Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS,
- FAITES OU APPROUVÉES PAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE ROYALE JOJEN S C Z JE W C JE S JO JE JP^LMZSo
- AVEC FIGURES EN TAILLE-DOUCE.
- NOUVELLE ÉDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre 5 en Suifle, en Italie.
- Far J. E. Bertrand, Profejfeur en Belles-Lettres à Neuchâtel, Membre de VAcadémie des Sciences de Munich 3 & de la Société des Curieux de la nature de Berlin.
- TOME X VL
- Contenant les trois premières Sections de la fécondé Partie mines de charbon de terre.
- A NEUCHATEL De l’Imprimerie de la Société Typographique.
- == e»
- M. DCC. LXXI
- le l An dlexploiter les
- * BIBLIOTHÈQUE DU CONSERVATOIRE NATIONAL des AllTS & MÉTIERS
- N° du Catalogue. Prix ou Vvumation.
- Entre e, le..
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- ART
- D’EXPLOITER LES MINES
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- CHARBON DE TERRE.
- Par M. Morand, médecin.
- Tome XVI.
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- ART
- Dy EXPLOITER LES MINES
- DE CHARBON DE TERRE.
- SECONDE PARTIE.
- De l' extraction , de E u s a g e et d ü-c o mm e rc e du
- CHARBON DE TERRE, (i)
- i. A.PRÈS avoir préfenté dans la première partie au minéralogifte, au naturalise, au chymille, ce qui peut les intéreifer ou piquer leur curiofité dans les mines de charbon de terre 5après avoir expofé en faveur des ouvriers employés à la fouille de ce foffile, l’arrangement, la dilpofition des différentes couches qui le’precedent j^qui l’environnent, qui l’accompaguent dans
- ( 1 ) Un intervalle de plufieurs années, qui a eu lieu entre la publication de la première partie de cet intérelfant traité & celle delà fécondé, ne m’a pas permis de les réunir dans le fixieme volume de cette collection , où j’ai inféré le premier fruit du travail de notre favant & laborieux académicien. On comprend aifément que cette fuite de fes recherches fe rapportant uniquement à l’induftrieou à l’art de tirer parti de cet utile minéral, elle ne préfenteraque peu de chofes à obferver .en chymifte& en phyficien, & ne fournira par conféquent matière qu’à un très-petit nombre de notes. Je continuerai à diifinguer celles de l’auteur lui-même, de ce que je croirai devoir ajouter , en défignant, comme je l’ai fait dans
- les volumes précédens, les premières par des lettres de l’alphabet, & le relie par des chiffres. Tout l’ouvrage elf terminé par une ample table des matières analytique & raifon-née, qu’un tel ouvrage exigeait néceffaire-ment. Mais je ne dois pas laifiér ignorer à mes ledeurs queM. Morand, ayant fait depuis que la première partie de ce traité a paru, de nouvelles observations furies mêmes objets, & ne voulant pas qu’elles fu£ fent perdues pour le public, il a bien voulu me Jles (communiquer. Elles feront inférées chacune en fon lieu dans ce volume, qui ne pourra qu’acquérir par là un mérite dont je lui fais hommage avec une vive recon* naiffance.
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- D U< CHARBON DE TERRE
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- le fein des montagnes, il eft naturel d’envifager maintenant ce qui refte à faire fur cette produ&ion par l’induftrie. A ce titre , elle exige d’abord des travaux multipliés ,pour la débarraffer de toutes fes enveloppes, & la mettre en état de vente. Ainfi dégagée , elle conftitue une forte entreprife de commerce, dans laquelle il y a ceci de remarquable, que malgré la valeur modique, on pourrait dire le vil prix auquel cette marchandée eft livrée au fortir de la mine , elle dédommage immenfément, & en peu de tems , des frais considérables qu’a entraînés fon exploitation. Cette divifion nouvelle me donne lieu de traiter tant des différentes opérations fuperficielles & fou-terreines relatives à l’extra&ion du charbon de terre, que des circonftances qui tiennent à fes ufàges , à fon négoce. (2)
- 2. Les premières manœuvres pour enlever ce foflile des entrailles de la terre, ne font point, comme on l’imagine aifément, particulières aux mines de houille j elles font communes à toutes les fouilles dans lefquelles on veut exploiter des filons ou veines métalliques. On pourrait d’abord , par cette raifon, regarder comme affez inutile le détail que j’annonce, & penfer qu’il aurait fuffi. de renvoyer le leéteur aux ouvrages qui ont traité de l'exploitation des mines.
- 5. Si ce travail eût été décrit par quelque écrivain Français ; fi l’art en eût été publié parmi les arts de l’académie, je me ferais difpenfé d’entrer dans tant de détails ; je n’aurais traité que ce qui eft abfolument propre au charbon de terre, & j’aurais renvoyé pour tout le refte aux deferiptions déjà faites5 mais j’ai été privé de ce fecours, comme je l’ai obfervé dès' le commencement de l’introduélion. Les Anglais, & fur-tout les Allemands , peuvent citer un grand nombre d’ouvrages, où les travaux des mines font décrits : les Français n’en peuvent citer aucun. Parmi les auteurs latins, George Agricola , médecin de Kemnits, capitale de Franconie , donna en i^yo fon lavant ouvrage, inutiléZ>e re metallica, qui fut imprimé à Basle en Nous pour-
- rions nous approprier cet écrivain , fi le nom de la province de Franconie vient de ce que Sigifmer , fils de Clovis, y régnait, & s’y était fait un état avec les Français. On peut dire que fon traité précieux, très-connu de ceux qui font des bibliothèques, renferme la plus grande partie des connailfances d’aujourd’hui fur l’art de l’exploitation , & n’eft point connu comme il le mérite. (j)
- (2) Pour s’inftruire à fond fur I’emploi, l’ouvrage de M. Venel/D. M. publié par les ufages & les avantages multipliés du ordre des états de la province de Langue-charbon de terre pour faire du feu , fur la doc, en ,177 s, in-80. de 5 ç o pages, avec maniéré de l’adapter à toutes fortes de feux figures, fous le titre d’InfiruBions fur lu-
- 6 à toutes fortes de fabriques, fur les avan- fage de la, houille, plus connue fous le nom tapes tant publics que privés, qui peuvent impropre de charbon de terre.
- réfulter de l’ül^ge de cette matière j voyez ( 3 ) Le nombre des auteurs qui ont
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- ET DE SES MIN ES. Partie II.
- 4. M. Louvrex (a) a donné , d’après M. Bury pere, (6) un détail de feiz£ pages fur l’art d’exploiter les mines de houille ; (c) mais ce morceau, dans' lequel l’auteur n’a eu en vue que de guider les juges compofant la jurifdic-tion relative aux houillières à Liege, ne renferme que les principes nécef-faires pour cet objet. J’ai cependant proété de tout ce qu’il contient, en ex-pofant dans un ordre plus clair & plus détaillé les pratiques fuivies au pays de Liege pour l’exploitation. (4) On voudra bien fe relfouvenir de plus , que j’ai principalement en vue toutes les perfonnes intérelfées ou attachées à l’exploitation des mines de charbon , foit en. qualité de propriétaires , Toit comme directeurs, foit autrement, (d) Les réduire à la néceffité de recourir, dans les cas de curiofité ou de befoin , à des ouvrages fouvent difficiles à trouver , même dans les plus riches bibliothèques , c’eut été, à mon avis* manquer à l’intention de l’académie , qui, en publiant féparément les arts * a voulu ménager aux artifles la facilité de fe procurer à peu de frais les traités des arts quils exercent, (e) D’ailleurs 011 ne fent que trop qu’un entrepreneur uniquement conduit par le defir du gain , ou des ouvriers, dont le favoir 11’eft qu’une vraie routine , font trop éloignés de goûter les fpéculations théoriques , propres à éclairer leur pratique , pour aller confulter des traités dont l’utilité n’eft pas , à beaucoup près, pour eux, une chofe démontrée. La préoccupation dans ceux qui conduifent ces travaux, la force des préjugés & des habitudes chez ceux qui en font chargés en fous-ordre, ne font pas ici une allégation gratuitement halàrdée j ce s vices capitaux ont été obfervés avant moi j des perfonnes inftruites, à portée de voir des exploitations de quelques-unes de nos mines, fur les lieux même, s’en font plaintes vivement. (/)
- traité des mines & de leur exploitation dans reétement ou par occafion des mines de tous les pays,eft immenfe. Ce ferait un ou- charbon de terre & de leur ' exploitation : vrage long & déplacé, que de faire ici un on peutven trouver la plupart des''noms & catalogue raifonné de ces écrivains. Voyez des ouvrages cités dans la Bibliothèque de le catalogue de la plupart de ces auteurs M. Gronovius , & dans le Dictionnaire des dans la Bibliotheca animalis £«? lapidea, folfiles de M. Bertrand. M. de Jars , M. de de L. T. Gronovius, publié in-40. en 1760. Genfane, M. Monnet ont tout récemment ' ( a ) Ecuyer, feigneur de Ramlot, con- communiqué bien des lumières au public feiller au confeil-privé de S. A. échevin de fur tous ces fujets intéreffans. îafouveraine juftice de la cité & pays de ( d) Voyez l’avant-propos de cet ouvrage. Liege , jadis bourgmeftre. (e) Voyez l’avertiffement publié par l’a-
- ( b ) Houilleur Liégeois, très - expéri- cadémie , en commençant l’entreprife de menté. la defcription des arts & métiers , inféré à
- (c) Recueil des édits, réglemens, pri- la tête de l’art défaire le charbon de bois , vileges, concordats & traités des pays de & l’hiftoire de l’académie, ann. 1761.
- Liege & comté de Looz, &c. accompagné (f) Voyez le Diâlionnaire encyclopédie de notes, &c. part. ÏI, chap. 2s, feét. 22 , que , tome II, page 302 , au fujet des mine® 33,24,29,26,27. d’Alface.
- (4) Plufieurs écrivains ont parlé ou di.
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- DUC HA R B ON DE TERRE
- La fource du défaut de nos fuccès dans ce gence, néanmoins bien intérelfant, tient peut-être à ce premier vice, puifqu’à l’exception unique des mines du Hainaut Français, on peut plutôt aflurer que l’exploitation de prefque toutes nos mines de charbon n’eft pas plus exempte de ces ïnconvéniens que celle de nos mines métalliques.
- y. Pour y obvier, autant qu’il eft en moi, d’une maniéré (impie & facile, & pour remplir le but que je me fuis propofé d’être utile aux propriétaires , aux entrepreneurs, aux ouvriers, j’ai dû fuppofer les uns & les autres ignorant Vanatomie, Ci cela Je peut dire, des montagnes , l’art de profiter des effets de l’air, de conduire les eaux, de conftruire des machines (a). Il a fallu ne point détacher de mon ouvrage ces articles importans pour les citoyens auxquels il eft particuliérement deftiné ; il a fallu raflembler, au contraire*-toutes les inftruélions, même minutieufes , capables de les diriger: tel à été mon feul & unique but ; auffi je n’ai pas craint quelquefois de tomber dans des efpeces de répétitions qui font absolument néceffaires. Mon deifein eft de rapprocher lans celfe les idées du lecteur qui voudra me fuivre, de l’éclairer fur un art que nous voyons avancer de fîecle en (lecle vers la per-fedion, à la<vérité, par les tâtonnemens de l’induftrie de nos plus proches voifins ; fur cet art demeuré chez nous dans l’obfcurité où il naquit, regardé prefque comme un art de tradition, auffi éloigné de fon plus haut degré de perfedion, qu’il en eft voifin chez d’autres peuples qui peut - être le doivent autant à leur adivité qu’au concours des lumières de la méchanique.
- 6. Comme donc l’ouvrage que je publie eft le premier de ce genre qui Ce foit entrepris en France, j’ai eu foin de faire connaître le didionnaire, c’eft-à-dire, les termes ufités dans tous les pays étrangers, par les ouvriers des mines, pour exprimer les chemins, les emplacemens, les travaux fouterreins. Cette nomenclature comparée fervira, à ce que j’elpere, pour les autres def-criptions d’arts, où il s’agira d’exploitation des mines métalliques.
- 7. Quelques^ perfonnes pourront penfer que j’aurais dû retrancher de mon ouvrage la plupart de ces termes multipliés, qui ne préfentent aucun fens, aucune idée, & leur en fubftituer d’autres plus fignificatifs. Cette innovation dans laquelle je n’aurais peut-être pas mieux réuffi que les ouvriers des mines, aurait entraîné, à mon avis, deux défauts confidérables ; celui d’introduire un langage qui n’aurait été entendu que de moi, & celui de diminuer l’utilité dont mon ouvrage pourrait être aux pays auxquels il eft particuliérement confacré, & dans lefquels j’ai recueilli avec peine toutes les ex-preffions convenues entre les ouvriers pour s’entendre les uns les autres.
- (a) Je ne parle point ici des connaif- de peu de conféquence, à mon avis, pour 'fonces de géométrie fouterreine, importante les mines/le charbon de terre, dans les travaux de mines métalliques, mais
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- E T D E S ES MINES. Partie IL
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- 'C’eft'ainfi , par exemple, que le mot hauteur, rifite à Liege pour exprimer l’é-paiffeur de la veine, défignerait bien mieux dans les drefjans, c’eft-à-dire, les veines perpendiculaires, la hauteur de la veine confidérée à 1 egard de fon élé--vation oppofée à ion pied ; mais il rie ferait point aifé de changer ces conventions. Seulement, autant qu’il elf p^cffbie de.fuivre les traces des altérations infenfibles furvenues dans ces mots, j’ai cherché la raifon véritable & originaire des notions qui pouvaient leur être attachées ; & lorfque j’ai cru reconnaître une analogie régulière & vraiiemblable, j’en ai indiqué l’étymologie, afin d’aider à comprendre la force de ces termes.
- 8. J’entre en matière par ce qui concerne les travaux de l’exploitation < au pays de Liege, en détaillant la marche & l’inclinaifon des veines, qui
- ne demandaient dans la première partie, qu’à être annoncées fommairem.ent ' & d’une maniéré générale ; je pafle de là aux travaux néceffaires pour les exploiter.
- 9. L’art des houilleurs confifte à fe mettre à portée d’une ou plufieurs veines de charbon, dans quelque pendage qu’elles foient fituées,à quelque profondeur qu’elles foient enfouies, dans quelque nombre qu’elles fe trouvent placées les unes au-deflus des autres, & à dépouiller la veine, comme on dit dans les mines d’Allemagne, ce qu’on appelle la defpieffer au pays de
- s Liege, c’eft-à-dire , détacher de fa gangue.
- 10. En fe rappellant les matières qui compofènt Pécoree fuperfieielle des montagnes où font renfermés les charbons de terre, on voit que pour le premier travail, qu’on peut appeller en général la fouille, il faut pénétrer au travers d’une couverture terreufe, & d’une autre pierreufe : la première n’eft ni aufli dure ni aufîi compare que la fécondé, mais elle ne laide pas d’en approcher, puifqu’elle s’éloigne de la confifiance friable des terres. La fécondé différé de la première par la dureté & la liailon des parties; quoique cette dureté & cette denfité ne fuffifent pas toujours pour diftinguer une pierre d’une terre.
- 11. La différence de ces fubffanees par la folidité, indique pour lapremière fouille , des outils propres uniquement à féparer, à remuer les terres pour \2l fécondé fouille , des outils capables d’attaquer des matières plus-dures & plus difficiles à entamer: enfin \2cv0ifieme fouille eft précifément celle de la mine, c’elt-à-dire, du charbon même ; cette fouille eft toujours dirigée & bornée par la gangue, lervant d’enveloppe à la couche ou à la veine, de houille, comme le foucket dans les carrières de pierre.
- 12. Cette divifion du travail fuppofe une certaine di.viflon dans le norn-fere St dans la qualité des ouvriers; elle fuppofe de plus l’ufage de machines, é’inftrumens, d’outils, d’ultenliles driférens , des manœuvres variées , des ouvrages. multipliés. Pour ne point interrompre fliiftoire iuivie de ces manccu-
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- DU CHARBON DE TERRE
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- vres, je m’occuperai d’abord à donner l’état des ouvriers, enfuite à décrire ces inftrumens, ces outils, ces uftenfiles, ces machines j je les ferai connaître dans l’ordre qui femble le plus naturel, dans cefui par lequel on procédé aux feuVrâges de la première» de la fécondé & de la troifieme fouille,npour, Comme difeht les houilleurs , fojfoyer y avaler les bures, & faire autres ou* vrâges. - •
- ij. La première fouille exige la connaiffance des outils employés pour l’enfoncement des bures, en ttaverfant , avant toute chofe, l’enveloppe la plus fuperficielle , que j’aiapp'ellée couverture terreufe. Pour la fécondé fouille, je décris les outils qui ont rapport à renfoncement de la couverture pierreufe : tels font les maillets, les marteaux, les cifeaux, les leviers, les coins & les autres outils bien trempés, fans oublier ceux qui font quelquefois nécelfaires pour faire jouer la poudre à canon. Enfin, les outils fervant aux ouvrages intérieurs, comme ceux avec lefquels on fappe & on détache la veine, appartiennent à la troifieme fouille.
- 14. Je viens, après cela, atout ce qui compofe l’équipage d’un attelier de hôuilliere, commençant d’abord par les approvifionnemens de ferrures, & continuant par les matériaux de charpenterie. Je paife en revue les uftenfiles fervant à tranfporter le charbon, & je les divife en deux clalfes. Dans l’une, je range ceux qui font uniquement deftinés à porter les houilles du fond des foutèrreins à l’endroit où elles font chargées , pour être tirées au jour,& qui relient conftamment dans la mine: tels font le traîneaux, les chariots, &C. Je range dans l’autre les paniers , les cailles,les coffres, & les autres meubles de ce genre, fur lefquefs on charge les houilles au fond du hure , & qui s’enlevent au jour, ainfi que lès féaux & tonneaux.
- 1 S, A la defcriptiOn de ces uftenfiles , je fais fuccéder ceux qui font appliqués aux mêmes ufàges pour les eaux, & enfin les appareils employés à la circulation de l’air dans l’intérieur de la houillie^ j j’ai joint la figure de tous ces objets par pièces ailèmblées, ou par pièces détachées pour celles qui demandent ce dernier parti. La derniere dalle renfermera les engins & les machines qüè l’on conftrüit à là ïuperficie, pour enlever du fond des mines, parie moyen des moufles , le charbon de terre détaché de fa veine, ou les engins qui tirent les eaux. Celles de ces machines qui, par l’importance de leurs ufages ou par là multiplicité des pièces dont elles font compofées , méritent des détails, feront repréfëntées dans leurs dévelôppemens, ou avec des coupes & des profils , qui en feront connaître l’intérieur & le jeu.
- 16. La pompe à feu eft la feüle machine hydraulique intéreiïànte que l’on emploie dans les mines de charbon de terre. L’ouvrage de M. Blakay, agréé par l’académie , fur la fabrication des pompes à feu , me difpeîifè d’entrer, à ce fujet, dans les détails que j’avais raffèmblés jje iie la ferai .connaître que
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- ET DE SES MINES. Partie IL
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- fous le point de vue qui convient au diredeur de cette machine ; je ne négligerai point défaire mention des appentis ou charpentes, ou des baraques plus légères , qui compofent l’étabiiifement d’un bure, & qui fervent d’at-teliers, ainfi que de magafins, aux ouvriers.
- 17. Ce qui vient d’être expofé 11’eft, en quelque façon, que le préliminaire de l’art d’exploiter le charbon de terre ; je viens à l’exploitation même, pour faire connaître l’architecture fouterreine des mkies : je décris les différentes efpeces de puits néceffaires pour l’exploitation , ceux au moyen defquek on arrive à la veine, & par lefquels on enleve le charbon au jourj ceux néceffaires pour fe uébarraffer des eaux, ou pour donner de l’air à ces habitations fouterreines.
- 18. En prenant l’idée de la difpofition des veines, on doit fe les repré-fenter comme des folides de plusieurs pieds d’épaiffeur, qui s’étendent à des distances plus ou moins grandes dans les autres dimenlîons. Ces folides de charbon de terre ne peuvent être exploités qu’avec la précaution d’y former des boyaux de mines, des chambres, des pallkges de communication , pour les ouvriers , pour l’air, pour le tranfport des charbons , ou enfin pour les eaux auxquelles on ménage encore au-delfous du niveau des travaux,fait des rigoles, foit des canaux, foit des réfervoirs , d’ou enfuite 011 les enleve à l’embouchure du puits. Je donne fur chacun de ces articles des notions générales, & je paffe enfuite à fe defcription méchanique du travail relatif à l’ouverture d’une folfe ou puits de mine, à la pourfuite d’une veine, dans quelque pendage qu’elle fe trouve, & quelque marge, régulière ou irrégulière , qu’elle fuive.
- 19. J’entre dans tous les détails néceffaires fur la maniéré dont on emploie le charbon de terre dans le pays de Liege , aux mêmes ufages que le charbon de bois & le bois même. La différence de ce combuftible doit né-ceffairement entraîner des différences dans la maniéré de le brûler. Je m’arrête à cet article, pour décrire d’abord les appareils dans lefquels on place le charbon ; fon arrangement dans ces efpeces de corbeilles 5 la conftrudiou des cheminées, qui doit être variée fuivant les lieux où elles doivent être placées, dans les appartemens pour fe chauffer , dans les cuifines pour cuire les nourritures, & tous les uftenfiles relatifs à ce feu. Je termine cette première fedion par les ufages & les coutumes obfervés à Liege dans ce métier, par la jurifprudence & les loix qui le régiifent ou qui fervent à y maintenir le bon ordre.
- 2,0. L’exploitation du charbon de terre en Angleterre étant aulli portée au degré^de perfedion dont elle effc fufceptible , j’ai cru devoir commencer la fécondé fedion par ce pays. Le commerce de charbon de terre y forme un objet de la plus grande importance 3 les loix s’en font occupées d’une maniéré très - particulière. Je m’étends fur cet art de la maniéré la plus cin-Tome XFL B
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- conftanciée qu’il m’a été poflible, en fuivantle même plan de la première fection.
- 21. Je décris avec foin la tarriere anglaife. Quoique cet outil ait beaucoup de rapport avec celui qu’on emploie dans le pays de Liege & en France, cependant la defcription qu’on en trouvera dans cette fécondé fection, ajoute aux connailfances que j’en avais données précédemment, fur-tout par rapport à la maniéré de fe fervir de cet outil.
- 22. L’article de l’Angleterre eft fuivi de celui du pays d’Outre-Meufe, celui du Hainaut Autrichien, de celui du Hainaut Français, & fucceflive-ment de celui qui eft particulier pour chaque province de France, & notamment pour celles du Forez, du Bourbonnais & de l’Auvergne, dont les mines fervent à l’approvifionnement de Paris. J’ai ralfemblé fur chacune de ces mines le détail des différentes exploitations qui y font établies ; j’ai inféré quelques particularités fur les couches terreufes, ou omifes ou défeélueufes dans la première partie ; enfin j’ai cherché à compléter , autant que j’ai pu, cette partie de l’art de la houillerie.
- 23. Apres avoir expofé dans les premières feétions les pratiques ufitées dans chacun des pays que j’ai fait parcourir au le&eur, il ne refte plus qu’à donner des principes généraux fur cette même exploitation, & à joindre, en quelque façon, le fecours de la théorie à celui de l’expérience : c’eft à quoi je m’attache dans la troifieme & derniere feétion. On ne devra donc pas être furpris d’y voir les mêmes titres répétés, renfermant dans les deux premières ce qui eft pratiqué dans chaque endroit dont je parle, & rapprochant dans la troilieme tout ce qui tient effentiellement à chacun de ces articles.
- 24. Je reviens fur les indices auxquels on peut reconnaître ou fou p confier le charbon de terre dans un endroit ; je donne une idée de la difpofî-tion des montagnes & des couches terreftres qui compofent le globe. Cette partie eft extraite du favant article de géographie-phyfique que le Didion-nairc encyclopédique renferme, & dont le public eft redevable à M. Defmarets mon confrère ( 5 ). Je réfume enfuite ce qui a rapport au pendage, au fon-dage des mines, à l’épuifement des eaux; je fais entrer dans ces articles des détails intérelfans fur la force des hommes & des chevaux , fur les dimenfions à donner au manege, fur la dépenfe néceffaire pour l’établiifement & pour l’entretien des machines.
- 2<>. Tout le refte de la pratique de l’exploitation eft une cornparaifon des méthodes ufitées dans prefque tous les pays de l’Europe : j’y fais ufage de
- (O Sur la difpofition des couches ter- plupart des natu ratifies. Voyez la Théorie de - retires , ou des lits qui compofent les mon- la terre de M. de Buffon, les Lettres de Bour-tagnes,, les vallées * les continens, les isles guet, les Mémoires fur la Jïruéîure inté-& le fond des mers, il y a plus de variétés rieurt de la terre, par M. Bertrand, ou moins d’uniformité que ne le fuppofent la
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- ET DE SES MINES. Partie II.
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- tous les ouvrages imprimés, publiés en différentes langues, de grand nombre de mémoires qui m’ont été communiqués ; enfin, de toutes les connaif. Tances que j’ai pu me procurer, tant fur l’ouvrage, l’étançonnage des mines, que fur la force des cordes comparée à celle des chaînes de fer pour enlever de grandes charges hors des bures ; article intérelfant pour la confervation des ouvriers qui montent & defcendent fouvent avec les coffres.
- 26. Je paffe enfuitc aux calculs de la dépenfe de l’exploitation d’une mine : les prix fur cet objet ne peuvent que varier infiniment; mais il eft aifé de fentir combien unç première bafe, quelqu’incertaine quelle puiife être, eft encore précieufe pour ceux qui veulent former des entreprifes de ce genre.
- 27. Ces détails font fuivis d’une difcuffion fur les ufages du charbon de terre, tant de ceux que la médecine peut en faire, que de ceux que les arts en font; fes ufages pour les travaux métallurgiques y font retracés fous un point de vue méthodique; j’y réduis en principes le procédé de défoufrer ce foifile, afin de parvenir à perfectionner cg grillage. J’ai décrit celui qui eft ufité dans chaque pays, pour employer économiquement le charbon de terre au chauffage & aux ufages domefîiques, en l’alliant avec des terres gralfes. L’importance de l’objet m’a engagé à difcuter dans cette derniere feétion la nature, les effets , les propriétés & les avantages du feu de charbon de terre ainfi apprêté, à développer cette méthode en déterminant la qualité de chaque efpece de charbon, 8c en donnant les caractères qui peuvent fervir à les diftinguer. J’entre dans les mêmes détails fur les argilles; j’indique quelle ef. pece d’argille convient à chaque efpece de charbon ,8c réciproquement. J’ai tourné particuliérement mes connaiffances pour l’ufage de la ville de Paris, 8c je décris tous les endroits de fes environs, où fe tirent la glaife 8c les autres terres gralfes propres à cette impajlation. Enfin je donne l’art de cette fabrication; je dé/îgne les manipulations, les atteliers qu’il ferait néceffaire de conffruire ; j’indique les ouvriers qu’il faudrait y employer.
- 28- Par-tout j’ai confidéré le charbon de terre fous les faces les plus propres à faciliter à tout propriétaire l’exploitation d’une mine, en quelque lieu qu’elle foit fituée,par la comparaifon des frais & du bénéfice; fur-tout je me fuis attaché à mettre dans un jour auffi clair que frappant, les avantages économiques & politiques qui réfultent de ces travaux, non-feulement pour chaque canton, pour chaque province, mais encore pour l’état en général. La partie du commerce du charbon de terre en France, ne m’a point paru à négliger dans mon ouvrage ; on y trouvera tout ce que l’on peut dç-firer à cet égard, tant pour l’intérieur du royaume que pour la capitale.
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- Il
- DU CHARBON DE TERRE
- SECTION PREMIERE.
- Différent degrés de pendages des veines ; maniérés de les déjigner dam les travaux dê /’exploitation au pays de Liege.
- 29. Au milieu de cette malfe volumineufe de lits différons que nous avons expofés dans la première partie, que nous y avons fuivis aufti avant qu’ils peuvent l’ètre, que nous avons mis, pour ainfl dire, à découvert ; le charbon de terre forme une couche particulière. Comme les autres bandes ter-reufes , dans lefquelles il eft enveloppé, il fuit une marche que l’on obferve être réglée comme elles fur les inégalités montueufes qui fillonmnt le pays parcouru par ces couches de charbon folfile> c’eft-à-dire, qu’elles fuivent l’élévation & l’abailfement alternatif du terrein ; il convient maintenant de traiter dans le plus grand détail de leurs pendages, ainli que nous l’avons fait ci-devant pour les autres couches.
- 30. Les veines de charbon tiennent communément leur pied au couchant, & commencent toutes à fe former au jour, en plongeant plus ou moins,. & remontant à la fuperficie, dans le même ordre 'qu’elles fe font éloignées de cette fuperficie en s’enfonçant, fi le terrein n’eft point coupé par quelques collines. La maniéré la plus ordinaire dont elles tombent ou penchent jufqu’à une certaine profondeur, eft en roiffe ; fi le terrein n’eft point coupé par une colline , les veines fe mettent enplatteure, puis elles reprennent leur fituation. Voy. planche I, fécondé partie. Cette marche a été décrite feulement en général, fedion VIII de la première partie ; mais à raifon des ditférens. degrés de ces inclinaifons, les ouvriers y ont établi des fous - divifions fur lefquelles il eft à propos de s’arrêter.
- Pendage de platteures.
- 31. Il faut donc fe rappeller ici que les veines de charbon ont une marche ou une pente qui tombe au-deffous du vingtième degré du quart de cercle, c’eft-à-dire, parallèle à Phorifon, ou qui s’en écarte peu. Nous avons ap-pellé ces veines platteures , planeures? quoique jamais elles ne préfentent une-fuperficie exadement plane. On exprime cette marche peu inclinée, en difant que la veine va en pente, qu’elle a une belle platteure, qu’elle fe fait en platteure , qu’elle va en pente de platteure j ainli le pendage de ce nom défigne une veine qui fe prolonge à plat, ou qui eft peu inclinée, & convient à toutes veines qui font au-deifus de la ligne diagonale d’un quarré. Voyez planche 19 fécondé partie,
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- 32. Les différons degrés qu’elle peut avoir dans cette inclinaifon, s’expriment par tiers, par quart, par demi; ainli on dit un tiers, un quart de platteure, une demi-platteure ; cette derniere eft un vrai pendage. Lorfqu’en quatre toifes de longueur le pendage éloigne la platteure d’une toife (a), c’eft-à-dire, que fur quatre toifes de longueur, une veine penche de l’étendue d’une toife , elle s’appelle un quart de platteure ; ce qui s’exprime en difant que la veine penche à quart. Une platteure qui, en quatre toifes de longueur, s’éloigne de deux toifes, fe nomme demi-platteure, & on dit qu’elle pend à demi. Quand enfin fur trois toifes une platteure penche d’une toife, on l’appelle tiers de platteure.
- 33. La platteure conferve ce nom, jufqu’à ce qu’elle vienne à s’écarter de ces degrés d’inclinaifon j alors la veine prend un pendage de roijfe, qui ordinairement eft demi - roijfe. La partie où la veine fe courbe & fe ploie pour prendre un autre pendage en fe relevant ou en fe plongeant, s’appelle dans les houillieres du Limbourg, le dévoiement.
- 34. Les deux extrémités d’une pente de platteure compofent, dans les travaux de l’exploitation, deux parties qui font défignées parmn nom particulier, dont il eft à propos d’avoir la clef pour entendre laj maniéré dont fe travaillent ces platteures. La partie Supérieure, ou qui eftbla plus élevée, c’eft-à-dire, qui approche le plus de la fuperficie, & qu’on.pourrait àppeîler ;à cet égard, fl on le voulait, tête de la veine, eft nommée amont pendage ou veine d’amont pendage, en tant qu’elle eft la partie montante de la platteure : dans quelques pays, on la nomme de dejfous la main. L’autre plus éloignée du jour, qui eft par conféquent la plus balle, & que l’on pourrait nommer lalaye d'en-bas, ou le pied, de la veine, eft défignée fous le nom de la partie d'aval pendage ou veine d'aval pendage, comme il l’on difait veine defcendante, à rai-fon de l’inclinaifon de fa pente, plus,marquée:que dans la partie d’amont pen-dage : on l’appelle aufti en avant-main.
- Pendage de roijfe. PL IL ( 6 )
- 3f. La fécondé efpece de marche connue dans les veines dè houille, eft à peu près perpendiculaire ; c’eft-à-dire,, que kjveine eft pofée en terre dans une inclinaifon qui approche d’une iituation droite ; elle s’enfonce de même infenfiblement en partant prefque du rocher ou de la fuperficie. D’après les mêmes réglés adoptées pour caraclérifêr les variétés de platteures, on divife
- (a) Toife de fix pieds. . , j’ai obfervé cntr’elles, m’a invité à enfup-
- (6 ) On trouve dans l’éditien in - folio primer trois ; d’autant plus qu’une feule fut quatre planches deftinées à repréfenter les fit pour donner une idée de eette direction pendages de roijfe. Le peu de différence que fouterreine du minéral.
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- les roilfes par demi - roijfes, par tiers, & par quart. Une veine roiife qui fur quatre toiles de longueur s’éloigne d’une toile, eft appellée quart de roijje. Celles qui fur quatre toifes de longueur s’éloignent de la ligne perpendiculaire d’une toife, fe nomment demuroijfes, lefquelles deviennent pendage de platteure, comme le tiers de platteure devient pendage de roiffei Cette platteure, qui fuccede à une roiffe,eft appellée dans les ouvrages, grande veine ou platteure. Celles que les demi-roilfes forment de diftance en didance, font appellées platteures de roijfe.
- 36. Une veine qui penche en roiffe dès' fon commencement, de la fuper-ficie, & qui parcourt ce pendage dans toute l’étendue qui lui eft propre, environ de trois lieues, eft nommée maître roijfe ; par-là elle eft diftinguée des roilfes qui, avant d’avoir parcouru cette marche ou cette étendue, changent en un autre pendage: Celles-ci font appellées faux roijfes, parce qu’elles ne font pas roilfes , comme elles le parailfent d’abord.
- 37. On pourrait comprendre dans cette clalfe les roilfes qui, ayant leur tète à la fuperficie du jour, & ayant d’abord plongé dans cette diredion, reviennent foper au jour après avoir marché en grande veine ou platteure. II s’en rencontre auffi qui fe redrelfent tout de fuite , pour venir foper au jour dans la même diredion. Celle annoncée en 1767 dans un ouvrage périodique (a) comme une fingularité découverte à Roche-la-Moliere en Forez, n’a rien d’extraordinaire pour quelqu’un au fait des mines de houille dif-pofées par veines. Voye7^ la première partie, fedion VIII.
- 38- On conçoit qu’il doit y avoir fur cela des variétés; mais elles reviennent toujours à cette maniéré uniforme, de finir après avoir parcouru plus ou moins régulièrement un efpace de pays plus ou moins étendu; il paraît qu’elles ont cela de remarquable, dans le pays de Liege fur^tout. Elles fe trouvent dans l’ouvrage de M. Louvrex * d’après fefquillè en traits, donnée par M. Bury pere , & gravée par M. Duvivier. J’ai rendu ces profils plus iiité-relfans , en remettant fous les yeux les différentes couches qui les accompagnent dans toute leur marche : afin de faire connaître cette marche & pour ne rien laiffer à defirer fur ce point, nous inférerons les autres variétés dans la troifieme fédiôn, que nous deftinons à développer les pratiques de l’exploitation par celles qui font fuivies dans d’autres pays.
- 39. Ces pendages inclinés en demi , en tiers, en quart de platteures, ou en demi) en tiers, en quart de roijfes, établilfent dans la maniéré de travailler les unes ou les autres, les différentes méthodes qui forment l’art de la houil.lerie: ce font ces inclinaifons qui exigent dans les puits, dans les galeries , les différences dont nous ferons mention , chacune à leur place. Nous rappelle-
- (a) Avant-coureur, 5 octobre, n, 40.
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- rons feulement ici, qu’une veine de charbon n’eft jamais feule (Wy^fed. VIII, art. II, de la première partie ) ; & que là marche ou la pente qu’on reconnaît à une veine rencontrée en foifoyant, annonce infailliblement le pendage de celles qui font placées au-deifous de cette première , confia m-inent accompagnées de pluiieurs autres à peu près parallèles, & ayant la même direction.
- 40. De cette efpece de parallélifme de plufieurs veines placées les unes fur les autres, dans un même canton , il s’enfuit une différence d’étendue en longueur , dans celles qui font placées fuperficiellement , & dans les autres qui font placées en-delfous. On. conçoit que plus les veines & les couches intermédiaires fuivront dans leur direction une pente douce, plus l’extrémité des veines qui font les plus enfoncées, dépaiferont celles qui font fituées au-delfus. Ainfi, dans le cas où une première veine fe trouvera parcourir un efpace d’un quart de lieue, la fécondé en parcourra un plus confidérable, en proportion de la diftance qu’il y aura entr’elle & la première. Si,par exemple , cette première veine penche à quart, la fécondé fuppofée à dix toifes au-deffous , dépaffera à chaque extrémité la première veine de quarante toifes -, il en fera de même de la quatrième placée au-deifous de la troifieme: cette quatrième dépaifera la troifieme à proportion qu’elle en fera rapprochée ou éloignée par les bandes intermédiaires.
- 41. L’épaisseur du banc de roc, intermédiaire entre chaque veine , pour ce qui eft des veines plus enfoncées, produira à cet égard, par fon défaut d’uniformité, des différences confidérables. A Houfe, on a vu de ces bancs de pierre de neuf pieds, un autre de vingt-un pieds ; 011 les diftingue par le nom de grande & de petite vache. Ce point de différence entre plufieurs veines qui s’accompagnent dans une marche en platteure, eft rendu fenfible par la planche I. Elle repréfente une coupe de mine où les veines font plates : le le&eur fuppléera en idée à la pofition de la faille qui, au lieu d’être penchée , doit être droite.
- 42. La portion des veines qui touche ce rocher devant & derrière , eft pour i’ordinaire dans la direétiqn exaefte de fa courfe , comme 011 l’a remarqué dans la première partie ; mais l’interruption de cette marche par la faille, occafionne quelquefois dans les deux parties de la veine qui touche ce rocher, le dérangement qu’on a cherché à exprimer dans la première planche de la fécondé partie.
- Article premier.
- Ouvriers employés dans une houilliere & d la houillerie au pays de Liege.
- 4}. Les travaux qui concernent l’exploitation d’une mine, timtl'enjon-
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- cernent on Ravalement d’un bure , que la pourchajje des travaux fouterreins. font indiftinclement exécutés par tous les ouvriers attachés à"une houil-liere, excepté les femmes & les enfans. Les premières ne peuvent que tranf-porter la 'denrée dans les paires ; il leur eft interdit par les rcglemens de dëfcendre dans les travaux. Les enfans , à raifon de la faibleife de leur âge, ne font employés qu’à tirer de petits traîneaux dans les galeries ou voies fouterreines.
- 44. Ceci eft néceflaire à obferver, afin qu’on 11e prenne pas une faulfe idée' de la maniéré dont je vais palfer en revue ce corps d’ouvriers attachés à un bure, qui tous favent précifément ce qu’ils doivent faire dans leurs journées', & qui font indiftindement appliqués à tous les ouvrages. Je les ferai connaître dans la progrefiion correfpondante aux ouvrages, comme s’ils étaient par bandes ou par claffes , dont les uns ne feraient chargés que d’un diftrid, & les autres d’un autre. Cette façon m’a paru la plus commode pour lailfer dans l’elprit du ledeur une idée nette de l’ordre obfervé dans les travaux: Lors donc que nous conlidérerons d’abord les houilleurs travaillant aux manœuvres relatives à la première & à la fécondé fouille, en-fuite'ceiix qui manœuvrent dans l’intérieur de la mine.,il faudra fe rappel-le‘r' que ce font les mêmes ouvriers qui palfent fucceflivement des travaux de la première fouille à ceux de la fécondé, & enfin aux fouilles intérieures. Nous indiquerons enfuite les outils qui l’ont particuliers à ces befognes.
- 4f. Aucuns de ces ouvriers ne font étrangers. Toute la banlieue qui confine à l’extrémité dés fauxbourgs de Liege , d’où fe tire aufli une .grande quantité de charbon de terre, fournit le nombre d’hommes nécef-faire pour la prodigieufe quantité de mines dont quelques-uns peuvent employer de quatre-vingt à cent ouvriers. La terre ouverte & creufée de tous côtés, les traces de cette marchandife qui eft perpétuellement fous les yeux de ces familles laborieufes, décident dans les enfans une efpece de vocation générale qui, depuis l’an 1200 , du tems du prince Albert II, fe perpétue avec l’expérience. De génération'en génération ils fe regardent comme deftinçs par leur naiilance même à prendre parti dans le métier de leurs peres, & à vieillir parinftinâ; fous le mafque de la houillerie. Cette portion du peuple portant fur le vifage la couleur , je dirais prefque la livrée de fon métier dominant, & que Fifen, hiftorien de Liege, fa patrie, appelle alfez mal-à-propos miferrimum mortalium genus, n’eft pas la moins avantageufe au pays. Voyez ce que j’en ai dit dans l’avant-propos. Elle eft fi nombreufe, qu’elle fournit des houilleurs à toute l’Europe. '
- 45. TraireJJes au jour. Femmes qui tournent le bras du treuil, & tirent à elles les paniers fortawtau jour, pour les amener à la main fur le pas du bure, ou en les accrochant avec un bâton ferré par le bout, dont 011 donnera la defcription à fa place, 47.
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- 47. Avalleur. Premier ouvrier qui profonde le bure, & tourne quelquefois le bouriquet.
- 43. Royteu. C’est le plus expert des avalleurs 5 il eft charge de commander aux autres , de diriger, finir, parfaire leurs ouvrages : ce maitre-ou-vrier revient à ce que nous appelions piqueur.
- 49. Stanfeur. Ces ouvriers placent tous les bois pour étanconner les ouvrages, & font chargés des cuvelages quand ils font néceifaires.
- fO. Meflre-ovry ou maître - ouvrier. Le percement des veines avec le foret, pour reconnaître les vieux ouvrages des anciens , qui fouvent l'ont remplis d’eau, regarde ce meftre-ovry : fon office eft des plus importans, puifque c’eft lui qui garantit les travailleurs & la houilliere des inondations.
- qu Boijfeur, boffieu , ou faifeur de voies. Fait les chemins dans les tailles , pratique dans la pierre différentes rigoles ou coupures , nommées en terme de métier bojjiement, d’où fans doute eft formé le nom des ouvriers qu’on emploie à cet objet.
- Coupeur, defpiejjeur. Coupe, defpieffe la veine quand elle eft tombée, f $. Xkaveur. Coupe la veine aux deux côtés des tailles : ce font les moindres ouvriers ; on emploie toujours à ce travail les plus jeunes.
- S 4. Ripajjeur. F ait fauter la houille par quartier, repaffe après le boifi feur, pour prendre le niveau exact, afin que l’eau ne coule qu’infenfible-ment.
- ff. Rijlapleur. Cet ouvrier fuccede au ripaffeur ; fini office le rapproche du ftanfeur : il raffemble les gangues & triguts, que l’on emploie à faire des fiappes ou piliers pour appuyer le toit.
- y6. Traîneur ou Chargeur au bure. Ces ouvriers font conftitués pour emplir ou faire emplir les paniers dans le bure, pour ramener dans le chemin qui defeend perpendiculairement dans la veine & aux entrepôts, les caillons , les coffres & paniers, & les tonneaux, pour conduire ceux de ces uftenfîles qui s’enlevent au jour. Il a fous lui deux ouvriers qui font les petits chargeurs au bure, & les hiercheurs.
- Petits Chargeurs. On les appelle ainfi de leur fonétion, qui confifte à charger les houilles & charbons fur de petits traîneaux appellés [ployons, bages, felys. Us ont la direction des hiercheurs, & font obligés de les procurer conjointement. 1
- f8. Hiercheurs. C’est le premier ouvrage de houillerie , par lequel op fait commencer les enfans à l’àge de neuf à dix ans; cet apprentilfage, accommodé fur-tout à leur taille, qui ne les oblige point de fe trop courber, confifte à traîner & à amener les houilles depuis la taille jufqu’au char-geage , & jufqu’à la bufe du bure; quelquefois à traîner les tonneaux remplis d’eau pour aller les vuider. Pour les former à cet exercice, on leur Tome XVI. C
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- attache à chaque main une efpece de petite felUrn de quatre à cinq pouces. Quelquefois il n’y a qu’un hiercheur pour tirer le fployon ; d’autres fois il eft traîné à cope, c’eft-à-dire, à deux.
- ^9. Waxkeur ou Repajfeurd'airage. Sa fonction eft de veiller aux ouvrages de la houilliere.
- 60. Déchargeurs. Reçoivent les paniers, caidbns , coffres, féaux & tonneaux qui arrivent au jour.
- 61. Maréchal. Son office, appelle maréchaudage, conlifte à veiiler à tout ce qui fe travaille à la forge, comme ferrure des chevaux, entretien des chaînes & ferrailles niceffaires à la houiîlerie ; il les vilite, les raccommode, &c.
- 62. Wade-fojje ou Garde-fojfe. Espece de commis qui commande à tous les houilleurs occupés dans la hutte, & dont le porte eft dans la hutte ou dans le herna{ , comme chajfeurs au bure, Les berwettrejjes & les botterejjes : le feu dont on a befoin pour les ouvrages, l’examen des outils & autres chofes femblables, font de fçm diftrid.
- 65. Conducteurs des chevaux ou Chajfeurs au bure. O11 dé ligne par ce nom, les ouvriers chargés de faire marcher, arrêter, ou retourner les chevaux. Ce font les chargeurs au bure , qui en donnent l’avertilfement par une fon-nette placée dans le hernaz. La houille une fois hors de la foife, ne pâlie plus par les mains des hommes : les femmes exclufes, par les régle-mens, de l’intérieur des bures, trouvent un moyen de gagner leur vie en tranfportant à bras ou fur leur dos ta marchandée. Cette main-d’œuvre eft réfervée aux femmes, entre lefquelles les réglemens donnent ja préférence à celles qui ont a&uellement ou qui ont eu leurs meres, leurs peres, employés aux ouvrages.
- 64. Rakoyeux , Berwettrejfes , MonreJJes , Meneufes. Les femmes qui ramaf-fent le charbon fortant des bures & le tranfportent fur des berwettes daRS les paires y à.ïftans quelquefois d’une demi-lieue, font désignées par ces noms. Le premier dérive, félon toute apparence, de recueillir.,
- 6f. Botterejjes. Les femmes qui viennent chercher le charbon dans les paires , pour le porter clans des hottes appellées bots, font nommées bot-perejfes. Elles font fameufes dans tout le pays circonvoifin , par le métier qu’elles font de fe charger des plus grands fardeaux, & de réfifter aux plus grandes fatigues (a).
- ( a ) Carbones trudit vel portât bajula qualor Gratus £«? eft iüi noble dieque labor.
- Fœmina majori non Jtringitur ulla labore ,
- Quam quœ Legiacis bajula nata lotis*
- “Vers tirés d'une vieille carte de la ville de Liege..
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- Article II.
- Des infirumens , outils , ufienjîles & autres équipages de houillerie au pays de Liège.
- 66. l°. Injlrumens. (7) Sous ce titre général nous comprendrons tout ce qui eft néceffnre pour les ouvrages relatifs à nos mines ; mais nous cou~ fàcrerons le nom $ infiniment, pour les outils employés dans les opérations mathématiques des mineurs de houille, foit en-dehors , foit en - dedans des bures ; & nous traiterons fous le nom d'outils tout ce qui fert aux ulages méchaniques : nous allons les faire connaître tous dans le rnème ordre fous lequel nous venons de repréfenter les ouvriers.
- 67. Les inftrumens d’ufage pour le nivellement, font une réglé de me-nuilier & de charpentier , appellée rule, mot anglais, qui fignifîe une réglé ; elle eft de bois & de différente longueur ; elle eft plate & étroite, piétée d’environ douze pieds (a) ou deux toifes {fi).
- 68- Tablettes ou cartabelie (puguillaria). COMPOSEES de trois ou oinq ar-doifes de cinq à fix pouces en quarré, encadrées dans un étui de bois, pour y porter les réfultats du nivellement fait avec le rulefic la boufible ou plateau.
- 69. Les houilleurs Liégeois fe fervaient autrefoispour mefurer les ouvrages fouterreins, d’une piece de bois appellée plateau , à caufe de fa forme approchante d’une alliette ou d’an petit plat : il eft tout-à-fait inconnu aujourd’hui > on ignore même la maniéré dont on s’en fervait. M* l’avocat Raiek , homme confommé dans la fçience de houillerie , n’a pu en donner aucune connailfance. M. le mayeur Sacré , âgé de plus de 70 ans, affure que du tenis de fon pere , il n’était point en ufage ; il 11’a pu en rien dire, finon que cet inftrument était d’environ quinze pouces de roi, traverfé de diagonales parallèles , & marqué de nombres fur le tour. La figure qui m’en a été envoyée de Liege , annonce quatre pinules fixes , & des nombres dans un tour partagé de trente à trente-un degrés 3 il eft à préfumer que c’était le cercle des Arpenteurs , nommé vulgairement l'équerre des arpenteurs ; il eft abfolument conforme à celui que nous connaiffons.
- ( 7 ') Tous les inftrumens & les outils dont il eft parlé dans cet article, font repré-fentés dans les planches de l’in-folio ; mais comme la plupart font communs à divers arts & connus de tout le monde, j’en ai fup-primé les figures, & me fuis borné à celles des inftrumens néceftaires pour le travail des mines en particulier. M. Morand déclare dans fon introduction, que le but de l’aca-dépiie des fçiences a été de faciliter aux
- artiftes l’acquifition des connaiflances qui peuvent leur devenir utiles. C’eft donc y concourir que de retrancher les fuperfluités dont les graveurs ont furchargé ces defçrip-tions.
- ( a ) La toife de houillerie eft de 7 pieds de Liege ; au pays de la reine elle eft de 6 pieds.
- ( b ) Le pied de Paris ne fait que 11 pouces i ligne & un tiers de Liege.
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- 70. Au plateau , infiniment imparfait , a fuccédé la bouffole, nommée en patois de houillerie liégeoife cadran , qui eft le Berg compafs des Allemands, bouffole de mine ; elle a confervé le nom de plateau dans les defcriptions de nivellement : ainfi l’on dit faire la mefure au plateau , quand on emploie le cadran à reconnaître fur la fuperficie tous les paffages faits fous le terrein où l’on travaille. Les bouffoles dont on le fert, ne different que par la forme ; il y en a de rondes, il y en a de quarrées. La boîte qui les renferme, eft communément de bois ; elle a un demi-pied de diamètre ; au milieu de la plaque, s’élève une pointe ou pivot perpendiculaire, fur laquelle eft pofée en équilibre une aiguille d’acier aimantée, dont la pointe eft toujours tournée vers le nord, à moins que le voifinage du fer ou quelqu’autre caufe ne lui faffe changer cette direcftion. Sur la boîte on adapte, afin d’empècher la poulliere d’y pénétrer , un verre blanc, autour duquel on met un lien ou cercle, qui fert à indiquer les heures ou les parties de l’horifon. La circonférence eft divifée en trente-deux chiffres ; ces chiffres font fous-divifés en demis & en quarts. Afin de pouvoir s’en fervir lorfqu’on eft hors de la mine , il eft néceffaire de faire graver fur le cercle des heures les quatre points du ciel : favoir, l’orient, levant, eft ; le midi, fud ; l’occident, couchant» oueft ; & le feptentrion , nord. '
- 71. Une piece qui eft une dépendance de la bouffole, eft ce qu’on appelle la chaîne) dont toutes les pièces font ramaffées pour la rendre portative; ce font des brins de menu fer d’atchal, & qui feraient mieux en laiton, ayant chacun un pied ou un pied & demi de longueur environ. Le premier eft formé en étrier, appellé manette de la chaîne, & reçoit un anneau qui s’adapte avec la première piece, contournée dans cette extrémité en crochet, ainfi que dans l’extrémité oppofée , afin de jouer de même avec les pièces fùi-vantes qui s’y joignent de la même façon. Tous les membres de la chaîne, ainfi réunis, forment enfemble une longueur de huit, neuf, dix toifes : chaque toife eft marquée par des anneaux barrés en travers exactement dans leur milieu, & munis de deux oreilles oppofées l’une à l’autre, qui débordent & reçoivent chacune le crochet du membre auquel il s’attache. Ces anneaux, plus grands que les autres, placés à chaque longueur de toife, font pour marquer cette mefure ; ils exigent que le membre de la chaîne joignant ces anneaux, foit, dans la partie joignante, moins long que les autres qui font Amplement unis par un petit anneau. Le dernier brin de la chaîne reçoit une petite anfe. Dans la partie qui approche de la bouffole , c’eft un bout de ficelle, laquelle eft de la groffeur des membres de la chaîne, & peut avoir un, deux, trois nœuds à la première toife, puis un nœud de demi-toife en demi-toife. Il eft desjendroits où l’on fe fert uniquement d’une ficelle au lieu de chaîne , & l’on eft actuellement dans cet ufage au pays de Liege, où on la
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- trouve plus commode ; on a feulement attention de la mouiller avant de s’en fervir, afin que l’humidité fouterreine, en l’accouraflant, ne trompe point: la même raifon indique la néceffité de la mouiller de nouveau, lorfqu’oii vient à adapter fur la fuperficie la mefure des ouvrages fouterreins.
- 2°. Outils pour reconnaître C intérieur.
- 72. Dans le cours des ouvrages de houillerie, on a fréquemment befoin de faire des trous, dont on expliquera les motifs & l'intention à mefure ; c’eft ce qu’on appelle en général forer ou percer un trou , & dans quelques oc-caftons parafer ; alors ces trous font nommés pareujfages ou parafes. L’outil qu’on emploie à cette ufage eft appelle en général fonde, parce qu’il eft toujours employé pour fonder ; foret ; 011 le nomme encore en liégeois aweïe à foter, tarré, tarier, teret. Les circonftances pour lefquelles 011 l’emploie, font, ou pour reconnaître dans un terrein s’il y a du charbon, afin de 11e pas courir les rifques delà dépenfe d’un bure, ou lorfqu’il s’agit de reconnaître le voilînage des eaux, afin de pourvoir à la coufervation des houilleurs, de garantir les ouvrages de fubmergemens, lorfqu’on veut faire des trous pour donner aux eaux communication d’un endroit à un autre, ou juger fi au-delfous d’une veine il s’en trouve une autre, & à quelle dîftance elle eft de la première. Nous nous réfervons à traiter chacune de ces circonftances à leur vraie place; nous bornant, quant à préfent, à faire connaître cet inftrument qui, comme on vient de le voir, a quelquefois lieu au premier début d’une entreprife de mine.
- 75. Du Tarré. On appelle donc ainft une fonde ou tarriéré, compofée ef. fentiellement de trois pièces ou verges de fer, qui s’adaptent les unes aux autres. Chacune, excepté la première, n9. 1 , pl. III, qui n’eft que le conducteur, eft double, n<>. 2, afin de pouvoir être remplacée fur-îe-champ, & terminée différemment à fa tète pour être employée félon les circonftances j de maniéré que toutes les pièces quand elles font appareillées, font au nombre de huit, dix & davantage. Par cette raifon elles font toutes, excepté la première piece, terminées dans le haut en vis , pour pouvoir être vérinées au moyen de deux clefs ou pinces de fer, d’environ un pied de longueur & du poids de deux livres chacune. Ces clefs, avec lefquelles on embrafle la verge que.l’on veut ajufter à une autre , fe nomment hacon.
- 74. Amorceux. La première piece du tarré, fig. 1 ,pl. III, à'laquelle on donne ce nom, & qui va avec toutes les autres, eft munie d’un manche de bois de vingt pouces de longueur, & de deux pouces de diamètre, attaché fortement en travers dans une douille qui termine cette extrémité fupé-rieure: la longueur de l’amorceux eft de demi-toife ou de trois pieds ordi-
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- narres, qui font quarante pouces de Liege; elle ne doit pas être plus confi-dérable, afin d’avoir jeu fur les autres pièces : fa groffeur eft d’un ou deux pouces; fon extrémité, renflée en maniéré de campane, eft forée intérieurement dans fa profondeur, & fillonnée de maniéré à recevoir la tète' des autres pièces.
- 7v Longue verge. On appelle de ce nom la piece que l’on fait fuccéder à l’amorceux, auquel elle s’adapte au moyen de fa tète formée en vis ; fa longueur eft de foixante-dix pouces ; elle eft terminée & creufée de même dans fou extrémité oppofée, afin de pouvoir recevoir la fuivante ou les autres pièces que l’on juge à propos de lui adapter félon les différens cas.
- 76. Courte verge. Celle-Cl n’eft qu’un double de la longue verge; elle doit être moins longue, n’ayant guere plus de deux pieds ou trente-quatre pouces: c’eft en cela feulement qu’elle différé de la longue verge, ce qui fait qu’on ne l’a point repréfentée fur la planche, ces deux pièces pouvant n’ètre regardées que comme formant enfemble la fécondé piece du tarré. Lorfqu’on n’a à percer que dans des couches terreufes, on fe contente d’adapter à la première piece la languette.
- 77. Languette. Cette partie, n°. g, pi. III, appelléc auflî à Dalem, mouche, moxhe, & quelquefois moxhe de veine, parce qu’on s’en fert pour fonder la veine & la pareulfer, eft la véritable meche du tarré ; dans la tète il eft tourné en vis, afin d’être reçu dans l’écrou qui termine l’amorceux : prefque tout le refte de cet outil peut être regardé comme une forte de vrille à taillant tranchant continué fur la longueur; & afin de produire Ion effet avec facilité, il eft échancré dans le bout de fa lame de maniéré qu’il forme deux pointes en angle, dont l’une eft plus courte que l’autre.
- 78. Erpet, fermoir. Quand 011 rencontre la pierre, on termine le tarré par cette piece 3 , pl. III, qui eft faite en bifeau, afin de tailler & de couper. Son taillant a un pouce de large : la piece a en tout huit pouces de longueur & une livre de poids ; on en a cependant de différentes longueurs.
- 79. Fermoir à quarre côtes. Si la pierre que l’on touche eft du roc ou du greit, on emploie le fermoir 5*, nommé à quatre côtes à caufe des quatre tranchans qui accompagnent fa meche dans l’extrémité voiline de la pointe : cette verge peut s’adapter à toutes les pièces. Au moyen de la difpofttion de fes tranchans, on voit qu’elle coupe ou défunit en quatre endroits la partie pierreufe fur laquelle on la fait agir; il en réfulte quatre pièces que l’on emporte en tournant le fermoir : fa longueur, qui eft de deux pieds -& demi ou trois pieds , a une certaine incommodité.
- 80. Toutes ces pièces mifes bout à bout, creufent à vingt-cinq toifes de profondeur, ce qui compofe le trou de tarré entier, appellé long jeu, pour le diftinguer du trou de demi - longueur, nommé-court jeu, pour lequel on
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- n’emploie qu’une partie de ces pièces. La dureté du roc ou autres matières, fur lefquelles agiiïent ces différentes pièces, ou la qualité du fer dont elles font faites, font fouvent caufe que les unes ou les autres fe caffent 8c ref. tent dans le trou de tarré ; mais afin de n’être pas obligé d’aller recommencer ailleurs un autre trou de tarré, il faut retirer la piece qui eft caffée, & qui empêcherait de pourfuivre l’enfoncement du trou. Pour cela on adapte à l’amorceux ou à la courte verge la piece fuivante, nommée :
- gi. Rapeheux, tireboux. Cette efpece de tireboure, n°. 4, a environ douze pouces de longueur en tout ; la partie qui fe vérine à la longue ou à la courte verge eft ftllomiée pour celai l’autre extrémité eft pointue, & tortillée en forme de vis.
- Outils de ferronerie d’ufage au pays de Liege, pour fojjuyer, avaler les bures.
- 82. Les outils employés par les houilleurs Liégeois, font à peu près de l’efpece de ceux dont fe fervent les terraftiers & pionniers pour ouvrir la terre, comme pioches en forme de pic ou de marteau large & aigu i pics à, hoyaux, ayant une pioche d’un côté & une pointe de l’autre ; des pics à tête, des pics à roc, des beches de différentes formes, félon qu’on veut féparer de petites ou de grandes pièces, des pelles de fer, celles appellées louchets de Flandres, ou les outils communs aux carriers, pour déraciner, détacher les pierres de leurs fieges ou bancs.
- 8^. Les outils de houillerie peuvent être diftingnés en deux claffes, foit par rapport à la nature des matières qu’il faut enfoncer, remuer & démolir avec ces outils, foit par rapport à la qualité différente dont ils doivent être, en raifon de ces circonftances, bien pointus, 8c plus ou moins acérés dans leurs pointes, dans leur tranchant, &c.
- 84. Le plus grand nombre de ces outils eft emmanché, c’eft-à-dire, garni d'un manche ou d’une poignée, qui tient ou au milieu dans un œil, il le fer a deux bouts, ou dans une douille confervée à la tète du fer lorfqu’il n’a qu’un bout. Les dimenfîons de ce manche font en général proportionnées à la lame ou au fer j elles different encore félon la largeur du bure, de même que cette poignée, dans les outils employés aux travaux fouterreins, eft eu raifon de la largeur ou de l’épaiffeur de la veine j c’eft tout ce qui eft à ob-ferver à cet égard : du refte, nous ipécifierons la forme, le taillant, le dos des lames, la tête, la pointe droite, mouffe ou courbe de ces outils que nous allons décrire, en fuivant la divifion que nous avons annoncée ; elle jetera fur toute cette matière une clarté làns laquelle nos leéteurs ne pourraient nous fuivre que difficilement.
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- PREMIERE FOUILLE.
- Outils employés pour la Couverture terreufe.
- gf. Hawe, louchet. Le nom de louchet, très-ordinaire dans la langue flamande , eft celui fous lequel, dans plufieurs pays & dans plufieurs manufactures , font connues les pelles, appellées ordinairement beches. C’eft une pelle de fer applatie, large & tranchante fur fes côtés, comme fur le bas, afin de pouvoir être enfoncée plus aifément. Il y en a de différentes formes, relativement aux matières dures & folides que l’on a à trancher ou à couper. Le premier qui eft néceffaire, a fa lame à peu près quarrée longue, plus étroite du côté de l’extrémité; la longueur eft d’environ un pied, fa largeur de huit à neuf pouces. C’eft avec ce premier louchet que fe fait l’avalîement du bure quand les terres font graffes ; il reffemble à l’outil de jardinage, ap-pellé improprement houlette, & à la beche d’ufage parmi nos vignerons. Le fécond louchet ayant rapport aux ouvrages fouterreins, fera décrit avec les outils employés dans la fécondé fouille.
- 86. Pics. Les houilleurs en ont de plufieurs fortes, comme tous les ouvriers nommés terrajjiers , & fe fervent des uns ou des autres, félon l’ouvrage qu’ils ont à faire, ou félon la nature des fubftances qu’ils ont à travailler, qui exigent que le corps de cet outil foit plus ou moins courbe, plus ou moins long, & que le fer foit pointu ou large, & tranchant par le bout: le manche des pics eft depuis un pied & demi à deux pieds & demi, quelquefois de vingt-fîx pouces de longueur.
- 87. Pics avalleur ou d'avallereffe. Comme les terres font quelquefois femées de pierres, de cailloux, de fieny , ils font quelquefois obligés de fe fervir du pic nommé, gros pic cTavalleur, qui eft du double plus fort que l’autre ; le fet en eft du poids de flx livres ,& de douze pouces de longueur ; le manche engagé dans une douille eft régulièrement de quatre pieds de longueur : on pourrait le comparer à l’outil des charbonniers de bois, nommé Iioyau } pioche, & à la pioche à pré.
- 88- Haways, fappes. C’eft ainfi qu’on appelle les pioches deftinées à remuer les terres , à écarter des maffes dures, à les fapper & à les démolir ; leur manche eft de trois pieds & demi à quatre pieds, joint au fer par une douille. Ils en ont de deux efpeces : l’une employée à l’avalement pour les terres graffes , eft d’une forme un peu courbe en approchant du manche ; fon bout tranchant a deux pouces & demi de large , & toute la longueur du fer eft d’un pied. L’autre , pour les terreins durs, ne différé que par fa force qui eft plus confidérable ; le fer n’a qu’un pouce & demi de large dans fon bout. Cet outil eft à peu près femblable à la pioche plate des jardiniers.
- Seconde
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- ET jy E SES MINES. Partie II. Seconde fouille.
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- Outils dont on fe fert pour la couverture pierreufe.
- 89. Hotteux. Pic que l’on pourrait comparer à l’outil qu’emploient les charbonniers de bois , & qu’ils appellent crochet. Il eft plus gros que le pic des aval-leurs , étant deftiné à entamer le banc de pierre dans fon joint ; ce que dans les carrières on appelle délarder. Il y en a dont le fer eft d’un pied de longueur. La manœuvre que l’on fait avec le hotteux, eft pour former la place de Vaweye qu’on y enfonce enfuite en frappant deffus, ce qui s’appelle hotter.
- 90. Aw ey es, aiguilles. Sous le titre général ôé aiguille^ les houilleurs comprennent non-feulement les bras ou leviers pointus & acérés au bout, mais encore les pièces de fer à faces, aigues par leur extrémité, defquels on fe fert pour fendre & écarter, & que nous connailfons. fous la dénomination de coins, & tous les outils qui ont befoin d’ètre chafles à coups de marteau pour frayer un chemin. Par cette raifon ils défignent, fous ce même nom, les outils qui fervent à faire un logement pour la poudre à canon, dont nous traiterons à leur place , ne parlant ici que des aiguilles ou coins à pans, terminés eil pointe ; on les diftingue par le nom de la matière à laquelle ils l’emploient. Si elles font employées à la pierre , ils l’appellent aiguilles de pierre ; lorfqu’elles font pour la veine, 011 les nomme aiguilles de veine. Il y en a de deux, de quatre livres de poids, & de dix pouces de longueur. Perfonne n’ignore la grande utilité de cet outil aidé d’une légère percuflïon , pour féparer les parties d’un corps dur, ce qu’à peine pourraient faire beaucoup de machines 8c de grands efforts de bras. Tous les auteurs qui ont écrit des méchaniques, rangent pour cette raifon le coin parmi les principales machines ; mais fon effet confiftant plutôt à entamer & à rompre, il paraît appartenir davantage à la claife des outils. Le coin a cet avantage, que plus il eft aigu, moins il faut de force pour l’enfoncer ; la pefanteur de l’inftrument qui le frappe , & la longueur du levier, c’eft-à-dire , du manche qui le chaffe , concourent à cet enfoncement. Le mât - beche eft un marteau à deux tètes formées en coin; on lui a donné fon nom de ce qu’011 peut s’en fervir à ramener & à bêcher la fubftance qu’on a entamée , féparée.
- 81. Mat de fer. Maillet de fer , du poids de quatre , cinq & fix livres, félon qu’011 l’emploie à caffer les pierres , les houilles, ou à battre fur des pieux de bois pour les enfoncer. Le corps de cet outil, avec lequel on peut frapper des deux côtés, eft quarré ; il eft femblable à la maffe des mineurs. Ils en ont encore un autre, dont la tête eft en forme de cylindre.
- 92. Leviers. Les houilleurs ont fouvent befoin de ces fecours , pour lever par un bout des malles de grand poids, & furmonter la réliftance, qu’elles
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- donnent î aufîî ces leviers font-ils deTefpece qu’on appelle pinces, parce que ces barres font toutes de fer.
- 9?. Hamainte,hamente. Cette pince, deftinée àfoulever de groifes parties, eft la même chofe que la pince de fer des carriers ; elle eft moins forte du côté de la prife, & d’une longueur proportionnée à la largeur du bure, ou des galeries fouterreines.
- 94. Pied-de-biche. Autre efpece de hamainte, auquel ils donnent ce nom , parce qu’à l’extrémité oppofée à celle qui fert de prife , il eft fourchu : il eft rond, de la groifeur de deux pouces , & eft peut-être la même pince que celle qui eft connue fous le nom de pied-de-chevre ; fa longueur eft quelquefois de deux à trois pieds & demi, quelquefois de huit à dix pieds. Quand la pierre eft trop dure pour pouvoir être attaquée avec les'gros pics ou les aiguilles, il faut recourir à la poudre à canon : cela s’appelle en terme de métier, fer de mine, ou fier di menne. <
- Outils pour faire jouer la poudre à canon, fier di menne, fer à mine.
- 9f. Les outils réfervés à cette opération, font tous à peu près de la même longueur, favoir, de quatorze pouces de long. Comme ils ont pour la plupart befoin d’être chaflés à coups de mats, nous parlerons d’abord de ce maillet.
- 9(5. Mât. Le marteau avec lequel on frappe fur plufieurs de ces outils e, pl. Il/, eft appellé mât ou marteau j il eft de fer, à deux tètes quarrées , & du poids de fix livres.
- 97. Broquette déminé. Le fer à mine, avec lequel on fait la première opération, qui confifte à ouvrir le chemin aux inftrumens , eft nommé broquette de mines , a ,pl. III. Ce fleuret, allez femblable à Y aiguille des carriers , munie à tète, comme l’amorceux , d’une poignée en travers, eft de quatorze pouces de long, fur trois pouces & demi de grofleur, 8c va toujours en diminuant jufqu a former une pointe moufle. Un ouvrier tient à deux mains la broquette , tandis qu’un autre la chalfe à coups de mât.
- 98* Fer de mine vfer à mine. Le fécond outil d>pl. ///, retient fpécialement cette dénomination ; il eft rond dans toute fa longueur, 8c eft terminé par l’extrémité qui entre d’abord en terre, de maniéré qu’il brife & fait éclater par menues parcelles la pierre fur laquelle il eft preifé avec force en frappant fur la tète : fi l’on trouve trop de réfiftance de la part du rocher, on emploie, pour faire ce trou, le fermoir à quatre côtes f,pl.III.
- 99. Rimtieux, renettoyeux. Pour fe débarralfer de ces ordures produites par la pointe du fer de mine , 011 fubftitue à ce dernier le renettoyeux c, pl. III. Il eft le plus long des outils employés à cette opération, 8c fert à deux fins : par fon extrémité recourbée en maniéré de cuilleron, on rapporte ce qui a été haché dans le trou : qwmd ce creux eft mouillé, c’eft l’extrémité oppo-
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- fee du renettoyeux qu’on fait agir : 011 la garnit d’étoupe qui s’arrête dans l’anfe;on faifït l’outil par le cuilleron,& on promene la tête dans le trou à plufieurs reprifes.
- 100. Bourreux. Le trou nettoyé & effuyc, on y introduit le bourreux b, pl. III, qui effc creufé dans fon extrémité, afin de recevoir une cartouche ou un pétard, & de bourrer la terre au fond du trou fur la charge de poudre , dont/eft le fourniment en fer-blanc.
- 101. Outils pour charger la mine dans l'eau. Les eaux, en rendant inac-ceflibles aux main-d’œuvres les veines de charbon qu’elles couvrent, ne font pas un obftacle moins difficile que le roc même. Pour aller attaquer fous l’eau la houille ou les fubltances qui l’avoifinent & y porter à fec la poudre, ou les différentes pièces de fer de mine , on les fait agir dans 1111e boite de fer-blanc, appellée petite bufe g g >pl. III, qui peut avoir dix ou quinze pieds de longueur. Les différentes pièces qui ont befoin d’ètre employées dans certains cas pour cette opération 3 peuvent former une longueur de vingt ou trente pieds 3 quand 011 veut forer dans le grès, on y adapte les pièces du tarré.
- Outils employés pour attaquer, railler, détacher, defpiejfer la veine.
- 102. Pic de veine. Ce pic doit être un peu courbe , & avoir vingt pouces de longueur 3 il eft de moitié moins fort que le pic d’avalleur, & plus aigu.
- 103. Aweye, aigfdlle de veine. Espece de coin à pointe très - fine , ayant une tète quarrée 3 on s’en fert lorfqu’on a xhavé la veine pour la faire tomber , ou la lever, ou la defpiejfer en frappant fur la tète avec le mat dont on va parler.
- 104. Hat. Gros marteafu de fer, n°. 9, pl. III, rond 9 à deux tètes d’acier, avec lequel on frappe Caweye. Son poids eft de dix livres 5 fon manche a vingt-fix pouces de long : Ci c’eft pour frapper en-haut, il doit être moins lourd.
- iof. Hache. Ce mot défigne en général , tout gros outil de fer propre à couper ou à tailler; il change de nom fuivant la partie tranchante qu’il a , fuivant l’emploi qu’on en fait & fuivant fa forme : nous ne parlerons pas ici de la hache pour couper les bois quand ils fe trouvent trop longs.
- 106. Conpay, copray. Outil à l’ufage des boiffeurs & ripaffeurs : les coupeurs, les xhaveurs s’en fervent auffi pour couper la veine fur les côtés; il différé peu de l’outil fuivant, & eft emmanché de cinq poignées de longueur.
- 107. Bada. Espece de hache, pl. ///, n°. 6, à manche court: ion fer eft tout-à-fait plat & épais d’un demi-pouce; les coupeurs & xhaveurs s’en fervent.
- 108. Rev Ut, rifvelaine. Cet outil, pl. III, no. 7, eft en fer, &« dans fa longueur deux parties, l’une qui eft ronde, fervant de poignée 3 l’autre qui eft plate 5 fèrt à xhaver ou à détacher la veine.
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- ' 109. Xhavrtffe. Outil de fer-plat, pefant deux livres, & ayant huit pou-ees de longueur, femblable à la hache ci-deffus ; il eft emmanché fort long' jufqifà vingt-fix pouces, & eft ordinairement de bois de cerifier : 011 l’emploie pour couper la veine quand elle a été xhavée avec le rifvelaine.
- 11 o. Trivelle 9 truelle. Espece de louchet de fer, dont on fe fert pour remuer la houille & les fouayes. La lame eft plus grande que celle du louchet dont 011 fe fert pour la première fouille. Il y en a d’entièrement plates * il y en a qui font tant foit peu recourbées.
- in. Rijlay 9 rafiau. Rateau tout de fer, fur un manche de bois , dont fe fervent les hiercheurs pour ramaffer les fouayes & triguts 9 dont on a befoin pour faire des épaulemens dans l’intérieur des ouvrages.
- 50. UJlenJîles employés dans les ouvrages intérieurs.
- IT 2. Coffres, paniers, traîneaux pour charger & exporter les houilles dans tin-teneur. De ces uftenfiles, les uns fervent dans l’intérieur des ouvrages à porter d’un endroit à un autre les houilles & charbons: ceux-là ne font proprement que des coffres ou traîneaux, qui ne fortent jamais du fond de la houilliere quand 011 l’exploite avec des machines à chevaux. Les autres font ceux fur lefquels on charge en dernier relfort ce qu’on extrait de la mine & qu’on enleve au jour ; les uns font de vrais traîneaux qui gliffent dans les voies en les tirant; les autres pour les chemins allant en'pente, font montés fur des roues. Tous ces différens uftenfiles dont nous allons donner la def. cription, tant ceux pour les houilles que ceux pour les eaux, & qui doivent emporter la houille intérieurement & extérieurement, font doubles, pour en avoir toujours un vuide prêt à envoyer au fond des ouvrages quand le trait eft arrivé au jour.
- 11$. Bâche, hage, bac. Ce font de grands coffres,^. A, pi. III9 de fortes bâches ou planches (car ces deux mots, parmi les houilleurs, font lyno-nymes) ; on s’en fert pour amener le charbon au bure par le moyen d’un fort anneau placé fur le devant, & qui reçoit un crochet c. Ils ont vingt-quatre pouces de longueur fur quinze de large & dix de haut; la partie de deffous, fur laquelle traîne le bage, eft formée intérieurement dans fa largeur de fix pièces de bois, à quatre pouces de dilftance l’une de l’autre, ayant chacune environ deux à trois pouces. Le tout eft renforcé en-deffous & aux longs côtés, par des bandes de fer appeliées royons9 d’un demi-pouce de largeur & de quarante pouces de longueur.
- 114. Fay. On peut regarder celui-ci, lettre B, pl. III, comme la moitié d’un bage qu’on au-rait partagé en deux dans fa longueur par une fedion diagonale, de maniéré que dans fà partie de'face par laquelle on le tifre,il a
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- moins de hauteur que dans (a partie de derrière. Sa forme effc plus, longue que Jarge ; il amené quelquefois le charbon du fond de la mine au pied de la bufe du bure, en même tems qu’un autre coffre monte dans le bure : pour cette raifon, il a vers le jnilieu de fa partie de devant, un gros anneau de fer , auquel on adapte une chaîne qui s’attache' au fond du coiffe qui eft-enlevé au jour en même tems ; il tire encore quelquefois après lui un tonneau rempli d’eau, dont nous allons parler, qu’on attache à un autre anneau placé au derrière du vay.
- Ilf. SpLoyon des hiercheurs, Improprement chariot. PETIT bâtis de bois, plus long que large, & de différente grandeur, félon les ouvrages dans lef-quels on s’en fert; il eft tant foit peu exhauifé fur quatre petites poulies qui tiennent lieu de roues. Voyez pl. III, jig. D. Les hiercheurs traînent cette petite voiture de dix en dix toifes, au moyen d’une elpece de bricole ou de bretelle repréfentée fur ce traîneau. C’eft un treiîage de corde, formant une bande de trois doigts de large, terminée par un anneau auquel s’attache le crochet qui tient au fployon. Je l’appelle fployon des hiercheurs, afin de le diftinguer du traîneau employé à un autre ufage dans le manege.
- 116. Met. Cette efpece de petit caiffon étroit,/?/. III, jig. ^ E, a peut-être pris fou nom de la huche dans laquelle on pétrit la pâte qui fait le pain quand elle eft cuite, & qu’on appelle en plufieurs endroits may, met. S011 fond eft percé dans la partie qui peut être regardée comme celle de derrière, pour recevoir une cheville de fer tenant au train fur lequel il eft monté , & au moyen de laquelle il eft plus ftable. Ce train à roues, nommé galhiot, pl. III, jig. F, fur lequel 011 monte le met, a cela de remarquable, qu’étant deftiné à parcourir des galeries inclinées, les royes de devant font plus ou moins grandes, mais toujours plus petites que les roues de derrière, pl. III, jig. G, félon la pente du terrein ou de la veine. Ce galhiot n’eft autre chofe qu’un chaffis de fer plat, alongé comme le met, qui doit être placé deffus.
- 117. La partie formant le derrière de la voiture , eft cintrée & percée de deux petits trous, dans l’endroit où elle fe forme en arc : chaque bande de ce cintre qui vient former les deux côtés longs du chaiïis, eft terminée dans la partie moyenne en anneau fermé pour s’unir aux deux autres bandes qui achèvent la longueur du galhiot : le tout porte fur deux effieux recourbés en-bas dans la partie où ils approchent des roues, de façon que le met fe trouve comme emboîté & retenu à droite & à gauche. L’effieu de derrière porte dans fa fuperficie précifément au milieu une longue clavette de fer pointue, qui, entrant dans le met, achève de maintenir ce coffre & de fai-jujjettir dans fes mouvemens. L’effieu de devant reçoit feulement auprès des Jtoues l’extrémité des deux bandes qui forment le prolongement antérieur du
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- D'lfirè"à ARROW DE’ TÉ'R R ’Ê
- cintre, & eft muni en - devant & au milieu d’un fort anneau , par lequel s’accroche toute la machine pour la tirer.
- il 8. Ces développe mens font exprimés fur la planche 111, ainfî que le erochet fig. H,3 pour traîner la voiture. ' ,
- Uflenjîles qui fe tirent au jour par Us cahejlansJ ‘ -
- x 19. Les coffres , paniers, mannequins , caiffons & autres efpeces de Vaif-féaux portatifs, deftinés à tranfporter la houille du fond du bure à la fùperficie, par le moyen de cordes ou de chaînes qui roulent fur des poulies, font dei plufîeursefpeces. Ils differentfuivant leurufàge, leur figure, leur capacité, & fe nomment différemment, félon qu’ils s’enlevent à bras ou par le moyen de chevaux. Les premiers , c’eft-à- dire ceux qui s’enlevent à bras, font ap-pellés paniers; les féconds prennent le nom de coufades ; arrivés à lafuper-ficie du bure pour être déblayés & faire une mefure, ils changent de nom, félon l’efpece de houille dont ils fè trouvent chargés, ou félon la mefure qu’ils rapportent 5 mais ce n’eft plus que pour le commerce & dans les aeftes publics de police : nous en parlerons à cet article.
- 120. Pany ou panier. C’est un bâtis de planches affemblées en forma de caiffe quarrée, ouvert par le haut, avec lequel on monte les houilles & charbons î il eft fufpendu à de grandes chaînes. On appelle quelquefois indiftin&ement panier le grand coffre qui va être décrit, lequel fe nomme coufade.
- 121. Coufade. C’est la plus grande de toutes les caiffes employées à amener les houilles & charbons au jour. Son nom dérive peut - être de cophi-nus ; c’eft une efpece de coffre de même elpece que le précédent & de différente grandeur, félon les foffes j il y en a d’entiers,/?/. III, fig. 5 , contenant la charge d’un tombereau, & des demis ; les plus grands ont trois pieds & demi de haut & autant de longueur : ils font fufpendus aux quatre encoignures par de fortes chaînes réunies enfemble par un anneau, & attachées à leur point de réunion à une groffe chaîne, au moyen de laquelle ils s’enlevent. Au milieu de fon fond en - dehors eft un autre agneau très-fort, auquel s’accroche quelquefois une autre chaîne qui tire en même tems le vay, & dont il a été parlé lorfqu’on a fait connaître les coffres ou caiffons qui ne fortent jamais des ouvrages intérieurs.
- UJlenJiles ou vaijfeaux pour Vepuifement & pour Venlevement des eaux.
- 122. Sous ce titre feront renfermés les cuveaux, baquets & tonneaux de différens genres, pour épuifer , ou, comme ils difent, pour xhorrer les eaux*
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- ce tefrne familier en houillerie, & dont nous aurons plus d’une fois occafiou de nous fervir, ainfi que celui de xhorre, dérivé , fans doute, du latin baume , exprime toujours l’aâiou d’enlever ou décharger de l’eau d’une maniéré quelconque.. Tous ces vaiifeaux font compofés de douves ou de planches exactement & différemment appliquées les unes aux autres. Il en eft quelques-uns qui relient toujours dans les ouvrages fouterreins , où ils font def. tinés à tranfporter feulement les eaux d’un endroit à uii autre, lorfqu’on n’a point de décharge pour verfer les eaux fur quelque xhorre : d’autres fe remplilfent d’eau pour être enVvés comme la houille jufqu’au jour. Les féaux deftinés à monter les eaux, font appelles en généraljÇ:i//e5 ; ceux qui le lèvent à bras, s’appellent quelquefois tinnes. Nous n’avons, difent les houilleurs i d’autre xhorre que les xhorres del tinne. On comprend cependant fous ce nom les gros tonneaux attachés au bout de la chaîne, que les chevaux font tourner dans le hernaz.
- 123. Il paraît qu’on peut réduire ces vaiifeaux à deux cfpeces : les tonneaux qui s’enlevent au jour après avoir été remplis d’eau, & ceux qui ne font qu’être traînés dans les ouvrages d’un endroit à un autre. Les premiers préfentent deux différences ; favoir , les plus, gros , tel que celuifig. A, pl. IV, pour les eaux du principal puifard, appellé bougnou, dont il va être parlé ; les moindres C, pL IV ^ vraisemblablement pour les torrets ou petits puits ouverts dans l’intérieur des ouvrages, & d’autres tenant un milieu entre ces deux. Ces tonneaux, avec lefquels 011 enleve aulli quelquefois des déblais de la houilliere, ou des matériaux pour l’intérieur des travaux, font différemment fortifiés dans leur fond , dans leur pourtour 8c dans les joints des pièces qui les compofent, par des ferremens qui les rendent fufceptibles d’enlever des charges extrêmement conlidérables. Les pièces qui les compofent, font maintenues par de forts cerceaux de fer; elles font encore nailldhs , c’eft-à-dire, liées enfemble par des lames de fer applatties , qu’ils appellent nailles dont nous renvoyons la defeription à l’état des ferremens relatifs au travail de houillerie.
- 124. Ghyots. On fe fert de ce mot pour désigner de grolfes tonnes cerclées de quatre cercles de fer , & capables de contenir une grande quantité d’eau, foit en les empliffant à bras, foit en les pouffant dans les vui-des qui tiennent lieu de réfervoir. On s’en fert pour tranfporter des ouvrages éloignés, les eaux qu’on 11e peut tirer avec les pompes. Il y en a de deux efpeces , un B ,/>/. IV, qui pourrait s’appeler ghyot à roues , parce qu’il eft monté fur deux eifieux à roues, dont celles de devant font plus petites que celles de derrière, comme celles du galhiot, & pour les mêmes raifons. Ces effieux font cintrés en demi-cerceaux, pour embraffer le ghyot dans une partie de fou corps, comme le galhiot embralfe le met. La fe-
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- conde efpece de ghyot, peu différente de la première, eft montée & attachée k demeure fur un fployon ou traîneau, au moyen de trois pièces de fer qui tiennent au traîneau & au ghyot: tous deux ont dans la partie oppofée au devant une ouverture quârréè, proportionnée à la grandeur du'ghyot: fur pètte -éfpece de fenêtre eft adapté en - dedans un clapet de bois', faifant fonction de foupape. Lorfque le ghyot entre dans l’eau, ce clapet eft repouffé par l’eau qui s’y introduit ; & lorfque le ghyot eft plein, le clapet fe rapplique par le poids de l’eau fur l’ouverture, & ferme ainfi le ghyot : ce fnéchanifme eft connu par-tout. Outre cette ouverture, le ghyot en a une hutrë'quârrée dans le milieu & vers fa fommité, en le confidérant en place; elle fe ferme avec une bonde de bois quand le ghyot chemine, & on l’ôte quand ‘on veut le vuider. Le ghyot â roue & le ghyot à fployon font attachés derrière le vay, & tirés avec les coufades, à l’aide des chevaux; tout ce trait prend alors le nom de cowée.
- ' Ujlctifîks favant au’ tranfport de la houille arrivée au jour.
- 125'. Bot, hotte. Ces- uftenfiles, comme dans tout pays, font un ouvrage de vannerie, étroit par le bas & large par le haut, dans lequel les femmes tranfportent la houille fur leurs épaules , au moyen d’un doflier, d’un collet & de bretelles qui le maintiennent; ces femmes font nommées bottereffes > du nom de bot.
- 126. Berwette, brouette. Petit tombereau qui n’a qu’une roue , & qui eft aufli d’ufage par - tout. Les femmes qui s’en fervent, font appcllés* berwetteref-fes, du nom de cette berwette qu’elles pouffent devant elles pour mener les houilles dans les paires. Les berwettes font de deux efpeces, une entièrement pleine ou fermée de toutes parts, finon en-deffus, dans laquelle s’emporte le charbon menu; une autre entièrement à jour, fur laquelle on charge feulement le charbon en gros quartiers , nommé houille, & que conduifent les femmes appellées monrejfes, 7neneufes. Le poids de cette charge, différent de celui qu’ont à pouffer les berwettereffes, eft allégé, pl. IV, fig. E , au moyen de planches contiguës les unes aux autres , qui couvrent la longueur du chemin du bure au paire.
- UJlenJîles relatifs à quelques manœuvres & opérations extérieures.
- 127. Cet article comprend quatre pièces différentes , dont deux outils & deux uftenfiles.
- 128. Rayetray. On appelle ainfi un bâton de trois pieds 8c demi de longueur , & de la grofleur de trois doigts, qui entre par fou extrémité dans
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- un fer recourbé en bec de corbin; il eft afïujetti au bâton qui lui fert de manche, en recevant la pointe de ce bâton par des clous qui l’y retiennent fixe. Voy.pl. LF, fig. F. Il fert aux trairefies pour, dans les grandes folfes, amener fur le pas du bure les paniers, coufades ou tinnes, lorfqu’ils le préfentent au jour, en les accrochant. La pi. LF, fig. G, eft un autre raye-tray qui a plus d’avantage, en ce qu’il fert à deux fins. Quand les trai-relies n’ont pas réuiîi à amener les voitures comme il faut, elles quittent prife pour repouifer ou renvoyer ces caiiions avec i’extrémité du rayetray qui eft muni d’un fécond fer pointu.
- 129. Stikay , p.ta, fiiket. Bout de perche ronde en bois de chêne, armé aux deux bouts d’une pointe de fer crochue, repréfenté pi. IF^fig.H. Son ufage eft d’arrêter le liernaz.
- 130. Sployon du bure, ,o\x de hernaç. Apres ces outils, il faut remarquer un traîneau long & étroit, entouré d’une forte chaîne que l’on fait quelquefois tirer par un des chevaux agiiiant dans le manege, quand le coufade montant pefe moins que celui qui defcend : en chargeant alors ce traîneau de pierres, il 1ère de contre-poids : autrefois 011 l’attachait à un des bras du ca-beftan. Ce traîneau , vu en longueur & en largeur , s’appelle fployon ; pour le diftinguer de celui des hiercheurs , il ferait mieux nommé fployon du bure OU de hernaç.
- 151. Stalire. Afin de n’avoir point à donner de defeription de tout ce dont il fera parlé dans le cours de cet ouvrage , nous rangeons ici une grande planche de neuf à dix pieds de long, & de trois quarts depied de haut, fur laquelle fe marque avec de la craie le nombre des paniers ou cailles arrivant au jour , a mefure qu’on en amene hors du bure. Cela s’appelle marquer les enfeigties des maîtres, c’eft-à - dire , la part des aifociés. Ce tableau fe nomme fialire.
- Ufienjiles à feu , uflenfiles cC airage.
- 132. J’appelle ainfi les uftenfiles dans lefquels 011 tient du feu allumé, pour donner du mouvement à l’air dans la mine; précaution dont nous parlerons en détail à l’article du bure d'airage. Ces uftenfiles font nommés, dans les houillieres de Liege , fers d'airage, toc-feu. C’eft quelquefois un fimple ohauderon de fer à pieds ou fans pieds , muni d’une anfe mobile & en cintre, qui tient à deux endroits du rebord oppofés l’un à l’autre; c’eft par cette anfe qu’on le fufpend à la chaîne : cet uftenfile 11e remplit pas bien l’objet qu’on fe propofe, le feu n’avant pas d’air.
- 133. Le meilleur toc feu eft un grillage, pl. III, fig. K, ou alfemblage de tringles de fer coulé, diftantes les unes des autres de maniéré qu’elles forment une cage toute à jour, quarrée & ouverte en-deifus ; la qualité du feu
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- qu’on y allume & qu’on y entretient, dépend du befoin que l’on a de plus ou de moins de chaleur 3 lors même qu’on veut avoir un feu flambant, on y met du bois.
- Forge du maréchal, ou approvijîonnement de marchandage.
- 134. On appelle en houillerie markhaudage , tout ce qui tient aux ouvrages en fer , qui fe font à la forge du maréchal.
- ijf. Outre les uftenfiles d’airage que l’on vient de faire connaître, on juge de la quantité prodigieufe de fer & d’acier qui doit être néceffaire pour la fabrique des outils. La machine à feu, dont il fera parlé à fa. place , les échelles des bures à pompe, dont les traverfes font des verges de fer, en exigent beaucoup. Les travaux des houilleries .emportent toutes fortes d’efpeces de ferrures, comme les royons ou bandes de fer pour ferrer les bages\ cerceaux pour fortifier les tonneaux & les coffres dans lefquels on enleve la houille ou les eaux ; pour garnir les roues, les poulies 3 enfin , une grande fourniture de nailles pour nailleler les pièces des cuves deftinées à contenir les eaux : ces nailles,/»/. IV^fig. I,font des plaques de fer toujours de la forme qu’on leur voit, mais de différente grandeur. Ces parties qui débordent en angle obtus, fe reploient & deviennent alors des pointes que l’on fait entrer, l’une dans une planche, l’autre dans la planche qui avoifine celle-là, ce qui retient ces deux pièces. Les ferrures les plus de conféquence par leur volume, leur poids & leur rapport diredt aux ullenfiles de houillerie, font les chaînes qui attachent les coufades & autres caiffons qui s’enlevent au jour 3 on les appelle , en terme du métier, chivres, chiefs.
- 136. Des chivres ou chiefs. L’ATTENTION que l’on doit avoir pour ces chaînes, eft que le fer qu’on y emploie foit ployant & non caffant, de la meilleure qualité, appellé fer fort à la lime, dont on fabrique les canons de fufil 3 ce choix elf de la plus grande importance, pour éviter les dangers que cour-•raient les ouvriers fi quelqu’anneau venait à manquer 3 ce qui arrive encore quelquefois , malgré la vifite que le maréchal en fait tous les huit jours. Ordinairement ces chaînes pefent depuis 30 jufqu’à 40 livres, pour une toife du pays. Une groffe chaîne fe nommechivre; quelquefois la maîtreffe chaîne, dans les grands bures , eft appellée chaîne du hure 3 d’autres fois , chief de fojfe , ou Amplement, chiefs chivre. Elle pefe foixante livres pour la toife. La longueur du chief de foffe doit être différente, félon la profondeur du bure : dans quelques occafions le chief doit être compofé de plufieurs membres que l’on fépare ou que l’on réunit à volonté 3 ces différentes pièces s’appellent alors faux membres. Les quatre parties de la chaîne , qui tiennent aux quatre angles du coufade, & qui fe réunifient enfemble au crochet, s’appel-
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- lents en particulier côtoie. Une piece unique en ferrure, & qu’il ne faut pas oublier , c’eft la fonnette dont j’ai parlé à l’article des conducteurs des chevaux qui font agir la machine, & dont la corde defcend dans le fond du bure.
- Matériaux de charpenterie.
- 137. Outre la grande quantité de différens bois que confomment les outils & uftenfiles qui viennent d’être décrits, les hangards, les grandes charpentes fervant de magafins, d’atteliers, en exigent beaucoup dans leur conf. truclion & pour leur entretien; les ouvrages extérieurs, pour les fupports, les manivelles , les tambours de treuils, les mouflesles poulies, les planchéya-ges , n’en exigent pas moins que les ouvrages intérieurs: ces derniers, par le grand nombre d’appuis, patins, fommiers, pilotis, madriers, étançonnages, revêtiifemens, &c. préfentent le tableau d’une forêt fouterreine , fans compter les tuyaux de pompes, les portes d’airages & autres, dont il fera parlé dans le cours de la defcription dans laquelle on va entrer. Il ne fera pas inutile de faire connaître ici fommairement les efpeces de bois auxquels on donne la préférence, & l’emploi de quelques -'uns de ces bois préparés. Le ledeur pourra aifément y rapporter les outils ordinaires au travail de ces mêmes bois, comme fcies, vilebrequins, vrilles, ainfi que les piquets employés à marquer, communément appellésflipeaux.
- Ouvrages extérieurs.
- 158. Pour emmancher les mâts & les outils avec lefquels on ufe de force le bois de cornouillier mâle, celui de houx, font employés à caufe de leur dureté; on fe fert aufîî du bois de prunier & de cerifier. Les madriers qui ont jufqu’à fix ou fept pouces d’épailfeur , font de bois de frêne. Le bois d’aulne, que l’on prétend ne pouvoir pourrir dans l’eau, & s’y durcir au contraire , & le bois de cerifier font deftinés pour les tuyaux de pompe. Le chêne qui a auffi la propriété de fe mieux conferver qu’un autre dans l’eau, eft employé à ce même ufage, étant de plus celui de tous les bois qui fe tourmente le moins & qui réfifte le plus à l’air; il eft peu de gros ouvrages pour lefquels on ne s’en ferve. Dans cette claife on peut ranger les treuils, moulinets, tours ou cabeftans, que l’on eft obligé d’établir à la fuperficie dss grands & petits bures, lefquels emploient de grolfes pièces de bois, tant pour l’axe du tambour qui eft lui-même un tronc d’arbre, d’où il eft appelle par corruption, aube, abe, arbre de fofle, que pour les fupports & manivelles qui s’y adaptent pour le faire tourner.
- 139. Les diilérens travaux relatifs à l’enlevement, ne peuvent fe faire
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- fans un appareil de poulies appellées en houillerie rolks : il y a de ces molettes employées dans des machines à la fuperficie & dans l’intérieur ; elles font de chêne, & on choifit ordinairement la partie de la fouche qui forme ks racines. Ces poulies, faites aulli de bois de hêtre, font creufées à leur circonférence en forme de gorge, afin de recevoir une corde ou une chaîne, & font traverfées par un boulon ou eflieu, afin de tourner dans une chape. Les moufles, polyfpafli, formées de plufieurs poulies, font retenues dans une piece de bois communément appellée écharpe ou chape.
- 140. Après les grandes & fortes pièces de bois de charpente, on ne doit pas omettre de faire mention des bois de fciage. Les planches font employées à différentes conftruétions ; le terrein du pourtour du bure eft garni de fortes planches, qui forment un fol commode pour les manœuvres qui s’y exécutent. Depuis cet endroit jufqu’au paire, éloigné quelquefois d’une demi* lieue, le chemin en eft encore couvert. Ces planches appellées mcneches, doivent être renouvellées, quand les roues des brouettes y ont imprimé leur trace trop profondément.
- Intérieur des ouvrages.
- 141. Cette partie des houillieres renferme encore force bois & poutrelles de différentes groffeurs, & différemment arrangées félon la profondeur des houillieres, & la grandeur ou l’étendue des chemins fouterreins, qui ontbefoin d’être plus ou moins fortement étayés. Toutes ces pièces portent différens noms, félon leur ufage, leur arrangement, de même que les bois de fciage, employés pour former le fol des cloifons, &c.
- 142. L’étançonnage fe fait avec des fbois de différentes groffeurs, félon la grandeur du bure, l’épailfeur des veines, ou la qualité du toit. Les défiés dont on fe fert pour foutenir les terres voifines de la fuperficie, & les empêcher de crouler dans les bures qui fe travaillent à bras d’hommes, font des efpeces de fagots de menu branchage. Ces arméniens garnis ordinairement de planches aux deux côtés, font appellés en terme de houillerie liégeoife, roijffes.
- 143. L’entrée d’un bure eft quelquefois féparée jufqu’à une certaine profondeur, & dans une direélion oblique, par une forte eloifon de planches, formant à part un palfage nommé parti bure, dont je ferai connaître à ia place la conftruétion & l’ufage.
- 144. Les ouvertures deftinées à communiquer fair des galeries avec l’air du bure, que l’on nomme portes d’airage, font encore différemment garnies & conftruites en bois 5 quelquefois elles n’ont befoin que d’être étayées d’un côté par un boulon qui fupporte une traverfe fervant de foutien au toit.
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- dans ce cas le poteau d’étai, qui eft unique, s’appelle bêle. D’autres fois il faut un encadrement complet, comme celui des portes ordinaires: alors les deux piliers ou poteaux fe nomment potes ; celui de traverfe qui eft foutenu par les deux extrémités fur la tète des potes, fe nomme clige. Ces différences dépendent de la nature du fol & du plancher ; fi bien que dans quelques oc-calions, ce chalîis fe fait en pierre.
- 14L Pour traîner & glifîer aifément dans l’intérieur des ouvrages les traîneaux & paniers, on forme un aifemblage de gros bois, qui porte fur le fond de la voie ; e’eft ce qu’on appelle cliperou. Quand on ne met qu’un bois difpofé fur la même ligne que la voie ou route, on le nomme bois de rotte. En général on donne aux pièces de bois qui foutiennent un poids , & dont la groffeur tient le milieu entre la poutre & la folive , le nom de fommiers. Les braflèurs Français appellent de même les pièces de bois fur lefquelles font placées les cuves , les bacs & les tringles de la touraille.
- 146. En houillerie, une gife eft une poutre ronde, de la groffeur de la cuifle, auffi longue que le bure eft large, & pointue dans fes deux bouts, dont un tiers fe chaffè à coups de mâts dans le pied du bure, & l’autre pointe regarde Yœil ou la bouche du bure. Quand on enfonce une cheville dans une piece de bois, on ne manque point d’aflujettir cette cheville avec une
- 147. On fait encore quelquefois dans les ouvrages fouterreins des fépa-rations de planches attachées avec des clous les unes contre les autres ; e’eft ce qu’on nomme en houillerie bachire de planches, d’où on appelle quelquefois un plancher un bâche. Les vallées, les chemins des hiercheurs doivent être aufli planchéycs, en terme de métier, lâchés. Enfin , en diftérens endroits des ouvrages, on eft obligé d’employer de gros bois placés les uns
- j auprès des autres pour l’écoulement des eaux j e’eft ce qu’on appelle d’un , terme général mahay, areine. On verra encore que le cuvellement de differentes parties du bure & des ouvrages fouterreins confomme une quantité immenfe de bois.
- Article III.
- De la houtte ou houlche, & du herna
- 148. Tous les différens ouvrages que Comportent l’enfoncement & les travaux d’une foife, entraînent néceifairement des hangards ou lieux couverts, fermés ou non fermés, pour retirer les agrès & équipages. Dans quelques pays on appelle harneix d’un terme général les meubles ou uftenfiles defti-nés à l’ufage de certaines profeflions , même les outils d’un artifan ; il eft vraifemblable que de là eft venu le mot de hernaadopté au pays de Liega
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- pour lignifier l’enceinte couverte, cafa putealis. Agricol. dans laquelle fe palfe ie^principal mouvement des travaux de houillerie, où eft établie la machine qui fert à l’enlevement des houilles & charbons au jour, & qui en prend elle-même le nom la plupart du tems. Ainfî quand on dit le herna^ , on entend tantôt les machines à mollettes ou autres qui y font conftruites, & dont l’adion dépend toujours d’un treuil, différent feulement par fa pofition horifontale ou verticale ; tantôt le hangardfous lequel ces machines font à couvert & où font le flalire & la fonnette dont j’ai parlé. Quand cette baraque eft faite groffiérement & n’emporte que peu de matériaux, elle retient le nom de hutte, en patois houtte ; mais elle n’a lieu que pour quelques petits bures.
- 149. Lorsque c’eft un grand puits ou bure, pour une houilliere dont l’exploitation peut fe continuer pendant un tems confidérable par la même folfe, on fe détermine à faire une plus grande dépenfe, & à enfermer fon enceinte d’une façon plus folide, pi. IV, fig. K. Ce font de fortes pièces de bois formant une cage à claire-voie, anciennement appel!ée en houillerie heljleude, garnie, excepté fur le devant, de planches à hauteur d’appui, recouverte d’un toit de clayonnage, de paille, &c. Dans ce toit, au-deffus de la bouche du bure , font fufpendues deux poulies nommées rolles du bure , pi. IV, fig. L, d’environ trois pieds de diamètre garnies de cerceaux de fer , dont l’une fert à monter , l’autre à defcendre les caiffons , paniers, tonneaux, &c. Le refte du hernaz eft à jour, afin de donner la facilité convenable à ces différentes manœuvres.
- Machines établies à demeure fur la fuperficie & dans /’intérieur des houillieres , pour les travaux fouterreins.
- ifo. Je'comprends fous ce titre général ,tout ce qui fert à régler & à augmenter les forces mouvantes, les différentes méchaniques , comme treuils, -qui, au moyen de poulies, de cordes, fervent à enlever j les machines hydrauliques qui élevent les eaux par différens moyens ; tous les ouvrages de charpenterie en dépendans & faifant corps avec ces machines j les différens engins auxquels on applique différentes puiffances , de même qu’aux cabeftans dont ils tiennent lieu, ou pour enlever au jour les denrées, ou pour élever les eaux hors de la houilliere. Ils font en général appellés hernaç, du nom de la hutte en paille ou du hangard qui les renferme , lorfqu’on exploite avec des chevaux. À raifon de ces deux différentes deftinations , pour les charbons ou pour les eaux, les fécondés font diftinguées des premières par le nom à'engins à pompes ou bouriquets. Tantôt le hernaz eft tourné à bras ; il fe nomme herna^fimple , herna£ à bras, hernar^ à main: tantôt il agit par deux chevauit, 8c alors il prend le nom diftinétif de herna£ ou machine à chevaux. Relative-
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- ment à ces deux maniérés dont agit la machine, lapofition du cylindre mobile , appelle treuil ou tour, fur lequel roule la corde qui enleve, eft aufil différente.
- i $ i. Herna^ à bras, herna^ à main ,herna^ Jimples. LORSQUE cette machine eft mue par des barres que Ton conduit avec les mains, ce rouleau ou cylindre eft horizontal i & foit qu’on emploie ou qu’on n’y emploie point de rouage pour augmenter fa force, on lui donne en général ces différens noms. Cette machine n’eft autre chofe que ce qu’on appelle proprement Jinge , vïrevaut, & en général engin, nommé par Vitruve ergata. Les plus communs font de deux efpeces , favoir, le tourniquet ou bouriquet à la bouche du bure , & le torret dans l’intérieur des ouvrages.
- Jf2. Tourniquet, bouriquet. Le tourniquet ou bouriquet, dont on fe fert en avallant un bure, eft le treuil fimple, connu par-tout. Il eft compofé de deux tréteaux, ou chevalets , ou fupports triangulaires , au fommet def. quels eft enchâffé un petit treuil horizontal, fur lequel file une corde qui, au moyen de deux manivelles attachées aux extrémités du treuil, enleve tantôt les houilles & charbons dans des paniers, tantôt les eaux du bure dans des tinnes. On y met quelquefois deux perfonnes de chaque côté. Les fupports , nommés ordinairement jambes, taquets , traquets , chevalets, font appelles par les houilleurs Liégeois triquets : les anfes du tour , ou barres à tourner, fe noiyiment quelquefois triquets du bure, coubles , manivelles ; ils font ordinairement de quinze à feize pouces de longueur, ce qui fait jufte ce qu’il faut pour former en tournant la circonférence des bras d’une perfonne qui les fait agir. Cette machine eft fufîilante pour enlever deux ou trois cents livres environ, à la hauteur de vingt, trente ou trente-fix toifes.
- i^. Torret. La derniere & la moindre efpece de treuil eft un petit Jinge volant, toutfembîable au treuil ordinaire , mais qui s’emploie dans l’intérieur de la houilliere fur des petits puits ou bures, par lefquels on enleve dans des travaux fupérieurs les eaux & les houilles qui fe tirent dans des ouvrages que l’on travaille au-deffous. Le tambour pour ces petits treuils doit être conftruit d’un bois bien léger , & de différente groffeur, lorfqu’il fert à enlever des charges un peufortes.il y en a depuis fept jufqu’à treize pouces de diamètre, & rarement davantage : les moindres font également propres à tirer des poids confidérables, mais plus lentement.
- i ^4. Bouriquet à bras.‘ Pour les bures confidérables , on fe fert d’une fécondé elpece de hernaz à rouage. La^Jig .N, pl, IV, le fait voir en place* fur un bure de neuf pieds de longueur, ainfi que toute la charpente qui en dépend. Sa conftrudion particulière , fes développemens, &fonplan géométral, font repréientés dans les fig. O , P , Q_^dè maniéré à n’avoir pas befoin de defcrip-tion détaillée. O11 met quatre perfonnes à chaque manivelle, dont la longueur eft de fix pieds.
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- If f. Grand, herna{ à bras. Dans ce hernaz, qui pourrait être à chevaux, Taxe du treuil, au lieu d’être horifontal, eft vertical i il eft alors formé d’un gros tronc de bois, nommé en houillerie aube: le pivot fupérieur garni en acier, eft faifi par un collet appliqué dans une grolfe piece de bois traver-fante, qu’ils'appellent foprejfe, & le pivot inférieur garni de même, repofe fur une crapaudine en cuivre ou en fer, anciennement, nommée padette, aujourd’hui plumas, qui eft fcellée au milieu d’une pierre placée dans le centre du manege. Le tambour a Six pieds de diamètre à peu près dans le haut, & fept environ par le bas, afin de recevoir deux ou quatre bras de leviers, d’environ vingt-quatre pieds de longueur chacun, difpofés en forme de croix : on les appelle vulgairement hamaydes, parce qu’ils barrent le chemin du trotoir, comme ces'clôtures ou barrières fervant en Allemagne à empêcher le bétail d’entrer dans les chemins, & qu’on y aopelie hamaydes.
- if6. On voudra bien, pour l’intelligence du ieu de ce'hernaz, pour une opération particulière ( l’enievement des eaux pendant la nuit avec des tin-nés), fuppléer à une faute du deflinateur qu’on k laide fubilfter par inadvertance dans la gravure. Le tambour & la charpente qui en dépend dans tout le trajet de la chaîne, ainfi que le fauconneau qui la releve, devraient être exhaulfés de maniéré que cette chaîne, lorfqu’on n’a pas befoin de lui faire prendre ja diredion montante fur les poulies du fauconneau, foit en alignement aux rolles du bure, fur lefquels on voit le bout de la chaîne, pour enlever & defcendre les uftenfîles dans la folfe.
- I f7. Herna% ou machine a chevaux. Les machines à chevaux ne different du grand hernaz qui vient d’être décrit, qu’en ce que le tambour vertical R, pl. IV, eft traverfé dans le bas de plufieurs bras de leviers, longs de vingt-cinq pieds , munis de palonniers pour y attacher des chevaux i la chaîne qui tourne fur ce cylindre, répond à deux rolles ou poulies S, S, ajuftées dans le chaffis de la charpente. Ce hernaç à chevaux, fuppofànt un bure considérable & très-profond, on juge aifément que l’éloignement des denrées, traînées des routes qui ne font point dans la direction du bure, exige une augmentation & une diredion particulière de force pour le trait : l’artifice que l’on emploie à cet effet, eft fort Simple & très-aifé à concevoir , en jetant les yeux fur la pL IV,fig. T.
- if8. Dans la mahire, où vient fe déboucher la voie penchée, d’où l’on veut apporter daus la bufe du bure des voitures d’eau ou de charbon, on affied bien folidement un ouvrage de charpenterie, deftiné à l’enchàffure d’une poulie de renvoi. Ce corps de charpenterie T, T, V, V, eft compofé d’un bâti bien folide & bien fixe, lequel Supporte deux jambes ou montans fervant de chappe aux rolles X, Y, tournant fur un goujoii Z, qui les fcraverfe. Ces deux rolles, exadement placés vis-à-vis l’un de l’autre, ne
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- font point de même grandeur, comme ceux qui font dans la charpente eu élévation à la fnperücie, ni fituces à une égale hauteur; le rolie X, qui regarde la bufe du bure eft le plus grand; & celui Y, qui eft derrière du côté de la voie, eft le plus petit : le jeu en fera expliqué à fa place dans tout le détail qui convient.
- Machines hydrauliques.
- if9. Nous comprendrons fous ce titre général, les engins avec lefquels on éieve les eaux de la mine, par quelque moteur que ce foit. Les plus fimples ne font compofés que d’un petit tour ou tambour nommé treuil, mu à bras d’hommes, pour defcendre ou remonter des féaux. Mais quand, il faut fe débarrafler d’un volume d’eau conlidérable & à une grande profondeur, les engins que l’on emploie & auxquels on applique différentes puif-lances, doivent faire agir deux corps de pompes, dont l’un eft de pompes foulantes, l’autre de pompes afpirantes : on les appelle engins à pompes, &: en terme ordinaire de méchanique, machines à mollettes. Lorfqu’elles font mues par des chevaux, & quelles fervent en même tems pour extraire les eaux & les houilles , on les diftingue à Liege par le nom de bouriquets ; dans d’autres pays on les appelle tourniquets.
- 160. L’engin à pompe, qui était autrefois enufage dans le pays de Liege, uniquement pour l’épuifement des eaux, était appellé bouriquet, engin à pompe. D’après la figure qui m’a été envoyée de ce pays, fur les renfeignemens qu’en ont donné plufieurs perfonnes, c’était ce qu’on appelle ordinairement manu, relie à tire-point ou tiers-point ; mais on ne s’en fert plus. Dans quelques anciens bures, dont on voit encore les veftiges , attenant la folfe Chaudtier, près le village de Beine, on tirait les eaux à l’aide d’un moulin à vent. Cette maniéré connue dans plufieurs pays, n’eft pas entièrement abandonnée au pays de Liege ; le bure nommé Haute-clair au village de Jupille, tire avantage d’un femblable moulin appellé hernaç a vent.
- 161. Quelquefois on profite d’uiy ruideau pour faire agir les engins à pompe ; comme à Herve, fur le chemin de Liege à Aix-la-Chapelle. A trois lieues de Liege, à Herftal, on voit les reftes d’une pareille machine ; à la foffe Chaudtier, dont je viens de parler, il y en a une plus compofée que celle de Herve. On peut fe former une idée de ces machines, par celle qui eft établie pour porter les eaux de la Seine dans les jardins de Marly & de Verfailles: cette machine fameufe, fans doute par l’énormité de fa conf. tru&ion, n’eft qu’une imitation de celles qui de tout tems font employées dans le pays de Liege, à la différence qu’elle a été exécutée d’une maniéré trop compliquée, & que ;la plupart des pièces en font très - mal defîinées. On n’en doit pas être étonné, l’entreprife de çet QUYrage ayant été livrée à im
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- ouvrier, habile dans la pratique feulement. L’invention, ou I’exésution de cette machine, eft fouvent attribuée au fleur Deville, qui en a été le premier directeur. Le do&eur Defâguliers, dans fon Cours de pkyftque experimentale ( a'), eft tombé dans cette erreur ; mais,une épitaphe qui fe voit dans l’égüfe de Bougivai, entre la chauffée & la machine de Marîy, a confervé le nom du conftructeur. Rennequin Sualem , Liégeois , qui ne /avait ni lire , ni écrire > (on ne fufpeétera point d’infidélité la pierre fépuicrale d’un homme du commun & étranger) était un charpentier de Liege, amené de ce pays parM. De-ville , Français de nation , & non Liégeois, ainfi que l’a avancé le docteur Defà-guliers. Ce Français avait époufé à Liege une demoifelle de la ville deHuy^ au même pays , où il devait avoir vu beaucoup de ces machines. La terre de Modave, diftante de Huy de deux lieues, & que cette demoifelle lui avait apportée en mariage , lui en avait donné toutes les facilités. Le château & les jardins de cette feigneurie, auiîi élevés que l’aqueduc deMarly, recevaient de l’eau par le moyen d’une femblable machine flmple, affife fur la petite- riviere de Hoyou. Quoique Rennequin ne foit point l’inventeur de la machine de Marly, quoiqu’il ne fût ni philofophe ni mathématicien, l’honneur de Fexécudon, toute défechieufe qu’elle eft, ne lui appartient pas-moins,comme l’origine de l’invention en appartient au pays de Liege. C’eft ce qui fait que quelques termes & dénominations relatives à la machine, font dans la langue du pays de Rennequin, auquel on pourrait attribuer plutôt qu’à M. Deville9 plufieurs pièces qui peuvent être employées à différais ufages, & bien des inventions ingénieufes qui ne fe trouvent point ailleurs. ( b )
- 162. Dans de très-grands ouvrages oùles eaux fe trouvent ne pouvoir abfolument être épuifées par des bourîquets mus à bras d’hommes, ou par des chevaux, ou par d’autres machines, on fe fert de pompes dont le pif-ton hauffe & bailfe, au moyen de l’eau échauffée par le feu; à raifon de ce premier agent, elles font appellées du nom diftimftif de pompes on machines à feu.
- 163. Il paraîtrait naturel de s’arrêter dans ce moment à ces pompes» mais nous voulons nous renfermer ici dans une description pure & /impie de l’exploitation des mines de houille, telle qu’elle fe conduit au pays de Liege : les circonftances relatives à l’équipage & méchanifrae de la pompe à feu, entraîneraient des détails qui nous écarteraient de notre plan. La dernière fection de cette fécondé partie étant deftinée à raffembler on corps de théorie-pratique fur l’art que nous décrivons, nous y renvoyons le lecteur pour tout ce qui regarde la pompe à feu : il fuffira, quant àpréfent, de prendre
- (g) Voyez cet ouvrage traduit de Pan-' (ô) Cours dephyfque expérimentale du
- glais parle pere Pezenas, Paris, 1752,j doéteur Defâguliers, ibid. page 517.
- -tarae II, page $ j 7,, leçon Xli. '
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- dans le dejjîn général de fes principales-parties , une idée de la conftruction & du jeu de cette machine : elle préfente au coup - d’œil un appareil très-compofé ; mais les pièces dont dépendent fes opérations efléntielles, font en petit nombre ; les autres qui font fort multipliées, comme tuyaux, robinets, leviers , &c. ne font que concourir à fon jeu, & ne fervent qu’à régler fes mou. vemens ; de maniéré que toutes les pompes à feu employées aujourd’hui dans beaucoup de pays, ne different que par quelques pièces acceffoires, ou par la grandeur , félon l’objet qu’on fe propofe ; elles font abfolument toutes, quant au fond , dans la derniere forme qu’ont donnée à cette ingénieufe invention le fleur Newcomen , ferronier, & le fleur Jean Cawley, vitrier, de Darmouth en Angleterre.
- 164. Le principe du mouvement de cette pompe, eft un balancier de vingt-quatre à trente pieds de long, mobile fur deux tourillons placés à fou milieu ou à peu près. Ce balancier porte à l’une de fes extrémités, l’attirail des piftons des pompes qui doivent élever l’eau à une hauteur donnée, & à ion autre extrémité, la tige d’un pifton de métal qui remplit, en le parcourant, la capacité d’un cylindre aulli de métal , deftiné à recevoir la vapeur de Peau qui bout dans la chaudière ou l’alambic. Une injeétion d’eau froide venant d’un tuyau fur le cylindre , & qui condenfe fubitement les vapeurs, forme le vuide dans le corps du cylindre ; & le pifton, porté tant par fou propre poids que par celui de la colonne de l’athmofphere qui lui correfpond , retombe, & éleve en retombant les piftons des autres pompes. D’après cet expofé fuccint, on voit que tout le méchanifme confifte dans l’action alternative de la vapeur de i’eau & de la preffion de l’athmofphere, combinée avec les réfiftances qu’il faut vaincre.
- Article IV.
- De l'architecture fouterreine des mines.
- iéf. C’est à l’aide des outils, uftenfiles & machines que nous avons décrits , qu’on parvient à arracher des mines le foflile qu’elles renferment. L’expérience a établi des réglés confiantes, tant pour la maniéré de fe fervir de ces moyens, que pour travailler dans ces mines économiquement , commodément, & avec le moins de rifque pofîible de la part des eaux trop abondantes, & de l’air trop dilaté ou trop comprimé. Ainft tout l’art d’exploiter une mine de houille, porte fur deux opérations générales : l’une confifte à approcher, l’autre à travailler la matière de la veine.
- 166. Pour le premier objet, on pratique le plus ordinairement à la lii-perficie du terrain où l’on foupqonne la préfence du charbon , des ouvertures perpendiculaires ou approchant de cette direction, & que l’on appelle
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- dans quelques parties d’Allemagne puits dé mines ; à Li eg^fojjes à houille, bures ; du verbe anglais bore, qui veut dire percer avec une tarriere. Quelquefois on, va joindre la mafle ou la veine de charbon, par une galerie percée au pied, de la montagne. Cette maniéré d’arriver à laminine, eft appellée baume , qui dans le .patois de Liege, lignifie les terriers que les lapins &Jes renards font fous terre. Cette dénomination, par laquelle on entend en Dauphiné & en Provence un antre ou une caverne , fur-tout il elle eft fur une montagne oui fur uti lieu élevé, convient dès-lors davantage à Üaqueduc de mines, appellé ipécialement en latin cuniculus. Ce canal fouterrein, qui eft de grande confél quence pour les travaux , lorfqu’il eft praticable , devant être eonfidéré comme décharge pour les eaux, fera décrit quand il s’agira de cette partie de l’exploitation j nous ne traiterons ici que des ouvertures creufées perpendiculairement en forme de puits , & qui établirent, du dedans au-dehors de la mine, & même dans l’intérieur, des communications indifpenfables pour toutes les circonftances dépendantes des ouvrages.
- 167. Le fécond objet du travail eft celui des veines qui ont été rencontrées en creufant ces routes perpendiculaires ou à peu près. Ce travail s’exécute au moyen de chemins prolongés dans l’intérieur de la mine, fuivant la marche & la direction de ces veines. Ces boyaux ou galeries de mines, fervent à faciliter le tranfport du charbon des parties les plus éloignées de la mine , ou quelques-uns à donner un cours libre & aifé aux eaux & à l’air, qui gêneraient ou mettraient en danger les ouvriers. Pour l’un & l’autre but , il eft befoin de l’architedure fouterreine ; & c’eft auiïi fous ce double point de vue, que nous établirons ce qu’on peut regarder comme les principes & les réglés fondamentales de la pratique de l’exploitation que j’entreprends de faire connaître.
- 168. ÏL n’eft point de travaux de mine , en majîe ou en veine, pour lef-quels on 11e foit obligé par tout pays de creufer de ces foffes perpendiculaires, de percer enfuite dans le corps du charbon, des dilatemens , c’eft-à- dire , des excavations de toute efpece, appellées quelquefois tailles, qui fe prolongent & fe multiplient à la longue, félon les circonftances indiquées pas l’expérience & relatives à la fituation , à la pente , au nombre de veines qui fe rencontrent les unes au-deifus des autres , ou à l’incommodité des eaux, ou à la profondeur de la mine , qui exige toujours dans fes vuides un courant d’air 5 ces routes font conduites dans une diredion horifontale , penchée, ou latérale. Mais afin de difpofer la defcription de l’art d’exploiter le charbon de terre, dans un ordre méthodique qui en facilite l’intelligence , je dois la faire précéder d’une connailfance générale de l’architedure fouterreine, qui fait la bafe de cette partie pratique. Je divife donc cet article en trois branches ; la defcription des bures, celle des galeries, celle des conduits pour l’air & pour l’eau,
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- Des bures ou fojjes à kouille en général.
- 169. Les ouvertures ou foffes profondées de la fuperficie en defcendant ptefqu’à plomb , nommées dans tous les travaux de mine, puits de mines, font appellées par les houilleurs Liégeois fojjes ou bures. Il y en a quantité d’efpeces -, 011 peut cependant les divifer en deux claffes : la première préfente des bures qui communiquent directement du fond à l’extérieur de la mine ; la différence qui fe trouve dans ce premier genre dépend des ufages auxquels ils font deftinés ; les uns fervent à defcendre dans la mine, à monter Us denrées-, les autres font pour extraire les eaux, ou pourvoir au renouvellement de l’air, à la liberté de fa circulation dans les voies J'outerreines.
- 170. A raifon de ces dilférens ulages , fes bures font de forme & grandeur différente, félon qu’on en tire le charbon par le moyen des chevaux, ou félon qu’on le tire à bras d’hommes. Lorfqu’un bure eft travaillé de là. première maniéré, on l’appelle bure à chevaux , ou fojfe de grand athour, ou hema^ double ; lorfqu’il n’eft pas confidérable, & qu’il eft exploité par bras d’hommes, c’eft un herna£ jimple, autrement dit, bure à bras , ou fojfe de petit athour. Quelques-uns de ces petits puits, nommés encore tourrets à bras, ne durent que trois ou quatre mois, n’étant que pour travailler des bouyaç. Les particuliers qui ont de la houille dans leur terrein , & qui ne veulent en tirer que pour leur confommation , fe fervent uniquement de ces petits tour-rets pendant qu’ils font extraire leur provifion pour l’année..
- 171. Selon d’autres circonftances , les bures font encore profondés dans des dire&ions différentes : par exemple , ceux qui font pour tomber fur des roijfes, ne font pas toujours entièrement d’à-plomb ; ils vont, comme difent les houilleurs , en pittant, c’eft-à-dire, en pente douce.
- 172. Je fais un fécondé claife des bures qui, quoique creufés dansda forme de puits , different de la-première, en ce qu’au lieu de déboucher au jour, ils débouchent feulement dans un endroit de l’intérieur de lamine, tel que ceux que nous appellerons , avec les houilleurs Liégois , bouxtays , torrets. Tous font délignés par des noms particuliers , & feront chacun décrits à leur place.
- 175. Nous 11e confidérerons ici que le grand bure, après avoir fait précéder un fomrnaire fur les circonftances qui en dépendent fous ce même point de vue, telles que la profondeur de ce puits , l’endroit de fon alïiette, les différentes maniérés de délîgner les parties qui le compofent.
- J74. Toutes les fojjes à houille, quelles qu’elles foient, ont des profondeurs différentes ; elles varient félon le plus ou moins d’mclinaifon, ou de profondeur de la veine : on eft quelquefois obligé de l’aller chercher à mille pieds-(a)
- (a) Ce qui fait 142 toifes de Liege : les 10 pouces de Liege valent 11 pouces de France.
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- fous terre , même jufqu’à cent foixante-cinq toifes & davantage ï on en a vu dans la jurifdi&ion de Seraing , & cela peut être regardé comme très - extraordinaire , qui allaient de cinq à fix cents toifes ; telle était la folfe dd Marihaye^ celle dd Ridonte, fur la rive droite de laMeufe ; Gelle du Vieux-Romarin à jemeppe , lur la rive gauche de la Meufe. Au Val-Saint-Lambert, fur la rive droite, il y avait un bure de cent toifes de profondeur, autant de vallées de gralles & des torrets au-deffous.
- 175*. La profondeur la plus ordinaire eft depuis cent jufqu’à deux cents toifes de fept pieds chacune, ce qui fait fix cents cinquante pieds. Cette dimenfion d’un bure eft diverfement rendue en termes de métier ; le plus ordinairement on dit un plomb de bure pour défigner fa profondeur. Cette expreflion fert à défigner généralement la longueur de quelques ouvrages fouterreins, lorfque cette longueur eft égale à la profondeur du bure : on emploie aufli quelquefois le mot fiampe ; par ce dernier cependant les ouvriers entendent le plus fouvent l'intervalle d’une veine à une autre. La diftance d’un bure à un endroit s’appelle abattement : on dit, il y a tant d'abattement.
- Fojfe à houille , nommée maître bure, grand bure, bure de ehargeage.
- 176. On appelle ainfi la principale folfe à laquelle répondent toutes les différentes routes fouterreines ; dans les mines d’Allemagne c’eft ce qu’on appelle puits de jour, bure à tirer, bure d'extraction , bure de ehargeage, &c.
- 177. La première attention à avoir fur le choix de l’aflîette à lui donner, c’eft de faire cette ouverture lur la partie de la veine qui forme ce que l’on pourrait appeller la tête de laveine, & que l’on nomme thier de bure. Les différentes dénominations par lefquelles on défigne ce bure, indiquent fes ufa-ges j il eft aifé d’en déduire que, fervant d’entrée & defortie pour tout ce qu’il eft néceffaire de porter dans la mine, c’eft dans cette folfe que les ouvertures , les galeries prennent leur commencement ou viennent fe rendre. O11 juge de même que dans ce prolongement s’ouvrent dès le premier début des ouvrages les communications de la mine, & des travaux particuliers né, ceffaires à l’exploitation y qu’il fe pratique enfin dans cette folfe perpendiculaire , à mefure qu’011 la forme, des excavations, des coupures , des ré-fervoirs pour les eaux, des conduits pour l’air, &c. Tout ce trajet confidéré en longueur, eft donc important à connaître ; mais comme ce feul article 11e laiffe pas d’être compofé, il faut diftinguer trois parties dans les bures , la bouche bu l'œil du bure , fon fond, & fes côtés ou fes parties latérales, dï’où réfulte ce conduit perpendiculaire, plus étendu en longueur qu’en largeur, communément appelle bufe, bufe du bure.
- 17 g. LIœjl ou la bouche du bure eft l’ouverture extérieure de la foffe : dans les
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- foffes de grand athour,fa forme eft quarrée, plus longue que large; la di-menfion des deux côtés longs, doit avoir, feize pieds de long, ou dix-huit tout au moins , fur lèpt ou huit pour les deux côtés étroits : cela dépend de la profondeur du bure. La proportion ordinaire eft de lix à neuf pieds , ou de huit à douze pieds. Cette entrée fuperficielle d’un maître bure , a la forme d’un parallélogramme , pi. V, fig. i,& eft difpofée, relativement à la veine de charbon, de maniéré que les côtés les plus longs répondent aux deux côtés de la veine, conlidérée dans fon étendue en pente, & que les côtés les plus courts tombent en travers fur le corps de la veine qu’ils partagent. Tout le terrein fuperficiel, circonfcrit autour de l’œil du bure, où fe tiennent les ouvriers employés à enlever les coufates , eft nommé pas du bure.
- 179. Le pied de cette bufe,ou l’endroit oppofé à l’ouverture, & auquel vient tomber cette ouverture extérieure, eft dilaté en largeur dans fa partie haute , & forme un efpace concave en maniéré de dôme , appellé couronne de chargeage ou couronne des chambres. Ce couronnement eft le principal carrefour de cette habitation fouterreine , qui fera décrite partie par partie ; c’eft là que viennent s’ouvrir toutes les routes de la houillerie, & que fe prennent dans le hernaz à chevaux, quelquefois auffi dans le hernaz à bras, les voies ou chemins perpendiculaires à la principale taille, à ont il fera bientôt queftion. Toutes les différentes manœuvres qui s’y exécutent pour recevoir le panier, defeendant à vuide, pour le détacher de la chaîne, pour le remplacer par un autre qui eft toujours tout prêt, exigent, pour la facilité de ces opérations , cet élargiifement du pied du bure en forme concave : la fureté des ouvriers demande en même tems que cette chambre, nommée le premier ou le principal chargeage , foit non-feulement bien étanqonnée par-tout, mais encore (oit toujours un peu détournée de la direélion de la foife, c’eft-à-dire, qu’elle fe trouve à côté de la bufe ou de la vallée.
- 180. Quoique cette partie de la bufe du bure foit, à proprement parler, fon extrémité ou fa fin , il y en a cependant encore une portion aifez considérable, qui , parl’ulàge particulier auquel il lert, peut être confidérée à part, comme n’appartenant plus au bure: c’eft un prolongement de cette bufe défi-tiné à fervir de principal puilard aux eaux, & qui pendant que l’on travaille, eft bâché. Il eft connu dans le métier fous le 110m de bougnou : nous en parlerons à l’article des eaux ; il fuffira de lavoir pour le préfent, que cette partie du bure profondée au-delà de la bufe, eft toujours de trente-cinq ou quarante poignées plus bas que la dieille inférieure de la fécondé ou troilieme veine qu’on veut travailler. Voye{ pi. II.
- igi. Dans toute fon étendue la bufe du bure eft différemment étançon-née depuis le haut jufqu’en bas, ou feulement en quelques parties.; la di-
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- reclion de la foffe , fa largeur , fa profondeur, le terrein pierreux ou terreux 'dans lequel elle eft enfoncée, donnent fur ce point les réglés à'fuivre. Les foffes de petit athour, comme les moins confidérables , n’ont befoin d’ètre épaulées dans la partie terreufe qu’avec des roijfes retenues par des boulons , n°. ? y pi. III, fig. L, ou par des pièces de bois de feiage, n?. 4. Pour les fojjcs de grand athour, les parties qui font profondées dans la couverture terreufe, ne font communément revêtues que de gros bois , de forts madriers de fix à fept pouces d’épaiifeur. L’affemblage de cette charpente eft telle que les deux côtés oppofés des madriers fervent d’eftrelillons aux madriers des deux autres côtés , & que les uns & les autres , portés fur de bons poteaux de huit pouces d’épaiiTeur fur deux pieds de long , font affemblés comme les douves des tonneaux. Cette maniéré fuftit pour épauler les terres , pour empêcher les filtrations des eaux dans l’intérieur du bure, foit par la compreflion qu’elle produit fur ces terres, foit par l’iffue qu’elle ferme aux eaux. Il eft des occa-fions particulières, où l’on eft obligé de garnir la bufe depuis l’œil jufqu’au fond du bure, ce qui s’appelle cuvellement : il en fera traité en détail. Dans quelques parties les parois de la bufe font foutenues par une maçonnerie jufqu’au roc, dans lequel ce revêtilfement fe continue : au pays de Liege cette conftrudion défignée en pierre , n°. 2 , eft toujours en brique.
- 182. Nous avons maintenant à confidérer les quatre côtés qui forment les parois du bure, ou de cette bufe du bure, fuppofée de figure quarrée-longue i les houilleurs leur donnent le nom de mahires, qui veut dire mur-s. Les travaux de l’exploitation demandent qu’elles foient diftinguées entr’eftes par des noms particuliers : la différence de leur longueur confidéréê de face ou en largeur, donne la maniéré de les déligner. Comme dans les folfes dè grand athour les bufes font profondées en parallélogramme , de façon qu’il y a deux côtés correlpondans qui font plus longs, & deux autres correlpon-dans aufli entr’eux, qui le font moins, on a appelle longues mahires les deux mahires les plus étendues en longueur, ou les plus longs côtés du bure qui répondent aux côtés de la veine j & les deux autres qui font plus étroites, font nommées courtes mahires.
- 183- Selon différentes circonftances , & félon le terrein, le tour ou tambour eft élevé en traverfe fur les longues ou fur les courtes mahires. Dans les foflTes de petit athour ou dans les cas qui exigent deux treuils, l’un pour les eaux, & l’autre pour les houilles, le tour porte fur les longues mahires : lorfque le bure eft plus profond, le tour doit porter fur les courtes mahires, afin que les chaînes puiffent courir làns trop s’approcher, fe toucher & fe doubler.
- Des grandes ou longues mahires, & du parti - bure.
- 184- Elles font particuliérement remarquables par les avantages variés,
- attachés
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- attachés à la différence de prolongement qu’on a vu ci-deffus, qui peut leur être donnée. C’eft fur ces mahires quefe prend à l’œil du bure jufqu’à quelques toifes en profondant, une portion même de l’étendue de cette ouverture que l’on fépare de l’autre, ce qu’on appelle parti -bure.; & dans le cas où l’on en a befoin, on fait Vceil du bure encore plus long qu’à l’ordinaire.
- 18 S'- En jetant les yeux fur la pl. V} fig. 2, on voit d’abord le but qu’on fe propofe par ce retranchement ; le coufate, lorfqu’il approche de l’œil du bure, venant à rencontrer la planche a, s’éloigne infenfiblement de la mahire, & eft conduit au pas du bure. Cette fauffe réparation qui, comme on le voit, ne s’étend pas dans toute la longueur de la bulè, eft très -ingénieufe , quoique fort (impie. C’eft uniquement une forte cloifon de menuiferie, nommée lutte, faifant corps avec un cintre qui eft fixé à la tête du bure* elle eft plus ou moins longue félon que le pas du bure avance de l’œil du bure : la forme , la longueur de cette cloifon, font donc proportionnées fur les paniers qui montent & qui defeendent ; les planches dont elle eft compofée , fe nomment bois de parti - bure ; & le boulon auquel font attachés ces bois, s’appelle bois de many , c’eft-à-dire , qui s’emboîte dans une entaille , many.
- 186. Cette efpece de faux bure a encore d’autres objets d’utilité ; on y place quelquefois les échelles fur lefquelles les ouvriers defeendent dans les ouvrages , & en remontent. D’autres fois 011 enleve par ce parti - bure avec des féaux les eaux d’une veine fupérieure , ce qui difpenfe de profonder exprès un autre bure , comme il fera dit à l’article des eaux. On y fait même defeendre auiïi les tuyaux de pompes : au moyen de cette réparation, ces conduits font garantis de la pouflîere de la houille, qui s’échappe des paniers & coufates dans les fecoulfes. Alors ce parti* bure ell un vrai bure de forme ovale & en maçonnerie de brique j fon épailfeur, ainfi que toutes les cir-confiances de fa conftruétion, font réglées fur la nature du terrein qui pourrait travailler contre cette muraille. Au-delfous de ces mahires, au fond du bure , fe prennent des chemins nommés levays ou niveaux du bure. Ces routes font les principales de toutes celles que l’on eft obligé de pratiquer pour l’exploitation 5 elles feront traitées fous ce titre.
- Des deux courtes mahires.
- 187. Les deux mahires ou côtés du bure, qui dans là forme de quarré-long rendent le bure plus étroit, ont befoin d’être diftinguées l’une de l’autre par deux dénominations différentes.
- 188. Courte mahire, appellèe mahire d’athier , ou mahire d’amont-pen-dage. La courte mahire qui eft en tête de la veine, c’eft-à-dire, fur le haut du pendage, s’appelle ainfi. O11 pourrait l’appellçr feule courte mahire, étant
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- ' en effet plus courte dans fon étendue, le long .de la bufe, que la mallire op-pofée qui defcend plus bas. C’eft à cette mahire, dans le fond du bure, furie haut du pendage, qu’eft attaché le fupport de la poulie de renvoi.
- 189* On doit remarquer ici en paffant, le tuyau de defcente , dont le-commencement fe voit en A ,pl. ^,/g.1. Il appartient moins au grand bure qu’à celui qui eft attenant, & qu’on nomme bure d'airage j d’où il conduit l’air au bas de la bufe du grand bure , & de là dans les extrémités des ouvrages : auffi nous en parlerons en détail à cet article, auquel il fe rapporte directement..
- 190. Cette coupure ell: nommée royon^'û 11’en eft queftion ici que comme dépendance de la mahire d’athier, % comme étant appuyée contre le grand bure , & fe profondant en même rems^elle peut donc auifi être regardée, à quelques égards, comme appartenante au grand bure ; elle n’en eft féparée que par une muraille de brique ; je trouve dans Louvrex cette réparation appellée machine.
- 191. Mahire courte , nommée defcendante ou de defcente; mahire d’aval-lée ou d’aval-pendage. La courte mahire oppofée à la mahire d’athier , & qui eft fur le bas du pendage, fe déligne par ces différeras noms. Elle doit être un peu plus large que la mahire d’athier , & davantage au deie qu’au toit. Dans le pied de la mahire d'dval-pendage, on pratique quelquefois, pour les eaux des fendans^uwQ excavation qui peut contenir deux à trois cents tinnes d’eau. Comme ce puifard , nommé carihou, fe ménage auffi dans une veine, j’en rejette le détail à la conduite des ouvrages. C’eft fous ces deux mahires d'a-thier & d'avallée . que doivent commencer les voies que l’on prend dans une: veine en defcendant, c’eft-à-dire ,qui coupent le pendage à demi.
- 192. Telle eft la conftruCtion du maître bure. Il eft des occafions où il faut en profonder deux pour une feule veine fur une différente partie de pendage ; l’un eft avallé fur la tète de la veine 9 & pour cela eft nommé foffe amont-pendageyYàxxtre tombe fur le pied de la veine, d’où 011 l’appellefôjfe aval-pendage. Il en fera parlé en détail, lorfqu’on décrira l’exploitation des platteures.
- 193. Outre ces différens bures d’extraCtion il 11e fè fait point de travail de mine de charbon , qu’il n’y ait lieu à en conftruire un autre d’un ufage tout différent ; c’eft celui qui a rapport à l’airage de la mine. Les TranfaCtions phi-'lofophiques (a} en ont donné la defcription. Cette pieee a été publiée en français par les rédacteurs de la collection académique (b). M. Genneté, méchanicien de S. M. Impériale, en a donné une idée & un profil (y) qui ne diffère de la
- (a) Année 176, art. 1 , nQ. ç , fous terreins.Var M. Robert Moray. ce titre : Moyen qdon emploie à Liege (b) Tome VI, pape 3. pour rtnouvtUerf ad dans les lieux Jou- (cj Defcription d’une partie d’un fouter-
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- flanche inférée dans Lehmann (a), que par le tuyau élevé en maçonnerie fur l’ouverture de ce bure, comme il fe pratique à Liege. En faifant ufage de la première defcription que je viens de citer, j’y ferai quelques additions relatives au plan de mon ouvrage.
- Burtay , bure\ d'airage. ^
- 194. Cette petite fojjè qui prend fon nom de l’airage auquel elle eft def-tinée, s’appelle burtay ,pl. V,fig. 1. Comme elle communique à plufieurs endroits dans le grand bure par,des taillemens,elle s’affied à quelques toiles du voilinage , & ordinairement plus amont-pendage du grand bure que l’on veut fojfoyer fur la même veine, que le maître bure : cette pofition s’exprime en diiant, quelle ejlprofondée à thier du bure ou plus athier que le grand bure. Le détail de fa conftrudion , dans lequel nous allons entrer , donnera par avance une idée de fes ufages & de fon importance.
- i9f. Ce petit bure , dont il faut alfeoir le fond dans le roc vif ou fur quelque matière ferme, doit avoir pour le moins douze toifes de profondeur, & être bien folidement maçonné dans tout fon trajet qui eft dirigé perpendiculairement. La paroi qui confine au grand bure eit à différentes profondeurs qu’indique le manquement d’air , excavée par une ouverture prolongée en fe ravallant jufqu’alfez près du grand bure , ou quelquefois même jufques dans la bufe de ce bure, pour y déboucher, lorfqu’on voit qu’on 11’a pas eu l’air par le royon. Chaque bouche de ces taillemens, nommés pierçures, comme îî l’on difoit perçures, ouverte dans le burtay, eft nommée ruwalette, & on les défigne par première , fécondé , troilieme ruwalette ; la muraille du burtay , entre chaque ruwalette, foutient une couple d’échelles. La première pier-çure, à l’endroit où elle vient fe rapprocher de la mahire du bure, s’abouche avec un autre taillement ou canal D,D , creufé dans la pierre, & qui def-cend à plomb le long de la mahire jufques dans le fond du grand bure, pour fervir de paffage à l’air ; c’eft ce conduit qu’on appelle royon D , D.
- 196. On fe contente quelquefois de conduire l’air entre des planches appliquées le long des mahires jufqu’en-bas, & de là dans le fond des ouvrages. Les planches dont on forme ce canal, ont befoin d’être bien garnies d’argille ou d’autre matière ; & le total eft féparé du grand bure, comme on le voit, par la maçonnerie ou muraille de brique, qui s’appelle machine.
- rein d’où l’on tire le charbon de terre, près cheminée ^ qui garantit du feu & de la fu-la ville de Liege, où fe fait une circula- mée,&c. Paris, 1759. tion artificielle de l’air, page 96 de la bro- ( a ) Art des mines, &c. tome I, page 5 o. chure intitulée : Nouvelle conjlruftion de
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- A la fuperficie du terrein & fur les rebords même du burtay, eft bâtie une efpece de cheminée de brique A, h, pL V^fig. i. Ce conduit, appelle, en terme du métier, cheteure, à eaufe de fa forme conique, comparée par les houilleurs à celle d’une ruche, ainfi nommée dans le patois- de Liege, eft en effet d’une figure à peu près quarrée jufqu’aux deux tiers de fa hauteur, & va enfuite en fe rétrécilfant en maniéré de cône tronqué ; fon épaiifeur ell d’une brique & demie ; fon diamètre, dans la partie inférieure , eft de fept pieds, celui d’en-haut de dix-huit pouces, le tout mefuré intérieurement, & la hauteur de trente-huit pieds £u-déifias du terrein. Selon la nécellité, elle peut avoir vingt-huit, trente, quarante, cinquante, foixante pieds ; car plus cette cheminée ou cheteure eft élevée, mieux elle attire l’air. Cette augmentation fe fait par degrés, en elfeyant toujours fi la cheteur tire; & l’on ne celfe de prolonger fon élévation que lorsqu’elle tire bien , & autant qu’on le veut.
- 197. La cheteure A, A, eft conftruite de la même maniéré, & à peu près dans les mêmes vues qu’on a coutume de le faire dans les fourneaux chy-miques; elle accéléré le courant d’air dans les puits d’airage au moyen de la communication D, D, ouverte avec le fond de la mine, où elle va en fe rétrécilfant jufqu’à fe réduire à dix-huit pouces en quarré. Au niveau du fol, on fait une porte à peu près de la hauteur d’un homme, & on établit en-dedans un treuil, pour defeendre le feu qui doit établir la circulation de l’air. Au bas delà cheteure, à environ trois pieds en terre, il y a dans l’une des murailles une ouverture quarrée, dont chaque côté a neuf à dix pouces ; c’eft par là que s’introduit l’air: on fixe dans ce trou quarré un tuvau de bois, quarré aufti, lequel doit s’y adapter bien jufte. Les pièces de bois formant ce conduit, doivent être bien jointes enfemble,afin que l’air nepuilfe entrer dans le tuyau que par fon extrémité qui eft ouverte.
- 198. A mefure qu’on avance fous terre, on alonge ce tuyau dans l’intérieur de la mine, en y adaptant d’autres pareils tuyaux, toujours bien exactement joints, qui compofent une bufe allant entre les deuxmahires du bure jufqu’en bas, & de là dans tous les ouvrages de la mine où l’on a befoin de renouveller l’air. C’eft par ce burtay que dans les bures perpendiculaires ou inclinés à l’horifon , on introduit un nouvel air dans toute l’étendue des ouvrages fouterreins, que Ton attire le fouma du fond de la mine, ou, pour corriger le langage des houilleurs, que l’on remplace continuellement le mauvais air par l’air extérieur, en faifant quelquefois deux puits , félon le jbelbin.
- 199. Mais ce qui achevé de remplir cet objet, c’eft le feu qu’on entretient avec foin dans un des uftenfiles d'airage, décrits ci-delfus. L’air dilaté par ce feu, devient plus léger que l’athmoiphere ; il eft par conféquent obligé
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- de monter, & de s’échapper par l’ouverture fupérieure du puits , tandis que l’air de fathmofphere s’introduit par d’autres ouvertures pour remplacer celui-ci. L’un ou l’autre des uftenlîles à feu eft fufpendu par quatre chaînes de fer qui fe réunilfent dans un crochet, lequel termine l’un des bouts d’une chaîne plus forte , nommée cot^ée.Cette derniere chaîne dévalé fur un petit -treuil ou tour, placé à la bouche du burtay au bas de la cheteure. Ce treuil eft uniquement formé d’un cylindre de bois, traverfé dans fa longueur par une broche de fer forgé, dont une extrémité eft coudée à quelque dil-îance du rouleau, pour fervir de manivelle. ( 8 )
- Bure à pompe.
- 200. Lorsqu’on ne place pas le jeu des pompes dans le parti-bure, on profonde tout exprès une folfe nommée bure à pompe. C’eft une foife ou voie percée d’à-plomb en terre fur une veine, pour y établir les pompes foulantes •& afpirantes, employées à l’épuifement des eaux en les enlevant au jour. Cet objet de deftination lailfe à juger que ce bure furpaife beaucoup en profondeur la foife appellée maître bure. Il eft ordinairement eftanfillonné depuis le haut jufqu’en bas, de même que les bures qui font à roijjes.
- 201. Les bures à pompes font planchéyés quand ils font quarrés : mais il vaut mieux qu’ils foient murailles ; & alors,quoiqu’ils foient percés en quarré, les angles de cette maçonnerie font arrondis pour lui donner plus de force. On difpofe dans leur longueur les corps de pompes , qui font tantôt en bois, tantôt en fer. On fupplée quelquefois à ce bure par un canal que l’on appelle xkorre ou ardue. Je le range, ainfi que je l’ai annoncé, dans la clalfe des routes fouterreines, & j’en rejette le détail à l’article des eaux.
- Spouxkeux, puifeux , bure avant - pendage.
- 202. Cette foife, dont les noms indiquent l’ufage & l’endroit où il s’aL fied, fe profonde lorfqu’on veut tirer les eaux d’un bure fupérieur, auquel on a deÿerrè, c’eft-à-dire , auquel on a donné communication ; c’eft le parti-bure en brique décrit ci-delfus , & vraisemblablement le puits défigné dans Agricola, pag. g2, lib. V, puteus qui lacunce loco ejl : en allemand, Wafjei-Shacht.
- Des tailles & des voies fouterreines en général
- 203. Les bures tombent toujours, comme on l’a vu , fur une veine de
- 1 Tous ces moyens de faire circuler même en le plaçant le plus loin qu’on pout-faïr dans les mines, ne peuvent qn’être rait de celui-ci, cette circulation fe ferait très - utiles ; mais il paraît qu’en faifant le avec plus de facilité , & demanderait moins petit puits abfolument réparé du grand, & de conduits fou-terreins.
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- charbonj ils font même prolongés au-delà, voye^ pl. II. La houille étant détachée & enlevée , lailfe entre le toit & le fol, des efpaces vuides qui fe continuant à mefure qu’on avance les ouvrages , forment de véritables galeries. Les houilleurs pratiquent dans ces chemins, des dégagemens , afin que les différentes manœuvres puiffent s’exécuter avec aifance j des coupures pour fup-pléer au peu d’épaiiTeur de la veine ; des routes de communication pour aller rencontrer une veine placée au-deifus ou à côté d’une autre ; des voies pour fe tranfporter d’une partie de veine à une autre ; des conduits pour faire aller le vent i des canaux pour procurer des écoulemens ou des iifues aux eaux ; enfin tout ce que leur befoin indique à leur induftrie.
- 204. Il faut en conféquence diftinguer dans une houilliere plufieurs ef-peces de routes : je renvoie à leur place naturelle celles qui font deftinées à des ufages particuliers, telles que les voies pour l’air ou pour les eaux j il ne fera ici queftion que des principales galeries. J’appelle ainfi les fouterreins qui ont une longueur relative à la veine de charbon, 8c qui ont trait au fervice immédiat de la houilliere , c’eft-à-dire , qui ont pour but l’élargiifement appelle dans le métier dilatement des veines, & la facilité du tranfport de la houille de proche en proche jufqu’au burâde. chargeage. La longueur de ces dilatemens n’eft fixée dans aucun ouvrage > la nature du toit & de la houille établit feule la réglé fur ce point. Ces boyaux de mine font quelquefois appellés veines -, mais comme ils réfultent de la taille de la veine dans laquelle on les coupe , ils font plus généralement appellés tailles, 8c les décharges des tailles font appellées du nom collectif voies, qui revient au mot latin via , & au mot français paf-fage. Les houilleurs difent qu’ils travaillent à la taille dans telle voie,dans telle coijlrejje. Les côtés des ouvrages & tout ouvrage qui en côtoie un autre dans fa longueur, s’appellent en général pareuffes ; on ditpareuffes de la voie , pareuffes de la taille , pareuffes de veines , pareuffes de l'airage , pareuffes de Jlappe. O11 préfarae d’abord que ces rameaux de mine ne forment point dans toute leur longueur un vuide abfolument continu ; de diftance en diftance on laiffe des piliers, après lefquels on recommence une taille. Voici l’idée qu’011 doit fe former de cet ouvrage.
- 205“. Après avoir déchargé une heve, c’eft-à-dire , détruit, foit en largeur, foit en profondeur, foit en hauteur, un quartier de veine , qui produit alors ce qu’on appelle une taille ou l'ouvrage d'une taille, on fe ménage un épaule-ment. Ces tailles ont ordinairement trois ou quatre pieds d’élévation, fur quatre, cinq ou fix de largeur , & fix ou dix toifes de longueur , fuivant les circonftances. Quant aux épaulemens , 011 indiquera à leur place les circonf. tances fur lefquelles on fe réglé pour donner à ces maflïfs de houille plus ou moins de volume , & les efpacemens qu’on doit leur laiffer : il fufïïra de favoir, quant à préfent, que ce mallif que l’on çonferve en houille , & qui
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- eft quelquefois d’autre matière, a cinq ou fix toifes de long. A ce pilier on fait fuccéder une fécondé taille de même longueur que la première , puis un autre pilier , & ainfl de fuite , en allant toujours en avant ; c’eft ce qui s’appelle chajfer les ouvrages : & pour que les /"ployons puiffent être tirés plus aifément, toutes ces tailles doivent être bâchées.
- 206. La houille étant tirée, on laide dans la partie fupérieure de la taille un petit chemin qui fert pour paffer le vent, & dans la partie inférieure un autre plus large pour palier les ouvriers : le relie ou entre - deux eft rempli de triguts, en obfervant qu’on lailfe quelquefois plus ou moins de largeur, fur-tout dans les voies qu’on appelle montées \ après quoi on prend encore dix toiles de largeur, puis on en marque autant qu’on peut en travailler commodément.
- 207. Comme les maflifs dont il vient d’être parlé , que l’on conferve dans la pourchaliè des tailles, loit en charbon , foit en matierfe qu’on y alièmble à là place, ont dans les ouvrages diftérens points d’utilité, qui exigent de les multiplier & de les diftinguer entr’eux par des dénominations différentes, il eft nécellaire de donner des généralités préliminaires fur ces épaulèmens j les uns uniquement deftinés à foutenir le toit, font appellés ferres, lorfque c’eft une malle de charbon qui les forme.
- 20g. Ces ferres , dans quelques circonftances , font employées à un double ufage j elles deviennent un chemin dérobé , par lequel on peut aller d’une taille à l’autre, d’un ouvrage à l’autre: alors elles font ouvertes d’un bout à l’autre : on les mornme ferres refendues ; l’ouvrage s’appelle refendement de ferre j & l’on dit qu’on déferre , que l’on perce une ferre. Cette voie de traverfe ménagée dans une ferre , outre l’utilité qu’elle a d’abréger le chemin, & c’eft la principale, a encore celle de faire fuivre la lumière , comme difent les ouvriers, c’eft-à-dire, de donner la liberté à la circulation de l’air.
- 209. Quand ces piliers font artificiels, c’eft-à-dire, compofés degenges & de triguts , afin d’oppofer une digue aux eaux, ils font nommés (lappes j on leur conferve néanmoins plus particuliérement cette dénomination, lorf-qu’ils font uniquement deftinés à fervir de foutien au toit & de fureté au chemin des ouvriers. Il eft aufîi des occafions où ces maffifs prennent le nom de ferremens ; on y fait, comme dans les tailles , des trous de tarré , dont 011 parlera à l’article des eaux. Enfin, d’autres piliers 11e font ménagés que relativement à la cii culation de l’air.
- 210. Comme moyens concourans à conduire, à contenir les eaux, & à faire circuler le vent, les fappes font renvoyés à l’article particulier, où il fera traité de ces deux objets. Comme piliers où ferres , ils feront traités lorsque ie décrirai les travaux. Je reprends donc les généra-'ités qui regardent les tailles Sc les voies, afin de donner une idée.de la diftributiou des diftérens.
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- B U C H À R B ON DE TERRE.
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- rameaux de mine. L’effentiel de tous les articles que je vais traiter, & qui achèveront l’art d’exploiter ces mines au pays de Liege, eft renfermé dans-l’ouvrage que j’ai cité, ailleurs; mais à la faveur de l’ordre que j’ai donné à toute cette matière, &:de l’étendue'que j’ai donnée à plufieurs points qui m’ont paru le demander, la connaiifance des principes fuivis à Liege pour ces travaux, deviendra, à ce que j’efpere, plus fimple & plus facile.
- 211. Les voies ou décharges des tailles, fe conduifent auffi d’une façon qui leur eft particulière ; il faut y confidérer la pente qu’on doit leur donner , les diftances qu’il doit y avoir entre chaque voie, leurs dimenlions & la maniéré de les épauler. Elles doivent pencher du côté de l’œil de l’areine pour la facilité de l’écoulement des eaux. Dans les ouvrages bien réglés, il y a ordinairement dix toifes entre chaque voie; il doit cependant y avoir quelquefois plus de diftance entr’élles : ces cas feront expliqués chacun à leur place ; on leur donne communément quatre pieds & demi de hauteur , fur cinq de largeur, afin de pouvoir faire une longue pourchalfe. Les voies font auffi, félon différentes circonftances, étayées fimplement en maçonnerie, que foutiennent des bois placés de diftance en diftance : on exprime cette conftru&ion par le mot mitrailler.
- 212. C’est au commencement de chaque voie que fe pratiquent dans toutes les tailles de diftance en diftance, des dilatemens. Ces niches font non-feulement deftinées aux eaux, & on les appelle alors ferremens ; mais elles fervent encore d’entrepôts, & on les appelle chargeagés. i®. On y amene les denrées pour les mettre fur les bâches & fployons, que les hiercheurs conduifent au principal chargeage répondant à la bufe du bure. A raifon de cette defti-nation, il y a plufieurs chofes à obferver fur ces repos. On leur donne la même forme qu’au principal chargeage, avec cette différence, qu’ils n’ont pas la même étendue. 2<?. Ils font diftribués dans des places qui font fixées félon les' différens ouvrages. Ces chambres font ordinairement diftantes les unes des autres de dix toifes, & de vingt toifes dans les borgnes vallées & dans les demi-gralles. Ainfi, lorfqu’on veut .défigner des ouvrages confidéra-bles , on exprime le nombre de ces chargeages on dit ;5 dans cette taille , dans telle vallée, dans telle gralle, nous avons tant de chargeages. Au-delàr de chaque chargeage, on dilate encore fix toifes de largeur ; ce qui donne une nouvelle taille dans laquelle on fait un chemin, & au-deffus de la taille' on en fait encore un autre pour retourner le vent. Enfin, entre ce dernier, au-deffus de la taille & le chemimfait dans la taille, on fait une ftappe.
- 213. Chaque taillai renferme encore des endroits à remarquer, lavoir, des entrepôts pour la houille;, qu’on appelle hierchages, & les. ramaflés-d’eaux qu’011 nomme pahages. Les hierchages font des dilatemens, dont l’étendue eft proportionnée à la grandeur des fployons ou à la hauteur de la veine: quand
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- les veines ont une bonne largeur, & que le toit eft folide, on n’a pas be-foin de faire ces repos; quand on en établit, les diftances qui font entre chaque dépendent de la maniéré dont la houille eft traînée par un ou par deuxhicrc/uurs, ou, comme ils difent, à unfiul ou à cope, c’eft-à-direà deux. Ces enfans la tranfportent ainfi de diftance en diftance dans les gralles, pour rendre leur charge à d’autres hiercheurs qui la conduifent ainfi de proche en proche jufqu’à la bufe du bure, d’où ces repos ont pris leur nom. Il y a, dit-on , tant de hierchages depuis Vendroit oit Von travaille , jufquà la bufe du bure. Dans des efpaces marqués, on conferve aux tailles ou on y ménage des creux, dans lefquels on lailfe paître les eaux ; ces différens puifards font féparés par des flappes, & fe communiquent entr’eux. Nous ne ferons que les indiquer à chaque voie où il convient d’en pratiquer : nous ferons un article à part de ce qui les regarde, & de leur épuifement.
- 214. Apres ces dilférens conduits ou chemins, il en eft d’autres qui, pour être peu étendus, n’en font pas moins de conféquence pour établir des communications entre ces dilférentes voies, ou leur donner une hauteur convenable, ou pour former des conduites aux eaux, & àider la circulation de l’air. Dans tous les ouvrages on pratique de petits chemins, des coupures, des paifages relatifs aux vues 8c aux circonftances. Ces canaux de mine font quelquefois exprimés par des noms particuliers, comme nous avons vu le royon qui eft de ce nombre j on les comprend cependant fous le nom générai de teyment, qui veut dire taillement, & qui renferme fous lui le bojjiement, dont nous donnerons des exemples. U11 teyment eft donc une coupure prifè dans le toit ou dans la deie, félon que l’un ou l’autre font plus faciles à xhaT ver; fon objet eft d’agrandir les tailles, afin d’avoir plus de jeu pour les travaux.
- 21 s. Lorsqu’un canal va d’une veine à l’autre ou ailleurs, on l’appelle bacneure, quelquefois efpetteure : c’eft un petit chemin de traverfe pour arriver à une veine en évitant les levays ; les petits paifages blancs & pointés, pl. II, expriment ces communications. Quand on travaille par bouxtay ou bure fouterrein, ces coupures changent de nom.
- 216. Parmi les voies qui ont pour but la circulation de l’air, & qui fe nomment, d’un terme général, airage, celles qui 11e forment qu’un petit canal font defignées par le mot ruwalette, comme fi l’on difoit petite ruelle : nous confidérerons à part ces diiférens conduits. Tout ce qui provient de ces dilférentes recoupes, tant de pierres que de fouaye, ne fort pas des tra^ vaux fouterreins : en les employant à dilférens ouvrages que l’on fera connaître , ils ne forment ni embarras ni obftacles à la pourfuite des ouvrages» on les appelle alors ftouppures, du verbe Jlupare, qui veut dire boucher. Quand par quelqu’accident ces décombres du toit de fouaye, ou d’autre^' Tome XVI. H
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- dérangemens qui entraînent des réparations à faire , ne biffent point d’accès libre pour paffer, ces voies ainfi embarraflees prennent le nom de voies tempeJUcs : eXprelîion employée quelquefois dans les rapports d’experts, dont nous ferons mention.
- ü7. On peut en générai établir trois tailles remarquables, diftinguées entr’elles dans rinftitution primitive de la houillerie par des noms particuliers que je leur conferverai. Ces tailles qui fe multiplient toutes félon l’exigence des cas, font les tevays ou niveaux, les gralles & les vallées ; je range dans cette même claife ces ouvertures ou foifes, creufées comme des puits, que l’on appelle torrets , & celles que l’on appelle bouxtays.
- il8- Parmi les tailles du premier genre, on doit regarder comme principales celles appellées niveaux ou levays, & quelquefois niveaux ou levays du bure, en les confidérant comme partagés en deux par la bufe du bure, dans laquelle l’ouverture de l’un & de l’autre levay fe rencontre fous chaque longue mahire, oppofée par conféquent l’une à l’autre. Les/?/. VI, Vil, VIII & IX doivent être examinées ici d’avance, afin de comprendre le détail qui va fuivre ; on y a préféré aux chiffres ou lettres de renvoi, les noms de chaque route & de chaque taille: en confultant chaque planche à chaque article, le le&eur aura beaucoup de facilité pour concevoir le plan de ces travaux.
- 219. Outre ces niveaux du bure, il y en a d’autres que l’on difHngue par fécond & troifieme niveau. Il en eft aufli qui appartiennent à l’airage-Les tailles qui font enfuite confidérables, font les gralles & les vallées.
- 220. Une voie prife dans la veine en defcendant dans cette veine, & qui eft perpendiculaire à la voie du niveau, eft une gralle , d’après Lou-vrex; de maniéré qu’il parait qu’on doit appeller gralle , une voie perpendiculaire à une autre qu’on a fait quejler dans une vallaie ou vallée , & qu’on nomme coijlrejfe de vallée.
- 221. Le mot vallée préfente plus naturellement fa lignification ; 011 a fans doute voulu exprimer par ce nom la pente douce de cette taille à la maniéré d’une vallée. Ces deux dénominations, gralles & vallées , font fy-nonymes félon Louvrex, & lignifient toute voie perpendiculaire au niveau. Les détails dans iefquels nous entrerons en les traitant féparément, feront voir en quoi different ces deux voies. Chacune d’elles en reçoit d’autres à droite 8c à gauche , qui font nommées, fans doute par corruption, coijlrejfes r quejlrejjes ; il eft permis de préfumer qu’011 a voulu annoncer qu’elles1 marchent d’un côté ou d’un autre, ou bien que c’eft par ces chemins1 qu’011 va à la recherche, à 1 ^ quête des parties latérales de chacune des voies à Laquelle elles appartiennent. Effectivement, ces routes s-’ouvrent dans les; deux côtés des chemins, & font pareujfes de La voie-*', cependant il ne fout
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- prendre ce terme que dans l’acception générale donnée au mot côté, qui fc dit non-feulement de ce qui eft à droite & à gauche, mais encore de tout ce qui eft autour 8c aux environs.
- 222. Louvrex appelle coiflrejfes toutes voies faites entre deux vallées ou grades, ou entre deux montées, ou fur une vallée: elles comprennent & renferment tout l’ouvrage fait par la taille dont elles font queftrelfes, & coupent le pendage en montant. On en fait fucceffivement plufieurs les unes après les autres ; & lorfqu’on revient à en faire de nouvelles , cela s’appelle remonter la main. Le pied ou la partie balfe des coiftreifes, lorfqu’elles font vuidées & abandonnées, devient un baflin naturel pour les eaux.
- 22,3. Ces routes comprennent etifuite fous elles d’autres voies qui fe pratiquent dans des directions différentes , félon leur pofttion au-deffus ou au - deffous des mahires, & fur-tout des levays, ou félon qu’elles font parallèles ou perpendiculaires à cette taille , ou félon le pendage de la veine, &c. Il en eft que l’on appelle borgnes ; mot qui ne doit pas fe prendre dans l’acception qui fe préfente, & qui conviendrait à toute voie qui n’a qu’une entrée fans iffue. Les houilleurs ont jugé à propos de nommer ainfi les routes qui marchent en biaifant, fans doute parce que cette direction empêche que du fond de cette voie 011 11e puiffe voir fon entrée s on dit faire boirgnir la vallée.
- Des tailles & voies fouterreines en particulier.
- 224. Niveaux ou levays du bure. D’après ce qui a été dit ci-deffus en parlant de la couronne des chambres, l’ordre naturel des chofes exige que l’on faffe connaître d’abord ces routes , qui font comme le point de ralliement des houilleurs, & d' orientement de tous les ouvrages, qui de plus réuniffent beaucoup d’utilités. i°. Elles fervent de palfage aux ouvriers, tant à ceux qui^ont à la taille extraire les houilles & les charbons, qu’à ceux qui les mènent dans les chargeages. 2°. On peut y conduire & emboutir l'airage, au moyen d’une conftruCtion particulière, & c’eft toujours par ces deux tailles que l’air prend fon entrée dans les ouvrages fouterreins. 3®. Les levays doivent être dirigés à jufte niveau, de maniéré que depuis leur fond jufqu’à la bufe , il y ait dans chaque levay une inclinai-fon fuffifante pour procurer en même tems une décharge des eaux par ces levays dans le bougnou. Ces deux tailles, ainft que leurs voies ou chemins , font nommées refpeclivement levays, niveaux du bure , 8c ont befoin, dans la conduite des ouvrages, d’être diftinguées par un nom différent: on fe fert communément de l’expreftion de main droite 8c de main gauche du levay,
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- 22?. Main droite & main gauche du levay. Pour entendre cette façon? de s’exprimer, ufitée parmi les ouvriers, il ne s’agit que de confidéret le niveau ou levay du bure, comme s’il fe ^ trouvait placé à droite ou à gauche d’un ouvrier qui ferait couché fur le dos près de la veine, ou fur la veine, dans une pofture telle que fes pieds feraient du côté où cette> veine va en pente ; il eft tout fimple qu’alors le côté qui répond à la main droite du houilleur, foitr le levay Ide la main droite, ou la main droite du levay, & qu’eu conféquence le levay de la main gauche fera à l’oppofite.-La largeur des niveaux du bure eft de fept à huit pieds, & leur longueur de huit à dix toifes, félon les veines & félon la folidité du toit. Ces voies de niveau fe travaillent tantôt féparément, tantôt à la fois, & fe condui-(ent avec le tems, le plus loin polîible de la bufe du bure, autant que cela fè peut en fùreté, en y pratiquant, le long d’une ferre , des pahages ou pui-fards, fk de diftance en diftance des chargeages commodes, d’où toutes les houilles qu’on apporte des vallées font tirées par le herndq. Lorfqu’on ne travaille point par vallée, on y prend des grattes, des demi - grattes ; on y profonde même un torret. Parallèlement aux deux voies de niveau, un peu plus bas on établit deux autres voies pour fervir de réfervoir aux eaux du bure 8c des ouvrages, & qui communique avec le principal puilàrd, appelle bougnou. i
- 226. Boigne levay, ou borgne niveau, ou coiflrejfe, quefirejfe du niveau du bure. Selon Louvrex, ce terme lignifie une ouverture dans le haut de la veine, & à proprement parler, c’eft une coiftrelfe conduite entre deux montées prifes aux deux côtés du levay du bure, mais qui fait un coude dans fa marche. Cette voie ou taille fe prend au commencement du niveau du bure, montant à demi-pendage quinze toifes ou environ, afin d’avoir une taille de fix toifes de largeur , perpendiculairement au niveau du bure * & une ferre de quatre toifes d’épaifleur entre les niveaux & les borgnes niveaux. Les borgnes niveaux fe dilatent parallèlement au levay du bure, & on y prend enfuite perpendiculairement des montées, comme fur les niveaux.
- 227. Des montées. Les tailles & voies levées perpendiculairement fur les niveaux du bure, ou dans ces tailles, en montant athiers avec les pendages, font défignées parce nom; on les prend aulli fur les borgnes niveaux, & alors le borgne niveau peut être regardé comme une coiftrelfe prife dans une montée ou fur une montée. On en fait toujours plufieurs, & on les diftingue par première , fécondé, troifieme, &c. Ainfi l’on appelle première montée ? celle qui va à la tête de la veine. Seconde montée , celle qui l’avoifine en approchant du bure. Troifieme montée, celle qui vient après, & ainfi de fuite. Leur nombre fert à défigner la pourchalfe des niveaux du bure 5 car, quoique la longueur des dilatemens de ces tailles ne
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- foit pas réglée pour l’ordinaire, non plus que tous les autres ouvrages d’une folTe, elle paraît fixée à dix toifes. Ainfi , quand on dit le levay de la main droite ejl de quinze , vingt, vingt - cinq montées , cela défigne qu’il eft dilaté en longueur autant de fois dix toifes que l’on exprime de montées : dit - on, par exemple, tel niveau ejl de quinze pontées ? cela veut dire qu’il eft travaillé fur cent cinquante toifes de longueur.
- 228- Coiflnjje ou quefrefje de montée. PARALLÈLEMENT au niveau du bure, on dirige fur une montée, des tailles ou voies, nommées queflrefjes ou coijlrejjes de montée, qui coupent le pendage de la veine en defcendant, & s’inclinent en douceur comme la veine, afin que les hiercheurs puilfent monter : elles font toutes à dix toifes les unes des autres, à proportion qu’on dilate & qu’on pourchalfe la montée, & peuvent, comme toutes les autres tailles, fe multiplier félon le befoin. Il y a encore des coiftrelfes appellées fauffes quefreffes , demi - quejlrejjes.
- 229. Démi-montées. O N appelle ainfi les tailles ou voies qui, au lieu d’ètre précisément aplomb comme les montées, s’élèvent infenfiblement entraver-fant toutes les montées, afin d’abréger le chemin qu’il faudrait faire pour exporter les denrées de la montée la plus éloignée. Ces tailles fe dilatent à proportion du niveau du bure & des montées.
- y 230. Des vallay s ou vallées. Au-deifus du levay furie plancher , fe prend un chemin commençant à la bufe du bure , en defcendant perpendictdaire-ment dans la veine fous la mahire d’avallée: on l’appelle vallée, quelquefois grande vallée ; elle différé d’une gralle en ce que cette derniere eft d’amont-pendage, & que la vallée eft d’aval-pendage 5 la vallée d’ailleurs eft plus large & plus haute : ajoutez à cela, que ce qui en provient eft tiré par un hernaz à chevaux. Ces vallées doivent avoir fix, fept ou huit pieds de large, & de quatorze à feize poignées , c’eft-à-dire , de cinq pieds en hauteur fur le bage ou plancher. La dimenfion en long n’eft point réglée ; on fait fouvent les vallées d’un ou deux plombs de bure de longueur, c’eft-à-dire, auffi longues que Je bure eft profond j de maniéré qu’on exprime fouvent la longueur de la vallée, en difant qu’elle eft une ou deux fois auffi profonde que le bure.
- 231. On fait dans la vallée , comme dans les autres tailles, des chargeages. La diftance qu’on laifle entre ces chargeages de vallées , eft réglée à dix toifes l’un de l’autre > il faut cependant en excepter le premier qui fe trou.ve à la tète de la vallée : comme il faut fe ménager fous les niveaux du bure deux bonnes ferres pour fou tenir les eaux des pahages , ce premier chargeage eft à quatorze ou quinze toifes. Louvrex donne à ces ferres le nom dq ferres de vanix.Le nombre de chargeages fert quelquefois à défigner la longueur de la vallée, cette longueur faifant autant de fois dix toifes qu’on exprime de chargeages > dix chargeages , par exemple, veulent dire cent toifes.
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- dans cette longueur on prend dix tailles d’un côté de la vallée, & dix autres tailles de-i’autre côté.
- 232. Dans la vallée, on pratique au-deffous de la taille un chemin pour retourner le vent ,& au fond de la vallée on fait un réfervoir femblable aubou-gnou qui eft dans la bufe du bure, dans lequel fe rendent toutes les eaux de la vallée & des ouvrages qui y aboutiffent ; ce réfervoir eft nommépahagç.
- 2^. Demi-vallay ou demi-vallée. On appelle ainli celle qui coupe le milieu de la veine. Cette diftin&ion de vallée en demi - vallée eft peu ufitée ; elle parait d’ailleurs fe rapprocher de la vallée qu’on appelle boigne ou borgne.
- 234. Boignes vallays ou borgnes vallées. On appelle ainii toutes les vallées qui, au lieu d’être perpendiculaires au niveau du bure , vont obliquement & en biaifant, c’eft-à-dire , en fe reployant, couper le pendage à demi, comme la demi-gralle. Elles font avantageufes quand la veine pend en forme de talus ; elles doivent fe commencer, de même que les vallées, fous la mahire dla-vallée , & fe construire fuivant les mêmes réglés que les vallées : elles ont fou-vent un ou deux plombs de bure de longueur ; mais cette dimenfion qui fe défi-gne comme celle des vallées par des plombs de bure & par les chargeages, n’eft pas fixée.
- 23ï- Dans ces tailles,les voies font diftantes.les unes des autres de la longueur de vingt toifes. De quinze en quinze toifes , de dix-huit en dix-huit, ou de vingt en vingt toifes , félon que l’on fait boirgnir ou biaifer la vallée , 011 pratique un chargeage, afin d’avoir des tailles de fix ou fept toifes de largeur, & des ferres de trois ou quatre toifes. Les chargeages font toujours , ainfi que ceux des vallées, au commencement de la voie dont il va être parlé. Au refte, les vallées & borgnes vallées doivent être bâchées, ainfi que les chemins des hiercheurs, afin qu’on puilfe y traîner avec plus de facilité les paniers & les vays.
- 236. Coifrejjes, quefrejfes de vallâtes ou de vallées. Aux deux côtés d’une vallée , font des voies qui comprennent tout l’ouvrage fait par la vallée ; c’eft ce qu’011 nomme coifrejjes, quefrejfes de vallée. Chaque coiftreffe de vallée a dans fon commencement le chargeage de la vallée & de la borgne vallée.
- 237. Gralles. La gralle a lieu pour l’ordinaire dans les ouvrages, quand le pendage eft fort plat; c’eft proprement une voie qui fe prend dans la veine en defcendant, & qui eft perpendiculaire à la coiftreffe de vallée : il 11e faut point la confondre avec une vallée qui en différé effentiellement, 8c par fes dimenfions bien plus grandes , & par la maniéré dont on extrait ce qui en provient. Les gralles fe prennent en différens endroits, félon certaines cir-conftances; quelquefois c’eft à la bufe du bure , comme les vallées. Qyand il y aune vallée, on les prend fur laderniere coiftreffe de vallée; lorfqu’on 11e fait point de vallée , elles fe prennent s ainfi que les demi-gralles 8c les torrets , fur les niveaux du bure.
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- 238. Demi-gralle. Lorsque le pendage eft trop roilfe, on prend une "Voie qui defcend très-peu, & qu’on appelle demi-gralle ; elle ne différé de la gralle qu’en ce qu’elle coupe le pendage à demi obliquement, afin que les traineurs aient moins de peine à tirer les houilles. O11 peut prendre plufieurs gralles & demi-gralles les unes fur les autres} entre chaque demi-gralle il doit y avoir environ vingt toifes , afin d’en avoir dix perpendiculairement, comme pour les borgnes vallées.
- 239. CoiftreJJes ou quefireffes de gralles. A l’extrémité ou aux environs d’une gralle, on fait une autre voie appellée coiflreffe de gralle: le nombre que l’on peut prendre de ces voies eft indéterminé, c’eft félon que l’ouvrage le permet } elles font toutes diftantes les unes des autres de dix toifes.
- 240. Torrets. On appelle de ce nom une voie ou chemin de même nature qu’une gralle , allant comme le pendage de la veine} elle fe pratique lorfi. que la veine pend fort en roiffe, afin de tirer la houille avec deux paniers, & les eaux avec deux tonneaux, dont l’un monte & l’autre defcend fur un petit treuil comme dans les bures à bras} ce treuil appellé torret, a donné fon nom à la voie fur laquelle on s’en fert. La profondeur du torret peut aller jufqu’à quarante toifes*, fa largeur eft proportionnée à cette dimen-fion, ou à la grandeur de la machine, à l’aide de laquelle on enleve les denrées.
- 241. Les torrets s’enfoncent en différens endroits félon les circonftances} lorfqu’il n’y a pas de vallée, ils fe profondent fur le niveau du bure. Quand il y a une vallée, ils fe prennent fur la derniere coiflreffe de vallée, comme les gralles & les demi-gralles. On peut en prendre plufieurs les uns fur les autres: alors on les diftingue entr’eux par la qualification de premier, fécond, troilieme torret. Sur la fécondé coiftrelfe, par exemple, dans le fond du torret, on en prend un, appellé fécond torret \ dans le fond de celui-ci, fur la fécondé coiftrelfe, on en porte un troilieme. On y prend aulîi quelquefois deux & jufqu’à quatre coijlrejfes, deux d’un côté, deux de l’autre, comme les coiftrelfes de vallée.
- 242. Ces coiftrelfes de torret fe dirigent parallèlement «ux coiftrelfes de vallée, ou parallèlement au niveau du bure, lorfque les torrets fe font fur ces tailles. Dans le pied de chacun d’eux on ménage aulîi un puifard ou réfervoir, de l’efpece de ceux nommés pahage\ dans lequel les eaux de cette voie &*des environs viennent fe verfer} on l’appelle quelquefois petit bougnou , en confidérant le torret comme un petit bure.
- 243. Bouxtays. ÜANS'Un des niveaux du bure, quelquefois fur des montées ou des coiftrelfes de montées, rarement néanmoins dans les gralles & dans les vallées, on pratique une autre efpece de voie foutejrreine, qui eft plus décidément dans le genre des folfes ou bures j mais fon ufage
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- regarde les travaux les plus enfoncés, & on pourrait Pappeller bure fouurrein.
- 244. Les cas particuliers dans lefquels on profonde ces bouxtays, feront expliqués à mefure qu’on décrira une pourchaffe d’ouvrages > il fulïira de faire mention ici de ce qui les concerne en général, ainfi que nous l’avons fait pour les autres tailles & voies fouterreines.
- 24s- On donne au bouxtays , voyez pi. /, la forme pu quarrée, ou ovale > là largeur eft dirigée fur les mêmes circonftances du torrà, & il elt profondé perpendiculairement depuis une veine jufqu’à l’autre. jLès ouvrages s’y condui-fent comme ceux des bures ordinaires: on y fait de même defeendre & circuler le vent, & l’on multiplie ces foifes les unes fur les autres, comme les torrets. Ce qui provient du bouxtay, eft tiré à bras d’hommes par le moyen d’un torret ou tour à manivelle , qui porte une chaîne ; ce qui les fait appel-ler quelquefois, mais mal-à-propos, torret, dont il différé en ce qu’il eft profondé d a-plomb depuis une veine jufqu’à une autre. Le conduit ou canal nommé au pays de Liege xhorre, canal, ardue, dont nous n’avons dit qu’un, mot en paflànt, pourrait, à raifon de fa direction qui le rapproche des galeries fouterreines, être rangé dans le nombre des voies ou tailles que nous venons de paifer en revue ; mais comme ce n’eft proprement qu’un aqueduc, j’en renvoie le détail à l’article où il fera traité des moyens defe débarrafler des eaux.
- De V air dans les tailles & voies fouterreines des houillieres.
- 246. Nous avons diftingué avec les houilleurs Liégeois deux efpeces d’air ou de vapeur dans les mines de houille, le fouma & le feu grieux. Ces deux vapeurs peuvent 11’ètre regardées que comme le même air , différent feulement en ce que le fouma, qui n’eft qu’un airftagnant, venant à contracter quelque qualité accidentelle en abforbant les exhalaifons des ouvriers, les vapeurs de chandelles & des parties humides, qui lui lui ôtent fon élafticité , ou venant à fe charger quelquefois d’acide ou de foufre, devient alors fuf* ceptible de s’enflammer avec détonnation , & prend le nom de feu grieux. Il if eft point de pays renfermant du charbon de terre , où l’on 11’ait des exemples de ces éruptions enflammées, 8c où l’on ne connaifle encore quelque mine en feu. Nous ne négligerons point d’en parler lorfque l’occalion s’en préfentera.
- 247. J’ai annoncé dans la première partie, que je me réfervais à traiter ici de ce qui a rapport à ces deux phénomènes, pour ce qu’ils exigent de la part de ceux qui font expofés à leurs effets, ou qui n’ont pu s’en garantir. Nous allons donc confidérer fur le fouma, comment on peut juger de fa pré-fence, ou, pour parler plus correctement, de l’état plus ou moins ftagnant de l’air ramaffé dans les mines 5 ce que les houilleurs Liégeois appellent tâter le
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- fouma : nous ferons connaître la façon de le difîîpèr quand il n’eft pas bien fort : nous indiquerons les méthodes pratiquées à Lieg® pour tout ce qui a rapport à ces vapeurs, c’eft-à-dire, à la circulation de l’air dans les bures. Nous nous réfervons à éclaircir en grand détail ces. différens moyens à la troifieme fe&ion, où il s’agit d’expofer tout ce qui eft pratiqué en différens pays.
- Manière de tâter le fouma.
- 248- îl eft des mines dans lefquelles ce défaut d’air eft tellement exceftif, qu’il ferait imprudent d’y entrer fans précautions, fur-tout quand la foife a chommé, c’eft-à-dire, quand les ouvrages ont été interrompus un feul jour : il eft donc queftion de détruire l’effet de cet air qui s’y, eft amalfé, & qui y a féjourné plus ou moins de tems. Tout ce qui peut s’imaginer pour battre l’air, eft en général fuftifant pour cela : l’ouvrier s’enveloppe d’un farrau de toile de chanvre non roui, & qui 11’a pas été lavé i & muni de branchages qu’il agite, il fe trouve à l’abri de tout inconvénient: ce moyen fort fimple eft du moins de toute ancienneté parmi les houilleurs. Fifen, hiftorien Liégeois, qui donne un tableau raccourci des ouvrages de houillerie, fait mention de ce procédé (a). Il eft des circonftances où il faut quelque,chofe dé plus efficace ; on fait defeendre &remonter(à plufieurs reprifes..dans le bure, des roijfes ou fafeines fufpendues à une corde : on eft encore quelquefois obligé d’y jeter de l’e-au à grand flot: en un mot, on emploie tout ce qui eft capable de brifer, de mettre en mouvement le fouma, c’eft-à-dire,d’imprimer de l’agitation à l’air. Les ouvriers difent qu’ils font circuler le vent ou le fouma avec le vent, parce- qu’ils confondent ce ^ui n’eft pas différent. Le moyen ufité parmi les houilleurs, pour tâter le crowinconfifte à defçendre par,un des bures une chandelle allumée: fi après avoir été jufqu’en-bas, cette chandelle revient fans être éteinte, 011 defeend hardiment dans le bure.
- Maniéré de fe préferver des vapeurs.
- 249.; L’attention des houilleurs Liégeois à multiplier les bures d’airages au point qu’il n’y a pas de petit bure qui n’ait fan bure' d’airage, eft caufe que l’inflammation des moufettes eft rare dans les houillieres de ce pays. Ô11 y'en a cependant vu quelquefois des effets très - eifrayans (9).
- (a) Tela igitur mdlam pajja macéra- aere quo alebatur dijjipato, deficiat. Bar-tionern tcch ( ijlam quippe ab ejufmodi tholomeiFifen, Leodienfis.e focietate Jefu. fanmiis niftil Udi, longojam experimento Hiftoria Leod. in -fdlio, MTDC.xevi. Leod. compererunt) armqtiquefuJHbusautvirgis lib. XI, pars prima, pag. .272. jHammamjam excitatam aggrediuntur, £f? ( 9 ) En 1766 le feu prit aux moufettes
- tamdiu crebris diverberant ielibus, donec dans une mine des environs de Liege, & plu-Tome XVI. I
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- Dans une de ces explorions près d’Argenteau, Ifes bandes de fer qui lient Je coufade, furent détachées, & s’entortillèrent comme un tire-bourre autour des étançons. On a fait connaître dans la première partie de cet ouvrage, ' fedion V, article II, les lignes avant-coureurs de ce dangereux météore. Nous 11e donnerons toujours ici que ce qui eft ulité à ce fujetdans les houil-îieres du pays de Liege, pour le dilîiper ou le prévenir.
- 2fo. Il arrive quelquefois que cet air retourne par la même route qu’il était venu, & va s’éteindre dans l’endroit où il s’était formé ; mais fi le vent ne peut le chaffer,)t>n va le fuffoquer ou le tuer, comme difent les ouvriers. La façon ordinaire de le fuffoquer, confifte à allumer des charbons, & à les faire defcendre dans l’endroit où eft le feu grieux. Il faut avoir attention de choifir les charbons les plus fecs que l’on puilfetrouver; car s’ils étaient mouillés, ou lî l’on prenait de l’eau quelque part, on allumerait cette vapeur de plus en plus. Enfin , fi par ce moyen on ne peut parvenir à l’éteindre, on eft alors obligé de boucher le bure & le burtay, & il s’éteint-faute d’air.
- afi. Un autre ufage qu’ils fuivent à cet égard, eft d’obferver le tems, le fouma étant plus confidérable lorfqu’il fait grand vent. Pour le tuer, le moindre chiffon, un mouchoir, un habit , de la fouaye, tout ce que l’on peut trouver fous fa main, jeté fur ce météore, le détruit ; c’eft un des amufe-mens des houilleurs. Ces ouvriers, gens grofliers, s’en embarraffent affez peu, & trouvent moyen de fe venger de ceux qui leur ont envoyé les eaux, en leur envoyant le fouma. Cette petite malice confifte à pofer l’airage de maniéré que ce mauvais air recule de leur côté au moyen des portes : j’ai oui dire qu’ils avaient même entr’eux le fecret de faire cet envoi dans une houil-liere voifine , d’où ils ont à fe plaindre de la même chofe. On verra , lorfque j’en parlerai dans la derniere fedion, que ce ne ferait pas chofe impofi. fible. Quand oh n’exploite pas une foffe confidérable ni bien profonde, il n’y a pas grande façon pour donner de l’air, & fe garantir de la poujè ; on parvient à peu de frais à éviter la dépenfe d’un puits d’airage , au moyen d’une piece de toile mouillée & adaptée fur des cerceaux qui forment alors une efpece de tuyau qu’on defcend dans le bure. Cet expédient fuflfit dans cette circonftance pour pouvoir y travailler fans incommodité.
- Du renouvellement de Pair par le bure d'airage. ( 10)
- ajr 2. Une foffe de grand athour, qui fuppofe de longues pourchaffes d’ouvrages , entraîne un appareil fort compliqué & fort difpendieux, qui,
- fieurs ouvriers y perdirent la vie. De tels ac- vapeurs. Elle doit être plus forte en été cidens ne peuvent être prévenus qu’en au g- qu’en hiver.
- mentant la circulation de l’air qui diffipe ces ( Io ) On trouve dans les Mémoires de
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- au furplus eft fur dans fes effets ; c’eft le bure d’airage, dont nous avons donné la defcription. Il relie à faire connaître fon utilité, & ce qui a rapport à la circulation de l’air, qui dépend effentiellement de ce bure. Tout ce qui appartient à cette méthode, eft compris indiftindlement-au pays de Liege fous les exprefïîons airage, lumière : on fe rappellera que dans toutes les galeries fouterreines 011 ménage une coupure pour cette deftination.
- L’air porté au fond du bure par le rayon pratiqué dans la pierre entre les deux mahires , ne fuftîrait pas à beaucoup près , pour la pourfuite des ouvrages. Il s’agit d’aflurer encore à cet air qu’on a introduit dans le bure, un libre cours dans les levays ou niveaux, dans les montées, dans les vallées, dans les chargeages, dans les queftreffes, dans toutes les taiHes & autres voies qui compofent cette ville fouterreine. Faute de cet artifice pour établir un libre courant d’air, les lampes ne pourraient s’y conferver allumées, les ouvriers ne pourraient y refpirer ; c’eft ce qu’on nomme faire circuler le vent, ou faire pajjer l'airage.
- L’importance d’avoir du feu dans le bure d’airage aufli fouvent & aulli long - tems que le befoin l’exige, la néceffité de l’entretenir avec foin, indiquent celle d’avoir double celui des deux uftenfiles que l’on emploie , voyeç pi. IV, afin de pouvoir, au cas d’accident, en avoir toujours un prêt à être fubftitué à l’autre. Il n’eft pas moins elfentiel , lorfque le feu paraît près de finir , de remonter la cage ou le toc-feu , pour y remettre du charbon. Toute efpece de charbon n’eft point indifférente; le brihaç eft quelquefois fuffilànt, d’autres fois il faut du charbon fort ; il eft des occalions où l’on a befoin de mettre le feu d’airage en train avec du bois pour le faire flamber , ce qu’ils appellent blâmer. C’eft pour le fervice né-ceffaire à ce feu, que la muraille de la cheteure eft ouverte à la fuperficie du terrein, de trois pieds & demi de haut environ. Le wade - fojfe chargé de veiller au feu d’airage, a affez, pour agir commodément, de cette porte , & pour donner de la force au feu en faifant defeendre de tems en tems au fond du bure l’uftenlile qui le contient, félon que le feu va bien ou mal.
- l’académie des fciences pour l’année 1768, des obfervations très - intéreffantes , faites par M. Jars, fur la circulation de l’air dans les mines ,& les moyens de l’y maintenir.Cet auteur, fondé fur une fuite d’expériences , prouve que cette circulation a pour caufe l’inégalité du poids refpeétif des deux colonnes de l’athmofphere qui répondent au bure principal, & au puits d’airage; qu’on peut la procurer en donnant à celui - ci plus de hauteur qu’à l’autre hors de terre,
- parle moyen d’une cheminée; que cette circulation fe fait en fens ^contraire dans l’été & dans l’hiver, ce qui provient de la differente température , ou du différent degré de chaleur dans les mines pendant l’une & l’autre de ces faifons; qu’enfin, comme cette température eft la même au-dedans & au-dehors au printems & en automne , la circulation fe fait alors plus lentement,& a befoin d’être aidée par îe moyen du feu.
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- Ruvalwettes ou voies £ airage.
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- 2ff. Les chemins ou voies qui ont rapport à l’airage, à mener le vent, comme difent les houilleurs , font de plufieurs elpeces, à raifon de leur pofition , ou à raifon des tailles auxquelles on veut conduire le vent : j’éclaircirai , autant qu’il eftpoffible, leur defcription, en fuivant leurs communications entr’elles, après avoir expofé là maniéré cCembouter & de conduire Vairage, pour parler en terme du métier.
- 256. Le premier chemin deftiné à mener lèvent, fe prend dans la vallée, un peu plus haut que le niveau du bure; c’eft par cette voie, qui pourrait être nommée niveau d’airage, & qui eft féparée d’une Jlappe, que L’on pajfe & retourne le vent, c’eft-à-dire, que Pair fe rend au bure d’airage. Les voies d’airage, conduites le long des ferres , font diftinguées par le nom de pareuffes de l’airage ; elles lie font muraillées que du côté du ftappe, comme les pareuffes de la voie.
- 2^7. Il y a deux maniérés de faire paffer l’airage : l’une confifte à faire ce qu’on appelle des ferremens ; on les fépare du niveau du bure : le fécond moyen n’eft autre chofe que de faire double ferrement fur le levay. On peut encore s’exempter de ce double ferrement fur les levays , & conduire l’air dans la largeur de cette taille de la maniéré fuivante. On le fépare de cette voie par une bahire de planches bien alfemblées, & retenues avec des clous, foutenues par une rangée de fommiers d’un pied de diamètre , placés debout. Cette charpente commence au bout des chargeages, & fe continue julqu’à la première montée, ou à l’airage de cette montée; on garnit les joints de fouaye, pour empêcher que l’air 11e puiife s’y glilfer, & a£n que le vent puifle fe porter dans les endroits les plus éloignés. On doit obferver cette même précaution pour les vallées & pour les ouvrages. Depuis une trentaine d’années, cette méthode eft en ufage dans les houillieres du pays de Liege , & elle eft aifez généralement fuivie actuellement, fur - tout dans les terreins fermes.
- 2<)8* Par ce que l’on a vu en fuivant la conftrudtion du bure jufqu’à fes deux levays , & ce qui vient d’être dit fur la méthode d’embouter & de conduire l’airage, il en réfulte que l’air doit fe partager en deux. Il arrive cependant quelquefois qu’on ne veut faire aller le vent que d’un feul côté : la chofe eft toute ftmple, 011 prend des fouayes, ou toutes autres décombres qui fe trouvent fous la main , & avec ces matières on bouche un des niveaux ,du bure ; c’eft ce qu’on appelle fermer la porte, & quel-q\\c£oiS'fermer les niveaux par des fioupptires. Pour l’ordinaire , l’entrée des niveaux du bure , par laquelle l’air trouve un palfage, cuniculi ofiolum, eft conftruite d’une façon particulière, qui en facilite la circulation à vo-
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- lontéi on y a adapté de véritables portes quarrées , toutes en bois, ajuftées fur un chaflis, munies de gonds. Nous en avons parlé ailleurs. Lorfqu’on 11’a pasJbefoin de beaucoup d’air dans une mine, on peutfauver cette dépenfe au moyen d’une piece de toile qui ferme jufte L’ouverture. On a foin de la mouiller, afin qu’elle ne donne point tant d’accès à l’air; mais dans quelques mines, & fur-tout celles qui font fujettes au feu grieux, cette toile ferait infufEiànte.
- 2f9- Ces généralités établies touchant l’airage,il eft facile, en jetant les yeux fur les planches des ouvrages fouterreins, de voir tout le chemin qu’j! parcourt. La partie de vent allant fur les niveaux du bure, entre dans la montée , au bout de laquelle il enfile la coiftreife de cette montée, puis la taille de cette queftrelfe, delà paffe dans l’airage en allant au royon & remontant. Pour faire entrer le vent dans le borgne niveau , il faut fermer la porte d’airage placée au commencement de la montée ; par-là , le vent eft obligé d’enfiler le borgne niveau ; en circulant dans fa longueur, il entre dans la taille, enfuite dans l’airage du borgne niveau, qu’il parcourt jufqu’au premier re-fendement de ferre qui fe rencontre ; de ce refendement il paife dans la quefi-trefle de montée , puis dans la taille de cette queftrelfe, & de fuite dans l’airage.
- Airage des montées.
- 260. L’air fuit la même marche dans l’autre niveau du bure en entrant dans la première montée, d’où il va à la taille de cette montée 5 il tourne à droite de cette montée, entre dans l’airage qui communique au royon, derrière le makire d'athier. On fait aller le vent à la féconde montée, en fermant la première montée par une porte , comme on a fait à l’autre niveau du bure. Pour le conduire dans la troifieme , il faut de même fermer la fécondé, & de fuite la quatrième, la cinquième. Cette cinquième montée étant bouchée , l’air fe porte dans le niveau du bure, retourne par l’airage de ce niveau jufqu’à l’airage de la cinquième montée, où il remonte dans fa taille ; redefcend enfuite l’airage de cette même cinquième montée , jufqu’au refendement de ferre qui fe communique dans l’airage de la quatrième, & continue ainfi d’aller dans toutes les tailles de la montée jufqu’à la première qui communique au royon.
- Airage des val laies.
- 261. Dans la vallée, au-delfus de la taille , on a foin de pratiquer un chemin pour retourner le vent. Pour faire defcendre le vent dans les vallées, il faut fermer les niveaux du bure par des jlouppures ; alors il defcend la vallée 5 entre dans les premières queftreifes ou chargeages de vallée , où il fe partage en deux, de même que fur le niveau du bure, à moins qu’on ne le failè
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- paffer fur un feul côté & repafler par l’autre, pourfuit fou chemin dans les voies de ces queftreiTes, & dans les tailles, d’où il retourne par les airages qui fe communiquent au niveau du bure , pourfuivant fa route dans les niveaux du bure, jufques dans les tailles , & de fuite. Pour faire defcendre & aller le vent au fécond chargeage ou queftrelfe, il faut fermer les premiers ; en fermant le fécond, on le fait defcendre jufqu’au troifieme, & de fuite jufqu’au quatrième & cinquième j il entre dans les tailles de ces queftreiTes, retourne par les airages jufqu’au premier refendement de ferre qu’il rencontre , qui fe communique à la première queftrelfe plus haut, puis dans la taille de cette queftreflc, entrant dans l’airage de cette taille ou queftrelfe, en circulant de cette façon dans toutes les coiftreljfes & dans toutes les tailles jufqu’au niveau, d’où il va dans le burtay. Enfin i on porte le vent par-tout ; car en fermant toutes les queftreiTes de la vallée, on le fait entrer dans les gralles, dans les torretSjdans les demi-gralles, & il retourne par les airages décrits ci-deifus. (u)
- Ajwes. Eaux.
- Travaux relatifs aux objlacles qui en rèfultent.
- 262. Les mines de charbon ont cela de particulier, qu’elles font plus fujettes que toutes les autres à donner des eaux , Toit à caufe des couches ar-gilleufesqui les avoilinent, & qui par leur nature retiennent par-tout des volumes d’eaux, Toit à caufe de la qualité des pierres quî compofent une partie de leur enveloppe ou de leur couverture, & qui font fujettes à en donner beaucoup , comme on l’a vu dans la defcription de cette enveloppe, première partie, art. I, fedh V.
- 263. L’endroit où les eaux commencent à paraître , eft défigné dans les travaux par le nom général verfage d'eaux ou endroits verfans ; il eft tantôt plus , tantôt moins avant en terre, & il eft toujours important de faigner ces eaux. On indiquera dans le courant de l’exploitation, les réglés pour les faignées différentes félon les endroits verfans i mais on s’arrêtera ici à palfer «n revue celles de ces couches ou fubftances les plus fujettes à cet inconvénient : en particulier , la craie ou marie en donne fouvent une alfez grande quantité pour faire tourner des moulins ; leur abondance eft quelquefois telle, que l’on eft forcé de fufpendre tout ouvrage, pour ne s’occuper que de fài-gner ces eaux, leur procurer une décharge qui exige, avant de paifer outre, un travail fort embarraffant. La crawe eft encore fujette à en donner.
- 2^4. Les fubftances plus folides qui font placées au-delfous de ces premières,
- ( 11 ) J’obferverai ici, qu’en Angleterre afin d’en extraire le mauvais air ; & que le les bures d’airage font conftruits en bri- haut ell terminé en gueule de loup, avec ques, & communiquent avec le puits ou une girouette, pour empêcher le vent d’en-bure principal, par une galerie couverte, trer dans ce tuyau.
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- & qui forment ce que j’ai appelle couverture pierreufe ( voye^ part. I, fect. VH, art. XI ), ne fourniifent pas une moindre quantité d’eaux que la couverture ter-reufe. On doit fe rappeller que quelques-unes de ces pierres font plus ou moins dures, plus ou moins tendres, & la plupart difpofées par couches. A raifon de cette texture feuilletée, ou de la folidité différente de chacune des matières pierreufes qui couvrent la houille, les eaux fe font jour de tous côtés, en petite ou en grande quantité. Tantôt elles trouvent feulement à fe filtrer , & tantôt à venir en pleurs, ou en torrens , par les Juges, ou les lits de pierres qui, n’étant pas bien liés enfemble, forment quelquefois des ouvertures conlidérables.
- 26Le grès, nommé par les houilleurs Liégeois greit> qui eft un mica feuilleté, eft entr’autres toujours plein de fentes & d’eaux, qui incommodent fort dans la pourfuite des ouvrages. Les failles, appellées par les mineurs Suédois befwaer, bryne ; par les Anglais , fou Jlone, pierre de devant, fpring, font dans le même cas: les inconvéniens qui réfultent de ces malles, 11e fe bornent pas à empêcher, comme nous en avons prévenu, première partie, article V, fedtion VII, & comme nous le verrons bientôt, que la veine ne commence & finilfe à la fuperficie; elles rendent encore l’exploitation des mines très-difficile & très-dangereufe par le très - grand volume d’eau qui en jaillit communément par les fentes dont elles font entrecoupées. Ces fentes de la faille ont quelquefois une hauteur allez confidérable, qui néanmoins va rarement jufqu’a une toife. Quant à leur diredion, il s’en trouve de toute efpece; elles font perpendiculaires, tantôt obliques, & tantôt horifontales. Quelquefois la faille ne donne de l’eau que du côté qu’elle penche, & point du tout de l’autre. Toutes ces differentes ouvertures, tant des couches ter-reufes que des lits pierreux & des failles, ont reçu dans les travaux de l’exploitation , des noms particuliers qui les défignent, & dont il convient d’être inftruit.
- 266. Les grandes ouvertures qui appartiennent aux fieges de pierres, fè
- nomment fagniffes, fendans, & leurs embouchures s’appellent copes : nous avons acquis tant d’eau par par fendant ; nous avons rencontré un fen-
- dant qui nous a apporté un cheval d'eau ^ ou deux chevaux d'eau. Cette expref-fion familière en houillerie, fignifie qu’il faudrait employer un ou plufieurs chevaux pour épuifer les eaux acquifes : ces fendans donnent une fi prodi-gieufe quantité d’eau, que, venant quelquefois à être touchés par les travailleurs , ils font remonter leurs levays. En détaillant la conduite des ouvrages * on verra comment on fe débarraffe des eaux de fendans.
- 267. Enfin , il y a même des veines de charbon qui ne laifïent pas que de donner beaucoup d’eau , celles fur-tout qui font au-deifous des eaux : 011 conçoit qu’il eft difficile & même impoffible qu’elles ne fe reffentent point cte
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- cette pofition qui les avoifine de l’eau. Nous verrons à part ce qui regarde ces veines, appellées à Dalem, veines layeufts ; au pays de Liege, veines non-xhorrées, c’eft-à-dire, qui 11e font point féchées , dont les eaux ne font pas épuifées. En un mot, la partie la plus pénible des travaux de houillerie font les eaux : plus on fait d’ouvrages, plus on eft gagné par les eaux ; c’eft un principe de houillerie.
- 268. Des ouvertures & des fentes répandues dans les maffes pierreufes que nous avons palfées en revue, il en eft qui ne fe forment que dans l’exploitation par l’extraction de la houille. Je comprends dans cette clalfe les fentes que le toit ou le fol de la veine, ne fe trouvant plus foutenu également, ou étant peu épais ou peu folide, forme en dévalant; celles-là, comme accidentelles en partie, font rejetées au détail de l’exploitation. Je vais con-fidérer les eaux par les noms qu’on leur donne dans les travaux pour en déligner , foit les différentes fources qu’on appelle nourritures, foit leur différent volume. Les eaux qui fe font jour par des filtrations continuelles, d’où il réfulte de petites fources, font nommées par les houilleurs pixhas ; elles viennent principalement du toit. Il en eft qui coulent peu à peu par gouttes, mais qui, croifiànt & diminuant félon les tems fecs ou pluvieux, femblent appartenir aux eaux pluviales 1 on les nomme leveaux d'eaux,levays de Veau, levays ordinaires, afin de les diftinguer de celles qui viennent des vuides anciens où elles font amaffées, & dont nous parlerons bientôt. Si c’eft la tète de l’eau qui fe rencontre dans les ouvrages fouterreins, on dit, les levays de Veau font très-hauts , ou très-bas ; nous avons rencontré le levay de Veau repofant dans tel endroit : on dit encore, cejl un même levay, un même niveau d'eau, pour lignifier qu’elles remontent jufqu’à leur nourriture. Ces levays font quelquefois li forts, qu’on ne peut arriver à la veine que par un taillement de traverfe. Enfin les vieux ouvrages, c’eft-à-dire, qui avaient été précédemment abandonnés, & que les houilleurs Anglais nomment old man, fe rem-pliffent d’eaux qui jailliffent dans un volume énorme quand 011 vient à reprendre les travaux : ces maffes d’eau font nommées, en terme de houillerie , bains , bagnes, mer d'eau. Nous avons , difent les houilleurs , à Ventour de nous, ou à notre voijinage, une mer d'eau ( 12 ).
- (12) Ces bains ou amas d’eaux fouter- dont l’auteur parle dans l’article fuivant. Les reines, proviennent des digues que d’an- ouvriers qui travaillent à forer le terrein, fe ciens exploiteurs des mêmes mines avaient muniffent de chevilles pour boucher les établies pour empêcher la communication trous fur-le-champ, lorfqu’ils en voient lourde ces eaux-là. Elles ont donné lieu à des dir de l’eau. Comme ce n’eft point l’ufage accidens fi funeftes, qu’aujourd’hui l’on ne de tirer du charbon de terre;la nuit, ce teins travaille dans ces mines qu’avec les plus . eft employé à élever l’eau qui peut s’étre grandes précautions.La.plusfûre eft la fonde, ymaftçe pendant le jour. Les foreurs y def-
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- 2,69. Ces eaux qui proviennent de beaucoup d’endroits , forment quelquefois des irruptions dont il eft facile de préfumer les inconvéniens, foit pour la vie des ouvriers qu’elles mettent en danger, foit pour les travaux auxquels elles font très-incommodes & préjudiciables. On ne peut fe mettre à l’abri de ces malheurs que par des précautions & des attentions multipliées ; elles confident à ménager aux eaux des écoulemens par des pertuis ou trous qui, au moyen de rigoles ou de coupures en pente fur le fol des voies fouter-reines , les partagent, les diftribuent, les conduifent dans des vuides qui leur fervent de repos, en attendant qu’on s’en débarralfe. Nous donnerons ici les moyens généraux relatifs à cette partie de la houillerie, c’eft-à-dire, les moyens d’empècher leur communication en les partageant, de leur donner lin courant par des faignées, & de les contenir par des réfervoirs pratiqués inférieurement. Nous donnerons enfuite les maniérés de s’en débarralfer entièrement.
- Pratiques obfervées pour fe rendre maître des eaux avant de les enlever au jour.
- 270. PoüRréuflir à fe garantir plus aifément des eaux , à prévenir leur iffiie imprévue, enfuite à empêcher leur communication, la première attention que l’on doit avoir eft de reconnaître leur voifinage à l’aide du carré. Les circonftances dans lefquelles on emploie cet outil, ont le plus fouvent rapport aux eaux; leur voifinage dans un endroit où l’on ne peut les voir, & qui eft à la proximité de ceux où l’on travaille, étant ce qu’il y a de plus dangereux, il faut d’abord s’en aflùrer pour mettre en fureté la vie des houilleurs , & garantir les ouvrages de fubmerfion.
- 271. Si, dans la pourchalfe d’un ouvrage, on craint d’être au voifinage de quelque bain, on fait, le long "des voies ou des tailles, un ou plufieurs trous de tarré, en court jeu ou en long jeu, c’eft-à-dire, plus ou moins profond. Lorfqu’en cherchant à reconnaître un bain , on eft venu à le toucher, on dit : nous avons bouté les trous outre, en tel endroit de la veine , pour lignifier que le trou de tarré eft arrivé jufqu’aux eaux du bain. Ces trous que l’on eft fans celle obligé de faire dans la pourfuite des ouvrages, fe diftinguent par dilférens noms, félon les parties des ouvrages où ils fe font, ou félon les directions qu’on leur donne. Cette même opération s’exprime encore d’une faqon particulière, félon les endroits ou parties de la veine que l’on perce. Quand on les fait devant l’ouvrage, on les nomme trous de taille: lorfqu’ils fe font le long des voies ou des airages reftans dans les ferres à côté des
- cendent lorfque les ouvriers ordinaires en l’exploitation doit fe continuer. Ils font di-fortent; & ils aflurent le travail du lende- rigés par un maître ouvrier de nuit, comme main, en fondant tout autour de lieu où il y en a ün pour les travaux du jour.
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- tailles, ils font appelles pareuffages. Faire des trous aux deux côtés de Ta veine, de maniéré que ces deux trous montant infenfiblement fe rencontrent» s’appelle pareuffer, parce qu’ils font faits dans les pareuffes ou parois ; & ces-trous de; tarré font encore énoncés par des ternies propres. Sonder dans la direction du canal, en pareuffant, en que fiant, e’eft:-à-dire, en montant in-fénftblement en peildage de Veine, s’appelle forer-de niveau , dreu de Jloc, en ligne de la voie ou de C ouvrage, en avant-main. Celui qui vient de haut en-bas; & à plomb, comme on en fait dans les fer rem eus, fe nomme tombeux ; celui qui vient de bas en haut, s’appelle boiteux.
- Des repos, puifards ou rêfervoirs » & des coupures ou rigoles qui y ctnduifent
- / ' les eaux.
- 272. Les obftacîes les plus confidérables aux manoeuvres de l’exploitation venant de la part des eaux , une,des premières réglés de houillerie, du moment qu’on avance dans les ouvrages, eft de pratiquer des baflins pour contenir les eaux, en attendant qu’onles. xharre, ou que les endroits travaillés & abandonnés produifent des bas - fonds ou des vuides qui puilfent les; recevoir, & où l’on ne s’en embarraffe pluSi La plupart de ces différens réfervoirs fe communiquent entr’eux? par des conduits qui détournent les eaux». & par des rigoles dont les noms fe rencontrent fouvent», lorfqu’on parle d’ouvrages. .
- 27J • Tout canal par où s’écoulent les eaux, fe nomme en général maxkais ;; cette dénomination eft néanmoins reftée en propre aux canaux du grand aqueduc de mine, dont nous parlerons en finidant cet articlei mais on doit ranger ndans cette claife ceux qui fuivent. Un conduit fouterrein qui va rencontrer; une décharge, fe nomme tranche; e’eft dans un conduit de ce genre-qu’on verfe les eaux du bure dans l’areine, en attendant que les ouvrages, fupérieurs fbient achevés. Une coupure faite dans la dieille, où elle forme'um canal pour fervir d’écoulement'aux eaux, eft appellée royon , de même que-la coupure prolongée entre les deux mahires du bure, & qui a rapport à l’airage.: ce nom dérive fans doute du vieux terme de coutume roye, raye s, qui lignifie une ouverture le long d’un chemin en labourant. Toutes les ouvertures faites dans les .ferres des ferremens, pour le palfage des eaux, s’ap*-pellent chambreau , chambray ; on leur donne trois à quatre pieds, de largeur & on les dirige en droiture d’une taille à l’autre au travers d’une veine^ Les vallées font aulîi pourvues d’une rigole taillée dans la dieille,. pour fervir de communication du pahàge de- la vallée au. bougnou ; c’èft ce qu’on ap--pelle teyment.
- 274. Les, differens puifards auxquels ces differentes rigoles viennent por-
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- ter les eaux 9 pourraient être diftingués en deux çfpéees i lavoirles réfervoirs qui ont leur place marquée dans différentes parties des ouvrages, dans leur même niveau, & ceux qui fe font en. pendage de veine. Ayant en vue de faciliter au le&eur l’idée de la conduite des travaux de houillerie, je palferai ici en revue ces réfervoirs dans l’ordre qu’ils fe préfentent à mefure que l’on pourchaife. Le premier repos que l’on ménage aux eaux dans l’enfoncement du bure, lorfqu’il fe rencontre quelque fendant avant qu’on arrive à la veine, eft le carihou, dépendant de la mahire déavallée. C’eft une excavation qui fait dans cet endroit l’office d’une cuve pour retenir les eaux pendant quelque tems. Nous ne nous étendrons pas pour l’inftant fur ce pui-fard : j’en traiterai plus au long quand il fera queftion de le pratiquer tkns une veine. Les endroits qui fervent de canaux aux eaux, font compris fous le nom général de rottices, qui veut dire routes ; terme qui néanmoins eft confacré aux branches de l’areine.
- Du bougnou & de fa conftructioa.
- 27f. Le bure, comme on l’a vu ci -delfu? , eft profonde plus bas que la dieille inférieure de la veine qu’on veut travailler j de maniéré que dans quelques occalions , il eft continué au - delfous de la troffieme veine pour former le bougnou : c’eft ce qu’on a voulu repréfenter dans la pl. II de cette fécondé partie. Les diiférens endroits où il s’établit , félon différentes circonf-tances , feront indiqués dans l’article fuivant, qui fera connaître toute la marche progreffive des travaux d’exploitation. Cette partie de la bufe du bure eft deftinée à fervir de principal réfervoir pour retenir pendant le jour toutes les eaux provenantes de cette bufe , celles qui fe déchargent des ouvrages par le levay, & celles qui y font apportées du puifard ou réfervoir de la vallée, par le teyment. Comme avant de xhorrer le bougnou il faut qu’on puiffe travailler pendant toute la journée, ce premier ou principal puifard eft couvert de madriers placés en travers & calfatés de fouaye, appellé auffi quelquefois fin papin. Par leur arrangement, ils forment fur fon ouverture , pendant qu’on extrait les denrées, une efpece de plancher ; ces madriers appel-lés fotnmiers de bougnou, pour lefquels on réputé le bois de frêne préférable, ont ordinairement un pied ou un pied & demi d’épailfeur, ou à peu près. Outre ce premier & principal réceptacle des eaux d’une houilliere, on en pratique d’autres affez confîdérables ; le bougnou lui-même en a dans fes dépendances : ce font deux voies parallèles aux deux voies de niveau, dilatées un peu au-deffous , qui communiquent avec le bougnou de la maniéré que nous ferons connaître bientôt, & qui fervent de réfervoir aux eaux du bure & des ouvrages ; on les nomme en particulier pahages.
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- Des rifervoirs de la vallée, nommes en particulier pahages.
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- 2*6.' Toutes les tailles & voies fouterreines, dont nous avons parlé, comme niveaux du bute, vallées, grailes & torrets , ont chacune leurs pahages , d’où les eaux fe rendent enfuite par des rigoles à d’autres pahages que l’on xhorre de différentes façons. On a cependant attaché cette dénomination aux réfervoirs pour les eaux de la vallée, & des ouvrages qui y aboutiffent, 011 en pratique un au fond de cette taille , où il fait l’effet du bougnou, dans lequel ees eaux de pahages viennnent fe rendre. Cette communication des pahages dans le bougnou, fe fait par le teyment creufé dans la dieille de la vallée-Afin d’empêcher que ces eaux ne débordent de cette rigole dans la vallée, on adapte aux trous de tarré , des tuyaux qui fe conduifent dans le fond de la coupure jufqu’au bougnou. Afin que ces eaux , quand elles viennent à hauifer , puiffent fuivre leur courant fans s’écouler dans la vallée , 011 construit quelquefois le long de ces tuyaux une digue que l’on foutient avec une gijè.
- 277. Pour faire les pahages de maniéré que les eaux puiifent s’y ramafo fer & s’en décharger fans incommoder les ouvriers , on a attention tous les matins , après que les eaux en font vuidées , d’y foire derrière les ouvriers une petite digue en argille, au moyen de laquelle les ouvriers travaillent à fec. Ces pahages font féparés , comme les voies, par des flappes , ces piles ou parties de veines plus ou moins confidérables , auxquelles on ne touche point, afin d’empêcher la communication des eaux de toute efpece d'ouvrages à une autre , s’appellent quelquefois ferres ou ferres depahage j & plus communément pourle cas dont il s’agit, fenemens. Dans quelques voies fouterreines, comme par exemple fur le niveau du bure, on conduit les pahages le long d’une ferre ; il eft alors néceffaire de faire le long de ces puifards un mur ray qui empêche lesftappes de crouler dans le pahage,& qui foutient tout l’ouvrage > d’autres fois on renforce ces ferremens par un ouvrage de charpenterie,de maniéré qu’ils forment fur un niveau une barrière ou digue qui, en arrêtant les eaux, les empêche de couler plus bas, & de faire obflacle aux travaux dans les vuides inférieurs ilorfqu’il y a refendement de ferre, ils retiennent les eaux en les gardant , & tiennent lieu de puifards*
- 278. Quand ces ramafïès d’eau font entre des ferres’ ou piliers, & des vieux ftappes, & qu’elles gagnent au-dedous du niveau, ou les nomme fioxhemens d’eau , exprelfion de houillerie qui fe trouve dans le Spadacrene , page f , venant, félon l’auteur, du mot ejflhoi , qui veut dire couper plus bas que le niveau. De même qu’on y fait des refendemens pour le patfage de l’air & des ouvriers, on pratique aufîi quelquefois au travers de ees ferremens un écoulement aux eaux des pahages & des bougnous par un ou deux trous d’un ou deux pouces de diamètre en quarré , qu’011 fait au pied de ces ferremens, & qu’on
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- rebouche avec des chevilles après que les eaux ont empli les pahages.
- 279. Il eft une maniéré fortfimple de s’exempter de reboucher ces trous; iln’eft queftion que de clouer fur le haut de ces ouvertures , au - delà du ferrement, une piece de cuir qui porte une petite planche à laquelle le cuir fert de gond ou de charnière , comme dans le ghyot,pl. JV}fig. B. Le poids de l’eau qui arrive dans ces trous ouvre cette fenêtre , & l’eau s’écoule dans les vuides ; lorfque les vuides font entièrement remplis , les eaux parvenues juf. qu’au ferrement appliquent le clapet fur l’ouverture qu’elles bouchent par-là; ces eaux ne trouvant plus alors où le loger , remontent jufques fur le xhorre, ce qui fait qu’elles pouifent fur le ferrement & fur le clapet à proportion de la hauteur où elles montent. Cela fe peut faire quand on ell obligé d’abandonner un ferrement, ou quand on quitte une veine pour en travailler une au-deifus.
- 280. On voit par-là , les diiférens points d’utilité que réunifient ces ferres & ferremens ; il eft faci'e de juger qu’il eft de conféquence d’en, établir une afiez grande quantité. O11 n’a point de peine à imaginer que, faute de piles en nombre fuftifant pour étayer bien également le toit, fon enfoncement ou fon abaiifement donne lieu à des ouvertures , à des crevalfes qui deviennent des fources incommodes & dangereufes eu fubmergeant les ouvriers, & en obligeant d’abandonner les travaux. Ces ouvertures, dont ont ne tarde pas à s’appercevoir dans la bufe par les eaux, s’appellent d’un terme général , jus, ajfage jus. Lorfqu’on reconnaît cet accident , on dit: nous avons acquis beaucoup d'eaux par un afflage jus qui nous eft furvenu. Il s’en forme quelquefois de très-étendues, jufques-là qu’il s’en eft vu de vingt-cinq toifes qui fe remarquaient à la furface de la terre; celles-là fe nomment traites. La feule façon de fe mettre à l’abri des inconvéniens de ces fentes aqueufes , c’eft, comme je l’ai dit, de laifier de diftance en diftance une ferre ou un ferrement.
- Paxhijfes.
- 281. On doit enfin mettre au nombre des repos d’eau, tous les vuides réfultans des ouvrages qui ont été faits dans le plus grand enfoncement, 8c dans lefquels les eaux s’arrêtent faute de pouvoir defeendre plus bas, pendant que les ouvrages fupérieurs s’achèvent à moins de frais & d’embarras» Cesefpeces de bougnous pour les travaux les plus éloignés du bure, font ordinairement diftingués dans le langage du métier par le nom de paxhijfes a & fouvent par celui de vuides inférieurs : on dit communément , nous avons de grandes paxhijfes, pour annoncer que les. ouvrages d’en-haut lé feront fans avoir befoin de tirer les eaux. Il y a toujours au-deifus des paxhiifes. un petit torret pour les xhorrer de tems en tems3 jufqu’à ce que les ouvrages foient
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- D ü CH A RB ON DE TERRE
- finis ; & cela s’opère par la xhorre delle tinnes, ou en les déchargeant fur une tranche du xhorre, lorfqu’il s’y en trouve. Ces pratiques ont lieu dans le courant d’une exploitation ordinaire , qui n éprouvé point d’accident de grands volumes d’eaux difficiles à contenir & à gouverner ; mais il n’eft point rare que les eaux qui fe portent vers le bure, fe trouvent d’un volume fi énorme que ces moyens font infuffifans. En entrant dans le détail propre de l’exploitation , les circonftances dans lefquelles ce fâcheux accident arrive, feront indiquées. Nous ne ferons qu’ajouter ici aux maniérés d’arrêter l’abord des eaux dans le bure,une façon qui eft plus ou moins compliquée félon le cas: c’ eft ce qu’on appelle cuvelage, cuv elle ment , ou cuveler une fojfe,
- Cowellement, cuvellement, cuvelage,
- ' 2%2. Par ces expreffions on entend la méthode d’arrêter les eaux,au moyen d’une confira dtion en charpente qui tient lieu de cuve. On dit, nous avons tant de toifes de cuves , pour lignifier qu’on a été obligé de mettre dans la bufe du bure des cuves pour faire remonter les eaux depuis tel endroit jufqu’à tel autre : on dit encore , les eaux de telle veine font cuvelées , e’eft-à-dire, arrêtées par des cuves.
- 28 J. Pour cela 011 établit dans les quatre mahires de te. bufe , où viennent déboucher les différentes voies, un corps de charpente, dont les pièces, auffi rapprochées les unes des autres que faire fe peut, produifent, à cela près qu’elle eft ouverte dans le fond & dans le haut, un encaiffement ayant les mêmes dimentions que la bufe , & qui retient» les eaux depuis un endroit jufqu’à un autre. Pour s’arrêter à déjtailler la maniéré dont on joint ces pièces les unes aux autres, afin que ce bâtifoit fait régulièrement, il faudrait fup-pofer que cet ouvrage ne fût pas conduit par un charpentier. Je crois fuffi-fant de faire remarquer les circonftances générales & principales qui ont rapport à ce cowellement, après avoir obfervé qu’il exige néceffairement & continuellement un entretien exad, lorfque les madriers ont trop de portée & font expofés à crever : on fent d’ailleurs que , fi cette garniture de charpente donne jour, cela entraîne beaucoup d’embarras pour les ouvriers quand ils •mentent ou quand ils defeendent.
- 284. Les poutres ou fommiers employés à cette conftru&ion , font de forme -quarrée ou à peu près , & ont d’épaiffeur un pied , ou un pied & demi : 011 préfère le bois de frêne pour ces poutres. On commence d’abord par chercher dans la bufe du bure l’endroit le plus ferme & le plus folide ; cela eft eflentiel pour que les fommiers que l’on veut afleoir autour des quatre ma-hires, 11e puifïènt point éprouver de déplacement. A mefure qu’on les piace les uns fur les autres, & qu’on les fait entrer à force-, on les calfate à chaux
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- & à ciment, on les garnit de moufle : enfin ce cuvelage fe prolonge jufqu’à ce que les ouvertures des veines fupérieures foient fermées de maniéré que les eaux qui font derrière ces cuves, ne puiflent pénétrer dans la bufe du bure. La partie où les fommiers ont leurs pieds, s’appelle l'affife des couves. La partie dans laquelle ils montent, fe nomme la tête des couves.
- 28 f. Ce cuvellement eft continué, félon les circonftances, dans une partie ou dans la totalité du bure.
- 286. Si dans la bufe il fe trouve une veine fupérieure ayant une décharge connue par une xhorre, 011 fe contente de porter ce cuvelage jufqu’à cette veine, parce que l’eau venant contre ces couves, & ne trouvant point d’ouverture, eft obligée de remonter jufqu’à ce qu’elle rencontre une décharge, qu’elle trouve quand elle eft parvenue à la tête des couves. Cet ouvrage de cuvellement fe confirait dans certains cas, d’une autre maniéré, & s’appelle plate couve.
- Plate couve.
- 287. Lorsque, par exemple, il fe trouve, fur-tout dans fe voifinage, quelques bagnes, & qu’on les foupqonne affez confidérables pour avoir lieu de craindre que les montées de la veine inférieure ne viennent à s’inonder au point de nuire aux travaux de la veine placée au-deflus, ce qui ne manquerait pas d’arrivers voici la maniéré dont ou fe met à l’abri de cet inconvénient : on établit au-deflus de la veine inférieure une féparation appellée en terme de houillerie, plate couve. C’eft une elpece de plancher formé de gros bois placés en travers, & de fortes planches bien naillelées & fi bien Soutenues, que les eaux d’en-bas, preflees par celles qui font dans les montées ? ne puiflent revenir dans la bufe du bure jufqu’à la veine inférieure»
- Epuifement des eaux,
- 288. Nous venons de faire connaître les moyens ufités pour fe rendre maître des eaux dans le cours des ouvrages, mais pour un tems feulement î il s’agit maintenant de pourvoir à ce que leur volume qui s’accroît toujours , ne devienne point un empêchement à la continuation des travaux. La ma-lüere de fe débarraffer des eaux en dernier reflort, & de les porter hors de la houilliere, varie félon différentes circonftances, ou félon les voies où elles; font raffemblées. Les eaux du bougnou fe tirent pendant la nuit dans des tinnes attachées au bout du chief, enlevées par le hernaz à chevaux, ou bien elles découlent au pied de la montagne par la xhorre, nommée autrement areine.9pl. IX.
- 2-83.. Lorsque la houilliere eft- à la- portée d’un courant d’eau „ lepuilé-
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- ment du bure fe fait par un engin à pompe, de l’efpece de celui qui a fervi de modèle à Rennequin Sualem pour la machine de Marly,& peut-être aux pareilles machines qui font employées pour la mine de cuivre en Suede , lef-quelles font fur le même principe que la machine gravée dans le Di&ionnaire de mathématique & de phyfique de M. Saverien , tome I9fig. 2 5" 3, pi. XLU Le nom allemand Feld gefiange, lignifiant engin qui court les champs, différencie allez bien cet engin de tous les autres, puifqu’en effet on le conduit par-deffus des montagnes & des vallées, même autour & au travers des montagnes : je lui conferverai ce nom, lorfque j’en donnerai les développemens parmi les machines hydrauliques, dans la derniere fection de cet ouvrage. Je m’en tiendrai, quant à préfent, à placer ici la defcription abrégée d’une machine de ce genre, qui fe rapporte davantage à celles de Liege, telle qu’elle fe trouvev dans Belidor.
- 290. A l’eflieu de la roue que fait agir l’eau, eft une manivelle qui, par le moyen d’une bielle pendante, communique le mouvement à un varlet vertical; ce varlet fe meut fur un elîîeu & tire alternativement deux chaînes foutenues de diftance en diftance par des balanciers portés fur des chevalets : les chaînes tirent à elles alternativement la tète de deux autres varias, donnant le mouvement aux tiges des piftons qui répondent aux puits. Ainfi l’on voit que les chevalets & les balanciers peuvent fe multiplier à volonté, & que de même l’axe de la roue peut, au lieu d’une manivelle, en avoir deux qui feront agir quatre équipages de pompes. En épuifant les eaux du bougnou, on deffeche les pahages de la vallée, dont on doit fe rappeller que les eaux ont leur décharge dans ce principal puifard, par le teyment communiquant dans le pahage des niveaux du bure.
- 291. Les eaux des gralles & des demi-gralles s’enlevent de la meme maniéré ; elles font quelquefois traînées dans les ghyots par les hiercheurs, qui vont les verfer dans le pahage de la vallée, que l’on épuife, ainfi que les vallées & borgnes vallées , à l’aide des bouriquets , ou au moyen du ghyot. Ce vaiffeau qui s’attache derrière \evay , auquel tient aufli la coufade, def. Cendant avec le vay dans la vallée, 011 le pouffe dans le pahage où il s’emplit d’eau par fa foupape. On lailfe couler pendant quelque tems dans le bougnou les eaux du ghyot 9 par le trou placé à fa partie antérieure, qu’oil bouche avec une cheville. Les eaux des torrets fe tirent ou par des pompes , ou par des tinnes que l’on attache au chief de torrets. Celles d’une veine ou d’une foffe fupérieure, auxquelles on a donné communication, le xhorrent par le fpouxheux ou puifeux ; à fon défaut, par le parti - bure , à l’aide du fauconneau que nous avons fait remarquer précédemment. Ce gruau eft appellé en houillerie chat ou winday, terme général par lequel
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- ils femblent vouloir exprimer toute charpente qui renferme des poulies, & qui reviendrait à ce que Ton appelle généralement chape. L’arbre de cette charpente eft., comme .on le voit, pôle hors d’à-plomb de la première poulie, placée vers le milieu de fa partie montante; la chaîne du b.ure,, au lieu d’aller en droiture fur les rolles , eft détournée de cette diredion pour remonter en-haut fur deux rolles placés dans le bec ou dans la partie failiante du gruau, d’où le chief, auquel on attache un feau., retombe dans la partie du puits.
- Areine.i xhorre , canalis , cuniculus.
- 290. Dans le nombre -des moyens propres à épuifer les eaux, on ne doit point oublier le grand aqueduc fouterrein que j’ai eu occafion de nommer plusieurs fois, .& par lequel on fnpplé.e en certains cas au bure à pompes, dans les mines .ou carrier.es qui ne font pas travaillées à une grande profondeur. Les houilleurs Liégeois délignent ce chemin-couvert de mines par ces deux diiférens noms; le premier tire peut-être l’on origine de via. are-nata, ou ex arena factavoie ou chemin fait à ciment & à pierre. V. pi. IX,
- 291. La fécondé dénomination expliquée à l’article des uftenfiles pour l’épuifement & l’enlevement des eaux, femble avoir été donnée fpéciale-ment à cet aqueduc, parce qu’il porte les grandes eaux hors des ouvrages j ainfi l’on doit entendre., par ces deux termes., une grande décharge, & tout ce que l’on comprend fous le titre à' abattijjement, à' abattement d’eaux, ou conduits pour Pareille. Lorfque l’épuifement fe fait par d’autres moyens que ce canal, ils ajoutent au terme le nom de l’uftenfile s ainfi l’on dit, xhorre dell tinne , épuifement à l’aide de tonneaux. Pour fe déterminer à abouter, ou à avant-bouter ce, canal, il faut qu’il y ait lieu de foupqonner qu’on atteindra à la veine, en la perçant autant que faire fe peut, approchant ou même dans la partie d’aval-pendage 5 c’eft-à-dire, qu’on la fup-pofe en avant-main., félon l’exprellion 11 fi té e en houillerie. Il s’enfuit qu’une areine eft une galerie fouterreine, établie, quand il y a lieu de la pratiquer, au pied d’une montagne, ou dans fa partie la moins élevée, marchant en pente depuis la partie la plus déclive de la couche de charbon, jufqu’à l’endroit ou elle vient déboucher au jour.
- 2.92. Les avantages infinis qui réfultent de ce percement de jour, font aifés à préfumer: en ouvrant une houilliere à la cime de la montagne qui la renferme, on ne parvient à rencontrer la houille que par des ouvrages confidérables 5 il faut l’aller chercher plus ou moins profondément j il faut fe faire jour au travers des couches de terre de différente épaiiieur, au travers des pierres , des rocs , plus ou moins fiers ; on a à furmonter fans çefle les empèchemens qui réfultent des eaux, Ce percement, quelque dif.
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- jjendieux qu’il puiffe être, affine une exploitation peu embarraflante de toute la partie d'amont, & d’une partie d'aval - pendage, dans la ligne de niveau, & dont les eaux ne permettraient d’approcher qu’avec beaucoup de difficultés.
- .293 Dans le cas où l’on n’arriverait point à la veine par ce conduit, il n’en ferait pas moins utile pour bénéficier, c’eft-à-dire , décharger une grande partie des eaux de la houilliere , diminuer par conféquent l’embarras & le coût des pompes des autres épuifemens, &c. Telle areine , dit-on, porte le faa^ ou poids de l'eau de telle fojje ; c’eft de là qu’on appelle quelquefois la partie du terrein qui y répond , verfâge d'eaux ou endroit verfant.
- 294. On juge fuffifamment par-là , que pour former une areine ou xhorre, félon les bons principes , il y a plufieurs attentions à avoir. i°. Chercher par un nivellement exaét du terrein, l’enfoncement qu’on doit lui donner pour atteindre la veine en avant-main. 20. Etablir l’ouverture dans un endroit le plus bas poffible à l’extérieur, de maniéré que la xhorre aille toujours en montant infenfiblement vers l’endroit qu’on veut bénéficier. Les eaux qui ne tardent jamais à fe montrer en avançant, guideront d’une façon alfez certaine fur les fautes que l’on pourrait commettre en s’écartant du nivellement. Un ruiffeau ou filet d’eau qui fe trouverait au voifinage , indiqueront encore là pente à donner à cet aqueduc.
- 29 f. Les lettres A, A ,pl. X, expriment la pofition & la pente de ce canal. O11 y diffingue plufieurs parties, i9. L’endroit de fa décharge , qui s’appelle proprement xhorre ou œil de l'areine. 2”. Les canaux nommés maltais , §. 147, par où découlent les eaux. 30. Ses différentes routes ou branches nommées fourches, rottices. 40. Les endroits auxquels fe rendent les rottices de l’areine, & qui font diftingués par les noms de wafdage, weidy ; on dit, une areine wade ou aboutit à telle foffe. 50. La tranchée de rencontre B, fervant de naiifance à la xhorre établie àfon niveau, & qui fe nomme tranche.
- 296. L’areine s’entame , comme on vient de le voir, par le lieu de la décharge , en tâchant de s’affurer à l’endroit ou aux environs du lieu où l’on fe propofe de l’ouvrir , s’il y a quelque veine au travers de laquelle elle paffera , ou un terrein folide de roc. Dans le premier cas, la pourfuite du canal fe fait dans la veine même, & cela s’appelle travailler P areine par œuvre de veine ; c’eft le plus avantageux, en ce qu’en même terns qu’on pourfuit l’areine, on tire de la houille pour une partie des frais , & que de plus il arrive quelquefois , chemin faifant, de rencontrer les veines inférieures. Une areine s'aboute dhme veine fupérieure à une veine inférieure, pour que les eaux qui fe feraient écoulées de la première ou de la fuperficie du jour dans les montées, puiflent fe décharger dans cette areine ; ce qui donne la facilité de travailler dans la veine inférieure ce que les anciens maîtres auraient pu y lailfer. On fait im trou de tarré , appelle bolleux.
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- 297* L’expression travailler par œuvre de veine, diftingue l’autre maniéré de pourfuivre & conduire la xhorre en hune de pierre, ou par mahaisr c’eft-à-dire au travers de la pierre. La longueur de Pareine par œuvre de veine ou par maltais, eft toujours affez confidérable pour exiger qu’on ménage des ouvertures extérieures, propres à faciliter la reipiration de ceux qui agiflent dans fon intérieur. Auffi, pendant que l’on conduit cet aqueduc depuis fon œil jufqu’à la rencontre de la veine, on établit un & même plu-iieurs buretaux ou petits bures qui communiquent du dedans à la fuperficie. O11 les appelle communément bures de xhorre, ou bures d'areine , en latin œftuarium. De tems en tems, les ordures qui s’amaffent dans les rottices, gênent le cours des eaux ; 011 dit alors que Pareille eft Jlanchêe ou étranglée ; il faut de fois à autres, nettoyer fon canal, le conduire quelquefois d’un plus bas niveau ou même l’élargir , ce qui s’appelle faigner ^refaigner Vareine.
- 298- La communication d’une areine à l’autre, ferait une incommodité très-grande j il eft également important de pratiquer dans cet ouvrage, des ferres ou ferremens qui empêchent les eaux de couler dans les endroits inférieurs, ce qui gênerait le travail; on dit, les areines font féparées par telles eu telles ferres. Les areines fe conftruifent & fe dirigent dans certaines formes décidées par des loix fixes & précifes. Les eaux auxquelles ce conduit fert de décharge, donnent lieu fouvent à des conteftations : lorfque le voi-finage d’une houilliere occafionne de la jaloufie , 011 fe renvoie les eaux de l’un à l’autre, quelquefois d’une alfez grande diftance : la maniéré dont on s’y prend n’eft pas trop connue. Ces objets, ainfi que tout ce qui a rapport à la confervation , à l’entretien de Pareine, feront traités à l’article de la jurifprudence de houillerie.
- 299. Les difterens ouvrages qui viennent d’être décrits chacun en particulier fous leurs titres, composent les connaiffances générales fur lefquel-les porte l’art d’exploiter une mine de houille : on peut en prendre par avance une idée fur les planches VI, Vif VIII & IX, qui repréfentent ces travaux félon l’ancienne méthode : nous donnerons ici l’explication de ces planches, & nous entrerons enfuite dans le détail de Part, tel qu’il fe conduit aujourd’hui.
- PLANCHE VI. Travail fur les deux niveaux du bure.
- La veine qui a été defpieifée eft en blanc, & tout ce qui eft noir marque les ferres.
- A eft la bufe du bure, B eft le chargeage.
- 1. Place de ferrement à gralle, qui fe pourfuit d’une vallée à cheval.
- 2. Sur cette vallée on a levé fix coiflrejjes.
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- 5. Torrct établi à main droite fur la fixieme coiftrefle, avec fept coif-trelfes de torret.
- 4. Demi - gratte levée fur la lîxieme coiftrefle à main 'gauche , avec huit coiftrefles , auxquelles on a laifle des ferres, & on a repris le refendement de ferre..
- En retournant vers le bure , une montée levée en droite ligne fur le-niveau du bure pris à main droite. Une bagne qu’on a trouvée fur cette montée , a exigé qu’on y fore trois trous de tarrè.
- 6. Sur cette même- montée deux coiftrefles, & fur la fécondé-coiftrefle-, deux demi- montées.
- 7. Sur le même niveau de là main droite , on a conftruit' un torret qui a donné occafion d’en conftruire un fécond, renfermant à eux deux dix coiftrefles.
- g.. Sur la derniere coiftrefle de ce torret à main droite, on a levé une demi-gratte , avec quatre coiftrejjes.
- 9. Reprenant le niveau du bure à-main gauche.
- ïo. On y voit une montée prife endroite ligne, dans laquelle on a foré, trois trous de tarré, à eaufe dhine- bagne..
- 11. Sur cette montée 011 a levé deux coiflrejfes, & deux demi - montées fur la fécondé, y laiflant les ferres, & on a repris le refendement de ferre.
- 12. Sur le, même niveau , demi-gratte prife avec, place de ferrement & fix: coijïrijfes.
- I PLANCHE. VIL Travail d'une veine qui s'efl trouvée dans la bufe du bure A..
- A, bufe du bure avec les deux niveaux..
- i°. Sur le niveau de la main droite, on a levé trois montées: la pre^ miere eft levée en ligne droite ; on y a levé deux coiftrefles, y laiflant les; ferres. & reprenant les refendemens.
- 2. La fécondé a été prife à demi-montée, à caufe du pendage qui’ était; trop roifle.
- g. La troifieme montée a été prife à demi-montée,'par la même raifoiu que pour la fécondé montée;’, on y a conftruit deux coifrejfes H. _
- Sur la fécondé coiftreife on a levé encore une montée & une coifrefe prife fut; ladite montée, & 011 y a laiflé des ferres, parce que le toit n’était pas boiu-
- 4. Retournant vers le bure fur le même niveau-, on a. levé une gratte T) prife en ligne droite , afin de reconnaître fi le pendage continuait enroiffe: on a levé une coiftrejfek droite, & une coif reffe à gauche marquée F.
- Le pendage s’étant trouvé trop roiffe, on a pris fur le même niveau une: demi - gratte pour la commodité des hiercheurs.
- Sur une fécondé demi- gratte, 011 a pris deux coiflteffes, une à droite,, Ifautre à gauche „ afin de.lailfer paître.les eaux qui fe font trouvées dans.les»
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- ouvrages d'athier. Sur la main gauche du niveau du bure, on a levé deux demi-montées ; fur la première font deux coijlrejfes qui traverfent le bure ; là on a pris une, deux, trois, quatre & montéesà la cinquième & dernière montée , on a levé trois coifrejfes, y laiifant les ferres , & repris le refen-dement dé ferre, afin de faire fuivre la lumière. Pourfuivant le niveau de la main gauche, on y trouve une fécondé demi - montée y à laquelle on a levé une , deux , trois, quatre coijlrejfes ; & fur la quatrième coiftreffe on a levé une, deux , trois , quatre, montées, y laiifant les ferres , & repris, le refende-ment de ferre.
- Nous avons fait connaître dans le plus grand détail ci-delfus , tout ce qu’il eft utile de favoir touchant les eaux dont on eft menacé ; c’eft principalement dans le premier début qu’il faut ne point perdre de vue ce que l’on a à craindre de leur part : la prudence exige qu’en commenqant on ne pouffe pas les premiers ouvrages de trop loin.
- Planche VIII. Ouvrages dejjous eaux*
- A, bufe du bure.
- B , charge âge.
- On a d’abord commencé en droite ligne', à la bufe du bure, une place de ferrement de gral-le de quinze toifes. O11 a dilaté en cet endroit pour former une taille de quatre toifes de large , que l’on a travaillée par deux coijlrejjes à un côté, deux coijlrejfes à l’autre côté , en y laiifant les ferres. Dans le cas ©ù on viendrait à trouver de l’eau, on pourrait faire un ferrement pour les retenir. Venez enfuite reprendre aux deux niveaux du bure^wQc une place de ferrement de quinze toifes environ, félon que l’ouvrage le comporte ; de là vous y formez une taille qui pourfuivra tant que l’ouvrage le permettra. Sur ces deux niveaux , levez quatre montées, & au-delà de ces quatre montées lailfez encore fur ces niveaux une place de ferrement, afin de féparer les ouvrages. les uns des. autres, & éviter de communiquer les ouvrages, ce qui ferait nuifible.
- 1. Place de ferrement à gralk ; là on a pris quatre coifrejfes, deux- à un côté , deux à l’autre.
- 2. Place de ferrement au niveau du bure j là on voit quatre montées prifes en perpendiculaire.
- 3. Sur ces quatre montées, on a pris-quatre, coif rejfes qui traverfent les quatre montées.
- 4. On voit encore fur les mêmes niveaux une place de froment prife à grade , & entre les deux places de ferrement unpahage& plus, loin une demi~ gfaUe..
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- f. Retournant vers le bure, place de ferrement avec montée ; & en cas que Ton rencontre de l’eau , on fait un ferrement. -
- , PLANCHE. IX. Peur ouvrage à faire deffous eaux.
- ï. Maître bure,avec le parti-bure pour y placer une machine à feu , fi le befoin le requiert.
- 2. On voit dans la longue mahire, un grand emplacement pour y folfoyer un fécond bure.
- 3. Arrivé à la veine, on y trouve une place de ferrement j à droite , vallée du bure avec quatre coifrejjes prifes à droite, & quatre autres prifes à gauche.
- 4. Niveau du bure à main droite , travaillé par une place de ferrement, avec trois ou quatre montées à faire pour un premier ouvrage.
- f. Demi-gralle prife par place de ferrement, & cinq coiflrejfes prifes à main droite.
- 6. Niveau du bure à main gauche, travaillé par une place de ferrement, & quatre montées ; & au-delà de ces quatre montées reprenez encore une place de ferrement, afin d’y former une fécondé courfe d’ouvrage.
- 7. Sur ces deux niveaux , une demi - gralle prife avec place de ferrement, & cinq coifireffes prifes à main gauche en defcendant.
- g. Serres marquées en noir , confervées afin de travailler deffous eaux.
- 9. Refendement de ferre , marqué en blanc, & deftiné à faire fuivre la lumière.
- Article. V.
- Marche & conduite, des ouvrages de houillerie, depuis le premier enfoncement
- fuperficiel, jufquaux travaux , dans une mine de charbon ,à la plus grande
- profondeur poffble.
- 300. Ce qui fera la matière de eet article, efl; proprement l’exploitation. Pour traiter d’une maniéré fimple & claire cet objet,auquel nous avons conduit le le&eur par degrés, nous fuppofons que l’on fe dilpofe à une entre-prife de cètte efpece. Elle peut avoir lieu dans deux circonftances : ou c’eft une ancienne fojfe que l’on veut remettre en valeur, nous en traiterons fé-parément i ou bien c’eft un terrein qui n’a jamais été travaillé, dans lequel la veine eft dans fon entier, & félon la maniéré ordinaire de s’exprimer en houillerie, na jamais été violée , na jamais été difpiertée. Ils difent encore que la veine ef en plein vif thier, qu'il y a autant de veine que de ga^on. L’endroit où l’on veut s’établir une fois décidé, on fait drelfer la houtte, fi c’eft un tour à bras, autrement dit bourriquet, ou une petite fojfe. Si c’eft un grand
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- bure, on conftruit le herna{, fous lequel on tiendra lés agrêts ou équipages différens, félon que c’eft une foffe de grand ou petit athour-,8t l’on établit â côté la fotge du maréchal : on procédé enfuite à là rupture du ga{on. Cette façon de parler, ulitée en houillerie, exprime naturellement la première chofe à faire , pour, comme l’on dit, fojjoyer, avaller , èfcandir un bure, rendre ouvrable une mine de houille, bouter,pourfuivre, avant-mener, conduire, xhorre, areine , abattement d'eaux , a(feoir pourfuites & courfes <T ouvrages, qu’il s’agit maintenant de faire connaître d’une autre maniéré. L’expofition dans laquelle je vais entrer, comporte une fous-divifion aulîi utile que railbnnable : je partagerai donc le travail entier d’une houilliere en trois parties ; dans la première feront détaillés Üenfoncement & toute la conftruction d’un bure ; la fécondé reprendra ce défoncement à l’inftant où Ton commence les' véritables ouvrages, c’eft-à-dire, l’ouverture de routes & de palfages dans le corps de la mine, qui devient profitable à l’entrepreneur & à fes affociés ; la troifieme traitera du travail des veines dans chaque efpçce de pendage , ou dans des circonftances pour lefquelles l’exploitation fe gouverne, d’après des réglés qui font relatives à ces différens cas.
- De Vavallement d'un bure , & des ouvrages qui en dépendent.
- 301. Toutes les opérations relatives à cette première fouille, fe nomment avallement ; comme elles fe paffent à la furface, à l’aide du bourriquet qui enleve au jour les terres, & Vavalleur qui les détache, ces manœuvres font le plus ordinairement confiées à des femmes. Ce font elles qui tournent le bourriquet, qui, comme l’on dit, tirent les triquets du bure. On voit que, dans cette façon de s’exprimer, le nom des fupports du treuil eft tranfporté aux barres à tourner; mais nous avons demandé la permiiïion de ne rien changer aux termes admis entre des ouvriers qui, paffant là moitié de la journée fous terre, & l’autre à dormir, ne fongent point à s’affujettir à perdre l’ancienne habitude qu’ils ont de s’exprimer dans le langage atuatique; langage qui était vraifemblablement celui des premiers qui ont découvert la houille en Publemont {a'). Ces femmes que l’on pourrait appeller les aidés de l'avalleur, font celles qu’on nomme trairejfes, traireffes au jour, & qui ont toujours en partage les befogr.es extérieures d’une foffe; ce font elles auflï qui marquent à l’eftablir, ou comme il fe profronce, Jlalire. On emploie aufïï à tirer les triquets du bure, les berwetrejfes, qui. enlèveront du pas du bure les charbons qu’on y déchargera au fôrtir de la foffe ; on en met au moins
- (a) Selon la chronique des Pays-Bas, in Monte Publico, où eft l’abbaye de S. Laurent ; félon la chronique de Tongres & celle des carmes de Liege , dans la montagne des Moines.
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- deux & quelquefois davantage à chaque bourriquet; elles fe placent de chaque côté aux deux coubles du tour. . -, ,. . • ,
- 302. Le premier bure par lequel 011 commence lorfqu’on ne ;veut faire qu’un bure à bras, eft nommé avallerejje. Selon la folidité du terrein , il eft folfoyé en rond, ayant environ cinq pieds de diamètre, ,ou en quarré. Le louchet, le kaway, le pic, font les feuls outils qui foient alors d’ufage : quand les ferres font grades, l’œil du bure fe fait avec le premier outil, en défaifant cinq ou fix pieds de terre qu’on jette dehors i 011 défonce avec le pic> on reprend avec le louchet pour emplir de cette terre les paniers qui fe lèvent avec le tourret à bras, mu par les trairelfes. La journée achevée, l’avalleur remonte par la meme corde à laquelle s’attache le panier. Lorfqu’011 ell arrivé à la couverture pierreufe, on rencontre quelquefois une aireure de veine, qui en annonçant le voifinage du charbon, encourage l’avalleur & tous les employés.
- 303. Quand on veut faire un grand bure, on donne tout de fuite à fon œil la grandeur & la forme parallélogramme. La terre qui fe tire de la folfe fp ramalfe autour de l’œil du bure, de maniéré que cette partie de la bufe fe trouve élevée au-delfus du niveau du terrein qui eft alors formé en petit raonr ticule de 12 à 1 f pieds de hauteur, & planchéyé avec foin, comme ij a été dit ci-devant, afin de donner aux rakoyeux la facilité d’attirer en-bas la charge qui arrive au jour, & qu’elles renverfent enfuite pour être reprife par les meneufes.
- 304. Le premier déblai de cette fouille fe fait comme pour les petits bures, par le tourret à bras, jufqu’à ce qu’on foit arrivé à la profondeur de quinze ou vingt toifes. Ce petit bure relie quelquefois feul ; d’autres fois il eft employé dans la fuite des ouvrages à fervir de burtay pour l’airage de 14 mine, où il devient quelquefois bure à hernaz. Dans les cas où il s’agit d’ouvrages qui donneront pour long-tems, il pft ordinaire de foffoyer deux ou trois bures, le maître bure, lç burtay, le bure à pompes , tous trois profondés différemment, félon l’ufage auquel ils font deftinés, félon le psndage de I3. veine, ou fuivant d’autres circonftances. La principale folfe pour les grands ouvrages, & que nous avons nommé maître bure, qui porte à thier de bure, s’enfonce toujçmrs d’une toife plus bas que la veine, à proportion que le pendage eft roiffe. L’autre petit bure qui eft toujours néceifaire à fa proximité, qui peut fe multiplier & qui fe multiplie même prefque toujours, doit être profondé de quelques toifes au voilinage de ce maître bure & plus à thier de bure j faute de quoi il n’y aurait point alfez d’air pour les ouvriers , & les lu-Ùnieres ne pourraient pas y refter allumées. Cette avallereff'e ou ce petit bure çonftruit exprès, prend alors le nom de burtay, ou, à caufe de fon ufage, çelui de bure dîaircige.
- 30 f. Lorsqu’il eft profondé, on revient gagner le grand bure par ]e
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- canal de communication, appellepierfure. En même tems que le royteti a foin d’achever la befogne de Vavalkur, en applanilfant les inégalités qui font refi tées dans les mahires du bure, le ftanfeurfe met à l’ouvrage à proportion qu’on fe débarrafle des terres & des eaux ; le poids de ces dernieres, fur - tout, augmente à proportion que la fofte s’approfondit ; leur volume s’accroît par de nouvelles iifues que les travaux donnent nécelfairement aux fources renfermées dans l’épaifleur que les ouvriers enlevent. Une des opérations qui accompagnent l’avallement, eft donc de fe pourvoir, à mefure qu’on avance, contre les eaux de mark, qui dans quelques endroits font très-abondantes, & contre les fendans , très-fujets à en donner qui fe rendent au fond du bure , & forgagnent les houilles.
- 306. Pour faigner ces eaux, on ménage à côté de la bufe du bure, un conduit fouterrein qu’on nomme tranche, qui, en paifant à travers les ouvrages d’une veine fupérieure d’un bure voifin,fe prolonge jufques vers l’endroit où l’on veut enfoncer un nouveau bure: là , après avoir profondé jusqu’au tourteau del dieille un bougnou plus étendu en largeur que l’ouverture du bure, on fore fur la tète de cette veine ou taille un tombeux ; les eaux de mark fe trouvent déchargées, & alors on enfonce le bure nouveau.
- 507. On s’occupe encore à fe rendre maître de ces eaux par le caribou dont nous avons parlé, qui eft une excavation pratiquée au-deffous du fendant , dans une veine la plus voifine qu’on rencontre -, ce puifard ou pahage qui peut contenir deux à trois cents tinnes, fe remplit & fe vuide à plufieurs reprifes , cela s’appelle faire un caribou, fe fervir de caribou : il forme une ef-pece de cuvellage au moyen d’un robinet de bois qu’on y adapte dans fou fond, & par lequel l’eau fe vuide fur la xhorre ; ou bien on en tire l’eau au jour avec des tinnes. Si l’on fe reconnaît menacé d’une irruption d’eau de bagne, il eft indilpenfable d’établir dans les mahires un vrai cuvellement qui oppofe à ces eaux un folide rempart. Cet ouvrage confidérable de charpenterie a été détaillé en particulier.
- 30$. Le bure profondé jufques fur la veine, il faut, avant de commencer les tailles, établir le principal pahage, appellé bougnou: ce puifard doit être pratiqué plus bas que le niveau de la veine inférieure, c’eft-à-dire, d’une toife & demie ou deux toifes au - deifous d’elle, & cela en proportion de fon pen-dage 5 car plus la veine a de pente, plus il faut profonder le bougnou, afin de pouvoir former les chargeages, & couper & applanir la dieille dans laquelle ou forme ce baflin qui reçoit la chûte des eaux de plufieurs autres pahages. 11 doit être profondé d’une toife & demie, en proportion que les veines font roijfes. Quand c’eft un pendage de veine, le bougnou fe fait dans la veine même. Lorfqu’on travaille par vallée, il doit être afiis au pied de cette taille , & fe dilater à côté. Si l’on travaille par niveau, il doit être à côté du bure.
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- Quant à la capacité qu’il faut donner au bougnou, elle fe réglé fur la quantité d’eau qui arrive, & qui peut y refter, fix, dix, ou vingt-quatre heures.
- 309. En traverfant toute l’épaiffeur de la veine pour faire le bougnou, on prend autour de la bufe du bure au pied des mahires, la houille & le charbon qui s’y trouvent j il en réfulte l’élargiffement en forme ronde fphérique dans le haut, comme un dôme dont j’ai parlé. C’eft à cette couronne des chambres, qui par la fuite deviendra le principal chargeage, que doit répondre chaque voie que l’on ouvrira bientôt après ; c’eft là que tout ce que l’on extrait de la houilliere doit être apporté du fond de la vallée par les chargeurs au bure, ainfi que les paniers & coufades qui'feront enlevés au jour. Voyt[ planche X. C’eft pour cette raifon que fa partie fupérieure, nommée couronne de chargeage, ou couronne des chambres, eft configurée de la maniéré qu’on vient de le dire, afin que les chargeurs au bure ne fe trouvent pas directement pendant leur befogne fous les mahires, & foient ainfi à l’abri de ce qui pourrait fe détacher d’en-haut.
- (Œuvres de veines, ou travaux qui s'exécutent dans le charbon de terre.
- 310. Les opérations que je viens de décrire ne font, pour ainfi dire, que les préparatifs des véritables travaux. La qualification d'œuvres de veines , que j’ai trouvé adoptée pour letabliffement de Yareine au travers du charbon, ma paru propre à diftinguer de l’opération précédente, la conduite des ouvrages qui fe font dans le corps même du charbon, pour exploiter la mine en entier.
- 311. Les bancs de houille qui parcourent un terrein, font ou de grandes veines ou des veinettes , voye^ première partie. L’efpérance que l’on doit concevoir de la hauteur Ça') des unes & des autres, les caraéteres qu’elles doivent avoir pour être de bon rapport, font des points fur lefquels il n’eft pas indiffèrent de faire ici quelques obfervations.
- 312. On ferait cÛlpofé à croire qu’une grande veine (c’eft ainfi qu’on nomme toute veine dont la hauteur eft au-deffus de deux pieds ) eft plus riche & plus lucrative dans l’exploitation. Cela eft vrai en général, puifque plus une veine eft riche, plus elle peut fe dilater, c’eft-à-dire , fe travailler en long & en large ; cependant il eft des circonftances particulières, qui contrebalancent quelquefois beaucoup cet avantage. La longueur même de ces dilate-mens, quoique dépendans de la richeffe de la veine, 11e peut pas être déterminée, parce qu’il peut le rencontrer des obftacles qui ne permettent pas de ’luivre à cet égard une réglé invariable. Les frais de bois néceffaires pour étayer
- ( a) On doit le rappeler le fens dans lequel ce terme doit être pris, lorfqu’on paris des veines.
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- les voies dans les veines qui palfent douze poignées, font une raifon pour laquelle ces riches veines eftimées en général par le nombre de poignées, ne font pas toujours, comme nous l’avons obfervé ailleurs, celles dont le travail donne plus de bénéfice.
- 31$. Relativement à la pofition des veines dans l’épailfeur de la malfe du terrein, que l’on fuppoferait vu dans une coupe perpendiculaire , ces veines ne promettent point autant les unes que les autres : le verfage d'eaux que nous avons dit s’appeller endroits verfans, auquel on peut rapporter l’areine ou d’autres parties de la houilliere qui donnent beaucoup d’eaux,annonce fur cela ce qu’on doit attendre , félon que les veines font fituées dans un bure plus haut ou plus bas que l'endroit verfant. Les premières que l’on distingue par les qualifications de veines xhorrécs, veinesJituées fur la main du xhorre, en menant le niveau comme il fe doit, ou veines fupérieures , & dont le charbon prend le nom de charbon xhorré, font les plus lucratives. Les jecondes veines fituées au-deifous des eaux, appellées de dejfous la main, veines au-dejfous du niveau du xhorre , veines non-xhorrées, veines inférieures , veines fub-mergées , demandent des attentions particulières qui fe conçoivent aifément, & qui feront expliquées à leur place. Le pendage des veines, dont on a fait connaître toutes les différences , eft encore une des circonftances qui influent le plus fur la facilité des travaux, & en conléquence fur le bénéfice. Les plu^ avantageufes, fans contredit, font celles dont la pente eft douce & peu inclinée par rapport à i’horifon. Les veines roiifes ne le font pas tant: nous en donnerons les raifons lorfque nous en ferons à l’exploitation de chacun de ces pendages.
- 3 14. Cette pofition différemment inclinée des veines, donne auffi aux ouvrages qui fe font dans leur profondeur, les dénominations propres à les défi-gner ; mais la maniéré la plus fréquente de diftinguer les ouvrages d’une mine, porte fur l’efpece de féparation que le niveau du bure fait de toute la mine en deux parties. Ainfi la pourchajfe Sune veine peut être confidérée fous deux faces ; fon exploitation jufqu’au niveau ou au-deifus de cette taille, & fon exploitation au-deifous du niveau. Les ouvrages qui fe font dans les montées, dans les coiftreifes prifes au-deiïus du levay,font nommes ouvrages d'amont-pendage, & comprennent, les veines xhorrées. Ceux qui fe conduifent dans les vallées , dans les grades , dans les coiftreifes au-delfous du levay , s’appellent ouvrage d'aval-pendage , & renferment les veines non-xhorrées, veines fubmergées. Ce fera la divifionque nous allons fuivre, en reprenant les travaux où nous les avons lailfés.
- 31 f. Le chargeage achevé, les xhaveurs font, ou dans la veine, ou au-delfous , c’eft-a-dire , dans cette partie de veine que nous avons appellée houille morte, que l’on nomme quelquefois mal-à-propos terroule} voye{ première parlai ij
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- tie , une ouverture plus ou moins grande , félon que la veine eft facile à xha-ver, mais toujours feffifante pour la faire tomber , & en décharger uneheve. Eli travaillant à l’entame de la veine , par cette ouverture que les xhaveurs appellent une choque , on prend garde de percer au pic ; c’eft la maniéré dont ils s’expriment pour fignifier donner dans quelque bagne. On a vu les moyens pour reconnaître le voifinage de ces anciens ouvrages remplis d’eau. Cette choque eft l’entamure des niveaux ou des Levays du bure ; elle fe fait en attaquant & fappant la veine avec le bada, comme on ferait avec un coupay , & laiifant la veine à découvert fur les côtés. Quand la veine fe montre ainfi des deux côtés des tailles , l’ouvrier dit que la paroi ou la pareujfe ejl découverte aux deux côtés/
- 316. On procédé de cette maniéré à droite & à gauche , à la fois ou fépa-rement, afin de pouvoir y faire des ferremens , & defcendant le plus bas pot-fible dans la veine. Chemin faifant, on fe pratique despaxhffes pour les eaux des ouvrages inférieurs ; & de ces réfervoirs, les eaux vont fe rendre dans le bougnou par un teyment que l’on peut voir pl.-X. Les xhaveurs coupent la veine aux deux côtés des tailles. Quand la taille eft toute coupée, les ripaf-feurs y entrent pour faire fauter la houille par quartier ; vont pouffer au niveau, c’eft-à-dire , recouper le niveau exaét, afin que l’eau ne coule qu’infenfible-ment 5 & ils continuent de proche en proche. Les ouvrages parvenus à ce terme devenant de conféquence, les houilleurs attachés à la folfe fe partagent en deux ou trois bandes ; l’une travaille le matin, une autre travaille le foir, & latroifieme la nuit: chaque bande peut être compofée de vingt-cinq hommes.
- 317. Nous avons fait connaître les différentes routes qui viennent fe rendre dans le chargeage au-deffus & au-delfous du niveau du bure, les conf-trucfions qui leur font propres , relativement à la fûreté des ouvriers, à la circulation de Pair, aux décharges des eaux, aux irruptions aqueufes : il ne refte plus qu’à fuivre ces ouvriers dans la progreflion de leurs travaux, & à donner l’enfemble du tableau général que nous avons tracé ; enfin , à décrire par ordre l’exploitation d’une grande houilliere. La pi. X fe rapporte particuliérement au détail qui va être donné , conformément aux réglés obfer-vées aujourd’hui à Liege.
- 3 1 S- Je fai adoptée telle qu’elle- fe trouve dans Louvrex *, je dois feulement prévenir de plufieurs circonftances auxquelles il fera aifé de fuppléer en idée. L’impoftibilité de fe faire entendre parfaitement dans ces planches , qui 11e devraient repréfenter qu’un plan géométral,a obligé de repréfenter en élévation plufieurs parties qui devraient être en plan, mais qui alors n’au-«aient pu être apperques. j’aurai foin d’en faire la remarque lorfqu’il fera néceîîaire.
- 319. Attendu que toute -veine a une inclinaifon , & que la faine
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- pratique dicte la méthode d’aller toujours le plus bas poffible , on peut commencer par prendre une gralle à la bufe du bure. Voye^pl. VIII & IX. Après avoir travaillé autant qu’on a pu dans cette, gralle, on remonte la main par line coiftreffe de dix en dix toifes, laiffant un pahage dans le fond de chaque nouvelle coiftreffe que l’on fait. On va toujours en déchargeant le heve, afin de pouffer plus loin, & comme on dit, afin de chajjer les ouvrages. Dans chaque taille on fore trois trous, un en montant, un fécond qui va infen-fiblement, & un troifieme qui va en alignement de la voie ou de l’ouvrage, ou, comme difent les houilleurs , qui va en avant-main. Dans les parois d’en-haut, on fait en outre deux pareujfages. En proportion que l’on avance les tailles , ces trous, nommés trous de tailles, font toujours replongés. Les points blancs, marqués dans la pl. X, expriment les trous de fonde.
- 320. Cet ouvrage , dans lequel les houilleurs vont toujours démolïffant, ne peut fe faire fans beaucoup de décombres ; la veine ne peut fe détacher qu’en entraînant des éclats du toit & du fofi auxquels elle tenait. On comprend ces recoupes éparfes dans les voies fous le nom général de genges ou triguts, quelquefois bojjiemens ; & lorfqu’ils font embarras, Jlouppures. Il en coûterait beaucoup pour s’en débarraifer j & leur extraction prendrait fur le tems employé à celle des houilles & charbon. Les ripajfmrs les remettent dans les tailles, pour être employées à faire de diftance en diftance les épau-lemens ou piliers qui économifent le bois & les fouayes qui autrefois étaient appliquées à cet ulàge.
- 32/. Ces épauîemcns nommés ferres, & quelquefois ferremens, réuniffent plufieurs avantages ; ils foutiennent les ouvrages, empêchent l’écroulement du toit, s’oppofent aux fentes aqueufes qui en réfulteraient, donnent paifage aux eaux & à l’air. Quant à ces deux derniers points , les ferres ont été traitées à chacun de ces articles auxquels elles ont rapport ; elles n’ont plus be-foin d’être confidérées que comme piliers d’étai. Afin de les fortifier, ils font maintenus par de petits murs bâtis fans ciment, qu’on appelle murays, & la ferre étayée de cette maniéré s’appelle fiappe, d’où vient l’exprefiîon rej-tapler, parce que contre une ftappe on en met une fécondé.
- 322. On reftaple quelquefois de cette même façon une ferre, c’eft-à-dire, une pile formée entièrement en charbon , qu’on n’a point attaquée & qu’011 a laiifée exprès entre deux tailles ou deux ouvrages ; l’épaiifeur de cette malle de veine, pour avoir la folidité requife, doit être de quarante ou cinquante poignées. Cette précaution eft encore indifpenfable dans certaines parties d’ouvrages , & alvec quelques différences-relatives à la pofition de ces endroits qui ont befoiu d’être fûutenus. Lorfque ,rpar exemple, la voie va le long d’une ferre , comme il eft marqué à la pl. X, par les coiftrelfes de vallée , demi - grades & torrets, appelléesjvafevjfes de la voie, 011 la muraille fe«-
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- lement du côté du ftappe; quand la voie eft entre deux ftappes-, fes deux côtés font néceffairement murailles de diftance en diftance , aplomb fur la deille foutenant le toit.
- 323:. Après que les places des ferrement font achevées fur les deux niveaux du bure, & que l’on a travaillé tout ce que l’on peut hors de la partie inférieure au levay, on commence fur chaque levay ou niveau des tailles que l’on appelle montées : cela fe nomme Lever des montées. Elles peuvent fe dilater autant qu’il eft poftible pour le profit, & autant que rien n’en empêche. Â mefure que les niveaux du bure avancent, on leve chaque montée de dix toifes de diftance l’une de l’autre. Sur ces montées on fait des quef-trejfes jufqu’à ce qu’on ne trouve plus rien à travailler, à moins que ce qui reifte ne vaille point la peine des frais i alors il ferait mieux de le laiflêr, pour le tirer enfuite par de petits bures.
- 323. En fe figurant les levays ou niveaux du bure comme une très-longue rue qui régnerait au bas d’un coteau, & les montées comme des chemins venant parallèlement les uns aux autres s’ouvrir dans cette longue rue ; on voit que , lorfqu’il fe fait de grandes pourchaffes d’ouvrages, les hiercheurs ont un long trajet à parcourir pour gagner ceux de ces chemins qui débouchent dans le levay à fon extrémité , ou pour en revenir , puifqu’avant d’arriver au principal chargeage avec leurs fployons , ils ont non-feulement à aller dans les montées, mais encore dans le niveau du bure. Il n’eft pas nidifièrent , fi l’on veut travailler avec profit, d’abréger ce chemin. Pour remplir cet objet, on a une méthode fort avantageufe î elle confifte à faire une demi-montée qui, en s’éloignant du commencement du levay dans une marche diagonale médiocrement inclinée, palfe au travers de toutes les montées qui communiquent dans cette principale taille. Outre que de cette faqon le chemin eft beaucoup raccourci, la pente de la demi - montée facilite l’exportation des houilles & charbons des montées. On remplit encore cet objet en faifant un refendement de ferre. Quand les ferres des ferremens font très-épaiffes, on a recours à une autre pratique qui évite de defferrer ; elle confifte à faire au travers de la veine même un petit boyau de cinq,fix ou huit pieds de largeur, ou, comme on dit, de fept à huit poignées de large, qui forme un paC-fage d’une taille à l’autre j c’eft ce qu’on appelle travailler par chambrays, du nom chambray , chambreau, donné à ces chemins.
- A l’extrémité de ces chambrays 011 fait des trohs de tarré; à la faveur de ces ouvertures qui ont communément un pouce & demi de diamètre, dans lefquelles on adapte des tuyaux de fer - blanc, on conduit des pa-hages jufqu’au bougnouj & afin que les eaux venant à haufler &baiffer, tant dans les pahages que dans les bougnous, ne puiffent fe répandre dans 4a vallée, on place une gife fur ces tuyaux. Outre que les ferres des ferremens
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- font queîquèfois très-épais , & ne comportent point le refendement de ferre, ces chambrays ont encore l’avantage de ne pas embarrafler les ferres, & de conduire les eaux des pahages dans le bougnou.
- 326. Nous avons dit que les deux levays ou niveaux du bure fe fai-fàient tantôt féparément, tantôt à la'fois. Quand l’ouvrage permet de les travailler de cette derniere maniéré, on communique l'air par la pierfure ; enfuite on pourfuit ces deux niveaux dans leur longueur ordinaire, afin de pouvoir y faire les pahires qui aboutirent dans le bougnou par le tey~ ment. Parallèlement aux deux premières voies, un peu plus bas, on conduit deux autres puifards qu’on nomme pahages, dont il a été parlé ailleurs, & qui fe dilatent au niveau de l’eau du bougnou. Comme il eft prudent de s’alfurer d’un nombre fuffifant de ces conferves d’eaux, afin de conduire à bien les ouvrages d’une foffe, il faut, après que les niveaux font pouffes convenablement, attaquer la veine en avant-main, comme difent les houilleurs , ou autrement dans la partie d? aval-pendage.
- Ouvrages d'aval-pendage ouau-deffousdu levay , comprenant la pourchaffe des
- veines non-xKorrées , autrement appellées veines de deffbus la main, veines fub-
- inergées , veines inférieures , veines au-deffous du niveau du xhorre.
- 527. La pourchaffe des ouvrages dans une veine de deffbus > le niveau fe fait par vallée, borgne vallée , gralle, demi-gralle ou torret. L’avantage qui réfulte de cette e/pece de travail eft facile à fentirj on peut laiffer couler les eaux du bougnou & du pahage kmfqu’on travaille la veine en avant-main ; & quand même il pourrait encore , en travaillant par ces ouvrages, fe rencontrer des eaux qui obligeraient de faire quelques ferremens pour les ar. rêter, rien n’empêche qu’on ne puiffe toujours y laiffer courir les eaux des pahages & du bougnou par un ou deux trous laides à cet effTet dans les ferremens , qu’on rebouche lorfque ces vuides font remplis d’eau i des chevilles de bois fuffifent pour cela, ou encore on cloue fur ce trou, au-delà du ferrement, une piece de cuir attachée fur un morceau de planche en forme de petit clapet, fufpendue par le haut.vL’eau venant à entrer dans ce trou, pouffe la fou-pape & s?éeoule dans les vuides i & lorfque ces vuides font remplis , elle la referme çn la preffant dans un autrefens. On pourfuit de cette façon , tant que les eaux ne mettent point d’empêchement, ce qui s’appelle chafferla vallée : nous avons, difent des houilleurs , chaffé une-vallée jujqn'à dix , dcu^e ou plus de chargeages bas. C’eft ordinairement' le plus loin qu’on puiffe creufer les ouvrages fans trouver de l’eau i on a vu cependant, mais c’eft chofe rare, des ouvrages fi fecs, qu’on a été dix-fept, dix-huit, vingt chargeages bas, & qu’on s’eft rendu jufqu a la bufe du bure avant de rencontrer les eaux..
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- 328. Selon que les veines font plus ou moins placées dans le degré d’enfoncement que l’on a voulu déligner par le titre fous lequel nous les renfermons ici, elles peüvent produire des embarras plus ou moins confidérables. Il arrive quelquefois que les eaux du fécond ou petit bougnou, c’eft ai'nfi que nous avons appellé les paxhiffes de la vallée, communiquent avec celles du grand ou principal bougnou. Il eft difficile de remédier à cet inconvénient quand il arrive ; on doit donc avoir attention à ne point fe trouver dans ce cas.
- 329. Lorsqu’il y a plulieurs veines de charbon dans un même endroit, ce qui arrive le plus communément, les bons principes de l’art demandent que l’on commence par travailler les veines de delfous, appellées veines non-xhorrèes, pour finir par celles qui font placées au-deifus, & que l’on nomme veines xhorrèes. Les raifons fur lefquelles eft fondée cette méthode, fe pré-fentent d’elles-mêmes : fi l’on ne fe conduifait pas de cette maniéré, les eaux qui fe trouvent fuperficiellement, & auxquelles on donnerait jour par les travaux qui fe feraient des veines fupérieures, tendant toujours à gagner le fond des ouvrages, rendraient l’exploitation des veines inférieures très-difficile & peut-être impratiquable} au lieu qu’en commençant par travailler ces veines inférieures, les endroits qui ont été travaillés dans les bas-fonds, deviennent, à mefure qii’onabandonne lés tailles, des réfervoirs d’eaux, dont on ne s’embarraffe plus & qu’on ne s’occupe point d’extraire au jour, dans lefquels, comme difent les houilleurs, on laiife paître ou pake les eaux j d’où ces endroits font appel lés vuides inférieures ou paxhiffes.
- 330. Dans le cas dont il s’agit, où l’on juge rencontrer plufieurs veines par un même bure, on enfonce le bure de maniéré qu’en arrivant à la première veine, on extrait toute la portion de houille qui occupe l’efpace entre les quatre mahires ; cela s’appellq jeter feulement au jour le fond du bure, fans avoir tourné dehors, ou, comme ils difent, fans avoir tourné hors de la bufe du bure, ni d droite, ni d gauche. Cette veine eft traverfée dans toute fon épail-feur par le bure, & quelques toifes au-deifous, pour y aifeoir le bougnou. Ce n’eft qu’après le bougnou fait qu’on travaille a tourner hors de la bufe du bure, afin de fe dilater & de former le chargeage , enlorte que les mahires d’en-bas ne correfpondent point aux mahires d’en-haut, parce qu’il y a plus d’efpace entre les premiers qu’entre les féconds.
- 331. Le chargeage bien étançonné, on defcend dans la veine le plus que l’on peut ) c’eft-à-dire, qu’on la travaille en defcendant ; & après l’avoir dilatée à droite & à gauche, on remonte infenfiblement au-devant, ce qui s’appelle frouler.
- 333. Il y a cependant des circonftances dans lefquelles ce maître bure ii’eft point commode pour travailler les veines inférieures j les moyens de
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- fuppîéer à cette difficulté dans quelques occalîons, font importons à connaître; comme, par exemple, lorfquele maître bure eft affis fur une bagne, ou lorf-que cette folfe eft déjà bas avallée. Il eft, fur-tout dans le premier cas , de la plus grande conféquence de garantir le travail des veines non-xhorrées, des accidens que peut entraîner l’ouvertur-e de ces bagnes. Les réglemens y ont pourvu, en impofant l’obligation de ne point travailler de veine fous la main fans avoir d’abord fait des trous de tarré. L’abondance des eaux qui feront jour, avertit qu’on a donné dans une bagne, & alors on bouche le trou de tarré avec une cheville garnie de chanvre, & encore mieux de mouife foutenue par une ficelle. Il y a plufieurs maniérés de fe paifer du maître bure pour l’exploitation d’une veine inférieure; la première eft de travailler cette veine par bouxtay , comme difent les houilleurs, c’eft-à-dire, d’enfoncer dans un des niveaux du bure , un b&uxtay qui traverfe tout le flampe. Voye£ fec-tion VIII, art. XI, de la première partie.
- 333- La fécondé mauiere qui eft plus (impie & plus ordinaire , vraifem-blablement parce qu’elle difpenfe du bouxtay, confifte à pratiquer une voie ou un chemin de rencontre, qui va de lahufe dubure à la veine inférieure que l’on veut atteindre. En fe rappellant la maniéré dont les veines pendent plus ou moins dans leur marche, 011 juge que la partie d’une même veine, nommée amont-pendage, fe trouve éloignée du bure qui tombe toujours, autant qu’il eft poffible, fur la partie d'aval-pendage. La première partie fe trouve par-là diftante du point de ralliement pour l’extra&ion : afin d’aller rejoindre la partie & amont ,8c d éviter l’enfoncement d’un fécond bure, on pratique du côté où la veine s’élève en amont , une bacnure qui va rencontrer Camont-pendage, que l’on fe propofe de travailler par ce conduit. Ce chemin de niveau , pratiqué en hurre de pierre dans la mahire du bure , doit donc fe prolonger dans une diredion montante infenfiblement jufqu’à la bufe dubure où il va s’ouvrir.
- 334. Le tableau que nous avons tracé de l’intérieur des mines de houille , tant de la difpofitio-n des veines que de leur exploitation, eft maintenant aifez avancé pour qu’il foit aifé de juger d’abord de toutes les facilités qu’on retire des bacnures, & de la néceffité de les multiplier dans beaucoup d’occafions : d’ailleurs les avantages de ce canal ne fe bornent point à un feul objet ; une bacnure fert à l’écoulement des eaux, & par cette raifon on la fait pencher du côté de la xhorre ; elle fert en même tems au palfage des ouvriers & à l’exportation des denrées : fon ufage eft donc très-étendu & très-fréquent , & une bacnure fe multiplie au befoin , de dix en dix toifes. Quelques exemples achèveront d’éclaircir les idées prifes fur la planche IL Etant fuppofée une veine qui 11e vient point s'abouter à la bufe du bure, mais feulement à fon voifinage, il eft clair qu’à la faveur de la bacnure on parviendra à cette veine, 8c qu’on la
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- travaillera par le bure. On juge fans peine que l’on peut auffi quelquefois afler par bacnure -d’une veine à une autre , voy. pi. IL Enfin , quand les levays cCeaa font très-forts , on eft auffi obligé d’aller chercher la veine par cette communication , qui eft encore avantageufe pour aller travailler le refte d’une veine fubmergée, c’eft-à-dire , non-xhorrée.
- 335a On travaille auffi la veine fupérieure cTaval-pendage , foit par borgne vallée , foit par grailes, fur lefquelles on prend des coiflrejjes ; foit par demi-grattes , au fond defquelles on peut travailler une partie des relevemens par des montées ou par torrets , afin que quand on a travaillé toute cette partie de veine , les eaux du bougnou & du pahage puiffent couler dans ces vuides réfultans de l’exploitation. Le côté d’amont-pendage s’ouvre par des montées ; les roiffes fe travaillent par bacnure, le refte des relevemens peut être travaillé par d’autres -bures. Dans les roilfes ou dreffans , on travaille la veine au - deffus du niveau du bure par des montées prifes dix toifes les unes fur les autres j & comme les hiercheurs, lorfque le pendage-eft trop précipité, auraient trop de peine à agir , à traîner leur fployon , on fait des demi-gralles, en coupant néanmoins le pendage à demi, afin de rendre la pente plus douce & le chemin plus plat, .Dans fon fond on ménage un pahage pour les eaux de la demi-gralle. Lorfque la nature du pendage oppofe un obftacle abfolu à l’extraétion de ce qui eft éloigné , il faut travailler par torret ouvert dans le bure à la tête d’une grande vallée.
- Eaux des ouvrages inférieur s*
- 336. C’est dans les ouvrages inférieurs que fe rendent les eaux ; & comme1 elles ne peuvent tomber plus bas , il s’y en fait néceffairement de très-grands amas. O11 leur a ménagé desréfervoirs dès le commencement des travaux ; mais-•ces paxhiffes ne s’empliffent qu’à la longue y de maniéré qu’en déchargeant ces eaux des ouvrages inférieurs fur une tranche, ou en les tirant par xhorre dd tinne, on a le plus communément à peu près le tems de travailler à fec les ouvrages fupérieurs , avant que ces endroits foient remplis ; ce qui fait dire aux •ouvriers : Nos lairant waidi nos aiwes divin nos paxhifes , ou vis ovreg&s mous Différons repofer nos eaux dans nos paxhiffes ou vieux ouvrages.
- 3 37. Malgré ces paxhiffes & toutes les précautions réunies pour cet objet, il peut quelquefois fe faire que les vuides inférieurs fe rempliffent avant que les ouvrages foient achevés , & que les eaux remontent en affez grande quantité dans le bure pour apporter obftacle à l’exploitation de la veine fupérieure. Le feul moyen alfuré d’empêcher les eaux de fe rendre dans la bufe du bure, eft de les cuveler lorfque la nature du terrein le petfmet. Cuvelet les eaux, e’eft les arrêter au moyen de l’encaiffement en charpente dont on a vu la defcription ailleurs, & que l’on appelle cuvettemem ou cuvelage, terme qui s’applique également à la veine. Le volume d’eau que l’on retient par-là, eft quelquefois
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- tel que , fi l’on forait un trou de tarré de dix-huit lignes dans un des madriers , îe jet qui en fortirait, irait prefqu’en ligne droite frapper la mahire oppofée: Si, par exemple, avant d’aller travailler une veine inferieure, on en avait travaillé une ou deux fupérieures , il faut, quand on veut venir à cette veine inférieure, condamner toutes les ouvertures qui auraient été faites dans la bufe du bure lors du travail des veines fupérieures. Ce cuvelage étant établi dans la forme que nous avons décrite, les eaux qui font derrière, 'ne trouvent point de jour pour fe décharger , & remontent néceflairement jufqu’au haut de ce cuvelage. Nous allons elfayer d’éclaircir le tout par la pi. XI.
- 338* La veine fupérieure E E, ayant été exploitée dans le bure B, avant la veine inférieure GG, cuvelez la veine EE, c’eft-à-dire la bufe du bure, par des cuves marquées en FF, & qu’il faut fuppofer aux quatre mahires ; par ce moyen les eaux provenant des montées de cette veine EE, ne fub-mergeront point la veine G G, puifqu’en remontant jufqu’en D, elles trouvent leur décharge en C, d’où elles fe rendent à l’œil de l’areine Ci & dès lors on peut travailler la veine inférieure G G. Il eft des occafions où, n’y ayant pas de verfement au jour , ce prolongement de cuve doit être dans toute la profondeur du bure, même jufqu’à deux toifes au-delfus de la fuperficie. On s’ett vu forcé quelquefois à cet ouvrage pour des foifes ouvertes dans des prairies , ou près du bord d’une riviere.
- 339. L'inconvénient dont nous nous occupons actuellement, provenant de la part des eaux qui remontent, arrive fur-tout quand dans le voifi-nage il fe trouve quelques bagnes', dans ce cas très-dangereux pour les ouvriers, & très - préjudiciable pour les travaux, 011 a recours à Pefpece de conftruélion que nous avons nommée plate, couve. En fe rappellant en quoi confifte cet ouvrage de charpenterie, on fent que de cette manière ou travaille la veine fupérieure, fins que les eaux dé la veine inférieure viennent remonter dans la bufe du bure: ce qui ne manquerait pas d’arriver, fi la plate-couve n’y mettait obftacle. C’efl: ce qu’011 a elïàyé de rendre fenfible par la planche XII. On y peut voir qu’avec le tems, les paxhijfes de la veine inférieure B, faits jufqu’en D, étant remplis, viendront à remonter en F5 il ferait donc alors de toute impollibilité d’approcher de la veine fupérieure E, par la bufe du bure A Ai mais après qu’on a abandonné la veine B D , les eaux retenues par la plate-couve C, ne pourront remonter parla bufe du bure AA, plus haut que cette couve ; & en çonféquence 011 pourra, fins craindre les eaux, travailler la veine E dans la bufe du bure.
- Ouvrages dlamont-pendage, comprenant la pourchajfe des veines fupérieures ou veines xhorrées „ appellèes aitjjî veines fur la main.
- 3^-0. Lys travaux qui viennent d’être décrits font prefque la feule partie
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- embarraflànte dPune exploitation; il n’eft plus queftion que de venir aux veines fupérieures ; & tous les dangers contre lefquels il fallait fans cefTe fe prémunir dans la pourchalfe des ouvrages d’aval-pendage, n’exiftent prefque point dans ceux qui fé font en amont, lorfqu’on a commencé par les veines xhorrées. Cet article conféquemment fera fort court.
- 34T. La première veine inférieure entièrement travaillée deffus & delFous les levays, on remonte la main pour venir à la hauteur du levay, & atteindre les veines fupérieures afin de les exploiter. Le tout fe fait avec beaucoup moins d’incommodité de la part des eaux dans les montées & dans les coiR treffes faites au-delfus du levay, parce qu’elles fe portent d’elles-mêmes dans les paxhilfes des ouvrages inférieurs. Il peut cependant arriver qu’une veine foit xhorrée dans un bure, & ne le foit pas dans un autre qui ferait plus aval-pendage ; & une même veine peut encore dans un même bure être xhorrée dans fa partie fupérieure, & non-xhorrée dans fa partie inférieure. Les eaux des ouvrages fupérieurs fe déchargent par des trous de tarré, dans l’areine ou xhorre que l’on a aboutie d’une veine fupérieure julqu’à une veine inférieure , ou dans les vuides qui fe rendent fur la xhorre. Ces trous de tarré fe font avec des attentions particulières, & dans des directions relatives aux circonftances, dont les principales ont déjà été indiquées à leur place, ou vont l’être bientôt.
- 342. La defeription luivie que l’on vient de voir de la conduite des ouvrages de houillerie, eft celle qui a lieu pour les veines régulières & dans les circonftances qui fe rencontrent le plus communément. Si l’on a préfentes à l’efprit les différentes efpeces de pendages de veines & l'anatomie des terreins à houille qui a été expofée dans la première partie, il fera facile de juger que ces réglés générales dont nous venons de donner l’efpece de fuccefîion, doivent néeeffairement fouffrir des changemens félon les terreins, & dans plufîeurs cas particuliers. Il refte donc à faire connaître les travaux qui font propres aux différentes efpeces de pendages, & nous terminerons par la façon d’exploiter le charbon, lorfqu’il fe rencontre quelques défedtuolités dans fes veines. Comme on a dû remarquer qu’il eft fouvent néceîfaire de procéder à la reconnaiflance des degrés d’inclinaifon que les veines fuivent dans leur marche , ce ferait îaiffer imparfaite l’explication qui a été donnée art. I, de la maniéré de les défîgner par tiers, par quarts ; & art. II, des inftrumens de mathématiques d’ufage en houillerie pour oet objet, que de ne pas dire un mot de la façon de s’en fervir r quoiqu’au refte il n’y ait point de traité de mathématiques , & fur-tout de géométrie-pratique, où l’on ne trouve les principes du nivellement.
- Du nivellement fouterrein.
- 345. Reconnaître le pendage d’une veine ou la pente des voies foute*-
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- reines, mefurer la longueur de ees galeries, c’eft à quoi fe réduifent les opérations propres à ces mines. La plus ordinaire pour trouver la fttuation, c’eft-à-dire , l’inclinaifon ou le pendage de la veine, conlifte à niveller, c’eft-à-dire, à chercher la hauteur verticale des deux extrémités de la ligne , & ce meftirage s’appelle nivellement ; c’eft le feul objet de la géométrie fouterreine , relatif à ces mines. Les houilleurs n’ont befoin que de lavoir 11 deux points font fur un plan horifontal, ou s’ils s’en écartent : rien de fi facile & de moins embarraifant que cet art ; auiïi, pour réfoudre les triangles redtilignes , ils n’emploient que des pratiques méchaniques. Une réglé, un niveau, & les inftru-mens que j’ai fait connaître art. II, comme les principaux, & une échelle qu’ils s’établiflent, forment tout l’appareil qui leur fuftît.
- 344. Personne n’ignore qu’on appelle échelles en mathématiques & en géométrie, plusieurs lignes tirées fur des tablettes ou fur du papier, divifées en parties égales ou inégales. On fait en même tems combien ce moyen eft commode pour repréfenter en petit & dans leur jufte proportion les toifes, les pieds, les pouces , la profondeur, la longueur, les diftances que l’on a prifes fur le terrein. L’échelle eft conftruite de maniéré que les parties qui la divifent font égales : à chaque extrémité de la ligne horifontale de toifes repréfentant le niveau, s’élève une ligne perpendiculaire de toifes ou de pieds , de maniéré qu’en portant la ligne horifontale autant de fois que l’on veutf, on a une échelle du même nombre de toifes. Foye{pi. X.
- 345". Il eft facile de voir que, lorlqu’une veine fuit fon pendage , le niveau de la voie ne change point de polition , & que c’eft le contraire dans le cas o'ppofé : ainfi dans un pendage régulier, la veine pendante à tiers, on aura deux pieds d’à-plomb; à quart, un pied & demi; quand elle pend à demi, on aura trois pieds fur la toile ; & Ci elle pend davantage , on trouve toujours la même proportion. Le fécond cas où l’échelle eft d’ufage , eft lorfqu’on veut mefurer les voies fouterreines qui marchent obliquement ; c’eft ce qu’on appelle dêpendement: pratique qui fera développée à l’article de la jurifprndence , qui a recours à cette menfuratiom fouterreine pour reconnaître que les ouvrages font parvenus jufqu’à tel ou tel endroit.
- Maniérés de conduire les ouvrages dans les dijfférens pendages de veines, & dans quelques occajions particulières.
- 346. Travail desplatteures. Ce pendage eft le plus favorable de tous pour le produit d’une exploitation : 011 n’a point tant à craindre de la part des eaux, & conféquemment on peut travailler ces veines plus long-tems; il eft d’ailleurs d’obfervation que cette marche fur un plan horifontal régulier, eft communément dans toute efpece de lits & couches de terres ou mines, l’annonce d’une
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- grande étendue. Une autre circonftance très-importante, c’eft que ces platteures fourniifent toujours avec abondance , que le charbon y eft de la meilleure qualité , & qu’enftn l’exploitation s’en fait avec un avantage décidé.
- 247. Dès le premier inftant de l’entreprife, ces pendages préfentent une facilité qui 11’eft pas indifférente; on n’eft point dans le cas à?avaller les bures fl profondément que pour les autres pendages:iis vont perpendiculairement en terre , & le bougnou eft profonde dans la pierre fous la veine. L’étendue du trajet des platteures oblige de travailler ces pendages par parties & félon des réglés différentes , qui tiennent aux différens degrés de peinte de la plat-teure , &ù quelques particularités dans lefquelles on va entrer.
- 348^ Cette maîtréffe foffe eft ici à considérer pour des différences particulières. Les bures ouverts fur l’une ou fur l’autre partie d’une platteure, font, comme la longueur de ce pendage , diftingués entr’eux félon qu’ils tombent fur la laye d’eri-bâs ou fur la tète du pendage : le bure profondé fur la partie montante * s’appelle fojje amont-pendage ,pour marquer la plus grande élévation de la veine ; le bure cavé fur la partie defcendante, fe nomme fojje aval - pendage. Lorfque , par exemple , voye^ pi. Kl, une foffe étant enfoncée dans un endroit égal quant à la fuperficie , la même veine qui fe rencontre dans les deux foffes fe trouve la plus éloignée ou plus près de cette ' fuperficie que dans l’autre foffe, alors on dit qu’une foffe eft plus amont ou plus aval pendage que telle autre foffe ; la même exprefîion s’applique aux ouvrages fouterreins , grailes. tailles, &c. O11 doit néanmoins faire attention que ramont & l'aval pendage ne doivent pas fe juger par la fituation de la furface, attendu que fouvent le penchant de la veine eft directement oppofé en terre ; & dans çe cas , on dit que l'endroit qui ejl thier au jour, ejl vallée dans la veine.
- 349. On commence d’abord par extraire toute la houille à une certaine hauteur, commençant du pied ou du fond de la veine, & remontant à la tête. On laiffe écouler les aiwes dans les vuides qui deviennent inutiles, & celafe répété jufqu’à l’entier épuifement-de lamine. Les platteures fe travaillent par houx-, tays faits fur les niveaux du bure ,/>/. I. Lorfque les pendages font fort plats, on travaille la veine par niveau , borgne niveau , & une montée fur laquelle on prend des coijlrejfes de montées. Cette montée fe dilate aufïi loin que l’ouvrage le permet, & fur elle on prend des coiftreffes de dix toifes en dix toifes, Lorfi. que le pendage eft plus roiffe,on travaille la veine au-deffus du niveau du bure par des montées prifesà dix toifes les 'unes des autres. Les niveaux poulfés à une longueur fuffifante & pourvus de pahages , on travaille la veine d’aval-' pendage par vallée. Cette voie prife au-deffous dulevay, en defcendant dans le rit même de la veine, a été décrite en général ci-devalnt ; on l’appelle aufE droite y allée, pour la- diftinguer de celles que l’on fait boirgnir, & ordinaire-
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- ment grande vallée, quelquefois vallée a cheval, parce que l’extraction du charbon qui en provient s’exécute par le hernaz à chevaux.
- 3 fo. On a pu facilement reconnaître qu’il n’a pas été poffible , dans la pl. X, de tracer la direction exacte de la vallée à ià naifTance au niveau du bure. Pour repréfeiiter le pendage len demi-platteure, & pour rendre fenfible tout ce qui appartient à cette autre taille principale, on 11’a pu faire autrement que de la figurer comme une borgne vallée. Cette néceffité a influé dans le plan fur la largeur des coiftreffes & des tailles de la vallée, auxquelles on doit fuppofer la même largeur que les coiftrefles & tailles de torret de la gralle qui eft à droite. C’eft par la même raifon que les ferres d’entre les tailles n’ont pas la même épaifleur qu’elles doivent avoir, & qu’enfin les borgnes vallées font repréfentées comme une droite vallée.
- 3fi. Pour 11e point agrandir mal-à-propos cette planche , nous avons porté à part fur le haut de chacune, la gralle & les ouvrages de fa dépendance , qu’il faut rapprocher par le point C au point C, en alignement du pahage de la vallée. Les points blancs, tracés autour des tailles, expriment les trous de tarré forés pour reconnaître les endroits où il y a de l’eau, afin de garantir d’inondation les houilleurs & les ouvrages. Le petit fîllon, laifle en blanc d’un feul côté du bougnou, pi. X, marque la place du teyment. O11 voudra bien fe rappeller, quant au bougnou repréfenté ici dans la veine pour le tableau de tout l’ouvrage, que ce puifard doit être dans le jlampe de deflous la platteure.
- 352. Tous les quarrés, ou à peu près de cette forme, laifles auffi en blanc & ifolés, font les ferres ; ce qui les fépare de diftance en diftance, marque des ferres refendues. Ce qui eft pointé eft airage, ou conduit pour l’air.
- Exploitation des veines en pend âge de roiffes,
- 353. Pour bien entendre ce qui va être dit fur le travail de ces veines, il eft à propos de revenir à la pl. //, afin d’avoir bien préfente à l’idée la façon de marcher des roiffes. On voit d’abord que les pendages qui fuc-cedent à celui dont les veines tirent leur nom, fe trouvent néceflairement de plus en plus enfoncées en terre 5 elles font en conféquence fujettes aux eaux dès qu’on a atteint quelque profondeur. Cet inconvénient, en rendant leur travail plus difficile & plus embarraflànt, ne laifle pas que d’effacer on contrebalancer beaucoup le mérite qu’ont ces veines, de donner du charbon plus gras & d’une qualité plus compa&e que les pîatteures.
- ' 354. Comme la plupart du tems les roiffes foppent au jour, voye^ première partie, les houilleurs Liégeois fe comportent d’une maniéré particulière dès le premier début de l’exploitation, dès l’enfoncement du bure. Parce qu’il ferait difficile dans quelques veines de ce pendage d’arriver au pied de la_ veine en profondant un bure à la maniéré ordinaire, c’eft - à-
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- dire à plomb, on le fait tomber de biais dans le corps de la veine du milieu, en inclinant comme elle; & l’on dit alors, que le bure pitte, va en jjiitant. Dans ce cas, le toit fe trouve converti en une haute muraille qui devient l’appui de la veine j alors il s’appelle troujjement, ce qui proprement veut dire foutien; il a lui-même befoin, à mefure qu’on avance le travail, d’être épaulé dans toute fon étendue, afin d’empêcher fon écroulement.
- Cette méthode de profonder la fofle en pittant dans la veine, n’eft point généralement adoptée dans tous pays ; mais elle eft d’ufage parmi les houilleurs Liégeois.j'On doit préfumer allez favorablement de leur grande expérience, pour croire que, s’ils n’ont pas encore changé fur ce point, c’eft qu’ils y ont conftamment reconnu des avantages ; & en effet, il s’en préfeme qui ne paraiffent point à négliger. L’enfoncement de ce bure & fa marche rampante dans la maffe même de la veine, mettent d’abord, & fans grand embarras, en poffeflion du charbon : on fe trouve en même tems à portée d’exploiter, quand on voudra , de la maniéré que nous détaillerons dans un inftant, les autres veines fituées parallèlement dans la même marche.
- 3^6. Dans les bures enfoncés fur les roiffes, lorfque l’on appréhende de tomber fur quelque bagne en faifant un trou de tarré d’une veine fu-périeure à une veine inférieure, ce trou doit, pour la plus grande fureté, être fait en talut, ce qui s’exprime en difirnt qu’on doit faire pitter hors de la mahire du bure. Les différens pendages qui fe fuccedent les uns aux autres dans ces veines, félon les terreins quelles traverfent, donnent à juger que la conduite qu’il faut tenir dans la pourchaffe des ouvrages, doit également être variée.
- 357. Afin d’entendre les détails que nous allons expofer fur l’exploitation des pendages de roiffes, nous appellerons première veine, celle qui le ferait effectivement, fi au lieu d’être d’à-plomb, elle marchait davantage en platteure; la veine de deffous, qui dans la planche fe trouve celle du milieu, fera nommée fécondé; & celle qui eft la plus inférieure, fera appellée la troijieme.
- 38- Le bure enfoncé, comme on le voit fur les roiffes de la/?/.//, vient à rencontrer un pendage de platteure ; alors on profonde en pourfuivant dans la pierre jufqu’aux veines fituées inférieurement & parallèlement : lorfqu’ona atteint la veine plus inférieure, on la travaille dans le fond du bure par le levay. La partie d’aval-pendage fe travaille par une vallée fur laquelle on prend des coiftreffes ; dans le cas où cette vallée rencontre un roiffe , une partie peut fe travailler par un bouxtay, qui eft un petit bure repréfenté avec fon bou-gnou: on donne à droite & à gauche des coiftreffes à ce bouxtay, comme à un torret. 3^9.
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- L’utilité dont ce petit bure eft dans le cas dont il s’agit, achèvera de faire connaître complètement cette foiiè fouterreinej elle eft ordinairement profondée d’une vingtaine de toifes environ. Au moyen de cette profondeur, on a la facilité de lever fur le bouxtay, comme on l’a dit ailleurs, quatre tailles ou quatre coiftrelfes, deux d’un côté, deux de l’autre, femblables aux deux coiftrelfes ou tailles du torret, mais qui fe travaillent d’une autre maniéré. Dans le fond de ce bouxtay on peut alléoir fur la dernière queftrelfe un fécond bouxtay, & de fuite encore un troifieme fi l’ouvrage le permet, de maniéré que toute la platteure de roilfe le trouve partagée en deux, trois, ou quatre portions.
- j6o. La première veine, qui eft cependant la fécondé que l’on a rencontrée , étant travaillée, celle fur laquelle le bure eft profondé S’attaque par une vaille, en failant, comme à la veine de delfous, des bouxtay s. Pour travailler la veine fuplrieure au fond de la vallée, 011 fait une baenure jufqu’à la roilfe qu’on travaille par bouxtays ; & afin d’exploiter le refte de cette veine, on fait à l’endroit où la veine du milieu fe dévoie pour devenir pendage de platteure, deux niveaux ou levays, que l’on renouvelle de dix en dix toifes en remontant.
- $ 61. Les veines fécondé & troifieme fe travaillent par baenures reprélèntées en blanc, entre lefquelles on laiife une diftance de dix en dix toifes par chaque baenure: on fait deux tailles ou coiflrejjes , l’une d’un côté , l’autre de l’autre -y on pourfuit de même par des baenures ; & pour travailler le pendage de platteure de la première veine, on fait à l’endroit où le pied de la roilfe fe forme en planeure, un torret avec des tailles ou coiflrejfes de deux côtés: dans le fond de ce torret on peut en rendre un fécond.
- 362. Pour travailler la continuation de ces trois veines, il faut profonder un fécond bure repréfenté à la pi. II, traverfant les trois veines. Sur la première qu’on rencontre, on defeend deux vallées aux deux côtés du bure j à fon fond il atteint les platteures & pendages des platteures qui vont gagner la faille, & qui fe travaillent jufqu’à cette faille par une grallê fur laquelle on prend des coiftrelfes. L’ouvrage des deux autres veines fe fait de même. La derniere doit toujours, d’après les principes que nous avons établis , être travaillée la premiers, afin de pouvoir y laiflèr pake ou paître les eaux. La partie des veines, formant un angle aigu, peut fe travailler par une vallée.
- 36}. Les autres roilfes fe travaillent comme les précédentes, par iebure profondé fur la veine du milieu & par des vallées , au fond desquelles ou peut travailler par des torrets, grailes ou dtmi-gpalles. Si l’on rencontre les Toijjes , on y peut faire des bouxtays. Les demi-roilfes , qui reprennent des pendages de platteures, peuvent être atteintes par un bure traîné dans la veine du milieu en pittant. Lorfqu’on rencontre les platteures , elles fe travaillent
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- par vallées, torrets, gralles & demi - gralles. La troiiîeme veine peut fe travailler par bouxtays. Ces pendages de platteure de la veine fe travaillent par bouxtays faits fur les niveaux du bure. La première veine fe travaille par bac-nure, & la partie des pendages de platteures par torrets, gralles , demi-gralles » qui fe commencent à l’endroit où cette demi -roifle fe dévoie pour fe former en platteure. • ' ;
- • 364. Les roiifes peuvent auffi fe travailler partie par le bure, -commençant fur une roiife qui rencontre, chemin failant,le pendage de platteure, & qui eft profondé fur ce pendage-jufqu’à la troifieme veine. La partie d’a-val-pendage fe travaille par des vallées , torrets, gralles ou demi - gralles, au fond defquelles on peut travailler une partie des relevemens par des montées. Le côté d’amont - pendage s’ouvre'par des montées. Les roiifes fe travaillent par bâcnures. Le relie des relevemens peut être travaillé par d’autres bures. Ce grand éloignement du pied des roiifes les plus enfoncées au principal chargeage & à la fuperficie du jour, fait d’abord naître l’idée d’un retardement conlîdérable & dilpendieux à l’exportation tant intérieure qu’extérieure des houilles qu’on a dégagées de la mine, ainli que des eaux fur-abondantes qui fe rencontrent dans ces ouvrages. L’induftrie la plus admirable par là (Implicite , eft parvenue à faire concourir à cet enlevement les chevaux agilfans dans le hernaz, pendant le même tems qu’ils enlevent le panier dans le bure. Nous allons décrire la. maniéré dont s’exécute cette double opération.
- Maniéré de profiter de la machine d chevaux pour enlever à la fois tous les charbons d'une houilliere , tant ceux qui proviennent des ouvrages d'amont, que ceux qui proviennent des ouvrages£aval- pendage, & pour amener au bougnou • les eaux trop abondantes des paxhiffes.
- • 365. Ce ne ferait point alfez de faire avec art & dans toutes les réglés di&ées par les circonftances, le dépouillement des veines dans leurs diffé-rens pendages ; il faut encore amener & tranfporter jufqu’au jour le charbon qui en provient. Nulle difficulté pour toute la partie de cet attelier fouterrein qui avoifine ces: deux grandes voies de traverfe, appellées levays ou niveaux : le maître bure établit un débouché aifé à la fuperficie; mais la houille arrachée avec plus de danger des endroits les plus éloignés en profondeur au-deffous de ces levays, 11’eft point également à portée de cette folfe d’extraction. Il fuffit de jeter un coup-d’œil fur les planches relatives à l’exploitation, pour voir tout l’avantage qu’on retire alors de la vallée ; car en meme tems que cette voie eft pour tous les ouvrages correlpondans
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- au-deffous des levays, ce que ces levays font pour les ouvrages qui en. dépendent, la vallée peut encore être regardée, pour cette partie d’une houilliere, comme un fécond bure traîné en pente au travers des ouvrages inférieurs. Sous ce point de vue particulier , la vallée doit être envifagée d’autant que la manœuvre d’extradion, ainil qu’il eft aifé de juger, eft/'différente de celle qui fe fait par enlevement dans la longueur du bure. Cette defcription forme un fommaire de, tous les ouvrages décrits chacun précédemment, tant ceux que l’on pourrait appeller ouvrages des levays, que ceux qu’on nomme ouvrages de la vallée : cet article fe rapporte en entier à la pi.
- 366. Le bougnou fait, & les chargeages achevés , on commence les deux voies appellées niveaux de la xhorre ou du bure : on les dilate proportion-nément à la nature du toit, laiffant la veine fur les deux côtés , afin que fi en travaillant les niveaux & les montées qui fe prennent fur ces deux voies principales, les eaux exigeaient de faire des ferremens, on fe trouvât à même d’en faire. L’airage peut être conduit & embouté dans toute la largeur des niveaux du bure : nous avons expliqué ailleurs la maniéré d’y difpofer la conduite de l’air ; au moyen de cette féparation, on 11a befoin de faire qu’un ferrement fur un niveau du bure, fans quoi il faut faire palfer l’airage féparé des levays en y laiifant des ferremens, comme dans tous les autres ouvrages.
- 967, Dans les cas où les ferres des ferremens forment des mafiîfs bien épais , 011 y fait des chambrays ouverts à leur extrémité par des trous de tarré qui aifurent la communication des eaux du pahage dans le bougnou, comme on l’a vu précédemment. Les places des ferremens achevées fur les deux niveaux , on leve une montée fur chacun de ces levays à mefure qu’on les avance, dans le cas où il eft poflible de les travailler tous deux à la fois ; 011 pourfuit enfuite ces deux niveaux dans leur largeur, afin d’y faire les pahages communiquant au bougnou, en remontant toujours la main dans la pourchaife des niveaux ; on abrégé, s’il le faut, par la demi-montée , le chemin qu’occafionne la répétition des montées. Les niveaux du bure poulfés aufli en avant que l’on veut, les veines d’amont fe lailfent en ferres, & on travaille celles d’aval - pendage par vallée , borgne-vallée, gralle, demi-gralle ou torret. Les raifons de cette marche ont été données ci-devant.
- 368. Pour bien régler & conduire une vallée dont tous les ouvrages font faits, il faut, lorfqu’on a laiifé la place des ferremens, defcendre la vallée avec fa taille feulement jufqu’à ce qu’on foit arrivé au point où l’on veut ; alors on fâit un pahage, enfuite deux chargeages avec deux coiftreffes & deux taillqs. Pendant qu’on travaille dans ces coiftreifes, & qu’on a pouffé en avant, le pendage décide des voies qu’il convient de faire. Dans le cas
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- chi là pente eft douce, on te des grattes j fi elle eft un peu trop forte,' on fait des demi-grattes 5 enfin fi le pendage eft trop, confidérable, on enfonce des torrets par lefqueîs on trava-îfte. On fait dans ces bures fouterreîns de petits pahages qui fe vuident, comme il a été dit, ( dans le cas ou ce font les hiercheurs }par le fecours des firmes qu’ils vuident dans desghyots pour aller les verfer dans le pahage de la vallée. Lorfqu’elles font xhorrées avec des pompes, ces petites machines à bras font placées dans le torret fi le terrein eft bon, finon dans un autre petit torret établi exprès à côté. Lorfque par ces' grattes, demi-grattes & torrets, on a épuifé la veine, on remonte la main en laiifant écouler les eaux dans les vuides de ces tailles qui ne feront plus fréquentées. ’
- 369. La veine entièrement travaillée'par ees coiftrefles, elles font abandonnées à leur tour 5 on remonte & 011 fait les chargeages & coiftrefles qui ont été préparées pendant que l’on travaillait les coiftrefles plus «bas: les genges & triguts dont on peut avoir befoin dans toute cette pourchafle, font portés dans les grades, demi-grattes & torrets, afin de ne point avoir l’embarras frayeux de les enlever. O11 continue toujours de cette façon à remonter la main plus haut, à mefure qu’on a travaillé ces coiftrefles inférieures , laiifant toujours écouler les eaux dans leurs vuides qui font abandonnés. Il ne refte plus actuellement que d’inftruire de la maniéré dont fe fait l’importation de tout le charbon réfultant des ouvrages de vallée, c’eft-à-dire, de toutes les tailles dont la vallée eft comme la maîtrefle branche ou le tronc. Foye{ pi. X. La diftance qui fe trouve du fond du bure au fond de la vallée, exige que fous la longue mahire où eft prife cette voie, c’eft-à-# dire , aux chargeages des niveaux du bure, on applique une force mouvante qui agiflepar celle du hernaz-placé à la fuperficie, en même tems qu’il enleve la coufade. C’eft l’affaire du moufle, appelle chat, dont nous avons donné la deferiptionen faifant connaître les matériaux de charpenterie,/»/. IV. Nous avons ici à le confidérer dans-fes détails, afin d’en faire mieux fêntir le jeu, qui cependant eft bien fimple.
- 570. Il doit y avoir quelques différences dans là pofition de ce chat, félon les pendages. Plus la veine eft plate, plus le chat doit être bas ; plus elle eft roijje, plus le chat doit être haut, & alors la rolle doit être de niveau. Lorf-qu’on travaille une platteure, une rolle- de chat fuffit. Pour les veines roijjes, comme ce pendage s’éloigne davantage de la fbree mouvante, il faut deux rolles au chat. "
- « 371. Avant d’en venir à l’effet de cette machine, il convient de-prendre l’idée du refte de fon appareil 5 j’appelle ainfi les chiefs qui doivent jouer fur les rolles,qu’on nomme chaîne de vallée, & les uftenfiles qui s’y attachent pour en rapporter les denrées. La chaîne qui va dans la vallée , s’appelle
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- tôweitt ou chaîne, de valût; elle doit avoir un membre plus grand 8c plus large que l'autre. Les uftenftles , Gamme vay yghyat, nommés alors voitures de val-Mes, prennent le nom de cowée, lorfqu’ils font attachés les uns à la fuite des autres, comme on le voit en partie pi. X & XIV. On doit fe rappelier iei, qu’outre ceux qui font au fond de la vallée, il y en a toujours de tout prêts au ehargeage principal.
- 372. Toute la cowée arrivée à la bufe du bure, on enleve ce qu’apporte le vay, pour le recharger fur la coufade qui doit être enlevée par le bure ; 8c tandis qu’on elt occupé à cette befogne, on fe débarraife aufîi de ce qu’a rapporté le ghyotj on ôte les chevilles qui bouchaient ce tonneau, & les eaux s’écoulent dans le bougnou. A rnefure que les chevaux tournent le hernaz , la coufade defeend , & toute la cowée monte en proportion & en même tems. dans la vallée, de maniéré que quand la coufade defeendant eh arrivée au fond du bure , les autres venant du fond de la vallée ne tardent pas d’arriver auflï au ehargeage} & afin de ne point arrêter le hernaz , on détache la coufade auffi-tôt qu’elle touche à terre , pour attacher au chief le trait qui eft tout près. De même, pendant que ce nouveau trait remonte , celui qui vient de relier au fond du bure après avoir été détaché du chief, redefeend la vallée , accompagné du vay & du ghyot vuides , auxquels on en va fubftituer d’autres tout chargés & prêts à remonter quand la coufade redefeendra. Pour les ghyots on 11’a point cet embarras ; car fi-tôt qu’ils font arrivés au fond de la vallée , on les pouife dans le pahage, & ils s’einp’nTent au moyen de la petite fenêtre que nous avons fait remarquer à là partie de derrière.
- 375. Lorsqu’on eft remonté jufqu’au milieu de la vallée ,c’eft- à -dire, que la vallée n’eft, comme on dit, pouifee quun plomb de bure bas ; on peut, fi l’on veut faire plus d’ouvrage & ne point faire tourner inutilement les chevaux aux hernaz, faire monter deux fois la voiture de la vallée pendant le tems que la coufade ou le panier redefeendent dans le bure. Voici la maniéré dont 011 s’y prend, qui a encore cet avantage que les chevaux n’ont pour lors que des demi-voitures de vallée à enlever.
- 374. Voulant donc faire deux voyages de vallée pendant que la coufade redefeend, il faut placer au milieu de la chaîne de la vallée le membre plus grand dont nous avons parlé, afin de pouvoir y attacher la voiture delavallée; au moyen de cette difpofition , lorfque la coufade eft defeendue jufqu’à mi-chemin du bure , la voiture de la vallée eft arrivée dans le ehargeage. du bure, & le bout de la chaîne de la vallée eft encore dans le ehargeage de la vallée: à ce bout de chaîne on attache une autre voiture qui arrive au bure , comme ii elle venait du fond de la vallée immédiatement après que la coufade eft defeendue. S’il s’agit d’une vallée ayant, comme ils difent, deux plombs de bure, c’eft-à-dire n’ayant qu’un plomb du bure, & d’en amener les denrées,
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- voici le procédé. Il faut premièrement que le chief n’ait de longueur que ce qu’il en faut pour aller & venir du fond du bure à la fuperficie du jour, avec deux crochets à fes extrémités , comme Ci la vallée n’était que d’un plomb de bure. Secondement, la cowette ou chaîne de vallée doit être de la longueur de la vallée , mais divifée en deux parties égales, afin qu’on puilfe féparer ou réunir à volonté ces deux parties. Enfin , on fait auffi monter dans le chat deux rolles difpofées comme le montre la pL XIV, de maniéré que la chaîne puiffe tourner d’abord fur l’une , enfuite fur l’autre rolle. Veut-on faire arriver de cette vallée un trait, on commence par attacher les deux co-wettes l’une à l’autre par un crochet & un fort anneau : par ce moyen elles ne forment enfemble qu’un feul chief qui eft le faux membre , traînant du fond de la vallée jufqu’au bure.
- 37f. Il faut pareillement accrocher avec ces cowettes le chief du bure, en le failant palfer derrière une des deux rolles du chat ; alors on donne avec la formate le lignai pour faire aller les chevaux, jufqu’à ce que la cou-fade defcendante foit arrivée dans le chargeage du bure ; on avertit alors de> nouveau, par le moyen de la fonnette , d’arrêter les chevaux -, pour lors la voiture eft montée de la vallée un plomb de bure, & un bout de la cowette eft arrivé au jour: on fait retourner les chevaux, on détache fur-le-champ la cowette attachée par le milieu ; on rattache la partie reliante dans la vallée à l’autre côté du chief qui a defcendu la coufade, la faifant palfer derrière l’autre ro/le du chat de vaille. Cette cowette elt tirée en - haut par le même mé-chanifme que l’autre. Arrivée au jour, la voiture fe trouve aulli arrivée au. bure : alors on attache le trait au bout du chief qui a defcendu la première cowette tirée ; à mefure que ce trait monte , la fécondé cowette defcend ; tellement que ,lorfque le trait eft arrivé au haut du bure , la fécondé cowette tirée arrive par un bout au milieu de la vallée ; là elle eft fur-le-champ attachée à l’autre moitié, qui pendant ce tems a été traînée par un bout jufqu’au fond de la vallée ; ce qui fait que les cowettes tournent continuellement.
- Travail des veines défeciueufes.
- $76. En décrivant dans la première partie de cet ouvrage la compofition* de l’enveloppe des veines, nous avons compris fous un titre féparé, les acci-dens qui fe rencontrent ordinairement dans cette partie des mines de charbon ; nous y avons fait voir de combien de maniérés cette enveloppe peut influer fur les veines qui y font renfermées; il en rélulte nécelfairement une différence pour les travaux de l’exploitation : c’eft par où fe terminera cette partie pratique de l’art de houillerie, conformément aux réglés du pays de Liege.
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- Pourchafjes des ouvrages, quand les veines fe trouvent interrompues.
- 377. Nous avoris décrit les travaux des veines en les fuppofant régulières, & par conféquent fuivis fans autres difficultés que celles qui proviennent des eaux. Les différentes efpeces de difcontinuités des veines ( voye^ article I’, fe&ion VIII, de la première partie}, comportent des pratiques & des méthodes relatives aux différens dérangemens qui fe rencontrent dans les veines.
- 378. Les obftacles les plus confidérables, à raifon de leur dureté, de leur étendue, font les failles qui font faire à la veine un rihoppement ; il s’en trouve de foixante toifes de niveau, & de cinq à fix cents pieds d’épailfeur. Ces différences, l’inclinaifon même de ces maffes de roches, influent fur les rihop-pemens de la veine renaiffante au-delà de la faille, & fur la maniéré d’en reprendre le travail à raifon de leur hauteur, il s’eft vu de ces rihoppemens de veine en-haut de quatorze toifes de plomb: 011 les appelle en général faut, foo. A raifon de leur épaifleur , la veine peut quelquefois ne fe retrouver qu’à cinq cents pas au-delà de la faille. Enfin, pour ce qui eft du dérangement de la ligne de niveau , que la faille produit dans la veine, il ne faut pas ignorer que fi elle s’incline du côté du couchant, la veine ne peutfe rihopper qu’en faut de mouton, c’eft-à-dire, fe relevant. Si la faille retombe ou fe renfonce, la veine , au lieu de faire faut en-haut, .s’abaiifera. Voyeç la première partie. Celle de ces fituations la plus avantageufe & la plus à fouhaiter, eft le fihop-pement en-bas, ou, comme difent les ouvriers, retrouver la veine fous le pied, parce que la veine remontant d’un plus grand enfoncement, peut être pour-chaifée plus long-tems avant qu’on atteigne le foppement.
- 379* Quelquefois la veine n’eft pas entièrement féparée par la faille j & c’eft ici qu’il faut fe rappeller ce que nous avons rapporté, fedion VIII de la première partie, de la marche des veines, toujours accompagnées des mêmes couches ou lits terreux ou pierreux ; c’eft fur l’examen de ces bandes qui avoifinent l’autre côté de la faille, que porte la maniéré de retrouver le charbon, dans le cas dont nous parlons. Quelque part qu’on aille reprendre la continuation d’une veine de houille, foit de l’autre côté d’une riviere, foit de l’autre côté d’un vallon, 011 retrouve les mêmes lits terreux qui l’avoifinaieiit dans la pqrtion oppofée: c’eft la même chofe pour la laye d’une veine fituée de l’autre côté d’une faille j fi donc on y reconnaît la même efpece de lits pierreux, ou de couches terreufes, ou la même efpece de charbon que l’on avait à la veine qui eft perdue, on eft affuré de retrouver le charbon à la même hauteur de la pofition de ces matières environnantes»
- 380. On s’eft vu plus d’une fois, lorfqu’une veine s’eft trouvé coupée par une faille , affez heureux pour rencontrer au^,- deflfbus d’elle uneveinette qui l’accompagnait, & d’avoir eu par-là une certitude que la grande vejfnette
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- ou veine principale qui était perdue, devait fe retrouver à quelque diftance en arriéré. Quand cela arrive, la direction & l’élévation de ces couches homogènes dirigent fûrement dans ce que l’on a à faire pour l’exploitation.
- 381. Si en perçant un burtay au-delà de la faille, on venait à reconnaître où fe reporte la veine, la première idée qui fe préfente, ferait de percer cette faille avec le fer, ou de s’y faire jour par la poudre à canon ; mais 011 fent l’incertitude de ces moyens, vu l’épaiifeur quelquefois confidérable de cet obftacle, 8c par rapport à la nature de ces rocs qui réfiftcnt aux outils ; les ouvriers font obligés de chercher de l’autre côté ce qu’eft devenue la veine qui 11e fe retrouve quelquefois qu’à une très-grande diftance de la faille. Cette perquifition eft donc de tous les ouvrages le plus important ; elle demande beaucoup d’intelligence & d’attention , tout au moins une grande expérience, ou l’un & l’autre réunis enfemble.
- 382. Pour n’ètre pas arrêté par cet embarras qui eft très-confidérabîe, il eft un guide fur & bien connu des ouvriers ; mais il 11e paraît pas l’être bien exactement de ceux qui ont fuivi les opérations des mines, & qui en ont écrit; perfonne n’en a rien dit de pofitif. M. Lehmann a bien parlé du Wegweifer ou guide, voye^ première partie ; mais ce n’eft point dans le cals dont il s’agit. Cet article eft néanmoins d’autant plus intérefiant, que je ferais porté à croire que ce guide des veines de houille perdues, pourrait fe trouver de même dans les mines métalliques. L’auteur de l’extrait du troifieme chapitre de Lehmann fur l’exploitation des mines en filons, inféré dans le Dictionnaire encyclopédique au mot filon, s’eft contenté de dire, qu’il faut alors faire attention aux différentes couches de la montagne, & aux changemens qui ont du y arriver pour caufer la perte des filons. Il n’eft perfbnne qui ne voie tout ce qu’on a lailfé à defirer dans cet avertilfement. M. Triewald, dans fon mémoire fur les parois ou failles, a négligé auflî de répandre des lumières fur ce point ; il dit feulement qu’il faut s’attacher à ce guide, nommé par les Anglois wife, & qu’il appelle indice du parois. Je m’expliquerai d’une maniéré fatisfaifante pour ceux qui, travaillant une mine de houille, pourraient fe trouver dans le cas d’avoir à rechercher une veine égarée.
- 383. On a vu, première partie, article VIII, que toute veine qui devient irrégulière, c’eft-à-dire, qui eft prête de fe difeontinuer, s’amincit par degrés de plus en plus : une veine qui approche une faille fe trouve ordinairement rétrécie dans fon épailfeur, au point d’être réduite à un filet de quelques lignes , & d’être par conféquent imperceptible : 011 juge combien cette trace, qui 11’a l’apparence que d’un cheveu , eft difficile à fuivre dans le due, fans lequel ce petit filet charbonneux, appelle à Dalem lyont guide, ne va jamais : fi 011 ne l’examine pas avec un œil très-attentif, on confond aifément enfemble ces deux parties extrêmement fines, & qui fe rapprochent
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- client beaucoup par la couleur. M. Blaife , alors directeur des mines d’Aix-la-Chapelle, m’en fit voir un échantillon que j’ai dans ma colledion.
- 984- Le deie peut être feul fans le lyon; mais ce dernier accompagne toujours le deie, & eft couché deifus ou delfous. Quand c’eft plattcure, le lyon eft couché deifus; & quand c’eft roilfe, il eft un peu incliné delTiis, & debout j quand la veine eft en dreifant, il eft droit & à plomb. C’eft donc toujours, ou ce lyon ou le deie, quand ils font enfemble, qui fervent à fe reconnaître ; fi on vient à perdre le lyon, on s’attache bien à obferver le deie qui ne manque jamais, & l’on ne s’embarraffe- en aucune façon du toit de la veine. Ce lyon ou le deie aident aufîi à juger du rihoppement de la veine en-haut ou en-bas, de l’autre côté où elle doit fe retrouver. Dans le cas où elle rihoppera en fe renfonçant & marchant du couchant au levant, il faut alors, pour tourner le leveau , tourner à gauche. Dans le cas où c’eft rihoppement en relevant, il faut tourner à droite, en examinant toujours à chaque coup de pic ce que cette manœuvre fait appercevoir, afin de ne point s’égarer du deie, qui eft le lit de la veine. Avant de percer la faille, on doit s’attacher à ce veftige obfcur du rihoppement en-haut ou en-bas, & le fuivre avec attention pour conduire le maxhais, félon que ce filet imperceptible s’élève ou s’enfonce.
- De la conduite particulière à tenir dans texploitation , relativement aux principales défecluojîtés du toit des veines.
- j8Ç- Dans le deie, & de tems en teins dans le toit, le rencontrent des marrons, gros & petits , bien polis, de couleur noirâtre, qui font feu contre l’acier & gâtent les outils ; ces clous dont nous avons parlé, font appellés à Houfe,paysde Dalem, klavays, koyons de chien; lorfqu’ils font d’un très-grand volume, on les y nomme koumailles. La maniéré dont ces brouillages noueux font chatonnés dans l’épaiffeur du toit, raffure en général fuffilam-ment contre la crainte que l’on ferait fondé à avoir fans cela, qu’ils ne viennent àfe détacher : ce qui, tout au moins , dérangerait prodigieufement les ouvrages, en entraînant dans leur chute des ruines très-confidérables de tout ce qui les avoifine. Quoique cet inconvénient fenible devoir arriver rarement, il ferait imprudent de ne jamais prendre de précautions à cet égard. Parmi ces nœuds aulîi effrayans qu’ils font dangereux, il en eft fur-tout une efpece dont la forme & la maniéré dont il eft implanté, fuffifent pour décider la néceffité de mettre empêchement à là chùte, qui ferait capable de bleffer ou d’écrafer les ouvriers. Son volume, qui par fois eft confidérable au point d’avoir jufqu’à fept ou huit pieds de diamètre, fa figure pyriforme, la pofition delà'pointe en-haut, ont fait donner dans les mines de Dalem le Tome XVI. P
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- nom de cloche à cette koumaille finguliere. Lorfqu’on en rencontre ; il faut tâter le toit avec le pic, pour reconnaître fa nature, fa confiftance & là qualité ; & félon ce qu’on trouve, il eft indifpenfàble d’étançonner direde-ment à l’endroit où eft la cloche en avant & en arriéré. Quand la veine eft coupée ou interrompue par un banc de fchifte ou de pierre calcaire , ce que nous avons nommé krin, & qu’on appelle au pays de la reine débau-chôment, on commence avant tout par détruire ces brouillages, on étaie l’endroit où ils étaient, enfuite on reprend l’exploitation; & comme on a dilaté fous la main, les eaux s’en retournent dü côté de l’areine par les vieux ouvrés.
- Travail par baffe taille, ou exploitation des veines qui ont peu cTèpaijjeur.
- 386. Quoique les veines de peu d’épaifteur ne méritent guère la peine d’être travaillées, néanmoins lorfqu’on ne veut point les négliger, on eu arrache le plus de veine que l’on peut, en y remettant à meliire une partie des triguts pour épargner le bois ; ou bien on ftançonne avec des roiifes , & 011 tire la veine au jour, en fe procurant fur-tout une décharge pour les eaux qui ont plus befoin d’écoulement dans ces veines que dans les autres. Il arrive encore de rencontrer des veines de l’efpece nommée mavaffdde ( voyei la première partie ) ; 011 a voulu fans doute exprimer par-là une veine dont le toit eft mauvais ; cette défeduofité peut tenir à la nature peu folide du toit ou aux copes. Ce que l’on doit obferver lorfqu’on veut exploiter ces fortes de veines , c’eft de multiplier les ferres & de les rapprocher les unes des autres ; il y aurait de la témérité de faire dans ces veines aucune pour-fuite & courie d’ouvrages, {ans laifler de trois en trois pieds de bonnes ferres 9 que l’on exploiterait enfuite en revenant.
- Mines par tombes*
- 387. Dans la partie du recueil de M. de Louvrex, relative aux houilleries-y 8c que j’ai eu foin d’adapter en entier à mon ouvrage , l’auteur fait une {impie mention de mines, appellées {ans doute par les anciens houilleurs, du nom que je couler ve ici, lejquelles ne forment point entre deux lits de pierre une couche remarquable par fa continuité* L’expreiîion antique, quoique peu recherchée , & ce qu’a ajouté l’auteur , donnent fur-le-champ une idée claire 8c diftinde de ees mines ; elle les différencie complètement de celles que j’appelle mines par veines, dont je me fuis occupé uniquement dans tout cet ouvrage.
- 388. Ces mines enterrées ou par tombes, font celles qui font aujourd’hui connues, tant au pays de Liege qu’aiileurs., fous le nom de bouya{, dont j’ai
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- dit un mot lorfque j’ai parlé en général des différentes fortes de mines. Ces efpeces de magafins naturels de houille 11e font pas toujours d’une auIH grande importance que les mines par veines ; ils ne comportent pas tous également le même art dans leur exploitation j ils méritent cependant place dans un ouvrage tel que celui-ci: 011 verra qu’à raifon de l’étendue plus ou moins confidérable du terrein qu’ils occupent, on pourrait établir parmi ces mines plusieurs fous-divifions, & qu’elles peuvent quelquefois être comptées parmi les richeffes réelles d’une province. Mais une confldération particulière, fous laquelle je me bornerai à les envifager ici fommairement, c’eft que ces mines enterrées ou par tombes ^ très - communes dans le voifinage des mines par veines régulières , dont elles ne font que des portions détachées, font fujet-tes à être rencontrées en même tems qu’on travaille ces mines de première qualité, formant un chapelet qu’il ferait poffible de fuivre à la trace. Une chofe même intéreffante à obferver , c’eft que ces bouyaç font fi bien des détachemens de veines , qu’il arrive quelquefois de les rencontrer en fui-vant attentivement le Lyon d’une veine perdue, & qu’ils tiennent d’un autre côté à un autre lyon qui reconduit à la veine. Dans ces occafions , on a remarqué que ce noyau a pour l’ordinaire la même épaiifeur que la veine dont il eft égaré : nous ne négligerons donc point, dans la fuite de cet ouvrage, de faire connaître ce genre de mines dans toutes fes différences.
- Reprifes d'un vieux bure.
- 389. Lorsqu’on fe remet à d’anciens ouvrages qui avaient été abandonnés , les opérations qu’emporte cette reprife font renfermées dans les ex-preiïions ratteler, redifeombrer un vieil bure. Quelquefois on donne à la foffe plus d’étendue qu’elle n’en avait i cela s’appelle alors rexkaver une foffe. Quand 011 ne fait que nettoyer le vieux bure, on fe fert du terme difeombrer. La recherche ou la conquête de ces vieux ouvrages , & des piliers, ferres ou vieux ftappes qu’on y avait laiffés, eft défignée par l’expreflîon rapeyter. Si alors on retrouve des veines qu’on avait laiffées , on renettoie la xhorre , & félon le cas, on Caboute comme il a été dit ailleurs.
- Article VI.
- Coutumes & ufages de houillerie«
- j90. Des ouvrages de la nature de ceux que l’on vient de décrire, qui changent & dérangent beaucoup tout un terrein, tant en-deffus qu’en-def fous, donnent néceffairement dans tout le tems de leur durée , occafion à
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- des prétentions ou des méfintelligences de diverfes efpeces' entre les co-propriétaires d’un même terrein où fe fait l’entreprife, & les affociés dans l’exploitation. En général, il n’eft pas d’endroits fouillés pour l’extraction de minéraux, qui ne donnent matière à des conteftations,fouvent auffi difficiles à inftruire qu’à juger , lorfquelles portent fur des points dont il faut aller chercher le nœud dans l’obfcurité des routes fouterreines.
- 391. -Les mines du pays de Liege n’ont pas le privilège d’être plus que celles des autres fouverainetés, exemptes de ces inconvéniens attachés à toutes les fouilles fouterreines pour la recherche des minéraux ; mais la fa-geflé du gouvernement a fu , par des loix courtes, fixes & précifes, obvier à la fréquence des procès fur cette matière. Ces réglemens ont auffi l’avantage de bannir de ces conteftations les lenteurs que l’avarice & la mauvaife foi cherchent toujours à appeller à leur fecours ; & l’on fent tout le préjudice qui en réfulterait pour le pays & le .particulier. On reconnaîtra dans ces réglemens qui vont fuivre, que la raifon & la droiture ont mis un prix rai-fonnable aux chofes, ont balancé avec un heureux fuccès les intérêts des particuliers , & ont affiné à chacun la libre poffeffion de fes biens, de fes héritages & de fes droits.
- 392. Je crois devoir faire remarquer qu’on doit être prévenu d’autant plus favorablement fur cette jurifprudence de houillerie fuivie dans le pays de Liege , qu’elle eft le réfultat d’un travail férieux fait par commiffion des trois ordres qui compofent l’état. ’C’eft à la fuite de jce travail qu’eft émané le concordat intitulé, Paix de S. Jacques, en 1487 , ratifié par le prince Jean de Horne, dont quelques points ont enfuite été expliqués par différentes dé-.citlons'de MM. les échevins de la fouveraine juftice de Liege en 1439, -par plulieurs fentences de la ijurifdidion du charbonnage , & quelques édits de princes de Liege. La;police de l’exercice du métier, dans toutes les parties qui en dépendent, eft allurée par des réglemens très-circonftanciés. Ces ftatuts marqués au coin de l’attention la plus réfléchie pour le bien & pour .{encouragement des compagnons houilleurs, pour obvier aux fraudes, aux monopoles, & autres abus dans la vente, donneront à jufte titre de la police de Liege une idée fort différente de celle qu’en ont voulu donner quelques voyageurs mal inftruits. Ce que l’on peut dire , c’eft que les Liégeois , par la fagelfe de ces réglemens, éprouvent à'leur grand avantage , la vérité de ce que dit Héfiode dans fa Théogonie , que la juftice fait profpérer les ouvrages & le travail des hommes. (13)
- (m ) Quelque mérite que puifTe avoir difpendieufes. Le même inconvénient n’a la jurifprudence Liégeoife par rapport aux pas lieu en Allemagne , où elles font, pour difficultés que caufe fouvent f exploitation les objets de ce genre , fommaires & à peu des mines, on peut lui reprocher de donner de frais, lieu à des procédures trop longues & trop
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- 393. Cette matière qui comporte un article intéreflant dans le pays de Liege, & dont les étrangers peuvent faire leur profit, fiera traitée ici dans tous les points, afin de former un corps complet de houillerie. Il pourra fiervir de bafie & de comparaifion à ce qui y a rapport dans les autres pays. M. de Lou-vrex a inféré ces ftatuts dans fou ouvrage ( a ), partie II, chapitre XXV, léconde édition. Pour embraffer l’enfemble fous un coup-d’œil, & y retrouver tout ce que renferme chaque article, j’ai difpofé le tout dans un ordre plus commode, & je diviferai cet article en trois parties: dans la première, je décrirai la jurifprudence qui s’obferve pour les travaux de houillerie ; dans la fécondé , je ferai connaître les ftatuts de police fur l’exercice du métier, les différentes charges & fondions qui concernent les ouvrages de la fuperficie, les offices de houillerie relatifs aux travaux intérieurs 5 & dans le troifieme, je donnerai un tableau des mefures & des prix du charbon.
- Cour des jurés ou échevins du charbonnage.
- 3 94. Fondions, obligations,& droits de ces juges. Il eft confiant, par les anciens records (b) du pays, que l’on y exploitait déjà plufieurs mines de houille au treizième fiecle : la jurifdidion primitive & ordinaire qui connaît en première inftance des caufes touchant la houillerie & matières de mines, y eft prefqu’auffi ancienne que la découverte de ce foftile j les juges qui l’exercent font nommés jurés du charbonnage. Ce font proprement les gens des feigneurs échevins; on appelle de leur fentence aux échevins, & en dernier refîort au confeil privé, fans qu’il foit permis d’interjeter appel, ni propofer caufes de nullité de ces jugemens. C’ëft un privilège particulier, donné à la ville de Liege par l’empereur Maximilien II. Ce prince , ainfi qu’il le déclare dans fou diplôme du 21 juillet 1571 , jugeant que les caufes fur le fait de houilleûe ne fe peuvent décider le plus fouvent fans infpeclion oculaire des ouvrages, ni fans defcendre dans les foffes fouterreines d’ou ton extrait le charbon pour les vifîter-, enforte qu il n appartient point indifféremment a tout le monde de prendre une jufk information de ces difputes, & même que les caufes font le plus fouvent de nature à requérir des provifions dont Üexécution ne puijje être empêchée pat aucune oppofi-tion, leurs fufpens entraînant le plus ordinairement & le plus fouvent un grand péril : a voulu qu’il ne foit permis à perfonne , en quelque cas que ce foit, £appeller des ftntences de tévêque & de fon confeif ni propofer caufes de nullité dans toutes les affaires ou il s’agira du droit ou non-droit de fouiller & tirer des charbons ap-
- (a) Sous ce titre, Coutumes 0? ufagfis de houillerie, confirmés par la Paix de S. Jacques, de l’an 1487.
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- pèllés vulgairement houilles , comme dans celles qui regarderont les cens & redevances dues à raifon dudit droit de terrage, ou de tuf âge des canaux fouterreins fervant d la décharge des eaux, &'dans toutes autres caujes, quelles quelles joient, corner-nant le droit & l'art de tirer lefdits charbons, ou les fojfes même & leurs ouvrages , ou qui félon les droits & coutumes, appartiennent à la connaiffance & jurifdiclion defdits jurés du charbonnage.
- 59Dans l’origine, ce tribunal des jurés du charbonnage n’était com-pofé que de quatre perfonnes ; aujourd’hui il eft compofé de fept juges. La Paix de S. Jacques a pourvu à cet que cette augmentation néceifaire n’augmentât point les frais qui regarderaient les. parties. L’article XV porte que les droits pour exploits & autres fondions, demeureront les mêmes que fi les jurés, n’étaient que quatre. Par les articles XVI, XVIII, XIX, ils ne* peuvent, pour quelque chofe que ce foit de ce qui eft de leur charge, prendre qu’un patard; 8c pour vacations particulières , deux patards & demi chacun ; dans quelques cas, trois gros. Uii recès (a ) du I f janvier 1687, leur donne pour aifeiTeurs pour vuider les procès, deux prélocuteurs ou procureurs, qui dans les cas où cette cour du charbonnage ferait partagée dans fon avis, ont conjointement voix délibérative : ces deux commiffaires font tenus de fe contenter d’un honoraire modéré. Par l’article XXI, ils font obligés de donner records toutes les fois qu’ils en font requis , & de n’exiger pour cela qu'un gros ; 8c dans le cas où ils auraient à délivrer une expédition fcellée, ils ne peuvent demander que fept gros.
- 396. Les droits des jurés fur l’enfoncement d’une nouvelle folfe, 11’ont lieu, par l’article IV du recès du 1 f janvier 1687, que quand on eft parvenu à la veinette , 8c à toutes les deies d’autres veines , fur lesquelles peut couler le niveau d’eau de quelqu’areine : du refte, par l’article XXIV , de la Paix de S. Jacques,ils ne peuvent fe mêler d’aucune difcuflion pour dettes , conventions particulières ,ou marchés. Dans le cas où les parties confentent que les jurés décident par eux - mêmes , les frais qui réfuteraient de la néceiïité de demander recharge ou avis, tombent fur les jurés. Si la chofe exige d’eux qu’ils prennent recharge, ils ne peuvent demander aucuns droits aux parties; s’ils font obligés de prendre une demi-recharge, il leur revient de droit trois gros pour chacun, & trois gros pour le clerc. Les différentes maniérés d’obtenir de la cour du charbonnage les enfeigqemens de juftice , atteftations , déclarations ou permiflions , feront fpécifiées chacune aux articles auxquels elles fe rapportent. .
- 397. Pour obvier à toute efpeee d’injuftice ou de malverfation de la part
- (a) Le mot allemand Reifc/i défigne le que l’affemblée fe retire, d’où eft venu le regiftre des délibérations ; l’ade qui con- terme recès ^recejfus, de recedcrc. tient une réfolution prife, fe rédige avant. •
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- 'des jutes & ^ehe'vins du charbonnage , l’article XIII de la Paix de S. Jacques 11e permet à aucun d’eux d’acheter & d’acquérir des houillieres, fous quelque prétexte que ce foit, même par donation , ni d’y être intéreiTés en aucune façon. Ils ne peuvent y avoir d’autre part que celles qui pourraient leur appartenir précédemment , ou leur venir par fucceflion ab intejlat,ou par teftament ou par legs.
- 39g. C’est fur les jurés du charbonnage, que le magiftrat fe repofe en -particulier, pour la garde des areines delà Cite de Liege : on appelle ainfiquatre xhorres fouterreines qui ont fervi à d’anciens bures, & qui aujourd’hui
- • entretiennent d’eaux un grande partie des fontaines publiques & particulières. Pour cette raifon, il eft défendu de les approcher en aucune, façon fans enfeignement de juiiice: ce qui fait qu’on les nomme areihes franches,, pour les diftinguer de celles que l’on appelle areines bâtardes, parce qu’on en peut toucher les féparations fuis per million. Les quatre conduits de décharge privilégiés, font Pareille dite de Richon-Fontaine , qui eft la plus balfe 5 l’areine de MeJJire Louis , plus balfe que celle de la Cité j 1’areine de la Cité , qui eft plus
- : balfe que la quatrième & derniere , nommée areine du Val S. Lambert. Les areines bâtardes qui font au voilinage des areines franches, & qui peuvent les abattre, font Pareille de Gerfon-Fontaine , ayant fon œil à la Meufe ; les
- • areines bâtardes de’ Faloife & deBorret, qui fe rendent à Jemeppef Celle d.e
- Brande-Sire, & celle de Paron ou Broffeux, qui fe rendent du côté de Vignis peuvent préjudicier à l’areine franche de Richon-Fontaine. Le juré doit .donc avoir une connaiflànce parfaite des quatre franches areines, de leur courfe, de leur branche & de leur débouché ; fivoir en même tems les ferres & limites défendues, qui font placées pour la confervation de ces- aqueducs. Aufli l’on exige de celui qui prétend à l’office de juré,, qu’il facile les endroits où font placées ces ferres. Il y en a une à Saint-Nicolas en plein jardin gardant l’areine de la Cité, communiquant affezprès de la foife Gordine,paiTant d’amont au travers de la ville Saint-Nicolas. Il y en a une au lieu dit Beau-Crucifix , allant amont à la chauffée , faifânt féparation de l’areine de la Cité à l’areine du Val-Saint-Lambert: . , ;
- 399. Enfin, parmi les qualités requifes, les principales eonfiftent à être inftruit des ufages & coutumes obfervées en houillerie, afin de juger équitablement ; à favoir la pratique, & comment il faut fe gouverner pour don-. ner à chacun ce qui lui appartient. Il convienr qu’il ait la hardielfe de dévaller
- • bures & foffes fur lefquelles il y a matière à conteftation , d’y faire defeente 8c vifitation requifes par les parties ou par jufticey& même, qu’il fâche me-
- furer & dépendre ; qu’il eonnailfe les pend&ges, pour pouvoir être de bon c.on-feil fur toutes les matières de fa compétence 5 attendu ? en un mot,: que ce font ces juges qui condamnent aux amendes&• qu’ils font crus.,fur leur
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- ferment, ils doivent pofleder parfaitement l’art delà houillerie.Et lorfqu*îl eft reçu a,il? eft tenu par l’article XXIII de la Paix de S. Jacques, d’affirmer per ferment à MM. les échevins, eu préfence dès maîtres houilleurs de là Cité, s’il leur plaît, qu’il n’a fait aucune promeffe ni accord pour obtenir fon office.
- Des fentences & des amendés.
- 400. L’enregistrement desjugemens rendus fur les différends, ou des déclarations que l’on veut rendre plus authentiques, fe fait par le clerc , qui 11e peut exiger qu’un gros. Dans les cas cependant où il y aurait beaucoup d’écriture , la taxe s’en fait à proportion. Lorfqu’on veut avoir une expédition lignée du clerc d’une piece qu’il a enregiftrée , les frais font les mêmes que pour l’enregiftrement. Les peines pécuniaires impofées en différens cas, feront détaillées chacune dans les articles auxquels elles ont rapport : dans quelques oecafions, après un lap's de tems, elles font au profit du procureur général , comme, par exemple, lorfque le feigneur ou officier du lieu négligerait de faire exécuter dans le tems limité dans l’un ou l’autre de fes points l’ordonnance des jurés-du charbonnage.
- Des différens proprietaires & des differentes cefjions de leurs droits, appellêes rendages, redditions de prifes.
- 401. Les differens titres de propriété d’un terrein, emportent de toute néceffité différens droits fur les charbons de terre qui fe trouvent dans un héritage. Les droits d’en faire Pext'radlion , que l’on acquiert de ces différens poifeffeurs fur lefquels ort va conduire les ouvrages de houillerie > l’immif-fion en poffeffion, appellée dans la coutume de* Liege dècrétement de faijine, varient en conféquence de bien des maniérés.
- 402. La législation Liégeoife a prévu amplement toutes les modifications du tien & du mien, fourGe éternelle de défordres dans la fociété. Elle a fage-ment ftipulé les intérêts des feigneurs de la fuperficie, qu’on appelle huniers,
- des feigneur s du fonds, qu’011 tyÿeMeterrageurs, ainfi que les intérêts de -ceux qui, fous la foi des conventions faites de particulier à particulier, & en vertu des formalités prefçrites par les loix, font devenus maîtres des mines.
- 403. Une autre propriété, non moins fujette à difcuffion , celle qui arrive par fuceeffion, difputable entre lefurvivant des chefs de famille & les enfans , à été auffi l’objet de l’attention des réglemens en matière de houillerie. II effidécidé, par Une attéftation des échevins, en date du 12 juillet 1601 :
- qu-’au- ca» de mort du mari ou de la- femme , les biens héri tables qui
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- ont appartenu au défunt, appartiennent ab intefat au furvivant pour i’ufu-fruit coutumier, & à l’enfant venu dudit mariage pour la propriété coutu-miere, fui vaut l’édit ufufru&uaire. 20. Que 11 du vivant de l’ufufruéluaire, on vient à ouvrir foife & tirer charbon hors de l’héritage appartenant au furvivant pour les humieres y c’eft-à-dire, enufufruit, & à l’enfant, pour la propriété, la moitié de ce qui provient des folles & ouvrages- doit appartenir à l’ufufructuaire , & l’autre moitié au propriétaire pour fou intérêt. Et dans le cas qu’au lu & au vu dudit ufufruduaire on aurait ouvert foife & tiré charbon, il s’enfuit préemption de fou confentement.
- 404. Ayant d’entrer dans la diftuiction des dilférens propriétaires & de leurs droits, il eft à propos de faire connaître les droits des particuliers qui tiennent des propriétaires celui de tirer de la houille dans leur terrein. Cette ceiîioji, en vertu de laquelle 011 a prife fur tel ou tel bien, eft communément appellée les prifes ; celui qui en obtient la prife devient maître des mines , & s’appelle armer. L’exprelîion de prifes, très-ordinaire en matière de houillerie , a néanmoins deux lignifications diiférentes ; quelquefois on entend par prifes, les héritages de ceux qui ont cédé les droits de prifes fur leur terrein, & qui font demeurés maîtres du fonds; c’eft pourquoi 011 dit : les prifes appartiennent à M. le chevalier de Heuçy , a M. Vavocat Raick.
- 40f. Il n’eft pas nécelfaire de polïéder la fuperficie d’un terrein pour y avoir prife; on peut faire deux aliénations différentes d’un même bien, en tranfportant à une perfonne la fuperficie de tel ou tel terrein , & à une autre perfonne le pouvoir de faire exploiter les mines ex tante s, comme ils difènt, dans ce terrein, ou celles qui pourront s’y trouver. Et comme les prifes d'une fojfe peuvent appartenir à plusieurs terrageurs, le fonds & la fuperficie peuvent en même tems être poiîedés par une feule perfonne, qui alors eft à la fois hurtier & terrageur.
- 406. On diftingue les prifes en celles d’en-haut ou de deiTus, & en celles d’en-bas ou de deifous. Lorfqu’il s’agit de la propriété acquife par les entrepreneurs ou maîtres des mines, ce mot fignifie tous les endroits fous lefquels ils en ont acquis le droit de tirer les houilles & charbons : alors on dit, les prifes de telle foffe. C’eft dans ce fens qu’on dit, une partie des prifes de telle fojje appartient à M. Kints, une autre partie a M. de Jeune-Champ ; & dans ce cas , l’un & l’autre a le droit de terrage, d’où on les appelle terrageurs. Il arrive auffi, dans quelques occafions, qu’entre deux endroits où les maîtres ont droit de prifes, il y a une place dans laquelle ils ne l’ont point 5 ils font obligés de paffer de leurs prifes au travers de celles d’autrui : cela fe fait par chembray : mais on ne peut le faire que par enfeignernent, c’eft-à-dire, par permiflion de juges. Les formalités à fuivre pour ce cas, font arrêtées dans un record de MM. les échevins, de l’année 14? 9» en explication de
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- D U C Ü A ïl BOND ï* TERRE]
- W Paix de'1 Si Jacques. Les conditibnsdmpofées, font’de faire-Une eftimation par les voires jurés, ce qui entraîne‘une’defcèrite juridique^ dans les ouvrages. ’• ’ *» ’>•>. • :J~)U ijiJ/iJ 'JU- I 'J '*’!.• •' ;«jf ,-C‘ iitl
- Arnier ou: maître des mines.'‘ r':“ ' ’n ;uo ^ . no
- Vj‘i'
- 407. Celui qui obtient prife fur un bien , devient par-là le maître des mines »
- & le nomme arnier. Oneft dans l’ufage, dans'les contrats de reddition dq prifes?; de mettre pour’condition, que 1’arnier fera tenu de travailler cesprifes d’un bout à l’autre j ce que l’on exprime par le mot de chief à queue. Comme donc fariner xr toutes les charges & court tous les rifques , fes droits font plus.étendus:que ceux du terrageur ; il conferve toute l’autorité'pour faire mettre la ..main à l’ou-* vrage, pour le faire continuer fans relâche, &c. de maniéré que dans les cas où les maîtres de folle manquent à quelqu’un de ces points, il peut les dejjaijîr de leurs prifes, c’eft-à-dire, rentrer dans fes droits, en faifant fe-mondre les maîtres. Cette exprellion vient fans doute1 'du motlatin,fubmoH nere ,' avertir ; & comme ici c’eft un avêrtilfemént-juridique* ^cette femonce; lignifie afjignation, adjournement. ’ . .*• ' . Luvr.Tj m
- 408. Dans le cas ou un arnier ou’ un terrageur fait femondre'les* ouvriers
- d’ouvrir le travail, il faut, par Part. XI de la Paix de S. Jacques, fignifier la femonce à tous les aifociés qui dépendent du feigneurage : fi c’eft pour faute de paiement fur quelques ouvriers , le défaillant doit être femonce, par-lant à fi perfonne, ou à quelqu’un de chez lui ; s’il ne paie* pas y oiù s’il ne fe juftifie pas convenablement, 011 décrété faifine au terrageur oui l’armer fur le défaillant par un ajournement, & l’on n’a point de'recours fur ries autres aifociés. Pour delfaifir une couple de maîtres, l’armer, doit'd’abord, faire femondre tous les maîtres en particulier ; fur cette aliignation * l’arnier obtient heure wardce, ou une nouvelle aflignation à jour marqué. La con+ tumace écoulée, il obtient ajournement, pour, en vertu d’heureCw'Wee de ladite femonce, obtenir fai fine \ c’ePr-à-dire, être’ nus. en : poilcliion. -Après une fécondé fommation, il prend failinè, s’il -nVa point d’oppofitioiTA & toutes les formalités remplies, la fai fi nè ne peut plus être; purgée. /Le maître arnier qui aurait auparavant conquefté ou acquis des prifés\ &\les aurait vendues à quelques maîtres , peut faire une femblable femonce»: on dit mettre ces maîtres en fautes Ën tout, il a une plus grande autorité que le terrageur ,dl peut envoyer deux ou trois-fois l’année aux frais des. maîtres .de (folle, pour vifiter & mefurer leurs ouvrages ,'afin d’avoir une connaâffance exacte de la conduite, pourchalfe & difpofition .< des .travaux.! Ce. point .délicat ;eh <houi!lerie, la vifite des ouvrages, fera traité féparément., après'que mous aurons fait connaître-les différens titres fous lefquels on peut avorridroit dans le produit des travaux de houillerie. i . ’ i .oaei un £
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- Hunier ou maître de La fuperficie, ou poffcffeur des combles.
- 409. Le maître de la fuperficie d’un héritage où l’on enfonce un bure, s’appelle hunier. Par l’article VIIï d’une atteftation des jurés du 12 mai J5*93 , celui qui eft trouvé poifeifeur des combles, eft réputé maître du fonds 8c des houilles, tant que perfonne 11e le lui difpute,& tant que fa non-propriété n’eft pas légalement infirmée ; il y eft maintenu par juftice, en donnant caution des fonds & des mines ,jufqu’à ce qu'il y ait preuve fufïifante contre lui.
- 410. On prend aufti quelquefois ce terme pour fignifier le maître du fonds, nommé terrageur ; il y a cependant une différence à faire, qui eft eflentielle. Par exemple, lorfque le maître du fonds a cédé les prifes à quelque couple de maîtres, s’il eft refté maître de fon fonds , il eft vis-à-vis de ces maîtres hunier 8c terrageur à la fois. Mais lorfqu’une perfonne a acquis un fonds, 8c que celui qui eu eft le vendeur a retenu mines & charbons , le vendeur eft appellé terrageur quand il a cédé fon droit aux maîtres de fofle, ce qui fie fait ordinairement à la charge qu’011 lui paiera le trentrieme. Et le preneur eft fimple-ment nommé hunier , parce que le droit de terrage ne lui appartient pas , quoiqu’il y ait quelques avantages, comme on va le voir.
- 411. L’hurtier , comme maître de la fuperficie d’un terrein que l’on veut fouiller, fe trouve dans le cas d’être dédommagé des dérangemens que les travaux, l’établiifement de chemins , de nragafins 8c autres chofes lém-blabîes, occalîonneront néceifairement fur fon terrein ; ce dédommagement eft porté fur le pied d’une année en avance. Celui donc qui veut faire travailler fur le fonds d’autrui , eft tenu de commencer par donner caution à 1 ‘‘hunier , pour le dédommager d’avance des torts qu’il fupporteta dans telle ou telle piece de terre , & pour marque d’hommage , une piece d’or : cela s’appelle donner quelque chofe pour la rupture du gaqon. Mais l’hurtier 11e peut exiger que le double dommage qu’on pourra lui caufer : 011 appelle ainli le double de la valeur du bien occupé , & qui lui eft donné tous les ans. Par exemple, fi un bonnier (a) vaut cent florins (b) , il doit lui en être payé deux cents , ainfi du refte. N’y ayant que les mines & charbons qui 11e loient pas à fa difpofition, il ferait même peut-être en droit de retenir les pierres que l’on rencontre dans le bure , comme maître du fonds depuis la fuperficie jufqu’au fond. L’ufage eft de laifiTer au hurtier les fumiers des chevaux qui font tourner le hernaz , & qu’on appelle les anfinnes du pas.
- 412. Les drohs font diftérens , félonJa nature des productions qui fe trouvent fur la terre. Lorfque dans le terrein occupé il y a des arbres plan-»
- ( a ) Le bonnier revient à vingt grandes verges.
- (£) Le florin de Liege vaut 1 liv. 4 fols de France.
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- tés j afin d’obvier au dommage & aux difficultés qui pourraient s’élever s’il venait à en mourir quelques - uns , ces arbres doivent d’abord être eftimés. Quand un ouvrage exige que l’on coupe quelque haie, on évalue la haie en longueur ; le pied de la haie en longueur eft eftimé, conformément aux ré-glemens des vignerons , à dix fols. La plantation de houblon fur le terrein que l’on veut travailler , eft eftimée différemment s s’ils font anciens plantés r chaque plan eft compté fur le pied de fept fols j s’ils ne font que de l’année , on ne les paie que deux fols & demi. Par l’article V de la Paix de S. Jacques , les vignes doivent être- rétablies aux frais des maîtres jufqu’à la quatrième année.
- 413. Si la foife le trouve placée dans une prairie ou dans un jardin potager , cela fait des différences j outre l’année qu’il faut payer fur tous les autres biens , à la derniere année on en ajoute deux autres que l’on évalue, qui font néceffaires au gazon pour y revenir dans fon premier état, ce qui s’exprime par la phrafe , remettre l'héritage en fon prifine ga^on. Par-tout où il fe fait un verfage d’eaux , il appartient encore un droit à l’hurtier ou po£ feffeur de L’héritage dans lequel fe verfent les eaux. Dans le cas où les arbitres ne s’accorderaient pas dans l’eftimation des dommages, la déeifion en appartient à MM. les échevins. Enfin perfonne ne peut faire aucun ouvrage , ni embarraffer en maniéré quelconque Pareille d’autrui , fans le bon plaifîr de l’hurtier, qui feul eft en droit de pourchajfer par - tout où perfonne: n’a prife* _
- Des maîtres du fonds, ou du feigneurage.
- 414. Seigneur AGE eft une maniéré de parler figurée, qui dans le fait de houillerie s’emploie en plusieurs cas. Sous ce titre général on comprend des perfonnes qui ont différens droits, & qui peuvent aifément fe confondre fous le titre de hunier & terrageur : on fait actuellement ce que c’eft que l’hur-tiers l’article du terrageur établira la diftinétion de ces deux titres. Seigneu-rage fignifie les maîtres, ou le maître, ou feigneur du fonds, fous lequel if y a quelque mine à travailler. Ce feigneur du fonds, fous lequel fe conduifent les ouvrages, ou celui qui a été feigneur de, ce fonds , eft fou vent défigné dans les coutumes de Liege, fous le nom de propriétaire des minéraux, & fous celui de terrageur {a) ; il peut travailler les houilles qui font dans fon fonds , à moins que l’atnier ou d’autres n’y aient prifes. Par un record de la cour des jurés du 1 f mai 1603 , fi dans fon fonds fè trouvent de grands chemins où il y a des minéraux, ils lui appartiennent i avec cette exception, que tout ce qui eft
- (a') Ce mot eft connu dans plusieurs de nos coutumes françaifes, & quelquefois, celui de terrageau, ailleurs cliampartxau., diampart, agrier.
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- dans le voifinage des chauffées & terre - pleins, foit houille, foit argille, 11e peut être fouillé.
- Propriétaire des minéraux , ou terrageur.
- 41 f. Avant qu’on entreprenne aucun ouvrage, & tant qu’il s’en exécute, on eft dans une dépendance très-rigoureufe de ce propriétaire ; pour le premier tems, par le confentement qu’il faut avoir de lui en bonne formes & pour le fécond, par différens droits dont il jouit, ainfi que par le cens de terrage qui lui appartient (a). Nous allons raffembler ici ce qui concerne le terrageur fous ces deux points de vue ; c’eft-à-dire, 1 °. quant à la maniéré d’acquérir de lui le droit de tirer des houilles & charbons j zQ. pour l’exercice de fon droit de terrage.
- 416. Pour foffoyer, profonder bure, extraire houilles & charbons, en comble & fonds d’autrui, prendre paires, voies & toutes facilités relatives à l’ouvrage, fur le bien, héritage & fonds d’autrui, il faut avoir le confentement exprès des maîtres poffeffeurs & propriétaires, fous les peines portées par les loix, à moins qu’il n’y eût réferve de droit ou contrat de pouvoir le faire. Cette fujétion exprimée dans les termes les plus ftriéts, & par laquelle il neji point permis de travailler les hàuilles en pojjeffion d'autrui, fans avoir au préalable le confentement du propriétaire , dent aux loix fondamentales du pays. (£)C’eft une claufe facrée, ftatuée par-tout dans les ufages & coutumes, établie dans l’article VI de la Paix de Saint Jacques, reconnue par la cour du charbonnage le 23 mai 1567, & cimentée dans un record de MM. les échevins de Liege, de l’an 1625 , portant défenfe de faire aucune forte d’ouvrage de houillerie fans le confentement du propriétaire. Quiconque 11e fe conformerait point à cette réglé, ferait aeftionné pour fait de fpoliation; dans le cas où le propriétaire ne fe contenterait point de la reftitution des charbons lans frais, il ferait pourfuivi extraordinairement, comme atteint du crime de forfaiture, & pourrait être traduit par-devant les feigneurs vingt-deux ( c ).
- (a) Solarium vecligal, foîariurn glcba-rium ; redevance annuelle , qui fe paie en nature fur le produit du fol : quand cette redevance tient lieu de cens, elle eft fei-gneuriale ; quand elle eft due à un autre feigneur, elle n’eft confidérée que comme rente foncière.
- ( b) Il eft étonnant qu’aucun écrivain n’ait parlé des loix fondamentales du pays de Liege ; elles méritent d’étre connues, ce pays étant républicain.
- ( c ) Ce ne fera point fortir de notre fujet que de faire connaître ici hiftoriquement ce corps de juges célébrés, qui n’a point fon pareil: dans aucun état, & qui réunit lesavantages.de la fameufe iuquifition politique de Venife fans en avoir les dangers ? la procédure vive & févere de cette jurif-diclion, rempart de la conftitution du pays , fera juger an lecteur combien elle doit en impofer à un citoyen qui voudrait s’emparer du bien d’umautre citoyen. Le tribunal
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- 417. Par l’article X de la Paix de S. Jacques^h propriétaire a quarante jours pour réclamer & revenir contre un travail de houillerie fait dans fon héritage par enfeignemens de jultice ou autrement ; mais enfuite il y a prescription contre lui, à moins qu’il ne falfe ferment qu’il n’a pas eu connaif-
- des vingt-deux a été établi au commencement du quatorzième fiecle ; on l’appelle autrement tribunal de la foule , & mieux, contre la foule , du mot fouler. Il eft com-pofé de quatre membres de l’état noble, & de quatre bourgeois de Liege ; les autres membres font nommés par l’état tiers, dont deux par les bourgmeftres , deux par le peuple, & dix par les villes qui ont intervenu aux paix des vingt-deux. Pour y être admis, il faut être né , ainfi que le pere, au pays de Liege : les bourgeois doivent avoir cinquante-cinq ans, & être gens de loi. Ceux qui compofent les deux autres ordres, font admis à vingt - cinq ans.
- Ce tribunal eft inftitué pour connaître de toutes les violences faites à un citoyen Liégeois, quel qu’il foit. S’être oppoféà l’exécution de la loi, arrêter un citoyen fans les formalités préalables, lui infliger une peine fans le jugement prefcrit ; corrompre un juge ; refus de la part de celui-ci de rendre juftice, ou violer la loi dans quelque point que ce foit : voilà les caufes qui reffortiffent à cette jurifdiction. Les affaires çontentieu-fes, les jugemens incompétemment rendus , tous les torts judiciaires regardent les tribunaux établis pour rendre la juf. tice. Le prince feul & fes revenus ne font pas fujets aux vingt-deux. La conftitution nationale, amie du droit des hommes , a fentiquele caractère augufte du fouverain, auquel tout eft porté pour être confirmé de fon autorité principale , devait à jamais être à l’abri d’un outrage pelle en a écarté jufqu’à la poffibilitè ; la loi veut qu’aucun ordre du prince ne puiffe s’exécuter s’il n’eft vidimé & contrefigné enfuite par un des fecretaires du confeil privé.Si l’ordre eft contraire aux loix, il fe trouvera difficilement quelqu’un qui veuille le ligner; car alors
- Pinfraêtion de la loi tomberait fur celui qui aurait mis fon nom fur cet ordre ; quel qu’il fût , il ferait appelle deyant les vingt-deux & puni. ,
- Ce tribunal s’affemble aufti-tôt qu’il en eft requis , fût-ce la nuit ; il ne connaît point de retard ;l’accufé n’a, pour répondre, que trois heures, dont une pour premier terme, une pour fécond , & une pour troifteme & dernier. Si l’accufé fe trouve abfent, le délai fe réglé fur l’éloignement ; le condamné paie une amende proportionnée au délit, & les frais qui font fort chers : s’il refufe d’obéir, cas extrêmement rare , fes biens font auffi-tôt arrêtés & vendus à l’encan; il eft banni, déchu des droits de citoyen, & privé du feu & de l’eau. Le prince n’eft pas maître de lui faire grâce , il faut que ce foit le tribunal même : l’appellant qui fe ferait plaint à tort, paie les frais, & fa partie eft renvoyée ; les fentences font portées à la pluralité. Les membres de ce tribunal fe renouvellent tous les ans le jour de la Sainte-Luce ; s’ils ont prévariqué, ils font eux-mêmes cités devant le nouveau tribunal, & punis.
- On appelle de ce tribunal à un autre, nommé les états rcvifeurs. La commiffion d’une partie de ceux qui le compofent, eft à vie ; ils font en tout au nombre, de quatorze , dont quatre membres de l’état primaire, dans lequel deux font choifisparle prince ; ces deux-ci font amovibles : quatre font tirés de l’état de la nobleffe, choifis par le corps , & fix de l’état tiers, qui font les deux bourgmeftres régens, avec les deux ex-bourgmeftres de l’année précédente; leur commiffion ne dure que deux ans;& les deux autres font choifis par les villes qui ont le droit de nommer aux vingt - deux : la commiffion de ccux-çi eft à vie.
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- fance de la lignification : alors il eft maintenu dans fon droit. Cette polfeflîon des quarante jours a été expliquée & développée en 1593 , par une atteftation de MM. les jurés du charbonnage : en voici la teneur. La polfeflîon de quarante jours à l’égard des poiî'elîeurs du comble & du fonds , en particulier contre les orphelins & les communautés, eft nulle, fi l’on ne juftifie préliminairement qu’on a payé aux polfelfeurs le droit de terrage & aufîi le cens d’areine , dans le cas tou on verfe les eaux au jour ou fur le comble. Cette poiTefiion de quarante jours au fu & au vu des polfelfeurs ou de ceux qui ont intérêt aux mines*, encore qu’elle fût valable Pans les autres formalités requifes , ne s’étend & ne doit fe prendre que pour l’héritage du poifelfeur, & ne donne pas droit de travailler par d’autre bure que celui par lequel les ouvrages ont été fuivis pendant-ces quarante jours ; de; maniéré qu’il n’eft pas permis de profonder de nouveau bure pour extraire ces houilles acquifes par prefcrip-tion. La prefcription ne date que du. jour que le propriétaire du fonds a con-nailfance de l’ouvrage ; avant le terme de ces quarante jours le propriétaire peut arrêter le travail des. houilles qui lui appartiennent ; fon ordre doit être , avant tout, mis à exécution, jufqu’à ce qu’il en foit autrement ordonné par juftiçe.Pt . ...; q » -,i.•
- u 41g- Le droit qui eft dû au terrageur de la part des maîtres de foife, eft d’un panier fur. quatre-vingt i le terrageur, pour l’exade rentrée de ce droit, a quelquefois parmi les ouvriers un homme à lui , payé par la fociété, connu .fous le nom. d'ouvrier trâyeur, pour compter le terrage, c’eft-à-dire, les traits -qui fortent au jour: il\eft libre au terrageur de s’en rapporter à la fidélité 8c tau ferment des maîtres, ce qui'alors lui fauve la dépenfe du trayeur. Les .maîtres de folie ne font abfdlument déchargés du droit de terrage , qu’en fai-lànt applanir au gré de l’hurtier .ou d’un expert, le terrein qu’ils ont occupé. Ce droit appartient à différentes perfonnes , félon les endroits où fe fait la fouilie j quand elle fe fait dans les coutumes, il appartient au feigneur.
- _ij 419. -En conféquence de l’article II d’un record de la cour du 23 mat , J623 , perionne ,-.à titre de feigneu-r de paroiife , ne peut exiger des maîtres de folTe aucun droit de terrage ou autres pour caufe du bien & fonds d’autrui, ou de.quelqu’héritage fuperficiellement poifédé par le maître de ce fonds. Article IV, les maîtres de folle travaillans dans un héritage appartenant à plu-fieurs, doivent faire citer ces feigneurs pour régler les droits du terrage. Lorfque quelqu’un tient à plufieurs terres qui.confinent, la mefure des terrages à départir doit être faite par les jurés du charbonnage, qui font ajourner 1er terrageur. Lorfque..les connaiifeurs ne font point d’accord fur le fait de oreftiipâtion des;donimages faits à i’hurticr dans fon héritage, pour remettre lie-pfifiim ‘ga^on:;, MM- les échevins de Liege ibnt les juges qui décident.
- 420. Les maîtres de foife font également tenus de payer le cens de ter-
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- rage pour les veines qu’ils jettent ou qu’ils auraient jetées au jour pendant que les eaux rempliraient les vuides, foit dans leurs vallées, gralles ou autres ouvrages fur lefquels l’arnier a Ton droit. Quand un arnier ou terrageur fait femondre fur les ouvriers de quelqu’ouvrage que ce foit faute d’ouvrir, on eft tenu d’en informer tous les parchonniers qui tiennent dudit foigneurage : alors le terrageur fe reffaifît de la part de ceux qui font défaillons, & occupe leur place, à moins qu’ils n’apportent un« excufe légitime. Et quand les maîtres d’un fonds ont foit rendage de leurs prifes, ils font en droit de'fom-mer les maîtres d’une foife, qui tarderaient de mettre la main à l’œuvre ; & de les y contraindre par ordonnance de juftice. Cela s’appelle femoncer4es maîtres , ou les faire femoncer, à l’effet de fe voir rejfaijîr dans leurs prifesc’eft-à-dire, dépofféder de leurs prifes dans le cas où ils ne travailleraient point. On verra à l’article fuivant les formalités ufîtées pour ce cas, & tous les engage-mens particuliers de ces maîtres vis-à-vis des propriétaires des fonds.
- Des maîtres de foffe , leurs droits & leurs privilèges.
- 421. Les ouvrages de houillerie, pour peu qu’ils foient confidérables , font rarement entrepris par une feule perfonne. Ceux qui s’affocient dans cette entreprife , font appeliés parchonniers, parchons , maîtres comparchonniers, nommés dans quelques pays ,pour d’autres fociétés , comperfonniers \ comme qui dirait ayant leur portion dans l’affaire. Il arrive fouvent qu’entre les maîtres d’une foffe, il s’en trouve un ou plufîeurs qui font refpe&ivement hur-tiers on terrrageurs ; cela dépend de circonftances dont les détails renfermés fous chacun de ces deux titres, donnent réclairciffement: on doit alors con-fidérer ces maîtres de foffe félon les diverfes qualités qu’ils ont.
- 422. La fociété forme ce que l’on défigne fous le nom collectif de maîtres de foffe , couple de maîtres ; on fous-entend de la fociété, qui commence par fe pourvoir d’un compteur, d’un garde-foffe & d’un maréchal ; d’un maître ouvrier , de hiercheurs, &c. Liés enfemble d’intérêts, d’engagemens, ils font obligés de fournir la quote-part des dépenfes ; c’eft ce qu’on appelle fournir à la fcédule ; le compteur envoie à chaque maître une afiale de ce qu’il doit payer pour fo part ; ce qui s’exprime en difant qu’il envoie fcédule. Comme le manque de fournir à la fcédule ferait un préjudice porté à la fociété, les loix ont pourvu à lui foire renoncer promptement aux droits qu’il avait, ou à fe mettre en réglé pour les conferver.
- 423. Le compteur ou tout autre , dans les cas de défaut de paiement, peut dreffer une femonce avec déclaration de la dette du maître , afin de le conftater en foute. On lui foit un fécond ajournement, après lequel on prend une foifine , c’eft-à-dire, qu’il entre en pofTefîîon , s’il n’y a pas oppofîtion,
- décrétement
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- Secrètement de faifitie, & fi la fofle eft en veine : lorfque le maître 11e comparaît pas , on fequeftre les denrées de la part faille ; & au défaut de la part du maître faifî de remplir les formalités pour rentrer dans fa part, elle relie au profit des alfociés, après néanmoins avoir conftaté le tout devant leur arnier, qui peut en huit jours purger le renfeignement àfonfeul avantage.
- ‘ 424. 'Dans une fociété, tous les maîtres peuvent chacun en particulier mettre des chevaux à l’ouvrage à proportion de la part qu’ils ont dans l’affaire ; celui, par exemple, qui y a un quart peut mettre une couple de chevaux ; celui qui 11’y a qu’un huitième ou un feizieme doit s’arranger avec d’autres pour former un couple; & au cas que ceux-ci ne fournilfent point, ceux qui ont des couples de chevaux peuvent en tirer leur part. Lorfqu’il éft queftion de faire quelques changemens à un ouvrage , ils doivent tous être prévenus : c’eft le wade-foife qui eft chargé de cette fondion, pour qu’ils fe rendent à lieu , jour & heure délignés. Us n’ont pas tous voix également ; c’eft en raifon de la part qu’ils ont mile. Dans le cas où les voix feraient égales , le ftatut & réglement décide que ce feraient ceux qui ont le plus grand intérêt à la chofe, qui l’emporteraient; c’eft fur ce principe qu’il pourrait arriver qu’une feule perfonne pourrait l’emporter fur tous les parchonniers.
- 42 Quand les maîtres d’une folle ne font point encore allez avancés dans-les travaux pour en tirer du profit, ou lorfque dans la pourfuitedes ouvrages on vient à tomber court, les maîtres font obligés de contribuer chacun en proportion de leur part, & à cet effet on leur envoie à tous une fcédule ; cela s’appelle un alage à tou alage à C entour. Par i’article III. de la Paix de S. Jacques 8c par un record de la cour du charbonnage du 7 odobre 162^ , les maîtres & ouvriers font tenus de fuivre leurs ouvrages de chief à queue , c’eft - à - dire , fans aucune interruption , auili bien les longs que les prés , & les prés que les longs, foit delfus , foit delfous eaux : il n’y a que les cas où les eaux, ou le manque d’air , ou un tems de guerre, feraient un empêchement abfolu. Les maîtres peuvent de la même façon que C arnier & que le terrageur, deffaifir leurs comparchonniers en défaut de paiement ; mais ils font pour lors tenus de faire lignifier aux delfailis , qu’ils aient à purger leurs parchons en huit jours ; ce terme expiré , ils n’y peuvent plus revenir : ceux-ci néanmoins font encore obligés de faire confier à leur arnier, que tel par-chon eft delfaifi ; & fi l’arnier le juge à propos , il peut le purger à fon profit , fans rien payer que ce que le delfaifi peut devoir pour fa quote - part à ladite folié. Les maîtres de folfe doivent payer le cens pour l’areine dont ils fie fiont fiervis en faifant leurs ouvrages.
- Du feigneur arnier, ou hurtier de Canine , & de fes prérogatives.
- 426. L’aqueduc fouterrein, nommé areine, en latin cuniculus, conftruit Tome Xn, R
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- pour décharger au jour les eaux d?une ou» de plufieurs- kotnllkres, forme un ouvrage qu’il eft facile de juger auffi eoniîdérable que difpeiadienx ; aufïï il eft rare qu’un maître de foife entreprenne tout feul ce canal de mine : celui qui. eft maître de ce canal fe nomme fàgneur armer , quelquefois hur-ti&r de.l'areine fes alfociés parchons à l'areine. Attendu que la décharge de ces eaux , en facilitant un ouvrage public, l’exploitation des minéraux,.tient au bien général, & tourne également au profit de l’état, & à celui du maître du canal * les magdftrats & les princes de Liege, à l’exemple de tous les fou-vçrains de l’Allemagne , ont: accordé au feigneur armer toute la* prote&ion poftible ; il eft réputé premier auteur & fondateur primitif de l'areine, dominus cuniculi. Dans l’efprit de la loi > les maîtres & ouvriers de foife font tenus à beaucoup de devoirs & de refpeâ; pour lui.
- 427. Cette matière qui eft un des chefs intéreflàns de la jurifprudence de toutes les mines, exige que nous traitions féparément ce qui a rapport au feigneur de l’areine, & ce qui concerne en particulier cet aqueduc fou-terrein. Les deux premiers articles de la Paix de S. Jacques ont ftatué fur les points relatifs aux areines , par le premier, que quiconque , de quelque qualité & condition que ce foit, qui par ordonnance & renfeignement des voi-r.es-jurés du charbonnage & de juftice, a établi xhorre, tranche ou abattement d'eaux , par œuvre de bras (aj , leveau d'eau , ou d’une autre maniéré , a donné les moyens de recouvrer houilles & charbons de folfes & ouvrages noyés qu’il n’était plus poiîîble d’atteindre, tant fur les franches que bâtardes areines , acquiert pour récompenfe de fou induftrie & de fes frais , & devient maître , lui, fes hoirs & fuccelfeurs,des houilles & charbons que procure la décharge qu’il a procurée des eaux, & les fait extraire au jour à fon profit, en payant les droits de terrage, le cens d’areine , & autres droits d’ufage. Et aucune couple de maîtres , ni perfonne , ne peut troubler dans cette polfeC-fion , ni apporter empêchement. Cette conquête de charbons par tranche, areine, &c. au profit de celui qui aura xhorré les minéraux , eft affurée par un édit du prince Erneft , donné au château de Stavelot le 20 janvier 15-32 5 & mis en garde de loi.. Par un record de la cour du charbonnage, du 18 novembre 1625, une areine prife par ordonnance de juftice, acquiert le privilège de pouvoir être pourfuivie dans fes limites & dans fes rottices au travers de tous les biens & héritages de ceux qui ont été intimés, & de tous endroits où il fera nécelfaire de la conduire : non - feulement les maîtres & poifefleurs de ces héritages 11e peuvent y mettre oppofition ; mais ils font obligés de fe contenter de la redevance ordinaire.
- 428* Le droit qui fe perçoit pour le fervice de l’areine, foit qu’on tra-
- ( a ) En matière d’areine on appelle œuvre de bras l’épuifement par le moyen dç féaux & de tonneaux, appelle xhorre de! tinne.
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- vaille deffus, foit qu’on travaille deffous eaux, s’appelle quelquefois ver-fage d'eaux, ordinairement cens d'areine, jus cuniculi. Ces droits font réputés biens-fonds, fuccédant des peres aux enfans, comme toute efpece d’héritage fixé par la loi, & dont le vrai maître hurtier & poffeffeur propriétaire ne peut être débouté que par loix. Il eft cependant à obferver que le cens d'areine 11’eft exigible qu’à des conditions confignées dans les ordonnances. Premièrement, il faut que Pareille porte les eaux des ouvrages ; fecondement, il faut qu’il confie que ce canal ou cette tranche a xhorré les ouvrages de la fode, ou, comme on dit encore, que la folfe eft bénéficiée par l’areine; c’eft-à-dire, que les eaux de cette foife fe déchargent fur ce canal. Et’quand les eaux fe tirent au jour, le cens d’areine appartient au poffeffeur de la fuperficie du fonds.
- 429. Les maîtres & ouvriers de folfe ne peuvent pourchalfer à volonté, ni defferrer fans diftin&ion d’une areine à l’auttre , fans réglé, fans ordonnance , & fans avoir intimé les parties intéreffées, notamment leurs feigneu-rages, arniers & terrageurs. Ces différons objets font fixés par le record de la cour du charbonnage , du dernier juin 1607, auquel beaucoup d’experts ont adhéré, comme conforme aux ufages reçus de tout teins en houillerie. Les areniers font de plus en droit d’envoyer deux ou trois fois l’année, faire vifit.er les foffes qui travaillent fur leurs areines ; cette defcente fe fait aux dépens des maîtres de folfe, qui font obligés de donner la main à tout ce qui eft néceffaire pour faciliter l’examen des jurés, en vuidant les eaux & en fuivant tout ce qui eft prefcrit dans le cas de vifite, dont nous fe-r rons un article à part.
- Des ajfuj étijfernens coutumiers concernant les areines.
- 430. Après avoir folidement conftitué le feigneur de Pareine dans les prérogatives que l’équité naturelle lui décerne, la loi a également pourvu à toutes les circonftanccs & dépendances de ce travail, félon diverfes occa-fions, afin que les avantages réfultans de cet ouvrage, 11e fou firent point d’atteinte préjudiciable.
- 42 1. Les areines, appellées areines franches, ou areines de la cité, dont il a été fait mention en parlant de la cour du charbonnage, ont mérité principalement l’attention de la magiftrature. Comme elles fervent de conduite aux eaux qui entretiennent les fontaines du palais & d’une moitié des maifonà de la ville, ce qui leur a lait donner le nom d'areine de la cité, il était de grande conféquence qu’il 11e fut pas permis indiftinclement d’y toucher ou d’en approcher, afin d’écarter toute elpece de rifque de détourner les eaux, Aufti un édit du prince Erneft, de Pan 1600, & publié au perron de Liege, a réglé irrévocablement toutes les formalités à obferver pour pouvoir fe
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- fervir légalement de ces areines, ainfi que les droits à payer aux arniers de la cité : cet édit déclare conquife à la cité, toute areine qui vient fe détourner & fe joindre à l’une de ces quatre nommées franches. Pour toutes les affaires relatives aux franches areines de la cité, il y a-un prépofé,. revêtu du titre de fyndic , qui, par cet édit, eft autorifé de pourfuivre criminellement les infradreurs de l’ordonnance 5 & en vertu du recès du j'f janvier 1687 9 la cour des jurés eft obligée de fervir gratis le fyndic des areities-dans tout ce qui regarde les. fonctions de fa charge. ' ‘ < .. •"•orru:uom
- 432,. Par l’article VIII de la Paix de S. Jacques, & par un record des juçés du dernier juin 1607,. il eft e^preffement défendu aux maîtres *& ouvriers de folfe,de deÿ'errer , xhorrer & profonder aucun bure* d’un >ouvrage à un autre, pour s’accommoder d’une plus baffe xhorre, & y envoyer fes .eaux, de percer xhorre d’une xhorre à l’autre en maniéré quelconque, fans la permiffîon des feigneurs arniers, & enfeignement de juftiee y autrement les maîtres de fofle font^coupables de foule, & tenus par contrainte'de payer •le cens aux maîtres des deux areines. L’un des aflociés acquérant les minéraux exiftans dans un fonds fi tué devant l’areine, les autres ont droit d’une part en reftituant au premier proportionnellement le prix qu’il en a donné.
- 433. Les areines. doivent, par-tout où elles font, être franches dan3 leurs-cours, nonobftant toute efpece d’op.pofition, & leurs propriétaires peuvent s’en fervir pour travailler deffùs. & deflous eaux. Elles doivent aulfi demeurer libres & franches dans les fonds où elles auront été conduites-, à moins que l’ouvrage n’eût été fait à L’infu du.propriétaire, dont il faut avoir; la per-miffion. Ce propriétaire de l’areine peut la nettoyer en payant les dommages au propriétaire du fonds. L’entretien des areines faifant fourches, doit être aux frais communs des arniers, jufqu’à cette fourche & plus haut, à proportion qu’elle eft profitable à chaque aflbcié. Tous les vieux ouvrages & ceux faits; par le bénéfice d’une arèine.franche, font réputés limites , pourehaffe & rot?-tices de l’areine qui a fervi à tirer les houilles de ces places. Par un record5 de la cour , du 8 novembre 1623:, on ne peut faire une fécondé areine au préjudice de la première, fi ce n’eft après que les maîtres de cettefpremiere-ont achevé de travailler tout ce qu’ils ont pu. A ces differens points, concernant l’areine comme canal d’eau , on peut ajouter que fi l’on fe fert d’un, ruiffeau pour y verfer l’eau.,, ou pour faire agir quelque machine, on eft aufE tenu à payer un droit. - • • r ’ :
- Des contejl'ations à vuider par une defeente des jurés dans les ouvrages fqüterreïns de la mefure en terre & au jour, du mefurage.des eaux , & de tout ce qui a rapport aux vif tes de foffes..
- 43A: Tout ce qui fe paffe dans, les fouterreins de mine, éloigné de fa
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- clarté du jour* tout ce qui s’y trouve eft aifément matière â contefhition ; les houilles & charbons que l’on y va chercher à grands frais, les eaux dont'on eit fans celle occupé de fe garantir; l’air même qu’on s’y procure par le fe-cours de l’induhrie, deviennent fujets de difcorde entre les travailleurs de folles voilines les unes des autres; en même tcms les intérêts des ditïérens pollêllêurs du fonds, quant à la part qui doit leur revenir des charbons tirés de leur terrein, font entièrement à la difcrétion des maîtres de folle , qui feul's fréquentent les ouvrages intérieurs. Il ne-doit' point paraître extraordinaire que les foupqons & la défiance gagnent quelquefois & fou vent à propos ,1e' terrageur, l’arnie.r, &c. & que du fond de ces habitations ténébreufes il s’élève des querelles entre ces- feigneurs & les maîtres de folfe. On'peut ranger fous le titre que nous allons développer, les circonfiances dans lefquelies les maîtres de folfe fe trouvent en faute fur diiférens points, & qui ont été exprimées aux articles du terrageur , de l’arnier, &c. Nous n’avons ici fur ces objets qu’à donner une idée de la marche qui s’obferve dans les cas particuliers , pour faire femoncer owenvoyer -femonce. Nous viendrons enfuite aux affaires contentieufes, dont les dédiions exigent le tranfport des experts dans les ouvrages intérieurs. ' ' -
- 43 f. Lorsque c’eit pour faute de travail qu’un terrageur ou armer fait femondre les ouvriers, la femonce doit, par l’article XI de la -Paix de Saine Jacques, être lignifiée à tous les parchonniers qui dépendent dudit feigneu-rage. Si c’elf pour faute de- paiement, elle ne doit être lignifiée qu’au défaillant, en parlant à lui, ou à quelqu’un de chez lui, afin de pouvoir l’ajournée au cas qu’il ne réponde point. Et comme la,loi a voulu que celui qui néglige trop long-tems Les droits n’y rentre plus, ces femonces ,- quand elles ont lieu de la part d’un propriétaire des minéraux, vis-à-vis des maîtres qui fe défifoent du travail, donnent à l’affigné quinze jours pour juftifier les raifons de leur délai, & cela à leurs dépens. La quinzaine expirée fans avoir répondu à la femonce, les. maîtres font rejfaijîs dans leurs prifes..
- - 436. Les conteftations les plus fréquentes fur les opérations fouterreines,, tiennent aux plaintes qui peuvent fe faire de ce qu’on a empiété fur un ter-rem où 011 n’avait point prife; de ce qu’01111’aurait point rendu fidèlement la; part du charbon provenant des ouvrages ; & enfin, de ce qu’011 aurait envoyé de fes eaux dans des ouvrages voifins. Quant au premier cas , attendu la facilité de continuer quelque tems cette ufurpation avant qu’elle parvienne à la connaiifance du propriétaire , 011 n’a pas de peine à croire que , fi celæ 11’arrive pas fouvent, il doit y avoir fur ce point des demandes fréquentes; pour s’en aifurer par juftice; Mais la- difficulté n’eh pas de reconnaître au juhe fous terre la marche & la longueur des ouvrages il s’agit de rapporter à la. fuperficie du terrein,cette même marche, mefuréc? avec exactitude* & des
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- la rapporter de même àifez exa&ement pour pouvoir prononcer que les ouvrages de telle foffe ont fiipé dans tel endroit de la prairie, du jardin de Pierre, ou de Paul; c’eft-à-dire, qu’ils font parvenus à tel endroit qui répond à la fuperficie du jour,: ce n’eft qu alors que la juftice peut attribuer à chaque polfelTeur le trentième, que- la loi lui a donné fur le travail fait fous fou hien ou dans fon bien. Cette pratique, qui conduit à juger des pourchalfes faites fous un terrein, comporte deux opérations, l’une fouterreine, 8c l’autre fuperficielle; on peut,fi L’on veut, la regarder comme la même répétée. La première mefure eft la mefure fouterreine, qu’on appelle mefure en terre ^ dê-tRendement. Dépendre lignifie en houillerie, mefurer combien il y a d’à-plomb fur chaque toile. La fécondé mefure n’eft que la mefure fouterreine, rendue à la fuperficie avec les mêmes inftrumens, qui font la boulfole, la chaîne ou la ficelle , on l’appelle mefure hors du bure , mefure ou refaiwe au jour, 8c l’opération fe nomme refaiwer au jour. Voici le procédé ulité pour l’une & l’autre. La planche XIIf dans laquelle on a cherché à rendre aux yeux la manœuvre du dépendement, qui eft bien llrnple, fera entendre tout d’un coup la mefure ou la refaiwe au jour.
- 457. On commence par plumer le bure, c’eft-à-dire , par prendre l’à-plomb du bure ou mefurer fa profondeur j pour cela on barre l’œil du bure avec une planche. Celle que nous avons appellée lutte, s’il y en a, & pour peu qu’elle foit avancée dans- la bufè, eft quelquefois propre à cet ufage-: on y fufpend la chaîne ou la ficelle que l’on defcend julqu’au-bas avec un plomb , en faifant à cet endroit fte la planche une marque contre la ficelle. Dans quel-qu’endroit que vienne tomber le plomb, on pofe ['à.boujjole. Quelques houilleurs drelfent pour cette opération le cadran fur un petit fupport à quatre pieds > mais cette maniéré ne paraît pas favorable pour donner à l’inftrument une afliette nivelée : il eft mieux d’amalfer à l’endroit où vient tomber le plomb, du menu charbon ou des ganges, & d’en faire un petit tas fur lequel on pofe la boulfole i il eft plus facile, de cette maniéré, de la bien placer de niveau : ç’eft le principal de toute l’opération i & l’ouvrier qui eft chargé de ce point, ne doit avoir fur lui ni boude de fer, ni couteau : dans le cas où il fe trouverait quelque ferrement qui 11e pourrait pas être éloigné de la boulfole, il faudrait interpofer une planche entre ce métal & la boulfole.
- 438. Ce difpofitif achevé, il eft queftion de prendre les diftanees 8c les angles, ou courbures qui terminent les voies , en vifant autant que la vue peut fe porter, ou jufqu’au bout de la portée de la chaîne, ou jufqu’au premier coude que fait la voie fouterreine ; pour cela, on meue la chaîne ou la ficelle en droiture, tant que la voie le permet, en 11e fe coudant point : il faut obferver avec foin que la corde foit toujours dirigée bien droite &
- elle ne touche à rien i loxfqu’eLlie eft arrivée à un endroit où il n’eft plus
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- poffible de la conduire fans la détourner, on regarde, la marque d-u< milieu de la boulfole, qui fait la direétioiïrr & qui. affiire l’alignement. Llouvrier qui gouverne la boulfole , en regardant, le numéro, dit à l’autre qui mene la chaîne, plume^-la -, celui-ci lailfe tomber doucement & diredement d’à-plomb une petite pierre ; on marque le nombre fur lequel l’aiguille tombe & on dit, dix toifes , vingt pieds, dou^e pouces de longueur. Après les avoir marqués fiir les tablettes , on rapporte la boulfole à l’endroit où-eft la petite pierre, fur un petit tas de fouaye qu’on y a amaifé, & on remarehe en avant avec la chaîne, en obfervant avec foin les mêmes attentions & opérations jufqu’au fécond détour , où l’on plombe de nouveau , & où l’on rapporte encore la boulfole , en reprenant comme au premier , & ainfi de fuite, jufqu’à ce que l’on foit parvenu au bout de la voie. Pour éviter de marquer les demi-pieds & les demi-pouces, il y a une maniéré que nous ferons connaître dans les détails particuliers qui entreront dans la derniere feélion de cette fécondé partie.
- 459. Par cette opération exécutée avec foin par deux mefureurs, les chemins que la veine a fait parcourir fous terre font reconnus: il ne relie plus qu’à revenir au jour pour refaiwer les dimenfions fouterreines. Les experts Portent du bure, & commencent par placer la boulfole fur la même planche, au-delfous de laquelle elle avait été placée dans le fond du bure , & au même point marqué avec de la craie, d’ou l’on était parti pour faire defcendre la chaîne ; 011 tourne la boulfole jufqu’à ce que l’aiguille ramène le premier numéro qui avait été noté fur les tablettes ; 011 conduit alors la chaîne de la même façon qu’elle a été conduite pour la niefure en terre, & on prend la même longueur qui avait été également notée fur la tablette ; de là on marche de même jufqu’à la longueur où s’eft trouvé le premier coude , & on continue toujours, en réitérant les mêmes opérations jufqu’à la derniere longueur qui rapporte exactement le même point trouvé par le dépendement.
- 440. Une fécondé circonftance fur laquelle il eli auliî facile de ne pas trouver les maîtres de folfe d’accord avec le terrrageur ou arnier, c’eft fur la quantité de charbon à revenir à ces feigneurs , & qu’ils prétendent ne leur être pas payée fidèlement} les jurés font appellés pour faire la viiite & la me-fure des ouvrages fouterreins. Rien de plus fimple que cette eftimation ; elle confifte à décharger une heve : cette maife de veine que l’on abat, ell d’une toife en quarré*, on mefure combien elle donne de paniers ,011 de traits-, on compte combien de femblables heves, ou parties de veine , c’eft-à-dire , combien de toifes de veine il pourrait y avoir dans une certaine partie d’ouvrages , & fur ce pied 011 fait l’ellime, cela s’appelle raparier ; c’eft -à - dire, raparciller une heve. Cette conteftation eft fouvent difficultueufe, & elle peut fe terminer diverfement , ou à l’amiable entre les parties intéreifées, ou par autorité des jurés. L’article IV de la Paix de S. Jacques a fixé ce qui eft
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- à obferver dans l’un ou dans l’autre' cas.' ilorfquè ces méfures'& éftimations fe font de gré à gré de la part dü'feignëurage &'dés ouvriers ou parchorîh nïers, les jurés font tenus de s’en-rap’porter au ferment des parties iiitéreffée^. Dans le cas oùla mefure fe ferait trouvée faillie , ou manquer par P exactitude ; les dépens & les frais font payés par celui qui eft en tort; en même tems • pour que la chofe ne foit plus matière à conteftation , chaque partie paiè pour Penregiftrement qui s’en fait, une groife monnoie commune,& autant au clerc. Si, après que la vifite des jurés eft faite, les maîtres defoifedif-putent la mefure & veulent qu’elle foit recommencée, c’eft aux frais des demandeurs.
- 441. Différentes circonftances exigent que l’on reconnailfe la foret de la nouriturt de l'eau dans les ouvrages fouterreins ( 14). Un houilleur, par exemple, a envoyé àfon voifin des eaux qui l’incommodent ; il s’agit d’en favoir la quantité , afin de l’obliger à les remettre dans fes ouvrages fi elles 11e viennent pas d’en-haut, ce qui eft le plus ordinaire 8c le plus facile, ou pour en être défintérelfé du tort qu’elles occasionnent fi elles 11e peuveut être reprifes. L’opération à laquelle on procédé pour cela, s’appelle xhancier4 mefurtr les eaux ; elle confifte à ramaifer les eaux dans le bure ou dans une autre partie des ouvrages *, c’eft pour l’ordinaire au moyen d’une efpece de canal appellé chena{, formé de planches dont on lutte les joints avec de là dielle,pour y faire couler l’eau que Pont veut jauger, d’où eft venue l’ex-preflîon ordinaire dont on fe fert , mettre les eaux fur le chena^. Yjà hauteur de ces planches eft indifférente; mais il y a environ un pied de largeur dans l’intérieur, afin de porter un volume d’eau de‘douze lignes ; & Un cas que le volume d’eau foit plus fort, on agrandit ce canal à proportion , de maniéré qu’une ligne d’eau doit former un pouce quarré dans la largeur du? •chenaz. Il faut, pour le fuccès de ce jaugeage, avoir attention déplacer le chenaz dans un endroit où Peau fe trouve tranquille, 8c de lui donner une •pente infenfible.
- 442. Lorsqu’un propriétaire foupçonne que l’on eft entré dans Ion bien par bure ou par ouvrage fouterrein , il a pour s’en affurer, la voie de l’ajournement des ouvriers, ainfi qu’il eft preferit par l’article XIX de la Paix de S. Jac-‘ques, & par un record de MM. les échevins en mars 1459? qui oblige ces ouvriers de déclarer par ferment, combien ils font entrés dans le terrent
- ( 14 ) J’obfërverai ici que les loix Lié- dant ces loix ne loi en impofent pas la né^ geoifes, relatives à l’exploitation des mines, ceffité. De là vient que, comme l’auteur l’a-n’ont pas décidé équitablement le, cas où dit plus haut, chaque entrepreneur cherche, une fociété exploitant une mine, deïféche- à envoyer les eaux à fon voifin, au lieu de' rait par fes ouvrages ceux de fon voifin. s’entendre avec lui pour chercher à frais Celui-ci ne devrait-il pas entrer pour une communs les moyens de les éloigner.1 ’ * part dans des frais dont il profite ? Cepen- d’autrui ,
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- d’autrui, combien ils en ont tiré de denrée, &c. Le propriétaire a encore'', pour fe faire rendre juftice, la vilite des jurés des charbonnages, qui alors eft aux frais du demandeur : cette defcente dans les foliés eft une des fonctions importantes des officiers de cette cour : nous traiterons ici en particulier celles qui, au lieu de fe faire à la requilition des parties, fe font d’office ou par ordonnance des jurés.
- Vif tes des foffes par autorité de jufllce.
- 443. Par l’article XX de la Paix de S. Jacques, il eft enjoint aux jurés de 11e point employer à leurs viiites & mefures plufieurs journées , & de les achever tant que faire fe peut en un jour. A l’article XIII, qui leur a ôté toute occalion de partialité, il faut ajoutet l’article XIV, portant défenfe à eux d’acquérir aucune part dans une fofle litigieufe.
- 444. Outre ces viiites , dont nous parlerons enfuite, il en eft qui fe font régulièrement j favoir, celles des foliés de grand athour de quinzaine en quinzaine, & celles de petit athour dans quelques cas particuliers : c’eft un acquit de leur charge, réglé par unrecès du 15 janvier 1687, qui comprend iix articles. Leurs honoraires pour cette vilîte de folie de grand athour, & tout ce qui a trait à la procédure qui peut avoir lieu , eft fixé à quatorze florins brabans & demi à répartir ; favoir , chaque juré & greffier trente pa-tards ; au varlet, quinze patards 1 pour ceux qui defeendent dans le bure , cinq patards chacun j & le refte au greffier pour fon enregiftrement & pour l’expédition de la copie qu’il délivre ; bien entendu que le greffier ne fera pas obligé de fe retrouver aux viiites qui fe feront d’office, & que le jour de la vilite, les jurés ne peuvent s’arroger aucune houille de la folle. Il en eft de même pour les viiites qui peuvent ou qui doivent fe faire aux folles de grand & de petit athour, travaillées à la faveur d’une a reine bâtarde , ou qui avoiline une des franches areines. Les folles de petit athour qui font xhorrées , ne comportent de vilite que lorfqu’elles viennent à être travaillées dejfous eaux ; alors ces viiites font plus fréquentes. En général, les folfes xhorrées font fujettes à trois viiites par an.
- 445. Parmi les cas qui entraînent la vilite des folfes , celui où l’exploitation eft portée au point d’avoir déhouillé toutes les prifes, celui où l’on eft forcé d’abandonner la pourchaife , font les plus ordinaires ; il eft d’ufage & d’obligation, avant d’abandonner les ouvrages, que les maîtres ajournent de tems en tems les arniers les terrageurs, afin de pouvoir, lorfqu’une fois il n’y a plus rien à travailler avec profit, obtenir enseignement, d’abandonner tel ouvrage, telle gralle , telle coiftrelfe. A cet effet, ils demandent la vilite par laquelle on conftate que les travaux &• ouvraees ont été conduits félon les
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- réglés de l’art; & la coutume eft d’offrir en même tems aux arniers & terra-geurs tous les agrëts de houillerie, afin de pouvoir pourfuivre les ouvrages à leurs frais s’ils le jugent à propos. Dans les occasions où cette vilite eft demandée par les arniers & les terrageurs, les maîtres & comparchonniers font tenus pour ces vifites, aux mêmes formalités qui font obfervées dans toutes les conteftations, & qui vont être détaillées.
- 446. La defcente des jurés a encore lieu à la réquisition des maîtres de foffe en difpute avec d’autres. Le record des voires jurés du charbonnage , du 17 novembre 1761 , a décidé comment les parties doivent fe régler quand Tune ou l’autre demande à maintenir fon droit par une vifite, Dans ce cas, ceux dont on vifite les ouvrages, font tenus de contribuer à tout ce qui peut rendre cette vifite profitable à la décifion des jurés ; ils font obligés de délivrer, comme on dit ordinairement, houttes , herna£ & ufltnjiles, ainfi que voies d'airages, de repréfenter même le vif thier, & montrer les parois découvertes , lorfqu’il eft queftion de vifiter la difpofition des rottices & courfes d’eaux ; d’examiner s’il n’y a point de xhorrement & de trous de tarré faits par-deffus eaux; enfin , ils font obligés de débarraffer les voies , des eaux, des ftouppures , & de tout ce qui pourrait empêcher de reconnaître par cette vifite jufqu’où vont les pourchaffes, dans quel état font reliés les ouvrages : dans ce cas, les demandeurs avancent les droits judiciaires & autres dépens de cette vifite pour la première journée , & les frais tombent enfuitèfur la couple de maîtres qui fe trouve en tort. Tous les ajournemens à fin d’obtenir vifite , portent toujours ces claufes exprimées, pour obliger les maîtres de telle foffe à livrer voie & airages fuffifans , avec parois découvertes jufqu'à vif thier qui a été abandonné; c’eft-à-dire, que des deux côtés d’une taille la veine paraiffe à découvert.
- 447. La vifite des foffes a encore lieu toutes les fois que les maîtres 8c comparchonniers & ouvriers de foffe veulent abandonner des ouvrages qu’ils tiennent de feigneurage, foit arnier ou terrageur. Par l’article XXI de la Paix de S. Jacques, il eft défendu de quitter un bure, ou d’abandonner veines, tailles, voies & vieux ouvrages, ni de laiffer remonter les eaux, ou remplir les foffes, qu’avec le confentement exprès des feigneurages , à moins qu’on ne fbit bien & duement autorifé par enfeignement & ordonnance de juftice, après avoir intimé les feigneurages, leur avoir fait offre de vifite, afin que les arniers ou terrageurs puiffent enfuite , s’ils le veulent, profiter de leurs prifes & areines , & continuer les travaux. Ces rapports de vifite d’ouvrages fouterreins, étant une partie difficile de la houillerie, nous terminerons cette matière par quelques modèles de ces rapports dreffés dans la forme ordinaire : fur quoi il fera facile de prendre une idée de tous ceux qui peuvent fe faire mutatis mutandis.
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- Modèles de rapports de vif tes des fojfes.
- 448. Premier rapport. Par ce premier on fuppofe que les jurés du charbonnage ou des experts ont tourné tout alentour d’une foire ou des ouvrages fouterreins ; & on les fait retrouver dans leur vifite , précifément au même
- endroit d’où ils étaient partis, & voici leur verbal : l’an de ... . le..
- du mois de...........font comparus..........lefquels ont fait rapport de
- la vilite qu’ils ont faite par ordonnance de MM........à la fofle......
- & ce en la forme & maniéré fuivante. Savoir, que le jour d’hier, à..... heure , ils ont defcendu & dévallé en ladite foife jufqu’à la deie de telle veine ; ayant rentré dans le levay du bure pris à main gauche, & après avoir marché dans ce levay .jufqu’à pareille diftance de la buje du bure, ils font entrés dans une vallée ou gralle , prife fur ledit levay ; 8c après avoir avancé dans cette gralle ou vallée autant de toifes de longueur, ils font entrés dans une coif-trejfe prife; à main droite fur ladite gralle, laquelle coifreffe venait fe rendre par fon extrémité à une autre gralle prife fur le levay du bure à main droite ; & ayant remonté‘ladite gralle dans ce /mzy,ils ont marché à main gauche deux ou trois toifes ; là ils ont rencontré une montée prife fur ledit levay ; étant entrés dans cette montée , ils ont encore marché quelques toifes , & ont trouvé une coijlrejje prife fur cette montée, laquelle coifreffe terminait à une autre montée prife fur le levay du bure à main gauche ; & après avoir defcendu ladite montée, ils fe font retrouvés dans ledit levay à main gauche, ayant rentré dans la bufe du bure par le même endroit où ils avaient commencé leur vifite, & ayant par ce moyen tourné tout alentour du bure par les ouvrages fouterreins.
- 449. Second rapport. Dans celui-ci, dont l’objet eft de prononcer fur les
- endroits où les pourchaffes ont été conduites , on fe borne à faire entrer les experts dans une gralle ou vallée , pour les faire retourner enfurfe en arriéré fur leurs pas , vifiter une ou deux coiftreifes, & de là, retourner par le même endroit qu’ils font entrés par la bufe du bure. L’an de..
- &c. &c. Nous fommes entrés dans le levay du bure de la main droite, & nous avons trouvé à la diftance d’autant de toifes une gralle prife fur ledit levay, de laquelle nous n’avons pu atteindre le bout, l’ayant trouvée remplie d’eaux ( a ) ; étant retournés fur nos pas, nous avons trouvé une coifreffe, dans laquelle nous n’avons pu pénétrer, parce que les voies étaient tem~ peflèes ; en remontant toujours, nous avons trouvé une autre coifreffe, dans laquelle nous fommes entrés fans obftacle, ayant trouvé la paroi découverte aux deux côtés, & le vif thier au bout de cette coijlrejfe ; 8c après avoir fait
- ( a ) On fuppofe que les eaux étaient remontées dans cette gralle jufqu’à cet endroit.
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- rmfure & refaiwe au jour, nous avons reconnu que les ouvrages faits dans ladite coijlreffe, avaient Jlipé dans un tel jardin, où nous avons planté un flipeau , pour marquer où lefdits ouvrages font parvenus.
- 4$'0. Troijîeme rapport. Dans ce dernier, par lequel on prononce que toutes les prifes font épuifées , on fait entrer les experts du levay du bure pris à main gauche dans une montée ; & après avoir fait une efpece de demi-cercle , on les reconduit jufqu’à la bufe du bure, dans laquelle ils rentreront par le levay du bure pris à main droite. L’an........... &c. &c. Nous fouî-
- mes entrés dans le levay du bure , pris à main gauche, où nous avons trouvé à la diftanee d’autant de toifes , une montée prife fur ledit levay ; nous avons vu qu’il y avait une quejlrejfe prife à main gauche en montant ; puis étant montés dans ladite quejlrejfe , & parvenus à fon extrémité , nous fournies entrés dans une montée prife fur la main droite du levay du bure ; Si après avoir defcendu cette montée, nous nous fournies retrouvés dans ledit levay , ayant rentré dans la bufe du bure, en foi faut par ce moyen une efpece de demi-cercle j & nous avons reconnu que les ouvrages font conduits félon les réglés de hauiilerie, & qu’il n’y a plus rien à travailler à profit.
- Police pour les bures & ouvrages que fon interrompt pour un tzms, ou que l'on
- abandonne tout -à- fait.
- 4fi. L’interruption ou l’abandonnement abfoîu des ouvrages, feloiv l’exigence des cas, ne pouvait manquer d’ètre un objet de réglement. Il eft facile de fentir à combien de dangers , à combien de malfoifances des foffes reliées ouvertes en pleine campagne pouvaient donner occalion ; c’étaient néanmoins les fuites que l’on devait néceifairement attendre de la négligence ou de Pindifiérence des propriétaires, quittant des ouvrages dont ils ne retirent plus de profit j mais une fage législation annonce que ces folfes ne ceifent point d’ètre l’objet de fa vigilance, du moment qu’elles celfent d’ètre profitables à la république, Le prince George-Louis , par un mandement donné à Seraing le 17 juillet 1730, publié au perron de Liege & mis en garde de loi , a établi fur cela une police qui fait honneur à fa mémoire , & au chapitre de la cathédrale de Liege, dont il prit l’avis.
- 452. Quand , pour quelque rai fon que ce foit, un bure à houille ou bure de marliere fe trouve devoir être difeontinué & abandonné , les maîtres de loues & propriétaires des fonds font tenus de déclarer dans l’efpace de fix lèmaines au greffe du lieu où font fi tué es les folfes, leur intention de renoncer abfolument à leurs ouvrages, ou de l’interrompre5 & alors, pour éviter que ni homme ni bête n’y tombent ou n’y foient jetés, le bure doit, dans le premier cas, être rempli; ou bien on effc obligé d’y placer une voûte capable de le fermer, Si cela fix fera aines après la déclaration faite. Dans le cas où ce
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- ne ferait qu’une interruption momentanée, & qu’il y aurait efpérancede pouvoir reprendre les travaux, l’article III enjoint d’environner l’œil du bure d’une muraille de cinq pieds, comme la mardelle d’un puits', ce qu’on appelle axhuer un bure. En ne faifant point la dénonciation, on encourt foli-dairement l’amende de vingt-cinq florins d’or, au profit du feigneur ou officier du lieu , de même que fi l’on ne fe conforme point à l’article CXI. Les officiers ou le feigneur du lieu qui négligeraient de faire exécuter cette ordonnance dans l’un ou l’autre de fes points aux termes limités, perdent le profit de l’amende , qui eft alors due au procureur-général, lequel a droit de faire fou mettre à l’amende, & de faire contraindre par le juge du lieu après un nouveau délai dont le terme ne doit pas excéder fix femaines, à peine de cinquante florins d’or à payer en amende par les contrevenans, de punition arbitraire, ou même corporelle, félon le befoin.
- 4L?. Pour ce qui eft des bures profondes fur l’une ou l’autre des franches areines de la cité, la dénonciation doit fe faire à la cour des voires jurés du charbonnage, qui ordonne de remplir, de voûter ou à'axhucr le bure félon l’exigence du cas', ou félon qu’il paraîtra à la cour plus convenable pour la confervation des areines de la cité. Les délais font les mêmes que pour les cas ordinaires, & les frais en retombent fur les maîtres ou propriétaires qui y font tenus aux mêmes claufes comminatoires. Les fix derniers articles de ce réglement font en interprétation de quelques articles de la Paix de Saint Jacques, fur les interruptions relatives à quelques circonftanees, comme, par exemple, pour le cas où le travail cefferait à caufe des eaux; alors ce n’cft qu’après qu’ils auront quitté cette befogne qu’ils font tenus à l’ordonnance, qui ne les oblige à rien, tant qu’ils font occupés à xhorrer.
- 45-4. Les interruptions de trois mois, en exceptant celles occafionnées par les grandes chaleurs qui produifent le fouma, ou par un tems de guerre qui obligerait de fufpendre l’ouvrage avec intention de le reprendre , doi, vent être dénoncées aux greffes defdites cours, & les bures remplis ou voûtés. Dans ces deux dernieres circonftanees, les maîtres de foflès ne font tenus que àéaxkuer leurs bures avec une bonne muraille de pierre ou de brique, fans y fupplcer par aucune fermeture de planches , fafeines ou autres. Quant aux marlieres , cette ordonnance enjoint aux propriétaires des terres où elles font fituées, de les faire remplir en fix femaines, fous les mêmes peines & amendes. & 11’admet aucun prétexte pour les laifler ouvertes, attendu la facilité qu’il y a de redifeombrer la première foflè, ou d’en faire une nouvelle.
- De la reprife des bures abandonnés ou interrompus ; formalités à cbferver lorfque ce font de nouveaux maîtres qui entreprennent le travail.
- 45*5. Le même principe qui maintient le propriétaire dans fon droit, ne
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- ^permet. pas que perfonne puiffe remettre la main à l’ouvrage quitté par un ^maître de. foife, fans, s’être mis en réglé vis-à-vis de ce poffeffeur ; il faut lui .envoyer fcédule» afin,de pouvoir.conquérir la part qu’il avait, s’il ne vient ,pas y fournir dans, un tems limité. A l’appui de ces conftitutions faites pour .les diiferens intéreifés aux ouvrages de houillerie, viennent des loix pour les ouvriers, touchant l’exercice, la conduite-& pratique du métier, des régle-.mens qui mettent ces citoyens utiles à l’abri de l’injuftice: nous allons entrer en matière fur cet objet. . i - *
- . . < t ' ?
- rChartes & privilèges du métier des houilleurs de la. cite, franchife & banlieue de Liege, concernant la police du métier & du commerce.
- 45'6. Tout ingrat que paraiffe le métier des houilleurs (a), ne l’exerce point qui veut ; il n’eft pas libre à tout le monde, je ne dis point de travailler aux bures5, niais même de brouetter, de vendre ou débiter le charbon, à moins que l’on ne foit incorporé dans le métier. Ce véritable corps d’ouvriers a fon rang dans les ordres qui compofent la généralité de Liege; il eft com-pofé de jurés, d’officiers & de fuppôts bien autorifés par des règlement arrêtés & convenus d’un commun accord entre les jurés, interprétés par MM. les mayeurs & échevins de.la fouveraine juftice de Liege, par MM. les bourg-meftres & conleil, confirmés, ratifiés, & mis en garde de loi, félon l’ufage, par une ratification du princ/e. La première époque de la réda&ion de ces ré-glemens, qui étaient épars ou égarés, eft du 21 juillet if9} , ainfi qu’il parait par l’ordonnance du prince Erneft, fuivie de l’approbation en langue latine, fous ce titre: Approbatio flatutorum collegii hullariorum, 24 jul. 1^9^, avec le fceau du métier repréfenté à la planche XIII. Ce réglement a été re-nouvellé en 1684 avec quelques changemens, dont j’indiquerai à leur pl'ace ceux qui font parvenus à ma connaiifance ; il a été enfuite augmenté de quelques mandemens du prince George - Louis , & du prince Jean - Théodore. Comme le tout renferme des articles difparates, j’ai jugé utile, ainfi que j’en ai prévenu, de faire de ces différens ftatuts & réglemens, un dépouillement méthodique , qui, en préfentant fous un feul coup-d’œil tout ce qui a rapport à chacune des parties du métier, donnera une connaiifance exacte de cette police, que nous divifons en trois parties; police du corps de houillerie, police entre les maîtres de foffe, leurs fourniffeurs & les ouvriers houilleurs, police de commerce.
- (æ) Au jugement de Fifen, que j’airap- ainiculorumpotius quam hominuni vitam porté, & qui ajoute au même endroit, lib. agentes,
- NI y P3g- 272, en parlant de ces ouvriers :
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- 1°. Police du corps de houillerïe.
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- 4^7. Des gouverneurs & jures du métier. On appelle ainfi les officiers prépo-fésau corps de houillerie ; ils font au nombre de deux ,lujets dans l’exercice de leurs charges à des réglés très-exa&es , & créés tous les ans le jour de la S* Jacques. Les officiers du métier doivent certifier de leurs bonnes moeurs & de leur bonne réputation ; ils doivent être nés en légitime mariage au pays de Liege : toute éledion dans laquelle quelqu’un de ces points fe trouve fautif, eft nulle, & les compagnons du métier peuvent licitement procéder alors à une nouvelle éledion. Afin qu’ils foient en état de fatisfaire à tout ce qui eft de leur office , ils doivent auffi, par l’article III, avoir hanté le métier pendant trois années confécutives, à moins que l’éledion n’ait été unanime. Le manque de l’une ou l’autre de ces conditions emporterait de même nullité de l’éledion, & incapacité à être revêtu de ces offices, ainfi qu’une amende de trois florins d’or, ou la valeur, à répartir; unau prince ou à ion officier, un à la cité, & l’autre au métier & aux officiers par moitié. L’article IV fixe la forme de ces éledions en préfence des officiers anciens & nouveaux, & du greffier qui en tient regiftre.
- 4^8. Les officiers élus prêtent ferment de bien , fidèlement & loyalement s’acquitter de leur office dans tout ce qui dépendra d’eux, de garder les chartes & privilèges du métier, de ne recevoir aucun revenu du métier, & de payer en leur habice au profit du métier, trois florins brabans chaque gouverneur, deux florins chaque juré; fans quoi l’éledion ferait nulle. Et pour ôter toute occafion aux ptocès & aux querelles à naître touchant les contraventions aux charges & touchant lesfamendes, il eft ordonné par l’article XXXIV , que fur ces objets les officiers du métier feront crus fur leur ferment. Par l’article VI, chaque gouverneur a un département fixé, hors duquel il ne peut avoir voix pour les éledions qui fe font pour les autres départemens.
- 4f 9. Ce font ces officiers qui donnent les permiffions , en vertu defquelles on releve du métier; leurs droits font fixés pour ces réceptions, ainfi que lés droits de relief, au profit du métier; 8c par l’article XXV, les gouverneurs qui ne fe conformeraient point à ces taxes, ou qiii les excéderaient, ou les mettraient au-deflbus de ce qui eft fixé, encourent une amende de trois florins d’or, 8c la fomme entière de relief; & dans le cas où ils 11e fe Soumettraient pas à l’amende une fois fignifiée par le clerc, ils font, trois jours après, privés irrémiffiblement du métier.
- 460. Des différentes permiffions. L’ARTICLE XI ordonne que perfonne ne puilfe s’immifcer dans le métier, s’il 11’eft reçu au métier, fous peine d’une amende de deux florins d’or, à répartir comme ci-devant.
- 46.1. On diftingue deux fortes de permiffions : celle qui incorpore au
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- mctier de houillerie , & ail moyen de laquelle on eft compagnon du métier, pour les ouvrages tenant à l’art ou au métier ; c’eft ce qu’on appelle grande rate ou racte du métier: & la per million d’exercer les ouvrages qui tiennent à la houille une fois fortie des bures ; c’eft ce qu’oti nomme petite raete on rate du métier. Tous ceux qui acquièrent le métier, foit par grande rate, foit par petite rate, font d’abord tenus par l’article XXVII, défaire ferment folemnel d’être fidèles. au prince, à la cité, à MM. du magiftrat & au métier ; de procurer, autant qu’il eft en eux, le bien & l’avancement du métier; dé faire connaître tout ce qui peut lui apporter préjudice ; de fe conformer aux chartes & privilèges, ainfi qu’aux réglemens qui pourraient avoir lieu par la fuite, & de dénoncer ceux qui uferaient du métier fans avoir fait relief; c’eft-à-dire, fans avoir fatisfait à tout ce qui eft preferit par les chartes.
- 462 Des compagnons du métier , ou des ouvriers qui ont acquis la grande rate. Sous ce nom font renfermés ce que l’on pourrait appeller proprement ouvriers houilleurs, & qui 11e peuvent s’immifeer d’autre chofe, fans encourir l’amende d’un florin d’or.
- 463. Par l’article VIII, tous compagnons qui voudront avoir voix furies, affaires du métier & à l’éleétion des offices, font inferits le lendemain delà S. Lambert par le greffier ou fou fubftitut, afin qu’ils puiffent être mandés & aifemblés au befoin , foit pour chofes concernant la houillerie , foit pour le cas où il faudrait faire guet pour garde & confervation de la ville , foit pour la facilité d’être recherchés dans le cas où ils auraient entrepris fur autre métier, &c. (a)
- 454. Conformément aux plus anciens ufages & privilèges du métier de houillerie, perfonne 11e peut acquérir La grande rate ,à moins qu’il ne foit né en légitime mariage, dans la franchife & banlieue, de Liege : il paie au receveur vingt florins brabans, favoir, la moitié tout de fuite, & le reftant dans le courant de l’année fuivante ; e.11 outre , deux florins aux deux gouverneurs enfemble, cinq patards brabans au greffier pour l’enregiftrement, & autant à l’huiffier. Pour être reçu, il faut au préalable avoir exercé pendant l’efpace d’un an entier. Tout prétendant au métier qui ferait étranger, demeurant ou non au pays, doit d’abord apporter un certificat bien en forme du lieu de fa naiifance & réfidence , de fon nom de famille, de bonnes mœurs & de catholicité. Quand ces atteftations font jugées valables par les officiers, & le fujet dans le cas d’être accepté au métier, les frais confiftent,
- (a) Le réglement de 1684 a changé tant chacune deux métiers, dans chacun cette forme; aux trente-deux métiers ont defquels il doit y avoir troisartifans ; paru* été fubftituées feize chambres qui repré- eux on tire à tour de rôle un gouverneur.-Tentent la généralité du tpeuple , repréfen-
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- en quarante florins , & outre cela, quatre - vingt florins aux gouverneurs, greffier & huiffier. Ceux qui prétendraient ufer du métier fans pouvoir exhiber les chofes requifes par l’ufage, font condamnés à une amende de fix florins d’or , ou la valeur à répartir , entre le prince ou fon officier deux florins , autant à la cité , autant au bon métier de houilleur & officiers par moitié.
- 4L’article XV ordonne exprelfément que toutes perfonncs qui ne feraient point nées en légitime mariage, paient,pour relever du métier ou acquérir la faculté de l’exercer, le double des autres. Et par l’article XVII, ceux qui font dans le cas de juftifier qu’ils relevent du métier par leur pere ou mere,par leur femme ou autrement , doivent le faire à leurs dépens par voie judiciaire, ou par-devant les officiers du métier , en préfence du greffier , & payer , après toute vérification faite , les droits de relief dont leurs pré-décelfeurs fe feraient trouvé redevables
- 466. Les articles XVIII , XIX , XX, XXI, XXII, XXIII & XXIV ont établi différentes clalfes de ceux qui ont appartenu au métier , pour les traiter différemment fur les droits. Les fils de maîtres, nés de légitime mariage , font tenus de payer pour les droits des deux gouverneurs, deux pots devin de France ou du Rhin j au greffier , pour l’enregiftrement, deux pa-tards & demi de Brabant, & autant au ferviteur. Les filles de maîtres ou leur mari, nés en légitime mariage dans la cité, franchife & banlieue de Liege, font tenus , lorfqu’ils veulent relever du métier , de payer au profit dudit métier , cinq patards de Brabant ; item aux gouverneurs enfemble un ftier de vin ; au greffier, pour l’enregiftrement, cinq patards de Brabant, & autant au ferviteur. Si ces prétendans font natifs du pays ou comté de Looz, hors la cité, franchife & banlieue de Liege, ils paient au métier fept patards & demi ; item aux gouverneurs , au greffier & au ferviteur , comme ci - devant. Les maris étrangers des filles de maîtres , paient au métier dix patards bra-bans ; item aux gouverneurs , au greffier & au ferviteur, le double. Enfin les veuves de maîtres du métier, lefquelles feraient nées de légitime mariage en la cité , franchife & banlieue de Liege , peuvent, leur viduité durante , ufer du métier ; maisffe cas arrivant qu’elles n’en euffent pas fait relief, ou qu’elles priffent un fécond mari qui ne ferait pas du métier, ni l’un ni l’autre ne peuvent] ufer du métier, fous peine d’un florin brabant d’amende, à répartir comme-ci devant ; à moins qu’elles ou leur fécond mari n’acquierent de nouveau la rate du métier , ou ne faflent nouveau relief : ce qu’ils peuvent faire en payant audit métier- aux deux gouverneurs, au greffier & au ferviteur, les mêmes droits fixés pour ceux qui font nés dans la franchife & banlieue. Dans le cas où ils feraient natifs du pays & comté de Looz, ils paieront pour leur relief quinze patards brabans au profit du métier 5 item aux gouverneurs , au greffier & au ferviteur , comme ci-delfus. Dans le cas Tome XFL T
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- où ils feraient nés hors du pays & en légitime mariage, ils paient pour leur relief un florin brabant aux gouverneurs s au greffier & au ferviteur , le double.
- 467. Affemblées du métier de houillerie. Le lendemain de la faint Lambert, tous compagnons du métier de houilleur , prétendant avoir voix à l’élection des officiers , font tenus de fe trouver à la chambre de la cour du charbonnage, à huit heures du matin fonnantes à l’horloge de la cathédrale. Toutes les fois que les officiers jugent à propos de convoquer une aflemblée , les compagnons avertis par l’huiffier , font obligés de s’y rendre, à peine d’encourir l’amende infligée par les officiers , proportionnée aux affaires qui obligent de tenir l’aflemblée. Les officiers du métier encourent eux-mêmes par leur abfence une double amende, à moins qu’ils 11’aient un motif d’excufe légitime, comme maladie, abfence du pays, &c. Le réglement pourvoit auffi par le même article, à la tranquillité & à la décence qui doit régner dans ces aflemblées, & à l’ordre dans lequel on donne fa voix, en commençant par les officiers en charge, puis les anciens, en fuite les perfonnes qualifiées. Ceux qui contreviennent à ces articles du réglement , ou font difficulté de payer l’amende, font privés de voix, & ne peuvent être éligibles pendant un an.
- 46R. Petite ràte du métier. Acquérir la petite rate du métier , c’eft acquérir la permiffion d’entrer en la fofle, de capeller, ou mefurer, de mener la berwette, de charger ou décharger les houilles, d’en tranfporter à dos ou à cheval, en vendre par hotte , &c. Ceux qui font natifs du pays, & en légitime mariage, paient pour les droits du métier deux florins brabans,, & aux gouverneurs , au greffier & au ferviteur, les mèms droits que les filles de maîtres.
- 2°. Police entre les maîtres de fojje , leurs fournijjeurs, & les ouvriers houilleurs.
- 469. Dans tous les travaux de fofle, les maîtres de fofle, leurs enfans, leurs domeftiques, font préférés aux étrangers, fans néanmoins que l’ouvrier étranger puifle être congédié pour être remplacé par ces premiers ; c’eft une très-ancienne coutume qui a force de loi, comme affife fur le droit de l’équité. Malgré la fagefle des réglemens arrêtés par les différens corps de l’état, & dont on vient de donner la teneur, ou va voir qu’il reftait encore des objets intéreflans, fur îefquels il n’y avait rien de ftatué. Jean-Théodore donna, le 28 mai 1746, un mandement qui cara&érife le prince ami du peuple, & attentif à détruire les abus préjudiciables au bien public & au bien particulier. Par l’article VII de ce réglement, il eft défendu aux maîtres de fofle de faire aucune avance aux ouvriers & aux employés, foit en argent ou en marchandife. Il n’y aurait que le cas d’une véritable néceffité, où les
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- maîtres peuvent faire quelque petite avance qu’ils font libres de retirer de quinzaine à autre, ou de leur laiifer par motif de charité.
- 470. Par l'article XXVIII des chartes & privilèges, il eft défendu aux maîtres de foffe de garder un ouvrier qui aurait quitté un maître dont il aurait reçu d’avance l’argent ou la marchandée fur fon travail à venir, & qui n’aurait point travaillé jufqu’à ce qu’il Pût acquitté. Le maître de folle , au fervice duquel l’ouvrier ferait paifé, étant averti, eft obligé, ou de lui donner congé , ou de payer la dette en huitaine après lignification faite, à peine de deux florins de Brabant.
- 471. Sur ce qu’on s’apperçut de l’abus qui s’était introduit dans quelques commerces , ainfi que dans la houillerie, que les maîtres obligeaient leurs ouvriers de recevoir en paiement des marchandifes ou denrées qui fou-vent leur étaient livrées à un prix au-delfus de leur valeur, ce qui fruftrait les ouvriers de leur falaire légitime, intervint le 22 mai 1799, mandement du prince George-Louis, imprimé, affiché au perron de Liege, au fon de trompette, publié & mis en garde de loi le 25 maifuivant , portant défenfes aux maîtres de houillerie & autres, de paver leurs ouvriers autrement qu’en argent, fous peine d’une amende de dix florins d’or pour la première fois, de vingt pour la fécondé, & de la privation ipfo facto de la bourgeoisie & du métier au cas de récidive. Ce mandement, diété par Pefprit d’humanité 8c de protection envers les ouvriers , a été renouvellé plusieurs fois.
- 472. Des journées des ouvriers, & de V ordre établi pour les contenir dans leur devoir. Par l’article I du réglement émané du prince Jean-Théodore, tous les employés aux folfes doivent être payés régulièrement par les maîtres, de quinzaine en quinzaine, fans qu’il foit permis de leur rien déduire ni retenir fur leur falaire. Par l’article II, leurs journées doivent être payées fur un pied fixe & uniforme par-tout dans un même quartier, afin d’éviter les tranfmigrations des ouvriers d’un maître à un autre. L’inexécution de cet article emporte une amende de dix florins d’or, applicable pour la moitié à Pofficier du lieu , & l’autre au dénonciateur. Cet article 11e peut pas être obfervé bien régulièrement j on conçoit que que les journées d’ouvriers peuvent ou doivent augmenter, félon qu’il y a difette ou abondance d’ouvriers: cependant il y a fur cela un taux courant qui s’obferve, lorfque les ouvriers travaillent, comme on dit, à la paelle , c’eli-à-dire, lorfqu’ils favent, chacun en particulier, la tâche qu’ils ont à faire. Quelquefois auffiils fe relaient de fix en fix heures, & alors ils gagnent tous également & travaillent pêle-mêle, en en exceptant néanmoins le maître ouvrier, le chargeur de fely, le foreur 8c le chargeur au bure, qui ne font jamais employés chacun à d’autre fervice,
- 473. Le maître ouvrier gagne une journée appellée faler; c’eft-à-dire, quatorze florins, oudix-fept livres dix fols de France, tous les quinze jours,
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- quand bien même il n’aurait pu travailler qu’une partie de ce tems aux petites foiTes aux bras. Le wade-fofle a fes gages particuliers.
- 474. Le premier ne gagne par jour qu’un fol de plus que les autres > mais tous les quinze jours il a trente fols de furplus. Les ftanfeurs, les boif. Leurs, les foreurs, n’ont que leur iîmple journée. Celle des xhaveurs Le paie par choque.
- 47Î- Les chargeurs au bure, les ripafleurs, gagnent journée & tiers; mais les premiers font tenus de découvrir le bougnou, & de le recouvrir toutes les fois qu’on veut xhorrer les eaux du bure. Les chargeurs de fely gagnent communément une journée & tiers ; c’eft-à-dire, que il la journée était de dix-huit fols, ils auraient une livre quatre fols. Le défaut d’exaditude dans le paiement des ouvriers, eft la feule caufe qui leur (oit tolérée de faire arrêter les travaux ; ce qui s’appelle mettre La main au chief: plus communément cependant on dit, mettre la main à la chaîne, pour faire ceifer les ouvrages.
- 476. Il était réfervé à un bon prince tel que Jean-Théodore, de defeen-dre jufqu’aux petits embarras qui peuvent empêcher les ouvriers de gagner leur vie, afin d’obvier à ce que les dettes des ouvriers ne portent de préjudice aux maîtres de folfe & à l’utilité publique, par les oppofitions que des créanciers pourraient faire au falaire journalier des employés, qui pour lors manqueraient de fubfiftance, ou feraient détournés des ouvrages. Il eft décidé par l’article VIII, que cette paie ne peut être arrêtée qu’à la concurrence de deux efcalins par chaque quinzaine.
- 477. Par l’article III, tous les ouvriers & employés doivent s’acquitter exactement, fans refus ni délai, de leur devoir, fans pouvoir rien exiger au-delà de leur journée fixée & réglée, fans pouvoir non plus demander plus de chandelles que ce qu’il en faut précifément pour leur journée ; ils 11e peuvent de même exiger de chauffage pour leur ufage particulier, devant fe contenter de la houille & du charbon indifpeniablement néceffaire aux befoins journaliers des foiTes. Dans le cas où ces ouvriers congédiés pour caufe légitime de défobéiflance ou autres, feraient convaincus d’avoir fait aucune menace aux maîtres, il eft enjoint à tous officiers de les pourfuivre en toute rigueur de juftice.
- 478. Par l’article XVII, aucun ouvrier ou employé aux foiTes, ne peut quitter l’ouvrage fans en avoir préalablement averti le maître ouvrier ou les maîtres de folfe quatre jours auparavant, & ce, fous peine de perdre fa quinzaine. Par l’article XXXIII, toute perfonne du métier, qui confpirerait ou ferait affemblée contre le bien public ou celui du métier, ou qui donnerait confeil, ou mettrait empêchement contraire aux ordonnances de la cité ou aux chartes du métier, encourt l’amende de trois florins d’or. Par l’article XVI, toat ouvrier qui fait fêtoyer les fofjes, fans incommodité ou maladie due-
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- ment vérifiée, eft refponfàble envers les maîtres, du dommage qu’il aura caufé. Faire fêler ou fêtoyer La fojfe, fignifie refufer le travail. Les ouvriers ont recours à ce moyen lorfqu’ils ont quelque mécontentement, ou qu’ils veulent faire augmenter le prix de leur journée: le lignai de cette mutinerie eft de mettre la main à la chaîne.
- 479. Il y a encore une autre maniéré de cabaler dans les mêmes vues, elle s’appelle bouter le cochet ou le cochetay : c’eft un des hiercheurs , qui commence en prenant un morceau de houille qu’il donne à fon voifin, lequel le donne à un autre jufqu’à ce que de main en main il ait pafle au dernier j alors tous les ouvriers qui font dans les voies fouterreines quittent leur ouvrage, fans quoi ils courent les rifques d’ètre maltraités par ceux de leurs camarades qui ont formé le complot. O11 juge combien eft grave cette émeute. Par l’article V du mandement du prince Jean-Théodore , les ouvriers ou employés coupables de cette rébellion ,font traités comme féditieux ; & outre l’amende, ils font contraints par juftice à tous frais, dommages & intérêts envers les maîtres.
- 480. Les officiers des diftriéls où arrivent ces cabales, font obligés de châtier en toute rigueur les délinquaus, comme brouillons & féditieux, & de rendre les peres & les meres refponfables de leurs enfans envers les maîtres. Ces mutins font en même tems déclarés incapables pour aucun ouvrage, & d’aucun emploi, jufqu’à ce qu’ils aient fatisfait au contenu de l’article V, qui défend à tous maîtres de leur donner de l’ouvrage , fous peine d’amende , & à peine d’en répondre en leur propre & privé nom, & d’ètre contraints par les mêmes voies au paiement de l’amende. Et afin d’ôteraux hiercheurs toute occafion de commettre cette faute fous prétexte de laffitucte, l’article XIV leur permet de fe repofer au beloin, chacun à leur tour, la dixième partie d’entr’eux. Enfin, par l’articleXVIII, il eft défendu aux hiercheurs de chercher prétexte à faire fêtoyer la foife en demandant d’ètre deux hiercheurs , avant la diftance réglée & ufitée de onze toifes de fept pieds de pourchafie, â peine de répondre eux-mêmes , ou par leurs peres & meres, des frais qu’ils auront caufés.
- 481. Articles de police en faveur des différens fournijfeurs. Les chartes & privilèges du métier ont auffi établi la fureté de ceux qui ont fait des fournitures relatives aux ouvrages de fofTe, comme bois , chandelles, &c. L’article XXXII a pourvu, de la maniéré qui a été dite, à la fidélité de leur paiement; mais un record de MM. les échevins, en date du 16 juillet 1709, a développé cet article, fujet à plusieurs conteftations. Les articles I & Il de ce record, déclarent qu’un marchand qui a livré des marchandifcs à une fociété de maîtres, peut citer la fociété entière » après avoir reçu une partie de la dette d’un des maîtres à qui elle avait été uffignée ,pourvu que ce mar-
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- chaud fe foit mis en réglé vis-à-vis de ce dernier avant le terme defîx mois.
- 482. Tous les maîtres deviennent débiteurs envers un fourniiTeur de ch@-fes nécelfaires aux travaux ; de maniéré que ce marchand qui a délivré ou bois, ou chandelle, ou autre chofe, n’eft pas obligé de s’en tenir au maître fur lequel il eft ajiallé, mais peut avoir recours fur tous, dans le cas où il s’en trouverait un qui ne ferait pas folvable : cela devient une dette de la généralité de la fociété, dont l’acquit eft divifé par les proportions des parts que chaque maître a dans la folfe. Il eft jugé par l’article III, qu’un marchand qui a fait compte avec l’un ou l’autre des maîtres de folfe, n’eft pas réputé avoir renoncé à l’obligation folidaire. Par l’article IV il eft de droit qu’un marchand qui a donné quittance à un des maîtres pour la part, n’eft réputé avoir divifé fa dette qu’autant que l’afîignataire eût exprimé dans fa quittance que fon intention, en acceptant la part du débiteur ajiallé, eft de le libérer des autres parts. Et par l’article V, l’obligation de la fociété envers le marchand étant folidaire, la fociété ne peut fe décharger de cette obligation, qu’en donnant au marchand fcédule ou ajiallé, fans que celui-ci foit obligé de la demander, & la fociété n’eft pas obligée par cette aftalle envers le marchand. Par l’article XXXII des chartes & privilèges, la fociété eft entièrement libérée, fi le marchand laiffe écouler fix mois à compter de la date de la fcèdule ou de Y ajiallé, fans fe mettre en réglé contre le maître ajiallé.
- 3®. Police de vente ou de commerce de houille.
- 483. Aux manœuvres intelligentes, à l’aide defquelles les Liégeois tirent parti de cette production de leur terre , fuccede un genre d’occupation qui donne encore uiî travail & un falaire j c’eft la circulation de ce fofîile'dans l’intérieur du pays, & l’exportation d’un fupejflu très-abondant de cette même matière. Ce que nous avons dit dans l’avant-propos, & dans la première partie , donne à juger de la quantité prodigieufe de houille qui fe débite , tant pour l’étranger que pour les différentes provinces de Liege. Il y a déjà plu-fieurs fiecles que ce pays , riche en lui - même par une grande indépendance où il eft de fes voifins pour le plus grand nombre de fes befoins, tirait des fournies confîdérables de la vente de ce fofîile (d). Guiccardin faifait monter très-haut le revenu que produifait ce qui en paffait chez l’étranger, (b) Par-
- ( fl) Qjiadraginta auri redeunt mihi mirum centcnorum milîhim faitorum. L.
- millia in anno, Gaie, epifeopat. Leodienf. Vid. de Leodienfi
- De carbone atro quem mea republica au&ores, præcipue Ed. Marc. mittit humus. Zuerius , Boxhornius , Amitelodami, apud
- Carol. Langii, Augufta Eburonum Leodic. Joan. Janfonnium, 1633.
- ^b) Scd & foras quotannis pretio ni~
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- tout ailleurs, un trafic de cette conféquence ferait la matière d’un code économique & politique, qui eût embraifé dans une vafte perfpe&ive les moyens de protéger, de conferver un négoce d’un aufti grand rapport. La chofe n’a pas été apperque de cette faqon dans les loix de Liege ; la première inclination laborieuiè qui a fu amener du fond de la terre à la fuperficie tout ce charbon , les fages réglemens dont j’ai donné la teneur, & par lefquels on a eu en vue d’écarter tout ce qui pouvait apporter du découragement, du retard dans ces travaux, font prefque les feuls foutiens de ce commerce ; il a ete uniquement jugé nécelfaire de pourvoir à ce qu’il y eût pour tout le monde une parfaite égalité dans la facilité à fe défaire de fou charbon, & que ce commerce fût exercé loyalement. Les commilfaires prépofés fous la protection des feigneurs bourgmestres & confeil, à la réda&ion des chartes & privilèges du métier, ont pourvu à cette derniere partie de la houillerie dans les points effentiels ; & le prince Jean - Théodore , dans fon réglement que nous avons déjà cité, a confirmé quelques-uns de ces articles , en y en ajoutant de nouveaux. Ils vont être expofés ici , après que nous aurons dit un mot des offices de houillerie , & des différentes mefures de ventes.
- 484. Offices de houillerie , ou offices d'une foffe. Dans la coutume de Liege 011 comprend fous ce titre quelques emplois relatifs aux principales opérations de houillerie , dont les uns appartiennent aux ouvrages louterreins , & les autres regardent les travaux qui s’exécutent à la fuperficie. Le premier emploi eft celui de maître ouvrier, chargé de la conduite des travaux intérieurs , & qui pour cela a fous lui les ouvriers employés à ces opérations. Le fécond eft le boutteur de ride, ainfi nommé d’une mefure appellée rule, dont il fe fert pour mefurer les journées des xhaveurs & coupeurs , fur lefquels il a l’infpeétion. Les emplois relatifs à la fuperficie , font ceux dont font chargés en particulier le garde-foffie & le maréchal, que nous avons rangés parmi les ouvriers. La difpoiïtion de chacun de ces offices appartient à l'arnier ; on pourrair mettre au nombre de. ces offices de la fuperficie , celui du garde-magajin , ou receveur , appelle auftî maqiùlaire.
- 48f- Nous 11e parlerons ici que de folfice du premier emploi, nommé wardage , comptage. Cet office qui tire fa première dénomination du wade-foffie ou garde-fofje, par qui il eft exercé , eft auffi déligné par la fécondé qualification , parce qu’outre les fonctions qu’il remplit vis - à - vis des ouvriers , 8c pour iefquelles il eft logé auprès de la folie , il eft en même tems l’homme de la fociété des maîtres , d’où on l’appelle le compteur. C’eft lui qui tient un état des houilles & charbons qu’on vient acheter dans les paires. Il eft auffi chargé de faire les comptes entre les maîtres de foife. L’article XXXII des chartes & privilèges le tient quitte , ainfi que la fociété des maîtres, vis-à-vfs des marchands qui auraient fourni de la marchandife ou quelqu’ouvrage
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- pour les foffes & autres travaux , & qui auraient tardé lîx mois à recouvrer ce qui leur eft dû pour leur fourniture > de maniéré que , paffé ce terme, il ne peut rien être demandé à la fociété par affignation ou autrement. L’ufage dans quelques endroits , eft de donner au compteur un panier de houille fur quinze ; mais ce panier nommé panier du compte, eft un tort pour le terra-geur, & n’eft pas de droit ordinaire. M. de Louvrex confeille de ftipuler fur ce point, afin d’éviter toute difcuffion. Il y a outre cela , l’ouvrier trayeuron compteur pour le terrageur. Cet ouvrier paraît ne devoir pas être confondu avec le compteur, dont la charge eft office. •
- 486. Mefures de houille & charbon. Les différens coffres ou paniers, dans lefquels 011 enleve au jour les houilles & charbons , prennent différens noms lorfque les déchargeurs reçoivent ces vailfeaux. S’il appartient à une grande foffe & s’il en revient rempli de pure houille , il s’appelle panier. Quand ce qu’il rapporte eft mi-parti houille & charbon, on le nomme une coufade ; lorfqu’il n’eft chargé que de fimples charbons ou de beaucoup de fouayes, il eft défigné par le nom de pelle. Ainfi ils difent, nous faifons par jour tant de paniers, ou tant de coufades, ou tant de pelles. Dans les petites foffes que l’on appelle fojfes aux bias, ce que l’on nomme panier eft nommé un gros ; la coufade eft nommée hourdle, la pèlée eft un pijfard. Tous font compris indifféremment fous le nom général de trait : nous faifons par jour, difent les ouvriers, tant de traits , foit paniers, coufades, pelles , &c. Lorft. que les mines font aifées & peu profondes, on peut tirer d’une foffe depuis quarante jufqu’à quatre - vingt traits de charbon , & même davantage , par jour.
- 487. La houille fe détaille par paniers , par tas, ou par mefure. Dans quelques parties du pays, la houille fe vend au poids, d’une mefure de cent vingt, cent trente livres, appellée gongue ou gangue. La gongue de groffe houille,poids de deux cents livres, prife à la houilliere, fe vend une livre de Liege, ou une livre cinq fols de France. Les officiers chargés de préfider au mefurage , font appellés jaugeurs de mefure, ou mefureurs , & leur fonction de mefurer fe nomme dans le langage de houillerie capeler. C’eft la chambre de S. Hubert qui conféré ces offices.
- 488- Dans la ville, le charbon & la houille fe vendent toujours par tombereau, qui contient vingt berwettes de l’efpece de celles qui font pleines, d’où ces berwettes font appellées mefures ; elles reviennent à peu près au bichet ou au quart de France. Le long de la Meufe on l’appelle charrie ou voiture évaluée de quarante à cinquante mefures, le tout de quatre mille pefant, ou à deux grands tombereaux qui reviennent au bourgeois, tous frais faits , depuis huit jufqu’à neuf livres de Liege , ce qui ferait onze livres de France : il y a auffi des demi-charrées. Le charbon de la plus faible qua-
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- litre, appelle à Liege tlroule, teroule, eft à plus bas prix : la mefure fur le lieu ne revient qu’à fix liards.
- 489. Articles de police , concernant le commerce. L’IMPORTANCE de mettre des entraves au monopole , d’empècher qu’un maître de folle ne renchérifle la marchandife mal-à-propos , ou ne veuille fe rendre maître dans fon canton , a excité la vigilance du prince Jean-Théodore. Par l’article XI du réglement émané de ce prince le 28 mai 1745, il n’eft point libre de faire hiercher à cope ou à voie, par rapport aux frais qu’entraîne ce hierchage , & au prix plus haut que le public ferait par-là obligé de payer fon chauffage : il eft férieufement défendu à tous maîtres de folle de le permettre, & aux chargeurs ou autres ouvriers de le pratiquer, à peine de cent écus d’amende : veut& ordonne le prince , que tous les hiercheurs, grands & petits , s’attelent enfemble lorfque le pendage & la fituation des veines le requerront.
- 490. Par l’article XIII eftftatué que, lorfqu’il fera néceffaire de mettre des petits hiercheurs avec des grands , ils travailleront enfemble d’un bout à l’autre, îans qu’il foit permis d’aller à la voie: ce qui ne ferait qu’au préjudice des petits hiercheurs qui, trop fatigués, fe trouveraient forcés de bouter le cochet ou le cochetay. Par l’article XXXI des chartes & privilèges , tous charretiers , toutes berwettereffes oubottereffes qui, en portant des houilles des foffes ou des paires, en détourneraient quelque chofe , les hommes font condamnés pour la première fois à l’amende d’un florin de Brabant , outre la reftitution ; à deux florins pour la fécondé fois, & à la privation irrémiiïîble du métier ; & les femmes à la moitié de cette amende. L’article XIX du mandement défend d’envoyer à la rencontre des payfans ou voituriers qui viennent chercher des houilles & charbons. Les maîtres qui s’attireraient par cette voie les marchands , ou en décriant le charbon des autres, encourent une amende de dix florins d’or pour l’un & l’autre cas. Par l’article XXIX des chartes & privilèges, les maîtres de foffe convaincus de fraude dans la livraifon des houilles vendues par paniers , ou par tas, ou par mefure, ou qui en retiendront & recèleront la moindre chofe , font condamnés à reftitution & à une amende de trois florins d’or pour la première fois, à fix pour la fécondé, & à deftitution irrémiiïîble du métier. Par l’article XXX, les maîtres de foffe aux bras , qui ne livreront pas fidèlement, encourent les mêmes peines : toute la houille arrivant hors du bure doit être livrée dans tout ce que comporte le trait aux acheteurs ; les maîtres de foffe, maquilaires, commis , receveurs & autres employés qui feraient convaincus de s’en être approprié ,011 d’en avoir détourné, vendu ou difiipé d’une façon quelconque, encourent, par l’article XX du réglement du prince Jean-Théodore, une amende de dix florins d’or pour la première fois, vingt florins pour la récidive, & en même tems la privation de bourgeoifie & de tout métier,
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- Arti g l e VII.
- De l'utilité de la houille dans le pays de Liege.
- 491. La richeffe du pays de Liege en mines de fer cPune qualité fupé-rieure à celle qui fe remarque dans celui de tous les pays qui Pavoifinent, la quantité considérable de forges & fourneaux à fer, ne font pas les feuls articles qui rendent à cette principauté le charbon de terre important. Les prodiges de l’induftrie , accoutumés à éclorre du fein de la néceflité, prennent ici leur fource , non-feulement dans Paétivité , dans la difpolition laborieufe, mais encore dans le génie. L’utilité de cette production eft fentie dans l’intérieur des ménages ; elle s’étend au befoin le plus effentiel, en ce qu’il eft de toute nécellité. On fait que plulîeurs pays trouvent dans ce foffile,tei que la nature le préfente , un feu dont la chaleur fupplée abfolument à celle du bois à brûler pour les ufages domeftiques. Les habitans de quelques pays, conduits par des vues raifonnables d’économieménagent la matière première, en l’empâtant avec des terres gralfes avant de la brûler au feu. Il parait que cette impaftation eft connue des Chinois : quelques - uns parmi le peuple broient U moui ( c’eft ainli qu’à Peking on appelle le charbon de terre ) qui fe tire depuis quatre mille ans des montagnes des provinces de Chen-fi, deChan-fi, & de Pe-che-li,à deux lieues de cette ville ; en mouillant la poudre, & la mettant comme en pain , (a) cela fuppofe un amalgam.e pour faire corps.
- 492. L’industrie des Liégeois, aufli féconde & auffi variée que le fol dont le ciel les favorife , n’a pas peu ajouté au mérite de ce chauffage j la maniéré dont on emploie dans ce pays le charbon de terre pour ce feul objet, réunit à la fois tous les avantages que l’on peut delirer dans une matière combuftible : les principaux font d’augmenter la durée de l’inflam-mation & de Pignition, de corriger l’odeur, de confommer une moindre quantité de houille que fi on l’employait fans mélange, de la rendre d’un ulàge aufli commode que peu difpendieux. Celui qu’en font généralement les riches comme les pauvres, eft une preuve de la perfection de la méthode Liégeoife.
- 493. Elle confifte à mêler la houille avec une terre graffe , à la bien -corroyer, & à en faire à la main, ou dans des formes, des pelotes que les Liégeois nomment hochets. Cette façon eft ufitée en Angleterre dans le comté de Pembrockj elle eft connue en gros à Briançon dans le Dauphiné,
- (a') Nouvelle relation de la Chine, par le P. Gabriel Magalhaens, in-4<\ Paris, 1688. Voyez Hijloire generale des voyages, tome VI, page 486.
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- où l’on s’en fert pour le chauffage des troupes dans les corps-de-garde.% Les pauvres de Rive-de-Giers dans le Lyonnais , en ont une idée, quoiqu’ils ne fe doutent pas de la chofe. Le Hainaut Français a adopté pour fes charbons la préparation Liégeoife, avec les différences relatives au local. Dans ces deux derniers endroits , où elle eft généralement ufitée , il n’eft point dans la populace, d’homme , de femme ou d’enfant, qui n’y réufliffe toujours également fur le charbon du pays.
- 494. A Liege, une botterejje une fois inftruite de quel bure vient la houille qu’on lui donne à mettre en hochets, ne manque pas de les faire bien conditionnés. 11 femblerait, d’après cela, qu’il y ait peu de chofe à dire fur une fabrication de cette nature , & que pour l’exécuter dans d’autres pays, il fuffirait de fuivre à la lettre ce qu’011 aurait vu obferver ailleurs : c’eft une erreur dans laquelle 011 eft tombé en publiant dans l’année 1770, comme je vais publier la méthode ufitée à Liege, le procédé fuivi dans le Hainaut Français, communiqué par un particulier: il n’en eft pas moins à propos de •faire remarquer, & il fera facile de s’en convaincre dans la fedion IV" de cette fécondé partie , que ces deferiptions ne peuvent former une connaif-fance réelle & utile. L’auteur d’une femblable defeription, lorfqu’il viendrait à l’exécuter avec le plus grand foin & la plus fcrupuleufe précilion à Paris, en Auvergne, en Forez, ne tarderait pas lui-mème à la reconnaître fautive ou incomplète ; & ceux qui voudraient fe conformer à la méthode, douteraient fort, en 11e réuffiffimt point, de l’attention & de l’exaditude qu’aurait apportées dans fon examen celui dont ils tiendraient le procédé.
- 49f. La texture variée que l’onobferve dans ce foffile fortantde la mine,
- & qui dans quelques efpeces fe reconnaît mieux lorfqu’eiles ont paffé au feu , annonce que, de tous ces différens charbons, les uns peuvent & doivent être regardés comme plus ou moins propres que les autres à donner un feu d’une qualité différente, comme on le voit dans les charbons de bois , avec lesquels il 11e ferait pas impoffible de les mettre en comparaifon. E11 effet, cette maniéré d’apprêter le charbon de terre, pour en obtenir un chauffage qui acquière des avantages que n’a point celui de la même matière brûlée pure ou brute, doit être réglée fur plufîeurs circonftances qui demandent à être éclaircies , relatives à la qualité, à l’efpece de charbon que l’on veut ou que l’on eft à portée d’employer , & qui préfente un nombre confidérable de différences à juger, à fixer au préalable.
- 496. Il fuit de là, que cette pratique fi familière dans deux pays très-voifins de nous , comporte, dans fa fimplicité, des connaiffancespréliminaires, particuliérement celle du charbon de terre du pays où l’on fe trouve. Je ne fais pas difficulté d’en dire autant de toutes les tentatives pour faire des charbons torréfiés, nommés par les Anglais coaks, & ceux qu’ils appellent cenders,
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- Un fuccès obtenu dans un endroit, ne rendra pas la chofe plus facile & plus affurée ailleurs , tant qu’on ne connaîtra que le procédé pur & fimple. Dans la quatrième fe&ion, qui fera particuliérement employée à éclaircir toutes les matières de houillerie, traitées furies principes de quelque pays, je donnerai fur l’objet dont il s’agit, des renfeignemens fi exads, que ce procédé pourra être regardé comme entièrement connu & facile à être exécuté par-tout avec fuccès. Quant à préfent, je vais donner uniquement la méthode de Liege.
- Méthode d'apprêter le charbon de terre pour le chauffage dans le pays de Liege.
- 497. Lorsqu’on travaille une veine de houille dans la mine, on ne peut, à moins que cette veine 11e fe defpieffe facilement en menus, comme il s’en trouve, détacher ni enlever de gros quartiers, qu’il ne s’en fépare en même tems une grande quantité en pouffer ou en éclats d’un volume affez peu confidérable pour pouvoir facilement être ramaffés à la main ou à la pelle ; ce 11e font que ces débris qui font deflinés au chauffage, & fur-tout une partie à laquelle on fait fubir la préparation dont je vais parler, après en avoir donné une idée générale. Elle confifie à en retrancher , autant que faire fe peut, les gangues & triguts qui fe trouvent mêlés inévitablement , ainfi que les pouxteures. Les premières pourraient éclater dans le feu, s’élancer dans l’appartement, & inquiéter. Les pouxteures donnent, comme on doit fe le rappeller , de l’odeur & de la fumée vraiment défagréable ; elles font pour le feu de houille, ce que les Allemands nomment dans les charbons de bois Brandy & les Français fumerons. O11 en fépare aufïi les gros morceaux de houille, afin de n’avoir plus que ce qu’il y a déplus menu, appellé fouage ou del fouaye, qui n’a befoin pour être achevé d’être réduit encore en groii’e pouffiere, que de pieds d’homme ou de ceux des chevaux, félon la nature des charbons que l’on veut mettre en hochets.
- Préparation en grand des houilles & terroules pour le chauffage.
- 498. Une ou plusieurs charrées de houille , félon la provifîon qu’on defire , amaffée dans un endroit commode, eft remuée avec des pelles de fer dans tout le tour du tas, de maniéré qu’on rapporte perpétuellement en-haut ce qui fe trouve au pied de la pile. Ce remuage en fépare naturellement ce que l’on veut en retrancher , fur-tout les morceaux affez gros qui, ne pouvant relier fur une furface en pente, tombent toujours au bas de la pile ; les morceaux les plus gros, approchant de la tète d’un enfant, ou des deux poings, font nommés roulans, ou par corruption rollans ; les morceaux d’une moyenne groffeur, comme d’un œuf ou d’une noix, font appellés cocketays. K mefure que tous ces diiférens morceaux tombent, les ouvriers qui font
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- le remuage les éloignent de la pile pour être mis de côté, devant être employés féparément dans le feu, comme on le dira tout-à-l’heure.
- 499. Tout le tas remué à plufieurs reprifes, de maniéré que la pile 11e refte plus formée que delfouaye, qui eft propre à fubir la préparation, 011 écarte avec la pelle ce qui forme le haut de la pile, pour y former un creux, dans lequel on doit jeter de l’eau & de la dielle ou de Variée. La première eft nommée glaije ; la fécondé fe trouve de deux efpeces , une fableufe & une graife; la dieUe ou Variée, ont d’abord été mêlées avec l’eau, & détrempées autant qu’il a été poffible. Le degré auquel on doit la tremper, c’eft-à-dire, la quantité d’eau qu’on doit lui donner, différé félon les charbons que l’on a à empâter.
- 500. Le mélange de didle ou Variée eft auffi dans des proportions relatives à la quantité du charbon que l’on emploie; quelquefois il faut la moitié ou les deux tiers d’arme ; d’autres fois le quart fuffit. La quantité ordinaire eft d’une hottée fur quarante mefures de houille; plus le charbon eft gras, plus il faut de didle ou Variée ; il en demande en général une plus grande quantité que le charbon maigre ou la houille maigre ; fi c’eft une houille de cette derniere efpece, on met jufqu’à douze parties de didle.
- 501. La dielle ou Variée détrempées convenablement, ou l’eau ajoutée avec la dielle à la fouaye, il s’agit de mêler le tout enfemble. Pour cela, on commence par retourner ce tas fens delfiis-deffous avec les mêmes pelles; comme elles font de fer, elles font-très-commodes pour manier toute cette maife à volonté, la labourer & brifer les morceaux qui paraîtraient encore un peu gros. Lorfqu’on a bien reifaifé de cette façon tout le tas , les ouvriers marchent deifus en appuyant fortement à diverfes reprifes les pieds fur cette maife, écrafant tant qu’ils peuvent tout le menu; de tems à autre ils l’ar-rofent à la main , félon qu’ils jugent que cette maife à befoin de plus d’eau, jufqu’à ce que le tout fade un feul corps, & forme une efpece de mortier bien lié , qu’ils bechent de tems en tems avec un marteau à pointe, pour le refouler de nouveau fous leurs pieds. Cette manœuvre eft ordinairement l’emploi des bottere(fes qui, chaüiTées de gros fouliers , & les mains appuyées fur leur dos, piétinent ce tas: cette manœuvre s’appelle tripler les hochets; elle reifemble à ce que l’on voit faire dans la préparation de la tuile aux ouvriers qu’on appelle marcheux. Mais dans les communautés , comme il faut un grand approvifionnement, cette derniere opération s’exécute autrement; un homme monté fur un cheval , en tenant quelquefois un fécond par la bride, les fait paifer tous deux fur cette maife , les y promene autant de tems qu’il le faut pour que ce mélange foit exacft.
- f02. Plus la maife eft pétrie , plus les parties fe rapprochent, & forment un mortier ferme & pefant : on reconnaît que le tout eft bien mêlé, lorfqu’il
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- eft,confondu à ne repréfenter qu’une même matière, dans laquelle on ne reconnaît plus.de dielle ni dqui ont pris la teinte du charbon , & que le tout.ibnne fous les pieds*, comme il l’on marchait fur de gros graviers ; alors on en; fais des boulets & ordinairement des hochets. Il y a deux maniérés pour cela. On pétrit cette pâte avec la main en la ferrant de nouveau, & on lui donne une forme à peu près ovale , du volume que peut embraffer la .main.,L’autre façon produit des hochets d’un volume double. La lettre A, qui . en repréfente un gros , & la lettre x ,pl. XV, qui repréfente le moule dont con'fodert,. donnent une idée de la forme du moule & du hochet. Ces moules-appelles lunettes , font de fer ; ils, ont dix pouces de circonférence , fur deux de hauteur , & font plus ouverts d’un côté que d’un autre. Voici comme .on les emploie.
- Des ouvriers agenouillés autour de la mafTe toute préparée, munis chacun d’une lunette qu’ils ont d’abord trempée dans l’eau pour que la pâte puiife fortir de la forme lorfqu’ils veulent, attirent avec la lunette qu’ils tiennent d’une main , & dont ils fe fervent dans ce moment comme d’un truelle, -autant de cette pâte qu’elle peut fen contenir ; elle s’en remplit par la partie oppofée à celle qui regarde la main de l’ouvrier; ils en reprennent encore de d’autre main, & en rempliflênt la lunette par l’ouverture qui les regarde , la frappent fortement avec les deux mains pour qu’elle foit bien entaifée, de maniéré que communément il y a toujours une partie de cette pâte qui ex-„cede l’ouverture de la lunette; & quelque pénible que foit cette manœuvre, à.laquelle les Liégeois n’emploient que les mains , elle s’exécute avec tant depomptitude, que la plupart des metteurs en moule font environ cent quatre-vingt hochets en un quart d’heure. Dès ce moment , ces hochets de houille peuvent être employés au chauffage; fi on veut les garder en provision , on les lailfe étendus à terre, on les retourne au bout de quelques heures pour qu’ils fe fechent ; dans les grandes chaleurs , douze heures fuf-fifent pour les fécher ; en d’autres tems il faut trois jours. En deux jours de tems,quatre femmes occupées depuis le matin jufqu’au foir, moyennant un falaire très ,-modique , font dans la faifon de l’été, la provision de l’année d’une maifon bourgeoife, pour trois feux par jour. On les porte enfuite où on doit les ferrer ; on a la précaution alors de jeter fur chaque lit de hochets de la fciure de bois , afin qu’ils ne fe collent pas enfemble.
- ; Préparation de la terroule.
- 504. La.* terroule ('a) fe prépare comme la fouaye ; c’eft-à-cKre, qu’on la
- (a) Nous parlerons ici de la terroule, l’efpece la plus faible, qui préfente" encore ainfi nommée par les houilleurs Liégeois } beaucoup de différences , comme on le & que Ton a vu, fed. IX, art. V de la pre„ voit par celle qu’on nomme douce. ‘ l i miere partie , n’être qu’un charbon de
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- foumet au même remuage , & à un mélange avec de la dielle ; il n’y a de différence que dans la proportion de cette terre qui doit y entrer. Cet alliage n’y eft pas uniquement pour lier la terroule, il eft encore nécelfaire pour retarder fa combuftion 5 & fi l’on n’y mettait qu’autant de dielle qu’il en faut pour lier la terroule, elle fe confommerait trop promptement. Néanmoins, quoique la terroule demande plus de dielle ou d’arzée que la houille, ou le charbon proprement dit, la quantité qu’il en faut eft encore différente félon la terroule qu’011 emploie. Si elle eft de l’efpece la plus forte, on met une mefure de dielle fur cinq de terroule , & une delfouaye ; fi c’eft une terroule ordinaire faible, on n’ajoute que la fixieme partie d’arzée 5 celle pour les chaufferettes , nommée fine & douce , n’en demande prefque pas.
- 50f. La terroule ne fe forme point en-hochets, mais en boulets pétris avec les mains ; 011 les fait fauter d’une main à l’autre jufqu’à ce que la nraffe fe fou tienne, & on leur donne la figure ovale dont j’ai parlé ailleurs. On a foin de choifir une belle journée pour former ces pelotes de terroule , afin de les faire Pécher au foleil, de maniéré qu’elles retiennent le moins qu’il fe peut d’humidité ; faute de quoi, elles fe confommeraient fans rendre prefque de chaleur: ce qui n’eft pas la même chofe pour les hochets de houille.
- Méthode de fe fiervir des houilles & terroules pour le chauffage.
- 506. Le charbon de terre ,fubftituéau bois pour tous les ufages domeft tiques auxquels 011 applique le feu, fe comporte d’une maniéré particulière dans toutes les cinconftances relatives à ce combuftible ; il 11e s’arrange point , ne fe gouverne point comme le bois : nous allons donc coniidérer ces différences dans tous leurs articles , fous lefquels feront compris les uften-files qui fuppléent aux chenets pour le bois que l’on veut brûler , les particularités qui ont rapport aux cheminées, & ce qu’on appelle communément les garnitures de feux.
- Des porte -fieux, nommés à Luge fers à feu.
- 707. On juge d’abord que le charbon de terre, employé brut ou en hochets, au chauffage ou autre ufage pour lequel 011 a befoin de feu , doit être contenu & foutenu dans quelqu’uftenfile, de maniéré que ce feu puilfe $y allumer, s?y entretenir fans fe déranger, & fur-tout de maniéré que Pair ait une aétion libre fur les charbons, & que les cendres , à mefure qu’elles fe forment & qu’elles fe féparent, n’éteignent & n’étouffent point le feu. L’uftenfile deftiné à cet ufage, c’eft-à-dire, à favorifer fa combuftion par l’air, peut être regardé comme une elpece de coffret, cage , ou corbeille,
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- qui contient tout le feu arrangé. On penfe bien qu’il peut y en avoir de différens, quant à la forme & aux ornemens-j il en eft de même des accom-pagnemens qui font relatifs aux ufages auxquels le feu eft deftiné, outre le chauffage. La cheminée, fig. i , & la cage,/g. 2, pL XV, en font voir la conftrudion générale qui eft eifentielle. Pour ce qui eft de la grandeur de ces cages, elle doit de même varier fans contredit, félon la grandeur de l’appartement ou de la cheminée.
- 50g. La fig. 3 repréfente les détails d’un fer à feu commun, vu de face en A, & vu de côté en a, contre une maçonnerie de brique c, à l’endroit où il eft d’ufage pour toute efpece de feu de placer une plaque de fonte , afin de garantir le contre - cœur de la cheminée. En B eft une potence tournante, faifant l’office de broche, au moyen qu’elle peut tourner debout, & préfentet au feu la piece de rôti que l’on fufpend à fon bras B ; cette même partie fert auffi au befoin de fupport à un gril b, vu en place fur le bras de la potence.
- ^09. Je rejette la defcription de la muraille de briques à l’article des cheminées , comme vraie garniture de Pâtre, & je vais tout de fuite faire connaître ce qui dépend du grillage. Quant à la difpofition qu’on doit donner au feu, c’eft-à-dire, à l’arrangement des hochets , cet article conftitue un point qui n’eft indifférent, ni pour le chauffage qu’on veut fe procurer , ni pour l’économie qu’on veut y apporter à fon gré.
- Des feux de heuille ; maniéré de les difpofer dans les cheminées.
- fio. On commence par garnir le fond du fer à feu de morceaux de hochets neufs, & de hochets de la veille, à plulîeurs doigts de hauteur ; ce premier lit arrangé, on place au milieu quelques morceaux de menu bois allumés, ou un petit tifon en état de flamber ; on recharge le fer de morceaux de hochets vieux & neufs , entre-mêlés de roulans ou houille brute, afin d’animer le feu & de lui donner de la force ; on continue d’emplir le fer à feu de cette maniéré. Sur toute cette pile on place, félon le feu plus ou moins grand que l’on veut avoir, une, deux, trois rangées de hochets entiers & couchés en travers fur le côté ; ce qui en emploie quatre, cinq ou fix dans les grands fers à feu. On a foin de les entre-mêler auffi de roulans , en plus ou moins grande quantité , félon le tems plus ou moins froid. Enfin 011 peut, au lieu de ces hochets neufs , couvrir le tout de crahays de la veille, t* fil. Les morceaux de charbon de terre, ou bruts ou apprêtés, ainfi arrangés , dans le fer à feu , offrent à la vue une forte d’édifice élevé en monticule ; les parties qui le compofent, doivent être amaffées adroitement, de maniéré que la flamme de très-peu de menu bois qu’on allume dans le
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- centre, puifle fe porter librement par-tout, & que Pair puifle y circuler de même. Pour y réuffir, il faut fur-tout avoir attention que les morceaux de charbon ne foient pas trop entalfés ; car alors le feu ne les attaque point ; on perd fon tems , & tout le bois qu’on voudrait employer ; le charbon de terre fe gonfle, il fe colle de toute part; le paflage de Pair, la communication du feu font interceptés, la flamme eft étouffée. Si c’eft un charbon qui a de lodeur, elle fe fait fentir davantage , & il s’en exhale une vapeur qui peut affe&er les perfonnes qui ne font pas accoutumées à ce feu.
- > 12. Ce n’eft pas autrement que par ce manque d’attention ou par défaut d’adreife dans l’arrangement, que cette méthode reque dans quantité de pays parait au premier coup-d’œil devoir être fifflée & rejetée ; mais c’eft à tort : vous pouvez fans peine reconnaître que cette difficulté que vous éprouvez en allumant le feu , ce retard à fentir de la chaleur , font accidentels. Sufpendez votre jugement, & ne renoncez point à la partie; prenez une verge de fer pointue; plongez-la dans le centre du porte - feu en foülevant toute cette pile mal arrangée, en féparant toutes ces pièces trop ferrées les unes contre les autres ; à Pinftant tous ces morceaux deviennent la proie de la flamme; le feu que vous défefpériez de voir briller, gagne, s’étend par-tout, l’embrafement de toute cette maffe produit un coup-d’œil. récréatif par les formes , les couleurs , la marche & le progrès du feu & la flamme: ici, ce font des rhombes qui s’élèvent avec rapidité, des tourbillons de différentes figures, des bouillons impétueux; là, les flammes représentent des nappes, des ruifleaux ; le feu enchaîné dans quelques morceaux, lance des éclairs, des étincelles agréables; enfln, le porte-feu em-brafé dans toute fon étendue, repréfente une montagne enflammée, dont K chaleur furpaflé toute autre efpece de feu d’un pareil volume par fa durée , fa continuité, fon égalité, & par la maniéré dont la chaleur fe propage. Ce n’eft pas où fe borne le mérite de ce chauffage ; le feu en eft d’une durée* remarquable, & peut fe gouverner de maniéré à prolonger encore à volonté cet avantage.
- Manière de conduire, d'entretenir & de renouveller le feu lorfque Les hochets ont produit la plus grande partie de leur effet.
- 5-13. Ce feu, tel qu’il vient d’être décrit, fe conferve fans qu’on y touche, chaque hochet entier ou brifé, devenant un tifon qui tient long-tems le feu, & renvoie plus ou moins de chaleur , jufqua ce qu’il foit entièrement réduit en cendres. On n’a communément befoin de le renouveller que deux fois par jour dans les tems ordinaires, & jufqu’à trois fois lorfqu’il fait un grand froid, tant dans les appartenons que l’on veut chauffer , que dans les
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- cuifines. L’attention qu’il faut avoir de tems en tems, c’eft de fecouer un peu avec la pincette le fer à feu , pour en faire tomber toutes les cendres qui feraient reftées fur les tringles de fer ou fur les crahais, qui empêcheraient le feu d’aller, en mettant obftacle au courant d’air. Du refie ,il n’effc plus néceifaire, & au contraire ce ferait déranger le feu , que de détifer ou attifer. Les tifonneurs n’ont pas beau jeu ; en récompenfe , ce feu tranquille doit plaire à d’autres 5 il refte pour amufement, de féparer des cendres qui font tombées dans le cendrier , les crahais qui ont paffé au travers des tringles du fond , & que l’on remet tant qu’on veut fur le feu : le rateau ou. la pincette dont on fo fert pour cela, ainli que le fourgounier, font les feules garnitures qui parailfent indifpenfables pour ce chauffage.
- 514. Quand le feu eft bien en train,on peut, afin qu’il ne fo confume pas trop vite , ou qu’il n’échauffe point trop la piece jeter deffus avec une pelle , de la menue houille appellée fouaye , qu’on a trempée avec un peu d’eau ; cela s’appelle mettre au feu del fouaye. On tire auffi parti de la terrouk en l’employant à cet ulàge. Enfin, lorfque le feu a befoin d’être renouveilé, on fecoue tout le fer à feu, pour que les cendres en tombent \ on arrange de nouveau tous les crahais reflans , avec des hochets neufs , comme on avait fait la 'première fois qu’on avait allumé le feu , & l’on emporte les cendres.
- Feux de terroule..
- f 1 f. Ceux-ci fe font de la même maniéré que les feux de houille ; on doit feulement lavoir qu’ils 11e conviennent par pour les cuifines , & que c’effc uniquement pour les appartemens. Ces feux doivent être élevés fur une petite grille de fer battu ou coulé , dont les bandes doivent être barrées de maniéré à former des ouvertures quarrées. Comme la terroule eft d’une qualité bien inférieure à celle de toutes les autres houilles & charbons , elle a moins' befoin d’air, & doit être moins élevée que les feux de houille chaude ; la-grille doit être montée fur quatre pieds de deux pouces de hauteur.
- fl6. Le feu étant dreffé ,011 le laide allumer jufqu’au degré de chaleur qu’on veut donner à la piece ; puis on prend de la cendre réduite en pâte avec de l’eau ; on en jette fur le feu , de maniéré à l’en couvrir entièrement,, en ne laiffant en-haut qu’une très-petite ouverture, afin de lui donner de l’air. Ce feu ainfi arrangé, ne fe confume pas trop promptement , & dure jufqu’à vingt-quatre heures, en chauffant joliment & jufqu’à rendre encore-de la chaleur le matin quand on vient refaire le feu. Les hochets de terroule ont cet agrément, que lorfqu’ils font bien allumés , ils ne donnent pas plus d’odeur que la braife de boulanger ; mais ils font, comme toutes les houilles maigres, plus de cendre que les houilles graffes. Ce chauffage eft très - bon &
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- très-avantageux pour la modicité du prix qu’il coûte : les plus grandes maifons qui s’en fervent pour les pièces où l’on fe tient, n’en confument que deux cents ou deux cents cinquante mefures. Les boulets de terroule pour les chaufferettes, avant d’y être placés , s’allument au feu ; il n’y faut plus toucher enfuite ; trois fuffifent , & leur chaleur fe foutient une journée. Ils s’achètent tout allumés un liard piece.
- Feux de poêles.
- {17. Pour échauffer un appartement avec un poêle, on n’emploie point de hochets de houille graffe , parce que non-feulement ils donneraient une chaleur trop forte , mais encore ils pourraient faire éclater le poêle. On peut bien, pour mettre le feu en train , y en faire entrer d’abord quelques hochets ; mais il 11’y faut enfuite employer que des hochets de houille maigre ou de terroule, comme ils l’appellent. Dans le marquifat de Franchimont, où fe trouve une vraie terroule d’une qualité différente de celle des environs de Liege , cette terroule s’emploie dans les poêles ; au lieu qu’à Liege ils ne le fervent que du charbon de l’efpece la plus faible, qu’ils comprennent inc'if-tinclement fous le nom de terroule ou tiroule. Ce chauffage ne demande de différence dans les poeles , qu’à l’égard de leur ouverture qui doit être relative au fervice de ce feu.
- )'i8- La maniéré d’y arranger les hochets, confifte à les dilpofer dans le poêle , de façon qu’ils forment une pyramide en pain de fucre, élevée à un pied de hauteur fur le devant: pour cela on met dans le poêle un gril qui a un rebord fur le devant; on éleve ce gril de quatre à cinq doigts, de maniéré qu’on puiffe aifément tirer les cendres hors du poêle. Il eft encore poffible de fe paffer de gril; on croife quelques morceaux de bois fec les uns fur les autres ; dès qu’ils ont pris feu & qu’ils commencent à brûler, on arrange les hochets en les croifant, fans les trop écarter ni les trop approcher, de maniéré que la flamme puiffe fe promener librement par-tout. Ces leux durent ordinairement douze ou quinze heures, fans qu’il.foit néceflàire d’y toucher.
- <; 19. Non - seulement on réuffit, par ces procédés , à prolonger la durée du feu de houille; mais on parvient encore à en confommer une moindre quantité qu’on n’aurait fait, fi on l’eût brûlé feul dans letat qu’on le tire de la mine: ce réfultat de l’impaftation de la houille avec la terre graffe, fera expliqué dans la derniere fection. Par ce moyen économique, deux cents livres pelant de houille fuffifent pour huit à dix feux dans une maifon pour toute l’année. Il y a des maifons bourgeoifes qui, pour le feu de leur chambre & pour leur cuifine1, 11e confomment dans leur année que quatre charrées de houille. Les plus fortes n’en confomment, pour le chauffage & pour les
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- autres befoins du ménage, que dix à douze charrées. Enfin ,un petit ménage qui n’a qu’un feu allumé depuis le matin jufqu’à dix ou onze heures du foir, confomme à peu près deux charrées de houille, coûtant d’achat, tranfport, dielle ou ar^ée & façon, environ quinze livres de France, félon l’augmentation ou la diminution des prix relatifs au charroyage (14)
- A 520. Au lieu delà proportion àz dielle ou d énoncée pour devoir entrer dans la confection des hochets , c’eft tout au plus un huitième ou un dixième qu’il faut de ces terres fur une charrée de houille, la charrée du poids d’environ quatre mille livres. En partageant les méfnages ou maifons en trois clalfes , la confommation des plus fortes maifons, ayant cinq feux , peut s’évaluer à vingt ou vingt-cinq charrées par an, & non de douze à quinze ; celle des maifons bourgeoises , à cinq ou fix pour deux cheminées , ou de fept à neuf, s’il y a feu de cuifine à part. J’ai cru pouvoir établir deux ef-peces différentes de terroule combuftible dans la première partie , en comparant la houille la plus faible du pays de Liege à la terroule du duché de Limbourg. Cette diftinclion m’eft particulière : le lecteur n’eft pas tenu d’y avoir égard, ni d’y porter une certaine attention; mais fi l’on n’y avait pas égard, elle pourrait jeter quelque confufion dans tout l’article où je traite de la pratique du chauffage tant à Liege que dans le Limbourg, & dans le marquifi.it de Franchimont.
- $21. On y fuppléera facilement, en obfervant que dans la ville , faux-bourgs & banlieue de Liege on ne connaît abfolument pour l’ufage, foit dans les cheminées, foit dans les fourneaux, poêles, &c. que la houille gralfe & la houille maigre. Pour chauffer les poêles, 011 fe fert toujours de bois , & rarement de houille; îe petit nombre des perfonnes qui ufent de ce foffile pour ce chauffage , n’qmpioient que la houille maigre de Héritai. La terroule proprement dite , ou viaie terroule , n’eft abfolument employée que dans les chaufferettes. Quant à ce qui regarde la conftrucftion du murai, la diftance à laiffer de la grille au murai pour les moindres feux, doit être de fix à fept pouces pour le moins: d’ou l’on doit juger que pour les cuifines cet
- (14) On trouve dans l’édition in-fol. de cet ouvrage , page 694, des additions & corrections, dans lefquelles l’auteur a rafi femblé les divers changemens qu’il a cru devoir faire à quelques objets particuliers de fun premier travail ; celui qui fe préfente d’abord , concerne l’apprêt du charbon de terre pour le chauffage dans Je pays de Liege, •qui fait la matière de cet article. Comme j’ai cru devoir placer chacun de ces change-
- mens dans le lieu où il doit être , le paragraphe qui le contiendra, fera précédé de la lettre^, & terminé par une parenthefe. J’en uferaidemême à l’égard des nouvelles additions qui ne font point dans l’in-folio , que je m’étais procurées par copie d’un ma-nufcrit del’auteùr ,& dont je n’ai fàitufage qu’après avoir obtenu fon aveu. Elles feront renfermés entre deux crochets [ 3 •> Pour le$ diftinguer du relie du difcours.
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- intervalle doit être de huit, neuf à dix pouces. L’épaiffeur & la hauteur du murai font proportionnées à celles de la niche & du foyer que l’on veut avoir. La maniéré de le terminer dans le haut à plat, ou en pente , varie à la volonté de chacun. La première façon a l’avantage de former un rebord plat, fur lequel on peutpofer les crdhais au befoin , ou quelques uftenfiles, comme poêlon, &c. Ce qui eft dit des feux de poêles, eft d’ufage au pays de Limbourg, qui a de la terroule dont la plus grande confommation fe fait dans le marquifat de Franchimont, où jufqu’à préfent on n’a encore découvert ni houille ni terroule. Je crois cependant avoir apperçu aux environs du Sar près de Spa , des indices fuffifans pour croire qu’on pourrait y trouver de l’ardoife. Il n’y aurait rien d’extraordinaire, que cette carrière fut accompagnée de charbon de terre. L’un ou l’autre ferait d’un avantage infini au bourg de Spa, auquel il ne manquerait plus rien. )
- Des cheminées d’appartemens.
- 5*22. Ces hochets de houille ou de terroule, propres à faire un très-bon & très-beau feu, demandent, pour qu’il fe foutienne également, pour que la chaleur augmente , & que la dépenfe foit diminuée, une conftruction particulière des cheminées. Elle eft encore différente, félon qu’il s’agit, ou de chauffer une piece de compagnie , ou de donner du feu pour la cuifine , ou de chauffer un appartement, &y faire en même tems une petite cuifine. Mais à quelqu’objet qu’elles foient deftinées, elles ont toutes ceci de commun, qu’au contre-cœur eft adoffé un bâtis de brique, maçonné avec de la glaife , à laquelle on mêle un cinquième de fiente de cheval ou du mortier. Ce murai eft pour défendre de la grande chaleur le mur contre lequel portera le fer à feu > il a encore cet avantage , qu’il prend lui-même la chaleur jufqu’à rougir , la conferve long-tems, & la renvoie dans la chambre.
- $2%. Les briques fe mettent les unes-contre les autres, tantôt de queue, c’eft-à-dire à plat, tantôt de face, c’eft-à-dire de côté , de maniéré qu’elles forment en avant furie foyer une petite muraille d’une brique & demie ou deux d’épaiffeur,formant cinq pouces d’épais, un pied en travers , deux pieds en longueur, d’un pied ou dix pouces de hauteur fur la partie qui ferme le fer à feu, & d’un pouce & demi fur le derrière. L’épaiffeur que l’on donne à ce murai, eft en raifon de la profondeur du fer à feu ; moins il y a de briques , plus il faut de chauffage. Les briques qui occupent le haut de ce murai, font pofées de maniéré quelles font inclinées du côté de l’âtre 5 ce qui augmente la capacité de l’elpece de corbeille à laquelle il fert d’appui, & rejette en même tems les cendres en-dedans, ainfi que les hochets, à mefure qu’ils s’affaiffent en fe confumant.
- 5-24. Les cheminées qui fe voient dans le pays de Liege , font en général de deux elpeces.
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- 1°. Cheminées en chapelle. Ces fortes de cheminées, appellées fans doute ainft à raifon du dedans & du dehors fait en arc ,fornix, caméra , font repréfentées fig. 4 & 5 , pl. XV. Dans la fig. 1, le foyer eft prefqu’élevé à la hauteur du trumeau , & peu éloigné des jambages. La grille qui eft de même hauteur que le murai, eft élevée du niveau du carreau de douze pouces lix lignes ; elle a un pouce quarré. Entre le foyer & la hauteur d’appui du grillage, eft une traverfe efpacée jufte entre les deux. Le foyer n’a qu’un chaf-lis de trois barreaux efpacés les uns des autres de deux pouces à deux pouces & demi. Lés grillages en élévation peuvent être à barreaux droits, comme on le voit dans la fig. 2 ; mais il femblerait qu’il y aurait plus d’avantage à les placer en longueur, étant par-là plus propres à retenir les hochets réduits à un volume qui leur permettrait de tomber hors du fer à feu, dont les barres feraient pofées perpendiculairement. Dans une autre efpece de cheminée à chapelle , le grillage fur lequel eft pofé le feu, eft compofé de fix traverfes de fer de même épailfeur que les autres , dont quatre de face, deux de retour, de maniéré qu’il n’y a que la première traverfe de devant qui eft fcellée dans le jambage ; les barres font efpacées de quinze à feize lignes , ou de trois pouces environ , ou de quatre pouces, ou de deux bons pouces. Le murai eft d’environ trois pouces fur la moitié de la largeur.
- 526. 2®. Cheminées en œil de bœuf. Celles - CI, fig. 6,7 , pl. XV, prennent leur nom de l’ouverture ronde du foyer; elles font élevées de feize pouces du niveau du plancher ; la traverfe du cendrier a fix pouces fix lignes ; dans l’intervalle des deux font des ornemens en fer chantournés , formant balcons. A la cheminée , fig. 4 , on a réfervé un coin de l’àtre, dans lequel la chaleur fe communique pour un pot-au-feu caché par la petite porte M.
- $27. 3°. Cheminées dieux ufages. Pour les petits ménages, dont une même pièce fert à la fois de piece de compagnie , de dalle à manger & de çuifine, ainfi que chez les marchands, 011 difpofe l’àtre comme on le voit à la fig. g , pl. XV, dans la cheminée deftinée dans fa hauteur & dans fa largeur, depuis le pavé jufqu’au plancher. Le haut de l’ouverture de deifous le manteau eft muni en D, d’üne platine de cuivre poli, fervant à renvoyer la fumée. Le bas eft de marbre avec des moulures de cuivre tant autour du foyer qu’autour des fourneaux appellés potagers, placés l’un à. droite, l’autre à gauche EE, pour y faire un pot-au-feu ou autre chofe fans déparer la chambre, comme dans la cheminée en œil de bœuf,fig. 7. Les fourneaux pour ragoûts & poêlons, s’allument avec des crahais ; mais il faut que ce foit des crahais de houille maigre, ceux de houille gralfe donneraient trop de chaleur. On pratique ainft des cheminées dans ce même genre, ouvertes fur les côtés, garnies en faïance & de moulures en cuivre; avec eft une cheville de fer, dont le bouton eft en cuivre, 8c qui fert à
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- retirer cette cheville, à laquelle on attache une ficelle pour rôtir une piece de viande. La fig. 6 repréfente une autre cheminée, avec de petits fup-ports de fer en profil, en plan & en face, fur lefquels on place caffetieres, bouillotes ou autres petits uftenfiles que l’on veut faire réchauffer.
- Des cheminées de cuijine..
- ?28* Pour cet objet on emploie quelquefois la terroule ou houille faible de Liege ; mais ayant moins d’a&ivité que la houille forte, les viandes s’y cuifent plus lentement, & il faut plus de tems. L’avantage du feu de houille pour la cuifine, eft de chauffer de par-tout, foit de côté, foit en face, foit en-deffus; fufpendant une grande partie de la batterie de cuifine , comme 011 le voit à la fig. 9 , pi. XV, qui repréfénte une cuifine de feigneur ou de grand hôtel. On y voit, au côté du feu, tin potager recevant la chaleur par l’ouverture quarrée, le manteau de la cheminée, la largeur & épailfeur de la barre qui porte la crémaillère , & qui peut fe reculer à volonté fur les barreaux de fer : on y a pendu une chaîne faifant en tout, l’office de crémaillère, & un fer tournant fur un clou à tète, pour rôtir quelques menues pièces. Il y a de plus une grande marmite fur le côté, afin d’avoir de l’eau chaude en tout tems.
- 529. Outre l’efpece de crémaillère qui s’étend dans la largeur de la cheminée, & dont les différentes pièces & ufages font affez connues, il s’en trouve à un des côtés une particulière, en potence tournante fur fon pied, dans un pivot, & arrêtée de même dans le haut3 elle eft ornée en figure de poiflon : la branche qui va regagner fon extrémité, eft garnie d’ornemens auxquels on peut accrocher une bouiliote, un coquemar & d’autres petits uftenfiles de ménage , qui s’entretiennent chauds au feu. On voit dans cette cheminée Félévation du fer à feu, avec les potagers j fes barres de fer hori-fontales y font pofées, félon l’ufage, les unes au -deffus des autres. S011 étendue eft diminuée, & le feu reiferré à volonté par un grillage en fer, mobile dans toute la longueur du fer à feu, de faqon que le feu fe porte d’un côté ou d’un autre, félon l’idée ou le befoin qui exige que le feu foit en plein ou à moitié.
- Garnitures , fers de feux, ou ufienfiles de cheminées. ( I $" )
- 5.30. L’ordre des chofes exige de diftinguer ici les uftenfiles des che-
- (iç ) Tous ces uftenfiles communs aux tiere. Je n’ai pas héfité à les fupprimer, cheminées de divers pays & que chacun & je me fuis borné à ceux qui font particu-connait, occupaient ici une planche en- liers aux cheminées Liégeoifes. En com-
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- minées d’appartement & ceux de cuifine. Les premiers confident d’abord èn une petite caifle ou efpece de petit baquet pour porter la houille & les hochets dont on doit compofer le feu, ou remporter les cendres ; on en fait de plus ou moins fimples ou élégans : cette boîte ne va jamais fans un marteau, pour caifer les houilles & hochets, lorfque cela eft néceflàire pour l’arrangement du feu. Les pincettes de cabinet, ou pinces à feu deftinées aux appartemens, font à charnière , & terminées en cuilleron, pour ramafler commodément les braifons ou crahais, qui s’échappent avec les cendres. La pelle a feu, nommée palette, pour ramafler les cendres , &c. Le rateau , nommé à Liege raf, & dans le Limbourg graiteux, pour féparer les crahais des cendres, & les faire rentrer dans le feu pour achever de s’y confumer. Une broche de fer pointue, emmanchée , nommée en français fergon, à Valenciennes tifonnier, au pays de Limbourg fourgon , pour écarter les hochets les uns des autres quand ils n’ont pas aflez d’air, & faciliter i’embrafement en changeant leur pofition dans le fer à feu.
- f^r. Les feux de cuifine demandent les mêmes uftenfiles que ceux qui viennent d’être décrits, différens feulement en ce qu’ils font plus grands » comme la pelle ^ les'rateaux, dont une efpece pour attirer les hochets & les changer de place, & deux de différente grandeur, femblables aux rateaux de cheminée d’appartement: tous ces fers, excepté la pince, ne different de ces derniers qu’en ce que la poignée eft recourbée pour pouvoir être fulpendus à la barre de fer que l’on voit dans ces cheminées, ainfi que tous les uftenfiles néceflaires pour faire la cuifine. Le garde - cendre, efpece de raf ’, pour amener les cendres des grandes cuifines. Mais la principale piece d’une grande cheminée de cuifine eft ce grand & fort barreau de fer rond à fes extrémités , & chafle dans le mur mitoyen, ou dans le mur de refend. On l’y fait tenir par des gonds ou de gros crochets. Il y en a de deux efpeces.
- 5 $2. A cette barre de fer s’attachent les chaînes fer vaut de crémaillère, qui peuvent jouer fur toute la longueur de ces barreaux de fer ; cette chaîne eft terminée à chaque extrémité par un crochet, au moyen duquel elle peut être raccourcie, foit en-haut,foit en - bas , & auquel 011 fufpend tout ce que l’on veut, plus ou moins élevé au-deflus du feu , au moyen des crochets ou anfes à charnière, plus ou moins ouverts, félon l’uftenfile qu’on y attache. Les membres ou anneaux de la chaîne doivent être ronds, afin qu’ils ne s’ufent pas au même endroit. Les autres pièces font un gril pendant ordinaire, qui fe fufpend aux chaînes ; un demi-cercle de fer qui fie fufpend à la chaîne,
- & terminé dans fon diamètre par une bafe en étrier , de maniéré que l’on peut
- parant le nombre des planches qui accom- le feul retranchement que je me fuis per-pagnent le cahier in-fol. avec le nombre mis, en confervant fcrupuleufement tout ce des nôtres, on verra que ce n’eft pas là qui méritait de l’être.
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- y pofër un poêlon, une cafferole ou tout autre vaiffeau de ce genre. On peut donner diverfes formes à cette efpece d’étrier. Deux dilférens trépieds , fur lef-quels on afiied la lèchefrite, un plat, un poêlon , &c. Lodqu’on ne veut pas faire une grande cuiline, on fupplée à cet attirail de chaîne & de pièces qui doivent s’y adapter, félon les vauleaux dont on a befoin , par une crémaillère en potence tournante , plus ou moins iimple, au moyen de laquelle 011 éloigne ou 011 rapproche dû feu à difcrétion la piece à rôtir. Le feul uftenfile particulier à ces cheminées eft le fer tournant , pl. XF ,Jig. 10 & 11 , fixé au manteau de la cheminée par un gros clou ou par une vis , afin d’y attacher une ficelle , à laquelle 011 fufpend la piece que l’on veut faire rôtir. Enfin on fefert d’une platine de fer , qui fe place derrière la piece qu’on rôtit, pour renvoyer la chaleur.
- 5*53. L’extraction ou exploitation du charbon de terre, fon commerce & fon emploi, font les trois points de vue fous lefquels je me fuis propofé d’envifager ce foiîile: le pays de*Liege a été le champ qui en tout m’a fourni le plus de matière ; on fe fera certainement apperçu que fur l’exploitation j’ai hafardé d’encourir le reproche de prolixité. Le fujet tout-à-fait neuf m’a déterminé à paifer par - delfus cette crainte. Quoique d’ailleurs je 11’aie rien épargné pour épuifer la matière , ceux auxquels elle n’eft point étrangère , reconnaîtront que cette pratique , toute développée dans fes diiférens points, ne forme encore ,pour les perlbnnes qui n’en ont aucune idée, qu’une théorie très - incomplète , fufceptible dans mille occafions de variations & d’obfer-vations. Il a été difficile de 11’en point l'aider échapper quelques-unes dignes d’attention ; je les réparerai dans la table des matières, que l’on peut regarder comme un petit fupplément, dans lequel je renfermerai des corre&ions & des additions pour toute cette fécondé partie. Avant de faire connaître le même fujet en Angleterre & en France, je vais m’arrêter au voifinage du pays de Liege , où il fe trouve quelques circonftunces remarquables fur le même objet que j’ai traité.
- Pays d'Outre- Meafe, comté de Dalem.
- 534. Cette partie du Limbourg, qui confine au pays de Liege , m’avait paru , pour les mines de charbon qui s’y exploitent, d’une très-pecite confé-quence, en comparaifon de celles de Liege , d’Aix - la - Chapelle & autres , que je vifitais alors. Il n’eft queftion, dans la première partie de mon ouvrage , de ce pays , quant à cet objet, qu’à Poccafion de la terroule du Limbourg , & de la houillerie- de S. Hertogetirode, en français , Rode -le - duc ou Rolduc ; mais la rencontre que j’ai faite à Paris du Heur ^Hubert Firket, natif de Dalem, qui a conduit très-long-tems les houillieres de ce territoire,
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- & dont j’avais entendu parler comme d’un homme très-expert en ce genre * n’a pu être pour moi une rencontre indifférente. Négliger l’occafion qu’elle me préfentait d’acquérir de nouvelles connaiffances fur le fujet que je me fuis engagé de traiter dans toute l’étendue qu’il me ferait poffible , ê’eût été manquer à l’académie & au public , qui ont au moins fur mon zele & fur ma bonne volonté, des droits que je refpe&e. Mes vues ont été à cet égard pleinement fatisfaites; j’ai été à portée de fréquenter le fieur Firket; de fon côté il s’eft prêté vis-à-vis de moi aux entretiens que j’ai déliré d’avoir avec lui fur l’exploitation des mines de charbon & fur celles de Dalem, dont je n’ai pris par moi-même aucune connaiffance.
- Le langage de houillerie dans ces mines, différé en beaucoup de choies de celui qui m’eft le plus familier, celui des houilleurs Liégeois* quoique bien voifins ; mais cette difficulté n’a point été auffi grande qu’elle aurait pu l’être. Le fieur Firket a une facilité naturelle à s’expliquer clairement & en termes convenables : à cet avantage, rare dans les perfonues. qui ont exercé toutes les parties du métier de houilleur, & dont il eft redevable à fa première éducation qui a été cultivée , cet étranger joint effen-tiellement une expérience encore plus rare ; je ne dis pas çette expérience du forgeron, qui s’acquiert par un long ufage, mais cette expérience appuyée fur le génie de la chofe, guidée par le jugement, qui de plus fait rendre raifon des pratiques à adopter ou à rejeter félon les divers cas , félon le local, &c. Et je crois rendre fervice-aux compagnies chargées en France de l’entreprife de ces mines, de leur indiquer cet étranger comme capable de donner des lumières fur les meilleures maniérés de conduire une exploitation: auffi ai-je mis à profit mes liaifons avec lui, pour tous les.matériaux que j’avais déjà affemblés, concernant le pays de Liege. Le détail qui va fuivre-pour le pays de Dalem , eft entièrement le réfultat des converfàtions que nous avons eues enfemble.
- f3é>. Les ouvriers ou employés dans les houillieres de Dalem, font le wade-foffc, qui mefure les houilles arrivées amont, comme ils difent, c’eft-à-dire, au jour: dans les petites folies, il reçoit l’argent. Le rawhieu qui fup-plée au maréchal , pour les outils, former leur pointe , les raccommoder* &C. Le maître evry. Le feu de voyç, ou faifeur de voyes. Les ovry de teie,, ou ouvriers à la taille, qui xhavent & defpieifent la mine , pouffent le charbon derrière eux quand le pendage eft plat, & le laiffent, tomber fous eux quand on monte uneruk. Les bouteux }u, qui boutent en bas les houilles. & charbons , & les conduifent dans la voie pour y être- chargés. Le gifuteu , petit garçon qui conduit Les paniers au haut du. torret, empêche qu’ils ne s’approchent des mah.ires, & que les cfoefs ou chaînes ne fe mêlent en montant. Le torlm chargé de faire agir le tour qui enleve le panier du fond, du
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- torret, & d’accrocher le panier aux codées. Les retroffeux, qui reprennent la houille, apportée au paire, & la mettent eu tas.
- Ouvrages ou bois de charpenterie, employés pour C étançonnage & autres travaux
- fouterreins.
- ?37- L’architecture fouterreine des mines en charpenterie, eft, comme on le penfe bien, par-tout la même, quant aux réglés ; mais le langage du métier y eft particulier, comme il arrive dans tous les pays. Le but que je me fuis propofé de rendre mon ouvrage utile dans le plus d’endroits poflible, en donnant la clef du langage , me détermine à faire connaître ici les différentes maniérés ufitées à Dalem , pour défigner les principales pièces de charpenterie qui entrent dans les ouvrages des houillieres.
- y38- L’étançonnage qui accompagne la fouille d'un bure , s’exécute au moyeu d’un bâtis de bois en forme de cage quarrée , qui s’encaiffe dans la foffe ; fa grandeur eft proportionnée à celle de la profondeur du bure. Quand ce bâtis eft encaiffé en entier dans le bure, il s’appelle joxhlé; fes longs côtés fe nomment Longs membres, les plus courts font nommés courts membres ; les quatre montans qui tiennent les deux joxhlés l’une à l’autre , s’appellent pojfelays. Le tout eft refferré par des fpringues de trois ou quatre pieds de long environ , placés derrière, félon que les joxhlés font éloignées les unes des autres. Sous le nom de fpringues ou flips, on comprend tous morceaux de bois employés à foutenir la terre ou pierre : on dit fpringueleryour lignifier affurer, refferrer. Quand ces pièces de bois fout arrangées en forme ovale, pour fervir d’afîife à un mur de maçonnerie, on les appelle chames. Lorfque la joxhlé n’eft pas complété en forme quarrée , on l’appelle fauffe joxhlé.
- S S 9- Les creux pratiqués pour recevoir un bout de madrier d’étai, portent différens noms : on appelle pottey l’excavation dans laquelle on affu-jettit d’abord le pied du bois d’étançonnage s l’entaillement qui fe fait en-fuite dans la partie oppofée, pour recevoir l’autre extrémité de ce bois, f^ nomme laufe. Les pièces de bois pour arrêter & ferrer la pofe des madriers contre le toit, s’appellent aufli différemment, félon les circonftances. Une forte cale d’un demi-pied ou plus de longueur, & d’un pouce & demi d’é* paiffeur, chaffée à plat entre la tète du madrier & du toit, fe nomme une boyle. Au lieu de cette cale, on emboîte fous la main, dans un poteau, une piece beaucoup plus longue & plus folide, qui fe chaffe comme la bayle ; c’eft ce qu’on nomme clige ; elle fe place au toit en différeus feus, félon la fente que l’on veut étayer.
- f4o. Quand il y a des réparations à faire dans quelqu’endroit, on j
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- DU CHARBON DE TERRE
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- conftrait avec de gros bois .placés les uns auprès des autres, un plancher fur lequel l’ouvrier travaille en aifurance 5 c’eft ce qu’on appelle poly. Les bâtis de bois en maniéré de portes, deftinés à foutenir les voies , & qui 11’ont point de traverfe en-bas , fe nomment poittes. Les poteaux aflis de plomb, qu’ils difent être fur la main, s’appellent jambes de poittes. Ceux placés en travers au-deflus de la poitte, & qui foutiennent les pierres dans ce fens, font nommés tiejjes ou têtes de poittes. Dans une teie , où les triguts ne font pas fuffifans pour appuyer le toit, on eft obligé de placer trois ou quatre pièces de bois, arrangées en triangle -, ou en quarré , ou autrement, à certaine dif tance l’une de l’autre, félon l’idée de l’ouvrier j & l’intervalle de ces bois eft, au défaut de planches, rempli avec des triguts. Ce ftappe eft appellé troc del teie , ou troc de taille. Les bois arrangés le long d’une voie que l’on pour-chalfe deflus la main, & fur lefquels on fait les murrais de ftappe, fe^nomment bois de rotte. Ceux qu’on relie par le haut avec une clige, pour foutenir une cope, ou un autre défe&uofité du toit, fe nomment bois de rotte à clige. Mettre au fond de la voie Xescliprous, ou bois fur lefquels traînent les paniers, s’appelle clipuer
- 541. Le terrein qui renferme les mines de charbon , de Houfe au comté de Dalem, & de Sarrolay, terre libre tout au voifinage, olfre des particularités dignes de remarque dans les fubftances qui accompagnent ou qui avoiiî-nent le charbon : je vais les palfer en revue , conformément au plan que j’ai fuivi toutes les fois que cela m’a été poiftble.
- Details particuliers fur les mines de charbon de Houfe & de Sarrolay.
- ^42. La fouille de Sarrolay fait voir fous la terre franche, une couche-dlargille , quelquefois enfuite un lit de fable, puis du bècheux , ou une terre quelquefois caillouteufe , & fous le véritable bécheux de la pierre morte , qu’on appelle mort agay , fous lequel vient le toit du charbon. On y appelle agay la première pièrre non formée, qui fe rencontre à la füperficie. Lorl-* qu’elle eft bien avant en terre, elle eft plus dure dans cette partie qui forme l’enveloppe des veines. Je n’ai pas manqué de faire connaître dans toutes les occafions , les différentes couches dont l’enveloppe fupérieure & inférieure du charbon font compofées dans leur épaiffeur, & fur-tout celles qui. font le plus contiguës à la veine,
- $•45. Les houilleurs habitués dans le quartier de Houfe & de Sarrolay, femblent avoir été plus attentifs que ceux des, autres pays , fur la couche terreufe , qui forme ,ce que l’on pourrait appeller la véritable ligne de. fépara-. tion entre la veine & le plancher, & fur la couche interpofée entre la veine & le toit Soit que ces fubftances intermédiaires n’exiftent point dans, d’autres terreins, foit qu’on n’y ait point fait attention, ils en diftinguent trois.
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- différentes : celle appellée del befi ou befn, efpece de mauvais charbon tenant en partie du toit, & en partie de la veine , qui fe réduit au feu en petites écailles blanches. La fécondé, nommée bolis dd bec , eft une petite couche placée deffous la veine, entre la veine & la deie , où elle forme une épaiffeur plus ou moins approchante de celle de la lame d’un couteau, vue du côté du dos ; cette fubftance eft compa&e & a la propriété de retenir l’eau, ce qui la fait reconnaître affez aifément : c’eft vraifemblablement le Papermarle des Anglais : voye£ première partie. L’autre petite couche qui fe .rencontre encore dans ce quartier, tantôt entre la veine & la deie , ce qui arrive fou-vent , tantôt au toit, tantôt entre deux membres de veine, eft appellée haa-vreie ou douceur, parce qu’elle eft tendre & molle : félon la différente place que cette couche occupe , elle eft quelquefois charbonneufè, quelquefois terre mêlée, donnant une mauvaife odeur , comme les pouxturess & on la nomme puante, afin de la diftinguer de l’autre appellée bonne haavraie. Lorfque la haavraie fe trouve au toit, on dit : il faut lever la veine quand elle eft xhavée ; lorfqu’au contraire elle eft au lit ou deie, on abat la veine avec les coins.
- f44. Tout le banc de charbon lui-même, quoique ne formant en apparence qu’une fuite abfolument continue, eft interrompu dans tous les fens. Ces féparations, dont la trace s’apperçoit à peine quelquefois , deviennent fen-, fibles dans les travaux. Lorfqu’on vient à ébranler ou à foulever une grande maffe de charbon , on la voit fe féparer d’elle-même en grands quartiers, dont les furfaces lilfes & unies dans les parties où ils fe font disjoints , font voir clairement que ces portions n’étaient qu’appliquées les unes contre les autres. On appelle layes , ces efpeces de joints naturels qui fe trouvent dans un banc de charbon. Les veines qui en ont beaucoup, font nommées layeufes.
- 545'. Il y a plufîeurs oblèrvations à faire fur ces layes : les unes ne fe continuent pas & s’appellent fauffes layes ; les autres ne font point nettes, le charbon ne fe détache point aifément & en grands quartiers ; les houilleurs nomment celles-ci layes pouilleufes ; d’autres font continues, & les quartiers de charbon qui s’en féparent lailfent appercevoir dans les furfaces par lesquelles ils fe touchaient, un pouftier charbonneux très-fin. Ces layes qui donnent quelquefois palfage aux eaux, font le plus favorables pour le hument. Un bon ouvrier doit toujours piquer dans cette laye, pour 11e point hacher en menu ce qui doit tomber en houille. Cette mauvaife manœuvre, pour laquelle il faut avoir l’œil fur l’ouvrier, s’appelle rokter ; elle fait une diminution des-trois quarts fur le prix de la denrée& eft par conféquent préjudiciable au maître.
- j 46'. Dans les efpeces de houilles particulières à ce quartier, on doit fur-tout remarquer la terroule qui en eft une véritable, comme celle du marqui-fat de Franchimont au pays de Liege, & qui eft bien diftincte de celle que les Liégeois défignent par cette même qualification.
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- f47- Dans la Fabrication des hochets avec la houille maigre, ils font entrer la marie graife à la quantité d’une manne fur une demi - manne â'arçée 8c trois mannes de houille. Cette marie qui fe tire de Falchaemp, près Bligné, terre des Etats-généraux, eft la même que celle de Try, proche Valenciennes, dont je parlerai. Les moules font appellés formes, fouines.
- 548. Les pendages de veine ne font point exprimés autrement qu’on ne le fait au pays de Liege, fl ce n’eft les dreflàns obliques, qui font appellés roijj'es ouf L’exploitation des houilles & charbons dans le quartier de Dalem , eft moins compliquée dans la dénomination des voies fouterreines. Quoiqu’il y ait des houillieres dont les veines font d’une belle épaiffeur, on ne les travaille qu-e par vallées, coiltreffes & torrets ; on n’y connaît point les montées, les gralles. Les coiftrelfes qui ne fe contiennent pas en longueur, font appel-lées faujfes coiflrefjes. Les tailles font nommées teies. De diftance en diftance, quand les voies ne font pas bien larges, ou lorfque le toit n’eft pas bien bon , on pratique fous la main, de petits dilatemens très-bien imaginés pour l’exportation des houilles. Le hiercheur revenant à vuide, rencontrant un hier-cheur qui va au chargeage, fe détourne avec fon panier dans ce fourneau ou repos, afin de laiffer paffer fon camarade. Ces repos font appellés changeâmes. Enfin, le percement entre deux charbons, ou la voie de communication du niveau fupérieur au niveau inférieur pour l’airage, s’appelle rule. Ainfi on dit monter un ou une rulle, pour dire deflerrer d’une voie à l’autre en pendage de veine, afin de communiquer l'airage.
- Les uftenfiles portatifs, comme traîneaux fimples ou à roue pour les eaux & pour les charbons, font appellés autrement que dans le pays de Liege; les tonnes renforcées de cercles de fer, fe nomment tonnais à cor-veaux. Les quatre ferremens placés aux quatre coins de la coufade, fe nomment foihelts. Les paniers des traire fies font appellés pannis, pannins, & on appelle goges les crochets de fer qui font fur le devant & fur le fond. Dans les houillieres de Rolduc, tous les traîneaux de bois ou d’ofier formant caiffe, & deftinés à tranfporter les houilles & charbons, s’appellent chiens, nom qui fe trouve dans Agricola , & qui a pris fon origine dans le bruit confus que font ces traîneaux en cheminant dans les voies. A Dalem, le panier remontant au jour, chargé feulement de charbon, s’appelle pelée, treque grife. Quand il rapporte toute houille, on le nomme double pannée ; en flamand, double treque, double trait. Quand il y a charbon & une bordure de houille, ils l’appellent enguel treque, panier livrable. Les conteftations fur toutes les matières de houillerie, font portées du relfort à la chambre établie à Herve pour les domaines & tonlieu ; de là, au confeil fouverain de Brabant à Bruxelles. L’huif fier ou fergent eft nommé forejlier. *
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- Exploitation d'une veine furjetèe ou débauchée en furjet.
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- ffo. Le dérangement que les failles occasionnent dans la marche des Peines, eft varié à l’infini, félon les dilférentes circonftances qui tiennent à ces obftacles pierreux , comme leur forme, leur pofition , &c. Cet article feul mériterait une étude particulière de la part d’un maître ouvrier : le fait dont je vais rendre compte, fervira d’exemple pour ce qui a été dit ci-devant fur la néceflité d’obferver foigneufement le guide ou lyon , quand on trouve la veine interrompue , & comme on dit à Dalem, débauchée.
- I. Le dérangement dont il s’agit, & auquel le nom de furjet * que je trouve dans M. Triewald , convient très-fort, fe rencontra à Sarrolay, village dépendant d’ Argenteau, confinant avec la terre de Cheratte, du côté de Jupïlle, entre la Meufe & un ruideau allant à Argenteau, dans un terrein dont la pente eft au levant & alfez roide. En pourfuivant une baume du levant au couchant dans la voie du niveau , à peu de diftance du ruilfeau , au lieu de rencontrer la veine que l’on cherchait à atteindre , on tomba au flanc d’une faille, dont la configuration s’annonçait arquée en dos d’âne, c’eft-à-dire, ayant deux furfaces oppofées Finie à Fautre, qui aboutilfaient à peu près en pointe comme le toit d’une maïfon ; cette forme lui fit donner par les ouvriers le nom de rein de chevau , ou dos de cheval. L’une de ces deux furfaces , ou le flanc de ce trouble , contre lequel on donna , portait le lit ou la pierre de la veine , émincée dans fon épaifleur, qui était furjetèe fur cette faille, & montait en haut avec elle.
- D’après ce que nous avons obfervé ailleurs fur ce qui arrive aux fubftances voifines du charbon , à l’occafion d’une compreflion étrangère def-fus je toit, ou fous le plancher, & de l’indication à en tirer pour la recherche d’une veine débauchée ou interrompue, on était alfuré que le lyon ou cette trace infenfible du lit de la veine redefcendait enfuit.e fur l’autre furface du furjet, depuis fon fommet jufqu’à fon pied. La routine ordinaire di&ait le parti de tourner à l’entour du Jurjet, pour aller rejoindre la veine de l’autre côté ; mais cette voie de contour eût manqué d’air , à moins qu’on n’eût pratiqué un bure d’airage. Son établilfement augmentait les frais ; le fieur Firket, en homme intelligent, & qui fait juger des casque la pratique ne lui a pas encore préfentés , fut d’avis d’abréger ce chemin & ces dépenfes. Il le décida à aller rechercher l’autre partie de la veine , en continuant la route par bacnure, au travers du rein de chevau. Il encouragea l’ouvrier qui n’approuvait point du tout cette entreprife : il lui annonça qu’il y avait dans le milieu une pierre placée en dreflant ; que c’était ce paroi qui relevait la veine par-delfous, de maniéré que les couches qui fervaient de fol ou de plancher à la veine, reprenaient leur vraie dimenfion à la bafe du paroi v
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- qu’il fallait le trouver ; qu’arrivé à la pierre qui produifait le drejjant , il était arrivé à la moitié de la bacnure. Les choies fe trouvèrent comme le Leur Firket l’avait prévu ; & ayant continué l’ouvrage, la veine de l’autre côté reprenait fa marche ordinaire. *
- Exploitation d'une, mine en niaie ou en bouroutte.
- 5f3. Un autre cas affez particulier, qui s’elt rencontré dans un terrein de la campagne de Houfe , tout au voifinage du hameau appellé Bouhouille, eft un relèvement du corps de la veine , accompagnée à l’ordinaire de fon toit & de fon plancher , qui remontaient avec la partie de veine débauchée. Lapolition de ce crouffe de charbon au-delfus de la tète des ouvriers, lui fit donner le nom de mine en niaie ou nid, foit à raifon de l’efpace étroit dans lequel le charbon était relferré, foit à raifon de fa poütion écartée, comme cachée 8c élevée comme un nid. On pourchalfait un ouvrage en pendage de veine : ce mignon,placé au-delfus de la voie, s’ouvrit j la houille qui fe répandit fur le palfage donna lieu d’examiner d’où elle provenait ; par l’ouverture qui s’était faite 011 fonda le deie avec la havrejfe -, on détacha enfuite la houille avec une longue perche : cette manœuvre bien fimple fut continuée jufqu’à ce qu’il ne vînt plus rien. Le bouillon donna jufqu’à dix-neuf cents paniers de charbon, qui était une clutte. La pourchalfe du pendage fut reprife enfuite, après avoir ftappelé en cet endroit. Cette rencontre affez bizarre mérite quelqu’attention , le volume de houille qu’on ne peut point juger, pouvant écrafer les ouvriers en fe détachant, & embarrafler la voie & les travaux.
- SECONDE
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- ET DE SES MINES. Partie IL
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- SECONDE SECTION.
- Exploitation et commerce du charbon de terre en Angleterre,
- 1. 33epuis ta publication de ta première partie de mon ouvrage, j’ai eu communication de l’état de quelques mines de charbon de terre de la Grande-Bretagne. Les conjectures plaufibles que la rencontre des couches reconnues par la fouille d’une mine dans un canton, peut préfenter pour d’autres endroits qui n’en feraient pas éloignés d’une trop grande diftance, rendent importantes & même néceifaires ces fortes de defcriptions ; 011 ne peut donc en ramaffer un trop grand nombre,par la raifon même que telles couches qui couvrent le charbon dans un territoire , ne fe retrouvent pas dans un autre qui en eft tout voifin. Cet exemple de difîimilitude dans ces bandes terreufes d’un endroit à un autre , fe trouve dans la fuperficie des mines en Northumberland & dans le comté de Stafford, qui eft très-différente de celle des mines de Sommerfet, & dans le comté de Glocefter, quoique les charbons de ces deux provinces n’annoncent aucune différence quant à l’efpcce. L’auteur d’une brochure fur les mines de charbon (a) , qui a paru un an après mon ouvrage , appuie très-judicieufement fur cet objet. J’ai cherché à connaître cet écrivain, dont les vues & la correfpondance euffent été fort avantageufes pour ta perfection de cette fécondé partie : mais je n’y ai point réufti ; je lui fuis toujours redevable d’être à même , par ce qu’il a publié , de,rectifier quelques inftruCtions fautives que j’avais eues fur quelques points , & je ferai ufage à leur place des corrections qu’il me donne lieu de faire. Je vais commencer par achever de faire connaître plus amplement différentes fubftances , fur lefquelles j’ai eu occafîon de me procurer plus d’inftruétion.
- Des terres marneufes & argilleufes.
- 2. Les argilles étant les matières qui fe trouvent les plus répandues, & fous la forme la plus variée, comme celles que les Anglais appellent cLunch, clay, elles m’ont femblé mériter le plus mon attention ; d’ailleurs il eft certain , & cela a été remarqué ('b) , qu’il y a parmi les économiftes Anglais , une confulion fur les fubftances argilleufes. Lorfqu’ils en parlent comme en-
- ( a ) Ayant pour titre : Treatife upon coaî-mines, ^Pc. London, 1769, in-8°. 105 pages,
- (6) Didion. Encyclopéd. article des marnes, au mot cultiver , tome III.
- Tome XVI. Z
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- DU CHARBON DE TERRE
- grais pour les terres, ils nomment indifféremment clay (a) l’engrais qu’ils eonfeillent pour les terres froides & pour les terres chaudes.
- 3. Dans la première partie de la defcription de cet art, nous avont fait connaître les fix efpeces auxquelles les agriculteurs Anglais réduifent les marnes : l’auteur moderne de la brochure fur le charbon de terre, qui les comprend fous le même nom èéargille , en reconnaît le même nombre , & leur rapporte fix des fubftances ordinaires dans les mines de charbon ; fa-voir, la pierre de taille groffiere, la pierre à chaux groffiere, l’ardoife feuilletée , le rocher bleu très - dur, les couches de fables groffiers , & la pierre dé fer , iron-jlone.
- 4. Les terres marneufes, d’après le {avant rédacteur de l’Encyclopédie > font les cinq efpeces que j’ai annoncées dans la première partie, le cowshut mark, terre à bauge, félon cet auteur, qu’il dit être une efpece de glaifè brune , veinée de bleu , mélangée de petites mottes de lime-jlone ou pierre à chaux. Lzjlatemarle, qu’il définit une maniéré d’ardoife graffe, bleue ou bleuâtre. Le twing marie, qu’il écrit diring marie. La claye mark ou marne argilleufe , fort femblable à la glaife, tenant de la nature ,mais plus graffe, 8c quelquefois mêlée de chalk-Jlone, ou craie en pierre. Le jleel marie, qui fe trouve communément à l’entrée des puits que l’on creufe ; c’eft , au rapport de ce favant, notre véritable marne , & elle appartient au genre appelle chalky land.
- Chalky land.
- f. Cette efpece que l’on peut appeller terre à chaux, terre marneufe, ou crétacée, eft très-commune en Angleterre, où le terme chalky dérivé delà langue teutonique Kalk, lignifie chaux & craie calcinée; en France, marne calcinée, & paraît fe rapprocher du lime-jlone. On en diftingue de deux fortes, une dure, feche, forte, & qui eft la plus propre à être calcinée; une autre tendre & graffe, qui fe diffout facilement à l’eau & à la gelée , qui mêlée avec du terreau, de la vafe , ou du fumier, eft très - propre au labourage & à améliorer beaucoup de terres, principalement celles qui font froides ou aigres.
- * Clay lands.
- 6. Les terres argilleufes , appellées clay, clay lands, font de cinq fortes: la première eft appellée pure ; il s’en trouve dans les puits de marne, qui
- (a) Qui fignifieg/af/è, marie, que nous nature, & qui eft bien différente de notre rendons par marne ; & ils appellent marie marne, laquelle eft brûlante, ou marne, une terre graffe, froide de fa
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- ET DE SES MINES Partis II.
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- eft d’un jaune pâle; elle eft tendre & molle fous la dent comme du beurre, fans le moindre mélange graveleux ; elle eft plus parfaite, félon fou degré de plus grande pureté ; elle fe divife elle - même en plusieurs qualités, dont 011 tire la terre à foulon, jaunâtre à Northampton, brune à Hallifax, blanche dans les mines de plomb de Derby, & c’eft la plus raffinée. Une qualité appellée foup ou fope féal, écaille de faVon, fe rencontre dans les mines de charbon. Enfin cette glaife brune tirant fur le bleu, que les Anglais appellent indifféremment clay & marie, dont ils font un très-grand ufage dans la culture des terres maigres, légères & fablonneufes’; elle fe‘trouve ordinairement fur le penchant d’une colline, fous une couche de fable de la profondeur de quatre ou cinq pieds. La bonne glaife eft bleuâtre, fans aucun mélange de fable, compa&e, graffe & très-pefante ; elle eft très-bonne à faire de la brique.
- 7. La fécondé eft une glaife rude, qui fe réduit en pouffiere lorfqu’elle eft feche ; c’eft proprement de la craie : il y a d’autres qualités comprifes fous cette efpece,qui fervent aux potiers ; elles font jaune-pâles, bleues ou rouges, plus ou moins graffes. La troifieme efpece eft une pierre quand elle eft feche; fa couleur eft blanche, bleue ou rouge. La quatrième efpece fe trouve mêlée d’un fable ou gravier rond.; La cinquième efpece eft dif-tinguée par un mélange de fable gras ou très-fin, & de talc lui faut. Dans la province de Derby, il s’en trouve de blanche que l’on emploie à faire la faïance à Nottingham; il y en a une autre qualité grife ou bleue, dont on fait à Hallifax des pipes à fumer.
- 8- Les terres argilleufes labourables , qui font noires, bleues , jaunes ou blanches; les unes font plus grades, les autres moins, mais toutes fujettes en général à garder l’eau : ces terres fe refferrent par la fécherelle, & fe durciffent à l’ardeur du foleil & au vent. La terre nommée en anglais loam . dont j’ai parlé ailleurs, eft légère & un peu grade, & elle fe trouve communément affez profondément; le fol du territoire de la province de Norfolk paraît en général en être formé.
- 9. Les mots rubly, rubbles, demandent encore quelques réflexions. L’auteur de la brochure anglaife prétend que les mineurs comprennent fous la dénomination générique de bat, tous ces rubbles. Il m’eft difficile de 11e point déférer à cet écrivain: mais étant certain de l’acception que j’ai donnée au mot bat, il eft à croire que ce qu’avance cet auteur eft exaeft dans quelques parties de l’Angleterre feulement, fans que l’entente des ouvriers en foit pour cela plus appropriée; car cet auteur n’ignore point, & il obferve lui-même que ces rubbles font de différentes efpeces. Il eft à préfumer que c’eft dans l’acception que j’ai donnée à ce mot, qu’on a appellé du même nom rube, une mine du Potofi, dont le métal étoit hors de terre en maniéré de rocher, comme
- Z i)
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- D U CHARBON DE TERRE
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- dans les mines de Cornouailles. Ces rubes ou rochers qui empêchent la pour-fuite des travaux, font appelles jam.
- Supplément aux defcriptions des mines de charbon <£ Angleterre , par ordre des couches qui les compofent..
- 10. Au fupplément qui vient de précéder, fur les terres graffes connues en Angleterre , & qui fe retrouvent différemment modifiées dans les terreins de mines de charbon ( coalery ) , je vais en joindre un autre fur les mines de charbon même, confidérées à la faveur d’une coupe ffippofée , comme nous avons fait dans la première partie de cet ouvrage. Ce fupplément fera formé , i°. de nouveaux états de mines , que j’ai eus depuis ce tems 5 2°. d’un tableau raccourci & reélifié dans plufieurs points, de celles dont les Tranlaélions philofo-phiques & mes correfpondances m’avaient fourni les defcriptions.
- 11. Je fuis redevable de ce changement au petit traité anglais dont je viens de parler , & qui mériterait la peine d’être traduit dans notre langue. L’auteur qui parait très au fait de la matière, qui de plus en fent toute l’importance, annonce par-tout un homme jaloux de l’exa&itude. Je ne fais pas difficulté de remettre fous les yeux du ledeùr ces états que je regarde comme plus correéts. Mais lorfque je. les ai fait entrer dans mou ouvrage, il était indifpenfable de les accompagner d’éclairciffemens fur la nature de chaque couche , &fur les noms par lefquels ces fubftances font défignées. J’ai confervé ici ces noms techniques, dont plufieurs fontfufceptibles de différentes interprétations, pour lesquelles il faudra avoir recours aux premiers états que j ai publiés. Je rapprocherai de quelques-uns de ces noms les éclairciffemens particuliers qui me font parvenus depuis la publication de cette première partie..
- Ê TA T des différentes couches ( bed ) dont ejl compofie la mine de charbon de Tipton , prés Birmingham & Wolverhampton en Warwickshire yavec la hauteur de chaque couche, félon les mefures anglaifes».
- Fièds. Fouets,.
- X. Clay, rouffe , fablonneule. ri 3.
- II. Poussier fale & noir. ... . . .. 1 3
- ( c) Dans ce même quartier, entre Bir- voit fortir de la flamme, & la fuperficie fté-» mingham & Wolverhampton, il y a une rilen’eft que du charbon, étendue de terrein conlidérable, d’où l'on
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- ET DE SES MINES, Partie H. igi
- Verges. Pieds. Pences.
- m & iv. Deux couches de Clay , propre à faire de
- la brique ...... i 2
- V. Clunch tendre & mollaffe. l f
- VI. Clunch plus obfcure, tirant fur le noirâtre. i i
- VII. Fire clay , propre à faire de la brique ré-
- liftante à la plus grande chaleur. i i Z
- VIII. Roche blanche. . . . 2 II
- IX. Clunch blanche , tendre. I I
- X. Bat noir, tendre. 2 IO
- XI. Charbon volant , maigre. Clay a potier , bonne à faire des creu- I T
- xn.
- fets pour fondre le vieux fer. I 2 6
- XIIÏ. Bat noir. . .. . IO
- XIV. Clunch tendre. I 9
- XV. Bat noir. . I 6
- XVI. Charbon volant , maigre.. I 8
- XVII. Clay ou terre a pipes. I
- XVIII. Clunch feuilleté , entre-mèlé d’une couche
- d’iRON - stone qui y eft vaguement dif-perfée. . .. . r . . 2 2
- XIX. Banc fuivi d’iRON-STONE. r
- XX. Bat feuilleté. . . . . . . . ê
- XXI. Clunch tendre 9
- XXII. Balt noir. . ...... I 9
- XXIII. Roc noir . ..... 2
- XXIV. Clunch tendre .... où fe trouve de huit en neuf pouces d’in- 3 I 6
- tervalle un banc d’iRON-STONE ayant de-
- puis un quart de pouce jufqu’à yn demi-pouce d’épailfeur.
- XXV. Rognons d’iRON - stone , qui fe trouvent:
- dans le lit précédent, marqué iron-jîon.
- XXVI. Clunch d’un gris obfcur. l F 6
- XXVII. Bat. ....... 2
- XXVIII. Tête de charbon menu. i 9
- rXXIX. Bat noir, tendre. . . ... i 2
- J XXIX. Divifion ou féparation qui fe trouve dans la
- T couche précédente. .
- Lxxix. Iron-stone. . . . .
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- i8* DU C H, A R B O N DE TERRE
- Verges. Pieds. Pouces.
- ... ' T' •
- XXX. Bat noir-, dur. .. . ’ ‘ . I . ï ’
- XXXI. Benches. ... . . . G
- XXXII. i Terre maigre, friable. . ; . 2 s
- XXXIII. Clay blanche. . .... V '
- XXXIV. Grizzle : bande claire-obfcure. . : ' . G
- XXXV. Iron<- stone i mineJ dans laquelle fè trouve ,, ;
- f la terre matrice de Yiron-Jlone.' . . ’ 2
- XXXVI. > Iron-stone qui fe trouve dans'le dernier f ~ lit, épaifleur incertaine.
- XXXVII. Bat noir, dur. . ... . ? i 4
- XXXVIII. Deux couches d’iRON-STONE, qui fe trouvent dans le dernier n°. de trois à trois ; pieds de diftance l’une -de l’autre, fous la
- mine d’iron - ftone , appellée iron - ftone noir, de cinq pouces chacune.
- XXXIX. Charbon volant , maigre. . .
- XL. Solf bat , bat tendre. . . 2 G
- XLI. Iron-stone. . 3
- XLII. Clunch forte. . a
- XLIII. : Iron-stone du n°. précédent, incertaine.
- XLIV. Binds , ou nerf pierreux.1 . , 1 G
- XLV. Clunch forte, grade . T 6
- XLVI. Binds pierreux . i
- XLVII. Fire-stone, ou Pel-don. , 1 3
- XLVIII. Binds pierreux. . 1 2
- XLIX. Clunch forte. , , 7. 2 G
- L. Iron-stone ou Binds , qui fe trouve dans
- le dernier n9. à lîx ou fept pouces de profondeur &-d’un à trois pouces d’é-paiifeur, & de Round-ftone de fîx à fept pouces d’épailfeur incertaine.
- LI. Binds ou nerf pierreux, gris. . i G
- LII. Ci. un ch forte...........................2 2 io
- Toute la profondeur du fond du terrein jufqu’au lit de
- charbon eft de . . , . . . 5 G 1 ïo|.
- Et Pépaiffeur du lit (Bed) eft de ; . . 10 verges ou 50 pieds anglais.
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-
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- ET DE SES MINES. Partie IL
- Duché de Cumberland.
- 12. Les mines les plus profondes qu’on ait travaillées en Angleterre, font dans cette province maritime, à Witte-haven, au-défions de Moresby, éloignées de la mer de vingt verges 5 leur profondeur elt de cent trente brades, (a) ou cent quinze toifes trois pieds quatre pouces. On y connaît vingt couches de charbon, dont trois font exploitées ; leur allure eft du nord au fud ; leur inclinaifon à l’oueft; leur pendage approche de la ligne horifontale plutôt que de la perpendiculaire; elle eft communément d’une toife perpendiculaire , fur fix à fept toifes de longueur.
- [Yorckshire.
- Etat des couches qui fe rencontrent dans les mines de charbon de North-Burlay ,
- par M. Richard Richardfon. (b)
- Pieds. Pouces.
- I. Terre végétale ordinaire...............................
- IL Argille jaune. ........................................
- III. Argille grife, jaunâtre. .....
- IV. Ammites, efpece de pierre de fable, friables, noirâ-
- tres, Sand-stone................................
- V. Différens petits Jlratum de mine de fer, femés dans
- de petites couches d’argille jaune.
- VI. Schiste noir, un peu compade, de couleur noire
- foncée; cette couche eft locale.
- VIL Roche, tirant fur la couleur noirâtre ou cendrée, de confiftance lâche. ..... VUI. Idem de confiftance ferme. ....
- IX. Petit Jlratum de charbon de terre nommé Cron-BED.
- X. Mine de fer mêlée à une terre noire.
- XI. Ammites , plus compades, noirâtres. .
- XII. Schiste noir, de confiftance moyenne.
- XIII. Roc friable, noirâtre, mêlé avec de la mine de fer.
- XIV. Roc tendre, tirant fur la couleur noirâtre, femé la
- plupart du tems d’empreintes végétales.
- XV. Roc dur, de même couleur. . .
- XVI. Schiste noir...................... . . .
- XVII. Charbon compofé de deux membres féparés l’un
- de l’autre par un roc plus tendre, de l’épaiffeur de deux pouces. . . ....
- Total
- 1 6
- 6
- 4 ^
- 6
- 4 6
- 3
- 4 6
- 10 6
- 3
- 4 6
- 4 6
- 7 6
- 4 6
- 7 ^
- 1 6
- 3 ^
- 77
- ( a ) Une brafîe a deux aunes de Paris, ou cinq pieds quatre pouces.
- (6) Edwardi Luidii, apud Oxonienjes, &c. Ichnographia, Ê?c. Epift. V. J
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-
-
-
- i§4 DI) CHARBON DE TERRE
- Comté de Durham, à quelques milles du chemin de Newcajlle.
- 13. Dans la première partie de cet ouvrage, il eft fait mention de cette province qui a plusieurs mines de charbon, diftantes de peu de milles les unes des antres ; 8c j’ai avancé que dans quelques-unes, aux environs de la capitale., le crop fe montre à la furface de la terre, &c.
- 14. L’auteur de la brochure anglaife obferve qu’il y a dans ce quartier des mines ouvertes pour les marchés du pays, pour le commerce de terre, & d’autres pour le commerce de mer feulement j mais que toutes font à une profondeur confidérabîe, & exploitées à grands frais. Il ajoute, qu a la vérité , le charbon fe montre fuperficiellement dans plufieurs endroits , mais par accident j il cite entr’autres le five quater coal. Cette malfe eft il fuperficielle à Lumley, & en plufieurs endroits le long de la riviere près de Durham, qu’un meunier & d’autres particuliers tirent le charbon fur des traîneaux de de£ fous les bords de la riviere , & par ce feul moyen en ont alfez pour leur ufage. L’excavation qui réfulte de cette fouille eft Ci grande, que les gentilshommes & les habitans alfurent avec raifon, qu’ils vont dans de bonnes mines de charbon, fans avoir jamais defcendu dans une folTe. Feu M. Jars m’avait donné fur ces mines les détails fuivans.
- if. En général la fuperficie, jufqu’à la profondeur de fix, huit, dix braf. fes au plus, eft d’argille, fable ou gravier , mais le plus communément d’ar-gille. De là, à la profondeur de vingt-cinq braifes, roc d’un bleu pâle, qui fe coupe avec des mattocks, point d’iron-ftone. Le charbon eft eompofé de trois membres appelles feam ou joints.
- 1 G- La première feam eft nommée five quater ou cinq quartiers , parce que fa compofition eft telle qu’on peut la diftinguer en cinq membres ou quartiers ; ce charbon eft dur & fe confirme en cendres blanches. Le lit fuivant eft le main coal, placé à dix braifes environ au-delfous du five quater, & de la meilleure qualité ; il à en général depuis cinq à lîx pieds d’épaiifeur ; dans quelques mines près de Newcaftle, il a environ huit pieds d’épaiifeur. La fécondé feam eft le marlin coal, à environ dix braifes au-delfous du main coal; il eft de meilleure qualité que-le five quater, & inférieur au main coal, mais pas tout-à-fait Ci épais que «e dernier. A huit, dix, quelquefois douze braifes fous le marlin coaf vient une autre feam nommée hutton ; il a cinq pieds environ d’épaiifeur, & eft d’une bonne qualité : il y a encore d’autres feam au-delfous i mais on n’y connaît précifément que les trois qui viennent d’ètre décrites.
- Ecofe.
- 17. A Carrons proche Falkirk/la mine eft très^conlidérable ; le charbon
- s’y
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-
-
-
- ET DE SES MINES. Partis IL
- m
- s’y voiture dans l’intérieur, fur des chariots à chevaux, & fur des chariots à bras d’hommes, félon les galeries. On y connaît trois couches de charbon, dont la première eft à environ quarante toiles de profondeur ; le pendage ds ces trois lits .eft d’une toife perpendiculaire, fur dix à douze de longueur du côté du fud ; néanmoins les ridges font varier cette allure.
- i8- La veine du milieu, diftante de la première de dix toifes, pré fente dans Ion épaiifeur qui eft depuis trois julqu’à quatre pieds, trois charbons nature de charbon, diftingués par des noms particuliers, d’où on pourrait la nommer veine ds trois, charbçns, three coal veine, comme celle que l’on appelle ainli dans les .carrières de Bishop Sutton, en Sommertshire.
- 19. Le jîoor ou la partie fupérieure, ou Je top > topp coal die cette veine deca/ro/z, eft appelle fplint coal; ce qui annoncerait quo ce charbon fe fé-pare en feuillets. La partie du milieu eft d’une qualité moins compa&e ; fou charbon eft feuilleté & fe fépare aulli par lames ; mais leurs interftices renferment du pouiïier de charbon ; cette partie centrale eft appellée clod coal, mot qui annoncerait que ce charbon , quand il brûle , fe met en grumeleaux ; mais feu M. Jars m’a dit qu’il fe collait très-peu en brûlant, & alors clod coal lignifierait charbon fe calfant en mottes. La troilieme partie ou dernier lit qui eft le plus inférieur, eft très - compade, & fouvent approchant de la coniiftance de pierre dans la partie qui approche du mur ; c’eft celui que l’on vend pour la confommation , & dont on fe fert pour la machine.
- 20. A Edimbourg, 011 connaît deux veines parallèles, ayant environ quarante ou cinquante degrés d’inclinaifon.i cette inclinaifon n’eft point corref-pondante à celle des rochers que l’on rencontre dans les environs , qui approchent beaucoup plus de la ligne horifontale, & qui font inclinés au nord-oueft.
- 21. A Workington , dont j’ignore Ja province, feu M. Jars a obfervé fix veines diftantes les unes des autres de dix toifes ; la première, qui eft la moindre , a deux pieds trois pouces d’épaiifeur : il y en a une de quatre pieds d epailfeur pour la partie de charbon, & de fept pieds y compris fes couvertures ou enveloppes : le. corps de la veine eft féparé par deux lits appelles meule.
- Tableau pim correff çj? plus abrégé des mines de charbon d'Angleterre, décrites dans la première partie, extrait de la brochure anglaife, publiée en 1769. * . .
- Pays d'entre Durham & NewcaJHe, rempli particulièrement de mines de charbov.
- Epaisseur.
- Verges.
- I. ClaY, fable ou gravier ,& plus ordinairement clay. 12. 16. 20
- IL Roc bleu pâle, qui fe lailfe attaquer par les outils. . . fo
- Tome XVI, A A
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-
-
- DU CHARBON LE TERRE
- iS£
- III. Fir ouater charbon de cinq quartiers, grof-
- fier, mais d’un très-bon ufage. ....
- IV. Roc très-dur. .......
- V. Main coal, malle principale de charbon, vraie mine
- ou grande veine.
- VI. Roc très-dur.
- VII. Marlin coal.
- VIII. Roc très - dur.
- IX. Charbon Huttqn.
- Epaisseur.
- Verges.
- U 20
- 2
- 20 II 20
- Total n6 verges, ou 348 pieds de roi.
- Lancashire.
- I. Terre blanchâtre , pofée fur une pierre de
- II. Roc très-dur. .......
- III. Pierre métallique fort compa&e, & d’un bleu foncé.
- IV. Charbon commun................................
- V. Pierre molle bleue, compade, accompagnée de cou-
- ches de pyrites cuivreufes. .....
- VI. Kennel coal (æ)...............................
- Epaisseur.
- Verges.
- jà 8
- 46
- 3
- 2
- 3
- 30
- I
- 1
- IS
- Total 87 verges, ou 261 pieds de roi.
- Northumberlcmd, à Widrington, près de Berv/ick.
- Epaisseur.
- Verges.
- I. Clay : j’épaifleur n’en effc point îïidiquée. 8
- II. Seam , joint fort mince de charbon. ... |
- III. Free-stone blanc ; (b) épaiflfeur non indiquée.
- IV. Whin-stone , pierre dure* épaiiîeur non indiquée,
- mais vraifemblablement très - grande.
- V. Clay. ......................................... 4
- ( a) A ce que nous avons dit fur ce charbon le plus pur de tous, il faut ajouter que, lorfqu’ileft allumé , il confervefa flamme jufqu’à ce qu’il foit confumé.
- ( b ) Cette pierre d’un grain doux & gris £>lanc > communément employée pour paver
- les maifons & les baffes - cours, doit être différente du pavingjlone, & prend vraifemblablement le nom de pierre de taille, à raifon de ce qu’elle fert aulh à plufieurs ufages des bâtimens,
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-
-
- ET DE SES MINES. Partie IL
- 187
- Epaisseur.
- Verges.
- VI. Pierre blanche tendre j épaifleur non indiquée.
- VII. Charbon. ...................................;
- Total 87 verges ou .2,61 pieds de roi.
- Scotland à. L'orient de Lothian , Tranent, Baldoe, Maidjtone, Falklrk.
- I. Clay , efpece non indiquée. . ; 1 T Epaisseur. Verges. ï 4
- II. Slate ou Coal CLIVES. , É . 22
- III. Lime-stone. É , . Z
- IV. Slate , terre & pierre. . . . 4
- V. Charbon ; fa confillance, fon épaiffeur non mentionnées. .
- Total 32 verges ou 96 pieds de roi.
- Stasfordshire, tirant un peu à L'oueji de Dudley.
- Epaisseur.
- I. Glay jaunâtre, immédiatement fous la terre végétale.
- II. Cl a y bleuâtre. .....
- III. Clay bleuâtre, plus compa&e & plus ferme.
- IV. Clay de la même couleur, plus tendre.
- V. Pierre grise d’un grain fin.
- VI. Clay d’une couleur claire.
- VII. Roc dur, de couleur grife.
- VIII. Clay bleue, compacte.
- IX. Charbon formé de quatre différens bancs. .
- X. Iron-stone, de quatre ou cinq couches menues
- diiférens intervalles. ....
- XI. Charbon...................................
- XII. Charbon d’une autre efpece.
- Total 71 verges ou 219 pieds
- Verges>
- If
- 8
- 3
- 7 24 1 ?
- 4!
- 2
- 2
- de roi.
- Près Lichtfield.
- Epaisseur.
- Verges.
- I. Clay ou terre à brique. ..Il l 1 |
- II, Rotten-stone , pierre pourrie..................... 2
- A a ij
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-
-
- DU CHARBON DETERRE
- Epaisseur.
- Verges.
- III. Marle Flaky, marie feuilletée, légèrement colorée. 6
- IV. Charbon menu. 11
- V. Bat noir (a).
- VI. Charbon t 3
- VIL Roc & Clunch à différens intervalles. . 20
- .VIII. Couche de Clunch feul, placé dans la maffe du lit
- précédent. ....... 7
- IX. Main coal, compofé^de plusieurs couches. . 4|
- X. Rcbbisch-ou Bat. . .... 1 a
- XI. Charbon de différente efpece. . ... 4s
- XII. Iron-stone, terre légère, &c. couches dans la même gradation ; épaiffeur non mentionnée.
- XIII. Charbon. 3 4,
- Total 42 verges ou 126 pieds de roi.
- A Burnet, Queen - Charleton , ou Brisleton dans le comté de Sommerfet. Epaisseur. Verges.
- I. Terre rouge , à la furface 9
- IL Une couche comme ci-deffus, c’eft-à-dire, Clives.
- III. Charbon. if
- IV. Clives. _ . . .. 12
- V. Pot-vein coal 1 i
- VI. Clives. . 14
- VIL Trench-vein coal, . 1
- VIII. Clives. 7
- IX. PvOC. . 7
- X. Rock vein coal ; épaiffeur non indiquée.
- Total 70 verges ou 210 pieds de roi,
- Somm&rfctsain. Chew - magna ; à Sutton près Stowy.
- Epaisseur.
- Verges.
- L Sol rouge- . . ............................. i
- IL Malm ou Loam , & dans quelques places, Pierre franche rougeâtre. . . . . . . 8. io. 24.
- (a) Schijhis tcrrefhis biHiiyinofus : ce n’eft point une efpece réelle de charbon.
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-
-
- ET DE SES MINES. Partie II. ig9
- Epaisseur.
- Verges.
- HL Roc changeant par gradations, de gris en noirâtre, ap-
- pelle Coal clives3 profondeur non indiquée, mais probablement confidérable.
- IV. Charbon de veine puante ; épaiffeur non indiquée.
- V. Coal clives. ......................; 12
- VI. Castead vein ( a ) 3 épailfeur non indiquée.
- VIL Coal clives. . . ;
- VIII. Veine de trois charbons.............. 8
- IX. Clift ou clives, mêlé de Cockle[Shells & d’impref-
- fions. ......... 12
- X. Veine queue de paon. ^
- XI. Coal clives.................... . . n
- XII. Charbon de maréchal................. i
- XIII. Clift ou clives................... io
- XIV. Veine feuilletée , Shelly vein ; épaiffeur non men-
- tionnée.
- XV. Une autre veine de charbon. ..... J
- Total 90 verges ou 270 pieds de roi.
- S tony - Eaflon , plusieurs mines.
- I. Thorny clift ou Arborescent marcassite. . . o
- II. Branched clift. ........................................o
- III. Charbon.................................................o
- Shropshire dans le Brofely, le Bently, Pitcheford, &c.
- Lit d’un roc noirâtre ou de pierre dans plusieurs endroits, & immédiatement après fe trouve le charbon, dont f épaiffeur ni la profondeur ne font point marquées.
- Exploitation des mines de charbon en Angleterre , conjidèrie dans quelques points
- particuliers.
- 22. Les travaux & ouvrages concernant le charbon de terre , appelles coal works, ne peuvent guere comporter des opérations différentes de celles
- (a) Cette couche eft mal nommée veine ^ ferrifaxca, laquelle fe trouve dans quel-ce n’eft pas un charbon, mais une malle ques couches , & contient toujours de jolies applatie & marronnée d’iron-itone, minera imprelfions de plantes.
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-
-
- I^o
- DU CHARBON DE TERRE
- qui ont été amplement décrites art. III,IV & V de la première fe&ion d» cette fécondé partie : percer un bure , borings ; creufer ou fouiller , digging ; couper, fdlings établir des puits d’air , air fchaft ; des chambres, shanible ; des galeries & aqueducs, drifts ou difs ; niveler ou orienter, dialling, pluming (à) , & autres femblables manœuvres, forment l’enfemble d’une exploitation. Elle s’exécute auiïi avec des outils & avec des uftenfiles qui doivent être à peu près les mêmes par-tout; comme pelles , shord ; pics , beel, cornish tubber ; hoyaux , mattocks ; marteaux différens, gadds ,Jledge ; coins , wedges ; féaux, keables ; bages bathm ; baquets , buckets; brouettes , weel barrows ; échelles, laders ; boulfole, dial\ & quantité d’autres connus a&uellement, quant au fond . articles I & IL De ces pièces dont le célébré dodteur Franklin doit me procurer des deiïîns faits à Newcaftle , celles qui mériteront attention, auront place dans une planche de cet ouvrage. Je ne décrirai en particulier, que la tarriere ou fonde employée dans ce pays pour les mines de charbon.
- T arriéré anglaife.
- Augar , Augre , Auger , Whimble.
- 23. Feu M. Jars, dans fes Voyages minéralogiques, n’a pas oublié de faire mention de cet outil important; mais la defcription qu’il en donne eft très-peu détaillée , & laifle beaucoup de chofes à defirer. Ce phyficien fe contente d’obferver que le foret eft conftruit comme celui dont on fe fert en France , & il fe borne à ce qui fuit. Chaque partie a trois pieds , trois pieds & demi de long, terminée dans une extrémité par une vis,& dans l’autre par une boîte à écrou, à laide defquelles toutes les pièces jointes enfemble, compo-fent un foret de telle longueur qu’on le veut ; chaque piece eft notée, afin que le foret conferve une feule ligne droite. La derniere piece du foret a deux pouces & demi, trois pouces de diamètre dans fon bout ; fa forme approche de celle d’un cifeau ou plutôt d’une aiguille de mineur, avec laquelle on fore des trous pour faire jouer la poudre à canon ; mais comme en frappant dans le trou avec le foret il s’ufe & diminue de diamètre, on lui fubftitue, après qu’on l’a-retiré & qu’on a nettoyé le trou , une tringle de fer , dont l’extrémité eft formée d’un morceau d’acier bien trempé , de figure exactement ronde, & du diamètre qui doit être confervé au trou, de maniéré qu’elle fait l’effet d’une malle. En battant le fond du trou avec cette efpece de malfe d’acier, on lui redonne le diamètre que le foret ufé ne pouvait plus lui conferver dans fa même étendue. L’attention que l’on doit avoir pour ne point engager cette malfe dans le trou, de maniéré à 11e pouvoir la retirer , confifte à la faire entrer chaque fois qu’on a retiré le foret.
- Ça) D’où fans doute les Liégeois ont emprunté l’expreflion plumer.
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-
- ET DE SES MINES. Partie IL
- 151
- 24. La tarriere la plus utile pour toutes les opérations de fonde , eft celle qui fait partie du Theatrum machinamm hydrouchnicarum de Leupold, perfectionnée en Angleterre. On juge bien qu’un outil de eette conféquence n’a point été négligé par les auteurs de l’Encyclopédie ; 011 en trouve dans cet ouvrage (a) toutes les pièces & tout l’appareil gravés d’après les Mémoires de l’académie de Suede, dans lefquels M. Triewald en a donné le détail & la defcription (b). Le Journal économique du mois de février 1753, a publié cette defcription traduite en français, qui ne fe trouve point dans l’Encyclopédie : je lui donne ici la place qui lui convient, pour éclaircir davantage la planche, dans laquelle j’ai ajouté le développement de quelques-unes de ces pièces.
- Defcription de la tarriere anglaife ( Berk BORER, MlTZNGEH’OHR Leupoldi ) par M. Martin Triewald , de C académie royale des fciences de Suede.
- 2f. Cette fonde a, b, c^fig. 1, pl. XVI, & qui peut creufer 60 bralfes, eft compofée de trois pièces , une poignée A , une branche B, & unfouilloir C. La poignée eft toujours de bois ; la branche eft compofée de différentes pièces qui s’engagent les unes dans les autres. Toutes ces pièces ne doivent avoir que trois pieds de longueur, afin qu’elles ne deviennent pas embarraflantes dans la manœuvre ; pour celles qui font terminées par un écrou , chaque écrou ne doit avoir, tout au plus , que cinq pas, attendu que Ci les vis qui devraient y être proportionnées excédaient cette longueur, elles feraient fuf. eeptibles de fe faulfer dans la violence des manœuvres. Enfin , tou's les écrous & toutes les vis doivent être faits fur les mêmes tarraux & fur les mêmes filières ; fans quoi, quelque bout de la branche venant à fe caffer en terre, on ferait très - embarraffé Ci toutes les vis n’étaient point adaptées jufte aux écrous, & fi l’on ne pouvait pas fur-le-champ y fubftituer un autre bout : du refte , il eft extrêmement important que tous les pas ou les dit tances qu’il y a entre chaque cannelure ou arête de vis, foient bons & folides ; autrement il ferait impoifible que ces vis pulfent réfifter à l’effort qu’elles ont à foutenir quand 011 leve ou quand on defcend une grande longueur dt la branche. Lorfqu’on veut faire ufage de cette fonde, on marche avec une petite caiffe partagée en plufieurs cafés pour y placer les différens échantillons des fubftances qu’on ramènera avec les différentes cuillers ou fouilloirs , qui s’adaptent au befoin à la tarriere.
- 26. En confidérant cet outil dans le détail de fà conftru&ion, on peut
- (a) Hijloire naturelle & minéralogie4 tome VI,planche I, charbon minéral.
- (b ) Tome I, année 1740, page 216.
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-
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- 192
- DU CHARBON DE TERRE
- y diftinguer trois parties, une fupérieure , une moyenne , une inférieure ; on doit enfuite y diftinguer plufieurs efpeces de clefs différemment formées , avec lefquelles on embraffe chaque piece dans fa gorge, lorfqu’on veut les tourner, les viffer ou les dévider.
- 27. Partie fupérieure ou tête de la tarriere. CETTE partie,n°. 1 , mérite, à proprement parler, le nom de tête de la tarriere; ce n’eft autre chofe qu’une barre de fer , longue d’une brade , épaiffe de trois quarts de pouce en quarré ; dans le haut elle a un gros anneau par où on paffe la poignée de bois A , de la longueur d’environ 42 pouces & demi de France. Environ un pied au - deffous de l’anneau , on fait fouder deux frettes quarrées F , F , éloignées l’une de l’autre de la diftance de deux pouces ; leur principal ufage eft de recevoir dans l’efpace qu’elles laiffent entr’elles, une clef, un levier de fer fourchu 2. L’extrémité inférieure de cette tète de la tarriere, eft de l’épaiffeur de cinq quarts de pouce, & il y a un écrou d’un quart de pouce de diamètre.
- 28. Partie moyenne. Un des bouts qui la compofent 3 , eft fait d’une barre de fer quarrée, qui a trois pieds de longueur, & trois quarts de pouce d’épaiffeur. Aux deux extrémités , ces bouts font d’un pouce & demi d’é-paiffeur. L’extrémité fupérieure eft munie d’une vis , l’extrémité inférieure a un écrou ; il eft à propos d’avoir en même tems quelques bouts de moindre longueur, pour s’en fervir dans l’occafion.
- 29. Partie inférieure. Elle eft formée de fix pièces, 4, f, 6, 7, 8,9, que l’on choifit félon les couches de terre ou les bancs de pierre que i’011 rencontre, & elles font toutes terminées fùpérieurement par une vis.
- 30. La première piece n°. 4, eft un fouilloir de dix - huit pouces de longueur , & de deux de diamètre ; au - deffous de la vis, à l’endroit t, ce fouilloir eft quarré & forme une gorge dans laquelle les clefs 2 puiffent avoir prife quand il faut joindre ce fouilloir à la tête de la tarriere 1 ; au-deffous de' cette quarrure fe trouve un fer étendu en lame, & tourné en rondeur; le tuyau qui en réfulte eft ouvert extérieurement dans fa longueur par une rainure large d?un quart de pouce, afin que le fable pour lequel ce fouilloir eft principalement deftiné, & les autres matières que l’on peut rencontrer , puiffent entrer dans fa cavité & en fortir après que la machine a été retirée : au bas de l’embouchure il y a un bec tranchant, qui fert à couper la terre & à faire entrer dans le tuyau les petites pierres qui arrêteraient la manœuvre. Quand-on-rencontre de l’argille , on fe fert du fouilloir nQ.< y,' quii 11e différé du premier que par fon tranchant & par fon embouchure qui font unis.
- yïP*LÀ ipiè&eùvuê -féparemert=;7z?. *6, s’adapte à la piece qui forme'la tète de la tarriere, & a fix pouces de longueur & deux de largeur ; fon
- épaiffe ur
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- ET DE SES M I N E S. Partie II.
- 19?
- cpaiffeur va toujours en augmentant jufqu’à l’endroit t, où elle eft préci-fément de quatre pouces en quarré, afin que la clef 2 puiffe y avoir prife. Comme elle fert à ouvrir les bancs d’ardoife ou d’autres pierres, fon tranchant doit être d’une très-bonne trempe, afin qu’il 11e s’émouffe pas promptement. Par la même raifon de la qualité des matières que i’011 a à forer, il faut toujours avoir une douzaine de ces pièces de rechange toutes prêtes , & aiguifer celles qui ont fervi à mefure qu’on les ufe.
- 32. La piece en langue de ferpent n°. 7, eft non-feulement pour nettoyer le creux qu’on vient de faire , mais encore pour reconnaître la nature des couches que l’on a traverfées ; fa longueur eft de fept pouces, & fon épaiifeur inférieure de deux pouces. Cette piece 11e différé point, quant à fa figure , de la tariere dont les mineurs fe fervent quand ils veulent faire fauter le rocher. Quand cette piece a creufé jufqu’à une certaine profondeur, on emploie, pour retirer les matières réduites en poudre, le fouil-loir n?. 8; il reffemble par la longueur, la largeur & la forme, aux pièces 4 & f, & en diifere uniquement en ce qu’il eft fermé par le bas : cette difpofition eft nécelfaire pour empêcher que les matières écrafées qui y font entrées, qui font eifentielles à remarquer à mefure que l’on fonde, ne puilfent en fortir & retomber aifément. Pour cette opération 011 met ces différentes matières dans la caiffe dont j’ai dit qu’il fallait être pourvu, 8c l’on marque exa&ement à quelle profondeur on a rencontré telle ou telle fubftance, ce qui eft très-aifé par le moyen du nombre des bouts de branches qui ont été employés.
- 3 3. Cet autre fouilloir n. 9, eft tout - à - fait femblable au premier n°, 8 , excepté qu’il eft déjà fermé en x, à huit pouces au-delfus de fon extrémité inférieure. Son ufage a lieu quand 011 s’apperqoit qu’il entre beaucoup d’eau dans le trou qu’on vient de faire, pour ramaffer les matières écrafées & l’eau qui s’y eft mêlée. Pour reconnaître la nature de ces matières, 011 tranfvuide dans un vaiffeau tout le mélange qu’on a amené, & on le laiife repofer.
- Du trou de fonde ,& de la maniéré de fe fetvir de la tariere„
- 34. L’endroit où l’on veut porter le trou de fonde, demande d’abord uif difpofitif particulier : on commence par former, avec quatre pièces de bois longues d’une demi-aune ou de trois quarts, & jointes enfemble, un chaffis ou une efpece de boîte de fix pouces en quarré. On enfouit cette caiffe au niveau du terrein où l’on fe propofe de faire agir la fonde , ce qui repréfente à la fur-face un efpace que l’on pourrait nommer trou de fonde x xx x ,fîg. 18c 3. Le quarré que ces bois laiffent entr’eux, eft couvert de quelques bouts de plan-
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- ches fixés avec des clous, & au milieu de cette plate-forme on feit avec ua foret un trou de trois pouces de diamètre.
- 5 f. Ces préparatifs achevés, le maître ouvrier prend la tête de la tariere ; il fait entrer la vis du fouilloir $, & le ferre par le moyen du tour ne- à-gauche , qui eft cette clef marquée io, fervant à vider & dévider les pièces de la tariere 3 on la poulfe enfuite par l’ouverture de la caiffe , & l’on fait tourner la machine : li néanmoins en commençant on rencontrait de l’argille, il ferait bon de ménager le fouilloir, & d’employer tout de fuite celui marqué f. Un feul homme fuffit, en commençant la manœuvre , pour faire tourner la tariere , par le moyen du bâton A , qui paffe dans l’anneau de la tète n. i : cette opération fe continue jufqu’à ce qu’on ne voie plus le fouilloir Alors il eft tems de retirer la tariere, afin d’en ôter la terre ; après quoi on Fait la renfonce, & la même manœuvre fe continue tant que l’on ne rencontre que des matières peu réfiftantes, en n’oubliant pas, à mefure que la tariere pénétré plus avant, d’alonger toujours la branche parles bouts décrits ci-deffus.
- 36. Lorsqu’on touche des lits d’ardoifeou des bancs de pierre, le fouilloir j ne peut plus être d’ufage ; il faut alors enlever la tariere, ôter ce fouilloir , & lui fubftituer la piece 6 ; il faut alors deux manœuvres pour faire agit la machine de la façon qu’on va eflayer de décrire. Chacun d’eux prend un bout du bâton A , que l’on a paffé par l’anneau de la tète 1, ils lèvent la tariere <& la laiffent retomber ; mais il eft à obferver qu’à chaque fois qu’on l’a levée , il faut lui faire faire un huitième de tour: fuis cette précaution , elle retomberait toujours de la même maniéré , & 11e produirait qu‘imparfaitement fon effet. Quand 011 s’apperçoit de trop de féchereffe dans le trou que l’on a foré, 011 y verfe un peu d’eau pour humecter la pierre , la rendre plus aifée à percer , donner de la molleffe aux matières déjà réduites en poudre, & de la fraîcheur au fer qui travaille. De cette maniéré on peut continuer de faire lever, tourner & tomber la tariere,pendant des quarts - d’heures, des demi-heures & même des, heures entières. Lorfqu’enfin les matières réduites en pouffierefe trouvent en trop grande quantité pour pouvoir remuer la machine avec facilité , 011 la retire , on ôte la piece n°. 6, & on la remplace par le fouilloir 5. Après l’avoir fait defcendre jufqu’au fond, on recommence à tourner quand on juge que fon vuide s’eft rempli de pouftiere , on leve la tariere pour nettoyer le fouilloir.
- 57. Dans le cas où la pierre que l’on touche eft li dure que la queue d’aronde ne peut pas bien y mordre , on emploie la piece 7 ; mais comme do pareilles fubftances peuvent fe trouver à une très-petite profondeur , & qu’a-lors la tariere n’a point encore affez de jeu par fa longueur pour pouvoir en. tombant écrafer ces matières par fon propre poids , il eft néceffaire , à la place de la tête 1 , de fe fervir d’un bout de branche uféj on frappe deffus avec un. marteau ij , comme lorfqu’on veut faire fauter le roc avec la poudre ; mai&
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- dès que la tariere gagne trois ou quatre brafîes de profondeur, elle devient alfez pefante pour-faire fou efFet.'On comprend que, plus la branche eft alon-gée, plus la tariere eft difficile à gouverner, & plus on a de peine à la reti-- rer. Pour faciliter la manœuvre , on a imaginé deux machines, dont Tune eft deftinée à faire élever & tomber la tariere, & l’autre à la retirer entièrement.
- Appareils pour élever & faire retomber la tariere, ou la retirer du trou de fonde.
- 58- Il confifte dans un poteau a}fig. 3. On l’enfonce en terre , à la difl tance de'près de deux pieds de l’ouverture de la cailfe : ce poteau doit être bien étayé & conferver au moins fix pieds de hauteur fur la furface du terrein ; il eft percé d’outre en outre, & eft vuidé de la largeur de deqx pouces depuis le haut jufqu’en-bas. Dans les deux autres parois de ce poteau, on perce un certain nombre de trous correipondans , dans lefquels on paife, à telle hauteur qu’on le veut, un boulon ou deux clous de fer, qui fervent d’appui au levier n°. 2,& vu en place en h. Ce levier a de H en K dix pieds de longueur, & fon extrémité K eft fourchue à la longueur de dix pouces, afin qu’elle puiüe avoir prife entre les frettes quarrées F F de la tète 1. Au côté inférieur du levier, il y a dans l’endroit où il porte fur les clous, deux échancrures qui l’empêchent d’avancer & de reculer. Pour l’alfurer encore davantage , on perce les deux bouts de l’extrémité fourchue j on y enfonce un clou ou une cheville après que le levier a embralfé la tète du fouilloir, afin que cette piece ne puilfe pas tomber pendant la manœuvre. Cette machine étant dreifée , l’un des ouvriers prend la poignée C, que l’on a vue’en A,fg.i ; il tourne la tariere un huitième de la circonférence ; cela fait, l’autre ouvrier leve la tariere avec le levier KH à la hauteur de fix pouces ou plus, & la lailfe tomber enfuite : du refte, 011 continue la manoeuvre détaillée ci-devant.
- 39- Quand la branche a gagné dix toifes ou plus de longueur, la tariere devenue trop lourde , ne peut plus être gouvernée par les feules mains d’un ouvrier ; on fupplée à cette circonftance par un appareil plus com-pofé: voye^fig. 2. On prend trois fortes perches de la longueur de 2,2 pieds ou même plus fi on peut les avoir (a) ; on les enfonce en terre par les plus forts bouts , & 011 les y affermit avec des pierres. Par le haut T, ces perches fe réuniirent ; on les lie enfemble avec des attaches de fer ou de corde, afin de pouvoir y affujettir une poulie que l’on voit en grand n°. 14, avec fa chape 11. if & 16. L’une de ces perches eft traveriee dans des diftances égales d’échelons n,n, qui fervent à monter jufqu’à l’endroit où la poulie eft fut pendue : dans cette poulie paife une corde, qui d’un bout s’enroule dans le
- (fl) La figure n’en laiffe appc.rcevoir que deux., afin, d’eriter la confufton,
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- moulinet h, & qui à l’autre extrémité a un anneau dans lequel on paffeune piece qui , dans le cas dont il s’agit, devient la tête de la tariere. Cette piece np. n , qu’on peut appeller le bonnet de la fonde, dont il eft facile «Pôter la corde autant de fois qu’on a retiré quelque longueur de la tariere , eft employée dans la manœuvre repréfentée fig. 2 , à lever une longueur de tariere de quatre à cinq braifes , félon la hauteur des perches. Quand le crochet a été paifé dans l’anneau, deux ouvriers vont faire tourner le moulinet A, afin de lever la tariere jufqu’à la poulie : alors l’un des ouvriers arrête le moulinet, pendant que l’autre va palfer les tenailles S , n°. 2 ? entre le rebord de l’une des pièces de la branche & la cailfe.
- 40. Tandis que ces tenailles foutiennent la tariere, on ouvre la vis de la piece qui eft la plus proche de la cailfe, par le moyen des clefs p, v, n°. 17 , & après avoir ôté enfuite toute la longueur de la branche qui fe trouve au jour , on remet le crochet 11 fur le bout foutenu par les tenailles, que l’on retire en recommençant la première manœuvre. Quand on a remonté la derniere longueur de la branche, on ne fait qu’ouvrir la vis de la cuiller, ou de la piece qui travaille, afin de nettoyer la première, ou de changer l’une & l’autre , félon les matières que l’on a rencontrées. Pour redefeendre la tariere dans le trou, on bailfe la branche reftée fufpendue à la corde , jufqu’à ce que le rebord du bout fupérieur approche de la cailfe : alors on remet les tenailles entre deux ; 011 leve une autre piece, on la joint à la première par le moyen des clefs, & l’on continue cette manœuvre jufqu’à ce-que la ta-riere ait atteint le fond.
- 41. On doit fouvent s’attendre à perdre la tariere dans le trou que l’on vient de forer ; cela arrive principalement en deux occafions , 1 °. quand les bouts de la branche ont fèrvi long - tems, ce qui ufe leurs vis ; 2°. faute d’avoir eu attention de bien alfurer les tenailles. L’inconvénient qui réfulte de cet accident eft confidérable ; tout le travail fait eft perdu , ainfi que l’inftrument ; il faut aller forer dans un autre endroit. On a été long-tems , dans les mines de Nevrcaftle, à imaginer un moyen de retirer une partie de la tariere caifée dans le trou. On doit à M. Triewald l’invention de la machine fui van te , qui eft très-propre pour retrouver & retirer la tariere , de telle longueur & de telle pefanteur qu’elle puilfe être. Ce favant alfure que cette invention lui a fait honneur par le fuccès, & lui a valu des ré-compenfes confidérables.
- 42. La longueur de la piece 12 eft de dix-huit pouces; à fon extrémité fupérieure, elle a une vis ; la partie inférieure de cette machine a la même groifeur que les trous qu’on peut forer avec la tariere : depuis le plus mince bord de fon extrémité inférieure, elle eft taraudée en-dedans jufqu’à l’endroit t, où l’on applique la clef 2 , pour en ferrer la vis. En abaiifant cette
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- piece ou ce bonnet de fonde perdue, il faut néceffairement que l'extrémité de celle-ci entre dans l’écrou de l’autre ; & fi-tôt qu’ou s’apperçoit que cette opération eCt exécutée, on frappe avec un marteau fur la tête de la tariere î par ce moyen on affure la vis & l’extrémité du bout de la branche qu’on a rencontrée dans l’excavation conique., de façon que la piece tombée, eut-efe vingt ou trente braffes de longueur, peut fe retirer.
- PlT - MEN. Ouvriers mineurs.
- 43. Les différentes fondions des premiers employés font exprimées par différens -noms en différentes provinces j 011 peut en général rapporter ces ouvriers à la divifion fuivante. Les view ers ou furvey, arpenteurs, experts* Uover-man ou overfeer, intendant. Le fleward, contrôleur, receveur. Chaque particulier ou chaque compagnie a une efpece d’entrepreneur ou maître ouvrier , qui dirige les ouvrages 8c qui veille à ce qu’il 11e fe faffe point d’extraction dans un endroit dont la cefïion 11’eft point concédée.
- 44. Les journaliers employés aux mines, font de deux efpeces, les uns qui travaillent dans l’intérieur, les autres qui travaillent hors de la mine. Tous font engagés pour l’efpace d’un an au moins: il y a des peines portées même contre ceux qui les débauchent, & aucun ne peut être mis à l’ouvrage par d’autres que par ceux qui les ont loués, fans encourir l’amende. Ils font prefque tous a prix fait 5 le moindre prix pour ceux avec qui on n’en a point de convenu, eft d’un shilling (a) par jour , ou douze pences (h) pour les ouvriers du dehors. Neuf ou dix heures de travail font ordinairement payées dix-huit à vingt pences , ce qui revient a trente-Hx ou quarante fols. Les traîneurs du dedans relient dix heures de tems dans les ouvrages ; ils ont quatorze pences,' c’ell-à-dire, vingt-fept ou vingt-huit fols de France. Dans quelques mines , il y a des chevaux qui n’en reffortent jamais. Quelques-unes en emploient jufqu’à trente, qui y entrent & qui en fortent. L’entrepreneur a -deux chelins par jour pour chaque cheval. En Ecoffe , dans la mine de Car-ron, proche Falkirk, chaque troupe de mineurs fe divife en deux bandes, celle du matin, & celle de l’après-dîné. La troupe du matin coupe la veine qu’ils appellent inférieure , c’eft-à-dire, qui eft attenant le mur. La troupe de l’après-midi abat les deux lits fupérieurs, qui ont été déchauffés avec des coins de fer. Les maîtres - ouvriers font obligés de fournir les outils & la chandelle aux entrepreneurs. On leur paie un pence & demi, qui fait environ trois fols de France^, pour le quintal de cent douze livres de bon charbon, c’eft-à-dire, celui du lit fupérieur,& feulement un pence du quintal de charbon
- (a) Le chelin ou douze fols d’Angleterre.
- (A) Le peny vaut un fol: 12 pences valent par conféquent 12 fois.
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- inférieur , qui fe vend dans le pays. Il y a des ouvriers qui fe font jufqu’à vingt fchelings par femaine, & qui ne travaillent que fept à huit heures par jour , ce qui leur fait près de quatredivres de France à chacun pour ce tems.
- 4f. L’état des frais courans d’une mine de charbon ne fera point hors de place à la fuite des dépenfes qui ont précédé : je le tire des Aétes de l’académie de Suede, où M. Trievrald l’a inféré à la fuite d’un de fes mémoires fur le charbon de terre , tom. I, art. V, page 314. Cet état appartient à une mine dont la profondeur eft de douze , quatorze ou feize brades ; elle fe nomme bleffay, & eft diftante de cinq à fix milles du port de BLyth, où fe fait l’em-
- barquement de quelques charbons d’Ecolfe. cbelins. Pences.
- Pour détacher de la mine vingt paniers. ...13 * Les conduire au-bas du puits. ..... 1
- Pour le dépôt & les chandelles. ..... 2
- Brouettes & autres petites voitures. .... 1
- Tirage de vingt paniers hors de la mine. ... 3
- Pofage de paniers. ....... I |
- Pelle s traîneaux & autres outils. .... |
- Pour l’établiflement des puits , charpente , raccommodage d’uf-
- tenfiles , à raifon de vingt paniers. ..... 2
- Cordages à raifon de vingt paniers. ..... |
- Infpeéteurs : leurs appointemens à raifon de vingt paniers. .
- Conduite des charbons au grand dépôt. .... 3
- Pour aiguifer les pics & autres uftenliles. .... 3»
- Tranfport, réparation des routes, chemins & autres. . 9
- Réparation des chariots. ...... 6 8
- Gages de différais prépofés, «Préparation des treuils. . . 4
- Total 19 '8
- Du maître foreur. Maniéré de traiter avec cet ouvrier, fes engagemens.
- >
- 46. Cet ouvrier doit tenir le premier rang parmi tous les employés de mine ; c’eft fur lui que roule l’opération qui doit décider de l’entreprife -, & l’on jugera bientôt de toutes ‘les qualités qu’on doit defirer dans le foreur. Aux environs deNeweaftle, il y en a un qui fait ce métier depuis fi long-tems, & qui a eu occafion de faire des trous de fonde dans un fi grand nombre d’endroits, que toutes les couches de terre, tous les bancs de rochers, lui font connus à vingt milles aux environs, jufqu’à cent toifes de profondeur. Ce foreur fe charge de tout ce qui a rapport à fa partie, & de déterminer la profondeur à laquelle le charbon eft placé. On fait prix avec lui. L’ufage général eft de cinq chelins par toife, pour les dix premières
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- toifes > le double pour les cinq toifes au-deffous, & ainlî en augmentant de cinq chelins pour chaque toife. Dans ce marché 011 excepte le forage des rochers, qui eft payé à part , à raifon des obftacles plus ou moins confidé-rables qu’ils oppofent à la tariere , & à raifon de la fradture des parties de fonde. Pour cent toifes , qui font la plus grande profondeur, les frais font de quatre mille fept cents foixante chelins , ou deux cents trente-huit livres fterling. Cette fomme ne forme encore que le tiers de la dépenfe pour commencer Pentreprife. Du refte, le maître foj^ur fe charge de tout, il fournit les outils , paie les ouvriers qu’il emploie à fon forage 5 le falaire de ces derniers eft réglé fur l’épaiifeur des couches. Pour chaque panier ils ont cinq farthings. (a)
- 49. Le choix de ces ouvriers eft de conféquence pour le maître foreur j un mal-adroit peut rendre inutile un forage déjà avancé en profondeur, en mettant un trou hors d’état d’être fuivi, & faire manquer en un jour une befogne commencée depuis plufieurs années, & prête à fe terminer heu-reufement; ce qui obligerait alors d’en recommencer un autre. Le tout dépend de la précifion avec laquelle on dirige la tariere , pour enfoncer le trou bien d’à - plomb , creufé bien rond & d’un diamètre égal ; il 11e faut rien forcer , afin de ménager les fondes , & en perdre ou en cafTer le moins qu’il fe peutj c’eft une affaire de patience, & l’ouvrage du tems : on a quelquefois dépenfé quatre, cinq, fix, & jufqu’à vingt milles livres fterling, avant d’avoir vu les couches ; c’eft uniquement fur le rapport du maître foreur que l’on continue l’ouvrage.
- fo. Lorsque la tariere eft arrivée au charbon, le maître foreur va lui-même y mettre la main, & diriger l’outil * il en ramene de point en point un échantillon à l’aide’duquel il reconnaît la qualité du charbon , l’é-paiffeur des couches qui le precedent, la quantité d’eau qui l’avoifine, la profondeur à laquelle elle fe rencontre, &c. C’eft donc fur fon rapport qu’on fe décide, & dès-lors on voit que l’opération du maître foreur demande un homme expert 8c exercé , & en même tems un homme de probité. Rien 11’eft plus facile que de placer dans une fonde, après l’avoir retirée, des matières 8c même du charbon qui n’auraient pas été rencontrés par cet outil.
- Roy ait ie ou privilège royal, & autres ufages concernant la fouille d'un terrein,.
- fi. La première dépenfe de cette recherche fuperficielle ne fe fait point,, qu’au préalable on fe foit mis en réglé vis-à-vis de celui qui a fur la fu-perficie le royaltie ou droit régalien. Cette prérogative eft ainlî appelles r
- (<2) Fardai gu liard d’Angleterre^.
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- parce qu’en Angleterre ' le roi a, comme tous les princes & fouverains de l’Europe, le droit d’entâme de la furface d’un terrein où fe trouvent des mines & carrières. Pour quelques provinces, il en a été fait une aliénation dont l’époque remonte , félon la tradition, à l’an 1066.
- fo. Ce droit de royaltk appartient ordinairement à des particuliers ou 3 dés feigneurs riches, qui polfedent une partie des mêmes terreins ; les uns exploitent pour eux-mêmes, les autres afferment &.k mine & fouvent le terréin. Â Stafford, aux environs de Nêwcaftle under tyné, le roi, comme feigneur foncier du pays, jouit du royaltk à plüfîeurs milles à la ronde; il afferme ces mines moyennant dix pences ou dix fols qu’on lui donne par chaque mefure de quinze quintaux évalués à cent douze livres pefant. Il efl des terreins pour lefquels celui qui a fait acqüifition de la furface, s’eft réfervé la claufe expreffe , qu’il n y ferait fait aucune fouille fans fon con-fentement fpécial, quoiqu’il n’ait pas lui-même droit d’y faire aucune ouverture.
- f 1. Ce royaltk emporte avec lui le droit de pratiquer un chemin dans toute l’étendue du terrein ; mais l’établiffement dés voies publiques a in-fenfiblement modifié ce pouvoir, & conduit les propriétaires & les poifefi feurs du royaltk, à compofer enfémb'le de la furface où il eft à propos de pratiquer un chemin. Les baux font ' communément de vingt & un ans, tems fufïifant pour dédommager l’èntrepreileür dé fes frais : au furplus , 011 peut faire ces baux fous les conditions qu’on veut. En payant au propriétaire la furface du terrein à l’amiable ou à dire d’experts, on peut faire ouvrir, fouiller & exploiter dans le fond d’autrui. Les dédommagemens à payer pour chaque arpent de terre, les difficultés auxquelles ces arrange-mens donnent lieu, font fixés fuivàiit les provinces, par plufieurs aétes du parlement.
- Ainsi une perfonne qui croit avoir dans fon tetrein du charbon, s’arrange avec celui qui a le droit dè royaltk, pour faire faire à frais communs une fonde j ou bien ils font enfemble une convention , que dans le cas où le charbon fe découvrira, l’un fera défrayé par l’autre de ces frais de fonde ; quelquefois ils conviennent dé s’àflbcier dans la continuation des travaux, au cas de réuffite. S’ils ne s’accordent point, celui qui veut exécuter fon deffein, refte le maître, en obfervant feulement d’éloigner fon forage le plus qu’il peut du fonds de fon voiiin.
- Des recherches préliminaires a V enfoncement et un 'puits de mine.
- ??. On commence donc par reconnaître avec la fonde, à quelle profondeur fe trouve le charbon, en portant premièrement la tariere à la partie
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- la plus élevée de îa pente du terrein. Si dans cette partie on n’arrive point au charbon, on fonde fur le milieu de cette pente ; fi enfin cette nouvelle fonde 11e conduit à rien, on fouille dans le bas du terrein; mais cela 11e fe pratique qu’à la derniere extrémité : l’exploitation de la carrière en devient plus difpendieufe par la difficulté de placer la pompe à feu , qui doit toujours être -dans un endroit plus bas que la carrière.
- f4. Une circonfiance intéreifante à déterminer enfuite, c’eft l’inclinaifon des couches ; ce n’eft pas toujours chofe bien aifée : elle eft néanmoins poffible quelquefois ; lorfque , par exemple, il y a des mines voifincs où fe rencontrent les mêmes bandes , par lefquelles 011 peut juger de l’inclinaifon des autres. Si ce cas 11e fe rencontre point, le maître foreur eft obligé de faire deux autres fondes à des diftances tellement égales les unes des autres, que ces deux dernieres forment avec la première un triangle équilatéral ; & par la différente profondeur à laquelle on rencontre les couches dans chaque trou de fonde, il juge de quel côté inclinent les veines. Nous nous arrêterons à cette méthode, dans la quatrième fcclion ; il fuffira de fe rap-peller ici ce que nous avons obfervé dans la première partie, fur les lignes extérieurs , d’après lefquels 011 pourrait fe déterminer à cette recherche par les fondages.
- f f. La première dépenfe que comporte cette recherche , & qui eft confide-rable, comme 011 l’a vu tout-à-l’heure, eft en général allez aventurée , puift qu’à moins que la mine ne vienne s’affleurer à l’air, rien ne peut l’indiquer a la première fuperficie. A la vérité, quelques mineurs Anglais prétendent pour voir fe guid-er dans ce premier foupçon , par la nature de l’eau qui fort d’une montagne. Gabriel Plates , dans l’ouvrage rare & curieux que j’ai déjà cité , fait mention ,page 47, chap. If, de ce ligne qui eft un petit myftere entre les mineurs. M. Triewald , article IV de fes mémoires fur le charbon de terre, l’a publié (a) ; feu M. le vicomte des Androuins m’a paru y avoir confiance. Quelque peu de conlidération que mérite , à mon avis , cette pratique , on 11e fera pas fâché de lavoir en quoi confifte le fecret : d’ailleurs il fera aifé aux perfonnes à portée des endroits où il y a des mines, de s’amufer à conftaternn moyen aufti fimple que facile ; il ne s’agit que de prendre l’eau qui fe fait jour hors d’une montagne dans laquelle on foupçonne qu’il peut y avoir du charbon de terre. Cette eau eft ordinairement chargée d’ocre jaune : & voici comme on en fait l’expérience. On prend une ou plufieurs pintes de cette eau ; on les fait évaporer à feu doux dans un vailfeau de terre neuf vernilfé ; lorfque le lè-diment qui refte au fond du vailfeau eft de couleur noire , ils 11e -font point de doute que la montagne 11e renferme du charbon de terre. On regarde encore
- ( a) Tome I des Mémoires de Vacadémie de Stockholmy ann. 1740, page 226, Tome XW. ' C c
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- Comme indice fur 7 la rencontre du Schelly-flone (a), fous lequel vient ce que dans quelques endroits de la Grande-Bretagne on nomme pierre métallique, à'càu'fef de fa couleur bleue , voy. fecft. XI, art. IV", & qui eft mieux caradlérîfé par les1’ noms Bass, Skale, Slate. Telles font les opinions, vulgaires des charbonniers Anglais ,r'auxquelles il faut rapporter ee que j’ai dit, feétion VI de la première partie. Il ne refte donc toujours , pour ne point faire des remuetnens de terre bien plus difpendieux, d’autre moyen que de fonder l’endroit.
- Travail qui fe fait pour arriver à la veine, & s'y ouvrir un premier chemin.
- f 6. Dans le cas où on a reconnu un banc de charbon , on enfonce un puits qui traverfe les différens bancs fitués au-deffous du premier : on doit fe rappel-ier qu’en Angleterre^leur nombre va quelquefois jufqu’à fept, qu’ils font tous féparés les uns' des autres par des couches de glaife (clay) ou de caillou , ou de roche, de cinq à iix braifes d’épaiffeur, qu’on eft obligé de faire fauter avec la' poudre à canon. La pierre qui fe rencontre allez ordinairement à cinq ou fix brades de profondeur, eft un rocher quelquefois dur , quelquefois friable , auquel la marne & d’autres terres plus ou moins compactes, ou le charbon même fervent de bafe. Arrivé à la veine, on avance dans le charbon par un chemin horizontal, qui va en montant pour faciliter l’écoulement des eaux: cet ouvrage fe prend de la hauteur ou de l’épaiffeur de la couche & d’une longueur proportionnée à la folidité du toit de la veine, depuis cinq jufqu’à quinze pieds de large , félon les endroits , & l’on avance toujours en laiifant des piles à chaque diftance de quarante ou quarante-cinq pieds.
- 57. Près de Chewmagna, dans le comté de Sommerfet (h) , c< on c©m-„ mence les ouvrages dune fouille par percer \e,crop , ou bien on entame le „ cliff, dont la direction eft toujours régulière comme le charbon , & fuivant „ le même pendage. „ ILy a ceci de remarquable pour cette maniéré ufitée dans cet endroit, “ que le charbon fe trouve par-tout dans cette province, fitué ,, obliquement, comme on voit les tuiles difpofées pour former la couver-„ ture d’une maifon : à moins qu’un ridge compofé en partie de clay-Jlone, „ ou un ruhhle, ne vienne couper le banc ou la veine de charbon , il n’eft „ jamais perpendiculaire, ni horizontal. „ . ;1 . V
- 5”8. Je rappellerai en.pàffant, à l’occafion de ces interruptions , les lignes
- ( a) N’ayant vu en aucun pays de vé- en écailles, & qui eft vraifemblablement ritables traces ou empreintes de coquilles ce granit appellé prefque par- tout ailleurs dans les couches de charbon de terre, je grès.
- crois pouvoir, «fe pour cette pierre & pour (a) Tranfact. philofoph, ann. 1725, une veine de charbon furnommées de même n9. }6o, art. 4^
- Shelly, traduire ce mot par feuilletée ou
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- auxquels'on peut conjedurer qu’une veine fera interceptée dans fa marche paç un trouble. Pour1 peu que les viewiers ou experts s’apperçoivent que la jveinç s’enfonce ou s’élève plus qu’elle ne le doit par fa dire&ion naturelle , ils préfur ment qu’elle fe trouvera gênée par ledike nommé gac dans les mines d’Êcoflei La couleur de queue de paon du charbon ,.regardée par M. Triewald. comme confiante dans les charbons quravoifinent ces dikes ou gacs, voye{ fed. IV, de la première partie , art. I , & fed. VII, art. V, pourrait être ajoutée ce renfeignement. “ Au furplus, cette obliquité,' (pitch) du charbon fe trouve, d’a-,, près le rapport de l’obfervateur, dans tous les ouvrages de Chewmagna, „ d’environ vingt - deux pouces ou d’une brade ; & l’apparence fuperflcielle „ du lit ou de la veine appellée crep dans cette province, eft nommée baffe-„ ting dans les endroits fitués vers le nord.
- Dans la fedion V de la première partie de cet ouvrage, art. XI, où il a été queftion des vapeurs & exhalaifons particulières aux mines de charbon de terre, nous avons fait connaître ces météores d’après l’expérience des Liégeois & des Anglais. Les Tranfadions philofophiques renferment fur cet article des particularités remarquables , obfervées dans les mines de Newcaftle : les phy-ficiens qui, d’après les (impies obfervation des ouvriers , peuvent en faire des objets de fpéculations intéreifantes, nous fauront gré de ne point les paf fer fous lilence.
- Des vapeurs de mines dans les carrières de charbon de Newcaflle.
- 60. Les pit-mens ou ouvriers qui s’adonnent aux travaux des mines de charbon, dans cette partie de l’Angleterre , diftinguent deux efpeces de vapeurs, l’une qu’ils nomment fiith, peut-être par corruption du mot fiink , Jlench , qui veut dire puanteur, n’eft autre chofe que le common damp, appellé dans d’autres mines d’Angleterre foui air. La fécondé eft une vapeur fulfu-reufe, différente de la première par fon inflammabilité & fes autres phénomènes. En effet , loin de concentrer la flamme des chandelles ou de l’éteindre, elle l’augmente & l’étend à une hauteur marquée ; cette flamme de chandelle fait alors l’eifet d’une meche à feu qui allume toute la partie de la mine où il fe trouve dans ce moment de cette vapeur ramaflee. A Penfneth-chafen, le feu a pris de eette maniéré par une chandelle, dans une carrière de charbon , & depuis ce tems on en voit fortir la fumée & quelquefois la flamme, (a) Dans le Frintshire, à Moftyn, il fort de tems en tems d’une mine des exhalaifons de couleur bleue, qui prennent feu avec explofîon.
- 61. Une citconftance par laquelle cette vapeur fulfureufe & inflammable,
- (a) Tranfacl. philojoph. ann.. . num. 429,109, 442 , 282.
- C c ij
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- ftdminating damp, ou vapeur fulminante, eft remarquable, c’eft que dans quelques mines elle fe pelotonne & fe ramafle au-haut des galeries, en forme de ballon qui s’apperqoit aifément à l’œil. Dans la mine de Wittehaven, on en a vu une d’environ huit pieds de diamètre. Elle a encore ceci de fingulier, s’il faut en croire ceux qui fréquentent les mines de Newcaftle , (a) que , quoiqu’elle s’allume par la flamme des chandelles, les ouvriers fe fervent utilement & impunément, dans les ouvrages occupés par cette vapeur, de leur briquet & de leur pierre à fulil, pour en tirer une lumière éclatante, à la faveur de laquelle ils s’éclairent fans encourir le même danger qu’avec des lampes & chandelles. Cette remarque toute fimple , faite d’abord fur des étincelles paflageres tirées à différentes reprifes d’une pierre à fufll, a conduit les pit-mens à imaginer un moyen de tirer avantage de ce feu qu’ils ont dès-lors conçu incapable de produire fur cette vapeur l’effet fi redouté du feu des lumières avec lefquelles ils s’éclairent ; ils en font tellement perfuadés, qu’ils fe procurent à volonté & pendant un teras fuivi, de la clarté en faifant tourner une petite roue d’acier fur une pierre à fufil.
- 62. Toute la machine eft nommée flint mill,cQ qui veut dire littéralement moulin à filex ; elle reflemble fort pour les effets , aux rouets de nos arquebufieurs, & pourrait être véritablement appellée rouet à fufil des mineurs. La defcription en a été donnée telle qu’elle va fuivre, dans les Mémoires de l’académie, année 17^8 (0 > & M. Leroy m’a aidé à l’éclaircir par la pi. XV\
- 11 & 12.
- 63. Elle eft compofée d’un cadre de fer, d’environ quinze pouces de. long, fur huit pouces de large, d’ans lequel eft renfermée une roue dentée de iept à huit pouces de diamètre, qui engrene dans un pignon pouvant avoir un pouce & demi ou deux pouces : ce pignon porte fur fon axe une petite roue d’acier de quatre à cinq pouces de diamètre, & fort mince. L’ouvrier tenant ce moulin à pierre à fufil contre fon ventre d’une part, & fur un endroit fixe de l’autre, appuie contre la roue d’acier une pierre à fufil, & tourne une manivelle adaptée à l’arbre de la grande roue, qui, par fon engrenage, fait tourner avec rapidité la petite roue d’acier, dont le frottement contre la pierre à fufil tire beaucoup d’étincelles. (16)
- ( n) Trarfacl. philofoph. ann. 175? , chacune eft portée à fon extrémité fur un fur une vapeur de la mine de charbon de pied , de maniéré que toute la machine eft ]\i. le chevalier Jacques Lowther. pofée fur le fol de la galerie à la hauteur
- (b) Obfr.rvations fur la circulation de de la poitrine de l’ouvrier ,, qui dès ce mo-ïair dans les mines , par M. Jars. Second ment n’a rien d’autre à faire qu’à tourner mémoire. la manivelle. La partie de chaque jumelle,
- (16) Il convient d’ajouter à ectte def- traverfée par la tige de fer qui retient les «ription, que le cadre ou chaffis dans lequel deux roues, eft plus renforcée que le refte-jouent les deux roues , eft formé par deux de fa longueur, jumelles d’une force proportionnée, & que
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- 64. En rapportant ici ce moyen de fùppléer aux lampes & aux chandelles dans les mines fujettes au feu, il eft indifpenfable de faire quelques remarques importantes. Il eft aifé de fe figurer les gerbes confidérables & fucccfîives que donne la pierre à aiguifer contre un morceau d’acier; il y a certainement une différence entre ce feu , toujours accompagné d’un vent frais très - confidérable, & celui d’une lumière; néanmoins l’amadou s’allume aux étincelles que produit en air libre & dans une cave la roue d’un remouleur, frottée par les inftrumens qu’il repaffe. Quoique de bon efprit de vin ne s’y enflamme pas, ce moyen curieux de diiïiper dans la mine une obfcurité gênante pour les travaux, n’eft pas fi certain que l’on puiifie s’y fier avec une pleine fécurité : M. Jars cite lui - même dans fon mémoire, l’exemple d’une inflammation qui réfulta des étincelles du jlint mïll. Tout ce que l’on peut dire, c’eft que , dans le cas où Pexhalaifon ordinaire, com-mon damp, autrement appellée mauvais brouillard, & par les Liégeois fouma, exifte à un certain degré 5 c’eft-à-dire , que dans les endroits où il y a man-que d*air, le rouet à pierre à fufil ne donne point de lueur, & doit être réputé un des moyens les moins dangereux.
- 6%. Les Tranfadions philofophiquesTont mention d’une maniéré fimple & très - ingénieufe , qui fut employée pour donner cours à cette vapeur hors de la mine , en la laiffant amaffer derrière un cuvelage de planches ; on cimenta à ce cuvelage un tuyau de deux pouces de diamètre, qui d’une part s’ouvrait derrière les planches , & de l’autre s’élevait au-deffus de l’orifice du puits à plus de douze pieds. Pendant près de trois mois , ce tuyau pompait continuellement & avec une même force cette vapeur inflammable. L’expérience dont eft accompagné ce récit, mérite d’être rapportée. Si l’on met fur le tuyau un entonnoir renverfé, dont le petit orifice foit adapté à une grande veffie affujettie avec la main, cette veiïie,au bout de quelques minutes, eft remplie de ces vapeurs , & elles peuvent s’y conferver plufieurs jours, fe tranfporter même, & produire les mêmes effets. En comprimant la veffie pour faire fortir cette vapeur au travers d’une chandelle allumée, la vapeur prend feu & continue de brûler tant que la veffie en contient & eft exprimée. Cette expérience fut faite en préfence de la fociété royale de Londres , au mois de mai 1733 , quoiqu’il y eût un mois que la vapeur eût été enfermée dans la veffie. On connaît les expériences des vapeurs fem-blables, avec des mélanges artificiels ramaffés dans une veffie. Il y en a eu de faites par feu M. de Bremont, dans des féances de l’académie royale des fciences de Paris. Les mines fujettes à cette exhaîaifon font fur-tout dan-gereufes, lorfque les ouvrages ont été interrompus ; il ne faut que vingt-quatre heures pour que cette vapeur fe foit ramaflée & devienne plus fàcheufe..
- 66. En Angleterre & en Ecoffe, les ouvriers ont imaginé une façon très-
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- particuliers de s’en débarraffer ; elle confifte à ne pas attendre que le feu,fait arrivé au point de faire explofion, ce qui fouvent ferait imprévu & fâcheux pour eux : ils décident cet effet en fe mettant en garde, comme on le juge bien, pendant leur'opération, dont voici “la marche. Un homme couvert de linge mouillé ou de toile cirée, defcend dans la mine tenant à la main une longue perche, dont l’extrémité porte une lumière qui eft affujettie dans une fente; il s’approche de' l’endroit d’où vient la vapeur, en avançant fà lumière; & comme le choc de l’explofion fie porte toujours fur le toit de la mine, qui eft la partie fupérieure des galeries, il fe tient étroitement appliqué fur le plancher, pour fe garantir du choc. La vapeur prend feu furie-champ , détonne avec un bruit femblable à celui du tonnerre ou de i’ar-tillerie, & s’échappe par un des puits. L’ouvrier qui procédé à cette exécution, reconnaît d’abord fi ces vapeurs font rarnaffées en trop grande quantité , parce que, dans ce cas, la lumière de l’ouvrier s’éteint; alors il s’appuie davantage contre terre, avertit fes camarades en criant d’en faire autant. La matière enflammée ne rencontre point ceux qui. ont été les plus prompts à fe conformer au confeil; & ceux qui n’en ont pas eu le tems, font tués ou brûlés. Cette explofion purifie l’air par l’agitation qui lui a été imprimée ; il n’y a plus de danger à fe mettre à l’ouvrage.
- Travaux pour détourner les eaux, Stream-Works.
- 67. Les principales opérations relatives à cette partie des travaux de mines , confiftent à épuifer les eaux dans les endroits où elles incommodent, & à en enlever beaucoup au-dehors : je me fuis permis de comprendre ici ces travaux fous l’expreflïon générale Stream -Works , ufitée dans les mines d’étain en Angleterre. Les machines hydrauliques qu’on emploie pour cela dans ce même royaume, font de même efpece ou fur les mêmes principes que les machines qui ont été décrites fedtion I de cette première partie. Il y a eu vers Eglington, je ne fais dans quelle partie de la Grande-Bretagne , une mine de charbon, dont on tirait les eaux à la faveur d’un moulin à vent, conftruit fans doute comme ceux que j’ai indiqués ailleurs. Les machines ou pompes à feu font particuliérement appliquées à ces grands épuifemens dans quantité de mines de charbon de la Grande - Bretagne ; & l’ufage y eft, que les conftrucfteurs qui viennent procéder à leur établifle-ment, garantirent l’effet de leur ouvrage. A Hartley-Pool , d’où il vient communément du charbon à Londres, il fe voit une machine à feu, dont l’exécuteur & l’inventeur a obtenu un privilège exclufif pour quatorze ans. A Kinfington, à une petite lieue de Londres, on en voit une conftruite par le capitaine Savery, & qui n’a qu’un feul récipient. La plus 'confidérable
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- tft celle de Walker, où les eaux ramalfées à cent toifes de profondeur, s elevent à quatre-vingt-neuf toifes, jufqu’à un percement ou aqueduc de quatre pieds de haut, & de deux cents cinquante toifes de long ; fa puiifance eft livres ; elle a d’elfort à faire 31096.
- g-8. L’application de cet agent extraordinaire pour le mouvement de machines propres à élever les eaux, a été l’objet des Spéculations & des eflais de trois favans (<0 dans trois pays en même tems; mais le génie a prefque toujours hefoin d’être aiguifé, échauffé, éclaira par une néceffité réelle & préfente. L’abondance des mines de charbon de terre en Angleterre, l’impoffi-bilité de chercher le charbon à des profondeurs que les eaux rendent inac-cefïibles, devaient necelfairement piquer l’attention des Anglais plus que celle de toutes les aLltres nations ; car ces machines apportent une augmentation importante dans leur richelîe en charbon de terre : aufîi ce moyen a été particuliérement pour le génie anglais, un fujet de profondes recherches. Les phyficiens de cette nation fe font occupés utilement de calculer les forces, de proportionner les parties de ces machines, de déterminer la quantité de vapeur nécelfaire à leur aclion, &c. Il n’y a pas eu jufqu’à de fimples ouvriers, un féronnier, un vitrier, un jeune potier de Dumfries ou Dumfnries, au comté de Nithifdale^ dans l’Ecolfe méridionale, qui ne puilfent être regardés comme ayant concouru avec fuccès à la. perfection de ces machines ; ce font précifément ces derniers, qui par hafard ont eu la plus grande part aux découvertes qui reliaient à faire pour obtenir d’une pompe à feu tout l’effet qu’on pouvait defirer.
- 69. L’histoire des progrès fuccelîifs de ces machines eft diltinguée en deux époques ; favoir, celle où le premier pas a été fait, & que le médecin Papin a tracée dans la conftrudion de fon digefteur; & celle des véritables conftruétions de pompes à feu, qui permet de les regarder en tout comme une invention angîaife. Pour ne point changer la marche que j’ai annoncée, & traiter mon fujet d’une façon qui préfente en même tems l’hiftoire du char* bon de terre dans chaque pays en particulier, je donnerai ici le détail d’une machine à feu, employée à l’épuifement d’une mine de charbon en Angleterre : le favant dont j’emprunte la defcription (.b ) , ayant en même tems fait exécuter cette machine, perfonne 11’a été plus en état que lui de traiter cette matière, pour laquelle la pratique 8c la théorie demandent abfolument à être réunies.
- 70. En parlant de ces machines à l’article de Liege, je m’en fuis tenu à
- (a) Denys Papin, de la fociété royale (b) Le docteur Defaguliers de la fociété de Londres, & médecin Français; le capi- royale de Londres, dans fon Cours de phy-taine Savery, à Londres ; M. Amontons, de fique expérimentale, traduit en français, l’académie royale des fciences, à Paris.
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- dire uniquement en quoi confifte leur opération ; pour cela il n’était befoin que d’en prendre une idée très-générale, dans le fimple énoncé des principales pièces qui les compofent, en jetant un coup-d’œil fur une pompe à feu : j’ai renvoyé, à cette occafion, à la machine à feu de Frêne, proche Coudé, au Hainaut Français, dont j’ai penfé devoir aufii faire entrer les planches dans cet ouvrage , à caufe de l’avantage que l’on peut retirer de la comparaifon de deux de ces machines. En procédant ici à ce que j’appelle la véritable defcrip-tion de cette pompe, telle que l’a donnée le docteur Delaguliers , j’en retrancherai tout ce qui pourrait en troubler ou interrompre le fil, & en rendre l’intelligence embarraifante à un dire&eur de mine, ou à un ouvrier habile: les chofes doivent leur être préfentées autrement qu'au phyficien, pour lequel le favant auteur a travaillé d’une maniéré digne d’éloge. Cela ne changera rien à l’ordre qu’il a gardé dans fa defcription, qui donne avantageufement à quelqu’un qui n’aurait aucune idée de ces machines, la connaiifance de leur conltruction & de leur uiage.
- 71. La figure 47 & 48 , où fe trouvent quelques-unes des principales parties de la machine, fuffira pour conduire le leéteur comme par degrés, des parties les plus limples aux plus compofées. Et je renvoie à la quatrième fec-tion, les détails explicatifs des autres planches, & des développemens qui leur appartiennent, ainfi que tout ce qui concerne les dimenfions des différentes pièces qui feront portées fous un feul titre. Enfin, en faveur de ceux des lecteurs qui auraient befoin d’explication de quelques termes dans tout le cours de cet ouvrage , j’ai fait entrer dans la table des matières, une efpece de didionnaire des termes de phyfique, de mathématiques & des arts.
- 72. M. Defaguliers commence par examiner fommairement les idées qui fe préfenteraient, en cherchant à remplir l’objet pour lequel on a imaginé la pompe à feu: nous fuivrons la même marche. On veut tirer de l’eau d’un puits ou d’une mine P , à cinquante verges de profondeur, avec une pompe de fept pouces trois quarts de diamètre; & par conféquent la colonne d’eau à élever pefe ( en nombres ronds) trois mille livres. La verge de la pompe z, eltattachée à la chaîne iH, qui elt fufpendue à l’extrémité la plus éloignée de l’arc Hé 29, fixé à l’un des bouts d’une grande poutre b 2, 8/z, qui fe meut autour du centre 8. En joignant à la chaîne HL, attachée à l’autre bout de la poutre, une centaine de cordes dont chacune ferait tirée en-bas par un homme dans la direction L/, 011 réuffirait à ramener en-bas l’extrémité h de la poutre, & par conféquent à en clever l’extrémité oppofée k2: alors la chaîne Hz, fe roulant autour de fou axe, le pifion de la pompe & ia verge feraient élevés dans la direction Pp, ce qui ferait monter une quantité d’eau proportionnelle au corps du pifton, & la ferait couler en P. On pourrait faire cela quinze ou vingt fois par minute, attendu que chaque
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- homme ne pourrait élever que trente livres, de la même maniéré qu’on agite les cloches. Mais Ci l’on 11e veut pas que la mine foit inondée par les fources qui font dans le fonds, on 11a pas de tems à perdre ; il faudrait relever ces cent hommes par cent autres ; & aucune mine ne peut fe trouver allez riche pour défrayer cette dépenfe. Or, en comparant la force d’un cheval à celle de cinq hommes, vingt chevaux employés à la fois fuffiraient ; & comme ils ont plus befoin d’être relayés , il en faudra environ cinquante pour agir coid-tamment, & pour amener l’extrémité h de la poutre feize fois par minute, afin d’avoir le nombre de coups requis dans la pompe : la pefanteur de la verge après chaque coup , abailfant le bout h 2, & l’amenant le long de la tangente i H, cela ferait encore très - frayeux.
- 73. Dans cet embarras, notre favant fuppofe qu’un philofophe vient & imagine le moyen fuivant d’abaifler l’extrémité de la poutre fans le fecours des hommes ou des chevaux. Il attache à la chaîne H L, un jfifton L C, qui entre dans un cylindre de cuivre L, C, d, zz, d’environ huit ou neuf pieds de longueur, & de vingt-deux pouces de diamètre intérieurement i ce cylindre eft Ci bien poli en-dedans, que le pifton C, bien enduit de cuir, peut glilfer dans fa longueur, fans donner aucun palfage à l’air. Il fuppofe que ce grand cylindre de cuivre eft bien arrêté , & qu’il y a un tuyau D d au fond, avec un robinet pour ouvrir ou fermer à volonté le palfage de l’air dans le cylindre. Il fuppofe encore que le philofophe applique en E une pompe pneumatique, laquelle, avec quelques coups de pifton, tire tout l’air qui eft dans le cylindre C d n, fous le grand pifton. E11 ce cas l’athmofphere, avec une colonne qui pefera environ cinq mille huit cents livres, prelfera en-bas le pifton C, dans la .direction LC, vers dn; ce qui abaiifera l’extrémité h de la poutre, & fera monter l’autre extrémité h 2 ; delà réfuitera un coup de pifton( égal à la longueur du chemin que le pifton fait dans le grand cylindre) pour décharger l’eau par la pompe en P. Le robinet étant d’abord après tourné en D,& l’air s’introduifmü dans le cylindre, le pifton fera foutenu contre la preffion de l’athmofphere par l’air qui s’introduira, enforte qu’il n’y aura plus que fou propre poids qui le tienne en-bas ; mais ce poids étant de beaucoup inférieur à celui de la verge de la pompe qui eft à l’autre extrémité de la poutre,cette extrémité h 2 tombera de nouveau, & amènera le pifton vers L; de là 011 pourra l’abailfer encore par une fécondé opération de la pompe pneumatique euE, & produire un fécond coup de pifton. Cela ferait bon fi l’air pouvaitfe •retirer afléz promptement,; mais 011 ne peut évacuer le cylindre que deux fois environ par heure , &(n’avoir en conféquence,que deux coups de pifton, au lieu qu’il en faudrait avoir neuf cents foixante dans le meme tems, parce que, pour ..empêcher l’eau de la mine d’inonder tout, il faut ièize coups paf minute.
- Tome XVL D à
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- 74. Or , on a trouvé une méthode efficace de produire feize fois par minute ce vnide fous le pifton C ; & cela en employant au lieu de l’air, la vapeur de l’eau bouillante (car fon relfort devient auffi fort que l’air).Elle fait autant d’effort que l’air pour élever le pifton C, & elle eft enfuite condenfée & diffipée par une inje&ion d’eau froide (de maniéré qu’elle produit un vuide) en moins de deux fécondés ; & cela s’exécute au moyen de la conftruction-ftii vante, que nous allons décrire.
- Etat de la pompe à féu exécutée pour la mine de charbon de.Griffyprès de Cowventry
- en Warwickshire.
- 7f. Sous le cylindre Lcdn, on arrête un grand alambic B, de la figure DooooAaaa, qui communique avec le tuyau E D d ; un diaphragme nommé régulateur 10 E, gliffant par une plaque en E,. fous le tuyau D d, ou s’en éloignant par le rrfbuvement du manche 10, ferme ou ouvre la communication de l’alambic avec le cylindre, félon le befoin.. alambic étant plein d’eau juf-qu’à la hauteur SB5, on allume le feu en A, pour faire bouillir l’eau, ce qui éleve fur fa furface une vapeur un peu plus forte que l’air, &. feize ou dix-fept fois plus rare: alors (le pifton C étant fuppofé en dn arrêté par la* preffion de l’air) on pouffe le manche 10, de 10 vers 129 pour ouvrir fubi-tement un paffage d’environ quatre pouces à la vapeur qui, fortant de IV-lambic, entre dans le cylindre, où agiffant fous le pifton > elle le foutient autant qu’aurait fait l’air ordinaire ; & contrebalançant la preffion de l’athmof-phere en-bas fur le pifton, elle laide la liberté à la. verge de la pompe qui eft. fufpendue du côté oppofé de la poutre, de defeendre pour produire un coup de pifton.
- 76. Lorsque le grand pifton eft monté jufqu’en C ou un peu plus haut ©n pouffe en arriéré le manche 10, vers O, la plaque du régulateur E arrête toute communication, enforte qu’elle empêche qu’il n’entre plus aucune vapeur dans le cylindre. Alors on éleve le levier OI, qu’on défigne par la; lettre F, enforte qu’il faffe tourner, par le moyen de fes dents, la clef du robinet £ injection en N.. Ce mouvement laide paffer l’eau du réfervoir d'injection gr par le tuyau gM N; il fe fait un jet d’eau froide par n, contre le bas du pij'~ ton, qui éparpillant les gouttes d’eau dans tout le cylindre ^ condenfe la vapeur & la fait redevenir eau. Son. volume devient quatorze mille fois plus petit que dans l’état de vapeur; ce qui produit un vuide fuffifant pour faire agir la preffion de Pathmolphere qui n’eft plus contrebalancée, & pour élever l’autre bout de la poutre avec fa pompe qui décharge l’eau en P. Cette opé-> ration fe fait dans deux fécondes, ce qui revient au même que fi une machine pneumatique pouvait dans cet efpace de tems tirer l’air du cylindre., On ferme le robinet d'injection, & l’on ouvre le régulateur pour laiffer entrer la.
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- vapeur jufqu’au piflon avant qu’il defcende affez bas pour écrafer le tuyau dt & il s’élève de nouveau vers L, qui eft une coupé pleine d’eau, dont ou expliquera ci-après l’ufage ; de là on le fait de nouveau defcendre en ferthaut le régulateur, & ouvrant le robinet d'injection comme auparavant, &c. enfcrte qu’un homme ouvrant & fermant alternativement le régulateur 10E, Sç le robinet dinjection N, peut faire produire à cette machine feize coups par minute.
- 77. Tel eft letat préfent de la machine à feu, extrêmement fimple & intelligible, où l’on produit tout d’un coup une force immenfe, pour faire agir des pompes ( car le mouvement ferait précifément aufli aifé quand l’aire du cylindre ferait dix fois plus grande), en faifant Amplement tourner alternativement deux robinets : cependant un homme qui ne connaîtrait pas cette machine, & qui la verrait pour la première fois, pourrait s’imaginer qu’elle eft fort compofée, vu le nombre des parties qui fe préfentent tout-à-coup à fes yeux. aMais on doifbien diftinguer ici ce qui forme les opérations effentielles de cette machine , & ce qui n’eft que pour la convenance & pour mieux régler fes opérations ; car on n’emploie pas la centième partie de la force dans cette machine ( telle que celle de Grijj\ dont on parle ici, & qui travaille depuis plus de vingt ans ), ni la millième dans les plus grandes machines à feu, pour tourner les robinets & régler tous les mouvemens, comme 011 le verra lorfqu’on expliquera chaque piece par ordre ; premièrement fur cette figure 1 , relative à l’état préfent, & enfuite fur les figures qui repréfeutent fucceflivement toutes les parties de la machine , & la maniéré dont ou les voit toutes enfemble.
- 78. i°. Comme il faut toujours avoir de l’eau dans le réfervoir g, pour faire l’mjedfion dans la vapeur & la condenfer, 011 a fixé un arc à la poutre auprès de h 2, qui porte une chaîne avec une petite verge de pompe k, laquelle tire l’eau d’un petit réfervoir auprès de l’entrée du folfé, ( ce ré-fervoir eft entretenu par une partie de l’eau qui s’élève en P ) & la contraint de monter par le tuyau m m, pour entretenir le réfervoir d’injeétiou. toujours plein.
- 79. 20. Comme le pifton C, qui fe meut en haut& en bas dans le cylindre, ne doit donner aucun paifage à l’air, on doit maintenir dans l’humidité Vanneau de cuir ou autre piece qui l’environne, afin qu’elle foit toujours enflée par l’eau. Il tire cette eau de h. fontaine d injection par un petit tuyau qui coule toujours en-bas fur le pifion, mais en très-petite quantité fi l’ouvrage eft bien fait. L eft une coupé de plomb, dont la fon&ion eft de contenir l’eau qui eft fur le pifion ; autrement elle s’écoulerait par-defliis , lorfque le piflon eft à fa plus grande hauteur dans le cylindre , comme en W : mais en même tems fi la coupe eft trop pleine, l’eau s’échappera par le tuyau L V. dans le puits vuide y.
- D d ij
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- go. 3 °. Comme l’eau dans Yalambic B , doit diminuer par degrés, à me-fure qu’elle s’exhale conftamment en vapeurs , & que ces vapeurs en fortenfc continuellement pour mettre la machine en mouvement, il faut conftamment fournir de l’eau nouvelle à l’ébullition. Cela fe fait par le moyen du tuyau F/, d’environ trois pieds de longueur , lequel defcend d’environ un pied au - delfous de la furface S de l’eau dans Y alambic , ayant un entonnoir F au-deffus, toujours ouvert & entretenu par le tuyau 'W', qui fournit l’eau du haut du piflon, laquelle a l’avantage d’être toujours chaude, & par con-féquent de ne pas arrêter autant le bouillonnement de l’eau , que Ci elle était entièrement froide.
- 81. 4°. Comme Y alambic rifque de fe brûler , Ci l’eau en bouillant fe diffipe trop vite, & fi fa furface defcend beaucoup au-deflous de
- qu’au contraire fi on l’entretient trop , on n’aura pas le moyen d’avoir au-deffus de l’eau une quantité fulfilante de vapeurs , ona placé deux tuyaux, d'épreuve dans la platine G,. laquelle platine s’ouvre par occafion lorfqu’il faut qu’un homme entre dans l’alambic. L’un de ces tuyaux a fon extrémité inférieure placée au-deffus de la furface de l’eau, & l’autre a fon extrémité inférieure plongée dans l’eau : la fonction de ces tuyaux eft d’indiquer fi la furface de l’eau eft trop haute ou trop baffe, ou fi "elle eft exactement dans la ligne S s y car alors en ouvrant le robinet du plus court, il ne donnera que delà vapeur j & en ouvrant celui du plus long * il. ne donnera que de l’eau. Mais fi les deux robinets donnent de la vapeur, l’eau eft trop baffe dans l’alambic 5 & s’ils donnent tous deux de l’eau, elle eft trop haute. On y remédiera en ouvrant affez h robinet nourricier du tuyau eu V, pour entretenir l’alambic, enforte que l’eau n’y foit ni trop baffe ni trop haute.
- 82. 50. Comme il Ce fait une injection d’eau froide dans le cylindre à chaque coup, cette eau pourrait, avec le tems, remplir le cylindre & empêcher l’opération de la machine j c’eft pourquoi on y a foudé au fond du cylindre, un fécond tuyau d T y , qu’on nomme rameau dd évacuation , par lequel l’eau d’injection s’échappe lorfque la vapeur entre dans le cylindre. Ce rameau déévacuation eft un ou deux pouces fous l’eau dans le puits y & il a fon extrémité tournée en-haut & fermée par une foupape y , qui empêche que l’air ne preffe en-deffus dans le rameau, & qui permet à l’eau d’injection d’en fortir pour fe décharger : par ce moyen, le cylindre refte toujours vuide.
- 83. 6°. Si l’homme qui fait tourner le régulateur en E, & le robinet d'in-jeclion N, lorfque le pifton defcend, ouvre le régulateur & laiffe entrer trop tôt la vapeur pour élever le piflon une fécondé fois, le coup fera plus court qu’il ne doit être* & s’il n’ouvre pas le régulateur affez tôt, le pifton de£ tendant avec une force prodigieufe, heurtera probablement, contre le petit.
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- tuyau D d en d, 8c le mettra en pièces. De même , lorfque le régulateur eft ouvert, la vapeur entrant dans le cylindre & lepijlon s’élevant, le coup n’aurait pas toute la longueur fi la vapeur était détournée, & Ci l’injection de l’eau froide fe faifai't trop tôt 5 ou fi elle fe faifait trop tard, la vapeur poufferait le pijlon tout-à-fait hors du cylindre au fommeten L. Ainfi, pour prévenir tous ces accidens, ceux qui ont perfectionné cette machine, ont trouvé le moyen de faire enforte que la machine elle-même ouvrît & fermât le régulateur 8c le robinet d'injection au tems & au lieu convenables. Cela fe fait en fixant un autre arc vers A, d’où part une chaîne qui porte une petite poutre ou coulijfe perpendiculaire, dont on voit une partie en Qj laquelle s’étend à travers le plancher, au-deiTous de la bafe du cylindre, & qui eft guidée en paflànt parle trou fait au plancher , où elle entre jufte. Cette piece ayant une fente ou coulilfe & plufieurs pointes , donne le mouvement aux dilférens leviers qui ouvrent & ferment le régulateur & le robinet d'injeclion aux tems convenables, comme on lé verra mieux, dans la defeription partf-culiçre que nous en donnerons ci-après..
- 84- Afin que la vapeur ne devienne pas trop forte pour Calambic & ne le brûle pas , il y a une foupape placée en b avec un fil d’archal qui lui eft perpendiculaire , pour y placer des poids de plomb, félon la force de la vapeur que l’on veut avoir ; enforte que, fi elle eft plus forte qu’on ne veut, elle puilfe lever la foupape & fortir ; on l’appelle ordinairement cliquet ou ventoufe. Lorfque le régulateur en D eft fermé, toute la vapeur eft contenus dans l’efpace SD s ; & alors, comme M. Beigthon l’a trouvé , la machine travaille bien s’il y a le poids d’une livre fur chaque pouce quarré de la ven-toufe b, ce qui fait voir que la vapeur eft d’un quinzième plus forte que l’air ordinaire. Mais comme la hauteur du tuyau nourricier, depuis- l’entonnoir F, jwfqu’à la furface S s de l’eau , n’eft pas de trois pieds , trois demi-pieds d’eau étant égaux à un dixième de la prefiîon de l’athmofphere, fi la vapeur était un dixième plus forte que l’air , elle poufferait l’eau en - dehors vers F ; 8c puifqu’elle en le fait pas, elle ne peut pas être plus forte que l’air même lorf-qu elle eft le plus contrainte^ J’ai fupprirné le n°. 8 , qui eft étranger au plan de ma defeription.
- 99. Lorsque 1 v régulateur eft ouvert, la vapeur donne un coup au pifton en - delfous , & il s’élève un peu; enfuite la vapeur occupant un plus grand efpace , elle fe met en équilibre avec l’air extérieur, & ne fait que foutenir le pifton ; mais le poids excédent de la verge des pompes du. côté oppofé de la poutre h 2 , tire en - haut le pifton au - delà de C , jufqu’en La vapeur étant alors répandue jufqu’à remplir tout le cylindre ,11e pourrait plus fupporter le pifton fans le poids excédent dont on vient de parler. Si sela n’était pas vrai, lorfque l’extrémité h % eft aufli bas qu’elle peut letre.,,
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- & qu’elle celle d’agir fur la poutre qui porte Ton centre , la chaîne LH, au-deffus du pifton, deviendrait lâche , & le pifton ferait quelquefois pouffé hors du cylindre, ce qui n’arrive jamais. De plus,lorfque la vapeur commence à entrer dans le cylindre , elle pouffe en - dehors l’eau d’injeétion par le tuyau d’évacuation dT Y, & cette eau eft toute hors du cylindre pendant le tems que le pifton mente vers C. Si donc la vapeur était plus forte que l’air , elle fortirait après l’eau par y, la foupape n’étant pas plombée 3 ce qu’elle ne fait jamais.
- 86. io®. Comme il y a de l’air dans toute l’eau d’injecftion, & qu’on ne peut pas tirer cet air ou le condenfer avec la vapeur par l’injecftion d’eau froide qui entre dans le cylindre en n, toute l’opération doit être dérangée, & il ne doit fe faire qu’un vuide fort imparfait 3 mais on a inventé le moyen de faire fortir cet air , & il fort effectivement : voici comment. On doit fe relfouvenir que,lorfque la vapeur eft devenue aufli ‘forte que l’air, elle eft plus de feize fois plus rare 3 enforte que l’air doit s’y précipiter comme le vif-argent dans l’eau. Ainfi tout l’air détaché de l’eau d’injection", refte au fond du cylindre au-deffus de la furface d’autant d’eau d’injection qu’il en vient k d n. Maintenant il y a hors du cylindre en 4, une petite coupe avec une foupape , & du jâeffous de la foupape , un tuyau qui vient latéralement dans le cylindre au-deffus de fon fond, pour recevoir l’air dans la coupe, lequel à chaque ouverture du régulateur eft pouffé en-dehors dans cette coupe, & fort par fa foupape lorfque la vapeur la pouffe avec une force plus grande que celle de l’air, ce qui fait fortir tout l’air du cylindre. La vapeur cependant ne fuit pas, parce qu’étant alors devenue plus faible que l’air, comme nous l’avons fait voir , l’air extérieur étant plus fort, ferme le cliquet en 4 N B : ce cliquet fe nomme cliquet reniflant, parce que l’air, en le traverfant, fait un bruit femblable à celui d’un homme enrhumé.
- Différences de qualités dans les charbons d'Angleterre.
- 87. La fupériorité attribuée unanimement au charbon qui vient de New-caftle, lui donne naturellement la première place dans l’efpece de revue que nous allons faire des-charbons d’Angleterre, fur lefquels il nous a été pof-iible d’avoir des renfeignemens.
- Des charbons de Newcaflle, & de ceux qui font dune qualité approchante.
- 88. Le terrein de Caftle-Moor & de Caftle-Field, d’où fe tire le charbon •de terre, proche Newcaftle, fert de commune aux habitans pour le pâturage du bétail 3 & pour y extraire du charbon & de l’ardojjfe 3 il forme une
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- étendue de deux milles de long fur un mille de large 5 on y voit des puits-de fept pieds de diamètre & de cinquante toifes de profondeur. En fix ou le^t heures de tems , on extrait d’une mine depuis vingt jufqu’à vingt-cinq paniers pefant feize quintaux de cent douze livres chaque. Le charbon des environs de Newcaftle fe vend communément, rendu dans les magafins, depuis douze jufqu’à quinze chelins le chaldern , félon fa qualité. Le chaldern de charbon de Newcaftle , mefure de Londres, pefant environ deux mille trois cents livres, revient à Londres au propriétaire d’une mine , tous frais faits , à treize chelins. Celui de bonne qualité s’emploie avec avantage dans les verreries j celui qui eft pierreux refte pour chauffer le fourneau de la machine à feu , & fe vend à bas prix.
- 89. On a vu, dans notre première partie, les différentes elpeces de charbons que donnent les mines de ces environs : nous allons achever de les faire connaître ici dans toutes leurs circonffances. Le charbon de Newcaftle contient beaucoup de matière pyriteufe, & lailfe en fe confumant, une fcorie où l’aimant fait découvrir du fer ; la maniéré dont il fe coagule au feu, y annoncé auffi une bonne partie de bitume ; c’eft ce bitume qui, en fe liquéfiant par la chaleur, remet ce charbon en maffes, croûtes ou gâteaux , cake of coals, d’où on l’appelle auffi caking coal. Un autre phénomène qui lui. eft éminemment particulier dans fa combuftion, c’eft fa durée au feujilfe confume fi lentement, que pour exprimer cette propriété, on dit communément, quil fait trois feux. Nous donnerons la raifon de cette qualité , lorf-que nous confidérerons dans la quatrième feâ;ion,tous les phénomènes de ]a_combuftion des charbons de terre, & les induéfions qu’on peut en tirer pour juger de leur qualité.
- 90. Le charbon de Newcaftle éteint lorfqu’il n’eft confume qu’en par^ tie, s’appelle communément fraijje, fraifi, peut-être du mot anglais to free{e, refroidi, durci par le froid. Ce même terme frefil, frafil, frafin, a paffé aux charbonniers de bois j ils appellent ainfi les charbons à moitié brûlés & con-fumés : il parait cependant que, dans l’expreffion anglaife , on comprend' auffi affez fou vent, foit la totalité de la cendre qui réfulte du charbon brûlé, foit la cendre légère dont le charbon fe couvre lorfqu’il s’éteint avant d’être détruit en entier. J’aurai occafion de m’étendre davantage fur ces braifonS' ou frafils, appellés généralement ailleurs cinders, qui font ce que les Liégeois nomment crahays.
- 91. Quoique le charbon de Newcaftle foit plus léger que celui d’Ecolfe , il eft meilleur ; & l’on a coutume, pour plufieurs ouvrages, de marier ces deux charbons enfemble, chacun employé feul ne faifant pas fi bien. Par cette raifon, le charbon d’Ecolfe & tous ceux que l’on croit en général' pouvoir, comparer à. celui de Newcaftle, feront examinés à. lafuite de-ce.’
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- premier, avant les bharbons des autres provinces. Celui de Sheffield, dans le Northumberland, eft à peu près de même nature ; il eft cependant moins bitumineux. La mine de Witte-haven, ainfî que celles de Wars , de Haring, de Mariport, donnent une efpece qui paraît en approcher ; 011 ne l’eftime cependant pas autant : peut-être cela dépendrait - il des deux qualités que nous avons obfervées qui fe vendent à Witte-haven ; c’eft avec le charbon de ce dernier endroit qu’ont été faits les premiers elfais decoaks, dont nous parlerons tout à l’heure : ces mines produifent chaque jour mille , tonnes (a). Le charbon de Worfely en Lancashire, eft beaucoup moins bitumineux. Celui des environs de Briftol, fe colle au feu comme celui de Newcaftle.
- Maniérés particulières d'apprêter les charbons de terre pour divers ufages.
- 92. On eft en général plus que raifonnablement prévenu fur la fumée qui s’exhale du charbon de terre lorfqu’il s’allume; il eft certain que cet inconvénient marqué dans le plus grand nombre de charbons, eft contraire à beaucoup d’opérations. Le charbon Gallois en eft exempt : ce qiii le fait eftimer des braifeurs, pour fécher le malt ; mais on ne peut fe procurer ce charbon dans tous les endroits où on fait la bierre. La néceftité, mere de l’induftrie.., a vraifemblablement donné la première idée de fe fervir, pour le même objet, d’autre efpece de charbon ayant déjà produit une partie de fon effet au feu, & .réduit dans l’état appellé à Newcaftle fraifil; il n’étàit queftion que de préparer de cette maniéré une grande malfe de charbon, c’eft-à-dire, de lui faire efïuyer au préalable un degré de chaleur fuftifant pour épuifer la fumée, fans le priver de toute fa qualité combuftible. L’opération ufitée pour faire du charbon de bois, a fervi naturellement de guide & de modèle. La première defeription qui ait paru de ce procédé, fe trouve dans Swedemborg 9(b) tom. Il, page 161 (c ) ; elle 11e répond point à ce que ce lavant écrivain annonce dans l’intitulé (d), où le limple grillage du charbon eft confondu avec la calcination. De plus, ce foffile fournis à .faction ménagée du feu, & que l’auteur appelle alors cinders, ne fe trouve
- ( a ) La tonne ou le tonneau ( T UN ) eft une mefure évaluée du poids de deux mille livres ou quatorze quintaux, & davantage dans quelques endroits.
- ( h ) Emman. S wedemborg. Regnum fuh-terraneum Jive minérale de ferro , Çsfc. cum figuris ancis. Drefd. & Leipf. 1734..
- ( c ) Paragraphus XII, Modus venani „toquendi, ferrumque crudum rccoquendi
- Angliœ , pag. i;4,tom. II.
- ( d) Maniéré de torréfier en Angleterre les charbons de pierre , & de leur faire ef-fuyer un feu de calcination, qui les prive de leurs foufres fuperflus. Voyez page 97 de la quatrième fedion de Y Art des forges & fourneaux à fer, traduit par M. Bou-chu, correfpondant de l’académie.
- point
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- point calciné, puifqu’il eft encore inflammable après l’opération. Mais quel-qu’imparfaite & quelque défeétueufe que foit cette méthode, telle qu’elle était dans fa naiflànce , je vais la donner ici fous un titre général qui lui convient mieux, & je l’accompagnerai de ce que j’ai pu raflembler de relatif à cet apprêt en Angleterre.
- Des charbons de terre étouffés & torréfiés au feu.
- 95. On donne à un grand tas de charbon une forme de pyramide, dont le bas eft formé par les plus gros morceaux: en arrangeant ainfi les charbons à une hauteur convenable, 011 laide dans un milieu le vuide qu’011 emplit de menu bois fec, facile à s’allumer, de maniéré que le feu gagnant petit à petit de tout côté en brûlant d’abord le milieu , va enfuite exercer «on activité fur le contour du bûcher. O11 obferve ce qui fe pafle dans cet em-brafetnent, afin qu’il s’étende également. Lorfqu’on s’apperçoit que le feu eft trop fort dans un endroit, & que les charbons paraiflent fe perdre en étincelles , ou fe réduire en cendres , on couvre fur-le-champ cet endroit avec de la terre ou toute autre chofe en pouffiere, qui bouche exactement cette place. Par ce moyen on ralentit le feu, 011 l’empêche de s’étendre, d’agir en liberté & avec toute fa force fur toutes les parties du bûcher, ce qui réduirait les charbons dans un état qui ne leur permettrait plus d’être enfuite combuftibîes. Enfin, la flamme éteinte & le feu appaifé, les charbons fe trouvent également brûlés tout autour. Pour les éteindre plus Purement, on les couvre de pouffiere, & on ferme au feu toute iffue. Quand le tas eft entièrement refroidi, on le découvre en ôtant la terre & la poufiiere.
- 94. Ces débris de charbon ainfi calciné & privé de fon phlogiftique, réduit en braifons ou petites miettes grifes, cendrées , très-poreufes 8c folides, font employés à échauffer les étuves du malt} & par la même raifon qu’ils ne peuvent plus donner de fumée, quelques perfonnes s’en fervent pour échauffer leurs appartemens. Je tiens de feu M. Jars, que l’efpece de charbon la plus favorable pour être foumife avec fuccès à cette opération, eft celle qui le trouve au milieu des veines, telle que le charbon nommé dans les mines d’Ecoffe clorl coalfA en eft auffi deux efpeces, le top coal ou le fomniet du charbon, & le felling coal, qui fe convertilfent féparément en coaks.
- 9f. Je ferais porté à croire que ces coaks 8c ces cinders ou fraifils peuvent être diftingués comme ayant différens degrés de torréfaction; c’eft du moins l’idée que j’en ai prife, fur ce que m’en a dit cet académicien: il avait remarqué que le coak réfultant du clod coal, devenait plus léger & était moins noir que les cinders, & que le coak du top coal, ainfi que du felling coaf approche des cinders très-poreux : voilà donc deux différences clairement éta-Tome XVÏ. _ E e
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- blies. Lorfque je rapporterai dans la quatrième fection. l’application heureufe que ce fcvant a faite de cette méthode anglaife fur les charbons de Rive-de-£ier, pour fondre la mine de cuivre de S. Bel en Lyonnais, je traiterai en particulier de ces charbonnières, afin de fixer fur cet objet des réglés & des principes que je crois néceifaires pour en mieux affiner la réuffite.
- 96. Les charbons de terre ainfi apprêtés, font aujourd’hui, dans quelques parties de l’Angleterre, adaptés avec avantage à plusieurs opérations métallurgiques. M. Jars, îorfqu’il fut dans ce pays, compta jufqu’à neuf fourneaux (a) occupés à ce grillage; les plus grands contiennent un chaldron & demi, mefure de Newcaltle (b): les autres n’en contiennent qu’un; on ne le remplit jamais. Le déchet du volume des charbons, après cette opération, elf évalué à un quart environ, félon la qualité du charbon qui a été employé : auffi les cinders fe vendent à Newcaftle un tiers de plus que le charbon à volume égal. En 1729, on tenta en Angleterre de fondre de la mine de fer avec le charbon de terre apprêté d’une autre façon. M. Swedemborg, qui en rapporte le procédé ( c) , dit que ce fut à trois milles de "Witte-haven que l’expérience fut faite fur de la mine de fer du duché de Cumberland. Nous rapporterons ici tout au long la defcription de l’auteur, & les réflexions qu’il y a ajoutées.
- Tentative faite en Angleterre pour fondre la mine de fer dans des fours de réverbere avec des charbons de pierre.
- $7. La mine de fer fut écrafée & réduite en poudre comme du fable, & les charbons furent pulvérifés fous une meule: cela fait, on mit dans un fourneau de réverbere le mieux établi & verfé qu’il fut poffible, huit mefures ou cent foixante & douze livres ( d ) de la mine réduite en poudre ; en huit ou dix minutes, elle fut grillée ou calcinée. On éprouva que des huit mefures il en refta fix & demie ou cent quarante-quatre livres ; on y mêla une demi-me-fure d’autre mine : le tout enfemble pefant alors cent cinquante-quatre livres, fut mis en poudre fine fous une meule ; on prit en même tems quatre cinquièmes d’une mefure, ou trente - trois livres de charbon de pierre , & une niçfure de terre à potier, qui furent mêlés & pétris exa&ement avec deux féaux
- (a) Il n’eft point déraifonnable de pré- huit chaldrens de Newcaftle font quinze fumer qu’on entend par ce mot, comme mefures de Londres, pour le charbon de bois, la maffe de (c) Page 160 , tome II. On en peut voir charbon de terre arrangée de la maniéré la traduction dans la quatrième fection des qui convient pour être torréfié. forges & fourneaux à fer.
- ( b ) Le chaldron ou chaldern de New- ( d ) Ce qui annonce une mefure de vingt-caille eil différent de celui de Londres ; une livres & demie.
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- d’eau, & la maffe de cent cinquante-quatre livres qui était reliée, pour réduire le tout en pâte.
- 98. Alors on la mit au fourneau de réverbere, & ayant été étendue par-tout fur l’aire, on donna le vent en ouvrant les régi lires ; on la laifla l’efpace d’une heure quarante minutes fans avoir ouvert la bouche du fourneau qu’une fois : la mine fe trouva au bout de ce tems liquéfiée par ce feu caché , & elle était ralfemblée en une malfe groffiere; elle fut enfuite retirée de ce gouffre & battue avec des morceaux de bois pour en féparer les fcories & autres matières étrangères ; après quoi 011 la remit au même foyer pendant une demi-heure, afin de mieux détruire par plulieurs fois à l’a&ion du feu fes parties vicieufes , & de pouvoir la battre fous un marteau de trente-cinq livres de poids, & la mettre en barre. Ce fer ainfi chauffé lé trouva être mou, & les coups de marteau y entraient profondément. On avait employé à toute cette opération un peu plus que huit mefures & demie , ou cent quatre - vingt - fept livres de charbon.
- 99. Tandis que j’en fuis fur l’article de l’indudrie anglaife pour faire fervir à plulieurs ufages le charbon de terre, je parlerai d’une autre efpece d’invention qui appartient encore à cette nation (a'). A la vérité, ce 11’ell point précifément ce foffile qui fert à la fabrication que je vais décrire , mais c’ell une fubftance qui fe trouve dans fes mines , & qui vraifemblable-ment en différé très-peu; & une bonne efpece de charbon pourrait êtré traitée de même, pour en tirer de la poix, du goudron & de l’huile. Je commencerai par ellàyer de faire connaître cette pierre qui, dans l’ouvragé dont j’emprunte ce détail (b), n’ell pas défignée autant qu’elle aurait dû ou qu’elle aurait pu l’être. M. Liller dit feulement que c’ell une pierre noirâtre du Shropshire; il ajoute qu'elle fe trouve au - deffous de prefque toutes les mines de charbon dans le Brojely, dans le Bently, d'ans le Pitchford 8c autres endroits des environs; il obferve que dans cette partie cette fubftance eft par couches, qu’elle a quelqu’épaiifeur, qu’elle eft poreufe, & qu’elle contient une grande quantité de matière bitumineufe alliée à des matières pierreufes ou graveleufes. Ces circonftances, auxquelles il manque l’indication plus précife de la place que cette matière occupe dans les mines de charbon , annoncent quelquejlratum fchilteux de l’efpece de ceux dont nous avons donné ci - devant la delcription d’après M. Mendés d’Acofta : peut-être même ferait-ce auffi quelque banc de la veine, comme le flipper coal ou femelle du charbon, ou quelque floor, c’ell-à-dire , quelque couche qui lui fert de plancher : voici le procédé de cette fabrication de goudron foffile.
- 100. On broie cette pierre à force de moulins qui fe meuvent par des
- ( a) Inventée par M. Ele.
- (6) TranfaM. philofoph. ann. 1697, 228» art- 9*
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- D Ü CHARBON DE TERRE
- chevaux, tels que ceux qu’on emploie à moudre les pierres à fufil pour faire des glaces de miroir ; on la jette dans des chaudières de cuivre remplies d’eau , & on les fait bouillir : cette ébullition fond & diifout une partie bitumineufe qui fumage, & les matières graveleufes ou pierreufes tombent au fond de l’eau : l’huile qui fumage étant raffemblée & égouttée, prend la confiftance de poix s elle eft employée fur les vaiffeaux & à d’autres ufa-ges de la marine. On a remarqué dans les eifais qui en ont été faits fur plufieurs bateaux, qu’au lieu de fe gerfer comme la poix & comme le goudron ordinaire, celle-ci conferve toujours fon liant & fa douceur, ce qui empêche les vers de s’introduire dans le bois des vailfeaux pour lef-quels, on s’eft fervi de cette poix minérale. On a auffi diftillé de cette même pierre une huile dont la médecine pourrait tirer quelqu’avantage : j’en parlerai dans la fe&ion IV, à l’article deftiné à faire connaître toutes les propriétés du charbon de terre pour tous les arts, & en particulier pour celui qui s’occupe des moyens de guérir ou de foulager les maladies. L’acide de cette huile diftillée , mêlé avec la première qui ne l’a pas été, devient moins épaiffe que le goudron, & ces deux matières font employées aux mêmes ufages que la première.
- 101. La planche XVII, copiée fur celle des Tranfaélions philofophiques, repréfente tout ce qui a rapport à ces différentes fabrications. A A, riviere de Severne, venant du côté du nord ,& coulant vers i’oueft. B B, montagne ou rocher dans lequel font les mines de charbon. C, C, C, mines d’où 011 tire ces pierres. D, magafin où l’on apporte ces pierres. E, E, E, trois moulins qui fe meuvent par des chevaux pour mettre ces pierres en poudre. f-> /> /»/»/» /» fi fyfyfi f» fi chaudières dans lefquelles on fait bouillir les pierres. G, laboratoire où fe diftillé l’huile. H, H, H, chemin des mines de charbon à la riviere de Severne. J, un puits qui fournit de l’eau au s chaudières.
- Qualités de charbons d'autres endroits de* £ Angleterre , de £ Ecojje & de l'Irlande,
- 102. Province de Merde. Il y a des provinces méditerranées , où le charbon fait un feu très-clair; mais il fe eonfume plus promptement que celui de Newcaftle & de Sunderland, nommé communément Sea coal, Carbo MaAinus, parce qu’il vient par mer: tel eft celui de Stafford, qui, lorf-qu’il eft une fois allumé, fe eonfume très-promptement. Quoique voifin de Newcaftle, le charbon qui en vient n’eft pas tout-à-fait auffi bitumineux ; il eft cependant d’une affez bonne qualité. Néanmoins celui de Wedneysbury Cvoyei première partie) dure long-tems au feu , & 11’a jamais befoin du foufflet. La cendre en eft blanche ; mais elle eft dépourvue de fels, ce qui
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- fait qu’elle n’eft d’aucun ufage : ce charbon n’en eft au furplus que plus excellent pour le feu, fur - tout pour les ouvrages de fer & de clincail-lerie.
- 103. Le Glocefter , dont j’ai parlé première partie, a auffi à Mangerfield, à Weflerlet, beaucoup de mines de charbon de terre. On remarque comme une lingularité, que le fraifi àè ce charbon repahc au feu après avoir été employé à la fonte, donne une grande quantité de fer. Ce métal eft-il particulier au charbon '{ Cela n’eft pas impoffible , par ce que nous avons dit ailleurs, d’autant que cette province abonde en riches mines de fer & d’acier , dont le travail emploie quantité de forges & de martinets qui ont prefque ruiné la grande forêt de Déan. N’eft-ce que du fer refté dans ce fraifipar la négligence des fondeurs, ou qui y a été retenu par la qualité particulière de ce charbon ? Eft-il développé par faction de l’air, dont ce fraifi a été imprégné de nouveau ? Nous laiifons aux chymiftes l’examen de ces queftions curieufes.
- Province de Wetfex,
- 104. De tous les charbons qui fe trouvent dans le Sommertshire , province maritime d’Angleterre, celui des Meudip-hylls ou Montagnes de Meudip , Montes minarii , palfe pour avoir le plus de force. En quelques endroits le charbon eft difpofé comme une muraille, dans d’autres il eft plus fuperficiel, tantôt plus étroit, tantôt plus large ; mais il ne forme qu’une mafie, & il contient du plomb pur. Du côté de From-Schrood, dans le voifinage de la riviere de From, il s’en tire*, au rapport de Cambden', une elpece dont les maréchaux fc fervent pour amollir le fer, c’eft-à-dire , félon toute apparence, comme ayant cette propriété plus éminemment qu’un autre ; car tout charbon produit cet eifet à un feu violent.
- 105*. Le Pembrockshire, province occidentale & maritime, & le comté de Glamorgan au pays de Galles , font remarquables pour leur chauffage, dont j’ai parlé ailleurs ; mais fur-tout pour le charbon qu’on y emploie , appellé culm, parles Allemands Kolm. Il eft principalement en ufage chez les grands & chez les gens riches, fur-tout vers Milford-Haven. Boyer, dans fon dictionnaire anglais , définit le culm une forte de charbon de terre dont fe fervent les forgerons.
- 106". M. Wiedman, chymifte Allemand , dit qu’il fe trouve de ce charbon Kolm dans l’ardoife lumineufe de Maetorp à Willingue en Weftgothie, & le regarde comme uni avec une plus grande quantité de terre argilleufe , & fon acide vitriolique femblable à celui du charbon de terre ardoifé, SCHIEFER STEIN. Le même auteur obferve qu’il eft le plus mat quand on le caflè, qu’il fait flamme en brûlant, qu’il 11e fe confume point, & qu’il laiife autant de fcories
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- que celui qui n’eft pas brûlé (a). La maniéré de l’employer n’eft autre chofe que de le fabriquer à la maniéré Liégeoife, en en mêlant .deux tiers avec un tiers de terre grade, mud(b), & formant le tout en grolfes boules après l’avoir pétri i ce charbon fait alors un feu excellent, agréable & de durée , qui, malgré l’humidité que lui a donné l’apprèt qu’on lui a faitfubir , eft prefque fans fumée (c). Il eft aufli le meilleur de tous , foit pour brûler de la chaux , foie pour fécher l’orge & pour faire la biere ; à cet égard il eft d’une grande utilité.
- 107. Dans la partie feptentrionale de l’Angleterre , qui eft VEcoJ/e,^ province maritime & méridionale de Lotkiane, vers la mer du Nord , près la barre de Fort 8c le comté de Fife, près de la mer, entre le golfe à'Edimbourg ou Fyrth ofForth, & la barre de Tay ou Tay-Forth, abondent principalement en mines de charbon. Si 011 en excepte un petit nombre, il y eft par-tout de l’efpece appelée hangingcoal, c’eft-à-dire couché de biais, qui eft réputé le meilleur. Dans levoifinage du château de Tkorton ,à quelques milles àdlnmrwlck, il y en a de très-bon.
- Jtog. Le charbon d’Ecofle, qui eft plus bitumineux que pyriteux, dure très-peu i en tout il brûle agréablement avec peu de fumée, fait un feu bien plus clair que celui d’Angleterre s mais il n’eft pas 11 bon pour la forge , quoique les Ecoifois s’en fervent à cet ufige & pour faire leur fel i ils en font un très-grand négoce hors de chez eux. Le charbon de la belle mine de Carrm au comté de Sterling, 8c dont j’ai parlé à l’article de l’exploitation 8c des falaires des ouvriers , nefe confomme point dans le pays i 011 l’envoie à Londres, où il eft préféré à celui de Newcaftle pour les appartemens. Celui que l’on tire de la campagne à l’occident du bourg de Brora, lieu principal du Sutherland, fitué à l’embouchure de la riviere du même nom , eft employé particuliérement à cuire le fel. Les charbons nommés fcoth blyth, font ainfi appellés du port où on les charge.
- 109. A deux ou trois milles au nord-oueftde Bruton, à moitié chemin du bourg de Shepton-malLet, on trouve des mines au village à'Everiche, de l’autre côté de Bruton au fud, à trois ou quatre milles de diftance près du bourg de Wlnecaunton ; mais le charbon en eft dangereux dans PuPage , & les mines en font abandonnées. Celui deKinneil 11e colle pas au feu ; ilfe cafte.par lames & eft inférieur pour la forge au charbon de Newcaftle ; il eft moins fumeux, donne une flamme plus claire & une braife plus ardente, qui fe réduit toute en cendres, ce qui le rend propre pour les feux d’appartemens.
- ( à) Voyez EJJai dune nouvelle minera- de clay ; il paraît le plus ordinairement fi-logie, traduit par M. Dreux , aujourd’hui gnifier toute efpece de mauvaife terre grade apothicaire gagnant maitrife de l’hôtel royal ou linionneufe, Dirt. des invalides. (c) Etat de la Grande-Bretagne, par
- (6 ) Ce mot eft fouvent employéau lieu * Chamberlain, tome I, page 181.
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- no. On en fait des cinders, mais plus légères & plus poreufes que les cinders du charbon de Newcaftle. Il fe vend à la mine un chelin & demi les trois quintaux. Celui de Clifter Firnace ne brûle pas fi aifément que celui de Cournon; il eft plus dur, plus compare, plus bitumineux, & 11e peut fe réduire en coak par le même procédé.
- ni. Le charbon de terre eft la matière dont on fait ordinairement du feu à Dublin, & dans tous les endroits d’Irlande proche de la mer, où en tems de paix il en vient beaucoup d’Angleterre, d’Éeoffe, du pays de Galles $ ce qui fait que ce chauffage y eft à affez bon marché.
- 112. Les mines du comté de Carlo, dont nous avons parlé , fort éloignées des rivières, fourniflent aux parties qui les avoifinent.
- 113. Gérard Boate , médecin des états d’Irlande , qui a publié une hif-toire naturelle (a) de cette isle, obferve que dans beaucoup d’endroits, la pierre de chaux eft très-commune fous la terre franche : ce qui explique la nature du fel que Ton reconnaît dans la plupart des charbons d’Irlande. L’a* eide vitriolique de ces mines, participant de cette terre calcaire qui leur fert de première couverture, fe décompofe, & fe préfente fous la forme de félênite gypfeufe (b). Il fait auffi mentionfd’une certaine efpece de charbon de terre fort menu, dont les Irlandais fe fervent pour cuire la chaux, & qu’ils appellent peigne., mais fur lequel il ne donne aucune indication.
- 114. Parmi les mines de Gajllecomer, de Tontogton, de Douane en Irlande, celle de Kilkcnny dans la province de Leinfter ou Lagenie, près du canal de S. George, eft remarquable par le charbon qui en provient! il ne donne, à ce que l’on prétend, nulle fumée : aufli eft-il réputé une des merveilles de ce beau pays: air fans brouillard, animaux fans venin, eau fans limon, feu lans fumée. Cependant c’eft le charbon du Cumberland, que l’on exporte de"Witte-haveii pour l’Irlande, qui dépend, pour ainfi dire, à cet égard, de ce port.
- 11 f. De toute cette efquiffe fort abrégée d’une très-petite partie des mines de charbon d’Angleterre, on peut juger des différences fans nombre qui fe trouvent certainement dans leur qualité; il en vient quelques-uns en France dans différens ports, même à Rouen, quelquefois à Paris, rarement depuis une vingtaine d’années ; mais on n’en a point davantage la facilité d’établir des comparaifons de nos charbons avec ceux que produit la Grande-Bretagne : les expériences qui fe font faites pour cela au feu de forge ou autrement, ne doivent point du tout être regardées, à beaucoup près , comme dé-cifives. Il y a quantité de nos charbons que l’on dit être jupéiieurs ou égaux tn qualité d celui dé Angleterre. Lorfque je parlerai de ces charbons , je le dirai
- (a) Traduite de l’anglais, Paris, 1666.
- (b) Vitriolum crctauum, vitriol de craie, félénite.
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- de même d’après l’idée commune ou d’après le jugement qu’en ont porté des perfonnes qui les ont examinés ; mais faute d’avoir pris garde à l’efpece de charbon d’Angleterre, avec lequel on les a mis en parallèle, & de l’avoir defigné, il eft clair qu’on ne peut compter fur ces éloges.
- Commerce du charbon de terre en Angleterre-, fon origine & fes progrès.
- 116. La première mention du charbon de terre dans la Grande-Bretagne, fe trouve dans une charte du roi Jean, qui à la requête des habitans de Newcaftle fur la Tyne, accorda la permiffion de fouiller des pierres de charbon dans le terrein commun appellé Cajlle-moor, hors de fes murs, & de les convertir à leur profit en aide de leur cenfe de cent livres par an. Il érigea cette ville en corpü, & donna de très-grands privilèges à fes habitans, nommés dans cette charte, honejl-man, probi hornines, PRUD’HOMMES J il les exempta de la jurifdidtion du shérif & du connétable , pour ce qui a rapport à ces officiers. Le roi Henri ///, à la requête de ces mêmes bourgeois, confirma la charte du roi Jean fon pere, qui oCtroyait cette permiffion ; il confirma leurs privilèges de bourgeois libres, & ils y ont été maintenus fucceflive-ment par les rois Edouard /, Henri IF, &c. En 155*7, le roi Edouard III, dans la trente-uïiieme année de fon régné, fit plus en leur faveur ; il accorda aux bourgeois de Newcaflle ,1a permiffion abfolue d’exploiter en propriété le Cajlle-moor & le Cajlle-field, pour en tirer à leur ufage le charbon, la pierre h l’ardoife. Il eft probable que ces charbons qu’011 y exploitait, fervaient feulement & principalement au moins à leur propre ufage & à celui du voifi-nage. La ville de Londres était alors entourée de tout côté de forêts & de taillis, dont le tranfport, foit par terre, foit par eau , était à fi bon compte, que cette capitale avait peu befoin de ce charbon pour fon chauffage; d’ailleurs, apporté de Nevcaftle, il eût coûté plus que le bois & la tourbe exploités dans fon voifinage & fur fon terrein.
- 117. Ces différentes matières combuftibles, épuifées par le laps du tems, ont naturellement conduit à fe rejeter fur le charbon de terre, dont quelques provinces failaient déjà ufage. Les gros fabricans, qui confommaient beaucoup de bois, ne tardèrent point à recourir à ce combuftible. Tous ceux qui n’étaient pas dans le cas d’un befoin auffi confidérable, effayerent dé mettre obftacle à cette introduction dans une grande ville ; ils réuffirent même à mettre l’autorité de leur côté, comme je le remarquerai dans la quatrième feCtion, lorfque je traiterai en particulier des avantages de ce chauffage ; mais néceffîtè ri a point de loi, les oppositions, les'défenfes, les peines annoncées contre les contrevenans , 11e purent empêcher que ces commerçans de Londres ne tiraflènt du charbon de Newcaftle ou d’ailleurs. Les provinces qui avaient
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- de ces mines, en débitèrent de leur côté: les habitans de la capitale s’accoutumèrent peu à peu au feu du charbon de terre, à la vapeur, à l’odeur de ce foffile, contre lequel fe récrient tant de gens dans beaucoup de pays; & de mémoire d’homme, il ne fe trouve plus un national qui ait ofé réveiller les vieilles plaintes de leurs peres.
- 118- Le roi Guillaume III, né prince d’Orange, furnommé lefiathouder des Anglais , & le roi des Hollandais , a peut-être été le feul que l’on puiffe citer en Angleterre pour avoir eu une averilon marquée pour ce chauffage. Jean Hubner, doéteur en droit à Hambourg, rapporte (a) que ce prince ne pouvait point fupporter le chauffage de charbon de pierre, & qu’il faifait venir de la tourbe de Hollande. Les perfonnes un peu inftruites de l’hiftoire des rois d’Angleterre, fe rappelleront aifément à ce fujet le reproche que les hifto-riens font à ce prince, d’ailleurs d’un mérite rare , de ne rien aimer du peuple dont il avait reçu la couronne. On 11e peut s’empêcher d’avouer que c’eft avoir porté auffi loin qu’il fe puiffe ce caractère de Angularité, & avoir juf-tifié bien pleinement jufques dans les plus petites chofes le penchant déréglé dont on l’a taxé auffi pour tout ce qui était étranger ; puifque Lothian en Ecoffe , qui produit le peat turf, ou cette tourbe légère , appellée par cette raifon mofs, l’isle de Man, qui en fournit une dont les habitans fe fervent pour faire du feu, le Lancaftre & quantité d’autres parties de l’Angleterre, pouvaient fournir au roi Guillaume plus de tourbe qu’il 11e lui en eût fallu pour fa confommation. Un Anglais dirait avec raifon, que c’eft grand dommage qu’il n’eût pas été en même tems poffible à ce prince de 11e point refpirer cette vilaine, èpaiffe & puante fumée du charbon de terre, dont tous les habitans de fa capitale failaient ufage , & reconnue par GuiMiege (f>), pour un des défa-grémens de Londres. Cet écrivain Anglais , dont j’applique ici par occafton les expreffions fur l’exhalaifon de ce chauffage, n’aurait pas dû craindre de déplaire aux perfonnes qu’il autorife à fe prévaloir de fà franchife , en faifant obferver que l’air de beaucoup de grandes villes , pour jouir de la douceur d’une autre efpece de chauffage moins fumeux , difons même plus agréable à quelques égards, n’en eft pas moins fuffoquant (c) dans certains tems de brouillards & de grandes chaleurs , & que les vapeurs infedtes qui s’exhalent alors, ont quelque [chofe de contraire à la fan té : ferait-il permis d’ajouter que les habitans de la province , appellés par leurs affaires dans nos capitales , fe plaignent autant de cette incommodité, que les étrangers qui vont faire quelque féjour à Londres fe plaignent de la vapeur du charbon de
- (û') Géographie univerfelle, Bâle 1797, (h) Etat préfent de la Grande-Bretagne,
- tome II, liv. Y , du royaume d’Angleterre, (c) Fumo fætet aer Londini, Lutetia
- page 116. luto, a dit un auteur.
- Tome XVL t; F f
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- terre, dont le danger pour le corps humain refte encore à prouver ? (a) Je ne m’étendrai pas davantage fur cette anecdote concernant le roi Guillaume; je me réferve dans la feétion IV, à expofer à part les avantages du feu de charbon de terre, en mettant en parallèle ce chauffage avec celui du bois eonfidéré dans un tems de rareté ou de difette , tel que celui où fe trouvait la Grande-Bretagne, lorfqu’elle l’adopta. Je reprends l’hiftoire de fou commerce , qui par le degré de puiffance qu’il ajoute à l’Angleterre, m’a femblé mériter d’avoir place ici. Elle fe trouve éparfe dans deux ouvrages anglais très-connus , l’Hiftoire chronologique du commerce d’Angleterre, par M. An-derfon (A), le Di&ionnaire du commerce, traduit du français de Savary en anglais, & augmenté par Malachy Poftle-twaiyt (V).
- 119. Un ouvrage intéreffant, imprimé en 17 fç fous le titre, Effai fur l'kat du commerce, dAngleterre (d) , m’a aufti fourni quelques articles, mais fur-tout des réflexions très-judicieufes qui m’ont paru propres à rendre intéref-iante la lecture de cette partie, fur laquelle j’ai cherché à fixer l’attention & la curiofité.
- 120. L’épuisement total des forêts & des bois taillis qui approvifionnaient la ville de Londres pour le chauffage, ayant achevé de faire entièrement oublier l’ancien combuftible , la province de Northumberland a fait époque dans l’hiftoire du commerce de charbon de terre. A en juger par l’établiffe-ment des commiifaires mefureurs d'allégés,' dont nous parlerons à l’article des droits , l’exportation ou confommation étrangère des charbons de Newcaftle était déjà confidérable en 1241. Dès 1379 , il venait à Londres beaucoup de navires chargés de charbon. En , le commerce de Newcaftle employait quatre cents navires , dont deux cents pour l’approvifionnement de Londres , & deux cents pour le refte de l’Angleterre.
- 121. Un gouvernement dont toute la force eft fur mer , ne pouvait manquer de fentir la proteélion que méritait une marine auflî nombreufe, tou-
- (a) Voyez la thefe de médecine foute-nue aux écoles de la faculté de médecine , Paris, le 8 mars 1771. Art lithanthracia, vulgo hu!lœ( houilles ou charbons de terre) pabulum igni prabeant fanitati innoxium. Proponente Jacobo Francifco de Villicrs, antiquo exercituum regis in Germania me-dicoffalub. fctcült. Pariff. bacc alaureo. Conclufo affirmât ,• ou l’extrait de cette thefe dans le Porte-feuille hebdomadaire, ann. 1771 ,feuilles quarante-unieme & quarante-deuxieme.
- ( b ) Deux volumes in-fol. Londres 1664.
- Voyez la table, au mot Nezvcaflc, & au mot conZ, tome I.
- ( c ) Deux volumes ii>fol. Londres 1557, tome I, au mot coal, page <; 17.
- (cf) Qui eft une tradu&ion & un développement d’un écrit très -fuccinét & très-eftimé , publié vers la fin du fiecle dernier, & dont l’auteur eft John Cary, Anglais, célébré marchand de Briftol, fous le titre : Effai fur Vctat de VAngleterre, relativement aux differentes branches defon commerce.
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- jours exercée, qui en un inftant fe trouve en état de fournir des navires, des matelots, & qui effectivement par ces fecours a rendu fervice à plufieurs princes dans leurs guerres.
- 122. Cette reffource, à la vérité, 11’eft plus dans le cas d’entrer auflî fortement en confidé ration, aujourd’hui que l’état de la marine eft très-différent de ce qu’il était dans ces premiers tems & avant que le Souverain fût bâti, puifqu’elle eft triplée ou quadruplée. La cherté du charbon de terre dans Londres, à laquelle contribue cet éloignement de la capitale, & diverfes autres circonftances, fembîeraient indiquer quelques changemens dans la forme qu’a prife fon commerce.
- 125. Dans un livre intitulé Griefs de VAngleterre , publié en 16^5", il eft obfervé que dès cette année i6ff , les charbons de Newcaftle étaient communément vendus au-deffus de vingt chelins par chaldern. L’auteur penfait qu’il était à fouhaiter que les propriétaires de charbon de Northumberland & de l’évêché de Durham puffent avoir la liberté de vendre dire&ement leurs charbons aux maîtres de navires, & d’avoir un marché franc, (Sh'ulds) avec permiffion d’y mettre du left. Par-là, dit l’écrivain, on aurait les charbons toute l’année à vingt chelins par chaldern, au lieu que préfentement les propriétaires des charbons doivent d’abord les vendre aux magiftrats de Newcaftle , ceux-ci aux maîtres de navires , ceux-là aux maîtres des quais ou ports, & ces derniers aux confommateurs, ce qui à chaque changement de propriété, augmente le prix de la denrée. L’auteur obferve que les provifions feraient à bien meilleur compte pour les habitans, ainfi que pour la multitude de mariniers, y ayant plus de neuf cents voiles, 8c que les charbons étant achetés directement de la première main, il fe ferait plus de voyages à Londres pendant un mois, qu’il ne s’en fait préfentement dans une année; qu’il y a à Newcaftle trois cents vingt allégés, chacune defquelles porte annuellement à bord des navires huit cents chalderns de charbon, mefure de Newcaftle, & que cent trente-fix chalderns de charbon, mefure de Newcaftle, font équivalens à deux cents dix-fept chaldrons, mefure de Londres.
- 124. M. Anderfon, dont ceci eft tiré, ajoute à ces réflexions, que l’augmentation du prix du charbon depuis ce tems, 16f f , eft réellement devenue un grand fardeau à tout le commerce & à tous les fàbricans d’Angleterre, auflî bien qu’à tous les pauvres ouvriers, & aux environs de Londres, & que ce ferait rendre un grand fervice au commerce de trouver un moyen pour le réduire 5 même, fl cela était poflible, de le mettre à un prix fixe : ce qui, au moyen de quelques réglemens, pourrait être effe&ué, au moins en tems de paix; qu’il femblerait en un mot digne de l’attention du gouvernement, qu’un monopole aufti grave ne vienne point écrafer au moins deux millions de citoyens, pour le plaifir feul d’agrandir & d’enrichir quelques
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- familles financières, qui dans ccs tems fe multipliaient prodigieusement. La marine de charbon de Newcaftle, continue l’auteur, eft préfentement d’environ quatre-vingt mille tonneaux, & ne pouvait alors être au-deflus d’un quart de cette quantité, parce que Londres eft peuplé du double, parce que l’u-fage du charbon eft aufli doublé pour le moins: on en ufait alors rarement dans les appartemens, ce qui maintenant eft général ; on ne cuilait point la brique avec ce foffile comme aujourd’hui, & les habitans des deux rives de la Tamife n’en faifaient point encore ufage.
- I2f. Ces raifonnemens font extrêmement Spécieux : cependant en examinant cette branche de commerce domeftique, Selon l’eSprit de la nation , ils perdent beaucoup de leur force. Plus un commerce s’exerce par un grand nombre de perfonnes, & plus il eft utile à l’état : le repos & l’intérêt des grands royaumes Sont attachés inconteftablement à tout ce qui multiplie pour les habitans les moyens & les occasions de travailler. La maniéré dont Se régit le négoce du charbon en Angleterre lui alSure ces avantages, & en conséquence n’eft pas li abufîve. Les marchandises, forcées de palfer en plufieurs mains, augmentent, à la vérité , du décuple de leur valeur: mais de là il réfulte une circulation animée, dont les profits nourriflent plufieurs millions d’ames, qui autrement languiraient dans la mifere, & grofliraient le nombre des gens oififs. Enfin, cette quantité de vaifleaux marchands, occupés au tranfport du charbon, fourniiSent d’abord de l’emploi aux mariniers que l’étàt eft obligé de licentier à la paix.
- 126. Quelque brillant que Soit le pied Sur lequel nous avons vu en 1746 & en ï7fi la flotte royale d’Angleterre (a), on ne peut que faire toujours grand cas de la marine charbonnière, telle qu’elle Se comporte aujourd’hui. D’après VE JJ ai moderne fur fêtât du commerce de la Grande-Bretagne, imprimé en 17? f, quinze cents navires, dont cinq cents gros montés de canon, SuffiSent à peine pour le tranfport du charbon (A), & dont cinq cents de dix à trente
- (a) Dès 1704, elle était compofée de cent vingt-deux vaifleaux de ligne, & d’environ eent foixante-deux bâtimens de différente grandeur. Parmi les cent vingt-deux de ligne, on en compte fept du premier rang, qui portaient depuis quatre-vingt-feize jufqu’à cent - dix pièces de canon ; quatorze du fécond rang, prefque tous de quatre-vingt-dix pièces de canon ; quarante-quatre du troifieme rang , de foi Xante - dix à quatre-vingt pièces de canon ; ci'nquante-fept du quatrième rang, depuis quarante-huit pièces de canon jufqu’à foixante.
- En 1746, de cent quatre-vingt-huit vaif-feaux de ligne, & d’environ quatre-vingt-huit bâtimens de-différente grandeur, parmi les vaifleaux de ligne il y en avait fix du premier rang, treize du fécond, feize d'u troifieme, vingt-cinq id. trente du quatrième, trente-cinq id. vingt-fept du cinquième , trente - fix du fixieme.
- En 1741, deux cents foixante-dix-neuf navires, parmi lefquels quatre - vingt - neuf de ligne, cent vingt-trois de guerre, & foi-xante-fept bâtimens plus légers.
- (.&) Tome II, chap. I, page 4,..
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- pièces de canon en portent continuellement à Londres (a).
- 127. Ce ne doit pas être une chofe indifférente de conferver à un plus grand nombre d’hommes occupés à ce tranfport fait de loin, un moyen de fubfiftance, de négliger même des avantages qui paraîtraient devoir l’emporter fur d’autres : auili le gouvernement n’eft-il pas difpofé à tenir aucun compte des moyens de procurer dans Londres le charbon de terre à meilleur marchés il 11’y aurait rien de plus facile. Il y a en grande quantité de ces mines bien plus voifines de Londres que Newcafile, comme aux environs de Black-kead\ dans la province de Kent: on pourrait en profiter; mais par une fage politique , il n’eft point permis d’y en ouvrir. Ce qui a précédé , fuffit pour juftifier l’attention du gouvernement anglais à favorifer les propriétaires des mines & ceux qui s’adonnent à fon négoce, mais fur-tout les gens de mer, auxquels ce royaume doit fies richeffes , fà puiifance, & qui, foit en paix, foit en guerre ,. font les fondemens fur lefquels la nation afiîed fes efpérances. Ce lyftème foutenu fucceifivement par plufieurs princes, a fait éclorre dans toutes les parties de la Grande-Bretagne le génie commerçant. Les fabriques , les manufactures de tout genre fe font établies de tous côtés ; il s’eft élevé une marine marchande, compofée de feize cents vailïeaux, & en état de foutenir la marine royale.
- 128. Le tranfport du Northumberland, de la province de Cumberland r du pays de Galles, qui font les magafins dont l’Angleterre & l’Irlande tirent leur confommation, forme feul un article des plus intéreflans pour la Grande-Bretagne, & il fera peut-être agréable au leêteur, de voir ici à quel point cette marine charbonnière eft exercée, en mettant fous fes yeux les différentes parties de l’Angleterre qu’elle approvisionne : en voici le tableau fuc-cinCt, tiré de l’Effai fur l’état du commerce d’Angleterre (b) , d’après le Dictionnaire du commerce de Poftle - twaiyt.
- 129. Neucastle , Sunderîand, Blith & quelques autres places voifines dans le nord de l’Angleterre , envoient du charbon à tous les ports qui fe trouvent le long des côtes depuis Newcaftle ou Sheals, lieu de rendez-vous des bâtimens, jufqu’à Londres & même jufqu’à Portfmouth dans la Manche. Des villes maritimes, le charbon paffe dans l’intérieur du pays. De Linn il fe répand dans l’isle d’Ely, dans les comtés de Lincoln , de Nor-thampton, de Leicefter , de Buckingham , de Bedford , de Cambridge, de Norfolk. Les comtés d’Effex & de Suffolk s’en fournirent par Colchefter & par Harwich ; il en remonte par la Tamife dans les parties fupérieures du Mid-dlefex, dans l’Hertfordshire, le Buckinghamshire, dans une partie du Glocefter , dans le Berkshire, le Hampshire & le conrté de Su-crey. Les.
- (a } Idem, chap. Y, page 119-
- lb) Chap. Y, tome L
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- provinces de Kent & de Sulfex reçoivent celui dont elles ont befoin par les rivières de Medwai & de Stour. Malgré l’étendue qu’a cette branche du commerce en Angleterre, celui de la principauté de Galles & du Cumberland eft encore très - confidérable. L’Irlande dépend, pour ainlî dire, intérieurement à cet égard de Witte - haven. Dans le Devonshire, ainfi que dans quelques provinces voifines, on ne brûle point d’autre charbon que celui qui y arrive du port de Swanzey dans le pays de Galles. Les charbons d’Ecolîè s’embarquent à Blyth, comme on l’a vu.
- 130. La ville de Manchefter en Lancashire eft fournie de charbon par un canal qui unit la navigation du côté de Chershire & de Lancashire, à travers la riviere navigable appelîée Irwd ; il pafle au-deflous d’elle dans des aqueducs qui ont jufqu’à trente-huit pieds d’élévation , coule à travers des montagnes qu’il a fallu percer, ce qui y forme un conduit fouterrein qui parcourt dix milles dans une direction tortueufe fur l’efpace d’environ fix cents pieds. Cet ouvrage , l’un des plus furprenans que l’on puilfe citer dans Phiftoire des navigations dans l’intérieur des terres, & que l’on avait l’intention de continuer jufques dans la province de Chefter , m’a femblé allez digne de curiofité pour en donner une courte defcription que j’ai extraite d’une brochure anglaife publiée en 1769. (a)
- 131. Cet aqueduc de trente-huit pieds de long, dont le projet eft de M. Brindley, s’appelle canal de Bridgwater, vraifemblablement du nom du duc de Bridgwater, à qui appartiennent les mines de charbon, & qui peut-être a fait les frais de conftru&ion. Il eft lîtué dans un endroit nommé Smtton Sluice, à fept milles environ de Manchefter j fa tête eft au moulin de "Worcelay, au pied des montagnes où l’on exploite le charbon. C’ejf là qu’eft creufé au pied d’une grande montagne un baffin fervant de réfervoir à l’aqueduc, & alfez grand pour contenir tous les bateaux que l’on charge dans l’intérieur de la montagne, qui ont quarante à cinquante pieds de long fur quatre pieds & demi de large , y compris l’épailfeur des bords, & deux pieds trois pouces de profondeur. Les conduits fouterreins font creufés de cinq pieds en profondeur, & ont une largeur fuffifante pour lailfer palfer à côté l’un de l’autre deux bateaux de quarante à cinquante pieds de long , fur quatre pieds & demi de large, y compris l’épailfeur des bords, & deux pieds trois pouces de profondeur, contenant chacun fept à huit tonnes de charbon, ou feize milles pefant, & prenant, lorfqu’ils font chargés, deux pieds lîx ou fept pouces d’eau. Le voyage de ces bateaux fe fait à bras d’homme ; pour le
- (a) The hiflory ofinland navigations. Londres, 17 69; fécondé édition augmen-Particularly thofe of the Duke of Br idg- tée, lettre fécondé , 1 juillet 176 5, pages water in Lancashire and Cheshire, 39 & 46,
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- faciliter , -on a ménagé aux deux côtés de l’aqueduc des trottoirs qui aident à tirer ; & à chaque côté du bateau, il y a une barre au moyen de laquelle on tire à la main vingt ou vingt-un bateaux tous attachés les uns aux autres. On le fait fi aifément, que c’eft l’atfaire d’un jeune homme de dix-fept ans, pour tirer cent quarante-fept tonnes à une certaine diftance. La conduite s’en fait alors par des mulets ou chevaux qu’on amene de Manchefter.
- Du commerce de charbon de terre à Newcajîle en particulier, & de fes loix.
- 132. De toutes les villes de l’Angleterre qui font le plus redevables de leur état floriffant au négoce de ce foflile, la principale eft la ville de Newcaftle fur la Tyne, (a) à près de quatre lieues de la barre de la ville de Tin-mouth, ainfi nommée Tina ojiium, parce que c’eft là où la riviere de Tyne fe débouche dans la mer. Les faulniers ont d’abord trouvé dans ce foflille une relfourceà leur portée j elle n’a pas été moindre pour les forges en batterie & en ouvrages de fer, & ces forges y entretiennent, à ce qu’on prétend, trente mille ouvriers. L’exportation de ces différentes matières fabriquées, a donné occafion de conf-truire des navires fur le lieu ; une grande partie des vaiffeaux marchands dont fe fervent les Anglais , fe conftruifent aujourd’hui à Newcaftle ; enfin cette ville qui n’était qu’un petit village (b) remarquable feulement par un château que lè duc Robert, fils de Guillaume le Conquérant, avait fondé en allant à une expédition contre l’Ecoffe, eft devenue par degrés une ville, grande, riche & peuplée.
- 13?. La première importation de charbon de terre, le rang qu’il tient entre les différentes branches de commerce, ont dû donner lieu à des ordonnances & des ftatuts qui lui fervent à la fois de foutien & d’encouragement. Déplus , il eft de toute néceffité que les circonftances faffent naître des raifons , tantôt de révoquer ou de rétablir en tout ou en partie des réglemens anciens, tantôt d’en faire de nouveaux. Par-là les ftatuts récens rappellent fouvent ceux qni ont précédé ; le tout forme une chaîne fort entrelacée , qui demanderait qu’on rapprochât tous ces ftatuts les uns des autres, ou plutôt des circonftances à î’occafion defquelles on a anéanti les uns, ou fait revivre les autres ; cela tient alors à l’hîftoire particulière ou momentanée de lachofe, & ne nous intéreffe point. Nous nous contenterons donc d’indiquer les objets généraux de ces réglemens ; & quoique la conftitution du royaume , auquel ces réglemens .font bornés, différé en tout de la nôtre, ces loix ne renferment pas moins des’ïna-
- ( a) Pour la diftinguer de Newcaftle beaucoup de charbon de terre à Londres, eu Newcaftel dans le comté de Dublin en (&) Appelle Montkçjîcr.
- Irlande , d’où il fe tranfporte aufîi par eau
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- xitiies générales applicables à qtielqu’état que ce foit, & qui compofées ou modifiées, peuvent faire naître des idées utiles.
- 134. Je rapporte ces réglemens à deux articles, en confidérant ce commerce dans deuxinftans diftinéts. Le premier article comprendra le port du charbon des magafins de Newcaftle à bord des vaiffeaux , pour de là circuler dans toute l’Angleterre j les prix différens de cette marchandife dans quelques endroits de ce royaume ; les différons droits qui ont été perçus en difterens tems. Le fécond article traitera de cette denrée arrivée dans la capitale pour y être débitée.
- 13 j. L’usage & la législation d’Angleterre confient à une compagnie de gens de mer plufieurs articles de police concernant la navigation des côtes & des rivières, particuliérement ce qui regarde le lamanage, & le lejlage des navires. L’origine de la première compagnie de ce genre remonte à Henri VIII. Par lettres patentes du mois de mars, ce prince , dans la quatrième année de fon régné , incorpora les mariniers Anglais fous le nom de maîtres gardiens & ajfijlans de la fociété ou confrairie de la tYes-glor'uufe Trinité & de S. Clément, appelée communément Trinity Houfe, Maison de la Trinité. Elle fut érigée entre Londres & Greenwich, paroiffe de Deptfordftrond, chef-lieu des autres corporations qui ont été créées depuis j d’où il eft à préfumer qu’à quelques différences près, ces confrairies ont les mêmes attributs. Ce qui regarde -les mariniers de Newcaftle qui ont auffi été incorporés , ne m’étant connu .qu’en partie , je donnerai ici à part Ça) celle de la Maifon de la Trinité, dont le reifort particulier eft la police de la Tamife, depuis le port de Londres jufqu’à la mer & encore au-delà, comme la confrairie de Newcaftle en a un femblable fur la Tyne.
- (a) En formant le Trinity Houfe, le roi Henri, avant lequel il n’y avait point de marine entretenue fur un pied fixe & conf-tant, obligea les confrères à fournir des pilotes pour la flotte royale, toutes les fois qu’ils en feraient requis, & leur donna une forte d’infpeétion fur les vaiffeaux qui com-pofaient cette fociété , & fur l’équipage de ces vaiffeaux : c’eft ce que l’on voit par le préambule d’un aéte du parlement], paffé en 15^8, huitième année du régné d’Elifa-beth, dans'lequel on trouve les droits attribués à cette maifon de la Trinité, & par lequel elle eft autorifée à donner aux gens de mer la permiffion d’exercer fur la
- Tamife le métier de batelier, fans que qui ce foit puiffe leur apporter aucun empêchement. A ces privilèges la même reine qui, par un principe d’économie, avait été affez long-tems indifférente fur la marine , en ajouta de nouveaux ; c’était dans la trente-fixieme année de fon régné, elle accorda à la maifon de la Trinité, à l’égard de tous les vaiffeaux qui navigueraient dans la Tamife, le droit de leftage, c’eft-à-dire, d’enlever dans cette riviere le balaft né-ceffaire pour lefter les vaiffeaux qui y font à l’ancre : ce gros fable ou cailloutage, pibble, pebble ,Jlonc, eft alors appellé par les marins Jingd.
- Gouverneurs
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- Gouverneurs, intendans & clercs de la confrairie des HoAST-MEN de NewcaJUe«
- 136'. L’histoire de cette'corporation de marine de Newcaftle fe trouve dans une charte de la reine Elizabeth en 1600, quarante - troifieme année de foïi régné, qu’elle érigea en corps les HoaJÎ-men de Newcaftle. Cette fage & habile princefle, confidérant l’importance delà réputation que s’était faite la ville de Newcaftle, noble et ancienne ville de marchands , porte cette charte , qui de tenis immémorial a eu une certaine confrairie appellée HOAST-MEN * occupée de décharger & de difpofer au mieux dans le port & fur la riviere de T y ne lès charbons de pierre, de pierre à meule, de pierre à faux, de pierre a aiguifer, incorpore cette confrairie: fous le nom de gouverneurs , intendans & clercs de la confrairie des Hoafb- mm de Nevscaflle (a). Sa jurifdi&ion fur la riviere de Tyne eft à l’inftar de celle du Trinity-houfe fur la Tamife ; celle de Newcaftle eft de fept milles (£) depuis la mer jufqu’à la ville, & de fept milles depuis le pont jufqu’au - deifus de la ville, relativement à la navigation, à la jurifdi&ion de l’amirauté & à la pèche. Elle jouit en particulier du privilège exclufif 8c perpétuel de vendre de tous les charbons exportés de la riviere de Tyne , fans aucune perception des droits du roi fiir le charbon deftiné pour le royaume, qui fe perçoivent dans les diiférens ports où on l’exporte.
- 137. Ces charbons voiturés fur la Tyne , paient deux fortes de droits, un de cinq pences par chaldron , qui revient à la ville de Newcaftle pour tout charbon deftiné à l’étranger & exporté fur un vailfeau anglais, & feize pences , ou 30 fols 4 deniers | argent de France , Ci c’eft fur un vaif. feau étranger. Il revient au duc de Richmont un chelin par chaldron j celui deftiné pour l’étranger eft exempt de ce droit.
- 138. Les privilèges des Hoaft-men pour l’exportation ont quelquefois reçu des atteintes paifageres. Le roi Richard, à la requête de fes ports du
- (a) A en juger parles fondions exprimées dans cette charte, le titre de cette confrairie parait être un dérivé des termes anglais, HpRSEMAN - SHIP , BOAT-MAN, batelier expert à remonter un vaijfeau ,• Boerswain , Bosseman , maître ou officier de navire : il n’y aurait pas non plus d’abfurdité à penfer que Hoast-Men pourrait être une corruption du mot Honest-MAN , dont on a vu que les bourgeois de Newcaftle ont d’abord été qualifiés dans les anciennes chartes.
- ( /; ) Il y a en Angleterre des milles de Tome XVI.
- diverfes grandeurs : ceux dont on fe fert ordinairement pour les diftanees de terre ou routes, répondent à environ un tiers de nos lieues de France, dont vingt-cinq valent un degré ; ainfi trois de ces milles anglais font une lieue commune de France, à peu de chofe près. Les milles dont la plupart des navigateurs Anglais fe fervent pour eftimer leurs routes, font plus grands ; trois de ces milles font la lieue marine anglaife , & il en faut vingt pour un degré conformément à la lieue marine de France.
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- nord, & particuliérement des ports de Scarborough, qui en deux ans de tems avaient eifuyé de la part des corfaires Français une perte de mille livres, ordonna l’armement de quelques vaiifeaux pour la défenfe de cette côte, & impofà divers droits à cet effet; il impofa entr’autres fix deniers fterling par tonneau, chaque quartier de l’année, fur tous les navires de Newcaftle r chargés de charbon. Dans les griefs de l’Angleterre, chap. 19, il eft dit qu’en. 1637, le roi Charles, dans la treizième année de fon régné, accorda pour l’efpace de vingt-un ans à fleur Thomas Tempeft & autres, nonobfiant U privilège des Hoajl-men de Newcajlle , le feut pouvoir de vendre de tous les. charbons exportés de la riviere de Tyne. Il paraît par ce même ouvrage, que cette permiflion fut bientôt révoquée, & eft différente de celle mentionnée à l’année 1638* H eft rapporté au chap. 22, qu’en 1638» des maîtres de navires formèrent une compagnie de monopoleurs de charbon, qui obtinrent du roi Charles le pouvoir d’acheter tous les charbons exportés des ports de Sunderland, de Newcajlle, de Elith, de Berwich, en payant au roi un droit d’un chelin par chaldern, & de les revendre à la ville de Londres à un prix qui n’excédât pas dix-fept chelins en été, & dix-neuf en hiver par chaldern,. aux conditions qu’ils euffent à Newcaftle un marché libre & une jufte rnefure. Les remarques de cet auteur fur la cherté du charbon de terre à Londres , dont j’ai parlé, font connaître la maniéré particulière dont fe fait ce commerce à Newcaftle, depuis l’inftant que ce charbon eft tiré de la mine , jufqu’au moment qu’il fe tranfporte fur les bâtimens. Il s’agit maintenant de tout ce qui concerne cette marchandife paffant dans différentes mains , & de fon embarquement fur les navires.
- Police pour les debitans de charbon, les propriétaires de navires , les allégés du port dans Newcajlle , &c.
- 139. Tout débitant de charbon en détail dans le port de Newcaftle, eft obligé de mettre à bord d’un navire un chargement de charbon, fur l’offre à lui faite du prix courant dans cet endroit: au cas de refus, il eft fujet à une amende de cent livres recouvrable par procès ou par une plainte portée devant le juge. Le chargement eft de feize chalderns de Newcaftle, ou trente-fix mille; le chaldron doit pefer deux cents foixante à bord du vaiffeau : vingt-un chaldrons de charbon paffent pour la vingtaine, ce qui eft exprimé par le mat Score, compte.
- 340. Il eft défendu à tout acheteur de charbon, d’être l’agent d’aucun maître ou proprietaire de navire apportant du charbon, fous peine de deux cents livres d’amende. Parmi les maîtres de navires, on diftingue ceux qui fe font fait palier maîtres en faifant fept ans d’apprentiffage. Par-là on ac-
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- quiert le privilège de ne point payer à la ville de Newcaftle le droit de cinq pences par chaldron, & ce propriétaire de navire eft appelle Frée-many homme libre.
- 141. Les vaiflèaux ne viennent point jufqu’à Newcaftle j Shcelds ou Scheals, à la dillance de fept à huit milles de Tin-mouth, eft l’endroit oà ils le tiennenti ce font des gabares ou allégés, Lightery qui feules peuvent arriver dans le port de Newcaftle, & qui tranfportent les charbons des dif-férens magalms dans les vaiifeaux. Le chargement s’en fait à Wallingtoiu Ballas - Key, à une lieue au- deifus de Skeals. De cet endroit à Newcaftle, il y a le long de la riviere pluiîeurs quais conftruits pour la commodité de ce chargement : ceux de Newcaftle s’étendent dans l’efpace d’un tiers de lieue des deux côtés de la riviere, & 011 y voit toujours une grande quantité de vaiifeaux qui y font amarrés.
- 142. Le nombre de voiles qui font la traite de charbon fur la riviere de Tyne, eft évalué à environ cinq cents, outre le convoi de neuf vaiifeaux de guerre que ce commerce doit toujours avoir. Sixième & feptiemc année de Guillaume III. Ces navires exportent chaque année 30000 chaldrons mefure de Newcaftle , fans compter cent cinquante mille chalftrons qui font importés & exportés fur la riviere de Sunderland , dans le comté de Durham, & qui font exempts du droit pour le duc de Richmont. Les chaloupes occupées à tranfporter les charbons des différens magalms au chargement, font un voyage par jour: elles defeendent avec la marée, & attendent ion retour pour remonter à vuide. Pour le tranfport dans l’allege jufqu’à bord du vaif-feau, on paie dix-neuf chelins quatre pences pour chaque allégé, Ci le maître du vaiifeau donne de la bierre au maître de l’allege 5 linon il paie deux pences de plus par chaldron , attendu que ces allégés ne font pas commodes à charger. Chaque allégé ne doit pas contenir plus de vingt chaldrons contenant deux tonnes & demie, pelant vingt quintaux de cent douze livres chaque (a), poids d’Angleterre j & c’eft fur cette charge de vingt chaldrons qu’eft impofé le droit du roi.
- 143. La fttuation de l’Angleterre au milieu de la mer, a introduit un ufage qui ne iympatliife point du tout avec la liberté, & dont l’odieux ne peut être juftifié que par le motif de fureté de la nation, qui dépend du bon état de la flotte royale. En tems de guerre, les capitaines des vaiflèaux de roi ont le droit de prendre, non-feulement les vagabonds , les bateliers , les fisher ou fisher-man, ou pêcheurs, mais encore d’enlever fur les vaiifeaux marchands les matelots, skipperyfea-man, dont ils ont befoin pour former ou pour recruter leur équipage j c’eft ce qui s’appelle to prejfe, toimprejje, Forcer. Mais
- ( a ) Le quintal ou grand cent eft différent fuivant les marchandifes, étant de cent douze livres pour quelques-unes, de cent quatre.pour d’autres.
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- dans plufieurs circonftances qui intéreffent fortement le commerce, on a affranchi les vaiifeaux marchands de cette fervitude ; les allégés de New-caftle jouilfent d’une immunité qui montre bien l’attention du gouvernement pour favorifer ce commerce. Deux mariniers pour chaque cent de tonneaux de cargaifon :, font déclarés libres de preffe, c’eft-à-dire , exempts d’ètre enlevés de force pour fervir ailleurs ou fur les vailfeaux du roi : la charte de Guillaume III, qui leur accorde cette difpenfe ,Jïxieme & feptieme année, ckap. 1 , impofe dix livres fterling d’amende à quiconque les forcera.
- 144. Il eft défendu, fous peine de cinquante livres d’amende, qu’il y ait dans le port ce Newcaftle plus de cinquante bâtimens à la fois chargés de charbon. Il 11’eft point permis de transporter du charbon fur un bâtiment, avant que l’allege n’ait été mefurée & marquée. Cette mefure fe prend , non fur la grandeur du bâtiment, mais fur la quantité d’eau qu’il prend lorfqu’il eft chargé ; toutes les allégés qui font trouvées fans marque de contenance font confilquées avec les charbons ; & le changement ou l’altération de la marque emporte la peine de dix livres d’amende.
- I4f. Les commiffaires mefureurs & marqueurs de quilles, bateaux & voitures, font nommés par le roi, & font leur viftte tous les ans. La création de ces officiers eft de l’année 1241 ; on trouve dans un ade de la neuvième année du régné de Henri V, chap. 10 , que le roi ayant un droit de deux deniers fterling par chaldern fur tous les charbons vendus à ceux non-exempts dans le port de Newcaftle fur la Tyne, 011 fraudait ce droit en fai-fant conftruire des allégés qui contenaient vingt-deux ou vingt-trois chaldrons, tandis qu’elles 11e devaient contenir jufte que vingt chaldern, fur laquelle charge eft payé ce droit. Pour la confervation de ce droit, on a établi ces comoffifaires mefureurs de quille. 11 y a outre cela des mefureurs de charbon , & c’eft fur ces derniers que roule la police établie pour la vente.
- 146. Les bateliers déallégé n’ôteront rien du navire qu’en préfence du me-fureur ou du confommateur. Le charbon vendu peur mefure de quai ou du port , fera mefuré en préfence d’un ouvrier mefureur. Seifieme flatut de la dix-feptieme année de Charles IL Le vendeur paiera deux deniers par chaldern à Pouvrier mefureur de charbon, autant au principal mefureur à terre , lefquels délivreront des billets portant les noms de l’acheteur , du vendeur, la quantité du prix du charbon du jour de... Sur ce billet délivré par le voiturier au confommateur, celui-ci paiera pour le mefurage. Tout voiturier qui altérera ou ne délivrera pas le billet, paiera l’amende de cinq livres fterling. Des voitures chargées de plus de huit boilfeaux, envoyées fans un pareil billet, le marqueur fera mis à l’amende de cinquante livres , & le conducteur à celle 'de', cinq. Dix-neuvieme année de Georges II, chap. XXXV. Tout marché con-tradé directement du bateau d’allege au confommateur, pour non - moindre
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- quantité que cinq chalders, fera pour pool me afin chargé féparémcnt dans l’allege & délivré fans être mefuré, à moins que l’acheteur ne le veuille.
- Prix des charbons de terre en dijférens endroits de la Grande-Bretagne.
- 147. Tout charbon qui fe confomme dans le pays, fe vend à raifon de trois pences ou fix fols de France le quintal de cent douze livres , & 11e paie aucun droit. Dans l’édition de M. Stryppe de t Examen ou vue de Londres , par Stowe, on trouve qu’en 1 ^56, le prix du charbon de Newcaftle était à deux chelins , 6,9 pences par chaldern , ce qui pouvait être à Londres environ cinq chelins. Selon V Ejfai fur Üètat du commerce , il ne s’achete à New-caftle que cinq chelins , & la taxe n’eft que de cinq autres chelins. A Stafford , aux environs de Newcaftle Under-Tyne, les quinze quintaux fe vendent fur la mine trois chelins fix deniers, revenant à trois livres quinze fols. En York-shire, la charge de charbon contenant trente-fix boiifeaux combles ou trente-fix chaldrons , devant pefer deux mille livres, Vaut neuf livres fterling & cinq chelins. Au comté de Carlo , province de Leynfler en Irlande, la charge d’une charrette (a) tirée par une paire de bœufs , ne coûte au port que neuf pences , ou 17 fols 1 denier, dont 6 pour le propriétaire, & 3 pour celui qui conduit la charge. Le charbon de Wittehaveïi, pris à la mine & deftiné à être confommé dans le pays ,fe vend deux pences ou quatre fols de moins par chaque bonnet ; mais on ne vend que celui de moindre qualité: il s’envoie en grande partie, & c’eft vraisemblablement le meilleur , en Irlande ; mis à bord des vaif-féaux , il fe vend trois chelins & demi la tonne, produifant quatorze quintaux.
- 148. Stryppe, Stowe & plufieurs auteurs modernes'rapportent'qu’en 1 f90 , au moyen d’une alfociation faite à Newcaftle fur la Tyne, les charbons montèrent à Londres au prix exceflif de neuf chelins par chaldern,faifant la différence de quatre chelins, prix courant de plufieurs années précédentes. Il fe vend quarante-cinq & cinquante chelins à Abington en Barkeshire fur laTa-mife, & A Oxford fur la même riviere,dans l’intérieur de l’isle.d’où on le conduit à Londres partie par eau , partie par terre -, ce qui renchérit cette mar-ehandife par'les frais de ttanfpott : car à Newcaftle il 11e s’achete que cinq che-lins, & la taxe n’eft que de cinq autres chelins.
- Des droits fur les charbons de terre.
- 149 . Ees droits qui fe paient pour lé charbon de terre , font ceux pour la viîle de Newcaftle , ceuxpout le duc de Richmont, & ceux pour le roi. ïiy
- ( a)_ Une charrette chargée, qu’un feul cheval peut tirer à la diftance de cinq à fix milles d’Angleterre, pefe environ deux tonnes ou vingt-huit quintaux.
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- en a eu quelquefois d’impofés pour fervir de fubfide paflager dans des circonC tances particulières. Ainfi les propriétaires des mines & les vendeurs de charbons tranfportés de Newcaftle & de Londres , foit par terre , foit par mer, offrirent d’eux-mèmes en 1622 ftx deniers fterling par chaldern , pour contribuer aux frais d’un petit armement deftiné à protéger la navigation des allégés de Newcaftle contre des corfaires des Pays-Bas Efpagnols. Tom. XVIII,( Fa-dera ) fol. 904. Et quoique le pouvoir d’impofer un nouveau tribut ne puiife s’exercer par le roi, que du confentement du parlement, Charles I, en 16$4, de fa feule autorité, mit un droit de quatre chelins par chaldron fur tous les charbons de pierre fea - coal^ floue - coal, pit-coal, exportés d’Angleterre au pays étranger. Tom. XIX, fol. f47, Fœdera. Il prit pour prétexte l’équipement d’un petit armement deftiné à protéger la navigation de Newcaftle contre les incurûons de quelques corlàires , pour lubvenir aux frais de l’en-treprife : je ne fuis pas fûr que ce foit l’impôt appelle ship money, que le peuple refufa de payer. Pour la douzième année, ch. 17, il fut accordé pour réparer la breclie de Dagenham, un droit d’un demi - chelin par chaldron fur les charbons & culm, & d’un denier par chaque tonneau de contenance de vaiffeau arrivé dans le port de Londres ; les bâtimens charbonniers & les bateaux de pêcheurs en furent exempts.
- ifo. Ces droits font enfuite différens, félon les différentes mefuresauxquelles ils fe vendent ,félon qu’ils font importés dans le royaume ou qu’ils en Portent, & félon que les navires fur lefquels 011 les charge font anglais ou étrangers : quelques elpeces font encore fujettes à des droits particuliers, félon différentes circonftances. Les droits du roi pour le charbon exporté, font évalués à environ un chelin par chaldron de Newcaftle. Le charbon importé paiera cinq chelins de droit par chaldern ; & le culm, forte de charbon pour les forgerons, paiera un chelin. Les charbons qui fe vendent au tonneau , paient cinq chelins par tonneau j le tout payé à la place d’importation. Un ftatut de Guillaume III ( chap. 13 , de la neuvième & dixième année ) a ôté ces droits & a impofé celui de deux chelins par tonneau ou fept chelins & demi par chaldern fur les charbons vendus par mefure ; ce droit doit être payé par l’importeur pour les charbons apportés d’Ecoffe ou de tout endroit au - delà de la mer. Pour les charbons chargés dans les ports anglais , trois chelins quatre deniers par tonneau, & cinq chelins par chaldern j & un chelin par chaldron fur le culm chargé dans le royaume. ( Neuvième & dixième année de Guillaume III, chap. 13.) Charbon tranfporté de port en port, un chelin par tonneau, deux chelins par chaldern *aceordés pour trente ans. Neuvième année idem. Charbon gallois porté en Irlande, &c. un chelin par chaldern ; porté dans les colonies, deux chelins par chaldern. Id. Charbons exportés fur navires anglais, paient trois chelins par
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- chaldern ; exportés fur navires étrangers , dix chelins par chaldern. (Sixième année, chap. 22. ) Cet acte accorde un droit additionnel de trois chelins par tonneau ( a ), de quatre chelins fix deniers par chaldron pour les charbons étrangers, & trois chelins par chaldern pour waterborn-coal, charbon venu par eau : ces droits appropriés à une lotterie. Huitième année, ch. 4. Charbons apportés des pays étrangers, paient deux chelins par tonneau, & trois chelins par chaldern. Aujourd’hui, lorfque le tranfport du charbon fe fait fur un vaiffeau étranger, il paie au roi vingt-un chelins par chaldern; s’il fe fait fur un vaiifeau anglais, le roi n’a que dix chelins. En 1757,les droits fur cette marchandife en Angleterre fe montaient à cent treize mille fix cents quatre-vingt-huit livres fterling: ce qui, en fuppofant le fterling à vingt livres, ferait deux millions deux cents foixante & treize mille fept cents foixante livres de France, & en le fuppofant à vingt-un , ferait deux millions trois cents quatre - vingt-fept mille quatre cents quarante-huit livres.
- Commerce ou trafic du charbon de terre dans la ville de Londres.
- ifl. Une ville dans laquelle 011 compte à peu près un million quarante mille habitans , qui n’ont, pour le chauffage & tous les ufages domeftiques, d’autre matière que le charbon , doit donner par elle feule un grand mouvement à ce commerce. Il eft peu de jours où il n’arrive à Londres plus de cinq cents bâtimens de dix à trente pièces de canon, chargés de charbon, ou prêts à s’en retourner à vuide (b fi II entre chaque année dans cette ville , foixante & douze millions deux cents mille facs de cette marchandife; & la confommation , pour Londres feulement, eft évaluée à environ cinq ou fix mille chaldrons par an, (17) de tren te-fix boiifeaux en monceau chaque chaldron, fuivant l’étalon dépofé à la place de Guidhall (cfi Le
- (a) Toilage, tonnage,poundage,pound, pondage, appelle l’impôt de 1690: droit ou vieux fubfîde accordé d’abord à Edouard VI, fa vie durant feulement , enfuite à Charles XII, fur chaque tonneau de tontes les marchandifes à l’entrée & à la fortie du royaume, appellé pound , parce qu’il eft fixé à tant par livre , c’eft-à-dire ,d’un ehelin par chaque livre fterling, ou un chelin fur vingt, ou félon notre maniéré de compter, le fol pour livre, & un chelin de plus pour les marchandifes d’Angleterre que les étrangers emportent. Le parlement accorde ordinairement au roi le produit de cette impofition pour le mettre en état de
- bien garder la mer , & protéger le commerce ; mais il faut qu’elle foit revêtue de l’autorité d’un aéte du parlement..
- (ô) Eïïai fur l’état du commerce d’Angleterre.
- (17) Il y a ici une erreur de calcul, ou une faute d'imprefTio’n. S’il entre annuellement dans la ville de Londres foixante & douze millions deux' cents mille facs de charbon de terre,& fi, comme l’auteur le dit dans la note, le chaldron contient douze facs, il doit s’en confommer cinq à fix millions dans le même efpace de tems.
- (c) Le chaldron de charbon de terre apporté dans laTamife & vendu , doit être
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- D:ü charbon de terre
- prix du chaldron y eft différent dans les deux feifons d’été & d’hiver; en été il coûte trente - fix chelins ou quarante-une livres trois fols; en hiver, quarante.chelins , ou quarante-cinq livres quatorze fols. Le charbon de New-caftle paie à Londres , pour droit du roi & autres , huit chelins par chaldron mefure de Londres. >
- if2. C’est le lord-maire, comme chef de la police de Londres, & la cour des aldermans, qui ont le droit de taxer pour une année le prix de la vente en détail de tous les charbons qui s’apportent à Londres & dans les ports adjacens. Lorfque les détaillans refufent de s’y conformer , des officiers peuvent fe tranfporter fur les quais & ailleurs, & faire vendre par force au prix fixé, 16 8c 17, car. Il, chap. 2. Cette-loi s’eft étendue aux autres provinces. La dix-feptieme année du régné de George 77, chap. 3 f. Le prix du charbon ne pourra être hauifé fur la Tamife, fous prétexte d’attendre fon tems pour en délivrer, fous peine de cent livres d’amende. Quatrième année de George II, chap. 30. Toute perfonne vendant du charbon, foit hors d’un vaiffeau, cour ou magafin, à un prix plus haut que la taxe, paiera une amende de trente - fix chelins par chaldron, qui fera levée fur l’àrrèt par l’autorité des deux juges de paix. Seconde année de George II, chap. 1 f. Pour prévenir les fraudes des mefures lors de la livraifon du charbon dans les villes & franchifes de Weftminfter, cette partie du duché de Lancaftrc qui y joint les paroiffes de S. Gilles-des-Champs, Sainte-Marie-le-Bon, & telle autre partie de la paroifle de S. Andrew-Helborn , autant qu’il dépend du comté de Middlefex, il fera nommé deux principaux metteurs de charbon à terre, lefquels nommeront un nombre fuffifant de metteurs à terre, pour mefurer les charbons fur les quais & dans les magafins. Tous prêteront ferment de bien remplir leur emploi. Tout mefureur faifant de feux billets ou feuffe mefure, fera déchu de fa commiflion, & paiera l’amende de cinq livres.
- I f 3. On ne délivrera de charbon au-deffus de la quantité de huit boiffeaux qu’en préfence du mefureur. Si l’acheteur eft mécontent de la mefure , les charbons peuvent être remefurés par un mefureur , en avertiffant le vendeur ou le voiturier avant la délivrance & avant la décharge : alors le voiturier averti par écrit par l’acheteur même qu’il n’eft point fatisfeit de la mefure,
- compofé à Londres de douze facs ou trente- vingt-un chaldrons parjcore ou compte, fix boifleaüx, chacun de dix-fept pouces II faut remarquer que , dans les endroits où quatre lignes de diamètre, fur fept pouces ce boiffeau fert à mefurer le charbon & le neuf lignes de hauteur; & encore on les me- fel, la mefure fe donne comble ; tantôt on fure combles; le fac doit contenir quatre donne cinq boiffeaux, & alors ils font com-[ üushel] boiffeaux de charbon net, 7 ed. blés ; tantôt on délivre cinq, picotins rafer : VI, chap. 7 , cent douze livres au cent, fous cela eft appelle mefure d’eau, ou mefure peine de confifcation ; & à bord on donne de quai.
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- ET DE SES MINES. Partie II.
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- -ne quittera point la place qu’il ne foit venu un mefureur. Dix-neuvieme an--née de George II, chap. Les lacs de charbon feront fcellés, marqués, & auront quatre pieds deux pouces de long, & vingt-lix pouces de large, fous peine de vingt chelins d’amende. Les vendeurs de charbon auront un boiflêau garni de fer, cacheté & eltampé, & trois boiifeaux feront un fac : quiconque fera ufage d’autres mefures, paiera l’amende de cinquante livres. Les juges de paix connaîtront des amendes au-deifus de cinq livres, recouvertes par adion de dette & deifous. Troijieme année de George //, chap. 26.
- 1 f4. En même tems que les villes de Londres , de "Wellminfter ( a) 8c lieux adjacens, font principalement approvisionnés de charbon par mer , des comtés de Durham, de Northumberland & de la ville de Newcaftle (£),le prix raifonnable de cette denrée a une influence marquée fur le fou tien des manufactures. Il effc encore aifé de juger qu’il contribue à raccroilfement du commerce & de la navigation du royaume , par des milliers de bons mariniers que les bâtimens charbonniers tiennent continuellement en haleine. C’eût été manquer eflentiellement contre la prudence , de ne point oppofer des barrières au monopole , néceflairement préjudiciable à la marine , au commerce, aux manufactures du royaume , au bien - être des pauvres , &c. Auili. le parlement s’eft occupé férieufement de dilfoudre & prévenir les af-fociations des propriétaires de charbons , bateliers , maîtres de navires, & autres qui chercheraient à augmenter le prix de cette denrée. Dans la neuvième année du régné de la reine Anne , chap. 28 5 il y a eu lur cet objet en 1710 un ade du parlement, dont les articles femblent avoir depuis ce tems confervé force de loi. Voici ce réglement tel qu’il fe trouve inféré dans l’Hit toire chronologique du commerce, d’Anderlon, tome II, page 2 f y.
- Loi contre les affociations tendantes à haujjer le prix des charbons de terre pour Puf âge de Londres & de fon yoifnage,.
- I. Que tous contrats entre les propriétaires de charbon , bateliers ou maîtres d’alleges , fitters, maîtres de navires, fadeurs, agens de charbon, &c. tendant à enarrher le charbon, ou à empêcher qui que ce foit d’ache-
- (a) En regardant Londres compofé de ou charbon d’Ecoiïe, Scoth Blyths, ou char-trois villes, Londres au levant, IVeflminf- bon d’Ecolle, chargé au port de Blyth , le ter, féjour de la nobleflê , au couchant, & fhiremorevenant d’une plaine de la pro-Soutwark, appelle communément Sodrik, vince de Sunderland, le hartley ou harU demeure des matelots, au midi & de l’autre leypool,• beaucoup venant de Long-bington, c'ôté de laTamife. de Walker, de Tanfieldmoore, aux envi-
- (ô) Les charbons dont on fait commu- rons de Newcaftle. nément ufage à Londres, font le Scoth coah
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- ter , vendre, charger ou décharger librement, naviguer ou difpofer des char-, bons de telle façon que la loi le permet, fera regardé comme illégal, nul & de nul effet en toutes fes parties.
- II. Tout propriétaire de charbon, batelier, ou autre perfonne ci-deflus dénommée, qui dorénavant entrera en façon quelconque dans une aifociation de ce genre, qui en fera convaincu par fa fignature ou par fon cachet, fera mis à famenda; lavoir, le propriétaire-de cent livres, le fitter de cinquante, le maître ou propriétaire de navires de vingt, & pareille fomme pour tous officiers, commis , agens ou domeffiques.
- III. Les fitters ou autres perfonnes, débitant ou délivrant des charbons, donneront d’amples certificats lignés, & à chaque voyage, à chaque maître de navires, contenant le jour & l’année de tel embarquement ou chargement, le nom du maître du navire , l’exade quantité du charbon, avec les noms ordinaires des charbonnières d’où il a été tiré, & le prix payé par le maître pour chaque forte de charbon que chaque fitter a vendu chargé à bord de tel navire.
- IV. Ce certificat à l’arrivée du navire à Londres , fera enregiftré à l’endroit appointé par le lord - maire, ou à la douane d’aucun autre port. Le refus de donner un tel certificat, un faux commis dans cette écriture, fou enregiftrement non obfervé dans l’elpace de quarante-huit heures après l’arrivée à Londres ou dans un autre port, emportent une amende de dix livres, il en eft de même pour celui chargé des regiftres, faute par lui d’enregiftrer le certificat dans les vingt-quatre heures, ou de le refufer, ou d’en faire un faux.
- V. Tout batelier, maître d’allege, maître de navires, fadeur & agent de charbon, quicontradera, achètera, vendra, ou difpofera d’aucune forte particulière de charbon en préférence d’autres fortes ; qui chargera aucun navire par préférence, ou qui difpofera d’aucuns charbons pour tel navire avant les autres navires, ou vendra en connaiifance de caufe une forte de charbon pour ce qu’elle n’eft pas, fera mis à l’amende de cinquante livres pour chacune de ces contraventions.
- VI. Les délinquans qui dans l’efpace de trois mois déclareront les propriétaires de charbon, &c. intéreifés dans de pareils délits, feront dédommagés, & recevront la récompenfe due à tout autre dénonciateur.
- VIL Tout maître de navire qui, au-delTus du nombre de cinquante, reftera chargé dans le port de Newcaftle ou autres ports , étant deftiné pour Londres, à moins qu’il n’y foit détenu par vent contraire , befoin de réparation ou de fconvoi, ou de quelqu’autre caufe inévitable , fera à l’amende de cinquante livres.
- VIII. Tout fadeur, régilfeur & agent de charbon, qui en débitant à fes
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- propres agens, aflTociés ou employés , fera d’intelligence avec eux pour leur bénéfice ou pour le fien propre, fera mis à l’amende de cinquante livres.
- Article II.
- Notice hijlorique de mines ou carrures de charbon de terre en différentes parties
- du globe.
- iff. L’auteur du Traité fur les couches de la terre, ma donné la facilité d’indiquer dans les trois premiers articles de la fedtion XII de la première partie démon ouvrage, un grand nombre d’endroits où il y a des mines de charbon en Allemagne, & de faire connaître la nature de ces terreins: j’avais efpéré que,lorfque je publierais cette fécondé partie,il me feraitpof. fible d’avoir quelques mémoires fur la pratique de l’exploitation dans quelques-unes de ces mines ou de celles d’autres royaumes. Mais les foins que je me fuis donnés à ce fujet, ont été inutiles ; il ne m’a été polTIble que de recueillir de différens ouvrages des notices de mines dont je 11 ai point fait mention, ou de la qualité des charbons de quelques carrières que j’ai indiquées. Ce fupplément n’eft pas indifférent pour le tableau minéralogique du charbon de terre : en réunifiant tous les endroits qui feront marqués dans mon ouvrage, on verra que pour démontrer que ce foflile exifte dans toutes les parties du monde, il ne manque plus que d’en connaître dans celle fituée directement au midi de l’Europe ; encore fi l’on fait attention à ces fameu-lès carrières d’où les peuples d’Egypte tiraient leurs obélifques, les natura-liffces trouveront un motif raifonnable de préfumer que ce beau marbre (a) pouvait couvrir du charbon de terre à une très - grande profondeur. Dans la divifion générale, fous laquelle je vais parcourir les quatre parties du monde, je finirai par l’Europe, afin de me rapprocher de la France, après avoir examiné les Pays-Bas Autrichiens.
- Asie.
- 156. En Tartarie , dans la province de Katay , Marco Paolo ou Marc Paul, Vénitien , dont les relations fur ce grand pays ont eu beaucoup de traductions 8c d’éditions en différentes langues, défigne clairement le charbon de terre fous le nom d’une pierre noire que l’on tire des montagnes, & dont 011 fait grand ufage dans plufieurs provinces où le bois n’eft pasaffe2 abondant pour fuffire à chauffer trois fois la femaine les étuves & les poêles. En Sibérie, fuivant un extrait des journaux des profefifeurs Gmelin & Pallas, le premier
- (a) Appelle parles Italiens granito rojfo, par les anciens, fymit.es ,pyropœciloih
- H h ij
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- DU CHARBON DE TER RE
- a découvert dans les monts Walda, entr’autres minéraux, quantité de carrières de charbon de terre près de Krejleço -jam , fur les deux rives du fleuve Gre-metfcha. Aux environs du village UJlies, alfez près de la riviere Ktupi^ar le même naturalifte a obfervé une autre mine de meilleure elpece , qui s’étend à plus de vingt werfts. (a)
- If 7. Dans la mer des Indes, parmi les isles de- la Sonde, celle de Sumatra a de ce foffile aux environs de Sillida. Les montagnes appellées en latin montes T'aumbungenfcs, riches en mines d’or & d’argent, renferment: auffi du charbon de terre. Dans la partie la plus orientale de l’Afie, les isles du Japon ont du charbon de terre aux environs des provinces feptentrio-nales, & fur-tout dans la province de Chien^en, Tftknfen, aux environs de CujaniJJ'e, Cujahofla, où il s’en voit une quia été incendiée.' (£) .
- Terres arctiques ou Amérique septentrionale, dite Mexicane,
- if g. Dans une des isles Lucayes, nommée la Providence, appartenante aux Anglais , & fituée à l’entrée du golfe du Mexique, on a découvert en 1763 une mine de charbon de bonne qualité. Dans la partie dite Nouvelle-France ou Canada, le pays de Saguenay au bord feptentrional du grand fleuve-de Saint-Laurent, & dont Quebec eft la capitale, en a auffi. Sur les frontières orientales du Canada, la prefqu’isle de l’Amérique feptentrionale, ap-pellée Acadie ou Nouvelle-Ecojje, a de même du charbon de terre. Sur la côte orientale en Groenland, la baie de Disko au détroit de Davoz, fousle fbixante - douzième parallèle, en contient auffi.
- Partie septentrionale de l’Asie et de l’Europe,
- i f 9. Dans la Ruffie, nommée Ruffie d’Europe , il y a du charbon de. terre à Novogorod -Weliki ou Novogorod la grande ( c). M. Model ,chy mille (d) , a examiné & analyfé ce charbon. C’elt, félon cet auteur, un charbon ardoifé difpofé par couches ; il eft rempli de crevafles ; fa couleur tire fur le-brun-noir fans aucun brillant ; il filit confidérablement les doigts quand on £e manie j. dans quelques, morceaux on apperçoit de véritables pyrites ; au feu il s’allume aifément, donne une flamme claire & fe réduit en cendres grifes. rougeâtres..
- ( a ) Quatre werfts font une lieue de- vogorod, & F if en Niengarten.
- ? rance. (d) Supplément aux récréations chy mi-
- ( b ) Extrait, de l’hiftoire naturelle, civile ques. Pétersbourg, 1768 , traduction manu* & eccléfiaftique du Japon. fcrite , par M. Parmentier, apothicaire-ma*-
- ( c) Pour diftinguer cette ville.de Nifen , jor de l’hôtel royal des invalides.
- Jthefna, NijûNovogorod.* ou le petit Na-
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- Mer Baltique, ou mer Interne.
- léo. Dans le golfe de l’Océan, vers le milieu des côtes oocidentales de l’Europe , l’isle Bornholm, fur la côte de Suede, qui appartient aux Danois , Iailfe voir le long de fes bords des traces de charbon de terre’: on y en a fouillé, il y a une quinzaine d’années j on en tire auffi du fond de la mer ; les pauvres vont le détacher, & l’enlevent fur des bateaux.
- Europe.
- 161. La Norvège propre , dans la Scandinavie, entre Bergen & Chriftiania.
- 162. Dans l’Islande , isle dépendante de la Norvège , au nord de l’Europe, & où fe trouve le mont Hecla, le plus célébré des volcans.
- 163. Dans la partie la plus feptentrionale de l’Europe, la Suede en poffede enplufieurs endroits ; on s’y eft appliqué depuis long-tems à la recherche de ces mines , & on y en a déjà reconnu plufieurs. E111738 , dans la province de Scanie ( Schonen ) , à une lieue de Helfimborg (a), il en fut découvert une très-abondante d’un bon charbon qui ne donne point de déchet, qui brûle bien, & donne un feu très-clair jufqu’à ce qu’il foit entièrement réduit eir cendres 5 la matière de ce charbon eft graffe, n’eft aucunement chargée de foufre, peut fervir aux orfèvres & aux ouvriers qui travaillent en acier fin: la veine en eft cependant extrêmement mince , ce qui fait que l’exploitation ne peut s’en faire qu’à la maniéré des Saxons. M. Cronftedt, de l’académie de Suede (h) ,aeu la complaifance de me procurer un envoi d?échantillons curieux des pierres du territoire deBofcrups dans la même province de Scanie, où il fe rencontre du charbon de terre. Quoique ces échantillons ne foient •pas numérotés dans' l’ordre qu’ils tiennent en fouillant la mine, je les indiquerai ici avec les phrafes du lavant auteur.
- Argilla grifea apyra ; terre pourrie , feuilletée, des campagnes de Bofcrups.
- Argilla apyra nigra; pierre argilleufe, alumineufe avec efHorefcence ; elle n’eft pas noire par - tout s elle eft de couleur d’ocre fafranée de couleur vive.
- Argilla apyra nigra , croco tincla ; femblable à la précédente , noire en-dehors , & rougie en-dedans par un précipité martial.
- Bolus indwata; pierre bolaire , martiale ,, très-pefante, des campagnes de Bofcrups.
- ( a ) Mémoires de M. Bentzelftierna , lécarlie & dé la Weftmanië, & auquel on eonfeiller du college des mines. Actes de attribue l’EiTai de minéralogie , traduit du T academie desfdences de Suede, ann. 1741, fuédois en allemand par M. Wiedman, & tome II, page 237. de l’allemand en français par M. Dreux. jils,.
- ( b<) Grand-maître des mines de la-Da-
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- Lapis arenofus, glutine argillacco ; faux granité blanchâtre.
- Lapis arenaceus , glutim argillacco, des campagnes de Bofcrups ; pierre d’ar-gille grife, femblable aux argilles fablonneufes ordinaires dans les mines de charbon: elle eft friable, fe durcit, & eft fixe au feu.
- Lapis arenaceus , glutine argillaceo : cette ëfpece eft un grès ou pierre à ai-guifer, tendre, à grains aflfez fins.
- Schijlusphlogijlicatus ; mauvaife ardoife feche , femée de beaucoup de mica blanc ; elle brûle au feu en décrépitant d’abord, & répandant une odeur dé-fagréable de vapeur humide renfermée : c’eft le Brand skiffer des Allemands.
- Gagas vel lignum petroleo imbutum. La première dénomination de cette phrafe 11e répond pas exactement à l’échantillon, qui aurait mieux été appel! é pfeudo-gagas ou gagas naiffant : ce n’eft autre chofe qu’un morceau de bois foflile bien fain, entièrement femblable à celui que j’ai eu de la mine de charbon de Wentercaftle. Voye^ première partie. Il eft très-pefant, peut-être parce qu’il eft furchargé de matière martiale dont il eft un peu encroûté dans une de fes furfaees. Ceux qui connaiflTent les bois de charpente qui ont refté long-tems fous l’eau , où ils acquièrent une pefanteur remarquable, & une grande facilité à recevoir le poli, auront une jufte idée de ce foffile que je crois être Vebenum foffile , ou le lithoxylon de Schenchzer ( a ) , & le Sou tur brandur des Allemands ; il brûle comme du bois , & l’on apperçoit dans fa flamme les fignes d’un peu de bitume.
- Carbones lignei ex mumia vegetabili. Cet échantillon provenant des campagnes de Bofcrups, eft plus qu’un charbon de bois : c’eft un vrai jayet par couches , entre-mèlé d’une terré turfacée couleur de fuie, mumia vegetabilis, très - fine, qui fàlit les doigts, & eft très-abondante dans tout ce morceau.
- Lithanthrax vel fiffilis fchiflofus , cum pauxillo porcellanece albce ( b ) , beau charbon de terre fec, brillant comme le jayet. Ce que l’auteur appelle por-cellanea alba, me femble être une efflorefcence alumineufe : il l’a défigné parmi ces terres de porcelaine pure, n. 2, en forme de farine, & maigre.
- Lithantrax cum carbonibus ligneis ; bois non charbonné, ou trop pénétré par les acides.
- 164. Dans la premiers partie de mon ouvrage , j’ai eu occafion de parler ôtes-charbons ardoifés , des ardoifes combuflibles ( c ), & du charbon de terre que
- (a) Herharium diluvianum. Lugd. Bat. Alors elle devient matte quand on la cafle» 1723, pag. s7 & i°9- brillante & ferrée; frappée contre l’acier,
- ( b ) Terra porcellanea, vulgo argille elle donne du feu ; elle a par conféquent apyrc, argilla apyra , félon cet auteur, les meilleures propriétés pour fabriquer des abfolument réfraétaire au feu ordinaire de vaifleaux deftinés à fondre, àcuireoucon-fufion. Cette argille ne peut qu’approcher ferver des matières falées & acides, de la vitrification ; mais elle conferve fa (c) Brandjiciffer Germanorum,/c/i/£ forme, quoiqu’elle foit molle par elle-même, tus phlogiJUcatus, Cronsted ; voyez la
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- E T DE SES MINES. Partie II.
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- renferment quelquefois les carrières d’ardoifes (a). Ce foflile envifigé alors purement & Amplement comme étranger & accidentel dans cette mafle au milieu de laquelle il fe trouve, n’a pas autrement fixé l’attention des natu-raliftes, qui n’avaient en vue dans leurs recherches que les carrières d’ardoifes. Deux minéralogiftes Suédois, M. Hermelin & M. Cronftedt, font les feuls que je fâche qui aient obfervé Ipécialement ces charbons, & auxquels on foit redevable de pouvoir les clafler dans les différens genres connus. M. Hermelin a décrit en naturalise, dans les Mémoires de l’académie des fciences de Suede (é), une de ces mines, où le charbon fe trouve dans le fehifte alumineux, & en même tems cette bande paraflte qui y eft renfermée, & que l’on a qualifiée du nom de charbon de terre. Comme chymifte, M. Cronftedt a aftigné la nature & la qualité de ce charbon : en empruntant ces deferiptions de ces deux ouvrages, je les accompagnerai de quelques réflexions que je foumets à l’éclairciifement que ces favans peuvent en donner.
- Charbon de terre dans une mine d'ardoife, Jituie près de la manufacture d'alun , terre de Maetorp , à Bellinger , Saeter , feigneurie de Wadsbourg, en Weffgothie.
- I6f. Ce lit de charbon de terre eft: placé fous un monticule de pierre calcaire ; plus bas fe trouve une autre malle de pierre à chaux, qui renferme les fehiftes alumineux d’une aune & demie ou trois aunes de France, enfuitc les couches de charbon de pierre, puis une nouvelle couche d'alun qui couvre un banc à'horjlen, au - delfous duquel fe trouvent encore des couches à'alun (c ).
- 166. Le charbon fe trouve dans le fehifte, tantôt en petits morceaux plus épars que les Brand skiffer, tantôt en couches diftin&es ; cette couche eft prefque horifontale, & s’incline un peu du côté de l’eft; elle a deux à fix pouces d’épais. Ces charbons font durs, ferrés & néanmoins légers ; à la vue & dans tout l’extérieur ils relfemblent au kennel coaf que l’on eftime davantage que tous les charbons qui fe trouvent épars. Ils fe lailfent couper avec le «outeau, & donnent une poudre d’un brun noirâtre ; ils fe poliffent aifément, & on s’en fert pour faire des boutons & des tabatières ; au feu ils donnent une flamme forte qui fe foutient plus que celle des Brand skiffer, & ils ne
- table de la première partie, fous les difFé- (c) Les couches entre lefquelles fe rens noms français, & fous celui de jchijtus. trouve le charbon de terre de la Gothie ou (a) Pages 50 & 242. Goslande , partie la plus méridionale de
- (b ) Remarques & expériences concer- Suede, font, d’après les remarques de M. nant l’art minéralogique de la province de Triewald, d’un gros grcs fpongieux. ou Scargaborg en 'Weftgothie, premier trimef même de whm. tre de l’année 1767,page 32.
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- .tombent pas fi-facilement en feuillets que les charbons ardoifés. Au lieu de .cendres, ils laiffent des fcories qui forment un volume égal à celui qu’avait le charbon brut ; on les a effayés avec avantage dans les petites forges.
- [ 167. A ïFierjlad , paroiffe à un quart de mille de Helfimborg , il fe trouve du charbon parmi les couches rangées comme il fuit. i°. Une pierre de fable épaiffe de 6 braffes. 2°. Lit de charbon de deux pouces d’épais , qui remonte vers le jour. 3 e. Couche argilleufe de 2 &f de brade. 40. Couche de pierre de fable d’un pied, f Lit de charbon qui a été exploité , & l’épailfeur d’un demi-pied à un pied. 6°. Terre noire 4 pouces. 7°. Argille noire ardoifée, d’un pied. 8°. Pierre de fable bleuâtre très-dure, 3 & | de brade. Le cinquième lit était d’un demi-pied depuiffance ; mais il alla en augmentant dans un champ de 12 braffes jufqu’à un pied, changea enfuite en mauvaife terre noire, qui continua dans une .étendue de 4 braffes ; alors le charbon reparut de l’épailfeur d’un demi-pied : après qu’on en eut enlevé environ cinq mille tonnes, la veine parut épuifée.
- I6'8. Aa mine de charbon du roi Frédéric - Adolphe, au diftriét de Malmur, dans les métairies de Boferupe & de Githfolms en Suede, fut reconnue par le moyen de la tariere , ouverte dans une longueur d’environ 170 braffes du fud au nord, & de 190 braffes de l’eft à l’oueft, fans y comprendre l’étendue des ouvertures; la profondeur du puits eft de 360 braffes. D’après les remarques de M. Hermelin, maître des mines, inférées dans le troifieme trimeftre des Actes de l’académie de Suede, pour l’année 1773 , les couches de ce charbon, au nombre de deux, font irrégulières dans leur épaiffeur : leur allure eft du fud au nord ,& elles s’élèvent avec le terrein du côté du midi, tandis que les couches inférieures s’élèvent vers le- fud. Le terrein eft com-pofé, i°. par une couche de lere, épaiffe de deux braffes; 20. une pierre fa-blonneufe de 3 à 4 braffes d’épaiffeur ; 30. toit du charbon d’un demi-pied de puiffance, fuivi du lit de charbon ; ces différentes couches font dans une étendue de 4f braffes entre-coupées de fable, de pierres rondes, & les couches reparailfent enfuite dans un ordre plus régulier ; 4*?. argille noire, compacte, ferrugineufe , épaiffe de quatre à fix pieds , fe durciffant à l’air, rougiffant au feu , & y réfiftant mieux que l’argille à tuile ordinaire, fans cependant réfifter à un feu violent ; j 9. ardoife argilleufe noire, mêlée de beaucoup de fable, épaiffe de deux pieds & demi, trois pieds & demi ; 6°. lit & argille reconnu avec la tarière jufqu’à la profondeur de fix à fept brades , & qui eft eftimé propre à faire une porce- laine femblable à la porcelaine, de Heffe : ce lit eft gris-clair, dur, feuilleté, mêlé avec du fable fin 8c du glimmer. Dans le fond il devient plus fo-lide & comme une pierre de fable dur, Dans une de ces mines y on* trouve une ocre rouge ferrugineufe. ’1'
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- 169. La veine de charbon , fi l’on veut l’appcller ainfi avec M. Hennelin, eft d’une nature différente dans fa partie lupérieure & dans fa partie inférieure; le banc fupérieur donne dans l’efpace d’une braffe en quarré d’un demi-pied d’épaiffeur , fix tonnes de houille feche & en poufliere. Il s’y rencontre des troncs d’arbres entiers, commençant à devenir charbonneux, & auxquels 011 reconnaît encore les nœuds, l’écorce, & des parties de bois confervées. Les échantillons;'que j’en ai, font entièrement conformes à ceux qui étaient dans le cabinet de M. Davila. Le banc inférieur eft épais d’un pied ou de deux pieds & demi, de la nature du Brand. skiffer, mêlé d’une fubftance pulvérulente, noire, luifante , ftriée, & de pierre fab lonneufe, mêlée quelquefois defvafdkies, parmi lefqnels on trouve des morceaux de charbon de pierre de bonne efpece. Du côté du nord de la mine, on a retrouvé la continuation de cette veine d’un pied ou d’un demi-pied d’épaiffeur. M. Hermelin avance que les charbons de la mine du roi Frédéric Adolphe donnent une flamme forte, & fe confirment promptement ; qu’ils font très-gras, & tombent en cendres fans laiffer de fcories. Il ajoute cependant avec raifon, que ce charbon eft plutôt une efpece d’ar-doife argilleufe qui, en 1e féchant à chaque fois qu’011 la charge ou qu’011 la décharge pour la tranfporter , tombe en morceaux , & qui, à l’emploi au feu , s’affemble devant le foufflet, produit beaucoup de mal-propreté dans le foyer ; qu’il eft en conféquence peu propre à la forge, quoi qu’aux environs de la mine on s’en ferve pour cet ufage. Il en a été aufii vendu aux maréchaux & ferruriers de Copenhague, qui s’en font fervis avec fuccès , après les avoir concafles Sc détrempés pendant huit ou quinze jours dans l’eau : alors la flamme qu’ils donnent 11’eft pas fi forte, & ils ne brûlent pas fi vite; mais ils font d’un bon ufage pour la cuiffon de la chaux & de la tuile : aufii 011 les emploie principalement à ces ufages; dans les poêles on peut s’en fervir avec avantage.
- 170. Depuis l’année 1747 jufqu’en I7fi , 011 a enlevé environ trois mille tonnes par an, & depuis ce tems jufqu’en 1762 , on enleva environ cinq mille tonnes par an : il fe paie à la mine une daeler d’argent la tonne, pour ce qui eft employé au fervice de la couronne, & un daeler & huit oer pour le particulier. Ce que nous avons rapporté d’après les échantillons, & de la mine de Maetorp, aide beaucoup à juger de la nature de ces charbons de terre fofliles de Suede. ]
- 171. La defcription du charbon ko/m en allemand, rangé dans la troifieme claffe de M. Cronftedt, §. if9,fe rapporte avec celle de M. Hermelin. “Il ,, reffemble au charbon de terre ardoifé de Bofcrups ; mais il eft plus mat quand „ on le caffe ; il brûle avec flamme & ne fe confume point, &c. Il fe trouve „ en Angleterre & dans l’ardoife alumineufe de Maetorp „. Il y a donc toute apparence que c’eft du même charbon que ces deux auteurs ont parlé : ncan»
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- moins Ci le kolm des Allemands eft le charbon culrn des Anglais, il y a ici quelque méprife dans la comparaifon de l’un ou de l’autre {avants car le kennel coal, auquel ce charbon de Maetorp relfemble , félon M. Hermelin, eft fort différent du culm des Anglais, pour lequel on eft difpofé à le prendre, d’après le nom allemand.
- 172. Ayant embrafle l’hiftoire générale du charbon de terre , je ferai paffer en revue quelques fubftances particulières qui ont une affinité avec le charbon. C’eft en rapprochant de cette maniéré l’hiftoire d’une même fubf. tance minérale, parfaite ou imparfaite, avortée, dégénérée , altérée par une caufe quelconque, que l’on pourra parvenir à des idées raifonnables fur là com-polîtion & fur fa décomposition.
- 173. Du nombre de ces bitumes foffiles dont je veux parler, & que l’on
- peut regarder comme fubftance analogue au charbon de terre, eft celle nommée par les mineurs Allemands Knopffiein , c’eft-à-dire , pierre à boutons , à caufe de l’ufage que l’on en fait. Il paraît que cette efpece de jayet groffier , qui ferait peut-être mieux 110mmê lithanthrax larvatum de deux efpeces,
- une qui fe trouve dans plufieurs mines de fer, qui eft très-aifée à fondre, & dont on fait du verre noir & des boutons ; l’autre, affez bien nommé par les Allemands, & en français charbon de terre ardoije, puifqu’il fe rapporte au genre des ardoifes , qui eft facile à fe mettre en fullon , & forme un verre noir tranfparent ; ce qui pourrait venir des parties martiales unies à ces fehif-tes.il y a des endroits où l’on fait de même fondre ces pierres pour en faire des boutons & de petites boules ; on peut auffi s’en fervir pour faire le verre des bouteilles. Peut - être même y a-t-il encore d’autres variétés de ce Knopfflein ou mauvais charbon , dont Vampelites pourrait être une efpece.
- 174. Le charbon de terre n’eft pas feulement propre à recevoir des imprégnations & même une portion métallique en abondance, il eft de plus fuk ceptible de s’unir Ci intimement avec les métaux dans les entrailles de la terre , que ces mines acquièrent la propriété combuftible, quoique la terre métallique l’emporte pour la quantité fur le phlogiftique bitumineux du charbon de terre. De cette efpece on connaît une mine de cuivre & une mine de fer ; nous ne parlerons ici que de cette derniere, le mars étant la fubftance métallique qui fe trouve le plus communément alliée avec le charbon de terre. Cette mine de fer combuftible fixe, minera ferri phlogifüca , Crondfledt, ne différé pas beaucoup à l’extérieur des eharbons de terre ou de la poix minérale ; mais elle eft plus dure , elle donne à la chaleur de la calcination une flamme petite & très-prompte ; elle conferve fa forme extérieure & perd feulement de fa pefanteur ; mais elle retient quelquefois plus de foixante-dix pour cent. L’au-$çur en fait deux efpeces ,une tendre & fragile, & unefolide femblableà de
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- la cire à cacheter noire (a) ; on l’appelle dans la Norbeck , Wafch-berg , qui veut dire jayet. Dans les Mémoires de l’académie de Suede (b), M. Cronftedt a donné la defcription détaillée d’une de ces mines combujlibles ; il obferve qu’elle eft répandue en marrons dans la mine de Wæfterfilfberg dans des rochers compares ,& enveloppée dans une pyrite couleur de foie: voici la defcription de ce minéral. Sa couleur eft noire, fon tilfu compacte &lui(àut,fa fradture comme celle d’un caillou , & elle relfemble fi parfaitement à du charbon de terre, que les meilleurs connaiiTeurs y euflent été trompés. Elle n’eft point attaquable par les acides ; fa dureté n’eft pas confidérable ; on pourrait aifément la pulvérifer & la racler avec lin couteau ; fa pelanteur n’elf point aflez grande pour la faire diftinguer du charbon de terre ou de la poix minérale. La feule différence eft, qu’elle n’eft point électrique ; elle ne s’enflamme ni ne répand point de fumée dans la calcination, qui ne lui fait perdre qu’un cinquième de fon poids ; il s’en exhale une odeur d’acide fulfureux , & elle devient un peu brune : l’aimant l’attire un peu dès avant la calcination ; mais il l’attire plus fortement lorfqu’elle eft calcinée. Un morceau pefant fept livres , poids d’eflai, a donné par l’eflai ordinaire douze livres par quintal j cependant il y avait une portion qui était paifée dans les fcories.
- I7f. Dans cette grande partie fituéeau milieu de l’Europe (l’Allemagne) le charbon de terre abonde dans quantité d’endroits. A la première defcription que nous avons donnée de la mine de Wettin en Saxe, nous en ajouterons une fécondé , publiée par M. Triewald, d’après Samuel Bufchenfelt » arpenteur.
- Swan Mylla. I..........................................6 aunes.
- Grolet moer Jlein; pierre grife, légère, friable. . . I
- Une pierre jaunâtre dure. ...... |
- Skiferig ; pierre grife, légère & friable, ardoifée. . • 4 I
- Pierre pâle & dure. ....... §
- Tak jlein, pierre de toit, jaunâtre en - deffus , & noirâtre en-de/fous. . . . /. . . • . i | Z
- Lera, argille grife. ..................................1 i
- Le toit qui dans quelques endroits fe trouve être un charbon beau & folide. . . . ♦ - . » £ ou i
- (a) Dans la nombreufe colle&ion que j’ai faite de toutes les fubftances foffiles rencontrées dans les mines de charbon ou dans leur voifinage, & d’autres matières minérales qui pouvaient entrer en conipa-raifon avec ce bitume, j’ai plufieurs morceaux d’une matière qui refîemble fort à
- ces Knopfjîein, à ces Wafch-berg, &c. Ils m’ont été envoyés d’une fouille entreprife pour une recherche de charbon de terre près le château de S. E. M. le comte régnant de Bentheim, dans la partie occidentale du cercle de Weftphalie.
- (b) Ann. 1751, tome XII, page 2jot
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- Dans le milieu fe trouve une veine femblable à une argille dure, d’une couleur grife claire, 6,8 , io, 12 pouces. Au-deflbus de ce lit fe trouve une grande montagne de nul ufage, ayant cependant quelquefois un bord de fable foufreux qui fe trouve même quelquefois dans le charbon.
- 176. Les charbons de cette carrière, & tous ceux du voifinage de Halle font remarquables danlj l’hiftoire naturelle , & fur-tout dans l’hiftoire de la chy-mie , parce que le célébré M. Hoffman en a fait le fujet de fes obfervatiohs (a). Ils font compades & pefans , & difpofés par feuillets, dans lefquels 011 apper-çoit des lames pyriteufes très-minces ,de couleur jaune brillante5 ces paillettes qui jouent 1 '‘oripeau, font regardées comme lignes de la préfence de beaucoup de foufre. La propriété qu’ont ces charbons de durer long-tems au feu, & de donner une flamme vive & foutenue jles fait.rechercher parles forgerons 5 après avoir brûlé, ils donnent des feories très - compades. Le fa-vant chymifte obferve que ces charbons tiennent d’une nature bituminofe-fulfureufe. Enralfemblant dans la quatrième fedion de cette fécondé partie, toutes les marques ou tous les phénomènes qui conduifent à caradérifer la qualité des différens charbons que l’on peut rencontrer , j’aurai occafion de développer celle que l’auteur affigne ici au charbon de Wettin ; il me fuffit de la faire remarquer ici en palfant, pour fe le rappeller alors, ainlî que la maniéré dont il s’exprimera au fujet du charbon du toit de Loebegin, dont il fera queftion tout-à-l’heure.
- 177. La mine de charbon de Halle en Saxe, s’étend fort au loin , fous une grande partie de la ville & d’un fauxbourg, enfuite dans les campagnes vers le midi, jufqu’au bourg Lichen, où on ia rencontre fouvent lorfque l’on fait des puits , de même qu’à Dïclau, à une lieue & demie de Halle. Sa texture repréfente un amas de morceaux de bois en copeaux. . M. Hoffman a auffi obferve en particulier les charbons de Loebegin, dont j’ai parlé : ceux-ci fe détachent de la mine par pièces plus confidérabîes j mais au feu ils deviennent plus légers , fe féparent aifément en pièces, & durent moins au feu ; après avoir fait leur effet, ils fe réduifent en cendres..Le tage khokn du charbon de Loebegin eft bitumineux, il n’abonde pas tant en pyrites que celui de Wettin ; il eft beaucoup plus tendre & plus léger, s’enflamme plus difficilement ;que le tagckho-teû de :Wettis, en exhalant une odeur Julphureo-.acide ; iL n’eft employé que pour la préparation de la chaux vive.
- 178. Dans le même duché de Saxe, aux confins de la Mifnie, le bourg âeDiben ou Dkben fur la Muld, le voifinage de NeufiadSc de Ihlefeld à PI aven, ont auffi du charbon de terre. Celui de Bcmbourg dans la baffe - Saxe, eft de très-
- . -h, une efpecç. M. Lehmann obferve que les Saxons ne conftruifent des gale-
- *** («^'Frçd. fiïpphmipars H, Gcncv. pag. 12. OrySt'bgraphic Balenfs.
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- ries que d’une demi-aune en quarré , & que l’ouvrier eft obligé de travailler étant couché ; cela fiippofe des veines d’une épailfeur fort peu confidérable.
- 179. En Siléjie, le charbon A’Altwajfer & de Taunhaufen eft excellent; il eft employé aux blancheries de toiles qui font aux environs. Le territoire de Kojiuchna en renferme auffi de très-bonne qualité ; on y en connaît deux couches , dont une de fept pieds d’épaifleur : jufqu’à préfent on n’en tire point parti. Dans la Moravie : à Dobr^in, à Barcklay , dans un endroit indiqué par Martin Schook , apud Tencinnum.
- 1 go. Au fud-oueft de la France, & au-delà des monts Pyrénées , l’Efpagne a des mines de charbon de terre.dans plufieurs provinces; on y en connaît au royaume de Léon, du côté de Salamanque & dans les AJluties. La Galice fituée à l’extrémité de l’Eipagne & environnée de deux côtés de l’Océan, riche en cinabre & en minéraux précieux & utiles: la partie méridionale, appellée baffi-Andaloufie, dans les environs de Séville , polfedent du charbon de terre : enfin , dans la partie feptentrionale , la Cajlille neuve ou nouvelle Caf-tille , appellée auffi royaume de Tolede, dans la Sierra (a) , près de la vallée du Mançanares aux environs de Madrid , on y en connaît auffi.
- igl* Entre la France & l’Italie, la Savoie a auffi de ces mines, dont le charbon eft employé pour faire cuire le fel qui fe tire de fources d’eaux.
- 182. A l’orient de la France,la Suiffe, dans une étendue d’environ quatre-vingt-dix lieues de longueur & autant de largeur, a une quantité prodigieulè de mines de charbon, qui pourront un jour devenir une richelfe réelle de ce pays : les bois fe dégradent tous les jours ; celui à brûler a doublé de prix depuis 175*0: cela n’empêche point que le préjugé contre l’emploi du charbon de terre dans les ufages ^îomeftiques ne fubfifte encore fortement; on a vu le ma-giftrat de police défendre d’en employer à Laufanne & même à Berne. Comment peut-on négliger des reifources femblables, tandis qu’on fe plaint fans celle de la cherté des bois ? La ville de Bâle en a cependant introduit l’ufage dans les foyers domeftiques : on trouve beaucoup de profit à fe fervir du charbon de terre de Champagné, près de Ronchamp , en Franche-Comté.
- 183. J’ai indiqué dans h première partie , les principaux cantons de Suilfc qui ont de ce foffile ; je vais donner les endroits particuliers où il s’y en rencontre, tels qu’ils font défignés par M. Bertrand ( b ) ; j’ajouterai quelques-uns des détails que m’a fourni M. Sinner de-Bala'igue (c), ^ur quelques-
- ( a') Par ce mot, les Efpagnols délignent (b ) Recueil de divers traités fur l’hif les pays montagneux, dont les cimes de toire naturelle de la terre & des faffiles-, montagnes font hériffées comme les dents par M. E. Bertrand, fecretaire de la foqiété d’une fcie.Ils en ont dans plufieurs endroits; économique de Berne, in-4. Avignon, 1766. mais la Caftille neuve eft entfautres par- (c) Du confeil fouverain & bibliothc-tagée en plufieurs ferras, dont chacun‘a caire de Berne', de la fociété économique fon furnom particulier. de cette ville.
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- ques-unes de ces mines , & ceux qui fe trouvent dans YEJfai d'une dijlribution méthodique des f&jjiLes , par M. Bertrand. Dans fa troifieme claife qui contient les bitumes ou fucs fulfureux, il diftingue les charbons de terre en fix claffes générales , qui pour l’ulàge varient en bonté.
- l°. Charbon ligneux par fibres : lithanthrax ligneum.
- 2°. Charbon pierreux en malle : lithanthrax petrofum. Ceux-là font ftériles en bitume j ils ne peuvent fervir que pour cuire les tuiles : tels font ceux du comté de Lingen en Weftphalie.
- 3°. Charbon terreftre & mêlé : lithanthrax terrejlre atque mixtum , lithanthrax terrejlre. Ceux-ci font friables, fe décomposent à l’air , font moins profonds en terre, s’allument aifément > mais le feu n'en eft pas fi ardent.
- 4°. Charbon bitumineux ou de poids : lithanthrax piceum. feu bituminofum.
- f°. Charbon d’ardoife ou fiiîile : lithanthrax fij/tle.
- 6°. Charbon métal lifé : lithanthrax metallifatum vel mineralifatum.
- Ceux qui font pyriteux & pénétrés de minéraux, ont une odeur forte.
- Dans le Canton de Zurich , à trois lieues de cette ville , entre Horg 8c Kapfnac, il y a une mine dont M. Scheuchzer (a) a décrit quelques cir-conftances ; entr’autres fur un morceau dont les parties ne font point alfem-blées en maffe, mais en maniéré de tuyaux ramalfés en paquet ; ce charbon eft compofé de filamens droits, ronds & larges, de la groffeur à peu prés d’une petite aiguille à tricotter, lefquels fe tiennent debout & roides comme les foies d’une broffe fort rude, ou comme les dents d’une carde à carder la laine : cette ftrudure particulière donne lieu à M. Scheuchzer de chercher à déterminer quel eft le corps qui fe ferait ainfi minéralifé fous la forme de charbon de terre (b). Ces charbons de terre de Horg, font entre-mèlés de pyrites qui effleuriffent en couperofe lorfqu elles font expofées à l’humidité & au foleii ; M. Scheuchzer y foupçonne quelques parties d’alun} il a fait l’analyfe chymique de ce charbon de terre. Il s’en eft fervi dans les fourneaux pour les diftillations , en les pilant grofliérement & les pétrillant avec un peu de limon. A Hondelfangen, il y a aufli de ce fofiile.
- Le Canton de Berne eft celui de la Suiffe qui a le plus de mines de charbon : il paraît que ce fofiile eft répandu dans toute la longueur de cette domination } mais aucune veine n’a encore été exploitée régulièrement : la qualité des charbons y varie à l’infini. M. Sinner , dont il y a un mémoire fur ces mines dans les A&es de la fociété économique de Berne, ann. 1768, en a compté une vingtaine d’elpeces très-différentes.
- (a) Iter Alpinum. Lond. n. iço,fig. 26. Nec non brush-iron
- C b ) Inter introchos alcyonia ambi- & brush-iron ore, venaferri quam depin-gens. Luid. Lithoph. Britt. n. 10^. An vir- gU Grew. Muf. fociet. reg. tab. «2. gultuni corallinum Beaumontii. Aét. phil.
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- À Frienisberg, diftant de Berne de trois lieues , charbon dur , pefant, qualifié pyriteux , exhale une odeur de foufre ; on n’en fait point d’ufage. M. Bertrand avance que fi on le gardait long-tems hors de terre, l’odeur ferait moins forte.
- Dans le Htsly , ou Val Hafd, ou Hasldand, dans la montagne de Engoden.
- A Bruttdtn, bailliage de Cerlier, ou Erlach.
- A trois lieues du lac de Thoun , diftant de Berne d’environ quinze lieues, il y a une mine de charbon dont la veine a huit pieds d’épaiffeur ; elle n’eft point exploitée , parce que l’on prétend qu’elle ne peut fervir ni aux maréchaux ni aux forges ; elle eft très-différente des autres efpeces du canton ; elle eft maigre & laiffe une fcorie rougeâtre 5 elle reffemble beaucoup, dit-on a au molybdœna.
- A TVynau ou Weinau fur l’Aar près d'Arbourg.
- Dans VEmmthal, bailliage de Signau , à Eggivil, du côté du nord, à fept lieues de Berne, charbon très-fulfureux, fort bon, pourvu qu’il foit féché à couvert.
- Dans le bailliage d'Interlacken, à Stechdberg , montagne de Lauurbrun-nenthal, au midi de Lauurbmnn & à MüLlithal dans le Haslythal.
- A Lent^bourg, à Nidau,
- En Argow, à GeiJJhau , Gyffhau, montagne, rocher & carriers près de Bertoud, jolie petite ville nommée en langue du pays Bourgdorf, où il y a un bain affez renommé, qu’on appelle U bain d'Im-Faujl.
- A Gyrisberg, près de la même ville , charbon de pierre fifiile , & bois fofiile minéralifé , ferrugineux.
- Dans l’Argow à Suchgraben, à quatre lieues du château de Fruttingen, au midi dans VOberlan, à Cajlden, du bailliage de Schenckenberg, charbon plus ligneux & plus terreux que celui de Bûchât i à Denfchbeuren, paroiffe de ce bailliage. ( 18 )
- Au pays nommé Pays Romand ou pays Français, le pays de Vaud, vers le lac de Geneve , à deux lieues & demie environ au nord de ce lac
- (18) Il a paru depuis peu en allemand nn ouvrage fur la minéralogie de laSuiffe, compofé par M. Gruner, dans lequel l’auteur donne une notice plus exacte & plus complété de tous les endroits des cantons deZu-ric & de Berne , où l’on a découvert du charbon de terre. Je vais indiquer ceux dont JVÎ. Morand n’a pas eu connaifiance.
- Dans le canton de Zuric on trouve de ce charbon folïile près de Bremgarten.
- Dans celui de Berne, près de Boltingen. Dans le Kanderthal, ou vallée que traverfe la Kander. Le meilleur fe tire des montagnes de Brientz. Il y en a près de Tellenbourg & de Steffisbourg. La contrée du Batten-berg en produit des veines mêlées de pétrifications. Toutes les montagnes qui s’étendent depuis le Languethal, jufqu’à Trub-fchachen,en contiennent, & la qualité en eft bonne.
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- & à une lieue au levant de Laufanne, on y exploite depuis une vingtaine d’années plufieurs veines; leur direction générale y eft du nord-oueft au fud-oueft; elles s’élèvent avec les montagnes depuis le lac de Geneve, & fe montrent au jour de ce côté, fur-tout au bord d’un torrent qui s’y jette.
- Le charbon de Bochat, au-deifous de Lutri à la Vaux, eft plus bitumineux que celui de Frienisberg. On n’en fait aucun ufage, quoique le lac pût en rendre le tranfport bien facile : on y voit alternativement une couche mince , & une couche plus épailfe. M. Bertrand prétend que ce charbon eft très - bon lorfqu’il eft féché à couvert.
- A S. Saphorin, entre Laufanne & Vevay , bailliage de Laufanne, charbon de pierre fur les montagnes, dans un bois dépendant du domaine ap-pellé Prapourri.
- Bailliage d’Orezz, Maracou ou Marcou , entre le coteau & ce village.
- Au^enda^, A^enda^ ou Amendas, haute montagne au nord-eft de Bex ; dans ce mandement, frontière du Valais, bailliage d’Aigle, dont le fommet eft toujours couvert de neige & de glace.
- Dans le bailliage ftOron, à trois lieues au nord de Laufanne, M. Sinner a fait exploiter le charbon de ce diftridt : on y en connaît plufieurs veines de cinq à neuf pouces environ d’épais. Elles fuivent à peu près la même diredion que celle de Laufanne ; mais avec cette différence, qu’on ne les trouve qu’à leur tête, c’eft-à-dire, où elles plongent, & que la fituation des lieux ne les préfente pas au côté oppofé & au bas; Il a fait pouffer deux galeries fur une veine qu’il exploite, & de laquelle ch’aque ouvrier tirait cinq quintaux par jour. Cette veine fe montre au bord d’un torrent, le long duquel on en trouve environ fix les unes fur les autres, à dix, douze ou quinze toifes d’intervalle de profondeur, dont chacune n’a pas plus de fix à fept pouces. Il s’y en trouve à une petite lieue d’étendue, dix ou douze autres qui ont toutes une diredion extrêmement inclinée à l’horifon : cela va à environ quarante - trois degrés.
- Entre le mont S. Gothard, le Crifpelberg & la riviere de Ruls, dans le canton âlUri,o\\ connaît du charbon, & à la vallée de Fontaux, près de Schimberg. A Schimberg on trouve aufli du malthe ou bitume groflier.
- M. Bertrand indique encore du charbon à Millery, au - delfous de l’her-mitage de Sainte - Barbe, & il l’appelle lithanthax durius ; à Griesborn, à une lieue de Sarlouis, à Créange & à Puttelange ; il définit le charbon de ce dernier endroit lithanthrax fragilius. (19)
- ( 19 ) On a découvert, il y a quelques dante de charbon de terre, & l’on s’en fert années, à Sçmpfale, village fitué à trois avantageufement pour une verrerie fituée lieues de la petite ville de Romont, dans dans le voifinage. le canton de Fribourg, une mine très-abon*
- Hainaut
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- ET DE SES MINES. Partie II. Hainaut impérial , ou Hainaut autrichien.
- 184. Dans cette partie des Pays-Bas, les veines de charbon font plus fortes & plus fréquentes que dans le voilinage nommé Hainaut Français ; on y en trouve peu en roiijje ; & lorfqu’il s’v en rencontre, ce pendage ne fe continue guere. On n’a pas non plus à traverfer autant d’épaiifeur de rocher & de terre, ce qui difpenfe de profonder de grands burques; c’eft le nom que l’on donne aux bures dans cette province. On va chercher le charbon par xhorre, & on le tire par torret ; de cette maniéré on gagne pref. qu’entiérement les frais de l’exploitation, & le bénéfice eft plus confidéra-ble. Dans les mines du pays de la reine, on diftingue la malle qui compofe l’épaifieur de la veine , en deux ou trois couches appellées membres, féparés par un lit â’agay, appellé dieve ou terre glaife. En fuivant le même ordre que nous avons fuivi dans la première partie, le comté de Namur & le pays Montois vont être palfés ici en revue.
- Comté de Namur.
- ig 5*. Ce que l’on, nomme roc dans les mines de Charleroy, eft une pierre très-dure, de couleur ardoifée, & qui fe fépare par écailles allez épailfes ; ces feuillets, quelque tems après avoir été calfés, prennent, à l’endroit de la fra&ure, une couleur fauve vifant à celle de tabac d’Efpagne, mais qui n’eft que fuperficielle.
- ig6. A Charleroy , un attelier comprend des xhaveurs ou ouvriers employés à tirer le charbon , ayant pour falaire dix - fept fols fix deniers.
- A quatre xhaveurs par jour. . . . .5 livres 10 fols.
- Deux traîneurs pour remplir les paniers, à quinze
- •fols chacun. . . . 1 10
- Dix-fept feloueurs à une livre par douze toifes, fur
- deux cents toifes. . . . .13 If
- Dix-huit hommes à neuf torrets, deux hommes par
- torret. . . . . . . .13 10
- Deux hommes pour recevoir le charbon. ... 1 10
- Quarante-trois ouvriers coûtent par jour . .32 if
- & tirent par jour trente-fix milliers de charbon.
- A trente-deux livres quinze fols, il faut ajouter les frais des chevaux , les feux, l’entretien des machines, les gages des commis. Ces diiférens frais & autres non fupputés , deviennent d’autant moins lourds qu’il y a plus d’exploitation. Dans ces mines 011 trouve quatre veines les unes fur les autres, avant d’arriver à la profondeur de foixante-trois toifes.
- Tome XFL K fc
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- 187- Dans celles de M. Défandrouin, l’eau eft tirée de foixante toifes de profondeur ; le charbon eft placé à cent huit toifes au-deffous : ce qui fait en tout cent foixante & onze toifes. Les galeries font poulfées à plus de deux cents toifes ; il y a à la fuperficie neuf treuils. La houille du quartier de Charleroy a cela de particulier , qu’il faut qu’elle refte long-tems à l’air & à la pluie , même dans l’hiver, pour devenir meilleure j du moins c’eft l’idée de quelques bons ouvriçrs. Si cette remarque n’eft pas un préjugé de leur part, elle autorife à conje&urer que ce charbon tend à l’état vitriolique ou alumineux. Celle du village de Blatton eft, comme celle d’Andenne au comté de Namur , bonne à cuire la chaux & les briques ; on l’emploie auiii au chauffage dans les poêles ; elle fe vend une livre dix fols le muid, pefant de iîx cents à fix cents cinquante livres.
- 188. Dans quelques forges des environs de Charleroy, on fabrique des clous avec le charbon de terre ; cette facilité eft caufe qu’il y a une quantité prodigieufe de cîoutiers établis dans les villages du comté de Namur les plus proches de la Sambre, où il y a des houillieres, comme aDurmy , & ailleurs. Ces clous paffent jufqu’a Paris, & il s’en débite du côté de la Flandre , dans tous les Pays-Bas Autrichiens. On emploie , aufli pour platiner le fer , moitié charbon de bois, & moitié charbon de terre. La mine la plus confidérable du pays de Charleroy, eft celle appellée Houillier Sacrée, fituée à Gauchely, dépendante d’Emplumée , attenant les remparts de Charleroy : pofition qui, en s’étendant fous une partie de la ville, fut habilement mife à profit en 1747 par feu Al. deBélidor, de l’académie des fcienees, dont le ftratagème décida la reddition de la place ( a ). C’eft dans cette mine qu’eft arrivé le fait du houilleur Jean-Baptifte Evrard, inféré en extrait dans l’Hiftoire de l’académie des fcienees (F). J’en avais recueilli le détail de la bouche même de cet ouvrier, chez feu M. le vicomte Défandrouin, dans fon château du.Sart, d’où je l’avais envoyé à l’académie. Le rédacteur de l’obfervation l’a attribuée par méprife à AI. Santorrin, qui dans le moment prit foin de l’ouvrier, & que je cite à ce titre. L’exemple de cet ouvrier étant une preuve que des hommes ainfi renfermés font dans le cas d’ètre recherchés dans ces boule-verfemens de mines, fans avoir égard au tems depuis lequel le malheur eft arrivé ; je rapporterai ici le fait dans fon entier.
- Obfervation d'une abfiinence-de nourriture fur un houilleur enfermé pendant huit , jours dans une houilliere de Charleroy*
- 189. Le 17 décembre 1760, à huit heures du matin , un des ouvriers em-
- {a ) Voyez ce trait dans fon éloge. Hiftoire de Vacademie, année 1761, page 178.
- ) Obfervations de phyfique générale. Hifoire de l'academie, année 1761J page 26,
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- ployésdans cette houilliere, où il n’y avait qu’une veine & trois galeries, ayant foré la veine avec le tarrè dans la gralk du fond, à cinquante-fept toifes de profondeur, donna avec cet inldrument dans une baigne d’anciens ouvrages qu’on ne connai liait pas. Ail moment que les eauxfe firent; jour , neuf ouvriers étaient en face de l’endroit, deux d’entr’eux s’échappèrent avec le bouillon, eurent le tems de regagner le lure de chargeage & de remonter dans le panier 5 fept autres furent entraînés 5 de ce nombre , le nommé Jean-Baptilde Evrard , âgé de trente ans, natif du Lodel en Sart, près le château du Sart, après avoir été emporté par la mer d’eaux avec beaucoup de gcnges, piliers & autres décombres , gagna un petit chemin montant à la pointe de la veine, & qui répondait à une galerie de huit cents pieds de longueur, la première que l’on avait prife ; c’était précifément la même où était venu l’eau.
- 190. Les eaux ayant coulé dans les fonds de la mine, Evrard fe trouvait entre le bure de chargeage & le bure d’airage. Ce dernier venait fe rendre à la galerie ; mais ces deux communications extérieures étaient abymées. Evrard avait beau aller fans celle de l’un à l’autre pour chercher quelqu’ouverture, ou pour voir s’il n’entendrait perfonne ; fes habits étaient trempés, il avait loulfert du choc de toutes les décombres avec lefquelles il avait été entraîné; le défaut d’air l’incommodait beaucoup , tout cela 11e l’empêcha point de crier , d’appeller long-tems & fouvent, de frapper avec un manier à pointe qu’il avait trouvé, mais inutilement; il regagna le petit chemin montant qui avait été fou premier afyle, & s’y endormit de fatigue : à Ion réveil fes habits fe trouvèrent fecs comme s’ils n’avaient point été mouillés.
- 19 r. Continuellement prelie par la foif & par la faim , fans cependant fe fentir plus faible lejdernier jour que le premier, Evrard ne perdait point efpérance & ne fe rebutait point de fes allées & venues. . La plupart du tems il a été alfoupi, & il croit avoir palfé une partie du teins-à dormir il a allez réfilté à la foif pour ne boire que trois fois de l’eau qui venait des anciens ouvrages fous lui. Pour redource en nourriture, il avait quatre chandelles entières, & quelques bouts qu’il avait trouvés près de lui dans un coin de fà retraite ordinaire; il m’a dit les avoir portés plufieurs fois à la bouche , mais îÇavoir jamais pu vaincre la répugnance que lui donnait cette grailfe. Pendant tout ce tems il 11’a pas été à la garde-robe, & n’a uriné que trois ou quatre fois.
- 192. Le 26 du mois de décembre, à.onze heures du foir, les ouvriers fe mirent à la recherche des cadavres. Le bruit de ce travail du côté du bure de chargeage, attira l’attention de Jean-Baptilde Evrard , & il entendit clairement fes camarades occupés à en tirer un qui était mort dans la galerie où il fe trouvait, & fe concertant enfemble fur les moyens de l’enlever; les uns youloient que ce fut en lui mettant une corde au col, les autres en l’atta-
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- chant par les épaules. Evrard qui s’était tranfporté avec ardeur à l’endroit où tout ceci fe paffait, frappa avec fon manier à pointe, en redoublant de force pour appeller & pour crier. Les ouvriers très-étonnés de ce qu’ils entendaient, n’en prirent que de l’effroi. Les travailleurs des houillieres ne font pas plus exempts que les mineurs de l’ancien te-ms, du préjugé de l’exiftence des mauvais génies, d’efprits, dans les mines. Ne penfant point'du tout à l’exiftence d’Evrard, ni de ceux qui n’avaient point été auffi heureux que les deux dont j’ai parlé, ils crurent que c’était un efprit: cependant pour s’en affurer, ils frappèrent de leur côté ; Evrard répondit avec fon martier à pointe ; cela fut réitéré de part & d’autre ; les ouvriers vinrent par troupe, & entendant l’efprit prétendu qui déclinait fon nom, fon furnom, qui les appelait de même , s’encouragerent à ne pas avoir peur. Vint enfin une bande qui, affez heureufement pour Jean-Baptifte Evrard, avait une pointe de boiff fon; celle-ci fe détermina à fc mettre à la befogne : à peine fut-elle parvenue à l’inftant de donner la moindre ouverture de communication fuffilante , pour permettre à Evrard d’appercevoir la lumière de fes camarades, qu’il y paftà les mains & fe jeta fur le premier qui fe trouva le plus près ; c’était un homme âgé de cinquante ans, nommé Baptifte Monnoyé, qui faifi fans ménagement par la tète, penfa mourir d’effroi, 11e pouvant fe perfuader que ce pût être autre chofe qu’un efprit. Toutes les lumières furent éteintes par le crowin ou mauvais air, & ne purent être à Monnoyé d’aucun fecours pour revenir de fon erreur. On dépêcha l’ouvrage dans l’obfeurité ; Evrard lié par le milieu du corps avec une corde, monta le premier dans le'panier, accompagné de Jean-Baptifte Monnoyé, qu’il n’avait pas voulu lâcher. Le curé du village, qui s’était tranfporté fur le lieu , au cas que fon miniftere fût néceffaire, & plus de cent perfonnes affemblées au kernaç, reçurent Jean-Baptifte Evrard, dont voici maintenant la fécondé partie de l’hiftoire.
- 193. Au milieu de l’accueil & de l’étonnement de toute la foule du monde qui s’était groffie infenfibiement, le premier effet du grand jour , dont il ferait avantageux de fe garantir en pareil cas, en couvrant les yeux, 11e lui fit éprouver aucune impreffion ; fa vue fe porta fur trois pommes qui cuifaient au feu de la machineil fauta deffus & les dévora. Ce premier repas fut furie-champ fuivi d’un demi-verre de vin blanc doux, & par intervalle ou lui en donna deux autres. O11 le conduisit dans une maifon voiline, où M. San-torrin, chirurgien-major de Gharleroy, en prit foin. Evrard fut remis par degrés aux nourritures ordinaires; pendant les fept premiers jours il 11e prit par jour que fix taffes de bouillon, cinq ou fix bifcuits, & quelquefois une taffe de thé, enfuite un peu de veau, de volaille. Il fut les fix premiers jours fins pouvoir recouvrer le fommeil; il fe rétablit cependant dans fes fonctions naturelles. Enfin, au bout de trois femaines, il s’en retourna chez lui
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- à un quart de lieue de la maifon où il était relié, ayant encore alors befoin de quelqu’un pour le conduire. Ses forces revinrent infenlîblernent, & il travaille à la même houilliere, avec cette différence qu’il ell employé aux ouvrages extérieurs. Depuis ce tems les camarades d’Evrard n’en font devenus que plus elclaves de leurs préjugés touchant les efprits habitans des mines ; ils difent qu’il y en a un dans cette houilliere, & ils proteftent l’avoir reconnu pour un de leurs compagnons qui y font péris.
- Pays Montois.
- 194. Outre les foffes de ce quartier, que nous avons nommées ailleurs, il y a encore celles de la Petite veine fur Jumet, & celle de Notke-Dame-au-Bois de Jumet, au pays de Liege; entre le grand & le petit Warquignie, celles de Wafmes, feigneurie de S. Guislain, où 011 compte celle du charbon appellé fîx pai/lmes, & une autre nommée la Picarte de Wafmes. En rentrant dans la dépendance de Mous, on doit remarquer plufieurs mines à Warquignie , où il y a un contrôleur du charbonnage. Ces foffes font : La Platteure du Tas. La Loubergie, dont les charbons font propres aux forges. La chau-fournoire. Les Andris ddEtonge. La Fojje veine a £ aune, du côté du moulin de Boffu, & une à Ours. A Frameries , feigneurie du roi, la Bifiva. La Bonne veine. Le Crochet appellé auüi Commun. La Duriaux. Le Long-terme. Le Cavalier, & plufieurs autres.
- 19 <f. Les couches terreufes ou pierreufes qui précèdent le charbon dans ce quartier, font dans l’ordre & dans le nombre fuivant. La première couche ell nommée argille ; c’eft eu effet une terre ar gilleufe, délavée, légèrement ocreufe. La fécondé appellée agay, dieve ou terre glaifi, ell encore une autre efpece d’argille fableufè, d’un gris tirant fur le rougeâtre. La troifieme ell nommée du détour ; c’ell une glaife bleue,, elle a quelquefois cinq toiles d’é-paiffeur. La quatrième a cinq pieds d’épais, quoiqu’elle foit compacte; elle ell fujette à donner de l’eau , 011 l’appelle rabot ; c’ell un compofé de grain de fable noirâtre, dans lequel il domine une couleur verdâtre; cette pierre a l’air volcanifée, & ell une argille que je foupqonne commencer à devenir asbejie ( a ). La cinquième, nommée fable verd, ell une elpece de fable tapé formant caillou, compofé des débris du rabot, dans lequel font reliés les gros fables. La iixieme couche ell roc, avec un banc de pierre lauvage , qui en ell féparé par un lit argilleux très-dur & très - compacte, nommé cloya. La feptieme, qui recouvre la veine de charbon, ell appellée craie; c’ell une terre
- ( a ) Asbejius immat unis viridis. Lapis dans une pierre verte très-dure, qui dent accrofus , fibris rigidù. Caryjiius lapis, de la nature du caillou. o On prétend qu’en Sibérie l’asbefte le trouve
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- pourrie, compare & pierrcufe, formant un tripoli (a) blanc, jaunâtre, avec des empreintes.
- 196. Je ne dois pas oublier de faire remarquer qu’outre ces efpeces d’ar-gilles on trouve encore dans ce canton, à une lieue environ de Saint-Guif-lain, à Autroche, de la terre à pipe. D’après les obfervations de M. Rigaut, (b) elle eft à vingt pieds de profondeur, & forme un banc de dix pieds d’épaiffeur, divifé par lits : la plus groflîere eft employée aux poteries de terre & de grès. Cette terre rangée mal -à-propos par l’auteur du Diélion-naire d’hiftoire naturelle dans la. claife des marnes, & qui eft une véritable argille , 11e fait point effervefcence avec les acides. Les expériences de M. Rigaut prouvent qu’elle eft plus légère que celle d’Andenne, au comté de Namur ; fon poids eft de cent quarante - trois livres quatre onces trois gros le pied cube ; & dix-fept pouces cubes réduits en poudre & tamifés, ont occupé quarante - deux pouces cubes qui ont imbibé quinze onces d’eau.
- 197. Les principaux, ouvriers employés dans les folfes , font les Ouvriers, de voie, qui font le chemin pour mener les charbons. Ouvriers du grand milieu , qui jettent le charbon fur la voie. Ouvriers du petit milieu , qui ne font que leur charbon, & le jettent au grand milieu. Ouvriers de fond, qui coupent la veine pour faire écouler les eaux ; ils ne lailfent pas en même tems que de faire leur quotité de charbon comme les autres. Tous ces ouvriers travaillent de front en fe renvoyant la houille l’un à l’autre, ce qui s’appelle efcoquer la. laye ; ils abattent enfuite la houille, la jettent au meneur fur la. voie, & la mènent de même dans le panier au burque.
- 198* L£s outils font les pics pour avaller les folfes, les hawes pour travailler dans la dieve, les mats, les houppes qui font les trivelles des Liégeois, les haways pour aulcr les layes, c’eft-à-dire , exploiter la veine. Le fupport du touret que l’on établit fur le petit bure, nommé torret ou tourret, s’ap-
- ( a ) Argilla fubtilis macra, ujibus me-chanicis aut polituris infcrviens. Wols-tekd. Glarea indur ata cohœrens afpera, creta flavefcens, terra Tripolitana'Waller. Tripela Cartiïeüss & Mercat. Alana & famius lapis nonnullorum, Marga luteo-alba friabilis LlNNEl. Tri. pel. G. Trippel. Sv. Tripela. An. Terre maigre, feche, tendre au toucher, facile néanmoins à écrafer ; fubftançe martiale, dont les efpeces font différentes par la couleur, par la pureté, & par quantité decir-confiances variées, qui ont donné lieu à
- différentes opinions fur la nature de cette terre ou pierre, improprement nommée par quelques naturaliftes, craie ,• regardée par plufieuts comme une calcination faite par des feux fouterreins ; par d’autres, comme bois folfiles ; & par M. Guettard , non fans fondement je crois, comme une fubilance mitoyenne entre les glaifes & les fchifler, Sa propriété de réfifter à l’aétion du feu, la fait employer parles fondeurs pour faire des moules.
- ( b ) Art de faire les pipes,
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- pelle Jlechement; nous en avons placé la figure parmi les outils des mines de Valenciennes.
- 199. Le wade-fofle gagne deux efcalins. Le maître - ovry, une livre cinq fols. Le ravhieu , douze ou quatorze fols. L’ovry de teie, dix-huit fols ; fe fournit de chandelles & d’outils, excepté le mat & les avays;fi on 11e le fournit pas de chandelles, on lui donné dix-neuf fols. Le coupeur de pierre & de veine, dix-huit à dix-neuf fols. Le riftappleur, dix à douze fols. Le bouteux-ju , id. Les chargeurs, quatorze patars, ou fans chandelles, quinze fols. Les hiercheux grands & petits , id. Le guieteu , fix ou feptfols , félon que le torret eft grand ou petit. Le torleu , douze fols, Trairelfes, fept fols. Retrofleu , douze fols. La jurifprudence du Haigaut Autrichien fur le fait de ces mines , eft fort fimple & fort abrégée. Il n’y a pas un mot d’imprimé fur cette matière ; toutes les procédures , qui ne font pas plus rares fur cet article que fur d’autres, fe règlent uniquement fur ce qui fuit. Lorfqu’une compagnie'des charbonniers exploite fes veines dans certain terrein limité, elle les pourfuit fans interruption & fans empêchemens, fuppofé même qu’il y eût quelques enclavemens d’autres fei-gneuries dans leurs lieux ou plutôt dans la marche de leurs ouvrages ; il y a la feigneurie de Lambrechies , celle de Fleignies , celle de Warniquant, celle du Fleigmet, commanderie de Malte, &c. Ils paflênt & exploitent leurs veines au travers de ces enclavemens , en payant à ces différens feigneurs des enclaves , les droits de cens, outre ceux de charbon , comme ils font à fa majefté lorfqu’ils approchent de ces mêmes enclavemens. Les regards font nivelés, & y étant parvenus ils paient les droits à qui il appartient fur le pied des conventions , tel étant l’ufage : & s’il arrivait autrement, il faudrait s’arrêter vers ces enclavemens , y laifler des efponges, & par-là, les conduits deviendraient inutiles pour le charbon qui fe trouverait au-delà de ces enclavemens. Il eft d’ufage que, lorfque quelques feigneurs ont affermé leurs veines à quelques charbonniers,' & que la compagnie y a fait un conduit pour exploiter ces mêmes veines , il n’eftplus au pouvoir du même feigneur de les vendre à d’autres compagnies , tout le tems que la première compagnie y travaille, foit en tirant le charbon, foit en queftant. Les chofes étant autrement, il n’y aurait pas de charbonniers qui voulurent faire les frais d’un conduit, s’ils pouvaient être privés de leur veine. Dès que le Seigneur veut profiter de fes droits , & exploiter lui-même les veines de fa feigneurie , le droit des entrepreneurs celfe entièrement.
- 200. Le charbon de Mous flambe au feu & fe colle en brûlant ; il eft réputé le meilleur pour cuire la brique ; 011 l’empl©ie auffi pour les braderies , les forges & le chauffage dans des grilles que l’on appelle tokoy. La qualité du charbon fe juge dans le commerce, à raifon de fa légèreté \ plus il eft léger, plus il eft eftimé.
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- 2,01. Selon Pefpece, la mefure de vente eft différente; le charbon ap-pelle comme au Hainaut Français, gayette, gaillette, fe vend au muid, pouvant pefer fix à fept cents, à proportion de la qualité; ce muid fait quatre mandes ou mannes , dont il fera parlé à l’article de Valenciennes. La mefure ordinaire des marchands eft celle nommée, waque, de cent quarante livres pefant, & du prix d’environ quinze fols ; fur cela il y a douze lois pour le marchand, deux fols fix deniers pour le droit des états de Mons, & fix deniers pour d’autres petits droits établis fur les bateaux, pour la conftruction & l’entretien des éclufes. La waque eft auifi de cent cinquante-fix livres pefant : les déclarations qui fe font pour Condé , fe font à la mefure nommée baril^ pefant trois cents livres. Dans des mémoires anciens , je trouve qu’au-trefois on fe fervait encore d’une autre mefure qu’on nommait coupe , pefant cinquante livres , poids de marc.
- 202. Il palfe pour certain qu’avant la découverte du charbon de terre dans d’autres endroits voifins, il en fortait des mines du pays Montois plus de trois cents mille waques pour l’étranger, fans compter ce que la province confommait. Sur ce pied , les trois cents mille waques apportaient à la province deux cents vingt-cinq mille livres d’argent clair tous les ans. Mais dans le tems que les villes de Condé &Tournay, qui font fur l’Efcaut, étaient au roi d’Efpagne, aufli bien que la ville de Mons, il en fortait encore une bien plus grande quantité de houille qu’il n’en fort préfentement ; les bateaux defcendaient par Gand jufqu’à Anvers, d’où il en remontait à Bruxelles , enforte que toute la Flandres & le Brabant ne confommaient que du charbon de terre des environs de Mons : mais depuis que Condé & Tour-nay ont changé de maîtres, la traverfe néceifaire de cette partie du pays de France a fait augmenter les droits fur le charbon ; & la marchandise étant trop renchérie, les Flamands fe font habitués à en tirer d’Angleterre, qui n’eft pas toujours de bonne qualité, mais qui coûte moins.
- 203. AMarimont, fur la riviere d’Haifne, diftant de Binche d’une lieue & demie , le prix des charbons dont nous avons diftingué ailleurs deux efpe-ces , eft très-différent félon ces deux qualités , auxquelles il faut ajouter une troifieme. Chaque mille pefant de groffe houille , c’eft-à-dire, de charbon de pierre en gros morceaux , eft d'e quatre livres dix fous. Le mille de la moyenne houille eft de deux livres dix fous. Le mille de la même houille , appellée/^y, par corruption du mot dont fe fervent les charbonniers de bois ( fraifîl ), eft d’une livre dix fous ou de deux livres ; on le Faille en terre pour qu’il perde moins. Les mines de cet endroit s’exploitent par percement ou areine, en pratiquant à la diftance de cent cinquante ou deux cents pas , ou davantage , un petit bure d’airage ; les eaux au-deffous du niveau s’enlevent par des petites pompes ou avec la machine à feu.
- Différens
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- Différens ufages auxquels on emploie la houille à Tournay.
- 204. Au moyen de la chauffée conftruite de S. Guislain à Tournay, le Tournaijis formant un dîftricft féparé dans la Flandre Wallonne , jouit de plu-fieurs avantages que procure ce folîile. La cendrée, connue fous le nom de cendrée de Tournay, qui eft il propre à entrer dans le mortier qu’on appelle du même nom, n’eft autre chofe que la cendre de houille qui s’emploie dans ce quartier à cuire la pierre à chaux que l’on tire des carrières d’Antoing & de Landrethun, au bord de l’Efcaut : c’eft fur-tout celui de Frefhes , de Vieux-Coudé, de Blatton, dont on fe fert pour cet objet particulier. M. Fourcroy de Ramecourt, colonel d’infanterie , & ingénieur ordinaire du roi en chef à Calais , a inféré dans la defcription de l'Art du chaufournier, tout ce que l’on peutdelirer fur ces fours à chaux. Le procédé particulier du ciment auquel la cendrée a donné le nom , a été publié à part (a) en 1770 ; j’ignore il l’auteur s M. Carrey, y a été plus exact que dans le procédé pour faire des briques propres au chauffage, & dont j’aurai bientôt occailon de parler. Le relie de la houille qui fe confomme à Tournay, eft tiré des foifes d’Anzin , de Frefhes , de Mons , d’Ours, de Frameries.
- 20f. Les briquettes ou hochets employés au chauffage , font formés avec une marie qui fe tire près de Tournay 5 elle reffemble à celle de7Vy, dont il fera parlé bientôt, mais plus compacité & plus pelante. C’eft une terre argilleufe , calcaire, d’un blanc terne , faifant effervefcence avec les acides ; on y apperçoit de petites taches noires que l’on pourrait attribuer, ainli que fon poids, à la préfence de quelques parties bitumineufes : la quantité de cette marie que l’on fait entrer dans cette fabrication , eft une partie fuf quatre parties de charbon : on obferve en général que ces briquettes font beaucoup de cendres. Pour compléter ce que je viens de dire touchant les différentes mines de charbon du Hainaut, leur exploitation & le commerce qui s’en fait tant dans la province qu’au-dehors, j’ai cru devoir placer ici les réglemens relatifs à ce dernier objet, aux droits auxquels ce charbon eft affujetti, & à la police obfervée pour fon exportation, qui fe fait commodément par eau.
- Pour [impôt fur le charbon & fur la navigation.
- Article I. Premièrement , tous navieurs, en préfence de perfonnes à ce commifes, feront promptement marquer de nouveau leurs navires & bateaux de deux marques, l’une pour l’hiver & l’autre pour l’été, afin de
- (u) Différens Procédés pour employer le charbon de terre, in.4. 32 pages.
- Tome XVL. L 1
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- limiter les charges & voitures que chacun pourra mener, fi comme depuis le premier jour de novembre jufqu’au premier jour d’avril, 1200 ways de gros charbon, ou trois kerkes de menu pour le plus, dont le poids peut revenir à 180000 livres , & depuis ledit jour premier avril • jufqu’au le premier novembre, 1000 ways de gros charbon, ou deux kerkes & demie de menu,
- 6 point davantage , dont le poids revient à ifoooo livres.
- Art. II. Bien entendu néanmoins que la permiffion de charger jufqu’à la quantité ci-deffus, 11e déroge en rien aux réglemens par lefquels il eft défendu auxdits navieurs de charger leurs bateaux, en remontant plus que de
- 7 à 8 paumes , & en defcendant plus de 12 paumes en hiver, & de 11 paumes en été : ce que nous voulons aufli être exactement obfervé fous les peines & amendes ci-après.
- Art. III. Lesdites marques feront mifes à découvert fur le côté de chaque bateau vers la proue & la pouppe » 8c celui qui fera trouvé les excéder par plus grandes charges ou autrement, échéra pour la première fois à l’amende de 100 livres, pour la fécondé du double, & pour la troifieme fois il lui fera interdit de naviger par l’efpace d’un an.
- Art. IV. Les maîtres defdits bateaux répondront des faits de leurs valets ou commis, tant pour les intérêts, dommages & inconvéniens, que pour tous autres déréglemens & amendes pour ces caufes 8c pour toutes autres ci-après.
- Art. V. Les commis feront'griffer ledit nombre de 180000 livres à l’endroit des doux fervant de marque pour les mois d’hiver, & ledit nombre de 150000 livres à l’endroit fervant de marque pour les mois d’été, fur les bateaux qui pourront voiturer femblables charges.
- Art. VI. Quant aux autres bateaux qui ne pourront mener telle quantité de marchatidifes, le nombre du poids de la voiture y fera pareillement griffé, en telle forte qu’on ne puiffe l’effacer fans qu’on s’en apperçoive.
- Art. VII. Le receveur de l’impôt fur le charbon de houille, & les commis aux tenues de la riviere de Haine, auront chacun un regiftre fur lequel ils tiendront note de la qualité, du poids & quantité de la marchandée que chaque bateau pourra mener, fans énoncer plus que lefdites marques.
- Art. VIII. S’il arrive quelque changement aux bateaux, en telle forte qu’avec le tems ils puiffent porter plus grande ou plus petite charge, les bateliers en devront faire avertence, afin qu’ils foient promptement rejaugés, à peine de 200 livres d’amende ; & s’il eft trouvé ci-après que lefdites marques du chiffre foient changées, le maître du bateau fera puni, ainfi qu’au cas appartient; 8c outre ce, fera privé à toujours du pouvoir de naviger, & ledit bateau fera confifqué.
- Art, IX. Lesdits navieuFs feront obligés d’avoir toujours leurs ba-
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- teaux bien & duement réparés & équipés de tout ce qui eft néceflaire à ce fujet; ils devront les faire vifiter deux fois par an, fi comme aux mois de mars & de novembre , pour voir s’ils feront bien & fuffifamment réparés & entretenus , & ils ne pourront naviger jufqu’à ce que lefdites vifites & réparations ordonnées en préfence defdits commis foient duement faites, à peine de 200 livres d’amende pour la première fois, du double pour la fécondé, & du triple & de corredion arbitraire pour la troifleme fois, félon l’exigence du cas.
- Art. X. Les pefeurs & mefureurs du gros charbon ( qu’on dit tourneurs ) & les fadeurs des marchands feront pris à ferment d’obferver la jauge pour la charge de chaque bateau, fans l’excéder en aucune maniéré. Item de 11e pas mêler le gros charbon avec le menu, & de donner une déclaration exacte & fidelle du poids & de la mefure de chaque forte qu’ils auront chargé, à peine d’être punis comme atteints du crime de faux.
- Art. XI. Tous bateliers venant charger au rivage de quelque marchand, feront obligés de prendre un billet des commis aux tenues par lefquelles ils palferont, certifiant que leurs bateaux font jaugés & marqués de tel ou tel nombre, pour lefquels ils paieront un patar, & ils porteront les billets défi, dits commis, avec celui des tourneurs, fignés auffi des fadeurs des marchands, au receveur de l’impôt, fans lefquels il ne leur donnera pas quittance pour lefdits droits, ni permillion de defcendre la riviere avec charge.
- Art. XII. Lesdits commis feront pris à ferment de déclarer fidèlement les jauges & les nombres marqués fur lefdits bateaux ; les autres commis de l’état feront auffi pris à ferment do furveiller fidèlement aux fraudes, & de les dénoncer fans aucune dilfimulation ni faveur.
- Art. XIII. Il eft défendu aux commis de fe rendre caution vers le receveur , diredement ou indiredement, pour les droits dus fur les houilles, & le receveur n’acceptera pas leurs billets à ce fujet.
- Art. XIV. Lesdits commis ne pourront laiffer defcendre aucun bateau, s’ils n’ont vu la charge, comme la marque & le chiffre, pour reconnaître fi le tout correfpond.
- Art. XV. Si l’on découvre quelque défraudation des droits de l’impôt, foit qû’il y ait plus de gros charbon fur un bateau qu’on n’aurait déclaré, ou autrement, les vendeurs & acheteurs échéront chacun en cent patagons d’amende , par - deffus la confifcatiôn de la marchandée, les vendeurs étant en ce cas refponfables du fait de leurs fadeurs & tourneurs. A cet effet, lefdits marchands ni leurs fadeurs ne pourront fe fervir d’autres perfonnes pour la livrance de leurs charbons, que des tourneurs fermentés, à peine de cent patagons d’amende pour la première fois, du double pour la fécondé , & d’autre plus grieve pour la troifieme fois 9 à l’arbitrage du juge. Les
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- bateliers ne pourront ni charger ni faire charger leurs bateaux que par ledits' tourneurs fermentés, fans qu’ils puilfent s’exciifer fur leurs valets & autres aftiftans à la conduite de leurs bateaux, d’autant qu’ils en font refponfables fous pareilles amendes.
- Art. XVI. Si quelque bateau vient à couler à fond, par le bouillon d’eau à la lortie de quelque tenue , par l’imprudence ou négligence du conducteur , caducité du bateau, ou autrement, ie maître du bateau devra refondre les dommages & intérêts caufés par le retardement qu’il apportera au commerce ) & fi le bateau n’eft pas retiré de la riviere dans dix jours, il demeurera con-fifqué au profit du roi.
- Touchant le charbon qui fe conduit par charroi.
- Art. XVII. Tous ceux qui auront deffein de conduire ou faire conduire de telle efpece de charbon que ce foit, ailleurs qu’aux magafins qui fe font aux bords de la riviere, foit privilégiés ou autres, ils feront obligés, avant que de charger ou faire charger aux folles, de prendre billet du commis à ce prépofé, déclarant la quantité & qualité de charbon & la folle où ils auront deilêin de prendre charge, comme aufli les lieux où ils prétendent les mener, & les routes qu’ils devront tenir, afin que ledit commis!puiiîe inférer le tout dans fon billet.
- Art. XVIII. Excepté à l’égard des charbons deftinés pour la ville de Mous, l’on ne fera pas obligé de prendre-billet, avant que de les charger aux folles, à caufe que le droit fe paiera aux commis des portes de ladite ville , comme il fera dit ci-après.
- Art. XIX. Et enfuite ils devront faire avertence, & remettre leurs billets au commis ou fous-commis au comptoir du dernier département où ils •paiferont.
- Art. XX. A peine pour chaque défaut de ioo livres d’amende pour chaque chavée ou chartée, cSc de po livres pour chaque chevalée ou bourriquée ou bottée, le tout avec confifcation des houilles, chariots , chevaux, bourriques & hottes.
- Art. XXL Et pour tant plus prévenir les fraudes, les chicanes & les Tubterfuges des mal-intentionnés , nous déclarons que lefdites amendes & con-fifcations feront cenfées encourues, dès que les chariots , chevaux , bourriques ou les perfonnes chargées de houille, auront palfé les comptoirs des lieux pour lefquels ils auront été deftinés & déclarés, & pour ceux qui for-tiront de la province, dès qu’ils auront palfé les maifons des commis ou fous-commis des derniers comptoirs 5 fans avoir fait les avertences & remis leurf-dits billets.
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- • 'Art. XXII. Et s’il arrive que quelques perfonnes, après avoir fait leurs déclarations pour certains lieux, & avoir remis leurs billets en la maniéré ci-deifus, trouvaient convenir de faire conduire leurs charbons dans d’autres endroits, foit pour n’avoir pu s’en défaire dans ces premiers lieux de leur destination ou autrement, elles le pourront fans payer aucun nouveau droit, en prenant billet du commis du département d’où ils fortent.
- Art. XXIII. Le premier billet que chaque commis donnera après la publication de la préfente ordonnance, fera numéroté 1, & le fécond 2, & il continuera les numéros jufqu’à la nouvelle année ; & lors il recommencera par n. 1.
- Déclaration des droits fur le charbon.
- Art. XXIV. Il eft dû 12 florins pour le droit à chaque bateau chargé de telle marchandife que ce foit, foit montant ou defeendant, 2 patars à la va y de charbon du poids de ]6o livres, g patars au muid de cocher. Les gail-lettes excédant le poids de 2 livres, font confîdérées comme le gros charbon ‘ou comme cochet i & lorfque les tourneurs déclareront avoir chargé une kerke de gaillettes, le receveur obfervera la pratique établie depuis quelque tems , de fe faire payer de 20 muids fur le pied de 8 patars chaque, comme des cochets, & des 60 muids reftans , comme menu charbon, à 2 patars du muid, 2 patars au muid de forges ou menu charbon, ^ patars à la chevalée de gros charbon, & la moitié pour le menu, 2 patars à la bau-delée, 1 liard à chaque fâchée ou brouettée. Généralement tout charbon qui s’achete aux folfes , doit le droit à proportion du muid ou de la vay, comme eft dit ci-deifus , n’y ayant que celui qui fe donne en aumône & aux ouvriers felauneurs pour fe chauffer , qui foit exempt, outre les privilégiés pour droit d’état.
- Manière de faire payer lefdits droits.
- Art. XXV. Ceux qui feront conduire leur charbon par bateaux , après avoir fait leur déclaration en la maniéré ci-devant déduite, paieront les droits aux receveurs , comme il s’eft pratiqué jufqu’à préfent.
- Art. XXVI. Ceux qui conduiront leur charbon par chariots , chevaux , bourriques ou hottes, foit hors de la province ou dedans, ailleurs qu’aux magafins le long de la riviere, paieront aux commis, defquels ils prendront billets, comme il eft ordonné ci-deifus.
- Art. XXVII. Excepté que les droits pour les charbons qui entreront dans Ja ville de Mons, fe paieront à la porte aux commis.
- Art. XXVIII. Et à la campagne où il y a des fermiers, ce fera à eux que lefdits droits fe paieront, ou à leurs commis.
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- Pour ceux qui font des patkus ou magajîns au -dejjous de la derniere tenue.
- Art. XXIX. Comme nous Tommes informés que plufieurs pour frauder les droits fur les houilles, en font des parkus ou magafins en-deffous de la derniere tenue de la domination du roi fur la riviere de Haine, nous défendons très - exprelfément à toutes perfonnes indifféremment de faire aucun magafin defdites houilles, fi ce n’eft au-deffus de ladite tenue, à peine de confifcation des chariots & chevaux qui les y conduiront, & de toutes les marchandifes qui s’y trouveront, & de cent patagons d’amende.
- Art. XXX. Toutes tes amendes & confifcations ci-deffus feront réparties fi comme, un tiers au roi, le fécond à la recette de la navigation, & le troifieme au dénonciateur ou rapporteur , foit fergent, commis ou autre , & elles feront exécutoires fur les fimples rapports, pourvu qu’ils foient faits dans fept jours & fept nuits après le défaut.
- Lesdites amendes feront néanmoins aufiî exécutoires, encore bien que les rapports feraient faits hors dudit terme, moyennant qu’ils foient confortés d’un autre témoin.
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- 2JU.
- TROISIEME SECTION.
- Exploitation, commerce et usage du charbon de terre en France.
- 1. Oans la première partie de cet ouvrage, nous avons donné l’hif-toire naturelle des mines de charbon de terre qui ont été reconnues ou qui font exploitées en France. Nous allons maintenant examiner ces mêmes mines ou carrières, fous les trois points de vue dont nous formons la matière de cette fécondé partie ; il y aura cette feule différence, que nous renfermerons dans un' feul & même article , qui fera le dernier, de cette fec-tion , les provinces de France, d’où la ville de Paris tire fa confommation j nous aurons foin de replacer où il convient, ce qui depuis eft venu à notre connaiflance fur la compofition du terrein qui renferme le charbon dans chaque province.
- 2. La fofle qui fut ouverte en 1749 à Flines, dans le Tournaijis, partie Françaife , attenant Mortagne, à une lieue de S. Amand, dont nous avons fait mention dans la première partie, a été abandonnée, fans qu’011 en ait tiré de charbon ; bien des perfonnes n’en croient pas moins qu’il s’y en trouve, & attribuent le manque de réuftite au défaut d’intelligence ou de Courage de la part de ceux qui ont fait les premières recherches. Le leéleur ne fera point fâché de favoir le réfultat de cette fouille, dans laquelle on cfpérait trouver du charbon de terre. Afin de compléter la connaiflance des fubftances qui forment ce territoire , nous donnerons ici féparément l’état de ces couches, avec l’analyfe de l’eau dans laquelle a féjourné la fubftance la plus remarquable trouvée dans cette fouille, & que l’on a qualifiée une efpece de charbon minerai. Cette defcription eft inférée dans un recueil d’obfervations furies eaux minérales de S. Amand, par M. Gofle, médecin de l’hôpital militaire, imprimé à Douay en 17^0, pages 20, 21, 22,,, &c. (a)
- (a) Terres, à l’exception de la tourbe , de brillans métalliques. Une terre onflueufe, très-reffemblantes à celles qui environnent .pierreufe, liée avec une terre marneulè, les fontaines minérales de Saint-Amand. mêlée de pyrites fulfureufes & ferrugineufes Une ocre. Une marne. Une terre glaife de qui font en grande quantité , pefantes, de couleur d’ardoife , graffe, onclueufe; les différente figure & groffeur. Les unes font unes fermentent avec les acides, les autres tendres & inflammables comme la houille. s’écaillent & s’exfolient à l’air. Gravier, Les autres font folides, parfemées de bril-xempli de pierres brunes, folides,& femé lans métalliques & fermentent avec les aci-
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- Article premier.
- Provinces dont Us charbons ne peuvent être exportés dans la capitale.
- g. Hainaut Français. Parmi les bandes terreufes fervant de couverture aux: mines de charbon de ce territoire , il y en a fur-tout trois qui font remarquables en ce qu’elles forment enfemble une épaiifeur d’environ dix-huit toifes qui retient les eaux. Ces terres font la dieve, appellée auffi guievre, le bleu mark, nommé autrement la bleuâtre, & la martelle ^ dite plus ordinairement marie , connue dans toutes les folfes du voiftnage de Valenciennes. L’argille nommée guievre, & celle appellée la bleuâtre, pour me fervir de ces nouvelles dénominations , fe refîémblent beaucoup pour la couleur ; mais la première eft plus graife 8c plus compacte. La fubitance où viennent fopper les veines, eft un banc de pierre nommé tourteau , d’un noir verdâtre ; elle fe trouve placée au-deifous d’une pierre grife tiquetée de noir ; les ouvriers l’appellent tabac : cette maniéré de la déftgner me porterait à penfer que c’eft la mèmè pierre nommée roc dans les mines de Charleroy. Ce tourteau & ce tabac annoncent le voiilnage de la veine.
- E X P L O I T , A T I O N.
- Outils & ujlenjiles (20) employés dans les fojjes du Hainaut Français.
- 4. Des différentes pièces qui compofent la planche XXXV11 , quelques-unes n’ont pu être deflînées que d’après une description j la difficulté inatten-
- des. Quand on a percé cette couche mar-neufe & pyriteufe, on rencontre quelquefois une eau qui jaillit avec force d’un fable mouvant, & qui a une odeur de foufre & d’œufs couvés, très - incommode aux ouvriers. Pierre brune, friable, bitumineufe, fulfureufe & pleine de petits brillans. Elle s’enflamme & répand des exhalaifons conformes à fes principes. Par ces indices , les travailleurs font prefqu’aflurés de rencontrer cette efpece de charbon minéral , qui renferme dans fes interftices des efpeces de veines de foufre naturel. Ces veines de foufre s’étendent quelquefois juf-qu’à deux ou trois pieds,& fe divifent en une infinité de branches dans l’intérieur du charbon. On trouve auffi en perçant ce minéral, de petites cavités où i’eau eft ren-
- fermée, mais en petite quantité. L’eau qui a féjourné dans ce charbon minéral, exhale par la voie de l’évaporation une ddeurful-fureufe. Elle donne à la livre vingt grains de beau fel, âcre & piquant, analogue au fel marin. Ce fel eft de figure plane & cubique , avec quelques aiguilles ; il verdit la teinture de violettes ; il ne rétablit pas le tournefol rougi par les acides ; il eft très-femblable au fel des eaux de Saint-Amand, dépouillé de fes parties bitumineufes & terreftres.
- ( 20 ) Pour ne point m’écarter du plan d’économie que je me fuis toujours fait, & conftamment attentif à retrancher de cette édition toute figure manifeftement inutile pour l’intelligence du texte , j’ai fupprimé celles de tous les outils dont il eft ici parlé
- due
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- E T ,1) E SES MINES, Partie II.
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- due de prendre ces définis fur les outils même , a obligé d’y fuppléer par beaucoup d’exa&itude ; il fuffira de prévenir ici que ceux dont on donnera les différentes dimenfions , n’ont point été vus par la perfonne qui en a envoyé les figures, & qu’on les indiquera par lettres, afin de les diftinguer des autres fur lelquels on peut compter, & qui feront indiqués par chiffres- (a).
- f. Les fondes ou tarières appeilées verges d'aboette , fans doute à caufe des tarreaux qui fervent de boîte à d’autres pièces , font compofées d’une tige à manche, d’une branche d’alonge, & d’une cuiller. Il y en a de différentes longueurs, depuis un quart de toife, une demi-toife, jufqu’à une toile & une toife & demie.
- 6. Pour attaquer la guievre, la bleuâtre & la martelle , on fe fert de la hawe ou pioche plate ; la longueur totale de cet outil eft de huit pouces neuf lignes ; fa largeur de deux pouces neuf lignes, fon épaiifeur de fix lignes s le collet a quatre lignes d’épaiffeur ; la hauteur du collet au talon eft de deux pouces* il eft de trois livres pefant, non compris le manche qui a deux pieds fix pouces de long. On a auffi befoin quelquefois d’une hache.
- 7. Lorsque l’on a de grands efforts à faire pour enlever de gros quartiers, on emploie le pic de roc, en donnant prife à la pointe pour s’en fervir comme de levier: nous n’avons pas repréfenté cet dutil qui eft le même que celui des houilLeurs de Liege * le fer eft du poids de trois livres; la longueur du manche eft de deux pieds, fà grolfeur d’un pouce neuf lignes. La longueur totale de l’outil eft de neuf pouces fix lignes!'
- S- Les marteaux dont on fait ufage dans ces mines font de deux efpeccs ; un à pointe, pour couper le roc ; un à tête, appellé aufii mafje, pour frapper & enfoncer. On a aufii. plufieurs aiguillons ou coins nommés aufli queufnïers ou aiguilles; une à pierre; une à veine.
- 9. La batteroule eft un outil employé à faire des trous & à y porter de la poudre à canon, afin de faire fauter la mine. Quand on veut s’en fervir , un ouvrier dent la batteroule, un autre frappe deifius avec un e maffe de fer , & à chaque coup de niaife celui qui tient la batteroule la fait tourner infenfible-ment. Cette manœuvre fe continue jufqu’à ce que le trou foit aulfi profond
- & qui occupaient une planche entière, non-feulement parce qu’ils font connus de tout le monde, mais de plus par laraifon qu’ils ont même forme &'même deftination que ceux qu’on emploie dans les mines de Liege, & dont il a été queftion ailleurs.
- (a) La force des outils & la grandeur des uftenfiles nécelfaires aux travaux, étant nécelfairement proportionnée pour quelques-uns aux ouvrages auxquels ils font pro-Tome XVI.
- près, il eft facile d’expliquer la différence qui s’appercoit à cet égard entre les agrées que nous avons décrits pour les houillieres de Liege, & la plupart de ceux du Hainaut Français, où les veines n’ont pas une épaifi feur confidérable ; on n’y a point,, à beaucoup près, de-fi grandes mafles à ébranler, à détacher, à enlever , & il y a moins d’efforts à_faire.
- M m
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- qu’on le veut; alors on y met la poudre, à laquelle on met le feu. La longueut de l’outil eft d’un pied fept pouces, fans y comprendre fa pointe en bonnet de prêtre , qui eft d’environ un pouce ; fon volume eft de onze lignes de diamètre. Il y en a de différentes longueurs, mais toutes faites fur les dimenfions données ici. Les' plus petites fervent pour les rocs durs , les plus longues pour les rocs tendres.
- 10. Le brondijfoir, outil qui fert à calfater les joints, a trois pouces de coupant ou de tranchant en longueur , fur un pouce de largeur; fon manche eft de fix pouces de longueur , & de fept lignes de diamètre. La longueur du marteau à brandir , eft de trois pouces ; fa groffeur de quatre pouces quarrés ; le manche eft long de huit pouces quarrés.
- 11. Traîneau , fur lequel on pofe le panier dans lequel on charge les houilles , & qui eft tiré , au moyen des bretelles , par des enfans qui marchent en fie traînant ,& quelquefois en marchant à quatre dans la longueur de la veine. Il y en a deux efpeces, l’un & l’autre de bois ; le plus petit de forme ovale & cerclé de fer, eft celui dans lequel 011 conduit la houille fur le traîneau, de la taille au puits. Là on vuide ce panier dans l’autre de forme ronde 6c garni en fer , qui s’enleve au jour par le moulinet.
- 12. Le crochet eft une dépendance des cordes employées à l’enlevement de la houille hors des foffes ; il eft du poids de trois livres. On peut y diftinguer la partie qui doit être- attachée à la corde , & celle à laquelle les paniers doivent être accrochés. Celle deftinée principalement à nouer la corde , dont l’œillet doit être fait avec attention, eft un grand anneau rond qui joue dans un autre plus petit, ne faifant qu’une feule piece avec le crochet à fa tète ; l’épaif-fieur de l’un & de l’autre eft de fept lignes de diamètre; l’ouverture du plus grand eft de trois pouces deux lignes.,-celle du plus petit eft d’un pouce. La longueur de ce crochet, depuis fon anneau jufqu’au milieu où il fe recourbe, eft d’environ fix pouces fept lignes,& de fept lignes d’épaiffeur ; le refte qui forme proprement l’agraffe, en diminuant infenfiblement de force, eft d’un pouce dix-neuf lignes; & fa pointe fe rapproch.edu corps du crochet de maniéré qu’il ne laiffe plus en tout qu’une ouverture d’un pouce cinq lignes : à peu près vers le milieu de l’anfe , qui forme courbure , le crochet eft percé de deux trous qui fe correfpondent. Ces deux trous,de neuf lignes de diamètre chacun, font faits pour recevoir une cheville de bois qu’on y paffe après qu’on a cmbrailë les chaînes du panier , afin de les contenir & d’empècher que le panier ne s’échappe par le mouvement qu’il reçoit au moment qu’on le lâche & qu’on le tire au haut de la foffe.
- 15. Le porte-lumière, pi. XXII, fig. f , dont les houilleurs fe fervent dans ces mines , eft une verge de feu* longue de quatre pouces fept lignes, qui traverfe le chandelier, à peu près vers le milieu ; cette tige de fer eft pointue par un
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- bout pour pouvoir palfer & repalfer dans le chapeau détroulfé, de maniéré que la lumière porte vis-â-vis le front de l’ouvrier.
- Dénomination des eaux de mines dans le Hainaut Français ; différentes machines employées à les enlever au jour.
- 14. Les eaux qui le rencontrent dans les ouvrages, font délignées par différens noms. On y appelle eaux du premier niveau, celles qui fe rencontrent avant d’avoir traverfé une profondeur de feize toiles. Les eaux du fécond niveau font celles qui fe font jour dans l’épailfeur formée par le bleu marne & la pierre placée au-delfous j on les appelle auffi la forte toife, pour exprimer fans doute l’épailfeur de ce niveau qui eft d’une toife , & l’abondance d’eau qu’on y rencontre quelquefois. Les eaux dites du troifîeme niveau font celles qui fe font jour fous le fécond lit de bleu marne ; les eaux en fortent avec force , elles ne font cependant pas les plus à craindre , ce n’eft qu’au premier moment qu’elles prennent jour, qu’elles fe montrent avec im-pétuolité : lorfqu’ou en a épuifé le premier jet, elles s’affaibliifent ordinairement. Les grandes ramafles d’eau au fond de la foife , font appellées eaux du quatrième niveau : le travail par lequel on épuife continuellement les eaux fans toucher au fond , fe défigne par l’expreifion battre les eaux ; d’autres eaux qui ne viennent point de fource, fe répandent néanmoins en alfez grand volume pour pouvoir fubmerger les ouvrages. Quoique les rocs foientplus fujets aux eaux vives , ils donnent de tems en tems des eaux par des fentes ou coupes ; ces eaux font distinguées par le nom de faignées.
- if. Les travaux & les mains - d’œuvre relatives à ces irruptions aqueu-fes , ont deux objets, celui d’empècher la communication des eaux chez fou voifin , & celui de mettre fes propres ouvrages à l’abri de l’inondation j pour le premier il eft de réglé, lorfqu’on approche le terrein du voifin , de lai/Ier une digue de quarante toifes. Les dilférens moyens d’épuifer ces eaux ont déjà été détaillés à l’article de Liege. Dans les commencemens d’ouvrages qui 11e demandent point des fortes puiifances, on applique à ces ufages des machines à pompes qui agilfent par le moyen des chevaux.
- 16. La fig. 6 ,pl. XXII, repréfente un de ces corps de pompes qui font en fer ; on doit obferver qu’ils fe pofent de front jufqu’à la fuperficie du jour. 7 eft le tampon fur lequel fe met ia piece 8 , qui s’enchâfle dans les mon-tans qui fe trouvent à l’embouchure de la pompe. Afin de fe rendre maître d’une plus grande mer d'eaux, les folfes qui renferment ces corps de pompes, font toujours enfoncées au-deifous des premières galeries 5 c’eft- à - dire, que depuis le niveau de ces galeries , il y a un puifard de douze ou quinze toifes perpendiculaire à la foife , dans lequel toutes les eaux viennent ie rendre par
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- différais endroits. C’eft par cette raifbn que parmi les machines à feu placées-fur le quartier à'Awjn , on voit, une de ces folfes de quatre-vingt-dix toiles de profondeur, de laquelle on peut tirer dix mille- tonnes d’eaux en vingt-quatre heures. '
- 17. L’utilité dont ces machines à chevaux peuvent être dans bien des occafions , & la fimplicité de leur conftruction , nous engagent à en décrire ici quelques-unes d’après M. Bélidor. Lorfque cet académicien fit à Valenciennes plufieurs voyages pour vifiter la pompe à feu de Frefnes ,il y avait à environ foixante toifes de cette folie, un autre puits d’extradion , fervant en meme tems.de puits à pompe. La fig. r,/?/. XXlïl, repréfente le profil de la partie fupérieure du puits :à chaque côté de la folle s’élèvent deux pieux de bois O & P , qui foutiennent a peu près vers le milieu une autre piece de bois Q, au milieu de laquelle elt attachée une poulie A, portant une chaîne R, à laquelle eft fufpendu un fcau dont la capacité peut être d’environ lix pieds cubes. Des chevaux attelés aux limons B , C , d’un arbre vertical DE, font filer la chaîne à laquelle ce feau eft attaché, fur cet arbre vertical.'Ce tambour de fept pieds de diamètre moyen , a la figure d’un cône tronqué. Quand le feau elt rempli de charbon , & qu’il elt parvenu au fommet du puits , il fait former un timbre qui avertit qu’il faut le vuider ,, & aulii-tôt on arrête les chevaux , pour les faire tourner d’un feus contraire.
- 18. Il y a encore un autre puits dans le voifinage de Frefnes, fervant en même tems à l’extradion du charbon & à l’épuilement des eaux d’une foffe féparée de la précédente. Pour cela>, voy.pl. XXlll ,fig, 2. L’effieu de l’arbre* tournant DE ,fig. 1 , elt accompagné d?une manivelle PI, qui communique fon mouvement à un varlet K I L, par le moyen de la chaife Ii L; ce varlet en s’inclinant à droite & à g niche, fait agir les piltons de deux'équipages M , N , de plufieurs pompes afpirantes qui élevent l’eau fans interruption en la faifant monter de cuvette en cuvette , comme dans le puits de la machine à feu. . Toute la différence , c’elt qu’ici le poids des attirails fe trouvant en équilibre aux extrémités du levier K L, n’oppofe quunefaiblè réfifi tance à la puiflance qui tire d’ailleurs un grand avantage de la longueur de fon bras de levier oduple du coude de la manivelle ; mais aufiî les pompes ne jouent que fort lentement, leurs pillons ne pouvant afpirer qu’une lois à chaque tour de manivelle.
- 19. La fig. 2 repréfente une autre maniéré de faire agir deux équipages de pompes dans le goût .des précédentes , pour épuifer les eaux d’une nouvelle mine de charbon auprès de Valenciennes: on voit que la chaffe A B de la manivelle A fait agir deux varlets BD E, G F G, parle moyen de la piece B C, dont les extrémités jouent autour de deux boulons, & que ces varlets élevent alternativement tous les piftons.de chacun des équipages oppofés.
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- E,T s D E S. E,S M I ETE S.' Partie II.
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- 20. Afin que -l’adion de ces machines foit plus ou moins prompte félon ^exigence; des cas, elles font difpofées de maniéré qu’on peut,y.-atteler douze chevaux à.la-fois. Avant l’établiifement de la machine à feu de Frefnes, il y avait uné de ces machines à chevaux, qui agiiîait jour & nuit fans difcon-tinuer, & pour laquelle il fallait entretenir, vingt hommes & cinquante chevaux j mais aujourd’hui, avec les pompes à feu, on épuife en quarante-huit heures toute l’eau que les fources peuvent fournir dans le courant de la femaine ; & deux hommes fuffifent pour veiller tour-à-tour au gouvernement de la machine.
- t 2Plusieurs5endroits de,'ce quartier voifinage, ont'des ^ouvrages affez conlidérables pour avoir befoin d’employer à l’épuifement des eaux la machine à feu. Outre celle de Bois-Bolfu , proche S. Guislain, au Hainaut Autrichien , la foffe d’Anzin , la foiTe de Frefnes proche Cohdé , au Hainaut Français, doivent à ces pompes une partie du fuccès de leur exploitation. Ce que l’on trouve dans le Dictionnaire encyclopédique (æ), fur la pompe à feu établie au premier endroit, & dans l’ouvrage de M. Bélidor fur celle de Frefnes (£), décrite depuis par M. le chevalier de Buat, ingénieur ordinaire du roij('c), fait voir que les machines à feu établies dans ce quartier font fur le même modèle ; on y reconnaît abfolument le même mécha-nifme que dans la machine de Gritf e.11 Angleterre, décrite dans la fécondé feclion. Au moyen de la- grande précifion qu’il a été facile de remarquer dans le phyficien Anglais, fa defcription peiit tenir ; heu d’une forte d’in-trodudion. générale à la connailfance de la compofition de-cette pompe; c’eff un des points de vue fous lequel nous l’avons envifagée à d’article d’Angleterre, & la raifon pour laquelle nous nous fommes renfermés dans ce quiiconfritue i’eilentie! de la machine.
- • 22.) Le delîein que nous avons annoncé de ménager au ledeur , fur cette matière en particulier, une efpece de progreflion avantageufe pourcetexa-men,'nous détermine à placer ici comme développement circonffancié, la defcription de M. Bélidor ; elle paraît :avoir toujours été fuivie : le Français (li cela peut fe> dire) femble y être uniquement habitué ; les auteurs de i’En-cyclopédie eux-mêmes l’ont adoptée en.entier mot pour mot, à la machine du Bois-Bolfu au Hainaut Autrichien ; il 11’y a de différence que dans les proportions & dans les dimenlions de quelques pièces de la machine.L’ingénieur Français fe propofant de décrire une pompe à feu auffi parfaite qu’il s’imaginait qu’il était poffible delà faire, avertit, page 324 ,que dans fa deficripiton ils'tft écarté en quelques endroits de ce que ton a\fui.vi à Frefnesr, afin ctexpoj'er les
- v(a) Au mot fcüŸ 1 façade mi é* royale des fciences, dans fou
- J>,(b ) Jrchitecf}hydraulique, t. Il, p. 312. ’ Traité élémentaire d'hydro dynamique , i! (o.) Publiée-par M. l’abbé Boflut, de... tome I, page 119, chap. 2.
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- chofes, non pas tout-à-fait comme elles ont etc exécutées, mais comme elles au* raient du l'être, & qu il rfy a rien changé d'effentiel. Cette obfervation donne l’explication de la différence qui fe trouve dans les proportions & dans les dimenfions de quelques pièces de la machine. Mais ces circonftances que j’appelle articles de corif nation, n’entrent pas encore dans mon objet, que je veux toujours éviter de furcharger > elles feront données féparément dans la quatrième fedion, où je rapprocherai pour plufieurs pompes à feu ce détail particulier des pièces qui les compofent.
- Defcription de la pompe à feu, établie pour la mine de charbon de Frefnes »
- proche Condé.
- Article I. Situation, forme & explication du balancier. Cette principale partie de la machine à feu , fig. i , pi. XXIV, eft eompofée d’une grolle poutre A B , foutenue dans le milieu par deux tourillons, c’eft-à-dire, deux gros pivots qui fervent à le faire mouvoir aifément : les paliers de ces tourillons portent fur un des pignons du bâtiment qui renferme la machine ; les extrémités de cette poutre font accompagnées de deux jantes cannelées C, D, dont la courbure a pour centre le point d’appui E, afin que les chaînes qui y font fufpendues , fe maintiennent toujours dans la même direction ; la première F porte lepifton du cylindre, 8c la fécondé G porte la' tige qui meut les pompes afpirantes pour élever l’eau du puits, laquelle fc décharge dans une bâche K, où elle eft toujours entretenue à une certaine hauteur. Sur une des faces de la même poutre font attachées deux autres jantes, fem-blables aux précédentes, qui font agir le régulateur avec le robinet d’injection ; l’une H foutient une chaîne L, à laquelle aboutit une couliife fervant à ouvrir & fermer le robinet d’inje&ion, & à mouvoir le diaphragme ou ré-gulateur, qui réglé l’adtion de la vapeur de l’eau chaude.
- ARTICLE II. Pompe refoulante avec fon tire-bout. La fécondé jante I, fou-tient aulli une chaîne O, qui aboutit au quadre N du pifton d’une pompe refoulante, quiéleve à trente-fix pieds une partie de l’eau de la bâche K, provenant de puits, montant par un tuyau , fe déchargeant dans une cuvette M, fervant à entretenir le robinet d’injection, & à plufieurs autres ufages dont il fera parlé dans la fuite.
- ARTICLE III. Pompes afpirantes qui èlevent fucceffivement Veau du puits, L’ouverture du puits, qui eft le plan du rez-de-chauliée, a fix pieds en quarré fur quarante- fix toiles de profondeur j de vingt-quatre en vingt-quatre pieds, il y a une cuvette de plomb partagée en deux badins, chacun de vingt-quatre pouces de profondeur, unis par une communication dont la profondeur n’eft que de dix pouces fiir autant de largeur * au fond d’un
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- de ces badins eft un corps de pompe afpirante, & dans l’autre trempe le tuyau d’afpiration de la pompe fupérieure ; leurs tiges , fig. 6 ,pl. XXVIII, l'ont fufpendues à des poutrelles liées les unes aux autres, & compofentun train fufpendu à la jante du balancier qui eft au-deflus du puits, au fond duquel elt un puifard où viennent fe raflembler les eaux de toutes les galeries de la mine ; ainfi il faut concevoir que dans ce puifard trempe le tuyau d’afpiration d’une première pompé qui afpire l’eau à vingt-quatre pieds de hauteur , que de là elle eft reprife par une fécondé pompe qui s’élève encore à vingt-quatre pieds plus haut, & fucceiïivement par d’autres qui la font monter de cuvette en cuvette jufques dans la bâche, parce que tous les pif-tons jouent en même tems. Voye1 fig. 1,2 , } , 4 , 5" , pl. XXVIII.
- ART. IV. Situation du balancier lorfque la machine ne joue pas. Il eft bon d’être prévenu que la charge que foutiennent les chaînes O, G, eft beaucoup plus grande que celle que portent les chaînes F, L, lorfque le poids de la colonne d’air n’agit pas fur le pifton ; ainli la fituation naturelle du balancier eft de s’incliner du côté du puits, au lieu que la fig. 1 ,pl. XXIV, le repréfente dans un lêns contraire , c’eft-à-dire , dans celui où il fe trouve lorfque l’injedtion d’eau froide ayant condenfé la vapeur renfermée dans le cylindre , le poids de la colonne d’air fait baifter le pifton : alors l’eau du puits eft afpirée, & celle de la bâche refoulée dans la cuvette Mi mais quand la vapeur vient à s’introduire dans le cylindre , fa force étant fupérieure au poids de la colonne d’air, fouleve le pifton, îaifle agir le poids des attirails que portent les chaînes de la pompe qui élevent l’eau de la bâche , & de la tige qui meut les pompes afpirantes pour élever l’eau du puits, & le balancier s’incline du côté du puits , qui eft la fituation où il refte lorfque la machine 11e joue pas, parce qu’il s’introduit de l’air dans le cylindre au-deifous du pifton, qui fe met en équilibre par fon reifort, avec le poids cie celui qui eft au - deifùs.
- Art. V. Le mouvement du balancier ejl limité par des chevrons à reffort. Pour produire cet effet & empêcher que la machine ne reçoive de trop grandes fecoulfes, on fait faillir en-dehors du bâtiment les extrémités P de deux poutres, pour foutenir deux chevrons à relforts, recevant un boulon qui traverfe le fommet des grandes jantes du balancier, b l’on prend la même précaution pour le foulager dans la chute du côté du cylindre , comme on peut en juger en confidérant la fig. 4, pl. XXV, qui repréfente le plan du troifieine étage du bâtiment où l’on voit la furface fupérieure du balancier avec les parties qui l’accompagnent, & le plan de la cuvette.
- Art. VI. Defcription du cylindre. Les fig. I , pl. XXV, & I , pl. XXVII3 repréfentent l’élévation & le profl du cylindre A B , dont nous avons parlé, accompagné des tuyaux qui contribuent au jeu de la machine. A fix pouces
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- au-deffous de Ton fiommet C, qui eft-renfermé dans le fécond étage du bâtiment, régné tout autour un rebord DB, fur lequel eft attaché avec une bride une coupe de plomb DE, évafée par le haut; le milieu de ce cylindre eft encore accompagné d’un fécond rebord FF,!fervant à le fou-tenir fur deux poutres, entre lefquelles il eft enclavé', & fur1 deux barres de fer: qui les traverfent. *
- * Art. VIL La fur face du cylindre efl percée de deux trous oppofês pour deux caufes effentielles. A trois pouces au-deffus de la bafe, le cylindre eft percé de deux trous diamétralement oppofés, chacun accompagné d’un collet G, dont le premier fert à introduire le tuyau d’injeétion H, & le fécond aboutit à un godet de cuivre I, dans le fond duquel eft une foupape chargée de plomb, fufpendue à un reftort de fer , pour la maintenir toujours dans la même dire&ion lorfqu’elle joue. Cette foupape qu’on nomme reniflante\ fert à évacuer l’air que la vapeur chalfe du cylindre lorfqu’on commence à faire jouer la machine, & enfui te l’air qui eft amené par l’eau d’injection qui empêcherait l’effet s’il n’avait une iffue.
- Art. VIII. Defcription du fond du cylindre. Le fond A a de ce cylindre eft une plaque poftiche de métal, attaché avec des vis à une bride qui répond à la bafe ; le milieu eft traverfé par un tuyau K, d’un pied de hauteur , l’un & l’autre fondus enfemble de maniéré qu’une moitié fe trouve dans le cylindre pour empêcher que l’eau qui tombe fur le fond, n’entre dans l’alambicj & l’autre dehors, pour faciliter la jondion du cylindre & de l’alambic.
- . Art. IX. Veau provenant d'injection s'évacue par le fond du cylindre. Le même fond eft encore percé vers fa circonférence d’un trou b, avec un collet a c, dont l’objet eft de faciliter l’évacuation de l’eau d’injedion. ^
- Art. X. Defcription dupiflon qui joue dans le cylindre. Le pifton L, qui joue dans le cylindre , eft un plateau de métal, plus enfoncé dans le milieu que vers la circonférence, comme on peut en juger par fes plans & profils repréfentés en grand dans les /g. 11 , 12 & 13 , pl. XXVIII, où l’on remarquera que fa circonférence termine une couronne A, formant un relief de deux pouces ; fur cette couronne eft appliquée une ou deux bandes de cuir fort épais, faillante d’une ligne fur le pourtour du pifton : on maintient ce cuir inébranlable en le chargeant d’un anneau de plomb B ; de même largeur que la couronne, divifé en trois parties égales,- accompagnée chacune d’une queue C, qui s’encaftre dans une cellule D, faite de trois plaques de cuivre fondées verticalement fur le fond du pifton : le centre de ce pifton eft percé d’un trou qui reçoit le bout de la tige EF, par le moyen d’un tenon arrêté avec des clavettes ; & cette tige eft fufpendue à la : chaîne du balancier.
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- Art. XI. De quelle maniéré l'eau de la cuvette d'injection s'introduit dajte le cylindre. Au fond de la cuvette d’inje&ion aboutit un tuyau de plomb H. pl. XXV, qui s’introduit dans le cylindre, en paflant au travers du collet G ; ( Arts, VIL) Ce tuyau eft terminé par un ajutage plat, d’où il fort neuf à dix pintes d’eau froide pour chaque inje&ion, ce qui fe fait par le moyen de la clef du robinet.M, qui s’ouvre & fe ferme alternativement, comme nous l’expliquerons ailleurs.
- Art. XII. De quelle maniéré Veau s'introduit au-dejjus du pif on. Au même tuyau on en a joint un autre horizontal N, pl. XXV, qui a au milieu un robinet par lequel on fait couler fans celle de l’eau au -deifus du pifton , pour en humecter le cuir, & empêcher l’air extérieur de s’infinuer dans le cylindre ; & pour que cette eau ne déborde pas la coupe lorlque le pifton vient à remonter, on a ménagé un tuyau O P, qui en reçoit le fuperflu qui va fe rendre dans un réfervoir placé en-dehors du bâtiment.
- Art. XIII. Defcription de la chaudière qui compofe le fond de V alambic. L’alambic , pl. XXVII, fig. i , eft compofé d’une grande chaudière Q_R ST, qui s’appuie fur une retraite R S, de trois pouces , ménagée dans la maçonnerie qui entoure cette chaudière , dont la furface extérieure eft ifofulée par une petite galerie RQ_> S T , de neuf pouces de largeur , qui régné tout autour , & dans laquelle circule la fumée du fourneau VQJTX,pour entretenir la chaleur de l’eau bouillante. Le chapiteau R Y S de l’alambic a la forme d’un dôme compofé de plufieurs plaques de cuivre, liées enfemble & revêtues de maçonnerie fur la hauteur de trente pouces, pour le fortifier contre la force de la vapeur, & le garantir des atteintes de tout ce qui pourrait l’endommager i fon fommet eft terminé par une piece circulaire de métal percée d’un trou accompagné d’un collet de trois pouces de faillie , pl. XXV, fig, \ , & pl. XXVII, fig. i, ayant une bride pour fe raccorder avec le tuyau de communication K Z, de dix - huit pouces de hauteur qui joint l’alambic avec le cylindre ; & à la bafe de ce collet eft un petit relief de quatre lignes'de faille, qui forme une couronne de ftx lignes de largeur , -contre laquelle s’applique le régulateur quand il interrompt le palfage de la vapeur dans le cylindre. Pour faciliter l’intelligence de ce que l’on vient de lire , il faut jeter les yeux fur la pl. XXVIII, fig. 14, dans laquelle A B repréfente la partie dont nous venons de parler , de vingt-quatre pouces de diamètre , fondue avec le collet D C E F, accompagné d’une moitié CGIHEde la bride fervant à le raccorder avec le tuyau de communication qui joint le cylindre.
- Art. XIV. Explication des parties qui appartiennent au régulateur. Le régulateur ,fig. 14, répond à quatre fupports de fer KL, qui foutiennent un anneau OSi à cet anneau eft attaché un relfort de fer MN, de deux pouces de largeur , fervant à foutenir le régulateur QR, qui eft accompagné d’un manche
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- dont l’extrémité T, fig. 8 » eft percée quarrément pour recevoir un eflîeu vertical a b ,fig. 7, dont le centre du mouvement eft éloigné du régulateur de ftx pouces 8 lignes: le pivot Cde cet eflîeu joue dans un trou V, pratiqué dans un anneau V S ; la partie a d eft liée au manche du régulateur, à l’aide d’une clavette ; & l’autre partie a e , qui eft arrondie, joue exa&ement dans un trou percé à travers de la plaque ab ,& préfente en-dehors de l’alambic un tenon c f pour s’ajufter avec une clef qui communique le mouvement au régulateur, dont le bouton Z gliffe fur un reifort très-poli M N, en defcendant de Z en N, pour ouvrir l’orilîce df & remonte de la même façon de N en Z pour le fermêr.
- Art. XV. Au-deffus du chapiteau de Valambic ejl une ventoufe pour laijfer échapper la vapeur quand elle ejl trop forte. Pour achever ce qui refte à dire fur l’alambic, il faut confidérer les fig. i & 2, pl. XXVI, qui repréfentent en grand la furface de fon chapiteau, où l’on remarquera la polîtion A , d’un bout de tuyau de quatre pouces de hauteur fur autant de diamètre, foudé verticalement fur le chapiteau. Au fommet de ce tuyau eft adaptée une fou-pape chargée de plomb, que nous nommerons ventoufe , dont l’objet eft de donner de l’air à l’alambic lorfque la vapeur devient par trop forte }elle fe leve alfez fouvent quand le régulateur eft fermé , & quand le pifton defcend.
- Art. XVI. Ufage de deux tuyaux pour éprouver la hauteur de l'eau dans Valambic. On remarquera aufli que l’ellipfe B C, pl. XXVI, fig. 2, eft une plaque de cuivre qui fe détache quand on veut, pour entrer dans l’alambic lorfqu’il y à quelque réparation à y faire. A cette plaque font attachés à égale diftance l’un de l’autre, aux endroits D E, deux tuyaux pendans /?, q, repréfentés dans la pl. XXVlfi fig. i , dont le premierp9 eft plus court de trois pouces que le fécond <7, qui defcend jufqu’au niveau RS, du bord de la chaudière} ces tuyaux ont chacun au fommet une clef de robinet fervant à éprouver à quelle hauteur eft la furface de l’eau dans l’alambic. Par exemple, fl en les ouvrant on s’apperçoit qu’ils donnent tous deux de la vapeur, c’eft une marque que l’eau eft trop baffe 5 & au contraire fi tous deux donnent de l’eau, c’eft un ligne qu’elle eft trop haute : mais fi l’un donne de l’eau & l’autre de la vapeur , alors la furface de l’eau eft à une hauteur convenable, ce qui arrive quand elle fe rencontre à un ou deux pouces au-delfus du bord RS de la chaudière. Si l’eau fort par les tuyaux d’épreuve , cela vient de ce que la vapeur faifant effort de toute part pour s’échapper ,preffe la furface de l’eau dans laquelle trempe le tuyau, & l’oblige à monter comme dans les pompes afpirantes , parce que la chaleur a extrêmement dilaté l’air qui fe trouve dans ce tuyau.
- Art. XVII. De quelle maniéré on évacue la vapeur de Valambic pour arrêter la machine. Au chapiteau de l’alambic, eft encore adapté un tuyau de cuivre def, qu’on nomme cheminée, dont l’extrémité/,pl. XXVIfig. 1, qui aboutit
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- hors du bâtiment , eft fermée d’une foupape chargée de plomb , attachée à une corde qui paifefur deux poulies. Ce tuyau fertà évacuer la vapeur en ouvrant la foupape quand on veut arrêter la machine, & à lui donner une échappée lorfqu’elle acquiert allez de force pour élever la foupape j autrement elle mettrait l’alambic en danger de crever.
- Art. XVIII. Ufage dé un réfervoir provifionnil pour fournir de L'eau à Calambic. En-dehors du bâtiment, eft une plate - forme de maçonnerie au niveau du premier étage , fur laquelle eft placé un réfervoir provilionnel, dans lequel on entretient ordinairement trente-trois ou trente-quatre muids d’eau provenant du furperflu de la cuvette d’injedtion qui defeend par le tuyau h, (Art. I) pi. XXVIL ,fig. 1. Ce réfervoir qui eft accompagné d’une décharge de fuperficie i, fert à introduire dans l’alambic, quand il eft ouvert, environ vingt-fix muids d’eau , par le moyen d’un tuyau k accompagné d’un robinet m , &011 vuide l’alambic par un autre tuyau n o , qui pafte fous la plate-forme.
- Comme on 11e peut faire jouer la machine lans avoir de l’eau dans la cuvette d’inje&ion, il y a au troifieme étage une pompe afpirante , pi. XXlVy fig. 2, dont le tuyau R,S, T, aboutit vers le fond du réfervoir proviflon-nel, afin que dans le befoin on puiffe en tirer de l’eau pour emplir cette cuvette, qui eft ordinairement vuide quand la machine ne joue pas, parce que l’eau qui part du fond pour fe rendre fur le pifton & qui fe décharge enfuite dans le réfervoir ( Art. XI ), eft bientôt épuifée quand la pompe refoulante n’agit pas, & qu’on n’a pas pris la précaution, un moment auparavant, d’arrêter la machine & de fermer le robinet d’injeclion qui conduit l’eau dans la coupe.
- Art. XIX. De quelle maniéré Veau d'injeclion fort du cylindre. On a VU , art. IX, que le fond du cylindre était percé vers la circonférence d’un trou avec un collet, dont l’objet eft de faciliter l’évacuation de l’eau d’injeclion qui retombe dans le cylindre. Pour cet effet, le collet a c, pl. XXVII, fig. 1 , eft raccordé avec un tuyau ayant deux rameaux inégaux, dont le plus grand r s, pl. XXVI, fig. 3 , nommé rameau d'évacuation, va aboutir au fond d’une petite citerne, dans laquelle fe déchargent environ les trois quarts de l’eau d’injeélion. A l’extrémité t de ce rameau, eft une foupape fufpendue à un relfort de fer : cette foupape qui eft fermée quand le pifton defeend, & qui eft toujours baignée d’eau, afin que l’air extérieur ne puiffe y entrer, eft chargée de plomb de maniéré que le poids de l’eau qui remplit le rameau d’évacuation, 11e puiffe lever à chaque injedtion la foupape, qu’il ne foit aidé par la force de la vapeur. La cîterne dont nous parlons, n’eft autre chofe qu’une cuvette de plomb , placée fous l’arcade de la plate-forme, ayant deux tuyaux, dont l’un P Q_, fervant de décharge de fuperficie, & l’autre de fonds ainfi 011 peut avoir en-dehors du bâtiment, au pied de la plate-
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- forme, deux baflins , dont l’un recevrait l’eau froide venant du réfervoip proviiionne!, & l’autre de l’eau chaude provenant de la citerne.
- ARTt. XX. Une partie de Veau d'injection pajfe dans Valambic pour fuppléer au déchet que caufe la vapeur. Pour entendre l’objet du petit rameau ju x, du tuyau dont le bout eft fermé hermétiquement, * il faut confidérer la pl. XXVI r, fig. 3 ; on y remarquera qu’à ce ram,eau eft adapté un autre tuyau y, qui communique à un autre tuyau vertical { , nommé tuyau nourricier, lequel eft de dix - huit lignes de diamètre , & dont une partie trempe dans l’eau de l’alambic jufqu’à quatre ou cinq pouces du fond, & l’autre partie faille de trois pieds en-dehors j or on faura que le quart qui refte de l’eau d’inje&ion & qui fort tiede du cylindre, vient remplacer paP ce tuyau le déchet que caufe la vapeur à l’eau de l’alambic, qui fe trouve par-là toujours entretenue à la même hauteur.
- Art. XXL Defcription du tuyau nourricier. Ayant infirmé, art. XVI, que: la force de la vapeur faifait monter l’eau bouillante dans les tuyaux dé épreuves. lorfqu’ils y trempaient, on voit que la même caufe doit auffi la faire monter dans le tuyau nourricier , puifqu il eft ouvert par les deux bouts : auffi s’éleve-t-elle au-deifus de la communication y, jufqu’à un certain point où la vapeur la fondent en équilibre avec le poids de la colonne d’air qui lui eft oppofée.
- : Art. XXII. De quelle maniéré je fait l'opération décrite dans l'article précédent. L’adion de la vapeur ne pouvant pouffer de bas en haut le piftoiî avec une force capable de furmonter le poids de la colonne d’air dont if eft chargé , fans preffer de haut en bas avec la même force la furface de l’eau, qui eft tombée dans le fond du cylindre , cette eau eft refoulée dans les deux rameaux, de maniéré que celui d'évacuation en reçoit les trois quarts; ( Art. XIX) , & le refte paiîè dans le tuyau nourricier £ , où elle contraint l’eau chaude qui s’y trouve, de defcendre pour en occuper la place , jufqu’à l’inftant qu’une nouvelle opération l’oblige de paffer à fou tour au fond de. l’alambic.
- Art. XXIII. On peut aujji introduire dans l'alambic de l'eau de la coupe. Au petit rameau u x , pl. XXVI, fig. 3 , eft attaché un godet a, au fond' duquel eft une foupape chargée de plomb, que l’on ouvre pour introduire ce l’eau tiede dans tous les tuyaux dont nous venons de faire mention , afiiu de chaffer l’air , lorfqu’on commence à faire jouer la machine ; cette eau qui peut auffi couler dans l’alambic, eft tirée du fommet du cylindre (Art. XI) par un tuyau defcendant II y au bas duquel eft un robinet.
- Art. XXIV. Détail des pièces qui font jouer le régulateur. Il refte à expliquer le mouvement qui fait agir le régulateur & le robinet d’iniedlion ; pour cela il faut examiner la pl. XXVI, fig. 4, qui eft une élévation des parties, de la machine vues du côté du puits, dont pluffeurs font repréfentées d&
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- côté dans la pl. XXIV, fig. i , & en plan dans la pL XXVI ^ fig. z. Ainfî à mefure que nous les citerons, on pourra les reconnaître en fuivant les lettres femblables qui les défignent.
- On voit d’abord deux poteaux A , foutenant un eflieu B C, qui enfile les anneaux d’un étrier de fer a , b , c, d, traverfé par un boulon e , autour duquel joue une fourche f g , dont la queue h aboutit à la clef i du régulateur (Art. XIV ). Au même eflîeu font attachés une patte D R, à deux griffes, qui font mouvoir l’étrier, deux branches de fer E F , E H, & la tige/, d’un poids K. Pour concevoir de quelle maniéré le chevron pendant fait agir le régulateur & le robinet d’inje&ion, il faut fe rappeller (Art. I) que la chaîne attachée à l’une des jantes du balancier porte une couliffe ; cette coulilfe qui n’eft quun chevron pendant L , ayant une fente dans le milieu, joue du même fens que le pifton, & fert à communiquer le mouvement au régulateur & au robinet d’injedion, & enfile fur le rez-de-chaullée du premier étage , pl. JO VI, fig. i , un bout de madrier M, qui la maintient toujours verticale, en defcendant dans un trou N, qu’on a pra-tiqué au-deffous»
- Art. XXV. De quelle manière le mouvement fe communique au régulateur. La fente de la coulifle eft traverfée d’un boulon P revêtu de cuir, au - delius duquel vient fe rendre par intervalle la branche E F. A l’inftant que le pifton étant parvenu au bas du cylindre, le régulateur s’ouvre pour lailfer palfer la vapeur; alors le balancier éleve la couliffe L, le boulon P fait monter l’extrémité de cette branche, par conféquent tourner l’elîîeu qui releve le poids K „ & pendant ce tems-là l’étrier relie immobile; mais aulîi-tôt que le poids a paiTé la verticale, il imprime , en tombant du côté du cylindre, une force à la griffe D , qui frappe le boulon e, & chalfe cet étrier en arriéré, par conféquent la manivelle i, qui ferme alors le régulateur. Quand la coulilfe monte & qu’elle entraîne avec elle la branche E F , l’elîîeu en tournant, & la chute.' du poids , font monter aulîî l’autre branche G H. Peu après cette coulilfe venant à defcendre, une cheville Q_qui eft attachée à une de fes faces ramene la branche G H, qui fait tourner l’elîîeu & releve le poids qui, tombant enfuite de la gauche à la droite ,1a grilfe R pouffe en avant l’étrier qui était relié immobile pendant la defcente de la couiille ; alors la manivelle ouvre le régulateur».
- Art. XXVI. Detail des pièces qui appartiennent au robinet d'injection. A la clef du robinet d’injeétion g?pl. XXVI, fig. r , eft attachée une patte d’oc "e-ville h , dans laquelle agit une broche de fer a b, qui la frappe par un mouvement de vibration, tantôt d’un fens & tantôt d’un autre, pour ouvrir & fermer le palfage de l’eau. Cette broche eft attachée à l’elfieu d’un levier cdv fervant de queue à un marteau /, échancré par le deilus pour s’accrocher par intervalle dans une coche faite à un morceau de. bois ei, qui paffe au travers
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- d’une fente pratiquée au poteau pendant S, qui foutient le levier c d. Cette piece qu’on nomme defclit, eft mobile à fon extrémité e autour d’un boulon, & l’autre i eft fufpendue en l’air par une ficelle attachée au plancher.
- Art. XXVII. Explication du mouvement qui fait agir le robinet d'injection. Pour juger de la maniéré dont ces pièces agiffent, il faut favoir qu’à l’une des faces de la couliife oppofée à celle dont je viens de parler, eft auiTi attachée une cheville T, qui fouleve le defclit lorfque la couliife eft parvenue à fa plus haute élévation ; alors le marteau/ceffant d’ètre foutenu, tombe avec violence, le levier c d fait la bafcule , & la broche a b agilfant en arriéré contre la patte ht ouvre le robinet d’injedion j & pendant que l’eau jaillit dans le cylindre, le marteau repofe fur un bout de planche horizontal V. Après ‘cette opération la couliife L redefeend ; & la cheville T qui a élevé le defclit , rencontrant en chemin le levier c d, l’oblige de defeendre pour releverje marteau & le remettre dans fa première fituation. Comme cela 11e peut fe faire fans que la broche a b ne poulie la patte h en avant, pour la ramener d’où elle était partie , le robinet d’injedion fe referme, jufqu’au moment où la couliife L remontant de nouveau , recommence la première manœuvre.
- Art. XXVIII. Conclujion fur le jeu du régulateur & fur le jeu du robinet d'in-jeciion. Il fuit de cette expolition, que lorfque la couliife defeend , elle ferme le robinet d’injedion, immédiatement après ouvre le régulateur dans l’inftant qu’elle eft parvenue au plus bas i & qu’au contraire , lorfqu’elle eft montée au plus haut, le robinet d’injedion s’ouvre, & le régulateur fe referme. Ainlî ces deux effets, quoique contraires, entretiennent toujours la machine dans un mouvement régulier, lorfque la chaleur du fourneau eft uniforme, & que toutes les autres pièces agiffent comme il faut. On remarquera qu’on rend le jeu du régulateur & celui du robinet d’injedion plus ou moins prompts , félon que les chevilles qui accompagnent la couliife font percées de plusieurs trous.
- Art. XXIX. Situation de l'alambic & du fourneau dans le bâtiment qui renferme la machine. Pour juger de l’emplacement de l’alambic dans le bâtiment, on confidérera la fig.z, pi. XXV/, qui repréfente le plan du premier étage, élevé d’environ dix pieds au-delfus du rez-de-chaulfée. On y voit une coupe horizontale de l’alambic, accompagné du revêtement de maçonnerie qui en foutient le chapiteau. De cet étage on peut defeendre par un petit efcalier A B, dans l’endroit où eft le fourneau , dont la conftrudion s’entendra aifément, en confidérant les fig. 28c 3 ,pl. XXV, qui en montrent le plan & le profil coupé fur l’alignement CD,;/. XXIV, fig. 2. Le fond de ce fourneau eft une grille élevée de quatre pieds au-deffus du rez-de-chauffée fervant de foyer, & on introduit le bois ou le charbon de terre par une ouverture E, vis-à-vis de laquelle eft une porte C , qui répond au rez - de - chauffée. On a pratiqué une ventoufe G, dans 1 epaiffeur du maffif de la maçonnerie & des terres qui
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- fe trouvent derrière le fourneau, afin que l’air extérieur puilfe aifément s’introduire dans le cendrier fous la grille , pour animer le feu, dont la fumée ne peut s’échapper par la cheminée oppofée à l’entrée du fourneau, qu’après avoir circulé autour de la chaudière, art. XIII.
- Les figures 2 & 2 de la pl. XXV ne laiffent rien à defirer fur ce qui peut appartenir au fourneau.
- Art. XXX. Explication de la manœuvre qiion exécute pour commencer à faire jouer la machine. Pour donner le premier mouvement à la machine, on commence par remplir d’eau la chaudière, art. XVIII j enfuite on allume le fe.u, on fait jouer la pompe alpirante afin de remplir la cuvette d’injedion s’il eft néceffaire , & on laiife couler l’eau dans la coupe, art. XI. Immédiatement après , celui qui dirige la machine, vient voir dans quelle fituation eft le régulateur , afin de l’ouvrir s’il était fermé, ayant la facilité, à l’aide d’une manivelle, de donner à l’elîieu les mêmes mouvemens que lui imprime la couliiîêi la vapeur palfe dans le cylindre , en chalfe l’air, & échauffe l’eau qui eft au-defïus du pifton qu’011 fait couler dans les godets pour remplir les tuyaux par lefquels fe décharge l’eau d’injedion , art. XXIII. Pendant cette manœuvre , la machine refte en repos jufqu’au moment qu’elle-mème donne le lignai pour avertir qu’il eft tems de la faire jouer } ce qui fe manifefte lorfque la vapeur ayant acquis aifez de force pour ouvrir la foupape qui fermait fa cheminée , art. XVII, en fort avec détonation. Auffi-tôt le diredeur qui attend ce mouvement, prend de la main droite la queue du marteau , & de la gauche la branche, art. XXIV , ferme le régulateur , & un inftant après, ouvre le robinet d’injedion qui fait defcendre le pifton. Enfuite le régulateur s’ouvre de lui-même, & la machine continue de jouer fans qu’on y touche , par l’effet alternatif de la vapeur & de l’eau froide , fécondé du poids de l’athmofphere.
- Exploitation des premières fojfies qui ont été ouvertes dans la banlieue de
- Valenciennes.
- 23. De cent cinquante mines de charbon ( a ) & plus , que je compte en France, dans vingt-huit contrées différentes , les mines du territoire de Valenciennes font les feules que l’on puiffe citer,comme exploitées d’une façon abfolument régulière ; auffi ce font les feuls travaux de conféquence que nous ayons en ce genre. Pour ralfembler dans un tableau raccourci les principales manœuvres qui conftituent l’art d’exploiter ces mines, & donner une idée des difficultés attachées à ces fortes d’entreprifes, je vais donner ici l’hiftoire
- (a) Je comprends fous cette expreftion ploite, foit qu’on ne l’exploite point, mais non-feulement tous les endroits où l’on con- encore toutes les folles voifines les unes des naît du charbon de terre, foit qu’on l’ex. autres dans un même canton.
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- DU CHARBON DE TERRE
- de ces opérations décrites par feu M. le vicomte DéFandrouin , & exécutées par lui-mèmè pour les exploitations de Frefhes, d’Anzin, & de S. Vaft, fur-tout pour la première folfe qui fut ouverte fous Anzin en 1733, & la douzième que l’on creufait depuis 1717. Nous l’avons extraite d’un petit cahier de vingt-quatre pages j/2-40 , (a ) imprimé à la fuite d’un mémoire publié lorfqu’il s’éleva une compagnie pour exploiter de la houille dans les îeigneuries de Raifmes & de S. Vaft, que les premiers conceflionnaires prétendaient être dans leur conceffion.
- i Manœuvre, pour la conjlruclion & le cuvelage d'une fojfe.
- 24. Cette ouverture commencée fur la ftiperficie de la terre , forme un puits profondé de dix toifes , & étayé dans fa circonférence par une maçonnerie de brique qui fe continue jufqu’à ilx autres toifes, afin de foutenir des terres ou terres pierreufes j pendant ce premier travail on établit la machine deftinée à épuifer les eaux, qui doivent bientôt fe rencontrer. Dès qu’elle eft en état d’agir , la fouille fe pourfuit ; deux corps de pompes fufRfent dans les premières vingt-quatre heures pour fe rendre maître des eaux ; mais à la fécondé journée, ces deux corps de pompes font infuffifans ; il faut en .ajouter un troifieme, qui emploie deux jours à fon établilfement ; le nombre des chevaux doit augmenter en conféquence. Les ouvriers continuent leurs travaux en fe relayant.
- 2f. De fix toifes d’épaiffeur, dont le premier niveau eft compofé, on ne peut en enlever que quatre pieds : le volume des eaux augmente au point qu’il faut ajouter une quatrième pompe, dont l’établilfement emporte encore deux jours. On vient à bout, avec ces quatre pompes de front & alongées dans la profondeur, d’épuifer les eaux qui s’étaient amalfées dans ce délai; elles remontent quelquefois fubitement, inondent toute la folfe, & rendent inutile le jeu de la machine. Si en changeant promptement les féaux des pompes , ou en prelTant les chevaux, on ne furmonte point cet obftacle, en peu d’heures les eaux remontent à leur niveau, & il faut plufieurs heures pour les élever. Tout ce qui gène les ouvriers, qui apporte le moindre retardement à leur befogne , comme quelque dérangement dans la machine , ou quelque défaut dans les féaux des pompes, un cheval qu’il faut changer, eft de conféquence, parce que les eaux haulfent promptement, & demandent un nouveau travail, pour que les ouvriers puilfent reprendre leur -befogne. Leurs progrès dans la fofte qu’ils ont mife à l’abri de l’inondation,
- (a) Obfervations fur le local, les travaux & futilité des mines à charbon de terfe •du HainautFrançais, decouvertes & exploitées par le vicomte Défandrouin, 175:6.
- exige
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- ET DE SES MINES. Partie IL
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- exige un alongement des pompes , proportionné au terrein qu’ils ont gagné. Malgré la célérité avec laquelle fe fait cette prolongation , la foife s’eft remplie de plulïeurs pieds d’eau, qui exigent un travail de pluileurs heures pour les épuifer.
- 26. Les travailleurs font parvenus au fond, la moitié des terres eft enlevée ; les ouvriers qui remplacent les premiers, atteignent de nouvelles coupes qui font monter les eaux avec autant d’impétuofité que d’abondance ; il faut encore deux corps de pompes avec leurs prolongemens. On augmente le nombre & des pompes & des chevaux ; les pompes vont jufqu’à fix, les chevaux juf-qu’à douze ; les eaux diminuent & font place aux ouvriers ; ils lemblent n’avoir plus à craindre d’être fubmergés : ou n’était encore qu’à zz pieds de profondeur dans le premier niveau des eaux, il reliait encore quatorze pieds à creufer, & trois pieds dans le blcu-marU, avant de longer à cuveler cette partie de la fofle } on fe détermine par le confeil du vicomte Défandrouin, à battre Les eaux, & au bout de quinze jours & quinze nuits de jeu de pompes, on parvient à les épuifer. Les ouvriers parvenus aux trois pieds de bleu-marle , placé au-deifous du niveau des eaux, dont la traverfe eft li périlleufe , ne font pas encore à l’abri du danger de fubmerlion ; ils ne peuvent aller plus avant fans en être menacés inévitablement, à moins qu’ils ne prennent de nouvelles précautions.
- 27. Dans les fix toifes de terçein inférieur aux feize premières toifes commençantes à la fuperficie & maçonnées en brique, les fources que I011 a ouvertes demandent un autre genre de travail , qu’on appelle cuvelage. Communément la forme de cet ouvrage eft en rond* mais le vicomte Dë-fàndrouin prétendait que le cuvelage en quarré eft plus folide : voici comment il s’établit. Dans le fond & à chaque mahire de la folle, 011 établit une piece de bois de chêne, d’un équarrifage de huit à dix pouces, que l’on fait joindre le plus exa&ement que faire fe peut, pour intercepter le paflage des eaux. Ces quatre pièces que l’on prolonge en remontant, font difpofées à recevoir de côté & d’autre de larges madriers de même bois de fix pouces d’épaiifeur , toujours en,quarré les uns fur les autres, & que l’on fait entrer de force. Lorfque dans cette conftruétion on arrive au niveau des eaux, on a foin , en pofant les pièces de cuvelage, de bien battre la terre derrière ces pièces jufqu’au niveau de celles que l’on a pofées précédemment. Cela fait, à mefure qu’on les fait entrer de force , on les garnit par-derriere d’un lit de moulfe bien ferrée pour chaque piece, & on met fur ce lit une couche d’environ deux lignes d’épailïëur d’un mortier fait avec de la chaux & de la cendre de houille mêlées enfemble ; on repofe une autre piece delfus, & ainfi de fuite. Le cuvelage monté à hauteur, & le tout raflis de deux fois vingt-quatre heures, on en calfate les joints} c’efl;
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- ce qu’on appelle brondir. Cette charpente ainfi conduite de bas en haut, va fe réunir à la maçonnerie des feize toifes qui precedent ces fix toifes de cuveîage. Au bout de quelque tems que cet ouvrage s’eft léché & cimenté, on épuife les eaux de la foiTe, dont on calfate de nouveau tous les vuides intérieurs, & par ce moyen les ouvrages fe continuent en fureté.
- 28. A ce travail en fuccede un autre moins dangereux & qui a fes difficultés : des neuf pieds de bleu-mark que l’on rencontre après le premier niveau des eaux , il en relie fix qu’il faut creufer & extraire à force de bras, les terres ne pouvant point être montées par une autre machine qui 11e peut être placée fur la foiTe occupée par les pompes : le banc de pierre qui couvre ce bleu-marle eft plein d’eau ; il faut le fonder à mefure que l’on avance 3 il furvient par la première ouverture que l’on a faite, une forte toije ; ce torrent d’eau exige un percement de cent treize toifes de longueur , depuis cette foiTe conftruite fur pilotis , & duquel dépend entièrement le fuccès de l’é-puifement pour toute la mine * ce qui épargne plus de deux répétitions des pompes.
- 29. Sous le terrein du fécond niveau fe trouve encore un autre lit de bleu-marle de même épailfeur que le premier, fur lequel on anticipe comme ci-delfus pour alfeoir la charpente du fécond cuveîage ; de cet endroit il eft conduit en remontant jufqu’au précédent. Cette portion de cuveîage faite & calfatée , 011 enleve le fécond lit de bleu-marle bus lequel fe rencontre le troijîeme niveau ; quand 011 en a puifé les premiers bouillons, & îorfqu’on a anticipé d’une demi-toife fur la troifieme couche du bleu-marle qui vient après, on continue encore à cuveler jufqu’à la partie fupérieure : ce n’eft qu’alors que la machine à pompe devient inutile 3 la folfe tout-à-fait fans embarras, lailfe alors aux ouvriers toute liberté de travailleraifément le banc de dieve, qui fuit celui de bleu-marle.
- 50. Ces onze toifes enlevées, découvrent la derniere couche , qui précédé une terre verte, compa&e , (nommée fans doute par cette raifon le rocher ) & impénétrable à l’eau. Arrivé à ce lit, on y affied auffi-tôt les fondemens du cuveîage que l’on continue dans cette épailfeur, en remontant dans les onze toifes de dieve, & jufques & compris les bleu-maries du troifieme niveau 3 de cette maniéré cette charpente , quoiqu’établie à différentes reprifes, fe trouve auffi folide que fi elle eût été conftruite en même tems. Telles font les opérations que demande nécelfairement l’établilfe-ment de chaque folfe à houille, jufqu’à ce qu’on foit parvenu au rocher feulement 3 c’eft ainfi que la folfe d’Anzin, commencée le 26 août 17533 & continuée fans relâche, a été finie le 24 juin 1734.
- Allures des veines.
- 31. Chacun connaît la richelfe du Hainaut Français 5 nous en avons
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- indiqué les principales folles, parmi lefquelles on peut encore comprendre fur celles d’Anzin, les trois folles de la Riviere, la folle du Jardin, la folfe del Croix, la folfe de la Citadelle-, la folfe du Chaufour, lîx folfes au Vieux-Condé, & une à Aubry. Mais le quartier du territoire de Valenciennes où fe trouve le plus grand nombre de folfes, eft celui d'‘An^in^ près la porte de Tournay, & celui de Frefnes, à une portée de moufquet du chemin couvert des fortifications de Valenciennes. Entre Condé & Valenciennes on aurait de la peine à les compter. Les houilleurs de cette province font dans l’idée que ces veines de Frefnes & des fauxbourgs de Valenciennes s’étendent jufqu’à la porte d'Arras^ fous le quartier de Sainte-Catherine, & gagnent les bords de la mer du côté de Calais.
- 32. M. Havè ,ingénieur des ponts & chauffées, les regarde comme des relevemens des orbes ou zones de charbons de la |Weftphalie, depuis la mer Baltique jufqu’à l’Océan. Il eftime l’orbe des veines du Hainaut Français d’environ deux lieues & demie de largeur, renfermant plus de deux cents corps de veines de différentes qualités , toutes enveloppées de pierres de différente nature. En général leur marche vient d’entre le nord & l’eft, & fe termine vers l’oueft & le fud-oueft, ou fur le foleil de quatre heures & demie du matin à quatre heures & demie du foir, jamais du nord au fud. C’eft l’allure ordinaire des veines de charbon j de maniéré qu’elles préfeii-tent la tête au nord & le pied au midi, ce qui eft appelle pendage droit. M. Peronnet, alfocié libre de l’académie, m’a procuré un delîîn en couleur, relatif aux mines de charbon de ce quartier, dont je crois devoir faite ici mention. M. Havè, ingénieur des ponts & chauffées, qui parait avoir fait ce deffein avec foin, y donne aux veines de charbon une déviation très-particulière. Dans les entretiens différens que j’ai eus avec nombre de houilleurs, je n’ai entendu rien dire qui m’ait donné le foupçon de ce dévoiement de veine ; néanmoins, par le dérangement qu’il doit apporter dans les premières recherches de mine, il eft de nature à ne pouvoir manquer d’être connu des uns ou des autres, ou par expérience , ou par relation.
- 33. Suivant M. Havè, la tête des veines roilfes, au lieu de prendre en-fuite un pendage de platture pour aller de l’eft à l’oueft, fe forme bien dans ce pendage, mais en retournant de l’oueft à l’eft, & continue ainlî vers l’eft tous les autres pendages qui fe fuccedent les uns aux autres, & qui devraient reprendre leur allure à l’oueft. Peut-être aurait-il voulu exprimer ce qu’il aura entendu dire des veines dont j’ai parlé ailleurs, qui font leur retour fur elles-mêmesj mais cette façon de s’exprimer éclaircie, ne fe rapporte point avec l’idée qu’il donne de cette direction. Cependant, s’il a décrit cette marche d’après nature , c’eft une obfervation très - importante pour la pratique de l’exploitation dans le premier début des trayaux,
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- DU CHARBON DETERRE
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- 94. On voit que dans une fouille où l’on dirigerait fur la prendre veine-renfoncement d’une folfe ou puits, qui dans l’allure ordinaire ne peut manquer de traverfer toutes les autres veines placées au-delfous, on 11’en rencontrait ici aucune , puifque la première & les autres fucceffivement ont fui en arriéré de la tète de la veine pour regagner l’eft au lieu de s’en éloigner. Dans le cas où l’on viendrait à reconnaître que les chofes fe trouvent de cette façon, la dépenfe de la folie ou du puits de mine (a) ferait perdue ; mais la conduite à tenir pour aller reprendre les veines eft bien fim-ple, 11’étant queftion que de porter une fécondé folfe à l’eft-
- Ouvrages de veines.
- 2p. Dans l’exploitation d’une veine plate, lé puits creufé perpendiculairement iépare la veine en deux parties : les ouvriers, les uns en montant , les autres en defcendant, félon le degré d’inclinaifon, travaillent à détacher le charbon qui eft devant eux ; chacun d’eux avance 8c fe forme une voie dans laquelle il ne peut manœuvrer debout : quelques - uns iont occupés à fcier les bois dans les proportions convenables ; d’autres les placent i des jeunes gens trient les pierres d’avec le charbon, & les chargent féparément les uns des autres fur des petits traîneaux \ les houilles font traînées dans toute la longueur de la veine jufqu’au puits. Ces petites voitures arrivées, on décharge le charbon dans d’autres paniers , que l’on monte à force d’hommes , de puits en puits & jufques dans la grande galerie 5 là d’autres ouvriers entraînent ces matières dans toute la longueur des fou-terreins jufqu’à ce qu’elles foient parvenues fous les bures d’extradion: alors on les charge dans de plus grands paniers, & elles font enfin enlevéesau-de-horspar la machine à chevaux.
- 36. L’extraction du charbon d’une roijje. fe fait en même tems que l’on creufe les adhérentes folfes. Quand on a extrait de ee puits toute la-houille & les pierres, dans la longueur de quatre cents toifes au moins, oit. pratique vis-à-vis la fin de la douzième toife & au levant, une chambre que-l’on recule aifez loin pour y prendre les mêmes proportions & diredions. d’une fécondé folfe qui vient également recouper la veine j & cette manœuvre fe répété tant qu’il fe trouve du charbon ou que la trop grande profondeur ne met pas d’empêchement à l’exploitation, foie à raifon des eaux> foit à raifon du defaut d’air. Ce dernier obftacle n’eft pas toujours le plus, difficile à furmonter ; du feu allumé de dillance en diftance dans les travaux fouterreins , permet allez ordinairement de continuer l’ouvrage jufqu’à quatre cents foixante toifes. < - «.
- .{a' C eft ainii que j.’appellerai dorénavant les puits de mine, nommés bures, parlas. Liégeois»
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- ET DE SES Ml N%E S, Partie II.
- Etat des ouvrages à Anfn & a Frefnes , dans £ année 17 <6.
- 37. On a vu -qiTe dans ce quartier il y a depuis la terre végétale jufqu’à la cra%v, cinquante - huit toifes , & depuis la craw jufqu’au charbon, trente-quatre toifes, total 92. Il fe trouve des veines au fommet des rochers, en-fuite à vingt, tren e, jufqu’à foixante ou même foixante - treize toifes de profondeur ; enforte que ces veines qui font les plus enterrées, font à plus de fept cents pieds de la bouche ou de l’œil de la folie. On en connaît jufqu’à feize les unes au-deifus des autres ; elles ont deux pieds d’épaif-feur ; l’exploitation eft de cent toifes environ de profondeur par répétition en ligne perpendiculaire.
- 38. Au fond.du puits d’extradion, on a poulie vers l’oueft une galerie de deux cents, deux cents cinquante toifes, par laquelle on exploite une veine plate, courant eft-oueft, de deux pieds d’épailleur. Cette galerie communique au pied d’une autre foife , & vis-à-vis cette galerie à l’eft , à dix ou douze toifes, eft un torret de dix toifes de profondeur. A l’eft de ce torret, fur environ vingt toifes de diftance, eft placé un fécond torret ; alors on avance environ deux cents toifes à l’eft , par une galerie qui pique vers le fud, de deux pieds par toife dans une veine roilfe de deux pieds d epaif-feur, ayant deux cents cinquante toifes de longueur fur trente de profondeur. La foife d’Anzin eft débarralfée de fes eaux par quatre machines, & elle donne en vingt-quatre heures foixante - quatorze milliers pefant de charbon. Les foifes par lefquelles on tire l’eau , font maçonnées en briques jufqu’à environ trente toifes de profondeur, le refte eft cultivé en madriers.
- 39. A jFrefnes , proche Condé , où l’on travaille depuis environ cinquante ans, il y a douze foifes toutes revêtues ou cuvelées eti-dedans avec de forts madriers de chêne, & que l’on épuife avec deux machines à feu. Leur exploitation eft de quarante-fept toifes de profondeur fur cent cinquante de longueur de galerie : le feau d’extradion a à peu près lix pieds cubes de capacité. Ü11 peut defcendte dans ces foifes jufqu’à trois cents pieds , par les échelles de fer placées le long des pompes qui les tiennent égouttées. A quarante-fept toifes de profondeur , fous les pompes , eft creufé le principal puifard ou bou-gnou. De ce puifard 011 peut aller à environ deux cents toifes vers le nord, pour arriver à la veine de deux pieds & demi d’épailleur, marchant en piat-
- • teure & s’enfonçant un peu vers le nord, fouvent en défaut, c’eft-à-dire, coupée par le roc. Les galeries font, par-tout où on le juge néceifaire, étayées de patins & de traverfes.
- Qualités, prix & ufages du charbon de terre du Hainaut Français.
- 40. Le terrein placé entre Frefnes & Anzin, & qui occupe une très-grande
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- BV CHARBON1 DE TERRE
- étendue, renferme les meilleures veines. On-prétend néanmoins obferverune différence à cet égard entre celles qui fe préfentent au nord, & celles qui fe préfentent au midi ; les fécondés font de la meilleure qualité, & les premières font moins bonnes. En général, le charbon du Hainaut Français eft, félon l’opinion commune, plus gras & de plus de durée au feu que celui d’Angleterre : quelques confommateurs lui donnent, au moins par cette raifon, la préférence fur ce charbon étranger, & fur celui du Hainaut Impérial.
- 41. Le charbon de Frefnes & du Vieux - Coudé paraifTeiit être de même qualité, à quelques différences près , dans ce qu'on appelle le gros, & ce qu’on appelle le menu ; le premier eft beaucoup plus aCtif que le fécond. Celui de Frefnes fe délite & fe fépare par facettes ; il eft plus compaCt & plus pefant que les autres ; il pefe environ un dixième plus que celui d’Anzin, & peut être appellé charbon de poids ; il eft très-difficile à allumer, & ne flambe pref-que pas ; il eft cependant très - chaud & brûle le fer ; au feu il fe foutient long-tems; il 11e donne point d’odeur, & peu de fumée; il 11e forme point gâteau en brûlant ; il eft excellent pour le chauffage dans les poêles. O11 s’en, fert aufli comme de celui du Vieux-Condé, qui n’eft point flambant, pour cuire la chaux èc la brique. L’un & l’autre pris à la foffe, valent quatre livres le muid ; cette mefure dans ces deux endroits pefe fix cents cinquante livres. Le charbon d’An^in donne, comme celui du pays Montois, de la flamme en brûlant, & fe colle de même; quelques confommateurs l’eftiment fupé-rieur à celui d’Angleterre, de Liege & du Hainaut Impérial, comme étant moins bitumineux; celui de S. Vaaft eft réputé d’une nature approchante.
- 42. Ils fervent aux forges, aux braderies ; on les emploie encore au chauffage dans les cheminées ; les braifons qui en réfultent lorfqu’ils font à demi confumés, & que l’on remet fur le feu , s’appellent grouejfes ; en tout ils font propres à toutes fortes d’ufages ; mais ils produifent fur-tout un feu fi proportionné à la cuiffon de la brique & de la chaux, qu’une très-modique quantité pénétré exactement les plus groffes pierres, ce qui difpenfe de l’embarras de les cafler avant de les mettre au feu. C’eft peut-être dans cette qualité de houille qu’il faut chercher l’explication d’une remarque eflentielle faite par M. Fourcroy, fur les fours coniques du pays de Liege pour les fours à chaux. Cet auteur dit que ces fours, dont l’entonnoir a ordinairement quarante à quarante-cinq pouces de diamètre par le bas, eonfomment plus de houille que ceux de la Flandre, & ne rendent par jour, réduction faite, qu’un cinquième de ce qu’ils contiennent.
- 43. Le charbon de Raifmes &du Bois-de-Bonne-Efpitance, fervent, comme celui d’Anzin, aux maréchaux, aux brafleurs, au chauffage du bourgeois dans les cheminées, auxfalines, aux favonneries; celui qui fert à ces ufages eft de l’efpece appellée ronddot ou gros charbon. Ils valent à la fofle cinq
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- livres le muid. Cette mefure eft tout aufli difficile à eftimer que les autres ; félon quelques-uns il pefe huit à neuf cents livres, félon d’autres il peut pefer fix cents livres, & équivaut à deux barrils. Il y a encore à Anzin une autre mefure qui s’appelle rajiere, pefant environ deux cents vingt, deux cents trente livres poids de marc ; on compte quatre rafieres pour un muid. Le ronddot nommé de. bonne efpece, & qui eft vraifemblablement en pierre, fe vend juf. qu’à fix livres quinze fols le muid, & douze fols fix deniers le quintal ; le menu dix fols le quintal. Le charbon de terre de Quuvrain, fur la rivière de Hofueau, à deux lieues & demie de Valenciennes & à deux petites lieues de Coudé, eft auffi plus eftimé que celui d’Angleterre.
- 44. Dès le tems où les ouvrages des foifes d’An^in 8c de Frefnes étaient parvenus au point qui a été détaillé ci-delfus, elles occupaient quinze cents ouvriers par jour 5 chaque attelier exploité nuit & jour, donnait environ foi-xante-dix milliers pefant de charbon, & l’on eftime que deux foifes peuvent produire avec quatre atteliers, deux cents quatre-vingt ou trois cents milliers de charbon, faifant la charge de trois bateaux 8c demi. Une extradion auffi abondante, fruit de l’intrépidité du feu vicomte Défandrouin , fécondée à.propos par le miniftere, n’a pas manqué d’animer dans tout le canton & dans les provinces voifines , les fabriques qui ont befoin de ce foffile. De plus , ces travaux fouterreins ont formé une pépinière des plus experts ouvriers, qui nous mettent à même de nous paifer de l’étranger pour conduire des entre-prifes de ce genre dans le royaume. Us ont aufli donné l’origine aux braffe-ries, aux forges , aux manufactures & aux atteliers de différente efpece, qu’il eût été impoflible d’élever ou de foutenir avant l’heureufe époque des recherches de M. Défandrouin, qui a mis cette frontière du royaume en jouif-fànce d’un tréfor qui n’y était pas connu. Enfin, les provinces voifines, le Cacnbraifis, la Flandre, l’Artois & une partie de la Picardie, ont trouvé près d’elles une matière propre à leurs foyers & à d’autres ufàges, qu’elles tiraient de Mons, & qu’elles achetaient fort cher. En 17^6 il était entré en France pour un million de charbon provenant de Mons & de Charleroy.
- De la houille employée au chauffage dans le territoire de Valenciennes.
- 45”. De tous les ufages connus , auxquels on applique le charbon de terre , aucun n’eft plus intérelfant que celui du chauffage ; les endroits qui avoifinent les foifes de houille, connaiffent tout le prix de la reffource qu’elles procurent. En 17une famille entière à Valenciennes & aux environs .pouvait avec moins de trente fols de notre monnoie fe chauffer & faire fa cuifine pendant les plus grands froids. À l’exemple du pays de Liege ,1a houille eft apprêtée , pour cet objet, avec de la terre grade s on n’y eft point dans l’ufage de la fa-
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- T) U CHARBON DE TERRE
- çonner en boulas , parce qu’on les trouve moins commodes pour leur arrangement dans le fer-à-feu, mais en forme de petites briques , d’où ces pelotes ont pris le nom de briquettes.
- 46. Avant d’entrer dans aucun détail fur cet article, il convient de s’arrêter à quelques particularités fur les efpeces de charbons. Dans la ville de Valenciennes 011 en diftingue pourl’ufage plufieurs fortes. 1°. Le charbon fin ou net, employé aux fourneaux des bralferies, aux falines î on l’appelle auili houille cti piece ; elle fe vend au poids. 20. Houille en rondelots , ou par morceaux gros comme la tète, plus ou moins. 3 °. Houille à dix-huit patards. 40. Houille fale , deftinée à faire les briquettes pour le chauffage ; c’eft ce qu’on appelle à Liege menu charbon, qui n’elt autre chofe que le pouifier ou menu charbon provenant des quartiers de houille attaqués dans la mine par les ouvriers tourneurs. 5®. Enfin une elpece de rebut que l’on donne aux pauvres charbonniers.
- 47. Pour la vente du charbon à Valenciennes, il y a une mefure particulière nommée mande ou mefure. La mande de rondelots coûte deux livres. Le gros charbon fe vend plus cher que celui appellé forge galleteufe. La houille à dix-huit patards coûte une livre deux fols fix deniers la mande. La houille fale coûte onze livres trois deniers la mande.
- 48- Afin de remplir la promelfe que j’ai faite de donner connaidance de tous les procédés ufités en différens endroits pour façonner la houille d’une maniéré qui rende fon ufàge encore plus économique , je vais donner la méthode pratiquée dans le territoire de Valenciennes. L’imprimé que j’ai cité au fujet de la cendrée de Tournay , a annoncé le procédé dont je vais faire part. L’auteur d’un recueil périodique, eftimé à jufte titre (a), a depuis adopté cet écrit comme digne de croyance & comme intéreifant. Dans la préface d’une brochure (A), que des circonltances me donnèrent lieu de publier dans le même tems qu’a paru l’écrit de M. Carrey, je m’étais contenté de faire preffentir en quoi cette defeription était imparfaite & fautive (c). Ce que j’ai dit en général fur cette méthode, art. VII de la première feétion de cette fécondé partie, laiffe fuffifamment entrevoir que ce ferait s’abufer grolEérement de faire con-Eiter cette préparation dans une manœuvre qui peut fe montrer en deux heures de tems auplusfimple ouvrier , comme le dit très-bien M. Carrey. Le procédé que je vais donner, tel qu’il eft fuivi réellement à Valenciennes , mettra à même de reconnaître combien cet écrit, compofé d’ailleurs fur une façon d’agir fui-
- (a) Obfervations fur la phyfique, fur économiquement,& fans inconvénient,au rhiftoire naturelle & fur les arts, tome VI, chauffage & à tous les ufages domeftiques. page 194. , Paris, 1770, chez Lottin, au Coq, rue S.
- (b ) Mémoire fur la nature, les effets & Jacques, in-iz. les propriétés du feu de charbon de terre ap- ( c ) Voyez page 19 de cet Avant-propos, prêté pour être employé commodément,
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- vieily a vingt-cinq ans -, eft défedueux, & combien eft inutile l’établi embarraf-fantqu’011 exige pour cette préparation, & qui n’eft plus connu aujourd’hui dans ce canton. Les éclairciifemens particuliers dont cette fabrication a befoin, & que j’ai placés à la fin de la quatrième fedion , aideront à décider fur-tout fi un ouvrier faifeur de briques, tout expert qu’il foit de pere en fils dans cette fabrication , eft pour l’ordinaire en état de la faire connaître dans ce qui lui eft réellement eflentiel.
- Procédé ujité à Valenciennes pour faire des briquettes propres au chauffage ; terres quon y emploie , &c.
- 49. On commence par Le pourvoir des uftenfiles fuivans : un crible de main , en ofier, qui eft un panier rond de fix ou huit pieds de circonférence plus ou moins , & haut de huit pouces , ayant deux poignées en demi-cercle 5 les branches d’ofier qui forment ce crible , font de la groifeur du doigt, 8c éloignées les unes des autres de fix à huit lignes. Une palette, qui eft un battoir de bois , de forme plate , avec un manche pour frapper fur la houille entaifée dans le morde. Ce moule eft une forme en 1er, comme la lunette dont fe fervent dans cette fabrication les bottereifes de Liege ; elle a cinq pouces & demi& plus de longueur, fur quatre de largeur, mefure prife en dedans ; ià forme vife à l’ovale , plus évafée dans une de fes ouvertures que dans l’autre qui eft un peu rétrécie, pour faciliter par la première la fortie de la briquette quand elle a été battue fuftifamment. Une pierre de quatre pieds de circonférence , fur trois pouces d’épaiifeur , liife & polie fur une furface. Un feau, dans lequel il y a de l’eau pour humeder de tems en tems la maife lorf-que cela eft jugé néceifaire. Une planche deftinée à placer les briquettes à mefure que l’ouvrier les fait fortir de la forme. Tels font les uftenfiles nécef-faires à la manœuvre, au moyen de laquelle on amalgame la houille avec une terre gralfe.
- f o. L’auteur de la defcription imprimée en 1770, s’en eft tenu à dire que la terre employée communément pour cela , eft une bonne argille rougeâtre. De.trois efpeces qui entrent dans ce mélange , félon que l’on eft à portée de fe procurer l’une ou l’autre , aucune ne vife à cette couleur que M. Carrey donne pour tout renfeignement ; je vais les indiquer d’une maniéré plus précife, tant pour leur nature que pour les endroits d’où elles fe tirent. La plus commune , parce qu’elle eft plus ordinaire dans les foffes, eft le bleu-marle , dont j’ai parlé première partie , que l’on appelle auffi marie à boulets , parce qu’elle fert à réduire les charbons en briquettes, qu’on appel lait boulets : c’eft une efpece d’argille calcaire , tenant a la langue & failant efter-vefcence avec les acides. D’autres emploient une terre qui fe tire des bords Tome XVI. P P
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- de l’Efcaut, où cette riviere autrement appellée Schelde , la dépofe quand les eaux font hautes & fortes , & dont elle fe charge par la chûte des pluies & des ravins ; c’eft un limon ou alluvlum fableux , argilleux, de couleur jaune obfcure, & qui fe manie comme une bonne argille.
- fi. A Try, diftant de Valenciennes d’une lieue , & à Monceau qui eft à deux lieues de cette ville, 011 emploie au chauffage la houille d’Anzin ; 011 fait entrer dans les briquettes, de la marie qui fe trouve dans ces deux endroits. Ces marks font des terres argilleufes, calcaires , blanches comme la craie, faifant effervefcenee avec les acides (a) : celle de Try eft d’un blanc terne ; celle de Monceau eft d’un blanc viîant fur le jaune. Il faut obferver que le premier endroit eft fur la rive gauche de l’Efcaut, & qu’on pourrait y employer le dépôt limonneux de Try, dont d’autres font ufage ; mais les pay-fans préfèrent la marie qu’ils ont chez eux; les raifons qu’ils én donnent font que les briquettes formées de marie brûlent mieux, & qu’il en faut moins qu’il ne faudrait de limon de l’Efcaut. En effet, fur neuf parties de charbon , ils ne mettent qu’un dixième de marie. A Monceau on fuit cette même proportion de marie.
- f2. La houille que l’on emploie en briquettes, eft la houillefale ; elle fe trouve beaucoup mêlée de houille à dix-huit patards, que l’on en fépare avec le crible; les galliettes font auffi mifes de côté pour entrer dans le feu lorfqu’on veut le rendre plus vif. Ce triage fait, l’ouvrier délaye une tnefure d’argille dans autant d’eau qu’il eft néceffaire pour en former une bouillie claire & coulante : après avoir formé avec de la houille un grand cercle, il verfe la détrempe d’argille dans ce milieu.
- f 3- Le fieur Carrey, qui a voulu indiquer la maniéré de faire ces briquettes , 11e parle point de la quantité qu’il faut prendre de cette eau chargée d’argille; il fait mettre de cette argille dans une demi-futaille jufquau tier, enfuite il fait remplir d'eau ce vaiffeau jufqu’à cinq pouces près du bord : quand le tout e(l bien délayé, il en fait verfer un feau fur le tas de charbon. Il omet encore ici de nous dire combien dans ce tas il y a de mefures de houille. Cet hiftorien,
- (a).Marie ou moelle de terre; terre molle, forte , fe diflolvanten entier dans refprit de vitriol , dans l’efprit de nitre ; donnant au firop de violette une couleur verte ; quand onia goûte, elle eft feche, infipide, & tient à la langue ; elle eft formée par un aiTemblage de particules argilleufes, calcaires, qui à l’air & dans l’eau fe réparent aifément.
- ^ La plupart des terres figillées font du
- genre des marnes, ainfi que la terre à faïan-ce , dont je décrirai une fouille à l’article du Nivernois. On peut en général diftinguer deux fortes de marnes, la marne argilleufe & la marne ardoifiere ; toutes deux ont la propriété’d’attirer ou de détruire les acides ; toutes deux fe difiolvent promptement dans l’eau, la marne ardoifiere moins promptement que la marne argilleufe.
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- fort fuperficiel, n’a pas pris garde que, fi l’on faite entrer dans ce mélange plus d’argille qu’il n’en faut, les briquettes ne brûleront pas aufîi bien, & que fi l’on en met moins , la houille 11e pourra faire corps avec l’argille, & que les briquettes 11 ayant point de folidité, s’écraferont aifément.
- La proportion ordinaire eft d’une partie de détrempe fur fix de houille ; par exemple , un minot d’argille détrempée, fur fix de houille ; cette détrempe verféeau milieu de la houille que l’on veut préparer , on mêle le tout enfem-ble de la même façon que le fable fe mêle avec de la chaux bien éteinte pour faire un mortier; lorfque cette maife a pris la confiftance d’une mortier un peu folide, l’ouvrier place à côté de lui le carreau de pierre, & fait avec la palette la manœuvre que les bottereifes de Liege exécutent avec les mains. Quand il a achevé & rangé fur une planche une douzaine de briquettes, fou aide, ou lui-même s’il eft feul, les porte dans l’endroit où on veut les garder , & les arrange de la même façon qu’on arrange les briques pour former une muraille.
- Exportation & commerce du charbon de terre par charrois & par bateaux.
- 5* j*. Selon que les foifes font plus ou moins éloignées de l’embarquement, le prix de tranfport des charbons eft néceffairement différent. Les uns vont à fept, huit, dix, douze, feize patards;ils doublent quelquefois quand les voitures paffent fur la chauffée de Valenciennes ; il eft encore dû feize fols & demi à la voiture pour le droit de charroyage. Le charbon d’Anzin eft fixé par la compagnie à feize patards ou vingt fols de France la voiture. Le gros charbon ou rondelot eft taxé à vingt-quatre patards , revenant à trente fols.
- f6. La riviere de Scarpe, qui prend là fource dans l’Artois & vient fe perdre dans l’Efcaut à Mortagne , procure à cette denrée un débouché con-fidérable. Les bateaux de chargement qui les portent fur l’Elcaut, font communément appellés nefs, & contiennent trente muids. En portant le muid à huit ou neuf cents livres pelant, on peut évaluer la charge d’un bateau à quatre-vingt milliers pefant, montant argent de France à environ neuf cents livres. En mefure du pays, ils contiennent douze cents rafieres de charbon de Frefnes & de Vieux-Condé, & mille de celui d’Anzin, parce qu’au - delfus de Condé l’Efcaut n’eft pas gffez fort pour porter une plus forte charge.
- 57. Les bateliers de Condé forment un corps nombreux , jouiffant du privilège exclufif de ce tranfport, tant d’Anzin que de Frefnes , Vieux-Condé, & même de jVlons. Ces bateaux étant trop grands, & contenant trop de charbon pour pouvoir remonter la Scarpe, on eft obligé de les alléger dans
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- de plus petits, conduits par des bateliers de Douay de Lille, & qui ne vont point jufqu’à Arras. Cependant, par ordonnance de l’intendant du Hainaut, les bateliers de Condé ont été obligés, à la requifition des marchands d’Arras, de fournir des petits bateaux qui puiffent remonter la Scarpe jufqu’à cette ville , lefquels contiennent environ huit cents rafieres j mais avec cette charge, il eft encore impoiîible qu’ils puiffent remonter la Scarpe. [Pour y fuppléer lorfqu’ils font au confluent de cette riviere dans l’Efcaut, ils allègent trois cents rafieres ou environ dans un autre bateau.
- 5% L’usage du commerce eft de payer les bateliers de Condé à la me-fure d’Arras pour prix de la voiture, & non à la mefure des folfes, quoique de très-peu de chofe différente. On eft obligé de leur faire tenir une partie de leur voiture à Douay, pour payer leur allégeois, parce que fai-fant marché à forfait avec ceux de Douay pour une certaine fomme, ils ont gagné leur argent ; & de Douay à Arras, c’eft le marchand qui paie à ceux-ci les trois patards & demi dont on a parlé. Ce remuement change ou augmente chaque fois le prix du charbon.
- 5’9- Le prix de la voiture eft taxé par l’intendant à fept patards & demi jufqu’à Douay pour les charbons d’Anzin. Ceux de Frefnes & de Vieux-Condé, à fix patards la rafiere. Depuis Douay jufqifià Arras, la taxe eft de trois patards & demi, faifant treize fols neuf deniers. Il y a de plus à S. Amand', un droit d’un demi - patard à la rafiere, ou cinquante patards du cent. Le prix des charbons de Freines & de Vieux-Condé, eft fixé à trois florins huit patards le muid de quatre rafieres. Le mefurage eft à la charge de l’acheteur, à un patard au muid de quatre rafieres. Il revient aux chargeurs de bateaux, trois doubles trois cinquièmes. A l’état-major de Condé, fept florins quatre patards, ou neuf livres par voiture. Aces diiférens droits, il faut ajouter ceux dus au domaine enHainaut, indépendamment de ceux dus aux traites , & un droit d’éclufe à Condé fur les bateaux.
- [ 60. On voit par ce court expofé,que les canaux & les rivières navigar. blés, qui font en grand nombre dans le Hainaut Français, ne procurent pas plus d’avantages à cette province ; fon commerce y languit par toutes fortes d’obftacles, ainfi que dans toutes les provinces auxquelles la navigation femble devoir donner des facilités. Le privilège des bateliers de plusieurs villes pourrait mériter un examen réfléchi par rapport à la gène qui en réfulte dans l’exportation du charbon de terre au loin, jufqu’à Dunkerque , &fur les côtes marchandes de la Flandre Françaife. Dans ces endroits les charbons anglais , quoique très - chers ( du prix de 24 à 30 fols le quintal ) à Dunkerque même, malgré la frunchife du port qui ne rapporte aucun droit aux fermiers généraux, font préférés par les acheteurs, uniquement par l’augmentation fucceffive des prix de la marchandée nationale .
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- venant des frais de chargement & de déchargement répété, & de l*efpece d’avarie que ce charbon eifuie en conféquence ; de maniéré que ce charbon qui fur les lieux ne coûte que 8 fols le quintal , revient à 16 lorfqu’il eft voiture à fept lieues, 24 & 30 fols lorfqu’il eft tranfporté à vingt lieues ; tandis que, fi l’exportation était libre , il pourrait ne coûter que douze fols au confommateur : il en réfulte encore que le charbon du Hainaut Autrichien s’introduit dans le Hainaut Français, & y enleve des fommes allez confi-dérables.
- 6r. Ces inconvéniens qui font frappans, ont été expofés dans un mémoire publié par la voie de la Gazette d’agriculture du 27 mars 1779, nQ-En propofant un moyen d’y rémédier, c’eft-à-dire , de faire bailfer le prix du charbon étranger fur les côtes de la Flandre Françaife & à Dunkerque , une compagnie de commerce établie dans ce port, à même par con-féquent de fournir des vues fur cet objet important, oblerve dans le mémoire dont je viens de donner l’extrait, que les bateliers de Condé ne tirent aucun bénéfice de leur privilège jufqu’à Dunkerque; que néanmoins,fi les charbons duHainaut Français y arrivaient, ils y coûteraient beaucoup moins que les charbons anglais , & que de ce port ils pourraient être tranfportés en left dans tous les autres ports de France : ce qui donnerait la facilité de vendre cette marchandife à bon compte. Dans leur projet , il 11e s’agirait , pour parvenir à ce but, que de lailfer à cette compagnie, ainfi qu’à tous autres , la liberté d’envoyer leurs propres belandres d’Aire, de Lille , ou de ceux de la Scarpe , à la mine du Hainaut Français, de les y charger concurremment avec les bateliers de Condé , & d’aller enfuite directement à Dunkerque , fans être obligé de décharger le charbon ailleurs qu’à fa defti-nation.
- 62. Le mémoire renferme une remarque qu’il 11e faut pas omettre ici, c’eff que cette nouvelle branche de commerce, qui s’étendrait à la faveur de l’ouverture du canal d’Aire à S. Orner, n’a pu être comprife dans le privilège des bateliers de Condé, qui favorife,au préjudice de l’état & des ha-bitans de la province , l’importation étrangère. La compagnie de commerce ajoute que , fi le confeil du roi daignait excepter de l’exclufion générale accordée aux navigations privilégiées la traite direéte des charbons du Hainaut Français fur Dunkerque pour ditférens ports du royaume, les bateliers feraient d’autant moins fondés à revendiquer leur privilège , qu’il leur eft impolnble de prouver que depuis leur établillèment en corps , & depuis la découverte des mines du Hainaut Français, ils aient fait ou pu faire parvenir de ces charbons fur les côtes maritimes, & qu’ils aient ainfi procuré à cette marchandife une exportation utile par fon étendue.
- £3. Ces propoiitions & les remarques dont on lés a accompagnées, laiifent
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- appercevoir en effet un moyen fûr & raifonnable de faire tomber le prix du charbon anglais dans nos ports, de faire relier les efpeces en France, & de ne plus acheter une mefure de notre propre charbon quatre fois plus que fa valeur. ]
- Hijloite des droits fur les charbons de terre dans les directions de Lille & de Valenciennes ,jufquau 4 mai 1761.
- 64. L’entree des charbons de terre de l’étranger en France , la fortie de ceux de France pour l’étranger, forment un objet important dans la balance du commerce ; les droits établis fur ce charbon, tant à l’entrée qu’à la fortie , forment en même tems un objet de revenu confidérable pour le roi. Le plan du gouvernement depuis M. Colbert, a toujours été de charger de droits à feutrée les charbons de terre étrangers , pour donner un avantage aux charbons de terre nationaux. Des circonftances particulières , telles que les difettes , ont obligé quelquefois de s’écarter de ce principe ; mais on y ell toujours revenu. Le plan d’adminiftration fans doute était fage ; mais il n’était pas encore fuffifant, & il exiftait un autre moyen beaucoup plus efficace de favorifer les exploitations nationales ; il confiftait à décharger les charbons de terre qui en provenaient, de tous droits, foit à la fortie du royaume , foit à la circulation, foit enfin à l’entrée des villes, & fur - tout descelle de Paris. Un miniftre que l’académie a eu l’honneur de compter parmi fes membres, en avait conçu le projet en 1763 ; mais il fut contrarié par des intérêts particuliers & par des obflacles de diiférens genres, & les chofes font demeurées dans le même état.
- On trouvera cet objet, ainfi que celui de la traite des charbons de terre de l’intérieur du royaume, difcuté d’après les vrais principes d’adminif-tration, dans deux mémoires dont j’ai eu communication. Je vais donner ici celui relatif aux provinces réputées étrangères (a): je ferai ufàge du fécond en faifant connaître ce commerce dans la ville de Paris, & les différens droits. M. Gigot de Crifenoy, fermier-général, à qui ils appartiennent, confidéré, confulté & écouté dans plufieurs parties qui tiennent à l’art d’entretenir les fources des finances, n’a befoin que d’être nommé; les perfonnes que ces matières intéreffent, reconnaîtront que l’éloge qu’il me ferait permis d’en faire, ferait de ma part moins un hommage perfonnel rendu à l’amitié, qu’un
- (a ) En finance on défigne & on connaît le Hainaut, parce que ces provinces , quoi-fous ce nom les provinces de Bretagne, que foumifes à la France,n’ont point été la Saintonge, la Guienne, la Gafcogne, le affujetties fur. tous les articles aux droits Languedoc, la Provence, le Dauphiné, le des cinq groifes fermes, & qu’en cela ces Lyonnais, la Franche-Comté, la Flandre & provinces font effectivement étrangères.
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- tribut public payé à la réputation dont jouit l’auteur de ces mémoires, de porter dans les opérations qui lui font confiées , les lumières de l’homme d’ctat, & les vues d’un bon citoyen.
- 66. Par arrêt du 3 juillet 1692, le charbon de terre venant des pays „ étrangers, fut impofé à trente fols le barril à toutes les entrées du royaume , 5, tant des cinq grolfes fermes que des pays réputés étrangers, & pays con-„ qnis , cédés ou réunis. Cet arrêt donna lieu à des repréfentations de la part „ des magiftrats 8c habitans du Hainaut & de la Flandre Françaife, fur le x préjudice que leur caulait le droit de trente fols qu’il établirait ; & d’aprèô „ les motifs qu’ils expoferent, le confeil ordonna par arrêt du 18 o&obre ,î 1698 5 par provision & fans tirer à conféquence, que les charbons de terre „ provenant des mines du Hainaut Efpagnol, paieraient feulement dix fols „ par barril à l’entrée du Hainaut & de la Flandre Françaife. Enfuite, & fur „ de nouvelles repréfentations, 8c par des confidérations particulières, les „ droits fur les charbons de terre provenant du Hainaut étranger, furent „ réduits à cinq fols le barril, par arrêt du 21 décembre 1700, au lieu de ,j dix fols à quoi ils avaient été fixés par le précédent. '
- 67. „ Les maîtres des forges de Picardie & de Champagne s’étant plaints „ au confeil du droit de trente fols établi fur les charbons de terre étrangers „ par l’arrêt du 3 juillet 1692, il fut ordonné par arrêt du 19 juin 1703, „ qu’aux entrées defdites provinces, les charbons de terre venant de la Flan-„ dre & du Hainaut n’acquitteraient les droits qu’à raifon de dix fols par J, barril du poids de trois cents livres. De plus, le corps des bateliers de Coudé, „ & les marchands de charbon de Flandre & du Hainaut Français, ayant „ obfervé que le droit de cinq fols fur le charbon de terre afFaibliifait en-jj core le commerce de cette marchandife dans ces deux provinces, & anéan-„ tiflàit la navigation de Coudé, il fut ordonné par arrêt du 27 mars 1714, „ que jufqu’au premier oétobre 171 f , les charbons de terre du Hainaut Elpa-„ gnol qui palperaient par Condé, deftinés pour Tournay & autres villes étran-„ gérés, feraient & demeureraient déchargés du paiement des droits d’entrée J, de cinq fols par barril établis par l’arrêt du 21 décembre 1700, en payant „ feulement le droit de deux fols fix deniers par waque établi à la fortie par „ le tarif de 1671 ; le tout fans préjudice aux droits impofés fur les char-jj bons dellinés pour être confommés dans la Flandre Françaife ou le Hai-„ naut Français, lefquels feraient perçus à l’ordinaire , c’eft-à-dire , à raifon „ de cinq fols par barril. Cet arrêt fut rendu fur l’alfurance que donnèrent ,ÿ les marchands 8c les bateliers, que le roi retrouverait dans un plus grand j, commerce l’équivalent de cette réduction. Mais quoique la compensation „ que ces marchands & bateliers avaient fait efpérer, ne fe trouvât pas „ dans les produits des bureaux, il fut cependant ordonné par arrêt du
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- 9 novembre 171 f , que les charbons de terre qui palperaient par Condé pour la deftination de Tournay, paieraient jufqu’au premier o&obre 1716, pour tous les droits d’entrée & de fortie , par forme de tranfit, cinq fols par barril. La même modération fut continuée par arrêt du 24 feptembre 1716 , juf-qu’à ce qu’il en fût autrement ordonné.
- 68- „ En 1718, les bateliers de Condé & les marchands de charbon de Flandre & du Flainaut Français, firent encore des repréfentations au fujet des quatre fols pour livre qui venaient d’être rétablis ; & les mêmes motifs qui avaient déterminé à leur accorder la réduction fur les droits d’entrée & de fortie des charbons de terre du Hainaut, engagèrent le confeil à exempter cette marchandée des quatre fols pour livre par arrêt du 30 avril 17183 foit qu’elle fût deftinée pour la confommation du royaume ou pour l’étranger.
- 69. „ Enfin, par arrêt du 8 novembre 172?, il fut ordonné qu’à l’avenir il 11e ferait plus levé par forme de tranfit au bureau des fermes à Condé , fur tous les charbons de terre du Hainaut palfant de Mous à Tournay par Condé que deux fols fix deniers par barril du poids de marc de trois cents, au lieu de cinq fols établis par les précédens arrêts ; & que dans le cas où lefdits charbons feraient enfuite voiturés par terre de Tournay à Lille & Châtellenie, foit pour la confommation de la Flandre Française, ou pour les villes & lieux,de la dépendance de l’empereur, il ferait en outre levé aux premiers bureaux d’entrée deux fols fix deniers par barril, par fupplément du droit de cinq fols établi ci-devant; lequel droit de cinq fols continuerait au furplus d’être perçu à Condé fur tous les charbons, qui viendraient de Mons, autres que ceux qui paieraient de Condé à Tournay.
- 70. ,, Les difpofitions de ce dernier arrêt ont été fuivies jufqu’à préfent dans les bureaux des fermes de la Flandre & du Hainaut Français ; cependant, fuivant l’arrêt du f février 1761 , les droits fur les charbons de terre font fixés à trente fols le barril de deux cents cinquante livres poids de marc , venant d’Angleterre, d’Ecolfe & d’Irlande, ou autres pays étrangers , & entrant par Saint-Vallery, Dunkerque, Calais & autres entrées de la Picardie & de la Flandre, les directions des fermes d’Amiens & de Lille, &c.
- 71. „ Cet arrêt, en dérogeant à celui du 28 novembre 1750., confirme ceux des 6 feptembre 1701 , 6 juin & if août 1741, lefquels ne font mention que des charbons de terre d’Angleterre, d’Eçolfe & d’Irlande, feulement qui entreront dans le royaume ; mais ledit arrêt du f février 1761 , ne rappelle point ceux rendus en particulier pour les charbons de terre venant du Hainaut Autrichien., qui font les feuls qui entrent
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- dans la Flandre & dans le Hainaut Français, & dont l’introdudion y a „ été facilitée dans tous les tems , foit pour favorifer la navigation de Coudé, „ foit par d’autres confidérations relatives au commerce du pays conquis. „ Cependant, comme il paraît par le difpofitif de l’arrêt du f février 1761, „ que l’intention du confeil ett que le droit de trente fols foit perçu fur „ tous les charbons venant indiftin&ement de l’étranger, que cet arrêt ne „ déroge pas nommément à ceux rendus pour le charbon de terre du ,, Hainaut Autrichien, & que les raifons qui ont engagé à les traiter favo-,, rablement, peuvent encore fublifter, les fermiers-généraux crurent devoir „ fufpendre l’exécution dudit arrêt dans les directions des fermes de la „ Flandre & du Hainaut, & fupplier le confeil, en interprétant l’arrêt du „ f février dernier , de vouloir bien leur faire connaître fes intentions à „ cet égard , afin qu’ils donnaient des ordres en conformité.
- 72. „ Obfervation. Il femble que, par ladécifiondu 9 mai 1761 , on aurait „ dû dire nommément que le confeil 11’a voulu rien changer dans la per-„ ception des droits fur les charbons provenans des folles du Hainaut „ Autrichien, entrant dans la FlandreFrançaife & le Hainaut Français, au „ lieu que fous le nom de charbons étrangers , qui entrent par la Flandre ,, & le Hainaut , il pourrait y en venir d’ailleurs que des folfes de la pro-,, vince -, & peut-être même pourrait-on y faire entrer des charbons d’An-„ gleterre, d’Ecolfe & d’Irlande, qu’on ferait débarquer à Oltende, Nieu-„ port, ou par la Hollande, lî l’on y trouvait un avantage , c’eft-à-dire, „ que les frais fe trouvaient de moindre objet que les droits que l’on frau-„ derait. De façon que , fi l’arrêt du f février 1761 eût fubfifté pour la „ perception des droits des charbons venant du Hainaut Autrichien, les „ droits de domaine qui font objet, & ceux d’éclufe , auraient abfolument „ été anéantis fans que ceux portés par l’arrêt du f février 1761 euifent „ eu le moindre avantage.
- 73. „ Les charbons des folfes de cette province fervent journellement à „ l’approvilionnement des hôpitaux militaires, tant de la Flandre & du „ Hainaut que de l’Artois, & au chauffage des troupes des garnifons de „ tous ces endroits. Les entrepreneurs des fournitures de ces charbons font „ munis continuellement de paffe-ports pour des quantités conlîdérables , „ fur lefquelles il leur eft accordé l’exemption des droits ; ainfi c’eft le „ confeil qui. lui-même favorife l’entrée de ces charbons , au préjudice de „ ceux des folfes du Hainaut Français. Il parait même étrange que, pour ,, ces fournitures au moins, on naitpas alfujetti les entrepreneurs des folfes „ du Hainaut Français , qui jouilfent des plus grandes exemptions , à appro-„ vilionner les hôpitaux & les troupes du royaume , plutôt que de faire „ palfer l’argent à l’étranger , en achetant des entrepreneurs du Hainaut
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- ,, Autrichien , en ce que le roi n’aurait point d’exemption de droits 'à accor-3, der, ni à tenir compte aux fermiers de ceux accordés fur les charbons „ venant des folles du Hainaut Autrichien. ,,
- '74. A [ Tout nouvellement, il y a eu quelques changemens dans l’ar«* tiele des droits fur le charbon de terre du Hainaut Français i ce qui influe fur le prix aduel de cette marchandife dans cette province. L’arrêt qui èft du mois de novembre 1773 , porte que “l’exemption accordée aux char-,3 bons du Hainaut Français , n’étant relative qu’aux droits qui fe percevaient 3, lors de la conceffioti du privilège , ou tout au plus à ceux exiftaiis à i’épo-„ que de fa derniere confirmation qui eft de 17^9 , & non aux droits addi-3, tionnels poftérieurement établis en 1760, 17,63 & 1771 i & d’ailleurs „ l’affranchiflement, tant des droits originaires de deux patards par muid „ que des^ quatre anciens fols pour livre d’icelui , devant fuffire pour s, conferver au charbon national la préférence'fur le charbon étranger, les ,, entrepreneurs des folfes du Vieux-Condé, de Freines & d’Anzin, font dénués », de tout fondement. Sa majeffcé veut en conféquence que les charbons de ,3 terre du Hainaut Français foient affujettis aux quatre nouveaux fols par livre 3, du droit de deux patards par muid, impofès par les déclarations des 3 fé-M vrier 176b , & 21 novembre 1763 ; & enfin par rédit du mois de novembre ,3 1771 j & que les etitrepreneurs des fojjes du Vieux-Condé, de Frefnes & d'Anfin ,3 foient tenus cC acquitter ces quatre j’ois pour livre , à compter du jour delà figni-j? fication qui leur a esté faite de la décifion du confeil du IO mars 1773.,, ]
- Boulonnais, (a)
- 7^. Cette province , dont nous avons indiqué les mines de charbon , en fourniflajt autrefois à l’Artois , à la Flandre par le canal de Calais, & par la rivière d’Aa , qui fépare la Flandre d’avec la Picardie. Les corps-de-gardes, les briqueteries, les fours à chaux, les maréchaux y trouvaient une relfource ; mais les mines en font peu confldérables. On a obfervé auffi que le charbon en eft très-léger , & qu’il perd beaucoup de fa qualité pref-qu’aufti-tôt qu’il a pris l’air. Ces défauts, joints à ce que les chemins qui lé font dégradés , renchériifaient fort le charbon au - deflus de celui du
- ( a') Le Cambrefis, quoique limitrophe au Hainaut Français, très-riche en charbon de terre, & à l’Artois où l’on en connaît, ïi’a point encore de mine de ce genre : j’avais été mal informé lûrfque j’en ai indiqué une dans cette province ; les tentatives & les fouilles très-profondes faites à Prémont
- près de Valincourt, n’ont fervi qu’à dépenser inutilement quatre-vingt mille livres. A Arleux, fur les confins de la Flandre & du Hainaut, à deux lieues & demie de Cainbray,fur la petite riviere de Senfer,& à Palné, on n’a trouvé que de la tourbe.
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- Hainaut Français r, bien fupérieur en qualité , devenu en même tems plus commun & plus abondant, ont jeté le difcrédit fur le charbon du Boulonnais ; celui qui y eft fubftitué & que Ton fait venir par Hefdin, ell le charbon du Hainaut qu’on y préféré , & même celui d’Angleterre tout cher qu'il •eft: le premier eft beaucoup employé à la cuite des pierres à chaux , dont les carrières font à Landrethun près Marquife , entre Calais & Boulogne. La terre à pipe de Devres , à trois lieues de la derniere ville, pourrait donner la facilité de préparer le charbon en briquettes pour le chauffage. Le pied cube de cette terre , félon les obfervations de M. Rigaut, pefe cent quarante-quatre livres deux onces fîx gros, & feize pouces cubes en poudre ont occupé quaraiite-un pouces cubes qui ont imbibé quinze onces d’eau, (a)
- Artois.
- JC. M. Dargenville ( b ) place des mines de charbon dans cette province. A Pernes, fur la Cîarence, diftant de trois lieues de Béthune, on trouve une carrière de ce foifile au-deffous de couches de pierres d’ardoifes , lefquelles font plus dures que la pierre blanche , 8c plus tendres que le caillou. Le fleur Havè , ingénieur des ponts & chauffées, en a reconnu au village de Bienvillers, entre Arras & Doulens ou Dourlens : dans un renfoncement de cent fept toifes, il a atteint de groffes veines de charbon à cent dix-neuf toifes de profondeur. A Arras on brûle généralement du charbon de terre pour fe chaulfer ; le peuple, le bourgeois & le gentilhomme ; les riches en font même ufage dans leur antichambre & pour leur domeffique. Depuis long-tems on n’y connaît plus le charbon du Boulonnais; celui qu’on y emploie aujourd’hui fe tire auffi .du Hainaut Français; il fe vend trente-huit à trente-neuf fols la rafiere (c). Pour ce qui eft du
- ( a) M. Demachy m’a fait voir un morceau de carmel coal, trouvé dans la partie françaife du pays de Luxembourg. Un maître de forges, qui en a reconnu le banc, a dépenfé cent louis pour fonder l’endroit ; cette recherche n’a pas conduit à la découverte qu’on attendait; il y en a cependant, félon toute apparence.
- ( b ) Ermmeratio fojjîlium qudt in omnibus Galliœ provinciis reperiuntur, tenta-rnina. Paris, 17^1.
- ( c ) Cette rajierc, qui doit être appellée, comme celle du Hainaut, rafiere de terre, afin de la diftinguer de la rajïere ou rnefure de mer, pefe pour ' l’ordinaire deux cents
- quarante livres. On a vu que celle d’Anzin pefe de deux cents vingt à deux cents trente livres. Celle d’Artois pefe de deux cents dix à deux cents vingt livres, poids de quatorze onces, plus ou moins, fuivant qu’elle contient du charbon menu ou gros. A S. Orner, la rafiere fe rnefure rafe, & non à comble, depuis environ vingt ans ; l’excédent a été mis dans la rnefure en l’agrandfiTant , à caufe des plaintes du public fur le mefu-rage plus ou moins fort : elle fe rnefure par quart, qui fe nomme boifjeau ; ce boiffeau a 9 pouces & un quart de hauteur fur 1 ç pouces & trois quarts de diamètre en-dedans.
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- charbon de Frefnes & de Vieux-Condé, le menu ne fe collant pas au feu, il n’y a que le gros , appelle goimbe ou galliette, qui foit employé dans les poeles ; il fe vend cinquante fols la rafiere. Plusieurs perfonnes l’emploient au lieu de charbon de bois dans les fourneaux pour la cuifine ; bien du monde le préféré comme avant peu d’odeur, & ne noirciffànt pas les meubles; & la houille de Coudé eft généralement reconnue beaucoup meilleure & de moindre confommation pour les forges que la houille du Bolonnais. D’Arras à Amiens il y a une très-belle chauffée de quinze lieues; & depuis que les droits d’entrée font réduits à Arras à fix deniers la rafiere pour Je charbon français, la traite en eft confidérable pour les forges, pour cuire les briques & la chaux. La perfedion du canal qu’on creufe actuellement depuis Valenciennes, par Bouchain , Cambray, S. Quentin & Chaulny, Fera aufij d’une grande utilité.
- Franche-Comté,
- 77. La veine de Champagné( voye£ première partie) a fouvent huit pieds d’épaiifeur, & eft toujours égale en bonté : on en ignore la largeur}
- ( a ) La fouille de Marfaux en Champagne , dont j’ai parlé ailleurs , n’a point donné du charbon de terre , connue on l’a cru dans le pays, par la raifon qu’un maréchal ferrant s’était fervi utilement à la forge, de ce qui en avait été tiré; d’où le vulgaire lui a appliqué fur-le-champ le nom de charbon de terre.
- Je me fuis procuré, par une des perfonnes qui avaient mis des fonds pour cette entreprife, un échantillon de ce qui était provenu de cette fouille faite à la porte de Rheims, dans un endroit appellé Muyre : c’eft une tourbe placée fous le gazon, dif-pofée par couches ; elle régné , à ce que l’on dit, le long de la rivi.ere de Vesle ; on avait fait une excavation de 130 pieds de profondeur.
- On n’a jufqu’à préfent rencontré dans la Champagne que des tourbes, aux environs de Chalons-Jiir-Marne, & dans les marais de S. Agon.
- Il y a environ dix-huit ans que l’on a prétendu avoir découvert au bourg d’Avize , proche Epcrnay, une mine de charbon de
- terre , fituée à 22 pieds de profondeur ; le même banc fe trouve à une demi-lieue d’Avize, vis-à-vis la tuilerie d’Oger, dans une pofition horizontale.'Je paffai précifé-ment dans ce quartier peu de tems après ( en 1737"', en allant joindre l’armée. Un habitant d’Avize , qui m’accompagnait dans quelques promenades d’hiftoire naturelle, me fit remarquer l’endroit qui avait été fouillé , & qui avait été abandonné à caufe de l’odeur infùpportable que donnait le prétendu charbon de terre. Je ne m’occupais pas alors de cette partie de la minéralogie relative à ce foffile ; j’examinai cependant curieufement les veftiges de cette fouille ; tout ce que j’en ai vu ne m’alailfé aucune idee en faveur de la découverte, qui n’a point ceffé de paffer pour certaine.
- Je me .fuis mis en relation avec différentes perfonnes intéreffées au fuccès de cette affaire. J’efpérais qu’elles pourraient me mettre à même d’en juger par quelqu’é-chantillon réfultant de cette fouille ; mais il ne m’en eft point parvenu : j’obferverai feulement que le deffous de la montagne
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- Cm allure va. du nord au midi, & dans l’efpace de deux toifes le pendage eft de plus de deux pieds. Elle parait s’étendre dans toute la bafe du monticule qui la renferme, on foupqonne qu’elle paiTe enfuite fous le vallon pour aller joindre le monticule voifinj & par la reflemblance du banc qui fert de plancher à la veine a&uellement en travail , on juge qu’il y en a une autre au - défions. Les autres lits terreux qui lui fervent de couverture, ne font point connus , l’exploitation de la mine fe faifant par un percement (a).
- 7g. Ce canal de cinq pieds quatre pouces de hauteur, eft pratiqué dans le monticule, en allant du couchant au levant, à travers trois toifes déroché feuilletée comme l’ardoife , qui fert auffi de toit à la veine. Dans un des côtés du percement, on a ménagé une rigole pour fervir d’écoulement aux eaux. Le charbon y parait dépourvu de mélange étranger, fi l’on en excepte quel-
- d’Avize donne une tourbe dont on ignore la profondeur, & que l’on dit brûler très-bîen, fans donner plus d’odeur que la tourbe de Flandre. Cette circonftance & la mau-vaife odeur de ce qui eft provenu de la fouille dont il s’agit, font naitre des doutes raifonnables fur la nature qu’on afligne à cette derniere ; néanmoins M. Navier, célébré médecin à Châlons - fur-Marne, & correfpondant de l’académie des fciences, m’a affiné avoir lui-même ramaffé au-deflus d’Avize , des morceaux de charbon de terre qui lui a parp avoir de la qualité, quoique moyenne. Je crois ne devoir point paffer fous filenceie témoignage de ce phyficien , qu: mérite la plus grande attention fur ce point. Cette mine, par fa pofition à une lieue de la Marne, ferait de la plus grande confcquence , & pour la province & pour la ville de Paris, obligée de tirer fon charbon de terre de provinces très-éloignées : mais il pourrait fe faire que ces fragmens appartiennent à une couche de holtz kohlen, que j’appelle charbon de bois, tourbe.
- Dans beaucoup d’endroits aux environs de Langres, 011 trouve une couche de bitume qui parait encore entretenir l’opinion de l’exiftence du charbon de terre dans ce quartier.
- C’eft fur-tout kBrevoine, village fitué à un quart de lieue de Langres, au couchant de cette ville, que l’on a fouillé cette cou-
- che, dans l’efpérance d’y trouver du charbon de terre , qui ferait fort avantageux pour cette partie de la Champagne, obligée d’en tirer de la mine de Lare.
- Le fieur Foucou, maître coutelier, avec une autre perfonne , a dépenfé quinze cents livres dans cette recherche ; il affure qu’outre une grande quantité de pyrites, il a rencontré dans cette fouille, qui a été principalement au levant de la mine, un peu de vrai charbon de terre, épars de cAté Sc d’autre. Un mineur Danois , alors dans le pays, prétendait que, fi l’on fouillait au levant, il fe trouverait infailliblement de bon charbon de terre.
- Ce que j’en ai vu eft un bitume folide, couleur de noifette, placé horizontalement en terre, formé de plusieurs .feuillets comme les fehiftes.
- Cette fubftance mife fur des charbons ardens, s’allume au bout de quelque tems, en donnant une flamme blanche, jetant une grailfe , & exhalant une odeur de foufre fort douce ; elle s’éteint en même tems que le feu du charbon de bois ; fi on l’entretient, il fe réduit en un charbon noirâtre , contenant quelques particules pyriteufes.
- ( a ) J’appellerai ainfi dans cette troifieme feétion, & quelquefois galerie de pied, cet aqueduc fouterrein nommé par les Liégeois xhorre, areine. j
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- ques petites couches de roche feuilletée, de 2 , ? , 4, «ç à 6 pouces , qui pour la plupart donnent des elRorefcences vitrioliques. On peut voir l’examen que j’ai fait ailleurs de cette production faline pour en déterminer la nature.
- 79. On rencontre quelquefois dans les feuillets de ces roches des portions pyriteufes, que les ouvriers appellent quijjes > dont j’ai aulfi parlé dans la première partie, à l’article des pyrites, qui entrent fouvent dans la compolî-tion des charbons de terre. A cinquante toifes de la galerie, il s’eft renconté un crdn d’une dureté moyenne, d’environ huit toifes d’épailfeur 5 au bout duquel le charbon reparaît de même qualité ; on fe fert des recoupes de ce crein & des feuillets de roches pour remplir & foutenir les vuides réfultans de l’exploitation, & dans lefquels on n’a plus rien à extraire. On a cherché à tirer de l’huile de ce charbon ; j’ignore les procédés qui ont été employés, & Il les tentatives fur cela ont été fuivies.
- 80. Dans la première partie j’ai fait mention, d’après M. de Genflanne, correfpondant de l’académie des fciences de Paris, d’une mine de charbon de terre à Mortau, furie Doux, bailliage de Pontarlier , à peu de diftance d’un endroit où cette riviere forme un petit lac. Si ce phyficien n’a point connailfance de cette mine pour l’avoir vue lui-même, je doute fort qu’elle puifle être regardée comme exiftante. Je me fuis convaincu par des échantillons qui m’ont été envoyés depuis, que la fubftance appellée à Mortau houille, eft la même chofe que ce que M. de Genifanne a obfervé dans le bailliage de Lons-le-Saunier , au village de Sainte-Agnès , & qu’il a décrit ; ce n’eft que du holt{ kohlen, que je désignerai dorénavant par le nom de charbon de bois, tourbe. Ce foffile de Mortau fe montre en abondance dans une furface de terrein de plufieurs arpens, à un ou deux pieds au plus de profondeur : la terre qui la couvre eft noirâtre ; la fuperficie eft en culture ; on a fouillé à plus de trente pieds de profondeur fans trouver le fond de cette couche, & fans rencontrer ni roc ni fable, mais feulement quelques veines de marne jaune, entre-mêlée de fources qui trouvent leur écoulement dans cette couche même : au feu elle donne une odeur très - forte , qui empêche les ouvriers d’en faire ufage. Voye1 ce que j’ai dit fur celle qui a été trouvée à Cui^eau. On rencontre encore de ce charbon de bois , tourbe, à fix lieues de Mortau , dans un endroit nommé Monthier, bailliage d’Ornans : celui-ci n’a occafionné aucun travail pour fa recherche ; il fe trouve à la furface du terrein qui eft une efpece de verger dans une pente alfez voifinç de la riviere de Louve, qui dès fa fource coule de l’eft à l’oueft.
- 81. Le rapport qu’il y a entre ce holtz kohlen & le charbon de terre , la facilité avec laquelle on pourrait les prendre l’un 8c l’autre, quoique très-dififérens, pour la même fubftance , m’ont engagé à donner en commençant une defeription circonftanciée de ces mines. Il eft peu de provinces où il 11’y
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- ait eu des fouilles commencées fur le feul rcnfeignement de foffiles qui ne font point du charbon de terre, comme on fe l’était imaginé. Ces entre-prifes difpendieufes deviennent néceffairement ruineufes lorfqu’elles ne fe terminent point par ce que l’on cherche. Si l’on fait attention que dans cq» travaux, non moins pénibles que confidérables, l’intérêt des «particuliers eft néceffairement lié avec l’intérêt public, un ouvrage deftiné à guider l’in-duttrie du citoyen qui applique fes fonds à augmenter les richeffes réelles & relatives de l’état, doit, tant qu’il eft poffible, mettre ce même citoyen en garde contre tout ce qui peut lui en impofer & lui faire rifquer infruc-tueufement fa fortune ; c’eft ce que je me propofe dansja quatrième fe&ion, où je porterai fous un titre particulier les derniers éclairciffemens fur ce banc de charbon de bois ,tourbe , & fur les fubftances bitumineufes, qui dans l’opinion commune font fujettes à être confondues de quelque maniéré que ce foit.
- Lyonnais.
- §2. Les endroits de cette province où l’on connaît de ces carrières, font depuis la ville de S. Chamond, autrefois chef-lieu de la principauté de Jarreft, au-deifous de ce bourg jufqu’à Lyon , le long de la riviere de Giez, qui vient fe jeter dans le Rhône après un cours de huit lieues. On en trouve encore à S. Paul en Jarreft & à la Varicelle , & dans le territoire de différentes paroiffes , comme de S. Genis-Terre-noire, du Grand-Floin, appellé auffi les Grandes - Fléchés , dans la paroilfe Saint-Matin-la-PUine, à S. Genis-les-Ollieres, en face de la ville de Lyon , qui font prefque les feules en valeur actuelle. Il y en a cependant à d’Argoire - fur - le-Giez , à la Ca-tonniere, à Sainte-Foy - l’Argentiere fur la Brevenne, paroiffe S. Laurent de Chamouffay, en face de Diximieux, à Tartaras, entre le Giez & Saint-Andeol où il y a eu une fouille qui a réufti. Mais outre ces principales mines, M. de la Tourrette , fecretaire perpétuel de l’académie de Lyon, & correfpondant de l’académie royale des fciences de Paris , a remarqué dans des maffes de rodiers , quelques veinules que l’on peut appeller avec ce favant veines folles, & d’autres ramaffées en roignons ifolés fur les bords d’un ruiffeau autour de la montagne de la Magdeleine ( a ). Ce même favant penfe aufti que la montagne de S. Juft , faifant une partie de la ville de Lyon , eft de la nature des montagnes à charbon ; il a obfervé que le côté de Pierre - en - Cize eft compofé d’un granit dont les lames paraiffent irrégulières, & que le côté de S. Juft & de fes environs font difpofés par lits 8c par couches.
- (c) Voyage au Mont Fila 3 Lyon, 1769.
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- 83. Parmi les Angularités relatives à notre objet, nous placerons d’abord une montagne remarquable dans* la tradition du pays , & par le nom qu’on lui a donné ; elle s’appelle Montagne de feu. ; l’hiftoire attribue cet embrafe-ment à une grille remplie de feu, qu’on avait placée dans un puits de mine pour difliper Te mauvais air, & qu’un écroulement fubit des parois du puits a précipité dans le fond de la mine. Les veftiges de cet incendie fouterrein confident dans quelques circonftances particulières qui s’obfervent dans l’étendue d’un arpent. Le rocher eft de couleur briquetée & paraît calciné ; la pierre qu’on en détache re/femble à une pierre-ponce , plus pelante cependant. Enfin, on prétend qu’à la furface de la montagne, la chaleur eft fenfi-ble à la main ; on y apperçoit en plufieurs endroits , des fentes , au travers defquelles il s’exhale une vapeur qui eft plus marquée quand il pleut ou quand il neige ; de ces fentes il découle un pétrole épailli, de confiftance du cambouis. M. Gautier, avocat au parlement , & commilîionnaire des mines de ce terrein , ayant jeté dans une de ces ouvertures un fagot de farment pour voir les changemens qui y arriveraient, trouva le lendemain ce bois dans fa forme naturelle , mais altéré dans fa couleur , & lorfqu’on vint à le remuer , il tomba en pouftiere. Cette montagne de feu eft couverte de vignes qui font de très-bon rapport ; le vin qu’elles produifent a le goût de pierre à fufil ; les cantons qui en font les plus proches font très-hâtifs ; on ne manque point d’attribuer cette circonftance à la chaleur de la montagne.
- 84. M. de Fougeroux a donné (a) de cette montagne une defcription curieufe & intérefftante, par le jour qu’elle peut répandre fur toutes les circonftances de ce phénomène ; nous la placerons ici en entier. tC Cette mine „ où ce feu fe conferve 5c brûle depuis plus de cent ans , fuivant le rapport ,, des habitans du pays , eft fitué dans un endroit appellé S. Genis-la-Terre-,, noire, ou la Montagne brûlée ; elle eft à trois quarts de lieue de la ville de „ S. Etienne en Forez , dans un lieu peu éloigné de Chambon, & de la même „ paroiffe , fur la route du Puy, au fud du grand chemin qui y conduit. „ Une légère vapeur noire qui s’élève de cette mine, annonce les endroits „ enflammés ; elle eft plus fenfible dans certains tems que dans d’autres; ,, quand il fait froid & après une humidité produite par une rofée ou une „ petite pluie, la vapeur eft plus apparente , & pour lors on la voit monter ,, à trois ou quatre pieds de hauteur ; on m’a même dit qu’011 appercevait „ de la flamme pendant la nuit. Il s’exhale de ces endroits , & principale-„ ment de certains où il s’eft formé des crevaifes ou des ouvertures, une „ odeur de foufre aifée à reconnaître par l’effet qu’elle produit quand on la
- (a) Mémoires de l’académie des fciences, année 1762,'page 389. La fituation du lieu y eft annoncée dans le Forez par méprife.
- refpire ;
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- 31 refpire 5 cette odeur jointe à celle d’une terre mouillée qui fe dedeche» » forme un mélange qui réunit ce qui peut le rendre défagréable.
- 8f. „ Quand on préfente la main à certaines ouvertures du terrein, oa „ y reifent une chaleur alfez vive pour obliger de la retirer , & 11e pas per-„ mettre de l’y laiifer plus long - tems expofée fans courir rifque de fe brûler. „ Cette chaleur eft alfez forte en quelques endroits pour donner aux payons ,, la facilité d’y cuire des pommes de* terre. Sans doute qu’ils font alfez peu ,, délicats pour ne pas s’embarralfer du mauvais goût que la vapeur peut com-„ muniquer à ce mets frugal ; peut-être aulli l’habitude le leur fait-elle régar-n der comme un alfaifonnement néGelfaire au goût peu relevé de la pomme ,, de terre. Ces foupiraux n’offrejjt pas tous la même chaleur 3 on conçoit aifé-„ ment qu’elle doit varier fuivant la force du feu qui ett delfous : le feu chan-» géant de place & fe portant avec plus de vivacité dans un lieu que dans un „ autre, il peut fe faire que les fourneaux qui procuraient il y a quelque „ tems le plus de chaleur, n’en donnent aujourd’hui qu’une très - faible ; on *, voit même des anciens fourneaux qui n’en communiquent aucune & qui „ peuvent feulement fervir à tracer le chemin qu’a fuivi le feu.
- 86. ,, L’étendue du terrein brûlé par ce feu fouterrein , eft d’environ ,, cent toifes , fur cinquante ou foixante de largeur ; les plantes 11’y viennent ,, plus, la terre femble être delféchée ; en quelques endroits elle eft rouge , n en d’autres elle a pris une couleur noire. Tout l’efpace qu’occupe cette mine j, dans la portion qui a été enflammée eft reconnailfable 3 on y voit un dé-», rangement qui fert à l’indiquer: le terrein dans cette partie eft plein d’iné-», galités, d’élévations ou d’endroits dont la terre maintenant affailfée forme ,, des cavités ; on y rencontre de groflès pierres qui ont été ébranlées, ou qui „ ont changé de place ; d’autres qui ont été renverfées ; certaines font brû-», lées , fendues , & ont pris une couleur jaune rougeâtre , qui les fait relfem-», hier beaucoup au tripoli 3 quelques-unes ont fouffert un commencement de »» vitrification j les parties fe font liées en différens morceaux, après avoir », éprouvé une efpece de fulion, & fe font jointes au point d’exiger aujourd’hui », de forts coups de marteau. O11 imagine aifément que ces pierres vitrifiées ii ne font point attaquables par les acides 3 elles ne fe vitrifieraient dans un la-71 boratoire qu’à un feu violent & long - tems continué : celles qui ont déjà „ été brûlées dans la mine, exigent un plus grand feu pour les vitrifier que ,, celles de même nature qui n’ont point encore éprouvé de chaleur aulfi con-,, lidérable. Les pierres calcaires , quand il s’en rencontre, ce qui n’arrive si que rarement dans ce lieu, y effleuriflent ou fe fondent après la calcina-,, tion, & fe réduifent en terre par les pluies ou l’humidité de l’air.
- à7. „ Je defeendis à l’endroit de la mine où le feu parait aujourd’hui être le „ plus violent, dans une cavité alfez conlidérabie, formée par des terres qui Tome XFL R r
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- „ s’y étaient affaiiTees, & j’y trouvai dans la partie la plus profonde & la plus „ reculée, une ouverture de fix à fept pouces de diamètre, d’où il forfait une chaleur très-coniidérable ; la perfonne qui m’accompagnait m’a Aura que ce „ changement était nouveau pour elle qui y paiîàit louvent, & qu’elle le „ voyait pour la première fois; elle craignait qu’il n’y eût du danger à s’en ,j approcher de trop près , & que le deifous du terrein étant miné par la com-„ bufiion, ne vint à s’enfoncer fous Tcbfervateur. Je m’apperçus aifément 5, en defcendant, que les terres ne formaient pas un fond folide fous mes * pieds , & je crus prudent d’y relier en me tenant le mieux qu’il m’était 3, poifible aux pierres voiiines, dans la vue de m’en aider en cas que celles ,3 que j’avais fous moi vinlîent à manquer. J’ai tiré de cet endroit les pierres „ vitrifiées dont je viens de parler, & j’ai trouvé fur quelques-unes, proche M la cheminée de ce fourneau, des fleurs de foufre qui s’y étaient fubli-3, niées (M). La chaleur qui forfait, comme je l’ai dit , par cette ouverture, 33 était très-vive ; j’entendais un bourdonnement confîdérabie, que je foup-„ çonnai d’abord produit par du vent qui aurait fait un bruit femblabîe en „ s’introduifant dans un réduit tortueux ; niais j’entendis le même bruit à l’ou-„ verture de plulieurs fourneaux différemment expofés au vent, & d’ailleurs „ on m’aflùra que ce bruit était plus fenfible par un calme parfait, que lorfi-„ que le vent foufflait, & il était peu violent ce jour-là; enfin, j’enten-„ dais ce bourdonnement plus dillinclement par intervalles, ainli que le „ pourrait produire un feu qui brûlerait avec force, & fie rallumerait excité ,3 par un nouveau courant d’air.
- 88- „ Il paife pour confiant dans le pays, que cette mine brûle depuis „ environ cent ans; qu’auparavant elle fourniflait de très-bon charbon, ainfi „ que celles des environs qui en donnent fouvent de meilleur que celui d’An-,3 gleterre. On montre encore aujourd’hui où était l’ouverture de la mine. „ L’origine de fou inflammation paraît moins bien décidée; on la raconte M difieremment : on prétend que des foldats allant y chercher en fraude du „ charbon, y laiiferent par mégarde , ou par mauvaife intention, des lumières „ qui y mirent le feu ; que l’incendie s’efi communiqué, 8c qu’il dure depuis „ ce teins; mais quantité de faits rapportés dans les Tranlaclions philofophi-,3 qucs & dans les Mémoires de l’académie, prouvent que l’inflammation „ peut être produite naturellement & par la feule fermentation, onpard’au-,3 très caulès naturelles encore inconnues.
- 89- 5, On a-fend de quelle conféquence il était d’éteindre ce feu avant qu’il „ fût devenu plus conîidérable, & on y a travaillé, mais fans y avoir juf-,3 qu’ici prêté grande attention; on a fait une tranchée proche l’endroit où
- (a) Nota. Ce charbon contient beaucoup de pyrites.
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- „ le feu paraiflait avec plus cîe force ; mais foit qu’on l’ait faite trop près du „ feu , qu’elle 11e fût pas allez profonde, ou qu’011 n’ait pas pris les précau-„ dons- convenables pour réuliir, on a établi dans la mine un courant d’air „ qui a plutôt excité l’inflammation du minéral, & accéléré que diminué le jy progrès du feu. Les ouvriers chaflés par la chaleur ont celle le travail; & „ les propriétaires abandonnant la mine, n’ont point cru devoir y faire de „ nouvelles dépenfes; on fe propofait d’y conduire un courant d’eau, qui „ en mouillant le charbon l’aurait empêché de brûler; mais comme plufieurs » filons font aujourd’hui enflammés, on n’aurait réuHi qu’en conduilant cette „ fource dans tous les endroits où le feu fe ferait porté.
- 90. ,, Le feu fuit aujourd’hui plufieurs filons de la mine, qui font dans ce „ pays tres-voiiins les uns des autres, le fond dans cet endroit 11’étant prel-j». que que du charbon. Cette remarque donne tout lieu d’appréhender que „ les progrès de l’incendie ne deviennent plus confidérables avec le tems ; „ elle annonce aufii plus de difficultés à éprouver avant de parvenir à étein-„ dre le feu ; mais elle 11e doit point faire regarder la réuffite de cette entre-„ prifè comme imposable. Si on néglige d'y porter attention, ne doit-on pas >, craindre que le feu gagnant toujours du terrein, 11e confume la richelfe de „ cette province? A la vérité, il n’a pas envahi depuis un fiecle un grand ef. „ pace de terrein ; mais il eft aifé d’imaginer les circonftances qui, réunies, „ pourraient occalionner la combuftion du minéral, & concourir par cenfé-„ quent plus promptement à la ruine du pays. La perte ne confinerait pas „ feulement en celle du charbon de terre, qui aurait fervi d’aliment au feu , j, & celle du terrein dont la fuperfiçie 11e femble plus être propre à la végéta-„ tion ; mais elle entraînerait encore la chute & le bouleverfement des édi-„ fices conftruits fur ce terrein, & qui celle raient d’ètre en fureté fur un „ fond miné & fujet aux exploitons des matières qui y brûleraient. „
- 91. Un auteur moderne , qui a publié des Mémoires pour fervir à l'hifoire naturelle des provinces du Lyonnais , du Fore£ & Beaujolois fa), n’a pas manqué de parler des carrières du Lyonnais ; mais il ne s’eft attaché qu’à ce qui paraîtrait fingulier ou extraordinaire à ceux qui vifiteraient ces fouterrems par pure curiolité , comme il arrive à la plus grande partie des perfonnes qui vont voir quelque chofe d’extraordinaire. C’elt fans doute pour çes mêmes perfonnes que l’auteur, en parlant de la carrière de S. Chamont, afiife dans un monticule qui domine cette ville derrière le.chateau (b) , s’eft appefanti fur le tableau d’un efcalier de quatre - vingt - dix marches , toutes très - hautes , fort inégales , taillées dans la maffe du charbon, la plupart rongées & à moitié
- (a) Par M. Alleon du Lac, avocat en par- (û) Tome II, page 49, avec une gra-lement & aux cours de Lyon. Lyon 1765, vure repréfentant la partie de la hauteur z vol, in-12. û oùteft fi tuée la mine.
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- détruites par Us eaux, &c. Les détails minutieux de ces lieux obfcurs font dénués de tout ce qui peut rendre vraiment intérelïante la defcription de ces carrières. Les ledeurs qui cherchent l’utile, n’y trouvent point la con-nailfance de l’organifation de ces mines ; c’eft néanmoins ce qu’on s’attendait a trouver dans un ouvrage d’hiftoire naturelle fur les provinces du Lyonnais: on y apprend uniquement de l’auteur ( félon toute apparence d’après l’étendue du terrein occupé par ces carrières ) quelles font inépuifables. Ce jugement fondé fur ce point, ne peut être contefté ; mais perfonne n’ignore qu’il n’y a ni tréfor ni fortune qui puilfent tenir long-tems contre une mauvaife intelligence dans la maniéré de les faire valoir, contre le défaut de bonne ad-miniftration & d’économie.
- 92. L’extraction du charbon de terre dans le Lyonnais , abandonnée à des conceflionnaires prefles de jouir * fans s’embarralfer de l’état de délabrement dans lequel feront ces carrières lorfque leur privilège fera expiré, donne lieu de craindre que ces mines ne foienü ruinées long-tems avant d’avoir , à beucoup près, fourni tout ce qu’elles peuvent fournir. Le cri public lailfe du moins entrevoir la perte d’une refl'ource qui ferait en effet d’une durée confidérable Ci elle était ménagée avec art ; ce qu’en général on ne doit attendre raifonnablement que des propriétaires des terreins, toujours plus attentifs que des étrangers à la confervation de leurs intérêts. Ce que j’obferve ici en paifant&par occafion , ferait fufceptible d’un détail très - intérelfant} il aurait fur-tout mérité place dans l’ouvrage d’un citoyen, homme de loi, & à portée d’être inftruit de la déprédation condamnable qui s’exerce dans fa patrie fur un objet important pour l’état & pour la province du Lyonnais. Les avantages, de même que les abus & les inconvéniens de ces privilèges , qui ont pour objet de favorifer la découverte des matières utiles , feront traités à la fuite de la jurifprudence des mines , fous le titre concefjîon , fe&ion cinquième (a). J’entre en matière.
- (a) Cette partie que j’ai travaillée fort au long, comme abfolument dépendante de mon fujet, devait entrer dans cette fécondé partie : j’ai penfé pouvoir l’en feparer, afin de la mettre à la fuite d’un ouvrage dont je cherche à procurer la traduction au public. Il a pour objet l’exploitation des mines métalliques, & les opérations qui fe pratiquent fur le minerai au fortir de la mine.
- On ne devait pas naturellement s’attendre à voir fi-tôt cet art important, au nombre des deferiptions des arts & métiers ; mais l'académie des mines, établie en 1765, à
- Freiberg en Saxe, vient de faire imprimer un volume in-40. fur cette matière, & l’a envoyé en préfent à l’académie des feien-ces. Il eft raifonnable de préfumer favorablement de cet ouvrage ; & j’efpere qu’il fe trouvera quelqu’un allez ami des arts pour fe charger de cette traduction : je crois devoir avertir à cet égard, que les difficultés de l’entreprife pour les mots techniques, feront entièrement levées au moyen du vocabulaire que je donnerai à la fin de mon ouvrage ; j’y ai ralfemblé l’explication de tous les termes connus en différentes lan-
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- Des charbonnières ou carrières de charbon du Lyonnais.
- 9?. Les carrières de charbon , dites carrières de Rive-de - Giery à caufe du 'Voifinage de cette petite viile , à cinq lieues de Lyon , dépendent principale* ment du Gravenant & du Mouillon , qui font deux territoires conrigus, fitués fur-le fommet d’une montagne pouvant avoir de circonférence une lieue commune de France ; c’eft, pour ainfî dire, un monceau ou une montagne de charbon, mons carbonum, comme le territoire qui eft à dix lieues d’Edimbourg, appelle arena carbonum. Dans cette feule étendue on comptait, en 1766 , environ deux cents puits en état d’être mis en exploitation , fans parler de ceux qui font en valeur: les entrepreneurs ou ceux qui ont traité avec le propriétaire , pour l’exploitation de fa carrière, y font défignés par la qualification d'extracteurs.
- 94. Le fol du Gravenant & du Mouillon eft d’une couleur noire, & rapporte peu dans les faifons feches : d’ailleurs il eft alfez bien cultivé, tant en vignes , que prés & froment ; mais à peine les meilleures années peuvent-elles fuffire à en nourrir les habitans , qui finit nombreux. Ils emploient communément pour engrais les décombres qui fe trouvent autour des puits d’exploitation réduits en poulliere , & qu’ils appellent marinages. Les charbonniers d? ce canton mettent au nombre des indices de la préfence du charbon, les lignes dont il a été parlé dans le cours de notre ouvrage. Ils y en ajoutent d’autres qui font particuliers au fol, la forme, la couleur extérieure du rocher, fa texture feuilletée , l’inclinaiion de & maife du nord-oueft au fud-oueft, la fur-face du terrein,_femée de marrons pierreux, d’une forme oblongue & de la grolîéur d’un œuf de moineau s ces doux, tachetés de noir , & qui font ap-prochans de la nature du rocher , font délignés par les ouvriers fous le nom A'ceufs du charbon.
- 9f. Toutes les mines que l’on travaille dans ce quartier, parailfent former une clalie différente de celles qui s’exploitent au pays de Liege. Peut-être pourraient-elles être rangées dans la clalfe de ce qu’Agricola appelle pour les mines métalliques vena cumulata , c’eft-à-dire, qui occupe une grande partie d’un terrein , de maniéré qu’elles doivent être envifagées comme une grande place dans laquelle eft entalfé un monceau de charbon. Au dire des extra&eurs , cette matie eft toujours plate , peu inclinée ; elle penche in-lènfiblement du nord-oueft ou fud-oueft : il parait qu’on ne lui connaît pas de changement de cette marche dans un autre pendage , ce qui la rapproche des veines en platteure ; néanmoins M. de la Tourette , correipondant de
- gués, pour toutes les pratiques ufitées dans traduction des écrits publiés en pays étran-
- l’exploitation des mines ; ce qui fera d’un gers,
- grand avantage pour la leéture & pour la - - •
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- l’académie des fciences , à qui j’ai l’obligation de beaucoup de détails fur ces charbonnières , rapporte que dans les parties de la montagne où la pente eft rapide , ces ruines fe rapprochent de la perpendiculaire. Ce phyficien eftime llinclinaifon de ces mines à environ feize degrés.
- 96. Lorsque je publiai la première partie de mon ouvrage, je 11’avais pu avoir ^aucune forte d’éclairciffement fur la cômpofition de ces mines. M. Gaultier, avocat en parlement, particuliérement au fait de cette matière & de toutes les carrières de ce territoire, m’a mis à même, dans un1 féjour de plulîeurs mois à Paris en 1769 , de prendre de ces mines une idée aifez exacte pour les décrire ; mais c’eft principalement à M. de la Tourette , fecretaire perpétuel de l’académie des fciences, arcs & belles-lettres de Lyon, que je fuis redevable de la defcription que je donnerai d’une de ces carrières. Ce zélé correlpondant de l’académie des fciences de Paris
- a accompagné fon mémoire d’un échantillon des diiférens lits qui fe rencontrent en fouillant le charbon. Par ce moyen il m’a été poffible de compo-fer la figure 2, de la pl. XXIX, dans laquelle ou verra au premier coup-u’œll la différence de ces mines d’avec celles que j’ai décrites à l’article du pays de Liege. Cette planche , uniquement deftinée à repréfenter l’ordre que tiennent les lits de cette carrière, ne donne point l’épaifleur des couches me-furées fur une échelle ; la place n’a pas plus permis d’obferver ces diftances que pour la première & la fécondé planche de la première partie.
- 97. Dans l’endroit connu par M. Gaultier, & dont il m’a fourni le dé-
- tail , la fùperficie de la mine offre une fingularité qui ne doit point être paffée fous filence ; je l’ai expofé aux yeux, fig. 1 ,/>/. XXIX. Ce qui fe rencontre d’abord de charbon à’douze, quinze ou dix-huit pieds de profondeur,.eft difpofé d’une maniéré différente de celle qui fe remarque conf-tamment dans les mines du Lyonnais ; au lieu d’être entaffé en maffie , il effc formé en veine, coupée & mêlée de couches de gorre ; fa direction n’eft point égaletantôt il s’élève, tantôt il s’incline & fe précipite, en formant dans fa marche différens retours & différens replis. Cette efpece de mine de hafiard qui paraît former .une bande ou veine réglée, facile en apparence à exploiter, ne.préfente réellement aucun avantage, étant fur-tout accompagnée de la «véritable miiie fituée au - deffous , & dont nous allons parler. L’épaiffeur. d:e cette veine eft irrégulière depuis deux à trois jufqu’à quatre à cinq pieds dans un trajet de douze ou quinze pieds en longueur. Ce défaut oblige l’ouvrier de travaillera genoux fous un toit formé par une efpece de rocher doux au toucher, vraifemblablement fchifteux', de peu de,.çonfiffançe , & toujours infiltré par les eaux, facile enfin à écrouler ou à donner "par fes fentes & tranchans, des torrens "d’eau capables d’entraîner l’ouvrier & de remplir le puits en,un inftant. n€ .a
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- 98- La vraie mine de charbon vient enfuite , mais féparée de cette mine d* hufard par un banc pierreux compofé de trois fortes de roc ., qui forment enfemble une profondeur de cent quarante ou cent foixante pieds; le premier eft un roc vif, compacte, relfemblant au granit, & femé de doux charbonneux, de la grolfeur du poing* Ce rocher effc coupé par intervalles par des veinules quartzeufes ou fpatheufes, appellées par les charbonniers léfardes, qui ont quelquefois trois ou quatre pouces d’épaiifeur. Ce granit eft aftis fur une pierre ardoifée , marquée d’empreintes de plantes, & qui fe délite à l’air. A ce fchifte tient une fubftance très-dure, qui s’éclate par portions inégales fous l’outil de l’ouvrier ; elle eft d’un noir mat, femée -de mica jaune, &a ordinairement deux ou trois toifes d’épaiifeur; les charbonniers la nomment maille- fer ou manie -fer, pour exprimer fans doute le tiifu ferré de cette pierre qui s’éclate fous l’inftrument ; malgré cet état compacte, il effc quelquefois femé de koiima'dles. La couche qui fuit celle-ci eft de deux pieds d’épaiifeur; elle eft très-dure, très - compade, de couleur de verre noir, & en a la fraîcheur, le clair & le poli; c’eft la vraie croûte de la mine ; elle en fuit toujours finclinaifon, & on l’appelle le nerf. La maife à laquelle ce (Iratum fert d’enveloppe, porte ordinairement de quinze à quarante - cinq pieds de hauteur, à commencer du granit, qui la fépare de la jnim de hafard ; on l’appelle la bonne mine. En général elle eft franche , coupée & féparée néanmoins quelquefois par des marches de rochers. Ces interruptions font appellées fauts.
- 99. A cette defeription générale , formée fur les relations d’extradeurs , je vais joindre celle de Al. de la Tourette, qui fera connaître en entier la diftribution des lits qui compofent ces malfes dé charbons, dans toutes les carrières du Lyonnais & du Fore{ ; elle eft , à peu de différence près, la même, au rapport de ce favant, & il regarde comme accidentelle l’irrégularité des difpoliiions qu’oft remarque à ces lits dans quelques puits ouverts à Rive - de - Gier , où l’on rencontre quelquefois la vraie mine, fans traverfer aucune couche de fchifte*, ni de rocher.
- Defeription d'une carrière de charbon du Lyonnais , par M. de la Tourette,
- fecretaire perpétuel de Ûacadémie royale des fciences , arts & belles - lettres de
- Lyon , ccrrefpondant de Cacadémie royale des fciences de Paris.
- 1. Sous la terre végétale, à trois ou quatre pieds de la fupe'rficie, fe préfente une roche épailfe depuis dix jufqu’à vingt pieds , d’un gris jaunâtre , qui eft un amas de petits grains de quartz, de fable & de mica.
- 2. Au-delfous eft une autre forte de granit, de couleur gris cendré, d’un tftfu plus compa&e que le précédent, d’un grain plus fin, mêlé de parcelles
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- micacées, dont la plus grande partie tire fur le noirâtre ; il eft quelquefois traverfé par des veinules noires; fon épaideur varie depuis douze jufqu’à vingt toiles ; les ouvriers l’appellent roc vif.
- Vient enfuite un autre roc de deux a quatre pieds d’épaideur, d’un grain plus fin que le précédent, mêlé de rouge, de gris, de noir, & de parcelles micacées brillantes ; du mélange de ces couleurs il réfulte une couleur d’un gris plus terne que le n°. 2. Il eft quelquefois femé de veinules noirâtres & interrompues , qui paraident fchifteufes ou bitumineufes ; c’eft ce que les ouvriers appellent manie-fer.
- 4. Ce banc eft fuivi d’un autre granit groftier, peu compacte, compofé de gros grains quartzeux, & en cryftaux liés enfemble par une matière terreufe , blanche, fur laquelle les acides 11’ont point d’aétion ; on y distingue aufii des grains noirs : l’épaideur de cette quatrième couche , nommée comme la fécondé roc vif, eft feulement de trois à quatre pieds.
- f. A. C’est à cette couche que commence la première niaiTe fchifleufe , appellée roche douce ou gorre, compofée de deux lits formant enfemble une épaideur qui varie depuis deux jufqu’à huit pieds ; la bande qui fert d’affife-au roc vif, eft ordinairement brouillée & noueufe : au lieu de fe féparer par feuillets, elle fe divife irrégulièrement, & renferme des impreffions différentes , & entr autres de plusieurs plantes cryptogames.
- f. B. Ce banc fchifleux en couvre immédiatement un autre à peu près Semblable au précédent, mais moins aride, & orné des mêmes empreintes: la face par laquelle l’un & l’autre de ces lits fehifteux fe touchent, eft dans plufieurs endroits très-lide , brillante & fpéculaire ; ils tombent aifément en efflorefcence , pour peu qu’ils retient expofés au grand air.
- f. C. Le lit qui fuccede à ce gorre eft de la même nature , mais plus décidément fehifteux, & fenfiblement bitumineux ; il n’a guere que depuis deux jufqu’à fix pouces d’épaideur, & eft appellé nerf ; il tient immédiatement au charbon, il en eft même compofé en partie, & eft en partie com-buftible ; il contient fouvent de la pyrite en grains ou en feuillets , dont il emprunte , quand il brûle , l’odeur appellée fulfureufe. Sa pofition fur le premier membre de charbon , lui a fait donner par les ouvriers le nom de coiffe.
- f. D. Elle en eft cependant encore féparée par une doublure diftinéte, & qui n’eft pas inconnue à quelques ouvriers ; car ils l’appellent matafala ; fon épaideur eft de deux à dix pouces , & d’une confiftance fi friable, qu’011 ne peut en détacher un morceau fans le voir tomber en pouftiere.
- 6. Le premier membre de charbon placé au-delfous , a dix ou dix-huit pieds d’épaideur; les ouvriers l’appellent charbon de maréchal, parce qu’il eft plus propre à la forge, & plus tendre que celui du fécond membre ; il
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- eft quelquefois entre-mêlé de pyrites en feuillets , quelquefois en partie déco mpofé.
- 7. Ce qui porte ce membre de charbon , eft un fchifie compade , noirâtre, tenant du bitume.du charbon, par lames ou couches diftin&es , mais de mature différente. Ce fécond nerf, épais de cinq à fix pouces, traverfe confi. tamment la mine maréchale, à deux toifes environ de fa furface , étroitement unie au charbon. Il tient auffi du bitume ; mais à raifon de fa dureté & de parties hétérogènes , 011 11e peut l’employer comme charbon.
- Dessous eft un roc, gris , brun , fin , ferré, tres-compa&e , relfemblant au grès des houillieres deLiege, contenant du mica, & fouvent des grains pyriteux & des doux charbonneux qui le rendent pelant ; cette pierre de iix à neuf pouces d’épaiffeur, eh appdlée nerf blanc , & vulgairement raffcn.
- 9. Le membre de charbon couvert par le raffon , & appelle lui-même rajfon , a dix à quinze pieds d’épais ; le charbon en eft plus compacte que celui de la première mine, & elt plus fréquemment mêlé avec des feuillets pyriteux, qui le rendent chatoyant, & lui font exhaler une odeur plus fuifureufe ; il fe confume auffi moins promptement dans les poêles & dans les grilles.
- 10. Cette fécondé mine eft affife fur un roc, d’un gris plus foncé que le 11^. 2 , aulîi compacte , moins fin , d’une nature micacée & pyriteufe ; 011 y trouve auffi des doux charbonneux & des veines d’une pareille fubffiuice. Les ouvriers l’appellent roc vif, & s’y arrêtent ordinairement comme n’y avant plus de charbon au-deffous. Il a cependant quelquefois été trouve de petites couches, dont l’épaiffeur était de deux à fept pieds , & qu’il a plu aux ouvriers d’appeller mine bâtarde.
- j4. Charbonnières du Lyonnais.
- 100. Pour fe former une idée exacte de toutes les mines de ce canton, que nous n’avons pas délignées dans l’ordre naturel, il fuffit de favoir que ces endroits font principalement le long de la riviere de Gier, qui fe jette dans le Rhône à Givors, après un cours de huit lieues depuis fa fource au Mont Pila. Le commencement de cette malle eft à demi-quart de lieue au-delà de Saint-Chaumont , frontière du Forez ; l’on fait qu’il y a de ces mines , dont celles-ci font vraifemblablement la continuation.
- iof. Cet endroit où fe trouve la première mine du Lyonnais , eft à la Varicelle, appellée la petite Varicelle afin de la diftinguer de la Varicelle fituée à une lieue & un quart de Rive - de-Gier , en allant de Lyon fur la grande route, & dont les puits font abandonnés à caufe du feu brifou. (a) Au-deffous
- (a) La defeription communiquée en geroux, d’une montagne brûlée, & que j’ai 17 6 ç à l’académie des fciences par M. Fou- inférée à l’article du Lyonnais, appartient
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- de Rive-de-Gier, outre les carrières de Tartara & de Saint-Andeol, il y en a encore à Darguoire , & à deux lieues au-delà , au nord , dans les bois de Montrond vis-à-vis de Chafligny.
- 102,. On en a autrefois commencé une fouille dans la montagne de Tarare, fur la route de Moulins, mais fans fuccès ; une autre qui fut entreprifeaux environs de Chanel, au territoire de Verizel, n’a pas été heureufe: les tentatives faites à Courlieux, ont abouti à du charbon de médiocre qualité ; les ouvrages faits en 1772, à un quart de lieue de VArbresle , au domaine Grollier, fur les bords de la Turdine , promettaient de bons charbons , lorfque les eaux ont fait abandonner les ouvrages ; on en a auffi cherché fur les bords d’un ruilfeau qui palfe à côté de Sainte-Colombe.
- io-?. Des deux principaux territoires dont j’ai fait mention, il n’y a plus que le Monillon qui foit exploité ; 011 a celfé depuis quelques années l’extradion dans le Gravenant.
- 104. Les anciens extracteurs affurent que la mafte de charbon qui occupe ces deux terreins eft féparée par un banc de rocher qui la coupe en deux parties prefque égales.
- iQf. Cette faille de huit à neuf toifes d’épailfeur , fejon eux , tient dans fon cours une marche irrégulière, qui fe dirige à peu près du nord-eft au fud-oueft.
- 106. Excepte dans le cas particulier, rapporté par M. de la Tourette , qui m’a beaucoup aidé dans la partie relative à l’hiftoire naturelle, on reconnaît, en ouvrant tous les puits, que 4 niine eft plus ou moins inclinée, & qu’en général elle s’éloigne beaucoup de la perpendiculaire: alors,
- véritablement à cette province ; mais la portion détaillée du lieu, telle qidelle eft indiquée rà trois quarts de lieue de Saint-Etienne , à Saint-Gcnis-Tcrre-noire, renferme une confufion de local, que des recherches ultérieures m’ont mis à même de rectifier ici.
- La carrière embrafée de Saint-Etienne , qu’il ne faut pas prendre pour l’autre, eft à un quart de lieue du Charnbon, & à trois quarts de lieue de Saint-Etienne, près de la route du Puy s elle s’appelle la Mine, & eft fituée dans une efpece de vallon peu enfoncé.
- Celle qui brûle depuis 29 ans, à un quart de lieue de Saint-Genis-Tcrre-nolre, nommément défignée dans l’indication, dç l’au-
- teur , & qui eft celle qu’il a décrite, eft en effet dans une montagne appellée par cette raifon Montagne de feu, ou Montagne brûlée , diliante d’une demi-lieue au plus de Rive-de-Gier ,à une lieue & demie de Saint-Chaumont , & à quatre ou cinq lieues de Saint-Etienne.
- Du refte, il paraît par une defeription de la mine de Charnbon, donnée par M. de la Tourette à l’académie de Lyon, qu’il y a beaucoup de rapport entre les phénomènes qui fe paffent dans ces deux mines embra-fées ; ce qui achevé de faire regarder la malle de charbon qui traverfe le Forez, & celle qui traverfe le Lyonnais, comme la même , diverfement inclinée , & enterree félon les civconftances locales.
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- la direction tortueufe que l’on eft dans l’ufage de donner aux galeries, & que je n’entendais pas, s’explique tout naturellement ; ces détours pratiqués à l’mftar de ceux que l’on pratique dans les chemins montueux, rendent la pente plus douce, & facilitent la befogne des traîneurs, (a)
- 107. Pour ce qui eft de la couronne de chargeage , l’ulage n’eft point, comme il a été dit ailleurs , de lailfer au fond du puits cette maife conftdérable de charbon, fur laquelle je me propofàis de faire quelques obfervations dans la quatrième feétion : au contraire , on prolonge en cet endroit la bufe du puits, à la maniéré obfervée généralement.
- io8* Aux deux côtés oppofés , où l’on foupqonne que la mine s’étend , on pratique enfuite pour l’ordinaire deux galeries qui fe pouffent jufqu’aux endroits les plus éloigiiés. Ces galeries larges de huit pieds , pour le palfage de deux bennes à la fois,& communément hautes de fix pieds, ne nuifent pas à la folidité du fondement du puits : dans le même tems , on entame au-delfus deux galeries correfpondantes, qui portent fur le membre de charbon appelle mine du maréchal.
- 109. A l’extrémité de ces galeries, 011 ouvre des chambres qui correfpon-dent à celles du raffon, autrement dit mine inférieure, fous laquelle (ê trouve quelquefois la mine bâtarde ; ces deux membres ne font féparés que par un nerf de l’efpece de ceux qui ont été décrits.
- 110. Il eft alfez ordinaire de rencontrer cette mine bâtarde , qui a de deux à fept pieds d’épailfeur , & dont le charbon eft de même qualité que 1 c raffon; dans un puits exploité usuellement par le maître de la verrerie de Givors , la mine bâtarde fe trouve conlfammenti au Gravenant, lorfqu’on exploitait, on ne l’y avait pas encore rencontrée , quoique ce territoire & le Mouillon foient contigus, (é)
- ni. Dans toute cette opération, il eft fur - tout important que tous les ouvrages, galeries, chambres & piliers fur-tout, fe correfpondent exactement , comme 011 a foin de l’obferver pour les murs & pour les colonnes dans un édifice ordinaire ; fans cette précaution, on voit que tout l’étage fupérieur s’écroulerait.
- 112. Pour fe ménager une retraite aifurée lors de la recoupe, qui doit avoir lieu en abandonnant la carrière , & afin de donner plus de folidité aux
- ( a) Il eft facile en conféquence defup- que d’autres membres de charbon ,ft l’em-pléer en idée, au pendage de platture, don- barras des eaux qui arrêtent ordinairement né à la maffe de charbon, dans une de nos l’exploitation dans cette province, n’em-planches. pêchait pas de pourfuivreles fouilles aune
- (ô) M. de la Tourette penfeque ces mi- plus grande profondeur, nés bâtardes fe trouveraient toujours, ainft
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- parties les plus voifmes, auxquelles on doit revenir à mefure que l’on avancera l’extraétion, on commence cette recoupe par les endroits les plus éloignés du puits.
- 113. S’il y a une mine bâtarde, & elle n’eft jamais bien confidérable, on la découvre , & on l’extrait en même tems que le raffon.
- 114. Ce court réfumé fait fentir comment le même puits fournit toujours les deux efpeces principales de charbon , & comment dans le même tems on exploite les deux grandes mines, ainil que la mine bâtarde, lorfque cette troifieme fe rencontre. )
- [ 1 if. M. le Camus , de l’académie royale des arts , fciences'& belles-lettres de Lyon, a publié par la voie du Journal de phyîique ( mars 17795 page 178 )' une defcription des barres & des lits compofant la montagne au - deilus de' Rive-de-Gier. Le nombre des couches & quelques noms, par lefquels les dé-iignent les ouvriers du Forez, diflérens de la defcription qui vient de précéder , nous a déterminés à ajouter ici celle de M. le Camus. Nous n’avons pu encore parvenir à faire de ces différentes couches la comparaifon intérelfante que demande la circonftance , les échantillons de M. le Camus ne nous étant pas encore arrivés. Voici l’ordre de ces couches, que M. le Camus obferve être par-tout les mêmes & dans le même ordre, à la profondeur de go pieds, à laquelle fe termine l’exploitation dans la plupart de ces carrières.
- 1. Terre végétale plus ou moins brune. 7 à 10 pieds.
- 2. Grotte grojje , banc de rocher , compofé de petit cailloux vitriflables & d’un peu de mica, f pieds.
- 3. Grotte fine , banc de rocher de la même nature, mais compofé de grains beaucoup plus petits, ce qui la rend plus compacte & approchant du granit. 5 pieds.
- 4. Roche morte, pierre jaunâtre, de la nature du grès , mais d’un grain très-groilier j ce qui la rend très-friable, (f pieds.
- Cette couche eft quelquefois recouverte d’une légère épaiifeur de fchifte ar-gilleux , noirâtre , {emé d’empreintes de fougere , de capillaire, 8c de l’efpece des verticillées.
- f. Td/V/e, pierre grife, de la nature du quatrième banc , mais d’un grain plus ferré , mêlée d’une petite portion de mica ; elle forme plufieurs couches-fcparées dans la montagne. Ce premier banc a 2 pieds.
- 6. Gord, pierre argilleufe , noirâtre , grade au toucher , regardée par M-le Camus comme une efpece de pierre ollaue , imprégnée de fuc bitumineux ;; ce qui rend cette pierre inflammable au feu, où elle fe durcit, & devient d’un gris blanc. Elle a près d'un pied.
- 7. Petite mine, parce qu’étant de la même nature que la houille , elle.ne
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- mérite pas les frais de l’exploitation, n’ayant d’épaifteur que 6 pouces»
- 8. Second banc de taille, fèrnblable à la cinquième couche, quoiqu’un peu dure, ce qui la rend propre à faire des meules , dont on fe fert dans le pays pour dégrcffir les canons de fuiil, &• aiguifer les outils dont on fefert pour le ferrage ; on remarque de légères traces de bitume dans fépailfeur de cette pierre qui eft de 10 pieds.
- 9. Magne-fer ne diftere de celle-là que par ce qu’étant légèrement pénétrée de bitume, elle eft plus noire, car du refte c’eft la même efpece. Elle a auffi 10 pieds.
- 10. Roche dure, pierre de la nature du grès, d’un grain extrêmement fin & ferré; elle eft fort dure & pourrait également fervir à faire des meules. Sa couleur eftgrife; quelquefois elle fe divife parlâmes, qui font enduites' de bitume. 3 pieds.
- 11. Carruche, pierre argilleufe de la même efpece que le n. 6. Celle-ci cependant eft plus pénétrée de bitume , ce qui la rend plus caftante & plus inflammable i on remarque dans fa tiiîure de légères couches pyriteufes. 6 pouces-.
- 12. Matte- farine, argille très -favonneufe & tenace,reftemblant à la ftéa-tite ; elle n’eft que peu pénétrée de bitume. Sa couleur eftgrife: on remarque quelquefois dans l’intérieur de cette couche des empreintes végétales. 2 à 3- pouces;
- 13. Second banc de gord, parfaitement femblable au n. 6. s pieds.
- 14 & if. Formé des mêmes matières décrites fous le nom de matte» fanne ; la première a 3 pouces , la fécondé 1 pied.
- l 6. Veine maréchale, veine de charbon , communément employée aux forges, comme étant moins chargée de foufre que les fuivantes, & par confé-qubnt d’une meilleure qualité pour travailler le fer. ig pieds.
- 17. Nerf blanc, banc de roche douce, formant fouvent dans l’épaifteur des veines de houille des filets nommés nerfs par les ouvriers , ce qui rend la houille dure & de mauvaife qualité. Ce lit eft rempli de pyrites que l’on diftingue à la loupe ; il a ordinairement 6 pouces-, quelquefois moins.
- ig. Raffaud , veine de houille de la plus mauvaife efpece, fur-tout pour kl forge. Elle eft dure, mêlée de beaucoup de nerfs & de pyrites, ce qui fait qu’elle ne s’enflamme que difficilement. M. le Camus la croit compofée de l’efpece d’argille appellée pétrifiable ; au moins fa dureté & le mat de
- calibre paraiflent l’indiquer. Il en a trouvé de cette efpece à Sainte-Foi-CArgenture^ qui reflemb’e beaucoup , félon lui, à cette houille compa&e, que les Anglais nomment cannel coal. 1 pied.
- 19. Magne-fer, de couleur un peu plus noire que la couche n. 9, parce, qu’elle-eft-plus imprégnée de>bitume. y-piedsi-
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- 20. Mine bâtarde, employée communément au chauffage. Elle eft ordinairement chargée de beaucoup du pyrites qui annoncent qu’elle doit contenir beaucoup de foufre ; ce qui la fait rejeter des ferruriers & des ouvriers qui travaillent le fer, à moins qu’on ne l’ait défoufrée. 7 à £ pieds, quelquefois davantage.
- O11 voit que, 11 011 en excepte la feptieme couche qui ne fe trouve recouverte que de 17 pieds de rocher, les principales veines, favoir la maréchale & la bâtarde , fe trouvent recouvertes l’une de 48 pieds de rocher , & l’autre de 72, foit de rocher ou d’autres matières, toutes rangées dans un ordre que l’on ne devrait pas trouver après un bouleverfement. ]
- Extraction du charbon, maniéré d'attaquer, de fendre la mine, par M. Gaultier.
- 116. Il eft conftaté par les travaux de l’exploitation, dans le territoire du Gra-venant & du Mouillon , que la malfe de charbon eft divifée dans fon épailfeur en deux bancs diftinds ou membres de charbon , qu’on appelle mines de charbon , féparés l’un de l’autre par un nerf d’un pied ou d’un pied & demi d’épais. La malfe de charbon fupérieure a moins d’épailfeur ; on la nomme mine de dejfus ou fomba. La malfe qui eft inférieure & la plus profonde , fe nomme mine de dtffous ou raffon. Les parties par lefquelles elles tiennent l’une & l’autre au nerf, font afiez dures s elles deviennent plus tendres à mefure qu’elles s’en éloignent.
- t 17. En conféquence de l’épailfeur remarquable que forme le maflif de chacun de ces bancs , on juge d’abord que les manœuvres de l’extradion ne font point alfujetties aux embarras ordinaires des mines par veines. Si on en excepte les précautions nécelîaires pour fe garantir des eaux , les fouilles fouter-reines qui fe pratiquent ici, reffemblent plutôt aux chambres qui fe font dans les carrières de pierre qu’à des boyaux de mines, toujours plus relferrés dans leurs dimenlions, d’où ces mines en malfe font alfez généralement appelle es carrières : les ouvriers y font en petit nombre , ainfi que les outils & uftenfiles qui font à leur ufage. Les ouvriers fe réduifent à ceux qui fuivent.
- 118- Le toucheur ou condudeur des chevaux qui font tourner la vargue : on nomme ainfi la machine à mollettes, qui enleve & defeend les charbons & les eaux 5 ce toucheur eft ordinairement un enfant qui gagne dix fols par jour. Celui qui fe tient à la bouche du puits pour marquer & compter, fe nomme marqueur ; on donne à ce propofé vingt fols pour la journée. L’ouvrier qui fend le charbon & le détache de fa place, fe nomme piqueur ; toute fa fcience confifte à favoir faifir la veine de la malfe , & placer où il faut le coin, pour qu’en renfonçant à propos, il en réfulte des éclats &
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- des pièces confidérables ; c’eft auffi le piqueur qui donne aux routes des .chambres un ceintre fuftilant, qui difpofe les piles, en jugeant de la force & de la foüdité qu’il faut leur donner : il gagne par jour vingt fols. L’ouvrier qui ramaife le charbon avec la pelle , qui l’entafle dans le panier appelle benne, & qui conduit cette mefure à l’embouchure du puits , fe nomme traîneur, parce qu’il tire cette benne de l’endroit où fe fait l’attaque & l’extradion du charbon jufqu’au fond du puits ; la tâche de cet ouvrier eft d’ext*raire par jour un certain nombre de bennes : il gagne vingt fols.
- 119. Cette mefure appellée benne ou beine (a), ufitée dam le Lyon-mais pour le charbon, ne paraît point du tout facile à déterminer pour fa contenance. En 1741 , MM. du confulat, fur les plaintes auxquelles elle donnait lieu pour l’inexactitude, en ont fait faire une pour fervir d’étalon. Voici la defeription de cette mefure , telle qu’on s’en fert à Rive - de -Gier, & je la tiens de M. de la Tourette. Elle eft ovale ,à peu près comme celle des vendanges, mais un peu moins large à proportion de fa longueur, bien cerclée en fer; elle a de hauteur, mefurée en-dedans, feizepouces ou un pied quatre pouces, vingt-deux pouces de longueur, & dix-feptde large. Le bois de chêne dont elle eft formée, a environ un pouce d’épailfeur; le fond eft plat & arrêté par un jable ; mais fur la longueur du fond font attachés deux linteaux de bois de deux pouces d’épaiilèur, écartés d’environ un pied l’un de l’autre: ces linteaux ne font pas feulement pour foutenir le fond, mais pour aider la benne à gliifer dans les tays de la mine ; la benne eft doublée d’une lame de fer de deux à trois lignes d’épais , attachée avec des doux aux linteaux & aux côtés de la benne, pour la rendre plus folide.
- 120. Le traîneur l’accroche par le côté étroit, avec une petite chaîne de fer , à un petit anneau qui y eft attaché; & à l’aide d’un petit bâton attaché au bout de la chaîne en forme de palonnier, il amene cette benne au tinage : c’eft ainfi qu’ils appellent dans ces carrières la bufe du bure,plan-chéiées dans toute fa longueur jufqu’au pied, afin de foutenir les terres. On lui doiine le nom de tinage pour exprimer le rapport qu’on trouve entre l’efpace formé pour ce principal chargeage, & une cuve déformé quarrée. Les traîneurs tirent cette benne les mains derrière le dos.
- 121. Arrivée au tinage, la vargue qui vient- de defcendre une benne vuide , enleve celle - ci ; quand l’extradion eft abondante, on fait monter & defcendre deux bennes à côté l’une de l’autre. Enfin des lampes placées de
- (a) Peut-être ainfi appellée du nom de employé à emballer certaines marchandées. benne, donné à une charrette dans laquelle On nomme encore benne dans quelques en-on voiture le charbon de bois, ou des mots droits une tinette ou petit vaiffeau qui fert banne, manne, manette, grand panier d’o- à charger les bêtes de fomme. fier, plus long que large, & peu profond,
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- diftance en diftance dans les travaux, éclairent la befogne. Les outils Te réduifent à la pelle dont il vient d’ètre parlé, ail pic pour attaquer le charbon , au coin d’acier qui s’enfonce à coups de martelle dans le joint qu’oil a fait avec le pic. - ; •- !};- vu ; #
- , 122. La maniéré de procéder confifte à faire d’abord une fouille'-'de
- forme ronde, de lîx à fept pieds de diamètre, pour percer le chapeau de la mine, compofée du granit, du maille-fer; enfin, Iè nerf qui fait la féparation du fonda ou de la mine de de [fus, d’avec la mine de dejfous ou raff'on, pour entrer dans cette fécondé. L’endroit où vient tomber ce puits , fous le nerf, fe nomme eu terme du pays fco. Il eft important, quand on le creufe , de laitier dans fon fond une malle de charbon , qui fiert de bafe à ce puits, afin qu’en perçant les chemins qui doivent en partir , cette malfe ne s’aifaiblilfe point, & puiife foutenir le même fardeau : il eft aile de fentir que, faute de cette précaution, les rondemens du puits fe dégraderaient & s’écrouleraient, en même tems le rocher dans lequel le puits eft creufé fe fendrait & fe détacherait. Cela eft quelquefois arrivé au point de boucher toute la capacité du puits & le rendre impraticable. Cet accident s’exprime parmi les ouvriers en difant que le puits s’e fl tordu,
- î23. A. Un article important de l’hiftoire du négoce du charbon de terre dans le Lyonnais, eft celui qui regarde la benne. M. de la Tourctte, uniquement occupé de la partie des mines, comme naturalifte & phyficien, n’ayant pas été à même de me donner aucune forte de renleignement fur la pâme du .commerce, il relie à expliquer ici, comme je l’ai promis, les dimenfions & la capacité de la benne , afin d’en avoir par-là bien au jufte la contenance en pieds & pouces cubes. La chofe eft d’autant plus importante , qu’elle éclaircit plufieurs difficultés , fur lefquelles jl n’était pas poffible de rien ftatuer. La benne fur laquelle elles ont été prifes avec la derniere exa&itude par le lavant, eft la benne neuve dépolëe au greffe de Rive-de-Gier. Il eft .indifpen fable de reprendre un peu haut l’hiftoire de cette mefure , pour la .vente du charbon de terre, attendu que ce qui a contribué à rendre cette mefure douteufe & incertaine, ce font préciférnent les précautions prifes pour fixer invariablement fa contenance.
- 124. A l’époque de l’établiifement de la compagnie des conceffionnaires, M. Pupil deMyons, lieutenant-général de la fénéchauilëe, nommé par le roi commiifaire en cette partie , fixa la dimenfion de la benne qui fervirait de mefure aux conceffionnaires, & il fit dépofer au greffe de la fénéchaulfée de Lyon , une benne pour être la matrice originale fur laquelle .011 pût échantiller fa.) les autres. ’ "
- (a) Terme d’ufage dans le Lyonnais.feulement, & qui fignifie la même chofe qu’efisv lonner, confronter. r .
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- 12J*. MM. les comtes de Lyon, feigncurs du Mouillon & du Grave-nand, prétendant avoir le droit de fixer les mefures dans l’étendue de leur feigneurie , firent conftruire une benne , fur les dimenflons des anciennes rapprochées les unes des autres ( a ) , pour fervir aux conceffionnaires ; il en fut dépofé une au greffe du comté à Lyon, & une fécondé au greffe de Rive-de-Gier , pour fervir de matrice : fes dimenflons font comme il fuit.
- Hauteur ou profondeur....................j g pouces.
- Grand axe, ou diamètre à l’embouchure . 23 . . . 3 lignes.
- Petit axe......................• ... 18 ... 6
- Grand axe du fond....................19. . . n
- Petit axe du fond .......................16 ... 6
- D’011 l’on peut conclure fa capacité à très-peu près de 5*980 pouces cubes.
- 126. -Les conceffonnaires inftallés, mis en polfefîion & foutenus dans
- un commencement orageux, par l’autorité, qui 11e peut tout prévoir, s’en tinrent à la benne fixée parle commilfaire du roi, d’autant plus que la capacité de celle - ci était moindre d’un huitième ; car les dimenflons de cette fécondé benne font à peu près les mêmes que celles.de la première, à l’exception de la hauteur, qui parait conftamment dans celle-ci de 16 pouces au lieu de 18 pouces qu’a la benne des comtes : il faut donc retrancher de la capacité cf-deifus une tranche de deux pouces d’épaiffeur, prife à l’orifice de la benne. Cette tranche eft à peu près de 763 pouces cubiques, qui retranchés de S98o > donnent 5*217 pouces cubes pour la capacité totale de
- la benne actuellement en ufàge au Mouillon.
- 127. Les officiers des comtes, pour foutenir leurs droits, verbaliferent, cafferent quelques bennes , menacèrent j mais les conceffionnaires ont continué l’ufage de la benne qui leur était plus avantageufe , c’eft - à - dire , de celle qui était moindre. Les comtes ont fufpendu leurs pourfuites, & il en eft réfulté que les conceffionnaires n’en ont été que plus abfolus pour le fait des mefures : on ne voit pas en effet à préfènt qu’ils foient affujettis à aucun khantil ou étalon , comme le commilfaire du roi & MM. les comtes de Lyon l’avaient réglé. Ce défaut de police ou plutôt de manutention pour la police des mefures , lailfe toujours foupqonner ce que j’ai avancé ailleurs fur ce fujet. ( b )
- ( a ) Dans le tems des informations pri-fes en 1757(& non en 1762 ; de l’ordre du confeil, par M. de la Michaudiere, alors intendant de Lyon, pour eftimer le produit du canal de Givors, par la quantité de charbon qui s’y tranfporterait, la benne de charbon menu pefait 159 livres poids de marc ,
- Tome XVL
- celle de Pérat, 161 livres;de forte qu’en prenant les deux qualités mêlées enfemble dans une benne, cette mefure commune pouvait être évaluée 160 livres ; elle fut cependant évaluée à iço livres. Voyez le projet imprimé du canal de Givor?.
- ( b ) 11 ne parait pas bien certain, comme
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- 128. Qjj 0 I qu’il en foit, 011 peut conclure des dimenfions de plu-fieurs bennes actuellement en fervice , que leur capacité eft, comme nous l’avons établi plus haut, de ^217 pouces cubiques ; celle, de Lyon, fixée par le confulat, eft de 5644, ce qui donne à peu près le rapport de ^ ; c’eft-à-dire*, que fept bennes du Mouillon en font dix à Lyon, ce qui s’accorde , ainfi qu’on va le voir, avec le rapport du poids.
- 129. Cette mefure ne s’évalue pas au poids, du moins dans l’achat ordinaire 5 la réglé, quoique plus embarraifante, ferait bien plus iûre, le poids étant fixe & le mefurage étant très-varié. Mais comme à Lyon, & dans la province , toutes les denrées s’achètent & fe vendent au poids appellé de. Lyon , nous nous en fervirons dans la détermination du poids de la benne de charbon.
- 130. On fait que différentes circonftances communes à toutes les mefures de charbon au poids , apportent à cet égard des variations. L’efpece de charbon plus ou moins compade, l’humidité plus ou moins grande , la nature du charbon en maife ou en poulfier, moins pefante dans ce dernier état que dans le premier , qui laide néceftairement plus de vuide, enfin la maniéré de le taifer plus ou moins, doivent néceiïairement influer fur la différence du poids de la marchandife. Les variations qui fe remarquent dans le poids des bennes font trop confidérables pour dépendre uniquement des caufes que nous rappelions ici, & pour ne pas les examiner férieufement : les obfervations & les réflexions fuivantes diiîiperont toute l’obfcurité qui était reftée fur ce point, lorfque nous l’avons traité.
- i)i. Le baquet appelle benne, fait à peu près comme une benne de vendange , & fervant dans l’intérieur de la mine à l’exportation du charbon , elt le meme vaiifeau qui, au Mouillon & à Saint-Chaumont, fert de mesure au jour; c’eft-à-dire , que la quantité de charbon dont elle arrive chargée a la bouche du puits, eft celle que l’acheteur eft obligé par l’ufage de prendre pour argent comptant: dans ce mefurage, fur le pied adtuel , à peine la benne va-t-elle ordinairement à deux cents livres. A Saint-Chaumont, la benne fe me-hire au jour ; & quoiqu’elle ne foit pas d’une capacité au/îi grande que celle du Mouillon , elle donne au-moins autant de charbons; cela a été vérifié par plufieurs expériences. En rapprochant ces deux faits l’un de l’autre , l’acheteur eft donc certainement léfé dans la première maniéré : l’évidence fur ce point eft telle, que la faute eft rejetée fur les toucheurs.
- 132. Les traîneurs qui chargent la benne dans la mine, prétendent qu’ils font remplie à jufte mefure ; mais que dans le trajet du puits , les bennes fe
- ;je l’ai avancé d’après l’auteur des Mcmoi. & Beaujolois, que le confulat de Lyon ns d’hijioire naturelle du Lyonnais, Forez art fait à ce fujet aucun aéte de jurifdiétion.
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- dégarniiïent en heurtant contre les parois du puits (a). L’infidélité dans la mefure efl: donc reconnue & avouée par ceux même à qui elle peut être reprochée au moins comme négligence ; de l’aveu s'enfuit néceflairemcnt l’obligation d’une réforme, di&ée d’ailleurs par la bonne-foi. Rien ne ferait fi fimple ; la manœuvre des conducteurs des chevaux eft-elle incorrigible? Deux moyens d’y fuppléer, celui de remettre du charbon dans la benne au moment de la livraifon, ou celui de faire la mefure hors du puits, comme cela fe pratique à Saint-Chaumont ; par-là on remédierait bien facilement à un abus auffi fingulier que celui de livrer une mefure faite hors des yeux de l’acheteur.
- 133. On 11e peut encore fe refufer fur cela à une derniere réflexion qui aidera le leéteur à apprécier la raifon donnée par des ouvriers aux gages des conceffionnaires & des extracteurs. E11 même tems que voilà des bennes pour le public, qui n’arrivent jamais bien garnies, on en voit d’autres qui paflent de beaucoup le poids de deux cents livres ; ce font celles qui font données aux ouvriers en paiement ou en gratification : les traîneurs & toucheurs, plus entendus pour leur propre intérêt, apportent tant de foin à remplir eux-mêmes leur benne , les toucheurs au bure, plus attentifs & plus adroits pour enlever cette benne , fécondent fi heureufement les traîneurs, que ces bennes for-tent du puits bien conditionnées : 011 en voitfouvent en Pérat, qui dégorgent, c’elf l’expreffion du pays,& qui vont au-delà de deux cents cinquante livres pefant. A la bonne heure que ces bennes nommées bennes de faveur ne fervent pas de réglé pour la vente ; mais alfurément elles peuvent en fervir pour eftimer la quantité que peut contenir la benne ; & le public efl: en droit de juger que la benne remplie convenablement à jufte mefure, devrait communément pefer deux cents dix livres au moins. L’acheteur déjà maltraité par une livrailon arbitraire, ou très-inférieure à ce qu’elle devrait être, ne ferait-il pas, autant que l’ouvrier , en droit de prétendre par gratification à un excédent auffi modique de poids ou de mefure, aiiffi qu’il fe pratique allez généralement dans le commerce, fous le nom bien connu de bon poids} Il ré-fulte de tout cela, que tandis qu’il n’y a pas de contravention dans le prix fixé de la benne , ce prix fe trouve réellement augmenté, au moyen des défauts dans le mefurage. Ils ne peuvent être plus multipliés qu’ils ne le font, puif-que ces bennes fe font fans être échantillées, qu’elles 11’ont pas la contenance déterminée, & que par un abus allez extraordinaire, elles fe remplilfent dans la mine.
- (a) Le paiement des ouvriers a quel- nées ; ce ne font plus les conceffionnaires, quefois varié; actuellement les piqueurs & mais leurs fermiers, qui règlent lesfalaires les traîneurs font payés à proportion du des employés, nombre de bennes extraites, & non par jour-
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- D ü CHARBON DE TERRE
- Travail du raffon ou de la mine de dejfous.
- 134. L’ouvrier parvenu à cette malfe du charbon, la perce jufqu’au- défi* fous de fon lit, alors il ouvre dans Ton fein une galerie horizontale de la hauteur de cinq pieds fur trois ou quatre de largeur qu’il pourfuit jufqu’à vingt ou vingt-cinq pieds. Cette première galerie n’eft deftinée qu’à fervir de palfage pour le tranfport du charbon de l’intérieur des travaux au chargeage, d’où on l’enleve au-dehors.
- 13 f. La malfe placée dans cet intervalle doit toujours être confervée entière , pour fervir de foutien aux parois du puits, d’où on l’a nommée pile du puits OU pile ronde.
- 13 6. Cette opération achevée, on ouvre à l’extrémité de la galerie de nouvelles routes en toutfens, qui font nommées tays ou chambres d’exploitation. Leur largeur n’effc point déterminée, leur étendue fe réglé fur le plus ou moins de folidité qu’on remarque dans la malfe du charbon ; leur élévation eft de toute la hauteur de la mine , c’eft-à-dire , qu’elle fe termine au nerf ou fchallet qui fait portion du fomba,
- 137. Quoique ces deux nerfs fervant à former le plancher de toutes les voûtes des chambres , foient communément alfez folides, il eft de la prudence de ne point trop les dêcharner, c’eft-à-dire, de ne point trop approcher les parties du charbon qui y tiennent : il ferait à craindre de les affaiblir par le déchargement des maffes qu’ils fupportent ; l’ufage eft de ne pas laiifer ce mur à nu, & d’y laiffer environ un pied d’épaiffeur de charbon.
- 138* La même raifon pour laquelle on doit fe garder d’altérer le nerf formant le plancher des voûtes , exige qu’on laiife aux piliers des chambres fou-tenant ce plancher, une folidité fuffifante. Or, afin de donner de la folidité aux tays ou chambres d’exploitation, leurs voûtes font ccintrçes exadement, en obfervant toujours la même précaution de ne point trop s’approcher du nerf.
- 139. Il arrive fouvent que l’ouvrier,en formant ce ceintrage, rencontre dans la malfe des endroits où le charbon ne peut fe foutenir en arc, & fe détache du faite par blocs confidérables. Ces chûtes nuifibles aux travaux & dangereu-fes pour les travailleurs, font heureufement alfez faciles à prévoir ; quand l’ouvrier s’en apperçoit, il dit que le charbon de cette mafle ne tient pas, & qu'il s'égraine. Le moyen de remédier à cet inconvénient, & de mettre la vie des ouvriers en fureté, confifte à foutenir le faîte par des piles en bois, quelquefois à y conftruire des murailles. Ces travaux s’étendent dans toute la mine ; on revient enfuite fur fes pas, ou bien on fait de nouvelles chambres qui s’embranchent dans la première , lailfant entre chaque des malfes de charbon allez confidérables pour foutenir le rocher ou la mine de deifusj d’où ces malfes le
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- ET DE SES MINES. Partie H.
- nomment piles. La fig. 3 ,pl. XXIII, donnera une idée complété de la pratique de l’exploitation dans le Lyonnais (a).
- Travail du fomba , ou de la mine de dejjus.
- 140. On fend cette autre mine par une galerrie qui pointe infenfiblement vers le nerf du milieu , qu’on perce pour entrer dans le fomba, & y procéder de même que dans la mine inférieure. Lorfque toutes deux ont été percées par un nombre fuffifant de tays , & qu’il ne refte plus que les maffes de réparation , le piqueur recoupe ces piles dans toute leur largeur & dans toute leur hauteur ; on les détruit fuccefïivement, en commençant toujours par attaquer celles’qui font plus éloignées du puits ; autrement, c’eft-à-dire, fi on détruifoit les piles des chambres du milieu de la mine , le rocher fupérieur ne fe trouvant plus étayé , écroulerait fur le marche-pied des galeries. Ces éboulemens, quelquefois de grand volume, outre qu’ils ébranleraient tout, intercepteraient la communication des autres chambres.
- Des eaux.
- 141. Cette malle de charbon que l’on taille , fe trouve arrofée de courans d’eaux, ou femée de vuides qui font autant de réfervoirs , de bafiins , dont les parois affaiblies à mefure que les travaux s’avancent, lailfent échapper dans les galeries avec l’impétuofité d’un torrent, les eaux qui y étaient retenues. Du moment qu’on en eft menacé, 011 donne l’alarme dans la mine , afin que les ouvriers gagnent promptement l’embouchure du puits , & fe faifent enlever au jour.
- 142. Il y a quelques années qu’une de ces irruptions d’eau produifit dans une de ces carrières une efpece d’ouragan , dont les effets ont rendu depuis ce tems la mine impraticable. Non-feulement les ouvriers furent renverfés, mais il y eut une violente fecouffe qui fe fit fentir au-dehors de la mine ; les piles furent vivement ébranlées , un quartier de charbon d’un volume prodigieux fut chaffé du fond de la mine avec tant de violence, qu’il vint fe brifer contre les artifices intérieurs, après avoir fait écrouler le puits ; l’ébranlement communiqué à la fuperficie qui était à cent quatre-vingt pieds , renverfa les artifices extérieurs. Des ouvriers pénétrèrent une année après dans cette mine par une
- (a) Je ne fais dans quelle vue les ex- piles trop faibles, ou pour ne leur donner traéteurs lont dans l’ufagc d’établir des tays que l’épaiffeur & la force dont on a befoin, ou voies tortueufes, comme elles font repré- & extraire par conféquent plus de charbon fentées d’après M. Gaultier: des galeries dans chaque place.En comparant cette façon "conduites dans une direction régulière , font avec celle des Liégeois, on jugera de celle bien plus favorables pour ne pas laiffer des qui mérite la préférence.
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- dü.charb'onbe terre
- galerie de communication qui exiftait entre cette mine & une autre voifine ; ils rapportèrent que le plus grand nombre des piles étaient renverfées , que la plu* part des chambres étaient comblées de marinages, que d’autres étaient jonchées de gros quartiers de rochers & de charbons , & femées d’une grande quantité de fable, dépoféfans doute par un grand volume d’eau qui y avait coulé pendant du tems.
- " 143. Ces eaux forment donc un inconvénient qu’il eft important de reconnaître avant qu’on s’en apperqoive. M. Gaultier prétend que, lorfqu’il fe trouve de l’eau à une diftance qui ne laiiTe point une grande épaiffeur, la partie de la malfe du charbon, derrière laquelle l’eau eft amaflee, rend fous le coup du pic ou du marteau un fou plus clair, & qu’on peut y fentir plus de fraîcheur que dans la partie du charbon qui eft contiguë au rocher. Lorfque Peau fe fait jour en petite quantité , on s’en tient dans ces mines à la contenir en pratiquant une bonne muraille conftruite à chaux vive, ce qu’ils appellent couroyer. Et lorfque cen’eft que par des ouvertures ou fentes que Peau fe fait jour dans la fouille du puits , Pouvrier place dans ces fentes , des coins de fer enveloppés de chanvre, & les bouche de cette maniéré en grande partie.
- Touffe , force , défaut d'air.
- 144. La mouffette ou le mauvais air, défîgnée dans ces mines par ces dif-férens noms, y efl quelquefois affez abondante pour les rendre inaccefïibles aux travailleurs. La touffe fe préfente dans différentes parties des ouvrages ; quelquefois elle remplit toute l’étendue des galeries, des chambres, même le puits, & eft fenfible jufqu’à fbn embouchure ; dans quelques endroits ce mauvais brouillard fe fait appercevoir feulement dans quelques galeries , fous l’apparence d’une couche placée à trois pieds de hauteur ; dans d’autres il n’occupe que les voûtes, ou bien fe tient fixé dans l’étendue de quelques toifes vers le milieu du puits.
- 145'. Les ouvriers prétendent avoir obfervé que la force occupe plus communément les endroits où Peau a féjourné long-tems, 8c les carrières qui ne reçoivent point d’air de celles qui les avoifinent. Selon eux, elle eft plus fenfible, 8c d’une aeftivité plus confidérable dans les grandes chaleurs, ainfi que dans le tems que la vigne fleurit. Enfin ils difent, d’après leur expérience , que la force conferve fa violence jufqu’aux premières gelées blanches ; c’eft-à-dire, jufqu’au mois d’o&obre, & que lorfque lèvent du nordfouffle, elle perd de fon effet, que le vent du midi lui rend. M. Gaultier, tombé au fond d’une mine où il avait voulu tâter la touffe, échappa heureufement à ces dangers ; ayant été retiré, il en fut quitte pour touffer, cracher & jeter des eaux par les yeux Pefpace de dix minutes, & fut rétabli après avoir avalé un
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- demi-feptier d’eau-de-vie, qui eft la dofe modefte décidée par les ouvriers»
- 146. On emploie dliférens moyens dans les mines du Gravenant, pour diftiper la touffe, félon la maniéré dont elle fe préfente.
- 147. Si elle occupe tous les travaux, on lui donne jour par une mine voi-fine, en établilfant une percée de communication de l’une à l’autre : toute ef. pece de jour pratiqué pour la circulation de l’air, fe nomme une perde. Lorf-que la touffe ne fe trouve qu’en couche fur le loi ou fur les voûtes des galeries, 011 y fait couler de l’eau. Quoique ce moyen foit incommode pour les ouvriers, l’exploitation n’eft pas interrompue. Enfin, quand la force s’établit au milieu du puits, on defeend au-deifous de l’endroit une grille de fer qui contient un feu de charbon.
- Arpentage, appelle menfuration fouterreine, ou boulage.
- 148. Tout propriétaire d’un quartier dans le territoire du Gravenant, fait fouiller le charbon qui fe trouve fous la fuperficie de fon héritage; fou-vent fes travaux palfent les bornes dé cette propriété de furface qui réglé fa propriété fouterreine ; dès ce moment il anticipe fur le charbon du propriétaire limitrophe. Ces anticipations très-fréquentes donnent lieu à des procès continuels, pour Jefqueîs on eft obligé de mefurer la longueur & la valeur de l’anticipation ; c’eft ce qu’on appelle boulage. L’ouvrier qui fait cette me-fure, fe nomme bouleur.
- 149. Un propriétaire de bonne foi avertit lui-mème fon voifin d’être pré-fent à cette opération avec un expert, pour fixer à l’amiable une indemnité; mais il n’eft pas impoftible que le tout fe palïe à l’infu du propriétaire. Celui de mauvaife foi met les ouvriers dans fes intérêts, afin de les engager au fe-cret ; & lorfqu’il fe voit au moment d’être découvert, il fait couper les piliers des galeries ouvertes dans la mine qui ne lui appartient point, fiit écrouler les voûtes, & rend par-là le boulage impraticable, fi fon voifin inftruit du vol fe difpofait à ufer de cette voie. Au cas de plainte, il ne refte de ref-fource que dans les dépofitions & témoignages des ouvriers qui s’y étaient prêtés. Quoique cette voie foit très - infuffifànte pour guider & éclairer les juges fur la fixation de l’indemnité, comme cependant elle eftd’ufage dans le Lyonnais, nous en placerons ici la defeription.
- 1 fo. À l’orifice du puits On place une réglé de niveau; à cette réglé 011 attache deux ficelles, à chacune defquelles pendent par le bout un plomb que l’on defeend jufqu’au fond du puits. La réglé eft fixée de maniéré que la di-redtion d’un des plombs tombe exactement vers le milieu de la galerie qui fert d’entrée aux travaux intérieurs. Lorfque ces deux plombs font immobiles, on enfonce fur un point de leur direction parallèle, un piquet auquel on
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- attache une autre ficelle félon cette direction, que l’ouvrier chargé du boutage, conduit le long des travaux.
- 1 )-1. Quand la direction devient tortueufe , il place dans le point de la finuofité une petite table de bois nommée par les ouvriers fautereau ; au milieu on fiche un clou, autour de ce clou on entortille cette corde après avoir marqué ce point par un nœud que Ion fait à la ficelle. L’ouvrier trace enfuite fur cette table aveu de la craie, l’angle que forme la portion de la. ficelle j à chaque angle des travaux, la même opération fe répété ; il parcourt ainfi tous les ouvrages jufqu’à leur extrémité, & en marque la longueur par un dernier nœud. Parvenu à l’extrémité des galeries, il revient fur fes pas en entortillant fa ficelle autour de ces fautereaux fucceffivement, & dans le même ordre que ces petites tables étaient difpofées. On les porte fur la fuperficie de la mine. Là, on place un piquet précifément fur les points de la direction de chaque corde, à laquelle eft fufpendu le plomb qui répond au milieu de la galerie fouterreine; la ficelle fixée à ce piquet, on la déploie jufqu’à la diftance du premier nœud, où l’on difpofe la première table fur laquelle eft placé le clou pour marquer l’angle de la galerie : on fait fuivre à la ficelle la trace de la ligne qui a déjà été décrite dans l’intérieur de la mine, de maniéré qu’on fait fur la furface une répétition de ce qui a été pratiqué dans l’intérieur.
- 152. Si d’après cette opération faite au - dehors,on reconnaît une anticipation de deux ou plusieurs toifes de longueur fur une mine voifine, le bouleur prévenu de cette longueur d’anticipation , defcend dans la mine, mefure la hauteur & largeur de l’elpace anticipé, qu’il réduit en toifes cubes. Il eft reçu dans ce canton, que la toife cube de charbon produit communément cent dix mefures de charbon, dont le tiers en gros quartiers, & les deux autres tiers en petits morceaux. C’eftfur la quantité de ce produit, regardé comme une réglé iure, que s’arbitre l’indemnité.
- if 3. La pratique que nous venons de décrire, eft celle qui a lieu .généralement dans ces mines, tant que les machines hydrauliques ordinaires fuffifent contre les inondations aflez grandes pour s’oppofer à la continuation des ouvrages. Dans le cas où les eaux forcent d’abandonner les travaux , un puits percé ailleurs, qui coûte environ cinq mille livres, & qui ordinairement eft achevé dans l’efpace de quatre à cinq ans, procure la jouif. fanee d’un nouveau charbon, & dédommage de ce qu’on a été obligé de quitter.
- rf4- On ne peut s’empêcher de faire remarquer en paflant, combien ces fouilles vagues, ambulantes & fuperficielles, font préjudiciables aux véritables exploitations qu’on voudrait entreprendre par la fuite des tems. Le bien de chaque province où il y a du charbon de terre, exige certainement
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- nement que les avantages attachés à l’extraction & au commerce de ce fof-füe, foient habilement ménagés ; il ferait bien à delirer qu’on pût imaginer un expédient pour mettre les propriétaires des terreins dans le cas de le, comporter autrement, & pour concilier l’intérêt infiniment refpe&able du public & du commerce avec le droit toujours inviolable des propriétaires, La chofe paraît allez difficile en ce genre, où la conduite qu’il faudrait que finirent ces particuliers, demanderait des dépenfes beaucoup au - delfus de leurs forces.
- if f* Le moyen le plus ordinairement adopté pour fuppléer à ce manque de facultés des propriétaires, en tranfportaut leurs droits à des compagnies qui s’annoncent en état d’aifurer & d’augmenter l’extraction des charbons de terre, d’en procurer l’abondance, paraît très - infuffifànt, pour 11e rien dire de plus. C’efi une vérité de fait, que rarement les concevions ont répondu aux vues d’utilité que le gouvernement fe propofe lorfqu’il accorde ces fortes de grâces, & même à celles annoncées par les demandeurs de ces conceffions. Les exemples nombreux qu’on pourrait citer de femblables privilèges révoqués en différens tems, non - feulement juftifient honorablement l’équité 8c la bienfaifance du miniftere, mais encore font autant de garans de l’inefficacité des conceffions.
- 156. Le territoire de Gravenant & du Mouillon efi dans ce moment une preuve de l’infidélité de ce moyen. Ces carrières font, en vertu d’un arrêt du confei! du 10 avril I7f9, exploitées par une compagnie : le privilège porte pour principale claufe, que les aifociés établiront à leurs risques , périls & fortunes, tous les canaux & toutes les tranchées néceffaires an deflèchement des mines que l’on difait noyées. Ces conceffionnaires devenus à cette condition poffefieurs des carrières qu’ils ont offert cPajffainkr, ont, à la vérité, confinait au grand FLoin un canal de décharges mais foie qu’ils n’aient cherché qu’à remplir en apparence cet engagement très-dif-pendieux, foit manque d’intelligence de leur part, il s’en faut de beaucoup que cet ouvrage puiife avoir du fuccès. En rapprochant cette compagnie des termes du privilège , elle devrait, en bonnes réglés, être dès - lors déchue d’un privilège qui ne lui a été accordé que pour récompenfe & pour dédommagement du defféchement de quelques mines noyées, abandonnées en conféquenc-e, & les feules d’ailleurs que cette compagnie avait demandé à exploiter. Le leéleur le moins inftruit pourra prononcer fur ce point, lorfqu’il faura que ce conduit de décharge entamé dans la montagne, fe trouve de plus de cinquante - fept pieds au-deffus du niveau de la maffe que ces conceffionnaires prétendent delfécher: il efi au moins permis, après une faute auffi groffiere, de n’avoir pas grande confiance dans la maniéré dont cette .compagnie conduit les travaux de mines qui ne font pas au grand Tome XVL V v
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- jour. Un procès-verbal de defcente faite dans une de ces mines (a), ne donne pas une idée plus favorable des opérations ffouterreines. Ce rapport de vifite n’a pour objet que de conftater une anticipation fur le fonds d’un voifin 5 mais dans ce qui a été reconnu par les experts, je crois devoir ob-ferv-cr que des galeries ayant pour la plupart huit pieds de largeur & vingt-neuf de hauteur, dans une maffe de .charbon qui, fi je ne me trompe, n’a point vingt-neuf pieds d’épaiffeur, ne peuvent guere avoir cette élévation qu’aux dépens du toit & du fol décharné fans ménagement , amaigri, affaibli en conféquence, de maniéré à ne pouvoir être étayé qu’à grande peine, & à être fujet à des affaiffemens, des écroulemens qui entraînent la perte de toute la mine. Cet arrêt de conceffion ayant néceifairement annuité les ufages établis pour l’entreprife des mines, je m’en tiendrai à rapporter ici fommairement ce qui s’obfervait à cet égard antérieurement à la date de la conceffion, & ce qui s’obferve maintenant à ce même fujet.
- Ufages pour Ventreprije de la fouille des carrières de charbon , avant & depuis
- la conceffion.
- if7. Lorsque les propriétaires du terrein jouiffaient de leur droit fur ce qui y eft renfermé , ils exploitaient eux-mêmes leurs mines par économie, ou ils en traitaient avec un extracteur. L’ufage était que ce tenancier du fonds retirât pour l’ordinaire le quart franc de tout ce qui eft extrait de la mine, & de plus, cinq bennes de gros charbon par femaine. La moindre rétribution qw’il fe réfervât en traitant de fa mine, était le cinquième franc du produit. D’autres, en exécution de traités volontaires , recevaient plus du fixieme ; & toujours il était loifible au bailleur de placer des marqueurs pour tenir note de la recette & de la diftribution du charbon qui fe vendait journellement. Il y avait de ces traités qui fubfiftaient prefque de tems immémorial, & qui fe renouvelaient d’âge en âge dans les familles ; alors fept puits en exploitation fourniffaient par jour deux mille quatre cents bennes de charbon.
- 158. Aujourd’hui les conceffionnaires ne font exploiter par eux-mêmes que trois ou quatre puits, en payant les journées des ouvriers un prix plus bas que celui auquel elles étaient, & qui a été indiqué ci-deffus. Six à fept autres puits ( ce qui eft un abus contre lequel on ne peut trop fe récrier ) font affermés par les conceffionnaires au dernier enchériffeur, & fourniffent à peine avec les précédens douze à quatorze cents bennes. Les conditions de ces traités font, i°. qu’on fournira aux conceflionnaires le quart ou le cinquième de la mine extraite, franc de toutes charges & dépenfesj z°. qu’on remettra éga-
- («) Par un puits nommé le grand puits Miction, le 27 octobre 1760.
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- lement au propriétaire le droit qui lui eft réfèrvé par les lettres - patentes, du fixieme du produit ; 3^. enfin, que les eonceflionnaires ne feront tenus à aucuns frais & à aucunes réparations.
- Différences & qualités du charbon des carrières de Rive - de - G 1er.
- 15*9. La maniéré ordinaire de diftinguer le charbon, eft tirée de celle dont il fe préfente quand il eft enlevé hors de la mine, comme les Liégeois diftin-guent le charbon d’avec la houille ; le charbon en menu pouflier & que l’on diftingue par la dénomination particulière de charbon grêle, 11e forme pas dans le commerce une troifieme forte de charbon.
- 160. Comme le peyrat a l’avantage de donner un feu ardent & clair, de tenir long-tems, de ne point donner de fumée incommode , & de ne pas fe ré^ duire tout en cendres, on l’emploie au chauffage. Le grand hôtel-Dieu de Lyon s’en fert dans les falles des convalefcens j l’hôpital de la Charité de cette ville en fait ufage pour les poêles, pour les leflives & pour les cuifines. Les parties quireftent dans la grille & qui n’ayant pas été entièrement confbmmées, ont perdu la couleur & la pefanteur, font légères & fcorifiées ; on les appelle des recuits ou des grejîllons, de même que dans les verreries on nomme ainfi les fragmens de verre deftinés à être remis en fufion : ces recuits fervent à rallumer le feu en les plaçant fur les couches de charbon nouveau qui les embra-fent promptement.
- 161. Celui qui fe fépare dans la mine en morceaux de la grolfeur du poing, fe nomme charbon grêle ; il fert aux forges, aux fourneaux j 011 l’emploie auflî dans les poêles en l’humedant avec les cendres & le réduifimt en une eipece de pâte : je n’oublierai point de m’arrêter à cette maniéré économique de fe fervir du charbon de terre.
- 162. Le pouflier qui s’y trouve mêlé inévitablement, & qui ne fe débite guere féparément dans les mêmes mines, eft appellé menu charbon ; il eft le résultat du charbon peyrat & du charbon grêle, & à moins qu’il n’appartienne à la bonne mine, ce n’eft fouvent qu’un pouflier terreux d’un gris ardoifé, fe dé-compofant à l’air, & peu inflammable. Les marchands & les forgerons qui n’a-chetent que du charbon grêle, féparent de leur provifion ce menu avec un grappin, & s’en fervent en le mêlant avec le menu charbon de h. bonne mine.
- 163. Le charbon de terre du Gravenant, examiné à l’œil nu , eft pyriteux ; il eft noir , pâle, luifant, léger au toucher, & fonne clair quand on le frappe. Il parait formé de couches compades, ou feuilleté ; le corps de chaque couche eft féparé par de petites veines dont la diredion eft tantôt oblique, tantôt horizontale, tantôt perpendiculaire ; G’eft ce qu’on appelle gorres , matière étrangère au charbon qui s’y attache intimement, & dont le feu achevé de foire voir la nature 5 ce font des fubftances fchifteufes qui ont été accidentelle-
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- ment déplacées, & qui, au fortir du feu, reflemblent à des tuileaux ou des tef-fons. A en juger par les diiférens envois qui me font parvenus de ce charbon, tout annonce des mines , ou qui font mal exploitées, dans lefquelles on a trop entamé des portions du toit & du plancher, ou dont les matériaux ont éprouvé , foitpar les eaux, foitpar le feu, foit par quelqu’affaiftement affez confidérable , un dérangement marqué; de maniéré que ces mines ne font plus exactement dans le même état & dans la même difpofition où elles avaient été d’abord , ce qui les fait encore diftinguer des mines que j’appelle mines par veines.
- 164. En examinant avec foin le charbon dans une grande quantité, j’y ai diftingüé trois efpeces, & pour la texture & pour les trois diiférens feux qu’ils donnent. Le premier, quoique folide, eft affez facile à rompre, alfez léger, & n’eft point auffi pefant qu’il femblerait l’annoncer au coup-d’œil ; il eft compofé de lames arrangées par bandes brillantes, comme font les efpeces de bonne qualité. En brûlant il n’eft point prompt à s’allumer, donne une fumée jaune qui n’eft point défagréable & qui n’eft point trop épaiffe ; il brûle clair en fe collant au feu & au charbon, en lanqant des flammes & formant des champignons grumeux & caverneux, & dure long - tems. La fécondé efpece formée de molécules écaiileufes arrangées confufément, fe gerfe en brûlant, & devient tout fuligineux à fa furface;il eft néanmoins affez gras. La troifieme efpece enfin, qui eft de la moindre qualité, que j’appelle micacé ou granulé, eft un mélange confus de menu charbon pyriteux, qui lui donne une couleur azurée très - variée ; ces grains ou miettes de pyrites coofervent toujours leur brillant dans le feu; celui-ci s’allume promptement en donnant une fumée noire, augmente d’abord un peu de volume, fe réduit enfuite plus également que les autres en braifes qui, après s’être gerfées , tombent en pièces, & finirent par fe confumer infenfiblement en cendres. Les cendres du charbon de terre font employées à l’engrais des terres.
- 1J’ai été auffi à portée d’examiner en particulier celui que donne la mine du puits fitué à l’endroit appellé la petite Varicelle , à un demi - quart de lieue de S. Chaumont. Ce charbon eft bon & léger, fe caftant en hure de pierres : pour peu qu’il foit échauffé au feu, il s’allume promptement, donne une fumée affez belle , & une odeur qu’on nomme odeur de foufre ; il laifle de tems en tems échapper de fon bitume en fe collant, & pétille fur le feu comme de l’eau , ce qui peut provenir, ou de l’air qu’il contient, ou de parties talqueufes infenfibles : ce ferait un bon charbon pour les poêles. La mine qui le fournit eft fujette à prendre feu.
- Commerce du charbon de terre du Lyonnais.
- 166. Le territoire du Gravenant & du Mouillon eft d’un produit Ci
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- immenfe, que de deux cents puits en état d’être exploités, & trois cents autres commencés, fept ou huit fourniffaient aflfez, 11011-feulement pour le chauffage journalier de toute la province, pour le fervice de plufieurs manufactures , & pour la fonderie des fers que la proximité des mines a fixée fur le Gier, mais encore pour les verreries, les fours à chaux & toutes les manufactures de la ville de Lyon , ainfi que pour le chauffage d’une grande partie de fcs hahitans. Suivant les informations prifes par M. de la Michodiere lorfi-qu’il était intendant de Lyon, cette ville confommait en 1667 fix cents mille bennes , c’eft-à-dire, au-delà de neuf cents mille quintaux. Depuits ce tems , cette confommation eft confidérablement augmentée ; ajoutez à cela ce qui s’en exporte dans la Provence, le Languedoc, le Dauphiné & la Bourgogne. Elles procurent en même tems de l’occupation à fix mille ouvriers employés à la clouterie & à la fabrication d’ouvrages de quincaillerie. Tout le charbon de Rive-de-Gier, fitué à trois lieues du Rhône, eft tranfporté à dos de mulet jufqu a Givors & à Condrieu , ou bien on l’embarque pour le conduire aux fours à chaux.
- 167. En 1766 , il a été prouvé par un procès-verbal, que depuis plus de vingt ans il y avait toujours dans ces deux ports fept à huit cents mille bennes j ce qui fuffit, & au-delà, pour la confommation d’une année, non-feulement du Lyonnais, mais même des provinces qui s’y fourniffent. Givors retire de grands profits des emplacemens & magafins qu’on y loue pour entre-pofer le charbon de Rive-de-Gier.
- 168- En traitant de l’exploitation de ces mines, j’ai fait connaître cette benne comme eaiffe ou coffre d’extradion -, on peut compter fur l’exaditude de fes dimenfions qui m’ont été données par M. de la Tourette -, elles font les mêmes comme rnejure de vente, 8c à cet égard elles font importantes à connaître exadement, afin de juger delà contenance. Cette mefure s’évalue au poids, de maniéré qu’il doit fouvent y avoir un déchet pour l’acheteur (a) ; à plus forte raifon , fi la benne ne fe trouve point avoir les dimenfions de celle qui fert d’étalon, ou fi ces dimenfions fe trouvent différentes dans plusieurs de ces mefures. M. Aleon du Lac qui parle de cette benne , ne donne point fes dimenfions , mais feulement fon poids ; elle eft 9 félon lui, de deux cents marcs fept onces , c’eft - à - dire , de cent livres , le poids de marc de Lyon étant de demi-livre.
- 169. Une circonftance particulière m’offrait une grande facilité d’avoir fur la benne comme mefure de contenance , des éclairciffemens précis. Ce que j’ai remarqué à ce fujet, me paraît intéreffer la bonne police & mériter
- (a) A la fin de cette fedion, où je ferai fervations fur cette maniéré de vendre le mention du commerce du charbon de terre charbon de terre, en France, je communiquerai quelques ob-
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- d’être vérifié. Tous les auteurs & les procureurs généraux des parlemens de France ont unanimement établi que les mefures font de droit public , & qu’aucun particulier n’y peut déroger fans s’expofer à vendre à fauffe mefure. Plu-fieurs perfonnes de Lyon, à portée de fentir l’importance de l’introdudion du charbon de terre préparé à la façon Liégeoife, déliraient le faire connaître dans ce canton ; elles penfaient que cette relfource ferait avantageufe à une quantité confidêrable de bons artifans, à un tiers du peuple au moins, & des campagnes des environs des mines de charbon : ces perfonnes avaient conçu féparément le delfein d’un établilfement de magaliiis de ce nouveau chauffage. Il s’agiffait, & il était nécelfaire pour que je pulfe diriger leur opération fur le procédé de la fabrication du charbon du pays , de m’indiquer fur-tout la contenance de la benne 5 aucune de ces inftructions ne s’accordait fur l'a di-menlion de cette mefure ; fon poids variait auffi d’une maniéré trop remarquable ; enfin 011 me parlait du poids de la benne du tems que l’exploitation fe faifait par les propriétaires, & du poids de cette mefure depuis 17^9 , époque de la conceliion.
- 170. M. P en 1772 , m’écrivait que la benne eft de vingt-trois pouces
- de longueur , de dix-neuf de largeur fur quatorze de hauteur i il avait fait prendre cette mefure fur les lieux par fon frere : on voit qu’elle différé de celle dont j’ai donné la dimenfion telle qu’elle a été envoyée par un citoyen de Saint-Chaumont à M. de la Tourette : celle-ci ne peut davantage être d’aucune utilité pour déterminer géométriquement la capacité de cette mefure. Ses dimenfions ont été prifes fur une benne dont on fe fervait depuis long-tems, & l’expérience fait connaître qu’elles s’altèrent promptement à l’emploi y de plus, le diamètre de fon ouverture a feul été obfervé , fans faire attention à celui du fond, confidérablement plus petit.
- 171. Je ne puis trop avertir le ledeur, que ce n’eft pas le feul point fur lequel j’ai été fans ceffe arrêté : des allégations peu fidelles, ou exagérées , tant de la part des propriétaires que des conceflionnaires , qui fe contredifaient en tout les uns les autres, ont peut-être, fur plufieurs articles , donné lieu à des méprifes, même à des erreurs. Il 11e m’a guere été poflible, comme 011 le voit, de m’en garantir. Fortement perfuadé néanmoins , que pour les perfonnes qui habitent les provinces où il y a de ces mines , & qui ont intérêt à la chofe , il n’y a pas d’inexaditude indifférente, ni de méprife minucieufe, je n’interromps point mes informations j & foit foit dans la table raifonnée des matières, foit à la fin de cet ouvrage, je profiterai des nouveaux renfeignemens que je pourrai obtenir, & qui pourront alfurer à mon ouvrage le mérite effentiel de l’exaditude la plus fcru-puleufe : je m’en tiens donc, quant à préfènt, à indiquer les différens prix des charbons.
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- 17J>. Depuis la concelhon, celui du Peyrat eft fixé à huit fols trois deniers j le menu, toujours mêlé de grêle, à cinq fols, prix qui n’a point varié. En conféquence , au Mouillon la benne, ordinairement du poids d’environ deux cents livres, coûte feulement cinq ou huit fols trois deniers.
- i7j. A Lyon, la benne en grêle ou peyrat, qui eft le plus d’ufage, pefant ordinairement de I3y à 140 livres, poids de Lyon (a), coûte en été on à la fin de cette faifon , tems où l’on va faire fa provifion, vingt-fix à vingt-fept fols. Le menu pour les forgerons coûte quelques fols de moins, c’eft-à-dire, de vingt-deux à vingt-trois fols. E11 hiver, les froids rudes & longs , la difette de charbon, à raifon du défaut d’extraction ou de voitures, l’ont fait quelquefois monter à trois livres & plus la benne j mais ce prix exceffif, qui ne fait pas réglé, ne doit pas être matière de reproche contre les con-cefiionnaires. Il paraît uniquement , qu’ils 11e font pas exempts de tout blâme fur la mefure : dans tout ce qui m’eft revenu concernant cet objet de conféquence, je n’ai pu m’empêcher de m’appercevoir des différences marquées pour la quantité de charbon évalué au poids, dans les bennes dont 011 fe fert, & de reconnaître que les propriétaires & extra&eurs ne vifent qu’à multiplier les bennes , & à faire paffer le mauvais charbon , que le con-fomrnateur eft toujours obligé de payer quand il en a befoin.
- Confommation de charbon dans le Lyonnais.
- 174. A. La contenance & le poids de la brennc n’ayant pu être déterminé par les premiers renfeignemens que j’ai eus, l’article relatif à la confommation de charbon de terre dans le Lyonnais n’a pu en conféquence être déterminé que très-incomplètement. Ces informations ne m’ayant été fournies que par des propriétaires ou par des conceflîonnaires, les uns & les autres ayant des intérêts particuliers pour cacher, déguifer, ou exagérer des faits, (b) on a été fuffifàmment prévenu que ce que j’ai cru pouvoir adopter fur
- (a) Le poids en ufage à Lyon & dans la province du Lyonnais, pour tous les objets de confommation, foin, paille, charbon, &c. eft nommé poids de ville ou de table, afin de le diftinguer du poids de marc pour les bureaux du roi, & du poids de foie. Ce poids de ville différé des autres, en ce que la livre de ce poids eft de 13 onces ou de 13 onces 19 deniers de poids de marc ; c’eft-à-dire, qu’elle eft de deux onces cinq deniers moindre que la livre de marc : d’où fuit le rapport que igo livres poids de marc
- font 116 livres poids de Lyon, rapport qui fert de réglé aux marchands de Lyon.
- (b) Ce que j’ai rapporté d’après les propriétaires, fur la qualité ingrate du fol du Mouillon & du Gravenant, n’eft point du tout conforme à la vérité; il n’eft pas de meilleur terrein dans tous ces environs : & d’ailleurs ,il n’aurait pas befoin pour nourrir fes habitans, d’étre d’un grand produit; il n’y a pas en tout fîx maifons ou quarante habitans dans tout le Mouillon & le Gravenant, dont les fonds appartiennent à des
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- ce point, méritait, de la part d’un leéleur judicieux, la même défiance dont je n’ai pu me défendre même en en faifant ufage. Les conceffionnaires afin-relit que l’exploitation actuelle monte à treize mille bennes par femaine, & que de ce nombre, douze mille vont à Givors & à Condrieu. La perfonne à laquelle je fuis redevable de ces nouveaux détails, a examiné cet article avec une attention & une impartialité qui méritent toute confiance.
- 17f. De tout le charbon duMouillon, qui fe tranfporte à dos de mulet à Condrieu, & principalement à Givors, fur le Rhône qui en eft éloigné de trois lieues, ce port de Givors reçoit actuellement à peu près 9000 bennes par femaine. Condrieu en tire à peu près 1000 par femaine ; ainfi ces deux endroits en tirent à eux deux 10000 bennes par femaine, ce qui dans un an ferait à peu près y30000 bennes. Cette quantité eft bien inférieure à celle de 7 à 800000, portée par le procès-verbal mentionné ci-deifus. Ajoutez à cela, que la confommation de charbon eft conlidérabîement augmentée à Lyon & dans les provinces des environs ; en accordant au furplus aux concefTion-naires la quantité qu’ils allèguent, il faut retrancher de la fupputation par femaines & par années , les tems de moifTon, de vendange & de groffes eaux, où l’exportation eft beaucoup moindre > de maniéré qu’on ne peut porter l’extradion aduelle réduite à un feul quartier, à plus de 6 00000 bennes par an.
- 176. La confommation de charbon en gros dans le voifinage des mines, porte non-feulement fur les ouvrages en fer, mais encore fur différentes applications qu’on fait de ce fofîile aux mines de cuivre de Saint - Bel, & fur les verreries établies auprès de Lyon. On peut évaluer a 200 bennes environ, ce qui fe confomme en charbon de Rive-de-Gier , propre à la forge, dans les atteliers des maréchaux, foit à Saint-Bel, foit à Cheffy, pour les outils, fers de machines, &c. Quoique les deux carrières ouvertes à Sainte-Foi l'oient travaillées affez irrégulièrement, elles fournilfent à plufieurs endroits de la province, aux fours à chaux, pour les maréchaux de l’Abresle, de Bullis. Pour différens ufages relatifs aux travaux de la mine de Saint-Bel, on en emploie environ mille charges (a) de ces deux carrières. On s’en fert aufli dans les différens atteliers, pour le chauffage des ouvriers, & à la montagne de Pilon, lieu de la mine, au grillage des pyrites dont on fait la coupe-rofe, &c. Depuis quelques] années , la confommation annuelle des charbons , torréfiés ou réduits en coaks, a été portée dans les fonderies de Saint-Bel , à environ 4000 bennes, pefant, au dire de M. Jars, entre deux cents & deux cents vingt livres (b). Il fe fait encore une grande confommation de
- particuliers de Rive-de-Gier, Saint - Genis , (à) La charge portée à dos de mulet, eft
- & autres. lien eft de même de ladépenfe de 300 livres environ, de la fouille d’un puits ordinaire; elle ne (6) Il y a ici quelques obfervations à faire coûte pas çooo livres. fur ce poids; il parait d’autant plus fort,
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- eharbon dans les deux verreries établies au-deffous de Lyon, fur la rive droite du Rhône, l’une à Pierre-Bénite, l’autre à Givors, à l’embouchure du Gier dans ce fleuve.
- 177. Sept fonderies établies entre Saint-Chaumont & Rive-de-Gier, con-Comment 900 bennes de menu charbon (a), mais trois de ces atteliers fe pourvoient aux carrières exploitées à Saint-Chaumont, à côté du château. Il eft à remarquer qu’ils font bien plus à portée du Mouillon. Sans doute la mefure fidelle ou plus avantageufe de Saint-Chaumont, eft un appât pour ces confommateurs. Il n’en faut pas davantage pour écarter ici le foupqon de caprice de leur part ou de prévention contre le charbon qu’ils 11’emploient pas; mais il paraît que le bénéfice de la mefure qui fe fait au jour, article eflentiel à fe rappeller, n’eft pas encore la feule railbn de cette préférence donnée aux mines de Saint - Chaumont ; les entrepreneurs de cet endroit ont, comme à la Varizelle & à Saint-Etienne, la réputation d’ètre honnêtes, em-prelîés à fatisfaire les acheteurs & le public. Au Mouillon, on fe plaint généralement de la peine que l’on a d’obtenir du charbon. L’extradion n’y étant pas allez abondante , parce que les conceftionnaires ou leurs fermiers s’en tiennent à l’exploitation des carrières qu’ils ont trouvé ouvertes, les maréchaux, les forgerons & cloutiers n’en ont que très-difficilement; ils perdent des jours entiers à la carrière en y attendant leur charbon ; les particuliers même de Rive-de-Gier, qui ne tiennent pas à la conceffion, ne peuvent fouvent en avoir pour leur chauffage ; ils font réduits à payer, chez le particulier qui l’emmagafine à Rive-de-Gier , vingt fols la benne du même charbon qu’ils auraient acheté cinq ou huit fols trois deniers à la carrière, c’eft-à-dire, à deux portées de fufil. Les muletiers de Rive-de-Gier, Saint-Genis & des environs, contribuent beaucoup au défordre ; dans tous les tems il y en a un grand nombre aux carrières, ils veulent avoir leurs chargemeus les premiers; ils fatiguent & rebutent les perfonnes du pays qui viennent demander leur provifion, & qui fouvent s’en retournent à vuide. Dans les tems où les eaux, la force, ou d’autres caufes diminuent encore l’extraction déjà infuffifante, ces muletiers occadonnent des querelles fans nombre, des tumultes, qui vont fouvent jufqu’à des fcenes fanglantes. L’autorité publique a bien cherché à prévenir une fource d’abus : le prix du charbon a été fixé; la contenance de îa benne l’a été de même par un étalon dépofé au greffe de la fénéchauffée. Qui pourrait douter que ces lages précautions n’affurent folidement & invariablement, d’une part, le bon ordre, la tranquillité; de l’autre, la jouiffance facile & commune d’une production fur laquelle les vœux
- que ces charbons torréfiés font moins lourds dans les,forges; le charbon grêle fe brûle que le charbon à pareil volume. tout uniment dans les poêles & dans les
- (a) Le menu charbon eft feul employé grilles,
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- de l’état & des provinces fe réuniffemt pour en defirer l’abondance? Ce négoce néanmoins n’eft pas, fur aucun de ces points , plus avancé à Rive- de -Gier , que dans la plupart des endroits où l’extraction & le commerce font exclufi-vement aliénés en faveur de quelques particuliers fous la condition exprelfe de faire mieux que les propriétaires ; & ce canton éprouve que la prudence du gouvernement n’a encore oppofé que de faibles barrières à des poifeifeurs qui, par - tout où ils font intiallés , fe montrent extrêmement difficiles à contenir dans les limites qui leur font fixées par leurs privilèges.
- 178. Sans vouloir en aucune maniéré approuver ni juftifier ce qui peut être coupable dans la conduite de propriétaires mécontens contre des étrangers que des vues fupérieures portent le miniltere à favorifer, il elt démontré par une expérience répétée en plus d’un endroit, que ces compagnies, non contentes de n’avoir plus de concurrens à appréhender, ont encore , foit par le ton & la conduite abfolue avec lefquels elles exercent leur privilège , foit par la licence qu’elles s’arrogent d’interpréter leur titre de con-ceflion , ont encore , dis-je , l’adrelfe de fe rendre formidables dans tout leur voifmage, pour franchir les bornes dans lefquelles elles font reftreintes ; ce qui étouffe dans des cantons où le droit ne s’étend pas jufqu’à l’envie de faire des recherches , l’idée de mettre en valeur ce que la nature y a placé. Il eft facile, d’après ce tableau en raccourci des effets que produifent le plus ordinairement les conceffions , de juger fi ce font là les intentions du miniftere. C’eft ainfi que dans différens territoires de la paroiffe de Saint-Martin, à la Ca-tonniere, au grand Floin, dans la paroiife de Saint- Scnis-Terre-noire, dans celle de Saint-Pi.ul-en-Jar.et, on connaît des mines de charbon de terre; mais aucun des maîtres des terreins n’ofe fe hafader d’ouvrir des puits , même à trois quarts de lieue du Mouillon ; ils craindraient de fe voir enlever le fruit de leurs travaux, fans aucune efpece de dédommagement de leurs frais. On avouera que ces inquiétudes ne font pas deffituées de fondement, puifque, nonobftant l’arrêt qui ne comprend dans le privilège que les mines avoifinies parla galerie d’écoulement propofée, les conceffionnaires ont envahi les carrières à demi-lieue , qui ne tirent & ne peuvent tirer aucun avantage de ce canal; puifque d’ailleurs l’étendue de cette demi - lieue eft très - incertaine , & prête matière à difpute , félon qu’on voudra l’eftimer , ou par le point d’où on la fait partir, ou par le nombre plus ou moins grand de toifes qui com-pofent l«s trois elpeces de lieues en ufage en France , ou par la maniéré de les mefurer ou fur le terrein, ou en ligne droite, & comme l’on dit, àvold'oifeau.)
- Ujages particuliers auxquels on emploie le charbon de terre dans le Lyonnais.
- 179. Parmi les arts auxquels le feu de charbon de terre eft appliqué dans les environs de Lyon, j’ai indiqué celui de cuire la chaux. En plu-
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- fieurs endroits le long du Rhône, on rencontre de ces fours où l’on cuit à petit feu différentes fortes de pierres, félon que ces fours font à portée d’une efpece ou d’uile autre. Dans le voyage au Mont-Pilat, par M. de la Tourette (a), on trouve une très - bonne remarque fur ces pierres & fur celle dont on fait auffi de la chaux dans la plaine du Forez avec du charbon de Saint-Etienne : ce qui a rapport au procédé de la calcination eft fuffifamment éclairci dans M Ait du chaufournier, par des notes très-intéref-fantes qu’a fourni M. Seillier, ingénieur des ponts & chauffées de la généralité de Lyon , & qui font accompagnées de la figure de deux de ces fours, mais fans explication. Cette partie de l’art du chaufournier fubfti-tuant au feu de charbon de bois celui du charbon de terre , peut permettre quelques détails dans un ouvrage où ce dernier combuftible eft confidéré fous les différens afpecfts capables de faire naître des idées pour en rendre l’ufige plus commun. Toutes efpeces de pierres n’étant peut-être pas d’ailleurs également propres à être réduites en chaux par le feu de charbon de terre, qui dans tous les fours de cette province eit appliqué à quelque pierre que ce foit, il convient d’indiquer celles de ce canton que l’on fait cuire dans ces fours : je donnerai enfuite la eonftruélion détaillée d’un de ces fours, dans lefquels on faifait il y a cinquante ans la chaux avec des cailloux du Rhône à Condrieu ; & je finirai l’hiftoire du charbon de terre dans cette province par l’ufage que l’o» en fait pour les befoins domeftiques.
- Notice des pierres que Von réduit en chaux dans les fours établis le long du Rhône : confiruclion d'un four ou l'oit cuit des cailloux de ce fleuve pour faire de la chaux ; maniéré de gouverner cette calcination.
- 180. Deux efpeces de pierres font employées fur le bord du Rhône à faire de la chaux : la première eft nommée choin {b') ; elle vient par ce fleuve des carrières du Bugey, fituées le long du Rhône, qui en entraîne quelquefois avec lui des montagnes. La fécondé pierre n’eft qu’un caillou*, ou galet du Rhône (c) , qui à caufe de fa grande dureté ne pourrait fe réduire en chaux avec le feu de charbon de bois ; c’eft par néceflité qu’on y emploie le charbon de pierre , dont le feu eft plus vif. Cette chaux eft d’un
- (a) Voyage au Mont-Pilat dans la pro- fignifier une forte de pierre dure & de vive vince du Lyonnais, contenant des obferva- roche, qui peut être polie comme le mar-tions fur l’hiftoire naturelle de cette monta- bre; & en effet, c’eft une efpece de marbre gne,& des lieux circonvpiftns, fuivies du groflier, fufceptible dépoli, catalogue raifonné des plantes qui y croif- (c) Voyez les remarques de-M. Seillier fent, 1770. fur ces galets, dans 1 Art du chaufournier,
- (h) Ce mot fe trouve dans Pomçt, pour
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- plus beau blanc que l’autre, qui peut fe cuire facilement avec du charbon de bois, & pour laquelle il faut un quart moins de ce charbon, & un tiers moins de tems.
- igi- Le four employé à la cuiifon de ces cailloux, doit avoir lix pieds & demi de hauteur hors œuvre, & être pavé en-dedans: il faut qu’il ait douze pieds & demi de largeur au-delfus,à mefurer au milieu , compris l’épaif-feur de la muraille ; de ces douze pieds & demi, il y a autour du four qui eft au milieu, trois pieds de bande ou de bord, qu’il faut paver à chaux. La gorge du four doit avoir flx pieds & demi d’ouverture en-haut, à mefurer au milieu ; elle va en diminuant jufqu’au fond , où il ne doit avoir que trois pieds de large au milieu. Dans cette largeur de (ix pieds & demi, le tour du four elf de pierre de taille & élevé d’environ quatre pouces en montant, pour retenir les cailloux : dans le fond & au milieu du four, il faut planter une pierre de taille de huit pouces en quarré, qui fait un pied hors œuvre ; il faut la choifir telle qu’elle rélîlfe au feu. En conftruiiant le four, il faut y faire, à des diffances proportionnées, quatre petites voûtes qu’on appelle gorges, qui fervent de foupiraux au four, & par lefquelles on tire la chaux à mefure qu’elle Cuit. Ces quatre gorges doivent avoir près de quatre pieds de Jiauteur, trois pieds de largeur à l’entrée & trois pieds de largeur dans le centre. Le four conffruit dans ces proportions & dimenfions, eft de contenance à cuire trente muids de chaux , qui confomment au moins vingt bennes de charbon de pierre, mefure du pays.
- i8^- Les cailloux qui doivent fubir la calcination, doivent être d’un certain volume ; quand ils font de beaucoup plus gros que le poing , on les caife en deux ou en trois à coups de marteau , & en les plaçant comme nous allons le dire, on entre-mêle les cailloux médiocres avec les plus gros , pour qu’ils foient bien rangés & garnis le mieux qu’il eft poliible. Il faut mettre autour de la pierre qui eft droite dans le fond du four, du gros bois bien fec d’un pied de long , qui eft la même hauteur de la voûte des quatres gorges dans le fond, le pofer tout droit autour de la pierre , & le prelfer tant qu’on peut, de forte que ce bois rempliife tout le fond de ce four autour de la pierre j par-delfus ce bois on met une petite corbeille pleine de menu bois bien fec, qu’on appelle clapont ; au-delfus de ce clapont, la valeur d’une benne ordinaire du plus gros charbon de pierre qu’on aura , qui iera rangé auiîi ferré que faire fe pourra. Au-delfus de ce charbon, il faut mettre cinq pouces de hauteur de cailloux, enfuite du charbon de pierre de médiocre grolfeur, même du menu en-dedans , feulement pour couvrir les cailloux. On continue cet arrangement jufqu’à ce que le four foit raz , ayant attention de bien applanir les cailloux & de ranger les petits entre les gros, enforte que toutes les rangées de cailloux ne portent que cinq pieds de hauteur. Le four étant raz,
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- on y ajoute un Ht de charbon , de maniéré que les cailloux ne paraiflent point, & on le couvrira de cailloux rangés en pyramide qui aura au milieu environ fix pieds & demi de hauteur. En cet état, on met le feu au four par-deffous une des gorges feulement; & lorfqu’ileft bien allumé, on lailTeracuire la chaux fans y toucher. Lorfque le feu commence à paraître au-deffus de la pyramide, c’eft une marque que la chaux qui eft au fond du four eft cuite : on commence à la tirer par les quatre gorges avec un fer appelle râble. Dès que le feu fort par les gorges & qu’on s’apperçoit que les cailloux font encore rouges en les tirant, il faut ceffer pour quelques heures ; enfuite on continue de tirer par intervalle la chaux, tant que le feu ne fort point par les gorges & que les cailloux ne parailfent pas rouges.
- 18}. Après avoir commencé de tirer de la chaux, & pour que la pyramide du deifus puilfe cuire, il faut Papplanir & y mettre par-delfus un lit de charbon de pierre, enforte que le caillou 11e parailfe point. Si l’on veut faire delà chaux fans interruption, lorfqu’environ le quart du four fera vuide , on fuivra la même faqon pour continuer de le remplir de nouveau, en obfervant d’y mettre le charbon le premier, enfuite un lit de cailloux , & de continuer jufqu’à la pyramide ; mais il faut toujours avoir foin de ceffer de tirer la chaux du moment que le feu fe montrera par les gorges, & que les cailloux en fortiront rouges.
- Poêles économiques, à tuf âge des pauvres, pour fe chauffer & pour faire une
- petite cuifne.
- T 84* Depuis près de vingt ans , l’ufage de fe chauffer à l’aide des poêles avec le charbon de terre eft fort multiplié dans les petits ménages ; les cendres leur font encore une économie en les faifant repafler au feu comme on fait à Liege des cendres de téroule. Quand il y a un brafier bien ardent, & que le poêle rougit, on mouille ces cendres pour en faire un mortier que l’on place fur le feu avec une pelle ; cela s’appelle faire une pâte au poêle. Ce mortier s’échauffe, rougit par degrés, & retient la chaleur.
- 185- Beaucoup de pauvres familles tirent parti de ce feu de poêle, pour y cuire & apprêter leurs nourritures d’une maniéré aufîi commode qu’induft trieufe ; ces poêles font de différentes grandeurs & de différentes formes ; les quarrés font faits avec des plaques de fonte jointes enfemble fur les angles, mais toujours avec la même difpofition. M. Predavin, chirurgien de Lyon, a eu la complaifance de m’envoyer le defîîn d’un de ces poeles ; la defcription d’un de ces meubles utiles auxindigens, paraîtra fûrement auflî intérelfante que celle du poêle le plus fomptueux ; il eft compofé de trois pièces principales, fans y comprendre le chapiteau ou le couvercle. Voyez fig. 2 , pi. XXXI.
- i La première piece A , montée fur trois pieds, eft un cul de poète
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- qui ne tient lieu ici que de cendrier, dont la porte eft en a; la féconde picce B, eft une efpece de marmite en maniéré de chauderon, dont I’qu-vepture eft renverfée fur l’ouverture de la marmite A.; c’eft celle qui fert de foyer au moyen d’une grilie placée en-dedans vers l’endroit où ces deux pièces font jointes enfemble par un cercle de fer b ; on voit la porte du foyer eiu, & du côté d la fumée s’échappe par le tuyau e; la troifieme partie C de ce poêle qui eft fupérieure , s’appelle la cuijlne, à caufe de fon ufage ; on en représente la coupe feulement pour la facilité de l’intelligence ; elle eft en tôle & formée en efpece de chapiteau qui couronne le foyer /, fur lequel on pofe tout ce que l’on veut faire cuire, comme la foupiere g; elle eft terminée par un couvercle h, dans lequel eft pratiqué un petit trou i, pour laiifer échapper la fumée des nourritures qui cuifent.
- 187. Cette pratique, quelque limple qu’elle foit, mais fuivie fans interruption par le peuple de ce canton , fufage qu’on y connaît aufïi de brûler le charbon de terre dans des grillages à découvert, doivent être regardés comme un acheminement à un emploi plus étendu de ce foffile, ailleurs que dans le voifinage de ces carrières. C’était avec raifon l’idée des per-fonnes qui m’ont fait palfer des terres graifes & des charbons de Rive-de-Gier, pour les examiner, fixer les proportions à obferver dans cet apprêt, &c. Ce foffile pouvant être utile pour le chauffage des grands atteliers, des'grandes communautés &pour lescuifines, je vais rendre compte de mes expériences.
- Effais de fabrication de charbon de terre de Rive -de - Gier, avec des terres
- des environs de Lyon.
- 188. Entre les terres qui pourraient être appliquées à cet apprêt, comme différentes terres a four, 011 n’a pu m’envoyer que de celles que l’on trouve à Givors & à Pierre - Bénite , qui font terre à foulon & terre àfaïance. Elles ne font pas mauvaifes ; la perfonne qui me les a procurées croit qu’elles ne reviendraient pas à plus de trois fols les cent livres : ces deux terres font formées par des dépôts de quelqu’efpece que ce foitî j’en juge par l’uniformité du grain & par la fineffe de la partie fableufe qu’elles contiennent.
- 189. L’une eft blanchâtre & happe à la langue comme une marne ; elle fait une violente effervefcence avec les acides ; au feu elle ne fe durcit pref-que point5 dans l’eau elle fe gonfle en s’y délayant, & lorfqu’elle a été calcinée , l’eau fe couvre d’une pellicule j enforte que cette terre peut être regardée comme un mélange de craie & d’argille, dans lequel la fubftance argilleufe eft la moins abondante. L’autre terre eft de couleur grife cendrée j elle ne prend que peu à la langue ,fe durcit aifément au feu en fe détruifant; avec les acides elle fait une très-légère effervefcence & fe délaye prompte-
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- ment dans l’eau comme l’argille ; elle fe laide pétrir aifémenfc, prend en peu de tenis la confîftance de pâte, & conferve la forme qu’on lui donne. Elle tient un fable cryftallin d’une extrême fineife ; elle paraît être line ar-gille qui, pour avoir été trop lavée , a perdu de fa ténacité ; par conféquent dans le cas où on l’emploierait, il faudrait avoir une grande attention pour le degré d’humectation qu’on lui donnerait: l’expérience feule , guidée par les détails particuliers que nous ferons entrer dans la quatrième fedion , relativement à cette fabrication, donnera fur cela le véritable point. Aux environs de Thain, vis-à-vis de Tournon, on pourrait employer une des terres qui le trouvent dans la fouille d’où l’on tire la terre à pipes.
- 190. Pour ce qui eft du charbon de terre, on a vu , par l’examen que j’en ai fait en obfervant les phénomènes de la combuftion, qu’il y a ppu à choifir : s’il était polîible d’avoir toujours bien fûrement du menu charbon de la bonne mine, il conviendrait fort, il pourrait être mis fur - le - champ en œuvre , & pourrait ne comporter qu’un fixieme de terre graife. Celui dont j’ai fait une fécondé & troifteme efpece , doit abfolument être exclus, & je crois que le triage peut s’en faire à l’œil.
- 191. Reste le peyrat ; mais il comporte de toute néceffité une main-d’œuvre avant d’être fabriqué. On doit fe rappeller qu’il fe trouve naturellement entre-coupé & femé de beaucoup de gorres : la mauvaife exploitation qui entreprend fur le toit & fur le plancher de la carrière, qui par-là produit des galeries dont l’élévation excede l’épailfeur du banc ou du malîîf du charbon en détachant des couches du toit& du plancher auxquelles tenait le charbon, ajoute à ce mélange défedueux de gorres, une quantité de portions des enveloppes de la mine, qui font un déchet confidérable pour l’acheteur, & qu’il n’eft pas aifé de détacher du charbon grêle, ni du charbon peyrat. Ces nerfs ou gorres & ces pierres de toit ne produifent point de feu ; & en général, le charbon qui tient à ces matières , eft peu inflammable & de médiocre qualité.
- . 192. Il faut donc en retrancher ces deux matières de rebut, & li cela fe
- peut, faire ce triage avec un grappin a la lîmple vue, comme on peut trier la fécondé & la troifieme efpece que j’ai établies, qui pourraient bien appartenir au voifinage des enveloppes de la mine. En faifant ce triage à l’aide des mafles pour cafter le peyrat, il fera bon d’ufer de ménagement, pour éviter de faire entrer beaucoup de gorres en petits morceaux. La maife du charbon toute réduite en menu, avec le moins poffible de ces matières fchifteufes, on procédera à ro;i mélange avec la terre graife : différens charbons qui m’ont été envoyés de Lyon, & dans lefquels j’avais fait ce choix foigneufement, m’ont fervi à faire des briquettes ou pelotes de deux efpe-ees : deux boifleaux & un quart (a), mêlés avec prefque un demi-boif-
- (a) Mefure de Paris.
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- feau de la pâte blanche faifant le cinquième, m’ont donné des pelotes qui fe font enflammées promptement & librement , & qui ont flambé une bonne heure en fe collant un peu, & fans donner d’odeur marquée. Deux boilfeaux mêlés avec quatre litrons de pâte grife, faifant un iixieme de pâte , ont donné des pelotes qui, mifes fur la braife des premières , fe font allumées promptement.
- Beaujolois.
- 19?. Ce petit pays, au nord du Lyonnais & au midi du Mâcon nais , entre la Saône & la Loire, eft heureufement fitué pour le débouché de fes mines ; elles ne laiflent pas d’être nombreufes pour une étendue de terrein bornée à dix lieues de longueur fur huit de large. Je ne connais ces carrières de charbon que par l’ouvrage de M. Aleon du Lac- ; en les citant d’après lui, j’indiquerai plus précisément les endroits qu’il nomme paroifle de S. Cyr-le-chât&au. A Laye, fur la riviere de ce nom, 011 reconnaît des vertiges de fouille. A S. Symphorien , dit S. Symphorien - de -Lay , à caufe de fa proximité de Lay , on apperçoit des indices de charbon de terre : cet endroit eft fur la petite riviere de Gan, à trois lieues de Roanne, & à neuf de Lyon , fur le grand chemin de Moulins, entre la montagne de Lay , & la montagne de Tarare qui fépare le Lyonnais du Beaujolois. A Reygny , fur la petite riviere d’Us > à l’endroit où cette riviere reçoit celle de Reins. A Montagny , de l’autre côté de Roanne , dans une efpece de petite prefqu’isle formée par deux ruilfeaux qui vont former une feule branche pour fe jeter dans la Loire à Villeneuve. Dans la paroifle des Sauvages.
- 194. A. Mais les indications des mines de cette province, puifées dans l’ouvrage que je viens de citer manquant par l’exa&itude, on ne peut fonpçonner de charbon qu’à Lay, & à S. Symphorien. Feu M. Jars, de l’académie des fciences, fut vifiter quelques années avant fa mort, le terrein auprès de la ville de Lay, & encouragea à des travaux que les eaux forcèrent d’abandonner. On a ouvert des puits fur les bords d’un ruifleau en fe rapprochant de S. Symphorien \ mais le peu de charbon qui en eft provenu , était imparfait , brûlait à peine , & ne pouvait fervir à la forge : les mêmes obftacles ont fait interrompre cette entreprife. )
- Haut-Dauphiné.
- 19^. Outre les mines qui font connues depuis long-tems dans cette province , & que j’ai indiquées dans la première partie de mon ouvrage , la Gazette d’agriculture & du commerce ( a ) a annoncé, il y a près de deux
- (a) N°. 91, page 721, 12 octobre 1731.
- ans,
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- ans, la découverte de plufieurs nouvelles carrières dans des cantons où l’on n’en connailïàit point. J’ai rencontré, pour avoir des échantillons & des éclairciffi. femens fur ces mines , les mêmes difficultés que j’ai eues dans nombre d’endroits. Ainfi je ne donnerai ici que ce qui eft rapporté dans cette Gazette -touchant ces nouvelles mines qui font bien importantes pour une proe vince où fe^fabriquent quantité d’ouvrages en fer, en acier, & particuliérement des canons & des ancres.
- Graijiyaudan.
- 196. “ Paroisse de Laval, au-deffus du village de la Boutiere , à quatre „ lieues à l’orient de Grenoble (Vf M. Gérard, bourgeois d’Allevard, a décou-„ vert en 17 plulieurs veines, dont une a huit ou neuf pieds de large (A) ; „ le charbon'en a été éprouvé par les ferruriers, & ils font trouvé d’une ,, bonne qualité. Paroiffe de la Ferrure, diftrict SêAllevatd ( c ) , au lieu de „ Vaujalas , à huit lieues à l’orient de Grenoble , veine ayant à la furface „ deux pieds de large , & dont le charbon eft de bonne efpece , découverte ,, auffi par M. Gérard en 1767. Dans la montagne des Soyeres, communauté „ de S. Barthélémy, à trois lieues au fud de Grenoble , & à une lieue au ,, fud de Vizilles ( d), mine dont le charbon eft employé par les ferruriers ,, & par les maréchaux. Le fieur Micoud , négociant à Grenoble , qui la „ découverte en 1770 au mois de juillet, a obtenu gratuitement un arrêt du „ confeil, en date du 17 mars 17?!, qui lui en adjuge l’exploitation pen-„ dant trente années , ainfi qu’a fou affocié ; on l’a» exempté même du marc „ For & des frais du fceau. Ce trait eft une preuve que le gouvernement ,, fait des efforts pour rétablir les vrais principes du droit public, en favori-,, fant ainfi la libre exploitation des mines. Au village de la Motte (e), ce „ charbon s’eft introduit depuis cinq à fix ans 3 à Grenoble, pour les poeles, ,, il coûtait au commencement douze fols le quintal, il en vaut actuellement
- (cl) Entre l’Ifere & la petite riviere de Bord, du côté de la SaVoye.
- (b) J’ignore fi par ce mot qui fe trouvera répété, on a entendu l’épaifTeur.
- (c) Dans la montagne d’Allevard eft la principale mine de fer de Dauphiné, doux, fans paille, d’une excellente qualité, facile à limer & à forger, d’où on l’appelle/er à forge.
- y ( d) Ancienne réfidence du connétable de Lefdiguieres, fur la petite riviere de Romanche, qui va fe jeter dans la Loire Jau-Tome Xn.
- deffous de Grenoble: c’eft à Vizilles quefe fabriquent les faux & les faucilles.
- (e) Même territoire que la précédente, fur le Drac, qui va fe rendre dans la Romanche, à trois lieues au fud de Grenoble , un peu au-deffous de Vizilles. Ce village de la Motte eft encore remarquable par la fontaine minérale qui eft tout près. Dans la quatrième fection je donnerai la façon d’imiter parfaitement ces eaux médicinales qui font grades & bitumineufes, recommandées pour les maladies de la matrice.
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- „ vingt-quatre : on prétend que cette mine fournit depuis plus d’un fiecle. „ Montagne au-dej[us de Voreppe , val des Charbonniers, diftante d’un quart de „ lieue de S. Laurent-du-Pont, à trois lieues & demie au nord de Grenoble, „ veine découverte en 1770 par M. Lambert, qui en a pris poffeflion & s, en a fait faire la fouille. Ce charbon eft flambant, & retfemble à de la „ poids ; mais au rapport du fieur Micoud , il a le même défagrément que s, le fuivant. A Pommiers, au - delfous de Voreppe , à deux heures de che-„ min, au - delfous de la mine précédente, M. Beylié a découvert, il y ,, a environ douze ans, une veine jle charbon qu’elle donne paraît être un „ amas de bitume j il a une odeur extrêmement défagréable & puante, (a)
- Gapençois.
- „ 197. Paroisse de Montmaur, à trois lieues à l’orient de Gap , une „ veine de trois pieds de largeur dans fa furface près la terre, découverte ,, en 1771 par M. Gérard ; ce charbon a donné une flamme de deux pieds „ de haut (£) , blanche & fans odeur fenfible. Paroilfe de VEpine ^ dans un 3, ravin à deux lieues au nord de la paroilfe de Serres , & à fept lieues au „ nord de la ville de Sifteron, veine d’environ un pied à la furface de la ,, terre, découverte par le même en 1771 ; le charbon en paraît de bonne „ qualité. „
- Provence.
- 198. Le charbon de* la mine de Pépin, près d’Aubaine fur la Veaune , dont j’ai parlé, eft très-beau à l’œil3 mais au feu il donne une odeur & une fumée déplaçante , qui m’a femblé, toutes les fois que j’ai voulu l'examiner, approchante de l’odeur que donne Je couroy ou fpalme encore fraîchement fait : cette propriété que je n’ai encore reconnue dans aucune efpece de charbon, eft une exclusion décidée pour l’employer ailleurs que hors de l’enceinte des villes. A une petite lieue d'Oriole , près du château de Peynier, on a trouvé à dix pieds de profondeur un banc de charbon de trois pans & demi. L’eau a empêché de reconnaître le refte de fon épaiifeur. II. y a eu aufli un puits ouvert à la maifon de campagne de M. Velin. On doit ajouter a cette lifte les endroits qui n’ont pu être indiqués que dans la table de la première partie, comme dans la principauté d’Orange, à Piolene. Piolens ou Pioulenes, entre Orange & Mormas : le charbon s’y exploite fort aifé-ment ; il ne coûte pas cinq fols le quintal ; on l’emploie dans la manufacture d’Orange à chauffer les fourneaux.
- ( a. ) Je foupçonne que ce n’eft point un véritable charbon de terre.
- (b) Ceci aurait befoin d’être éclairci.
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- Comtat VenaiJJîn.
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- 199. Aux confins du Dauphiné, à Venafque , autrefois capitale de ce comté , diftant de Carpentras de deux lieues. A S. Didier, petit village à portée de Venafque; on ne fait point ufage du charbon de cet endroit. Au château de LaJJecour, près de Bagnols , fur la petite riviere de Ce^e ou Sci^e , à deux lieues du Pont-Saint-Efprit, on avait commencé l’exploitation d’une mine de charbon.
- Languedoc.
- 200. On connaît des mines de charbon de terre dans la baronnie âeBouf-fage, entre S. Gervais & Lodeves, à peu de diftance de la riviere &Orb. M. l’abbé de Sauvages , de qui j’ai emprunté dans la première partie quelques détails fur celles d’Alais (a), me fournit ici ce qui a rapport à l’objet que je traite dans cette fécondé.
- 201. tc Les galeries des mines du Languedoc n’ont pour l’ordinaire que ,, deux ou trois pieds de largeur fur cinq de hauteur ; elles ne font étanconnées ,, que vers l’ouverture qui eft en terre ; mais elles ne le font point dans „ la malfe du charbon : on fe contente de creufer la galerie en arc , & il ,, s’en trouve qui, depuis cent ans, fe font foutenues inébranlables, fans j, que les eaux aient pénétré les premières couches de charbon. Dans les „ mines d’Alais on ne fait de diftin&ion du charbon de terre, que par j, l’ufage auquel on l’emploie ; lavoir, de celui qui fert aux forges , qui eft „ le plus enfoncé, & celui qui fert à la cuilfon de la chaux, qui fe tire au-„ delfous d’une toife de profondeur ; il eft aufti d’un prix inférieur : à la „ vue ils ne parailfent point diiférens l’un de l’autre. Celui pour les forges „ fe convertit au feu en maffes dures, qui fe mêlant avec les fcories du „ fer s forment au-delfus du feu des croûtes fermes, Ipongieufes, connues „ fous le nom de mâchefer. Le charbon pour les fours à chaux, fe réduit „ au feu en terre rougeâtre , très - friable. Il contient un foufre plus déve-,5 loppé, moins fixé par l’acide vitriolique ; c’eft pour cela que les forgerons „ n’ont garde de l’employer ; il fond fouvent leur fer dans la forge, ou „ bien il le brûle. Le lavant hiftorien penfe que les mines de fer & de char-„ bon de terre du Forez 5 pourraient être une continuation de la veine de „ terre d’auprès d'Alais, qu’il a décrite dans le volume des Mémoires de
- l’académie , année 1745 , & qui s’étend du midi au nord. „
- 202. Dans le fond de quelques ravines, près de Servas, au-deflus d’un rocher d’afphalte, M. de Sauvages (h) a obfervé entre des couches de fable,
- (a) Mémoires de l’académie des fciences , ann. 1747 , page 701.
- ( b) Volume des Mémoires pour l’année 1746, page 720.
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- des lits d’une matière qu’il nomme une efpece de charbon fojjlle ou de bitume, dont la-furface etl couverte d’une légère couche de débris de limaçons ordinaires , qui ont confervé le luifant de leur vernis. Quoique les chaufourniers fe fervent de cette matière pour cuire la chaux, le (avant naturalifte avertit expreffément de ne point la confondre avec le charbon de terre ; fa defcrip-tion renferme même un des caraéteres que j’établis pour différence entre ce qu’on doit & ce qu’on ne doit pas appeller de ce nom. Lorfque j’en ferai à examiner les différentes fubftances qui préfentent une reffemblance avec le charbon de terre, je ferai ufage de l’obfervation importante de ce phy-ficien, pour ranger dans fa vraie clalfe ce charbon follîle imprégné d’un bitume grolfier & fétide, qui me parait être du charbon de bois tourbe.
- [ Velay.
- ' f 20y M. de Fanjas, dans fon Hiftoire des volcans éteints, aobfervéque les montagnes que l’on trouve avant d’arriver à Janjenes , éloigné d’Aubenas de deux lieues , font compofées d’un fchiffe noir un peu micacé, qui fucce-dent à des rochers de granit, & que ces fchiftes renferment de tres-bonnes mines de charbon , dont l’exploitation eü: en général mal dirigée.
- 204. Au bas de Mezine, du côté d’une maifon appellée VAubépine /appartenant à M. de Chambeilard , fous uti pavé des géans, il y a une mine de charbon de terre , qui a été ouverte fous les prifmes même , repofant à nu. fur le charbon, fans percer au travers de la mine comme s’ils étaient venus par coulée fur cette couche bitumineufe. La coulée inférieure de lave , ou plutôt la barre des primes, au rapport de M. de Fanjas, repofe fur une couche mince, d’une fubftance argilleufe, d’un gris foncé , difpofé horizontalement: à cette couche en fuccede une également horizontale de charbon de terre, de trois pouces d’épaiffeur, grofîier & de mauvaife qualité. Vient enfuite un lit d’argille grife, enfuite un banc plus épais de charbon de meilleure qualité, puis de l’argille & encore du charbon enfuite.
- 205. Voila ce que M. de Fanjas a pu obferver dans une galerie chaffée fui vaut la direétion de la couche , jufqifà 90 ou 100 pieds , & élevée d’une douzaine de pieds ; l’eau a gagné l’ouvrage , & l’on ne peut voir les bancs inférieurs ; la mine n’eft point fouillée par un puits. En face de cette galerie dans la partie oppofée, & au delà Riviere, il y avait une autre tranchée beaucoup plus profonde, d’où l’on tirait du charbon excellent; mais comme les galeries étaient mal étançonnées, il s’y eft formé des éboulemens confidérables , qui-ont entraîné la ruine d’un beau pavé, fermant aujourd’hui l’entrée de la mine. Malgré l’incommodité de l’eau, en obfervant les différentes couches d’argille & de charbon qui fuccedent au bafalte , on reconnaît que les premiers lits de charbon reffeniblent par leur poütion & par la maniéré dont
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- ils font difpofés, à une fubftance argilleufe qui aurait été fortement imprégnée de bitume : l’arrangement des couches qui fe prolongent très-avant dans h montagne & fous 4e bafalte, annonce que la formation de cette mine eft due aux eaux. En examinant avec attention les premiers lits de charbon dans la mine , on les voit fe former en couche mince, qui fe prolonge d’une maniéré égale & horizontale, ne refîemblant ablolument qu’à un lit d’argiîle bitumineux; des feuillets de ce lit d’un ou deux pouces d’épaiifeur, expofé à l’air , deviennent, à mefure qu’ils perdent leur humidité, légers , poreux & absolument femblables à du bois foflile changé en charbon. J
- Haute Guienne.
- Rouergue.
- 206. Les mines que j’ai indiquées pour cette province dans la première
- partie de mon ouvrage , d’après feu M. Hejlot, font dans un petit territoire diftingué par le nom de Segalaoù l’on ne, fème que du feigle, borné d’une part par un canton appellé Cau(fe, & d’une autre par un quartier appelle Val-ion ; le dillrict de ces mines eft du mandement diAlpin (a) , entre une petite riviere qui prend fa fource à Glaffac, & le Raot venant de Scandolieres , îeÛ quelles vont toutes deux fe jeter en une branche dans le Lot, en face de Bouit-lac. Depuis la rive du Lot qui eft en face de Levignac, jufqu’à FirmiQ))^ on ne trouve que des charbonnières ; attenant ce dernier endroit fur - tout, on ne peut faire un pas fans ap percevoir de ce.foflile ;dans beaucoup d’endroits on n’a pas befoin de creufer pour le reconnaître. Les extradions les plus con-lidérables datent de trente, quarante.ou, cinquante ans ; on pourrait y compter une cinquantaine de fouilles. ,.-j
- 207. Une maffe très-étendue de charbon de ce quartier, eft minée par un embrafement fouterrein. La première époque de cet incendie n’eft point connue ; mais il paraît qu’elle,remonte fort haut-;' la montagne dans laquelle eft fituée cetttnmine, entre Aubin & Cranfac , appellée tantôt montagne du Mon-, tet,, nom du village attenant, tantôt Sçedalïe , eft citée dans les anciens ades , fous la dénomination del pueche Ardent (c) ; c’eft à quelques toifes de cette
- ' i 1 ‘ 1 * V ' ' * f
- (a) Dans les cartulaires & dans les , (b) Mal écrit Fourni dans la première
- ades du moyen âge , qui regardent leDau- partie.
- phiné, la Provence 1, .laBreffe; le Lyonnais ( e) Signifiant la même cliofe que celle & autres cantons, ce terme rendu'en latin- depuig,puck, qui veut dire en langue aqui-par celui de mandamentum, fignifie diftrid, tanique montagne, différemment prononcé territoire, jûrifdidion ; c’eft ce qu’on nom- dans la plupart des provinces, tantôtpuy, nierait ailleurs bailliage. ' pech,pitech, en Berry j^ic,enPoitou/;<?«,;
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- mine, qui avait été ouverte & travaillée par des conceffionnaires, que l’on voit fortir, de crevalfes confidérables , une fumée fort épailfe. M. l’abbé Marie (a), appellé par des affaires de famille dans cette contrée, qui peut fe faire honneur d’être fa patrie, a écrit la relation de fon voyage ; ce mémoire parvenu à l’académie, qui l’a agréé pour être imprimé dans un des volumes des favans étrangers , renferme en particulier fur ces mines de charbon & fur cette montagne de feu, des remarques curieufes. Ces phénomènes extérieurs, obfervés en différens endroits par différentes perfonnes, demandent à être recueillis & rapprochés : les naturaliftes & les phyficiens fuiront gré à M. l’abbé Marie d’avoir employé fes loifîrs à la defcription fuivante.
- Obfervations faites fur la Montagne de feu , par M. tabbl Marie.
- 208. Le fol de la montagne eft rougeâtre ; les pierres y font principalement de deux efpeces ; les unes, qui font très-communes fur toutes les autres montagnes des environs , reffemblent pour la couleur & pour la dureté aux briques ordinaires ; les autres font blanchâtres , poreufes & revêtues d’une efpece de falpètre. Il y a environ dix- fept ans , qu’il fe fit auprès de l’an-cienne mine une grande exploflon , dont les traces fubliftent ; une partie du fommet de la montagne, affaiffée tout-à-coup , a produit une fondrière quia trois toifes de profondeur, & fept ou huit de largeur ; quant à fa longueur, l’obfervateur l’eftime de plus de trente toifes. La terre en eft brûlante ; les pierres en font calcinées ; la fumée fe fait jour par plus de dix ouvertures , & il en fort de larflamme lorfqu’il pleut. Pendant les deux premiers jours queM. l’abbé Marie y fut par un très-beau tems,il ne vit point la flamme; mais ayant jeté une poignée de bois de fagot dans la principale crevafle qui eft large d’un demi-pied, il s’enflamma fur-le-champ ; d’ailleurs, en avançant fur les bords de cette fente, on voit l’intérieur tout en feu: à l’ouverture de quelques fentes , M. Marie a ramafle des fleurs de foufre de belle couleur. Sur les montagnes voifines, il a remarqué le même fol, les mêmes phénomènes , du charbon de terre , fouvent du feu, & prefque toujours des veftiges d’incendie ; on prétend que de fois à autres , on voit ce feu cefîer pendant plufieurs an-
- en Dauphiné poet, en d’autres poeh,peu, puis, pi ou pz'c,qui veulent dire tous la même chofe. Ils datent du moyen âge , dans lequel on les a adaptés à des endroits fitués fur le haut d’une montagne, particuliérement lorfque cette montagne eft tellement d’un des côtés voifins du lieu en quef-tion, que l’on n’y puifle point montcjr, à
- peu près comme ce que l’on appelle fur le bord de la mer falaije. Plufieurs lieux de provinces où la langue latine a fubfifté plus long-tems, en ont emprunté le nom. JDiél. encyclopédique.
- (a) Profeffeur de mathématiques au college Mazarin.
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- nées dans quelques endroits , & reparaître enfui te avec plus d’adivité. Cette variation a été obfervéedans la chaleur des étuves.
- 209. Malgré toutes ces exhalaifons brûlantes , & le feu même qui eft dans plufieurs de ces montagnes , non-feulement la vigne y réuflit, mais les châtaigniers y croiifent mieux qu’ailleurs. Ceux de ces arbres qui avoifinent davantage les terreins incendiés , deviennent plus gros & plus grands ; il s’en trouve même , au pied defquels on voit fortir la fumée par de petites cre-valfes : les gens du pays n’ont point la peine de retourner chez eux exprès pour faire cuire leurs châtaignes ; ces petites fournaifes, toujours échauffées, leur fervent à cet ufage. La chaleur füperficielle du fol eft quelquefois h fen-1 lible à la main , qu’on ne conçoit pas comment les racines n’en font pas def-féchées ; cependant les meilleures châtaignes du Rouergue font celles des environs d’Aubin, & elles y font très-abondantes (a). La montagne de San-guieres , entre Aubin , Cranfac & Firmi , autre montagne de charbon , préfente aulîi des indices de feu fouterrcin : on venait, lorfque M. l’abbé Marié était dans ce pays, d’y conftruire une étuve de vapeurs, où en moins d’un quart-d’heure fon thermomètre monta à trente-un degrés.
- Extraction & ufages du charbon de terre.
- 210. D’après le mémoire de M. l’abbé Marie , la maniéré dont 011 extrait le charbon de terre dans ce quartier, eft bien différente de toutes celles que nous avons décrites jufques ici ; ce foffile fe dérobe à peine aux yeux ; on a befoin de charbon, un coup de beche met en poffefîion : de là, nul embarras pour l’ufage journalier , l’extradion la plus compliquée fe borne à faire fur le penchant ou au bas de quelque colline, un percement horifontal : ce conduit fouterrein, ni les branches qu’on y pratique, ne fe prolongent pas au-delà de quelques toifes; on recommence de même dans le voifinage un autre percement, par lequel on fe fraie quelques routes, fans s’occuper beaucoup de choifir le meilleur charbon. Le principal puits d’extradion connu dans ce pays , eft celui dont j’ai parlé, qui avait été crcufé en 176^ par les concefîionnaires, & qui a été comblé en partie.
- 211. Un panier formé en maniéré de hotte, à peu près d’une grandeur double de celles que nous connaiffons, eft employé au premier tranfport. Cette quantité qu’on emporte chaque fois , eft appellée comporte, mot qui revient peut-être à celui de charge, comme 011 dirait une charge de bled, une
- \a) On croit communément que les Ion- & à leur progrès; cette obfervation détruit gués fécherefles & les grandes chaleurs font abfolument l’opinion reçue, & mérite l’at-eontraires aux fbrêts de châtaigniers, & tendon des agriculteurs, que l’humidité eft favorable à leur réuffite
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- charge de fagot. Le panier eft garni dans deux de fes côtés oppofés l’un à i’autre , d’une anfe ou poignée, difpofée fur la hauteur de maniéré à recevoir chacune un bâton, de la même façon qu’on le voit aux- litières & chaifes-à-porteur ; il n’y a point de différence dans celle de porter cette charge. 2;:u
- 212. Le travail ne fe fait que- lorfque les ou.vrages>de la campagne n’appellent plus aux champs : l’abondance des productions rfy retient pas fouvent & long-tems ; toute la récolte fe borne à celle des châtaignes, de quelques légumes, d’une affez grande quantité de vin, d’un peu de fourrage à peine fuffifant pour les ânes employés à l’exportation du charbon dans les marchés voilins. Cette petite contrée compofée de onze paroilfes, de vingt-cinq fei-gneuries, dont quelques-unes font qualifiées, & d’un corps d’habitans d’environ vingt mille arnes , ne recueille point de bled pour ce qu’elle en confomme en trois mois de l’année; de maniéré qu’elle ferait comme dans une difette perpétuelle, fi la nature ne l’eût dédommagée par une autre matière qui devient fon principal produit.
- 213. Ce n’eft qu’à l’aide du charbon de terre que les habitans de ce quartier fe foutiennent, s’acquittent des charges de l’état & de leurs feigneurs, ou qu’ils peuvent fe procurer du bled & autres denrées. Depuis plus de huit cesits ans, ils font en poifefiion d’extraire le charbon à leur profit à titre de bail à cens de leurs feigneurs. Ce droit 11’a fouffert aucune interruption, ni fous les comtes de Rouergue, ni depuis que le roi Henri IV, dernier pofi feifeur de ce comté; l’a réuni à la couronne. La ducheffe d’Uzès eflaya inutilement de troubler cette poifefiion, en vertu du renouvellement qu’elle obtint en 1692, du privilège qui avait été accordé en 1 <589 pour quarante ans au duc de Montaufier fon pere. Par une fuite de la confufion introduite peu à peu entre les droits du roi, celui du public & celui des propriétaires, il a été accordé le 1 $ février 176^ , pour l’efpace de trente années, une con-ceflion exclùfive fur la partie de mines de charbon fituées dans les environs d’Aubin.
- 214. Les réclamations foutenues des habitans qui n’avaient plus même la liberté de prendre pour le chauffage ce que leur terrein leur préfente, fe font heureufement terminées par l’extinction de ce privilège qui 11’aurait pu être que l’époque de l’établilfement de la fortune de quelques particuliers feula ruine d’une province, & par conféquent une fource d’abus & de troubles entièrement oppofés à l’augmentatign du commerce particulier, qui, dans ces fortes de dons, eft toujours l’unique but du gouvernement. Si l’on vient eniuite à porter un coup-d’œil fur la nature du fol de ce canton, dont la fu-perficie ne donne pas même le néceffaire, l’inconvénient réfultant de ce privilège ne fera plus équivoque ; il fera facile de reconnaître combien il était onéreux, non-feulement à cejhftrict, mais encore à l’état, par l’impoffibilité
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- où fe trouvent Tes habitans de fupporter leurs charges. Dans un ouvrage qui eft entre les mains de toutes les perfonnes en place , & dont la publication eft antérieure aux maux occasionnés par ce privilège, il eit fait mention exprefle delà pauvreté & de la mifere du haut pays de Guienne (a). L’auteur de cet article a cru pour le bien de l’état, devoir en tirer une conféquence qui fe rapporte finguliérement à la circonftance que je traite ici fommairement. C'eft, dit-il en parlant des habitans de ce quartier, une nécejjité de les faire jouir de la lilerté de leur commerce, & de leur accorder un droit naturel, dont la propriété ne peut preferire, & dont l'exercice ne peut être interrompu fans fuppofer que la religion du fouverain a été furprife. Le détail particulier , dans lequel j’entrerai bientôt, fur l’exportation du charbon de ces mines jufqu’à Bordeaux par la Garonne, viendra naturellement à l’appui de la réflexion ju-dicieufe de l’auteur.
- Je n’ai par moi-même aucune connaiflance de ce charbon, dont on dilhngue feulement dans le pays deux fortes, l’une appellée première qualité, l’autre fécondé qualité. Un chymifte de l’académie des fciences, qui a fait des expériences fur celui de Cranfac, le regarde comme contenant très - peu de foufre. Indépendamment de cet avantage qui annonce ce charbon très-propre aux ouvrages en fer, la relfource donUcette production eif au quartier d’où il fe tire, n’eft pas d’une moindre conféquence. Les mines du canton d’Aubin fuppléent au bois à brûler, non-feulement pour la cuiffon de la brique & de la chaux , mais encore pour le chauffage & tous les befoins domeftiques, pour la cuilfon du pain & pour fécher les châtaignes.
- 216. Cette façon de conferver des années entières un fruit dont les pauvres du Périgord, du Lim ou fin & d’autres endroits vivent tout l’hiver, forme à elle feule un article précieux. Les provinces méridionales n’emploient pas feulement leurs châtaignes feches , nommées alors châtaignes blanches , cafagnoux , à engrailfer la volaille, les mulets, les chevaux; cet aliment tient aux habitans même lieu de pain, & ces châtaignes bien préparées font fort recherchées. Par-tout où l’on récolte ce fruit, ce ne peut être que le même procédé; il eft connu auff dans la partie du Ségala qui tient au Caujfe ; mais dans le diftrict d’Aubin & le long de la riviere du Lot, où les cafagnoux font appellés auruols, aurioles, on emploie à leur déification le feu de charbon de terre : cette différence qui tient à très-peu de chofe , n’eft peut-être fondée que fur une pure économie , ou fur le mouvement affez naturel de fe fervirde tout ce qu’on a fous la main; mais cette préférence raifbnnée ou noir, 11’en eft pas moins décidément a vanta-»
- (a) Diilionnaire Encyclopédique, tome VII, 1757, au mot Guienne.
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- geufe à plusieurs égards. Dans les Cévennes, où les caftagnoux fe fechent au feu de châtaignier, l’opération dure trente, quarante, foixante jours. Il ny a rien d’étonnant, le feu de bois de châtaignier rend peu de chaleur, & fon charbon s’éteint promptement. Dans la première opération qu’ef-fuient les caftagnoux, *ces fruits ne font réellement expofés pendant plu-fieurs jours qu’à la fumée du feu 5 la véritable chaleur qu’ils reçoivent immédiatement après, y retient cette fumée : aulîi les cafagnoux des Cévennes en ont-elles l’odeur, à laquelle fe joint une faveur empyreumatique, que les auruols féchés au feu de charbon de terre 11e doivent pas contracter à beaucoup près au même degré.
- 217. Le fort des habitans de la campagne eft également intéreflant dans toutes les parties du royaume. Quelque fimple que puilfe être un procédé qui alfure aux gens robuftes, adonnés à des travaux durs & pénibles, des approvifionnemens de vivres qui ne peuvent fe gâter, ce procédé ne fera point regardé comme minucieux par un vrai citoyen. M. JVJontet, de la fociété royale de Montpellier , a décrit (a) la maniéré obfervée dans les Cévennes pour ce delféchement des châtaignes avec le feu du bois. Je vais décrire celle qui fe pratique dans le territoire d’Aubin.
- Maniéré de ficher au feu de charbon de terre de grandes & de petites provifions
- de châtaignes.
- 218. Le tems de cette opération eft celui de la chute des châtaignes au mois d’octobre (£): fi l’opération fe fait en grand, on a befoin d’un bâtiment nommé fèchoir^ en patois fecodou , qui fe prononce fecadou : c’eft quelquefois une fimple' cabane conftruite en bois dans la châtaigneraie j u’autres fois c’elt une chambre de la maifon que l’on emploie à cet ufage, & qui dans d’autres tems fert de fruitiers il y en a dont le plancher eft formé en arcade, ce qui eft favorable à l’opération : tout cela ne varie qu’en raifon du plus ou moins d’aifance du particulier qui veut faire fécher fes châtaignes.
- 219. Le fichoir a en tout neuf à dix pieds de haut environ, & n’a que deux ouvertures, une qui eft la porte du féchoir , & une placée dans le haut, par laquelle 011 jette les châtaignes. L’intérieur en eft partagé dans toute Ion étendue, par une féparation qui y forme un plancher ou premier
- ( a) Second mémoire fur plufieurs fujets que chofe à examiner; l’idée reçue affez d'hiftoire naturelle & de chymie ; volume généralement, eft que , pour que les châties Mémoires de l’académie desfciences de taignes fe conférvent long-tems,il faut les Paris, année 1768, page çç2. abattre de l’arbre avant qu’elles tombent
- ( b ) Il y a encore dans cet ufage quel; d’elles-mêmes.
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- étage ; c’eft une claie proportionnée à la grandeur du féehoir & à la quantité de châtaignes que l’on récolte ; les gaules de cette claie font aufii fortes qu’il le faut pour porter les châtaignes, & écartées les unes des autres autant qu’il ett néceflàire pour que les petites châtaignes ne puilTent paifer au travers. Par l’ouverture du haut on jette les châtaignes telles qu’on les ramaflè avec leur écorce ; on les étend également fur la claie , de maniéré qu’elles forment un lit de dix-huit pouces ou deux pieds d’épaiifeur : alors on place au milieu & aux quatre coins du féehoir, un grand chauderon rempli de charbon de terre allumé, avec une bonne fouche de châtaignier, ou de chêne, ou de charme ; cette fouche eft recouverte de charbon, de maniéré qu’elle ne flambe point.
- 2,20. Ce charbon n’elf point brut tel qu’il fort de la mine; l’opératioit réuifirait mal ; les 'châtaignes contracteraient ce goût fumé qui elt in réparable de la méthode dans laquelle on emploie du feu de bois ; on choifit celui qui a déjà fervi à chauffer les domeltiques , & qui en s’éteignant s’eft réduit en braifes ; on ferme la porte du féehoir, & on confie à un domefti-que le foin d’entretenir le feu, de veiller à ce qu’il ne flambe point, de changer le chauderon de place , afin de porter la chaleur dans toutes les parties du féehoir, & remuer les châtaignes le plus fouvent qu'il peut avec une pelle de bois.
- 221. Dans l’efpace de trois femaines , l’opération eft achevée; cela dépend de l’épaiifeur de la couche de châtaignes étendue fur la claie. Quand on voit que l’écorce fe ride , fe détache , & que la châtaigne fonne , on retire la fournée & on en recommence une autre fi l’on veut. Pour féparer l’ecorce des châtaignes féchées , on met ces auruols dans un grand lac de toile forte, que deux hommes faifilfent chacun par un bout & remuent fortement, en fe renvoyant le fac de l’un à l’autre fans l’abandonner. Les auruds fe vendent à la mefure du froment & au même prix, avec la feule différence que la me-llire eft comble. Les particuliers qui n’ont pas une grande récolte de châtaignes , ont un moyen très-bien imaginé pour fe paifer d’un féehoir qui leur eft inutile ; ils n’ont pour cela befoin que d’avoir une grande cheminée à l’antique , dont le manteau eft très-élevé ; elle eft traverfée dans toute fon étendue d’une claie fituée à une hauteur telle que la chaleur du feu puilfie agir fur ce qu’elle doit porter; on place fur cette claie autant de châtaignes qu’il en faut pour que leur déification puilfe fe faire également & par degrés ; & lorL qu’elles font féchées , on les retire pour en mettre d’autres.
- Commerce du charbon de terre des mines de Rouergue.
- 222. Nous envifagerons l’article du commerce fous deux points de vue,
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- dans fon effet de procurer fur le lieu même à ceux qui s’occupent de l’extradion du charbon de terre le moyen de fatisfaire à leurs befoins , & dans la circulation intérieure de cette denrée.
- 223. Les mines d’Aubin réunifient dans leur fituation un avantage peu ordinaire. La feule riviere, pour ainfi dire , navigable qu’il y ait dans la province , le Lot ou YOlt, baigne la fouille d’une charbonnière confidérabie, & de la mine même ; on jette à la pelle le charbon dans les bateaux qui le tranf-portent jufqu’à Bordeaux. On eft, à la vérité , obligé d’attendre les crues d’eau pour defcendre une partie de la riviere; mais cet inconvénient ferait facile à réparer, eu chargeant dans la belle fuifôn beaucoup de bateaux qui fe trouveraient tout prêts à partir enfemble à la fonte des neiges ou dans la faifon des pluies.
- 224. Les différentes mines exploitées dans le Rouergue , fourniraient fans peine , en trois cents jours de travail, plus de cinquante mille voies , chacune du poids de trois mille deux cents livres , ce qui forme un produit confidérabie. Deux hommes , Lun pour extraire , l’autre pour fortir le charbon, à vingt fols par jour chacun , mettent aifément à pied de mine chaque jour une voie de charbon de vingt comportes , du poids au total de trois mille deux cents livres ; d’où il fuit que lefervice de deux hommes dans quarante mines , fournira quarante voies par jour , & que ce fervice répété pendant trois cents jours de travail, fournira 12600 voies de charbon. Ainfi, en augmentant ce fervice comme on le fait dans le tems de cargaifon des bateaux, on augmenterait beaucoup l’exploitation , & 011 mettrait en vigueur un négoce très-avantageux , non-feulement pour le canton, mais pour toute la province.
- 22f • Les mines qui font au nord & au couchant delà contrée, dans les paroilfes de Levinhac , de Vialaret, & dans les extrémités de celles de Firmi & $ Aubin, chargent, années communes , de 330 à 340 bateaux, qui tiennent depuis cent cinquante jufqu’à trois cents cinquante comportes, du poids de cent foixante-deux livres pour la première qualité, & de cent quatre-vingt pour la qualité inférieure. Les marchands de Rouergue viennent des vallées & bourgs qui font fur les bords du Lot & de la Garonne, depuis la petite ville d’Entraigues, au confluent du Lot & de la Trueyré, pour charger le charbon & le tranfporter dans les différentes provinces que ces rivières parcourent jufqu’à Bordeaux. Le prix du tonneau mis à pied du bateau, eft de quarante-cinq livres pour la première qualité, & de quarante livres lorfqu’il eft de la fécondé. Le tonneau de cent comportes pefe feize mille livres dans la première qualité à dix-huit mille livres dans la fécondé.
- 226. Indépendamment de la charge de ces bateaux, il part tous les jours, Doit de ces mèmessmines, foit de celles qui font au levant & au midi de la contrée, au nombre de dix-fept , dans les paroilfes de Cranfac & de Firmi,
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- plus de cinq cents charges de charbon , qui Te difperfent par bêtes de fomme dans le Rouergue , dans la haute-Auvergne & dans le haut-Quercy, dont les habitans ne peuvent fe difpenfer de le fournir à ces mines. Celles de la parodie d’Aubin , au centre de la contrée , fournilfent à la confommation de cette ville , & aux habitans du territoire , qui manque de forêts & de taillis. A Aubin , la comporte de charbon , prife à pied des mines , vaut deux fols ; la voie dfc charbon , du poids de trois mille deux cents livres, coûte de 30 340 fols. Rendue au port de la riviere du Lot, elle revient à neuf livres ; transportée à Bordeaux , elle revient à foixante-dix , quatre-vingt livres.
- 227. Les mines dont on vient de faire l’hiftoire , ne fournilTent pas feules Bordeaux & la Guienne : à portée de la mer , le Bourdelais (a) reçoit du charbon de terre d’Ecolfe & d’Irlande ; il s’y vend à une mefure appellée douil-lard, dont neuf font le tonneau (A). Cette considération & la richelfe des mines de Rouergue, doivent être pour le miniftre de nouvelles raifons pour pefer ferieufement le choix des moyens qui peuvent favorifer l’abondance Sç le bon marché de leur charbon de terre, afin d’exclure celui de l’étranger, nuilible à la confommation du charbon national. Perfonne ne difconviendra que tous les expédiens qui peuvent concourir à ce but, doivent uniquement regarder, non des étrangers, mais ceux auxquels l’extraétion appartient de droit; & il y parait qu’icitous les motifs de conceffion font nuis & illufoires.
- 228* Les habitans font en état de fournir chaque année , pour la confommation de Bordeaux, mille tonneaux de cent comportes, chacune de cent Soixante - deux livres dans la premiers qualité, & de cent quatre-vingt dans la fécondé , à raifon de huit & neuf fols la comporte , mife à pied du bateau ; à condition toutefois , que leur commerce demeurera libre, comme il l’a été de tout rems. Dès-lors ’la préférence leur eft due à tous égards,fur des con-cellionnaires qui, en portant le découragement dans une contrée , la réduifent toujours dans l’indigence, & afFaibliflent ainfi les refTources que l’état èft en droit d’attendre de l’aifànce des fujets.
- Périgord.
- 229. M. le marquis de Raftignac m’apporta en 1770 deux caiifes d’un charbon de terre trouvé dans une de fes terres, à trois pieds de profondeur, fous une argille rougeâtre fablonneufe. Cette couche, dont l’épaiifeur ed de dix-huit pieds, a été reconnue dans la paroilfe de S. Lazare , dans la partie appellée bas-Périgord ou Périgord noir, parce qu’il eft plus couvert de bois ,
- (û) Autrement nommé la Guienne propre, portés par les tarifs de 1664 & 1667. A
- (b) Le tonneau compofé de trente-fix l’article de Rouen, qui reçoit au fli du char-barriqus, qui revient à foixante-douze bar- bon de l’étranger , je m’étendrai fur la rils de la même mefure que ceux qui font mefure du tonneau.
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- nu bas d’une montagne, près le moulin de la Salle, fur la riviere de un peu au-deflous de TerraJjbn , où elle commence à être navigable. C’eft un véritable charbon de terre, qui pourrait, dans une plus grande profondeur , fe trouver d’une bonne qualité: cette première épaifleur a été altérée fenfi-blement par cette argille 5 les parties les plus fermes de cette, couverture délayées par les eaux pluviales, fe font infirmées dans la malfe de charbon placée au-deflbus, & en s’infinuant dans les interftices de chaque molécule, y forment des écailles fpathiques, qui renferment, comme dans autant de loges diftindes , les parties de charbon. En fuivant par degrés fa combuftion, (feule maniéré de connaître la ftrudure des différens charbons de terre ) on apperçoit que chaque petite bande cbarbonneufe eft féparée L’une de l’autre en longueur par une lame fpatheufe, divifée à diftance égale par une petite cloifon de meme nature , de maniéré que la bande charbonneufe eft compofée de molécules parallélogrammes, aifemblées régulièrement les unes auprès des autres, comme ouïe voit fouvent dans les parties du toitavoi-finant le charbon, à la grandeur près de ces molécules, qui eft abfolument la même que celle dont il a été parlé dans la première partie.
- 230. Il ferait à fouhaiter pour cette province , riche en mines d’excellent fer, que ce charbon fût d’une qualité convenable à ces ouvrages; mais il ne leur eft nullement propre. L’ayant eflàyé à la forge , il chaufte & rougit promptement le fer; il le brûlerait & le rongerait immanquablement; il faudrait donc chercher à le marier avec quelqu autre charbon , peut-être pourrait-il alors être employé. Le peu de profondeur à laquelle il eft placé ne pouvant que le rendre d’un prix très - médiocre , les habitans pourraient l’employer à fécher leurs châtaignes, comme on le pratique dans le Rouergue. Enfin la riviere de Vezere, qui parcourt un aflez grand trajet avant d’aller fe jeter dans la Dordogne à Limeil, faciliterait fon débit pour quelques menues fabrications particulières de chaux, de briques, ou autres femblables.
- Bas-Limousin.
- 231. Des mines dont j’ai fait mention dans cette province, celle de May-tnac eft la feule dont on fait une extradion abondante, quoiqu’elle foit très-peu à portée des débouchés ; auffi le peu de débit du charbon ralentit ce travail, d’ailleurs la veine fe précipite trop rapidement pour qu’elle puilfe être fuivie par les particuliers qui fouillent dans leurs fonds ; ils en four-niifent à Tulle, & en débitent aux maréchaux des principaux endroits cir-convoifins.
- 232. Les portions de veines qu’on voit à découvert fur des côtes efcar-pées au midi de Bourgamuf, fe fuivent du côté de l’abbaye du Palais , d’où
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- Ê T D E SES MINES. Parti-h II.
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- 011 en a tiré dans un fonds. Elles traverfent la route de Bourganeuf à Gueret j mais 011 ne connaît que l’épailfeur de toute la maîfe des fubltances qui raccompagnent, & point du tout celle du charbon. Celle des environs de la petite ville & Argentai fur la Dordogne, près le confluent de Leltareau, n’eh point exploitée ; on la croit cependant allez riche.
- 233. On remarque encore des veinules de charbon attenant la paroilfede F ares & de S. Pantaléon, fur les confins du Périgord, au-delfus de Terralfon fur la Vezerej mais ce folîile y eh épars de maniéré qu’il ne forme point de couche, ce ne font que de petites bandes qui ont l’air d’être les creins de quelque maffe voifme plus confidérable 3 un torrent appellé Chambon ouïe grand Rieu, qui eh fort rapide dans les tems de grandes pluies, entraîne alors avec lui des parties de ce charbon : le premier qui s’ehapperqu de cette Angularité, en tirait profit comme le font ceux qui font à portée des rivières aurifères ; c’était un maréchal, que fa découverte exemptait d’acheter le charbon dont il avait befbin ; après les grands orages il allait faire fa provifion dans le lit du ruilfeau relié à fec, & en ramaifait des paniers.
- 234. M. Turgot, intendant de Limoges , a bien voulu me faire recueillir des échantillons des lits terreux & pierreux qui appartiennent à une coupure faite par ce torrent dans le coteau du village de Gumond, dont la bafe eh à peu près au niveau du fond de ce torrent. Je vais les faire connaître dans l’ordre des numéros qui m’ont été envoyés.
- 1. Couche de quatre pieds d’épailfeur, & de couleur de fuie de cheminée: à l’air & à la gelée, elle fe gerce & fe fépare en morceaux ou en pouffierej après avoir rougi au feu , elle devient de la couleur des pierres de la huitième couche, h ordinaires dans ces mines, de ces grès gris. Ce mauvais tuf eh un dépôt giaifeux ou pierreux 5 on l’appelle brafier rouge , pour le dihinguer de la couche qui lui fuccede , appel!ée brafier.
- 2. Cette fécondé couche a fept, huit ou neuf pieds d’épailfeur ; il eh plus fec & moins foncé ; on en bâtit les maifons dans le pays.
- 3. Tuf bleu, de trois pieds d’épailfeur, mêlé de rocaille dure 3 c’eh une glaife très-feuilletée, voifme de l’état ardoifé.
- 4. Glaife de couleur verdâtre , de fix pouces d’épailfeur & très-dure ; elle ebit cette conlihance à la préfence d’une grande quantité de mica & de fable.
- Glaife bleue, molle dans fa femelle, & plus dure dans le haut 3 elle a trois pieds & demi d’épailfeur.
- 6. Glaife grife pure, délavée: cette couche au-delfus du charbon , eh de deux pouces d’épailfeur , fo.uvent d’un pouce feulement.
- j. Roc très-dur, dont on 11e connaît pas l’épailfeur 3 on y rencontre quelques veinules perpendiculaires, noirâtres 3 c’eh un grès délavé , un peu ar-giileuxjfemé de mica blanc.
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- 8. Couche grife, très-dure & pierreufe, entre-mèlée de bandes charbon-neulès , régulièrement difpofées , mais n’ayant que quelques lignes d’épaif-feur j jufqu’à préfent on n’en a point trouvé au-deifus de fix pouces.
- C’eft une vraie bouxture qui repréfente dans fa configuration un véritable morceau de bois ; cette vraie pierre, après avoir rougi au feu, acquiert une couleur rouge mêlée, approchante de la lie de vin ou du brafler qui forme la première couche.
- Bretagn e.
- 23 5*. Comté Nantais. Les mines de charbon de cette partie deviennent intéreflàntes parla cherté du bois qui commence à y être fenfible ; la corde compofée de hanoche de trente-quatre pouces de longueur, & de huit pieds de large , fur quatre pieds & demi de haut, vaut dix-fept à dix-neuf livres.
- 2,36. La principale mine eft celle de Chapelle -Montrelais, appellée aufli mine dTngrande , parce que cet endroit eft tout voifin de cette petite ville fur la Loire: elle eft exploitée par une compagnie. M. le chevalier de Borda m’a procuré le deffin des outils qu’on emploie aux travaux.
- Outils employés aux travaux de la mine de Chapelle-Montrelais.
- La fonde qui, pour peu qu’on veuille fonder un peu profondément, doit porter toutes fes verges alfemblées.
- Quelquefois 011 fe fert auiïi de fondes à charnières & à mailles.
- Grand fleuret de fonde ; fa grofleur & fa longueur font réglées fur la profondeur des trous de fonde , & fur la nature du terrein.
- Fleuret ordinaire de mines de douze ou quinze lignes de diamètre ; fa longueur eft depuis un pied jufqu’à trois ; 011 en a toujours une provifion de trois ou quatre cents, qui fe renouvelle tous les ans.
- Fleuret quarré ; on emploie encore des fleurets dont le tranchant eft croifé.
- Fleuret en langue de Jérpent, formé en vrille , fervant à fonder la terre.
- Tire-bout, pour retirer les fleurets cafles dans les trous de fonde 5 leur figure eft différente félon les cas.
- Curette pour nettoyer le trou de mine à mefure qu’il fe fait.
- Efpinglette pour former le trou de la lumière, afin de faire feu.
- Bouroir a poudre, pour bourer la poudre dans les mines.
- Pointerolle, fert quelquefois à amorcer les trous de mine, quelquefois k applanir la pierre.
- Bouroir à terre, pour boucher les fources d’eau avec de la terre graffe.
- Fines,
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- ET DE SES MINES, Partie IX;
- Pince y levier ou barre : quand la mine a attaqué le caillou, on fe fert de la barre ou pince.
- Pic ou beche à pierre.
- Pioche du pays, fert rarement dans les fonds.
- P affe-par-tout , appelle beche ; un paffe-par-tout eft de même d’un ufage peu fréquent dans les fonds.
- Beche Parijienne, & pioche Parijienne , fervant au jour.
- Efcoupe , beche de fer de fonte, femblable à la trivelle des Liégeois pour le charbon & pour les pierres ; on en confomme par an une cinquantaine.
- Marteau à pointe y ou marteau d'éplucheur: les éplucheurs de charbon s’en fervent à plat pour féparer le charbon des caillettes.
- Des majfes pour abattre les mines ; leur poids différé félon- la force des ouvriers i mais leur forme eft la même.
- Marteau à caillou, pour abattre le caillou éventé ; il eft aufli utile que le pic.
- Marteau à veine, efpece de pic droit à deux pointes très - affilées > iLn’eft qu’un diminutif du marteau à caillou j on s’en fert pour le charbon & pout la terre.
- Havret comme celui de Valenciennes , fervant de même pour entailler la veine d’environ un pied & demi, fur - tout quand elle a des couches tendres i iêlon fa réfiftance on lui donne la forme de pic ou beche à pierre.
- Coin , aiguille à caillou , pour forcer le rocher entamé pàr le marteau.
- Jhguille à charbon , dont deux pans font plus plats que les autres.
- Hache : chaque boifeur & mineur a fa hache.
- Rateau, outil pour trier les gros charbons j on s’en fert auiE quelquefois pour attirer ou repeufler des floux 5 &c.
- Idée générale des travaux de mine & du commerce de’charbon dé Montrelais*
- i]?. Un académicien infiniment eflimable à tous égards j & à qui on doit le plus pour le foin patriotique avec lequel il s’occupe de ramaiîer les matériaux nécelfaires à la defeription des arts & métiers ,M. Duhamel m’a remis un deilin qui repréfente la coupe des travaux de cette mine ; ce defîin fait en 17 7 par M. Voglie , ingénieur des ponts & chauffées , forme la pi. XXXy au moyen de laquelle on jugera de l’ordre dans-lequel les travaux de cette mine font conduits, de la réunion des eaux dans le réfer voir principal placé au centre des ouvrages, de la maniéré dont le courant d’air eft ménagé , &c.
- 258. Le principal puits d’extradion, accompagné d’une machine à feu, eft'un quarré long qui a dix pieds de longueur fur fept de largeur. Depuis la fuperficie jufqu’en a, il avait vingt pieds j jufqu’en b , deux cents qua-
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- DU CHARBON DE TERRE
- rante-fix pieds; jufqu’en c, trois cents douze, & quatre cents vingt-fix jufqu’en d. Le projet était d’enfoncer ce bure jufqu’à quatre cents quatre-vingt pieds , & alors de former un puifard dans lequel aboutiraient les eaux de toutes les galeries & rampes inférieures au réfervoir de la machine à feu, que l’on voit établie dans un puits parallèle au grand bure , à trois cents quarante pieds de profondeur , lequel reçoit toutes les eaux des travaux iupérieurs , dont Pextra&ion fe fait deux fois par femaine. A l’endroit marqué g, fur le bord de la planche, il y a, comme dans la partie oppofée, un troilieme puits d’extraétion & une machine à moulette , que la place n’a point permis de faire voir ici ; les parties en blanc figurent les galeries exiftantes alors , & les parties pointées marquent les galeries projetées.
- • 259. La mefure de vente aux mines de Montrelais , fe nomme portoir :
- il y en a eu de rondes, d’ovales , de quarrées ; elle forme dans fes dimeru fîons un vaifleau plus grand qu’un boiffeau. Cent foixante & onze & demi de ces portoirs, doivent revenir à vingt-une barriques Nantaifes , qui font la fourniture avec un comble de dix-neuf pouces, ou vingt-deux barriques ; ces barriques font appellées pipes ; en Bretagne on donne ce nom à une mefure des chofes feches , particuliérement pour les grains, les légumes & autres denrées ; entendue de cette forte, la pipe contient dix charges, chaque charge compofée de quatre boiffeaux, ce qui fait quarante boiffeaux par pipe ( a ). Lorfqu’elle eft pleine de bled, elle doitpefer fix cents livres. Dans les ma-gafins d’ingrande, cette fourniture fe vendait en 17^7,280 liv. c’eft-à-dire, environ 11 f. 1 den. le boiifeau de Nantes ; & en 1764, 270 livres. A Nantes, la barrique s’y vendait en détail quinze livres dix fols, ee qui fait trois cents vingt-cinq livres dix fols la fourniture.
- i Mine dé charbon de Nort ; qualité & commerce de ce charbon.
- 240. Je n’ai pu avoir que les renfeignemens fuivans fur la mine de charbon du village de Languin, paroiffe de Nort, qui fournit aufii à Nantes au moyen de la petite riviere d’Erdre. Cette mine elt travaillée en vertu d’une concef.
- ( a ) Par une ordonnance de police de la ville de Nantes, du 1er mars 1759 homologuée au parlement de Bretagne , il paraît que cette mefure particulière pour la vente des charbons de terre de France & d’Angleterre, a exifté de tout tems à Nantes. La maniéré d’étalonner les barriques donnant lieu à des abus, les magiftrats de po-
- lice ont cherché à y remédier, en établif-fant une réglé certaine dans la mefure des charbons ; ils ont preferit les dimenfions de la barrique [ mefure matrice pour la vente des charbons ] & qui ne différé prefqu’en rien de l’ancienne barrique étalonnée fur le boiffeau matrice.
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- ET DE SES MINES. Partie IL
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- lion qui s’étend à trois lieues à la ronde , où eft compris Moddeilles * ou plutôt Monfeil (a).
- 241. On y diftingue deux qualités de charbon, celui en morceaux, qui eft propre pour les verreries & pour tous les ouvriers en fer ; il eft luifant, chauffe bien, 8c répand une odeur qualifiée fulfureufe : 011 le juge d’une qualité fort approchante de celle du charbon d’Angleterre. Le charbon menu n’eft abfolument qu’un pouflier qui répand une fumée noire & exhale une odeur bitumineufe j on n’en tire que pour le fourneau de la machine à feu, pour les cloutiers qui le préfèrent à l’autre charbon, & pour les ouvriers ; ces derniers l’emploient à leur chauffage, mais d’une façon affez bifarre , dont l’idée eft prife de ce qui fe pratique en Poitou. Les habitans des villages de cette province & de quelques autres, fe chauffent dans l’hiver avec les excrémens des animaux, dont ils ont fait leur provifîon en été , & qu’ils ont féchés. Le directeur de la machine , Liégois de nation , a imaginé de préférer ce fumier à la terre grafîe ; il fabrique fon menu charbon en briquettes ou pelotes avec de la boufe de bêtes à cornes. Les ouvriers, à fou exemple, emploient ce mélange pour leur chauffage.
- 242. Trois charges de chaque cheval ou lix facs, font à Nort, la pipe ; chaque charge eft compofée de quatre boiffeaux, ce qui fait quatre boifleaux par pipe, pelant à Nort de mille à onze cents livres. La fourniture de ce charbon d’un prix beaucoup plus haut que la fourniture des autres charbons du comté Nantais, donnerait à croire qu’il eft d’une nature excellente ; elle fe vendait^autrefois cent cinquante livres, & les autres cent dix livres; aujourd’hui il fe vend à Nantes cinquante-deux livres dix fols la pipe , outre les droits des fermes pour le charbon.
- 243. Il y a encore un bureau où l’on fait payer le droit de la traite foraine ( b ) , à l’embouchure de la Sarte dans la Loire ou dans la Mayenne , où elle perd fon nom, un peu au-deffus d’Angers. Ce droit, en terme de finance, fe nomme le trépas de Loire, dérivé par corruption du mot outre-pajjer, parce que ce droit fe paie fur les marchandifes qui paffent outre la Loire , qui était autrefois province étrangère (c).
- ( C ) * Ce droit dont on trouve l’hiftoire „ curieufe dans le Dictionnaire Encyclope-,5 dique, remonte à l’année 16 ? 9, & devait j, être éteint après le rembourfement d’une „ fomnie de feize mille francs d’or, dont le ,, connétable du Guefelin fit une obligation au capitaine Anglais Chriftomont, pour m la rançon de l’abbaye de S. Maur-fur-„ Loire, où cet étranger s’était fortifié : mais A a a ij
- (a) Eloigné de Nort d’une lieue vers l’oueft, & environ autant du village de Bout-de-Bois, vers l’eft.
- (b) On appelle droits de traite foraine, ceux qui fe lèvent fur les marchandifes for-tant du royaume, pour être portées à l’étranger ; ils font néanmoins levés fur ce qui va de certaines provinces du royaume dans d’autres.
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- 244. A. Nous avons, tant qu’il nous a été poflible, fait entrer dans l’hiftoire du commerce de chaque province une mention précife des droits qui font levés fur le charbon de terre ; nous aurions defiré être affez inftruits pour indiquer fur chacun de ceux que nous avons cités, les titres qui en autorifent la perception. Lorfque nous publierons la jurifprudence des mines, nous ef-pérons y joindre un répertoire des édits, arrêts & déclarations, concernant tous les droits domaniaux , octrois (a) , droits ddèclufes , digue , pontenage ( ''), & autres établis dans les différentes parties de la France, où s’exporte cette marchandife. Cette efpece de code doit être regardé comme une dépendance d’un ouvrage dans lequel on s’effc attaché à faire marcher enfembîe la défi-cription hittorique de la chofe ; mais comme la plupart de ces importions ont été, ou font, depuis leur premier établiffement, fujettes à des alternatives de fufpen-lion , de modération , de fuppreffion ou de renouvellement, qui tiennent aux circonftances , il effindifpenlable de comprendre dans ce code celles de ces importions qui n’ont été que paffageres , celles même qui fe trouveront abrogées depuis peu, & qui peuvent être renouvellées > un fem-blable mémorial uniquement relatif tant à cette production nationale qu’à celle qui vient de l’étranger dans nos ports, mettra à la portée des yeux du miniffere les reffources particulières que l’adminiftration a tirées du chat-bon de terre en différens tems , & celles qu’elle peut encore en tirer quelquefois, félon l’exigence des befoins de l’état. Le particulier qui veut trafiquer ou faire exporter du charbon de terre , n’a pas un intérêt moindre à connaître exactement les droits & cCtrois momentanés ou perpétuels, auxquels cette marchandife eft fujette dans les parties où il veut l’exporter ; les profits que
- 5j en i6$4, ce péage de douze deniers par ,3J livre de la valeur de toutes les marchan-3, difes montant, defcendant & traverfant 33 la Loire depuis Candé, appelle Candc en 33 Lamie, dans le Craonais, province d’An-33 jou,à la fource de la petite riviere d’Er-3, dre, jufqu’à Chantoceaux, fur une mon-w tagne proche de la Loire, à quatre lieues 33 au-deffus de Nantes, fut uniquement ré-33 duit à deux deniers obole : en 1665 il fut 3, continué par un arrêt du confeil, avec 33 une nouvelle impofition fur l’Anjou ; le 33 tout fut uni aux fermes générales, & de-33 puis aliéné comme il l’eit encore aujoui-33 d’hui : l’extenlion arbitraire que les enga-3, giftes ontdonnée à ce droit, les procès à 33 les formalités qui en refultent, ont prodi-
- 33 gieufement affaibli le commerce de ces 33 cantons. Les receveurs du Trépas de „ Loire, par exemple, fe font avancés juf-„ ques dans la Bretagne, où le droit n’eft ,3 point dû ; enfin leurs tarifs font fallifiés & 33 contraires aux premiers principes du com-„ merce ^ D. j. „.
- (a) Dits concédés par le prince à des corps de ville, pour fournir à leurs néceflités particulières.
- ( b > Pontenage, Pontonage, droit que le feigneur féodal prend fur les marchandife s qui paffent fur les rivières, fur les ponts, &c. & qu’on appelle en baffe latinité, pon-taticurn,pontagiwn , pontonagium ; il eft dû par le bateau, & non par la marchandife.
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- ET DE SES MINES. Partie IL
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- doit lui procurer fou commerce font plus ou moins divifés par ces droits & odrois i le marchand iuftruit du bénéfice qu’il fera , tous frais faits , tous droits acquittés, fupporte ces charges avec plaifir.
- 245. Dans le nombre de ces différentes impofitions, il s’en trouve dont l’origine eft ii ancienne, qu’elle les rend fufceptibles de difeuflion & d’abus ; le droit, pour ainli dire, uniquement perçu d’après un ufage immémorial, eft devenu limplement une potfeftion confiante: dans ce cas , ce font fouvent les feuls & véritables interprètes des droits du fouverain (a) j mais cette maxime eft défavorable & onéreufe au citoyen , par la facilité qu’elle peut -donner à des interprétations arbitraires , à des perceptions qui ne peuvent être que vicieufes du moment qu’elles ne font point uniformes.
- 246. Parmi les droits nombreux qui fe perçoivent fur la Loire , nous en choilirons deux , dont nous allons donner l’hiftoire ; l’un, qui eft fupprimé -nouvellement. L’autre, qui par fon ancienneté eft dans le cas de prêter origi leàdes inconvéniens oppofés aux intentions du miniftere. Le premier , par lequel nous commencerons, eft celui qui eft appellé droit de boîte, dont je parlerai encore en traitant de la navigation des bateaux charbonniers fur la riviere d’Allier , où il fe percevait auffi. L’auteur du Dictionnaire du conu merce(b) nous a fourni une partie du détail que nous allons donner ici, quoique ce droit ne fubfifte plus pour le moment.
- Droit de boîte, fait des marchands. Compagnie des marchands fréquentans la
- riviere de Loire.
- 247. ONappellait droit de boîte, fait des marchands , un droit qui fe levait fur les bateaux navigans fur la Loire, non-feulement pour la fûreté de la navigation fur cette riviere , mais encore pour l’entretien des chemins & dès chauffées. Il était en conféquence naturel, ou du moins il ne doit pas paraître étonnant, que ce droit ait été fuggéré par les marchands fréquentans da riviere de Loire. O11 juge qu’il eft important pour eux que cette riviere foit en tout tems tenue en état de navigation dans toute l’étendue de fon cours.
- 248. Un nombre de marchands, choifis par ceux qui font le commerce par la riviere de Loire & autres y affluantes, forme une compagnie nommée compagnie des marchands fréquentans la riviere de Loire. “ C’eft cette com-M pagnie qui veille à ce que le lit de la riviere foit toujours d’une largeur 3J & profondeur fuffifantes pour le paifage des bateaux montans & avalans, >3 qui la fait curer & nettoyer quand il en eft befoin, qui fait exécuter les
- (a') In omnibus veôligalibus fore con- des marchands fréquentant la riviere de fuetudo fpeSîatur. Loire.
- (ù ) A la lettre C, à l’article Compagnie
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- DU CHARBDN DE TERRE
- „ arrêts & réglemens rendus pour le plaçage des moulins, bateaux, nazieres „ & pêcheries, & tout ce qui a rapport aux chemins établis fur les bords „ de la riviere pour le tirage & le halage. Enfin, c’eft à la vigilance de ,, cette compagnie , qu’eft confié le foin d’augmenter le commerce & la na-,, vigation de la riviere de Loire, d’en procurer par tous les moyens con-,, venables , & les moins à charge au public, la liberté & fureté, aufîi bien „ que des autres rivières qui viennent s’y décharger. Charles VI femble avoir ,, été le premier qui ait perde à établir & à affurer la navigation & le com-,, merce de la riviere de Loire , ayant fupprimé par fes lettres - patentes ,, du mois de décembre 1380, dans la première année de fon régné, tous „ les péages établis fur cette riviere, depuis Philippe-Augufte. Charles VII „ ordonna en 1448, que tout ce qui pouvait nuire à la navigation de la „ Loire ,. ferait démoli aux dépens des propriétaires ; & Louis XI ajouta à „ ces réglemens une ordonnance fur la largeur que les chemins de tirage „ doivent avoir. „
- 249. Le premier établiflement du droit de boîte remontait au 28 décembre 15*77.; ü fut impofé par lettres-patentes, auxquelles eft annexé le tarif du droit ; ce droit fe percevait au profit de la communauté des marchands fréquentans la riviere de Loire ; il lui était concédé dans la vue de mettre ces marchands en état de fubvenir aux frais de leur commerce, mais à la charge du balichage de la riviere , c’eft-à-dire d’entretenir & de nettoyer le canal de la Loire, de maniéré que la navigation y fût toujours libre Ça). Par le tarif annexé à ces lettres - patentes , le charbon de terre était impofé à cinq fols la fourniture Ça): ce droit a depuis été augmenté d’un allez grand nombre de fols pour livre. D’après ces lettres - patentes de 15*77 , un arrêt du parlement de Paris du 23 mai 1602, arrêt du confeil du dernier août 1602, 5* feptembre 1617, dernier février 163 r , & arrêts du parlement du 14 février 1632, ce droit de boite fe percevait fur la Loire, dans les villes de la Charité , Nevers, Moulins, Saumur & Nantes ; il eft enjoint aux maire & échevins de ces villes d’établir un bureau dans chacune d’elles, fur le bord de la riviere , en un endroit commode pour les bateaux. Mais ce droit ne fe payait qu’une feule fois; c’eft-à-dire, que s’il avait été perçu en paffant par l’une des villes qui y font fujettes, il n’était plus payé dans l’autre, au moyen que le paiement en était juftifié ; il n’était pas dû non plus par les habitans de ces villes pour les vins, bleds & denrées de leur crû , qu’ils faifàient venir pour leur confommation , pourvu en con-féquence qu’ils ne les revendiffent plus enfuite pour être exportés de nouveau , dans lequel cas ils devaient le droit.
- (<0 Chaque fourniture compoféc de vingt-un tonneaux,
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- ET DE SES MI N.ES. Partie II.
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- o. “ Ces privilèges accordés aux marchands de la Loire , ayant en dif-
- férens tems reçu diverfes atteintes qui diminuaient confidérablement le ,, commerce & la navigation de la Loire , les marchands qui formaient cette „ compagnie , au commencement du dix-huitieme fiecle, demandèrent au „ roi, non-feulement la confirmation de leurs anciens privilèges, mais „ encore qu’il leur fût permis d’impofer fur les marchandifes des droits „ modiques fous le nom de boîte ou fait des marchands , comme il s’en levait ,, même alors en quelques endroits de la Loire , afin de mettre leur com-,, pagnie en état de faire les dépenfes néceflaires pour l’exécution des an-„ ciennes ordonnances , & particuliérement de faire curer & nettoyer le cours „ de la Loire , & en retirer les eaux dans le lit qui leur a été fait d’ancien-„ neté ; fuppliant en outre fa majefté, que fon ordonnanee de 1674, con-„ tenant plufieurs réglemens concernant le commerce & la navigation de „ la riviere de Seine , fût déclarée commune pour la riviere de Loire.
- 251. „ Le roi ayant écouté favorablement les repréfentations de cette com-„ pagnie, lui accorda une nouvelle déclaration donnée à Marly le 24 avril ,, 1703 , pour le rétablilfement & l’augmentation du commerce & de la „ navigation de la riviere de Loire & autres fleuves y affluans, aflez fem-,, blable, du moins pour les principaux articles, à celle donnée en 1674 „ pour la riviere de Seine.,, Ce réglement contient27 articles, dont le XIX fait défenfe aux voituriers de partir des ports de chargement fans être pourvus de lettres de voiture. Par le XXVI , toutes les procédures relatives fe font à la requête du procureur général du roi , & de la compagnie des marchands fréquen-tans la riviere de Loire ; & les procès ou cette compagnie fera originairement partie ou partie intervenante, feront jugés en première & derniere infance k Ta grand?chambre du parlement de Paris ; & ce, nonobfant tous privilèges contraires , & même ceux accordés aux fermiers des péages de fa majejlé.
- 3f2. En 1758, le 28 feptembre , un arrêt du confeil, revêtu des lettres-patentes du 28 o&obre fuivant, enregiftrées en parlement le 4 juillet 1759, prorogea en faveur des marchands fréquentans la Loire & autres rivières y affluantes les droits de boîte, encore pour fix années feulement, à commencer du 13 oélobre I7f8, jufqu’au 13 oétobre 1764 , jour que la perception en devait cefler : comme en effet le droit eft demeuré fupprimé, du moins n’eft-il plus exercé dans l’Anjou. Enfin, au mois de juin 1773, eft émané du confeil, un arrêt qui attribue aux intendans 8c commiffaires départis, privativement à tous autres , la connaiflance de tout ce qui peut intérefier le nettoiement du lit des rivières de Loire , Allier & autres qui s’y déchargent, ainfi que des difcuftîons qui pourraient naître entre les feigneurs , propriétaires & riverains, tant pour ce qui concerne le chemin de hallage , que les péages, fauf l’appel au confeil.
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- Cloifon y clouaifon ; droit de cloifon.
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- 25*3- (t Sous ce nom, eft défigné un droit qui fe paie en Anjoirpar les y, marchands fréquantans la riviere de Loire, & qui fut impofé par 1$ duc „ d’Anjou , fous prétexte qu’il avait belbin de faire la cloifon des villes d’An-„ gers & de Saumur , c’eft-à-dire, de les enfermer de murs , & de les fortifier. 3, Ces ducs avaient o&royé cette impofition aux maire & échevins d’An-„ gers, pour l’entretien des fortifications de leur ville & du château , d’où „ il fut appelle cloifon, cluoaifon , parce qu’il était deftiné à la cloifon ou „ clôture de cette ville.
- 2f4. Dans cette courte notice que nous avons empruntée de l’Encyclopédie, 011 ne trouve ni la fixation du droit, ni les lieux, ni les objets qui y font fujets , ni les circonftances particulières qui forment exception ; & comme je n’ai pu avoir communication du tarif qui a dû fcrvir de bafe à tous les ré-glemens qui y ont rapport, je ne fais pas bien précifément fi le droit de cloifon eft dû nommément pour le charbon de terre ; mais ayant toujours été perçu fur toutes fortes de denrées , marchandifes & effets quelconques , def-tinés pour le commerce , ou pour la provifion, confommation & ufage des gens non fabriquans & commerçans , de quelque qualité & condition qu’ils foient, il eft à prélumer que le charbon de terre eft fujet à cet o&roi. Aujourd’hui fon produit total n’appartient pas à la ville d’Angers : à l’ancien odroi il en a été ajouté un en fupplément au profit du roi, fous le nom de double & triple cloifon, comme on va le voir par le détail fuivant, dreifé par M. Quinquet, directeur des aides d’Angers.
- 2SS' Louis XI, par.fes lettres du mois de février 1474, en créant la mairie d’Angers, donna aux maire & échevins faculté & puiifance de lever ou faire lever la cloifon accoutumée être levée y foit par leurs mains, ou bails à ferme , pour le produit être employé à la réparation , fortification, empare-ment & autres néceflités & affaires communes de la ville. Les termes de cloifon accoutumée être levée, font voir clairement que ce droit fubfiftait avant les lettres de 14745 mais il ne refte aucunes traces écrites de fa création, fi ce n’eft que dans le préambul.e,de l’arrêt du confeil du 14 juillet 166] , il eft rapporté que ce droit de cloifon était l’ancien domaine & patrimoine de la ville,établi de tous tems par les anciens ducs d’Anjou , & par la coutume écrite de la province, pour l’entretien & réparation des clôtures & fortifications deda ville, qui était alors une frontière de la Bretagne.
- afé. Le premier tarif de ce droit que l’on connaiife, eft celui fait par les maire & échevins d’Angers , en leur confeil ou aifemblée générale-, convoquée à cet effet le 5 décembre ifoo, & qui fe trouve, ainfi que le réglement, en-fuite du texte delà coutume d’Anjou, que l’on appelle ancienne ; purce que
- celle
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- celle qui effc regardée comme nouvelle, & où ce tarif 11e fe trouve plus,a été réformée en ifo8* Il ne s’agiflait encore alors que de la Jimpk cloifon, fur le produit de laquelle il avait été réfervé à René duc d’Anjou ,roi de Sicile, une (fomme de i f o livres par an, pour fes menus plaifirs , de laquelle les maire & échevins obtinrent de Charles VIII, en 14840 un don que Louis XII confirma par fes lettres-patentes du f avril 1713.
- 257. Les charges & dépenfes néceflaires de la ville devenant plus fortes , & le [impie, droit de cloifon n’y pouvant plus fuffire , les maire «S^échevins demandèrent à Henri IV le doublement de ce droit, qui avait déjà été fait précédemment, mais dont ils n’avaient point encore joui. Ce roi le leur accorda par arrêt de fon confeil, du 13 avril 1 f 96 , pour être perçu conjointement avec l’ancien droit, pendant l’elpace de fept années. Ce doublement leur fut continué de tems en tems félon le befoin , en conféquence de la déclaration de Louis XIII, du 24 juillet 1638* Les maire & échevins ayant payé ès mains du tréforier de l’épargne 4000 livres en 1640, & 16000 liv. en 164^ , pour être maintenus dans leurs droits , & être difpenfés de prendre des lettres de confirmation pendant douze années, il leur fut permis par arrêt du 3 mai 1645", de lever non-feulement le double , mais même le tiercement du droit de cloifon ; & cet arrêt eft le premier titre connu de ce triplement, qui n’était encore qu’accidentel.
- 2f8. Mais les befoins allant toujours en augmentant, & la ville fe trouvant endettée de plus de 300000 livres, tant parles dépenfes ordinaires, qu’à raifon des taxes qu’elle avait payées au roi en divers tems, Louis XIV$ par fes lettres - patentes du 21 juin 16s1, permit & oétroya la levée du droit de doublement de cloifon & tiercement d’icelui, fur les denrées & marchandées paflant parla ville, les Ponts-de-Cé & Ingrande, pendant neuf années à commencer du jour de l’expiration des douze années portées par la déclaration du 24 juillet 1638- Les maire & échevins, ainfi en polfeffion des doubles & triples droits de cloifon, les comprirent dans les baux à fermes qu’ils donnaient de la fimple cloifon & des autres droits dont ils jouiifaient, & entr’autres baux,. dans un fait à Guillaume Mariet ,1e 14 juillet 16f6.
- 2^9. C’est dans ces circonftances, que dans une affemblée de tous les ordres de la ville , & en préfenee , tant de M. le marquis de Fouriiie , gouverneur de la ville & château d’Angers, que de M. Hotmail, intendant de Tours, il fut procédé le 2 janvier iéfyàune nouvelle pancarte des droits de cloifons , beaucoup plus détaillée & mieux développée que celle du f décembre i)Oo, qui était tombée en défuétude. Cette pancarte de i6f7, eft encore en vigueur aujourd’hui, & il n’en a été fait ni reformé aucune autre depuis (a). Il fut feulement, le .8 février 1681 5 difpofé un tarif ou
- (a) Les tarifs de iç00 & de 1657, une infinité de marchandifes fpécifiées Sc après avoir déterminé la quotité du droit fur détaillées, finiifent par dire, que pour tou.
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- pancarte dans la forme qui avait été ordonnée par une fentence de l’éle&ion d’Angers,du 12 feptembre 1665*., portant que fur la pancarte du 2 janvier 165*7, contenant le Jim pie, double & triple de la cloifon , il ferait fait deux extraits, dont l’un ne porterait que le Jimple de la cloifon, pour fervir au fermier de la ville, & l’autre le double & triple pour l’ufage de Rouvelin , fermier générai du roi s ce font ceux dont 011 fe fert actuellement, l’exécution paraiiiant en avoir été encore ordonnée par une fentence de Péledion du go mars 1705* , à Poccafion de la déclaration du g du même mois, qui établirait deux fols pour livre fur tous les droits dépendans des fermes du roi. *
- 260. Cependant les marchands fréquentans la riviere de Loire , s’étant dans le tems oppofés à l’enregiftrement des lettres - patentes du 21 juin 165*1 , la perception du double & du triple de la cloifon fut fufpendue par deux arrêts du parlement des 8 août {65*7, & feptembre 165&, pendant les années 165*7, 5*8, 5*9, 60, 61 & 62 , nonobftant un arrêt du confeil du 10 juillet 165*9 > qui avait voulu rétablir cette perception. Mais le roi, par une déclaration du 2,1 décembre 1647, dont l’exécution fut'différée par la guerre de Paris, enfuite par plusieurs autres réglemens confolidés par l’édit de décembre 1663 , avait ordonnné à fon profit la jouiffance de la première moitié de tous les o&rois & deniers communs des villes du royaume.
- f 26r. Cette difpofition donna lieu à différentes conteftations entre les maire & échevins d’Angers , & les fermiers de fa majefté. Elles furent enfin invariablement terminées par un arrêt contradictoire du confeil, du 14 juillet 1663, qui laifîant à la ville la propriété perpétuelle de fon ancien droit de Jimple cloifon, réunit pour toujours à la ferme des aides plufîeurs o&rois, & entr’autres , le double & le triple de celui de cloifon , pour en jouir comme en avaient joui ou dû jouir les maire & échevins, & conformément au bail de Mariet du 14 juillet 165*6. La double & la triple cloifon réunies , forment le double de la fimple; c’eft-à-dire, que telle marchandife qui fe trouve tarifée pour la fimple par cent pefant à 3 fols 4 deniers , doit pour la double & triple 6 fols 8 deniers. Au refte , la pancarte du 5* décembre 1^00 , porte que ce droit “ eft dû fur ,toutes fortes de marchandifes généralement ,, quelconques, entrant, paffant, &c. par la ville, fauxbourgs & quintes „ d’Angers , ou par les fins ou metes ( a), d’entre les ponts d’ingrande,
- tes autres denrées & marchandifes dont n’y ( a ) On entend par quintcc les différens eft fait mention, même celles voiturées par territoires & arrondiffemens qui conipofent les meflagers, il'fera pris & reçu 6 deniers l’étendue de la jurifdiction de la prévôté oboles pour livre, en exceptant quelques d’Angers,fuivantl’articleXXXV delà cou-menues denrées qui n’ont pas de rapport à turne d’Anjou ; & les fins & metes lignifient notre objet. termes ou bornes.
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- ,,'les Ponts-de-Cé, le port de Ville-l’Evêqüe, par eau ou par terre, en ce ,, compris les ponts & paflages montant, baillant ou traverfant par les ri-„ vieres de Loire , de Mayenne & du Loir, ou par aucune d’icelles. „
- 262. Ce que nous avons obfervé en annonçant l’hiftoire du droit de boîte, & de celui-ci touchant les difcuffions & les abus qui peuvent naître à l’occafion des impofitions dont l’origine remonte à des tems fort reculés, eft arrivé pour le droit de cloifon : fur des énoncés louches & obfcurs, portés dans le bail de Mariet en i6f6, & dans quelques réglemens poftérieurs au tarif de 1500, les maire & échevins d’Angers prétendirent, en 1740, que les droits de cloifon n’avaient pas lieu fur les marchandifes dans les fauxbourgs de la ville , au-delà des barrières. La conteftation fut d’abord jugée en leur faveur, par une fentence de l’élection du 4 mars 1741 ; mais le fermier qui en interjeta appel à la cour des aides, ayant invoqué la teneur du tarif du f décembre 1 f00 , & ayant prouvé que les maire & échevins avaient eux-mêmes perçu au-delà des barrières le droit de fimple cloifon , qui était relié à la ville, la cour des aides, par un arrêt contradi&oire du 21 mai 1745“, infirma la fentence de l’élection, & confirma la pancarte de ifoo, & le tarif de 16^7 ; enforte que depuis ce tems la perception 11’a plus fouffert de difficulté à cet égard.
- 263. L’assujettissement de toutes les marchandifes non-dénommées dans les pancartes, aux droits, à raifon de 6 deniers pour livre de leur valeur , pour la double & triple cloifon , & de 3 deniers pour la fimple cloifon, a auffi donné lieu depuis 16^7,8c par fucceffion de tems à l’arbitraire , & à des diftinétions fur les marchandifes non-dénommées ; car dans une infinité de cas , on a cru devoir fe rapprocher du tarif & du traité du mois de feptembre 1684, & le prendre pour guide; de maniéré que fur les unes le droit ne s’eft perçu qu’au cent pelant; & fur les autres qui ont reçu des mains-d’œuvre, il s’eft levé à l’eftimation. Les exemptions de ces droits s’étendent fort loin ,-fur tous les habitans de la ville & des fauxbourg3 d’Angers , aux charges & claufes prefcrites fur quelques menues denrées , &c. comme nous l’avons annoncé précédemment. )
- Haut et bas-Anjou.
- Saumurois.
- 264. Concourfon, S. George de Chatelaifon, Doué, & Montreuil- Bellay, où fe trouvent des mines de charbon de terre, font dans le bas-Anjou ; mais comme elles font peu avantageufement fituées, en comparaifon de celles qui fe trouvent directement fur les bords de la Loire à l’endroit où la
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- petite riviere de Layon, venant des mines du Saumurois, va précifémenfc fè jeter ; j’en ferai ici une petite claife à part, & je parlerai enfuite des autres qui avoifinent davantage la Loire. Foye^ la première partie.
- 26f. Les fouilles dans ces mines n’étant pas fort profondes, on fe garantit & on fe débarraffe du mauvais air par des moyens aifez fimples ; voici du moins ceux qui étaient ufités il y a une trentaine d’années. Les ouvriers, pour 11e pas être furpris par la mouffette, fe fervent de deux ou trois groffes chandelles ; ils en portent une en avant à mefure qu’ils avancent en travaillant j & lorfqu’ils voient que la lumière s’éteint, ils fe retirent dans la galerie pour refpirer. Leurs méthodes pour l’airage des galeries conlîffait à pofer à l’une des ouvertures une efpece de claie garnie de natte, contre laquelle 3e vent frappe ; cette claie chalfe le mauvais air du bas & le fait fortir par l’autre ouverture ; félon que le vent changeait, ils changeaient la claie.
- 266. On distingue dans ces mines deux qualités de charbon, celui qui eft tiré plus fuperficieilement, & celui qui eft tiré d’une plus grande profondeur. Ce dernier, dont la veine a ordinairement fix à fept pieds de haut, fur quatre pieds de large, eft comparé pour la bonté , à celui d’Auvergne & d’Angleterre. Dans le cours des deux veines, il fe rencontre des doux pierreux que l’on en fépare aifément : il y a une quarantaine d’années que l’on tirait de ces mines foixante boiifeaux de charbon par jour du prix de fix, fept, huit fols fur la mine , pelant trente - deux livres fortant de la mine, & vingt-fept lorfqu’il était fec.
- 267. Toute perfonne peut commencer une nouvelle fouille, ou entreprendre de fouiller ou de continuer les mines abandonnées. Autrefois cette cntreprife fe faifait ordinairement par cinq perfonnes, le propriétaire du terrein , qui pour fon fonds a un cinquième , un autre pour les avances-ayant auflî un cinquième, un autre ou plufieurs qui font travailler ont un cinquième 5 ces derniers prennent des ouvriers auxquels ils donnent huit fols par jour,& du vin l’hiver comme l’été. Il 11’y a aucun droit fur ces charbons , perçu au profit des particuliers, feigneurs & propriétaires ; tout eft compris dans le cinquième du propriétaire qui le retire net fans contribuer à aucuns frais.
- 268. En connaiffant la pofition défavorable des mines de charbon du Saumurois, on jugerait qu’étant peu dignes de l’attention de fpéculateurs étrangers, les propriétaires peuvent, encore plus que ceux d’autres endroits, compter fur la jouiffance.pailible d’un bénéfice légitime, qui 11e préfente pour aucun tems l’efpoir d’accroiïïement j d’ailleurs, la décifion fage, claire & pofitive de 169^ , par laquelle les propriétaires des charbonnières d’Anjou avaient été maintenus dans leurs droits contre les prétentions injuftes d’un repréfentant de la ducheife d’Uzès, confirmée dans le don qui avait
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- été fait au duc de Montaufier fon pere, des mines de charbon quil découvrirait dans le royaume , en avait fi bien impofé à tous les demandeurs de concefiion , que depuis cette époque aucun n’avait ofé porter lés vues fur ces mines. Les propriétaires de celles du Saumurois fe reiTentaient de la tranquillité donnée par cet arrêt aux propriétaires des mines de la province d’Anjou j elle femblait en effet leur être également allurée aux uns & aux autres : toutes ces mines étaient folemnellement à l’abri d’une ufurpation;. elles ont cependant été , il y a trente - deux ans, en butte à des entreprifes que le miniftere n’eft nullement dans l’intention de légitimer par les concédions. La maniéré dont cette invafion fut tentée eft très - remarquable, & elle mérite d’être rapportée ici5 elle fera voir la façon bizarre dont quelques perfonnes favent faire tourner à leur profit la connailfance dans l’hif. toire des chofes.
- 269. Au mois de mars 1740, M. de Lelfeville, alors intendant de Tours , reçut des plaintes des habitans des environs de Doué & de A. Georges-Cha-tdaifon, qu’un particulier, fe difant porteur d’un ordre de M. le duc de Bourbon & revêtu du pouvoir à lui donné, faifait fouiller des mines de charbon de terre, & s’emparait de leurs terreins. Cet intendant donna furie - champ ordre à fon fubdélégué de Saumur, de défendre de fa part à ce particulier de continuer fon entreprife. Cette défenfe fit paraître une compagnie qui produifit une concefiion de M. le duc de Bourbon, grand-maître , fur - intendant des mines & minières de France, en date du 7 novembre 17^7, par laquelle le fieur Bacot de la Bretonniere, un des alfociés, pouvait faire exploiter , tant les mines de charbon de S. Georges à fix lieues à la ronde, que toutes celles d’or, d’argent, métaux & autres fubf. tances terreftres. Dans l’hiftoire de l’adminiftration des mines en France, qui forme la cinquième feétion renvoyée à la fuite de la tradu&ion de l’ouvrage allemand dont j’ai parlé, 011 verra en quoi confiftait l’attribution de cette charge fupprimée en 1740, & dont rien ne ferait plus utile que le rétablilfement avec toutes fes dépendances. Ces lettres de concefiion du grand - maître n’étaient pas, félon toute apparence , bien en réglé : ce qui était déjà un vice punillàble j car ce ne fut que le 28 juin 1740, que le eonfeil, après bien des informations, rendit un arrêt par lequel les fieurs Bacot & alfociés furent régulièrement , quant à la'forme, autorifés à faire exploiter les mines de charbon dans l’étendue des paroilfes de S. Georges-Chatelaifon & Concourfon , près la ville de Doué, à la charge par eux d’in-demnifer de gré à gré les propriétaires des terres où font fituées lefdites mines, du dommage qu’ils pourraient fouifrir, ou en cas de conteftation, par jugement du commilfaire départi. Cette compagnie eft la plus anciennement établie en Anjou} M, de Voglie, qui en parle dans un mémoire
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- dont je ferai mention tout-à-l’heure, & que m’a remis M. Duhamel, nous mettra à même de faire connaître où en étaient fes travaux en 17^7.
- Précis fur les mines d'Anjou, fur la manière dont elles fe travaillaient, & fur < les ufages qui s'obfervaient pour leurs entreprifes.
- 270. Depuis un tems immémorial , on n’a encore rencontré dans cette province que des veines éparfes à la ftiperficie, fous des rocs placés à dix-huit pieds de profondeur , auxquels fuccede une terre qu’011 y appelle houlle, efpece de mauvais charbon avant-coureur du véritable, annoncé quelquefois à la fuperficie du terrein par fa couleur noire. Ces veines font très-fujettes aux creins, & elles font par conféquent irrégulières ; il y en a cinq de reconnues , courant trois ou quatre cents pieds en pendage oblique*, à peu près parallèlement, & le plus communément dans une incli-naifon de vingt à vingt-cinq degrés j leur épaifleur eft depuis un pied juf-qu’à quatre ; M. de Voglie leur donne depuis un jufqu’à dix ou douze pieds ; elles paraiifent être une dépendance de celles du Saumurois, avec lefquelles elles fe rapportent en tout, & félon toute apparence, de celles de Montre-lais. Leur direction générale eft du levant au couchant.
- 271. D’après les obfervations de cet ingénieur, l’enveloppe fupérieure ou le toit fe trouve du côté du nord; l’enveloppe inférieure qu’ils appellent mur 9 fol, du côté du nord. L’une & l’autre enveloppe nommée dans ces quartiers chemife, a depuis trois jufqu’à quatre & douze pieds d’épaiifeur, vraifemblablement en proportion de celle de la veine; l’inférieure eft toujours la plus épaiife. Les gens du pays s’imaginant, à caufe de l’irrégularité des veines de ces cantons, qu’il 11’y avait point de profit à aller chercher le charbon au-deflbus de quatre - vingt ou cent pieds de profondeur, leur manière de travailler était bien fimple. Après avoir enfoncé un puits rond de douze ou quinze brades, ils commençaient à former une galerie; lorfquelle était avancée à quinze pas de longueur, ils faifàient un autre puits fervant en même tems à l’extraction du charbon & à l’airage : afin d’empêcher que le vent ne fît obftacle à la fortie de l’air de la mine , onfe contentait de mettre fur le bord du puits une efpece de haie du côté du vent.
- 272. En pouffant cette galerie on s’ouvrait en face* ou à droite, ou à gauche, quelques routes, dont la largeur n’allait guere à plus de trois pieds , & la hauteur à cinq : on les pourfuivait tant que les eaux 11e s’y op-polaient pas , (aj ayant foin d’étayer le toit de la veine qui 11’eft pas folide,
- (a) M. de Yoglie obferve que lorfqu’on des brouillages de pierres, ils empêchent approfondit à trois cents pieds, les eaux in- toujours les eaux d’aller au fond des ou-fcommodent beaucoup moins : c’eft l’effet vrages : dans les rochers qui font réglés, les
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- & les parois latéraux, de trois pieds eu'trois pieds, avec des perches & des poteaux garnis de chaume. Communément on avançait depuis quinze jufqu’à quarante brades en profondeur. Des ouvrages aulfi abrégés & auffi peu compofés, n’employaient ordinairement dans chaque folié que fept ouvriers , trois au-dehors pour tirer en-haut le bourriquet, qui eft à peu près de l’efpece employée aux carrières de pierres , mais moins grand, un en-bas du puits qui charge le panier , un autre dans l’intérieur de la mine, qui pique le charbon , c’eft-à-dire, qui le détache avec le pic, deux qui le portent au bas du puits. Ces fept ouvriers pouvaient tirer foixante boilfeaux de charbon. (a)
- 273. Il y a environ une cinquantaine d’années que l’ufage pour l’entre-prife de ces fouilles était, que le propriétaire qui permettait à un ouvrier d’ouvrir & de fouiller dans fon terrein, jouilfait du cinquième du prix de la vente du charbon qui fe tirait. Mais depuis 17^ 1 , les charbonniers qui font le travail fe chargent de tous les frais ; & à mefure que les charbons deviennent meilleurs ou plus abondans, ils donnent aux propriétaires, tantôt le quart, tantôt le tiers franc ou même la moitié du profit, fuivant la qualité des mines qu’on leur fait exploiter : les maîtres n’ont d’autre foin que d’en faire la vente, & de veiller à ce que leurs mines foient bien' travaillées. Cette maniéré facilite tant aux pauvres qu’aux riches le moyen de tirer de leurs mines tout l’avantage polîible, fans qu’ils aient aucune avance à faire.
- 274. En fe rappellant ce qui a été dit fur ce fujet dans la première partie, on fentira tous les avantages de ces mines lituées fur les deux rives de la Loire, dans le haut & bas Anjou. La facilité que donne cette riviere d’exporter le charbon provenant de ces mines, dans un long trajet jufqu’à Nantes, où cette production alfurée d’un grand débit peut encore être vendue à l’étranger qui y en apporte, préfente feule un encouragement certain à cette concurrenue fi deflrable des propriétaires vendant une même denrée, s’efforçant chacun de la donner meilleure & à plus bas prix. Il ne manquerait à tout -cela qu’une méthode différente de conduire les ouvrages , ref-treinte en Anjou, comme dans les autres cantons dont nous avons parlé, à une extradion qui élude autant qu’il eft poflible les fouilles profondes & difpendieufes.
- 27^. Les auteurs de l’Encyclopédie, à Poccafion des mines de cettepro-
- eoupes font vives, & Peau fuit; ainfi plus on de S. Aubin, mefure d’Angers, pefe qua-enfonce dans ces rochers, plus on y trouve rante livres. M. de Yoglie a obfervé que le d’eau. charbon d’Anjou pefe depuis foixante jul-
- . ( a ) Le boiffeau de Saumur pefe trente qu’à foixante-cinq livres le pied cube, félon livres, celui de S. Georges trente-cinq;celui qu’il eft plus ou moins mouillé.
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- vince, (<z) ont donné une idée fommaire de ces travaux; ils fe font arrêtés fort à propos fur le vice de ces exploitations manquées. Nous ferons ailleurs mention (b) des moyens qu’ils propofent pour remédiera cet inconvénient dont ils reconnaiffent la difficulté. Quant à préfent, nous nous bornerons à donner l’hiftoire des différentes conceffions qui ont eu lieu fur les mines d’Anjou ; ces privilèges, qui fuppofent le manque d’émulation des propriétaires pour les travaux, ou le défaut d’abondance d’extradion, font auffi demandés & accordés fous la promelfe & l’obligation d’une exploitation mieux conduite : c’eft à ce titre que les mines d’Anjou font entre les mains d’étrangers, au préjudice des propriétaires. On verra par la relation fuivante , fi cet expédient, j’appelle ainfi les conceffions , a rempli avec plus de fuçcès que dans les autres provinces , ce qu’on en attendait : j’emprunte ce récit du mémoire de M. de Voglie , chargé de la vifite de ces mines, à l’effet de fournir les inftrudions nécelfaires au jugement des eonteftations entre les conceffion-naires & les propriétaires des mines ; je me permettrai feulement de pré-fenter les faits d’une maniéré différente de M. de Voglie, qui paraît pencher décidément en faveur des conceffions : les réflexions que je placerai de tems en tems, laifleront appereevoir les points fur lefquels je ne luis pas du même avis : pour le refte de fon mémoire, qui a décidément pour objet de comparer l’avantage de l’exploitation des propriétaires avec celui de l’exploitation de conceffionnaire , je le difcuterai à part en examinant les avantages & les défàvantages de ces privilèges.
- Mémoire hijlorique touchant les conceffions obtenues fur les mines de charbon de la province d'Anjou.
- 276. La première atteinte qui ait été portée au droit des propriétaires d’Anjou fur lafouiile de leurs mines ,a cela de particulier, que dans la maniéré dont elle fut terminée, on trouve une décifion directe pour tous les cas de femblables privilèges donnés fur des terreins à mines.
- 277. Ce fut à l’occafion du privilège du duc de Montaufler, paffé avec les mêmes claufes & rèferves à madame la ducheffe d’Uzès fa fille ; elle céda fon droit fur la province d’Anjou à un nommé François Goupil, qui voulut s’emparer des mines ouvertes. Les propriétaires réunis pour la défenfe de leurs droits, obtinrent le 4 janvier i69f, un arrêt rapporté par Pocquet de la Livoniere, dans fon Recueil des arrêts notables fur la coutume d’An-
- (d) A la fuite d’un mémoire fur les car- placée à la fuite de l’exploitation des mines rieres d’ardoife de cette province, tome VI métalliques, traduite de l’allemand, & qui des planches d’hiftoire naturelle. traitera de l’adminiftration civile, politique
- { b ) Dans la cinquième fection qui fera & économique des mines & minières.
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- jou ; il fut fait défenfe à la dame d’Uzès & fes commis, de troubler les propriétaires dans les fouilles & dans la fuite d’icelles ; la reftitution des charbons faifis fut ordonnée. M. de Voglie qualifie cet arrêt de confirmatif à celui de 1692, en faveur de madame d’Uzès, il ne fait point remarquer la claufe exprelfe de cet arrêt dans ce qui concerne ladite dame, qui ne tombe que fur les mines à découvrir, & non fur celles qui font ouvertes. Effectivement , il eft dit que la dame d’Uzès pourrait faire ouvrir & fouiller toutes les mines & minières de charbon de terre quelle découvrirait, du confente-ment neanmoins des propriétaires & en les dédommageant préalablement de gré à gré : la dame d’Uzès ou fes cefïionnaires, font purement & Amplement au-torifés par-là, à faire, par-tout où bon leur femblera, la recherche des mines ; & celles qu’ils découvriront leur font adjugées : voilà le privilège qui fut confirmé ; & ce qui renverfe toute efpece d’interprétation fur cela, c’eft que Goupil fut puni pour avoir abufé du privilège .qui ne lui donnait aucun droit fur les mines en travail ; il fut condamné en mille livres de dépens, dommages & intérêts envers les propriétaires. Il eft facile de juger du bon effet que produifit cet exemple : pendant près d’un fiecle la pof-fefîion de droit & de fait des propriétaires des terreins de mine fut fans dif-continuité refpe&ée dans cette province fur-tout. Il 11’en a pas été de même depuis environ vingt-trois ansj un réglement émané du confeil le 14 janvier 1744, a, malgré les vues d’utilité & de fageffe qui l’ont di&é, fervi de prétexte pour priver prefque par- tout les propriétaires de mines , d’un droit dans lequel ils font folemnellement maintenus par ce même réglement Ça). Ceux d’Anjou, attendu la richeffe de leur canton , ont été les plus expofés à la cupidité des conceffionnaires on des fous - conceffion-naires.
- 278. M. de Voglie, en fuivant l’hiftoire des privilèges accordés fur les mines d’Anjou , paraît chercher à faire valoir ce prétexte par les expreflions même de cet arrêt. Cet ingénieur obferve que,foit défaut de capacité, /bit défaut de facultés, le mal que l'on avait efpèré de détruire par cet arrêt, continuait , & que Von ne s* apperçut £ aucune amélioration dans V exploitation des mines £ Anjou jufquen \nç 1 , qu’une compagnie formée fous lenom de Thomas Battit, expola au confeil la mauvaife exploitation des propriétaires des pa-roiffes de S. Aubin de Luigné, de Chalonnes 8c de Chaudefonds , & le dommage que foufifraient la province & l’état de la liberté qui avaient les propriétaires £autorifer qui bon leur femblait à fouiller dans leur terrein. Sur une femblable
- (à) Ce réglement fera rapporté dans Ton préambule que fur les articles dont eft coin* entier à la fin de cette troifieme fection, pofé cet arrêt.
- & accompagné d’obfervations, tant fur le Tome XVI.
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- repréfentation, on imaginera fans doute que ce Thomas Bault & fa compagnie , en réglé pour les ronds à employer dans ces travaux, étaient de plus tous gens capables & intelligens dans le travail des mines ; car ce ne ferait qu’à ce titre qu’il leur ferait pardonnable de demander la préférence fur les propriétaires manquant de facultés convenables pour des extradions difpen-dieufes. Al de Voglie n’en dit rien pour le moment; on verra par la fuite ce qu’il faut en penfcr : tout ce que l’on en fait , c’eft que ce Thomas Bault avait été frippier à Angers, & qu’il follicita avec fuccès la pernuffion d’exploiter .exclusivement à tous autres les mines de charbon de terre dans l’étendue des trois naroitlés. A la vérité , M. de Alachault, alors garde des fceaux & contrôleur général, n’accorda au demandeur qu’une fîmple permiffion d’exploiter. M. de Voglie n’exprime pas ce que c’eft que cette permiffion firnple , fi elle portait fur les mines ouvertes , ou fur celles à ouvrir.
- 2-9. Al de Lucé rendit le ri mai 17^ ,fon ordonnance d’exécution des ordres de Al de Alachault, & àéiGndit à tout propriétaire, faute de s’ètre conformé au réglement de 1744? de continuer les folies ouvertes , d’en ouvrir de nouvelles & de troubler la compagnie de Bault dans fou exploitation. Les propriétaires interjetèrent appel de cette ordonnance , qui par une autre de Al de Magnanville du 26 juin fuivant, fut convertie en oppofition fur la. requête qu’ils lui préfenterent. Bault fe rejeta de nouveau fur la mauvaife exploitation des propriétaires , & demanda à être admis à la preuve de fon allégation , par une vifite & examen des mines qu’ils avaient en exploitation. Le confeil fit droit fur la demande de cette compagnie, Al de Alachault ordonna le 3 feptembre 177$ à A1. l’intendant de Tours de faire dretfer procès verbal de la fituation des travaux des propriétaires, & de ceux de la compagnie de Bault.
- 280. Le fleur de Voglie fut commis à cet effet par ordonnance de Al de Alagnanville du 10 feptembre 175*3. Le 4 ocftobre fuivant, cet ingénieur fe trànfporta fur les lieux; les propriétaires duement avertis déclarèrent s’op-pofer à cette vifite , & protefter de nullité de tout ce qui ferait fait au préjudice de leur oppofition. L’ingénieur prit atfte de leur refus , & fur la requi-fition de Bault, fe contenta de vifiter juridiquement les travaux de fa compagnie , & fucceffivement ceux des diftèrens propriétaires de la paroilfe de Alontjan non oppofan's ; mais il ne laiifa pas de rendre comte au confeil, par un mémoire féparé de fon procès-verbal, de la façon de travailler des propriétaires de S. Aubin de Luigné (a). Le procès-verbal de l’ingénieur fut adrelfé à Al. de Alachault, par Al. l’intendant, le 2g novembre 1753, avec fon avis, qui fut de lailfer jouir Bault & compagnie de leurs exploitations, en
- (a\ Ce mémoire particulier fur les mines de S. Aubin de Luigné, fera donné à la fuite de cette relation.
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- fe conformant au réglement du 14 janvrier 1744 5 de furfeoir à faire droit fur leur demande à fin de privilège exclufif, de laifler jouir les propriétaires des puits ouverts, & de leur défendre d’en ouvrir de nouveaux fans une per-milîîon exprefle, conformément aux articles 1 &.10 de l’arrêt de 1744.
- 281. Le confeil, malgré les repréfentations des propriétaires & celles que fit la compagnie de S. Georges-Chatelaifon , par inquiétude pour fes intérêts, rendit le g janvier 17^4 un arrêt en faveur de Bault & compagnie, par lequel il lui permit d’exploiter exclufivement à tous autres les mines de char-bon ouvertes & non ouvertes , fituées dans les paroilfes de S. Aubin de Luigné, Chalonnes & Chaudefonds , en fe conformant à l’arrêt de 1744,avec défenfe de troubler ladite compagnie ; fans néanmoins qu’en vertu de ladite concef-lîon , Bault & compagnie pulfent troubler ni empêcher de travailler ceux des propriétaires qui, avant ledit arrêt de 1744, étaient en pofleffion d’exploiter de pareilles mines , ni faire fouiller dans les trous qu’ils auraient ouverts & à cinquante toifes de diftance, fi ce n’eft qu’ils prétendirent que lefdits propriétaires exploitaient mal & en contravention aux réglemens, en n’appro-fondiifant pas fuftifamment leurs fouilles ; ce qu’ils feraient tenus de vérifier par des fondes qui feraient faites pour prouver qu’il y aurait des charbons plus avant en terre , autres que ceux qu’ils tireraient de la fuperficie.
- 282. Par la même raifon que le jugement de Goupil, en I69f, avait écarté pour long-tems des mines d’Anjou quiconque aurait longé à dépouiller les propriétaires de leur droit, l’arrêt en faveur de Bault & compagnie a ouvert la porte à une foule de prétendans au talent d’exploiter fupérieurement les mines de charbon i & ce qu’il y a de fingùlier , c’eft que le même jour S janvier 1754, eft la date de deux concelîîons fur les mines de ce canton. La compagnie qui depuis quelques années s était établie avec fimple permifi-fion à Montrelais en Bretagne, limitrophe d’Anjou , obtint le 8 janvier même année , fur ce terrein, un arrêt fembîable à celui de la compagnie de S. Aubin.
- 283. Le même jour, fur un expofé taxé par les propriétaires d’être contre la vérité, le feigneur de Montjan ou Montejan, prétendant en la qualité de feigneur foncier, avoir un droit de propriété fur les mines de fes jufticiables , ce qui eft diamétralement oppofé au droit commun & aux loix du royaume , obtint la conceflion exclufive des mines qui pourraient fe trouver dans toute l’étendue de fa baronnie ; & fans s’être aflujetti à aucune autre formalité de lettres-patentes & d’enregiftrement, dont il Tentait l’inconvénient pour fes intérêts, il s’eft cru fuftifamment autorifé à des procédures rigoureufes, des failles contre les propriétaires, pour leur faire celfer le travail de leurs mines.
- 284. Les fieurs de la Guimonniere& Petit de la Pichonniere , compris' dans l’étendue du privilège de la compagnie de S. Aubin, eurent le même avantage fur l’avis de M. l’intendant, & leur foumilîion de fe conformer à
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- l’arrêt de 1744. L’arrêt du premier èft du 21 mai 175:4 : le fécond n’en eut point en la faveur ; mais comme mieux exploitant, il fut autorifé par M. de Magnanville, à faire valoir fes propres mines du contentement de Bault & compagnie. Ainfi l’exploitation de ces mines faifait naître chaque jour de nouvelles difficultés, M. de Voglie aurait pu ajouter, & donnait lieu à des défordres qui portaient l’alarme de tout côté. Le confeil rendit, le 2 avril 175*4, un arrêt qui attribue pour fix années au fîeur intendant & commiffaire départi en la généralité de Tours, la connaiffance de toutes les conteftations concernant les mines de charbon de ladite généralité. Cet arrêt, continue M. de Voglie , était d’àutant plus néceffaire, qu’il 11’eft pas douteux que les compagnies de Doué & de S. Aubin ont éprouvé depuis leur établiffement une infinité de contradi&ions qui ont dû nuire aux progrès de leurs travaux , & qu’elles en éprouvent encore beaucoup. Les propriétaires ne travaillant pas conformément à l’arrêt de 1744, n’ont pu continuer leurs exploitations ; ils réclament cependant fans celle les droits qu’ils prétendent avoir ; & les demandes réitérées qu’ils font au confeil depuis le commencement de la préfente année i75'7,pour obtenir d’exploiter eux-mêmes leurs mines, en offrant de fe foumettre au réglement de 1744» femblent renouveller une queftion qui paraiffait décidée.
- Etat des travaux fuivis dans les mines de Saint-Georges de Chatelaifon, drejfé
- par M. de Voglie , ingénieur du roi en chef pour les ponts & chaufjèes, à Tours.
- 28 f. Les conceffionnaires jouiffant de leur privilège depuis 1740, ont d’abord fait leur principal établiffement dans la paroiife de S. Georges de Chatelaifon. Le principal puits, dit 1 q grand puifard, eft fitué à moitié d’une côte affez roide, qui régné le long de la petite riviere du Layon , dont cette compagnie fe flattait de tirer avantage, en la rendant navigable fur environ quatre lieues de longueur, jufqu’à l’endroit où elle fe jette dans la Loire. Ce projet, dont la compagnie a fait conftater la poffibilité, n’a point eu fon exécution.
- 286. Le grand puifard eft à peu de diftance du bâtiment de la mine> il eft fitué dans le Clos Hardouin ; il eft perpendiculaire, a douze pieds de diamètre, & eft revêtu en maçonnerie jufqu’à environ foixante-cinq pieds de profondeur, où l’on rencontre un roc très-dur , qu’on a percé fur environ trente pieds de profondeur, à l’extrémité defquels 011 a formé un réfervoir pour les eaux, & une galerie de quinze pieds de long, dirigée du nord au midi, jufqu’à la rencontre d’une veine qui n’eft diftante que d’environ dix toifes de la petite riviere du Layon. Dans cet endroit la veine a cinq pieds d’épaiffeur entre toit & mur, & une inelinaifon d’environ un pied pour trois,
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- Cette veine ayant fa direction du levant au couchant comme toutes fes fem-blabîes, on a pouffé une galerie dans l’épaiffeur de fa chemife du côté du levant, fur dix-neuf toifes de longueur, à l’extrémité defquelies on a formé un puits qui a .deux cents pieds de profondeur, & fe trouve plus profond que le grand puifard. Ces deux premiers puits font àéluellement pleins d’eau, & il faudrait les deffécher iî l’on jugeait à propos de reprendre la veine du côté du couchant 5 il y a fur le grand puifard une machine à moulette dont 011 ne fait aucun ufage.
- 2g7- Depuis le puits Hardouin jufqu’à trois cents toifes plus loin du côté du levant, 011 a repris l’exploitation de la veine, & fur cette feule longueur on a formé à des diftances à peu près égales dans l’épaiffeur même de la che-mife, quatre différens puits ayant tous environ deux cents pieds de profondeur fur cinq & fix pieds de largeur, revêtus en bois de chêne en plus grande partie 3 le premier fe nomme de la Bujfe, les autres de la Bretonniere, du Ponnir & Bigot. Ces quatre puits font comblés, à l’exception du dernier, & le charbon a été extrait de haut en bas fans beaucoup d'intelligence & de précaution fur toute la longueur des trois cents toifes. Tous les travaux, puits & galeries dont on vient de parler, font abandonnés par la compagnie.
- 288. En fuivant toujours la même veine, & fans en avoir fait l’extradion à environ cinq cents toifes de diflance, on a repris un nouveau travail en formant un puits dit l’Hirondelle, fur deux cents vingt pieds de profondeur, avec réfervoir dans le fond qui fert à tirer les eaux d’un autre puits dit Gourion, percé du côté du levant à environ deux ceMts toifes de diftance, lequel communique à celui de l’Hirondelle par une galerie dans la veine: c’eft par ce dernier puits qu’on fait aujourd’hui l’extradion du charbon 3 il a cent foixante pieds de profondeur. On n’a point pouffé cette veine plus loin du côté du levant, à caufe d’un crein; mais on a ouvert une galerie du côté du nord, pour tomber fur une nouvelle veine parallèle à la première, ayant même épaiffeur de quatre à cinq pieds, & diftante d’environ douze toifes 3 on a enfuitc remonté le travail du côté du couchant, par rapport à un crein femblable à çelui de la première veine, près le puits Gourion. La galerie du côté du couchant a aduellement trois cents pieds de longueur, 8c fe continue journellement.
- 289. A environ vingt toifes de diftance de cette fécondé veine, en remontant vis-à-vis le nord , eft une troifieme veine fous laquelle la compagnie a fait percer un puits dit la Bigotelle, ayant deux cents pieds de profondeur : le travail ne va pas loin du côté du couchant, & fe continue du côté du levant, où la galerie a environ foixante toifes de longueur pour le préfent : la veine a eu conftamment fept à huit pieds d’épaiffeur , fauf la Encontre d’un crein qu’on a paffé , autour duquel la veine avait jufqu’à trenté-quatre pieds d’épaiT
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- feur; on extrait journellement fur cette troifieme veine. Il y a fur les trois puits de l’Hirondelle, de Gourion & de laBigotelle , des machines qui fervent à l’extra&ion des eaux & des matières.
- 290. Ce font tous les travaux ouverts par la compagnie de S. Georges > & parle détail qu’on vient de faire, on s’apperçoit aifément que cette compagnie , rebutée du peu de fuccès de fes premières entreprifes, a borné fes vues & ralenti depuis près de dix ans Les travaux , de maniéré à faire fuffire l’extradion à la dépenfe journalière, fans être obligée de former de nouveaux fonds y on lait même qu’elle a été plusieurs fois fur le point de renoncer à fon entreprife, & notamment lors de l’obtention du privilège exclufif fur S. Aubin de Luigné , par Bault & compagnie. Il eft cependant vrai que les travaux qu’elle a faits font préférables à ceux des propriétaires, & que 11 eile eût eu l’avantage de les faire diriger par des gens plus entendus, les dépenfes qu’elle a faites lui procureraient aujourd’hui beaucoup plus d’honneur & de profit.
- Etal des travaux de la mine de charbon de 5. Aubin de Luigné , par M. de Voglie.
- 29 r. Les travaux de la compagnie de Bault confident dans quatre dif-férens puits fitués fur les paroiifes de S. Aubin de Luigné , Chalonnes & Chau-defonds. Le puits dit de Bon-fecours, dans la parodie de S. Aubin de Luigné, a actuellement foixante'-dix pieds de profondeur, & la veine porte depuis deux pieds & demi jufqu’à cinq d’épaiffeur ; l’ouverture du puits eft de cinq pieds fur quatre ; on y travaille habituellement (a). Le puits dit du Layon y fur la même paroiife, eft à environ cinquante toifes de la petite riviere qui porte ce nom ; il a cent dix pieds de profondeur -, la veine eft fort bouillardée (b)-, on efpere cependant qu’elle fe réglera. Le puits du Roc, paroiife de Chalonnes , au lieu dit le Roc y a cent trente pieds de profondeur, à laquelle on trouve une galerie de pied qui perce la montagne fur trois cents quatre-vingt-dix pieds de longueur, & rend fur le bord de la riviere (c). A l’endroiü où commence la galerie dans la montagne , eft un fécond défoncement d’enr viron cinquante pieds, que la compagnie a deffein de fuivre. Dans l’endroit dit le Rue dd Ardenay , paroiife de Chaudefonds , eft une galerie prife au pied dune montagne, laquelle entre dans cette montagne d’environ cent cin-
- ( a ) Il y a eu fur ce territoire une fofTe dite du PatiSy qui a été abandonnée à caufe du feu hrifou; c’eft la feule en Anjou qui ait été dans ce cas.
- (b) On nomme ainft dans les mines d’An-
- jou le renflement qui fe remarque dans le corps d’une veine après un crcin.
- {c") Cet ouvrage eft très-avantageux, tirant les eaux vingt-une toifes quatre pieds à plomb hors de la montagne.
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- quante pieds, au bout defquels eft un puits commencé fur environ fix pieds de profondeur -, la galerie a traverfé une veine entre toit & mur de neuf à dix pieds d’épaiflêur (a). A environ trois cents toifes de l’entrée de la galerie, eft ouvert un autre puits dit le Voujfeau, fur lequel eft établie la feule machine à mouktus qu’aient les entrepreneurs, qui fert à fenlevement des eaux & des charbons : fl a cent pieds de profondeur, & a traverfé deux veines obliques (b). La première fe trouve à environ foixante-dix pieds de profondeur, & a un pied d’épaiilèur ; la fécondé eft à huit pieds au-deflous de la première , & eft de deux ou trois pieds d’épailfeur. Ce puits, qui fe trouve au milieu des anciens ouvrages des propriétaires, eft fort abondant en eaux: la compagnie fe propofe, en défonçant ce puits , de le communiquer avec la galerie de pied du Rue.
- 292. Les conduirons du commilfaire font d’un homme exact & intégré ; en rendant juftice aux ouvrages des concelîionnaires, il les déclare expref-fément inférieurs à ce que l’on doit attendre d’une compagnie à qui les falcultés ne manquent point : voici fes propres termes qu’il eft bon d’apprécier. “ Tous ces dilîérens travaux font en ajfjè^ bon état ; ils font fufceptibles „ d’ëtre continués avec fuccès , & préférables à ceux qu’exécutaient les pro^
- priétaires ; mais 011 ne peut fe diffimuler qu’il s’en faut beaucoup qu’ils „ foient dans la fituation où ils devraient être par l’entreprife d’une com-„ pagnie ; il parait même qu’elle s’eft jufqu’à ce jour occupée de l’extradion j, pour fuffire en partie aux frais qu’elle a été obligée de faire, & que par „ cette raifon elle n a point rempli Us vues du confeil dans la concejjion du ,, privilège exclujif dont elle jouit. „
- 293. A la vérité, immédiatement après cette déclaration , dont les con-ceftionnaires ont peu fujet de fe prévaloir , M. de Voglie préfente un motif d’excufe en leur faveur , comme il l’a fait pour la compagnie de Saint-Georges : ce Celle- ci , ajoute-t-il, avoue qu’elle aurait travaillé avec plus „ de fuccès & de promptitude, fi elle n’eût eu des inquiétudes très-vives „ fur la validité de fon privilège, par les contradi&ions continuelles qu’elle ,, a éprouvées de la part des propriétaires , & l’accès favorable qu’ils ont „ eu auprès du confeil, où ils ont été reçus oppofans à fon exécution ; elle „ eft même encore aujourd’hui dans la crainte d’en être évincée.,, M. de Voglie croit les concelîionnaires fuffifamment juftiftés par-là; car il finit en ajoutant : “ Il parait allez naturel qu’en pareille circonftance fon zele fe
- ( a ) La pierre de cette chemife, au rap- (b) Ce pendage eft celui qui fe ren-port de M. de Voglie, eft blanche, d’un contre le plus communément en Anjou, & grain très-fin, & fujet à être traverfee par des on n’y en connaît prefque pas d’autre; on. fils;elle pefe cent quatre-vingt & centqua- n’y a pl£s encore reconnu fa platteure; le tre-vingt-dix le pied cube. pendage en roiffe eft rare en Anjou.
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- „ ralentiffe , & que la compagnie fafle plus de cas d’un avantage moindre „ & préfent, que d’un bénéfice confidérable , éloigné & incertain, qui „ ne peut même avoir lieu que par la perte d’un bien aduel, & par de ,, nouvelles dépenfes de plus en plus onéreufes. ,*
- 294. M. de Voglie, partifan déclaré des conceflions, & même des concef-Jions multipliées, n’a pas mûrement pefé Tes conclufions & fes réflexions : celles-ci ne font, de la part des conceflionnaires, qu’un échappatoire mi-férable, & en même tems un aveu forcé de leur mauvaife caufe. En effet, par une fuite du droit naturel & des loix qui permettent la défenfe de fou corps & de fes biens, les conceflionnaires doivent inévitablement s’attendre aux attaques perpétuelles des propriétaires ; les premiers dans le cas d’ef-fuyer des reproches de leur pareffe, ou de n’avoir pas fait des entreprifes aufîi confidérables que celles qu’ils auraient pu faire, fe trouveront donc dès-lors, d’après M. de Voglie, toujours recevables à s’excufer: ce ferait encore bien davantage, fi on comptait pour une bonne raifon cette incertitude très-fondée, & fur laquelle les conceflionnaires 11e peuvent fe taire, d’être maintenus dans une pofleflion abufive. Il n’y a point de doute que les plaintes des propriétaires, parvenues au pied du trône, ne finiffent par être écoutées ; mais il eft fingulier qu’on cherche à trouver la juftification des conceflionnaires, dans une défiance qui au fond 11’eft qu’un hommage rendu à l’équité du confeil.
- 29 Je regarde comme tellement impoflible de revêtir d’aucune couleur fpécieufe , la détention de ce qui appartient à autrui , que pour la partie hiftorique du commerce d’Anjou, je ne craindrai point de faire ufage de ce que M. de Voglie a conftaté par’fes recherches relativement à cet objet x dont l’importance lui a fait par-tout illufion en faveur des conceflionnaires. Cet ingénieur chargé de fournir les inftrudions & les connaiffances nécef-faires au jugement d’une eonteftation qui tient à l’ordre public, a été fé-duit par une apparence d’accroiffement dans cette branche de commerce; il s’eft répandu dans fon mémoire en principes vagues, en conféquences vi-cieufes, qui n’ont pu être relevées par les parties intéreffées, cet écrit .n’ayant point été public. Cette circonftance, & principalement la deftination de ce mémoire, qui était de fervir de guide au confeil & au bureau du commerce , m’ont déterminé à l’efpece d’analyfe que j’en ferai en paffant lorfque les chofes l’exigeront.
- 296. Je viens à la méthode fuivie en Anjou pour exploiter ces mines. Le peu de profondeur à laquelle fe trouve le charbon, le local plus favorable à l’extradion que dans les mines du pays de Liege & dans celles du Hainaut Français, entraînent néceffairement plus de fimplicité dans ces travaux; nous les ferons connaître ici pour l’utilité dont cela peut être dans
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- la plupart de nos mines de France, dont on aura par ce moyen une hiftoire aufti complété qu’il eft poftible. M. de Vogiie en-a donné une defcriptioa fommaire dans la troifieme partie de fon mémoire (a) ; mais elle m’a para mieux développée, fur-tout pour ce qui concerne Parchite&ure fouterreine & l’épaulement de la mine (b) * dans le mémoire de M. de Tiliy ,imprimé en 17 Ç 8 (O- J’ai cru par cette raifon devoir lui donner ici la préférence. Les principaux outils employés dans ces mines, font les mêmes que dans celles de Montrelais en Bretagne, & que j’ai indiqués par leurs noms s ceux entr’autres deftinés à faire jouer la mine avec la poudre à canon, font dans ces mines d’un ufage fréquent, à caufe des crans qui s’y rencontrent fou-vent : nous rappellerons ici en peu de mots, d’après M. de Tiliy, la manœuvre de cette opération.
- 297. Pour faire jouer la poudre à canon dans le rocher, 011 fait avec le fleuret un trou de douze à quinze pouces de profondeur ; 011 y introduit une cartouche que l’on pique avec YefpingUtte, ainfi nommée à caufe de là pointe extrêmement aiguë, & on met deifus une plate-forme de terre grade ; on aeheve enfuite de charger la mine avec de la pierre que l’on bat avec le bouroir. Cet infiniment, avec lequel on bourre la mine , eft de la grofleur & de la longueur du fleuret s il a fur une face une crénelure qui s’étend jufqu’à la moitié de fa longueur, de maniéré que YefpingUtte qui elt reftée dans la cartouche , ménage la lumière au travers de la charge do la mine. On tire YefpingUtte & on fait couler à fa place un chalumeau plein de poudre, fur lequel 011 met une meche foufrée , alfez longue pour que l’ouvrier ait le te ms de fe retirer avant que la poudre falfe fon effet.
- 298* Lorsque le trou de la mine eft porté à fa profondeur avec le fleuret, il peut arriver que la pierre donne de l’eau par fes coupes ; il n’en faudrait pas beaucoup pour empêcher l’effet de la poudre. Afin de prévenir cet inconvénient, on fe fert du bouroir à terre ; cet inftrument eft plein & rond i il fe termine quarrément par le haut, & eft traverfé d’une clavette que l’ouvrier tient dans fa main lorfqu’il frappe le bouroir avec la petite mafle : on met de la terre graffe dans le trou de |la mine, on la bat avec le bouroir à terre ; & pour qu’elle puiflê s’introduire plus aifément dans les coupes de la pierre, on entoure le bouroir de; foin. Cette précaution empêche la terre grade délayée par l’eau, de fortir trop promptement par les fecouffes qu’elle reçoit de l’inftrument. On retire cette terre de-
- (a) Sousletitre : Maniéré dont on doit preflion générale habiller le puits, exploiter les mines de charbon de terre. ( c ) Mémoire fur P utilité, la nature &
- {b) Toute la partie des manœuvres qui l’exploitation du charbon minéral, Broch, tiennent à l’art d’étréfillonner , de fafciner, in-12. fécondé partie, chap. i, 2.
- de cuveler le bure, eft comprife fous l’ex-
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- layée , avec la curette ; on en met de nouvelle que l’on bat avec' la même at-tention, que l’on retire auffi j & cette manœuvre fe continue jufqu’à ce que le trou de la mine foit féché. Dans les cas où l’eau ferait trop forte, il faudrait fe fervir de cartouches de cuir,coufues fi exa&ement que l’eau ne put les pénétrer.
- 299. Aussi-tôt que la mine a joué, que la fumée eft diflipée, ce qui n’a pas été attaqué par la poudre s’acheve avec une greffe maffe & les aiguilles à caillou. Ces aiguilles, dont 011 fe fert auffi pour forcer le rocher entamé par le marteau à pointe, different en tout des aiguilles à veines : celles - ci font de dix-huit à vingt pouces de long , celles-là ne font que de fix à huit pouces ) leurs quatre pans égaux font terminés en pointe trés-aiguë, comme l’aiguille à veine.
- Exploitation des mines d?Anjou, par M. de Tilly.
- 300. Les bois d’étai doivent avoir fix à fept pouces d’équarriffage ; on dif-pofe les étréfillons dans une diftance convenable à la nature du terrein que l’on traverfe : on met ces étréjillons ou croijures (<z) à deux pieds & demi,ou même plus près fi le terrein n’a pas de confiftance, & de trois pieds au plus fi le terrein eft ferme & folide. On obfervera que ces croifures foient exactement à-plomb , afin d’avoir plus de force ; 011 fafeine ces croifures paf-der-riere, de ramures ou branches d’arbres appuyées de lattes de foule ou de chêne j on ferre ces lattes avec des coins de bois , & 011 garnit les potelles qui reçoivent les bois, avec des pierres, enforte que la eroifure foit alfujettie fûrement j & pour prévenir les efforts ?que les terres pourraient faire dans le cours de l’exploitation, on place fur les billes, entre chaque eroifure, des morceaux de bois qu’012 appelle porteurs: on appuie ces porteurs avec de bons doux. En approfondiifant la foffe, il faut, pour la facilité de l’extradtion , la latter ou coulanter de planches de chêne d’environ un pouce d’épaiffeur. (ff)
- 301. Telle eft la maniéré d’étréfillonner le puits jufqu’au rocher, qui s’attaque avec la poudre à canon, pour aller jufqu’à cinquante, foixante ou quatre-vingt toifes de profondeur , fi l’on a deffein d’y établir une machine à feu , & jufqu’à cinquante toifes feulement, fi la foffe n’eft que pour tirer les eaux ordinaires avec une machine à. moulettes. Les puits fervant à l’extra&ion du charbon, fe terminent à la veine que l’on defeend alors pour fuivre fon.
- ( a) On nomme croz/hre un chaiïîs quarré latter les puits, fe nomment coulantes, long, qui a fes côtés oppofés égaux en- caufe de leur principal ufage qui eft d’aider tr’eux : les côtés qui étayent fur la Ion- les féaux & les paniers d’extradtion à glif-gueur, s’appellent bois, & ceux qui étayent fer, fans s’engager fous les crçifures qui-fur la largeur , s’appellent billes.. étréfillonnent les puits..
- i b ) Ces planches dont on fe fert pour
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- pendage; comme alors ces nouvelles fouilles font inclinées de même que la veine, toute la force des étais doit porter fur le toit, & l’on doit obferver une moindre diftance entre les croifures. Ces galeries ne font coulantées que fur le mur, parce que c’eft où fe palfe tout le frottement: lorfqu’elles ont acquis une certaine longueur, le cable d’extradion, en montant & en defcendant, frotte le toit à l’endroit où la perpendiculaire eft coupée, ce qui ufe le bois & le cable. Pour obvier à ces inconvéniens, on adapte en cet endroit un petit touret qui roule fous le cable (V).
- 302. Lorsqu’une foife eft approfondie au point de pouvoir l’exploiter, on ouvre une galerie à dix ou douze pieds du fond de la folié 5 cette réferve forme le puifard où les eaux des faignées s’égouttent : à cette diftance on fait un pont avec de petits madriers de deux à trois pouces d’épailfeur, & on ouvre collatéralement fur la veine. En entrant en galerie, l’ouvrier étanqonne près le bois de la foife , afin de prévenir l’écroulement : ces premiers étanqons doivent être plus forts que ceux que l’on met après ; par-delfus la bille de la foife on paife des lattes qui vont fe rendre fur le chapeau des étanqons ; on en palfc également fur les côtés, & on garnit l’efpace qui fe trouve entre les lattes & la pierre qui fert de toit & de muraille à la veine avec de la ramure, ainll qu’on le pratique en étréfillonnant les foliés ; on appelle cette première galerie la voie ou galerie de voie , parce qu’elle fert au déblai & au tranlport du charbon. On place les étanqons ou poteaux de deux pieds & demi à trois pieds de diftance , fui vaut la confiftance du toit ou de la muraille de la veine ; ils doivent avoir quatre, cinq ou fix pieds de hauteur. Lorfque le toit & la muraille font d’une folidité .connue, on fait une potelle ou trou dans la muraille , & on met un faux bois (b) qui répond à une billette qui fe trouve ferrée (c) fur le toit par ce moyen: 011 place ces petits poteaux & billettes à la diftance de quatre pieds les uns des autres. Quand la veine fe trouve extrêmement inclinée & la muraille folide, 011 y fait une potelle , & on place dans cette potelle un bois qui va rendre à fétanqon qui fe trouve incliné fur le toit; cet étanqon a une entaille par le haut, fous laquelle le bois fe trouve arrêté ; 011 garnit la partie du toit avec de la 'ramure & des lattes : cecife pratique lorfque la veine a une certaine largeur ; mais fi elle n’était que d’un pied & demi d’épailfeur , il faudrait abattre un pieu de muraille (d), pour faciliter le palfage des traîneaux dans la voie. On ouvre les galeries autant qu’il eft poflible, depuis trente jufqu’à cinquante pieds de diftance les unes
- (a) Voyez l’exploitation du pays de toit de la veine.
- L:ege, fécondé partie. , ( d) Il fout fe rappeller que, dans ces mi-
- ( b } On appelle ainfi le bois qui, potelle nés, mur, muraille, eit ce qui fe nomme dans le mur, eft l’arcbou tant delà billette. ailleurs U fol.
- ( c ) Petit bois «qu’on place le long du
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- des autres, plus ou moins, félon la force de la chemije. Il en réfulte une épailfeur de pareille dimenfion, appellée efloc (a) ou ejlau (£) , il fert à fou-tenir la folfe. Quand la galerie eft ouverte, on donne dix pieds d’épaiffeur à cet ejlau , & on monte dans la veine une taille de vingt à vingt-cinq pieds.
- 303. POUR monter une taille ^ il faut mettre un ouvrier à la diftance de dix pieds ou environ, de l’ouverture de la galerie. Cet ouvrier ouvre en montant entré deux étançons ; à mefure qu’il monte,ilpotelle du toit au mur; il place fes bois pour étréfillonner cette montée, & fe fert des étréfillons pour s’appuyer en montant. Lorf’que la taille eft à une hauteur convenable, on ouvre dans cette taille fur la même direction de la voie, & on place trois ou quatre ouvriers les uns fur les autres, qui abattent le charbon fur la voie ; 011 laide au-dedus de cette voie un petit ejlau d’un pied ou deux d’épaideur, fuivant la confiftance de la veine. Le charbon que les ouvriers de la taille abattent, palfe dans la voie par des trous ménagés d’efpace en efpace ; on étaie ces tailles du toit au mur avec des billettes & des faux bois.
- 304. A mefure que l’on moijjonne la taille , on pratique fur la voie un boyau que l’on appelle caffî, dans lequel l’air fe conduit fur l’ouvrier de la galerie & dans la taille, & on la remplit de toutes les décombres qui réfultent du toit ou de la muraille, ou même des mauvais charbons, dans les endroits où l’on 11e peut les employer à la fabrication de la chaux & des briques. Cette précaution s’appelle refaper dans la taille , & elle fert à empêcher le fardeau, c’eft-à-dire, le mouvement que la terre fait pour s’ébouler.
- 30^. Si l’on n’obfervait pas de garder foigneufement la diftance preferite ci-deiîùs entre les galeries que l’exploitation exige , on ruinerait une folTe dont les dépenfes font confidérables, 8c on ferait ce qu’011 appelle une exploitation déréglée ; la toile dans la fuite cambrerait au moindre fardeau , & l’on perdrait le fruit de fon travail par trop d’avidité. Les eftaux que forme la diftance à obferver entre les galeries ,fe reprennent lorfque les fonds fe trouvent épuifés, 8c qu’il eft queftion d’abandonner la foife. Pour travailler les fonds de la veine avec plus de facilité & d’avantage , on fait une chambre dans l’endroit le plus avantageux de la galerie, lorfqu’elle a acquis une certaine profondeur. On étaie cette chambre avec des poteaux de huit à dix pouces d’équarrif-fage ; on garnit ces poteaux de ramures &'de lattes.
- 306. Dans le lieu où l’on veut ouvrir le bure ou puits fouterrein, on a foin de mettre des feuils ; ce font des pièces de bois de l’épaiiTeur des poteaux , dont les extrémités font potellées dans le toit & dans la muraille : fur ces
- (a) Signifiant originairement un tronc fouche,un bâton, tl’arbre , & dérivé, félon Ménage, de l'ai- (£>J Parce qu’il fert d’étai aux ouvrages, leniand Stock, qui lignifie un tronc, une
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- feuils on place les quatre étançons qui doivent étayer le ciel du puits fou-terrein ; on met d’un feuil à l’autre deux traverfes entre-taillées, l’uiie exactement le long du toit, & l’autre le long de la muraille. Si la veine n’excede pas quatre pieds, on prend fur la muraille l’elpace néceflaire pour placer le traîneau fur lequel le manœuvre qui travaille fur le bouriquet rafcoud (a) le panier ; & l’on obferve alors de ne pas donner à cette chambre quinze ou vingt pieds en quarré , ce qui ne fe pratique que lorfque la veine a une épailfeur extraordinaire, & que les bancs qui la couvrent font traitables. C’eft entre ces traverfes que Ton ouvre le bure ou défoncement ; on le porte à dix ou douze toifes , fuivant que l’exploitation l’exige. On pratique ce bure de la même maniéré que les folles fe manœuvrent ; on l’étrélillonne avec des bois de quatre à cinq pouces, fi le bure n’a que quatre pieds fur cinq. Il arrive quelquefois qu’on le fait plus large : il s’en trouve de huit fur neuf pieds ; mais il faut toujours prendre garde de ne donner cette étendue à un bure que dans le cas où l’on eft certain de la folidité des bancs : alors on proportionne la force des croifures à l’étendue du bure. On lailfe au fond de ce bure un puifard comme celui que l’on a lailfé dans la folfe ; on fait un pont, &l’on ouvre une galeriei on donne à l’eftau qu’on lailfe à l’entrée, la même epailîeur que celle indiquée ci-deffus.
- 207. On prend une taille, & on la manœuvre ainfi que la fupérieure; lorfque cette taille eft moilfonnée dans une étendue poflible, on fait dans la galerie du bure une nouvelle chambre & un nouveau puits fouterrein ; & de bure en bure ou défoncement, on va jufqu’à la platteure de la veine. La platteure de la veine eft le terme des defirs du mineur; toutes les manœuvres du travail de la veine s’y font avec plus de facilité. On exploite la platteure en galeries de front; & malgré les étais de ces galeries , on laide de diftance en diftance -des poteaux de charbon d’une toife d’épaiifeur au moins , pour prévenir tout inconvénient ; on fafcine ces galeries de ramures appuyées de lattes.
- 3€8. La conduite du minéral des galeries aux bures & à la folfe première, fe fait par des gzicrcheux , appelles aufli vuidangeurs des fonds ; on emploie à cette manœuvre des enfans de quatorze à quinze ans. Le traîneau fur lequel on charge le panier dans les galeries, s’appelle efclipe ; ce panier eft une cailfe ovale & de bois de chêne ; il eft cerclé de fer & armé de quatre petites chaînes, au bout defquelles il y a un anneau ; les enfans qui le tirent, ont fur les épaules une bretelle de cuir , munie d’une chaîne, & d’un crochet qu’ils attachent à l'efclipe. Lorfque ces guercheux font arrivés à la folfe ou au bure , ils accrochent ce panier au cable qui file fur le bouriquet, 8c le font
- ( a ) Rafcoudre eft Paéïion de l’ouvrier qui travaille fur le bouriquet lorfqu’rl place fur le traîneau le panier monté au haut de la folfe.
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- monter, en avertilfant les hommes qui manœuvrent fur le bure. Si la galerie eft longue , on difpofe ces guercheux par kerme : ce mot dérive de terme; c’eft un efpace de foixante pieds, & l’endroit où ils s’arrêtent, s’appelle changeage.
- 3©9. Il paraît que le mauvais air ou le défaut d’air 11e font pas bien fré-quens ni bien incommodes dans les mines d’Anjou. Pour obvier au défaut d’air, ondefcend de la communication de deux fofles un trou de deux à trois pieds entre les bois ; Ci c’eft dans le charbon ou dans une matière peu folide, 011 mene ce trou fur le boyau qui régné le long de la voie. A mefure que cette galerie eft poulfée en avant, on a foin de mener aufti le cajjî, & ®n ferme exactement l’ouverture laiflee derrière l’ouvrier (V), parce que les trous qui fe multiplieraient en avançant, interrompraient l’air , & ne le mèneraient pas jufqu’au bout de la voie.
- 510. Dans la communication des deux foiTes, il faut qu’un des côtés qui percent dans les folfes, foit fermé exa&ement ; pour lors l’air fuit le boyau, & l’ouvrier peut refpirer. Si l’exploitation exige qu’on ouvre une galerie vis-à-vis de celle que l’on exploite de l’autre côté de la folfe, il faut faire paifer le boyau d'air par-deifus le toit ou deifous la muraille, félon que la pierre le permet, & on conduit ce boyau de la même maniéré qui a été indiquée ci-devant ; enforte qu’on peut miner une galerie de cent toifes & plus, fans faire des puits d’airage.
- 3 11. Si l’on fait un défoncement dans une des galeries exploitées, on interrompt le boyau d’air un peu au - delà du défoncement 5 on comble toute la galerie qui eft par-delà cette interruption, de façon que l’air fe trouve dirige fur un trou à côté du défoncement, & qu’on defeend à mefure qu’on avance le puits. Lorfqu’il eft à la profondeur delîrée, après qu’011 a ouvert une galerie & monté une taille, on conduit un boyau fur la galerie , fem-blable à celui qui eft fupérieur, en obfervant les mêmes réglés, & on manœuvre également toutes les fois qu’on ouvre un défoncement. S’il arrivait que, malgré toutes ces précautions, l’air fût trop condenfé,il faudrait, pour le dilater, avoir recours au feu & defeendre dans le puits une grille chargée de charbon allumé, comme on l’a décrit ailleurs.
- g 12. Si en approfondilfant une folfe, l’air venait à-manquer avant d’avoir pu pratiquer une fo(fe déairage, on ferait un trou de la profondeur de fept ou huit pieds, & une petite communication à la folfe que l’on approfondit ; on ferait déboucher cette communication dans un canal formé de planches , & adapté le long de la folfe où l’on travaille ; on aurait foin d’a-longer ce canal à mefure qu’on avancerait l’approfondilfement, enforte que
- (a) Cette ouverture faite fur l’ouvrier de la voie, & que l’on répété autant de foi* qu’il eft néceflaire, en obfervant de boucher toujours le précédent, s’appelle évantoir.
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- ET DE SES MINES: Partie IL
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- Pair fût toujours porté fur l’ouvrier. Si l’on ne pouvait trouver fur-le-champ des planches, on pourrait fe fervir avec fuccès, de facs de toile coufus en-fernble, ouverts par les deux bouts , & que l’on placerait à l’ouverture Ldes galeries de communication.
- 313. Les eaux de la mine viennent fe réunir des différentes galeries par des rempes (a) ou des puits, dans un réfervoir pratiqué pour l’ordinaire à environ trois cents cinquante pieds de profondeur : on les épuife très-facilement avec des machines à moulâtes , qui travaillent communément deux jours par femaine , & peuvent élever cent cinquante muids d’eau par heure.
- 314. Ces machines dontnous avons parlé, peuvent être regardées comme de petits hernaz à chevaux, mais plus légers, plus lîmples & moins dif-pendieux : elles confiftent en deux montans de dix - huit à vingt pieds de hauteur , traverfés par une piece de bois, au milieu de laquelle on af-fujettit une fufée ou cylindre perpendiculaire : au bas de l’arbre de la fu-fée ,il y a deux traverfes pour atteler deux chevaux ; le cable qui fe devuide fur ce cylindre » répond à deux moulettes ou poulies ajustées fur un chaiîis placé fur l’ouverture de la folfe; au haut du chaffis il y a deux pièces de bois attachées avec des boulons & clavettes qui fe rendent fur la traverfe fur laquelle joue le cylindre.
- Qualité du charbon de terre £ Anjou.
- 3if. N’ayant pu me procurer du charbon des mines d’Anjou, je, fuis .obligé de chercher dans les mémoires de M. de Voglie, ce qu’il a obfervé fur cet article qu’il a traité en particulier (b). “ Suivant les épreuves, „ le déchet n’en efl; pas confidérable ; expofé à l’air, fouvent il fe confirme „ entièrement, & laiffe des cendres blanches, peu chargées de craffe. „ Cela ne s’accorde pas trop avec ce qu’il dit dans ce même mémoire, “ que „ ce charbon en brûlant fait croûte ; que fi on le brife dans cet état, il fe „ remet toujours en gâteaux jufqu’à ce qu’il foit entièrement confunié ;
- „ qualité qui le rend très-propre à la forge, & même aux opérations où il „ faut' du charbon flambant, telle que celle des raffineries ou des verreries, „ où il s’emploie avec fuccès (c).
- 316. Les verreries établies à Ingrande & à S. Florent, près Saumur,
- (ul Signifie vraifemblablement rigoles, dantes de la Bretagne. tranchées qui vont en ferpentant. (c) A Chenu, où il y a une manufacture
- ( b ) Seconde partie , intitulée : Nature de la première efpece ; & à Angers & à Sau-
- qualité du charbon de terre, des mines mur, où il y a une manufacture de la fe-d!Anjou paroijfes limitrophes dépen- conde efpece. 1
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- en font un ufage avantageux. Un procès - verbal dreffé par le fubdélégué de Sauraur, le 17 avril 1757, à la verrerie de S. Florent, fait foi que le charbon de S. George, trié & choifi, s’eft parfaitement foutenu fur la grille ; que la fonte a duré dix-huit heures ; que celle du charbon de Mon-trelais , non - trié, n’a duré que quinze heures, & celle du charbon du Forez & du Bourbonnais a duré douze heures : d’où l’on conclut que le charbon de S. George eft d’une qualité inférieure à celui du Forez de plus d’un cinquième.
- 317. M. de Voglie répand du douté fur la vérité & fur la précifion de ces expériences. Malgré les différences fenlibles , reconnues entre les charbons d’Anjou & ceux de Montrelais, fuivant divers procès-verbaux faits en différens tems, il n’hélite pas à croire que ces charbons ne feront point inférieurs en qualité à ceux du Forez, du Bourbonnais, même ceux de Montrelais , lorjqu'ils proviendront d'une exploitation bien réglée, & d'une profondeur raifonnable.
- 3 Ig. Si cette infériorité doit être attribuée, comme il le prétend, aux défauts de l’exploitation , où fera donc le motif de préférence à donner aux compagnies dont il dit ailleurs , que la plupart n'ont jufquà ce jour conduit leurs travaux , ni avec art, ni avec intelligence, & encore moins avec Jiicces. Mais en accordant à M. de Voglie ce point fur lequel feulement il eft toujours d’accord avec lui-même, dans tout le cours de fon mémoire, n’y aurait-il pas une autre caufe de cette qualité inférieure ? Ne pourrait-on pas ajouter à celle que M. de Voglie attribue à la mauvaife exploitation, la nature des veines d’Anjou fujettes aux creins, la nature des brouillards, où le charbon n’eft pas toujours pur & homogène, ainfi qu’il eft très-bien çbfervé dans le mémoire? Les connaiffances de M. de Voglie fur la qualité du charbon, jugée par les circonltances extérieures, ne font point du tout conformes à ce que l’expérience a établi : il n’eft point vrai que “ plus „ le charbon eft léger, meilleur il eft5 & qu’il eft réputé bon, lorfqu’il „ eft friable & qu’il fait du bruit en lecrafant. „ Au furplus, félon M. de Voglie, le charbon d’Anjou eft de cette qualité : il eft tendre, il fe réduit aifément en poudre ; néanmoins il fe foutient très-bien fur la grille lorfqu’il eft mouillé , fuivant l’ufage de tous ceux qui s’en fervent.
- 519. Il obferve qüe, lorfqu’il eft un peu humide, il ne fe colle pas en poudre j qu’il eft moins a&if & plus lent à chauffer que le charbon d’Angleterre ; qu’il ne corrode point le fer, & qu’il n’eft pas trop fulfureux. J’ignore fi cette derniers induélion ne ferait point tirée uniquement de ce que les mines d’Anjou font peu fujettes au feu. Si l’on ne veut point s’embarraffer de la comparaifon que M. de Voglie veut faire de ce charbon avec d’autres, & fur-tout avec celui de Montrelais, que j’eftime lui être de beaucoup fupé-yieur, d’après ce que M. de Voglie a dit de celui d’Anjou, il fuffit d’obferver
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- avec cet ingénieur, que M. Hellot, qui a examiné ce dernier, l’a jugé de bonne qualité ; il fera feulement à propos de fe rappeller ce que j’ai remarque au fujet du charbon de Littry dans le Beifin en baffe-Normandie.
- Commerce, du charbon de terre dd Anjou.
- 320. Cet article eft traité fort en détail dans, la cinquième partie (a) du mémoire de M. de Voglie, qui paraît y avoir apporté toute l’attention né-ceflaire : c’était Tunique moyen de fe mettre en état de juger de combien l’extra dion du charbon, & par conféquent de combien ce commerce était augmenté depuis que les concefîionnaires en avaient dépouillé les propriétaires. Après avoir conftaté, foit-difant, cette augmentation, & en avoir évalué le bénéfice, M. de Voglie préfente des réflexions générales fur l’avantage qu’on pourrait retirer de ces mines pour fe palfer abfolument de l’étranger.
- 321. Les auteurs de l’Encyclopédie ont fait fentir en peu de mots l’importance de rompre la branche de commerce de charbon de terre anglais, & je m’en tiendrai ici à ce qu’ils rapportent. “ Il réfulte de mémoires très-exads, „ qu’un chauther de charbon de Newcaftle , mefure de Londres, pefant deux „ mille trois cents livres , revient au propriétaire d’une mine à Londres , tous „ frais faits, à treize chelins, monnoie d’Angleterre, ce qui fait vingt-lix „ deniers & demi argent de France, pour un boiffeau mefure d’Angers, qui „ fe vend néanmoins à Londres fept fols argent de France, & à Nantes au „ moins douze fols ; d’où il elf évident que, dédudion faite de la différence „ du prix de Londres à celui de Nantes, eftimée pour les frais du tranfport „ & droits d’entrée, le bénéfice du propriétaire Anglais eft à Nantes de fept „ fols pour chaque boiffeau d’Angers. » (b) Je vais donner, d’après les mémoires de M. de Voglie, les différens prix du charbon, & i’extradion annuelle des mines d’Anjou , aux deux différentes époques qui ontfervi de bafe à toute la fpéculation de cet ingénieur ; & fans le contredire en rien de ce qu’il avance,, je n’aurai point de peine à faire voir à quel point il s’eft égaré dans les conféquences qu’il en tire pour les conceflionnaires.
- 322. En 1740, lorfque la compagnie de S. Georges>forma fon établilfe-ment, le charbon valait fur la mine fix fols le boiffeau de Saumur 5 fuivant la mefure de S. Georges, il eût valu fept fols en 1740, & dix fols deux de-
- (a) Intitulée : Cornparaifon de l’avan- jour d’hui f 17573 Fétablijjement dejdites tage que tiraient L’Anjou & le commerce compagnies.
- général du royaume , de F exploitation des ( b ) Sixième volume des planches, def-propriétaires avant les privilèges exclujtfs feription des ardoifleres & des mines de des compagnies , avec celui que produit au- charbon d’Anjou.
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- niers à celle de Nantes. E11 1757, il valait fept & huit fols en détail, & beaucoup moins lorfqu’on en achetait une cettaine quantité; fur le pied de huit fols le boilfeau, celui de Nantes reviendrait à onze fols fept deniers fur la mine. Dans le canton de S. Aubin, le boiifeau, mefure d’Angers, coûtait en 1747 de fept à huit fois; en 175*7, h fe vendait le même prix: à huit fols le boiifeau d’Angers, c’effc dix fols deux deniers pour le boiifeau de Nantes. Il y a une trentaine''d’années qu’on vendait aufli à Angers du charbon de terre de Forez & d’Auvergne ; il coûtait neuf fols mefure du lieu, ou onze fols cinq deniers le boiifeau de Nantes. En 1757, il fe vendait dix fols mefure d’Angers, ou douze fols neuf deniers à celle de Nantes. D’où il réfulte que le boiifeau de Nantes valait alors, c’eft-à-dire, en 1740, dix fols deux deniers à S. Georges, & qu’il vaut aujourd’hui onze fols fept deniers, ce qui fait une augmentation réelle d’un foi cinq deniers par boiifeau.
- 323. Avant les privilèges, les propriétaires de Doué, S. Georges de Cha-telaifon & de Concourfon , extrayaient, année commune, trente-cinq fournitures de charbon, mefure de Saumur, qui font à celle de Nantes , à laquelle M. de Voglie a réduit toutes celles dont il fera parlé, vingt - un mille huit cents quarante boiifeaux. Les propriétaires qui travaillaient dans les paroiifes de S. Aubin de Luigné, Chalonnes & Chaudefonds, tiraient, année commune, quatre-vingt-quatre fournitures mefure d’Angers, faifant à celle de Nantes foixante-feize mille deux cents quatre boiifeaux. Ceux de Montjan & de Montrelais, cinquante fournitures, produifànt vingt-cinq mille deux cents boilîeaux ; & en 1754, 175*5* , 17^6, 1757, fuivant les détails & calculs faits fur la mine de Montrelais, on tirait, année commune, cent cinquante mille boiifeaux ; avant le privilège, il coûtait dix fols le boilfeau de Nantes ; la compagnie le vend aujourd’hui fur la mine à Montrelais deux cents cinquante-deux livres la fourniture de Nantes, ce qui fait dix fols le boilfeau ; pris au magafin d’ingrande, elle coûtait, en 175*7, deux cents quatre-vingt livres, c’eft-à-dire, environ onze fols un denier le boiifeau , à raifon du tranfport.
- 324. Suivant les livres des concefîionnaires , ils vendaient année commune, pour quatorze mille livres de charbon, à raifon de huit fols, prix réduit pour une mefure pefant trente - cinq livres , qui fe livre raze : ce qui fait à la mefure de Nantes, vingt-quatre mille boiifeaux. Depuis le g janvier 175*4, jufqu’au premier mai 175*7 , la compagnie a vendu deux cents trente -trois fournitures de charbon , mefure d’ Angers, & en a employé à fon fourneau à chaux d’Angers cent quatre-vingt fournitures ; ce qui fait, avec environ dix fournitures, ou trois cents foixantc-fept mille trois cents vingt - fept boilibaux de Nantes ,& année commune, cent quatre mille neuf cents cinquante boif-feaux.
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- ET D E S E S MINES. Partie IL
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- Résultat de comparaison.
- Extraction des proprietaires.
- Boi (féaux.
- S. Georges Chatelaifon . . . 21840
- S. Aubin de Luigné..........76204
- Ingrande, Montjan, Montre-
- lais . ...................2 f 200
- Extraction des compagnies.
- Boijfeanx.
- S. Georges Chateîaifon. . . 24000
- S. Aubin de Luigné. . . . 1049^0 Montreîais..................150000
- Total 123244 Total 278950
- De cette augmentation eftimée à plus du double * il refaite d’abord en faveur des conceilionnaires , un argument que M. de Voglie a faifi dans toutes fes faces, & auquel il a donné une extenlion arbitraire & peu raifonnée.
- 325. Je commencerai d’abord par faire remarquer que M. de Voglie 11e s'eft point rappelle que, félon lui, “ cette extradion abondante ell mauvaife; „ qu’il eft obligé d’obferver que les compagnies ne font point attentives fur „ le choix & le triage de leurs charbons dans l’exploitation de leurs mines, ,, que des vues d’intérêt mal entendu leur ont fait jufqu’à ce jour débiter bien ,, du charbon dont on a eu lieu de fe plaindre ; que la bonne-foi eft famé „ & la fureté du commerce, &c. „ La droiture & la probité de M. de Voglie ne lui ont point permis de cacher ces vérités fâcheufes pour les conccffion-naires : où peut-il donc trouver la preuve de ce qu’il répété fans celfe ,ie que „ les compagnies ont travaillé avec plus d’intelligence & de fuccès que les ,, propriétaires ? „ A ne point parler férieufement, cette affertion pourrait être vraie dans un autre fens que ne l’a entendu M. de Voglie : il eft inconteftable qu’ils ont travaillé avec plus d’intelligence & de fuccès pour Leurs interets ; c’eft ordinairement où les privilégiés mefarent l’extradion des charbons , & ce 11’eft point ce que M. de Voglie a voulu dire des conceffionnaires d’Anjou : cependant, en quoi confifte cette extradion abondante? En une marchandife qui n’eft point loyale : il y en a eu beaucoup de débité, il le déclare lui-même ; les propriétaires n’auraient pas befoin de beaucoup d’intelligence & de talent pour doubler par cette voie leur extradion. S’il était poftible de fupputer celle des .conceffionnaires en y faifantla fouftradion du mauvais charbon , ferait-il bien fur que leur extradion fût réellement augmentée ?
- 326. C’est néanmoins fur toutes ces inadvertences , fur toutes ces contra-didions, que M. de Voglie a entaiîë des conclufions, des idées qu’on a peine à concevoir: il regarde comme prouvé, feptieme partie de fon mémoire, par ce qui s’eft pafle jufqu’à ce jour en Anjou & ce qu’il a avancé concernant ces mines, “ qu’il eft plus avantageux pour la province en particulier & à
- l’état en général, que les mines foient exploitées par des compagnies que
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- „ parles propriétaires ; cette vérité eft, félon lui, fuffifamment démontrée „ par le fait, & fufceptible d’une infinité de preuves.,,Il fe perfuade “ que ,, quelque chofe que faflfent ces derniers, ils ne peuvent fe flatter d’égaler les „ compagnies dans leurs travaux. „ Il opine “ qu’on ne peut parvenir à met-„ tre l’exploitation des mines d’Anjou dans l’état de perfection dont elles. „ font fufceptibles , qu’en donnant Texclufion aux propriétaires. „ Il porte les chofes bien plus loin encore, en favorifant l'établiflement de toutes les., compagnies qui pourront fe préfenter pour en former L’entreprifç : il conclut,. en un mot,‘e que c’eft entre les compagnies feules que la concurrence doit „ avoir lieu. „ Des citations des loix qui condamnent ces fpoliations, ou même des faits que l’on oppofe aux eonceffionnaires., font, à fort avis, des autorités! faciles à réfuter, (a)
- 327. J’abandonne toutes les indu&ions qu’il en tire ; je ne reviendrai plus à .toutes ces prétentions des eonceffionnaires ; elles feront difeutées à fond dans l’expofé que je donnerai de l’adminiftration civile, politique & économique des mines & minières, tant en France qu’ailleurs , à l’article con~ ceffions ; & M. de Voglie,qui, dans fou prononcé fur les travaux des con-ceffionnaires, s’eft montré exempt de partialité, qui dans un endroit de fon mémoire (A) , n’a pu s’empêcher de convenir que cette exclufion des proprié-r taires dans le travail de leurs mines laiffe entrevoir qudquinjuficc dans fon principe , (c) reconnaîtra fans peine que cette injuftice réelle dans le fait, ne doit ni; ne peut trouver d’approbateur ; & qu’en matière de politique , c’eft errer groC-fièrement que d’alléguer des raifons d’état pour autorifer la violation des. droits légitimes,
- A. B a s - P o r t o ü.
- 32g. PuiRINCENT, anciennement Puyrimont, près la ville de Vouvant,. à deux lieues fud de la Châtaigneraye, & autant nord de Fontenay,fur une' monticule à cinquante ou foixante toifes d’un ruilfeau coulant à l’oueft ; mine commencée en 1774, abandonnée vers la fin de Tannée J776, à une profondeur perpendiculaire d’environ cent pieds & de quarante au-’deffous du lit du ruiifeau. Je n’ai pu avoir d’échantillons de cette mine, qui m’aC furent que ce qu’elle produit eft du vrai charbon de terre. )
- (û) Septième partie de fon mémoire, (c) Puifque, dit - il, elle les prive d’un qui a pour titre : Moyens jugés les plus Bien dont ils ont joui, & qu’ils ont même propres pour donner aux mines d'Anjou toujours regardé comme une partie de leur foute la valeur dont elles font fufceptibles. patrimoine. Idcnu
- (//) Menu.
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- ET n'E S È S MINES. Partie II.' 4oç
- Basse-Normandie.
- Bocage ou pays Befjîn , commerce du charbon de terre étranger dans la hautes Normandie, au Havre-de-Grace, & à Rouen.
- 3.29. Je n’ai eu aucun renfeignement de détail fur l’exploitation de la mine de Littry, feule connue dans cette province , près le bois du Tronqua y. Selon M. de Tilly, ce font des veines roijfes, qui à quatre cents pieds de profondeur , fe forment en platteures, & font enfuite leur relevage. La pofition de ces veines affez près du jour, donnait encore , comme par-tout où elles foppent à la fuperficie, la facilité d’enlever une grande quantité de charbon à l’aide de fouilles & d’excavations faites de place en place. Les propriétaires traitaient avec des payfans, moyennant la rétribution du quart franc, les têtes des veines étaient enlevées de droite & de gauche à dix ou douze toifes de profondeur, & abandonnées enfuite,pour peu qu’il fe rencontrât la moindre difficulté..
- 330. Ces fouilles irrégulières ont donné lieu , le if avril 1744, à un privilège en faveur du marquis de Balleroy, qui les faifait exploiter en grand. L’air eft renouvellé dans la mine par un fourneau qui eft une application du ventilateur de M. Sutton. Cette machine eft très-ftmple & fort peu coûteufe j elle a de plus cet avantage, que fon effet eft toujours égal, quelque tems qu’il falfe : je renvoie à la quatrième fedion les détails qui en dépendent ; il fuffit pour le préfent d’en prendre une idée par la fig. 1 pi. XXXlIy inférée dans le volume des planches de l’Encyclopédie : on y voit la coupe d’une mine par un des puits & une des galeries qui y aboutit : le fourneau A, & en B C D un tuyau pour tirer l’air du fond de la mine ; le tuyau vient fe rendre au cendrier du fourneau*, au-deffousde la grille : en fermant toutes les portes du fourneau, fur-tout celle du cendrier, qu’on lutte avec de l’argille, il s’établit un courant rapide ; l’air & les vapeurs palfant par le tuyau , traversent le fourneau & fe diffipent : de nouvel air qui defcend par le puits d’extradion ou par un autre , remplace le premier.
- 331. L’épuisement des eaux de la mine de Littry, s’exécute par une machine à feu : ces eaux font extrêmement vitrioliques ; il 11e faut que les goûter pour en être fur : M. de Tilly prétend qu’elles font Ci corrofives, que l’entretien de la machine eft très - conftdérable : je ne fais s’il a voulu uniquement parler de la chaudière, autrement nommée l'alambic ; il pourrait fe faire que le charbon avec lequel on l’échauffe, & l’eau qu’elle contient, attaquent enfemble ce vaiffeau. Ce charbon eft réputé a peu près égal à celui qu’on appelle au Havre, charbon de fécondé qualité (a) , venant
- (a) Les charbons d’Angleterre venant efpeces : l’une dont nous parlons, qui paffe au Havre-de-Grace,.font diftingués en deux debout pour aller à Rouen l’autre venant
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- D ü CHARBON LE TERRE
- de Sunderland. (a) Et en effet,il efl; mêlé de beaucoup de pyrites; il s’em. magafine à Ifigny, petit port de mer à l’embouchure de PAure, ou l’on embarque quantité de falaifons pour Rouen. La mine de Littry aurait aifé-ment, par cette même voie (f) , un débouché digne d’attention, puif-que fon charbon pourrait remplacer le charbon étranger defécondé qualité, en ufage à Rouen pour les teinturiers & les ouvriers à fourneaux, dont la eonfommation eft aflez eonfidérable.
- 552. Le barril de charbon de Newcaftle, pefant deux cents quarante à deux cents cinquante, contient quinze à feize pots (c). Les cent cinq barils coûtent pour cent, quatre cents cinquante , cinq cents livres, pris de bord en bord, c’eft-à-dire, à bord du navire anglaischargé dans l’al-lege qui apporte ces charbons à Rouen : pour le fret des cent cinq barrils, cent francs : du Havre à Rouen, on prend quarante ou cinquante livres, fuivant la faifon. Moyennant l’état ci-deffus, les charbons font vendus exempts de droit aux maréchaux Français.
- 553. Outre l’exclution affurée du charbon étranger que produirait îe charbon de Littry , les fouilles de terre à pipe qui fe font dans les villages de S. Aubin & de Bulbœuf fur la Seine , à deux lieues au-deflous de Rouen, pourraient donner lieu à un autre ulàge du charbon de terre. Ces fouilles font compofées de chambres de douze à vingt pieds de diamètre , qui
- de Newcaftle, dite de première qualité, employée par les ferruriers , maréchaux, cloutiers,&c. Quoiqu’il coûte un quart plus que l’autre, ces ouvriers lui donnent la préférence , parce qu’il a plus de propriété pour fouder le fer, & qu’à l’ouvrage il ne donne que peu ou point d’indices de matière ful-fureufe.
- (a) Voyez la nature de ce charbon, fécondé feétion de cette fécondé partie.
- (/>) Le charbon de terre venant du dedans du royaume, paie fix deniers par barril de 300 livres; fon. origine doit être juf-tifiée par des certificats.
- (c) Suivant l’article 407 du bail de Pierre Domergue, il a été ordonné de faire des barrils étalonnés fur ia matrice dépofée en l’hôtel-de-ville de Rouen, pour être envoyés dans tous les bureaux pour le mefurage du charbon de terre; en conféquence il fut rendu le 30 novembre 1700, un arrêt pour contraindre les négocians de Dunkerque ,
- Calais & S. Vallery, de s’y conformer ; ils avaient refufé d’abord de s’y foumettre.
- Le Tonneau de mer ejl eJHmé pefer zooo livres ou 20 quintaux de 100 livres chacun : le prix du fret ou voiture des mardi an dif es quife chargent dans un vaijfcau, fe réglé fur le pied du quintal oufur le pied du tonneau de mer, ainf on dit, charger au quintal ou charger au tonneau : on donne ordinairement dans le fond de cale 42 pieds cubes pour chaque tonneau. Qiioique le tonneau de merfoit eftime pefer 2000 livres, cependant Vévaluation ne laifj'e pas de s'en faire pour le prix du fret en deux maniérés, ou par rapport au poids des mar-chandifes, ou par rapport à la place qu'elles peuvent occuper par leur volume, é? l'embarras qu'elles peuvent caifer dans le vaijjeau, ce qu'on exprime à Bordeaux par le mot encombrement ou encombrance; ainf on évalue ces marchandifes fur un certain pied.
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- ET DE SES MINES. Partie IL
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- vont Jtifqua quatorze ou quinze b rafles de profondeur, où l’eau arrive ordinairement ; elles donnent trois couches , dont la première employée par les potiers; on s’en fer virait pour les pelotes; la fécondé ferait pour les faïan-cers; la troifieme, qui efi la plus fine, pour les pipes : la première fervirait utilement à apprêter le charbon de Littry en pelotes, pour le chauffage des paroiffes fituées fur les bords de la Seine entre le Havre-de-Grace & Rouen.
- Provinces dont les charbons peuvent venir à Paris.
- Bourgogne.
- 334. Charolais. Lorsque j’ai publié la première partie de mon ouvrage, j’avais manqué de mémoiresiùr la Bourgogne, ce qui fait que je n’avais indiqué que Montbar en Aujjois ou Auxois ,{\ùr la petite riviere de Brenne, qui va fe jeter dans l’Armançon, au-deffous de Buifon ; la mine Epinaç^ près d’Aucun, & celle de Gueurfe, feigneurie lituée dans la paroifle de Blanzi. M. de Meslé, ancien capitaine aux Gardes, m’a afliiré avoir aulîi du charbon de terre dans fa feigneurie de Chorey, bailliage de Beaune.
- 33 f. M. Villedieu de Torcy, confeiller au parlement de Dijon ,s’eft porté de lui-même à féconder les vues d’utilité publique qui m’ont fait entreprendre mon ouvrage, & m’a fourni la matière du fupplément que je placerai ici, après avoir fait connaître une fubfiance minérale qui peut intéreffer la curiofité des naturaliftes , obfervéc dans une de ces carrières par M. de Moi-veau , correfpondant de l’académie des fciences. Lorfque ce phylicien remarqua cette fubfiance dans les galeries ( a ) , “ elle reffemblait exactement à „ un enduit de plâtre blanc, dont on aurait rempli la petite cavité qui for-„ mait la jointure de deux couches ou lits de charbon dans quelques en-„ droits des galeries; non qu’il y eût aucun intervalle entre ces lits, mais „ parce que le charbon s’était égrifé plus facilement dans cette jointure fous „ l’outil du mineur. Il n’était pas pofiible en cet état de la méconnaître „ pour un véritable guhr ; elle avait à peine la confiftance du plâtre à l’inftant „ qu’il vient d’être pofé: aufii n’hélitai-je pas à le nommer lait de lune, fa-,, rine fofjile, agaric minéral, ou craie coulante, perfuade que c’était un des ,, minéraux connus & décrits fous ces dénominations; il me parut feulement „ remarquable par une rayure noire qui régnait dans toute la longueur ho-„ rizontale , d’une maniéré uniforme & nuancée comme un ruban ; rayure ,, dont les morceaux que j’ai apportés confervent bien la trace, quoiqu’ils ,, aient d’ailleurs conlidérablement changé. Je m’affurai que cette rayure
- (û) C’était dans la carrière de la montagne du Creuzot, attenant le mont S. Vincent
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- „ était dans toute la profondeur , & je conjecturai qu’elle avait pu fe for-„ mer des parties les plus fines du charbon, qui s’étaient feulement interpo-„ fées dans la matière calcaire^ à mefure qu’elle fe dépofait ; mais le change-„ ment fpontané que cette fubftatice a éprouvé peu de jours après que je „ l’eus'détachée de. la mine , me fit reconnaître qu’elle n’était pas de lana-„ ture des guhrs ordinaires. En effet, elle-devint pour la plus grande partie „ comme une réfine brûlée; elle en avait la tranfparence & la couleur ; elle „ s’était gerfée & divifée en très-petits morceaux, & quoique dure, elle fe „ féparait aifément dans les endroits qui étaient entamés par les gerçures : „ cependant quelques morceaux ont confervé leur blancheur , feulement „ un peu ternie à la furface. ,, Les expériences que M. de Morveau a faites fur cette fubftance, & que l’on peut voir dans fon ouvrage, (a ) déterminent ce favant à rapporter cette matière au genre des guhrs, & à la regarder comme un gukr argilUux bitumineux.
- . 33 6. A- La montagne de Creusât en Bourgogne , paroilfe du Breuil, au nord
- de Montcenis, eft abondante en charbon de terre. M. Beguillet dit que ce char--bon eft noir, léger , friable , plus folié, plus brillant que celui d’Epinac ; qu’il prend cependant feu moins promptement, & le conferve plus long - tems. Des commiilaires envoyés par le miniftre & par les états de Bourgogne, ont porté un jugement très-favorable fur fa qualité. On en a employé dans les arfenaux de Strasbourg & d’Auxone. D’après l’analyfe du charbon du Creu-zot, rapportée par M. Beguillet, & que je foupconne être un travail de l’académie de Dijon, la liqueur que ce charbon fournit par la diftillation, ne rougit point le papier bleu , comme celle qui fe retire des autres charbons de terre : ce qui prouve que ce charbon de Montcenis ne contient ni acide ni loufre, & qu’il eft par conféquent meilleur pour la fonte des fers. Il eft au moins, au jugement de l’auteur de l’analyfe, égal à celui d’Angleterre pour la trempe, & il donne au fer plus de duéfilité, en le dépouillant des parties hétérogènes. )
- 337. Le bailliage de Montcenis & la partie du Charolais qui l’avoifine, font les cantons de la Bourgogne les plusabondans en charbon de terre ; la parodie de Montcenis en poflède une grande quantité ; prefque par-tout ce foffile s’annonce : la montagne appellée la Châtelaine, qui n’eft qu’une continuité de celle de Montcenis , renferme fur-tout une carrière qui parait im-menfe.
- 338. Dans une excavation de 60 pieds fur cette montagne, il s’eft trouvé une pierre particulière, que M. de Morveau a défignée (Æ),une efpece de
- (a) DigreJJians académiques, ou effais (Z>) Elémens de chymie de l’académie fur quelques fujets de phyfique, de chymie de Dijon, tome I, page 141.
- 8? d'hiftoire naturelle, 1772, in-12. ;
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- lave (a) dure, pefante , d’un beau noir, naturellement poli, d’un côté dans quelques morceaux , de deux côtés dans quelques autres : il y en avait même qui avaient trois faces polies par les côtés; les morceaux qui préfentaient cette particularité, parafaient les plus entiers, étaient en effet les plus durs, & formaient des tables de dix lignes d’épaifleur. M. de Morveau, qui m’en a envoyé un échantillon, obferve que cette pierre a les mêmes propriétés que les ampélites de Bourgogne ; M. de Morveau rapporte qu’on en trouve des affteu-remens à Saint- Seine, à Sombernon, & dans toute la direction de la même ligne, jufqu’à Ârnay-le-Duc, & aux environs d’Autun.
- 339. M. Bayeu, célébré chymifte, a enrichi ma collection d’un morceau de pierre abfolument pareil, poli par art, & provenant des ruines de l’ancien Autun, comme un marbre noir antique : les elfais chymiques de ce lavant renferment un travail particulier qu’il a fait pour déterminer le genre de cette pierre, abfolument la même que celle de la Châtelaine. Elle a, dit M. Bayeu , une difpofition à fe féparer par couches lorfqu’on veut la calfer, & pourrait d’avance être placée dans la clalfe des pierres fifliies ou fchilteufes; à volume égal, elle eft beaucoup moins pefante que les marbres ;& quoiqu’elle n’ait pas leur dureté, elle 11e lailfe pas d’être fufceptible d’un beau poli: alors elle eft d’un beau noir. Lorfqu’au contraire 011 l’examine dans fes fraCtures, la couleur noire eft matte, fon grain n’a d’ailleurs aucun rapport avec celui des marbres proprement dits. Je remarquerai à ce fujet, que cette maniéré d’étudier les corps naturels , eft importante & une de celles qui conduifent le mieux à la connaiflance de Porganifation des fubftances que l’on examine. Cette pierre ( c’eft toujours M. Bayeu qui parle), échauffée, foit en la frottant, foit en la pilant, répand une odeur de bitume : lorfqu’on en met un morceau fur des charbons ardens, la fumée qui s’en exhale répand une odeur bitumi-neufe, & bientôt le morceau s’enflamme. Si après en avoir pulvérifé une demi-once, on la fait digérer avec l’elprit-de-vin, celui-ci fe colore & acquiert la propriété de blanchir avec l’eau. M. Bayeu a traité deux onces de cette pierre dans des vaitfeaux fermés, & il en a retiré environ un gros & demi d’huile & de phîegme; ce qui était refté dans la cornue ne pefait plus qu’une once cinq gros vingt-quatre grains : il s’en était donc échappé environ quarante-trois grains d’air. Cette matière charbonneufe reftée dans la retorte, quoique friable , a confervé une certaine dureté qui la rend propre à former fur le papier des traits d’un beau noir. Il ferait pofîible de faire avec cette pierre de bons crayons, en en traitant au feu & dans des vaiffeaux fermés , des morceaux d’une certaine groffeur, qu’il ferait alors facile de débiter à la fcie 5 peut-être ferait-il avantageux pour les deiïinateurs d’en retrouver
- ( a ) Nom donné dans quelques provinces à des pierres Affiles.
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- la carrière, qui pourrait bien être dans les environs d’Autun, du moins dans le Morvan (a). M. Bayeu a fournis à l’a&ion de l'acide nitreux une once de cette pierre réduite en poudre, & par la précipitation il en a retiré 4 à f grains de fer, & un gros 31 grains de terre calcaire. La portion infoluble pefait 6 gros 29 grains. Enfin il en a vitriolifé une once, & par cette opération il a non-feulement converti en félénite gypfeufe tout ce qui s’y trouvait de terre calcaire , mais encore il a obtenu par cryftallilation 24 grains d’alun 23 grains de vitriol martial 5 enfin les dernieres portions de liqueur ont donné quelques cryftaux de fel de Sedlitz. L’auteur en conclut que cette pierre n’appartient point à la clalfe des marbres proprement dits, & qu’elle doit être rangée dans celle des fehiftes bitumineux.
- 340. La nature du terrein de cette paroilîe & de celle du Breuil fous Montcenis , eft la même; la difpofition des montagnes eft à peu près fembla-ble ; le pays eft fablonneux, & tout indique que la qualité du charbon doit être égale. Les carrières du Breuil font très-riches, la découverte en eft très-ancienne, & il eftimpoflible d’en afligner l’époque: le canton eft rempli de puits qui ont été fouillés en différens tems, les plus anciens titres font mention de ces charbonnières , plusieurs feigneurs y ont un droit de traite , qui eft communément réglé par leurs titres au tiers franc du charbon extrait, & dont la qualité eft réputée excellente. Le feigneur de Montcenis a par fes terriers ce droit dans la partie des carrières fîtuées fur fa juftice. Le feigneur de Torcy, comme feigneur de Champleau & Montvaltin , a le même droit fur les héritages qui font dans fa mouvance.
- 341. La paroilfe de Blan^y ( b ) n’a pas moins été favorifée de la nature à cet égard que les précédentes ; plufieurs carrières y font ouvertes de tems immémorial. Non-feulement le feigneur de Gueurfe , paroilfe deBlanzy , a du charbon dans l’étendue de fon fief, mais encore les feigneurs de Savigny, du Plejjîs^ & plufieurs autres particuliers qui ont des polfeftions dans cette contrée, ont une grande abondance de ce folhle. Le feigneur du Magny, paroilfe de Sauvigne, voiline de Blan^y , remet en valeur des carrières ouvertes dans les tems les plus reculé^, & négligées depuis plufieurs années : il trouve à onze pieds de profondeur un lit de charbon de la meilleure qualité.
- 342. Les bourgs de Toulon-fur-VArroux , qui fépare en cet endroit le Charolais de l’Autunois , ceux de Martenet, de S. Berain , S. Eugene , en ont une grande quantité, & les paroilfes de Charmoy , de S. Niçier-fous Charmoy , fituées entre les précédentes , en donnent des indices. Dans celle deMorey, on en voit des carrières & des veftiges d’anciens travaux.
- (a) Examen chymique de différentes pierres, page 30.
- { b ) Mal écrit Éanci dans la première partie.
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- 549. Quelques-unes de ces carrières ont Purement été exploitées dans tous les tems ; mais des chemins prefqu’impraticables, qui rendaient les tranf. ports difficiles, ont fans doute été caufe que ces mines ont été peu connues, le débit du charbon n’ayant jamais pu s’y faire que de proche en proche ; niais des routes ouvertes aujourd’hui dans le Charolais & dans le bailliage de Mon.cenis , pourraient en peu d’années faire de ces mines un objet effen-tiel de commerce, étant à portée, comme celles du Forez, de l’Auvergne & du Bourbonnais , d’entrer dans la confommation des provinces que parcourt la Loire, & fur-tout de la ville de Paris par le canal de Briare, au moyen de la petite riviere de la Bourbine, groffie par VOurache, & de la riviere d’Àrroux, qui vient fe jeter dans la Loire , entre Digoin & la Motte S. Jean. Cette circonftance , de pouvoir fuppléer pour la capitale aux mines de charbon de trois autres provinces plus éloignées, 11’a pas manqué de faire im-preffion, & de donner lieu à des fpéculations de propriété exclusive.
- 544. M. de la Chaife , propriétaire d’une partie des carrières de la paroilîe duBreuil, & qui par conféquent pouvait s’en tenir a (es poffeffions, a obtenu le 27 mars 1770, un arrêt du confeil, qui lui donne le droit d’extraire du charbon dans une étendue de pays qui a plus de vingt - quatre lieues de circonférence, & qui comprend toutes les paroilfes indiquées ci-deffus. Ce privilège a excité en Bourgogne la fenlation la plus vive, & 11e paraît pas plus que les autres , dont nous avons cité des exemples, capable d’opérer les avantages publics attachés à ces donations. En effet, un particulier qui n’eft peut-être pas en état de faire valoir fes propres mines , ne doit pas naturellement être fuppofé dans le deffein d’exploiter celles de fes voifins : s’arrogera-t-il la liberté de fous-traiter de fa conceffion '{ Ce n’eft qu’une collusion au préjudice des propriétaires légitimes. S’il n’a d’autre objet que d’empêcher fes voifins de tirer de leur charbon , afin d’avoir un plus grand débit du fien, c’eft une injuftice faite à ceux qui ne pourront tirer parti du leur; c’eft mettre le conceffionnaire dans le cas, déjà trop fréquent, de faire la loi au public, privé de s’adreffer à d’autres avec lefquels il trouverait fon avantage, & pour le bon marché, & pour la qualité, s’il y avait concurrence de vendeurs.
- 34^. Des différens charbons provenans de ces mines, j’en connais quelques-uns fur le rapport de M. de Villedieu de Torcy. “ Le charbon de la mon-„ tagne appellée la Châtelaine, chauffe plus promptement que les autres , &
- „ eft plus favorable aux différens ouvrages 3 il coûte à la mine quatre livres „ dix fols la voie (a). Celui de Blanzy eft plus folide que celui de Mont-„ cenis & du Breuil, il eft plus propre à être emmagafiné qu’un autre. „ Il
- (a) Conipofée d’environ fept tonneaux de Bourgogne, du prix de deux livres le tonneau.
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- a déjà été amené du charbon de Montcenis au port de Paris \ mais n’ayant pu être informé du tems où je pourrais m’en procurer pour en faire l’examen , M. de la Chaife a eu la complaifance de m’en fournir, & voici ce que j’ai reconnu.
- 346. Ce charbon eft une houille de l’efpece appellée par les Liégeois toirchée ; elle eft noire, luifante & argentine, femée d’yeux de crapaud, feche , légère , friable, & fe brifant en poufiier : il s’allume aflez facilement & fe réduit en liurre de pierres (a)-, fa flamme eft claire & belle ; il dure long-tems au feu > fa fumée n’eft pas considérable 5 fon odeur n’eft point bitu-mineufe, elle eft plutôt de celle qu’on appelle communément foufreufe. Le fieur Jullien , co-propriétaire & entrepreneur de ces mines , a fait la remarque , qu’en brillant il augmente d’un tiers en volume, & diminue de moitié pour le poids. Le charbon tendre donne une petite flamme bleue , violette, quoiqu’il s’en trouve qui fe colle , & d’autre qui fe fépare au feu. Cette fécondé qualité peut être regardée comme une efjoece de chute ou de petite terroule ;jepenfeque le menu pouffier ferait propre à être employé en boulets pour les chaufferettes. Il fe vend à la mine de quatre livres à quatre livres dix fols la voie j mais éloigné de quatre ou cinq lieues de l’embarquement, il augmente confidérablement de prix. En calculant les frais de la mine à la rivière, qui montent à vingt-une livres, ceux de tranfport de la riviere à Paris , y comprenant les droits du canal de Briare & les droits d’entrée, il coûte à Paris de foixante-douze à foixante-treize livres ; en 1770 il s’y eft vendu foixante-douze livres.
- Nivernois.
- 347. L’extraction du charbon des environs de Décide ou Dérive en deux endroits différens,par un puits nommé Croc, conftitue ce que j’ai appelle les deux mines de cette province. La première , qui était celle de M. Mau-duy , appartenant à M. le duc de Nevers , eft dans la paroiife de Champvert à deux lieues de la paroifle avoifinante à Druy : aujourd’hui, c’eft M. Saurin de Bonne qui la fait travailler. Ce n’eft qu’une ancienne fouille faite en 1689 par un nommé Nicolas Martin , en exécution d’un arrêt du confeil. On m’a dit à Décize qu’elle vifait à fa fin j alors ( c’était en 1770) on tirait les piliers par le puits ou Croc Bdard , à Engermignon , qui eft un bois de M. le duc de Nevers. A l’œil , ce charbon parait fec & brillant ; j’en ai trouvé qui reflem-blait aflez à de beaux morceaux choifis de la mine de Noyan, près ’Fims en Bourbonnais. Il eft aflez inflammable , & fa qualité n’en eft pas mauvaife;il n’eft cependant point propre aux ouvrages en fer.
- (a) Dans la quatrième feétion , où fl fera traité de la maniéré de reconnaître les différentes qualités de charbon ,on trouvera l’explication de ces termes liégeois.
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- 54g. La fécondé carrière eft fur le terrein des Minimes, qui eft le même que le précédent; fes travaux commencent à venir joindre ceux de l’autre mine ; elle eft exploitée par le repréfentant de M. Dreche, qui a tiré pendant trente ans. Le croc de cette mine eft très-profond, & exige que l’on emploie des chevaux à l’enlevement des charbons ; quinze hommes, en y comprenant le maître ouvrier, & ceux occupés à épuifer les eaux, donnent par jour douze voies. Les uftenfiles ou vailfeaux pour enlever le charbon & les eaux, ne fout point difterens} c’eft un coifre ou baquet , auquel on donne dans ces quartiers le nom de bafchole, & qui devient enfuite une mefure appellée baf-cholêe, dont deux font le poinçon.
- 349. Dans ces derniers tems les travaux de cette mine ont été repris fur un plan nouveau. Pour rendre l’exploitation plus conlidérable, les intérelfés ont établi deux puits à une diftance de cinquante toifes l’un de l’autre ; quoique l’un parailfe fur le terrein plus élevé que l’autre, tous deux ont la même profondeur de cinquante-trois toifes, & ont fourni du charbon.
- 3fo. Depuis cinq mois environ, la pourfuite des ouvrages eft contrariée par la mouffette, qui depuis plus de quatre-vingts ans que ces carrières font ouvertes, 11’y était point connue, & on n’eft pas encore parvenu à y remédier efficacement ; en attendant que cet embarras foit levé, je vais placer ici le journal de l’opération à laquelle on a eu recours, il ne petit être que très-utile pour les circonftances de ce genre. J’en donnerai la fuite, & je l’accompagnerai de réflexions, lorfque j’en ferai à la quatrième feétion, dans laquelle l’airage des mines fera traité par principes. “ Depuis cinq mois environ, „ l’air s’eft épaiffi dans ces deux puits ; dans le fupérieur, il eft refté conftam-„ ment mauvais jufqu’à vingt toifes; dans l’inférieur, comme les eaux s’y „ font accumulées pendant l’hiver, l’air s’y eft raréfié, & les ouvriers defcen-„ dent jufqu’à quarante-huit toifes, c’eft-à-dire, jufqu’au niveau de l’eau: v on travaille à épuifer ces eaux ; & lorfqu’elies le feront, on craint que l’air „ ne s’y épaiffilfe comme il s’eft épaifii précédemment.
- 3 f 1. „ Les intérelfés, d’après les Mémoires de l’académie des fciences (a) , „ ont fait faire un fourneau qui a été commencé le mercredi 3 mars 1773 , * & fini le vendredi y ; ce fourneau a quatre pieds de dedans en dedans, eft „ conftruit folidement de brique, & a cinq pieds fous voûte; la cheminée a „ dix pieds de hauteur. Ce fourneau a été placé fur le puits fupérieur, à w quatre pieds environ de fon embouchure (b).
- 3 f 2. „ Il eft à obferver qu’à côté de ce puits on avait établi un reuil-„ Ion ; ce reuillon eft un petit puits moins large que le premier, qu’on def-
- (a ) Pour l’année 1763 , Mémoire fur les vapeurs inflammables qui fe trouvent dans les mines de charbon de terre de Briançon.
- (û) C’eft celui décrit ci-deflîis fommairement à l’article de lamine de Littry.
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- cend perpendiculairement jufqu’à dix toifes à côté du grand puits : quand il eft à cette profondeur de dix toifes, on le perce horizontalement, & pour, lors on établit des cornets qui partent de cette perqure, & qui vont jufqu’au fond du grand puits. Les cornets font faits avec quatre planches jointes en-femble à languettes, & le plus exactement que faire fe peut, & ils le font bien. Cette opération a fuffi jufqu’à préfent pour entretenir l’air pur.
- 3Ï3- » Quand ce fourneau fut fait, on fit boucher le reuillon, & on fit continuer les cornets)ufqu’à l’orifice du trou; dès que le reuillon fut bouché, les exhalaifons montèrent, enforte que l’air devint mauvais jufqu’à cinq toifes de l’ouverture du trou. Le vendredi f, le fourneau fini, on y, adapta un tuyau de poêle qui entrait d’un- demi-pied dans le fourneau, & qui par un coude entrait dans le premier cornet, & on alluma le feu à cinq heures du foir; le lamedi à huit heures du matin, l’air s’était raréfié de cinq toifes à dix-huit, & à midi était raréfié à trente-une toifes; à-trois heures après midi on ne trouva point de bénéfice , on foupçonna qu’il pouvait y avoir quelques vices dans les cornets. Un ouvrier defcendit & trouva effectivement un trou dans un des cornet , de deux pouces de rotondité , à la diftance de trente-une toifes ; ce trou fut bouché. A cinq heures on defcendit la lumière ( c’eft la maniéré de s’aifurer de la qualité de l’air ; elle s’éteint dès qu’elle arrive dans un air trop épais ) : elle defcendit jufqu’à trente-une toifes ; mais dès qu’elle fut parvenue à vingt toifes, elle entra dans des nuages très-épais, la lumière en fut troublée, & à peine la voyait-on ; elle s’éteignit à trente-une toifes.
- 3 <>4, „ Le dimanche matin 7 mars, elle n’alla qu’à vingt-deux toifes,' neuf toifes de perte ; le dimanche au foir à vingt-fix toifes, quatre toifes de bénéfice; le lundi matin, à dix-neuf toifes; le lundi foir ,à vingt-deux toifes, le mardi même niveau le matin, & même niveau le foir. Le mercredi 10 le matin, à vingt-deux toifes 8c demie, le foir à vingt-fix toifes cinq pieds; le jeudi 11, à vingt-quatre toifes & un pied le matin. On voit, d’après ces obfervations, qu’il y a des variations dans l’air ; mais elles ne font pas aufli fubites que le mémoire de l’académie le faifait efpérer; il était dit, aye^ du feu & des tuyaux , & vous aure£ l’air au bout du tuyau : les cornets font l’effet des tuyaux; ils vont au fond d’un puits, on devait donc avoir de l’air au fond du puits.
- w On a dit plus haut qu’on a tiré des charbons dans le puits en queftion ; pour tirer ces charbons , on a pratiqué fous terre des galeries ou chambres ; il y en a quatre qui répondent au fond du puits, l’une de cinquante toifes, l’autre de trente, la troifieme de douze, & la quatrième de neuf toifes ; ces chambres font pleines de mauvais air.
- 3^6. Je reprends l’hiftoire de cette mine pour ce qui concerne la qualité
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- ET D E S ES MINES. Partie II.
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- du charbon qu’elle donne, & le commerce qui fe fait des mines de Décize. Les magasins de ce charbon font paroilfe S. Lêger-des-Fignes, fur le bord de la riviere, au port nommé la Charbonnière, où il y en avait, lorfque j’y ai paifé, pour cinq à fix ans de débit, eftimé à douze cents fournitures pour le prix total de cent mille écus. M. Belard, fubdéjégué de l’intendance, m’en a fait apporter qui était tiré de la mine depuis plus de foixante ans 3 il était léger , & fe caffait aifément en filets. En s’allumant, il a donné une allez belle flamme, accompagnée d’une fumée noire ; l’odeur qu’il a exhalée 11’eft point maur vaife 3 il a duré long-tems au feu, & y donne des marques de la préfence d’une quantité raifonnable de bitume. Il eft employé utilement pour les raffineries 3 mais il gâte le fer, ce que les marchands expriment en dilant qu’i/ manie beaucoup le fer, entendant fans doute qu’il le ronge & le mange.
- 3 f 7. La bafcholèe fait la lixieme partie d’un tonneau ; il faut deux bafcho-lées pour faire un poinçon 3 cent trente-deux bafcholées, en y en comprenant douze qui fe donnent par - deifus le marché , forment ce qu’on appelle dans ce quartier une fourniture, compofée de vingt-deux tonneaux, ou huit voies. La voie eft formée de quinze bafcholes, revenant à un demi-poinçon la bafchole.
- 3 f 8- Au pied du croc la fourniture criblée fe vend dix écus 5 mais il faut y ajouter enfuite les frais de tranfport par des chemins très-mauvais : la même fourniture prife au mdgafin, fe vend quatre-vingt livres : il eft à propos d’obferver que le charbon des mines de Décize, fur trente-deux livres, en perd cinq quand il eft pefé frais. Ce font des voituriers d’Orléans ou de Châ-teauneuf, qui fe chargent de l’exportation par eau 3 lorfqu’ils remontent, ils achètent en attendant une crue d’eau , vins, charbons & autres marchandées. De Décize à Orléans pour la raffinerie, ils prennent de quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-dix livres 5 fur quoi ils paient jufqu’à la deftination les porteurs au bateau & les droits. La bafchole paie quatre livres dix fols de droit d’o&roi & de quittance.
- 559. L'usage auquel on vient de voir que le charbon de Décize eft ref-treint par fa qualité , pourrait s’étendre au chauffage , en le fabriquant en pelotes ou briquettes , ce qui ferait de reffource pour les ouvriers & les manufactures de Nevers. Les foffes fituées à un quart de lieue de cette ville, & d’où l’on tire la marne ou la terre à faïance » fourniraient vraifemblable-ment une pâte convenable à cet apprêt dans celle qui eft moins pure & plus •mêlée de fable, qui n’eft pas employée à faire de la faïance fine.
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- DU CHARBON DE TERRE
- ARTICLE SECOND.
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- Provinces qui fourni[fent Paris. Bourbonnais.
- 360. Les mines qui s’exploitent dans cette province, font fituées fur la route de Moulins à Limoges , dans une montagne formée d’un roc noir , qui eft un granit dont j’en ai trouvé d’approchant de celui des isles Chauzeÿ, fur la côte de baife-Normandie, en face de Granville, dont la plupart des maifons & des cafernes font bâties (a). Tous les environs laiflent appercevoir des veftiges d’anciennes fouilles ; les premiers travaux dont on eft redevable à des Liégeois, ont été faits auprès du village de la Chaife, autrement nommé Lachy. Lorf-que Piganiol de la Force a publié fa Defcription de la France, ces mines étaient peu confidérables, & ne fervaient que pour la province. Il n’y a plus aujourd’hui dans cette partie que deux endroits où l’on tire du charbon de .terre, favoir , dans la terre de Fims , paroiife de Châtillon , au-deifus de la petite ville de Souvigny , anciennement capitale du Bourbonnais, & à Noyan fur le même chemin de Moulins à Fims.
- 361. La mine de Fims, qui s’exploite depuis plus d’un iiecle, & qui donne un charbon d’une qualité fupérieure à tout ce que j’en ai vu en France , eft diftante de quatre lieues de la ville de Moulins, & par conféquent de l’embarquement ; mais ce tranlport eft facilité en toute faiion par un chemin conftruit aux frais des entrepreneurs de la mine avec les pierres de cette montagne , & qui a coûté près de cinquante mille livres. La maife qui compofe le chapeau de cette mine eft formée par les couches fusantes , placées fous la terre franche dans l’ordre que je vais indiquer : une terre glaife, une fubftance noirecaillouteufe, appelléepetite taye, une argill'e tapée, dite baume £ri/è, un roc, un grès ou roc machuré, & encore un autre roc. (b)
- 362. La couverture de la veine eft formée de deux couches ; la première eft une efpece de baume quin’eft défignée par aucun nom particulier; elle eft très-dure & très - compa&e ; le fond de fa couleur eft mêlé de teinte grifâtre & de nuances de rouille ferrugineufe , vifant au lilas clair : la maife eft femée abondamment d’un précipité d’ochre martial fafrané ; la fécondé
- (a) C’eft vraifemblablement celui dont (ù) Let différens échantillons de ces parle M. de Tournefort, fous le nom de fubftances, que j’avais ramaffés dans cette granit des environs de Granville, & qu’il mine, ne me font point revenus, ce qui nomme aufli carreau de S. Se'vere, dont on m’oblige de m'en tenir à ces dénominations faifait alors des chambranles de portes & fans éclairciifement , comme je l’ai fait de cheminées. toutes les fois que j’en ai eu l’occafion.
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- couche eft une efpece de grès pourri de couleur pâle , comme il fe trouve dans tous les terreins à charbon les ouvriers l’appellent foutre. Le fol eft une glaife de couleur bleuâtre claire, & qui par la comprelïion a acquis la dureté de pierre. Les premières coucheè terreufçs s’attaquent avec de gros pics à une pointe, de cinq à lix livres de poids; & les rochers avec des coins de fer, de quatre à cinq livres, aidés par des maifes pelant depuis quinze jufqu’à dix-huit livres. -
- 363. Dans la mine de Fims , on connaît deux veines ayant leur marche du levant au couchant. La première, de troispieds & demi à quatre pieds d’épailTeur , eft nommée petite veine ; elle a depuis trois jufqu’à cinq toifes de large. La fécondé eft nommée grande veine ou grande mine ; elle a ordnaire-ment depuis fept jufqu’à huit pieds d’épailTeur. La tête de la veine eft nommée enlevure , & le pied eft appelié enfonçure,
- 364. La veine eft auffi quelquefois étranglée par des bancs de matière noire , qu’011 nomme ferries, qui s’étendent quelquefois à fept ou huit toifes , après îefquelles la veine fe retrouve. Ces efpeces de creins, félon qu’ils font placés dans le baume ou dans le foutre , relevent ou abailfent la veine , qui eft aufli coupée elle-même horizontalement par des nerfs d’une épaiifeur inégale , & que les ouvriers appellent couillons.
- 36’f. Les puits forment un quarré-long de dix à onze pieds de loiig fur quatre ou lix pieds de large ; dans ceux où l’on tire à bras, cette dimenlîon eft réduite à lix pieds de longueur fur quatre de largeur : ils font ceintrés en bois, d’une grolfeur proportionnée à la largeur. Et comme la mine a en général une pente de quatre pieds & demi fur lix, ces foiïès font d’autant plus profondes, qu’on s’éloigne de l’enlevure de la veine ; la moindre profondeur eft de dix toifes ; la plus grande jufqu’à préfent eft de trente - neuf toifes lix pouces ; fa largeur eft de huit pieds.
- 366. Arrivé par cette ouverture perpendiculaire à la veine de charbon, on le détache avec des pics d’un tiers plus légers que ceux employés à l’enfoncement , avec des aiguilles ou des coins de fer plats , de quinze à feize pouces de longueur, que l’on fait entrer dans la veine à coups de majfe. Le prolongement de la folfe d’extraction , au-delTous de la veine , deftiné à fervir de réfervoir aux eaux qui y arriveront de droite & de gauche par les galeries , fe recouvre de madriers , & donne à ce puifard jufqu’à douze pieds de profondeur , & il s’appelle fontaine.
- 367. Dans la direction de la veine, 8c au-deflous de la première épaiifeur, on a continué en face une galerie de cinq toifes de longueur, & coupé le puits obliquement du côté de la pente de la veine, environ depuis huit jufqu’à douze pieds, afin de trouver à dix,douze pieds d’éloignement, la veine en plein charbon, félon l’expreffion des ouvriers, 8c l’on fe propofedepourfuivre jufqu’à vingt-
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- cinq ou trente toifes de longueur. Cet ouvrage achevé, produit une chambre de dix à douze pieds de longueur, fur autant de largeur ; c’eft là où tout le charbon qu’on détache deda mine eft amené au dépôt, d’où on appelle cette place chargeage.Sur: toute l’épaiiieur de la veine on forme de droite & de gauche des routes que l’on élargit peu à peu jufqu’à huit pieds ; & lorfqu’on eft à dix toifes de diftance du puits , 011 dilate de nouveau ces galeries jufqu’à former un vuide de vingt-quatre & trente pieds, qu’on appelle chambre.
- 36g. Les deux galeries de droite & de gauche étant exploitées , on fuit la veine dans fon épaifleur & dans fa pente de quaire pieds fur fix, jufqu’à la profondeur de vingt à vingt-cinq toifes ; cette defcente en plan incliné , étayé de toute part, & planchéié uniment en-deifous , eft nommée auffi enfonqure. Lorlqu’elle a été poulfée à vingt ou vingt-cinq toifes, on forme à fon extrémité de droite & de gauche des galeries : on laide des piliers de charbon qui ont depuis dix pieds jufqu’à environ deux toifes & demie d’épailfeur, & l’on recommence de nouvelles galeries en remontant jufqu’à la perpendiculaire, jufqu’au chargeage.
- 369. Du-fond des galeries le charbon eft voitüré au chargeage dans des brouettes tirées par de jeunes enfans de douze à quinze ans , traîné enfuite dans des caillons de la même forme que le vay des Liégeois. Dans d’autres parties de la mine , cette opération s’exécute par le moyen de coffres appellés tonneaux quarrés, à caufe de leur forme, & qui fervent auffi de caillé d’en-levement : à raifon de ce double ufage , le fond qui porte fur le fol des galeries eft difpofé en traîneau , afin de glilfer aifément; & ils font, dans un des côtés , fournis d’une grolfe boucle qui s’accroche à la chaîne. Arrivé au dépôt du charbon des galeries , on décroche la chaîne de l’anneau qui eft au côté, on la replace dans les bo .icles qui font dans le haut du tonneau , & on l’enleve.
- 370. Les tonneaux pour tirer l’eau font ronds , ainlî que ceux pour les trous où l’on ne pratique point à'enfonqure. Il fe trouve de ces tonneaux qui ont à leur partie de derrière une ouverture qui s’ouvre & fe ferme par une foupape i quand le puits regorge, on l’épuife par des tours à bras ou à force de chevaux. Ces eaux fe retfentent de la nature de la mine qu’elles baignent. L’eau d’une ancienne fouille, qui fe fait jour dans une prairie par un refte d’aqueduc, charie une quantité conlidérable d’ochre martiale, qui lui donne un goût & une qualité ferrugineufe.
- 571. La machine d’extradion du puits n’eft compofée que d’un arbre tournant, auquel eft appliqué un tour fur lequel fe dévidé une chaîne de Lr qui répond à deux mollettes perpendiculaires à l’ouverture. Quatre chevaux attachés à des balanciers, font tourner l’arbre, & on les change toutes les fix heures. Le charbon de 1 '‘enfonqure eft extrait par un moulinet: cette machine placée fur le puits , eft compofée d’un fort boulon arrondi,
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- portant huit à neuf pouces de diamètre & fept à huit pieds de longueur, appuyé fur deux pieds droits, & roulant fur deux tourillons de fer vis-à-vis le chargeage de i’enfonqure, fous lequel roule la chaîne,, qui peut bien pefer trois milliers & demi, ayant actuellement quatre-vingt-dix toifes de longueur.
- (372. Le charbon de cette mine eftalfez folide pour fe détacher en quartiers d’un volume considérable. Celui qui s’extrait à la profondeur de dix toifes, eft d’une bonne qualité, inférieur néanmoins à celui qu’on extrait à dix-huit ou vingt toifes ; il eft tendre, ne chauffe pas fi bien, 11e chauiîà point fort, & convient peu pour les grolfes forges. Le menu qui fe fépare de ces groffes maffes fe nomme gayettes ; en général , là grande vivacité le rend propre aux ouvrages des forgerons, & particuliérement aux verreries. Refté expofé à la pluie,, il gagne de la qualité : du charbon de cette mine que j’ai fait venir en droiture , a préfenté les remarques fuivantes. Il a donné une grande flamme , a continué fou feu en fe grumelant, en formant des bouillons, & fe collant même au charbon de bois. En tout il reflemble fort au bon charbon de Liege, & donne une fumée très- femblable à celle des bons charbons de ce pays.
- 573. Le charbon de Finis, connu à Paris fous le nom de charbon pur de Moulins, eft réputé d’une bonne qualité} il paffe pour donner plus de chaleur que les autres qui s’exportent dans cette capitale. La voie fe vend à la mine , 11 livres f fols. La conduite du puits au port de la riviere d’Af-lier , eft de 8 livres 1 f fols , prife au port. La voie de Moulins, d’un dixième plus forte que celle de Paris, fe vend 20 livres.
- 574. L’importation de Moulins, qui fait vivre cent familles de bateliers , va à environ cinq mille voies par an 5 la vente annuelle , telle qu’elfo eft aujourd’hui, en l’évaluant fur un plan réel, fe monte à trois mille Voies, dont un millier fe vend fur la Loire} on efjftme qu’il s’en confomme pour Paris deux mille voies année commune. Les tyateaux partent de Moulins, chargés de quinze à feize voies , & vont avec cettè charge jufqu’au canal de Briare. Là, de trois bateaux on en compofe deux pour Paris, contenant chacun vingt-cinq voies, qui rendent, au port Saint-Paul, de 2$ à 29 voies.
- 375". Il ne faut plus alors juger de ce charbon : il eft des marchands-qui le mêlent avec la chauffine, ou d’autre charbon léger d’Auvergne. Quelques ferruriers, à la vérité, font ce mélange , & prétendent s’en bien trouver } mais fi à cet égard les proportions de cet alliage font dirigées par l’expérience de ces ouvriers, celles qui font fuivies dans cet alliage fait par les marchands, ne font réglées que fur l’idée du gain. Les bateaux qui reftent vui-des à Briare , fe vendent depuis 60,80, jufqu’à 100 francs. Cette différence de prix dépend de la quantité de bateaux qui fe trouvent & qui fervent à l’ex*
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- portation de bleds, vins, ou autres marchandées des bords de la Loire, def-cendant à Orléans & à Nantes.
- Noyan.
- 376. La mine de Noyan, éloignée d’environ une lieue de Fims, &une
- demi-lieue plus près de Moulins, ne donne, jufqu’à préfent, qu’un charbon dont la qualité eft beaucoup au-deffous de celui de Fims: il eft léger, brûle trop aifément, & eft uniquement propre à cuire la chaux. J’en ai trouvé qui, au feu , s’annonqoit aifez avantageufement ; mais il ne colle pas bien. Les forgerons qui ont voulu l’éprouver, n’en font point non plus le même cas que de l’autre ; cependant, à mefure qu’on le tire en approchant de Moulins, on obferve une différence marquée. '
- Forez.
- 377. Le bas-Forez , connu fous le nom de Rouantç , Roannais, n’eft pas
- entièrement dépourvu de ce foflile. On en apperqoit Aes indices dans la paroiffe de Villemontois. A Saint-Maurice, fur la Loire, à deux lieues au-deffus de Roanne, entre la Loire & la montagne de Cremeaux, citée dans la première partie, on a auflî trouvé du charbon de terre. M. Alleon du Lac avance que c’eft en petite quantité, & que fa mauvaife qualité a fait abandonner ces mines. Nous ne parlerons ici que de celles du haut - Fore^, qui concourent à l’approvifionnement de Paris. Elles avaient été, dans ces derniers tems, affervies aux droits d’une concefiion que le baron de Vaux*avait obtenue , fous prétexte d’affurer l’approvifionnement de la manufacture royale d’armes j,mais fur les repréfentations des propriétaires de ces mines & des,marchands de charbon de Paris, cette conceifion a été1 révoquée au mois de novembre 1763 i & chacun traite avec les charbonniers , félon la facilité du débouché , à tant par jour , par femaine ou par mois, pour chaque piqueur employé dans la, carrière. <
- 378. J’aurais:-fort dçfiré placer ici une defcription de ces mines, annoncée dans le volume des Mémoires de l’académie, pour l’année 1752 (a), & celle d’une montagne qui brûle , vifitée par le même lavant, (h) Èn attendant que ces defcriptions (oient publiées , j’emprunterai celle que M. Alleon du Lac a donnée de ces mines.
- () Mémoire fur quelques montagnes Saint-Etienne, aflîgnée par M.’de Fouge-i de la France, qui ont été des volcans, par roux ,à la montagne qui brûle, & que j’ai M. Guettard. Voyez page 29 de ce mémoire, rectifiée, parce qu’effëctivement Saint- Gc-
- () Idem, page 5 4. La polition près de nis-terre-noire qu’il nomme expreifément
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- 379. „ Cette malfe de charbon commence du côté du levant, aux ex-„ trëmités de la paroilîe de Saint-Jean de Bonnefont & aux pieds des monta-„ gnes de Pila, & toujours inclinée au levant: elle ferpente au nord jufques „ dans les paroiifes de Sorbieres & de la Fouilloufe ; de là tirant au couchant,
- elle fournit des quantités prodigieufes de charbon, qu’on tire des ouver-•„ tures faites dans les paroiifes de Villars, de S. Genefi-Lerpt, & principa-„ lement de Roche ; cette malle va de là en diminuant jufqu’à Fitmini, où „ elle fe perd & laide fans charbon tout le côté du midi.
- 380. „ La ville de S. Etienne, fituée au centre, fournit l’abrégé de ce „ plan. La rue de Lyon, Le grand Moulin, la Place, tout le quartier de Poli-x gnais i font bâtis fur du charbon ; un des angles de la Place, & fes en-,j virons du côté du midi, jufqu’à la rue Froide inclufivement, font fur du char-„ bon; la rue Neuve, & tout ce qui eft au-delà, n’en fournit plus. Sa marche „ eft de l’eft à l’oueft; la direction la plus générale eft, félon la manière de „ s’exprimer des ouvriers du pays, du côté des onty heures, c’eft-à-dire, prel-j, qu’au midi. Les charbons dont la marche eft du midi au nord, fe démeit-„ tent en s’enfonçant: ils font tantôt obliques, tantôt perpendiculaires, tan-„ tôt en- platteure, 8c quelquefois remontans. „
- 38 ï» M. de Fougeroux rapporte que ces mines ont peu d’inclinaifon, & qu’elles fe trouvent fouvent entrecoupées par d’autres veines. Leurs enveloppes , dont on m’a procuré des échantillons, font des pierres argilleufes très-compaCtes, qui, fous l’inftrument, fe caifent irrégulièrement : on y trouve fouvent, dans les facettes laiifées alors à découvert, fur tout lorfque ces frag-mens ont refté quelque tems à l’air libre, une efpece de chancijjure que je ne crois pas devoir négliger de faire remarquer : c’eft une poulîîere très-fine & très-déliée, qui s’attache aux doigts, & qui eft d’un beau jaune citrin,comme la fleur de foufre. Cette couleur pourrait ne préfenter aux ignorans que l’idéô du foufre ; & je ne doute point que ceux qui font dépourvus de connaiifances, ne prennent pour telle cette efflorelcence.
- 382. Dans les parties où ces pierres d’enveloppe ont confervé leur tiffu feuilleté, les interftices fe trouvent encore fouvent remplies d’une matière qui paraît être de la même nature, mais qui y forme de petites couches dif-continuées fous une forme ochreùfe, qui; pourrait être le même vitriol en de-liquium qui a fufé dans ces vuides.
- étant du Lyonnais, laifle quelque doute fi cription , dans laquelle les mêmes phéno-ce phyficien n’a pas réellement décrit une menes font rapportés ; j’y ai remarqué ccttè des montagnes de feu dont j’ai parlé pre- différence importante , que quelques-unes miere partie,-àl’article du Forez. M. delà dès-'cavités intérieures font formées en Tourette, qui a examiné celle-ci, à trois véritable entonnoir. Voyez le mémoire de quarts de lieue de S. Etienneg én a donné à M. Gùettàrd, année 17 5 x. l’academie des fciences de'Lyon une*def- ' 1
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- 383- La defcription que M. Alleon du Lac a donnée de la maniéré de travailler ces carrières dans le Forez, eft extrêmement fuccinte j mais elle a l’avantage, d’en relever les défauts. On ne faurait trop les faire remarquer aux propriétaires , ou qui les ignorent, ou qui ne réfléchiifent point alfez fur leurs véritables intérêts. Peut-être qu’à force de les leur remettre fous les yeux, il s’en trouvera qui profiteront des avis renfermés dans la defcription de l’auteur. Voici la maniéré dont il s’exprime en parlant de ces mines.
- 384- “ Comme la dire&ion des carrières de S. Etienne eft prefque tou-
- ,, jours inclinée à l’horizon, & que les filons ferpentent à travers les rochers, „ ces mêmes rochers fervent à foutenir le terrein, & lorfque la veine ou la „ malfe de charbon eft aifez confidérable pour pratiquer plüfieurs galeries „ dans la même carrière ( a ), on laifle entre deux des maflifs que les gens „ du métier appellent piles : elles foutiennent parfaitement le terrein lorf-„ qu’on les fait avec- précaution, & qu’elles font foigneufement confervées. „ Il n’arriverait prefque jamais d’accidens, ou du moins ils feraient fort rares, „ ii l’on avait l’attention de 11e s’écarter jamais de ce s deux points ; mais l’a->5 vidité & la mauvaife foi des charbonniers les engagent fouvent, au péril
- „ même de leur vie, à fàpper. ces piles. Il y a quelques carrières, mais en
- „ petit nombre, où l’on étaye avec de fortes poutres de chêne, pour em-„ pêcher les terres de s’ébouler: tout au moins a-t-on l’attention d’étayer „ l’entrée de toutes les carrières, pour s’en aifurer la fortie. Il faut qu’elles
- „ foient bien abondantes pour qu’on poulie la précaution plus loin j autre-
- ,, ment la dépenfe abforberait le produit.,, Les éboulemens, très-communs dans ces mines, font donc, ainii que l’obferve M. Alleon du Lac, faciles à empêcher} les avals d’eau réfultant d’anciennes excavations qui fe font remplies d’eau , & qu’on appelle en langage du pays tonnes, ne font pas plus embarraifantes, avec les précautions ordinaires.
- Indications des principales charbonnières du Fore[, accompagnées de remarques fur la qualité du charbon quelles fourniffent.
- A Saint-Victor, une fouille.
- A Villars, deux fouilles. Je n’ai pu m’aflurer de l’efpece de charbon qui vient de ces deux endroits.
- A Monthieu : il fe cafle très-aifément, donne une fumée épailfe, brune, un feu de belle couleur; en brûlant il fe colle tout en malfe avec le charbon de bois : ce charbon eft extrêmement pyriteux, & n’eft point propre à être emmagafiné ; ii tombe en grande partie en efîlorefcence vitriolique. **
- («) On eftime que les veines ou maffes f car on donne à la mine ces deux noms fuivant répailfeur 3 ont ordinairement de huit à quinze pieds d’épaiffeur.
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- ET DE SES MINES/ Partie II,
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- A Sorbier es, à Fouilloufe, à Foffe ; les deux premiers endroits font peu riches en charbon: celui de Foffe ,félon M. Alleon du Lac ,eft paffable.
- Rica-Marie ; le charbon de la montagne ainfi appellée, eft de même qualité que celui de la Beraudiere ; il n’eft pas fi luifant que les autres : il eft très-compact , & paraît plus fec ; fa fumée eft jaunâtre : il donne cependant une bonne flamme, grande, belle & brillante, & un très-beau feu. C’eft une excellente houille , peut-être préférable à toutes les autres ; elle fe colle en brûlant, dure long-tems, & eft de bon ufage pour les grilles. Selon M. Âlleon du Lac , cette carrière brûle depuis plus de trois cents ans ; il en trouve la preuve dans d’anciens terriers, qui allîgnent cette carrière pour confins , & qui s’expriment en ces termes : juxta Calceriam injlammauitn.
- Firmini, du côté du Velay: charbon excellent.
- Clapier, au centre du Forez, mine de M. de Vaux : charbon très-joli, de l’efpece à écailles , ou facettes fpéculaires , nommées par les houilleurs Liégeois y eux de crapaud
- Près du bourg d’Argentai, à S. Julien, où il y a auffi une mine de plomb. La Beraudiere i charbon queue de paon , très-compaél, mais allié avec beaucoup de terre qui retarde fon inflammabilité, & lui fait donner un feu de moyenne a&ivité : il dure long- tems ; comme il fe confume moins promptement, il eft préféré dans les ménages: le menu n’eft pas bien bon pour les petites forges.
- Au Treuil, près S. Etienne. Cette mine a été long-tems la feule dont l’extradion fe faifait par puits, ou , comme ils difent, à ciel ouvert. La maffe de charbon eft fous une carrière de pierre. C’eft un charbon à œil de crapaud : il eft tendre, donne une fumée jaune , épaiîfe, & un bon feu de durée : en tout il eft d’une alfez bonne qualité.
- Montfalfon, très-près de S. Etienne :1a malfe de cette mine appartient à M. Brunand: elle occupe toute la montagne , qui eft percée de part en part dans une longueur d’environ 300 toifes. C’eft celle qui donne le charbon le plus léger de tous, qui fe confume le plus parfaitement, & laifife moins de cendres 3 mais il eft de moindre durée : le feu qu’il donne eft plus net. Le feu y avait pris en 1763 , fans qu’on ait fu comment, & ya duré jufqu’à ce qu’on eût bouché la communication qui perçait la montagne du nord - oucft au fud-oueft , par laquelle l’air pénétrait avec violence , &y faifait lefoufflet.
- Le Clufel, fitué paroiife S. Geneft-Lerpt, à une demie-lieue de S. Etienne , & peu éloigné de Montfalfon. C’eft un charbon queue de paon, très-abondant & eftimé pour le chauffage. M. Alleon du lac dit que c’eft un charbon patTabîe.
- Roche-la-Molliere, ou la Noulliere : c’eft le nom d’une terre que M. le duc de Charoft a eu par droit de retrait. Comme elle eft contiguë avec celle de Montfalfon, le charbon qui y abonde différé en général très - peu de celui
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- de cet autre endroit. Ses qualités ne font variées que félon les puits d’où on le tire. M. Alleon du Lac avance que l’exploitation en eft mal conduite ; il obferve que le charbon en eft patfable , & eft eftimé propre à l’ufage des grilles. La veine ne s’étend pas en profondeur : on y trouve de l’elpece nommée queue de paon. C’eft un charbon moyen , qui ferait aifez bon, mêlé avec celui de Fims : il fait un feu papillotant, tombe en parcelles qui fe réduifent en cendres. On tranfporte de ce charbon à S Rambert, où il eft embarqué fur la Loire. Depuis quelques années ,il en vient à Paris , où il eft annoncé fous le nom de mine royale.
- A Roche-la-Molliere, carrière dite mine Sainte-Frangoife ; le charbon s’en caife aifément, en s’éfeuillant de la même maniéré que lorfqu’il eft dans le feu : il a peu de force, & fe foutient affez long-tems.
- Le charbon de S. Etienne eft, en général, un charbon léger: expofé au feu,il donne beaucoup de fumée>& une odeur grade : il fe renfle conlidérable-ment, continue long-tems fa fumée,à caufe de fa graille, & fe colle bien. Nombre d’ouvriers de Paris 11e l’emploient à la forge que mêlé avec le charbon de Moulins. Aux environs de S. Etienne , on ne fe chauflfe guere qu’avec du charbon de terre de l’efpece de celui qui eft beaucoup moins fumeux que celle qu’on emploie dans les forges. J’en ai trouvé qui fe convertit au feu en une vraie ponce , dont les porofités font extrêmement fines & déliées. Les gores du mauvais charbon Jorfqu’ellès ont pafleau feu, deviennent une efpece de tripoli pierreux, remarquable par fes belles couleurs.
- La voie de charbon du Forez coûte environ fept livres à la mine. Il fe tranf porte jufqu’à la Loire, où il eft embarqué à S. Rambert, pour les villes qui font fur le rivage, & pour Paris. Ce premier tranfport coûte dix livres. Par un arrangement fait avec les propriétaires de la navigation , chaque bateau ne peut en charger que feize voies. Arrivés à S. Rambert, dont le port a très-peu d’étendue , les bateaux qui étaient bloqués de feize voies, n’en chargent que huit, & attendent la fonte des neiges pour partir.
- A Roanne, qui eft éloigné de douze lieues , on fait deux bateaux de trois ; plus bas on n’en fait qu’un de deux. Ces différens changemens, qui font inévitables, ont un inconvénient très-fâcheux pour le marchand qui acheté en gros ce charbon ; c’eft le mélange de ceux dont la qualité pyriteufe & vitrioli-que eft un empêchement abfolu à ce qu’on puifle le conferver long-tems en magalin, fur-tout en plein air. Comme les marchands-bourgeois de Paris font obligés de les tenir dans des cours, il ferait à fouhaiter que les charbons reconnus de cette efpece, fuifent déclarés n’ètre de bonne vente que dans le pays, & fujets à confifcation lorfqu’ils feraient envoyés à Paris. On fait monter le nombre de bateaux qui partent de S. Rambert, à 600, année comhiune.
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- Auvergne.
- 3 8f- On ne connaît point de charbon de terre dans la haute-Auvergne. Un particulier a cru en avoir découvert en 1771 » près de Saint-Flour; mais les échantillons des couches, qu’il m’a envoyés pour en juger, m’ont fait voir que ce n!eft qu’un banc de charbon de bois foflile, ou charbon de bois tourbe. Le quartier qu’elle occupe eft à mi-côte, fur une coiline affez élevée, inculte. La couverture fuperficielle eft une pierre que l’on croit être de grès, fous laquelle font des terres bolaires blanches & jaunes.
- 386- La première fubftance qui vient enfuite, eft une terre de couleur brune , claire comme le cachou , femée de quelques molécules blanches ; mife dans le feu, elle répand une odeur bitumineufe fans s’enflammer. La fécondé eft évidemment compofée de bois dont les couches fe féparent les unes des autres, en préfentaut les mêmes circonftances que nous avons détaillées en décrivant une femblable mine dans le comté de Nalfau , & à Cuizeaux, dans la Brelfe Châlonnaife, & en Franche-Comté. Cette matière brûle par confé-quent au feu en exhalant l’odeur de bitume de tourbe. Le particulier qui a fait cette découverte , s’eft fervi de cette matière à la forge ; il a rougi & ramolli le fer auflî activement qu’avec le charbon de pierre. La troilieme eft une malfe formée de lames plus minces , & comme brouillée, reflem-blante à une écorce noueufe & groffiere ; elle eft extrêmement chargée de parties argilleufes & îimonneufes ; elle s’enleve en gros quartiers, dans lefquels font renfermés des fragmens de bois qui, en féchant, prennent de la con-liftance. Elle brûle en donnant moins de flamme , refte long-tems en braife , répand une odeur fulfureufe, & fe réduit en cendres blanches. La quatrième paraît être une continuation de la précédente, plus mêlée feulement de matière blanchâtre qui appartient à la couche qui vient enfuite. La cinquième eft; une efpece de tripoli pourri, hapant à la langue; en l'examinant avec attention , je crois y reconnaître une deftruclion de bois converti en tripoli. La fixieme eft une argille pure & (impie , approchante de ce que l’on appelle terre pourrie : elle ne fait point elfervefcence avec les acides.
- 387- Les mines de charbon de cette province ne fe trouvent qu’au voi-(Inage de la riviere d’Allier, depuis Brioude jufqu’à Iffoire , dans la partie de l’Auvergne appellée Limagne, fervant de bafe aux véritables montagnes de la haute-Auvergne , dont la baffe-Auvergne eft proprement la plaine.
- Des mines de charbon de la Limagne,
- 388. La plus grande partie des fouilles fe rencontre au-deffous de Brioude, dans un quartier enfermé par la riviere d’Allagnon, & par l’Ailier, dans i’en-
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- droit où ces deux rivières viennent fe réunir. Ce quartier , qui forme l’étendue d’environ une grande lieue de longueur, fur demi-lieue de large, comprend trois territoires; favoir , celui des dames bénédictines de Sainte-Florine, où était, il y a quarante ans, une compagnie royale qui ne fubfifte plus ; celui de Frugeres , & celui de Brajfac.
- 389. Les charbons de ces trois quartiers font indiftincftement délîgnés fous le nom de Brajfac ou Brajfager , parce qu’ils fe traufportent en lacs, à dos d’âne , au port de Bralfager , qui ell annexe de Bralfac à environ deux cents toiles de diftance , & à l’eft de Bralfac, fur la rive gauche de l’Ailier ; les chemins en font très-mauvais dans l’hiver. La partie de mine la plus abondante, eft dans le territoire de Sainte-Florine, entre Brajfac , diftant de Sainte-Florine d’environ foo toifes à l’oueft, & Frugeres. Le charbon n’y eft pas enfoui profondément; de tous côtés la fuperficie ou les rochers qui y pointent, aver-tilfent de la préfence de ce Mile. Ces rochers jaunâtres, feuilletés , & entremêlés de petites couches charbonneufes , font nommkstaupines.
- 590. Ce terrein contient entr autres , les mines de la Mouillere, à cent toifes de diftance de Bralfac, les mines des Lacs , à environ 1200 toifes, & les Chambelaives (a) ; le centre de ces mines eft le diamp appellé la Fojfe , dont on a autrefois tiré du charbon réputé le meilleur de tout ce quartier. Les autres qui font ou qui ont été en nombre conlidérable , ne font que des rameaux qui partent de ce champ , ou qui viennent s’y rendre, mais féparés par des rocs. Les charbons provenans de ces branches, font d’une qualité différente , & tous d’une qualité bien inférieure à celle de la maitrelfe mine ; la plupart même pourraient n’ètre comptées pour rien ; & s’il 11e fe fait point de nouvelles fouilles ou de nouveaux travaux qui conduifent à du charbon de bonne qualité, l’approvilionnement de Paris ne pourra plus compter fur cette province. O11 en jugera par l’état que j’en donnerai, après avoir fait connaître la compofition de ce terrein à charbon , & quelques particularités qui ont rapport à ces mines.
- 39ï.xLa maffe qui précédé le charbon, parait être compofée des couches fuivantes : immédiatement fous la terre labourable , une couche jaunâtre. Couci.e terreufe, noirâtre , légère , bitumineufe. Roc gtifatre , très-dur , de fept ou huit toifes d’épailfeur : il eft fujet à former un repli, dans lequel le charbon fe trouve quelquefois ramaffé. Pour exprimer cet accident pierreux, les ouvriers difent que le rocher fait carpe. Terre noirâtre femblable à la fécondé, mais plus fenftblement bitumineufe. Couche fchifleufe , fous laquelle vient le charbon , dans lequel on diftingue trois membres.
- 592. Le premier charbon approchant du jour, fe nomme mine delà découla) Toutes les foffes font diftinguées les unes des autres, ou par le nom de l’ouvrier qui a creufé le puits, ou par le nom du champ où eil fituée ia foife.
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- verte: elle peut avoir depuis iç jufqu’à 2Ç pieds d’épailfeur, & effc féparée du membre qui vient enfuite , par un autre roc argilleux, imprégné de bitume charbonneux, & en conféquence d’une couleur entièrement noire; fes furfaces font enduites de vrai charbon: l’intérieur de cette pierre eh femé de mica couleur de pyrite, & d’infiltrations quart^eufes. Ce roc rougit au feu , & y perd entièrement la couleur qu’il avait d’abord. Le fécond membre de charbon eft appellé la mine du milieu : il a à peu près la même épaii-feur que le précédent, eft de même afiis fur un roc qui tient lieu de toit au troifieme membre. Ce dçrnier eft appellé mine de la foie , comme les Anglais appellent slipper coal, femelle du charbon ou charbon de femelle, la partie la plus inférieure ou la bafe d’une malfe de charbon. C’eft dans cette mine de la foie, que fe trouve le meilleur charbon appellé puceau, qui eft encore fur un lit de roc.
- 393. La marche de ces membres de charbon, en longueur continue, eh nommée, par les ouvriers, la profondeur. Celle que'l’on connaît la plus confidérable dans ce canton, eh de 80 bralfes, ou 400 pieds (a). Pour le préfient, il n’y en a point en exploitation. La malfe renfermée entre toit 8c plancher, eh appellée épaifeur; lapourchaife des routes s’y fait en laif-fànt toujours 9 pieds du toit, & 6 pieds de travail. La malfe confidérée dans fon étendue en largeur, eh appellée longueur.
- 394. Des mines de Sainte-Florine, il y en a qui font des roilfes qu’on y appelle droites. Il y en a d’autres qui font plattures. Quelquefois le charbon fe préfente en bouilla^, ce que les ouvriers nomment mine en tay, mine en tas. Le charbon entrelacé de roehers, eh appellé charbon ferru , medjeux. Lorfqu’il fe préfente dans la mine en gros volume fans rocher, on l’appelle carpe de charbon.
- 395*. On eft dans l’ufage à Bralfac, de 11’ouvrir les mines que dans la faifon de l’année où les chaleurs ne font pas fortes. Les charbonniers d’Auvergne font dans l’idée que le tems auquel ils donnent la préférence pour ce premier enfoncement, eft plus favorable pour les mettre à l’abri du mauvais air, qu’ils nomment, en terme patois , pouffe. Cet article fera difcuté à fa place, lorfque je reprendrai toutes les différentes pratiques de l’exploitation. Je reviens à ce qui concerne les vapeurs des mines, confîdérées dans les charbonnières d’Auvergne. On obfierve auffi que plus les mines ont de puits, plus les galeries font larges & entretenues proprement, moins la pouffe eft dangereufe, & plus elle fe diilipe aifément ; c’eft pour cette raifon que les particuliers font obligés de fermer leurs mines pendant l’été, à caufe du petit nombre de puits dont elles font percées, & de la mal-propreté de leurs galeries.
- ( a ) La brafle eft de cinq pieds,
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- 396. On a vu dans la première partie de cet ouvrage, les recherches que M. le Mon nier, le médecin, a faites fur ces vapeurs dans les mines de la compagnie royale. Voici les expériences que ce phyficien a tentées pour en reconnaître les effets. “Je hafardai d’entrer dans un cul-de-fac „ rempli de pouffe 5 j’y reftai près d’une demi-minute, & voici ce que j’é-„ prouvai. Je fentis tout aulfi-tôt une difficulté de refpirer, comme fi l’on „ m’eût ferré fortement la poitrine ; le vifage & la gorge fe gonflèrent „ confidérablement 3 les yeux devinrent cuifans, & je verfai quelques lar-„ mes : j’eus des tintemens dans les oreilles , enfin je fbrtis quand je „ m’apperçus de quelques étourdiffemens. Quand j’eus refpiré à mon aife „ au bas d’un puits , je recommençai à réfléchir fur chacun de ces accidens ; „ ils me parurent être les mêmes que ceux qui furviennent quand 011 s’abfi „ tient exprès de refpirer en fe bouchant la bouche & le nez. En effet, je „ me fuis mis aufiî - tôt dans cette fituation , & je trouvai une entière con-„ formité dans les effets, à cela près que les yeux ne me cuifaient pas tant. „ J’allai porter par hafard la lampe dans la pouffe dont je fortais 5 & par la „ lenteur avec laquelle je la vis s’éteindre , je la jugeai beaucoup diminuée: „ les charbonniers dirent que je l’avais bue ; & jffppris d’eux qu’en s’obfti-nant à travailler dans des endroits où il n’y en avait qu’une petite quan-„ tité, ils venaient fou vent à bout de la boire toute ; mais ils ne fe liafar-„ dent jamais à faire cette dangereufe expérience, qu’ils n’aient auparavant ,, bien éprouvé avec la lampe fi elle n’eft point trop forte. Etonné de cette ,, nouvelle expérience, je me fis conduire aufli-tôt à un autre endroit où il „ y avait peu de poufle : elle n’était élevée qu’à deux pieds de terre 3 mais ,, elle était très-vive, car la lampe s’y éteignait comme fi on l’eût fouffiée. 3, Comme je 11e courais aucun rifque à caufe de fon peu d élévation , j’y „ entrai avec plusieurs charbonniers, & j’y reftai un bon quart-d’heure „ à leur faire différentes queftions. Nous avions les jambes & le bas de „ nos habits dans la pouffe, mais non pas le relie du corps 3 enforte que ,, nous 11e pouvions pas abforber la vapeur par la refpiration. Au bout de „ ce tems je pofai la lampe dans la pouflè 3 elle s’éteignit, mais très-len-„ tentent. Je la fis rallumer, & je reftai dans la poulie encore un quart-,, d’heure ; après quoi y ayant mis la lampe, elle s’y coiffer va fans s’é-„ teindre , ni meme s’affaiblir. Je me mis enfuite vis-à-vis d’un petit cul-„ cie-fac tout rempli de pouffe, & qui éteignait la lampe fort vivement : je „ m’arrêtai directement vis-à-vis l’orifice de ce cul-de-fac, enforte que je ,, n’étais pas dans la pouffe ,mais je n’en étais éloigné que de deux ou trois „ pieds 3 j’y reftai quelque tems, & la lampe que je tenais dans mes mains „ s’aftàibidàit & allait s’éteindre , fi je n’euffe reculé quelques pas. Je rapportai la même lampe dans le cul-de-fac, & la pouffe me parut confidé-
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- 9, rarement dilîipée : il femblait que nos habits l’euffent attirée. Les char-,, bonniers m’apprirent à cette occafion, que lorsqu’ils voulaient épuifer la 3, poulie qui les empêchait de travailler en quelqu’endroit, ils mettaient ,, vis-à-vis un grand réchaud de feu qui la détournait en l’attirant.,,
- 597. L’extraction fe fait dans toutes ces mines par puits ou foffes; le charbon s’enleve par fâchées. La machine pour cette manœuvre, conlifte dans une efpece de jînge appellé moulinet, compofé d’une manivelle ou treuil, Soutenue, à chaque extrémité, par deux perches de quatre pouces de diamètre, & de cinq pieds de long, pofées en X: ces deux chevalets Soutiennent un axe de bois de huit pouces de diamètre , & de Sept pieds de long. Cette piece déborde à chaque bout d’un pied environ; chacun de ces bouts eft traverSé par un bâton qui Sert de manivelle. On attache à l’axe un cable de quatre pouces de diamètre; à l’autre extrémité de la corde, on attache un crochet de fer figuré comme une S, fermé par Sa partie Supérieure , & ouvert dans Pautre extrémité ; la partie qui eft ouverte eft deftinée à embrafler le cable, & à former un nœud coulant, dans lequel on met les maifes d’argille que l’on tire de la carrière. Ce crochet Sert encore de la même maniéré à former un étrier , à l’aide duquel 011 defcend dans la carrière. Comme la hauteur de l’axe n’eft que d’enyiron trois pieds & demi, & que l’on met l’étrier de niveau à la terre , il faut avoir Soin de palfer d’abord la main Sous l’axe , & former un demi-cercle avec le bras en tenant le cable. Si on tenait la main par-deffus , on rifquerait d’être rejeté- fur le bord par le mouvement qu’on a donné à l’axe en lui faifànt devider un tour dq cable. Lorfqu’on a quitté l’axe, on embraiSe le cable avec le bras ; le pied qqe l’on conferve libre Sert, en defcendant, à s’éloigner des parois du puits, Contre lefquelîes on a affez de peine à éviter de fe heurter.
- 398- Dans le commerce, on ne diftingue que deux Sortes de charbons, relativement à fa qualité. La première comprend le charbon propre aux ouvrages de forges. Sous le nom de fécondé qualité, eft défigné celui qui convient feulement aux fours à chaux, & qu’011 nomme chaufflne. Le prix eft de cinq, fix, Sept ou huit livres la voie. En général, la voie de charbon d’Auvergne , de bonne qualité , prife au pied de la mine , du poids de 300 livres, coûte dix à douze livres.
- Foffes de Sainte-Florine, de Frugeres & de Braffac ; prix & qualité des charbons
- qui en proviennent.
- 399. De toutes ces différentes fouilles que je vais paffer en revue, j’ai examiné tous les charbons qui m’ont paru mériter •attention , Soit parce que j’en jugeais à l’extérieur , Soit par ce qui m’en était rapporté d’avantageux
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- Je rendrai compte, pour quelques-uns , des phénomènes qu’ils m’ont pré-fentes pendant leur combuftion. D’ailleurs, j’ai été à même de fuivre agréa-b1ement& à mon aife mes obfervations , mes recherches & mes expériences. M. le marquis de Rraflàc, & M. le marquis de Pont, feigneur de Frugeres, que j’ai trouvés alors à leurs terres , m’ont procuré toutes les facilités que l’on rifque toujours de ne trouver qu’avec peine dans des endroits écartés. Les foifes qui ont été en extraction , & qui ne le font plus , feront marquées entre deux crochets.
- Les principales foifes dépendantes du village de Sainte-Florine , comme la MolLiere , les Lacs & Chambelaives , font fituées près les unes des autres , au-delîbus d’une petite montagne du côté du nord, à environ une demi-lieue de l’embarquement.
- La Molliere-, h mine de ce champ eft droite: l’extradion s’en eft faite par deux puits -, le premier en retenait le nom.
- Puits de P do, à la Molliere. Le charbon en eft aflez pelant, fe cafle en morceaux allez gros, donne en brûlant peu de fumée jaunâtre, qui exhale une odeur grade , fe gonfle & fe colle au feu , fe pourfend, fe réduit en cendres ; il eft propre pour les forges j mais cette mine eft prête de finir : il n’en refte plus environ que cent voies en magafin. Le prix de la voie en fouaye fur le port, eft de J 2 à 1} livres.
- Les groiïes mottes choifies au port, dixécusla voie, fuivant les faifons, à caufe du chemin.
- [Les Lacs]. Il y a dans ce canton trois puits diftingués par leur fituation, en puits haut, en puit bas , en puits milieu , qui font encore défignés par des noms particuliers, fans compter celui qui fert à tirer l’eau.
- [Puits haut ou puits de la tête , nommé puits Polignac ]. Ce puits a vingt-cinq brades de profondeur.
- [Puits bas ou puits du pied , nommé la machine baffe ]. Il appartient à M. le marquis de Pont, & a 200 pieds de profondeur : il eft en extradion depuis huit à neuf ans fans interruption. Son charbon , quoique léger & ne fe tirant qu’en poulîier, eft bon.
- Il y a une provision de quatre ans pour le port. Il fe vend à la mine dix-huit livres ; fur le port, vingt-quatres livres, quelquefois moins, quelquefois davantage , félon les faifons.
- Rendu à Paris fans mélange, ( autant qu’il eft pofîîble d’y compter ) il ne fe donne guere au-delfous de 44 livres la voie, mefure de Paris.
- [Puits du milieu, ou puits deBrajat. ] Il a 180 pieds de profondeur.
- Ces trois puits de la mine des Lacs , 11e font plus exploités : ils donnaient fur un même membre de charbon, & par conféquent une qualité à peu près la même.
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- Mes épreuves pyriques, Faites au château de Braffac, me ront fait reconnaître pour un bon charbon, ainfi que celui du Puits haut.
- Le charbon des Lacs fe caffe en aifez groifes pièces : il eh remarquable à fa fimple infpedion , par la grande quantité d’ochre dont il elt chargé , & qui, au coup-d’œil, le dihingue de tous les autres. Cette oclire jaune foncée, différé de celle du charbon du Forez , en ce qu’elle vife prefqu’à la couleur briquetée. Malgré l’abondance de cette terre ochreufe , qui y eh mélangée au point d’entrer pour beaucoup dans fa malfe, il prend flamme allez promptement, en donnant une fumée & une odeur grade: il fe bourfouffle auffi de maniéré à annoncer une bonne quantité de bitume, & pourrait être rangé dans la claffe des chutes. A mefure qu’il eh attaqué par le feu, l’écume bitumineufe dont il fe couvre à fa furface, fe charge de cette terre ochreufe, qui alors devient d’un beau rouge de cinabre, entièrement femblable à la poulîiere que donne le fol de quelques mines de charbon de terre, comme celle de Wintercaitle , près de Calfel. En tout, lorfque ce charbon a palfé au feu, & qu’il eh réduit en braife éteinte, nommée dans le pays efcarbille, il laide appercevoir beaucoup de cette terre qu’on n’y découvrait pas avant (a).
- Chambelaives, font celles qu’on a travaillées à une plus grande profondeur.
- Haut-Chambelaive, ou mine droite. Le puits a 200 pieds de profondeur j la veine 600 bralfes: en tout 300 pieds, compris le puits.
- Le charbon en eh bon pour les forges , & même d’une qualité fupérieure à celui du puits Pelo , à la Molliere : ces deux font réputés de la même nature } ils fe vendent le même prix, & pareillement pour la conduite à Paris.
- [ Chambelaive du militu\ On n’a pas été jufqu’au puceau, & il ne s’en tire pltïs>
- [ Chambdaive le bas ] , 70 bralTes , ^ fo pieds ; fujette au feu , actuellement remplie d’eau, & abandonnnée.
- La FoJJe, centre de toutes les mines. On a travaillé dans cet endroit il y a environ douze ans , jufqu’à la profondeur de bralTes ( 290 pieds ) : 011 y a reconnu une grande abondance de matière & d’eau.
- 1. [ Puits delà Cloche~\. Quelques-uns prétendent que Ton charbon approche beaucoup en qualité de celui d’Angleterre.
- 2. [ Puits du Tambour\
- 3. [ Puits de la Farge ] , nommé de la Forge par M. le Monnier le médecin , dans Tes obfervations fur la pouffe (b).
- 4. [ Puits du Chenal ].
- y. [ Puits dela P lanche~\ , en patois de la Poix.
- 6. Puits delà Machine bajje , remilè en exploitation.
- (a) Voyez première partie, l’explication de cette couleur.
- (ZQ Voyez première partie.
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- Les G ours ou Gorrcs. Cette mine appartient aux dames bénédictines de Sainte-Florine : elle.efb fituée au pied d’une petite montagne, fur la rive gauche de l’Ailier , à un quart de lieue de l’embarquement. L’extraélion en eft pénible, à caufe des eaux, du feu & des rochers. On y extrait le charbon par deux puits i le dernier, en extraction, eft profond de qf brades (zif pieds). Il ne donne que de la chaujjîne.
- Sur le port vaut 8 livres, quelquefois davantage, feloii les faifons ; va: jufqu’à io &à ir francs.
- [ La Neuvialle ]. Il y a eu en cet endroit deux puits ; l’un qui n’eft plus en extradion , & que l’on appellait mine du prè de Neuvialle ; l’autre , qui aujourd’hui eft aufti abandonnée à caufe des eaux, & qui fe nommait la Neuvialle; il était fitué attenant la Molliere. On a été jufqu’à 68 brades ( 340 pieds) de profondeur.
- Les épreuves pyriques que j’en ai faites au château de Bradac , m’ont fait juger qu’il était de la première qualité: il exhale l’odeur grade ordinaire au bon charbon, ne donne pas trop de fumée , & dambe joliment.
- Le prix de ce charbon, fur le port de Braifager , eft de 12 livres la voie, comme celui de la Molliere ; rendu & conduit à Paris, aux garres de Paris , il fe donne pour 42 livres la voie, mefure de Paris.
- [ Gromenil, en patois Groumeni \ Cette mine, appartenante à M. le marquis de Pons, avait f8 brades ( 290 pieds) de profondeur : elle formait une carpe de charbon fans rocher: la qualité en était bonne j mais la mine eft fujette au feu : elle va cependant être remife en exploitation.
- L-à Poiriere , joignant le Groumeni; profondeur, 30 brades ( ifo pieds )j fur le port, 8 livres la voie.
- [ Commune de Sainte-Florine] , adjacente au Groumeni : profondeur, 30 brades ( 1 yo pieds ) ; charbon de la première clafle, exploitée, en differens tems, par les habitans de Sainte-Florine.
- Fondary , aufti de la commune de Sainte-Florine : profondeur, 30 brades ( 1 fo pieds ) ; charbon médiocre.
- [ La Vitriole ] a commencé à être exploitée en 1769 ; mais elle a ft mal donné , qu’011 l’a abandonnée.
- Champelat, deux puits en extraction, près Jumeau, fur la rive droite de l’Ailier , à quinze cents toifes environ de Bradac , entre deux petites montagnes , à environ un quart de lieue de l’embarquement, comme la Vitriole.
- [ Les Barrivaux ] , à M. de Bradac.
- Grille, au bois de Bergoade, ne donne que de la chauffîne.
- Colline de Langeat.
- [ La Baratte ] , profondeur , f8 brades (290 pieds ). Deux membres connus , donnant du charbon de la première qualité : gagnée par les eaux.
- [Les
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- [ Les Haires ], dans le bois de Bouzole. Elle n’a pas été exploitée depuis quarante ans ; ià profondeur était de 50 brades ( 1 fo pieds ) , remplie d’eau. Son charbon était de bonne qualité.
- [ Mine rouge~\ , dans le même bois de Bouzole : profondeur , 36 brades ( 180 pieds ) ; charbon de qualité médiocre. Cette mine n’exifte plus.
- Il y avait encore celle de Vergonhon, éloignée d’environ mille toifes de Bralfac.
- [Megecote, mine qui brûle]. Cette mine, peu éloignée d’un petit chemin, eft une mine plate, renfermée dans une monticule : elle était compofée de trois membres de charbon de la première qualité. Sa profondeur, jufqu’au puceau, eft de 32 brades, ou 160 pieds 5 gagnée par les eaux, & même par le feu. On reconnaît ienlîblement des indices de ce dernier météore dans une partie de la côte , où il y a fur-tout deux endroits aifez près l’un de l’autre , par lefquels le feu prend jour. Ce font deux ouvertures appellées taupinières-, & quoique médiocres, elles font aifées à reconnaître fur la monticule : la chaleur qui s’y porte , ôccafionne1, fur toute la terre environnante, une couleur diftincle du refte ï on dirait que cet endroit vient d’être fouille & retourné nouvellement ; il n’y croît ni plante ni la moindre verdure. Mon thermomètre s’étant trouvé caiie lorfque j’arrivai à Bralfac , il ne m’a pas été polîible de reconnaître le degré de chaleur qui s’y fait fentir. Mais outre la fumée , très-fcnfible à l’œil, qui s’échappe par ces ouvertures de forme irrégulière , la chaleur y eft aifez forte pour qu’on ne puiife pofer la main à l’entrée fans fe brûler : l’odeur de la fumée eft défagréable , & a un goût de moifi. Dans les endroits qui avoiiî-rient ces deux ibupiraux, les pierrailles & cailloutages étant déplacés , la fur-face qu’ils couvraient fe trouve être plus chaude que dans les autres parties expofées à Pair, & où il n’y a que du gazon.
- [ Mine de COrme ], adjacente à la Mégecote ; trois membres abondans en charbon de la première qualité : profondeur, 22 braifes ( 110 pieds ) , remplie d’eau. • -
- [Seconde mine de l*Orme~\\ même charbon : profondeur, 32 braifes ( 160 pieds ), noyée. - i
- [ Charbonnier ]. La houille de cette mine , lituée fur la riviere d’Allagnon, à environ ifoo toifës de Braffac*, n’était bonne que pour cuire la chaux, & pour le chauftage‘des payïans.. On.n’en tire plus. ,
- Champ ou Vigne de Madame , charbonnière prefque neuve , appartenante à M. de Braifac : on n’y a tiré qu’à bras. Il en a été envoyé à Paris , où il a été trouvé bon.
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- • A trois lieues de Braflac'y en defeendant Pallier, fur la rive droite, au*/ Tome XVI. * I i i
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- Di1 CHARBON DE TERRE
- deffous d’Iffoire, fc trouve un autre quartier de mines à charbon , qui eft une dépendance de la montagne , fur laquelle eft iîtué le bourg tfUJJon. Sauxil-langes, dont il a été fait mention dans la première partie, & les mines fui-vantes , font de ce territoire , & défignées fous le nom de mines cCAu^at. L’or-ganilation des mines de ce dernier canton, eft très-différente de celles de Braffac. Sous la terre franche, fe rencontre un granit blanc, de 24 braffes d epaiffeur, qu’ils appellent rocher gris. Deffous vient un roc noir ardoifé, brouillé, de 3 pieds 4 pouces d’épaiifeur. Ce roc fert de couverture à la première mine, qu’ils nomment petite mine. Cette petite mine eft aflife fur un roc cendré , ondé & compacte, quoique feuilleté, qu’ils nomment roc de quartier, & qui fert de toit à la grande mine.
- [ La Roche]. Cette principale mine eft fituée près d’Auzat, du côté du village de la Roche, à une demi-lieue de l’embarquement j elle tirait à un puits: elle a été abandonné depuis 1768, parce qu’elle eft embrafée. Le charbon de cette mine a quelque reffemblance avec celui des Lacs : il fe caffe plus menu & paraît plus fec. En brûlant il donne à peu près la même odeur & la même fumée : il dure un peu davantage, fe foutient mieux, & annonce plus de gras : il s’eft recollé , ce que celui des Lacs 11e faifait pas. Il fe vendait dix livres la voie.
- Grande Combelle. Son charbon eft réputé de la première qualité. Pour arriver au puceau de la mine de la foie, 011 a 66 braffes de profondeur (330 pieds).
- [ La Barre ] avoifine la précédente ; fon charbon eft de même qualité ; mais fa profondeur de $"8 braffes ( 290 pieds ) & l’abondance des eaux l’ont fait abandonner.
- [ Mine de Vignal ], limitrophe à la Barre : de bonne qualité j mais elle s’eft perdue dans le fond.
- [ Mine, du Rodel ] , attenante à celle ci-deffus : on n’a point pu parvenir à une bonne qualité de charbon, cette mine s’étant perdue à 50 braffes (25*0 pieds).
- Mine de la Font. Cette mine, appartenante à plufieurs perfonnes, eft de 30 braffes ( 1 y o pieds ).
- La Gourliere, autrement la Côte de Tanfat : profondeur 36 brades ( 180, pieds ) : elle était ouverte depuis peu. Charbon de qualité médiocre , efpece de chauffine.
- 400. Tel était au mois de mai 1770, l’état des foffes ou mines à charbon de la baffe-Auvergne, lorfque je les vifitai. Il refte à traiter la partie de commerce qui y eft relatif, fur le même plan que j’ai tenu autant qu’il m’a été poffible pour les autres mines. En confîdérant l’exportation du charbon provenant des mines d’Auvergne, je fuivraice commerce en tant qu’il tient à la
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- fournitute de Paris. Cette exportation, dans un trajet alfez long, forme deux efpeces de navigations différentes, dont l’hiftoire fera donnée féparément. Je vais faire connaître la première, depuis l’endroit de l’embarquement jufqu’à la jondion de l’Ailier à la Loire, & enfuite jufqu’à Briare. La fécondé, fous laquelle je comprends la traverfée du canal, commençant à cette ville, pour faire communiquer la Loire à la Seine par la riviere de Loin, fera partie du commerce de la ville de Paris, auquel cette navigation fe rapporte diredement.
- Commerce du charbon de terre c£ Auvergne fur les rivières et Allier & de Loire,
- 401. Suivant les ordres de Sa Majeffcé , & par les foins de M. de Fortia, alors commiflaire départi dans la province d’Auvergne, l’Ailier a été rendu navigable depuis Brioude jufqu’à Pont-du - Château ou du Chdtef cela en partie des deniers provenans des droits de boîte ( a ), & en partie par les travaux des marchands qui ont foin de faire le balichage 8c nettoiement de cette riviere, ainfi qu’il parait par un arrêt du confeil du 28 février 1669. Mais au premier embarquement à Braflager, cette riviere n’eft point encore affez forte pour pouvoir être, dans tout le courant de l’année, utile à ce commerce. Pendant fept à huit mois, elle porte feulement de petits radeaux : c’eft à Pont-du-Châtel, proche Clermont, & particuliérement à quatre lieues au-def. fous de Pont-du-Châtel, à Marringues, où eft le port de Viaf que l’Ailier commence à être navigable , encore 11’eft-ce que dans quelques faifons de l’année , ou plutôt dans les tems de fontes de neiges & de crues d’eau. Cette riviere alors fe groflit tellement, qu’elle fe déborde pour l’ordinaire vers le mois de mai fuivant, & caufe beaucoup de défordres le long de fon rivage. Dans fon trajet depuis Braifager jufqu’à Marringues, il y a beaucoup de pa£ fages fort dangereux ; toutes les roches que l’on rencontre depuis Pertu juf-qu’au port de Martre-de-Verre, le Pertuis (b) du Pont-du-Château, le rio ou ruiffeau de Marioles, font fujets à occasionner des naufrages qui renchériifent le charbon à proportion des pertes.
- 402. Les bateaux pour l’importation du charbon d’Auvergne fur l’Ailier, fe conftruifent à Braffac. Ils ne font que de lapin, arrêté feulement avec des chevilles de bois, & ne fervent que pour un voyage. Jamais ils ne remontent : ils paifent aux déchireurs qui les achètent 60 à 70 livres piece. Leur I011-
- (a) Droit dont il a été parlé fur la Loire eft un paffage pour les bateaux fur les ri-z l’article du commerce des mines de char- vieres, où l’on ferre & rétrécit l’eau par une bon de Montrelay, & que les marchands efpece d’éclufe. Il fe fait en laiffant entre paient de leurs marchandifes. deux batardeaux une ouverture qui fe ferme
- ( b ) Pertuis, appelle quelquefois trépas, de differentes maniérés.
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- gu eu re fl; de 7 toifes, c’eft-à-dire, de- pieds de long; leur largeur eft de ir pieds. Leur premier prix de conftru&ion peut être de 160, 170 ou i§o livres; mais cela n’eft point fixe : on les a rvus en 1765- coûter 220 livres ; cela varie en proportion du travail-,1 & félon-le plus ou moins de marchandi-fes, particuliérement en vins qui defcendent d’Auvergne, & qui* en occa-fionnant un plus grand emploi de bois, rendent la'fabrication plus ou moins chere. •
- 40}. Chaque bateau, en partant de Braflager lorfque l’eau eft médiocre, porte depuis fix jufqu’à huit voies (V); fi l’eau eft belle, c’eft-à-dire, s’il y a une bonne crue d’eau , on peut bloquer douze voies : enforte que la charge de trois bateaux ou au moins de deux, chargés à la mefure’ordinaire du port de Bralfac, n’en fait qu’un pour Paris, à l’arrivée de Briare ; ce qui fait communément vingt-quatre ou vingt-cinq voies, lefquelles vingt-quatre voies, mefure d’Auvergne , rendent de vingt-huit à trente voies , mefure de Paris , fans comprendre dans ce produit celui de la fapiniere: c’eft ainfi que fur la riviere de Loire, on appelle le bateau conftruit en lapin. Cent voies du pays donnent à Paris cent vingt voies. On eftime qu’il fort de ces mines pour ^0000 écus 'de charbon tous les ans. > :
- 404. L’usage des chargemens pour Paris,'eft de payer au voiturier la ‘moitié de la voiture avant le départ, & le fùrplus-quand les;bateaux font rendus aux garres de Paris: Il en eft de-mème pour le charbon du Bourbonnais, qui fuit la même route , de l’Ailier au canal de Briare. Il n’y a pas de voiturier qui fe charge de conduire la marchandife à forfait.
- 40f. Il eft des tems où ils gagnent cinquante livres pour le voyage de Paris ; il en eft d’autres où ils en gagnent jufqu’à cent : il n’y a rien de fixe fur cela. Ce voyage eft plus ou moins long, fuivant que le tems eft bon, que l’eau eft belle, & que les crues d’eau ne fe font point interrompues. ;
- 406. Le bureau des droits d’entrée & de fortie eft à Vichy , à dix lieues au-deifous de Moulins. Le charbon provenant des mines de Sainte-Fiorine, eft exempt des droits d’entrée qui fe lèvent à ce bureau, & de tous autres droits des cinq grolfes fermes à fon entrée dans le royaume (b).
- 407. Au-dessous de Nevers, ces bateaux, comme ceux du Forez, du Bourbonnais & autres , deftinés pour Paris , entrent en Loire à un endroit ap-pellé, à caufe de la jonétion de l’Ailier avec- cette riviere, Bec £ Allier, qui fe prononce Be £ Allier. Cette riviere, la plus grande des rivières de France, a comme l’Ailier, fes défàvantages ; c’eft une efpece de torrent qui fe déborde iouvent, & qui, dans l’été, n’eft point navigable à caufe des fables.
- ( a ) L? voie ou mefure de Braflac forme trois mille cinq cents pefant.
- (Ô) Suivant les arrêts du 29 juillet 1659 , 27 juin 1672, & 12Septembre 1690.
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- 408. Ce ne font point les feules difficultés que le commerce éprouve fur la Loire ; il s’y exerce un nombre exceflif de droits, fous prétexte de maintenir la navigation , mais en réalité pour ruiner le commerce*-: indépendamment des deux droits dont nous avons parlé ci-devant, on compte au moins une trentaine de péages qui s’y font introduits , ainfi que les droits de Ample-, double , triple cloifon, établis anciennement pour l’entretien des fortifications de la ville d’Angers. Le rédacteur de cet article, que nous empruntons de l’Encyclopédie (a), ajoute qu’on n’en peut guere voir de plus cheres ni de plus mauvaifes, fuivant cet^u’aiTure un homme éclairé. La Loire cependant ne laiife pas que d’ètre très-favorable pour exporter les charbons & autres marchandées, dans un trajet de plus de 150 lieues, depuis le Bec d’Allier, pour en procurer, comme on la vu , en Anjou , &c. après avoir tra-verfé la Charité dans le Nivernois, Cofne dans l’Orléanais, Celle & Neuvy dans le Gàtinois , &c. Je ne parlerai que de la navigation des bateaux charbonniers par le canal de Briare, en faifant connaître ce commerce pour Pans. Je vais , pour le préfent, terminer ce quia rapport aux mines de charbon en France , par quelques éclairciifemens dont j’ai eu occafion de m’aff furer touchant celles que l’on croyait fe trouver dans l’Isie - de - France, & par le réglement qui concerne ces mines.
- Isle-de-Fran ce.
- Recherches faites en 1771 dans les endroits qui ont été fouillés prés de Noyon, pour trouver du charbon de terre.
- 409. Il a été parlé , dans la première partie de cet ouvrage, d’une miné de charbon découverte aux environs de Noyon : j’ai donné auffi la note des couches qui fe font rencontrées dans la feigneurie de Fretoy , & fous lef-quelles on avait prétendu trouver un vrai charbon de terre ; l’échantillon qui m’en a été remis eft de très-bonne qualité. Avant d’entrer en matière fur ce qui regarde cette prétendue mine de charbon, il eft à propos de donner ici l’hiftoire de la façon;dont ces échantillons étaient parvenus à M. Sage,
- . {xi') Je trouve dans le même ouvrage, au mot Loire, l’éclairciffement que je n'avais pu avoir fur le droit de boite. Il y eft obfervé que ce droit des marchands fréquentant la riViere, a été établi folemnellement à Orléans, pour le balayage & curage de la rivière , dont on ne prend aucun foin, malgré içs éloges de ce curage, faits par le fieur
- Piganiol de la Force ; mais qu’en revanche [au dire plus véritable de l’auteur eftimable des Recherches fur les finances] une petite compagnie de fermiers y fait une fortune honnête : ce qui mérite l’attention du con-feil, foit à raifon du produit, foit à raifon des vexations qu’elle exerce fur le commerce.
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- aujourd’hui de l’académie des fciences, & de qui je les tenais.
- 410. Ce chymifte était en correfpondance avec M. Caillet, notaire à Noyon, qui Te plaifait à raflembler les curiolîtés naturelles des environs de cette ville ; les échantillons que j’ai décrits, comme provenans tous, fans exception , de Fretoy, avaient été donnés pour tels à ce dernier, par une perfonne qui avait été chargée de faire des remuemens de terre dans le potager de Fretoy. Lorfque cette fuite me fut remife par M. Sage, il y avait déjà plusieurs années qu’elle était palfée en différentes mains. J’avais fait demander en conféquence par M. Caillet, vivant alors, des détails circonf* tanciés fur cette fouille. Le même particulier, habitant de Noyon , & qui l’avait conduite, les avait fournis fans varier fur aucune circonftance > le charbon joint aux échantillons était toujours cenfé avoir été rencontré fous une couche de l’efpece commune en Picardie, & que j’ai décrite par cette raifon. Un nommé Danois, maréchal au Fretoy, avait fait ufage de ce charbon à la forge. La fouille faite dans un autre tems ( dont je parle à ce tnème article ) , & dont on alfurait que le charbon avait été reconnu de bonne qualité en écartant tout foupqon d’infidélité & de déguifement dans cette relation , achevait naturellement de faire regarder plus que poflible la réalité de cette rencontre de charbon dans un autre quartier voifin du premier.
- 411. Il eft fort inutile de s’étendre beaucoup fur les avantages immenfes qui réfuteraient de l’ouveture d’une mine de charbon de terre à la proximité de Paris. Cette capitale ,pour toute la confommation de ce genre, eft jüfqu’à préfent obligée, comme on l’a vu, de tirer le charbon de terre de trois provinces fort éloignées, dont l’une ne pourra peut - être plus fournir dans quelques années, dont une des deux autres n’a qu’une bonne carrière. La communication de ces trois provinces avec la Seine eft très-peu libre ; la navigation de la riviere d’Allier n’a pas lieu dans toutes les faifons, & eft fujette à beaucoup de dangers j les crues d’eau nécelfaires viennent irrégulièrement, & celfent quelquefois tout-à-coup j les bateaux font alors des mois entiers à attendre le moment favorable pour partir. La navigation du canal de Briare a aulfi des tems bornés ; les frais d’exportation font confi-dérables: delà le prix du charbon de terre foffile, indifpenfablement nécef. faire pour les ouvrages en fer, dont il fe fait une prodigieufe quantité dans une ville telle que Paris, eft, depuis une vingtaine d’années, devenu pref. qu’exorbitant. O11 juge d’abord de l’importance du delfein que je méditais, de m’alfurer de la vérité du fait: une mine à la portée de la riviere d’Oife, préfentait d’abord une modicité remarquable dans les frais de tranfport, fource du bon marché dont en conféquence eût été la denrée elle-même.
- 412. La qualité du charbon qui accompagnait les échantillons du Fretoy, promettait un avantage plus précieux encore, relatif à une circonftance par*
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- tieuliere; les entrepreneurs du nouveau chauffage économique, avec le charbon de terre apprêté à la façon Liégeoife , ne s’étaient point apperçus de l’obf-tacle infurmontable que la cherté du charbon de terre , au port de Paris, mettait au foutien de leur nouvel établiffement. Mais cette difficulté fe trouvait comme nulle , moyennant cette nouvelle fource ; & à juger du débit qu’a eu cette préparation pendant trois ans, quoiqu’annoncé uniquement le jour de l’ouverture de la vente, il y a toute apparence que cet ulàge fe ferait maintenu dans la capitale, où il n’aurait pu que s’accréditer d’année en année, s’introduire dans les manufactures,dans les hôpitaux, & être préféré au feu de bois par les étrangers accoutumés à ce chauffage ; & l’on fait que ces derniers font toujours en grand nombre dans une ville telle que Paris.
- 413. Cette confidération était remarquable en un point qui n’était pas le moins important i le charbon donné pour être fuite des échantillons , ne fe trouvait qu’à vingt pieds environ de profondeur: il ne c’agîffait donc plus, après être tombé fur cette partie , que de s’aifurer de fon allure & de fon pen-dage, pour l’attaquer favorablement. De cette certitude de rencontrer fans peine le charbon , il en réfultait qu’il n’y avait pas à craindre de fouille coû-teufe , ruineufe & infrudueufe. Ces rilques que l’on fait être ordinaires dans toutes les entreprifes naiflantes , difparaiffaient dans le moment même du tra*-vail, pour ne faire voir du premier coup-d’œil que la prompte rentrée des dépenfes premières ; elles fe trouvaient en peu de tems remplacées par des bénéfices conlïdérables & d’autant plus affurés que la moitié au moins du commerce de charbon de terre pour Paris le ferait tourné vers cette mine, plus heureufement lîtuée pour cette capitale, que celles du Forez, de l’Auvergne & du Bourbonnais.
- 414. Ainsi la certitude de la préfence du charbon, là qualité décidée par l’échantillon, la facilité de fe procurer les bois, les briques & autres matériaux nécdfaires, donnaient les plus belles efpérances fur un travail à entreprendre auFretoy. Je m’étais propofé de conftater par moi-même ce qui était capable d’en affurer la réuffite. Autant j’étais jaloux de fatisfaire ma curiofité, autant je trouvai M. le comte d’Eftourmel empreffé à faire le bien de la province , à laquelle cette recherche définitive ne pouvait manquer d’être du plus grand avantage, dans le cas où elle fe terminerait par rencontrer du charbon de terre : il voulut bien fe prêter à tout ce que je crus néceffaire. Muni des fubftances qui avaient paflé entre mes mains, & des lettres de M. Caillet, écrites fous la didée du particulier qui les lui avait remifes, je me tranfportai au Fretoy j j’y ai fait fouiller précifément à l’endroit indiqué pour être celui d’où provenaient les couches de terre & le charbon. M. le comte d’Eftourmel, & plufieurs ouvriers qui avaient été employés à cette fouille, reconnurent l’endroit pour être le même. L’eau me gagna d’abord, comme je m’y étais
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- attendu, par ce qui était porté dans !a relation. Cet embarras fut d’autant •plus considérable, que ma fouille donna dans une fource perdue par les anciens travaux fur lefquels je me guidais. Malgré la force de l’eau , qui regagnait le niveau du terrein , & comblait ma folle , je parvins à un épuifement qui me permit d’y defcendre. Tout fe trouva conforme à ce qu’annonçaient les détails des lettres , excepté l’eflentiel, favoir, le charbon de terre , qui ne s’eft jamais trouvé dans cette fouille. Je puis aifurer que ce ferait en pure perte que l’on voudrait s’obftiner à en chercher au Fretoy & dans les cantons voifins.
- 41 f. En allant à la recherche de ce qui avait pu engager à ajoutera ces échantillons appartenais véritablement à cette fouille, du charbon de terre qui n’a jamais été trouvé avec eux, l’biftoire fe réduifait à une affaire d’entêtement de la part du particulier chargé de travaux dans le potager du Fretoy. Ilavait trouvé en fouillant, une terre turfacée, inflammable, de la même nature que celles qui font connues dans le même canton , à Beauvais , à Ogno-les, à Suzy , le long des bois des Avouris, à Itancourt., à Juffy , à Lambais, près l’abbaye de Homblieres , & autres dont j’ai parlé dans ma première partie. Faute de connaîifances fur cet objet, ce particulier s’était perfuadé qu’il devait fe trouver auffi du charbon de terre. Il avait fait, fans la participation & même contre le gré de M. d’Eftourmel, des fouilles multipliées de côté & d’autre, efpérant toujours parvenir à ce qu’il cherchait mal-à-propos. Pour rendre fa conduite excufable, & amener M. d’Eftourmel à lui permettre la continuation de fes fauffes perquifitions, ou fe juftifier de fon opiniâtreté , il avait fans doute imaginé le moyen très-facile de prendre du charbon de terre chez le premier maréchal, & de le préfenter devant une compagnie nombreufe , comme venant des différens remuemens de terre qui lui avaient mérité des reproches. Ce menfonge de fait & de parole , dont le particulier n’avait pas fans doute prévu les conféquences pour d’autres qui auraient ajouté foi à fa découverte, devenait le fondement d’une tradition relfemblante à la vérité. Par les circonftances que j’ai obfervées, elle était capable d’induire en erreur, & de donner un jour lieu à des recherches ou à des tentatives qui n’occafionneraient à ceux qui auraient l’imprudence de s’y abandonner, que des dépenfes au moins inutiles. J’ai cru dans le tems devoir publier le réfultat de mon opération : j’ai envoyé à la Gazette d’agriculture & du commerce , & à divers papiers publics, un avis fur cela.
- 416. Je 11’ai pas manqué de profiter de l’occafion de ce voyage, pour aller auffi vifiter l’endroit où l’on a fouillé en 1740 pour trouver du charbon de terre ; c’eft au village de PajJeL, avant d’arriver à Noyon, en venant de Paris, près de Chirly, L’endroit eft un chemin enfoncé, appellé par cette raifon la
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- Renardière : j’ai bien apperqu les marques, les veftiges d’un bouleverfement conlidérable de terre ; mais dans tous ces débris, je n’ai reconnu aucune fubf-tance approchante de celles qui ont coutume de Te trouver avec le charbon de terre ; & je doute très-fort que ce qui en a été tiré, en foit véritablement ; je foupçonne plutôt que ce pourrait bien n’être que de ces mêmes fubftances inflammables, connues dans ces quartiers, & qui n’ont avec le charbon de terre rien de commun que la propriété un peu combuftible, & le nom de terre houille, terre de houille, palfé en ufage dans quelques endroits où 011 les tire. Ces termes, néceffairement adoptés dans un ouvrage de o'onféquence, (a) font cependant capables d’induire en erreur fur les tourbes, les houilles, & fur ce que l’on doit appeller terroules, qui ne le reflèmblent nullement.
- 417. En effet, la mafle de ces tourbières, dont la fouille eft aflujettie à l’article I du réglement de 1744,11e tient rien de métallique; fa difpolition par lits étendus ne préfente aucun cara&ere qui puiffe les faire ranger dans la clafle des mines: leur utilité fe réduit à être fubftitués pour l’engrais des terres , aux cendres de charbon de terre qui fe tiraient de Mous, à celles des tourbes de Hollande, connues fous le nom de cendres de mer, & à celles des tourbes de Rumigny, près Amiens.
- 418. Ce font aufli de véritables tourbes qui, parce qu’elles font enterrées à une plus grande profondeur que celles connues généralement, ont acquis une qualité particulière, mais qui different en tout de la houille, autrement dite charbon de terre ; elles ne méritent pas davantage le nom de terre houille, donné à une elpece de houille faible , ou au foppement des veines de charbon , puifque jufqu’à préfent il ne paraît pas qu’elles indiquent le voifinage de la vraie houille: & c’eff mal-à-propos qu’on les nomme cendres de houille.
- 419. L’ignorance en fait de plufieurs chofes eft alfez indifférente, tant qu’elle n’eft le principe d’aucune action; il 11’eft point du tout néceffaire au général des hommes de fe connaître dans ees différences ; il n’eft cependant que trop d’exemples de mauvaifes fuites de l’ignorance fur ces objets._Le dol d’efpece finguliere, tel que celui de l’habitant de Noyon pour la fouille du Fretoy, qui n’avait pris la fource que dans l’entêtement & l’ignorance, fans aucune mauvaife intention, n’en eft pas moins dangereux pour les fuites ; ce n’aurait pas été pour la première fois qu’011 aurait vendu ou acheté chofe qui n’exifte point: on a vu, il n’y a pas long-tems, former une compagnie pour une mine qu’on annonçait produire or & argent, qui produifait à peine, à grands frais, du cuivre.
- 420. Le marcaflite examiné par feu M. Hellot, donnait de l’or en affez grande quantité. On le difait venir d’une mine de France : rien ne paraiffait
- (a) Dictionnoire Encyclopédique, tome VIII, page $23, au mot houille• Tome Xri. K k k
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- moins équivoque; on montrait en.même tems des boutons d’or extrait, foit-difant, de cette mine de France. En conféquence d’une conceffion obtenue, tous les ables de fociété annonçaient positivement une mine dont on devait .tirer huit cents onces d’or par mois, au titre de dix-huit karats; on portait même la déclaration à deux cents quintaux au moins de minéral d’or, chaque mois : à peine en avait-on tiré quelque cuivre qui ne valait pas la façon. Toute la fafcination venait d’une matière jugée effectivement par le favant académicien. Ses résultats étaient jufles; mais il eût fallu , avant de s’intéreffer dans l’affaire , çonftater que ce qui avait été trouvé tel par les recherches chymiques, venait réellement de l’endroit défigné , & c’eft ce qui n’avait pas été fait. On croit ordinairement procéder avec ftireté, en allant foi-mème fur les lieux; cela n’inftruit de rien de ce qu’il conviendrait Savoir, fur-tout lorfqu’on n’a que de l’argent & point de lumières à mettre dans une affociation de ce genre. J’infiffe fur ce fait très - extraordinaire, pour montrer que , lorfqu’il s’agit de s’aflbcier dans des entreprifes de mines, il y a plus de précautions à prendre qu’on ne fe l’imagine , & qu’on ne doit pas négliger d’acquérir par foi-mème des connaiffances qui peuvent mettre à l’abri de méprifes défagréables. Dans cette vue , je vais Satisfaire à la promeffe que j’ai faite au Sujet de la houille prétendue de Morteau, en Franche-Conté.
- Remarques fur les fubfances fojjiles , appellèes charbon minéral, charbon foflile, terroule , tourbe, & autres fujettes a être prifes pour du charbon de terre.
- . 421. Il eft deux maniérés de fe méprendre fur cet objet. L’une, très-ordi-
- ' naire aux perlonnes qui 11’ont jamais eu occafion d’examiner attentivement . ou de voir de ces matières, de les difcerner, de les comparer, prend fa Source dans l’idée qu’on s’eff formée que ces différentes fubftances font les mêmes ; de maniéré qu’on attache à ces dénominations la même lignification. L’autre conlifle à juger du charbon de terre, une matière qui en approche , mais qui ïéellement n’en eft point. Quant à la première façon de fe tromper, il Suffit d’en être prévenu ; &en voyant du charbon de terre auprès des autres matières fur lefquelles on fe ferait laiffé impofer par les noms, on reviendrait promptement de l’erreur,
- 422. On eft obligé de convenir que quelques-unes des dénominations françaifes , telles que charbon foffile , charbon minéral, données indiftinblement au charbon de terre & à des fubftances qui 11’en font pas , ne font propres qu’à produire cette erreur. S’il n’y avait en foffile que le charbon déterré clans lequel on reconnût la couleur extérieure & les propriétés des bois à demi brûlés, ces expreffions charbon foffile, charbon minéral, & charbon de terre pourraient être adoptées fans jeter aucune confufion dans les idées ; mais
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- on voit que, par la première dénomination , la houille ou charbon de terre fera confondu avec de vrais charbons folfiles, qui ne font que du bois pourri, & qu’on prendrait pour charbon de terre : il s’en eft rencontré de cette efpece , en fouillant le puits de l’Ecole royale militaire dans plulieurs couches de glaife ardoifée, au-deifous de vingt-quatre pieds de profondeur. ( a ')
- 425. On fait que les charbons de bois font incorruptibles : par cette rai-fon, ils fervaient autrefois de bornes pour les juridictions & héritages, & on les mettait bien avant dans la terre (b). Des tas de charbon véritable , qui fe trouveraient ainlî enfouis dans des époques plus reculées que de mémoire d’hommes, ne pouvaient-ils pas être défignés mal-à-propos par l’expreffion, charbon foffile, qui alors donnerait fauifement l’idée de charbon de terre ?
- 424. En fe rappellant quelques mines combuftibles dont il a été fait mention , de quelques charbons de terre , appellés Lithanthrax metaUifatum , lithanthrax larvatum, Lithanthrax ligneum, le nom de charbon minerai 11e parait pas plus propre à déiigner le charbon de terre, puifqu’alors ces ef-peces feraient confondues mal-à-propos avec le charbon de terre, qui 11e doit préfenter à l’idée qu’un foiîile dont la bafe minérale eft uniquement bitu-mineufe & faline.
- 425. L’autre maniéré de fe tromper fur ]e point dont il s’agit, eft plus grave & plus férieufe, parce que la fauife opinion que l’on prend eft fondée fur des apparences extérieures qui, par une forte de relie mblanoe, au-torifent une illufion dont il n’eft pas lî facile de fe défabufer.
- 426. Parmi les dilférens fofliles qui, par leur état diverfement bitu-minifé, ont effeeftivement une forte d’analogie avec le charbon de terre, il y en a un entr autres, qui paraît très - fujet à entraîner cette méprife , lorfqu’on vient à en découvrir : c’eft le holt^-kohlen , ou charbon de bois fojjile. Dans la première partie de mon ouvrage , je fuis entré dans un grand détail fur cette fubftance , afin de mettre les naturaliftes à portée de la ranger dans la clalfe qui lui appartient. Le point de vue différent, fous lequel j’en-vifage le charbon de terre dans cette fécondé partie , doit renfermer toutes les précautions & les attentions qui peuvent arrêter des entreprifes difpendieufes & infruélueufes ; & comme ce holtr^kohlen fe découvre de tems en tems dans plulieurs provinces, on jugera à quoi s’en tenir fur cela, en fe rappellant que dans les deferiptions que j’ai données de ces mines, j’ai Dit remarquer deux couches, une que l’on nomme communément charbon de bois, cette
- (a) Voyez les Mémoires de l’académie qu’on en trouve de tout entiers dans les an-des fciences pour l’année 175$, page 79. ciens tombeaux^ des peuples du feptem
- (b) Ils fe confervent en effet ii long-tems , trion,
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- j>artie dure, végétale, n’étant point altérée j & une autre qui eft purement terreufe. La première eft fouvent mêlée de portions confidérables, que l’on pourrait appeller charbon de bois jayeté, & qui eft dans le cas d’ètre aifé-ment regardé comme charbon de terre, mais qui ne peut abfolument être rpngé .dans cette claffe, ,Je ne doute point que dans plus d’un endroit où l’on prétend avoir trouvé du charbon'de terre, la découverte ne fe réduife à un banc de cette nature, (a) La fubftance terreufe eft la plus remarquable de cette bande ; elle donne-, à mon avis , le cara&ere de ce banc végétal enfoui fous terre, & qu’aucun de ceux qui ont écrit fur la minéralogie n’a défini exactement : c’eft une tourbe {oophyteufe, alliée au bitume limon-lieux appellé maltha, & que les Allemands, à caufe de fon odeur puante, nomment Teufflds - Dreck , Jlercus diaboli minérale. Voyez première partie.
- 427. M. l’abbé de Sauvages, dans une defeription fommaire qu’il a donnée d’un banc de cette efpece , dont j’ai parle à l’article du Languedoc, (é) eft l’auteur qui a le plus approché des* points caractériftiques fur lef-quels doit être fondée la -diftindion dont je parle : il remarque , entr’au-îres chofes, que cette efpece de charbon luifant eft d’un tiffu continu, ce qui fait la différence principale de ce qu’on appelle proprement charbon de terre : il eft ainfi plus luifant & plus pefant ; mais en obfervant que ce charbon fojjile , qu’il a d’abord appellé charbon de pierre, ne doit pas être confondu avec le charbon de terre, il jette dans l’idée de ceux qui n’auraient pas fur cet objet des conuailîances précités, toute l’obfcurité dépendante de l’équivoque de ces, expreiïions. Depuis la publication de la première partie de mon ouvrage , il m’a été envoyé , de quantité d’endroits, de ce holt^-kohlen : ces échantillons m’ont donné occafion d’examiner avec foin ce foflile, & m’ont confirmé dans l’idée que j’ai avancée fur ce bitume groftier, en le regardant comme un genre décidé de tourbe , qui eft le paftage de tourbe au charbon de terre, & que j’ai appellé charbon de bois tourbe, pour le distinguer , & de la tourbe proprement dite , & des autres bois foffiles, diver-fement altérés ou bituminifés. (c)
- 428. Les terres tourbes,, dont il y a beaucoup d’efpeces , font encore fujettes à trompprv Il eft très - commun de rencontrer des perfonnes qui n’ont jamais examiné .aucune de ces fubftances , Si qui prennent cette terroule improprement dite ,• des environs de Laon & de Noyon, & même dé la tourbe, pour un faux charbon de terre ou pour de la houiile , qui alors eft jugée être une fubftance différente du charbon de terre, comme
- (a) Arbores fubterraneœ carbonaria. (c) On pourrait le définir en latin , c/v Waller.. bores fubterraneœ carbenariœ , igné fœ~
- \h ) Mémoires de l’académie des (bien- tentes. ces, année 1746,page 720.
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- je le ferai voir dans les Mémoires fur la nature, les effets, propriétés & avantages du feu de charbon de terre.
- 429. L’application affez générale de la tourbe à plusieurs ufages auxquels on emploie le charbon de terre, a fuffi , dans l’idée de beaucoup de peilonnes, pour confondre ces combuftibles bitumineux ou fulfureux , qui font fort difiërens : la chofe eft d’autant plus aifée , qu’il fè trouve des tourbes lourdes, noires, donnant un feu vif, long, & en brûlant un mâche-fer très - femblable à celui des forges des ouvriers en fqr. (a)
- 490. Au relie , l’utilité de cette fiibftance dans les pays qui manquent de bois & de charbon de terre , l’exemple des Hollandais qui fe fervent du feu de leur turf pour leurs cheminées, pour faire le pain & la bierre; celui des Suédois qui emploient une tourbe pour chauffer l’acier ; les fours à chaux des environs de Montreuil en Picardie, la montre qui en fut faite avec fuccès à Paris en 1663 > ^es épreuves de feu M. Hellot, en 1749, (b) fur les tourbes d’Efcarchou près Villeroy;les expériences de M. Fabio d’Afquino, (c) faites dans le Frioul en Italie,fous les yeux des grands & du peuple , qui fe font convaincus unanimement des avantages de l’emploi de cette production dans les foyers domeftiques & dans les fourneaux des arts, parailfent devoir encourager à -rechercher davantage dans les provinces,& des tourbières & les préparations qu’on pourrait faire de la tourbe, pour rendre ce combuftible d’un ufage plus général, plus commode & plus diverfifié ; foit pour le chauffage, en la foulant, la pétrifiant à la maniéré des Hollandais & des Flamands ; en la mettant en hochets, comme à Lîege , au Hainaut Français , on prépare le charbon de terre j foit pour le traitement des mines de fer, en dégageant la tourbe de fon acide. Ces elfais & d’autres ont déjà été propofés & tentés ; on peut le voir dans les Effais d’Edimbourg , & page 11 y de Swedcmborg. (d) La différence du bois à la tourbe, pour faire un feu égal, n’eft pas bien confidérable. Suivant les expériences de M. d’Afquino, elle n’eft que de neuf à onze j c’eft-à-dire, que onze pas cubiques de tourbe , ont donné le même feu que neuf pas cubiques du meilleur bois.
- ( a) Celle de Brunneval , paroiffe de Marlemont & de Becquet, près de Beauvais ,font de ce genre. Voyez page 392 du mémoire de M. Guettard fur les tourbières deVilleroy, dans lequel on fait voir qu’il ferait très-utile à la Beauce qu’on en ouvrît dans les environs d’Etampes. Mémoires de L’académie des fciences, année 1761.
- (b) Traité des tourbes combuftibles, Paris, 166}, in-4.
- ( c ) Difcours italien , ayant pour titre ;
- Bifcours fur la decouverte çjf l'ufage de la tourbe au defaut du bois, prononcé le 3 janvier 1770, dans la fociété d’agriculture pratique d’Udine, par M. le comte Fabio d’Afquino, fecretaire de ladite fociété. A Udine, chez les freres Gallici, 1770, grand in-folio.
- (a?) Tome lï,faifant fuite de Y Art des forges fourneaux à fer, fe&ion 4, page 115.
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- 431. Le moment du befoin arrivé, ces tentatives pourront être perfectionnées j mais avant tout, il ne faut point regarder indiftinétement les différentes tourbes comme les mêmes, ni croire qu’elles réulliraient fans choix à cuire les pierres à chaux quelconques, ou au traitement des mines de fer auxquelles on les croirait favorables : il n’y a qu’une étude comparée de ces différentes efpeces qui puilfe conduire à ces découvertes intéreflantes. Pour aider à fixer les vues fur ce point économique, voici les variétés de tourbe , connues par les naturalises.
- 452. La tourbe peut être d'ivifée Suivant qu’elle eft plus ou moins bitu-mineufe, ou plus ou moins mêlée avec d’autres fubftances des trois régnés » ou qu’elle eft plus ou moins Superficielle.
- 433. M. d’Afquino en diftingue trois efpeces,fous lefquelles il comprend des fous - di vidons. La première eft appellée humus poreux, limon, terre fan-geufe , terre végétale aquatique, terre des marais Ça) ; & en effet, la plupart des terreins marécageux font des cefpes bituminofus, propres à faire de la tourbe. Telle eft la tourbe limonneufe du Brabant, qu’on brûle auffi en Hollande j elle fe trouve en général à quinze ou dix-huit pieds de la furface de la terre , mais toujours placée horizontalement & par couches, comme toutes les fubftances inflammables du régné minéral
- 434. Cette première tourbe fe divife en tourbe limonneufe , Çb) légère , po-reufe, & facile à s’allumer ; c’eft la plus commune en Hollande ; en tourbe limonneufe fétide, compacte , qui s’embrafe difficilement, & pétille en brûlant (c) : c’eft la tourbe de Zélande, appellée darris par les Hollandais: comme elle fe trouve au voiflnage de la mer, il pourrait fe faire que le mélange de fel marin & de fubftances animales putréfiées fût caufe de fes mau-vaifes qualités : c’eft cette efpece dont j’ai parlé dans la première partie, & que j’avais pris, d’après Libavius ,pour du charbon de terre. Enfin la troi-lieme fous - divifion eft la tourbe pefante & Jablonneufe , difficile à s’allumer , mais foutenant long-tems le feu, comme fe charbon foffile j Çd) les Suédois l’emploient pour travailler l’acier *, elle comprend fous elle une autre terre bitumineufe en poufjïere , de Suede & de Ruffie (e).
- (a) Tcrracarbonaria quibuflam ; hu- (b) Humus paîujîris igné non fœtens' mus limofa ; humus vegetabilis aquaticaWaller.
- Linn. Humus vegetabilis lutofa, Waller. (c) Humus palujiris ignéfœtens, Wal-Humus uliginofa ; humus palujiris ; cejpes 1er.
- injlammabilis ; torvtzna , Libavii. Lutum ; ( d) Turf a. limofa atra ; humus paluf
- turfa auètorum. Turf a lutofa; limofa terra; tris nigra, Waller. Humus atra paluft ris,
- glebapinguis &fulphurea, Chæinai. Tracî. feu paludofa , Wolfterd. Humus limofa
- de infrm.fanit. tuenda; Angl. Dorfœna; aquatica; Cartheuf.
- turf ; dry-turf ; Lancashire mojfe ; Batar. (e) Terra bituminofa humacea , Wal«
- Torfvcma, du nom des endroits d’où elle 1er,
- fe tire, appelles Venen.
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- 43 La fécondé efpece de tourbe qui mérite proprement ce nom, & la meilleure de toutes, eft celle qui eft tellement entrelacée & chargée de racines de plantes non décompofées, qu’elle femble n’ètre formée que de ces végétaux qui ont retenu du limon : tourbe proprement dite , ou terre végétale des. vallées (a)-, elle couvre la furface du terreinjfa couleur eft entre le noir & le brun ; elle fe réduit en cendres fans donner de charbon : comme terre, c’eft la feule qui ne fe gonfle pas dans Peau ; comme tourbe, c’eft la feule qui fe reproduife dans les endroits d’où elle a été tirée. Suivant les calculs les plus exa&s, un champ de i2fo perches quarrées peut donner environ mille pas cubiques de bonne tourbe ; & après une certaine révolution d’années le champ fe rétablit dans fon premier état. Quelquefois elle porte une dofe fenlîble de bitume, & elle forme une variété, (b)
- 436. La troilîeme eft une efpece de tourbe £oophiteufe, c’eft-à-dire, compofée de parties végétales , comme racines de plantes, & de parties animales , comme coquillages plus ou moins altérés. Elle eft nommée tourbe coquilleufe efcargo-teufe ( c ) ; c’eft une tourbe limonneufe , de couleur cendrée, compade , pefante, mais friable, peu combuftible , & répandant une odeur animale fétide. Elle compofe ordinairement le premier lit des tourbières de Bourneu-ville, près la Ferté-Milon, & de toute la Picardie. O11 trouve dans le mémoire deM. Guettard, une defcription très-étendue de cette efpece de tourbe la plus commune'*: c’eft celle qui entre dans la compofition du charbon de bois tourbe. M. d’Afquino en fait une différence de la tourbe coquilliere d'Hel-fingland, qui ne brûle point, qui n’eft propre qu’à être convertie en chaux, & qui, félon toute apparence , eft de l’efpece des tourbes bonnes à engraifler les terres. La quatrième efpece eft une terre tourbe, bitumineufe , noirâtre , qui brûle aifément au fortir de la tourbière, & donne au feu une odeur forte (d). La cinquième eft la terre tourbe bitumineufe de Grenoble, & de Zurich, dont on fe fertpour cuire les viandes à Grenoble (e), qu’il ne faut pas confondre avec la tourbe pefante & fablonneufe. La fixieme enfin eft la terre bitumineufe , feuilletée, femblable au crayon noir (/).
- (c) Turf a vegctabilis ; humus palu-dofa , radicibus intertctfis , Linn. Humus vegctabilis , turfaceo-fbrofa , Waller. Humus denfa radicibus vix mutatis inter-texta, Cartheuf. Cejpes ; turf a ericea s cefpes bituminofus ,• carbonaria terra c cefpili-hus, Kentmann. Motterm, Libavii.
- (6) Appellée par Wollterd , bitumen rude ter réuni, cefpitibus mtertcxtis.
- ( c ) Humus conchacea, turf a animalis cinerea , latum vegetabuc & tejiaceum.
- ( d ) Bitumen terra mineralifatuni , Waller. Bitumen folidum rude terreum, friable, Wolfterd. Bitumenfolidum terrej-trc , friabile, Cartheufer. Terra bitumi-nofa, turf a montana. Ampelïtis. Pharma-citis nonnullorum. Voyez première partie,
- ; e) Terra bituminofa turf ace a , Waller. Gleba Gratianopolitana.
- (/) Terra bituminofa fijjllis, Waller. Terra ampelitis, Agricolæ. Terra pharma-citis. Voyez première partie.
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- Législation françaife, relative aux mines ou carrières de charbon.
- 437• De tout tems le charbon de terre a été compris dans les ordonnances de nos rois, fur le fait des mines & minières j nous n’avons ici qu’à faire connaître les cireonftances préalables dans lefquelles cette fubftance terreftre ou fes carrières font aliujetties à ces ordonnances ou déclarations (a). Pour cela, il fuffit d’obferver que la plus ancienne législation en France, dès l’an 1413 , établit le droit du dixième pour le roi, & la poffeflîon où étaient les propriétaires des mines , ou des fubftances terreftres , de les exploiter entièrement à leur profit, en demandant la permiflion : ce qui emporte deux objets, un droit de fouveraineté, marqué par une impofition , & le droit de fouille, reconnu aux propriétaires, aiTujettis feulement, pour la confervation & le recouvrement du dixième royal , à demander la permiflion.
- 458. Soit qu’on ait voulu encourager les travaux de mine, foit qu’on eîj.t réellement reconnu quelqu’inconvénient dans l’affujettiffemeyt fuivi & rigoureux au droit du dixième , & à la nécefllté de demander la permiflion de fouille, la puiiîance législative a varié de tems en tems fur ces objets. En effet, ces deux fujétions ayant paru un obftacle au progrès des découvertes , Henri IV, ce prince fi attentif au vrai bien de fes états , affranchit (b) de ce dixième royal les mines de fer, & ce qu’on pourrait appelier fibfiances terrejlres & minérales, que ces ordonnances d’exemption défignent toutes nommément, & parmi lefquelles eft rangé le charbon de terre, pour, dit l’ordonnance , gratifier les propriétaires.
- 439. L’édit de 1604, en confirmant celui d’Henri II, du mois d’oCtobre 1 f f 2, qui eff le feul attribuant aucun droit aux feigneurs hauts-juftiers & fonciers des lieux où les mines feraient ouvertes , leur attribue aux mêmes charges & conditions , déclarées dans l’édit de 1572 , par forme de dédommagement, un droit de quarante deniers pour tout droit foncier & de feigneur, lequel leur fera payé après le droit du dixième du roi ; de maniéré qu’ils ne lèveraient pas même ce droit qui leur eft concédé, fur les mines exemptes du dixième royal ; & attendu que différentes de ces productions font de dif-férens rapports , que les unes coûtent plus que les autres à mettre en œuvre , à entretenir , ou à continuer, les propriétaires des terreins où il fe trouvait des mines de charbon de terre, ouvertes ou non ouvertes, en quelque lieu du royaume qu’elles fuffentfituées, furent autorifés par l’arrêt du 13 mai 1698, à les ouvrir & à les exploiter à leur profit, fans être tenus de demander la
- ( a ) On trouvera à la fuite de la tra- le même ordre que j’ai donné aux fembla-duftion dont j’ai parlé, tout ce qui a été blés réglemens fuivis à Liege & en Angle-fait en France fur cet objet: pour jeter du terre. „
- jour fur cette matière, je l’ai rédigé dans (6 ) Edit du mois de juin 1601, art. XI.
- per million»
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- permiffion, fous quelque prétexte que ce pût être, pas même fous prétexte de privilèges qui pourraient avoir été accordés pour l’exploitation des mines ; pour quoi il fut dérogé à tous arrêts , lettres-patentes, conceflions & privilèges à ce contraires. Cet arrêt (a) , puifé dans les plus anciennes & dans les dernières loix que nous ayons eues fur le fait des mines , n’a point reçu là derniere force, étant non revêtu de lettres-patentes, & non enregiftré dans les cours. Mais en même tems que le droit du dixième 8c l’obligation de demander la permiffion d’ouvrir une mine, ont été affranchis ou modifiés félon différentes circonftances , le droit de fouille appartenant au propriétaire a' toujours été intad. La forme de la police des mines , fous la jurifdidion d’un grand-maître, furintendant & réformateur général, inftituée dès l’an 1471, par Louis XI, ayant été changée en 1740 (b) , par le rembourfement accordé au prince de Condé , par Sa Ma je fié, du prix de cet office, dont avait été pourvu le prince de Bourbon fon pere , le confeil fongea à donner à cette partie d’adminiftration une vigueur qu’elle ne pouvait avoir que très-difficilement , fous la conduite & diredion d’une perfonne à qui l’objet de cette furintendance était trop étranger. Mais il fallait au préalable connaître l’état où fe trouvaient les travaux alors exiftans , les différens endroits où ils fè faifaient , la nature des matières extraites, les titres en vertu defquels fe faifaient ces extradions, recherches 8c exploitations) connaître , en un mot, les défordres qui pourraient s’ètre introduits dans chacune de ces circonftances , afin d’apporter aux uns ou aux autres les remedes convenables, de juger ce qui était à faire ou à éviter.
- 440. En conféquence, peu de tems après le rembourfement de l’office de grand-maître, intervint le 1 y janvier 1741, un arrêt du conftil, ordonnant (c) “ que tous ceux qui exploitent aduellement ou prétendent avoir droit „ d’exploiter des mines & minières, remettront inceiîàmment 8c au plus tard „ dans fix mois, ès mains des fleurs intendans de la province ou généralité „ dans l’étendue de laquelle lefdites mines 8c minières fe trouveraient fituées, ,, copie duement collationnée des lettres-patentes , arrêts, conceffions , privi-„ leges & autres titres qui leur ont été accordés j enfemble un mémoire dans „ lequel les conceffionnaires ou entrepreneurs defdites mines 8c minières ex-„ poferont fommairement l’état préfent de leurs entreprifes, la quantité, ef-
- () Traité de la fouveraineté du roi & (c) Voyez le Recueil des édits, ordon-
- des droits en dépendans , par F. D. P. L. nances, arrêts & réglemens furie fait des
- in-40. Paris, 1754, tome I. mines & minières de France, avec les dé-
- () C’était à l’époque des plaintes por- cîarations du droit de dixième dû au roi,
- tées par les propriétaires des mines de fur l’or & l’argent, &c. & toutes autres
- Doué en Anjou , au fujet d’une conceiïïon fubftarîces terreftres. Paris, 1764, in-12,
- de la compagnie Bacot.-Voyez ci-deifus. page 277.
- Tome XFI.
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- „ pece & qualité de métaux qui ont été tirés dans le cours de l’année der-,, niere des mines qu’ils exploitent, & le nombre des divers ouvriers qui y „ font actuellement employés, fauf à ajouter auxdits mémoires tels aunes „ éclairciflemens particuliers qui pourront leur être demandés par lefdits „ iieurs intendans : veut Sa Majefté, que les copies des titres & lefdits mé-„ moires qui feront certifiés véritables, tant par les prépofés à la direction „ defdits travaux , que par les principaux intéreftés dans les concédions, do-„ nations ou privilèges, foient envoyées au confeil par lefdits fleurs inten-„ dans, avec leurs avis fur l’état actuel, l’importance & l’utilité defdites en-„ treprifès 5 pour le tout vu & examiné, être par Sa Majefté ordonné ce qu’il ,, appartiendra en connaiifance de caufe, fur le rapport du fieur contrôleur-„ général des finances, ès mains duquel les parties intérelfées pourront re-„ mettre leurs requêtes, mémoires & autres pièces concernant le fait defdites „ mines & minières, pour leur être pourvu ainfi qu’il appartiendra ; enjoi-,, gnant Sa Majefté aux fieurs intendans & commiifaires départis dans les pro-„ vinces & généralités, de tenir, chacun en droit foi, la main à l’exécution „ du préfent arrêt, qui fera lu, publié & affiché par-tout où befoin fera. „ Cet arrêt fut fuivi d’un ordre de M. le contrôleur général aux intendans de province, pour défendre à tout particulier d’ouvrir dorénavant aucune mine, fans en avoir obtenu la permiffion du miniftre des finances. Les intendans rendirent leurs ordonnances en conféquence, à mefure que cet arrêt leur fut parvenu.
- 441. Ces mefures font on ne peut pas plus fages & mieux réfléchies 5 elles ne peuvent fe terminer que par un réglement d’adminiftration également avantageux au royaume & aux propriétaires defdites mines. Les charbo?mkrcs (a) étant plus communes que les mines métalliques, l’ouverture & les fouilles de ces carrières, devenues par conféquent plus fréquentes que celles des mines métalliques, & une matière perpétuelle à procès, dont l’inftruction & le jugement entraînent des difficultés fins nombre, le confeil a jugé avec raifon qu’elles devaient d’abord être les premières fur lefquelles il était né-ceifaire de tourner les vues. C’eft dans cet efprit qu’à l’arrêt du i ? mai 1698, qui faifait loi univerfelle en France fur les travaux de mines, on a fubftitué celui que nous allons rapporter ici en entier.
- ( a ) Nom donné aux carrières de charbon dans les anciennes ordonnances.
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- Arrêt du confeil d'état du roi, portant réglement pour l'exploitation des mines de houille ou charbon de terre. Du 14 janvier 1744. Extrait des regijlres du confeil dé état.
- Le roi s’étant fait repréfenter en fon confeil, les différens édits, lettres-patentes & réglemens, faits & donnés par les rois fes prédécelfeurs, & notamment les lettres-patentes de Henri II, des 30 feptembre 15*48, & 10 octobre 15525 de François II, du 27 juillet 1560, & de Charles IX, du 25* juillet 15615 enfemble l’édit de Henri IV, du mois de juin 1601, & l’arrêt du confeil du 15 mai 1698: Sa Majefté aurait reconnu qu’avant l’édit de 1601, les mines de charbon de terre, qui par l’article II de cet édit ont été affranchies du droit royal du dixième, étaient, comme les mines de métaux & minéraux, fujettes au même droit dépendant du domaine de fa couronne & fouveraineté. Que l’exception portée par cet édit, & faite par grâce fpé-ciale en faveur des propriétaires des lieux où fe trouveraient les mines de charbon de terre, a eu pour objet d’en faciliter l’extraélion , & d’encourager iefdits propriétaires à l’entreprendre, à l’effet de procurer dans le royaume l’abondance des charbons de terre, qui étant propres à différens ufagesaux-quels le bois s’emploie, en diminueraient d’autant la confommation. Que c’eft dans la même vue, & par les mêmes motifs, que le feu roi, par ledit arrêt de fon confeil d’état du 13 mai 1698, aurait permis à tous propriétaires de terreins où il fe trouverait des mines de charbon de terre, ouvertes & non ouvertes, en quelques endroits & lieux du royaume qu’elles fuifent iituées, de les ouvrir & exploiter à leur profit, fans qu’ils fuifent obligés d’en demander la permiflion, fous quelque prétexte que ce pût être, pas même fous prétexte des privilèges qui pouvaient avoir été accordés pour l’exploitation defdites mines 5 pourquoi il aurait été dérogé à tous arrêts , lettres-patentes, dons, ceflions & privilèges à ce contraires. Et Sa Majefté étant'informée que ces dilpofitions font prefque demeurées fans effet, foit par la négligence des propriétaires a faire la recherche & exploitation des mines, foit par le peu de facultés & de connaiffances de la part de ceux qui ont tenté de faire fur cela quelqu entre-prife ; que d’ailleurs la liberté indéfinie, laiffée aux propriétaires par ledit arrêt du 13 mai 169g , a fait naître en plufieurs occafions une concurrence entreux , également nuifible à leurs entreprifes refpeclives ; & voulant faire connaître fur cela fes intentions, & preferire en même tems les réglés qui devront être fui-vies par ceux qui, après en avoir obtenu la permiflion, entreprendront à l’avenir l’exploitation des mines de charbon de terre. Vu les mémoires adreffés fur ce fujet par les (leurs intendans & commiifaires départis dans les provinces & généralités du royaume : oui le rapport du (leur Orry , confeiller d’état
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- ordinaire, & au confeil royal, contrôleur général des finances. Le roi étant EN SON conseil, a ordonné & ordonne ce qui fuit:
- Article I. A l’avenir, & à commencer du jour de la publication du pré-fent arrêt, perfonne ne pourra ouvrir & mettre en exploitation des mines de houille ou charbon de terre, fans en avoir préalablement obtenu permif-jfion du fleur contrôleur général des finances, foit que ceux qui voudraient faire ouvrir ou exploiter lefdites mines, foient feigneurs hauts -jutticiers, ou qu’ils aient la propriété des terreins où elles fe trouveront. Dérogeant Sa Majefté, pour cet effet, à l’arrêt du confeil du 13 mai 1698, & à tous autres réglemens à ce contraires; & confirmant néanmoins, en tant que befoin, l’exemption du droit royal du dixième, portée ;par l’article II de l’édit du mois de juin 1601 , à l’égard deidites mines de houille ou charbon de terre.
- Art. II. Veut Sa Majefté, que ceux qui exploitent & font valoir actuellement des mines de houille ou charbon de terre, foient tenus de remettre au plus tard dans fix mois du jour de la publication du prélênt arrêt, aux fleurs intendans & commiffaires départis dans les provinces & généralités du royaume , chacun dans fon département, leurs déclarations contenant les lieux où fout fituées les mines qu’ils font exploiter, le nombre des foffes qu’ils ont en extradion, & le nombre d’ouvriers qu’ils occupent à leur exploitation ; les quantités de charbon de terre qu’ils auront d’extraites & qu’ils en font tirer par mois ; enfemble les lieux où s’en fait la principale confommation , & les prix defdits charbons , pour, fur lefdites déclarations envoyées audit fleur contrôleur général des finances par lefd. fleurs intendans , avec leur avis , être ordonné ce qu’il appartiendra ; à peine contre ceux qui n’auront pas fatisfait auxdites déclarations dans le délai prefcrit, de confifcation , tant des matières extraites, que des machines & des uf-tenflles fervant à l’extradion , même de révocation des privilèges & con-eeffions à l’égard de ceux qui peuvent en avoir obtenus, & en vertu defquels ils font exploiter lefdites mines.
- Art. III. Les puits des mines que l’on exploitera, s’ils font de figure ronde, pourront être de tel diamètre que les entrepreneurs trouveront à propos. S’ils font quarrés ou quarrés - longs, ils ne pourront avoir plus de fix pieds de dedans en dedans; & s’ils font quarrés-longs, ils feront étré-fillonnés quarrément de dedans en dedans.
- Art. IV. Les puits quarrés & quarrés - longs, feront de bois, contre-tenus & étréfiilonnés de bons poteaux de bois de brin, & cuvelés de forts madriers, de façon que l’exploitation puiffe fe faire fins aucun danger pour les ouvriers qui feront obligés de les fréquenter; tous les poteaux & étrefilions ne pourrontètre que de bois de chêne. Permet Sa Majefté , d’employer
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- pour les madriers ou planches ferrant à doubler ou cuveler lefdits puits, d’autres bois que de chêne ; fous la condition néanmoins que lefdits madriers ou planches auront au moins deux pouces d’épailfeur.
- Art, V. Lorsque les mines pourront être exploitées par des galeries de plain-pied en entrant dans les montagnes où elles fe trouveront lituées, les ouvertures defdites galeries , fi elles ne peuvent être taillées dans le roc de bonne confiftance, feront ou revêtues de maçonnerie, ou étayées fi fondement, qu’elles puilfent être fréquentées avec toute fureté.
- Art. VI. Soit que les mines foient exploitées par des puits ou par des entrées de plain-pied, il ne fera pas permis d’y former des galeries pour en extraire la houille ou charbon de terre, qu’après que la veine , foit qu’elle foit droite, plate ou oblique , aura été percée ou fuivie jufqu’au fond du fol, & qu’il aura été creufé au - deffous.un puifard de vingt-quatre pieds de profondeur, pour rechercher s’il n’y aurait point d’autre veine au-défi-fous ; laquelle, en ce cas, fera encore percée ou fuivie comme la fupé-rieure, & ne pourra être mife en extradion que la derniere veine, au-delfous de laquelle le puifard de vingt-quatre pieds ayant été fait, il n’en fera pas trouvé d’autre.
- ' Art. VIL Les galeries qu’on formera dans les mines qu’on extraira, ne pourront être plus larges que de huit pieds , quelque bonne que foit la confiftance du charbon & celle du ciel ou fol de ladite mine ; feront lef-dites galeries d’autant plus étroites , que le charbon , le ciel & le fol de de la mine auront une confiftance moins folide 5 & fera faite l’extradion en découvrant toujours le fol de la mine.
- Art. VIII. Les galeries formées dans les veines de houille ou du charbon de terre, feront efpacées de façon qu’il y ait d’une galerie à l’autre un maflif de charbon, au moins de même épailfeur que la largeur de la galerie , même plus fort, fi le peu de folidité de la houille ou charbon le demande.
- Art. IX. Les galeries feront folidement étayées & pontelées, pour la fureté des ouvriers & autres qui les fréquenteront ; à l’effet de quoi les poteaux fervant d’étaiement feront de bois de brin , & mis entre deux fols ou couches, lefquelles feront équarries fur deux faces, & ne pourront ferre d’autre bois que de chêne, & auront la même largeur- & épailfeur des poteaux. t .
- Art. X. Tout entrepreneur qui fe trouvera dans le cas de faire celfer l’extradion du charbon de terre dans une mine aduellement en exploitation , foit par l’éloignement où fe trouverait la mine de charbon, des puits ou folfes qu’il aura fait percer pour ladite extradion , foit par le défaut d’air, ou par quelqu’autre caufè , ne pourra celfer d’y travailler qu’après en avoir
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- fait fa déclaration au fubdélégué du fïeur intendant de la province le plus à portée du lieu de l’exploitation; & fera tenu , avant d’abandonner les folfes ou puits, & les galeries actuellement ouvertes, de faire percer un touret ou puits de dix toifes de profondeur, le plus près du pied de la mine que faire fe pourra, pour connaître s’il n’y aurait point quelqu’autre filon au-delfous de celui dont l’exploitation aurait été faite jufqu’alors.
- Art. XI. Ceux qui entreprendront l'exploitation des mines de charbon de terre, en vertu des permillions qu’ils en auront obtenues , feront tenus d’indemnifer les propriétaires des terreins qu’ils feront ouvrir , des gré à gré, ou à dire d’experts qui feront convenus entre les parties, linon nommés d’office par les lieurs intendans & commiflaires départis dans les provinces & généralités. Veut au furplus, Sa Majefté, que pendant le tems & ef-pace de cinq années , les conteftations qui pourront naître entre les propriétaires des terreins & les entrepreneurs, leurs commis, employés & ouvriers, tant pour raifon de leurs exploitations , que pour l’exécution du pré-fent arrêt, foient portées devant lefdits lieurs intendans, pour y être par eux ftatué, fauf l’appel au çonfeil : faifant défenfes aux parties de fe pourvoir ailleurs, & à tous juges d’en connaître, à peine de nullité, & de caf-fation de procédures. Enjoint Sa Majefté , auxdits fieurs intendans, de tenir , chacun en droit foi, la main à l’exécution dudit préfent arrêt, qui fera lu, publié & affiché par - tout où befoin fera, & fur lequel toutes lettres nécefi faires feront expédiées.
- Fait au confeil d’état du roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles le quatorzième jour de janvier mil fept cent quarante-quatre.
- Signé , PHELYPEAUX.
- Examen de ce réglement.
- 442. Les objets auxquels on a pourvu dans cet arrêt, fe réduifent à deux, tendant à un but très-raifonnable, qui a toujours été celui que fe font propofé les plus anciennes ordonnances , & que l’on ne peut que fouhaiter de voir rempli ; celui de faire participe^l’état, autant que faire fe peut , à l’avantage que les propriétaires' de mines retirent de leur fonda. Dans cette vue, la loi ordonne au particulier qui veut ouvrir de nouvelles mines, de demander la permiffion d’y procéder ; enfuite elle l’aftreint à conduire fes opérations de la maniéré qui lui eft prefcrite.
- 443. Quels ont été les motifs de ces reftriélions, & de cette dérogation à l’arrêt de 1698 ? Ils font défignés nommément dans le préambule du réglement. IQ. La négligence des propriétaires à faire les recherches & exploitation de leurs mines ; 20. le peu de facultés & de connaiffances de la plupart de ceux qui ont tenté de faire fur cela quelques entreprifes ; 3 la concurrence que la liberté
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- indéfinie laijjée aux propriétaires par £ arrêt de 1698, pouvait finir e naître entre eux , & qui ferait nuifible a leurs entreprifes , (i elle n était réglée & réduite à de jujles bom’s. En effet, c’eft à ces trois chefs que fe rapportent généralement les abus qui fe commettent touchant le fait des mines , & les défauts qui s’oppofentou à leurs entreprifes, ou à leur exploitation régulière : toutes chofes qui, fi l’on confidere indiftimftement les minéraux quelconques comme richeifes appartenant en commun à l’état & au particulier (a), méritent les regards attentifs du fouveraîn, pour corriger les négligences , écarter ou prévenir les abus , & conferver le bien public. Le roi & fon confeil fe font propofé bien certainement de remplir ces vues, & de pourvoir aux trois circonftances énoncées dans le préambule. Il n’eft pas poflîble de répandre fur cela aucun doute, aucune équivoque.
- 444. La difficulté infurmontable de remédier d’une maniéré folide au plus petit inconvénient fans en faire naître de nouveaux, eft connue & avouée de tout homme de bon fens. L’incomparable auteur de l’Efprit des loix a rendu en peu de mots cet embarras fé), qui fans ceife met la puiflance législative en butte à la critique des éfprits inconfidérés. Les citoyens vertueux & honnêtes n’apperçoivent dans ces jugemens précipités , fouvent infpirés par la licence , ou par des intérêts cachés , qu’une rai fon de s’affermir dans le refpedl pour la loi, dans la reconnaiffance due à celui de qui elle eft émanée. Ses vues, fes intentions font toujours loin du reproche; mais fem-blable à un riche poffelfeur d un grand domaine , qui , dans la geftion de fes propres affaires, 11e réuffit pas , quoiqu’il faffe pour le mieux , le législateur néeeffairement porté à chercher le bien n’eft pas toujours favorifé par le fuccès. En commandant à tous , il eft expofé à des obftaeles beaucoup plus nombreux & plus difficultùeux ; il n’eft pas de réglement fi {âge, fi bien compofé , qu’on ne trouve moyen d’éluder , dont on nie parvienne à détourner le feHs & à faire abus.
- 44f. Le réglement de 1744 en particulier, en eft un exemple: rien de plus clair, de plus prudent, de plus précis que cet arrêt ; il fe lie exactement avec la chaîne d’édits , d’ordonnances , de déclarations & arrêts, émanés de nos rois, qui forment dans cette matière un corps de loix, de principes & de maximes , où font décidées toutes les queftions que l’on peut élever fur les droits du roi, fur ceux des propriétaires , des hauts-jufticiers. Cette législation a en même tems l’avantage de fixer la véritable idée d’une concefi fion utile à l’état, & qui ne peut jamais éprouver de contradiction de la part ni des feigneurs , ni des maîtres des terreins. Cependant les fages difpofitions
- (a) Comme ouvrages concernant gran- juillet 14571 & du 30 feptembre 1^48-dement le bien de nous, le profit & uti- (b) On fent les abus anciens, on en litéde la cliofepublique de notre royaume ; voit la correction , on voit encore les abus çft-il dit dans l’ordonnance du premier de la correction.
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- du nouveau réglement n’empêchent pas que les folliciteurs de concédions (a) n’aient l’adrefle de fe le rendre propice, pour Te rendre maîtres des mines fur lefquelles il leur plaît de jeter les yeux. J’ai eu foin de le faire ob-ferver à différentes reprifes. On a vu comme fous de faulfes allégations , fous des promelfes trompeufesils ont donné atteinte au droit de propriété, dans les mines du Lyonnais & ailleurs ; comme en un inltant celles de la province, d’Anjou ont été livrées en partage à des concédions qui par - tout, dit fort bien M. Varlet (h) , font revivre de, nos jours les défordes des anciens privilégiés qui ex citerent V indignation de Louis XIV, & dont les concevons furent Ji /agent ent fupprimées par le fameux arrêt que ce prince rendit le 13 mai 1698, rapporté dans le nouveau réglement, & auquel ce dernier ne déroge que fur l’article de la permidion à demander.
- 446. Les mémoires & faclums multipliés à l’infini, auxquels ces fréquentes invadons ont donné lieu de la part des propriétaires de mines , prouvent tous conftamment le droit des propriétaires , les manques de fidélité dans la demande expofitive des concedionnaires, le mépris des formalités à obferver pour la vérification ou l’euregiftrement de leurs lettres-patentes, des contraventions formelles aux claufes & conditions de leurs privilèges , les dommages que les concedionnaires font fouffrir aux propriétaires, les affaires injuftes qu’ils fufeitent à leurs adverfaires, les procédures frayeufes & fatigantes qu’ils leur font elfuyer, les mauvais ufages qu’ils font en tout de leur privilège, &c. &c. Tels font les abus contre lefquels la plupart de ceux qui ont été chargés de plaider la caufe de citoyens injuftement dépofîédés, ont élevé leurs voix. Dans tous les mémoires contre les concedionnaires , on trouve les mêmes plaintes, les mêmes réclamations, les mêmes argumens , les mêmes principes rebattus. La chofe eft au point que, lorfqu’on a eu communication d’un de ces fa&ums, 011 peut fe difpenfer de prendre le&ure des
- ( a ) Il eft aifé de juger d’avance que nous n’entendons nullement parler ici des concédions oétroyées par lettres-patentes, ou arrêts du confeil , légitimement obtenues & duement vérifiées, qui alors font & doivent être de droit public, fous la pro-te&ion du roi, des miniftres & des magifi-trats. On verra dans ce que j’ai annoncé à la fuite de la traduction de l’exploitation des mines métalliques, que les concelfions de l’efpece de celles du fieur Roberval, du duc de Montaufier, de feu M. le vicomte Défandrouin , fur un terrein neuf, où le privilégié s’engage à faire des recherches,
- c’eft-à-dire, fur les mines à découvrir , ne doivent pas être confondues avec les en-treprifes téméraires des Goupil, des Bacot, des Baut, & autres dont nous avons parlé.
- (ù) Mémoire Jignifiépour les proprietaires des mines de charbon de terre , dans Vétendue de la paroijfe de Montjan, province d’Anjou, contre le jieur Henri-François Mailly , feigneitr de Montjan. Bureau du commerce , M. Vincent de Gournay, intendant du commerce, rapporteur; M. Varlet , avocat. Paris , de l’imprimerie de Pierre Prault, quai de Gêvres, 1756; 28 pages.
- autres s
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- autres; les jurifconfultes en raflemblant à leur maniéré les autorités les plus décifives en faveur des propriétaires, fe font comme donné le mot, pour ef-fayer d’accabler les ufurpateurs fous le poids d’un nombre impofant de citations de loix.
- 447. Mais les concefTïonnaires font parvenus fi finguliérement à faire prendre le change fur Pefprit & fur la lettre du réglement, à y fuhfiituer un iyftème étranger & abfolument oppofé, que ces citations ne font nulle im-prediou , & qu’elles font même regardées hautement par les partifans ou fauteurs de concédions, comme inutiles. Ils n’ont pas tout-à-fait tort à cet égard : le droit des propriétaires, que les juriftes établilfent par une (êche & ennuyeufe compilation de loix, n’eft contefté par perfonne , pas même par les concedionnaires, qui donnent à ce droit la plus forte atteinte. Pour ce qui eft des autres torts & griefs dont ces compagnies font fouvent accu-fées , & fur lefquels 011 s’appefantit ordinairement dans ces écrits , ils s’éclip-fent bientôt dans une procédure que l’on lait éternifer par des incidens. Quiconque peut parvenir à affaiblir la loi en l’éludant, ne manque jamais d’artifices , de faux-fuyans , pour écarter ou pour infirmer toute efpece de reproches , pour obfcurcir la vérité des imputations.
- 448- Parmi tous ceux qui ont été chargés de tirer les propriétaires de l’opprelïïon de ces compagnies privilégiées , un feul, à mon avis, a tenu une marche qui touche au vrai but ; c’eft le défendeur des propriétaires des mines de Montjan. Cet avocat, avec bien plus de raifon , tourne contre le feigneur de Montjan les armes dont les concelîionnaires fe fervent pour violer la propriété ; il invoque en faveur des propriétaires la loi même, à laquelle on donne une extenfion forcée ; il démontre que cette loi , dont les conceflion-naires font un abus fi révoltant, eft entièrement oppofée à ces privilèges, puifqu’elle conferve expreifément aux propriétaires tous leurs droits. Je vais dans un inftant faire ufage de cette partie intéreflante de fon mémoire, relative à l’article I & II du réglement ; mais je m’arrêterai d’abord à un point qui a échappé à ce judicieux défendeur : au plan qu’il a fuivi, & qu’il a rempli, il manque, félon moi, une chofe eflentielle, c’efl; de n’avoir pas prévenu le moyen de défende des concedionnaires , quelque mauvais qu’il puilTe être; de n’avoir pas développé le fyftème fur lequel ils fe fondent. Je 11e crois pas que perfonne regarde comme nécelfaire à l’examen de cette matière la qualité d’homme de loi, de propriétaire, ou de concefiionnaire ; ni qu’aucun autre titre doit un motif d’exclufion , à difcuter le pour ou le contre : cela n’eft pas plus étranger à l’académicien, que les coutumes, les loix & les ulages de toute efpeGe dont j’ai donné la connaiifance. Comme citoyen , je ne dois pas négliger de venger l’outrage que les conceffionnaires font à un gouvernement doux & modéré , en lui attribuant une intention injufie. On ne pourra yoiï
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- qu’avec étonnement que les motifs qui ont didé la néceflité d’une réforme dans les travaux de mines, foient devenus le plus ferme appui des concef-iîons ; il fera encore plus furprenant de voir les éloges prodigués à la fupé-riorité de talens & de facultés , que ces compagnies ont fur les propriétaires. J’apperqois entr’autres , avec regret, un citoyen eftimable par les con-naiifances fur l’exploitation (a), mettre, Us concevions accordées dans prefque toutes Us provinces qui contiennent du charbon de terre , au nombre des moyens fiirs & folides embrajjes par le minijlere, pour parvenir à en exploiter utilement les mines.
- 449. Si les a&ions où il entre le plus d’injuftice font celles qui, en troublant l’ordre public, nuifent à un plus grand nombre de perfonues , toutes les prétentions les plus fpécieufes en faveur des concédions , ne peuvent fe foutenir, puifque la fortune de nombre de familles attachées à l’exercice de ce droit fur leurs propres mines , eft renverfée par ces privilèges. Sans entrer ici dans le détail qui aura lieu au fujet des concédions en particulier , je v is m’arrêter fommairement fur les trois ditférens motifs expofés dans le préambule de l’arrêt, où les concedionnaires prennent les matériaux qui leur fervent à édifier leur fyftème ; je donnerai enfuite des réflexions que M. de Voglie a inférées à la fin de fon mémoire , fur quelques articles du réglement concernant les réglés prefcrites pour l’exploitation.
- 4fO. 1°. Le préambule de l'arrêt n!autorife en aucune maniéré les concefjîons. En lifant fans prévention l’arrêt dont il s’agit, on remarque i°. le mal apperçu par le gouvernement ; c’eft ce qui compofe le préambule : 20. le remede qu’on y apporte ; c’eft ce qui forme les articles du réglement.
- 451. Quant au premier, il ne porte que l’annonce des inconvéniens rcfultans dû manque de faculté ou de capacité dans les particuliers dont le terrein renferme du charbon. Le législateur, en déclarant qu’il veut y parer, n’entend point, & ne prononce point contre les poifelfcurs de ces terreins, la privation, l’interdidlion de leurs droits , comme le donnent à entendre les concedionnaires.
- 4<î2. Si le défaut de faculté ou de capacité tranfmettait aucun droit pof-icflbire à d’autres qu’à ces maîtres du fonds , ce ferait alfurer prefque toujours à des étrangers la jouiflànce de ce qui ne leur appartient pas 5 ce ferait leur donner “ un privilège odieux, qui fait violence au droit privé, aux loix „ publiques, & au droit des gens. „ C’eft ai.nfi que s’exprime M. Poncheî, avocat du parlement de Flandre , dans un mémoire pour le marquis de Cernay , fur une conceffion d’une efpece bien différente, celle du feu vicomte Défandrouin (b). On conçoit qu’en adoptant le fyftème malheureu-
- (a) M. de Tilly: introduction, page 22. pes & conditions ordinaires, d’indemnifer
- (b) Pour tirer le charbon de terre des les feigneurs & propriétaires, &c. mines qu'il pourrait découvrir, aux char-
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- feraient déjà introduit par les conceflionnaires, il eft peu de mines qui ne doivent palfer entre les mains des étrangers ; foit que, privé de faculté, le maître du fonds ne puiife tirer parti de fon propre bien ; foit que, manquant de capacité, il ne puiife ufer de fon droit naturel. On aura peine à trouver des propriétaires qui ne foi eut en défaut.
- 4f La loi préfume, il eft vrai, que celui qui pendant une longue fuite d’années néglige d’exercer fes droits, les abandonne, & elle veut qu’il n’y rentre plus; mais cette fin de non-recevoir, làgement établie pour alfurer la propriété des lieux, après la poffeffion d'un certain tems, en faveur des pof-fefleurs de bonne foi qui feraient perpétuellement inquiétés , n’eft point applicable ici, comme on le voit: encore les polfelfeurs qui n’ont d’autre titre que la prefeription, ne font-ils toujours que d’honnêtes ufurpateurs ; & la loi, qui ne fait qu’interpréter le lîlence & la volonté des propriétairs, n’entend point punir leur indolence.
- 4. La préfomption de la loi eft d’ailleurs ici d’un autre genre ; le propriétaire oifif d’une mine ne peut pas être précifément convaincu de négligence ; il fe trouve uniquement privé de deux conditions, dont le défaut oecafionne des inconvéniens, puifque l’une s’oppofe à Pcntreprife , l’autrs-à la bonne exploitation. D’ailleurs, la loi ne prétend point exiger fous peine inflidive deux qualités qui rarement font réunies dans une même perfonne ; tantôt le propriétaire avantagé des facultés pour l’entreprife, fera doué de la capacité, & tantôt il aura la capacité fans les facultés : ni l’un ni l’autre ne font plus coupables, plus puniifables, que celui qui, par ces raifons forcées, laiffe en friche fon terrein, dont le produit ferait eflentiellement utile ou nécelfaire à lui-même , ou à fon canton. Il n’eft perfonne qui 11e fente l’abus qu’il y aurait à dépouiller ainfi de leur territoire tout propriétaire hors d’état de les mettre en valeur, à déclarer leur domaine impétrable en faveur de celui qui ferait riche , ou qui prétendrait en tirer parti avec plus d’intelligence. Avancer une pareille abfurdité, c’eft vouloir arracher du cœur français ce qui fait toute fa félicité, la jufte opinion dont il eft pénétré de l’équité & de la douceur du gouvernement.
- 4Î5- Que l’on vienne au furplus à envifager de la même façon que les conceflionnaires , les trois énoncés du préambule , c’eft-à-dire , à regarder la négligence ou l’incapacité comme motifs d’exclufîon à faire valoir ou fon propre bien ou les mines : on peut avancer que les conceflionnaires font prefque toujours, plus que perfonne, dans le cas de fubir la peine qu’ils font porter aux propriétaires, en s’emparant des poffefîions d’autrui, fous des prétextes que la loi ne porte nullement; &au contraire, les propriétaires font bien plus à l’abri du reproche prétendu de négligence , que les conceflion-naires. Ces derniers, entrés en pofTeflion fouvent fur de faux expofés, s’en
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- tiennent, la plupart du tems,à continuer de mettre en valeur les mines qui étaient exploitées en grand ; ils bénéficient des autres en les affermant » ce que les propriétaires faifaient ou peuvent faire tout aufli bien que les conceffion-naires. *
- 4On a toujours vu que les concefîionnaires n’ont point porté leur demande de conceffion, leur dévolu, fur des endroits où il y ait eu contre les propriétaires preuve pleine & entière de cette négligence, à laquelle le gouvernement veut obvier par les feuls moyens exprimés article par article à la fuite du préambule de l’arrêt. Excepté le feu vicomte Défan-drouin, qui, à fes périls & fortune , a exercé dans le Hainaut Français un privilège concédé régulièrement, à l’effet de s’appliquer à la recherche & de parvenir à la découverte du charbon de terre dans un endroit où d’autres que lui n’en foupçonnaient pas, je ne fâche point qu’on puiffe citer beaucoup de compagnies qui aient porté fur un terrein neuf ces talens fupérieurs dont ils s’efforcent de fe prévaloir, ou qui aient eu l’idée d’y expofer cou-rageufement des fonds que l’on ne trouve guere moyen de raffembler, lorf-qu’il s’agit d’affaires douteufes & incertaines.
- 45"7. Pour ce qui eft du troifieme inconvénient remarqué dans les en-treprifes des mines , & que Sa Majcfté a bien voulu rapporter dans le préambule du réglement, il eft de fait ( & nous l’avons obfervé ) que par tout pays, les ouvrages, les travaux des charbonnières, qui s’établillent fouvent très-près les uns des autres, font par cette circonltance une matière perpétuelle de divilîons , de procès, de conteftacions. C’eft vraifemblablement ce que veut dire la lettre de cette partie du préambule, que la liberté, indéfinie lai fée aux propriétaires par tarrêt du 13 mai 1698 , a fait naître en plujieurs ouajions une concurrence entreux également nuijible à leurs entreprifes reffectives. L’attention du miniftere à cet égard , eft digne d’un gouvernément éclairé ; mais on ne voit dans cet énoncé, comme dans les précédens , qu’un apperçu, fans que pour cela on ait voulu rien retrancher aux maîtres des tonds. Les concellionnaires , par une conféquence prife dans leur fyltême, veulent encore fe fubfhtuer aux propriétaires * mais où eft la preuve que ces privilégiés ont apporté remede à ce mal qui tient à la nature de la chofe ? iNreft-il pas plus vraifemblable qu’ils étouffent eux-mèmes dans le principe , & d’une maniéré plus facheufe, cette émulation que l’arrêt cherche à faire tourner au profit des entreprifes refpe&ives des propriétaires? Cette concurrence en effet des propriétaires peut être défectueufe dans plufieurs oc-caiions, fi elle n’cft point dirigée convenablement, comme le defire faire le confeil, par les articles de fon réglement: n’eft-il donc pas de moyens de rendre utile à la province, à l’état, aux propriétaires même, cette concurrence ?
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- 45'8- Ce mot concurrence a cependant embarraflfé M. de Voglie; c’eft du moins ce que l’on entrevoit dans (es réflexions ( a ). Il a fenti toute l’importance des vues du confeil fur cet objet; les propositions de cet ingénieur font tout-à-fait neuves & fingulieres ; on a dû déjà y prendre garde. Je ne m’arrêterai point à les combattre; il me fuffit de les avoir fait connaître. M. de Voglie ne dilfimule pas, à la vérité, combien il eft à defirer que ces compagnies, fur le zele & fur l’intelligence defquelles on voudra bien fe repofer, pour exercer exclusivement à tous autres cette concurrence, n’abufent pas de leurs privilèges; fes craintes portent précifément fur tous les écarts que l’on reproche uniformément aux concessionnaires ; c’eft en faire un demi-aveu : pour éviter ces défordres, il indique quelques mefures à prendre. Les ufages, les coutumes des pays étrangers, ceux fur-tout du pays de Liegere-^ lativement à ce point, ainSi que l’état florilfant de ces travaux de mines, font une preuve que la bonne police offre des moyens furs & folides de tirer des mines tout l’avantage poiîible, Sans porter atteinte au droit de propriété. M. de Voglie aurait de la peine à perfuader qu’il fût bien facile de tenir en devoir des compagnies qui n’ont en leur faveur d’autre titre que les facultés ou le talent prétendu de faire mieux valoir le bien d’autrui, que le maître légitime , & dont la poifeifion elle-même fe trouve une contravention formelle à la loi, fur laquelle ils fe fondent.
- 4f9. C’est fous ce fécond point de vue queM. Varîet a envifagé la quef-ticn à exan iner entre les conceftionnaires & les propriétaires; elle fe trouve réfolue dans l’article I & II du réglement, quoique M. de Voglie prétende qu’ils ne font fufceptibles d’aucune obfervation. Il eft étonnant que dans toutes les vifites laites par cet ingénieur pour les mines d’Anjou, le mémoire pour les habitans de Montjan ne foit pas parvenu à fa connaiifance ; il y aurait reconnu que c’eft précifément dans ces premier & fécond articles, que cet habile avocat trouve que l’arrêt paraît refpecler pleinement la propriété.
- 460. 11°. Le réglement maintient les propriétaires de mines dans tous leurs droits (b). “On eft forcé de convenir que, foit par l’édit de Henri IV, du „ mois de juin 1601, foit par l’arrêt du 13 mai 1698 , cités l’un 8c l’autre J5 dans le préambule de celui du 14 janvier 1744, les propriétaires font ex-„ prelTément autorifés & maintenus dans la poifelîion d’ouvrir les mines de „ charbon fur leurs terres, nonobftant tout'privilège à ce contraire. Ces ar-w rèts ont eu force de loi dans tout le'royautne, 8c ont fervi de réglé jufqu’à „ celui du 14 janvier 1744, qui n’y a dérogé que quant à la nécelfté pour
- (a) Partie feptieme, intitulée : Moyens (b) Fragment du mémoire deM. Varîet, jugés les j)lus propres pour donner aux contre le fleur de Montjan, pages 6,8,9, mines de F Anjou toute la valeur dont elles 15,19.
- Jont fufccptibles.
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- , les propriétaires, foit de demander la permiflïon d’ouvrir de nouvelles mines, & de déclarer celles qu’ils auraient ouvertes, foit de ne les exploiter qu’avec les précautions prefcrites par les articles III & fuivans de cet arrêt. Il eft donc confiant par ces anciens arrêts antérieurs à celui de 1744, que les propriétaires-ou leurs auteurs étaient dans la pofleffion reconnue d’exploiter de pareilles mines, antérieurement à l’édit de 1744,5c qu’aucun d’eux par coniéquent ne peut être troublé ni empêché de travailler de pareilles mines.
- 461. „ Le premier article du réglement ne prive point les pofTedeurs des tcrreins où font fituées les mines de charbon, de la propriété qui leur en appartient. En les maintenant dans leur ancienne liberté , il les oblige feulement à n’exercer leur droit qu’après une (impie formalité} c’eft-à-dire, quand ils voudront exploiter de nouvelles mines, à en obtenir préalablement une permifîion du miniftre. C’eft uniquement quant à la nécefîité de cette per-mifllon, que ce réglement a dérogé à l’arrêt du confeii du 1^ mai 1698» qui autorifait tous les propriétaires de fonds à ouvrir leurs mines fans aucune permiflïon, ainfi que le rapporte le préambule du réglement : on peut donc ajouter que cette nouvelle obligation & les fuivantes contenues dans les articles de cet édit, n’ont eu pour objet que d’exciter les propriétaires à 11e pas négliger la découverte des meilleurs charbons dans leurs terreins, & de leur faire éviter en même tems des recherches trop avides & trop téméraires, aux dépens de la vie de leurs ouvriers.
- 462. „ Une remarque très-importante à faire, c’eft que l’obligation d’obtenir une permiflïon du miniftre pour l’ouverture d’une mine, eft impofée indiftindement tant aux propriétaires qu’aux feigneurs hauts -jufticier'. La loi leur eft égale dans l’article II ; on menace les uns & les autres de confié cation de leurs marchandées, s’ils n’ont fait leur déclaration ; & on y ajoute la peine de révocation des privilèges , contre ceux qui en ayant un, feraient en défaut à ces égards. La loi eft donc égale, & aux feigneurs hauts-jufti-ciers, & aux propriétaires. Le roi par-là reconnaît dans les uns & dans les autres le même droit fur leur domaine , pourvu qu’ils obtiennent cette permiflïon portée par l’ordonnance : la qualité de feigneur n’y trouve aucun prétexte pour s’arroger de droit fur les mines de fes jufticiables, comme le feigneur de Montjan le prétendait, malgré la claufe formelle de fon privilège qui le lui défendait.
- 4^ Sur quoi il faut obferver de nouveau que cet article ne fait aucune mention des mines qu’on avait déjà ouvertes avant le jour de la publication, mais feulement de celles qu’on voudrait ouvrir ou faire mettre en exploitation. Or la défenfe de faire ouvrir fans permiflïon , ne devant avoir lieu qu’à compter du jour de la publication, il’ en réfulte que les
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- „ mines qui étaient ouvertes avant cette publication dans les provinces où „ elle n’a été faite que long-tems après , font, à l’égard de leurs proprié-„ taires , comme 11 elles avaient été ouvertes avant 1744., & que ceux-ci ont „ pu continuer de les exploiter fins permillion, en s’abllenant feulement ,, d’en ouvrir de nouvelles depuis la publication, & faifant leurs déclara-,, tions. L’analyfe qu’on vient de faire du premier article de ce réglement, , prouve démonftrativement que, bien loin que l’intention du roi ait été de ,, dépouiller les polfelfeurs des mines , Sa Majefté a eu principalement en vue ,, de les encourager à les faire valoir , de les obliger , en maintenant leur ,, pofleifion, à ne l’exercer qu’en fuivant les réglés qu’elle a jugé à propos ,, de leur prefcrire ; mais en leur impofant ces conditions, le roi n’a fait que „ les confirmer dans leurs anciens droits de propriété fur les mines, puifi „ qu’elles ne regardent que la maniéré dont il veut qu’on les exploite.
- 464. „ Il eft également certain que le fécond article fortifie de plus en „ plus le droit des propriétaires. Il exige fimplement d’eux leurs déclarations ,, des mines qu’ils font exploiter, & il ne leur en interdit pas l’exploitation, „ il n’en réglé que la méthode. Il les lailfe donc à cet égard dans l’ancieiuie „ polielîion où les avaient remis les arrêts de 1601 & de 1698 : ce qui na-„ turellement équivaut à une maintenue pure & fimple» D’ailleurs cet article „ s’adrelfe indiftindement à tous ceux qui font valoir des mines ; à peine
- contre les refufans, de confiîcation des matières extraites & de leurs uften-„ files, ou même de révocation des privilèges à legard de ceux qui en auraient „ obtenus. Il eft donc confiant que le roi reconnaît ici de nouveau qu’indé-„ pendamment des privilégiés, il y en a d’autres qui font en poflefiion „ d’exploiter des mines de charbon.
- 465'. Les articles IV & fuivans de l’arrêt concernent uniquement la forme de l’exploitation, c’eft-à-dire, quelques réglés générales impofées aux propriétaires fur la conduite de leurs fouilles , afin de rendre ces travaux plus avantageux, & de diminuer les défauts qui s’oppofent à leur vrai fuccès.
- 466. M. de Voglie, dans fon mémoire du 11 juin 17^7,a examiné cette partie du réglement (a). Par le détail dans lequel il entre, il démontre Vim~ pojfibilitè de s’y conformer : ce font fes expreffions. Il commence par obferver que c£ le confeil, en rendant cet arrêt, a eu pour objet de remédier à tous ,, les défauts qui fe trouvaient dans l'exploitation des mines de charbon. „ Il ajoute cc que ces vues exigeaient une çonnailfance parfaite de ce genre de 3J travail, & ne devaient rien prefcrire qui ne ïî\t exactement bon & necejfaire-, „ que néanmoins ce réglement eft fufceptible, dans les points relatifs à l’art „ d’ex;ploiter, des correêhons & des changemens que lui ont didés les ré-„ flexions qu’il établit.
- (a) Sixième partie, intitulée : Réflexions fur le réglement du 14 janvier 1744 , c on-' cernant ïexploitation des mines de charbon de terre.
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- 467. 111°. Réflexions de M. de Voglie fur le réglement de 1744. “Artï,CLES III „ & IV. II eft bon de laiiTer au mineur la liberté d’ouvrir les puits quarrés-„ longs , de la grandeur qu’il juge convenable, pourvu qu’ils foient folide-„ ment étréfillonnés. Il ne fera jamais de fon intérêt de former de trop
- grandes ouvertures ; la dépenfe augmente à proportion : mais les reftrein-„ dre à fix pieds, c’eft gêner la manœuvre & l’extradion , puifque deux grands „ féaux de vingt pieds cubes chacun , tels que ceux dont on fe fert, defcen-„ dant & montant alternativement, ne pourraient manœuvrer dans cet ef-,, pace. De plus, ce détail de conftrudion n’eft point clairement expliqué, ni j, dans les termes de l’art : d’ailleurs le cuvelage de madriers ne fe pratique, ,, que dans le cas ou les eaux nuifent par une chûte trop vive ; pour lors on „ fait un cuvelage ferré, pour les empêcher de pénétrer : linon on fe fert ,, de bois ronds & jointifs, placés contre les terres derrière les poteaux. D’ail-„ leurs les poteaux, étréfillons & montans entre chaque chaffis, fuffifentpour ,, retenir les terres & occalionnent bien moins de dépenfes.
- ,, Art. V. On n’y trouve aucun inconvénient.
- ,, Art. VI. Il eft de l’avantage du mineur de chercher la platteure\ mais il
- faudrait renoncer à l’exploitation de toutes mines de charbon , s’il fallait 3, fuivre un puits de toutes les veines ou même jufqu’à la platteure , lans pra-„ tiquer des galeries d'extraction ; l’enlevement des eaux ne pourrait fe faire; ,, l’air 11’aurait aucune circulation. Cette opération eft de toute impoffibilité.
- „ Art VII. Il eft bon de laiiTer aux entrepreneurs la liberté fur la lar-,, geur des galeries, vu d’ailleurs qu’elles font communément déterminée» „ par celles de la chemife de la veine , qui, lorfqu’elle eft réglée , fe porte ,, très-rarement à huit pieds d’épaiifeur , fi ce n’eft dans les brouillards , qui „ n’ont jamais de fuite, & annoncent même une mauvaife veine quand ils ,, font trop fréquens. Cet article 11e parait d’aucune utilité, ou n’eft pas „ fuffifamment expliqué.
- J9 Art. VIII. Cet article fuppofe & indique au mineur une façon de j5 travailler, ruineufe par la multiplicité des galeries. Les eftocs font, à peu „ de frais par leur exploitation au moyen des gderus de voies, le plus grand „ avantage des mines.
- „ Art. IX. Cet article eft bon à exécuter à la rigueur ; il fait la folidité „ de l’ouvrage : il eft cependant des cas , où les couches deviennent inuti-„ les, fur-tout lorfque les traverfes du haut font entaillées dans le toit& le „ mur,& que la matière eft bonne.
- „ Art. X. Le touret à percer, de dix toifes de profondeur, n’eft pas une „ chofe exigible d’un mineur; outre qu’il ferait difpendieux & difficile, 011 „ y peut fuppléer à bien moins de frais par des fondes. Il n’eft point d’en-» trepreneyr, pour peu qu’il ait d’intelligence, quin’ufe de ce dernier moyen
- „ avant
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- „ avant d’abandonner un filon; d’ailleurs on ne quitte une fofle,fur une „ veine réglée, que parce que les eaux font inépuifables, ou parce que ces „ ouvrages ne font point aifiez folides & menacent ruine : dans l’un & l’autre „ cas , le toKSS , tel que l’exige le préfent article, eft ou dangereux ou impra-J, ticable.
- j, Art. XI & dernier. Il ferait préférable de fixer , ainfi qu’on l’a fait j9 pour les carrières d’ardoifes, le dédommagement dû aux propriétaires „ des terreins fur lefquels feraient établies les fofles. Ce dédommagement ,j devrait toujours être à l’avantage des propriétaires, & n’ètre fondé que ,, fur deux prix, l’un pour les terreins cultivés, & l’autre pour les terreins „ incultes, afin d’éviter toute conteftation. „
- 468' Obfervations furies remarques de M. de Voglie. M. de Voglie termine fes réflexions , en dilant qu'on peut juger par ce qu'il vient de dire, de l'impof Jîbilitè de fe conformer au règlement. Je ne fuis point du tout de Ion avis ; je crois qu’on 11e doit point regarder cet arrêt du même œil qu’il l’a fait, ni le juger auffi févérement. Cet ingénieur s’eft attaché à la' lettre du réglement ; dans le genre dont il s’agit, ce n’eft point l’eifentiei : s’il eût voulu faifir l’efprit de la loi, entrer dans toutes les vues qui paraiifeiit avoir conduit ici le législateur, il fe fût difpenfé de fes réflexions , fi ce n’eft lori-qu’il avance qu’il n'ejl pas moins intérejfant de ne pas en exiger à la rigueur Cexécution, foit qu’il ait voulu parler des réglés de l’exploitation, foit qu’iî ait voulu parler de l’interprétation tacite & forcée que les conceflionnaires donnent aux trois claufes du préambule.
- 469. Le gouvernement, perfuadé de la difficulté de réuffir efficacement dans le plan qu’il s’eft tracé, a fenti qu’il fallait ufer de prudence. Pour réformer ce qui ne peut être corrigé qu’avec lenteur, il s’eft contenté habilement de fixer les réglés de l’exploitation à un point fuffifant pour amener, avec le tems, les propriétaires à une exploitation d’un plus grand produit, pour les convaincre de l’avantage à retirer des fouilles plus profondes que celles auxquelles ils fe bornaient. C’eft ainfi qu’il faut lavoir vaincre avec ménagement l’opiniâtreté de l’ignorance & des préjugés. Ces confidérations ont fait, avec raifon , juger inutile ( Art. V.) de commencer par aftreindre d’abord les propriétaires à aller chercher la platteure / ce qui eft dans les bons principes.
- 470. Les remarques de M. de Voglie fur les articles III & IV, où il eft fait mention des dimenfions du puits, du revètilfement, auxquels il trouve de manque les termes de l’art & la clarté, font encore fuperflues. L’intention n’a point été de fixer au charpentier des réglés de conftrudion 5 elles doivent varier fuivant les places où s’afleyent les bois ; elles doivent être foumifes à l’injpection d’un bon directeur de mines. Les termes de l’art
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- n’étaient pas plus nécelfaires dans cette ordonnance, que tout ce que M. de Voglie veut y corriger. Si l’arrêt n’eût été que pour les mines d’une feule province , c’eft tout ce que M. de Voglie aurait pu exiger; mais dans un réglement général, qui doit faire loi dans les différentes provinces d’un royaume, la chofe n’eft ni propofable ni faifable : on a déjà vu combien le iangage du métier varie dans des cantons & dans des pays qui fe touchent.
- Commerce du charbon de terre en France.
- 471. Parmi les réglemens qui ont été donnés, relativement aux droits fur les charbons de terre, les uns ont augmenté, les autres ont enfuite diminué , les autres ont remis ces droits à leur première fixation ; les motifs qui ont occasionné ces changemens font exprimés dans les différens arrêts. On juge bien que c’eft par ce moyen que le gouvernement eft parvenu habilement à accroître cette branche du commerce dans le royaume, en gênant l’entrée du charbon de terre étranger, à mefure que le commerce intérieur a pu balancer l’extérieur. On prendra aifément l’idée de cette progrelîion, dans le mémoire de M. Gigault de Crifenoy , que j’ai annoncé à l’article du Hainaut Français : je le ferai fuivre de quelques remarques lur la maniéré dont fe vend le charbon de terre, & fur les mefures qui s’emploient pour cette vente en détail. Je terminerai cette troifieme fe&ion par examiner en particulier l’exportation de ce folfile, depuis la rivière de Loire jufqu’à la Seine , pour la capitale ; la police relative à cet ap-provilionnement & à ce trafic, &c. : «
- Hifloirc raifonnée des différens droits d’entrée , impofés en France fur le charbon de terre étranger fuivie de réflexions fur £augmentation de ces droits à £entrée , & fur texemption totale à la circulation. (a)
- 472. “ Le charbon de terre eft une marchandife non-feulement d’utilité , ,, mais même de néceffité pour toutes les efpeces d’ouvriers qui font obligés „ de chauffer le fer pour le battre fur l’enclume. II. y a des mines de charbon „ de terre dans plu (leurs provinces du royaume ; néanmoins l’Angleterre nous „ en fournit beaucoup.
- 473. Le tarif de 1664 a diftingué le charbon de terre étranger, d’avec „ celui des provinces réputées étrangères , apporté dans les cinq greffes fer-„ mes. Il les aimpofés à deux droits d’entrée différens; lavoir, celui étranger ,5 à huit fols par barril, & celui des provinces du royaume à fix deniers feule-
- (a) Ce mémoire de M. de Crifenoy eft du mois de^ janvier 1763. >
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- „ ment le même barril. Ce droit de huit fols par barril à l’entrée des cinq „ grolfes fermes, & les droits locaux des différens tarifs à feutrée des pro-,, vinces réputées étrangères, ont fubfifté jufqu’en 1667, que par le tarif „ du 18 avril de ladite année, ils furent changés & fixés à un droit uniforme „ à toutes les entrées du royaume de vingt-quatre fols par barril de charbon „ étranger. La charge de ce droit avait pour objet la faveur due à l’exploi-,, tation des mines du royaume, que l’on voulait encourager par une préfé-„ rence. Ce fut dans ce même point de vue que par arrêts des 29 juillet ,, 1669, 27 juin 1672, & 12 feptembre 1690, les charbons des mines de „ Sainte-Florine en Auvergne, & de celles du Nivernois, furent déchargés „ du droit de fix deniers par barril à l’entrée des cinq groffes fermes.
- 474. ,, Cependant ces mines de l’Auvergne & du Nivernois ne pouvant „ fournir à la confommation de différentes provinces du royaume, foitparce „ que lefdites mines 11’étaient point affez abondantes, foit à caufe de l’éloi-„ gnement qui aurait rendu trop difpendieux les frais de tranfport, fur les „ repréfentations qui furent faites au confeil à cet égard par rapport à la „ Champagne & autres provinces adjacentes , il fut ordonné par arrêt du 31 y, oétobre 1672, que les charbons de terre & de pierre venant de Liege , tant „ par la riviere de Meufe que par charroi, ne paieraient que le droit de huit ,, fols premièrement fixé par le tarif de 1664., au lieu de celui de vingt-» quatre fols. Cette modération à huit fols pour le pays de Liege , dura juf-„ qu’en 16885 tems auquel elle fe trouva fhpprimée par arrêt du 16 novem-„ bre , qui ordonna que le droit de vingt-quatre fols ferait perçu fur tout „ charbon de terre entrant dans le royaume, & qui y ferait apporté par mer „ de quelque pays que ce fût. Ce droit de vingt - quatre fols fut encore „ augmenté & porté à trente fols, par arrêt du 3 juillet 1692, pour avoir „ lieu à toutes les entrées du royaume.
- 47L ,, Le droit était impofé au barril ; mais aucun réglement n’avait en-„ core déterminé la mefure du barril. Il fut ordonné par arrêt du 30 novem-„ bre 1700, que les demi-barrils étalonnés fur la matrice de l’hôtel-de-ville „ de Rouen, ferviraient de réglé dans les ports de Dunkerque, Calais , & „ Saint-Vallery, pour le mefurage defdits charbons étrangers. Il ne fut rien ,•, ftatué pour les autres bureaux & ports.
- 476. „ Les magiftrats & habitans du Hainaut & de la Flandre Françaife, „ ayant fait^es’ repréfentations fur les droits de trente fols , il fut ordonné „ provifoirement, julqu’à plus ample examen, que les charbons de terre „ venant de la partie du Hainaut rendue au roi d’Efpagne par le traité de paix, ,, ne paieraient à l’entrée de la partie du Hainaut reliée à la France, & de la „ Flandre Françaife, que dix fols par barril. Cette modération à dix fols, qui „ fut confentie par un arrêt du 18 o&obre 1698 5 fut encore réduite à cinq ^ fols par un autre du % 1 décembre 1700, N n n ij
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- 477. „ En 1703 , les maîtres des forges des provinces de Picardie & de „ Champagne fe réunirent pour repréfenter quele droit de 30 fols, fixé par „ l’arrêt du 3 juillet 1692 , augmentait confidérablement le prix de leurs ou-„ vrages fans qu’il en réfultât aucun avantage pour les mines du Nivernois & ., des autres provinces des cinq groifes fermes ; qu’ils en avaient tiré des char-. ,, bons , mais que leur revenant, par les frais de tranfport & les routes pref-„ qu’impraticables, encore à plus haut prix que ceux du Hainaut & de la „ Flandre , ils étaient obligés de donner la préférence à ces derniers, même „ en fupportant la charge du droit de trente fols. Sur ces repréfentations, ,, après avoir pris l’avis de MM. les intendans de Picardie & Champagne, ,, il fut ordonné par arrêt du 19 juin 1703 , une réduction aux entrées de ,, ces deux provinces fur les charbons de terre venant de la Flandre & du „ Hainaut, à dix fols par barril du poids de 300 livres.
- 478. ,, Le droit de trente fols, qui avait été fixé en général par l’arrêt du ,, 3 juillet 1692 fur tous les charbons de terre étrangers, fut pareillement „ adopté par l’arrêt du 6 feptembre 1701 pour celui d’Angleterre , Ecolfe & ,, Irlande ; mais foit qu’on regardât les mines du royaume comme épuifées , ,, ou pas aiTez abondantes, étant furvenu en 1714 une difette, & tant le „ charbon de terre que le bois ayant confidérablement augmenté de prix, on „ crut devoir pour un moment ouvrir la porte au charbon de terre d’Angle-„ terre , Ecolfe & Irlande. Le droit de trente fols en fut modéré par arrêt du ,, 4 feptembre de ladite année 1714, jufqu’au dernier feptembre 1713, à „ huit fols par barril.
- 479. „ Jusqu’alors il avait bien été parlé do la mefure du barril : c’était, „ fuivant l’arrêt du 30 novembre 1700, le demi-barril étalonné fur la ma-„ trice de l’hôtel-de-ville de Rouen, qui devait fervir de réglé ; mais il n’avait „ encore été rien dit du poids que devait avoir ce barril, à l’exception de ce-,, lui des charbons de Flandre & du Hainaut, dont le poids avait été réglé à „ 300 livres; mais pour ceux d’Angleterre, l’arrêt du 28 feptembre 17if „ ell le premier qui en parle. On voit par cet arrêt, que le poids du barril „ doit être compté fur 2<ço livres. Ce même arrêt prorogea encore pour un ,, an la modération à huit fols , prononcée par celui de 1714. Les raifons de „ difette qui avaient déterminé ladite modération , & qu’on n’avait regardées ,, que comme momentanées, fubfiftaient toujours. Auffi ladite modération à
- huit lois fut-elle continuée d’année en année par différens arrêts jufqu’au „ mois de janvier 1730. Alors cette difette n’étant point encore celfée, mais „ avant un peu diminué, le droit de huit fols fut porté, par arrêt du 31 jan-„ vier de ladite année 1730, à douze fols pour un an feulement. Enfin, par „ autre arrêt du 28 novembre de la même année , le droit d’entrée fur lefdits „ charbons de terre d’Angleterre, Ecolfe & Irlande, fut fixé à douze fols, jufqu’à ce qu’il en fût autrement ordonné.
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- 480. „ Pendant que les charbons de terre étrangers payaient ce droit de „ douze fols par barril du poids de 2$‘0 livres à toutes les entrées du royaume, 3, ceux venant du Hainaut étranger dans le Hainaut Français & dans la Flan-„ dre Franqaife, continuaient à 11e payer que le droit de cinq fols par barrit „ du poids de 300 livres, fuivant la modération portée par arrêt du 21 dé-„ cembre 1700. Il fut enfuite accordé par autres arrêts des 9 novembre 171 f ,, & 24 feptembre 1716, que les charbons de terre du Hainaut Autrichien, „ palfant en tranfit deMons à Tournay par Coudé, 11e paieraient que le même „ droit de cinq fols. Dans la vue de favorifer de plus en plus ce tranfit pat ,, Coudé, & la navigation fur les rivières de l’Efcaut & de Haifne , ce droit „ de cinq fols fut réduit à deux fols fix deniers par barril du poids de 300 „ livres pour lefdits charbons palfant en tranfit de Mons à Tournay par „ Condé. Cette rédu&ion fut faite par arrêt du § novembre 1723 , qui or^-„ donna que dans le cas où lefdits charbons, ainfi paffés en tranfit à Tournay , „ feraient enfuite voiturés par terre à Lille & Châtellenie, foit pour la con* „ fommation de la Flandre Franqaife ou pour les villes & lieux de la dépen-„ dance de l’empereur, paieraient deux fols fix deniers par barril, par forme „ de fùpplément du droit de cinq fols. Cette exception pour les charbons du „ Hainaut étranger entrant par la Flandre & le Hainaut Français , ou palfant „ en tranfit par Condé à Tournay, était la feule qui fût faite à la loi géné-„ raie & uniforme des charbons étrangers.
- 481. „ Les charbons de terre de l’isle Royale, qui vient de palfer fous la „ domination étrangère, ne devaient pas, lorfque cette isle appartenait à la „ France, être traités auffi défavorablement que ceux de l’étranger. Auffi „ l’arrêt du 14 juin 1729 en régla-t-il les droits à fix livres par tonneau de 3, f2fo livres, faifant vingt-un barrils du poids de zfo livres: ce qui revient „ à cinq fols neuf deniers par barril. '
- 482. „ Les chofes fubfifterent en cet état jufqu’en 1741. Alors on trouva „ que les raifons qui avaient déterminé la modération à douze fols fur les
- charbons d’Angleterre, Ecolfe & Irlande, ne fubfiftaient plus pour ceux „ entrant dans le royaume par Saint-Vallery, Dunkerque, Boulogne, Ca-„ lais, & autres entrées de la Picardie & de la Flandre. L’arrêt du 6 juin „ 1741 abrogea cette modération, & rétablit à ces entrées feulement ledit „ droit de trente fols. Ce même droit de trente fols fut pareillement recréé „ dans tous les ports de la Normandie, par autre arrêt du 1 y août fuivant.
- 483. „ En 1761, on penfa que la quantité de mines qui étaient ouvertes „ en France, & particuliérement en Bretagne , pouvait fournir la confomma-„ tion de la plus grande partie des provinces du royaume. Pour favorifer & „ encourager encore davantage l’exploitation defdites mines, le droit de trente
- fois par barril fut rétabli par arrêt du 5 février 1761 ,_à l’entrée des ports
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- „ de Bretagne, comme il avait été en 1741 dans les ports de Flandre, PU „ cardie & Normandie. A l’égard des entrées par les autres provinces du j, royaume , il fut ordonné qu’au lieu du droit de douze fols , il en ferait perçu „ un de dix-huit fols par barril du poids de 2fo livres fur les charbons ve-,, liant de l’étranger. De la façon dont était libellé cet arrêt, 011 pouvait croire „ qu’il était dérogatif aux réglemens particuliers rendus pour les charbons « du Hainaut Autrichien , qui venaient par terre en Flandre & Hainaut Fran-„ çais, ou qui venaient en tranfit de Mous par Condé à Tournay ; mais fur „ les repréfentations qui furent faites au confeil à ce fujet, toute incertitude „ fut levée par fa décifion du 9 mai fuivant, par laquelle il déclara n’avoir >, rien voulu changer aux réglemens rendus pour la Flandre & le Hainaut, ,, qui devaient continuer à avoir leur exécution.
- 484. „ Tel a étéjufqu’en 1763, l’état des chofes. Les charbons de terre „ venant de l’étranger dans les provinces autres que la Flandre, la Picar-,, die, la Normandie & la Bretagne, doivent dix-huit fols par barril du poids „ de 250 livres; ceux qui viennent dans les provinces de Flandre, Picardie, „ Normandie & Bretagne , doivent trente fols du même barril. Ceux du Hai-,, naut étranger feulement, entrant par la Flandre & le Hainaut Français font „ exceptés, & ne doivent que cinq fols par barril du poids de 300 livres. „ Ceux dudit Hainaut étranger, paifant en tranfit de Mons à Tournay par „ Condé, ne font fujets qu’à un droit de tranfit de deux fols fix deniers par „ même barril de 300 livres.
- 48» Pour donner la préférence aux mines du royaume, & exciter en-„ core leur exploitation,- le confeil a eu en vue deux moyens. Le premier ,, eft d’établir le même droit de trente fols dans les provinces qui ne font fu-„ jettes qu’à celui de dix-huit fols, & de prendre toutes les précautions qui ,, pourront affurer la perception réelle de ce droit, & éviter la fraude qui „ peut fe faire d’une partie dudit droit. Le fécond eft d’exempter de tous droits „ généralement quelconques les charbons de terre à la circulation dans toutes „ les différentes provinces du royaume, & de rendre cette circulation abfolu-„ ment libre dans tout l’intérieur.
- Réflexions fur le premier moyen.
- 486. „ Le moyen en général le plus efficace pour donner faveur aux „ marchandées de culture , fabrique ou exploitation du royaume , eft l’é-„ tablilfement d’un droit affez fort pour écarter la concurrence étrangère, „ & affurer une préférence décidée à la marchandée nationale. C’eft l’ex-„ pédient dont on s’eft fervi pour les charbons de terre. O11 a vu que, par le tarif de 1664, ceux étrangers n’avaient d’abord été impofés qu’à huit
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- „ fols du barril; qu’en 1667, ce droit fut porté à vingt-quatre fols, & „ enfuite à trente fols en 1692; qu’en 1714, il fut réduit à huit fols, „ réduction qui dura jufqu’en 1750, qu’il fut fixé indéfiniment à douze „ fols; que la perception de ce droit à douze fols a continué jufqu’en 1761, à l’exception des provinces de Flandre , Picardie & Normandie, pour lef. „ quelles le droit avait été rétabli à trente fols. C’eft en 1761, que la Bre-. jj) tagne a été ajoutée à ces trois provinces pour la même impofition du ,, droit de trente fols. A l’égard de toutes les autres provinces,-on fe con-„ tenta de porter à dix-huit fols le droit de douze fols. Ces différentes va-„ nations feraient croire que jufqu’à préfent on 11’a point découvert dans „ le royaume des mines affez abondantes ou en qualité fuffifmte pour „ fournir à fa confommation , ou bien (encore que ces mines font fi éloi-„. gnées de certaines provinces, que cçs provinces ne peuvent s’v àppro-„ vifionner de ces charbons fans en doubler la valeur par les frais de tranf-' „ port. S’il était certain que nous publions nous fuffire à nous-mêmes, 3} il n’y aurait pas à héfiter fur l’établilfement par-tout du droit de trente „ fols.
- 487. „ Mais il y a apparence que pour cette matière nous né,pouvons nous „ palfer de l’étranger, (oit par nécelfité ,1 foit'par la qualité fupéruure. de les „ charbons fur les nôtres. En effet, on trouve dans la balance du commerce,r „ que depuis 17481 jufques & compris 1760, il en eft venu de l’étranger „ pour la valeur de 7304998 livres ; ce qui fait, année commune , 56] 923 „ livres. C’eft une efpece de preuve que nous avons befoin de l’étranger; „ nous n’irions pas chercher chez lui ce'que nous pourrions trouver faci-„ lement chez nous. ,t. , }. , ., .. • . 7 7 "
- 488- »,On objectera fans doute que nous-n’ayons recours a fétràfiger „ qu’à caufe du meilleur marché ; mais, qu’un droit plus fort fur le char-„ bon étranger, ferait pencher la balance de'.notre côté.“ A cette objec-„ tion ne peut-on pas répondre que le droit de dix-huit fols eft déjà très-„ fort par lui-même ? Le prix du charbon de terre eft à Rouen , en tems „ de paix, de 4fo à 500 livres les 104 barrils du poids de iyo livres; „ ce qui fait, prix commun, 475 livrés, & par barril quatre livres onze" fols quatre deniers; encore,.eft:-il incertain fi c’eft droit!fpayé ou jiioii payé. ,, /En, fupppfant.cette.yaleur droit non p.àyé, le droit def Hixr huit’fols avec les cinq fols pour livre, revient à vingt-cinq pour*cent : àve’c un tel avantage nos mines ne devraient-elles pas^avoir/la préférence, fi elles „ étaient aifez abondantes^ ou'fi les charbons qu’elles produifent avaient la „ même qualité , ou fi elles pouvaient en envoyer par,- tout/CEnfin , dans les a, provinces même où le.droit, de 'trente fols eft établi,', d eu “vient des quan-yi ti tés.de l’étranger. Rouen yn tire beaftco.qp j'tk quoique iÇe^charbdn étr’an-
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- „ ger y foit, même en tems de paix, plus cher que celui qui y vient des s, différentes mines du royaume, cependant les ouvriers donnent la préfé-„ rence audit charbon étranger. Cependant ce droit de trente fols revient à ,, plus de quarante pour cent fur la valeur de quatre livres onze fols qua-„ tre deniers par barril. Ne ferait-ce pas une raifon pour conclure que „ nous manquons ou en quantité ou en qualité, ou que nos mines ne font „ pas à portée de foürnir toutes les provinces ? Mais ces droits deviennent „ encore bien plus forts, fi cette valeur de quatre livres onze fols quatre „ deniers par barril eft droit payé. Il faut en déduire, pour le droit qui eft ,, à Rouen de trente fols, trente-fept fols-fix deniers, à caufe des cinq „ fols pour livre } reliera de valeur deux livres treize lois dix deniers par „ barril. Alors le droit de trente fols revient à cinquante-fix pour cent, & ,, avec les cinq fols pour livre, â foixante-dix pour cent, & le droit de „ dix-huit fols monte à trente-trois & demi pour cent , & avec les cinq fols „ pour livre, à près de quarante - deux pour cent.
- „ 489. Lorsqu’il fut queftion de rendre l’arrêt du 1 ^ février 1761, „ on ne crut pas avoir allez de certitude fur la multiplicité & l’abondance „ des mines du royaume , pour rendre uniforme dans toutes les provinces ,, le droit de trente fols fur les charbons étrangers. On envifagea que c’é-„ tait une matière néceffaire à la fabrication de tous les ouvrages de peu ,, de valeurj les uns effentiels à l'agriculture, les autres utiles à la con-„ fommation & au commerce} & qu’il était intérelfant de ne les pas renché-„ rir. On fe réduifit, par ces raifons, à augmenter le^droit en Bretagne , „ parce que cette province exploite des mines plus que fuffifantes pour „ îon ufage. Mais par rapport aux autres provinces, on balança quelque „ tems fi on les lailferait fujettes au même droit de douze fols, ou fi on. ,, ferait quelque augmentation fur ce droit. La raifon qui parut détermi-„ ner principalement l’augmentation de douze à dix - huit fols, fut la per-„ fuafion dans laquelle on était de la fraude qui fe pratiquait fur le droit „ des charbons, dans le mefurage defquels on fuppofait de l’inexa&itude „ de la part des commis , & beaucoup d’infidélité dans les déclarations des „ marchands & des capitaines de navires.
- „ 490. En effet, il peut fe pratiquer bien des abus à cet égard. Le droit eft „ dû au Barril dé i$o livres. Il arrive fouvent que le capitaine du navire 3, qui apporte des charbons, ignore la quantité de barrils de 2fo livrer „ qu’il peut contenir} de même les négocians de France, à qui il eft en-„ voyé. Les raifons qu’en donnent les uns , c’eft qu’en Angleterre, où cette 3, marhandife eft à bas prix, elle fe charge fans mefurage} les autres qui „ conviennent d’un riiefurage, allèguent que les mefures dont 011 fe fert jj en certains"endroits où fe chargent lefdits charbons , varient fl fort entre
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- T„ elles, & font fi différentes de notre barril , qu’il ne leur eft pas pofli-„ ble de faire la réduction au barril, & de donner une déclaration' jufte; „ ils demandent à en être difpenfés ; on ne les en difpenfe cependant point. „ Mais quand après le mefurage il fe trouve un excédent, la bonne-foi „ qu’ils ont montrée empêche de tenir rigueur fur la faifie de l’excédent. „ Le droit, par ce défaut de déclaration exaéte, fe trouve à la merci de „ gardes-côtes à bord des navires, qui procèdent au mefurage, & fur la „ fidélité ou l’exactitude defquels il ne faut pas toujours compter. Par „ cette infidélité, ou par cette inexactitude , on parvient à atténuer le „ droit en le payant fur une moindre quantité de barrils qu’il n’y en a „ réellement.
- 491. „ Pour obvier à cette fraude , le parti que l’on propofe de prendre ,, ferait de fixer le droit par tonneau de mer, pour les charbons qui viennent „ par mer , & ce droit ferait perceptible relativement au nombre de tonneaux „ dont ferait le port du navire à morte charge. Les navires qui apportent des „ charbons ont pour l’ordinaire leur charge complété. Mais qu’elle le fût ou „ qu’elle ne le fût pas , le droit ferait toujours dû fur le nombre de tonneaux de „ la capacité du navire ; ce ferait l’aifaire des négocians & capitaines d’avoir „ toujours charge entière. Il en ferait pour ce droit comme pour celui de fret. ,, Ce moyen ferait fûr pour parer à la fraude ; où s’il s’en pratiquait encore , „ elle ferait moindre que celle qui peut fe faire aujourd’hui. Celle qui pour-„ rait fe faire, ferait de déclarer un moindre nombre de tonneaux que n’en „ porterait le navire. Mais il y aurait à courir les rifques de la faulfe déclara-„ tion y c’eft fur les certificats du jaugeur de £amirauté que fe fait l’acquittement „ du droit de fret. Les mêmes certificats ferviraient de réglé pour le paiement „ du droit fur les charbons ; & fi par la jauge que ferait l’amirauté , il fe trou-„ vait un plus grand nombre de tonneaux que celui déclaré, on pourrait ,, dans ce cas ordonner la confifcation de la marchandife excédente, à raifon „ de 2000 livres par tonneau, avec amende ordinaire de 300 livres pour la ,, totalité de l’excédent faifi ; ou encore, au lieu defdites confifcation & „ amende , fixer une peine par tonneau qui aurait été déclaré de moins.
- „ C’eft ainfi qu’il en a été ordonné pour le droit de fret par l’arrêt du 19 „ avril 1701. Cet arrêt accorde un jeu du dixième (a) , pour mettre les ca-„ pitaines à couvert des erreurs qu’ils auraient pu commettre dans la jauge ,, de leurs navires. Si après la jauge faite,'la contenance du navire ne fe „ trouve excéder celle portée par la déclaration que d’un dixième & au-„ delfous, il n’y a lieu qu’au paiement du droit à raifon de la quantité de „ tonneaux effectifs & aux frais de la jauge. Si au contraire la contenance
- ( a ) C’eft-à-dire, que d’un à dix , de poids ou de nombre, il n’y a pas lieu à faifie. Tome XVI. O o 0
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- „ du navire excede la déclaration de plus du dixième, l’arrêt de 1701 , in-3, dépendamment des droits de l’excédent, des frais & dépens , prononce une y, peine de cinquante livres d’amende par chaque tonneau omis. Il eft à ob->9 ferver que , lorfque cette peine de cinquante livres par tonneau a été pro-
- noncée , le droit de fret (éz) n’était que de cinquante fols par tonneau. Si ,, l’on ne trouvait pas cette peine de cinquante livres par tonneau non dé-,, duré aifez forte pour le droit des charbons, qui doit être beaucoup plus ,, fort que celui de fret, on pourrait doubler cette peine.
- 492. », A l’égard d,e la qualité du droit, elle dépend du parti que prendra y9 le confeiL S’il fe décide à établir le droit de trente fols uniformément ,, dans toutes les provinces , le droit reviendra à douze livres, non compris » les cinq fols pour livre par tonneau de mer, parce que le tonneau étant ,, de 2000 livres, il repréfente huit barrils du poids de 2fO livres , qui, „ à ra-ifon de trente fols du barril, font douze livres pour 2000 livres pe-„ faut. Si ie confeil prend le parti de laiifer le droit fur le pied qu’il fubfifte „ aujourd’hui, à raifon de dix-huit fols dans les provinces autres que la Flan-yy dre , Picardie, Normandie & Bretagne ,1e droit ne fera de douze livres „ par tonneau que dans les ports de ces quatre provinces, & dans tous les „ autres de fept livres quatre fols. S’il juge à propos de le remettre à douze „ fols, il ne reviendra qu’à quatre livres feize fols par tonneau *, & ces droits „ feraient perceptibles, de quelques pays étrangers & par quelques navires „ que lefdits charbons foient apportés. Pour ce qui eft des charbons qui ,, viendraient par terre , ils continueraient à acquitter au barril du poids de „ 2fo livres. Il ne ferait fait non plus aucun changement, ni pour le poids „ des barrils, ni pour le droit par rapport aux charbons qui viennent du s.» Hainaut étranger par terre dans la Flandre & le Hainaut Français , non j> plus que ceux qui paifent en tranüt de Mons à Tournay par Condé. „
- A. Du jaugeage des batimens de mer.
- 493. On, appelle jaugeage^ l’art de mefurer la capacité ou le contenu de toutes fortes de vaiiieaux. L’ancienne maniéré ulitée à Bordeaux pour rapporter à une raefure connue la capacité d’un vailfeau , & réduire les marchan-difes au tonneau de mer, était fort fimple ; en voici la méthode, telle qu’elle eft rapportée dans le Dictionnaire du commerce de Savary ( b ).
- 494. “ Les vijiteurs d'iffue prennent les dimensions des vailfeaux, avec leur
- (fl) Qui fe paie à morte charge aux ( h ) Etat général du commerce de l’Eu-bureaux des fermes par les négocians ou rope, article des Vifîteurs d’ijjuc, tome I, maîtres de navires étrangers, à l’entrée page 5 3. oh à la fortie des ports & havres du royaume.
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- „ cordeau ou chaînette, favoir, de la longueur, de la largeur, de la profon-„ deur, ou calaifon, pour en favoir le port, & combien ils peuvent contenir „ de tonneaux. Quand le vailfeau eft jaugé, les vilîteurs dreflent un état de „ fa cargaifon, c’eft-à-dire, de toutes les marchandées qui ont été déclarées „ devoir en faire la charge. Cet état s’inferit fur une feuille volante, qu’on. „ nomme un portatif. Cela fait, ils réduifent les marchandées au tonneau-de „ mer, & comparent en fuite le premier produit de tonneaux qu’a donné l’o-„ pération de la jauge, avec le nombre de tonneaux, fuivant la cargaifon des „ marchandées. La comparaifon des deux produits étant faite, ils prennent „ une mefure proportionnelle, fur laquelle iis jugent delà véritable capa-„ cité, & du port réel du vailfeau. Il faut remarquer encore qu’avant de „ comparer enfemble les deux produits, les viliteurs ajoutent toujours dix „ pour cent de tonneaux, au produit de la cargaifon ; enforte qu’un vailfeau M chargé de cent tonneaux de marchandées, ils le tirent pour cent dix ton-„ neaux.',,
- 495’. Le jaugeage des bâtimens de mer eft le plus difficile. Sa difficulté con-ftfte (a) “ en ce que chacune des deux coupes horizontales du vailfeau a w une circonférence ou un contour très-bizarre , formé de différentes portions „ de courbes différentes ; & de plus , en ce que les deux coupes ont des con-„ tours très-différens : ainli la géométrie doit défelpérer d’en avoir les aires. „ Quant à la diftance des deux plans, qui eft la hauteur du folide qu’ils com-„ prennent, il eft très-aifé de la prendre immédiatement. Or, la lumière de la 3j géométrie manquant, les hommes ont, pour ainli dire, été abandonnés „ chacun à fon fens particulier. En différentes nations , en différens ports „ d’une même nation, & en différens tems, on a pris différentes maniérés „ de jauger.
- 496. „ Comme ce jaugeage a pour objet de favoir ce que les vaiffeaux de „ mer peuvent contenir de marchandées, outre toutes les chofes néceffaires ,, pour faire voyage, parce qu’il fe leve des droits fur ces marchandées, on „ appelle proprement jaugeage des vaiffeaux, non de la capacité entière de „ leur creux ou vuide, mais feulement de la partie de cette capacité que les „ marchandées peuvent remplir. Ainli le vaifleau étant conftruit, 8c pourvu „ feulement de tout ce qui lui eft néceflaire pour le voyage, il enfonce dans „ l’eau d’une certaine quantité, & jufqu’à une ligne qu’on appelle ligne de „ l'eau. Si de plus on le charge de toutes les raarcha^idiies qu’il peut porter ,, commodément ou fans péril, il enfonce beaucoup davantage, & jufqu’à une ,, autre ligne qu’011 appelle ligne du fort, parce que la diftance de cette ligne, j, jufqu’à celle où le vailfeau ferait près de fubmerger, fe prend par rapport
- (a) Extrait de l’Encyclopédie, tomeVIII, au mot Jaugeage.
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- „ au milieu du vaiiTeau , qui en eft la partie la plus baffe & en même tems la „ plus large, qu’on appelle le fort, la ligne du fort.
- 497. „ La ligne du fort, dans un vailfeau aulli chargé qu’il peut l’être, „ eft ordinairement un pied au-deffous du fort ; la ligne de l’eau & celle du ,, fort, font toutes deux horizontales , & par conféquent parallèles ; & il faut „ concevoir que par elles paffent deux ferions ou coupes du vailfeau, qui fout „ auiïideux plans horizontaux. Il efl: vifible que c’eft entre ces deux plans „ qu’eft comprife toute la capacité du vailfeau , que les marchandées occupent „ ou peuvent occuper : c’eft elle qui doit les droits, & qu’il faut jauger. Levo-,, lume d’eau qui la remplirait, eft d’un poids'égal à celui des marchandées ; „ & fi l’on fait quel eft ce volume , & par conféquent fon poids , car un pied ,, cube d’eaupefe 72 livres, on fait le poids des marchandées du vailfeau. ,,
- 49 8. O bferv allons particulières fur les poids & mejures comparés. La plupart des nations chez qui le commerce fleurit, ont leurs poids particuliers , défi-gnés par dftférens noms , comme on a eu occafion de le voir dans le courant de cet ouvrage. Chacun de ces poids, fes divifions & pefanteurs different fuivant les denrées , fuivant les provinces , &c. Cette diverfité de poids, l’impoflibilité de la réduction exa&e des différens poids établis même dans une feule nation, font un des articles les plus embarraffans du commerce.
- 499. La livre de Londres eft de quatorze onces cinq huitièmes. Par toute la France la livre n’eft pas la même 5 à Paris, elle eft de feize onces ; à Tou* loufe, & dans tout le haut-Languedoc, la livre qu’on appelle poids de table, n’eft que de treize onces & demie du poids de Paris ; à Lyon , la livre poids de ville, n’eft que de quatorze onces ; enforte que 100 livres de Lyon 11e valent que 88 livres de Paris. A Marfeille, & dans toute la Provence, la livre eft de treize onces du poids de Paris. A Rouen, outre la livre commune de Paris, ils ont le poids de vicomté (a), dont la livre eft de feize onces cinq gros huit grains 8c deux troifiemes.
- 500. Quoique les mefures de charbon au poids varient néceflairement. par les raifons que l’on a préfentées à leur place, les obfervations de MM. Peronnet & Lavoifier, fur le poids du demi-minot, d’où s’enfuit celui du mi-not, ont l’avantage de donner la facilité d’eftimer au poids différentes me-rftires inconnues , par approximation avec notre minot ou notre demi-minot de Paris. Le poids moyen d’un pied cube de charbon de terre , ou pour par- . 1er plus exactement , d’une mefure de charbon de terre d’un pied cube de . capacité , eft , comme on l’a vu d’aorès M. de Voglie , depuis 60 jufqu’à 65* livres , & d’après les expériences de MM. Peronnet & Lavoifier, de 62 livres. D’après cela, il ferait peut-être poffible d’eftimer les différentes me-
- (a) Jurifdicftion qui connaît la police des rivières, & tout ce qui regarde les poids & mefures, & droits de vicomté.
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- fures au poids , par approximation avec notre minot, qui en confequence pefe pour un charbon 182, & pour un autre 186 J c’eft-à-dire, de 180 à 186 livres.
- foi. Le galon d’ufage en Angleterre, fe trouve précifément pefer depuis 56 jufqu’à 62 livres (V)> 63 galons font le muid ou la barrique, 126 galons. font la pipe, & 2fS galons font le tonneau. Dix de ces galons reviennent à une autre mefure ufitée pour les grains dans quelques endroits d’Angleterre, particuliérement à Newcaftle, & qu’on nomme quartiere. A Morlaix , en Bretagne , il y a aufïi une mefure de grains qui s’appelle du même nom quartiere. Les 18 quartieres dans cet endroit font le tonneau de Morlaix , qui eft de dix pour cent plus fort qne le tonneau de Nantes.
- 502. Un arrêt du confeil, du 31 octobre 1741 , au fujet de charbons de terre portés en grenier à Caen & au Havre, fans déclaration de quantité, donne à penfer qu’il venait des charbons d’Angleterre dans des quartieres , ou mefurés à cette mefure, dont les marchands prétendaient ne l'avoir faire l’évaluation avec les mefures de France ; on eftime qu’il faut cinquante quartieres pour faire le laft ( b ) j nommé ailleurs par corruption leth, lecht, lejl> lajire.
- 503. Il ne nous relie rien à dire fur les mefures d’Angleterre, dont nous avons fait connaître les contenances, pour le c/zd/akr à Ne wcallle, à Londres pour le fac j pour la mefure de bon compte, qui eft ordinairement un excédent d’une vingtaine par cent, exprimé par le mot fcore\ enfin pour la mefure dont 011 fe fert pour les denrées feches qui viennent par eau , comme huîtres & charbon, & appellée water meafure, mefure d’eau, mefure de quai. Nous allons maintenant nous occuper des différentes charges & mefures ufitées en France , de leurs prix en difterens tems, & de leurs poids. Il femble allez naturel de commencer par les plus fortes charges qui, fans contredit, font celles de mer, connues fous les noms de tonneau , barril ou barrique pipe, &c. appellées encore autrement dans différentes provinces.
- fG4- Port d’un vaiifeau , portée. Ce mot fe prend pour exprimer la capacité des vailfeaux , ce que l’on fpécifie par le nombre de tonneaux que le vaiifeau peut contenir. Ainfi l’on dit qu’un vaideau eft du port de deux cents tonneaux , pour dire que fa capacité eft telle qu’il pourrait porter une charge de quatre cents mille livres, parce que chaque tonneau eft pris pour
- ( a ) 11 différé peu du galon connu à Caen un lajl de bled ; ce qui revient au mot charge, en baffe-Normandie. uficé en plufieurs pays, & qui exprime un
- ( h ) Ce mot anglais qui a paffe chez plu- poids différent félon les pays ; d’où, fans fieurs nations commerçantes, défigneune doute, lajl en plufieurs endroits veut dire quantité convenue & différente félon les en terme de navigation charge, & d?où eft marchandifes ; ainfi on dit un lajl de harengs, encore peut - être venu l’expreffion lejlcr.
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- un poids dé deux mille livres. On compte qu’un tel vaiffeau chargé de deux cents tonneaux, occupe, en enfonçant, un efpace qui contiendrait deux cents tonneaux de mer. Suivant l’ordonnance , il n’eft réputé y avoir erreur en la déclaration de la portée du vaiifeau, Ci dans cette déclaration on ne fe trompe que d’un dixième.
- fof. Tonneau fe prend fouvent pour un boucaut, ou quelque grande futaille ÿ c’eft un cube dont la longueur, la largeur & la hauteur ont chacune 4 pieds 8 pouces 9 lignes deux tiers, pied de roi. Mais le principal ufage de ce mot dans le commerce , eft de lignifier quatre barriques , ou la contenance en particulier de quatre barriques. Le même mot déligne encore la pefanteur de deux mille livres poids de marc (a) , & le port ou la capacité des navires.
- Les bdandts (b ), dont on fe fert principalemenr dans la balfe-Flandre pour tranfporter fur les canaux & fur les rivières le charbon de terre, & pour le déchargement des grands bâtimens arrivant dans le port de Dunkerque, ont une capacité qui va jufqu’à quatre-vingt tonneaux.
- Le tonmau d'arrimage ( c ) eft de 42 pieds cubes. Le tonneau de mer eft compofé de 56 barriques.
- Le barrit, dont l’étalon eft fixé à deux cents cinquante livres poids de marc , eft encore évalué différemment dans quelques provinces maritimes de France. Un privilège de la fénéchauffé de Bordeaux , eft d’avoir de grandes barriques exclusivement à tout autre pays; celles de la haute-Guienne doivent être plus petites au moins d’un cinquième : cela a été réglé par plu-fieurs arrêts. La barrique Bordelaife doit avoir z pieds 10 pouces de long; elle doit avoir de groffeur , au milieu où eft la bonde, 6 pieds 8 pouces , & aux deux côtés vis-à-vis les jables, f pieds 11 pouces.
- Muid : avant que le charbon de terre payât les droits par barril, le char-
- ( a) Poids de huit onces. C’eft par cette raifon qu’à Paris & dans toutes les villes de l’Europe, quand on parle d’une livre poids de marc, on l’entend toujours d’une livre pelant feize onces ou deux marcs.
- ( b ) Ou belandres. En terme de marine, c’eft un petit bâtiment de mer, qui eft fort plat de varangues,qui a fon appareil de mâts & de voiles femblable à celui d’un heu, & dont la couverte, ou le tillac, ou pont, s’élèvent de proue à pouppe d'un demi - pied plus bas que le plat-bord ; outre qu’entre le plat-bord & le tillac il y a un efpace d’environ un pied & demi qui régné en-bas, tant à
- ftribord qu’à bas-bord. Les plus grandes belandres peuvent fe conduire par trois ou quatre perfonnes : elles vont à la bouline comme le heu, & ont pour cela des femelles.
- ( c ) On appelle arrimage ladifpofition , l’ordre & l’arrangement de là cargaifon du vaiireau , de même que l’a&ion de ranger la marchandife dans le fond de cale : cette fonction eft attachée dans quelques ports de mer, & finguliérement dans ceux de la Guienne & dans le pays d’Aunis , à des bas-officiers de port, nommés par cette raifon arrumeurs : ceux à qui appartiennent les marchandées, paient à cet efiet m droit,
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- bon d’Angleterre & d’Ecoffe payait, au bureau général de la Rochelle, par muid , compofé de 80 bailles (V) ou paniers.
- A Rouen & en balfe-Normandie , le charbon de terre de Litry fe vend au eent (b) , qui eft compofé de cent cinq barrils ( c ), & qui paie deux livres de droit, au profit de la chambre du commerce , en confëquence d’un arrêt du confeil du 19 juin 1703. (d).
- Comporte , baille , albigeois , mefure pefant environ 280 livres net à Bordeaux.
- Ferrât, mefure avec laquelle on mefure le charbon à Gaillac , fur le Tarne, qui eft l’entrepôt du charbon de Carmeau (e ) ; il faut environ 1100 ferrats pour un tonneau , & plutôt plus que moins. Il en coûte de voiture de Gaillac à Bordeaux, deux fols fix deniers , ou deux fols neuf deniers , & quelquefois trois fols par ferrât, ce qui revient à 170 ou 180 livres par tonneau compofé de cent comportes. Le charbon de terre de Carmeau , à deux lieues d’Alby , connu à Bordeaux pour charbon de Gaillac , fe vend à Bordeaux 400 livres le tonneau. Dans ce port, le tonneau de charbon de Newcaftle , compofé de cent comportes & de quatre-vingt bailles, pefe environ de 230 à 240 livres : il fe vendait en 1764, 4fo à 4^0 livres. Le charbon d’Irlande y a valu pendant un tems de 120 à 130 livres de moins par tonneau.
- Charge^ encore différente, félon qu’elle eft portée par des animaux ou autrement. La charge Nantaife eft de 300 livres Nantaifes ; celle des mines du Lyonnais eft aulîi du même poids. La charge des bateaux eft quelquefois appellée navée.
- Mefure. Aux foffes du Hainaut Franqais , la mefure pefe 230 livres , & s’eft vendue 22 fols 6 deniers: avant la découverte de ces mines, la même mefure de charbon Autrichien (/) fe vendait 37 fols 6 deniers à Valenciennes.
- Le§ deux demi-barrils font, pour la quantité 8c pour le poids , la même mefure que la demi-rafiere de Dunkerque.
- La rajiere de terre ne pefe que 245: livres i celle de Flandre, nommée à Dunkerque audi , pefe , mefure de mer, 280 livres. )
- (a) Baille lignifie un vaiffeau en forme de barrique ou de baquet, en ufage fur , quelques bâtimens de mer, deftiné à différentes chofes.
- ( b ) Terme dont on fe fert fouvent dans le commerce pour exprimer une certaine quantité des chofes dont on trafique.
- ( c '/ Ce barril eft de la contenance de quatre boiffeaux combles.
- ( d) Portant réglement pour l’établiffe-
- ment de cette chambre dans la ville de Rouen, avec le tarif des droits que le roi veut & ordonne être levés furies marchan-difes qui entreront dans ladite ville de Rouen.
- (e) Il paraît que le dovillard, dont il a été parlé , eft aujourd’hui de peu d’ufage.
- (f ) La wague ou vague de charbon, d’ufage. au pays Montais, eft évaluée dans les ordonnances de France à 144 livres.
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- Réflexions fur le fécond moyen.
- f06. iC Après avoir écarté la concurrence du charbon de terre étranger „ par l’impofition d’un droit fort, le moyen le plus efficace pour donner „ faveur au charbon national, eft de le libérer de tous droits à la circulation „ dans les différentes provinces. Ces droits gênent le tranfport de cette ma-„ tiere, ajoutent à fon prix, & détruifent ou diminuent l’avantage que de-„ vrait leur procurer dans les lieux de la deftination , l’impofition établie fur „ les charbons étrangers. Mais dans ce droit de circulation , indépendam-„ ment de ceux des traites , il y en a qui peuvent être dus à la partie des do-„ maines , & à celle des aydes, d’autres à des villes & communautés, d’au-„ très à des engagiftes , d’autres enfin à des feigneurs particuliers. Le roi peut ,, bien exempter des droits qui lui appartiennent, en pailant au fermier „ indemnité du vuide qu’opere l’exemption accordée : Sa Majefté peut encore „ compofer vis-à-vis des engagiftes à qui elle a fait des aliénations ; mais „ peut-elle difpofer des droits que, par des circonftances onéreufes, elle a „ attribués à des villes , corps & communautés ? Peut-elle priver les feigneurs „ particuliers de ceux dont la propriété leur appartient, fans donner ma-„ tiere à des plaintes & à des repréfentations fondées ?
- 5*07. «En admettant que le miniftere trouvât des moyens pour furmonter „ ces obftacles & affranchir la circulation defdits charbons de tous droits géné-„ râlement quelconques , cette exemption porterait-elle furies droits dus aux „ entrées de Paris ? Ces droits forment un gros objet : il en eft dü, 1 °. aux offi-,, ciers mefureurs & porteurs de charbons de terre ; 2°. aux officiers des char-„ bons de bois ; 30. aux gardes - bateaux & planchéieurs ; ce font des attributs „ de leurs charges; 40. à l’hôpital; f°. à la ferme générale. Tous ces droits „ réunis ont formé pour la troifieme année du bail courant commencé le „ premier o&obre 17^8 * & fini le dernier feptembre 17^9 (^),un total de « 8-9°8 livres 5 fols 7 deniers, compris les quatre fols pour livre, & non „ compris le nouveau fol pour livre. Si donc on entendait comprendre „ ces droits dans la fuppreffion générale , on ne pourrait fe difpenfer de „ rembourfer aux différens officiers le prix de leurs offices , & de donner „ à l’hôpital un équivalent par forme de dédommagement. Les droits defdits „ officiers entrent dans ladite fomme de 82908 liv. fols, pour 63 396 liv.
- „ 1 fol 3 deniers; l’hôpital, pour 3 290 livres 2 deniers; enforte qu’il refte „ pour la ferme 16222 livres 3 fols 7 deniers.
- fo8- « Ces droits dus aux entrées de Paris , quoique multipliés &
- ^ forts, 11e paraiffentpas pouvoir préjudicier au commerce des charbons,
- (fl) Ce bail fera annexé à l’article des droits de charbons de terre pour Paris.
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- ,, & nuire à l’exploitation des mines. Les charbons qui paffent debout dans „ Paris, ne font fujets à aucun droit. Ceux qui y relient font donc pour la confommation de la ville. Tous les ouvrages pour lefquels on emploie >, cette matière , font pareillement deftinés à la confommation de ladite ville. „ Ce n’eft qu’accidentellement qu’il peut fortir de ces ouvrages pour les » environs j mais on peut avancer qu’il ne fe fait aucun commerce defdits „ ouvrages au-dehors, parce que la main-d’œuvre de Paris effc trop chefs. „ Puifque les droits aux entrées de Paris u’intérelfent que la confommation 5, de cette ville, que les ouvrages auxquels ils font employés font pareil-,, lement deftinés à fa confommation , ces droits entrant dans la valeur def.
- dits ouvrages, font infenfiblement fupportés par le confommateur. Ces » raifons conduifent à penfer que, fi le confeil fe portait à accorder une „ exemption générale à la circulation des charbons de terre, la ville de Paris „ pourrait être exceptée de cette réglé générale.
- f 09. „ Avant de travailler au projet d’arrêt demandé , 011 a cru devoir „ remettre fous les yeux du confeil les différens droits qui ont été impofés fur „ les charbons de terre venant de l’étranger, & propofer quelques réflexions „ fur l’augmentation de ces droits à l’entrée , & fur l’exemption totale à la circu-„ lation. Sa décifion déterminera l’efprit dans lequel doit être drelfé cet arrêt.)9 [ 510. Si l’on s’en rapporte à l’allégation de la compagnie de commerce établie à Dunkerque, de plus de deux mille vailfeaux fortant tous les ans des ports d’Angleterre, chargés de charbon de terre,une partie approvifionne les côtes & les ports de France, ce qui enleve beaucoup d’argent comptant fondu à Londres , & transformé en efpeces anglaifes. Cette perte eft accompagnée d’un autre mal pour le public, c’eft le prix exceftif auquel les charbons anglais font vendus dans nos ports, prix qui a encore augmenté par les nouvelles taxes que les Anglais ont impofées fur la fortie de leurs charbons , dans l’idée que cette augmentation ne tomberait pas fur eux. L’offre dont nous avons parlé à l’article du Hainaut, faite par la compagnie de commerce , paraîtrait propre à établir une concurrence animée entre le charbon anglais & le charbon français. ]
- ARRÊT du confeil d'état du roi, qui réglé les droits à percevoir fur Us charbons de terre étrangers qui viennent dans le royaume par mer, &c. Du 1 S feptembre 1763. Extrait des regijlres du confeil d'état.
- A. Le roi s’étant fait repréfenter , en fon confeil, l’arrêt rendu en icelui le f avril 1751, par lequel Sa Majefté aurait ordonné qu’à l’entrée de la province de Bretagne , il ferait perçu fur le barril de charbon de terre étranger, du poids de deux cents cinquante livres, le même droit de Tome XVL P P P
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- trente fols, qui était établi à l’entrée des ports de Picardie, Flandre & Normandie , par arrêts des 6 juin & jf août 1741 3 & qu’à l’égard des autres entrées du royaume, il ferait payé dix-huit fols par même barril, au lieu du droit de douze fols, qui avait été ordonné par arrêt du 28 novembre' 1750: & Sa Majefté étant informée que cette perception au barril eft fuf-ceptible de difcullions & d’abus dans les différens fports, en ce qu’il arrive fouvent que les capitaines des navires qui apportent des charbons , & les négôcians à qui ils font adreifés, demandent à être difpenfés d’en faire déclaration , fous prétexte qu’ils ignorent la quantité de barrils de deux cents cinquante livres que peuvent contenir lefdits navires 3 que les raifons données par les uns, font, qu’en Angleterre, où cette marchandife eft à bas prix, elle fe charge fans mefurage 3 que les autres , qui conviennent d’un mefurage, allèguent que les mefures dont on fe fert en certains endroits où fe chargent lefdits charbons , varient fi fort entr’elles, & font fi différentes du barril de deux cents cinquante livres, qu’il 11e leur eft pas pofiible d’en faire la rédudion audit barril, & de donner une déclaration jufte 3 qu’au moyen de l’inexaditude dans les déclarations qui font remifes , & des difficultés , longueurs & embarras qu’entraîne néceifairement le mefurage defdits charbons , qui d’ailleurs eft confié aux foins de fimples gardes - côtes à bord des navires, on parvient à éviter le paiement de partie defdits droits d’entrée 3 que ces droits fe trouvant atténués, l’objet dans lequel ils ont été impofés n’eft pas rempli : à quoi étant néceifaire de pourvoir, & Sa Majefté voulant pour cet effet établir une perception plus certaine & uniforme dans tous les ports du royaume 3 délirant encore donner des preuves plus particulières de fa protedion à l’exploitation des mines du royaume , en facilitant la circulation des charbons de terre dans les différentes provinces : oui le rapport du fieur Bertin , confeiller ordinaire au confeil royal, contrôleur des finances , le roi étant en fon confeil, a ordonné & ordonne , qu’à l’avenir & à compter du jour de la publication du préfent arrêt, il fera perqu dans tous les ports du royaume , fur les charbons de terre qui y viendront par mer de l’étranger, douze livres par tonneau de mer, fuivant la contenance à morte charge (æ) des navires par lefquels ils feront apportés. Veut néanmoins Sa Majefté que ledit droit 11e foit levé que fur la contenance de la cale entière, s’il 11’y a aucuns charbons chargés fur l’entrepont: enjoint à cet effet à tous capitaines de navires de faire dans les vingt-quatre heures de leur arrivée, déclaration exaéte du nombre de tonneaux que jaugeront leurs navires, en obfervant de diftinguer, dans le cas feulement où il n’y aurait aucun chargement de charbons fur l’entre-pont,
- {a) Dans le commerce de mer on appelle vaijjeau à morte charge,un vaiffeau qui n’a pas fa charge entière.
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- îa jauge (a) de la cale d’avec celle dudit entre-pont. Veut Sa Majefté que, fi après la jauge faite, la contenance du navire ne fe1 trouve excéder celle portée par la déclaration que d’un dixième & au-delfous, il ne foit payé que les frais de la jauge & le droit de douze livres par tonneau , a raifon de la quantité de tonneaux vérifiés : que fi la contenance du navire excede la déclarion de plus du dixième, lefdits capitaines foient condamnés à une amende de cent livres (b) par chaque tonneau non déclaré, indépendamment des droits, frais & dépens j laquelle amende 11e pourra être, fous quelque raifon & prétexte que ce puiife être, remife ni modérée. A l’égard des charbons de terre qui viendront de l’étranger par terre, les droits d’entrée continueront à en être payés comme par le palféi, Ordonne Sa Majefté que les charbons de terre qui feront tranfportés dans les différentes provinces ‘du royaume, tant des cinq grolfes fermes , que réputées étrangères , jouiront, à leur circulation dans ces différentes provinces , de l’exemption de tous droits de traites. Et fera le préfent arrêt lu, publié & affiché par-tout où befoin fera. Fait au confeil d’etat du roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles le ig feptembre 1763. Signé, Phelypeaux. )
- Obfervadons fur les différentes mefures d'ufage dans le commerce du charbon de terrej
- 511. On a vu qu’il y a pour la vente du charbon de terre deux fortes de mefures. Les unes, d’ufage fur-tout pour cette marchandife emportée au loin , s’évaluent au poids. De ce nombre font la mande & la rafiere du Hainaut & de l’Artois, le muid d’Anzin, la comporte ou baille de Rouergue, la pipe. Nantaife , le ferrât de Gaillac , le douillard de Nantes , la benne du Lyonnais , la bafcholée du Nivernois. Les mefures les plus connues dans le commerce en grand, par mer, font celles dénommées dans les arrêts & tarifs pour le charbon i favoir, le barril du poids de 300 livres , fuivant l’arrêt du 19 juiir 1703 , évalué à 250 livres poids de marc, par d’autres arrêts poftérieurs du 16 juin & du 1^ août 1741 i le tonneau de mer, du poids de 5x00 livres. • '
- y 12. La qualité compaéle de quelques charbons , qui femble devoir les fendre lourds , n’ajoute pas autant qu’on l’imaginerait à la pefanteur du charbon vendu à mefure eftimée par poids : au contraire, foit que le gros charbon , ou le charbon en pierre , laiife dans une mefure de ce genre beau-
- ( a) Cet article des mefures comparées (Z>) Cinquante livres de plus que celle enfemble, & le jaugeage des navires , étant portée par l’article VII de l’arrêt du confeil fujets à des 'difficultés /nous terminerons du 19 avril 1701 , portant réglement pour ces additions par des éclaircHfemens rela- le paiement du droit de fret, tifs à cette matière.
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- coup d’intervalle entre chaque morceau , foit que ce charbon contienne en général moins d’air , on obferve qu’une même mefure de gros charbon s’y trouve toujours pelant quelques livres moins que celui qui elt en poutlîere , & que la même mefure dont on fe fera fervi pour le gros charbon également remplie comble de charbon menu, qui foifonne réellement davantage, pefe quelques livres de plus. Il y aurait à examiner fi cette différence le rencontrerait en mefurant le même charbon d’abord en groffes pierres, & enfuite réduit en menu. Ce dernier d’ailleurs, fortant de la mine dans l’état de pouflier, doit préfenter des différences de poids, relatives à fon état de féchereffe, d’humidité au fortir de la mine , ou refté à l’air. M. de Voglie , dans fon mémoire , ( a j prétend que tout charbon de terre fec & prefqu’en poudre i5 étant fuffifamment mouillé , foifonne plus, & pefe moins que lorfqu’il eft bien fec ; il ajoute que les marchands entendus ne manquent point de le mouiller pour le vendre, de maniéré qu’ils font un bénéfice fenfible fur la feule mefure. Le charbon de terre d’Anjou, par exemple, au rapport de M. de Voglie, pefe depuis 60 jufqu’à 6$ livres le pied cube, félon qu’il eft plus ou moins mouillé.
- 513. Les autres mefures d’ufàge pour le charbon de terre ont lieu dans la vente en détail; ce font uniquement des mefures de contenance, de l’efpece qu’on appelle mefures feches, dont ordinairement la forme eft ronde, ou à peu près : quelques - unes, de ces mefures cependant ne font pas des mefu-res effe&ives, comme pourraient être le boijjeau ou le minot de Paris, mais des mefures idéales, & pour ainfi dire des mefures de compte, ou un com-pofé de plusieurs autres certaines mefures.. Il a dû en conféquence s’introduire néceffairement dans ce mefurage quelques termes particuliers, comme le tajfage, mefurer à main tierce , c’eft-à-dire ras ; mefurer comble,
- ' î: ?.. •
- Navigation du charbon du Fore£, de L'Auvergne, du Bourbonnais & autres , par le canal de Briare, jufqu à Nemours.
- 514. Arrivés entre Châtillon & Gien, ces bateaux, au lieu de fuivre la riviere. de Loire, font route par le canal de Briare. Ce canal prend fon nom de la ville de Briare, où eft la porte de Tête; il remonte vers le nord par Ouzouer, côtoie le ruiffeau de Trezée , continue par Rogny, Châtillon-fur-Loire , & finit dans cette riviere à Montargis, où eft la porte de Mouille du canal, après un trajet de douze lieues. A Montargis, il fe continue jufqu’à Moret, mais fous un autre nom; nous en parlerons à part.
- j'iy. Celui de Briare, outre divers ponts qui le traverfent pour la
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- communication des villages où il paffe , eft coupé par quarante- une éclufes , qui font de grolfes conftrudions de pierres ou murailles parallèles, disantes de vingt à vingt-quatre pieds, fermées de portes par les deux extrémités, au -milieu defquelles fe forme un ballin nommé fas, plus long, que large. L’eau eft toujours dormante dans le canal , & ne paffe d’un fias,, dans un autre, qu’au moyen des éclufes , qui produifent l’effet d’une pompe en action, & la forcent ainli de monter ou defeendre, fuivant le befoin. Cette eau tenue d’abord en réfervoir dans divers étangs creufés aux environs du canal, y coule, lorfqu’il eft néceffaire , par des canaux pratiqués exprès, & qui font fermés par des empêlemens qu’on leve ou qu’011 baiffe félon les cas. ,
- p 6. Quand un bateau eft enfermé dans le fas, on lâche l’eau, qui l’éleve de deux ou trois toifès, le fait paffer d’un fas ou d’un baffin plus bas dans un autre d’un fond plus élevé, & réciproquement de la première à la derniere chambre par le jeu alternatif des éclufes : c’eft ainfi qu’un bateau paife de la Loire dans le Loing , quoique le terrein d’entre-deux (oit élevé de plus de cinquante toifes au-deifus de ces deux rivières, & de la riviere de Loing dans la Seine à Moret. D’ordinaire, un bateau fur le canal fait environ trois lieues par jour. Lorfque le canal eft bien plein, la tenue eft de trente-deux & trente - quatre pouces d’eau; mais lorfqu’il eft bas, elle n’eft que de vingt-fix à vingt-huit pouces. Il faut pour cela attendre les crues de l’Ailier, & cë n’eft que dans certains tems de l’année ; ordinairement il s’ouvre vers la Touffaints, & quelquefois plus tard, & fe ferme à la fin de juillet : quand les chaleurs font grandes le canal eft fermé, & la navigation interrompue; cela comprend trois mois par année, lavoir, août, feptembre & octobre. La traverfée par le canal de détour, eft alfujet-tie à deux jurifdidions différentes: celle des feigneurs du canal, comme> adminiftrateurs ; & celle que le bureau de l’hôtel-de-ville de Paris exerce fur toutes les rivières, ruiifeaux & cours d’eau , fervant à la provilion de Paris.
- 517. L’histoire du commerce de charbon, que nous faifons toujours marcher avec l’art de l’exploitation, eft naturellement liée avec celle.de ces; deux attributions : nous allons joindre ici à l’hiftoire fommaire de l’établif-fement du canal, une connaiffance abrégée de l’exercice de ces deux jurift. didions, d’après des mémoires imprimés en 1770 , pour les prévôt des marchands & échevins de la ville de Paris, dans une conteftation élevée en-tr’eux & les feigneurs du canal de Briare, fur l’étendue du pouvoir accordé à leur juge.
- y 18. Le premier inventeur du projet de cette communication de la Loire avec la Seine , commencé aux 'dépens de l’état fous le régné de Henri le Grand , n’eut point la fatisfadion de l’exécuter : Guillaume Boutron &
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- Jacques Guyon s’engagèrent à reprendre l’entreprife de ce canal en 1638; c’eft à eux qu’on eft redevable du double fervice d’avoir établi une circulation de commerce dans des provinces où il languilfait, & d’avoir coopéré à procurer l’abondance dans la capitale du royaume. Un motif d’intérèt^per-fonnel a dû certainement.," comme dans toutes les occafions de cette nature , être inféparable des vues d’utilité publique i mais ces entrepreneurs n’en méritent pas moins une place honorable dans la lifte des citoyens efti-mables, dont le nom doit palier avec éloge à la poftérité. Pour les récom-penfer, Sa Majefté, par lettres-patentes du mois de feptembre 1638» données à Saint-Germain-en-Laye, vérifiées au parlement le 14 avril de l’année fui vante , leur céda les fonds & tréfonds du canal, leur fit don de tous les matériaux qu’ils trouveraient, & des ouvrages commencés, leur céda les droits qu’ils pourraient lever fur les marchandifes qui y feraient embarquées.
- $19. Une navigation de l’efpece décrite ci-deifus, qui fe fait par artifice par des retenues d’eau de diftanœ en diftance , qui demande des prépofés pour ouvrir 8c fermer les éclufes, des ouvriers perpétuellement occupés à réparer les dégradations , &c. emporte la néceffité d’une fubordination des mariniers envers ces propofés, d’une autorité en état de pourvoir aux inci-dens qui pourraient troubler l’harmonie & les opérations d’une navigation dont l’utilité ferait bientôt anéantie , Ci elle était abandonnée, comme fujr une uiviere , à la feule induftrie des mariniers.
- fao. Il était naturel que les propriétaires repréfantans les entrepreneurs euifent la première efpece de jurifdiclion relative à la navigation particulière aux opérations & à la confervation du canal devenu leur patrimoine. Mais d’une autre part, l’objet de cette communication importante de la Loire avec la Seine, étant l’approvilionnement de la capitale, & les adminiftrateurs ou juges confervateurs du canal ne pouvant être cenfés au fait de cette partie, il reftait à établir une police différente de la première , celle fur la navigation générale & relative à la provision de Paris , fur les marchands & fur les marchandifes, conféquemment aux réglés prefcrites pour cet objet. En cela le canal fe trouve naturellement fujet à la jurifdicftion des juges ordinaires des marchandifes venant par eau pour la provifion de Paris : c’eft aulîi fur ce plan que font établies fur le canal les deux jurifdiétions dont je vais donner une connailfance abrégée , & qui parailfent clairement expliquées par un arrêt du coufeil du 1 j- juillet 1768 , en interprétation des lettres-patentes.
- Adminiflration économique., ou police de navigation fur le canal%
- f 21. Les lettres - patentes de 1638 & de 1642, portant établilfement du canal, portent conceflion de juftiçe haute, moyenne & baftè fur toute l’étendu©
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- du canal, & attribuent au juge qui y fera établi par les feigneurs propriétaires, la connaiffance de tout ce qui intéreffe la navigation par le canal, des dégradations aux ouvrages, & du paiement des droits. En vertu de ces lettres-patentes de *^38, les feigneurs du canal “ont pouvoir d’établir dans la ville » de Briare, un juge, un lieutenant, un procureur de feigneurie , & autres „ officiers,pour connaître & juger en première inftancede tous différends „ qui pourront naître , tant en matière civile , criminelle , que mixte, foit ,, pour les dégradations & délits qui pourraient être commis en tous lefdits ,, ouvrages, que de tous différends àraifon de la navigation & preception des „ droits ; lefquels juge & lieutenant peuvent juger par provision, & à la „ charge de l’appel, jufqu’à la fournie de vingt livres ; & les appellations de „ ladite juftice feront relevées dire&ement en notre hôtel-de-ville de Paris,' „ & non ailleurs. Par ces lettres - patentes, la compagnie eft autorifée à éta-„ blir douze gardes pour furveiller à la confervation du canal ; il leur eft at-„ tribué le droit d’exploiter & mettre à exécution tous mandemens , fentences „ & arrêts concernant la navigation, & confervation des ouvrages, circonf-„ tances & dépendances.
- $22. Cette juftice du canal, qui a le titre de bailliage, a deux fieges qui 11’appellent point de run à l’autre, mais qui vont tous deux également à Paris. Le premier & le principal eft à Briare ; le juge par lequel il eft rempli, eft titré de bailli ; il a fous lui un procureur fàfcal, & un greffier. Le fécond fiege eft à Montargis, & eft tenu par un lieutenant qui tient la place de bailli, un fécond procureur fifcal, & un autre greffier. Le bailli exerce feul, fur le canal, le droit de jurifdichon , qui conlifte à veiller, de la part des feigneurs , à tout ce qui concerne la navigation, relativement aux opérations du canal, qui prévient les détériorations, qui contraint à réparation, &c. Il eft qualifié juge confervateur.
- $2%. Ces droits , variés félon la nature des marc-handifes , font auffi dif-férens fur les bateaux de charbon de terre , félon qu’ils viennent du Forez , du Bourbonnais, ou de l’Auvergne, comme pour toutes les marchandifes, félon que les bateaux font vuides, ou non ; en général le bateau eft évalué à trois mille livres pour le poids. Les bateaux charbonniers, venant de Saint-Rambert, paient au canal de Briare , à la tenue de vingt-deux pouces , non compris deux autres pouces d’encouturemcnt , faifant en tout vingt - quatre pouces , trente-trois livres fix fols huit deniers, & quatre livres par pouce excédant les vingt-quatre pouces, lorfqu’il tient plus d’eau 5 c’eft-à-dire , que s’il plonge dans l’eau de vingt-cinq pouces, il paie trente-fept livres fix fols huit deniers ; s’il plonge de vingt-fix pouces , il paie quarante-une livres fix fols huit deniers , & toujours en augmentant de quatre francs par pouce que 3e bateau plongera de plus. Le bateau de charbon de Moulins, paie tantôt
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- comme le Saint-Rambert, tantôt comme celui d’Auvergne, à caufe des ba* teaux que l’on conftruit à Dion , au - deflus de Digoin, vis - à - vis Gilly. Le bateau de charbon venant d’Auvergne, paie vingt fols par pouce'de tenue d’eau jufqu’à vingt-cinq ; c’eft-à-dire, vingt-cinq livres à la même tenue que celle ei-delfus, & trois livres par pouce d’excédent. Les bateaux vuides , n’ayant point de marchandées fur lefquelles on puille fe fixer, paient par éclufe dix fols.
- $24. Ces droits fe paient à deux receveurs réfidens , l’un à Briare pour les marchandées qui entrent dans le canal à fon embouchure, & l’autre à Montargis pour tout ce qui y entre dans la route aux différens ports. Ces deux receveurs particuliers font chargés de donner des paéavans (a) aux commérons & voituriers fur le canal. Ces billets font vifés le long de la route à différentes diftances par quelques contrôleurs ; ceux-ci font en même tems éclu-fiers, c’eft-à-dire, chargés de manœuvrer quand il paiTe des bateaux qui montent ou qui defcendent le canal. L’uiàge & l’expérience leur apprennent à ménager habilement l’eau de maniéré que Pédalier en dépenfe le moins qu’il peut à chaque éclufée (b), afin d’en avoir -fuffifamment pour fournir les bàti-mens qui fe préfentent dans le courant du jour.
- f2f. La politique de la compagnie, eft de n’avoir pour éclufiers, que des contrôleurs, receveurs , maçons , charpentiers , tailleurs de pierre, &c. tous gens fans cefle néceifaires aux feigneurs du canal, & qui en même tems ont un double intérêt de s’attacher à la compagnie, foit par le fixe de réel ufe, fe montant le plus communément de cinquante, cent à deux cents francs, payés tous les ans aux dépens des propriétaires, foit par l’alfurance d’un travail qui leur eft payé au prix ordinaire, & qui eft continuel. Quoique les éclufes foient toutes en maçonnerie, & fermées de forts bois de charpente , leur conftruclion, le poids de l’eau qu’elles portent, l’exercice non interrompu où les tient le paéage très-fréquent des bateaux, entraînent une répétition continuelle de réparations; le tems qu’011 y emploie eft celui de la fermeture du canal. Ces ouvrages font dirigés par un ingénieur en chef,
- ( a ) En terme de finance lignifie un billet que donnent les commis aux recettes des bureaux d’entrée, pour donner permif-fion ou liberté aux marchands & voituriers de mener leurs marchandifes plus loin ,foit après avoir payé les droits, ou pour marquer qu’il faut les payer à un autre bureau, ou qu’elles ne doivent rien quand il n’y a qu’un fimple paffage fans commerce.
- ( b ) Ce mot fignifie deux chofes, tantôt l’eau qui eft contenue & qui coule dans une
- éclufe depuis qu’on l’ouvre jufqu’à ce qu’on la referme ; d’où l’on dit, ce ruijjcau peut fournir tant cT éclu fées par jour. On entend encore par échtfée le tems que l’on emploie à remplir d’eau le fas de l’éclufe , pour faire palfer les bateaux : on dit de cette maniéré, qu'on a fait tant d'éclufées dans l'cfpace d'un jour, £«? que la manœuvre qui fe fait dans une cclufe eft jl facile, qu'on peut y faire tant d'éclu-fées par jour.
- ayant
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- ayant fous lui les contrôleurs , èclifers , comme ceux prépofés aux droits: l’emploi de ces derniers ell de mefurer & de tirer les plans des parties à réparer,- pour les remettre à l’ingénieur, de lui rendre compte du travail, de conduire , fuivre & payer les ouvriers. Les deux receveurs particuliers rendent compte à un receveur général, demeurant à Paris, & qui tient la caille des leigneurs , jufqu’au tems des répartitions qui fe font en portions égales, fui van t le nombre des intérelfés.
- f26. Le produit général réfultant de ces ditférens droits, eft un myftere dont le receveur général & les co-feigneurs ont feuîs le fecret. Outre cette raifon de politique de la compagnie, ceux qui n’y font questionnaires, en ont une autre qui leur eft particulière ; c’eft que la plupart n’étant pas nobles , font tous les vingt ans aifujettis à des francs-fiefs qui pourraient devenir plus confidérables, fi l’on favait bien au jufte le produit de leurs adions. Avant que l’on eût creufé le canal d’Orléans , qui vient fe déboucher de cette ville à Cepoy, ce produit fe montait à de très-grolfes femmes; mais il doit avoir confidérablement diminué depuis : cependant M. Piganiol de la Force ( a ) le faifait encore monter à cent mille livres.
- Police de commerce fur le canal de Brlare, ou jurifdiclion du bureau de la ville , fur la navigation du canal.
- f 27. Les prévôt des marchands & échevins de Paris , chargés par état de procurer l’abondance aux bourgeois de cette capitale, portent leur droit de police & d’infpedion fur toutes les marchandifes deftinées à l’approvifion-nementde Paris, à l’exception des trois cas , dont le juge du canal doit feul connaître au terme des lettres patentes. Le bureau de l’hôtel-de-ville a été maintenu dans l’exercice de la plénitude de fa jurifdidion fur le canal, comme fur la Loire , fur la riviere de Seine & autres y affluentes, relativement aux marchandifes qui y paifent. Les prévôt des marchands & échevins de la ville de Paris font comme les juges confervateuis de la provif on de la capitale fur le canal.
- 52g. Afiîï de pourvoir à tout ce qui tient à cette efpece d’intendance & diredion de l’approvifionnement de la capitale, il a fallu leur donner une attribution de police fur les bateaux, les marchandifes & les marchands, relativement à l’exportation direde des marchandifes du lieu de chargement à la capitale, fans pouvoir en difpofer ailleurs : la connaiffance des conventions d’entre les marchands & les voituriers, des obftacles qui pourraient fe rencontrer à l’arrivée des marchandifes, foit par failles, ou autres caufes,
- (a) Dans fon ouvrage intitulé '.Etat de la France,
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- de la fidélité que doit le voiturier au marchand fur la confervation des mar-chandifes , de la garantie des naufrages félon les cas dans lefquels elle eft déterminée par l’ordonnance de 1672, de la préférence du paflage de certaines marchandifes fur d’autres, félon le plus ou le moins de befoin que l’on peut en avoir dans Paris. En un mot, tous les cas de difficulté qui fe rencontrent, foit pour les opérations du commerce ou pour l’indemnité, foit à forfait ou par rétribution fur les marchandifes, &c. font de la compétence du bureau de l’hôtel - de - ville de Paris, & deviennent l’objet d’une fécondé attribution.
- f29- La jouiffance de cette jurifdiétion , dont nous donnerons à part l’origine, remonte aux tems les plus reculés , & eft bien antérieure à l’étabfif-fement de la jurifdiction des eaux & forêts. On fent combien il eft nécef-faire d’empêcher qu’il ne foit rien diftrait des marchandifes qui y font destinées, foit de droit, comme lorfque ce font des marchands établis dans cette ville, qualifiés marchands pour la provilion de Paris, qui ne peuvent mener ailleurs que dans cette ville aucune marchandife, qu’ils n’y foient autori-fés par une permiffion expreife des officiers municipaux, foit lorfque les forains ont fait leur achat en déclarant que c’eft pour la provifion de Paris , ou que lors de l’embarquement la deftination 11’a point été faite expreflément pour autre lieu que Paris. La jurifdiction du bureau de la ville , faifie dès le principe des connaiftances de vente , achat , tranfport, pour les fuivre jufqu’au moment du dernier dépôt qui s’en fait à Paris:,-a dans les provinces des fubdélégués de ville, pour éviter dans les cas urgens d’avoir re-. cours au bureau, pour y faire rendre une ordonnance: ces fubdélégués y pourvoient fur-le - champ.
- Canal de Loing.
- ï?o. A Montargis , le canal de Briare change de nom & de propriétaire; il prend celui de riviere, ou canal de Loing, qui entre à plufieurs reprifes dans le canal de Briare, & le fournit prefque toujours d’eau. Quoique ce canal de Loing ait à peu près la même longueur que celui de Briare , depuis Mtmtargis jufqu’à Saint-Mammet (a) au-deifus de Cepoy, où il donne dans la Seine, après avoir reçu le canal d’Orléans, il n’a que dix-neuf éclufes. Sur ce canal, les droits font près de moitié plus forts ; il s’y perçoit le même droit, & un quinzième en fus. Ce tarif & la forme de leur perception font à peu près les mêmes que fur le canal de Briare. Enfin à Nemours, les bateaux charbonniers paient encore un droit.
- ( a ) Village du Gâtinois, qui eft un ha- des droits des marchandifes qui fe voiturent meaii conudérable de la paroifie de Moret, par eau.
- & où il y a un bureau pour la perception
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- Du commerce du charbon de terre dans la ville de Paris.
- 5*31. Tant que les marchandifes font fur le port, & ne font point tranf férées dans les maifons des particuliers, les ftatuts des communautés de commerce , des arts & des métiers font partie des réglemens de police , dont Pexécution eft confiée au bureau de l’hôtel-de-ville , fuivant l’édit de 1710, art. II. Cette jurifdidion qui commence, comme nous l’avons dit, fur les cours d’eau naturels ou artificiels par où fe fait la provifion de Paris, s’étend même fur les chemins par où les marchandifes fe charraient aux ports. L’efprit des ordonnances & arrêts relatifs à la provifion de Paris a toujours été , que cette jurifdidion fur le commerce de cet approvifionne-ment fût au bureau de ville en première inftance, & au parlement de Paris en cas d’appel.
- S 3 2. La connailfance détaillée de cette manutention dans une capitale telle que celle de la France, & de la jurifdidion qui s’exerce fur cet objet, ne paraîtra pas aux habitans de Paris & aux étrangers , moins intérelfante que celle que nous avons donnée de l’hiftoire du commerce de ce même fofllle au pays de Liege & en Angleterre ; il y a d’ailleurs ceci de particulier, que le corps refpedable chargé aujourd’hui de cette police, eft originairement celui qui a jeté les premiers fondemens de tout le commerce de riviere pour Paris.
- 5"3 3. On trouve fur cela une notice très-fommaire dans l’ouvrage agréable de M. de Saint-Foix (a). Les auteurs de l’Encyclopédie (b) en ont donné une expofition beaucoup plus circonftanciée. L'intendance particulière , toujours reliée en partage à l’élite des bourgeois, fur l’approvifionnement d’une ville devenue auffi confidérable , a dû donner fuccefiivement plus de relief à cette geftion ; mais l’intelligence & la vigilance avec lefquelles cette portion importante d’autorité publique eft exercée depuis long-tems par le bureau de ville, lui ont de tout tems acquis des droits légitimes fur les éloges & fur la reconnailfance des citoyens : nous avons cru ,à ce titre, pouvoir faire précéder la connailfance de cette jurifdicftion, de l’hiftoire du corps à qui elle eft confiée , qui dans l’immenfité des matières de tout genre dont eft com-pofée l’Encyclopédie, femble être moins frappante qu’elle ne le mérite.
- De Vhôtel-de-ville de Paris ; origine de fon infpeclion fur le commerce de riviere,
- 5-54. Presque tout le commerce de la ville de Paris fe faifait autrefois par la riviere. Le navire , qui de tems immémorial a été le iymbole du coin-
- (a) Effais hiftoriques fur Paris , quatrième édition, tome II, page 36.
- (b) Aux mots Prévôté, Prévôt des marchands , Echevins.
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- merce des Parifiens, & qui eft l’attribut caradfériftique du commerce riverain , puifqu’il en eft le principal inftrument , parait être le monument authentique de cette ancienne maniéré de commercer , qui devait même être unique pour Paris , puifqu’on 11e pouvait y aborder que par eau.
- 5*35*. Dans ces tems reculés, les marchands de Paris , qui fréquentaient la riviere, formaient entre eux une communauté fous le titre de Nautœ Parijiaci. Un monument trouvé en 1710, en fouillant fous le chœur de Féglife de Notre-Dame, prouve Pancienneté de l’inftitution de cette compagnie des Nautes, que quelques écrivains font remonter au tems des Romains fous le régné de Tibere. Il eft allez naturel de préfumer que ces Nautes avaient un chef tenant la place qu’occupe aujourd’hui le prévôt des marchands : c’eft encore chofe vraifeniblable qu’à ces anciens commercans avaient fuccédé, fous un autre nom , les mercatores aquœ Parijiaci, dont il eft parlé fous les régnés de Louis le Gros, de Louis le Jeune 5 & l’on eft fondé à ne pas chercher ailleurs, ainfl que le remarque l’auteur des Eilais fur Paris, l’origine du corps municipal, connu depuis fous le nom dIwtd-de-ville de Paris, & chargé de la police générale de la navigation, & des marchandées qui viennent par eau.
- C’était une compagnie des plus riches bourgeois de Paris, qui établit dans cette ville une confrairie de marchands , fréquentant la riviere de Seine & autres rivières affluentes, d’où on les appellait marchands de l’eau. Elle fut fondée dans l’églife du monaftere des religieufes de Haute-Bruyere , dont ils achetèrent hors de la ville une place qui avait été à Jean Popin, bourgeois de Paris (a), lequel l’avait donnée à ces religieufes : ils en formèrent un port qui fe nommait le port Popin , devenu aujourd’hui un abreuvoir. Louis le Jeune confirma cette acquifition & cet établiifement par des lettres - patentes en 1170. Philippe Augufte donna aulîi quelque tems après des lettres de confirmation de cet établiifement, dans lefquelles il régla la police de cette compagnie. Il paraît que dès les commencemens, ceux de la confrairie des marchands qui furent choffis pour officiers, étaient tous nommés prévôts des marchands ; c’eft-à-dire, prépofés , prœpojiti rnercatorum aquœ. C’eft ainfi qu’ils font nommés dans un arrêt de la Chandeleur en 126g, rapporté aux regiftres olirn (b) ; dans un autre arrêt du parlement de la pente-
- (a) Entre l’année 1289 & l’an 1296, il fe trouve dans la lilte des prévôts des marchands un jean Popin, qui vraifembla-blement était un defcendant de celui-ci.
- {(>) On appelle les o/zm, félon M. Ménage, les plus anciens regiftres du parlement, parce que le plus ancien regiftre commence
- par un arrêt dont le premier mot eft olirn. Le commilfaire Lamare eft d’une autre opinion dans fon Traité de la police, tomel, page 261 ; il y comprend les regiftres du châtelet, & il penfe qu’on les nomma ohm, pour faire entendre que c’étaient des recueils de ce qui s’était pafle autrefois. Ce
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- eôte en 1273 , ils font nommés fcabini, & leur chef, magiflerfcabinorum. (aj P37* Il y en avait donc dès-lors un, qui était diftingué par un titre particulier, & qui eft aujourd’hui repréfenté par le prévôt des marchands, en effet, dans l’ancien recueil manufcrit des ordonnances de police de Paris, qui fut fait du tems de faint Louis, les échevins & leur chef font défignés fous ces différens titres : li prévôt de la confrairie des marchands, & h échevins (h). Li prévôt, & li jurés de la marchandée. Li prévôt & jurés de la confrairie des marchands. Ailleurs il eft nommé le prévôt de la marchandée de Peau, parce qu’en effet la jurifdidion, à la tête de laquelle il eft placé, n’a principalement pour objet que le commerce qui fe fait par eau: il devait être préfent à l’éleétion qui^fe fallait par le prévôt de Paris, ou par les auditeurs du châtelet, de quatre prud’hommes pour faire la police iur le pain, & il partageait avec ces derniers la moitié des amendes : c’était lui & les échevins qui éliPaient les vendeurs de vins de Paris ; ils avaient le droit du cri de vin, & levaient une impofition fur les cabaretiers de cette ville ; la moitié des amendes auxquelles ces cabàretiërs étaient con-
- volume in-folio, divifé entrois parties,dû à Etienne Boileau , pourvu de l’office de prévôt de Paris, par S. Louis, qui le pre-, mier fit écrire en cahiers les aétes de fa juridiction , a depuis été porté à la chambre des comptes, où il eft encore confervé : on le nommait originairement le livre blanc ; & comme les ftatuts des métiers en occupent la plus grande partie, en l’a depuis nommé le Volume des métiers. Diét. de Trévoux.
- ( a ) Le terme de fcabini, d’où on a fait en français échevin , vient de l’allemand fehabinfeheben, qui fignifiejuge ou homme favant : quelques - uns néanmoins ont prétendu que ce mot tirait fon étymologie d’efehever , qui en vieux langage veut dire cavere , & que l’on a donné ce nom aux échevins, à caufe du foin qu’ils prennent de la police de la ville. Comme le mot latin eft plus ancien que le français , il eft probable qu’il dérive de l’allemand, & que de ces mêmes termes allemand ou latin, on a fait échevin, qui ne différé guere que par l’afpiration de la lettreS , & par la con-verfion du B en V. Diél. Encyclop.
- ( b ) Le titre & les fonctions des éche-
- vins de ville ont été apportés d’Allemagne par les Francs, lorfqu’ils firent la conquête des Gaules. Ils ne changèrent point la forme de.police & d’adminiftration, qu’ils trouvèrent établie dans les villes ; chacune avait fes officiers : on les appellait curatores urbis. Ils étaient, chargés de maintenir les privilèges & le commerce des habitans, d’ordonner & régler les dépenfes qu’il fallait faire dans certaines occafions. Dans les tems des premières races de nos rois, ces échevins de ville étaient appellés fcabini, feabinii , f cabinei, quelquefois feavini, feabiniones, feavienes, feapiones 5 on les appellait auffi indifféremment racin-burgi, rachin-burgi. Ce dernier nom fut ufité pendant toute la première race ,dans quelques endroits jufques fur la fin de la fécondé. On leur donnait auffi quelquefois Tes noms de f agi, barovies, ou virifagi, & defena-tores. Les capitulaires de Charlémagne ,des années 788, 803, 805 & 809 ; de Louis le Débonnaire , en 8*9,829 } & de Charles le Chauve’, des ‘années ,864 , 867 , & plu-fieurs autres, font auffi’mention des échevins en général, fous le nom de fcabini. Idem.
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- damnés, lui appartenait; c’était lui qui recevait la caution des courtiers de vin ; il avait , conjointement avec le prévôt de Paris , infpection fur le fel ; on l’appellait auffi à l’élection, des jurés de la marée & du poilfon d’eau douce; il était pareillement appellé , comme le prévôt de Paris, pour connaître , avec les maîtres des métiers, de la bonté des marchandées amenées à Paris par les marchands forains., II recevait, avec plulieurs autres officiers, le ferment des jurés du métier des bouchers & des chandeliers.
- 538. L’administration des prévôts de Paris , fermiers (a ), ayant pris fin fous faint Louis, ce prince nomma en 123 y Etienne Boileau, prévôt de Paris : les échevins de Paris qui repréfentaient le magiftrat en cas d’em-pèchemeiit, & fervaient de confeil aux comtes des provinces & des villes, ©u à leurs prévôts (£), ayant alors*celfé de faire les fondions de juges ordinaires , ils mirent à leur tète le prévôt des marchands, ou de la confrai-rie des marchands , & s’incorporèrent ainlî , félon toute apparence , avec les jurés de la marchandée d'eau, dont les attributions , comme 011 la vu, fe rapprochaient beaucoup, & étaient même des démembremens de fondions d’officiers municipaux; c’eft-à-dire, d’adminiftrateurs de ville ou communauté, auxquelles ces échevins étaient réduits au commencement de la troifieme race.
- y 3 9. En 1274, fous le régné de Philippe le Hardi, ces officiers furent qualifiés prévôt & échevins des marchands de La ville de Paris ; & par lettres du même roi, au mois de mars, ils furent maintenus dans le droit de percevoir fur les cabaretiers de Paris, le droit du cri de vin , un autre droit appellé finationes celariorum , & en outre un droit de quatre deniers pro ditstafua. On voit, par un regiftre de l’an 1291, qu’ils avaient dès lors la police de la navigation fur la riviere de Seine pour l’approvifionne-ment de Paris, & la connaiflance des conteftations qui furvenaient entre les marchands fréquentant la même riviere pour raifon de leur commerce.
- <>40. En 1315 5 les lettres de Philippe le Hardi, du mois de mars 1274 , furent confirmées par Louis Hutin ; en 134^ par Philippe de Valois, & en 1351 par le roi Jean. On voit auffi que dès le tems du roi Jean, le prévôt
- ( a ) Ces prévôts, fous la troifieme race, n’étàient que fermiers de la prévôté.
- ( h ) Ces échevins de ville, fcabini, différais de ceux d’aujourd’hui par les fonctions , & dont il a été parlé dans une note précédente, étaient élus par le magiftrat même avec les principaux citoyens, pn devait toujours choihr ceux qui avaient lé plus de probité & de réputation ;& comme ils étaient choifis dans^ la ville même pour, juger leurs concitoyens , on les appellait
- judices proprii , c’eft-à-dire , juges municipaux } c’était une forte de privilège que chacun avait de n’étre jugé que par fes pairs, fuivant un ancien ufage de la nation: ainfi les bourgeois de Paris ne pouvaient être jugés que par d’autres bourgeois de Paris, qui étaient les échevins ; & la même chofe avait lieu dans toutes les villes. Ces échevins faifaient fermenta leur réception , entre les mains du magiftrat, de ne jamais faire fciemment aucune injuftice.
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- des marchands & les échevins avaient infpe&ion fur le bois ; qu’ils devaient fournir l’argent néceffaire pour les dépenfes qu’il convenait de faire à Paris en cas de pefte ; qu’ils prenaient connaiifance des conteftations qui s’élevaient entre les bourgeois de Paris & les collecteurs d’une impofition que les Pari-fiens avaient accordée au roi pendant une année ; que quand ils ne pouvaient les concilier, la connaiifance en était dévolue aux gens des comptes. On ne doit pas être étonné que, dans certaines occurrences, ces efpeces d’édiles fullent requis pour donner leur avis ; on trouve que dans plufieurs occa-lions le corps-de-ville fut appellé à des affemblées confidérables. Ainfi, en 1350, il fut appellé au parlement pour faire une ordonnance de police , concernant la pefte. En 1370, à une affemblée pour faire un réglement fur le pain. En 1379, à une autre où il s’agiffait de mettre un impôt fur la marée. En 1375' , le 21 mai, il aflifta à l’enregiftrement de la majorité du roi.
- *41. On ignore où ce premier corps-de-ville s’alfemblait fous la première & fous la fécondé race : 011 le voit au commencement de la troifieme dans une raaifon de la Vallée de Mifere, appellée la Maifon de la Marchandée ; de là au parloir aux bourgeois près- le grand Châtelet, & enfuite dans un autre parloir aux bourgeois, qui fe tenait dans une tour de l’enceinte des murailles, près des Jacobins de la rue Saint-Jacques. En 15 5*7, ils achetèrent deux mille huit cents quatre - vingt livres la maifon de Grève, autrement la maifon aux piliers, parce qu’elle était foutenue par-devant fur une fuite de piliers, dont on voit encore aujourd’hui quelques-uns de droit & de gauche de rhôtel-de-ville.
- ^42. Dans un grand état il eft peu de compagnies qui aient été exemptes de difgraces ; le corps-de-ville a eu , comme les autres , fes tems de calamité. Le 27 janvier 1382, à l’occafion d’une fédition arrivée dans Paris, Charles VI fupprima le prévôt des marchands, l’échevinage de la ville de Paris , & le greffe de cette ville, & réunit le tout à la prévôté de la même ville, dont elle avait déjà été anciennement démembrée s enforte qu’il 11’y eut plus alors de prévôt des marchands ni d’éehevins à Paris : cette jurifdicîion était exercée par le prévôt de Paris , auquel, par ces lettres-patentes, la maifon de ville Jütuée dans la place de Grève fut donnée, afin que le prévôt de Paris eut une maifon où il pût fe retirer lui & fes biens , & dans laquelle ceux qui feraient dans le cas d’avoir recours à lui comme à leur juge, puffent le trouver ; & il fut ordonné que cette maifon ferait nommée dans la fuite maifon de la prévôté de Paris. Les chofes demeurèrent dans cet état jufqu’au premier mars 1388, que la prévôté des marchands fut défunie "de la prévôté de Paris ; & depuis ce tems , il y a toujours eu dans cette ville un prévôt des marchands & des échevins 5 mais il parait que la juridiididion
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- ne leur fut rendue que par une ordonnance de Charles VT, du 20 janvier
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- 543. Bureau de Vhôtd-de-ville. A Paris , on diftingue deux fortes d’officiers de ville. Les premiers compolant le bureau , & nommés grands officiers municipaux , font le prévôt des marchands, fes confeillers ordinaires ; (avoir , quatre échevins, un procureur du roi, un fubftitut , un greffier en chef. Les petits officiers de ville 11e font, à proprement parler, que des prépofés exerçant des offices fur les ports. Il y a de plus d’autres officiers, diftinds de ceux qui compofent le bureau , & qui forment ce qu’on appelle le corps de la maifon de ville : ceux-là n’ont aucune relation avec la jurifdidion dont nous allons nous occuper; nous ne parlerons ici que des grands officiers , auxquels eft confiée l’exercice de la jurifdidion municipale. En entrant dans le détail du commerce fur les ports, nous ferons connaître les prépolës nommés petits officiers.
- 5-44. Grands officiers de ville ; leurs privilèges. Le prévôt des marchands , nommé ailleurs maire, eft le magiftrat qui préfide au bureau de la ville: il eft nommé par le roi, & fa commiffion eft pour deux ans ; mais il eft continué trois fois plus, ce qui fait en tout huit années de prévôté ; il a le titre de chevalier, & porte dans les cérémonies la robe de fatin cramoifi : cette place eft ordinairement remplie par un magiftrat du premier ordre. Les echevins font élus par fcrutin en l’affemblée du corps - de - vifte & des notables bourgeois qui font convoqués à cet effet en l’hôtel-de-ville le 16 août, jour de faint Roch : on élit d’abord quatre fcrutateurs (<z), un qu’on appelle fcrutateur royale qui eft ordinairement un magiftrat ; le fécond eft choifi entre les confeillers de ville, le troifieme entre les quartiniers , & le quatrième entre les notables bourgeois. Par une déclaration du 20 avril 1617 , il doit toujours y en avoir deux choifis entre les notables bourgeois exerçant le fait de marchandife ; les deux autres font choifis entre les gradués & autres notables bourgeois. Chaque échevîn 11’eft remplacé que tous les deux ans ; on en élit deux chaque année, enforte qu’il y en a toujours deux anciens & deux nouveaux ; l’un des deux qu’on élit chaque année eft ordinairement pris à fon rang entre les confeillers de ville & quartiniers alternativement; l’autre eft choifi entre les notables. Quelques jours après l’éledion , le fcrutateur royal, accompagné des trois autres fcrutateurs & de tout le corps-de-ville, va préfenter les nouveaux échevins au roi, lequel confirme l’élection, & les échevins prêtent ferment entre fes mains , à genoux.
- 545*. La déclaration du if mars 1707, permet aux échevins de porter la
- (a) Rogator Jentcntiarum, fcrutareur, qui tient le fac dans lequel fe jettent les billets de fuffrage. '
- robe
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- robe noire à grandes manches , & le bonnet, encore qu’ils ne foient pas gradués : leur robe de cérémonie eft moitié rouge & moitié noire j le rouge ou pourpre eft la couleur du magiftrat, l’autre couleur eft la livrée de la ville : il en eft de même dans la plupart des autres villes. Ils liegent entr’eux fui-vant leur rang d’életftion , & ont voix délibérative au bureau , tant à l’audience qu’au confeil, & en toutes affemblées pour les affaires de la ville ; dans l’abfence du prévôt des marchands, c’eft le plus ancien échevin qui préiide. Ce font eux qui paffent, conjointement avec le prévôt des marchands, tous les contrats au nom du roi, pour emprunts à conftitution de rente. Pendant le tems de leur échevinage, ces officiers jouiffent de phffieurs droits, privilèges & immunités ; autrefois ils avaient leurs caufes commifes au parlement i un édit de i ^45 les leur donne aux requêtes du palais , ou devant le prévôt de Paris. Par l’ordonnance de 1669, ils font confirmés dans le droit de committimus au petit fceau.
- ^46. La principale prérogative dont jouiffent les échevins de Paris, & ceux de quelques capitales de provinces , eft celle de la nobleffe tranfmiffibîe à leurs enfans au premier degré j ils en jouiffaient déjà , ainfi que du droit d’avoir des armoiries timbrées comme tous les autres bourgeois de Paris, fuivant la conceffion qui leur en avait été faite par Charles V le 9 août 1571, & confirmée par fes fucceffeurs jufqu’à Henri III, lequel par fes lettres du. premier janvier 1577, réduifit ce privilège de nobleffe aux prévôts des marchands & échevins qui avaient été en charge depuis vingt ans, & à ceux qui y feraient dans la fuite. Deux édits de Louis XIV, du mois de juillet 1696, & de novembre 1706, les ont confirmés dans ce droit. Suivant un édit du mois d’août 1715- , publié deux jours après la mort de Louis XIV, ils fe trouvèrent compris dans la révocation générale de privilèges de nobleffe accordés pendant la vie de ce prince ; mais la nobleffe leur fut rendue 'par une autre déclaration du mois de juin 17:6 , avec effet rétroa&if en faveur des familles de ceux qui auraient paffé à l’échevinage pendant la fup. preffion & fufpenfion de ce privilège.
- f47- L’occupation de ces officiers étant de pourvoir à tout ce qui concerne la provifion de Paris, non-feulement la police du commerce fur les ports, mais le commerce même, toutes les actions & conteftations qui peuvent en réfulter, font dans le partage du bureau de ville, qui connaît aufti de la police , relativement à la qualité & aux échantillons des marchandifes, de toutes les conventions à raifon de ces marchandifes, du falaire des ouvriers , des voitures tant par terre que par eau, à raifon de tous les réglemens qui doivent être exécutés fur les ports. Chaque objet de commerce relatif à la provifion de Paris , a fes réglemens particuliers qui rentrent dans la police générale. Ayant à faire connaître ici celle qui a rapport au charbon
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- de terre, il eft indifpenfable de donner un précis de ces divers réglemens; ils faciliteront l’intelligence de tout ce que nous avons à dire fur le commerce de ce combullible dans Paris. L’ordonnance de Louis XIV, du mois de décembre 1672, concernant la jurifdi&ion des prévôts des marchands, renferme les principaux. J’emprunte toute cette partie, du Di&ionnaire du commerce , & du Diétionnaire Encyclopédique.
- Idée générale des lo 'ix du commerce des marchandifes voiturées par eau, pour la provifion de Paris , & qui arrivent & font déchargées dans les ports de cette capitale , d'après l'ordonnance de Louis XIV, du mois de décembre 1672, pour la ville de Paris.
- Par I’Article X de cette ordonnance, chapitre fécond , les marchandées deftinées pour la provision de Paris, ne pourront être arrêtées fur les lieux de leur chargement, ni en chemin , fous quelque prétexte que ce foit, même de faille, foit pour créance particulière , foit pour falaires , 8c prix des voitures; mais nonobftant lefdites failles , doivent être amenées à Paris , à la garde néanmoins des gardiens , pour y être vendues & débitées fur les ports , & les deniers en provenans retenus en juftice, pour être eonfervés à ceux à qui. ils peuvent appartenir.
- L’Article II du chapitre troilieme, défend à tous marchands d’aller au-devant des marchandifes deftinées pour la provifion de Paris, & de les acheter en chemin, à peine contre le vendeur, de confifcation & de la perte du prix contre l’acheteur.
- Par I’Article III du même chapitre, lefdites marchandifes doivent être amenées aux ports deftitiés pour en faire la vente ;& en cas que lefdits ports fe trouvent remplis , les voituriers font obligés de garrer leurs bateaux au» lieux deftinés par les prévôt des marchands & échevins.
- Les VII, VIII, IX & X règlent la décharge des marchandifes qui ne peuvent être rnifes à terre par les officiers, forts & compagnons de riviere, fans l’aveu de propriétaires, ou du moins qu’après une fommation préalable de la part des voituriers, ni être traniportées par chartiets ou autres dans les maifons deidits propriétaires ou commilîlonnaires , que de leur confen-tement.
- Le onzième Article définit le tems que certaines marchandifes'doivent tenir pont.
- Les autres jufqu’au XXI, contiennent divers réglemens fur le compte des marchandifes, le bon de mefure, la faille des bateaux & marchandifes arrivés fur les ports, leur expofition & vente, leur mélange & triage.
- Enfin le XXI veut que le prix d’une vente commencée 11e puiife être augmenté.
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- Le XXIIe, que les marchandifes 11e foient pas tranfportées d’un port à l’autre.
- Le XXIIIe, qu’il n’y ait aucun regrat fur les ports & places de Paris, que ceux permis par divers articles de ladite ordonnance.
- Le XXIVe, que les marchands forains ne puiflent mettre leurs marchandifes en magafins, à l’exception des bois flottés à brûler, fmon en cas de néceffité, & après en avoir reçu la per million des prévôt des marchands & échevins.
- >48. L’ordonnance du mois de décembre 1672 , contient auifi des articles pour le débaclage (a) des bateaux lorfqu’ils ont été vuidés & déchargés : d’autres , pour l’enlevement, marque & vente de leurs débris. Quel-ques autres articles règlent le rang des bateaux en pleine riviere, foit en avalant, foit en montantj quelques autres, ce qui doit fe pratiquer aux paifages des ponts & pertuis ( b) , & quels font ceux qui font obligés de fe garrer. Il y en a pour le tems de l’entrée des bateaux dans les ports ; pour la déclaration de leur arrivage, de la décharge des marchandifes qui y font contenues ; & des hypotheques ou recours que les marchands peuvent avoir fur les bateaux, pour mécompte , perte, ou autres accidcns arrivés auxdites marchandifes par la faute des conducteurs , voituriers & maîtres des bateaux; & l’on y voit en quel cas les bateaux 11’en font point refponfables, ou quand le maître en peut faire ceilîon. Enfin il y a des articles qui marquent le tems que les bateaux doivent tenir port, fuivant la qualité des marchandifes qui font deflus.
- $49. La même ordonnance renferme des articles concernant les garres : on appelle ainfi des lieux marqués fur les rivières, foit au-deifus, foit au-deflfous des ports, permis , & autres paflages difficiles, dans lefquels les bateaux chargés de marchandifes doivent s’arrêter & fe retirer pour laifler le paflage libre aux premiers venus. Ces endroits où les voitures d’eau s’arrêtent jufqu’à ce qu’il y ait place dans les ports, font défignés aux voituriers par les prévôt des marchands & échevins. L’ordre de cette arrivée &
- (a) L’arrangement fur les ports de Paris, des bateaux qui arrivent les uns après les autres , pour y faire la vente des marchandifes dont ils font chargés, s’appelle 6a-c/a^e.Débarraffer le port, retirer les bateaux vuides qui y font, pour faire approcher des quais ou du rivage les autres qui en font plus éloignés , & qui font chargés, s’appelle débâcle, débaclage, faire la débâcle. Il y a un jour précis & ordonné pour cette opération ; à l’article des droits nous ferons con-
- naître les officiers qui en font chargés.
- (6) On appelle pertuis tout paifage étroit pratiqué dans une riviere aux endroits où elle eft baffe, afin d’en augmenter l’eau de quelques pieds, & de faciliter ainfi la navigation des bateaux qui montent & qui def-cendent. Ils fe font en laiflant entre deux batardeaux une ouverture qu’on ferme fur la riviere, ou avec des planches en travers, comme fur la riviere de Loire.
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- de cet arrangement aux garres pour la fureté, eft fagement fixe par cette ordonnance.
- f fo. Il y a à Paris, des maîtres des ponts en titre d’office , qui font obligés de fournir des hommes ou compagnons de riviere, pour paifer les bateaux fans danger. Il leur eft défendu de donner aucune préférence aux voituriers ; mais ils font obligés de les paifer fuivant le rang de leur arrivée aux garres. Ces officiers font pareillement tenus d’afficher à un poteau, au lieu le plus éminent des garres, le tarif des droits qui leur font dus pour le paiTage des bateaux.
- Sfi. Ils répondent du dommage, & reçoivent pour cela un certain droit. On confond allez fouvent ces maîtres des ponts, leurs aides & les maîtres des permis, avec d’autres officiers, dont les fondions font un peu différentes, comme font les officiers chableurs 4, ils ne font cependant pas les mêmes. Ceux-ci font des officiers commis fur la riviere pour faire paifer les bateaux, coches, chalands, foncets & autres voitures par eau, lous les ponts & autres paifages difficiles des rivières. Le travail .du chableur s’appelle chabiagc (a). Leurs fondions ont quelque rapport avec celles des maîtres des ponts, de leurs aides & des maîtres des pertuis. Les uns & les autres ont été établis en divers endroits fur la Seine & autres rivières af-fluentes, pour en faciliter la navigation , & entretenir l’abondance dans Paris, au moyen de la fureté des palîages.
- fÇ2. Anciennement ils étaient choifis par les prévôt des marchands & échevins : l’ordonnance de Charles VI, du mois de février 141^ , concernant la jurifdidion de la prévôté des marchands & échevinage de Paris, contient plusieurs difpolitions fur les offices & fonctions des maîtres des ponts & pertuis, & fur celles des chableurs. Le chapitre trente - quatrième ordonne qu’il y aura à Paris deux maîtres des ponts , & des aides ; il 11’y eft point parlé de chableurs pour cette ville, non plus que pour divers autres endroits , où il y avait des maîtres des ponts & pertuis. Les chapitres cinquante - troijîeme & fuivans, jufques & compris le trente - cinquième , traitent de l’office de chableur des ponts, de Corbeil, Melun, Montereau-fout-Yon, Sens & Villeneuve - le-Roi : il eft dit que les chableurs feront pour monter & avaler les bateaux par-deffous les ponts , fans qu’aucun autre fe puiffe entremettre de leur office, à peine d’amende arbitraire ; que quand l’office fera vacant, les prévôt des marchands & échevins le donneront , après information , à un homme idoine, élu par les bons marchands, voituriers & mariniers du pays d’aval-l’eau. La forme de leur ferment &
- ( a ') Du mot chable.au , efpece de petit ou du mot cable, qui s’écrivait autrefois cable de moyenne grofteur, fervant à tirer diable ,• on l’appelle autrement dhccnelic.
- & à remonter les bateaux fur une riviere ;
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- inftallation y eft réglée ; il leur eft enjoint de réfider dans le lieu de leur office ; la maniéré dont ils doivent faire le chablage y eft expliquée, & leur fàlaire pour chaque bateau qu’ils remontent ou defcendent y eft réglé pour certains endroits à huit deniers, & pour d’autres à trois.
- Les fix premières articles du quatrième chapitre de l’ordonnance de Louis XIV, règlent les fondions de tous ces officiers, & la police qui doit s’obferver entr’eux.
- Chapitre quatrième, I’Art. I enjoint aux maîtres des ponts & permis, & aux chableurs, de réfider fur les lieux, de travailler en perfonne, d’avoir à cet effet flottes , cordes, & autres équipages néceflaires pour paffer les bateaux fous les ponts & pertuis avec la diligence requife î qu’en cas de retard ils feront tenus des dommages & intérêts des marchands & voituriers , même refponfdbles de la perte des bateaux & marchandées, en cas de naufrage faute de bon travail.
- L’Art. II ordonne aux marchands & voituriers de fe fervir des maîtres des ponts & pertuis, où il y en a d établis, ( il n’eftpas parlé en cet endroit des chableurs ) & aux officiers de palfer les bateaux fans préférence , fuivant l’ordre de leur arrivée.
- L’Art. III défend aux maîtres des ponts & pertuis, ou chableurs, de faire commerce fur la riviere , d’entreprendre voiture, tenir taverne, cabaret ou hôtellerie fur les lieux, à peine d’amende, même d’interdi&ion en cas de récidive.
- L’Art. IV porte que les droits de tous ces officiers feront infcrits fur une plaque de fer-blanc, qui fera pofée au lieu le plus éminent des ports & garres ordinaires.
- L’Art. V leur enjoint de dénoncer aux prévôt des marchands & éche-vins , les entreprifes qui feraient faites fur les:rivieres par des conftruélions de moulins, pertuis, gors & autres ouvrages qui pourraient empêcher la navigation.
- Le iîxieme enjoint pareillement la réfidence aux aides de ces officiers, leur commande l’obéiflance aux ordres de leurs maîtres , fous peine d’être refponfables des pertes arrivées faute de les avoir exécutés.
- 5-5-3. Par édit du mois d’avril 1704, il fut créé des maîtres chableurs des ponts & pertuis des rivières affluentes à la Seine 5 ils furent confirmés en la propriété de leurs offices par édit du mois de mars 1711 ; au mois d’août 1716, les offices créés par édit de 1704 furent fupprimés, & la moitié de leurs droits éteints, à commercer du premier janvier 1717. Un arrêt du confeil d’état, du 19 décembre 1719, fupprimaces droits réfervés j on ne comprit pas dans cette fuppreffion les offices établis avant l’édit de 1704? ni ceux de Paris, l’Isle-Adam, Beaumont-fur-Oife, Creil & Com-
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- piegne, rétablis par la déclaration du 24 juillet 1717. Dans le détail parti--culier où nous allons entrer fur tout ce commerce , depuis le moment que le charbon s’entrepofe pour l’approvifionnement de la capitale, jufqu’à l’inftant qu’il fe débite, il fera fouvent queftion des marchands de charbon de terre, & de dilférens officiers qui concourent, fous l’autorité du bureau de ville, à la manutention de la police : il eft à propos pour eette raifon de commencer par faire connaître les uns & les autres.
- ff4- Des marchands de charbon de terre. Les marchands de charbon de terre fe diftinguent en deux claffes, les forains & les bourgeois : dans ces derniers on comprend tous particuliers faifant dans Paris le négoce de ce foffile, 8c d’autres tenant à deux des fix anciennes communautés des marchands de Paris, appellés les Jix corps ; c’eft à favoir, les marchands merciers -féronniers, appellés ordinairement marchands de fer, qui vendent les gros ouvrages de fer & de cuivre, enfin les marchands épiciers, autorifés par un arrêt du parlement, du 8 août 1620, à faire concurremment avec les merciers - féronniers le commerce du charbon de terre.
- 5"fComme avant qu’une marchandife puiife être expofée en vente, il eft au préable indifpenfablement nécelfaire qu’elle foit apportée, les marchands exerçant cette partie la plus eifentielle, doivent être regardés comme les principaux de ceux qui exercent le commerce. Il fenible en conféquence raisonnable de parler d’abord des marchands forains, & enfuite des marchands bourgeois , affujettis d’ailleurs les uns & les autres pour cette vente à un réglement du 18 avril 1682. Dans le détail qui va fuivre, on reconnaîtra aifément que j’ai tiré tout le parti poffible de l’excellent Traité de la police, du commiffaire de Lamare s il ne nous eut cependant pas fuffi , pour remplir fur notre objet le plan d’une hiftoire auffi complété qu’il nous ferait poffible de la procurer ; il était encore nécelfaire d’y faire entrer les réglemens furvenus depuis l’ouvrage de M. de Lamare; il fera aifé de s’appercevoir que nous avons eu encore fur cela des facilités particulières. Nous en fommes redevables, à M. Jollivet de Vannes (a), & à M. Tait-hout (b) ; fous leur bon plaifir, leurs bureaux, le greffe de l’hôtel-de-ville, nous ont été ouverts ; M. Davault, fecretaire de M. de Vannes , & M. Bou-dreau, commis au greffe de la ville, fe font fait un plaifir de nous aider dans nos recherches.
- ff6. Marchands forains. Ce font des marchands du dehors, qui viennent apporter leurs charbons pour les vendre aux marchands bourgeois ou aux particuliers, & qui auffi-tôt leur marchandife vendue, s’en retournent chez eux en préparer de nouvelles équiques. Ils ne font membres d’aucune corn^
- (a) Avocat & procureur du roi de la ville.
- ( b ) Chevalier de l’ordre du roi, greffier en chef.
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- mu/iiauté, ni citoyens dlaucune des villes où ils apportent leur marchandées ; ils font étrangers , ou du royaume , ou du lieu d’où ils les apportent j d’où vient le nom par lequel on les diftingue. Ain fi ils ne participent ni activement ni paffivement aux difpolitions des ditférens ftatuts de communautés , fi ce n’eft que leurs marchandées font fujettes à être vifitées, pour conftater fi elles font bonnes , loyales & marchandes, parce qu’ils font fujets aux loix primitives du commerce, qui excluent tout ce qui bielle la bonne-foi & l’ordre public de chaque lieu, comme, par exemple, de ne pouvoir prendre por't que dans les lieux qui leur font preferits , de ne vendre ni débiter qu’aux heures non exclufes par la police du lieu, &c. Au refte, ©n n’entend ici parler que des forains par eau , quileuls font jufticiables du bureau de ville. Ils font tenus, aufti-tôt après leur arrivée au port Saints-Paul ou de l’Ecole, de mettre leur charbon en vente incelfam ment, fuis pouvoir les mettre à terre, ni en faire des entrepôts : aufîi ont-ils furies marchands bourgeois cette préférence pour la vente fur les ports, que lorfqu’ils s’y trouvent avec leurs bateaux & marchandées en nombre fùffifant pour les provisions de ceux qui en auraient befoin , il eft défendu aux marchands de Paris , ou marchands bourgeois , d y entamer leurs bateaux , 8c d’y expofer leurs marchandées en vente, jufqu’à ce que celles des forains aient été vendues.
- y 57. Marchands bourgeois. Les marchands bourgeois font ceux qui réfi-dant à la ville, y font le détail du charbon de terre, dont ils font charger dans les provinces des bateaux par leurs commillionnaires qui les leur envoient à Paris. L’avantage qu’ont ces marchands d’être toujours fur les lieux où fe lait la vente , eft compenfé ; les réglemens ont pourvu aux plaintes des forains de ne pouvoir débiter leurs marchandées : attendu que dans le même port les marchands de Paris ont plufieurs bateaux chargés , & que ceux qui les connaiflent leur donnent la préférence , il leur eft défendu d’en faire arriver que trois jours après les forains. Il ne leur eft pas permis d’entamer leur bateau , & d’y expofer leur charbon en vente, avant que celui des marchands forains ait été vendu ; ce qui néanmoins ne s’entend que lorfqu’il y a allez de marchandée foraine pour la provifion de la ville. Les bourgeois de Paris jouiflent, entr autres privilèges, de pouvoir acheter des forains toutes les marchandées qui s’y vendent pendant trois jours, à compter de l’ouverture des bateaux, exclulivement à tous marchands, & enfuite concurrement avec les autres. Les droits, ufages , privilèges & poéeftion refpeétifs de ces deux elpeces de marchands feront détaillés , lorfque nous traiterons de la police de vente dans Paris.
- y y g. Petits officiers de ville. On comprend fous cette dénomination, les perfonnes établies fur les ports pour la police & le fervice du public ; nous 11e parlerons ici que de ceux d’entre ces officiers, qui ont rapport au commerce du charbon.
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- 5^9. Gardes-b-ateaux ,cquipzurs, boutes-à-port, metteurs-à-port, deb acteurs , planchéieurs. Officiers fur le port, dont la fon&ion eft de mettre ou de faire mettre à port les bateaux qui y arrivent. Le boute-à-port eft contrôleur à l’infpe&ion pour les rangemens des bateaux. Ils font auffi chargés du remontage de la garde, & du renvoi des rivières, à la charge & garantie des bateaux & des marchandifes. Par fenten.ce du bureau de l’hôtel-de-ville, du 20 août 175* 1 , & arrêt confirmatif du parlement du 17 août 175*2 , les metteurs-à-port font tenus, à l’arrivée des bateaux, de les prendre, les mettre à port, arranger & fermer, foit par eux , toit par leurs compagnons , enfemble de les déquiper & en garder les équipages.
- 5“ 60. Un homme de lettres qui réunifiait dans fes qualités, dans fes con-naifiances , l’utile & l’agréable , a inféré dans un de fes ouvrages, qui avait pour objet l’utilité de chaque particulier (a), l’extrait de cet arrêt, qui n’a pas été rendu public : il a jugé intérefiant que tous les voituriers aient con-nailfance de ce jugement, pour exiger des metteurs-à-port qu’ils s’y conforment & fe renferment aufli dans l’obligation oû ils font de mettre à port fans délai les bateaux chargés ; ce qu’ils refufent fou vent fous diffère ns prétextes , tels que leurs compagnons font tous employés ailleurs, que les bateaux ne font point à leur portée, c’eft-à-dire près le port, &c. On conçoit aile ment les diiférens abus qui peuvent avoir lieu fur ce point ; mais l’ordonnance de 1672 parait y avoir obvié, autant qu’il eftpoflible, dans les fix articles du chapitre IV, à commencer au dixième incluiivement, où les fondions de ces officiers fur les ports font fixéer. (b)
- j*61. Par cet arrêt que nous avons cité précédemment, & auquel a donné lieu une conteftation entre les fieurs Dufour, Guillot, Salmon , Beaucreux, parties intervenantes, joints aux marchands de grains, les metteurs-à-port font condamnés à rendre & remettre en bon état un bateau qu’ils n’ont pas eu foin de débacler, & en dix livres de dédommagement , par chaque fe-maine jufqu’à la livraifon, &c. Enfin, par la même fentence, ces officiers font tenus de recevoir des marchands chacun des bateaux aufîi-tôt & à fur & à mefure qu’ils feront vuides , & d’infcrire fur leurs regiftres les noms defdits marchands , le jour & l’heure de ladite remife , fans qu’il foit befoin de remifes judiciaires defdits bateaux, & d’entretenir lefdits bateaux continuellement à flot, bien fermés & en bon état, dès l’inftant de ladite remife , fous peine d’en répondre aux voituriers ou propriétaires d iceux, & les met-
- (a) Journal du citoyen, 1794, article donnons qiC en extrait, ou de celles que nous des finances de Paris, page 2s 8- nefaifons qu'indiquer, il fera facile de
- (&) Pour tout ce qui y a rapport, & recourir à l'ordonnance même, imprimée pour toutes les autres parties de police de à part, chez Prault, pere, quai des Gê-navigation ou de commerce, que nous ne vres, 1768.
- teurs-
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- teurs-à-port, font condamnés aux dépens. Leur rétribution eft fixée par le tarif de 1730. Ces derniers étant tenus aufîi à leurs rifques, de débacler & remonter les bateaux , inceffamment après qu’ils auront été vuidés , pour les remettre aux voituriers, dans les endroits deftinés à former les traits , on a réuni à l’office de boute-à-port, celui de débac leur : on donne ce nom à l’officier de ville prépofé fur les ports à ces fondions différentes. Ces débacleurs furent fupprimés en 1710; des commis furent fubftitués en leur place, avec le même office, mais avec attribution de moindres droits pour leurs falaires. (a) Aujourd’hui les metteurs-à-port, débacleurs, gardes-bateaux , planchéieurs , déquipeurs, boueurs, & autres que nous avons compris fous le même titre , ne forment qu’une même communauté.
- f6 2* Déchireurs & infpeckurs au déchirage des bateaux. POUR cet objet, il y a deux fortes de personnes ; les unes font des officiers de port, établis pour empêcher qu’on ne déchiré aucun bateau propre à la navigation; les autres ne font que des ouvriers qui achètent des bateaux hors d’état de fervir, qui les déchirent, & en vendent les planches & débris. Le port de l’Hôpital, l’isle des Cignes , le port ou terraffe de l’Arfenal, font les feuls endroits où il foit permis de faire ce déchirage à Paris. Dans la banlieue , les places font de même délignées pour cette opération. Différens particuliers s’ingérant de déchirer les .bateaux, fans avoir été vus & vilités par les infpecteurs à ce prépofés, & fans en avoir obtenu la permiffion du bureau de ville, d’en dépofer les débris fur des ports & fur des places plus propres à la décharge des marchandifes , l’ordonnance de police du bureau, en date du 14 novembre 1761, fait défenfes à tous marchands , voituriers par eau , & autres, de faire remonter des ports dans les garres & au port des carrières de Charen-ton , aucuns bateaux pour y être déchirés , & d’y en déchirer lans permiffion, fans que préalablement ils aient été vus & vilités, & qu’il ait été décidé s’ils font hors d’état de fervir à la navigation. Dans ce cas , permis de n’en déchirer fur ledit port des carrières de Charenton, que dans les endroits de la berge , qui feront indiqués par l’infpeéteur commis audit lieu ; le tout à peine de cent livres d’amende , & de confifcation defdits bateaux ou débris qui en feront provenus. Chaque bateau vendu pour y être déchiré, dans tous les ports d’amont & d’aval, paie 11 livres , en outre le fol pour livre du prix de la vente de chacun defdits bateaux, (b)
- ( a ) Le détail s’en trouve dans l’édit du regiftré en parlement le 3 1 août de la même roi, portant rétabliflèment des charges & année, page 20, édition de 1769. Il eftauiïi offices fur les quais, ponts, chantiers, hal- renfermé dans le Journal du citoyen, àl’ar-îes, foires, places & marchés de la vil'e de ticle des débacleurs, page 297.
- Paris, avec le tarif des droits y attribués; (û) Page 13 de l’édit de rétabliiïement, donné à Verfailles au mois de juin 1730 , juin 1730,
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- Charges & offices établis furies ports pour la vente du charbon de terre; droits , fonctions , émolumens, profits, privilèges, exemptions , franchifes & gages attachés à ces offices. Des anciens officiers mefureurs de charbon de terre de la ville , fauxbourgs & banlieue de Paris, (a) Tout le fervice néceffaire au public pour le débit de la marchandife de charbon, confifte dans la fidélité de la mefure, la qualité & la bonté du charbon, & le tranfport du bateau & de la place dans les maifons des particuliers- Les mefureurs, qui font auffi inf-peéteurs, vifiteurs & contrôleurs, ainfi que les porteurs , doivent remplir ces devoirs ; ils forment deux communautés féparées , qui ont leur difcipline , leur fervice & leurs falaires. Leur établiflement effc fort ancien : autrefois les officiers établis pour le commerce du bois, étaient auffi établis pour le charbon de bois j les mouleurs de bois étaient mefureurs de charbon. Voye£ au Traité de la police , page 888 , le grand réglement de police du roi Jean , de l’an 13^0 : il y fait mention de ces officiers , comme n’étant pas difFérens des mouleurs de bois : on ne trouve point d’autre titre des établilfemens' des mefureurs & des porteurs, que l’ordonnance de 1415", fous Charles VI (b). Avant leur création, c’étaient les officiers fur le charbon de bois qui failaient la police, le mefurage & portage de toute efpece de charbon.
- y 64. Il s’éleva plufieurs contellations entre les mefureurs & les porteurs. Dix mefureurs renoncèrent au portage ; trois autres qui étaient reftés, le difpu-terent à fix particuliers qui l’avaient entrepris, & le public fouffrait de ces diffenfions. Mais pour le bien du fervice, il fut décidé par l’ordonnance de 141 f, que le nombre des mefureurs, & celui des porteurs feraient égaux. Cette ordonnance porte, que les trois mefureurs conteftans relieront mefureurs & porteurs,mais que leurs charges venant à vaquer, elles ne feront point impétrables; qu’après ces vacances, les mefureurs feront réduits à neuf, & qu’au lieu de ces trois mefureurs porteurs fupprimés, on recevrait trois porteurs pour faire pareil nombre de neuf. Cette fuppreffion de trois 11’eut pas lieu , & leurs places vacantes furent remplies ; il n’y eut qu’un treizième office, qui était furnu-méraire, qui fut fupprimé.
- 56<). En février 1633 , création par Louis XIII de quatre charges de mefureurs de charbon. Voye£ un réglement général pour difFérens officiers , tome II du Taité de la police, page 763. En mars 1644 (y), édit portant création de dix jurés mefureurs de charbon (d), pour , avec les feize anciens, faire le nombre de vingt-fix, aux droits de dix-huit deniers d’augmentation, tant pour chacun minot defdits charbons de bois & de terre, qui leur eft attribué par
- (a) Traité de la police, livre Y, titre 49, (c) Page 947 , troifieme volume,
- chapitre troifieme, page 944.
- (/>) Elle fera inférée en entier à la fuite (d) Regiftré en la cour des aides, le prc-de l’iiiftoire de ces officiers. mîer feptembre 1644.
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- cet édit, que pour le droit de regiftre & contrôle, pour avec les douze deniers anciens faire en tout deux fols fix deniers par minot : lefquels dix - huit deniers attribués aux nouveaux officiers, feront levés fur tous les charbons de bois & de terre arrivés en la ville & fauxbourgs de Paris, tant par eau que par terre, charrettes, chevaux, ou autrement, foit qu’ils foient vendus en gros, ou mefurés ès ports & places en la maniéré accoutumée, ainfi que fe lèvent les douze deniers anciens, attribués auxdits anciens mefureurs parla déclaration du mois d’août 1637, & fuivant i’arrèt du confeil du 1 s mars 1642. Par ce même édit, font auffi créés en titre d’office , neuf officiers de jurés porteurs defdits charbons de bois & de terre, pour faire avec les vingt-trois anciens le nombre de trente - deux , aux droits par augmentation d’un fol pour minot defdits charbons de bois & de terre, payable par l’acheteur, pour avec les trois fols anciens faire quatre fols en tout par minot. Attribution par ces préfentes, auxdits officiers mefureurs & porteurs , & lorfque lef-dits charbons feront vendus en gros, d’être payés de leurs droits tant anciens que nouveaux, par les marchands, &c. Ordonné encore que lefdits anciens jurés mefureurs & porteurs de charbon de bois & de terre foient con-fervés & maintenus dans la jouillance, les mefureurs de huit livres pour chaque bateau à la vuidange d’iceux, pour droit de compagnie, & de vingt fols pour droit de foirée, ( a ) outre le gros attribué aux anciens par la fufdite déclaration ; lefdits porteurs , de quatre livres pour chaque bateau à la vuidange , auffi pour droit de compagnie. Attribution à la charge de payer par chacun des anciens une nouvelle taxe arrêtée par le confeil, pour fubvenir aux dépenfes de la guerre. Deux defquels mefureurs & porteurs font tenus de fe tranfporter dans chaque bateau, favoir, un mefureur & un porteur, à l’effet, par ledit me-fureur , de mefurer ou faire mefurer les charbons par les garçons de la pelle.
- En 1646, création de deux charges de jurés mefureurs de charbon, qui 11e furent point levées.
- En février 1674, huit charges de mefureurs de charbon fupprimées , & rétablies en mars de la même année, moyennant finance.
- En 1690, au mois de février, confirmation des droits & réglemens des fondions des jurés mefureurs & porteurs de charbon, regiftrée au parlement le 2 mars , à la cour des aides le 13 du même mois de la même année.
- En juillet 1702, ces charges qui étaient au nombre de vingt-fix, furent augmentées de quatorze, avec faculté d’en pofféder plufieurs à la fois, de les exercer ou faire exercer par telles perfonnes que bon femblerait, à la charge d’en demeurer civilement refponfables. L’édit de cette création contient fétabliffement de plufieurs autres offices, & fe trouve titre 21, ch. 6»
- (a) Ancien droit qui ne fubfifte plus.
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- tomeII, page 1543. De ces quatorze charges, les jurés mefureurs en vendirent trois , qui furent incorporées aux vingt - fix autres; ce qui compofa vingt-neuficharges : f feptembre 1702, page 940 , troifieme volume. *
- 13 mai 1704, union aux communautés des officiers furie charbon, des offices de contrôleurs créés par édit d’avril 1704, regiftrée au parlement le 13 juin fuivant. Idem , page 9^1.
- 11 août 170 f , union à la communauté des mefureurs de charbon , des offices de leurs fyndics,avec augmentation de droits ; regiftrée au parlement le 22 du même mois. Idem, page 953.
- En mai 1706, union à la communauté des jurés mefureurs de charbon, de fept charges de nouvelle création ; regiftrée au parlement le 5 août 1706.
- Par déclaration du 13 juillet 1706, Louis XIV, moyennant finance, unit à la communauté des mefureurs les qualités & fonctions d'infpecleurs & contrôleurs généraux de la police, créés fur tous les officiers des ports par édit de juillet 1704: cette union faite pour ceux-ci, en ce qui les concernait feulement.
- Août 1708 , union à la communauté des officiers mefureurs , &c. de charbon de bois & de terre de ladite ville , d’un dixième en fus par augmentation des droits dont ils jouiifent ; regiftrée au parlement le 7 feptembre fuivant. Voyeç à l’endroit cité , page 9^9*
- . 7 mars 1713 , union à la communauté des mefureurs de charbon , &c. regiftrée au parlement le 7 avril fuivant. Voye^ l’endroit cité. M. de Lamarre , à la fin de ce qui concerne les mefureurs de charbon, renvoie à différentes autorités répandues'dans fon ouvrage, qu’on trouve aux citations, page 960 de ce troifieme volume.
- Dans l’année 1719, ces vingt-neuf mefureurs furent fupprimés, & remplacés par des commis, au nombre de vingt, à la nomination du prévôt des marchands.
- Par édit du mois de feptembre de la même année, les droits attribués aux offices fur les ports & quais de Paris furent fupprimés, & réfervés en partie pour en difpofer par Sa Majefté.
- Le 22 mars 1722, il fut ordonné, par arrêt du confeil, que les droits ïéfervés feraient levés & perçus au profit du roi, & les fonds portés à la caiffe générale des rembourfemens des dettes de l’état.
- Par édit du mois de janvier 1727, les anciens mefureurs 8c porteurs de charbon de bois & de terre , fupprimés en 1719, ont été rétablis . & confer-vés pour la fonction du mefurage & portage du charbon de terre.
- Nouveaux officiers jurés mefureurs & porteurs. Par édit du mois de juin 1730 , les charges & offices fur les ports, quais, chantiers , halles , foires, places & marchés de la ville & fauxbourgs de Paris, avec attribu-
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- tion de quatorze fols fix deniers par minot de charbon de terre * ainfî que vingt - fix jurés mefureurs de charbon de terre, & de trente-deux jurés porteurs, furent rétablis en paiement de la finance qu’ils avaient fournie, & qui leur était due , par des ordonnances fur le garde du tréfor royal, laquelle , fuivant le rôle arrêté au confeil, fe trouvait monter à la fomme de 1843000 livres. Il n’y a pas de gages attachés à leurs offices; le produit des droits ne leur rapporte pas le denier foixante de leur finance.
- ^67. En exécution d’un édit du mois de'février 1771, Sa Majefté eft rentrée dans la nomination des officiers mefureurs, porteurs de charbon de terre, metteurs - à - port, équipeurs, débacleurs , planchéieurs , infpec-teurs , contrôleurs au déchirage de bateaux, laquelle dépendait auparavant de l’hôtel-de-ville. Ainfi les officiers mefureurs font des officiers établis en titre , & formant communauté ; on leur donne à tous le nom de jurés mefureurs , parce qu’ils font obligés, lors de leur réception, de jurer ou faire ferment devant les prévôt des marchands & échevins , de bien & fidèlement s’acquitter du devoir de leur charge: elle confifte à mefurer tous les charbons de bois & de terre qui fe vendent fur les places & dans les ports, avec attribution de les contrôler , d’en faire leur rapport au bureau de la ville, recevoir les déclarations des marchands forains, tenir en tout la main à_ la police de vente, veiller aux contraventions, qu’ils font obligés de dénoncer au procureur du roi, fans pouvoir tranfiger fur ces contraventions. Ces differentes fondions font énoncées dans le réglement de 1415, qui va fuivre.
- Ordonnance de Charles VI, du mois de février 1415”, concernant la jurif diction de Vhôtel-de-ville de Paris ( a ) : des mefureurs de charbon. “ Art. I. „ Le nombre des'mefureurs, réduit à neuf, celui des porteurs qui étaient „ fix, augmenté de trois.
- „ Art. IL L’office de mefurage venant à vaquer, devait être donné par les prévôt des marchands & échevins à perfonne idoine & capable.
- „ Art. III. L’officier mefureur doit prêter ferment de bien & loyalement „ exercer, garder le droit du vendeur & de l’acheteur ; doit donner avis ,, fuccindement aux prévôt des marchands & échevins , ou au procureur „ de la marchandife , de ce qui ferait fait au préjudice des privilèges & „ franehifes, & contre les ordres , & obéir à leur commandement (b).
- „ Art. IV. Doit être mis, après le ferment, en poifeffion de fou office, „ par un des fergens de la prévôté & échevinage à ce commis, qui doit avoir „ dehx fols pour ce faire, doit un fac de charbon au clerc de la ville pour
- (a) Chapitre XV, page 94 ç. des contraventions, moyennant 300 livres,
- ( b ) Treize avril, fentence contre les & ne les avoir pas dénoncées, officiers mefureurs, pour avoir tranhgé fur
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- „ fes lettres, & doit donner caution bourgeoife de dix livres parifis avant „ d’exercer l’office.
- „ Art. V. Les mefureurs doivent exercer en perfonne, & doivent faire „ réfidence continuelle ès lieux ou fe vend & où defcend le charbon.
- „ Art. VI. Doivent avoir un minot, un demi - minot, & deux pelles, s, foit fur bateau, foit en place à ce limitée, à peine de foixante fols parifis „ d’amende.
- „ Art. VIL Façon de mefurer le charbon.
- „ Art. VIII. Ne doivent mefurer charbon, s’il n’eft loyal & marchand, ,, 8c doivent dénoncer le charbon défectueux à la ville.
- „ Art. IX. Cet article concerne le rapport que les mefureurs doivent ,, faire à la ville, & y faire le rabais, en tenant regijlre du prix auquel ta ,, vente du charbon a été commencée 9& du rabais quelle a effuyé, afin d'y avoir „ recours au bejoin.
- 9, Art. X. Ne doivent faire porter le charbon, finon par les porteurs „ jurés.
- ,, Art. XI. Ne doivent pas s’entremettre de la marchandife de charbon , „ ni la marchander par eux ni par autres, fous peine de perte de la marchan-„ dife, & d’amende arbitraire.
- „ Art. XII. Doivent n’avoir; qu’une befogne à la fois, & exercer par „ run ( c’eft-à^dire rang ou tour ) à peine de cinq fols parifis d’amende cha-,, 'que fois qu’ils rompront le run.
- ,, Art. XIII. Doivent clorre & defclorre les bateaux 8c nerfs dont ils au-„ ront la charge ; c’eft-à-dire, ôter les pieux 8c les cloifons étant dedans & „ environ iceux bateaux.
- „ Art. XIV. Le falaire de chaque mefureur pour chaque batel, eft de „ douze gros, c’eft-à- dire, feize fols parifis, à prendre fur le marchand „ vendeur.
- „ Art. XV. Le falaire du mefureur de charbon vendu par minot ou „ mine, & par menues parties, eft d’un tournois par minot, & deux de la ,, mine, à prendre fur les acheteurs.
- „ Suivant le tarif du 20 juin 1724 , les jurés mefureurs ont pour chaque minot ,, neuf fols fîx deniers pour chaque voie ou tombereau y a proportion du nombre „ des minots que contiendra le tombereau.
- „ Art. XVI. Le falaire du mefureur par chacun fac mefuré en batel, „ lequel contient fix minots aux prix d’un gros le muid, qui fait pour fac „ deux deniers parifis à prendre fur les acheteurs , & un denier du ,, vendeur.
- „ Art. XVII. Les mefureurs doivent dénoncer les fautes & fraudes aux „ prévôt des marchands & échevins, ou au procureur de la marchandife « i, fous les peines ci-deflus & autres arbitraires.
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- ,, Ordonnance de 1672 ( # ) , concernant la jurifdiction de la ville de Paris 9 „ 6* fonctions des jurés mefureurs. Art. I. Les jurés mefureurs de char-3, bon font tenus d’exercer en perfonne aux jours & heures de vente fur ,3 les ports & places où ils auront été départis par les procureurs fyndics
- de leur communauté, (ans foufïrir qu’il foit fait aucune mefure par les ,3 garçons de la pelle (b) qu’en leur préfence , à peine d’interdidion contre „ f officier, & de perdre fes droits.
- 3, Art. II. Les mefureurs doivent faire regiftre des charbons qui feront „ arrivés.
- 3, Art. III. Le mefureur prépofé à la vente déun bateau de charbon, ne ,3 peut le quitter qu’il n’ait été vuidé.
- „ Art. IV. Dans le cours de la vente d’un bateau de charbon, fl le „ mefureur reconnaît que le charbon n’ett pas de même qualité que fur le „ deffus, il doit le dénoncer au procureur du roi, pour y être pourvu „ par les prévôt des^ marchands & échevins, 8c ce à peine d’interdidiou „ contre l’officier. „ Les officiers mefureurs font obligés de ne point donner mefure continue, fi les charbons ne font pas provisions particulières aux marchands de Paris , & cela juftifié par lettres de voitures & certificats.
- On trouve au greffe de l’hôtel-de-ville nombre de fentences d’audiences, portant RÉGLEMENT A CE sujet j entr’autres le 14 feptembre 4 août 1689 , 30 décembre 1692 , 3 mai 1694 , 19 décembre 169?.
- Sentence du 11 juin 1708 ( c ) , concernant le charbon de terre ; entre les fyndics & communauté des officiers mefureurs , contrôleurs & vifiteurs - de charbon, de la ville , fauxbourgs & banlieue de la ville de Paris, demandeurs & défendeurs ; & Jean Foyneau, marchand de charbon de terre forain, propriétaire de la charbonnerie de la Roche en Foreç , défendeur & demandeur. Ce jugement ordonne l’exécution des édits, arrêts & réglemens , faute par ledit Foyneau d’avoir fait fa déclaration au bureau des officiers mefureurs , & d’avoir exhibé fa lettre de voiture de huit bateaux chargés de charbon de terre, étant dans les garres de Choify, réputé pour la provision de Paris ; ordonne qu’il fera tenu à fon rang de faire defcendre lefdits bateaux es ports de vente de cette ville, pour y être vendus en la maniéré accoutumée , & d’en payer les droits aux officiers , fuivant leur attribution au fur & à mefure de la vente ; par grâce , & fans tirer à conféquence, le décharge de l’amende par lui encourue, lui enjoint, & à tous autres mar-
- (à) Page 949 du troifieme volume, cha- vices des jurés mefureurs, pour mettre le pitre XXII. charbon dans les mefures.
- {b) Journaliers deftincs aux menus fer- (c) Page 957 du troilieme volume.
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- chands, dans les trois jours de l’arrivée de leurs marchandées en cette ville & dans les garres au-delfus, de rapporter & exhiber au bureau defdits officiers des lettres de voiture en bonne forme, contenant les quantités & qualités defdites marchandifes, les lieux & les noms des marchands pour -lefquels elles font deftinées ; leur fait défenfes de faire paffier debout celles non deftinées pour la provifion de Paris , qu’ils n’en aient au préalable fait la déclaration au bureau defdits officiers, à peine de 200 livres d’amende i & condamne ledit Foyneau aux dépens.
- Anciens jurés porteurs de charbon.
- Il refie peu de chofes à dire (<z) des porteurs de charbon , après ce qui a été obfervé ci-devant : le feul titre de leur charge en explique allez les fondions. Les mefureurs exerçaient originairement l’un & l’autre office : on a vu ci-devant que la plupart des mefureurs négligèrent le portage, & que fix particuliers l’entreprirent ; on ne trouve point de titre de cet établiffe-ment, & il y a lieu de croire que le limple ufage le forma , pour remplacer les mefureurs qui avaient abandonné le portage.
- 569. Trois mefureurs, apparemment plus laborieux que les autres, fè plaignirent de la diminution de leur travail, occalionnée par ces fix particuliers. L’ordonnance ci-devant rapportée de 141^ , confirma les porteurs & les augmenta jufqu’à neuf. Ils furent encore augmentés de neuf par commiffion des prévôt des marchands & échevins, qui avaient alors cette nomination. Le roi les ayant depuis créés en titre d’office , ils furent en même tems augmentés de cinq, par l’édit de 1644, ci-devant mentionné , puis fixés au nombre de trente-deux qu’ils font encore aujourd’hui.
- 570. Par déclaration de 1706 ( 15 juillet) , ci-devant rapportée, les porteurs avaient obtenu, comme les mefureurs, les qualités & fondions d’inf-pedeurs & contrôleurs généraux de la police , en ce qui les concerne ; c’eft-à-dire fur les gagne - deniers. Ces officiers ne tenant au fujet que nous traitons que par les droits qui leur font attribués, ainfi qu’aux officiers mefureurs , ce qui les concerne ne doit pas nous occuper -, il fuffit de renvoyer à l’ordonnance de Charles VI, du mois de février 141 f >(£)& à celle du mois de décembre 1672. (c)
- Droits attribués aux offices des jurés mefureurs & porteurs de charbon de terre.
- 5"71. En 1708» au mois d’août, il fut attribué aux mefureurs une augmentation du dixième en fus des droits dont ils jouiffaient. Par le tarif du
- ( a ) C’eft M. de Lamarre, qui s’exprime ainfi, page 960 du troifieme volume, cliap. IV. (û) Chapitre XVI. (,c) Chapitre XXIII.
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- 20 juin 1724 s les jurés porteurs ont cinq fols de droit pour chaque minet & pour chaque voie ou tombereau, dans la même proportion du minofc, dont elle efteompofée. Par un édit du mois de juin 17^0, attribution aux propriétaires de ces offices d’un droit de 14 fols 6 deniers par minot. L’édit du mois de janvier 1757 » dont nous avons parlé, accorde aux mefureurs & porteurs de charbon de terre établis par cet arrêt, 1 liv. f fols par voie de charbon, la voiture y comprife , & cela tant pour eux que pour leurs garçons plumets, (a) A l’égard des anciens droits de 14 fols f deniers par minot fur les charbons de terre, ils ont été réfervés & perçus au profit du roi.
- 572. La perception des huit fols pour livre établis ou prorogés par un édit du mois de novembre 1771, en fus des droits attribués aux officiers fur les ports , ayant éprouvé des difficultés de leur part & de celle des redevables defdits droits, comme les marchands de charbon de terre , qui prétendaient ne devoir aucuns fols pour livre fur les droits de garres , &c. & occa-iionnant des embarras confidérables aux prépofés de l’adjudicataire des ferun s générales, chargé par Sa Majefté de faire le recouvrement defdits fols pour livre , il a été ordonné le 25 mai 1773 , par un arrêt du confeil, “ que „ l’édit du mois de novembre, & les arrêts du confeil des 1 f & 22 décent-„ bre 1771, feront exécutés fuivant leur forme & teneur ; & en conféquence „ que tous les officiers fur les ports, quais, halles , chantiers , foires & mar-„ chés de la ville, fauxbourgs & banlieue de Paris, leurs commis ou pré-
- pofés, feront tenus de lever, en même tems que les droits principaux qui „ leur font attribués, les huit fols pour livre en fus d’iceux, de remettre „ le produit defdits huit fols pour livre aux prépofés de l’adjudicataire des „ fermes générales unies, chargé par Sa Majellé d’en faire le recouvre-„ ment j & de leur communiquer , ou faire par leurs commis & employés „ communiquer leurs regiftres de recette ; à peine dans le premier cas d’être „ lefdits officiers refponfables en leur propre & privé nom, du montant des „ fols pour livres qu’ils auraient négligé de percevoir, & dans les autres „ detre pourfuiviscomme pour deniers royaux, & condamnés pour chaque „ contravention à l’amende de cinq cents livres , conformément à l’article III „ de l’arrêt du confeil du 22 décembre 1771.
- 573. „ Ordonné pareillement à tous marchands de charbon de terre, „ marchands de grains , entrepreneurs de coches d’eau, par terre , & autres ,, particuliers généralement quelconques , redevables d’aucuns droits , de ,, quelqu’efpece & nature qu’ils puilfent être, attribués aux communautés „ d’offices établis, foit dans les halles & marchés , foit fur les ports, quais
- (a) On appelle ainfi des gagne - deniers bois, les grains & la farine ; ce font propre-qui travaillent fur les ports, places & halles ment, ainli que les garçons de la pelle, les de la ville, à porter fur la tête le charbon de aides des jurés porteurs.
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- „ & chantiers de ladite ville , fauxbourgs & banlieue de Paris , de payer en 35 même tems que le principal defdits droits, les fols pour livre auxquels 3, iis ont été aiïujettis par ledit édit du mois de novembre 1771 , & autres 3, réglcmens poftérieurs , faiis pouvoir exiger des quittances particulières def-3, dits fols pour livre , dont mention toutefois fera faite dans celles qui feront ,, délivrées pour les droits principaux ; le tout à peine de confifcation, &c. „
- f 74. La régie, la confervation & perception des droits de quatorze fols par minot, eft fixée par une fentence du bureau de la ville du 27 janvier 173 f jcompofée de cinq articles.
- f 7 5. Ce jugement qui confirme les officiers mefureurs & porteurs dans la perception des droits attribués à leur office , leur donne en conléquence , “ 1 la per-„ million d’établir des bureaux & commis dans les lieux néceifaires au long des 3, rivières de Seine & de Marne, dans l’étendue de la banlieue de Paris ; favoir , », fur la riviere de Seine, à Choify, au Port-à-i’Anglais , Bolfe - de - Marne, aux ,, ports de Saint-Denys ,1a Briche, Maifon de Seine , Boulogne , Seve, & „ autres lieux au - deffus & au-deffous de Paris ; & fur la riviere de Marne, à s, Charenton , & au-delfus du pont, jufqu’à Nogent inclufivement.
- 576. ,, 2°. Ordonne que tous voituriers & marchands de charbon de „ terre, forains ou de Paris, leurs commiffionnaires & tous autres, condui-„ fant des bateaux chargés en tout ou partie de charbon de terre , feront ,, tenus de faire leurs déclarations aiix premiers bureaux & commis qui ,, feront établis fur & au long des rivières dans la banlieue de Paris, de tout „ le charbon de terre qui fera dans leur bateau , & d’en repréfenter les let-„ très de voitures qu’ils feront tenus de prendre avant leur départ du lieu „ de leur chargement, en bonne forme & fidelle , conformément à l’article „ IX du chapitre fécond de l’ordonnance de 1672; lefquelles lettres de voi-,, ture contiendront les quantités de charbon chargé fur leurs bateaux (a), „ le nom & la demeure des voituriers ; ceux des propriétaires du charbon , „ foit marchands forains , foit marchands ou autres particuliers de Paris ou s, d’autres lieux , & leurs demeures. Elles contiendront aufii la deffination „ où ledit charbon devra être conduit, déchargé ou vendu 5 qu’ils feront 3, aufîî tenus de faire leurs fournirions de payer lefdits droits de quatorze „ fols fix deniers par minot du charbon qui fera delliné pour Paris, & pour ,, autres villes & lieux de la banlieue de Paris ; & feront lefdits droits payés aux ,, commis receveurs des bureaux dans lefquels les déclarations feront faites (E)
- {a) Appelles dans quelques fentences, le marchand a fait refus, en ce cas jufti-thoues. fiant par ledit voiturier de fommation en
- (jb) Par l’article VIII, défenfe aux voitu- bonne forme par lui faite au marchand ou riers de partir des ports de charge fans avoir commïfnonnaire, de lui fournir lettres avant lettres de voiture, à peine d’être déchus du fon départ, fera ledit voiturier cru, tant fur prix d’icelles; & fi le voiturier allégué que la quantité des marchandiiês, que du prix
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- f77* » Fait défeufe à tous voituriers, marchands & autres proprié-,, taires de charbon de terre , leurs commillionnaires, & tous autres condui-,, faut ledit charbon, de faire aborder, féjourner & décharger les charbons „ de terre qui feront deftinés pour Paris , ou autres villes & lieux de leten-„ due de la banlieue, au-delà de ladite banlieue, ni les y vendre, vcrfer, dé-„ biter ni tranfporter dans aucune maifon royale, hôpitaux, communautés „ ou maifons particulières , & autres lieux prétendus privilégiés ou exempts ,, de droits, fitués dans l’étendue de ladite banlieue,-fans en avoir obtenu „ permiflion du bureau de la ville, en avoir fait déclaration & payé lefdits „ droits de quatorze fols fix deniers aux commiflîonnaires d’iceux, à peine ,, de confifcation du charbon, des bateaux , charois & équipages tranfpor-,, tant ledit charbon, de cinq cents livres d’amende payable folidairement „ par les voituriers & propriétaires dudit charbon & leurs commillionnaires, „ fans répétition les uns contre les autres ; au paiement defquels droits de „ quatorze fols fix deniers par minot de charbon de terre, les voituriers, „ marchands & autres propriétaires dudit charbon leurs commilfionnaires „ feront contraints comme pour les deniers & affaires de Sa Majefté, fur les „ contraintes qui feront décernées par les commis - receveurs defdits droits.
- S 78- 4°. Permet en outre aux fupplians de faire par leurs commis re-
- „ çus au bureau de la ville , huifliers dudit bureau, autres officiers ou com-*, mis des fermes du roi fur ce requis , toutes recherches & perquifitions „ des entrepôts & magafins dudit charbon de terre à Choify-fur-Seine , No-„ gent-fur-Marue, ville & ports de Saint-Denys, la Briche , Maifon de Seine, „ Boulogne, Seve & autres lieux fitués au long defdites rivières dans l’éten-„ due de la banlieue de Paris, à l’effet de faire par leurs commis des dénon-„ dations au procureur du roi & de la ville, & par lefdits huifliers & autres, ,, des procès-verbaux des charbons de terre qu’ils trouveront entrepofés 8c „ emmagafinés , fans avoir obtenu notre permiflion , ni fait déclaration d"'i-„ ceux, & payé lefdits droits de quatorze fols fix deniers par minot de char-„ bon de terre.
- S79‘ Ordonne que tous marchands & autres particuliers pro«
- „ priétaires dudit charbon, les dépofitaires & gardiens d’iceux feront tenus „ de faire ouverture defdits entrepôts & magafins, & de payer lefdits droits ,, pour le charbon qui fera trouvé dans lefdits entrepôts ; & en cas de „ refus, permis aux officiers 8c à leurs commis de faire l’ouverture defi
- de la voiture d’icelle, chap. II. L’article fui- lieu où les marchandifes auront été,char-vant porte que ces lettres contiendront la gées, que des lieux de la deftination, & du quantité & qualité des marchandifes, le prix teins du départ, fixé de la voiture, & feront mention tant du
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- „ dites portes des magafins & autres lieux dans lefquels il y aura dudit „ charbon de terre , par le premier ferrurier ou maréchal fur ce requis , en „ préfence d’un des huiffiers - commiflaires du bureau, ou du juge royal „ des lieux j & en cas d'abfence du procureur du roi, notaire ou fyndic „ du lieu, ou témoins fur ce requis, dont il fera drelfé procès-verbal par „ lefdits huiffiers-commiifaires, juges royaux des lieux ; & en cas d’abfence, „ du procureur du roi defdits lieux , qui contiendra les quantités du charbon „ qu’ils auront trouvé ; & feront tous lefdits procès-verbaux remis auffi-tôt j, au procureur du roi & de la ville ; & de faire affigner par-devant nous » les contrevenans & refufans , pour voir ordonner la confifcation defdits „ charbons , & être condamnés au paiement defdits droits, avec dommages, „ intérêts, dépens. Et fera le préfent jugement lu , publié & affiché par - tout „ où befoin fera, & exécuté nonobftant oppositions ou appellations quel-
- conques , & fans préjudice d’icelles. Ce fut fait & ordonné au bureau de ,, la ville de Paris, le 27 janvier 17^f. Scellé à Paris le 16 février (a). ”Au mois de novembre 1771 , édit du roi, & arrêt du confeil, du 1^ & du 22 décembre de la même année , ordonnant l’exécution de divers réglemens qu’ils rappellent, concernant la perception & le recouvrement des huit fols pour livre, en fus de tous les droits énoncés oufpécifiés dans ces réglemens,.
- Gants, entrepôts } magajîns de décharge de charbons de terre dans la banlieue
- de Paris.
- 580. Le premier entrepôt général de cette marchandife eft à Villeneuve-Saint-Georges fur la Seine , & fur la petite riviere d’Hieres, où les bateaux s’arrêtent dans les isles de Charenton & de Bercy. Là, un bateau bloqué de trente voies eft du prix de 1^0 livres, n’étant point fujet à tous les droits j le charbon en détail s’y vend de trente à trente-trois livres la voie.
- 781- Par un réglement du 18 avril 1768 , défenfes font faites à tous marchands de charbon de terre forains, de faire aucun entrepôt ni magafîn de ladite marchandife dans la banlieue, à peine de confifcation , & de cent divres d’amende, conformément à l’ordonnancer de 1672, chapitre XXÏ, article troifieme.
- 582. La permiffion d’entrepofer bateau, foit dans la banlieue, foit à ces endroits de décharge , doit être demandée au bureau de la ville , qui juge des motifs d’accorder cette permiffion faute de vente , ou attendu l’arrivée d’autres bateaux, &c. qui ordonne le lâchage des bateaux à leur rang d’arrivage, &c.
- (û) 1 es principaux objets faifant la ma- vont être repris à part, pour un plus grand tiere de ce réglement, comme bateaux en éclairciffement. pail’e-deboutj magalins dans la banlieue,
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- Sentences d’audience contre particuliers qui ont emmagafmé dans la banlieue fans permiffion du bureau, 17 février 1740, 4 août 1741,7 février 1749 , 24 avril I75-©. La fentence du 24 avril 1750 a été confirmée par arrêt du parlement du 4 feptembre 1761. 29 juillet 17 ff, permiffion. 20 avril 1735-, idem.
- 2 f mai 1688 * réglement qui fait défenfe a tous marchands de faire fé-journer, c’eft-à-dire, de lailfer en dépôt les bateaux de charbon de terre à Charenton, à peine de cinquante livres d’amende & de punition.
- 13 mai 1689 , autre réglement portant défenfe aux marchands de charbon de terre de vendre leurs bateaux chargés , en dépôt à la Boife de Marne, enjoint à eux de les faire venir à leur port de deftination, à peine de cent livres d’amende.
- 23 feptembre 1677, jugement qui permet à Edme Pellé , bourgeois de Paris, de faire recharger & mettre en chantier & entrepôt les charbons de terre contenus dans les bateaux hors d’état de porter leurs charges , en indiquant le lieu dudit entrepôt, en en faifant & faifant faire par fes cautions & affociés leurs foumiffions au greffe de la ville , de faire rapporter lefdites marchandifes fur les ports pour y être vendues, à peine de con-fifcation defdites marchandifes.
- 20 dudit mois , requête dudit Pellé, tendante aux fins ci-delfus ; procès-verbal du fleur de Vinx, échevin, de la vifite faite en là préfente par Pierre Petit, debacleur des ports, &c. des bateaux dudit Pellé. 7 odobre 1677, foumiffions faites en conféquence.
- 4 mai 1740, avis du bureau de la ville, donné en conféquence d’une lettre adreffée par M. le contrôleur général, à M. le prévôt des marchands, fur la demande du fieur Ja & autres intéreffés dans l’exploitation des mines du charbon de terre de la province d’Auvergne, à ce qu’il leur foit permis de continuer leur magafin & entrepôt de cette marchandée , foit à Villeneuve-Saint - Georges ou environs, avec défenfes à toutes perfonnes de les y troubler, & fur un projet d’arrêt préfenté au confeil au même fujet par lefdits intéreffés. Le bureau eftime qu’il peut être permis au fieur Ja & con-fors d’établir un magafin & entrepôt de charbon de terre fur la riviere d’Hieres feulement : ce qui femble devoir être auffi accordé aux intéreffés en l’exploitation des mines du Bourbonnais & à tous autres marchands , tant de cette ville que forains ; aux conditions que ladite marchandée de charbon reftera dans les bateaux fans pouvoir être mife dans aucune maifon , jardin, même fur le bord delà riviere, à peine d’amende & de confécatioii; fauf à leur permettre d’en difpofer fur l’isle des Cignes, pour prévenir la caducité des bateaux qui auraient féjourné trop long-tems en hiver, & que les lettres de voiture feront faites au lieu du chargement, par - devant 110-
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- taires, vifées aux bureaux fur la route & autres lieux , & contiendront la deftination pour la riviere d’Hieres & autres formalités requifes pour leur validité ; que lefdits entrepreneurs tiendront toujours ladite riviere fuffi-famment garnie de bateaux de charbon de terre ; enforte que , nonobftant l’événement des faifons , la provilion pour Paris ferait abondante en tout tems ; qu’avant de deftiner des charbons de terre pour pafler debout, ils fe pourvoiront au bureau pour en avoir la permiflion, en rendant compte des charbons reliant en Hieres ; & que le prix defdits charbons de terre fera taxé par le bureau, aiuli que les bois & autres objets fervant à la provilion de Paris.
- Premier décembre 1752, jugement fur requête, qui permet à des marchands de charbon de terre de faire décharger aux carrières de Charenton les charbons de terre par eux fauves du naufrage de huit bateaux chargés de ladite marchandée ; à la charge de juftifier de la quantité qui y fera dépofée, & de l’arrivée & vente du furplus au port Saint-Paul.
- Le charbon de terre 11e devant pas être diftrait de fa deftination , les régle-mens de l’hôtel-de-ville pourvoient à cet objet ; on trouve le 28 juillet 1769 , une ordonnance pour faire failir aux carrières de Charenton des bateaux chargés de charbon de terre, pour en empêcher l’enlevement.
- 12 juin 1750, défenfes aux mefureurs porteurs de charbon de terre de percevoir aucun droit à Seve, fur les charbons de terre qui s’y vendent, non plus que fur ceux payant par Paris, ou deftinés en palîe-debout : mais venant de Paris à Sevre, les droits font dus.
- 2 mars 1678 , jugement portant qu’André leHerque, foi-difaut fermier des droits de meliire à Saint-Cloud, fera affigné à la requête du procureur du roi & delà ville, pour repréfenter les titres en vertu defquels il prétend percevoir des droits de mefurage audit lieu de Saint-Cloud, fur les marchan-diies en charbon de terre , & défenfes à lui de les percevoir, à peine de con-culîion, & d’empêcher Robert Lay, marchand de charbon de cette ville, d’enlever fa marchandée, à peine de f 00 livres d’amende.
- 2i juin 1678» ordonnance femblable au jugement ci-deéus contre ledit le Herque.
- Arrêt de la cour des aides du 18 janvier 1770, confirmatif d’une fentence du bureau de la ville du 17 juillet 1767, rendu en faveur de la communauté des officiers mefureurs & porteurs de charbon de terre de la ville, faux-bourgs & banlieue de Paris , contre François Delabarre, maréchal - ferrant à Charenton, les fyndics , habitans & communauté du bourg de Charenton, & M. Baslon de Bercy, feigneur dudit lieu ; qui reçoit les habitans de Charenton, & M. Baslon de Bercy, parties intervenantes; déclare la faille faite fur ledit Delabarre, de trois voies de charbon de terre, bonne & valable »
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- &-cependant, par grâce & fins tirer à conféquence, le décharge de la con-fécation d’icelles s le condamne à payer auxdits officiers les droits à eux attribués fur lefdites trois voies de charbon de terre 5 leur fait défenfes & à tous autres habitans de la banlieue de cette ville, de faire entrer dans ladite banlieue , & y emmagaffiter aucune marchandée de charbon de terre , fans faire au préalable leur déclaration, & payer les droits * & pour cette contravention commife par ledit Delabarre , le condamne en dix livres d’amende envers lefdits officiers.
- Police qui s’obferve dans les garres & ports au - dejjïis & au - dejjous de Paris l tant pour le lâchage & garrage des bateaux aux ports de dejlinadon , que pour le placement & la décharge des marchandées, &c.
- 583. L’inexécution de la plupart des différentes fentences & réglemens fur le fichage & le garrage des bateaux, dans les endroits où ils attendent leur tour pour defcendre, a donné lieu à l’ordonnance de police dont nous avons déjà extrait ce qui a rapport au déchirage des bateaux. Par cette ordonnance , “ il eft fait très-expreffes inhibitions & défenfes à tous marchands , 5J voituriers par eau & autres, de faire décharger aucunes marchandées dans „ les ports & endroits au - deffous de Paris, qu’ils n’aient repréfenté aux M officiers metteurs-à-port, planchéieurs, & autres officiers ou commis à-„ ce prépofés, des lettres de voiture en bonne forme, palfées ès lieux du „ chargement, par lefquelles la deftination aura été précifément & vaîable-,5 ment faite pour lefdits ports , fous les peines portées par les ordonnances 55 & réglemens. Pareillement il eft défendu aux officiers , metteurs-à-port & 33 planchéieurs , & autres officiers ou commis prépofés , de fouffrir qu’il foit déchargé dans ces ports aucunes marchandées, qu’il ne leur foit apparu 33 des lettres de voiture & deftination en bonne forme.
- 5-84 „ L’arrangement des bateaux dans ces ports eft auffi prefcrit par 3, cette ordonnance ; il y eft expreffément défendu à tous marchands de 33 charbons , voituriers par eau , fadeurs , commiffionnaires , gardes.bateaux 33 & autres, de placer aucun bateau chargé de marchandée de charbon , plus 35 près que de vingt-cinq toifes au-deffus du bac des carrières de Charenton ; 33 l’ordonnance porte, qu’en plaçant les bateaux le long du port des carrières 3# de Charenton , il loit laiffé un efpace fuffifant pour que le cours de la 33 navigation foit libre du côté de la Boffe de Marne, & que les bateaux «3 foient rangés de maniéré que ceux qui viennent, foit par la Marne, foit 3S par la Seine , en deftination pour être déchargés audit port, puiflent aifé-33 ment & (ans obftacle aborder & être mis à port, & lefdites marchandées 33 être déchargées, tranfportées dans les différentes parties dudit port, qui
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- „ font les plus commodes au-deifus & au-deffous du bac, & où brdinal-5J rement fe font lefdites manœuvres : le tout à peine de trois cents livres 33 d’amende pour chaque contravention, & de demeurer garans & refpon-3, fables de tous les naufrages & dommages qu’ils pourraient occafionner. „ Les propriétaires, commillionnaires & voituriers des marchandifes qui Ja arrivent par eau, & doivent être déchargées audit port des carrières de „ Charenton, font au furplus , en tant que de befoin, par provision , & x fans préjudice des droits appartenais à la ville, maintenus dans la liberté „ de faire ou de faire faire par qui ils voudront toutes ces manœuvres ; M avec défenfe à qui que ce foit de s’y immifcer, s’ils n’y font requis par „ lefdits propriétaires, commilîionnaires & voituriers, aiull que de les in-„ quiéter par aucune menace ou voie de fait, fous peine de punition cot-„ porelle, même pour la première fois. „
- $o décembre 1692, fentence de réglement, portant que les marchands trafiquais de charbon de terre feront tenus, lorfqu’ils feront venir defdits charbons de terre pour la provifion de cette ville, de les faire arriver aux ports de leur deftination* & qui, en cas d’embarras èfdits ports , leur permet de les garrer aux garres ordinaires limitées jufqu’au Port-à-l’Anglais j & à l’égard des bateaux chargés defdits charbons de terre deftinés pour d’autres lieux que pour Paris, ordonne que lefdits marchands les feront garrer dans les garres étant au-delfus dudit Port-à-l’Anglais.
- 1699, procès-verbal de tranfport du lieur Sautreau, premier échevin , fur le port de Villeneuve-Saint-Georges, au fujet de plufieurs bateaux ou thoues chargés de charbon de terre appartenant au fieur de Lifv, & étant à l’embouchure de la riviere d’Hieres, qui gâtent ladite riviere.
- 6 mars 1719, ordonnance portant que tous les marchands de charbon de terre , tant de Paris que forains, qui feront arriver des thoues & bateaux chargés de ladite marchandife pour la provifion de Paris, feront tenus de les faire arrêter & garrer au - delfus du bac de la Râpée & le long des isles de Bercy ,jufqu’à ce qu’ils foient lâchés dans les ports de leur deftination , fuivant l’ordre de leur arrivage.
- Sentences d’audiences contre marchands qui ont fait lâcher bateaux avant leur rang d’arrivage & fans permiflion , 19 août 1721,29 juillet 1727, 18 juin & 22 juillet 1729, & 2? mai 1732.
- Sentence d’audience contre marchands qui ont fait lâcher bateaux à autre port qu’à celui de deftination, 2 mars 1628.
- Il feptembre 1717, défenfes aux maîtres des ponts de Charenton de lâcher au-delfous des ponts de Paris & de remonter dans la Marne aucuns bateaux de charbon, fans qu’il leur foit apparu un certificat que ladite marchandife a une férieufe deftination.
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- Police relative aux charbons de terre , amenés par eau pour la confommatlon de Paris, au - dejfus de la ville , & autres defcendans la riviere de Seine en pajfe - debout.
- f8f. Du premier entrepôt fur la Seine au-delfus de Paris, les bateaux chargés de charbon defcendent la riviere , ou pour paifer plus loin au-delfous de la ville, ou pour fe rendre aux ports deftinés à la vente de cette marchandée dans Paris : ces bateaux s’appellent en terme de marine d’eau douce bateaux en pafle-debout. La néceffité de faciliter le paflage de ces équipes par Paris, dans les endroits fitués au-deifous de la capitale , de balancer en même tems les frais de tranlport qui, ajoutés aux droits des officiers mefureurs & porteurs, ne pourraient permettre de vendre le charbon de terre dans les endroits au-delfous de Paris à auffi bon marché que celui d’Angleterre, qui viendrait par le Havre-de-Grace, a fait fentir qu’il fallait exempter les pajje-deboutAzs droits attribués aux officiers mefureurs & porteurs. Dans cette vue ils ont été expreflément déchargés de ces droits par un édit de 1706 , & par un autre du mois d’août 1708 , a l’article des droits attribués aux offices des mefures & porteurs. Ça)
- fS6. L’édit du mois de juin 1730, cité précédemment, & dans lequel les charbons de terre 11e font point fpécifiés être fujets à ce droit, ayant occafionné des conte hâtions fur ce paiement, que les officiers prétendaient exiger des bateaux en palfe-debout, ils en furent déclarés exempts par un arrêt du confeil du 9 avril 1737 (b). Mais en même tems il a été de la prudence de prendre des précautions pour empêcher les marchands forains & les voituriers d’abuler de leurs déclarations , pour fruftrer les propriétaires de ces offices , de leurs droits fur les charbons de terre deftinés réellement pour la confommation de Paris.
- 587. Le même arrêt qui déboute les propriétaires de leurs prétentions, impofe aux marchands, voituriers , conduéteurs de bateaux 8c autres qui amèneront des charbons de terre deftinés à paifer debout, les conditions “ de ,, repréfenter dans les trois jours de leur arrivée aux garres ordinaires, leurs
- (u) 7 février 1741, arrêt du confeil interlocutoire , fur la queftion de favoir fi les charbons de terre du Bourbonnais ne peuvent partir fans lettre de voiture du chargement ; fi ceux qui palferont debout avec lettre de voiture faite à Villeneuve - Saint-Georges, jouiront de l’exemption'des droits accordés par les arrêts des 9 avril & 3 mai 1740. Ledit arrêt interlocutoire ordonnant que la requête fera communiquée aux offi-Tome XVI.
- ciers mefureurs & porteurs de charbon de terre, & faifant défenfes auxdits officiers de faire aucune pourfuite pour l’exécution des deux fentences ci-deffus, & de l’autre part des 13 & 14 janvier 1741.
- (b) Par une déclaration du 17 décembre 1692, ils font également exempts des droits de domaine & barrage, dus aux entrées de Paris, & dont nous parlerons à leur place.
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- „ lettres de voiture en bonne forme auxdits officiers mefureurs & porteurs „ de charbon de terre, ou leurs commis & prépofés , & de les faire par „ eux vifer, pour reconnaître fi la deffination defdits charbons de terre eft „ véritable, & fi lefdites lettres de voiture font conformes aux réglemens „ de rhôtel-de-ville (a) , le tout à peine , en cas de fauife deffination , ou de fauife déclaration, ou de verfement defdits charbons de terre dans ladite „ ville , fauxbourgs & banlieue de Paris, en fraude des droits attribués aux-dits propriétaires des offices de mefureurs & porteurs , de confifcation défi-„ dits charbons, & de deux cents livres d’amende contre lefdits marchands , „ voituriers, conducteurs de bateaux & autres. „
- 9 mai 1740 , lettre de M. Orry, contrôleur général, qui adreife ledit arrêt du confeil à M. le prévôt des marchands. Charbon non deffiné en palfe-de-bout, & cependant paifant, doit droits. 15 janvier 1741 , audience, jugement qui condamne le nommé Bouton , marchand de fer à Saint-Denys, & les intéreifés de mines de charbon de terre de Finis en Bourbonnais, foli-dairement à payer aux officiers mefureurs porteurs de charbon de terre les droits à eux attribués fur vingt-cinq voies de charbon de terre, qu’ils ont fait paifer debout à Paris, & conduire de Villeneuve-Sainte-Gorges au port de la Briche ; par grâce, les décharge de la confifcation defdits charbons , & les condamne en cent livres d’amende, pour avoir fait faire une lettre de voiture à Villeneuve-Saint-Georges , au lieu de l’avoir fait faire au premier port de chargement, avec deffination en paife-debout.
- 14 janvier 1741, autre jugement contre lefdits Bouton & autres pour le même objet qui le décharge, par grâce , de la confifcation & amende.
- f89- Les formalités à remplir pour les bateaux deffinés à paifer debout, confident à fe pourvoir au bureau de ville, afin d’en avoir la premiffion , en rendant compte des charbons reftant dans l’isle d’Hieres ; & félon les différens cas, les palfe-debout font tolérés ou refufés (£). En conféquence il eft défendu aux maîtres des ponts, de lai fier paifer & aller aval fous iceux aucun bateau chargé de charbon de terre, s’il n’eft exhibé de permiffion du bureau. Les marchands qui lâchent une thoue de charbon fans être en réglé à cet égard , ou avant leur tour, encourent une amende de cent livres , & font condamnés : ce font les commisplanchèieurs & metteurs-à-port, qui donnent le lailfez-palfer»
- (a) Sentence du 4 novembre 1767,qui adopté cette lettre de voiture: lefdits ba. condamne en cent livres d’amende un voi- teaux confifqués au profit de l’Hôpital-gé-turier par eau, pour avoir fait faire une let- néral.
- tre de voiture de deux Jhpincs chargées de ( b ) Septembre 179^, mémoire préfenté
- charbon de terre, dans laquelle le nom du à M. le prévôt des marchands par les mar-marchand auquel la marchandée était adrefi chands de charbon de terre pour la provi-fée était lai fié en blanc; & un marchand fo- fion de Paris, pour la prorogation de laper-rain, à cent livres d’amende, pour avoir miffion de faire paffer debout des bateaux.
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- Du 6 juin 1678 s permiflion à un marchand bourgeois~de Paris de faire lâcher par-deffous les ponts de cette ville, jufqu’au lieu & port du Pecq, un bateau chargé de quatorze à quinze voies.
- Du 28 juillet 1673), ordonnance contre le fleur Lelay , marchand de fer, lequel, pour augmenter le prix du charbon de terre , en avait fait def-cendre plufieurs bateaux fous les ponts, fous le prétexte qu’ils étaient deL tinés pour Verfailles.
- Du 25 mai 1734, arrêt contradictoire du confeil,qui déboute Louis Nouvel & fes cautions, intéreffés à la manufacture de la verrerie de Seve , de leur demande en exemption des droits attribués aux offices des mefureurs & porteurs de charbon de terre, créés par édit du mois de juin 1730, def-tinés pour ladite verrerie, paflant debout dans la ville, fauxbourgs & banlieue de Paris.
- Du 4 feptembre 17^1 , arrêt de la cour de parlement, confirmatif d’une fentence du bureau de ville, du 24 avril 175*0, rendue en faveur de la communauté des officiers mefureurs & porteurs de charbon de terre, de la ville , fauxbourgs & banlieue de Paris s qui déclare la faille faite fur les fleurs baron de Vaux ( a ) & Grandery, de quatre - vingt - feize voies de charbon de terre trouvées à Seve, bonne & valable , y ayant été emmagafinées fans déclaration au bureau, & fans paiement des droits 5 les condamne à payer aux-dits officiers leurs droits i leur fait défenfes de récidiver, fous plus grandes peines , & les condamne aux dépens.
- 10 juillet 1754, jugement qui ordonne l’enregiftrement au bureau Dien: arrêt du confeil du 25 mai précédent, qui déboute les entrepreneurs de la manufacture de la verrerie de Seve de l’exemption par eux prétendue des droits fur le charbon de terre palfant debout par Paris pour l’ufage de ladite manufacture, & notamment des droits rétablis, attendu que par les lettres-patentes d’établiffement de cette verrerie , l’adjudicaire n’était exempt que des droits d’entrée du royaume & de péage, & non de ceux dus à Paris & dans la banlieue ; enforte que Seve étant compris dans la banlieue, les charbons qui y font deffinés, ne peuvent être cenfés y palfer debout.
- 26 odobre 1754, permiflion au fleur Lottin, intéreflë dans la verrerie royale de Seve , de faire conduire une barquette de charbon de terre pour l’ufage de ladite verrerie , à la charge d’en faire faire le mefurage audit lieu de Seve, en préfence de Maupoint, mefureur de charbon.
- 5*89. Au furplus, les charbons vendus ainfi à quelques lieues de Paris, après avoirpaffé en pafîè-debout, quoiqu’exempts , comme on l’a vu, de la1
- (a ) Propriétaire des mines aux environs obtenu un privilège de faire tranfporter de Saint-Etienne, & qui par arrêts du con- jufqu’à Paris les charbons qui en proviens feildes 10 juin & 31 odobre 1738? avait draient.
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- plupart des droits, n’en font pas pour cela à meilleur marché 5 les frais à payer aux chabkurs, & aux maîtres des différens ponts, les frais de navigation continués , deviennent au point qu’à peu de diftance de cette ville, comme par exemple, à Saint-Germain, à Poilfy, les charbons fe trouvent auffi chers que s’ils euffent payé les droits à Paris.
- 590. Les maréchaux & ferruriers de Poilfy fe fervent du charbon de Saint-Etienne, qu’ils prennent, après l’avoir eifayé (a), au pont de Seve, au port de Marly, au pont du Pecq. La voie, au port, coûte à ces ouvriers, de 50, f2 à 5-4 livres la voie ; de la riviere à Poilfy, Ja voiture leur coûte 6,7, g livres ; à l’entrée de cette ville , elle paie une livre deux fols 6 deniers: total environ 61 livres & quelques fols ; de maniéré qu’il eft plus avantageux pour les ouvriers de Rouen, ayant befoin de ce com-buftible, d’en tirer de l’étranger par le Havre, comme 011 peut en juger par ce que nous avons dit à l’article de balfe - Normandie. A Seve, le charbon du Forez coûte de , 4> à fo liv. la voie, félon les tems.
- Entrepôt de commerce du charbon de terre dans la ville de Paris,
- ?9i. L’entrepôt pour la confommation de Paris, en bois neuf à brûler, en charbon de bois, en marchandifes de tuilesardoifes & charbon de terre, était autrefois au port Saint-Paul, comme encore aujourd’hui, & à la Greve. Depuis le 20 décembre 173 en conféquence d’une déclaration du roi, (b) les bateaux de charbon de terre , ainfi que les marchandifes de tuiles & ardoifes, ne fe placent plus qu’au-delfous du pont de Grammont, ou au-delfous de l’isle Louvier, pour y être débités. Différentes ordonnances & réglemens ont fixé le nombre de bateaux qui doivent y .avoir place. On voit que dès l’année 167^ , 27 mars, il ne devait pas yen avoir plus de dix : ce placement, & tout ce qui y a rapport, fut fucceffivement réglé.
- ^92. En 1674 20 novembre, à l’audience, réglement qui enjoint à
- tous marchands de charbon de terre, d’obferver les réglemens , & les leur interprétant, déclare que dans les dix places deftinées au port Saint-Paul pour lefdites marchandifes, il y en a trois particuliérement pour les marchands de Paris, lefquels ne pourront y faire defcendre leurs bateaux, que
- (c> Ce qui donne Heu de croire qu’il l’incommodité que les habitans des maifons eft très-fujet à être mélangé dans ces ma- adjacentes, les paffans & l’hôtel - de-ville gaiins, malgré toutes les ordonnances. recevaient de la vapeur extrêmementfub» (b) Sur les repréfentations faites parles tile qui s'exhale du charbon de bois, prévôt des marchands & échevins , touchant
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- lorfque l’une défaites trois places fera vuide, & ne pourront les y faire def. cendre que fuivant l’ordre de leur arrivée , qui fera juftifiée par les regiftres des fermiers du roi, ou des officiers jurés mefureurs & contrôleurs de charbon, (a)
- f93- 14 mars 1698 5 fentence de réglement qui ordonne l’exécution des réglemens des 27 mars 1693, 6 novembre 1694, & des autres; portant défenfes à tous marchands de charbon de terre de faire mettre à port leurs bateaux qui arriveront au port Saint-Paul, ailleurs que depuis & delfous le pont de bois de Pisle Louvier, cnfuite l’un de l’autre jufqu’au nombre de dix ; & aux officiers gardes - bateaux ( b ), de les mettre à port ailleurs, & en plus grand nombre. Le commerce de ce foffile ayant fans doute pris de l’accroiffement, 011 augmenta le nombre de ces places, qui furent portées jufqu’à treize.
- ^94. Le 30 mai 1724,1e 19 décembre delà même année, ordonnance portant que des treize places deftinées pour la vente & diftribution des charbons de terre au port Saint-Paul, pour la provifion de Paris, les cinq premières qui fe fuivent l’une l’autre, feront occupées par les marchands de Paris, & les huit autres par les marchands forains. Défenfes aux marchands d’occuper les places les uns des autres, ni de faire defcendre leurs bateaux dans lefdites places, autrement que félon leur rang d’arrivage , & 'd’en occuper plus d’une chacun à la fois , à peine de cent livres d’amende par chaque contravention ; ordonne de plus, qu’aucun marchand de Paris 11e pourra vendre aucunes defdites marchandifes fous le nom d’un marchand forain, (c), à peine de confifeation d’icelle, & d’amende aufiî par chaque contravention.
- f9f. Ces diiférens réglemens préfentent la plupart des articles de police relatifs au départ de la marchandife , de ce que j’ai nommé l'entrepôt général. D’après les ordonnances & réglemens , les bateaux de charbons demandés, foit pour les befoins delà ville, foit pour ceux des endroits au-deifus , ne peuvent partir fans une permiffion du bureau (ci) , & avant leur rang d’arrivage : dans certains cas, on pourvoit aufîî à l’accélération de leur arrivée (e). Les bateaux doivent être placés aux endroits marqués, & non
- () Ordonnances des 23 décembre 1737, 17 avril 1703.
- () Ces officiers ont quatre fols par jour, (c) Premier juin 1729, fentence d’audience contre les marchands de Paris, pour avoir pris la place d’un marchand forain.
- ( d j 18 juin 1729, fentence du bureau qui condamne le nommé Hugau.lt le jeune,
- marchand de fer & de charbon de terre, en vingt-cinq livres d’amende, pour avoir fait defcendre au port S. Paul, dans le bras du Mail, un bateau thoue, chargé de ladite marchandife de charbon de terre, hors fon rang d’arrivage.
- (e) 2 mars 1712, injonction aux commit faires à l’arrangement des bateaux dans les
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- en nuifance (a) (b). Le bureau de ville accorde gratis des places dans plu-iieurs endroits pour le dépôt de bois & de charbon ; on s’adreiîe à l’infpec-teur du port Saint-Paul, commis par la ville pour le débarquement des mar-chandiiés , arrangement des bateaux, &c. Cet officier en fait fon rapport au bureau de l’hôtel - de - ville, (c)
- ) 96. Police de vente dans La ville & les fauxbourgs de Paris. CETTE partie intéreflante du commerce de charbon de terre eft réglée par quelques articles du chapitre XXI de l’ordonnance {' d).
- Art. I. tc Seront les marchandifes de charbon de bois & de terre, con-,, duites ès ports & places à ce deftinés (e) -, les marchands tant forains que „ bourgeois, tenus d’exhiber aux jurés mefureurs. & contrôleurs, leurs „ lettres de voiture , dont doit être fait regiftre par ces officiers (/).
- Art. II. ,, Les mefureurs tenus, à Pinftant de l’arrivée, de les aller vffi-„ ter aux bateaux, ports & places ; daller déclarer au bureau de la ville „ le 110m du marchand, la quantité & qualité de la marchandée, pour ,, être le prix mis au charbon de bois , (g) &c. „ Le charbon de terre n’eft taxé qu’à raifon de défechiofité ; ce qui concerne fa qualité ne tient qu’au
- ports, de faire defcendre les bateaux chargés de charbon de terre étant dans le port de Villeneuve-Saint-Georges.
- (a) 25 mai 1719, audience, fentence contre marchand contrevenant.
- (b) 29 juillet 173g, fentence qui condamne le nommé Didier, marchand de charbon de terre, en cinquante livres d’amende, pour n’avoir ôté le bateau dudit charbon qu’il a à la treizième place du portS. Paul, & qui ordonne qu’il fera defcendu à fes dépens à l’isle des Cignes.
- (c) 16 novembre 1736, requête préfen-tée par les intéreffés dans les mines de charbon de terre près Moulins, pour obtenir une place à décharger leur charbon de terre au port S. Nicolas.
- (c?) Fol. 74 de M. de Lamare.
- (e) 17 feptembre 1717 ,défenfe à tous marchands , conformément à l’article II du chapitre III, d’aller au-devant des marchandifes deftinées pour la provifion de Paris, & de les acheter en chemin, aux peines y portées ; injonction aux marchands de faire leur déclaration dans les trois jours de l’arrivée de leurs bateaux, au bureau
- des officiers.
- (/) 25 mars 1736, 10 mai 1737, 15 décembre 1738, 5 février, 27 mai, 28 juin 1740, &c. fentences d’audience contre particuliers qui n’ont pas fait à la chambre des officiers leurs déclarations de Farrivée de leurs bateaux aux garres, & n’y ont pas repréfenté leurs lettres de voiture pour être enregiftrées.
- (g) Un jugement du 8 niai 1690, défend à tous marchands de faire aucun mélangé ,• ordonne d'amener les charbons purs ainjt qu'ils fartent de la mine , àpeine de confijcation & de trente livres d’amende; enjoint aux officiers fur ladite marchan-dife, d'avertir le bureau de ces contraventions, à peine d'en répondre en leur propre nom. L'avis du bureau de la ville, du 20 juillet 1740 , dont il fera parlé ailleurs, renferme une ordonnance d’une amende contre les marchands ff voituriers qui mêleront une qualité de charbon avec une autre , tant en route qu'à Paris ; éf> veut qu'à cet effet il foit fixé de porter pour c haque qualité de charbon.
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- mélange d’une efpece avec une autre ; infidélité à laquelle on ne peut guere oppofer que des prohibitions, mais à laquelle il eft très-facile aux marchands de fe livrer, comme nous l’avons annoncé.
- Art. VIII. “ Le charbon de terre amené , tant d’amont que d’aval l’eau, „ à Paris, doit demeurer au port où il aura été conduit, celui appartenant j, aux marchands forains, jufqu’à la vente entière. Les artifans forgerons ,, préférés en l’achat, à ceux qui en font trafic. Le charbon appartenant n aux marchands de Paris doit tenir port pendant trois jours , pour être n vendu aux artifans & forgerons, fans que les autres marchands de Paris „ en puilfent acheter ; après les trois jours , permis aux marchands de Paris 3j de le faire tranfporter chez eux, fans pouvoir le vendre à plus haut prix
- que celui de la vente faite fyr le port.
- Art. IX. ,, Le prix une fois mis au charbon de terre ne peut être ,, augmenté, fous quelque prétexte que ce foit. Si dans le cours de la vente ,, le marchand fait rabais (du prix), tenu de continuer la vente fur le n même prix du rabais, à peine de confifcation & d’amende arbitraire. „ Les mefureurs, tenus de faire regiftre du premier prix, & du rabais, „ pour y avoir recours dans le befoin , & tenir la main à l’exécution de ,, cet article. ( a ) „
- 397. L’art. III, du chapitre XXIII, exige la préfence d’un officier (F) à chaque bateau de charbon de terre & de bois , dont la vente fera ouverte , fans qu’il puiife entreprendre de nouvelle befogne. Ces officiers , ainfi que les porteurs de charbon de terre, ne fourniifcnt, en quelque tems que ce foit, que deux mefures , & quatre plumets , dans les treize bateaux de charbon de terre garniflant le port Saint-Paul, quoique la vente foit ouverte de tous j & fi l’on demande des mefures au - delà des deux qu’ils appellent ordinaires, ( ce font deux demi - minots ) on ne les obtient qu’en payant aux plumets par le marchand ou l’ouvrier; & les droits des officiers, toujours payables à mefure de la vente, font néanmoins exigés à l’ordinaire.
- 598. L’auteur du Journal du citoyen , de qui nous empruntons cette note , page 25*4, ajoute que tc ces officiers ne fe foumettent point à cet „ égard à l’ordonannce , édits, déclarations & arrêts ; qu’ils occafionnent des
- (a) 31 janvier 1747 , jugement qui con- cèdent, avait été injurié & menacé, ordonne damne Gilles Poullet, marchand de char- de plus que, faute par ledit Poullet, de bon de terre, en cinq cents livres d'amende, faire vente au public, elle fera faite à la pour avoir vendu un demi-minot de charbon requête du procureur du roi, à la diligence quarante-cinq livres au lieu de quarante- des officiers mefureurs. deux livres-, prix* auquel le bateau avait été (6 ) Il n’y a jamais qu’un officier furie ouvert; & fur ce que Guillaume Maupoint, port.
- ©fficier mefureur, qui avait fait rendre l’ex-
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- 5*8
- D ü CHARBON DE TERRE
- „ conteftations entre l’ouvrier qui n’a pas le moyen défaire fa fourniture, „ & ceux qui la font ordinairement en mai, juin, juillet, août,& même „ une partie de feptembre, & encore entre ces derniers : outre que le petit ,, ouvrier perd fon tems, il arrive très -fouvent que les uns & les autres „ font privés de charbon, & relient par conféquent fans travail ; il ferait „ très - néceffaire ( ainli que l’obferve ce citoyen eftimable ) d’en inftruire „ M. le procureur du roi & de la ville, qui no manquerait pas de remédier „ à cet abus, qu’on a tenté infruclueufement d’introduire fur le charbon „ de bois L’arrêt d’enregiftrement de l’édit du mois de janvier 1727 , fait encore défenfe aux porteurs, u de demander augmentation de droits pour ,, le portage ou autrement, ni pour eux, ni pour leurs plumets , ni en „ exiger autres & plus grands que ceux portés par l’édit, & qu’ils feront „ tenus d’avoir nombre fuffifant de plumets pour le fervice du public. „ f99- Dans le Traité de la police, on trouve une fentence du bureau de la ville , portant réglement entre les marchands de Paris & les forains pour la vente du charbon de terre (a), les plaidoyers , & moyens de ces deux fortes de marchands ( b ), après lefquels le bureau de la ville oblige les marchands de Paris de faire enlever dans trois jours les charbons de terre dont ils faifaient la vente au port Saint - Paul, & de les faire conduire en leurs maifons ; défenfes à eux d’en expofer fur les ports quand ils fe trouveront garnis de charbons appartenais aux forains pour la provision de ceux qui en auront befoin, ni d’en vendre fous le nom d’aucun marchand forain, à peine, pour la première fois, de 5000 livres d’amende , & pour la fécondé de confifcation : dans le cas où il 11’y aurait pas aux ports de charbon de terre aux forains, les marchands de Paris tenus d’y faire tenir port pendant trois jours aux bateaux qui leur arriveront, après lefquels pâlies pourront les faire enlever en leurs maifons : défenfes aux marchands forains de faire entrepôt ni înagalin defdits jeharbons , à peine de 100 livres d’amende & de confifcation. Plulieurs fehtences du bureau de ville, du 18 avril i£8i , 27 feptembre 1696, 26 juillet 1697, font confirmatives de cette première.
- 60o. La vente du charbon ne doit être indiquée par aucunes affiches : on trouve un avis du bureau, en date du 20 juillet 1740, au fujet d’une lettre de M. le contrôleur général à M. le prévôt des marchands, du 4 avril 1740 , contre la demande du fîeur baron de Vaux, à ce qu’il lui foit permis d’afficher des avertiffemens qui indiquent aux marchands & ouvriers le nom de celui qu’il a chargé de la vente du charbon de terre qu’il a tiré de fes mines, près Saint-Etienne en Forez.
- ( a) Du 18 avril 1641. (ô) Page 941 , tome III.
- éor.
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- E T D E. SES M INES. Partie XL
- 529
- ] 6or. Mefuragé, mefure. La mefure la plus ordinaire eft le minot, qui fe divife pn demi-minot, divifé en trois boiifeaux; le boifleau fe partage en quatre quarts: mais en fait de charbon de terre, 011 ne parle que par minot, & le plus fouvent par demi-minot, quelquefois par voie , autrement appellée muid, qui fait la charge d’un tombereau (a) , contenant trente demi-mi-nots , c’eft - à - dire , quinze minôts,& feize minots pour bonne mefure, ou droit de maréchal. Le demi-minot, ainli que le minot, eft de forme ronde ; les étalonnage & efpalement (b) de ce minot, & de ceux dont on fe fert dans le commerce pour mefurer les chofes feehes , fe fait en l’hôtel-de-ville de Paris, par les jurés mefureurs de fel, commis par l’ordonnance pour marquer & étalonner les poids & mefures, d’où ils font nommés italonnturs des mefures de bois.
- 602. Lors qu’on* établit en titre à Paris les jurés mefureurs de fel, qui alors fdilait l’objet le plus important du commerce par eau dans cette ville , on donna à ces officiers la garde des étalons de toutes les mefures des cho-fes feehes ; c’eft pour la garde de ce dépôt qu’ils ont une chambre dans l’hôtel-de-ville , où font gardés les étalons de cuivre, ou mefures matrices & originales qui doivent fervir à étalonner toutes les autres ( c ). Le demi-minot, mefuré fur cet étalon original, doit avoir, mefure en-dedans, onze pouces neuf lignes de profondeur, fur un pied deux pouces fept lignes de diamètre ou de large entre les deux Fûts, ce qui donne quarante-deux pouces de tour. C’eft l’officier mefureur, qui diftribue la meiùre dans chaque bateau. Les commiffionnaires ou autres , convaincus d’avoir furpris un officier mefureur, & d’avoir reçu de lui une mefure fur le faux expofé qu’ils ont obtenu une permiffion du bureau de ville pour l’enlevement de leur bateau, encourent une amendej l’officier , pour avoir livré la mefure fans s’être fait repréfenter la permiffion, & n’avoir pas dénoncé la contravention, eft interdit de fes
- () Nous avons eftimé la voie d’après l’opinion reçue du poids de 3000 livres ; cette évaluation n’eft pas exacte. De trois expériences différentes , faites par M. Peronnet au port Saint-Paul, & de quelques-unes que M. Lavoifier y a faites en 1770 , il réfulte que le demi-minot de charbon de terre du Bourbonnais pefe 91 livres, poids de marc, & celui d’Auvergne 93 livres & demie. Si on les eftime, en prenant un milieu, à 92 livres , la voie de charbon de terre étant de 30 demi-minots, il s’enfuit que fa pe-fanteur totale eft de 2760 livres.
- () Signifiant la même chofe quejmtu-
- Torne XVI.
- geage, ou comparaifon d’une mefure neuve avec la mefure originale ou matrice, pour enfuite l’étalonner & la marquer de la lettre courante de l’année , fi elle lui eft trouvée égale & conforme. Ce terme, en ce fens , n’eft en ufage que pour la vérification des mefures rondes qui fervent à mefurer les grains, fruits & légumes fecs.
- (c) Du 4 février 1678, réglement qui fait défenfe à tous marchands de vendre aucuns charbons de terre , qu’ils n’aient été mefures dans les mefures ordinaires étalonnées par les jurés mefureurs de fel, fuivant les ordonnances. ,
- X X X
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- DU CHARBON DETERRE
- f3ô
- fondions (a). Par arrêt du parlement, du mois de juillet 1761, îe charbon de terre fe mefure au demi-minot comble (b). Au lieu de cette mefure, ou fe fert quelquefois de paniers. Cela n’eft point permis : c’eft une contraven-vention repréhenfibie, de même que la vente à fauife mefure, & hors de la préfence des officiers ( c).
- 603. Droits qui fe perçoivent fur les charbons de terre entrant dans Paris. Ulf bateau de charbon d’Auvergne, du prix de 900 à 960 livres, lorfqu’il eft à Villeneuve-Saint-Georges ; celui du Forez, de *170 à 1200 livres; celui de Moulins, de 1290 à 1320 (d') ; le charbon du premier endroit vaut dans ce premier entrepôt de 28 à 30 livres la voie, le charbon du fécond de 39 à 40 livres, le charbon du troifieme de 43 à 44 livres. Arrivés au port Saint-Paul , la voie du charbon du Bourbonnais eft du prix de 75 livres , celle de l’Auvergne de 72 livres, & celle du Forez de 60 à 72 livres. Cette augmentation prodigieufe tient à une foule de droits d’entrée1, auxquels le charbon de terre eft affujetti. Ce font en partie les mêmes que ceux qui fe perçoivent fur les denrées & marchandées qui entrent dans la capitale, en confé-quence des déclarations du roi des 17 feptembre 1692, 3 mars 1693,7 juillet 1705*, des arrêts du confeil des premier février 1640, 16 juin& 13 novembre 1693 ’ & édits de janvier 1727, juin 1730. Ces droits peuvent être partagés en plufieurs claifes; une portion donnée à ferme, une autre qui eft aliénée & affe&ée au paiement des différens offices, & une qui appartient à la ville. Nous allons donner de chacun de ces droits une connaiifance fom-maire.
- 604.. Domaine & barrage. Le domaine fe dit d’une efpece d’impôt qui fe leve fur toutes les denrées & marchandées qui entrent dans Paris, tant par terre que par eau. Le barrage fe dit d’un droit de péage qui fe leve tant par terre que par eau fur les marchandées qui paifent par le détroit où ce
- (al 29 août 1736 , fenten.ce qui prive un officier dans ce cas, de fesémolumens au profit des pauvres de la paroiffe Saint-Jean.
- (b) La mefure comble eft quand on donne à l’acheteur ce qui refte au-deffus des bords , avec la mefure même, à la différence de la mefure rafe, qui avant d’être délivrée, eft raclée parle vendeur, félon l’efpece de marchandée , ou avec la main, ou avec un morceau de bois qu’on appelle radoir, & ailleurs rouleau , afin d’en faire tomber ce qui eft au-deffus des bords.
- (c) 13 juin 1739, jugement qui dé-
- charge par grâce le nommé Bouton, de l’amende par lui encourue, pour avoir fait mefurer au port Saint-Paul 28 demi-minots de charbon de terre , au lieu de 30, dont la voie eft compofee ; n’avoir point requis les officiers mefureurs d’en faire la mefure , & les officiers porteurs d’en faire le partage ; avoir fuppofé un particulier pour fouftraire & avoir fou lirait ladite marchandée au fergent de la garde du port Saint-Paul, à qui lefdits officiers l’avaient con-fignée.
- ( d Le bateau toujours fuppofé bloqué de 28 à 30 voies.
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- ET DE SES MINES; Partie IL
- fi1
- droit eft dû ( a ). Ce barrage, & entr’autres celui de Paris, appartenait au roi j il formait autrefois une ferme particulière, qui eft maintenant réunie au bail général des fermes, fous le titre de domaine & barrage. Ces deux droits, fixés parles déclarations du 17 feptembre 169a & 3 mars 1693, font très-modiques, & fe perçoivent aux entrées de Paris, fous une mèm« forme, fans diftindlion.
- 605. Vingtième de L'hôpital. Le vingtième de Phôpital s’entend d’un droit qui s’évalue par le vingtième des droits ci-deifous, & fe perçoit au profit des hôpitaux : il s’en perçoit deux.
- 606. Sols pour livre. Le premier de ces droits eft du mois de feptembre 1747 y il eft de quatre fols pour livre, & s’eftime par les quatre fols pour livre de tous les droits ci-delfusjil fe paie au profit du roi. En 1760 il y fut ajouté un fol, en 1763 un autre ; & au moyen de deux nouveaux fols pour livre, impofés en 1771, ce droit de fols pour livre fe monte aujourd’hui k 8 fols.
- 607. Droit de halle & garre , ou droit de ville. Ce droit eft attribué au domaine de la ville , par lettres - patentes du 2f novembre 1762, en forme de déclaration (£) , pour le tems de vingt années, à commencer du premier janvier j763, jufqu’au premier janvier 1783. La perception s’en fait par les receveurs & commis aux aides & entrées de Paris , & par les officiers, fyn-dics , caifîiers & receveurs des communautés fur les ports, quais, halles & marchés, lefquels font tenus d’en remettre le produit au receveur prépofé par lefdits prévôt des marchands & échevins de la ville de Paris j d’où 011 l’appelle aufti droit de ville : il eft d’un fol par minot, par conféquent de quinze fois par voie ou muid.
- 608. Droit de riviere, droit de contribution. Il a été attribué fur les marchands voituriers par eau, en vertu d’un arrêt du parlement du 23 octobre 1761 , par forme de contribution , pour le paiement d’ouvrages à faire , relativement à la fureté & commodité de la navigation de la riviere de Seine, en remontant de Paris à Montereau ; d’où 011 l’appelle droit de riviere , ou droit de contribution ; il eft de 10 fols pour une voie ou muid.
- 609. Droit d'arrivage. Il fe paie à raifon de f livres 8 fols par bateau abordant au port, ce qui fait dix fols par voie.
- Cl O. Droit principal, ou droits des officiers de charbon de terre & de bois ; & des petits officiers Jur les ports. Outre les droits de 2f fols par voie (’c) , dus
- (fl) Vcëligal pro tranftu, établi pour d’une garre pour les bateaux, la réfection des ponts & paifages, tk. parti- (c) Par arrêt du confeil d’état du pre-culiérement du pavé. mier novembre 1740 , jugeant une contef-
- ( b ) Portant établififem.ent dans la ville tation entre les marchands de charbon de de Paris , d’une, nouvelle halle au bled, & terre, & les officiers mefureurs & porteurs
- X x x ij
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- 532 D U C B 'A R Vo N Ü E T E R ICE
- aux mefureurs & porteurs, dont nous avons donné l’hiftoire en particulier» il y a encore celui qui fe paie aux débacleurs, d’où on le nomme baclage j celui des planchéieurs, qui eft de 8 livres v fols par bateau de trente voies ; celui'des metteurs à port , nommé droit \par eau : ce droit eft félon la grandeur du bateau ( a ) ; mais il eft toujours le même, foit que le bateau foit plus chargé, foit qu’il le foit moins : il eft de f fols 6 deniers par voie , ce qui fait quatre deniers par minot. A tous ces droits, il faut ajouter les frais de décharge de bateau & des gardes de nuit, &c.
- fur une perception defalaire au - deflus de ges & intérêts, & de plus grande peine s’il celle de fols par voie, il eft défendu à y échet.
- ces officiers de percevoir fur le charbon ( a) D’après ce qui a été dit du poids de terre, fous quelque prétexte que ce foit, du minot & de la voie ; le bateau de 30 autres & plus grands droits que les zç fols voies eft chargé de 82800 livres pefant. par voie, à peine de reftitution, domina-
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- ET DE SES MINES. Partie II.
- ) 1
- 3e Année d’Henriet 1758 à i?f9*
- i___ »
- ET Al du produit des droits fur les charbons de terre entrés à Paris pendant la 3 e année du bail d'Henri et commencée le premier octobre 1758 > & finie au demie CHARBON DE TERRE Septembre 17*9.
- PROPRIÉTAIRES
- DES DROITS,
- Gardes-bateaux & planchéieurs.
- •Mefureurs. .
- r1
- Officiers des ^ charbons de terre
- orteurs . . ( Mefureurs
- Officiers des <
- Charbons de bois f Porteurs
- HOPITAL
- FERME GENERALE
- Rota. Les paffe - debout ne font pas compris , n’étant fujets à aucuns
- NOMBRES DE BATEAUX,
- & quantités dus muids de charbon de terre.
- 182 bateaux de 7 toifes, à . .
- j-Muids de charbon de terre
- IJ compofés chacun de 15 mi-' ° 2 ] nots, qui à raifon de 9 f. 6 d.
- [ font par muid, ci . . .
- Muids idem , qui à 5 f par mi-
- not font par muid, ci .
- f" 168 ^ Muids idem, à
- <j l68| Muids idem , à .... Total des droits des officiers
- Quotité
- des
- DROITS.
- f. d.
- 2 6
- DROITS.
- J. f.
- 728
- 3632? 11
- 10
- Rapport des droits fujets au vingtième.
- 1. f d.-
- Total des droits des officiers
- Total des principaux
- de la ferme générale
- 63396 2404 2 9
- J
- 3 I
- J>6>8oo 4
- J
- Total fujetau vingtième 6) goo 4
- Vingtième defdits droits...............
- 182 bateaux pour droits d’arrivage ,
- à f liv. 8 f. ci...............982 16
- S168 \ muids de charbon de terre
- à f f. 6 d. ci..............1404 6 9
- 19381 17 $876 7
- AS 84 S
- 63396 1
- 3290
- 1421
- 480
- 6 9 16 7
- 4 f pour livre . .
- Rapport des droits fujets aux 4 f pour liv. de i 747
- Total des droits d’officiers . . . . 63396 1. 1 f 3 d.
- droits-,mais au-delfous du Pont-Royal Vingtième de l’hôpital 3290 ils ont à payer pour les paflages des ponts is liv. Il eft dû actuellement, fuivant la déclaration du 3 février 2760,1m fol pour livre, tant des droits principaux que du vingtième,qui font le quart du produit des 4 f. pour livre.
- Total .... 66686 1
- 4 f pour liv. defdits droits
- Total général
- ï
- 13337 4 3
- 16222
- 82908 5
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- BU CHARBON DE TERRE
- SH
- 611. Par le prix courant du charbon de terre dans cette année 177^ on voit que depuis cette époque de 175-9, la mafle des droits impofés fur les charbons de terre s’eft accrue infenfîblement à un point furprenant vis-à-vis du primage, {a ) Cet accroilfement, en augmentant confidérablement le prix des ouvrages pour lefquels elle eft indifpeniable, ne peut à la fin , fans qu’il en réfulte aucun avantage pour l’encouragement des mines, que produire la rareté de ceux de ces ouvrages qui 11e font pas abfolument nécelfaires : de là moins d’ouvriers dans les atteliers -, de là moins de confommation de charbon ; de là un déchet très - confidérable dans la plupart de ceux qui fe détériorent en magafin, 8c en conféquence une perte pour les propriétaires des mines. Le tableau exaét & complet de ces droits ferait très - intéreifant, pour mettre les perfonnes en place à portée de juger fi cette marchandife eft encore fufceptible d’une augmentation de droits, ou fi au contraire il ns ferait pas à propos d’y apporter une modération.
- 612. Toute la perception des fermes 8c des officiers fur les charbons, forme à cet égard un article clair 8c confiant : il n’en eft pas tout-à-fait de même de l’autre partie à ajouter à cette première fomme, lorfqu’on veut retrouver le prix total, ou du bateau, ou de la voie , ou du rninot. Compofée de petits droits particuliers qui fe partagent entre plufieurs perfonnes, pour la quantité de charbon contenue dans une thoue, & de frais qui n’entrent point en taxe , cette fomme additionnelle , fupportée cependant par l’acheteur, ne paraît pas pouvoir être connue exactement, ni pouvoir être reportée dans le tableau de la vente au moindre détail (£), comme il ferait utile de l’avoir : ce ferait la feule maniéré de comparer exactement enfemble le gain de l’état, celui du vendeur , & celui de l’acheteur. J’ai cherché à donner cette facilité ; & dans cette vue, je préfente le tableau de tout cet objet, tel qu’il m’a été poffible de le dreffer, foit en raffemblant à l’hôtel des fermes &au bureau des officiers les droits quTsÿ perçoivent, foit en prenant pour les autres articles toutes les informations qui y font relatives.
- (a') C’eft-à-dire, du premier achat de principal, & un vingtième de l’hôpital, la matière, foit fur le lieu de chargement, (b) C’eft ce qui fait que celui qui va foit à Villeneuve-Saint-Georges, après avoir fuivre, eft en quelque maniéré incomplet, payé les droits clés cinq groflfes fermes,lors & ne s’accorde pas entièrement dans quel-de l’enlevement, ceux du canal de Briare ques points avec l’énoncé général des droits & celui de Nemours. Jufqu’en 1741, on particuliers; mais ces différences ne s’en ne payait pour tout droit que celui nommé éloignent pas confidérablement.
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- ET DE SES MINES. Partie IL
- ETA T des différens droits qui fe perçoivent fur les charbons de terre > arrivons par ea Paris pour y être vendus, & d'autres frais.
- PROPRIÉTAIRES DES DROITS.
- Par
- minot.
- Officiers rMefureurs
- du charbon de terre en charge,] ou >
- droit principal.
- Officiers du charbon de bois.
- L Porteurs . Mei’ureurs
- r
- Ô c
- o i,
- (.Porteurs . . Halle & garre
- T R OU
- droit de ville.
- A LA FERME GÉNÉRALE fe paie auffi fur C excèdent de la Domaine & barrage déclaration. (
- Hôpital - général . . . . . ^ Deux vingtièmes..
- 4 fols pour livre
- fol.
- anciens. 1
- i f. pour livre, 1760
- Gardes-bateaux. . |
- 1 f. pour livre, 1763 z{. pour livre, 1771J
- Planchéieurs. Déchargeurs. Metteurs-a - port, Débacleurs.
- 1
- >•
- AUX PLUMETS . . . .
- Pour la voiture......
- Par ceux qui font décharger par terre, pour mettte le charbon en magafn au port : ce droit, qui tombe fur le bateau chargé, ef de peu de confèquence . & fe reporte dans les frais. Officiers de police , pour la ville.
- Droit par eau , ou droit de riviere. Baclage.
- Bureau du domaine. Droit d’arrivage . .
- \ Droit de police, g f. \ pour livre.
- Par voie
- DE I)' MINOTS.
- 1.
- . 6
- f.
- . 2
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- M'
- 10
- i)
- • 5
- . 6
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- . 1
- . ô
- Par bat e de 30 voie
- 1.
- f.
- par j<
- & UL
- Total %z\. ig f. îo d. 7^0 livres envi
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- S36 nu charbon de terre
- Depuis quelques années le livre du recevëur au bureau des officiers eO: affujetti au timbre, de même que la quittance d’après laquelle on prendra une idée de cette partie de droits.
- Quittance du receveur des droits.
- Déclaré le Et fini le
- N°. du regiflre déclaré pour 30 voies.
- Excédent . . 6
- Total des voies. . . . 36
- 1. f. d.
- Droits des officiers. . . . • 399 16 9
- Deux vingtièmes 39 19, 8
- 439 16 S
- î ,1' •lZ’9??8f.P.i.I7y >8 6
- 4bp. 1. 87 19 3
- Domaine . >
- 8 f p. 1. du 20e. Quittance ....
- 2 18 9 1 3
- 618 14 11
- CHARBON DE TERRE.
- PORT
- Je fouffigné fyndic & receveur des droits du charbon de terre, reconnais avoir reçu de .... la fomme de 618 Hv. 14 fols 11 deniers pour les droits de quatorze fols fix deniers par minot, attribués par les édits de juin 1730, mars 1760, & la déclaration du 5 décembre 1768 » aux officiers mefureurs & porteurs dudit charbon; enfemble les deux vingtièmes en fus pour l’hôpital ; les quatre fols pour livre établis par l’édit de feptembre 1747, prorogés par la fufd. déclaration , & deux fols pour livre, pour être perçus pour le compte de la régie , ordonnés par la déclaration du 3 février 1760, & l’édit d’avril 1763. Plus, les droits du domaine, pour excédent à la déclaration , & les Ex fols pour livre du vingtième de cette partie, fuivant la note ci-contre, dont quittance. Fait à Paris , au bureau de la communauté , ce .... mil fept cent..
- Il faut obferver, quant au droit total de 17 livres ^ fols 7 deniers , fc payant aux metteurs - à - port au bureau du domaine, que ce droit eft toujours le même pour tout bateau , bloqué de plus ou moins de voies ; attendu que chaque bateau chargé de marchandifes quelconques, doit, outre les droits dont les marchandifes ou denrées y contenues font fufceptibles, celui nommé droit d'arrivage ; ainfi l’excédent fe paie au domaine comme
- aux
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- ET DE SES MINES, Partie IL
- r-*l m 0 i
- aux autres droits, c’eft-à-dire, 17 livres 17 fols 6 deniers de principal, le dixième pour l’hôpital, les dix fols pour livre des deux parties, & y fols .8 deniers pour le domaine. Le marchand, fans parler aux acheteurs de la fomme de 17 livres f fols 7 deniers , les leur fait payer , en augmentant le prix du charbon i c’efl-à-dire, que fl bon bateau n’efl bloqué que de 2g voies à la mefure du lieu de chargement, le marchand hauife de dix fols le prix de chaque voie: fl la fapine eft bloquée de 30, l’augmentation fera en proportion. Pour bien- apprécier ce droit de 17 livres p fols 7 deniers, il ne s’agit que d’ètre exactement affuré du nombre de voies dont le bateau eft bloqué réellement.
- Recherches & remarques fur la charge des bateaux de charbon de terre 'qui viennent dans les ports de Paris ; fur la confommation de ce fofjîle dans cette capitale , & fur fon évaluation en argent,
- 613. La voiture la plus ordinaire pour cette marchandife, eft celle appelléc -thoue, dont on fe fert principalement fur la Loire ; fapine ou fapïniere , qui fe déclare ordinairement pour 2$ voies , rarement pour davantage, néanmoins depuis quelques années ces voitures font d’une contenance plus grande qu’elles n’étaient, & elles fe déclarent quelquefois de 30 à 3^ voies. Les fa-pines du Forez, qui apportent du charbon de terre à Seve pourra verrerie, contiennent chacune, au rapport de M. Belot, directeur de cette manufacture , de 30 à 40 voies mefure de Paris (a). Outre ces voitures , on a vu quelquefois fe fervir de chalands (h), qui font des bateaux plats d’une couf-truction peu folide, parce qu’ils ne remontent jamais; étroits, médiocrement longs, & peu élevés, à caufe du canal & des éclufes, par lefquels il
- ( a ) Cette maniéré de fpécifier précî-fement la charge de ces bateaux, eft ef-fentielle à obferver pour ce que nous dirons bientôt.
- ( b ) Autrement appelles marnois, parce qu’il s’en conftruit vers la fource de la Marne , d’une grandeur à peu près la même ; mais chaland fe dit plus particuliérement des bateaux de la Loire , qui font très-légers & vont à la voile ; ce font des bateaux plats ; ils ne font bâtis que de planches encoutu-rées l’une fur l’autre , jointes à des pièces de Heures qui n’ont ni plat-bords, ni matières pour les tenir ferme. Cette expref-fton encouturcé explique le mot encouture-Tome XVI.
- ment, dont nous nous fommes fervis à l’article des droits perçus pour le paflage des bateaux au canal de Briare. En marine d’eau douce , on entend par le terme encouture-ment la jonftion du premier bord ou fous-bord d’un bateau , avec la première planche du fond , qu’on appelle femelle j & ces deux pièces font tiinglées en - dedans avec une tringle en bois d’environ un pouce ou deux pouces de large , prolongée d’un bout à l’autre du bateau, fous laquelle on met de la moufle glaifée pour étancher ce'tte partie ; l’entre-bord & le fu-bord, ou troifieme bord , forment avec fe fous-bord un des côtés du bateau.
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- faut qu’ils paffent pour arriver à Paris : il y a de ces bateaux de douze toifes de long & de dix pieds de large, fur quatre pieds de hauteur de bord, & qui contiennent jufqu’à cinquante voies ; mais il eft rare qu’on exporte le charbon jufqu’à Paris fur ces bateaux.
- 614. Quand il y en vient d’Angleterre , & il en vient a&uellement très-peu, c’eft par les bateaux de Rouen, de l’efpece appellée foncets (a), & il arrive au port Saint-Nicolas. Il paraît par un arrêt du confeil du 11 feptembre 1714 (b) , que le prix de ce charbon étranger rendu par Rouen au port de Paris, était réglé par le prévôt des marchands, fans qu’il pût être vendu à plus haut prix. On peut voir dans l’arrêt du confeil du 6 feptembre 1701 ( c) les formalités à remplir de la part des négocians ou maîtres de navires étrangers, Anglais ou autres , qui arrivent & déchargent leurs marchai! difes dans les ports du royaume. L’arrêt du confeil, du 9 août 1723, fixe la forme & la maniéré dans laquelle doivent être faites dans les bureaux des fermes , les déclarations des marchands négocians, pour les marchandées qu’ils font entrer. Enfin, un arrêt du confeil, du y février 1761, qui fixe les droits qui doivent être perqus fur les charbons de terre d’Angleterre , d’Ecoife & d’Irlande, & autres pays étrangers, entrant dans les dififé-rens ports de France, permet aux commillionnaires & entrepreneurs des mines du royaume, d’établir, à leurs frais, dans lefdits ports & lieux par lefquels ledit charbon de terre étranger peut entrer, des commis & pré-pofés, à l’effet de veiller à l’exa&e perception defdits droits.
- 6 if. A la fuite du mémoire de M. de Crifenoy , & des réflexions dont il l’a accompagné, touchant les droits d’entrée des charbons de terre étrangers dans le royaume , on a oublié de placer l’arrêt du confeil rendu en confé-quence de ces obfervations Çd'). Nous le donnons en entier à la fin de cette fe&ion, & nous allons maintenant envifager le commerce du charbon
- (a) Sorte de bateau qui eft des plus grands , dont on fe fert fur les rivières ; on appelle ainfi les grands bateaux de Rouen qui remontent la Seine ^ il yen a auflî fur la riviere d’Oife. Les foncets de Seine font les plus confiderables ; il y en a qui ont juf-qu’à vingt-fept toifes entre chef & quille , c’eft-à-dire, quatre ou cinq toifes de plus en longueur que n’ont les plus grands vaif-feaux qui navigent fur l’Océan , & qu’on nomme vaijfieaux du premier rang.
- ( b ) Qui décharge des droits d’entrée des cinq groffes fermes ,& de ceux du doublement de péage, le charbon de terre
- flambant, que le fleur Galabin & compagnie feront venir d’Ecoife au Havre-de Grâce & à Rouen.
- ( c ) Portant réglement fur l’entrée des marchandifes du crû & fabrique dlAngle-terre , Ecoife , Irlande & pays en dépendans.
- (d) Lequel réglé ces droits d’entrée du charbon étranger, & exempte cette marchand ife de tous droits de traite à fa circulation dans les différentes provinces du royaume: c’eft-à-dire, que par cet arrêtées charbons etrangers relient lu jets aux droits qui peuvent être dus à des engagiftes ou feigneurs; & à l’égard des charbons défit*
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- de terre fous le point de vue particulier que nous venons d’annoncer, c’eft-à-dire , relativement à la quantité qui en vient annuellement à Paris, pour l’uiage des ouvriers en fer. Quoique cette confommation n’emporte qu’une partie de la totalité provenante du Bourbonnais , du Forez & de l’Auvergne, la capitale que ces mines approvisionnent peut néanmoins être regardée comme le centre du commerce de charbon pour ces trois provinces. L’avantage qu’elles ont à cet égard fur quelques autres , à portée cependant comme elles d’envoyer cette marchandife dans la capitale, n’eft Purement pas un objet de peu de conféquence dans leur exportation. Du côté de Decize , par exemple, ce négoce qui ne s’étend pas jufqu’à Paris, était, lors de la publication du Di&ionnaire du commerce par M. Savari, eftimé à cent vingt mille livres par an ; la plus forte partie de ce commerce de la mine de Fims regarde la ville de Paris ; il eft à préfumer qu’il en eft. de même de la province d’Auvergne & du Forez. Ces conlidérations générales , fur lefquelles nous allons nous arrêter en finiifant, pourront être agréables à ceux de nos le&eurs qui aiment à porter leurs vues fur les richeifes de l’état.
- 6T6. Pendant l’année du bail de Henriet vl’approvifionnement de Paris s’eft trouvé monter à 182 bateaux donnant voies & demie , lefquelles, au
- prix de quarante livres chacune à cette époque, auraient monté à la fomme de 209404 livres, fans y comprendre celle produite par d’autres droits & frais reverfés fur l’acheteur. M. Davault, fecretaire de M. le procureur du roi de la ville, ayant voulu en 1769 reconnaître au jufte cet approvifion-nement, a trouvé pendant quatre ans fix cents bateaux, d’où, à compter cent cinquante équipes pour chacune de ces quatre années, 011 aurait quatre mille trois cents cinquante voies feulement par année, le bateau fuppofé bloqué de 29 voies ; ou cinq mille quatre cents foixante voies, en fuppo-fant le bateau bloqué de 30 voies. Mais connaiflant les difficultés fans nombre auxquelles cette vérification eft fujette, il 11e regarde pas comme certain le réfultat delà recherche; il ioupqonne cet approvifionnement de Paris beaucoup plus confidérable. E11 effet dans le bail de Henriet, il y a vingt-deux ans , fi eft porté à fiég voies.
- 617. M. Bocquet, fyndic de la communauté des mefureurs & porteurs de charbon de terre , qui depuis 25 ans exerce cette charge, déclare que cet approvifionnement va annuellement à environ deux cents bateaux qui , en les évaluant aujourd’hui à 30 voies chacun, font fix mille voies. Tous ceux qui ont eu occafion de parler de cette confommation, ont précifément porté
- nés pour Paris,1e confeil a adopté lé fen- chiflant pas des droits dus à leur entrée tinrent de i\l. de Crifenoy, en ne lesaffran- dans cette ville.
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- à ce taux fapprovifionnement total de Paris. Etre afluré que cet approvi-fionnement n'eft jamais moindre que fix mille voies , c’eft avoir exactement ce que l’on veut (avoir. En procédant d’une maniéré très - (impie à cette recherche, j’ai trouvé, fans avoir d’abord été guidé par le bail de Henriet, & par le dire de M. Bocquet, une grande vraifemblance dans cette eftima-tion ; c’eft-à-dire , qu’il 11e fe débite effectivement pas moins de (ix mille voies de charbon tous les ans dans la capitale.
- 618. La mine du Bourbonnais eft la feule dont j’ai fu la quantité qui s’exporte à Paris : il eft à propos d’obferver que, des trois mines qui y four-nilfent, c’eft précifément celle dont le charbon eft le moins confommé dans la capitale (a). Cette quantité de l’une des trois mines, dont celle de deux eft inconnue, une fois donnée, ou regardée comme certaine, peut fervir de bafe à une fupputation très - raifonnable, en failant entrer dans la con-fomnration totale que l’on cherche une même quantité de chacune des deux autres mines, favoir , de celle du Forez & de-celle de l’Auvergne. Or il eft d’opinion que la mine de Fims fournit à elle feule , pour l’approvifionnement de Paris, foixante - fix bateaux, & vingt voies ( le bateau bloqué de .trente ) , ou deux mille voies, en comptant de cette maniéré; ce qui fait les deux tiers de fou extradfion. De (ix cents bateaux partant du Forez tous les ans, fi l’on en fuppofe de même pour Paris foixante-(ix bateaux &.vingt voies, faifant deux mille voies; fi l’on y en ajoute autant de l’Auvergne, on aura les fix mille voies, qui paraiifent donner la quantité confommée dans la capitale.
- 619. La différence dont nous avons fait mention du produit des mefures des mines du Bourbonnais & de l’Auvergne avec celle de Paris, pourrait n’ètre pas inutile à rapprocher de cette quantité de fix mille voies , donnée pour être celle qui fe confommé dans Paris. On doit fe rappeller que la voie de Moulins, prife au port de cette ville, eft dun fixieme plus forte que celle de Paris ; c’eft-à-dire , qu’au lieu de contenir quinze minots , elle en contient ï j\, & que cent voies d’Auvergne en donnent 120 à Paris ; qu’enfin neuf voies de Saint - Rambert ( nous avions oublié d’en avertir à l’article du Forez) en rendent douze au port de Paris : ainfi un bateau de charbon du Forez , arrivant à Paris , bloqué de trente voies , en contient réellement quarante mefures de Paris , comme l’annonce M. Belot dans fa lettre à M. de Lavoifier. J’ignore fi ce furcroît eft compris dans la déclaration qui 11’eft que pure & fimple , & qui, félon toute apparence , 11’eft fpécifiée que d’après la mefure des lieux
- (a) A raifon de fon prix qui eft tou- lant dans différentes proportions celui du jours le plus haut, & dont les ouvriers ont Forez ou de l’Auvergne, avec celui de Mou-eherchépar cette raifon à fe paflèr, en mê- lins.
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- de chargement (æ) ; on prétend qu’il eft indifférent que la (houe, déclarée communément pour vingt-cinq voies, le foit pour davantage, parce que l’excédent fe paie aux domaines, comme il a été dit plus haut. Dans le cas où cet excédent relatif à la différence de méfures du lieu de chargement, n’eft point porté à la déclaration ; il donne trois différences , l’une pour le bénéfice du vendeur, l’autre pour la Confommation réelle de Paris , l’autre pour le produit réel des droits.
- 620. Quant au premier , 900 voies, non déclarées à la mefure de Paris , dans les cent cinquante bateaux reconnus par M. Davault, produifent au vendeur de 2^200 livres pour le charbon du plus bas prix , acheté 28 livres , à 39600 livres pour la même marchandife au plus haut prix 44 livres, fans y comprendre la vente des bateaux au dèchireur. Le charbon de Moulins à 45 livres la voie, donne 225 livres 10 fols de bénéfice par chaque bateau. Quant au fécond article relatif à la confommation de Paris, les 182 bateaux de Henriet, vraifemblablement bloqués de 28 à 29 voies, mefure du lieu de chargement, auraient donné 6030 voies au lieu de 5168 & demie, en y ajoutant, par chaque bateau, 6 voies non déclarées , qui alors feraient en tout 1092 voies, ou 36 batçaux & 12 voies de plus. Les iyo bateaux trouvés par M. Davault, auraient, donné ,ÿ2f O; voies, au heu de quatre mille trois cents cinquante. Les 200 bateaux déclarés par M. Bocquet, au lieu de lix mille voies , donneraient,7200 voies. Enfin, pour le produit réel des droits, en prenant ceux portés au bail de Henriet, fe montant à un total de 82908 livres f fols, pour 182 bateauxc’effc-à-dire, 4^5" livres 10 fols 8 deniers par chaque bateau bloqué de 30 voies, il y aurait alors 16398 livres 1 fol .environ de droits , qui feraient, ireftés au vendeur en bénéfice. Ain Ci, dans le cas de 1200 voies non déclarées, à ajouter aux 6000 déclarées, la confom-mation fe monterait à 7200 voies , qui feraient converties dans la foinme de fofooo livres , pour le charbon à 28 livres, au lieu de 420000 livres , différence 840003 c’eft - à - dire , que tous les ans il y aurait dans Paris au moins pour f04000 livres en argent, dé charbon de vendu.
- (a) Dans un jugement du 9 décembre mefure de la vente qui fe fera dans les 1745 , qui fur l’intervention. &les conclu- ports, je trouve un marchand de charbon fions du procureur du roi, ordonne que de terre condamné en 100 livres d’amende, les officiers de charbon de terre continue- pour s’être trouvé dans fon bateau plus de ront de percevoir leur droit au fur & à marchandife qu’il n’en avait déclaré.
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- DE CES TROIS PREMIERES SECTIONS.
- 621. J usqu’a préfent nous nous forcîmes occupés dans cette fécondé partie
- de l’exploitation détaillée des différentes mines de charbon exploitées, des lieux où fe confommait le produit de cette exploitation, & de la maniéré dont cette exploitation était entendue dans les différens endroits relativement au commerce.. Ges différens tableaux ifolés n’ont plus befoin que d’être comparés enfemble, pour mettre l’entrepreneur & l’ouvrier dans le cas de choifir avec Gonnaiifance.de caufe‘Celle des méthodes qui fe trouvera la plus conforme à fes vues économiques, & à la nature du foi qu’il doit exploiter.
- 622. Cet objet fera principalement traité dans la quatrième feélion : mais comme dans une entreprife auiîî vafte que l’eft celle dont je me fuis chargé , les obftacles naiiîent à.proportion de l’étendue des connàiifances que l’ont veut acquérir ; comme d’ailleurs if 11e m’a pas été pofïible'de me tranfporter dans tous les lieux, étrangers fur-tout, où s’exploite le charbon de terre s comme en un mot la confiance que l’on doit avoir pour les rapports ou defcriptions faites par des gens fouvent plus zélés qu’éclairés, ne peut manquer tôt ou tard d’être fujette à des réformations eifentielles (a) , j’ai cru devoir profiter del’occaiîon de cette quatrième & derniere fe&ion que j’annonce, pour joindre au tableau dont je viens de parler , une autre partie des réformes & additions dont cet ouvrage peut être fufceptible. En effet, fî l’on fe rappelle que c’eft en 1761 que j’avais déjà acquis affez de matériaux pour me hafarder à annoncer mon ouvrage ; fi l’on veut bien croire que pendant tout ce tems je n’ai laiffé échapper aucune efpece d’inftru&ion qui y foit relative 5 fi on
- (a) Pour ce qui concerne entr’autres la province du Lyonnais, j’ai eu befoin de ne pas me laffer d’aller aux informations ; parmi celles que j’ai cru pouvoir adopter, il s’en eft trouvé beaucoup de fautives : elles fubfifteraient dans mon ouvrage , fans une circonftance heureufe dont j’ai été favorifé affez à tems : les feuilles imprimées fur le Lyonnais, que j’avais envoyées dans la province, font parvenues à
- un citoyen recommandable par une probité égale à fon intelligence, & qui tient un rang parmi les favans dont la province du Lyonnais fe fait honneur. Cette perfonne zélée, dont la modeftie m’a impofé la loi de ne pas le faire connaître, a pris à cœur cette matière que j’avais traitée : je lui dois des éclairciffemens intereffans, dont je vais à l’inftant communiquer la partie effentielle.
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- confidere d’ailleurs, combien, malgré la routine , les opérations des charbonniers font fufceptibles de changemens en douze ans de tems , on conviendra que ce qui était vrai à l’époque du commencement de mon ouvrage , peut & doit n’être plus qu’une vieille routine qui ferait oubliée fi je n’en avais fait mention. Ajoutez à cela la longueur des correfpondances , les différences ou la lenteur néceflitée des correipondans, l’incertitude des moyens fouvent détournés qu’il leur a fallu prendre ; & l’on fentira que le long tems , loin de nuire à la perfection de mon ouvrage, a dû y contribuer. Dès 1761 , par exemple, j’avais demandé & l’on m’avait promis, de différens endroits de l’Angleterre, des defllns touchant les mines de Newcaftle. Je les ai attendus en vain jufqu’à la préfente année ; & après douze ans d’attente , à l’inftant où toutes les autres planches de l’ouvrage font finies, ces détails què je n’attendais plus , me font arrivés. Dois-je en priver le public ? ne doit-il pas au contraire me favoir gré qu’il refte une quatrième fection , dans laquelle je puiffe lui communiquer cet article de l’exploitation étrangère ? Indépendamment de çes différentes confidérations, je 11e rougis point de déclarer que, malgré mes foins , les compulfations que j’ai faites, les conférences que j’ai prifes avec différens favans dans cette partie, les confeils de tout genre que j’ai pu demander 5 malgré tout cela , dis - 'je -, j’aurai pour mon ouvrage le même fort dont fe plaignaient les favans éditeurs de l’Encyclopédie (a). Ce fort, je l’ai déjà éprouvé : des obfervations fages & honnêtes fur ce qui parait de mon ouvrage, m’ont averti du gain que j’avais fait à mettre un fi long tems à fa compofition. Faire ufage de ces obfervations, c’eft le devoir de tout écrivain honnête, qui, dans fes travaux , confidere autant l’honneur de la compagnie au nom duquel il travaille, que fa propre réputation. Tels font les objets qui, à l’occafion du tableau que j’ai annoncé, entreront dans la quatrième fe&ion. Loin de me hâter de la publier , je mets entr’elle & les précédentes , une diftance fuffifamment longue , pour être à peu près fûr" que lors de fa publication , j’aurai encore recueilli tout ce qui peut affurer à mon ouvrage Je degré de perfection qu’ont droit d’en attendre ceux qui me font confié, & ceux pour lefquels il eft fait.
- Règlement général en matière de houillerie, pour la province de Limbourg. Du premier mars 1694.
- Charles, par la grâce de Dieu, roi de Caftille, de Léon , d’Arragon , des Deux-Siciles, &c. archiduc d’Autriche, duc de Bourgogne & de Lothier ,
- ( a) Tome V, au mot Encyclopédie, page 636, 647.
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- de Brabant, de Limbourg, &c. Le réglement provifionnel que nous avons ,fait émaner le 16 novembre «688 s pour bénéficier la traite des houilles dans nos pays de Limbourg, d’Aelhem & Rolduc, n’ayant pu avoir l’effet que notre fervice & celui de nos fideles fujets requièrent, à caufe que les points qui donnent lieu à des difputes journalières n’ont pas été réglés ; nous avons trouvé convenir d’y pourvoir par un réglement général;- & vu de fuite la befogne des commiffaires de notre confeil ordinaire de Brabant, fur ce fait, à l’intervention de notre confeiller & avocat fifcal du même confeil, après qu’ils eurent oui les états de nofdits pays de Limbourg, d’Aelhem & de Rolduc : nous avons, à la délibération de notre très-cher & très-aimé bon frere, coufin & neveu Maximilien-Emmanuel , par la grâce de Dieu , duc de la haute & baffe Bavière & haut Palatinat, comte palatin du Rhin, grand-échanfon du Saint -Empire, & électeur, landgrave de Leuthenberg, gouverneur de nos Pays-Bas , déclaré , ftatué & ordonné, déclarons , ftatiions & ordonnons :
- Article premier. Que les ouvrages privés que les particuliers entreprennent dans leurs fonds, les creufant & travaillant félon leur bon plailir , fans formalité de juftice, & pour leur profit fingulier, ne donnent aucun droit à leur entrepreneur fur le fonds de leur prochain ; mais fe devront déformais contenir dans les limites de leur propriété, à peine d’être obligés à reftitution de tout ce qui fera perçu au-delà d’iceux, fans aucun défraiement , & même châtiés comme des larrons , Ji dolo malo factum fit.
- IL Et fi le propriétaire, defféchant fon fonds, foit par canal, dit communément xhorres, foit par machines, vient à faigner & deffécher celui de fon voifin , qui était auparavant fubmergé & inouvrable, icelui ne lui doit pour bénéfice autre chofe que le remerciement, dit vulgairement le coup de chapeau.
- III. Bien entendu que tous canaux, xhorres ou aqueducs, ci-devant conftruits & non publiés, pourront acquérir le droit de conquête, parmi les faifant publier, & qu’on y obferve ce qu’au regard de ladite conquête fera ci-après exprimé par le préfent réglement.
- IV. Quant aux ouvrages publiés , qui s’entreprennent pour le bien public & par autorité de juftice, lorfque quelques entrepreneurs rifquent leur bien , pour chercher à découvrir quelque veine inconnue , ou rendre ouvrables celles qui ne le font pas :
- V. Qu’à ce, eft néceflàire premièrement que la veine foit fhbmergée & tellement inouvrable, que le propriétaire du fonds où elle a cours, ne la puiffe ou ne la veuille travailler & prôfiter, faute de quoi la conquête n’aura pas lieu.
- VI. Secondement, qu’il faut que l’ouvrage fur lequel on prétend d’établir
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- une conquête , foit rendu public par proclamation & enfeignemertt de juftice.
- VII. Que celui qui voudra entreprendre de conquérir quelque veine de houille ou charbon , en déchargeant les eaux qui la couvrent & la rendent infiudueufe , foit par aqueducs, fouterreins, foit par machines hydrauliques, ou autres de quelle nature elles foient, fera, avant tout, obligé de propofer fon delfein à la chambre des Tonlieux, déclarant les endroits èfquels il veut pouffer fa conquête.
- VIII. Et par enfeignement d’icelle chambre, il fera proclamer, nommément au lieu de la fituation, fon ouvrage par trois quinzaines, pour le rendre public,& notoire à un chacun , pour que, h quelqu’un a raifon d’oppolition, il puilfe propofer être oui par-devant la même chambre j & s’il n’en propofe aucune , fon filence foit réputé pour un aveu , la chofe proclamée.
- IX. Et comme ci-devant ces fortes de formalités étaient peu en ufàge , ceux qui ont été érigés par enfeignement de juftice, feront réputés pour publics de même autorité & prérogatif qu’iceux.
- X. Que fi toutefois l’entrepreneur ne veut pas conquérir une étendue de veines , mais feulement quelques parties voifines à fes ouvrages , il fuffira qu’il falfe dénoncer , d’autorité du juge, aux propriétaires, qu’ils aient à faire leurs efforts & mettre la main à l’œuvre, pendant le tems de fix femaines ; faute de quoi elles lui feront adjugées.
- XI. Et ceci aura lieu, tant pour les veines qui font connues & ont déjà été travaillées, que celles qui font inconnues, lorfque quelqu’un voudra rifquer de les chercher, découvrir & rendre ouvrables à fes frais.
- XII. Que fi deux xhoreurs viennent à concourir pour la conquête d’une même veine dans une ou plufieurs jurifdi&ions , elle fera adjugée à celui qui aura le plus bas niveau, comme la pouvant travailler plus utilement, tant pour le propriétaire que pour le public.
- XIII. Ne fût toutefois que l’autre eût découvert & trouvé la veine, en quel cas il ne peut être privé de ce qu’il pourra travailler au-deffus de fon niveau.
- XIV. Et arrivant que deux xhoreurs viennent travailler actuellement une même veine, celui qui a le plus haut niveau ne pourra profonder fous icelui, mais laiffera tout ce qui s’y rencontre au profit de celui du niveau inférieur , lequel les travaillera en toute maniéré, tant fous l’eau qu’autrement.
- XV. Ce qui s’entend fi le xhoreur fupérieur ne travaille pas dans fon propre fonds ou de fes alfociés, ou autres où il a droit acquis i car en ce cas, il. le peut évacuer en toutes telles maniérés qui lui font pofïïbles.
- XVI. Pourvu toutefois que par fon deffous l’eau il ne détruife pas l’ouvrage du niveau inférieur, lui coupant le paffage ; ce qui fe doit entendre fi les xhoreurs font bien voifins , & travaillent actuellement tous deux ; car
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- il le fupérieur a prévenu & devancé l’autre de quelque diftance notable , cette Gonfidérarion ne doit pas avoir lieu.
- XVII. Et même il ne peut être contraint de faire fes derniers efforts, ou recueillir fous l’eau dans fes héritages fi long-tems qu’il y a de quoi s’occuper au-deffous de fou niveau.
- XVIII. Le xhoreur fupérieur ne pourra auiïi percer à l’inférieur qui eft embouté deifous lui, ou fes ouvrages, & lui envoyer fes eaux ; mais fera obligé de laiffer des ferres fuffifantes à ne les pas incommoder.
- XIX. Toutes allégations, oppofitions ou contradictions que l’on voudra avancer touchant une entreprise , fe devront propofer'pendant lefdites publications , ou du moins avant que l’ouvrage foit autorifé , à peine que celles qui feront par après, feront rejetées comme inutiles & hors de faifon.
- XX. Que fi les trois publications faites, & les fix femaines expirées , ladite chambre connaît le deffein devoir être préjudiciable au public, coupant & faignant les eaux de quelque bourg, village , hameau , moulin , prelloir, foulerie, fourneaux, batterie, ou autres ufines néceifaires aux ufages humains , ou bien deiféchant les fources , fontaines, puits des abbayes , châteaux ou maifons fortes , où le peuple doit prendre fon afyle & refuge en tems de guerre, & en un mot, apportant quelque préjudice important ou irréparable au public, ou à pluiieurs furféans, elle l’interdira.:
- XXI. Que fi , au contraire, elle trouve l’entreprife être utile au public, elle l’autorifera, & l’entrepreneur pourra mettre la main à l’œuvre.
- XXII. Etant autorifé, il marque l’ouverture de fon canal, dit vulgairement Vœil d’areine, par avis des connaiifeurs & de ladite chambre ou de quelque membre d’icelie à ce député, au lieu où on le jugera le plus commode
- 6 utile à l’entreprife , & moins préjudiciable au prochain.
- XXIII. L’ouvrage ainfi marqué , il pourra conduire par le fonds d’autrui, tout où il s’adonnera , fans que les propriétaires l’en puilfent empêcher , ni faire chofe qui lui foit préjudiciable , dire&ement ou indirectement, parmi leur payant le double dommage externe , à eftimer conformément à ce que la partie du fonds intéreifée fe pourrait louer.
- XXIV. Lequel paiement fe devra faire d’an en an ; & au défaut d’icelui, le juge de ladite chambre pourra accorder exécutoriales fans autre formalité de procès.
- XXV. Et étant arrivé à la veine, il pourra faire tout ce qu’il conviendra pour pouvoir la travailler & en profiter, rendant au propriétaire fon tantième, outre le double dommage fuperficiel, comme dit eft.
- XXVI. Que fi ledit ouvrage perd fon paffage à travers de quelques fonds nous appartenans , ou de quelques chemins ou ruiifeaux publics, nous agréons d’être réglés fur le même pied que les particuliers, parmi obtenant octroi pour les ouvrages à(commencer.
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- * XXVII. Lequel tantieme fe réglé provifionnellement ail quatre-vingt-unième panier, au regard des petites veines*, au quarante - unième panier pour ce qui eft des moyennes , & au vingt - unième pour ce qui eft des grandes veines, au jugement des connaiffeurs, fans que pour ce il pourra avoir procès , & céderont même tous différends qu’il pourrait avoir fur ce fujet. ' ,
- XXVIII. Que pour éviter les difputes qui pourraient naître fur la diften-lîon des veines, nous déclarons que feront tenues pour petites celles qui, en épaiffeur, feront d’un pied à deux ; les moyennes , celles qui feront de deux pieds à trois ; & les groffes, celles qui feront de trois à quatre pieds.
- XXIX. Et ce tantieme fe paiera fur la folfe, en même matière qu’il fe produira au jour.
- XXX. Et afin que le propriétaire ne foit de fraude , les ouvriers & commis de l’entrepreneur feront obligés de prêter ferment qu’ils évacueront fidèlement & exactement fon héritage, mettant à parte\fon tantieme fait à fait qu’il fortira au jour , ou les délivrant à celui qui fera établi pour le recevoir
- XXXI. Et afin qu’il en puiffe profiter , il aura fon tantieme pour le vendre.
- XXXII. Et lorfqu’il fera queftion de percer dans quelque héritage nouveau , pour y jeter houille ou charbon, le maître de la houillerie fera obligé de le manifefter au propriétaire avant que d’y toucher, & de lui faire voir le mefurage , s’il le cîefire.
- XXXIII. Que fi quelqu’un n’entend pas d’ouvrir par droit de conquête, mais prétend finalement paffage par les biens d’autrui pour conduire un canal dans fes héritages, propre pour y deffécher les veines & les profiter , & que le propriétaire y réfifte , il le fera citer par-devant ledit juge, lequel ayant oui les raifons des parties , lui adjugera le double dommage du fonds.
- XXXIV. Et s’il vient à rencontrer des veines èfdits héritages, icelui n’en pourra jouir, mais fera obligé de les laiffer au propriétaire dudit fonds , prenant fimplement fon paffage par icelles , de la largeur néceffaire qui le dit vulgairement voie d'airage & de panier.
- XXXV. De même eft-il, fi un propriétaire vient alléguer fur les publications , de pouvoir travailler les veines extantes en fon fonds, fans bénéfice de xhore ou canal, ladite chambre lui ordonnera de vérifier fon dire, & ce fait , !le xhoreur ne pourra toucher auxdites veines, mais prendre fimplement fon paffage à travers d’icelles.
- XXXVI. Ou bien , fi l’adhérité prétend de profiter fes veines, en tirant les eaux à force d’hommes ou de chevaux , ce qui s’appelle jeter à la tinne ; en ce cas le xhoreur fera obligé de lui faire fuivre lefdites veines auiïi bas qu’il fera paraître de les pouvoir jeter, & jouira du furplus qui, fans ces ou-
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- vrages, aurait été infrudtueux audit adhérité , parmi lui rendant fon tantieme comme ailleurs , outre le double dommage.
- XXXVII. Que fi la chofe eft douteufe & que l’on ne puilfe connaître exactement jufqu’à quelle profondeur le propriétaire peut arriver, & profiter fou bien, ledit juge lui ordonnera de faire fies efforts de travailler inceifam-ment, jufqu’à ce qu’il ait évacué toute la denrée à laquelle il peut atteindre, & Je réfidu fera à l’entrepreneur, en rendant au propriétaire fon tantieme.
- XXXVIII. Que fi tel propriétaire délaie fix femaines fans commencer, ou pourfuivre actuellement fes ouvrages, il en fera déchu , à moins qu’il n’avance , pendant ledit tems, quelque excufe bien légitime.
- XXXIX. Perfonne ne pourra profiter malicieufement du travail d’autrui; & fi un xhoreur , ouvrant à la bonne foi, vient à delfécher la veine d’un héritage voifin, le propriétaire lie le pourra jeter, finon en reconnailfant le bénéfice reçu fur le pied, proportion & taxe ci-deffus exprimés.
- XL. Mais fi le xhoreur perce effectivement, foit doleufement, ou inconfi-dérément, dans l’héritage de fon voifin , il perd fon canal à fon égard, & ledit yoifin peut affoncer fur icelui, & s’en fervir pour l’évacuation de fes héritages , fans plus ; & ce que le xhoreur aura jeté de fon bien , il doit lui rendre fans frais.
- XLI. Un entrepreneur qui a commencé un ouvrage public ou de conquête, fera obligé de le pourfuivre ; & en cas de négligence, pourra y être contraint par toute perfonne qui fera paraître y avoir intérêt.
- XLII. Il fera pourtant réputé négligent fi long-tems qu’il aura houille & charbon à débiter fur la foffe , pourvu qu’il les vende actuellement à prix rai-fonnable , comme les circonvoifins.
- XLIII. Et fera obligé d’avancer les veines les plus voifines de la voie du niveau , fans laiffer les unes 8c prendre les autres pour favorifer & défrauder les adkérités, pourvu qu’elles foient d’un rapport fuffifant à payer les frais de leur éjection.
- XLIV. Que fi l’entrepreneur tombe court, & ne peut ou ne veut pourfuivre fon ouvrage , les intéreffés lui feront dénoncer par enfeignement de juf-tice , qu’il ait à travailler ; & fi, après telle dénonciation, dans trois mois , il ne remet la main à l’œuvre, ou travaille férieufement, comme il appartient, n’ayant excufe légitime de fon délai, on procédera à la fubhajlation (a) de fon ouvrage dans les formes ordinaires, & il‘ fe vendra à l’enchere au profit dudit entrepreneur, foit en .argent clair, foit fur rente au denier feize , pour laquelle ledit ouvrage fervira d’hypotheque, outre celle que l’obtenteur fera obligé de fournir.
- (a) Terme d’ufage feulement dans le pays de droit écrit, qui fignifie vente folemnelle à l’encan & à cri public 3 au plus offrant dernier enchériffeur. Venditio fub hafla.
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- XLV. Le même s’obfervera en cas qu’il y eût plufieurs compartîonniers dans un ouvrage ; fi quelqu’un d’iceux demeure en défaut de fournir fa quote dans la dépenfe, dès qu’il fera redevable de deux quinzaines , les autres compartionniers ou chacun d’iceux pourront faire proclamer fa part, foit qu’il y ait orphelin ou point, & la faire vendre au plus offrant,
- XLVI. Qui comptera ès mains du commis de la houillerie ce que le défaillant devait à l’ouvrage, & en un mois après le refte au dépoifédé, ou bien lui en créera une rente fur bon & alluré gage.
- XLVII. Laquelle vente ne fera fujetteà retrait lignager, mais bien pourra être purgée, foit par le dépoifédé, foit par fes proches en deans fix femaines après l’argent compté , ou la rente créée, parmi indemnifant l’obtenteur.
- XLVIII. Si par aventure quelque campartionnier vient à vendre la part qu’il a dans l’ouvrage, il fera libre à fes alfociés de la rapprocher auffi en deans fix femaines de la réalifation de ladite vente, fans qu’en ce l’on doive avoir égard à aucune proximité du fang.
- XLIX. Et pour ce, un xhore , ou autre ouvrage à houille , fera réputé pour bien immeuble, & n’en pourra un ufufruéluaire difpofer , mais en percevoir quelque partie des fruits, le réfidu reliant au propriétaire.
- L. Savoir, que ledit ufufru élu aire ait fon ufage, & les deniers reftans foient mis en rente, dont il tirera l’intérêt, demeurant le capital au propriétaire.
- LI. Quant aux héritages qui ont été vendus en plein fiege, & dans lesquels les vendeurs fe font réfervé le droit d’y tirer ou faire tirer les houilles , en cas qu’il s’y en découvre ; pour lors lefdites houilles feront réputées meubles, & comme telles appartiennent aux héritiers mobiliaires , fi comme au Survivant de deux conjoints ; mais ladite réferve ou retenue demeure immeuble , & n’en peut l’ufufruduaire difpofer.
- LII. Et ces préfentes réglés auront lieu tant feulement, ès ouvrages qui s’entreprendront après les publications du prêtent réglement, laiifant au regard de ceux qui font déjà entrepris, foit par notre odroi , foit par enfei-gnement de juftice, foit par accord ou convention entre particuliers, un chacun dans le droit qui lui eft acquis.
- LUI. Efquels toutefois s’il le trouve à prêtent ou Survient ci - après quelques difficultés dont la décifion ne fe puiife tirer defdits odrois , enfeigne-mens ou conventions , elles fe termineront en conformité de ce qui eft ftatué au prêtent réglement.
- LIV. Que pour retrancher & même anéantir plus expreffément tous les différends & procès, nous voulons que le prêtent réglement, dans toute fon étendue & généralité , forte fon effet, tant pour le palïë que futur , au regard de tous différends jà émus, & de ceux à émouvoir, pour être décidé fur le pied de ce qui eft difpoil -, avec ordonnance à tous juges Souverains , Subalternes, & autres officiers qu’il appartiendra , de félon ce fe régler.
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- LV. Déclarons en outre que toutes communes généralement audit pays nous appartiennent privativement dans le fond, & qu’il n’y a que l’ufage de la fuperficie qui appartient aux communautés ;fi quelques communautés pouvaient faire voir le contraire par un titre particulier luffifant, on n’entend point de les préjudicier en aucune maniéré.
- LVI. Si ordonnons à nos très - chers & féaux les chancelier & gens de notre confeil, ordonné en Brabant, gouverneur & capitaine généralDroifard de notre ville & duché de Limbourg, d’Aélheme & Rolduc, & à tous autres jufticiers & fujets que ce regardera, & à chacun d’eux en particulier, qu’incontinent ils faffent divulguer, & proclamer & publier ce notre réglement par tous les lieux où l’on eft accoutumé de faire cris & publications ; de procéder & faire procéder à l’obfervance & entretenement d’icelui, fans port , faveur ou diffimulation ; de ce faire & ce qui en dépend , leur donnons plein pouvoir , autorité & mandement Ipécial : mandons & commandons à tous & à un chacun, qu’en ce faifant, ils les entendent & obéiflent diligemment j car ainii nous plait - il. Donné en notre ville de Bruxelles , le premier mars, l’an de grâce mil fix eent quatre-vingt-quatorze, & de nos régnés le vingt-huitieme. Etait paraphé Hertz V.
- Par le proi, le duc de la haute & baife Bavière , gouverneur , &c. le comte de Bebgeick, tréforier général j le comte de Saint-Pierre, chevalier de l’ordre militaire de Paint - Jacques, & meiîire Urbain vander-Brocht , commis de finances, & autres préfens. Signé, Claris.
- STATUTS & ordonnancs fur la conduite de la navigation dans le pays de Hainaut, d'entre les villes de Mons & Condè, entretenement des rivières, > règlement des ventailles, & tennes d'eaux y fervantes. Avec approbation de fire de Croy , lieutenant - gouverneur, &c. dudit pays de Hainaut. Donnés en la ville de Mons, le 17 mai (a)
- A rt. IL La riviere de Trouilles doit avoir vingt - quatre pieds de large depuis & en - déifias de la ville de Mons, jufqu’au lieu où cette riviere & la Haine fe viennent joindre enfemble fur le terroir de Jemappes.
- III. Depuis quel lieu ladite riviere de Haine doit avoir trente-deux pieds ,
- (a ) Nous n’avons pu avoir que très- de la police établie entre les bateliers de tard connaiiïance de cette partie intéref- Mons &de Condé, de la chambre établie fante,qui avec le peu que nous en avons pour cet objet, &c. Le premier réglement dit, donnera une idée complété & entière qui va fuivre , eft tiré d’un ouvrage, inti-
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- en continuant de telle largeur jufqu’à ce que la riviere du Honneau venant de Quievrain .... en ladite rivière de Haine...
- IV. Dillac jufqu’à Coudé , doit avoir trente-fix pieds.
- V. Et la riviere de l’Efcaut, depuis Coudé jufqu’à Valenciennes, doit avoir femblablement trente-fix pieds de large.
- VI. Concerne le balichage.
- XXVII, XXVIII. Concernent la tenue de Cuefmes.
- XXIX. Tenue de Jemapes.
- XXX, XXXI, XXXII. Concernent la grande ventaille (a) de la ville de Saint-Ghislain.
- XXXIII, XXXIV. Ventaille & tenue de Boffii. '
- XXXV, XXXVI, Tenue de Dibiham.
- XXXVII. Tenue du marais de Thulin.
- XXXVIII. Ventailles du moulin du Pumeroeî.
- XXXIX. Concerne le trou appellé le Bouillon, à Condé ; fa largeur de quinze pieds de jour ; fa grande ventaille, fept pieds huit pouces & demi fans feuil, félon le pied ancien.
- XL, XLI. Concernent la tenue dite du Rabats à Condé.
- XLII, XLIII, XLIV, XLV, XLVI. Concernent les ventailks de la porte de l’éclufe.
- XLVII, XLVIII. Concernent les nefs , bateaux & navires, marqués de deux marques, une pour l’été , une pour l’hiver, afin de limiter les charges que chaque pourra mener. Depuis le premier novembre jufqu’au premier avril, chargeront une querque & demie de charbon menu, devant pefer 90 mille livres au plus ; & depuis le premier avril jufqu’au premier novembre, une querque de femblable charbon revenant fur le pied prémis ,à 60 mille livres pefant, & ainli de toutes autres marchàndifes, &c.
- L. Vilites des bateaux & équipages deux fois par an.
- LVII. Commis aux tenues, ayant la garde des clefs, pour les clorre & ouvrir aux heures limitées par les articles fuivans.
- LXX. Ceux qui voudront charger ou décharger d’un bateau fur l’autre, feront tenus de le faire en l’Efcaut, foit au-deflus ou au-deifous de la ville de Condé , fans le pouvoir faire en cette ville, à raifon de l’empêchement & retardement que l’on ferait aux autres , fous peine de huit livres d’amende.
- LXXVI.Tous bateaux navigeans de Mous à Condé, & de CondéàMons,&c.
- tôle : Recueil de plujleurs placards , fort Mons, M.DC. LXIV, in-40, page 199, en utiles au pays du Hainaut, dont les Chartres XCIII articles.
- dudit pays renvoient à quantité d’iceux; (a) Manteau ou battant d’une porte qui avec le décret de 1 an 1601, Ledit perpé- s’ouvre de deux côtés, tuel, le réglement de la navigation, &c.
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- pour dévaller, s’affembleront à la tenue de Jemappes, autrement devront attendre jufqu’à l’heure du paflage enfuivant.
- LXXXV. Lefdites rivières devront demeurer franches, & fans quelque "charge ni nouvellités, payant feulement les deux anciens, & à Coudé par les bourgeois de Mous , les trois blancs accoutumés, en gardant fur les afforains les droits anciens au profit du feigneur dudit lieu ; fans par les meuniers, ni autres, pouvoir exiger autres chofes, comme ils ont fait du pafle ; fur encourir en l’amende de 6 livres tournois, &c.
- Arrêt du confeil d'état du roi, en forme de réglement (a') du 4 novembre
- 17183 concernant la navigation de Condé. Extrait des regijlres du confeil
- déétat.
- jLi’article premier fixe la conftitution de ce corps , compofé feulement des fils de maîtres bateliers de la navigation de Condé , qui feuls peuvent y être admis.
- Le II détermine le tems de réception, de trois mois en trois mois.
- Art. III. Tout batelier fera tenu de prêter ferment à la chambre de navigation , comme le bateau avec lequel il prétend naviger lui appartient, & qu’il s’en fervira pendant deux ans; après lequel ferment, il lui fera donné fon tour des charbons, comme aux autres bateliers.
- IV. Défenfe à tous bateliers enrôlés au tableau de ladite navigation, de vendre leurs bateaux à leurs enfans , & aux peres & meres d’acheter les bateaux de leurs enfans, pour empêcher qu’un bateau ne ferve pour deux bateliers; & au cas qu’aucuns bateliers vendent leurs bateaux à quelques autres leurs confrères , ils ne pourront pas auffi acheter lefdits bateaux vendus , mais bien d’autres capables de fervir les marchands ; à peine par les contrevenans d’être exclus pendant une année entière de la navigation, & de perdre les tours qu’ils pourront avoir pendant ledit tems.
- V. Il eft pareillement fait défenfes aux bateliers ayant leurs wragues ou leurs bateaux chargés, de fe trouver à la chambre de la navigation, les jours de wragues, à peine de trois florins d’amende.
- VI. Il eft ordonné à tous bateliers incorporés dans ladite navigation, de
- (a) Les 33 articles de ce réglement liers ont trouvé ce réglement avantageux ont été arrêtés dans la chambre de lanavi- & conforme à l’ufage , & ont unanimement gation, où lefdits maîtres & autres bateliers jconfenti qu’il fût exécuté félon fa forme de Condé étaient âffemblés, par aéte du & teneur.
- 23 juillet 17185 portant que lefdits bate-
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- ne charger leurs bateaux fur la riviere de Haine plus avant que de la hauteur de douze paulmes félon la marque appofée à cet effet en lace de chacun de leurs bateaux, fur peine contre les contrevenans de flx florins d’amende pour chaque pouce furpaifant ladite marque de douze paulmes, applicable la moitié au profit des pauvres, & l’autre moitié au dénonciateur.
- VII. Tous bateliers qui iront charger des charbons fur la riviere de Haine feront tenus, en revenant de Saint - Ghislain, de fe ranger à la porte du marais de Condé pour y palier l’éclufe, chacun fuivant le tour de rôle qui lui aura été donné à la chambre de la navigation ; lequel ordre ils obfer-veront auffi au paflage de la grande éclufe, afin de prévenir les différends & conteftations qui furviennent} à peine contre les contrevenans de fix florins d’amende pour chacune contravention.
- VIII. Les propriétaires & poffeflèurs des prairies aboutiffantes aux rivières de Haine & de l’Efcaut, feront tenus d’entretenir à leurs frais & dépens chacun en droit foi les digues défaites rivières , pour les maintenir dans leurs lits & ne point donner d’empêchement à la navigation.
- IX. Il eft enjoint aux éclufiers de la ville de Condé , de tenir toujours les eaux à la hauteur des bornes qui ont été pofées pour ladite navigation , à moins qu’il n’en foit autrement ordonné pour des befoins preifans.
- X. Il eft ordonné auxdits éclufiers de ne laiffer palfcr aucuns bateliers aux éclufes, & de ne leur délivrer aucuns billets pour monter la redoute de Thivecelles, qu’en jultifiant qu’ils auront payé les frais communs & impositions du corps ; à l’effet de quoi ceux defdits bateliers qui voudront paffer , feront tenus de repréfenter aux éclufiers leurs quittances de paiement, à peine contre lefdits éclufiers d’en répondre.
- XI. Lorfque le bateau d’un batelier viendra à couler à fond, ledit batelier fera tenu de fournir à la dépenfe pour le mettre fur l’eau , & ce jufqu’à concurrence de deux cents livres monnoie de Hainaut.
- XII. Ceux qui feront occupés à voiturer des foins & autres marchandées dans le tems de leur tour , pour la voiture de charbon, feront piqués & perdront ledit tour; & fl dans la fuite ils avaient des caufes légitimes pour répéter leur tour & s’y faire rétablir, ils feront tenus de les repréfenter aux maîtres de la chambre de ladite navigation avant les deux mois expirés, du jour qu’ils auront été piqués de leur tour j autrement ils en feront déchus.
- XIII. Il eft permis aux maîtres & fuppôts de ladite navigation , de vendre les tours des bateliers qui ne s’acquitteront pas de leurs devoirs & qui ne muniront pas leurs bateaux de cordages & uftenfiles néceffaires, pour être les deniers provenans de la vente employés aux ,rembourfemens des avances qui pourraient avoir été faites par les marchands & fadeurs , à ceux defdits bateliers qui feront dans le cas, ainfi qu’au dédommagement des
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- frais qu’ils pourraient caufer au corps , faute d’avoir pris les précautions requifes.
- XIV. Les bateliers qui refuferont de marcher à leur tour, feront condamnés à cent écus d’amende.
- XV. Defenfe aux bateliers qui auront déclaré avoir chargé pour Tournay, Coudé & Gand , de décharger leurs charbons dans un autre bateau fur les rivages étant entre lefdites villes & ailleurs dans le lieu de leur deftination, à peine d’ètre déchus de la navigation & de cent écus d’amende.
- XVI. Permis néanmoins à ceux defdits bateliers qui auront obtenu leur tour de chargement de charbon pour Tournay, de le charger jufqu’à la diftance d’une demi-lieue au-deffbus dudit Tournay, à charge de rapporter aux maîtres de la navigation de Coudé, au plus tard dans trois mois après le déchargement, des certificats par lefquels il foit prouvé que leur charbon déchargé aura été employé dans les lieux voilins dudit déchargement > faute de quoi fis encourront les peines portées par l’article précédent.
- XVII. Les charbons du Hainaut qui fe tranfporteront par chariot fur la jurifdiclion de Valenciennes & autres, ne pourront être enfuite voiturés par bateaux , que par les bateliers inferits dans le tableau de la navigation dudit Condé , fuivant l’ordre des rôles.
- XVIII. Les maîtres bateliers de Mons prendront leur tour avec ceux dudit Condé , fuivant le tems de leur réception à la navigation , pour charger le charbon aux rivières de Bolfu, Carignon & autres.
- XIX. Pourront lefdits maîtres bateliers de Mons , avoir un homme de
- leur part, qui interviendra à la chambre de la navigation dudit Condé , à tout ce qui fe fera concernant-les voitures dudit charbon, auquel 'il fera permis de voir les registres de tours ou wragues , comme à ceux dudit "Condé. ! - ..." "
- XX. Lefdits maîtres bateliers de Mons participeront, & auront connàif-fancc des amendes & autres chofes fur ce fujet, comme auffi contribueront avec les autres aux frais qu’il faudra faire, tant pour ie retirement des bateaux coulés à fond , intérêts des marchands, pour marchandées de charbon voiturées à tour, plantage des protes au long de la riviere de Haine ; -qu’autres , & généralement tout ce qui regarde ladite navigation. ' m
- XXL Seront lefdits bateliers de Mons fournis aux mêmes loix :&-atrx mêmes régies que ceux dudit Condé, à caiife de la communauté quiefiétablie entr’eux. ' r
- XXII. Ceux d’entre les bateliers qui feront convaincus d’avoir dit des inventives à d’autres, foit.de Mons ou de Condé, paieront un écu d’amende à chaque fois; & lorfqu’il y aura quelqu’un qui aura nialverfé, il fera'" informé contre lui, & dès le tems de i’itccufatioh -demeurera fulpendu rjdè nac viger, jufqu’à ce qu’il en ait été autrement ordonné. • -• ' 1
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- XXIII. Les marchands ou autres qui auront befoin de bateaux pour telles voitures que ce puilfe être , s’adrelferont aux maîtres de la chambre de la navigation de Coudé, lefquels feront obligés de leur en fournir, & de répondre de la marchandifé en la maniéré ordinaire. r ?
- • XXIV. Il fera permis’ aux maîtres & fuppôts de ladite navigation, de faire arrêter fur les limites de la domination du roi, les bateaux appartenais tant aux bateliers de Mons, qu’à d’autres, qui fe trouveront chargés fans wragues ou tour.
- XXV. Permis pareillement auxdits maîtres bateliers & fuppôts , de fournir aux entrepreneurs & nuinitionnaires pour le roi, qui auront des ordres de l’intendant ou de fon fubdélégué, les bateaux dont ils auront befoin, fans que lefdits entrepreneurs & nuinitionnaires puiifent fe fervir d’autres bateliers que ceux qui leur auront été préfentés par lefdits maîtres.
- XXVI. Il n’elt dû aucun droit pour les éclufes , ni fous quelque prétexte que ce puilfe être, pour les bateaux chargés de munitions fur le compte du sroi.
- XXVII. Il fera payé par les marchands aux bateliers, pour leurs voitures, & ce par provision ; jufqu’à ce qu’autrement il ait été pourvu par le fieuri intendant de Flandre, fuivant les circonftances des tems.
- XXVIII. Savoir, de Bolfu à Coudé, 16 livres monnoie de Hainaut, pour un cent de wagues ; de Saint-Ghislain 17 livres, de Carignon 18 livres, & de Jamappes audit Coudé 20 livres, de Boifu à Tournay 21 livres, & jufqu’à Gand 31 livres ,& fera augmenté dudit Saint-Guislain à Bolfu ia patards, de Carignon 20 patards, & de Jamappes 40 patards , pour le lieu de Gand,’ 8c fera payé pour le charbon des forges d’Enghien à raifon de 20 muids de charbon pour un cent de wagues.
- XXIX. Il fera pareillement payé depuis le rivage de Bolfu jufqu’à Douay, 48 livres monnoie du Hainaut, de 100 -vagues de charbon ; & pour celui de forges à l’avenant de 20 muids pour un cent de wagues , ce qui revient à 7 patards & 2 liards pour chaque rajiere : en quoi lera compris ce qu’il faut payer pour les aliègeoirs de la riviere de la Scarpe, un liard que les bateliers devront payer à Saint -Arnand pour chaque raliere, & pareillement un liard au fort de la Scarpe. '
- XXX. Il fera aulli payé aux bateliers , pour leur voiture , depuis Bolfu jufqu’à Arras, 67 livres du cent de wagues ; le charbon de forges à l’avenant portant 1 r patards, & 2 liards à la rafiere, à charge de payer le même droit à Saint-Arnaud & au fort de la Scarpe ; fera aulfi augmenté depuis Saint-Ghislain jufqu’à Bolfu, 10 patards du cent de wagues ; de Carignon audit Bolfu, 20 patards, & de Jamappes audit Bolfu ,40 patards,
- XXXI. Les charbons feront voiture?, ainll que d’autres marchandifes,
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- des rivages du Vieux - Condé, Hergnies & voifinages , à Tournay, Gand & autres iieux de leurs détonations, par les bateliers dudit Condé, à tour de rôle , à peine contre les contrevenans pour pierres à paver , bois , &c. &c,
- XXXII. Concernant la décharge des voitures de pavé.
- XXXIII. Les maîtres & fuppôts de la navigation de Condé paieront, au cas que les bateaux viennent à couler à fond par la faute des bateliers, ou de quelque maniéré quecefoit, la valeur des voitures de charbon, ou pavés, ou bois.
- XXXIV. Lorfque les marchands ou autres auront befoin de bateau pour voiturer les marchandilè du rivage de Cattilîon , ils ne pouront fe fervir d’autres bateliers que de ceux dudit Condé : bien entendu qu’il ne iera payé aucune choie auxdits bateliers qui devront aller charger audit rivage de Cattilîon, que les frais néceifaires pour monter les bateaux audit rivage , & les defcen-dre à celui du Vieux-Condé.
- XXXV. Défenfes à tous juges, tels qu’ils foient, de connaître ( fous quelque prétexte que ce foit) les affaires de ladite navigation, & à tous marchands bateliers ou autres de les attraire ailleurs que par - devant l’intendant dans le département duquel eft ladite ville de Condé, ou fon fubdé-légué , auxquels Sa Majefté réferve la connaiflance de ce qui regarde ladite navigation ; le tout à peine de nullité , calfation, dépens , dommages & intérêts, & de trois cents florins d’amende.
- XXXVI. Ordonné au furplus que les autres ufages, ftatuts & réglemens de ladite navigation feront fuivis & exécutés lèlon leur forme & teneur, en ce qui ne fe trouvera pas contraire à la difpolition des articles contenus ci-deifus. Enjoint Sa Majefté, au fieur intendant, commiifaire départi dans la Flandre Françaife, de tenir la main à l’exécution du préfent arrêt, qui fera lu, publié & affiché par-tout où befoin fera.
- Fait au confeil d’état, tenu à Paris le quatrième jour de novembre 171$.
- Signé, DE LAISTRE.
- PLANCHE XXII, fig. I. Grande machine a enlever le charbon dans les mines
- de Nev/caJUe.
- A, la grande roue. B , B, B , B , les quatre leviers fixés dans l’arbre du rouet, à chacun defquels deux chevaux font attachés par les palonniers. C, la lanterne mue par la roue. D, le tambour fixé fur l’arbre de la lanterne, & fur lequel s’enveloppent les ^cordes. E, E, qui paflent au travers des montans F, F, qui contiennent des rouleaux : ces mêmes cordes palfent en, G G fur de grandes poulies , & defeendent en H, où eft la bafe du puits. Il, bâtis deftiné à porter les grandes poulies G, G. K K , autre bâtis détoné à
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- foutenir la lanterne & le tambour. MM, grande poutre qui maintient le grand rouet, avec les pièces de bois qui lui fervent d’appui. (21)
- Figure 2 , panier, corf, fur un traîneau ,fledgc- cet agrêt appartient vrai-femb’ablement à des mines peu confidérables, & pourrait en coniéquence être rapporté à la planche fuivante.
- Figure 3 , eft une piece de la tarriere dont M. Franklin m’a procuré auflî le deffin complet fait à Kewcaftle. A en juger par les autres pièces que je fupprime ici, par la raifon que l’on va voir, la defcription que feu M. Jars a donnée de ce principal outil de mine, 3c plus ordinairement employé, eft entière. La tarriere plus compofée de M. Triewald, eft vraifemblablement pour des occafions particulières. A l’exception de cette piece, la jonde an-glaife 11e différé en rien du tarie des bouilleurs Liégeois, décrit dans cette fécondé partie. Il eft compofé du etpet ou cifeau , appelle de même chifjel par les ouvriers de Newcaftle, fervant à forer un diamètre de deux pouces & un quart, & que l’on alonge à volonté, en adaptant à fa partie fupé-, rieure de longues ou courtes verges , nommées à Newcaftle , borings rgds , ou verges d foret ; de Camorceux, qui eft la tête de la tarriere,. appeliée par les charbonniers Anglais womble , & dont la verge eft terminée par un écrou , afin de s’adapter, ou au BORING ROD , ou au CHlSsEL, ou à la piece que nous représentons ici, que l’on voit être une cuiller dont l’ufage eft de néttoyer le paffage fait avec le chissel ou cifeau.
- Planche XXL Chariot a charbon ( COAL WAGGON ) pour tranfporter en magafin, près de la riviere , du charbon qui fe tire d'une mine Jituèe fur une - hauteur.
- Le dcdeur Défaguliers, dans fon Cours de phyfique expérimentale, a inféré la deicription avec figures ( a ), d’une voiture imaginée fur le même principe, pour obvier à la difficulté de la pente du chemin, depuis l’endroit de chargement à celui de déchargement' (b ). Le but qu’on fe propolê dans
- (21) L’édition in-folio eft accompagnée d’une planche Tepréfentant en petit la même machine avec quelques legeres différences, & }e me fuis cru d’autant plus autorifé à la fupprimer, que j’ai placé à l’article du bure d’airage ci-deffus la maniéré dont il eft terminé au haut par les Anglais, & que j’ai ajouté à la planche XX \zfigure qui s’y trouvait,& qui reprefente l’efpece de tarriere fournie à fauteur par M. le dodeur
- Franklin , & dont on trouve ici la defcrip-tion.
- (a) Totnel, page 292, & pi. XXI, fig. 1 & fg. 24.
- ( b ) Dont fe fert M. Ralph. Allen , pour tranfporter la pierre de fes carrières au haut d’une colline, au quai de la riviere'Aron. auprès de Bath , décrite par Charles de Labe-lye. La conftrudion de cette voiture revient à 30 livres fteriing.
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- n8 DU CHARBON Dl TER R E
- la conftruétion de ce chariot fe réduit, i°. à rendre, pour ainfi dire, nulle la defcente précipitée, qui. ferait un' obftacle confidérable à cette exportation , lorfque la voiture part chargée de la mine pour arriver au'magaiin, 20. à éviter d’avoir befoin de retourner’la charrette, à chaque voyage qu’elle fait de la mine au magaiin, & du nvagalin à la mine. La feule infpec-tion de la planche fait voir comment ces deux objets font remplis. A eft le chariot venant de la mine, & defeendant la montagne par un chemin en pente pour aller au magaiin. B, roue qui, ainli que la pareille, a une rainure de fer ( cast ) du diamètre de 30 pouces. C, une roue femblable , en bois. D, longue piece de bois, ou bâton , qui devient le gouvernail de la voiture , au moyen que le charretier fe tient affis deflùs lorfque la voiture delcend. E, chemin tracé, fur lequel la charrette palfe depuis lé fommet de la colline, jufqu’à la riviere. Cette route eft couverte de fortes pièces de bois, afin qu’elle foit toujours bien unie , & que la pefanteur de la charge ne l’enfonce point. F, dépôt ou magaiin vu à une certaine diftance, avec-la maniéré de tranfporter les charbons de la charrette dans le bateau, de la maniéré que voici. Lorfque la voiture eft arrivée au haut de la colline pour être chargée, 011 détele les chevaux qui l’ont amenée à vuide, & qui 11e feront néceifaires que pour la remonter. Le timonnier, tenant fimplement fon cheval par la bride, s’aflied fur le bâton D, qui alors faitbafculej l’extrémité oppofée au voiturier, à celle fur laquelle il appuie, preife fur la roue de derrière , arrête ou empêche cette roue détourner, réglé, retarde ainfi fon mouvement, de maniéré que, malgré la pente, cette voiture en def-Cendant fe meut aufli doucement que Ci le terrein était horizontal. La voiture arrivée au bord de la riviere eft déchargée ; les chevaux fe changent, la partie de la voiture qui était en-devant quand elle defeendait, lé trouve derrière en montant la colline.
- La fig. 2, pl. XXII, repréfente le plan de l'intérieur d’un fourneau de liquation par le feu de charbon de terre. R, grille de la chauffe , fur laquelle fe met le charbon de terre. K K ^ porte de la chauffe. L M , retraite de la porte de la chauffe. S, petites cheminées dans le mur. V , porte du fourneau. CL, h, canal par où coule le plomb pour fe rendre dans le cajjin. T , porte de la coulée. N P, embrafure de la porte de la coulée. Y, caffn oùfe rend le plomb à mefure qu’il fe fond. d,df largeur du plan incliné, fur lequel on met les gâteaux de liquation.
- La fig. 3 ,pl. XXII, repréfente le fourneau de liquation , ifolé, de deux petites grues ou engins, dont l’une fert à élever le chapeau, quand on a be-ioin , l’autre fert à porter les pains de liquation dans le fourneau & à les arranger commodément, a , b , c, d > E, Z, bandes de fer, qui forment la cage du.chapeau, F, crochet qui prend en m les chaînes G, G, pour foulever le
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- ET DE SES MINES. Partie II. >59
- chapeau, h ,h, crochets du chapeau , auxquels font attachées les chaînes G , G. O , tenailles attachées à la corde de la grue pour lever les pains de cuivre P. S S, petites cheminées. T T, porte de la coulée. Y, le cafjin. Y, porte du fourneau. ZZ, trous au travers defquels paflent les crochets D ,F.
- La fig. \,pl XXII, repréfente la maniéré dont les pains de cuivre doivent être arrangés dans le fourneau, a b, chevilles de fer enduites de terre grade, pour contretenir les pains de cuivre.
- Pour donner une notion de la maniéré. .de .procéder , à la torréfaction du charbon de terre , afin de le priver plus ou moins de fes parties grades ou autres, nous nous fournies contentés de repréfenter une alu-nulle ou charbonnière ; c’eft-à - dire , une ;madé de charbon arrangée en pyramide, & autour de laquelle des ouvriers font occupés à. conduire le feu, en couvrant ce tas avec de la terre & du gazonnage, pour étouffer ou griller ce Mile en meule, de la même maniéré qui fe pratique pour faire, le charbon de bois. .
- . =-=r«r--
- EXPLICATION DES FIGURES
- DE LA SEC ON DE PARTIE.
- P L A . N C II E l.
- CETTE planche repréfente la coupe d’une mine, dans laquelle on fuppofe douze planneures, c’eft-à-dire, douze veines de charbon en pendage deplat-teures , qui s’étendent toujours, davantage à me fur e qu’elles deviennent'plus profondes. On y . voit l’ébauche d’un, buré d’extraétion, accompagné de fon bure d’airage, tels qu’ils feront expliqués dans la' fuite.
- Planche IL
- On voit ici des veines en pendage de roijje , qui fe réfléchident toutes fous les mêmes angles que la première, en fe rapprochant'de la ligne horizontale. Parmi les couches terreufes, qui forment la première couverture, on a marqué des fources d’eau qui fe font jour dans la kraw-. Il y a deux bures plus profonds l’un que l’autre. Les baenures font -èn bîaiïc pointées'de noir. : • '
- Pl anche III.
- On a raffemblé dans cette planche un grand nombre d’ou tils & autres pièces employées dans le travail des mines. .. \ ; c
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- DU CHARBON DE TERRE
- 560
- 1, amotceux, condudeur de la tarriere.
- 2, longue verge, plus longue que la première, & qui s’y adapte.
- 3 , erp a, ou fumoir qui termine le tarré.
- 4, rapeheux ou tirebour.
- 5" , fermoirs à quatre côtes.
- 6,hache à manche court pour couper le veine, nommée bada,
- 7 , rayetray , crochet des traireffes.
- 5, languette, meche du tarré.
- . 5, gros mât, ou marteau de fer à deux tètes. a , broquette de mine. b , bourreux creufé à fou extrémité. c , reniteux , ou renettoyeux.
- d, fer de mine.
- e, autre mât de fer.
- f, fourniment de poudre.
- g, g, petit bure, ou boîte de fer-blanc.
- A, bâche, ou grand vay.
- B , bâche partagé diagonalement.
- C, crochet de fer , qui s’adapte à l’anneau du vay.
- D , fployon, ou traîneau des hiercheux.
- E , met, ou caiifon.
- F, galhiot, chaifis de fer, fervant de train au met.
- G, profil du galhiot.
- H, fort crochet de fer qui s’y attache.
- I, coufade avec fes quatre chaînes.
- K, toc-feu en grillage, fufpendu comme la coufade.
- L, manière dont les parois du grand bure font revêtues en briques , en fafeinages & en planches.
- Planche IV.
- A, ghyot, groife tonne cerclée de fer.
- B, ghyot à roues.
- C, fceau pour le bougnou.
- < D , naille , lame de fer applatie.
- E, berwettreife avec ia brouette.
- F, G, H, crochets employés dans les foifes.
- I, grand hernaz établi fur un puits de bure.
- K, pièces de bois formant une cage à claire-voie.
- L, poulies appellées rolles de bure.
- M.
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- ET DE SES MINES. Partie II.
- ?6r
- M , prolongement d’un bure de forme ovale.
- N, hernaz à rouage.
- O, P,CL développement & plan de ce hernaz.
- R, tambour vertical d’un hernaz, ou machine à chevaux.
- S, S, poulies ajuftées dans le chaffis de la charpente.
- T, T , V, V, corps de charpente, folide & fixe.
- X & Y, poulies tournant fur le goujon Z.
- Planche V.
- Fig. i , A., cheteure, ou prolongement extérieur du bure d’airage.
- B, B, muraille de burtay, avec les échelles attachées.
- C, C , pierçures , taillemens pratiqués dans la paroi du burtay.
- D, D, royon ou tuyau d'airage perpendiculaire.
- Fig. 2, a, a, cloifon ou retranchement en planches.
- b, b, corde qui roule fur le fauconneau.
- c, tine qu’on éleve au jour.
- E, E, galeries de traverfe , qui vont au banc de charbon.
- Planche VI.
- Travail fur les deux niveaux du bure , dont le pied eft en A, & la couronne des chambres en B. Tout ce qui eft: en blanc eft taille, & ce qui eft en noir eft ferre.
- Planche VII.
- Travail d’une veine roilfe j A eft le bure ou principal chargeage.
- Planche VIII.
- Ouvrages de deffous eaux.
- Plan che IX.
- Autres ouvrages de deffous les eaux par un maître bure, avec un parti bure pour une machine à vapeurs. L’explication de cette planche 8c 4es trois précédentes, fe trouve dans le texte.
- Planche X.
- Exploitation d’une mine par un feul hernaz ; A, A, xkorre ou areine pour la décharge des eaux j B, tranche ou tranchée de rencontre j C, échelle mathématique.
- Planche XI.
- Cvvelage ou cuvellement ; B, bure profonde fur deux veines j C, C, Tome XVI. B b b b
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- i&i B JJ !•! CHAR R. 0 TSf D E TERRE '
- décharge des eaux j D, endroit où fe font.élevées les eaux de la veine fupé-rieure* E, E, exploitée dans le bure ; F, F, cuvelage pour cette veine* G, G, veine inférieure, -garantie de fubmerfion.
- P L A N C ' H E XII.
- A, A, bure profondé fur deux veines roiffes, une fupérieure E, une inférieure D, B j C , F , plate couve pour retenir les eaux.
- P ~ L A N C H E XIII.
- Dependement ou mefure fouterreine ; D , pied du bure' où eft placée la boiufole. . . t '
- . : P LAN C H E XIV.
- Goupe d’une mine répondant à la couronne de déchargeage.
- 2 , coujfade ayant à fon fond la cowette ou chaîne de vallée.
- A, A, B, B, chat, raouffle attaché à la mahire £ athier ; C, grand rolle ; E , rolle plus petit, fur lequel la direction de la chaîne eft changée i D, le vay.
- Plan c h e XV.
- Fig. i , cheminée d’appartement en chapelle.
- Fig. i, porte -feu, efpece de corbeille de fer pour contenir le charbon de chauffage.
- Fig. 3 , A,fer àfeu commun;, vu de face& de profil en a ; B, bras d’une potence tournante ; b, gril placé, fur ce bras de potence * c , murray fer va nt de contre-cœur à la cheminéé.
- Figures 4 & f , cheminées d’appartemens do formes différentes.
- Figures 6 & 7 , autres cheminées en œil de boeufs communiquant la chaleur dans un coin de Pâtre M.
- Fig. 8, cheminée avec deux potagers E,E, de droite & de gauche* D, platine de cuivre, poliqui renvoie la fumée.
- Fig.. 9, grande cheminée de çuifine avec' tous fes uftenfiies. .
- Figurés 10 & 11, p“otence tournante & fauife crémaillère, fervant au lieu de broche àrôtir.les viandes ; N, hochet fait de charbon de terre* X, moulé dont on fe fert pour lui donner la, forme convenable.
- Fig. 12, rouet à Ful.il, avec la maniéré dont les mineurs s’en fervent.
- Planche XVI.. r
- T ARRIERE anglaife, ou perçotr de montagne, avec toutes fes parties, & la maniéré de s’en fervir.
- E) poignée du manche* 1 , manche ou foreur pq, levier fourchu à finie
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- E T D E S E SMÏNE S. Partie'II,
- de Tes extrémités ; 3 , partie moyenne de la tariere ; 4, lanterne ,-mèche ou cuiller ; f , fouilloir tranchant; 6 , fraife ou cifeau ; 7 , langue de ferpent ; g, fouilLolr fermé par le bas ; 9, autre fouilloir ; 10, clef tourne-à-gauche ; i‘i , bonnet de fonde ; 12, entonnoir de fer; 13 , marteau à deux tètes ; 14 , poulie qui s’attache au haut de la chevre ; 1 ^ , tenaille pour foutenir la tariere ; 16, chappe de la" poulie; 17, clef pour déviifer les pièces.
- Fig. 1 , a , b, c, fonde vue dans fa longueur, & eompofée de fes trois principales parties , décrites ci - delfus.
- Fig. 2, premier appareil , efpece de chevre , eompofée de trois perches réunies en T avec des échelons n,n;h, moulinet ; D , V, clef; S, levier fourchu ; X , X , plate - forme de charpente ; I I , I I, tarières.
- Fig. 3 , fécond appareil ; a , chevalet mainteneur ; c, manche foreur ; h , levier dont la partie fourchue eft en K; x, x, plate - forme.
- Planche XVII.
- Plan d’un attelier de fabrication de poix minéral avec l’afphalte. Plan che XVIII.
- Machine à feu à levier.
- Fig. 1, régulateur au moment où il eft ouvert.
- Fig. 2, coupe verticale de la bâtilfe de la machine.
- Fig. 3 , coupe d’une pompe foulante.
- Fig. 4, coupe de la pompe & du plongeur.
- Fig. î 5 corps du pifton.
- Fig. 6, le même pifton enveloppé d’une bande de cuir.
- Fig. 7, coupe du pifton. -
- Fig. 8 , le même coupé à angles droits. '
- L’explication détaillée de ces figures fe trouve dans le texte.
- Planche XIX.
- Développement de la machine précédente.
- Fig. 1, plan du lieu où elle eft placée. _f ;
- Fig. z , coupe horizontale du fourneau.
- Fig. 3 , coupe verticale de ce même fourneau 8c de l’alambic.
- Fig. 4, maniéré de joindre les plaques de fer pour l’alambic.
- Fig. 6, feétion du cylindre fondu & calibré.
- Fig. 7, autre coupe du cylindre.
- Fig. 8 , perfpective du cylindre vu en - deffous.
- Fig. 9, trois corps de pompe ordinaire1, agiffant enfemble.
- Fig. 10, cylindre de fer fondu ou de cuivre.
- * B b b b ij
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- DU CHARBON DE TERRE
- Fig. 11, arbre afpirant.
- Fig. 12,'arbre foulant.
- Fig. i j , aiffieu de fer, qui fait tourner le diaphragme.
- Fig. 14, fourchette attachée horizontalement.
- Fig. 1 f , parties du régulateur.
- Fig. 16, relative au vuide intérieur du régulateur fermé.
- Fig. ig, développement du régulateur.
- Fig. 19 , régulateur ouvert.
- Fig. 20, jeu d’un levier particulier.
- Fig. 2 r, maniéré de joindre les verges des pompes.
- Toutes ces figures font expliquées dans le texte.
- Planche XX.
- Fig. 1, grande machine à charbon de Newcaftle, dont toutes les parties fe trouvent développées dans le texte.
- Fig. 2, panier à charbon fur un traîneau.
- Fig. 5 , morceau d’une tariere particulière.
- Planche XXI.
- Chariot à charbon & à levier des carrières de Nevcaftle.
- Planche XXII.
- Fig. 1 , machine à chevaux, fervant en même tems à l’extradlion du charbon & à l’épuifement des eaux.
- Figures 2, ? & 4, parties d’un fourneau de liquation de mine , au feu de charbons de terre, avec là torréfaction de ces charbons.
- Fig. 5, chandelle de mineur.
- Fig. 6,
- Fig- 7>
- Fig. 8 ,
- Planche XXIII.
- Fig. 1, machine hydraulique à roue & à tirans horizontaux avec une double pompe, fervant à épuifer les eaux & extraire le charbon.
- Fig. 1 , la même machine avec deux pompes .féparées.
- Fig. 3 , travaux fouterreins dans une mine du Lyonnais.
- Fig. 4, petite tariere avec les principales pièces qui la compofent.
- corps de pompe avec deux de fes parties.
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- ET DE SES MINES. Partie IL Planche XXIV.
- fSf
- Machine à vapeur de la mine de Frefne, dont les développemens fe trouvent dans les quatre planches fui vantes.
- Fig. i , troifieme étage de la macljine qui repréfente fes principales parties avec la pompe aipirante & le régulateur.
- Fig. 2, plan du premier étage, avec celui du réfervoir provifionnel.
- Planche XXV.
- Fig. i, furface de l’alambic & élévation du profil du cylindre, &c.
- Fig. 2, coupe horizontale du fourneau.
- Fig. 3, coupe en profil du fourneau & de l’alambic.
- Fig. 4, plan du troifieme étage.
- Planche XXVI.
- Fig. i , rez-de-chauffée du premier étage, repréfentant en grand la fur-face du chapiteau de l’alambic.
- Fig. 2, chapiteau de l’alambic vu en plan, avec la plaque elliptique en cuivre.
- Fig. 3, connexion de différens tuyaux fervant au palfage de l’eau d’iu-je&ion.
- Fig. 4, élévation des parties de la machine vues du côté du puits.
- Planche XXVII.
- Fig. i , coupe du cylindre, de l’alambic & du fourneau ou cheminée.
- Les figures 2,3,4,f56,7&8 font relatives à là conftruction des pif. tons, aux chevrons àrelfort, & aux parties qui appartiennent au régulateur ou au diaphragme.
- Planche XXVIII.
- Fig. i , puits de la mine avec le canal de décharge.
- Figures 2,3 & 4 , relatives à l’élévation fucceflive de l’eau du puits dans des cuvettes.
- Figures f & 6, tiges des pompes liées enfemble, pour un train fufpendu à la jante du balancier.
- Fig. 7, aiflieu vertical qui s’adapte au manche du régulateur.
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- DU CHARBON DE TERRE
- 166
- Fig. g, manche- du régulateur, percé quarrément.
- Fig. 9, plan & profil du régulateur, accompagné de fon manche.
- Fig. io, plaque circulaire qui environne un anneau.
- Figures ii, 12 & 13 , conftruétions, plans & profils du pifton du Gylindre.
- Fig. 14, relative au régulateur &„au reiîort qui le poulie contre l’orifice du collet du cylindre.
- Planche XXIX.
- Fig. 1, efpece de mine de haiàrd, placée fuperficiellement, irrégulière dans fes retours.
- Fig. 2 , vraie mine de terre du Lyonnais , compofée de differentes couches décrites dans l’endroit du texte auquel cette planche fe rapporte.
- Planche XXX.
- Mines de charbon de Montrelais. Cette planche porte avec elle fon explication.
- T A. JB I £
- DES SECTIONS
- JDe Vextraction, de l'ufâge & du commerce du charbon de terre.
- page 3
- SECTION I. Diffèrens degrés
- DE PENDAGES DES VEINES ; MANIERES DE LES DESIGNER DANS LES TRAVAUX DE F EXPLOITATION AU PAYS DE
- Liege. 12
- Pendage de platteures. ibid.
- Pendage de roiife. 13
- ARTICLE I. Ouvriers employés dans une houilliere & à la houillerie au pays de Liege. TJ"
- Art. II. Des inflrumens, outils, uf enfiles & autres équipages de houillerie
- ET ARTICLES.
- au pays de Liege. page 19
- Outils pour reconnaître l’intérieur. 21
- Outils de ferronerie d’ufage au pays de Liege, pour foifoyer, avallerles bures. 23
- Première Fouille. Outils employés pour la couverture ter-reufe. 24
- Seconde Fouille. Outils dont on fe fert pour la couverture pierreufe. 21
- Outils pour faire jouer la poudre à canon, fier di menne, fer à mine. 26
- Outils employés pour attaquer
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- TABLE DES SECTIONS
- f*7
- railler, détacher 5dépiécer la veine. page 27
- Uftenliles employés dans les ouvrages intérieurs. 28
- Uftenliles qui fe tirent au jour par les cabeftans. 30
- Uftenliles ou vailfeaux pour l’é-puifement & pour l’enlevement des eaux. ibid.
- Uftenliles fervant au tranfport de la houille arrivée au jour. 32 Uftenliles relatifs à quelques manœuvres & opérations extérieures. ibid.
- Uftenliles à feu , uftenliles d’airage- , 3 3
- Forge du maréchal , ou appro-viiionnement de maréchauda-
- gey 3 4
- Matériaux de charpenterie. 35“ Ouvrages extérieurs. ibid.
- Intérieur des ouvrages. 36
- Art. III. De la houtte ou houtche, & du herna.%. 37
- Machines établies à demeure fur la fuperficie & dans l’intérieur des houillieres pour les travaux * fouterreins. 38
- Machines hydrauliques. 41
- Art. IV”. De darchitecture fouterreine des mines. 43
- Des bures ou foiîes à houille en général. 4V
- Fofle à houille, nommée maître bure, grand bure,bure de char-geage. . 46
- Des grandes ou longues mahires, & du parti bure. 48
- Des deux courtes mahires. 49
- Burtay, bure d’airage. ) 1
- Bure à pompe. page ^3
- Spouxheux, puifeux, bure avant-peudage. ibid.
- Des tailles & des voies fouterrei-nes en général. ibid.
- Des tailles & voies fouterreines en particulier. ^9
- De l’air dans les tailles & voies fouterreines des houillieres. 64 Maniéré de tâter le fouma.
- Maniéré de fe préferver des vapeurs. ibid.
- Du renouvellement de l’air par le bure d’airage. 66
- Ruvalwettes ou voies d’airage. 6g Airage des montées. 69
- , Airage des vallaies. ibid.
- Aiwes. Eaux. Travaux relatifs aux obftacles qui en réfultent. 70 Pratiques obfervées pour fe rendre maître des eaux avant de les enlever au jour. 73
- Des repos , puifards ou réfervoirs, 8c des coupures ou rigoles qui y conduifent les eaux. 74
- Du bougnou & de fa conftruc-tion. 7Ç
- Des réfervoirs de la vallée , nommés en particulier pahages. 76 Paxhilfes. 77
- Covvellement, cuvellement, cuve-lage. 78
- Plate couve. 79
- Epuifement des eaux, ibid
- Areine, xhorre , canalis, cunicu-lus. , ' 81
- Art. V. Marche & conduite des ouvrages de houillerie , depuis le premier enfoncement fuperficiefjuj'qu'aux travaux y dans une mine de charbon , à
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- ET ARTICLES.
- S6 8
- la plus grande profondeur pofflble.
- page 8é
- De Pavalîement d’un bure, & des ouvrages qui en dépendent. 87 (Euvres de veines,ou travaux qui s’exécutent dans le charbon de terre. 90
- Ouvrages d’aval-pendage ou au-deffous du levay , comprenant la pourchaife des veines non-xhor-rées , autrement appellées veines de defïbus la main, veines fub-mergées, veines inférieures, veines au - deffous du niveau du xhorre. 9f
- Eaux des ouvrages inférieurs. 98 Ouvrages d’amont-pendage, comprenant la pourchaife des veines fupérieures ou veines xhorrées , appellées auffi veines fur la main.
- 99
- Du nivellement fouterrein. 100 Maniérés de conduire les ouvrages dans les différens pendages de veines, & dans quelques occa-fîons particulières. 101
- Exploitation des veines en pen-dage de roiifes. 103
- Maniéré de profiter de la machine à chevaux pour enlever à la fois tous les charbons d’une houil-liere, tant ceux qui proviennent des ouvrages d’amont, que ceux qui proviennent des ouvrages d’aval-pendage, & pour amener au bougnou les eaux trop abondantes des paxhiiTes. 106
- Travail des veines défedtueufes.
- 110
- PourchafTes des ouvrages, quand
- les veines fe trouvent interrompues. page 111
- De la conduite particulière à tenir dans l’exploitation, relativement aux principales défe&uoiités du toit des veines. 11 3
- Travail par baife taille , ou exploitation des veines qui ont peu d’épaiifeur. 114
- Mines par tombes. ibid.
- Reprifes d’un vieux bure. 11 f Art. VI. Coutumes & ufages de houil-lerie. ' ibid.
- Cour des jurés ou échevins du charbonnage. 117
- Des fentences 8c des amendes.
- 120
- Des différens propriétaires & des différentes ceffions de leurs droits , appellées rendages , redditions de prifes. ibid.
- Arnier ou maître des mines. 122 Hurtier ou maître de la fuperfi-cie , ou polfeifeur des combles.
- 123
- Des maîtres du fonds, ou du fei-gneurage. 124
- Propriétaire des minéraux, ou ter-rageur. 12)"
- Des maîtres de foffe, leurs droits & leurs privilèges. 128
- Du feigneur arnier, ou hurtier de Pareille , & de fes prérogatives. 129
- Des affujettifTemens coutumiers concernant les areines. 13 1 Des conteftations à vuider par une defcente des jurés dans les ouvrages fouterreins , de la mefure en terre & au jour, du mefurage
- des
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- TABLE DES SECTIONS ET ARTICLES. ^
- des eaux s & de tout ce qui a rapport aux vilites des folles, p. 132 Vffites des folfes par autorité de juftice. 137
- Modèles de rapports de vilites des fofles. 139
- Police pour les bures & ouvrages que l’on interrompt pour un tems , ou que l’on abondonne tout-à-fait. 140
- De la reprife des bures abandonnés ou interrompus ; formalités à obferver lorfque ce font de nouveaux maîtres qui entreprennent le travail. 141
- Chartes & privilèges du métier des houilleurs de la cité , fran-ckife & banlieue de Liege , concernant la police du métier & du commerce. 142
- Police du corps de houillerie. 143 Des gouverneurs & jurés du métier. ibid.
- Des différentes permiffions. ibid. Des compagnons du métier, ou des ouvriers qui ont acquis la grande rate. 144
- Alfemblées du métier de houillerie. 146
- Petite rate du métier. ibid. Police entre les maîtres de folle , leurs fourniffeurs, & les ouvriers houilleurs. ibid.
- Des journées des ouvriers , & de l’ordre établi pour les contenir dans leur devoir. 147
- Articles de police en faveur des différens fourniffeurs. x 149 Police de vente ou de commerce de houille. ifo
- Tome XVI,
- Offices de houillerie, ou offices d’une folfe. page 1 1
- Mefures de houille & charbon.
- Articles de police concernant le commerce. if3
- Art. VII. De C utilité de la houille dans le pays de Liege. 134
- Méthode d’apprêter le charbon de terre pour le chauffage dans le pays de Liege.
- Préparation en grand des houilles & terroules pour le chauffage.
- ibid.
- Préparation de la terroule. 138 Méthode de fe fervir des houilles & terroules pour le chauffage.
- •19
- Des portes-feux, nommés à Liege fers à feu. ibid.
- Des feux de houille ; maniéré de les difpoler dans les cheminées.
- 160
- Maniéré de conduire, d’entretenir & de renouveller le feu lorf que les hochets ont produit la plus grande partie de leur effet.
- 161
- Feux de terroule. 162
- Feux de poêles. 163
- Des cheminées d’apparte-mens. 165*
- Cheminées en chapelle. 166 Cheminées en œil de bœuf. ibid. Cheminées à deux ufages. ibid. Des cheminées de cuifine. 167 Garnitures, fers de feux ,ou uften-files de cheminées. ibid.
- Pays d’Outre-Meufe, comté de Dalem. 169
- C c c c
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- S7°
- TABLE DES SECTIONS
- Ouvrages ou bois de charpenterie, employés pour 1 étançonnage & autres travaux fouterreins. p. 171 Détails particuliers fur les mines de charbon de Houfe & de Sar-rolay. 172
- Exploitation d’une veine furjetée ou débauchée en furjet. 17^ Exploitation d’une mine en niaie ou en bouroutte. 176
- SECONDE SECTION. Exploitation ET COMMERCE DV CHARBON DE TERRE EN ANGLETERRE. 177
- Des terres marneufes & argilleu-fes. ibid.
- Chalki land. 17g
- Chali land. ibid
- Supplément aux defcriptions des mines de charbon d’Angleterre, par ordre des couches qui les compofent. 180
- Etat des différentes couches ('bed) dont eft compofée la mine de charbon de Tipton, près Birmingham & Wolverlfampton en Warwiclcshire, avec la hauteur de chaque couche. félon les me-fures anglaifes. ibid.
- Duché de Cumberland. 183 Yorckshire. Etat des couches quife rencontrent dans les mines de charbon de North-Burlay , par M. Richard Richardfon. ibid. Comté de Durham, à quelques milles du chemin de Newcahîe.
- 184
- Ecolfe. ibid.
- Tableau plus corred & plus abrégé des mines de charbon d’An-
- gleterre , décrites dans la première partie , extrait de la brochure anglaife , publiée en 1769.
- page rSf
- Exploitation des mines de charbon en Angleterre, confidérée dans quelquespoints particuliers.
- 189
- Tariere anglaife. Augar, Augre, Auger, Whimble. 190
- Defeription de la tariere anglaife ( Berkborer, MitzngenLeupoldi) par M. Martin Triewald , de l’académie royale des fciences de Suede. 191
- Partie fupérieure ou tète de la tariere. 192
- Partie moyenne. ibid.
- Partie inférieure. ibid.
- Du trou de fond & de la maniéré de fe fervir de la tariere. 193 Appareils pour élever & faire retomber la tariere,ou la retirer du trou de fonde. 195
- Pit-men. Ouvriers mineurs. 197 Du maître foreur. Maniéré de traiter avec cet ouvrier, fes enga-gemens. 198
- , Royaltie ou privilège royal, & autres ufages concernant la fouille d’un terrein. 199
- Des recherches préliminaires à l’enfoncement d’un puits de mine. 200
- Travail qui fe fait pour arriver à la veine. & s’y ouvrir un premier chemin. 202
- Des vapeurs de mines dans les carrières de charbon de Newcaft-le. 203
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- ET ARTICLES.
- Î7*
- Travaux pour détourner les éaux. Stream-Works. page 206
- Etat de la pompe à feu exécutée pour la mine de charbon de Griff, près de Cowentry eu Warwickshire. 210
- Différences de qualités dans les charbons d’Angleterre. 214 Des charbons de Newcaftle, & de ceux qui font d’une qualité approchante. ibid.
- Maniérés particulières d’apprêter les charbons de terre pour divers ufages. 216
- Des charbons de terre étouffés & torréfiés au feu. 217
- Tentative faite en Angleterre pour fondre la mine de fer dans des fours de réverbere avec des charbons de pierre. 218
- Qualités des charbons d’autres endroits de l’Angleterre, de i’E-coffe & de l’Irlande. 220
- Province de Wetfex. 221 Commerce du charbon de terre en Angleterre , fon origine & fes progrès. 224
- Du commerce de charbon de terre à Newcaftle en particulier , & de fes loix. 231
- Gouverneurs, intendans & clercs de la confrairie des Hoast-men de Newcaftle. 253
- Police pour les débitans de charbon , les propriétaires de navires, les allégés du port dans New-caftle , &c. 234
- Prix des charbons de terre en dif-féjrens endroits de la Grande-Bretagne. 237
- Des droits ^fur les charbons de terre. page 237
- Commerce ou trafic du charbon de terre dans la ville de Londres. 239
- Loi contre les affociatlons tendantes à hauffer le prix des charbons de terre pour l’ufage de Londres & de fon voifinage. 241
- Art. II. Notice hijiorique de mines ou carrières de charbon de terre en différentes parties du globe. 243
- Aile. ibid.
- Terres ardiques, ou Amérique feptentrionale, dite Mexicane.
- 244
- Partie feptentrionale de l’Afie & de l’Europe. ibid.
- Mer Baltique, ou mer Interne.
- 24f
- Europe. ibid.
- Charbon de terre dans une mine d’ardoife, fituée près de la ma-nufadure d’alun , terre de Mae-torp , à Bellinger , Saeter , fei-gneurie deWadsboug, enWeft-gothie. 247
- Hainaut Impérial , ou Hainaut Autrichien. 257
- Comté de Namur. ibid.
- Obfervation d’une abftinence de nourriture fur un houilleur enfermé pendant huit jours dans une houillerie de Charleroy. 25” 8 Pays Montois. 261
- Diiférens ufages auxquels on emploie la houille àTournay. 26$ Pour l’impôt fur le charbon & fur la navigation. ibid.
- Touchant le charbon qui fe con-C c c c ij
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- TABLE DES SECTIONS
- 172
- duit par charroi. page 268 Déclaration des dftits fur le charbon. 269
- Maniéré de faire payer lefdits droits. ibid.
- Pour ceux qui font des parkus ou magafins au - delfous de la dernière tenue. 270
- TROISIEME SECTION. Exploitation , COMMERCE ET USAGE DU CHARBON DE TERRE EN
- France. 271
- Art. I. Provinces dont les charbons ne peuvent être exportés dans la capitale. 272
- Exploitation. Outils & uften-files employés dans les folfes du Hainaut Français. ibid. Dénomination des eaux de mines dans le Hainaut Français ; différentes machines employées à les enlever au jour. 275"
- Defcription de la pompe à feu, établie pour la mine de charbon de Frefnes , proche Condé. 278 ARTICLE I. Situation 5iforme & explication du balancier. ibid.
- Art. II. Pompe refoulante avec fon tire-bout. ibid.
- Art. III. Pompes a foirantes qui élevent fuccefivement Peau du puits. ibid. Art. IV. Situation du balancier lorf-que la machine ne joue pas. 279 ART. V. Le mouvement du balancier ef limité par des chevrons à refort. ibid. ART. VI. Defcription du cylindre, ibid. Art. VIL La Jurface du cylindre ef percée de deux trous oppoféspour deux caufes efi nielles. 280
- ÀRT. VIII. Defcription du fond du
- cylindre. page 280
- Art. IX. Veau provenant d'injection s'évacue par le fond du cylindre, ibid. Art. X. Defcription du pif on qui joue dans le cylindre. ibid.
- Art. XI. De quelle maniéré Peau de la cuvette d'injection s'introduit dans le cylindre. 281
- Art. XII. De quelle maniéré Peau s'introduit au-defus du pif on. ibid. Art. XIII. Defcription de la chaudière qui compofe le fond de l'alambic, ibid. Art. XIV. Explication des parties qui appartiennent au régulateur. ibid. Art. XV. Au-defus du chapiteau de P alambic ef une ventoufe pour laifer échapper la vapeur quand elle ef trop forte. 282
- Art. XVI. Vf âge de deux tuyaux peur éprouver la hauteur de Peau dans l'alambic. ibid.
- Art. XVII. De quelle maniéré on évacue la vapeur de l'alambic pour arrêter la machine. ibid.
- Art. XVIII. Ufage d'un réfervoir provifonnelpour fournir de Peau À l'alambic. 283
- Art. XIX. De quelle maniéré Peau d'injection fort du cylindre. ibid. Art.XX. Une partie de Peau d'injection pafe dans l'alambic pour fuppléer au déchet que caufe la vapeur. 284 Art. XXI. Defcription du tuyau nourricier. ibid.
- Att. XXII. De quelle maniéré fe fait l'opération décrite dans P article précédent. ibid.
- Art. XXIII. On peut auffi introduire dans P alambic de Peau de la coupe.
- ibid.
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- ET ARTICLES.
- Art. XXIV. Detail des pièces qui font jouer le régulateur page 284
- Art. XXV. De quelle maniéré le mouvement fe communique au régulateur.
- ÀRT. XXVI. Détail des pièces qui appartiennent au robinet d'injeclicn.
- ibid.
- Art. XXVII. Explication du mouvement qui fait agir le robinet d'injection. 28 6
- Art. XXVIII. Conclujîon fur le jeu du régulateur & fur le jeu du robinet d'injecîion. ibid.
- >Art. XXIX. Situation de l'alambic & du fourneau dans le bâtiment qui renferme la machine. ibid.
- Art. XXX. Explication de la manœuvre qu'on exécute pour commencer â faire jouer la machine. 2 § 7
- Exploitation des premières folles qui ont été ouvertes dans la banlieue de Valenciennes. ibid. Manœuvre pour la conftruction -& le cuvelage d’une foife. 288 Allures des veines. 290
- Ouvrages de veines. 292
- Etat des ouvrages à Anzin & à Frefnes , dans l’année 17^6. 293 Qualités, prix & ufages du charbon de terre du Hainaut Fran-qais. ibid.
- De la houille employée au chauffage dans le territoire de Valenciennes. 29 f
- , Procédé ufité à Vale'nciennes pour faire des briquettes propres au chauffage j terre qu’on y emploie , &c. 297
- Exportation & commerce du char-
- 17?
- bon de terre par charrois & par
- bateaux. page 299
- Hiftoire des droits fur les charbons de terre dans les directions de Lille & de Valenciennes , juf-qu’au 4 mai 175" 1. 302
- Boulonnais. 3 06
- Artois. 307
- Franche-Comté. 308
- Lyonnais. 311
- Des charbonnières ou carrières
- de charbon du Lyonnais.’ 317 Defcription d’une carrière de charbon du Lyonnais , par M. de la Tourette , fecretaire perpétuel de l’académie royale des fciences ,arts & belles-lettres de Lyon, correfpondant de l’académie royale des fciences de Paris.
- 319
- Charbonnières du Lyonnais. 321 Extraction du charbon , maniéré d’attaquer, de fendre la mine,
- par M. Gaultier. 326
- Travail du raffon ©u de la mine de deifous. 332
- Travail du Tomba, ou de la mine de déifias. 333
- Des eaux. ibid.
- Touffe , force , défaut d’air. 334 Arpentage appellé menfuration fouterreine , ou boulage. 335"
- Ufages pour l’entreprife de la fouille des carrières de charbon, avant & depuis la concefîion. 339 Différences & qualités du charbon des carrières de Rive-de-Gier.
- 339
- Commerce du charbon de terre du Lyonnais. 340
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- $74
- TABLE DES SECTIONS
- Confommation de charbon dans le Lyonnais. page 543
- Ufages particuliers auxquels on emploie le charbon de terre dans le Lyonnais. 346'
- Notice des pierres que l’on réduit en chaux dans les fours établis le long du Rhône : conf-truclion d’un four où l’on cuit des cailloux de ce fleuve pour faire de la chaux ; maniéré de gouverner cette calcination. 347 Poêles économiques , à l’ufage des pauvres, pour fe chauffer , &pour faire une petite cuiline.
- 349
- Effais de fabrication de charbon de terre de Rive-de-Gier, avec des terres des environs de Lyon.
- 3fo
- Beaujolois. 3^2
- Haut-Dauphiné. ibid.
- Graifivaudan. 373
- Gapençois. 3^4
- Provence. ibid.
- Comtat V enaiffin. g ^ $
- Languedoc. ibid.
- Velay. 35-6
- Haute-Guienne. Rouergue. 377 Obfervations faites fur la Montagne de feu , par M. l’abbé Marie.
- 338
- Extradlion & ufages du charbon de terre. 3^9
- Maniéré de fécher au feu de charbon de terre de grandes & de petites provisions de châtaignes.
- 362
- Commerce du charbon de terre des mines de Rouergue. 363
- Périgord. page 3 6 y
- Bas-Li moulin. 366
- Bretagne. 36g
- Outils employés aux travaux de la mine de Chapelle-Montrelais.
- ibid.
- Idée générale des travaux de mine & du commerce de charbon de Montrelais. 369
- Mine de charbon de Nort; qualité & commerce de ce charbon. 370 Droit de boite, fait des marchands. Compagnie des marchands fré-quentans la riviere de Loire. 3 73 Cloifon , clouaifon , droit de cloi-fon. 3 76
- Haut & bas - Anjou. Saumurois.
- 379
- Précis fur les mines d’Anjou, fur la maniéré dont elles fe travaillaient , & fur les ufages qui s’ob-fervaient pour leurs entreprifes.
- 382
- Mémoire hiftorique touchant les concellions obtenues fur les mines de charbon de la province d’Anjou. 384
- Etat des travaux fuivis dans les mines de S. Georges de Chate-laifon , dreffé par M. de Voglie , ingénieur du roi en chef pour les ponts & chauffées , à Tours.
- 388
- Etat des travaux de la mine de charbon de S. Aubin de Luigné, par M. de Voglie. 390
- Exploitation des mines d’Anjou, par M. de Tilly. 394
- Qualité du charbon de terre d’Anjou. 399
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-
- ET ARTICLES.
- S7S
- Commerce du charbon de terre d’Anjou. page 401
- Réfultat de comparaifon. 403 Bas-Poitou. 404
- Baffe-Normandie. Bocage ou pays Beflîn , commerce du charbon de terre étranger dans la haute-Normandie , au Havre-de-Grace, & à Rouen. 40?
- Provinces dont les charbons peuvent venir à Paris. Bourgogne.
- 407
- Nivernois. 412
- Art. II. Provinces qui fournirent Paris. Bourbonnais. 416
- Noyan. 420
- Forez. ibid.
- Indications des principales charbonnières du Forez, accompagnées de remarques fur la qualité du charbon qu’elles fournif-fent. 422
- Auvergne. 42 f
- Des mines de charbon de la Li-magne. ibid.
- Folfes de Sainte-Florine, de Fru-geres & de Broifac ; prix & qualité des charbons qui en proviennent. 429
- Mines d’Auzat. 433
- Commerce du charbon de terre d’Auvergne fur les rivières d’Al-lier & de Loire. 43 f
- Isle-de-France. Recherches faites en 1771 dans les endroits qui ont été fouillés près de Noyon , pour trouver du charbon de terre. 437
- Remarques fur les fubftances fof.
- files , appellées charbon minéral , charbon foffile , terroule , tourbe , & autres fujettes à être prifes pour du charbon de terre.
- T , . ' . . „ Page 442
- Législation franqaife, relative aux mines ou carrières de charbon.
- 448
- Arrêt du: confeil d’état du roi, portant réglement pour l’exploitation des mines de houille ou charbonde terre. Du 14janvier 1744. Extrait dès regiftres du confeil d’état. 4^1
- Examen de ce réglement. 45*4 Le préambule de l’arrêt n’autorife en aucune maniéré les concef. fions. 4^8
- Le réglement maintient les propriétaires de mines dans tous leurs droits. 461
- Réflexions de M. de Voglie fur le réglement; de. 1744. 464
- Obfervations fur les remarques de M. de Voglie. 4
- Commerce du charbon de terre en France. 4€6
- Hiftoire. raifonnée des différens droits d’entrée , impofés en France fur le charbon de terre étranger , . fui vie- de réflexions fur l’augmentation dè ces droits a l’entrées, & fur l’exemption totale à la circulation. ibid. Réflexions fur le premier moyen.
- 470
- Du jaugeage des bâtimens de mer.
- 474
- Obfervations particulières fur les
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-
-
- TABLE-DES SECTIONS
- S7S
- poids & mefures comparés.
- page 476
- Réflexions fur le fécond moyen.
- 480
- Arrêt du confeii d état du roi, qui réglé les droits à percevoir fur les charbons de terre étrangers qui viennent dans le royaume par mer, &c. Du 18 feptembre 1763. Extrait des regiftres du confeii d’état. 481
- Obfervations fur les différentes mefures d’ufage dans le commerce du charbon de terre. 483 Navigation du charbon du Forez, de l’Auvergne , du Bourbonnais & autres , par le canal de Briare, jufqu’à Nemours. 484.
- Adminiftration économique , ou police de navigation fur le canal.
- 486
- Police de commerce fur le canal de Briare , ou jurifdidion du bureau de la ville, fur la navigation du canal. 489
- Canal de Loing. 490
- Du commerce du charbon de terre dans la ville de Paris. 491
- De l’hôtel-de-ville de Paris ; origine de fon infpedion fur le commerce de riviere. ibid.
- Bureau de l’hôtel-de-ville. ^496
- Grands - officiers de ville ; leurs privilèges. ibid.
- Idée générale des loix du commerce des marchandifes voitu-rées par eau pour la provifion de Paris, & qui arrivent & font déchargées dans les ports de
- cette capitale ; d’après l’ordonnance de Louis XIV, du mois de décembre 1572, pour la ville de Paris. page 498
- Des marchands de charbon de terre. <;02
- Marchands forains. ibid.
- Marchands bourgeois. . 503
- Petits-officiers de ville. ibid. Gardes-bateaux, équipeurs , bou-tes-à-port, metteurs-à-port, dé-bacleurs , planchéieurs. f 04 Déchireurs & infpedeurs au dé-chirage des bateaux.
- Charges & offices établis fur les ports pour la vente du charbon de terre ; droits , fondions , émo-lumens , profits , privilèges j exemptions , franchifes & gages attachés à ces offices. Des anciens officiers mefureurs de charbon de terre de la ville , faux-bourgs & banlieue de Paris. 506 Nouveaux officiers jurés mefureurs & porteurs. foS
- Ordonnance de Charles VI, du mois de février iqif , concernant la jurifdidion de l’hôtel-de-ville de Paris : des mefureurs de charbon. fop
- Ordonnance de 1672 , concernant la ‘jurifdidion de la ville de Paris, & les fondions des jurés mefureurs. fii
- Sentence du 11 juin 1708, concernant le charbon de terre ; entre les fyndics & communauté des officiers mefureurs, contrôleurs & vifiteurs de charbon, de la ville,
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- ET ARTICLES.
- 777
- ville, fauxbourgs. & banlieue de ]a ville de Paris , demandeurs & défendeurs 5 & jean Foyneau, marchand de charbon de terre, forain, propriétaire de la char-bonnerie de la Roche en Forez, défendeur & demandeur, p. f 11 Anciens jurés porteurs de charbon. 512
- Droits attribués aux offices des jurés mefureurs & porteurs de charbon de terre. ibid.
- Garres , entrepôts , magafins de charbons de terre dans la banlieue de Paris. fi 6
- Police qui s’obferve dans les garres & ports au-deffus & au-def-fous de Paris, tant pour le lâchage & garrage des bateaux aux ports de deftination, que pour le placement & la décharge des marchandées ,&c. y 19
- Police relative aux charbons de terre, amenés par eau pour la confommation de Paris, au-def-fus de la ville, & autres defcen-dans la riviere de Seine en paffe-debout. f2r
- Entrepôt de commerce du charbon de terre dans la ville de Paris. 5*24
- Police de vente dans la ville & les fauxbourgs de Paris. 526
- Mefurage , mefure. f29
- Droits qui fe perçoivent fur les charbons de terre entrant dans Paris. fjo
- Domaine & barrage. ibid.
- Vingtième de l’hôpital. f 31
- Tome XVI.
- Sols pour livre. page f 31
- Droit de halle & garre, ou droit de ville. ' .. ibid.
- Droit de riviere, droit de contribution. ibid.
- Droit d’arrivage. ibid.
- Droit principal, ou droits des officiers de charbon de terre & de bois ; & des petits officiers fur les ports. ibid.
- Etat du produit des droits fur les charbons de terre, entrés à Paris pendant la 3 e année du bail d’Henriet , commencée le premier odobre 175-8, & finie au dernier feptembre 175-9. 533
- Etat des diiférens droits qui fe perçoivent fur les charbons de terre, arrivans par eau à Paris pour y être vendus, & d’autres frais. 5-35-
- Quittance du receveur des droits.
- Recherches & remarques fur la charge des bateaux de charbon de terre, qui viennent dans les ports de Paris ; fur la confommation de ce foffile dans cette capitale , & fur fou évaluation en argent. 537
- Conclusion des trois premières fections. 5-42
- Réglement général en matière de houillerie, pour la province de Limbourg. Du premier mars
- 1694- rn
- Statuts & ordonnances fur la conduite de la na vigation dans le pays de Hainaut , d’entre les villes D d d d
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- TABLE DES SECTIONS ET ARTICLES.
- de Mons & Condé , entretene-ment des rivières , réglement des ventailles, & tennes d’eaux y fervantes. Avec approbation de lire de Croy, lieutenant gouverneur , &c. dudit pays de Hai-naut. Donnés en la ville de Mons le 17 mai 1 page f 50
- Arrêt du .confeil d’état du roi, eri forme de réglement du 4 novembre 1718 » concernant la navigation de Condé. Extrait des regiftres du confeil d état.
- Explication des planches et figures. 553
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- VEINES EN PLATTEUR OU EN PLANNEUR.
- 2e. Part PL I
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- VEINES EN PENDAGE ROIS SE
- f. Part , Vl, TT,
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- 2 f Part- PI. III•
- Selàer Jculp.
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- BURE. D‘AIR AGU . Part.PL V.
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- 2-
- * Part. PL. VI.
- Sellier* Sculp
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- Part. PL Fil,
- TRAVAIL I)’UNE veine qui se rencontre dans ta buse du bure
- ScHtpr Scalp
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- fTart. JP/.L
- O U"V II AGI', S DE DESSOUS EAUX
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- EXPLOITATION POUR UN SEUL HERNAZ. 2 e Parà pi X.
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- CUVEEAGE . a * Fort. Fl XI.
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- PL AT T E COUVE
- Part. PI. XII.
- Selh er Scalp
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- DEPECEMENT OTJ MESURE EN TERRE, zi Part. PI. XIII.
- Sellier Seulp-
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- PL . Z P
- cc
- Fig. 0,
- Szllier ifcttlp.
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- fart. Jf. XI'IL
- *
- 03
- R.v:*.-:'
- Sellier Sculp
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- MACHINE A FEU DE IA MI NE DE GRIFF, COMTE DE WARWI CK Jld’fJijCFfll,
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- MACHINE A FEE DE LA MINE DE GREEE, COMTE DE WARWECX AA'/Y.XDT
- Sellier Seulp
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- dnjÿ Mnpo
- 2 e. Fart, Pi. XXI.
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- MACHINE A FEU DE LAMINE DE ERE SNE,^AINATJT FRANÇOIS . 2f P.ePl.XXIF.
- Selliér Sculp
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- MACHINE, A EEü DE, LAMINE, DE ERE S NE, HAINAUT ERANCOIS. ieF.£Fl. JXr.
- Semer ScuJfr.
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- MACHINE AEEU DE LAMINE DE EIIESNE, IIAINAUT IRAN COIS . 2 e ParâPl.IWl
- SeSier Scu2p
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- A/EEIT DE IA MINE DE ERE S NE HAiXATT FRANÇOIS . 2eP?Tl.XXVE.
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- MACHINE A TETT DE, LA. MINE, DE ERE S NE, HAINAUT ERANC OJS ^ffïFl^nz,
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