à quelques - uns de ceux qui fervent à devider les fils de lin ou de foie 5 on le nomme en quelques endroits lanterne ; il eft compofé de plufieurs bâtons ou fufeaux, longs chacun, d’environ huit pouces ; ils ont pour bafe commune une planche ronde , plateau ou tourteau , dans laquelle leurs bouts font engagés autour de la circonférence d’un cercle divifé en autant de parties qu’il y a de bâtons ou fufeaux ; leurs bouts fupérieurs font arrêtés dans une planche plus petite , & aulîi autour d’une circonférence de cercle moins grande; l’arbre autour duquel tourne ce tourniquet eft de bois9, & planté verticalement fur l’établi.. On tient le tourniquet moins large en» haut qu’en-bas.* pour avoir la facilité de retirer aifément l’écheveau.
- 96. Le fil que l’on veut tirer étant en écheveau , le tourniquet fert à porter cet écheveau ; la filière 3 eft entre la bobine & le tourniquet, mais deux ou trois fois plus proche de la bobine ; la filiere eft retenue par trois fiches ou chevilles de fer 4, dont deux font plantées fur une même ligne entre la bobine & elle , & l’autre eft vis-à-vis le milieu des deux précédentes, de l’autre côté de la filiere.
- 97. Le travail n’a pas befoin de-grande explication. On commence à l'ordinaire par faire une pointe au fer en le limant for l’eftibot G ; onlepalfe par un trou de la filiere ,. on le tire un peu avec des tenailles à mains , on mefure avec la jauge quel eft le diamètre de la partie qui a paffé , pour s’aflurer fi on l’alongera dans la proportion qu’on fouhaite , ou s’il faut choifir un autre-trou ; on tire enfuite toujours avec les tenailles à mains environ une aune de fil, & cela afin de pouvoir en arrêter le bout fur la bobine. Elle a près de fon bord fupérieur un petit anneau de fer 10 , qu’il a plù de nommer la porte;; c’eft là où l’on paffe & où l’on entortille le bout du fil ,. après quoi il ne refte à l’ouvrier qu’à tourner la manivelle.
- 98. Quelques-uns , au lieu de lard , fe fervent d’huile, pour faire mieux; gibier le fil ; on en frotte de tems en tems la filiere; il y a un petit trou creufé dans l’établi, qui eft le petit réfervoir où, on la trouve,. L’établi a a uili coGima:
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- la bûche line plus grande entaille quarrée 7, qui fert en quelque forte de boite pour loger les outils ; & enfin contre un de fes bouts eft arrêté un billot 6 , fur lequel on raccommode les trous de la filiere qui fe font agrandis.
- 99. Comme les filières qu’on acheté neuves ne font point percées de part en part, elles n’ont que les pertuis des trous, ou le côté évafé d’ouvert; lorlqu’ils veulent en percer une , ils la pofent en f ,fig. f & 9, perpendiculairement dans une entaille qui traverfe d’outre en outre l’établi ; ils l’y allujettiifent avec des coins, & ouvrent entièrement le trou en frappant fur des poinçons d’une grolfeur convenable.
- 100. Les ufages qu’on fait des fils de fer ne demandent pas qu’ils foient tirés auiîi fins que les fils d’or & d’argent, & il ne ferait guere poflible d’y réuiîir , le fer n’étant pas fi ductile; le fil de fer le plus délié dont on ait befoin eft employé aux cardes fines des ouvriers en foie ; il 11’a qu’en-viron un huitième de ligne de diamètre. Les tireurs font palfer le fil le plus fin qui fort des trénleries, par environ dix-huit pertuis avant que die l’avoir réduit au dernier degré de fineife. 11 y a du fil nommé manicordiony pour les épinettes & claveffins, qui eft encore plus fin : mais je ne crois pas qu’on le falfe dans le royaume ; & la façon de faire ces fils fins ne s’écarte pas de ce que nous venons de dire : il s’agit d’avoir de bonne matière, & de la faire paifer par un grand nombre de trous.
- 101. On en fait même peu dans le royaume de la grolfeur qui convient aux cardes fines ; il n’y a que quelques villes de province , où des ouvriers s’adonnent à ce travail. Ils choifilfent le fer le plus doux ; ils prétendent qu’il n’y a que celui d’Allemagne qui leur convienne , ( a ) «qu’ils ont elfayé fans fuccès de celui de plufieurs forges du royaume; mais il y a apparence qu’ils n’ont pas fait leurs épreuves fur ceux des meilleures forges, & ce ferait une expérience qui mériterait d’être fuivie.
- 102. Quoi qu’il en foit , pour rendre le gros fil qu’ils emploient plus traitable , ils lui donnent des recuits. Quand le fil eft un peu gros , ils le mettent dans un four de boulanger lorfque le pain eft tiré , & ils le couvrent de braife : mais quand le fil eft parvenu à être fin, ils lui donnent! un recuit particulier, qui ne contribue pas peu à l’adoucir ; ils en mettent une certaine quantité, comme depuis 50 jufqu’à 100 livres dans une marmite de fer k L , fig. 2, dans la vignette , pl. IV. La marmite à auiîi un couvercle de fer qu’ils luttent avec de la terre grade ; ils la mettent ordinaire-
- (a) Il n’y a en effet que les fils fins ils font parfaits dans leurs qualités, & au-d’Allemagne & d’Alface qui foient propres deffus de ceux d’Allemagne & d’Alface def pour les inftrumens de mufique. Les plus tinés à cet ufage , parce qu’ils font plus fins qu’on faffe en Normandie, font ceux fermes & plus roides. qui font deftinés pour les cardes ; mais auffi
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- ment le couvercle en-bas dans un fourneau conftruit de briques & de terre fur un feu de mottes de tanneur j ils l’entourent de tous côtés avec ces mottes i ils en confomment 7 à 800, pour donner le recuit à 100 livres de fil. Ce feu dure dix à douze heures ; le fil de fer y prend le degré de chaleur néceffaire pour être amolli fans courir rifque de fe brûler, ni de devenir acier en fe furchargeant de phlogiltique. On laille la marmite refroidir tout doucement fur le fourneau même ; c’eft-à-dire , qu’on ne fen retire que dix à douze heures après que la grande chaleur du feu eft paffée. On en ôte enfuite le fer qui eft en état d’être amené à fon plus grand degré de finelfe fans qu’on ait befoin d’avoir recours à de nouveaux recuits.
- Il femble pourtant qu’il ferait à propos de répéter ces recuits ; le fer fe calferait moins fouvent i au moins faudrait-il les répéter s’il paraillait trop aigre, ou fi l’on avait envie de pouffer fa fineffe à un plus grand degré. Cependant il faut, après le dernier recuit , faire palier le fil par plufieurs trous pour l’écrouir, & lui donner de la roideur.
- 103. Quand la marmite a fervi neuf ou dix fois , elle n’eft plus bonne , parce que le feu y a fait de petits trous imperceptibles, qui font que le fil qui touche à la marmite, rougit trop promptement, & fe brûle.
- 304. Le mérite de ce recuit eft de ne point engendrer d’écailles au fer, & de le rendre aufti doux que du plomb.
- lof. La première fois que les agreyeurs tirent leur fil, il s’alonge comme dix à dix- huit ; ainfi dix pieds en donnent dix - huit.
- 106. Les fils qu’on nomme à rouet, ceux à épingle, s’alongent ordinairement comme dix à vingt ; de forte que dix pieds en fourniffent vingt.
- 107. Les fils fins pour cardes s’alongent comme dix à trente, enforte que dix pieds en fourniffent trente. ( a )
- Fil d'acier.
- 108. Il y a des ouvrages pour lefquels il eft befoin d’avoir du fil d’a-eier. Les bonnes aiguilles 3 par exemple , en doivent être faites, & l’acier naturellement plus aigre que le fer eft aufîi plus difficile à tirer. C’eft celui de Hongrie , auquel les tireurs d’acier donnent la préférence. Ils en font chauffer dix barres, & en les forgeant ils les réduifent en verges rondes , groffes à peu près comme le petit doigt, même moins j ils font eux-mêmes ce que les allemandiers font pour les tréfileurs. Et cela eft nécefi faire, parce que l'acier demande beaucoup plus de ménagement pour être
- (a) On peut confulte>r ce que nous avons dit au commencement de l’Art de I'épîir* glier fui la Façon deraire ou traire le fil de laiton, tome Y1I, page 533 de cette colle&iom
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- ART DE REDUIRE
- chauffé & forgé que le fer. Ils réduifent leur acier en barreaux ou tringles femblables au fer forgis. Ils le tirent enfuite à bras fur des bûches femblables à celles des agreyeurs ; & s’ils veulent le rendre bien fin , ils fe fervent enfuite de bobines : mais il ett à remarquer qu’ils ont fou-vent befoin d’employer des recuits j quelques - uns les donnent dans des marmites de fer, à feu de mottes de tanneur, comme nous l’avons dit en parlant du fil de fer le plus délié ; ils chauffent la marmite jufqu’à ce que l’acier qu’elle contient foit devenu rouge j d’autres le font recuire immédiatement fur les mottes, & d’autres enfin fur du charbon qu’ils choi-fiffent de bois blanc.
- 109. La quantité de fil de fer ou d’acier qu’on travaille j fe compte par douzaines de livres.
- 110. Il faut environ trois jours de tems pour tirer une douzaine de livres du plus gros fil d’acier , & il faut quinze jours ou trois femaines pour tirer une douzaine de livres du plus fin , bien entendu que cela dépend de la force de l’ouvrier.
- Fil de laiton,
- in. Tout ce que nous avons dit des fils de fer & d’acier, nous exempte d’entrer dans le détail de la maniéré de tirer le fil de laiton , qui d’ailleurs a été très-bien décrite par M. Gallon, dans l’art de convertir le cuivre rouge en laiton, & nous renvoyons au tireur d’or pour (avoir comment on tire le cuivre affez délié pour le rendre propre au tiffu. On fait que le laiton eft un métal compofé de cuivre & de pierre calaminaire. Cet alliage le rend plus dur que le cuivre de rofette, & plus propre aux épingles & à d’autres ouvrages. O11 nous l’apporte d’Allemagne en fil affez gros , que nos ouvriers rendent plus fin par le moyen de filières pofées fur des bûches femblables à celles des agreyeurs , ou fur des établis pareils à ceux des tireurs de fer. Comme ce travail regarde les épingliers, on peut confulter la defeription de leur art, où l’on trouvera ce qu’il a de particulier.
- Maniéré de faire les filières pour les trifileries & les tireurs de fil de laiton, de
- fer & d'acier.
- 112. On forge exprès dans les groffes forges des bandes de fer plat pour ceux qui font les filières. Ces bandes ont deux pouces de largeur fur un pouce d’épaiffeur ; & dans les groffes forges, on 11e donne point d’autres préparations à ces bandes de fer qu’à tous les autres fers étirés.
- 113. Le forgeron qui travaille les filières, coupe un bout de ce fer plat d’environ un pied de longueur; il le fait rougir à la forge dans du charbon
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- L E F ER EN FIL.
- bon de bois, & il le bat fur le plat feulement d’un côté avec une malle pour auger ou creufer cette furface, afin qu’elle puifle plus aifcment retenir ce qu’on nomme Le potin, qui n’eft autre chofe que des fragmens de vieilles marmites de fer fondu. Cependant la fonte de la vieille marmite ne fait-pas de bonnes filières ; c’eft un potin brûlé qui a perdu toutes fes parties ductiles. M. de la Londe aifure qu’un potin neuf, ou qui n’a point été au feu, eft beaucoup meilleur.
- 114. Le forgeron caffe à coups de marteau ce potin fur fon enclume ; il mêle ces morceaux de potin avec du charbon de bois blanc ; il le met à la forge, & il le fait fondre de forte qu’il en forme une efpece de pâte ; & po.ir l’épurer, il répété ces fufions jufqu’à dix ou douze fois, & à chaque fois il le prend avec des tenailles pour le plonger dans l’eau. Ces fontes répétées avec du charbon de bois , affinent le potin qui fe charge de phlogiffique, & je crois qu’on le jette dans l’eau pour tremper cette matière qui ell très - aigre ,& la rendre plus aifée à brifer par morceaux.
- 115. Quoi qu’il en foit, en fondant ce potin plufieurs fois , on lui donne un corps & une liaifon avec lui - même qui approche de l’acier ; & loin d’être aigre , il faut qu’il ait du nerf en confervant là du&ilité, enforte qu’il fe bat & obéit au marteau & au poinçon pour élargir ou rétrécir le trou de la filiere.
- 116. Lorsque la filiere a pafîe une certaine quantité de fil ,il faut la re-? cuire avec du charbon de bois blanc; alorsce potin qui était devenu acier dur, s’adoucit par la cuilfon, & devient plus traitable au marteau ainfi qu’au poinçon, & le fil de fer pafle beaucoup mieux. Le bois blanc & fon charbon adoucilfent beaucoup le fer par le recuit ; quand une filiere aigre eft retirée du feu, l’on met delfus de l’argille brûlée & réduite en poudre, & on la laiffe fe refroidir tout doucement. Il eft bon de ne pas ignorer ces petites manœuvres.
- 117. Quand ce podn eft ainfi purifié , & que la barre de fer qu’on a creufée eft refroidie, on arrange fur cette face creufée des morceaux de potin , on en fait une couche d’environ dix lignes d’épaiifeur fur toute l’étendue de la femelle , & l’on recouvre cette couche de potin avec un linge qu’on a trempé dans de l’argille détrempée dans de l’eau.
- 118. On met le tout au feu, la femelle rougit, & le potin qui eft plus fufihle que le fer forgé , fe fond. On retire de tems en tems la barre 5 on pofe la femelle fur la table de l’enclume ; on frappe à petits coups fur la couche de potin pour la fouder & en quelque façon l’amalgamer avec le fer de la femelle, qui ne peut fe faire que peu à peu; & en remettant le tout rougir à plufieurs reprifes , le potin bouillonne & pétille. 11 fe forme une croûte de craife à la fuperficie, que Ppn ôte avec précaution j quand on voit que
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- ART DE REDUIRE
- 4fo
- le potin eft bien net, & qu’il s’eft mêlé avec la fuperficie du fer de la femelle l on jette deftus de Pargille feche & en poudre*On prétend que ce mélange adoucit le potin.
- 119. Quand on a ainfi attaché & uni le potin à la femelle , & qu’on l’a, comme l’on dit, fait rdfuer, on fait rougir la filiere à la forge; deux ouvriers la forgent; ils l’étirent; elle prend environ deux pieds de longueur; & quand elle eft bien unie fur les quatre faces, la filiere eft parée.
- 120. On fait que le fer fondu ne peut pas fe forger , qu’il fe rompt & s’émiette fous le marteau ; cependant dans Foccafion préfente iFs’étire fur la femelle, & il s’étend affez pour qu’étant originairement d’un pied de longueur, il en acquière deux ; apparemment qu’il a acquis cette dudilité par- les différentes fontes qu’on lui a fait éprouver avec le charbon, & parce que le potiit s’eft allié avec le fer de la femelle.
- 121. On perce les filières à chaud avec des poinçons d’acier d’Allemagne trempés & fort pointus, qui font emmanchés dans une hart comme les tran-ehes. On en a de quatre différentes groffeurs. Ou commence le trou par le plus gros poinçon qu’on trempe auparavant dans l’êau & enfuite dans de la graiffe , & ayant pofé la filiere fur la table de l’enclume ,'on frappe fur le poinçon avec la maffe : 011 approfondit enfuite tous les trous avec le fécond poinçon plus menu que le premier, puis avec le troifieme , & enfin le quatrième qui eft le plus menu de tous : ainfi on fait rougir quatre fois la filiere à un feu de bois ; & quand les poinçons s’émouffent, on leur fait la pointe avec la lime;
- 122. Les filières Portent des mains de l’ouvrier fans être entièrement percées ; ce font les tireurs qui achèvent les trous avec des poinçons d'acier très-fiiis, & ils proportionnent la grandeur dés trous à la groffeur du fil qu’ils fe propofent de tirer. Il faut que cette matière foit très-dure , au moins fur la face où l’on a mis le potin, puifqu’elle doit réfifter à la comprefïion du métal qu’011 paffe dans la filiere; il faut néanmoins qu’elle foit un peu ductile, puifque quand les trous font un peu trop grands, oh les referme en frappant avec,la panne d’un marteau & à petits coups tout autoi^r du trou qu’on veut rétrécir. La forge du faifeur de filières eft femblable aux forges des maréchaux de village;
- 123. Tl n’y a qu’un faifeur de filières , qui demeure à Encin près d’Aigle , qui a le fecret d’en faire. Il vend les grolfes dix-fept livres , elles peferit vingt-cinq livres. Les petites fe vendent neuf livres, & pefent deux à trois livres. Il en fait de différentes grandeurs , pour fatisfaire à la demande des tireurs.
- 124. Il eft important que le fond des trous aille toujours en fe rétrécif-fant par une nuance infenfible, afin que le fer fe tire peu à peu & fans fe rompre ; mais, comme je l’ai dit, ce font les tireurs qui achèvent les trous pour que cette diminution fe fafle fans reflkut, op eftime les fiiieres qui’ont un pj?us grand nombre de trous.
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- LE FER EN FIL.
- 4fi
- «ssssTgs—gsssg^gEgs. :_:— .„..
- DESCRIPTION
- ABRÉGÉE
- Des tréfileries de Serrieres > dans la principauté de Neuchâtel
- en Suijfe.
- Article premier.
- Préparation générale des fers„
- jL.es meilleurs fers, choifis 3 travaillés fous le marteau & réduits en verges grenelées , fe tranfportent aux forges des tréfileries. Leur première préparation confifte à être pliés & recuits dans un feu graduel & foigneufement dirigé. Etant refroidi, ce fer eft enduit de grailfe & palfe par la plus grolfe tenaille en quatre tirages proportionnels; après qtfoi , ce même fer déjà devenu gros fil, eft recuit pour la fécondé fois , & ayant eu une nouvelle préparation , repalfe par deux tirages & eft recuit pour la troifieme fois. De là & toujours entretenu de grailfe, il palfe à la fécondé tenaille, où il reçoit deux tirages ; après quoi, recuit pour la quatrième fois & palfé par un nouveau tirage ,al eft préfenté à la troifieme tenaille, y reçoit un tirage fuivi de la cinquième recuite; enfuite de quoi il eft poli & féparé'des paillettes extérieures, que la recuite au feu a fait paraître dans fa furface , & il palfe encore un tirage à la troifieme tenaille ; il eft après cela tranfporté à la quatrième, où ayant fubi encore un tirage, il eft recuit pour la fixieme fois & puis encore poli & débarralfé de fies paillettes comme la première fois. Ces recuites réitérées ont pour but de raffiner le fer , d’augmenter fa force du&ile & de détruire jufqu’aux plus petites particules aigres qui peuvent lui être reftées en fortant des premières forges. Cette opération ne peut avoir lieu que fur les fers qui dans leurs principes ont les qualités propres pour être tirés. De la quatrième tenaille indiquée ci-delfus , & après la fixieme & derniere recuite, les fils de fer font tirés à froid & palfeijt par quatre filières fucceffives & proportionnelles , jufqu’à un certain degré de finelfe , & de là font tranfportés & rendus au travail nommé en terme de tréfileries les lires, où les fils de fer reçoivent leur dernier degré de perfedion & de finelfe , jufqu’aux fils pour les cardes & de plomb , nommé b plomb.
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- 4fi ART DE REDUIRE
- Article II.
- Defcriptlon du mècanifme intérieur.
- Dans la circonférence de l’arbre horizontal qui fert d’axe à la roue motrice, font placés, au lieu des cames que l’on voit aux tréfileries de France, des rangs de boucles de fer, fortement entées dans l’arbre même , à distances égales, & également efpacées entr’elles dans un même cercle. Leur forme eft un quarré long, dont le plus grand côté, qui peut avoir trois pouces, eft parallèle à l’arbre, & le plus petit deux pouces de haut. Le plancher Supérieur eft percé d’un trou quarré , directement au-delfus de chaque rangée de boucles. Ce trou eft deftiné à recevoir une folive de bois dur que l’on y place perpendiculairement, dont la partie Supérieure déborde le plancher, & s’élève à la hauteur de la tenaille , à laquelle on la lie fortement î& la partie inférieure, beaucoup plus longue, coupée en tranchant & armée de fer à Son extrémité , répond exactement à la hauteur de l’une des rangées de boucles de l’arbre horizontal. Enfin cette folive eft aflujettie & fufpentlue par un boulon de fer qui la traverfe & eft cloué de droite & de gauche dans le plancher Supérieur, de maniéré qu’elle peut fe mouvoir par maniéré de balancement jufqu’à une certaine étendue, & devient alors un véritable levier, dont le point d’appui eft le lieu où eft placé le boulon qui la Soutient en l’air. On peut concevoir, par cette feule defcription, quel doit être le jeu de ce levier , & î’elFet d’un mècanifme aufti Simple qu’ingénieux. L’arbre mis en mouvement, chaque boucle frappe fucceflivement & avec force le bas du levier & le fait mouvoir, je fuppofe, vers le midi, en fe balançant. Par conféquent, fa partie Supérieure fe meut en Sens contraire , & fe faifant fuivre par la tenaille à laquelle elle tient, lui fait parcourir en remontant la ligne inclinée qui la porte & la double couliffe de bois fur laquelle elle gliife. Enfuite & au moment où la boucle a palfé & abandonné l’extrémité inférieure du levier , celui-ci revient de lui-même à fa pofition naturelle , tandis que la tenaille retombe par Son propre poids , & fe retrouve près de la filiere. Ce mouvement qui fe fait avec force, rapidité & uniformité, produit tout l’effet que l’on peut defirer pour le travail dont il eft queftion. Mais il eft elfentiel d’obferver que, fans ajouter un anneau à la tête de la tenaille pour l’affujettir, comme on le fait en France, celles que l’on emploie dans les tréfileries de la Suide font tellement difpofées, qu’en retombant, les deux mâchoires s’entr’ouvrent aflfez pour faifir le fil de fer qu’on leur préfente à travers la filiere, & qu’en remontant elles fe referment & tirent ce même fil dans la longueur de l’efpace qu’elles parcourent. C’eft ce qui s’opère par le moyen d’une greffe corde attachée en croix & Solidement aux deux bran-
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- LE FER EN FIL.
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- ches de la tenaille , & qui ne leur permet de s’ouvrir , lorfqu’elle defcend,' qu’autant qu il eft néceftaire pour faifir le bout du fer qu’elle doit tirer.
- De plus, des tenailles ainfi placées dans un premier étage, n’ont pas be*
- foin , pour aiiurer leur jeu, des perches de bois élaftiques qu’on y ajoute dans les tréftleries franqaifes.
- Mais ce mécanifme, quoique très-avantageux en lui-mème , n’eft point encore comparable à celui dont nous allons donner la defcription ; & pour en fentir le mérite, il faut commencer par obferver qu’en fuivant le plan
- de la conftrudion à la franqaife , ou ne peut établir de tréfilerie que dans
- un plain-pied, & que toutes les tenailles que l’eau doit mettre en mouvement fe trouvent néceifairement de niveau entr’ellesi d’où il réfulte que, pour en faire agir un certain nombre, il faut plufieurs roues & plufieurs arbres , ce qui augmente considérablement la dépenfe. Or, dans les tréfile— ries de Suiii'e, on eft en état de placer des rangées de tenailles les unes au-deifus des autres, dans des étages diiférens, qui toutes recevront leur mouvement de celui d’une feule & même roue ; & voici comment on s’y prend pour cela.
- Tranfportons - nous de nouveau auprès de l’arbre moteur, & obfervons . line autre conftrudion qui en eft voifine. Vis - à - vis de chaque rangée de boucles dont nous avons parlé , & du côté oppofé à celui où font les leviers ou balanciers qui font agir les tenailles d’un premier étage , fe trouve un marche-pied folidement affujetti, fur les deux extrémités duquel s’élèvent deux mon ta ns de bois immobiles & égaux , ayant trois à quatre pieds de haut, & ne 1 aidant entre deux qu’un efpace de huit à dix pouces. Dans cet efpace & exadement à la hauteur où arrive la boucle, lorfqu’elle paife par la rotation' de l’arbre , eft placé horizontalement un morceau du même bois , affujetti aufïi par un boulon comme le levier, débordant en-dehors des deux côtés des montans , de maniéré à acquérir un jeu de bafçule , & armé auffi de fer à fes deux extrémités* celle qui fe trouve du côté de l’arbre moteur efl: établie & comparée de maniéré que quand l’arbre premier moteur tourne, chacune des boucles delà rangée correfpondante la fouleve brufquement en paffant ; à l’autre extrémité cppofée, eft un anneau de fer auquel s’attache une barre de même métal, qui, compofée de plufieurs pièces folidement accrochées les unes aux autres, traverfe par des trous pratiqués exprès le plan* cher fupérieur du premier étage & celui du fécond , au-deffus duquel eft pofée & affermie la tenaille qu’elle doit fervir , & s’élève jufqu’à la tête de celle-ci : là fe trouve une autre piece néceifaire pour en régler & modérer l’adion. Elle eft compofée de deux morceaux de bois , longs chacun d’environ un pied ou au-delà, félon que l’on defire que la tirée ait plus ou moins d’étendue. Ces deux morceaux forment un levier coudé ou une équerre à bran-
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- A R T DE REDUIRE
- ches égales, & par conféquent un angle droit, bien emmortaifés enfembls , & traverfés dans leur réunion par un boulon de fer, qui leur permet de fe mouvoir librement jufques à décrire un angle d’environ quarante-cinqîdegrés ; ils font arrêtés dans le bloc maffif qui porte la tenaille femblable à celle du premier étage , mais beaucoup plus légère, comme devant tirer des fils de fer plus fins. Il faut ajouter que dans l’état de repos, l’une de ces deux branches de l’équerre eft perpendiculaire & liée fortement à la tète de la tenaille, tandis que l’autre horizontale tient par fon extrémité à l’anneau qui termine la derniere partie de la barre de fer dont on a parlé. Voyons maintenant quels effets doivent réfulter de ce mécanifme.
- Au moment où l’une des boucles de l’arbre premier moteur eft arrivée à portée de celle des extrémités de la bafcule qui l’avoifinc , elle la frappe avec force & la fait lever; dans le même inftant l’autre extrémité baiife & fait defeendre la barre de fer ; le haut bout de celle - ci tire la branche horizontale de l’équerre , & la tenaille quitte la filiere pour monter auffi haut .qu’elle le doit dans le plan incliné qui la porte. La boucle ayant paffé la bafcule, tend àfe remettre de niveau ; mais, comme elle n’a pas autant de poids que le levier qui fert pour les tenailles du premier étage , & que d’ailleurs les tirées de celles du fécond devant être beaucoup plus longues , cette bafcule n’aurait pas affez de force, même étant aidée de la pefanteur de la tenaille pour.la faire redefeendre jufqu’auprès de la filiere affez promptement pour qu’elle s’y trouvât à portée de faifir une nouvelle partie du fil de fer lors du paffage de la boucle fui van te de l’arbre, toutes ces raifons ont rendu néceffaire le fecours d’une perche de fapin , longue , forte , & douée d’une élafticité confidérable. On en cloue folidement le gros bout au plancher fupérieur du fécond étage. Une corde ou une chaîne de fer affez mince joint le petit bout à la piece horizontale de l’équerre dont on a parlé; d’où il arrive que quand celle-ci baille par l’adion de la barre de fer, l’extrémité de cette perche fe plie aulli; & dès que la boucle a paffé, elle fe releve par fon propre reffort , & aide à la branche horizontale à faire defeendre la tenaille jufqu’à l’extrémité inférieure de l’efpace qu’elle doit parcourir. Au refte, celles du fécond étage ayant la même conftruùtion que celles du premier, s’ouvrent & fe ferment en defeendant & en remontant dans le tems & dans la mefure néceffaires pour remplir leur deftination.
- Il nous refte encore à décrire la maniéré commode & expéditive , dont on s’.y prend dans nos tireries pour mettre le fil de fer en écheveaux , en le faifant toujours palier par la filiere. Une roue dentée eft établie dans l’intérieur du bâtiment, parallèlement à la roue motrice extérieure. Elle s’engrene dans un pignon perpendiculaire, dont l’axe eft une barre de fer affez longue pour pénétrer dans l’étage fupérieur, & s’y élever à la portée
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- LE FER EN FIL.
- 4 ïf
- de l’ouvrier deftiné à cette opération, & qui a une table devant lui. L’extrémité fupérieure eft terminée par un crochet d’une figure particulière, fur lequel s’ajufte un cylindre de bois dur, arrondi par le haut, ayant un petit rebord & un petit anneau au-bas ; fon intérieur eft aifez creufé pour que le crochet puiife y entrer, le fiaifir, & l’abandonner aifément & à volonté. C’eft ce que l’ouvrier doit exécuter au moyen d’un petit levier de fer, ayant un manche à l’un des deux bouts, & l’autre attaché par un anneau à la table, & placé de maniéré qu’il palfe fous le cylindre en quef-tion , & le foutient un peu penché en portant fur une fourchette : alors il eft en reposquoique l’axe du pignon continue détourner. Lorfque l’ouvrier veut faire ufage de ce mécanifme , il prend un paquet de fil de fer déjà, arrondi par le travail de la tenaille , & le pofe fur une efpece de dévidoir placé fur la table & peu éloigné du cylindre. Après avoir ajufté fa filiere & fait paifer le bout du fil de fer en le tirant avec de petites pinces, il le porte fur le cylindre , dont la circonférence détermine celle de l’écheveau à former, &• il attaclre ce bout au petit anneau dont on a parlé. Cela fait, il baille fon levier; le crochet faifit le cylindre & le fait tourner avec une très- - grande rapidité. Le fil vient- il æ fe cafibr, ou l’écheveau a-t-il acquis la grolfeur qu’on vent lui donner, l’ouvrier haulfe fon levier, & le mouvement s’arrête à l’inftant. Il ne faut pas oublier d’obferver que le cylindre a une fente alTezprofonde du haut en bas, dans laquelle l’ouvrier, après avoir attaché le bout du fil de fer, chalfe avec force un coin de bois , afin que les tours de l’écheveau foient plus ferrés contre ce même cylindre ; & l’ouvrier, dès que la machine joue , n’a rien autre à faire qu’à conduire de la main gauche le fil de fera mefure qu’il fe dévidé, afin d’en arranger les tours.
- Enfin nous ne devons pas omettre que, quoique le fil déferait déjà acquis nécefiàirement un certain poli en paifant par la filiere, on? emploie dans nos tréfileries un moyen très - (impie pour augmenter encore ce poli & rendre le fil brillant, fans autre fecours que celui de l’eau & des frotte-mens des différentes parties de ce fil , mis en paquets & plongés- fucceffi-vement. C’eft auffi une roue 8c fa&ion de' l’eau qui lui donnent ce dernier degré de perfe&ion.
- Telles font les principales inventions à l’aide defquelles s’exerce l’art de k tréfilerie en Suiffe. On doit ajouter qu’on y tire du fil de fer dont la finelfe égale celle d’un cheveu de tête, & par conféquent bien au-deflus de ceux que peuvent fournir les tréfileries de France , à en juger par les échantillons ralfemblés dans la derniere planche gravée du cahier in-fol. qui. traite de cet art, & que nous avons fupprimés comme très - inutiles. Il ferait difficile de conjs&urer quel ufage on peut faire d’un: fil de fèr d’une aufiî
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- 4f<5 ART DE REDUIRE ,
- grande fine/Te , fi l’on ne (avait pas qu’il fert aux divers ajufionens des dames.
- Les avantages des tréfileries que l’on vient de décrire, & qui font généralement reconnues , ne font pas fondés uniquement fur leur mécanifme intérieur, mais de plus fur la qualité fupérieure des fers qu’on y emploie, fur l’œil du maître, l’habileté des tireurs, & la perfcélion des divers outils & matériaux néceffaires, tous travaillés 8c fabriqués par des ouvriers à réfidence & falariés à cet effet.
- EXPLICATION DES FIGURES,
- Planche première.
- Cette planche a rapport à Cattelier ou. l'on fait Us for gis.
- igure i, A, la roue à aubes. R B , l’arbre tournant. C, D , renflemens fur cet arbre à l’endroit où font les cames Q_Q. E, le manche du marteau. K , la tète du marteau & l’enclume. ^
- Fig. z, plan de tout cet attelier, où l’on voit la courfive qui conduit l’eau fur la roue à aubes A. B , l’arbre tournant. C, le renflement à l’endroit où font les cames du petit marteau , qui eft fortifié par des frettes de fer, Q_ j les cames. D , endroit où font les cames Q_ du gros ma"teauvI] y a quelquefois en cet endroit un renflement comme en C. E , la tète du petit marteau. K , fon enclume. M, planche fur laquelle s’affied l’ouvrier qui fait les forgis. N, boucle qui fert d’attaehe à un des bouts de cette planche. P , gouttière de fer qui reçoit les forgis à mefure qu’ils font travaillés. F, la tête du gros marteau. I, la groffe enclume. Y, manivelle qui, au moyen d’un ren, voi, fait jouer le foufflet. G, petite forge. R, petite enclume pour redreR fer les forgis avec un marteau à main.
- Fig. 3, elle repréfente la tète du petit marteau avec fon enclume en K.
- • Fig, 4 , E , une portion du manche du petit marteau avec un morceau de bois X qu’on met fous le manche lorfqu’on ne veut pas que le marteau travaille. K, l’enclume. L, le forgis fur l’enclume. Nota qu’il eft mal placé, & qu’au lieu d’ètre dans la pofition abfi\ devrait être dans la pofition cd9 figure 7.
- Fig. f, une portion du manche du gros marteau.
- Fig. 6, cette même portion du manche avec une coupe de l’arbre tour?.’ îiant., & des huit cames deftinées à faire jouer le gros marteau.
- Fig. 7, le plan de l’enclume.
- Planche
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- LE FER EN F ï L.
- Planche II.
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- Elle repréfente encore tattelier ou ton fait les for fis.
- Figure 8 , une portion du manche du marteau & de l’enclume vue en plan.
- Fig. 9 , K , l’enclume <5ù aboutit la gouttière de fer qui reçoit les forgis î mais elle eft repréfentée trop près de l’enclume.
- Fig. io , elle repréfente l’aiiiieu V , fur lequel roule le petit marteau. S, coins de bois qui alfujettilfent le manche du petit marteau dans l’embrafure de fer V V.
- Fig. 11 , tenailles courbes pour le fervice de la forge.
- Fig. 12 , le petit marteau vu de face avec les forgis L fur l’enclume K.
- Fig. i $ , toute la longueur du manche du petit marteau S vu de côté. On apperçoit fon axe V & l’enclume K.
- Les fig. 14 & autres détachées repréfentent les coins qui fervent à aflu-jettir le marteau au bout de fon manche.
- Fig. 1 f , T , T, montans entre lefquels font reçus les manches des marteaux. M, l’ouvrier alïis fur la planche mobile N. E, boucle qui attache l’un des bouts de cette planche à l’un des montans T. O, chaîne qui foutient la planche, & répond au plancher. K, l’enclume. L, le forgis qu’on travaille. P, gouttière de fer qui reçoit les forgis à mefure qu’ils font travaillés. F, le gros marteau. Y, manivelle qui fert à faire jouer le foufflet de la petite forge.
- Planche III.
- Elle repréfente tattelier de la néfilerie.
- Fig. 1 , ouvrier qui appointât fur une enclume le bout d’un fil de fer, pour le difpofer à palier par les trous de la filiere.
- Fig. 2, ouvrier qui reçoit du fil de fer de roulage à mefure qu’il palTe par la filiere.
- Fig- % , ouvrier qui reçoit le fil dit ècotage, à mefure qu’il pâlie par la filiere.
- Fig. 4, ouvrier qui reçoit l’ébroudage à mefure qu’il palfe par la filiere. a a , roue à aubes, b, c , d , les cames qui font fur l’arbre tournant, & qui fervent à faire agir les tenailles des trois bûches A, i, k. e,f, g, les trois leviers en équerre , qui fervent à faire mouvoir les trois tenailles, r, r, ry font les petites planches qu’on nomme tuiles , fur lefquelles coulent les tenailles. s y s y s y des enfoncemens ménagés au bout de chaque bûche pour y mettre les petits outils. Ces mêmes lettres peuvent déligner aulîi les Terme XK ' M m m
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- ART DE REDUIRE
- filières. / /, pièce de bois foüdement aflujettie, fur laquelle aboutirent les trois bûches. mmmy montans qui portent un chaffis nnn, qui foutient les perches à reifort o p , qui doivent relever la queue q des leviers en équerre.
- Fig. f , y, ouvrier nommé Izrieur, qui éclaircit du fil de fer en le frottant avec un torchon & du grès, x elt une portion du fil qu’il faut éclaircir. t u , celui qui l’a êæ.
- Fig. 6 , morceaux de forgis qui approchent plus ou moins de l’état où ils doivent être pour être travaillés dans les tréfileries.
- Fig. 7, une bûche avec tout ce qui en dépend. K, la bûche. S, l’enfoncement où l’on met les outils. V , failli eu du levier coudé en équerre. D , la grande branche de ce levier. F, la petite branche. B , C, les cames de l’arbre tournant. X Y, la perche à reifort. Z, la chaîne qui releve la branche D de l’aillieu coudé. T, T, les montans qui foutiennent les chalîis qui portent les perches a reifort. G, maillon qui failit les branches de la tenaille H. I, la tuile qui elt fupportée en - arriéré par un talfeau. N N, montant de fer avec la traverfe O, qui fervent à alfujettir les filières. Q_, morceau de lard pour grailfer le fil R qui va palîer dans la filiere. M , piece de bois fur laquelle aboutirent toutes les bûches.
- Fig. ^ » la même chofe repréfentée en plan. A , la roue à aubes. B, C, les cames qui font fur l’arbre tournant. D, le grand bras du levier coudé en équerre. E, la coupé du petit bras qui s’él.eve verticalement. V’, V, les tourillons qui fupport-ent ce levier recourbé. L, L, échancrures faites dans la bûche K, pour permettre le }eu du levier recourbé, c, anneau qui reçoit le maillon. G, le maillon, b A, les branches de la tenaille. H , le corps de la tenaille, a , a, les ferres de la tenaille. I I, .la tuile, N, N , les fupports de la filiere P P. Q_, le fac de graiîfe. S, l’enfoncement ou l’on met les outils, d, jauge ou compas pour mefurer la grolfeur dçs fils. R , le fil de fer qui doit palfer par la filiere. M, piece de bois fur laquelle aboutirent toutes les bûches. T, la coupe des montans TT de la figure, précédente. V% la planche qui fert de fiege à l’ouvrier.
- Fig. 9, la tenaille vue en grand & féparém'mt. a, <z, fes mâchoires, b, b fes branches, c, queue du maillon qui entre dans l’anneau.A, le clou fur lequel elles fe meuvent. G, le maillon.
- Planche IV.
- Où Von a détaillé la maniéré ctagreyer & de tirer le fil de fer.
- Fig. 13 agreyeur qui fait patfer le fil par la filiere en abaiifant la queue
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- LE FER EN FIL
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- d’une équerre de bois } une de fes mains conduit la tenaille; c’eft ce qu’on appelle tirer à la bûche.
- Fig. 2 , marmite de fer dans laquelle on fait recuire le fil de fer.
- Fig. 3 , deux hommes qui font paifer le fil par la filiere en faifant tourner un tambour fur lequel fe roule le fil à mefure qu’il a paifé par la filiere.
- Fig. 4, ouvrier qui tire du fil fin. Comme il ne faut pas autant de forces pour traire le fil fin que le gros, un ouvrier fuffit pour cette opération. On met le fil à traire fur un tourniquet/; il paife par la filiere A, & il va fe devider fur la bobine g.
- Quand on a pâlie le fil par trois trous de la filiere, on le fait recuire dans la marmite de fer k l. On voit en k, fig. 2 , la marmite l renverfée dans un fourneau de briques où il y a des mottes à brûler.
- Fig. f , la bûche de l’agreyeur vue en perfpeétive & garnie de fes uftenfiles.
- Fig. 6 , eft la même bûche vue en plan. A B, la bûche ; près de A eft le morceau de bois qu’on appelle ètibot, fur lequel on lime le bout du fil de fer pour commencer à le faire paifer dans la filiere : on voit autour de cet étibot, fig. i , la chiffe pour manier le fil de fer fans le brûler. C, la place de la lime. E, la filiere. F, F , crampons qui fervent à arrêter la filiere au moyen de coins de fer qui là ferrent dans les crampons. H , les tenailles. I, planchette fur laquelle coulent les tenailles. K, le chaînon qui embralfe les branches de la tenaille. L, endroit où le chaînon eft arrêté à la branche verticale & fupérieure de l’équerre. M , branche de l’équerre qui eft prefque horizontale quand les tenailles font auprès de la filiere. O O , l’aiflîeu de l’équerre. P , enfoncement dans la bûche pour mettre les outils qui fervent à aiufter la filiere; on y voit un marteau & un poinçon. Q_, jauge pour mefurer la grolleur des fils de fer. R, la chambrière qui fert à recevoir le fil qui a paifé par la filiere. Ce fil paife dans une efpece d’anneau S.
- Fig. 7, N, le levier recourbé M des fig. j- & 6.
- Fig. g , le maillon K des fig. f & 6.
- Fig. 9 , qui a rapport à la fig. 3 de la vignette , eft une bûche à bobine vue en perfpeétive. T eft la bobine fur laquelle fe roule le fil de fer à mefure qu’il a paifé par la filiere. V, V, les manivelles où fe placent deux hommes pour faire tourner la bobine. Y, un des montans qui portent l’aif-fieu de la bobine. Le refte eft à peu près comme à la bûche à équerre , & eft indiqué par les mêmes lettres.
- Fig. 10, l’établi où l’on tire le fil de fer fin, vu en plan.
- Fig. 11, le même établi vu en perfpedtive. 1 , le tourniquet où l’on met
- l’écheveau de fil. 2 , bobine fur laquelle on tire le fil. 3 , la filiere. 4,4,4, chevilles de fer qui la retiennent, j”, la filiere placée verticalement, comme on la pofe quand on ajufte les trous. 6, l’étibot ou l’étibois, fur lequel on
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- ART DE REDUIRE
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- limé la pointe des fils de fer pour qu’ils entrent dans les trous de la filiere^ 7, billot appelle chouquet, fur lequel 011 rabat les filières. 8 , la jauge pour mefurer la grofleur des fils de fer. 9, trou où l’on met de fliuile; 10, porte ou anneau de la bobine, où l’on accroche le bout du fil de fer.
- Nous avons jugé inutile de repréfenter toutes les groffeurs de fil de fer qui’ fe trouvent dans les boutiques de ciincaillerie les mieux afforties (a ) , & qui dans l’original remplirent une cinquième planche prefqu’en entier ; d’autant plus qu’il fè fabrique en Suifle des fils beaucoup plus fins que ceux qu’on y a gravés. Mais nous avons confervé trois des figures qui s’y trouvent, en les ajoutant à cette quatrième planche, & en changeant leurs numéros. La jauge a été fupprimée aufli, comme étant déjà repréfentée dans les fig. 19 & 11. Les trois placées ici, font les fig. 12,13 & 14 ci- défions.
- Les ferruriers emploient du fil de fer pour beaucoup de leurs ouvrages * & on leur en fournit depuis le numéro 8 jufqu’au numéro 26, & même quelquefois jufqu’au numéro 29. Ils donnent la préférence au fil normand, qui eft roide & élàftique, particuliérement pour les refforts de fonnettes & de flores, à quoi ils emploient les fils depuis le numéro 15 jufqu’au numéro 19.
- Pour faire les clous d’épingle, on prend du fil de Franche-Comté, que dans le commerce on nomme de Limoges. Ce fil eft plus doux que le normand , & l’on emploie à cet ufage depuis le paffe-perle jufqu’au numéro 17.
- Pour les treillages , on fe fert de fil d’Allemagne depuis le numéro 8 jufqu’au paife-perle. Le fil d’Allemagne eft bon & propre j mais il eft fouvent pailleux , & l’on ne fait point de difficulté de lui fubftituer du fil normand ou de Limoges , quand il s’en trouve de grolfeur convenable.
- Les pofeurs de fonnettes emploient ordinairement pour les renvois , du fil depuis le numéro 1 jufqu’au numéro 3.
- On emploie , pour les cordes des inftrumens de mufique , des fils beaucoup plus fins.
- Il ne nous a pas été poflible de repréfenter une filiere dans fa grandeur naturelle ; mais pour qu’on pût en prendre une idée , nous en avons fait graver une en petit ; elle eft vue de plat. . v -
- Fig. 12 , filiere vue par les côtés de la femelle où les, trous font plus larges.
- Fig. 13 , coupe de la filiere par fon épaiffeur-, & par l’axe des trous qui* comme l’on voit, font coniques. Les bouts évafés a fe nomment permis y le petit bout b s’appelle toùL
- Fig. 14, poinçon d’acier qui fert à calibrer les trous*
- ( a ) Comme eft celle de M. le Marié, à la.Garde de Dieu-,'fur le quai d.ela Ferraillé.,
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- LE FER EN FIL.
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- 2AjLt.
- EXPLICATION
- De quelques termes propres
- A
- F file. On nomme ainfî un nouée de toile dans lequel il y a un morceau de lard ou de graifle. O11 fait pafler le fil de fer à travers ce nouet pour lui faciliter le pulfage dans la filiere.
- Agreyeur. Ouvrier qui fait pafler à force de bras les fils de fer déliés par la filiere.
- Allemanderie. Attelier où l’on forge fous un petit martinet le fer pour le réduire de groflTeur à pafler par les plus grands trous de la filiere.
- Applatijferie. C’eft un attelier où l’on fait pafler le fer rougi entre deux rouleaux pour le tirer en barres plates.
- Auger. C’eft creufer en gouttière une des furfaces d’un morceau de fer plat qu’on deftine à faire une filiere.
- B
- Blanc ployant. C’eft un défaut du fer qui le rend peu propre à être tiré à la filiere.
- Bobine. C’eft un cylindre aflez gros qui s’établit verticalement fur une forte table, & qu’un homme fait tourner au moyen d’une manivelle ; on fe fert de cet inftrument pour faire pafler à la filiere des fils déliés.
- Bûche. C’eft un fort& gros madrier qui porte les tenailles ^ les filières &
- à fart de la tréfllerie. ( a )
- d’autres inftrumens propres à la tréfi-lerie- C’eft en quelque façon l’établi du tréfileur.
- C
- Cames. Ce font des efpeces de men-tonnets ou de dents qui font attachées fur la circonférence d’un arbre tournant , & qui fervent à foulever les gros marteaux.
- Canard ( queue de ). Quand un fil de fer, au fortir de la filiere, s’èft déchiré, on dit qu’/7 a fait la queue de canard ou. de renard.
- Catons. On nomme ainfî auprès de la Trappe des tringles de fer qui ont environ trois pieds de longueur, & qu’on forge à bras fur une enclume pour les réduire à une grofleur convenable pour être tirées a la filiere.
- Chaînon. C’eft une efpece d’anneau ovale ou de bride, qui embrafle les. queues des tenailles, & qui les ferre en même tems qu’elle les tire en arriéré..
- Chambrière. C’eft un:bâton qui eft attaché verticalement auprès de la bûche. Ce bâton a une efpece d’anneau, de fil de fer, dans lequel pafle celui qu’on tire pour qu’il ne fe mêle point.
- Charrée ( taches couleur de ). Ce: font des taches grifes couleur de cendre. Voyez Blanc ployant.
- (a) Il ferait à fouhaiter que les termes techniques de chaque art fuffent les mêmes dans les.différentes fabriques où l’on parle la même langue ; mais il n’en eft pas ainli». Prefque chaque fabrique a fon jargon , fon langage, fes termes affectés..
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- 4^2
- ART DE REDUIRE
- Chiffe. C’eft un morceau de torchon que les agrcyeurs tiennent à la main pour que le fil qui eft gros &qui s’eft échaudé en paflant dans la filiere, ne les brûle pas.
- Cbouquet. Billot fur lequel on rabat les filières.
- Cograin. Ce font de petits grains de fer qui s’attachent très-intimement aux trous de la filiere , & qui gâtent le fil lorfqu’on n’a pas foin de les ôter.
- Criffures. Ce font des efpeces de rides ou de crifpures qui fe font à la fuperficie du fil de fer lorfque la filiere eft mal ajuftée.
- D
- Dalle. On nomme ainfi dans les aîlemanderies une gouttière de fer où les forgis le rendent à mefure que l’ouvrier les a travaillés fous le martinet.
- Déboucler ffe déboucler. C’eft quand le fil forme une efpece de nœud qui le fait rompre.
- E
- Ebroudage. C’eft le travail de la troitieme bûche ; & quand le fil a pafl’é par tous les trous de cette bûche, on l’appelle ébroudi.
- Ebroudeur. C’eft l’ouvrier qui eft attaché à la troifieme bûche.
- Ebroudi. Voyez Ebroudage , Ebroudeur.
- Ecotage. C’eft le fil qui a été travaillé fur la fécondé bûche, & l’éco-teur eft l’ouvrier attaché à cette bûche.
- Ecoteur Voyez Ecotage.
- Ecrier. C’eft nettoyer & éclaircir le fil de fer en le frottant avec un linge chargé de grès. L’écrieur eft un garçon de la tréfilerie, qui a foin de faire cet ouvrage.
- Ecrieur. Voyez Ecrier.
- Ejlibvt. Etibois. Etibot. C’eft un
- morceau de bois fur lequel on lime le bout d’un morceau de fil de fer , pour le mettre de grolfeur à entrer dans les trous de la filiere.
- F
- Faix ( donner trop de ). C’eft pafler le fil par un trou trop fin.
- Fer ( tireurs de ). Les tireurs de fer font ceux qui tirent le fil de fer fin à la bobine.
- Filiere. Bande de fer plat chargée de potin ou fonte de fer , & percée de trous par lefquels on fait palier le fil.
- Forgis. Les forgis font des barres de fer qu’on a travaillées fous le martinet pour les arrondir & les mettre de grolfeur à pafler par les trous delà filiere de la première bûche.
- Frifé. Fer frifé *, c’eft celui qui a la fuperficie inégale, & ce défaut arrive quand on le pafle par des trous trop fins.
- H
- Râpe de chaînon. C’eft un maillon du chaînon.
- Jauge, compas d’,épaifleur. Morceau de fil de fer plié en zigzag, qui fert à mefurer la grolfeur des diiferens fils de fer, parce qu’entre chaque pli du fil on laide des efpaces plus ou moins grands ; de forte qu’on peut mefurer autant de différens fils qu’il y a de plis.
- L
- Lanterne. C’eft une efpece de dévidoir formé par plufieurs fufeaux. On met fur la lanterne le fil qu’on veut! faire pafler par la filiere.
- M
- Manicordion. C’eft ainfi que l’on
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- LE FER EN FIL
- nomme h fit de fer très-fin qui fert pour les mfirumens de mufique.
- Mauture. On appelle ainli un fil de fer qui a été chaulfé inégalement, & qui a été brûlé en quelques endroits.
- N
- Nilîe. Petit tuyau de bois dans lequel entre la branche d'une manivelle pour empêcher que re fer en tournant dans la main ne la bleiie.
- Noir ployant. Ce font des taches brunes tirant fur le noir , qui indiquent que le fer efi ducfiile.
- P
- Pajfe-perle. On nomme ainfi le fil de fer de l’échantillon le plus fin , {ans doute à caufe qu’on s’en fert pour en-filtr lesco'Üers de perles.
- Pertuu. On nomme ainfi les trous de la filiere : la partie la plus étroite du pertuis s’appelle 1 ’a:/7, & la plus large efi Pévafement, ou plus généralement le pertuis.
- Pierre. On dit qu’il fe forme des pierres îoTque le fil demeure creux & qu’il fe déboucle. Voyez Déboucler.
- Porte. O’eft une petite boucle de fer où l’on attache le bout du fil de fer > enfuice on fait tourner la bobine.
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- Potin. Les faifeurs de filières appellent ainfi les fragmens de vieilles marmites de fer fondu.
- a
- Queue de canard.
- Queue de renard. On dit qu’il fe forme des queues de renard, quand en pallànt le fil par un trou trop tm de la filiere , il perd plus de fa grodeur que ne l’exige le trou. Voyez Canard,
- R
- Renard ( queue de ).
- Roulage ( fer de ). C’eft un gros fil de fer qui ayant paifé par trois trous de la filiere*, efi roulé en écheveau par celui qui le reçoit.
- T
- Tirer à la bûche.
- Tireurs à la bobine. Voyez Bobine.
- Tireurs de fer.
- Trefilerie. Attelier où l’on tire le fer forgis par la filiere pour le réduire en fil de difierentes grolfeurs.
- Ttéfileur. Voyez Tréfilerie.
- Tuile. Planche de bois fort unie, qu’on pofe fur la bûche, & fur laquelle coulent les tenailles. Elle doit être plus inclinée que la bûche.
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- 3E! JL JB X JS
- DES ARTICLES.
- Ïntroduction. page 425*
- Art. I. Du choix du fer. 426
- Art. II. De Vallemanderie. 427 Art. III. Defcription des tréfilerles où Von tire le fer forgis. 452
- Art. IV. Maniéré de tirer les fils de fer ébroudis jufquau dernier degré de fineffe. 442
- Fil de fer. 447
- Fil de laiton. 44S
- Maniéré de faire les filières pour
- les tréfileries & les tireurs de fil de laiton, de fer & d’acier. 448 Defcription abrégée des tréfileries de Serrieres, dans la principauté de Neuchâtel en Suijfe.
- Art. I. Préparation générale des fers.
- 4ÏI
- Art. IL Defcription du mécanifme intérieur. 4 y 2
- Explication des figures. 456
- Explication des termes. 451
- Fin de CArt de réduire le fer en fil.
- ART
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- DE RAFFINER
- LE SUCRE.
- Par M. Duhamel du Monceau.
- Tome XK
- N il n
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- A R
- DE RAFFINER LE SUCRE;00
- -r-7-e»
- INTRODUCTION.
- i. L E fucre , dont on fait une fi grande confommation, efi; le Tel eflentiel d’une efpece de rof’eau qu’on cultive à la Nouvelle - Efpagne 5 au Bréfii, à
- (<z) Je n’ai trouvé dans le dépôt de l’académie aucun mémoire fur la clarification du fucre, mais feulement deu * planches gravées. J’ai fait ufage de celle qui repréfente le moulin à écrafer les cannes ; quant à l’autre, le deffin en était fi peu exact, que j’ai cru devoir la mettre au rebut. Ayant été obligé, il y a environ trente ans, de faire à Orléans i»n féjour d’une année , je m’étais fait un plaifir de fuivre avec Al. Arnault de Nobleville toutes les opérations des raffineries. C’eftce qui m’a déterminé à me charger envers l’académie des fciences de décrire l’art du raffineur ; mais comme depuis trente ans mes idées s’étaient fort embrouillées, j’avais un befoin abfolu de me rafraîchir la mémoire de tous les procédés de cette manufaéture ; je me fuis adreffé, en repafiant par Orléans, à M. de Vandbergue, qui m’offrit obligeamment l’entrée de fa raffinerie., & de m’y accompagner pour m’aider à en mieux fuivre toutes les opérations :
- j’acceptai avec reconnaiffance une offre aufli généreufe, & en peu de jours je m® fuis rappellé toutes mes anciennes idées. AI. des Friches voulut bien m’aider de fon crayon dans la repréfentation de toutes les opérations, & il m’a fait préfent du defiin qu’il avait fait des figures qui font réunies dans la troifieme planche, & encore des études qui repréfentent les attitudes de la plupart des ouvriers en befogne. De retour à Denainvilliers, & rempli1 dermon objet, j’ai rédigé l’art que je préîente au public ; & pour ne point abufer de fa confiance, j’ai communiqué mon manufcrit à M. de Nobleville, en le priant de lefaire paffer fous les yeux de Al.de Vandbergue, mon premier maître, & enfuite à Al.de Gueudre-ville, qui m’avait promis de m’en dire fon avis. J’ai profité des remarques que ces habiles gens ont bien voulu me communiquer; & dès lors je comptais fur l’exaéli-tude dé mon travail. Cependant j’ai encore N n n ij
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- S. Chriftophe, à !a Guadeloupe, à la Martinique, à S. Domingue, ( I ) & dans prefque toutes les colonies Efpagnoles, Angiaifes & Françaifes, qui font fituées entre les deux tropiques. Ce rofeau s’appelle en français canne a fucre ou cannamelle, en latin arundo facchanfera, C. B. p. Arundo faccharina, J. B. Arundo & calamus faccharinus. Tab. Ic. Meli-calamus , CoRD. Canna mellea, CiES. &c. ( 2 )
- 2. Ce rofeau , ( 3 ) comme toutes les autres plantes de la même clafle, a Tes fleurs raifemblées en épi; il n’a point de pétales , à moins qu’on ne regarde comme pétales les balles ou les feuillets intérieurs du calice; & en ce cas on peut dire que la canne à fucre en a deux, accompagnés de filets ou de poils; le calice ell formé de plufieurs écailles , d’entre lefquelles forcent trois étamines chargées de fommets oblongs , qui fe féparent en deux ; le piftii eft compofé de deux {files velus, recourbés , & terminés par des Ifigmates: à la bafe des (files eft un ernbrion oblong qui devient une femence pointue.
- 3. La canne à fucre, comme les autres efpeces de rofeaux, a des tiges droites, garnies de nœuds , d’où fortent des feuilles longues , minces , poin-
- confùlté M. le Vaffeur, & l’ai engagé à lire mon manufcrit : i! m’a affuré que je pouvoirs le donner au public tel que je le lui préfentais. Enfin M. Soyer, ingénieur des ponts & chauffées, qui était alors à Orléans, a bien voulu me fournir le détail des étuves , tel qu’on le voit fur une des planches. Je fatisfais mon inclination, en informant le public qu’il doit partager avec moi la reconnaiffance qui eft due à MM. de Vand-bergue, de Gueudreville , de Nobleville, des Friches & Soyer.
- ( 1 ) Il n’y a que les Français à Saint-Domingue qui fabriquent du fucre en quantité pour l’Eurqpe. Il y a 723 fucreries, qui en 17 7^produiraient 240 millions de fucre brut& terré. Les Efpagnols dans leurs poffeffions s’adonnent plutôt à élever & nourrir des beftiaux, des bœufs,des vaches, des chevaux, des mulets & des ânes. Ils falent, fechent & vendent beaucoup de viande de bœuf. N. B. La plupart de ces notes ont été fournies par un gentilhomme Suiffe , qui a habité 3$ ans à S. Domingue.
- (2 ) Dans l’Europe il n’y a que l’Andalou-lie où l’on cultive quelques cannes à fucre.
- ( 3 ) Les anciens ont donné le nom géné-
- ral d'arundo à ces cannes, qui leur étaient certainement connues. Théophrafte& Pline nous apprennent qu’on faifait ufage du fuc de ce rofeau. C’eft de ce fuc dont Lucien entend parler, lorfqu’il dit ;
- Quique bibnnt tenera dulces ab arundinc Juccos. _
- Mais les anciens n’avaient point I art de condenfer ce fuc, de le purifier, & de le réduire dans une maffe blanche, concrète & folide, qui eft une forte de cryftallifa-tion , que nous appelions fucre. Le facchar arundineimi des Arabes, ou le tabarzed, dont Avicenne fait mention , ne femblenü pas différer des cannes à fucre ; mais le tabaxir ou l'arundo mambu eft un ar-briffeau , dont parle aufli Avicenne , qui donne un fuc laiteux & doux ; c’eft Vin de VHortus Malubciricm, où l’on en peut voir la defcription , aulli bien que dans Pifon , fous le nom à'arundo mambu, 6i dans Bauhin fous celui d'arundo arbor. Le zac~ char alhuffer eft une forte de manne ou larme fucree qui découle d’un autre arbtik feau en Arabie & en Lgypte. Alpin le dé. crit dans fon ouvrage fur les plantes de l’Egypte.
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- tues, qui embraflent la tige par leur bafe. Au lieu que la fubftance de nos rofeaux eft peu fucculence & affez ferme, puifqu’011 en forme des cannes pour la promenade, les tiges de la canne à fucre ont peu de conliftaiice [: on enfonce aifément l’ongle fur leur fûperficie , & elles font prefqu’entié-rement formées par une moelle ou pulpe fucculente , dont la faveur eft douce & fucrée : c’eft en ce point que confifte principalement leur utilité.
- 4. La. hauteur & la grolfeur de ces cannes dépendent de la fertilité du ter-rein -, (4) 011 en a vu qui avaient jufqu’à vingt pieds de longueur, & qui pefaient plus de vingt livres : plus elles iont expofées au foleil, plus elles font fucrées. Cependant, pour en retirer aifément de bon fucre, il faut les cueillir en bonne faifon ; ( f ) & quand elles font parvenues à un certain degré de maturité , ce qu’on reconnaît à leur couleur qui doit être jaune, leur tige doit être lilfe , feche & caifante. Les plus pelantes font les meilleures : la moélle en doit êtregrife, & même un peu brune, gluante, & d’une faveur très-douce. La nature du terrein contribue beaucoup à la bonne qualité des cannes. Dans les terres gralfes & fortes, les cannes deviennent très-hautes ; mais leur fuc qui eft abondant, donne difficilement un fucre bien grené : au contraire, les caunes qui ont crû fur un terrein un peu plus léger, qui eft en pente, quia beaucoup de fond, & qui eft expofé au foleil,
- ( 4 ) On appelle les cannes d’une grandeur extraordinaire des cannes créoles : elles viennent ainfi dans les terres vierges trop gradés. Elles font moins propres à faire du fucre, parce qu’il fe fige difficilement, étant trop aqueux, & manquant de grain. On les cuit par cette raifon en firop. Pour éviter cet inconvénient, les habitans de S. Domingue plantent rarement des cannes dans les terreins vierges. On commence par y femer de l’indigo auffi long - tems que la terre peut produire des récoltes paf-fab-les. Quand ia récolte commence à être infuffifante , on plante les cannes qui croift fenc de bouture. On plante auffi du coton pour préparer la terre à élever des cannes, ou bien du rocou , ou tout autre végétal propre à dégraiftér la terre. Ou a auffi l’attention de brûler fur la furface du terrein les brouiTailles & les farclages.
- ( s i On cueille & ou roule les cannes dans les grandes pla'na ms, & on cuit le fucre toute l’année à fur & à mefure que
- l’on coupe les rofeaux' qui fourniffent le chauffage des chaudières. Ainfi les habitans ne font pas abfolument les maîtres de choi-firla faifon de la récolte pour la fabrication du fucre. Ils ont feulement l’attention de forcer la culture & le travail pour rouler le plus de cannes qu’il eft poffible aux environs du printems , faifon la plus favorable dans laquelle le fucre prend le plus de grain. Mais les cannes plantées pour rouler toute l’année, mûriifent les unes après les autres, & font coupées dans toutes les faifons. Les raffineurs de l’Europe connaiflent, au plus ou moins de grain qu’ont les fucres bruts , la faifon où ils ont été faits. Les grandes fu» creries de S. Domingue ont jufqu’à quatre moulins à nuiitts,qui vont jour & nuit pendant toute l’année, mais qui profitent le plus qu’ils peuvent de la bonne faifon. 11 faut jufqu’à trente mulets pour faire aller bien un moulin. Ceux qui ont l’avantage d’avoir u moulin à eau , font l’ouvrage de trois moulins à mulets.
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- fourniflent du fucre grené en abondance & avec facilité. Comme ce ti’eft pas ici le lieu de s’étendre fur ce qui réfulte de la différente nature des terreins , je me bornerai à dire en général, que dans ceux qui font humides, le fuc des cannes très - chargé de phlegme a befoin de beaucoup de cuilfon ; & que dans les terreins fort fecs , comme le fuc eft très-gluant, il faut quelquefois l’étendre avec un peu d’eau pour pouvoir le clarifier.
- <j. Quand le terrein qu’on veut mettre en cannes a été bien labouré & effarté , on trace au cordeau des traits à la diftance de deux pieds les uns des autres fi la terre eft maigre, ou de trois pieds & demi fi elle eft très-bonne. O11 fait, fuivant la direction de ces traits, des foffes d’environ quinze pouces de longueur, de quatre à cinq pouces de largeur, & de fept à huit de profondeur. On plante dans chaque foife deux boutures de canne , de quinze £ dix-huit pouces de longueur, & on les place de maniéré qu’on voie fortir à chaque extrémité de la foife un bout de canne d’environ quatre pouces de longueur. Comme les racines partent & fortent prefque toujours des nœuds, on eftime les boutures qui en ont beaucoup i c’eft pour cela qu’on les prend par préférence dans le haut des cannes , au-deifous de l’épi : mais on peut immédiatement fe difpenfer de cette attention , & tirer pluüeurs boutures d’une même canne.
- 6. Le vrai tems de planter les cannes eft la faifon des pluies j car au bout de huit jours qu’elles ont été plantées , s’il tombe de l’eau , elles auront déjà fait des productions. (6) Il faut farder foigneufement les cannes, & tant qu’il y croît de l’herbe ; on eft en partie débarrafîé de ce foin, quand elles font devenues affez fortes pour étouffer l’herbe qui croîtrait fous elles. O11 doit encore éloigner toute efpece de bétail de ces plantations, & faire la chaffe aux rats qui font très-friands de ces cannes. ( 7 ) Ce que je viens de rapporter doit fuffire pour donner une idée de la culture de cette plante : difons maintenant un mot de fa récolte.
- (6) Les habitans qui ont de l’eau pour arrofer leurs cannes en toute faifon , ont un avantage inappréciable. Ils plantent & recueillent en toute faifon. Jamais leur plantation ne fouffre de la féchérefle ; mais pour cela il faut que le terrein foit égalité en pente avec des canaux de décharge, pour que l’eau ne féjourne nulle part. I! en eft comme des prairies en Europe : fi le terrein eft plat, il ne peut être arrofé avec fuccès. 11 n’y a que les rifieres plates qui puiffent être arrofées fans dommage. M. Miller fait de bonnes obfervations fur la . culture des cannes. Nous y renvoyons ceux
- qui voudront s’inftruîre fur ce fujet.
- ( 7 ) Les habitans de S. Domingue, qui connaiffent futilité des couleuvres pour détruire les rats, ont foin de les faire prendre dans les endroits écartés , par les Negres de la nation Arada, qui, comme les Egyptiens, les ont en grande vénération. Us portent ces amphibies dans les plantations des cannes. Ces couleuvres font la chalfe aux rats, dont elles font friandes, & ils les mangent ou les mettent en fuite. C’eft fur-tou.c quand les cannes commencent à mûrir, qu'il faut avoir attention de détruire les rats.
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- 7. On coupe les cannes au bout de quatorze ,quinze , ou feize mois, en tm mot toutes les fois qu’elles font parvenues au point de maturité que nous avons indiqué : car il y a plus d’inconvénient de les couper trop vertes que trop mûres. ( 8 )
- 8- Dans les terres maigres & qui ont peu de fond, il faut replanter les Gannes après la fécondé coupe ; mais elles fublift'ent vingt ans & plus dans les bons terreins , les vieilles louches pouffant- jufqu’à quinze tiges : on doit avoir foin de les réchauffer toutes les fois qu’elles fe montrent trop hors de terre. ( 9 )
- 9. Pour fe préparer à faire la récolte des cannes , on arrache les lianes qui pourraient y être crues depuis le dernier farclage ; quelque teins après on coupe les trges des cannes avec une lerpe ; on les lie par bottes, & on les porte au moulin pour eir retirer le fuc le plus tôt qu’il eft poffible ; car on éprouverait une perte confidérable , fl elles venaient à s’échauffer & à fermenter. (10)
- 10. Quand les cannes font cueillies, il faut en exprimer le fuc, ce qui s’exécute en les faifant pafler entre de gros rouleaux ou cylindres de fer Kl K ,pl.li fîg. 1 ,qui par leurs révolutions engagent entr’eux cescannes,les brifent & les preffent fortement dans un efpace qui 11’eft guère q;ue d’une ligne ou une ligne & demie : le fuc qui en eft exprimé tombe dans une auge deftinée à le recevoir. Comme il y a trois rouleaux à chaque moulin , on fait palfer chaque canne entre deux de ces rouleaux , celui du milieu I & un des côtés K ; une Négreffe la reçoit de l’autre côté du moulin j elle la plie eiï deux , & la fait repaifer du côté d’où elle était venue , entre le rouleau du1 milieu & le rouleau de l’autre côté K : alors-elle-a rendu tout fon fuc. La canne dont le fuc a été exprimé fe nomme bagajfe .-on la fait fécher pour la brûler fous les chaudières. ( 11)
- 11. Comme le- fuc de-canner a une grande, drfpofition; à fermenter & à: s’aigrir, on lave fouvent le moulin pour ôter toute caufe de fermentation ,< & il faut fans différer mettre: le fuc dans les chaudières pour le cuire:
- (8 ) Si on Lifte trop mûrir ou-pafter les. cannes, le fucre ne fe fait pas fi facilement, & n’eft point fi beau.
- ( 9 ) Les frais de l’arrangement du ter-rein & de la plantation étant fort confidé-rables, tout terrein qui ne peut pas reproduire des cannes pendant quatre ans, ne mérite pas d’être planté en cannes.
- (10) Les cannes coupées font portées ®n javelles ou fagots par des bœufs jufques jfqï-les bords des plantations :.là. elles font
- chargées fur des tombereaux ou cabrouets? qui n’entrent point dans la plantation, pour, éviter que les roues n’écrafent les rejetons-naiffans.
- (pi) Le cylindre dû milieu dans les; moulins de S. Domingueeft plus gros que les deux autres, fon diamètre eft plus grand.. On a trouvé que, par ce moyen nouvellement adopté , l’ouvrage fe fait plus ex-acte*-ment & plus vite.
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- il. Le fuc de canne, qu’on nomme auffi le vin de canne ou le vefou , eft une liqueur agréable à boire, & qui pafle pour être fort lame. Le vefou eft plus ou moins doux, plus ou moins fucré,ffiivant la maturité des cannes & le terrein où elles ont crû : aiiffi il y a tel vefou qui a befoin d’être plus cuit qu’un autre; tous doivent être dégraiffes & clarifiés , enfin être fuffifam-ment concentrés par la cuiffon , pour que le fel effentiel fe lëpare , au moins en partie, du firop , & qu’il fe cryftallife.
- 15. Ces différentes opérations s’exécutent en faifant paffer le vefou fuc-eeffivement dans différentes chaudières. Pour concevoir ce qui s’y opéré , il faut lavoir que le vefou efteompofé du fel effentiel de la canne diflous dans beaucoup de phlegme , & mêlé avec une fubftance grade & firupeufe {a}. Or, un fel étendu dans une trop grande quantité d’eau , ne fe cryftallife pas , & la fubftance firupeufe fait encore un plus grand obftacle à la cryflallifation : de plus, cette matière graffe, étendue dans une fuffifante quantité d’eau, excite fortement la fermentation. Ce qui fait appercevoir que pour obtenir le fel effentiel cryftallife ou grené, & dans un état où il ne puifffe point être altéré par la fermentation , il faut le concentrer & le débarraffer de la fubftance graffe ou muqueufe la plus grofîiere : je dis , la plus grojjiere ; car il en refte toujours beaucoup dans le lucre, puifqu’il eft inflammable & qu’il eft toujours fufceptible de fermentation quand on l’étend dans fuffifante quantité d’eau. Si les firops & les confitures qu’on fait avec des fucres peu raffinés, comme font les caffonades grifes , font peu fujets à fe candir, c’eft parce que la fubftance graffe ou muqueufe qu’ils contiennent forme un obftacle à la cryftallifation : fi les firops & les confitures peu cuites font fujettes à fermenter & à s’aigrir, c’eft qu’elles contiennent affez de flegme pour que la fermentation s’opère : fi l’on retire beaucoup d’efprit ardent des gros firops & du vefou, c’eft qu’ils contiennent beaucoup de matière graffe ou muqueufe qui , par la fermentation , produit de l’efprit ardent : fi les confitures & les firops qu’on fait avec de beau fucre bien clarifié , font fujets à fe candir, c’eft que la fubftance muqueufe qui en eft enlevée par la clarification, facilite cette cryftallifation.
- 14. Muni de ces connaiffances , parcourons rapidement les différentes opérations qui fe font dans les fucreries des isles. ( 12) Le fuc de canne fè
- ( a) Quand dans la fuite de ce mémoire je parlerai d’une fubftance graffe, il ne faut pas prendre l’idée d’une matière analogue à la graiffe des animaux : c’eft une fubftance muqueufe qui a grande difpofition à fermenter , & qui fait obftacle à la cryftalli-fati-on du fucre.
- ( 12 ) Il femble qu’il eût été naturel que le célébré auteur de cette defeription du raffinage du fucre fe fût procure des mémoires exacts & fui vis de tout ce qui fe fait dans les Indes par les Français & les Anglais par rapport au fucre & fes diverfes préparations. Ces connaiffances auraient
- raffemble
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- raflemble dans le réfervoir H, pl.\ I, fig, i, & K K, fig. 2. On le puife dans ce réfervoir, & on remplit une grande chaudière cinq avec le vefou qu’on a recueilli au fortir du moulin, dans un bac ou réfervoir K, fig. 2; quelquefois même ce vefou coule de lui-mème, & à mefure qu’on l’exprime dans la grande chaudière F.
- 15. Suivant fa qualité plus ou moins grade, on verfe dedans de la leflive de chaux & de cendre, même quelquefois de la chaux, de la cendre pure & de l’alun ( 13 ) ; puis on leve les écumes.
- 16. On palfe fucceflivement le lîrop dans piulîeurs chaudières 4,3,2 , r , ajoutant toujours de la leflive de chaux & de cendre, & écumant avec foin. Lorfque le firop a été bien clarifié dans la derniere chaudière 1, 011 le met à fon degré de cuill'on, & on le dépofe dans un bac pour fe rafraîchir. Si le vefou eft bien cuit & bien dégraiifé , il s’y forme une épailfe croûte de fucre , il fe dépofe du grain fur les côtés , il s’en précipite au fond ; mais fi le firop a été mal dégraiifé, ou s’il n’a pas été cuit à fon degré précis , alors le grain ne fe fépare du firop (a) qu’imparfaitement & quand il efl: tout-à-fait refroidi. Quoi qu’il en foit, on remue fortement le grain avec le firop , & l’on tranfporte avec des baflins le firop encore chaud dans des canots qui
- fait la première partie d’un ouvrage bien plus intéreflant & plus complet. Les raffi-neurs de l’Europe,mieux inftruits, auraient pu perfectionner leur art. Ce n’eft pasaiî'ez pour le perfectionnement des arts,de décrire avec foin ce qui fe fait dans une partie du monde; il faudrait toujours bourdonner lieu à des comparaifons utiles, développer , expofer , détailler ce qui fe fait par-tout ailleurs relativement aux mêmes objets. L’expofé des diverfes préparations des matières qu’on envoie en Europe pour les raffineries, aurait certainement donné aux raffineurs Européens de nouvelles idées qui auraient pu fervir à la perfection de l’art. Nous aurions même entrepris cet ouvrage, fi nous n’avions pas fenti qu’il ferait un fupplément auffi étendu que la defcrip-tion à laquelle il aurait été ajouté. La crainte d’être blâmés par quelques lecteurs, nous a forcés de nous borner à joindre feulement quelques notes au texte. On trouvera quelques lumières dans l’article Sucre de l’Encyclopédie de Paris, dans Miller : Tome XK
- voyez encore Réflexions politiques fur le commerce des colonies de France, par M. Weuve, chap. XIII jufqu’au XVIII.
- ( 13 ) On n’emploie à S. Domingue aucun alun dans la fabrication du fucre. On le regarde même comme nuifible à la fanté. L’alun efl: un fel compofé d’acide vitrio-lique uni à une terre argilleufe : il efl: fort aftringent, & fa caufticité n’eft pas moins grande. Plufieurs médecins de réputation en condamnent l’ufage intérieur dans la médecine, quoiqu’adminiftré en très-petite dofe : tels font MM. Cartheufer & Baron. D’autres médecins en admettent l’ufage avec précaution, en certains cas feulement, & en fort petite dofe.
- (a) Je fais que dans les raffineries on appelle le firop une fubftance vifqueufe ou muqueufe , qui fe fépare du grain ; mais comme on a coutume de nommer firop le fucre fondu dans l’eau & qui n’eft point cryftallifé, je ne ferai point difficulté d’enr-ployer quelquefois ce terme dans cette lignification.
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- font à l’endroit où l’on doit emplir les barriques. ( 14)
- 17. Quand le firop efl alfez refroidi pour qu’on puiffey tenir le doigt, on emplit les barriques qui font défoncées d’un bout, & pofées ce bout en-haut , l’autre repofe fur un plancher de grillage, qui couvre une grande citerne où doivent fe raffembler les firops.
- 1 ig. On fait au fond des barriques qui pofent fur le grillage, deux ou trois trous dans lefquels on paife quelques cannes, pour que le firop puiffe s’écouler fans emporter le grain.
- 19. On emplit, comme je l’ai dit, ces barriques du firop qui eft dans les canots lorfque fon degré de chaleur permet d’y tenir le doigt ; car fi 011 le verfait trop chaud & avant que le grain fût formé , on perdrait beaucoup de fucre qui tomberait avec le firop dans la citerne. Si on le laiifait trop refroidir, le firop congelé relierait en grande partie avec le grain ; mais quand on obferve le degré que nous venons d’indiquer, une partie du firop coule dans la citerne, & il relie dans les barriques un fel elfentiel plus ou moins brun , qu’on nomme le fucre brut ou la mofcouade. Plus il y a de grains, moins la mofcouade bailfe dans les barriques : mais ellejbailfe néceflairement dans toutes les barriques ; ce qui oblige de les remplir avec de la mofcouade, qu’on tire de quelques barriques qui ont purgé leur firop.
- . 20. On fonce les barriques ( 1 f ) après qu’elles fe font purgées, & on les. envoie aux ralfineurs d’Europe. On conçoit aifément qu’il doit y avoir de ces mofcouades de bien des qualités différentes, fuivant la nature du terrein qui a produit les cannes , fuivant l’habileté du raffineur , qui a mieux dé-graiîfé le vcfou & cuit le firop à un point convenable , & fuivant qu’on a laiffé le grain fe purger plus ou moins de fon firop ; car une belle mofcouade peut fournir plus de | de fucre blanc, pendant que d’autres tombent prefqu’en-tiérement en firop. La bonté du fucre brut, ou de la mofcouade, confifle en ce que le grain foit gros, qu’il foit clair 8c tirant fur le blanc, qu’il foit dur, fec & bien purgé de firop : de plus, il ne doit point fentir le brûlé, ni avoir d’aigreur.
- zi. Comme la principale perfedion des fucres bruts dépend de ce qu’ils
- ( 14) Le moyen le plus fûr de tirer de beau fucre des cannes après la leffive faite, c’efl de jeter dans les chaudières qui font fur le feu , lorfqu’elles commencent à fré-ipir avant fe bouillonnement, une grande quantité d’eau avec un, feau : ce qui fait monter fur-le-champ l’écume , qui par cette méthode peut être enlevée d’un feul coup d’écumoirè, au lieu de cinquante qu’il en faut donner lorfqu’on n’emploie pas cette
- eau froide. Il efl certain que plus on jette d’eau dans ces chaudières, plus aifément on les écume , & plus le fucre devient beau, C’efl aujourd’hui une pratique adoptée à S. Domingue.
- (19) L’édition de Paris dit, on enfonce les barriques. Enfoncer c’efl rompre avec effort, foncer une barrique c’efl y mettre y ajufler , y adapter le fond. On fonce un tonneau, on enfonce une porte.
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- foient plus purgés de firop, on a pris l’habitude de mettre le vefou clarifié & cuit en firop dans de grandes formes & de le terrer ; ( 16) enfuiteon cafle les tètes des pains, qui fontreftées brunes ; & après avoir deiféché les pains à l’étuve, on les pile pour en faire des caffonades plus ou moins blanches, fuivant le foin qu’on a pris à clarifier le firop & à le terrer : ainfi ces caffonades lie font autre chofe que du fucre mis en poudre. On retire aufiï aux isles du fucre des écumes & des firops qui fe font écoulés dans la citerne : on clarifie même du fucre comme en Europe. Mais je ne m’étendrai point fur tous ces articles , parce qu’ils feront compris dans fart du raffineur , qui fait l’unique objet de cet ouvrage ; tout ce que nous avons dit du travail qui fe fait en Amérique , n’étant que pour faire comprendre d’où dépendent les différences qu’on apperçoit entre les mofcouades & les caffonades qu’on apporte en Europe. Le travail des fucreries & des raffineries des isles devant être traité à part par quelqu’obfervateur qui fera à portée de travailler fur les lieux même, je me contenterai de dire qu’on reçoit des isles, i°. du fucre brut ou mofcouade ; 2°. du fucre paffé ou caffonade grife *, 30. du fucre terré ou caffonade blanche ; 4°. du fucre raffiné & pilé. ( 17 )
- ( 16 ) Pour terrer le fucre dans les formes qui font des cônes, on les renverfe la pointe en-bas, on met fur le fond ou la bafe une terre argilleufe pure, qui nefafie aucune effervefcence avec les acides végétaux : elle doit être blanche, être détrempée à propos, retenir un peu l’eau, la laiffer cependant écouler peu à peu : cette eau , en s’échappant , emporte infenfiblement le firop , & le dégage des grains du fucre qui relie plus pur & plus blanc. Cette ar-gille relfemble à la terre à pipe d’Angleterre, ou à celle dont on fait les pipes à Goudaou à Rouen.
- ( 17 ) Avant d’entrer dans le détail du raffinage du fucre de cannes, nous ferons ici quelques obfervat'ions générales furie fucre. Le fucre en général eft un fel effen-tiel, cryftallifable, d’une faveur douce & agréable , difloluble dans l’eau , contenu plus ou moins abondamment dans les fucs ‘de grand nombre de végétaux : celui qui 'en renferme la plus grande quantité qui nous foit connue , eft le rofeau décrit ci-deflus, qui croit dans les pays chauds, & que l’on nomme canne à fucre. Il eft fuf-
- ceptible de cryftallifation , lorfqu’on le fait cryftallifer régulièrement. Il forme alors de grands cryftaux cubiques, & c’eftce que l’on nomme fucre candi, de couleur blanchâtre , ou plus rouge , félon la méthode qu’on a fuivie. Le fucre parait compofé d’un acide uni à une quantité de terre atténnée & dans un état mucilagineux , avec une certaine quantité d’une huile douce & non volatile, laquelle eft dans un état entièrement favonneux, c’eft-à-dire, dans l’état d’une entière diffolution dans l’eau parl’in-termede de l’acide. Ce fel eft encore fort fufceptible de la fermentation fpiritueufe quand on l’étend dans une fuffifante quantité d’eau; &, comme toutes les matières, capables d’une fermentation de même nature , c’eft une fubftance qui peut fervir à la nourriture des animaux. J’ai dit que le fucre était plus ou moins contenu dans diverfes fortes de végétaux : tels font les navets , les pois verds , les choux , les plantes à graines farineufes, lorfqu’elles font vertes, les panais, toutes les efpecesde carottes, le chervi, la poirée blanche & la poirée rouge ou betterave ; telles encore diverfes O o 0 ij
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- Réception des barriques.
- 22. Quand les barriques de fucre arrivent dans la raffinerie, on les pe<e pour venue! fi la réception eft conforme à la fa&ure , & on les dépofe dans un magafîn bas ou dans un fellier qui doit être fec. On les y arrange en les engerbant les unes fur les autres, comme on le voit pi. II, fig. i , par la porte d’un pareil magafîn qu’on a laide ouverte dans la figure, pour qu’on pui.de appercevoir cet arrangement. Ces banques reftent dans ce ma-gaiîn, où l’on a rangé féparément les mofcouades & les caifonades blanches. Il eft d’une grande conlëquence que les magafins dans lefquels on met les lucres bruts ioient carrelés & difpofés en pente ; & que dans la partie la plus baffe du magafîn , il y ait un ou deux trous enfoncés d’une couple de pieds en terre, dans lefquels fe raifemblent les fîrops , qui lie cedent de couler des barriques de fucre brut que quand les barriques font caffées. Sans cela, on ferait dans une mal-propreté extrême, & l’on ne pourrait approcher des barriques , ni les rouler, làns être pris comme à la glu ; au lieu que le firop s’égouttant dans les trous dont on vient de parler , on a foin de l’en retirer à mcfure qu’ils s’emplident : avec cette attention, le magafîn refte propre, & il n’y a rien de perdu. On reçoit des fucres bruts & blancs dans des barriques qui ne pefent que 700 à 800 lorfqu’elles viennent de la Martinique : les fucres bruts & blancs de S. Domingue arrivent dans des barriques de 1200 à iyco..
- Du lieu ou font placés les bacs à fucre, & du travail qiùon y fait.
- 23. Dans le magafîn que nous venons de décrire , ou bien à côté, on
- racines que les fauvages mangent, & que nous connaifions peu. M. Mtirgraf a fait diverfes expériences fur plufieurs de ces plantes par des folutions, des clarifications, des égoutteniens & des imbibitions pour en extraire le fucre. Voyez dans fes opulcules traduites en français la huitième d'fiêrta-tion vvoy. auffi, les Mémoires de l’académie de Berlin , 1747 , Magafîn de Hambourg, tome VIII. Divers aibres & arbuftes peuvent autTi fournir du fucre ; tels, l’trable, le bouleau & d’autres , tels le rofeau-arbr.e ou le rofeau-mambu des Arabes. & Yapocinum des Egyptiens. Les (auvages & les f rançais du Canada tirent du lucre d’une forte d’érable nommé par les Anglais fugar maple , par les Iroquois ozecketa:, & décrit par Ray fous le nom d’acer mon*
- tanum candidum. C’eft Yërable rouge , plaine ou plane des Français. Il y a encore une autre efpece d’erabîe à fucre,que Gronovius & le chevalier Linné défignent par accr folio palmato angulato , flore fere apelato fqflfili , fruciu nedunculato corymboro. Gronov. Flora Virgin. 41, & Linn. Hort. Upjal. 49. Voyez les Mémoires de l’académie de Stockholm , Mémoires de M. Kalm , année 1751, tome XIII. Nous ne faifons qu’indiquer rapidement ces plantes à fucre , pour fervir de fupplément à notre auteur qui n’en a point parlé ; comme fi le rofeau qu’il décrit était la feule plante qui pût fournir le fucre : c’eft la feule , il eft vrai, qui le donne en quantité & avec profit
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- eonftruit en colombage revêtu de bonnes planches de chêne , quatre bacs pour la mofeouade, & deux pour la caffonade : ces bacs font des loges qui ont environ douze pieds en quarré ; elles font revêtues de planches arrêtées à demeure fur trois de leurs côtés ; le plancher du bac eft anlii planchéié , & forme un gradin élevé d’environ fix pouces au-deifus du plancher de la chambre : le devant eft ouvert ; mais à mefure qu’on met du fucre dans les bacs, on pofe horizontalement fur le devant, des planches dont les deux bouts font reçus dans de profondes rainures pratiquées fur une des faces des poteaux qui forment le devant des cloifons qui fé-parent les bacs : ainfî le devant de ces bacs fe ferme comme la plupart dès boutiques de marchands, à cela près que les planches , au lieu d etre pofées verticalement, le font horizontalement.
- 24. On voit dans la pL //, fig. 2, trois bacs pour le fucre brut ou la mofeouade ; celui marqué A eft prefque plein, & garni de planches juf-ques vers le haut ; celui coté B n’eft rempli qu’à demi , & n’eft garni de planches que jufqu’à la moitié de fa hauteur ; celui marqué C eft prefque vuide , & n’eft garni que des deux premières planches.
- 25. Ces bacs font deftinés à recevoir les mofeouades de différentes qualités. On les diftingue en quatre claffes : l’un fe nomme le deux ; c’eft dans celui - là qu’on met le plus beau fucre & de la première qualité , dont on fait les pains de deux livres; l’autre fe nomme le trois , c’eft-à - dire , que le fucre qu’il contient eft employé à faire des pains de trois livres, & eft réputé de la feeonde forte.
- 26. Le troifieme bac fe nomme le quatre ou le fept : la mofeouade qu’on y dépofe , s’emploie à faire les gros pains de ce poids.
- 27. On met dans le quatrième bac la mofeouade la plus brune & la plus graife qui fe trouve dans la couche des barriques où le firop fe dé-polë plus qu’ailleurs ; on la nomme barboutte, parce qu’on en fait de gros pains qui portent ce nom , & qui pefent cinquante à îbiXante livres , lorf-qu’ils font purgés de leur firop : il y en a même de fieptante & plus ; on verra dans la fuite , que ces gros pains , après qu’ils ont été bien purgés de leur firop , font employés comme matière première , pour fabriquer le fucre raffiné.
- 28- Il eft bon d’être prévenu que les dénominations de deux , de trois y de quatre- & de fept font imaginaires : elles ne fervent q-ju a défigner les 'différentes natures de fucre brut; car on verra ci - après qu’on peut faire de beau fucre & de petits pains avec la mofeouade qui a été dépofée dans le bac pour le numéro quatre. Il n’y a que le fucre appelle barboute, qu’on, ne peut fe difpenfer de fondre pour le rendre propre au raffinage.
- 25. Les dénominations de pains en petit deux & grand deux > de même
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- qu’en ttois, quatre 8c fept, n’ont pas même de relation avec le véritable poids des fucres raffinés j car le petit deux pefe depuis deux livres & demie jufqu’à deux livres trois quarts ; le grand deux, quatre livres à quatre livres 8c demie ; le trois, environ lîx livres & demie > le quatre dix livres, & le fept entre feize & dix-huit livres.
- 30. A l’égard des caffonades, il y a bien des raffineries où l’on ne fait point de triage ; alors on peut fe contenter de n’avoir qu’un feul bac : dans d’autres, où l’on met à part les plus belles caffonades blanches pour les raifons que nous expliquerons dans la fuite, on a deux bacs , le fécond fervant à recevoir les caffonades grifes ou qui font un peu grades. Au relie, les bacs pour les caffonades font entièrement femblables à ceux qui fervent pour les mofcouades.
- 31. On roule les barriques du magafin , pL Il, fig. 1, devant les bacs à fucre, fig. 3 ; on les dreffe fur un de leurs bouts, puis on les caffe comme nous allons le dire, (a)
- Maniéré de cajfer Us barriques , & de faire le tri.
- 3 à. Les barriques étant dreffées vis-à-vis les bacs fur un de leurs bouts, plu-fieurs ouvriers emportent, avec une efpece de couperet qu’on nomme ferpe ; d’autres, avec un tire-clou ou pied de biche , détachent le cercle qui ell arrêté avec des clous dans le jable} ils enievent le fond fupérieur j enfuite à grands coups de ferpe ils coupent les cercles qui font autour de la partie fupérieure des barriques, à la réferve de deux ; ils retournent enfuite la barrique fur l’autre bout i ils enievent le fécond fond, coupent les cercles, à la réferve des deux ci-deffus , & ils arrachent les clous qui les tiennent ; puis ils coupent ces deux cercles réfervés vers la partie fupérieure des barriques, laquelle fe trouve pour lors en-bas. Auffi-tôt les douves s’écartent par le poids du fucre qui tombe en un monceau.
- 33. Les mêmes ouvriers ramaffeiat les douves fes unes après les autres , & ils les ratiffent avec le tranchant de la ferpe ou avec une truelle, pour en détacher le fucre qui y ferait relié attaché,/?/. II, fig. 6; & ils jettent à l’écart les cercles 8c les douves , qui ferviront à allumer le feu fous les chaudières.
- 34. Sur-le-champ d’autres ouvriers, comme on en voitun/%. 7, fépa-rent avec des pelles ou même avec les mains, les différentes qualités de fucre qui fe trouvent dans les barriques ; une même barrique contient fou-vent du deux, du trois , du quatre, du fept 8c du gras ou barboute. Autrefois
- (a) Cajfer les barriques eft le terme r.equ dans les raffineries, ainil que faire le tri, pour dire trier les différentes efpeces de mofcouade & de caffonade.
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- ôn faifait ce triage avec beaucoup de foin ; mais maintenant on n’y apporte pas beaucoup d’attention. Les ouvriers mettent avec leurs pelles chaque forte de mofcouade dans le bac qui lui convient : c’eft ce qu’on appelle dans les raffineries faire le tri ou trier le fucre.
- 35. Pour terminer ce qui regarde cet article , fuppofons que chaque forte de mofcouades ou de caifonades eft mife dans les bacs , &. qu’on va commencer un raffinage. Il faut porter le fucre aux chaudières : pour cela on met vis-à-vis les bacs un bloc, 8c deifus un baquet H. Deux ouvriers mettent avec des pelles du fucre brut dans le baquet ( a ) , pendant que les autres fuc-ceffivement prenant le baquet, comme 011 le voit fg. 11, le portent aux chaudières.
- 36. Dans le même endroit où font les bacs, ou tout auprès , il y a la pile pour mettre les caifonades blanches en poudre , & le crible pour les paf-fer; mais comme ces fucres en pondre font deftinés à former le fond des pains, nous remettrons à en parler dans le lieu qui eft deftiné à décrire cette opération.
- De l'attelier ( ou halle aux chaudières ) , ou ton clarine & ou ton cuit le fucre.
- 37. On fe fert, pour porter les mofcouades ou les caifonades aux chaudières, d’un baquet fait de bois blanc & léger, cerclé de fer, & garni de deux anfes par où deux hommes le prennent & le pofent fur le bloc ; 8c quand il eft rempli par ceux qui ont les pelles en main , l’un tournant le dos au baquet, 8c l’autre le prenant devant lui, ils faillirent le baquet par le jable , comme on le voit, & ils le portent à la chaudière.
- 3g. On a mis devant la chaudière,/?/. 777,/g. 1 , une planche a , ap-pellée collet, échancrée cireulairement d’un côté , pour embraifer la rondeur de la chaudière; & de l’autre côté , cette planche eft taillée quarrément. S011 ufage eft d’empêcher les baquets , qui ont une certaine pefanteur, d’endommager la table de plomb qui couvre la banquette au-devant des chaudières. Dans quelques raffineries 011 met une haufle b fur le collet, & les ouvriers qui apportent les baquets remplis de fucre les pofent fur cette haulfe : après quoi ils montent fur des marche-pieds femblables à c ; ils enlevant les baquets & verfent le fucre dans la chaudière. L’ufage de cette haulfe eft tout-à-fait inconnu dans bien de raffineries. Les mêmes ferviteurs qui apportent le fucre dans des baquets, les pofent fur le collet, puis ils l’enlevent eux-mêmes julqu’au bord de la chaudière, & le vuident en l’inclinant avec pré-
- (a) 11 eft tout auffi commode d’emplir fucre par - deffus les bords, & à fouler les baquets avant de les pofer fur le bloc : fous les pieds celui qui peut tomber, on eft même moins expofé à répandre le
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- caution. On épargne par-là deux hommes qui font en pure perte, montés fur les plombs ou fur des marchepieds , pour attendre & vuider les baquets. C’efî: pour cela qu’il eft avantageux que les chaudières foient enfoncées en terre ; celles qui font trop élevées exigent qu’on monte fur un gradin c : les chaudières de la pl. II font allez balles pour qu’on puiife le paifer des gradins qui font néceffaires pour fervir les chaudières de la pi. III.
- 39. Lorsqu’on mêle avec le fucre brut des firops fins qui fe font écoulés des fucres raffinés, on met fur la chaudière, pl. III, fig.% , qu’on veut remplir , deux pièces de bois aifemblées avec des entre-toifes ,fig. f, fur l’éva-îement qui eft au-deifus de cette chaudière ; ces pièces fe nomment le porteur i & on arrange delfus fix pots remplis de firop , afin qu’ils aient le tems de s’égoutter dans la chaudière chargée déjà de Ton eau de chaux ; car l’eau de chaux fe met avant tout dans les chaudières. L’eau de chaux demande un détail particulier; mais auparavant il èft à propos de donner une idée générale de la difpofition de l’attelier où font les chaudières deftinées foit pour clarifier, foit pour cuire le fucre , tel qu’il eft repréfenté dans la pl. II, deffinées avec beaucoup de foin par M. des Friches , qui joint à une grande fagacité pour le deffin, beaucoup de counailfances fur l’art que nous traitons.
- D&fcription de t attelier ou font les chaudières.
- 40. On voit dans cet attelier, pl. Il ,fig. 4 , une ou deux grandes cuves qui fervent à faire l’eau de chaux : 011 les nomme pour cette raifon bacs à chaux. Dans quelques raffineries , le bac à chaud eft un baffin de maçonnerie : on fe procurerait une grande commodité , fi ce baffin pouvait être aifez élevé pour qu’étant percé au tiers de fa hauteur , l’eau de chaux pût fe rendre par un tuyau dans les chaudières.
- 41. Comme cet attelier doit être tout près de celui où font les bacs à fucre , on voit dans la pl. II, fig. 11 , la porte qui communique de l’un à l’autre, & un ferviteur qui remporte un baquet vuide. Cette même porte eft repréfen-tée dans la vignette inférieure, fig. 11, avec deux ferviteurs qui portent un baquet plein. Il eft bon auffi d’avoir auprès du même endroit l'empli, c’eft-à-dire, l’endroit dans lequel on met le fucre dans les formes : on voit cet empli par l’ouverture de la porte ns. 12. Nous expliquerons dans la fuite les opérations qui s’y font.
- 42. Dans les raffineries, il y a quatre chaudières faites de feuilles de cuivre aifemblées avec des clous rivés : le fond qui eft la feule partie expofée au feu, doit être d’une feule piece fort épailfe : deux de ces chaudières font deftinées à clarifier le fucre. ; une feule à cuire le fucre clarifié. Dans plufieurs raffineries, il n’y a que ces trois chaudières ; dans d’autres , une quatrième
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- qui icrt à pafler & à raccourcir, c’eft-à-dire, à concentrer les écumes ; 8c au défaut de cette quatrième chaudière , on fait les écumes ( c’eft le terme uficé ) dans une de celles à clarifier. Num. 1 3 , /?/. II, repréfente une chaudière à clarifier, qui 11’eft point bordée. Le, num. 14, une autre chaudière à clarifier, mais qui eft bordée.
- 43. Nota. Que la partie perpendiculaire qu’on voit fur le derrière des chaudières, num. 1,2, 3,4, pl. lil, eft de cuivre, & qu’elle eft jointe avec les chaudières. On augmente prefque du double la capacité des chaudières, en mettant fur le devant une bordure ceintrée qui eft de feuilles de cuivre rivées fur une barre de fer : c’eft ce qu’on appelle la bordure ou le bord, qui fe joint avec la chaudière au moyen des crampons de fer qu’on voit dans la pl. III ,fg. 8. On la voit en place dans les pl. Il & III.
- 44. On voit encore à la partie poftérieure des chaudières montées, une efpece d’évafement en forme d’entonnoir. Comme cette partie qu’on nomme le glacis ou œuvage 11’eft point expofée au feu , elle eft revêtue de plomb ; elle fert à rejeter dans les chaudières le fucre fondu qui pourrait fe répandre , & à contenir les écumes qui, en fê gonflant trop, fe répandraient par-def-fus les bords des chaudières ; c’eft pour cette raifon que dans plufieurs raffineries on met fur cette bordure un fécond bord , pl. III, fig. 1 , garni de deux oreillons qui s’étendent fur le glacis ou évafement garni de plomb. Dans les raffineries où l’on ne fait point ufage de cette fécondé bordure, 011 emploie un boudin de toile bourré de paille, & mouillé,/?/. Ill, fig. 22, qu’on pofe fur la première bordure, quand on voit que l’écume monte 8c qu’elle eft fur le point de fe répandre par-deffus la chaudière.
- 4f. Quoique ces bordures joignent aifez exactement, on inféré dans les joints des chiiïbns de vieille toile, qui empêchent que le fucre fondu ne fuinte. Ces chiifons s’appellent loques en terme de raffinerie. On clarifie le fucre dans les chaudières 1 &/2, pl. III.
- 46. La chaudière 3 fert pour raccourcir , ou, en termes de l’art, pour faire Us écumes. Nous avons dit qu’il y a plufieurs raffineries où cette chaudière manque: en ce cas, on fait les écumes dans une des chaudières à clarifier. La chaudière aux écumes eft repréfentée en particulier dans les pl. II 8c III, num. if.
- 47. Le num. 16 de la pl. Il repréfente la chaudière à cuire. On n’ajoute point de bordure à celle-ci. O11 voit auprès de cette chaudière un contre-maitre qui tient de la main gauche un bâton de preuve, qu’il prend de la droite pour connaître fi le fucre eft à fon degré de cuilfon.
- 48. On voit au num. 17, pl. Il, une chaudière qui n’eft point montée fur un fourneau, mais qui, à raifon de fa grande profondeur, eft enfoncée en terre & fcellée dans une maçonnerie folide. On la nomme chaudière à clairces
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- (a) parce qu’on met dedans le fucre clarifié jufqu’à ce que la chaudière à cuire Toit en état de le recevoir. On a -repréfenté cette chaudière en particulier dans la pl. III, fig. io,aEn qu’on punie voir comment on y établit un panier, dans lequel eft un. drap ou blanchet qui fert à filtrer & achever de dépurer la clairce. On tient cette chaudière couverte avec une ferpilliere ou un couvercle de planches, pour que la poufliere du charbon ne puilTe y tomber & falir la clairce, comme on le voit dans la pl. II, fig. 17.
- 49. Toutes ces chaudières, excepté celle à clairce , laquelle contient feule trois & quatre fois autant que chacune des autres, font à peu près de même grandeur; elles font prefque cylindriques, & ont environ quatre pieds quatre pouces de diamètre en-dedans ; leur fond eft plat: elles pefent environ trois cents livres : les planches qui en forment les bords, ont trois quarts de ligne d’épaiifeur ; mais le fond eft épais de deux lignes. Autant qu’il eft poflible , on établit la chaudière à clairce tout auprès de celle à cuire, pour qu’on puiife promptement & commodément remplir la chaudière à cuire. Il y a même quelquefois une efpece de bâche ou dalle, dans laquelle on verfe la clairce qui fe rend dans la chaudière à cuire par un tuyau qui y communique.
- fo. Les éminences en dos de bahut, d, pl. II & III, qui font entre les chaudières, fe nomment les coffres. Ils font formés par les glacis ou entonnoirs de plomb qui font à la partie poftérieure des chaudières, & intérieurement ils contiennent les ventoufes dont nous parlerons dans la fuite. Sur un de ces coffres, entre les chaudières num. 14 & if, pl. //, eft établie la dalle qui fert à conduire le firop clarifié des chaudières à clarifier, dans la chaudière à clairce. On verfe avec une grande cuiller nommée pu-cheux , pl. III, fig. 15 , le firop clarifié , dans le badin A de la dalle , pl. III, fig. 1 f , qui fait l’office d’entonnoir. Le fucre clarifié étant conduit par le tuyau B de la dalle, fe rend par fa propre pente fur le blanchet qui couvre la chaudière à clairce, pl. III, fig. 10. On voit toutes ces chofes dans leur fituation fur la pl. II.
- fi. Le devant des chaudières & des coffres forme une plate-bande e e, pl. III, ou une banquette dont le devant eft bordé d’un gros boudin qui s’élève d’environ trois pouces 5 & le tout eft recouvert d’une table de plomb qui s’incline un peu par un ruiffeau vers des trous //,/?/. III, qui font entre les chaudières : tout cela fe voit fur le plan en perfpetftive de la pl. II. Ces trous qu’on nomme des poêles ou écuelles, font revêtus de cuivre, & figurés en timbales comme les poêles des confifeurs. Cette difpofition eft très-bien entendue pour recevoir le fucre qui fe gonfle, & qui palfe affèz fou-
- (a) Le mot clairce eft en ufage dans les raffineries: il exprime en un feul mot le firop clarifie'.
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- vent par-deffus les bordures quand on clarifie, ou même le fucre clarifié, lorfqu’il paffe par-deiTus les bords de la chaudière à cuire.
- En g, pl. III, font les ouvertures pourjes cendriers, & l’on voit à côté les portes par lefquelles on met le charbon Tous les chaudières , & qui répondent à la fournaife.
- Sb Tout cela fe voit encore très'-clairement dans la pi. IL Néanmoins ceci fera éclairci quand nous détaillerons comment les chaudières font montées fur. leur fourneau. Au num. 9, pl. III, eft un tas de charbon de terre, & un ferviteur qui en ramaffe avec une pelle creufe ,pl. III ^fig. 14, pour le jeter dans les fourneaux. Il y a toujours, dans ces atteliers, un gros tas de charbon de terre : car on ne chauffe point les chaudières avec du bois.
- Ï4. N°. 18, pl. II, eft une futaille dans laquelle on met le lang de bœuf qui fert à clarifier le fucre. On le met fouvent hors de l’attelier à caufe de fa mauvaife odeur.
- SS- La fumée des fourneaux fe diilipe par les cheminées cotées n, pl. III. Mais il s’échappe des chaudières une telle quantité de vapeurs , que quand l’air eft épais, & que le feu eft allumé fous les quatre chaudières, à peine voit-on clair: c’eft pourquoi il n’y a point de plancher au-deffus des chaudières. On pratique même au toit, des lucarnes en demoifelles, qui font deftinées à faciliter la dillipation des vapeurs*.
- Au num. 19, pl. II, font des efpeces de rabots, comme ceux dont fe fervent les maçons pour bouler leur mortier ; il y en a de différentes formes : tous fervent à remuer la chaux dans le bac. On les nomme mouve-chaux , ou mouverons du bac à chaux.
- Ç7. Au num. 20 , pl. II, eft la porte d’une étuve. Maintenant qu’on a une idée générale de la difpofition des différens uftenciles qui doivent meubler la halle aux chaudières, nous allons entrer dans quelques détails, & nous commencerons par expliquer comment les chaudières font montées fur leurs fourneaux.
- ' Etablljjement des chaudières.
- 58. On voit en A, pl. III, les portes par [lefquelles on met le feu fous les chaudières , & en g une arcade qui conduit au cendrier. Comme les chaudières ne reçoivent l’adion du feu que par le fond, il faut imaginer qu’elles font reçues dans Un maffif de maçonnerie, comme on le voit en A , pl. III ,fig. 7. B eftla fournaife dans laquelle brûle le charbon de terre qu’on jette par la porte C.
- 59. On fait que le charbon de terre ne brûle point, s’il 11’eft continuellement animé par un courant d’air. C’eft pourquoi 011 le jette fur une grille
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- de fer, fous laquelle il y a un grand cendrier de cinq pieds de profondeur D , fig. 7 , qui reçoit l’air extérieur par une galerie E F, pl. III > fig. 17 , qui aboutit à l’arcade g, pl. 111. Pour concevoir la difpofition de cSs galeries , il faut lever les planches num. g, pl. III, qui font vis-à-vis les arcades dont nous venons de parler. Alors on découvre des enfoncemens E , pl. III> fig. 17, dans lefquels on defcend avec une échelle pour apperce-voir les embranchemens ou galeries F, qui vont répondre au cendrier D, qui eft fous la fournaife B , fig. 7. On defcend effedivement dans les cavités E , pour retirer avec un crochet ou fourgon les cendres qui fe font amadées dans les cendriers D , pl. III, fig. 7 & 17 , en les attirant dans l’enfoncement E par les embranchemens F, qui ont dix - huit à dix - neuf pouces de largeur fur deux pieds de hauteur fous clef : on conçoit que les galeries EF fourniifënt une grande quantité d’air qui anime le feu pofé fur les grilles en B , fig. 7 & 1 8.
- 60. Tous ces embranchemens F font voûtés en briques ; mais les cavités E, qui ont environ trois pieds de largeur fur cinq de profondeur, font couvertes par des planches, comme on le voit/»/. III ; ou bien on les couvre avec des grilles pour que l’air entre encore plus librement dans les galeries. Quand on s’apperçoit que le feu ne brûle pas avec allez d’ardeur, il faut donner entrée à Pair des cendriers ; & pour cela on paife un crochet de fer entre les barreaux qui forment la grille de la fournaife B. Ces barreaux ont trois pouces & demi de groifeur.
- 61. Pour finir le fourneau , il ne refte plus qu’à donner une ilfue à la fumée. On pratique pour cet etfet, dans le maflif de la maçonnerie , des tuyaux circulaires G, pl. III, fig. 18, d’un pied de hauteur fur fix pouces de largeur , qu’on nomme ventoufes ou évents. Ils partent des fournaifes B , pl. III, fig. 18 s & vont aboutir aux cheminées H, qui ont vingt - huit pouces de largeur fur dix - huit d’épaiifeur. Il y a trois ventoufes à chaque fourneau ; & en certains endroits , elles palfent les unes au-deifus des autres, G ,fig.7 & 19.
- 62. Enfin les bouches extérieures, pl. II & III, qui ont dix-huit à vingt pouces d’ouverture , & qui font fortifiées par de bonnes barres de fer , font fermées par des portes de fer battu.
- 6j. La difpofition que nous venons de donner pour exemple étant pour trois fourneaux , celui du milieu reçoit deux galeries, & fes ventoufes aboutirent à deux cheminées. Mais quand il y a quatre chaudières, chaque fournaife ne reçoit Pair que d’une feule galerie •> ce qui exige un petit changement dans la conftrudion : on l’imaginera aifément.
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- Des bacs à chaux, & des, opérations qui y ont rapport.
- 64. L’eau de chaux eft une fubftance âcre & alcaline, qui a beaucoup d’affinité avec les matières grades ou muqueufes, avec lefquelles elle fait une fubftance favonneufe : c’eft pour cette raifon qu’on en fait grand ufage en chymie, pour dégraiifer les fucs dépurés des plantes lorfqu’on veut en retirer les fels effentiels. C’eft auffi dans cette vue que , pour dégrailTer le lucre fondu, ou emporter ce qu’il a de plus vifqueux ou muqueux, & faciliter la réparation du grain , on en fait un grand ufàge dans les raffineries. Une de fes propriétés eft de donner plus de corps à l’écume , qui fans cela le préfente beaucoup plus molle; enforte qu’elle eft fujette à palier au travers des trous de l’écumerelfe ; au lieu qu’avec le lecours de cette eau de chaux l’écume eft plus épaifle ,plus détachée fi l’on peut fe fervir du terme .plus grai-née : alors l’écumerelfe la retient aifément.Mais fa propriété la plus elfentielle eft de rendre le firop clarifié moins huileux , moins' filant, & de lui donner parla, lorfqu’il eft clarifié & cuit, la facilité de former fon grain. Sans elle plu-fieurs matières , meme allez blanches, 11e produiraient dans les chaudières de l’empli & dans les formes , qu’une pâte épailfe, pleine d’un grain très-fin, très-mollet, dont le firop aurait beaucoup de peine à fe féparer.
- 6Voici comment on fait l’eau de chaux. O11 établit, pl. II ^ fig. 4, ou pL. III) fig. 6, fous le robinet qui vient du réfervoir, ou tout auprès de ce réfervoir, une grande cuve de bois de chêne cerclée de fer : elle a ordinairement neuf pieds de profondeur fur fix pieds de diamètre en-dedans. Elle entre en terre de fix pieds, étant reçue dans un maffif de maçonnerie qui a fept à huit pouces d’épailfeur, & elle excede le terrein de trois ou quatre pieds. On met dans cette cuve qu’on nomme le bac à chaux , environ foixante poinçons d’eau, avec douze mines de chaux vive. On mouve & on bralfe l’eau & la chaux avec un mouveron , pl. II, fig. îy , qui eft fouvent cette efpece de bouîoir ou de rabot, dont les maçons fe fervent pour faire leur mortier , & l’on mouve tous les foirs, pour que l’eau ait le tetns de s’éclaircir pendant la nuit: car il ne faut point que l’eau qu’on met dans les chaudières foit trouble. C’eft pourquoi, quand on travaille beaucoup, on a quelquefois, outre le grand bac à chaux,/?/. //, num. 4, un petit bac num. 21, qu’on voit au-delfous du grand, pl. II. O11 le remplit d’eau de chaux claire , avant de mettre de nouvelle eau & de nouvelle chaux dans le grand bac; car on peut compter qu’il faut environ une mine de chaux pour clarifier une chaudière de fuere.
- 66. De tems en tems on vuide le grand bac, & l’on jette dans un trou qui eft dans la cour, la chaux qui s’eft amailee au fond : elle peut lervir à faire du mortier pour les maçons, quoiqu’on prétende qu’elle foit moins bonne que celle qui n’a pas été lavée.
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- 67. J’ai déjà dit que dans les raffineries nouvellement établies , on avait fait le bac à chaux en maçonnerie s & que quand il était poffible de l’établir plus haut que les chaudières, comme ferait le réfervoir A,/?/. III, on pouvait conduire l’eau dans les chaudières par des tuyaux i ce qui épargnait beaucoup de travail. Mais il ne faut prendre i’eau de chaux qu’au tiers de la hauteur du réfervoir, afin qu’elle foit claire & qu’il ne s’y mêle point de parties terreufes. On a quelquefois fait ufage d’une pompe pour élever l’eau du bac établi trop bas ; mais il faut que le bas de la pompe ne defcende guere plus bas que la moitié de la profondeur du réfervoir : autrement elle troublerait l’eau.
- Comment on charge les chaudières.
- 68. Nous fuppofons qu’on a mis en place le collet a, pl. III, fig. 1 , vis-à-vis la chaudière qu’on veut charger. O11 place aux deux côtés de la bouche du fourneau des marche-pieds femblables à c ; ( a ) deux ferviteurs montent fur ces marche-pieds pour verfer l’eau de chaux dans la chaudière , pendant que les autres apportent l’eau de chaux dans des baquets, fig. 23 , les tenant par les aufes, comme on le voit pl. III, fig. 24* A mefure que ceux-ci arrivent, ils pofent leurs baquets fur le coljet a, & les deux ferviteurs verfent l’eau dans la chaudière , qui n’eft garnie que de fa première bordure, comme eft celle de la fig. z : car on 11e met la féconde bordure, fig. 1 , que quand le bouillon s’élève.
- 69. On remplit ainfi la chaudière d’eau de chaux jufqu’aux environs des deux tiers de fa hauteur , ou fix pouces au - delfous de fon bord, non compris la bordure : car il faut à peu près le même poids d’eau de chaux que de fucre brut.
- 70. On apporte enfuite la mofcouade ou la caffonade dans des baquets à anfes, portés par deux hommes,/?/. II, fig. 11 , & l’on achevé d’emplir la chaudière prefque jufqu’au haut de la bordure. Mais ici les deux ferviteurs qui ont apporté le baquet, le pofent fur le collet, montent eux-mêmes fur les marche - pieds, & verfent la mofcouade dans l’eau de chaux, l’élevant fort haut, non - feulement pour que le fucre fe mêle avec l’eau de chaux, mais encore pour 11e point endommager la bordure des chaudières, comme cela arriverait fi l’on pofait les baquets deffus.
- 71. Quand 011 a des lirops fins qui doivent rentrer dans le fucre, 011 met fur une chaudière, par exemple, fig. 4, pl. III, le porteur, fig. f, '& l’on renverfe deffus les pots remplis de firop , comme 011 le voit à la
- ( a ) Quand les chaudières font baffes, on fe paffe de marche - pieds.
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- chaudière de la fig. 4, où l’on a fupprimé la bordure, pour laiffer mieux appercevoir la polition du porteur & des pots qui s’égouttent.
- 72. Quelques contre - maîtres mettent du lang dans la chaudière avec la mofcouade , & font brader le l'ang avec la molcouade dans la chaudière avant d’y mettre l’eau de chaux. Je m’abftiendrai de blâmer cette pratique, qu’on prétend être jullifiée par nombre d’expériences. Mais je ne puis me difpenfer de dire qu’il femblerait plus à propos de ne mettre le lang que quand la chaudière eft prête à bouillir ; car quand on ne met le fang que lorfque le bouillon commence , l’eau de chaux ayant fait avec la partie grade du firop des molécules favonneufes, le lang qu’on jette dans le bain qui ell fort chaud, fe cuit & forme comme un réfeau qui raffemble toutes les molécules favonneufes, & les porte à la fuperficie en écumes, ce qui doit faire une parfaite clarification ; au lieu que , quand on met le fang avant l’eau de chaux, la chaux agiflant en même tems fur la grailfe du fucre & fur celle du fang , Ton aèlion fur la partie vifqueufe du lîrop en ell diminuée. Au relie j’avoue qu’il faut, pour avoir confiance à cette théorie , qu’elle foit confirmée par l’expérience ; & j’ai déjà dit qu’il y a des raffineurs qui fe croient allez fondés en expériences pour penfer différemment : cependant je puis fuppofer fans inconvénient, qu’011 ne met pas le fang dès le commencement avec l’eau de chaux, & fuivre les opérations du raffineur, pour indiquer comment on conduit la clarification.
- Maniéré de clarifier le fucre.
- 73. Pendant que les pots de Trop s’égouttent , on met du bois clair dans le fourneau : ce font quelquefois les cerceaux & las douves des barriques qui contenaient le fucre. On y met le feu, & l’on jette deffus du charbon pour faire un bon feu fous la chaudière ; ce que l’on continue pendant une heure, ou une heure & demie , ou plutôt jufqu’à ce que le fucre commence à monter.
- 74. Pendant la première demi- heure, on mouve continuellement là fucre pour faire fondre la mofcouade, & empêcher que, fe précipitant & s’attachant au fond de la chaudière , elle ne brûle. Pour mouver ainfi le fucre ( a ), on fe fert d’une grande Ipatule de bois , qui a prefque la forme d’un aviron, & qu’on nomme mouveron. Il a environ huit pieds de longueur , & la pale a fix pouces de largeur.
- 7f. Quand la chaudière commence à s’échauffer, fi l’on n’a pas mis
- ( a ) Dans les raffineries on appelle fucre n’eft autre chofe que du fucre fondu dans la liqueur qui contient le grain, & qui eft de l’eau : on a confervé le terme de firop véritablement un firop, puifque le firop pour la liqueur qui s’égoutte du grain.
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- le fang d’abord avec l’eau de chaux , l'on verbe dedans, & de fort haut, un petit feau de bang de bœuf, & l’on continue de faire agir le mou-veron.
- 76. On cefle de mouver, & le firop monte; c’eft-à-dire , que du fond de la chaudière s’excitent des vapeurs qui font paraître de tems en tems quelques frémilfemens. Alors on met la fécondé haulfe, pl. III, fig. 1 ; car la première a été placée avant de charger la chaudière , comme on le voit fig. 2 ; de forte que , quand on met la fécondé haulfe , la chaudière eft pleine prebque jubqu’au bord de la première haulfe. Elle fe trouve donc agrandie de toute la hauteur de cette haulfe ; & la fécondé fert à empêcher le bouillon de palfer par - deifus cette chaudière, & de fe répandre iùr la banquette.
- 77. Quand on a mis la fécondé haulfe, & qu’on s’apperqoit que le fucre eft prêt à jeter fes premiers bouillons, on diminue le feu en le poulfant vers un des évents, & en jetant deifus du charbon mouillé avec la pelle creufe pl. III, fig. 16, & même de beau avec le pucheux ou la grande cuiller, fig. i}. Il eft important de diminuer beaucoup le feu , pour que le fucre ne falfè que frémir ; car s’il bouillait à gros bouillons , les écumes fe mêleraient avec le fucre , & la clarification ferait manquée , ou au moins on aurait peine à les en féparer. Il faut de plus que le peu de feu que l’on conferve boit d’un côté de la chaudière , afin que le petit bouillon qui s’élève de ce côté-là , poulfe les écumes du côté oppofé, où elles fe raifemblenc jufqu’à s’élever plus haut que la fécondé bordure.
- 78. On lailfe donc monter les écumes; & quand elles font bien élevées, on éteint entièrement le feu en jetant de l’eau deifus avec le pucheux ; c’eft pourquoi l’on a foin qu’auprès des chaudières il y ait toujours des baquets pleins d’eau : 011 en voit un auprès du petit bac à chaux dans la pl. II, avec un pucheux dans ce baquet.
- 79. Quand le feu elt éteint, les écumes VafFaiifent; elles diminuent d’épaiifeur; elles fe raffermiifent, ou, en terme de l’art, elles fe fechent : ce qui exige un bon quart - d’heure. Alors , fi la chaudière eft élevée, on en approche un marche - pied femblable à c, pl. III > pour élever le clari-fieur qui va lever les écumes avec une grande écumoire de cuivre, fig. 14, qu’on nomme écumerette ou écumerejje. Cet inftrumentfe manie à deux mains, Sc avec douceur pour ne point brouiller les écumes avec le fucre. On palfe donc l’écumerelfe fous la couche d’écume ; 011 la fouleve, & on la porte fur un baquet, comme 011 le voit pl. III, vis-à-vis la chaudière fig. 2. Ce baquet k eft ainfi placé fur la banquette vis-à-vis les chaudières. On appuie le manche de l’écumerelfe fur une des aubes du baquet; 8c la tournant fur le tranchant, on lailfe quelque tems l’écumerelfe s’égoutter dans le
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- baquet. On toit devant la chaudière num. 2, un clarifieur en attitude. IL ramalfe avec foin toutes les parcelles d’écume *, il gratte même avec fou écumerelle les portions d’écume qui fe font attachées à la chaudière au-deffius du niveau du fucre ; & il met le tout ‘dans le baquet , qu’un fer-viteur dans l’attitude repréfentée par la pl. III ^ fig. 24, porte dans une chaudière roulante pour en retirer le firop fin, quand on en a raffemblé une certaine quantité, ainfi que nous l’expliquerons dans la fuite. Dans les raffineries où il y a quatre chaudières montées , on paiTe tout de fuite les écumes dans une de ces chaudières, & 011 les raccourcit fur-le-champ : ceci s’éclaircira dans la fuite. Je reviens au firop qu’011 clarifie.
- 80. Après qu’on a levé les premières écumes, le clarifieur examine 11 la clairce eft bien clarifiée 5 pour cela il plonge fon écumereffe dans la chaudière 3 il la retire 3 il la laiife un moment fe rafraîchir un peu en la tenant à plat ; puis la mettant fur le tranchant, il examine fi la nappe de fucre liquide qui coule de l’écumerelfe eft bien claire 3 car en l’oppofant au jour, il ne doit point paraître de parcelles d’écume , ni de nébulofités.
- 81. Le fucre n’eft jamais parfaitement clarifié après la levée des premières écumes 3 on achevé la clarification en donnant ce qu’on appelle des couvertures : ce qui fe fait en mêlant dans un baquet un peu de fang avec de l’eau de chaux. On verfe de fort haut ce mélange dans le fucre 3 on mouve avec le mouve-ron 3 on laiife un peu de feu fe rallumer vers un des côtés pour faire remonter une fécondé écume qu’on laiife fe fécher comme la première , & qu’on enleve de même, ce qu’on répété jufqu’à ce que la nappe qui coule de l’écu-mereffe foit très - tranfparente. On prend auffi de ce firop dans une petite cuiller à couvrir, bien nette , dont on doit voir le fond au travers du fucre , auffi net que s’il n’y avait rien dans cette cuiller.
- 82. J’ai vu des clarifieurs qui terminaient leur clarification en verfant dans le' fucre un feau ou deux d’eau de chaux , fans mélange de fang. Ils rallument le feu, puis ils le diminuent, pour laiifer former une écume légère qu’ils enlevent comme les premières j & s’ils apperçoivent des parcelles d’écume qui roulent dans le firop , ils donnent le feu un peu vif pour les déterminer à monter à la fuperficie du fucre: mais ils finiifent toujours par ralentir le feu, afin que les écumes fe forment tranquillement.
- 83. Quand le fucre liquide eft bien clarifié , on prend la dalle , pl. III, fig. 1^. On établit fon baffin fur un des coffres qui font entre les chaudières , ainfi qu’on le voit pl. II, entre les chaudières 14 & 1 j , & l’on en fait aboutir le tuyau à une chaudière qu’on nomme la chaudière à clairce, n°. 17. Il eft aifé de concevoir qu’en verfant avec un pucheux le firop clarifié dans le baffin de la dalle, ce firop fe rend par le tuyau dans la chaudière à clairce, qui a ordinairement fix pieds de diamètre fur fix pieds de profondeur. Mais
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- pour retenir toutes les impuretés de la claires, on établit fur la chaudière à clairce deux barreaux de fer qui la. traverfent, & qui fou tiennent un grand panier d’ofier , qu’on nomme panier à pajfer ; on double ce panier d’un blan-chet au travers duquel la clairce qui coule de la dalle fe filtre , en y dépo-fant le labié qui fe trouve dans la mofeouade , & les petites impuretés qui peuvent échapper à la vigilance du clarifient. La difpofition du panier & du bianchet fur la chaudière à clairce fe voit pi. III, fig. io.
- $4. Le bianchet eft un morceau de drap blanc, bien foulé & bien drapé. Peu à peu ce drap s’encraife, & le fucre ne paffe plus ; dans ce cas il faut en fubftituer un. autre, après avoir enlevé avec une cuiller toutes les parcelles d’écume qui ont été retenues par le bianchet : on jette ces fubftances chargées d’écume dans la chaudière aux écumes.
- 85. Dans quelques raffineries, on a plufieurs morceaux de drap coupés de la grandeur des paniers ; & on en ôte un pour y en fubftituer un autre. Dans d’autres raffineries, c’eft une grande piece de drap qui a cinq quarts de largeur, & douze à quinze toifes de longueur r on la plie en zig-zag dans une caifle, comme on le voit, pl. III, f g. 10. Et quand une portion eft encraifée, on la tire vers a : alors une autre portion de la piece fe trouve fur le panier. Dans l’un & l’autre cas, les bords du drap doivent retomber fur le dehors du panier, & on les retient avec des crampons ou crochets de fer c. Ordinairement, à mefure que les blanchets s’encralfent, on les fait tomber dans une chaudière roulante qui eft mife à côté de la chaudière à clairce , & qui eft remplie d’eau pour décraffer le bianchet.
- gf>. Pour fortifier les blanchets , on les borde avec un demi-lez de grofie toile : cette bordure a huit à neuf pouces de largeur.
- 87. On porte à la riviere les blanchets encrafles pour les y laver ; après quoi on les étend dans quelques - unes des galeries de la raffinerie , où ils refirent pour fécher jnfqu’à ce qu’on en ait befoin ; car le fucre ne coule pas û bien à travers les blanchets mouillés.
- gg. Quoique l’âcreté de l’eau de chaux foit diminuée par la graiffe du fang & du fucre, les blanchets ne laiffent pas d’en être endommagés, ainfî que par la chaleur du fucre. Ils le font encore beaucoup plus lorfqu’on les laide long-tems dans la chaudière où nous avons dit qu’on les jette j car l’eau chargée de fucre fermente j elle s’aigrit & endommage les blanchets au point de les mettre hors d’état de fervir. Ces différentes raifons obligent de les renouveller affez fréquemment. Comme ils font plus endommagés par le milieu que par les bords , on pourrait les couper en -deux, & coudre en-femble les deux bords, qui alors fe trouveraient au milieu. Ils pourraient fervir encore en cet état quelque tems : car un bianchet qui a perdu tout fan poil, ne filtre plus comme il faut.
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- 89. Quand la clairce eft filtrée, ilrefte à la cuire : ainfi il faut la tranfi porter dans la chaudière cotée 16 » pl. IL Cela fe fait aifément & prompte^ ment avec un pucheux, quand la chaudière à clairce, num. 17, eft tout auprès de la chaudière à cuire , cotée 16 , pl. IL Mais le terrein ne permet pas toujours d’ufer de cette commodité ; en ce cas la chaudière à clairce eft détachée des chaudières à cuire , comme pl. ///, fig. 10 & 16. Cette derniere figure repréfente une coupe perpendiculaire de la chaudière à clairce. Il faut alors porter allez loin la clairce pour la mettre dans la chaudière à cuire : pour ne point perdre de fucre, on met auprès de la chaudière à clairce une efpece de canap A, qu’on nomme une chaife, qui eft couverte d’une table de plomb, dont une partie remonte fur le dos de la chaife , & retombe en bavette dans la chaudière. Au milieu du fiege de la chaife eft un trou , fous lequel 011 met un pot à firop B, pour recevoir celui qui fe répand : c’eft fur cette chaife qu’on pofe les baffins C, que le clarifieur remplit avec un feau, comme nous allons l’expliquer.
- 90. On voit en N, pl. III, fig. 10, un feau qui pend par l’anfe à un crochet placé au bas du panier à paifer. Le clarifieur prend le feau pour puifer la clairce, & en remplir les bafiins ; mais quand il a vuidé en partie la chaudière à clairce, cette chaudière eft'trop profonde pour qu’il puifle y puifer le fucre clarifié; alors il pafle dans l’anfe du feau un crochet D, fig. 16; il puife le fucre, il remonte le crochet, & il l’arrête au bord de la chaudière par un autre crochet qui s’y agratfe ; & le feau étant ainfi à portée d’être faifi avec la main , il le prend de la main gauche , & verfe la clairce dans le baftîn qu’un ferviteur prend devant lui, comme on le voit pl. III, fig. 25 : & cé ferviteur va verfer le fucre clarifié dans la chaudière à cuire.
- Digrejjion fur la maniéré de clarifier.
- 91. Il y a en général trois maniérés de clarifier une liqueur quelconque. On peut clarifier par précipitation, ou par filtration, ou par élévation. Je parle ici de la clarification en général, & non pas particuliérement de celle qui convient au fucre.
- 92. Les ciriers ou les chandeliers clarifient la cire ou le fuif, en lablant les corps étrangers plus pelàns que ces matières, tomber ou fe précipiter au fond des vafes, où on les entretient long-tems dans un état de fufion, pour que les fubftances étrangères aient le tems de tomber. Les liqueurs qu’on peut laiifer long-tems en repos, fe clarifient aufii d’elles-mêmes par précipitation : c’eft ainfi que la lie fe précipite au fond des futailles remplies de vin , de biere, de cidre, &c. de même que le marc du café. Souvent, pour faciliter la précipitation des matières qui font à peu près de même pefanteur fpécifique
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- que les liqueurs qu’on laifle fe clarifier, on mêle avec ces liqueurs des blancs d’œufs ou de la colle de poilTon, qui d’abord s’étendent fur la fuperficie de la liqueur, & y font.une efpeee de nappe qui fe précipite peu à peu au fond, & entraîne avec elle les corps étrangers. C’eft ainfi qu’on clarifie le vin & la bierô que l’on colle : on clarifie de même le café avec un peu de corne de cerf. Mais il faut que la liqueur qu’on veut clarifier, foit moins pefante que les œufs, ou la colle de poiffon, ou la corne de cerf ; fans quoi ces fubftances flotteraient continuellement deiîus les liqueurs, & celles - ci ne feraient point clarifiées.
- 93. Cette maniéré de clarifier ne convient point au fucre. Il faudrait lailfer la clairce refroidie féjourner fort long-tems dans des vafes : elle s’y aigrirait, & ferait en partie perdue. Je 11e fais pas même fi les œufs , la colle , &c. font fpécifiqueraent plus pefans que le fucre fondu.
- 94. La clarification fe fait encore par filtration; par exemple, lorfqu’on palfe le vin fur des râpés de grains ou de copeaux, & d’autres liqueurs, par des manches ou chauffes d’hypocras, par des éponges, du coton ou des feuilles de papier gris. Cette maniéré de clarifier ne convient guere aux fubf-tances épaiffes & vifqueufes.; ou fi l’on veut alors y avoir recours ,. il faut fe fervir de filtres qui n’aient pas les pores fort petits. Pour filtrer du fucre fondu au-travers du papier gris, il faudrait l’étendre dans beaucoup d’eau j ce qui obligerait de faire enfuite de grandes évaporations qui coûteraient beaucoup : c’eft ce qui fait que l’on fe contente de filtrer la clairce par un drap. Ainfi la clarification par filtration eft on quelque façon admife pour le fucre.
- 95c La troifieme maniéré de clarifier eft de jeter dans la liqueur une fubftance qui d’abord foit aflez fluide pour fe mêler avec le fucre fondu , & qui en fe cuifant promptement embrafle avec les parties les fubftances qui troublent la liqueur, & aufti des buftes d’air ou des vapeurs raréfiées qui la déterminent à fe porter à la fuperficie , fous une forme fpongieufe qu’on nomme l'écume. C’eft ce moyen’dont on fait principalement ufage pour la clarification du. fucre •> & les fubftances qu’on emploie pour opérer cette clarification , font les blancs d’œufs battus avec de Peau ou du fang de bœuf : ces deux fubftances très-fluides , quand elles font battues avec de l’eau , fe mêlent bien avec le fucre fondu. Comme elles cuifent très - promptement, & comme leurs parties font remplies, foit d’air, foit de vapeurs, elles forment, en sepaiffiflant par la euilfon , une efpeee de filtre qui, montant à la fuperficie de la liqueur, entraîne avec lui tout ce qui pouvait troubler le fucre, & fe porte à la furface avec les impuretés fous la forme d’écume, qu’il faut prendre garde de brifer , parce que fi l’on dégageait les bulles l’air qui les détermine à monter a la furface de la liqueur, les écumes qui deviendraient de même poids que le fucre, 11’agiraient dans la liqueur que par petites par-
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- celles qu’il ne ferait pas poffible d’enlever avec l’écumerede : d’autres parties plus- pefantes fe précipiteraient au fond des chaudières , où elles courraient rifque de fe brûler. .
- 96. Voici quelques obfervatîons qui confimeront cette théorie : i°. J’ai eflàyé de fubftituer la colle de poiiTon aux blancs d’œufs ; elle n’a produit aucune écume, parce qu’elle ne fe cuit pas.
- 29. Si l’on fait bouillir à petits bouillons le fucre où l’on a mis le fang ou les blancs d’œufs , il s’élève à la fuperficie des écumes épaifïes.
- 3”. Si l’on fait bouillir le fucre à gros bouillons, une partie des écumes fe mêlent avec le fucre , parce que les véficules qui font leur légéreté fe brifent, & une partie des écumes roule dans le fucre.
- 4°. Si on laide refroidir le fucre, les écumes fe précipitent ; la partie fupérieure de la chaudière, au bout d’une demi-heure, aura plus d’un pouce de hauteur, où le fucre paraît prefque parfaitement épuré ; plus bas il ne l’eft pas ; au bout de vingt-quatre heures toute l’écume fe précipite au fond de la chaudière : je crois que cela dépend de ce que les vapeurs con-tcmues dans les véficules fe condenfent , & les écumes deviennent alors plus pelantes que le fucre.
- y*?. Les écumes fe mêlent aufll avec le fucre, fi on les agite : ce qui vient de ce qu’on brife les véficules , d’où dépend la légéreté des écumes.
- 97. Il faut donc concevoir que les parties de chaux font avec la fubftance la plus grade , la plus muqueufe du fucre fondu , des molécules favonneufes. Cette propriété de l’eau de chaux de s’unir aux corps gras , eft très - bien établie, i°. par la propriété qu’elle a de rendre très-tenues les huiles les plus grades ; 2°. par le rôle qu’elie joue dans la fabrique dufavon; 30. par ce qu’on obferve dans la rectification des huiles empyreumatiques, végétales ou animales; 40. par l’effet qu’elle produit dans la préparation des cuirs. ^ Q. Veut-on obtenir un fe! edèntiel d’un fuc de plante qui étant fort gras a une grande difpofition à tomber en putréfaction 'i on met dedans non-feulement de l’eau de chaux , mais même de la chaux vive en pierre. Nous foupçon-nons donc qu’il fe fait une union des'parties les plus vifqueufes & mucila-grneules du fucre fondu avec la chaux; & c’eft cette union que nous nommons molécules favonneufes, quoique certainement elles ne forment pas un vrai favon , & qu’elles ne fe montrent pas dans le fucre comme des corps étrangers.
- 98* Nous croyons donc que les blancs d’œufs ou le fang mêlés avec le fucre fondu , ces fubftances ramadent non-feulement les corps étrangers qui flottent dans la liqueur, mais encore toutes ces molécules favonneufes, & les entraînent à la fuperficie fous la forme d’écuçie. Si l’on verfe les œufs ou
- le fang de fort haut, c’eft pour que ces matferes fe mêlent avec le fucre.
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- Si l’on mouve rapidement, c’eft pour rendre le mêlangeVpIus parfait : mais il ell important de celfer tout mouvement aufii-tôt que les blancs d’œufs ou le fang cuifent , pour ne point rompre les véficules remplies d’air ou de vapeurs qui font la légéreté des écumes. Il faut, pour cette même rai-fon , diminuer le feu, afin qu’un gros bouillon ne fade point crever les vé-ficules remplies d’air. On doit aulîi emporter doucement les écumes pour que rien ne fe précipite au fond , que le fang ou les œufs , venant à fe cuire, montent à la fuperfic>e. Si l’on rompait les véficules qui donnent aux écumes leur légéreté, il ne relierait que deux moyens de les retirer; en premier lieu , par la filtration au travers dujdanchet; & il faudrait couler la liqueur fort chaude , pour que le firop étant plus liquide traverfât mieux le drap. Le fécond moyen ferait de mettre le fucre fe refroidir & dépofer les impuretés dans une chaudière. Mais , pour que cette précipitation réulsît , il faudrait que le fucre fût étendu dans beauconp d’eau; & alors la fermentation ferait à craindre, fur-tout en été. Je fais qu’on pourrait clarifier du firop fans eau de chaux ; mais je doute qu’on put, par les œufs & le fang feuls, ôter au firop quelque chofe de gras & de vifqueux qui s’oppofe à la féparation du grain. Dans les isles, où le firop de vefou effc très-gras, non-feulement on emploie de la chaux en pierre , mais de plus on augmente la vertu alkaline en y ajoutant des cendres.' Quand par quel-qu’accident les écumes fe font mêlées avec le fucre, on parvient à les faire monter vers la fuperficie , en jetant dans le fucre un peu de fang mêlé dans de l’eau de chaux, & en augmentant un peu le feu : d’antres fe contentent de l’eau de chaux feule. J’ai vu, après cette addition, fe lever un peu d’écume. Peut-être réuffirait-on encore mieux, en verfant avec l’eau de chaux un peu de firop aigri : ce firop exciterait une effervefcence qui pourrait être avantageufe.
- 99, J’avoue que l’eau de chaux pourrait agir dans le fucre autrement que par la formation des molécules favonneufes ; peut-être que par fon âcreté elle diminuerait la vifeofité du firop. Voici une expérience de MM. de Bron-ville & Villebouré, qui femblerait le prouver.
- 100. Ils ont clarifié parfaitement du fucre, fans employer d’eau de chaux : mais après l’avoir cuit à preuve, ils 11’ont pu obtenir un grain bien fec. Ayant ajouté de l’eau de chaux bien forte, il 11e s’eft rien élevé à la fuperficie du fucre qui avait été bien clarifié ; cependant ce fucre étant raccourci, a fourni un beau grain qu’on n’avait pas pn obtenir auparavant. On voit bien clairement un effet très-marqué de l’eau de chaux. Mais comment agit-elle ? Ell-ce en formant avec la partie la plus grade du firop une efpece de favon , mais un favon très-liquide qui ne fe montre pas fenfiblement ? Ell-ce en atténuant, en divifant la fubllance la plus vifqueufe du firop i C’eft ce que je n’ofe décider.
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- ior. On employait autrefois beaucoup d’œufs pour clarifier le fucre ; mais depuis qu’on s’eft apperqu que le fang clarifiait mieux que les œufs , & qu’il occasionnait moins de déchet, on ne fe fertprefque plus que de fang dans les raffineries.
- 102. Il ne faut pas croire qu’il foit indifférent d’employer du fang de différentes efpeces d’animaux pour bien clarifier. On a fouvent éprouvé que le' fang de veau & celui de mouton clarifient moins bien que celui de bœuf, & que même celui de bœuf produit un meilleur effet quand il commence à fe corrompre, que quand il eft frais : apparemment que le fel volatil qui fe dégage du fang agit fur la partie grade du fucre, & concourt avec les parties de chaux à le dégrailler ; on m’a même affuré que!, quand toutes les raffineries d’Orléans travaillaient beaucoup, les boucheries de cette ville ne fourniffant pas affez de fang de bœuf, des raffineurs en avaient fait venir de Paris. Je vais reprendre le fil des travaux de la raffinerie.
- De la cuiffon du fucre.
- 103. Le fucre ayant été bien clarifié & filtré par le blanchet, on le tranf-porte , comme je l’ai dit, avec des badins de la chaudière à clairce dans la chaudière à cuire n°. 16 pl. Il, fig. ir. Cette chaudière n’eft point bordée comme les autres ; on l’emplit jufqu’à moitié avec le fucre clarifié.
- 104. Quand la chaudière eft chargée , on allume le feu detfous i& comme il doit être très-vif, parce qu’il eft avantageux que la cuilfon fe faife promptement , on l’anime en dégorgeant la grille avec le crochet du toqueux ou eftoqueux, afin que l’air paflant librement entre les barreaux des grilles , le charbon brûle avec vivacité.
- 10$. Quelques minutes après que le feu eft fous la chaudière, le fucre gonfle beaucoup j & il fe répandrait, fi l’on n’abaiifait pas le bouillon en jetant un peu de beurre fur le fucre qui cuit, & fi l’on ne mouvait pas continuellement avec le bâton à preuve. Quand le firop a pris fon bouillon, il 11e s’élève plus, au moins pendant un peu de tems. Il faut néanmoins le veiller ; car quelquefois il monte fubitement, fur-tout lorfqu’il eft près d’être cuit.
- 106. On foutient ce bouillon pendant environ trois quarts d’heure ou «11e heure j & le contre-maître s’apperçoit que fon firop approche d’être cuit, à la forme du bouillon, à l’épaifleur du fucre fur le bâton de preuve , quelquefois encore à ce que le fucre fe gonfle. Alors il prend la preuve en paf-fant le pouce fur le bâton chargé de firop, comme on le voit pl. Il, vis-à-vis la chaudière nv. 16. Approchant enfuite le doigt index du pouce, & 1 écartant , il juge par le filet de firop qui fe prolonge d’un doigt à
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- l’autre , fi le firop eft parvenu à Ton degré de cuiflon. Dans cette opération il tient le pouce en-bas.
- 107. Le raffineur ou le contre-maître connaiflent, à la nature du fil qu’ils forment entre leurs doigts, û le lucre eft parvenu au degré de cuiiîon qu’ils veulent lui donner. On ne peut guere afiîgner fur cela de réglé précife : cependant je crois avoir remarqué que , fi le filet fe rompt près du doigt index qui eft en-haut, c’eft ligne que le fucre n’eft pas affez cuit; quand il fe rompt plus près du pouce qui eft en - bas, & que la,partie du filet qui répond à l’index fe raccourcit en s’approchant de ce doigt, c’eft ligne que le fucre eft à fon degré de cuiflon.
- 108. Je ne dilîimulerai point qu’un habile raffineur m’a aflTuré que ce fiî n’eft pas la feule chofe qui le réglé, parce qu’il varie fuivant les tems & les faifons. Un fucre cuit au même point dans l’hiver donnera un fil confidérabîe , fur-tout quand le tems eft fec & difpofé à la gelée; & dans l’été il n’en donnera point ou prefque point, fur-tout quand le tems eft humide & pefant. Le contre-maître eft donc obligé de fe régler pour lors prefqu’uniquement par le bouillon ou par la maniéré dont le fucre fe tient fur le bâton de preuve , ou enfin , ce qui eft le plus fûr, par le degré d’épaifleur de la liqueur entre fes doigts. Ainfi c’eft le taét qui décide le plus fûrement. ~
- 109. Il eft bien important de faifir exa&ement le vrai point de la cuite : car fi le firop n’était pas affez cuit, s’il 11’était pas affez raccourci, le fucre étant diflous dans trop de flegme , le grain ne s’en féparerait pas en quantité fuffi-fante, & il coulerait beaucoup de firop ; fi au contraire la cuiflon était trop forte, le fucre cuit étant trop épais , il relierait une trop grande quantité de firop adhérante au grain , & la partie même qui s’en féparerait ne le ferait qu’avec beaucoup de difficulté. Mais comme 011 mêle enfembledans une même chaudière le lucre de différentes cuites , ii le contre-maître s’apperçoit que la première a été trop forte, il cuit la fécondé un peu au-deflous de la première , & ces differentes cuites étant mêlées enfemblç , l’une corrige l’autre. C’eft un, expédient dont on ufe quelquefois ; mais il faut eflayer de ne fe pas mettre dans le cas d’y avoir recours.
- 110. Un fucre trop chargé de flegme ferait expofé à fermenter & à s’aigrir; un 'firop bien clarifié, plus raccourci que celui dont nous venons de parler , mais pas autant qu’il convient pour faire du fucre , formerait à la longue de gros cryftaux bien formés , qu’on appelle fucre candi : ce n’eft pas ce qu’on veut dans les raffineries. Mais quand on a en encore plus raccourci le firop, la réparation du grain fe fait promptement : tout d’un coup il fe forme un grand nombre de petits cryftaux qui n’ont pas une forme bien déterminée , & qu’on nomme pour cette raifon le grain.
- in. Les différens raffineurs ne font pas tout-à-fait d’accord fur le point
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- de cuifîons les uns cuifent un peu moins que les autres : ceux qui cuifent moins prétendent que comme le firop relie plus liquide , le grain efr plus blanc & qu’il fe réunit mieux ; ce qui fait un fucre plus ferré : ceux qui cuifent un peu plus, prétendent que par la première méthode il s’écoule plus de firop., & qu’on a moins de grain. Mais les premiers leur répondent que , comme ils ne font pas obligés de terrer autant leur fucre que ceux qui cuifent davantage , parce que le firop s’écoule de lui-même, ils éprouvent moins de déchet à cette opération. Ce qui eft certain , c’efl qu’on peut par l’une ou l’autre méthode faire de beau fucre. On voit, pi. Il, un raffiueuc qui prend la preuve.
- ilz. Quelque méthode qu?on fuive, on conçoit qu’il efl avantageux de faifir précifëment le moment de la cuiffon : cefi pourquoi, aufii-tôt qu’on y elt parvenu, il faut promptement vuider la chaudière pour porter le fucre cuit à l’empli. Dans cette vue, on met fur la banquette des fourneaux aux deux côtés de la chaudière à cuire , deux bourrelets de paille,/?/.-///,/^. 20, fur lefquels on pofe deux badins, fig. 21. (a) Un ferviteur averti par le contre - maître, ouvre la porte du fourneau, & jette de l’eau fur le feu avec le pucheux pour l’éteindre. Sur-le-champ le contre-maître , fe mettant devant la chaudière , à peu près dans l’attitude où on le voit vis-à-vis la chaudière, pl. ///, fig. 2 , il emplit avec du fucre cuit, mais fluide encore , les badins qui font à côté de lui ; & à mefure qu’ils font pleins,<-ce qui fe fait très - proprement, dos fer vite urs, comme celui de la pl. Il l ,fig. 2f , les enlèvent, 8c vont les vuider.dans la chaudière de rempli ; d’autres remettent à ia place des badins vuides ; & aulfi-tôt que la chaudière à cuire ed -vuidée , on la charge avec d’autrcxlairce, & on rallume le feu pour faite mue fécondé cuite,
- Digrejfion fur U bouillon.
- 1.13. Quand on fait chauffer de l’eau dans un vafe de verre , on voit qu'il le forme des bulles à la partie la plus échauffée & au fond de la liqueur. Ces bulles qui partent du fond, crèvent quand la liqueur prend plus de chaleur, & elles s’élèvent à la furface d’une maniéré imperceptible. En fe rompant, elles jettent de petites gouttes d’eau, qui en retombant fur les charbons y excitent un petit bruit. On entend aulîi un petit fifflement dans îa liqueur: on dit alors que l’eau frémit. Peu après fuccedent les gros bouillons : l’eau fume beaucoup \ mais les jets des .gouttelette s d’eau dont j’ai parlé, ont ceffé.
- (a) Dans-quelques raffineries on préféré de caler les baffins fur la banquette avec det jEOÎHs.de bois, parce que tes ronds de paiiie t’imbibant de firop, nuifent à la propreté*
- Jmt XV, Rrr
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- 114. Si Ton met fur le feu une liqueur épaiffe & vifqueufe, comme le fucre clarifié, ordinairement ce fucre monte dans la chaudière à cuire avant que de prendre fon bouillon j alors le fucre reffemble à une liqueur mouf-feufe. Un nombre de petites bulles qui ne peuvent pas fe dégager de cette liqueur vilqueufe comme de l’eau, s’amaffent & font, le gonflement de la* mafle totale.
- 11 f. Lorsque le fucre commence à prendre fon bouillon, toute la chaudière paraît couverte de groffes bouteilles larges comme des* écus : alors le fucre commence à baiifcr ; ce qui vientà ce que je crois, de ce que la force avec laquelle les vapeurs s’élèvent, fait brifer les bouteilles ,8c ne leur permet pas de s’accumuler en grande quantité à la furface. Ces groffes bulles fè fuccedent les unes aux autres y 8c en fe rompant , elles répandent beaucoup de fumée.
- 116. Quand ce bouillon eft bien établi, le fucre cuit, comme l’on dit,, tout bas ; il ne s’éleva plus.
- 117. Alors le- gros bouillon perce a-u, milieude la chaudière , & il chaffe toutes les bulles vers les bords,, où les bouteilles crèvent & fe reproduifent continuellement.-
- - 118. Une preuve que c’eft la, grande abondance & la force des-vapeurs qui, en crevant les bulles , empêchent que la liqueur ne monte , c’eft que fi l’on appaife le feu, le bouillon du milieu devient peu à peu moins confidé-rable. Il difparaît enfuite; & les bouteilles que le gros bouillon rangeait vers les bords, s’étendent fur toute la. furface du fucre : alors le fucre s’enfle de nouveau*, & d’autant plus qu’on diminue davantage le feu
- 119. Un- autre fait qui mérite bien d’ètre remarqué, c’eft que-quand le fucre approche le plus d’ètre cuit, c’eft le tems où il s’enfle le plus, apparemment à caufe que la vifcofîté augmente.
- 120, Dans tous ces cas on empêche le fucre de s’élever, en jetant dans: la chaudière un peu de beurre. Sur-le-champ, le bouillon qui s’élevait beaucoup, s’applatit; & l’on remarque qu’il faut plus de beurre quand le fucre-vient à fon degré de; cuiflon , que dans le commencement. Suivons l’énumé-' ration des faits avant que de former aucun raifonnement fur la caufe qui les produit. Quand le fucre approche encore plus de fa cuiffon, les bulles diminuent de groffeur ; elles deviennent fort petites, & toute la-mafle du fucre paraît comme moufleufe ; c’eft-à-dire , qu’au lieu d’un petit nombre de. grolfes bulles , il s’en forme une: immenfe quantité de petites. Ce dernier phénomène dépendrait-il encore de l’épailihfement de. la liqueur qui empêche-que plufieurs petites bulles ne puilfent fe réunir pour en former de grofles? Les faits font certains.: je n’ai fait que les entrevoir ; mais ils ont été bien> examinés par M. de Gueudreville. A l’égard des explications, je prie qu’on
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- «e les regarde que comme des conjectures. Je pourrais neanmoins leur donner quelque poids , en faifant remarquer que les belles calîonades qui donnent beaucoup de grain forment beaucoup de bouteilles en bouillant j mais elles .font peu fujettes à monter, de forte que fouvent on les cuit fans avoir recours au beurre. Au contraire, les mofcouades fort gralfes, les firops qu’on cuit feuls pour faire des vergeoifes , montent tellement qu’on eft obligé"d’em-ployer beaucoup de beurre. Il me parait naturel d’attribuer la caufe de ces deux effets tlifférens à ce que le beau fucre eft moins vilqueux que celui qu’on cuit pour les vergeoifes. Mais rapprochons de ce qui regarde le fucre quelques autres faits qui appartiennent aux fubftances qui fe gonflent fur le feu.
- i°. L’eau qu’on fait bouillir dans uii vaiflfeau fort évafé , fe gonfle très-peu en bouillant. Mais quand on fait bouillir de l’eau dans un vailfeau qui eft large par le bas & étroit par le haut, le bouillon de l’eau s’élève aifez haut, parce que toutes les vapeurs , étant obligées de s’échapper par une ouverture étroite, ont aflèz de force pour foulever la liqueur j ce qui n’arrive pas dans un vailfeau évafé.
- 2q. Quand on met du café dans un vafe rempli d’eau bouillante, le bouillon s’élève beaucoup jufqu’à ce que la poudre du café foit bien mêlée avec l’eau, & je crois que l’air contenu entre les molécules du café contribue à -ce gonflement : mais il cefe quand la poudre de café s’eft bien mêlée avec l’eau. D’ailleurs cette poudre plus légère que l’eau, quand elle eft feche , nage deflus, & fait une croûte qui s’oppofe à la fortie des vapeurs j mais on détruit cette croûte en mêlant le café dans toute la malfe de l’eau.
- 3°. Le chocolat qui rend l’eau épaifle & vifqueufe, la gonfle beaucoup ; & elle fe gonfle encore plus quand on fait le chocolat dans du lait , parce que le tout eft plus épais.
- 4°. Si l’on remue avec une cuiller une liqueur qui fe gonfle beaucoup , on voit partir beaucoup de fumée, & le bouillon s’abat j ce qui vient, à ce que je crois, de ce qu’on donne iflue aux vapeurs.
- f*. Si l’on verfe une petite quantité d’eau dans une cafetiere où l’eau s’élève, le bouillon s’abat, non-feulement à caufe du refroidiflement de la liqueur , mais encore & principalement parce que cette eau qu’on ajoute facilite la diffipation des vapeurs, qui fe manifefte par une épailfe fumée qui s’en échappe:je dis principalement, parce qu’on abat le bouillon avec de l’eau . chaude comme avec de l’eau froide.
- 6°. Si dans une liqueur vifqueufe, qui bout à gros bouillons , on verfe une liqueur pareille & froide, prefque dans 1’inftant on voit s’élever ungros -bouillon : mais Ci au lieu d’eau froide on y verfe de cette même liqueur fort chaude, ce gonflement n’arrive pas. Je crois que cela dépend de ce que
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- ART JfrB R AFFINER
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- In liqueur froide, plus pefaute que la-chaude, (è précipite au fond du vafci & l’air qu’elle contient fe raréfiant, il fe forme au fond du vafe des bu'les de vapeurs, comme aux liqueurs froides; au lieu que les liqueurs bouillantes étant purgées d’air , fe mêlent ayec toute la malle de la liqueur, fans fe précipiter au fond,
- 121. Quand on met dans la chaudière à cuire une certaine quantité de fucre froid-, & dès-lors plus épais , tiré de la chaudière à clairce , on peint remarquer qu’avant que le fucre s’enfle & prenne fon gros bouillon , toute fà furiàce fridonne par une efpece de mouvement convullif : tout le fucre tremble, de jette des bouillons pointus comme en pyramide : on entend alors un ronflement confidérable comme dans un tuyau d’orgue. Ce bruit occa-fionne une telle agitation, que les.vitres de la halle aux chaudières, ainli que des atteliers voifins , en tremblent avec bruit ; cette agitation ceife aufii-tôt que les gros bouillons -parai dent.
- 122/ On, trouvera dans la fuite le détail d’une mduftrie des raffineurs pour arrêter le bouiilon.Jorfqu’on cuit les firops : mais auparavant je.vais reprendre la fuite des opérations de la raffinerie.
- Préparation dis formes*
- 723. Nous quittons fattelier des chaudières ; & pour furvre le fucre cuk jufqu’à ce qu’il ait fourni du fucre en pain , nous devrions pafler une falle qu’on nomme C empli : mais comme on y fera ufagë des formes , nous ne pouvons nous difpenfer d’expliquer ce que de dire quelque choüè
- des préparations qu’il faut leur donner pour, les dilpofer à recevoir le lucre cuit,, quoiqu’encorefinide. Nous laiffons donc notre lucre dans une chaudière qui eft dans l’empü, & qu’on nomme la chaudière à couler ; nous allons parler des vailleaux où d’on mettra le fucre au fortir de cette chaudière; & cela elt d’autant plus à propos, que le fucre cuit à fon point, doit relier quelque tems dans la chaudière à couler,.avant qu’on Je*mette dans les formes.
- 124. Les formes .font des vafes de terre cuite , de figure conique ,_tant en-dedans quen-dehors ; leur figure intérieure eft indiquée par celle des pains de fucre qui y font moulés. Ces formes font de differentes couleurs fuivant îa nature deda terre qu’orîemployée les potiers. Quelques ouvriers donnent îa préférence à-celles qui dont blanches , d’autres aux rouges : mais la couleur elt très-indiiférente; pourvu que ces vafes foient bien cuits, bien unis, & que leur forme foie exa&ement conique., afin que les pains puiifent en fortir ailément. Il s’en trouve qui font :un peu ovales : c’efb.im.ftrès - petit inconvénient; car en obfervant un repaire * on remet les pains auffi exacts» ment dans ces formes que dans celles qui font parfaitement rondes*.
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- foi
- rzf. Il y en a ordinairement dans les raffineries de fix grandeurs différentes i Tavoir :
- Planche IF, le petit deux, qui a onze pouces de hauteur & cinq pou<-ces de diamètre par la patte. Le grand deux , qui a treize pouces de hauteur , fix pouces de dianvatre. Le trois a neuf'pouces de hauteur, lept pouces & demi de diamètre. Le quatre a dix - neuf pouces de hauteur, huit pouces de diamètre. Le fept a vingt-deux pouces de hauteur, dix pouces de diamètre. Les bâtardes ou vergeoilès fondues ont 30 pouces de hauteur, quinze pouces de diarnettre.
- i 26. On peur compter qu’une forme qui tient-30 à 3? livres de fucre clarifié & cuit, fournira à peu près un pain qui, au fortir de l’étuve, pe-fera 15 à 17 livres 5 bien entendu qu’il ne s’agit pas ici de fuGre fuperfin , lii du royal.
- 127. Les formes font percées au petit bout pour laiffer écouler le fîrop;; & 011 les met fur un pot, fîg. 7, qui foutient la forme & requit le fîrop. La plupart de ces pots ont trois pieds*, mais- il y a des raffineries où l’on aime mieux qu’ils n’en aient point, parce que ces pieds qui font-ajoutés au corps du pet par le potier, fe détachent aifez aifément j & alors le pot elt perdu. Ils doivent avoir le fond & l’affietee larges-, & l’ouverture d’en-feaut, qu’on nomme le collet, bien renforcée.
- 123. Il faut que- la grandeur des pots fort proportionnée à celle des formes, ninfi les pots pour le petit deux ont 6 pouces de hauteur, & con--tiennent trois chopines. Les pots pour le grand deux ont 7 pouces de hauteur , ik contiennent deux pintes. Les pots pour le trois ont g pouces de hauteur, & contiennent 3 pintes. Les pots pour le quatre ont 10 pouces de hauteur , & contiennent 4 pintes. Les pots pour le fèpt ont un pied de hauteur, & contiennent 6 pintes. Enfin, les pots pour les vergeoifes ont 1^ pouces de diamètre, 15 à 18 pouces de hauteur, & contiennent 20 pintes.
- 129. Quoiqu’on ne reçoive guere des potiers des formes fêlées , on ne manque pas d’y mettre- un cerceau de bois, qui touche le cordon de leur grand diamètre ou de da patte. On en met même quelquefois trois aux grandes formes ; l’un, comme nous l’avons dit, au bout le' plus évafé ; le fécond, vers- le tiers de leur hauteur; & de troilieme, 5 ou 6- pouces au-deilus de leur bout le plus menu.
- 130. On fait ces cerceaux avec du coudrier , ou quelqtï’âutre bois b’anc, qu’on* refend en deux ou trois parties, & qu’on dreife avec la plane du côté refendu. On ne les lie point avec de l’ofier ; mais on les enlace comme un .nœud .ayec „deux petites coches qui les empêchent de couler. En un » mot. y ces cerceaux relie mblent a c,eux des petitsbarrils, -
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- - i'ji. Quand par l’ufage les formes fe font fêlées , un vieux ferviteur de la raffinerie, fig. 8, qu’on ne peut plus employer à des ouvrages pénibles, les raccommode. Pour cela, il mec fur le dehors de la forme, & principalement à l’endroit endomriiagé , des morceaux de copeaux que les tonneliers lèvent avec leur doloire de deffus le merrein qu’ils dreifent pour faire des poinçons neufs. Les tonneliers vendent ces copeaux par bottes, fig. 9. Le raccommodeur de formes ferre ces copeaux contre la forme avec plus ou moins de cerceaux, fuivant qu’elles font plus ou moins endommagées. Cet ouvrier,/#, g, pofe la forme qu’il veut cercler, fur une table iolide, ou fur un bloc, la patte ou le bout le plus large en - bas , & la tète ou le bout pointu en-haut. Il prend la mefure du plus grand cercle : il le coupe de longueur; il en appointit les bouts; il fait les entailles; il plie le cerceau; il en enlace les extrémités; il met les copeaux où il en eftbe-foin; il frappe les cerceaux avec le cacheux ou chaffoir, qui eft un coin de bois dur de 7 à 8 pouces de longueur, de 3 pouces de largeur & d’un pouce d’épailfèur par le plus'gros bout, qui ordinairement forme une poignée ronde de 5 à 6 pouces de longueur. Il tient la forme de la main gauche, & le cacheux de la droite, comme on le voit fig. 8 i & en coulant une des faces du cacheux le long de la forme ou des copeaux , il frappe fur le cerceau qu’il fait defcendre également de tous les côtés, en faiiant tourner la forme avec la main gauche : il achevé de faire enfuite entrer le cerceau autant qu’il eft poffible, en mettant le cacheux fur le cerceau & frappant deifus avec une efpece de maillet quarré, .qu’on nomme le clopeux.
- 132. A l’égard des grandes formes, dites bâtardes ou vergeoifes , on les fortifie avec plus de foin , & l’on couvre les copeaux avec des efpeces de lattes , qu’on nomme bâtons de cape, ( a ) ce font des lattes minces de bois blanc, aulli longues que la forme ; elles, font refendues & dreifées à la plane, de forte qu’il ne leur refte que trois quarts de ligne d’épailfèur, jufqu’à un pouce du bout d’une de leurs extrémités , où on laitfe toute l’épailfeur du bois, afin que cette élévation qui forme un accroc, retienne un lien de fil d’archal qu’on met au petit bout ; cette élévation fe nomme le crochet du bâton de cape.
- 133. On arrange donc les bâtons de cape les uns auprès des autres tout autour de la tête de la forme : on les lie fortement avec deux révolutions de fil d’archal tout autour du bourrelet qui fait la tête de la forme, en arrêtant les bouts du fil par un maillon qu’on fait avec des tenailles. On
- (û) Le mot cape convient au total de font pour la forme ce qu’eft une cape pour ces lattes ou bâtons plats qu’on met tout couvrir une perfdnne qui veut fe garantir autour d’une forme, parce que ces lattes de la pluie.
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- arrange enfuite toute la longueur des bâtons de cape fur la convexité des formes , & on les afliijettit, ainfi que les copeaux , par des cerceaux qu’on chalfe avec force. Quand les copeaux font trop épais , on les amincit avec la plane.
- 154. On eft déterminé à raccommoder les formes, non - feulement par économie , pour en tirer encore du fervice ; mais de plus parce que les vieilles formes font meilleures que les neuves, le fucre s’y attache moins: il ne ferait pas même poftible de fe fervir des formes neuves, Ci on ne les faifait pas tremper pendant quatre ou cinq jours dans un bac rempli d’eau , dans laquelle on a lavé les formes qui ont fervi, ce qui la charge dallez de firop pour qu’elle foit en fermentation : car de tems en tems on voit fortir de l’eau du bac à forme , de gros bouillons j ce qui eft une preuve certaine de la fermentation. Si l’on négligeait de faire ainfi tremper les formes neuves, le grain s’attacherait fi fortement à leur intérieur, qu’on ne pourrait en retirer les pains que par morceaux. Il faut aufli mettre tremper & laver foigneufement d'ans de Peau claire les vieilles formes toutes les fois qu’on veut s’en fervir , ainfi que les pots quand on les a vuidés de firop. Mais comme il fe cryftallife du fucre dan's les pots où le-firop a féjourné; pour 11e pas perdre ce fucre, avant de mettre les pots; dans l’eau 011 les gratte en-dedans avec une fpatule de fer, fig. 13 , & F011. fait tomber dans un feau le fucre qui s’eft détaché.
- 135. Pour mettre tremper les formes & les pots dans l’eau, & enfuite lies nettoyer, on a ce qu’on appelle le bac à forme, qui eft une grande cailfe-d’onze pieds de longueur , cinq pieds de largeur & quatre pieds de profondeur, faite de fortes planches de chêne, calfatées avec de la moufte, déferrées les unes contre les autres avec des équerres de fer. Par-ddfus,1 & au milieu de la longueur du bac , eft une bande de fer plat ; elle le traverfe „ & eft deftinée à foutenir une planche qu’on pofe fur le bac , & qui s’étend:-de toute là longueur: cette forme fert à fupporter les formes qu’on lave,, & à: recevoir celles qui font lavées & qu’il faut lailTer s’égoutter.
- 136. Ce bac étant plein d’eau , l’on apporte les formes en piles .-fig.. 1 ^ : li ce font des formes pour du deux, les piles font compofées de dix formes;, fi les formes font pour du trois, les piles ne font que de huit formes; ainfi en diminuant de nombre , à mefure que les formes deviennent plus grandes; de forte qu’on n’en met que deux quand" ce font des formes pour les bâtardes.
- 137. Il faut pofer ces piles debout dans le bae. Pour ceïa1, on fe fert d’ua.
- crochet, fig. 16 , qui faifit la plus baffe forme par le bord , & tenant de la main gauche la pointe de celle qui eft au haut de la pile, on défcetid la pile, perpendiculairement, & l’on:retireie crochet,- - v
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- i^g. ÏL-arrive quelquefois que quelques piles fe couchent au fond du bac i pour Les redreiièr , on fe fert d'un anneau qui eft au bout d’un.manche ; on paile, fig. 17, la pointe de la derniers forme dans Panneau, &.ainfi ou releve la pile. Cet inftrument fe nomme redreffeur ou L'anneau du bac à foi me, ou encore La boucle du bac à forme.
- 139. Quand les formes ont trempé deux ou trois jours, on les retire de 1 eau les unes après les autres ; un ferviteur couche devant lui, fur la planche du bac, la forme qu'il vient de tirer ; enfuice avec une loque, qui eft un vieux morceau de b!?nchet,i! lave bien la forme, tant en-dedans .qu’en-dehcs ; & à medire qu’il les a lavées , il tes pofe devant lui lur la planche, le petit bout en-haut, pour les laider s’égoutter : tout cela fe voit fig. 18.
- 140. Comme il arrive alfez Pouvant que des formes fe rompent, & que les morceaux tombent au fond du bac, on les pèche avec une marre creufe percée de trous , qu’on nomme tire-piece, fig. 19.
- j41. Quand les formes font lavées & égouttées, on les porte fur la table à tapper , fig. 20 , où un ferviteur les prend les unes après les autres. I! commence par les frapper avec le plat d’un petit cacheux épais d’un demi-pouce-, large de trois , long de fept à huit. Il reconnaît par le Ion, fi la forme 11’eft point fêlée , ou fi la fêlure ed bien ferrée & foutenue par les copeaux & les cercles : fi cela n’était pas, il la mettrait à part pour la porter au raccommodeur de formes, fig. 8. Quand elles ont été fondées & reconnues en bon état, il prend dans un feau de petites languettes de linge qui trempent dans de l’eau ; il en forme des bouchons qu’on nomme Jappes, il les fait entrer dans le trou de la pointe de la forme, & il donne déifias un coup du plat du cacheux ; c’eft qu’on appelle tapper Us formes. Par cette opération l’on ferme Je trou qui eft à la tête des formes, afin .que le fucre qu’on mettra dedans encore chaud, ne s’écoule point en trop grande quantité.; car lorfqu’on laide refroidir le fucre dans les formes., le grain fe forme ; & quand on dtera les tappes , il ne s’écoulera que la partie firupeufe. Les formes étant-.tappées', on les porte dans un attelier , fig. 21 , qui eft encore de plain pied , & qu’on pomme C empli, fg. 22. C’eft là que nous avons laiflé le firop cuit, qu’on a dépofé dans, une chaudière roulante : paifons dans cet attelier pour reprendre les opérations qu’on y fait.
- De l'empli.& des .différentes opérations. qu on y fait.
- 142. Nous avons dit qu’on portait avec des balîins,/>/. IF, fig. .3, le fucre clarifié &,cuit dans une ou deux chaudières roulantes, fig. 2, qui font dans l’atteliet qu’on nomme l'empli, On met -dans ces chaudières , trois, quatre, cinq, fix & jufqu’à fept.& huit cuites ,.ieion la quantité de lucre
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- qu'on veut cuire i & lorfqu’on a vuidé la première cuite , on mauve ( c’efi le terme ufité ) ou l'on remue fortement le fucre nouvellement apporté : on emploie pour cela un mouveron femblable a ceux dont il a été parlé plus haut, lorfqu’on a expofé la maniéré de clarifier le fucre. L’effet de ce mouvement efi? de donner au fucre la facilité de fè former en grain. En effet , un petit quart d’heure après cette opération, il fe forme fur la furface du fucre cuit, qui jufques là n avait paru qu’une fiiuple liqueur, une croûte de l’épaiffeur d’une petite piece d’argent. Cette croûte eft eompofée d’une infinité de petits grains unis les uns aux autres, & elle prend confiftance dans toute l’étendue de la chaudière. Elle s’épaiffit enfuite un peu davantage, & fe trouve par - deffous garnie de grains plus grps que ceux qui la compofent, & qui ont l’air de petits grains de fel pour la groffeur. Il fe forme des grains femblables fur toutes les parois des chaudières , au-deffous de la croûte dont nous venons de parler i & il fe précipite au fond une quantité plus grande encore de ces mêmes grains. Lorfqu’on a porté la fécondé cuite, on mouve la première & la fécondé enfemble. Il y a des raffineries où l’on mouve jufqu’à trois & quatre fois le fucre dans les chaudières ,à mefure qu’on apporte de nouvelles cuites. Il fe forme toujours, dans l’efpace d’une cuite à l’autre, une nouvelle croûte fur la furface du fucre ; & la précipitation du grain au fond continue de fe faire aufli. Enfin l’on apporte les deux ou trois dernieres cuites. Lorfqu’on en fait fix ou fept fans mouver le fucre , on fe contente de vuider tout doucement les nouvelles cuites dans les anciennes : la croûte alors fe rompt dans un endroit feulement, parce qu’on laifîe couler la liqueur très-lentement & en petit volume. Cette opération s’appelle couler ; & c’eft ce qui fait qu’on appelle les chaudières de l’empli chaudières à couler. Cependant les croûtes continuent de s’épaifiir fur la furface du fucre. Les grains attachés aux parois des chaudières s’augmentent, & deviennent comme des grains de fel ordinaire j & le grain fe dépofe au fond des chaudières avec tant d’abondance , qu’on en trouve quelquefois , fur-tout dans les lucres faits avec de bonnes matières, l’épaiiTeur de trois & quatre doigts : il fe forme des mottes peloton-néeS'de ces grains de la groifeur d’un œuf.
- 143. Lorsque la derniere cuite elL vuidée , 011 gratte avec une fpatule de fer tout le grain qui s’était attaché fur les parois des chaudières : enfuite avec le mouveron l’on détache le grain du fond des chaudières. On mouve & on mêle avec foin tout ce grain avec ce qui eft refié liquide, Si fou fe met aulfi-tôt en devoir de vuider le tout dans les formes. Four cela on a foin d’avoir auprès des chaudières de l’empli deux canapés ,Jig. 4. Ce font des efpeces de chevalets de menuiferie, dont le bois efi de trois pouces d’équarriifage : ils ont à peu près deux pieds de hauteur fur quinze pouces de largeur, & ils fervent à fupporter les baffins pendant qu’011 les emplit. Souvent on met une Tome KF» S f f
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- table de plomb laminé fur le canapé, & elle forme une bavette dans là-chau*--diere, pour ne point perdre de fucre.
- J 44. Pendant que la derniere cuite, qu’on appelle la cuite pour emplir, efl fur le feu , on porte les formes tappées dans l’empli, & des ferviteurs les plantent ^fig. 6 ; c’eft-à-dire, qu’ils les arrangent debout la pointe en-bas, ayant une grande attention que le bout évafé ou le fond, foit bien de niveau. On en met trois rangs les uns devant les autres : on n’en mettrait que deux fi c’étaient des bâtardes ; (a) car il faut que les ouvriers qui portent les. baffins puiifent emplir toutes les formes fans paifer entr’elles ; ce qui ne fe pourrait faire, il les trois rangs faifaient une trop grande largeur. Quand oïl a établi trois rangs de formes dans toute la longueur de l’empli, on en établit trois autres pour être emplies dans la fuite ; & afin d’empêcher qu’elles ne fe renverfent, on les appuie avec des formes calices, dont on met le fond en-bas; & quand on met le fécond ou le troifieme rang , 011 ôte ces appuis pour les-pofèr vis-à-vis des formes qu’on plante actuellement, comme on le voit pi. IV, fig. 6.
- 145. Les canapés, fig. 4 , étant placées auprès-des chaudières A, fig. 2 , avec la bavette de plomb , & par-deffus les baffins de l’empli, qui different peu des autres , ( feulement leurs bords fupérieurs n’ont point les oreilles qui fe recourbent vers le dedans ) un contre-maître, fig. 2, ou trés-fouvenfc les ferviteurs mèmepuchent le lucre , empîiffent leurs baffins , & les portent jufqu’aux formes pour lé vuider dedans. Quoi qu’il en foit, un ouvrier, fig. 2, puile du fucre dans la chaudière avec un pucheux ou grande cuiller » & il en emplit lés baffins-B. Les ferviteurs les prennent à mefure qu’ils font pleins , en les faifilfant par les anfes, & s’aidant du devant d’une de leurs-, cuiifes, contre laquelle le fond du baffiii s’appuie, fig. io. Ils fe rendent devant les formes plantées ; ils font couler doucement le fucre cuit, encore fluide , par le côté du bec du baffin, & à cette première fois ils ne templiflèut les formes qu’au quart. Ils reviennent enfuite verfer encorne du fucre dans les mêmes formes qu’ils remplirent à demi ': puis-à une ttoiûème -tonde ils-les remplilfent aux trois quarts, & ils finilfent de lestêmplir avec le fond de la chaudière,'où il ÿ a beaucoup de grain. Oii obfe'rve cet ordre en empliffant les formés , parce que le grain fe formant à mefure que le firop fè refroidit dans làxhaudiere de l’empli, Ci l’ôïï empliffait tout de fuite les formes, les-, premières ne'contiendraient pas autant de grain que les derUieres.
- 146. Cependant l’ufage d’emplir à quatre fois chaque forme n’a‘guère lieu que pour les pains de 7 livres , lorfque du fucre des deux chaudières de l’empli oïi rie veut faire qu’un feul empli. ( On appelle de'ce nom une c'çiv
- (.«..) On a eu tort d’en mettre un plus grand nombre aux figures 7 &,SU.
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- taine quantité de pains qu’on emplit de plufieurs cuites réunies & amaffées enfemble dans les chaudières à couler : ainfi dans un jour on fait 4 , f , 6 & 7 emplis ; c’eft-à-dire, qu’on vuide les chaudières de l’empli 4, 5- , 6 8c 7 fois j chaque empli eft compofé de 3,4, f , 6 cuites & plus, félon la quantité ds pains qu’on veut faire à chaque empli, ou à chaque fois qu’on emplit. ) L’ufage ordinaire, fur tout pour toutes les petites formes jufqu’aux 4 livres, elt de ne les emplir qu’a deux fois. On emplit d’abord la forme au moins au* trois quarts , & on l’acheve enfuite avec du fuçre plus en grain, qui fe trouve au fond des chaudières.
- 147. Quoiqu’on ait foin d’emplir les formes pendant que le fucre cuit eft •encore iort chaud, il fe précipite, comme je l’ai dit, du grain cryftallife au fond de la chaudière. On le gratte avec une fpatule, fig. f ; on le ralfemble au milieu de la chaudière; 011 le ramafle avec le pucheux; on le met dans les bafîins, & les ferviteurs achèvent de remplir les formes avec ce grain en partie formé, qu’ils diftribuent également fur toutes les formes.
- 148. On lailfe le fucre fe refroidir dans les formes. Quand le refroidille-ment eft au point convenable, ce qui varie dans les différentes raffineries , où l’on prétend que la beauté du fucre dépend beaucoup de cette circonftance : quoi qu’il en l'oit, quand on voit qu’il s’eft formé à la fuperficie une croûte de grain , on opale; c’eft-à-dire, que tous les ouvriers prennent à la main ce qu’ils nomment un couteau, pl. IV, fig. 1. C’eft un morceau de bois plat & mince, long de trois pieds & demi ou quatre pieds, fuivanc la grandeur des formes, large d’un pouce & demi, épais de cinq lignes au milieu, & qui diminuant d’épailfeur vers les deux côtés, forme par les bords un tranchant moulïe : le bout d’en-haut eft arrondi dans la longueur de fix à fept pouces pour y former une poignée. On briie , pour ainfi dire , le grain de fucre avec ce couteau , comme le repréfente l’ouvrier,/%. 12. On plonge le couteau perpendiculairement; on le retire entièrement,-on le renfonce de nouveau» faifàut trois fois le tour de chaque forme, comme nous l’expliquerons plus en détail dans un inftant. On laide encore les formes fe refroidir une demi-heure, ou trois quarts d’heure, fuivant la grandeur des formes ; enfin, quand il s’eft formé fur la fiiperficie des formes une nouvelle croûte que le raffineur juge atfez épaiffe en appuyant le doigt delfus , il fait mouver. Cette opération fe fait encore avec le couteau, & elle n’eft qu’une répétition de la première, qu’on nomme opaler.
- 149. Les ferviteurs rompent les croûtes avec le couteau à fucre ; puis ils enfoncent le-couteau jufqu’au fond de la forme : ils le retirent jufqu’à ce que le bout du couteau foit forddu firop ; ils paiient enfuite le plat du couteau tout autour, le faifàut couler contre le dedans de jja forme pour en détacher le lucre, afin qu’il n’y ait pas un feu) point de la concavité de la forme, où
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- le lucre refie attaché ; & pour cela on fait trois fois le tour de la forme.
- ifo. Il ne faut pas attendre trop tard à mouver ; car fi le grain s’était ralfemblé & avait commencé de faire maffe, le couteau venant à le brifer , lui cauferait un préjudice conlidérable, parce qu’il formerait dans la maffe du grain, des filions qui le rempliraient de firop; enforte que le fucre ne ferait jamais auffi ferré dans ces endroits qu’ailleurs : l’eau de la terre pourrait y former des gouttières.
- ifi. Le lendemain dès le matin , l’on monte les formes dans les greniers ou chambres hautes, par des trapes qui font aux différens étages; on les nomme traquas.
- if2. Quand les pains font petits, comme les planchers des. raffineries font bas, les ouvriers fe les donnent à la main : mais quand les pains font gros , ils fe fervent, pour monter les formes & les pots , de ce qu’ils appellent un bourrelet, fig. 14. C’eft effectivement un bourrelet de corde fufpendu avec quatre cordons qui le ré uni (Te nt à un crochet, comme au plateau d’une balance. Il eftfenfible qu’en mettant la forme dans ce bourrelet, elle eft fou-tenue fort droite; alors avec la corde unique qui répond au crochet, & qui palfe dans une poulie ,011 i’éleve à tel étage qu’on veut. Quand on a à monter des corps pefaus , comme de la terre, on fe-fert, ou d’un baquet, fig. 11 , qui a deux anfes qu’011 faifit par deux crochets r fig. 25, ou d'un feau qui n’a qu’une a-nfe dans laquelle 011 paife un crochet unique, jig. 24, comme on le voit pL IV, fig. 23 , pl. V &. VI^ Cette communication des différens étages par les traquas , eft commode & expéditive, tant pour monter que pour defeendre les lirops , la terre , &c. Néanmoins , pour defeendre les drops, on fe fert quelquefois d’une gouttière ou dalle : nous en parierons dans la fuite.
- Des opérations qui fe font dans les greniers.
- 1 On lailfe d’abord égoutter de lui-mènie le firop le plus coulant. L’endroit où le fucre fe purge ainfi de fon premier firop, s’appelle le grenier aux pièces., pl. V. Pendant que cette opération fe fait lentement & d’elle-mème , 011 retourne au rez - de - chauffée pour préparer les terres; enfuite on monte la-terre préparée dans les greniers pour terrer ou mettre une couche de terre fur le fond des formes; enfin l’on donne quelques préparations aux pains pour les difpofer à être mis à l’étuve. Nous allons expliquer ces différentes opérations dans autant d’articles particuliers. Nous remarquerons feulement que dans quelques raffineries, lorfqu’on en a la commodité, on laide pendant quelques jours les grolfes pièces, comme les bâtardes fondues, couler leur premier firop dans un endroit chaud , juiqu’à ce qu’elles foient bonnes à couvrir : enfuite on les ôte pour les planter & les gouverner fans chaleur, juf-
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- qu’à ce qu’elles foient bonnes à découvrir ; après quoi on les remet à la chaleur comme auparavant , afin qu’elles le purgent plus promptement. Ces dé-placemens n’ont point lieu pour les lucres raffinés ; ceux-ci relient ordinairement dans la chambre aux pièces, où on les met au fortir de l’empli, jufqu’à ce qu’ils entrent à l’étuve.
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- Du grenier aux pièces,
- 15-4. Quand les pains, chacun dans leurs formes , font montés dans les greniers 3on détappe chaque forme ; c’eft - à ~ dire , qu’on ôte le bouchon de chiffon qui fermait l’ouverture de la pointe ; & pour que le firop s’écoule mieux , on perce la pointe du pain avec un poinçon emmanché dans un morceau de bois : ce poinçon fe nomme une alêne, pL 2. Sur-le-champ 011
- pofe chaque forme la pointe en-bas fur un pot qui eft proportionné à fa grandeur, comme je l’ai dit plus haut. Ce qui fe palîè alors dans chacun de ces pains eft très - curieux. A peine ces formes font-elles fur leurs pots que l’e firop commence à dégoutter. Les premières gouttes qui defcendeut par la pointe , opèrent lur la patte, qui eft la partie fupérieure & la plus largeV un léger changement de couleur. Jufqu’alors toute la patte parailfait rougeâtre : elle commence à paraître tachetée de blanc. A mefure que le firop dégoutte peu à peu le blanc de la patte augmente ; & au bout de huit, dix , douze heures , pour le beau fucre, eile paraît d’un jaune clair tirant fur le blanc. ( Ce blanc cependant eft bien different de celui que le fucre acquerra fous la terre. ) On. le lailfe ainfi plufieurs jours fe purger, pendant lefquels il emplit pref-qu’en entier le pot fur lequel il eft pofé.
- ijç. Cependant il ne diminue point de volume, & il remplit la forme entière , comme s’il n’avait pas coulé une goutte de firop ; mais ion poids eft confidérablement diminué, parce que tout le firop qui en eft forti rempli f-fait exactement tous les interftic.es qui fe trouvent entre tous les grains qui eompofent ce pain , lequel ne forme plus pour lors qu’un corps confidérable-ment poreux.
- 156. Il fe fait donc , par cette première opération , qui paraît le feul ouvrage de la nature , une féparation de deux fubftanees bien différentes. D’une part , le fel elfèntiel appellé fucre , demeure dans la forme , ayant une con-fiftance folide , comme un grain fec , épuré , d’une couleur blonde , & débar-raffé d’une liqueur qui le pénétrait & l’enveloppait au point de paraître identifiée aveç lui. D’autre part, il coule dans le pot une liqueur épaiife , gluante9 rouge, & qui (par le travail par lequel elle paffera pour être réduite en bâtarde , comme on le verra dans la fuite ) ne peut plus rendre qu’un fel d’une qualité fort inférieure à. celle de la matière qui l’a produit*
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- i y7. L’art du raffineur paraît peu dans cette première opération , puifqu’ii femble n’y avoir de part que.par la fouftra&ion de la tappe ou du bouchon de la pointe de la forme. Cependant on peut dire que cette opération ne peut avoir de fuccès que par l’habileté du raffineur, ou tout au moins de celui qui cuit le fucre. Il faut qu’en cuifant le fucre il y laide allez d’eau pour que cette liqueur vifqueule, appellée firop dégage aifément du lucre, & que d’un autre côté il n’en laiffe pas trop , parce que la quantité de ce fîrop ferait trop abondante, & que le grain, dont le pain demeurerait compofé , formerait un corps difforme par la groffeur des molécules ou cryftaux qui ne feraient plus ferrés , & par la grandeur des interftices.
- içg. Le firop le plus coulant, celui qui eft le plus gras & qui a le moins de difpofition à fournir du grain, s’écoule donc de lui-mëme dans le pot : alors les formes font pofées fans ordre dans les greniers,^/. fig. On les y laiffe en cet état à peu près huit jours, fi les formes font de grandeur à faire du quatre ou du fix. Mais comme les belles caffonades fe purgent plus promptement que les mofcouades fort brunes, & comme le firop s’écoule mieux quand l’air eft chaud & humide que quand il eft froid & fec , le mieux eft de tirer quelques pains des formes, pour examiner en quel état eft le grain ; car il ferait dangereux de laiffer trop long-tems le fucre dans les formes avant de terrer : le grain fe durcirait tellement qu’on ne pourrait retirer les pains des formes, & le firop endurci fur le grain l'abandonnerait difficilement ; ou bien l’eau de la terre, pour emporter le firop , diffoudrait la plus grande partie du grain.
- If9- Quand on travaille beaucoup , le grenier fe trouve entièrement rempli de formes plantées fur leurs pots : on a feulement eu foin de lailfer à un des bouts un efpace vuide , capable de tenir cent vingt ou cent cinquante pots ; cet efpace étant néceflaire pour changer, ainfi que nous allons l’expliquer.
- ‘ Ce que cefi que changer, »
- 160. Les pots s’étant prefque remplis de firop, il courrait rifique de fe répandre fi on ne les vuidait pas. D’ailleurs il eft bon de mettre à part les différens firops ; car les premiers font plus gras & moins bons que ceux qui coulent enfuite. O11 ôte donc de deffous les formes les pots qui ont reçu le premier firop : on les renverfe fur de plus grands pots, pi. F, fig. 4; 011 les y laiffe s’égoutter, & pendant ce tems on pofe les formes fur d’autres pots vuides : c’eft ce qu’on nomme changer.
- Ce que et fi que gratter.
- 161. Quand tous les pots d’un grenier font changés, on commence l’opé.
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- ration qu’on nomme gratter ; pour cela on ôte deux formes de deffus leur pot, on les pofe fur le bord de la caille à gratter,fig. f , comme on le voitfig. 6, de façon que le bout évafé pofe fur une des traverfes de cette caifie qui a deux pieds de longueur , feize pouces de largeur & neuf pouces de profondeur : ènluite avec un couteau ordinaire on cerne tout autour de la bafe du pain, pour la détacher de la paroi intérieure de la forme ; & le fucre que le couteau détache, tombe au fond de la caiife à gratter.
- 162. A mefure que les formes font grattées, on les pofe, le bout le plus-large en-bas, fur des planches placées fur les formes,^. 7, qui font plantées fur leur pot, & on les lailfe en. cette fituation une demi - heure ou trois quarts d’heure avant de les locher, c’eft-à-dire , de les tirer de leurs formes.
- 163. J’ai dit qu’il convcnaitde tirer les pains des formes avant qu’ils foient trop fecs, afin de prévenir qu’ils ne contra&afient trop d’adhérence avec la forme ; & c’eft pour cette raifon qu’011 gratte pour détacher le fond des pains, parce que la partie la plus évafée du pain qui était en-haut, s’étant plus défféchée que le rerte , elle s’eft plus attachée à la forme ; & on tient le pain , une demi-heure ou trois quarts d’heure avant que de le locher, dans une fituation renverfée, afin que le firop qui s’était ràffem blé à la pointe, & qui l’avait extrêmement attendri, retombe dans le corps du pain qui pourrait être trop durci. Par cette manœuvre 011 fait en for te que tous les pains prennent une foîidité à peu près uniforme} ce qui les difpofe à fortir plus facilement des formes ou à être loches.
- Comment on loche.
- 164. On- prend les unes après les autres les formes--grattées & retournées^ comme on vient de le dire ; 011 les porte fur un bloc, fig. 8 , pour les locher , c’eft-à-dire , pour tirer les pains des formes. Alors on pofe le plat de la main fur le bout évafé ou le fond du pain } on frappe à plufieurs fois & doucement le bord de la forme fur le bloc; & quand on fient que le pain quitte la forme , on la leve de la main droite : alors le pain reftè fur la main gauche. O11 examine en quel état il eft, fi le pain eh bien uni dans toute la longueur de la forme , fi le grain a une couleur perlée ; & fi la tête où le nrop s’eft raifiembié n’eft point trop brune , on juge que le fucre a été bien raffiné ; fi au contraire om apperçoit des marques tirant fur le jaune ou fur le roux , on même noirâtres ,.on peut être-certain que le fucre eft gras, & que, pour emporter ces taches avec la terre, il faudra occasionner. beaucoup de déchet. Aulli-tô.t qu’on a examiné les pains , on les recouvre avec leur forme , & on lès porte à l’autre extrémité du grenier pour les planter & former les lits* Plamir3 clcft ..mettre .la .forme .le. petit buut en*.bas. fur un pot; & former les
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- lits , c’effc faire des bandes de formes qui traverfent le grenier, fig. 9, & qui (oient compofées de douze formes pofées à côté les unes des autres, fi les formes font pour des pains de 2 ou de 3 ; on n’en met que dix fi les formes font pour des pains de 4 , & feulement g fi elles font pour des pains de 7 : ce qui détermine à ne donner qu’une certaine largeur aux lits; c’eft pour qu’on puilfe atteindre au milieu. On laiffe donc entre chaque lit un fentier de trois pieds de largeur, & encore un pareil fentier dans toute la longueur du grenier, comme on le voit pl. fig. 9 & 10.
- i6f. Quand tout eft planté & difpofé par lits, on fait les fonds, comme je l’expliquerai après avoir parlé de la maniéré de mettre en poudre le fucre blanc qu’on doit employer à cet ufage.
- Manière de piler le fucre.
- 166. On a befoin de fucre blanc pour mettre fur les fonds, comme je l’expliquerai dans uninftant : ainfi, quand on manque de calfonade blanche , qui eh du fucre raffiné & terré qu’on envoie des isles , il faut mettre en poudre des cations : on ne le trouve guere dans ce cas , parce que la plupart des calfonades qui viennent des isles, fur-tout de Saint-Domingue, font très - blanches ; cependant il faut être attentif dans le choix des calfo-nades , qui font plus ou moins blanches, fui van t les endroits où l’on a coupé les pains, parce que, quelque foin qu’on ait eu à clarifier le vefou , il y a différentes nuances depuis la patte jufqu’à la tète, & l’effet de la terre n’eft pas égal dans toute la longueur des grandes formes qu’011 a coutume d’employer dans les isles. Il fuit de là qu’il y a des calfonades de bien des fortes différentes, & ce font les plus belles qu’il faut choifir pour faire les fonds; mais comme elles ont été pilées groffiérement aux isles, où l’on fe contente de les briler alfez pour les mettre en barrils, on eft obligé de les piler de nouveau : pour cela, on a une, grande pile creufée dans un gros corps d’arbre de 14 a 1 j pieds de long fur [5 à 18 pouces d’équarrilfage : la barrique étant défoncée, on la renverfe fur cette pile : on fait peu à peu tomber dedans le fucre qu’elle contient, en le tirant avec un crochet, fig. 14; & les ouvriers rangés le long de la pile, & ayant à la main un pilon , fig. if, pulvérifent le fucre; 011 le ramaife enfuite avec une pelle, fig. g, pour le jeter peu à peu fur un crible de fil de fer, fig. 13 , qui cil établi fur un baquet, fig. 16; & ce qui n’a pu paffer par le crible , qu’on nomme les crottons, elt rejeté dâns la pile pour être pilé de nouveau. Comme le crible de fer a les mailles allez grandes , le fucre paffé n’ell pas fort fin ; il ferait mieux & peu embarraffant d’avoir des cribles beaucoup plus fins.
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- 167. 1e Heu ou l’on pile le lucre eftau rez-de-chaufïee auprès de l’empli; ainfi,pour monter le lucre en poudre aux greniers , on le met dans des baquets à ailles , & 011 le monte par les traquas, comme 011 le voit
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- Manière de faire les fonds.
- 168. Pour faire les fonds, on ramaflfe avec une truelle, pi. V, fig. n, tout le lucre qui eft tombé dans la caille à gratter , fig. f & 6 ; on le met dans un leau avec le lucre qu’on a monté de la pile, & l’on va remplir avec cette même truelle,/g: 11 , le vuide qui le trouve au fond de chaque forme, jufqu’à un demi - pouce au - dellous des bords, cet elpace étant nécelfaire pour recevoir la terre. On unit bien cette couche de lucre, & 011 la bat avec le plat de la truelle.
- 169. On conçoit que le firop qui s’eft écoulé dans les pots, a fait un vuide au haut delà forme; & ce vuide s’augmente encore lorfqu’on gratte, fur - tout fi J’on s’apperçoit que fur la patte il fe foit amafle du firop qui forme des taches brunes : c’eft pour remplir ce vuide qu’on ajoute du fucre raffiné & en poudre , il en faut environ cent livres pour faire les fonds à mille livres de fucre. Si l’on y mettait du fucre liquide clarifié & cuit, il s’en échapperait du firop qui attendrirait & jaunirait le grain , au lieu que le fucre en poudre n’ayant point à fe purger, il ne peut produire ni dommage ni déchet : mais il faut bien unir & taper cette couche de fucre en poudre; fans quoi l’eau qui doit fuinter de la terre qu’on va mettre fur les fonds samalferait dans les cavités, y ferait fondre le grain, & occafionnerait des gouttières.
- 170. Quand les fonds font faits, on les couvre de terre; mais avant de détailler cette opération, il faut parler de la préparation de cette terre.
- T>e la terfe qu on met fur les formes , & de fa préparation,
- 171. Quand , dans les laboratoires de chymie , on eft parvenu à obtenir des cryftaux de fel au milieu d’une eau - mere fort graffe , ces cryftaux empreints de cette eau-mere font jaunes ; pour les éclaircir, on les lave, c’eft-à-dire, qu’on jette deffus de^ l’eau fraîche en grande quantité, qu’on ren-verfe fur-le-champ, pour qu’elle emporte l’impreffion de l’eau-mere fans fondre ni dilfoudre les cryftaux, qui par ce lavage deviennent beaucoup plus tranfparens. La même chofe fe fait dans les raffineries pour nettoyer le grain, en le dégageant du firop gras qui lui ôte fa blancheur & fa tranfc parence. Mais on s’y prend d’une façon très - induftrieufe : le fucre étant dans les formes t oil le couvre d’une couche de terre détrempée dans de
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- l’eau : cette terre abandonne peu à peu l’eau quelle contient : cette eau traverfe par inftillation toute l’épaiiïeur du pain de lucre ; elle ditîout lé firop; elle l’emporte avec elle , & le grain du fucre relie blanc. Peu de terres font propres à cet ufage : toutes celles qu’on emploie en France ; viennent d’auprès de Rouen ou de Saumur. Il n’eft pas douteux qu’on en trouverait ailleurs , li l’on fe donnait la peine d’en chercher. Elle doit être blanche , pour ne point colorer le grain : de plus, il faut qu’elle foit fine, déliée., fans mélange de pierres ni de fable,': elle doit être grade au toucher, pêtriiîable , indiffoluble par les acides. A bien des égards , elle relfemble à la glaile ; mais elle en différé en ce que la glaife retient l’eau qu’on a employée pour la pétrir, au lieu que la terre dont il s’agit la lailfe échapper peu à peu. ( a ) Si l’on met de cette terre détrempée fur un filtre , l’eau s’écoule en partie, au lieu que l’humidité de la. glaife ne fe dftîipe qu’en vapeurs & par évaporation. Ainfi la bonté des terres qu’on emploie pour le fucre, fe réduit à peu près aux trois conditions' fuivant.es : i°. de 11e point teindre l’eau dans laquelle 011 la dtiîout : 20. de la laitier filtrer d’une maniéré douce & infenfib-le j & 3^. de ne pas beaucoup s’imbiber de la. graille du fucre.
- 172. Les terres qui colorent l’eau dans laquelle on les lave, pourraient imprimer leur couleur au grain qu’elles traverfent.
- 173. La terre grade & forte, qui ne rend point l’eau dont on l’a imbibée , ou qui la repouffe-vers la fuperfide, où elle fe difîlpe en vapeurs, n’eft point propre à terrer le fucre; puifque le bon effet des terres qu’on emploie , confifte dans une infHllation-qui lave le grain.
- 174. Les terres fort fablonneufes lailfant échapper leur eau trop promptement , formeraient des fontaines dans les pains , ou au moins un grand déchet- fur le grain.
- I7f. Enfin, les terres., qtii s’imbiberaient de la. graiffe &. quine l’abandonneraient pas, aifément, ne pourraient pas fervir une fécondé fois; ce qui occasionnerait une perte que l’on évite avec les bonnes terres , qui fervent continuellement fans éprouver beaucoup de diminution.
- 176. La terre qu’on tire de Rouen arrive en pelotes comme des- favon-nettes 5 celle dé Saumur eft ordinairement dans dés barriques.
- 177. On la tire des futailles en la brifant à coups de pic & de pioche,' pi. V,fig. 12. Pour la préparer, on la jette avec la pelle dans le bac à terre , fg. 1 2 , qui a au moins cinq pieds de diamètre fur quatre pieds de hauteur : au milieu de la hauteur eft un bondon qu’on ferme avec un tampon; Quand le bac eft à moitié plein de terre, 011 achevé de l’emplir avec de l’eau nette:
- (a) Je crois que celle de R'ouen eft la; même dont on fait les pipes» .
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- alors un ouvrier monté fur une planche a b , qui eft établie fur le bac , remue fortement Te-uu & la terre avec un inftrumentÆ emmanché en croix, fig. 14, ou c, fig. 1 j , qu’on nomme le piqueux du bac à terre. Quand la terre s’eft précipitée, & que l’eau eh devenue claire, on débouche le bondon du bac pour laitier échapper l’eau: on remet enfuite le bondon & de nouvelle eau fur la terre. On fait agir le piqueux : 011 lai lie encore précipiter la terre pour vuider l’eau qui l’a lavée & en remettre de nouvelle ; ce qu’on nommz rafraîchir. Si 011 laiflait l’eau fe corrompre fur elle , la terre contracterait une mauvaife odeur qu’elle communiquerait au fucre. O11 continue cette manœuvre pendant huit jours. Quand l’eau ne prend plus aucune impreiïion de couleur verte ni jaune, & qu’elle ne conferve aucun goût de la terre qui, par l’opération du piqueux, eh devenue comme une bouillie au dernier rafraichilfage, on laide échapper la plus grande partie de l’eau, jufqu’à ce qu’il n’en refte fur la terre qu’une nappe de trois à quatre pouces d’épaiifeur. Alors trois ou quatre ouvriers prennent des mouverons, fig. 15 : ils remuent la fuperficie de la terre avec l’eau qu’on y a laiflee ; & pour cela ils impriment à leurs mouverons à peu près le même mouvement que des rameurs donnent à leurs avirons. Quand la fuperficie eft bien détrempée, on pofe fur un bloc un lèau de douves cerclé de fer, & avec un pucheux on met dans ce feau la couche de terre qui eft fort amollie ,; après quoi on la porte à la coulerejje ,fig. 16, qui eft une forte timbale de cuivre,fig. 17 , de deux pieds de diamètre, percée de trous qui ont une ligne ou une ligne & demie de diamètre. Cette padoire eft établie fur un bac, comme on le voit fig. 16, & retenue avec quatre fortes nioifes de bois a , b, c , d, alfemblées les unes avec les autres , fig. 17. Au centre de cette paflbire tombe un balai, dont le manche paife librement dans un trou fait à une planche pour le recevoir fins le gêner, afin de le retenir dans une polition verticale. On verfe les féaux remplis de terre dans la coulereife ; & un homme faifant agir ch culairement le balai, comme on voit fig. 16 , détermine la terre à paifer par les trous, & a tomber dans le bac. Fendant cette opération , les ouvriers continuent à faire agir les mouverons dans l’autre bac , fig. 13 , & au bout d’un certain tems on enleve une autre couche de terre pour la porter à la coulereife ; ce que l’on continue tant qu’il y a de la terre dans le bac. Quand elle a paiié par la coulereife, elle eft préparée : ou eft alors alluré que toutes les parties de la terre font délayées, & qu’elle eft en état de fervu*.
- 17g. Les efquives , ou les gâteaux de vieille terre, qu’on a levées de deflus les formes & qu’on a fait fécher à l’ombre, font traitées comme les terres neuves , & elles fervent aux mêmes ufages. On les eftime même mieux que les neuves ; on prétend qu’elles occafionnent moins de déchet.
- 179. Les terres aiuli préparées font mifes dans des féaux ou des baquets s
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- & montées aux greniers parles traquas, comme on le voit fig. l > fuivons-les dans ces greniers pour voir couvrir.
- Comment on couvre le fond des pains avec la terre.
- igo. Quand les fonds font faits, 8c que les formes font arrangées par lits, fig. 9 ou 10, comme nous l’avons expliqué plus haut, on les couvre d’une couche de terre. Pour cela , la terre préparée étant montée dans les greniers ^ un ferviteur, fig. io, prend à fa main une petite cuiller de cuivre, fig. 18 , qui peut contenir une pinte , fur laquelle eft rivée une douille pour recevoir un manche de bois d’environ trois pieds de longueur.
- 181. La confiftance de la terre doit être telle qu’en y formant un petit fillon d’environ un pouce de profondeur, il ne doit fe fermer entièrement que peu à peu : ainfi c’eft une vraie bouillie.
- 182. Des ferviteurs, fig. io, prennent leur petite cuiller; & avec cet inftrument ils puifent de la terre qui eft dans le feau , & ils la vcrfent fur les fonds. Comme il faut plus de terre pour les gros pains que pour les petits , on proportionne la grandeur des cuillers à celle des pains.
- 18?. Après ce que nous avons dit plus haut, l’on conçoit que l’opération de la terre confifte à laifler échapper fon eau peu à peu pour laver le grain : il fuit de là que , fi l’on mettait la couche fort épaiffe , la quantité d’eau qui en coulerait ferait fondre beaucoup de grain & produirait un déchet confidé-rable. C’eft pourquoi il eft bon de proportionner l’épailfeur de la terre à la qualité du fucre, en la mettant moins épailfe fur les fucres fins que lùr ceux qui font fort chargés de firop épais. Au relie, l’épailfeur des efquives ou des gâteaux de terre , quand ils ont perdu leur eau, eft de trois , quatre ou cinq lignes.
- 184. Pour que la terre travaille bien quand elle eft fur les pains, il ne faut pas qu’elle bouille ou qu’elle forme de greffes bouteilles, & elle ne doit répandre aucune odeur. On doit de plus prévenir qu’elle ne fe deffeche , ou par le vent, ou par le foleil ; car il faut que fon eau traverfe les pains : c’eft pourquoi l’on a foin de fermer exactement tous les contrevents.
- i8f. Au bout de deux ou trois heures, on s’apperçoit fi les fonds ont été mal faits : car fi la terre fe creufe en quelqu’endroit, c’eft figne que l’eau ayant trouvé une iffue plus libre par un endroit que par le refte, elle s’y eft frayé une route qui pourrait former une gouttière, fi l’on n’y remédiait pas en levant la terre & en battant du fucre en poudre aux endroits où les pains fe font creufés : cet accident arrive rarement.
- 186. On laiffe cette première couche de terre fe fécher fur les pains; ce qui dure huit à dix jours, fuivant que l’air eft plus ou moins fec : quand on
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- s’apperqoit qne Jaterre a rendu toute Ton eau, l’on ouvre les fenêtres, pour qu’elle fe delfeche & qu’elle le détache plus aifément de delfus les pains.
- 187. Alors, pour découvrir les fonds , on cerne la terre tout autour des formes avec un couteau : on la leve de delfus le fond ; ce qui fe fait aifément quand elle eft fuffifamment feche : on gratte avec un couteau fur une cailfe le côté de la terre qui touchait au fucre , pour en détacher les parcelles de fucre qui pourraient y être reltées adhérentes ; & les gâteaux de terre qu’on nomme efquives, font mis dans des paniers , fig. 19 , pour les lailfer fécher à l’ombre : puis on les lave dans plulieurs eaux, & on les prépare comme je l’ai dit en parlant des terres neuves.
- 188. On broiïe le fond des pains fur la même boite où l’on a mis les parcelles de fucre qui étaient reliées attachées à la terre , & la brolfe, fig. 20, emporte une pouffiere noire qui reliait attachée au fucre : alors on loche ou on retire quelques pains de leurs formes, yfg. g, pour connaître l’effet de la première terre.
- 189. Le fond des pains eft prefque toujours alfez blanc ; mais les têtes font encore chargées de firop. Pour achever d’en purger le grain , on fait de nouveaux fonds avec du fucre en poudre : fur ces fonds on met une fécondé terre précifément comme la première, & on la 1 ai fie fe fécher de même, tenant les contrevents fermés, afin que le hâîe ne delfeche point la terre. Cependant, quand la terre a fait fon effet, il eft à propos d’ouvrir les contrevents pour qu’elle fe delfeche lin peu, afin qu’on puufe l’enlever plus aifément lorfqu’on veut mettre une troifieme terre.
- 190. Ordinairement on terre deux fois les pains de 2 & de 3 , trois fois les pains de 4 & de 7 : de forte qu’il arrive rarement qu’on terre quatre fois , même les plus gros pains & ceux qui font faits avec de la mofeouade ou fucre brut; car en général il faut ménager la terre aux fucres qu’on fait avec des cafîonades blanches. Pour éviter le déchet, fi en lochant on apper-qoit du roux ou une impreffion de firop à la tête, on les rafraîchit; ce qui fe fait en mettant un peu de terre fur l’ancienne, fans l’enlever ni faire de nouveaux fonds.
- 191. Quand on s’apperqoit que le fucre a peu baiifé dans la forme, on a lieu de craindre qu’il n'ait pas bien purgé fon firop ; & pour s’en aifurer, on cerne la terre tout autour de la forme , on la renverfe fur une palette de bois mince , fig. 21 , qui eft ronde & plus large que le fond de la forme ; puis on loche ou on retire quelques pains de la forme, pour examiner s’il ne relie point de roux ou de firop à la pointe. S’il en refte peu après avoir remis le pain dans la forme & la terre par-deflus , on njlrique , c’eft-à-dire, qu’avec un couteau de bois mince , flexible , fig. 22, & courbe fur Ion plan , on pétrit la terre qui approche d’être feche, pour fermer les fentes qui fefont
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- formées à la terre, afin de la réunir à la forme, & par-deffus on met une couche de nouvelle terre, comme fi l’on rafraîchilfait une fécondé fois. Le premier rafraichiiiage fe faifant un couple de jours après qu’on a mis la terre, elle ne s’elt pas gercée ; c’eft pourquoi on eft difpenfc d’eftriquer. Mais quand la terre eft détachée de la forme , & qu’elle s’eft fendue , il faut eftriquer ; car fans ce tte précaution , l’eau du rafraîchilfage entrerait par les fentes , & endommagerait les fonds; au lieu qu’il faut qu’elle traverfe l’ancienne terre.
- 192. Quand , en lochant, on trouve le fucre bien net, même a la tète, on change les formes de pots pour vuider le firop , & on les arrange dans les greniers , fans obferver l’ordre des lits ; eitfuite on prend les pains les uns après les autres , pour ôter la terre qui s’enleve par pains ou efquives qu’on met dans des paniers. J’ai dit ce qu’on en faifait ; enfuite avec un couteau qui eft fait comme un petit couteau de cuifine , on racle la terrç qui était reliée attachée à la forme , & on la met dans le panier aux efquives ; puis on loche; & fi le pain qu’on tire de la forme fe montre bien blanc, on le remet dans la forme , & on le plamotu , c’eft - à . dire , qu’on en époulte le fond fur une caille , pour ne pas perdre le fucre qui fe détache ; & cette opération fe fait avec une broife à longs poils , fig. 20 : cette brode eft ronde ; elle a environ quatre pouces de diamètre ; les poils ont autant de longueur ; la poignée qui eft perpendiculaire au-delfus delà broife., a cinq à fix pouces de longueur, & elle eft percée d’un trou pour recevoir un t uban , dans lequel le locheur paife le poignet pour avoir fa broife à portée de la main.
- 19?. A l’egard des pains qui fe trouvent roux à la pointe, on les met à part pour les eftriquer, ou pour recevoir une nouvelle terre,; ce qui occa-fionne toujours un déJiet préjudiciable au propriétaire. C’eft pourquoi ceux ou il 11e fe trouve a la pointe qu’une petite tache, & qu’on nomme des féconds, font remis dans leur forme avec leur terre par-delfus, qu’on pla-motte fans rafraîchir. Cela fuffit ordinairement pour difiiper la tache parle peu d’eau qui eft contenue dans le pain; cette eau, en s’égouttant, emporte le peu de firop qui formait la tache. Mais on ne peut fe difpenfer de faire les fonds, & de mettre une terre à ceux où il refte des taches confidérables , & qu’on nomme des cadets : fi les cadets n’étaient pas fort défectueux , ou pourrait fe contenter de rafraîchir après avoir eftriqué, & l’on fe difpenfe-rait de faire de nouveaux fonds.
- , 194. Quand la pointe des pains a perdu tout fon roux, & qu’elle eft nette de firop , il ferait à defirer qu’elle fe fut un peu deiîechée : car comme toute l’humidité du pain defeend à la pointe , il tombe dans les pots beaucoup de lirop clair, qui n’eft autre chofe que du fucre blanc diifous dans l’eau qui s’égoutte de tout le pain. C’eft une perte pour le propriétaire y
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- & comme une partie du grain de la tète fe trouve fondue , cette partie du pain devient graveleufe : déplus, comme le grain y eft moins rapproché, elle en paraît moins blanche. Ce n’efi pas tout : ces tètes, très-attendries, font fujettes à refter dans les formes ; & en ce cas, au lieu d’avoir des pains marchands, on n’a que des caifons. Pour prévenir cet accident, on retourne les pains-, afin que l’humidité retombe vers le fond ou la patte. On met donc furie fond qu’on a plamotté, un morceau de papier bleu par-deflus une rondelle de bois mince, fig. 23 . & l’on retourne le pain (ans le fortir de fa forme : enfin , on pofe la rondelle qui couvre la bafe ou le fond fur le pot, comme on le voit fig. 23 ; alors l’eau ( a ) defcend vers le gros bout, & là tète devient un peu plus ferme. Mais il faut prendre garde que le fond 11e s’attendrilfe trop ; car alors le pain pourrait s’afFaiifer fur lui - même. Il efi vra-i que , comme il y a vers le fond une épaitfeur de deux travers de doigt, qui ayant été faite avec du fucre en poudre, & s’étant delféchée , refie ordinairement plus folide que le refie , on s’apperçoit fi elle conferve cette fermeté , en la grattant avec l’ongle} mais fi à cette épreuve on là trouvait trop tendre, il faudrait retourner la forme & mettre la pointe en - bas , pour prévenir que le fond 11e s’afiailfàt fous le poids du pain, quoique la rondelle de bois contribue beaucoup à prévenir cet inconvénient.
- 195. Quand au moyen de ces précautions les pains ont pris une certaine fermeté , on les tire des formes, & on les arrange lé gros bout en-bas, dans les greniers, fur des toiles que l’on étend par terre, pl. Vï\ fig. 2 , afin qu’ils fe delfechent un peu avant de les mettre à l’étüve. C’efi;
- dans ces circonfiances que les tems humides font à craindre : ils obligent quelquefois , quand la patte des pains fe trouve trop tendre, de remettre lés pains dans les formes pour les retourner. L’hiver, on allume les poêles, & on diftribue des brafieres, pl. V, fig. 24, dans les greniers ; & l’été on ouvre les fenêtres, afin que le vent deifeche les pains.
- 196. Je dis qu’on allume les poêles, ce qui fuppofe qu’on fait qu’il y a des poêles dont les tuyaux fort larges traverfent tous les étages des greniers. On brûle du charbon de terre dans ces poêles , qui entretiennent une
- ' chaleur douce , néceifaire pendant l’hiver; car comme le frais rend le firap moins coulant, il a plus de peine à fe dégager du grain. Ils fervent encore à empêcher que les terres ne geîent fur les fonds.
- 197. A l’égard des brafieres , qu’on nomme cafifies à feu, pl. V, fig. 24, elles font compofées d’un poêle ou braficre de forte tôle, qui a vingt-cinq
- (a) L’eau qui coule de la terre, em- pour faire du fucre commun, n’acquerra porte, comme nous l’avons dit, le firop ; jamais la blancheur du fucre royal ou du mais elle ne blanchit pas le fucre. qui a fuperfin , quand on le terrerait quatre été mal clarifié. Un fucre qui a été raffiné fois.
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- pouces dê diamètre, & qu’on pofe fur un trépied de fer. On met dedans du charbon de bois; & quand il efl: aliumé, pour prévenir les accidens du feu, on pofe fur la poele un chapiteau de tôle percée de trous , ou un couvre-feu qui a la figure d’un cône tronqué : à la partie tronquée, qui a onze pouces de diamètre, il y a une poignée. On diflribue de ces caifes à feu dans les endroits où l’on a befoin d’augmenter la chaleur.
- Defcription de Vétuve.
- 198. Quand le fucre eft bien eifuyé, comme je l’ai expliqué plus haut, on le porte à l'étuve ; c’eft une efpece de pavillon quarré qui a dans œuvre dix-huit pieds de a en b ,fig. 3 , & dix pieds de b en c , pi. Fl. On en fait les murailles alfez épaiffes , comme de deux pieds ou deux pieds & demi, pour que la chaleur ne s’échappe pas. La porte c ne doit avoir que cinq pieds & demi de hauteur, & vingt-fix pouces de largeur entre les tableaux. Il efl: bon que les tableaux aient des feuillures en - dehors & en-dedans, pour y mettre doubles venteaux, l’un qui s’ouvre en-dedans & l’autre en-dehors, afin de mieux retenir la chaleur. Une des murailles efl: encore ouverte en Q_, pour y placer l’ouverture du poêle, qu’on nomme le coffre, dans lequel on .fait le feu. Ce coiffe efl: de fer fondu, long de g en e de trente pouces, large de g en h de vingt-deux , & haut de i en k de vingt-quatre pouces, fi g. il. L’épailîeur du fer efl: de deux bons pouces : des fîx côtés qui forment le coftre , quatre font de fer & fondus d’une piece , & deux font ouverts ; (avoir, celui du bout g h, fig. 3, & celui de deifous//; celui du bout g h entre de trois à quatre pouces dans la maçonnerie, où il efl exactement fcellé avec des tuilots & de bon mortier , ou de la terre à four. Le vuide du delfous efl appuyé fur une forte grille où fe met le charbon de terre & le feu. Sous cette grille efl un grand cendrier E, fig. 1 1 , dont la bouche efl fous celle du fourneau & de même grandeur; en-dedans de l’étuve & tout autour du coffre, s’élève à fix pouces de hauteur un petit mur de briques qui forme comme un focie , afin d’arrêter la fumée , & d’empêcher qu’elle ne pénétré dans l’étuve ; au-devant du fourneau efl une porte fortifiée avec des harres de fer, & fermée avec un venteau de fer battu : elle a 13 a 14 pouces d’ouverture.
- 199. Le bas de l’étuve en - dedans efl: carrelé : la hauteur depuis le deifus du chambranle de la porte jufqu’au plancher d’en-haut, fe partage en fix par deux rangs de foliveaux F , fig. 11, de 3 34 pouces d’équarriîiage, qui font fcellés par les bouts dans les murs ; favoir,d’un bout dans celui où efl: le coifre, & de l’autre dans le mur oppofé. Ces foliveaux & fablieres font marqués L. dans la fig. 13 ; les deux foliveaux M font coupés, & ils portent d’un bout fur une enchevêtrure G j de forte qu’il refte au milieu un efpace vuide mnop ,
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- fig. 13, qui a cinq pieds & demi de m en /z, & fept pieds de n enp. Ce vuide s’étend de toute la hauteur de l’étuve.
- 200. On cloue (ur ces folives des barreaux qu’on nomme lattes, d’un hpn pouce de largeur fur deux pouces d’épailfeur. Ils doivent être blanchis à la varlope, & faits de bois de chêne bien fec. C’eft fur ces lattes qu’on pofe les pains de fucre fur tous les étages , depuis le de'lfus de la porte jufqu’au haut de l’étuve ; ce qui fait fix étages : de forte que du delfus des lattes d’un étage ail-délions des folives d’un autre, il y a 21 pouces. Le vuide qu’on lai lie au. milieu de l’étuve fert à communiquer d’un étage à l’autre, afin d’y placer les pains de fucre. Mais comme cette étuve efb ordinairement prife dans un des bâtimens de la raffinerie , on ménage à différentes hauteurs des ouvertures I, fig. 1 i , qui communiquent aux greniers dont les planchers font à la hauteur K K ; ce qui eff d’une grande commodité pour mettre & retirer les pains de l’étuve. Ces ouvertures font exa&ement fermées par de bons volets. Il faut fur-tout qu’il y ait une de ces fenêtres dans la chambre à plier, comme on le voit pl. Fl, fig. 13 , pour qu’011 tire tout le fucre de l’étuve par cet endroit, où l’on doit le mettre en papier & en corde.
- 2or. Comme il pourrait arriver que les pains qui feraient au - delfus du coffre fe rompraient ou fondraient à caufe de la grande chaleur du poêle; pour éviter ce défordre qui pourrait mettre le feu à l’étuve, on établit au-delfus du coffre une table de fer fondu , de fix lignes d’épailfeur H ,fig. 1 r , qui eff portée fur un chevalet de fer. Cette table qui ferait mieux encore fi elle était plus grande que le coffre, empêche la grande adion du feu de fe porter fur les pains qui font fur l’étage le plus bas , & immédiatement au-delfus du coffre, & elle reqoïc les fragmens de fucre qui, en tombant fur le corps du coffre , y feraient brûlés.
- 202. Le haut de l’étuve à la hauteur N eff fermé par un fort plancher auquel on ménage des ouvertures de deux pieds en tjuarré A, fig. 12, qu’on peut fermer avec une trappe.
- 203. Au commencement des étuves, quand il s’échappe beaucoup de vapeurs , on laiife toutes les trappes ouvertes : mais enfuite on en ferme quelques-unes pour concentrer la chaleur.
- 204. Dans une raffinerie bien montée , i! eff à propos d’avoir deux étuves , parce que les gros pains étant plus difficiles à fécher que les petits, il eff bon qu’il n’y ait dans une étuve qu’une forte de pains ; ce qu’011 peut obferver quand on a deux étuves.
- 2of. Les portes des deux étuves font renfermées dans une efpece de tambour ou veftibule M, pour que les étuves ne foient point rafraîchies quand en eff obligé d’en ouvrir les portes.
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- Maniéré de mettre les pains de fucre à Vétuve.
- 206. Quand les pains de fucre font fuffifamment retirés, c’eft - à - dire, quand l’eau répandue dans le corps du pain eft tombée à la patte, & que la tête paraît n’avoir plus aucun nuage, on place un earteauauprès des pains que nous avons laides fur le plancher du grenier,/»/. Fl,fig. 2. On pofe ce earteau fur un de fes fonds 5J%. 6 ; & fur l’autre fond qui fe trouve en-haut, on met une planche, fur laquelle un ouvrier, fig. 4 , pofe fix pains , comme on le voit fig. 6 , fi c’eft du petit ou du gros deux, ou même du trois, qu’on veuille mettre à l’étuve. On ne mettrait fur la planche que deux pains , fi c’était du quatre ou du fept ; atfez fouvent même on porte ces derniers un à un, mettant une main fous le pain, pendant que l’autre main le fupporte vers la moitié de fa longueur.
- 207. Il faut de l’adreife pour manier ces pains : comme ils font néceffaire-ment fort tendres , ils courent rifque d’être endommagés dans ces tranfports. Quand quelques-uns fe iëparent en deux, comme le repréfente la fig. f , 011 rajufte exactement les deux pièces , & la chaleur de l’étuve foude les morceaux : mais ces pains retToudés ne rendent point de fon quand on les frappe, lorfqu’ils font tirés de l’étuve. Plufieurs pains font rompus de façon à ne pouvoir être raccommodés, & 011 eft obligé de les vendre pour calions, ou de les remettre dans le fucre.
- 208. Les pains étant portés à l’étuve, des ouvriers qui font dans l’intérieur, établis fur des planches qu’on pofe fur les folives , les reçoivent un à un , & fe les donnent de main en main pour les arranger fur les lattes, comme on le ‘voit par la fenêtre , fig. 3. Quand tous les étages de l’étuve font garnis de fept. à huit cents pains, on allume le feu qu’il faut conduire avec ménagement, ne faifant les premiers jours qu’un feu très-léger qu’on augmente infenfiblfement. On ne doit confier le foiriede gouverner le feu qu’à un homme prudent & ftylé à cette manœuvre : car fouvent il arrive qu’après avoir mis de beau fucre à l’étuve, on le retire très-gris, parce que le feu a été mal gouverné & trop forcé les premiers jours.
- 209. Si, dans les grandes chaleurs de l’été, on expolait quelques pains au foleil dans un endroit où il n’y aurait point de pouftiere, ces pains fe delfé-cheraient à la longue , puifque le foleil des beaux jours d’été fait monter le thermomètre à 60 degrés , & que fouvent la chaleur de l’étuve n’eft pas de 5*5 : & ces pains feraient extrêmement blancs ; mais ce moyen qui a été éprouvé fur quelques pains eft impraticable en grand. Il faut néceifairement avoir recours aux étuves i 8c dans les étuves il eft important de faire d’abord un feu modéré. O11 fait par expérience qu’une chaleur douce feçhe le fucre, & qu’une chaleur trop vive le roullit.
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- 210. Quelquefois la fuperficie des pains qu’on tire de l’étuve elt inégale & raboteufe: c’elt un défaut qu’on nomme rajïage ; mais le rafiage n’eft point occafionné par la chaleur de l’étuve. Quand les pains y entrent, ils font ce qu’ils feront toujours ; ils ne craignent que le coup d’étuve. Le raflage vient de ce qu’un pain eft ou mal mouvé^ou mouvé trop froid, ou tiré de là furme trop tôt.
- 211. Quand d’abord l’étuve a été chauffée très-vivement, on apperqoit un côté des pains qui elt un peu roux, ou bien on voit qà & là des taches rouifes : c’elt ce qu’on appelle des coups d'ètuve. Enfin , il arrive encore que les pains qu’on a mis trop humides dans l’étuve , & qui y reqoivent une chaleur trop vive, fe couchent les uns fur les autres, & qu’ils fe foudent aux parties qui fe touchent : cela s’appelle du fucre qui a fou'ê. Au contraire , quand on échauffe l’étuve peu à peu, l’humidité fe réduit en vapeur ; elle fe dilïipe infenfiblement, & les pains fortent de l’étuve unis, blancs & fonores.
- 212. On augmente le feu par degrés, jufqu’à faire monter le thermomètre de M. de Réaumur à peu près à 50 degrés au-deifus de zéro.
- 213. Les pains reftent plus ou moins de tems à l’étuve , fuivant leur grofl feur ; mais la durée commune d’une étuvée eft de huit jours. Bien loin qu’il y eût de l’inconvénient à la faire durer plus long-tems, on croit qu’il y aurait de l’avantage. Néanmoins, quand les envois prellent, on veille l’étuve pour mettre du charbon dans le coffre pendant la nuit: mais ordinairement on fe contente d’en mettre le foir ; & comme le travail des raffineries commence de bon matin, l’étuve fe trouve peu refroidie. - a
- 214. Pour .connaître fi le Lucre eff fuffifamment étuvé, on tire un pain de l’étuve.; on le rompt, comme le repréfence la fig. f , avec le couteau & le maillet a , b. Enfuite, ayant féparé les morceaux, 011 appuie l’ongle fur le fucre dans l’axe du pain ; s’il réfilte , on juge que le fucre elt fuffifamment étuvé; s’il cede fous l’ongle, c’elt une preuve qu’il ne l’elt pas alfez.
- 21 f. Il 11e faut pas retirer tout d’un coup le fucre de l’étuve; les pains fe gerceraient en une infinité d’endroits , comme le verre & la porcelaine qu’on refroidit fuhitement ; & ces pains ainfi gercés ne rendraient point de Ion : ce qui diminue de leur prix, quoique réellement le lucre en foit très - bon. Néanmoins on a raifon d’exiger que les pains rendent du fou ; car c’elt une marque qu’ils font bien deiiéchés dans l’intérieur , ceux qui renfermeraient de Phumidité ne rendant point de fon quand on les frappe. On ouvre donc les évents & les portes de l’étuve , pour laiffer la chaleur le dilfiper ; & quand l’étuve eft en partie refroidie , des ouvriers s’établilfent fur des planches pofées fur les folives qui forment les étages ; ils prennent les pains, & fe les donnent les uns aux autres. Celui, qui fe trouve auprès d’une des portes les arrange fur une planche, comme iorfqu’on les a portés à 1 etuve ; & des ferviteurs
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- les tranfportent fur ces planches, fig. 7, dans ce qu’on appelle la chambre k plier. Autant qu’011 le peut, il y a une des portes de l’étuve qui répond ou à cette chambre, ou au moins fort près; 8c en ce cas, les ouvriers qui font dans l’étuve fe donnent les uns aux autres les pains pour les fortir tous par cette porte.
- 216. Dans plufieurs raffineries ,on ne met point les pains fur une planche pour les porter à la chambre à plier. Les ferviteurs qui font au-dehors de l’étuve reçoivent les pains à la main , & les pofent fur leur bras gauche , fur lequel ils ont étendu une feuille de papier gris. Ils embraifent ordinairement iix pains , fi c’eft du grand ou du petit deux ; quatre pains, fi c’eft du trois 1 8c ainfi en diminuant, à mefure que la grandeur des pains augmente.
- De la chambre à plier & de ce qui s'y fait»
- 217. On porte les pains qu’on tire de l’étuve dans la chambre à plier,, & 011 les pofe, doucement fur des tables revêtues de tapis de drap, fig. 8. Plufieurs ouvriers fe placent devant cette table: chacun prend un pain , & ii examine s’il n’a pas de défauts, tels qu’une petite rupture , une tache roulfe , un coup d’étuve, &c. Ceux qui font exempts de tous défauts, fe nomment lianes, & on les met en papier & en corde fans aucune marque. Ceux qui ont quelqu’un des défauts dont }e viens de parler , fe nomment resles : on les met auffi en papier & en corde ; mais pour les faire connaître au marchand * on les marque en relevant un coin du papier qui enveloppe la pointe du pain , & qu’on nomme gonickon. Quand les ruptures de la tète ou de la patte font plus grandes, on met les pains à part-, & on les vend pour calfons fans papier ni corde. Si la tache de la tète , produite par le coup de feu, était grande ou fort roulfe, on romprait cette partie, & le refte ferait un* caifon. Voici maintenant comment on met les pains en papier:
- 218. Un*ouvrier pofe devant lui une feuille de papier bleu a bcdtfig. 9. Il couche delfus un pain qui déborde le papier par la tête de la moitié de la longueur, de façon que la patte réponde au milieu de la feuille de papier : puis prenant l’angle a, il le porte en enveloppant le pain vers e : enfuite il prend l’angle qu’il porte vers f II appuie fur la partie du papier qui déborde le pain, pour la rapprocher de la patte; & en ayant rapproché de même les deux côtés, il frappe la patte du pain enveloppée de papier fur la table, pour applatir tous les plis: c’eft ce que fait l’ouvrier de la fig. 8.
- 219. Il ne refte plus qu’à couvrir la tète par un cornet qu’on nomme-gonichon, fig. 10. Pour le faire, l’ouvrier pofe devant lui en diagonale une demi-feuille de papier bleu, & par-deifus une demi-feuille de papier blanc>.» pour empêcher que la couleur du papier ne tache le fusre.
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- 220. Tl pôle la tète du pain qui eft enveloppé par la patte fur un des angles de la demi-feuille qui doit faire le gonichon. Il roule l’angle h, puis l’angle k, autour du pain , pour former un cornet qui enveloppe la pointe du cône : enfin il tortille le papier qui excede le pain , comme l’extrémité d’un cornet, & il donne delfus un coup du plat de la main, pour écrafer cette partie.
- 221. Pour mettre les pains en corde, l’ouvrier tortille l’extrémité de la-corde autour du doigt index de fa main droite, avec laquelle il faille la pointe du pain, en l’inclinant un peu. 11 paffe avec fa main gauche la corde fous la patte du pain ; il la conduit avec la même main fur la pointe; & la palfant encore fous la patte , il forme une croix. Il finit par l’arrêter, en faifant un. nœud avec le bout de la corde qu’il avait tortillée autour de fon doigt. Les pains étant mis en papier & cordés font en état d’être livrés aux marchands. On les arrange par efpeces dans des cafés, fig. 13. Quoique les magafins foienü affez fecs, les pains deviennent un peu plus pefans qu’ils n’étaient au lortir de l’étuve; & les détailleurs , pour obtenir du bénéfice fur le poids, confer-vent leurs fucres dans des falles balles alfez humides.
- 222. Le fucre royal eft mis en papier comme l’autre, excepté qu’on l’enve-loppe dans du papier fin violet, & qu’en-dedans on met un papier blanc, tant pour le fond que pour le gonichon.
- 223. Les raffineurs tirent leur papier en rame des papeteries , & les raffineries font la caufe de l’établilfement de plufieurs papeteries qui entretiennent un bon nombre d’ouvriers; ce qui fait un grand bien dans les provinces où? elles font établies.
- 224. Je crois qu’on enveloppe le fucre dans du papier bleu, parce que cette couleur fait paraître le fucre plus blanc. Il arrive quelquefois , dans le" tranfport, que le bleu du papier fe décharge fur le fucre; c’eft pour prévenir cet inconvénient, & ménager la blancheur des fucres fins, qu’on met un papier blanc fousde bleu , principalement à la tête, parce que c’eft la partie qu’on examine le plus ordinairement quand on acheté du fucre ; d’ailleurs , comme 011 vend le papier & la corde avec le fucre, on n’a aucune raifon de l’épargner.
- 22f. Quand les pains font vendus , on met à une grofle balance un grand' panier qu’on remplit de pains, pour les pefer tous enfemble : enfuite on les arrange dans de grands tonneaux. Pour cela, un homme entre dans le tonneau ;-il arrange les pains tout près les uns des autres fur le fond dir tonneau, le gros bout en-bas, & il forme ainfi le premier rang : au fécond,* il met les pointes en-bas, & il.marche fur les fonds, pour que les pains-fbient bien ferrés les uns contre les autres. Quand le tonneau eft plein environ -mx. deux tiers, il en fort,.il defeend à terre j,&, monté fur un marche**-
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- pied , il achevé de le remplir, obfervant toujours le même ordre dans l’arrangement des pains. Néanmoins, quand le tonneau ne peut pas tenir trois rangs de pains, le gros bout en-bas, ce qu’on appelle trois hauteurs ; alors on couche le troifieme rang : cela s’appelle dans les raffineries , faire une rofette. Le tonneau étant plein, on l’enfonce , & on cloue un cerceau dans le jable : alors le fucre elh en état d’etre voiture par charrois ou par eau au lieu de fa deffination.
- Des écumes , & de La façon dé en retirer le Jîrop.
- 226 J’ai dit, en parlant de la clarification du fucre , qu’on mettait les écumes dans un bac ou dans une chaudière roulante ; & j’ai ajouté que ces écumes contenaient beaucoup de bon firop, & pouvaient fournir beaucoup de grain.
- 2,27. Il y a des raffineurs qui ne cuifent, ou , en terme d’art, 11e raccourcirent leurs écumes que quand ils en ont radémblé une alfez grande quantité; mais d’autres les raccourci dent à mefure qu’ils en ont, ayant une chaudière uniquement deffinée à ce travail. Je crois que cette pratique eit fort bonne; car plus .ou laide le firop fermenter, plus on perd de grain.
- 228- La pl. FI, fig. 16 , repréfeute une chaudière montée fur fon fourneau, comme celles qui font delfinées pour clarifier ou pour cuire. On pofe fur les glacis deux bouts de foliveaux, fur lefquels on met un panier, & dans ce panier une poche , fig. 17, d’une forte .toile de Guibray : tout cela fe voit fig- 16.
- 229. On porte dans des baquets les écumes qu’on puife avec un pucheux, & on les met dans une chaudière à clarifier. On y ajoute quelques baquets d’eau de chaux ; 011 allume le feu fous cette chaudière, & avec un mouveron l’on brade fortement les écumes avec l’eau de chaux.
- 230. Quand les écumes parai dent bien fondues avec l’eau, on les verfe dans la poche ; & ce qu’il y a de plus coulant tombe dans la chaudière ,fig. 16. Mais comme il relierait encore beaucoup de firop dans les écumes, on rabat fur elles les bords de la poche, qui en premier lieu étaient renverfés fur les bords extérieurs du panier, & ou met fur la poche & dans le panier le rond aux écumes ,fig. 18, qui ell fait de plusieurs planches retenues par des barres avec deux anles de corde. On charge ce rond de plufieurs poids ; ce qui forme une efpece de prelfe qui fait fortir le firop des écumes. Quand elles font bien égouttées , on allume le feu fous la chaudière, fig. 16 , pour donner au firop un certain degré de cuiflon qui n’ell pas fuffifant pour prendre la •preuve. On fe contente de le concentrer, ou, en terme de l’art, de Le raccourcir ; car ce firop ne doic point être mis dans les formes. On le mêle avec les caiionades, ainfi que les autres firops fins, pour être clarifié, & enfuite cuit,
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- comme nous l’avons expliqué ; car le firop qu’on tire des écumes effc moins gi'fts que cous les autres. Pour reconnaître fi ce firop eft allez cuit, c’eft-à.dire 5-fi les écumes font fuffifamment raccourcies, on plonge l’écumereife dans le firop; puis la plaçant fur fon tranchant, la nappe de firop doit fe rompre & fe couper par flocons. Comme il arrive fouvent qu’on ne clarifie pas quand on cuit les écumes, on met leur firop dans d^s badins pour en remplir de grands pots que l’on conferve jufqu’à ce qu’on clarifie des mofcouades ou des caflonades.
- 231. Quand on clarifie des mofcouades fort brunes, les écumes font grades ; & en ce cas, au lieu de mettre le firop dans le fuere on le met eir formes que l’on traite comme des vergeoifes.
- jDu travail des Jirops.
- 232. J’ai dit que quand on avait laifle s’écouler lés premiers firops, 011 changeait de pots, & que les premiers firops étaient plus rouges & moins propres à fournir du grain que ceux qui coulaient après qu’on avait changer ceux-ci font afîez bons pour rentrer fans aucune préparation dans le fucre.
- 233. Les plus fins & les meilleurs de tous les firops font ceux qui coulent dans les pots après qu’on a terré ; ce n’eft prefque que du fucre fondu. Ainfi' lè$ firops fins doivent fans aucune préparation rentrer dans les chaudières avec les caifonades qu’on va clarifier. Les opérations dont nous allons parler ne regardent donc que les premiers firops.
- 234. Quand on en a raffemblé une fuflfifante quantité, les chaudières n’ayant point leurs bordures, on met des porteux fur les glacis ,& on ren-verfe déifias des pots remplis de firop,/?/. III, fig. 4, jufqu’à ce que les chaudières foient à moitié pleines. On verfe environ trois baquets d’eau de chaux fur dix-huit pots de firop : bien entendu que toutes ces proportions varient fuivant la qualité du firop ; plus il eft roux & épais, plus il faut d’eau de chaux. On allume le feu : on ne verfe point de fang pour clarifier ; mais 011 cuit jufqu’à preuve.
- 235. Dans cette cuiffon, le bouillon s’élève beaucoup; & il faut continuellement rnouver, pour empêcher que le bouillon ne fe répande hors les chaudières. Les ouvriers ont imaginé un moyen bien fimple & très ingénieux de s’épargner cette fatigue. Us mettent dans le firop qui bout, pl. M, fig. 19 , une forme de bâtarde qui eft calfée par la pointe. Cette forme par fon poids tembe au fond de la chaudière , & s’y tient droite, étant appuyée fur fon fond». La pointe du cône tronqué doit excéder le firop de cinq à fix pouces. Le bouillon s’élève dans fon intérieur, & il fort en forme de jet par l’ouverture d’en-haut. Ce jet fe répand tout autour, & retombe fur le firop, dont il abaifle
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- le bouillon, précifément comme fi l’on verfait continuellement de l’eau bouillante dans le firop ; de forte que par cette induftrie les ouvriers font difpenfés de faire continuellement agir le mouveron. On fait plus communément ufage de cette forme pour des écumes qui s’enflent beaucoup en rac-courciilànt, que pour des firops que l’on cuit pour les mettre en formes de bâtardes.
- 2?6_. Il eftbon de remarquer que,quand on fait des bâtardes, on ne fe contente pas de cuire les firops dans la feule chaudière à cuire , le travail irait trop lentement} mais on cuit en même tems & dans les deux chaudières à clarifier, & dans celle à cuire: c’eft ce qui fait qu’on peut dans une journée remplir fix chaudières dans l’empli.
- 2$7. Pendant que le firop fe cuit, on a préparé cinq ou fix chaudières roulantes dans l’endroit qui précédé l’empli, ou dans l’empli même} & quand le firop eft à fon degré de cuiffon, on le tranfporte dans les chaudières, en diftribuant le firop dans les fix} ce qui s’appelle faire des rondes. Quand on a ainfi vuidé les chaudières à cuire , s’il refte des firops , on fait fur - le-champ line autre cuite, & par d’autres rondes 011 tranfporte le firop dans les mêmes .chaudières } ce que l’on continue jufqu’à ce que les fix chaudières foient pleines. Quand les fix chaudières de l’empli font pleines, on emplit les grandes formes de bâtardes qu’on a tappées & plantées dans l’empli} mais on remplit ccs tormes encore par rondes, ne vuidant dans chaque forme qu’environ le fixieme de ce qui eft dans chaque balfin , pour qu’il y ait dans chaque forme du lirop de chacune des fix chaudières. On laiflê les formes fur leur tappe pendant deux ou trois fois vingt - quatre heures.
- 238. Après ce repos, un ouvrier fatliifant une forme entre fes deux bras, il la fouleve } & donnant un coup de genou, il la porte en-avant: mais comme il a eu la précaution de mettre un de fes pieds fur un bout de la tappe, elle s’arrache} fur-le-champ, fouleront encore la forme , & donnant un coup de genou , il tranfporte la pointe au milieu d’un bourrelet } il en fouleve les cordes , & palfant dedans un levier , deux ouvriers mettent le levier fur leurs épaules : ils portent la forme fous un traquas qui répond au grenier aux pièces, ou à lapurgerie} 011 les y monte-, fur-le-champ on les couche fur un canapé, fig. 20, pour les percer avec une manille, qui eft une cheville de bois dur, fig. 12. On met fous la pointe de la forme un feau ou un baquet, dans lequel il y a de l’eau, pour recevoir le peu de firop qui coule, & pour y tremper la prime , afin qu’elle, entre plus aifément dans la tète du pain. Car après avoir enfoncé la prime d’une certaine quantité , on la retire } on la trempe dans l’eau du feau , & on l’enfonce de nouveau} ce qu’on répété à plufieurs reprifes, parce qu’il faut que la prime entre dans la forme de huit à dix pouces -, & en mouillant
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- Iant la prime, on humecfte un peu le grain ; ce qui facilite l’entrée de la prime, & détermine le firop à couler dans le pot.
- 239. On met les pièces bâtardes fur leur pot, fig. 23 , pour Jaifler égoutter leur firop pendant environ quinze jours : puis on change , & on plante les pièces fans former de lits, mais avec l’attention de les mettre de niveau ; & pour cela on elfaie des pots de différente hauteur, afin que par tout le. grenier la furface des formes foit égale : car comme elles font fortes, 011 met des planches delfus, pour porter un ouvrier qui , étant à genoux, fait les fonds avec une truelle ; & il les couvre de terre moins chargée d’eau que pour les fucres fins, afin que l’eau qui fort de la terre emporte moins de grain , qui eft gras & tendre. On rafraîchit ces bâtardes une fois ou deux , fuivant qu’on juge que le grain en a befoin. Quand les terres font léchés, on les ôte, & néanmoins 011 laiffe les bâtardes s’égoutter pendant deux ou trois mois.
- 240. De tems en tems on loche , pour vifiter en quel état font les pains ; mais comme ces pains font fort lourds, on loche par terre : fi ces bâtardes paraiffent encore trop chargées de firop, on dit qu’elles font trop vertes, & on les ,laiile encore s’égoutter. S’il 11’y a que la tète qui foit rouife , on tire les bâtardes de leurs formes ; & fouvent une partie de la tète refte dans la forme : mais foit que cela arrive ou non, on coupe avec une ferpe tout ce qui eft roux, & on le joint avec les tètes, pour être recuit comme nous le dirons. Le refte eft mis dans les chaudières à clarifier avec le fucre brut ou la caflonade.
- 241» Pour retirer les tètes qui font reftées dans les formes, on pofe les formes le fond en-bas fur le fucre brut, fig. 24, qu’on a coupé avec la ferpe : on paffe par le trou de la tète une prime de fer , fig. 2$ , comme on le voit fig. 24 ; & en tournant circulairement la prime, le fucre qui était refté à la tête, tombe; on met une autre forme à la même place ; on agit de même avec la prime ; & quand on a ramaflé une fuffifante quantité de têtes, on en fait une fondue, comme je vais l’expliquer.
- .Maniéré de faire les fondues de têtes.
- 242. On porte les têtes, & le fucre qu’on a coupé avec la ferpe, dans une chaudière montée : on y ajoute un peu d’eau de chaux, feulement ce qu’il en faut pour fondre le grain : on allume un peu de feu pour faciliter la fonte du fucre dans l’eau de chaux; on mouve & on braife bien le fucre avec l’eau de chaux. On ne cuit point complètement; mais quand le fucre eft bien chaud , on le porte dans une coulerelfe qu’011 a établie lur une chaudière roulante ; & avec un mouveron l’on brife les morceaux de fucre Tome KF* X x x
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- ART DE RAFFINER
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- qui n’étaient pas fondus, pour les faire tomber dans la chaudière. Quand tout eft padé , l’on ôte la couleretfe , & l’on mouve encore dans la chaudière pour achever de diifoudre le grain : pendant que le fucre eft encore fort chaud , on en emplit des formes de bâtardes : quand elles-font refroidies, on les détappe , & on laiife couler le firop ; au lieu de les terrer comme les bâtardes, on les defcend dans une cave qu’on échauffe beaucoup pour rendre le firop plus coulant; & le grain qui refte dans les formes, e(l mis avec les fucres bruts & les caflonades dans les chaudières à clarifier : c’elV ce qu’on appelle des fondues ou têtes fondues,
- 245. On fait que le firop qui s’écoule le premier de toute efpece de forme & de fucre eft plus gras & moins difpofé à fournir du grain que-les firops qui coulent enfuite. Or, les féconds & même les premiers firops qui viennent des bâtardes dont nous venons de parler , fe cuifent comme les firops dont on a fait les bâtardes. On les met de même en formes fans les terrer; & le grain qui en provient, s’appelle vergeoife. Ce grain, quand a coulé l’on firop , elt refondu, comme on l’a vu ci -deffus pour les têtes;
- & alors ces pièces fe nomment des fondues de vergeoife , comme on appelle les autres des fondues de têtes. On terre ces fondues de vergeoife, & le fucre qui en provient entre dans le fucre fin.
- 244. Lorsque les vergeoifes ne font pas belles-,. & qu’elles ont mai' rendu leur firop , on les refond de nouveau comme les tètes de bâtardes,, avec un peu d’eau de chaux, & à une chaleur douce
- 245". Ces vergeoifes ainfi refondues , fe nomment des verpuntes, que Ton fond quand elles ont coulé leur firop; & elles font, conjointement avec les. Vergeoifes, ce qu’on nomme les fondues de vergeoife.
- 24'S. On n’envoie ordinairement en HoUande que les firops de vergeoife,-.. de verpunte 8c de fondues de vergeoife non couverts. Tous les autres fe, recuifent, pour en tirer dans les raffineries tout le parti poffible.
- 247. Il elt vrai que quand les firops en barriques font chers , il y a autant de profit à envoyer en Hollande ceux qui viennent les premiers des bâtardes avant qu’ils foient terrés; mais on ne le pratique pas dans les raffineries de l’intérieur du royaume. Celles de Nantes, de la Rochelle., de Marfeille, étant à portée de rembarquement, peuvent y trouver quelqu’avantage ; mais comme à Orléans, il faut envoyer les firops à Nantes, en payer la voiture, le coulage & la cominiffion au lieu de rembarquementavec d’autres frais qui ré-duifent le profit à rien , il eft plus avantageux de travailler ces firops pour en retirer tout le grain.
- 248. A l’égard des barboutes, qui font la partie la plus grade des lucres-bruts, on fond cette mofeouade inférieure comme les tètes des bâtardes, fépa-rément ou avec ces têtes. On les met dans des formes pour couler leur firop 1.
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- on les terre enfirte comme les bâtardes, & elles rentrent dans le lucre fin. Leurs premiers & féconds lirops couverts ou non couverts entrent dans les bâtardes, comme nous l’avons dit.
- 249. On vient de dire que les premiers & féconds lîrops des bâtardes fervent à faire des vergeoifes qui fe cuifent comme on cuit les bâtardes. ïl y a cependant pour les vergeoifes quelques manœuvres particulières qu’on ne fat pas pour les bâtardes, parce que le lirop des vergeoifes elt plus gras, plus épais & moins rempli de grain que celui des bâtardes. Ainfi, lorfqu’on veut faire une cuite ou journée de vergeoifes, on choifit les meilleures formes, parce que fî l’on en prenait de fêlées, le grain ayant peine à fe former dans le firop de vergeoife, qui relie long-tems liquide, il s’écoulerait par les fentes oii fêlures de la forme, & tout fe perdrait en coulage.
- 2^0. Far la même raifbn, l’on met dans le fond de chaque forme, lorf-qu’elle eft plantée dans l’empli, l’épaiifeur de quatre ou cinq doigts de fucre de bâtardes , qui a paifé à l’étuve , & qu’oit a râpé. On foule le fucre en poudre dans la tête de la forme avec un pilon de bois , afin de retenir le firop dans la forme jufqu’à ce que le grain fe foit formé ; & quand 011 mouve ces vergeoifes dans l’empli , ce qui ne fe fait qu’une fois , on prend garde d’enlever le fucre de bâtarde avec la pointe du couteau donc on fe fert pour mouver.
- De plus, on lailfé ces pieCes plufîeurs jours dans l’empli, pour donner le tems au firop de s’affermir; & lorfqu’on les defeend dans la cave pour couler leur firop, ou met fous les formes où le firop paraît un peu mollet, un morceau de toile claire , qui s’appelle une loque , afin de foutenir le firop & l’empêcher de couler trop promptement. Lnfin , lorfqu’on perce ces pièces, on fe fert d’une alêne, & non pas de la manille , afin que le firop ne s’écoule •que lentement; car il arrive quelquefois que tout coule dans le pot.
- 2ï2. Il faut que le lieu où l’on place ces vergeoifes fuit fort chaud, pour entretenir le firop dans une certaine liquidité qui lui permette de couler; car de là nature il elt épais & vifqueux. C’eft pourquoi l’on entretient dans les caves où l’on tient ces formes , un feu continuel de charbon de bois.
- 2^3. J’avoue que je ne me ferais jamais tiré de cette partie de l’art du rafimeiir, fi je n’avais' pas été expreifément fecouru fur ce point par MM, les raffineurs d’Orléans. Néanmoins il y a encore plulîeurs petites manœuvres délicates pour tirer tout le parti poiîible des vergeoifes : elles fe comprennent aifément quand on voit travailler; mais il ferait difficile de les décrire clairement. Les raffineurs femblent en faire un fecret ; cependant aucun ne les ignore. Il faut avouer que le travail des gros firops varie beaucoup dans les différentes raffineries ; mais ce que nous venons de dire à ce fujet fuffira pour guider ceux qui entreprendront ce travail ; & par quelques eifais , ils pourront trouver de nouvelles pratiques utiles, mais qui s’écarteront peu de celles que nous venons de décrire, X x x ij
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- 53a rART DIE RAFFINER
- 2f4. Le premier firop qui coule des vergeoifes n’efl: bon qu’à faire âè l’eau-de-vie ou du taffia. Ou l’entonne dans des barriques, & on l’envoie en Hollande , parce qu’il ell défendu de faire de ces eaux-de-vie en France.
- 255. Cette défenfe a fait beaucoup de tort aux raffineurs de France. Les médecins qui ont été confultés par la cour n’ont pas héfîté de dire un peu légèrement que ces eaux-de - vie plus âcres que celles de vin étaient côr-rofives & contraires à la lanté. 11 aurait peut-être été plus exad de dire qu’elles étaient défagréables & mal dillillées ; mais un bon chymifte ne ferait pas embarralfé de faire avec du firop de l’eau-de-vie exempte de ce défaut, qui ne vient que d’un peu de la partie graife du firop q.ui fe brûle dans la diftiJlation.
- 2)6. Ces gros firops contiennent encore du fucre ; mais il en coûterait trop pour le retirer.
- 257. Afin de ne lailfer rien à defirer fur la fabrique du fucre, nous allons rapporter d’autres pratiques qui nous ont été fournies par une perfonne qui eft très -inftruite de cet art, & qui les mettait en ufage dans le tems où les mofcouades qui arrivaient des isles étaient très- chargées de. firop..
- Du fucre royal:
- 25S: Pour faire le fucre royale qui eft le plus blanc & le plus tranfparent,, on ehoifit les caffonades les plus blanches , qui l’ont quelquefois de très-beau fucre pilé. On les met dans les chaudières à clarifier avec une eau de chaux très-faible, afin de ne point rougir le grain ; & quelques-uns y ajoutent un peu d’eau d’alun. On clarifie ce beau firop avec un peu de fang : on le palfe par le blanchet, ce qu’on répété plufieurs fois s & on le cuit un peu au-delTous de preuve, pour qu’il 11’y ait que le grain qui a le plus de difpofition à fe cryftallifer ,.qui forme le pain^& que le firop coule abondamment dans le pot.
- 259. On fait les fonds avec du fucre fuperfin , & l’on terre à l’ordinaire: ces opérations caufent beaucoup de déchet ; mais on ne perd que la cuiffon,. les firops rentrant dans les fucres des gros pains. Enfin , il eft bon que ces pains foient bien defïechés avant qu’on les mette à l’étuve , où on les plaça loin du coffre , pour éviter les coups d’étuve.
- 260. Quand 011 n’a point de belles caffonades, on efl: obligé, pour faire du fucre royal, de piler des pains de beau fucre raffiné ; ou bien on raffine des matières ordinaires : on les met dans des formes.; on laiffe couler la premier firop ; on les couvre avec de la terre : quand les pains font pref-que blancs , on les tire des formes ; on retranche les tètes , où il refte un peu de roux 5 on jette, dans une chaudière les pattes parfaitement épurées
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- LE SUCRE.
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- de firop roux: ; 011 clarifie ce beau fucre, ou le raccourcit par la cuiiTon , & î’on traite cette belle matière comme nous l’avons expliqué plus haut. Voilà tout ce que j’ai pu apprendre fur la fabrique du fucre royal , les raffineurs ne voulant pas dire tous les détails de la pratique qu’ils fuivent. Ce qu’il y a de certain , c’eft que MM. Vandebergue fout à Orléans du fucre royal qui eft plus beau que celui qu’on tire de l’étranger.
- Des qualités que doivent avoir les fucres raffinés.
- 261. La beauté du fucre raffiné & mis en pain confifte dans fa blancheur , jointe à la petiteife de fon grain , qui doit rendre la furface des pains unie. Enfin , ce fucre doit être fec & fonore, dur & un peu tranf-parent.
- 262. Si i’011 a bien préfent à Pefprit ce que nous avons dit fur le travail du fucre , on concevra qu’il y a dans le firop des parties de fel eflen-tiel, qui ont beaucoup plus de difpofition à fe cryftallifer que les autres , qui étant toujours un peu graffes , forment un grain moins dur, moinsjblanc & moins tranfparent. Ce font les parties qui ont le plus de difpofition à fe cryftallifer , qui font les plus propres à former le fucre royal & le fuper-fin. Il faut tirer parti des autres , fauf à vendre à meilleur marché le fucre moins parfait qu’elles fournirent. C’eft dans cette vue qu’on fait les fucres €n gros pains ; fur quoi néanmoins il eft bon d’être prévenu que , fi l’on failait dans de grandes formes du fucre raffiné comme pour le fuperfin , il ferait auffi beau, que le fucre royal : mais l’ufage a prévalu de préférer les petites formes ; on penfe que le fucre doit être d’autant plus beau qu’il «ft: en plus petits pains ; & cela eft effectivement, parce que les raffineurs font les petits pains avec leur plus belle matière.
- 263. Si dans une raffinerie on ne voulait faire que du fuperfin ou du fucre royal ( a ) , on éprouverait beaucoup de déchet : car il faudrait réduire en firop tout le grain que nous avons dit avoir le moins de difpofition à fe cryftallifer, & par cette raifon tout le grain qu’on retire des; firops ferait inutile. Pour mettre tout à profit autant qu’il eft poffible, il faut donc faire des fucres communs j il en réfulte cet avantage, que les
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- (a) Les fucres fuperfins n’ont étécon- enrichi l’intérieur du royaume. Ce font eux nus en France que depuis quinze ou vingt auffi qui ont imaginé de mettre du fucre aRS. Auparavant on tirait cette forte de terré fur les pains en les terrant : cet ob-fucre de la Hollande pour la table du roi jet a donné lieu à une plus forte confom-& celle des gens opulens. Ce font MM. Van- mation de caffonades & à un plus grand debergue qui ont enlevé cette branche de terrage aux isles ; les droits du roi y ont commerce à la Hollande, & qpi en ont gagné.
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- ART DE R A F FT NE R
- gens moins opulens fe les procurent à meilleur compte * & ces Lucres moins parfaits ont l’avantage de fucrer plus que les autres. Il femble que ce foit le firop qui fade la douceur du lucre : comme toutes les elpeces de fucre contiennent du firop , tous ont de la douceur ; mais ceux qui contiennent plus de firop , font plus doux que les autres. Or , comme toutes les fontes & les leflives ont pour but d’emporter du firop , il s’enfuit que le grain en refte moins doux, & d’autant moins qu’il a été plus clarifié. Ainfi il y a une double économie à acheter du fucre moins blanc , qu’on fait ordinairement en gros pains ; il coûte moins , & il fucre plus. Le fucre qu’on vend dans les raffineries, peut donc fe réduire à trois efpeces : Lavoir, iG. le deux, le petit deux, le trois , le quatre & le fept, que l’on nomme tous fucre, Oidinaire , & qui fe met tout en papier bleu. 2°. Le fuperfin , que l’on met en papier violet. 30. Enfin, le royal, que l’on met en papier violet plus fin que celui du fuperfin.
- 264. Il eft certain qu’on pourrait faire du fuperfin , & même du royal, en grandes formes. On fait rarement du fucre royal ; le fucre fuperfin a -remplacé & furpaflé même le royal de Hollande. La maifon du roi confomme quelquefois du royal en tems de paix, mais peu. Ce lucre coûte très - cher à faire fabriquer, à caufe de fon extrême blancheur : il eft tellement tranfi-parent, qu’en Pexpofant à la lumière du foleil, on apperqoit l’ombre des doigts au plus épais du pain. Le fuperfin a quelque chofe de cette perfection.
- 26 f. A l’égard des bâtitdes , des vergeoires , des fondues de t.ê’e, ce font des lucres imparfaits, qu’on ne vend qu’aprés ies avoir raffinés-, comme les Lucres bruts & les cailonades.
- Du fucre tappè.
- 266. On fait à Marfeille du fucre tappf qui a la blancheur du fucre royal. Suivant les notions que j’ai pu me procurer fur ce lucre, il eft fait avec du fucre que l’on prend dans les belles bâtardes, qu’on ne laiife point deffécher entièrement a l’étuve. On le pulvérile, & on le parie dans un tamis fin i puis 011 emplit avec le fucre en poudre des formes (a) qui fortent de tremper dans de l’eau fort nette ; on le foule à différentes repriles avec un pilon qui eft plat par-delfous ; on loche ces pains fui une planche, & on les porte à l’éruve fur cette même planche : le peu d’humidité qui eft refté dans les grains , fait qu’ils fe collent les uns aux autres j & quoi-
- (a') On a écrit de Marfeille qu’il fallait fucre relie lonq-tems dans les formes , il que la forme fût de cuivre Si cela eft, il pourrait prendre un goût de cuivre ou de. faut qu’il foit bien étamé ; car comme le verd-de-gris.
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- LE S V C RE.
- que ces pains Ibient faits avec du fucre raffiné ordinaire, iis font d’une blancheur à éblouir, luftrés & pefans. Mais, pour peu qu’ils aient féjourné dans un lieu humide, ils s’égrainent comme de la caflotiade.
- 267. Je n’oferais aiïurer que ce que je viens de dire du fucre tappé foit fort exaét; car ceux qui fui vent cette pratique en font un fecret. Mais j’efti-merais beaucoup une pratique qui rendrait le fucre commun auiïi beau que le plus raffiné; car on aurait l’avantage d’avoir un fucre blanc plus doux, qui fucrerait davantage, & qui ferait moins cher.
- Sucre candi.
- 2(j8- Le fart candi eft le vrai fel eflentieî des cannes, cryftallifé lentement & fcn gros cryftaux. Quand le firop eft bien clarifié, on le fait cuire moins qu’il ne laut pour la preuve : on le vcrfe dans de vieilles formes tappées , qu’on pofe dans un lieu frais. A mefure que le firop fe refroidit, il fe forme des .cryftaux : au b'out de huit à dix jours, on porte les formes à l’étuve -, on les place fur lin pot, & 011 ne les détappe pas entièrement, afin que le firop 11e s’écoule" que peu à peu. Quand les formes font vuides & que les cryftaux de lucre candi font bien fecs, on tire les formes de l’étuve , & on les rompt pour en tirer le fucre qui eft fort adhérent à la forme.
- 269. On peut fufpendre dans les formes, des couronnes, des cœurs, ou des lettres qu’on a faites avec de la paille ou de menues branches de coudrier. Le fucre fe cryftallifé fur ces baguettes, & on les retire revêtues comme de~ fragmens de cryftal.
- 270. Si l’on a coloré le firop avec de la cochenille, les cryftaux ont pris -une légère teinte de rubis ; avec de l’indigo , ils font un peu bleus , & c. On peutiaufli les aromatifer avec des elTences de fleurs ou de l’ambre. Mais toutes ces chofes regardent plutôt les confifeurs que les raffineurs, & l’on ne fait point de delfein prémédité du fucre candi dans les raffineries. Il s’en forme feulement au fond des pots où il a féjourné du firop , & 011 le gratte, comme nous l’avons dit, pour le remettre dans le fucre.
- Eau -de- vie de firop.
- 271. On met les gros firops & les écumes preflees , ainfi que nous l’avons expliqué , dans un bac avec de l’eau, & on emploie par préférence celle où l’on a lavé les pots & les formes , ou celle qui a fervi à laver les chaudières. O11 couvre le bac avec des planches : après avoir bien mouvé le firop avec l’eau, il s’y excite une grande fermentation. Il s’élève une écume; & quand cette écume porte au nez une odeur forte & vineufe, on l’enleve avec une
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- ART DE RAFFINER
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- écumereife ; alors la liqueur ayant pris une couleur femblabie à la hiers £ on la met dans des chaudières pour la diftiller, comme le vin que l’on brûle*, Je ne m’étendrai pas davantage fur cette opération , parce que, malheureufe-ment pour les raffineurs , on ne la pratique pas en France ; & de plus , parce qu’on pourra confulter ce qui fera dit ailleurs fur la diftillation de l’eau-de-vie. Je remarquerai feulement que, comme les firops font fort gras, il s’eu attache toujours à l’intérieur des chaudières à mefure que le fluide s’évapore j cette portion fe brûle , & communique à l’eau - de - vie une odeur très - défa-gréable. Pour éviter cet inconvénient, il faudrait faire ces diPdllations au bain-marie, & avoir foin de bien laver les chaudières toutes les fois qu’011 les vuide.
- ->' ' -r:.-'---
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche premier e.
- IVtfoüLiN à,fucre dont les cylindres font perpendiculaires.
- Fig. 1, bâtis de charpente qui renferme le manege ; E , F , G, H, bâtis de charpente qui aifujettit les cylindres j I, K, K, trois cylindres de fer dont les axes font reçus dans des crapaudines ; L, L , leviers à l’extrémité defquels font attelés les bœufs ou chevaux qui font mouvoir les cylindres 5 P, P, P, roues dentées repréfentées au-deifous de la vignette, qui font placées au bout fupérieur de chaque cylindre , & engrenent les unes dans les autres ; N, N, collets de bois qui embraifent l’arbre des moulins; æ,forte piece de bois dans laquelle l’arbre eft reçu. Au-deflous des cylindres eft une auge ; H , E , dalles par lefquelles coule le fuc des cannes jufqu’au ré-fervoir F; M, N , negres occupés aux travaux du moulin.
- Fig. 2 , plan du meme moulin ; A , établiflement de la charpente ; B , cage qui renferme les cylindres; C,C, leviers; D, l’aire où marchent les animaux ; K, le réfervoir où fè ralfemble le vefou ; 1 , 2,3,4, p , chaudières fervant à le clarifier & à le cuire.
- Planche II, vignette du bas.
- Fig. 1, porte du cellier, où les barrils font engerbés.
- Fig. 2 ,A, B, C, trois bacs dans lefquels on jette le fucre brut félon fa qualité.
- Fig. 3, ouvrier qui roule une barrique de fucre brut,
- Fig*
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- IE SUCRE.
- 'if 7.
- Fig. ?, ouvrier qui caflfe une barrique.
- Fig. 6 , ouvrier qui gratte le fucre attache aux douves.
- Fig. 7, ouvrier qui trie le fucre brut.
- Fig. 9 , baquet fervant à porter le fucre dans les chaudières.
- Fig. io, bloc fur lequel on pofe le baquet.
- Fig, ii, deux ouvriers qui en portent un plein - de fucre.
- Vignette du haut,
- A, canapé.
- B , bac à chaux.
- C , petit bac pour l’eau claire.
- 4, grande cuve.
- Fig. 9, tas de charbon.
- Fig. 11 , porte qui va aux bacs à fucre.
- Fig. 12, porte de Pertipli.
- Fig. 13, 14, & 16, chaudières à clarifier.
- Fig. 17, chaudière murée.
- Fig. 18 j futaille où l’on met le fang de bœuf.
- Fig. 19 , rabots pour remuer la chaux.
- Fig. 20, porte d*une étuve.
- Planche III,
- Halle aux chaudières.
- Fig. 1 , chaudière à clarifier , garnie de fes deux bordures.
- Fig. 2, chaudière avec une feule bordure; K , baquet dans lequel le raffi-ueur met les écumes.
- Fig. 3, chaudière aux écumes fans bordure.
- Fig. 4, chaudière à cuire, fur laquelle eft un porteur chargé de pots qui égouttent leur firop -, d, coffres entre les chaudières ; e, banquette fur le devant; a, collet ; b, baquet plein de fucre brut ; /, écuelles pour recevoir le fucre qui fort des chaudières.
- Fig. f , le porteur.
- Fig. 6, bac à chaux.
- Fig. 7, chaudière qui n’eft point montée.
- Fig. 8, hauffe.
- Fig. 9, ouvrier qui prend du charbon.
- Fig. ro, chaudière à clairce avec fon panier & fon blanchet.
- Fig. 11, tuyaux des cheminées par où s’échappe la furnéè.
- Fig. i2,mouveron.
- Tome XV,
- Y y j
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- ART DE RA F FI N E R-
- f,38
- Fig. 13 , pucheux.
- Fig. 14, écumereiie;
- Fig. if, dalle avec fon tuyau.
- Fig. 16, coupe de la chaudière à clairce ; A, canapé ;B, pot pour recevoir le fucre ; C , baiîin p'ofé fur le canapé ; D, crochet & feau pour puifer le fucre.
- Fig. 16, * pelle de fer pour ramafler le charbon.
- Fig. 17, plan d’un maffif pour trois chaudières; D, D , D , cendriers5 F , galeries qui y aboutirent .&-partent des ffoffes E.
- Fig. ig , coupe du fourneau à la hauteur des grilles ;B , grilles. G, conduits qui vont en rampant aboutir à la cheminée H.
- Fig. 19 , coupe prife entre deux chaudier.es par la ligne A , B, de la fig. 17 ; A , hauteur à laquelle eft placée la chaudière ; B , hauteur de la fournaiie ; C, porte du fourneau ; D, hauteur du cendrier ; E , foffe d’où partent les évents ; F, galerie de communication; G, conduites de . la, foutnaife • aux tuyaux des cheminées ; H , I, banquette au-devant des chaudières ; K s bordure en forme de boudin; L*> poêles ou écuelles qui reçoivent le lucre; M, coffres ou élévations entre les chaudières.,
- Fig. 20, coupe verticale du fourneau; A,.chaudière en place ; B, four-naife, au - deffous eft la grille ; C, porte par où l’on met le charbon ; D , cen~,-drier; F, galerie; G, coupe des conduits de la fumée* .
- - P - L A. N. C K. E I V.:
- Fig. 1 , forme de terre cuite. Nota. On a fupprimé les cinq autresqui ; ne different de. celle-ci que par leur grandeur.
- Fig. 2..chaudière de. l’empli ; A , canapé près de la chaudière; Bj haftinù,
- Fig. 3 , ouvrier portant un baffin de fucre cuit^,
- Fig. 4 , canapé repréfenté ,plus en grand,...
- Fig. f, fpatule,
- Fig. 6, ouvrier qui plante les- formes...
- Fig. 7 , forme pofée fur . fou pot.
- Fig. 8, raccommodeur de vieilles formes avec un cacheux à la main*-:.
- Fig. 9,, bottes de copeaux & de cercles.
- Fig. 10, ouvrier qui vuide le fucre dans les formes*
- Fig. 11 , baquet à deux anfes.--
- Fig„ 12, ouvrier qui opale avec le couteau.
- Fig. 13 , fpatule de fer.
- Fig. 14 , bourrelet - de cordes..
- Fg> if , piles.en formes près du bac.
- 36 , formes eu piles failles par un croçhé&v
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- LE SU CEE.
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- Fig. 17 , anneau pour redrelfer une pile de formes.
- Fig. 1 g , ouvrier qui lave les formes dans l’eau du bac.
- Fig. , tire - piece pour les formes qui fe rompent.
- Fig. 20 , ouvrier qui tappe les formes.
- Fig. 21, ouvrier qui porte les formes dans l’empli.
- Fig. 22, porte de l’empli.
- Fig. 23 , baquets à une ou à deux anfès.
- Fig. 24, crochet pour le baquet à une anfe.
- Fig. 25 , crochets pour failir ce baquet.
- P L A N G H E -V.
- Fig. 1, poulie pour enlever les baquets.
- Fig. 2, poinçon ou alêne pour percer la tête des pains.
- Fig. 3 , formes rangées fans ordre.
- Fig. 4, petit pot dont ie flrop s’écoule dans un plus grand» Fig. ç , caille à gratter.
- Fig. 6, la même caille pofée fur des tréteaux.
- Fig. 7, formes renverfées.
- Fig. 8 , ferviteur qui loche les formes.
- Fig. 9, difpofition des formes par lits.
- Fig. ro, formes pofées fur leurs pots ; ferviteur qui ks terre. Fig. ir, truelle pour former les fonds.
- Fig. 12, pics .qui fervent au travail des terres.
- Fig. 13 , bac à terre a-vec les piqueux»
- Fig. 14, le piqueux.
- Fig. if, mouveron du bac à terre.
- Fig. 16, coulerelfe fur un baquet.
- Fig. ^7, coulerelfe avec les moifes qui l’environnent.
- Fig. 18 , petite cuiller pour mettre la terre fur les formes. Fig. 19 , panier où l’on met les efquives.
- Fig. 20, brolfe pour le locheur. Voyez fig. 8.
- Fig. 2i , palette de bois.
- Fig. 22, couteau de bois pour étriquer.
- Fig. 23, forme renverfée fur la rondelle de bois.
- Fig. 24, braifiere de tôle.
- Fig. 25 y baquets & féaux.
- Pl anche VI.
- Fig. 1, poulie d’un traquas où pend le bourrelet.
- Fig. 2 , pains tirés des formes»
- T y y ï)
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- ART DE RAFFINER
- T4Q
- Fig. i, fenêtre qui répond à l’étuve.
- Fig. 4, ferviteur qui prend les pains avec précaution.
- Fig. f , pain rompu avec le couteau & le maillet b.
- Fig. 6, futaille renverfée avec une planche deffus.
- Fig. 7, ferviteur qui porte les pains à l’étuve.
- Fig. 8 » ferviteur qui les met en papier & en corde.
- Fig. 9 & 10 font relatives à cette opération.
- Fig. 11, coupe de l’étuve fu ivant fa hauteur; a, b , hauteur de l’étuve qui a fix étages ; F, I, fenêtres pour, entrer les pains ; N, porte pour entrer dans l’appentis ; A, évent ; P , coffre pour chauffer l’étuve i ; G, la grille ; E, le cendrier; H,.plaque de tôle;Q_, ventoufe; O, tuyau pour la décharge de la fumée.
- Fig. 12 , plan du plancher qui termine*l’étuve par en-haut; N, porte; A, évents avec leurs trappes; O, tuyau de la cheminée.
- Fig. 13 , coupe horizontale de l’étuve au^deffus du poêle; L,L, folives & fablieres ; a^b^c^ d, capacité intérieure de l’étuve; n ,/>, enchevêtrure ; //z, /z, 0,/?, grand efpace vuide a.u-deffus du coffre ; h,g>e, coupe du coffre à la hauteur de la grille ; QL, enfoncement en terre ; M, tambour qui recouvre les portes.
- Fig. 16, cuve aux écumes avec Ion. panier.
- Fig. 17., poche de toilê.
- Fig. ig, couvercle de bois qu’on met fur la poche.
- Fig. 19, coupe d’une chaudière avec une forme rompue*'
- Fig. 20 , forme de vergeoife pofée fur le canapé.
- Fig. 21 5 ferviteur qui perce un pain de vergeoife.
- Fig. 22, poinçon de bois appelle manille-.
- Fig. 21 , vergeoife plantée fur fon pot*
- Fig. 14, cheville de fér pour faire tomber la tète des vergeoifés*,.
- Fig. , la même cheville féparée.
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- LE SUCRE.
- ' ?4I:
- •*
- jyy..
- E.X F L ï C x4 T ï O'N
- Des termes ufitês dans les raffineries.
- A
- */£îl e~n e. C’eft un poinçon de fer* allez délié, qui a un manche de buis: il fert à percer la tête des petits pains, pour faciliter l’écoulement du firop.
- Arundofaccharifera. Voyez Canne à fucre.
- Auge à piler le fucre. Voyez Pile,
- B
- Bac. Ce terme fignifie dans lesraf-fineries un v ailfeau quatre ou rond , dans lequel on dépofe différentes matières. On les diftingue les uns des autres par leur ufage : c’eft pourquoi l’on dit le bac à chaux, le bac à terre , le bac à forme.
- On appelle aufli bacs des efpéces dîarmoires , dans lefquelles on met les mofcouades &les cadonades, fuivant leur efpece.
- Bagaffes. On appelle ainfi aux isles les cannes dont on a exprimé le fuc par les moulins.
- Balai. Il faut dans les raffineries ,des balais de bouleau pour nettoyer les chaudières, ainfi que les bacs, & pour palfer les terres^
- Baquets. Ce font des vaideaux faits avec des douves de bois blanc , cerclés de fer : les uns ont des oreilles de bois formées par deux douves qui s’élèvent plus que les autres : d’autres ont des anfes de fer. Leur ufage eft de porter le fucre brut aux chaudières , l’eau de chaux, & les terres préparées pour couvrir. Ce Iont des efpeces de féaux. On
- a de plus de grands baquets pour f-mettre l’eau ou le fang.
- Barboute. On nomme ainfi des mofcouades très - chargées de firop, qu’il faut travailler par des procédés particuliers.
- Barboutes. On donne ce nom à de gros pains qu’on fait avec de gros fi-rops qui contiennent peu de grain , & qu’on eft obligé de refondre & de clarifier une fécondé fois.
- Barriques. Futailles bien cerclées , qui fervent à tranfporter les cadona-des , les mofcouades,- les terres, &c, L’ufage commun eft de dire barril.
- BaJJîns. Ce font des vafcs de cuivre qui font de figure ovale, fe rétrécif-fant par le bout en forme de gouttière. Sur les côtés , font deux anfes par lesquelles on les foutient. En appuyant contre le ventre Je derrière du baiîin qui eft rond, on peut le porter bien de niveau. Les balfins fervent à tranfporter le fucre delà chaudière à clairce dans la chaudière à cuire, & de celle-ci dans celle de l’empli, où.l’on remplit les formes.-
- Bâtardes, très-gros pains qu’on fait avec des firops non couverts, ou qu’on ne terre point, ou avec des mofcouades très grades.
- Bâton de preuve. C’eft une fpatulo moins longue & plus étroite que celle qu’on nomme mouveron. Le contremaître s’en fert pour mouver ou remuer le lucre dans la chaudière à
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- ART J) R R A F F I N E R
- U*
- cuire , ou pour prendre la preuve , afin deTavoir quand le fucre eft cuir.
- Blanchet. C’eft un morceau de drap blanc ou brun,, bien foulé & drapé. Les hlanchets ïervent à filtrer le fucre clarifié, pour en ôter toutes les impuretés. i
- Blancs. On nomme les pains blancs, quand ils fortent de l’étuve , & qu’ils n’ont aucune tache.
- Bloc. C’eft, dans les raffineries, un cube de bois qui éft foutenu à deux pieds de hauteur par trois forts pieds : ils fervent à pofer les baquets pour le tranfport du fucre brut, &c. ainfi que les féaux pour le tranfport des terres; ou à locher, ou à raccommoder les formes.
- Bordures. Ce font des haulfes de cuivre qu’on ajoute au bord des chaudières avec des crampons de fer , pour en augmenter la capacité. On met fou-vent deux bordures l’une fur l’autre pour clarifier. On n’en met point à la chaudière à cuire.
- Boucle du bac à forme. Voyez Re~ drejfeur.
- Bourrelet. C’eft effectivement un bourrelet de paille, qu’on met quelquefois fous les baffins pour qu’ils ne penchent point. C’eft auffi un anneau de corde qui eft fupporté par quatre plus menues, comme le plateau d’une balance. Son ufage eft de monter les grolies formes parles traquas.
- BroJJe. On a dans les raffineries de groiics brodes qu’on tire de Rouen ; elles fervent à nettoyer le fond des pains quand on leve les terres; ce qui il nomme plamotter.
- C
- Cicheux ï outil dont fe fert le raccommodeur de formes ; c’eft propre-
- ment le chalfoir du tonnelier.,Ï1 fert d’abord à frapper fur les cerceaux, & alors il fait l’office de maillet. Enfuite on le pofe fur le cerceau . & on frappe delfus ; aiors c’eft un chalfoir. Il fert auffi à fonder les formes pour connaître fi elles font felées. Enfin il fert à tapper.
- Cadets. C’eft ainfi qu’on nomme les 'pains qui, étant lochés lorfqu’on pla-motte, fe montrent alfèz roux à la tète pour qu’onToit obligé de les eftriquer & de les rafraîchir, ou même de leur faire des fonds, pour mettre une nouvelle terre.
- Caijfe à gratter. C’eft une ca.ffe de bois de chêne qui n’a point de def-fus : un de fes grands côtés eft plus élevé que les autres ; & au lieu de couvercle, il y a deux traverfes fur lef-quelles on appuie le fond de la forme qui étant couchée., repofe fur un des bords. Le fucre qui fe détache en grattant, tombe 'dans la caille.
- Canapé. C’eft un aflèmblage de me-nuiferie qui fert de chevalet pour fou-tenir les baffins auprès de la chaudière de l’empli.
- C’eft auffi une caifle -para-lélipipé-dique qu’on met fur .un de fes bouts, & dont le bout füpérieur fupporté les bâtardes couchées lorfqu’on les perce.
- . Cannamelle. Voyez Canne à Jucre , en latin canna mellea.
- Canne à fucre ; plante du genre des rofeaux, qu’on cultive dans les pays chauds pour en exprimer le fuc qu’on nomme refsu, & qui étant clarifié & concentre, donne le fucre.
- Cappes. Ce font des lattes minces, auxquelles on ménage en-bas un crochet pris dans l’épaiifeur du bois,; elles Ïervent à fortifier les grandes formes, en les ferrant contre la forme, avec des
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- L'E S U CR K
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- cerceaux Je bois. Je crois que cappe fe dit au lieu de chappe.
- Cajfer les briques. C’eft eu couper les cercles, & les dépecer pour eu tirer le lucre.
- CaJJe à feu. Ce font des brailieres qu’on diftribue dans les atteliers pour y entretenir une chaleur douce i on les couvre d’un chapeau de tôle.
- Cajfonade ou caflonade. C’eft du fucre qui a été raffiné aux isles. Il y a des caJfonad.es blanches qui ont été mifes en pains terrés & étuvés ; puis on les pile pour les- encaquer, afin de diminuer i’encombrement & les droits qui font impofés fur les fucres en pain* Les belles calfonades font donc du fucre en poudre , qui- efl: rarement auffi bien clarifié qu’en Europe.
- Cajfons. Ce font des pains quelquefois très-bien raffinés , auxquels par accident il manque une partie dufiond ou de la tête.
- Quelquefois auffi l’on fait des caf-fons en retranchant une portion de la tête où il était refté du roux. Ce fucre fe vend à peu près le même prix que les pains entiers, mais fans papier nir corde.
- Cendriers. Ce font de grandes-ca-vités qui Ibnt fous les grilles des fourneaux : elles fervent à recevoir la cendre, & à fournir à la fournaife beaucoup d’air pour animer le feu.
- Chaife. C’eft une efpece.de canapé , dont la.figure approche de celle.d’une chaife. On la pofe auprès de la chau-' diere à clairqe, pour foutenir les baf. fins qu’on empùt.
- Changer les formes. C’eft les ôter ' de deifius un pot, qui eft en partie plein de firop , pour les mettre fur un pot vuide.
- Chaudières. Ce fout de grands vafes-
- T4?
- de cuivre prefqu'auffilarges parle fond que par la bouche , dont le fond qui eft d’une feule pieceeft très-fort & preique plat.
- Les chaudières pour clarifier, pour cuire & pour raccourcir les écumes ? font montées fur des fourneaux : celles pour la clairce & pour l’empli ne font' point montées, & on les dit roulantes»
- Clairce. On nomme ainfi le fucre clarifié & qui n’eft point encore cuit. •
- Clarifier le fucre , c’eft ôter , par le moyen de l’eau de chaux, du fang de bœuf & des blancs d’œufs, les parties étrangères-au. fucre , & diminuer Ci > vifcollté.
- Clopeuxi C’eft une efpece de maillet dont fe fervent les raccommodeurs de formes pour frapper fur le çacheux.
- Cojfre. On nomme ainfi des éminences en dos de bahu, qui font entre ' les chaudières, 8c dans lefquelles pal-fént les évents ou ventoufes des four neaux.
- Dans quelques raffineries on nomme.; auffi coffre le corps de poêle de fes fondu qui ièrt à chauffer les étuves.
- Collet. Le collet d’un pot eft fon ouverture ou fon goulot.
- Le coZ/Weft auffi une planche échant- -crée d’un côté: on le met fur la banquette devant les chaudières .afin que-.' les baquets qu’on pofe déifias n’endom-* magent point le plomba
- Contre-maitre. C’eft.le principal ou-»-vrier, quia l’infpedlion fur tous les autres , & qui préiide à toutes les opérations de la, raffinerie : il eft particulier • renient chargé de la cuiifon du fucre.
- Couche. Lorfqu’cn dit que la mofi-couade du côté de la couche- eft fort.'-graife, on entend que quand une barri- -que a refté long -tems en magailn , lev firop a coulé dans la.partie balle-.qu’on?*
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- ART. DE RAFFINER
- SU
- nomme la couche : ce qui rend cette rnofcouade fort grade.
- CoulereJJe. C’eft une poêle hémif-phérique de cuivre, percée de trous, & épaiffe : elle fert à paffer les terres.
- Coup d'étuve. Quand l’étuve a été trop fortement chauffée , les pains prennent une couleur rouffe , quelquefois d’un côté , fou vent par-tout, & d’autres fois par taches : c’eft ce qu’on appelle des coups d’étuve.
- Couteau à fucre. C’eft une latte aflez épaiife par l’endroit qui fert de poignée, & plus mince à l’autre bout: fou ufage eft de mouver & d’opaler. Voyez ces termes.
- Couverture. Pour donner une couverture ,on jette, dans le firop qu’on clarifie, un mélange d’eau de chaux & de fang, pour lever une fécondé écume.
- Couvrir. Voyez Terrer.
- CramponsCe font des morceaux de fer plat, courbés en crochet, qui fervent à retenir les blanchets fur le panier à pader.
- Crible. On fe fert de cribles pour pader le fucre pilé : ces cribles , au lieu de vélin, font garnis de fil-d’archal ou de laiton.
- Crochets. Il y a différentes efpeces de crochets : les uns font un morceau de fer recourbé, & qui a une douille pour recevoir un manche de bois : c’eft mi fourgon pour dégager la grille des fourneaux.
- Le crochet du bac à forme fert à defcendre les formes dans l’eau.
- Le crochet de la chaudière à clairce fert à puifer le firop qui eft dans cette profonde chaudière.
- Crottons. On nomme ainfi les morceaux de fucre pilé , qui n’ont pas pu pader par le crible.
- Cuiller. Outre iê pucheux St les pochettes, qui font de grandes cuillers, on en a de petites pour terrer, & des cuillers à bouche pour voir fi le fucre eft bien clarifié.
- D
- Dalle. On nomme ainfi un bafîiti de cuivre au fond duquel eft ajufté fur un des côtés un tuyau qu’on rend affez long pour porter le fucre de la chaudière où l’on clarifie, dans la chaudière à cuire. Ce tranfport fe fait fans peine au moyen de la dalle.
- Demoifelles. Ce font des lucarnes qui font au toit de la halle aux chaudières, & qui fervent de paffage aux vapeurs qui fortent du fucre qu’on clarifie ou qu’on cuit.
- E
- V
- Ecuelles. Voyez Poêles.
- Ecume. Subftance mouffeufe & inp. pure, qui s’élève fur le fucre qu’on clarifie.-
- Ecumereffe. C’eft une plaque de cuivre ronde, qui a depuis neuf jufqu’a douze pouces de diamètre : elle eft percée de trous qui ont une ligne d’ouverture : fur cette plaque eft rivée une bande de fer terminée par üne douille dans laquelle on met un manche de bois : en un mot, c’eft une grande écumoire qui fèrt à lever les écumes.
- Empli. On nomme ainfi une falle baffe dans laquelle on plante les formes pour les emplir de fucre clarifié & cuit.
- Efquiyes. Ce font des gâteaux de terre, qu’on leve de deffus les fonds, dès pains.
- EJhiquer. C’eft pêtrir-avec un couteau de bois mince & flexible, la terre qui s?eff eiicpartie ddféchée fur les
- fonds ,
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- LE SUCRE;
- fends-, avant de mettre une fécondé couche de terre.
- Etuve. Dans quelques raffineries on nomme étuve le poêle de l’étuve où l’on met le feu ; & étuve aux pains, un pavillon quarré dont l’intérieur eft féparé par des étages de grillage, fur lefquelson pôle les pains qu’il faut def-fécher.
- Etuvée. C’eft la quantité de pains que peut contenir une étuve.
- F
- Fléché. Quand les cannes fe difpo-fent à fleurir , elles pouffent comme nos rofeaux un montant dénué de feuilles qu’on nomme la fléché ; c’eft pourquoi l’on dit que les cannes ont fléché quand elles ont pouffé le jet.
- Fond. Le fond d'une forme eft le bout le plus évafé : 1 zfond d’unpoteft; oppofé à fon ouverture. Le fticre baiffe dans les formes à mefure que le firop s’écoule : on remplit ce vuide avec du fucre blanc enpoudre avant de terrer ; c’eft ce qu’on appelle faire les fonds.
- Fondues. On appelle ainfi des fucres tellement chargés de firop , qu’il faut les fondre , clarifier & cuire, pour en retirer un grain affez beau : c’eft pourquoi on dit, fondues de têtes, fondues de vergeoifes, fondues de harboutes.
- Formes. Ce font des vafes de terre cuite de forme conique, qui fervent à féparer le firop du grain, & à mouler les pains de fucre. Il y en a ordinairement dans les raffineries de fix grandeurs : fiivoir , le petit deux le grand deux y le trois , le quatre , le Jept y & les bâtardes ou vergeoifes.
- Fournaife. C’eft la partie du fourneau des chaudières comprife entre la grille fur laquelle on met le charbon, & le deffous de la chaudière.
- Tome XF.
- W
- Garçons. Ce font lesapprentifs. Voy. Serviteurs.
- Glacis. C’eft ainfi qu’on appelle un évafement en forme d’entonnoir , qui eft couvert de plomb , & qui augmente 'la capacité des chaudières à leur partie poftérieure jufqu’à la moitié de leur diamètre.
- Gonichon. C’eft ainfi qu’on appelle le cornet de papier qui couvre la tête des pains.
- Gouttière y lievre ou queue de rat. Quand l’eau a plus coulé par un endroit que par un autre , la fubftance du pain eft plus inégale &plus raboteufe en ces endroits qu’ailleurs \ ce qui fait le défaut dont il s’agit.
- Grains. On appelle ainfi de petits cryftaux de fucre qui ne font pas régulièrement cryftallifés comme le font les cryftaux du fucre candi, & qui s’accumulent pour former les pains.
- Gratter. C’eft détacher avec un couteau le fucre du fond des pains , lequel étant plus fecque le refte , s’eft attaché à la forme. On gratte fur une caille, pour que le fucre qu’on détache ne foit point perdu.
- Grenier. Communément on appelle ainfi les chambres hautes des raffineries , & l’on dit le grenier aux pièces.
- Guildive. Voyez Tafia.
- H
- Halle aux chaudières. On nomme ainfi le grand attelier où font montées les chaudières à clarifier , & à cuire la clairce , le bac à chaux, le bac à forme, &c.
- Haujfe. C’eft quelquefois un cercle de bois, d’autres fois un bourrelet de paille, qu’on met fur les banquettes , pour empêcher que les baquets ne les endommagent, ou'plutôt pour qu’on Z z z
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- *7 ART DE R A T F T N fl
- f4^
- puiffe paflèr les doigts fous les baquets lorlqu’on veut les failir.
- L
- Lanterne. Pour travailler la nuit, on le fert de lanternes qui font ouvertes par le devant : on inet dans chacune deux chandelles , & on les attache au trumeau.
- Lattes. On nomme ainfi les barreaux qui forment le grillage aux dilférens étages des étuves, & fur lefquels on pofe les pains de lucre.
- Lever les écumes. C’eft les ramaf. fer avec l’écumeredè pour les mettre dans un baquet ; ainfi c’eft écumer.
- Liane. Plante farmenteufe qui s’entortille autour de celles qui font à la portée. Cette dénomination n’eft connue qu’en Amérique..
- Lievre. Yroyez Gouttière.
- Lits. Former les lits, c’eft arranger les formes fur leur pot par bandes allez peu larges pour qu’on puilfe atteindre au milieu. Pour les pains de deux & de trois, on met douze formes de front pour un lit : pour les pains de quatre, huit formes : pour les pains de fept fix formes.
- Lâcher un pain , c’eft le tirer de fa forme.
- Loques. Ce font de vieux morceaux de blanchet ou de toile qui fervent à laver les formesfaifant l’office de ce qu’on nomme dans les cuifines lavettes. On s’en fert auffi[pour étancher les hauifes..
- M
- Manger. Donner à. manger au mouliny c’eft prélènter des cannes entre les rouleaux qui en expriment le fuc.
- Manille, cheville de bois dur avec laquelle on perce les têtes, des gros
- pains de vergeoifês pour ’Fadlker l*e* coulement du firop. .
- Marche - pied. "C’eft Une planche alfez large qui eft clouée fur deux bouts de chevrons. On en1 a plusieurs dans la halle aux chaudières : ils fervent à élever les ouvriers j ôn ne *s’en fert point quand les chaudières font balfes.
- Mofcouade ou fucre brut. C’eft du fuc de canne épaifti par’la cuîdbn , & un peu raffiné par la chaux, les cendres & le fang. Ce lucre n’èft point, terré : mais on a laide couler une-par-tie du firop par des trous qu’on a faits, au fond des barriques. Ce fucre très-brut produit beaucoup de déchet.
- Moulins à Jucre. Ce font de grodes, pred'es -à -rouleaux. Les cannes qu’oiv fait pader entre ces rouleaux ou cylindres rendent leur fuc : il y en a qui font mus parfi’eau; d’autres, par le ventj, d’autres par des chevaux. A la plupart, les rouleaux font verticaux j à d’autres, ils font horizontaux.
- Mouve-chaux ou mouveron du bac à chaux. Cet infiniment redemble ail. bouloir ou rabot dont les maqons fe fervent pour éteindre la chaux ou faire-le mortier : il fert à remuer la chaux, qui eft dans le bac.
- Mouver. On ne fe fert point dans les. raffineries des termes de battre ou b'rafi fer : toutes les fois qu’on remue ou. qu’on agite , on dit mouver.
- Mouveron.. C’eft une grande fpatule-qui a à peu près la forme d’un aviron & qui fert à agiter le fucre dans les, chaudières.
- O
- Opaler. C’eft détacher avec un couteau à fucre le grain qui s’attache æ l’intérieur des formes , pour le mêler avec, le firop. On répété deux fois.cette.
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- ES SUCRE:
- opération : la première fe nommeopa~ 1er y la fécondé , mouver.
- Ouvrage ou ceuvage. C’eft la même •choie que glacis. Voyez ce mot.
- P
- Panier à paffer. C’eft un grand panier d’ofier, de forme quarrée , dans lequel on met le blanchet pour purifier la clairce.
- Le panier aux écumes eft rond, & contient une poche de toile.
- Pelles. Dans les raffineries , on fe fert de pelles de bois pour manier le lucre brut & les caifonades. Celles qu'on emploie pour le charbon font creufes & de fer battu.
- Pièces. On appelle le grenier aux pièces l’endroit où l’on met les formes fur leur pot.
- Pied de biche. C’eft un outil de fer qui porte à fes deux bouts, comme la panne d’un marteau refendue. Son ufage eft d’arracher les clous qui attachent les cerceaux fur le jable des barriques.
- Pile ou auge à piler le fucre y eft faite dans un gros corps d’arbre de quatorze à quinze pieds de long, & de deux pieds & demi d’équarriifage. Ce corps d’arbre eft creufé comme pour faire une auge. C’eft dans cette auge qu’on met le fucre qu’on veut puivérifer.
- Pilons. Ceux des raffineries font fem-blabîes à ce que les ingénieurs nomment dam me : ils confiftent en un cylindre de bois de huit à neuf pouces de hauteur, & de fix a fept pouces de diamètre : au milieu s’élève verticalement uu manche de quatre à cinq pieds de longueur.
- Pi queux du bac -à tçrre. C’eft une piece de bois ronde qui a environ quatre pouces de diamètre & fix pieds de
- Ï47
- longueur : à huit ou neuf pouces de fon bout fupérieur, elle eft traversée à angle droit par un barreau de bois. On faifit cette traveife , & on enfonce le piqueux dans la terre pour la pénétrer d’eau.
- Plamotter. C’eft: tirer un pain de fa forme , ou le locher, après en avoir ôté la terre, & l’avoir broifé. S’il n’eft pas bien net, on lui remet fa terre: s’il eft bien fàle , on le couvre de terre forte.
- Planter les formes , c’eft les arranger la pointe en-bas les unes contre les autres, pour les emplir de fucre cuit.
- On plante aufïi les formes fur leur pot , pour qu’elles purgent leur firop.
- Poche aux écumes. C’eft: un fac de forte toile de Guibray, que l’on met dans un panier, pour retirer le fucre & le firop qui eft contenu dans les écumes.
- Poêles. On appelle ainfi les braifie-res qu’on diftribue dans les atteliers lorfqu’il fait froid & humide.
- On nomme auflipoêles ou écuelles, des vaiifeaux de cuivre en timbale, qui font fur les banquettes vis-à-vis les chaudières, & qui fervent à recevoir le fucre qui fe répand.
- Poinçon ou primes. Ce font des broches faites de bois dur , qui fervent à percer les tètes des bâtardes & ver-geoifes.
- Pompes. Il faut avoir dans les raffineries des pompes à incendie pour remédier aux accidens du feu.
- Dans plufieurs raffineries , on tire l’eau du puits avec une pompe.
- Dans quelques-unes on éleve l’eau de chaux de même avec une pompe.
- Porteur. Il eft fait avec deux membrures qui font liées parallèlement Z z z îj
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- ART DE RAFFINER
- f4*
- l’une à l’autre par des|entre-toifes. Son ufage eft de mettre égoutter les pots de jGrop furies chaudières.
- Pots. Les pots des raffineries font faits de la même terre que les formes : ils doivent avoir une affiette large , être renflés au collet, & fe rétrécir pour former le goulot. Leur grandeur eft proportionnée à celle des formes : les plus petits contiennent trois chopines, les plus grands vingt pintes.
- Primes. Voyez Poinçons.
- Puchet ; c’eft un petit pucheux , qui fert à vuider les chaudières de l’empli. Voyez Pucheux.
- Pucheux ; c’eft une grande cuiller de cuivre en timbale ou en calotte ,, de huit à neuf pouces de diamètre, à lau quelle eft rivée une douille de fer qui reçoit un long manche de bois. Les pucheux fervent àpuifer le fucrepour Je verfer dans la dalle ou dans les baf-ftns , ou à jeter de l’eau, dans la four-naife.
- Purger. On. dit que\Q {'acre fe purge de fon jirop , quand cette partie fe fe-pare du grain par inftillation.
- a
- Queue de rat,. Voyez Gouttièrei.
- R
- Raccommodeur de formes. C’eft or-dinairement un vieux ferviteur qui eft chargé de mettre des cerceaux &des copeaux aux formes , & de rétablir celles qui font fêlées.
- Raffiage. Ce terme fe dit des pains qui font raboteux à la fuperficie ; ce qui arrive quand on a trop chauffé l’étuve , ou quand on n’a pas lailfé les pains fe reffuyer avant de les mettre k l’étuve».
- Raffinage, c’eft l’art de raffiner le fucre, c’eft-à-dire, de purifier le lucre brut.
- Raffinerie. C’eft la manufacture où l’on purifie le fucre brut.
- Raffineur. C’eft celui à qui appartient cette manufaefture.
- Rafraîchir le bac à terre. C’eft ver-fer de l’eau nette fur la terre du bac pour la laver.
- Rafraîchir les pains terre's , c’eft mettre fur l’ancienne terre une couche de terre nouvelle.
- Redreffieur,. ou boucle du bac à formes. C’eft un anneau de fer qui eft foudé au bout d’un barreau , à l’extrémité duquel eft une douille où l’on met un manche de bois. Cet inftru-ment fert à redreifer les piles de formes qui fe lont couchées ail fond de l’eau du bac à formes,
- Resles. On appelle relés des pains de fucre , quand ait fortir de l’étuve ils ont quelques ruptures de peu de conféquence ou à la tète ou à la patte, encore quand ils ont quelques taches légères ou des coups d’étuve. On les marque en faifant un pli au papier qui les enveloppe.
- Rondes. Quand on verfe le fucre cuit des baffins dans les formes, on ne vuide pas tout un baffin dans une même forme, ceux qui fuivent achèvent de la remplir : cela s’appelle emplir par rondes.
- Roulante. On nomme roulante une chaudière, quand elle n’eft pas montée' fur un fourneau. Voyez Chaudières.
- On dit que l’écume roule dans le fucre, quand elle ne s’en fépare pas pour fe porter à la fuperficie.
- Roux. On dit qu’un pain a du roux à la tète, quandil y entre, une impreC-fion de drop*.
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- Z E S Ü C R E.
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- S
- Sang. Le fang de bœuf eft préférable à tout autre pour clarifier le fucre.
- Seconds. Les pains où l'on apperçoit, après les avoir loches , une légère im-prelîion defiropà la tête, fe nomment des féconds ;on leur remet leurefquive.
- Serpe. Outil tranchant qui reifem-ble à un couperet : on s’en lert pour couper les cercles & caiier les barriques.
- Serviteur. On nomme ainfi tous les ouvriers qui faveiit les opérations de la raffinerie , & qu’on nomme dans d’autres arts compagnons. Dans les raffineries les apprentifs fe nomment gar-fons ; & quand au. bout de trois ans ils font reçus ferviteurs , ils paient leur bien-venue aux autres.
- Sirop. Dans la lignification commune , c’eft le fucre fondu dans de L'eau : mais dans les raffineries , c’eft la partie graife & vifqueufe qui a le moins de difpofition à fe cryftaîlifer.
- Les gros Jirops font les plus gras : lesfirops fins font ceux qui contiennent beaucoup de grain.
- Spatule. Il y en a de différentes formes. La fpatule de la chaudière de l'empli eft comme une petite beche. La fpatule pour gratter V inter leur des pots eft petite & ronde.
- Sucre. C’eft Je fel elfentie! des cannes. Dans les raffineries on nomme fucre les liqueurs qui contiennent ce iel. On dit, clarifier & cuire le fucre. Ce fe! en petits cryftaux rafîèmblés en pain eft ce qu’on appelle communément du fucre. Quand il eft en gros cryftaux , c’eft le fucre candi. Pour le fucre brut, voyez Mofcouade.
- On diftingue le fucre fuivant fa qualité y. en fucre commun, fucre firs,^ fit-
- cre fuperfin. & ficre royal. Il ne faut pas croire qu’il foit eifentiel au beau lucre d’être en petits pains : le fuperfin ferait auffibeau que le royal, s’il était en gros pains.
- Superfin. C’eft le plus beau fucre après le lucre royal. Voyez Sucre.
- T
- Tafia y ou eau - de - vie de fucre ; efprit ardent qu’on retire par la diftil-lation du firop qu’on a fait fermenter : on l’appelle aufti guildive.
- Tappe y petit bouchon de linge. V. Tapper.
- Tapper les formes. C’eft mettre un petit bouchon de linge dans le’ trou qui eft à la pointe d’une forme , pour empêcher que le firop coule avant que le grain Ibit formé.
- Terre. Les raffineurs emploient une terre blanche, qui a la propriété de fe charger d’eau , & de la laifler échapper peu à peu. On la tire de Rouen ou de Saumur.
- Terrer le fucre. C’eft couvrir le fond des pains avec une couche de terre détrempée ,s qui en rendant peu à peu fou eau , emporte le lirop & blanchit le grain. On appelle auffi cette opération , couvrir.
- Tefte. La tête d’une forme ou d'un pain , eft le bout pointu ou la pointe-du cône. »
- Tire-clou. Voyez Pied-de-biche.
- Tire-pièces. C’eft une pelle creufe' percée de trous, & emmanchée perpendiculairement au plan de la pelle. Cet inftrument relfemble aux marres-creufes dont on fe fert pour curer les puits & les foffes , ou pour tirer du fable des rivières. On’s’enfert dans les raffineries pour tirer du bac à formes;
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- Tîa ART DE RAFFINER LE SUCRE.
- les[morceauxde formes qui relient au fond.
- Toqueux , barreau de fer qui fe termine en crochet à un bout, qui porte à l’autre une douille & un manche de buis; c’eft un fourgon qui fertà attifer le charbon & à nettoyer ia grille de la fournaife.
- Tracas. On appelle ainft dans les raffineries ce qu’on nomme ordinairement trappe ; ils doivent être bordés d’une baluftrade pour prévenir qu’on ne fe précipite par les ouvertures. Ils font très-commodes pour tranfporter les formes & la terre du rez-de-chauf-fée aux greniers.
- Travailler. On dit que la terre travaille , quand elle laide écouler fon eau au travers du grain.
- Tri. Abréviation de triage : faire le tri, c’eft féparer les mofcouades & les caflonades fuivant leur qualité.
- Truelle. Infiniment très - connu , dont fe fervent les maçons. Cet outil fert à faire les fonds.
- V
- Ventoufes ou évents; ce font des tuyaux circulaires pratiqués dans le maffif de maçonnerie qui entoure les cuves. Les ventoufes partent de la fournaife & aboutirent aux tuyaux des cheminées , où elles portent la fumée.
- Vergeoifes. Grandes formes dans lefquelles on dépofe de gros ftrops, pour en retirer un grain encore tout gras, qu’on mêle avec le fucre qu’on raffine.
- Verpuntes. On nomme ainfi les vergeoifes refondues.
- Verte. On dit que les bâtardes font vertes , quand le grain eft fort chargé de firop.
- Vefou. C’eft le fuc ou le jus exprimé des cannes avant qu’il ait été, cuit & dégraiifé. Voyez Cannes.
- Vin de cannes. Synonyme de vefou.
- Fin de VArt de raffiner le fucre,
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- NOUVELLE
- MÉTODE
- D'AFFINER L’ARGENT.
- Traduite de l’allemand.
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- 2AU.
- iém
- ART
- D’AFFINER L’ARGENT.
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- Article premier.
- Idée de /’affinage de Vargent dans les mines. ( a )
- 1. T ou T argent eft tiré de la terre, où la nature le forme, partie en mafle, & partie mêlé avec d’autres minéraux, qui font principalement du foufre & de l’arfenic, & font il étroitement unis à l’argent qu’ils changent fa nature métallique, ou la mafquent; enforte qu’on leur donne le nom de minéraux d’argent. Il en eft encore d’autres qui fe mélangent fous terre avec ce métal, & en font un minéral ; tels font l’antimoine , l’étain de glace ou blanc de perle , l’alkali minéral & autres : mais cela arrive beaucoup plus rarement. La plupart des minéraux en argent tiennent ou du foufre ou de l’arfenic , ou de tous les deux à la fois.
- 2. L’argent que l’on trouve formé en malfe dans la terre n’eft jamais entièrement pur. Il eft ordinairement mêlé d’un peu de cuivre ; & c’eft un cas extraordinaire quand on le retire plus fin qu’au titre if. En général, on ne le trouve ainfi qu’en très-petite quantité; à peine peut-on fup-
- ( c) L’art dont on va lire la defcription, a pour auteur un phyficien Allemand du premier mérite , qui l’a inférée dans la traduction faite en cette langue des cahiers des arts de Paris. Comme cet intéreflant morceau n’a point encore été publié en français, nous avons cru devoir le mettre à portée d’être connu des artiftes de cette Tome XV.
- nation, en remplifiant ainfi, autant qu’il eft poifible , l’une des principales vues que nous nous fommes propofées dans notre travail relativement aux arts, celle de raf-fembler les procédés de ce genre fuivis chez différens peuples , & qui ne fe trouvent point dans ces cahiers.
- A a a a
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- 5T4
- ART D'A F F 1 NE R
- K
- pofer annuellement la centième partie de tout ce qui en eft tiré de la terre.' De toutes les mines d’argent connues , celle de Konsberg en Norvège fournit le plus d’argent en mafle, & même fréquemment en morceaux conlidérables , y en ayant même qui pefent plus de cent livres. Cette mine ferait une des plus riches du monde, fi les veines étaient plus fuivies, n’avaient pas tant d’interruptions , & que la pierre ne fût pas fi extraordinairement dure que» ni ie marteau, ni le cifeau, ni la poudre a canon , mais le feu feul peut la brifer.
- 3. Pour purifier- l’argent des haines, on procédé de deux maniérés. Les minéraux riches , comme le blanc corné , le verdâtre, le rouge doré , le blanc doré & le noir font plombés > c’eft - à - dire , que dans le fourneau- ils font affinés avec de la iicharge , de la cendrée & du plomb mêlés enfemble.
- 4. On comprend la ns peine que ces minéraux doivent être mis en morceaux pour pouvoir bien en féparer les matières étrangères. S’ils ne font qu’effleurés d’argent, ou n’en ont que des traces légères, tels que les moins riches , on les fond d’abord avec de la pierraille ou pierres brutes, & ainfi concentrés, on les affine à proportion du minéral, & on les palfe par le fourneau jufqu’à ce qu’enfiii ils peuvent être plombés, pour en féparer ainfi l’argent au foyer d’affinage.
- p. Au refie, ce que cette derniere opération donne d’argent apparent,, n’eft jamais de l’argent fin. Il y refte toujours du plomb, avec quelque peu de cuivre ; de maniéré qu’à peine il va au - delà du titre 14. Il faut donc qu’ils Ibient pâlies par des fourneaux à argent particuliers , pour porter cette réparation au dernier degré poffible;& ce degré ne fa u rai t fur palier les quinze derniers dix à douze grains par les meilleures méthodes. Quand dans une mine il fe trouve beaucoup d’argent en malfe, on peut le joindre à l’autre dans le fourneau à argent, tant pour le porter au dernier degré de fineife que pour le délivrer d’une certaine crudité qui nuit à fa dudilité».
- 6. Tous les travaux dont je viens de donner une légère idée ne font pas les objets de ce Mémoire. Sans doute que la célébré académie des fciences de Paris publiera une defeription particulière de ce qui fe fait dans les mines en argent: ainfi nous ne voulons point anticiper ici fur ce travail, mais. attendre fon propre ouvrage à cet égard. L’affinage de l’argent, que nous nous propofons de décrire ici, eft entièrement indépendant de ce qui a rapport aux. mines. C’eft une efpece de fabrique qui n’a été introduite en Europe que depuis peu ^ & comme nous n’en connaiflbns. point de femblable en France il fe pourrait que l’académie ne s’occupât pas de cet objet. J’èfpere donc, rendre par-là à l’Allemagne un fervice important; & je crois être d’autant plus en état d’en parler , que j’ai moi-même établi une pareille fabrique-à Yaîisbekî près de Hambourg, aux frais d’une, compagnie de négociant
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- L'ARGENT.
- Ar ticle II.
- Raiforts & but de l'affinage de Üargent.
- 7. Il y a nombre de cas où l’argent une fois purifié eft de nouveau mêlé avec d’autres métaux plus ou moins , fuivant l’ufage que l’on veut en faire \ mais il peut toujours être rétabli dans fou précédent état de pureté : & cela eft nécelfaire, quand un argent ainfi mélangé doit être employé à quelqu’autre chôfe qui exige du fin argent. Ce rétabliifement de l’argent pourrait toujours fe faire dans les mines en argent ; mais les grandes villes commerçantes, où ces fortes d’argenteries ou d’argents rompus abondent, n’ont pas toujours des mines dans leur proximité, & les frais d’un tranfport éloigné renchériraient trop cette opération. Ainfi il eft très - avantageux que dans le voifinage d’une telle ville il y ait une femblable aftinerie en argent. C’eft ce qu’on a commencé de faire il y a fix ans en Hollande, où les freres Néville en établirent une j & à leur imitation, il s’en eft formé d’autres tant en Allemagne que dans les Pays-Bas.
- &. Les principaux cas dans lefquels on mêle l’argent avec d’autres métaux, & fur-tout avec du cuivre , font, lorfqu’on le deftine pour toutes fortes de vafes , vailfelles & autres chofes de ce genre, ou pour battre de la. monnoie; car alors l’alliage avec du cuivre eft confidérable, va même fenfi-blement au-delà de la moitié. Nous n’entreprendrons pas d’examiner ici en détail fi ces raifons politiques & ces vues l’ont réellement conformes à la prudence du législateur, au bien & à l’avantage de la fociété civile. Il ferait très-aifé de faire voir qu’elles font contraires à l’un & à l’autre. L’argent con-fidéré, foit comme un article de prix, foit comme un moyen de balancer toute autre valeur , c’eft-à - dire, comme un prix abfolu de toute efpece de mar-chandifes, devrait être employé uniquement dans toute fa pureté. Chacun doit convenir que l’introduction du luxe à cet égard, ou le defir exceffif de briller en vafes & uftenciles d’argent, nuit infiniment au commerce & à la circulation de l’argent monnoyé. On aide encore à cette vanité, quand par les loix on permet de mêler le quart de cuivre & plus, à l’argent des diverfes vaiiTellesi au lieu que s’il n’était pas permis de travailler, pour quoi que ce foit, d’autre argent que du fin , ou au moins du titre 14, on fe difpenferait de cette magnificence aufti inutile qu’elle eft préjudiciable. D’ailleurs, quand ces vafes & vailfelles d’argent font vieux, & qu’on s’en fert pour manger & boire, la quantité de cuivre qu’il y a nuit à la fanté.
- 9. L’argent monnoyé devrait, fuivant fa deftination , d’autant moins être allié avec du cuivre, que l’argent comme l’or eft reçu pour l’équivalent de toutes fortes de marchandifes & denrées, pour être traufporté aifément, & pour compenfer une grande valeur par une petite quantité.
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- ART D'AFFINER
- 10. On diminue auffi la valeur réelle de la' monnoie , lorfque fou alliage eft confidérable. Un marc d’argent fin monnoyé , eft toujours eftimé & reçu chez une autre nation pour une vingtième partie de plus qu’un marc de même argent fin monnoyé qui fera fortement allié de cuivre. On en a la preuve dans les piftoles d’Efpagne, les pièces d’un tiers d’écu de Hanovre, & autres fines monnoies. On vit en 1763 payera Hambourg le marc de ces tiers, un écu de plus que leur valeur intrinfeque.
- 11. Mais la faine raifon & l’intérêt public ont beau prêcher contre ces ufages, on ne ceifera jamais d’allier plus ou moins l’argent fin. L’intérêt particulier, cette vraie pefte de la focieté, y régné fi généralement, qu’il refte peu ou point d’efpérance de voir corriger de tels abus.
- 12. îl faut donc que l’on puilfe faire redevenir fin cet argent ainfi mélangé , qui après avoir fervi pendant un tems à la folle vanité des hommes , doit être employé à d’autres ufages.
- 13. Pour ces raifons, les affineries de l’argent 11e deviendront pas fi-tôt d’inutiles fabriques. Elles feront toujours, auprès des grandes villes de commerce, un objet de conféquence.
- 14. De même, elles feront toujours d’une utilité elfentielle auprès de celles où l’on bat monnoie. Si elles font obligées de faire venir l’argent fin dont elles ont néceflàirement befoin pour leurs opérations., ces frais augmenteront fenfiblement ceux du monnoyage : car non - feulement la voiture , mais les différentes mains par lefquelles cet argent paifera , & qui toutes ' voudront en retirer quelque profit pour leur provifion & com-mifiion, haulferont de beaucoup le prix de l’achat, & occafionneront une perte confidérable au monnoyage , ou-, ce qui pis eft , donneront lieu à une monnoie de moindre aloi; & tous ces frais-là feront au moins épargnés de moitié, fi ces villes poifedent une femblable affinerie. Les argents rompus & autres de bas aloi, dont, par les loix de prefque tous les pays, l’achat appartient exclufivement aux monnoies , peuvent alors être rendus fins fur les lieux fans bien des frais. Les débris de la monnoie occafionnent encore bien des frais, lorfqu’il faut les tranfporter aux mines, ou dans des affineries éloignées, pour être purifiés :& cela peut être employé “utilement fans prefque aucune dépenfe ni déchet, dans une affinerie ainfi établie fur la place. Il en fera parlé plus amplement ci-après.
- Article III,
- Maniéré d'affiner £ argent»
- if. Dans le tems que les grandes villes où l’on bat monnoie& celles de commerce faifaient affiner leur argent crud ou allié dans les mines 3on y
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- L'A R G EN T.
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- exécutait cette opération , foit par défaut de sfuffilànte connailfance , foit par inconféquence, d’une maniéré Simple , mais très-préjudiciable. On elfayait cet argent & on le mettait au foyer d’affinage : à proportion de la lifte d’eifais, on ajoutait autant de plomb qu’il était nécelfaire pour ronger le cuivre qui s’y trouvait. Une expérience longue & générale a fait voir que , pour diifoudre un quintal de cuivre , il fallait feize quintaux de plomb. Ainli, lorfqu’on voulait affiner deux cents marcs d’argent crud du titre huit, ou un quintal, il fallait y joindre, pour diifoudre les cinquante livres de cuivre qui s’y trouvait, huit quintaux de plomb.
- 16. Et cependant les cent marcs d’argent qui y reliaient ne fortaient jamais entièrement fins ; ce n’était qu’un argent apparent, qui avait encore befoin d’ètre paifé au fourneau à argent particulier. Seize quintaux de plomb rongent à la vérité un quintal de cuivre , mais c’eft quand le cuivre eft feul ; car dès qu’il eft mêlé avec l’argent, ce même argent défend en quelque forte le cuivre avant que le plomb ait de la prife ; & ainli cette quantité de plomb n’eft pas fuffifante.
- 17. Quand l’argent crud eft mis de la forte fur le foyer d’affinage, le cuivre qui doit en être féparé,entre en partie dans l’écume, en partie dans les cendres, & fe diffipe en partie dans l’air avec la vapeur & la fumée du plomb. Ainli l’écume contient encore beaucoup de plomb & de cuivre que l’on en retire par une manœuvre à part, exécutée dans un fourneau , où ces deux métaux étant fondus, ce dernier , le cuivre , fumage en partie s & ai) moyen d’un petit ralentilfementde chaleur , il fe durcit, tandis que le plomb demeure liquide au-delfous, de maniéré que l’on peut en retirer de petites plaques. Le rélidu avec le plomb & le cuivre qui y ont pénétré , eft employé aux mines pour fouder, ou comme un moyen de rendre fufible un minerai difficile à fondre. Il eft éprouvé fuivant ce qu’il contient de plomb, & l’on ne fait ordinairement aucune attention au cuivre qu’il peut y avoir.
- 18* Lorsqu’on commença, il y a environ huit ans, à établir des affi-neries d’argent près des villes de commerce confidérables, on ne connaif-fait point d’autre méthode que celle dont nous venons de parler On établif-fait des foyers d’affinage & des fourneaux à épurer, & cela fuffifait pour purifier l’argent fans beaucoup de peine ; mais la quantité d’écume & de rélidu qui en réfulta, fit naître une grande difficulté : enforte que, li l’on n’avait pu tirer parti de ces deux articles de déchet, la confommation du plomb aurait été fi confidérable , que l’affinage de l’argent ferait devenu exceffivement difpendieux.
- 19. On fe vit donc obligé d’établir dans ces fortes d’affineries un fourneau élevé ou un autre recourbé., pour y, repalfer cette écum.e=& ce rélidu, afin de tirer parti par ce moyen de ce qui s’y trouvait de bon. .
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- ART D'AFFINER
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- 20. La difficulté cependant ne fut pas tout-à-fait enlevée par-là. Le cuivre ne fe féparait pas entièrement du plomb qu’avait produit l’écume : il en ref-tait encore beaucoup, ce plomb cuivré ne pouvait pas être employé à l’affinage d’autre argent avec le même fuccès que du plomb neuf & pur. Comme il contenait déjà du cuivre, il eft clair qu’il ne pouvait pas faire le même effet; il fallait en ajouter à proportion davantage de l’autre : & voulait-on le vendre pour l’y en fubftituer? il valait moins ; car le plomb cuivré eft jugé inférieur.
- 21. Pour remédier à tous ces inconvéniens, quelques propriétaires d’affi-neries d’argent, après avoir confulté des connaiffeurs en fonderies & en mines , fe font décidés à établir dans leur affinerie des fourneaux de colature, au moyen defquels les maffes formées du produit de l’écume & du rélidn y étant expofées , le plomb en découle & le cuivre refte : après cela ils procèdent comme à l’ordinaire pour achever de purifier l’argent.
- 22. Tous ces procédés me parurent mal imaginés : j’appercus auffi-tôt le préjudice confidérable qui réfultait de la grande quantité de plomb qui fe confumait, & du cuivre qu’il fallait diffoudre. Il me femblait que par cette méthode on avait mis la charrue devant les bœufs , & qu’il fallait paffer par le fourneau à coulage avant de fe fervir de celui d’affinage. Et pour m’édifier à ces divers égards, je cherchai inutilement des explications dans les ouvrages des auteurs qui avaient traité ces matières.
- 23. La plupart ne faiiàient aucune mention de la maniéré dont il fallait s y prendre pour purifier l’argent d’alliage ou crud.
- 24. Le feul M. Schltiter raconte comment il a affiné de pareil argent qui lui avait été envoyé : mais fa maniéré eft exa&ement la même que celle que nous venons d’expliquer ; & il eft dans l’idée que cela ne faurait s’exécuter autrement.
- Article IV.
- Idée fuccinte de la nouvelle maniéré de procéder de Vauteur.
- 2f. Lorsqu’en 1762 je fus lollicité par une compagnie de négocians de faire le voyage de Hambourg & d’établir pour leur compte une affinerie d’argent à Vansbeck près de cetce ville, je repréfentai à M. Seilern , l’un des affoc.iés, & celui qui avait cet établiffement le plus à cœur , tout le préjudice & tous les inconvéniens de l’ancienne maniéré de procéder. Je lui fis voir, par des calculs , la grande quantité de plomb qu’il y avait inévitablement à perdre, & combien on pouvait éviter dedépenfes, en coulant avant de féparer. >•[.
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- L'ARGENT.
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- 26. Je lui avouai ingénument que cette méthode 11’avait pas encore été confirmée par l’expérience, mais qu’elle repofiait fur des fondemens lî allurés de la chymie& fie l’art du fondeur, qu’on ne pouvait courir aucun rtfque; qu’au relie , comme l’une & l’autre maniéré exigeaient précifément les mêmes fourneaux , il était aifé d’éprouver tant l’ancienne que la nouvelle méthode , & que les obfervations & les calculs qui feraient faits de la perte ou du bénéfice qui en réfuteraient, décideraient à laquelle il conviendrait de donner la préférence.
- 27. Dès que tous les divers fourneaux nécelTaires furent conftruits , nous préparâmes des malles à coulage de la grolieur & du poids qu’on a accoutumé de les faire dans les fonderies des mines, favoir , de trois quintaux & demi, conliftant en une portion d’argent crud & trois à quatre portions de plomb.
- 28. Nous mîmes ces malfes , comme à l’ordinaire , fur le fourneau à coulage. Le plomb & l’argent découlèrent fans peine d’avec le cuivre, qui demeura fur fon foyer; & nous n’éprouvâmes aucunement les difficultés auxquelles , fuivant les principes de divers auteurs dont nous parlerons ci - après , nous croyions devoir nous attendre avec lin argent fi fortement chargé de cuivre.
- 29. Cependant il était aifé de comprendre que cette feule manœuvre 11’était pas fuffifante pour détacher parfaitement tout le cuivre qui avait été allié à l’argent. Lorfque l’action du fourneau n’eft pas trop violente, ce qui dans un fens n’eft pas .avantageux, il -reftè toujours la vingt -fix ou vingt-feptremë partie de plomb parmi le cuivre, & conféquemment la même quantité d’argent, par la raifon que l’argent ne faurait être féparé du cuivre que par le moyen du plomb. Les argents qu’on avait à affiner à Vansbeck , pouvaient l’un dans l’autre être évalués au titre quatre, & il était aifé d’en former des malfes pour le coulage. Ceux en barres, qui étaient tranfportés le plus abondamment fur la place de Hambourg pour la vente, étaient, Toit au titre deux à trois, provenant de groches de Saxe qu’on avait fondus ; foit au titre cinq à fix , provenant de la fonte de pièces d’un tiers de Saxe; & ces titres variaient ainfi un peu, félon que •celui qui fondait ces monnôies y en mêlait d’autres , ou y ajoutait de-l’argent rompu.
- 30. Si donc les malfes dont il a été parlé ci-deflus contenaient de l’argent crud au titre quatre, il eft refté après le premier coulage encore quatorze à feize onces d’argent dans le cuivre : ce qui rendit une fécondé' opération néceflaire , & après (laquelle if n’y refta plus, dans la même pro--portion , que | d’once d’argent, qui n’était d’aucune coniequence.
- £.1.. Le plomb mêlé d’argent , obtehu de la forte & prêt à être palfé par-
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- ART D'A F F I N E R
- S 60
- le fourneau d’affinage , ne contenait plus aucun cuivre , ni rien des demi-métaux ,auxquels on dût faire, attention, afin d’y joindre fuffifamment de plomb pour les jdilfoudre : conféquemment ce qu’il contenait d’argent fin ayant été examiné & rabattu , l’on a pu , avec la quantité de pur plomb , déterminée par la dédu&ion de l’argent, affiner dans le founerau le double ^d’argent crud , de ce qu’il en aurait fallu avoir par la première méthode, dans la proportion marquée de feize quintaux de plomb pour un quintal d’argent crud. Cet avantage ne fut pas négligé : car aux feize quintaux de ce même plomb, dédudion faite de ce qu’il contenait d’argent, on a pu joindre dans le fourneau deux cents foixante marcs d’argent crud en barres au titre quatre , & affiner tout cela fans peine en bon argent.
- 32. Il eft vrai que par-là il y a un quintal de cuivre qui fe dilfout, & qui entre en partie dans l’âtre , en partie dans l’écume , & qui fe diffipe en partie dans l’air: mais cela n’eft d’aucun préjudice : on peut affiner avec ce même plomb plus du double d’argent qu’il n’eft poffible de le faire par l’ancienne maniéré ; enforte que l’on économife déjà beaucoup de plomb.
- 33. L’Écume & l’âtre cuivrés peuvent fervir efficacement pour compofer les maifes deftinées au fécond coulage ; car le cuivre qui s’y trouve , contribuera à appauvrir d’argent le cuivre refié du premier, & à l’épurer davantage j enforte que le quintal du dernier cuivre fera réduit à ne plus contenir que § ou 5 once d’argent'au plus.
- •. j f : i ; . .
- A ' R T I C L E ' V.
- Avantages qui réfultent de cette maniéré de procéder , nouvellement inventée.
- 34. Il faut que je détaille ici avec précifion les avantages qui réful-
- tent de ma maniéré d’affiner nouvellement inventée ; & pour cet effet il convient de favoir par-forme de point préliminaire ce que l’expérience a conftamment & en-tout tems. fait connaître i favoir, que'dans l’ufage du fourneau d’affinage , le-feu étant bien dirigéfans trop ;de; violence, il fe confume néanmoins toujours la cinquième partie du plomb j & quand ce même feu eft un peu trop véhément, ou qu’il fe commet d’ailleurs quelque faute, la perte du plomb va au quart, & s’étend encore quelquefois plus loin. On ne s’écartera* donc pas d’une jufte proportion, en luppofant ce déchet de plomb du quart en général j d’autant moins que par l’extraction de ce qu’il fe trouve dans l’écume, il fe-nianifefte fouvent une nouvelle perte, quoique l’on compte cent vingt- cinq livres'd’écume pour cent de plomb qui l’a produite. * . rr. I. - ; : n •: *
- 3 En voulant donc établir par l’affinage deux cents marcs d’argent de
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- L'ARGENT.
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- huit cents marcs d’argent crud du titre 4 , il faut y employer par l’ancienne maniéré quarante - huit quintaux de plomb. Suivant la réglé du précédent paragraphe, il s’en conlumerait douze quintaux , & les trente-fix de plomb reliant font fort cuivrés , & valent coniéquemment beaucoup moins, tant pour le commerce que pour l’affinage.
- 36. Voyons maintenant combien, fuivant ma nouvelle méthode, on peut affiner d’argent avec la* même quantité de plomb. En mettant 2 | quintaux de plomb avec cent trente marcs d’argent ci ud du titre quatre , 011 formera neuf malfes pour le premier coulage de vingt - cinq quintaux de plomb. Ces neuf malfes de liquation contiennent donc 1620 marcs d’argent crud du titre 4 , & conféquemment, après l’avoir fait féparer d’avec le cuivre, 40^ marcs d’argent fin. Les vingt-trois quintaux de plomb rellans font employés pour la fécondé liquation : par ces deux opérations les 40$" marcs d’argent fin font tranfportés dans le plomb ; & tout cela forme quarante-huit quintaux de plomb d’œuvre, avec lequel on peut, fans préjudice pour l’argent qui s’y trouve confondu , diiïoudre trois quintaux de cuivre par le fourneau d’affinage, d’autant que l’argent qu’il y a ne nuit què fort peu ou point du tout à l’eifet du plomb. Ces trois quintaux de cuivre fuppofés dans un argent crud du titre 4 , comprennent un quintal ou 200 marcs d’argent net; de iorte que, par cette nouvelle méthode, on affinerait 6of marcs d’argent fin avec la même quantité de plomb & les mêmes frais qu’il en faut pour 200 marcs feulement par l’ancienne maniéré de procéder.
- 37. Cet avantage eft déjà important; cependant ce n’eft pas le feul qui réfulte de ma méthode. La confcrvation du cuivre en eft un tout auffi difi tingué. Pour affiner par l’ancienne maniéré 200 marcs d’argent fin, il faut, fuivant qu’il eft dit ci-delfus, dilfoudre trois quintaux de cuivre; & de ces trois quintaux le quart fe diffipe irréparablement dans l’air à mefure que le plomb fe confume, ce qui fait 75” livres; & les 22f livres de cuivre reliant fe réfugient dans l’écume & dans les cendres. En les féparant de ces rebuts, il s’en perd encore 2f livres par le meilleur arrangement, poffible; & fi l’on fait de moins bonnes difpofitions, ou même fi l’on emploie de la tourbe, comme cela fe pratique en Hollande, cette perte va à 50 livres qui en partie fe confument, & en partie relient dans la cralfe. En fuppofant donc que, par cette ancienne méthode, 011 ait procédé de la meilleure façon poffible, & qu’après la féparation faite du cuivre d’avec les rebuts on ait fait liquéfier le plomb d’avec le cuivre, il fe perd au moins toujours un quintal de cuivre fur l’affinage de 200 marcs d’argent fin.
- 38. Ainsi, pour travailler 600 marcs d’argent fin, l’on détruit par l’ancienne méthode trois quintaux de cuivre; au lieu que par la mienne on voit que, pour la même quantité de 600 marcs d’argent fin , il ne peut s’en perdre
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- qu’un quintal. C’eft donc un profit manifefte de deux quintaux de cuivrey & en n’affinant que 1800 marcs d’argent fin parfemaine, on gagne fix quintaux de cuivre, ce qui fait près de 200 richfdallers.
- 39. On voit encore aifément que moins une affinerie d’argent eft bien montée fuivant l’ancien plan , & plus la perte du cuivre eft confidérable; Quand on n’établit point de fourneau à liquation du tout, & qu’on fe"contente de retirer quelques plaques de cuivre au moment que le plomb fe refroidit, en féparant ce qu’il y a de bon dans les rebuts, il fe perd:dans ce cas plus de deux tiers de cuivre. A ce que j’en ai pu apprendre, les affineries d’argent en Hollande & ailleurs n’avaient point de moyens pour féparer l’argent & le plomb d’avec le cuivre : c’eft au moins ce que m’a affiné un commis de M. de Neville. Auffi ces affineries font-elles bien mal montées i & l’on ne voit pas trop comment elles peuvent fe tirer d’affaire. La liquation eft non-feulement néeeffaire pour la confervation du cuivre , mais encore pour féparer l’argent d’avec le plomb. Le quintal de réfidu qu’aura produit l’argent crud au. titre 4, contientfélon les meilleures difpofitions , quatre onces & demie d’argent, & pour les moins avantageufes fix à fept onces.
- 40. Lorsqu’on 11e palfe pas par le fourneau de liquation , & qu’on 11e fait que féparer le bon du rebut, il faut néceffairement que cet argent demeure dans le plomb ; & fi l’on voulait dire que ce plomb féparé pourrait fervir de nouveau à affiner d’autre argent, cela n’a lieu que deux ou trois fois tout au plus ; car , quand on ne liquéfie pas , ce plomb, dès le fécond ou troifieme ufàge , eft tellement imprégné de parties cuivreufes qu’il ne peut abfolument plus fervir pour cela , quoiqu’à chaque féparation faite on ait retiré autant de plaques de cuivre qu’il a été poflible : conféquemment il faut que le.dernier argent des. rebuts demeure dans ce plomb.
- 41. Dans une affinerie d’argent, établie auprès d’une, ville où l’on bat monnoie , les chofes peuvent y être d’autant plus avantageufement difpofées, pour elle,, que les rebuts de la monnoie ,.ainfi que ceux de la première bonne-liquation, peuvent tous être joints fans inconvénient aux.maffes deftinées. pour la fécondé.
- 42. LA^difpofition des. malles,à couler fera aifée à régler en éprouvant exactement ce que renferment d’argent, de cuivre & de plomb, tant les rebuts, des monnoies & ceux de la première, liquation, que l’écume & les cendres,. & en obfervant feulement que dans chaque mafle deftinée. à,1a fécondé, ii>p ait trois quarts de plomb fur un quart de cuivre.
- 43. La. quantité d’argent eft très-indifférente pour cette fécondé liquation,., contre l’ancienne opinion, puifqu’on était dans l’idée qu’il convenait d’obferver-une proportion à cet égard. C’eft là ce que je mepropofe d’expliquer dans, l’ar^-tiçle, fui vaut,.
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- Examen des obj celions propofées contre cette nouvelle maniéré de procéder-,
- 44- Je n’ai pas la préemption de croire que j’aie été le premier à connaître la poffibilité d’affiner par cette voie , ou à imaginer qu’il fût plus expédient de couler avant que de pafler par le fourneau d’affinage. Il fe peut fort Bien que pliffieurs employés aux fonderies des mines ont eu cette idée iong-tems avant moi ; mais la feule choie qui les ait empêchés d’en faire la tentative , c’eft la prévention où l’on était conftamment qu’un cuivre fortement chargé d’argent n’admettait point de liquation. C’eft le fentiment que M. Schlutter adopte dans le récit qu’il donne de la maniéré dont il a opéré l’affinage d’un chétif argent qui lui fut envoyé d’Hollande , & qu’avait produit la fonte de certaines monnoies de bas aloi. D’autres auteurs encore, qui ont écrit fur les forges & les fonderies des mines, avancent la même chofe.
- 45. On avait même adopté la maxime, que pour déterminer la quantité de plomb néceifaire pour compofer les mades delfinées à la liquation , il fallait fe régler davantage fur l’argent que fur le cuivre qui y était contenu. Il 11e fera pas hors de propos de rapporter ce que dit à cet égard M. Gellert,con-feiller de la commiilion des mines, dans fou livre de la Chymie métallurgiquef, page 3 1 y. Voici comme il s’exprime:
- « Dans la réunion du plomb avec le cuivre, on en ufe ordinairement de „ la maniéré fuivante. On ajoute au cuivre autant de portions de. plomb de „ dix - fept livres chacune, que la mafle , après être fondue, contient de „ demi - onces d’argent, en en retranchant cependant autant de plomb qu’il „ s’en trouve déjà dans le cuivre. C’eft pourquoi il convient d’examiner avec M foin ce que contient d’argent, tant le cuivre que le plomb : fi l’on trouve x dans la malfe, que par le nombre de demi - onces d’argent , les por-5) tions de dix-fept livres de plomb excédent plus de quatre fois la quantité „ de cuivre, il faut compenfer l’excédant par du cuivre pauvre qu’on y 55 ajoute, ou réitérer la liquation. De cette maniéré on peut féparer l’argent „ qui fe trouve dans un quintal de cuivre^, à une demie ou un quart d’once 3J près. La liquation va mieux fon train avec le cuivre noir qu’avec celui qui x eft pur, parce qu’il exifte encore dans le premier du foufre , & que celui-ci, „ à l’exception du fer, décompofe mieux le cuivre que les autres métaux j au J5 point qu’il aide à la féparation de l’or & l’argent d’avec le cuivre.
- „ En place de plomb pour unir au cuivre , on peut auffi employer des ,5 matières qui contiennent du plomb , comme par exemple de l’écume & de x la coupelle qu’on paife par le fourneau de rafraichilfement -, & le plomb ,5 qu’on obtient par-là eft fondu avec le cuivre : feulement faut - il dans ce
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- „ cas régler le mélange, & faire fon calcul d’après le plomb qui s’y trouve-. „ On prend , par exemple , 125' livres d’écume au lieu de 100 livres de plomb, 5, Le gâteau de ce premier objet ne contient ordinairement que trois quarts ,,-de quintal de cuivre, fur deux à trois quintaux de plomb.
- 4 6. On voit par-là que l’on croyait autrefois que, pour compofer les maifes à liquéfier , il fallait qu’il y eût 17 livres de plomb pour chaque demi-once d’argent > & qu’enfuite de cette réglé , ceux d’entre les employés aux mines qui n’avaient pas une parfaite connaiifance des principes fondamentaux de M. le confeiller Gellert, l’avaient admis comme une maxime invariable de leur art, & en avaient conclu qu’il était impoftible de couler parle fourneau de liquation un argent crud, où il n’y aurait que le quart ou le tiers de cuivre. Ils fe font tout au moins figuré qu’ils rencontreraient des-obftacles fi infurmontables , qu’ils n’ont jamais effayé de le faire avec un> 'cuivre chargé d’argent à ce point. Ils ont craint vraifemblablemer.t que , pour ,couler une pareille quantité d’argent qui eft une matière qui fond difficilement, cela n’exigeât un degré [de chaleur fi confidérable, ou une telle quantité de plomb, que le cuivre ne devint aufii liquide & ne partit avec le plomb;
- 47. Cependant l’expérience n’a point juftifié ces craintes néanmoins, je fuis obligé d’avouer que, d’après les maximes reçues dans cetems-là & 'envifagées comme certaines, je croyais réellement que pour une femblable liquation il fallait néceffairement un feu plus ardent pour cet objet, qu’crn n’avait accoutumé de le faire alors aux mines : & comme je m’étais d’ailleurs déjà propofé dfintroduire la tourbe à Wansbeck pour exécuter la liquation , vu l’extrême cherté du bois à Hambourg, je fis faire les diftances entre tes ma des fur le fourneau d’un pouce plus grandes que cela ne fe pratiquait aux mines, dans la double crainte que du cuivre aufii riche en argent n’exigeât un degré de chaleur plus violent, & ensuite que la tourbe n?en eût pas. autant que le charbon de bois.
- 48. Toute, autre perfonne à ma place aurait eu la même appréhenfioiï outre que , pour m’autorifer davantage, j’avais encore l’exemple de M. Schlut-ter devant moi, qui en coulant avec de la tourbe ,.fallait faire fes diftances entre les maifes prefque d’un pouce plus grandes que je n’avais fait. Malgré tout cela, riifue fut entièrement contraire à mon attente. L’opération fe fit fi rapidement > que dans une heure tout fut paflé; & le cuivre qui était refté au
- ' fourneau , reffemblait à du cuivre rafraîchi, ou forti d’un féchoir. Je me vis. donc oblige, malgré que nous n’eufîions employé que de la tourbe, de régler lès diftances pour les liquations fuivantes, à quatre pouces feulement, tout comme cela fe pratique aux mines où l’on ufe des meilleurs charbons de bois,..
- 49. La réglé la plus fure fera donc toujours que, pour le difpofitif des-maifes de liquation j on fe gouverne principalement fuivant le cuivre . qp’iL
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- y a, & qn’on ne faffe que peu d’attention au contenu en argent. Si, pour couler, on obferve de joindre aux mines quatre portions de plomb fur une de cuivre , il ne faut pour de mauvais argent crud, ou plutôt du cuivre riche , lequel contiendra un quart ou un tiers d’argent, uniquement compter que cinq portions de plomb fur une de cuivre , pour compofer les malles. Je dis un cuivre fort riche; car on doit conftamment nommer un métal mélangé du 110m de celui qui domine , foit duquel il y en a le plus , fans s’embarra lier déjà valeur des autres. Bien loin donc qu’un cuivre bien riche exige d’autant plus d-e plomb, je puis dire qu’avec treize livres de plomb j’ai toujours eu une livre d’argent par la liquation ; mais lorfque le cuivre elt plus pauvre , & qu’il ne contient que la cinquième ou la fixieme partie d’argent, on peut aulïi toujours fe borner à la proportion ordinaire de quatre livres de plomb fur une de cuivre. Mais , fi ce cuivre était riche au point qu’il y eût deux cinquièmes d’argent ou prefque la moitié, il n’y a dans ce cas qu’à joindre à la ma (Te fix livres de plomb fur une de cuivre ; & fl l’on peut couler un argent erud du titre de 8 ou 9 > c’eft-à-dire, où il y ait la moitié & un peu plus d’argent, c’ell ce que je ne fais pas, ne l’ayant jamais éprouvé; mais je ne crois cependant pas que les difficultés en foient infurmontables.
- fo. L’idée où l’on était, autrefois, que la liquation ne pouvait être bien exécutée qu’avec du cuivre noir, comme ceîa paraît par ce que rapporte M. le confeilîer Gellert dans l’article tranfcrit ci-devant, a donné lieu à une nouvelle difficulté ; & l’on sert figuré qu’elle devait être d’autant plus grande, que l’on 11’emploie ni ne peut employer avec l’argent que du cuivre pur, pour fervir d’alliage à la monnoie & aux autres chofes qui exigent un mélange confidérable de cuivre, & qui font les objets d’où les argents cruds procèdent, pour lui conferver fa fléxibiliré : mais j’avoue franchement que je ne conçois pas les raifons pour lefquelles le cuivre noir ferait meilleur que le pur pour la liquation. Il eft inconteftable que le foufre rend le plomb plus difficile à fondre, & c’eft l’effet que doit opérer le cuivre noir fur le plomb qui a été ajouté aux malles à couler. L’arfenic & les autres demi-métaux, qui font pareillement incorporés dans le cuivre noir, ontauffi leurs effets particuliers, tant fur le cuivre que fur le plomb qurcffc deffiué à détacher l’argent du premier. On fait, par exemple, que l’arfenic favorife extraordinairement le changement du plomb en verre ; & toutes ces circonftances font manifeftement plus nuifibles qu’utiles à la liquation : enforte que ce 11’était uniquement que par prévention que l’on a fuppofé autrefois le cuivre noir meilleur que le cuivre pur,
- 51. Au contraire , ce dernier efl: beaucoup plus convenable, "vu que le plomb ne rencontre pas le moindre empêchement à fe bien réunir à l’argent renfermé dans le cuivre, pour travailler à l’en détacher & s’en féparer en-fbnible en en découlant par une chaleur modérée*
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- $2. C’est auffi ce que l’expérience a fuffifàmment confirmé à Vansbeck: on n’y a vu arriver aucun de ces cas allez fréquens dans les Fonderies des .mines en coulant avec du cuivre noir, & qui Font naître toutes Fortes de difficultés dans cette opération ; moins encore lorFque Fur la fin l’on Fait diriger le Feu de telle maniéré que l’opération Fe termine avec chaleur : de forte que l’on peut bien mieux épurer le plomb que cela ne Fe Fait aux fonderies des mines avec les cuivres noirs. Par une bonne direction du feu , le iéchoir ou fourneau à fécher devient ordinairement inutile ; & le cuivre peut, d’abord après la fécondé liquation, être expôfé au fourn au à épurer.
- 53. Il faut chercher la caufe de cette prévention dans ce que Fans doute il elt plus conforme à la nature de l’ouvrage des^ mines de couler avec du cuivre noir plutôt qu’avec du pur, & dans ce que , fi l’on voulait couler avec du cuivre pur, il Faudrait palier les cuivres noirs une ou deux fois par le Fourneau pour leur faire acquérir la pureté requife ; & l’on évite cela en coulant avec du cuivre noir, parce que le plomb entraîne avec Foi beaucoup de foufre, d’arfenic & autres choies femblables , qui ne nuifent que peu à l’affinage, attendu qu’ils peuvent être enlevés de delfus la fu-perficie pendant que les matières font en fufion.
- ^4. De plus, cette prévention repofe encore Fur ce que, pour couler avec du cuivre pur, il Faudrait purifier le cuivre deux Fois; puifqu après la liquation il doit être rendu pur derechef, à caufe du plomb qui y relie, & qu'en coulant avec du cuivre noir on évite tous ces travaux, & que le plomb qui relie dans le cuivre aide à le purifier.
- 55. Mais il 11e s’enfuit nullement de là que pour la liquation le cuivre noir Foit préférable au cuivre pur. Ce n’ell uniquement qu’une prévention de laquelle j’ai Fait voir plus haut le peu de fondement ; & il y aurait long-tems qu’011 le Ferait édifié à cet égard , fi d’un côté Faute d’occafion , & de l’autre à caufe de cette même prévention, on n’avait prefque jamais ellayé de couler avec du cuivre pur.
- 56. On oppofera vraifemblablement encore à ma nouvelle maniéré de procéder, que fi avec la même quantité de plomb je puis affiner trois fois plus d’argent que par l’ancienne, je Fuis obligé d’avoir recours à une Fécondé liquation , & conféquemment à un ouvrage de plus , par lequel 011 confume auffi du plomb, & qui exige du travail & du Feu.
- 57. Cette obje&ion ell fondée, mais elle l’etl à un point fi peu proportionné , que l’avantage de ma maniéré d’affiner demeure encore très-confi-dérable. En coulant on ne confume pas à beaucoup près autant de plomb qu’en léparant; & la raifon en elt toute fimple : le grand degré de chaleur que la réparation exige, expofe le plomb à une ébullition & à une évapo-
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- ration continuelle ; & c’eft juftement ce qui effc caufe qu’il s’en confume autant. Au contraire , la chaleur modérée de la liquation n’occafionne point d'ébullition, mais feulement tant {'oit peu d’évaporation; & le plus qu’on puille compter qu’il fe confume de plomb, même par les arrangement les-moins avantageux, c’eft la douzième partie :ainfi cela 11e fait pas tout-à-fait deux quintaux fur vingt-trois ; & ce déchet n’eft rien en compannfon de ce que l’ancienne méthode exige & confume , puiique pour affiner fix cents marcs d’argent fin , il faudrait cent quarante-quatre quintaux de plomb , & que de cette quantité il s’en confumerait trente - fix quintaux , comme je l’ai dit plus haut; au lieu que par ma maniéré, il ne faut que quarante-cinq quintaux de plomb pour affiner fix cents marcs d’argent fin ; «St le plus qu’il s’en confume c’eft quatorze quintaux. Cette différence eft évidente* D’ailleurs, le cuivre que l’on conferve , dédommage au double des frais de la fécondé liquation.
- Je ne puis au refte publier les détails de la nouvelle méthode d’affiner l’argent, que j’ai inventée, jufqu’à ce que je fâche la tournure que prendra un procès entamé contre les propriétaires a&uels de l’établilfement de "Wansbeck. Je méprife toute affectation de faire myftere des chofes ; mais quand on a à traiter avec des gens qui font naturellement peu difpofés à rendre juftice à leur prochain, on ne faurait être affez fur fes gardes. Si je voulais actuellement décrire cette nouvelle méthode, on ne manquerait pas de m’accufer dans le procès d’être contrevenu à de certaines conditions de notre accord , comme 9 par exemple, de n’établir nulle part une affinerie femblable; car on dirait certainement qu’il eft égal d’établir une affinerie foi - même, ou, par une defcription détaillée , mettre les autres à même de le faire. Ainfi je ne détaillerai ici que l’ancienne méthode ; & pour cet effet je m’étendrai le moins qu’il me fera^ poffible, je tâcherai fur-tout d’éviter le reproche que plufieurs perfonnes fenfées font aux auteurs Français des defcriptions des arts ; favoir , qu’ils font un double détail des figures gravées ; premièrement dans le texte de l’ouvrage , & enfuite dans une explication féparée qui occafionne des longueurs inutiles.
- Article VII.
- Idée de l'affinage de l'argent fur le foyer de féparation.
- 59 On fe tromperait fort, fi l’on envifageait l’affinage de l’argent fur le foyer de féparation comme une divifion de ce métal d’avec les métaux communs & les demi-métaux, & fur - tout d’avec le cuivre & le plomb. LÜdée d’une femblable divifion fuppofe que les métaux mêlés, peuvent en.
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- quelque forte être féparés dans leurs propres fubfiances, ou au moins fans être entièrement fondus : mais cela n’arrive point fur le foyer d’affinage. Là , de tout le mélange , rien ne reffe que l’argent, & l’or s’il y en a , avec un peu de plomb fur le foyer. Les demi-métaux, ainfi que le fer, en l'ont retirés de delfus la fuperficie avec une grande partie de plomb.
- 60. Le plomb dilfout le cuivre ; ils fe jettent enfemble, en partie dans la coupelle, en partie dans l’écume, ou fe diflipent en fumée : ni l’un ni l’autre ne conferve la forme naturelle. On ne laurait envifager ce travail comme une féparation réelle j c’elf plutôt un lavage ou un nettoyage de l’or & de l’argent.
- 61. Ce nettoyage de l’or & de l’argent fur le foyer de féparation, eft occafionné par la propriété qu’a le plomb d’entrer par une grande chaleur dans une forte de bouillonnement, & de fe former en morceaux tenant du verre ; ce qui change la fubftance en ce qu’on apelle écume. Cette mutation du plomb pourrait s’exécuter dans chaque vafe, ou dans une pierre à l’épreuve du feu : mais dans ce cas, elle ferait très - lente. Il y a deux circonlhmces qui la favorifent ; premièrement, c’eff que le fond, où. l’ébullition du plomba lieu, a l’aptitude de recevoir la partie du plomb qui s’y jette; & en fécond lieu, que l’effet de l’air y furvient, & cet air favorifè en partie ce changement du plomb , & l’emporte en partie par une fumée vilible.
- 6z. Pour peu que l’on connaiffe l’effet des matières combuffibîes , on s’ap-perçoit bientôt que les charbons de bois 11e peuvent pas fèrvir pour ce travail. Ces charbons ont une propriété contraire, qui, loin de favorifer ces changemens , les empêcherait, & rendrait plutôt à l’écume , ou plomb converti, fa première forme.
- 63. Il faut de plus procurer une grande traînée de feu par-deffusle plomb bouillant, pour entraîner les vapeurs qui s’en élevent. On voit donc qu’il 'ne faut principalement que de la flamme pour cette opération.
- Ar ticle VIII. .
- Propriété du foyer Iaffinage.
- 64. Il efl: plufieurs moyens par lefquels on peut parvenir à toutes ces Sus ; mais le meilleur qu’on ait découvert jufqu’ici, confilie àconftruire à côté du foyer, où l’on mec le plomb mêlé d’argent & de cuivre, un fourneau à vent pour y exciter une grande flamme par le moyen de matières combuffibîes ; eniuite à faire par-delfus ledit foyer un couvert appel lé chapiteau, pour mieux renfermer la chaleur, pour qu’elle 11e fe diilipe pas dans l’air ; enfin, à pratiquer
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- quer directement vis-à-vis de la place où l’on allume le feu, une porte ou une principale ouverture pour donner à la flamme une direction droite à travers le foyer, & qu’elle fafle l’effet mentionné ci-devant. Une pareille conftru&ion s’appelle foyer d'affinage ou fourneau <£affinage.
- 6s- Il fuffit qu’un foyer d’affinage ait les qualités principales que je viens de décrire ; quant aux circonftances acceffoires, l’on peut y apporter toutes fortes de changemens, pourvu qu’ils ne nuifent pas au but elïentiel. Ainliil eft indifférent que le chapiteau qui domine le foyer, confifte en un couvert muré & affermi, ou en un autre de fer mobile & fufpendu à une cremalliere, au moyen de laquelle il peut être éloigné & replacé à volonté. Cette* derniere méthode eft admife en Saxe, & l’on en retire l’avantage, que le rélldu eft plus tôt refroidi, & peut plus promptement être retiré pour fervir à une nouvelle opération. Mais en travaillant aiiffi coup fur coup , les ouvriers endurent une chaleur extrême, en retirant ce rélldu ; & le tapilfage du chapiteau , pour qu’il ne fe brûle pas, ainfl que fon arrangement, 11e font pas de petits embarras.
- 66. Ensorte que fi l’on a neuf ou dix opérations par femaine à faire, il fera mieux à plus d’un égard, de conftruire deux fourneaux avec des chapiteaux - murés ,& de s’en fervir alternativement.
- 67. Le plomb bouillant ne fàlirait fupporter la moindre humidité ;& la preuve c’eft que , pour peu qu’il y en ait, il en faute continuellement de petits grains fort haut dans la coupelle. Il faut donc que le fond du foyer foit entièrement exempt d’humidité j & cela ne pourrait point avoir lieu , Ci l’on ne pratiquait pas fous le foyer muré , de petits canaux en croix, par lefquels l’humidité du foyer, que la chaleur renvoie en-bas, puifle s’écouler. Il eft indifférent que ces canaux foient établis fous terre, & aient quelque part une libre évacuation, ou qu’ils foient de niveau avec le fond du bâtiment. La première maniéré rendra cependant toujours un foyer d’affinage plus folide , parce qu’alors l’intérieur du fourneau peut mieux fe remplir de morceaux ; & cela contribue à le delfécher d’autant plus.
- 68. La forme ronde pour le foyer eft fans doute la meilleure. Si elle était quarrée, les deux coins oppofés à la place où on fait le feu, 11’auraient pas affez de chaleur pour faire agir le plomb autant qu’il convient. Quant à. fa grandeur, elle dépend de l’importance de l’établilfement & de la quantité d’argent que l’on a à affiner. Son diamètre extérieur peut être de cinq, fix, huit pieds & plus de large. Le mur doit avoir au moins un pied d’épailfeur au haut, pour pouvoir fupporter une auffi forte chaleur & la charge de tant de plomb. Néanmoins cela ne fuffirait pas, s’il n’était d’un côté appuyé contre la muraille, à travers laquelle les foufflets paflent, & s’il n’était foutenu aux deux autres coins par deux forts piliers en murs de deux pieds en quarré au moins.
- 69. Quand les canaux emcroix font arrangés fous le fondement du foyer.
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- & font couverts de plaques de fer & de forts morceaux de pierre /ou da pierres plates à l’épreuve du feu , il faut combler l’intérieur du fourneau , au moins quinze pouces de haut, de crafle bien feche. Dans la circonférence de cette efpece de couche, 011 fait huit ou neuf foupiraux de deux pouces en quarré , qui percent le mur du fourneau, afin que l’humidité puifife d’autant mieux s’exhaler du fond; & pendant l’opération l’on voit diftin élément fortir la vapeur par là. “Sur cette couche, on pofe un couvert de pierre, en forme d’un demi-globe creufé , ou plutôt du tiers d’un globe creux ; & tant ce foyer que tout le relie du mur peut être conltruit de la meilleure efpece de briques.
- 70. Le canal de l’écume en eft une partie fi elfentielle, qu’il ne faurait être pâlie fous filence. Il eft deftiné à l’écoulement de l’écume qui fe forme en féparant le plomb ; & il fe place vis-à-vis le côté du fouiïlet, entre les piliers d’appui & la bouche du fourneau. Quelques perfonnes obfervent d’y pratiquer une ouverture d’un pied de large depuis le pied du mur en-haut, & de l’affermir des deux côtés par deux plaques de fer murées. Ils garni fie lit cette ouverture entièrement avec des cendres bien battues, qu’ils arrangent en pente , de maniéré que, depuis le fond des cendres, l’intérieur jufqu’en-dehorsdu mur penche toujours unpeu;& dans ce canal on pratique dans la cendre deux petites coulilfes, par lefquelles l’écume s’écoule , & dont ou fait alternativement ufàge; ou l’on bouche l’entrée des deux, afin que le pallage ne fe remplilfe pas trop de cette écume. Mais il vaut toujours mieux ne commencer ce canal qu’à la hauteur d’un pied & demi depuis fou pied ; cela rend le fourneau entier, qui doit fupporter une femblable ardeur, plus folide, & ne nuit aucunement au but du canal ; car il fuffit toujours qu’il foit rempli de cendres battues d’un pied & demi de haut fur le derrière du fourneau , & à proportion de la pente , moins épais à fa fortie.
- 71. L’ouvrage le plus elfentiel de cet établi lie ment eft fans doute celui de ce foyer. Toute matière molle & maniable qui réfille à l’aétion du feu , ferait fuffifante pour fervir à y affiner de l’argent.
- 72. On en a en effet auffi conltruit avec du fpath pulvérifé, & avec d’autres matières : l’opération s’eft faite ; mais le meilleur moyen, & celui qui eft en même tems le moins difpendieux ,^c’eft de prendre des cendres bien coulées. Toutes fortes de cendres peuvent fervir au befoin ; cependant celles de bois de hêtre ont été trouvées les meilleures. Celle dont les fabricans de favon fe font fervis , & qu’ils ont bien coulée pour leur ufage , eft la plus convenable ; & loin que la chaux qu’ils y ajoutent nuife au but de l’affinage , il le favorife particuliérement, moyennant que le favonnier n’excede pas , dans le mélange qu’il en fait, la jufte proportion de chaux que fon art exige.
- 75. Il importe beaucoup de mettre ces cendres coulées en réferve, de
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- maniéré qu’il ne s’y mêle ni fable ni terre ; car rien ne peut déranger davantage une opération, & occalionner un éboulement, que lorfque les cendres font fortement mêlées de l’un ou'de l’autre ; & la raifon en e(t claire. La terre & le fable rendent les cendres plus fufibles ; & il fe fait par-là une bande fondue au haut du foyer , où le plomb & l’écume s’introduifeut.
- 74. Au refie , le plomb n’y faurait pénétrer qu’environ de la profondeur d’un doigt; mais indépendamment de cela, il creufe des trous dans le fourneau , ainii que le fait le plomb bouillant même, à travers des pierres qui renflent au feu. La matière en ébullition pénétré dans ces trous , fe fourre par-délions, & éleve le fourneau ; & c’efl là ce qu’on appelle un éboulement ou renv&rfemcnt. La même choie arrive quand la cendre, quoique fine, n’efl pas fuffifàmment coulée. Le fel alkali qui s’y trouve , favoriië dans ce cas fa fufion , 8c il doit en réfulter naturellement le même effet.
- 75. Le battage du foyer y fait beaucoup. Il faut qu’il foit battu par-tout également avec beaucoup de force ; il faut auffi Faire attention que la cendre 11’y foit pas mifif par couches, ou à diverses reprifes : tout ce qu’il en faut doit y être verfé par paniers ou par feilles à côté l’une de l’autre, avant de commencera la battre. Si l’on en agiflait autrement, & que l’on battit d’abord une première couche , qu’enfuite on verfât de nouvelles cendres par - deifus & qu’on les. battit à leur tour , cela ferait[que cette derniere couche fe fouleverait, &, occalionnerait un éboulement pendant l’aélion. Après ledit battage fini, l’on découpe l’enfonqure du foyer, ce qui vaut beaucoup mieux que lorfi. qu’011 le bat déjà découpé. Les affineurs ont coutume prefque par-tout de ne faire cet enfoncement que bien plat, & feulement de trois à quatre pouces de profondeur vers le centre. Il efl vrai que cela allégé l’affinage , & qu’un ouvrier d’une médiocre habileté peut l’exécuter : mais alors on peut auflî beaucoup moins paffer ; & un habile ouvrier 11e rifque jamais rien, quand cet enfoncement porte la huitième ou tput au plus la neuvième partie du demi - diamètre du fourneau.
- 76. Ce qui exige une attention particulière, c’efl la diflance du chapiteau. Lorfqu’il efl trop élevé ( ce que les ouvriers fouhaitent toujours pour leur commodité, afin qu’en battant le foyer, ils n’aient pas befoin de tant fe bailler ) il s’enfuit naturellement de là, que le fourneau exige beaucoup plus de feu.
- 77. Dans ce cas, la chaleur fe porte en-haut ; if n’y a qu’un degré de chaleur très-violent, qui puilfe mettre la matière en fufion, & il fe eonfume auffi plus de plomb; outre que par une femblable chaleur, l’opération caufe dix fois plus de danger d’échouer &: d’occafionner un éboulement, qu’un autre qui n’aura befoin que d’une chaleur modérée, & feulement à la fin d’une forte chaleur.
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- 78. J’en ai fait l’expérience à "Wansbeck. Lorfque les fourneaux furent construits, j’étais dangereufement malade j & le meunier Schram , qui s’en était érigé l’archite&e , Suivit, malgré toutes les inftru&ions que je lui donnai de bouche , l’indication de l’ouvrier qu’on avait fait-venir du Hartz , qui pour la commodité voulut avoir le chapiteau plus élevé -, mais l’expérience en fit voir le défaut. Tous les fourneaux que j’avais fait faire Seul avant l’arrivée des gens du Hartz, firent d’abord au premier elfai leurs fondions à merveille -y mais les autres s’éboulèrent plus de douze fois avant que de réuffir. La diftance du centre du demi-cercle du chapiteau ne doit pas excéder en hauteur la moitié du diamètre du vuide du fourneau. Ainfi, à fuppofer que ce rayon' eût quatre pieds & demi , il faudrait que le centre du chapiteau fut placé tout au plus à cette hauteur , depuis le niveau du bord du fourneau.
- 79. Les foufiiets font indifpenfables pour cet objet; fans leur fecours, ou la matière ne paierait pas du tout, ou elle n’irait au moins, par la plus grande chaleur, que bien faiblement fon train. Quand les fourneaux font grands, il eft néceffaire que les foufflets aient deux tuyaux l’un fur l’autre, qui foufflent en croix dans les fourneaux , parce qu autrement l’écume n’y ferait pas aflez chaifée de part & d’autre ; & il faut que ces tuyaux foient pofés obliquement, & falfent entr’eux un tel angle, qu’avant que le foyer de cendre s’y trouve placé, ils foufflent diredementau centre du fourneau muré. Pour cet effet, lorfqu’on pofe les canaux dans lefquels les tuyaux du foufflet doivent repofer, on place de l’eau ou du fable fec au milieu du fourneau, pour déterminer par des cffais le point jufte où ils doivent être affermis ; & quand ils font bien arrangés , il faut que le vent tombe depuis la muraille du foufflet, de quatre à cinq pouces en - avant fur la matière , lorfqu’elle eft en train.
- go. Le fourneau à vent, par où l’on fait le feu au fourneau d’affinage, eft adoffé à ce dernier ; & comme la voûte qui eft entre le fourneau à vent & le chapiteau eft expofé à la plus grande ardeur du feu, il faut y murer une bonne ancre de fer, pour tenir le fourneau en réglé. O11 pofe fur le creux des cendres, dans lequel le trou du vent paife par-dedbus de la groffeur de un à un pied & demi en quarré, une grille de fer, ou des barres de fer, fortes au moins d’un quart à un quart & demi de pouce ,afin qu’elles ne fe brûlent pas fi-tôt,& fur lefquelles 011 met les matières combuftibles Au-devant de l’ouverture pour le feu, on met à proportion de la grandeur du fourneau une porte de fer de deux à deux pieds & demi en quarré, qui joigne bien. On tapide cette porte en-dedans avec de la terre greffe, pour empêcher qu’elle ne fe brûle pas fi-tôtj & afin que cette terre y tienne ferme, on la garnit de quantité de doux ou de pointes. Dès qu’on a jeté de nouvelles matières à brûler dans le fourneau, il faut refermer la porte avec foin> car fi elle
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- eft ouverte, le feu ne fe dirigerait pas par - deffus le foyer : ce qui en diminuerait conJfidérablement la chaleur.
- Article.IX.
- Maniéré de procéder a raffinage.
- 8ï. Quand le fond de cendres eft établi, comme on vient de le dire, on y placé la quantité de plomb requife avec l’argent crud 5 8c pour cet effet, le plomb e(t fondu eu morceaux de feize à vingt-cinq livres, ayant tantôt la forme d’une demi - boule , & tantôt celle d’un quarré long.
- 82. La première forme eft toujours la meilleure, parce qu’alors les coins ne s’enfoncent pas , 8c n’occafionnent pas des creux qui 11e ferviraient qu’à frayer à la matière en mouvement le chemin pour creufer [davantage 8c s’introduire dans les cendres. Delà, s’il arrive que l’on ait déjà des morceaux quarrés , il faut en arrondir les coins. Quelques ouvriers pofent les morceaux de plomb en rond autour du fourneau , & les barres d’argent crud au-deffus ; d’autres les pofent en tas féparés, qu’ils diftribuent fur le foyer de maniéré que la plupart fe trouvent du côté du fourneau à vent : mais tout cela eft affez indifférent j bien entendu qu’avant de rien placer dans le fourneau, il convient d’examiner avec foin tant le plomb par rapport à ce qu’il pourrait contenir d’argent ,'que l’argent crud par rapport à fou alliage de cuivre , afin de pouvoir bien régler la proportion de plomb requife, qui eft de huit quintaux , pour abforber cent marcs de cuivre, renfermés dans l’argent crud.
- * 83. Quand tout eft arrangé , l’on commence par faire du feu au fourheau
- à vent. Il ne faut d’abord qu’un petit feu fuivi, 8c conféquemment l’on peut employer avantageufement de la tourbe pour cela. A mefure que le fourneau s’échauffe, les matières fondent peu à peu, & même alors il ne convient pas de précipiter l’opération ; car le moment de la fonte eft celui où le fond de cendres humides & nouvellement battues doit fécher 8c s’échauffer j & l’on conçoit aifément que dans ce cas une chaleur précipitée ne ferait que nuire, attendu que dans toutes ces fortes de matières humides elle 11e fait qu’occa-lionner des fentes. '
- • 84. Il faut qu’il s’écoule au moins une heure avant que tout foit fondu. Alors il eft néceffaire de faire de la flamme, 8c l’on emploie pour cela , ou du bois en bûches, ou des branches. Ces dernieres conviennent mieux dans la plupart des endroits, parce qu’eïles font prefque par-tout incomparablement à meilleur marché que les bûches.
- 8y. Dès' que le foyer & la matière fout remplis , & que le liquide fe dif-pofe à travailler, on fait agir les foufflets, 8c bientôt après on voit briller la
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- fuperficie, parce que dans ces fortes d’affineries. d’argent on lie mêle point,’ comme aux mines vde mauvais demi-métaux fulfureux^ avec le plomb, vu qu’il faudrait premièrement les en retirer de deffus avec la palette. Dès que les matières travaillent aifez', il convient de modérer la chaleur, & c’eft ce qu’on appelle procéder à froid ; car une grande chaleur fait confumer plus de plomb , amoindrit l’écume , & expofe le foyer au danger de fe fendre, d’être miné, & de fe foulever.
- 86. Un habile ouvrier doit toujours faire travailler fes matières avec fuffi-famment d’écume; c’eft-à-dire , qu’il faut qu’elles en foient toujours couvertes à moitié, & il doit s’y conformer toutes les fois qu’il ;.la fait fortir : cela influe autant fur le fuccès de l’opération , qu’il empêche qu’il ne s’échappe du fluide avec l’écume.
- 87. Lorsque la fonte eft paiTée aux deux tiers, il eft nécelfaire d’animer le feu, parce qu’aiors la proportion de l’argent qui eft un métal qui fond difficilement, devient incomparablement plus confidérable ; & le degré de chaleur précédent ne ferait pas fuffifant pour maintenir la matier^en aétion : il s’y formerait une peau, & l’opération s’arrêterait.
- 88. Conséquemment, plus la matière approche de l’argent apparent, plus il faut d’ardeur dans le feu; fans quoi cet argent conferverait trop de plomb, & ne ferait fouvent qu’au titre 12. Les canaux, dans lefquels les tuyaux du fouffiet font pofés , font pourvus d’une foupape qu’on laiffe tomber après les deux tiers de l’opération, afin que le vent fe dirige plus bas, & approche davantage de la matière diminuée.
- 89- Sous le nom d'apparent, on entend l’argent qui, devenu prefque fin, commence à briller de diverfes couleurs, & fe couvre d’une peau. Cela étant, 011 laiffe cet argent pendant quelques minutes dans cet état ; puis on arrête les feuillets,& on l’arrofe avec de l’eau chaude qu’on tient préparée pour cela, ainfi queTarrofoir. Enfuite l’argent durci eft retiré & détaché de la cendre qui s’y trouve collée ; il eft pefé, timbré, numéroté & enfin éprouvé. Quand le foyer eft paffé & refroidi , 011 raflemble les grains d’argent qui s’y trouvent répandus ; ce qui, au refte, ne doit pas être nécelfaire, lorfque les chofes font bien dif-pofées & bien exécutées.
- 90. Pendant que cela fe pafle, d’autres ouvriers (parce que les mêmes ne pourraient pas toujours l’endurer , & que dès là il faut du rechange ") arrangent & préparent le fécond foyer d’affinage, pour recommencer auffi-tôt à travailler. Cependant deux ouvriers & un manœuvre fuffifent pour un fourneau ; & fix pu huit heures après avoir retiré l’argent, le fourneau doit être allez refroidi, pour pouvoir ôter le fond de cendres qui a fervi, & en établir un nouveau. On pefe l’écume & la cendrée, & on les tranfporte en lieu de réferve,où l’épreuve s’en fait. Ces attentions dépendent de l’économie & içlu bon ordre, & on ne doit jamais les négliger.
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- Article X.
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- Maniéré de brûler l'argent.
- 91. J’ai déjà dit plus haut que l’argent apparent 11e fortait jamais entièrement fin du foyer d’affinage. Il eft rarement au-deftus du titre 14, 8c fouvent au titre 1 3. Ce qui s’y trouve encore mêlé, eft à la vérité en grande partie du .plomb qui, faute d’un degré de chaleur fuffifant dans le fourneau d’affinage, •eft refté dans l’argent 5 mais il eft certain que, fui vaut ce qu’il contient de plomb, il y a encore du cuivre, non-feulement à proportion de la première .compofition, mais encore , & fur - tout parce que, comme nous l’avons obfervé plus haut, l’argent garantit en quelque forte le cuivre , 8c l’empêche de fe diifoudre;& que conféquemment, réuni à l’argent, feize portions de plomb ne fuffifent pas pour en dilfoudre une de cuivre. De plus , lorfque, pour palfer parle fourneau d’affinage, on a employé du plomb cuivreux, il fe trouve d’autant plus de cuivre parmi l’argent. Au refte , on peut toujours être alluré que, lorfqu’un femblable argent, après avoir fubi le plus grand degré de chaleur qu’il eft poffible de donner au fourneau d’affinage , n’eft qu’au titre 1 3 , la portion de cuivre qui s’y trouve réuni eft très - confidé.-rable, & qu’au moins il y en a tout autant que de plomb.
- 92. Ainsi , pour donner à l’argent le dernier degré de fineffe, il eft befoin de procédés ultérieurs; & l’on voit bien par les rai fous ci - deffus , de quelle ^rature ces procédés doivent être; c’eft;à-dire , qu’il faut pouvoir exciter un degré de chaleur beaucoup plus confidérable ; 8c pour cet effet, il faut fe fervir d’une calfe pour mettre l’argent dedans. Cette catîe doit être formée, s’il eft poffible , de cendres de bois de hêtre, que l’on tamife avec foin , 8c qu’on enchâfte dans un anneau de fer.
- 93. La cendre que .Jp favonnier a coulée, 8c qui eft mêlée de chaux 8c de fable, eft trop groffiere, pour qu’elle puiiîe être employée à ce fin ouvrage. Les foyers d’affinage qui en font conftruits, confument environ cinq onces d’argent par quintal 8c davantage; 8c par un degré de chaleur plus grand , ils en confumeraient beaucoup plus. Il eft donc nécelfaire d’achever de rendre fin l’argent par le moyen des caftes que nous venons d’indiquer, & dans lefquelles , après qu’elles font bien fbÜdement battues, on découpe uifenfoncement, où l’on met l’argent apparent..
- 94. Il eft plufieurs méthodes pour achever d’affiner l’argent avec ces fortes de caftes; cependant celles qui jufqu’ici ont été les plus ufitées , peuvent être rangées fous les deux efpeces fuivantes ; favoir , en arrangeant la cafte fur un fourneau à vent, & la couvrant d’un couvert de fer, ou eu CQnftruifant un fourneau à brûler l’argent fin, femblable à ceux que l’on
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- emploie pour purifier le cuivre, excepté que-ceux-ci'font plus grands, puif-qu’au befoin l’on peut fe fervir de ces derniers pour cet ufage.
- 95. Pour y achever d’affiner l’argent, il faut encore joindre lîx livres
- de plomb pur à cent marcs d’argent apparent : mais cette proportion 11e s’entend que des meilleurs argents appareils ; car autrement, s’ils étaient au-deifous du titre 14, il en faudrait huit livres par cent marcs, pour les rendre tous fins : &, bien loin que l’on puiife en brûler fin cent marcs à la fois dans les fourneaux mentionnés ci - deffus , à peine peut-011 y en mettre vingt-cinq marcs ; outre que bien des ouvriers aiment mieux.fe borner à la quantité de quinze à vingt marcs , parce que cela réuffit mieux. Mais ce moyen, ainlî que les charbons de bois qu’il faut pour ces fortes de fourneaux , rendent ces méthodes également lentes & difpendieufes. - ’
- 96. J’ai fait conftruire à ’Wansbeck un fourneau à brûler l’argent, qui différé beaucoup des deux principales méthodes dont nous venons de parler, & qui les furpaffe incomparablement en force & en avantage. O11 peut y brûler fin deux cents marcs d’argent à la fois , & cela eft fait en deux ou deux heures & demie de tems.On y emploie du bois,& trois ou quatre groffes bûches fuffifent pour chaque opération. Par le moyen d’un courant d’air extraordinaire qui s’y trouve pratiqué, l’on peut exciter un tel degré de chà1-leur que, lorfque la caffe eft une fois échauffée, au bout de dix minutes tout eft liquide. Mais les mêmes raifons qui m’empêchent de mettre au jour ma nouvelle maniéré d’affiner, ne me permettent pas non plus de donner à pré-fent la defcription de ce fourneau à brûler l’argent, de nouvelle invention.
- Article XI.
- Manière de couler l'écume & la cendrée par le fourneau de rafraîchijjement„
- 96. Si, d’après l’ancienne maniéré d’affiner l’argent d’alliage , on ne pouvait pas tirer parti de l’écume & de la cendrée, ces objets s’accumuleraient bientôt dans un tel établiffement, ainfi que nous l’avons fait voir à l’art. III j au point que non - feulement ils incommoderaient, mais ils accroîtraient encore confidérablement les frais d’affinage. Par conféquent, il fautencore dans l’affinerie la moins bien ordonnée un fourneau, au moyen duquel on puiffe refondre cette écume & la cendrée, & les paifer , pour en tirer parti de la forte, ouvrage que dans les fonderies l’on appelle couler ou rafraîchir, & qui s’exécute par le moyen d’un fourneau élevé , ou d’un autre recourbé , ou encore d’un fourneau de rafraîchiffement particulier.
- 97. On 11e faurait guere confeiller les fourneaux élevés; car ie feul avantage qu’ils aient, c’eft qu’une fois en chaleur, ils peuvent être maintenus
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- en train pendant trois à quatre jours de fuite ; mais d’ailleurs, ces fortes de fourneaux qui confument quantité de charbon, font plus nuifibles qu’utiles; & outre cela, quand même on parferait dans une affinerie neuf à dix fois alternativement par deux fourneaux d’affinage , il n’y aurait pas de quoi occuper trois jours un fourneau élevé; & comme également il faut entretenir les ouvriers, on ne voit pas trop pourquoi l’on voudrait établir un tel fourneau , excepté dans le feul cas où une ville où l’on bat monnoie eût depuis plufieurs années une telle quantité de débris de monnoie , que l’on ne pût pas efpérer de pouvoir les palfer fucceffivement avec l’écume & la cendrée, par le moyen d’un fourneau recourbé ; & même encore dans ce cas , il n’exifte pas une néceffité abfolue d’en établir un, vu que ces débris ayant pu être réfervés fi long-tems, il n’y aura pas non plus des raifons preiîàutes pour qu’ils foient paflés en peu de tems.
- 99. Un fourneau de rafraîchilfement proprement dit, comme on l’emploie aux mines, pourrait par-contre 11e pas fuffire pour rafraîchir toute l’écume , la cendrée & les débris, fur-tout fi l’établilfement était auprès d’une ville où l’on bat monnoie; enforte que, dans le choix de ces fortes de fourneaux, il convient à plufieurs égards de donner la préférence aux fourneaux recourbés,
- 100. Lorsque ce fourneau eft rempli de charbons, on y met le feu; & quand ces charbons font abailfés de deux pieds , on y jette les matières à fondre par caillons; de maniéré qu’avec un cailfon d’écume & autant de cendrée, on mêle demi-cailfon de débris , fur quoi l’on verfe un panier ou un feillot de charbon; & dès que cela s’eft derechef abaiffé de deux pieds, 011 agite les foufflets, & l’on y jette de nouveau la même quantité de matières & la même mefure de charbon par-deffus, en continuant ainfi fucceffivement jufqu’à ce qu’il y en ait la quantité déterminée. La meilleure proportion, c’eft d’y jeter à la fois deux parties d’écume, deux de cendrée & une de débris , & d’y verfer la quantité de charbon requife par-delfus , en continuant alternativement ainfi. Il faut régler la continance des caillons & celle des paniers ou feilles pour les charbons, fuivant la nature du fourneau; & fon effet indique d’abord s’il faut faire l’une ou l’autre de ces mefures plus grande ou plus petite.
- 101. La cendrée que l’on retire des fourneaux d’affinage, fe trouve en morceaux fi gros qu’il ne ferait pas poffible de la palier ainfi par le fourneau recourbé. Il eft donc néceffaire qu’il y ait encore auprès d’une affinerie d’argent une efpece de petit brifoir, pour y caffer ces morceaux au point que les plus gros n’excedent guere la groffeur d’une noix. Lorfque les foufflets vont à eau , il eft aifé d’ajouter quelque chofe à l’arbre-tournant, pour faire mouvoir des pilons qui puiffent exécuter cela : mais fi , faute d’eau , l’on *ft obligé de faire agir les foufflets des divers^ fourneaux par le moyen des
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- hommes ou des chevaux , on peut pcfer dans quelques coins de l’affinerie un tronc creux avec Ton pilon garni de fer à la tète , qui par le moyen d’une manivelle affermie au haut, & à .l’autre extrémité de laquelle on aura lié une corde, puilîe être mis en jeu & dirigé fans peine par un feu! homme. Il eft à propos de mêler dans la fufdite proportion l’écume , la cendrée & les débris enfemble, & de mettre deux caiiîons & demi de ce mélange fucceflivement dans le fourneau ; ou fi on laide chacun d’eux à part, il faut y jeter premièrement l’écume, enfuite les débris , & après cela la cendrée, en confervaut toujours la même proportion indiquée plus haut, & en obfervant l’alternative des matières & du charbon.
- 102. J’ai déjà obfervé que diverfes affineries mal ordonnées fe bornaient à ces ouvrages-là , & ne penfaient à aucune liquation, mais qu’elles fe contentaient d’enlever quelques plaques de cuivre de deffus le plomb fondu, après l’avoir ajufté dans un avant-foyer. Cependant cette maniéré de féparer le cuivre d’avec le plomb, n’eft rien moins qu’avantageufe. Si cependant on ne fe fouciait pas de s’engager dans une liquation , je confeillerais de s’y prendre plutôt d’une autre façon.
- 103. Il faudrait pour cela puifer le plomb ajufté dans de grands pots de fer tant foit peu échauffés 5 & lorfque ce plomb commencerait à fe refroidir, le ramener lentement avec un inftrument de fer garni de dents recourbées; & comme le cuivre, plus difficile à fondre que le plomb, fe prend & fe durcit plus tôt, on peut, par le moyen dudit inftrument, en retirer beaucoup de cuivre durci, tandis que le plomb eft encore liquide. En même tems on peut, avec une groffe cuiller de fer parfemée de petits trous, en puifant de tous côtés dans les pots remplis de plomb cuivreux fondu, puis la retirant au - deffus du pot en Unifiant écouler le plomb , on peut, dis-je, en retirer les grains de cuivre durcis & trop petits pour s’attacher au fufdit inftrument garni de dents ; mais quoique cette méthode de l'éparer le cuivre d’avec le plomb , foit de beaucoup préférable à celle de détacher des plaques de cuivre à mefure que le plomb fe refroidit, il ne faut pas s’imaginer que par-là on puiife en retirer exactement tout le cuivre qui s’y trouve. Le plomb en eft néanmoins encore bien imprégné ; & il n’eft, ni pour le commerce , ni pour l’affinage, auffi bon que le plomb tout pur.
- 104. Par confiéquent une affinerie bien ordonnée ne faurait, par toutes ces raifons & autres, fie paffier d’un arrangement pour la liquation. C’eft là ce qu’il nous refte encore à décrire ; & pour cet effet, nous allons premièrement traiter de la maniéré de compofier les maffes.
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- Article XII.
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- De la compojîtion des majjes de liquation.
- 105. Si une affinerie d’argent bien ordonnée doit, fuivant même l’ancienne maniéré de procéder, être pourvue d’un arrangement pour la liquation, il convient de régler la fonte de l’écume , de la cendrée 8c des débris , de ma. niere que l’on en puiffe auftl-tôt former des malfes de liquation , fuivant leur proportion requife d’argent, de cuivre & de plomb. Ces malfes pefcnt ordinairement trois quintaux & demi plus ou moins, & pour cet effet on puife avec de grofles cuillers, par l’avant - foyer, la matière préparée hors du fourneau de rafraichiifement, pour la verfer dans des vafes de fer deftinés à former les malfes de liquation , & defquels il faut avoir au moins deux, que l’on échauffe d’avance , & l’on fait couler tout de fuite dans ces vafes la matière liquide du fourneau.
- 106. Mais, pour être en état de régler convenablement la compofition de ces malles, il faut premièrement que l’écume, la cendrée & les débris foient bien exactement éprouvés ; & cela chacun d’eux à part, relativement à ce qu’ils contiennent en argent, en,cuivre & en plomb.
- 107. Il faut en premier lieu que l’écume & la cendrée qu’011 veut éprouver foient bouillies aveè de la fufion noire, du fiel ou écume de verre , de la limaille de fer, en la maniéré requife, & enfuite éprouvé par rapport au plomb. En coulant ce compofé dans la coupelle , on reconnaît bon contenu en argent i & en ajoutant un quintal de cuivre purifié avec autant de plomb, fuivant la réglé de la preuve ordinaire du cuivre, on diftingue exactement la portion de cuivre qui fe trouve dans le plomb après en avoir retranché le quintal de cuivre pur, eu égard à fon déchet dans le feu. Enfin , ayant examiné & trouvé avec précifion le contenu en argent & en cuivre, il n’y a qu’à le fouf-traire du total, & la quantité du plomb fe démontre d’elle - même.
- 108. Par rapport aux débris de la monnoie , laquelle ne contient que peu d’argent & nul autre métal que du cuivre, fur-tout ce qui procédé de mauvaife monnoie , 011 en ufe d’abord comme avec une épreuve de cuivre, & le compofé qui en réfulte eft éprouvé pour argent. Je me contente de cette courte indication, parce que la maniéré de faire ces épreuves eft un art féparé qui n’appartient pas ici, & qui vraifemblablement fera décrit par l’académie à part.
- 109. Pour compofer convenablement les maffes de liquation , il faudrait que chaque maffe eût quatre portions de plomb fur une de cuivre. La quantité d’argent eft alfez arbitraire, quoiqu’on ne l’ait pas eftimé autrefois ainfij pourvu que cependant, eu égard à leur compofition ,il n’y eu ait pas au-
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- delà de fix à huit onces par cent livres de plomb; car autrement, & vu qu’il demeure environ la vingt-fixieme partie de plomb parmi le cuivre, il réitérait une once & davantage d’argent dans ledit cuivre,.fi les malles renfermaient davantage d’argent ; & cela donnerait nécedairement lieu à une fécondé liquation , ce que l’on doit toujours tâcher d’éviter. Lorfqu’on n’a.uniquement que de la cendrée, de l’écume &. de la craife de liquation pour eu.former des malles, on n’a. pas lieu de craindre qu’elles foient trop chargées d’argent.
- I !o. Les débris de monnoie , quand on en a, peuvent y être joints fins inconvénient ? moyennant qu’ils ne foient pas trop riches d’argent ; c’elbà-dire, que fuiVant un jufte alliage , il n’y en ait pas au-delà, de quatre à fix onces par quintal.
- i f i..Mais fi l’argent y eft plus abondant, la chofe devient un peu plus difficile; car comme l’écume & la cendrée n’ont ordinairement pas affez de cuivre pour former la quantité requife fur quatre portions de plomb qu’il fout pour compofer les malles , alors les débris de monnoie feraient d’autant plus à propos qu’ils font ordinairement bien chargés de cuivre.:,.mais la difficulté, confifterait en cçciqu’en y ajoutant beaucoup de ces débris, on intrcu duirait dans les. malfes plus d’argent qu’il n’en faut pour ne pas être obligé d’en venir à une fécondé opération. Tautefois nous tâcherons de lever cette difficulté , d’indiquer une compofition. qui foit convenable.
- in. Nous fuppoferons donc que les épreuves & contr’épreuves exactement faites en petit, aient démontré que les matériaux que l’on a pour cet ufage , contiennent ce qui. fuit :
- 1°. La cendrée, 42, 1. de plomb, 7 1. de cuivre, 41 onc., d’arg..le quint.
- 2°. L’écume 77 3., ï*~
- 30. Craife de liquation ...........16 7 6, r,
- 40. Débris de monnoie . . .. 20 6
- Nous fuppoferons de plus, que l’on ait à former 16 malfes de 3 § quintaux chacune. Voici comme, on doit l’étabjir..
- fo quint, de cendrée contiennent 21 qu. plomb, 3 | q.dé cuivre, 28 marcs ï once d’arg.
- 29 qu, d’écume 22 qu, 33 1. depl.... 87 L cuivre j*. 3I
- 7 J q.u, craife de
- Kquat,............ 1 qu. 16l. de pî. 3 q. 72 1. cuivre 7!
- 1 f ^ qu. débris .de
- monoie 3q. ïo 1. cuivre if 3
- Tqtal, . , 44 qu. 43» 1. pl. 11 qri 191. cuivre 45 marcs 6| on. d’arg.
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- i.ï$. Dans cet arrangement, les malfes contiendraient aflez exactement quatre portions de plomb pour une portion de cuivre ; & le contenu en argent elt tel qu’il ne ferait pas néceflaire de palfer à une fécondé liquation > car, quand même le quintal de cuivre pur contiendrait encore prefqu’une once d’argent, on n’v fait pas autrement attention , fur-tout auprès des grandes villes où Ton bat monnoie; attendu qu’elles ontraifemblé une grande quantité de débris, & qu’il leur importe de les employer peu à peu, fans beaucoup de frais ; au lieu qu’en en prenant beaucoup moins, pour prendre d’autant plus d’écume & de cendrée à la compofition des nràlfes, elles auraient trop long-tems à travailler jufqu’à ce qu’elles eurlent confumé tout cet amas de débris ; & on ne (aurait y fuppîéer , en augmentant la portion de craiTe de liquation, parce qu’il ne s’en fait pas alfez pour cela.
- 114. Il ne faurait même s’én trouver toujours autant qu’il en a été admis dans la fuppofition ci-devant, lorfque la liquation des matières va bien fou train. D’ailleurs j’y ai fuppofé que le quintal d’écume renferme une demi-once d’argent, ce qui ne fe manifefte que rarement, parce que c’eft l’effet d’une liquation trop ardente & mal exécutée ; enforte que ces vices n’exifta'nt pas, il y a moins d’argent, & cela le diminue déjà fenfiblement dans les malfes.
- iif. Lorsque dans une affinerie il n’y a point de débris de monnoie du tout, l’argent ne forme plus aucune difficulté ; mais il en réfulte une autre par rapport au cuivre. Il ne s’en trouverait pas à beaucoup près alfez pour former la malfe, fuivant la proportion requife : car fi l’on voulait la compofer uniquement d’écume & de cendrée, de quelque maniéré qu’on cherchât à l’arranger , on trouverait toujours à_ peine une portion de cuivre pour dix de plomb, à moins que l’on ne voulût accumuler l’écume ; & de cette maniéré, Il n’y aurait pas moyen d’exécuter la liquation , attendu quel! peu de cuivre parmi tant de plomb ne réfifterait pas dans le fourneau : mais la malfe entière fondrait j & le cuivre s’écoulerait avec le plomb. Tout ce qu’on peut hafarder à cet égard, c’eft fix portions de plomb pour une de cuivre, & cela fuppofé déjà une très-bonne direction du feu. On n’avait pas même eftimé jufqu’ici qu’il fut poilible de couler dans ce goût, parce qu’on envilageait comme une abfolue néceffité , qu’il n’y eût que quatre portions de plomb pour une de cuivre. Mais je puis alfurer , d’après ces expériences répétées , qu’il eft très-praticable de couler dans la proportion de fix parties de plomb pour une dé cuivre; & afin qu’une affinerie qui n’a point de débris de monnoie puilfe au moins rencontrer cette proportion, il faut, autant qu’il s’en trouvera, y mettre des crafles , jufqu’à ce qu’il ne fe trouve plus que cinq ou fix portions dé plomb au plus pour une de cuivre ; & quand elles manquent, il n’y a pas d’autre moyen que d’y joindre de la cendre de cuivre, laquelle eft à fort bon marché, ou du vieux cuivre. La cendre fera toujours la plus avantageufe’5
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- car, quand elle eft fine, & qu’on peut l’acheter, comme de coutume, à trois gros la livre, on gagne confidérablement, attendu que le quintal de cette cendre rend foixante & quinze à quatre-vingt livres de cuivre. Quant au cuivre, .plus il eft vieux, plus il eft avantageux,-parce que celui qui a été travaillé il y a foixante années ou plus . tems auquel on ne connaiilàit pas fi bien là maniéré de couler par le fourneau de liquation, renferme ordinairement deux à trois onces d’argent par quintal ; ce qui conféquemment en augmente la portion dans les maffes.
- Article XIII.
- Propriétés du fourneau de liquation,
- il6. Il faut expofer les maffes préparées, comme" nous venons de le voir dans l’article précédent, fur le foyer de liquation , qu’il convient d’apprendre à connaître aufti. Pour couler le plomb & l’argent dans la fufdite proportion avec le cuivre , il faut avoir un fourneau ou foyer qui, par fa nature, ne puiife donner qu’une chaleur modérée, &qui foit conftruit d’une maniéré allez penchée pour que le plomb qui en dégoutte puiife couler dans un creufet placé à portée de le recevoir.
- n 7. Pour conftruire un femblabîe fourneau , il faut avant toutes choies faire au niveau du terrein un fondement d’un pied & un quart à deux pieds de haut, & y pratiquer de petits canaux en croix pour l’écoulement de l’humidité fi nuifible aux métaux que l’on fond ; & pour cet effet, il faut que l’une de leurs extrémités aie un libre débouché vers les rouages à eau, ou, à ce défaut, vers une place plus baffe que le refte, foit dans l’intérieur du bâtiment,foit au-dehors. Sur ce fondement, on éleve en forme d’un quarré alongé quatre murs de deux pieds & demi à trois pieds de haut, & d’un demi pied d’é-paiffeur. La longueur de ce quarré doit être réglée fuivant le nombre des tnaffes à couler qu’on fe propofe d’y placer à la fois. Les plus petits font ordinairement à quatre maffes , & les plus grands de fix à fept. C’eft fur ces quatre murs que l’on pofe les plus grandes plaques de fer j & cela, de maniéré qu’elles penchent également vers le milieu du fourneau, & forment un angle entr’elles. Chaque plaque eft de fer fondu, de la pefanteur de trois quintaux & davantage, épaiife comme une forte planche, & ayant de chaque côté les bords comme une réglé, c’eft-à-dire, en angles droits. Ces plaques fervent de couverture^ ce qu’on appelle le chemin de la liquation, dont le fond, depuis le trou de la cheminée jufqu’au creufet où le plomb liquide tombe, doit auffi être conftruit en pente , pour faciliter l’écoulement du plomb dans le creufet indiqué , d’où l’onpuife le plomb pour le verfer dans des formes. Où ledit chemin
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- fe termina , le fourneau eft voûté par-deffus, tant pour que le foyer puftfe mieux fupporter la forte charge des grandes plaques & des maiîes de liquation , que pour pouvoir établir une ouverture de cheminée , afin de favo-rifer d’autant mieux la tranfpiration du feu, toutes les fois qu’il eft nécef-laire d’en faire dans le chemin même de la liquation.
- 118. Lorsque les malles font drelîées, on pôle les parois ;•& comme ces fourneaux font ordinairement appuyés d’un coté contre une muraille , il n’eft befoin que de trois de ces parois , dont chacune confifte en un grand & fort cadre de fer, proportionné à la longueur du mur fur lequel il eft placé. Ce cadre eft couvert de fortes feuilles de fer , qu’on garnit par-tout de pointes crochues, pour retenir d’autant mieux la terre grade dont le côté intérieur doit être enduit, afin de préferver les feuilles de fer que la chaleur aurait bientôt confumé fans cela. Ces parois étant pofées, on les affermit entr’elles & à la muraille, par le moyen de crochets de fer , aifés à attacher & à décacher. Souvent cet arrangement eft çonftruit de manière à pouvoir être tiré en - haut par une chaîne avec une poulie dès que la liquation eft palîée,, & redefcendre lorfqu’il s’agit d’en recommencer une nouvelle.
- Article XIV.
- Maniéré de procéder à la liquation. -
- • 119. Avant toutes chofes , il faut déterminer ici les diftances que doivent avoir les matfes fur le fourneau de liquation, & c’eil un des points les plus eflentieis touchant la maniéré de procéder à la liqufbion ; car, comme ces diftances doivent être remplies de matières à brûler, il eft clair que lorfqu’elles font larges, il réfuite un plus grand:degré de chaleur , & qu’elles exigent en confcquence aufli davantage de ces matières- là ; par-contre, ii elles étaient trop étroites, il pourrait ne pas y avoir fuffifamment de chaleur. Dans ces mines où cela s’exécute avec du charbon de bois, une longue‘expérience a.appris que la diftance de trois pouces & demi à quatre pouces était le véritable éloignement des malles entr’elles , pour donner à cette opération le degré de chaleur requis. O11 eft tenté de croire que la tourbe rend bien moins de chaleur que les charbons, & que coniéquemment , fi l’on voulait employer de la première, parce qu’elle effpar-tout incomparablement à meilleur marché , il faudrait faire ces efpaces plus grands -, mais on a expérimenté "à Wansbek qu’une bonne tourbe rend tout autant de chaleur que le:chaibon de bois , & qu’ainfi il ne fallait pas , pour cette forte de combuftible , qu’il y eût plus de diftance entre les maiîes à couler, que trois à quatre pouces & demi. Si cependant la- tourbe était de la plus mince qualité& ne-confiftât
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- qu’en racines végétales, il ferait peut-être néceflaire d’établir des di flanc es' de cinq pouces.
- 120, On pofe-les mafles, dont la forme eft ronde & alongée , fur leur bout & hauteur ;& pour fixer les intervalles au jufle,on chalie de petits morceaux de bois de trois pouces & demi à quatre pouces de long entre'deux > 8c il n’eft pas à craindre que les ruades fe rapprochent quand ces petits bois fe confirment. Les matières combuflibies les en empêchent ; & avant que ces bois foient brîilés, les mafles commencent à s’abaifler; c’eft - à - dire , qu’en fondant elles s’affaiflènt & deviennent ainfi par elles-mêmes fufKfiamment folides fur les grandes plaques où elles repofent.
- ni. Il ne faut pas fe contenter de combler les intervalles des mafles, de matières à brûler, il faut y en mettre encore un pied au-deflus de leur fupet-ficie,& davantage, fi le combuftible eft léger.
- t 122. Dès que le foyer de liquation eft chargé, garni & couvert de matières à brûler, comme on vient de le dire, ce 'qui s’exécute en partie pendant que l’on échauffe le creufet deftiné à recevoir le plomb qui dégoutte, le feu qui a fervi à échauffer ce creufet, fe jette au-deflus du foyer pour y allumer les matières à brûler qu’il y a , tandis qu’on allume le feu dans le chemin de la liquation -, car fi ce chemin n’était pas entretenu dans un degré de chaleur convenable , le plomb qui y tomberait, fe prendrait & s’y fixerait. Ce feu fert en même teins à allumer le foyer par-deffous , comme le premier leu jeté au-deflus a fervi à l’allumer par en-haut.
- 123. Toutes fortes de matières combuflibies fervent à hrûler dans ledit chemin ; mais comme on a aujourd’hui fujet d’économifer par-tout les charbons de bois, & que ks tourbes font la plupart des cendres trop terreufes, les meilleures combuflibies qu’on puifle employer pour cela, font des branches ou des racines d’arbres , fi elles font à meilleur marché que le bois coupé.
- 124. Quand la liquation eft une fois en train, l’habileté de l’ouvrier confifte principalement à ne la faire couler ni trop chaude ni trop froide ; chacune de*ces extrémités aurait fes inconvéniens & donnerait lieu à une inutile quantité de craifes.
- 125. Quand la matière coule trop chaude, on peut y remédier en couvrant le trou de la cheminée & en jetant du bois nouveau dans le chemin du fourneau. Ce dernier moyen peut modérer d’abord une chaleur exceffive 5 mais il faut retirer ce bois, dès qu’il commence à brûler par-tout.
- £ 126. Il eft toujours expédient d’exciter un degré de chaleur plus confidé-rable à l’approche de la fin de la liquation. On peut par-là couler le plomb bien plus net, & de telle forte qu’il n’eft pas même néceffaire de pafler le suivre de la liquation par le fourneau de rafraichiffement. Cela ne fera tout
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- üw moins pas néceffaire dans les affineries d’argent, fi l’on dirige bien le feu, parce quon n’y emploie que du cuivre pur, & qu’il eft plus aifé de le couler que le cuivre noir, qiii renferme du fo ufre, de l’arfenic & autres matières étrangères, & fouvent du fer : ce qui empêche très-fenfiblement que le plomb ne puiflfe être coulé aufli net que le requièrent la pureté du cuivre & la netteté avec laquelle l’argent doit fe couler.
- 127. La liquation eft-elle finie, ce que l’on peut conjecturer de l’état des mafles qui reftent fur place décharnées, & lorfque le plomb celfe de dégoutter, on ôte ou l’on éleve les parois ; & dès que la chaleur s’eft modérée, on defcend les mafles de cuivre : mais il ne faut pas attendre pour cela, que le foyer foit refroidi5 & c’eft toujours un grand avantage par rapport au feu, quand on exécute cinq à fix liquations de fuite, avant que de laifler refroidir le fourneau. Pour cet effet, il convient que pour la liquation fuivante les maffes foient pofées, dès que la chaleur peut le permettre. Il faut tout au moins que les maffes qui procèdent de la même compofition & d’une même fonte, foient paffées de fuite & fans interruption.
- 128. Ce font donc là les principaux arrangemens , difpofitions & ouvrages qu’une affinerie d’argent, fuivant l’ancienne méthode , exige. J’ai tâché de les tracer le plus clairement & en même tems le plus brièvement que j’ai pu. Peut-être que, fi les empêchemens allégués plus haut n’exiftent plus , j’ajouterai un fécond traité fur cette matière , pour fervir de fuite à celui-ci, & qui contiendra la defcription de ma nouvelle maniéré d’affiner l’argent.
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