Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS,
- FAITES OU APPROUVÉES PAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE ROYALE JD JE S SCXJEWCJES JD JE JP^AJKJtJS»
- AVEC FIGURES EN TAILLE-DOUCE.
- NOUVELLE ÉDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre, en Suifle, en Italie.
- Par J. E. Bertrand, Profejfeur en B elle s-Lettre s à Neuchâtel, Membre de /’Académie des Sciences de Munich, & de la Société des Curieux de la nature de Berlin.
- TOME
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- Contenant la quatrième Se&ion de la fécondé Partie de £Art Xexploiter les mines
- de charbon de terre. ___________
- "sfeLlOTHÈQUE.
- DU CONSFW MOIRE NATIONAL «le , A K l S & MÉTIERS
- .So du Catalogue.
- Estimation.
- A NEUCHATEL,
- Dë Ii’I IMPRIMERIE DE LA SOCIÉTÉ T Y P O G R A P H I Q_U E.
- —rr-j-L '. — !— ========€*
- M. DCC L X X X,
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- ART
- D’EXPLOITER LES MINES
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- CHARBON DE TERRE.
- Par M. Morand, médecin.
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- Tome XVU.
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- ART
- D'EXPLOITER LES MINES
- DE CHARBON DE TERRE.
- SECONDE PARTIE.
- QUATRIEME SECTION.
- Essai de théorie-pratique sur l'art d'exploiter les mines
- DE CHARBON DE TERRE, ET SUR LES DIFFERENTES MANIERES
- D'EMPLOYER CE FOSSILE DANS LES ATT ELI ERS OU MANUFACTURES POUR LES USAGES DOMESTIQUES , &C.
- 1. traitant jufqu’ici les objets qui compofent la première, fécondé & troifieme fe&ions de cette partie, nous nous fommes bornés à une ex-pofition hillorique : c’était la feule maniéré propre à mettre à la portée de tout le monde la defcription des manœuvres multipliées qui ont lieu dans le cours de l’exploitation.
- 2. Les ouvriers, tels fur-tout qu’il eft aifé de fe les dépeindre, ou du moins le plus grand nombre d’entr’eux,. ne font conlîfter tout le métier, qu’à bien connaître ces manœuvres ; ils ne portent point leurs vues au-delà j l’intelligence, l’aptitude & l’habitude dans l’exécution achèvent de former ce qu’ils appellent un habile, ouvrier!Tout cela a bien fon mérite : un ouvrier qui poifede ces connailfances, qui à cette qualité joint les talens dont nous
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- D V CHARB ON -DE TERRE
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- venons de parler, doit fans aucune difficulté être regardé comme une des plus grandes reffources des entrepreneurs qui fe le font attaché. Il doit toujours être entendu & écouté avec attention ; mais les employés aux travaux de l’exploitation ne font pas les feuls qui conduifent l’ouvrage : parmi les différentes perfonnes adonnées aux opérations de mines, il en eft qui doivent néceffairement avoir des connaiffances d’une plus grande étendue & d’un autre genre. Les connaiffances dont je yeux parler , font celles qui anobliflent le métier, qui conftituent les principes & les maximes de l’art de l’exploitation. Autant l’ouvrier s’en embarraffe peu , autant il convient que les prépofés de mines fe fatlênt Un devoir de les acquérir ; ils fe trouvent alors dans le cas d’augmenter les t'alens de l’ouvrier, de perfectionner les idées qu’il préfente, de les rendre fufceptibles d’exécution, d’en faire naître quelquefois de nouvelles par des queftions , des réflexions.
- 3. L’auteur du traité précieux De re metallica, commence fon ouvrage-par l’énumération fuccinte des objets que l’on pourrait appeller les études des ingénieurs de mine ; nous ne pouvons mieux faire que de commencèr cette quatrième & derniere fedion , en imitant ce lavant métal 1 urgifte , modèle de tous les autres. Il exige de celui qui elf chargé de diriger des opérations de mines, qu’il fiche juger quelle montagne , quel coteau , quelle affiette de vallée, de plaine , peut être fouillée avantageufement, ou ne doit pas être fouillée. Il veut qu’il connaiffe les veines, leurs rameaux, les joints des rochers, les variétés & efpeces de terres, de fucs minéraux, de pierres-, de marbres, rocs 8i métaux; qu’il fe rende cette connaiffance familière, ainiî que toutes les différentes méthodes connues de fuivre des ouvrages fo'us terre.
- . 4. Il doit encore être inftruit de plusieurs fciences & de plufieurs arts : il doit connaître l’origine & la nature de toutes les productions minérales , par-là il faura faire le choix des moyens les plus aifés pour fes opérations, qui dès-lors lui feront plus profitables. Il doit favoir diltinguer les parties du ciel, & leur rapporter les extenfions des veines, & être inftruit dans fart de menfuration, afin d’être en état de décider par lui-même la profondeur qu’il conviendra donner à un puits , pour que cette ouverture tombe au boyau de mine qui y répond, & afin de fixer les bornes à chaque mine , fur-tout en profondeur. .
- Selon notre auteur, l’arithmétique, Parchitedture & le deffin doivent entrer dans l’ordre des connaiffances relatives^ aux mines. L’arithmétique, pour calculer les frais & dépenfes d’ouvrages, de conftru&ions & d’établi!-.. femens de machines; l’architedlure,pour faire ou pour diriger laconftruc-ticn des machines; le deffin, afin de pouvoir repréfenter des modèles de méchanique. Le métier expofe à quantité d’accidens & de maladies 5 des
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- ET D E S E S M ï N E S. Partie II.
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- notions générales de médecine ne fort point inutiles à ceux qui fe defiinent à dirigen les atteÜcis; ils feront dans le cas d’être fcccurablcs aux ouvriers de prévenir les maladies, d’en arrêter le propres, ou même d’y apporter remede. Notre auteur veut aufïi de l’étude du droit: il defiie qu’ils en fâchent à fond la jutifprudcnce iclative aux comeftaiions & aux procès mfé-parables des opérations de mines , af.n d’être en état de décider ce qui appartient à chacun, & de faire les fondions de juges, ou au moins d’arbitres.
- 6. Pour peu qu’on fe rappelle le plan de tout notre ouvrage, on reconnaît d’abord, que rien de tout cela n’eft étranger à la pratique de l’exploitation; dès-lors ceux qui font à la tête des travaux de mine, peuvent être regardés comme phyficiens ou devant chercher à le devenir. En les conAdé-rant fous ce point de vue, nous allons , conformément à ce que nous avons annoncé , développer d’une maniéré plus particulière les points qui demandent de nouveaux détails. En même tems que nous fournirons à l’ingénieur houilleur des connaiilances utiles ou néceliaires, nous les Amplifierons tant que les circonltances le permettront.
- De la recherche des mines de charbon de terre.
- 7. Lorsque dans la fedion VI de la premier partie, nous avons parlé de ce qui compofe l’extérieur des mines de charbon, nous nous fommes aiTefc expliqués fur Ce qu’on doit penfèr des marques auxquelles les ouvriers prétendent pouvoir juger à la Ample infpedion de lafuperficie d’un terrein , s’il renferme de ce foffile ; on ne (aurait trop répéter que des fpéculations aufA incertaines, on pourrait même Aire fautives, ne doivent pas être adoptées "par des entrepreneurs ou par des diredeurs, qui entendent leurs intérêts, ou qui ont à cœur ceux de leurs affociés. Croira-t-on être plûs avancé en s’en rapportant à cet égard fur le coup-d’œil d’un ouvrier habile & réputé expérimenté fur ce point ? Tout l’inconvénient eft facile à fentir : fuppofons un infi tant que cette reffource ne foit pas à méprifer ; outre que ce coup-d’œil eft peut-être auAi rare qu’indéèniffable , on doit convenir qu’il ne peut jamais être donné pour un dédommagement fuffifant du manque de réglé , auquel on ne peut que deArer pouvoir fuppléer. En accordant encore que l’on puiife trouver Aans un ouvrier le talent méchanique, pour prononcer à coup fûr qu’il exifte du charbon dans un terrein nouveau, il ne ferait pas impofiible que ce talent ne prît fa fourcê dans des connaiilances dont il nefe douterait pas lui-même, dont il ne faurait rendre aucun compte ; ce ferait toujours ce qu’il s’agirait de débrouiller. C’eft ainA que l’on voit fouvent des artiftes s’acquitter fupérieurement de leur métier, en ignorant abfolument les principes
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- DU CHARBON DE TERRE
- dont les fàvans & les. méchanciens ont jeté ou fixé les premiers fondemens.
- 8. Maïs à cette aptitude qu’il eft très - permis de refufer à prefque tous les ouvriers, de mines, il s’agit de fubftituer des guides plus pofitifs , ou, pour parler plus exactement, des indices moins équivoques s & ils ne peuvent être que le réfultat de probabilités établies fur des faits, fiir des obfer-vations aflez décifives pour aider à {àifi.r les rapports éloignés & à les raf-fembler. Ces avantages fe trouvent précifément dans les travaux des natura-liftes qui fe font occupés des fubftances foiîiles , en particulier de l’arrangement des matières qui forment ce qu’ils appellent le nouveau globe. Nous ne prétendons point parler ici de ceux de çes favans qui ont furchargé l’hiftoire naturelle de defcriptions , de définitions , de divifions , ou de dominations* Nous voulons parier des phyficiens îiaturaliftes, dont les obfervations multipliées & combinées enrichifTent la feience, fournirent des vues, forment fur la véritable ftru&ure de la terre un corps de préceptes, d’idées raifon-nées, qui fe rapprochent de la matière que nous avons à traiter* Afin de mettre dans tout fon jour l’utilité qu’on peut retirer du concours de ces con-naiffances, pour guider le raifonnement dans la recherche du charbon de terre, je conduirai d’abord le leCteur avec le flambeau de la phyfique dans cette première épaiifeur du globe, dont je ne lui ai tracé qu’une efpece d’anatomie relative à cette fuite immenfe de nappes de charbon de terre qui s’y trouvent éparfes.
- Vues générales fur la fuperficie extérieure de la terre, comparée avec fa fuperficie
- intérieure.
- 9. Les phyficiens dont les yeux fe font portés iur cet aride chaos, ont démontré clairement que la plupart des collines & des montagnes, dont le fommet eft de pierres, de marbres, ou de toute autre matière calcaire & compacte , ont pour bafe des matières plus légères , telles que des bancs de fable & des glaifes; que dans les, plaines de leur voifinage 011 retrouve communément, même à une alfez grande diftance, ou des monticules de glaife ferme, ou des couches de fable qui paraiifent être la continuité de celles qui fervent d’aflife aux montagnes j que les montagnes les plus élevées, ne font proprement que des pics ,(a) ou cônes compofés de rocs vifs, de matières vi-trifiables, &c.
- (a) On appelle pic une montagne ele- pogium, collis, mont ,puteus. Dans les au-, vée, qui fe termine en une feule pointe, teurs latins le mot podium eft cependant comme celle appellée pic de Ténériffe, d’où employé particuliérement pour flgnifier tout par corruption on dit/e pec de Saint - Ger- ce qui fert d’appui. main, le pou Flamanville, en latin podium,
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- ET DE SES MINES. Partie JL
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- 10. Des obfervations comparées de la fuperficie extérieure de la terre , de Tes émininences, de fes profondeurs, des inégalités de fa forme , avec ce qu’on pourrait appeller la première épaijfeur du globe, ont donné la facilité de juger allez exa&ement de l’une par l’autre , de prononcer, en voyant des montagnes dont les fommets font plats, qu’on y trouvera des pierres à chaux ; que les collines dont le grès forme la mafle, font toujours hériflees irrégulièrement ; que de cette difpefition de la fuperficie extérieure on eft fondé à s’attendre de trouver dans l’intérieur, des couches interrompues , des décombres & autres veftiges de ruines , de fubverlion , de déplacement ou d’af-faiflèment ; que celles qui font compofées de fubftances calcaires , de marbres, de pierres à chaux, de marnes * ont une forme arrondie & plus régulière.
- 11. C’est ainli qu’en généralifant les faits, en les liant enfemble, en comparant la nature avec elle-même, les Woodward, les Bourguet, les Buffon , les Lethmanii, les Needam, (aj ont jeté pour fondement de la coitnailfance de la compofition de la terre un ordre fondé fur l’ordre des chofes, & qu’il n’eft plus permis de douter que les phénomènes extérieurs des montagnes, tels que leur élévation, leur pente, leur forme, ne foient relatifs à leur ftruâure intérieure i de maniéré que la compofition de la plupart des montagnes, quoique ne fe prèle 11 tant point par-tout la même , peut être jugée feulement à l’œil, & annoncée par l’obfervation. Ainfi M. Needam , voyageant dans le territoire d’Aix-la-Chapelle, n’eut pas befoin d’être prévenu de ce que contenait la montagne de Lousberg, à environ cinq lieues de cette ville. En la voyant, & en examinant feulement la fituation, fur-tout du côté qui regarde le baflin de la mer, il jugea que c’était une montagne fe-condaire, élevée & lailfée par les eaux à rieur retraite. Il ne fe trompa point fur les matériaux dont elle eft effectivement compofée. (b')
- " il. Ce rapport, fur lequel on croit devoir infifter, entre l’économie naturelle de l’intérieur de la terre & ries phénomènes de la furface, peut donc être regardé comme allez eonftâté , pour tenir lieu de renfeignemens 8$ de principes applicables à la recherche du charbon de terre, mieux que ne le feront jamais des routines d’ouvriers ; c’eft-à-dire , que ces principes peuvent conduire alfez furement à prononcer quels font les endroits les plus propres à la formation de ce foffile 5 quels font ceux qui ne le font pas >
- (- a ) De la fociété royale, & de celle des eft toute compofée de coquilles, de coraux, antiquaires de Londres , directeur de Paca- de madrépores, de fables & autres produc-démie impériale & royale des arts, feien- tions de mer. Voyez Nouvelles recherches ces & belles-lettres de Bruxelles. phyjïques & métaphyjiques Jur la nature
- ( b ) Cette montagne ifolée au milieu 8?lajeligion , avec une nouvelle théorie d’une plaine environnée d’autres montagnes de la terre, 8f une mejure de la hauteur qui forment une efpece d’amphithéatre, des Alpes, partie II, page 177.
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- D U, CH A R B -O N DE TER R E
- à quelle profondeur il peut ètre^ placé, Sec. L’expérience d’un phyficién , dont le va'fte génie embraife l’hiftoire de toute la nature, achevé de confirmer Pufage heureux que l’on peut faire des vues générales & particulières fur l’organifiition du globe , pour fôupçonner, la préfence du charbon de terre dans un endroit .quelconque.' Ce lavant , inftruit fupérieurement de l’arrangement phyllque des matériaux, qui comppfent le monde fouterrein, fe perfuada que le charbon de terre exiftait dans fa terre de Montbar en Bourgogne. Il fit en conféquence faire une fouille , & il effc parvenu à atteindre un banc de ce folîile.
- ij. De tout cela il eft facile de déduire que la ftrudure intérieure des montagnes, des plaines , des vallons, leur conftrudion, leur pente même qui influe fur celle des lits dont elles font eompofées , doivent etre la bafe des connailfances elfentielles à ceux qui le propofent de fouiller des mines de charbon de terre. Il fera en conféquence utile de commencer par mettre fous les yeux un réfultat général de ce que les recherches & les obferva-tions conftatées des phyficiens & des naturaliftes ont appris fur la difpofi-tion de la fuperficie extérieure de la terre , fur l’organilation de la premiers épaidèur qui fe trouve a,u -deifous, c’eft-à-dire, fur les couches qui la com-pofenc, fur la nature des ditférens matériaux dont elles font formées, & en général fur ce qui établit un caradere, diftindif entre cette grande quantité d’inégalités montueufes qui traverfent & qui coupent la fuperficie de la terre dans les continens.
- 14. Dans cet ouvrage magnifique, dont l’exécution était réfervée à la nation Françaife, & au fiecle des d’Alembert, des Formey, & des autres lavans qui les ont aidés ; M. Defmarets, de l’académie des fciences, a ex-pofé en grand le iyftème de M. Lehmann fur la matière que nous traitons (a). Nous aurions fort defiré qu’il nous fût permis d’inférer ici en entier tout ce morceau fé'):c’eft de cette fource dont nous^avons emprunté l’extrait que nous allons donner en faveur de ceux de nos ledeurs qui ne feraient pas à portée de le confulter en entier; il peut fournir un vafte champ aux travaux des mineurs ; ii fèrvira d’ailleurs d’introdudion à la théorie pratique de l’exploitation (c). Nous ne manquerons point , dans cette efpeçe de revue
- (a^ FfT.ai d’une hiftoire naturelle. ‘ point de vue particulier qui a rapport aux (&) Did. Encydop.au mot Géographie mines métalliques. Dans une notice j’in-phyjiquc, &au mot Montagne. vita^s'à traduire ce traité allemand les per-
- ( c ) La première fection de l’ouvrage Tonnes qui pourraient être en état de s’en publié par l’académie de Freyberg, traite charger. A peu près dans le même tems, des montagnes en general, L? du Jlege des l’importance dufujet avait fait impreflion foJJUcs i mais vraifemblablement fous le fur un chymiftê qui fe dit exercé dans cette
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- générale du globe extérieur, de faire remarquer ce qui eft particuliérement relatif à la connaiffance des mines de charbon de terre , & qui peut conduire à faciliter en quelque point leur exploitation.
- Divijion des montagnes.
- iç. Toutes ces éminences du globe, que l’on eft à portée de voir eu parcourant plufieurs pays , & dans lefquelles il eft facile de remarquer des différences en hauteur , depuis celles qui font médiocrement élevées, jufqu’à celles qui font les plus élevées , donnent au feul afpecft l’idée que les montagnes ne font pas toutes conftituées de même. On peut les divifer en deux claffes générales, celles du premier ordre, & celles du fécond ordre; ou celles dites de La vieille roche, & celles de nouvelle formation.
- Montagnes du premier ordre, montagnes primitives ou de la vieille roche, ap< pellées aujjî montagnes à filons.
- 16. Les montagnes les plus renommées ouïes plus confidérables parleur hauteur, telles que les Alpes, les Pyrénées, les Vofges, qui pour l’ordinaire préfentent à l’œil de vaftes chaînes, font toujours les plus remarquées par un voyageur. Il n’eft pas néceflaire de les fixer avec l’attention d’un phyficien , pour s’appercevoir d’abord, que la continuité de cette chaîne s’étend très au loin, de maniéré à ne pouvoir être fuivie, ou pour voir
- partie de la minéralogie : mais nous ne nous fommes pas rencontrés fur la maniéré de mettre la France en poffeffion de cet ouvrage. Le rendre littéralement en notre langue, était le moyen le plus naturel; aucun ouvrage, au jugement même de ce chymifte, n'en eji plus digne ,• c’eft d’ailleurs la feule façon de connaître exactement ce qui nous vient de l’étranger. L’artifte n’a pas jugé à propos de s’aftujettir à cette réglé , que tout autre aurait fans doute refpe&ée à l’égard d’un ouvragei qui eft émané d’une compagnie. Il a pris fur lui de refondre tout l’ouvrage, de préfenter au public un traité formé d’après ce qu’il a vu dans fes voyages en Allemagne, & de ce qu’il a emprunté d’autres auteurs Allemands, de lier le tout avec fes propres idées, en'affinant à la vérité que l’ouvrage de l’académie de Frey-Tome XVII.
- berg a toujours etc le modèle fur lequel il s'eji réglé dans la compofition defon traité. Cet éditeur a fenti lui-même qu’une pareille liberté prife aux dépens d’une compagnie, aurait befoin d’apologie pour n’être pas mal accueillie par plufieurs de fes leCteurs : il l’a tentée dans fa préface ; les raifons qu’il y donne pour fe juftifier d’avoir tronqué, mutilé & défiguré à fa fantaifieun ouvrage précieux, n’ont pas autant de valeur qu’il fe l’eft imaginé ; fon intention, pour être louable félon lui, n’a pas été généralement du goût du public, & la traduction nette & entière que j’ai defirée eft encore un ouvrage à entreprendre. Je crois pouvoir ajouter ici, qu’il m’a été affiné que l’ouvrage, comme traduction , était défectueux dans des mots techniques , que l’éditeuç n’avait pas entendus.
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- que les contours de ces montagnes repréfentent des figures exactes ; que leurs formes , quoiqu’abfolument irrégulières en apparence , ont néanmoins des directions fuivies & correspondantes à l’œil ; & fi l’on me pafle le terme, par le port de ces montagnes on juge d’abord qu’elles font fixées profondément en terre j elles donnent quelquefois l’idée d’une forte digue defti-née à fervir de foutien aux montagnes du fécond ordre , qui viennent s’appuyer contr’elles, & qui alors finiifent par aller fe perdre infenfiblement dans les plaines.
- 17. Ces excroiiîànces énormes, qui portent dans leur extérieur rude & fauvage le caraétere de la vétufté, & s’il était poftible de fe fervir de cette exprelïion, un relie de chaos, font furmontées de pointes de rochers en •défordre , qui femblent prêts à fe détacher ; leur fommet chargé de rochers nus & informes, 11’eft jamais uni; il s’élève fièrement fur une bafe étroite, en la comparant à la hauteur fouvent inaccefiible, fur laquelle on les voit comme s’élancer du centre de la terre vers les nues. Leur pied n’eft pas plus facile à approcher que leur cime. Environné de vallées ou de profonds précipices, l’œil n’y découvre avec effroi que des abymes entr’ouverts feulement pour le tonnerre , les éclairs , les ouragans, les eaux du ciel & des torrens. En obfervant donc fi le lieu eft montagneux, fi les élévations ou montagnes s’élèvent infenfiblement, & fi elles tiennent à une chaîne con-fidérable, ou fi le pays, fins être montagneux, eft coupé de tems en teins par des vallées, on aura occaiion de préfumer qu’un tel pays eft d’ancienne formation.
- ig. A juger enfuite de ces montagnes par ce qui peut fe voir de leur ftru&ure intérieure, par les matières endurcies, delféchées, pétrifiées, cryf-tallifées , minéralifées, accumulées dans leur fein, on eft conduit naturellement, fur-tout fi, en examinant la roche, cette partie fe trouve régulière, difpofée en pente 8c en couches ou en feuillets, 011 eft conduit à regarder ces éminences comme des maffes pierreufes aufti anciennes que le monde, & comme la véritable charpente du globe i ce qui les fait ap-peller montagnes primitives , montagnes de la vieille roche , pour les diftinguer des autres dont nous allons parler : 8c comme elles font la matrice des mines qui fe fui vent par filons (<z), on les nomme auftî quelquefois montagnes à filons ; alors elles ont un caraclere particulier, mais qui ne doit pas nous occuper ici i il nous fuftira d’obferver qu’elles ne font point par
- (a) On appelle vrais filons, des fentes foit pures, foit dans l’état détaehé, que les fuivies, qui ont une grande étendue, une mineurs aflurent d’une voix unanime s’é-direction marquée, quelquefois contraire à tendre ordinairement de 'l’eft àToueft , en celle de la route où elles fe trouvent, & déclinant au midi de 9 à 10 degrés. ” qui font remplies de fubftances métalliques, !
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- lits ou par bandes aufli multipliées que les montagnes du fécond ordre, & que différentes couches qui couvrent quelquefois ces montagnes primitives, n’y font placées qu’accidentellement, & font tout-à-fait étrangères à la montagne même.
- 19. Le corps de ces montagnes 11’eft qu’une maffe èühorfein quartzeux, (a) ou tenant de la nature du jafpe, quelquefois d’une pierre calcaire fpa-thique, qui s’enfonce perpendiculairement à l’horizon jufqu’à deux ou trois cert; toifes. Leur ftru&ure intérieure eft alfez homogène & fans interruption. Les tas de fable & de terre de finter (b), de letten (c), mergel ou argilles différentes, 8c diverfement colorées, qui s’y rencontrent rarement, ne font point nombreux, ni épais, ni difpofés par lits ; ils font perpendiculaires à l’horizon, & s’enfoncent à une profondeur incommenfurable, enforte qu’ils paraiffent avoir été portés ultérieurement dans les fentes de la pierre propre à ces montagnes. Rien de femblable , rien qui approche de tout cela dans les’terreins auxquels eft propre le charbon de terre , & dont nous avons raffemblé, dans la première partie de cet ouvrage principalement, le plus de deferiptions qu’il nous a été poffible.
- Montagnes du fécond ordre, montagnes par couches,par depots.
- 20. Leur forme, leur afliette établirent le caradere diftindif de ces montagnes, 8c donnent la raifon pour laquelle elles font bien moins élevées, & ont une pente plus douce que celles de toute ancienneté, qui, en confe-quence de leur hauteur, femblent être à pic: elles paraiffent avoir été placées après coup fur le terrein où elles fe trouvent, comme les collines de fable que la mer forme le long de fes bords fur quelques côtes, ou comme les buttes de terre, réfultantes de grands travaux pour lefquels il a fallu porter ailleurs les matériaux dont on a voulu fe débarraffer : toute cette maffe terreufe en plus grande partie, & qui forme éminence, 11’appartient donc pas à la furface ; elle n’y eft qu’appliquée.
- 21. Ces montagnes font nommées montagnes du fécond ordre , foit parce qu’elles font véritablement d’une formation poftérieure aux autres, foit parce qu’elles font le produit de différens accidens, de différens change-
- ( a ) Qui fouvent forment les falbandes des filons.
- (b ) Efpece de terre argilleufe délayée, ou terre molle qui fe trouve dans les mines.
- (c) En général, ce mot défigne une efpece de terre tenace, grade & fale, dont la couleur eft différente. Les ouvriers de mines donnent fouvent ce nom ù l’argille,
- ordinairement aux terres argilleufes , ou plutôt glaif.'iifes, qui fe trouvent profondément dans la terre, & parmi les minéraux: ce Utten eft fouvent appelle bcjlieg, lorfqu’il accompagne les filons de mine, entre le falbande & le filon, dont il eft la trace,
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- mens, dont on reconnaît fenfiblement dans quelques-unes, des vertiges qui -autorifent à établir entre ces montagnes des foudivifions. Quelques- unes d’entr’elles paraiflent être le réfultat d’inondations, ; elles font connaiflables en ce qu’elles font arrondies dans leur pourtour, & plates à leur fommet j leur intérieur femé de cailloux roulés , eft formé de couches qui renferment du fable , de la craie, de la glaife, de la marne, des corps marins (a) , des fels , des fubftances végétales , des fubftances de nature bitumineufe ou combuftible. Ces couches extrêmement variées, & dont l’épailfeur fe trouve plus marquée dans celles qui font les plus enfoncées, font faiblement inclinées à Phorizon, & vont s’appuyer contre les montagnes primitives qu’elles environnent de toute part, & dans lefquelles elles fe perdent quelquefois, juf-qu’à fembler ne faire qu’une même continuité avec ces dernieres; ce qui eft très à remarquer , comme nous le dirons bientôt. Il en eft auftî dont la formation eft due à des courans ; elles font compofées entièrement de fables légers, mêlés intimement & par-tout de fubftances marines très-variées , éparfes confufément depuis le fommet jufqu’à la bafe de la montagne: celle de Lousberg près d’Aix-la-Chapelle, eft de cette efpece. Quelle*que foit la caufe de la formation de ces montagnes, comme elles font feules propres au charbon de terre (£), il convient d’en rapprocher davantage les principaux phénomènes, tant intérieurs qu’extérieurs, afin d’en donner une idée exade & précife qui aide fur-tout à les reconnaître infailliblement & à les diftinguer entr’elles , & en même tems à favoir à quelle profondeur les veines de charbon de terre s’y trouvent placées.
- 22. Ce qui forme leur principal caradere eft leur compofition de bandes terreufes -, elles y ont été entaifées en une quantité fi prodigieufe , qu’elles font prefqu’entièrement formées de cet amas , qui leur a fait donner le nom de montagnes par dépôts , ou montagnes par couches. On y trouve cependant , & en aifez grand nombre pour former une partie de leur maffe, d’autres fubftances , dont les unes leur font parfaitement étrangères , les autres leur font propres. Du nombre des premières, font les fubftances métalliques, telles qu’on en a vu dans les carrieres de charbon de plufieurs pays i mais ces fubftances métalliques , difpcrfées dans ces montagnes de nouvelle formation, préfentent dans leur genre un caradere très - diftindif : tantôt elles s’y trouvent par morceaux détachés, par marrons, ou par blocs, ou par mignons, ou par nids, nommés par les Latins minera nidulans,
- (fl) Les dépouilles de la mer d’aucune lieres & primitives ; il en donne pour efpece ne fe trouvent plus au-delà de deux preuve, les mines de Finis en Bourbonnais, .cents toiles dans les mines & ailleurs. qui fe trouvent dans un lieu de première
- (ê) M. Monnet prétend néanmoins qu’il formation, & dans un vrai granit, peut y en avoir dans les montagnes régu-
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- par les Allemands nesterweis, par les houilleurs de Dalem , mines en niaie ou en bouroutte , par les Anglais schoads. Ce ne font la que des mines égarées, des éclats de filons appartenant originairement aux montagnes primitives, dont elles ont été entraînées accidentellement. Ces frag-mens de mines fet font quelquefois réunis enfemble, de maniéré à occuper une grande étendue de terrein, & à former une grande maffe que les Allemands appellent SEIFFEN werk, mines tranfportées. Ces mines ne font point de véritables mines, comme celles qui font propres aux montagnes primitives, dans lefquelles les mines fe fuivent en filons. Toutes ces différentes mines des montagnes du fécond ordre, quoiqu’en alfez grande quantité, quelquefois dans un même canton, n’ont aucune communication en-tr’elles, ni avec les maifes de pareilles mines qui fe trouveraient dans leurs environs ; ce font des blocs peu enfoncés en terre & prefque fuperficiels , dont l’organifation eft toute différente de l’organifation & des montagnes à filons, & des mines propres aux montagnes par couches.
- 2?. En rapprochant ces circonftances de ce qui a été dit de la difpofi-tion de ces amas de couches très-fouvent appuyées contre les montagnes primitives qui leur fervent de fupport , & avec lefquelles elles fembîent fou-vent fe confondre, on verra que c’eft des montagnes primitives que ces couches reçoivent les parties métalliques qui s’y rencontrent. Le lavant éditeur de cet article dans l’Encyclopédie, n’a pas négligé de Taire remarquer que ce voifinage des montagnes du premier ordre & des montagnes du fécond ordre, peut induire en erreur les obfervateurs qui 11e feraient qu’une attention fuperficielle aux chofes.
- 24. Une des produdions les plus ordinaires à toutes les couches'& aux glaifes, & qui par conféquent peut être regardée comme leur être propre, quoiqu’elle fe rencontre quelquefois dans les filons de mines, ce font les pyrites, dont la formation immédiate , la nature, la bafe, font encore autant de problèmes. Ces fubftances , que quelques phyficiens regardent comme une vraie mine de foufre , fe trouvent mêlées avec les couches, dans une confiftance, dans un état, dans une forme variée à l’infini; tantôt en concrétion autour des fubftances animales & végétales qui fe font rencontrées, tantôt faifant corps avec ces matières qu’ont pénétré l’acide vitrio-lique ou l’acide marin de la pyrite. Elles ont cependant des différences caradériftiques de celles qui font dans les filons de mines; elles font d’une forme particulière, fphérique, ftriée, ou cubique, & tombent en effloref-cence à l’air, comme une terre vitriolique ; ce qui indique qu’elles contiennent toujours moins de cuivre que de fer, d’où on les nomme pyrites martiales* Là maniéré dont elles font difpofées dans les couches, n’eftpas uniforme: M. Heiickel remarque que, quoiqu’elles s’enfoncent quelquefois en
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- traverfant ces bandes, elles font toujours beaucoup inclinées & vifent à s’étendre par les côtés , ce qui les transforme en une efpece de banc pyriteux, ou une minepyriteufe dilatée fa) ; d’autres fois elles font par amas , par nids , par roignons.
- 2f. Pour ce qui eft des pierres qui fe rencontrent dans les montagnes par couches, c’eft-à-dire, qui leur appartiennent eifentiellement, elles different toujours des pierres qui compofent les montagnes primitives : on a-pu reconnaître que ce font des marbres, des grès , des pierres à plâtre, des pierres à chaux, des ardoifes, fous lefquelles l’argille blçue eft très - commune , ou des fubftances terreftres, qui fe font durcies , qui font le produit d’une décomposition particulière, réfultante de leur mélange avec les fubftances qui les avoifinent. Celles de ces pierres les plus remarquables , ce font celles nommées improprement grès ^ par les Liégeois greit, koirelle par les Français. Elles fe rencontrent conftamment dans toutes les mines de charbon ; mais ce qui les rend ici intéreffantes, c’eft que cette pierre qui eft une efpece de granit plus ou moins décompofé, fe trouve fouvent mêlé avec le fchifte, comme je l’ai fait remarquer dans ma première partie: c’eft une connaiffance importante pour notre objet, & on en eft redevable aux obfervations des naturaliftes, Les autres pierres qui entrent en partie dans la formation de ces montagnes , ne font que des pierres que l’on pourrait nommer pierres perdues ; ce font des portions détachées des montagnes primitives , fur-tout lorfqu’elles fervent d’appui à celles du fécond ordre. Revenons aux couches dont ces montagnes du fécond ordre font prefque toutes formées 5 arrêtons - nous à les çonfidérer féparément, à les examiner dans toutes les cireonftanc.es qui les rapprochent des réglés d,e l’exploitation des mines de charbon.
- Couches des montagnes du fécond ordre.
- 2 fi. Ces bandes font en grande partie des fubftances qui ont été apportées & dépofées par Jlrata dans les terreins de charbon de terre : ces fubftances par couches, qui accompagnent ce foflile, qui femblent entrer pour beaucoup dans fon origine , dans fa formation, font toujours , dans la plus grande partie de la mafTe de ce s montagnes de la même nature, une argille diverfement modifiée. Cette argille fert non-feulement de lien aux différentes efpeces de terres qui entrent dans la compofition de ces couches, mais fert prefque toujours d’aflife & de plancher au charbon de terre, fous la
- (a) On appelle mines dilatées celles qui forment une efpece de couche à peu près parallèle à l’horizon.
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- forme d’ardoife nommée par les naturaliftes fchifie. Cette gangue (a) ou matrice fchifleufe de la houille 11’eft toujours qu’une argille durcie , fulfu-! reufe , alumineufe & feuilletée, bitumineufe, Ci la portion argilleufe a été imprégnée d’un acide vitriolique & fétide, Ci elle l’a été d’acide marin.
- 27. Des obfervations réitérées ont fait connaître que ces ardoifes ou pierres feuilletées occupent la partie du milieu du terréin fur lequel les couches font portées, & que les mmes de charbon de terre occupent toujours la partie la plus baife 5 de maniéré que la houille forme conftamment le fol ou la bafe qui fert d’appui aux autres lits dans les montagnes par couches. Ces couches font horizontales, & par conféquent elles coupent tranfverfalement les'montagnes dans lelquelles elles font renfermées ; c’eftla 'raifon pour laquelle elles ne vont pas ordinairement à une Ci grande profondeur que les couches des montagnes primitives , dans lefquelles on doit fe rappeller qu’elles font perpendiculaires : c’eft aufti la raifon pour laquelle les mines de charbon de terre ont toujours une pente plus douce. Elles font ici rangées parallèlement les unes fur les autres, de maniéré que chaque banc a'dans‘toute'fon étendue la même épaiifeur;on y ob'férve cependant cela de particulier, ,que leur parallélifme eft fouvent dérangé : de tems eii tems elles font interrompues, elles fe‘ courbent, elles font dçs fauts, 'toqtCjS choies ,qui prouvent que cés lits ,*&! les montagnes qui en font compofées , ont éprouvé depuis leur formation des aflailfemens très-confidésables. -
- 28- Les bancs de charbon de terre préfentent auffi, comme 011 l’a vu, •les mêmes variations par fauts ( b) , les mêmes différences pour leur difpo-'fitioiï eh Veines & par boullloris, ainfi iqu'e dans les veines métalliques par •filons, ou par maifes. Ces r'ubbifch ne font què des fondis, des tranfports ou amas, fuite d’uné difrùptiôn arrivéê daiis le1 corps dé la mine même.
- * 29. De toutcsfies circonftancesfiu phénomènes qui méritent le plus d’être
- obfervés par ceux qui projettent ou qui exécutent une' fouille, relativement 'aux mines de charbon 'de térre , on doit fur-tout faire attention à la marche des lits de fubftances terreufes. Cette marche e£t linguliérement variée, ce qui eft félon la pente plus ou moins conlidérable, plus ou moins infenlible des montagnes “dans lefquelles elles fe trouvent \ il eft donc à propos de s’arrêter à ces deux circonftances , ja pente des montagnes, & la marche des lits.
- 30. Pente des montagnes. Ol& dit qu’une montagne a beaucoup de pente, lorfqu’une ligne droite, tirée du fornmet aplomb, eft beaucoup plus courte que celle qui ferait tirée dans la longueur de la pente. Il paraît confiant en
- ;• , . . : • '1 I i • ! ’ . ‘
- (a) Nou.s, ne; prenons, ton jours ce terme taubergartem : -
- que dans la lignification qui lui eft donnée ( b ) On peut voir l’explication de ces en plufieurs endroits de tout ce qui n’eft fauts dans JLehmann, tonie III, page 287-pas mine j ce que les Allemands nomment
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- général que les pentes des montagnes, foit dans la direction de leurs chaînes, foit par rapport à leurs adolfemens collatéraux ou avances angulaires , font 'beaucoup plus rapides du côté du midi que du côté du nord , & que ces 'pentes font plus grandes vers l’oueft que vers’ l’eft. Les montagnes de Suide , celles d’Angleterre & de Norwege en font des exemples. On obferve auili que les moindres chaînes vont pout la plupart d’eft à foueft (a), & que les plaines , de même que les fommets de montagnes, penchent pour l’ordinaire infenfiblement vers l’eft & vers le nord.
- $1. Marches différentes des lits de fubjlances terreufes. Dans les montagnes dont la pente eft douce, les couches ont une inclinaifon très-grande. Si la croupe de la montagne eft efearpée, les couches font ou coupées à— plomb * ou interrompues par des empilemens de matières différentes qui fe font éboulées dans les vuides qu’elles ont remplis , ou bien elles s’abaiffent prefque fans s’incliner, & gagnent la plaine.
- 32. Lorsque les premières couches fe trouvent de niveau au fommet d’une montagne , tous celles qui font au-deffous, fe trouvent pareillement de niveau. Les premiers lits du fommet d’une montagne penchent-ils ‘i les autres couches de la montagne fuivent la même inclinaifon.
- 33. Ces lits , qui font parallèles ou non à.l’horizon , fuivent l’élévation & l’abaiffement des croupes des montagnes qu’ils compofent, pour franchir les montagnes correfpondantes, & aller enfuite fe plonger dans le vallon qui les fépare, & même dans celui qui fe trouve au-delà.
- 34. Dans quelques vallons étroits,formés par des montagnes efearpées, les couches qu’on y apperçoit coupées à-plomb , & tranchées, fe correfpon-dent pour la hauteur, pour la dilppfition & pour la/ubftanee qui les compofe. On imaginerait que c’eft la même montagne qu’un.accident a fép.arée en deux parties, fans défunir fes arrangemens par lits. Dans les malfes des montagnes primitives figurées , où l’on remarque les mêmes écartemens, l’extérieur des angles faillans, & les angles rentrans fuivent la même difpofition, fans qu’il y ait continuité dans l’intervalle.
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- A R T I C L E P R E M I E R.
- Des connaffances qui ont rapport à l'ufage des infirumens de géométrie dans la pratique de C exploitation.
- 3f. Après s’être affuré Ci le lieu où l’on veut exploiter eft d’anciennô ou de nouvelle formation , la première opération à faire indique natureile-
- (a) Needham, tome II, page 328.
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- mène tout ce qui doit fixer l’attention : l’enfoncement de la mine demande un choix réfléchi des endroits propres à afléoir les bures ; dans quelques pays , il eft ordinaire de recourir à la fonde. Pour fe déterminer avantageufe-ment fur ces deux points , il faut au préalable s’étudier à reconnaître la marche des lits de fubftances terreufes,& principalement la maniéré dont fe comportent les veines de charbon 5 j’entends par cette exprelïîon la direction & la lituation des veines relativement aux quatre points cardinaux du monde , (a) leur chûte ou inclinaifon relative à l’horizon, leur dimenfion en longueur , largeur & profondeur, leur force ou leurpuijfance en épaiifeur (b).
- 36. C’est de ces circonftances que dépendent une infinité de particularités qui conttituent ce que l’on peut appeller véritablement C art de Üexploitation, pour ne pas confondre ce qui n’eft que manœuvre. S’agit-il, par exemple , de déterminer les efpaces dans lefquels il eft permis à un particulier de chercher la mine ? Eft-il queftion de trouver la diftance à mefurer d’un point quelconque d’une galerie à un point quelconque de la furface ou de l’extérieur de la terre, ou réciproquement trouver la diftance à mefurer d’un point quelconque de la furface ou de l’extérieur de la terre à un point quelconque d’une galerie? Veut - on arriver à une galerie par le chemin le plus court, marquer la voie par laquelle il eft avantageux de conduire les eaux hors de la mine, pourvoir à la circulation de l’air, faire une defeription ichno-graphique, orthographique ou fcénographique d’une mine? Il eft clair que ces recherches, qui fe préfentent dans la pratique de l’exploitation, arrêteront un entrepreneur , à moins qu’il ne fe foit attaché fur - tout à bien connaître la maniéré dont fe comportent les veines de charbon dans la malfe du terrein qu’il a à fouiller.
- 37. Pour éviter ou abréger les calculs par lefquels on peut parvenir à la folution de ces queftions , on emploie diflférens inftrumens, dont la plupart appartiennent aux mathématiciens. L’auteur de i’article Géométrie fouterreine , .dans l’Encyclopédie , défigne comme les plus importans 8c fuffifans , le niveau, la boujfole , le genouil, une toife & une chaîne. La fimplicité de cet appareil s’accorde avec la pratique de plufieurs pays; il a été facile de remarquer dans le cours de cet ouvrage, que toute la fcience des houilleurs ingénieurs, pour s’orienter dans la pourchajje des ouvrages
- (dO En cofmographie les points cardi- dinaux Q relativement aux points de l’ho-naux font les interfeétions de l’horizon avec rizon , d’où ils foufflent ] ceux qui fourHent le méridien , appellées points du nord & des points cardinaux , c’eft-à-dire , de YeJJ, dejtid, &les interfeétions de l’horizon avec de Vcueji, du nord & du fud. le premier vertical qu’on appelle Vcjî & (b) Dans les mines métalliques le mot
- Youejl, d’où on a appelle auflî vents car- pui.Oance exprime l’épaiifeur des filons. Tome XVII. ' C
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- par la direction & la pente des veines, ou pour mefurer les fouterreins , parait fe réduire à lavoir faire ufage de ces inftrumens.
- 3 8- Les problèmes réfultans d’autres circonftauces mifes en propofition demanderaient, pour plus grande facilité dans leur folution , d’autres inftru-mens, tels que le rapporteur, la faujfe - équerre , autrement nommée réel-pi angle , le graphometre, la perche , la pomme ou forme cTéquerre & arpenteur, lu aflrolabe , li l’on fe trouvait en avoir un à fa difpofition, ferait très-commode. On ne doit pas regarder comme d’une moindre importance dans quelques Occasions, le compas de proportion, auquel le fecleur anglais peut être fubftitué, Véchelle dlEdm Gunter, Anglais , & le quartier de réduction des marins.
- 39. Il ne fera pas inutile, par cette raifon, de joindre ici aux deferip-tions que nous avons données ailleurs , une notice fuccinte de ces derniers inftrumens , & de leur ufage > quelques-uns d’entr’eux feront connus plus particuliérement, par un ouvrage très-intérelfant, que j’ai traduit du latin en français ( a ), dans le delfein de le faire paraître à la fuite de la traduction que j’efpérais pouvoir être donnée de ce qui a été publié par l’académie de Freyberg, fur l’art d’exploiter les mines métalliques.
- 40. Je ne dois cependant pas négliger de faire obferver que la méthode inftrumentale n’eft pas uniquement renfermée dans la lîmple connaidance de ces inftrumens, ni dans l’habitude de s’en fervir. L’ufage de quelques-uns des inftrumens nécelfaires aux opérations de mines, celui des cadrans, par exemple, a pour bafe la cofmographie aftronomique. Il eft des travaux qui fe dirigent fur le lever & fur le coucher du foleil ; d’autres fois on eft dans le cas, à l’aide d’une méthode inftrumentale ou autrement, de favoir s’orienter, c’eft-à-dire, de chercher à s’aifurer de quel côté eft le nord ou l’orient, de quelle maniéré les pays font fitués les uns à l’égard des autres.
- 41. Ce reconnailfement par les points de l’horizon , & ces ditférens objets, exigent des détails particuliers , qui tiennent à la partie aftronomique , délîgnée par Agricola parmi les connaiifances utiles dans les travaux de mines : c’eft même d’où dépend entièrement l’intelligence de tout ce qui a rapport à l’ufage des divers inftrumens de mathématiques , dont peuvent fc fervir les ingénieurs houilleurs, aux degrés qu’on y trace, &c. Comme nous allons développer la méthode inftrumentale , & expofer d’une maniéré raifonnée, leur conftruCtion, leur diviiion , l’emploi de ces inftrumens, il eft nécelfaire déclaircir ce que nous avons à en dire par des efpeces d’élé-mens de la fphere ou de l’aftronomie fphérique.
- ( c ) .Joan. Frederici Weidleri, InJhtution.es geometricœ fubterraneœ ,• editio altéra, ah auclorc recognita , cumfig. Vitemberg. m. dccli , in-4.
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- rAbrégé de cofmograghie agronomique , relatif aux opérations de mines.
- 42. Peu de perfonnes ignorent la Forme admife dans le globe terreftre j on a coutume de repréfenter aux yeux ce globe, par une machine appellée fphere, c’ell- à - dire, un folide dont tous les points de la furface pris en tout feus , font également éloignés d’un point en-dedans qui en eft le centre ; & les agronomes ont imaginé fur certaines parties de ce globe, des points, des lignes, des cercles ; de maniéré que toute la fphere s’explique par des plans que l’on imagine palfer par les corps céleftes.
- 4}. La. géographie agronomique, dans laquelle la terre eft eonlidérée par rapport au ciel, a emprunté ces mêmes points, ces mêmes lignes ou cercles 5 on les fuppofe décrits tant au-dedans de la folidité du globe , que fur la furface. Par la jufte polition du globe à l’égard du ciel, ils aident à concevoir quelle correlpondance toutes les parties du globe ont avec les cieux, à faire connaître quel rapport ces mêmes parties ont les unes avec les autres, par leur htuation refpe&ive, & les divitions mathématiques du ciel, qu’on a appliquées à celles de la terre, & qui fervent de bafe à toute la géographie.
- Des cercles de la fphere en général, & de leur divifon.
- 44. Les parties décrites fur la furface du globe, font de différentes efpe-cesj on y compte entr autres dix grands cercles verticaux, deux lignes 8c lix points. Ces cercles , nommés cercles de la fphere , font ceux qui coupent la fphere du monde , & qui ont leur circonférence fur fa furface.
- 4f. Ils peuvent être diftingués en cercles mobiles, & en cercles immobiles. Les cercles mobiles font ceux qui tournent ou qui font cenfés tourner par le mouvement diurne ( a ) ; de maniéré que leur plan change de fitua-tion à chaque inftant. Les méridiens font de ce genre. Les cercles immobiles ne tournent point, ou tournent en reliant toujours dans le même plan : tels font Véquateur & fes parallèles, Vécliptique.
- 4 6. Si l’on divife ces cercles à raifon de leur grandeur, on appelle grands cercles de la fphere , ceux qui divifent la Iphere en deux parties égales, ou eu deux hémifpheres, & qui ont le même centre que celui de la fphere. C’ell par cette raifon que tous les grands cercles font égaux, & fe coupent tous en portions égales , ou en demi - cercles : l'horizon, le méridien, P'équateur, les deux colures, ks afimuts, font de ce nombre. Les petits cercles de la
- (a) Révolution que la terre fait autour lefquelles elle préfente fucceffiyement tou-de fon axe, d’occident en orient, dans tes fes parties au foleil. l’efpace de vingt - quatre heures , pendant
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- fphere font ceux qui, ne divifant pas la fphere également, n’ont leur centre que dans l’axe (<z), & non dans le centre même de la fphere : ils font communément défignés par l’analogie qu’ils ont avec les grands cercles, auxquels ils font parallèles.
- 47. On doit remaquer ici que tous les cercles de la fphere lé tranfpor-tent des cieux à la terre, & trouvent par-là leur place dans la géographie, aufti bien que dans l’aftronomie : on conçoit en conféquence que tous les points de chaque cercle s’abailfent perpendiculairement fur la furface du globe terreftre , & qu’ils y tracent des cercles qui confervent entr’eux la même po-lition & la même proportion que les premiers.
- J 48. De tous les différens cercles & points de la fphere, nous ne parlerons que des principaux d’entr’eux, dont la connaiffance eft néceffaire, foit pour îa mefure du tems, foit pour les inftrumens gradués ; mais avant de les paf-fer en revue, il eft à propos de s’arrêter un inftant à cette divifion qu’on fait fur les cercles, pour fervir de mefure.
- 49. La circonférence de tout cercle, grand ou petit, eft divifée en trois cents foixante portions égales, que l’on appelle en géométrie & en aftrono-mie, degrés. Ce nombre a été choifi pour la divifion du cercle, parce qu’il fe fubdivife plus exactement qu’aucun autre en plufieurs parties égales fans refte. Chaque degré fe divife en 60 autres parties égales plus petites, qu’011 nomme minutes, chaque minute en foixante fécondés, les fécondés en tierces, & ainfi de fuite à l’infini. L’ufage eft de marquer le degré par un o au-deffus des chiffres qui en expriment le nombre : pour écrire deux degrés, on écrit 2° ; les minutes fe distinguent par un trait, les fécondés par deux traits, les tierces par trois, &c. i', 2/;, f", &c. une minute, deux fécondés, trois tierces, &c. Selon le calcul de M. de Caftini, la minute d’un degré de la terre eft de 95-1 toifes £2 9 & la fécondé eft de if toifes
- Des principaux cercles de la fphere, & de'leurs différens rapports entreux.
- fo. L'horizon eft un cercle qui^fépare la partie du ciel que nous ap-percevons, de celle que nous ne voyons pas : c’eft le feul cercle qui nous foit vifible dans le ciel; mais il change à mefure que nous changeons de place; il détermine le lever, le coucher des aftres , le commencement du jour & de la nuit, & par conféquent les différentes grandeurs des jours. Ce grand cercle, divifé par 360 degrés, eft fur-tout remarquable dans
- (a) On appelle axe de la fphere toute fuppofe que les cieux tournent. La circon-lignc droite qui, pafTant par le centre, fe férence de la terre étant reconnue de 9000 termine de part & d’autre à fa furface, & lieues, fon diamètre moyen eft eftimé de fait l’effet d’un effieu, autour duquel on 2865 lieues, & fon rayon de 1432 & demie.
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- l’application que l’on en fait à la géométrie fouterreine, en ce qu’il fert à conftruire la boutî'ole & les cadrans, parce que la divifion de ces deux inftrumens , comme nous l’obferverons , n’eft autre chofe que la divilion. de rhorizon.
- fi. Des différentes parties de l’horizon, il ne fera parlé actuellement que des points verticaux, qui ont rapport non-feulement à l’horizon, mais encore au méridien & à l’équateur, que nous allons faire connaître avant tous les autres cercles. En indiquant la maniéré de s’orienter, il fera traité des quatre points collatéraux de l’horizon, autrement nommés les quatre points cardinaux du monde.
- 5”2. On nomme {«//Æ & nadir, deux points verticaux du ciel, diamétralement oppofés , & éloignés chacun de l’horizon de 90 degrés , l’un au-deffus de notre tète, l’autre au-deifous de nos pieds ; de maniéré que nous fommes fuppofés les tranfporter toujours avec nous : le premier change par conféquent chaque fois que nous changeons de place; l’un & l’autre fervent de pôle (a) à l’horizon , le zénith étant le pôle fupérieur , & le nadir étant le pôle inférieur : on les appelle auffi pôles de l’horizon.
- S 3. Ils déterminent les méridiens de la maniéré qu’on va voir. Le nom arabe dé azimut a été confervé aux grands cercles verticaux qui s’entrecoupent au zénith & au nadir, & dont les plans font en conféquence perpendiculaires à rhorizon. Ils coupent l’horizon à angles droits ; or comme l’horizon eft divifé par 360°, il donne lieu à décrire 360 azimuts, appel-lés aul.fi communément cercles verticaux. L’arc de l’horizon compris entre le méridien d’un lieu, & un vertical quelconque donné, dans lequel fe trouve le foleil, prend le nom d,azimut du foUil. Le cercle qu’on s’imagine être mené du point vertical fur l’horizon à angles droits, s’appelle cercle açi-mutal du fole'u. C’eft dans les azimuts que l’on prend la hauteur des aftres à toute heure ; c’eft-a-dire , que les cercles indiquent à quelle diftance les étoiles & le foleil font de l’horizon.
- 54. Le méridien , ou cercle de longitude , eft un grand cercle qui paffe par les pôles du monde & par le zénith ou nadir, du lieu ou l’on eft. Il eft aifé d’inférer de là, que ce cercle eft mobile, puifqu’on ne peut fe mouvoir de l’orient à l’occident, fans changer de méridien. Ce cercle coupe verticalement le globe en deux parties égales, & l’horizon à angles droits ; enforte que ces deux cercles pris enfemble, divifent le globe en quatre parties égales. Le
- (a) En géométrie, pôle fe prend géné- res planes : le zénith eft le pôle de l’hori-ralement pour le point le plus éloigné de zon. Le nom de pôles du monde , ou du la circonférence d’un grand cercle, décrit globe, eft confacré en géographie, pourdé-fur un globe, en quelque fituation que ce figner les deux points de fa furface où fe fiiit, de même que le centre dans lesfigu- termine fon axe.
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- point où le méridien coupe l’équateur du côté du foleil, eft le midi; & le point oppofé au midi, fe nomme feptentrion. Les pôles du méridien font les points du vrai orient ou du vrai occident dans l’horizon.
- Le méridien pafîant par les pôles de l’horizon, il s’enfuit qu’il y a autant de méridiens qu’il y a de points fur l’équateur ; le premier fe place différemment par différentes nations. Celui de ces cercles qui palfe par un lieu marqué de la terre, eft nommé méridien du lieu. Ce cercle eft appelle méridien , parce qu’il fert à marquer le milieu de la courfe des aftres au-deffus de l’horizon , c’eft-à-dire, la moitié de l’efpace que les aftres parcourent depuis leur lever jufqu’à leur coucher; c’eft ce qu’on nomme hauteur méridienne. Il eft encore particuliérement d’ufage dans la gnomonique (V),pour donner de Paillette aux cadrans folaires, en plaçant leur midi directement vis-à-vis la ligne méridienne.
- fô. Ce cercle fert à une infinité d’ufages. Comme les méridiens font tous perpendiculaires à l’horizon , c’eft fur eux que fe mefure la diftance qu’il y a du foleil, d’un aftre, d’une planete , ou de quelque point de la fphere du monde à l’équateur , foit vers le nord, foit vers le fud, ce qui s’appelle en aftronomie déclinaifon ; & alors les méridiens font qualifiés cercles de décli-naifon , lefquels font tous parallèles à l’équateur. Cette déclinaifon aftrono-mique eft la même chofe que la latitude géographique, qui eft fort différente de la latitude aftronomique’; la déclinaifon n’étant, comme on vient de le marquer, que l’éloignement de l’équateur vers un des pôles du monde.
- yj. La déclinaifon eft: mefurée par un arc d’un grand cercle compris entre le point donné où l’on fuppofe l’aftre & l’équateur, & perpendiculaire au plan de l’équateur; par conféquent le grand cercle dont ont fe fert pour mefurer la déclinaifon, paffe par les pôles du monde, & ce cercle s’appelle cercle de déclinaifon ou méridien, qui eft la même chofe que latitude en géographie. Cette latitude eft la pofition de chaque point des méridiens, par rapport à l’équateur; & c’eft par leur moyen qu’en comptant de ce dernier cercle, on peut déterminer cette pofition , foit fur la terre , foit dans le ciel.
- 5" g. Le cercle équinoxial, ou Méquateur ^ un des grands cercles de la fphere qui divife le globe en deux parties égales, dont l’un eft l’hémifphere méridional & l’autre l’hémifphere feptentrional. Il fe voit fur toutes les cartes, repréfenté en ligne droite, ce qui fait qu’il eft nommé ligne par les pilotes : les points où il coupe l’horizon marquent le vrai orient & le vrai occident. Etant divifé comme tous les grands cercles en 360 degrés, chaque
- (a) On appelle gnomonique l’art de tracer fur quelqu’une des lignes qui les repré-fur un plan ou fur une muraille la projec- Tentent, afin qu’elle fafie connaître le cercle tion des cercles de la fphere , & d’y placer horaire, dans lequel le foleil fe trouve, un flyle de maniéré que fon ombre tombe Cette projection s’appelle cadran folaire,
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- heure contient la vingt-quatrième partie de ce cercle, c’eft-à- dire, quinze degrés : ainii un degré de l’équateur vaut quatre minutes , & quatre fécondés de tems répondent à une minute de degré.
- Les cercles parallèles à l’équateur font nommés parallèles de l'équa-teur, parce qu’au moyen de leur interjection Ça') avec le méridien, ils font connaître les latitudes des lieux. C’efl; en conféquence de la remarque faite précédemment de l’abaiflement de tous les points de chaque cercle fur la furface du globe, en ligne perpendiculaire, que l’équateur terreftre eft un cercle tracé fur la furface de la terre & qui répond précifément à la ligne équinoxial.
- 6q. On confond ordinairement cette ligne équinoxiale ou l’équinoxial autrement dit, avec l’équateur ; mais ce n’eft pas la même chofe. La ligne équinoxiale fe conçoit en fuppofant un rayon de la fphere prolongé par-délà l’équateur, & qui par la rotation de la fphere fur fon axe, décrit un cercle fur la furface immobile 8c concave du grand orbe (b), tandis que l’équateur eft mobile 8c fuppofé tracé fur la furface convexe de la fphere.
- 61. Toutes les fois que le foleil, dans fon mouvement apparent, arrive à ce cercle, les jours & les nuits font égales par tout le globe : c’eft de là que ce cercle tire fon nom. L'équinoxial eft donc un cercle que le foleil décrit dans le tems des équinoxes, c’eft-à-dire, quand la longueur des jours eft feu-* /îblement ou exactement égale à la longueur de la nuits ce qui arrive deux fois par an. Il fertà la conftrudion des cadrans folaires.
- 62. Avant de terminer ce que nous avons à dire fur les autres cercles qui relient à examiner, il convient de donner connaiflance des demi-cercles qui appartiennent, fous un nom particulier, aux deux derniers cercles dont nous venons de parler, le méridien & l’équateur.
- 6). Une portion de cercle entre deux méridiens, ou cette même portion entre deux parallèles, forme ce qu’on appelle en cofmographie degré, dont par conféquent il y a de deux fortes à bien diftinguer l’une de l’autre. Le degré entre les méridiens , s’appelle degré de longitude : dans les cartes, on les marque de bas en haut, fur les bords fupérieurs. Longitude d’un lieu, en géographie, eft la diftance de ce lieu à un méridien, que l’on regarde comme le premier; c’eft proprement un angle d’un degré: ainli ce terme longitude exprime un nombre de degrés de l’équateur compris entre la méridienne du lieu , & celui de tout autre lieu propofé. 11 y a 2 60 degrés de longitude, & ils fe comptent d’occident en orient, & fe marquent fur l’équateur , parce que tous les méridiens coupent ce cercle à angles droits.
- (a) Ce terme de géométrie eft employé ‘ (b) F.fpace fphérique où l’on fuppofe
- pour exprimer le point de la rencontre des que le foleil fe meut, ou plutôt dans le-lignes ou cercles qui fe coupent, quel la terre fait fa révolution annuelle.
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- 64. L’espace renfermé entre deux parallèles , eft appelle degré de latitude ; plus généralement & plus précifément on appelle de ce 110m ( foit que l’on adopte pour la terre une forme fphérique , foit qu’on ne l’adopte pas ) l’efpace qu’il faut parcourir fur un méridien , pour que la diftance d’une étoile au zénith croiilé ou diminue d’un degré. Si l’on conçoit un nombre infini de grands cercles palfant tous par les pôles du monde, ces cercles feront autant de méridiens, c’eft-à-dire, de demi-cercles, contenant chacun 180 degrés, qu’011 appelle degrés de latitude, marqués dans les cartes de droite à gauche, fur les bords des deux côtés.
- 65. Chaque degré de latitude , en fuppofant la terre fphérique, 11’eft-autre chofe que la 360e partie d’un méridien. La plus grande latitude effc de 90 degrés j car le pôle qui eft au plus grand éloignement de l’équateur, en eft à 90 degrés de chaque côté. Dans l’hypothefe de la forme fphérique , ou à peu près telle , de la terre , un degré de latitude eft d’environ 57000 toifes, ou 57060 toifes en nombres ronds.
- 66. La latitude, qui fe mefure, comme on l’a vu , par la diftance du zénith à l’équateur, & fur terre par la diftance d’un pays à ce grand cercle, eft fur - tout très - importante à connaître ; elle donne le moyen de monter le globe horizontalement pour un lieu, c’eft-à-dire, de déterminer l’horizon de ce lieu, pour répondre aux queftions que l’on peut faire fur l’heure aduelie, fur le lever du foleil dans cet horizon un tel jour de l’année -, fur la durée des jours, des nuits, des crépufcules.
- 67. La latitude d’un lieu, & Vélévation du pôle fur Vhorizon de ce lieu , font des termes dont on fe fert indifféremment l’un pour l’autre , parce que la latitude d’un lieu eft toujours égale à l’élévation du pôle de ce lieu ; ou, fi l’on veut parler le langage des aftronomes, parce que les deux arcs défignés par ces deux termes font toujours égaux, ce qui eft fort aifé à concevoir.
- 68* On fait par la divifion de la fphere , que l’équateur eft diftant du pôle de 90 degrés , & que le méridien eft de 180 degrés ; la diftance du zénith à l’horizon eft donc de 90 degrés.
- 69. Comme le pôle eft un point mathématique , & qui 11e peut être obfervé par les fens , fa hauteur 11e faurait non plus être déterminée de la même maniéré que celle du foleil & des étoiles ; c’eft pourquoi l’on a imaginé, pour y parvenir, une méthode qui eft très-bonne fur terre. On commence par tirer une méridienne ; on place un quart de cercle fur cette ligne, de façon que fon plan foit exactement dans celui du méridien ; 011 prend alors quelqu’étoile voifine du pôle , & qui ne fe couche point j par exemple, l’étoile polaire , & l’on obferve la plus grande & la plus petite hauteur.
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- - 70. De ce que la latitude eft la diftance d’un lieu à lequateur, ou Tare
- du méridien compris entre le zénith de ce lieu & l’équateur , il fuit que la latitude peut être ou feptentrionale ou méridionale , félon que le lieu dont il eft queftion eft fitué en-deçà ou au-delà de l’équateur ; favoir, en-deqà * dans la partie feptentrionale que nous habitons , & au-delà, dans la partie méridionale: on dit, par exemple, que Paris eft fitué à 48 degrés fo minutes de latitude feptentrionale; que la ville de Liege eft à 59 degrés 21 minutes, &c.
- 71. Les douze cercles horaires font de grands cercles qui fe rencontrent aux pôles du monde, qui coupent l’équateur à angles droits en 24 parties égales, pour les 24 heures du jour naturel, & déterminent le mouvement de la terre dans une heure, par fon mouvement d’orient en occident, en un jour. Les aftronomes en font palfer par tous les quinze degrés de l’équateur, & font fervir le méridien pour tous les cercles horaires, parce qu’on y fait palfer fucceflivenient les degrés de l’équateur ; ce font par con-féquent autant de méridiens, & ils font entr’eux des angles de quinze degrés chacun, c’eft le nombre de degrés que la terre fait par heure dans fon mouvement diurne. Dans la gnomonique, ce qu’on appelle cercles horaires n’eft que la proje&ion des méridiens, & font des lignes droites.
- 72. Uécliptique eft un grand cercle de la iphere , qui fait avec l’équateur qu’il coupe, un angle de 23 degrés 29 minutes; il tire fon nom de ce que les éclipfes arrivent lorfque la lune y eft. Quelques auteurs l’ont appelle le chemin du foleil, parce que cet aftre , ou, fuivant Copernic, la terre, eft le feul qui ne s’écarte jamais de ce cercle dans fon mouvement annuel. Il eft divifé en 360 degrés , comme tous les cercles , avec quelque différence.
- 73. Des pôles. Les fix principaux points de la fphere, font le zénith & le nadir, que nous avons fait connaître en même tems que l’horizon, auquel ils fervent de pôles, les deux pôles du monde , l’orient & l’occident. Les pôles du monde font diftingués par les mêmes noms qui défignent les pôles de la fphere.
- 74. Le pôle boréal, dit aufli pôle aquilonaire, pôle arüique, pôle fepten-trional, eft celui qui eft dans la partie du ciel que nous voyons : on l’appelle autrement pôle nord, parce que le nord eft la place du pôle boréal; le nom de pôle arctique lui vient de la conftellation de 1’ourfe , nommée par les Grecs, ar'clos, 8c qui eft fituée vers le feptentrion; en français ce pôle eft nommé feptenttional, à caufe de fept étoiles principales, feptem triones, dont font compofées la grande & la petite ourfe, qui forment par leur affemblage ce qu’011 appelle le chariot,
- 7y. Les perfonnes les moins inftruites favent communément affez bien Tome XF1L D
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- diftinguer cette conftellation : nous croyons cependant à propos de décrire d’une maniéré précife fa difpofition, qui eft effentielle à connaître par rapport à une maniéré de s’orienter, dont nous parlerons bientôt De ces ïept étoiles affez grandes , quatre font une efpece de quarre, & trois en s’éloignant forment une efpece de queue , c’eft la grande ourfe. Près de cette conftellation, on en apperçoit une autre compofée aufli- de fept étoiles, mais moins brillantesj la der'niere de celles qui compofent la queue, eft rétoile polaire, éloignée du pôle d’environ 2 degrés.
- 76. L’autre pôle nommé le pôle auftral,pole fud, eft aufli appellé pôle antarctique, parce qu’il eft diamétralement oppofé au pôle ardtique ; ce qui eft caufe qu’il ne paraît jamais fur notre hémifphere. On le nomme encore pôle méridional ou point du midi, parce qu’il eft vers le midi à l’égard de l’Europe,’ c’eft-à-dire, à l’égard de ceux qui habitent entre l’équateur & le feptentrion.
- 77. Points de Vhori^on. On appelle points de l'horizon, certains points formés par les interférions de l’horizon avec les cercles verticaux. Ce font ces quatre principaux points réunis, que les Latins appellent cardines mundi, en français points cardinaux, parce qu’ils marquent les quatre principales parties ou régions du monde, & déterminent la pofition de plufieurs autres points. Ils font éloignés les uns des autres d’un quart de cercle ou de 90 degrés, & divifent l’horizon en quatre parties égales.
- 7g. Un de ces points eft celui où le foleil fe leve au vrai orient & commence à paraître en montant fur notre horizon, lorfquhl fait fon cours fur l’équateur s il fe nomme le levant ou Y eft; c’eft celui où le premier vertical coupe l’horizon , & qui eft éloigné de 90 degrés du point du nord ou fud de l’horizon. Le fécond eft au vrai occident, où le foleil fe couche, & vient à difparaître en defcendant de notre horizon quand il parcourt l’équateur: ce point eft appellé le couchant ; c’eft, à proprement' parler, l’in-tcrfeélion du premier vertical, & de l’horizon du côté où le foleil fe couche j en cofmographie il fe nomme eueft. L’orient & l’occident font également éloignés des deux pôles, l’un à droite, l’autre à gauche d’une perfonne qui regarde le pôle feptentrional.
- 79. Les deux autres points cardinaux, appeliés feptentrion 8c midi, {ont les mêmes que les pôles ar&ique & antar&ique ; ils font eftimés fixes & immobiles , & fe trouvent au vrai midi & au vrai nord. Le midi , appellé aufli fud, eft diftant de 90 degrés des points eft & oueft , & de 180 degrés du nord. Ainfi le nord jufte & le midi jufte font diamétralement oppofés; & une ligne que l’on tirerait de l’un à l’autre eft la méridienne, d’où la ligne méridienne s’appelle quelquefois ligne du nord & Jud, parce que fa direction eft d’un pôle à l’autre. , .
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- 80. La maniéré de s’exprimer, comme les marins, par l’aire des vents, & leur divifion, fervant quelquefois à défigner ou la fîtuation des différens lieux , ou l’heure de la bouflole appliquée à la dire&ion & à l’inclinaifon des veines j il 11’eft pas inutile de mettre au fait de ce langage , dans lequel 011 compofe quelquefois le mot ouefi avec les mots de nord & fud, pour faire un demi-vent, ou un quart de vent. On appelle ainfi l’aire de vent compris entre une aire de vent principal, comme nord, fud -eft & oueft, nord-eft, nord-oueft. On appelle nord tout ce qui eft du côté du nord depuis l’oueft jufqu’à l’eft, c’eft-à-dire, depuis l’occident vrai, jufqu’à l’orient vrai. 4.
- gi. Les navigateurs divifent ce demi-cercle en plusieurs parties.
- Premièrement ils le divifent en quatre ; en plaçant le nord-eft entre le nord & l’eft, c’eft-à-dire, entre le vrai feptentrion & l’orient vrai.
- Et le nord - ouejl entre le nord & l’oueft, c’eft - à -dire, entre le même feptentrion & l’occident vrai«
- Ils fubdivifent encore les efpaces qui font entre l’oueft, le nord-oueft, le nord, le nord - eft & l’eft.
- Quand, la plupart du tems, 011 dit qu’un lieu eft au nord de l’autre, il ne faut pas l’entendre toujours dans la grande exa&itude, c’eft-à-dire, du vrai nord, mais du nord plus ou moins oriental ou occidental j ce mot fignifie alors la partie du monde qui eft feptentrionale à l’égard de quel-qu’autre pays.
- Nord-efi, nom de la plage qui eft entre le nord & l’eft.
- Nord-efi, quart à Ceft, plage qui décline de 33 0 45' de l’eft au nord.
- Nord-efi , quart au nord,plage qui décline de 33° 4^ du nord à l’eft.
- Nord-nord-efi 3 celle qui décline de 22® 3 c/ du nord à l’eft.
- Nord-nord-ouefi, fituée à zi° 3o' du nord à l’oueft.
- Nord-ouefi , plage qui eft entre le nord & l’oueft.
- Nord-oueft 3 quart à Couefi3 plage qui décline de 33 0 4^' de l’oueft au nord.
- Nord-ouefi, quart au nord, plage qui décline de 330 45' du nord à l’oueft.
- Nord quart, nord-efi, qui décline de 110 1 y1 du nord à l’eft.
- Nord quart, nord-ouefi, qui décline de 11° du nord à l’oueft.
- Sud-efi, indique une plage qui tient le milieu entre l’orient & le midi.
- Sud-efi 3 quart à le/?, celle qui décline de 33° 45' de l’orient au midi.
- Sud-efi^ quart au fud^^X'àge qui décline de 33° 4f' du midi à l’orient.
- Sud-ouefi , eft celle qui tient le milieu entre le midi & l’occident.
- Sud-oueft, quart a Iouefi, plage qui eft à 33® 4^' de l’occident au midi.
- Sud-ouefi, quart au fud, celle qui décline de 33^ 4^ du midi à l’occident.
- Sud, quart aufud-efi, plage qui eft à n° If' du midi à l’orieut.
- Sud) quart au fud-ouefi-, celle qui eft à IJ.° If' du midi à l’occident.
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- Sud-fud-ejl > plage de 22° 30' du midi à l’orient.
- Sud-fud-ouejl i celle qui décline de 22* 30' du midi à l’occident.
- Je palfe maintenant à la maniéré de s’orienter par les quatre points cardinaux : en fuppofant même que cela foit néceffaire à quelqu’un qui n’aurait aucune idée de ce qui vient 'de précéder , j’indiquerai d’une maniéré fuc-cinte, pour les deux fajfons de l’année , comment on peut y parvenir.
- Injlruclion four s'orienter de jour & de nuit.
- û
- 82. Pour s’orienter le jour, il faudrait reconnaître l’heure de midi, le foleil étant au méridien. AlorsJon regarde le midij derrière foi eft le “bord*, la gauche eft le levant, à la droite eft le couchant.
- 83. Il faut cependant obferver la différence de l’hiver & de l’été par les quatre points collatéraux, ainfi nommés parce qu’ils font à côté des points cardinaux. L'orient d'été eft le point où le foleil fe leve , & commence à paraître fur l’horizon au commencement de l’été, dans le terns des plus longs jours. Voccident dété eft le point de l’horizon où le foleil fe couche, lorfque les joursr font les plus longs. L’orient d’hiver eft le point où le foleil fe leve fur l’horizon au folftice d’hiver, dans les tems des jours les plus courts. \Joccident d'hiver eft le point où le foleil fe couche & vient à diiparaître de l’horizon , quand les jours font de même les plus courts.
- 84. Si c’eft la nuit que l’on veut s’orienter,il faudrait chercher Xétoile polaire, autrement dite Y étoile du nord. Cela ne fera pas difficile en fe rappel-lant ici que le pôle doit être un point fixe dans le ciel j & comme la conf-teilation de la petite ourfe tourne avec le ciel autour du pôle, elle n’eft pas pré-cifément au point du pôle 5 on choifit donc pour Y étoile du nord, la derniere de la queue de la petite ourfe. Ceux qui l’obferverent les premiers, lui ont donné ce nom , parce qu’étant très-peu éloignées du pôle ou du point fur lequel tout le ciel paraît tourner , elle décrit autour du pôle un cercle fi petit qu’il eft prefqu’infenfible. Elle eft la plus voifine du pôle qui doit être immobile au centre du cercle qu’elle décrit. Ce centre eft le véritable nord : le nord moins proprement dit, eft cette conftellation que le peuple nomme nord.
- 8v Connaissant la conftellation de la grande ourfe, dont quatre étoiles forment un quarré 'long, il eft aifé de diftinguer Xétoile polaire : menant une ligne droite par les deux étoiles du quarré de la grande ourfe, celles près de la tète continuant cette ligne, elle ira rencontrer l’étoile polaire, qui eft de la fécondé grandeur & de même lumière que celles de la grande ourfe. Ainfi, en regardant l’étoile polaire, 011 regarde le nord ; derrière foi eft le midi, à fa droite eft le levant, & à fa gauche le couchant.
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- Des in^rumens propres à mefurer U tems & à marquer les heures.
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- 86. De tous les mouvemens connus , celui de la terre fur Ton axe eft le moins variable & le moins altéré j il fournit par cette raifon la maniéré la plus parfaite de mefurer le tems. Il a dû être naturel de chercher cette mesure du tems, dans la révolution apparente du foleil autour de la terres les laboureurs, les gens de la campagne , ne connailfant pas d’autre façon de fup-pléer aux horloges, les montagnes , les arbres, les édifices qu’ils font à portée de voir tous les jours & à différentes heures , font pour eux des gnomons, c’eft-à-dire, des indicateurs ou renfeignemens dilpofés & placés les uns par la nature , les autres par le hafard , à l’aide defquels ils meiûrent l’ombre ou quelques rayons du foleil, & trouvent, finon dans la derniere exactitude, du moins allez jufte, les différences & les intervalles des heures. Il n’eft pas moins utile , en fait de travaux de mines, de recourir à une bonne montre ou à un cadran folaire. Afin de ne rien laiffer à defirer fur toutes les parties relatives à notre objet, nous nous arrêterons ici fur ces deux meubles , la montre & le cadran folaire , qui, pour quelques opérations, ne font pas d’une petite conféquence.
- 87. Des cadrans folaires. Le double avantage des cadrans, de fuppléer au défaut de toute efpece d’horlorge, d’être encore indifpenfablement nécefi. faires pour que les horlogers indiquent l’heure jufte , a de tous tems donné lieu à une diverfité confidérable d’inventions aufîi curieufes qu’intéreiTantes : depuis que les montres & les pendules fe font multipliées, la gnomonique, ou l’art de tracer des cadrans, n’en eft devenue que plus intéreiîante.
- 88. Il exifte un nombre d’ouvrages latins & français fur cette matière, & il en eft peu dans lefquels chaque auteur n’ait ajouté quelque méthode de fa façon 5 notre point de vue fe réduit à donner une maniéré de conf-truire un cadran foiaire à portée d’être confulté avec facilité, & convenable au logement qu’on occupe , aux jours où le foleil y porte fes rayons , foit dans l’emhrafure de la fenêtre, à droite ou à gauche, foit fur les vitres de fa croifée. Nous fentons combien il eft important de difpenfer nos lecteurs de toute efpece de travail à ce Lu jet 5 encore plus de les exempter de faire une application recherchée de la dodrine de la fphere aux cadrans: d’une autre part, les réglés de gnomonique, entièrement fondées fur le mouvement des corps céleftes, & particuliérement furie mouvement journalier de la terre, ne feraient propres qu’à rebuter les gens du métier.
- 89. Nous nous fommes promis aulfi de relferrer tant qu’il ferait pofHble les connaiifances que nous aurions à préfenter aux ingénieurs houilleurs : pour l’objet dont il s’agit ici , nous nous trouvons à portée de remplir notre engagement ; on en jugera par la méthode que nous allons indiquer ;
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- elle confifte à tracer fur le papier un cadran droit (a) , & un cadran déclinant (b), que l’on peut deffiner enfuite fur une de Tes vitres, ou dans l’embrafure d’une fenêtre, tel qu’il doit être, félon la dèdinaifon de l’appartement qu’on occupes car il eft peu d’appartemens qui foient directement au midi.
- 90. Pour tracer ces deux premiers cadrans, on n’a plus befoin, pour leur conftruétion, après s’être fait un plan vertical (c) & un horizon artificiel (d), que d’une réglé , d’un quart de cercle (e), d’une équerre (/), ou d’un fecleur Çg), faifant l’office d’équerre , & d’une boujjole. Cette méthode
- (a) Nommé aufli régulier, c’eft-à-dire, fait fur la furface d’un plan qui regarde droit l’une des quatre parties du monde: voyez fig. <;, pi. XXXI.
- ( b ) On appelle déclinant en général tout cadran qui ne regarde pas directement quelqu’un des points cardinaux : voy. fig. 7.
- ( c ) C’eft-à-dire, un plan perpendiculaire à l’horizon, lequel par conféquent étant prolongé, pafie par le zénith & le nadir : à ce quart de 90, il faut remarquer en A , fig. 1 , deux fils , dont l’un nommé fil d’à-plomb, & terminé par un petit plomb E, eft deftiné à être tranfporté fur l’horizon artificiel, fuivant la déclinaifon du mur; & l’autre fans plomb , qui tient l’horizon artificiel en fufpens à angle droit.
- ( d ) Ce petit horizon artificiel , ou quart de cercle, fig. 2 , n’eft qu’un arc de 90, tracé fur un plan vertical, qu’il faut fuppofer préfenté horizontalement au - def-fous du vrai plan vertical, fig. 1 ,de maniéré que tous deux s’alignent aux points B, C, & b, c. Nous en ferons connaître l’ufage à fa place.
- ( e ) On ne doit entendre ici par cette expreiïion que la quatrième partie d’une quantité, d’un cercle ou d’un arc de 90 degrés, qui contient la quatrième partie d’une circonférence, tracée fur une matière quelconque, bois , corne , carton, &c. ce nom de quart étant fouvent donné à l’efpace compris entre un arc de 90 degrés, & deux rayons perpendiculaires l’un à l’autre, au centre d’un cercle : voyez
- fig- i-
- (/) Inftrument compofe de deux réglés
- de bois, ou de fer, ou de laiton , &c. & joint à angles droits. Son ufage eft pour tirer des perpendiculaires, tracer & mefu-rer des angles droits: il eft important, quand on fe fert de cet inftrument, d’être fur s’il eft jufte ; la maniéré de l’éprouver confifte i°. à décrire un demi-cercle fur une ligne droite^ 2°. des deux extrémités, tirer arbitrairement deux lignes droites ou cordes jufqu’àun certain point de la circonférence. Or , il eft démontré en géométrie , que l’angle à la demi-circonférence eft droit ; donc ces lignes formeront un angle droit : ainfi , en appliquant l’équerre à ce point par fa pointe, fi fes jambes s’ajuftent avec ces deux lignes, l’équerre fera jufte.
- (g) Secleur fignifie en général une figure dont la bafe eft une partie de la circonférence d’un cercle , & dont les côtés font terminés par des lignes tirées du centre de la figure ; ainfi le feéteur d’un cercle eft une partie du cercle ou un triangle mixte, compris entre deux rayons ou demi - diamètres d’un cercle & un arc : d’ou il eft évident qu’un feéteur de cercle eft moindre ou plus grand qu’un demi-cercle: celui-ci,^. pl. XXXI, eft conftruit de maniéré qu’outre ce que l’on êh voit ici, le tranchant A B, fur lequel il doit être appliqué au plan vertical, de maniéré que fa pointe A touche au point A du plan vertical , eft muni à fon rebord oppofé qui ne peut être apper-qu , & dans fa longueur, d’une piece maintenue & affujettie convenablement, pour que le feéteur puiffe être tenu commodément , & promené de même dans tout le contour intérieur a e du plan vertical.
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- de conftruire les cadrans par le moyen d’un horizon artificiel, eft de l’invention du R. P. Cheron, religieux théatin à Paris, qui nous l’a communiquée : elle a le mérite de pouvoir fervir pour toutes fortes de latitudes, en tranf-portant l’horizon vertical plus haut ou plus bas, fuivant le degré de latitude.
- 91. Pour entendre facilement cette defcription, qui tient à celle de toute efpece de cadran, voici deux fuppofitions mathématiques qu’il faut toujours avoir préfentes à l’efprit. iÿ. Que le foleil décrit tous les jours un cercle, & on doit regarder un cadran folaire comme la repréfentation de ce cercle divifé en tems égaux, relatifs à ceux que parcourt cet aftre. 2°. Que le foleil décrit tous les jours un parallèle à l’éqüateur.
- 92. L’indication des heures par un cadran folaire, étant leréfultatde l’ombre d’un ftile , ou droit, ou oblique, ou incliné, élevé au centre de la pro-jedion, fur des furfaces différentes, en tombant fur des lignes difpofées par l’art de la gnomonique, il s’enfuit que l’on doit diftinguer dans cette horloge folaire plufieurs parties 5 1 °. le plan du cadran; 2 °. leflile; 3 °. les lignes qu’on trace fur le plan ou la furface. Nous allons donner quelques notices fur ces différens points , & des généralités fur les principales lignes qui entrent dans la compofition d’un cadran, fur l’application qu’on y fait de quelques cercles de la fphere, dont les cadrans empruntent leurs noms diftiudifs félon qu’ils font parallèles au cercle de l’horizon, à celui de l’équateur , &c.
- 93. On nomme vertical du plan du cadran, la perpendiculaire qui va depuis la pointe du ftile jufqu’à fou pied ; la verticale du lieu eft la ligne droite perpendiculaire à l’horizon, qui paffe par l’extrémité du ftile. La ligne horizontale eft la rencontre de la furface du cadran avec un plan de niveau ou horizontal ; elle palfe par la pointe du ftile. Quand le plan du cadran eft vertical , cette ligne horizontale palfe par le pied du ftile. L''horizon du plan eft le grand cercle de la fphere, auquel le plan du cadran eft parallèle.
- 94. On appelle lignes horaires, ou lignes des heures, les lignes qui fe rencontrent toutes au centre du cadran, & qui marquent les heures; c’eft-à-dire, que l’ombre du foleil doit atteindre à une certaine heure; ce font les interférions des cercles horaires de la fphere, avec le plan du cadran, entre lefquelles la principale eft la ligne méridienne : la jufteffe des cadrans dépend d’une pofition exacfte de ces lignes horaires; leur divifion commence de la ligne du midi ou méridienne du cadran.
- 95'. On appelle plan du cadran, la rencontre de fa furface avec l’axe du cadran qui paffe par la pointe du ftile, & qui eft parallèle à l’axe du monde. Ce plan eft éloigné du centre de la terre autant que le ftile droit a de longueur. Le point dans le plan du cadran où aboutiffent toutes les lignes horaires , s’appelle le centre du cadran ; & ce centre repréfcnte toujours le pôle du monde qui eft élevé fur l'horizon du plan.
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- 96. Tous les plans des cadrans peuvent avoir un centre j il faut néanmoins en excepter les cadrans orientaux, occidentaux ou polaires, dont les lignes horaires font parallèles entr’elles & à l’axe du monde j une ligne droite tirée du centre du cadran, eft appellée axe du cadran, & l’on nomme l’extrémité de l’axe du cadran centre divifeur de la fouflilaire; c’eft un point repréfentant le centre du monde, & fervantpour divifer en degrés la repré.-fentation d’un grand cercle de la Iphere, lavoir, la ligne droite , dont il eft dit centre divifeur.
- 97. On nomme rayon de I équateur ^ une ligne droite, tirée de l’extrémité de l’axe , autrement dite centre divifeur de la fouflilaire, & qui eft perpendiculaire au même axe. Oh appelle ligne équinoxiale l’interfedion de la furface du cadran & du plan du cercle équinoxial.
- 98. Cette ligne eft toujours d’équerre avec la fouflilaire; c’eft pourquoi lorfque la fouftilaire eft pofée, & que i’on a un point de la ligne équinoxiale, 011 a aufli la pofition de toute cette ligne : au contraire, la ligne équinoxiale étant donnée, on aura la fouftilaire, qui fera la ligne perpendiculaire en angles droits à cette équinoxiale.
- 99. \J aiguille ou le fille d’un cadran, eft ce qu’on nommait anciennement, & encore quelquefois aujourd’hui, gnomon.
- 100. Ce ftile,dont l’ombre fait connaître l’heure, repréfente toujours taxe du monde ; ou , pour parler plus correctement, l’extrémité du gnomon ou ftile droit, eft cenfé repréfenter le centre de la terre & le centre de l’équateur. Vitruve donne à cette aiguille, qui par fon ombre marque une certaine ligne , le nom de fciatere ; c’eft de là que la fcience de difpofer un ftile, une aiguille, de maniéré qu’elle montre les heures du jour par fon ombre, s’appelle fciatérique, nom donné quelquefois à la gnomonique.
- 101. L’extrémité du ftile de tous les cadrans peut être prife pour le centre de la terre > & la ligne parallèle à l’axe du monde qui paife par l’extrémité de ce ftile, peut être considérée comme l’axe du monde. Il y a néanmoins une obfervation à faire à cet égard: les ftiles que l’on met aux fur-iàces des cadrans pour montrer l’heure , font de deux fortes : l’un, appellé flile droit, conlifte en une verge de fer pointue DI, fig. 6 , pi. XXXI, laquelle par fon extrémité, & d’un feul point d’ombre, marque l’heure préfente ; c’était le gnomon adopté par les anciens , qui appelaient fouftilaire la ligne dans laquelle le pied du ftile I le trouvait enfoncé perpendiculairement dans le mur, & dont la pointe D indiquait l’heure. C’eft la repré-fentation d’un cercle horaire perpendiculaire au plan du cadran, ou la commune fecftion du cercle avec le cadran. Dans les cadrans équinoxiaux polaires , horizontaux & verticaux, la ligne fouflilaire eft la douzième heure, ou la ligne dans laquelle le méridien coupe le cadran ; dans les cadrans orientaux
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- taux & occidentaux, c’eft la ligne de la iîxieme heure, dans laquelle le premier vertical coupe le plan du cadran. Aux cadrans déclinans, la ligne de fix heures palfe toujours par la rencontre de la ligne horizontale & de l’équinoxiale : aiiffi le point de rencontre de ces deux lignes eft un des points de la ligne de fix heures. L’autre forte de ftile, nommé oblique ou incliné, ou axe^ montre l’heure ou partie de l’heure tout de fon long 5 & en cela il eft bien plus commode que le ftile droit.
- 102. La ligne qui tient le premier rang dans l’art de tracer les cadrans, & qui en eft le fondement, eft celle appellée méridienne toutlimplement, ou ligne méridienne. C’eft une partie de la commune feétion du plan du méridien d’un lieu, & de l’horizon de ce lieu. On appelle auffi en général méridienne la commune fe&ion du méridien , & d’un plan quelconque, horizontal, vertical, ou incliné.
- 105. On diftingue deux lignes de ce nom; favoir, la méridienne du lieu, ou ligne de douze heures, qui a fon cercle méridien palfant parla verticale du lieu , & la méridienne propre du plan , auffi nommée la foujlilaire , parce que fon cercle paife par la verticale du plan, qui eft le centre du cadran, & qu’elle repréfente le méridien de l’horizon du plan ; elle paife en eonféquence par le pied du ftile. Le point où le rencontrent ees deux méridiennes, eft le centre du cadran ; dans le cadran dired, elles font une même ligne ; dans les cadrans déclinans, on l’appelle méridienne déclinante ou foujlilaire„ Lorfque le cadran ne décline pas à l’orient ou à l’occident, la foujlilaire, autrement dite méridienne du plan , eft jointe à la méridienne du lieu , quoique la furface du cadran foit verticale , ou horizontale, ou même inclinée en - déifias ou en - deifous.
- 104. C’est cette ligne qui fait connaître les quatre points cardinaux du monde, & qui fert par conféquent à redifier la variation de la bouifole : elle eft d’un grand ufage en aftronomie,. en géographie , en guomonique ; il eft très - important de favoir la tracer exadement, parce qu’elle devient une efpece d’inftrument, au moyen duquel on peut connaître quand le fo-leil pailant par le méridien , & étant à fa plus grande hauteur, marque le midi ou le milieu du jour, d’où on l’appelle auffi ligne du midi, laquelle, dans les cadrans verticaux, eft toujours perpendiculaire à l’horizon. Mais, fans entrer ici dans le détail d’aucune méthode de tracer une méridienne, nous nous contenterons d’obferver que , de toutes ces méthodes, il fuit que le centre du foleil eft dans le plan de la méridienne, c’eft-à-dire, qu’il eft au midi toutes les fois que l’ombre de l’extrémité du foleil couvre la méridienne: delà l’ufage de cette ligne pour régler les horloges au foleil. Ainft la méridienne d'un cadran eft une droite qui fe détermine par l’inter-feélion du méridien du lieu avec le plan du cadran, & qui défigne fur tm
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- plan le cercle d’un méridien; c’eft de cette ligne du midi, que commence la divifion des lignes horaires.
- Méthode facile pour tracer des cadrans verticaux à toutes fortes de pojitions.
- lOf. Des cadrans directs ou réguliers. Au milieu d’un quarré de papier, fig. 6, pL XXXI, tirez à volonté la ligne A B, qui fera la méridienne ; placez le centre d’un quart de cercle^fig. i , au point A, pour y faire un angle dont l’ouverture fera égale au complément (a) delà latitude ou élévation du pôle de la ville qu’on habite. A Liege, par exemple, cet angle fera de 39S
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- 106. Après qu’on aura marqué le point C, 011 tirera à difcrétion la ligne
- ( a ) En géométrie, on appelle complément d’un angle ce qui lui manque de degrés pour qu’il en ait 90 ; il en fera quef-tion plus en détail, lorfque nous en ferons aux notions générales fur les angles.
- • ( b ) M. de la Hire , Tables ajlronomi-ques, page 3, fixe la latitude de cette ville à ;o deg. 40 min. ( Cofinus 39 deg. 20 min.) M. Caffini , Tables afironomiques, 1740,& après lui M. Maraldi , ConnaiJJ. des tems, font la latitude de Liege de ço deg. 36 min. M. Defplaces, premier volume des Ephérémides, la fait de ço deg. 3 8 min. Le P. le Clerc , fur les obfervations faites à la citadelle de Liege, qui eft à l’extrémité feptentrionale de la ville, l’a fixée à ço deg. 39 min. 6 fec. M. de la Lande, Connaijf. des tems , 1755 , l’a fixée à ço deg. 39 min. Elle eft marquée par cet académicien au nombre de celles qu’il ne fixe que fur l’eftime, fur le rapport des voyageurs, & fur d’autres obfervations moins certaines : j’inclinais en mon particulier fur la détermination de ço deg. 39 min. 6 fec. d’après le P. le Clerc ; mon idée à cet egard ne portait fur aucun caprice de ma part Jufqu’au 21 juillet 1773, il y a eu à Liege une maifon de Jéfuites Anglais,parmi lefquels j’en ai vuplufieurs qui s’adonnaient à l’aftronomîe *, il me femblait naturel de préfumer que le P. le Clerc n’aurait pas manqué de tirer parti de cette circonftance,
- & de faire concourir à fon obfervation, ou à fa vérification, d’habiles gens de la maifon des Jéfuites Anglais. En conféquence, la latitude fixée par le P. le Clerc me paraif fait digne de toute confiance. Néanmoins, dans la poffibilité que le P. le Clerc n’eût pas tenu la conduite que je lui fuppofe , j’ai cru devoir prendre cet objet en confi-dération ; quoiqu’il foit entièrement étranger à mes travaux, il m’était aiféde m’en occuper de la même maniéré que le P. le. Clerc a pu le faire vis-à-vis des facilités qu’il avait de confulter les Jéfuites aftronomes de Liege ;la fréquentation des premiers favans en aftronomie, réunis dans des affemblées régulières , la complaifance de ces favans me prefentant des avantages qui font faits pour tourner au profit de la fcience. M. le Alonnier, que l’on fait exercé dès l’enfance dans les recherches aftronomiques, ne s’eft point refufé au defir que j’ai témoigné de voir terminer cette difcordance fur la latitude de la ville de Liege ; c’eft celle que j’adopte ici. Quoique la folution de ce problème dépende de la trigonométrie fphé-rique, comme cependant il eft relatif aune partie de mathématiques , qui dans cet inf. tant tient aux mines, j’ai cru pouvoir, en faveur de quelques-uns de nos lecteurs, lui donner place parmi les problèmes de géométrie fouterreine, qui termineront ce premier article.
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- À C, qui fera Paxe ou comme l’aiguille du cadran ; fur un des points de cet axe, tirez à volonté une perpendiculaire comme D E ; ce fera le rayon de P équateur ; c’eft-à-dire, que fi le rayon du foleil paffait à l’heure de midi le jour de l’équinoxe par le point D, il tomberait au point E ; c’eft pour cela que la ligne F G, qu’on tirera perpendiculairement fur AB, eft nommée équinoxiale; c’eft fur cette ligne que palferont toute les lignes horaires.
- 107. Il faut divifer cette ligne F G par le moyen d’un demi- cercle tracé à volonté fur le papier , & qu’on divifera en douze parties égales ou de quinze en quinze degrés ; 011 aura auparavant tranfporté avec le compas le rayon D E de l’équateur E en H j le demi-cercle étant divifé, on tirera du point H, avec la réglé, des petites fections marquées fur la ligne équinoxiale à droite & à gauche ; enfin fur chacune de ces feétions, on tirera du centre A, les ligues horaires 11 , 10,9, &c. & le cadran direCt fera tracé.
- io8- Lorsqu’il fera tracé fur le papier, il fera facile de l’appliquet perpendiculairement fur une des vitres de fa croifée en - dehors avec des parcelles de pain à chanter, & en-dedans on pourra le retracer fur le verre avec de l’encre dans laquelle on aura mis du fucre. Les lignes horaires & les chiffres des heures tracées fur le papier, vous étendrez enfuite légèrement avec un pinceau un peu de blanc de plomb à l’huile, 8c vous aurez un cadran tranfparent ; en-dehors vous ajufterez un axe, fig. f, avec de gros fil de laiton, que vous enfoncerez dans un barreau de la fenêtre, & que vous recourberez, afin qu’il femble partir du centre A du cadran marqué fur la vitre fig. 6 , de forte que cet axe falfe avec la vitre un angle de (41 degrés pour Paris) 390 21' pour Liege, & qu’il foit placé directement en face de la ligne méridienne.
- Des cadrans déclinans ou irréguliers.
- 109. Pour cette forte de cadrans, il y a deux chofes à obferver: i°. la déclinaifon du plan vertical ; 2°. la hauteur de Vaxe par rapport au même plan.
- 110. Le premier article eft ce qui rend la conftrudion plus difficile que celle des cadrans horizontaux, les murs fur lefquels 011 trace ces cadrans, déclinant prefque toujours des points cardinaux. Décliner , en gnomoni-que, fe dit des lignes & furfaces qui s’éloignent des points cardinaux du monde. Déclinaifon d’un plan vertical, en gnomonique, eft le plus petit arc de l’horizon compris ou entre le plan du cadran & le premier cercle vertical, ou entre le méridien & le plan du cadran. Ainlil’on peut en gé-
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- . néral définir la déclinaifon d’un plan vertical ou non, l’angle de ce plan avec le premier vertical ou le compliment de cet angle, ce qui au fond revient au même. On dit que le mur ou la furface fur laquelle eft décrit un cadran vertical, décline de tant de degrés de l’orient * du couchant, quand il s’en manque tant de degrés, qu’il lie regarde dire&ement l’orient, le couchant , ou un des autres points cardinaux de l’horizon.
- in. Si l’on imagine que le plan du premier cercle vertical fe meuve autour de la ligne du zénith & du nadir, ce plan deviendra déclinant, & il ne fera plus coupé à angles droits par le méridien , mais par quelqu’autre vertical palfant par d’autres points que les deux pôles. En général, on peut appeller déclinant, tout plan vertical ou non, qui fait angle avec le premier vertical ou avec le méridien; il n’y a proprement que ces deux plans qui ne foient pas déclinans. Ainfi , pour qu’un cadran ne foit pas déclinant, il faut qu’il palfe par la commune feétion du méridien & de l’horizon , ou du premier vertical & de l’horizon , comme des cadrans déclinans font des' cadrans verticaux dont le plan coupe obliquement le cercle du premier vertical.
- 112. Les auteurs de gnomonique ont donné différens moyens pour trouver la déclinaifon des plans ; celui qui fe pratique par le dêclinateur ou déclinatoire, nommé auffi gnomon ( a ), eft le plus ordinaire & le plus facile ; cependant il n’eft pas de la derniere exa&itude, à caufe des variations auxquelles eft fujette la déclinaifon de la boulfole. M. d’Alembert a donné , dans l’Encyclopédie, un moyen plus fûr , qui fuppofe le moins d’apprêt & de culcul : dans le même ouvrage , M. Leroi en indique un très - ingénieux : celui qu’emploie le P. Cheron pour s’aifurer de la déclinaifon, eft aflez firnple ; nous allons le donner ici, & nous palferons enfuite à la def-cription du cadran.
- ii^. Il faut une boulfole dont l’aiguille ait trois ou quatre pouces de longueur, afin que les degrés y foient marqués: on doit placer cette bouf-foie fur le plancher, & ,au bas de la croifée où l’on veut tracer un cadran, où Ton aura tendu un cordon ou tracé une raie avec une réglé d’un côté de la fenêtre à l’autre, pour voir comment la ligne du midi au nord de la bouffole coupe ce cordon ou la raie qui a été tracée. Si elles fe coupent à angles droits, la fenêtre eft directement en face du midi; fi elles fe coupent obliquement, il faut regarder quel angle la ligne de midi de la boufiole
- (a) Infiniment de géométrie , décrit applique fur le centre de ce demi-cercle fur une planche quarrée de bois : c’eft un une petite réglé mouvante, fur laquelle on demi-cercle divifé en deux fois 90 degrés, pofe un cadran pour prendre les déclinai-tant à droite qu’à gauche, à peu près en fons. ia maniéré des demi-cercles rapporteurs. On
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- fait avec la raie tracée 5 fi, par exemple, elle en eft éloignée de 20 degrés, c’eft une preuve que le plan vertical de la croifée décline à l’horizon, foit à l’occident, foit à l’orient, de 20 degrés; on prend enfuite le petit horizon artificiel ou quart de cercle , 7%. 2, fur lequel font marqués les degrés, afin que l’on puiflë tirer des parallèles jufqu’au plan vertical, fig. r , pour y marquer la déclinaifon ou la méridienne déclinante , qu’on appelle encore la foujlilaire ; & fur le plan vertical, fig. r, n. XXXI, on place à angle droit cet horizon artificiel, qu’on tient fufpendu en C, par le moyen du fil D ; fur le même arc de cercle on conduit le fil d’à-plomb E, de maniéré qu’il falfe avec le plan vertical un angle égal à l’élévation du pôle de l’endroit où l’on eft. À Liege, cet angle fera de 39 degrés 21 minutes: à quelque degré que ce fil foit porté fur l’horizon, il fera toujours un angle de 39 degrés 6 minutes avec la méridienne; mais s’il s’en écarte à l’horizon, par exemple, de 20 degrés , alors il s’approchera du plan vertical, & il fera moins diftant de cette place qu’il n’en était à la méridienne.
- 114. Pour l’avoir au jufte, il faut avoir une petite équerre, fig. 3; fur l’un des côtés on appliquera un quart de cercle ; cette équerre étant placée fur le plan vertical, le long du fil fufpendu, on verra de combien de degrés ce fil eft diftant du plan vertical. Si la déclinaifon eft de 20 degrés s on trouvera, par le moyen de ladite équerre, que le fil d’à-plomb E, qui tient lieu de 1 ''axe du cadran , n’eft plus diftant du plan vertical que de 39 degrés 21 minutes.
- 11 f. Par cette opération je connais deux chofes elfentielles à lavoir : i v. la déclinaifon de 20 degrés à l’horizon, marquée fur le plan vertical par une ligne ponduée , & qui n’eft plus fur ce plan que de 1 f degrés ; 2°. la hauteur de l’axe de 38 degrés. Ces deux chofes étant connues, il eft facile de tracer fur un papier, fig. 7, un cadran déclinant de 20 degrés. Je tire à volonté, comme au cadran dired, une ligne AB, qui fera la méridienne: je fais en A, un angle de 1 s degrés, pour la déclinaifon ou méridienne déclinante; au-deifus je fais encore un angle de 3 8 degrés pour la hauteur de l’axe ; enfuite comme au cadran dired, j’éleve une perpendiculaire CD fur la foujlilaire qui fera Xéquinoxiale. Sur elle, perpendiculairement à l’axe, je ferai defeendre le rayon de £'équateur , que je tranil porterai de E en F ; 8c du point F, je décrirai un cercle à volonté , que je diviferai en douze parties de 1 5 en 1 y degrés, obfervant toutefois de mettre une des fedions au point G , où palfe la méridienne , les autres fedions enfuite pour une heure, deux heures, 8cc. comme dans le cadran dired. Si l’on veut retracer le cadran déclinant fur une vitre , 011 aura foin deN marquer la fouftilaire, parce que c’eft en face de cette ligne que doit être placé l’axe du cadran déclinant, élevé de 38 degrés dans la figure 5.
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- 116. On concevra facilement que le côté droit d’une fenêtre-tournée en plein midi regarde l’occident, que le côté gauche regarde l’orient, & que ces côtés forment avec les vitres un angle de 90 degrés. Si donc le plan des vitres eft déclinant du midi de 20 degrés, les deux côtés des croifées ne feront plus déclinans du midi que de 70 degrés, au lieu de 90.
- 117. Le cadran déclinant peut fe peindre fur une vitre comme le cadrait direôt. Pour ce qui eft des cadrans des côtés d’une fenêtre , quand on en aura tracé pour un côté, il peut fervir pour l’autre côté , en le retournant à l’envers & fens-deflus- deflous , en changeant feulement la dénomination des heures ; tout comme le cadran direB méridional peut fervir pour un cadran feptcntrional, en changeant la dénomination de 4 heures en 8 3 de 8 en 4 , de f en 7, & de 7*en f , & en dirigeant l’axe de bas en haut, au lieu de le faire defcendre de haut en bas. Ainfi un cadran déclinant, par exemple , de 20 degrés, tracé fur un papier tranfparent, verni ou huilé, peut fervir à deux fenêtres différentes , déclinantes du midi de 20 degrés, l’un à l’orient, l’autre à l’occident, &à deux fenêtres déclinantes du feptentrion auffi de 20 degrés, l’une à l’orient, l’autre à l’occident, en renverfant le papier de haut en bas, & fens-devant-derriere.
- Des montres.
- 118. Les montres fe règlent (a) ou par lever & le coucher du foleil, qu’indique l’almanach, ou par les anneaux agronomiques (A) ; mais le vrai & le fur moyen , lorfqu’on a une montre bien jufte , eft de favoir bien la régler j l’un & l’autre ne font ni faciles ni ordinaires. Une montre de la meilleure conftru&ion, ou faite par le plus habile horloger, ne peut pas bien aller pendant long-tems. Comment en eifet, toutes les parties d’une femblable machine qui font en mouvement, pourraient-elles ne pas fe relfentir des frotte-mens continuels qu’elles éprouvent, & qui font entretenus par quatre cents mille coups de balancier en 24 heures, & 11e pas s’ufer infenliblement? On conçoit encore tout auffi aifëment l’influence que doivent néceflairement
- (n) Régler une montre s’appelle fini- divifé en degrés ,& que l’on tient fulpendu plement la mettre à l’heure du foleil. En par un anneau plus petit, pour prendre, à terme d’horloger, c’eftfaire fuivre le moyen l’aide d’une petite réglé appellée alidade, mouvement du foleil, enforte qu’elle n’a- la hauteur desaftres, & mefurer les lignes vance ni ne retarde en plus grande quantité acceilibles & inacceiïibles fur la terre ; ces que les erreurs ou différences exprimées anneaux ne doivent uniquement être em-dans la table d’équation ; mais cela n’eft pas ployés que les matins ou les foirs , n’étant poflible. pas juftes aux environs de dix heures,de
- ( b ) On appelle anneau aflfonomiquc, midi & de deux heures du foir. cadran ou cercle horaire, un petit anneau
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- avoir fur une montre le paflage auquel elle eft fujette , d’un air chaud à un air froid , d’une place où elle était en repos , à une autre où elle eft agitée, le changement de fituation , l’a&ion de la gelée qui altéré l’élafticité de fes refforts , qui congele l’huile , qui augmente les frottemens dans les pivots , au lieu de les diminuer. Il eft inévitable que toutes ces circonftances , qui ont lieu à chaque inftant de la journée, ne rendent les meilleures montres fujettes à quelques variations. S’il eft des moyens ou des attendons pour apporter quelque correctif à ces inconvéniens , on s’en embarralïe pour l’ordinaire allez médiocrement. Il n’y a pas jufqu’à la maniéré avantageufe de porter une montre, qui ne foit prefqu’univerfellemeut ignorée, & aulîi généralement négligée $ il ne fera pas hors de propos de s’y arrêter ici, avant d’entrer en matière.
- 119. De quelques attentions à prendre en portant ou pofant ja montre. La montre doit être portée dans un goulfet peu profond, parce qu’en ” marchant elle „ eft agitée à proportion qu’elle approche du genouil ; il fuit de là qu’une „ montre ferait placée parfaitement, fi elle était immédiatement au-deflus de „ l’articulation de la cuilfe. La façon dont elle doit être dans le goulfet, eft „ telle que le cadran foit tourné en-dehors du corps , parce que les montres 3, bien faites font réglées fur le plat, & que c’eft dans cette fituation qu’une „ montre fe trouve lorfqu’elle eft dans le goulfet d’un homme aflis. Lorf. „ qu’on celle de la porter, 011 doit la pendre à un clou , parce que fa pefan-„ teur la tient toujours dans la même direction, & qu’alors le balancier fe „ trouve dans la fituation la plus avantageufe, tant pour la durée de la
- montre que pour fa juftefle.
- 120. „ Quoiqu’il foit impoflîble qu’une montre foit confervé'e dans un „ air de la même température, il faut faire enforte d’en approcher ..autant 3, qu’il eft poflible, afin de conferver la même fluidité de l’huile 5 pour cette „ raifon , fi un homme quitte là montre pendant l’hiver, il doit la pendre 3, près de la cheminée, afin de lui procurer une chaleur approchante de celle „ de fon goulfet. Une montre 11e doit être ouverte, ni lailfée dans un lieu ,, où il y ait de la poufliere ; il eft bon de la garantir de la poudre des perru-„ ques, de l’haleine. Si une montre à répétition marque une heure, & qu’elle „ en répété une autre, il ne faut que tourner l’aiguille des heures, & la met-,, tre fur l’heure & le quart qu’elle aura répété. Il eft dangereux de tourner „ les aiguilles d’une montre à répétition pendant qu’elle fonne. „ Telle eft l’inftruclion abrégée qu’a donnée fur cela un de nos plus habiles horlogers Français , feu M. Julien Leroy , horloger du roi, dans un petit écrit publié féparément en 1741. (a) Le plus eiTentiel de cet avis concerne la maniéré de
- ( a~) Huit feuilles in-i2, données en ex- roy l’ainé, horloger du roi, fils & fuccef. trait dans les Etrennes chronométriques, feur de Julien Leroy. Ce petit ouvrage, ou calendrier vour Cannée 1764, par M,. Le- dont je concilie de fe pourvoir, & quife
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- régler les montres. Le Dictionnaire Encyclopédique n’a traité ce fujet que pour les pendules j les montres, qui font des pendules communes & portatives , font bien plus utiles.
- Avis concernant les moyens de régler les montres tant Jlmples quà répétition.
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- cc I2T. Si l’on réunit enfemble toutes les caufes qui produifent les variations qu’on remarque dans les montres, elles font plus que fuffifantes pour former deux démonftrations, l’une phyfique, & l’autre méchani-que, de l’impoiïibilité qu’il y a d’en avoir une abfolument jufte ; mais comme il faut pourtant favoir à quoi s’en tenir , & quelle juftelfe on doit attendre des meilleures, je dis qu’en général une montre eft alfez bien réglée, lorfqu’elle n’avance ou ne retarde que d’une minute en 24 heures ; cependant cette variation donnerait par femaine près d’un demi-quart-d’heure d’erreur. Pour la corriger, je ne fais rien de mieux que. de la remettre à l’heure une fois par femaine.
- „ 122. On doit s’alfujettir, autant qu’on le peut, à remonter la montre à la même heure , & tourner la clef vite , parce qu’elle celfe d’aller en la montant. Si elle ne fe trouve pas à l’heure, parce qu’elle aura retardé ou avancé, ou qu’011 aura oublié de la remonter, on l’y remettra en tournant l’aiguille des minutes à droite ou à gauche, n’importe, pourvu que ce foit par le plus court chemin, jufqu’à ce que l’aiguille des heures & celle des minutes marquent l’heure & la minute qu’il eft. On peut, fans héfiter, tourner à gauche les aiguilles des montres à minutes & à répétition : on peut aufli tourner à gauche celles des montres fans minutes , excepté celles des réveils & des anciennes horloges à fon-nerie.
- 12^. „ Lorsqu’une montre avance ou retarde de plusieurs minutes en 24 heures ; pour la régler, il faut faire choix d’une feule horloge ou d’une pendule dont la juftelfe foit connue. Rarement doit-on fe régler fur celles des églifes, parce qu’on les fait avancer ou retarder fuivant la longueur du fervice. On peut d’ailleurs fe fervir d’un bon cadran folaire , préférant l’heure de midi, à caufe des réfraétions aftronomiques. La juf-telfe d’une horloge étant connue, il faudra mettre la montre fur l’heure qu’il y fera : fl huit jours après elle a retardé, pour la faire avancer ,
- trouve chez l’auteur , chez les libraires les cycles, la chronologie, la defcription Nyon & Charpentier,renferme fous un titre des principales parties des montres & pen-peu impofant, & dans un format très-com- dules, & plufieurs méthodes aifées pour mode, tout ce qui peut concerner la divi- tracer des eadrans folaires. fion & la mefure du tems, ce qui regarde !
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- „ il faudra tourner l’aiguille du cadran du coq , du même fans qu’on tour-„ lierait l’aiguille des minutes fur le grand cadran pour l’avancer ; enfuite ,B on la remettra à l’heure fur l’horloge. Si au contraire la montre a avancé, „ poùr la faire retarder , il faudra tourner l’aiguille du cadran du coq en „ fens contraire, c’ell-à-dire, comme on tournerait l’aiguille des minutes „ furie grand cadran, pour la reculer. On continuera cette opération dans „ l’un ou l’autre cas , jufqu’à ce que la montre foit entièrement réglée.
- „ 124. Plusieurs montres n’ont point d’aiguilles fur le petit cadran du „ coq, qui alors ell gravé à fa circonférence ; dans ce cas, c’eft le petit „ cadran même qui tourne. Telles font la plupart des montres à calotte , à „ l’ouverture de laquelle il y a une petite pointe qui fert d’index ou de „ point fixe, pour indiquer de combien on le fait tourner à chaque fois ,j qu’on veut régler la montre. Mais l’opération ell toujours la même ,#comme „ s’il y avait une aiguille ; ainfi, pour faire avancer la montre, il 11’y aura „ qu’à tourner le petit cadran, comme on aurait tourné l’aiguille.
- ,, 12 y II faut obferver qu’011 ne doit tourner l’aiguille ou le petit cadran ,, du coq, que de l’épailfeur d’un liard à chaque fois que l’on veut avancer „ ou retarder la montre; encore faut-il tourner de moins en moins à me-,, fure que l’erreur diminue. Suivant ce qui a été dit en commençant, la „ montre fera bien réglée, lorfqu’elle n’avancera ou 11e retardera que d’une „ minute en 24 heures. On ne doit point tourner l’aiguille du cadran du „ coq d’une montre pour la faire avancer ou retarder, qu’on 11e foit cer-„ tain de fon erreur; car fi elle allait bien depuis trois mois, & qu’elle fe ,, trouvât déréglée de quelques minutes, à caufe de quelqu’exercice violent „ qu’on aurait fait, comme d’avoir joué à la paume, d’avoir couru la polie, „ &c. il fuffira de la remettre à l’heure par les aiguilles du grand cadran ; „ la raifon de cela eft, qu’une montre ne peut aller jufte lorfqu’elle ell fort „ agitée. On pourrait employer un cadran à boulfoie pour régler une mon-„ tre ; nous allons aufii faire ufage de l’écrit de feu M. Leroy, l’horloger, „ pour faire connaitre ce moyen.
- ,, 126. Manière de régler une montre en fe fervant déun cadran à boufjole ou „ bouffole horaire ( a ). Il faut tracer une ligne méridienne fur un plan horf» „ zontal, afin de pouvoir orienter le cadran. Le mouvement journalier du ,, foleil paraît tantôt plus vite & tantôt plus lent; cette inégalité peut de-„ venir fènfible , en certains mois de l’année , par rapport à une montre „ très-bien réglée & mife à l’heure fur le foleil ; afin qu’on n’attribue pas ,, à la fienne l’inégalité du foleil, j’ai dreifé la table fuivante, dans laquelle „ font marqués les mois où l’équation du foleil ell au moins de fix minutes \
- (a) Petite boulfoie portative, communément appellée baradel, du nom d’un faifeur d’inftrumens de mathématiques , qui en débitait beaucoup il y a vingt ans.
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- „ je n’ai point marqué les autres , à caufe qu’une moindre inégalité dans cet „ aftre fe doit compter pour zéro , par rapport à la jufteffe qu’on doit atten-,, dre d’une montre (a).
- En décembre, le foleil retarde depuis le i jufqu’au 31, de 14 minutes.
- Janvier, . . retarde depuis le 1 jufqu’au 31, de io.
- Mars, . . avance depuis le 1 jufqu’au 30 , de 9.
- Avril, . . . avance depuis le ^ jufqu’au 30 , de 7 minutes.
- Juin , . . retarde depuis le 1 jufqu’au 30, de 6.
- Août, . . avance depuis le 1 jufqu’au 31 , de 6.
- Septembre, . avance depuis le 1 jufqu’au 30, de 10.
- „ 127. Ufage de la table. Premier exemple. On a mis fa montre à l’heure
- ,, au foleil le premier décembre. Le 3 1 , le foleil ayant retardé de 14 mi-,, nutes , la montre paraîtra avoir avancé de la même quantité de minutes; „ il fuffira de la remettre avec le foleil, puifqu’elle n’a fait que ce qu’elle „ devait faire.
- . ,, 128- Second exemple. On a mis la montre à l’heure du foleil le premier ,, avril ; & le 30 le foleil ayant avancé de 7 minutes, la montre paraît avoir „ retardé d’autant; il fuffit de la remettre avec le foleil, puifqu’elle n’a fait ,, que ce qu’elle devait faire. Ces deux exemples peuvent fervir pour les „ autres mois.
- „ 129. Remarque première. Il a été dit ci-devant, qu’en général une „ montre eft bien réglée lorfqu’elle n’avance ou retarde que d’une minute „ en 24 heures; & cela pour fixer un terme de jufteife, qui eft le meilleur „ en général. Cependant il ferait fort difficile d’en faire aller une médiocre „ de même , & l’on pourrait avec raifon fe contenter, fi fon erreur n’excé-„ dait pas deux ou trois minutes. Ce n’eft pas la même chofe pour une „ bonne, fur-tout lorfqu’il y a peu de tems qu’elle a été nettoyée ; car en „ ce cas, elle pourrait aller à 5 ou ~ de minute près par jour pendant l’été : „ mais en hiver, il faudrait lui palier la minute, & peut-être plus, dans „ les fortes gelées, à caufe qu’on s’approche quelquefois fort près d’un „ grand feu, dont l’aélion l’échauffe nécelfairement, foit qu’elle foit dans „ le gouifet ou à la ceinture ; alors fi on vient à la quitter, & qu’on l’ac-,, croche dans un lieu expofé au froid, il eft comme impolfible que fon „ mouvement ne foit un peu changé par ces deux états qui font diamé-„ tralement oppofés.
- (a) Quoique cette table foit ancienne, en confultant une fuite de connaijjances elle ne peut différer de celle qui ferait destenis, où ces tables font pour chique vraie dans chaque année que de quelques année, on peut s’affurer de l’obfervacion fécondés , auxquelles , pour le cas do~!t il que l’on fait ici ; & la table donnée qui s’agit, il ferait ridicule de faire attention ; fuit, eft bonne pour tous les lieux poffibles.
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- l$0. Remarque fécondé. Ceux qui conduifent les horloges publiques, les >j remettent avec le foleil à leur volonté, les uns tous les dix ou douze jours, „ les autres de quinze en quinze, ou du moins de mois en mois. Cette „ méthode de remettre les horloges avec le foleil en différons jours, caufe „ une partie de l’intervalle qu’on remarque ordinairement entre la même „ heure quelles Tonnent; l’exemple fuivant prouvera clairement Ce qui vient „ d’être dit.
- „ 131. Soient deux horloges dans un même endroit, l’une d’une pa-,, roilîe , & l’autre d’un couvent. Si celui qui a foin de l’horloge de la pa-j, roilfe la met avec le foleil le premier décembre , & fi celui qui a foin de „ celle du couvent ne la met que le 15 du même mois, il elt fûr que l’hor-„ loge de la paroiffe Tonnera l’heure le if , 7 minutes avant celle du cou-
- j, vent, parce que le foleil fe trouvera avoir retardé de 7 minutes le ifj
- „ mais fi l’on y remet le lendemain l’horloge de la paroiffe, ces deux hor-„ loges qui Tonnaient la même heure le if, 7 minutes l’une après l’autre,
- j, fe trouveront le 16 Tonner enfemble. De là on peut tirer ces deux con-
- jj féquences; la première, que fi une montre a fuivi une horloge publique ,, plufieurs jours de fuite, & qu’après elle fe trouve différer de quelques „ minutes , il faut confidérer fi l’horloge qu’elle a fuivie n’a point été re-„ mife avec le foleil. La fécondé , que puifqu’on remet les horloges avec „ cet aftre deux ou trois fois par mois, il eft bon aufîi d’y remettre les „ montres.
- De £ application des mathématiques aux travaux des mines,
- 152. De ce qui a été annoncé fur l’importance d’être inftruit de la maniéré dont fe comportent les veines de charbon , il réfulte , fans qu’il Toit néceffaire de réfléchir beaucoup, que la pratique de l’exploitation eft, dans une infinité de circonftances , appuyée fur la connaiffance des dimenfions; il s’enfuit encore que les recherches de différente efpece qui tendent à cet objet, font matières de géométrie, en tant que cette fcience traite de l’étendue Sc de fes différens rapports. L’utilité direcfte de cette fcience dans la fpécuîation ou dans la pratique des travaux fouterreins, afin de s’afliirer de la marche que l’on doit fuivre, parait plus fenfiblement évidente pour les travaux de mines métalliques. Il femble, comme nous l’avons dit quelque part, qu’il n’en eft pas de même pour les travaux des houilleurs: dans les opérations relatives à ces mines ou carrières, la géométrie fouter-reine n’eft qu’une application de la trigonométrie à un petit nombre de cas particuliers. Quelque fimpîes que foient les procédés de cette partie de la géométrie au moyen d’une méthode quelconque, les houilleurs 11’en ont'
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- pas la moindre idée ; ils ne connailfent que Pufage de leurs inftrumens : on a vu que , par ce moyen unique, ils parviennent à réfoudre me-chaniquement les problèmes de la trigonométrie rediligne. Ce point de fait porte avec lui l’exclufion d’une forte de complication de ce qui tient aux fciences. Mais en même tems qu’il s’enfuit que l’on peut rigoureu-fement s’en tenir à cette façon groffiere de fe conduire dans la pratique générale de l’exploitation, il eft hors de doute que Part des houilleurs ne puiffe emprunter des fecours réels de la géométrie fouterreine ; fes réglés donnent l’intelligence des chofes qui font hors de la portée des idées ; on y trouve des expédiens certains pour faciliter ou pour abréger des manœuvres. De pareils avantages , quelqu’indiiférens qu’ils parailfent à des ouvriers auxquels la commodité, la fimplicité & l’expérience de la méthode inftrumentale fuffifent, ne peuvent cependant pas être comptés pour xien.
- 123. L’ouvrier intelligent, difpenfé de toute théorie, & muni de fes inftrumens , peut refter en tout fidele à fa routine. Nous 11e prétendons pas exiger que le houilleur devienne géomètre ni phylicien. Quant aux pre-pofés de mines, ou ceux qui font chargés de la conduite de ces entrepri-fes, ou les intérelfés qui font à portée de les fuivre, il re leur fera pas, à beaucoup près, inutile d’être inftruits dans les mathématiques ; les mauvais fuccès de quantité d’exploitations, le peu de progrès fait en France dans ces fortes de travaux, doivent fans difficulté être principalement rejetés fur les directeurs de mines, qui ne fe font pas doutés de l’importance d’une fcience fur laquelle néanmoins eft fondé l’art de l’exploitation. Cette réflexion , fur laquelle nous croyons devoir infifter en palfant, lailfe à defirer un traité de mathématiques , adapté à la géométrie fouterreine , dans lequel fe trouveraient les opérations mathématiques particulières aux travaux des mines, rangées dans un ordre qui fût propre au fujet, & féparées d’avec celles qui n’y ont pas de rapport. Les perfonnes qui voudraient fuivre notre invitation, feraient par-là exemptes de tout embarras pour le choix qu’elles doivent faire , non-feulement des livres , mais de ce qu’ils contiennent & qui eft du relfort des mines.
- 134. C’est ainfi que M. Ozanam a traité les parties des mathématiques les plus utiles & les plus néceflaires à un homme de guerre, que Pilfuftre M. de la Hyre a publié l’Ecole des arpenteurs , où font enfeignées toutes les pratiques de géométrie néceffaires à un arpenteur. Quelques favans de nos jours ont traité fur ce plan les mathématiques relativement à plusieurs fciences qui en dépendent. Les ouvrages de M. le Camus, de MM- Bouguer, le Monnier, Bézout, adoptés ou follicités par le gouvernement, juftement eftimés du public , ne contribueront pas peu à augmenter dans la nation
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- Françaîfè le nombre des grands ingénieurs, des habiles capitaines, des bons pilotes, &c. Mais aucun Français n’a traité la trigonométrie dans ce qui a rapport aux opérations des mines ; la plupart des ouvrages qui exiftent fur cette matière font en langue allemande ; ils font peu nombreux & rares, i3f. Les principaux auteurs qui en ont écrit, font Erafme Reinhold, médecin à Saalfeld en Thuringe (a), fils du célébré Erafme Reinhold, mathématicien (h) àWittemberg (auteur des Tables prutenniques , autrement dites de Copernic ), Jean Hartmann, Raigtel, Sturmius , Jugel, Beyer médecin à Francfort, Oppel directeur général des mines de Freyberg. Nicolas Voigtel, receveur des deniers à Eisleb (c), publia un traité de géométrie fouterreine, qui palfe pour être fupérieur à celui de Reinhold, mais que l’on prétend être très-confus & difficile à entendre. Celui de M. Weid-ler, publié en iy2f, eft le feul que j’ai été à même de connaître: plufleurs points de l’ouvrage de Voigtel y font commentés ; il renferme tout ce qui tient à cette matière, comme on le verra par la tradudion, dont je projette de faire jouir le public (d). Il eft cependant à propos de faire obfer-ver qu’il fuppofe dans le ledeur les connaiifances fondamentales de géométrie & de trigonométrie, ainft que les notions, les définitions les plus générales fur la nature du langage ou des chofes, dont dépendent immédiatement les proportions - foie problèmes , foit théorèmes, qui y font ex-pofés, ou de tous autres qui pourraient être établis dans une fuite continue. Il fera en conféquence indifpenfable, pour avoir la clef du traité de Weidler, de fe procurer quelque ouvrage élémentaire de mathématiques, tels que ceux de M. Rivard (e),M. l’abbé de la Caille(/).
- 136. Au moyen de ces fecours , qu’il fuffit d’indiquer aux ingénieurs houilleurs jaloux de fe rendre habiles, il nous devient tout-à-fait inutile de parler mathématiques & trigonométrie $ toute la partie pratique de la
- (a) Inftruétion abrégée & fondamentale fur Tare de mefurer les mines. Erford, 17Ç4, avec une géométrie pratique.
- ( b ) Autrefois le nom de mathématicien était commun à ceux qui s’adonnaient à l’af-trologie judiciaire, & à ceux qui obfervent le cours des aftres : voilà pourquoi Reinhold eft qualifié aftronomepar plufieurs auteurs.
- (c) Art de mefurer les mines, 16R6, réimprimé en 1715 , en vingt-quatre chapitres , à Eisleb. Cet ouvrage eft prefqu’in-connu ; iln’eft pas cité par Moréri.
- (d) Les.figures qui fe rapportent aux problèmes réfolus dans Weidler, font partie des planches de l’Encyclopédie , vol. VI. «Les différentes propofitions auxquelles ces
- figures fervent de démonftration, fe trouvent feulement annoncées dans cet ouvrage, tome VII, au mot Géométrie fouterreine.
- ( e ) Elémens de géométrie , avec un abrégé d’arithmétique & d’algebre , par M. Rivard , profeffeur de philofophie enl’u-niverfité de Paris , chez Defaint & Saillant, in-4^, 1739. Ces élémens fe trouventfuc-cinéfement dans un autre traité didté en l’univerfité , par feu M. leJYÏonnier, & publié depuis chez Saillant, 1773.
- (/) Leçons élémentaires de mathématiques, ou élémens d’algebre & de géométrie, par Al. l’abbé de la Caille, chez la veuve Defaint.
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- géométrie fouterreine eft renfermée dans un petit nombre de problèmes *, leur folution tient à ces premiers principes j les développer ici, ce ferait fe charger d’une tâche qui 11’eft point de notre compétence, & qui eft entièrement du reifort des géomètres. Il fe préfente cependant naturellement à l’idée une réflexion: l’ouvrage de Weidler , que nous annonçons, ne doit paraître qu’à la fuite d’une autre tradudion ; on ne peut favoir quand cette derniere fera faite ; peut-être ferons - nous aflez heureux, en attendant que ces deux ouvrages foient publics , pour inlpirer à quelques ingénieurs,-houilleurs la curiolité d’acquérir les connaiflances dont nous fommes tenus uniquement de leur faire lèntir la néceffité. Cette confidéçation nous a auto-rifés à croire qu’il nous ferait permis de mettre fur les voies ceux qui fe fendraient cette difpofition , & de fuppléer en quelque chofe au retard de rimpreflion d’un ouvrage que je leur fais delirer. Dans cette vue, je terminerai ce premier article en préfentant l’énoncé de ces différens problèmes , je les éclaircirai en donnant fommairement pour chacun les moyens les plus fimples de les réfoudre.
- 137. Cet abrégé de géométrie pratique à l’ufàge des ingénieurs houilleurs , mérite un accueil d’autant plus favorable, qu’il eft entièrement le produit de la complaifance du même académicien que j’ai eu occafion de citer pour la latitude de la ville de Liege (<z). Mais nous avons cru devoir le faire précéder d’une notice fuccinte d® quelques inftrumeii3 particuliers dont nous avons parlé , comme pouvant être ajoutés à ceux auxquels la pratique ordinaire des ouvriers eft reftreinte , & dont l’ufage eft d’ailleurs très-avantageux pour abréger les calculs relatifs à la folution de plufieurs questions. Cette notice fera éclaircie préliminairement par des généralités fur les mefures mathématiques.
- 13 g. Des mefures mathématiques. On peut &'on doit fe repréfenter, foit les veines de charbon , foit les boyaux ou galeries qui réfultent des tailles faites dans la mafle de ces veines, comme un compofé de lignes, ou comme formant des lignes dont on cherche à connaître l’étendue, la direction.
- ( a ) On jugera fans peine que pour différentes matières qui tiennent à celle que je traite, je n’ai eu rien à puifer de mon propre fonds, & que je n’ai eu rien de mieux à faire que d’emprunter les lumières de différens genres. Je dois avertir qu’il en eft de même pour l’explication des différens termes de phyfique & de mathématiques qui fe trouvent employés dans mes defcrip-tions, ou que j’ai portés à la table des matières : j’aipenfé qu’il pouvait être avanta-
- geux pour plufieurs de mes lecteurs , d’éclaircir tout ce qui était capable de les arrêter: iln’eft prefqu’aucun de ces termes, dont je n’aie cherché à faciliter l’intelligence. Le Dictionnaire Encyclopédique, le Diétionnaire d’Ozanam, celui de M. Save-rien , m’ont fervi à cet égard à enrichir mon ouvrage; on pourra par-là fe difpenfer ou de fe les procurer, ce quin’eft pas toujours facile, ou de l'embarras de les confulter.
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- En géométrie , les lignes fe me'furent par d’autres lignes plus petites, qu’on appelle mefures courantes, lefquelles font proportionnées aux lignes qu’elles mefurent. Ces mefures, pour les longueurs & les diftances, vont être décrites. Le ceicle fert aufti de mefnre en géométrie , parce que fa circonférence eft uniforme & qu’il eft femblable à un autre dans toutes fes parties. En conféquence il eft diverfement adapté à plufieurs inftrumens employés pour mefurer les angles d’un triangle rectiligne. Les avantages de cette me-fure font bien d’une autre importance dans la pratique de géométrie fou-terreine; nous la ferons connaître plus particuliérement, en commençant la defcription des inltrumens auxquels elle eft relative.
- 130. Des mefures courantes employées à la menfuration des mines. La perche des arpenteurs de mines eft un perche courte, nommée par les Allemands lachter, parce qu’elle eft prefqu’égale à la ligne ou longueur comprife entre les deux bras étendus, & que l’on nomme brajfe. La toife des mines métalliques, nommée par les Allemands klafter, eft de fix pieds cinq pouces de France. L'‘aune (a) ulna, orgyia,e{h diviféc en huit parties, comme autant de pieds, ou d’efpeces de fraétions. La huitième partie comprend une dixaine de doigts -, ainft f aune comprend 80 doigts. Le doigt eft partagé de nouveau en dix lignes, qui dans cette divifion s’appellent fcrupules , minutes ; d’où faune des mefureurs de mines a 800 lignes en tout : la longueur de cette partie varie feloiî les pays. Les arpenteurs de mines, en divifant ainft faune, la perche , le doigt, indiquent les minutes ou primes , comme cela fe fait dans les tables aftronomiques, par un accent aigu', les fécondés par deux", les tierces par trois v/,, les quatres & les quintes s’expriment auftî par les chiffres appellés chiffres romains IV,-V , ou chiffres de finances, qui fe marquent par les lettres majufcules de l’alphabet.
- 140. C’est de cette maniéré qu’aujourd’hui l’on eft dans l’ufige de marquer dans la géométrie pratique les perches ou leurs parties par un cercle o , qui indique toujours un degré, & les 'minutes par des efpeces de virgules , auxquelles le nom de lignes, ufité dans la géométrie pratique , femble mieux convenir , fi ce n’eft pour diftinguer les minutes ou fécondés , des lignes , des pouces, &c. Nous nous “bornons à ce détail fur les mefures en général j lorfque nous en ferons à la pratique de la menfuration , nous ferons connaître les attentions qu’exigent les différentes mefures.
- 141. E chaîne, plus communément appellée chaîne, arvipendium. La mefure la plus grande , & qui eft de plus d’ufage dans les opérations de mines, c’eft la chaîne. Les ouvriers n’emploient que la chaîne & la boulfole, pour déter-
- ( a '-Evaluée d ns les mines d’Allemagne pieds de France: il nefautpas la confondre à deux pieds ,qioiqu’il s’en faille de plus de avec celle de Paris, qui eft de quarante-quatre pouces que ceite aune ne faife deux quatre pouces.
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- miner deux points à égale diftance du centre de la terre , ou connaître de combien un point eft plus élevé qu’un autre. (a) «. . .
- 142. La chaîne eft compofée , comme il a été dit, de plufieuts pièces, tantôt de fer, tantôt de laiton, recourbées par les deux bouts. Chacune de ces pièces, nommées chaînons, a un pied de long , y compris les petits anneaux ou bouclettes qui les joignent enfemble, afin de rendre Les chaînons flexibles. Les chaînes fe font ordinairement de la longueur de la perche de l’endroit (où l’on veut s’en fervir , ou bien de plusieurs toiles de long, félon les dations à mefurer, diftinguées quelquefois les unes des autres par un plus grand anneau de forme elliptique. Chaque partie égale de la chaîne, de dix en dix , .s’appelle décimale. L’avantage qu’ont ces fortes de chaînes de 11e fe point mêler comme celles qui font faites de petites mailles de fer , les rend très-commodes.
- 143. A la chaîne on fubftitue quelquefois, ou par économie, ou par quel-qu’autre raifon , une (impie corde. Il eft certain que cette façon eft fulcep-tible d’erreurs , à caulè de l’humidité dont il eft bien difficile de garantir entièrement une corde. Schwenterus, dans là Géométrie pratique, rapporte qu’il a vu une corde de 16 pieds de long- réduite en une heure de tems à i) pieds, uniquement par la chute d’une gelée blanche. Ceux qui voudraient abfolument donner à la corde la préférence fur la chaîne, ne feront point fâchés de connaître un moyen d’obvier à cet inconvénient. Wolf confeille pour cela de tortiller en fens contraire les petits cordons dont la corde eft compofée, de tremper enfuite la corde dans de l’huile bouillante , & de la faire palfer, quand elle fera feche, à travers de la cire fondue pour bien l’en imbiber. Cet auteur allure qu’au moyen de cette précaution , la corde ne fe ralongera ni ne s’accourcira point du tout, quand même elle relierait vingt-quatre heures dans l’eau.
- Des injlrumens qui peuvent compofer Vappareil mathématique d'un ingénieur
- houilleur.
- 144. C’est à ces inftrumens, proprement dits inftrumens de mathématiques , que fe rapporte fpécialement la fécondé efpece de mefures dont on fait ufage pour les grandes opérations de mines , telles que l’âftrolabe & le niveau, les équerres ou pommes d’arpenteur, les cercles divifés , boulfoles, &c. La plupart de ces inftrumens font compofés d’un cercle ou d’une portion de cercle, ou bien cette figure eft projetée en totalité ou en partie fur quelques - uns. Avant d’en venir à la defeription qui va fuivre,
- ( a ) Il eft à propos de favoir, au fujet de la ligne de niveau, qu’une ligne eft dire de niveau, lorfque tous fes points font à égale diftance du centre de la terre.
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- il ne fera pas inutile de nous arrêter aux circonftances générales , qui tiennent à la connailfance de l’ufage pratique de ces moyens.
- I4f. Le limbe d’un cercle, ou d’un demi-cercle, ou d’un quart de cercle, peut être dirtingué particuliérement en deux circonférences, l’une intérieure , l’autre extérieure , éloignées l’une de l’autre d’environ 6 ou g lignes , & fur lefquelles on marque des divifions , fans parler des autres circonférences concentriques pour les fubdivifions de chaque degré en minutes, pour les grandes circonférences. La fig. I , pl. XXXI, donne une idée de la maniéré dont on trace fur ce limbe autant de circonférences concentriques’ qu’il en faut pour fubdivifer chaque degré en autant de parties égales qu’il efi poiîible de le faire fans confufion.
- 146. La divilion qui fe trace fur les inftrumens de mathématiques, eft exprimée par le terme degré. En fe rappellant ce que nous avons dit de la divilion de la circonférence du cercle en degrés, on voit que , par cette exprelîion, il ne faut pas entendre une grandeur abfolue, mais feulement la trois cent foixantieme partie de quelque circonférence que ce foit, grande ou petite : ainli la plus petite circonférence a autant de degrés que la plus grande, mais elle les a plus petits à proportion ; de même que chaque grandeur, telle qu’elle foit, grande ou petite, a deux moitiés proportionnées à leur tout. Ces divisons & fubdivifions de degrés fur un demi-cercle ou autre infiniment de cette forme, font difpofées bien jufte, & diftinclement marquées fur le limbe ou bord de toute portion de cercle que l’on veut di-vifer en minutes.
- 147. Dans un limbe ou bord extérieur gradué, c’eft-à-dire , divifé par degrés, le point par lequel paflê une ligne perpendiculaire à l’horizon, & qui palfe par le centre ou fa parallèle, fe nomme ligne à-plomb (a). Et on appelle ligne fiducielle ou ligne de foi (b) , une ligne droite qui pafle par le centre d’un infiniment circulaire ou demi-circulaire, & fur laquelle font placées les pinnules , de maniéré qu’elle divife les pinnules de l’alilade en deux également. Lorfque c’efi une réglé, comme dans l’aftrolabe , cette ligne fiducielle fe nomme plus particuliérement alilade. Dans la boulfole , ce qu’on appelle ligne fiducielle, efi le diamètre de cet infiniment, indiqué par un fil tendu, ou par des pinnules.
- (a) D’où on appelle aufli ligne à-plomb la ligne droite formée par la corde ou par le fil à-plomb , qui, par fa pefanteur, tend toujours vers le centre delà terre, & dont on fe fert dans les inftrumens de mathématiques , pour les placer horizontalement ou verticalement.
- Tome XVII.
- ( b ) En grec & en latin dioptra, qui fe dit de toute efpece d’inftrumens pour regarder, & généralement de tous ceux où il y a des pinnules, comme l’aftrolabe, &c. Pline donne ce nom en particulier au quart de cercle.
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- 148. Niveau. Chorobatte (<z) , Waffer-Waage , Grad bogen , Libella. L’instrument qui fert à la mefure, & qui fe nomme niveau, eft compofé d’un demi-cercle, divifé par degrés & demi-degrés, quelquefois en quarts de degré ; fon diamètre eft à peu près de fix doigts , & du centre de l’inf-trument pend un à-plomb par le moyen d’une corde. Les anneaux qui fervent à l’accrocher font tournés du côté oppofé à celui fur lequel font gravées les diviiions. Il eft indifférent que ces anneaux foient tous deux , ou d’un même côté, ou réciproquement l’un d’un côté, l’autre d’un autre : cette derniere fituation convient mieux à labouffole fufpendue. Cet infiniment eft d’une conftru&ion très-facile ; l’exaditude dans la divilion des degrés , la légéreté dans la machine, pour 11e point trop charger ni couder la corde , le cuivre le mieux battu, afin de donner pius d’élafticité aux anneaux, qui par-là embraffent, fans céder, la petite corde qu’ils entourent, font les points les plus effentiels de cette conftrudion. Cet inftrument fert à niveller, c’eft-à-dire, à tirer des lignes horizontales fur la terre, pour connaître la hauteur d’un lieu de la terre à l’égard d’un autre, c’eft-à-dire , pour favoir lequel des deux endroits eft le plus éloigné du centre de la terre, ce qui s’appelle nivellement.
- 149. Fauffe équerre , récipiangle, mefure-angle. Il eft compofé de deux réglés ou branches parfaitement égales en longueur: il faut que les côtés intérieurs de chaque réglé foient bien parallèles aux côtés extérieurs ; leur largeur eft d’envion un pouce, & leur longueur d’un pied ou davantage. Ces deux réglés font arrondies par la tète également, & attachées l’une fur l’autre par le moyen d’un clou à tête artiftement tourné, de forte que l’inf-trument fe puiffe ouvrir & fermer facilement. Lorfqu’on a pris l’ouverture d’un angle, on met le centre d’un rapporteur à l’endroit où les deux réglés fe joignent, & les degrés du bord marquent l’ouverture de l’angle; ou bien on trace fur le papier l’ouverture que font les réglés du récipiangle, & puis on la mefure avec le rapporteur. Le récipiangle dont il eft queftion ici, & qui fe diftingue des autres par le nom de fauffe-équerre, ne diifere des autres qu’en ce qu’il a à chaque extrémité une pointe d’acier, afin qu’il puiffe fer-vir de compas.
- 150. Pomme en forme d'équerre d'arpenteur. Cet inftrument, auquel on donne différentes formes , tantôt d’un prifme à huit pans, tantôt d’une croix horizontale portant une pinnule à l’extrémité de chaque branche, eft appelles pomme en forme d'équerre à'arpenteur, parce qu’il a quelquefois la forme d’une pomme. Sous cet inftrument & au milieu, il y a une douille qui fert
- (a') Les inftrumens qui ne fe trouveront métrie fouterreine de Weidler , à laquelle point ici éclaircis ni expliqués par des fgu- nous les avons ajoutés. les 3 le feront dan> la traduction de la Géo-
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- à le Faire tourner Fur le pivot d’un pied ordinaire à trois branches. Il eft avantageux que l’inftr liment puilfe tourner fur la douille fixée au pied d’un mouvement horizontal , doux, égal, & à frottement autour d’un axe vertical. Ordinairement la douille eft fixée à l’mftrument ; on eft alors obligé de tourner tout enfemble, & même le pied, ce qui eft incommode dans la pratique. Quelquefois le pied 11’eft qu’un (impie bâton pointu & ferré par en-bas : il vaut mieux que ce foit un pied à trois branches, que les branches foient longues, & que la tige, terminée en pivot pour entrer dans la douille, foit courte; il faut que le pivot foit ajuflé de façon qu’il empliife exactement la douille au fond auiîi bien qu’à l’entrée. Ce qu’il y a d’elfentiel à cette équerre , c’eft d’avoir quatre fentes verticales oppofées diamétralement deux à deux, & difpofées de façon que les rayons vifuels qui palfent par les fentes oppofées, le coupent à angles droits. Cet inftrument fert à tracer fur le terrein une ligne qui faife avec une autre ligne des angles droits.
- Ifl. Rapporteur, tranfportatorium circulare.V'E'Yl'ï demi-cercle aflez mince & très-poli, fait ordinairement de laiton, & quelquefois de corne , dont, la circonférence eft divifée exactement en fes 180 degrés. Avec le rapporteur on détermine la grandeur d’un angle. Il fert aulfi pour faire des angles lem-blables à ceux trouvés avec le niveau , ou connus d’une autre maniéré. Les angles reCtilignes fe mefurenü fur le papier avec le rapporteur.
- i f 2. Graphometre, demi-cercle ; hemi-cyclium. Cet inftrument, foutenu fur un pied par le moyen d’ua genou,(a) eft compofé d’un grand demi-cercle d’environ 12 pouces de diamètre, lequel, outre fes degrés, a encore fes minutes placées ordinairement de fix en fix , quand il eft un peu grand, comme dans le quart de cercle & autres. Il eft muni d’une alilade mobile autour de fon centre ; le tout de cuivre jaune bien poli. L’alilade porte deux pinnules immobiles, percées vis-à-vis de la ligne de foi, répondante en ligne droite au centre du demi-cercle. Chaque pinnule eft percée dans le milieu, d’une fente qui régné de haut en bas.
- if Quand on prend des diftances , ou que l’on mefure des angles fur le terrein, ou que l’on fait toute autre obfervation, c’eft par ces fentes, qui font dans un même plan avec la ligne de foi tracée fur l’alilade , que paifent les rayons vifuels qui viennent des objets à l’œil; les pinnules en conféquence fervent à mettre l’alilade dans la direction de l’objet qu’on fé propofe d’obferver, & les fentes fervent à en faire difcerner quelques parties d’une maniéré bien déterminée. Il y a quelquefois dans cesfçntes, au milieu,
- (a) On appelle genou n mathémati- cuivre, renfermé dans deux demi - globes ques, la partie fupérieure du pied d’un inf- évuidés ; & ce globe eft mobile en tous trument, fur laquelle l’inftrument même fens, foit verticalement, foit horizontale» repofe. Elle eft compofée d’un globe de ment.
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- un cheveu ou deux; ou dans les inftrumens pour lefquels il n’eft pas be-foin d’une exa&itude bien rigoureufe, un filet de la même matière que les pinnules.
- 154. Le demi-cercle ou graphometre eft l’inftrument le plus commode pour "mefurer une ligne, une hauteur, foitinaccefiible, l'oitaccefiîble,au moins quand on veut mefurer une ligne par la trigonométrie. Il fert aullî pour mefurer fur la terre les angles redilignes. Dans toutes les opérations de la géométrie pratique, où cette mefure eft néceflaire, on a befoin de cet inftru-ment, ce qui en rend l’ufage extrêmement étendu. On rend le graphometre plus utile , en attachant au milieu une bouflole , afin de mefurer un angle fur la terre & lever un plan (a) ; mais le principal ulage de cette bouilole, eft d’orienter un plan, c’eft-à-dire, de marquer la lituation d’un plan fur la terre, à l’égard des quatre parties cardinales du monde.
- ASTROLABE, ajlrolabium , cofmolabium ; aflrolapfus ; fufpenforium ; armilla fufpenforia ; planifpherium ; Arabibus wal^agora ; Latin, athlantica, al~ phantia 9 albanthica.
- Iff. Parmi les inftrumens qui pourraient être employés dans quelques opérations de géométrie fouterreine , nous avons nommé Yajlrolabe. Cet inftrument , d’une conftrudion fort compofée , a l’avantage d’éviter le calcul ; mais il n’eft plus d’ufage en aftronomie depuis l’invention des logarithmes , & eft tout-à-fait inconnu des ouvriers de mines. On en rencontre même rarement aujourd’hui ; nous nous bornerons par cette raifon à en donner une idée très-générale en faveur des perfonnes à qui il pourrait en tomber entre les mains. Ceux qui auraient la curiofité de le connaître plus amplement, peuvent confulter quelques ouvrages qui en ont traité ex profejjb, & dont quelques-uns fe trouvent dans d’anciennes bibliothèques ('b').
- (a) Lever un plan, c’eft décrire fur le 'in-12. De ufu aftrolabii compendium Jche-papier un plan femblable à celui qui eft matibus commodijjïmis illuftratum , ac fur la terre. mendis quamplurimisrepurgatum, auflore
- ( b ) Aftrolahii declaratio, ejufdemque Joanne Martino Poblacion. Cui accejftt ufus mire jucundus, non modo aftrologis , Procli Diadochi fabrica ufufque aftrola-medicis, geographis, cœterifque litteraruni bii, Georgio Valla Placentino interprète} cultoribu< multum utilis ac ncccjftarius, prœterea Gregora Nicephori aftrolabus, verum etiam mechanicis quïbufdam opi- eodem interprète. Parif. 19 <54 , in-12. Elu-ficibus non parum commodus. A Jacobo cidatio fabricæ ufufque aftrolabii, Joanne Kocbehofacilioribusformulis nuper aucla, Stoftcrino Juftingenft au clore : cui perbre-longeque emcndatior édita. Pariüis ,1552, vis ejufdem aftrolabii declaratio à Jacobo
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- 1^6. L’astrolabe eft plat, en forme de planifphere ou d’une fphere décrite fur un plan armé d’une alilade mobile à fon centre , garnie de deux pinnules. Sur ce plateau de cuivre , on grave une projection féréogra-phique (a), où l’reil eft placé au centre de la projection.
- 1^7. L’astrolabe repréfente les principaux cercles de la fphere cé-lefte , fur le plan d’un de fes plus grands cercles, tel qu’eft l’horizon & le méridien , de la même maniéré qu’ils paraîtraient à l’œil élevé au-delfus de la fphere jufqu’à une hauteur à pouvoir découvrir tout l’hémifphere. Selon qu’on prend ce lieu ou ce point de l’œil, l’aftrolabe porte les noms diifé-rens d'ajlrolabe particulier ou âéaflrolabe univerfel. C’eft ainfi que l’on ob-fervait les aftres, que l’on en prenait la hauteur: cet inftrumentf ferait particuliérement d’ulàge pour le problème , ligne quil faut mefurer à travers des plans inclinés.
- 15“ 8- Le cofmolabe^ nommé auflî pantocofme ou injlrument univerfel (JE), & qui fert à prendre les mefures du monde , tant du ciel que de la terre, eft prelque la même chofe que l’aftrolabe, fi ce n’eft qu’il eft bien moins compliqué, & qu’il confifte en un cadre rectangulaire. Feu M. Ozanam , de l’académie des fciences, en a donné la defcription & l’ufage, qui fe trouve imprimée à la fuite du compas de proportion : le quartier de réduction , dont nous parlerons, peut être regardé comme une invention plus fimpli-fiée que l’aftrolabe.
- ïfÇ}. Du compas de proportion, & de celui appelle feCteur anglais. Le compas de proportion eft ainfi nommé, parce qu’il fert à connaître les proportions entre les quantités de même efpece, comme entre une ligne & une autre ligne, entre une furface & une autre furface, entre un bolide & un autre'folide, &c. Feu M. Ozanam, de l’académie des fciences, a décrit en particulier cet inftrument (c) ; la defcription s’en trouve aufti dans plu-fieurs excellens ouvrages (d)-, nous donnerons celle qui eft dans VEncy-
- Kocbelio adjecla efi. Parif. 1 <;$<;, in-12. Traduction de Stofler, Paris, 1 ç6o, in-12, par G. des Bordes ; avec des notes, par Jean-Pierre deMefmes. L’ufa^c de l'ajtro-labe, avec un petit traité de la fphere, par Dominique Jacquinot, Champenois yplus , une amplification de Paffrolabe, par Jacques Baïfentin, Ecoffais. Paris, iç98,in-i2.
- {a) Stcrcographie eft l’art de tracer les figures des folides fur un plan.
- ( b ) Dans un ouvrage fur le cofmolabe, par Léon Mongard, mathématicien à Paris, 1612 , & dans celui de M. Jacques Belfon, profefl'eur de mathématiques à Orléans ;
- Paris, 1567.
- ( c ) Ufage du compas de proportion, & de l’inftrument univerfel pour rendre promptement & très - exactement les problèmes de la géométrie pratique, tant lur le papier que fur le terrein , fans aucun calcul; avec un traité de la divifion des champs. Deuxieme édition in 12, Paris, 1746.
- ( d) Le Traité de la conftruétion& des principaux ufages des inftrumens mathématiques par Bion ; le Dictionnaire de mathématiques par Saverien ; le Dictionnaire Encyclopédique.
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- clopédie. Il eft extrêmement commode pour réfoudre promptement & facilement quantité de problèmes utiles dans toutes les parties des mathématiques-, & principalement dans la géométrie pratique, tant fur le papier que fur le terrein.
- 160. Le compas de proportion confifte en deux réglés ou jambes égales, de cuivre ou d’autre matière folide, rivées l’une à l’autre, enforte néanmoins qu’elles puiflent tourner librement fur leur charnière. La longueur & largeur des réglés du compas de proportion n’eft point déterminée î ces di-menfions font relatives à l’ufage auquel 011 deftine l’inftrument, ou pour travailler dans le cabinet,ou pour être porté dans la poche: ceux-là font les plus grands. Les premiers ont ordinairement dix pouces de long, fix à fept lignes de large, & environ deux lignes d’épaiffeur à chaque jambe. O11 a coutume de tracer fur le compas de proportion fix lignes appellées lignes artificielles (<z), divifées fuivant la maniéré ordinaire; favoir, fur une face la ligne des parties égales, celle des plans & des polygones ; fur l’autre côté , la ligne des cordes, la ligne des Jolides & celle des métaux. Sur le rebord , 011 met encore ordinairement d’un côté une ligne divifée qui fert à corn-naître le calibre des canons, & de l’autre côté une ligne fervant à connaître le diamètre & le poids des boulets.
- 161. Ce compas de proportion, tel qu’on le eonftruit en France, pour ce qu’on appelle un étui de matémathiques , ne marque pas toutes les lignes qui peuvent fe tirer de différentes parties de l’arc d’un cercle, & qui néanmoins font néceffaires dans la pratique. Ces différentes lignes nomméesJînus, tangentes, fécantes , font tracées fur l’inftrument appelle par les Anglais fec-teur, qui fe conftruit à Londres , & qui revient à notre compas de proportion.
- 162. En voici la defcription, conforme à la conftru&ion anglaife, telle qu’elle eft inférée dans le Didionnaire Encyclopédique ; nous nous arrêterons feulement aux lignes qui peuvent avoir rapport à notre objet. Dans l’abrégé de géométrie pratique que nous allons faire fuivre, leur ufage fera indiqué , en énonçant les problèmes auxquels fe rapportent les principaux ufages de ces lignes.
- 163. Des lignes qui font tracées lur ce côté du compas de proportion, la ligne des lignes, autrement dite la ligne des parties égales , eft la feule dont nous ayons befoin. On l’appelle ligne des parties égales, parce qu’elle eft divifée de cinq en cinq en un certain nombre de parties égales, & le plus grand nombre pofîible,afm que l’inftrument foit d’un meilleur ufage; le nombre
- (a) En géométrie on appelle lignes ar- peuvent fervir avec la ligne des nombres tificïdles des lignes tracées fur une échelle à réfoudre allez exactement tous les pro-quelconque, lefquelles repréfentent les lo- blêmes de navigation & de trigonométrie, garithmes des fmus & des tangentes, &
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- eft ordinairement de 200 , & marquées par des points lorfque le compas de proportion a fix pouces de long ; & quand la longueur de la jambe du compas le permet , chaque partie eft fubdivifée en moitiés & quarts. Cette ligne fe trouve fur chaque jambe du compas , & du même côté , avec les mêmes divifions , marquées 1,2, 3,4 , &c. jufqu’à 10 , qui eft vers l’extrémité de chaque jambe. Il faut remarquer que dans la pratique, 1 eft pris pour 10 ou 100 ou 1000 ou 10000, &c. fuivant le befoin ; en ce cas, 2 repréfente 20 ou 200 ou 2000 , Sic. & ainfi du refte. La ligne des parties égales fert elle-même à divifer principalement une ligne droite en parties égales , pour y ajouter ou pour en retrancher telle partie que l’on veut Quelque fimple que foit la conftrucftion de cette ligne , elle eft cependant d’une utilité très-grande , Si fur-tout pour la folution de plulieurs problèmes.
- 164. Le revers du compas contient quatre lignes, celle des cordes (a) , celle des folides, celle des métaux, & au bord extérieur une ligne des calibres & poids de boulets. Nous n’avons à confidérer que la ligne des cordes : cette ligne eft ainfi nommée parce qu’elle comprend les cordes de tous les degrés du demi-cercle, qui a pour diamètre la longueur de cette ligne \ elle eft tracée fur les deux jambes du compas , de maniéré que cela forme deux lignes qui partent du centre de l’inftrument, & viennent aboutir aux angles.
- 16f. Un problème feul renferme l’uüige principal de la ligne des cordes. Faire un angle de tant de degrés que l'on voudra. Les autres font des efpeces de corollaires , comme , P angle étant trouvé, trouver fa valeur en retournant la *egle , & prendre fur la circonférence ctun cercle donné , autant de degrés que *on veut.
- 16G. Outre ces lignes qui font eflTentielles au compas de proportion, il v en a d’autres proche Les bords extérieurs fur l’une & l’autre face, & parallèles à ces bords : elles fervent auffi à des ufages particuliers. Les lignes que l’on trouve par le moyen du compas de proportion , font de deux efpeces ; elles font latérales ou parallèles. Les lignes latérales font celles que l’on trouve fur la longueur du côté de l’inftrument. Les lignes parallèles font celles qui traverfent d’une jambe à l’autre.
- J 67. On doit obferver que l’ordre ou l’arrangement de ces lignes fur le
- (a) Corde, en géométrie, eft une ligne droite qui joint les deux extrémités d’un arc ; ou bien c’eft une ligne droite qui fe termine par chacune de fes extrémités à la circonférence d'un cercle, fans pafferpar le centre, & qui divife le cercle en deux parties égales, qu’on nomme fegmens. La corde eft perpendiculaire à la ligne tirée
- du centre de cercle, au milieu de l’arc dont elle eft corde ; & elle a , par rapport à cette droite , la même difpofition que la corde d’un arc à tirer des fieches a par rapport à la fléché : ce qui faifait que les anciens géomètres nommaient cette ligne corde de l'arc, & l’autre fléché du même arc.
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- compas de proportion des modernes, eft différent de celui qui était fuivi fur les anciens. La même ligne n’eft pas mife aujourd’hui à la même diftance du bord de chaque côté; mais la ligne des cordes, par exemple , eft la plus intérieure d’un côté, & la ligne des tangentes fur l’autre : l’avantage en eft, que l’inftrument eft mis à un rayon pour les cordes; il fert auffi pour les Jinus 3c les tangentes , fans que l’on foit obligé d’en changer l’ouverture. Car la parallèle entre les nombres 6o & 60 des cordes, celle qui eft entre les nombres 90 & 90 des finus , & celle qui eft entre les nombres 45 & 45* des tangentes , font toutes égales.
- 168. Nous terminons cette defcription abrégée, par quelques obferva-tions fur les lignes des finus, des tangentes & des fécantes, marquées fur chaque jambe. Celle des finus, qui eft des finus naturels, eft numérotée 10 , 20,50, &c. jufqu’à 90 v. La ligne des tangentes naturelles, fur les feéteurs anglais , eft numérotée de même jufqu’à 4^° ; 8c fur chaque jambe il y a une autre petite ligne des tangentes qui commence à 48° , & s’étend jufqu’à 7)'°. La ligne des fécantes naturelles, numérotée auffi 10,20, 30, &c. jufqu’à 75 e , ne part pas du centre de l’inftrument 5 fon commencement en eft dif-tant de deux pouces.
- 169. La grande fupériorité du compas , de proportion anglais fur les échelles communes, lorfqueles lignes des (înus, des tangentes 8c des fécantes y font tracées, confifte en ce qu’il convient à tous les rayons & à toutes les échelles : enforte qu’ayant une longueur ou un rapport donné, qui n’ex-cede pas la plus grande étendue de l’ouverture de l’inftrument, on a par les lignes des cordes , des finus , &c. tracées fur le fecleur, les lignes des cordes , des finus, &c. d’un rayon quelconque, comprifes entre la longueur 8c la largeur de l’inftrument, quand il eft ouvert.
- 170. Le compas de proportion eft fondé fur la quatrième propofition du fixieme livre-d’Euclide, où il eft démontré que les triangles femblables ont leurs côtés homologues proportionnels. Au furplus, le compas de proportion ou le fe&eur anglais, un peu trop compofés , peuvent encore être remplacés par le quartier de réduction, dont nous allons parler: l’ufage en eft plus facile, & il a les mêmes avantages.
- 171. Quartier de réduction. Cet infiniment particuliérement employé par les marins, par rapport à l’ufage que nous en ferons connaître en finik fant fa defcription, que nous empruntons en entier de Bion , eft un quarré' dans lequel on forme plufieurs quarts de cercle, qui ont même centre, 8c, plufieurs lignes droites parallèles. Ces lignes & ces quarts de cercle font diftances égales.
- 172. On peut prendre l’un de ces quarts de cercles, pour le quart de chaque grand cercle de la fphere, 8c principalement pour le quart de l’horizon
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- rizon & du méridien. En le prenant pour quart de l’horizon, l’un de fes côtés, tel qu’on voudra, repréfente la ligne méridienne, c’eft-à-dire, nord & fud : l’autre côté faiiànt angle droit avec la méridienne, repréfente la ligne eft & oueft. Toutes les autres lignes parallèles au côté pris pour quart de l’horizon & qui repréfente la ligne méridienne, font des méridiens, & s’appellent nord. & fud; toutes celles qui font parallèles au côté faifant angle droit avec la méridienne, & repréfentant des parallèles à l’équateur , font nommées lignes efl & oueft. Ce quart de cercle eft divifé premièrement en huit parties égales, par fept rayons tirés du centre commun à tous les autres quarts de cercle, pour repréfenter les huit rumbs de vents de chaque quart de la bouifole ou de l’horizon ; chacun de ce quarts de vent vaut 11 degrés if minutes, comme dans la bouifole. La circonférence du quart de cercle diftinct & apparent dans le quarré , eft auffi divifé en 90 degrés, & chaque degré eft fubdivifé de 12 en 12 minutes, par le moyen de lignes tranf-verfales , tirées de degré en degré, & de fix cercles concentriques , y compris les deux cercles extrêmes. On attache au centre un fil de laiton , qui étant arrêté fur tel degré que l’on veut du quart de cercle , fert à divifé r les autres cercles proportionnellement à l’horizon, comme on le juge à propos.
- 173. Il eft aifé de juger que l’intelligence de la eonftrudion & de fufage de cet inftrument dépende abiolument de la connaiifance de la divifion de l’horizon, puifqu’il repréfente le quart de cercle de la fpherej il eft très-commode pour réfoudre les problèmes de pilotage par les triangles fembla-bles, que l’on forme dans tous les cas fur le quartier de réduction, & dont 011 mefure les côtés par les intervalles égaux qui font entre les quarts de cercle & entre les lignes N & S, E & O.
- 174. Ligne ou échelle des nombres ; réglé logarithmique (a) de Gunter ; échelle anglaife ou échelle des logarithmes. Ligne ou réglé divifèe en pluiieurs parties , & fur laquelle font marqués certains chiffres, au moyen defquels 011 peut faire méchaniquement différentes opérations arithmétiques , trigono-métriques & autres. Cette échelle, ainfi nommée du nom de fon inventeur, n’eft autre chofe , félon Chambers,que les logarithmes t tan [portés des tables fur une réglé, pour produire à peu près, parle moyen d’un compas qu’on applique à la réglé, les mêmes opérations que produifent les logarithmes eux-mêmes, par le moyen de l’arithmétique additive ou fouftradive. L’é-
- ( a 'l Logarithmique, pris adjectivement, trique. Logarithmique, en géométrie , eft fe dit de ce qui a rapport aux logarithmes, une courbe qui tire fon nom de fes proprié-On appelle de ce nom de nombre d’une pro- tés & de fes ufages dans la eonftrudion des greffion arithmétique, lequel répond à un logarithmes , & de l’explication de leur autre nombre dans une progreffion géomé- théorie.
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- chelle logarithmique a fur-tout introduit de grandes abréviations dans les calculs j elle fert principalement à trouver d’une (impie ouverture de compas le quatrième terme d’une réglé de proportion ; nous en donnerons un exemple pratique à l’article de la géométrie fouterreine.
- Du magnètifme.
- I7f. De tous les itiftrumens qui compofent l’appareil des ingénieurs houilleurs, la boujfole eft le plus important ; c’eft prelque le feul employé en beaucoup d’endroits pour les principales opérations de géométrie fouterreine. On ne peut donc entrer dans trop de détails fur tout ce qui appartient à cet infiniment. Son utilité réfide uniquement dans l’aiguille aimantée, c’ell-à-dire, dans une aiguille à laquelle on communique avec l’aimant la propriété directrice qui eft particulière à cette pierre , de tourner toujours un certain côté vers les pôles du monde , & ordinairement vers le nord ou vers le fud, qui eft le côté oppofé. L’ordre des chofes exige qu’011 dife d’abord un mot de la pierre d’aimant, de la maniéré de reconnaître fes pôles, & de communiquer aux aiguilles de boulfole fa vertu la plus utile.
- 176. De la pierre di aimant ; maniéré de trouver fes pôles principaux, de lui procurer de la force, de la lui entretenir, & de communiquer fa vertu aux aiguilles de boujfole. L’aimant ( a ) eft une pierre brune pour l’ordinaire, p e fan te , peu dure lorfqu’elle eft pure , fou vent mêlée de cailloux & de fpath , qui diminuent fa qualité. Il s’en trouve de couleur différente; il y en a de couleur de feu , de noirâtre , de rougeâtre. Le bon aimant doit ê.re peu poreux, fort folide , homogène, d’un noir luifant: ceux qui font d’un noir un peu roux, font encore très-bons, au jugement de plusieurs phyficiens. Cette fubftance peut quelquefois être regardée comme une mine propre à être traitée à la forge.
- 177. On en trouve dans beaucoup de pays. A Saint - Nazaire, province de Bretagne, en France, il y a un champ dont tous les cailloux font des pierres d’aimant , ce qtîi a fait donner à cet endroit le nom de champ de 1 aimant; c’eft à une demi-lieue du moulin de la Noc , & du village de Saint-Martin , à l’embouchure de la Loire. Il yen a auffi dans le pays bas de Dévonshire en Angleterre, & l’on obferve que ces mines font routes dirigées de Peft à l’oueft, & non du nord au fud. On eftime particuliérement les pierres d’aimant qui viennent de Norwege.
- ( a ) Magnes. Onomacric lapis lydias ton. Pierre d’Héraclée ; lapis Hcradius. de Sophocle. Lapis magncjïus. Lapis nau- Pierre ferriere : en vieux français, calamite, tiens. Sideritis, Pierre héraclienne de Pla- marinette , diophyta.
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- 178. On diftinguc dans un aimant Tes pôles 8c fou axe. Les côtés, ou les deux points qui attirent le plus , font appelles pôles de Calmant , par rapport à leur direction vers les pôles du globe. Par une loi confiante du magnétifme , l’attraêlion mutuelle & réciproque fe fait par les pôles de différent nom , & la répulfion fe fait par les pôles de même dénomination. Ces pôles font des points variables , que l’on eft quelquefois maître de produire à volonté , & fans le fecours d’aucun aimant. On effc convenu d’appeller pôle aujlral de l’aimant, celui qui fe tourne vers le nord; 8c pôle boréal, celui qui fe dirige vers le fud. La ligne droite , qui va de l’un à i’autre pôle, fe nomme axe de l’aimant.
- 179. On ferait fondé, d’après de nouvelles obfervations , à diftinguer le point de féparation des deux pôles , appellé centre magnétique. (<z) Ce point devient important dans la conltruction de l’aiguille de la boulfole , par-rapport à la différence qui réfulte pour fon effet , dans une aiguille qui ferait percée dans ce point milieu , & dans une aiguille qui n’elt que fui-pendue.
- 180. Le plan perpendiculaire qui partage l’aimant par le milieu de fou axe , elt appellé équateur de l’aimant. Le méridien magnétique eft le plan perpendiculaire à l’aimant, fuivant la longueur de fon axe, qui palfe cou-féquemment par les pôles.
- 18 c. Comment déterminer ces pôles ? C’eft par où il faut commencer.’ Bion en indique les moyens de la maniéré fuivante. Il faut percer un carton blanc lilfe de la figure de la pierre (b), afin de l’enchâlfer dans le trou, enforte que fon axe principal fe trouve dans le plan de cette carte ; puis femer de la limaille de fer ou d’acier en la tamifant ; enfuite de quoi l’on frappe doucement avec un petit bâton, afin que, mettant en mouvement cette limaille, la matière magnétique lui faffe prendre un arrangement conforme au chemin que tient cette matière pour palfer d’un pore boréal dans un autre pore auftral ; & l’on s’appercevra que cette limaille fera rangée en forme de plufieurs demi - circonférences , dont les extrémités oppofées marqueront les pôles de l’aimant.
- 182. On peut encore connaître ces côtés d’un aimant, en le plongeant ou le roulant dans la limaille de fer ou d’acier , ou encore mieux dans de petits bouts de fil d’acier qu’on a coupés ; pour lors ils feront plufieurs différentes configurations autour de la pierre j il y en aura qui. feront tout-à-fait couchés, d’autres à demi couchés , & enfin d’autres tout droits , & ces endroits de la pierre où ces petits bouts d’acier feront perpendiculaires,
- (a) Tentamen theoriœ cleclricitatis & (b) On peut placer auffi cette pierre
- magnetionis , auftore Aepino. Petropoli, fur un morceau de glace polie, fous laquelle in-40, 1760. on a mis une feuille de papier blanc,
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- ou dans lefquelles la limaille fera hérilfée , feront immanquablement fes pôles; l’endroit où ils fe tiennent couchés, marque fon équateur.
- 18^. Connaissant ainfi les pôles de l’aimant, on déterminera leurs noms, en le faifant flotter fur l’eau avec un petit morceau de liege , ou le fufpendant avec un fil, de telle forte que fon axe foit parallèle à l’horizon : alors le pôle de cette pierre qui fe tournera vers le nord du monde, fera le fud de l’aimant, & le point oppofé fera le nord. On ‘connaîtra encore ces pôles avec une boulfole; car préfentant une aiguille aimantée à une pierre d’aimant, le bout qui aura été touché tournera aulfi-tùt vers le pôle de la pierre qui lui convient, & l’autre bout de l’aiguille tournera de même vers l’autre pôle de la pierre. Il en fera de même d’une aiguille très-fine & très-courte, pofée en liberté deflus.
- 184. Les pôles d’un aimant reconnus, il faut le fcier de maniéré qu’il foit bien plan & bien poli à l’endroit de ces pôles ; la figure qu’on lui donne contribue beaucoup à fa force. Il eft certain que, de tous les aimans de pareille bonté, celui qui fera le mieux poli, qui aura fon axe le plus long , & dont les pôles fe rencontreront jufte aux deux extrémités , fera le plus vigoureux : ainfi la figure la plus avantageufe à donner à l’aimant elt celle où l’axe aura la plus grande longueur, fins cependant trop diminuer les autres dimenfions. La force de l’aimant s’étend tantôt plus , tantôt moins , depuis 8 à 9 pouces jufqu’à 14 pieds.
- iSf. Tout cela fait, on arme la pierre ; cette armure, dont l’utilité eft de réunir , diriger & condenfer toute la vertu de l’aimant vers les pôles, & d’augmenter par conféquent fa force , coniifte à attacher plufieurs plaques de fer à la pierre: cette amure qui ne doit pas être placée ailleurs que fur les pôles ,doit être en proportion de la force que l’on connaît à l’aimant.
- 186. Pour conferver un aimant, Bion veut qu’on le tienne dans un lieu fec parmi de petits bouts de fils d’acier : il prétend que la limaille , qui eft toujours pleine de poufliere , le fait rouiller. On le fufpend aulfi quelquefois, afin qu’ayant la liberté de fe mouvoir, il fe dirige vers les pôles du monde. Or, comme l’aimant ajufté d’une façon où fa vertu puifle s’exercer en toute liberté , indique le point de l’horizon vers lequel on marche; l’aiguille qui a été frottée fur cette pierre, le fait de même.
- 187. L’opération d’aimanter cette aiguille ,eftun art qui n’eft pas à négliger. Pour y réuifir , on coule doucement & on tire de loin l’aiguille trois ou quatre fois fur un des pôles de l’aimant, depuis Ion milieu jufqu’à fon extrémité y mais il faut remarquer que le bout de l’aiguille d’une boulfole qui a touché à un des pôles de l’aimant , fe tourne vers l’endroit du monde oppofé à celui qui regarde ce pôle : c’eft pourquoi, fi l’on veut que le boutp de l’aiguille fe dirige vers le nord , il faut le faire toucher au pôle de la pierre qui regarde
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- le fud. Il faut faire la même chofe trois ou quatre fois , écartant la main en arc, afin que la vertu y refte mieux imprimée, & prendre garde de donner un feul coup en fens contraire : on enlèverait par-là toute la vertu communiquée. Le bout de l’aiguille qui a été frotté du pôle méridional de la pierre d’aimant , fe tourne toujours vers la partie feptentrionale du monde , avec quelque déclinaifon qui change de tems en tems (a).
- 188- UNE aiguille ainfi préparée, préfente deux particularités ; une inclinaifon Sc une déclinaifon. Nous n’avons ici qu’un mot à dire de la première» nous traiterons à part de la fécondé. L’inclinaifon qui s’obferve confifte en ce qu’une aiguille de bouifole , étant en équilibre fur fon pivot avant d’être aimantée , perd cet équilibre en l’aimantant ; & le bout qui dans ce pays tourne au nord, penche vers la terre , comme fi elle était devenue plus pefante de ce côté-là: c’eft ce qui fait qu’avant d’aimanter les aiguilles, on laiffe le côté qui doit regarder le nord , plus léger que celui qui doit regarder le fud j cette inclinaifon augmente à mefure qu’on approche du pôle , & diminue quand on approche de l’équateur. Plus l’aimant fur lequel on touche les aiguilles a de force, plus il leur fait conlêrver le magnétifme. Sur mer on fait exprès des aiguilles pour obferver cette inclinaifon ; mais dans les mines cela n’efi d’aucune utilité.
- I $9. Du compas de mines , nommé ordinairement bouifole de mines , bouifole manuelle, ou bouifole de main. La bouifole eft compofée d’une boîte qui porte fur le fond de fon milieu un pivot ou une pointe élevée à angles droits ; à la hauteur de la furface fupérieure au bord de laquelle eft une circonférence qui marque les degrés , ce pivot porte une chappe , & fur cette chappe eft attachée une aiguille aimantée, parfaitement en équilibre fur le pivot. Cette boite ou cage eft couverte d’un verre qui garantit l’aiguille & toutes fies dépendances, de la rouille, de la pouiîicre , de la craife. Dans le fond de la boite 011 a aujourd’hui coutume de placer un petit reifort , par le moyen duquel, lorfqu’on tranfporte la bouifole , l’aiguille s’élève centre la glace , & par ce moyen ne peut vaciller. Cette précaution empêche que la pointe du ftile ne fe caife, ou qu’il ne furvienne quelque dérangement par le frottement de Yaxe Si delà chappe. La conftrudion do cette boîte, quant à la forme , peut varier.
- 190. Parmi les bouffoles du cabinet de M. Pajot d’Ons-en-Bray, appartenant à l’académie, il y en a une très-jolie & très-commode pour les opérations de mines. La boîte eft un ejpece de petit calice fixé fur une tige qui eft implantée fur une bafe élargie en rond de la même maniéré que pour un chandelier. Il s’en conftruit qui font faites pour être toujours pofées à
- (a) La déclinaifon de l’aiguille aimantée, eft l’angle que fait l’aiguille avec le méridien qui paii'e par les pôles nord & fud.
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- terre ; & ce font les plus commodes , par la facilité de les tenir & de les porter par-tout à la main.
- 191. De quelque maniéré que foit conftruit cet inftrument , les parties elfentielles qui font à considérer, font r<?. le limbe ou bord circulaire fer-vant à indiquer les degrés par 24 divilions, fur lefquelles font les noms des heures. 20. L’aiguille participant de la verticité de l’aimant (a), la moindre circonftance relative à cette piece & aux parties qui en font dépendantes, exige dans la conftrudtion une précilion & des attentions particulières, dont il eft à propos de mettre au fait ; on les trouvera développées dans la traduction de Weidler : nous ne nous arrêterons ici qu’à ce qu’il y a de plus eifentiel.
- 192. Du Limbe, circulaire de la boujfole. Le lecteur eft fufHfamment inftruit par ce qui a précédé, que la géométrie fouterreine a pour bafe la divifion de la circonférence en plufieurs parties ; anciennement c’était en trois cents foixante parties ou degrés, comme l’horizon. Les modernes y ont fubftitué plus à propos la divifion de cette circonférence en deux fois douze parties égaies ou degrés que l’on a appelles heures, fans doute parce que cette divifion convient avec celle que nous faifons d’un jour ajlronomique (b), & l’on a divifé chaque heure en huit parties.
- 19^. Le cercle ou la circonférence d’une boulfole des difques horaires, n’ayant par ce moyen que 192 parties, chacune de ces parties devient fen-fible fur un cercle qui n’aurait qu’un doigt ou un doigt & demi de diamètre. Dans les boulfoles communes des houilleurs de Liege, il eft de cinq pouces; la pointe de l’aiguille aimantée, & qui guide les ouvriers de mines dans leur cftimation, la montre plus diftincîement ; & cela eft important dans les travaux iouterreins, où l’on n’eft éclairé que par des lumières.
- 194. La circonférence du cercle géométrique des mineurs ayant 192 parties ou degrés, la demi - circonférence en a 96, & le quart de la circonférence quarante-huit, ou fax. heures. Les fix heures divifées en deux parties égales par la ligne qui coupe perpendiculairement la méridienne , & qui palfe par le centre du cercle, fe défignent par des noms différens, félon l’extrémité & félon la direction de cette ligne vers les quatre parties du monde, & fe tranfportent fur l’inftrument de la maniéré fuivante. A la partie fepten-trionale, on marque fix heures , & autant à la méridionale, favoir, depuis trois jufqu’à fix, & depuis fix jufqu’à neuf. Les premières font nommées orientales ou feptentrionales, & les autres occidentales ou méridionales : de maniéré qu’il n’y a que douze directions réelles. Ces heures fervent à connaître la direc-
- ( a ) On appelle ainfi la propriété qu’a ( b ) On appelle.jour ajlronomique tin l’aimant ou une aiguille aimantée, de fe jour compofé de vingt - quatre heures, diriger ters les pôles du monde, c’eft-à- plus du tems nécefiaire pour revenir au médire , vers le nord ou vers le fud. ridien.
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- tion ou allure des veines : car marquer les heures, en terme de géométrie fouterreine, c’eft marquer au jour la direction d’une veine ou d’un filon. Les ouvriers de mines jugent aufti &défignent par les heures, Yinclinaifon ou la pente des veines s nous donnerons à part de nouveaux détails fur cet objet.
- 195'. Circonfiances remarquables relativement à £aiguille de la boujjole. Pour. les opérations de mines, les grandes boufloles doivent être munies d’une aiguille faite avec des lames d’acier trempé, limées très - délicatement & fortement aimantées. Cette aiguille eft figurée différemment, tantôt en dard parmi bout ; tantôt, particuliérement dans les grandes bouffoles, en fléché. Il eft avantageux que ces extrémités fe terminent en une pointe qui ne foit pas trop aiguë. Elles doivent avoir deux lignes & demie de largeur vers le milieu , deux lignes vers les extrémités : l’épaifleur doit être d’une feuille de papier , ou d’environ un fixieme de ligne.
- 196. La longueur de l’aiguille eft proportionnée au diamètre delà bouf-fole. Quant à cette dimenfion, il eft à obferver que, plus les aiguilles font longues, moins elles ont de vibration , & que les petites aiguilles ordinaires ne font pas avantageufes pour les opérations de mines, étant fujettes à être détournées & dérangées par la rencontre du fer,& autres fubftan-ces de çette nature. Ce n’eft pas que les grandes aiguilles ne foient aulîi un peu fujettes à l’impreiïîon de ces matières ; mais on fait reconnaître ce voifinage, & remédier à l’inconvénient qui en réfulte. Les moyens ufitéspour l’un & pour l’autre feront développés dans un inftant.
- 197. Aux moyennes & aux petites aiguilles, on place un fret ou anneau vers Pextrèmité, afin de diftinguer la partie qui doit tourner vers le nord; les houilleurs font dans l’ufjge de terminer en fléché l’extrémité qui doit regarder le midi. Le poli de l’aiguille a befoin d’être entretenu & rétabli; il eft même néceifaire de la refrotter à l’aimant, quand elle diminue de force.
- ..98. Les différentes pièces qui touchent cette aiguille, font encore fuft ceptibles, dans la conftru&ion, d’attentions qui leur font particulières. Le JiiU, qui doit fervir de pivot ou de point d’appui à l’aiguille, doit être d’acier bien trempé, ou de métal de cloche; il doit être délié, exactement droit, & fixé perpendiculairement fur la bafe, & bien pointu: cette pointe doit être extrêmement polie & un peu mouife à fa terminaifon : il faut avoir foin de veiller à ce que ce ftile conferve fon poli, afin que le mouvement de l’aiguille 11e feralentilfe pas. La petite chappe de cuivre, ou de laiton, ou d’agate, ou de pierre à fufil , dont elle eft garnie dans fon milieu, n’eft pas une des pièces les moins intéreflantes de l’aiguille; cette chappe eft creufée fort droit en forme de cône, & l’on donne un petit coup de pointeau (a)
- (a) Outil d’horlogerie, en maniéré de poinçon; il eft d’acier trempé, pointu parle bout,& fert à marquer ou à faire des trous dans des pièces de laiton qu de cuivre.
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- au fond, pour que l’aiguille ait un mouvement bien libre fur fon pivot. Le point elfentiel relatif à la chappe, eft qu’elle foit, ainfi que l’aiguille, bien placée dans le- centre de gravité, qui fe trouve répondre au centre magnétique.
- 199. Cette difpofition eft un des articles les plus embarralfans de la conftruction d’une houflole. M. Saverien remarque très - judicieufement que cette difpofition ne demande ni un efprit ni une main novice : la fufpenfion (a) de cette partie eft difficile & délicate; fi elle eft défeétueufe, la direction de l’aiguille eft altérée ; ce qu’il y a de fâcheux, c’eft qu’il n’y a pas de réglé véritable fur ce point. Le coup-d’œil 8c l’adrefle du conftru&eur en décident prefque toujours ; encore ce coup-d’œil & cette adreife fe trouvent fouvent en défaut par l’inclinaifon de l’aiguille, dont les variations excluent toute forte d’expédient : à tout hafard, le plus (ïir eft de la fufpen-dre de maniéré que le centre de gravité ( b ) de l’aiguille foit le même que celui de fufpenfion: ainfi, lorfqu’on dit que l’aiguille doit ère en équilibre fur fon pivot, on entend qu’il faut que fon plan foit bien parallèle à l’horizon ; on pourrait au furplus fuppléer à cette difficulté par un coulant en cuivre.
- 200. Ecarts ou variations de l'aiguille aimantée ; maniae de les connaître ; caufes qui les occasionnent ; moyens d'y remédier. La direction de l'aimant varie & s’écarte quelquefois du vrai nord, c’eft-à-dire, de la ligne méri-> dienne du lieu où l’on eft, pour décliner , tantôt plus, tantôt moins vers l’orient ou vers l’occident. Cet écart, nommé déclinaifon, n’eft pas égal par-tout (c). On dit de même de la bouflole qui doit marquer le nord, qu’elle décline lorfqu’elle ne marque pas le nord précifément, mais qu’elle s’en écarte un peu, foit vers l'ejl, foit vers l'ouefi ; ce qui s’exprime, en termes de marine, par nord - ejler pour le premier cas, & nord - ouefier pour le fécond.
- 201. La mefure de cette déclinaifon de l’aiguille aimantée, eft la diftance apparente de l’aiguille au point du nord ou au point du midi, marquée par la bouifole ; on y parvient par l’arc de l’horizon compris entre le cercle açimuthal du foleil & le méridien magnétique; on connaît cet arc fous le nom d'ayimuth magnétique. Elle fe marque par les degrés d’un cercle parallèle à
- (a) En méchanique, fufpenfon eft le les foient. point où eft arrêtée & fufpendue la balance. ( c ) A Paris l’augmentation graduelle de ( b ) En méchanique on appelle centre cette déclinaifon , remarquée depuis un de gravite d’un corps, un point par lequel fiecle , celle d’avoir lieu ; les aftronomes ce corps étant fufpendu, fes parties font la trouvent pour le préfent à peu près de en équilibre, dans quelque fituation qu’el- 20 degrés au nord-eft.
- l’horizon
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- l’horizon ; degrés qui font compris entre le nord ou le fud & la dire&ion dé l’aimant.
- 202. La variation de l’aiguille aimantée dans le meme lieu en différens tems, & dans différens lieux, mérite l’attention de celui qui fait ufage des inftrumens. Cette variation oblige quelquefois à des corrections d’autant plus nécelfaires, que les galeries font plus longues, ou les angles qui ont été pris plus éloignés les uns des autres. Voici comment les écarts de la . direction d’une galerie, des points cardinaux, font indiqués par les écarts de l’aiguille aimantée de la ligne méridienne.
- 205. Lorsque la galerie eft dirigée vers l’orient, c’eft-à-dire, fila direction s’écarte de la ligne méridienne, la pointe de l’aiguille aimantée tournera vêts la gauche de la quantité de cet écart, & fa pointe marquera à gauche l’heure orientale : voilà pourquoi, dans la bouifole du mineur, on a tranfpofé les points d’orient & d’occident des lieux qu’ils occupent dans la bouifole ordinaire.
- 204. L’aiguille aimantée, devenue un véritable aimant qui attire ou qui eft attiré par le fer, devient fenfible à l’impreflion des fubftances fer-rugineufes ou magnétiques ; ces matières très-fréquentes dans l’intérieur de la terre , font en général une des caufes les plus communes de la variation irrégulière de l’aiguille aimantée. Il eft donc important de s’aifurer en plus d’une ftation s’il n’y a point de ce métal. Ce qui parait le plus à propos pour cela, c’eft de fe fervir de plufieurs bouifoles. Si dans la mine elles ne s’accordent point comme au-dehors, celles qui auront plus d’activité indiqueront qu’il y a du fer dans le voifinage. La pratique des houilleurs, pour remédier à l’action du fer fur l’aiguille, quand il fe rencontre de cette fubft tance dans le voifinage , eft fort fimple : ils interpofent des planches ou de la toile; mais ces moyens, & fur-tout le fécond, pourraient quelquefois être très-infuffifans , les pores de la toile même cirée n’étant pas alfez ferrés pour rompre ou intercepter les émanations du fer.
- 205’. Le fer, dans les mines, n’eft point la feule chofe capable de déranger l’aiguille aimantée ; les météores peuvent tout autant produire cet effet. Le froid qui condenfe les mét-aux, paraîtrait capable de reiferrer les pores de l’aiguille, d’empêcher les efflux magnétiques , & diminuer la vertu directive. Les auteurs qui ont écrit de la géométrie fouterreine, recommandent en conféquence d’avoir l’attention , avant de defcendre la bouifole en hiver dans les mines , de corriger cet inconvénient en la tenant quelque tems dans un endroit un peu échauffé, fans cependant trop l’approcher du feu, & d’eifuyer doucement la vapeur qui s’attache deifus. J’ai interrogé fur ce point des ouvriers expérimentés ; ils m’ont alluré que , lorfqu’il?
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- viennent à refaire la mefure au jour dans les tems de gelée , on n’obfervait point de dérangement dans la vertu diredive de l’aiguille.
- 206. Pratique abrégée de géométrie fouterreine. On n’a proprement à réfoudre , dans toute la géométrie fouterreine , que des triangles redilignes. Son premier théorème confifte à trouver par le niveau d’inclinaifon l’angle aigu dans un triangle redangle ; l'à-plomb marque la perpendiculaire ou verticale , & l’arc donne la quantité de l’angle ; les inconnus du refte du triangle fe découvrent par le moyen des tables des finus, & par les réglés de la trigonométrie, qui n’eft autre chofe que l’art de réfoudre & d’analyfer les triangles.
- 207. J’ai choifi dans "Weidler les plus eiTentielles des propofitions qui tendent à la pratiqne, au nombre de dix, favoir :
- 1. Triangle à prendre & à réfoudre pour trouver les dimenjîous (Tune mine de fer.
- 2. Tracer une ligne droite dans un terrein impraticable.
- g. Quel point de la furface correspond à un point donné deffous.
- 4. Tracer une ligne droite fur une furface inclinée & inégale,
- y. Tracer la ligne qui communique Tune mine à une autre,
- 6. Pénétrer T un point de la furface a un lieu donné de la mine.
- 7. Déterminer U point de la mine qui correfpond verticalement à un point donné deffus.
- 8. 9. Trouver l'inclinaifon & la direction des veines.
- IO. Opérations qui doivent fe faire à la furface du terrein , pour la rèfolution de la plupart des problèmes.
- A ces dix problèmes, dont neuf feulement font énoncés dans l’Encyclopédie , nous en avons ajouté deux autres pour deux cas particuliers intéref-fans , relativement à la profondeur des puits de mines.
- 20g- Le tems employé à l’enlevement des paniers de charbon du principal chargeage à l’œil du bure , peut être un article de calcul utile fur le produit journalier de la houilliere : dans une , l’extradion fe faifant par plufieurs puits ou folfes de profondeur différente , il s’agirait de favoir quel efpace de tems emporte l’extradion de charbon par chacun de ces puits. C’eft dans une circonftance pareille que les échelles logarithmiques font infiniment commodes, & aident à réfoudre promptement fans peine , avec le compas de proportion, les triangles rediügnes, & autres genres de proportion j c’eft aufti à ce cas que nous appliquerons la méthode de fe fervir de l’échelle de Gunter, afin d’éclaircir la notice fommaire que nous avons donnée de cet inftrument.
- 209. Le problème XIII eft tiré de l’ouvrage d’Agricola, De re metallica. Cet auteur , livre V , développe .en particulier, & très - nettement, la maniéré de mefurer par les différentes efpeces de triangles : il en fait l’application à la
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- recherche du nombre de toifes qui relient à fouiller d’une galerie de pied, ou areine commencée, & un bure qui ne l’eft pas, ou qui ne fe trouve pas entièrement profonde au niveau de l’areine que l’on pouife vers Je bure, ou à la recherche du nombre de toifes à fouiller pour,du bure déjà commencé , ou qui ne l’eft pas, atteindre l’areine. Cette connaiflance peut être intéreflante pour affeoir les combinaifons pour les frais à faire, ou pour hâter foit l’enfoncement du bure & le travail de la fouille avant que l’areine foit conduit au pied du bure , foit la pourchafle de l’areine jufqu’au bure.
- 210. La maniéré de mefurerdans l’un & dans l’autre cas, porte fur la di-menfion du triangle, que l’on fait être diftinguée fuivant fes trois côtés, qui font égaux ou inégaux entr’eux,ou fuivant fes angles, dont chacun a fes propriétés particulières j de maniéré que la figure la plus flmple de toutes, (les triangles) eft d’un très-grand ufage dans la trigonométrie, pour réfoudre par le feul fecours des triangles femblables, tous les problèmes trigonomé-triques. Nous donnerons en entier la méthode décrite par Agricola, pour s’en fervir dans la circonftance que nous venons d’expofer.
- 211. Parmi les pratiques des opérations de mines, ou relatives à ses travaux , il en eft plufieurs , telles que le mefurage , quelques points contentieux , même la folution de quelques problèmes, qui exigent au préalable la connaiifance du plan. Cette confidération paraît exiger quelques remarques fur la maniéré de rendre diverfement fur le papier quelques parties de l’intérieur des mines , pour aider à juger quelques circonftances relatives aux travaux & aux opérations, dans lefquelles il eft fouvent néceifaire d’avoir fous les yeux la pofition , les dimenlîons , les galeries.
- 212. On fent qu’il n’eft généralement polfible pour les mines, défigurer fur le papier que des furfaces planes, comme une partie de montagne coupée d’à-plomb jufqu’à une certaine profondeur, ou bien une fuperficie fer-vant de bafe à la maife , foit fupérieure, foit inférieure, que l’on exploite , laquelle bafe eft alors fuppoféç rafée au niveau. Les projections (a) qui peuvent être fenfiblement utiles dans les opérations de mines, fe réduifent par confisquent à deux efpeces : favoir , celle dans laquelle on préfente aux yeux une étendue de face , & celle où l’on repréfente une étendue en fuperficie horizontale. La première eft diftinguée par le nom de profil, la fécondé par le nom de plan géométral. "Weidler a traité amplement tout ce qui a rapport aux plans à lever dans les travaux de mines s nous nous arrêterons ici uniquement & très-fuccincftement au profil & au plan géométral, comme étant d’un ufage plus fréquent, & fur-tout comme ayant rapport à une autre maniéré
- ( a ) En perfpedive on appelle projec- plan, tels qu’ils paraîtraient fi l’œil était tion une certaine vue, félon lafituation des placé en certain point, corps dont on trace la defeription fur un
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- que nous communiquerons dans l’article fécond, pour remplacer plus utilement ces plans dans des cas de fpéculation particulière.
- 213. De /’ichnographie ou plan géométral d'une mine. Ce que l’on connaît généralement fous ce dernier nom , eft appelle autrement ichnographie ; ce qui lignifie la repréfentation du veftige ou de l’impreflion que l’on fuppofe être lailfée par un corps quelconque fur un endroit où il a été pofé. Les planches VI, VII, VIII, &c. part. II,font des exemples de ce plan parallèle à l’horizon, dans lequel tout ce qui y eft repréfenté ne Forme plus qu’un plan plat, comme Ci on regardait l’objet de haut. Toutes les parties de charbon, con-fervées pendant le tems d’une exploitation , ou pour fervir de piles & de fou-tien au toit des veines & galeries, ou qui étaient les murailles de ces galeries , font fuppofées rafées prefqu’au niveau des routes réfultantes des charbons exploités & enlevés.
- 214. Dès-lors on apperçoit feulement la trace de ces différentes parties de charbon , qui dans la mine fubfiftent en élévations ; ce qui rend fenfibles en même tems , & l’épaiffeur confervée à ces maiîîfs , non travaillés à deffein, ou à ceux qui doivent être attaqués dans la continuation des ouvrages , & les différentes aires (a) des fouterreins, & les directions données aux routes qui étaient pratiquées dans la mine. Le problème VI de Weidler a pour objet de faire l’ichnographie des fouterreins où l’on s’eft fervi de la bouffole.
- 21 Orthographie, profil, plan- élevé ou coupe d'une mine. Reéta pi dur a. On appelle ainfi la maniéré de repréfenter le centre d’une montagne traverse ou percée de fouterreins, & dans laquelle on veut faire voir la portion des routes inférieures & fupérieures, par rapport à la hauteur perpendiculaire des différens puits de communication creufés des premières veines à celles qui font au-deffous.
- 216. Le coup-d’œil des planches ichnographiques fuffit pour faire voir que la projection orthographique ne peut jamais exprimer affez clairement & affez nettement, que de très-petites portions des ouvrages fouterreins, tant fupérieurs qu’inférieurs. Il eft fbuvent très - difficile , on peut même dire impoffible, de faire fentir fans confufion, dans un plan de cette efpece, ces différentes parties. Lorfqu’il s’agit donc de porter un jugement fur quelque point contentieux un peu délicat, il n’y a de vrai moyen que celui de la defeente des experts dans la mine , à l’effet de vifiter les ouvrages. La feule circonftance dans laquelle l’orthographie eft utile, c’eft pour donner une connaiffance précife de la nature de la montagne que l’on fouille, des couches ou lits terreux & pierreux qui précèdent la mine, de l’ordre
- (a) Area.
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- dans lequel elles fe trouvent placées les unes fur les autres, de leur épaif. leur, de leur inelinaifon. On voit des exemples de ces profils dans les premières planches.
- 217. L’orthographie eft d’autant plus digne de remarque dans ce cas, que cette repréfentation d’une montagne coupée par le milieu, 11’eft pré-cifément qu’une efquiiïe (fié) ou repréfentation alfez aifée à faire à plufieurs traits fimples, fans être accompagnée des ombres qu’on a coutume d’ajouter au firïïple trait.
- Principaux problèmes de géométrie fouterreine , avec leur folution.
- I. Déterminer la profondeur dé un puits de mine. Les figures de l’Encyclopédie , & de la planche I de Weidler, relative à ce problème , repréferu tent le profil d’une galerie , & le puits ou bure dont 011 veut connaître la profondeur j les angles font mefurés avec le niveau. On commence de mefurer à la chaîne les hypoténufes, c’eft-à-dire, les côtés du triangle oppo-fés à l’angle droit ; & rélolvant les triangles rectangles , on obtiendra les côtés verticaux, qui étant ajoutés à la profondeur du puits, donneront la profondeur totale de la mine. On doit obferver fur l’ufage du niveau , pour la folution de ce problème, que le niveau 11e fuffit pas> & fi on l’emploie, il faut une fauffe-équerre ou récipiangle.
- Opération. On met un des côtés de niveau, voye^ fig. g , pl. XXXI, & on vifera par l’autre côté de la regle.au fond du bure avec cette précaution. Si l’œil eft à l’extrémité d’un des diamètres fupérieurs du bure, il faut vifer à l’extrémité inférieure du diamètre oppofé au fond du bure, où fera une lumière. Si l’œil eft en A, il faut vifer à B, où fera une lumière.
- Calcul. AC eft le diamètre fupérieur qu’on mefurera. C étant bien à-plomb fur B, & la réglé de 3 eft: A C eft à B C comme le rayon eft à la tangente j par exemple , fi le récipiangle donne avec un rapporteur l’angle CAB , de 57 ± degrés, & fi A C eft de 6 pieds, on fera le calcul fui vant :
- Tangente de 77L Logarit. 10. 6542448.
- 6 pieds, 0.7781512.
- Savoir 27 pieds, 06. 11.4323960.
- Profondeur du puits, 27 pieds 8 | lignes.
- II. Déterminer quel point de la furface de la terre répond au dejfus déun point donné dans une des galeries fouterreines de la mine. CETTE queftiou, à laquelle fe rapportent la fig. 11 de Weidier , planche II, & la X de l’Encyclopédie,
- (a) Monogramme, delfin monogrammatique , monochroma, monogrammusicon, delineatio iconica. . • .
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- fuppofe qu’on a levé avec le graphometre & la perche , le plan de la mine, & le plan fupérieur à ta furface des bures ou puits. Les deux plans comparés réfoudront la queftion.
- III. Déterminer un point de la mine qui correfpondra verticalement a un point
- donné au - deffus.
- Figure io, pl- //, de Weidler, & XIVde l’Encyclopédie. Il 11e s’agit que de réduire les deux plans au niveau j c’eft une affaire de projection.
- IV. Communiquer d'un point fur la furface de la terre , à un point ou lieu
- donné dans l'intérieur de la mine.
- Fig. 22, pl. II, de Weidler, & XIII de l’Encyclopédie. Il en eft de cette queftion comme de la précédente.
- V. Tracer la communication ou la ligne qui communique d'une mine à une autre.
- Fig. 23 ,pl. IV, de Weidler, XII de l’Encyclopédie. Cela eft décidé par le plan ou par la partie du plan, qui feule doit avoir été bien levée pour réfoudre cette queftion.
- VI. Déterminer la direction d'une galerie dans laquelle on ne peut faire îifage de
- la boujfole, l'aiguille étant troublée par l'action d'une mine de fer.
- Troijieme problème de Weidler, page S 7 5 fig- 9 ? pl- I > de ’Weidler, VIII de l’Encyclopédie. Lorsqu’il y a affez d’elpace, on peut tendre un cordeau, & placer de diftances en diftances la boulfole fous le cordeau ; par-là on verra quels font les plus grands écarts, & peut-être y aura-t-il quelques points du cordeau, où la boulfole ne fera pas altérée : fi l’on n’y réuflit pas, il faudra fe fervir des méthodes fuivantes.
- Dans le cas où la galerie aboutit à un puits, mettez fur l’ouverture du bure un cadran folaire que l’on fuppofe orienté , en lui faifant marquer l’heure qu’indique une montre réglée. La méridienne du cadran donnera la direction d’un des diamètres du bure que l’on barrera par un madrier. Ce madrier vu du fond du bure, fera diftinguer l’angle que fait la galerie avec la méridienne, en fe fervant du graphometre. Si la galerie n’aboutit pas au bure, il faut obferver avec le graphometre les angles de détours de chaque galerie qui conduit à celle qui eft lfous le bure, & mefurer à la perche là longueur de ces galeries : ce qui fufïira pour les diriger toutes. La première qui eft fous le bure , ayant une direction connue avec la méridienne , le plan
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- fera levé. Lorfqu’il y a plufieurs bures, on lèvera le plan fupérieur avec le cadran & le graphometre.
- VIL Tracer une ligne droite fur un terrein inégal & incliné à l'horizon.
- Fig. 12,,pi. II, de Weidler, XIde l’Encyclopédie. On y procédé par des j allons ou la pomme en forme d'équerre d’arpenteur 5 cette derniere façon eft très - commode.
- VIII. Tracer une ligne droite à travers un terrein impraticable , ou plutôt trouver
- les deux extrémités & la direction à chaque extrémité de la ligne que Cort
- fuppofe traverfer le terrein.
- Fig. if, pl.XI,de Weidler, IX de l’Encyclopédie. Cette huitième queftion rentre dans la précédente, parce qu’il eft à fuppofer que le plan a été levé avec foin, & qu’il eft facile de tracer la ligne fur ce plan, de la fixer par des mefures.
- IX. X. Trouver la fituation , c’ef -à-dire , la direction & le pendage de la veine. Ce problème concernant la diredion, & celui concernant l’inclinaifon de la veine, forment les 14 & 15e problèmes de la Géométriefouterreine de Weidler. Nous leur fubftituons ici une méthode particulière , inférée dans les Mémoires de l’académie de Sucée, année 1747, tome VIII, page 149.
- Proposition I. Trouver la diredion & le pendage des veines de charbon de terre, par le moyen de trois ouvertures pratiquées en forme de triangle, fur une couche de ce minéral.
- Résolution I. Prenez la dimenfion de l’ouverture B b, qui eft la plus élevée , fig. 2, pl. XXXII, & notez exadement de combien les deux autres ouvertures A i, & C 2, font plus balles.
- Mcfurez la diftance horizontale de la plus profonde ouverture C 2 à la moins profonde B b : comme la différence entre la plus profonde ouverture C 2 avec fon élévation c 2, & l’ouverture la moins profonde B b, eft à la diftance b c, entre l’ouverture B -b, & C 2 s ainû eft la différence exade entre l’ouverture de profondeur moyenne A, avec fon ‘élévation a 1 , & l’ouverture la moins profonde B b , à une étendue fb, qu’on prend de b, fur la ligne b c, Si les ouvertures B b & C c. Une ligne tirée de l’ouverture la moins profonde B ‘b en //montre l’élévation de la couche, & une perpendiculaire fur la même ligne donne :à connaître la pente de la couche.
- Démonstration. Soit A B C la fuperficie d’une couche de charbon que l’on regarde ici comme un plan incliné ; foient B b, A 1, &C 2 , trois ouvertures creufées perpendiculairement fur la couche (a) : pofez
- : 1 r
- ( a ) Il faut ajouter dans \ajïgure,?m fommet de l’angle c a , la lettre b, corref-pondante à B j placer 1 fous a, & 2 fous c.
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- qu’en creufant on ait trouvé que l’ouverture C c était la plus profonde , & celle de B b la moins profonde : foient a i & c aies) différences des profondeurs d’avec celle de l’ouverture U b, qu’on fuppofe être la moins profonde : tirez une ligne exa&e par les points a b & b c, pour former les lignes a b & b c qui doivent être horizontales : par B tirez - en une autre B L, parallèle de la ligne a b, & une autre B K , qui foit parallèle avec b c : pofez que la ligne a f montre l’élévation de la couche : faites defcendre du point/une perpendiculaire /G, fur la ligne B K, & conti-nuez-la jufqu’en F, où elle rencontre la couche: tirez des points L A des lignes LG & A F, qui foient parallèles avec la ligne a f.
- Les triangles B K C & B G F étant femblables , on trouve C K : B K : : G F : B G i or C K étant égal à Ce — é B , B K doit être égal à b c. GF, ou L A égal à A a — £B&BG,ou£/eft la diftance du point / de l’ouverture B b i par cette raifon , fi l’on connaît la différence entre l’ouverture la plus profonde C 2 , avec fa dimenfion, & la moins profonde B b, la diftance b c entre ces deux ouvertures eft la différence exaéle entre l’ouverture de la moindre profondeur Ai, avec fa dimenfion a 1, & l’ouverture moins profonde B b ; 011 trouvera de même la longueur b f, tirée d’une ligne de a en/, ou entre l’ouverture de la moindre profondeur A a , & le point/montrera ainll l’élévation de la couche.
- Une couche de charbon étant regardée ici comme un pian incliné , il s’enfuit qu’une ligne perpendiculaire tirée de a en /, doit donner la hauteur de l’élévation & la profondeur de la couche , & l’on jugera que Pélévation doit être nécelfairement du côté où eft l’ouverture la moins profonde B b , & qu’au contraire l’abaiffement doit être du côté de l’ouverture la plus profonde C c.
- Corollaire I. Si les ouvertures A 1, C 2 & B b, font d’une profondeur égale , il s’enfuit que la veine eft horizontale.
- Corollaire II. S’il n’y a que deux ouvertures qui foient de profondeur égale, alors la ligne qui eft entr’elles dénote la dire&ion de la veine ; & la troifieme ouverture , qu’elle foit plus ou moins profonde, donne à connaître vers quel côté la veine s’élève ou defeend.
- Scholie. Il faut bien prendre garde que les couches qu’on a rencontrées aux ouvertures B b, A 1 & C 2 foient d’une même teneur } car fi l’on y obfervait une différence bien forte, ce ferait une marque que la veine & les couches auraient fubi quelqu’interruption, & alors on ne pourrait plus fe fier à ce calcul ; mais il faudrait que dans les champs on pratiquât tant d’ouvertures à différens endroits, jufqu’à ce qu’on en eût trouvé trois où les couches fuffent d’une même qualité & teneur : ce qui ne fera pas difficile à trouver dans un terrein inégal.
- Propo-
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- Proposition II. Trouver les degrés de l’angle que forme la pente d’une veine de charbon , fa direction étant trouvée par la propofition précédente.
- Résolution & démonstration. Mefurez la ligne af, & vous trouverez la longueur de la perpendiculaire b g : car les trois côtés du triangle a bf font connus, & A L étant égal à A a — B b, on connaît auiTi comment le finus total eft à la tangente pour l’angle A B N , qui donne le degré de la principale pente de la veine.
- XI. Application des principes établis à un cas particulier, eu opérations qui doivent fe faire à la fur face du terrein , pour la réfolution de la plupart des problèmes.
- ' Fig. if de l’Encyclopédie*, 20 de XCeklier, pl. IV. Ligne quil faut mefurer à travers des plans inclinés. i<->. Soit A B ,fg. 9 , pl. XXXI de la fécondé partie , la ligne qu’il faut mefurer, à laquelle on 11e peut arriver que par des détours ou des plans inclinés A C, B C.
- On place en A Vaflrolabe , & on obferve l’à - plomb A C qu’il faut tenir pour parvenir en C ; ce qui conftitue l’obfervateur en deux opérations.
- L’une confiflre à prendre la hauteur du point C, & l’angle qui forme ce plan avec la boufjole ou la méridienne.
- 2°. On mefureauili avec la perche l’hypoténufe de ce plan incliné A C. f. On fait les mêmes opérations que ci-deiTus pour la ligne CB ; fa voir , pour la hauteur ou l’abailfement du point B & fa longueur & direction avec la méridienne.
- Application. O11 part de A ; 011 a mefuré la hauteur de C avec la ligne horizontale , ce qui donne l’angle de hauteur CAD j 011 connaît aulfi l’angle N A D avec la méridienne ; & parce que A C a été mefuré à la perche , on la réduira à la bafe A D.
- Ou place l’inftrument, c’eft-à-dire, Vaftrolabe^ en C, & on prend l’angle de hauteur PCF, en fuppofant que C F foit la ligne horizontale, de même que l’angle que forment les plans verticaux B C F & A C D ; on mefure aufïï B C à la perche , ce qui la réduira à l’horizontale CF, ou fon égale D E , & 011 conclut l’angle compris , foit par la bouifole, foit par la méridienne.
- Le plan étant ainfi fixé à l’aide des lignes horizontales AD & C F, qu’on aura calculées , le point B fera déterminé, & fa hauteur au - deffus de A fera égale aux lignes de hauteur CD & B F , parce qu’on a toujours été en montant. (Ce ferait la différence , li. l’une des galeries avait été en montant , & l’autre en defeendant. )
- O11 fait donc combien A eh plus bas que B s on fait encore , par les lignes horizontales & par la méridienne, à quelle direction de l’horizon Tome XVII, K
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- ou de la boujjole il faut tirer la ligne AB; & puifque l’on connaît les lignes A C & B C , & l’angle compris A CB, ou plutôt A D E, on aura la longueur A B.
- Exemple. Soit la ligne AB, fig. io, qu’il s’agit de mefurer à l’aide des deux lignes ou galeries très-inclinées AC, B C, par où l’on peut conv-muniquer de A en B.
- A l’aide du niveau de Vajlrolabe, je cherche la valeur de la ligne horizontale A D , lavoir, par le niveau en mefurant, fig. u , les lignes de niveau 2, i ; i , 3 ; d, c ; qui font égales aux lignes parallèles A E, E F , F D ; c’eft-à-dire, leur fomme à la ligne A D: par Vajlrolabe, je regarde avec les pinnules combien le point C eft élevé relativement au point A, ce qui fe pratique en vifant du haut d’un piquet placé en A, à une bougie placée fur un fécond piquet de pareille hauteur, placé en C, & je mefure la ligne inclinée A C.
- Calcul. Soit la ligne AC, fig. io, de 47 pieds, & l’angle d’élévation CAD de 17 degrés, 011 fera le finus total, c'eft-à-dire, le rayon : AC:: Sinus A : C D.
- Cofinus A: A D.
- Logarithme de AC ou 47 pieds. 1.6720979. . . 16720979.
- , 9*46Ç9Hî* C°f-9 980^96;.
- Sinus de A = 17 degres o.
- 380332.
- 1.6926942.
- Donc C D fera 1 3,74 pieds, ou de 13 pieds 8 | pouces.
- Donc A D fera 44,94 pieds , ou de 44 pieds, 11| pouces.
- . On peut fuppléer aux calculs précédens , avec la réglé logarithmique de Gunter , en portant une pointe du compas fur le logarithme de 90, & l’autre pointe fur le logarithme de A C de 47, qui eft donné par l’échelle des nombres.
- La même ouverture portée depuis le finus logarithme de 17 degrés, & pareillement de 73 degrés, qui eft fon complément ou cofinus de A, donnera fur l’échelle des nombres , les qes termes 13,7 & 44,9 qu’on cherche.
- Réglé particulière pour convertir les décimales (a) en pouces.
- 100 : 74 : : 12 pouces 2$. 8 pouc. 88 & ioco: 94? pouc. 121^. 11, 34pouc.
- 74 ! 94T
- 12 12
- 148 1890
- 74 94î
- 8»88 IG 340
- On peut opérer ainfi fans calcul fur l’échelle logarithmique des nombres. Prenez la diftançe de 100 à 74 , & portez la même ouverture du compas depuis 12 pouces jufqu’à ce que l’autre pointe vous indique 8 | pouces.
- ( a ) On appelle décimale tout ce qui eft à droite par-delà la virgule, &cc font des dixièmes, s’il n’y a qu’un chiffre ; des centièmes, s’il y en a deux, &c.
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- Soit maintenant le point B plus bas que le point C de la quantité B F: ce que l’on aura trouvé par le niveau , de même que la longueur de la ligne horizontale C F. Si au défaut du niveau , on fe fert de Vajlrolabe qui donne l’abaiffement de f degrés, on mefurera C B, que je fuppofe de f3 pieds, & on calculera l’horizontale CF, & la hauteur B F.
- Calcul.
- Le finus total ou rayon : CB:: finus F C B : B F,
- fon colinus. ... : F C.
- Logarit. de C B = ^ pieds 1.7242759* • 17242759*
- , 9998Î442.
- Sinus de B C F ? degres 8.94029^0. ~'6,,or
- 10.664,-719. donc FC, ?2 pieds 8o
- ou de f 2 pieds 9 pouces , \ ou
- donc B F, 4 pieds 62 , ou de 4 pieds 7 pouces & demi, ou un tiers. Examen des hauteurs.
- X
- T
- différence 9 pieds , 12.
- C eft plus élevé que A de 13,74 pieds.
- B eft plus abaiffé que C de 4,62.
- Ainfi le point B fe trouve plus haut que le point A de 9 pieds 1 pouce Voyez fig. 10.
- Ainfi, puifque le point B eft encore plus haut que le point A de la quantité B E = 9 pieds, 12, je prolonge la ligne verticale B F jufqu’en E, afin de fixer le point E dans le plan horizontal qui paffe par A, & je mefure l’angle A C B, que forment les plans verticaux A C D & B F C. Soit cet angle de 43 degrés.
- Calcul de A E. On connaît les deux côtés A D & D E , ou fon égal C F, & l’angle formé par les deux plans verticaux, A D E.
- Analogie.
- Le côté A D =s 44 pieds, 947. eft au côté D E — ?2, 800. . . ”* 65*694»*
- Ainfi la tangente 45. IO 0699397. . . 49 deg. 36 min.
- ôtez 4S
- A la tangente du 4e terme. relient ~
- Enfuite la tangente de 4? (I.
- Eft à la tang. du refte 4d* 36'. ...... log. 8*9057697.
- Ainfi la tang. de la { fommc des angles inconnus 68 d- 300 10. 404602?.
- A la tang. de leur \ différence............11 d* 33' 19.3101722*
- Le plus grand angle. . . . . . , 8°° 3^
- Petit angle..................56° si'
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- XII. Déterminer le tems a employer pour remonter un puits dans une mine ou il y a un fécond puits. Une mine a deux puits d’extraction : un de ces puits fe trouve avoir 500 pieds de profondeur ; l’autre eft de 640 pieds plus profond : f 40 fécondés , c’eft-à-dire, 9 minutes font employées à remonter le puits le plus profond, à l’aide des chevaux & de la machine à moulettes. On demande combien il faudrait de tems pour remonter pareillement le puits de J’OO pieds.
- Je difpofe ma réglé comme il fuit :
- 640 Pietls : 5*40 fécondes,. . ^0Q pieds à 42i fécondés terme , ou 7 min. 2 fécondés. Je pafle fur l’échelle des logarithmes des nombres , l’une des pointes du compas fur 640, & l’autre pointe en arriéré fur ^40 i avec cette ouverture que je porte de meme en arriéré du logarithme de 500 , je trouve que la même ouverture du compas indique par fon autre pointe 422 \ fécondés, ou 7' 22,/, de tems.
- Soit un triangle re&angle, formé, par exemple, par l’un de ces puits, dont l’ouverture ou bafe du triangle fera 12 pieds, & l’autre côté égal à foo pieds ; on demande fous quel angle cette ouverture paraît d’en-bas, on fera : Comme foo : 12 : : rayon : à un 4e terme qui fera la tangente de l’angle que l’on cherche j je porte la pointe du compas fur l’échelle des nombres, lavoir fur 500, & l’autre pointe en arriéré fur 12: enfuite fur l’échelle logarithmique des tangentes, je place l’une des pointes fur la tangente de 4f degrés ; je trouve qu’elle eft égale au rayon j & la même ouverture du compas portée en arriéré, indiquera la tangente i° 22' { re-quife : ou bien félon la proportion alterne, au lieu de prendre de 50 à 12, par l’échelle des nombres, & de porter la pointe du compas en arriéré, conformément à la première opération fur la tangente 4$’°, afin que l’autre pointe indique i° 22 \ en arriéré , il faudra porter en avant & obliquement fur cette échelle, depuis le nombre foo jufqu’à la tangente de 45'0, &c. Le même intervalle porté aufli en avant depuis 12, au commencement de cette échelle des nombres, donnera avec la même obliquité fur celle des tangentes 1° 22' { tout au plus. Cette derniere pratique eft plus commode, en ce que la proportion alterne ne requiert pas d’auifi grandes ouvertures de compas que fautre.
- 'XIII. Calader combien il refte à fouiller un puits en profondeur, pour rencontrer le niveau dé un canal ou de /’areine commencée au pied de la montagne. Il s’agiti ou de mefurer un efpace qui n’eft pas encore percé, & qui eft fitué entre le puits & l’entrée de Pareine; ou de faire cette opération entre la bouche du puits & l’aqueduc , jufqu’à l’endroit de ce canal qui eft percé fous le puits ; ou enfin de mefurer un efpace entre ces deux points donnés. Voye-i fig. 1 , pl. XXXII5 de la fécondé partie.
- Si la fouille de l’areine n’eft pas avancée jufquau pied du bure, ou n le bure n’eft pas allez profonde pour que le canal y communique, il refte
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- un efpace à fouiller dans chaque extrémité de l’une & de l’autre de ces deux fouilles. Que ce foit dans run ou dans l’autre cas , voici comme Agri-cola décrit la maniéré de procéder : le mefureur fixe dans les galeries ou dans les areines, les termes des fuperficies, de la même maniéré que le maître des mines marque en-dehors fur la fuperficie les termes des routes fouterreines. Alors il faut mefurer le petit triangle, afin d’eftimer par lui le grand angle , & être fur - tout attentif dans cette opération à ne pas s’écarter de la vraie mefure ; car la moindre négligence en commençant, entraîne de très-grandes erreurs en finilfant.
- Comme les puits, attendu leurs différences entr’eux, ne s’enfoncent pas de même en profondeur, comme auffi les montagnes & les collines ne fe terminent pas de la même maniéré en plaine ou en vallée, on fait plufieurs triangles. Si le puits eft droit, il exige un triangle ortogone , c’eft-à-dire, à angle égal, lequel, félon l’inégalité, de la déclivité de la montagne , a ou deux côtés égaux, & eft appellé triangle ifofcde, ou trois côtés inégaux, & eft nommé fcalene ; car dans un triangle de ce genre, il ne peut y avoir trois côtés égaux.
- Si le puits marche obliquement, & eft creufé fur une feule & même veine dans laquelle on pouffe le canal, il fe fait de même un triangle à angle rectangle , lequel, félon la différence d’égalité dans la dévexité de la montagne, a auffi deux côtés égaux, & trois côtés inégaux.
- Quand ce puits étant oblique, fe trouve creufé fur une autre veine, & une galerie fur un autre filon, il en réfulte un triangle à angle obtus, ou dont tous les angles font aigus 5 le premier nommé obtufangle, leiècond appellé acutangle-.ni celui à angle obtus, ni celui à angle aigu, 11e peuvent avoir trois côtés égaux, mais félon la différence de déclivité de la montagne, deux côtés égaux ou trois côtés inégaux. Celui dont tous les angles font aigus a, félon la différence de la déclivité delà montagne, ou trois côtés égaux, ce qu’on appelle équilatéral, ou deux côtés égaux, ou trois côtés inégaux, ce qu’on nomme triangle ifofcde & fcalene.
- L’art du mefureur devient alors néceffaire, & voici comment il procédé. Aux côtés du bure on place un appui A, fi les poutres du hangard ne permettent point d’y établir une perche en travers ; on fait enfuite descendre dans le bure ou puits une corde D attachée au haut de la perche, & chargée d’un poids 3 alors le mefureur tend une fécondé corde F H, attachée à la tète de la première corde le long de la pente de la montagne feulement jufqu’à l’entrée de l’aqueduc I,& l’affujettit en terre au point G: puis de la même perche il fait partir parallèlement à la première corde D H, une troifieme corde K, chargée auffi d’un poids L, de maniéré qu’elle vienne couper l’autre corde F FI, qui defcend obliquement. Enfuite, de cet endroit où la troifieme corde K coupe la corde F FI, qui defcend obliquement à
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- l’entrée du canal, il commence à mefurer vers le haut la partie de cette corde F, qui defcend obliquement & qui va en H jufqu’à la tète de la pre-* miere corde D, & il en ôte cette première rnefure M. Enfuite, en recommençant par l’endroit où la troifieme corde K partage l’autre corde, il rnefure droit du côté du premier efpace qui eft entr’eiie & la partie oppo-fée de la première corde D; il figure ainfi le triangle, & annote de même cette fécondé rnefure N.
- Alors, fi le cas le requiert , il rnefure vers le haut l’angle de la première corde, produit par cette fécondé rnefure , jufqu’à la tète de 1 angle ; ce qui lui fait une troifieme rnefure, qu’il annote. Au furplus, lorfque le puits eft enfoncé obliquement ou perpendiculairement fur la même veine dans laquelle on pouffe l’aqueduc, il eft néceffaire que ta rnefure de la première corde réponde d’équerre en longueur à la tète fupérieure de la troifieme corde qui touche la fécondé. Ainfi, autant on trouve les premières mefures dans une corde entière descendante obliquement, autant les fécondés mefures indiquent l’intervalle qui eft entre la bouche de l’aqueduc & le puits creufé à la même profondeurs il en faut faire autant au troifieme intervalle qui fe trouve fitué entre la bouche du puits & le fol de l’aqueduc.
- Quand fur quelque montagne la plaine eft égalifée, le mefureur rnefure d’abord la plaine par la même méthode ; enfuite vers le pied de la plaine, il établit fou appui, & juge par fon triangle la partie déclive de la montagne ; & au nombre de toifes & de pieds par lefquels fe manifefte la longueur de cette pente, il ajoute les toifes de la longueur de la plaine, & comme la pente de la montagne fe releve quelquefois, la corde F ne peut defeendre du puits à l’œil du canal I, ou au contraire la corde ne peut defeendre de l’entrée du canal jufqu’au puits, & ne peut atteindre cet endroit. Le mefureur alors rnefure la montagne afin d’avoir un triangle jufte, & vers le bas, de haut en bas, il place fous la première partie de la corde une perche longue d’une toife, tantôt d’une demi-toile, & enfuite la toife entière : il ajoute enfuite aux angles une ligne droite qui lui eft néceffaire pour établir fon triangle.
- XIV. Manière de tracer les concevions de mines.
- La fig. i de l’Encyclopédie, relative à ce titre ( a ), repréfente des per-fonnages occupés à marquer fur le terrein, par des alignemens tracés fur la fuperficie, & par des pieux placés à certaines diftances, les mefures de terrein de la conceflion. Quelques-uns de ces perfonnages tiennent à la main la baguette divinatoire ( b ), ce qui fuppoferait quelqu’utilité dans ce moyen
- ( a ) Minéralogie, feptieme colle<ftion,//onr & travaux de mines,pi. III.
- ( b) Virgula divinay baguette divine ou- mercuriale, verge métallofophique.
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- dont les partions font obligés de rapporter les phénomènes à la phyfique occulte. Nous devons ici, & c’eft à quoi nous nous bornerons , prévenir le le&eur que les mineurs expérimentés ne font nul cas de cette pratique: un favant Anglais (a) ajoute feulement à ce fujet , qu’ils prétendent néanmoins que lorfque la mine eft ouverte, il eft poflible avec la baguette divinatoire, de trouver jufqu’où la veine s’étend : c’eft le point unique qui refte à conftater par l’obfervation. (b)
- Article II.
- Conjidirations préliminaires fur les fouilles de charbon de terre à entreprendre
- en grand.
- 218. L’extraction du charbon de terre en France,fe fait ou par les habitans pour leur ufage particulier fur leur propre fol ou fur d’autres ter-reins qu’ils tiennent à ferme des propriétaires, ou par le propriétaire qui fait extraire lui-même à fes frais & dépens. Ces extractions de peu de confé-quence chacune en particulier, ne comportent aucun art, aucun appareil remarquable : elles fe réduifent aux fimples manœuvres des terralîiers. Les exploitations en grand , telles qu’il ferait à defirer qu’il y en eût au moins une dans chaque province où il y a des mines de charbon de terre, ne peuvent fe faire que par pluiieurs perfonnes réunies enfemble de gré à gré, & de concert avec les maîtres des très-fonds (c), pour mettre les frais eu com-
- (à) M. Glandwil, Tranfacl. philofoph. ann. 1668, no. 39.
- ( b ) La ' figure 11 de cette même pl. XXXII, eft celle que nous avons promis d’ajouter pour la démonftration de la latitude de Liege, par une analogie des angles faits au centre des cadrans par la ligne de midi & les lignes horaires. Le pôle du
- monde eft P ; le pôle du vertical occiden-
- tal de 20 degrés eft -a- ; l’angle C eft droit, puifque le cercle paftant par P & P , fe trouve auift pafter par les pôles oppofés n du plan vertical déclinant de 20 degrés.
- En prenant la déclinaifon du plan 29 deg.
- la latitude du lieu ço deg. 39 min. on Fera 9.8021276.
- fe rayon 9.9729858-
- A ; Cofin. latitude 19.7751134.
- : : Cofin. de la déclinaifon du plan :
- : au Sin. de la hauteur du pôle , fur le plan 36 deg. 34 min. \
- Le volume de l’académie des fciences de l’année 1707 , renferme aufti cette folution dans un mémoire de M. de Clapiés, de la fociété royale des fciences de Montpellier , fur les analogies pour les angles faits au centre des cadrans folaires démontrées par l’analyfe des triangles rectilignes.
- ( c ) Avant l’époque des concédions obtenues par les fieursdela Rocque , deRo-berval, Grippon, de S. Julien, Vidal, de Bellefaigues, fous les régnés de Henri II, de François II,& de Charles IX , les propriétaires des terreinsde mines étaient désignés fous le no mût maîtres des très-fonds & des mines.
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- D U C HA RB 0 N DE TERRE
- mun, partager de même les pertes & les bénéfices, chacun félon les parts qu’ils ont apportées dans la fôciété. Dans quelques pays étrangers , notamment en Saxe & en Suede, ces compagnies pour les mines n’ont, pour ain/I dire, que l’embarras de ramaifier les fonds pour l’entreprife , & celui d’exécuter les travaux. Du relie., le gouvernement , par le miniftere d’une confeil de mine Se de deux efpeces d’intendans, guide ces fociétés, foit pour les ouvrages, foit pour les- claufes & conventions , qui par les réglemens font fixées entre les actionnaires.
- 219. Le berg-me'ijlre (a) , président du confeil & dont la première fonction eft de donner une permilîion qu’il ne peut refufer, dirige toutes les opérations en vertu de fa charge. Le jure du canton (b) , infpe&eur des travaux , dirige dès le premier mitant, par fes confeils , l’entrepreneur. Ces deux officiers publics veillent non-feulement à toutes les opérations des mines, mais encore aident de leurs confeils.& de. leurs inltructions dans les affem-blées, les alfociés,ainli que celui qui a l’adminiftration de lamine.
- 220. Lorsque quelqu’un veut fe procurer des actionnaires , (c) le premier officier, ou le juré du canton, s’il y en a un , doit fournir à l’entrepreneur un détail précis fur la nature de la mine, un devis des avances à faire en commençant, en un mot tout ce qui peut inltruire fûrement ceux qui feraient dans l’intention de s’alfocier dans l’affaire, de la valeur de la mine , & des frais à faire pour les ouvrages. Les entrepreneurs, les directeurs, les actionnaires, font conféquemment difpenfés d’avoir par eux-mêmes beaucoup de connaiffances : le gouvernement veille à la fois, & à ce que toutes les mefures foient bien prifes , & à ce qu’elles foient fuivies avec intelligence.
- 221. L’étranger a pour les mines des loix expreffes, des réglemens , des ordonnances (d) , un tribunal particulier (Y), un juge pour les affaires (f), un contrôleur fermenté, nommé en latin anùgraphus, antigrapheus (g) , Sic. Il n’en eft pas de même en France : les ordonnances , arrêts & réglemens fur le fait des mines & minéraux , ne paraiffent avoir eu jufqu’à préfent que deux objets en vue , l’encouragement à ces travaux, & l’adminiifration civile & politique de ces établiffemens , relativement au recouvrement & à la confer-vatiori du droit de dixième, exercé fur les mines par nos premiers rois. Les difficultés , les obftacles attachés à la nature de ces ouvrages dans leur exécution, 11e font pas applanies , & deviennent fans ceiîe pour les. entrepreneurs
- (a) Maître,directeur des mines. redit , Bergordnung. ' »>•'*.
- ( b ) Berg-Schreiber, G*, jurât us acîua- ( e ) Berg - AmtBerggericht1, G. Berg-
- rius mctallicus. Sting. Su. . . . •
- ( fy) Berggcnofft, G. qui a part dans (f) Bergrichter, G. les mines. (g ) Berg Schreiber. G. Scriba partium.
- ( d ) Ce droit s’appelle en allemand Berg- Agrie. ,
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- E T D h SES MINES. Partie II.
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- & leurs aflociés, des fujets réels d’inquiétude , de découragement & de pertes confidérables fans réuffite.
- 222. Les compagnies compofées ordinairement de conceflionnaires pref-que toujours fort étrangers à l’objet qu’ils entreprennent, & tout auffi peu iuftruits dans l’art de l’exploitation que les propriétaires auxquels ils font fubrogés pour le droit de fouille ; ces compagnies de conceflionnaires, ainfi que les autres , fout entièrement abandonnées à elles-mêmes dans le choix des moyens à employer pour ces travaux. Des dire&eurs, des prépofés, qu’elles fe font choifis comme elles ont pu , conduifent les opérations à leur gré. A la vérité, le réglement provifoire de 1744 fur les mines de charbon, par les articles 2,4, 7,6,7,8 & <?,impofe aux entrepreneurs les principales réglés de conflruclion des puits , des galeries , des percemens ; mais où font les garans de la docilité des entrepreneurs à s’y conformer ? Ayant à conduire fous terre des ouvrages qui ne font point fujets à vifite d’office, & que pefonne n’éclaire ni 11e rectifie en cas de befotn , ne confervent-iis pas bien pleinement la liberté de s’écarter félon leurs vues , leurs idées , de ce qui leur ell preferit par un arrêt du confeil V La négligence , l’ignorance , le prétexte d’économie , qui 11e peut être que mal entendu s’il n’efl pas dirigé par des connaifîances nettes & précifes , doivent la plupart du tems rendre la loi le jouet d’interprétations arbitraires. Ce qu’il y a de certain, c’eft que le plus grand nombre de ces compagnies par privilège ( & les autres feraient dans le cas, par les mêmes raifons de manque d’inflru&ions) n’ont pas répondu à ce que le miniflre en attendait pour une exploitation utile , & pour fournir abondamment à la confommation.
- 223. La plupart de ceux qui obtiennent un privilège excluflf de travailler une ou plufieurs mines , n’envilàgent abfolument, comme le remarquait feu M. flellot (a), qu’un moyen de faire promptement fortune. Ils s’occupent uniquement de tout ce qui tend à cet objet > ils finiffent fouvent, fl cela n’a pas été d’abord leur intention en follicitant la concefïion, par fous-traiter de leur privilège avec d’autres compagnies. C’eft donc en vain, tant que les chofes relieront dans cet état, qu’on fe flattera de voir réufïir des exploitations en grand , ou tant que dans ces affociations l’on n’apportera point de lumières fuffifantes , une confiance à l’épreuve des accidens qui furviennent, des fonds néceflaires pour fournir aux dépenfes, qui excédent quelquefois de beaucoup celles fur lefquelles on avait compté. En un mot, une compagnie dont les chefs n’ont pas pris auparavant une infinité de précautions, doit s’attendre à être ruinée dans un travail qui aurait pu réufïir à des entrepreneurs éclairés, intelligcns & économes. L’expérience conf.
- ( a ") De la fonte des mines, des fonderies, &c. traduit de l’allemand de Chriftophe-André Schlutter, page ix de la préface.
- Tome XVII.
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- tante que i’on a en France du défaut de fuccès du plus grand nombre de ces compagnies, l’exemple de vigilance que nous donne l’étranger fur les différentes parties des opérations & de Padminifiration des mines, dictent tout naturellement l’efpece de remede à apporter à la fréquence de nos entrepri-fes infrucUieufes ; on voit qu’il eft indifpenfable que l’entrepreneur ait pris par avance une idée des approvifionnemens & établilfemens à faire pour une exploitation en grand. Il eft également à fouliaiter que les directeurs ou prépofés aient fous les jeux une fuite de renfeignemens particuliers fur des parties de dépenfes & d’adminiftration générale, pour former un plan accommodé au local & aux différentes circonftances qui en dépendent. Nous allons elfayer,pour ces deux articles, de tracer une ébauche dont il fera poflible à un entrepreneur &. à un directeur intelligens de tirer parti.
- 224. Nous occupant des intérêts de ceux qui veulent entreprendre des fouilles de mines , nous ne perdrons point de vue les perfonnes qui fè trouveraient dans le cas de placer de l’argent dans ces entreprifes : nous les mettrons à même, par des obfervations eifentielles , de fe décider avec le moins d’incertitude poflible, à entrer dans ces fortes de fociétés ; & c’eft par eux que nous commencerons ce fécond article. On doit fentir que îïotre intention n’eft pas de traiter à fond aucun de ces objets 5 nous voulons fimple-ment réveiller la prudence des entrepreneurs & des actionnaires, qui fou-vent s’expofent par ignorance à des pertes qu’ils auraient pu éviter. Le Journal économique a publié fur cela deux inftru&ions fommaires (a). Les détails particuliers dans lefquels nous allons entrer ne relfemblent en rien à ce que ce journal renferme fur cette matière. Us feront néanmoins fuflRfans pour mettre fur la voie,& fournir des vues dont le développement deviendra aifé aux perfonnes qui fe trouveront dans le cas d’y avoir recours.
- Parère ou avis & confeils fur les fociétés pour les entreprifes de mines.
- 22£. Si l’on fe trompe en cherchant du charbon de terre où il n y en a point, il eft évident que la dépenfe fe tourne en pure perte , & devient entièrement ruineufe, d’autant plus qu’on s’opiniâtre très - fouvent par une forte d’entêtement, auquel l’orgueil & la mauvaife foi ont autant de part que le défit de trouver a fe dédommager. Le fait que nous avons eu occa-fiôn de rapporter ailleurs, les réflexions dont nous l’avons accompagné, les éclaircilfemens que nous avons donnés fur les fubftances combuftibles fu-jettes à induire en erreur, montrent aflez à combien de furprifes différentes on. peut être expofé dans les alfociations de mines, & jufqu’à quel point
- (a) Réflexions fur les moyens de décou- page 112. Réflexions fur ce qui eft principa-rrir les mines, & les précautions qu’on doit lement requis pour exploiter les mines avec obferver en les ouvrant, & fur les avantages fuccès. Mois de février 17^4, page 149 , qui en réfuhent. Alois de janvier 1751 , tiré des Avis économiques d’Allemagne.
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- on doit être fur fes gardes, quand ces alfociations ont lieu pour une mine de charbon que l’on vient de découvrir nouvellement.
- 226. Ce n’eft pas le tout de s’ètre mis à l’abri de toute efpece de méprife ou de fourberie fur la réalité de la découverte; quiconque a deifein d’entrer en fociété pour une mine en plein rapport, ne fe tient pas quitte des examens néceffaires pour placer fes fonds avec connaiiiànce de caufe. Il ferait avantageux de prendre des idées précifes fur cette matière, & (fi l’on ne peut abfolument fe tranfporter fur les lieux ) de fe procurer un plan ichno-graphique & un plan orthographique de la mine. Nous n’entendons point parler de plan ni de profil en deffm figuré, dont nous avons fait mention pour les opérations de géométrie fouterreine. A cette maniéré toujours incomplète, même en matière contentieufe , & qui eft naturellement très-dé-fedueufè, par l’impoifibilité de repréfenter la coniiftance, la qualité des terres ou des pierres, d’où néanmoins on eft à même d’inférer le plus ou moins de dépenfes qu’entraînera cette première fouille, on peut fubftitucr celle que je me fuis réfervé de faire connaître à fa vraie place : je fuis dans l’ufage de m’en fervir, foit pour me former le tableau de la compofition d’une mine que je vifite, foit pour obtenir en entier & bien exactement des informations & éclairciffemens fur tous les points d’une mine que je ne puis aller vifiter moi-même. Cette maniéré confiftc à dreifer une table, dont je donne i&i le modèle, fuivi d’une explication pour faciliter l’intelligence de fon arrangement.
- 227. A ce tableau, qui préfente dans tous les points la connailTance phy-fique de la mine, j’en ajoute ordinairement un fécond, relatif à cette même mine, ou telle autre qu’on voudra, mais fuppofée en plein rapport, 8c confidérée alors d’une maniéré générale fous les différens afpects que préfente ce travail exécuté en grand ou en petit, comme l’exploitation en elle-même, l’adminiftration , le produit & le commerce de la mine. Ce tableau, auquel l’ordre de fa conftrudion fert de première explication , fera placé ici à la fuite du premier, dont il eft une forte de dépendance ; nous indiquerons l’ufage que doit en faire une perfonne qui veut placer des fonds dans ces entreprifes. Nous le développerons davantage pour la partie de l’adminifirration, par une efpece de réfumé en forme de journal d’exploitation , en faveur des directeurs ou entrepreneurs, auxquels il importe d’avoir fous leurs yeux un état clair 8c diftind des ouvriers employés aux travaux, foit intérieurs, foit extérieurs, de l’extraction journalière,& des dépenfes , pour comparer les frais d’exploitation 8c d’admiiiiftration avec le débit. Cet état, tel qu’il eft, pourrait auffi fervir de mémorial pour les différens objets qui font dans le cas d’être fournis à une infpection, & qui forment la matière des procès-verbaux de defeentes 8c de vifites. Ces ades font en beaucoup
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- DU CHARBON DE TERRE
- de circonftances la bafe des procédures & des jugemens ; il efl; par conféquent très-important de n’y rien oublier. Nous terminerons ce que nous avons à dire fur la jurifprudence des mines , par déligner, article par article, les points qui peuvent former la fubltance de css rapports juridiques.
- Description ichnographique de la mine ou carrière de charbon , nommée . . .
- D ècbiiverte depuis . . V............................................
- Appartenante à. . . Exploitée _par . . Privilège 1 ................
- Située dans la province de généralité de....................... .
- Prés la montagne de.....................'......................................1
- Ç lime du village de.................................
- A la dijlance de < lieue de la riviere de.............................
- C lieue du grand chemin de . . . à
- Etendue ou fuperficie .... .... en malle ou par veines.
- Bandes, lits ou couches de terres, pierres, charbons fous la terre franche.
- O R D RE DE P O S I T I 0 N. • , -
- Couches. Epaideur. Epa. moy. Dénom. Nature. Circonltanc.
- i Pieds. Pouces. Pi. Pou. . . : _ Argilleufe. Coquilles.
- 2 Glaifeufe. Marcaff. Pyrit. Brouillages.
- 3 Sable. Marrons.
- 4 Ctaie. Eaux.
- S Roc. Fentes.
- 6 1 Toit. ' Pierres fchijl. Empr. ordin. extraordin.
- 7 Veine. f Direct. Saut, yInclin. Crains. Régul. Nature. Irrégulière.
- 8 Sol.
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- IO 1
- 11 Toit. y.\.'
- 12 Veine.
- 13 Combien de veines au-dejfous ? Sol.
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- DESCRIPTION orthographique de la carrière confédérée en exploitation, decouverte depuis.................................................................... . .
- Forêt, carrière, endroits d'où fe tirent les bois, pierres,
- briques ou terres à briques , nécefjaires aux travaux.
- Agrès , équipages portatifs...........................................
- Puits d’airage. Conftrudion. Profondeur.
- Puits a pompes. Puits d’extrac-Profondeur. TION.
- Machine. Forme.
- Hydraulique. Profondeur. ' Revêtiffement.
- Force des bois. Affemblage.
- Portée des madriers.
- Percement ou galerie de pied. Ufage (impie.
- Pour l’écoulement des eaux.
- Pour le travail de la mine.
- Longueur.
- Pente.
- TRAVAUX S O U, T E R R E I N S.
- Ouvrages des veines r t Puits. OuyRâges des veines
- supérieures. De communication des ou- " inférieures.
- Galerie principale. vrages fupérieurs aux vei- Comme pour ceux des veine s
- Etendue. nés inférieures. Supérieures.
- Diredion. . . Leur nombre.
- Pente. Leur, profondeur., ; . . -
- Piles de foutien. 'f , - ( . .
- Rameaux. ' " r ‘ ; : '
- Diftributions. r ;• r .
- Etendue. ' •- • • • :
- Piliers d’étai.
- Leur conftrudion.
- Entrepôt de chargeages. >
- • ,0, U T;I L S, jU S-T e N S I L E s.
- . • ' Pour les travaux; pour les eaux.
- : M É' T É- "O R E S.
- Eaux. ! Vapeur.
- Leur qualité., Suffocante.
- Quantité.
- Décharge. ..
- Principal puifard. .. Inflammable.
- Réfervoirs. ^
- Cuvelage.
- Usage SjPRO ce s.
- Travailleurs dans l’intérieur. Nombre.
- Paie à la journée.
- à la tâche. - '
- (Maladies.
- Employés au jour. Nombre.
- Fondions.
- Gages. - • • > * - -
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- DU CHARBON DE TERRE
- Noms.
- CHARBONS.
- Leur prix au pied de la Tr
- Transport a l’embar-
- Couleur.
- Efpece , bitumineufe
- mine.
- Extraction journalière.
- quement.
- Par voitures.
- A dos de cheval.
- Qualité. Confiftanee. r Pefanteur.
- Pyriteufe.
- annuelle.
- Diftance.
- Nature des chemins.
- Ufage.
- Prix au port. Commerce. Débouché. Exportation par eau.
- Charge & tenue des bateaux. Frais de navigation.
- Droits locaux, •
- 228. Dans la première table, les différentes couches dont la mine peut être compofée, font exprimées par l’efpace intermédiaire de (impies traits linéaires, tirés en longueur dans une direction horizontale i elles font numérotées dans l’ordre de leur pofîtion , à compter depuis la fuperficie jufqu’à la profondeur, terminée par le bas de la table. Ces lignes horizontales font partagées en hauteur , par des lignes perpendiculaires qui forment différentes colonnes : chaque colonne porte en tète l’indication des circonftances à ajouter en note dans chaque café ou chaque quarré, fur chaque bande terreufe , fur chaque couche pierreufe, fur chaque veine, fuppofées renfermées dans les entre - lignes, efpacées fufiifamment pour y écrire les annotations. En tète de ce tableau, font indiqués , pour y être ajoutés, le nom de la mine , du lieu le plus prochain, celui de la province ou elle eft fituée , de la riviere , de la ville, des grands chemins les plus voifins. Ces circonftances, félon qu’elles font plus ou moins favorables, rendent l’entreprife^de la mine d’une confé-quence toute différente ; il fera aifé de juger combien cette efpece de plan eft fu-périeur au deflin orthographique , par les détails dont il eft fufceptible , pour tous les points relatifs à l’entiere connailfance d’une mine que l’on veut décrire fommairement, & cependant complètement, ou d’une autre mine fur laquelle on veut fe procurer , fans s’y tranfporter foi-mème, tous les renfei-gnemens. En envoyant fur les lieux un de ces états tout drelfé, il 11e refte plus ’ qu’à remplir, conformément à l’intitulé de chaque colonne, les quarrés ou vui-des formés par les lignes horizontales, pour chaque couche ou bande à laquelle ils fe rapportent. Cette table renferme encore un avantage considérable, quant 4 à l’épaiffeur des différentes couches qui compofent le maffif de la montagne dont on veut connaître Porganifation : il n’eft pas toujours particable ,, même
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- ET DE SES MINES. Partie Iî.
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- à l’aide d’une échelle , de marquer cette dimenfion inégale dans une même couche ; au moyen des deux colonnes établies pour annoter les différentes épaiilèurs , on eft difpenfé de l’embarras d’une échelle.
- 229. La fécondé eft également commode pour voir d’un coup-d’œil la ri-chelfe de la mine, les facilités ou les difficultés qui peuvent lui être particulières pour les travaux , àraifon ,foit des eaux, foit des irrégularités dans les veines,foit de l’air , &c. la maniéré dont la carrière eft exploitée en grand & en petit, pour connaître, en un mot ,1a mine dans toutes fes circonftances. Son produit fera facile à juger , par ce qu’il en coûte pour les différentes opérations : nous avons donné quelques exemples de cette dépenfe courante, fur la mine de Bleffay en Ècoffe, fur la mine de feu M. le vicomte des Androuins, à Charleroy ; il ne refte qu’à comparer ces frais avec l’extraction journalière. Nous nous fommes attachés auffi à la faire connaître dans quelques mines. Afin d’achever néanmoins de mettre cet article plus généralement à la portée du commun de nos le&eurs, nous allons placer ici , pour une petite exploitation, une fupputation qui rendra fenlible le bénéfice du particulier exploitant feul fa mine.
- 230. Je prends la houilliere de feu M. le vicomte des Androuins, quant aux frais qu’elle comportait eu 1742. En fuppofant que le charbon qui çoûtoit f fols le quintal, eût pu être vendu conftamment 3 fols le cent pe-fanti deux atteliers doubles, tirant par jour 150 milliers ou ifoo quin-
- taux , pourraient produire la fomme portée ci . . . 22f liv.
- d’où déduifant pour le prix des atteliers à
- 32 liv. if fols l’un portant l’autre . . . 131
- il refterait ... 94
- Et quand on compterait les frais par jour à . .20
- il réfulterait de profit clair par jour. . . . 74
- 251. Ces deux tableaux, tels qu’on les préfente pages 84 & , quels
- qu’ils puiifent être , ne lignifieraient encore rien pour une perfonne que nous fuppofons n’avoir que peu ou point d’idée fur l’objet, & qui toujours 11e cherche qu’à s’intérefler dans une affaire qu’elle croit bonne. Un moyen bien fimple achèverait de fuppléer au défaut de lumières ; il conlîfterait à foumettre ces deux tableaux lorfqu’ils auraient été renvoyés de deffus les lieux, à quelqu’un au fait de cette matière. Un connaiffeur 11’aurait pas de peine à diftinguer les avantages & les défavantages de la mine , de fou exploitation , &c.
- 232. Après avoir pris fur ce que l’on pourrait appeller la chofe même*, toutes les connaiffances poffibles, il eft d’autres confidérations préalables à faire , & non moins fériéufes..
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- Dü CHARBON DE TERRE
- 233. La compagnie à laquelle 011 veut s’affocier, doit fixer d’abord l’attention ; ou bien c’eft un propriétaire qui, pour fubvenir à la dépenfe ou à la continuation de Tes travaux, fe trouve néceflité de partager pendant quelque tems fes bénéfices, avec un ou plufieurs affociés : alors tout gît dans le traité à paflTer entre les parties, & dans un mûr examen des conventions : nous en dirons un mot à là place. La chofe eft d’une plus grande importance & bien plus délicate, lorfque cette compagnie eft exploitante par privilège, ou fou s-traitante de cette première.
- 234. Le réglement pour l’exploitation de ces mines, l’hiftoire que nous
- avons donnée des exploitations dans différentes provinces de France , ont fourni l’occafion toute naturelle de eonfidérer ces privilèges quant au point de droit de propriété ou de domaine des maîtres de très-fonds, & de relever les abus qu’entraînent ordinairement, ou ces conceflions, ou les compagnies qui les exercent. - . * 1
- 23 Ces abus qu’il n’eft pas poflibîe de diflimuler, fe repréfentent ici de nouveau fous un autre point de vue,auquel on ne s’attend pas , 8c fous lequel ils n’ont encore été conlidérés par perfonne. En en retraçant ici un apperqu très-abrégé, mon but n’eft pas de m’appelantir fur tous les torts de ces compagnies. Je me propofe d’en faire envifager les fuites aux perfonnes qui veulent s’intéreffer dans ces entreprifes, leur faire voir que, fi elles 11e veulent pas être trompées dans leur attente, ces abus ne méritent pas moins de leur part les plus férieufes réflexions ; indiquer, en un mot, les précautions à prendre lorfque l’on veut s intérefler dans les mines. Ces privilèges doivent abfolument être regardés comme des titres de rigueur, il faut néceffairement les reftreindre dans la lignification naturelle des termes qui les expriment s c’eft une maxime inconteftable.
- 236. Rarement ces compagnies font bien attentives fur les engagemens auxquels elles fe font foumifes, ou d’exploiter plus avantageufement que les propriétaires, ou de procurer l’abondance, le bon marché & la fupé-riorité de qualité. Il arrive bien plus ordinairement que les concefiionnai-res négligeant entièrement de choifir le charbon qu’ils mettent en vente, ne font qu’une médiocre extradion aux dépens même de leur travail j & que par vue d’intérêt, ou par défaut de foin dans l’extradion, ou par manque de s’attacher de bons ouvriers, ils altèrent leur charbon. Cette remarque a été faite dans quantité d’endroits, & M. Voglie a fait ce reproche aux compagnies des mines d’Anjou.
- 237. On a pu remarquer dans le courant démon ouvrage, combien de eonceilionnaires fe trouvent en défaut fur toutes les claufes de leur privilège. Si l’on approfondit de bonne - foi & fans partialité les'reproches qu’encourent plufieurs compagnies 5 fi l’on veut fuivre pas à pas la marche
- tenue
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- ET DE SES MINES. Partie IL
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- tenue par quelques-unes, pour fe maintenir contre les réclamations des maîtres des très-fonds , on ne fera point étonné de cette chaîne fucceffiye de foulevemens furvenus à l’occafion de ces privilèges dans divers cantons , où le charbon eft fouvent le principal produit des habitans , que l’exercice du privilège réduit dès-lors néceflairement à l’indigence. Or , dès que les conceilionnaires méfufent de leur privilège , qui fouvent eft déjà contraire & au réglement de 1744, & aux droits inviolables des maîtres-de très-fonds , 011 lent que cette concelîion devient nulle , qu’elle peut & doit d’un inftant à l’autre être révoquée.
- 248. Ces abus devant immanquablement retomber fur la compagnie qui en eft ie principe , font, par conféquent, préjudiciables à Parfaire même. Les opérations continuellement dérangées , troublées , ralenties , interrompues par les oppofitions des maîtres des très-fonds, ou par l’animofité dune contrée entière, deviennent plus coùteufes ; l’extraction devient moins abondante, & par une fuite inévitable, les capitaux fournis par les intéreflés courent des rifques perpétuels. Ces rifques font encore bien plus grands » fi de la conceffion il réfulte des dommages, des déprédations, fi le privilège entraîne après lui le monopole, toutes fortes d’excès; car alors ce font de vrais délits publics , dont les loix civiles & politiques exigent la fuppreflion. Il eft donc de la prudence de prendre foi-même , & de faire prendre par quelqu’un éclairé principalement dans les opérations de ruines, une communication réfléchie du titre en vertu duquel la compagnie exerce la conceflion.
- 2^9. Il s’agit de s’aifurer, & cela n’eft pas difficile, s’il n’y a pas eu furprife dans l’obtention du privilège ; de pefer l’expofition des motifs fur lefquels elle porte , pour voir s’ils ne font pas illufoires 5 s’il y a eu manque de vérité ou d’exaûitude dans les allégations préfentées au confeil pour l’obtenir; fi en un mot le privilège eft bien en réglé, odroyé par édit, déclaration, chartre, lettres-patentes , arrêt du confeil, & revêtu de formes légales, (a) qui donnent feules la force de loi à ces grâces du fouverain, & qui alfurent aux compagnies dont nous parlons , utiles dans quelques circonftances , la pleine jouiflance du droit de fouiller dans le terreiu d’autrui.
- 240. Cela 11e furfit pas encore, on doit examiner fi la compagnie fatis-fait aux conditions du privilège. Se rend-elle coupable de quelque contra-
- ( a ) La déclaration du 24 janvier 167;, qui ont un effet fufpenfif, & que les cours qui réglé la forme de l’enregiftrement des peuvent, en recevant les oppoiitions, or-lettres - patentes, fuppofe que celles qu’on donnerqu’avant d’y faire choit, efles feront expédie fous le nom & au profit des par- communiquées aux parties, ticuliers, font fufceptibles d’oppolitions ,
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- vention formelle ? l’afFaire ne doit plus être regardée que comme une fource de procès avec les propriétaires, peut-être même avec une province. Le privilège auquel on veut avoir part , reconnu décidément hors de toute efpece d’atteinte & de réclamation, foit par la régularité de fou titre, foie par la régularité de la conduite des conceffionnaires , il relie à examiner fi l’affaire eft de nature à pouvoir fe foutenir. On peut à cet éga/d fonder fou jugement & fon raifonnement fur plufieurs points: i°. la (eneur dii privilège dans les circonftances ; 2°. la maniéré dont la compagnie eft com-pofée , foit quant à fa forme, foit'quant à la qualité de ceux qui la com-pofent ; la fituation de la mine, qui peut quelquefois être fi défavorable par fou éloignement des principaux matériaux, comme bois, pierres, &c. ou d’une riviere navigable, qu’alors elle ne mérite pas d’être exploitée.
- 241. Nous ne parlerons ici que des deux premières confidérations, relatives à la conceflion même 5 les circonftances dépendantes de la fituation de la mine , feront traitées à part, lorfque nous en ferons à développer les différentes parties de l’exploitation. Pour que la conceflion puilfe réuffir, il faut qu’elle porte fur une étendue fuffifante de terrein , & qu’elle foit donnée de même pour un efpace de tems convenable ; il faut que la compagnie foft feule dans la province, & de plus protégée ou accréditée par le minifterej que ceux qui la forment foient connus.
- 242. Une foeiété qui exerce un privilège auquel on reconnaît toutes les conditions que nous venons d’expofer, peut fe livrer à une entreprife en grand, & ne pas appréhender les dépenfes : en craignant d’en faire, on ne fera rien de bien, même avec une riche mine; il n’appartient d’être timide à cet égard, & de n’ofer faire des avances, qu’à une compagnie quia f b jet d’être inquiété fur la validité de la permilîîon qu’elle a obtenue. C’eft à ces circonftances réunies que l’on doit attribuer les heureux fuccès de la con-ceffion dont a joui le feu vicomte des Androuins ( a ) , auquel le Hainaut a
- ( a ) Nous ne pouvons trop répéter qu’en faifant dans toutes les occafions l’éloge de cette conceffion, à laquelle il n’y a rien à reprocher, nous ne croyons point du tout que l’on puilfe en tirer d’argument en faveur de ces privilèges ; nous avons eu foin de faire remarquer la différence qui diitingue cette conceffion d’avec celles contre lefquelies nous nous fournie s fouvent élevés, obtenues fur des terreins que les propriétaires faifaient valoir de leur mieux. Nous perdons même que , loin d’en arguer
- en faveur des concédions quelconques, il ferait bien plus vraifemblahie de s’en fervir contre les privilèges. Mon idée fur cela ne fera pas difficile à failir, quand on faura que par un arrêt du 9 juillet 1720, le roi, dans la vue de faciliter l’entreprife de M. des ilndrouins, accorda une gratification de 3 çooo liv. fur le tréfor royal, avec une prorogation du privilège pour quatre années ; que par un autre arrêt du 24 mai 1721, Sa Majeflé ordonna la délivrance de 200 pieds de chêne, pour cuveler les foifés &
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- des obligations confidérables. L’acte de fociété forme un dernier point d’examen, & non moins intéreifunt. Le plan général doit tendre-à aifurer invariablement la plus grande économie dans toutes les parties de i’adminif-tration, de maniéré que les premiers fonds ne s’épuifent pas avant qu’on l'oit parvenu à tirer du bénéfice, & que l’on évite néanmoins une trop grande épargne qui, dans plufieurs circonftances de ces entreprifes, peut devenir tout aulli dangereufe. Ce contrat doit exclure rigourcufement la multiplicité des régilfeurs , ou premiers prépofés,& établir la plus grande fubordination entr’eux & les employés en fous - ordre ; ces derniers ne peuvent être obfervés de trop près dans leurs manœuvres : c’efi; la feule maniéré de fe garantir , ou de leur ignorance , ou de leur mauvaife foi, ou de leur négligence. Enfin tous les articles de ce contrat doivent aifurer fins équivoques, dans les termes & dans le fond, les droits & les bénéfices de chacun des aifociés.
- Spéculations principales relatives à ladminiftration dune mine.
- Des loix & de la procédure fur le fait des ruines ; caractères effentiels qui conviennent à cette jurifprudence ; remarques fur celle qui efl établie au pays de Liege.
- 24}. On a vu combien les travaux de mines expofent à des procès, foit entre les aifociés, foit entre les maîtres des très-fonds & les entrepreneurs : c’efi: fur-tout dans les entreprifes de mines en vertu de privilège, que le relfentiment des propriétaires doit éclater fans relâche, & engager des querelles, des difputes toujours coùteufes. La procédure fait par çoniequent un point capital de Padminiftration ; ce ferait y manquer dans un article efientiel, que de ne pas s’occuper des moyens de rendre les procès rares & de courte durée, d’obvier principalement à leur influence fur l’aètivité.
- étayer les ouvrages : tels font les avantages qui, à l’honneur du minillere , feconderent l'habileté de M. des Androuins , & lui attachèrent fes aifociés. Les propriétaires ne font-ils pas de droit dans le cas de coûte efpece de préférence ? Qu’on les invite à fe réunir enfemble pour leur intérêt commun , qu’on leur accorde ie don ou la diminution du dixième royal, les exemptions de tutele & curatelle, les franchifes des tailles & autres fubfides, la pernr.fiion de prendre des bois, & tous les autres en?
- couragemens tombés dans l’oubli avec l’ancien réglement : on conviendra que toute la protection foutenue, dont le gouvernement honora à jufte titre l’entreprife & la perfévérance du comte des Androuins , fera bien mieux placée vis-à-vis des propriétaires, & qu’alors on parviendra à les amener à l’extraètion régulière tant delirée par le gouvernement, tant promife par les conceffionnaires ; on avouera aulfi que les chofes feront plus dans l’ordre.
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- ou même fur la continuation de l’entreprife, par les nouvelles avances que pourraient quelquefois exiger de grandes conteftations. Une compagnie prévoyante ne doit pas négliger d’avoir toujours en réferve une mafTe pour fubvenir aux frais de procédures : fl l’on eft alfez heureux pour qu’elle ne foit pas employée, elle fe trouve convertie en bénéfice.
- 244. Pour ce qui eft de la maniéré de pourvoir aux circonftances propres à éviter un procès, ou à celles dans lefquelles on ne peut l’éviter , il ferait utile d’intéreifer dans l’affaire quelqu’un verfé dans la jurifprudence, qui eût même exercé la profeflion d’avocat ; ii conviendrait de le choifir dans la jurifdiClion la plus voifine de l’endroit où eftfituée la mine, & qu’il fût tenu [à la condition expreffe de perdre fou droit à la part qu’on lui donne dans l’affaire] de fréquenter les différens travaux, foit intérieurs , foit extérieurs, afin de connaître directement & précifément la nature des objets particuliers, fujets à matière de conteftations; de pouvoir être en même tems le confeiller & le défenfeur de la compagnie ; accommoder les différends dans leur naifiance, inftruire régulièrement les juges de ce qui fait l’objet des procès. Cet aifocié , dont on n’a encore eu aucune idée, & qui voudra s’appliquer à remplir l’engagement qu’il contractera, n’aura pas feulement l’avantage de rendre fervice aux compagnies exploitantes dans les affaires litigieufes ; la notoriété de fcience appuyée fur une forte d’expérience résultante de l’habitude à voir les opérations de mines, ne peut manquer de lui mériter une déférence honorable, tant de la part des experts qui pourraient être, ou nommés d’office, ou convenus entre les parties, ou même de la part des intendans & autres commiifaires qu’il eft d’ufage de départir dans ces occafions ; & cet aifocié fe trouvera fouvent en état de leur donner des lumières. Il eft inutile d’obferver que pour cela il aura foin de s’inftruire autant qu’il le pourra des coutumes & des réglemens relatifs à cet objet en pays étrangers , d’en faire une étude réfléchie & comparée. , 245". Les différentes conftitutions établies dans les pays où les travaux de mines font en vigueur (*z), rapprochées avec difcerncment les unes des autres, font les fources uniques dans lefquelles il faut aller puifer un-plan de jurifprudence. La collection que j’ai faite d’un grand nombre de ces réglemens, deftinée à être ajoutée à la traduction de Weidler (é), abré-
- (a) Les conftitutio,ns de l’académie des Hornius, s’il eft poffible de Te le procurer, ' mines de Freyberg en Saxe , du confei! pour & qui a pour titre : Gqfparis Heinr. Hornii les mines à Weltin, de la chambre des J. C. & antcccjjoi is JVitebergcnfs, de libro mines à Halles, & de Vienne en .Autriche, mctallico , qui antigraphus Begen-Bufck du college des mines de Pétersbourg &de dicitur fdicdiafma juridicum, Wirtemb. Suède; ce qui eft dans Agricola fur les ar- ann. M. DCC. VI. in-4p, 108 pages, ticles relatifs à cet objet, lit. V, ne doit (. b) Sous le titre : Bibliothèque des confis être négligé, non plus que l’ouvrage de finitions J'ur le fait des mines dans plu>-
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- géra ce travail, fera par la fuite du tems une compilation d’un très-grand fecours, pour préparer les difpofitions des ordonnances & des réglemens qui nous manquent fur cette matière, & en former un code civil, politique & économique fur les mines.
- 24.6. Cette partie qui devait compofer une cinquième feétion de l’art d’exploiter les carrières de charbon, je l’en ai retranchée, comme ayant un rapport plus direcft aux mines métalliques ; elle renferme quelques mémoires choifis fur plufieurs fujets détachés, relatifs à la jurifprudence métallique ; de ce nombre entr autres eft celui que j’ai annoncé ailleurs, touchant les conccfjions ; ces privilèges y font examinés d’une maniéré abfolu-ment neuve , & propre à faciliter le jugement qu’on doit en porter : tout ce que l’on peut alléguer en faveur des concevions, eft expofé finis aucun déguifement ; ce que l’on peut obje&er contre ces privilèges eft de même détaillé à part : je difcute enfuite la queftion à fond ; & les argumens que j’établis font abfolument contraires, linon à ces privilèges en eux-mêmes, du moins au plus grand nombre. J’ai aufli fait ufage dans ce fupplément, de fragmens empruntés de l’étranger, entr’autres d’un ouvrage de M. Charles-Frédéric Zimmermann (a) en allemand. J’en ai tiré un mémoire, dont la connailfance m’a paru intérelfante ; c’eft la relation du procès qui s’eft élevé touchant les marches fouterreines entre les 7, 8, 9& 10e concevions, au canton de Hoenhbirk, dans le diftrid de Freyberg, d’une part, & les établilfemens des mines de Spath, d’une autre part.
- 247. Ce que j’ai recueilli dans la fécondé partie, le réglement du Lim-bourg, & principalement celui du pays de Liege , que j’ai rapporté en entier , peuvent fuffire pour fournir à l’homme en place des idées de réforme , de police, ou d’économie , applicables à nos exploitations. Toute perfonne inftruite dans la jurifprudence, fait que ce n’eft pas uniquement dans la connailfance des termes des loix que conlifte la fcience de ces loix, mais dans le jugement nécelïaire à en connaître la force & l’étendue. La philofophie dans laquelle toutes les loix, leur feus, leur extenlion, leur reftriction, ont leur première fource, le raifonnement & les principes de droit , faciliteront l’interprétation d’une loi qui quelquefois peut 11’être propre qu’au pays où elle a lieu, ou d’une autre qui n’eft pas aifez claire, & dans laquelle ?1 faut quelquefois pénétrer l’efprit & l’intention du légis-
- Jieurs pays ,• paragraphe fuivi d’un code du le tout éclairci par des relations hiftoriques, commerce du charbon de terre en France. par des examens circonftanciés, des obfer-( a ) jJcadc'mie des mines de haute-Saxe ; varions phyliques, des effais chymiques & ou Examen des fciences qui ont rapport méchaniques , accompagnés de remarques aux mines, félon leurs principes fondamen- publiées en plufieurs traités féparés, in-40, taux,avec une efquifiè de leurs connexions; 1746.
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- lateur. Ces fecours aideront à tirer des unes ou des autres des conféquences jufles & qui ne foient pas forcées.
- 248. En continuant ici de me montrer parti fan de la législation obfer-vée au pays de Liege , il ne m’ell pas pollible , fans me rendre fufpeét d’atfec-tation ou de manque d’égards, de paraître ignorer que fur ce point je ne me trouve pas d’accord avec un auteur à la mémoire duquel je fuis attaché par le double motif de l’amitié qui nous uniffait, & de l’eltime due à fes talens , à fes ouvrages & à fes qualités perfonnelles.
- 249. Les perfonnes qui ont vu l’ouvrage de feu M. Jars, publié en 1774 (a), fe feront fans doute apperqu qu’il reproche à la jurifprudence de Liege plusieurs défauts, cntr’autres les procedures trop difpendieujes. Dans une matière également étrangère à M. Jars & à moi, nous ferions l’un & l’autre très-excufables de nous être trompés ; pour ce qui elt de moi, je n’éprouverais nulle répugnance à en faire ingénument l’aveu , fi cela était néceffaire. Plus d’une perfonne pourrait peut-être encore regarder la contrariété de nos fentimens fur cet objet, comme chofe atTez indifférente ; je crois néanmoins pouvoir la confidérer tout autrement, & devoir julfifier ici mon fentiment particulier. Ce n’eft pas, au relie , pour le faire prévaloir fur celui de M. Jars > je prétends encore moins faire une apologie oBicieufe de la législation Lié-geoife : ce ferait me livrer à une digreif on tout-à fait déplacée : le détail dans lequel je vais entrer en écartera toute idée ; il aura auffi l’avantage de mettre le lecteur en état de juger , non-feulement de cette législation en faveur de laquelle j’ai cru pouvoir raifonnablement le prévenir, mais encore de toutes les autres conffitutions de cette efpece qui pourront venir à là connaifîance. Pour cela j’établirai d’abord l’idée que je me fuis formée de ce qui doitconf-tituer elfentiellement la baie de la jurifprudence des mines ; je chercherai en-fuite à éclaircir les deux points diff cultueux qui ont autorifé M. Jars dans le jugement qu’il a porté fur celle de Liege.
- 2^0. Sans prétendre m’ériger en commentateur, ni en jurifconfuite , il me femble que tout ce que l’on peut demander en général dans un réglement de l’efpece dont il s’agit, doit fe réduire aux points & articles fuivans. 1 °. Que les formalités & délais de la juflice foient le plus prompts que faire fe peut, fans étouffer le bon droit. z°. Qu’il y ait des réglés certaines & uniformes pour le faire connaître , fans dépendre du caprice des juges. 30. Que dans l’ordre de la procédure , les parties aient fuffifamment le tems de fe défendre, & de fe procurer les éclairciflemens dont elles ont befoin. 40. Enfin qu’il 11’y ait rien d’inutile & d’abufif dans la procédure.
- (a) Voyages métallurgiques, ou recher- terre , faites depuis Tannée 17^7 jufques ches & obfervations fur les mines & forges & compris 1769, en Allemagne, Suecle, de fer, la fabrication de Pacier, celle du Norwege, Angleterre & Ecoffe , &c. avec fer-blanc, & plufieursmines de charbon de figures. Lyon, in-40, page 284.
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- 2fi. Les formes fuiviés à Liege par la cour du charbonnage, fàtisfont pleinement, fi je ne me trompe , à ces conditions : elles font aufii expéditives qu’elles doivent l’ètre 3 les intérêts des propriétaires , des entrepreneurs , des aiibciés, ibnt réglés & balancés par l’équité ; 011 y apperqoit cet efprit d’uniformité qui femble être le véritable cara&ere des loix ; tout y eft marqué du fceau de cette philofophie qui, prenant fa fource dans la nature, eft l’ame & la véritable fource de la jnrifprudence : tout, à mon avis , y eft fondé fur la raifon & fur la conftitution nationale. Il eft à remarquer au furplus, que dans ce pays il n’en coûte pas, pour plaider en matière de houillerie, plus que pour toute autre ; je préfume de plus, que feu M. Jars n’avait pas aifez fait attention à une circonftance qui peut entrer pour beaucoup dans le fait.
- 2f 2. Les points contentieux dépendent le plus iouvent du local fous terre ; pour le reconnaître & juger de ce qui eft en litige, il eft iudifpenfable de recourir à une delcente d’experts dans les ouvrages : ces vifites qui font très-fréquentes, 11e peuvent manquer d’être difpendieufes.
- 2S3- M. Jars, pages 1$^ & $78, attribue un grand inconvénient à l’article de la coutume , en vertu duquel celui qui , en exploitant fa mine , affainit les ouvrages de fon voifin, n’a droit de prétendre autre chofe qu’un remerciement. Il eft important, pour l’éclaircilfement qui va fuivre , d’obferver que les caufes & les motifs des. loix ne peuvent fe découvrir que par l’hiftoire du pays. Ce fecours eft plus d’une fois iudifpenfable, tant pour expliquer que pour concilier des loix dont quelques - unes font obfcures , dont d’autres paraiifent ou fe contredire ou même être injuftes ; de maniéré que la parfaite connailfance des loix d’un pays eftintimement liée avec l’hiftoire de ce même pays. Il n’eft perfonne qui ne convienne de cette vérité. Quand une loi femble bleller les principes d’équité, il n’eft point naturel de préfumer qu’elle foit injufte dans le fond ; le législateur n’a certainement pu avoir cette intention. Si, par quelque erreur ou quelque mal-entendu de fa part, la loi préfentait dans les termes un fens abfolument oppofé à la juftice, elle ne ferait point confervée : comment donc alors interpréter cette loi, & en fixer l’application? Aulu - Gelle, interrogé par un jurifconfulte fur un point qui concernait les aborigènes, &. qu’Aulu- Gelle ne comprenait point non plus, répondit très - judicieulement , qu’il faurait l’expliquer , s’il connaiilait le droit des aborigènes.
- 2^4. C’est précifément un cas femblable dont il s’agit ici. L’article critiqué par feu M. Jars, tient de même à l’hiftoire des principes généraux du gouvernement de l’état de Liege. Sa conftitution eft républicaine. Le premier titre de la franchife du pays , eft que le pauvre homme eft roi dans fa chaumière. Il n’eft peut - être aucun pays, où tout ce qui tient à cette conftitution fondamentale, foit obfervéaufïi flri&ernent. Excepté dans les cas d’ex-
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- trème néceflité, la législation n’admet aucune dépendance de particulier à particulier, ne connaît de raifon qui puifle être obligatoire au préjudice de la liberté ou de la propriété d’un citoyen. Nous avons fait connaître ailleurs , jufqu’à quel point ces deux privilèges, qui dans tous les états où l’on fuit les réglés de la raifon font directement fous la protection des loix, fe trouvent relpectés & maintenus à Liege ; avec quelle intelligence la conftitution libre eft fous la fauve-garde du tribunal des vingt-deux, dont la procédure vive & publique arrête la violence, intimide le puiflant qui voudrait opprimer le faible, &c. C’eft fous ces aufpices que celui qui a la propriété de fon côté, eft maître abfolu en toute occafion. S’agit-il de veines xhorrées ? le propriétaire impôfe la loi qui lui plaît, félon fes volontés. Un bure eft-il abandonné par les maîtres de foife ? le propriétaire rentre dans tous fes droits , fans être tenu à aucunes formalités. En tout, fur les articles de propriété & de liberté, la maxime reçue généralement en matière de droit, fummum jus, fumma injuria, n’a pas lieu à Liege ; la juftice trop fëvere & trop exacte n’eft pas une injuftice dans ce pays.
- 25‘f. Abstraction faite de cette particularité de la conftitution de Liege , on n’aurait pas de peine à trouver en d’autres pays des circonftances de l’efpece qui fait le fujet de la réflexion de M. Jars, & dans lefquelles rien n’autorife de réclamation de la part de celui dont le travail & les dépenfes ont procuré un avantage à fon voifin. Rendons la chofe fenfible par un exemple. Pierre , voifin de Paul, fe propofe de conftruire un chemin pour arriver commodément chez lui, & qui doit pafler tout près de l’habitation de Paul. Le chemin s’exécute à grands 'frais ; Paul en profite : l’avantage devient commun à l’un & à l’autre. Les loix civiles n’aflujettiflent Paul à aucun devoir, à aucune charge ni redevance envers Pierre, qui a travaillé pour lui feul, qui n’a eu en vue que fon utilité perfonnelle, & qui par-là eft dédommagé de tous fes frais. C’eft à lui, comme le dit M. Jars (a), à éviter, s’il le peut, de faire profiter fon voifin des dépenfes dans lefquelles il fe conftitue. Ce que demande M. Jars, ferait tout-à-fait oppofé au prin- « cipe du gouvernement, au génie du peuple Liégeois, à fes mœurs, à fes coutumes : ce ferait porter indirectement atteinte à cette liberté pléniere & tranquille de la jouiflànce & de la propriété du citoyen.
- 2f6. C’est fur le même fondement que porte le. droit de verfage, contre lequel M. Jars a cru auffi devoir s’élever. L’ufage du pays de Liege eft de payer le double dommage que ce verfage occafionne fur tous les fonds par où les eaux paflent, jufqu’à ce qu’elles débouchent dans une riviere ou dans un ruilfeau. M. Jars prétend que ce droit paraît injufte même aux gens de
- (a-) En parlant de la propriété des mines de- charbon, inhérentes aux maîtres des terreins où elles fe trouvent, page 372.
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- loi, vu que ce propriétaire ne contribue en rien aux frais. L’hiftorien & les jurifconfultes, qui font de cet avis, page $76 de fou ouvrage, n’ont pas pris garde, je crois, qu’alors cette portion de fuperficie par laquelle l’eau tirée des mines prend fon cours & fon iifue, rentre dans la clalfe de tout ce qui eft compté parmi les dommages à payer au propriétaire ; comme lorf-qu’on paie une haie, un arbre , une plantation de houblon, &c. quoiqu’il n’ait fait non plus aucune dépen-fe (a).
- Je n’ai pas befoin de m’étendre davantage pour faire voir que les défauts qui peuvent fe trouver dans la jurifprudence de Liege, touchant les houiüieres, ne font pas ceux que M. Jars a relevés. Occupé uniquement5 des recherches auxquelles il s’était confacré dès fa première jeuneife, 011 ne doit pas être furpris que ce favant, au milieu des fatigues attachées aux voyages qu’il entreprenait, n’ayant pas eu occafion de connaître l’efprit & les mœurs des différens pays qu’il vifitait, ait été dans l’impoflibilité de connaître la liaifon de leurs ufages avec leurs loix. S’il eût été à portée de le faire , ou s’il fe fût arrêté un inftant à cette réflexion, en l’appliquant aux doutes qu’il formait fur les articles que nous venons de difcuter, il eût été moins frappé de la décilion & des termes de la loi, que du motif de cette loi, dont il eût tiré une interprétation jufte.
- 2f8- Sur ce qui tient à la partie contentieufe, il ne me relie plus qu’à donner Vindex dont j’ai parlé, pour rappeller à l’idée les diflférens chefs fur lefquels peut porter l’infpedion des experts, lors de leurs defcentes dans les ouvrages fouterreins. Les procès -verbaux ufités en pareils cas,& dont nous avons rapporté des modèles au pays de Liege, font des relations par écrit de ce que les experts ont à remarquer, & de ce qui fe paifera dans leurs vifites. Nous n’avons pas ici à nous occuper de la forme particulière qui convient à la rédaction de ces ades, c’ell une affaire de ftyle purement arbitraire, & que nous laiffons aux gens du métier : nous nous en tenons à une vraie table des matières difpofées dans l’ordre où elles fe rencontrent en procédant à une vifite. Ce moyen, tout limple qu’il ell ï eft ce qu’il y a de plus commode pour aider & foulager la mémoire dans ces cir-conftances.
- Rôle ou plan minuté pour procéder aux vifites d'ouvrages fouterreins.
- 2f9.7^ES différens points qui peuvent être la matière de ces infpedions» & des ades qui en contiennent la relation, font :
- (a) Ce que remarque M. Jars, page 28Ç , vaille tout le territoire dont on a la pof-fur la méthode de lailfer à chaque limite feflion, foit par propriété héréditaire , foit d’unterrein acquis, trois toifes d’épailfeur par conquête , jufqu’à la ligneféparatoire . en charbon de chaque côté, n’eft ni de loi fans lailfer un pouce d’intervalle, ni d’ufage dans le pays de Liege ; on y tra-
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- 3 . Les galeries, foit fupirieures, foit inférieures , dans les mines qu’on pourrait nommer aplujieurs étages, pour Ipé-cifier la communication de ces galeries fupérieures & inférieures entr’elles, par bouxtays ou puits fouterreins. • n.
- Leur longueur.. , >
- Leur diredion. :i a . Leurs branches ou rameaux. I i Les piliers d’étai. • , . ’ - :
- Les dimenfions de ces piliers. Leurs diftances éntr’eux.
- Leur conftrudion.
- Les chargeages.
- Les hierchages. 1 0^.
- Les décharges d’eau. * :
- Les conduits d’airage.
- 4. Il eft utile de déclarer l’étendue de l’exploitation diftinguée en profondeur d’à-plomb„ - y
- en longueur de galeries , & le nombre des tourets. y. Le cas exige fouvent de terminer le rapport par quelques observations fur les changemens à faire, foit pour l’économie , foit pour la perfedion de l’ouvrage, foit pour procurer lafûreté de l’exploitation.
- 260. L’état que j’ai donné ailleurs , des ouvrages à Anzin & à Frênes, dans l’année 175*6, celui des travaux fuivis dans les mines d’Anjou, drelTé par M. deVoglie, peuvent fervir de modèle pour les détails à exprimer , félon l’exigence des cas.
- 1. Les fojfes ou puits. \\ ~
- Pour examiner. ; , :
- Leur nombre^ j
- Leur deftinatîon pour les pompes ,
- l’extradion, l’airage.
- Leur profondeur.
- Leur forme. ; ,
- La-nature des revêtilfemens.
- La force des bois , leur alfemblage, leur calfatage.
- La portée des madriers.
- Les cuvelages.
- Le principal puifard.
- Le principal chargeage. 1
- 2. Les veines de charbon.
- Pour en connaître l’allure,
- la diredion f l’épailfeur ,
- la conlîftance, l’irrégularité, la nature des crains.
- Tableau génital des dépenfes qu'exige un établiffement de fnïne.
- 261. La multiplicité des operations fuccefîives & variées qu’entraîne- la fouille d’une carrière de charbon de terre, la quantité d’outils, d’uftenfiles, de machines qu’elle exige, & que nous avons pâlies en revue, Papperqu des dépenfes confidérables à faire pour les travaux, pour les approvifionne-mens, & pour tout ce qui tient à l’établilfement, s’il.s’agit de l’entreprife
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- dans Ton premier début ; tout cela montre rindifcrétion qu’il y aurait de s’engager dans un établilfement auffi compliqué, ou de former une compagnie pour ces travaux, fans avoir d’abord calculé avec attention les .'frais auxquels on doit ou on peut s’attendre. On ne peut qu’être expofé à des pertes confidérables , ou bien à être fans celle arrêté par le manque de fonds , Ci ce calcul eft inexaeft ; & il ne manquera pas de l’être , à moins qu’il n’ait pour baie un tableau général, auffi complet qu’il fe peut, de tous les objets fur lefquels portent les frais d’une entreprife de cette nature, foit dans le premier inftant, foit dans le cours de l’exploitation.
- 262. Afin de ne rien 1ailler échapper de ce qui peut entrer en frais, on doit confidérer trois différens tems dans cet établilfement, & diftinguer, relativement à.chacun de ces trois états, les dépenfes en trois efpeces ou trois clalfes : celles qui précèdent toute opération effe&ive fur le terrein où l’on fe propofe de travailler ; celles qui font uniquement relatives à la fouille, pour aller rencontrer la veine ; & celles qui ont cours lorfquc l’exploitation fournit à la continuation de Pentreprife.
- 263. Dans le premier état de depenfe , on doit comprendre l’acquifition
- des terreins fur lefquels on fait l’établilfement , les droits à payer aux feigne propriétaires, les dédommagemens dus aux particuliers , fur
- lefquels on fouille, ou fur le terrein defquels on établit quelque attelier. L’achat des chevaux nécelfaires pour quelques travaux , comme de ceux deftinés à faire agir la machine d’extradion, eft, à la vérité, de la moindre conféquence, ces chevaux pouvant être aveugles, & préférables d’ailleurs à caufe du bon marché.
- 264. Lorsque l’on procédé à l’enfoncement du bure, la dépenfe forme un fécond article dillind & très - important ; il eft quelquefois tel qu’il ne peut être fujet au calcul , à caufe des variations dépendantes de circonf-tances qu’il eft impoliible de prévoir , particuliérement dans un quartier qui n’a pas encore été fouillé pour du charbon de terre , & dont la nature eft par conféquent inconnue.
- 26f. D’après les deferiptions du terrein de plufieurs pays , abftradion faite des incertitudes perpétuelles de réuffir, ou de trouver le charbon , il eft aifé de juger que l’abondance des eaux, les excavations au - delîùs de leur niveau, l’inftabilité du fol, forment autant d’écueils, les uns plus em-barraffans que les autres; le local feul peut quelquefois doubler ou tripler les difficultés & les dépenfes de deux veines, par exemple, fuppofées d’une épaiffeur égale & fituées fous les rochers à une même profondeur dans le pays Montois , & a Anzin. La fouille & l’extradion dans l’une n’exige qu’un degré de force , tandis que dans l’autre il en faut 31, 42, jufqu’à
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- 47 , pour renlcvement des couvertures des charbons & des eaux.^Ainfi ,;daas le cas où l’on réuffit à fur monter les empêchemens, & où l’on n’eft pas obligé d’abandonner des travaux très - avancés, les délais augmentés par les eaux, les forces à multiplier félon les circoaftances, les obftacles plus ou moins difficiles, plus ou moins fréquens, plus ou moins aifés à prévenir, à écarter, augmentent les frais de maniéré que ce premier commencement d’ouvrages emporte en dépenfe un emploi de fotfds confidé-fables, dont la malle s’accumule es avançant ou même fans avancer dans les ouvrages, avant que l’on voie jour au fuccès de l’entreprife.
- 266. A la rencontre de la veine commence le troijîeme tems que nous avons diftingué. Il faut alors s’occuper de donner à l’établiffement fa dernière forme , conftruire des écuries , des hangards , des atteliers, des ma-gafînsj augmenter le nombre des chevaux, fe pourvoir de nouveaux uften-files , de nouveaux outils , s’approvifîonner en fer , en bois, en pierre, en brique ; augmenter les employés & les ouvriers , pour l’exécution des manœuvres, foit dans les ouvrages fouterreins , foit dans les différens atteliers & ma'gafins établis au voifinage de la mine. Toutes ces chofes difpo-fées, la dépenfe devient plus réglée, & coiififle uniquement dans les réparations annuelles, la nourriture des chevaux , le ferrage, l’en|£e]len des harnois , des voitures, les appointemens des régiifeurs, dire&eurs., commis, ouvriers employés chaque jour, tant aux foffes & aux fouterreins , qu’aux différens atteliers deffinés à la fabrique des machines , agrès & outils.
- 267. En 17f6, on comptait jufqu’à quinze cents ouvriers aux ouvrages de toutes les foffes de Frefnes & d’Anzin, & cent quatre-vingt chevaux, dont le ferrage était évalué à 36 livres par an pour chaque cheval. Dans l’état de cette dépenfe fe trouve auffi une fomme de quatre-vingt-dix mille livres, que les entrepreneurs avaient payée dans cette même année I7f6 , depuis l’établiffement des dixièmes & des vingtièmes, & celle de treize mille livres, dont ils étaient chargés alors par le dixième.
- 268• Si d’un côté les entreprifes de mines ne font couronnées par des fuccès , qu’autant qu’on a prévu d’avance toutes les difficultés de détail qui fe rencontrent dans l’exécution , il en eft de même pour l’établiffement auquel il ç’agit de procéder : quand on a reconnu une ou plufieurs veines , dont le travail fera profitable , l’exploitation avantageufe devient alors intimement liée avec le plan de régie , & il fera difficile à aiîeoir, fi l’on n’a pas d’abord1 pris la précaution de s’inftruire de ce qui fe pratique en plufieurs pays , fur les différentes ou principales parties qui compofent cette adminiftration, & relativement aux prix des journées. Ce ne fera que de cette maniéré que l’on pourra (avoir à peu près, félon la différence du local, fur quoi tabler pour la tâche des ouvriers employés dans les ouvrages fouterreins, foit ceux qui
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- détachent .le charbon de la mine, foit ceux qui de proche en proche Pâme-nent au pied du bure , Toit ceux qui aident aux manœuvres néceffaires pour le monter au jour. Il n’eft pas moins intérefîant, à l’aide de notices d’autres pays, d’être kiftruit du nombre de paniers ou de facs que l’on peut enlever de la mine en une journée, de la quantité qui peut s’en exporter de la folTe au port ^^rembarquement, &c.
- A mefure que nous avons expofé l’hiftoire des manœuvres de l’exploitation , dans les quatre principaux endroits où nous avons décrit ces travaux , à Liege, en Angleterre, dans le Hainaut Autrichien, & dans plufieurs provinces de France, nous avons donné, lorfque cela nous a été poffible, des notices fur quelques-uns de ces objets, & fur ce qui s’obferve à l’égard des falaires d’ouvriers. Afin de faciliter de plus en plus les fpéculations fur lefquelles on peut diriger un plan général de bonne adminiftration, nous ajouterons ici quelques nouveaux détails fur ces différentes parties (a), en fuivantle charbon depuis le premier moment qu’on le détache de la mine, juf-qu’à celui où il eft enlevé au jour, & emmagasiné au port de l’embarquement.
- 270. Dans la mine de charbon du roi Adolphe-Frédérich , autrement dit, de Boferup en Suede , dont nous avons décrit les fubftances , M. le baron deHermelin, maître des mines, rapporte (b) que le falaire des ouvriers eft à tant par tonne (c) ,fans y comprendre le,montage au jour: il eft enfuite différent félon que le travail fe fait fur les Jiappes-, en longueur , l’ouvrier eft payé par bralfe fur 6 à | de hauteur & 10 de largeur, y compris la conduite jufqu’au chargeage : lorfqu’on eft avancé dans le mine au-delà de 10 bradés, il y a une augmentation particulière. Dans les mines de Newcaftle, les ouvriers font payés , comme 011 l’a dit, par paniers de charbon, félon les endroits où ils travaillent. Dans la mine de Waixer, un ouvrier en fix ou fept heures de tems, détache depuis 15 jufqu’à 2f , & même 30 paniers, le plus communément depuis 20 jufqu’à 2^ 5 chaque panier pefant environ 6 quintaux de 112 livres , c’eft-à-dire , 672 livres.
- 271. Il eft cependant d’autres provinces d’Angleterre, où le falaire fe réglé
- (a) L’auteur dé la traduction de Schlut-ter oblerve qu’on exige ordinairement de ceux qui follicitent des concédions de mines, qu’ils répondent à plufieurs queftions, dont il donne rénumération dans la préface, page xiij. Cet état , de demandes feulement , fe rapporte pour les mines métalliques , à ce que nous exécutons ici réellement, Le cinquième mémoire de M. Zimmermann , fur un plan d’adminiftration de mine, félon fes principales parties, aura
- place dans notre Bibliothèque des confti-tut ions fur le fait des mines.
- (b) Remarques fur lamine de charbon de Boferup, & examen des autres charbons de terre de Scanie, troifieme trimeftre des Mémoires de l’académi#de Suede , ann. 1773 , page 236.
- (c) Mefure de 168 pintes, ce qui, à 04 pintes près, revient à notre muid de Paris.
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- fur les diftances,& où le nombre de paniers varie. Au pays de Liege, félon M. Jars (a), on affigne à chaque xhaveur , 4 pieds de longueur, fur } pieds de profondeur , pour -un quart de fa journée ; il eft obligé d’en faire quatre pareilles pour fa journée entière, qui lui eft payée fur le pied de r£à 17fols de France. La manière de régler le prix de la journée des mineurs à la toife , au quintal ou autrement, eft aifez difficile à déterminer. Si on réglé le prix-de la journée des ouvriers fur le nombre des mefures qui fortènt de la mine , cela n’eftpas fans inconvénient ; l’ouvrier pareffeux ou intérelfé néglige ce que dicte la véritable économie, pour ne s’attacher qu’au moyen facile d’augmenter le prix de fa journée, par le nombre de fes mefures , en ne fe chargeant point du travail pénible. Par exemple, afin de fe procurer ce double avantage , l’ouvrier attaque le charbon dans l’endroit où il le trouve plus facile à fe détacher , où la malfe eft moins dure : pour cela il fappe par les fondemens les pilierk qui étaient les galeries, & fait écrouler le charbon s c’eft cette manœuvre qui , dans les mines du Lyonnais, s’exprime par le terme,/ùm: foudroyer: après ce foudroyement , l’ouvrier place des piliers de bois pour tenir lieu des malfifs de charbon qu’il a renverfés. Cette mauvaife manœuvre 11e peut fe réparer par des étais poftiches , qui ne font jamais conf-truits de maniéré à faire un foutien égal, fur-tout après que toutes les malfes voifines ont été plus ou moins ébranlées ; ce qui fait qu’en venant à fe détacher tôt ou tard , elles dérangent & troublent l’ordre fuccelfif des travaux, 272. M. de Tilly eftime qu’il convient, autant qu’il eft poffible,de faire travailler le mineur à la tâche, c’eft-à-dire, de lui donner un falaire déterminé par toife de charbon, lorfque la veine eft régulière, ou par toife de roche, fuivant la nature plus ou moins compa&e de ces bancs de pierre. Il doit en être de même pour les enfans qui trament le charbon; leur journée dans quelques provinces eft évaluée ordinairement à quinze ou feize douzaines de paniers , quelquefois à vingt - quatre , félon le trajet qu’ils ont à parcourir. Il eft bon de remarquer dans ees différences .de falaires qui fe donnent aux ouvriers en plufieurs pays , que l’on doit avoir égard à l’é-paitfeur des veines. Il eft fort différent d’avoir à travailler & à traîner des charbons dans des veines qui ont en épailfeur la hauteur d’un homme ou davantage , comme il s’en trouve à Liege, ou dans des veines dont l’épailfeur oblige l’ouvrier d’être dans une pofture plus ou moins gênée, comme dans la mine de Boferup , où elles 11’ont que depuis un pied jufqu’à deux pieds & demi de puijfance. (b) Le charbon amené au principal chargeage pour être enlevé au jour, & déchargé fur le pas du bure, devient nouvelle matière
- (.a) Page 302. geur & l’épaififeur d’un filon: on dit des
- ( b ) G. Macht. Su. Macgtighet : ce couches puijjantcs. terme, reçu en minéralogie, déligne la lar-
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- à. combinaifons , • pour fupputer.ice qui peut en fortir .de la houilliere en,une journée. La quantité qui peut s’enlever, d’une mine en douze heures de te'ms, eft relative à la profondeur du puits, & conféquemment à la machine établie fur l’œil du bure pour cette manœuvre. Avec le petit touret à bras ou vin-das , deux hommes tirent chaque fois 70 livres pefant. Avec les petites machines'à bras ,, dont lés payfans fe fervent pour une_profondeur de 20, 30 à 36 toifes , on ne peut tirer à la fois que 1 \o ou 200, tout au plus jco livres pefant, revenant à la charge d’un cheval. A la fuite de chaque enle-vement, il, 11e lailfe pas que d’y avoir certain tems perdu pour la befogne des traireifes au jour. On pourrait éviter ce coup de main, en fermant le bure avec deux battans, lorfque le panier eft arrivé au jour ; on pourrait encore, félon que le moulinet eft exhauifé au - deifus de l’œil du bure, gliifer fur la bouche du puits" une planche à roulettes.
- ? 273; Dans les hquillieres de conféquence , l’extracftion Journalière eft évaluée à Lfege.^à cinquante.traits (a) par jour; chaque} trait, félon la qualité de la houille, peut être eftimé de 2^00 à 2600 jufqu’à trois milliers, même encore au - delà , au dire des houilleurs de Liege. M. Jars penfe que cela ne peut pas aller à ; plus de deux mille cinq cents : je reviendrai à cet article en parlant de la profondeur des bures. En admettant le nombre de cinquante traits par jour dans les houillieres de Liege, il en réfulterait qu’en cinquante voyagesqui fe font en douze heures, l’extradion ferait de 12 f oco livres, pour la moindre charge; de 130000, pour la moyenne; & de tyoooo , pour la charge de trois milliers. Ce réfultat de cinquante traits par jour fuppofe au bure une profondeur telle qu’il y a quatre voyages par heure ; ce qui ferait beaucoup , même en mettant plus de quatre chevaux au hernaz. A Newcaftle, l’extraction eft évaluée en douze heures de tems à 89604 livres pefant.
- * 274. La derniere main-d’œuvre à donner au charbon , lorfqu’il eft arrivé
- au pas du bure , eft celle néceffaire pour l’emmagafiner près la riviere fur laquelle il doit être embarqué pour devenir objet de commerce en grand. Ce tranfport conftitue un objet de dépenfe & de manutention particulière : la diftance de la mine au port, la qualité du chemin qui conduit de l’un à l’autre, la maniéré dont cette exportation peut fe faire , influent dftférem-ment lur le nombre de voyages que peuvent répéter dans une journée les bêtes de fomme, ou les voitures dont on eft à portée de fe fervir dans le canton où la mine eft fituée; félon que le charbon fe tranfporte au magafiii à dos d’âne, comme à Braffac ; à dos de mulet ou de cheval, comme à
- (a) Ce mot exprime indifféremment les on doit entendre par-là la charge querap-p.miers, couffades & pellces ; il eft employé perte la couffade enlevée par la machine si dans preique tous les rendages deprifes: chevaux. ' ' • '
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- Cràufac, à Rivedegier 5 ou1 par voitures, auxquelles on attele des boeufs » comme àFims, ou des chevaux! Les charges exportées chaque fois dans f efpace d’une journée, emploient plus ou moins de tems à arriver au ma-gafnis l’équipage de mine comporte en conféquenoe une différente augmentation de chevaux, de bœufs, de voitures, de voituriers.
- 27^. On n’a befoin ici que'de ces indications générales, par rapport au* combinaifons auxquelles elles peuvent fervir de'bafe dans cette partie de radminiftrationd’iine mine , en connailfant, foit le trait de chaque cheval; (a) foit le tems que des voitures chargées de charbon emploient dans d’autres endroits à faire le chemin de la mine au magalin. A Newcaftle, par exemple , un feul cheval conduit de la mine au magafin , dans un chariot, fept chauchters , c’eft- à - dire, cinq mille trois cents1 pefant de charbon. (I) j -n •’ -g
- 276. Devant bientôt traiter en particulier de la fituation avantageufe d’un mine, je reviendrai fur les deux premières cireonftances dont je viens de parler, fa voir, la diftance du puits d’extradion à rembarquement-,'& la qualité du chemin de traverfe, qui donneront matière à des réflexions inté» reliantes furies voitures de tranlport & fur les routes.
- Réfumé pour fervir de journal d'exploitation., tJé,, ,
- MOIS ET JOUR. Journaliers. Ferrures. Extraction. ' En . magasin. Vente: 1
- Dans les ouvrages Ibuterreins. Journaliers dans les ouvrages à la fuperficie. ‘ Appointemens des employés. Voituriers. . . . Chevaux. . . . Bois. Lumières. Menus frais. Charbon de ie qualité. Toifes cubes. Charbon de ze qualité. Toifes cubes. Voitures. Charge. Beines. Compor- tes. Voies.
- (a) Le trait du cheval, ou ce qu’il peut (b) Le trait du bœuf eft plus confidé-tirer,eft d’environ 175 livres, en faifant rable;maisla lenteur de fa marche prend un pas & demi par fécondé, ou £ de liçue fur le tems du voyage, en une heure.
- Le
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- 277* Le point de vue fous'lequel nous.-confidérons. ici .un établiilement de mine,-, enrfaveur.de ceux-, quLfe .çli-fpofen.t à,en entre prendre,..ou qqi.peuvent fè. trouver chargés de la .direction d’une houilliere ftippofëe en ttaiu conduit naturellement à tracer un tableau plus rapproché des diiférens agrès que comporte un étabiiflement, & qui puilfe lèrvir de tableau de dépenfes fur ce point : ceux quicompofent à eux feulsrdes..machines,.feront traités à.part.
- ' :i - ' * i
- Equipage d'un attelier de mine, ou dénombrement1, des approviJionïumen&Méfef-., Jaires pour l'exploitation d'une carrière de charbon de terre.
- 278. Fers , fondes , forets , pics , marteaux , pelles , malfes , &c. chaînes de Fer, bandages pour lier les roues des voitures & les pièces de différentes machines. Quantité ;de légers ouvrages en fer, rappointis , nommés proprement ferrailles,(broches , crochets pour les machines & pour les cordes, pattes, agraffes pour lier les pièces des cailfes .& des tonneaux. Clous d’échelles , chevilles, écrous, clefs , crapaudines , viroles, vis, échelles de fer. Poudre à canon pour faire jouer la mine.
- <2,7<).Charpente'.ie. Pois pour eftanlillons, pour cuvelages,d’après des mémoires de feu M. le vicomte des Androuins. Ces deux articles feuls, en 17^0, pour les foifes de Frefnes & d’Anzin , pouvaient fe monter à 80 mille liv. par an.
- 28.0. Bois pour machines à molettes, machines à pompes, machines à feu , équipages de chariots. Coffres , caiifes, paniers d’extraélion, baquets, féaux. Dans les mines de carron en Angleterre, au lieu de paniers pour enlever les charbons de la carrière, ce font des féaux ou caiifes quarrées de deux pieds & demi fur chaque dimeniion, formées de planches bien ferrées; le fond s’ouvre à l’aide d’une charnière, quand on veut les vuider. Echelles. Chartelles, charrettes, brouettes .Pierres, briques pour les bures d’ex-tradion, & pour les bures d’airage. Graiifes & huiles pour les machines, pour lampes ou chandelles: en 17^6, félon M. le vicomte des Androuins, il en coûtait, pour s’éclairer dans les ouvrages de Frefnes & d’Anzin, plus de 35 mille livres par an. M. de Tilly remarque que des chandelles de quatorze ou de quinze à la livre , durent trois heures, s’il y a aifez d’air dans la mine. Il paraîtrait avantageux pour l’économie ,de les faire porter à la maniéré ulitée parmi les houilleurs de Liege, retenues fur leur chapeau dans de la gîaife; l’ouvrier alors 11e fe trouve pas dans le cas d’oublier fa lumière lorfqu’il quitte l’ouvrage.
- 28i- Cuirs pour les piftons, pour les chaînes & pour les féaux: dans quelques pays, en Angleterre, par exemple, c’eft avec des facs de cuir que l’on vuide & que l’on enîeve les eaux ; il eft de ces facs qui contiennent huit & neuf gallons. M. Jars , dans fon ouvrage -, rapporte que dans les mines de fer de
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- Nordmarck , province de Wermeland , & dans celles de Dannemora en Uplande, les cordes employées à enlever le minerai font de cuir ; nous en-parlerons à l’article des cordages qui peuvent fe fubftituer aux chaînes.
- 282. A tout cela il faut ajouter les frais particuliers pour la conftrudion des machines à molettee, àes machines à pompes , des machines à feu, dont les différentes pièces feront détaillées à part, à la fuite de quelques principes de méchanique. On doit feulement obferver que la machine à feu peut emporter à elle feule une dépenfe de 60 ou go mille livres.
- Des deux principaux atteliers & approvijîonnemens de mines.
- 283. Dans une entreprife de cette nature , un coup-d’œii général, tel que nous venons de le donner , ne fuffit pas ; la multitude d’outils , de machines, d’agrès & équipages de tout genre , auxquels on eft obligé d’avoir recours pour une exploitation en grand, fait d’abord appercevoir que l’établif-fement d’une fouille exige une fourniture abondante de deux fortes de matériaux , fer & bois. Le fer avec lequel fe fabriquent les outils , les chaînes , les crochets, agraffes ou pattes, les clous , a befoin , pour être mis en œuvre, d’être travaillé à la forge. Le bois indifpenfable pour les outils * les machines , les pompes , les épaulemens fouterreins, les hangards, &c. doit paffer par les mains du charpentier. De là deux atteliers à lever, 1®. une forge (a) , z°. un attelier où s’exécutent les ouvrages en gros bois) Les ouvriers de l’un & de l’autre de ces atteliers , journellement inftruits par rexpérience , bien i^iieux que perfonne , n’ont fans doute befoin chacun dans leur partie d’aucune inftrudion : cependant jamais un directeur de mine , un propriétaire 11e doivent tellement s’en rapporter à la capacité, à la fidélité de ces journaliers, à la vigilance des maîtres - ouvriers , qu’ils fe croient difpenfés de furveiller à l’achat des différens matériaux, aux travaux qui s’exécutent pour toutes les opérations de la mine ; mais lî ce propriétaire, ce diredeur, ou tous les deux, ne favent point la valeur des chofes ; Ci par eux - mêmes ils n’ont pas la moindre idée de la bonne ou de la mauvaife qualité du fer, du bois, des briques, des cordes, qui dans les petites houillieres peuvent remplacer les chaînes , il fera bien inutile que l’un ou l'autre aflifïe à la vifite ou recette de ces différens matériaux : s’ils ignorent le travail , comment pourront - ils juger du talent & de la befogne de l’ouvrier '< Leur préfence empèchera-t-elle que l’on ne mêle du
- (fl) On doit entendre par-là les petites ges font accompagnées de beaucoup d’uC forges ou fourneaux, dans lefquels on fait tenliles, comme foufflets , tenailles , pin-ehauffer le fer pour le battre & le travail- ces, broches ou tifonniers, pelles, cifeaux ^ 1er fur l’enclume avec le marteau ; ces for- étaux , limes , outils pour forer, &c.
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- Lois vieux à du bois neuf, que le charpentier ne foit négligent à ménager tous les bois, en les faifant iervir utilement?
- 284. Ces courtes réflexions laiffent d’abord entrevoirie confeil que nous voulons donner aux directeurs de mine , ou à un propriétaire qui par lui-même fait valoir fou terrein : il eft facile de renconnaitre qu’aux fonds con-fidérables à employer dans les trois différens tems de l’entreprife, il eft important de joindre des connaiflances dans les différentes parties de détail , dans l’achat du fer, dans le travail des ouvriers à la forge ; des idées précifes fur les bois & autres matériaux, fur ies outils & agrès pour leur fabrication , fur la conftruciion des hangards, des machines d’extraction ; un détail économique des uftenfiles, une conduite éclairée & économique dans les manœuvres; enfin cette intelligence doit s’étendre fur l’entretien, fur les réparations.
- 287 L’expérience 11e prouve que trop fouvent, combien ces fortes d’avis en (différens genres, font peu écoutés & peu liiivis : les perfonnes qui ont ici je plus d’intérêt à y avoir égard, font toujours difpofées à s’en rapporter aux gens du: métier qu’ils emploient, & que cela regarde directement. On ne peut nous favoir mauvais gré de defirer & de prendre à tâche, que notre invitation produife une autre impreflion fur les propriétaires , ou fur les directeurs de mine, auxquels cette derniere feétion de notre ouvrage eft particuliérement deftinée.. Dans cette vue, nous allons effayer de fixer leur attention, en leur donnant ,fur les différens objets qui fe trouvent fans ceffe à leur portée, des notions préliminaires j elles les mettront à même d’en acquérir de plus étendues.
- 286. Nous commencerons par expofer les maniérés de reconnaître un
- fer de bonne qualité, & un autre de mauvaife qualité ; nous tranfporterons enfuite le lecteur dans un attelier de forgeron ; nous lui ferons remarquer les phénomènes généraux que préfente le feu de charbon de terre fur le fer, lorfqu’on travaille ce métal au feu de ce foflile. Après nous être arrêtés fur les différentes efpeces de bois propres à être employés aux différens ufages relatifs à toutes les manœuvres d’une exploitation, nous paife-rons de même en revue les autres matériaux nécefftaires dans les entre-prifes de mines ; nous ne négligerons pas de même de l’éclairer fur l'application de la force des hommes & des animaux aux différens ouvrages de mines. 7. i .
- 287. Du fer conjïdéré à la forge,. Le fer eft un métal dur, fec, très-difficile à fondre, mais ductile ; la plus grande partie de celui qu’on emploie en France vient des provinces de ce royaume ; il n’eft pas fi doux ni fi bon que celui qui vient d’Allemagne, de Suede & d’Eipagne ; il ne peut
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- le. polir qu’avec le grès & ' Vémeril ( a ) : celui d’Allemagne fouffre un peu la lime. Il n’y en a nulle part d’auili bonne qualité qu’au pays de Liege, où l’abondance de cette matière entretient depuis long-tems un grand nombre de fourneaux. Je crois devoir à ce fujet relever une erreur qui le trouve dans le paragraphe IX, page T48, du fécond volume de Swedemborg , & qui a été confervée dans la tradudion publiée à la fuite de la defeription de l’art des forges &jfounieaux à fer. On y lit que, quelques années avant, le pays de Liege ne poifédait que huit fourneaux. Cette maniéré de s’exprimer‘en fuppolè davantage dans le tems que l’auteur publiait fon ouvrage ; c’était en 1734. J’Ignore Ci ceux qui exigent aujourd’hui font de ce tems; mais- il eft certain qu’il y en a actuellement au moins feize ; j’en donne ici l’énumération & la fituation , pour la curiofité de quelques le&eurs (é).
- 2g8* Le fer fe divifè en deux efpeces générales; la première eft le fer de fonte i autrement fonte de fer\ qui fe coule dans des moules conftruits ex=-près, & auxquels 011 donne la forme que fon juge à propos , pour faite des canons, des bombes , des boulets , des tuyaux de conduite, des poêles , des marmites , &c. Sa qualité eft très-aigre , dure & caifante. La fécondé efpece eft le fer forgé, réfultant des gueules (c), & qui ayant été coupé en barres, a été forgé & étiré, c’eft-à-dire, alongé en barres fous le martinet des grandes forges ; c’eft de celui-ci que l’on fait tous les gros fers , les chaînes, les tirans,. les eftieüx , &c. — J- ; *
- (a) Efpece de mine de fer très-dure, cendrée ou grifâtre , quelquefois brune ou rougeâtre. Pour employer cette pierre , il faut commencer par la réduire en une poudre extrêmement fine, la délayer enfuite dans l’eau , pour certains cas dans de l’huile, ce qui cil nommé potée d'émeril. .
- ( b ) Dans la banlieue de Liege on compte deux fourneauxfitués tous les deux fur la rivière d'Ourte ; lé premier eft à Froid-mo.:t, à une demi-lieue de Liege ; le fécond à Grivegnéc,un quart de lieue plus haut ; ils tirent leur mine de Beaufays au-deflus de Chaud-Fontaine , & de Bas-Ôha au-def-fus de la ville de Huv. Au marquifat de Franchimont il y a le fourneau de Suslen-vi’lej qui tire fa2,mine tant du-marquifat que de FBeauftiys... .Dans F entre - Sambre-jMeuieLiégéoife,quatre au département de Couvrin ; lavoir, le fourneau de Nîmes à M, Fouet, de Pernel à MAI. d’Eftrée & Bernard, de S. Roesk à AI. des Androuins,
- de la Patiner.ie à AI AI. Polcher & Châtelain. Au departement de Dailly, le fourneau de Gourieux à M. Brunet, de Rdli à Al. d’Ar± ehes. Département de Sileurieux, fourneau de Falemprife à M. Demanet, d’Ives à AI. Alafcard. Département de Florenne, fourneau de S. Lambert à AI. de Aîontpel-lier, de Froidment à AI. André Puiifant, de S. Aubain à AI: le baron de Rofe, de Morïalmt à AI. Puiffant fils , de Lavalètte à AI. de Cevc, de Poncet à Al. Tuilïant de Alarchiqnne. Ces fourneaux ne fondent que des mines de la,,province où ils font fi tués., & qui donnent! le meilleur, fer ? fort à la lime, dans lés feigneurîes marquées en lettres italiques, & dans les’fef -gnèùrîes de Freré & de-J a midi! e\ -- ’ '(4 1 On appelle; de cetaoni( rua gros' liai got de fer, qui dans fa [première ;forite a été coule dans des canaux triangulaires ; & formé en gros lincots du poids de 3 , 5, jufqu’à 6 mille livres.
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- 289* Le fer ', peur être en état d’être travaillé par quelques'ouvriers , comme maréchaux , taillandiers, &c. demande à être fondu une fécondé fois, en fâifanttpaffer les gueules par le martinet ( a ) , enfuite par la chaufferie ( b ) , & par l’enclume , pour le réduire en barres ; alors il fouffre la lime, mais ne peut plus fe fondre, & donne deux caractères de fer diiîê-rens , de fer fort ou dur à La Lime, & de fer doux à la lime. On forge à chaud & à froid,!mais plus, fouvent à chaud. L’a&foii de forger ou de préparer le fer à la forge, confifte à chauffer,'rougir le fer, pour le battre & le travailler, fur l’enclume avec un marteau, c’eft^à-dire, lui donner la forme qu’on veut. Cette opération de chauffer le fer fuffifamment pour être forgé, jointe à l’action de forger, s’appelle chaude; 011 dit, ce morceau a été forgé en- une:, deux, trois chaudes : néanmoins ce ternie exprime plus particuliérement le: degré de chaleur à donner au fer, ou le tems que' le fer met à être chauffeuravantr!d’être porté fous.le marteauv nous nous arrêterons en particulier à ceci.;dette manœuvre renferme' différentes vues, félon la différence dès-ofù vrages.) 1 °. Durcir la matière au marteau jufqu’à ce qu’elle ait perdff la dudtilité rc’eft ce qu’on nomme ècrouir. z°. Corroyer, c’elt-à-dire, adoucir le fer, l’affiner, le décharger.de fon laitier, lui.ôter, en le battant furil’-enclume, les pailles; l’alonger, le reformer, le fonder. 'Selon qu’il eft mal. corroyé «fou dé ou chauffé, il contra «fie des qualités diverfes.
- 290:-Lorsqu’il eft mal corroyé,, il eft rempli d’une infinité de pores très * ouverts , . ou de cèllules remplies de craffes, foit de cendre, de charbon ou: autres , d’où on l’appelle alors fer cendreux ; 8c fer* ceru , lorfqu’ayant été brûlé ou mal corroyé, il eft mêlé de ces craffes, comme font le plus fouvent les extrémités des barres. S’il eft mal foudé, il eft compofé de plusieurs lames pofées les unes fur les autres ; & lorfqu’on vient à le travailler -,dirfe divife en autant de parcelles, que l’on nomme des-pailles, & le îeCrfemommepnilleux. En- métallurgie, 011- nomme paille, dans les métaux, un endroit défectueux qui les rend calîans & difficiles à forger ; on dit fur-tout du fer & de l’acier., qu’ils font paiileux, & c’eft un très-grand défaut ; car outre celui qu’on vient de dire, ils fouffrent un grand déchet à la forge. Il ne faut!pas confondre avec ce défaut, desefpeces d’écailles qui tombent de la furface du fer quand on le forge à chaud, & qu’en, forgerie oiji nomme auffi pailles; elles font employées à faire le noir, & quelques autres1 couleurs des peintres fur verre ; tout cela dépend du feu qu’on lui a fait éprouver.
- ( a ) Efpece d’ulln3 dans les groffes For- fer paffe au fortir de raffinerie. On appelle ges, ainli appellée du marteau qui y tra- chaufferie le creufet deltiné à recevoir les vaille/ pièces, pour les chauffer à mefure qu’on
- (ê) Attelier des groffes forges, où le achève de les battre.
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- 291. Le fer , en fe chauffant, s’altere toujours un peu ; à un degré plus fort de chaleur, il fe grille; à (un degré encore plus fort, il fe brûle j.ourdit, alors que Je fer- eft furchauffe\ c’eft-à-dire ,rqu’il menace de'brûlér ,'ou efb menacé de brûler en partie, par le trop'de feu qu’on lui a donné. Lorfque dans une barre de fer, choifie chez les marchands, il paraît des crevaffes en travers,, c’eft un ligne-.que le métal a été furchaulfé.
- 292. Ce défaut,.quLôte aux métauxitoute leur qualité, eft ap.pellkfurchauf-
- fure; par quelques ouvriers ffourrures de fin On remarque en effet, que ce métal;& l’acier brûlés fe réduifènt en une matière fpongieufe , fragile, qui Ji’eft plus bonne à rien. • .. • -r j ;o
- 295. On n’exécute aucun ouvrage fur le fer , qu’il n’ait d’abord été chauffé au feu; c’eft par conféquent l’opération la plus commune, il femblerait de là que ce devrait être la plus firnple : il s’en faut beaucoup que ,cela'foit. ainll ; pour Jaf connaître & en juger , il fufïit de fuivre un ouvrier- dans cette, opération. Lorfqu’il a allumé ion charbon, qu’il faut toujours fuppofer un bon charbon ( ), de tems en tems JL jette de l’eau deffus. Il eft des ou-5 vriers qui de tems en tems découvrent le feu ; d’autres fe contentent de. retirer de côté le mâche - fer qui fe forme dans le fond de la forge. L’infper-iion, à laquelle les ouvriers attribuent l’effet déconcentrer la chaleur,'d’animer le feu, 11’en a probablement pas d’autre que celui tout oppofé. ,'de ralentir fa vivacité ;& par -là l’ouvrier , fans s’en douter, dirige fon feu, le rend égal. Dans les grandes forgés, on jette aufïi'de l’eau fur les charbons de bois qu’on y emploie. L’écartement du mâche-fer formé dans le fond de la forge eft plus raifonné que ne le croient les ouvriers; ce fond empêcherait le fer de chauffer également. -
- 294. Ceux qui découvrent le feu quand le fer eft près d’être chaud, jet-' tent deffus le fer un peu de fable fec, vraifemblablement pour diminuer lal chaleur. Cette méthode peut avoir fon avantage, en traitant certains, fersi aifés à furchauffer , comme les fers tendres, nommés auffi fers doux'.dû eft poffible encore que ce mâche-fer retiré de côté & encore enflammé, entretienne fuffifamment la chaleur'du fer, & tienne lieu d’un pareil rvolume de charbon, ce qui alors fait une économie; ou c’eft uniquement pour re-
- J • ' i 1: • Jf. ) f 'U
- ( a) Les ouvriers tenus de fe fervirin- d’autres notions ; perforine ne s’eftattaché diftinctement de,tous les charbons quftls à en'établir. Dans,l’article; troifieme., oà font à portée de fe procurer , fans être mai- nous confidérons le charbon deaerre j quant très du choix, fuppléent autant qu’il eft pof- à fon ufage pour les arts, nous indique-fible& aflez bien au défaut de qualité, par rons dans le plus grand détail les caraéte-la connaiffance que leur donne de ce char- res auxquels on peut diftmguer les diffé-bon l’habitude de l’employer : il n’en ferait rentes qualités intrinfeqües du charbon pas moins intéreffant qu’ils euffent fur cela terre. , _ > ^ ‘ '
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- connaître quand le fer eft chaud. Tout cela n’eft pas toujours fi* facile à reconnaître' que bien du monde pourrait le croire ; il fe forme fur le fer forgé avec le charbon de terre une croûte & une flamme claire qui empêchent d’appercevoir bien fenfibletnent le iignal de la chaude. Quoi qu’il en foit de la méthode, variée dans quelques points, il eft confiant, & perfonne ne l’ignore, quelles ouvriers de forge font parvenus, à la faveur d’une expérience laborieufe , à‘juger du point auquel ils^doivent chauffer leur fer, félon la qualité de celui qu’ils travaillent, comme le fer froid, qui eft peu du&ile, le fer caifant à chaud, très - difficile à forger, & qu’ils appellent bourelin, le fer aigre, le fer doux , &c. C’eft donc l’affaire d’une grande expérience d’œil & de main, & elle eft fûre pour ménager le' fer en le forgeant, pour juger à la couleur du degré de chaleur qu’il doit éprouver pour être forgé. Ce degré de chaleur, appellé chaude, (doit en conféquence être proportionné convenablement, & il a des marque^ particulières pour être reconnu. L’attention de découvrir un peu le feu, & de le retirer en-dehors, eft fans doute un des moyens naturels; mais un ligne décifif, c’eft lorfque la flamme eft blanche & mélangée plus ou moins d’étincelles brillantes , à proportion de fon degré de chaleur.
- - 29 f. Le lignai de la bonne chaude eft la fortie bruyante de ces étincelles
- fort brillantes, comme de petites étoiles blanches ; les ouvriers difent alors que le fer brafe (a). Quand ces étincelles font rouges , la chaude commence, & l’on-juge qu’elle eft faite lorfque ces étincelles font blanches ; ils attendent des degrés différens dans la couleur de la chaude, félon les fers. Il y a tels fers qu’il ne faut chauffer qu’à blanc , d’autres à qui il 11e faut donner que la couleur cerife, d’autres qu’il faut chauffer plus rouge, félon que le fer eft plus ou moins doux : pour les fers doux, il ne faut les chauffer qu’à blanc ; la couleur rouge blanc pour certains ouvrages, eft appellée dans quelques atteliers blanc de lune. On appelle chaude graffe, celle où le fer fbrtant de la forge eft bouillonnant & prefque en fufionfjil dégoutte même en parcelles fondues, comme une fueur , d’où on appelle aufli chaude fuante la chaude gralfe ; c’eft celle qui fe donne la première , lorfque le fer eft pailleux, & qu’il s’agit de le fouder : il eft alors à propos de ne frapper le fer qu’à petits coups; fi on le battait à grands coups, il s’écarterait en tout . fens ' en petites portions.
- 296. La maniéré de 1 forger n’eft pas non plus fi fimple qu’on le croirait bien : après avoir écroui le fer , il faut lui rendre fa duéUlité enlevée par le marteau en le rougilfant au feu; car fi , lorfqu’il eft écroui, on forçait le forgé, on s’expoferaitÛ faire cafter le fer : d’où l’on voit que les deux termes
- ( a ) Les ouvriers en fer fe fervent du terme brafer dans un autre fensr lorfqu’üs uniffent deux pièces de fer avec du cuivre. • .
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- dur & Gaffant ï-Sont fort bien rendus - par. celui A'écroui. La première caufe des calfurês-vient de faction de> forger i;'.L’endroit qu’on aura -battu à froid* caftera plutôt qu’un-autre qui Laura été moins: auffi on remarque ^toujours qu’uh bon forgeron .perd-moins de pièces par les caifures qu’un médiocre forgeron.
- 297. Il y a tant .de-maniérés de;forger le fer, félon les-différentes' efpe-ces d’ouvrages , qu’il n’elbpas poLïible de les. déterminer c’eft-à l’ufiage & à l’expérience qu’il faut avoir recours pour s’en inftruire; Nous;dirons feulement .que-, lorfqu’on met le fer an feu pour la première -fois,,' il eft abfo-lument néceflaire de lui donner , une chaude fuante, afin;qu’en lé frappant il puifte fe fouder & corroyer bien eiffemble. Enfuite^ pour finir l’ouvrage, il eft fuffilànt de le chauffer jufqu’à ce qu’il Toit rouge ou blanc, félonies différentes fortes d’ouvrages; & lorfque l’ouvrage eft fini, 011 le recuit, ou avant qu’il prenne des écailles, qui ordinairement en ouvrent les pores, le rendent craileux & difficile à limer lorfqu’il eft froid; on le laide enfuite refroidir fans le frapper.
- 298- S’il arrive que l’on ait befoin d’un fer très-doux, & qu’on n’en ait point, on pourrait avec du fer. très^caffant & très-aigre, en faire d’auffi doux qu’on jugerait à propos. Il s’agit de le réduire en petits morceaux applatis, que l’on joindrait enfemble en formé <de>/v&é, ainfi appelle félon l’art, & les corroyer ( a ) bien enfemble avec,le marteau après les avoir chauffes: ainfi plus le fer eft corroyé, & plus il devient bon. La plupart des- mines de fer, d’entre Sambre & Meufe , qui font un peu aigres , font' dans ce cas ; 011 eft obligé, pour y remédier , de les mélanger avec une mine plus douce quife prend du côté de Namur.
- Maniérés de reconnaître les qualités du fer.
- 299. Lorsqu’on a choifi une barre nette & forgée quarrément, il faut la plier pour connaître fou degré de douceur ou d’aigreur. Si à l’endroit plié on voit que le fer découvre comme fi on l’avait trempé bien rouge dans l’eau, c’eft une marque infaillible que le fer eft excellent ; cependant il peut être très-bon fans découvrir. Lorfqu’il n’eft pas rouverain, qu’il fe chauffe bien , qu’il fe foude facilement, qu’il eft ferme fous le marteau , il eft bon.
- 300. On appelle fer aigre ou caffant, celui qui fe caffe facilement à froid; on le nomme auffi rouverain ou fer acerain. C’eft un fer qui n’eft pas allez purgé de fon laitier. Il fe trouve de ces fers tellement aigres, que fi on ne prend pas la précaution de les foutenir d’un bout à l’autre, ils tombent en morceaux d’un côté, tandis qu’on les travaille de l’autre. O11 les reconnaît
- (a) Dans cette occafion cette expreffion lignifie fouder enfemble plufieurs barres de fer, pour n’en faire qu’une.
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- de plufieurs maniérés ; 10. à des gerçures ou découpures qu’011 voit traver-fer les quarrés des barres; z°. ce fer eft pliant, malléable à froid, & caftant? à chaud, lorfqu’on le travaille. A la forge ,1e fer acérain a auffi fes marques particulières; il rend une odeur de foufre; en le frappant, il en fort des étincelles femblables à de petites flammes en étoiles : quand on le chauffe un peu plus blanc que couleur de cerife rouge, il s’ouvre à chaud, & quelquefois prefque tout en travers de la barre, fur-tout lorfqu’on le bat ou qu’on le ploie ; il eft fujet à avoir des pailles & des grains.
- 501. Quelques fers, comme celui d’Efpagne , ont ce défaut; les vieux fers qui font reftés long-tems expofés à l’air, font fujets à devenir rouve-rains. Le bon fer a le grain noirâtre & ferré , il eft plus tenace que celui dont les grains font gros & brillans, & il cafle plus aifément que celui qui eft doux, qui fouvent eft caftant à froid ; il fe déchire en quelque façon , ce qui le dif-tingue de facier qui cafle net : d’où il réfulte qu’on peut diftinguer la qualité du fer forgé à la vue & à la feule infpection du grain, lorfqu’il à été cafle à froid & à la forge. Quand le grain en eft petit & ferré à peu près comme celui de l’acier , il eft pliant à froid , & bouillant à la forge : ce qui le rend difficile à forger, à limer & à fe fouder ; on en fait par cette raifon des outils pour travailler à la terre. Lorfque le grain eft noir tout au travers de la barre, le fer eft néanmoins bon & malléable à froid, doux à la lime ; mais il eft plus fujet à être cendreux , c’eft-à-dire, moins clair 8c moins lui-fant après qu’il eft poli ; il s’y trouve des taches grifes : ce n’eft pas qu’il 11e fe rencontre des barres de fer qui n’ont point ces défauts. Celui dont la caflure eft d’un gris noir tirant fur le blanc , eft beaucoup plus dur & plus roide,& par conféquent plus convenable aux gros ouvrages noirs (a); car à la lime , 011 lui remarque des grains qui ne peuvent s’emporter.
- 302. Il y a d’autres fers mêlés à la caflure ; ils ont une partie blanche & l’autre grife ou noire , le grain en eft d’une moyenne grofleur. Ces fers font réputés les meilleurs , ou également bons à la forge; ils-fe liment bien, prennent un beau poli, & ne font fujets ni à des grains, ni à des cendrures , parce qu’ils s’affinent à mefure qu’on les travaille. Lorfqu’après avoir été cafle à froid , le grain eft très - gros, clair & brillant comme Vétain de glace , connu chez les droguiftes fous le nom de bifmuth, il eft le moindre de tous , & également difficile à employer à la lime & à la forge. Feu M. deRéaumur a donné les indices qui fe prennent à la caflure du fer, pour juger de fa bonne ou mauvaife qualité.
- 303. La maniéré de reconnaître ainfi le fer à la vue, eft fort fujette à tromper ; les gens même de l’art n’ofent guere s’en rapporter à ces appa«
- ( a) En forgerie ce font les gros ouvrages de fer que peuvent forger les marchands taillandiers & autres, en vertu de leurs fhituts, comme focs de charrue, houes,fourches ,&c, Tome XFIL P
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- xencesfils aiment mieux, quand ils en ont befoin, éprouver le fer. Swe-demborg rapporte (a) la maniéré dont s y prennent les marchands en Suede-& en Angleterre , pour s’affurer de la qualité du fer qu’ils achètent, & qu’ils deftinent à être embarqué : nous croyons rendre fervice aux dire&eurs de mines , de placer ici ce détail.
- Maniérés ujîtêes en Suede & en Angleterre d'effayer la qualité du fer.
- 304. cc i°. Ils examinent l’extérieur des barres ; s’il eft rude au toucher, que les angles ne foient pas nets, qu’il y ait des fentes , des gerçures-, „ c’eft une marque qu’il eft vicié par trop de foufre j ils regardent encore „ s’il eft également uni & poli par-tout ( b ). 20. Ils choififfent une quan-,, tité de barres , environ deux ou trois par cent , qu’ils paffent l’une yy après l’autre dans une encoche pratiquée dans un gros bois ou dans yy un pieu fixement arrêté en terre. D’abord ils font décrire à la barre un yy léger arc de cercle, & la ramènent à la ligne droite : fi elle fouffre la yy courbure, & qu’elle fe redreffe bien, c’eft un indice d’une certaine tena-yy cité : ils recommencent à la plier & à lui faire faire un ou plufieurs tours , yy en la ramenant enfuite à la ligne droite ; fi la barre peut fouffrir cette yy épreuve c’en eft affez, le fer eft autant tenace qu’on peut le defirer. 30. yy Quand ils doutent de la nature d’une barre de fer,.ils la jettent de toute „ leur force fur un coin de fer arrêté dans un morceau de bois, ou fur 35 quelqu’autre point d’appui de fer & bien aigu , ou bien ils pofent la „ bande fur ce coin, & font toucher déifias avec des maifes ; fi les coups „ marquent fur le fer, fans qu’aucune partie de la barre fe caife, c’eft un yy figne de ténacité. Ils emploient encore, pour juger de la ténacité ou de yy la fragilité du fer, plufieurs autres moyens inutiles à décrire. 40. S’il fe >3 rompt en 2,3,4 011 S morceaux, comme il arrive fouverit, ou bien en }y plus ou moins de parties, fuivant le degré de fragilité qui eft dans la J5 totalité de la barre , alors ils- ont recours à l’infpection des grains pour „ découvrir la nature du fer ; ils le caifent en plufieurs endroits , afin de 35 pouvoir décider fi le vice eft total, ou s’il n’attaque que certaines parties. „ Souvent une barre caftera dans un endroit qui aura été trop chauffé, ^ ce qui fera un mauvais figne , tandis que le refte de la barre eft d’une bonne qualité. y°. Les marchands portent encore de ce fer dans une
- (a) Traduét quatrième feét. page 15 5,. les pores en paraiffent moins ferrés ; elle eft ( b ) U eft très-bon lorfqu’il eft fort noir, tendre au feu : il y a de ces fortes de fers & qu’il femble bien uni & bien lifte. Une qui deviennent plus caftans en les forgeant,, barre de^fer cajjant à froid, parait aucon- & qui ne peuvent être ni dreffés,,ni toux-fcraire rude à la main lorfqu’on la manier nés à froid.
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- 3, boutique, pour l’effayer au feu & fous le marteau, & favoir fi, étant
- 9, chauffé, il cede ailément aux coups , ou s’il y réfifte ; quelle quantité
- s, d’etincelîes & d’écailles il jetera; là, ils lie manquent pas fur-tout de le „ faire étirer en verge, & façonner en clous très-pointus, & du plus petit „ volume; quand ils font forgés , ils les tournent pour les faire calfer, afin ,, d’examiner encore le grain, & de comparer l’état du fer après l’épreuve „ du feu, à fon état antérieur à l’épreuve ; ils en font aulîi battre en feuil-„ les minces, qu’ils plient enfuite & replient, ayant foin de compter com-„ bien de fois elles auront elfuyé cet effort, pour en juger & décider fûre-,, ment de la ténacité du fer ; ils le font encore chauffer & tourner en „ fpiraies, en fils grolliers & autres menus ouvrages de différentes efpe-
- „ cos, qui à force d’ètre pliés 8c repliés, montrent la réfiffance 8c la force
- „ du nerf ferrugineux. Enfin , lorfqu’ils font venus à bout de les caffer,iis „ jugent de 1a qualité par l’ordre des grains & des fibres, ainfi que par „ leur dimenfion & par leur couleur.
- De £ acier.
- 305*. Nous avons remarqué, en donnant la première delcription des outils , que la plupart d’entr’eux fervant à couper des matières réfiftantes avaient befoin d’ètre acérés (a).
- 306. Les taillandiers fe fervent, pour acérer des marteaux, d’une efpece d’acier venant de Hongrie, en longues barres de 7 à g lignes en quarré & même d’un pouce, & qu’on appelle acier de Hongrie; les marteaux qui en font acérés ne valent rien , non plus que les outils à tailler la pierre, & ceux nécelfaires à travailler la terre. L'étoffe de Pont (b) eft à tous égards préférable à cet acier de Hongrie. L’acier venant d’Allemagne eft réputé le meilleur pour faire les outils ; celui de France , qu’on fait à Rives , en billes (e), fans être préférable à celui d’Allemagne , eft d’une bonne qualité. Quelques ouvriers ne croient pas cette opération néceffaire, ou du moins s’en difpenfent ; mais il eft à préfumer qu’ils n’en font pas mieux, & qu’il 11’y a de leur part que de la pareffe : en conféquence il eft important d’étudier fon acier avant de l’employer, afin de connaître le degré de chaleur
- (a) Accrer, c’eft fouder un morceau qués, tous les bouts d’acier qui ne peuvent d’acier à l’extrémité d’un morceau de fer. fervir , c’eft d’en faire de l’étoffe.
- ( b ) Prefque tous les ouvriers en fer & ( c ) C’elt-à-dire, en bârres de la grof-
- en acier appellent étoffe des morceaux d’a- feur d’un pouce , lefquelles fe coupent à cier commun, dont ils forment les parties moitié à chaud, d’un coup de tranche,de non tranchantes de leurs ouvrages; leur la longueur de quatre ou fx pouces, maniéré d’employer tous les ouvrages man-
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- qu’il exige ou qu’il peut foutenir, fans fouffrir aucune altération , afin de lui donner ce degré de chaleur avec précifion, de le tremper & le recuire en proportion de fa qualité.
- 307. On appelle acier un fer traité par le feu, de maniéré que fes parties en font purifiées, liées & raffinées; il eft alors plus blanc, plus folide ; fon grain eft plus petit, plus fin, & fufceptible de la plus grande dureté quand il a été bien préparé. Le meilleur eft celui qui eft fans pailles, veines noires , ni défauts de furchauffures, qui parait pet, d’un grain blanc bien fin, bien égal & délié lorfqu’on le caffe ; fi en le rompant, il eft plein de veines noires ou de pailles, il 11e vaut rien ; fi l’on y apperçoit des taches jaunâtres , c’eft une marque qu’il fera difficile à fouder & à allier avec le fer. Plus l’acier eft fin , plus tôt il s’échauife, plus il demande par conféquent à être ménagé à la forge; plus il eft au feu, plus il fe gâte ; un feul coup de foufflet de trop, fuffit pour le furchauffer & pour le décompofer : il eft donc important de le forger avec le plus de promptitude qu’il eft poiTible. Auffî la chaude pour l’acier, eft encore différente de celle pour le fer.
- Procédé pour reconnaître à la fois'le degré de chaleur qui convient pour fouder f acier, pour le tremper avec avantage, & connaître fa qualité par la beauté de foji grain.
- 308- “ Mettez au feu par le bout une barre d’acier, forcez un peu „ le degré de chaleur vers la pointe ; quand elle commence à fondre , trem-„ pez-la dans le fable légèrement, mais promptement, & remettez via au „ feu ; donnez de petits coups de foufftet pour le laiffer pour ainfi djre mi-M tonner; portez-le enfuite fur l’enclume , & battez-le à petits cdups de x marteau, mais précipités ; alors vous connaîtrez le degré de chaleur qui M lui convient, parce que ce qui aura été furchauffé à la pointe, tombera 9) difperfé ou enfemble en étincelles. Faites la pointe en pyramide , forgez-,, la bien quarrément jufqu’à ce qu’elle ne foit plus rouge ; & même pour „ éteindre plus tôt cette chaleur, trempez le marteau dans l’eau & battez-en ,, l’acier. Après cette opération, faites chauffer la barre couleur de cerile „ au bas de la pyramide, de telle forte que le degré aille toujours en aug-„ mentant jufqu’à la pointe; enfin trempez-la dans une eau propre, claire „ & fraîche.
- „ 309. Il faut l’émoudre fur une meule de moyenne hauteur, bien „ emporter le noir ou le feu de la forge, & bien blanchir les quatre Faces 5? de toute la longueur de la pyramide; enfuite poliifëz-îe avec Vcmeril fur „ la polifloire (a) , de telle forte qu’il n’y paraiffe aucun trait de la meule ;
- (a) Efpece de meule de bois de noyer, d’un pouce environ de diamètre, à volonté;
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- „ efïuyez-le bien avec des cendres fur le tablier de peau ; après cela exa-„ minez-le au grand jour, pour découvrir les veines de fer, s’il y en a ; „ vous les reconnaîtrez à la couleur blanchâtre & livide, au lieu que l’a-„ cier eft plutôt bleu que blanc, quand il eft bien poli, tirant même un „ peu fur le noir. Vous découvrirez les cendrures , s’il y en a, à des efpe-,, ces dé piquures d’épingles & en grand nombre ; vous verrez auffi les ,, filandres qui reifembleront à des traits de burin très-fin , qui feront di-„ rigés fuivant la longueur de la barre & point en travers. Une autre com-,, paraifon bien claire , c’eft qu’il fera fernblable à une glace fur laquelle „ on aurait fbmé une multitude de cheveux * ayant tous la même dire&ion „ de bas en haut.
- „ 310. Ayant reconnu & jugé des qualités extérieures, il en faut fonder ,, l’intérieur. Pour cet effet, commencez par caffer le petit bout de la pyra-mide avec un petit marteau. Cette extrémité eft celle qui a été trempée à la „ plus grande chaleur: fi l’on voit le grain gros , ouvert, luifant, c’eft un „ ligne certain que cet acier a été trempé trop chaud ; fi en caffant un au-3, tre petit morceau, on voit encore le grain gros , quoique plus fin que celui du premier bout, ce fécond a encore été trop chauffé ; continuez „ à caffer un troilieme & un quatrième, enfin jufqu’à ce que vous trou-viez le véritable degré de chaleur de la trempe: ce qu’on connaîtra lorfl „ qu’on verra un grain ferré , uni, blanc comme de l’argent, & point lui-,, finit, fur lequel on n’apperqoive aucune tache noirâtre ou grilàtre, tant ,, fur les côtés qu’au centre. Ces épreuves ne font pas également impor-,, tantes pour toutes fortes d’aciers: celui qu’on nomme acier fondu (a), „ n’eft point fujet à toutes les défeduofités de celui d’Allemagne ; toutes „ les parties de la barre font égales. Mais il n’en eft pas de même de l’a-„ cier d’Allemagne : il eft affez rare de trouver fix barres fur douze fans „ qu’elles aient le défaut d’être cendreufes ou jilandreufes ou ferreufes ; en forte „ qu’il faut effayer chaque barre que l’on veutc employer. Lorfqu’on n’en „ avait pas de meilleur que celui d’Allemagne, il fallait non-feulement ,, efiàyer chaque barre que contenait un barril, mais il fallait encore effayer „ chaque barre dans toute fa longueur. L’acier appelle fondu s’allie bien „ avec l’acier d’Allemagne, du Tirol, de Dantzic & de Styriej mais 011 ,, ne peut l’allier avec fuccès à ceux de Hongrie, du Dauphiné, &c. & 11e
- é’eft fur ces meules que la grande roue fait filandreux,ni à grains ferreux, nommé ainfi tourner, que les couteliers adouciffent & de ce qu’on alfure qu’il eft réellement fondu poliffent leur ouvrage avec de l’émeril & & paffé enfuite au laminoir par le moyen
- de la potée, fuivant l’ouvrage. de l’eau.
- ( a ) Acier qui n’elt ni cendreux, ni
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- lit
- DUC HA R B 0 N DE TERRE
- „ pouvant l’allier avec trop de gros acier, à plus forte raifon on le peut encore ,, moins avec du fer.
- Méthode; (Cadrer Us outils,
- ,, 311. Il y a différentes maniérés ôéacérer : s’il s’agit d’un marteau, „ foit de la tête ou de la panne ( a ), on commence par corroyer un mor-, ceau d’acier, de la largeur & de la forme de la tête du marteau, puis. „ 011 le foude à un morceau de fer mince, de la même formeenfuite 011 „ fait chauffer la tète du marteau & cette acérure, & l’on foude .le tout „ enfemble. S’il s’agit de la panne, on peut employer la même façon; mais „ communément on fend le côté de la panne du marteau, & l’on y inféré 9J un morceau d’acier, amorcé en forme de coin. Ces deux différentes ma-„ nieres s’appellent adrer à chaude portée ; elle s’annonce d’une maniéré qui 3J n’eft pas équivoque; la maffe de fer dégoutte comme à la chaude fuante. „ Mais il vaut mieux fe fervir de la troifieme façon, autant qu’il eft po£ „ fible , parce que la chaude portée eft fujette, quelque précaution que l’on „ prenne, à renfermer des craffes entre les deux furfaces appliquées , & à ,, fe deffouder.
- De la trempe de Cacier.
- 312. On doit entendre ici par cette expreflîon, l’action de durcir l’acier , ce qui s’exécute en faifant chauffer la piece au feu & la plongeant toute ^rouge dans l’eau fraîche, afin de la faire refroidir précipitamment. M. de Jufti, favant chymifte Allemand, a publié dans le premier volume de fes ouvrages, en 1760, un mémoire très - raifonné fur l’acier; mais nous croyons devoir nous borner5à continuer d’extraire de l’Art du coutelleries généralités les plus remarquables. “ Le tems influe beaucoup fur la trempe : „ il eft certain que l’acier eft plus dur dans le froid & dans la gelée, que «„ quand le tems eft chaud ; mais dans le premier cas la matière eft plus fujette ,, àcafler. Le grand vent y eft aufîi contraire ; le tems le plus favorable eft 3, lorfque le ciel eft nébuleux; le grand brouillard eft encore excellent. Le „ feu & l’eau font ce qui importe le plus pour la trempe. Quant-au pre-„ mier, comme il s’agit de bien appercevoir la chaleur de l’acier qu’on ,, chauffe pour la trempe, l’obfcurité eft plus favorable que le grand jour. „ Le feu ne doit pas être bien ardent ; quelques maîtres préfèrent la poêle à, à la forge. Les deux méthodes font également bonnes ; mais quand on en 9, a adopté une, il ne faut pas la changer, afin de contracter l’habitude de „ connaître précifément le degré du feu. Le défaut de la forge eft fouventle
- («) Partie de la maffe du marteau qui eftoppofée à la tête, & qui va en diminuant.
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- „ trop fort degré de feu, parce qu’il eft animé par le fouffiet; & le défaut „ de la poêle eft fouvent de ne pas tremper allez chaud : on voit que ce „ font les deux extrémités qu’il faut éviter. M. Perret eft cependant d’avis „ qu’il vaut mieux pécher pour donner un peu plus de chaleur de trop, „ que d’en donner trop peu. Le feu doit être proportionné à la grandeur „ des ouvrages qu’on veut tremper; il vaut mieux en avoir plus que moins,, „ parce qu’il faut que la piece chauffe par-tout également, quand c’eft une „ piece courte ; mais fi c’eft une piece longue , il faut la promener dans le feu : „ or, fi le brafier n’eft pas un peu étendu, la piece eft fujette à fe déjeter ; de 3, plus elle s’échauffe plus dans un endroit que dans un autre, parce que „ le feu eft toujours plus vif vis-à-vis la tuyere que par-tout ailleurs.
- „ 513. La couleur familière de la trempe des outils, après qu’ils ont „ été forgés & limés, eft appellée par tout le monde, couleur de cerife. Cela 3, n’eft cependant pas exa&, au jugement de M, Perret; il admet deux de-„ grés diffërens : le premier, félon cet artifte , qui eft le plus faible , eft la cou-„ leur de cerife ; le fécond, qui eft plus fort, eft la couleur de rofe, qui exige 3, plus de chaleur. Il faut faire attention encore que la couleur d’une cerife „ bien mûre ne convient point du tout; il faut fe repréfenter une cerife de „ rouge clair: or cette couleur convient à quelques aciers étrangers; mais „ l’acier d’Angleterre exige un degré de plus de chaleur, qui eft la couleur de 3, rofe. Cette même couleur convient à l’étoffe dePont,ainfi qu’à l’acier de ,3 Hongrie 3 & généralement à tous nos aciers de France. L’acier trempé ,, couleur de cerife dans l’eau bouillante, ne durcit que très-peu; par cette „ même raifon plus l’eau eft fraîche, plus la trempe eft dure : ainfi il faut 3, toujours tremper dans un b'aquet qui contienne deux ou trois féaux d’eau > „ & même pouf peu qu’on fente que l’eau perd fa fraîcheur, il faut eix „ changer, autrement on trouvera que les pièces trempées les dernieres au-„ ront un degré de bonté de moins que les premières. L’acier trempé trop „ chaud s’égraine facilement. Quelques ouvriers prétendent qu’en augmen-,, tant un peu la couleur de recuit, on remédie à une trempe trop forte: „ cela pourrait être vrai pour quelques outils ; mais il faut obferver que „ cela n’eft pas pour les tranchans fins. Quant à l’eau, on eftime celie „ qui eft la plus légère, & qui contient le moins de parties terreufes ; au „ refte, toute eau eft bonne pour la trempe dès qu’elle eft propre & claire: ,, la plus froide eft auifi 1k meilleure , & Poutil ne fe retire qu’après qu’il eft „ froid. Il eft des ouvriers qui font dans l’ufage de faire rougir au feu une „ paire de tenailles, ou un autre morceau de fer, & de le plonger dans l’eau , ,3 pour, difent- ils , ôter la crudité de l’eau.
- 314. La méthode de tremper en paquet les pièces que l’on fait en fer, eft différente : on prend de la fuie de cheminée, la plus dure & la plu®
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- nu CHARRON DE TERRE
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- groflieref; après l’avoir mife en poudre bien fine, on la fait tremper dans de l’urine ou dans du vinaigre, en y ajoutant un peu de fel fondu, pour la rendre comme une pâte liquide; alors on détrempe la fuie, & l’on en couvre les' outils , en faifant du tout un paquet que l’on couvre enfuite de terre ; on met fë tout chauffer dans un feu ardent de charbon de bois; quand il elb mfpeu plus rouge que la couleur de eerife, oir le jette dans quelque vai{-fèau plein1 d’eau très -froide, & ^ouvrage fera fuflîfamment dur.
- Du recuit.
- 31^. Recuit, dans les arts méchaniques, fe dit de l’à<ftion de recuire, & de la qualité que la piece a aequife par l’adtion de recuire ; c’eft-à^dire, par la chaufie couleur de cerife. L’acier trempé, c’eft-à-dire , durci le plus qu’il eft poftible , & devenu aufli caftant que le verre, a befoin d’être corrigé de fa trop grande dureté, de prendre du corps , de la ténacité , pour réfifter à la dureté des fubftances qu’on veut attaquer. La maniéré de recuire confifte en général à mettre les ouvrages fur de la braife bien allumée, mais dont les charbons foieilt très - petits, & à examiner à l’œil au grand jour le degré de recuit qu’on veut donner, & qui doit être proportionné avec foin à fefpece d’outils ou d’inftrumens que l’on travaille.
- Des differens bois à emmagasiner pour les1 entreprifes de mine,
- 316. Le bois néceflaire dans les entreprifes de mine , eft employé à deux objets de grand détail : la conftru&ion des machines, outils , uftenfiles de toute efpece, tant pour le dehors que pour le dedans de la houilliere ; & l’épaulement des voies fouterreines. La confommation en eft confidérable pour chacune de ces parties ; mais elle eft d’une toute autre importance pour les travaux intérieurs : la confervation, la durée, la pourchafte des ouvrages ne font poflibles qu’autant que les chemins que l’on pratique font bien étayés.
- 317. La vie des ouvriers dépend de cette forêt tranfportée dans leurs atteliers, de l’art avec lequel elle y eft arrangée, de l’intelligence avec laquelle-les pièces en font aifemblées, du foin que l’on prend à les entretenir en bon état II ne fera ici queftion en rien du débit du bois (a) qui entre dans tout cet édifice, ni de la maniéré d’en dilpofer les parties aans les dif-
- (a) Par l’expreflion débit des bois, on du bois, c’eft, après qu’il eft tracé, le cou, entend en général l’art de connaître fa per à la fcie, fuivant les longueurs & les' deftination, l’art de le couper & de lefen- largeurs convenables, dre, de le tailler ; en çonféquence3 débiter
- férens
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- férens endroits de la mine (a). Nous n’envifageons ici les bois que d’une maniéré générale, comme matériaux, & dans le moment qu’ils vont être emmagafinés} nous nous propofons uniquement de guider un directeur dans leur achat, lui faire connaître les efpeces qui font les plus propres aux différens ufages, & leurs qualités. On peut diftinguer ces matériaux en bois de charpente, & en bois de feiage; on donne la première dénomination à tous bois de certaine grolfeur, Amplement équarri avec la coignée, & deftiné à faire de fortes poutres & de groifes folives. Le bois fcié pour les petites folives, chevrons, poteaux, planches, &c. eft appelle bois de Jciage. Le bois s’achete de différentes maniérés, & chacune eft fufceptible , de la part de l’ouvrier, fi on la lui confie, de quelqu’abus qui ne doit pas être ignoré d’un maître de mine. Lorfqu’on fait marché au cent (f), l’ouvrier peut en employer plus qu’il ne faut ; d’un autre côté , en bloc, il tâche de gagner fur la grolfeur & fur la quantité ; à la toife, il profite de la con-naiifance de l’avantage de cette mefure pour y réduire les bois, & s’emparer du furplus. Les différentes efpeces de bois d’ufage, ou qui peuvent l’être dans les ouvrages de mines , font la plupart des arbres forefliers. Nous allons en donner l’état par ordre alphabétique, en indiquant la qualité & les propriétés de leur bois ( c ).
- 31g. Aune de nos bois. Bourgene. Verne. An. The Alfer Tree. G. Ellern-Baum. C’est un très-grand arbre qui fe plaît dans les lieux humides 5 fon bois eft léger, & un peu tendre ; le grain eft fin, tirant fur la couleur rouffe plutôt que rougeâtre.
- 319. Bouleau. Bois blanc. An. TheBinck Tree. G. Birchen-Baum. CELUI dont l’écorce eft fort épaillè & raboteufe, pourrait dans quelques pays être employé pour les manches des forts marteaux : dans le nord de la province de Roslagie en Suede, c’eft le feul bois qu’ils aient de propre à cet ufage.
- 3 20. Cerijier. An. Red cherry Tree. G. Rohter Kirjch- Baum. SON bois eft moyennement dur & alfez plein, quoiqu’il ait le grain un peu gros, & que fes couches concentriques foient fort apparentes ; fa couleur eft d’un gris rougeâtre, plus foncé au cœur qu’aux extrémités.
- 32I. Charme ordinaire des jardins & des bois. An. The Horn Heam. G. Et- y chin - Buchen. Le bois de cet arbre foreftier eft blanc , compacte, intraitable
- (a) Cette architecture fouterreine ,qui renferme l’épaulement des puits ou foflfes de mines & l’étanqonage des galeries, fera décrite à part, à l’article dans lequel je reprendrai les différentes circonftances relatives aux bures.
- (b ) On entend par un cent de bois cent Tome XVII.
- pièces de bois , dont chacune a douze pieds de long, fur üx pouces d’équarriffage, ou trois pieds cubiques.
- ( c ) Nous ferons connaître ces arbres par les noms qu’ils ont en Angleterre & én Allemagne , où l’on eft dans le cas de fe fèr-vir de leur bois pour les ouvrages de mines.
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- D U CR A R B O N DE TER RKE
- à la fente, & le plus dur de tous les bois , après le buis , l’if, le cormier,
- Son bois fe débite pour le charronnage^ on s’en fert pour faire des eflieux &. quelques autres pieux de charronnage. Dans les endroits où l’orme eft rare,, on en fait des vis, des manches d’outils , des rouleaux ; du relie il n’eft pas propre à être employé à l’air j il y pourrit en lix ans, & eft fujet à fe tourmenter.
- 322. Chêne des bois. An. The Oak. G. Eich-Baum. Cet arbre, généralement répandu dans les climats tempérés, tient le premier rang parmi les. arbres foreftiers ; il eft le plus recherché pour la charpente, pour le charronnage , pour des lattes, & toute efpece d’ouvrages où il faut de la folidité,, ,de la force , du volume & de la durée : il y a cependant quelque différence à fiiire, félon le terrein où l’arbre a pris la croiflance j fon bois eft meilleur, plus folide & plus fort, fi le chêne eft venu en terres dures & fortes, qui ont du fond , & même dans la glaife. Dans les terreins fàbleux, crétacés ou-graveleux, où il a eu alfez de profondeur, fon bois eft plus compade & plus, dur5 mais l’arbre n’y devient ni fi gros, ni fi grand. Dans les terres gralfes. & humides, il eft de belle venue y mais c’eft au délavantage du bois, qui,, étant trop tendre & calfant, n’a ni la force ni la folidité requife pour la charpenterie. Sur la crête des montagnes, dans les terres maigres, feches ou pierreufes, fon bois eft dur , pelant, & eft excellent pour la charpente & pour les ouvrages grofiiers.
- 323. Quelque efpece de bois que Ton emploie en charpenterie, il eft important qu’il ait été coupé long-tems avant d’être mis en œuvre. S’il eft verd, il eft fujet à fe gercer & à fe fendre. Le chêne demande, plus que les: autres , à être employé bien fec & faifonné (a), pour l’empêcher de fe fendre, de fe tourmenter & de fe décompofer, excepté lorfqu’on veut l’enL-ployer fous terre ou dans l’eau, où cette précaution devient inutile. Si néanmoins on fe trouvait forcé d’employer à l’air du bois verd , fans avoir le tems^ de le faire faifonner, on peut y fuppléer en faifant tremper ce bois dans l’eau; pendant quelque tems.
- 32.4. Cormier y fçrbier ordinaire. An. The Service Tree. G. Spierling. Cet. arbre n’eft pas rare dans les bois.& dans les montagnes : ,après le buis, c’eft de tous les bois de France le.plus dur,.& en général le plus plein. Il eft.très-eftimé pour fon excellente qualité -, fa folidité, la force, fa durée, le font rechercher pour quantité d’ufages auxquels ces conditions font effentielles : il s’en trouve de rougeâtre, compacte ,. pefant & extrêmement dur ; en vieillilfant, il prend une couleur plus foncée, de même que celui dont la couleur eft blanc - roux 5 il fe fend aifément, & a le défaut de fe piquer de vers en vieil-îiifant. Ce bois eft propre pour les fortes vis, pour les poulies , pour les Fu-
- ( a ) C’eft-à-dire, ayant pafté, après la coupe , un tems çonvenable avant d’étre tmployé ; comme fi l’on difait en maturité..
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- Feaûx, les rouets & lanternes de moulins : les menuifiers le préfèrent pour les manches & les garnitures d’affûtages de leurs outils : comme il le vend allez cherj quoiqu’on puiile employer la plus grande partie des branches, parce qu’il eft fans aubier, on peut en général y fubllituer pour les poulies, toutes efpeces de nœuds ou loupes d’arbres, qui font toujours très - durs & très- ferrés, en prenant garde cependant que quelques-uns font fujets à fe fendre.
- 325". Cornouillier. An. The Corndîan Cherry. G. Cornet - Baum. ÏL y a deux efpeces de cornouillier. Le cornouülier femelle, à petits fruits, ou cornouillier fanguin, ainfi nommé de fes branches qui font ordinairement rougeâtres t n’eft pas fi dur, & bien moins volumineux que celui dont il va être parlé : fou bois eft blanc. Le cornouillier mâle, ou cornouillier fauvage , eft commun dans les bois & dans les haies, où il s’élève quelquefois jufqu’à 18 ou 20 pieds, fouvent en buiifon, donnant quelquefois un tronc d’un demi-pied environ pie diamètre. Son bois a toutes les excellentes qualités du cormier ; il ferait aulîi recherché, s’il avait autant de volume: il eft compacte, mafiif, des plus durs , d’un grain très-fin, & fans aubier: II. efc excellent, fou volume ne permettant pas de l’employer en grand autant que celui du cormier , qu’il égale pourtant à peu de chofe près en qualité. Le bois du cornouillier mâle eft très-propre à la conftrudîion des échelles, à caufe de fa foiidité, & à faire les manches de marteaux : les ouvriers en fer lui donnent, par cette raifon, le nom de bois à marteau ; lorfqu’il eft un peu tortu, ils le redreifent entre deux étaux , après l’avoir un peu trempé dans l’eau. A Paris, le fagot compofé d’environ dix ou douze branches de la grolfeur d’un fort manche à balai, & de la longueur de trois pieds environ, coûte fix francs.
- 3 26. Frêne de la grande efpece, avec une feuille ronde. An. The Rotin d-Leaved Ash. G. Efch - Baum , mit runden Blœttern. Cet arbre eft fur-tout eftimé par rapport à fou bois qui fert à beaucoup d’ufages, quoique blanc ^ il eft allez dur, fort uni & très-liant, tant qu’il conferve un peu de feve * auffi eft-il employé par préférence par tous les ouvriers qui ont befoiti de pièces de bois qui doivent avoir du relfort & de la courbure : le bois de frêne a plus de réfiftance & plie plus aifément que celui de forme ; il faut cependant ne pas négliger celui qui a perdu toute fa feve, car avant il eft fujet à être piqué des vers. Une autre grande partie du fervice que l’on en tire , c’eft qu’il eft excellent à faire des cercles pour des baquets & autres vailfeaux propres à enlever des matériaux, en forme de cuves ou de tonneaux. Les frênes venus dans des terreins de montagne, ou qui ont été continuellement tondus , font fujets à être chargés de gros nœuds qui ont acquis une grande dureté, & pourraient être propres à faire des poulies.
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- 327. Hêtre , fouteau. An. Then Buch Tree. G. Buch - Baum. IL vient dans les haies & dans les forêts :fon bois eft caftant, & fujet à la vermoulure ; il dure long-tems en lieu fec, eft incorruptible fous l’eau, dans la fange & dans les marécages; mais fe détruit promptement, s’il eft expofé aux alternatives de la fécherelfe & de l’humidité.
- 328* Melefe. An. The Larch Tree G. Lerchen - Baum. Lat. larix. Il eft très-grand & commun dans les montagnes des Alpes , des Pyrénées & de l’Apennin , dans le Canada, le Dauphiné ,& particuliérement aux environs de Briançon: l’écorce fert pour tanner les cuirs comme celle du chêne. Tout l’arbre en général a beaucoup de flexibilité ; fon bois eft d’un excellent fervice;il eft dur, folide, facile à fendre; fa couleur rouge ou blanche, dépend de l’âge de l’arbre ; le rouge eft le plus âgé & le plus eftimé ; il eft propre aux ouvrages de charpente, & à la conftrudion des petits bàtimens de mer.’ Il eft d’une très-grande force & de très-longue durée; il ne tombe pas en vermoulure, ni ne contrade point de gerçure, pourrit difficilement, & on l’emploie avec fuccès contre le courant des eaux : il eft très-propre pour les tuyaux de pompes. Son bois eft auffi excellent à brûler; 011 en fait du charbon qui eft recherché par ceux qui travaillent le fer.
- 329. Orme. An. Common Elm. G. Rujl-Baum. Le bois de l’orme eft jaunâtre , ferme, liant, très - fort & de longue durée , lorfqu’il eft fec & bien choifi : ce qui fait qu’il eft employé dans le charronnage. C’eft le. meilleur bois qu’011 puiffe employer pour les canaux, les pompes, les moulins, & généralement pour toutes les pièces que l’on veut faire fervir fous terre & dans l’eau. Ce bois n’eft fujet ni à fe gercer, ni à fe rompre, ni à fe tourmenter : ce qui le rend d’autant plus propre à faire des moyeux , des tuyaux, des pompes, & tous autres ouvrages percés , qui feront de plus longue durée que le hêtre ni le frêne. Il faut cependant obferver que le bois des ormes venus dans un terrein graveleux eft caftant, & qu’on préféré ceux qui ont pris leur accroiftement dans la glaife. L’orme ou l’ormeau de montagne à large feuille , An. The Wich Hafel. G. Berg Ulm-Baum , pourrait de même être employé : il eft encore plus dur, plus ferme, & plus durable que celui de l’autre efpece. Les planches d’orme entrent dans la eonftrudion de tous les uftenfiles fujets à tremper dans l’eau : on peut mettre en œuvre les planches d’orme fraîchement travaillées , fans aucun rifque de les voir fe gercer, fe déjeter ou fe tourmenter, fi on prend la précaution de les faire tremper pendant un mois dans l’eau, comme nous l’avons obfervé pour le chêne : dans beaucoup de villes, 011 en trouve de tout refendu par les fcieurs de long.
- 3 30. Le peuplier blanc a large feuille ; le grand tremble noir. An. The Black Poplar. G. Sckwari^er Pappel-Baum. Il vient dans les lieux humides & dans
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- le voifinage des rivières j donne un bois jaunâtre, fouple, aflez dur, paf-fablement folide , mais un peu difficile à la fente. On peut en faire des pièces de charpente pour les atteliers & hangards ; on en tire auffi des planches de durée, fi on les garantit de l’humidité. Le peuplier des bois, The Afp ou Afp en Tree, G. Zitter-Pappel-Baum , ou tremble , qui eft une efpece de peuplier, eft très-inférieur ; il croît de même dans les forêts & dans les marécages.
- 3 51. Saule ordinaire de la campagne & des ruijfeaux : grand faute en arbre ; faulx. An. Common Willow. G. GemeinerWeiden-Baum. Le bois elf blanc, gras, rebours (a) & fort tendre. Les troncs gros & fains peuvent fervir à faire des planches que l’on emploie comme celles du peuplier. Le bois du faute marceau eft propre à faire des cercles. Enfin les efpeces de petits faules, appellés ofier, pour les hottes & paniers, pour lier les cerceaux.
- De quelques autres matériaux en général, comme pierres , briques, &c.
- 332. Les épaulemens ont quelquefois befoin d’être maçonnés en pierres ou en briques. Les pierres qui entrent principalement dans les ouvrages de maçonnerie, font les pierres à bâtir, & les pierres à chaux. La première efpece de pierre eft un moëlon qui eft la moindre pierre, provenant d’une carrière, & dont on doit choifir le plus dur. A la vue, la bonne pierre fe reconnaît lorfqu’elle eft bien pleine, d’une couleur égale, quand elle eft fans veine, que fon grain eft fin & uni, que les éclats fe coupent net, & rendent quelque fon. Si en expofant à l’humidité, pendant l’hiver, la pierre nouvellement fortie de la carrière, elle réfifte à la gelée, c’eft encore un figue de bonne qualité.
- 339. Pour la conftruction des puits, 011 doit employer en - dedans ,de la pierre ou du moëlon piqué (b), & en-dehors du moëlon émillé, & maçonné de mortier de chaux & de fable. La pierre à chaux eft affez connue par-tout pour n’en rien dire. On confond avec les pierres à chaux, toutes pierres à plâtre; mais la pierre dite proprement pierre à chau~x, fe trouve ordinairement par couches ou par lits , aux côtés des montagnes.
- 334. Les briques faifant auffi partie des matériaux de mines, & pouvant même fuppléer à la pierre que l’on n’aurait pas fur les lieux, ou qui ferait trop chere ; un directeur doit fe connaître dans cette marchandife, ou pour en acheter de bonne qualité, ou pour en faire fabriquer à la proximité des travaux. Si l’on acheté de la brique toute faite, il faut la choifir
- (a) Expreffion empruntée de l’Art de (b) En fait de moëlon, ce terme fignifie la draperie, pour exprimer un fil tors à taillé grojfcremmu contre-fens d’un autre.
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- bien cuite , formante & colorée ; on ne peut pas trop aifément ftatuer fur fou prix, qui doit varier félon la cherté du combuftible pour chauffer les fours: la façon de l’acheter eft au millier.
- 23$-. Si l’on fait travailler la brique fur le terrein , il eft avantageux de toute maniéré de louer des ouvriers, auxquels on pourra donner 45 ou yo fols par jour ; ou plutôt on les paiera à raifon de 3 livres pour chaque mille de briques bonnes & entières après la cuiifon, en leur fournilfant la matière du chauffage. Pour ce qui eft du choix de la terre & de la fabrication, il doit nous fufftre de renvoyer à la defcription de cet art, publié par l’académie en 1763. O11 prendra encore la plus grande partie des idées relatives à ces deux articles, dans les détails particuliers que nous aurons occafion de donner fur les terres argilleufes, propres à l’apprèt économique du charbon de terre à la maniéré Liégeoife , & fur l’application du feu de ce combuftible à la cuiffon de la brique (a'). Nous nous bornons quant àpréfent, à faire obferver qu’oil aura de bonnes briques, en apportant entr’autres les précautions fuivantes, indiquées par M. Vandeneffe , dans le Dictionnaire encyclopédique (b) : i*>. n’employer à faire la brique que la terre qui aurait été tirée & retournée au moins une fois, entre le premier novembre & le premier de février; 20. ne la façonner en briques qu’au premier de mars, & ceifer au 29 de feptembre ; 30. ny mêler rien qui puiife la détériorer; 4°.y ajouter une certaine quantité de cendre de charbon criblée & paflee au tamis fin ; f0. prépofer des gens à la vifite des fourneaux , des briques & des terres qu’on y emploie ; 6°. faire battre par les hommes , & fouler la terre par des animaux, avant que de l’em-‘ ployer; 70. y faire mettre du fable quand elle eft d’une nature trop molle ; 8°. faire tremper la brique dans l’eau après qu’elle aura été cuite une première fois, & la remettre au feu, afin qu’elle acquière le double de dureté; 90. qu’elles ne foient pas expofées à fécher à un trop grand foleil, avant d’être miles au four; 10». qu’elles foient de même garanties du trop grand foleil: en été, en les couvrant de paille ou de fable.
- De La poudre â canon.
- 33 6. Lorsque dans les travaux de la fouille on arrive aux-couches pier-reufes , on eft fouvent obligé d’employer la poudre à canon. Dans les mines métalliques , où l’on a affaire à des rocs de la plus grande dureté, on a l’expérience que la quantité de poudre dont peut fe remplir un trou de fleuret de 8 à 9 lignes , produit tout l’effet que l’on defire. Le vuide qui réfulte de la'
- (a) Troifieme article de cette derniere pour les arts& pour les ufages domejli-fection : Expojition raifannée de différentes qucs. maniérés defefervir du charbon déterré , {b) Au mot Brique.
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- brokette de mine , employée à Liege, & faite en forme de tuyau , différé par plus ou moins de profondeur ; & la quantité de poudre qui s’emploie dans les opérations de houillieres, eft ordinairement de demi-livre , ou trois quarterons , plus ou moins.
- 337. Parmi les différens agrès qui eompofent un équipage de mine, 011 ne doit pas oublier un approvilionnement de cordes : elles font employées à quantité d’ufages. Dans les foffes de peu de conféquence , 011 s’en fert pour enlever les coffres de charbon hors de la mine ; elles font alors office de leviers : comme telles, nous en parlerons lorfque nous en ferons aux machines à faction defquelles on fait coucourir les cordes, & qu’Agricola appelle machinez funiculares.
- De la fituation favorable d'une mine-
- Remarques generales fur la grandeur avantageufe des roues des voitures de tranfport ;
- éclaircifjemens fur le chariot a levier de la mine de Workington en Angleterre ,
- & fur la confiruciion du chemin fait exprès pour cette voiture.
- 338. La néceffité indifpenfable de la principale partie des matériaux auxquels nous venons de nous arrêter , emporte avec elle une conféquence toute' naturelle. Ce ne ferait pas allez de s’être affuré que tel ou tel endroit produira en charbon de terre un bénéfice confidérable ; il faut encore que la fituation de cet endroit foit favorable aux deux circonfiances d’une exploitation , qui font i°. la fouille, dans laquelle on doit comprendre tous les travaux, tant à la fuperficie qu’au-dedans de la mine ; a0, l’exportation de la marchandée. De là deux maniérés de confidérer un endroit où l’on fe difpofe à tirer du charbon , quant à la fituation favorable ou non favorable. La première confifte à examiner fi l’on fera à portée de fe procurer les ferrures néceffaires pour les outils , dans le cas où i’on ferait une foife àe petit athour-y fi dans le voifinage il y a quelque forêt qui puiife fournir les bois néceffaires pour toute la charpente à établir à la .fuperficie & dans les ouvrages fouterreins de la mine ; fi l’on eft à la proximité de quelque carrière de pierres , ou de quelque terre à brique pour les maçonnages, Le fécond point de vue fous lequel on doit envifager le local, eft relatif à la facilité du débouché , pour le charbon forti de la mine. Il fera plus ou moins favorable, félon la diftance plus ou moins grande d’une riviere navigable au moins dans quelques tems de l’année, ou félon la nature du chemin qui conduit de la mine à cette riviere où peut fe faire l’embarquement de la marchandée On n’a pas befoin de grands raifon-nemens pour fentir combien il eft effentiel d’être peu éloigné d’une riviere., à la faveur de laquelle on puiife compter fur une défaite courante du charbon 1 car fl par la trop grande diftance les frais de charroyage à reverfer fur
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- la vente d»u charbon devenaient trop conGdérables, il faudrait y regarder à deux fois avant de fe décider à faire l’établiffement. Cette diftance de la mine à rembarquement, lorfqu’elle eft pure & Garnie, c’éft-à-dire, qu’elle n’eft point aggravée par de mauvais chemins , n’a pas tant d’inconvéniens , & n’eft pas abfolument G fâcheufe, d’après ce que nous avons obfervé dans la première partie (a). Ou n’a pas la peine de voiturer le charbon au loin, lorfque la mine eft Gtuée près d’une riviere ; la difficulté n’eft que dans l’ex-tradion, parce qu’il faut aller le chercher plus profondément en terre. Au contraire, dans une mine éloignée d’une riviere, la difficulté du charroyage eft compenfée par l’avantage de trouver le charbon plus près de la furface.
- 339. La nature du chemin de communication de la mine à l’embarquement, eft un article de plus grande conféquence, on fent aifément à cet égard la différence d’une mine dont la poGtion ferait telle que le charbon ferait exporté dans ce premier inftant, par une route peu détournée du port, un chemin uni, & dont le fond ferait dur & folide, fur une autre mine dont il faudrait tranfporter le charbon par un chemin où l’on aurait à defcendre une côte roide & difficile, ou bien dont le premier débouché 11e pourrait fè faire qu’en traverfant des bois , dans lefquels les routes font d’ordinaire impraticables la plus grande partie de l’année. Les mines de Décize font dans ce cas. Ce dernier inconvénient ferait aifé à corriger dans bien des endroits , les pierres dures qui s’enlevent de la mine étant très-propres à entrer dans la conftru&ion d’une chauffée. Les entrepreneurs de la charbonnière de Fims en ont tiré ce parti d’une façon très-avantageufe. Quoi qu’il en foit de la diftance de la mine au magafin d’embarquement, ou de la nature du chemin qui conduit de l’une à l’autre, l’attention qu’un maître de mine doit porter fur les voitures qu’il emploie eft toujours la même , quant au point effentiel de leur conftruélion. Je n’entends point parler ici, ni de leur coût, ni de leur folidité , ni de leur charge qui eft une chofe connue (b). Le point auquel je veux en venir , tient à la con-fervation autant qu’à la-commodité des animaux employés au tirage ; c’eft la grandeur à donner aux roues proportionnellement à la taille des chevaux. Les inégalités qui fe rencontrent dans cette partie des tombereaux, celles du terrein, forment toutes les difficultés, & doivent être combinées enfemble.
- 340. Le volume de l’académie des fciences pour l’année 1733, (y) renferme fur tous ces objets un mémoire rempli de recherches très-curieufes :
- (a) Des veines de houille & de leur quelque chofe au-delà ;& chaque roue porte marche. la moitié de la charge totale.
- ib) La charge d’une voiture à deux (c) Re'jl exions fur le tirage des charrettes roues eft évaluée à trois milliers pefant, & des traîneaux, par M. Couplet, pag, 49.
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- nous nous contenterons d’en extraire les principes généraux qui peuvent fervir de vues pour fe guider dans la grandeur à donner aux roues des voitures ; nous y joindrons le réfultat de quelques expériences iur la métne matière , que nous avons tirées des Tranfaclions philofophiques ; enfin nous placerons ici un éclairciflement très-circonftancié fur le charriot dont nous avons donné une courte defcription.
- 341. Dans les voitures montées fur roues, chaque roue qui tourne, peut être regardée le plus fouvent comme un levier du fécond genre , qui fe répété autant de fois qu’on peut imaginer de points à fa circonférence ; le point d’appui de chaque roue eft l’extrémité inférieure qui porte fur le tèr-rein ; la réglé à fuivre en conlëquence, eft que la charge & Taxe de la roue doivent être de même hauteur que la puiffance ; & que le tirage, autant qu’il eft poflîble, doit fe faire horizontalement au rayon d’appui de la roue. Les grandes roues, on appelle ainli celles qui ont f à 6 pieds de diamètre, ou celles d’une grandeur moyenne (a), répondent à ce que l’on doit chercher à cet égard, ceft-à-dire, préviennent en partie les difficultés provenantes des inégalités du chemin, & des inégalités des roues, qui ne font jamais exactement rondes. Le poitrail du cheval, d’où fe fait le tirage, fe trouve un peu au-delfus du centre de l’effieu , & par conféquent le tirage toujours fuppolë parallèle au fol a pour levier tout le rayon de la roue. L’avantage des grandes roues dans toutes fortes de voitures eft conftaté par les expériences luivantes, que nous avons promis de communiquer. Quoiqu’elles aient rapport aux voitures à quatre roues , elles fe rapportent allez à notre fujet pour les faire connaître. 1 °. Quatre roues de cinq pouces & demi de haut, c’eft-à-dire, de moitié plus petites que celles qu’on emploie ordinairement dans les charriots, ont tiré un poids de 50 { livres aver du poids (Jj) fur un plan incliné , avec une puilfance moindre de fix onces , que deux des mêmes roues employées avec deux plus petites , dont la hauteur n’était que de 4 i de pouces de haut. 20. Toute voiture eft tirée avec plus de facilité dans les chemins raboteux , lorfque les roues de devant font aufii hautes que celles de derrière, & que le timon eft placé fous l’eftieu. 30. Qu’il en eft de même dans les chemins d’une terre grade, ou dans ceux de fable. 40. Que les grandes roues ne font pas des ornières fi profondes que les petites, f0. Que les petites roues font meilleures lorf-qu’il s’agit de tourner dans un petit efpace.
- 342. Après avoir confidéré d’une maniéré générale le charroyage de la mine à rembarquement, il ne relie plus qu’à m’arrêter à une circonftance :
- (cz) Les plus grandes doivent avoir 6 à 7 pieds de diamètre.
- (ù) Poids valant 14 onces |,d’unç livre de Paris,
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- particulière, qui pourrait le rendre autrement difficile; c’eft celle qui résulterait d’une colline à defcendre avec une voiture chargée , pour aller à rembarquement (a). La difficulté qu’eifuierait à cet égard le tranfport du charbon au magafin, fera la moins embarraffante, lorfque l’on voudra. Il ne s’agira que d’imiter ce qui fe pratique dans les mines de Workington, à huit milles de "Wittehaven en Angleterre, pour conduire en quelque iaifon que ce foit le charbon dans les magafins qui font au bord de la mer : le feul coup-d’œil fur la planche XXI, n. s 9 donne une idée précife du charriot dont on fe fert à cet effet, & du méchanifme ingénieux imaginé-pour ralentir fon mouvement progreffif, lorfqu’il defeend chargé fur une pente inclinée , artiftementplanchéiée. La différence effentielle de ce charriot avec les voitures ordinaires, confifte en un bras de levier D , dirigé obliquement fur une des roues de derrière de bois C ( b ), & dont l’extrémité eft foutenue par une corde ou par un crochet de fer, pour que ce
- bras de levier ne touche la roue qu’à volonté. Il y a de ces charriots qui
- ont de chaque côté un de ces bras de levier, réunis enfemble à leur extrémité par un morceau de fer ou de bois ; de maniéré qu’un feul homme peut faire agir ces deux leviers en même tems: d’où cette voiture peut très-bien s’appeller charriot à levier.
- 34s- Les inventions utiles ne duraient être décrites d’une maniéré trop circonftanciée : l’ouvrage de feu M. Jars, publié depuis notre troifieme fedion, me met à portée de faire connaître ici de nouveaux détails fur les roues de ce charriot, & en particulier fur le chemin qui fe conftruit pour faciliter ce charroyage. Quoique la conftrudion de tous ces charriots foit la même, étant uniquement différente par les dimenfions, à raifon des grandeurs, comme dans toute efpece de voiture, félon la dillance que ces charriots ont à parcourir, les roues font de même plus ou moins hautes, félon le plus ou moins de pente du chemin. Ces parties du charriot à le-
- (à) Le docteur Defaguliers, dans fa Physique expérimentale, n’approuve pasl’ufage eù l’on eft généralement d’employer des bêtes de fomme au tranfport du charbon, attendu la pofition des parties du corps de l’homme, mieux fituées pour grimper que celles d’un cheval. Ce phyficien prétend que trois hommes feraient mieux pour tirer au haut de cette colline qu’un cheval, fi la colline eft efearpée: chaque homme grimpe en-haut plus vite ,'étant chargé de ioo livres, qu’un cheval chargé de 3 00 livres. 11 ajoute en conféquence de cette remarque ,
- que ceux qui ont cru tirer un grand avantage du poids d’un cheval, en l’appliquant à une machine, n’ont pas trouvé dans l’exécution ce que le calcul du poids de cet animal leur avait promis, parce qu’à chaque pas le cheval grimpe réellement une élévation, lor£ qu’on fait ufage de fon poids, &par confé-quent il va plus lentement.
- ( b ) On doit fe rappeller que lorfque le charbon remonte, cette partie A fe trouve partie de devant ; ainfi la petite roue C n’eft roue de derrière que dans le voyage en defeendant.
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- vier font en bois, comme la roue C , ou en fer coulé d’une feule piece, comme la roue B. Celles qui font de fer coulé, font à jour, afin de leur donner de la légéreté; elles ont en-dedans un rebord d’un pouce ou d’un pouce & demi. Ce rebord fert à diriger les roues fur les pièces de bois dont le chemin eft revêtu, & à les empêcher de fortir de la route £, repréfentée en plan , lettre a. Il y a toujours deux roues plus hautes que les deux autres, en proportion de la pente du chemin ; par ce moyeu la partie fupérieure du charriot eft aufti horizontale qu’il eft pollible, & ie charbon ne fe perd pas en chemin. C’eft le contraire quand les char-riots montent à vuide, parce que le cheval , qui alors n’a que la voiture à tirer, s’attele indifféremment des deux côtés, par deux (impies crochets de fer, & des cordes. Les eftieux font de fer, & font fixés très-foli-dement aux roues, de maniéré qu’ils tournent avec elles s ils font arrêtés feulement par des chevilles de bois, fixées au cadre formant le fond de la caiife, afin que cette caiffe puilfe être enlevée de delfus les quatre roues lorfqu’elle a befoin d’être réparée.
- 544. La conftru&ion du chemin fur lequel palfe ce charriot, a aulfi , comme nous l’avons dit, une grande influence fur la marche ralentie de cette voiture j il fera facile d’en juger par la defcription fuivante (a). Depuis la mine jufqu’à la riviere, on tire un nivellement exadl, & l’on di-vife la pente , autant qu’il eft poflibie, fur toute la diftance. Ces routes doivent toujours avoir une pente depuis la mine jufqu’à la riviere. Elles ne doivent jamais monter, être tout au plus de niveau, par les raifons que l’on verra. S’il y a de petites hauteurs àtraverfer, on les coupe, afin de rendre le chemin de niveau. Lorfqu’on a tracé le chemin de fix pieds de large , & qu’on a fixé les pentes , on fait un foifé de la largeur du chemin, plus ou moins profond, félon que l’exigent le nivellement & la folidité du terrein j on arrange enfuite tout le long de ce foifé des morceaux de bois de chêne, de quatre, cinq , fix & huit pouces d’équarrilfage ; on les y place en travers & à la diftance de deux à trois pieds les uns des autres. Ces bois n’ont befoin d’être équarris qu’à leurs extrémités , fur lefquelîes on fixe d’autres bois bien équarris & fciés , d’environ fix à fept pouces de large, fur quatre à cinq d’épailfeur, avec des chevilles de bois. Ces bois fe mettent des deux côtés du chemin de toute leur longueur; on les place ordinairement à quatre pieds de diftance, ce qui fait la largeur intérieure du chemin E.
- $4<f. On voit que ces nouvelles routes 11e font autre chofe qu’un grillage fait en bois. Tout l’intervalle entre les pièces de bois fe garnit avec
- (a) Tirée de l’ouvrage de feu M, Jars, page 200, dixième mémoire.
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- des pierres que l’on y entaiTe le plus qu’il eft poflible, pour rendre le chemin folide ; le tout fe recouvre de fable & de gravier j on en met entre les pièces de bois qui font en long , & feulement jufqu’à environ deux pouces de leur épaiifeur. De cette façon, l’on conferve les pièces qui font enterrées , & l’on rend la route très-folide y au furplus on a foin d’y faire les réparations néceifaires. .
- 346. Quand on a de petits vallons à traverfer, ou des ruilfeaux, on fait des ponts en bois, obfervant toujours de mettre les deux pièces de bois de chaque côté du chemin, qui doivent être à quatre pieds de distance l’une de l’autre, {aillantes au-delTus de la furface du pont, comme elles le font aii-deiTus de celle des chemins. Toutes les pièces de bois doivent être’exa de ment alfemblées à leurs extrémités ; on met quelquefois des bandes de fer dans cette partie.
- 347. Les angles & les détours que fait le chemin , exigent dans ces endroits de la route une conftruction particulière , pour que le charriot pui'lfe , dans ces coudes de la route , fuivre les pièces de bois. Ce plancher, fixé par fou milieu à un pivot qui le fait tourner en tout fens, eft formé en rond, & du diamètre de la longueur du charriot: fur ce plancher il y a également les deux pièces de bois , que l’on peut appelier les deux guides de la route. Le tout eft fait très- folidement : quand le charriot eft fur le plancher, on dételé le cheval 5 le voiturier tourne facilement le charriot avec le plancher, le met fur la direction de l’autre route,& attele de nouveau fon cheval. On évite autant qu’on peut ces angles le long des routes ; mais il y en a à prefi. que tous les ponts qui conduifent au magafin. De diftance en diftance on eft obligé de faire un chemin de côté, pour éviter la rencontre des charripts qui vont, avec ceux qui reviennent ; quelques entrepreneurs ont même pratiqué un double chemin tout le long de la route.
- 34g. Quand les charriots font arrivés au magafin, on détele le cheval, & le voiturier pouffe fon charriot jufque fur une des trapes du magafin ; il ôte une cheville pour ouvrir la porte du fond ; alors le charbon tombe dans la trape, & _fe rend ainlî dans le magafin ou dans un bateau. Ces magafinsF, pi. XXI, n. 3 , deftinés à recevoir le charbon, font des bâtimens très-longs, conftruits au bord de la riviere, dans un endroit où il y aaffezd’eau dans le tems de la haute marée-, pour que les bateaux deftinés au tranlport du charbon , puilfent aborder fur toute la longueur des bâtimens. Les magafins font traverfés par une efpece de pont, qui n’eft autre chofe que la continuation des mêmes routes ci-deilus, dont l’entre-deux des quatre pieds s’ouvre en plu-fieurs endroits par des couliifes, & forme des trappes d’intervalle en intervalle. Sous la plupart de ces trappes il y a un canal dirigé diagonalement en-dehors du bâtiment, dont l’extrémité va répondre fur la riviere, cinq à fix
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- pieds au-deffus de la furface des eaux de la haute marée. Au-deffous de ces canaux ou couloirs, on amené les bateaux pour les charger 5 & c’eftau-delTous de ce pont qu’eft le grand bâtiment pour renfermer le charbon, lorfqu’ii 21’y a pas de bateaux fur la riviere pour le recevoir à mefure qu’il eft amené par les charriots. Comme ce magafin eft toujours élevé au - deffus de la fur-face de l’eau,il y a également des couloirs ou efpeces de trémies, qui font dirigées diagonalement fur la riviere comme les précédentes.
- Commentaire fur quelques principales circonfances pratiques, & fur différentes 1 manœuvres de texploitation.
- 349. Les différens préparatifs achevés , toute l’affaire concernant l’entre-prtfe arrêtée, arrangée, tant pour les fonds que pour les employés & ouvriers dont il faut fe pourvoir, les vues doivent fe tourner uniquement & entièrement fur l’exécution. Nous allons fuivre , dans le même ordre que nous avons tenu dans le courant de l’ouvrage, chacune des circonftances & des opérations principales, fur lefquelles nous avons à revenir , pour de plus grands éclairciffemens.
- Des FAILLES : Le. Spring. Flon - jlone ; rubbles ; rubbish ; dikes, traps. An.
- Gags. Sc. F ail. Sprung. G. Befawer. Su. ( a )
- 350. M. Triewald, auquel on peut s’en rapporter, eft du fentiment que ces montagnes fouterreines n’obfervent point de direction régulière. Ce que nous avons obfervé nous-mêmes fur la nature de ces maffes pierreufes, qui font un compofé de différentes matières, femble prouver affez qu’elles ne peuvent pas avoir une,direction réglée ; il 11e parait pas au refte, fi elles en ont une, qu’il foit bien aifé de la reconnaître.
- M. Genneté avance néanmoins fur cela une opinion toute contraire dans un nouvel ouvrage publié en 1774^): nous rapporterons ici ce qu’il
- (a) Dans les mines d’étain de Cornouailles, ces pierres qui interrompent le filon , font appellées jams.
- (b\Intitulé : Connaijfance des veines de houille ou de charbon de terre , leur exploitation dans la mine ; avec Vorigine des fontaines, £«? de là des ruijjcaax, des rivières des fleuves ; avec planches relatives au charbon de terre. Nancy, 1774, in-8°. Cet ouvrage qui parait fait anciennement, quoique donné récemment, ne ré-
- pond point du tout à ce qu’annonce le titre : il manque d’ailleurs par plufieurs défauts elfentiels ; il n’eft pas à beaucoup près allez développé, il n’y régné point de clarté, beaucoup d’exprelïions préfentent des idées fauffes -, quelques opinions particulières à l’auteur vifent à la fmgularité. Nous en relèverons quelques-unes quand l’occafion & le befoin l’exigeront.
- La feule chofe digne de remarque, à mon avis , dans cet ouvrage de 149 pages ,
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- dit fur l’épaifleur & la direction de ces maffifs pierreux. Selon lui une faille dans fon fommet, c’eft-à-dire, la partie qui approche le plus du jour, aura depuis 42 jufqu’à 17f pieds d’épaifleur dans fon enfoncement à une profondeur de 3182 pieds ; il afligne fon épailfeur de 420 pieds, & prétend qu’elles font toutes inclinées. Ayant eu occafion de fréquenter pendant plufieurs années les houillieres de Liege, il a eu connaiflance des deux failles que nous avons diftinguées, comme le font les houilleurs Liégeois, en grande. & petite faille, & même d’une troifieme;il les a reprélentées dans une planche de fon ouvrage. La grande , qu’il prétend prendre fon commencement à la veine nom-, niée homme ou baume , & couper toutes les veines qui font au - deflous, a , d’après fes obfervations, une marche réglée du levant au couchant. Il ajoute que cette direction a été obfervée depuis Aix-la-Chapelle jufqu’en Angleterre ; qu’elle coupe la grande traînée des veines de houille qui s’étend d’Aix , Liege ,Huy , Namur, Charleroy, Moiis, Tournay, & de là par-deiious l’Océan , jufque dans les mines de charbon de la Grande-Bretagne, où elle fe trouve comme dans les autres houillieres, & félon la même direction. Son inclinaifon du nord au midi, eft de 16 \ degrés, & n’eft pas toujours réglée. La petite faille eft éloignée de la première de 21 co pieds à fon oueftjelle n’a, ainfi que la fuivante, aucune marche fixe, point de parallélifme entre elle ni avec la première : au contraire, elles viennent fe rapprocher à fon orient. Une troifieme faille , que M. -Genneté dit être de 60 toifes, ou 420 pieds d’épailfeur , paffe au levant de la première, 8c fe trouve au fond de la terre entre la 56e veine, qu’il appelle le moine , & la 57 e veine nommée belle au jour. On conviendra qu’il n’eft pas trop pofîible d’imaginer comment l’obferva-teur a pu s’y prendre, pour déterminer ces dimenfions d’un maniéré 11 préeife. Les failles pouvant rencontrer & couper les veines par le haut, par le bas, ou dans leur enfoncement en profondeur, ou dans leur trajet en longueur, ou entre leur longueur & leur largeur, les obfervations qui peuvent avoir été faites
- eft un état très-curieux, en le fuppofant montagne de S. Gilles, conftdérée dans exaét, des veines de houille qui font partie l’enfemble de ces 61 veines, il réfultepour du maffif de la montagne de S. Gilles près fomtne totale de leur épailfeur, un folide de Liege, dont j’ai parlé aifeurs. Cet état de houille de 22 toifes 6 pouces & demi eft beaucoup plus circonftancié que celui ( toife de montagne de 7 pieds ), au lieu de que j’ai donné ; il comprend jufqu’à 61 7 toifes 9 pieds 4. pouces, pour produit
- veines. M. Genneté les défigne par les noms des 26 veines feulement, dont j’ai donné qu’elles avaient alors : il indique les mem- l’énumération, & qui, en y comprenant bres , qu’il appelle improprement bran- 9 64 toifes 1 pied deJlampes ou intervalles ches, dont chacune eft compofée, au moyen de féparations, compofées de terres ou de des nerfs de féparation ou layes , que les rochers,fait 986 toifes 1 pied 6 pouces & houilleurs de ce tems nommaient houages. demi pour tout le maffif de la montagne,
- De cette defeription de l’intérieur de la
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- fur les dérangemens qui en réfultent dans le corps ou dans une partie des veines, deviennent intérelfantes : nous rapporterons ici celles de M. Triewald. (a) Nous fuppofons au préalable , que l’on eft inftruit par ce que nous avons dit en général, des principales circonftances relatives à ce fujet. Une veine , par exemple , qui s’abailfe vers le fud- eft, ayant été féparée dans fon enfoncement, la faille qui la coupe s’étend vers le nord-eft & vers le fud-oueft. La longueur d’une veine marchant vers le nord-eft, & vers le fud-oueft, venant à être coupée ,1a faille fe répand vers le fud-eft & vers le nord-eft.
- j 5*2. Comme ces interruptions peuvent fe faire entre la largeur & la longueur d’une veine, la direction de la veine étant vers le fud-oueft & vers le nord-oueft,& l’enfoncement & l’élévation de celle-là fe dirigeant vers le fud-eft & le nord-oueft,il faut que la faille fe répande vers l’oueft-fud-oueft, & vers l’eft-lud-eft.
- 2^}. En travaillant à une veine qui s’enfonçait vers le fud-oueft, on rencontra une faille qui interrompait la veine ; après avoir percé ce rocher , on ne retrouva point de l’autre côté le moindre indice de charbon. Cependant, en perçant la galerie 200 pas au-delà, 011 découvrit la croupe d’une veine qui était plus baife que celle qui avait été perdue. Il n’était plus difficile alors de la retrouver ; ler, couches qui l’accompagnaient en - delfus & en-delfous, & qui furent reconnues, montrèrent que c’était la même; & ce qu’il y avait de remarquable, c’eft que la faille difparut du côté de l’oueft, & que les deux parties de la veine fe retrouvèrent unies enfemble, après avoir été féparées l’une de l’autre à une diftance confidérable. Lorfqu’on eft dans le «as de pratiquer une galerie ou efpece de bacnure au travers d’une faille, on doit fe relfouvenir de l’attention qu’il faut avoir de fuivre le Lyon, pour conduire cette route en conféquence de i’élévation ou de l’abaiffement de cette trace du charbon. La veine eft toujours meilleure alors à trouver fous le pied, comme difent les mineurs, ou fous la main, parce qu’alors la veine remontant d’une plus grande profondeur, traverfe certainement une plus grande étendue de terrein avant de reifortir au jour, & qu’alors on peut la travailler plus long-tems.
- 3^4. Nous avons indiqué la maniéré dont les veines fe rihoppaitnt, en-haut ou en - bas, dans les plattures : les planches III & XI de la première partie, & la planche 1 de cette fécondé , rendent fenfibles ces chan-gemens qui arrivent à l’occafion des failles ; il n’eft pas moins important d’avoir quelque exemple des rihoppemens , dans les relevemens de veine. M. Triewald en a rencontré un allez rare : voyez fig. 7 , pi. XXXII. La ligne À B indique la furface du terrein ; le point B eft l’extrémité de la veine qui
- (a) Troifierae mémoire, Aftes de V académie de Suede , année 1740.
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- D ü CHARBON DE TERRE
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- s’enfonce du nord-oueft vers le fud-eft; de C, elle commence à remonter vers l’eft, en prenant fa direction vers le point E de la montagne lituée vis-à-vis, où l’on devrait trouver la croupe de la veine; mais au lieu de s’étendre jufque là, elle s’arrête en chemin & fe renfonce du point E vers le fud-eft, au point D, d’ou elle remonte vers la furface A, où fa dernière extrémité fope au jour. Ce qui la forçait de quitter la diredion naturelle , était vraifemblablement le trouble exprimé en E au-delfus de la réunion de la veine D C.
- A ce fujet, M. Triewald fait obferver que la plupart des veines qui remontant du fond vers la furface , làns être interrompues dans cette marche , ont une defcente égale, qui court du dehors de la ligne horizontale, tirée du point de la furface, jufqu’au point le plus bas de la profondeur , ont une quarrure re&iligne ; c’eft-à-dire, qu’une veine qui, de fon extrémité fupérieure, defcend en ligne droite, fait un angle rediligne avec la ligne horizontale, quoique du refte cet angle foit plus aigu dans les uns que dans les autres, comme on le voit par les fig. f & g, pi. XXXIII. Dans ces deux figures, A B indique la ligne horizontale ; B, eft la tête de la veine ; B C eft la veine, dont la diredion eft oblique, & qui joint la ligne A B au point B, en faifant avec elle un angle rediligne; du refte les angles A, B, C, font plus grands dans la fig. 8 que dans la fig. 5 .
- On conçoit que ces dérangemens peuvent varier à l’infini : en jetant les yeux fur la pi. 11, partie II, 011 voit que la faille qui vient couper les grandes veines ou plattures des trois maîtres roiffes, occafionlierait un dérangement bien plus confidérable, & dérouterait bien autrement la pourchalfe des travaux, fi elle donnait dans le point de rencontre où les trois veines font relèvement de pendage en angle aigu ; toute cette partie entièrement détruite & occupée par la faille, ôterait fans contredit toute facilité de retrouver les grandes veines, dans la portion où elles reviennent alors du fond , fur - tout fi leur rihoppement était en-bas, au lieu d’ètre rihop-pement en - haut,
- ^7. M. Triewald remarque qu’il arrive fouvent qu’une veine de charbon , avant de parvenir jufqu’à une faille, s’étend à une grande diftance en formant une elpece d’arc. Cette inflexion eft repréfentée par la fig. 10 de la pl. XXXI//, où a b indique le trouble, E F la veine principale, C D le toit formé par un cos fablonneux, appellé par les mineurs Suédois Bryn ; (a) G H une couche fchiftcufe, I K la veine fupérieure, & LM fon toit qui eft un banc de pierre.
- ( a ) Qui vraifemblablement eft le freefione.
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- ET DE SES MINES. Partie II.
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- Des eaux , des fentes aqueufes ou ouvertures qui donnent de l'eau dans les mines, & de l'ijfue quon pratique à ces eaux au pied d'une montagne.
- 3f8. Les eaux que l’on eft fujet à rencontrer dans les fouilles de mines, font à considérer dans plufieurs points de vue diftincts, "comme par rapport à la place qu’elles occupent davantage , par rapport aux couches ou lits qui en donnent le plus , & quant aux fentes par lefquëlles elles le font jour, ou quant aux tems où elles paraiifent plus abondantes. La partie de la mine où il fe trouve plus d’eaux, devrait être univerfellement décidée par les gens du métier ; leurs relations ne font cependant rien moins que conformes les unes aux autres. Quelques mineurs avancent, d’après l’obfervation, que plus ils creufent, plus les eaux diminuent, & qu’elles font plus abondantes vers la fuperficie. L’auteur des mémoires manufcrits fur les carrières de houille d’Anjou, dit la même chofe ; & nous avons fait une remarque à ce fujet. L’expérience des houilleurs Liégeois eft toute contraire : plus on dilate, plus on découvre d’eaux; plus on fait d’ouvrage, plus on eft gagné parles eaux. Voilà leur dire, & ils ne font à cet égard nulle diftinéUon de la partie la plus élevée ou de la plus enfoncée dans la mine. Leur expreflion ne peut être prife que dans la réalité du fait, & l’on peut alfurer que la chofe doit être ain(], au moins en général, fur - tout dans les carrières de houille. L’or-ganifation des terreins qui renferment ce foflile, & que nous avons développée avec foin par-tout où nous avons pu le faire , établit inconteftablement que l’épailfeur première, ou la plus fuperficielle, eft de nature à tenir un très-grand volume d’eaux ; que la partie de la mine la plus profonde en contient de même un pareil ou un plus grand volume ; que ces eaux , pour lefquelles on eft obligé de recourir aux cuvellemens, aux plates - couves, afin de les empêcher de tomber dans les ouvrages , appartiennent en particulier à chacune de ces deux parties différentes de la mine; que celles du haut ne peuvent defcendre en - bas , lorsqu’on ne fait pas d’ou verture dans cette première épaitfeur ; & que celles de la partie la plus profonde de la mine, fi elles ne font pas emprifonnées dans des grottes , dans des vuides immenfes, trouvent dans les bandes fupérieures un ©bftacle à leur élévation perpendiculaire même en vapeurs. On a vu quelquefois de ces eaux profondes alfez abondantes pour n’ètre point diminuées par cinq machines à feu, qui rapportaient enfemble un ruilfeau d’un pied de coupe.
- 3f9. Un favant académicien de Stockholm (a) , dans un méïnoire communiqué à cette compagnie, prétend que l’eau qui embarrafTe les mines,
- (a) Quelques réglés démonftratives con- M. Brandt , dodeur en médecine, & ar-cernant la marche des minéraux, l’ouver- chiatre du royaume, ann. 174$. ture des mines & leur étaiement , par
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- DU CRA RB ON DE TERRE
- provient principalement & proprement de la hauteur de la colonne d’eau la plus voifine, & que fa preflion plus ou moins confidérable fur les veines, canaux & fentes fouterreines, ne doit pas être attribuée à la plus ou moins grande étendue fuperficielle & horizontale; qu’elle n’eft qu’en proportion de la profondeur horizontale des foifes fous ces malfes d’eau.
- 360. Pour ne nous en tenir qu’à des faits, nous ajouterons à ce que nous avons rapporté dans la première partie, fur les couches aqueufes, que l’eau ne fe trouve jamais dans la claye. lorfqu’elle eft ferme & dure ; qu’il s’y en trouve quelquefois, mais très-peu, lorfqu’elle eft lâche & fablonneufe ; qu’enfîn les lits aqueux font ordinairement ceux qui font placés au-delfous des couches noires & lâches. Les eaux provenant par des fentes naturelles, font encore différentes par rapport à ces ouvertures; ces fentes font -communes dans toutes les matières qui compofent l’intérieur de la terre ; .elles doivent former une partie des connaiflances de quiconque s’occupe des travaux fouterreins. Leur.largeur varie depuis la petite ouverture jufqu’à plufieurs toifes, & félon les matières où elle fe trouvent. Dans les fubftances molles & dans les lits profondément enfouis, elles font aflez éloignées les unes des autres, & plus étroites. Dans les matières calcaires , elles font perpendiculaires à l’horizon. Dans les bancs-de grès & de roc vif, elles font obliques & irrégulièrement placées. Dans quelques matières compactes , comme marbres, pierres dures, & dans les premières- couches, elles font plus multipliées & plus larges; fouvent elles defcendent depuis le fommet des maffes jufqu’à leur bafe ; d’autres fois elles pénètrent jufques dans les lits inférieurs. Les unes vont en diminuant de largeur, d’autres ont dans toutç leur étendue les mêmes dimenfîons.
- 361. Pour ce qufeft des tems*auxqueîs on doit s’attendre davantage à la
- rencontre embarraifante des eaux, il eft d’obfervation qu’elles font en général plus abondantes en hiver, fuivant l’efpece de température, & fuivant les pluies. C’eft ordinairement en mars_qu’elles donnent davantage, à caufe des fontes de neiges ; on les a vu quelquefois très-balles à noél. Ces remarques ne font>pas indifférentes, par rapport au tems favorable pour la première fouille, & que nous indiquerons lorfque nous entrerons. eiy matière fur les foffes ou puits dé minés. ( a) > * ' ,:j
- 362. Lorsqu’on peut former ,au pied d’une mine une areine, l’exploitation fe fait avec un double avantage , par la facilité d’extraire une partie du charbon, & de fe débarraifer des eaux par cette galerie, qui devient en même tems aqueduc. C’eft ce qu’on nomme dans quelques endroits de
- ( a ) Dans tous les approfondiffemens \ inférieure au ternie de dix degrés du ther-les eaux ont été reconnues au thermomètre, mometre de Réaumur ; en hiver elles font à peu près du même degré de température moins froides qu’en été,
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- ET LE SES MINES. Partie II. 139
- France percement, galerie de pied, en langue fuédoife, wattn-Jloll, en larin cuniculus (a). L’ouvrage le plus confidérable que nous ayons dans ce genre en France, eft celui des folfes de Frênes, qui a onze cents treize toifes de longueur, dont une grande partie eft conftruite fur pilotis, & revêtue de bois dans l’intérieur, à caufe de l’inftabilité du terrein. Celui du puits du Roc , paroiife de Chalonne en Anjou, eft encore remarquable ; mais l’une & l’autre ne fervent que de canal pour les eaux. Les ouvrages du bure Pelé. Thier, vis-à-vis le Val-Benoît, à Liege, qui était abandonné depuis quarante ans, viennent tout nouvellement d’être attaqués de cette maniéré , dans l’intention de tirer par cette galerie la houille, & les eaux s’il eft befoin. C’eft un objet de dépenfe forte à la vérité , mais de conféquence pour certaines mines, relativement à leur fituation. Dans les mines d’Allemagne, les entrepreneurs d’un percement ont le neuvième du minerai qui fe détache de la mine qu’ils ont débarraflee.
- 363. L’abondance des eaux qui fe trouvent dans quelques mines, exige qu’on veille avec attention à ce canal, dans lequel elles occationnent toujours des éboulemens, des dépôts conftdérables de limon , qui interrompt leur cours ,& ferme l’aqueduc. C’eft à caufe de ces dommages qu’il n’eft permis dans aucun pays de s’emparer de ces travaux fans le confentement des propriétaires.
- Détails circonjlanciés fur la marche particulière que les veines de charbon tiennent
- dans la terre.
- 364. On doit fe rappeller que c’eft dans les pays montueux , & non dans les pays unis, que fe trouvent les mines de charbon de terre ; ce ne font cependant pas les montagnes compofées d’un roc vif, & qui s’élèvent bruf-quement, qui font les plus propres à l’exploitation ; d’une autre part, les terreins bas font trop fujets à être inondés. On regarde donc comme les plus favorables les montagnes ou terreins qui s’élèvent en pente douce , & qui retombent de même. Il eft facile déjuger, par la marche que l’on a décrite des couches qui forment la malfe que l’on a à fouiller, que le travail y eft plus aifé ; & d’ailleurs les efpérances font fortifiées par d’autres circonftan-ces qui font varier la maniéré d’exploiter : telles font le local, la facilité plus ou moins grande à reconnaître la tête ou le pied de la veine, comme dans les autres mines.
- 365“. La maniéré de rechercher les charbons de terre , dans des endroits où l’on n’en connaît pas, confifte d’abord , félon M. Triewald, à obferver comment la furface de la campagne fe tient dans fa montée ou dans fa pente ;
- ( a) On peut voir dans Agricola beaucoup de détails fur ce canal, livresIV & V.
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- DU CHARBON DE TERRE
- ce favant prétend même que de cet examen on peut aifément inférer de quel côté le lit de charbon s’élève au jour. Pour l’ouverture de la mine , pour l’endroit propre à aiTeoir le bure, la connaiflance de la direction & du pendage des veines eft un préalable important, d’où dépend la fureté de diriger l’ouvrage vers l’élévation, & de fe débarralfer naturellement des eaux ; on a vu aufli que ces deux circonftances forment l’objet pratique de la géométrie fouterreine.
- 366. On conçoit qu’il eft fort intérelfant de favoir vers quelles régions fe répandent les veines. L’expérience fait connaître qu’elles obfervent toutes la,réglé confiante, qu’en s’enfonçant ou en s’élevant vers quelque point çîu ciel., elles s’étendent de côté dans les deux régions oppofées } de forte que les charbons s’enfonçant vers le fud-eft, il faut que les régions de l’enfoncement & de l’élévation fe trouvent en fud-eft, en nord-oueft. Or, ces deux régions étant oppofées l’une à l’autre, il faut nécelfairement que l’ex-tenfion de la veine du côté fe faife vers le fud oueft& le nord-oueft, régions qui partagent la bouffole en deux parties égales.
- 367. M. Genneté , dans l’ouvrage dont j’ai parlé plus haut, établit une double marche des veines de charbon de terre , une qu’il nomme marche particulière, & une autre qu’il appelle marche generale. Ce qu’il appelle marche particulière, comprend ce que les houilleurs nomment pendage , c’eft-à-dire, la maniéré dont les veines de houille parcourent une étendue limitée de ter-rein , en fuivant une inclinaifon différente. La marche qu’il appelle générale , eft la férié continue, ou la traînée de toute une bande de charbon de terre, qui ne pouvant être fuivie dans fa profondeur, eft fuppofée fe retrouver au loin dans un autre pays : c’eft ce que nous avons nommé allure.
- 368. Les mines du Hainaut, duNamurois , du pays de Liege, de Boheme, & des environs de Schemnitz en Hongrie, ont, félon cet auteur , une marche générale qui fe dirige du couchant au levant, en déclinant de deux à trois degrés vers le midi. La traînée de houille qui file d’Aix-la-Chapelle par Liege, Huy ,Namur, Charleroy, Mons & Tournay, juiqu’en Angleterre en paflant fous l’Océan, & qui d’Aix-la-Chapelle traverfe l’Allemagne, la Boheme, la Hongrie , &c. il conjecture que , de l’Afie , elle s’étend jufqu’en Amérique , où elle peut fe fuivre comme en Afie & en Europe. Cet auteur ajoute qu’en même tems que la marche particulière des veines les porte du midi au nord, la direction de la trace où elles fe trouvent toutes, leur donne une marche générale ou traînée d’environ deux lieues de largeur, qui va du couchant au levant, en déclinant de deux à trois degrés vers le midi.
- jDirection , cours , allure des veines , ftryfca , Su. Maniéré de déjigner cette circonjlance par les degrés de la boujjble.
- 363. Ordinairement une extrémité de la veine pointe àl’oueft, s’étend
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- de là à l’eft; & fur vingt aunes de longueur, c’eft-à-dire, trente-cinq pieds dix pouces environ, elle en gagne fix de profondeur. Quelquefois les veines s’écartent un peu de cette marche : il s’en trouve qui pointent pour la plus grande partie au fud-oueft & au nord-eft ; mais elles fe plongent également toutes plus ou moins vers l’eft. Cette direction des veines vers quelque point de l’horizon, nommée par les houilleurs Liégeois allure, fe défigne communément félon la marche des veines vers l’un ou l’autre de ces points de l’horizon, ou d’un point à l’autre, comme de l’orient à l’occident, ou du midi au nord. Aifez communément elle fe défigne encore par les degrés ou les heures de la boulfole. Quand, par exemple, une veine court nord-eft & fud-oueft, ce qui fe marque N. E. S. O. 011 dit qu’elle va par les trois heures : ce font les veines qu’011 nomme drefiant (a), relativement au pen-dage horizontal ; car elles ne font jamais d’à-plomb: 011 pourrait les appel-ler veines furplombées. Si une veine court N. S. c’eft-à-dire, nord-fud , on dit qu’elle va par les dou^e heures. Celles qui vont de neuf à onze heures , font celles qui font fud-eft-nord-eft, comme celles de 'Wettine. On appelle veines du matin ou veines du levant, celles qui ont leur cours depuis huit heures jufqu’à fix , ou qui fe trouvent entre trois & fix heures. Les filons dont la diredion eft entre fix & neuf heures, font nommés filons dufioir ou du. couchant.
- 270. Pour reconnaître, au moyen de la boulfole, l’heure dans laquelle court la veine qu’011 a trouvée, on préfente la boulfole de main dans le milieu de la veine. L’ouvrier doit placer l’inftrument de façon que le levant foit à gauche, & le couchant à droite : dans l’ufage, 011 place la ligne méridienne dans le milieu de la galerie, le feptentrion félon la diredion.
- 57r. Lorsque l’aiguille eft arrêtée , on tire une ligne droite en traverfuit la boulfole , & ayant attention qu’elle foit parallèle à la diredion de la veine. L’heure, c’eft-à-dire, le degré fur lequel cette ligne palfe, eft l’heure dans laquelle la veine fe dirige.
- Pendage des veines. Maniéré de le difigner par les degrés de la boujfiole, de U reconnaître à Paide de cet infiniment & de différentes méthodes.
- 572. Il n'eft pas moins elfentiel d’avoir égard à la fécondé circonftance que nous avons obfervée dans les veines de charbon : nous voulons parler de leur pente ou fituation relative à l’horizon, & qui fe nomme pendage, inclinaifon. A l’article du pays de Liege, j’ai eu recours , pour rendre fenfibles
- (a) Vena propendens, qui répond aux filons appelles dans les mines métalliques fions précipites, dont la diredion eft réellement perpendiculaire.
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- les différens degrés qui fe remarquent dans cette inclinaifon, à la fuppoli-tion d’un parallélogramme dont la diagonale fervant de mefure moyenne, déterminait les degrés d’inclinaifon fnpérieure ou inférieure à cette diagonale. J’ai indiqué d’une maniéré précife, mais générale, les variétés remarquables dans cette marche, lorfqu’elle s’enfonce en terre & lorfqu’eÛe le releve. Il ne relie plus qu’à faire connaître la maniéré dont les ouvriers de mines défignent ces différences par les degrés de la bouffoie, & à développer quelques points intéreffans fur cette inclinaifon. Afin de donner d’un même coup-d’œil une idée complété de ces pendages , nous avons raffemblé dans la planche XXXIII les figures qui fe trouvent à la fuite d’un mémoire de M. Triewald (a), d’où les éditeurs de l’Encyclopédie les ont tirées (£}. Les éclairciffemens dont ce favant a accompagné ces coupes de mines, & la maniéré de s’affurer du cours du charbon , termineront cet article.
- 372. Les mineurs appellent horh^ontal un filon dont l’inclinaifon ell moindre que de f degrés. Un filon dont le cours ell depuis neuf heures jufqu’à douze heures, ou qui ell incliné du foe degré jufqu’au 20e, ell nommé filon incline, filon prolongé. Celui dont l’inclinaifon ell au^deffous de 20 degrés , ell défigné par le nom de filon couché. Le filon incliné depuis le 90e jufqu’au 8e degré, eft appellé filon perpendiculaire ou droit, filon debout ; on dit aulîi qu’il court depuis douze heures jufqu’à trois, ou qu’il tombe entre les heures douze & trois. De là il réfulte deux efpeces principales, dont les autres 11e font que des fubdivilions. Celles qui font un angle avec la ligne horizontale, depuis zéro jufqu’à 4^ degrés, font des veines à pendage de platture.
- 374. Les deux couches de la mine de Zwickau n’ont pas plus de 2f à 30 degrés d’inclinaifon. Celles de la mine d’Edimbourg ont environ 40 à 4% degrés d’inclinaifon du côté du midi. A Champagné en Franche-Comté, l’inclinaifon de la mine ell ellimée prefqu’à 4f degrés. Les veines qui font un angle avec la même ligne depuis 4f degrés jufqu’à 90, font veines à pendage de roijjes. Prefque toutes celles qui font en Ecoffe, font de ce genre; il ne s’en trouve qu’un très-petit nombre à excepter.
- 37 f. Il ell à propos, dans la pratique de l’exploitation, de fe rappeller l’évaluation reconnue par l’expérience de la perpendiculaire qui appartient à chaque degré de pente de la veine, & dont nous ayons fait mention en différentes occafions. Dans les couches de Falkire, province de Sterling en Ecoffe, l’inclinaifon des couches ell d’une toife perpendiculaire fur dix; du côté du fud-ell, elles en ont douze de longueur. La mine de "Wittehaven a communément en pente une toife perpendiculaire fur fix à fept de lon-
- ( a ) Tome I, de l’académie de Suede.
- (b) Tome VI, Minéralogie, Charbon, minéral.
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- ET DE SES MINES. Partie II.
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- gueur. Cette différence dépend de la nature du pays que parcourent les veines , la cultellation (a) faifant voir à peu près la même chofe ; c’eft-à-dire, qu’il fe trouve des terreins dont la pente eft de quatre pieds par toife , & que la différence de la bafe à la fuperficie eft foirvent d’un 10e, d’un g% d’une 6e, même d’un quart.
- 576. On a pu aifément remarquer que dans la Flandre & dans les autres pays unis, les veines font en plattures plus ou moins décidées; qu’au contraire , dans les pays montueux , il fe rencontre des veines qui font avec la ligne horizontale un angle depuis 6 ou 7 jufqu’à 10 degrés. Il eft conf-tant en général, que fi l’on defcend dans une galerie de 100 toifes de longueur, faite fur les mines par couches ou par lits, telles que celles de charbon, dont la pente pour l’ordinaire eft plus douce que celle des mines par filons, on aura à peine fur ces 100 toifes, félon que le pendage fera roiffe ou tiers de roiffe, 10, 12, if, 20 toifes de perpendiculaire.
- 377. Quoique dans le courant de notre ouvrage nous n’ayons rien omis de tout ce qui peut donner une connaiffance entière du charbon de terre, eonfidéré dans les différences de pente qu’on lui remarque dans fa marche, nous avons cru cependant ne pouvoir nous difpenfer de donner place ici à un mémoire très - iutéreffant de M. Triewald fur cette matière. C’eft un hommage que nous devons & que nous rendons avec plaifir à cet obferva-teur, le premier qui a écrit fur les charbons de terre.
- 378* “ Tous les bancs de charbon de terre peuvent être rangés, quant „ à leur pendage , dans une de ces deux claffes , ou de platture, ou de roijje ; „ & il faut établir comme un principe certain, que, nonobstant le plus ou
- le moins detendue que ces bancs peuvent avoir, ils fuivent conftamment „ jufqu’au jour la même diredion avec toutes les couches qui les accom-53 pagnent. En cherchant la veine principale, il arrive fou vent que l’on en „ rencontre d’autres qui, n’ayant qu’un pied ou un pied & demi d’épaiffeur, „ ne valent pas la peine d’être chaffees ; eus petites veinettes fuivent en tout ,5 la diredion de la veine principale, à moins qu’elles ne foient-débauchées, 5, Durefte, on peut voir par la figure 4, planche XXXIII de cette fécondé „ partie, comment dans le pendage roilfe les veines de charbon & les bançs ,5 de pierre qui accompagnent la veine principale, s’élèvent avec elle en ligne „ parallèle jufqu’à fon extrémité fupérieure. La ligne A marque une ligne „ horizontale tirée fous la furface du terrein où l’on fouille les veines I C. „ E G L font les couches ( wharf) ou les bancs de pierre placés entre J, les veines de charbonI C, & qui fuivent la même diredion. Ces diftances
- (a) Terme dont fe fervent quelques au- dire, par des inftrumens qui ne donnent ces teurs pour lignifier la mefuredes hauteurs hauteurs & ces dift ances que par parties, & & des diftances pièces par pièces, c’eft - à- non tout à la fois p ar une feule opération.
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- DU C H A R B 0 N B E T E R R E
- 3J des extrémités des veines de charbon fuivent en cela la proportion des M diftances perpendiculaires, & de ce quantum de la defcente. Plus les veines „ de charbon & les couches fituées au-delfus ou au-delfous d’elles fuivent dans leur dire&ion une pente douce, plus l’extrémité de la veine inférieure M devance celle de la veine fupérieure, comme il eft aifé de le concevoir „ par les figures 3 & 2, qui repréfentent aufli des veines roiifes parallèles „ entr’elles. Or, quoiqu’une ligne perpendiculaire, fuppofée tirée entre les M deux veines ( dans la figure 2 depuis la tète de la veine E, & dans la s> fiëure 3 vers nliheu de la ligne horizontale), ait la même longueur M dans les deux triangles réfultans de l’incidence de la perpendiculaire fur 5} la ligne horizontale, elle fera pourtant beaucoup moins longue dans la Sj figure 2 , que celle de la figure 3. La raifon en eft toute fimple: l’angle „ formé par cette ligne perpendiculaire & par la ligne horizontale, étant „ plus grand dans la figure 3 que dans la figure 2, la bafe doit néceifaire-„ ment être plus grande dans la première que dans la derniere. Il n’eft „ pas difficile de conclure de ce que l’on vient de dire, que les veines de 5, charbon appellées plattures , ont de beaucoup l’avantage fur celles que l’on 5J nomme roijfes. En creufant des puits de la même profondeur, pour percer „ l’une & l’autre efpece de veine, il eft évident qu’on tirerait beaucoup 33 plus de charbon de la première que de la fécondé ; ce qui provient de 33 ce que les lignes horizontales font plus longues dans la figure $ que dans jj la figure 2. (a)
- „ 379. Ce ferait ici le moment de demander fi la furface du terrein qui ,, renferme les veines de charbon , venant à s’élever & à former Une mon-„ tagne, la direction des couches vers les deux côtés refte toujours la „ même à l’égard de leur élévation ou de leur enfoncement; mais l’expé-„ rience ayant fait voir que quelques-unes des couches des terreins mon-„ tueux ont toujours continué de monter vers la hauteur de la montagne, „ tandis que d’autres ont fuivi une direétion toute oppofée, on ne peut en-„ core établir une réglé certaine fur cette demande.
- „ 380. Il fe préfente encore une queftion touchant la pente d’une veine „ (fluttand)fk fon relèvement au jour. Une veine-de charbon, ainfi que tou-3, tes les couches qui l’accompagnent , fupérieurement & inférieurement, ,, s’étant enfoncée confidérablement depuis la furface du terrein, & venant „ quelquefois à changer d’allure de l’oueft à l’eft, cette veine remonte-t-elle „ au point duquel elle avait commencé fa marche en defcendant ? Par exem-„ pie, dans la coupe de mine,)zg. 6, la couche a defcendu"depuis la fu-„ perfide À vers B, qui eft fuppofée la moitié de fa marche; a-1-elle
- ( a ) J’ai rendu la chofe très-fenfible par la planche I de la partie II.
- ,, remonté
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- „ remonte enfuite de B vers C, ou a-t-elle continué fa marche dans la même 9, proportion depuis B jufqu’à D, qui eft l’hémifphere oppofé à celui d’où „ elle eft partie ?
- ,, 381. Je 11’ofe rien affiirer fur une matière qui n’eft pas encore éclair-„ cie i cependant j’expoferai un fentiment fondé iur ma propre expérience. „ Je remarque d’abord que la lituation de toutes les veines où l’on n’a „ jamais apperçu de changement de direétion, s’eft toujours oppofée à un ,, examen fuivi, de maniéré à pouvoir en tirer des conféquences décifives: „ ou bien ces veines étaient htuées fur le bord de la mer, & s’enfonçant ,, du côté de l’eau, il n’a pas été poflible de continuer leur fouille, parce „ que quand bien même elles feraient remontées vers la furface de la terre, „ quittant leur dire&ion, leur derniere extrémité fe ferait trouvée dans le „ fond de la mer : ou bien elles fe font enfoncées vers le pied d’une mou-,, tagne, enforte que le terrein s’eft élevé au même endroit où les veines 5, defcendaient, & qu’on n’a pu les fuivre, ni obferver par conféquent li j, elles changeaient de dire&ion , ni comment s’opérait ce changement : ou „ bien elles ont été interrompues par des failles, de maniéré qu’il n’a pas ,, été pofîible de rien conftater fur leur direction. Mais j’ai aulli rencontré „ des veines qui allaient en defcendant & en remontant. Par exemple, je „ fuis defcendu fous terre, même fig. 6 , au point C : de là j’ai fuivi l’enfon-„ cernent de la defcente de la veine de charbon jufqu’à B, où elle change „ de direction , & j’en fuis remonté au jour près du point A, qui indique ,, une région tout-à-fait oppofée à C. Ce changement de direction ne pou-„ vait être attribué ni à un crein, ni à une faille * car il n’y avait point „ de ces accidens : les charbons que donnait la veine étaient bons , & cou-„ chés dans une ligné exactement droite. Une autre obfervation m’a con-„ firmé dans l’opinion où je fuis, que toutes les veines de charbon re-„ montent de leur extrémité inférieure, par la même extrémité dont le „ trop grand enfoncement apporte obllacle à leur pourchalfe jufqu’au bout, „ parce qu’il n’y avait pas moyen de décharger les eaux foutcrreines ou „ de procurer à la mine le changement d’air nécelfaire -, car j’ai trouvé que „ les veines que l’on fouillait à leur oppolite leur répondaient exaéte-„ ment. (af
- s> SS2- J’AI encore vu une veine de charbon, qui d’abord fuivait ,une „ pente fi douce qu’à peine on pouvait dilliuguer Ion inclinaifon; à une „ certaine diltance, cette veine s’éleva un peu davantage, & monta enfuite „ avec tant de promptitude, qu’au lieu de s’être élevée d’abord d’un feul
- (a) L’obfervation générale eft conforme laide fubfifter que par la crainte de fe trom-àce qu’avance ici M. Triewald, & parait per, en ne fondant fon opinion que fur fa lever abfolument le doute que ce favant n’a propre expérience.
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- 5, pied en 12 ou 14 pieds de longueur, elle vint à monter d’un pied en ,, trois : voye{ la coupe de mine repréfentée par la fig. 9 ( a ). A, B indi-„ quent la ligne horizontale j D, C marquent la veine de charbon qui monte „ tout doucement j mais arrivée à C, elle s’élève fur-le-champ vers la lettre „ A, où eft fon extrémité fupérieure.
- „ 383. La mine de Jarl Winton, fituée dans le comté de Tranent (fi), „ me fournira un autre exemple très - remarquable de changement de di-„ reélion dans les veines de charbon. Celle de cette mine qui eft très-con-,, fidérable, & quia 10 ou 12 pieds d’épailfeur , commence près la ville „ de Tranent, où 011 la fouille ; de là elle s’élève vers le marais du comté „ d’Elphingftons, fitué aufud-oueft, & palfe par - delfous la maifon de ce „ feigneur; elle fe renfonce enfuite vers le marais fitué entre Elphingftons ,, & Omifton, vers le fud-eft.
- „ 384* JE dirai encore un mot d’un cas aflez rare à.la vérité, mais qui ,, peut cependant arriver. La fingularité du changement de diredion m’a engagé de le repréfenter, Voyez fig. 7. La ligne AB indique la furface du terrein; le point B eft l’extrémité de la veine qui s’enfonce du N. O. ,, vers le S. E. & elle commence à remonter vers l’eft, en prenant fa di-„ redion vers le point E de la montagne fituée vis-à-vis, où la croupe de „ la veine devrait fe trouver j mais au lieu d’aller jufque là, elle s’arrête „ en chemin, & fe renfonce enfuite du puits F vers le puits du S.E. mar-qué par D, d’où elle remonte vers la furface en A, où fa derniere ex-„ trèmité relfort au jour : on doit obferverau refte, qu’en E la veine ren-„ contre un trouble qui vraifemblablement l’a forcée de quitter fa diredion „ naturelle.
- j, 385“. Les fig. ç , 8,9 , achèveront de donner une idée claire de la ma-„ niere dont les veines de charbon defcendent en platture ou en roilfe, „ toutes les fois qu’elles ne font point interrompues dans leur marche par „ quelque faille. Dans ces trois coupes de mines, A B marque l’extrémité „ fupérieure ou la tète de la veine. La ligne A C tombe perpendiculaire-,, ment de la ligne horizontale, indiquée A C, fig. 8, & B D , fig. 9. La „ ligne B C, dans la’première, eft la veine principale, qui defcend'de l’ex-„ trèmité B, & qui fait voir la véritable defeente de la couche. A indique „ l’endroit où il faut affeoir le bure, quand on a découvert près du point B „ l’extrémité de la veine, qui eft la plus abondante, & de meilleure qualité ,, que la veiire de deffous. ,,
- ( a ) Elle rejyéfente une grande veine pendage que ce foit. eu platture^ de rbijje, telle que ce pendage ( b ) Au comté de Haddington, province
- en forme à chacune de fes extrémités, de Lothiane, à l’orient du bailliage d’Edim-Yoyez ce qui a été dit fur les deux extrè- bourg, mités oppofées des veines, dans quelque
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- Dîfferens moyens pour la perquijïtion de Vallure & du pendage des veines.
- 386. Lorsqu’une fois’, à la faveur d’un puits, on eft tombé fur la veine, l’opération la plus ordinaire pour parvenir à reconnaître le peudage, confiée à s’orienter avec la boullole , de la maniéré que nous en avons décrit le procédé à l’article de Liege. M. Triewald,pour reconnaître & le pendage & la direction des veines, recommande de multiplier les puits (a). Voici fa méthode , pour laquelle le lecteur doit recourir à la pi. XXXIII. La fig. 1 ett le terrein dans lequel on veut faire des recherches. Dans les points P, O , K, L, M, N, fe montrent au jour plulîeurs veines , & la principale que l’on veut reconnaître. “ Je procédé de la maniéré qui fuit : fur toute ,, la furface de P a;, o K, apres avoir percé perpendiculairement en-bas, de ,, K jufqu’à ce que j’arrive à G L, alors je marche dans la même direc-„ tion, & je pratique perpendiculairement un petit puits en L, jufqu’à ce ,, qu’on arrive à la veine M H, ou bien au fécond lit de pierre jlen beid ou „ couche ( wharf ) ; enfuite on marche encore dans la même direction, „ & à une pareille diftance, on fait au point M un petit puits qui tombe ,, perpendiculairement en I, 'à l’endroit où l’on trouve du charbon de pierre ,, qui s’élève de I en N. Si l’on n’y trouvait point de cours de charbon , „ ce ferait une marque que les lits de pierre que l’on a rencontrés en faifant ,, le puits , font au-deiiôus du cours du charbon; & par conféquent il faut ,, marcher en arriéré dans la même direction, faire un puits perpendicu-„ Jaire en o; & dans le cas que LK ne fulfent point des couches de char-„ bon, on le trouvera certainement de la maniéré fufdite en o ou enp. Lorf. „ que l’on fait comment les couches ou Jlrata s’élèvent ou penchent, on „ procédé de même, & l’on continue ainlî en enfonçant des puits de la „ maniéré qui vient d’être détaillée. Il n’y a point d’autre différence à y „ obferver , linon qu’en forant ( bora ) il faut bien remarquer ,& mettre de „ côté la pouffiere qu’on rapporte avec la cuiller n°. 8 ou n°. 9, de la „ tariere de terre. Cette pratique , par laquelle 011 va, comme difent les „ Anglais, à la découverte de la pente des métaux~ou des charbons par le „ fommet, elt à la vérité plus difpendieufe que celle des trous de fonde ; „ mais quand la perquifition porte fur un terrein neuf, & qu’on ne con-„ naît point de mine de charbon dans le voilinage , cela eft bien plus fur „ pour découvrir la puiffance & la pente des charbons : chofes très-elfentiel-M les à connaître, lî l’on veut tirer un parti convenable de ces mines, dont ,, il fera parlé plus au long , quand il s’agira de la maniéré de bien exploiter les (cours) charbons de terre lorfqu’ils ont été découverts.
- ( a ) Art. IV. Maniéré de rechercher les charbons de terre dans les endroits où l’on n’a pas encore fouillé. Ann. 1740 , tome I.
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- s» 387* Si au contraire 011 veut chercher du charbon de terre dans un „ terrein où il n’y a ni mer, ni riviere à haut rivage, qui puiifent indiquer , j, l’élévation ou l’abailfement des cours (jlot,Jlrata} , couches ou lits, il „ faut enfoncer au hafard, jufqu’à ce qu’on foit parvenu au travers de la „ terre nourricière du fable (oto), ou au travers de l’argille (lera ), qui, „ fii l’un ni l’autre, ne courent point avec.les lits inférieurs, & montent „ leurs tètes jufqu’au jour; & quand on trouve la première pierre ou lit „ d’ardoife, on peut exactement voir & obferver fa direction, fon élé-„ vation , fà marche montante ou là marche defcendante : alors on pro-„ cede comme il a été dit, puifque, pour découvrir des couches de char-„ bons, qui dans un tel champ peuvent fe trouver les unes fur les autres, „ il n’y a pas de moyen plus fur que celui dont j’ai donné la defcription & „ la figure.
- 588. „ En faifant la recherche des charbons, foit avec la tariere, foit „ avec des puits , il faut marcher en avant ou en arriéré, & percer (bora) M dans la direction dans laquelle on trouve que les lits s’élèvent ou s’abaif-M fent vers le centre de la terre. „
- 389. Pour peu que l’on ait faili les principes fur lefquels les houilleurs Liégeois conduifent leur exploitation, on reconnaîtra que leur application au cas dont il s’agit, a un grand avantage fur le moyen propofé par M. Triewald. Dès l’inftant que le petit bure ouvert au point F a rencontré du charbon dont l’élévation eft reconnue de F en O, l’enfoncement de nouveaux bures ne préfente aucun motif d’utilité : il paraît bien plus naturel de procéder alors à l’établilfement du même bure dans la partie la plus baife du pendage, pour aller rencontrer en montant, toutes les veines qui 11e peuvent manquer d’avoir été traverfées par le bure. Les planches mettent dans le plus grand jour la fupériorité de la méthode Liégeoife par bacnures, pour palier d’une veine dans une autre, fans recourir à autant de puits de jour qu’il y a de veines.
- 390. Cette répétition de fouilles , confeillée par M. Triewald , entraîne visiblement une dépenfe qui , dans les endroits où les mains-d’œuvres font cheres, peut être d’autant plus confidérable qu’elle eft multipliée pour quatre ou plufieurs bures. Ce 11’eft pas un médiocre inconvénient; il a frappé un autre favant de Suede, aufii de l’académie de Stockholm , qui a cherché à l’éviter, & il y a réulli dans les mines de la province Schonen ou Scanie. (a) Au lieu de bures, il fait feulement avec la tariere fur les couches même de charbon , trois trous de fonde, éloignés les uns des autres de plufieurs centaines d'aunes. Ces trois ouvertures à égale diftance les unes des autres,
- (a) Troifieme volume des Mémoires de l’académie de Suede, page 149.
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- forment un triangle qui, par la marche & Pabaiiïement des veines, indique ]a dire&ion des couches (a). Il paraît par ce que nous avons rapporté à l’artile des mines de charbon d’Angleterre, que cette maniéré de juger de l’inclinaifon des couches, eft connue & pratiquée dans ce royaume. Il eft des circonftances dans lefquelles elle a fon mérite ; l’avantage particulier qu’on doit lui reconnaître, eft relatif au pays où les veines feraient irrégulières & fujettes à des creins. On n’a pas de peine à concevoir que, dans la fùppofition qu’on fe bornât à un feul trou de fonde, on pourrait aifément être induit en erreur , fi l’on venait à tomber fur un crein, dont on ramènerait la pouf, fiere dans le fouilloir i mais le lècond ou le troifieme forage, en tombant fur une partie de veine qui ne ferait pas altérée par cette défeduofité, donnera la connailfance de ce que l’on cherche. L’ufage delà fonde ou tariere de terre, quelque difpendieux qu’il foit, peut donc avoir fon mérite * par exemple, dans une entreprife en grand & en particulier fur un terrein on l’on voudrait uniquement s’alfurer de la puijfance & de la direction d’un banc de charbon qu’on aurait reconnu peu éloigné de la fuperficie. Un directeur de mine doit par conféquent avoir une idée nette & précife de cet outil important; nous invitons le leéteur à jeter de nouveau les yeux fur la planche XVI, relative à cette tariere (h) , & fur ce que nous en avons dit à la fécondé fedion.
- 391. En 1770, M. Geis a publié à Vienne une defcription fort détaillée de ce perçoir de montagne, appellé par les Suédois, jord booren. C’eft celle dont l’auteur de l’efpece de tradudion de l’ouvrage de l’académie de Frey-berg a fait ufage ; il en a porté les développemens à la planche 18 & 19, où l’on trouve le même appareil difpofé pour deux percemens dont je n’ai pas parlé , celui de bas en haut, & celui dans une direction horizontale.
- 392. Planche XVI , figure 1. a, B b, c c, tige de la tariere ou fonde, compofée de plufieurs pièces de fer, qui s’aifemblent à vis les unes aux autres ; leur nombre eft indéterminé , ainfi que leur longueur, ce qui dépend de la profondeur à laquelle ori veut fonder. Dans la figure adoptée par les auteurs de l’Encyclopédie , chaque piece , au lieu d’être firettée au milieu de la longueur, comme au n®. 1, eft percée d’un trou dans lequel on introduit un boulon de fer , pour fixer une partie de la tariere, quand on veut
- (a) L’auteur en a donné la démonftra-tion rapportée à l’article de la géométrie fouterreine.
- ( b ) D’ailleurs cette tariere connue dans le royaume il y a près de cinquante ans, pourrait s’employer utilement pour la recherche de différentes terres & fubftances
- foflîles propres aux arts,ainfi que pour la découverte des fources d’eaux : ce qui la rend intéreffante pour les économes de campagne. Vers l’année 17^0, madame Tirou de I’Ailly, alors dame de Drancy , près le Bourget , fit ufage de cette fonde, pour fe procurer des eaux dans cette terre.
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- en viffer ou dévilTer une autre. La conftrudtion de ces pièces fe voit diftinc-tement dans les figures fuivantes.
- N®, i , première piece de la tariere, traverfée dans fa tète d’un trou pour le manche ou foreur F F i entre ces deux frettes, eft une gorge qui reçoit le levier n°. 2, vu en fituation dans le petit appareil, fig. 3 : à fa partie inférieure cette piece eft taraudée en écrou, afin de recevoir la vis de la fraife ne. 6 , nommée aufli cifeau ou trépan ; elle eft propre à percer certaines pierres ou couches de terre. Cet écrou reçoit encore la vis de la fécondé piece de la tariere, lorfqu’on a befoin d’une plus grande longueur.
- N°. 2, levier fourchu de l’appareil, fig. 3 i fes branches embraifeiit la gorge de la première piece.
- N0. 3, barre de fer terminée fupérieurement par une vis retenue dans l’écrou inférieur de la première piece, ou dans celui des autres pièces , il y manque au milieu le trou pour recevoir le levier fourchu de l’appareil fig. 3, au moyen duquel on vilfe les pièces les unes aux autres : à la partie inférieure, elle eft creufée en écrou, pour recevoir la vis d’une des meches, cuillers, trépans, ou celle d’une piece femblable, fi le trou eft aifez approfondi pour l’exiger.
- N°. 4 & y , deux différentes lanternes, meches ou cuillers (a)> pour les terreins glaifeuxj les parties inférieures de ces deux pièces ne paraif. fent pas formées convenablement à l’objet auquel on les deftine, de retenir 8c d’amener les échantillons de la fubftance dans laquelle on les introduit. Il faut avoir une provifion de ces deux efpeces de meches.
- N°. 6, meche ou trépan j c’eft la même qui eft adaptée à la première piece en 6.
- N9. 7, autre trépan ou foret en langue de ferpent, pour percer les rochers les plus durs.
- N°. 8 & 9, deux autres cuillers ou lanternes, pour rapporter les échantillons des terreins fablonneux.
- N°. 10, clef ou tourne-à-gauche fervant à vilfer & dévilTer les différentes pièces de la tariere ou les meches, trépans , cuillers , qui s’y adaptent. La partie inférieure recourbée embralfe la partie quarrée de chacune de ces différentes pièces.
- N9. 11, bonnet de la fonde de l’appareil fig. 2 ; ce bonnet s’adapte à la vis de la première piece. Le crochet qui vient du treuil, doit être mobile au centre du bonnet, ainfi qu’un émerillon (£)» afin que la fonde puiffe tourner fans tordre la corde qui fert à le fulpendre.
- (a) Nafware. Su. . maniéré qu’il peut y tourner avec beau-
- ( b ) Emerillon, terme de cordier ; cro- coup de facilité, chet de fer , difpofé dans fon manche de
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- NQ. 12 , entonnoir de fer qui s’adapte à l’extrémité inférieure de la partie de la tige qu’on a retirée de la fouille lorfque cette tige eft calfée, & qu’il en eft refté une portion dans la fonde. Pour cela la partie intérieure de l’entonnoir eft taraudée & acérée j fon ouverture inférieure étant defcendue perpendiculairement dans la fonde , elle laifit la partie de la tige qui eft reftée, en teurnan}; du fens convenable pour faire mordre les filets intérieurs : par ce moyen, on retire la partie de la tige qui était reftée dans la fouille.
- La manœuvre qui s’exécute avec la fonde, ne tient pas feulement, comme on l’a vu , à l’a&ion d’enfoncer en terre les différentes pièces qui forment fa longueur : cela ne peut fe faire fans être obligé de tems en tems de fubftituer une piece à une autre ; de là il réfulte deux adions différentes , l’enfoncement en terre, & l’élévation hors de terre : elles ont été détaillées précédemment ; nous les rappellerons ici en peu de mots, afin d’aider le ledeur à en prendre une idée nette & précife.
- Un ouvrier fait tourner le moulinet h, fig. 2 , pendant que l’autre va au fouilloir, n«. 4, j*, 8,9 , & pofe fur la boîte un levier fourchu s, fous l’entaille de la piece du milieu la plus baffe ; fur ce levier fourchu, pofe alors tout le fouilloir , tandis qu’avec les deux clefs p v, l’ouvrier le dévide , autant qu’il paraît élevé au - deffus de la fourche.
- Enfuite l’ouvrier prend par un bout la piece déviffée, & la porte fur le bord en terre, en même tems que l’autre ouvrier lâche la corde du dévidoir.
- Alors les pièces du milieu fe mettent en terre jufqu’à ce qu’011 en ait be-foin ; niais le bonnet de'la fonde eft replacé fur la longueur ou furie bout du fouilloir qui repofe en attendant dans le trou fur le bonnet de la fonde. On enleve enfuite ce crochet, & l’ouvrier va au moulinet, afin d’aider l’autre ouvrier, & foulever encore une longueur, & on continue jufqu’à ce que tout le fouilloir foit retiré. Eft-.il encore queftion de le redefcendre dans le trou ? on l’y replonge à la longueur qu’il fe trouve fufpendu à la corde, jufqu’à ce que la derniere piece du milieu foit entrée dans la caiffe ; alors on pofe le levier fourchu fous l’entaille, on fouleve une autre longueur que l’on viffe, & l’on àontinue.
- Premier appareil, fig. 2.
- x x x x , plate-forme de charpente au niveau du terrein , à laquelle eft fixé le guide de la tariere.
- T, efpece de chevre formée de trois longues perches, dont on n’en a fait voir que deux fervant à fufpendre la poulie, parle moyen de laquelle on releve la fonde pour vuider les cuillers ; une de ces perches eft garnie de ranchers par lefquels on monte à la poulie.
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- h, treuil dont le fupport eft fixé en terre, ou chargé d’uii poids fuffifant pour que la corde qui fufpend la fonde & qui s’enroule fur cette poulie , ne puiife pas l’entraîner quand on veut relever la fonde.
- Dans la planche de l’Encyclopédie, au lieu de la tariere repréfentée ici hors de l’appareil, c’eft un gros cordage qui réunit les trois perches en T, & les maintient en fituation verticale \ ce hauban Q^t haubané ( a ) lur le ter-rein , dans la même direction que l’on voit la tariere.
- Second appareil, fig. 3.
- Dans ce diipofitif pour la même fin, la plate-forme a: x x -y eft traverfée par la fonde.
- c eft le levier que l’on palfe dans l’œil de la troifieme piece de la tariere pour la faire tourner.
- k exprime la gorge qui eft reçue dans la fourche du levier au moyen duquel on releve la tariere du chevalet æ, nommé auffi mainteneur, dont les côtés verticaux font percés de plufieurs trous, dans lefquels on palfe un boulon de fer qui fert d’appui à ce levier.
- Des fojfes ou puits de mines confédérés dans leur nombre , profondeur, &c.
- 393. M. N. qui 11e s’eft pas fait connaître autrement, aadrelfé en 1770, à l’auteur d’une feuille périodique (Æ),fes idées, qu’il a qualifiées alertions phyjiques fur le choix d'un emplacement pour établir une fojfe dé extraction de charbon de terre. L’auteur de cet écrit fommaire paraît avoir eu uniquement en vue la recherche du niveau de l’eau, dans un terrein fuppofé d’une demi-lieue de pente, afin de porter la folfe d’extraélion fur l’élévation de la pente au midi, & d’éviter de la placer à l’endroit de la pente la plus balle du terrein, où l’eau fouterreine eft plus volumineufe, & l’écoulement, félon lui, plus difficile, &c. Quand on fuppofe une chofe abfurde, il n’eft pas étonnant que les conféquences qu’on en tire, s’en relfentent : la prétendue difficulté de l’écoulement dans la partie inférieure, & où fe porte précifé-ment le plus grand volume d’eau, me difpenfe de difeuter un fyftême fondé fur un pareil principe. Ce qui a été dit précédemment, fait voir que l’écoulement des eaux n’eft pas la feule eirconftance qui décide le choix de l’emplacement du bure (-c). Lorfqu’on eft au moment de rendre ouvrable une mine
- (a) Haubaner , en terme de marine , monte quelque fardeau, c’eft arrêter à un piquet ou à une groffe ( b ) Gazette du commerce, n°. 98 , pierre le hauban ou cordage d’un engin ou page 777.
- d’un gruau, afinùe le tenir ferme lorfqu’on (c; D’ailleurs le fujetque l’auteur s’eft
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- de houille , il eft à propos, autant qu’il eft poiïible , de lavoir à quoi l’on doit s’attendre fur la facilité de cet ouvrage, fur la profondeur du bure, &c. Ces objets importans tiennent à plufieurs points, comme la faifon dans laquelle on fe trouve, ta nature du fol, &c.
- 394. Toutes lesfaifons ne font pas indifférentes pour Pentreprife d’une folié. L’automne eft la feule qui foit favorable , parce qu’alors les pluies qui peuvent avoir été amalfées fous terre, font en partie delféchées : le tetns le plus avantageux eft depuis le mois d’août jufqu’à la toulfaints.
- 39^. La nature du fol, la maniéré dont s’y trouve le charbon de terre, font beaucoup pour l’enfoncement plus ou moins embarralfé de la fouille : dans les endroits où les veines montent à la fuperficie avec les rochers , comme cela fe voit dans le pays de Liege, de Namur, «St dans une partie du Hai-naut Autrichien, ces fouilles font peu embarralfantes, & l’ufage du perçoir de montagne ferait fort avantageux pour reconnaître à la fois le pendage & l’allure de la veine. Il n’en eft pas de même du Hainaut Français : dans les houillieres qui s’y exploitent, on a 20, 30 , 40 , fo , quelquefois jufqu’à 120 toifes de terrein fans confiftance à palfer au travers des torrens d’eau , avant d’arriver au rocher fous lequel eft placé le charbon de terre. De là la né-ceflité defortes machines, des meilleures pompes , de beaucoup de chevaux à employer à les mouvoir, afin de gagner promptement un terrein propre à y établir des cuvelages pour y renfermer tour-à-tour les eaux de chaque niveau. La différence du fol de cette province «St de celle d’Anjou , par exemple , eft telle qu’en fouillant une carrière de charbon dans le Hainaut, il eft très -ordinaire d’avoir pour cent mille francs de dépenfe, avant d’être au niveau des rochers qui font dans les mines d’Anjou, quand on commence à les rencontrer, (a)
- 1 Du nombre des bures ou puits de mines fur une houilliere.
- 396. Pour l’ordinaire 011 fait deux bures, un à pompe, «St un qui eft à la fois bure d'extraction «St bure d'airage ; quelquefois même le bure d'extraction
- propofé ,de traiter, ne peut l’être d’une maniéré plus bizarre qu’il l’eft dans cet écrit; je n’en fais mention que par rapport au journal dans lequel il a été inféré , & pour montrer que rien de ce qui a pu être publié fur cette matière, n’a échappé à mes recherches.
- (a) Un ouvrage très-curieux, que je donnerai à part, & qui pourra être réputé fuite de celui - ci , donnera complètement Tome XVII,
- l’idée de ces différentes couches , quant à leur nombre «S: confiftance dans plufieurs pays ; c’eft un Catalogue rafonnc d’une collection d'échantillons des lits qui com-pofent les montagnes par couches., auxquelles Jont propres les charbons de terre, ainf que des différons charbons de terre répandus parmi ces mêmes couches, format in-fol. Cette collection precieufe , que fai cteàmême défaire,ef certainement unique.
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- eft en même tems bure à pompe ; il ne s’agit que de lui donner affez d’étendue pour que les eaux puiirent être pompées d’un côté, & les charbons remontés de l’autre. Ce bure, nommé maître-bure, tel que nous l’avons décrit pour la forme, doit toujours être enfoncé de maniéré que la longueur de la bafe foit dirigée contre 1’inclinaifon de la veine, afin que le puits ait plus de foli-dité. L’affermilfement dépendant de la charpente de revètilfement, fera détaillé à part dans les réglés générales.
- 397. Le plus fouvent toutes les veines d’une mine que l’on travaille, s’exploitent par un feul & même bure; il eft néanmoins des circonftances où l’on peut augmenter le nombre des bures d’extradion : dans les petites foifes aux bras, par exemple , lorfque la chaffe des ouvrages eft trop en avant, & qu’il en réfulte une trop grande étendue à parcourir pour amener la houille au chargeage, on préféré d’enfoncer un nouveau bure à l’endroit dans la perpendiculaire du point auquel 011 eft parvenu , afin de rapprocher l’extraction. Dans ces occafions, cela fe fait aulîî précifément fur ce point de la veine, quand bien même elle ferait plufieurs tours, que fi l’on pouvait fe conduire à l’œil, & y jeter le plomb. L’airage & les xhorres deviennent alors peu embarralfans, étant bien plus aifé de puifer les eaux & de mettre de l’air dans un puits de 20 toifes, que dans un autre de 60. Cette pratique, applicable dans ce cas particulier, n’a lieu & ne doit avoir lieu que pour les petites houillieres , où les bures 11e fout pas bien profonds, & où la dépenfe n’eft pas confidérable.
- 39g. Dans les mines âe Doué en Anjou , il s’eft vu à la fois quatre puits fur une longueur de trois cents toifes en fuivant la même veine: cette maniéré d’exploiter ne doit point du tout être donnée pour modèle. Si dans les mines du Hainaut Français 011 fe conduisit ainfi, les entrepreneurs feraient bientôt ruinés ; un feul bure dans cette province coûte autant qu’il en coûte à Doué pour un très-grand nombre (a). Ce font donc la nature du fol, la fituation, la qualité, la rareté de la mine , la fituation des veines en roilfe, leur irrégularité, l’étendue des travaux louterreins, qui doivent diriger fur ce point.
- 399. Il eft enfin un cas particulier, où l’on fait plufieurs bures, mais qui n’ont point de rapport à l’exploitation. On doit fe rappeller que dans la coutume de Liege, les maîtres de foifes ou entrepreneurs, s’ils ne font pas eux-mêmes areniers, & ne faifant pas la dépenfe de Yareine, font alfujettis, entr’autres, au cent éYareine^ c’eft-à-dire, au droit appartenant à celui qui fait faire à fes frais cette galerie , & qui eft, félon les dilférens diftricls où font lituées les mines , du quatre-vingt-unieme ou du centième trait franc & libre.
- (a) La feule conftru&ion de deux foifes dans le Hainaut, peut revenir à foixante & dix mille livres.
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- Il eft quelquefois befoin de bavoir alors fous quel lieu font fituées les veines que l’on chaife , afin d’en payer le droit d’arcine ; ou bien il s’agit de reconnaître l’endroit auquel on eft parvenu dans la veine , & d’ètre fïir à quel point répond la tète de la veine, dans le cas où l’on voudrait faire un nouveau bure. Quant à la profondeur des folles ou puits de mine , il eft aifé de juger qu’elle peut varier félon la fituation plus ou moins enfoncée des veines auxquelles on a à parvenir par cette folle, félon l’étendue des ouvrages en vallées, &c.
- 400. Le bure actuellement le plus remarquable par fa profondeur dans le pays de Liege, eft celui qui eft établi fur le champ de S. Gilles, nommé Péri , appartenant à M. Malïiilon, anciennement propriétaire de celui de S. Laurent. Ce bure eft conftruit en deux parties , dont chacune a cent cinquante toifes de profondeur, chaque toife de fept pieds. Le fécond bure ou bure inférieur, différent de ce qu’on nomme parti-bure, enfoncé à fept pieds de diftance du bure fupérieur , eft improprement appellé bouxtay, fans doute parce qu’il eft avallé plus bas que le premier, (a)
- 401. Pour donner quelques exemples de la profondeur d’un bure , en proportion de l’enfoncement de la veine que l’on veut atteindre , nous placerons ici ce que rapporte M. Triewald (b). “ Lorfqu’une veine , telle que „ celle indiquée B C , fig. 8 , pi. XXX11I, partie fécondé , s’enfonce d’une „ braffe fur une étendue de quatre, & que l’on enfonce la mine à cent vingt „ braifes de l’extrémité de la veine, le puits , avant d’arriver jufqu’au char-„ bon , aura trente brades de profondeur ; & c’eft toujours ainfi en propor-,, tion. Quand une veine comme celle qui eft indiquée nQ. 2, pl. //^, de ,, la première partie, ou celles de h planche I, fécondé partie, s’enfoncent „ de trois braifes dans une étendue de foixante , le puits qui fe trouve à ,, l’extrémité de la ligne horizontale, n’aura que trois braifes de profon-,, deur ; enforte que fi une veine de cent vingt braifes de longueur s’enfon-„ qait dans la même proportion, le puits aurait fix braifes de profondeur, „ & ainfi du refte. Les folfes ou puits de jour font prefque toujours creu-„ fiés d’à-plomb. On doit fe rappeller que, pour certains cas, les houilleurs
- Liégeois ont imaginé devoir creufer de ces puits de jour dans la même ,, direction en pente d’une veine qui lé trouve avoir cette marche. ,, La veine B D ,fig. s , pl. XXXlll, eft exploitable par cette méthode ; la différence de l’endroit où M. Triewald confeille de porter l’œil d’un bure en A,
- (a) Une perfonne digne de confiance, quatre mille livres; ainfi le panier ferait de m’a afïùré que, malgré cette profondeur, 2ço livres.
- on peut en lix heures de tems tirer par cha- (b) Article I du mémoire de M. Trie-cun de ces deux bures quarante traits, wald , tomeI, page 101. chaque coufade de feize paniers, pefant ,
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- pour venir joindre la veine en D, donne lieu à des réflexions qui nous ont paru mériter d’être propofées. La marche des veines roifles, qui, après un certain trajet, prennent un pendage de roiflTe , eft conftatée par l’obfer-vation des experts en houillerie au pays de Liege. Cette circonftance & la grande expérience des houilleurs Liégeois, qui jamais ne fe font une difficulté d’aller chercher & la veine la plus profonde, & la partie la plus enfoncée de cette veine , ne font point du tout favorables à l’opinion de M. Triewald, lorfqu’il juge qu’tf/z enfonçant le puits à la même diflance de £extrémité de la veine , pour chercher à fuivre la ligne perpendiculaire AC, il ferait impofjîble d'atteindre cette veine. On juge par la figure même, que le trajet de ce puits traînant de A jufqu’à D, confeillé par M. Triewald , pour venir dans ce point D s’ouvrir à la veine, aura toujours une longueur au moins auffi conlidérable , puifqu’elle fe trouve déjà l’être bien davantage que le trajet d’un bure enfoncé à-plomb, comme en A C, dans un point de la ligne horizontale A B, plus ou moins rapproché de la veine, félon que cette veine fe trouvera roilfe, tiers de roii'fe, quart de roiflè , &c. Il ferait en con-fcquence bien plus (impie d’aifeoir le bure en B, & de le conduire comme font les houilleurs Liégeois, enpittant dans le corps de la veine même. i 402. En portant les yeux fur la planche 1F, partie II, où la veine du milieu aurait pu être travaillée de cette maniéré, par un bure tràîné entre le fol de la veine même & le toit, qui s’appelle alors troujfement, l’avantage de cette maniéré de bure creufé à l’ordinaire en ligne perpendiculaire fur la méthode de M. Triewald , eft inconteftable. On voit fenfiblement avec quelle facilité les houilleurs Liégeois , à la faveur de leurs bacneu-res ou efpetteures, fe mettent à portée, & des roiftés correfpondantes , parallèles à celle dans laquelle ils fe font fait jour en pittant ou autrement, & du pendage de roilie qui fuccede au maître roilfe. .
- De £étançonnage des puits & des galeries de mines.
- 405. La maniéré de difpofer les bois & les planches dans les différentes parties intérieures des mines , où l’on n’a pas befoin de maçonnerie, conf-titue ce que.nous avons appelle architecture fouterreine. Elle forme dans l’art de l’exploitation un point d’autant plus intérelfant, qu’outre fon importance il eft impoffible, félon la remarque judicieufe de M. Brandt, de donner aucune régi» fi générale, qu’on puifle l’appliquer à toutes les mines 8c à toutes les circonftancès, de même que pour l’exploitation : l’intelligence, le génie du charpentier ou du,maître de mines , font la bafe des opérations relatives à l’étanqoiinage. Nous nous bornerons en conféquence à défigner d’une façon générale les bois les plus.propres à tels ou tels épaulemenss
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- . nous décrirons enfuite l'étançonnage des puits & des galeries, en Angleterre & en France i le mémoire de M. de Tilly (a) & l’ouvrage de feu M. Jars me fourniront le détail qui va fuivre.
- 404. On doit remarquer d’abord, avec M. de Tilly, que le bois blanc étant caffant & facile à fe pourrir, on doit, pour l’ordinaire , bannir des revêtilfemens toute efpece de ce bois. Celui de faute, de peuplier, peuvent être employés dans certains cas, comme, par exemple, pour épauler les terres fafcinées avec de la ramure ; 011 peut aufîi s’en fervir à coulanter (é) & à planchéier les folles, afin de ménager le bois de chêne.
- 405”. Les bois que l’on emploie aux revêtilfemens, doivent être équarris au moins fur deux faces. Pour eflimer d’ailleurs la force du bois, fuppofé bien choilî 3 il fuffit de lavoir qu’un morceau de bois de la grolfeur du bras peut foutenir dix tonnes de terre, & qu’il dure long-tems. O11 peut même fe fervir de celui qui a déjà fervi de tems immémorial, ou que l’on faurait être dans la mine depuis deux cents ans. Ce bois, quoique mol & noir, étant expofé au foleil & au vent pendant deux ou trois jours , reprend une dureté qui cede à peine à la hache } on en a employé qui fervait depuis quatre cents ans. Dans les petites folfes où l’on ne travaille qu’un an, on pourrait par économie préférer le bois blanc au bois de chêne ; il pourrait foutenir iuffilamment les terres: mais ordinairement il eft de l’intérêt des entrepreneurs de n’employer dans ces revêtilfemens que le bois de chêne.
- 406. Feu M. Jars rapporte que dans les environs de Newcaflle, les fof. fes ou puits de mines, foit pour les eaux, loit pour le charbon , font ronds, & de dix pieds de diamètre depuis la furface du terrcin jufqu’au rocher , ou plus bas, li le terrein ne peut fe foutenir de lui-même. Ils font revêtus en bois , dont l’alfemblage forme un polygone d’une infinité de côtés ; mais plus communément ils font compofés de plufieurs morceaux de bois coupés en portions de cercles : ainlî le boifage d’un puits confifte en plufieurs cercles placés à deux ou trois pieds de diflance les uns au-delfus des autres, afin de foutenir les plateaux pofés perpendiculairement derrière ces cercles , & qui retiennent la terre ou le rocher. Entre chaque cercle, il y a des pièces de bois droites pour les fupporter; quelquefois la partie qui n’eft pas .folide fe bâtit ên gazon ou en mottes de terre, placées les unes fur les autres, & féparées de tems en tems pan une rangée de bois affemblés , ou en maçonnerie, foit de pierre, foit de brique : le refie du puits ouvert dans le rocher , n’a befoin d’aucun foutien. La partie en bois ou en gazon eft recouverte de planches clouées tout autour du puits, afin que le panier ou les féaux puiffent gliffer en montant ou en defcendant fans être arrêtés.
- (a) Chapitre III, feêtionI, des bois. »
- (b ) C’eft garnir en planches le trajet d’une foffe dans fa direction montante.
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- Cette confidération également importante pour les ouvriers , a donné lieu depuis plufieurs années de creufer les puits en ovale.
- 407. Dans toutes les exploitations, les puits de mines, à mefure que l’on avance dans l’approfondilfement, font ou hrefillonms, ou fafcinés, ou cuveles, félon le befoin ; c’eft ce qu’on appelle dans les mines d’Anjou habiller le puits. Pour un puits d’extraction de fept pieds de longueur fur cinq ou fix de largeur, les bois d’étanqonnage peuvent avoir fix à fept pouces d’équarrilfage. Pour un puits d’airage de quatre ou cinq pieds de long fur trois ou quatre de large, 011 doit leur donner quatre ou cinq pieds.
- 408- Il n’eft befoin , pour la récapitulation fuivante, que de fe rappeller que les planches d’un ou de deux pouces d’épailfeur , dont on fe fert communément pour latter Jes puits, font nommées coulantes, lefquelles fe clouent fur les traverfes des croifures ou chafjis ; & qu’011 peut mettre les planches derrière, & du bois de brin fendu, cloué avec foin en - dedans des croifures , afin de lier & de fortifier les croifures enfemble. Le charpentier doit obferver , dans ,1a conftru&ion des croifures, de ménager les entre-tailles pour faire des coins. Ces coins fervent à ferrer ce chaflis , les étançons & les lattes'. Si l’on ne coulante point la folfe, il faut la latter avec des planches de chêne ou de peuplier.
- 409. La direction des foifes qui vont en pittant, & que l’on appelle en Anjou defcenderies, exige que toute la force du bois porte fur le toit, en laiflant une moindre diftance entre les croifures, que pour les foifes d’à-plomb. Les étanqons font deux poteaux, dont l’épaiffeur eft fuivant la nature du toit & de la muraille de la veine. Ces poteaux font furmontés d’un boisr tranfverfal appellé chapeau (a). Les étanqons ou étréfillons fe difpofent dans des diftances réglées fur la folidité du terrein à deux pieds & demi, ou même davantage fi le terrein eft peu confiftant, & trois pieds au plus s’il eft ferme & folide. Les veines fe foutiennent avec du bois de charpente ou du bois rond, plus ou moins gros, fuivant la charge qu’il a à porter : ce qui eft facile à juger, par l’épailfeur & la largeur de la veine. Avant de placer les épaulemens, on a foin de bien garnir l’endroit où ils feront pofés.
- 410. Il paraît par la defcription inférée dans l’ouvrage de feu M. Jars, que dans la mine de Carron, en Angleterre , cet étanqonnage fe fait allez finguliérement : on ne laiiTe point de piliers en travaillant ; mais on ne travaille que d’un côté, & les ouvriers foutiennent le rocher avec des morceaux de bois droit, de 6 à 8 pouces de diamètre, qu’ils retirent à mefure qu’ils vont en - avant, lailfant derrière eux les déblais fur lefquels le rocher
- (a) En architecture, chapeau dictai eft une piece de bois horizontale qu’on met en-haut d’un ou plufieurs étais.
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- s’affaife fans aucun inconvénient, étant toujours foutenu par des étanqons dans les endroits où l’on travaille.
- 411. Le cuvelage des madriers 11e Le pratique que dans le cas où les eaux nuifent par une chute trop forte. Alors on conftruit un cuvelage ferré, afin d’empêcher les eaux de pénétrer ; finon on fe fert de bois ronds & jointifs, placés contre les terres, derrière les poteaux, étréfillons & montans, entre chaque challis : ils fuffilent pour retenir les terres, & entraînent bien moins de dépenfes.
- 412. Les machines conflruites fur le pas du bure, pour amener au jour le charbon détaché des veines , font une dépendance des foffes ouvertes pour cette extradion. En les confidérant fous ce point de vue, nous pourrions palfer maintenant à l’examen particulier que nous nous propofons de faire fur leurs forces & fur leurs effets 5 mais ayant à etivifager de cette même maniéré les différentes machines auxquelles 011 a recours dans les travaux de raines, foit celles employées pour renouveller l’air, foit celles pour épuifer les eaux, nous porterons en même tems un feul & même coup-d’œil fur celles deftinées à enlever hors de la mine le charbon de terre, qui toutes fe rapportent dans leurs effets au mouvement & à fes propriétés générales. Cette matière ainfi rapprochée, fera beaucoup mieux éclaircie. Nous allons réfumer à part différens articles, tels que les galeries fouter-reines, le mefurage, & la maniéré de fuivre avantageufement une veine de charbon.
- Réfumé abrégé fur quelques points de l'exploitation , à la maniéré des houilleurs Liégeois & des houilleurs Anglais. (a)
- 413. Les deux premières galeries qui partent du fond du puits, menées parallèlement ou à peu près, & qui font appellées levays au pays de Liege , fe communiquent par d’autres galeries qui traverfent le maffif de la veine, entre le fol & le toit (b), & dont les extrémités fe terminent par d’autres galeries , de maniéré qu’il s’établit un courant d’air par le puits à pompe, & par le puits d’extradion. Il s’enfuit qu’il faut diftinguer deux fortes de galeries, celles appellées levays ou niveaux, & celles qui peuvent en être regardées comme des rameaux. Le niveau eft proprement la voie
- (a) L’impoffibilité de réformer le lan- (6) On ne voit pas pourquoi, dans les gage déminé dans aucun pays , & d’en faire mines de S. Georges, de Chateïaifon, où adopter un qui foit uniforme, les confidé- la veine a cinq pieds d’épaiffeur, ilfefrouve rations que j’ai alléguées , me déterminent une galerie pouflee dans l’épailfeur dè\la à m’en tenir dans ce court réfumé aux ter- chemife , & non dans la veine ; cela paraît mes Liégeois, qui me font familiers. fingulier.
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- qu’on pourchaffe en avant-main, c’eft-à-dire, en ligne de Vouvrage, quand oti commence l’exploitation. Outre le niveau appelle dans l’exploitation niveau de la xhorre, & dans la pratique contentieufe, voie de conquejle, il s’en établit plufiéurs au-delius l’qn de l’autre, félon que l’on eft empêché par l’interruption de la veine, oi^ que l’on a des bagnes à éviter.
- 414. Lorsqu’on a av^lllé un bure, & qu’on eft à la veine, on tourne dehors un levay du bure7; c’eft ce qu’on nomme premier levay. On fait en-fuite un bouxtay ; s’il y a veine d’aval ou d’amont, on fait un fécond levay, qui eft le premier levay du bouxtay. On enfonce un fécond bouxtay, par conféquent un troifieme levay. A mefure que l’on avance du bure par lin niveau , on pratique un ouvrage qui fe prend à angle droit du côté où la veine s’élève; c’eft ce qu’on nomme une montée, qui d’abord n’a que 4 ou y pieds de large, afin de laiiTer des maiïifs de charbon appelles ferres, qui dans le cas où l’on rencontrerait de l’eau, puilfent fervir de contreforts ( a ) pour appuyer la digue. O11 dilate enfuite, pour faire une taille de y à 6 toifes de largeur, nommée coifireffe ou quefreffe, dans laquelle on fait fouvent de diftance en diftance une voie d’airage.
- 41 f. Les montées des niveaux du bure fe prennent toutes de 10 en 10 toifes , de maniéré que, les tailles achevées, il refte une épaiffeur en charbon de 3,4» jufqu’à y toifes, auquel 011 11e touche qu’à la fin de l’exploitation, lorfqu’on n’a plus à craindre les eaux. Au principal chargeage on prend en angle droit à la dire&ion de la veine & félon fa pente, un ouvrage nommé par les houilleurs Liégeois vallée, valaye. Quand la couche eft en roilfe , la vallée eft prife en ligne oblique, & prend le nom de borgne vallée, On ob-ferve pour les vallées, comme pour les niveaux du bure , de tenir d’abord l’ouvrage étroit, & de laiffer des ferres.
- 416. Etant avancé de 10,12, 1 y ou 20 toifes, fuivant la nature du toit, on forme à droite & à gauche de nouvelles galeries de l’efpece appellée coiftrejjes, d’abord par un ouvrage étroit, qui va enfuite en s’élargiffant pour faire une taille. On continue de la même maniéré en defeendant aulli bas que le ter-rein le permet, s’il n’a pas trop d’étendue ; s’il en a trop, on forme un autre ouvrage en defeendant, & ainfi de fuite lorfqu’on ne veut ou qu’on ne peut aller plus bas. En procédant ainfi, on a l’avantage d’extraire tout le charbon , toujours en remontant jufqu’au niveau du bougnou. De ïo en 10 toifes, on fe ménage de femblables coiftreffes, au commencement defquelles on laide un chargeage.
- 417. Un des principaux ouvrages, eft celui à la faveur duquel on s’occupe , en approfondiffant le bure, de fe débarraffer d’avance de la plus forte
- (a) En architeéture on appelle ainfi des piliers de maçonnerie deftinés à appuyer ou à foutenir des ouvrages difpofés à écrouler,
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- partie des eaux qui gêneraient le travail. La précaution confifte, quand la pofition efl favorable, à creufer un canal qui part du 'flanc de la montagne, & fe prolonge eu remontant jufqu’à la rencontre de Ja galerie que i’on veut' deflécher, de maniéré qu’il n’y ait point de contre-pente (a). S’il s’en faut de quelques toifes pour atteindre cette galerie, on pratique à côté de labufe du bure une tranche (h) qui va rencontrer cette grande décharge des eaux, connue dans les travaux de Liege fous le nom Martine ou xhorre.
- 418. Parmi les mémoires que M. Triewald (c) a publiés fur la matière que nous traitons, il s’en trouve un qui concerne cet aqueduc. Je me fais un devoir de l’inférer ici, pour fervir de récapitulation fur cet objet en particulier. Quand on a travaillé, conformément à la méthode décrite précédemment , une mine de charbon de terre dans un terrein qui n’a pas encore été fouillé, & qu’011 s’eft bien afluré de la direction du courant, de fa pente (^falla), & de là montée Çjliga), '& qu’on a trouvé au grand jour l’élévation fuperficielle de la veine, 011 retourne en-arricre , en fuivant auiîi loin que l’on peut la pente du charbon, afin de reconnaître fi par hafard il eft polîible d’entrer avec un wattu -jloll au pied de quelque vallée, ou au bord de quelque riviere ou ruifleau ; de maniéré que, par le moyen de cette galerie, on puiflê atteindre, linon le centre de la pente du courant (flot), du moins la partie la plus aval pendage.
- 419. D’après les détails auxquels nous venons de renvoyer plus haut, la chofe n’a pas befoin d’ètre éclaircie par une figure, & nous avons jugé pouvoir fupprimer celle qui accompagne le mémoire de M. Triewald (\d). Dans le cas où il s’agirait d’une veine de charbon allant en pente vers une riviere, 011 eft fûr , en perçant au pied de la colline un floll d’eau pour aller rencontrer le cours du charbon, de fe rendre maître de tous les charbons qui s’étendent du point de rencontre du floll dans la campagne , & qui s’élèvent au jour; puifqu’avec la moindre dépeqfe, la plus grande affluence d’eau poflible ne peut empêcher l’exploitation de tout ce flot de charbon , quelque longueur qu’il puifle avoir dans la ligne de niveau, en s’étendant au-delà du point de rencontre. L’endroit où doit fe commencer ce jloll d’eau , cft fouvent indiqué par cette eau rouillée dont j’ai parlé dans l’article IV, &
- ( a ) Dans le canal d’un ruifleau ou d’un aqueduc, on qualifie de ce nom l’interruption du niveau de pente, qui ferait que les eaux s’arrêtent ; foit qu’on eût mal conduit le niveau , foit que l’affaiflement du terrein en fût la caufe.
- (b) Aqnarius Jldcus, rigole pour conduire les eaux.
- Tome XVII.
- (c) Mémoires de l’académie de Stockholm , fécond trimeftre, ann. 1740, tome I, page ; 09 , art. V. Maniéré d’exploiter avan-tageufement une veine de charbon dans fou trajet, flot.
- (d) Les auteurs de l’Encyclopédie l’ont inférée parmi les planches relatives au char-ban de terre , tome VI, pl. II.
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- qui, félon quelques auteurs, annonce la préfence du charbon de terre dans le voilînage. 1
- • 420; Si auparavant on a découvert le cours des charbons à l’aide de la tariere de montagne, alors on peut en découvrir la continuation en - avant (fram flryka') dans la riviere ou fur le bord. Cela eft d’autant plus heureux, fi la partie que l’on a atteinte eft la veine principale (hujwad flot}. Mais, fi au lieu de cette maîtrelfe veine, ce n’était qu’une petite veinette moins profitable, & pofée au-deiTous de la veine capitale , ce jloll ne ferait .pas encore inutile, & fa dépenfe ne ferait pas perdue ; car dans le cas où la veine capitale fe trouverait à 6 ou 8 braifes plus bas, lefloll d’eau procurerait toujours l’avantage que, li le courant fupérieur du charbon ne valait pas la* peine d’être exploité, ce qui néanmoins arrive rarement, on pourrait, en établiffant un puits en amont pendage, pratiquer au bas du floll un trou de tari {naf-ware-hol} , par lequel l’eau s’écoulerait, & ne s’oppoferait point à la continuation du puits, jufqu’à ce qu’il conduife horizontalement en-bas jufqu’au floll. Quand au contraire on arrive plus bas, il fufïit simplement d’élever l’eau dans le floll; au lieu que, fans cela, on ferait obligé de l’éconduire jufqu’au jour par le bure : & lorfqu’étant parvenu à l’enfoncer jufqu’au courant capital du charbon, on voudrait faire de cette folfe un puifard fwattudunt}, ou le prolonger encore plus bas, il fuffira d’élever l’eau par des pompes ou autrement jufque dans le floll, par lequel enfuite elle aurait fon décours. La circonftance permettant d’établir un aqueduc depuis la partie la plus baffe du terrein , jufqu’au courant du charbon principal, ce conduit, dans} les travaux anglais, prend le nom de frie-lud, parce .que l’écoulement des eaux fe fait librement fans le fecours d’hommes, de chevaux ou machines, qui deviennent très-difpendieux, les mines- de charbon étant beaucoup plus fujettes aux eaux que toutes les autres mines. J’ai vu moi-même dans les mines de charbon de Iar-'Wlintin en Ecoffe , couler hors de ce frie - lud une il prodigieufe quantité d’eau, qu’elle fuftifait pour faire aller quatre moulins. ;
- 421. Le lavant auteur de ce mémoire ha pas négligé d’inlifter fur l’attention à avoir pour le nivellement de cet aqueduc. Il luftit d’être prévenu, comme l’obferve très-bien M. Triewald, que la terre d’un feul pied du nivellement, qui ferait hauffer le canal plus qu’il ne devrait, occafionnerait une perte confidérabie de charbon, qui 11e pourrait plus être exploité, fur-tout li le pendage dé la veine eft allez égal. •
- 422. Si, quand le bure eft profondé à peu près au niveau de la xhorre de la veine inférieure, un peu plus 'en pendage de veine, on nVft pas entièrement xhorré , les houilleurs Liégeois ont une pratique fort Ample. Elle conlille à faire fur les ouvrages de cette veine inférieure un trou de taré,
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- dans lequel ils adaptent une bufe de fer-blanc, par laquelle s’écoulent les. eaux ; & afin qu’elles puiffent y couler fans être chargées de fouages , ou autres immondices, qui boucheraient l’ouverture, on ménage auprès du trou un petit bougnou ou réfervoir, dans lequel les eaux dépofent en y venant les matières qu’elles ont d’abord entraînées avec elles. Les eaux, ainfi que le manque d’épailfeur de la veine, obligent encore à d’autres précautions : Ci l’on a les eaux à craindre, on établit des planches fur la voie, afin que l’eau puiife s’écouler deflous. Dans le fécond cas , on prend, à la profondeur que le terrein le permet, la mine qui eft fous la main5 cette manœuvre s’appelle travail par baffe taille.
- 42?. La méthode d’exploiter dans les mines de Wittehaven , décrite fom-mairement comme il fuit par M. Jars, eft de fuivre la couche en angle droit à là. direction, c’eft-à-dire, fuivant la pente. Pour cela, les maîtres mineurs tracent avec de la craie blanche tout le long du toit une ligne qui fert de guide aux ouvriers. Il eft de réglé de faire communément cette excavation de quinze pieds de large, en coupant fept pieds & demi de chaque côté de la trace marquée avec de la craie. Cet ouvrage fe continue toujours ainfi fur la même dimenfîon, toutes les fept toifes & demie: 011 coupe à droite & à gauche pôur former une excavation également de quinze pieds de large ; cnfbrte que les piliers de charbon qu’on laide pour le fou-tien de la mine , font de fept toifes en quarré. Cette réglé, quoique générale dans cette mine, ne l’eft cependant que pour les endroits où le toit eft dur & peut fe foutenir de lui-même. De cette maniéré on emploie peu de bois : s’il arrive quelquefois des éboulemens , ils 11e font pas confidérables, & 11e proviennent que du manque de foin de la part des ouvriers.
- Maniéré d'exploiter avec avantage, une veine de charbon à pendage de platture , qui ne peut être entamée par une galerie de pied ; par M. Triewald. Ça)
- 424. Le feul moyen alors eft de remonter tant que l’on peut, depuis l’endroit où l’on a rencontré le cours du charbon dans la direction indiquée par fi chute ou fa pente, jufqù’à la fin du terrein. Cette maniéré conlifte à procéder, après avoir enfoncé le puits, par des galeries prifes en longueur, coupées par d’autres galeries tranverfales ; & en pourchadant depuis le grand jour ( dag) , pratiquer à chaque diftance de 75* brades , tant dans la direction capitale que dans les directions tranfverfiles, un puits. L’utilité de cette folfe ne fe borne pas à l’enlevement du charbon en très - grande quantité, niais s’étend encore fur la commodité de donner un fuffifint changement
- (a) Continuation du cinquième mémoire, qui commence par rétabliflemçnt d’un aqueduc.
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- d’air. Cet ouvrage fuppofé regardé à vue d’oifeau, pourrait fe rapporter à la partie quarrée à droite & à gauche du bure, dans laquelle on n’aurait laide fubfifter que les piliers de charbon, continués en longueur en plus grand nombre. Afin néanmoins de faciliter l’intelligence du mémoire de M. Trie-vrald, nous donnons' ici à part la figure dont il l’a accompagné.
- 42 $. A l’endroit où l’on a rencontré le cours du fil dans la direction, on perce un puits en A, Sc on l’approfondit jufqu’à ce qu’on arrive à une veine (flot) de charbon qui vaille la peine d’ètre exploitée. Quand, par exemple * ee flot monte vers O. N. O. ( eft-nord-eft) , & qu’il penche vers "W. S. W. ( oucft-lud-oueft) , on continue l’ouvrage dans la même diredïion en profondeur, tant que les eaux n’y mettent pas d’empêchement ; & alors la partie de pendage qui commence du puits A , s’appelle le courant capital occidental ( woefira huf-wud flrœcian ) •> la partie qui remonte vers la dire&ion du fil des charbons, fe nomme le courant capital orientai : alors on ouvre des tranchées & des traverlès dans le flot des charbons, en parties égales, félon la direction de la bouifole, comme de,s rues alignées dans une ville. Car fi » comme il a été dit, le flot du charbon remonte par hafard vers eft-nord-eft * ’
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- & qu’il penche vers oueft-nord-oueft , on pouffe , par le fecours de la bout foie, la diredion capitale, depuis le puits A, vers le point eft-nord-eft& l’on chaffe également vers oueft-fud - oueft, où les charbons fe penchent (facuka ) ; & au défaut de floll pour l’écoulement des eaux, on pouffe plus-loin cette derniere diredion capitale, & l’on tâche de hâter, autant qu’on le peut, l’exploitation des charbons de ce côté , oueft-fuft-oueft, vers lequel le flot penche, afin d’abandonner à l’eau les vuides d’où on a enlevé les charbons, pour s’y amaffer. Les mineurs appellent cette opération jeter l’eau derrière foi ( kafla watnet bakorn fig. j. Cette méthode eft praticable quand les eaux ne font pas abondantes, & qu’on peut leur faire place: ce qui eft facile dans les terreins qui n’ont pas été travaillés.
- 426. Dans les cas où les eaux feraient trop abondantes , il faut alors destiner le premier puits que l’on pratique, à fervir de réfervoir d’eau ( wat-tudunt ) , dont l’épuifement fe fait avec des machines, ou à air, ou à feu ,, ou hydrauliques, par des chevaux; & alors on ne s’erîibarralfe point de travailler les petits endroits C, C, C , C, C, ou foi - difant diredion capitale de N. N. W. & S. S. O. (a) Mais dans les endroits où les ouvriers croient pouvoir avancer jufqu’à quarante ou cinquante braifes, ils ouvrent à l’endroit qu’ils appellent la direction capitale occidentale, un autre puits qui devient un puifard d’eau au point A. Par ce moyen ils gagnent d’autant plus du fil des charbons , pourvu toutefois qu’ils puiffent fe rendre maîtres du concours de l’eau avec des machines à chevaux ou hydrauliques,, ïorfque le puits n’eft pas profond, & avec des machines à feu (eld) ou à air (luft) dans le cas oppofé. Alors ils exploitent aufîi les endroits, moins larges, qui font comme des tranfverfales de la diredion capitale , en allant toujours en grande égalité avec le fil des charbons ; & comme alors, l’ouvrage eft plus difficile pour les ( kol huggarne ) coupeurs de charbons qui, n’ont point de veines ( czdrorna ), ni fentes ( klyfta ) de charbon qu’ils-puiffent fuivre , & dans lefquelles ils puiffent enfoncer leur coin ( kila ) comme de plus ils font obligés de couper tranfverfalement le flot du charbon, on leur donne une plus forte paie.
- 427- Quand le puits A fe trouve à l’extrémité d'n terrein , 011 eft obligé de le deftiner à être le réfervoir , & alors on fe dépêche d’exploiter la direction capitale dès que l’on parvient avec le puits au charbon jufqu’au point eft-nord-eft, à une longueur de yf braifes. Pendant qu’on eft occupé à cet ouvrage,, on entame à la fuperficie un nouveau puits à la même diftance de A, & dans la même diredion, comme la diredion orientale , fous terre,. de maniéré qu’en avançant avec ce puits jufqu’au charbon, on rencontre précifé-
- (&) Nord-nord-oueft , fud-fud-eft.. Wflgnifie ici oueft,, & O fignifie eft-
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- ment la direction capitale. Ce puits, dès qu’il eft achevé, vient à l’aide du premier, tant pour ce qui a rapport au changement d’air, que pour l’extradion du charbon, & alors on s’occupe d’exploiter, le plus promptement que faire fe peut, le flot du charbon, en laiflant des piles (pelure) , comme on le voit dans la figure, afin que l’eau qui ne pourrait pas être enlevée par les machines aufli-tôt qu’elle arrive, venant às’amafler dans le voilinage du puits de rèferyoir k(wattuduntfkakt) n’empêche pas l’ouvrage.
- 428- Il eft très - eflentiel que l’ouvrage fe fade très - régulièrement ; 8c le directeur doit bien, par cette raifon, examiner quelle eft la direction capitale : il faut aufli qu’il porte attention à ce que les endroits capitaux Ctraverfians) foient conduits dans une ligne exadement droite, de maniéré que les ouvriers puiflent , e# fuivant la bouflole, fe couper dans leurs alignemens exads, en angles droits de 90 degrés. Si, par exemple, le fil des charbons remonte de oueft-fud-oueft vers eft-nord-oueft, il faut que les galeries en alignement foient faites également larges , & parfaitement égales dans la même diredion, & que les galeries tranfverfales marchent de même en égale largeur de nord-nord-oueft vers fud-fud-eft. Ces galeries font de la largeur de deux brades, & les tranfverfales font larges d’une brade, (a)
- 425». Dans les galeries capitales 011 coupe ainfi deux tiers de charbon, 8c on en laide un tiers pour pilier (pelare ) comme O 3 les galeries tranfverfales coupent ces piliers, & les laident feulement de la grandeur d’une brade quarrée, comme P , P , P, P, qui font fuffifântes pour foutenir la pierre du toit, tak flen. Ces piliers, qui font un cube d’une brade , lorfque le baed ou lit de charbon a une brade d’épaideur, demeurent intads jufqu’à ce qn’on ait exploité les charbons du terrein ; & quand on ne trouve plus de fil entier (hel kolflo) de charbon, comme en D D D , en remontant, on marche en arriéré & on defcend vers la pente (fallande ) du charbon , autant qu’on le peut, & l’on coupe les piliers par rang : de cette façon on laide tomber librement le toit. Cet ouvrage n’eft pas plus dangereux pour les ouvriers que le précédent, puifque le toit, par fon craquement, les avertit fufti-famment pour leur lailfer le tems de fe retirer, d’autant plus qu’il n’y a pas plus d’une brade de diftance d’un pilier à l’autre , qu’ils coupent par ordre, félon la diredion du charbon', & cela en commençant par la bafe de la pile , jufqu’à ce qu’ils arrivent à l’endroit où le charbon fe montre au grand jour.
- Menfuration , mefure de mines ; maniéré de fe paffer de l'aimant pour communiquer la vertu magnétique à la beujfole.
- 450. La divifion des héritages eft une des occallons les plus fréquentes
- (a) Environ cinq pieds la brade.
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- de procès dans les travaux fouterreins. Un propriétaire ayant ouvert fon terrein & rencontré une veine, tombe fur un terrein qui ne lui appartient pas : de là naît une conteftation, & dès le premier inftant la ceflation de l’ouvrage, par l’oppoution du voifin. Ces anticipations furies mines contiguës, font difficiles à éviter : ce cas & plufieurs autres, comme on l’a vu, ne peut fe juger qu’à la faveur de l’opération de mefurer la mine.
- 42i. Mesurer, c’eft, en géométrie, rechercher & définir la grandeur d’une chofe félon une mefure établie, qui répond aux propriétés de la chofe même. Le terme mefurer convient particuliérement lorfque la grandeur à déterminer eft une ligne. Lorfqu’il s’agit des figures, on dit trouver L'aire ou la forme. Les quantités, c’eft-à-dire, ce qui peut être augmenté ou diminué, fe mefurent ou fur la terre ou fur le papier ; fur la terre, 011 fait ufage des mefures courantes, telles que la chaîne ou une corde, latoife, la perche , qui contiennent certaines mefures ; fur le papier, on mefure les lignes droites avec une échelle, & les angles par l’arc de cercle décrit par fa pointe.
- 432. En terme de géométrie fouterreine , mefurer , lignifie marquer la pente , le montant, la direction des veines, celle du fouterrein, lever le plan d’une mine qui appartient à une fociété , déterminer les confins, & les marquer au jour avec des pierres, des pieux ou autres marques : c’eft ce qu’011 appelle quelquefois mal-à-propos, tirage d'une mine (a) ; dans les carrières du Lyonnais, boulage, & allez généralement mefure , menfuradon. La géométrie-pratique appliquée à cette mefure des mines , des fouterreins, des creux, félon leurs angles , leurs directions, & leurs différentes déclinaifons, afin de connaître l’intérieur des mines, a pris naiffance en Allemagne, où les hommes ont eu principalement des intérêts à difeuter dans les entrailles de la terre : elle a été long-tqms gardée & foigneufement confervée comme unfecret, entre quelques ouvriers. Erafme Reinhold le médecin, eft le premier auteur qui a dévoilé ce fecret au public, dans fes Infirmions de géométrie. L’ouvrage de Weidler difpenfe entièrement de nous livrer à aucun détail fur ce fujet. Nous nous en tiendrons en conféquence à ce que cette pratique renferme en général, & nous ajouterons deux exemples.
- 433. Voigtel diftingue deux maniérés de faire cette opération, qu’il appelle mefurer dans les réglés , l’autre qu’il nomme mefure a toife perdue. La mefure dans les réglés, confifte à examiner avec attention les fouterreins 5 à en faire le plan dans la direction de la veine, & à tranlporter le tout au
- (a) Ce ternie ne préfente point une ploitation de la roche & delà mine, parle idée exaéte , & peut être confondu dans le fecours de la poudre à canon : il faut donc
- langage déjà peu recherché des mineurs, bannir cette exprellion. avec i’enlevement des denrées 3 ou avec l’ex-
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- jour. C’eft fur ces mefures qu’on accorde aux intéreffés un droit héréditaire fur tant de terrein que la fociété doit poiTéder. S’il 11e s’agit, de la part d’un maître de mine, que d’une recherche ou mefure fur le terrein pour fa propre information , il n’a pas befoin d’un mefurage fi régulier 5 ayant pris la veine dans la mine, ou marqué fa direction avec des bâtons, il indique les mines trouvées par la toife, tant qu’elle porte fur les inégalités de la montagne : c’eft ce qu’on nomme mefurer a toife perdue, comme qui dirait mefurer à peu près, parce que cela fuffit dans cette circonftance.
- 434. Quoiqu’un ingénieur 11e foit pas refponfable de la détérioration d’une veine , il lui eft cependant indilpenfable , avant d’entreprendre la inenfuration d’une mine, de s’inftruire avec foin de la nature du fouterrein qu’il doit mefurer, pour pouvoir faire fon rapport avec plus de certitude. Pour cela il faut qu’il defcende dans la mine, afin qu’il fâche comment il peut tendre la toife, & employer fes inftrumens pour faire fes obfervations.
- 435% Les principales parties de cette opération font expliquées comme il fuit dans la Géométrie fouterreine de Voigtel. i°. Voulant mefurer une longue galerie peu éclairée, on plante de diftance en diftance un piquet dans le roc; on marque leurs lieux au jour; on y fait les mêmes marques, & on les rapporte fur le plan, afin que fi de la galerie on voulait creufer à côté , on ait des lignes fur lefquelles on puiffe fe régler. Lorfque la galerie eft éclairée d’en-haut par plufieurs puits, ils peuvent fuftire pour marquer la diredion delà galerie: il eft cependant toujours à propos défaire dans le roc des marques près de ces lumières, afin de fe régler là-deffus en cas de befoin. z°. Quand on emploie à cette opération une corde, on doit la garantir, autant qu’il eft pofîible, de l’humidité , parce qu’elle fe retire promptement en fe fécliant, & fe garder d’ufer d’un cordeau trop long, dans le cas de fe ployer par fon propre poids, ou de marquer fauf-fement le changement, l’inflexion des lignes. Pour bien faire, il ne doit pas être étendu au-delà de fix ou huit pas . c’eft - à - dire, de 30 ou 40 pieds ( a ) ; & li en mefurant, on rencontre des endroits qui forment des faillies ou des avances, on marque exactement à quelle diftance, à quelle toife cet endroit s’eft rencontré. 30. Il faut remarquer fi la veine principale que l’on cliaffe dans telle ou telle galerie, refte dans la même heure & dans fa pente d’un côté à l’autre. 40. La toife, comme la corde, Ci l’on s’en fert, doit être tendue avec des vis (Æ) de cuivre garnies de tètes de bois, ou des vrilles, auxquelles le cordon puiffe être fixé dans les endroits convenables, lorfqu’il fe trouve dans la mine des bois pour pouvoir les y appliquer ; &
- (a) En prenant la mefure nommée ici pas, eftimé à cinq pieds, par l’auteur pour le pas allemand, qui eft (b} On trouve la figure de ces vis ,pl. I le pas géométrique, appelle aufli le grand de Weidler.
- quand
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- quand la cliofe n’eft pas praticable, il faut, autant qu’on peut , la tendre d’une autre maniéré. Une cinquième & derniere attention, lorsqu'on travaille en droiture ou dans les galeries, eft de fufpendre le niveau, autant qu’il eft poflible, au milieu de la toife ; & lorfqu’on travaille dans les creux, le niveau doit être fulpendu aux deux extrémités de la toife. Enfin, pour mefurer avec la plus grande précifion, on fe fert de deux toifes ; la première eft' en corde, la fécondé en laiton. & divifée très - exadement : cette derniere fert à mefurer la première.
- 436". La maniéré d’appliquer la chaîne à la mefure des longueurs, eft alfez connue pour n’avoir pas befoin d’être décrite. Nous remarquerons feulement que, quand 011 enreglftre les dimensions prifes par la chaîne, il faut féparer la chaîne & les chaînons par des virgules. Par exemple, une ligne qui a de longueur 63 chaînes & f î chaînons , fe marque en cette forte: 63 , ff. Si le nombre des chaînons n’eft exprimé que par un feul caradere, on met alors un zéro au-devant ; ainfi 10 chaînes, g chaînons, s’écrivent de cette façon : 10, 08.
- 437. La méthode de menfuration que nous avens décrite, peut, dans une circonftanGe, s’abréger en évitant de marquer les demi - pieds & les demi-pouces ; c’eft lorfqu’il arrive qu’un mefureur vient à plomber la ficelle dejfous la main (a), & un autre defiiis la main (b)-, Ci dans ce cas tous deux font conformes fur la largeur de la voie, les mefures font bonnes, en prenant le milieu des deux mefures.
- 438. On trouve dans l’Encyclopédie (c) la defeription de deux procédés pour la mefure des mines, dans deux cas particuliers: nous les inférerons ici, afin de ne rien omettre de tout ce qui a été donné touchant l’exploitation des mines. Le premier cas eft le même que celui qui fait l’objet du treizième problème dont nous avons donné la folution félon la méthode d’Agricola.
- 439. Il s’agit de déterminer la direction £ un lieu à un autre, dans une mine ou Von veut profonder un bure qui vienne s'ouvrirprécifément a Vextrémité d'une galerie. ec Commencez par obferver dans la raine quel angle fait le pôle boréal 9, de la boulfole, ayant la direélion de la galerie j & faites cette obfervation „ à l’extrémité de la galerie qui fe trouve au-bas de quelque bure déjà éta-„ bli : & ayant mefuré fa longueur, faites la même opération en-dehors,
- ,, au haut du bure j mefurez cette longueur dans la ligne qui fait avec la ,, boulfole le même angle que faifait avec elle la diredion de la galerie ,
- „ & dans le même fens, cela déterminera le point où il faut ouvrir le bure
- ( a ) C’eft - à - dire, à droite quand on ( b ) C’eft - à - dire, à gauche quand on marche au levant. marche au levant.
- (e) Tome II, au mot BouJJole.
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- „ que vous vous propofez de creufer.
- 440. Le fécond cas eft au fujet'des fubftances magnétiques, dont il s’agit de reconnaître le voifinage.
- „ 441. Dans le milieu de la galerie, & dans la direélion, tendez un cor-„ deau de la plus grande longueur poflible, & faites enforte qu’il foit bien „ exactement en ligne droite j à l’extrémité de ce cordeau, placez la bouifole 3, de maniéré que la ligne fiducielle ou le diamètre de l’in ftr ument d’où on „ commence à compter les diviflons, foit bien dans la direction de la gale-3, rie : obfervez fi l’aiguille co-incide avec cette ligne, ou fous quel angle a, elle s’en écarte, & de quel côté : répétez cette obfervation d’efpace en efpace, 3, en avançant vers le fond de la galerie. Si l’aiguille aimantée conferve tou-3, jours la même direction par rapport au cordeau dans toute fa longueur, s, rien vraifemblablement ne dérange l’aiguille de fa direction naturelle, 3, au moins à droite ni à gauche ; mais Ci fa direction varie en diiférens 3, endroits le long du cordeau, le lieu où elle s’écartera le plus de la di-„ reCtion qu’elle a dans le plus grand nombre de points, fera le plus pro-3, che du corps qui la détourne': c’eft pourquoi tirez par ce point une per-„ pendiculaire. oppofée au côté vers lequel l’aiguille parait le plus détour-3, née, & donnez le plus de longueur que vous pourrez à cette perpendi-,, culaire : tirez par diiférens points de cette perpendiculaire des parallèles „ au cordeau , & examinez aux points où ces parallèles coupent la perpen-33 diculaire, li l’aiguille fait avec les parallèles le même angle qu’elle faifait 3, avec le cordeau dans la plupart des points où vous n’avez pas eu lieu de 3, foupçonner qu’elle fût détournée ; Ci elle fait le même angle, vous pou-33 vez conclure que vous êtes hors de la fphere d’attraCtion du corps magné-33 tique , & vous connaîtrez de cette maniéré, & par différentes épreuves , 3, la force & l’étendue de ces fortes de corps. „
- 44.2. A l’article de la bouifole, j’ai traité auffi au long que mon fujet pouvait le demander, de la propriété communiquée à l'aiguille par l’aimant. Il pourrait quelquefois 11’ètre pas aifé de fe procurer une bonne pierre d’aimant, & alors on pourrait recourir à une autre maniéré d’aimanter. Elle con-fifte à fe fervir d’un morceau de fer ou d’acier , qui a d’abord été touché méthodiquement par la pierre d’aimant: on a même trouvé le moyen de fe palier de la pierre pour rendre ces barreaux magnétiques, & propres à tranf. mettre leur effet à d’autres pièces de fer ou d’acier. Ce barreau de fer ou d’acier aimanté , fe nomme aimant artificiel3 parce qu’il ne différé en rien de l'aimant, quant aux effets. Ces aimants artificiels ne font autre chofe que plusieurs lames de fleurets, bien trempées , polies & bien calibrées , en-forte qu’elles foient égales en longueur, largeur & épaiiï’eur: elles ont environ depuis Z.3 3 & 4 pouces > jufqu’à 6 pouces environ de long : ces der-
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- nieres doivent avoir cinq lignes de largeur & une ligne d’épaifleur. Si l’on augmente la longueur, on augmente les autres dimenfions en même raifon.
- 443. Chaque lame bien aimantée féparément fur le pôle d’un excellent aimant bien armé, on les contient toutes appliquées les unes fur les autres par une armure {a) qui les ferre & les embrafle par des boutons pofés vers leurs extrémités. L’épaifleur des jambages , aulîi bien que celle des boutons, doit être d’autant plus grande, qu’il y a un plus grand nombre de barres alfemblées. Toutes ces barres difpofées les unes fur les autres entre les deux jambages, de maniéré que les pôles du même nom foient tous de même côté , on les aifujettit dans cette iîtuation par le moyen de vis. On le contente quelquefois d’unir enfemble plufieurs lames de fleurets aimantées chacune féparé-ment , & auxquelles on conferve toute leur longueur.
- 444. La méthode de faire de ces aimants artificiels, a été beaucoup perfectionnée par les Anglais. Le premier inventeur, le docteur Knight, (b~) était même parvenu à changer à volonté les pôles d’un aimant naturel, & à les placer en d’autres points de fa pierre d’aimant. Les progrès qu’a fait cet art depuis une quinzaine d’années, n’ont pas été publiés. M. le Monnier, l’allronome , qui a beaucoup travaillé fur cette matière, a bien voulu me communiquer une partie d’un nouvel ouvrage qu’il le propofe de donner fur l’aimant, dont on fera bien aife de trouver ici un extrait, relativement à ces barreaux magnétiques.
- 444. Dans le nombre des méthodes les plus nouvelles, eelle de M. Mi-chell, & celle de M. Antheaume , fyndic des tontines à Paris , méritent particuliérement d’être connues : nous nous arrêterons à celle que décrit ce dernier auteur, tant pour faire de ces barreaux magnétiques, que pour aimanter ces barreaux fans le fecours d’aucune pierre d’aimant (c). Chaque barre qu’il veut employer, eft d’abord rougie au feu un peu plus qu’il ne conviendrait pour la tremper: alors la faifant tenir par une autre perfonne, il la frotte une ou deux fois fur les deux principales faces en même tems , avec un morceau de lavon qu’il tient de chaque main ; & pendant cette friction la barre revient à la couleur convenable à la trempe, qu’il lui donne tout de fuite. Cette qualité de trempe lui a toujours bien réufli : il a cependant obfervé qu’au lieu d’employer le favon, fi, lorfque la barre eft rouge
- () On appelle ainfi en général plu-fieurs plaques de fer qu’on attache à une pierre d’aimant, & par le moyen defquelles on augmente prodigieufement la force.
- () Voyez les Tranfavions philofo-phiques, année 1750.
- ( c ) Dans un mémoire qui a remporté
- en 17 60 le prix propofé par l’académie des fciences de Pétersbourg, fur les queftions pour l’année 1758:1°. Quelles font les prérogatives des aimants artificiels par rapport aux naturels, 20. Quelle eft la meilleure méthode de les faire; 30. &c. imprimé à Pétersbourg eu 1750, avec figures,
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- couleur de cerife, on la trempe dans une forte diffolution d’une partie de fel ammoniac fur trois parties d’eau commune, elle recevra encore mieux, étant trempée de cette façon, la vertu magnétique.
- 446. Sur une planche inclinée de 70 degrés pour Paris , du côté du nord, & dans la dire&ion du méridien magnétique, il place de file deux barres de fer quarrées de quatre à cinq pieds de longueur, fur quatorze à quinze lignes d’épaiffeur, limées quarrérnent par leurs extrémités qui fe regardent , entre lefquelles il lai(Te un intervalle de fix lignes : il applique à diacune de ces extrémités une efpece d’armure formée avec de la tôle de deux lignes d’épaiffeur, de quatorze à quinze lignes de largeur, & une ligne de plus en hauteur que les barres. La furface de la tôle qui doit être appliquée à la barre, eft limée plane : trois des bords de l’autre furface font taillés en bifeau ou chanfrein ; & le quatrième, qui doit excéder d’une ligne l’épailfeur de la barre, eft limé quarrérnent pour former une efpece de talon ; pour remplir le refte de l’intervalle , 011 met entre les deux armures une petite languette de bois de deux lignes d’épailfeur. Le tout étant ainfi difpofé 8c placé dans la direétion du courant magnétique, 011 gliffe fur ces deux talons à la fois , fuivant la longueur des barres de fer, la barre d’acier qu’il s’agit d’aimanter, la failant aller &: venir lentement d’un de fes bouts à l’autre, comme 011 ferait fi l’on aimantait fur les deux talons d’une pierre d’aimant. L’auteur a été furpris de voir qu’il aimantait ainfï tout d’un coup lion - feulement de petites barres, mais aufli de groifes barres d’acier d’un pied de hauteur, & même plus longues : il ajoute qu’une autre expérience faite enfuite , lui a fait connaître que cette opération produit des effets encore plus furprenans, en y employant des barres de fer de dix pieds de longueur chacune ; que la force magnétique communiquée pour lors à la barre d’acier qu’on aimante, égale celle qu’elle recevrait d’un bon aimant.
- 447. M. Aiatheaume , à la fuite de fon mémoire, ajoute que lorfque deux barres de quatre, cinq & fix lignes, & même d’une plus grande épailfeur, font trempées par la méthode qu’il indique page xo, il faut faire attention que le fluide magnétique doit néceffairement pénétrer plus avant, & qu’on a befoin en ce cas d’une plus grande faturation ou d’un plus grand reflux: donc , pour leur donner la vertu magnétique, on placera la première des deux barres que l’on veut aimanter , horizontalement & de file entre deux barres magnétiques, de façon que ces trois barres forment enfembîe une ligne droite. A l’égard de la fécondé barre qu’il s’agit d’aimanter , on la placera1 comme la première, entre deux autres barres magnétiques, formant une fécondé ligne parallèle à la première : on laiflera entre ces deux parallèles quelques pouces de diftance, fuivant la grolfeur des barres: mais il eft né-ceffaire d’obferver l’oppofition des pôles j c’eft-à-dire, qu’à notre première
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- ligne de barres, il faut que le pôle fud de la barre magnétique qui fe trouve à droite, réponde au pôle nord de celle qui effc à gauche ; & au contraire, dans la fécondé ligne parallèle, la barre magnétique placée à gauche, pré-fentera fon pôle fud au pôle nord de la barre magnétique placée à droite. Préfentement il faut unir ces deux lignes parallèles par de petites réglés de fer nommées contacts, & qu’on place aux extrémités, & l’on débouchera d’abord les pores des deux barres qu’il s’agit d’aimanter, y employant pour cet effet les faifeeaux des barres de M. Michell. Quant aux lames de fer appelles contacts , l’expérience, ainfi que le tourbillon magnétique formé autour de ces réglés, ont indiqué qu’il fallait les conflruire en demi-cercle. On fait palfer fucceiîivement & plusieurs fois ce faifeeau tenu perpendiculairement fur les deux furfaces de chacune des deux lignes parallèles, en les retournant à plusieurs reprifes , fans néanmoins déranger l’ordre des pôles defdites barres magnétiques. On aura auffi l’attention de préfenter le faifeeau fur la furface defdites lignes, de façon que l’ordre de fes pôles fe trouve d’accord avec les pôles des barres magnétiques qui compofent ces deux lignes parallèles. Enfin, fans délaffembler ces lignes ni leurs contads, on emploiera la méthode de M. Antheaume au fujet des aimans artificiels, pour parvenir à communiquer à ces fortes barres la plus grande vertu magnétique.
- 448. La raifon qui oblige à îaiffer quelques pouces de diftance entre les deux barres placées parallèlement, c’eft afin que le faifeeau dont 011 fe fert lorfqu’il pafïe fur une des deux lignes de barres, ne puiffe pas nuire à la ligne parallèle en troublant le fluide magnétique qui y circule ; ce qui 11e manquerait pas d’arriver , fi les deux parallèles étaient trop proches l’une de l’autre.
- 449. Pour mieux aimanter encore l’acier, & rendre le centre magnétique plus fenfibie, on pourrait prefque dire plus déterminé, on a recours à la méthode connue à Londres fous le nom de la double touche. i°. On prend deux barreaux magnétiques, qu’on applique par leurs extrémités, & en les inclinant d’environ 1 f degrés fur la réglé horizontale & vers fon milieu , enforte que leurs extrémités défignent des pôles contraires, & que ces pôles s’approchent l’un de l’autre fans fe toucher. z°. On fait glifler ces barreaux magnétiques également & lentement, en les écartant toujours l’un de l’autre fous la même inclinaifon , & ayant attention de ne pas aller au-delà des extrémités de l’aiguille qu’on veut aimanter. $°. On recommencera plufieurs fois cette opération, jufqu’au terme de faturité indiqué par l’ufage, obfervant toujours de ne pas déborder inégalement l’aiguille qu’011 frotte avec les barreaux magnétiques , ni de palfer au-delà de fes extrémités. 40. Si l’acier de l’aiguille eft bien choili, fur-tout félon là diredion des fibres qui
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- le compofent, & s’il eft homogène, le centre magnétique fe trouvera au milieu de cette .aiguille ; c’eft-à-dire, que les deux pôles des extrémités auront des forces égales. On pourrait y procéder en appliquant toujours fous le même angle un cifeau tranchant fur ce point du milieu , & commençant à faire couler les deux barreaux fur ce cifeau avant que de defcendre fur l’aiguille, qu’on aura foin de parcourir comme ci-devant. On aura attention de faire mouvoir en arriéré les deux barreaux, jufqu’à ce qu’ils parviennent en même tems à chacune des extrémités de l’aiguille qu’on veut aimanter. Cette pratique eft ufitée à Paris dans le Temple, par le fleur Digg, qui a indiqué par-là le meilleur moyen de découvrir le centre magnétique, qu’il a toujours la liberté de placer ainfi où il le juge à propos ; fi c’eft au milieu , il lui eft facile, avec un compas, de divifer fa réglé ou aiguille en deux également, & d’y appliquer fous un angle de T)- à 20 degrés ( & d’équerre à l’aiguille qu’il s’agit d’aimanter ) le cifeau par où il faut commencer à conduire de haut en bas les barreaux magnétiques. On continue de la forte fans interruption & d’un mouvement non-interrompu, qui foit uniforme, jufqu’à chaque extrémité de la réglé ou de l’aiguille qu’on fe propofe d’aimanter.
- Des travaux de mines qui s'exécutent par le fecours des machines.
- Nécejjîté de la méchanique pour le fucces de ces opérations.
- 4fO. Se donner de l’air dans une mine, c’eft-à-dire, y faire entrer un nouvel air, ou aider à la libre circulation de celui qui s’y trouve; fe dé-barraffer^des eaux qui gêneraient confidérablement, ou empêcheraient même la pourchaffe des veines ; enlever le charbon du fond des fouterreins le plus éloignés hors du puits d’extradion, font les trois opérations les plus confi-dérables des travaux de mines : elles font principalement remarquables par la nature des difficultés particulières à chacune d’elles, & par l’induftrie variée qu’elles exigent pour pouvoir être furmontées. Ces moyens, dus la plupart du tems, dans leur origine, au pur hafard , à des conjedures heureufes & imprévues, à un inftind méchanique , aux reffourees d’un tâtonnement attentif & patient, font aujourd’hui univerfellement connus & mis en pratique. En traitant la maniéré d’exploiter en différeiîs pays , nous avons décrit les inventions qui y font en ufage pour l’airage, pour l’épuifement des eaux, pour l’enlevement des charbons. L’expérience a tellement conftaté la bonté de ces machines, que l’op dirait prefque qu’il ne s’agit que de les copier avec précifion, & qu’elles ne confîftent que dans une exécution de routine. Mais cet heureux fuccès eft réellement fondé fur les loix de la mé-
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- chanique (a). Qu’une machine foit mue par l’eau, par le vent, ou de toute autre maniéré, l’effet qu’elle produit eft toujours le réfultat de la jufte proportion des pièces qui la compofent, avec la nature & la direction de l’agent qui en eft le principe moteur. Ainfi, en général, la pratique des machines doit être éclairée par la théorie, & ce moyen eft même le feul qui puiffe lui faire faire des progrès rapides & certains.
- 45:1. L’application raifonnée des loix de l’équilibre & du mouvement à la conftrudion de machines que j’ai ici en vue, eft tellement néceffaire, que , fins ce fecours, toutes les defcriptions les plus exades & les mieux détaillées , les planches les mieux faites & les mieux développées, deviennent absolument inutiles j les unes les autres ne peuvent plus être regardées que .comme des efquiffes groflîeres, incapables de guider dans de pareilles conf-trudions : on fera toujours dans l’exécution, loin du fuccès que l’on cherche pour enlever plus ou moins promptement une plus ou moins grande quantité d’eau ou de charbon du fond d’une mine, ou pour fixer, félon les circonftances, un choix éclairé entre les machines les plus Simples & les plus compofées , même pour conftruire une machine Semblable à celle que l’on veut imiter. Cette confidération théorique de la partie des mathématiques qui tient à- mon objet, ne doit pas entrer dans mon plan. Je dois, comme je l’ai fait pour la géométrie, me borner à recommander aux ingénieurs de mines , de ne point négliger les élémens de ftatique & de dynamique , puifque ce font les fonde mens de la méchanique pratique & ufuelle.
- 4)2. Divers écrits de nos géomètres Français ont rendu ces connaiffances faciles à acquérir : on les trouve raffemblées d’une maniéré étendue dans plufieurs ouvrages qu’on peut confulter (£). Je me propofe uniquement, en finiffant ce fécond article , d’envifager les opérations qui concernent l’airage des mines, l’épuifement des eaux & l’enlevement du charbon au jour, dans leur rapport avec la phyfique, les mathématiques & la méchanique. La plupart des machines employées à ces trois différentes opérations, ont été examinées & foumifes au calcul par plufieurs fa vans méchaniciens ; mais ce qu’ils ont publié à cet égard, eft épars dans ces ouvrages confidérables 'dont ils font partie , & qui 11e peuvent que difficilement être compris dans la bibliothèque de directeurs des mines.
- () On appelle méchanique ou fcience au traité de dynamique-, nouvelle édition
- des forces mouvantes, Y art de faire mou- revue, corrigée & augmentée par l’auteur, voir commodément des corpspefans, & qui 1770- Traité dhydrodynamique , par a pour objet le mouvement des corps & M. l’abbé Boffut, 2 vol. 1771 , & celui de l’équilibre des forces oppofées. méchanique, par le même auteur, nou-
- () Traité, de dynamique , par M. d’A- velle édition, 177 ç. Traité de méchanique, lembert, 1745. Traité de V équilibre & du par M. l’abbé Marie.
- mouvement des fluides, pour Servir defuite
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- 4^.‘ L’importance de la matière m’a fuggéré l’idée d’une tâche à remplir de ma part, celle d’abréger ces recherches, de raflembler les réfultats de ces travaux , concernant la démonfrationphyfîque& pratique de ces machines , & le calcul de leurs effets. Dans un ouvrage qui m’eft parvenu depuis peu , l’auteur a employé le feptieme chapitre de la fécondé feétion à cet examen , dont il eft bien fait pour fentir l’importance (a). Toute machine compofée étant formée de machines fimples, il m’a paru nécelfaire de faire précéder cette rédaétion des définitions générales des machines fimples : elles feront d’autant moins inutiles, que nous en rapprocherons auflï tout ce que les meilleurs ouvrages renferment de plus frappant & de plus inté-relfant en expérience , relativement aux effets des machines fimpies. En écartant ainfi de ces notions communes l’efpece de féchereflë qu’elles pourraient avoir aux yeux de nos lecteurs, qui n’auraient encore aucune teinture de méchanique, elles auront pour eux un certain attrait: elles tiendront lieu d’introdudion aux lavantes recherches dont nous allons faire ici notre profit, & conduiront les ingénieurs de mines à prendre quelqu’idée des conditions propres aux machines.
- Puijfances méchaniques > plus proprement dites forces mouvantes.
- 4f4. Force mouvante, eft proprement la même chofe que force motrice ; cependant on ne fe ièrt guere de ce mot que pour défigner des forces qui agiffent avec avantage par le moyen de quelque machine : ainfi on appelle parmi nous forces mouvantes, ce que d’autres appellent puijfances méchaniques. En méchanique on appelle machine, tout ce qui a une force fufïifante, foit pour élever un poids, foit pour arrêter le mouvement d’un corps. On y diftingue trois forces. Le point d’appuis fur lequel agiffent les forces oppo-fées. Le poids ou l’obftacle à vaincre, qu’on nomme réjifance. L’effort op-pofé, qui porte le nom de puijfance, de caufe, de force mouvante ou force
- (tz) Art d exploiter les mines, démontré je délirais voir traduire, contient ç 19 pa-tcint par fes principes théoriques, que par ges, & 24 planches de grandeur double de les réglés de la pratique, & accompagné celles qui compofent le premier. Un étran-d'un traité fur les maximes politiques , ger , connaiflfeur en matières de mines , financières, concernant l'exploitation des homme de lettres, & actuellement en Fran-mines, à l’ufage de l’académie impériale & ce, eft rempli de la meilleure volonté pour royale deSchemnitz; par M. Chriftophle- le traduire en notre langue;il a eu la com-Franqois Delius, confeiller aétuel des corn- plaifance de me communiquer la traduction millions de la cour impériale, royale & apof- qu’il a faite à ma follicitation, de plulîeurs tolique , pour le département de la monnoie chapitres : une entreprife auffi utile ferait &• des mines ; à Vienne en Autriche, 1775, bien digne de la proteétion du gouverne-in*4°. Cet ouvrage, poftérieur à celui que ment.
- motrice
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- motrice ( a) , eft tout ce qui oblige un corps à fe mouvoir. On divife les ma-chinesjen }impies & en compofées .--les premières, de la combinaifon defquelles font formées les fécondés,'fé diftinguent en plirfieuts efpeces ; favoir, le levier, la poulie , le treuil^ le plan incliné, la Wj, le icw'/z , la machine funiculaire encore le treuil, la poulie & le coin fe réd'uifent au levier, & là vis au levier &' au plan incliné , de maniéré que toutes les machines lîmpîes pourraient fe réduire à trois efpeces. Le principe dont elles dépendent les unes & les autres, eft le même, & peut s’expliquer de la même maniéré.
- 446. Tous les méchaniciens ne comptent pas au nombre'des machines /impies le plan incliné : il eft cependant vrai que par ion moyen on peut élever des fardeaux qu’on remuerait bien difficilement par'toute autre machine /impie; d’ailleurs la théorie du pian incliné (£) eft bien établie; ou peut en conféquence le laiifer dans la claife des machines llmples. Pour connaître l’effet de ces différentes machines, il faut le calculer dans le cas de l’équilibre; car dès qu’on a la puilfance capable de fou tenir un poids, alors en augmentant tant foit peu cette puiffance, on fera mouvoir ce poids.
- 447. Le principe de l’équilibre eft un des plus effentiels de la méchanique, & on peut y- réduire tout ce qui concerne le mouvement des corps qui agif-fent les uns fur les autres, de quelque maniéré que ce foit. Le point effen-tiel fe réduit à déterminer les conditions qui font propres aux machines, po ur établir un parfait équilibre entre deux puilfances oppofées.
- Du levier : veclis , porreélum.
- 448. Le levier, qui n’eft autre’chofe qu’une efpece de balance ou pefon
- deftiné à élever des poids comme la balance, eft une barre inflexible, con-lidérée fans pefanteur, fur laquelle trois puilfances font appliquées en trois points diftérens ; enforte que l’adion de deux puiffances eft directement op-pofée à la troilieme qui leur ré/ifte. Le point où agit cette puillance , fe nomme quelquefois par les Latins, kypomocklium, ordinairement point d'appui ; c’eft ce que les ouvriers appellent orgueil ou cale, qui fe met fous les pinces ou leviers , lorfqu’ils veulent remuer des fardeaux avec une pince quelconque. 4
- 449. Selon que le point d’appui eft placé, eu égard au poids & à la puilfance , on difti'ngue le levier en piufieurs genres. On appelle levier du premier genre, celui où le point d’appui eft placé entre la puiflànce& le poids. Levier du fécond genre, celui où le poids eft entre la puiiîàncc & le point
- (a) On ne doit entendre par le ternie fa vitelfe ou par fa:force accélératrice. puijjancc, dont on fe fert communément en ( b) On appelle de ce nom le plan qui nmehanique, que le produit d’un corps par fait un angle avec un plan horizontal.
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- d’appui. Levier du troijieme genre, celui dont la puiffance eft entre le point d’appui & le poids. Dans ces trois leviers il y a équilibre, lorfque les poids & les diftances du point d’appui font en raifon réciproque; c’eft-à-dire, que les produits des poids (on prend ici la puiffance pour un poids, leur effet étant le même ) par leur diftance à ce point, font égaux. Sans cette condition, le plus grand produit l’emportera fur le plus faible, & l’équilibre fera rompu en raifon de ce dernier produit fur l’autre. Il eft aifé de-déterminer la force néceffaire pour vainee une réliftance appliquée à un levier quelconque, cette réliftance & fon éloignement au point d’appui étant connus. Suppofons, par exemple, que deux perfonnes portent un poids , & qu’on demande ce que chacune en porte en particulier ; fi le poids eft au milieu du levier, il eft clair, par les principes établis , qu’elles en portent autant l’une que l’autre. Au contraire, le poids partage-t-il le levier en deux parties inégales? la charge que chaque perfonne foutiendra fera en raifon réciproque de leur diftance au point d’appui. Ainfi cette diftance étant double par rapport à la première perfonne, celle-ci ne fupportera que la moitié du poids ; fi elle eft triple , le tiers, &c. On voit bien par-là que la puiffance peut avoir un avantage eonfidérable fur le poids , en lui donnant un long bras (a) de levier; & qu’il rn’eft point de fardeau qu’on ne pût élever, s’il était pofiible d’avoir une longue barre ineflexible & un point d’appui : dans toute cela on confidere la perfonne comme agiffantfur le levier par la preflion, abftraétion faite de toute direction.
- 45,o. De quelque figure que fbit un levier, il a toujours les memes propriétés qu’un levier droit ; c’eft-à-dire, que les puiffances font entr‘elles en raifon réciproque des perpendiculaires abaiffées du point d’appui fur leurs directions. Ce point doit toujours fe trouver dans le plan de la direction des deux puiffances , finis quoi il ferait impoflible de former un parallélogramme de ces trois directions. Dans chaque cas où l’on emploie cette mar chine, elle doit avoir une groffeur & une réliftance proportionnées à la longueur, à la matière dont elle eft faite, & aux efforts- qu’elle eft obligée de fupporter.
- 4ji. Voila toute la théorie des leviers fimples ; celle des leviers com-pofés eft différente, félon qu’ils font compofés de plulieurs branches, ou que ces leviers font droits ou coudés, lefquels font alors nommés leviers contigus. La théorie des leviers compofés s’applique à plulieurs autres machines.-fimples, comme on le verra par la fuite.
- (a) On nomme bras de levier les per- font oppofées;& on confidere le point d’appendiculaires abaiffées du point d’appui pui comme une réfiltance, puifqu’il réfifte fur la direction des deux puiffances qüi lui aux deux autres.
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- Des poulies & des roues , autrement appellies mollettes ; Le. Roîles ; en latin trochlidium, monolpaftes , orbiculus, trochlea fimplex.
- 2. On nomme poulie , une efpece de roue mobile dans Ton eflîeu (a), creufée dans la furfhce fupérieure , pour y recevoir une corde deftinée à faire tourner la poulie. L’aifemblage de plufieurs de ces petites roues prend le nom de moufle ( b ), qu’on donne encore au chaflîs de la poulie ; dans la mouffle, les poulies font pofëes ou les unes au-deffus des autres, ou les unes à côté des autres : on les appelle poulies moufflées ; elles ne font que des alfemblages de leviers correfpondans. Parmi les poulies employées en houillerie, il ne s’en trouve pas qui puilfent être précifément appellées de ce nom. Nous n’avons ici à parler que des poulies fimples, qui entrent dans la conftru&ion de plufieurs des machines que nous avons décrites. L’eftieu fur lequel la roue tourne^ eft nommé goujon, boulon (c), tourillon ; l’efpece d’étau dans lequel paife le goujon, s’appelle chappe, capfa.
- 4^3- Quand la poulie eft attachée à un point fixe, onia nomme poulie fixe ; toutes celles employées dans les machines de houillerie, font de ce genre : elle eft dite poulie mobile , lorfqu’elle peut s’approcher ou s’éloigner du point fixe auquel l’extrémité de la corde eft attachée. Les poulies fixes n’augmentent point la force de la puilfance : elles ne fervent qu’à changer les diredions & à diminuer les frottemens, qui feraient très - confidérables , fi la corde ne tournait pas avec la poulie, & qu’elld fût obligée de gliifer fur un cylindre immobile; car il ne s’agit guere avec cette machine, quç du frottement qui fe fait de la poulie contre fon eflieu, frottement incomparablement plus petit que celui de la corde fur un cylindre immobile. Ainfi, fi une puilfance foutientun poids par le moyen d’une poulie fixe, la puilfance fera égale au poids.
- 4f4- Il n’en eft pas de même des poulies mobiles. Si une puiftance fou-tient un poids attaché à une poulie mobile, cette puilfance fera la moitié du poids , lorfque la diredion du poids & celle de la puilfance feront parallèles ; car dans ce cûs le diamètre de la poulie mobile eft un levier du fécond genre, dont le point d’appui eft à l’extrémité, la puilfance à l’autre extrémité , & le poids au centre. Quand une puilfance foutient un poids à l’aide
- () Effïeujaxe, chez les Latins cathe- machine quelle qu’elle foit, fait lafondion tes, en méchanique, eft proprement une de boulon ou de goujon dans une poulie, ligne ou un morceau de bois ou de fer en porte en général le nom de boulon; dans longueur, qui pafle parle centre d’un corps, une poulie c’eft le petit axe placé dans le & qui fert à le faire tourner fur lui-même. centre de la poulie, qui unit la chappe à la
- () Polyfpajiius. poulie, & fur lequel la poulie tourne.
- (O Tout morceau de fer qui, dans une
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- d’une poulie dont la chappe eft immobile, la puiffance eft égale au poids. Ces poulies, nommées poulies de renvoi, changent la direction, & empêchent les frottcmens que ferait un cylindre immobile.
- * f 4^f. Si une puiflance foutient un poids à l’aide d’une poulie, à la chappe de laquelle le poids foitattaché, les cordes étant parallèles , la puiflance n’eft que la moitié du poids. Si une puiflance foutient un poids à l’aide de plusieurs poulies, la puiflance eft au poids comme l’unité au double du nombre des poulies d’en-bas.
- 456. La multiplication des roues eft extrêmement utile en méchanique, foit pour aider , foit pour accélérer le mouvement} mais elle entraîne d’un autre côté une plus grande quantité de frottemens, qui peut quelquefois devenir fi conlidérable, qu’elle abforberait la plus grande partie de la force mouvante.
- Du treuil & des machines qui s’y rapportent.
- 45-7. Le treuil ou tour , eft une machine formée d’un cylindre ou rouleau, c’eft-à-dire , d’un morceau de bois de forme cylindrique, appelle auffi tambour (a), qui repofe fur deux appuis inébranlables. Les extrémités ou tourillons du cylindre font, difpofés de maniéré à pouvoir tourner facilement dans les deux trous ou fentes des appuis. Cet eufemble forme le treuil ou tour, c’eft-à-dire , un gros cylindre ou eftîeu en forme de rouleau, qui fup-pofe particuliérement l’arbre ou le cylindre parallèle à l’horizon, & dans le milieu de ce cylindre, une roue fixée perpendiculairement, ou des barres en travers pour le faire tourner.
- 458. DaISTS les .mines, au lieu de*roues & de leviers , on fè fert fouvent dune manivelle (b). La roue que la puiflance s’efforce de faire tourner, ou la manivelle, entraînent dans Jeùr révolution le tambour, auquel eft attachée une corde qui foutient le fardeau . & qui l’éleve peu à peu à mefure que le cylindre tourne. A chaque révolution du tour, la puiflance aura parcouru la circonférence entière delà roue, & le poids aura monté dans le même tems d’une quantité égale à la circonférence du cylindre. Lorfque la puiflance eft fort petite, relativement au poids qu’on veut élever, il faut, pour qu’il y ait équilibre, que le rayon de la roue foit extrêmement grand ; on remédie à cet inconvénient, en augmentant le nombre des roues & des
- (a) En méchanique tambour n latin tijmpanus, pcritrochium, eft une efpece de roue placée autour d’un axe ou poutre cylindrique, au fommet de laquelle font deux bâtons ou leviers enfoncés, afin de pouvoir plus facilement tourner l’axe pour foulever les poids qu’on veut enlever.
- (b) Manivelle dans les machines eft une piece de fer coudée, qui donne, le mouvement à l’axe de la machine : il y en a de (impies; d’autres fe replient deux fois à angles droits; d’autres fe replient trois fois, comme dans la manivelle à tiers-point.
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- eiïieux, & en les faifant tourner les unes fur les autres par le moyen de dents & de pignons qui rendent la machine compofée, de fimple. qu’elle était: nous en parlerons à cet article.
- 9. En regardant ces leviers comme autant de rayons d’une même roue, on voit bien que c’eft la même machine ; il paraît feulement que la révolution du tambour, produite par la force des leviers, eft moins uniforme que celle q^'i s’opère par la roue ; mais aulli le volume des leviers eft moins embarraifant.
- Axe dans le tambour , ou ejjieu dans le tour ; roue dans fon cffleti , ou Jimplement
- tour : axis in peritrochio.
- 460. Cette machine , employée à élever des poids, eft compofée d’une èfpece de tambour mobile avec une poutre cylindrique , qui lui eft concentrique autour de l’axe. Ce cylindre pofé horizontalement m’appelle Vaxe ou YeJJieu , & le tambour fe nomme le tour. Les leviers adaptés au cylindre , fans quelquefois qu’il y ait de tambour, portent le nom de rayons, en latin feytéda. Dans le mouvement du tour une corde fe roule fur le cylindre , & fait monter le poids. On rapporte à l’ellieu dans le tour toutes les machines où l’on peut concevoir que l’efîbrt fe fait par. le moyen d’une circonférence ou tambour fixé fur un cylindre, dont la bafe eft dans le même plan que cette circonférence , comme dans les moulins les cabejlans , les grues.
- 461. Le treuil ou tour , dont le rouleau eft perpendiculaire à l’horizon, change de nom : on l’appelle dans les ouvrages ordinaires vindas ou cabejlan. Comme pour les travaux de mines on augmente fa force par des poulies différemment placées dans la charpente qui le couvre , il eft diftingné en France par le nom de machine à moujfles ; au pays de Liege , grand herna£, &c. Alors le treuil devient une machine compofée , ainfi que la grue. Nous ré-fervons les détails qui en dépendent, au moment où nous parlerons des machines compofées que l’on met en ufage pour élever les eaux & le charbon hors d’une mine.
- 462. La vis qui fe réduit au plan incliné & au levier, eft un cylindre droit, revêtu d’un cordon ou d’un filet de fpirale, dont la grolfeur eft uniforme., & dont l’inclinaifon à l’axe du cylindre eft conftamment la même dans toute fa longueur. Un tour entier du filet de la vis s’appelle Jpire , & l’intervalle qui fépare parallèlement à l’axe de la vis deux {pires conftécu-tives, fe nomme le pas de lavis.
- 465. L"‘écrou eft comme le moule de la partie de la vis qui s y trouve engagéej c’eft un folide fillonné intérieurement, de maniéré qu’il puilîe s’infinuer peu à peu dans ce filet, en rampant, pour ainfi dire, tout le long
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- de Tes fpires. Tantôt la vis eft fixe ; & alors fes filets gliflant fur ceux de l’écrou, on fait mouvoir à fon gré l’écrou même. Ces fortes de vis fervent beaucoup pour unir fortement deux corps enfemble; mais il eft encore plus ordinaire d’employer la vis mobile, quand il s’agit de caiTer ou de preifer certains corps en faifant tourner fon cylindre, le filet de la vis s’introduit peu à peu dans les filions de l’écrou, & il en réfulte une preffion confidérable,.
- Machines funiculaires, funes duclarii ; cordes , G. Gcpel feil.
- 464. Les liens avec lefquels 011 attache les uftenfiles dans lefquels on éleve au jour les charbons ou les eaux de la mine , font ou des cordages ou des chaînes, félon la force des machines employées à foutenir ces dif-férens poids, félon la grandeur de ces uftenfiles, ou félon la profondeur du puits. Dans les mines de fer de Dannemora ( a ), il n’y a point d’échelles j les machines d’extraCtion élevent tout avec des cordes de cuir & de chanvre. Tous les ouvriers, hommes , filles, femmes & garçons , momr tent & defcendent hardiment fur les féaux, & s’y mettent jufqu’à cinq perfonnes à la fois. Dans les mines de fer de Nordmark, on préféré pour les endroits fecs, les cordes de cuir j il en eft qui ont jufqu a 30 toifes de longueur : elles coûtent de 1000 à 1200 livres , & durent une dixaine d’années , à ce que l’on alfure, ce qui dédommage de la cherté.
- 4Le plus communément on fait ufage en France, de grofles cordes, & M. de Tilly leur donne la préférence fur les chaînes j mais en faifant attention à la befogne qui fe pafle au principal chargeage, & à l’ufage où les ouvriers font, la plupart du tems, de defcendre dans la mine & de remonter avec les féaux & les paniers, on reconnaît qu’il paraît difficile de fe ranger de l’avis de M. de Tilly fur ce point d’économie. Les ouvriers font déjà aifez inattentifs fur tous les rifques qu’ils courent ; c’eft au directeur des travaux à pourvoir à la fûreté de ceux qu’il emploie, & l’on ne peut trop s’occuper de la confervation des hommes. Quand il ne, s’agit que d’élever des féaux ou des caillons dans des fouilles de peu de conféquence, il eft tout fimple de préférer des cordes 5 mais hors de ces occasions, fi l’on veut s’en fervir, on ne faurait trop s’alfurer de la force de celles que l’on veut employer, après avoir choifi celles qui ont tout le degré de perfection poffible. La réfiftance des cordes doit auflî, par toutes fortes de raifons, entrer dans le calcul de la puhfance des machines. Feu M. Amontons, & de nos jours M. Duhamel, fe font appliqués à connaître tout ce que l’on doit
- (n) Province de Roslagie, en Upland.
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- attendre des cordes , quant à leur qualité, eu égard au nombre des fils, & à leur poids , quant aux proportions de leur réfiftance, leur roideur, & tout ce qui réfulte de leur frottement dans les machines où l’on en fait ufàge. (a)
- 466. Les expériences de M. Duhamel, pour éprouver la bonté & la force des cordes, ont été publiées en 175- 8 dans les journaux d’Angleterre , & inférées dans le Journal économique du mois de janvier de cette même année-; & depuis, elles ont été détaillées par Fauteur dans un de fes ouvrages. (A) Ces différentes recherches fe rapportent affez à notre objet, pour en placer ici le réfultat.
- De la force des cordes comparée avec la fomme des forces des fils ou brins qui les compofent, & avec leurs poids-
- 467. cc i®. Une corde de chanvre de Clérac, compofée de fix fils unis dans toutes leurs parties, c’eft-à-dire, par-tout d’une égale épaiffeur, St
- „ également tors par-tout, deux fils à chaque cordon, fut effayée comme „ il fuit : Quatre pièces de quatre bradés de longueur chaque, furent „ effayées dans leur force à la romaine ; leur force moyenne fe trouva être „ de 631 livres. On prit enfuite une autre corde comme la précédente, M avec le même fil, de la même longueur, & diminuée en proportion égaie ,5 en tordant les cordons ; mais elle fut compofée de neuf fils,. trois à cha-j, que cordon : fa force fe trouva être de 1014 livres* On commanda une „ autre corde, qui ne différait des précédentes qu’en ce qu’elle avait douze 5, fils, quatre à chaque cordon; fa force parut être de 15-64 livres. On fit J, enfuite une pareille corde de dix-huit fils, fix par cordon: fa force parut J, être de 2148 livres 12 onces. „
- 468. L’auteur remarque “ que fi la force des cordes augmentait en pro-j, portion du nombre des fils , celle de fix fils ayant fupporté le poids de „ 631 livres , celle de neuf 11e devaitfupporter que 946 livres 8 onces; mais „ par l’expérience elle porta 1014 livres. La corde de douze fils, en com-j5 paraifon de celle de fix, fuivant la même obfervation, ne devait fuppor-„ ter qu’un poids égal à 1262 livres, au lieu qu’elle en a porté 15-64; 8c M fi l’on veut comparer la corde de douze fils avec celle de neuf, on trou-3j vera qu’elle devait fupporter fimplement 1352 livres, au lieu de 1564. „ La corde de dix-huit fils, comparée avec celle de fix, ne devait fuppor-„ ter 711e 1893 livres, comparée avec celle de neuf, 20285 &. avec celle „ de douze, 2346 livres; mais on trouva par l’expérience, qu’elle ne caffâ
- (a') On appel le frottement la réfiftance (ù) Traité de la corderie, édition der
- qu’apporte au mouvement de deux corps 1769, page 437.. l’un fur l’autre l’inégalité de leur furface..
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- „ que quand elle fut du poids de 2148 livres trois quarts. Ainfi la corde M de dix-huit fils, comparée avec celle de fix, s’efi: trouvée à l’elfai de 2ff „ livres trois quarts plus forte qu’elle 11e devait être ; comparée avec celle 39 de neuf, de 120 livres trois quarts; mais comparée avec celle de douze, M elle s’eft trouvée trop faible de 197 livres un quart. !
- 469. „ 2°. Une corde de fix fils ayant fupporté 706 livres un quart, „ une de neuf ne devait porter que 105*9 livres 6 onces ; mais par expé-„ rience elle a porté 107)" livres. Une corde de fix fils ayant porté 706 „ livres 4 onces , une de douze devait fupporter 1412 livres & demie ; cepen-„ dant à l’épreuve, elle a porté if 12 livres. & demie. Une corde de neuf ,, fils ayant porté 107)' livres, une de douze devait porter 1453 livres y „ onces; cependant à l’épreuve elle a porté 1^32 livres 8 onces. Une corde „ de fix fils a fupporté 706 livres 4 onces ; donc une de dix-huit n’aurait „ dû porter que 2118 livres 12 onces : cependant elle a fupporté 245"! „ livres 4 onces. Une corde de fix fils a fupporté 706 livres 4 onces ; donc 3, une de trente aurait dû porter feulement 4y3 1 livres 4 onces: mais à „ l’examen elle a porté 4077 livres. Il a fallu une force de 706 livres 4 „ onces, pour calfer une corde de fix fils ; donc une de vingt-quatre aurait „ dû 11e porter que 2825" livres; mais, fuivant l’expérience,* elle a porté „ 3327 livres. Une corde de douze fils a porté 15*32 livres 8 onces: donc „ une de vingt-quatre ne devait porter que 3065* livres: mais à lepreuve „ elle a fupporté 3325* livres. Une corde de dix-huit fils a fupporté 24^1 „ livres 4 onces; une de vingt-quatre devait donc porter feulement 326g ,, livres 5- onces: cependant il en a fallu 3325* pour la calfer. Une corde „ de neuf fils ayant fupporté 1075* livres, une de vingt-fept devait porter „ 3225 livres, néanmoins elle en porta 35:83. Ces expériences démontrent „ que les cordes augmentent en forçe plus que proportionnellement au ,, nombre des fils qui les compofent ; de maniéré qu’il ferait poflible d’éta-„ blir une gradation de proportions qui pourrait ne pas beaucoup s’écarter ,, de la vérité , pourvu que les cordes faient faites avec un fil égal, & „ câblées de même; en un mot,pourvu qu’elles 11e different que par le „ nombre des fils. „
- 470. On a enfuite procédé à examiner fi l’augmentation de la force des cordes était proportionnelle à leur poids. Voici les obfervations qui ont été laites. “ Une corde pelant neuf onces, a fupporté 7 06 livres 4 onces. Une 3, autre faite du même fil, & pefant treize onces, devait porter 1020 livres „ 2 onces; cependant à l’épreuve elle a fupporté 1075* livres; par confé-,, quent elle s’efi; trouvée de 54 livres 14 onces plus forte que par l’ana-„ logie. Une corde du poids de neuf onces a fupporté 705 livres 4 onces : „ donc une autre de dix-fept onces aurait dû porter 1334 livres ; mais elle
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- „ a fupporté 1532 livres 8 onces; conféquemment elle était de 198 livres 3, 8 onces plus forte que par l’analogie. Il réfulte de toutes ces expériences, „ que les cordes de toutes efpeces augmentent en force plus que la propor-„ tion de leur poids. On doit cependant obferver i«. qu’on ne peut décider „ abfolument la quantité précife de la force des cordes, au-delTus de la pro-,, portion de leur poids; mais comme dans toutes les expériences précéden-„ tes, cette fupériorité fe trouve conftamment manifefte, & comme 011 la „ diftingue auiîi par le nombre des fils, on peut être convaincu de fa réa-„ lité, & l’on conçoit qu’elle dépend des raifons qui fe trouvent rapportées ,, dans une remarque précédente. Mais, quoique Ton convienne que les ex-„ périences font prefqu’inévitablement accompagnées d’erreurs qui, quoi-,, que petites, font un obftacle fuffifant à une gradation décifive de propor-„ tion, il parait évidemment que l’excès de la force l’emporte de beaucoup „ fur la différence des pefanteurs. On doit obferver encore , que , quoiqu’on „ puiife inférer de ces expériences que telle corde eft .environ d’un cin-„ quieme, d’un tiers ou de moitié plus forte qu’une autre , ces quantités „ ne doivent pas être prifes dans toute l’exaditude géométrique , mais „ comme des approximations phyfiques , qui 11e s’éloignent pas beaucoup „ de la vérité. „
- 471. La connailîance de la réfiftance caufée par le frottement des parties d’une machine, &, par la roideur des cordes qui font obligées de fe plier pour fon adion, n’eft pas moins néceflàire pour bien juger de l’effet d’une machine, que Peft celle des différens rapports des parties qui la compofent, & qui communiquent le mouvement les unes aux autresjjL’obfervation fait voir qu’une corde eft d’autant plus difficile à courber, i°. qu’elle eft roide & plus tendue par le poids quelle porte ; 2°. qu’elle eft plus groffe ; 30. quelle eft plus courbée, c’eft-à-dire , qu’elle enveloppe un plus petit cylindre.
- 472. Des expériences faites par M. Amontons (a), pour s’affurer des proportions dans lefquelles ces différentes réfiftances augmentent, il s’enfuit que la roideur de la corde , produite par le poids qui la tire, augmente à proportion du poids, & que la roideur qui vient de l’épaiffeur de la corde, augmente à proportion de fon diamètre; enfin, que la roideur qui vient de la petiteffe des poulies autour defquelles la corde doit être entortillée, eft plus forte pour les plus petites circonférences que pour les grandes, quoiqu’elle n’augmente pas dans la même proportion que ces circonférences diminuent. D’où il s’enfuit que la réfiftance des cordes dans une machine étant eftimée en livres , devient comme un nouveau fardeau qu’il faut ajou-
- (a} Mémoires de l’académie des lciences, année 1699, fur la roideur des cordes que l’on emploie dans les machines.
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- ter à celui que la machine doit élever; & comme cette augmentation de poids rendra les cordes encore plus roides-, il faudra de nouveau calculer cette augmentation de réfiftance : ainlî l’on aura plusieurs fommes décroif. fantes qu’il faudra ajouter enfemble, comme quand il s’agit du frottement, & qui peuvent fe monter très-haut.
- 473. En effet, en faifant cette opération fur toutes les réfiftances que produit la roideur des cordes lorfqu’on s’en fert dans une machine, & toutes celles que le frottement occalîonne, la difficulté du mouvement fe trouverai! confidérablement augmentée , qu’une puilfance méchanique qui n’aura befoin que d’un poids de 1 f 00 livres pour en élever un de 3000 livres , par le moyen d’une moufle fimple, c’eft-à-dire, d’une poulie mobile, & d’une poulie fixe, doit, félon M. Amontons, en avoir un de 394a livres, à caufe des frottemens & de la réfiftance des cordes.
- 474. Ces confidérations doivent fervir de réglé dans l’ufage des treuils & des autres machines pour lefquelles on fe fert de cordes. Si l’on négligeait de compter leur roideur, on tomberait infailliblement dans des erreurs confi-dérables, & le mécompte fe trouverait principalement dans les cas où il eft très-important de ne fe point tromper , c’eft-à-dire , dans les grands effets ; car alors les cordes font néceifairement fort grolfes & fort tendues. C’eft d’après ce principe, que M. Camus, dans les Mémoires de l’académie (a) , examine quelle eft la meilleure maniéré d’employer les féaux pour élever de l’eau.
- 47f. Les conféquences qui fe déduifent de la réfiftance des cordes, font, i°. qu’on doit préférer les plus grandes poulies aux petites , non-feulement parce qu’ayant nfoins de tours à faire, leur axe a moins de frottement, mais encore parce que les cordes qui les entourent y fouifrent une moindre courbure , & ont par conféquent moins de réfiftance. Cette confidération eft: d’une fi grande conféquence dans la pratique , qu’en évaluant la roideur de la corde félon la réglé de M. Amontons, on voit clairement que, fi on voulait élever un fardeau de 800 livres avec une corde de vingt lignes de diamètre, & une poulie qui n’eût que trois pouces, il faudrait augmenter la puilfance de 212 livres, pour vaincre la roideur de la corde; au lieu qu’avec une poulie d’un pied de diamètre, cette réfiftance céderait à un effort de 22 livres, toutes choies d’ailleurs égales. Il faut ajouter à cela , que la roideur des cordes eft d’autant plus grande, qu’elles font obligées de plier plus vite; de forte qu’on doit y avoir égard dans le calcul d’une machine, îorfqu’il fe trouve des cordes qui plient avec différentes vîteffes. Les cordes neuves réfiftent plus à fe courber que les vieilles , ce qui fait qu’elles
- (a) Année 1739.
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- éloignent la direction du poids du diamètre horizontal de la poulie, 8c qu’a-îongeantde bras de levier , elles obligent la puiffance à un plus grand effort î d’ailleurs les cordes neuves, chargées de tout le poids qu’elles peuvent porter, font plus fujettes à fe rompre que lorfqu’on les charge fucceflivcment pour les rendre fouples. Enfin la circonférence du treuil augmente félon la grofi-feur des cordes; ainfi quand elles ne font qu’un tour , il faut, dans le calcul des machines, ajouter le demi - diamètre de la corde au rayon du treuil, pour former le bras de levier ; & Il elle doit faire plufieurs tours les uns fur les autres, il faut eftimer la puiffance réfiftante dans le cas où le bras du levier qui lui répond , fera plus alongé par la groffeur de la corde.
- 476'- M. Saverien , de qui nous empruntons cet extrait (a) , termine cette théorie par la folution d’un problème curieux & utile, pour en faire comprendre l’ufage. Quelle eft la force néceffaire pour élever un poids de 8oo livres avec une poulie fixe de 24 pouces de diamètre, fon boulon ayant un pouce, & la corde 18 lignes? i“. D’abord, pour être en équilibre avec le poids, la puiffance doit être de 800 livres. 20. Pour furmonter la roideur de la corde, je multiplie 800 livres par 18, diamètre de la corde, & je di-vife 14400 livres par 24, diamètre de la poulie : le quotient eft 600 onces, qui font 37 livres & demie , valeur de la force néceffaire pour furmonter cette roideur. A l’égard de la réfiftance caufée par le frottement de la poulie contre le boulon , il faut d’abord faire attention que cette poulie eft chargée de deux fois celui de 800 livres & de 37 & demie , fomme totale de 1627 livres & demie; de cette fomme je prends 819 pour le frottement que je multiplie par le rayon du boulon, & divife par celui de la poulie : le quotient donne 34 livres pour le frottement réduit à l’extrémité du bras de levier, ainfi en. ajoutant ces trois nombres 800,37 34, j’ai 871 5, qui exprime la puift
- fance capable de faire monter le poids. Si, tout le refte étant égal, la poulie 11’avait que quatre pouces de diamètre, la puiffance ferait de 1253 9au lieu de 871 : ce qui fait voir combien il eft important de préférer les grandes poulies aux petites. C’eft ainfi que ces différentes machines facilitent l’adion des puiffances pour mouvoir des poids (£), non Pas en augmentant réellement ces puiffances, mais en favorifant leur action par la maniéré dont elle eft appliquée. Ainfi dans la poulie, par exemple , la puiffance doit être égale au poids, cependant la poulie aide la puiffance, parce que la maniéré dont la puiffance y eft appliquée, facilite fonaétion, & la met en état d’agir commodément.
- 477. Il y a dans toutes les machines une proportion néceffaire entre le
- (a) Au mot Poulie, tome II. une machine, ou de ce qui réfifte, de quel-
- F ( h ) Poids en méchanique fe dit de tout que maniéré que ce foit, au mouvement que ce qui doit être élevé, foutenu ou nui par l’on veut imprimer.
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- poids & la puiffance motrice. Si l’on veut augmenter le poids, il faut auffî augmenter la puiffance; c’eft-à-dire, que les roues ou autresagens doivent être multipliés, ou, ce qui revient au même, que le tems doit être augmenté, ou la vîteffe diminuée.
- Des machines compofées en général.
- 478. Les machines (impies ont, comme on l’a vu, différentes deftinations : elles ont chacune leurs propriétés, leur objet particulier , & toute la perfection dont elles font fufceptibles : ainlî, tant qu’elles peuvent avoir lieu , les machines les plus (impies font toujours préférables. Mais faute de connaître les meilleures proportions de leurs parties, on n’en tire pas toujours le fer-vice quon pourrait en attendre : on les néglige, & on leur en fubftitue fouvent mal-à-propos d’autres plus compofées, qui demandent un plus grand entretien. En même tems néanmoins il eft rare qu’on puiffe, dans le travail des mines en grand, produire par le moyen d’une machine (impie l’effet dont on a befoin. Il eft donc néceffaire & indifpenfable de faire ufage de machines de l’efpece appellée compofée ;& l’on appelle ainfi les machines qui réfultent de plufieurs machines (impies jointes & combinées enfemble, ou de la même répétée un certain nombre de fois. Mais le tout confifte également, en employant une machine compofée, à la rendre la moins compliquée que faire fe peut ; à éviter, tant qu’il eft pofîible , les frottemens & autres réfiftances étrangères au produit effedif que l’on veut obtenir. La machine de ce genre la plus parfaite, fera celle où la force mouvante fe tranfmet avec le moins de déchet qu’il eft poftible au fardeau à élever.
- 479. Toute machine compofée étant le réfultat de machines (impies , il fuit que dans toute machine de cette efpece , le rapport de Ceffort de la puiffance a la réffance avec laquelle elle efi en équilibre , ejl compofé de tous les rapports qui auraient lieu fèparément dans chaque machine. Ce rapport fe trouve en comparant les efpaces parcourus dans le même tems par la puiffance & le poids , dans un même mouvement des machines ; ces efyaces font en rai-fon inverfe de la puiffance au poids. Pour faire rappiication de cette réglé à une machine compofée, il faut y confidérer quatre quantités. i°. La puih fance ou la force motrice qui meut la machine ( cette force peut être ou des hommes 5 ou des animaux , ou des poids , ou un courant d’eau ). 2°. La vîteife ou le chemin de ce poids dans un tems donné. 30. La force de la réftftance ou, du poids mu par la machine. 40. La vîtefte ou le chemin de ce poids dans le même tems donné.
- 480. Si l’on compare enfemble ces quatre quantités, le rapport des deux pv.iftances fera i’inverfe de celui des deux dernieres ; ou, ce qui revient au
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- même, le produit des deux premières, qui exprime la quantité de mouvement de la puiffance, fera égal au produit des deux dernieres, qui exprime la quantité de mouvement de la réfiftance. Or, félon le principe fondamental de la méchanique, dans toutes les machines, les quantités de mouvement font toujours égales. C’eft de cette égalité de rapport qu’ont les produits de ces deux quantités de mouvemens , qu’on détermine , par des réglés (impies & fûres, le plus grand effet qu’on attend d’une machine 5 car trois de ces quantités étant connues ou données, 011 trouve la quatrième. Si, par exemple , la force & le chemin de la puiffance font donnés , & le chemin de de la réfiftance , alors la première, la fécondé & la quatrième quantités font connues : d’où l’on trouve la* troifieme, ou la force de la réfiftance, en di-vifant le produit des deux premières par la quatrième : le produit donne la force de la réfiftance , ou la valeur du poids mu par la machine.
- 481. Pour calculer les effets des machines compofées, 8c connaître les proportions les plus avantageufes qu’il faut leur donner, on doit considérer ces machines dans l’état d’équilibre, c’effà-dire , dans l’état où la puiffance qui doit mouvoir le poids , ou furmonter la réfiftance, eft en équilibre avec le poids ou la réfiftance : il n’eft pas pofïible , félon la remarque d’un fa-vant écrivain fur cette matière (a)3 d’avoir une idée jufte de l’effet des machines, fi l’on n’a pas fait une étude approfondie des loix générales de l’équilibre. Les ingénieurs de mines font invités à fe procurer cet ouvrage, dans lequel la théorie phyfique de l’équilibre des machines eft jointe à celle de leur équilibre mathématique.
- 482. Comme toute machine eft deftinée à fe mouvoir, on doit ainfi la confidérer dans l’état de mouvement; & alors il faut avoir égard i<>. à la inaffe de la machine qui fe combine avec la réfiftance qu’on doit vaincre , & qui doit augmenter par conféquent la puiffance ; 2°. au frottement qui augmente prodigieufement la réfiftance, 8c qui, dans fa quantité, dépend d’une infinité de circonftances, telles que la nature des furfaces qui frottent, leur grandeur, la preffion qui les applique l’une à l’autre , leur viteffe, la longueur du levier, auquel on peut regarder comme appliquée la réfiftance dont il s’agit. Ces principes , ces loix, ces effets du mouvement, font le fujet d’un autre ouvrage qu’il ferait utile de connaître, afin de fe mettre convenablement au fait de la ftatique & de la dynamique, qui fervent de fondement aux autres branches de la méchanique. (h)
- 485. Parmi les machines compofées dont on fait ufage pour les travaux
- (a) Traité élémentaire de méchanique, avec des notes fur plufteurs endroits, par M. l’abbé Boffut, Paris, 1775. Difcours préliminaire.
- (_£>) Traité élémentaire de méchanique & de dynamique, par 1\I. l’abbé Boffut, 176$r
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- de mines, il en eft une en particulier, dont le méchanifme a bcfoin d’être connu, comme faifant feule une machine compofée, dont l’effet eft très-con-fidérable, & étant, par cette raifon, ajoutée à d’autres machines compofées très-fortes : c’eftce qu’on nomme en général rouet on rouages.
- Des rouages, ou roues dentées.
- 484. On comprend fous le nom de rouages, toute efpece de machine formée par plufieurs roues ou par d’autres pièces qui, dans leur action, tournent en maniéré de roues. Afin que ces roues puiifent agir les unes fur les autres, & fe combiner, leur circonférence ou leurs effieux font partagés en dents, au moyen defquelles ces roues s’engrenent les unes dans les autres, ce qui fait qu’on les nomme roues dentées. Les deux roues ou pièces tournantes en maniéré de roue, font distinguées entr’elles par deux noms diffé-rens. En général, la plus petite des deux roues qui engrenent l’une dans l’autre, s’appelle pignon, & fes dents s’appellent des ailes ; cependant on donne ce nom plus particuliérement à la roue qui eft menée : c’eft dans ce feus qu’il faut le prendre dans tout ce que nous dirons en parlant des pignons & des dents, où tout ce qui fera dit (de la forme des dents des roues & des ailes des pignons, doit s’entendre de ces dents & de ces ailes, en tant que la roue mene, & que le pignon eft mené. Quelquefois, & particuliérement dans les grandes machines, le pignon que l’on emploie afin d’accélérer le mouvement, eft une efpece de cylindre creux, nommé pignon à lanterne ^ ou tout Amplement lanterne (æ). Sa furface convexe n’eft point garnie de dents : elles font remplacées par des fufeaux cylindriques parallèles entr’eux, & difpofés à des diftances égales, de maniéré que ces intervalles forment au-dedans du corps même de la lanterne, des trous dans lefquels doivent entrer les dents d’une autre roue, & que ces fufeaux pro-duifent alors le même effet que les dents ordinaires : c’eft en quoi la lanterne différé des pignons, en ce que les dents du pignon font faillantes, & placées au-deffus & tout autour de la circonférence.
- 48f. Par le jeu de ces machines, 011 juge que les différens rouages ne font autre chofe que des treuils, dans lefquels la puiffance agit fur la grande roue à l’aide de fes propres dents. Ce qui tient alors lieu du cylindre, eft une roue dentée beaucoup plus petite, adaptée fur l’axe ou tige de la grande roue, de maniéré qu’elle ne peut tourner que la grande roue ne tourne aufli. Les dents des roues font ordinairement taillées dans leur plan, c’eft-à-dire,
- ( a ) Ce nom de lanterne , qui en nié- les machines hydrauliques, à une piece par-chanique défigne une roue dans laquelle ticuliere , dont nous parlerons à fa place, une autre roue engrene, eft aufli donné dans
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- en allant de la circonférence vers le centre ; mais il n’eft pas rare d’en voir qui font taillées perpendiculairement au plan des roues : alors la roue s’appelle roue en couronne, ou roue de champ.
- 486. Dans l’exécution de ces machines, on doit faire attention à plu-fleurs cliofes j la figure, la durée des dents, leur engrenage & la douceur du mouvement. On peut avoir parfaitement calculé le rapport des roues aux pignons, & en conféquence l’effet que doit faire telle ou telle puiflance dans une machine ; mais fi la figure des dents des roues & des ailes des pignons, fur lefquelles elles agilfent, n’eft pas telle qu’il en refaite un mouvement uniforme de ces pignons-, c’eft-à-dire, que l’effort que font les roues pour les faire tourner, ne foit pas conftamment le même, un pareil calcul n’apprendra rien du véritable effet de la machine ; car l’effort des roues étant tantôt plus grand, tantôt plus petit, on ne pourra tabler que fur l’effet de la machine dans le cas le plus défàvantageux, effet qui fera fou-vent très-difficile à connaître : de là on voit la néceffité dont il eft que ces dents aient une figure convenable. Quoique les machines où l’on emploie des roues dentées datent de plufieurs fiecles, ces confidérations avaient été entièrement négligées ; les ouvriers chargés de cette partie de l’exécution des machines, ne fuivaient d’autre réglé que de faire les dents des roues & les ailes des pignons, de façon que les engrenages fe fi fient avec liberté, & de maniéré à ne caufer aucun arrêt. Plufieurs làvans de l’académie royale des fciences de Paris , M. Rœmer, premier inventeur, M. Camus, s’en font occupés.
- 487. Une autre chofe de grande importance, c’eft la perfe&ion des engrenages , c’eft-à-dire, la manière dont les dents d’une roue entrent dans les ailes du pignon, & la maniéré dont elles agiifent fur fes ailes pour le faire tourner. Si ces engrenages ne font pas faits avec précifion , il en refaite de grands frottemens , beaucoup d’ufure , & quelquefois même des arrêts ; deux grands défauts qu’on doit chercher à éviter. L’effentiel eft l’uniformité de l’adion de la dent de la roue fur le fufeau ou fur le pignon , pour que l’engrenage ne foit ni trop fort ni trop faible ; c’eft-à-dire, que la quantité dont les dents de la roue entrent dans les ailes du pignon , 11e foit pas trop grande ni trop petite. Dans le premier cas , les dents des roues font fujettes à quoter (æ), de forte que ni la roue ni le pignon ne peuvent fe mouvoir. Dans le fécond, les extrémités des ailes du pignon font fujettes à toucher & arebouter, lorfqu’elles fe préfentent à la dent qui doit les pouifer j d’où il réfulte très-fouvent des arrêts : il eft à propos même de remarquer que c’eft le défaut le plus ordinaire des engrenages. Ces deux
- ( a ) C’eft - à -dire, que les deux pointes des deux dents voifines vont toucher les deux faces oppofées des deux ailes du pignon.
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- défauts ont encore un autre inconvénient, c’eft qu’il eft imposable que la roue mene le pignon uniformément ; avantage très-important dans un engrenage.
- 488. Les engrenages font fujets avarier, fur-tout à devenir plus faibles par Pufure des trous dans lefquels roulent les pivots des roues & des pignons ; • mais c’eft à quoi l’on doit tâcher de remédier, par la difpofîtion refpeétive de ces roues, qui évite les frottemens le plus qu’il eft pofTible, dont l’expérience feule peut apprendre la nature & les véritables loix. En ayant foin de grailfer avec du fivon noir les engrenages des roues dans les lanternes, on rend le mouvement plus doux, & on les fait durer davantage.
- 489. Les roues dentées n’étant autre chofe que des leviers du premier genre multipliés, & qui agilfent les uns par les autres, on leur applique la théorie des leviers compofés, laquelle, par la même râifon, peut aifément s’appliquer aux roues. En effet, par ce moyen on trouve le rapport qui doit être entre la puiifance & le poids pour être en équilibre. La force de la roue dentée dépend du même principe que celle de la roue fimple , qui eft, par rapport à l’autre, ce qu’un levier fimple eft à un levier compofé. Lorfqu’on veut élever un poids par le moyen de plulieurs roues dentées , on doit prendre les rayons des roues pour les bras des leviers qui font du côté de la puiifance , & les rayons qui font du côté du poids ou de la rélîftance : alors dans l’état d’équilibre, la puiifance eft au poids , comme le produit des rayons des pignons eft à celui des rayons des roues ; car on démontre que le rapport de la puiifance au poids eft comme le produit des rayons des pignons, au produit des rayons des roues. En effet, dans chaque roue & fon pignon, la puiifance eft au poids comme le rayon de la ’premiere roue eft au rayon du pignon. Ainfi chaque roue donnant ce produit, le rapport de la puiifance au poids fera comme le produit des pignons au produit des rayons des roues, ainfi qu’il vient d’être établi : par - là 011 voit combien une machine de roues dentées , fituées perpendiculairement les unes au-deffus des autres, peut augmenter l’effort d’une puiifance.
- 490. Par cette analyfe très-fuperficielle, un maître ou un directeur des ouvrages peut aifément fentir l’utilité des différentes machines fimples & composées, qui s’emploient lorfqu’il s’agit de vaincre les obftacles réfultans , foit de l’air & des eaux ramalfées dans le fond des mines, foit des grandes charges de charbon à enlever par les bures : cette partie de l’exploitation fournirait feule la matière d’un ouvrage intéreffant. Le fixieme livre du traité d’Agri-cola ne roule que fur cet objet. J’ai fait inutilement la recherche d’un traité fort ancien fur cette matière (a). Nous allons terminer ce fécond article
- (a) Strato Lampfaccnus (deLampfac ou Lampfaco, ville de Mylie , dans l’Afie mineure ) , de machinis metallicis.
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- par l’expofé raifonné des moyens empruntés de la méchanique pour ces trois opérations, en commençant par les machines relatives à l’air: nous viendrons enfuite à celles pour les eaux, puis enfin aux machines d’extraction.
- 491. Ces trois efpeces de petits traités, expofés de fuite, deviennent un ouvrage prefque neuf par la forme que je leur ai donnée, par le choix des détails curieux & utiles que j’ai rapprochés de chaque machine à laquelle ils conviennent : ils méritent, ainfi que l’efpece d’introduction qui les précédé, l’attention des ingénieurs de mines. En leur préfentant ainli une matière qui 11’eft pas de mon relfort, j’ai eu-foin de confulter fur le tout les favans les plus diltingués qui s’occupent de cette partie des mathématiques , indépendamment de l’attache donnée à mon ouvrage par MM. Leroy & La-voifier, commiflaires de l’académie pour cette fécondé partie de la defcrip-tion de l’art d’exploiter les mines de charbon. M. l’abbé Bolfut a bien voulu fe donner la peine d’examiner ce fragment de mon ouvrage , comme MM. leMonnier, Bézout & Mellier ont eu la compiaifance de voir tout le premier article de cette quatrième fe&ion. Je n’ai pas héfité, pour la perfection d’un travail de cette conféquence, entrepris & exécuté dans le fein de l’académie , de mettre le public dans le cas de partager fa reconnaiifance entre plufieurs favans de cette compagnie.
- Généralités phyjiques fur Pair, appliquées aux vapeurs ou exhalaifons fout er reine s, & au choix des moyens propres à établir dans les mines tin libre courant d'air.
- Des vapeurs fouterreines , ou de L'air des mines , & des phénomènes qui lui font
- ordinaires.
- 492. Les mauvais effets de l’air retenu fans mouvement dans le fond des mines, ne font pas ce qu’il y a de moins embarralfant dans les travaux minéralogiques. De toute ancienneté les ouvriers de mines, gens greffiers, & qui n’ont que l’inftinct du métier, quelques philofophes même leurs contemporains, dépourvus des lumières de la phyfique, ont attribué les effets nuifibles & deftru&eurs de cet air fouterrein, à de mauvais génies qu’iis ont cru fréquenter ou habiter les fouterreins de mines. \ la faveur de l’efprit vifionnaire des ouvriers, ces fpectres, auffi chimériques que le fantôme qui troübla Caffius à la bataille de Philippe, ont été vivifiés j ils ont enfuite été décrits & défignés par des dénominations particulières. Agricola, dans fon livre De animantibus fubterraneis, compofé dès l’année Iffo, fait de
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- ces follets malins, devant leur exigence aux idées des mineurs, une men-tion expreffe (a). Abftraélion. faite de tout ce qui doit être regardé dans l’énoncé du philofophe comme pure imagination des ouvriers, on y reconnaît bien diftindement la nature fubtile & très-déliée des deux efpeces de mof-fettes des mines, auxquelles fe réduifent ces gnomes perfonnifiés par les mineurs Allemands. Lorfque, par exemple, il eft dit qu’à Anneberg (b}9 un de ces génies tua de fon feul foujfle plus de dou^e ouvriers, on n’apperçoit pas de différence entre ce follet & le bad air ,.foui air, common damp des Anglais 9 îe fink des mineurs de Newcaftle, le crowin ou fouma des Liégeois j ce mauvais brouillard nommé auili dans Âgricola vergifte luft, fckwaden , gravis halitus, ôte l’ufage de la voix , produit une irritation incommode dans l’œfo-phage & dans les yeux, des bourdonnemens d’oreilles , des palpitations de cœur, & va quelquefois jufqu’à fuffoquer. Cette vapeur immifcible à l’eau (r) éteint la lumière làns s’y enflammer ; & ces différens effets variés ou modifiés félon différentes circonftances, font aufli prompts que fâcheux : il en eft fait mention dans cet auteur, liv. VI.
- (et) Il n’eft venu dans l’idée d’aucune-perfônne raifonnable,, de reprocher à cet auteur de n’avoir pas penfé fur cela différemment des ouvriers de mines. Tout le monde fait combien il s’eft pafle de tems dans beaucoup de pays, avant que l’efprit de lumière & de philofophie ait diffipé des opinions non moins bizarres fur des objets de cette nature. Onfe fouviendra toujours avec étonnement, que ce n’a été que vers la fin du fiecle dernier-, en 1672 , qu’on s’eft dépouillé en France delà crédulité aveugle fur l’exiftence des forciers ; & il n’y a pas fi long-tems qu’en Allemagne les vampires n’exiftent plus que dans l’idée d’une portion du peuple.
- (b) Quelques-uns dîfentSaint- Annen-berg, ou Saint-Annæberg, c’eft-à - dire , mont Sainte-Anne ; c’elt une petite ville d’Allemagne en Mifnie , dans la haute-Saxe , près de la "Boheme , autrefois nomrnée-iSchreckemberg , qui fignifie la montagne de l’épouvante ,ou la montagne effrayante , près un bain d’eau chaude, appellé Bain de Sophie, ou Bain du faint homme Job. Anciennement les gens de mines avaient dans cette ville une chapelle, où le fervice
- ne fe fait plus depuis le changement de religion , arrivé dans cet endroit en 1527.
- (c) AI. Genneté affure à plufieurs re-prifes, pages 7, 10 & 144, que l’eau qui a féjourné dans les bagnes , s’allume en j ail-lîffant à la lumière des lampes. Selon le' même écrivain , ce mélange croupiffant d’air, d’eau & de débris de houille pendant des 30 à 40 ans dans les vuides laiL fés après l’extraction du charbon, eft auifi inflammable que la poudre à canon, & à. peu près autant que la matière du tonnerre. Ces allégations font deftituées de tout fondement, & l’auteur fe trouve en contradiction avec ce qu’il avance ailleurs. U' a oublié, page 123, ce qu’il dit de cet amas infect & deftruéteur ; il y fubftitue une reproduction prefque complété de houille dans le même efpace de 50 ou 40 ans. Les vifites des areines, qui fe font régulièrement à Liege depuis des fiecles, feraient bien propres à vérifier ce phénomène, auquel AI. Genneté prétend que les houilleurs-font habitués : jamais on n’a trouvé dans ces Touterreins le moindre figne de cette reproduction-..
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- 493. Si l’on vient à comparer ce qui eft rapporté au même endroit, d’m* de ces génies, qui à Schnecberg (<2), dans la mine d’argent appellée Géorgienne , autrement dite mine de George , enleva ave;c impétuofité un ouvrier au haut des ouvrages : on trouvera que c’eft le même météore fulminant, par lequel le jeune Dobby-lech fut fi fort mal-traité dans les montagnes de Hasleberg, où il eut les bras & les jambes rompus, & tout le corps disloqué. L’explofion de ce mauvais brouillard eft fouvent accompagnée de feu j & à cela près que ce feu 11e fond pas le fer & l’acier, comme l’avance M. Genneté, art. II, page 7 , le danger de cette vapeur 8c fes ravages font considérables. Ce qui achevé de compléter la conformité entre ces génies prétendus, & les deux météores aériens ordinaires dans les mines , c’eft la matière épaifle dont le follet de la première fe trouve enveloppé. Ce voile, de la nature de la pellicule qui fe trouve quelquefois fur la furface de l’eau après la chûte du brouillard, quand il eft mêlé d’exhalaifons, eft la feule chofe apperque clairement par les ouvriers expofés à être tués dans les mines par le fouma, ou à être emportés dehors par le feu grieux ; le gnome , dérobé à leurs yeux par ce nuage, n’eft qu’une explication y-leur maniéré, des effets violens qu’ils en éprouvent. Une des propriétés les plus fingu-lieres de la vapeur fulminante, c’eft celle de pouvoir être ramaifée & enfermée comme toute efpece de fluide , 8c tranfportée où l’on veut, fans rien perdre de fa difpofition à l’inflammabilité. Dans le grand nombre de pays dont le fol renferme des mines ou carrières de charbon de terre, il n’en eft pas où les favans fe foient autant occupés que ceux de l’Angleterre à examiner les phénomènes de ces exhalaifons fouterreines. Le Journal étranger, du mois d’avril 17^8, contient une obfervation très-curieufe fur les diffé-rens périodes de l’accroilfement du gl&p damp, ou de la vapeur formée en globe, qui eft en même tems fulminante. Quoiqu’elle n’appartienne pas aux mines de charbon, elle nous a paru mériter d’être inférée ici : en voici la. teneur.
- 494. Le furintendant d’une mine d’étain en Cornouaille, apperqut au niveau du fond de la mine , dans un coin qui était épuifé, un petit globule de vapeur blanche : elle était du volume d’une noix, & s’agitait fur la fur-face; on jugea que c’était le commencement d’une exhalaifon. Peu de jours après on vit un autre globule. Le furintendant, curieux de fuivre le progrès de la nature dans la formation de ce météore , defeendait tous les jours dans la mine : il vit le corps nébuleux toujours flottant & toujours augmentant de volume. Le quatrième jour il était de la groifeur d’une balle de paume; le quinzième il avait acquis celle de la tète d’un homme, toujours d’une
- (a) Lettre de Martin Lifter, Tranfafî. philof. ann. 1675, art. VI, n°. 117.
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- forme globuleufe ; la couleur était plus blanche qu’au commencement. Ce qu’il y a de remarquable, c’eft que ce corps , à mefure qu’il grofiiifait, au lieu de plonger en-bas, s’élevait davantage en-haut: au refte, comme il était dans un coin , par conféquent hors du chemin où payaient les ouvriers-, & qu’il n’incommodait perfonne, on le lailfa quelque tems. Cependant l’entrepreneur , effrayé du progrès qu’il faifait, fe mit en devoir de le diffi-per en prenant les précautions convenables, & faifant retirer les ouvriers. Ayant attaché une lumière à une corde dont la communication avait vingt-huit verges de long , il y porta le feu ; l’explofion qui en réfulta ,fut aufîi confidérable que celle de plufieurs canons faifant feu enfemble; le bruit, au haut du paflage de la mine, où s’était retiré l’entrepreneur, parut plus con-üdérabie que ne le ferait une décharge de mille canons à la fois ; l’air s’enflamma jufqu’à l’endroit même où étaient les ouvriers : il fortit, dans le moment de l’explofion, hors de la mine une colonne de feu couleur de fal-pêtre, qui s’éleva à la hauteur de quarante pieds. L’expérience eut pour la mine le plus heureux fuccès : elle fut délivrée de ce météore périlleux ; mais le volume de l’incendie extérieur n’avait pu être prévu par le furin-tendant : il fe trouva malheureufement dans le voifinage une chaumière fur laquelle le feu tomba ; elle fut écrafée, le propriétaire tué , & toute la famille eftropiée.
- 49 On connaît plufieurs mines , dans lefquelles le feu grieux fe conferve depuis long - tems ; nous en avons cité quelques-unes. Dans la mine de Mulheim (a) fur Roer, près de Doésbourg , l’odeur de la fumée qui accompagne ce feu , relfemble à celle de la poudre à canon enflammée.
- 49Ù. Nous ne nous arrêterons pas ici au moyen d’éteindre & d’arrêter le feulorfqu’il s’empare des ouvrages; on prétend qu’on a été quelquefois obligé alors de faire traverfer un grand courant d’eau dans la houilliere. Cet expédient eft infaillible ; mais pour l’employer, il faut ignorer les dommages , les difficultés, l’impoffibilité même, & l’inutilité de xhorrer 8i à'ajfenier une mine fubmergée. L’expérience apprend que les fouterreins en deviennent à jamais impraticables ; & ce ferait en général peine perdue de reprendre l’exploitation d’une mine qui aurait été fecourue de cette maniéré. Ce moyen , indifcrétement projeté il y a plus de quinze ans , pour la mine de charbon de Saint-Genis - Terre - noire , a été aufii légèrement adopté & pratiqué par un ingénieur mandé fur les lieux à cette occafion (£); & c’eft avec raifon que M. Genneté, page de fon ouvrage, a relevé ce fait, qui a eu trop de publicité pour que je néglige d’en faire mention ici en paifant. Si l’on veut uniquement, & cela eft naturel, en appeller fur cela à l’expé-
- (c) Mulheim, proche du Rhin, à une lieue au-deflous de Cologne,
- ( b ) Gazette de France du 27 décembre 1775.
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- rience des endroits où, depuis des fiecles, il s’exploite une grande quantité de mines, le pays de Liege eft celui où il faut aller chercher des leçons & des. exemples. Il n’eft pas rare que le feu prenne dans les houillieres, malgré la diftribution intelligente donnée aux routes fouterreines , malgré la pofition avantageufe des burtays, de fade périr quelquefois des ouvriers; mais en fermant l’entrée du bure, le feu s’étouffe fouvent en peu de tems, & s’éteint fans faire de ravages, fans même avoir brûlé aucune partie des bois des ouvrages. On ne cite à Liege l’exemple que d’un feul endroit où le feu de la mine ait brûlé , & fe foit fait jour à la fortie du bure : on le voit dans une petite montagne à côté & dépendante d’un terrein faifant partie du jardin du prélat du Val-Saint-Lambert, fur lequel eft établi un belveder. La terre & les rochers fuperficiels de ce monticule font fendus de léfardes que la tradition veut être provenues d’un feu fouterrein.
- 497. A chaque pays où nous avous parlé de Pair & des différentes vapeurs de mines , nous avons rapporté la plus grande partie de ce que les houilleurs avancent fur cet objet. Nous avons fait remarquer, art. II de la première partie, que quelques-uns de ces dires paraillént être eu oppofition les uns aux autres ; c’eft une raifon de plus pour ne pas leur refufer de l’attention. Ces dires ne peuvent être fondés que fur des faits auxquels il 11e manque qu’un éclairciffemeut ; c’ell l’affaire des physiciens à portée d’obferver les chofes par eux-mêmes, & de les conflater : eux feuls font fufceptibîes de cette attention néceffaire qui ne peut être que l’effet du goût ,& une fuite du pîailir que l’on prend à approfondir un fait. Nous allons donc ralfem-bler ici quelques-unes de ces différentes remarques : elles formeront des efpeces de matériaux intéreffans pour chercher l’enchaînement qui lie ces faits les uns aux autres, & aux circonftances qui y apportent des variétés.
- 498. Les principaux points d’obfervation à faire fur le courant naturel de l’air dans les mines, peuvent être réduits aux fuivans, fixés par diffé-rens auteurs. Agricola, dans fon cinquième livre, page 82, remarque que l’air extérieur fe répand de lui - même dans les ouvertures fûtes en terre ; & lorfqu’ii peut y pénétrer , il s’en retourne de nouveau en - dehors : (a) mais ce courant paraît dépendre de plufieurs circonftances, & entr autres des différentes températures de l’air, qui diftinguent les quatre faifons de l’année. Dans la faifon du printems & dans celle d’été , il vient fe rendre dans le puits le plus profond , & de là traverfe le fouterrein, & fort par le puits le moins profond. Dans ces mêmes faifons, l’air s’engage dans la galerie la plus profonde , & fe répand par le puits d’entre-deux dans la galerie la plus profonde, & en reifort;dans l’automne au contraire, & dans l’hiver, il entre
- (ai On a obfervé dans quelques mines,que cet air fortant par îa bouche du puits eft suffi froid que quand il gele.
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- par le puits & par la galerie la moins élevée, & fort par le plus profond: d’où vient que, félon les tems ou les faifons, on ferme Pun ou laucre bure, lorfqu’ils fe renvoient l’air l’un à l’autre ; ce qui s’appelle au pays de Liege, téhet. Dans les pays tempérés , ce changement de courant d’air fe fait au commencement du printems & à la fin de l’automne ; & dans les pays froids, à la fin du printems & au commencement de l’automne : mais dans l’une ou l’autre de ces faifons, il fe paife toujours une quinzaine de jours en variations & en inhabilité dans cette marche avant qu’elle foit fixe ; l’air paife tantôt dans le puits ou dans la galerie la plus profonde, tantôt dans le puits ou la galerie qui l’eft moins ( a). Tant que l’air eh fec, ces vapeurs ne montent pas : au contraire, elles reftçntdans la partie la plus balfe du puits, qui en paraît rempli dans une moindre ou dans une plus grande étendue. Quand le tems devient pluvieux , le mouvement & la quantité de ces vapeurs augmentent j.& non-feulement on les voit monter jufqu’au bord du puits, mais encore elles en fortent & s’élèvent au - delfus fous une forme nébuleufe : d’où il s’enfuit que cette vapeur eft, félon les variations de l’air, fpécifiquement plus pefante ou plus légère. Cette différence de température de l’air fouterrein avec l’air extérieur, fuivant les faifons, eft une des circonftances importantes à remarquer. Il paraît auffi qu’il y a quelque rapport entre les vapeurs de mines & les eaux qui s’y rencontrent toujours. Ces exhalaifons font plus communes & plus fortes dans les mines, toutes les fois qu’il y a alfez d’eau pour couvrir le fond des pahages.
- 499. D’après les remarques du (£) nommé Jean-Gille, expert dans le travail des mines , toutes les fois que les mineurs trouvent de l’eau à une certaine profondeur fous terre, ils 11e manquent jamais d’air ou de vent; mais s’ils manquent d’eau , ce qui leur arrive quelquefois à 10 ou 1 z braffes de profondeur, ils font privés de l’air néceffaire pour leur refpiration ou pour leurs chandelles : c’eft du moins l’obfervation des ouvriers des mines de Cornouaille. Lorfqu’ils trouvent dans une mine profonde beaucoup d’eau froide & ftagnante, ils ont coutume de s’en débarrafïer par un conduit qu’ils pratiquent; & auifi-tôt que cette eau commence à couler, ils font en grand danger d’être mis en pièces contre les bords de ce conduit ; l’air qui était renfermé dans cette eau dormante, fort avec le même bruit que ferait un coup de canon, & avec tant de violence, qu’il emporte tout, & qu’il ébranle les rochers bien avant dans le canal qui lui fert de conduite.
- foo. Cette obfervation doit être rapprochée de celle de M. Triewald,
- ( a ) Feu M. Jars a fait la même remarque redion abfolument oppofée à celle du cou-dans la mine de cuivre de ChefTy en Lyon- rant qui a lieu dans l’hiver, nais : il rapporte que le courant d’air qui (Z?) Communiquées à M. ColprefTe , /établit en été dans les galeries, a une di- Tranfaft. philof. ann. 1667, n. 26.
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- avec laquelle elle fe rapporte linguliérement. Il a remarqué ip. que ce mauvais air fe trouve principalement dans les mines lîtuées de façon que l’eau qui avait d’abord eu fon cours dans les fentes, en avait été entièrement déchargée par un aqueduc, & avait été remplacée enfuite par l’air, qui avait perdu, ainfi que celui mêlé dans les fources, toute communication avec l’air libre & le mouvement. Il prétend 2Ç. avoir remarqué que dans les anciennes mines abandonnées, & où les eaux des ouvrages les plus profonds ont remonté jufqu’à la furface du jour, où par conféquent elles ont retenu l’air dans les vuides réfultans de l’extraction du charbon, cet air, quand on vient à reprendre les travaux au pied de la veine, fe trouve tellement chargé de vapeurs acides & fulfureufes, que venant à r’ouvrir le puits & à en épui-fer l’eau par les machines à feu & à air, cette vapeur caufa fubitement la mort à un ouvrier, & aurait produit d’autres accidens, fans l’expédient qu’il employa depuis , des fourneaux à feu.
- 501. Nous terminons ce réfumé par faire remarquer : ip. que l’air des mines ne communique avec le refte de l’athmofphere, que par une ouverture très - étroite. 2^. Que l’air contenu dans ces fouterreins eft chargé plus ©u moins d’humidité, de vapeurs ; qu’en conféquence il eft plus pelant que l’air de l’athmofphere ; qu’il tend donc, comme on le voit communément, à occuper la partie balfe, & à ftagner néceifairement dans l’intérieur de la mine. Le contraire qui s’obferve dans quelques mines où cette exhalaifon gagne 3e ciel des galeries fous la forme de globe, paraît tenir à l’étendue des fouterreins en largeur & en hauteur. 3 °. Que la diftribution même des galeries peut entretenir de plus en plus l’air dans cet état de ftagnation. 4?. Enfin , que dans une mine qui 11’eft pas fuffifâmment aérée par les puits d’airage ou d’extradion, le mauvais air s’y trouve quand certains vents fouf-flent à l’extérieur; que cela ne provient pas néanmoins du vent, mais de la fituation de la mine & de la lituation du puits à l’égard du jour, des collines & des vallons , & principalement du défaut des moyens propres à produire un renouvellement d’air : auffi les ouvriers, dans ces endroits, avant de defcendre dans le puits, ont foin d’examiner d’où vient le vent.
- foz. Une forte de routine a long-tems fuppléé aux lumières de la phy-fique, pour vaincre ou pour diminuer les obftacles qu’apporte au fuccès des travaux de mines, l’air qui y féjourne. Agricola, dans lequel on trouve prefque tout ce qu’il y a à dire fur la pratique de l’exploitation, décrit des machines qui rempliraient leur objet; j’en ferai connaître quelques-unes. La fcience des caufes naturelles & de leurs elfets, perfectionnée depuis par le fecours de l’obfervation & des expériences, a réduit en véritables principes , les moyens de travailler les mines avec le moins de danger poflible de la part de l’air & de la part des eaux. Le fuccès, à cet égard, ne per-
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- met pas de douter que la phyfique de l’air tient à la fcience d’exploiter : les notions auxquelles nous fommes obligés de nous reftreindre ici fur cet objet, ne peuvent être que les plus générales ; mais elles feront aifez préci-fes pour laiffer entrevoir à un dire&eur de mines, qu’il peut en déduire des vues propres à fe conduire convenablement pour le changement d’air ; a juger félon les cas quel doit être le meilleur moyen, & à imaginer félon les circonltances, félon le local, des expédiens particuliers qui, en corrigeant les effets dangereux ou incommodes de l’air, abrègent les travaux de l’exploitation, en diminuent les dépenfes , facilitent la pourfuite des ouvrages , &c. C’eft auff ce qui a fervi de bafe générale aux differentes théories propofées par M. Triewald, & depuis lui, par feu M. Jars, de l’académie des lciences de Paris. Nous donnerons place aux ouvrages de ces deux favans, dans l’expofé qui va fuivre, de tous les moyens employés pour l’airage des mines.
- Des propriétés & des qualités de £air en général.
- Ï03. L’air eft une matière fluide qui, à fa fubtilité près, peut être comparée à l’eau : elle en a la pefanteur, pénétré de même dans les ouvertures les plus profondes de la terre, & eft fujette aux mêmes réglés de l’hydrofta-tique (a). Sa fluidité, la gravité & fon élafticité font ce qu’on appelle fes propriétés, parce qu’elles lui font propres; c’eft - à - dire , qu’elles réfident conftamment & eflentiellement dans toute une maffe d’air, & dans chacune de fes parties, de maniéré qu’elles conftituent la nature de l’air. Ces propriétés de l’air doivent, comme 011 le voit, être diftinguées de ce qu’on appelle fes qualités; j’entends par cette expreffi on la chaleur, la froidure, lalècherefle, l’humidité , qui peuvent bien être combinées accidentellement & paffagérement avec les propriétés de l’air, mais qui, prifes dans le fens vulgaire , ne font point conftamment inhérentes au tout ni aux parties de l’air.
- foq. En commençant par les propriétés de l’air, celles qu’on doit y con-fdérer, font fa gravité & fon expanlîbilité : elles font égales en force, & fervent dans l’hydraulique à expliquer beaucoup de faits. Son exadte gravité Ipécifique (b ) ne-faurait être déterminée : elle varie, à raifon des parties pefantes dont il fera plus ou moins chargé dans un tems ou dans un endroit que dans d’autres , ou félon qu’à l’occalion de courans d’air, de vents, il s’amaflêra plus dans un lieu que dans un autre. L’air a cette propriété
- (a) Partie de la méchanique qui s’oc- ( b ) La pefanteur fpécifique d’une ma-cupe des recherches néceffaires pour dé- tiere quelconque , eft la pefanteur abfolue terminer les conditions de l’équilibre entre d’un volume connu de cette matière, les fluides.
- commune
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- commune à tous les fluides, que Ton poids ou fa preflïon agit comme celui de l’eau , en ligne perpendiculaire, en raifon de la hauteur de fa colon le (V). De là il arrive qu’en portant dans une mine un baromètre de mercure, ce fluide s’y éleve à mefure qu’on defcend : ce qui prouve que plus la colonne d’air qui preffe fur le mercure elè haute, plus ellepefe , & plus elle preife le mercure. Ce fait a été vérifié, comme l’a remarqué M. Triewald (b) , par plufieurs expériences des favans du premier ordre, tels que Rohaut, Ma-riotte, Caffini, de la Hire , Caffini le jeune, Picard, Scheuchzer & autres , qui ont marqué les hauteurs du baromètre à la bafe & fur le fommet des montagnes , des tours, &c. Il réfulte de même de femblables expériences faites dans les mines en pays étrangers, par les profeiiêurs Celfius & Vallerius, des différences fenlibles & très-remarquables dans la pefanteur de l’air qui a pénétré en terre, que cette pefanteur eft à raifon des différentes profondeurs. Dans une plus grande profondeur, par exemple , on obferve qu’il eft plus pefant que dans une moindre , & que plus il eft profond , plus il eft coridenfè (c), & plus, par conféquent, il a de reffort : il s’enfuit que, s’il vient à être renforcé par la chaleur foutcrreine, il eft capable d’eifets prodigieux. Ces expériences prouvent encore que dans le froid, l’air fe con-denfe , fe refferre & augmente de poids ; que dans la chaleur il fe raréfie , c’eft-à-dire, qu’il s’étend, le dilate, & augmente de volume, de maniéré que l’augmentation du reffort de l’air fuit la cotidenfation & la diminution de fou volume.
- fof. L’espece particulière d’élafticité ou d’expanfibilité, & la propriété compreffîble de l’air, font encore plus marquées que fa pefanteur; c’eft-à-dire, que les parties dont il eft compofé , font capables d’occuper un efpace plus petit lorfqu’on les comprime , & de fe dilater ou reprendre leur premier état, quand la caufe qui les réduifait à un petit volume, ceffe; de maniéré que ces deux termes oppofés, l’expanllbilité qui n’eft autre chofe qu’une tendance à occuper un efpace plus grand, & la compreffibilité qui s’enfuit, n’expriment que deux effets néceflaires d’une propriété unique, i’expanfi-bilité, ou la force répulfive. Il fe comprime en des efpaces proportionnels
- (a) Le poids d’une colonne d’air, les diamètres étantfuppofés les mêmes, eft égal à une colonne de mercure de 27 pouces & demi à 30 pouces & demi.
- ( b ) Description de tous les moyens de procurer un bon & fiiffifant changement dair dans les mines de charbon de terre. Art. VIL Mémoires de l’acad. de Stockholm, ann. 1740, tomel, page 444. Tome XVII.
- (c) Condenfation fgnifie réclusion à un moindre efpace. Par ce mot on entend en phyjiquc le rétréciJJ'ement que caufe le froid à un corps, en lui fa faut occuper un efpace plus étroit.. Ce terme ejl fur - tout fort en ufage dans Taréométrie , par rapport à l’air que l'on condenfe très - aifé-ment.
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- au poids dont il eft chargé, & s’étend de nouveau à proportion que la force corapreffive eft ôtée. Plus cette compreffion eft grande , plus grande eft fa denfité ( a ) ; fes parties ont le pouvoir de fe repouifer & de s’écarter les unes des autres, fuite de leur élafticité (b ). L’air ne perd jamais de lui-même fon élafticité , quoiqu’il ne l’exerce que lorfqu’il eft réduit en malfe. Quanta la compreflibilité , il faut aufli quelle ait certaines bornes, ainfi que la rareté & la denfité : elle ne faurait aller au-delà de la quantité d’eau & autres fubftances incompreflîbles renfermées dans l’air. Il y a quelque chofe de très - difficile à entendre dans la gravité & dans l’élafticité de l’air y car il ne pefe rien lui - même. Sa denfité augmente en raifon dire&e de fa compreffion , & par conféquent à mefure qu’on approchera de la furface de la terre, à caufe de la plus grande hauteur de fa colonne. L’air s’étendra au contraire, & deviendra plus rare en vertu de de fon élafticité, à proportion qu’on montera plus haut. Les parties fupérieures de l’air font toujours beaucoup plus raréfiées que les parties inférieures. L’air eft donc différent, c’eft-à-dire, affeéte différemment, félon qu’il eft plus ou moins élaftique , félon qu’il eft chargé de parties plus ou moins fubtiles, comme de vapeurs animales, végétales, fulfureufes, qui le changent & le dénaturent, ou félon qu’il eft plus ou moins chaud, froid, fec, humide: c’eft ce que je nomme qualités de l’air, lefquelles peuvent être paffageres ou locales & variables.
- yo6. Parmi les mélanges qui détruifent une partie de fon reffort, les vapeurs animales , telles que les exhalaifons du corps humain, des chandelles, vapeurs fulfureufes, tiennent le premier rang : l’air, échauffé par ces exhalaifons, n’eft plus propre aux fondions animales j les exhalaifons des
- ( a) La maffe & le nombre des parties matérielles d’un corps dépend de Ton volume, & de ce qu’on appelle fa denfité. Comme les corps font pénétrés d’un très-grand nombre de vuides qu’on appelle/>o-res* leur quantité de matière n’eft pas proportionnelle à leur volume ; mais fous le même volume il y a d’autant plus de matière, que les parties font plus ferrées ; tic c’eft cette plus ou moins grande proximité des parties qu’on nomme denfité : enforte qu’on dit, un tel corps eft plus denfè qu'un tel autre corps auquel on le compare , iorfqu’à volume égal il renferme plus de matière que ce dernier : on dit au contraire qu'il eft moins denfe ou plus rare, Iorf-qu’à volume égal il renferme moins de ma-
- tière ; ceux des corps qui ont la même den-fité dans toutes leurs parties , font appellés homogènes ; & ils font dits hétérogènes, fî leurs parties ont différentes denfités.
- ( b ) Il ne faut point, rigoureufement parlant, confondre la compreffion avec la condenfation, quoique dans l’ufage ces mots fe confondent allez fouvent. Compref-fion eft proprement l’aétion d’une force qui p'reffe un corps, foit qu’elle le réduife en un moindre volume ou non ; condenfation eft l’état d’un corps qui, par l’action de quelque force, eft réduit à un moindre volume. Ainli ces deux mots expriment, l’un la force, l’autre l’effet qu’elle produit, ou qu’elle tend à produire.
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- parties affluentes de tous les corps, & qui demeurent fufpendues en l’air, en augmentent la pefanteur : l’air humide, c’eft-à-dire, furchargé de vapeurs, affaiblit Pélafticité de Pair.
- 507. M. Triewald croit être autorifé, par ce qu’il a obfervé, à penfer que les vapeurs humides font contracter à Pair des mines une qualité auffi nuilible que les vapeurs acides & fulfureufes. Il inféré de fa première ob-fervation, que Pair s altéré comme Peau qui a croupi & s’eft chargée de vapeurs nuiflbles, attendu que ce mauvais air fe trouve rarement dans les mines , dont les eaux s’épuifent par le moyen des réfervoirs, dans lesquels on ne les laiffe pas long-tems Séjourner, & d’où on les tire par des machines.
- yoS. Le froid & le chaud dilatent ou compriment Pair, & en changent par conféquent la pefanteur. Le froid augmente Pélafticité de Pair en augmentant fa denfité, à laquelle la force élaftique eft proportionnelle. Dans les gelées, tous les ingrédiens de Pair different considérablement j voilà pourquoi le brouillard eft plus fréquent en hiver que dans aucun autre tems, parce que le froid de l’athmofphere condenfe très-promptement les vapeurs & les exhalaifons. La chaleur augmente auffi le reffort de Pair, mais feulement lorfqu’elle ne peut augmenter Son volume , ou l’augmenter fuffifàm-ment. L’air d’été différé encore considérablement de celui d’hiver, à raifon des exhalaifons végétales qui s’y mêlent. La vapeur obfervée dans les mines d’une province d’Angleterre ( a ), & qu’ils appellent fleur de pois > n’a lieu que dans l’été.
- Des injlrumens propres à déterminet les dijflérens changemens qui arrivent a l'air,
- confldéré comme corps a reflfort, ou comme pefant, & fes degrés de température.
- foS. L’avantage du baromètre pour juger, par la hauteur à laquelle le mercure refte fufpendu dans le tube, la preffion que Pair exerce fur la Surface des corps, eft aufli démontré que l’utilité du thermomètre pour connaître ou plutôt pour mefurer les degrés de chaleur & de froid dans les mines, en certains tems, certains lieux.
- f 10. Des baromètres. Les baromètres inventés pour le premier objet, font ou Simples, c’eft-à-dire, chargés uniquement du mercure3 ou bien ils font doubles, c’eft-à-dire que, outre le mercure, on y emploie encore une Seconde liqueur, qui eft ordinairement de l’huile de tartre, à laquelle on a donné une teinture. Les baromètres Simples ont cet inconvénient, que leur hauteur moyenne étant le plus ordinairement de 27 pouces 6 lignes, l’éten-
- (<z) En DerVishire.
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- due de leur mouvement efl fort médiocre : les différences qu’ils donnent font en conféquence bien moins fenfibles que celles des baromètres doubles. Il n’y a autre chofe à faire , pour éviter l’erreur lorfqu’on les emploie, que de donner une table de corredion, qui montre les quantités proportionnelles dont la chaleur fait alonger la colonne de mercure de l’hiver à l’été, & retrancher en conféquence des hauteurs indiquées par le baromètre.
- 511. En voulant mefurer avec cet infiniment la pefanteur de l’athmof-phere, fes variations, la profondeur des fouterreins, un directeur de mines doit être inflruit de quelques circonflances effentielles. Il doit fur-tout faire attention à la différence qui doit réfulter dans le mouvement du mercure dans cet infiniment, félon les différens diamètres des tubes , & félon les méthodes différentes qui ont été obfervées pour les charger : ces trois circonflances influent finguîiérement fur l’exaditude de l’inflrumcnt, comme l’a démontré M. le cardinal de Luynes, dans un mémoire fur ce fujet Ça)-, dont nous invitons à prendre connaiffance, fl l’on peut en avoir la facilité. (M II efl encore à ôbferver que le baromètre indique uniquement le poids de la colonne de cet air groffier, qui ne finirait paffer à travers les pores du tube & du mercure, & nullement le poids abfolu de toute la colonne d’air en général, ou de tel autre fluide qui 11e fait pas moins partie de l’athmof-phere terreflre , que cet air groffier. A l’égard de la hauteur à laquelle monte le mercure, il eit de fait qu’il ne fe foutient pas conflamment'à la même hauteur dans un même lieu ; cela varie félon que la compreffion occafionnée ou par le poids , ou par le reflort de l’air, augmente ou diminue : ainfi le reiîort de l’air pouvant augmenter ou diminuer par la chaleur ou par le froid, on ne doit pas attribuer les variations du mercure dans le baromètre, unj. quementaux changemens du poids de l’air, (c)
- y 12. Enfin les variations du baromètre ne font fenfibles qu’à des changemens de hauteur de quelques toifes. M. de la Hire.pere a trouvé, par des expériences répétées en différens tems à l’obfervatoire, qu’une ligne de mercure répondait à 12 toifes 2 pieds & 2 tiers. M. Bézout évalue en
- (a) Obfervations fur le mouvement du mercure dans lés baromètres , &c. Mémoires de l’académie des fciences , ann. 1768,page 247*
- ( b ) M. Cajjini le fils, en 1709 ,rz aujjî donné une table très -inter eJJante de la hauteur de l'air, qui répond à la hauteur du mercure dans le baromètre. Voyez le volume des Mémoires de l'acadcmie de cette année, page 61.
- ( c ) Il fuit des expériences rapportées par M. Amontons , dans fon mémoire, i°. que le poids du mercure eft à celui de l’efprit de vin en maflê égale environ comme 16 un quart à 2, quand on n’éprouve ni un grand froid ni umgrand chaud ; 20. qu’en France, dans les grands froids, le poids du mercure eft à celui de l’efprit de vin comme 16 à 1.
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- gros 12 toifes de différence de hauteur, à une ligne de différence dans le baromètre. Il eft particuliérement elfentiel de fe rappeller que les expériences barométriques font voir que les mêmes différences de hauteur du mercure répondent à une même hauteur perpendiculaire, foit que ce foit fur une montagne , ou que ce foit en terre, & même dans des mines affez profondes , où l’on aurait pu foupçonner que les vapeurs qui y font en grande quantité, auraient rendu une partie de l’athmolphere plus pefante qu’une partie qui lui aurait été égale hors de terre.
- ?i?. Depuis quelques années on a imaginé des baromètres portatifs , dans lefquels on rend la colonne de mercure immobile, quand on veut tranfporter l’inftrument, *& qui peuvent foutenir toutes fortes de fituations fins fe déranger. Nous indiquons ici les plus connus, (a)
- ?I4- Des thermomètres. Pour, ce qui eft des thermomètres, ceux dont on eft dans le cas de fe fervir, fe trouvant fouvent conftruits félon différentes méthodes , qu’il faut alors réduire en degrés des autres thermomètres dont on veut connaître les obfervations comparées, nous donnerons ici la table fuivante, qui eft fort utile : on y trouvera d’un coup-d’œil tous ces diffé-rens rapports. L’auteur dont nous l’empruntons ( b ) , a choifi la porpor-tion des degrés de tous les thermomètres connus, avec celui de feu M. de Réaumur , qui eft le plus adopté en France. Cette table-indique auffi le degré de chacun de ces thermomètres, qui répond au terme de la congélation , fixé par cet académicien.
- (a) Celui de l’invention de M. Brifton, Üe l’academie des fcicnces. Voyez le volume des Mémoires, pour l’année 17ç s , hiftoire, page 140. Celui perfedionné par M. Bois-tiffandeau , correfpondant del’aoademie des fciences. Voyez le volume des Mémoires , année 1758, hiftoire, page 10^. Celui du heur André Bourbon ; il a foutenu la com-paraifon qu’on en a faite à un baromètre
- portatif anglais , de la conftrudion de Sif-fon, & il y a toute apparence que la mé-chaniqueen eft la même. Voyez le volume des Mémoires de l’acad. royale des fciences, année 1771.
- ( b ) Traité de météorologie, par le P. Cotte, prêtre de l’oratoire, curé de Montmorency, correfpondant de l’acad.-royale des fciences, 1770.
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- Table comparée des degrés des thermomètres les plus connus , avec le thermomètre de M. de Réaumur,
- Noms des thermomètres. Rapport avec celui de M. de Réaumur. Terme de la congélation.
- Degrés. R. Degrés.
- Delisle rI: i ifo
- Fahrenheit i 32
- Hauksbée f 1 2 77
- Celfius & Chriftin of: 4 0
- Barufdorf ou Lange 20 : i 7
- Michely de Creift 9 : 21 91
- Frike If: 4 33
- De la Hire ou Florence. . . . I : I 30
- Amontons I!: 4 f11
- Poleni I : IO 47 ï
- Crucquius 12 : 2 1070
- Newton. ' . 2 : S 0
- Fowler 16 : S 34
- Haies 13 : 8 0
- Edimbourg 3f : 8 81
- Jean Patrice 7 * IO 82
- Obfervations barométriques & thermométriques faites dans plufieurs mines métalliques , & dans quelques carrières de charbon de terre.
- 5*1 f. Pour parvenir aux différentes recherches que l’on fe propofe, avec le fecours foit des baromètres , foit des thermomètres, il ne fuffit pas de fe précautionner ni de s’ètre fervi de tout ce qu’il y a de mieux en fait de ces inftrumens : ces expériences doivent être regardées comme dépendantes de plufieurs circonftances relatives à la mine dans laquelle on y procédé ; il eft néceffaire par conféquent, fi l’on veut apprécier les hauteurs que marquera le baromètre , & les températures annoncées par le thermomètre, de faire entrer en conlidération les qualités locales de l’air, qui font plus permanentes dans les calmes que dans les vents > le nombre, la forme , les dimenfions des ouvertures fur la mine, leur polition à l’égard de tout ce qui les environne , leur ouverture fur le penchant ou fur le haut d’une colline, le nombre , la hauteur, la largeur, la profondeur des galeries auxquelles ils corn-muniquent. Le mouvement de l’air doit recevoir une altération par les col-
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- Hnes, maifons ou autres obftacles qui fe trouvent à la proximité du puits : il faut encore faire attention que les brouillards, qui font fuite des calmes, & qui fe diilipent lorfque le vent vient à fouiller, font retenus long-tems dans les mines, & encore plus dans les vallées que fur la cime des montagnes. C’eft ainfi qu’à la nurie de Windfchacht, près Schemnitz, dont le territoire eft coupé de plufieurs montagnes très - élevées , il fait très - froid dans quelques endroits, tandis que dans d’autres le chaud eft fi confidérj-ble , que les ouvriers ne peuvent s’y tenir habillés ; c’eft toujours à l’endroit où l’on travaille , que cela s’obferve.
- )i6. Les expériences faites en France & en pays étrangers dans les mines avec ces inftrumens, laiflent, pour la plupart, à defirer la connaillance de ces circonftances , qui certainement influent fur les réfultats. Ces expériences font conféquemment incomplètes , à mon avis. Je n’ai cependant pas cru inutile de les inférer ici, en fuppléant, autant que je le pourrai, à ce qui leur manque relativement à ce que je viens de faire remarquer, c’eft-à-dire, en y ajoutant quelques-unes de ces circonftances qu’il me fera poflible d’en rapprocher. Je m’étais propofé de joindre à cette forte d’obfer-vations, celles que j’ai faites moi-meme le 14 mai 1772, dans la mine de Finis en Bourbonnais, où mes thermomètres n’avaient pas encore été fu-jets aux accidens de voyage, comme lorfque j’arrivai en Auvergne, où ils furent hors d’état de me fervir. Ces obfervations ne fe retrouvant pas pour l’inftant fous ma main, je fuis forcé de les renvoyer à la table des matières, dans les cas où je les recouvrerai. ( a )
- Obfervation thermomètrique ,faite dans la mine de charbon de terre d'Ardinghem, le if juillet 1741 , avec le thermomètre de Micheli. (b')
- fi 7. Cette mine a 447 pieds de profondeur. On avait placé dans cette mine deux thermomètres à grand point (c ) , c’eft-à-dire, de ceux où les quarts de degré font marqués fort diftindement. On n’y travailla point le lende-
- («) Je trouve feulement fur le plumitif du journal de mon voyage , qu’au moment de defeendre dans la mine, le thermomètre d’efprit de vin était à iç degrés & demi, & qu’au bas du puits il était prefqu’à 11 & demi, & au fortir de la mine à 10 & demi. Celui de mercure qui, avant d’entrer dans le puits , était à 11 deg. & demi , était au bas du puits à 11, & au fortir de la mine au-deflusde 18- Ces thermomètres étaient conllruits par Bourbon, fur les principes de M. de Réaumur.
- (b) Il eft à peu près conftruit fur les principes qui ont fervi de fondement à ceux de MM. Delisle & de Réaumur. Les points fixes d’où il part, font ceux de l’eau bouillante, & de la température des caves de l’obfervatoire de Paris. Le rapport de ce thermomètre à celui de M. Delisle, eft comme 2 eft à 4; à celui de M de Réaumur , comme 20 à 2 ï ; à celui de M. Fahrenheit, comme <; à 8.
- ( c ) Ainfi nommés, parce que les quarts de degré y font marqués. L’auteur donne l’ex-
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- main 16. Le furlendemain 17, au matin, le maître de la mine y étant descendu , trouva tous les deux thermomètres précifément au point de la température des caves de l’obfervatoire. Cette expérience, qui a été faite avec foin & intelligence, paraît renverfer l’hypothefe du feu central, & confirmer l’autre. On avait placé ces thermomètres dans la même mine le 14 juillet, & 011 les avait trouvés le lendemain 1 3 , à un demi-degré au-deffus de cette température ; mais cette différence provenait fans doute d’un refte de chaleur du jour précédent, procuré dans la mine par les ouvriers & par les lumières, & qui eut le terris de fe diiîiper dans l’intervalle du if au 17, que fe fit i’obfervation dont on vient de parler.
- Obfervations barométriques (a) faites dans la mine de Sahlberg en Suède, dans la Weflmanïe (b), par le profeffeur André Celfius. (c)
- f ig. A l’ouverture du puits , fon baromètre était à 30—f pouces de Suede(^). En arrivant au bas de la mine avec le même baromètre, à la profondeur de 636 pieds, il trouva que le mercure avait monté à 30 y— pouces. Lorfqu’il revint à l’ouverture du puits, il trouva que le mercure était redefcendu. au même degré qu’auparavant ; favoir , 30^. Le jour fuivant, le mercure était, au bas de l’églife de Sahiberg , à 30755 pouces ; & au haut de la tour, qui a une élévation de 143 pieds, il était à 30755 pouces.
- Obfervation barométrique faite à la follicitation de M. de la Hire le fils, en j! 7 11. (Y) , par M. Vallerius , directeur des mines de Fahlun , nommées auffi Copperberg, en Dalécarlie (/) , dans les puits de Flemengienius , ou FleT mingifchatet, extraite d'une lettre écrite d'Upfal.
- 5* 19. Les expériences furent commencées à l’entrée de la mine : c’était
- clufion au mercure pour remplir fes thermomètres. La defcription de ce thermomètre univerfel.a été publiée à Paris en 1741,16 p. in-12, dont cette obfervation fait partie.
- (a) Extraites du mémoire de M. Trie-wald, art. VII, tome I, page 444.
- ( b ) Cette mine eft une mine d’argent , appellée Nygrufwar, quia 140 brades de profondeur, fur autant de largeur, du fud-eft au nord-oueft. Le premier étage où l’on defcend , a 90 brades de profondeur, le fécond vingt de plus , & le troifieme trente-cinq autres de plus.
- (c) L’échelle de M. Celfius & celle de M. deRéaumurfont entr’elles comme 5 à 4.
- ( d ) Les Suédois divifent leur pied en 10 parties, & chaque dixième en 10, qu’ils appellent ligne, & chaque ligne en 10 parties.
- ( e ) Cette obfervation fe trouve inférée dans le mémoire de M. Tricwald, dont fai tiré la précédente, mais abrégée de même ; ce qui ne remplit pas aujji bien le plan fur lequel jepenfe que doivent être faites ces fortes d'expériences, fai jugé nécejfaire de la donner en détail, telle qu'elle a été donnée par M. de la Hire le fils, dans les Mémoires de ü académie royale dcsfciences de Paris, année 1712 ,pag. 108. Réflexions fur les élévations du baromètre.
- (f) La mine de cuivre, dont on a donné
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- dans l’été, le ciel étant plein de nuages, & la chaleur étant adoucie par un. vent un peu fort. Elles furent faites avec deux baromètres qui étaient parfaitement de même hauteur quand elles furent commencées, & qui fe font parfaitement accordés pendant toute la durée des obfervations. A l’entrée de la mine, le baromètre était à fg & 755 de pied de Suede (a). Le directeur defcendit enfuite avec le même infiniment dans une de ces mines, jufqu’à la profondeur de 4$" bralfes , qui valent 41 toifes un pied 2 pouces une ligne & demie de France , & il trouva que la hauteur du mercure était à fg 7 lignes, qui valent de notre mefure 27 pouces une ligne & de ligne i & par conféquent que le mercure était remonté de 3 lignes de Suede pour 4^ de leurs toifes, ce qui vaut de notre mefure 3 lignes & -Jg* de ligne pour 41 toifes 1 pied 2 pouces une ligne & demie des nôtres.
- 520. Il continua encore de defcendre 45* toifes de Suede, qui était le plus bas où il pût defcendre, & y ayant obfervé la hauteur du baromètre, il trouva que le mercure était à 2 f dixièmes de Suede , & ainli qu’il était remonté de 3 lignes de Suede, comme il avait fait dans les premières 4f bralfes ou toifes, c’elt-à-dire , 27 pouces 5 lignes de notre mefure. Donc il était remonté de 3 lignes & , comme dans la précédente obfervation 3
- le nom Copperberg à la ville de Fahlun, peut elle-même être regardée comme une fécondé ville fous terre. Tous les bourgeois de Fahlun ont part aux mines , fans cela ils ne pourraient acquérir le droit de bour-geoifie ; on les appelle berfernans, c’eft-à-dire, homme de la compagnie ; & ceux qui y font travailler par eux-mêmes, font ap-pellés brukande berfernans. La plupart, au lieu de bâton, portent de petites haches ; ils ont des chapeaux fans bouton, des gants & des bas noirs, des habits de la même couleur fans poches. Des chevaux qu’on def-cend dans cette grande ville , fufpendus par des cables , y relient à demeure dans leurs écuries, qu’on y a conftruites au nombre de deux ; il y a aulfi une boutique de maréchal : on s’ouvre le chemin dans la pierre par le fecours du feu , ce qui doit faire une différence à remarquer quant aux exhalai-fons abondantes ; il fe trouve de ces chemins qui ont jufqu’à 30 & 40 pieds de lar. geur , & dont les extrémités communiquent à la fuperficie par de très-grands puits. M. le Tome XVII.
- Monnier l’aftronome, & M. l’abbé Outhier, correfpondant de l’académie , qui ont vifité les ouvrages intérieurs de la mine de Fahlun en 1736 , rapportent dans l’hiftoire de leur voyage , que l’un des plus grands puits effc profond de 330 aunes de Suede, faifant 640 pieds de France, & que dans le fond de ce puits les vapeurs fe réfolvent en une véritable pluie dont on eft mouillé jufqu’à plus de deux tiers de la hauteur de la folle. Léopold, dans la relation de fon voyage de Suede, remarque que les forges des environs du lac de Warpan & du lac Rund, renvoient quelquefois fur la ville de Copperberg une fumée fi noire & fi épaiffe, que lorfque le vent d’oueft fouffle, l’obfcu-rité qui en réfulte dans toute la ville, oblige les habitans d’allumer des chandelles en plein midi.
- (a) Qui valent, mefure du pied de Paris, 26 pouces 9 lignes , & ^ de ligne, fuivant les mefures qu’en a données M. Picard , dans l’ouvrage intitulé : Divers ouvrages de mathématiques de piujfume.
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- enforte que pour 90 toiles dje Suède, il trouva 6 lignes de différence de hauteur de mercure, ce qui 'donne 7 lignes ||| pour 82 toifes 2 pieds 4 pouces 3 lignes mefure de Paris. Pour s’aflurer de la julfeffe de ces obfer-vations , M. Vallerius en fit deux nouvelles en remontant, lefquelles partageaient toute fa profondeur en trois parties égales, au lieu qu’il n’en avait fait qu’une au milieu en defcendant : c’eft pourquoi ayant remonté de 30 toifes de Suede,il obferva la hauteur du mercure, & il le trouva defcendu de 2 lignes de Suede, ce qui répond, de notre mefure , à 2 lignes & pour 27 toifes 2 pieds 6 pouces 9 lignes. Il continua de monter encore de 30 toifes de Suede ; & ayant obfervé la hauteur du mercure , il le trouva encore baillé de 2 lignes de Suede. Enfin , ayant encore monté de 30 toifes de Suede, & étant arrivé à l’entrée de la mine, il trouva que le mercure était encore bailfé de 2 lignes de Suede , & qu’il était à y£ 4 lignes, comme il était lorfqu’il avait commencé à y defcendre.
- 521. M. Vallerius ne fe contenta pas des obfervations qui viennent d’être rapportées, il continua d’en faire d’autres fur la montagne Grufriis-Berget, qui tient à la mine d’où il venait de remonter. Ce terme de comparaifon n’eft point à négliger lorfqu’on fait de ces fortes d’expériences : nous l’inférerons ici (a). En examinant les obfervations qui viennent d’être rapportées , on trouve que depuis le fond de la mine jufqu’à 27 toifes 2 pieds 6 pouces 9 lignes de hauteur perpendiculaire fur la montagne , il y a 109 toifes 4 pieds 3 pouces o lignes , pour lefquelles le mercure a defcendu de 10 ligues & & que le mercure a baiffé dans toute cette hauteur,
- ( a) M. Vallerius ayant monté fur la montagne , enforte qu’il était élevé perpendiculairement de iç toifes de Suede, il obferva la hauteur du mercure , qu’il trouva d'une ligne de Suede plus petite qu’elle n’était au pied de la montagne ou à l’entrée de la mine ; ce qui répond en mefure de Paris à une ligne & ^ de ligne ,pour 13 toifes 4 pieds 3 pouces 4 lignes *. Il continua de monter encore de 13 toifes de Suede , & il obferva la hauteur du mercure , qu’il trouva plus petite que dans la précédente obfervatien , encore d’une ligne de Suede. Enfin , étant arrivé au haut de la montagne, qui était de 22 toifes de Suede plus élevé que la précédente ob-fervation , & par conféquent de Ç2 toifes de Suede plus haut que l’entrée de la mine,
- il trouva que le mercure avait bailfé d’une ligne&j| de Suede, & ainfi que le mercure était à 24 dixièmes de pied de Suede, & y§ de ligne ; c’eft - à - dire, qu’il avait defcendu pour 32 toifes de Suede, de 3 lignes & y| de Suede, ce qui fait de notre mefure 4 lignes & pour 47 toifes 3 pieds 2 pouces 10 lignes & y§. Enfuite, en defcendant de la montagne , il Gbferva la hauteur du mercure dans les mêmes endroits qu’il l’avait obfervée en montant, & il trouva les mêmes différences ; d’où il conclut que 9 lignes & y| de Suede répondent à 142 toifes de hauteur perpendiculaire : ce qui donne de notre mefure 12 lignes & “5 pour 129 toifes 4 pieds 10 pouces une ligne &
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- de façon qu’une ligne de différence de hauteur de mercure a toujours répondu à io toifes i pied 6 pouces 4 lignes, le mercure étant au fond de la mine à 27 pouces f lignes, & fur la montagne où fmilfent les 109 toifes 4 pieds 3 pouces depuis le fond de la mine à 26 pouces 6 lignes & ^ (a ).
- Expérience barométrique faite dans les mines , par M. Stroemer.
- f22. Dans les mines de Norvège, la defcente du mercure s’eft trouvée inégale ; & une chûte d’une ligne fuédoife a répondu tantôt à , tantôt à 71 aunes du pays. Dans les mines de Claufthal, le mercure eft tombé d’un pouce d’Angleterre, lorfque le baromètre a été porté à la profondeur de 108 lachters.
- Obfervation thermométrique & barométrique, faite en hiver dans la mine de Cluijfy Çb ) en Lyonnais, par M. Jars , avec le thermomètre de M. de Réaumur.
- y23. Le tliermometre placé dans une mine à 48 pas de l’embouchure d’une de fes galeries , fe tenait à zéro ( c). Dans l’intervalle de cette dif-tance 4 il a trouvé de la glace; mais en avançant dans la mine, la liqueur du thermomètre eft montée peu à peu jufqu’à 11 8c 12 degrés; c’eft-à-dire, 1 & 2 degrés au - deifus de la température des caves de l’Obfervatoire, qui eft la même dans les mines (d).
- Obfervations thermométriques faites dans des jours chauds de l'été dans la même mine de Cheijjy, par M. Jars.
- $24. Etant entré dans la mine par la même galerie inférieure, il
- ( a ) D’où M. de la Hire fils, en. comparant ces obfervations avec celles de ce pays-ci, trouve qu’une ligne de différence de hauteur de mercure enSuede, répond à une «plus petite hauteur que celle trouvée dans ce pays-ci par MM. Cafïini, Picard & de la Hire.
- ( h ) Ou Chefley, mine de cuivre , ouverte dans la pente d’une colline , fous laquelle les galeries s’enfoncent prefqu’ho-rizontalement, & percée d’efpace en efpace de plufieurs ponts de refpiration, dont la bouche eft plus ou moins haut fur les col-
- lines. Il y a dans cette mine une voûte qui a été creufée horizontalement de plus de 200 pieds de profondeur.
- ( c ) L’air d’un fouterreinà 10 degrés eft tempéré ; mais dans l’hiver l’air ,de l’ath-mofphere eft à zéro, terme de la glace.
- (d) Le degré de température dans des fouterreins très-profonds , comme les caves de l’Obfervatoire ,eft de 10 M. Jars attri< bue les deux degrés au-delfus de ce terme, à l’air échauffé par les ouvriers & par les lumières.
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- fentit d’abord de la fraîcheur ; il pofa fon thermomètre, dont la liqueur était à 20 degrés au - deffus de zéro, à une toife intérieurement de l’embouchure de la galerie. Après l’y avoir laide une demi-heure, la liqueur defcendit à 11 degrés ; il fentit la même fraîcheur dans toute la mine. Dirigeant fa marche du côté d’un échelon montant (a), par lequel on fort de la mine , c’était alors l’ouverture la plus élevée , je remarquai avec fuprife, dit-il, qu’à mefure que j’approchais de l’embouchure, l’air s’échauffait. Je plaçai mon thermomètre à quatre toifes de ladite embouchure : il monta à 18 degrés.
- ^2)-. L’auteur conclut de ces obfervations, qu’il a répétées plufieurs fois & dans plufieurs mines, que l’air qui, dans l’hiver, entrait dans la mine par les ouvrages inférieurs, pour reffortir par les ouvrages fupérieurs, prend pendant l’été une route contraire ; ce qui a été remarqué par Agri-cola.
- fz6. Il efi; nécedaire de rapprocher de ces obfervations barométriques & thermométriques, celles qui ont été faites par le même, auteur, & qu’il rapporte page 340 de fon mémoire, de la maniéré qui fuit. Le thermomètre de M. de Réaumur, placé en hiver dans une mine ( b ) , à 45" pas de l’embouchure d’une des galeries, fe tenait à zéro. Dans l’intervalle de cette distance , il s’eft trouvé de la glace; mais en avançant dans la raine, la liqueur du thermomètre efl; montée à peu près jufqu’à 11 & 12 degrés, c’eft-à-dire, un & deux degrés au - dedus de la température des caves de l’Obfervatoire. On peut voir aufli les obfervations de M. le Monnier le médecin, dans le puits de la Forge, en Auvergne.
- 5-27. Ces fortes d’obfervations demandent la plus grande précifion ; on ne faurait trop s’occuper des moyens qui peuvent l’alfurer, tant par rapport aux répétitions comparées qu’il faut en faire en différens endroits, en différons tems & momens, que par rapport au point d’équilibre que l’on doit donner aux inftrumens. L’auteur des expériences qui ont été faites dans la carrière de charbon d’Ardinghem, & que nous avons rapportées plus haut, parait s’ètre occupé fort judicieufement de ces circonftances. Nous rapporterons ici la maniéré dont il termine fon référé, comme pouvant conduire à imaginer encore quelque chofe de mieux. Cependant il eft dit en finiffant, qu’on venait de faire dans la cave de l’Obfervatoire de Paris, l’épreuve du thermomètre appareillé de la maniéré qui va être décrite, & qu’il y avait très - bien réufft.
- <c 5-28- Afin de faire ces fortes d’obfervations avec plus de commodité,
- ( a ) M. Jars définit un échelon montant, un filon, pour en extraire le minéral, ou un ouvrage en montant,une élévation (h) Le pays où était fituée cette mine , irrégulière faite de bas en haut, en fuivant n’eft point nommé.
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- 5, & même de juftefle, on a penfé qu’il fallait les faire dans le fond des puits „ de mines abandonnées depuis quelque tems, ou dans d’autres puits. Pour „ cet eflai on a fait conftruire un thermomètre à grand point : il doit s’en-„ châfler bien jufte dans une piece de bois, dont il eft enveloppé de toutes „ parts , de façon qu’il faut beaucoup de tems à ce thermomètre pour ac-„ quérir ainfi fon point d’équilibre, & conféquemment pour le perdre lorf-„ qu’il l’a une fois acquis. Au milieu de cette piece de bois, qui s’ouvre à „ charnière, & dont la grandeur n’eft que de quelques degrés au - delfus & „ au - deflous de la température , on a pratiqué une embrafure à fenêtre, „ à deifein de pouvoir découvrir, lorfqu on l’ouvrira, le point que mar-„ quera la liqueur dans le tuyau, qui eft d’un verre épais. Voici mainte-„ nant la maniéré de procéder. On defcendra ce thermomètre avec une „ corde dans le puits où l’on voudra faire l’obfervation, y attachant un „ poids par-deflous, afin qu’il refte toujours debout. On le laiifera dans ce 5, puits tout le tems néceflaire pour lui faire acquérir fon point d’équili-j, bre i après quoi le retirant de ce puits, & ouvrant fa fenêtre, on aura „ le tems fuffifant, avant qu’il varie , d’examiner à fon aife & fort jufte le 5, degré de température qu’il aura contradé dans le fond du puits. En ré-„ pétant l’opération, on s’aifure de ce degré. n
- Diffèrens moyens de changer l'air des mines.
- f 29. La comparaifon ou la combinaifon heureufe de l’air de l’athmofphere avec celui renfermé dans les fouterreins de mines, exigerait, pour parvenir fans raifonnement à obtenir une circulation avantageufe de ce dernier, que la nature de cet air, & la caufe qui produit les moftettes , fuiïent auffi connues que leurs propriétés ; mais les defcriptions les plus exades, les nombreux & fâcheux accidens des vapeurs fouterreines , les expériences auxquelles elles ont été foumifes par plufieurs favans (a), n’ont encore pu rien faire découvrir de pofitif fur leur caufe (b). En conféquence il n’eft
- ( a ) De la vapeur dangereufe qui fe les Liégeois feu brifou. Comme les ouvriers trouve dans les mines, par M. Triewald, s’amujent quelquefois de ces étincelles £«? tome I des Ades de l’académie de Stock- les manient fans danger, il invite les per-holm, art. VJ. fonncs qui auraient occafton de defcendre
- (A) AL Baume, de l’académie royale dans ces mines, à en ramajfer une cer-des fciences, a fort judicieufement fait cette taine quantité dans une bouteille, à remarque dans fa Chymie expérimentale & lui en envoyer. F auteur prévient qu’ilfe-Taifonnée, tome III, page 570. Il expofe rait prudent de les contenir dans la bon-fes conjeàures fur cette matière délicate} teille avec de Veau, comme on le fait à il defrerait fur-tout être à portée d'exa- Végard du phofphore d’urine quoti veut miner chymiquement la vapeur nommée par conferver.
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- pas non plus bien décidé Ci, lorfqu’ii s’agit de remédier aux inconvéniens réfultans de ce qu’on appelle mauvais air, le moyen véritable eft ou de chaffer en-dehors l’air des fouterreins, ou de lui en fubftituer un autre du dehors.
- S 3o. M. Genfanne eftime que tout provient de l’air trop denfe, trop chargé de parties hétérogènes, qui en empêchent la circulation. D’après ce qu’il éprouva dans une femblable circonftance, dont nous parlerons bientôt, il fe croit autorifé à juger qu’en introduifant un nouvel air, on ne ferait qu’augmenter le volume de celui qui y eft déjà, & qui étant plus pelant que celui de l’athmofphere, ne pourrait être chafTé au-dehors par celui qu’on y amènerait par le ventilateur ; & qu’en conféquence ,au lieu de chercher à introduire un nouvel air dans ces ouvrages, on devrait au contraire s’attacher à en retirer celui qui y eft.
- 5$ i. Voulant nous occuper elièntiellement des points de fait, nous ne nous arrêterons pas à cette difcuflîon, elle nous écarterait. En prenant pour les donnés de la queftion, les quatre points expofés ci-delfus, nous regarderons comme décidé que, lorfqu’ii eft queftion de donner de l’airage, ce qui eft à faire conlifte à ménager Amplement un libre écoulement de l’air dans les mines, c’eft-à-dire, à établir entre cet air renfermé & la mafle aérienne , une communication aifée. Nous fuppoferons que d’autres fois il faut amener dans les fouterreins un nouvel air, les décharger de celui qui y eft, en l’amenant au-dehors par le puits ; ou lorfque cet air eft échauffé jufqu’à un certain point dans la mine , & qu’il a perdu fon élafticité , le détruire par le feu ; ou s’il eft furchargé de vapeurs, les diffiper par tout ce qui peut lui imprimer du mouvement, & éviter par-là qu’il ne foit fta-gnantj faire enlorte , de quelque maniéré que ce foit, que ces exhalaifons fe mêlent à un air libre, ou diminuent de quantité, ou foient dégagées de ce qui s’y trouve d’étranger & de nuifible.
- f32. C’est toujours dans les vues générales, que l’on cherche à donner de Vairage aux mines : beaucoup de circonftances relatives aux vents qui régnent dans le pays, à l’endroit où la mine eft fituée, à la nature des travaux, &c. la pofïibilité plus ou moins favorable de remplir ce but à moins de frais poffible, exigent fans doute que ces moyens foient variés de plus d’une maniéré. Le choix en éft quelquefois très-embarraifant, faute de connaître bien précifément la nature des inconvéniens que l’on cherche à faire difparaître.
- $33. En 1764, feu M. Jars avait rédigé en deux mémoires préfentés, en 176g, à l’académie desfciences, des vues qui viennent en tout à l’appui de ce quife trouve fur cette matière dans les Ades de l’académie de Stockholm publiés en 1740, où font inférés deux mémoires de M. Triewild. Nous
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- avons jugé n’avoir rien de mieux à faire, pour mettre les directeurs de mines à portée de fe décider félon leurs idées particulières, que de leur pré-fenter l’extrait de ces diiférens mémoires, en commençant par celui du mémoire de M. Jars , tel qu’il eft donné par l’hiftorien de l’académie des fciences. Les notions abrégées qui ont précédé, fur les propriétés & furies qualités de l’air, aideront à failir le point fur lequel on peut fe guider.
- Obfervations fur la circulation de Pair dans Us mines , par feu M. Jars. Ça)
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- cc ?34- Lorsqu’une galerie eft, comme celles de Cheifly, percée par un puits de refpiration, il y a, tant à l’embouchure de la galerie qu’à celle du puits , une colonne d’air qui s’étend jufqu’au fommet de l’athmofphere. La colonne qui appuie fur l’orifice de la galerie , eft compofée toute entière de l’air extérieur & a la même température que lui: celle qui appuie fur l’orifice du puits, eft, à l’extérieur, compofée du même air; mais, depuis l’orifice du puits jufqu’à la galerie, l’air de la colonne eft à la température des caves. Les deux colonnes font donc néceflairement inégales en poids, quoiqu’égales en longueur. En hiver, l’athmofphere étant plus froide & par conféquent plus pefante que l’air de l’intérieur de la mine, la colonne du puits, compofée en partie de ce dernier, eft plus légère que celle qui fe préfente à l’embouchure de la mine : celle-ci chalfe donc l’air de la galerie, & le fait fortir par le puits. En été , au contraire , l’air extérieur étant plus léger & plus chaud que celui de la mine , la colonne du puits , compofée en partie de ce dernier, devient la plus pefante, & l’air fortira par l’ouverture de la galerie.
- „ ?3 5. De cette obfervation , & de la théorie à laquelle elle fert de bafe, il réfulte que lorfque l’air extérieur fera à la même température que celui de la mine, les deux colonnes étant alors de même poids, il ne s’établira dans la galerie aucun courant; & c’eft effedivement ce qui arrive dans ces mines & dans beaucoup d’autres femblablement fituées, dans lefquel-les on eft obligé de fufpendre les travaux à la pouffe & à la chûte des feuilles , c’eft-à-dire, pour parler le langage de la bonne phyfique, dans les tems où l’air extérieur eft à la même température que celui des mines. Le même inconvénient fe trouvera encore dans les mines dont les galeries font horizontales , & placées fous une plaine qui l’eft aufti ; inutilement tentera-t-on d’y donner de l’air en perçant un grand nombre de puits, légalité de toutes les colonnes d’air qui pénétreraient par-là dans la mine, les met-
- (a> Extrait du volume des Mémoires auront entre les mains l’ouvrage de ce de l’académie royale des fciences pour l’an- minéralogifte Français, l’y trouveront en née 1768 , hift. page 18. Les perfonnes qui entier page 359.
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- „ trait en équilibre, & il ne s’y établirait aucun courant. On peut cepen-„ dant rappelles ces efpeces de mines à l’état de celles qui l’ont percées dans „ les collines. L’art, aidé des principes de M. Jars, peut donner ce qu’a-„ vait refufé la nature : il ne s’agit pour cela que d’établir une inégalité „ de poids dans les colonnes qui infiftent fur deux puits, pour qu’il s’éta-„ bliffe un courant d’air dans la galerie qui joint ces deux puits > & voici „ les moyens qu’emploie M. Jars pour l’obtenir. Si la galerie eft percée „ dans la pente d’une montagne, tant qu’elle n’ira pas plus loin que l’en-„ droit où l’on peut percer un puits , il fera aifé d’y avoir une circulation „ d’air j mais fi l’on veut pouffer la galerie plus loin, la circulation ceffera
- dans la partie qui eft au-delà du puits. „
- 536. Pour l’y établir, M. Jars a adopté la conftru&ion propofée par M. Triewald, d’une efpece de plancher formé à quelque diftance du fol de la galerie, & dont nous ferons connaître la conftru&ion d’après l’auteur Suédois.
- f 3 7. 64 Ce plancher, très-utile d’ailleurs pour le roulage des brouettes & le ,, paffage des eaux, forme un canal qui fe prolonge jufqu’au fond de la ,, mine j l’air n’ayant plus alors de communication avec la galerie, à caufe „ de la porte, eft obligé de repaffer par le puits : il fe trouvera donc alors „ deux colonnes inégales en pefanteur, le courant d’air s’établira. Il s’éta-„ blirait de même au fond d’un puits creufé au bout de la galerie, en y ,, conduifant, au moyen d’un tuyau, l’air qui paffe fous le plancher dont il „ vient d’ètre parlé, & qui entre par l’ouverture de la galerie. Dans tout „ ceci l’auteur fuppofe que l’orifice de la galerie eft dans une colline, & „ plus bas que l’orifice du puits de refpiration ; mais fi la galerie était per-„ cée horizontalement fous une plaine à peu près de niveau., tous les puits „ feraient également profonds, & toutes les colonnes d’air en équilibre : par ,, conféquent il n’y aurait aucune circulation La cheuun élevée fur la bouche des bures, à la maniéré des houilleurs Liégeois, eft le moyen que M. Jars propofe pour cette circonftance.
- 538- Il oblèrve 44 que la maçonnerie de cette efpece de cheminée doit „ être affez épaiffe pour conferver à l’air quelle contient, la même tempé-„ rature qu’à celui du puits. Il eft clair que par ce moyen l’équilibre entre „ les colonnes fera rompu, & le courant d’air s’établira dans la galerie.
- „ Toute cette circulation d’air aura donc lieu dans les galeries, d’un fens „ pendant l’hiver, & du fens oppofé pendant l’été ; mais dans le printems ,, & dans l’automne, où l’air extérieur & celui de la mine ont la même tem-„ pérature, il 11’y aurait aucun courant d’air, & il faudrait abandonner les „ ouvrages. „
- 539. L’établissement du fourneau ventilateur de M. Sutton fur l’embouchure
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- bouchure d’un puits , paraît indiqué dans ce cas : aufli M. Jars confeille-t-il d’y recourir. '
- Delà marche de Pair dans les puits de mines, comparée avec celle du courant de Pair dans les cheminées, par M. Franklin. !
- 5*40. Les phénomènes journaliers, & qu’on pourrait appeller les plus vulgaires, font fouvent ceux donc l’examen eft le plus délicat, & conféquem-ment le plus négligé. Dans le nombre de ceux qui appartiennent aux mines, le rapport entre l’entrée & la fortie des vapeurs fouterreines par les puits de mines, & entre l’élévation & le refoulement de la fumée ou de l’air dans les cheminées, eft un point fur lequel toutes les perfonnes qui ontvilîté des mines, s’accordent alfez; mais aucune , jufqu’à M. Franklin, n’avait apporté à cette conformité ce degré d’attention qui donne l’eifor à des réflexions intéreflantes & utiles. Dans une matière qui à chaque pas ne préfente que des problèmes embarralfans, on nous faura gré de recueillir tout ce qui peut conduire à leur folution, & fur-tout quand les éclairciffemens ont pour auteur un homme exercé à promener fes regards dans les fentiers les plus myftérieux de la phyfique. Voici le fragment que nous tirons des ouvrages du favant Anglais, (a)
- f4i. “ Dans une cheminée où l’on ne fait pas de feu, il y a en été „ un courant d’air qui y monte continuellement depuis environ cinq à lix „ heures du foir, jufques vers huit ou neuf heures du matin, où ce cou-,, rant commence à s’affaiblir & à balancer quelque peu pendant environ „ une demi-heure j apres quoi il fe met à defcendre avec la même force, „ & continue dans cette nouvelle direction jufques vers cinq heures du „ foir, où il s’affaiblit de nouveau & balance de même, tantôt en montant „ un peu, & tantôt redefcendant pareillement un peu, pendant l’efpace d’une „ demi-heure environ ; après quoi il fe rétablit un courant confiant de „ bas en haut, qui fe maintient toute la nuit, jufques vers huit ou neuf heures „ du matin fuivant. Les heures varient un peu fuivant que les jours „ s’alongent ou fe raccourciffent, & un changement de tems fubit les fait „ quelquefois varier aufli j comme fi, après de grandes chaleurs d’une I011-5, gue durée, le tems commence à fe rafraîchir dans l’après-midi , tandis „ que l’air a fon cours du haut en bas de la cheminée: dans cette circonf-,, tance le courant changera de meilleure heure qu’à l’ordinaire, &c. „
- 54.2. L’illustre citoyen de Philadelphie , en donnant fon fendillent fur
- (a) Œuvres de M. Franklin, de la fo- de M. Franklin à Jean Baudouin, écuyer ciété royale de Londres, traduites enfran- à Bojton, fur Puf âge des cheminées, tant gais. Paris, deux vol. in-40. 1774. Lettre en été qu'en hiver, tome II, pag. 2,02.
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- la caufe de ces variations du courant journalier de l’air frais dans les cheminées , en tire une indu&ion fort jufte fur ce qu’il convient de faire dans les puits de mines, pour y avoir un air frais & falubre. La marche de fou raifonnement eft très-digne d’attention.
- 543. “ Pendant l’été il y a, généralement parlant, une grande différence „ par rapport à la chaleur de l’air à midi & à minuit, & conféquemment „ une femblable différence par rapport à fa pefanteur fpécifique , puifque ,, plus l’air eft échauffé, plus il eft raréfié. Le tuyau d’une cheminée étant „ entouré prefqu’entiérement par le refte de la maifon, eft en grande partie „ à l’abri de l’aétion direde des rayons du foleil pendant le jour, & de la „ fraîcheur de l’air pendant la nuit : il conferve donc une température „ moyenne entre la chaleur du jour & la fraîcheur des nuits , & il commu-„ nique cette même température à l’air qu’il contient. Lorfque l’air exté-9y rieur eft plus froid que celui qui eft dans le tuyau de la cheminée, il „ doit le forcer, par fon excès de pefanteur, à monter & à fortir par le M haut. L’air d’en - bas , qui le remplace, étant échauffé à fon tour par la „ chaleur du tuyau , eft également pouffé par l’air plus froid & plus pefant des couches inférieures ; & ainfi le courant continue jufqu’au lendemain, „ où le foleil, à mefure qu’il s’élève, change par degrés l’état de l’air ex-3, térieur , le rend d’abord auffi chaud que celui du tuyau de la cheminée 5 ,> & c’eft alors que le courant commence à vaciller, & bientôt après le rend ,, même plus chaud : alors le tuyau étant plus froid que l’air qui y entre, „ le rafraîchit, le rend plus pefant que l’air extérieur , & conféquemment ,, le fait defcendre j & celui qui le remplace d’en-haut étant refroidi à fon „ tour , le courant defcendant continue jufques vers le foir, qu’il balance 5, de nouveau & change de diredion, à caufe du changement de la chaleur „ de l’air du dehors, tandis que celui du tuyau qui l’avoifine, fe maintient „ toujours à peu près dans la même température moyenne. Sur ce principe, „ fi l’on bâtiifait une maifon derrière la montagne du Fanal, & qu’on mé-,, nageât un conduit horizontal de l’une de fes portes à la montagne, où „ on le fit aboutir à un puits ereufé perpendiculairement fous le fommet „ de la montagne, il me parait vraifemblable que ceux qui habiteraient „ cette maifon, auraient conftâmment, pendant la chaleur du jour , dans „ le terns même le plus calme, un courant d’air auffi frais qu’ils le pour-„ raient defirer, qui traverferait la maifon, & réciproquement, pendan la nuit „ la plus tranquille, un femblable courant d’air en feus inverfe. Je penfe „ auffi que les mineurs pourraient tirer quelqu’avantage de cette propriété: „ par exemple , lorfque leurs trous ou puits font creufés perpendiculaire-„ ment dans la terre, & qu’ils communiquent dans le fond par des galeries „ ou traverfes horizontales, comme cela fe pratique ordinairement,fi l’on
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- ,9 conftruifait une cheminée de 30 ou 40 pieds de haut fur un de ces puits» „ tout autre air en étant exclus que celui qui monterait ou defcendrait „ par le puits , on produirait par ce moyen un changement d’air continuel „ dans les palfages de traverfe du fond de la mine , & ce renouvellement 9, d’air préferverait les ouvriers des accidens des vapeurs ; car il paierait „ prefqu’incelfamment de l’air frais, foit montant du puits dans la chemi-j, née, foit defcendant de la cheminée dans le puits. „
- f44- On voit que l’idée de M. Franklin fe rapproche beaucoup de la pratique reçue de tout tems au pays de Liege. Cet expédient, ceux rappelles dans le mémoire de M. Jars, & autres moyens qui ont été imaginés ou pratiqués , & qui peuvent être de quelqu’utilité, vont être palfés en revue , en commençant par les plus fimples ; & nous viendrons enfuite à ceux qui emportent la complication de quelque machine ou de quelque conf-tru&ion particulière. Cette façon méthodique de procéder s’accordera avec les deux efpeces de çhangemens d’air, diftingués fort à propos par M. Trie-wald ( a ) ; favoir , le changement d’air naturel, & le changement d’air artificiel. En développant fucceffivement ces deux différences , nous nous fer-virons des exprelîions reçues parmi les ouvriers de mines, fans nous garantir fi elles font bien exactes.
- Du changement d'air naturel dans les mines.
- f4f. Cette expreflion, que nous avons adoptée de M. Triewald, défigne aflez bien le changement d’air » qui eft , pour ainfi dire , le réfultat naturel de l’inégalité de la profondeur des puits ouverts fur une étendue de galerie. L’idée que l’académicien étranger s’en eft formée , fe trouve en contrariété avec le fentiment de feu M. Jars. Pour ne pas rifquer d’altérer l’opinion de l’un & de l’autre, dont le lecteur voudra bien lui - même être juge, je donne la traduction littérale de la première partie du mémoire de M. Triewald, concernant le changement d’air naturel ; je détacherai de celui du minéra-logifte Français, l’objeCtion qu’il oppofe à l’académicien Suédois, & par-là les deux feront plus rapprochées. Si, en m’abftenant de faire connaître mon avis particulier , je me permets quelques obfervations , c’eft uniquement pour aider le .ledteur à prononcer entre deux.
- “ f 46. J’ai conftamment remarqué dans toutes le mines que j’ai eu oc-,, cafion de vifiter, dit M. Triewahî (b), que le changement d’air fe fait „ en entrant par le puits le plus profond, & que l’air reifort par le puits
- (a) Defcription de tous les moyens pro- terre. Mémoires de l’académie de Stock-pres à donner un bon & fuffifant change- holm,ann. 1740, tome I, art. VII, p. 444. ment d’air dans les mines de charbon de ( b ) Seétion VIII de fon Mémoire.
- Ee ij.
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- „ qui l’eft moins, quand ces deux fofles oiit entr’elles une communication : „, cela-ne vient que de la pefanteur inégale des colonnes d’air contenues „ dans les deux puits, conformément aux loix de la preffion de l’air, & aux
- obfervations barométriques de Celfius & de Vallerius. (a) Or ces deux sf colonnes n’étant point égales en pefanteur, elles ne fauraient non plus fè „ tenir en équilibre ; ajoutez à cela que l’air eft un fluide qui tend toujours ,, à l’état d’équilibre , comme l’eau que l’on verfe dans un fiphon recourbé. „ Quelle que foit la quantité qu’on y verfe par le tuyau le plus long, elle
- ne s’y arrêtera pas, mais reflortira par le tuyau le plus court. Il en eft « de l’air renfermé dans un puits de mine, quand le changement d’air eft
- naturel, comme de cette eau dans un fiphon. „
- S47- Afin d’éclaircir cette comparaifon, foient le puits A & le puits B, pl. XXXIII, fio, g & 9, que je fubftitue pour cet objet à la figure de M. Triewald, en fuppofant feulement que les deux puits A & B, qui dans cette figure font prolongés au-delà de la veine, parce qu’ils vont atteindre d’autres veines plus profondes, fe terminent à la veine devenue galerie, conduite depuis le bas du puits A, jufqu’au bas du puits B. En conléquence le puits de 3 s brades A , qui eft fur la partie d’amont - pendage, eft de quelques pieds moins profond que le bure de 45 braffes B, qui tombe fur la partie d’aval - pendage.
- cc f48. Le baromètre placé en D ,fig. 9 , dans le puits B, doit être d’une j, ligne plus bas qu’au fond C dans le puits A : il s’enfuit que la colonne „ d’air B D, jufqu’au fond, eft plus pefante que la colonne d’air AC, „ jufqu’à la veine C D; que par conféquent elles ne peuvent jamais fe „ balancer, 'mais que la colonne plus courte & plus légère du puits A, doit 3J céder à celle du puits B. qui eft plus longue & plus pefante. Or, il eft ,, impoifible qu’aucune partie de la colonne perpendiculaire A C, ou de ,, la colonne de communication C D , puilfe s’élever, fans que la colonne 5, B D remplifle l’efpace qu’elles auraient quitté. Par ce moyen, le mou-33 vement & le changement d’air une fois commencés par la communica-3, tion C D, établie entre les deux puits A B , doit toujours continuer à „ être le même, tant que les circonftances en feront les mêmes ; & le cou-„ rant d’air doit toujours continuer de B en D, & de là par D C jufqu’en „ À. Il s’en fuit également que plus la différence eft confidérable entre les „ profondeurs des deux puits, plus le courant d’air doit être fort* de même „ que dans un fiphon recourbé, plus l’un des tubes furpafle l’autre en ,, longueur, plus l’eau fortira avec violence par le tube le plus court, lorf.
- ( a ) D’où il réfulte non-feulement que jointes à l’élafticité ou l’expanfibilité de l’air a une certaine pefanteur, mais que fa l’air, font la bafe de tous les changemens preffion augmente en raifon de la profon- d’air dans les mines, deur; & ces propriétés correfpondantes,
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- » qu’on la verfe par le tube le plus long, & cela dans la proportion que les deux tuyaux auront entr’eux. „
- f49- L’exactitude de cette obfervation eft révoquée en doute par M. Jars (a), en ne pouvant fe perfuader que M. Triewald ait obfervé par' lui-même ce qui l’a conduit à Ton raifonnement. Voici comment raifonne le minéralogifte Français.
- „ fço. Si je confidere les embouchures A &B,/g. 9 , pi. XXXIII, du „ puits fuppofé en A C, & du puits B D, que je fuppofe au même niveau, „ je. dis que les colonnes d’air de l’athmolphere qui répondent au puits A & ,, au puits B j font en équilibre, puifqu’elles font de la même hauteur, & „ qu’elles ont le même degré de chaleur; ni l’une ni l’autre ne peuvent „ donc déterminer l’air contenu dans le fouterrein B D C A, à en fortir, ,, puifqu’il eft lui-même en équilibre. „
- ffi. Cet académicien remarque que dans la mine où l’auteur Suédois a fait Ion obfervation , il y avait peut-être un bâtiment fur l’embouchure d’un des puits; & que M. Triewald n’aura pas pris garde au changement produit dans la denfité d’une des colonnes d’air par ce bâtiment, qui en effet eft capable de faire rompre l’équilibre. L’académicien Français a cru pouvoir conje&nrer que le minéralogifte Suédois était perfuadé que l’air prend la même route dans toutes les fàiibns. Cette conjecture eft détruite par le détail dans lequel M. Triewald entre fur les tuyaux ou conduits à air dont mous allons parler bientôt; fes remarques fur leur effet différent en différens tems, font bien éloignées de faire naître le foupçon qu’un homme expérimenté fur toute la matière des mines, habitué à en obferver les opérations en phyficien , ait ignoré, foit le cours naturel de l’air , tracé exactement par Agricola, & obfervé par tous les mineurs, foit la différence qu’il fuit en hiver & en été. D’un autre côté, M. Jars ne pourrait-il pas avoir négligé de faire attention que les colonnes d’air, contenues dans les deux puits perpendiculaires A B, y exiftaient avant la communication établie entr’eux par le canal ou par la veine travaillée ; que cette ouverture faite , le mouvement a dû s’établir indépendamment de l’air extérieur ; & qu’une fois établi, il doit continuer de même, en fuppofantmême l’équilibre de l’air extérieur ?
- Du changement artificiel d’air dans les mines.
- Dans les mines exploitées en grand (é), les mouffettes, de quelque
- (a) Page H B de fes ouvrages métal- laquelle on éleve perpétuellement des char-, lurgiques, avec une figure. bons & des eaux, de maniéré que le tra-
- ( b ) j’entends par cette maniéré de m’ex- vail n’eft prefque pas interrompu. Ces gran-ptimer, une mine percée de grandes & nom- des houillieres font celles que les Liegep-is breufes galeries, dans laquelle il y a tou- nomment foffis de grand athour. jours beaucoup d’ouvriers en aCtion, & de
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- nature qu’elles foient, doivent, à chofes égales, être moins fréquentes, moins abondantes & moins difficiles à diffiper. De tout tems il paraît, d’après Phiftorien Liégeois , Fifen, que les houilleurs, fes compatriotes, fe font garantis affez généralement des dangers qu’entraînaient le crowin & le feu grieux, en battant l’air de toutes les façons que l’inftant ou la pofition peuvent fuggérer ( <z ). L’air agité par un moyen quelconque, peut bien fuffire, dans quelques occafions, pour chaffer une partie de' l’air de la mine, & pour le renouveller par d’autre. Dans ce cas, l’air de l’athmofphere peut être confidéré comme étant à l’air ftagnant dans la mine, à peu près comme du vin qu’on fait nager fur de l’eau : on fait que la moindre agitation eft fuffi-' fante pour occafionner ce mélange. Mais dans maintes circonftances, ce fimple ébranlement de l’air avec des feuillages, avec de l’eau, &c. ferait très - infuffifant. Il a donc fallu imaginer des pratiques plus décifives. Ce font ces inventions , pratiques, ou méthodes, comme on voudra les nommer, qui conftituent le changement appellé par M. Trievrald, changement d'air artificiel ; voulant fans doute défigner par cette expreffion, qu’on eft obligé de recourir à l’art pour remédier au défaut de circulation d’air, provenant de l’égalité de la profondeur des puits entre lefquels il n’y a aucune communication. Les moyens que propofe ce lavant, font établis fur les mêmes principes qui ont fervi de fondement aux moyens dont on fe fert pour opérer, ce qu’il nomme le changement naturel de Pair. Comme la plupart de ces moyens font méchaniques, & que nous les fuivrons dans un certain ordre qui nous a paru le plus commode & le plus convenable, nous ne ferons ufage du mémoire de M. Triewald, que partie par partie, relativement à la divifion que nous établiffons du changement d’air artificiel : l°. par quelque conftruétion appropriée dans les puits : z°. par l’ufage de tuyaux prolongés félon les circonftances &le befoin : 30. par des conftruc-tions particulières dans les fouterreins : 40. par l’établifîement de machines à feu ou autres, à la bouche des puits.
- Puits à air ; leurs différences.
- 5f2 Le langage des houilleurs Liégeois fpécifie deux différentes efpeces de puits à air. Les uns ne font que de petites folfes, dont l’enfoncement a uniquement pour but de donner une échappée à l’air, & faciliter la libre refpiration des ouvriers dans certains cas : d’où l’on pourrait très - bien les nommer puits de refpiration. Les autres font conftruits pour établir dans les endroits les plus reculés d’une fojfede grand athour, une circulation non in-
- O) Nec alia re ulla magisextinguitur quam aeris ( quo nimirum denfiore nutritur) agitatione, qua liane confequitur raritatc ac puritate. Part. I, page 272.
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- fferrompue de l’air renfermé dans la houilliere. Nous commencerons par les puits de refpiration.
- Puits de refpiration ; foupiraux , burtaux des Liégeois ; G. Windfchacht ;
- Lat. putei fpiritales.
- ^3. Lorsque la marche des veines en plature & leur fituation peu enfoncée permettent de multiplier fur leur trajet des puits d’extra&ion, ces folfes, doublement utiles d’ailleurs, obvient pour l’ordinaire aifez bien au défaut de circulation de l’air. Il eft aifé d’en juger d’après ce qui a été dit fur la marche naturelle de l’air, & par la commodité de pouvoir ouvrir ou fermer tantôt l’un de ces bures, tantôt un autre ; mais ces bures multipliés ne peuvent être avantagent que dans les cas qui viennent d’être rappelléâ en peu de mots. Cette voie difpendieufe eft néanmoins employée dans une des mines de Schemnitz, appellée fans doute par cette raifon Windfchacht. Au - delfus de toutes les portes, aufîi bien que fur tous les chemins où l’on travaille , 011 place des barrils en maniéré de foupiraux, qui fervent de conduits pour l’entrée & pour la fortie de l’air. Vraifemblablement il y a quelque motif particulier dans cette conduite ; car on verra bientôt que dans une autre mine de ce quartier, on fe procure un nouvel air par le moyen de porte - vents dont nous parlerons,
- ^4. Dans les cas où l’on eft obligé de percer des galeries au travers de quelque faille, les ouvriers fe trouvent fouvent embarrafles pour parvenir à avoir de l’air, fur-tout quand la faille, à travers de laquelle il faut s’ouvrir un chemin , eft très - épaiffe , qu’elle a , par exemple, 50 brades ou plus; alors le puits de changement d’air eft très-éloigné de la faille. Les ouvriers ne connaiifent d’autre façon que d’ouvrir en - bas un fécond puits de refpiration fur la galerie qui eft commencée. M. Triewald a fenti le grand embarras & la dépenfe qu’entraîne cette fouille d’un puits à air. Il y a fup-pléé tout fimplement & avec fuccès, dans une galerie de plus de ço bralfes d’étendue , par des tuyaux prolongés du dehors au dedans de la mine, pour fervir d’écoulement à l’air, & difpofés de maniéré qu’en même tems ils forment une efpece de plancher nommé treppen-werk. Cet ufage de canaux à air, connu, comme nous le dirons bientôt, dans les mines de Cornouailles, eft une dépendance principale des puits que l’on doit appeller véritablement puits à air; nous nous y arrêterons d’abord en particulier.
- Des puits à air, ou puits d*airage proprement dits.
- S 5 s*- Je diftingue par ce notn3 les foftes particuliérement deftinées à prot-
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- curer une grande circulation dans toutes les routes fouterreines d’une mine exploitée en grand. On conçoit d’abord , & l’expérience venue à l’appui du fimple raifonnement, a montré peu à peu que, pour produire cet effet, il était indifpenfable de recourir à quelque conftruction particulière, fo-it fur la tête, foit dans la bufe de cette folle. De toutes les différentes maniérés de fe conduire pour l’airage des mines en différens puits, celle des houilleurs Liégeois me paraît être celle qui eft portée au plus haut degré de perfection , ou qui en approche davantage, puifqu’elle fatisfait à toutes les vues qu’on cherche à remplir dans les autres pratiques. Feu M. Jars n’a pas manqué, dans fes ouvrages , de louer cette industrie ; mais je trouve qu’il n’eft pas entré à ce fujet dans les. détails que mérite une conftruction dont ilfaifait cas. La defcription fommaire qu’il en a donnée, & que je vais placer ici, par rapport aux obfervations dont il l’a accompagnée, aidera le lecteur à en faire la comparaifon avec les autres méthodes que je vais faire co diaître.
- Bure d'airage félon la méthode Liégeoife.
- „ 6. Bürè ou puits que Ton approfondit en même tems que le grand
- bure, & qui eft deftiné à la circulation de l’air dans tous les ouvrages „ fouterreins. Il eft aflis depuis 6 jufqu’à 30 toifes de diftance de^ce grand „ bure, fur l’alignement du côté long du puits, & dans la partie fupé-„ rieure des couches. O11 lui donne d’abord la forme ronde, enfuite longue „ de 4 pieds, fur 3 de largeur. Ce petit bure s’approfondit en perpendi-„ cuiaire dans la première ou même dans la fécondé veine de charbon : alors „ 011 le pourfuit dans cette veine, ce qui lui fait rejoindre le principal bure „ dans une direction oblique : on le continue enfuite le long du grand „ bure, dont il eft féparé par un petit mur maçonné en brique, qui empê-„ che toute communication entre le petit & le grand bure. Quand ce mur „ eft parvenu à la vue que l’on veut exploiter, on y fait une galerie d’en-„ viron 2 pieds de largeur, fur 10, 12, if toifes de longueur. Cette ga-,, lerie n’eft qu’un chemin d’airage, qui n’a de communication avec le ,, grand bure, qu’après que l’air a circulé dans tous les ouvrages à l’aide „ des voies & des portes d’airage. „ La partie qui n’eft ni la moins effen-tielle ni la moins remarquable dans ces bures d’airage à la Liégeoife, c’eft le tuyau élevé fur la bouche du bure en forme de cône, jufqu’à la hauteur de 30,40 à 60 pieds : ce qui augmente, comme le remarque M. Jars , la pefanteur de la colonne d’air, en proportion de la hauteur qu’on donne à cette elpece de cheminée.
- 7• La circulation de l’air établie dans les galeries par cette cheteure, produit l’effet dont M. Franklin a eu l’idée j cette cheteure rompt l’équilibre
- entre
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- entre les colonnes d’air , & eft très-avantageufe pour l’hiver, ainfi que pour l’été j mais dans la {aifon du printems & dans celle de l’automne, où l’air extérieur & l’air de la mine fe trouvent être de la même température, la chacun ferait infuffifante ; il n’y aurait aucun courant d’air, & il faudrait alors abandonner les ouvrages. Un brader entretenu avec une certaine attention dans le bas de ce conduit de brique , en déterminant l’air extérieur à fe porter dans les fouterreins de la mine , raréfie l’air , corrige les exha-laifons, & établit par ce moyen une vraie circulation à la faveur de la dif tribution régulière des routes fouterreines, des voies d’airage, &c. M. Jars loue cette induftrie, & reconnaît le fuccès qui lui eft propre pour faciliter îa circulation de l’air j mais il penfe £c qu’il conviendrait de faire le petit „ bure totalement féparé du premier , c’elt-à-dire, au (fi loin qu'il efi poffibie ; ,, la circulation, félon cet auteur, ferait bien plus aifée à établir, & de-„ manderait moins de conduits fouterreins. Dans les endroits ou l'on a deux puits, l’un plus élevé que l’autre , on pourrait fe difpenfer du puits „ d’airage. Il n’arrive point ici , comme dans les autres mines, que Pair „ entre par une ouverture ou par l’autre , fuivant les faifons. En failànt tou-3} jours du feu dans le bas de la cheteure, l’air eft plus dilaté, par conféquenc „ plus léger : il doit toujours être pouffé par la colonne oppofée ; mais Jî on M ne fait pas U feu plus fort en lté qu’en hiver, la circulation doit être plus „ difficile, „ fuivant les principes établis dans le mémoire dont nous avons donné l’extrait. ct Sur ce qu’il arrive encore de tems en tems des accidens, „ & qu’en 1766 , que M. Jars était à Liege , l’air d’une mine vint à pren-„ dre feu, fans cependant qu’il y eût perfonne de bleffé : cet écrivain defire „ que les entrepreneurs s’occupent d’augmenter la circulation 9lkdefe régler „ fuivant la faifon. On pourrait suffi , ajoute-t-il, avec grand avantage , 5, faire ufage des galeries d’écoulement, pour introduire beaucoup d’air dans j, les mines. Ces galeries étant trente, quarante, jufqu’à cinquante toifes „ plus baffes que l’embouchure du puits, on aurait une différence confîdéra-5, ble dans la pefanteur de la colonne d’air
- f S S- En fuivant M. Jars dans les quatre points fur lefquels portent fe s remarques, auxquelles nous avons cherché à rendre le lefteur attentif, je 11e fais trop fi ces réflexions confervent toute leur force. iç. Quant à l’éloignement auquel il confeille que ce bure d’airage foit du grand bure, la distance de trente toifes qu’il remarque lui-même, n’eft-elle pas totalement fuffifante ? 20. Dans les endroits où l’on enfonce deux bures pour une même mine , le bure d’airage a-t-il lieu communément? Je ne le penfe pas. 30. Pour ce qui eft de l’augmentation du feü, qu’il recommandé avec raifon, félon les faifons , on voit par ce que nous avons obfervé en parlant du fer d'airage, que l’expérience a appris aux houilleurs Liégeois la maniéré différente d’en-Tome XVII. F f
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- tretenir le Feu dans ce grillage. 40. Les entrepreneurs, en ne ceffant d’élever la cheteure que lorfqu’ils voient qu’elle produit l’effet qu’ils cherchent, paraiffent remplir les vues que leur préfenteM. Jars.
- SS9- Il n’eftpas difficile de préfumer que cette conftrudion difpendieufe peut n’ètre pas néceffaire pour une foffe de petit athourj alors c’eft le cas de recourir, ou à la petite hutte de M. Triewald, ou à d’autres moyens peu embarraffans, dont la bonté a été expérimentée dans quelques mines.
- Tuyaux à air, canaux à vent ou porte- vents, nommés dans les mines métalliques, ventoufes.
- 5*60. Dès le tems d’Agricola, on traitait l’air des mines dans des principes aufli juftes que nous le traitons aujourd’hui j on lui ménageait, par des conduits de bois, un écoulement affez bien raifonné. Les tuyaux que cet auteur, dans fon traité De re metallica, a donnés pour cet uiage, font des efpeces de portes-vents de bois, placés de manière qu’ils communiquent de l’extérieur de la mine à l’intérieur (a). Leur avantage eft fi décidé, qu’on les emploie encore de nos jours dans les mines. On verra dans ce qui va fuivre , les différentes maniérés dont on en tire parti dans différentes mines. Les pitmans , en Angleterre , qui travaillent à des mines fujettes au dampfire, ne manquent jamais de faire paffer un courant d’air dans leurs fouterreins, afin de prévenir cet accident ; mais (b) cette précaution, au jugement de M. Jean de Beaumont, ne s’accorde pas avec ce que les ouvriers de ces charbonnières avancent fur les mines les plus fujettes à s’enflammer.
- f6i. Quoi qu’il en foit, “ lorfqu’on a fait un puits, il n’eft pas nécef-„ faire d’avoir de joupiraux jufqu’à ce qu’on foit venu à la mine. Les ou-„ vriers , pour fe procurer de l’air dans les mines detain de Cornouailles, „ (c) ont des boites d’orme bien fermées, d’environ fix pouces dans œu-„ vre, avec lelquelles ils portent l’air à vingt braffes de profondeur, où ils „ font, à peu de diffance du puits, une tranchée qu’ils couvrent avec du
- ' (a) Pour remplir le même objet vis-à- (b) Lettre de Jf. Jean de Beaumont, vis des ouvriers employés aux travaux de fur les vapeurs enflammées des mines , con-mines , foit dans les fouilles de charbon tenant entfautres chojes des réponfes aux de terre, foit dans les freges de place, un quejlions que M. Boyle avait faites à particulier ( M. Desbarrieres ) propofa, en . Jf. Jufop, fur les mines. Collection phi-1723, un porte-vent de cuivre : voyez lofophique de Robert Hook. L’auteur ajoute l’Hiitoire des machines approuvées par qu’il ferait intéreflant de rechercher la l’académie dès fcié'nces, tome V, page 120. 'câufe de cette contradiction entre le té-L’hiftorien juge cette différence profitable moigriage & la pratique des ouvriers, dans certaines occafions. (c) Tranfatf.philof. ann. 1668, n. 39.
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- gazon & des fafcines, de maniéré qu’on peut y adapter un tuyau que ?, l’on fait entrer de côté dans le puits , à quatre pieds du fommet. Quand ils „ font parvenus à la mine, & qu’ils ont befoin d’un foupirail, ils en creu-,, fent un à quatre ou cinq bradés du puits, & lui donnent une largeur con-„ venable, & la même forme qu’au puits d’extradion & d’airage. „
- 562. A Schemnitz, en creulant les folfes de Léopold ,qui ont 150 bradés de profondeur, voici comment 011 s’y prit pour n’ètre pas incommodé parles vapeurs. Au côté du puits ou foupirail, on fixa un tuyau du hautj eu bas ÿ on fit entrer de force une planche large qui touchait de toute part les côtés du puits, excepté à l’endroit où était ce tuyau : on fit fortir tout l’air de la fode par ce conduit, ce qu’on fut obligé de répéter plufieurs fois.
- 563. Les vieux travaux de la couche fupérieure de la mine de Working-ton , à environ huit milles de Wittehaven, font aérés de cette maniéré, par le moyen d’un conduit ou tuyau dont l’embouchure n'a pas plus d’un pouce & demi (a). Le damp qui y brûle continuellement, ell en fi grande abondance , qu’on le voit jaillir en flamme au-deflus de l’ouverture du tuyau, d’environ un pied de hauteur. Feu M. Jars y a allumé une chandelle, en la préfentant au moins à fix pouces au-delfus ; on l’éteint aifément avec un coup de chapeau ; & fi l’on porte enfuite le doigt dans l’embouchure, on fent un air frais qui en fort.
- f64. Au-dessus des mines de Wittehaven , il y a eu pendant quelque tems un tuyau pareil à celui adapté dans la mine de 'Workington. Le directeur avait eu un projet fort fingulicr pour tirer parti de la flamme qui fortait : il avait propofé aux magiftrats de conduire de la mine, dans chaque rue de la ville, plufieurs tuyaux pour éclairer pendant la nuit. O11 doit au moins conclure de cette imagination, que la quantité de cette matière contenue dans la mine, était bien confidérable. Lorfque M. Jars vifita les ouvrages de Wittehaven , ils étaient très - commodes pour y procurer naturellement un renouvellement d’air, y ayant des puits dont les embouchures étaient beaucoup plus élevées les unes que les autres (A).
- {a') Les ouvertures de cette mine font prefqu’au même niveau.
- ( b ) L’exploitation de cette mine eft d’une très-grande étendue ; les travaux font ouverts dans le trajet d’un mille & demi, ou d’une demi-lieue de France, toujours en fuivant la pente de la couche, c’eft-à-dire , en angle droit à la diredion. Cette remarque de M. Jars eft entièrement conforme à ce que rapporte M. Franklin, qui a auifiviflté
- cette mine en 17?8- Il parvint, en fuivant la veine & defcendant peu à peu vers la mer, jufqu’au-delfous de l’Océan, où le niveau de fa furface était à plus de 800 brai-fes au-delfus de fa tête. Les mineurs lui af-furerent que leurs travaux louterreins s’a-vanqaient jufqu’à quelques milles au-delà , en defcendant toujours par degrés au-clef-fous de la mer.
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- Lorsqu’il eft qüeftion de percer tranfverfalement des galeries pour arriver à d’autres veines , M. Triewald infifte avec raifon fur le renouvellement de l’air par le moyen de ces mêmes tuyaux, auxquels, à l’exemple d’Agricola , il adapte une trémie en forme d’entonnoir ( a ). Nous allons fui-vre M. Triewald dans la defcription qu’il donne de la conftru&ion de ces tuyaux. (b)
- ,, f66. Le moyen le plus ufité , lorfqu’il faut faire des puits aulîi étroits „ que l’exigent les charbons, & dont les ouvriers fe fervent jufqu’à ce qu’ils „ arrivent au charbon, & qu’ils atteignent une communication avec quel-„ ques autres puits , confifte dans ce qui fuit. On fabrique des conduits „ avec quatre planches, dont deux font rendues exa&ement quarrées fur la 3, bordure (troumma, conduit d’air pour les orgues), & joints enfemble ; „ les deux autres planches reçoivent feulement un coup de rabot fur l’un „ des côtés des extrémités : enfuite on les gaudronne à l’endroit où ils i, doivent être joints, ou bien on met de gros papier entre, en les clouant „ enfemble, de maniéré qu’elles foient en état de réfifter à l’air : on rend i, pointue chaque extrémité de ces conduits, avant que de les clouer en-3, femble, de la grandeur de deux pouces, à l’une des extrémités du côté 3, extérieur, & deux pouces à l’autre bout du côté intérieur ; de façon 3, qu’on puilfe , en les joignant, faire une continuité de ces tuyaux aulîi „ longue qu’on le fouhaite. Quelques- uns ont coutume de coller fur ces 3, joints des lambeaux de parchemin, comme les fadeurs d’orgues font à -, leurs tuyaux à vent. Lorfque le puits eft avancé de quelques braifes, & que „ les ouvriers s’apperçoivent qu’il commence à y faire chaud, ou qu’ils ont ,, de la peine à refpirer, ils pofent un de ces tuyaux dans un coin du puits, „ & l’y affermilfent dans les klyft d’ardoife, ou dans quelque couche de ,, charbon qu’ils rencontrent ; enfuite ils ajoutent un fécond tuyau, & le „ prolongent jufqu’à ce que le conduit foit élevé d’une bralfe ou deux au-„ delfus de l’ouverture du puits : alors ils font avec une ouverture ronde de „ quatre pieds de diamètre, une bafe, fur laquelle ils pofent horizontale-w ment une boite en entonnoir, avec un petit tuyau de fer-blanc ajufté dans „ ce trou, & qui fert uniquement à ce que cette trémie puilfe commodé-,, ment être tournée contre le vent & le recevoir.
- ^67. M. Jars fait remarquer à l’égard de ces tuyaux, lorfqu’on en pratique dans les mines, qu’on doit avoir attention de leur donner le plus de
- (a) Trémie, vaiffeau de bois en forme (b) Voyez le mémoire intitulé : Defcrip-de pyramide renverfée, ou efpece de cage tion de tous les moyens de fe procurer un en boite, large & ouverte par le haut, étroite bon & fuffant changement d’air dans les par le bas ; ce qui lui a fait donner par les mines de charbon de terre , tomel, ann. auteurs latins le nom à’infundibulum. 1740, page 444,
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- capacité qu’il fera pofïible. La raifon qu’il en donne , eh que plus on augmentera la furface de la bafe de l’air, plus la colonne de l’athmofphere acquerra de pefanteur. Cela eh d’autant plus néceifaire , félon cet auteur, que les tuyaux de conduite pour l’air auront plus de longueur, & que l’air éprouve en conféquence le long des parois de ces conduits un plus grand frottement qui peut être porté au point de détruire ou d’abforber entièrement l’eiFort de la colonne de l’athmofphere ; & comme il eh dans l’année des tems où l’air extérieur eh prefqu’en équilibre avec l’air intérieur, il s’enfuit que la différence ne peut être fenhble qu’autant que la colonne de l’athmofphere eh plus pefante, ou par fon volume , ou par fa denfité.
- 5"é>8. Dans le cas où l’on veut éviter l’enfoncement d’un bure d’airage pour chaffer une galerie au travers d’une faille, M. Triewald difpofe d’une maniéré particulière les conduits d’airage en planches , décrits précédemment. “ J’ai pris, dit ce favant, page 112 du même mémoire, de ces conduits s, de planches quarrées ; je les ai fait placer horizontalement à terre dans „ les galeries depuis l’endroit où j’ai remarqué que le changement d’air „ était bon , jufqu’à l’endroit où l’on travaillait : il en a réfulté une très-„ bonne circulation d’air ; la force du vent a même été telle aux deux ex-,, trèmités de ces conduits, que lorfque je tins une chandelle allumée, par „ exemple en A, Jzg. 9 , pl. XXXIII, à la dihance de quatre pouces du „ tuvau, le tirement du vent l’éteignit, & qu’à l’autre extrémité B il fouilla ,, la lumière à la dihance de fix pouces. Néanmoins fai obfervé que cet expé-„ aient ne réuffîjjait pas toujours également, & que la différence de réufjîte avait „ quelque rapport avec le tems qu'il faifait en-haut ; cela était fur-tout fort peu „ fenjible lorfqu’il faifait un tems mou , chaud & lourd : alors en ne s’apper-,, cevait de prefqu aucune circulation , & il fallait ceffer l’ouvrage, Mais tout cela „ n’eh plus arrivé depuis que j’ai fait ufage du feu pour obtenir un change-„ ment d’air. ,,
- Machines à air , machinæ pneumaticæ, machinæ fpiritales ; G. Gerpige,
- fo w et ter bringen.
- 569. Sous ce nom l’on doit comprendre indihinchement toutes les machines qui s’établiffent fur la bouche des puits de mines pour le renouvellement de l’air fouterrein, foit qu’elles agitfent par le fecours de l’air extérieur, foit qu’elles foient mifes en adtion d’autres maniérés. Ainfl les hernar^ ou moulins à vent, les foufflets en ufage dans quelques mines, les fourneaux à feu f 8c en général toutes les machines comprifês (bus le nom de ventilateurs , font des machines à air. Celles par le moyen defquelles 011 tranf-porte dans un puits de mine une partie de l’athmofphere extérieur, ont
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- du fe préfertter les premières à l’idée des ouvriers de mines : ce fera par elles que nous commencerons.
- Des machines à air y mues par Pair extérieur feul , ou par Pair extérieur aidé
- de quelqu autre puijfance.
- 570. Agricola (a) décrit trois efpeees de ces machines: elles ne different que par la configuration de la piece à laquelle 011 pourrait donner le nom de récipient, qui eh deftinée à prendre l’air extérieur au-delfus de l’œil du bure , & à lui donner fa détermination dans cette ouverture par des tuyaux à air, & de là dans les fouterreins. La plate - forme de fondation, fur laquelle la machine s’affied , eft la même pour toutes les trois: elle eft traverfée dans fa longueur & dans fa largeur , d’entre-toifes qui fépa-rent l’ouverture fuperficielie du bure en quatre parties, de maniéré que ce chajjîs de rebord (h) forme quatre ouvertures j c’eft fur ces entre - toifes, qui barrent l’œil du bure en forme de croix, que portent les machines à air.
- f7i. La première efpece qui attire ou ramene l’air du fond du puits , fe divife en trois autres. La première confifte en quatre efpeees de panneaux élevés d’à-plomb fur la longueur de chaque entre-toife , de maniéré qu’étant alternativement unis les uns aux autres par les rebords de leur montant, elles préfentent au vent, de quelque côté qu’il fouffle, quatre cavités angulaires, dans lefquelles il eft arrêté. Pour que l’air qui s’élève en-haut, ne réfifte pas & puilfe retourner en-arriere, les panneaux font quelquefois couverts dans le haut d’un chapeau figuré en rond, d’où nécelfairement le vent entre dans le puits par quatre ouvertures. Dans les endroits où cette machine peut s’établir de maniéré que le vent arrive parla partie d’en-haut, elle n’eft pas terminée par cette couverture. La fécondé efpece de ce genre introduit l’air dans le puits par un canal prolongé en longueur j elle eft formée de quatre planches jointes enfemble, & enduites dans les joints de terre gralfe. De cet aflemblage il réfulte un tuyau quarré , qui tantôt eft prolongé hors du puits , & tantôt ne fort pas de l’œil du bure. Dans le pre-
- ( a ) De re metaîlica, lib. VI.
- {b) 11 y a peu d’arts, & même aflez peu de machines confidérables, où il ne fe rencontre des chaffis ou des parties qui en Font la fonction fous un autre nom. Chajjis fe dit, en méchanique & dans les arts, généralement de tout aflemblage de fer ou de bois quarré, deftiné à environner & à
- contenir un corps. Le chaîfis prend fou-vent un autre nom , félon le corps qui le contient , félon la machine dont il fait partie ,& relativement à une infinité d’autres circonftances : on verra à l’article des machines hydrauliques ce que c’eft que la piece à laquelle on donne le nom de chajjis.
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- rnier cas cette extrémité, pl, XXXII, fig. 4 , préfente à Pair une efpece de trémie à quatre faces, de trois à quatre pieds de hauteur, plus large & plus ouverte que le refte du conduit, afin que le vent puiife s’y engager plus aifément. Si le tuyau ne fort pas du puits, il conferve' la même largeur à cette extrémité qui vient fe terminer au jour , fig. 5 ; mais du côté d’où vient le vent, on attache des panneaux qui lui préfentent un arrêt, & qui le portent dans le tuyau. Dans la troifieme machine, ce que j’appelle réel-pient de Vair eft une caiife mobile , figurée en tonneau, de la hauteur de quatre pieds , & large de trois, fixée fur le tuyau fupérieur de la maniéré qu’on le dira tout-à-Pheure : elle eft bien cerclée de cerceaux en-haut & en-bas, comme une vraie barriquej de fa partie fupérieure déborde une grande girouette auftî en bois, qui a plus de battant que de guindant, c’eft-à-dire, de longueur que de largeur, & dont la queue ou le pivot eft difpofé horizontalement, comme celle qui fe voit au haut de la eheteure de la petite machine à charbon deNewcaftle. Cette girouette n’eftpas mobile ; dans un des ais de la barrique on ménage une ouverture quarrée , deftinée à donner entrée au vent, & à le conduire dans le puits par un ou plufieurs tuyaux alongés. La partie fupérieure du tuyau eft affujettie du côté de cette ouverture dans une ouverture circulaire pratiquée au fond du tonneau , de maniéré que ce barril puiife jouer en tournant. Dans la partie où le tuyau tient au tonneau, eft placé un petit eiïieu qui, en paifant à peu près par le milieu du barril, fe termine à un trou de la partie fupérieure, qui en eft comme le couvercle. Au moyen de cette conftruôtion , & de la girouette pouiîée par le vent, le barril,au moindre fouffle d’air, tourne autour de Peilieu immobile & du tuyau. Le vent, de quelque côté qu’il vienne, frappe fur la girouette, qui eft pouiîée droit vers la partie qui lui eft oppfée : de cette maniéré la barrique ou caiife tourne fa bouche du côté du vent même, qui, en y entrant, eft porté du tuyau ou des tuyaux dans le puits.
- 572. Les autres machines d’airage, décrites par Agricola, & qui font accompagnées de figures, confiftent dans les fuivantes : un kernaç ou moulin à vent, un treuil courbé dans fa longueur & dans cette même direétion do volans(tf) ou d’éventails diverfement figurés ; une grande roue creufe qui agit à bras d’hommes, ou par une (impie manivelle, ou par un levier à quatre rayons , & qui, en tournant, reçoit dans des ouvertures pratiquées à deifein, l’air extérieur, afin de le conduire dans un tuyau prolongé dans le puits. Les deux premiers moyens n’étant de fervice que lorfqu’il fait du
- ( a ) Pièces ainfi nommées dans les mou- en-dehors delà cage du moulin; c’eft ce lins à vent, qui font attachées, en forme qu’on appelle auili volées & ailes du de croix, à l’arbre du tournant, & qui font moulin.
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- vent, ne font plus guere d’ufage que pour faire agir des corps de pompes à eau. Nous en dirons un mot.
- 573. Le fécond moyen, le plus embarraffant, n’eft , ainfi que les autres, nullement comparable avec tout ce qui fe pratique de nos jours ; la connaif-fan ce abrégée que je viens d’en donner, a uniquement pour but de faire appercevoir les rapports que ces machines ont en général avec plufieurs inventions modernes. Quelque groffiérement que foient imaginées toutes celles dont on fe fervait anciennement dans les mines , il n’eft pas difficile de reconnaître que la machine de M. Triewald , le foufflet continu de M. Ragnu , la roue à foufflet de M. Défaguliers, font conftruits fur les mêmes principes. Nous terminerons cette énumération des machines à air, dont l’effet dépend uniquement de l’air extérieur, par l’invention de M. Triewald : nous pafferons enfuite aux différentes efpeces de foufflets & aux fourneaux à feu.
- 574. Pour apprécier convenablement l’application ingénieufe que M. Trie-wald a faite des récipiens à air, élevés au-deffous de la bouche des puits de mines, on doit fe rappeller ce qui a été dit de la marche particulière des charbons de terre. Il eft évident que, fi l’on enfonce deux puits fur une même veine , ( cette veine ferait-elle une platteure des plus régulières ) il eft rare, on peut dire impoffible, que ces deux puits , placés à une grande distance l’un de l’autre, foient l’un & l’autre d’une profondeur égale. Alors, .(bit à raifon de la nature du charbon, foit à raifon de la maniéré dont la mine eft percée & divifée en galeries , les exhalaifons demandent que l’on fe procure un changement d’air très-fort : pour cela M. Triewald procédé fur l’œil du bure à une conftruélion qui augmente la profondeur du puits, & qui arrête dans fon enceinte le vent extérieur. Voici la defeription qu’il en donne, (a)
- Hutte, ou baraque à air, de t invention de M. Triewald.
- 57f. “ Sur la bouche du puits, pi. XXIV, fig. 4, part. II, je fais élever ., une cage quarrée, conftruite en charpente, & élevée à la hauteur de „ quelques braffes , proportionnellement à la largeur du puits ; les joints des „ madriers font garnis foigneufement avec de la mouffe , & même toute „ la charpente eft enduite au-dehors de bauge ou glaife bleue ; enfuite , pen-„ dant qu’on ne tirait rien du bure, j’ai fait adapter à l’embouchure exté-,. rieure de cette cage une couverture de planches très-minces, femblable „ à un chapiteau de moulin, c’eft-à-dire , difpofées en forme de cône tronqué. „ Ce cône était ouvert en A du côté du puits , & en B dans la partie élevée,
- )5
- (a) Mémoires de l’académie de Stockholm, ann. 1740 , tomel,fed. 9 & 10.
- de
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- „ de maniéré que ce chapiteau était ouvert dans environ le quart de fon „ total. Afin de pouvoir le tourner avec facilité contre le vent, & de don-,, lier à l’air qui y ferait reçu, une direction dans le puits, je fis faire une ,, croix de poutres, retenue par les quatre côtés delà charpente du puits : „ au milieu de cette croix était élevée une perche, laquelle reflortant en-„ dehors par la partie fupérieure du cône ou chapiteau B , tournant libre-„ ment dans une entaille, fervait de pivota une girouette qui marquait le „ vent. „
- Des foufflets Jim pies.
- VJ 6. Agricola décrit auffi la conftrucfion de grands foufflets fembla-bles à ceux des forges, & avec lefquels on conduit l’air dans les mines par des hommes ou des chevaux, ou un courant d’eau (a). Par l’effet fenfible de cet infiniment fur Pair ou le vent, qu’il attire d’abord & qu’il comprime enfuite pour le renvoyer avec précipitation par une ouverture étroite , ce moyen femble avoir dû être un des premiers qui fe foit préfenté à l’idée des ouvriers de mines ; mais ces foufflets font difficiles à mettre en jeu.
- y77' En Hongrie, dans les mines de cuivre de Herngroundt, où il y a des boyaux de poo braffes de longueur, on emploie, pour faire le tems, c’eft-à-dire , pour aider la circulation de l’air , une grande paire de foufflets , que l’on fait agir continuellement pendant plusieurs jours ; mais le plus ordinairement on fe fert d’un grand tuyau qui conduit l’air, & qui met les ouvriers en état de chaifer les ouvrages fans éprouver de difficulté de ref-pirer. On met auffi de ces tuyaux fur toutes les portes & fur toutes les routes où l’on creufe en droite ligne dans une grande longueur, & où il n’v a point de palfages de traverfe.
- 578- Dans la mine de Château-Lambert, en Franche-Comté (8)-, M. de Genfannes employa d’abord un grand foufflet qui, par le moyen d’un tuyau régnant dans toute la longueur, portait l’air frais & extérieur au mineur , dans le goût du ventilateur de M. Haies, dont nous parlerons tout-à-l’heure : mais ce moyen , après avoir d’abord réuffi en apparence , devint tout au moins inutile quelque tems après 3 Pair de la mine s’épaiffit davantage ; il 11’était plus poffible d’y tenir de la lumière, ce qui forçait d’abandonner les ouvrages. Il prit de là l’idée dont il a été fait mention plus haut, & fit conftruire une efpece de foufflet qui, au lieu de refouler l’air comme le faifait le premier, faifait au contraire l’effet d’une pompe afpirante. A me-fure qu’il afpirait le mauvais air du fond par le moyen du tuyau qu’il avait adapté, le poids de l’athmofphere en introduifait un nouveau par le perce-
- (a) De re metallica, lib. VI, pag. 166, 167.
- ( b ) Il faut obferver que cette mine a un percement, c’eft-à-dire , une qalerie de pied.
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- ment; enforte qu’en moins de vingt - quatre heures l’air fut auffi fain dans le fond de la mine qu’il l’était au-dehors, & que depuis il s’eft maintenu tel.
- Réflexions fur les moyens précèdens.
- f79- La plupart de ce que nous avons appelle machines a air, ont, pour rafraîchir les fouterreins, befoin du vent j de maniéré que dans les tems de chaleur & de calme, où précifément l’air des mines eft ftagnant & mal-fain, on fe trouve dépourvu de fecours. L’ufage des foufflets pour l’airage des mines, n’eft pas non plus fans inconvénient; le docteur Défaguliers l’a très-bien obfervé ( a ). Outre qu’ils font difficiles à mettre en jeu, & qu’ils exigent la force de plufieurs hommes pour produire leur effiet, ils ne fauraient avoir l’avantage de devenir tantôt foulans , tantôt afpirans : ils font même plus chers. Le doéteur Etienne Haies s’eft occupé avec fuccès de corriger ces défauts dans des foufflets qui chaifent l’air en fe hauflant & en fe baiifant, ce que ne font pas les autres. En 1772, le dodeur Défaguliers a perfectionne l’opération de M. Haies, ou plutôt publié fa propre découverte, qui avant ce moment n’était pas tout-à-fait inconnue de M. Haies. Nous allons elfayer de donner une idée de ces deux machines.
- Des foufflets nommés ventilateurs.
- ^80. Parmi les différais moyens de renouveller l’air dans les endroits où ce renouvellement eft néceffaire , la machine connue fous le nom de ver2-tilateur, en ufage dans quelques mines de la Grande-Bretagne, eft une des inventions les plus remarquables. Le ventilateur, ainfi appellé, n’eft autre chofe qu’un affemblage particulier de foufflets, dont l’effet eft de renouveller l’air d’un endroit enfermé, foit en y introduifant d’une maniéré infenfible un air nouveau, foit en pompant celui qu’on veut ôter,& qui eft auffi-tôt remplacé par l’air extérieur.
- Machine , roue à foufflets , roue centrifuge du docteur Etienne Haies.
- f8ï- Les foufflets qui la compofent, au nombre de deux, font de figure quarrée & en planches ; ils n’ont point de panneaux mobiles comme les foufflets ordinaires, mais feulement une cloifon tranfverfale, que l’auteur appelle diaphragme (£), attachée d’un côté par des charnières au milieu de la
- (éD Cours de phyf 'que expérimentale, nique pour exprimer dans une machine tome II, page 47 3. toute réparation dirigée d’un côté à un autre
- (ù) L’expreffion eft reçue en mécha- dans une fituationhorizontale.
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- boîte, à diftance égale des deux fonds ou panneaux, & mobile de l’autre, au moyen d’une verge de fer vidée au diaphragme : cette verge eft attachée à un levier dont le milieu porte fur un pivot, de maniéré que lorfqu’un des panneaux bailfe, l’autre hauffe,& ainfi alternativement. A chaque foufflet, il y a quatre foupapes tellement difpofées, que deux s’ouvrent en-dedans , deux en-dehors; deux donnent entrée à l’air, & deux font deftinées à là fertie. Il eft aifé de concevoir que celles qui donnent entrée à l’air s’ouvrent en-dedans, & les autres en-dehors. La partie de chaque foufflet où iè trouvent des foupapes qui fervent à la fortie de l’air, eft enfermée dans une efpece de coffre placé au - devant des foufflets, vis-à-vis l’endroit ou les endroits où l’on veut introduire l’air nouveau. L?arrangement de ces foufflets , & la conftruélion totale du ventilateur, forment un détail qui fait le fujet d’un livre curieux (a). Nous nous’ bornerons à relever ici ce qui a rapport à l’introduction de l’air nouveau dans le coffre. Elle fe fait par le moyeu de tuyaux de bois de fapin, formés en quarré, ayant dix pouces de large en-dedans; ces conduits, qui s’adaptent en coffre, font de plulieurs pièces lùfceptibles de fe démonter & de fe joindre les unes aux autres en auffi grand nombre qu’on peut le delirer. Cette commodité, qui les rend portatifs , donne un grand avantage à la machine, qui en a déjà un très-confî-dérable, celui de pouvoir en une minute décharger du fond de la mine, à l’aide d’un homme feul, environ treize pieds cylindriques ou dix pieds cubiques de vapeurs. Cette machine , dont l’aéUon gît dans l’effet de donner plus de vîteffe à une efpece d’air, pour le fubftituer à une autre efpece, a été auffi l’objet des recherches de M. Défaguliers , que nous allons faire connaître , fans entrer dans le détail de fa conftru&ion.
- Soufflets ventilateurs du docteur Défaguliers.
- f82. Ces foufflets, femblables à certains égards à ceux employés en Hefle par Papin, en different cependant beaucoup. La defeription en a d’abord été publiée dans les Tranfactionsphilofophiques de l’année 1727, n. 400.
- (b) L’auteur l’a enfuite inférée dans fon Cours dephyfique expérimentale, (c)
- (a) Defeription du ventilateur , par le moyen duquel on peut renouveller facilement en grande quantité Vair des mines. Cet ouvrage a été traduit en français par M. Defmours, dans l’intention de faire renouveller l’air des^prifons, des hôpitaux , des maifons de force & des vaif-feaux. Paris, 1744.
- ( b ') Expérience faite en préfence de la fociété royale , pour montrer de quelle façon on peut tirer des mines les vapeurs & l’air corrompu , par le moyen d’une machine de l’invention du D. Défaguliers.
- ( c ) Détail des expériences faites pour tirer des mines les vapeurs éf Vair cor-rompu, tome II, page 471.
- G g ij
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- La machine confifte en trois cranks, (a) faifant mouvoir trois pompes foulantes & afpirantes , qui tirent & forcent l’air par le moyen de trois régulateurs , & qui font alternativement deftinés à pouffer l’air dans un endroit, ou à l’en retirer à travers un tuyau.
- 583. Comme les vapeurs font fpécifiquement plus légères que l’air commun , on peut les chaifer hors de la mine ; ou fi elles font plus pefantes, on peut les en pomper par l’opération de cette machine, qui eft arrangée de façon à pouvoir être variée pour cet effet. Son exécution eft telle, que l’on peut changer dans une feule minute tout l’air contenu dans un efpace de huit pieds cubes, & qu’un cheval fait quatre fois plus d’ouvrage qu’un homme. Il fe rencontre cependant des propriétaires de mines , qui font op-pofés àfon ufage. Au furplus, il a beaucoup perdu depuis lareffource induf trieufe dont je vais parler.
- Du feu applique à t embouchure des mines, pour y renouveller Pair des ouvrages
- fouterreins.
- fS4. De tous les moyens connus aujourd’hui pour purifier l’air, l’ob-fervation & l’expérience ont démontré qu’il n’en eft pas de plus efficace que le feu. La propriété qu’on lui connaît inconteftablement, de raréfier (b) dans une très-grande latitude, d’occafionner même une forte de deftrudion de l’air, eft de nature à pouvoir être appliquée utilement à beaucoup d’ufa-ges. Les houilleurs Liégeois, à la faveur d’une longue & ancienne pratique, réufliffent, par la maniéré dont ils portent & dont ils gouvernent le feu dans leur bure d’airage, à renouveller l’air de leurs mines.
- 58M. des Androuins allumait tout fimplement du feu de diftance en diftance dans lès ouvrages fouterreins, pour remédier au défaut d’air, &c. Les chymiftes étaient les feuls artiftes qui, dans leurs laboratoires, mettaient habituellement à profit la propriété du feu fur l’air ambiant. Leurs fourneaux, dans lefquels ils enferment des matières embrafées, pour obliger le feu d’agir différemment fur différentes fubftances, ont certainement donné naiffance à quantité d’idées heureufes. Des découvertes de conféquence fur un élément qui ne peut fe définir, ont fuffifamment éclairé les phyficiens modernes pour les rendre entreprenans. Il s’en eft trouvé d’afîèz ingénieux pour ne pas héfiter à appliquer le feu , comme inftrument, à des opérations
- (a) On entend en général par ce mot (b ) C’eft - à- dire, étendre dans un plus l’aflemblage de plufieurs pièces de fer, en grand efpace les parties qui compofentun anglais crank, qui concourent enfemble à corps, en diminuer ou en faire cefl'erftt-ouvrir & à fermer alternativement les ori- *nion & la cohérence, lices d’impulfton & de fuite.
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- importantes, ou par la force qu’èlles exigent, ou par leur deftination. On voit un exemple du premier dans la machine, autrement appellée pompe à feu, que nous allons bientôt examiner dans tous fes développemens. La machine qui fuit, eft un exemple non moins remarquable, dans une opération très-délicate , des reifources que l’art a fu tirer du feu & de l’expaniibilité de l’air, pour vaincre en quelque forte la nature.
- Du fourneau ventilateur de M. Sutton , nommé en Ecojfe lampe à feu.
- fg6. Cette invention , dans laquelle on retrouve en petit la méthode des houilleurs Liégeois dans leurs bures d’airage, a été exécutée à Londres , & a valu une récompenfe à M. Sutton. Elle confifte dans un fourneau repré-fenté en perfpe&ive fur l’ouverture d’un puits de mine „fig. 2, pl. XXXIF, où l’on voit aulîi, fig. 3 , la coupe du même fourneau & des fouterreins. L’auteur, qui en fait le fujet d’un livre (a), veut qu’au fond de l’âtre du fourneau l’on adapte un tuyau qui, divifé en branches , communique dans les endroits dont on veut purifier l’air , la chaleur dilatant l’air qui l’environne. Celui qui paife par les tuyaux, vient prendre continuellement fa place, & eft lui-même remplacé par celui de dehors. Au moyen de cette conftruètion iimple & peu coûtcufe, on réulîit à établir jufqu’aux extrémités les plus reculées d’une mine, un courant d’air très-rapide, capable non-feulement de fournir à la libre refpiration des ouvriers , mais encore d’entraîner ou d’ab-forber les vapeurs pernicieufes à mefure qu’elles fe forment.
- 587. Un des avantages que l’on doit remarquer à cette machine, outre fa fimplicité & l’on prix modique, c’eft de produire toujours un effet égal, quelque tems qu’il falfe ; ce qui manque dans la plupart des moyens mécha-niques : aulîi ce fourneau eft-il adopté dans beaucoup de pays pour l’airage des mines. Celui de Liftry n’eft qu’une application du fourneau ventilateur de M. Sutton, dont on pourrait, avec quelques légers changemens, tirer parti dans tous les endroits où l’on voudrait renouveller l’air, comme dans les filles d’hôpitaux, de fpeétacles, &c. On en fait ufage dans le nord de l’Ecolfe, où on l’appelle lampe à feu : il eh aulîi employé dans beaucoup de mines des environs de Newcaltle, où les galeries ont généralement beaucoup plus d’étendue que dans beaucoup d’autres pays; & l’on y elt perfuadé que par ce moyen l’on a beaucoup diminué les dangers de la vapeur fulminante. Il eft cependant à obferver qu’il n’eft pas ufité dans tous les puits de mines de ce quartier : cela fuppofe quelques raifons particulières ; elles ne peuvent être bien connues que par les propriétaires de ces mines, & il
- (a) Nouvelle maniéré de renouveller Vaïr des vaiffeaux,
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- DU CHARBON DE TERRE
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- ferait intércflant de les approfondir, (a)
- 88. M. Lehmann faifait cas de cette invention. Nous empruntons de fou ouvrage la defcription fuivante. A côté de l’ouverture d’un puits, on éleve un fourneau de brique A, fig. 3 , pi. XXXIV, dont le cendrier eft B , & le foyer en C; le tuyau D D pafle par le foyer du fourneau ; ce tuyau iera de tôle ou de fer de fonte dans la partie qui approchera du feu ; & les parties D E & E F qui defcendent dans les fouterreins, pourront être de bois ou de planches aflemblées , dont les jointures feront bouchées avec la plus grande exactitude, foit avec de la colle-forte, foit avec des bandes de parchemin. Ces tuyaux feront prolongés à proportion de la profondeur des mines, en ajuftant plusieurs tuyaux les uns au bout des autres. On pourra pareillement leur faire faire autant de coudes & de détours qu’on voudra, pourvu qu’on ait grand foin de bien boucher les jointures. Il eft à propos que l’extrémité F du tuyau qui eft fous terre, foit faite en entonnoir , afin que l’air y entre plus fortement. Lorfque la machine fera ainfi établie , 011 allumera du feu dans le foyer C du fourneau ; quand il fera bien allumé , on fermera la porte du foyer C , & celle du cendrier B : alors le feu attirera fortement l’air des fouterreins, qui entrera par F dans le tuyau-, & il ira s’échapper par la cheminée G du fourneau. Plus le tuyau de cette cheminée fera élevé, plus l’air des fouterreins fera vivement attiré par le feu ; l’air extérieur, en tombant par le puits H, remplacera celui que la machine aura pompé.
- Exécution du fourneau ventilateur de M. S ut ton, dans la mine du fieur Richard
- Ridley , appellée Biker, à quelques lieues de Newcafile , par M. Triewald ;
- & remarques du conjlructeur à ce fujet.
- 589. M. Triewald ayant d’abord réufli, en fouillant le puits de cette mine, à fe procurer un bon changement d’air avec le tuyau à air terminé en entonnoir, s’apperçut, lorfqu’on eut atteint une profondeur de quarante braffes, que ce moyen ne produifait plus d’elfet. Il prit le parti d’établir le fourneau ventilateur. Afin de fuivre M. Triewald dans la maniéré dont il procéda, il eft néceiTaire de recourir à la figure 1 de la planche XXXF, qui achèvera de donner l’idée de la conftrudion de cette machine , & de la force qu’elle a. A eft la cheminée du fourneau. B, le cendrier. C C C, le tuyau quarré de bois. D, le puits. E, la machine à chevaux pour enlever les charbons. F, la porte du fourneau, de trois à quatre pouces au-deifous
- ( a) On doit obferver que dans Tinté- taines heures, comme le vent d’oueft, qui rieur de l’Angleterre, où les vents font va- eft affez fréquent fur le foir, le vent du riables, il en eft qui paraiflent fuivre cer- fud dans la nuit, & le vent du nord le matin.
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- de la grille, qu’il fallait fermer très - exactement quand le feu avait commencé à brûler.
- f9O. M. Triewald commença par ôter la trémie & toute la partie du tuyau qui fortait hors du puits. Préfumant en même tems qu’on placerait fur ce puits une machine à chevaux, il fit faire un foffé , dans lequel le tuyau pourrait être couché horizontalement, fans barricader le chemin du cheval (a). “ L’extrémité de cette rigole à l’œil du bure , fut incontinent „ jointe au tuyau qui defcendait perpendiculairement dans le puits ; l’autre „ bout fut muré en C, dans le cendrier du fourneau, que l’on conftruifait 33 en tuile à une bonne diftance du puits. Dans le fourneau , au-deifus du cen-„ drier, je fis pofer un grillage de fer, dont les barreaux lie pouvaient laiifer J, paffer que la cendre, & non le charbon. Toutdifpofé comme on le voit, le 33 feu étant bien allumé dans le fourneau , je fis murer la porte du cendrier, 33 & toute communication de l’air avec le feu ( excepté de l’air qui venait 33 par le tuyau bien garni de terre gralfe ) fut interceptée. Dans l’efpace 3, d’une demi-heure l’air mauvais qui rempliffait le puits , fe trouva diilipé : „ le changement d’air fut fi prompt & fi fort, qu’en préfentant une chan-,3 delle au bas du puits, à l’extrémité du tuyau , à la diftance d’un pied , elle „ était éteinte ; car dès que l’air du tuyau fe confumait par le feu du four-33 neau , une nouvelle colonne d’air defcendait naturellement dans le puits, „ entrait dans le tuyau, & paifait par fon canal dans le feu du fourneau. Depuis „ ce moment on a employé cet expédient pendant trois mois , en entretenant ,, continuellement le feu du fourneau-, avec cette différence que, lorfqu’il „ fallait ouvrir le cendrier pour le nettoyer, le fourneau tirait fi fort, que „ l’on pouvait y fondre, dans un très-court efpace de tems , de très-grandes „ pièces de fer battu & fondu. Je ne dois pas oublier d’avertir que dans les „ premières vingt-quatre heures, cette exécution exigea une correétion. „ Quoique le tuyau n’entrât que de 2 à 3 pouces dans le mur du cendrier, il „ fut brûlé, le feu y ayant pris par quelques petits charbons qui avaient ,, paffé par la grille; j’y lubftituai pour lors un vieux cylindre de fer, de 9 ,3 pouces de diamètre ; & comme il avait 9 pieds de longueur, fon extrémité, „ qui fut jointe au tuyau de bois , ne put jamais s’échauffer alfez pour s’en-,, flammer 8c fe brûler; mais l’effet du changement d’air en devint encore „ plus fort. „
- Réflexions générales fur Les différentes maniérés déétablir la circulation de Pair
- dans les mines , & fur ce quil y aurait à faire pour les porter au degré de
- perfection dont elles peuvent être fufceptibles.
- 791. Tout ce que nous avons pu recueillir dans notre ouvrage de faits
- (a) Cette tranchée eft marquée dans la figure avec des points.
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- & de dires, meme oppofes entr’eux, fur les vapeurs ordinaires dans les mines, établit évidemment des différences dans ces vapeurs ; du moins à en juger par les effets très-diverfifiés. Les unes éteignent les lumières, les autres femblent dangereufes lorfqu’elles s’échauffent, font toujours prêtes à s’enflammer, & s’enflamment réellement dans tous les tems avec détonnation, il l’on en approche du feu* l’exhalaifon inflammable, plus légère que l’air, fe raflèmble au haut des voûtes des galeries , enforte que les ouvriers font obligés de tenir & de placer leurs lumières le plus près du fol qu’ils le peuvent -, d’autres occupent toujours cette partie des galeries (a). Delà s’enfuivraitnaturellement la nécefîîté de varier les moyens employés pour corriger les unes , diffiper les autres félon leur quidditè, pour me fervir d’une expreffion d’école , qui me femble rendre mieux ce que l’on appellerait ici leur nature. Malgré l’ignorance abfolue où l’on eft à cet égard, les pratiques dont on vient de donner l’énumération , exécutées ou variées, convenablement appliquées auffi à propos & avec autant d’intelligence qu’il eft poffible, ont, généralement parlant, un effet certain pour préferver les travaux fou ter reins du mauvais air, dans quelqu’état qu’on le confidere, ou en (impie vapeur, ou en vapeur difpofée à s’enflammer. C’eft du moins la conféquence qu’il eft permis de tirer du fuccès affez ordinaire que l’on éprouve de l’emploi des uns ou des autres de ces moyens, dans le plus grand nombre des mines. Comme cependant il n’exifte dans aucun genre , de pratique ni de méthode dont l'effet foit abfolument général, on fe doute aifément qu’il y aura toujours des cas fujets à de grandes difficultés.
- 592. Nous efpérons que les dire&eurs de mines, a&uellement plus infi-truits, feront moins indifférens & moins embarraflés^dans les occafions qui pourraient être matière à recherches, ou qui demanderaient une attention réfléchie. Avant de terminer ce qui concerne l’air des mines, fur lequel nous 11e reviendrons plus que pour examiner comment agiffent les vapeurs fouter-reines détonnantes où fuffbquantes , lorfqu’elles tuent les ouvriers, nous lie pouvons nous difpenfer de propofer deux de ces cas.
- Nous n’avions pu faire mention que par oui-dire, du fecret que les houilleurs prétendent avoir d’envoyer le fouma d’une mine à une autre. Il n’eft pas à préfumer que des ouvriers, quelque fins & quelque rufés qu’011 puiffe les fuppofer , aient aucune connaiifance des mélanges artificiels qui produiront des fermentations tran[portables, comme celles dont les expériences ont été faites par feu M. de Brémond, & par M. Triewald , dans une féance de
- (a) On ne parle id de cette vapeur que en hauteur, de maniéré qu’elle n’attaque dans Ton état non enflammé ; car lorfqu’elie que peu ou point tout ce' quife rencontre a pris feu , elle tend conftamment à s’élever en - bas.
- l’académie
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- l’académie de Stockholm ( a ) ; il n’y a nulle apparence qu’ils fe doutent de la poffibilité de renfermer dans une veffie , & de transférer où l’on veut, la vapeur inflammable. Mais s’il eft certain qu’ils puiffent exécuter ce trait de vengeance , il ferait très-curieux & très-intérelfant de découvrir comment les ouvriers y parviennent. Un directeur de mines, qui s’occuperait de cette recherche , ne perdrait pas Ton tems.
- $94. Une circonftance non moins importante & très - particulière , eft, îorfque la difficulté de réuffir à faire le tems, tient à l’air qui communique quelquefois des travaux du voifinage dans la mine où l’on travaille. Ce cas peut & doit arriver affez fouvent ; mais faute de réflexion & d’attention, on 11e fe doute point de la caufe d’où le mal peut provenir, & alors il eft fans remede. Il eft vrai que la conféquence peut n’ètre pas grande, fi cet embarras ne fe préfente que dans une exploitation qui vifè à fa fin , lorfqu’on approche du tems où il faudra l’abandonner , n’y ayant plus que peu de charbon à en tirer. L’inconvénient qui peut néanmoins en réfulter, pourrait n’ètre pas médiocre: un maître de fofles s’entête à employer contre ce défaut d’air, des moyens dont aucun 11e doit réuflir, puifqu’ils 11e vont point à la caufe j & alors ce font des fiais & du tems perdus. Je vais donner en peu de mots l’idée de la chofe, & l’on verra qu’il n’y a qu’une maniéré de vaincre dans ce cas l’obftacle qui traverfe la fin de l’opération.
- f9f. Quand deux mines font contiguës, ou lorfqu’une même veine eft exploitée par deux compagnies & par deux puits, de maniéré que la pour-chaffe, à mefure quelle fe fera de part & d’autre, vienne fe terminer à un même point de rencontre, il fe trouvera dans ce moment que ces deux mines, dont je fuppofe que les travaux s’approchent de quelqu’une des routes fouterreines que l’on apperçoit, ne feront plus féparées l’une de l’autre que par une épaiifeur plus ou moins confidérable ; c’eft dans cette maffe mitoyenne, que l’air d’une de ces carrières fe fait paflkge dans l’autre par quelques layes, ou quelques ouvertures ou fentes très-imperceptibles. E11 me rappellant la pofition de la mine d1 Engermigjion, près Decize , avoifinant celle des Minimes, & le point où en étaient les travaux refpedifs de ces deux carrières dans l’année 1770 , ( voyez Sect. III. ) j’ai rapporté au cas préfenté ici, la difficulté qui, trois années après, arrêtait la pourfuite des ouvrages de la mine d’Engermignon, & pour laquelle la compagnie recevait de Paris des inftrudions. Je communiquai mon idée ; il eût été aifé de s’éclaircir du fait, en levant un plan des deux mines. J’ai rendu compte de l’opération exécutée à cette occafion avec le fourneau ventilateur, conformément aux indications qui en furent envoyées fur les lieux, & il ne m’a pas
- (a) Art. VII, tome I, page 382. Tome XVII.
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- été poflible d’ètre informé des réfultats définitifs. Je fuis borné à faire part ici des quedions que les intéreffés propofaient, lorfqu’ils étaient arrivés au point où fe termine le journal. On demande ici “ fi après avoir continué „ fans fuccès l’expérience pendant quelques jours , on ne ferait pas bien de „ boucher les cornets a&uels pour les rendre nuis , & de commencer enfuite „ l’opération au haut du puits , c’ell-à-dire, de faire defcendre de pied en pied, „ de toile en toife , les tuyaux depuis le poêle ou fourneau, jufqu’à ce qu’on 3, eût trouvé le bon air au fond du puits. Le 3 1 mars , 011 mandait que les elfais „ n’avaient pas eu lin fuccès foutenu ; que le fourneau avait établi la circu-„ lation de l’air pendant quelques heures ; que les ouvriers étaient defcendus 3, au fond de la mine, & avaient commencé à y travailler; mais que le mau-„ vais air avait regagné : ce qui avait obligé de retirer promptement les ou-», vriers. „
- 5'96. Dans les occafions où la caufe de l’embarras fe trouverait être celle que je préfume, il ferait fans doute abfurde de chercher à aller reconnaître d’où peut venir la communication de l’air. Outre la difficulté, cela ferait fort inutile : il fuffirait donc de s’alfurer de la direction réciproque des ouvrages , pour juger feulement de l’étendue de la malle qui forme la cloifon commune entre deux mines, & dans l’une ainfi que dans l’autre, d’élever contre toute cette épaiifeur de forts fcrremens, foit en flouppures, fouayes, ou maçonnerie, ou en planches. Avec cette efpece de double & de triple mur, qui intercepterait exactement la communication de l’air d’une mine à l’autre, on fent qu’on réuffirait à épuifer entièrement, fans aucune incommodité , la mine qui était embarralfée ; à n’ètre point forcé de lailfer , en abandonnant la mine , les ferres & ftappes nombreufes qui pourraient s’v trouver.. Si même il reliait encore d’un autre côté une partie de charbon dont on ferait le maître, 011 en reprendrait la pourchaife avec avantage. Si l’obltacle dépend d’une caufe ordinaire, les détails précédens fur le renouvellement de l’air dans les mines par le fecours du feu, & fur la condruction du fourneau de M. Sutton, doivent conduire à faire celfer l’embarras ; mais, alors on ne peut avoir trop étudié tout ce qui a rapport à cette matière.
- ^y. Les Anglais remarquent que le dampfir commence vers la fin de mai, continue tout l’été, augmente pendant cette faifon, & reparaît plufieurs fois dans le même été. On n’a encore pu déterminer bien précifément ces périodes particuliers, ni fi ces exhalaifons inflammables font plus fréquentes, dans les mines où il y a beaucoup d’eau, que dans celles qui font moins humides. Il ferait utile fur-tout, d’ètre attentif aux phénomènes peu* cou datés , peu examinés, de la relation de l’air extérieur avec l’air des fouterreins de. mine; par exemple, les réfidances que les vents éprouvent de tout ce qui fe trouve à la furface du terrein aux environs du bure, ce qui eft caufe
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- qu’ils font plus forts dans les endroits élevés que dans les endroits bas, la fituation, la largeur des côtes ou des montagnes du voidnage, qui rétré-cilfent quelquefois le palfage des vapeurs & de l’air agité , & par-là produi-fent de l’accélération dans leur mouvement, &c. Ce 11e fera qu’à l’aide de ces examens, de ces réflexions, qué le fourneau ventilateur, & la plupart des moyens adoptés pour vaincre les difficultés que le défaut d’air apporte en bien des maniérés à l’exploitation des mines, feront fufceptibles de quelque perfection.
- $98. La conftitution de l’air des mines n’a point encore été obfervée d’une maniéré affezfuivie; nous l’avons remarqué en rapportant plusieurs obferva-tions barométriques & thermométriques. Ces expériences demanderaient à être faites jour par jour, en laiflant tant à la bouche que dans des diftances convenables du bure, & dans des places marquées des galeries, des inftru-mens météorologiques, correfpondans entr’eux, d’après lefquels on annoterait régulièrement le foir, le matin & à midi, l’état ou la difpofition de Pathmofphere extérieur, & de l’athmofphere des fouterreins, par rapport à la chaleur ou au froid, au poids, à l’humidité, & les changemens qui s’y feraient remarquer. Il eft eflentiel de ne point perdre de vue dans ces recherches la remarque que nous avons faite ci - defliis , de faire particuliérement attention qu’en même tems que le mouvement du mercure dans le baromètre, universellement reconnu comme un effet immédiat de la preffion plus ou moins grande de l’air, eft le moyen le plus propre à indiquer la raréfaction qu’on fe propofe de connaître ; il eft auffi bien décidé en phy-fique, que les colonnes de mercure ne s’élèvent également dans ces fortes de tubes, que quand les diamètres font égaux. Il eft donc important, pour bien juger du degré de raréfaction de l’air, en le comparant à un baromètre, de s’aflurer exactement, ou de l’égalité , ou encore mieux du rapport de leurs diamètres. L’exécution de ce projet ferait très-facile à un maître-ouvrier, ou à un piqueur intelligent, au moyen d’une table divifée fur une feuille de papier, qui pourrait être confidérée comme la coupe de la partie du puits où feraient placés, à côté l’un de l’autre, un baromètre & un thermomètre dans trois parties de la profondeur, à une couple de brades au-deflous de l’entrée, vers le milieu & au bas du puits.
- Recherches & confeils de médecine fur les maladies & accidens qui mettent en danger la, faute & la vie des ouvriers de mines.
- ^99. Soit imperfection dans quelque partie des opérations relatives à l’airage ou aux eaux, foit imprudence, foit négligence des ouvriers , il ne leur arrive encore que trop fouvent des accidens: les uns font tués par la
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- déflagration du crowin, les autres fuffoqués par le fourni, ou même fubmer-gés par les eaux. Vraiment digne du titre de philofophe, Agricola, eir traitant de toutes les opérations de mines, ne s’elt pas moins montré l’ami de l’art qu’il a décrit, que des ouvriers qui s’y adonnent. Touché des maux & des dangers auxquels ils font fans celfe expofés, il avertit formellement les prépofés de mines , en leur donnant le confeil dont nous avons fait mention , de prendre quelques idées de médecine; que ces ouvriers, dans les accidens qui leur arrivent, doivent recevoir d’eux les premiers fecours. Il inftruit les diredeurs.de leurs devoirs fur toutes les précautions qui ont rapport à la faute des employés. Cet écrivain, qui méritera dans tous les tems , & à plus d’un titre, les éloges que lui a donnés le grand Boerhaave, ne s’en eft pas tenu là ; il s’eft occupé à inftruire les ouvriers eux-mêmes : il leur indique les moyens de fe mettre à l’abri des incommodités qui font le trille apanage de leur métier. (a)
- 600. Voue par état au fouîagement de l’humanité, comme l’était le célébré écrivain dont l’ouvrage a fervi de plan à cette derniere partie de mon travail, puis-je , dans une matière qui intéreife la- fanté' & la vie des ouvriers , perdre de vue mon modèle ? Les diredeurs des mines de charbon de terre , les” feigneurs de paroilfe , qui ont dans leurs terres, ou de ces mines , ou des ha-bitans qui s’en occupent; cette clalfe d’hommes laborieux, dont une circonf-tance de ma vie m’a fourni l’occafion d’être l’hiftorien , quant à leurs opérations, leur induftrie, tous, fans doute, attendent de moi les mêmes marques de zele & d’affedion qu’Agricola a données aux ouvriers attachés aux mines métalliques. Si l’engagement facré d’un médecin, d’être , toutes les fois qu’il le peut, utile à tous les citoyens de l’univers; fi l’inclination ne me faifait pas un devoir de fuivre- l’exemple que j’ai devant les yeux, des
- ( a ) En Suede, le gouvernement, auquel les travaux des mines métalliques font de la plus grande importance, a adouci la rigueur du fort des mineurs , en entretenant aux dépens de l’état dans un hôpital fondé en 1696 , les ouvriers qui ont eu le malheur d’être bleffiis ou mis hors d’état de travailler. On leur donne par mois 18 thalers de cuivre, valant 10 fols & demi de France. Dans la partie de l’ancienne législation fran-cjaife fur les mines, nos rois , non moins bienfaifans, ni moins attentifs , avaient pourvu convenablement à la difficulté que l’éloignement des paroiffes & des villages où peuvent être fituées les mines, appor-
- tent aux fecours dont les ouvriers ont befoin. dans les accidens. Il eft ordonné qu’un trentième du provenant net de la mine, quel qu’il /dit, fera mis entre les mains des tre'forier & receveur general des mines, pour ces deniers être employés à Tentrete-nement d’un ou deux prêtres , d’un chirurgien , & à l’achat, des médicamcns, afin que les pauvres hlejfiés foient Secourus gratuitement ; £«f par cet exemple , les autres ouvriers plus encouragés au travail def-dites mines. Arrêt donné le 14 mai 1604, par le roi, féant en fon confeil, fur l’ordre & réglement que S. M. veut être gardé au fait des mines & minières de fon royaume.
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- motifs particuliers, qu’il ne m’eft pas permis de laiiTer ignorer, m’auraient feuls décidé à m’arrêter fur un point aulli intéreifant. C’eft, comme on le lait, dans les plaines du pays.de Liege , que j’ai puifé les notions de houille-rie. Au tableau que j’en ai tracé en grand , 011 a pu s’appercevoir, &• je dois le dire, que c’eft le feul pays où j’aie trouvé complètement les facilités qui m’ont conduit à faire cet ouvrage, & à lui donner la derniere main. Les occupations de mon état, bien oppofées à celles du cabinet, les difficultés dont ce. travail eft hériifé de toutes parts , ont mille fois confpiré tour-à-tour à me décourage dans mon entreprile. L’accueil flatteur dont mon ouvrage a été honoré dans ce même pays, le fuffirage du prince (æ), le6 marques d’ef-time de MM. les bourgmeftres & confeil de ville (é), font devenus pour moi des encouragemens fucceffifs auxquels je 11’ai pu être infenfible. Je ne ferai nulle difficulté d’avancer que, fi dans les endroits où mon ouvrage parviendra, il en réfulte quelqu’utilité, quelque perfe&ion dans le genre des travaux dont j’ai traité, cet avantage fera dû autant à ces circonftances qu’au defir fincere dont j’ai été animé de diriger les regards du gouvernement français fur les richelfes qu’il poflede en charbon de terre. Accueilli d’ailleurs perfonnellement par le college des médecins de Liege (c), & infcrit fur leur tableau, pourrais-je dédaigner de partager dans cette circonftance leurs fonctions vis-à-vis des houilleurs, ces hommes utiles, avec lefquels j’ai été en liaifon pour connaître , étudier & décrire leurs pratiques, & qui n’ont point craint de les voir tranfmettre à des étrangers ? Prefque tous habitans d’une grande capitale où il y a quatre hôpitaux, & à portée de recevoir , pour leur famé, des fecours éclairés & intelligens , ils ont fans doute moins befoin des confeils que je vais expofer,. que les houilleurs des autres contrées, dont les travaux s’exercent la plupart loin des villes. Cependant, ayant à préfen-tçr, fur un point important & négligé jufqu’à ce jour, des idées qui méritent une attention férieufe , quelque part qu’elles puilfent être connues, je fuis alfuré d’être agréable au college de Liege, & d’entrer dans les vues bienfai-fantes du prinee< & du confeil de la cité, en cherchant à me rendre direéte-ment utile à un corps nombreux, l’une des principales fources de la richeife du pays, les houilleurs ; c’eft à eux que je confacre publiquement les réflexions & les recherches qui vont fuivre.
- 601. La nature du charbon de terre, bien différente de celle des fubftan-ces métalliques, fujettes à de vraies mouffettes pernicieufes i les émanations
- (a \ Voyez le volume des mémoires de MM. les bourgmeftres & confeil, par Al. le l’académie royale des foiendes de Paris, chevalier de Iieufy, ancien bourgmeftre, pour l’année 1768 ^hift: pag. 129L confeiller privé de S. A. alors fon miniftre
- ( b ) Lettres de bourgeoise du } dé- à Paris, cembre 1770, préfentées de la part de (c; Lettre d’aflbciation du 25 avril 1761.
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- qui peuvent appartenir à ce foffile, plutôt médicamenteufes que nuifibles," ne fourniflent pas matière à de grands détails fur les maladies des houilleurs. Ces ouvriers n’en connaiifent qu’une feule, dont l’efpece eft très - bénigne. On ne voit pas même que ceux qui travaillent dans des mines où ils font obligés d’être toujours couchés fur le dos , foient fujets à l’incommodité qui afflige les ouvriers des mines métalliques , ou de ceux qui travaillent l’ar-doife à Mansfeld (a). Sans m’écarter de la divifion fuivie par Agricola pour indiquer les maladies des mineurs, contre lefquelles il défigne des préferva-tifs , je diftinguerai ces maladies en deux dalles , les maladies que les houilleurs peuvent contracter à la longue, & les accidens fubits & violens qui les expofent à perdre la vie, au point qu’ils ont fur leurs perfonnes toutes les. apparences de la mort.
- Des incommodités ou maladies que les houilleurs peuvent contracter à la longue.
- 602. Agricola a obfervé que les ouvriers de mines, lorfqu’ils viennent à un âge avancé, font fujets à beaucoup d’incommodités, & particuliérement à des maux de jambes ; il les attribue à la fraîcheur & à la qualité des eaux qui abondent dans les mines. Les eaux des houillieres font, à tous égards, exemptes de toute efpece de reproche (h). Je penfe néanmoins que les houilleurs fe trouveraient bien de faire ufage de guêtres ou bottines de cuir, qu’Agricola confeille aux mineurs. Indépendamment de la nature falubre ou non des eaux , l’état humide des lieux où elles féjournent ou coulent , ne mérite-t-il pas ici quelques confidérations ? Pour garantir les yeux & la poitrine de la poufflere toujours en mouvement & très-abondante dans quelques mines ( métalliques ), Agricola engage les ouvriers de fe couvrir lâchement le vifage. Ce confeil eft fondé fur ce que dans les mines du mont Crapatz (c) ,
- Hongrie & la Tranfylvanie du coté du nord, où il y a beaucoup de mines ; elle prend dif-férens noms, félon les différens voifins. Les ( Allemands la nomment Weijfemberg , cfeft-. à-dire, montagne blanche ils l’appellent auffi Schneeberg, c’eft-à - dire , montagne couverte de neige ,• c’eft le nom qu’elle % entre la Moravie & la Hongrie. Les Efcla-vons la nomment Tatari ,• du côté de la Ruffie & de la Tranfylvanie, on la nomme Crampach & ScepeJJi ; plus au levant, les Rulfens l’appellent Bias feiadi; & entre la Pologne & la Hongrie, Tarchal en hoH-grois, & der Munc/i en allemand.
- (a) Cols tors , torticollis. G. Krum hais, d’où les malades font appellés en aL \enmnd frump-hclfe : fojjbrcs qui colla gerant intorta.
- ( b ) L’analyfe que M. Monet a faite des’ eaux de la mine de Littry en baffe-Normandie , & qui eft inférée dans fon Traité des eaux minérales, page 167, démontre qu’elles contiennent de la félénite, du fel deGlauber , & l’union de l’acide vitriolique avec le fer, dans l’état que l’on appelle eau mere.
- ( c } Carpatcs, mont Crapack, longue chaîne de montagnes qui environnent la
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- il était ordinaire de voir beaucoup de femmes veuves de fept maris , tous fuccombés à cette pouffiere de mine qu’ils avaient refpirée.
- 603. La rareté de la fécbereffe dans les houillieres , le défaut de mauvaife qualité du pouffier de charbon de terre, rendent affez inutile la précaution propofée par Agricola, quoiqu’avantageufe d’ailleurs dans les mines de plomb, de cuivre , & autres. Ce que l’on pourrait appréhender de cette pouffiere refpirée , fe réduirait, en (péculation , à l’effet qu’elle pourrait produire comme corps étranger, introduit en certaine quantité dans les bronches pulmonaires , & qui alors pourrait être réputé concourir comme caufe éloignée à la difficulté de refpirer , dont nous allons dans un inftant effayer d’affigner la vraie caufe. Un fait certain, c’eft que cette incommodité n’eft pas fenfi-blement marquée dans le plus grand nombre des ouvriers de mines de charbon , qui jouiffent, en général, de la lanté donnée au commun des autres hommes. Il eft encore auffi certain que dans aucun des pays où il s’exploite une grande quantité de ces mines , le terme de la vie des houilleurs eft celui qui eft ordinaire, & ne préfente point à leurs femmes, comme à celles des mineurs de Schneberg (a), l’occafion de fe défoler jufqu’à fept fois de la perte de leurs époux, (é)
- Difficulté de refpiration ; fa caufe & fa curation.
- 604. Les perfonnes qui ne lavent juger des chofes que par les noms dont les ouvriers fe fervent pour exprimer leurs idées, qui fe rappellent en même tems que quelques charbons, quelques veines font appellées veines foufreufes, charbons foufreux, ne manqueront point d’imputer au foufre l’incommodité dont il eft queftion. On eft affez prévenu , par ce que nous avons eu occa-fton de dire à ce fujet dans le courant de cet ouvrage, du peu de fondement de ce premier foupçon. La remarque de M. Zimmerman, dont j’ai fait ufage, fe rapporte fur-tout à cet article. Pour pouvoir prendre quel-qu’idée jufte des parties conftituantes du charbon de terre, il eft indifpen-fable de foumettre aux expériences chymiques un auffi grand nombre qu’il eft poffible de charbons de terre de différens pays, ou de comparer tous
- ( a} Ce Schnecherg , dont il eft parlé, ici, eft une partie des monts Crapack, qui eft depuis le confluent de la Moravie & du Danube, dans la petite Pologne ; ce font les plus hautes des montagnes de ce quartier, & elles font connues chez les Latins fous le nam de Sarmaiica rupu, Satina-* iici montes, \
- (b) Pour les ouvriers qui travaillent aux. mines métalliques & aux fonderies , oni peut confulter le précis d’un traité des maladies auxquelles ils font expofés, parmi les. œuvres de M Henokel, édition de 1762 „ page 4Ç9. L’auteur y préfente fur-tout des détails fur la phthiüe des mineurs.
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- les travaux faits en ce genre. Je n’ai pas négligé cette maniéré, la feule capable de former un tableau diftind fur cet objet. En mon particulier, j’ai analyfé plusieurs charbons de terre; d’autres l’ont été à ma folliçitation, dans le laboratoire de l’hôtel royal des invalides , par MM. Parmentier, De-machy & Defyeux ; j’ai recueilli un nombre conOdérable de ces analyfes faites en diflférens pays fur diiférens charbons de terre, par plufieurs habiles chymiftes ; je ne puis trop répéter qu’il réfui te des unes & des autres , que l’idée où l’on eft allez communément de l’exiftence du loufre dans le plus grand nombre des charbons de terre, eft ablolument un faux préjugé dont on reviendra certainement, (a)
- 6of. Quelques foins que nous ayons pris dans ces analyfes, pour y découvrir l’acide fulfureux volatil, ou le loufre dans un état de combi-naifon , rien n’a pu l’y démontrer ; & li dans certains cas les charbons de terre offrent des traces ou d’acide fulfureux volatil, ou d’acide vitriolique, l’acide marin paraît pourtant être celui qui les conftitue elfentiellement (b). Parmi les chymiftes diftingués qui ont analylé ce follile, & qui ne regardent pas les charbons de terre comme compofés de foufre , M. Zimmerman ob-ferve que , lorfque les vapeurs qui s’en exhalent font concentrées , elles delïe-chent les glandes & les membranes bronchiales ; ce qui le porte à penfer qu’elles pourraient être la caufe des maladies des ouvriers employés à ces mines. La combuftion du charbon de terre n’en développe non plus rien de contraire à la fanté : je l’ai prouvé, dans la tliefe à laquelle j’ai préfidé aux écoles de médecine , en 1771 (c). On en fera convaincu dans le troilieme article delà derniere fedion de cette fécondé partie , où il fera traité de la nature du feu de houilles, relativement à la fanté. Si donc ies vapeurs de mines de charbon de terre ne font point en elles-mêmes mal-faifantes, ce 11’eft plus que par quelque changement particulier qu’elles acquièrent. J’ai fait connaître dans fes
- (<z) Une affez grande quantité deper-fonnes foutiennent à Liege que bon tire du foufre en canon de la fuie de houille. Cette opinion abfolument faujfe, tire fon origine du langage du peuple Liégeois, qui appelle foufre en canon , foufre de brocal, défi-à- dire, foufre d’allumettes ,• éfi la fuie de houille, foufre de cheminée. Cette commune dénomination a induit à penfer que le foufre exijle dans la fuie , & que ceux qui le fabriquent, V en font fortir par des opérations particulières. Ces ouvriers accréditent l’erreur, afin de dcpayfer ceux qui fer aient tentés de partager avec eux
- leur gain en les imitant. Voyez Fanalyfe de la fuie du charbon de terre de Finis, dans la tradubîion des Récréations phy-fiques , économiques & chymiques de M. Model, par M. Parmentier, page 49 ?, tome I, éf corollaire V de la thefe citée ci~-dejfus.
- ( b ) Voyez la tradu&ion des Récréations phyfques de M. Model, où cette analyfe eft inférée, page 490, tome I.
- ( c ) L’auteur de la tradudion des RécrcaJ tions chymiques en a inféré un extrait détaillé à la fuite de fanalyfe du charbon-de terre de Novogorod , page 480 , tome I.
- particularités
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- particularités eflentielles, le défaut d’air appellé improprement mauvais air, mieux qualifié par Agricola, aer gravis ^ d’autres fois aer immobilis. Ça)
- 606. Le différent genre d’altération de l’air des mines, ou chargé de vapeurs qui fatiguent le tilfu des poumons & gênent la refpiration, ou chaud, & produifant la fuffocation , ou condenfé au-delà de fon état ordinaire , ce qui rend la refpiration pénible, ces différentes maniérés dont l’air peut fe vicier, font bien fuffifantes pour affecter les houilleurs : ces ouvriers le feront différemment, félon la difpofition qui leur eft particulière, le volume d’air qui entre dans les poumons, pouvant être depuis 10 jufqu’à 12, 13 pouces , & même 16 ou 17 dans les infpirations ordinaires , telles qu’elles font dans un état fort tranquille (b), ce qui dépend du petit diamètre & de l’axe de la poitrine. A raifon de cette difpofidon, fans doute, les hommes peuvent vivre dans un air de denfité très-différente : aufli l’on voit qu’en général elle peut être d’un dixième, & que l’on peut conferver la vie dans des airs où Gette denfité eft double, comme le prouvent les ouvriers qui travaillent dans le fond de quelques mines où le mercure des baromètres eft à 31 pouces.
- 607. En envifageant les exlvalaifons de mines, préjudiciables à raifon de l’augmentation du poids de l’air , M. Haies propofe de refpirer au travers d’une piece de flanelle , dans laquelle l’air s’imbibe, fe filtre & s’affine , pour ainfi dire, en biffant fur cette étoffe ce qu’il contient d’étranger & de nui-fible. L’auteur prétend , par ce moyen, prévenir efficacement la fuffocation immédiate, & mettre ainfi l’ouvrier en état de fupporter plus long-tems le mauvais air dans un cas de néceffité. Ce defenfif, imaginé par une théorie qui n’eft pas, à beaucoup près, certaine, ferait très-infuftifant, à moins que l’étoffe ne fût imbibée d’alkali fixe ( ç) ; 8c encore fon effet 11e ferait-il pas de longue durée, fi tant eft que cet alkali lui-même 11e portât aucune influence fur l’air qui aurait été combiné avec lui avant d’être attiré par l’infpi-ration.
- 608. Dans les mines où la vapeur eft de nature inflammable, cette piece d’étoffe ferait même dangereufe, d’après ce qu’avance M. de Tilly fur la facilité finguliere avec laquelle le feu grïeux s’attache à la laine : nous en parlerons bientôt. En tout il paraît que les vrais préfervatifs de cette vapeur confiftent uniquement dans les différentes maniérés de faire circuler l’air, & que l’on ne doit pas regretter le fecret aufli. merveilleux que douteux,
- (a) Quem interdum dornini non artc, liqueur alkaline de tartre , vulgairement nonfumptu tmendare corrigere valent, nommée huile de tartre par défaillance. Lib.' VI, de re metallica. Alkali fignifie en général tout Tel dont les
- (ù) Effais phyfiques fur l’ufage des par- effets font différens & contraires à ceux tics. des acides.j
- ( c ) Comme le fel alkali de tartre, & la
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- dont il eft fait mention dans les écrits de Boyle (a'). Il ne relie qu’à examiner quels font les remedes qui conviennent à l’afthme chronique que les houilleurs contractent quelquefois, & que nous avons appelle aflhma monta-num. Ramazzini en indique plusieurs propres à garantir de cette maladie : les caufes qui peuvent donner lieu à cette incommodité, étant toujours plus ou moins exiftantes par la fréquentation journalière des ouvrages fouterreins, il paraît que dans ce cas la médecine doit être un art muet. Lorfque l’ouvrier a renoncé au métier, la difpofition invétérée ne permet guere non plus de tenter de remede. Heureufement, comme je l’ai dit, ce mal n’eft pas général. Horftius, liv. 7, obf. 2$ , décrit, d’après l’expérience , un traitement très-efficace contre l’a&ion des évaporations minérales ; mais c’eft en faveur d’ouvriers travaillant au grand air, & à des opérations fur des métaux, ce qui fait une très-grande différence: néanmoins les remedes prefcrits par cet auteur, feraient très-appropriés, Ci l’état du malade en exigeait: ils rentrent ab-foîu ment dans le genre de préparations bien perfectionnées aujourd’hui, qui font le kermès minerai, & la poudre du comte de Warvick , connue plus généralement fous le nom de poudre de cornachine , ou poudre de tribus , défignée dans quelques ouvrages fous le nom de cerberus triplex.
- Des accidens graves & fubits, auxquels font expofés les ouvriers de mines.
- C09. Les effets les plus graves & les plus fâcheux, réfuîtans de l’air renfermé dans les mines, peuvent être rangés dans le genre des maladies qualifiées en médecine, morbus mtonitus & fderatus, puifqu’en effet "l’ouvrier qui a éprouvé, foit la commotion de la vapeur fulgurante, foit l’effet de la vapeur fuffocante, rçfte & peut relier long-tems fans mouvement, comme un homme frappé de la foudre, & que cet état efl fouvent fuivi d’une mort abfolue. Les houilleurs qui 11e font pas tués par l’explofion, & qui n’ont pas eu le tems de fe jeter fur le fol des galeries, en font quittes ordinairement pour des brûlures & des meurtriffures. Nous commencerons par nous arrêter à ces accidens, dans lefquels les ouvriers bleffés , ou par des éruptions d’eaux, ou par des exploitons enflammées qui les ont entraînées , font
- ( a Il y efl: rapporté que Corneille Drebbel ayant fait une efpece de vaifleau pour aller fous l’eau, ceux qui hafardaient d’y entrer, manquaient d’air frais, & qu’il imagina un fecret pour remédier à ce défaut. Lorfque l’air était furchargé des ex-halaifons qui fortaient de ceux qui étaient dans le bateau, & qu’il n’était plus propre
- à la refpiration , on débouchait une bouteille remplie d’une liqueur ; une grande quantité de corpufcules, qui alors s’exhalaient dans l’inftant de la phiole, corrigeaient l’air, & le rendaient pendant quelque tems propre à la refpiration. Expi. phyfîco . mech. expi. 41.
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- évidemment fufceptibles de fecours. Avant d’entrer en matière, il eft à propos, comme nous l’avons fait pour la vapeur fuffocante, d’expofer ce que Ton peut penfer de la nature de celle qui s’enflamme dans les mines.
- De la nature du feu grieux.
- 610. Tout ce que nous venons de rapporter, il n’y a qu’un in fiant » concernant ce que l’on doit penfer de la préfence du foufre dans le charbon de terre, nous exempte de combattre l’idée où pourraient être quelques perfonnes que cette inflammation ou détonnation de vapeurs de houille dans les fouterreins , appellée feu grieux, eft le produit d’un principe ful-fureux. M. de Tilly la regarde comme une dilatation de l’huile eflentielle contenue dans les charbons de terre, & opérée tant par la chaleur qui s’évapore des ouvriers , que par celle de leurs lumières. Laiflons à part l’explication qu’il donne de fon fentiment, & la preuve qu’il apporte de i’exiftence d’une huile eflentielle dans ces matières bitumineufes. Je crois devoir m’arrêter uniquement à une idée particulière de l’auteur, fur l’analogie de l’effet de fon huile avec celui des huiles enflammées. Selon M. de Tilly, de même qu’un aîkali volatil uni à une huile eflentielle , ( par la facilité naturelle qu’il fuppofe aux alkalis quelconques, de s’unir avec les huiles quelconques ) fe trouvant décompofé par la déflagration, détruit particuliérement tout ce qui appartient au régné animal,& ne produit aucune altération fur les fubfc tances végétales; de même, dit-il, le feu grieux s’attache par préférence à ce qui appartient au régné animal, & n’a aucune prife fur ce qui eft du règne végétal. Conféquemment à ce principe, autant l’habillement en toile, dont les ouvriers ont coutume de fe fervir, eft pour eux une fauve-garde aflurée contre la brûlure de cette inflammation, autant ils feraient en danger de perdre la vie s’ils étaient vêtus en laine; ces vètemens feraient confumés en un inftant.
- 611. Je crois avoir entrevu que l’idée de M. de Tilly n’eft abfolument fondée que fur la facilité & fur la promptitude avec lefquelles , dans les inflammations fpontanées des vapeurs de mines, la flamme aeftive & rapide qui 's'en échappe, confume la barbe & les cheveux des ouvriers qu’elle rencontre dans fon chemin : il n’y a cependant dans cet effet rien que de très-facile à concevoir. Il y aurait une façon très-aifée de s’aflurer du point de fait; & comme rien n’eft à négliger, même dans les chofes de curiolité, qui peuvent tôt ou tard devenir utiles, je délirerais que dans les mines fujettes à ce feu , on engageât quelques ouvriers à avoir toujours fur leurs épaules ou fur leurs bonnets une poignée d’étoupes ou de foin bien iec. Je fuis très-porté à croire, & un phyficien en fentira la raifon, que ces deux fubftances
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- s’enflammeraient tout aufli promptement que les cheveux & la barbe de ces ouvriers. Si Pobfervation de M. de Tilly eft certaine, la précaution de ref-pirer au travers d’une piece de flanelle, comme l’a propofé M. Haies, pour fe garantir de la fufFocation immédiate, ne ferait pas, à beaucoup près, fans inconvénient dans les mines où le feu prend aifément : il vaudrait mieux s’en tenir à une toile en canevas. Les ouvriers des mines de Lancaftre , en Angleterre, qui font dans l’ufage , lorfqu’ils vont attaquer le glop-damp, de s’envelopper des pieds à la tète d’un paltot de gros drap (a), ont doublement raifon de le mouiller avec autant de foin qu’on a coutume de le faire pour les fimples fouquenilles en toile, dont on fe fert communément dans toutes les autres mines.
- Méthode ufitie parmi les ouvriers de mines , pour ceux qui ont été brûlés par
- le feu grieux.
- 6ïz. Les ouvriers qui n’auraient pas été attentifs à la marque infaillible que nous avons donnée en fon lieu , de l’explofion ou inflammation prochaine de ces vapeurs, aifée và prévoir par l’alongement de la flamme des lumières, qui précédé toujours ce malheur, font expofés, entr’autres acci-dens, à des brûlures dont les dilférens degrés font plus ou moins fâcheux, & même mortels. La flamme vive & approchante de celle de l’efprit-de-vin ou de la poudre à canon, quelque prompte qu’elle foit à fuivre fa route pour s’échapper, produit quelquefois des efcarres très - profonds , qui vont jufqu’aux chairs, aux veines & aux nerfs , & qui font toujours accompagnés du plus grand danger , principalement fila blelfure a attaqué le vifage. Les fecours appropriés à cette circonftance, dans laquelle le mal dégénéré fouvent en affeélion chronique, ne peuvent être détaillés ici; ils tiennent à une pratique méthodique & variée fuivant les accidens, & qui exige un homme de l’art.
- 613. En 1749 , lorfqueje fuivais Phôtel-Dieu de Lyon, au mois de juillet, je vis un malade bleffé par le feu d’uti météore qui pouvait n’ètre pas bien différent de celui dont il s’agit. L’obfervation que j’en communiquai alors à la fo-ciété royale de Lyon, & dont il fut fait mention dans le Mercure de France du mois d’août 1-75-5 , a été inférée en entier dans le Journal de médecine d’avril 1755 (b). Dans le cas de brûlure fimple & légère, pour laquelle on
- (a) Efpece de farrau à manches, dans (b) C’était un vuidangeur qui, fe dif-lequel on conferve feulement à la partie pofant à vuider des latrines , plaça 1a chan-qui répond aux yeux , deux ouvertures delle allumée fur le bord de la folle : aufli-garnies de glaces, afin que l’ouvrier puiffe tôt que la pierre qui la couvrait fut levée, fe conduire. il en fortit un nuage très-épais. Cette va-
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- ET DE SES MINES. Partie II.
- n’aurait befoin que d’aftringent & d’adoucir la douleur, on pourrait envelopper la partie dans de la boue, foit de la mine, Toit d’autre, ou la badiner avec une décoélion de lierre, ou encore baigner dans de l’eau fraîche la partie brûlée , jufqu’à ce qu’on n’y relîénte plus aucune douleur. Dans les cas de grandes plaies, la méthode des ouvriers des mines de Mendipp , eft d’expofer la plaie à un grand feu, de baigner enfuite la partie malade dans du lait de vache chaud, & d’appliquer enfuite de l’onguent pour la brûlure , dont le dire&eur des travaux doit toujours avoir provifion. Lorfque les douleurs fontpaifées, on aide la confolidation & la cicatrice de la plaie , félon les circonftances. Il arrive encore dans les accidens de mines , un cas qui ne demande pas moins d’attention , quoique l’ouvrier foit entièrement fain ; c’eft lorfqu’à la fuite des grands bouleverfemens, les travailleurs ont été long-tems enfermés fous terre. Nous avons donné l’hiftoire du traitement employé par M. Santorin , vis-à-vis d’un ouvrier de la mine de Charleroy.
- Moyens pratiqués dans les mines pour fecourir les ouvriers étouffes^ par le fotima.
- 614. Cette fuffocation doit être diftinguée en deux efpeces: l’une arrive à l’occafion des vapeurs de feu de charbon de terre allumé dans les galeries, & eft du même genre que les lyncopes occafionnées par les exhalaifons de charbon de bois dans un endroit renfermé. L’autre efpece , auflî dangereufe, eft celle qui eft produite par le crowin. Ce qui mérite le plus d’attention de la part des ouvriers, c’eft la promptitude avec laquelle cette mofette exerce font aétion, & le peu de profondeur à laquelle elle fe rencontre quelquefois ( a ). Il eft donc important d’abord de prévoir fa préfence : pour l’ordinaire cela eft très-poflible. On doit fe rappeller que la difficulté qu’011 remarquerait à la chandelle ou à la lampe, de fe maintenir allumée, ou que l’ouvrier éprouverait lui-même pour refter dans la mine ou avancer plus loin, feraient des avertilTemens fuffifans du danger de fuffocation.
- peur ayant rencontré la lumière, s’enflamma tout-à-coup, brûla jufqu’au vif les mains & le vifage, & s’élevant tout de fuite dans l’air, fortit par la fenêtre, & mit le feu à un cbaflîs de papier, qui était au quatrième étage de la maifon : il Faifaît alors de très-grandes chaleurs. Le malade tranfporté à l’hôpital, fut traité avec le plus grand foin ; & cependant les brûlures du vifage étaient à peine guéries au mois d’octobre luivant. Au mois de novembre , une rétention d'urine , fuivie d’enflure & d’une violente
- diarrhée , emporta le malade en très - peu de tems.
- ( a ) M. Triewald obferve , dans fon mémoire fur cette vapeur, qu’elle agit quelquefois fur la lumière avec laquelle on def-cend dans un puits de mines , lorfqu’à peine on eft arrivé à un couple de braf-fes en profondeur , & que des ouvriers en ont été affectes au point de tomber, de l’anfe de la corde qui les attache, avant d’avoir pu donner le moindre avertiiiè-ment.
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- 6if. Les moyens convenables pour fecourir un ouvrier ramené hors de la mine fans aucun ligne de vie , font de deux efpeces , les remedes internes & les remedes externes. En fait de remedeintérieur, on commence par chercher à ranimer promptement avec de l’efprit-de-vin donné dans de l’eau tiede; cela procure un vomilfement abondant de matières noires. Ce fecours n’eft cependant pas regardé comme radical : le malade refte incommodé toute la vie d’une toux convulfive, qu’il doit peut-être à l’âcreté extrême de l’acide vitriolique, appelle très-indiftin&ement acide fulfureux ; âcreté que développe la chaleur de l’eau avec laquelle il effc mêlé & tout combiné. Le procédé fuivi par les moyens externes, eft particulier. Il confifte , au rapport de M. Trie-wald(<z) , à couper un gazon de la grandeur d’environ un pied quarré, à coucher enfuite l’homme fur le ventre dans une attitude telle que la bouche & le nez foient appliqués fur le fond du trou réfultant de l’enlevement de la piece de gazon : on pofe le gazon fur la tète nue du fujet. Il eft des endroits ou l’on fe contente d’appliquer la bouche du malade fur un trou creufé en terre ; & lorfque cela ne réulîit pas, on remplit ce trou de bierre làns houblon : fi le fujet n’a pas été véritablement fuffoqué par le mauvais air, il reprend peu à peu fes feus , le pouls fe fait fentir, le malade s’éveille comme d’un doux fommeil ; une pefanteur & une douleur de tète qui lui reftent, fe diiïîpent au bout de quelques jours. Tous les mineurs regardent ce procédé comme infaillible 5 & M. Triewald alfure qu’il lui a fauvé la vie , ainfi qu’à beaucoup d’autres perfonnes. Mais lorfque ces dilférens moyens font fans fuccès, on défelpere de la vie du malade.
- Des ouvriers tenus pour morts par L'effet de la moffette explojive , & de la
- moffette fuffocante.
- 616. Nous venons d’expofer fimplement la routine obfervée parmi les ouvriers , pour fecourir ceux de leurs camarades qui font rapportés fans mouvement, fans pouls, fans refpiration , & donnant dans tout leur extérieur l’idée de cette projlradon generale & effrayante de toute la nature, qui a fervi à Gallien pour définir brièvement la mort.f On voit que, pour un état aulTi grave , les fecours auxquels fe bornent les ouvriers de mines , ne font pas , à beaucoup près, alfez énergiques ; que le court efpace de tems donné à ces fecours, eft bien au-delfous de celui qu’il faudrait les prolonger ; qu’en un mot c’eft bien légèrement que ce malheureux eft réputé mort & fans reiTource. Il eft bien reconnu que le mouvement du cœur & la circulation peuvent demeurer alfez long-tems, & même plufieurs jours, fufpendus , fans que la mort
- (a) Dans fon mémoire fur cette vapeur.
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- fuive néceifairement cette interception. Ce font bien, à la vérité, des lignes palpables, mais non des preuves immédiates & abfolues de la perte de la vie. Le feul fymptome, quoique fautif, qui paraiife faire fufpendre un jugement définitif, c’eft ce que l’on remarque le plus ordinairement fur les ouvriers fuffoqués par Pair des mines : leur corps conferve de la chaleur dans les jointures allez long-tems, & ce n’eft qu’après deux ou trois jours que les membres fe roidiflent. M. BrovalÜus rapporte cette obfervation faite fur deux; mineurs fuffoqués dans une mine de Norwege, retirés du puits trois jours après leur accident (æ ). La vapeur qu’on y éprouve commence par fe faire fentir fur les levres , par une faveur douce 5 un engourdilfement aux doigts gagne fuccelîivement tout le corps; l’ouie s’affaiblit, ainfi que la vue, & en-fuite tous les membres ; la refpiration devient pénible, & l’évanouilTement fuccede. Cette même circonftance de la fouplelfe des extrémités a été alfurée à M. Jars, par les charbonniers de la mine de Workington ( b y, c’eft fans doute ce qui lui a donné lieu , dans fon mémoire fur ces mines, de témoigner fa furprife de ce qu’on n’emploie pas tous les moyens imaginables pour fauver des malheureux qui, vraifemblablement, ne meurent réellement que long-tems après qu’ils ont'été fuffoqués, & que ¥ extinction de chaleur naturelle , jointe à Ûabfence des fignes de vie, a en apparence conftaté la mort, ainfi définie par plufieurs auteurs. Au furplus , de même que la pâleur du vifage & le froid du corps, la roideur des extrémités, l’abolition des mouvemens extérieurs, ne font point des preuves de mort ; la flexibilité des membres n’eft également qu’une marque incertaine que le fujet foit en vie. Le cas fe réduit donc à celui d’une mort violente, dans lequel un homme peut être mort & peut ne l’être pas, & dans lequel, en conféquence, une efpece de preffentiment naturel avertit de fe conduire en tout, vis-à-vis des ouvriers réduits à cet état, comme 011 fe conduirait vis-à-vis d’un homme que l’on faurait être fujet à de fortes & longues fyncopes ; d’employer fans relâche, & pendant du tems , tout ce que l’humanité peut infpirer , & tout ce que l’art de la médecine peut indiquer, les apparences de la mort ne décidant de rien, comme l’a remarqué le commentateur de l’Anatomie de Heifter. (c)
- 617. Pour afleoir une méthode fur la recherche des moyens convenables à la fituation dont il s’agit, il ferait important de favoir à quoi s’en tenir fur une queftion qui fe préfente naturellement à réfoudre, de quelle caufe provient cette fuffocation ? La perte totale de refpiration peut procéder de dif-
- ( a ) Mémoire fur les vapeurs mortelles ( b ) Voyages métallurgiques , fécond qui ont fuffoqué des ouvriers dans la mine mémoire , mine de Worldngton, page 244. de cuivre pyriteufe, de Quekna. Aftcs de ( c) En traitant de l’ariion des organes F academie de Suede, tome IV, fécond tri- de la refpiration. mettre de l’année 1743, page 129.
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- férentes caufes , telles que la refpiration d’un air trop chaud , trop condenfé, ou qui n’ayant pas de commerce avec l’air extérieur, & ne pouvant point alors être renouvelle, fe charge d’exhalaifons grolTieres non refpirables, la privation d’air dans le vuide , &c. De quelle caufe provient la fufFocation qu’éprouvent les ouvriers de mines ? Eft-ce par défaut d’air, on non ? Eft-ce toujours par l’une de ces deux caufes contraires, que les ouvriers de mines font fuffo-qués ? L’effroi, le grand étonnement, qui fufpendent tous les feus, n’y entrent-ils pas quelquefois pour beaucoup ? L’obfervation qui devrait être ici, comme en toute choie, le point de ralliement, n’a encore rien éclairci fur ce fujet. E11 ie partageant fur l’obfervation, on s’eft partagé fur le raifonnement, & les lumières de la phyfique ne parailfent , en conféquence, avoir répandu qu’un faux jour dans l’explication de phénomènes qui, par la promptitude avec laquelle ils agiiiènt, fe dérobent aux efprits les plus pénétrans. Ce ne fera cependant que par la recherche des faits , par l’attention à les comparer , les cir-confcrire, les aifembler, les placer dans leur rang, en un mot par la connaif-fance exacfte des démarches de la nature , qu’011 pourra remonter aux caufes , & prononcer fur celle de la mort, imparfaite ou abfolue, de ces couvriers, jufqu’à préfent auiïi difficile à connaître que celle des noyés, ou de ceux qui font tués ou qui parailfent tués par la foudre. Quoique l’ouverture des cadavres ait répandu peu de lumières fur ces genres de morts, ce moyen pourrait être profitable pour découvrir comment s’opère, dans les ouvriers de mines, cette fyncope fubite & violente, qui peut les conduire à la mort; je 11e fâche point qu'on ait fait en leur faveur aucune recherche de ce genre : il eft à defirer qu’elle puilfe avoir lieu dans l’occafion. Au défaut d’éclairciiTemens fur ce point, tels qu’il en faudrait encore beaucoup, je vais expofer ce qui a été avancé par des perfonnes qui ont vifité des mines, & par quelques phyliciens célébrés.
- Différentes opinions touchant la maniéré dont les vapeurs fuffocantes & explojives agffent fur les ouvriers de mines.
- 618- L’opinion générale fur ce point, eft que dans les ouvrages de mines & autres endroits mal-fains, c’eft par défaut d’air que l’on eft fufFo-qué. M. de Genfanne penfe que c’eft précifément le contraire. M. le Mon-nier, d’après l’expérience qu’il a faite lui-même de cette vapeur dans la mine de la Forge, en Auvergne, la range dans la chiffe de celles qui fixent ou détruifènt l’élafticité de l’air, & le rendent non-refpirable. L’obfervation de cet académicien prouve que, dans l’endroit où une vapeur s’élevait , l’air y était plus denfe , parce que l’air y était plus comprimé ; & l’on fait que l’air appellé naturel ou libre, eft une compreffion habituelle, telle que
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- fi cet air venait à perdre tout-à-coup fa pefanteur, il tendrait à s’écarter de toutes parts avec une force confidérable (a). Ce qu’il y aurait d’intérelfant. ce ferait de pouvoir déterminer le rapport de la condenfation à la force comprimante. Pour ce qui eft de l’inflammation de cette vapeur, M. de Tilly avance, j’ignore fur quel fondement, qu’elle n’arrive que dans les veines nitreufes ; il ajoute que , quoiqu’il femble que la flamme ne puiife être excitée que parle reffort de l’air, il eft néanmoins prouvé par l’expérience, que cet accident n’arrive dans les houillieres, que quand l’air ne peut jouer librement: ce qui, au contraire, n’arrive jamais lorfque fon l'effort efl: actif. Je conçois, dit cet auteur, page 117 de fa brochure , que l’air qui, par la condenfation, a occafionné l’alfemblage de toutes les particules inflammables qui fe détachent du charbon, fe trouvant agité par l’approche de l’ouvrier, met en mouvement ces mêmes particules , & les enflamme avec explofion. Mais ofons le dire , M. de Tilly eft le feul qui conçoive cela.
- 619. Quelque peu de fonds que l’on puiflê faire fur les obfervations des ouvriers , elles ne doivent cependant jamais être négligées. Il efl néceffaire de fe rappeller ici celle des houilleurs Liégeois, relativement à l’efpece de retour de la vapeur inflammable fur elle-même , après avoir exercé fa force expanfive. Il paraît que la chofe fe palfe uniformément dans toutes les mines. M. Trie-wald l’a éprouvé lui-même dans la mine nommée Bilker, appartenante à M. Ridlev, près Newcaflie (JF). M. Jars (c) compare l’effet de cet air fulminant, à celui de la poudre à canon qui ferait enfermée dans un endroit où il n’y aurait pas de circulation d’air, & qui prendrait feu tout-à-coup ; il aflure, d’après les charbonniers, que lorfqu’il y a explofion du mauvais air, il y a moins d’ouvriers tués par le feu que par ce qu’on appelle retour de Cair, qui peut être nommé fa condensation. Un maître mineur qui avait été brûlé quatre ou cinq fois , & qui en portait des vefliges au vifage «St fur les mains , a dit à M. Jars , s’être toujours garanti du mauvais air en fe jetant ( c’eft-à-dire fans doute en reftant ) ventre à terre & le vifage dans la boue. Deux ouvriers péris dans une explofion, à laquelle le même maître mineur s’était auiïi trouvé expofé , avaient été tués par le retour du mauvais air, & n’avaient aucune brûlure, tandis que leurs camarades qui étaient avec eux, & qui avaient pris la précaution dont on vient de parler , étaient brûlés ,mais fans danger de perdre la vie. De là M. Jars conclut que les ouvriers fouffrent par la grande & fubite dilatation de l’air , 8c que la forte condenfation & compreflion qui lui fuccede, eft ce qui les fufFoque. Il paraîtrait affez naturel, en effet, de croire que cette
- (a) Ou fi fon veut, on peut entendre trouve dans les mines.
- par état naturel de Uair , la denfité qu’il ( c) Dans le mémoire que nous venons avait avant d’être comprimé. de citer.
- (b) De la vapeur dangereufe qui fe
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- explofîon vient de l’air qui, relferré auparavant, fe dilate tout d’un coup avec force ; mais le danger de ce mouvement de l’air en -'arriéré doit encore varier en proportion de bien des circonstances, comme le recul des pièces d’artillerie, Jbit en raifon , pour ainfi dire , de la charge de matière fulgurante & explofive qui a agi, foit à raifon des efpaces dont elle eft partie & qu’elle a parcourus avant de faire fon explofîon ; car alors , plus la charge aura été forte , cœteris paribus, plus le recul aura dû être confidérable. Ajoutons à cela que toute ex» plofion chaflant devant elle l’air contenu dans les galeries & dans les puits , à peine cet effet l’ubit & violent a-t-il lieu, que l’air extérieur rentre dans les fouterreins, & y rentre avec une énergie capable d’étouffer ceux qui fe trouvent à fon paffage. Cette caufe de la fuffocation eft plus naturelle encore que celle qui fuppofe que l’air fe condenfe : ce n’eft pas que , dans le premier refoulement de cet air nouveau, il ne puiffe y en avoir une partie, celle qui occupe les euls-de-fae, qui foit comprimée ; mais toujours eft-il vrai que cette comprefîion eft un accident, une fuite de la rentrée précipitée de l’air nouveau , qui fuftit feule pour occasionner l’étouffement. Ne pourrait-on pas pen-fer auffi que l’explofion chaffant l’air de l’endroit où elle agit, ou lui faifànt perdre fon reffort, les ouvriers fe trouvent alors comme dans le vuide ou dans un air trop rare pour qu’il puiffe être propre à la refpiration? C’eft l’explication donnée par M. Duvernay & par Pitcarn, de l’effet de toute efpece d’ex-plofion.
- 620. On connaît encore l’effet de la grande frayeur, de repouffer le fang & les liqueurs au-dedans du corps , de fufpendre tous les fens ; les parties voifines du cœur font faifies d’un reflerrement qui entraîne celui des autres parties du corps, leur refroiditfement, la pâleur du vifage , & qui va jufqu’à la fuffocation : l’effroi 11’entrerait-il pas, vis-à-vis de certains fujets ,pour quelque chofe dans cette fyncope ’( Ces différentes caufes ne doivent-elles pas indiquer une différence dans la maniéré de remédier à cette fuffocation ?
- Confdérations fur la pofjîbilité de rappeller d'une mort apparente a la vie les
- houilleurs fuffoqués ou tués dans les mines ; motifs qui doivent engager à
- mettre en ufage pour cet effet tous les moyens imaginables.
- 52i. L’erreur "fatale dans laquelle on peut être induit fur les lignes appareils de la mort, a été pour plufieurs anatomiftes phyficiens , l’objet d’une follicitude digne de la plus grande attention. Quelques-uns l’ont fait éclater dans des écrits qui font entre les mains de tout le monde , & il n’eft pas pofli-ble de fe diflimuler qu’ils font fuffifamment étayés par d’autres ouvrages, où fe trouve confignée l’hiftoire de faits précieux fur des fecours par lefquels on a réufîi en plufieurs pays à rappeller à k vie des hommes qui venaient
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- d’être fubmergés, & que l’on croyait morts. Tandis que Pinduftrie a fait par-tout de fi grands progrès, & a joui d’une activité prodigieufe fur les objets de lucre & de luxe, neft-il pas furprenant, & même honteux, que l’on foit relié aufiî pauvre & aufli inattentif fur les reifources qu’olfre la médecine dans les cas les plus défefpérés, & contre la mort même? C’eft bien au moins dans ce fens que doit être appliqué à notre fujet ce que dit Hyppocrate. Ce prince de la médecine, éclairé par la faine philofophie dans la connaiifance delà nature & de fes mouvemens, penfait que, quelqu’im-menfès que fulfent les reifources de la nature, celles de Part lui étaient prefqu’égales. Voici fes propres paroles : le pouvoir de l'art s'étend fur les maux les plus graves : l'art guérit non - feulement des maladies, des douleurs , mais même de la mort ; quantité de faits font garans que la médecine a évidemment des fecours contre tous ces maux (a). Les médecins lavent comment Gallien caraélérifait les décidons de ce pere de Part de guérir. Dès ces premiers tems, un Empédocle , un Afclépiade, apprirent à ceux qui devaient embralfer le même état, que le médecin peut étendre jufqu’aux morts, foi-difant, l’exercice de la profeflion. Le premier fut l’objet de la vénération de l’antiquité , pour avoir rendu l’ufage de la vie à une fille que l’on croyait morte. Le fécond, fe retirant à fa maifon de campagne , rencontra une pompe funebre. Malgré les murmures, les railleries & les oppositions des perfonnes qui compofaient le cortege, il examina tout le corps enveloppé d’aromates, & Payant fait reporter à fa maifon, il lui rendit la vie & la fauté. Les faites de la médicine ont immortalifé les noms de ces hommes qui fur la terre ont fans doute été regardés par leurs concitoyens, comme des anges tutélaires. L’hiftoire de tous les tems confervera de même avec honneur les noms de plufieurs médecins & de plusieurs chirurgiens qui ont eu des occafions auiii heureufes de devenir les libérateurs de quelques particuliers en danger de mourir, parce qu’on les croyait morts.
- 623. M. Greaulme, médecin de la faculté de Paris, & Ambroife Paré, fe trouvèrent, en qualité de médecin & de chirurgien du châtelet, dans une circonllance aufli flatteufe. M. Toifach, chirurgien à Edimbourg, M. Ri-gaudeau, chirurgien - major à Douay, M. Louis, à l’hôpital de la Salpêtrière, & plufieurs autres que je voudrais pouvoir tous nommer ici, comme autant de bienfaiteurs de la fociété, ne feront pas regardés avec moins de confidération par quiconque s’intérelfe à l’humanité. Les occafions qu’ils ont eues, prouvent dé relie, 1. que les lignes de la mort font, en certains cas, de nature à en impoferj 2. qu’on s’y eft peut-être trompé plus foula) Ægrotantes vero artis opéra, a medicina manifefam mcdelam adhibert maximis malis, rnorbis, laboribus, dolore deprehenditur. Hyppocrat. lib. de Jiatibus. £? morte vindicantur; omnibus cnim his
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- vent qu’on n’ofe le croire ; 3. que plus d’une fois on a réuffi à rendre à la fociété des fujets que toutes les apparences extérieures avaient condamnés à l’oubli du tombeau ; 4. enfin ces exemples juftifient complètement les favans qui ont furmonté à ce fujet la crainte de voir regarder leurs écrits comme des rêves de bons citoyens.
- 623. Ce que nous avons de plus nouveau en France fur cette matière, effc la thefe foutenue le 12 avril 1740, dans les écoles de médecine de Paris (a), fous la préfidence d’un petit-neveu de l’illuftre Stenon , & natu-ralifé François (A). Son humanité lui failait appréhender pour les autres le danger auquel il avait été expofé deux fois dans fa vie (c). Des réfur-re&ions naturelles, fi l’on peut parler ainfi, dues à un heureux hafard, ou à un concours de circonftances inattendues & citées dans cette thefe, donnent nécelfairement le foupqon que d’autres perfonnes auraient pu de même ne pas être précipitées dans le tombeau , fi elles avaient été examinées & fecourues par des gens de l’art, plus occupés du bien de l’humanité, que 11e le peuvent être les perfonnes affligées ou confternées de leur perte. Cet ouvrage fommaire , donné au public par un médecin que les fuffrages de toute l’Europe mettaient dès-lors à la tète des anatomilles, fit impreffion Çd) j les idées fe tournèrent particuliérement fur les noyés. Feu M. de Réaumur penfait que les hommes 11e perdent pas la vie fous l’eau aufli vite qu’on le croit ; & qu’entre ceux qu’011 retire de l’eau après plusieurs heures, il y en a qui pourraient être fecourus avec fuccès, quoiqu’ils paraiifent morts (e). Dans la même année, il fortit de l’imprimerie royale , un Avis pour donner du fecours à ceux que C on croit noyés , qui avait été rédigé par feu M. de Réaumur, de l’académie des fciences, & qui fut envoyé dans toute la France. Une des chofes particulières aux licences de la faculté de médecine de Paris, c’eft l’ardeur des bacheliers à fe diftinguer, en choififlànt pourpoint de leurs thefes, des fujets intérelfans, ou par la nouveauté , ou par la circonftance. Au mois de décembre il fut fou tenu une thefe de phyfiologie fur la caufe de la mort des noyés (/) , déjà traitée par d’autres auteurs ( g'). A Brunfwick, dans la
- (a) Sur l’incertitude des fignes de la mort.
- (/;) Jacques-Benigne Winslow, docteur-régent de la faculté de médecine de Paris, profeffeur d’anatomie & de chirurgie au jardin -royal, &c.
- (c) Corollaire V.
- ( d) Le nom de l’auteur, le rang que ce programme fe trouve avoir par fa date .dans le nombre des écrits qui ont paru fuc-ceffivement fur cette matière, ne font pas les feuls points de vue qui le rendent re-
- marquable ; il eft facile de juger qu’il paraît avoir été la première époque de l'attention du gouvernement fur ce fujet.
- (e) Ce lavant venait de donner la publicité de cette opinion dans le dixième mémoire pour fervir à' l’hiftoire des infectes.
- (f) Andemerforum vit<efornes ultimus refpiratio ? Prœfide magijiro Benjamino Ludovico Lucas de Laurernbert, propo-nente Silvejho Antonio le Moine, die 22 decembris 1740
- {g) Parmi les modernes, M. Littré,
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- baffe-Saxe , il parut un ouvrage allemand, anonyme, ayant pour auteur Rud. Aug. Behrens (rz). Peu de terns après , M. Bruhier, doéteur en médecine, publia une dijjertation , mal rédigée, mais importante .fur C incertitude des Jignes de la mort J avec une indication des épreuves & des fecours qui peuvent être employés contre la mort imparfaite.
- 624. Une douzaine d’années après, ce fujet devint la matière d’une brochure , dont le titre eft tout oppofé à celui de l’ouvrage deM. Bruhier (£). On y remarque qu’en même tems que l’auteur fe propofe de démontrer l’in-fuffifance des preuves données par M. Bruhier, de l’incertitude des figues de la mort, il 11e révoque point le fait en doute (c); lavoir , que fous de fauffes apparences de la mort, on a quelquefois enterré des perfonnes vivantes. Je ne fais trop fi, en étantainfi d’accord avecM. Bruhier, la démonftra-tion la plus fui vie & la mieux raifonnée de la certitude des figues de la mort, par des recherches, par du favoir, & même par des faits, a rempli le but annoncé par le titre, de mettre le calme dans l’imagination alarmée des citoyens, ou de la perfonne à qui ces lettres font adreffées. Prétendre ou prouver que ceux qui font ainfi retranchés du nombre des vivans, fans aucun examen, fans aucune épreuve pour s’affurer de leur fort,ne font victimes que d'une inattention,& non d’une méprife , n’eft pas, à mon avis , préfenter un motif bien confolant. (d)
- 62y. Le bureau de la ville de Paris eft toujours refté perfuadé , comme l’avaient été MM. de Réaumur , Winslow & Bruhier , de la fréquence de ces méprifes , auxquelles les fymp tomes équivoques de la mort expofent particuliérement les perfonnes que l’on retire de l’eau. Ce corps municipal a fait diftribuer, en 175*8, l’avis rédigé par feu M. de Réaumur j & c’eft, félon toute apparence, à cette attention foutenue du bureau de la ville, que l’on fut redevable d’un travail fur ce fujet, qui a été couronné en 1762 par l’académie de Befanqon. ( e )
- 626. Les habitans d’Amfterdam , effrayés du nombre prodigieux que l’on pouvait compter annuellement d’hommes noyés, fur-tout dans les provinces de leur diftrid, ont formé en 1767 en leur faveur une fociété au-deffus de tous les
- 2VT. Senac, M. Gauteron , de la fociété royale de Montpellier , mémoire lu à la féance publique de cette compagnie en
- 1728-
- ( a ) Et pour titre : Méthode pour rap-peller les noyc's à la vie. Brunfwick, 1740.
- (b) Lettres fur la certitude des Jignes de la mort, où. don entreprend de rajfurer les citoyens de la crainte d'être enterrés vivans, £s?c. Par M. Louis, Paris , 1752.
- (c) Lettre II, page
- (d) Cet ouvrage, au furplus, eft fuivi d’un mémoire intérellant fur la caufe delà mort des noyés, que l’auteur avait communiqué en 1748 à l'académie royale des fciences de Paris , & de l’avis imprimé au Louvre en 1740.
- ( e .) Le cri de l'humanité en faveur des noyés , ou moyens faciles pour les rappel 1er à la vie. far M. Ifnard , in-S0. Paris.
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- éloges. Une feuille périodique hollandaife (a), du 24 août de cette même année , a annoncé de fa part une diftribution de prix pour ceux qui auraient fecouru des noyés , même infru&ueufement. Notre Journal d’agriculture & de commerce (£) vient de faire connaître l’hiftoire & les mémoires de cette fociété. Le bureau de l’hôtel-de-ville de Paris , qui n’avait point perdu cet objet de vue, comme il eft aifé d’en juger par i’emprelfement avec lequel il avait fait répandre en 175"8 la fécondé édition de l’avis de M. Réaumur,’ vient d’en faire dillribuer de nouveaux exemplaires, (c)
- 627. Si des hommes noyés en allant prendre des bains pour leur plaifir ; il d’autres alfez fous pour attenter, en s’étranglant eux-mêmes , fur une vie dont ils 11e font pas libres de difpofer , & qu’ils doivent à celui dont ils l’ont reçue ; fi des criminels, qui ont mérité de la juftice ce genre de mort, ont fixé avec fuccès l’attention compatiifante & éclairée des anatomiftes pour prolonger leurs jours , combien de citoyens expofés dans leur état à perdre la vie par des accidens imprévus, du genre contre lequel ces écrits propofent des iêcours, ont droit de prétendre aux mêmes foins officieux qui ont rendu des noyés à leur famille, à la fociété! L’illuftre auteur de la thefe foutenue aux écoles de médecine, avertit expreflement ( d) que dans les perfonnes fufto-quées, ou par un air infuffifant à la refpiration , ou autrement mal-faifant par le mélange de vapeurs nuifibles, ou qui, par quelque caufe de cette nature , ont été réduites dans des fyncopes mortelles , dans ces différentes oc-cafions les apparences de mort ne font point du tout décifives(e). Quoi qu’il en foit, il eft toujours plus que probable que par les moyens employés pour les noyés , ou par d’autres plus appropriés, & que l’expérience feule fera connaître , on pourra parvenir à arracher des bras de la mort au moins quelques-uns de ces ouvriers fuffoqués dans les mines , ou par l’eau , ou par
- (a) Intitulée le Philofophe , n. 86. Hiftoire & mémoires de la fociété formée à Amfterdam en faveur des noyés. Amfter-dam, chez P. Meyer, 1768.
- (b) Du mois de mai 1769,que cette partie de l’ouvrage fur les mines de charbon de terre était prête pour l’impreffion.
- (c) En 1769. Perfonne n’ignore l’heu-reufe révolution que nous avons vue depuis 1772 s’opérer en France & en Angleterre, à l’exemple de la Hollande, del'extinCtion de la barbare coutume d’abandonner à la mort les noyés. En fuivant l’ordre des dates qui fe préfentent ici , on reconnaît l’époque à laquelle on peut faire remonter cet cta-
- bliffement honorable pour le fiecle. Je m’arrête avec d’autant plus de plaifir à cette réflexion, qu’el'e me donne lieu, par l’événement , de revendiquer la première origine de ces établilfemens à deux corps diftin-gués , auxquels j’ai l’honneur d’appartenir, la faculté de médecine de Paris, t& l’ac^ démie royale des fciences.
- ( d ) Corollaire II.
- (e) Le célébré auteur du Synopjîs pra-xeoa medic.ee,' eft du même avis , & l’annonce formellement dans l’article dont nous parlerons bientôt, où il traite des fecours à apporter aux noyés & aux fuffoqués.
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- les vapeurs fouterreines. Qu’il me foit permis de plaider ici fpécialement leur caule. L’efpece de prédilection particulière que je montre en leur faveur, ne portera ni le trouble ni lajaloufie, puifque les mêmes moyens, ou d’autres mieux indiqués, peuvent convenir à beaucoup de cas différens. D’ailleurs , c’eit rendre fervice à l’humanité entière, de procurer la réirn-prelfion de cette feuille par la voie de mon ouvrage. S’il donne quelque part occafion de rappeller à la vie un ouvrier de mine , je m’eftimerai fort heureux de pouvoir penfer que j’ai contribué à ce fuccès. Cet avis ne pourra manquer d’être utile dans ces cas de mort imparfaite. C’eft le nom qui convient à cet état, dans lequel il n’y a qu’un fimple inexercice des fonctions vitales , & où les organes , inflrumens de ces fondions, font encore en état de recommencer leur jeu. Quand, au furplus, ces fecours employés infruc-tueufement n’auraient d’autre avantage que de venir à l’appui des moyens que j’indiquerai pour conftater la mort abfolue, n’eft-ce pas un genre fufH-fant de confolation & de dédommagement?
- 6^8- Comme il doit arriver le plus ordinairement que les perfonnes qui fe trouvent préfentes à ces accidens de mines, & à portée de fe charger des tentatives indiquées dans le mémoire , n’auraient pas pour cela autant d’intelligence que de bonne volonté , j’eflàierai ici de guider leur zele , en faifant fùivre cet avis de quelques courtes réflexions. L’auteur du mémoire fur les noyés, a jugé avec raifon cet éclairciifement néceifaire pour un fujet qu’il traitait ex profejjo. Il aurait pu , je penfe, entrer dans un plus grand détail qu’il ne l’a fait. Ne devant ici me propofer que de préfenter des idées générales, je renfermerai dans des bornes très-étroites les obfervations dont j’accompagnerai chaque article de l’avis imprimé ; mais j’efpere qu’elles ne feront point abfolument inutiles (a): elles feront app'icables à la maniéré de fe-courir les ouvriers fuifoqués, dont je m’occuperai à part en finilfant.
- (a) L’inflant où cette partie de mon ouvrage pafle à l’impreflion , fupplée, on ne peut pas plus heureufement, à lanécef-fité où j’ai dû me trouver, d’éviter toute efpece de détail. 11 fautefpérer qu’on viendra au point de prendre quelques idées préciles fur cette matière, devenue le fujet des recherches des anatomifles : on peut confulter Fobfervation de M. Grummer, de fub merfor uni refufcitatione , expériences & obfervations fur la caufe de la mort des noyés , & les phénomènes qu’elle préfente, Lyon, 1768. L’ouvrage de M. de Villiers , doéteur en médecine de la faculté de .Paris ,
- Méthode de rappeller les noyés à la vie > au Louvre, 1771, in-40, rapproche d’une maniéré très - intéreflfante tous les objets relatifs à la maniéré de fecourir les noyés. S’il était polftble que quelqu’un eût befoin d’être encouragé à prêter fes mains ou fes lumières dans les occafions, il lui fuffirait de prendre connaiffance de la brochure qui a commencé à paraître en 1779 , & quife continue tous les ans. Les fuccès que l’éta-blilfement de l’hôtel-de-viîle de Paris a eus en différentes provinces de France, doivent immortalifer ce corps municipal. On doit en particulier lareconnaiflance la plus éten-
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- Avis pour donner des fecours à ceux que Von croit noyés , d'apres la copie imprimée au Louvre en Î74o.
- t. Après avoir ôté les habits au malheureux qu’on vient de retirer de l’eau, au lieu de le lailTer étendu fur le rivage, comme on ne le fait que trop fouvent , ce qu’il y a de plus preffé , c’eft de l’envelopper de draps & de couvertures , pour le mettre à l’abri des impreffions de i’air froid, & pour commencer à le réchauffer.
- Pour le réchauffer plus efficacement, on le mettra enfuite dans un lit dont les draps feront bien chauds ; & pendant qu’il y fera, 011 appliquera fouvent fur fon corps, des nappes & des ferviettes chaudes.
- On a l’exemple de noyés fur qui le foleil chaud & brûlant, auquel ils ont été expofés , a produit l’effet que les linges chauds ont fait fur d’autres. Il y en a qui ont été réchauffés dans des bains d’eau chaude ; mais on n’a pas toujours la commodité de tenter ce dernier moyen.
- 2. Il s’agit ici de remettre en jeu les parties folides de la machine, afin qu’elles puilfent redonner du mouvement aux liqueurs. Pour remplir cette vue, on ne laiifera pas le noyé tranquille dans fon lit : on l’y agitera de cent façons différentes , on l’y tournera & retournera , on le foulevera & on le laif-fera retomber, & on le fecouera en le tenant entre fes bras.
- 3. On doit auffi lui verfer dans la bouche des liqueurs fpiritueufes ; & c’eft faute d’en avoir eu de telle qu’on la voulait, qu’en différentes occafions on a verfé dans la bouche des noyés de l’urine chaude, qui a paru produire de bons effets. On a prefcrit une décoélion de poivre dans du vinaigre, pour fervir de gargarifme.
- 4. On cherchera auffi à irriter les fibres intérieures du nez, foit avec des efprits volatils, & avec des liqueurs auxquelles on a recours dans les cas d’apoplexie, foit en picotant les nerfs qui tapi/fent le nez , avec les barbes d’une plume , foit en foufflant dans le nez avec un chalumeau, du tabac, ou quelque fternutatoire plus puilfant.
- due an zele du citoyen refpeétable , que ce corps a choiü dans fon fein, pour être le directeur de ces fecours. Ceux qui ont l’avantage de connaître ce citoyen eftimable, lavent qu’il ne pouvait être fervi plus à fon gré, qu’en étant à portée de confacrer le tems de fa retraite à faire du bien. L’hif-toire clont il s’eft chargé, de faits qui font honneur au fiecle , à l’humanité entière, lui afiîgne parmi les journaliftes nombreux de toute efpece, la première place, & aucun
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- n’ofera la lui difputer. Ces éphémérides viennent d’être augmentées de la defcrip-tion de la boîte de pharmacie, nommée boîte entrepôt, dans laquelle font renfermés les fecours qu’on eft dans l’ufage d’ad-miniftreraux noyés , conformément à l’éta-bliffement que la ville de Paris a fait en leur faveur. La chofe m’a paru allez intérêt faute pour ne pas balancer d’en enrichir cet article de mon ouvrage ; c’eft ta feule addition que je me fuis cru permis d’y faire.
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- f, 6. Un des moyens auxquels on a eu recours pour des noyés qui ont été rendus à la vie, a été auüi de fe fervir d’un chalumeau ou d’une canule pour leur fouffler de l’air chaud dans la bouche , pour leur en fouffler dans les inteftins; on l’a même introduit avec fuccès dans ceux-ci avec un foufflet. Une feringue y peut être employée, peut-être même vaudrait-il mieux employer la feringue pour y porter des lavemens chauds, capables de les irriter, & propres à produire plus d’effet que l’air qu’on eft plus en ufage d’y faire entrer.
- Mais tout ce qu’il y a de mieux, peut-être, c’eft de fouffler dans les intef-tins la fumée du tabac d’une pipe : un de nos académiciens a été témoin du prompt & heureux effet de cette fumée fur un noyé : une pipe caffée peut fournir le tuyau ou chalumeau par lequel on foufflera dans le corps la fumée qu’on aura tirée de la pipe entière.
- 7. Aucun des moyens qui viennent d’être indiqués , ne doit être négligé; enfemble ils peuvent concourir à produire un effet falutaire: ils feront employés avec plus de fuccès, quand la fortune voudra qu’ils le foient fous les yeux d’un médecin qui fe fera trouvé à portée. Si la fortune donne auffi un chirurgien, on ne manquera pas de tenter la faignée, & peut-être eft-ce à la jugulaire qu’elle doit être faite ; car dans les noyés , comme dans les pendus , & dans ceux qui font tombés en apoplexie, les veines du cerveau fè trouvent trop engorgées de fângj fi les vailfeaux peuvent être un peu vuidés, ils en feront plus en état d’agir fur la liqueur qu’ils doivent faire mouvoir.
- 8. Enfin , quand les premiers remedes qui pourront être tentés, ne feront pas fuivis de fuccès, ce fera probablement le cas où le chirurgien pourra avoir recours à la bronchotomie, c’eft-à-dire à ouvrir la trachée-artere. L’air qui pourra entrer librement dans les poumons par l’ouverture qui aura été faite au canal qui le leur fournit dans l’état naturel , l’air chaud même qui pourra être foufflé par cette ouverture, redonnera peut-être le jeu aux poumons , & tous les mouvemens de la poitrine renaîtront.
- Mais de quoi doivent être fur-tout avertis ceux qui aimeront à s’occuper d’une fi bonne œuvre, c’eft de ne fe pas rebuter files premières apparences ne font pas telles qu’ils les defireraient. On a l’expérience de noyés qui n’ont commencé à donner des fignes de vie, qu’après avoir été tourmentés pendant plus de deux heures. Quelqu’un qui a réufîi à ramener à la vie un homme dont la mort était certaine fans les fecours qu’il lui a donnés, doit être bien content des peines qu’il aprifes; & fi elles ont été fans fuccès, il fe fait gré au moins de ne les avoir pas épargnées.
- Réflexions furies différens moyens confeillés dans cet avis, & fur leur adminiflration.
- 629. Il n’eft pas néceffaire d’avoir été témoin du fpeétacle que préfente Tome XVII. , L l
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- un homme que l’on vient de rapporter d’une mine dans laquelle il a été noyé ou fufFoqué, pour s’en repréfenter limage. L’anéantiffement. général de la machine eft tout récent : il n’eft pas encore porté à ce dernier degré où, je ne fais par quelle horreur fecrete, l’afpecft feul du fujet infpire le preffenti-ment de^ fa perte ; le vifage fe foutient encore, il n’eft ni changé ni flétri : le tableau qu’il offre, ne frappe point la vue par le hideux de ce biflre de la mon. Ma maniéré de voir, lorfqu-e je fuivais les hôpitaux , m’a fuggéré cette expreffion, qu’on me permettra de conferver. Je crois qu’elle déligne affez bien cette efpece de lavis de couleur jaunâtre ou verdâtre, mêlée d’un livide plombé, qui, fur le cadavre d’un homme fuccombé en détail à une maladie interne plus ou moins longue, eft l’annonce finiftre de la colliquation des chairs fous la peau , & un véritable certificat mortuaire.
- 6$o. Dans Yafphyxie dont eft attaqué le noyé ou le fufFoqué, la figure eft morne & fombre, les traits ne font plus animés par la penfée ; dans quelques occafions le froid, la pâleur font répandus fur le corps, &c. {a). L’in-iènfibilité léthargique , labfence de tout ce qui cara&érife extérieurement la vie, ont dû naturellement faire naître l’idée du befoin de ranimer, tant à .^extérieur qu’à l’intérieur, les relies de la chaleur naturelle qui menace de s’éteindre, la fenfibilité perdue: c’eft aufîi, pour l’ordinaire, pour où l’on débute vis-à-vis de toute perfonne privée, par un accident fubit & violent, des principaux attributs de la vie, & réduite dans une (îtuation dans laquelle des fymptomes palpables & fenfîbles font foupçonner ou appréhender la mort, félon que le vifage s’éloigne de l’état naturel, ou félon qu’il eft plus ou moins méconnaiffable. On ferait néanmoins très-fondé à douter que ce premier fe-cours extérieur, ainfi que les différentes maniérés généralement ufitées pour remplir ce but, foient indiqués bien pofitivement aux noyés, qui font l’objet de Pinftrudion publiée plusieurs fois depuis quelques années. L’examen feul, foit de l’indication qu’on a cru appercevoir unanimement, de réchauffer l’extérieur du corps, foit des moyens àchoifir, ferait la matière d’une contro-verfe qui entraînerait une difcuffion fort longue j les bornes de mon fujet ne me permettent pas de m’y engager, je me contenterai d’expofer fîmp'ement ce doute , que je crois très-important, & auquel je n’ajouterai que de courtes réflexions. D’ailleurs, faute de favoir précifément de quelle nature eft le premier défordre qui a porté dans toute l’économie animale le trouble auffi effrayant qu’inquiétant, dont on apperçoit les effets fur toutp la perfonne d’un houilleur tenu pour mort après une fubmerfion , ou par la vapeur ex-ploflve , ou par la vapeur fuffoca.nte, on ne peut fe diflimuler qu’il n’eft pas poffible d’affeoir un plan de traitement bien fûr, & l’on eft obligé en même
- ( a) Les variétés qui s’obfervent fur le cadavre d’un noyé , fe trouvent bien décrites dans le Synopjis praxeos. medica, de M. Lieutaud, liv. I, fect. III,page 205,tome IL
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- tcms d’avouer qu’il eft en confequence affez difficile au médecin d’agir dans cette occafion en homme éclairé & en homme prudent. En faifant même abftra&ion de l’étiologie du mal, encore enfevelie dans les ténèbres les plus profondes, fi l’on veut fîmplement envifager l’état du noyé ou du fuffoqué comme fyncoptique ou comateux, on fait combien le traitement en eft délicat, & exige une fage lenteur & une attention fcrupuleufé, à raifon ou de la caufe ou du degré qui font inconnus, ou du tems qui s’eft écoulé entre l’accident & l’application des fecours.
- 631. S’agit-Il des noyés? Il s’en eft vu qui ont été rappelles à la vie par la chaleur d’une peau de mouton, dans laquelle on les a enveloppés, par la chaleur d’un bon feu, d’un bain de cendres ou d’eau, ou de fumier échauffé^ ou par la chaleur du lit, du foleil. On a réuffi à en fauver d’autres, en étendant le corps fur le pavé froid, & en faifant tomber de haut & par jet, de l’eau froide fur les membres. C’eft bien là un de ces cas dont Hyp-pocrate difait, en commençant fes aphorifmes, que l'expérience cjl trompeufe, & le jugement difficile. Ne pourrait - il pas arriver que le lit bien baffiné, le tas de fumier, fuflent, dans quelques occafions, plutôt dangereux qu’efficaces? La première impreffion du chaud & du froid, décidée avantageufe , fon application continue ne pourrait-elle pas être nuifible ? Ces queftions toutes nues font affez voir combien il ferait important de chercher l’explication des différens fuccès obtenus par des moyens tout-à-fait oppofés.
- 632. Quoiqu’il y ait une différence grande & réelle entre l’évanouiffe-inent profond appelle fyncope, 8c la lipothymie qui n’en eft qu’un premier degré, & Vafphyxie qui conftitue l’état des noyés & des fuifoqués , ce qui fe pratique très-ordinairement dans le premier degré que l’on fait être très-fréquent , mérite ici une attention particulière. La fueur & la tranfpiration infenfîble, condenfées par le froid, font répandues en gouttes fur toute l’habitude extérieure du corps ; l’idée ne vient point alors de réchauffer ; le fecours eft tout oppofé : on court à l’eau fraîche, on en jette fur le vifage de la perfonne évanouie. Qu’en réfulte-t-il ? Le malade fe ranime fur-le-champ; le mouvement du cœur fe rétabliffant, détermine dans le fujet une agitation précipitée, une efpece de fecouffe automatique , peut-être comparable à celle que l’enfant qui vient au monde éprouve en éternuant.
- 633. Quelques obfervations apprennent les heureux fuccès de l’immer-fion fubite des léthargiques dans l’eau froide. §’ii y avait fur cet objet un parti à prendre dans cet embarras, le plus fur, ou qui préfenterait moins d’inconvéniens , ferait de recourir aux frictions feches, qui 11’éveillent pas tumultueufement la chaleur naturelle. Dans le cas où l’on jugerait néceffaire de réchauffer le corps du malade, il ferait encore de la plus grande confé-quence de bien faire attention à la différence de la faifon dans laquelle il
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- s’agirait d’employer ce moyen. Il parait plus que raifonnable de penfer qu’il eft des tems ou la grande chaleur donnerait une exclufion abfolue à ce moyen, & qu’il ferait plutôt néceflaire de fonger à corriger la température brûlante & animée de l’air extérieur; je voudrais même qu’on eût foin de jeter force féaux d’eau fraîche autour du corps. Dans cette occafion fur-toutque rif-querait-on de lui en jeter fur le corps ? La feule apparence d’analogie entre la fimple défaillance dans laquelle on pratique ce moyen , & un évanouiife-ment fyncoptique, eh de nature à fuggérer & à autorifer l’application du même moyen (a). Je laiife juger les perfonnes de l’art, pour lesquelles l’oc-
- (a) Depuis que ceci eft difpofé pour l’impreflion , j’ai été à portée de faire cette réflexion avec grand regret de n’avoir pu mettre mon idée à exécution. Le 26 juin 1772, à trois heures après-midi, je me trouvai, dans mes courfes d’affaires , fur le quai de la Greve, fortant de la rue des Barres , pour gagner le port Saint-Bernard , au moment qu’une grande affluence de peuple fur les deux quais me fit foupçonner qu’il venait de fe noyer quelqu’un. L’idée me vint à l’inftant que je pourrais être de quelqu’uti-lité dans cette con’oncture. Une chaleur in-foutenable, qui n’avait pas befoin d’être jugée par l’infpection du thermomètre, m’annonçait que l’opération des fecours, dans l’endroit fixé par l’hôtel-de-ville, ferait des plus pénibles pour les perfonnes qui voudraient y prendre part. ( Chez moi, où je n’avais pas dîné, elle parut fi extraordinaire , qu’elle fut marquée à mon thermomètre à 3 2 degrés ; & il fut rapporté à notre féance de l’académie du lendemain , que le thermomètre de l’obfervatoire avait marqué le même nombre de degrés* ) Le mal-aife que j’éprouvai, n’ébranla point l’ef-poir & le defir que j’avais d’être témoin & participant des tentatives qui allaient être faites ; je retournai fur mes pas , & me jetai à la hâte dans le curps-de-garde qui eft fur le port, avant que la foule en eût rendu les approches difficiles. Quelques minutes après, on y porta un jeune homme, Louis Gajcouins, qui venait d’être retiré de l’eau, noyé depuis vingt.cinq minutes. J’eus le
- chagrin d’être fruftré d’une fatisfaclion qui eût été une des plus touchantes pour moi, celle d’avoir concouru à la réuifite. L’air étouffant que l’on refpirait dans le corps» de-garde, ne permettant point d’en attendre, je me retirai deux heures après, mon habit pénétré de ma fueur, lailfant ceux qui manœifvraient dans une fituation qui ne peut fe décrire, par la maniéré dont la fueur dégoûtait de leur vifage. Les obfer-vations dont je fis part à cette occafion à MM. du bureau delà ville,.viennent tout-à-fait à mon fujet : je vais les placer ici. “ Dans les grandes chaleurs de l’été, le „ corps de-garde n’eft pas un endroit propre „ à l’adminiftration de ces fecours : ce bâ-53 tinrent eft écrafé, & ne reçoit du jour « pour l’ordinaire que par une fenêtre & 3, par la porte ; l’air y eft trop refferré & 33 privé del’élafticité qui, dans 1e cas dont 3,. il s’agit, eft encore plus néceffaire que .,3 dans toute autre occafion; il conviendrait 33 alors d’exécuter tout ce qui eft nécef-,3 faire fur la riviere, dans un bateau. On y ,3 trouverait de plus l’avantage d’être dé-,3 barraffé de toutes perfonnes inutiles qui „ trouvent moyen d’avoir accès dans le ,3 corps-de-garde, & qui ne font que gêner „ par leur curiofité les opérations, priver ,3 davantage l’air de fon reffort, &c. Ï1 ,5 conviendrait donc d’interdire ftrictement „ l’entrée à toute efpece de gens , quand „ le nombre de ceux qui font utiles ou né-„ ceffaires eft fuffifant. Ce ne fut pas une 33 des moindres de mes occupations, de
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- cation d’être appelées, ou de fe trouver préfentes à ces événemens, doit .être une obligation d’approfondir ces réflexions , que je leur foumets volontiers, & je paffe à la révifion fuccinte que j’ai annoncée, de chaque article de l’avis imprimé. 1. La première chofe eft donc de porter le corps au grand air, d’éviter même, fur-tout fi c’eft en été & en tems chaud , de le porter dans une chambre ; & dans le cas où cela fera jugé plus convenable, de n’y admettre abfolument que le monde néceflaire , afin de ne pas échauffer l’air d’un endroit qui peut déjà fe trouver étroit & peu aéré. 2. La faute qui fe commet le plus ordinairement & le plus facilement dans ces fortes d’occa-fions , font les violences que l’on fait au corps du fujet, foit en lui donnant des attitudes forcées & contre nature, foit en mettant trop de précipitation pour le tranfporter de l’endroit où il eft d’abord dépofé, à celui où on le traite, & dans les différentes poltures que peuvent exiger les moyens convenables à fa fituation. Quelques fecours qu’on adminiftre en pareil cas, 011 doit avoir grande attention à éviter toute efpece de fecouife rude : il faut toujours avoir préfente à l’idée la poffibilité que le fujet n’eft pas mort, & qu’il eft dans le plus grand danger d’en être à ce point; en conféqucnce on fent de combien de ménagemens on doit ufcr en voulant le fecourir. La pofition de la tète eft particuliérement à confidérer ; cette partie doit être un peu inclinée en-devant , la pofition renverfée en-arriere eft contraire au retour du fan g. 3. Après avoir irrité & agacé le nez, le palais de la bouche, s’il eft poftible , avec des barbes de plume, 011 11e doit fonger à recourir aux liqueurs fpiritueufes dans la bouche , que lorfqu’on juge que le malade eft en état de îles avaler. 5. 6. Parmi les différens moyens qui pourraient être confeillés, après qu’011 aurait débarraifé les inteftms par des lavemens, ou de quelqu’autre maniéré, l’infufflation de l’air dans les poumons ferait, à mon avis, le plus efficace comme le plus facile. L’hiftoire conferve la mémoire du fuccès de ce fecours , infpiré à un domeftique par l’attachement pour fon maître, dont il devint le bienfaiteur en lui rendant la vie. Un houilleur fuifoqué ne trouverait-il pas au moins dans fa femme, dans fes enfans, ou dans quelqu’un de fes camarades, ce meme intérêt ? Il n’en eft pas de la fituation à laquelle il s’agit ici d’apporter ce remede , comme des circonfiances maladives propres à faire naître une répugnance affez naturelle, ou à faire craindre le moindre danger; beaucoup d’expériences ont conftaté futilité de cette transfullon du fouffle vital dans les
- „ faire fortir quantité de monde qui fe fuc- „ qui eft à la garde du fergent : ce qui a M cédait fanscefle. Pour ces premiers com- „ été fait depuis. Cet officier, dans le cas-„ mencemens , où l’on n’a point encore „ où il n’y aurait ni médecin ni chirurgien, „ l’ufage & l’expérience de cette pratique, „ ferait procéder à chaque manœuvre dans
- „ le petit avis inftruciif devrait être collé » l’ordre fucceffif indiqué. Wi aî fur l’intérieur du couvercle de la boite ,
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- organes qui font le principal mobile de la refpiration. Vis-à-vis d’un homme récemment étouffé, la générofité de celui qui appliquerait ce moyen, ne pourrait l’expofer à aucun rifque, & répandrait certainement fur fes jours, au cas de réufîite, la plus vive & la plus douce fatisfadion qu’un homme puiife éprouver. Feu le célébré M. le Cat avait fait plufieurs expériences fur c-e fujet, à cela près qu’il aurait dû, ce me femble, ne pas choifir de jeunes animaux nouveaux nés. Ce qu’il penfait de la maniéré de communiquer , dans ces occa-iions, de l’air dans les poumons, mérite confidération. Cet anatomifte phyfi-cien defirait, pour perfectionner cette première méthode, que l’on inventât un fyphon qui pût être introduit par la glotte dans la trachée-artere, en relevant l’épiglotte avec quelqu’inftrument convenable. Il fouhaitait encore qu’à ce fyphon on adaptât un petit foufflet: fon idée était, qu’après avoir réchauffé les poumons par l’infufflation immédiate ou autrement, l’air extérieur & modérément frais , introduit par ce foufflet, ferait alors beaucoup plus propre que celui de la bouche , à rétablir la circulation des liqueurs. Dans les cas où il ferait bien décidé que l’air frais ne fût pas préférable, je pencherais fortement pour l’infpiration immédiate bouche à bouche , doucement & par degrés : il fuffit en général d’ètre prévenu pour cette opération , de quelque maniéré qu’on s’y prenne, que les mâchoires du fujet, fou vent très-ferrées l’une contre l’autre, doivent d’abord être écartées, & que la force nécef-faire pour cela doit cependant être ménagée à un certain point; fans quoi l’on rifquerait de luxer la mâchoire inférieure. Cet écartement fait, il ne s’agit plus, en procédant à l’infufflation, que de fermer le nez & la bouche du fujet le plus exadement poffible. Quand on eftime à propos de faire des injedions de vapeurs en maniéré de lavemens , il ferait quelquefois né-celfaire de vuider le gros inteftin des matières dont il pourrait être embar-raffé, & qui s’oppoferaient à l’introdudion de la fumigation. Que les lavemens foient de vapeurs ou de liquides, il eft elfentiel, pour le fuccès de ce moyen, de porter grande attention à l’attitude qu’il convient de donner au corps , qui doit décrire une courbe, & être penché fur le côté droit, en évitant que le ventre éprouve aucune forte de compreffion. 7. La faignée de la jugulaire pour fecourir les noyés, parait évidemment utile. Comme dans cette circonftance la comprelfe 11e peut guere être aifujettie fans inconvénient fur la plaie après l’opération, il parait tout fimple d’y fuppléer par une petite languette de fparadrap , ou de toute autre emplâtre agglutinative , appliquée fur la plaie , & contenue avec la main jufqu’à ce qu’à l’aide de cette chaleur il fe foie collé fur la peau. Quant à la bronchotomie propofée dans l’avis imprimé, ainfi que par plufieurs praticiens, comme un fecours très-utile , l’auteur des obfêrvations fur les noyés remarque judicieufement que
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- cette opération de chirurgie eft confeiilée làns raifon. Il a difcuté cet article en homme éclairé; mais cela n’était pas bien nécelfaire : l’infuffiation, qui remplit l’intention de faire paffer de l’air dans les poumons , exclut décidément la trachéotomie.
- Tentatives à faire fur les ouvriers fujfoqués dans les mines, pour les rappeller
- à la vie , ou au moins pour conflater la mort abfolue de ceux qui ont éprouvé ,
- foit cet accident, foit celui de la fubmerjion.
- 634. Nous avons rendu un compte Amplement hiftorique de ce qui le pratique parmi les houilleurs vis-à-vis de leurs camarades fuifoqués dans les mines , quand l’accident n’elt qu’à un degré alfez léger pour céder aux moyens dans lefquels leur expérience eft circonfcrite. Dans le cas où l’afphyxie eft portée au plus haut point, jugée par le non-fuccés fans relfource, c’eft à la médecine à ajouter de nouveaux moyens: elle feule peut fubftituer à une routine, ou qui abandonne légèrement la partie, ou qui fe déconcerte aifé-ment, une marche méthodique foutenue, autant que la lituation permet rai-fonnablement d’efpérer encore de la vie du malade.
- 63y. S’il eft polfîble de parvenir un jour à un but aufîi delirable, il eft hors de doute que ce ne fera qu’en revenant, avec une férieufe attention, fur les dilfércntes relations connues qui renferment quelque détail, quelques circonftances, foit fur l’état qu’ont éprouvé ces ouvriers avant d’ètre entièrement fulFoqués, foit fur ce qu’ont rapporté ceux qui ont été alfez heureux pour échapper à la mort, foit enfin fur ce qui fe fait remarquer dans leur individu lorfqu’ils.ont été guéris. Les obfervations de M. Triewald , qui a lui-même tâté cette vapeur fuffocante , celles de M. l’abbé de Sauvages, que nous avons rapportées, celles de M. le Monnier le médecin , & toutes celles que l’on pourra recueillir fur cet objet, font de la plus grande conféquence, & doivent fervir de bafe à toutes les méthodes à imaginer pour le traitement d’un accident qui tient à ce que l’on connaît de plus compliqué dans la méchanique du corps animal, je veux dire la refpiration.
- 63 6. Il n’eft pas indifférent de rapprocher de ces relations ce qu’ont penfé fur la fituation en elle-même dont il s’agit, quelques écrivains de poids y tout, en pareille matière, peut concourir à faire appercevoir ce que l’on cherche. Je vais elfayer d’aider à découvrir une route fûre dans ce traitement , en expo fan t ce qu’ont avancé MM. Triewnld , Henckel & Brovalliüs. La fulfocation dont parlent ce dernier & M. Henckel,dans fou Traité des maladies des mineurs , eft occasionnée par des moffettes métalliques. Selon toute apparence, elles ne font pas comparables , dans tous les points, aux vapeurs des carrières de charbons s II l’on en excepte celles dont le charbon eft pyri-
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- teux, ou, félon nous, pyritofo-bituminofum (a). La mafle d’air ramaflee dans ces mines, eft en général, quant au mélange de parties étrangères , bien différente de celle des mines de cuivre, de plomb, &c. Cependant les phénomènes de la fufïocation dans toute efpece de fouterreins, fe rapportent allez entr’eux dans les points effentiels. Les obfervations fur cette matière dans les mines métalliques , ne font donc pas abfolument étrangères à celles qui ont été faites dans les carrières de charbon (b). Il paraît qu’on eft en con-féquence fondé à raifonner à peu près de la même maniéré fur la méthode de fecourir les ouvriers étouffés dans tout endroit renfermé, fauf l’augmentation que le volume de l’air peut avoir acquis par une addition à fa matière propre, & qui peut donner fujet à interprétation ou à reftriction relativement à ce mélange.
- 637. M. Triewald alfure que, dans une mine chargée de vapeurs , il ne s’eft pas trouvé autrement incommodé, quand la lumière s’éteint, que de fe fentir lourd & gagné par une envie de dormir. 11 croit pouvoir juger par fon expérience , que ceux qui périflent de l’effet de cette vapeur, périifent d’une mort très-douce , & n’éprouvent que ce que relfentirait une perfonne qui périrait de l’effet d’une grande laffitude. 11 rapporte que les ouvriers retirés à tems & promptement d’une mine où ils ont été furpris par l’effet ré-fultant de cette exhalaifon , reviennent entièrement lorfqu’ils font ramenés à.-l’air froid, quoiqu’ils ne donnent aucun ligne de vie.
- 638* Dans les mines d’Angleterre, le common-damp donne des convul-lions aux ouvriers ( c') -, les vapeurs des mines d’Alais portent d’abord à la bouche un goût d’amercume ( d), & enfuite de l’étouffement (e). Celles des mines d’Auvergne ont fait éprouver à Al. le Monnier un gonflement du vifage & de la gorge , cuifïon aux yeux, larmoiement, tintement des oreilles, étour-diflement. (f)
- () On doit remarquer que toutes les fois que nous avons confervé le moc fulfu-reux , adopté dans le langage des ouvriers de mines, nous entendons pyriteux, pour marquer l’alliage particulier qui fe trouve avec la portion bitumineufe.
- () M. Brovallius, dans fon mémoire, penfe.aufli que la fuffocation ou l’afl'oupif-fement dans les mines de Quekna, peut autant provenir du défaut de circulation de l’air, que de la nature arfénicale prétendue de ces moffettes, quoique M. Henckel ait démontré la préfence de ce poifon en petite quantité dans la pyrite jaune.,.alliéa ordi-
- nairement au cuivre.
- ( c ) Parce que peut - être il eft chargé d’acide vitriolique-
- (d) Qui pourrait indiquer une exhalaifon bitumineufe.
- (e) Sans doute à raifon de l’épaiffeur& de la pefanteur de cette moffette.
- (/) Ces fymptomes demandent, comme pour les autres mines, à être rapprochés de la nature du charbon des mines d’Auvergne , qui eft en général un mauvais charbon pyriteux, & de l’effet de la vapeur de la mine de cuivre pyriteufe de Quekna.
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- • 639. Selon M. Henckel, dans un ouvrier fuffoqué par les moffettes mé-
- talliques-, la tète & les poumons font affectés. Cet auteur penfe, pour ce qui eft de la tète , que ces vapeurs, en pénétrant par le nez jufqu’au cerveau, exercent immédiatement leur action fur ce vifcere : ce qui produit l'étonnement & la perte de fentiment qui précédé même la fuffocation. Quant à Paf~ feétion des poumons , qui eft un accident concomitant de l’état des houilleurs, M. Henckel opine que la moffette prive ces organes de l’air nécef-faire à leur développement i il eftime que, par le reiferrement qu’elle ocça-fionne dans les cellules pulmonaires, & dans les ramifications des bronches, elle interrompt la circulation , & produit la fuffocation. Le traitement pro-pofé par cet auteur, fe réduit à faire refpirer au malade un air frais , lefe-couer , lui fouffler de l’air dans la bouche , le faigner, lui donner quelqu'un-fulion chaude, pour chercher à le faire fuer.
- 640. Dans la maniéré dont M, Henckel juge de l’état de fuffocation par les moffettes métalliques, on entrevoit qu’il a regardé comme maladies dif-tincftes, deux lélïons de fondions , qui l’une & l’autre ne dépendent que d’une même cauTe, & qui font fympathiques , foit par les nerfs, foit par les vaiffeaux fanguins. L’auteur parait tenir au fentiment des anciens , qui admettaient comme poffible la communication immédiate des vapeurs quelconques dans le cerveau. Il eft arrivé quelquefois que des perfonnes font tombées dans un profond fommeil pendant la diftiilation de fubftances fomni-feres. Un auteur a publié quelque part que , confervant dans fon cabinet des pommes de mandragore, il s’était trouvé fortaffoupi, ce qu’il attribuait aux émanations de ces fruits. L’obfervation la plus frappante en ce genre, & la plus finguliere fans contredit, fi elle était vraie, c’eft celle rapportée dans le Sepulchretum de Bonnet, de taches de foufre remarquées dans le cerveau d’un homme qui fut tué par la foudre (a) j mais elle paffe toute croyance , & les, connaiffances anatomiques ne permettent pas: d’expliquer , comme M. Henckel, l’embarras qui fe manifefte dans la tète des ouvriers étouffés par les vapeurs de mines : le cerveau 11’eft ici affecfté que per confenfum.
- 641. Une des circonfiances , qui me femble remarquable , c’eft la maladie confécutive quife déclare dans les ouvriers échappés du danger de la mort, où les jetait ce profond évanouiffemeut à la fuite de la fuffocation. Cette toux qu’ils confervent toute leur vie , ne pourrait-elle pas jeter quelque jour fur l’état primitif ? Dans le Recueil d?ouvertures de cadavres, par Bonnet , l’obfervation ^ 9 , fect. III, liv. I, ( b ) eft accompagnée d’un commentaire fuc-cint, qui n’eft pas ici indifférent .; An lethargus a pulmone effe potejl ? ita fane. &c. Il étaie fon fentiment fur un pâffage d’Hyppocrate, 2 8c 3 de morbis,
- (a) Defuffocatiçnc, lib. II, feét. II, obf. 4?.
- (b) De joporofs affeciibus : lethargus Jgniptomaticus, a pulmomimvitio induélus.
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- touchant/lès maladies léthargiques , & particuliérement fur un endroit de fes pronoftics (a)'", ’qui a été diversement interprété par les commentateurs foù Hyppocrate fait entendre que fou vent la léthargie dépend des affe&ions >de poitrine, & fe termine par une affe&ion de cette capacité. Il nous fuffit d’avoir dirigé ou fixé fur ce point l’attention des perfonnes de l’art qui feront dans le cas de fuivre ces fortes d’obfervations. Nous allons maintenant nous occuper des fecours convenables aux ouvriers fuffoqués dans les mines. La méthode générale expofée par M. Lieutaud, remplit à cet égard ce que l’on peut fouhaiter; Afin d’aider le ledeur à en faire une comparaifon utile & raifonnée , avec ce qui doit être remarqué dans la pratique des mineurs , nous donnèrons la traduction de cette partie de l’ouvrage de l’habile médecin. (b)
- 642. Dans les diiférens écrits publiés en faveur des noyés, on a grand foin d’avertir les perfonnes qui entreprennent de prêter la main aux fecours qu’on adminiftre en pareil cas, de ne point fe 'décourager d’un manque de réuffite j fouvent elle n’a lieu que plu (leurs heures après une perfévérance foutenue. Il nous a femblé intére(fant d’afliguer en quelque façon les limites qui peuvent féparer l’efpérance du fuccès , de ce qui annonce le non-fuccès. Cette courte addition, que nous avons jugé devoir faire, nous a femblé propre à foutenir le zele & l’emprelfement charitables dans ceux qui recourront ces malheureux.
- Méthode abrégée pour fecourir les perfonnes fuffoquées accidentellement.
- Indice auquel on peut juger du tems qull convient dé abandonner les tentatives.
- 649. <c Transporter le malade au grand air, lui jeter de l’eau froide „ fur le vifage (je), lui fouffler dans la bouche , préfenter au nez du vi-„ naigre & toutes fortes de liqueurs pénétrantes , & employer d’abord la „ faignée. Quelques-uns propofent l’émétique. Le favant1 auteur ajoute : num „ reUe ? cceteris judicandum relinquimus. (d) Les anti - fpafmOdiques & les
- (c) Prœnotion. coac. n. 145.
- (6) Lib. I, fect III, fuffocatio. t (C ) Je crois que ce ferait bien là le cas d’en jeter fur tout le corps du malade ; néanmoins fi l’on pouvait être.fur, dans un houilleur fuffoqué, que la frayeur eft entrée pour quelque chofe dans l’état où il eft réduit, n’y aurait - il pas du rifque à ne pas le réchauffer ? L’air frais ou tout autre , préfenté à l’infpiration, qui peut n’être pas entière-
- ment abolie , paraît, d’après l’expérience des houilleurs, être capable d’un effet très-heureux : il pourrait convenir de même dans les cas de fuffocation par la vapeur du charbon.
- ( d ) L’application du vomitif , qui eft très-indiqué pour les noyés, pourrait être fâcheux pour les houilleurs fuffoqués, fi l’état provenait de l’effet de la frayeur.
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- 5^ tempérans qui paraiffent avoir réufli quelquefois , font encore affez équi-, „ voques , „ par la difficulté de juger Ji Vètat ejl compliqué de fpafme , comme on a vu que cela arrive quelquefois. “ Les fternutatoires aélifs , les lavemens „ âcres .& ftimulans, les fridions avec des étoffes rudes, les ventoufes fca-„ rifiées, & ce que l’art prefcrit en général dans les alfedions foporeufes 5i) & comateufes. „
- 644. Dans les mines de Qiiekna en Norwege, les feuls remedes employés font le vinaigre & la thériaque: cela 11e réuflit pas toujours. Veut-on enfin, conformément au louable précepte de Zacchias, ne rien omettre de tout ce qui peut aider à découvrir au moins fi la vie fubfifte encore, ou fi elle efl éteinte ? on doit, avant de renoncer à toute efpece de tentative, confulter les yeux du fujet : c’eft une des remarques de l’auteur recommandable dont nous empruntons la méthode de fecourir les hommes fuffoqués accidentellement. Cet avertiflement ne pouvait être négligé par un écrivain qui réunit dans fa perfonne le favoir avec l’amour de l’humanité.
- <?4f. L’observation qui, de la part des hommes auxquels l’autorité publique confie la fanté des citoyens, doit s’étendre jufques fur les cadavres, établit pour fait confiant & certain, qu’après la mort les yeux deviennent flafques & moux, s’aifailfent & fe détruifent d’une maniéré particulière^ l’oc-cafion d’une diminution de l’humeur vitrée ; que la prunelle fe rétrécit un peu , 8c quelquefois d’une façon marquée ; que jamais elle n’efl beaucoup dilatée Ça). Il efl en même tems bien reconnu qu’011 ne connaît pas d’exemple de ce changement dans aucune des autres révolutions qui arrivent au corps animal, au point que cet affaiifement & cette molleife du globe de l’œil , joints à cette apparence de toile glaireufe dans un fujet qui ne porte fur les paupières aucune marque de maladie antérieure , paraiffent pouvoir fournir des preuves de la mort. Il n’ell pas, en conféquence, inutile de rapporter en entier ce qu’a dit à ce lujet le célébré anatomifte, auteur de la thefe fur l’incertitude des figues de la mort. Çb) Premièrement,en écartant ou en ouvrant tout doucement les paupières, la cornée tranfparente efl couverte d’une ef pece de membrane ou de toile glaireufe très-fine , qui fe fend en plufieurs morceaux quand on y touche , & que l’on emporte facilement eneffuyanç la cornée. Dans ceux qui meurent, les paupières ouvertes, cette toile ternit quelquefois la cornée au point de faire prefque difparaitre la prunelle j cette toile parait être formée d’une lymphe qui fuinte naturellement par les pores de la cornée tranfparente, dont Stenon parle dans fon Traité des glandes &
- ( a ) Cet état eft vulgairement défigné ( b ) Obfervation fur la porofité de la par les gens du peuple en plufieurs pays, cornée tranfparente, par M. Winslow. & même en France , par cette exprefîion, .Mémoires de l’académie royale desfciences, les yeux font crevés fe larmier efl crevé, ann. 1721, page 310.
- M m ij
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- des mufcles. On fera bien enfuite,' félon le confeit de M. Lieutaud, de recourir à l’application de larges vefîicatoires & de fers rouges à. la plante des pieds.
- 646. Pour exciter la vigilance & l’humanité des perfonnes qui fe trouveraient à portée d’affifter ces ouvriers dans cette fltuation, l’auteur termine le plan de traitement qu’il propofe, par une invitation à laquelle nous croyons devoir donner place ici (a). Dès i’inftant qu’il eft démontré que la vie des ouvriers de mines, noyés ou fuffoqués, dépend des fecours à leur donner, & de la maniéré d’y procéder, la négligence , encore plus l’indifférence fur ce point, feraient impardonnables. Les propriétaires , entrepreneurs , directeurs , ou autres intéreffés dans les mines , doivent en eonféquence regarder maintenant comme meuble indifpenfable de houillerie, un appareil de tout ce qui convient à ces fecours. J’aime à croire que, dans les endroits où ces travaux s’exécutent par des particuliers, un feigneur, un curé de paroiffe , s’empreiferont de pourvoir généreufement le corps des ouvriers de cette précaution : ce qui me détermine à donner ici, comme je l’ai annoncé , l’état de ce qui entre dans la caiffe nommée à Paris boîte-entrepôt*
- Defcnption de la botte portative, contenant les. ekofes qui fervent d fecourir les.
- noyés, d'après C ètablifjement que la ville de. Paris a fait en leur faveur ,
- pf. XXXV.
- 647. Cette boîte, qui eft faite de bois, a ( y compris les épaiffeurs des bois , qui ont $ lignes ) 12 pouces de haut, 18 pouces de long, 9 pouces de large. Toutes les parties en font affemblées folidement & proprement en queue-d’aronde. On a pratiqué dans cette boîte, différentes Réparations, dont deux reçoivent chacune une bouteille de pinte remplie d’eau-de-vie camphrée, animée avec l’efprit volatil de fel ammoniac. Une troifieme fé-paration eft deftinée à recevoir le bonnet & les deux frottoirs de laine roulés enfcmble, dans lefquels on a enfoncé, de maniéré à les faire appercevoir en ouvrant la boîte, deux tiges de la canule fumigatoire, & la canule à bouche. Au-deffous du bonnet & des deux frottoirs, dans le fond de la boîte, on a placé les deux bandages à faignée, roulés avec leur compreffe. Ces deux bandages 'font lé feul article eflèntiel qu’on n’a pu repréfenter dans le détail en apperçu qu’on va faire de la boîte. Une quatrième féparation eft une tablette pratiquée pour la machine fumigatoire, dans le fourneau de laquelle, on loge le flacon bouché en cryftal, qui contient l’efprit volatil
- (a) Quœ omnia alta quideni fane mente tenere debent medici fuis muniispeifunâo-ric burent es ne prias quam mor.iantur, horrendutn diciu ! fepultura tradantur quavis caufajujfouiti.
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- de fel ammoniac. Une cinquième réparation eft une autre tablette apparente à l’ouverture de la boîte & à fa furface interne , faifant le deflus de la machine fu-migatoire. Cette tablette eft fermée de tous les côtés, & forme à peu près un quarré d’un pouce & demi de haut, dans lequel on voit quatre rouleaux de tabac à fumer, d’une demi-once chaque , & une petite boîte renfermant plufieurs paquets d’émétique , de trois grains chaque. Dans le fond de cette boîte-entrepôt, & fous la machine fumigatoire, on apperçoit le foufflet. On voit, dans cette boîte, un petit piton à vis, d’où pend, par le moyen d’une ficelle, un nouet de foufre & de camphre, uniquement ajouté ici pour la confervation de la couverture & des autres uftenfiles de laine, dont il occupe toujours le milieu. Par-delfus la couverture, on voit la canule fumigatoire, la cuiller de fer étamé, & les brochures contenant les détails des fuccès obtenus depuis l’établiifement. On a fouftrait ces brochures comme inutiles à repréfenter figurément. Pour l’intelligence & la facilité dans l’adminiftration des fecours à donner, on a penfé qu’il ferait utile de coller en-dedans du couvercle de cette boîte, l’ufage qu’on doit faire des différens articles ci - deflus, comportant les fecours. Enfin , au-devant de la boite , on affiche une feuille imprimée , qui préfente , en précis & par ordre , les fecours à adminiftrer aux noyés, & les conditions qu’on fait aux perfonnes qui veulent bien s’en charger. La ferrure de cette boîte eft folide & proprement faite; & pour empêcher qu’elle ne foit fufceptible de la rouille, on a eu l’attention de faire appliquer par-delfus deux couches de vernis. On a évité de la fermer avec une ferrure à clef, parce qu’on a fait réflexion que la ferrure peut fe mêler, que la clef peut fe perdre, & que, lorfqu’on voudrait faire ufage des fecours , fi cet accident arrivait , on ferait obligé, pour ne pas perdre de tems , de brifer la boite, en faifant fauter la ferrure. On voit, par ce détail, qu’on a tâché de tout prévoir, autant qu’on l’a pu.
- Inventaire indicatif & figuré de la boîte portàtive , dont on a fupprimê le couvercle ainfî que le devant, afin quon puiffe plus facilement voir dans fa place chacun des objets indiqués par des lettres relatives,
- 648- A, quatre rouleaux, chacun d’une demi-once de tabac à fumer. B, une petite boîte renfermant plufieurs paquets d’émétique, de trois grains chaque. C, une bouteille de pinte remplie d’eau-de-vie camphrée, animée avec l’efprit volatil de fel ammoniac : on ne voit qu’une partie du col de cette bouteille; le refte fe trouve caché, dans la profondeur de la boîte, par la tunique ou chemife de laine ,fig. 3. D , flacon de cryftal contenant de l’efprit volatil de fel ammoniac. Il ne paraît pas dans la boite, parce que fa place eft
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- dans le fourneau de la machine fumigatoire, où on la tient logée lorfqu’oti ne fe fert pas de la machine. E, tuyau ou canule fumigatoire. F, cuiller de fer étamé. G, nouet de foufre &fle camphre. H H , couverture de laine en forme de tunique. 1,1, deux tiges du tuyau fumigatoire, pour faire parvenir la fumée de tabac dans les inteftins ; l’une fupplée à l’autre, lorfqu’elle fe trouve engorgée. K, canule à bouche. L, M, bonnet de laine roulé avec les deux frottoirs de laine. N, fécondé bouteille de pinte remplie d’eau-de-vie camphrée, animée d’efprit volatil de fel ammoniac. O, foufflet à une feule ame ou foupape en cuir. P , la machine-fumigatoire repofantfur une tablette pratiquée exprès : elle loge, dans fon fourneau, le flacon d’efprit volatil de fel ammoniac D. Q_, corps delà boîte-entrepôt, dont on a fupprimé le devant & le couvercle. Nota. On n’a pu repréfenter à l’œil deux bandages à faignée, des plumes pour chatouiller le dedans du nez & de la gorge, & des imprimés qui indiquent la maniéré de faire ufage de toutes les chofes contenues dans la boîte - entrepôt.
- Développement de la boîte.
- 649. Fig. I, la machine fumigatoire montée avec fon foufflet A, fixée B par une fiche de fer qui traverfe le manche C de la machine D, par le moyen d’un trou qu’on a pratiqué au «manche C & à la douille E du foufflet Aj de maniéré qu’on peut faire faire à la machine, ainfi aflujettie, tous les mouvemens poflîbles, en les dirigeant avec le foufflet i & l’on eft dif-penfé de toucher à la machine lorfque le tabac eft allumé, autrement 011 fe brûleroit. F, chapiteau ou couvercle de la machine. G, tubulure ou cheminée du chapiteau. H, bouchon de liege , fermant la cheminée G du chapiteau F, dont P ufage eft de pouvoir juger à quel point le tabac fournit de la fumée. I, bec ou canal du chapiteau F qui conduit la fumée du tabac jufques dans les inteftins. K, bout de cuivre étamé, ou gorge dans laquelle s’infere le bec 1 du chapiteau F, pour la dire&ion de la fumée jufques dans les inteftins. L, tuyau fumigatoire : c’eft une fpirale en reflort à boudin, de fil de laiton recouvert d’une peau blanche de mouton, collée avec de bon empois. M, canule de buis terminant le tuyau fumigatoire. Cette canule eft compofée de deux pièces , dont le n<?. 3 eft fixé au tuyau fumigatoire L, & fait corps avec lui i & le n°. 4 eft la tige d’une canule ordinaire, qu’011 peut retirer & remettre à volonté, pour pouvoir lui fubftituer une autre tige dans le cas où, pendant l’opération des fecours, la première viendrait à s’engorger par la matière qui fe trouve quelquefois retenue dans les gros inteftins. Le foufflet A a cinq pouces & demi de long, depuis fa partie circulaire A jufqu’à fon muffle a a\ fa plus grande largeur eft de trois pouces quatre lignes. Le muffle a a a feize lignes, réduites à douze près de la
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- tuyere ou douille E, laquelle a deux pouces & demi de long , & eft percée dans toute la longueur * pour communiquer le vent du foufflet. La machine fumigatoire A A, fig. 2, fans fon couvercle, a trois pouces de haut, y compris la gorge B B, qui feule a trois quarts de pouce; cette gorge eft de cuivre jaune, poli autour, & a près de deux lignes d’épaiffeur. Le manche C a trois pouces & demi de long, & dix lignes de diamètre. Le corps de la machine elt de cuivre rouge étamé , & toutes fes parties font brafées à fou-dure forte; de maniéré que, quelle que foit la chaleur qu’on peut faire endurer à cette machine, il n’y a pas à craindre que les foudures manquent, ce qui interromprait l’opération. Le diamètre de la gorge de la machine A A eft de vingt-une lignes, & celui du fond du fourneau eft de vingt-quatre. Le couvercle ou chapiteau F, a deux pouces de haut, non compris fa tubulure ou cheminée G, qui a fix à fept lignes de haut, fur autant de diamètre. Le bec ou canal I du chapiteau F eft long de quatre pouces : il a fix à fept lignes de diamètre,à la bafe qui eft foudée au chapiteau,& fe réduit à deux lignes à l’extrémité qui s’ajufte à la gorge du tuyau fumigatoire L. Le tuyau fumigatoire L a quatorze à quinze pouces de long; c’eft une fpirale en reifort à boudin de fil de laiton , recouvert d’une peau blanche de mouton, collée avec de bon empois ; fa partie fupérieure, n°. 1, eft de cuivre rouge étamé ; elle forme la gorge dans laquelle on inféré le bec I du chapiteau F, lorfqu’on veut faire manœuvrer la machine. Ce tuyau L, n°. 2, eft terminé par une canule, n9. 4, compofée de deux pièces, dont le n9. 3 eft fixé au tuyau fumigatoire L, & fait corps avec lui; & le n°. 4 eft la tige d’une canule ordinaire qui peut être changée à volonté, dans le cas où elle s’engorgerait pendant l’ufage qu’on en ferait; & c’eft pour cette raifon que, dans l’inventaire de la boîte, on a mis deux tiges de canule indiquées par les lettres I I. O11 obferve que le tuyau fumigatoire L, adapté à la machine toute montée, eft coupé, pour ne pas le repréfenter deux fois dans toute fa longueur; mais il eft figuré en entier, & indiqué par les chiffres 1,2, 3 , 4, fig. 9. La figure % repréfente la machine fumigatoire A A ouverte ; on en a fait la defcription aifez détaillée dans la figure première, pour n’y pas prévenir. Fig. 3, la couverture de laine en forme de tunique ou de chemife; on a donné la forme d’une tunique à cette couverture qui fert à envelopper les noyés , pour la facilité de les couvrir promptement, & de les garantir de Cimprejjion de ! air extérieur, (a) On voit allez combien cette forme eft commode
- (a) Voyez les obfervations générales, conjîituc prefquc la feule dépcnfe , n'y fous le titre : Réflexions fur les différons ayant plus qii à rcnouvellcr les médicament moyens confeillés dans l’avis publié en employés, qui ne fe montent guere qu’à 1740, page 996. L’achat de cette boîte, 9 ou 10 livres,
- qui ejlduprix de 48 livres, une fois fait,
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- à tous égards. On a placé, dans la partie fupérieure de cette couverture, des rubans en Goulilfe pour pouvoir être ferrés, afin que les épaules foient couvertes ; & les cordons qu’on a coufus aux parties latérales de ladite couverture ou chemife, ainfi qu’aux manches, peuvent être noués , fi on le juge à propos. Fig. 4, flacon bouché en cryftal, rempli d’efprit volatil de fel ammoniac. La place de ce flacon, dans la boîte-entrepôt, eft dans le fourneau de la machine fumigatoire. Fig. f & 6 , la cuiller de fer étamé , vue en différens fens. Son cuilleron eft terminé par un petit bec, pour la facilité d’introduire dans la bouche des noyés, de l’eau-de-vie camphrée, ou autre liqueur, pour peu que les dents foient defferrées. Ce cuilleron eft plus profond que celui des cuillers ordinaires, afin qu’il contienne plus de liqueur , & qu’il puiffe fuppléer à un gobelet ; fon manche eft dirigé de maniéré à pouvoir placer la cuiller pleine, fans qu’elle foit expofée à répandre ; & l’extrémité du manche eft faite pour fervir de levier, afin d’écarter les dents fi elles étaient trop ferrées, en prenant toutefois les précautions néceflàires. pour 11e pas rifquer de luxer la mâchoire du noyé qu’on voudrait fecourir. Fig. 7, canule à bouche : c’eft une canule ordinaire, divifée eu deux pièces réunies en-fuite par un boyau de peau, large d’un pouce & long de deux, afin d’intercepter à volonté le fouffle récurrent , & de garantir la perfonne qui fouftle , des exhalaifons de l’eftomac du noyé lorfqu’il commence à revenir. Pour éviter le défagrétnent qui réfulte du retour de ces exhalaifons, il fufïit de pincer avec deux doigts le boyau de peau , lorfqu’on ceffe de fouffler & qu’on veut reprendre haleine. La tige de cette canule eft plus forte que celle des canules ordinaires, pour ne pas fe caifer entre les dents des noyés ; ce qui eft arrivé dans le commencement de l’établilfement : elles n’étaient pas fi fortes qu’011 les a faites depuis. Fig. 8 , fécondé tige de la canule fumigatoire , pour être fubftituée à la première, fi elle était engorgée. Fig. 9, tuyau fumigatoire repréfenté dans toute fa longueur, avec fes divifions 1,2,5,45 dont le détail fe trouve développé à la lettre L.
- Idée générale des machines hydrauliques qui fe conjlruifent a la fuperficie des mines, pour en tirer les eaux.
- éfo. Les inconvéniens que produit l’affluence des eaux dans les mines, ne font ni moins nombreux ni moins diffîcultueux que ceux qui viennent d’être détaillés, & qui réfultent de l’air. A moins qu’on ne détourne, qu’on ne ramalfe les eaux, qu’on n’en diminue le volume, elles portent à la pour-chaffe des ouvrages un préjudice infurmontable : elles nuifent même aux travailleurs , qui peuvent quelquefois être fubmergés. En faifant attention à la nature de l’eau, 011 conçoit que l’enlevement de ce fluide du fond d’une
- mine,
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- mine, forme une des opérations importantes de ces fortes de travaux. Leg parties dont l’eau eft compofée , font ou peuvent être régardées comme ab-folument dures; prifes en mafle , elles font incompreffibles, c’eft-à- dire , qu’elles ne peuvent être réduites à occuper un volume moindre que celui qu’elles occupent dans leur état naturel : lors même que la circonftance permet de procéder à leur épuifement par tinnages, c’eft-à-dire, dans des ieauxt cet enlevement des eaux, par rapport à leur pefanteur, fixée ordinairement à 70 livres par pied cube, eft un travail pénible & lent ; les eaux alors rentrent dans la clalfe des corps pefans qu’il faut enlever , ce qui fait que nous remettons à traiter cette maniéré de fe débarrafler d’une partie des eaux de mines, lorfque nous examinerons ce qui concerne les machines deftinées à enlever des poids en général. Quant à préfent, les eaux feront confidérées dans le cas qui eft le plus ordinaire dans les fouilles profondes , où leur volume confidérable exige des moyens & des agens proportionnés , par la force & la continuité , à l’obftacle énorme qu’elles mettent aux travaux, c’eft-à-dire, lorfqu’on eft obligé, pour le tirer hors d’une mine, de recourir à quelque méchanique compliquée. Toute machine qui fert à élever l’eau d’une profondeur, quelle qu’elle foit, eft diftinguée en général par le nom. de machine, hydraulique ; les pompes, les vis fans fin, les chapelets , les roues même pourraient être appellées machines hydrauliquesJimples ; c’eft à quoi fe réduit dans le fond le grand nombre de machines hydrauliques que l’on a imaginées. Les autres font compofées de celles - là ; & à mefure qu’elles font ou variées ou mues par des agens difterens, ou plus compofées en elles-» mêmes, elles deviennent auffi dilpendieufes qu’elles font indifpenfables dans les mines profondes. Au furplus, les effets des unes & des autres fe déterminent, comme ceux de toutes les machines, par les loix connues de la méchanique : il ne s’agit que d’appliquer ces loix à celles de l'hydraulique. Sous ce nom qui, dans le fens le plus étendu, peut lignifier cette partie de la méchanique qui détermine en général les loix du mouvement des fluides , je ne comprends ici que la fcience du mouvement des eaux , foit que ce mouvement fe faife félon une dire&ion perpendiculaire, ou félon une direction oblique : ce qui forme deux parties , l’une & l’autre très-étendues & très-difficiles à approfondir ; néanmoins ces connailfances réunies à celles de la phyfique, peuvent feules diminuer l’inconvénient inévitablement attaché à ces fortes de machines, fur-tout de conftituer dans de grandes dépenfes (a).
- (a) A Nordmarck , en Suede, où les y contribuer dans la proportion des mine-mines s’épuifent par un feldgeflange, les rais qu’ils tirent de leurs mines, &au ju-propriétaires , la plupart payfans & ou- gement du maître des mines. Pour rendre vriers, n’étant point en état de faire cette la balance égale vis-à-vis les propriétaires dépenfe, on a obligé ceux des fonderies à des fonderies , on a fait une taxe des mine-Tome XV11. N a
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- Leur conftrucftion, l’enfemble des différentes parties qui les compofent, doivent être affujettis .à un examen rigoureux, dépendant de principes qu’un directeur de mines ne peut puifer que dans ces différentes fciences.
- i. Les ouvrages indiqués dans l’article des travaux qui s'exécutent par le fecours des machines, nous difpenfent de refte d’entrer dans aucun de ces détails ; nous ne nous propofons même pas de multiplier ici les defcriptions , foit de machines hydrauliques, foit de machines à enlever des poids quelconques, auxquelles nous viendrons enfuite j notre but eft uniquement de faciliter l’intelligence de celles qui fe trouvent répandues dans plusieurs ouvrages , & de donner des idées précifes de la conftrutftion 8c du méchanifme des unes ou des autres. De toutes les machines hydrauliques employées à élever l’eau continuellement, les pompes font les plus communes & les plus avantageufes. Une efpece de développement de leurs parties effentielles fuf-fira pour ce que nous avons en vue : nous y joindrons une notice générale des pièces qui en dépendent, ainfi que des principales parties qui entrent dans leur conftrucftion, de quelque maniéré qu’elles foient miles en jeu. Enfin ces généralités feront accompagnées de tout ce qui peut fervir d’éclarciffe-nient fur la partie de l’architecfture hydraulique des mines , dont nous allons elfayer de donner une idée.
- Des pompes en général.
- %• Les pompes, dont on ne peut fe paffer dans les fojfes de grand athour pour aller chercher les eaux du fond de la mine, font variées à l’infini : elles peuvent cependant, en général, fe rapporter à trois efpeces, qui ont chacune des avantages particuliers, ou même à deux , la pompe foulante & la pompe afpirante. La première agit pa§ prefîîon ou par refoulement, & porte l’eau à une hauteur, fans aucune reprife; ce que la pompe afpirante ne peut faire que dans .la longueur d’une tringle de fer, qui pafïe dans fon tuyau montantj cette derniere même égale, dans toutes fes parties, à la pompe foulante, atnene toujours moins d’eau qu’elle. Dans la pompe afpirante ou commune, l’eau eft élevée de bas en haut jufqu’à la hauteur de 32 pieds tout au plus, & jamais au-delà : elle fe répété autant de fois qu’il eft néceifàire. La troifieme, qui éleve l’eau beaucoup au-deffus de fon niveau, agit par afpi-ration, & contraint l’eau par refoulement, de monter dans des conduits pofés verticalement, ou le long d’un plan incliné. On l’appelle pompe afpirante & refoulante.
- rais, qui eft renouvellée chaque année par le prix eft inférieur à celui que fe vendent le bergraeifter, &à laquelle les propriétai- les minerais des autres mines. M. Jars, res de mines font obligés de fe conformer : page 111.
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- Les parties de ces trois elpeces de pompes font les mêmes , n’y ayant de différence que dans leur pofition : nous commencerons par en donner une connaiifance abrégée, & nous renfermerons dans des articles particuliers, les détails qui concernent chacune d’elles. Une pompe eft formée d’un pifton & de deux tuyaux fermés, pour l’ordinaire, dans leur jouétion ou dans leur ouverture commune * par une foupape (a) qui s’ouvre de bas en haut; quelquefois elle fe met plus bas. De ces deux tuyaux, l’un toujours de potin (b) ou de cuivre * & par économie en bois, reqoic le pifton, & en conféquence eft plus grand : il fe défigne particuliérement par le nom de corps de pompe , fous lequel on comprend auffi le pifton qui, par fon mouvement dans ce tuyau, y fait monter l’eau , auquel on donne intérieurement un grand poli, pour la liberté*du jeu du pifton. L’autre tuyau , qui trempe dans l’eau qu’on veut élever, eft nommé tuyau montant, ou tuyau d’afpiration ; il eft un peu évafé , afin que l’eau s’y introduife plus aifément; & afin qu’en montant elle n’apporte avec elle aucune faleté, on place une plaque de tôle au-deffus de cet évafement. ~
- 6 y 4. Depuis quelques années on garnit le tuyau montant de la pompe foulante, d’une efpece de tambour creux, fermé au-dehors de tous côtés, mais qui communique avec le tuyau interrompu dans la partie où il vient déboucher dans ce tambour. Ce tambour eft appelle réfervoir d'air, parce qu’il contient de l’air qui a même denfité que celui du dehors ; lorfqu’on éleve le pifton , l’eau qui y monte fe répand en partie dans le réfervoir à air : elle condenfe l’air qui y eft contenu , elle le réduit à n’occuper que l’ef. pace du réfervoir. Lorfqu’enfuite on abailfe le pifton , l’air ainfi condenfé fe dilate par fon relfort, force l’eau à defeendre du haut du réfervoir à air, à fon milieu, & à s’élever par conféquent dans la branche qui traverle ce tambour : en continuant le même jeu , l’on voit qu’il monte fans ceffé de l’eau dans cette branche, & que le jet, à l’endroit du dégorgeoir, doit être continu , du moins fenfiblement. Des faifeurs de pompes prétendent que
- ( a ) Dans les machines hydrauliques , on appelle valvule, foupape , clapet, cra-paudine, un couvercle ou bouchon dans une ouverture, laquelle peut s’ouvrir pour laifler paffer l’eau, mais qui bouche exactement l’ouverture, pour que l’eau ne s’échappe plus. Il fera traité à part de ces foupapes dans tous les détails qui leur font particuliers.
- ( b ) Potin , efpece de cuivre dont il y a de deux fortes , l’un compofé de cuivre jaune & de quelque partie de cuivre rouge,
- & nommé ordinairement potin jaune, qui eft celui-ci ; l’autre, qui n’eft compofé que de toutes les feories fortant de la fabrique du laiton, auxquelles on mêle du plomb ou de l’étain, pour le rendre plus doux; c’eft celui dont on fe fertpour les robinets. On l’appelle potin gris, à caufe de fa couleur terne & grifâtre ; quelquefois il eftap» pellé arcot, qui eft le nom que lui donnent les fondeurs. Il fe vend trois à quatre fols de moins par livre.
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- ce réfervoir augmente de moitié PefFet de la machine, mais il ne fait que rendre le jet continuj & la force motrice demeurant la même, le produit du jet eft toujours le même. Ce réfervoir d’air eft donc inutile dans les pompes qui ont Amplement pour objet d’élever l’eau : il n’eft avantageux que pour les pompes à incendies. Le pifton , nommé quelquefois appareil de pompe, & dans une pompe à bras, qui n’a pas de corps de pompe, barillet, eft une efpece de cône tronqué renverfé, dont la grande bafe , pour qu’il entre avec force dans le corps dejsompe , eft entourée d’une bande de cuir qui eft un peu évafée en entonnoir vers le côté de l’ouverture fupérieure du corps de pompe. Cette efpece de cylindre de bois, quelquefois de métal, étant levé & baillé par les tringles d’une manivelle dans l’intérieur du corps de pompe, aipire ou pouffe l’eau ou l’air, & fouvent la comprime & la refoule : il eft ouvert dans le milieu, & garni d’une foupape de cuir : lorfque cette foupape eft abattue, elle déborde du trou d’un demi-pouce; & pour qu’elle ferme plus exactement, on la charge d’une planche de plomb : enfin le pifton a une queue faite du même morceau de bois dont il eft com-pofé, attachée à une tige de fer.
- Des differentes efpeces de pijlons.
- 65f. Les piftons dont on fe fert communément, peuvent fe réduire à deux efpeces , qui font les pijlons percés , & les pijlons pleins. Les uns & les autres fe font ordinarement de bois ; mais ils ne font pas aufli commodes en bois qu’on fe l’était imaginé, parce qu’on ne peut les percer par un trou d’une grandeur raifonnable, fans rifquer de les rendre trop faibles, & fujets à de continuelles réparations. Cependant le bois de hêtre, qui eft très-bon dans l’eau , ferait propre à faire des piftons , ainfi que le bois de charme ou d’orme. Les pijlons pleins, tels qu’on les emploie communément aux pompes refoulantes , durent peu s’ils font de bois, & font fujets à ne pas fi bien joindre de toutes parts contre le corps de pompe, qu’il ne paffe de l’eau quand la colonne qu’il refoule eft fort élevée, le cuir ne pouvant réfifter au grand effort que l’eau fait pour s’échapper ; car , comme il eft moralement impoflible qu’on puilfe alejer fi parfaitement un tuyau , qu’il ne refte des inégalités imperceptibles , le cuir s’ufe plus d’un côté que d’un autre , & fournit des paifages à l’air ou à l’eau.
- éfé. Le principal inconvénient des piftons percés, vient du trou qui affaiblit confidérablement le barillet, fur-tout quand il faut faire ce trou un peu grand , afin que l’eau qui doit y paffer quand le pifton defcend, puiffe monter fans contrainte, pour ne pas éprouver une trop grande réfiftance, fur-tout s’il eft obligé de parcourir un grand efpace dans un tems fort court.
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- comme, par exemple, dans la machine à feu de Frefnes. Rien ne doit être forcé dans les machines; autrement on emploie, fans le favoir, une partie de l’adion du moteur, à la deftrudion de la machine même. Pour ne point tomber dans ce cas , il faut avoir pour maxime, que lorfqu’un pifton percé defcend, fon propre poids doit fuffire pour contraindre l’eau qui eft dans le fond du corps de pompe, à palfer naturellement au travers du trou, dans le tems qu’il met à defcendre. Or, comme ce tems eft déterminé par la vîtefib que doit avoir la machine , relativement à celle du moteur, on voit que cela dépend de la quantité d’eau que le pifton afpire à chaque relevée, & de la grandeur du paffage qu’il doit traverfer. Il faut donc les percer relativement au diamètre du corps de pompe, au poids du pifton, à fon jeu & à fa vîtelfe. Les tringles de fer qui font le long du tuyau montant pour donner le mouvement au pifton, & qui font attachées aux manivelles, foit fimples , foit à tiers - point, font appellées chaffis. Dans les machines hydrauliques, 011 donne ce nom à un alfemblage de bois ou de fer, qui fe place au bas d’une pompe , afin de pouvoir, par le moyen de deux coulilfes pratiquées dans un dormant de bois, la lever au befoin, & vifiter le corps de pompe. Ces dor-mans ( a) , qui dans leurs feuillures reçoivent le chaffis à couliife de l’équipage des corps de pompe, fervent à les monter en-haut pour les réparer. Dans la pompe foulante , il y a des tringles qui portent aufti le nom de chaffis. La pompe foulante eft coinpofée d’un corps de pompe recourbé, attaché par deux vis au tuyau montant: à la jondion de ce tuyau eft une foupape.
- 7. “ Dans la pompe foulante, le pifton eft renverfé, & il y a quelque M différence dans la pofition du corps de pompe, qui doit trembler dans » l’eau.
- 6 y 8- « Le pifton eft attache à un chaflis de fer, qui eft mu par la tringle du „ balancier ou de la manivelle, & le tuyau montant eft dévoyé pour laiifer agir jj la tringle perpendiculairement. Le pifton, que l’on fuppofe prefqu’au bas „ du corps de pompe, y laiffe, en defcendant, un efpace vuide rempli d’un „ air très-dilaté ; alors l’eau de la fuperficie, poulfée par les colonnes d’eau „ des côtés, & aidée du poids de l’athmofphere , eft poulfée de bas en haut ; ,, elle ouvre le clapet du pifton , palfe au travers , & monte dans le corps de „ pompe : quand le pifton remonte, le clapet fe referme pour empêcher l’eau ,9 de retomber, & l’eau au-delfous étant refoulée de bas en haut, ouvre le „ clapet fupérieur du corps de pompe, & paife dans le tuyau montant, qui „ fucceftivement le remplit jufqu’à fa chûte dans le réfervoir. „
- 6 f 9. Le principal fiege de l’adion de la pompe foulante étant fous la furface de l’eau, cette pompe eft très-difficile à redifier quand elle fe dérange ; c’eft pour
- (a) Chaffis de bois fcellé dans le mur,& qui reçoit les ventaux des croifées.
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- cela qu’on n’a recours à cette pompe , que lorfqu’on ne peut s’en palfer.
- 6'60. “ Dans 1 afpirante, le pifton étant levé par la tringle du balancier de la „ manivelle , prefqu’au haut du corps de pompe, y laide un grand vuide rem-5J pli d’un air fi dilaté, qu’il n’eft plus en équilibre avec l’air extérieur; cet ,3 air , par fa pefanteur , oblige l’eau de monter, & par fon afcenfion éleve le „ clapet, & l’eau entre dans le corps de pompe ; la portion d’air renfermée „ dans le tuyau montant, fe trouve fi affaiblie, qu’elle donne lieu au poids de „ la colonne de l’athmofphere, qui prelfe extrêmement fur la fuperficie de 3,( fieau dans laquelle trempe le tuyau afpirant , & fait monter cette eau 33 dans ce tuyau jufqu’à une certaine hauteur ; le pifton , en defcendant , 3, ferme le clapet du tuyau afpirant, afin d’empêcher l’eau de defcendre 33 dans le bas, & ouvrir le fien pour laiffer paffer à travers l’eau qui eft 33 dans le corps de ponipe^ enfin le pifton fe levant plufieurs fois de fuite, 33 l’eau du tuyau afpirant parvient dans le corps de pompe au-deffus du cla-3, pet du pifton: l’eau qui fe trouve refoulée par la defcente du pifton, palfe 3, en-deffus , & en fe fuccédant s’élève peu à peu par le tuyau montant, juf. „ qu’à la cuvette du réfervoir, où elle tombe. C’eft donc à l’aétion de l’air ,3 intérieur, & aux mouvemens fucceffifs des deux clapets, qu’on doit tout 3, le jeu de cette pompe. „
- 661. Afin que ce pifton puiffe fe mouvoir librement dans l’intérieur du cylindre, on y adapte un levier. On emploie fouvent l’une & l’autre de ces pompes dans la même machine , la pompe foulante fimple, & la pompe afpirante fimple, n’ayant lieu que pour des fouilles peu profondes ; & voici comme s’établit la pompe afpirante, qui eft à la fois afpirante & refoulante.
- 66z. £c On place dans le bas d’une riviere ou d’un puits , la pompe afpi-„ rante, qui porte l’eau jufqu’à a j- pieds dans une bâche ou cuvette, ou dans „ un corps de pompe, d’où elle s’élève fucceflivement dans le tuyau montant 3, jufqu’au réfervoir. Quand la hauteur où l’on veut porter l’eau, eft confi-3, dérable , ou qu’on veut la tirer d’une grande profondeur, on met dans cette 33 bâche une pompe foulante, qui reprend l’eau & la porte jufqu’au réfervoir : ,, alors c’eft le même mouvement qui fait agir les deux pillons liés par une j, tringle au-delfus l’un de l’autre , de maniéré qu’un pifton alpire, pendant ,3 que l’autre refoule l’eau. „
- 66} Quelquefois on difpofe la pompe afpirante & foulante , de maniéré que le pifton, au lieu d’afpirer en montant & de fouler en defcendant, afpire en defcendant, & foule en montant ; mais la force motrice, dans les deux cas , ne fe calcule point autrement que dans les cas ordinaires, en ayant égard convenablement au poids du pifton. Sur le corps de pompe s’emboîtent des tuyaux de cuivre nommés fourches^ ( a ) , qui fe maintiennent avec des brides
- (a) On appelle encore fourche une broche ou tuyau qui fe foude fur un autre, dans la conduite des eaux.
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- (a) jointes par des écrous de cuivre & des rondelles (b) de plomb ou de cuivre entre-deux. Il eft naturel que ces fourches foient de même diamètre que le corps de pompe, ainfi que le tuyau montant.
- De P équipage cPune pompe en général.
- 664. En hydraulique, on comprend fous l’exprefïion ^équipage de pompe, la roue, la manivelle ou le balancier, les corps de pompe , les pijlons, les cuirs , & même des parties en charpente , telles que les moifes (c), par lefquelles les pompes font attachées à des chafjîs à coulijfes , & qui peuvent fe gliifer dans les rainures des dormans ou bâtis de charpente fcellés dans les puits ou citernes où l’on conftruit des pompes. Les roues employées dans la méchanique, font de différentes formes , fuivant le mouvement qu’on veut faire donner, & fuivant l’ufage qu’on veut en faire ; pour les mêmes raifons , les parties {aillantes qu’on réferve dans ces roues, ou qu’011 leur ajoute, font diverfe-ment configurées , & alors les roues prennent un nom diftin&if, comme celles appellées hérijfon's, roues à aubes, &c. La roue de l’efpece nommée hériffon, eft ainfi nommée , parce qu’elle eft garnie de rayons aigus qui font plantés directement fur la circonférence du cercle : elle ne reçoit le mouvement que d’une lanterne dans laquelle ces rayons s’engagent. Ce qu’on appelle lanterne dans les machines hy drauliques, eft une piece à jour faite en lanterne , avec des fufeaux qui s’engrenent dans les dents d’une roue pour faire agir le pifton dans le corps de pompe. Quand les machines font mues par l’impulfion de l’eau, les roues font appellées roues à. aubes ; les aubes font des planches fixées à la circonférence de la roue, & fur lefquelles s’exerce immédiatement l’impulfion du fluide qui les chaffe les unes après les autres, ce qui fait tourner la roue. Ces planches ou aubes font, par rapport aux moulins à eau & aux roues que l’eau fait mouvoir, ce que font les ailes du moulin à vent. Il y a d’autres efpeces de roues qui font garnies à leur circonférence de pots ou àéaugets, & qui font mues par le poids de l’eau, qu’elles reçoivent par en-haut; on les appelle roues
- (a') Bride, toute piece qui fert à retenir ou à foutenir : en particulier on donne ce nom aux extrémités des tuyaux de fer faites en platine, avec quatre écrous dans les angles pour les joindre & les brider, en y mettant des rondelles de cuivre ou de plomb entre deux , avec du maftic à froid.
- ( b ) Les rondelles, autrement nommées viroles , font des morceaux de plomb coupés en rond pour mettre entre les brides
- d’un tuyau de fer.
- (c) Dans les arts méchaniques , on appelle moifes des liens de bois, embraflant les arbres & les autres pièces d’un aflem-blage de charpente, qui montent droit dans les machines , cela fert à les entretenir. Ces moifes font accollees avec des tenons, des mortaifes & des chevalets ou des boulons de fer qui les traverfent, & qui, étant clavetés, peuvent s’ôter facilement. 11 y en a de droites & de circulaires.
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- à pots, ou roues à augets. La piece la plus effentielle d’une machine hydraulique , & fur-tout des machines qui font agir des pompes afpirantes , ou refoulantes , c’eft la manivelle, défignée, dans quelques cas , par le nom de tourillon (<z), efpece de levier de fer, qui s’ajufte différemment, félonies circonftances qu’on double même dans certaines occafions , & auquel on imprime un mouvement de rotation! La manivelle a l’inconvénient de ne pouffer le pifton dans le cylindre , que tantôt d’un côté , tantôt d’un autre, ce qui ruine abfo-lument le pifton & le cylindre, & nuit en même tems à la puiffance par le frottement réfultant de cette efpece de vibration. Pour changer la direction du mouvement , il arrive fou vent qu’au lieu d’employer un levier droit, on difpofe les deux bras de maniéré qu’ils font un angle au point d’appui. Ces leviers angulaires, nommés manivelles coudées , font très en ufage pour les pompes, & dans une infinité d’occafions où l’a&ion ne peut fe tranfmettre que par des voies indiredes.
- 66f. On doit fe rappeller ce qui a été dit ailleurs, qu’une manivelle, foit droite , foit courbe, a toujours la même puiffance, & que celle qui eft courbe eft toujours confidérée comme droite. En effet, dans cette eipece de machine iimple , la quantité de la force dépend de fa diftance au centre , quelle que foit fa figure. La puiffance augmente d’autant plus, & en même proportion que la ligne abaiffée du centre perpendiculairement fur la di-redion du poids : d’où il fuit que dans le mouvement de la manivelle, ià fituation la plus avantageufe eft l’horizontale, parce qu’alors cette ligne eft plus longue qu’en toute autre fituation. Au refte, la force doit être appliquée très - inégalement, en faifànt tourner la manivelle , où elle n’agit que pendant la moitié de la rotation j ce qui fait que dans les grandes machines on préféré aux manivelles fimples les manivelles multiples (b), avec lefquelles les puiffances agiffent fucceffivement, & dont les unes travaillent pendant que les autres font en repos. Cette inégalité de la force de la manivelle fe corrige par le fecours d’un difque ovale ou fpiral, qui tourne du bras de la manivelle , fur lequel roule une corde ou une chaîne > enforte que le poids étant le plus éloigné qu’il fe peut du centre de repos, la chaîne foit fur la plus grande périphérie, & fur la plus petite lorfque le poids eft près du point d’appui. Quelquefois on adapte dans l’œil d’une manivelle une piece de fer tournante, appellée bielle, qui à chaque tour fait faire un mouvement de vibration à un valet ou varlet, efpece de balancier, fur fon eflieu, en le tirant à foi, ou le pouffmt en-avant. Voyez B,/?/. XXIII, fig. 4. On attache
- (a) En hydraulique le tourillon eft pro- levis, & autres pièces de bois, dans les prement une grofle cheville ou boulon de machines.
- fer , fervant d’effieu ou de pivot, fur lequel (b) Affemblage de pluüeurs manivelles , tournent les fléchés des bafcules d’un pont- comme la mouffle eft une poulie multiple.
- quelquefois
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- quelquefois aux extrémités d’une piece de bois, comme en C ,/>/. XXIII, fig. 2 , de ces bielles pendantes, qui font accrochées par une des extrémités à un varlet, & par l’autre à un des bouts d’un balancier. La partie qui dans une machine réglé le mouvement, eft nommée d’un terme générique, balancier ; c’eft un morceau de bois fretté par les deux bouts , qui fert de mouvement dans une pompe, pour faire monter les tringles des corps, comme eu H, H , pl. XXIII, fig. 2. (a) La conftrudion de cette principale piece d’une machine, eft variée de plufieurs maniérés , félon les machines. Quelquefois fon affemblage repréfente une forte d’échelle, dont le jeu eft facile à concevoir, en jetant les yeux fur les feld-gefianges, pl. XXIII. On fait- ufage eu hydraulique, *d une forte de balancier nommé varlet, qui eft de bois équarri, gros dans fou milieu, & fe terminant en deux cônes tronqués , frettés & boulonnés , afin de recevoir dans fon milieu les queues de fer des pièces que le varlet met en mouvement. Par la ftru&ure de ce balancier , qui entre dans la compofition des feld-geflangcs, on voit que les varlets peuvent être dans différentes pofitions , comme dans la pl. XXIII, fig. 2, & fe multiplier autant qu’on en a befoin ; qu’une feule chajje ( b ) peut même en faire agir deux , ainfi qu’il fe voit à la fig. 1 de la pl. XXIII, dont nous avons donné l’explication. Bafcule , en langue faxonne , eft fichwin , en méchanique une piece de bois qui monte, defeend , fe hauife & fe bailfe par le moyen d’un ellieu qui la traverfe dans fa longueur, pour être plus ou moins en équilibre. On en voit dans les diiféren s field-gefianges. En général, une bafcule' eft proprement un levier de la première efpece , où le point d’appui fe trouve entre la puiflance & la réfiftance : il eft aifé d’en prendre l’idée, en fe repréfeu-tant une longue piece de bois appuyée par fon milieu, & chargée à fes extrémités de deux poids, dont l’un eft élevé par l’autre, d’où l’on voit que la bafcule eft mobile. Les cuirs des piftons & des foupapes forment un article qui eft encore de conféquence dans la conftrudion des pompes. Ces cuirs (c) , dans les grandes chaleurs , ou l orfque les pompes 11e jouent point
- (a) Ces tringles prennent différens noms, félon qu’elles font dans une pompe foulante ou dans une pompe afpirante.
- ( b ) ChaJJ'e , en méchanique , terme appliqué à un grand nombre de machines: il fignifie prefque toujours un efpace libre, qu’il faut accorder foit à la machine entière , foit à quelqu’une de fes parties , pour en augmenter ou du moins pour en faciliter Faction : 'le trop ou le trop peu de chafle nuifent à l’action ; la jufte quantité ne peut fe déterminer que par l’expérience. Dans Tome XVII.
- la feie, pour feier une planche ou une pierre, la quantité précife dont cet inflrument doit être plus long que la piece à lcier, pour que toute l’action du feieur foit employée fans lui donner un poids de feie fuperflu, qu’il tirerait & qui ne ferait point appliqué fi la chafle était trop longue.
- (c) Le cuir de Bréfil eft recommandé pour les piftons ; celui de Liege, félon M. Bélidor, eft le meilleur que l’on puifle mettre en œuvre pour les rondelles ou viroles.
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- continuellement, ne font leur effet que très-imparfaitement. Pour obvier à ces inconvéniens , & d’abord à la féchereffe des cuirs , il faut verfer de l’eau deifiis par le haut de la pompe, afin de les humecter ; & cela eft particuliérement néccffaire à quelques pompes afpirantes.
- 666. Les pompes afpirantes & refoulantes ne font pas entièrement exemptes de cet inconvénient, à moins qu’elles ne foient plongées dans l’eau , comme le font quelques-unes ; mais c’eft une grande fujétion , par la difficulté de les retirer toutes les fois qu’il faut y travailler, foit pour renouveller les cuirs, ou nettoyer les foupapes & les piftons , qui à la longue fe chargent de vafe : d’un autre côté , les afpirations ont prefque toujours quelqu’imperfeclion, à caufe du raccommodement des tuyaux, qui ne font jamais joints aifez exactement pour que l’air ne puiffe s’y infinuer tant foit peu: de même quand le cuir du pifton n’eft pas affez humedté, il ceffe d’adhérer à la furface intérieure du corps de pompe; & l’air s’introduifant dans l’efpace vuide, fait ceffer l’afpiration , fur-tout quand elle eft grande. C’eft pourquoi il faut bien bien prendre garde de faire l’afpiration la plus petite qu’il eftpoffible, c’eft-à-dire, d’élever le moins qu’on pourra le corps de la pompe au-deffus de la furface de l’eau qu’on veut puifer, fans avoir égard à tout le poids de l’ath-mofphere, qui ne peut avoir lieu qu’avec des conditions qui fe rencontrent rarement. Il fuffit de lavoir que, plus l’afpiration eft petite , plus l’eau monte avec viteife, & maintient les cuirs hume&és.
- Sur les meilleures proportions des pompes.
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- 667. Nous avons fait connaître féparément les parties qui compofent une pompe , telles que le corps de pompe ou tuyau montant, le pijlon & les fou-papes. Ces trois parties, confidérées enfemble, font fufceptibles d’un détail & d’un examen particulier, les foupapes fur-tout, comme principalement nécelfaires pour élever l’eau à une hauteur confidérabie par le moyen des pompes. En effet, la force de l’air 11e pouvant élever l’eau qu’à la hauteur de j 2 pieds, il eft certain , comme l’a remarqué M. le Camus (a), que fi on voulait tranfporter, par le moyen d’une pompe fimple, une certaine quantité d’eau dans un lieu élevé, 011 ne pourrait jamais la tranfporter à plus de 52 pieds de hauteur;les foupapes, par leur folidité & leur conftruélion, font deftinées à foutenir l’eau qui eft au-deffous, & par conféquent déchargent, pour, ainfi dire, rathmofphere de la force qu’il faudrait qu’elle employât pour les tenir en équilibre, ou pour les élever; de forte que le fur-plus de cette force eft employé à élever une nouvelle quantité d’eau. Après
- (n) Mémoires de l’académie royale des fciences , ann. 1739, fur les meilleures proportions des pompes, & des parties qui les compofent.
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- avoir porté attention que les bras de levier foientbien ménagés, & que les corps de pompes foient bien aléfés, premières conditions eflentielies pour une pleine exécution des machines hydrauliques , un directeur de mines ne doit pas ignorer combien la pefanteur & le reflort de l’air influent dans raétion de ces machines; c’eft uniquement fur ces deux propriétés que porte la théorie relative au jeu des pompes, dépendant abfolument de la force à appliquer au piflon. Nous n’en donnerons qu’une idée très - fommaire, en invitant les directeurs de mines de fe mettre au fait de cette matière importante & délicate, dans quelques ouvrages dont nous indiquons ici les principaux, (a)
- Théorie fondamentale fur Faction des pompes.
- La réglé qui établit la hauteur de Pafpiration des pompes , eft que le poids ou la prellion de l’athmofphere qui nous environne, efl: égal à une colonne d’eau de bafe égale, & de 92 pieds de haut, ou à une colonne de mercure de 28 pouces de hauteur, &.de même bafe (£). Comme ce degré de Pinf-piration dépend de la comprellion de l’air extérieur fur la furface de l’eau dans laquelle trempe le tuyau d’afpiration, ce que nous avons dit des propriétés de Pair en général, & des variations du mercure dans le baromètre „ fe rapporte naturellement à l’expérience qui a réglé la hauteur de Pafpiration des pompes. L’air étant en état de faire équilibre à une colonne plus ou moins grande de mercure, & par conféquent à une colonne d’eau plus ou moins grande , il s’enfuit que la plus grande hauteur à laquelle on puiife l^lever Peau par le moyen d’une feule pompe , varie félon la hauteur du mercure dans le baromètre; d’où il fuit que les plus grandes hauteurs auxquelles on peut élever Peau par le moyen d’une feule pompe , varient fuivant les hauteurs auxquelles on efl élevé, & font proportionnelles à la hauteur du baromètre en ces endroits. Ainlî cet équilibre de la colonne d’eau avec la colonne d’air fe connaît par Pinftrument météorologique , dans l’endroit où la pompe efl placée.
- 669. Pour la pompe foulante, avec laquelle on peut élever Peau à une
- (a) Feu M. Bélidor, dans fon livre intitulé , Architecture hydraulique , tome II, liv. III , chap. j , contre lequel cependant on doit fe tenir en garde fur ce point, la théorie de cet auteur fur le méchaniflne des pompes , étant extrêmement fautive, de l’aveu des géomètres. Le docteur Défagu-liers a traité cet objet d’une maniéré plus concife, dans fon Cours de philofophie ex-
- périmentale , vol. II, lett. 8, page 169. L’ouvrage deM. Martin , ayant pour titre, Philof. Britann. au tome II, page 288; & le'mémoire de M. Euler, dans les A êtes de Beriin, ann. 1752, tiennent une place diltinguée parmi les traités relatifs à cette matière.
- ( b ) La pefanteur fpécifique du mercure efl à celle de Peau comme 14 elt à 1.
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- hauteur propofée , il eft donc queftion, pour fe borner ici à la réglé fondamentale, d’eftimer la puiffance motrice capable de faire équilibre à la preflion que la bafe du pifton éprouverait fi, lorfqu’une lame de fluide a atteint la hauteur propofée, le tout demeurait en équilibre.
- 670. A Tégard de la pompe afpirante, pour juger de fon effet, il nefuffit pas d’évaluer la puiffance, il faut examiner avant tout, fi l’eau pourra parve-venir jufqu’au pifton, & même s’élever au-defliis ; car il y a des circonftances où l’eau s’arrête à une certaine hauteur, quelque nombre de coups de pifton que l’on donne : on en trouve le calcul dans plufieurs ouvrages, & entr’au-tres dans l’Hydrodynamique de M. l’abbé Boflîit, où l’expérience marche pref-que par-tout à la fuite de la théorie. Si la pompe afpirante était établie à une hauteur ou à une profondeur différente de celle à laquelle le poids de l’air eft équivalent à une colonne d’eau de 32 pieds , il faudrait mettre moins ou plus de 32 pieds. Ce moins ou plus peut fe déterminer par le baromètre, en comptant autant de fois 14 lignes de plus ou de moins à l’égard de 3 2 pieds, que le mercure marquera de lignes au-deffus ou au-deflous de 27 pouces & demi.
- 671. Quelles que foient la figure & les dimenfions du corps de pompe, ainfi que du tuyau'd’afpiration, le pifton porte toujours le poids d’une colonne d’eau de même bafe que lui, & qui a pour hauteur la diftance verticale du point où l’on veut élever l’eau au niveau de celle du réfervoir : ajoutant à ce poids celui du pifton même , la fournie fera la force que l’on doit appliquer au pifton dans le fimple état d’équilibre. Mais pour mettre la machine en mouvement , il faut augmenter cette force d’une certaine quantité , tant pour produire le mouvement, que pour furmonter la réfiftance des frottemens & des autres obftacles qui peuvent naître de l’imperfedion de la machine : on fent que le pifton defeendant par fà pelanteur , la force motrice n’a , en confé-quence, aucun effort à foutenir pendant cette partie du tems.
- 672. Lorsqu’on veut appliquer cette théorie à la pratique, on doit fa-voir ce que peient le pied cube & le pied cylindrique d’eau (a). La force motrice calculée pour l’état d’équilibre , doit être augmentée, pour l’ordinaire, du tiers de fa valeur, pour pafler à l’état de mouvement j mais cette détermination n’a rien de fixe: elle dépend de la nature du frottement, & de la vîtefle qu’on veut imprimer au fardeau à élever. Ainfi, en fuppofant que la -pompe foit parvenue à un mouvement uniforme & permanent, ce qui eft l’état qu’on cherche à lui procurer , il fera aiféde trouver fon produit, quand on connaîtra la vîtefle avec laquelle le pifton eft mu. Dans le cas néanmoins où la hauteur eft fort petite, & où par conféquent l’eau monte avec peu de vîtefle dans
- (a) Le pied cube d’eau-douce pefe environ 70 livres ; le pied cylindrique d’eau , c’eft-à-dire, un cylindre qui a un pied de hauteur & un pied de diamètre,pefe environ $ 5 livres.
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- le corps de pompe , il faut tellement modérer la viteffe & le jeu du pifton, qu’il ne fe forme pas de vuide entre fa tête & l’eau qui le fuit ; autrement il y aurait du tems perdu dans le mouvement de la pompe. Il peut fe faire qu’une pompe mue très-vite, ne produife pas fenfiblement plus d’eau que lorfqu’elle marche avec lenteur. Il eft donc à propos de combiner les dimenfions de la pompe avec la vîtelfe & le jeu du pifton, de maniéré que l’agent emploie fans ceffe utilement toute la force qu’on eft en droit d’attendre de lui. C’eft fur ces confidérations que s’eftime la force à employer.
- Des foupapes & de leurs différentes efpeces.
- 673. La pompe bien conftruite, l’évacuation plus ou moins complété de fon intérieur, dépend , en beaucoup de points, des foupapes; la grandeur de ces pièces influe fouvent aufti fur les proportions les plus avantageufes qu’on peut donner à une pompe : elles lui font donc effentielles, & il eft par con-féquent indifpenfable de les faire connaître dans toutes leurs circonftances. Nous commencerons par en faire connaître les différences : elles feront en-fuite examinées dans leur conftruétion , leur pofition , leur largeur, leur fo-lidité & leur épaiifeur. Après nous être arrêtés aux dimenfions du corps de pompe & du pifton , après avoir dit un mot des dérangemens qui arrivent le plus ordinairement dans le jeu des pompes, nous jeterons un coup-d’œil général fur les différentes maniérés de faire agir les pompes pour l’épuifement des mines. Les foupapes font de différentes efpeces : fans parler ici de celles qui fe défignent, dans la machine à feu, par des noms relatifs à leur ufage particulier, 011 connaît celles dites à coquille, les foupapes appellées axes, de forme ronde & en pointe, comme un cône ou foncet, 8c qui rétréciifent le paffage de l’eau ; les foupapes rondes & convexes, appellées fphériques ; enfin les foupapes toutes plates , nommées clapets, peu différentes des foupapes fphériques, & les crapaudines , efpece de foupape qui repréfente ie clapet, & qui fe place au fommet des corps de pompe, pour empêcher que l’eau ne redefcende quand une fois elle eft montée. Ce qui fait la jonction des deux pièces d’une foupape , eft nommé boîte ; de quelque maniéré que les foupapes foient conftruites , cette boîte doit être foudée aux tuyaux, s’ils font de quelque métal ; lorfqu’ils font de bois , il faut feulement y forcer la boite , & alors il convient d’avoir un anneau de fer pour la retirer dans le befoin.
- 674. Les foupapes fe conftruifententièrement, ou de cuir, ou de bois, ou de laiton & de cuir. Dans les machines à vent hydrauliques, de même qu’aux piftons des pompes, les foupape^ font ordinairement de cuir. Quelquefois elles font entièrement de métal; la bonne conftruchon demande alors qu’elle foit rodée avec du fable extrêmement fin dans fa coquille.
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- D’autres fois elles font faites de deux morceaux de cuir rorrds, renfermés entre deux plaques de cuivre, comme les clapets ; alors elles font garnies d’un petit reflort ou d’une petite queue de cuir, qui doit être aflez flexible pour lui permettre de fe fermer exactement d’elle.même en donnant paifage, Jorfque ce petit reflort eft preflé fortement, & en ramenant la foupape fur l’ouverture fi-tôtque la force celie de prefler.
- Des différentes foupapes, la moins imparfaite à cet égard, en ce qu’elle laifle un libre paffàge à l’eau, eft celle nommée à clapet, que nous allons faire connaître en particulier : elle eft néanmoins fujette à de fréquentes réparations ; il arrive fouvent à ces foupapes, lorfqu’elles retombent , de s’écarter d’un côté plus que d’un autre, & de ne pas toujours fermer exactement, ce qui les rend incommodes pour la fermeture des grands tuyaux.
- Des clapets ou foupapes à clapets en particulier, & des ouvertures quelles
- couvrent. ^
- 676. Le clapet eft une efpece de foupape faite d’un rond de cuir, fortement ferré entre deux platines de métal, par le moyen d’une ou de plu-fleurs vis. Le rond de cuir tient par une queue.à une couronne de cuir, laquelle eft fortement ferrée entre le collet du tuyau fupérieur au clapet, & le collet du tuyau inférieur. C’eft fur cette queue, qu’on fait beaucoup plus étroite que le clapet, que fe fait le jeu du clapet, comme fur une charnière. La platine de métal, qui eft fur le cuir du clapet, eft plus grande que l’ouverture du diaphragme que le clapet doit ouvrir ; & la platine de deffous, qui doit fe loger dans l’ouverture du diaphragme quand le clapet fe ferme, eft un peu plus petite que cette ouverture. Le clapet étant ainli conftruit, lorfqu’il eft fermé, le cuir porte exactement fur les bords du diaphragme, & empêche l’eau de pafler ; la platine de métal qui eft fur le cuir, le garantit du poids de la colonne d’eau, & en porte toute la charge, que le cuir ne pourrait pas foutenir. La plaque de métal, qui eft fous le cuir, fert auili à deux chofes : i°. elle fert, avec la platine fupérieure, à comprimer le cuir pour le rendre plan ; z°. elle empêche que l’eau qui pourrait s’infinuer entre la platine fupérieure & le cuir, n’enfonce le cuir 8c ne le fafle pafler par l’ouverture du diaphragme : il fuit de là que la platine de métal qui eft fur le deflus du cuir, doit être aflez forte pour porter feule & fans ployer, la charge de la colonne d’eau qui eft au-deflus du clapet. La platine inférieure doit avoir aflez de force pour foutenir , fans ployer, le ferrement de la vis , qu’on ferre aflez fortement pour faire joindre exactement le cuir contre la platine de métal.
- 677. Feu M. le Camus, de l’académie des fciences, dont nous empruntons
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- cette dercription*& tout ce qui va fuivre (a), remarque que tous ces petits détails qui paraiffent des minuties, augmentent, confidérablement le poids du clapet, qui de lui-même ne doit pas être fort pefant. Il obferve que toutes les pièces de cette foupape ont dans l’eau un poids plus grand que celui d’une foupape. Le même auteur eftime enfin , que dans la pratique , les clapets & les foupapes doivent faire à peu près le même effet à même diamètre , lorfqu’ils font également folides; ainfi il n’y a pas d’avantage à préférer l’un à l’autre , quand on n’a égard qu’au paffage de l’eau. La difficulté que la colonne d’eau éprouve en paffant par les foupapes, eft une des principales confidérations dont ceux qui entreprennent d’établir des pompes doivent s’occuper : l’importance de l’objet nous détermine à fixer l’attention du leéleur fur cette matière, avant de palier aux différens moyens employés pour faire agir les pompes. Les mémoires de l’académie renferment beaucoup de recherches pratiques & théoriques relatives à cet objet en particulier , & aux pompes ; nous nous contentons d’indiquer ici les plus effentielles. (b)
- De, la bonne conjlruclion des foupapes.
- 678. La première qualité d’une foupape, c’eft d’être fidelle. Pour être telle, elle doit i°. fe fermer exa&ement fi-tôt que rien ne l’oblige à relier ouverte; 2g. lorqu’elle eil fermée, elle doit retenir l’eau, & 11e rien laiffer échapper s’il eft pollible. La pofition & la conftrudion d’une foupape contribuent beaucoup à fa fidélité-; fa pofition la plus avantageufe, c’eft d’être horizontale, & de fe fermer perpendiculairement du haut en bas. Une foupape qui fe fermerait de bas en haut, ne vaudrait rien : elle ne pourrait pas fe fermer, à moins que l’eau , par une grande vîteffe, ne l’y obligeât; mais avant qu’elle fût fermée, il s’échapperait une quantité d’eau aifez con-fidérable. Si pourtant 011 était obligé de faire fermer une foupape de bas en haut, on pourrait le faire en faifant pouffer par un reffort la foupape contre l’ouverture qu’elle doit boucher. Une foupape qui fe fermerait latéralement, c’eft-à-dire, par un mouvement horizontal, ne fe fermerait pas d’elle-même auffi fidèlement qu’un clapet horizontal; elle pourrait bâiller,
- & laiffer échapper une quantité d’eau confidérable, avant que cette eau eut acquis une vîteffe affez grande pour l’obliger à fe fermer. La fécondé qualité d’une foupape confifte dans fa grandeur ; car il eft une grandeur la plus avantageufe à donner à une foupape. On avait cru pendant long-tems,
- (a ) Mémoires de l’académie des fcien- trop bien polies, &c. Hift. année 1703, ces, année 1739, fur les machines à éîe- page 96. Mémoire fur les pompes, par ver l'eau. M. le chevalier de Borda, année 1768,
- (b) Obfervations de M. Amontons, fur page 4-18-l’inconvénient des foupapes trop bien faites,
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- qu’on ne pouvait donner un trop grand diamètre à l’ouverture des foupapes de pompes; & fur ce principe très - vrai, qu’une certaine quantité d’eau palfera plus facilement par une grande ouverture , on était dans l’ufage de donner à la foupape un diamètre égal à la moitié de celui du pifton. La faulfeté de ce principe a été démontrée par M. le Camus ; ce favant a prouvé du moins que le contraire eft fort poflible. L’éclairciifement fur ce point eft très - remarquable : fi la fondion d’une foupape ne confifte qu’à lailfer paf-fer l’eau par fon ouverture, ce principe aurait lieu fans difficulté; mais une foupape a deux autres fondions à remplir. i°. Il faut qu’après avoir lailfé paflèr l’eau, & dès qu’il n’en pafle plus, elle retombe & ferme le palfage par où l’eau ert entrée dans le corps de pompe. 2°. Il faut qu’étant retombée fur fon ouverture qu’elle ferme, elle porte toute la colonne qui eft entrée. Pour le premier effet, il lui faut une pefanteurSpécifique, plus grande que celle de l’eau; lans quoi elle ne retomberait pas, malgré la ré-fiftance de l’eau, comme elle doit faire. Pour le fécond effet, il lui faut une folidité proportionnée à la colonne d’eau qu’elle foutiendra. Les deux effets s’accordent à exiger en général la même chofe.
- 679. Le favant auteur fuppofe une foupape parfaite, celle qui s’ouvre ou s’élève, fe referme ou retombe à fouhait, qui ait précifément la folidité néceffaire pour foutenir la colonne d’eau entrée dans le corps de pompe. Il fuppofe enfuite que , pour y faire entrer l’eau plus aifément qu’elle n’y entrait, on augmente l’ouverture de cette foupape : tout le refte demeurant de même, qu’arrivera-t-il ? En augmentant l’ouverture, il aura fallu nécef-fairement augmenter le diamètre de la foupape, & par conféquent fon poids; l’eau qui 11’aura que la même vitelfe, & qui n’ouvre ou n’éleve les foupapes que par cette force, élevera donc moins la nouvelle foupape ou la foupape plus pefante,& le paifage de l’eau fera rétréci & rendu plus difficile , tout au contraire de l’intention qu’on avait eue. Les ouvertures des foupapes ou des clapets ne dépendent donc pas des diamètres des tuyaux ou des corps de pompe. La maniéré de déterminer le meilleur diamètre de ces valvules, eft par la quantité d’eau qui doit palfer dans un tems donné par l’ouverture de la foupape : ainfi deux pompes qui fourniffent dans un tems donné la même quantité d’eau, doivent, pour être également bonnes , avoir des foupapes de même diamètre : or, deux pompes peuvent fournir la même quantité d’eau dans un tems donné, fans avoir le même diamètre. En conféquence, deux pompes peuvent, pour être également bonnes , avoir les foupapes de même diamètre, fans avoir elles-mêmes des diamètres égaux. Ainfi ce n’eft pas fur les diamètres des pompes ou des pillons feulement qu’il faut régler les ouvertures des foupapes, mais fur le diamètre d’une pompe & fur la vîtelfe de fon pifton.
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- 6gO. Les principes fur lefquels il faut déterminer l’ouverture des fou-papes, font bien (impies j le premier eft, qu’il faut laifler à l’eau le plus de palfage qu’il eft pofïîble. Ce n’eft pas qu’il faille conclure de là que les fou-papes doivent être les plus grandes poiîibles ; mais la quantité d’eau étant donnée , une foupape dont l’ouverture fera médiocre, laiflèra à l’eau le plus grand paflage qu’il eft poflible; de maniéré que fi l’on fait la foupape plus grande ou plus petite, on aura un moindre palfage. Cette théorie eft éclaircie dans le mémoire auquel nous renvoyons , & où l’auteur détermine, par un problème très - intéreffant, le diamètre convenable des foupapes, celui de la pompe & la vîtelfe du pifton étant donnés. Nous ne nous arrêterons ici qu’à la pefanteur, à la folidité & à l’épailfeur des foupapes, qui tiennent à la théorie de l’auteur. La foupape devant fe fermer par fon propre poids, dès que rien ne l’oblige de refter ouverte , fon poids doit être plus grand que celui d’un pareil volume d’eau ; fi elle n’était pas plus pelante , elle flotterait, & ne retomberait pas fur l’ouverture qu’elle doit fermer.
- 68 î. Elles font ordinairement de cuivre , qui eft environ neuf foisauffî pelant qu’un pareil volume d’eau. On pourrait donc fuppofer avec l’auteur, que la pefanteur fpécifique d’une foupape & celle de l’eau font entr’elles comme 9 eft à 1 , & que la pefanteur d’une foupape dans l’eau eft à celle d’un pareil volume d’eau comme 8 eft à t.
- 682. Une foupape doit avoir aifez de folidité pour foutenir la colonne d’eau qui eft au-deifus d’elle ; elle doit donc avoir une épaifleur raifonnable, & d’autant plus grande, que la colonne qu’elle foutient eft plus haute , & qu’elle a elle-même un plus grand diamètre. Dans les pompes qui font monter l’eau à 60 ou 80 pieds , on fait lépaijfeur réduite (a) de la foupape, égale à environ la dixième ou la huitième partie de fon ouverture.
- Du corps de pompe 6* du pijlon.
- 633. Dans les pompes ordinaires, le pifton eft de même diamètre que le corps de pompe dans lequel il fe meut: ainfi tout ce qui eft à dire touchant le diamètre de l’un, convient également à l’autre. Trois chofes peuvent concourir à déterminer les dimenfions d’une pompe; i°. la quantité d’eau que doit fournir la pompe; 2Q. le diamètre de la foupape; 39. dans les pompes afpirantes feulement, la hauteur dont l’eau doit être afpirée dans le corps de la pompe.
- 684. La première réglé dérive du diamètre de la foupape ou du clapet, foit qu’ils foient dans le corps de pompe même , ou qu’ils foient dans le
- ( a ) Epaifleur qu’elle aurait fi elle était réduite en plateau rond, d’épaiflèur uniforme ic de même diamètre que fon ouverture.
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- tuyau montant ou defcendant, qui fe raccorde ( a ) avec la pompe. Une pompe donnant, par exemple, fept pouces d’eau dans une fécondé , & dont le clapet a les conditions fuppofées, doit avoir au moins quatre pouces huit lignes | de diamètre ; cette dimenfion eft la plus petite que l’on puiife donner à la pompe & au tuyau qui renferme un clapet ; il ny aurait aucun inconvénient de leur donner un plus grand diamètre. Si néanmoins on voulait employer le plus petit diamètre, il faudrait avoir attention de ne pas placer le clapet au milieu de la feétion perpendiculaire à la pompe ou au tuyau; car en le mettant ainfi, le paifage qui fe trouverait entre le clapet & le tuyau, quoiqu’égal au palfage par le diaphragme, ferait mal difpofé par rapport au paifage que l’eau a entre le diaphragme & le clapet. Le clapet étant incliné fur le diaphragme , le paifage que l’eau trouve entre ces deux pièces , n’eft pas égal de tous les côtés, mais très - ferré du côté de la queue du clapet, & fort large du côté oppofé ; ainfi il paife très - peu d’eau vers la queue du clapet, & il en paife d’autant plus par les autres endroits, que ces endroits font plus éloignés de la queue du clapet. Après que l’eau a paifé entre le diaphragme & le clapet, il faut qu’elle paife entre le clapet & le tuyau ; ainfi il faut arranger ce nouveau paifage, & le ménager de maniéré que fa plus grande partie foit la plus éloignée de la queue du clapet, & que là pente plus petite foit à la queue du même clapet: par conféquentil ne faut pas placer le clapet au milieu du tuyau, mais le mettre de façon que la partie qui tient à la queue, foit très-proche des bords de la feétion du tuyau.
- Des caufes tes plus ordinaires des dérangemens qui arrivent dans le jeu des pompes.
- 68 f. Les étranglemens & les aceidens fréquens dans les machines hydrauliques , oppofent fans ceife des obiiacles, ou à la facilité , ou à l'abondance de l’élévation des eaux. Tout ce qui peut occafionner ces retards & ces embarras , tient à la conftru&ion particulière de chacune de ces machines, qu’un di-redeur de mines doit poiféder à fond. Nous ne parlerons point ici des caufes de frottement communes à toutes les machines, comme celles qui proviennent de l’engrenage des roues, &c. Nous ne voulons parler ici que des difficultés dépendantes des parties qui entrent dans la compofition des pompes, comme les tuyaux, les paffages des foupapes , les robinets, les coudes & jarrets des conduits, les platines d’ajuftage, &c. Il fe fait dans tous ces endroits, contre les parois d’un tuyau, fur - tout dans les coudes & jarrets
- (a) En hydraulique , on appelle rac- inégaux de diamètre, par un tambour de cordement la réunion de deux corps à plomb , réunifiant les différentes grofleurs un même niveau ou à une même fuper- qui fe diftribuent où l’on veut, licie. C’eft encore la jonction des tuyaux
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- des conduites tournantes, un frottement important à éviter : le moyen eft d’interrompre le diamètre ordinaire de la conduite , pour y mettre deux ou trois toiles de fuite déplus gros tuyaux, & reprendre enfuite le diamètre de la conduite. Les ouvertures des foupapes & robinets, fujettes aux étrangle-mens , peuvent encore s’éviter, en y employant des foupapes & des robinets d’un plus grand diamètre.
- 686. La plupart des pompes foulantes qui agilfent par une manivelle à tiers-point, avec trois corps de pompe, dont l’un afpire pendant que les deux autres foulent & contre - foulent l’eau, font fujettes à un très - grand défaut; c’eft l’étranglement des fourches, où l’eau eft li relferrée, que 11e pouvant y palfer , elle caufe un ébranlement à toute la machine , qui la met en rifque d’ètre brifée. Si, par exemple , un des corps de pompe a 8 pouces de diamètre, il y palfera 64 pouces circulaires d’eau ; & li la fourche qui reçoit l’eau de ce corps de pompe, & qui fe raccorde au tuyau montant, n’a que 4 pouces , il n’y palfera que 16 pouces d’eau : or , 64 pouces d’eau du corps de pompe ne peuvent palfer dans feize ; il faudrait donc , pour parer à l’inconvénient dont il s’agit ici, que chaque fourche de cet équipage eût le même diamètre que les corps de pompe, ou au moins qu’elle l’eût par le bas, en venant diminuer à fix pouces par en - haut, pour fe raccorder au tuyau montant, lequel aura de diamètre celui du corps de pompe , qui eft ici de huit pouces.
- Des différentes forces appliquées aux pompes.
- 687. Les pompes deftinées à l’épuifement des mines, font mues aulîi par différens agens qui réfultent d’autant d’efpeces de machines. La première puilfance qui, fans doute, ait été employée, eft celle des bras d’hommes; les chevaux ont enfuite été appliqués à mouvoir les pompes. On juge aifé-ment que cette fécondé force adaptée au herna£, eft bien fupérieure à la première ; la comparaifon qu’en ont faite, par le calcul, des phyficiens attentifs & exa&s, fe rapproche davantage de l’examen dans lequel nous nous propofons d’entrer fur les machines deftinées à élever les coffres ou couffats de charbon, & les féaux remplis d’eau : nous le renvoyons à cet article. Outre ces deux agens, les hommes & les chevaux, on a imaginé de faire concourir à l’épuifement des mines ,félon le local, les trois élémens, le vent, l’eau, & même le feu. Il ne fera ici queftion que de l’application de ces trois forces différentes.
- 688. Dans un ouvrage latin, dont je n’ai eu connaiffance que depuis peu, eft raffemblée, en un petit volume format i/z-40 ,(a) la defeription
- (a) Joan. Frid. Weidleri Traclatus de mis, Marlyenf, londinenf & aliis rario-machinis hydraulicis in toto orbe maxi- ribus, funilibus, in quo menjurœ propc
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- des machines les plus connues, employées à cet ufage. M. Delius , dans l’ouvrage allemand que j’ai cité, s’eft auffi.fort étendu fur cette matière importante.
- Hemaç ou machines à vent hydrauliques, ou moulins à pompes a la hollandaife.
- 689. Dans les endroits éloignés des rivières & ruiffeaux , tel que peut être un lieu élevé fur quelque coteau très ! expofé au vent, & où l’on n’aurait pas befoin d’une machine dont l’effet fût uniforme & continu pendant plufieurs mois, ainfi que dans une plaine qui n’eft pas mafquée par quelque bois qui arrêterait l’air, les moulins à vent conviennent parfaitement. Ces moulins, très-ulîtés en petit dans la Hollande, reffemblent à des moulins à vent ordinaires j ils ont cependant une plus grande commodité, qui êft de fe mettre d’eux - mêmes au vent, par le moyen d’une queue en forme de gouvernail, compofée d’ais fort minces , portant fur un pivot qui fe tourne de tout fens. Ceux dont nous voulons parler , qui élevent l’eau à une hauteur plus confidérable que les autres, font agir, par le moyen de leurs ailes & d’une manivelle, le pifton d’une pompe afpirante; le mouvement du pifton dépendant de l’a&ion des ailes , l’élévation plus ou moins grande de l’eau dépendra de la viteffe du vent, & dé la grandeur du corps de pompe: la machine fe dirige d’elle-même au*vent par lé moyen de la girouette, n’y ayant qu’un chaiïis qui tourne avec cette queues& les ailes'; le corps de pompe étant bien arrêté par l’affemblage de charpente qui l’accompagne , refte immobile. M. Bélidor, dans fon Architecture hydraulique , où il donne la théorie des machines mues par le vent, & la manière de calculer leur effet, a repréfenté une de ces machines'.'^). ‘ '
- 690. Le hernaz à venta le'mérite de n’exiger d’autre afliftancë que celle néceffaire à l’entretien des piftoiis & un feul hômme peut Veiller à plusieurs de ces machines; mais l’inconvénient de dépendre d’un élément auftî variable que le vent,'dont oh ne pourrait tirer du fecours pendant une partie de l’année, a été canfe , fahs 'doute, qu’on a abandonné ces machines. Comme néanmoins la machine à feu eft d’une grande dépenfe dans fon entretien , comme on va le voir, il y aurait des occaftons dans lefquelles, après les premiers épuifemens par là machine à feu, le hernaz à vent pourrait convenir, lorfq'u’y ayant une taille d’uii côté 8c 'une taille de l’autre, avec de grandespaxkijfes, les ^eaux pourraient fe garder en abondance. Nous allons, par cette raifon, donner la defcription d’un de ces moulins à vent,
- ipfas machinas ujitatœ defcrihuntur, &? de (a) Planche III, figure 3, tome II, viribus earum luculenter diJJ'eritur, cum 'liv.VIII, chap: 2.
- figuris ancis."'Vittemberg. in-40. 1728* a <.
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- Soi
- projeté & exécuté en modèle pour les falines de Caftiglione, dans le Man-touan. ( a)
- Machine à vent, décrite par M. Louis-Guillaume de Cambray jîeur de Digny.
- £91. Cette machine à vent eft compofée feulement d’un axe perpendiculaire avec les ailes horizontales ; au lieu que dans les moulins à vent elles font verticales. L’axe était garni d’un cylindre ou tambour, fur lequel était creufée une fpirale qui , emboîtant l’extrémité d’un levier , le forçait à bailler,'& ainfi élevait par l’autre extrémité le pifton d’une pompe, & enfuite lui donnait la liberté de defcendre pour le relever fucceffivement. Ce qui eft dit ici d’un levier, était applicable à un plus grand nombre.
- 692. Cette machine avait deux parties remarquables : la première , con-fiftant en cette ipirale qui, malgré fon analogie aux roues ondées , employées en d’autres machines , a le mérite de la nouveauté dans l’application j la fécondé, plus particulière encore, eft la conftruétion des ailes pour faire qu’en tournant horizontalement, elles prilfent & quittaient le vent alternativement. Ces ailes s’ouvraient en guife de foufflets en fe préfentant au vent, fe dérobant à fon imprefïîon à mefure qu’elles étaient remplacées par l’aile fuivante. Dès que le foufflet fe préfentait au vent, il s’ouvrait, & le vent y acquérait des degrés de puilfance toujours augmentans, juf. qu’à ce que l’aile formât, avec fa ligne de direction, un angle de 90 degrés : alors l’aile continuant fa route , la force du vent décroiifant fur ladite aile, fe réduifait à zéro; mais comme il palfait lix ailes l’une après l’autre, l’accroilfement de l’action du vent jufqu’à 90 degrés, compenfait la diminution de fon choc fur les ailes qui avaient palfé cet angle, & qui déclinaient. Les fix ailes étaient placées , avec jufte réflexion, dans trois plans diflférens, pour que l’une ne dérobât point à l’autre l’a&ion du vent. Lorfqu’elles avaient paifé fous l’impulfion du vent, elles auraient dû, en lui préfentant à leur retour leur face oppofée, en recevoir le choc avant d’avoir fini un cercle entier; mais les foufflets étant à charnière, & ouverts dans le moment d’inadtion feulement de 15 degrés , au lieu de 80 degrés dont ils s’ouvraient en tenant le vent, l’aile fermée ne fallait perdre à l’aile ouverte que 3 T| de fon action. Ce méchanifme rendait le mouvement fort uniforme, fauf les variations du vent. On a vu des roues à aubes pliantes, pour être mues horizontalement dans un courant, celles qui fe prêtent à fon choc s’ouvrant, & fe repliant quand elles ont paifé la ligne de
- ( a ) Chap. II de l’ouvrage intitulé : Def- tails fur les machines de cette efpecc les cription d’une machine à feu, conjiruite plus connues , & fur quelques autres ma-pour les falines de CaJHglione ,• avec les de- chines hydrauliques, £fc. Parme, 1766.
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- direction j mais c’eft une nouveauté d’en avoir fait l’application au vent, & la conftru&ion des ailes eft aufli nouvelle qu’ingénieufe.
- 693. L’auteur avait reconnu que, d’une jufte grandeur, cette machine pourrait produire 17184 pieds cubes d’eau en vingt-quatre heures; mais le calcul étant fondé fur la plus grande viteife du vent, qui eft évaluée dix milles d’Italie par heure, il doit fe réduire à une viteife moindre. On eftime le choc ou l’impreifion du vent, par le quarré de fa viteife; d’où*il s’enfuit que les vitelfes de deux vents étant inégales, leurs impreflions refpec-tives fur des furfaces égales, feront comme les quarrés de vitelfes. L’effet augmente donc ou diminue en proportion : or, prenant fix milles d’Italie pour viteife moyenne, l’effet alors ne ferait à l’effet calculé , que comme 36 à 100, c’eft-à-dire , de 6186 pieds cubes ; & l’on voit qu’il aurait été nécef. faire de beaucoup multiplier ces machines à vent.
- 694. Le Didionnaire encyclopédique renferme, au mot Moulin, une defcription très- détaillée, & accompagnée de einq planches, touchant un. moulin de cette efpece, qui puife l’eau d’un puits au jardin d’une maifon du fauxbourg Saint-Sever, à Rouen. Ce moulin eft un de ceux qu’on nomme moulin a pile, c’eft-à-dire, que le corps du moulin eft une tour de maçonnerie , & que le comble tourne fur la maçonnerie lorfqu’on veut expofer les ailes au vent. Afin de faire comprendre comment ces parties font aifemblées , & en quoi confifte leur folidité, on s’y eft étendu fur les forces de ce moulin, 8c fur la maniéré dont elles font dirigées. Les perfon-nes qui voudraient en conftruire un femblable, peuvent confulter cet ouvrage, où elles trouveront tout ce que l’on'peut fouhaiter fur la conftruc-tion du moulin, de la machine qui y eft appliquée, & de la pompe dont on a fait ufage. Ce moulin, c’eft-à-dire, la tour, la pompe, l’intérieur du puits & toute la machine, ians y comprendre le puits 8c les réfervoirs, qui étaient d’ancienne date, n’a coûté que 3000 liv. au plus.
- 695". Le même ouvrage a auffi expofé , tome V, page f , dans une planche , tout le inéchanifme intérieur du moulin à vent de la ferme de Villebon , dans le parc de Meudon , qui fert à élever de l’eau. Ce hernaz fait le fujet du troi-fieme chapitre de l’ouvrage de M. Weidler. (a)
- Des machines hydrauliques mues par Veau.
- 696. Lorsqu’on eft à la proximité d’un ruiffeau ou d’un courant d’eau un peu fort, ou de quelque riviere, on en profite pour faire agir les pompes; cela s’exécute par le moyen de plufieurs fortes de machines, qu’on
- (a) De duabus moletrinis hydraulicis, quorum alœ vento verjantur, pag. 50.
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- peut véritablement nommer hydrauliques. Le ruifleau a un avantage incon-teftable, qui eft de fournir jour & nuit un moteur égal j cependant, à moins que ce ne fût une fource un peu forte, il eft démontré que les pompes à chevaux fourniflent plus d’eau en une heure , qu’une fource ordinaire n’en amene en quatre jours.
- Nouvelle grue propre à élever des poids par /’action de Veau.
- 697. Il a été annoncé, dans les papiers publics, une nouvelle efpece de grue hydraulique , propre à tirer des mines & carrières, avec plus de facilité qu’on ne l’a fait jufqu’à préfent, les féaux, les facs, l’eau, le charbon, le minerai, &c. Il peut être utile d’avoir connaiflance de cette annonce, d’autant plus que les perfonnes qui voudraient des éclaircilfemens , font averties de s’adreifer au lîeur Chriftophe Gallet, Anglais, qui en eft l’inventeur (a). Elle agit par le moyen d’une roue de dix pieds de diamètre feulement. Cette roue a un mouvement toujours égal & uniforme ; quoique rapide, on l’arrête dans l’inftant : elle fe meut par le moyen de l’eau ; le moindre courant d’eau fuffit. Si ce moteur manque, la perfonne chargée de vuider les féaux & les baquets, peut elle-même la mettre aifément en jeu fans avoir rien à craindre : on la gouverne fans peine & fans rifque. Les ouvriers qui le trouvent dans la mine ou dans la carrière, peuvent, en fe mettant dans un baquet, ou en s’attachant à un feau, fe faire tirer en-haut lans le moindre danger. Cette machine peut d’ailleurs fervir à beaucoup d’autres ufages > par exemple , dans les moulins à papier & autres. Elle eft d’une conftru&ion fort fimple; 011 peut en avoir une en place, propre à élever un poids de mille livres, pour la fomme de 30 livres fterling.
- 698. De tous les moyens de faire fervir l’adtion d’un courant à mouvoir une machine, il n’v en a pas de plus limple, de plus commode & de moins fujet à inconvénient, que de garnir cette machine d’une ou de plufieurs roues , munies à leur circonférence d’ailes ou aubes, qui reçoivent Pim-pullîon du courant d’eau , & la tranfmettent aux roues qu’elles font tourner. La machine de Nimphembourg, exécutée par le comte de Walh , directeur des bâtimens de l’électeur de Bavière (E), eft de ce genre. Dans fa llmpücité , & pour élever Peau à foixante pieds, elle eft bien entendue ; fon produit ferait plus confidérable , Ci les fourches n’avaient le défaut commun dans prefque
- () Privilégié du roi delà Grande-Bre- des eaux, par l’auteur, Munich , 1715,
- tagne , pour la conftruction de ces ma- page 122. Dans l'Encyclopédie , au mot chines dans le duché de Cornouailles, rue Moulin, avec deux planches \ dans Bélidor , Tariftock , à Devon. tome II, page 141, avec les différens déve-
- () Décrite dans le Traité de V élévation loppemens en uns planche.
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- toutes les pompes, du manque de proportion entre les corps de pompe qui, dans cette machine, ont dix pouces de diamètre, & les fourches qui n’en ont que trois : la roue en a vingt-quatre.
- 699. Nous n’entrerons point en particulier dans le détail des effets d’aucune de ces machines; il ne s’agit toujours ici, comme dans toutes les autres, que de bien connaître le principe moteur; car ce qu’011 nomme proprement la machine, ne fert qu’à augmenter & à regler la force mouvante. Ce n’eft ni la force ni la folidité des matériaux qui font le mérite de l'invention : les machines mues par un courant d’eau apporté foit par une riviere , foit par un ruiifeau, recevant leur force motrice de l’impulfion de cet agent, par fon poids ou par fou choc fur les aubes, en-defliis ou en-delfous, la partie eflentielle de l’hydrodynamique confifte dans l’examen de la meilleure maniéré d’employer la force de l’eau comme principe moteur. Les confidéra-tions néceifaires enfuite pour porter les machines de cette efpece à leur plus haut point de perfedion, font la recherche du nombre & de la dif-pofition la plus avantageufe des mêmes aubes, relativement au diamètre de la roue, à la quantité dont elle trempe dans l’eau, & à la vîtefle du courant. Ce dernier article , & en conféquence le nombre des aubes ou vannes à oppofer au courant, font difficiles à déterminer, & il n’eft pas étonnant que plufieurs favans fe foient trompés fur cette matière. La nature d’un fluide perpétuellement inégal dans fou volume & dans fa force, donnent évidemment à penfer que, malgré la phyfique la plus exade & la plus fubtile géométrie, la folution de ces problèmes ne peut guere comporter une certaine précifion : c’eft une remarque faite par un lavant qui a porté dans la théorie de l’hydrodynamique la même lumière qu’il a répandue fur la mé-chanique des corps folides, & fur toutes les matières qu’il traite. M. d’A-lembert ajoute qu’il eft peut-être impoffible de réfoudre mathématiquement la plupart de ces problèmes , & que l’expérience feule peut conduire à leur folution. C’eft aufli la voie qu’a adoptée M. l’abbé Boflut, pour fuppléer aux fecours pénibles , ou même impuilfans , qu’offre la géométrie pour per-fedionner l’hydrodynamique. Dans fon ouvrage, qui embrafle l’hydrofta-tique & l’hydraulique, il établit avec clarté & avec méthode, des principes confirmés par l’expérience, qui doivent aider à réfoudre le problème dans chaque cas particulier, ainfi que la maniéré de trouver la meilleure proportion entre la hauteur & la largeur d’une aile, qu’il importe quelquefois de connaître. Les auteurs de l’Encyclopédie ont adopté fur cette matière la théorie établie dans un mémoire de M. Pitot (a). Quoique les principes qui y font avancés foient aujourd’hui reconnus fautifs, nous donnerons
- (a) Inféré dans le volume de l’académie des fciences, pour l’année 1729.
- ici
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- ici une place à ce mémoire : il pourra de cette maniéré être comparé avec l’examen plus approfondi que d’autres favans ont fait de ce fujetj il fera fur-tout à propos de prendre connaiifance, dans le volume de l’académie de 1759 , du mémoire de feu M. de Parcieux.
- Des aubes, & de la difpojidon la plus favorable à leur donner.
- 700. Les aubes font diverfement placées, ou diverfement configurées, félon que les roues font deftinées à être mues par la chûte, ou par l’impuî-lion de l’eau , ou quelquefois par Pimpulfion & la chûte de cet agent, ou félon qu’elles font deftinées à faire agir des pompes. Les roues fur lesquelles l’eau tombe en chûte dans des augets , fe nomment roues a eau fupL rieure. Celles que l’on fait mouvoir en venant frapper des aubes, font diftin-guées par le nom de roues à eau inférieure. Il faut diftinguer deux fortes d’aubes : celles qui font fur les rayons de la roue, & dont par conféquent elles fuivent la direction félon leur largeur ; elles s’appellent aubes en rayon : celles qui font fufdes tangentes tirées à dilférens points de la circonférence de l’arbre qui porte la roue, ce qui ne change rien au nombre > 011 appelle celles - ci aubes en tangente.
- 701. “ Si l’on confidere que la vîteife de l’eau n’eft pas la même à diffé-„ rentes profondeurs, & plusieurs autres circonftances, 011 conjecturera que
- le nombre & la difpofition les plus favorables des aubes fur une roue, 11e ,, font pas faciles à déterminer. i°. Le nombre des aubes n’eft pas arbitraire ; „ quand une aube eft entièrement plongée dans l’eau, & qu’elle a la pofition „ la plus avantageufe pour être bien frappée, qui eft naturellement la per-„ pendiculaire au fil de l’eau, il faut que l’aube qui la fuit & qui vient „ prendre fa place, ne falfe alors qu’arriver à la furface de l’eau & la toucher ; „ car pour peu qu’elle y plongeât, elle déroberait à la première aube une „ quantité d’eau proportionnée, qui n’y ferait plus d’impreftion ; & quoique „ cette quantité d’eau fit cbmpreftion fur la fécondé aube, celle qui ferait ,, perdue pour la première, eût été faite fous l’angle Ie plus favorable, & l’au-,, tre ne peut l’être que fous un angle qui le foit beaucoup moins. On doit ,, faire enforte qu’une aube étant entièrement plongée dans l’eau, elle 11e „ foit nullement couverte par la fuivante ; & il eft vilible que cela demande „ qu’elles aient entr’elles un certain intervalle j & comme il fera le même „ pour les autres, il en déterminera le nombre total. Les aubes attachées ,, chacune par fon milieu, à un rayon d’une roue qui tourne, ont deux di-„ menfions, l’une parallèle, l’autre perpendiculaire à ce rayon ; c’eft la pa-,, rallele que l’on appellera leur hauteur \ Ci la hauteur eft égale au rayon de la j, roue, une aube ne peut plonger entièrement, que le centre de la roue ou Tome XVII. (fq
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- 9, de l’arbre qui la porte ne foit à la furface de l’eau i & il eft nécelfaire qu’une 5, aube étant plongée perpendiculairement au courant; , la fuivante, qui 5, ne doit nullement la couvrir, foit entièrement couchée fur la furface de 5, l’eau, & par conféquent falfe avec la première un angle de 90 degrés, 5, ce qui emporte qu’il ne peut y avoir que quatre aubes : d’où l’on voit que 5, le nombre des aubes fera d’autant plus grand , que leur largeur fera moin-3, dre. (a) L’aube en rayon & l’aube en tangente entrent dans l’eau & en 3, fortent en même tems , & elles y décrivent, par leurs extrémités, un arc 3, circulaire, dont le point de milieu eft la plus grande profondeur de l’eau à s, laquelle l’aube s’enfonce : on peut prendre cette profondeur égale à la lar-,, geur des aubes. Si l’on conçoit que l’aube en rayon arrive à la furface de „ Peau , & par conféquent y eft aufli inclinée qu’elle puilfe, l’aube en tan-„ gente qui y arrive aufli, y eft nécelfairement encore plus inclinée j & „ de là vient que, quand l’aube en rayon eft parvenue à être perpendicu-„ laire à l’eau, l’aube en tangente y eft encore inclinée, & par conféquent en reçoit à cet égard & en a toujours jufques-là moins reçu d’impreflion. ,, Il eft vrai que cette plus grande partie de l’aube en tangente a été plon-„ gée, ce qui femblerait pouvoir faire une compenfation ; mais on trouve „ au contraire, que cette plus grande partie plongée reçoit d’autant moins ,, d’impreflion de l’eau, qu’elle eft plus grande par rapport à la partie la ,, plus petite de l’aube en rayon plongée auiïi, & cela à caufe de la différence ,, des angles d'incidence, (b) Jufques-là l’avantage eft l’aube en rayon. Enfuite l’aube en tangente parvient à être perpendiculaire à l’eau, mais ce n’eft ,, qu’après l’aube en rayon ; le point milieu de l’arc circulaire qu’elles dé-„ crivent, eft palfé ; l’aube en rayon aura été entièrement plongée , & l’aube „ en tangente ne le peut plus être qu’en partie , ce qui lui donne du défa-3, vantage encore, dans ce cas même, qui lui eft le plus favorable : ainfi ,, l’aube en rayon eft toujours préférable à l’aube en tangente. Ou a penfé „ à donner aux aubes la difpofition des ailes du moulin à vent, & l’on a „ fait ce raifonnement : ce que l’air fait, l’eau le peut faire. Au lieu que 33 dans la difpofition ordinaire des aubes elles font attachées à un arbre 33 perpendiculaire au fil de l’eau, ici elles le font à un arbre parallèle à ce 55 fi). L’impreflîon de l’eau fur les aubes difpofées à l’ordinaire, eft inégale 99 d’un inftant à l’autre : fa plus grande force eft dans le moment où une „ aube étant perpendiculaire au courant, & entièrement plongée , la fui-3, vante va entrer dans l’eau, & la précédente en fort. Le cas oppofé eft „ celui où deux aubes font en même tems également plongées. Depuis
- (a) M. Pitot a ajouté dans ce mémoire (b) Angle que fait la direction d’un corps
- une petite table calculée du nombre & de avec le plan fur lequel il tombe, la largeur des aubes.
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- „ Imitant du premier cas, jufqu’à l’inftant du fécond, la force de l’im-,, prelîion diminue toujours, & il effc clair que cela vient originairement „ de ce qu’une aube, pendant tout fon mouvement, y eft toujours iné-» gaiement plongée ; mais cet inconvénient céderait à l’égard des aubes „ mifcs en ailes de moulina vent : celles-ci étant toutes entières dans l’air, a, les autres feraient toujours entièrement dans l’eau. Mais on voit que „ l’imprelfion doit être ici décompofée en deux forces, Tune parallèle, & s, l’autre perpendiculaire au fil de l’eau , & qu’il 11’y a que la perpendi-,, culaire qui ferve à faire tourner. Cette force étant appliquée à une aube a, nouvelle , qu’on aurait faite égale en furface à une autre pofée félon „ l’ancienne maniéré, il s’eft trouvé que l’aube nouvelle qui reçoit une a, imprelfion confiante, en eut reçu une un peu moindre que 11’aurait fait a, l’aube ancienne dans le même cas. D’ailleurs, quand 011 dit que la plus aï grande vitelfe que puilfe prendre une aube ou aile mue *par un fluide sj efi le tiers de la vitelfe de ce fluide , il faut entendre que cette vitelfe as réduite au tiers, efi uniquement celle du centre d’impulfion, ou d’un as point de la furface de l’aube, où l’on conçoit que fe réunit toute rimas prelîion faite fur elle. Si le courant fait trois pieds en une fécondé, ce sa centre d’impulfion fera un pied en une féconde ; & comme il efi nécelfai-ss rement placé fur le rayon de la roue, il y aura un point de ce rayon qui s, aura cette vitelfe d’un pied en une fécondé, fi ce point était à l’extrémité -s du rayon , qui ferait, par exemple, de 10 pieds, auquel cas il ferait au ss point d’une circonférence de 60 pieds , il 11e pourrait parcourir que 60 ss pieds , ou la roue qui porte les aubes ne pourrait faire un tour qu’en 60 ss fécondés, ou en un£ minute. Mais fi ce même centre d’imprelfion était ss pofé fur un rayon à un pied de diftance du centre de la roue & de l’arbre, ss il parcourrait une circonférence de 6 pieds, ou ferait un tour en fix fecon-s, des , & par conféquent la circonférence de la roue ferait aulîi fon tour ss dans le même tems, & aurait une vitelfe dix fois plus grande que dans le s, premier cas. Donc moins le centre d’imprelfion eft éloigné du centre de la ,, roue, plus la roue tourne vite. Quand une furface parallélogrammatique , „ mue par un fluide, tourne autour d’un axe immobile, auquel elle eft fuf-„ pendue, fon centre d’imprelfion eft, à compter depuis l’eau, aux deux „ tiers de la ligne qui la divife en deux félon fa hauteur. Si la roue a 10 pieds ,, de rayon , l’aube nouvelle, qui eft entièrement plongée dans l’eau, & dont „ la largeur ou hauteur eft égale au rayon, a donc fon centre d’imprelfion „ environ à 6 pieds du centre de la roue. Il s’en faut beaucoup que la lar-„ geur ou hauteur des aubes anciennes 11e foit égale au rayon, & par „ conféquent leur centre d’imprelfion eft toujours plus éloigné du centre de ,, la roue, & cette roue 11e peut tourner que plus lentement ; mais cet avau-
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- ,, tage eft détruit par une compenfation prefqü’égale dans le mouvement cir-„ culaire de l’aube : le point immobile ou point d’appui eft le centre de la „ roue ; & plus le centre d’impreffion auquel toute la force eft appliquée ,, elf éloigné de ce point d’appui, plus la force agit avantageufement, parce „ qu’elle agit par un long bras de levier. Ainfi , quand une moindre diftance „ du centre d’impreffion au centre de la roue fait tourner la roue plus ,, vite & fait gagner du tems, elle fait perdre du côté de la force appliquée „ moins avantageufement, & cela en même raifon : d’où il s’enfuit que la „ pofition du centre d’impreffion eft indifférente. La propofition énoncée „ en général, eût été fort étrange ; & l’on peut apprendre par beaucoup „ d’exemples à ne pas rejeter les paradoxes fur leur première apparence. „ Si l’on n’a pas fongé à donner aux ailes de moulin à vent la difpofition des ,, aubes , comme on a fongé à donner aux aubes la difpofition des ailes de ,, moulin, c’eft que les ailes de moulin étant entièrement plongées dans „ le fluide , fon impreffion tendrait à renverfer la machine en agiflant égale-„ ment fur toutes les parties en même tems, & non à produire un mouve-„ ment circulaire dans quelques-unes. „
- 702. Une des conditions que doit avoir une roue chargée d’aubes, c’eft de tourner toujours uniformément ; & pour cela il faut qu’elle foit telle que , dans quelque fituation que foit une roue , l’effort du fluide contre toutes les aubes ou parties d’aubes actuellement enfoncées, 11e produife aucune accélération , ou que la fomme des efforts pofitifs pour accélérer la roue foit égale à la fomme des efforts négatifs pour la retarder : ainfi le problème qu’il faudrait d’abord réfoudre , ce ferait de favoir le nombre d’aubes qu’il faut donner, pour que, dans quelque fituation que foit la roue? l’effort du fluide, pour accélérer ou pour retarder la roue, foit nul. Parmi les machines hydrauliques qui peuvent fervir à élever l’eau hors des mines, il en eft une connue très en grand en France, mais uniquement pour tranfporter de l’eau fort au loin (a). En Allemagne, où elle a été inventée & où elle eft en ufage depuis très-long-tems pour les mines , elle eft connue fous le nom de feld oder flreken gangen, fdd gejlangen : on l’appelle auffi Jlangen-kunfl, ce qui veut dire littéralement
- ( a ) Sur la riviere de Seine, entre Saint-Germain & Marly, d’où elle porte le nom de ce fécond endroit, qui doit une partie de fes embelliflemens à cette machine. M. Weidler, dans fon ouvrage, paraît avoir été informé de l’origine de cette conftruétion, d’une maniéré abfolument conforme à l’anecdote hiftorique que j’ai rapportée, relativement à fon conftruéteur, Rennequin. Sans favoir lire ni écrire 3 c’était, félon
- M. Weidler, un ouvrier excellent & expérimenté dans ce genre de travail ; mais attendu qu’il n’était pas en état de vanter à la cour fon travail, ni d’en garantir le fuc-cès, Deville, alfocié avec "lui, fuppléait à ce qui manquait à Rennequin; & comme, en avançant dans les ouvrages, il a pu ajouter quelque chofe du fien , il eft arrivé qu’il a paffé pour l’inventeur de la machine de Marly.
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- machine, ou engin à barres. Dans le Traité de C exploitation des mines , traduit de l’allemand, cette machine eft décrite, §. III, part. IV, page 207, d’après l’ouvrage de l’académie de Freyberg, fous le nom de machine avec des tir ans horizontaux : nous en avons parlé fommairement à l’article des machines employées au pays de Liege pour épuifer les eaux des houillieres. La figure 2, pi. XXIII, que nous avons empruntée de M. Saverien , donne une idée générale du jeu de ces machines, qui tient à un arrangement particulier de tirans ou de longues pièces , foit de bois, foit de métal, alfemblées à fourchettes les unes aux autres, & foutenues d’efpace en efpace par des bafcules ou des leviers mobiles fur une de leurs extrémités. La figure 4 de la même planche, repréfente un de ces field-geftangen, comme l’appelle M. Wolf, & que nous tirons de même , ainlî que la defcription, du Dictionnaire de M. Saverien, tome I, page 365". Elle eft compofée d’une roue verticale A , & agilîànt par le moyen d’une manivelle C, à laquelle eft un bras B , d’un balancier B M N G, conftruit en forme d’échelle , & fufpendu par échelons dans des efpeces d’ef-fieux K, K, K, K, que portent des pieux P , P, P, P , ou quelquefois des tréteaux ou chevalets. Cette roue eft mue ordinairement par un courant d’eau, quand on a cette facilité, en lui ménageant en-avant un courfier (a') , ou par quelqu’autre agent. Cette roue en tournant, tantôt tire le balancier B M N G, tantôt le poulie, fuivant que la manivelle C avance ou recule : c’eft tout le contraire quand elle pouffe. Voilà en quoi confifte le mouvement de la machine. Pour en tirer parti, l’on attache aux extrémités N, N de ce balancier, oppofées à la roue, une piece de charpente en forme de croix, dont deux bras font attachés aux piftons de deux pompes placées dans l’eau que l’on veut élever. On comprend, par le mouvement de ce balancier, comment les piftons font élevés & abaifles fucceflivement, & comment cette machine, au moyen du balancier qui peut fe prolonger à volonté, fait monter l’eau, de quelqu’endroit qu’on veuille la tirer.
- 703. Il y a diverfes fortes de ces machines , félon le nombre de corps de pompes qu’elles font agir, ou félon qu’elles peuvent être aflifes directement à la bouche du puits à pompes, ou qu’elles en font éloignées. On nomme machines fimples, celles qui n’élevent l’eau que dans un feul corps de pompe; & on appelle machines doubles , celles qui élevent l’eau dans deux corps de Pompe. La première efpece eft peu ufitée, & demande à être travaillée avec un foin particulier, pour pouvoir être de quelqu’utilité. L’autre eft le plus fou-vent en ufage pour l’épuifement des mines ; fa conftruction eft pareillement variée , en raifon de la diftance qu’il y a de la roue au puits de la machine, &
- ( a ) En hydraulique, un courfier eft un aubes d’une roue , & que l’on ferme quand chemin que l’on conftruit pour l’eau entre on veut, en baillant une vanne au-devant de deux piloris, afin qu’elle puifte arriver aux la roue.
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- qui peut être depuis fo, ioo, jufqu’à goo lachters. Les eaux de la mine de Nordmark, en Suede, font élevées par une machine de cette efpece, compo-fée d’une roue, à laquelle font adaptés trois rangs de tirans, qui font mouvoir des pompes afpirantes dans trois différentes mines.
- 704. A Dannemora, dans la mine de Storagrufven, qui eft la plus confi-dérable de ce quartier, & où les eaux font fi abondantes que l’épuifement s’en fait aux frais de la couronne, par un percement qui de néceffité aura cinq lieues de longueur, les eaux extérieures qui font mouvoir une femblable machine font extrêmement éloignées; la roue fe trouve à plus de 8<jo toifes de diftance de la mine. Le feld-gejlangen qui épuife les eaux de la foffe nommée Chaudtier, près le village de Beine , à une lieue de Liege, eft compofé, comme celui de Marly, de plufîeurs jeux de pompes qui agiffènt par le moyen d’une grande roue à féaux : elle eft mife en mouvement par une chute d’eau, formée en partie des eaux que donnent ces pompes , & en partie de celles d’un réfervoir d’eau, ménagé à la proximité. La différence du jeu de ces pompes avec celui de la machine de Marly, eft que dans cette derniere ces pompes ont deux mouvemens, le mouvement afpirant , & le mouvement foulant. Dans cette machine, les pompes font feulement afpirantes. Tout l’ouvrage de cette mine eft fitué fur une hauteur, à portée d’une colline ; c’eft fur le penchant de cette côte qu’on a établi ces pompes, à la diftance du bure de 1100 pieds ; 8c la grande roue qui met toute cette machine en mouvement, eft placée fur la même colline, à 1640 pieds plus bas, afin qu’une partie de fes eaux puiffe être conduite dans le bafïin qui forme cette chute d’eau.De la fuperficie du bure à exploiter jufqu’au niveau des pompes, il y a vingt-quatre toifes de plomba & huit repos ou efpeces de bafîins, dans leîquels les pompes verfent les eaux pour être élevées de proche en proche par d’autres pompes fupérieures , jufqu’à un canal fouterrein. A chaque repos, il y a deux pompes, 8c les deux dernieres fupérieures font celles qui fourniffent une partie de l’eau à fon mouvement.
- 70$'. On aura facilement l’idée de l’effet de cette machine , en faifant attention à fonafîife fur le penchant d’une colline. A peu près à mi-chemin des pompes, jufqu’à la roue du mouvement , on a pratiqué un réfervoir qui fe remplit en partie des eaux venant des arènes bâtardes de quelques petites houillieres qui s’exploitent plus haut, & en partie des eaux d’entre deux terres , 8c comme il a été dit de celles que lui fournilfent les pompes fupérieures. Comme ce réfervoir 11e pourrait pas toujours fournir affez d’eau pour faire agir la roue, 011 a fait un canal qui vient depuis le repos fupérieur du jeu des pompes, jufqii’à ce baflin, où les deux pompes fupérieures verfent leurs eaux. En même tems , comme la montagne fur laquelle eft élevée cette machine, 8c la côte qui fournit au réfervoir une partie des eaux, laiffent, en fe réuniffant à la hauteur de la retenue des eaux , un bas-fond , les eaux
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- du canal fe trouveraient, au point de ce baflin, plus bas que fon niveau : c’eft pourquoi l’on a pratiqué , à cinquante pieds de diftance du réfervoir, deux puits pour recevoir les eaux que lui amene le canal des deux pompes fupérieu-res. Ces deux puits étant maçonnés, les eaux qui s’y trouvent font forcées de s’élever & de fe porter dans un petit canal qu’on y a fait pour les conduire jufqu’au réfervoir. Dans le fond de ce puits eft une décharge , avec une bonde qui fe tire à volonté : de là enfin les eaux font conduites jufqu’à la grande roue, par un canal fouterrein qui fe ferme avec une pâlie. A foixante-dix pieds du point de la roue, on a conduit les eaux de ce canal jufqu’à leur chute, par une rigole de bois j & comme on a en vue de faire tourner cette roue avec peu d’eau, on a été obligé de donner à la roue cinquante-trois pieds de diamètre : ce qui fait qu’on n’a pu donner que deux pieds & demi d’élévation à fes points d’appui, pour n’ètre pas obligé d’amener les eaux fur cette roue d’une hauteur prodigieufe. Ainfi l’on a creufé , par cette raifon , une efpece de baftin pour recevoir fa partie inférieure : tout fon mouvement eft double.
- 706. Sans pouvoir dire la quantité d’eau que cette machine épuife en un tems donné, on lait qu’elle épuife promptement toute la mine.
- 707. Par la figure détaillée des feld-geflangen , fig. 2, 3 & 4. pL XXXVI, quife trouve dans l’ouvrage de l’académie de Freyberg, & dans la tradudion franqaife, on juge combien l’éloignement du principe moteur à la mine que l’on veut épuifer, ainfi que la longueur du trajet de tout cet attirail, rendent la machine difpendieufe , en proportion de la quantité de tirans qui viennent faire jouer les trains des pompes, & combien les frottemens ainfi multipliés font perdre de force. Comme cependant, au défaut de meilleur moyen, on doit compter pour quelque chofe cette commodité, de faire ufage d’une force, quelqu’éloignée qu’elle foit, dont on a befoin , il eft bon d’en avoir quelqu’idée. J’ai penfé , pour cette raifon, pouvoir placer ici ce qui fe trouve fur ce fujet dans l'Art des mines , par Lehmann , tome premier, page f 8, & qui a été omis dans la defcription fommaire de l’exploitation des mines métalliques , que les auteurs de l’Encyclopédie ont empruntée de cet ouvrage, au mot Mines. La planche qui accompagne la defcription de l’auteur, dans l’ouvrage même, ne repréfente que la partie de la machine qui appartient au premier mobile, c’eft-à-dire, la roue menant des manivelles, les manivelles menant des tiges de piftons qui élevent l’eau dans des pompes , d’où enfuite l’eau eft forcée, par d’autres piftons, de monter plus haut: le refte de l’attirail n’eft ap-perçu qu’en perfpedive. Voici la defcription qu’il donne de ces machines. Je détaillerai enfuite les articles de conftrudion qui y ont rapports ils rempliront la promeife que j’ai faite d’en donner les développemens.
- 708. “ La première chofe néceifaire pour établir cette machine , c’eft d’exa-# miner fi l’on aura toujours aifez d’eau pour la faire mouvoir. Lorfque la
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- „ machine eft au-delfus de la terre, il faut néceflairement que les eaux „ qui la font marcher, foient aulïi au-delfus de la terre; on fe fert pour „ cela d’une riviere ou d’un ruilfeau du voifinage, qui aient pendant toute „ l’année alfez d’eau , & qui ne tarifent point en été. Quand on eft privé 3, de cet avantage, on eft obligé de creufer à force de bras, des réfervoirs, „ pour y raifembler les eaux des fources & des fontaines du voifinage, „ que l’on tient à une certaine hauteur par le moyen d’éclufes , afin de 3, remédier aux inconvéniens qui peuvent furvenir dans des tems de fé-,, chereife; & on n’en lailfe fortir que l’eau qui eft nécelfaire pour faire „ aller la machine, auiii bien que les boccards ou pilons , & les lavoirs. Si „ la machine à eau eft placée dans les fouterreins, on fera encore obligé „ de la faire mouvoir à l’aide des eaux qui font à la furface de la terre , 33 ou de celles que fournilfent les galeries des mines. Quand on aura fuf-„ fifamment d’eau, on la fera tomber fur la roue par des auges deftinées à 3, cet ufage, ou par des tuyaux femblables à ceux qui ont été décrits pour „ le renouvellement de l’air. On n’a pas befoin de la même quantité d’eau w pour faire marcher toutes les roues : cela dépend de leur grandeur & de la „ malfe d’eau qu’on veut faire monter. Lors donc qu’il s’agit de conftruire ,3 la machine à eau , la première chofe à examiner eft la poflibilité de placer la ,3 roue au-delfus du puits à pompe ; ou bien, quand c’eft à la furface de la „ terre , s’il faut fe fervir de barres ou de tirans de fer enchevêtrés les uns „ dans les autres, en forme de balanciers; ou, fi c’eft dans l’intérieur de 3, la terre, on verra s’il faut fe fervir de barres de fer, qui tiennent fur la 3, place au pifton. Quand cette machine eft placée directement au - delfus 3, du puits d’épuifement, la roue qui met la machine en mouvement, peut 3, avoir depuis 18, 20, 24 01128 aunes de diamètre, & même davantage, 3, fuivant l’exigence des cas ; on regarde celles qui n’en ont que 21, comme 3, les meilleures, parce qu’elles ne font pas tant travailler le bois. Lorf-,, que la manivelle tourne, elle fait en même tems foulever la barre de tirage, „ ou elle la lailfe retomber en-bas : c’eft au-bas de cette barre de tirage, ,, que le pif on eft attaché par un écrou , comme aux pompes ordinaires. ,3 Ce pifton eft un morceau de bois arrondi, qui a j pouces de hauteur, & 3, eft rempli de trous; c’eft au-delfus de cette piece qu’on met la foupape „ ou un morceau de cuir qu’on appelle clapet. Ce pifton s’attache à la barre 3, de tirage par une vis, 8c il éleve l’eau dans le corps de la pompe. Les corps „ de pompe font ou de bois ou de fer; ou, ce qui vaut encore mieux, de 3, cuivre jaune battu à froid : ces derniers font les plus durables : on leur „ donne une épailfeur & un diamètre proportionnés à la quantité d’eau que ,3 l’on veut tirer. Ou ces corps de pompe verfent l’eau dans une auge, ou 3, bien on y joint encore par le bas des tuyaux de bois : lorfque ces tuyaux
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- „ font bas-, ils n’élevent point l’eau au - deffus de cinq verges. Un- équipage „ de pompe de cette efpece, eft compofé d’un corps de pompe & de trois ,, alonges ; mais lorfqu’ils font plus longs, ils élevent l’eau jufqu’à douze „ ou quinze verges : alors ils font compofés de cinq tuyaux ou alonges „ ajuftées les unes au bout des autres. L’eau qui tombe de la furface de la „ terre pour faire aller la machine, eft reque dans une auge qui la détourne : ,, ou l’eau tombe par en-haut fur la roue, ou bien elle la fait mouvoir „ par en - bas ; c’eft pourquoi l’on fait des roues qui ont de doubles aubes, „ afin de pouvoir tourner des deux côtés. S’il n’eft pas poffible de placer „ la machine à eau directement au-deifus du puits deftiné à l’épuifement „ des eaux , il faut, comme on l’a dit plus haut, former des repos, palliers „ ou emplacemens faits exprès pour la recevoir; & pour lors on attache „ des barres immédiatement à la roue : elles font affujetties dans l’endroit „ où la barre joint l’extrémité de la manivelle coudée , attendu que ces „ palliers ou repos ne vont point toujours tout droit, mais forment fouvent „ des angles , ce qui eft caufe que la barre doit faire plusieurs coudes : „ auffi ces machines font-elles fujettes à fe détraquer. Les barres dont on „ fe fert pour cela, font adaptées les unes aux autres avec des clavettes : » on y ajoute des bras en croix , afin qu’elles puiilent continuer à fe mou-„ voir, lors même que l’un viendrait à fe rompre, & une machine dont ,, les barres feraient conduites dans la pleine campagne. Ces barres font ,, faites comme les précédentes, & peuvent defcendre perpendiculairement „ dans le fein de la montagne, jufqu’à 60 verges de profondeur, même ,, davantage. Il pourrait arriver que la roue , par la trop grande quan-,, tité d’eau qui fort des fouterreins , ceffât de fe mouvoir. Pour être „ averti de cet inconvénient, on adapte un marteau qui, à chaque tour de ,, roue , frappe fur un corps fonore : c’eft ce qu’on nomme un Jurveillant. ,, Quelquefois le fouterrein eft à une fi grande profondeur, que la machine ,, 11e peut plus en tirer les eaux. Lorfque les mines en valent la peine, 011 ,, place quelquefois trois, quatre, ou cinq de ces machines à eau les unes ,, au-deflùs des autres : elles fe fourniffent de l’eau réciproquement. De cette ,, maniéré on peut remédier à l’inconvénient qui réfulte des eaux, & l’on „ peut les tirer des endroits les plus profonds, de la même maniéré qu’on „ peut en faire fortir le mauvais air, & y introduire de l’air frais. „
- 709. La figure 3 de la même planche XXXVI repréfente un de ces feld-geftangens, dont l’ouvrage de l’académie de Freyberg détaille, de la maniéré fuivante, les différentes parties. Depuis la barre de manivelle, jufqu’au puits nommé kunfl fchachte, puits de la machine, la manivelle ( kurbel) , autrement dite le tourillon ( krummer £apfen ), tient à la roue enfermée dans la hutte,a le plus fouvent une aune de hauteur, &peut fe mouvoir par la Tome XVII. R r
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- roue à eau, fupérieure ou inférieure, qui quelquefois n’a qu’une manivelle d’un côté feulement, & quelquefois une à chaque côté. On la voit aufli en B, fig. 4. La barre par laquelle le mouvement de la manivelle eft communiqué à la bafcule qui l’avoifine, B £, fig. 4, s’appelle barre, de manivelle ( korb (lange); c’eft ce que nous nommons en français bielle. On voit qu’elle eft attachée à l’extrémité inférieure de la première ou principale bafcule (hompt-fehwinge ) dans la face oppofée à celle où le barrage inférieur vient s’attacher i de maniéré que fi cette première ou principale bafcule eft pouftée par la manivelle vers le puits, tout le barrage fupérieur eft ramené vers la roue qui a fait agir la manivelle , & entraîne alors dans le même mouvement les quatre autres bafcules , que l’on diftingue fimplement de la principale , par le nom de montans, & qui font rangés fur une ligne entre des barres fermantes ( fehoffer ) à la diftance les unes des autres de quinze aunes : on les voit à part en c.
- 710. Les pièces qui compofent le barrage fupérieur 8c inférieur d, font appellées barres de trait ( {ug ftangen ), & communément en français tirans ; leur longueur eft de 18 aunes, leur hauteur de y pouces, & leur largeur de 4 pouces. Malgré la petite dimenfion de la figure, on peut juger comment elles font ajuftées aux montans ou barres fermantes, repréfentées en e, qui font de la longueur de crois quarts d’aune, 8c enchâffées en crémaillères, avec quatre anneaux ou frettes bien ferrés: ce qui épargne des vis, pourvu que les entailles foient bien juftes. Quand la barre eft très-longue, on place ordinairement deux vis dans les montans les plus proches de la roue, jufqu’à moitié de la longueur, dans chaque montant, entre les anneaux, pour donner plus de folidité. Ces barres de trait doivent être de même longueur que les montans , & faits félon un modèle : on doit même avoir de ces tirans & de ces bouts tirans , ainfi que des autres parties qui compofent les appareils de pompe, toutes prêtes pour en avoir fur-le-champ fous la main quand il faut en remplacer quelques-unes. Les montans ou barres fermantes peuvent être arrangés de façon qu’ils entrent dans le milieu des bafcules , parce qu’aiors ils font moins fujets à fe caflèr ( a ) ; ils peuvent en outre être recouverts d’un petit toit fait de deux petites planches minces , afin de les garantir de la dégradation provenant de l’humidité. Les fup-ports ( flrung- baume ) ou chevalets g g, fig. 3 , & P P , fig. 4, pl. XXXVI^ doivent toujours être pofés en ligne droite : fur quoi l’on doit pourvoir à la difficulté qu’il pourrait y avoir d’y parvenir, à raifon de l’inégalité du
- (a) Pour empêcher qu’une des barres qui les fait agir, Rennequin Sualem a placé de fer qui compofent les chaînes, venant de douze en douze toifes dans la machine à fe cafter, n’en faftent rompre plufieurs deMarly, une chaîne brifée qui obéit, autres par le grand effort de la manivelle
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- terrein , en employant des tréteaux plus ou moins exhauifés ; mais les barres* doivent toujours être en montant & en defcendant, & retenues au bout des lignes au moyen d’une forte cheville de fer , afin qu’elles puiïfent avoir du jeu.
- 7 il. Les barres rompraient quelquefois, s’il fallait monter une hauteur trop efcarpée , & dans ce cas on place des tournans. Ce font des arbres ou eilieux, avec des demi-croix de la même forme qu’eft repréfentée la croix entière ou tourniquet n , dont les bras font égaux, & dont les bras horizontaux font attachés aux tirans perpendiculaires, auxquels répondent les pif-tons. Les montans c peuvent avoir lix aunes de longueur dans les barres qui doivent chaifer loin. Quant à leur grofléur , elle eft proportionnée à la longueur de la barre, & à la profondeur d’où elle doit s’élever. On ménage dans leur milieu un trou quarré, pour y faire paifer l’axe de fer iii, qui entre dans les fupports, ou bien on le pofe dans un moyeu de bois dur, & ajufté dans les fupports ; ce qui diminue un peu le frottement de l’axe de fer. Les montans font garnis , outre cela , de jumelles de fer k, k, dont on voit la forme en f, i ; ces jumelles ( wangenetfer ) doivent être ajuftées à point aux trous dans lefquels palfent les chevilles de fer i, i : elles font enfoncées dans le bois , & ralentirent la trop grande célérité du jeu des montans. Sur ces chevilles portent les barres, & fur les barres fupérieures on aifujettit, au lieu de mauvais bouts de bois,, des garnitures de fer m , que l’on fait entrer dans les barres , & qu’on y retient avec des clous : elles ont l’avantage d’empêcher que les barres ne s’ufent trop tôt, & de faire qu’on peut enlever toujours le barrage. Pour les barres inférieures , elles font garnies vers le bas feulement avec des fers de rencontre un peu effilés , ou avec une raie au-dedans , & alors pofés fur les chevilles fans bouts de fer.
- 712. Il y a quelques-uns de ces ouvrages, conftruits de façon que les chevilles palfent immédiatement à travers les montans ou les barres ; mais comme dans cette maniéré les barres tombent trop facilement des trous, & que le barrage va & vient par conféqueut de tout côté, ce qui en fait perdre la volée en plus grande partie, où fon élévation eft la principale intention , particuliérement dans un conduit latéral, 011 garnit les barrages de cette façon ou de la maniéré qui vient d’être expliquée s c’eft-à-dire, que ces bois ou eipeces de madriers, coupés d’un quart d’aune de longueur, & de quatorze ou quinze pouces de hauteur, font cloués aux barres, ajuftés au train, & percés de chevilles. Si le trou s’en eft échappé, il eft plus facile d’y ra-jufter un bout ou une garniture , que de changer ou d’y remettre de nouvelles barres : cependant ces fortes de garnitures ne laiifent pas de fatiguer des barres longues, & de leur ôter leur légéreté, objet qu’il faut principalement ne point négliger. Au - déifias des puits pend une croix N , aux deux bouts de laquelle font attachés les barrages, & aux deux autres bouts les
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- •barres du puits. Tout au milieu pafle l’axe de fer o, qui roule, comme les montans, fur un appui de bois dur, ou dans une fente de fer, repréfentée dans cette croix j on voit en P & QJes ferrures & la préparation du bois. Lorfque deux barrages jouent à côté l’un de l’autre, & font portés fur les mêmes tréteaux, il faut aufti deux croix.
- 713. L’établissement de ces engins exige de conftruire un plancher ou une alîife en pierres aux endroits où il faudra des chevalets, afin qu’ils ne puilfent pas s’enfoncer, ce qui produirait un inconvénient fâcheux & continuel. La diftance des tréteaux les uns des autres, doit néanmoins être de huit longueurs d’aune , & c’eft fur la longueur des barrages qu’il faut en proportionner le nombre, étant eflentiellement nécelfaire que les fupports relient dans leur julle afliette j car fans cela le barrage porte d’un côté, va de travers, & caufe du dérangement. Les tréteaux, les fupports, les mon-tans & les barres de trait fe font de bois tendre ; mais les montans fupérieurs & les croix ou tourniquets font de bois dur. Les trous percés dans les montans qui palfent par les deux côtés du train, doivent être percés droits de l’un à l’autre. 11 faut aufli que les barres aient leur fituation jutle & exacfte fur les chevilles, fans être trop longues ni trop courtes, afin qu’un montant ne foit pas plus long qu’un autre, qu’il ne joue point qà & là, & que le mouvement du barrage, tant fupérieur qu’inférieur, foit égal. On doit pourvoir avec foin que les principaux montans, les manivelles & les croix ou tourniquets foient toujours tenus bien graiifés. Quand ces fortes de conduits font vieux , les barres fermantes fe tirent, & pour lors les barres deviennent plus longues qu’il ne faut ; on les arrête ordinairement de la maniéré fuiyante. On attache une chaîne autour des barrages ; & au moyen d’un tourniquet, après avoir dégagé les fermoirs , on la ferre le plus qu’il eft pof-fible i on voit enfuite la longueur qui eft à diminuer. Une autre attention que demande la juftefle de cette machine, eft que les bras de levier foient fuftîfamment tendus, & que les chevilles aient alfez de jeu pour que le frottement foit le moindre qu’il eft poflible.
- 714. On doit fur-tout rapporter à cette conftruétion une remarque faite à l’obfervatoire de Paris, fur l’alongement d’une barre de fer dans l’été , & le raccourcilfement de cette même barre dans l’hiver. ( æ) M. Weidler , à la fin de fa defcription latine de la machine de Marly, en a pris occasion d’avertir en général, que les tirans de fer, qui compofent le barrage de ces engins, varient en longueur, en raifon du grand froid de l’hiver, & du grand chaud de l’été ; de maniéré que ce métal étant relferré dans le froid, les barres de trait 11e peuvent pas jouer librement, & qu’étant relâchées
- (a ) Par M. de la Hire, hiftoire de l’académie des fciences, ann. 1689 > page $2.
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- dans l’été par la chaleur du foleil, elles jouent difficilement. Quand une barre de fer 11e s’alongerait que de deux tiers de ligne du grand froid au grand chaud fur cent toifes, ce ferait plus de fix pouces d’alongement : en voilà allez pour faire fentir combien le jeu des pillons ferait dérangé, fi cette longue chaîne qui leur communique le mouvement, fouffrait fans correction les changemens que les différentes températures peuvent y caufer. Pour remédier à cet alongement des barres de fer , & à l’effet qui en réfulterait, M. Weidler fait la remarque, qu’à l’endroit de la jondion de ces barres , 011 eft obligé de pratiquer plufieurs trous , afin de les mettre en état d’alonger ou de raccourcir la chaîne que les tirans forment par leur alfemblage , en faifimt entrer plus ou moins le bout d’une barre dans la fourchette de l’autre, où elle s’arrête avec une cheville.
- 71 f. On trouve dans la defcription de la machine de Marly, par M. Béli-dor, une manière de manœuvrer commodément, lorfqu’on veut tirer les cadres hors des bâches, pour réparer ces cuvettes.
- 716. Toutes ces différentes parties ont befoin d’être confervées foigneufe-ment dans un état de foupleffe qui eft effentiel. L’académie de Freyberg, pour les parties en cuir , confeillc les matières graffes , comme un mélange de fuif avec un peu d’huile. Pour les parties en fer , les réfineux , comme de la térébenthine mêlée avec de l’huile de poilTou ou de l’huile de navette, legau-dron même & toutes les matières tenaces , font recommandés.
- Machine hydraulique qui peut être aufji mue à volonté par le vent, par des hommes, par un ou plujîeurs chevaux.
- 717. Une machine, fans contredit, la plus parfaite & la plus intéreffante après la pompe nommée pompe à feu , dont il va être parlé, eft la machine exécutée à Pontpéant en Bretagne, par feu M. Laurent, pour épuifer les eaux de la nouvelle & de l’ancienne mine de plomb qui s’y exploite. Nous invitons nos leéleurs à prendre connaiffance de la defcription qui en a été donnée p?,r M. Gouffier, dans l’Encyclopédie, au mot Pompe. Defcription éclaircie par deux planches qui développent l’élévation ou profil & le plan de la machine de la nouvelle mine , & par trois autres planches pour la machine avec laquelle on épuife l’ancienne mine. L’une & l’autre font une application, confidérablement perfectionnée, d’une invention de M. Dupuis ( a), fimpli-fiée enfuite par l’auteur, & foumife en 1740, par fa veuve, à l’examen de l’académie des fciences. L’approbation des commilfaires, en date du 20 décembre , fait une fimple mention de la première machine qui avait été pré-
- (a) M, Dupuis, maître des requêtes, intendant du Canada.
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- Tentée à l’académie : elle était connue du doéteur Défaguliers , qui en a donné une courte defcription dans Ton ouvrage , avec une figure , quoiqu’il n’en eût pas une opinion bien favorable. Nous n’en donnerons ici qu’une idée fommaire, telle que les auteurs de cet ouvrage l’ont inférée, (a)
- 718. “ Cette machine eft compofée , dans fou intérieur , de deux „ bâches ou cailfes de bois pofées l’une au-deffous de l’autre , qui fe gar-„ niifent en - dedans de plaques de cuivre de trois côtés , excepté celui 33 où eft attachée la plate - forme, qui eft garnie de cuir , avec une rainure „ dans fon épaiffeur, pour éviter le trop de frottement. Le coffre où font 33 les mouvemens , eft féparé en - dedans par une cloifon : ces deux bâches 33 font dans l’eau, dont la fuperficie eft comprimée par l’air extérieur. La 33 plate-forme, qui eft mouvante & garnie de fer , eft inclinée dans la caiife, 33 tenant par un bout à un boulon (b) de fer attaché à la caiife en forme de a, charnière, & de l’autre taillé en portion de cercle, formant un arc de 90 33 degrés, montant & agilfant fur un autre quart de cercle , fuivant lequel 33 eft taillée une des parois du coffre, garni de cuir fort ou de bourre, pour 33 empêcher l’eau de defcendre. Cette plate-forme eft percée de deux ouvertu-„ res garnies de clapets, donnant paffage à l’eau dans le tems du jeu de la 33 plate-forme , queiait agir une tringle de fer inclinée par le moyen de deux 33 mouffles ou d’un chaflis à deux branches, & qui fe raccorde à un des bouts 33 de la tète de la plate-forme, & va fe rendre à la manivelle & au moteur. „ Ce moteur, dans la machine pour la nouvelle mine , eft une roue à augets M de 16 pieds de diamètre , & de g pieds d’épaiffeur j les augets font au 33 nombre de 40, & l’arbre de la roue a 13 pieds de longueur, & eft terminé 33 par des manivelles doubles. La roue de la machine de l’ancienne mine „ eft garnie de augets , difpofés comme dans l’autre ; elle a 33 pieds de 3, diamètre, & 3 pieds d’épaiffeur 5 fon axe a 3 pieds 4 pouces de groffeur, a5 fur 10 pieds de longueur, & eft embraffé , dans fa partie quarrée , par les 33 raies de la roue ; fes deux extrémités arrondies & garnies de plufieurs fret-33 tes, font terminées par une manivelle ftmple. Par le mouvement de la 33 plate-forme, l’eau qui entoure les deux coffres & qui y entre continuelle-„ ment, étant comprimée par l’air extérieur ou par l’athmofphere , fait lever M deux clapets de la plate-forme mouvante , & force à fe lever deux autres „ clapets correfpondans, placés fur le deffus de la caiffej au moyen de quoi „ l’eau pafle dans une efpece de hotte de cheminée, pour fe communiquer
- (a) Au mot Hydraulique, tome VIII , par l’autre bout, & arrêtée par une cheville page 5 6 ç, fous ce titre : Nouvelle machine pour retenir un tirant ou une autre piece
- de M. Dupuis, avec deux planches , tome V. d’une machine. On en met auffi deflous les
- {b) Boulon , grofl'e cheville de fer qui a robinets , pour empêcher qu’ils ne foient
- une tête ronde ou quarrée , & qui eft percée levés par la force de l’eau.
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- „ dans le tuyau montant qui porte l’eau au réfervoir, ou dans l’endroit def-„ tiné. Cette machine étant ainfi établie pour l’épuifement d’une mine, l’eau „ eft premièrement attirée par une pompe afpirante, à la hauteur de 24 pieds, „ dans un bâche ou coffre de bois , & eft reprife par une ou plufieurs pom-„ pes fuccelTivement jufqu’en-haut. Le mouvement eft une tringle de bois ,, qui fait agir tous les coffres par le moyen de deux bielles & d’une tringle „ de fer coudée qui y eft attachée, & qui fe rend par-deffous dans le coffre ,, où eft la plate-forme : en-haut c’eft un rouet & une lanterne que font mou-„ voir deux chevaux attelés dans un manege. On ne fait monter l’eau qu’à „ 24 pieds, & à plufieurs reprifes, afin de foulager la colonne d’eau ou tuyau „ montant ; car on pourrait élever l’eau tout d’un coup à 200 pieds par une „ pompe foulante. Le minéral eft monté à bras dans des féaux par le moyen „ d’un treuil. L’avantage de cette machine eft de n’avoir point de pifton ni de „ corps de pompe , & d’avoir peu de frottemens , de s’ufer moins qu’une au-„ tre, d’ëtre de peu d’entretien , de coûter moins dans l’exécution, qui ne „ paffe pas ordinairement, étant fimple, la fomme de 1200 livres ; de fe loger „ dans les puits fans échafaudage & fans grande préparation ; d’être rnife en „ mouvement par des hommes, par des chevaux & par le vent3 & avec tout ,, cela, d’amener dans le même efpace de tems le double de l’eau que peut ,, fournir la meilleure machine qui ait été exécutée jufqu’à prélent, fi ce „ n’eft la pompe à feu. La raifon en eft fort fimple : le coffre où eft ren-„ fermée la plate-forme mobile, a ordinairement deux pieds & demi de ,, long fur neuf pouces de large , & un pied environ de haut, & par faca-„ pacité & étendue a plus de jeu , contient plus d’eau, & s’agite plus vio-„ lemment qu’un corps de pompe d’un pied de diamètre, avec un pifton „ qui lui ferait proportionné. Cette machine peut donc être mue par le cou-„ rant d’une riviere, ou par une chute d’eau, que l’on conduirait fur les „ aubes de la roue , qui ferait agir une manivelle coudée, à laquelle feraient „ attachées les tringles de fer correfpondantes aux coffres percés dans la „ partie baffe de l’eau. Si elle était exécutée en grand avec une manivelle à „ tiers-point, une plate-forme percée de trois clapets, qu’elle fût mue „ par un feul cheval dans un manege avec un train, un rouet & une lan-„ terne , ce qui augmente beaucoup la force du moteur , elle fournirait huit „ muids au moins par minute , le refte du produit abandonné pour les frot-„ terriens , ce qui ferait par jour 115"20 muids. Sans manege, cette machine „ mue par quatre hommes fournit, fuivant le rapport de l’académie , quatre „ muids & quatre cinquièmes d’eau par minute , à feize pieds de hauteur. ,, Il eft à remarquer que, quand la manivelle eft fimple , il n’y a qu’une „ plate-forme dans le coffre 3 lorfqu’elle eft coudée , ou à tiers - point, il y „ a une ou deux réparations dans le coffre, pour y loger deux ou trois plates-
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- „ formes , ce qui ne change rien à la niéchanique de la machine, & qui re-„ vient aux trois corps de pompe ordinaire. La tringle eft flmple pour une „ plate - forme ; quand il y en a deux, la tringle fe termine en - bas par une ,, patte à deux branches, qui prend fur la plate-forme. Un moulin à vent ,, peut aufli faire agir de la même façon cette machine , en mettant la mani-, 5 velle dans le haut, & correfpondante à l’une des deux ailes : alors la tringle „ palfe à travers un arbre creufé , tourne de tout fens, & vient fe comrau-,, niquer à un balancier que lèvent les tringles qui vont faire agir les plates-„ formes des coffres qui font pofés au bas de la citerne. Enfin l’on peut ap-„ pliquer cette machine à une pompe à cheval. ( a ) „
- jDes pompes ou. machines dont la force motrice ejl empruntée du feu.
- 719. De tout ce que l’efprit inventif des hommes a pu imaginer, dans la vue d’imprimer du mouvement à une machine , rien n’eft plus ingénieux & ne mérite davantage la préférence ( lorfqu’on peut en faire les frais )' pour faire agir des pompes dans des mines profondes, que l’application de la propriété connue à l’air de fe dilater confidérablement par la chaleur , & de fe condenfer par le froid : c’eft uniquement en cela que confifte le méchanifme de la machine de Grijf en Angleterre, & de Frefnes au Hai-naut Français, dont nous avons donné une defcription détaillée, & qui en rempliifant leurs opérations, donnent une puiflance égale à quelque poids que ce foit. Le nom anglais, fleam engine, ou machine à vapeur, défigne bien mieux cette machine par fon moteur , que le nom de pompe ou machine à fin, fous lequel on peut confondre les pompes employées pour éteindre le feu, & que nous appelions en français pompes à incendies, (b) A la première, vue d’une de ces machines, les parties qui la compofent paraiffent extraordinairement multipliées & compliquées; cependant elles ne font qu’en nombre fuffifant pour futilité de fa juftelfe & de fes opérations : l’exa&itude des defcripüons dont j’ai fait ufage, ne m’avait rien, laide à y ajouter, que la partie de conftruétion, telle qu’il convient qu’elle foit connue au moment qu’on entreprend d’établir une machine de cette efpece : l’ouvrage de M. Blakey ne m’a point permis de balancer un inftant à changer le travail que j’avais difpofé fur cela.
- ( a ) Cette application eft repréfentée privilégié du roi ,& qui a remporté en 1772 dans la figure ç de la planche II de l’En- le prix propofé par l’académie royale des cyclopédie. fciences de Copenhague. Ce mémoire a
- (b) 11 y a environ trois ans, que lespa- uniquement pour objet les pompes à incen-piers publics ont annoncé un mémoire fur dies, que l’idiome danois a rendues vrai-la meilleure maniéré de conftruire les pom- femblablement par l’expreffîon pompes à pes àfeu, par M. Tillaye , fils du pompier /eu, pompes pour le feu.
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- 720. La nouvelle forme fous laquelle je préfente ici cette partie, viendra à l’appui de la defcription de fart de conltruire les pompes à feu , par M. Blakey ; c’eft un recueil hiftorique, théorique & pratique, qui complétera tous les é cl air diPe mens que l’on peut fouhaiter fur cette forte de pompe. Les directeurs de mines, perfuadés de la néceflïté des connaiffances qu’Agricola exige d’eux, relativement aux machines , me {auront gré d’avoir raffemblé tous les objets qui vont être rapprochés les uns des autres fur une invention dont plufieurs nations fe difputent la découverte ou la perfection.
- 721. Comme les diiférens points fur lefquels je vais revenir, exigent que le lecteur ait préfent à l’efprit i’effentiel des defcriptions qui ont été inférées à leur place, je ferai une révifion des principales parties de ces machines fur les planches qui ont fervi à l’intelligence de ces mêmes defcriptions ; elles fervmmt ainfi à rappeller une idée générale des machines à feu. Je donnerai une defcription fommaire de quelques parties de plufieurs de ces machines; j’entrerai dans le détail des particularités les plus intérelfantes fur la conftrudion, le jeu , le mouvement de cette machine , furie calcul de fon effet ; & je finirai par un état fommaire des différentes pièces qui la compofent, qui ont befoin d’être changées , réparées, entretenues. Cet article de conftrudion fera fuivi d’une elpece de tableau de décompofition, qui renfermera une indication de leurs développemens, delà précifion des dimenfions de la plupart d’entr’elles, enfin d’un état des frais & de dépende totale pour pourvoir à l’entretien de la machine.
- 722. Pour dire un mot de l’époque de cette magnifique découverte, il y a fur cela une fingularité affez remarquable, c’eft que, tandis que M. Pa-pin,dodeur en médecine & profeffeur de mathématiques à Marbourg, ef-Payait à Caffel en Allemagne de faire fervir dans la méchanique la vapeur de l’eau mife en adivité par le feu, que Leibnitz avait de fon côté la même idée , le capitaine Savery exécutait une femblable machine à Londres ; & M. Amontons, en France, était occupé d’employer d’une autre maniéré la force de cet élément, 11e défefpérant point d’en tirer à l’avenir autant de fervice que de l’air ou de l’eau pour remplacer la force de ces élémens par celle du feu. Ce favant donna en 1669, dans les mémoires de l’académie, le projet d’une efpece de moulin qui devait être mu par l’adion du feu. Je 11e fâche pas qu’elle ait été exécutée en grand : il comparait fon effet, pour la force, à l’effet de 39 chevaux au moins. Ainfi trois nations de l’Europe ont concouru en même tems à l’exécution de cette magnifique pompe , due cependant à une expérience du baron de Worcefter, qui la publia en
- 166] , (a) & aux premières découvertes de M. Papin,& devenue erffuite l’objet de l’attention de tous les méchaniciens.
- (a) Centuries d’inventions.
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- 723. Leupold , dans Ton Theatrum machinarum^ (a') a raffemblé, dans plufieurs planches, des coupes & des profils de la machine de M. Amontons, de M. Papin , de M. Savery. On y trouve auflï le deflin de celle qui a été exécutée pour les mines de Konisberg en Hongrie, par le fieur Potters. (Æ) Les unes & les autres font accompagnées, dans le cours de l’ouvrage, d’une explication abrégée. Les defcriptions les plus détaillées & les plus répandues font celles dont nous avons faitufage : la première, qui eft du doéteur Défaguliers , eft fur-tout intéreffante par les détails & les recherches dans lefquels l’auteur eft entré fur l’hiftoire & le méchanifme de cette pompe. La fécondé, qui eft de AL Bélidor, 11e l’eft pas moins dans la maniéré dont cette machine eft développée & calculée dans fon effet, relativement à la force de l’eau bouillante , à la réfiftance de l’athmofphere & à celle du poids de la colonne d’eau qu’on veut élever. La defcription de la machine de Bois-BoiTu, près S. Guilain, au Hainaut Autrichien, eft, mot pour mot, la même que celle de Frefnes , décrite par AL Bélidor. Les planches qui accompagnent cette defcription, pré-fentent beaucoup de développemens de conféquence pour l’intelligence de la machine. L'Effai dephyjîque par Muffchembroeck eiiTenferme une defcription qui a été inférée depuis en extrait, dans l’ouvrage du fieur Cambray de Digny, (c) qui, dans la machine à feu de Caftiglione, développée en fept planches, s’eft occupé de remédier à quelques inconvéniens de la machine de Papin & de Défaguliers. AI. l’abbé Boffut a inféré dans fon Hydrodynamique ( d ), une defcription de celle de Frefnes, près de Condé, qui lui a été envoyée par AI. le chevalier de Buat, ingénieur ordinaire du roi.
- 724. En 1723 , A. de la Mortraye, dans fes Voyages imprimés en anglais & en français (e) , donna le deflin & l’explication des machines ou pompes à feu, placées fur les bords de la Tamife, pour en diftribuer l’eau par des tuyaux dans les cuifines & braderies de Londres. Les volumes des machines préfentées à l’académie royale des fciences de Paris, renferment les plans, coupes & profils de plufieurs machines à feu. Une en 1726, (/) de AIM. Aley & Aleyer, Anglais de nation & aflociés, auxquels il fut accordé le 6 juillet 1727 un privilège exclufif pour établir & enfeigner, pendant l’ef-pace de cinquante ans, à mettre en pratique cette efpece de pompe, (g)
- ( a ) Tome II, imprimé en 1725, tab. XLII & XLIII.
- (6) Ici tab. XLIV.
- ( c ) Defcription d’une machine à feu, conftruite pour lés falines de Caftiglione , in-4. 1766, chap. V,page 190, chap. III, page 32.
- {d)TomeI,partiel,chap. II,page 125.
- ( e) In-fol. chap. V, page 360.
- (/) Ann. 1726,tomeIV, n. 282,283 , page i8ç.
- ( g ) Au mois d’août 17 3 7 , ces étrangers propoferent au corps de ville de Paris, de conftruire une de ces machines pour élever une certaine quantité d’eau fur la place de l’hftrapade, aux conditions qu’on leur don-
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- M. des Boisfranc (<r), architecte, en préfenta une dont les effets font produits par les mêmes caufes,& dont l’exécution eft affez femblable : elle a été donnée d’une maniéré plus détaillée en quatre planches. Elle ne différé de la pompe à feu de M. Meyer, qu’en ce que l’ouverture & la fermeture des robinets s’opèrent par un hériifon 5 de plus', les tuyaux d’épreuve font différemment pratiqués, & la valvure donnant iffue à la vapeur quand elle eft trop forte dans le cylindre , eft différemment placée. Dans la même année, le même auteur en propofa une fécondé, repréfentée dans le volume, 11. 288 5 cn unzplanche. En 175 1 , M. François Watkins, opticien du prince de Galles , donna un modèle de cette machine, en gravure in-fol. avec les
- explications & des details en langue
- nerait neuf cents mille francs, deux cents mille livres pour honoraires ,qu’ils auraient la direction de cette machine , & cinquante mille livres pour les frais de fon entretien annuel-, ce qui faifaitun fonds de deux millions cent mille livres.
- {a) Ann. 1727 , n. 284 , 285 , 286,287 , page 191.
- (b) Dans le courant de cette année 177-5, MM. Périer freres ont appliqué le mécha-nifme des pompes à feu à des fémi - pompes deftinées à l’élévation de l’eau pour la décoration des jardins, & pour les befoins do-meftiques : ils en ont exécuté deux qui ont réuffi , l’une chez M. le duc d’Orléans, à la chauffe d’Antin ; l’autre au fauxbourg du Roule, dans le jardin de M. le duc de Chartres. La première marche par le moyen d’un poêle, & elle a le double avantage d’échauffer tout l’hiver les ferres & appartenons , en élevant encore, fuivant l’annonce de MM. Périer, 50 à 40 muids d’eau par heure, à 3 5 pieds au-deffus de la fur-face de l’eau du puits. On dit 30 a 40 muids, parce que cette machine va plus ou moins vite, félon le degré de feu. On peut , au moyen des foupapes pratiquées dans la cheminée, échauffer les ferres chaudes , & faire marcher la machine en même tems, ou chauffer feulement la machine fans les ferres,ou les ferres fans la machine. Elle marche déjà depuis long-tems, fans avoir éprouvé le moindre dérangement, parce qu’elle eft
- anglailè (£), & dont la plupart font
- extrêmement fimple , & qu’elle n’a befoin. d’autre agent que le feu. Cette pompe occupe fort peu d’efpace, & peut fe placer pàr-tout où l’eau n’eft pas à plus de 20 ou 25 pieds de profondeur; fi elle était beaucoup plus baffe, on ferait obligé de faire ce qui a été exécuté dans le jardin de M. le duc de Chartres, au fauxbourg du Roule, où les puits ont 70 ou 80 pieds de profondeur : la machine à feu a été placée au-def. fus d’un puifard, qui a été rempli une première fois par un moyen quelconque ; l’eau de ce puifard, élevée par la machine, eft portée à l’autre bout du jardin , par des tuyaux de conduite, fur une roue de moulin qu’elle fait tourner, & dont l’aétioa donne le mouvement à des pompes ordinaires ; après quoi elle retourne au puifard d’où elle a été tirée, par un canal en forme de riviere. Ces machines peu coùteufes, exécutées en grand, pourraient être fort utiles à beaucoup de manufaétures fituées dans des pays où les matières combuftibles font à bon marché : elles peuvent faire marcher des ufines de toute efpece. Dans un fupplément, à la fuite de l’ouvrage de AI. de Digny, on trouve la defcription d’une petite pompe à feu de douze pouces de diamètre fur dix-huit pouces de hauteur, qui produit 990 livres d’eau par minute, fauf les déchets, MAI. Périer conftruifent actuellement chez, eux de ces pompes dans une forme portative ; ils pourraient même les
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- tirés de Défaguliers. M. de Tilly, dans fa brochure, a rapporté une courte defcription de cette machine, page 68 , éclaircie par une gravure qui eft la figure 2 de le pl. 1 de Bélidor.
- Différentes efpeces de machines nommées machines à feu : particularités remarquables dans quelques - unes.
- 725". Toutes les différentes machines à feu ,011 propofées, ou exécutées , ou décrites, ou gravées, doivent fe rapporter à deux efpeces principales, uniquement différentes par leurs forces, à raifon de la différence de méthode fur laquelle elles font conftruites j lavoir, celles qui font à piftons & à leviers, & qui, à proprement parler, font des pompes à feu : le récipient fe vuide par répulfion.
- 726. Les autres que l’on pourrait appeller machines de Savery, ou de New-comen & Cawley, qui les premiers les ont exécutées ou perfectionnées vers l’année 170f , peuvent très - bien être distinguées des autres par le nom de machines à balancien
- Machine à feu fans balancier.
- 727. La machine à feu fans balancier originairement eft la machine de M. Savery, décrite dans le Lexicon technicum de Harris, enfuite par Défaguliers & Muffchembroeck. Ses parties principales font un alambic, dont la forme eft ordinairement fphérique, & un ou deux récipiens. De l’alambic la vapeur paffe dans le récipient, communiquant par fon fond avec le tuyau ou les tuyaux d’afpiration , & avec le récipient qui fe vuide par Padtion répul-five de la vapeur ; c’eft-à-dire, que cette vapeur venant à frapper Peau, la comprime & la chaffe hors du récipient. Cette marche rend fort lente l’opération , qui par elle - même eft déjà très-bornée, ne pouvant guere élever plus de cinq tonneaux d’eau par heure, cette quantité étant proportionnée à la capacité ordinaire du récipient. A la vérité, l’on n’eft pas obligé de faire dans cette machine plus de feu qu’on n’en fait dans une grande cheminée ordinaire. Quoique cette machine 11’ait communément qu’un récipient , M. Défaguliers ne regarde pas comme tout-à-fait inutile la méthode de M. Savery, dans laquelle on en emploie deux pour un feul alambic; il la juge même préférable dans certaines occafions, moyennant quelques corre&ions: mais ce favant reconnut, dans un modèle propre à agir , tantôt avec deux, tantôt avec un feul récipient, qu’un feul récipient peut fe vuider trois fois ,
- difpofer à agir par le feu d’une cuifine. Peut-être parviendront-ils à les adapter à beaucoup d’autres objets.
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- Suspendant que les deux qui s'emploient fuccefîivement, ne peuvent fe vuider qu’une fois chacun : en forte qu’une machine par ce moyen ferait auili fimple, agirait plus aifément, coûterait prefque la moitié moins , & éleverait un tiers plus d’eau. Il conftruifit, d’après cette expérience , une machine qu’il décrit dans fon ouvrage , & qu’il a accompagnée d’une planche, (æ) Sur ce modèle , il en a conftruit enfuite plulieurs , dont la première fut pour le Czar Pierre , qui la plaça dans fon jardin de Pétersbourg. Il en a aufli conftruit , à Kinfing-ton, une qui va très-bien avec un feul récipient. Il en avait même une chez lui, qui élevait l’eau à pieds, dont il faifait voir le jeu & les effets dans fes cours. M. Cambray de Digny a joint à cette machine fimpîe une machine à levier, conftruite fur les principes de Bélidor, & propre à élever l’eau à une grande hauteur , plus convenable que celle de Savery , pour fournir une grande quantité d’eau à tous les degrés d’élévation où peut porter la preffion de Pathmofphere. Afin que la machine opérât tous fes mouvemens par elle-même, il a imaginé une roue mue par un courant d’eau ménagé avec l’eau même du réfervoir qui recevrait l’eau que produirait la machine. Dans l’intention d’éviter de faire refouler l’eau, pour évacuer les pompes, il les a ouvertes par le flanc, où il a ajouté un mouvement qui les ferme fi exactement dans l’inftant du vuide, que l’eau ne faurait y pénétrer. Il a imaginé des mouvemens particuliers , foitpour l’entretien de la chaudière, foit pour donner cours à l’eau d’injection & l’intercepter, pour élever l’eau au fom-met de la machine , & relativement à ces deux derniers objets, pour ouvrir & fermer fucceiïivement le palfage à la vapeur, de même que pour ouvrir & fermer fes pompes. Je renvoie, pour un plus grand détail, à l’ouvrage de l’auteur.
- Machines à balancier ou à levier.
- 728. Ces machines, nommées fouvent machines de Newcomen , parce que c’eft lui & Cawley qui les premiers l’ont exécutée de maniéré à produire tous fes effets, font celles qui font décrites par Défaguliers , enfuite par Bélidor : elles {ont mieux nommées machines à balancier, du nom de la principale piece qui les fait mouvoir. C’eft un grand balancier mobile fur un axe qui le traverfe perpendiculairement : l’une des extrémités du balancier fait mouvoir les pompes deftinées à tirer l’eau du fond des puits , ou à élever l’eau du réfervoir, tandis que l’autre extrémité eft appliquée à un pifton qui monte & defeend alternativement dans le cylindre où fe fait fuccefîivement l’élévation & la condenfation de la vapeur de l’eau. Ce cylindre communique à une chaudière où fe forme la vapeur qui remplit le cylindre dont nous venons de
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- parler, & en faifant équilibre avec l’air extérieur, donne lieu à l’aClion prépondérante de l’autre bras du balancier. Le pifton étant arrivé à fon plus haut terme, un mouvement particulier interrompt, par le moyen d’un régulateur, la communication d’entre le cylindre & la chaudière : en ce moment un filet d’eau froide amenée par un tuyau , condenfe la vapeur du cylindre, dont la force s’anéantit, opéré le vuide, & donne lieu à la colonne d’air de refouler le pifton jufqu’en-bas : alors le mouvement agiffant en feiis contraire, ferme le* robinet d’inje&ion, rouvre le régulateur, & laide à la vapeur la liberté de monter dans le cylindre, & le jeu de la machine recommence. Ainfi toute cette manoeuvre dépend des a&ions fucceftives de l’eau en vapeurs, de l’eau froide, & du poids de l’athmofphere. Lorfque cette machine à balancier eft bien réglée, fes opérations s’exécutent en quatre fécondés, dont deux pour la levée du pifton , & deux pour fa chute. Ces machines ont différentes grandeurs , félon l’objet qu’on fe propofe en les conftruifant : il y en a dans lef. quelles le cylindre a cinq à fix pieds de diamètre intérieur, & le pifton fix à fept pieds de jeu : il y en a de plus grandes encore, 8c alors on y met ordinairement deux chaudières qui communiquent avec le même cylindre , & qu’on fait bouillir alternativement. Les dimenfions des autres parties de la machine fe règlent à proportion, de maniéré qu’elle donne une puiifance égale à tel poids que ce foit ; car fi le'diametre du cylindre, par exemple, de deux pouces & demi de diamètre, était augmenté de dix ou de cent fois, fon mouvement ferait aufli facile, ^quoique la puiifance fût augmentée comme les quarrés de ces nombres. Mais en même tems cette machine a aufli fes bornes : elle ne doit pas être trop petite; car elle aurait un trop grand frottement à proportion de l’eau qu’elle éleverait, & elle ferait trop difpendieufe, étant compo-fëe d’autant de parties que les plus grandes machines, qui reviennent à meilleur marché, à caufe de la proportion de l’eau que la machine éleve. Le frottement eft toujours comme le diamètre du cylindre, au lieu que la quantité d’eau qui s’élève eft comme le quarré du diamètre , & la partie de la puiifance qui eft employée à mouvoir tout le petit méchanifme, beaucoup plus grande à proportion dans une petite que dans une grande machine.
- 729. C’est cette machine à balancier, la feule ufitée actuellement dans les mines d’Angleterre & ailleurs, qui va être le fujet d’une révifion particulière, dans plufieurs points de conftrudion : nous commencerons par quelques-unes de ces machines les plus remarquables en Angleterre; nous viendrons enfuite à celles qui font établies en France.
- Particularités de quelques machines à feu en Angleterre.
- 730. Dans quelques quartiers de la ville de Londres, il y a de ces machi-
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- nés, pour diftribuer l’eau de la Tamife, par des tuyaux, dans les cuifines & braderies ; une entr autres, dont il va être parlé, & une à Chelfea : toutes ont été détruites & rétablies à plufieurs reprifes differentes. Les viciffitudes qu’elles ont éprouvées , fe rcffèntent fort des contradictions qu’a effùyées l’introduction du charbon de terre dans cette même capitale. Soit difficulté particulière & momentanée de l’application continue de ces pompes à l’uiage qu’on en faifait, foit, comme l’a voulu l’auteur d’une feuille hebdomadaire, (a) incommodité que la fumée du charbon de terre , néceffaire pour le fervice de ces pompes, répandait dans la ville, du côté ou le vent portait ; on y avait pendant long-tems abandonné leur ufage : mais 011 y eft revenu , ou parce que les premières difficultés fe font applanies avec le tems, ou faute de meilleurs expé-diens. Cf) Celle de ces machines qui a été placée en 1728 fur le bord de laTami(b,& qui après avoir été détruite, a été rétablie & Amplifiée, n’eft pas tout-à-fait îa même dans fa conftruction que celle de Freines ; les petites différences qui s’y trouvent, ont fait juger aux éditeurs de l’Encyclopédie que la defeription de cette machine méritait d’avoir place dans leur ouvrage, (c) Je vais emprunter cette defeription, & j’y joindrai celle que M. Béli-dor a donnée de la pompe afpirante & refoulante de cette machine.
- Defeription du fteam - engine établi à Londres, à York - Buildings, fur Le bord de la Tamife ; & de la pompe afpirante & refoulante exécutée dans cette machine.
- 72 1. “ Cette pompe eft placée dans un bâtiment où l’on a conftruit un „ fourneau , au-delfus duquel eft une grande bouilloire de cuivre, fpliérique „ par en-haut, bien fermée & entourée par-tout d’une petite galerie extérieure, „ lailfant circuler la fumée du fourneau , qui- entretient la chaleur de l’eau „ bouillante dont la bouilloire eft remplie aux trois quarts. Le cylindre de la „ pompe eft de cuivre , & d’un diamètre proportionné. Il eft garni de fon „ piflon ; ce pifton defeend & s’élève dans le cylindre : ce n’eft qu’une plaque „ de cuivre roulée & bordée de cuir ; il en eft plus léger, & la vapeur le chaife „ d’autant plus facilement. Il y a une chaîne de fer , dont l’anneau eft accro-,, ché à la tige du pifton , & tient à la courbe d’un balancier dont l’axe tourne
- (a) M. deParcieux, dans fon troifieme mémoire fur la riviere d’Yvette, comptait pour un obftacle à l’établiffement de ce même moyen pour la ville de Paris, la dé-penfe annuelle & journalière de ces machines , les accidens auxquels elles font fu-jettes, & qui entraînent un nombre d’embarras confidérables & d’emplacemens fur
- la riviere ou à côté , fur les ports & fur les quais. Voyez le volume des mémoires de l’académie pour l’année 1767.
- {b) Avant-coureur , lundi 1 ç avril 176g, n. 33, page Ç24 , où l’on rend compte du troifieme mémoire de M. de Parcieux.
- ( c ) Tom. VIII, pag. 365, au mot Hydraulique.
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- „ fur un tourillon dont les parties portent fur un des pignons .du bâtiment 3, Un bout de tuyau tranfmet la vapeur de l’eau bouillante dans le cylindre ; 3, & la partie de là machine qu’on appelle régulateur, ouvre & ferme en-de-3, dans & au haut de l’alambic l’extrémité du tuyau de vapeurs. Ce régulateur „ eft un fléau ou une couliife de bois attachée à une petite courbe concen-3, trique à lapiece ceintrée du balancier, auquel elle eft fixée , qui fe hauffant ,, par ce moyen & fe baillant, donne le jeu au régulateur & au robinet d’injec-„ tion , en retenant par des chevilles fixées dans plusieurs trous.faits dans fon 3, épaiffeur, les axes recourbés & communiquans au robinet & au régulateur, „ dont on rend l’effet plus ou moins prompt en haulfant & baillant ces che-3, villes. Le tuyau de finjecteur defcendant du réfervoir au-deffus, & fe cou-3, dant pour entrer dans le cylindre , y jette environ neuf à dix pintes d’eau 3, froide à chaque injedion, par un robinet qui s’ou,vre & fe ferme con-„ tinuellement au moyen des chevilles fixées-le long de la çouliffe. fl y a „ un petit tuyau qui fort de l’inje&eurî, &> qui a un robinet toujours"ou-3, vert5 il jette de l’eau prife clans.de réfervoir au-deffus, en couvre le pif-3, ton de cinq à fix pouces : c’eft ainfi que l’entrée eft fermée à l’air, & le „ cuir du pifton eft humecfté. On appelle robinets déépreuve,' ceux de deux „ tuyaux dont le plus court atteint feulement la furface de l’eau de la bouil-„ loire, & l’autre va jufqu’an fond ; ils indiquent tous deux l’excès ou le 3, défaut de la quantité d’eau 'ou de .vapeurs conlèrvées dans l’alambic ou la „ bouilloire. Un tuyau communiquant à la capacité du cylindre, laiffe écou-3, 1er l’eau injedée , & la renvoie à la bouilloires un autre tuyau attaché 9, au cylindre , donne iffue à l’eau qui d’abord croit lorfque le pifton eft re-„ levé; on y pratique un robinet qui jette l’eau fur la foupape du tuyau qui „ laiffe fortir & l’air du cylindre & celui qui;eft amené parTeau froide./Une „ valvule ou foupape couverte de plomb ,,laiffe évacuer l’eau de. la bouilloire 3, quand elle a trop de force; au-deffus du pifton il y a un tuyau; de décharge „ du cylindre, & au-haut du bâtiment un tuyau de décharge du réfervoir.
- „ Deux autres courbes placées à l’autre extrémité du levier, font, aller une ,, pompe renverfée qui fournit un petit réfervoir, & des pompes afpirantes po-„ fées dans un puits , d’où l’eau eft portée dans un grand réfervoir. Le trop „ de fumée de la bouilloire fort par une cheminée : l’eau portée dans le petit „ réfervoir fournit la machine ; celle portée dans le grand réfervoir fert à „ tel ufage que l’on veut: c’eft elle qui mefure le vrai produit de la machine.
- Dcfcription des parties du pijlon des -pompes du Jleam - engine de, York-Buildings (a). Voyez pi. XJ^Iil, fig. 3 & 4.
- 732. „ Le tuyau d’afpiration A B, eft uni au corps de pompe CD EF,
- (a) Architefîure hydraulique, tom. II, chap. III, liv. III, page 61.
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- „ comme à l’ordinaire , ayant une foupape à l’endroit de jonction: le tuyau ,, montant F GKL eft auffi accompagné d’une foupape‘N, pour fermer la „ fortie IH de la partie coudée G I. Jufques là , cette pompe reiîomble ,, affez à celle qui eft exprimée par la fixieme figure de la planche deuxie-„ me i mais le refte en eft tout différent : le pifton O P Q_ eft un cylindre „ creux, de cuivre, qu’on remplit de plomb , pour lui donner un poids ca-„ pable de .refouler l’eau qui doit paffer dans le tuyau montant ; & comme „ la hauteur de cette eau pourrait être telle que le poids du pifton 11e fuf-„ firaitpas, on le furcharge avec des tables de plomb marquées T, qu’on en-„ file dans la verge V, en aufti grand nombre qu’il eft neceflkire : c’eft pour-„ quoi la tète du pifton qui n’entre point dans le corps de pompe, a une figure „ quarrée d’une capacité fuffilànte pour fervir de bafe au poids T. Pour évi-„ ter le frottement du pifton contre la furfaceintérieure du corps de pompe, ,, qui ferait confidérable s’il avait lieu fur toute fon étendue , on a donné », au diamètre du pifton deux ou trois lignes de moins qu’à celui du corps de „ pompe , afin de laiifer un intervalle entre deux. Cependant, pour empêcher ,, la communication de l’air extérieur, qui ferait un obftacleà l’afpiration, & „ qu’en refoulant, l’eau ne forte par l’entrée CD du corps de pompe , on a », difpofé cette entrée d’une maniéré fort fimple & fort ingénieufe, mais qu’ou „ ne peut bien entendre qu’avec le fecours de la figure fixieme , qui n’eft „ autre chofe que la partie CD mife en grand. L’entrée LL du corps de „ pompe eft accompagnée d’un rebord KL qui régné tout autour, & coulé „ avec elle , comme font les brides s fur le rebord font appliquées deux ou ,, trois rondelles de cuir EFG, repliées autour de la furface intérieure du „ corps de pompe ; enfuite eft un anneau de cuivre, dont le diamètre du petit „ cercle tient un milieu entre celui du pifton & celui du corps de pompe : là-„ deffus font pofées d’autres rondelles de cuir À, B, Z , repliées comme les pré-„ cédentes, mais d’un feus oppofé , le tout recouvert d’un fécond anneau de „ cuivre H H, dont le petit diamètre 11 eft égal à celui du corps de pompe ; „ cet anneau eft lié avec le rebord Iv L, par des vis C D , ajuftées dans leurs „ écrous : ainfi l’anneau du milieu ferc de guide au pifton, qui ne touche „ qu’au cuir Z G , avec lequel il eft intimement uni * car comme il y a tou-„ jours de l’eau dans la cuvette X Y, le cuir fe maintient rende. Cette eau ne „ pouvant s’écouler , empêche que l’air extérieur ne puiffe s’introduire dans „ le corps de pompe, & cela de la maniéré du monde la plus commode , puil-„ qu’on peut, quand il eft nécelîaire, renouveller les cuirs , & maintenir la „ pompe en bon état, fans être obligé de démonter aucune de ces parties. „ Pour que l’eau de la pompe même puiffe entretenir la cuvette pleine, ou „ a ajouté un petit robinet R , qui a communication avec le corps de pompe, „ & qui eft fermé par une clef S, comme aux fontaines ordinaires» Quand Tome XVII. T t
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- „ le pifton refoule, à caufe du jeu qu’on lui a donné, l’eau monte dans le „ robinet ; quand on veut qu’elle fe rende dans la cuvette, on ne fait que ,, tourner la clef S; & comme la violence avec laquelle elle eft pouffée par ,, l’effort du pifton , la ferait jaillir avec impétuolîté, on lui oppofe une plaque „ de cuivre Z, portée par quatre branches liées enfemble comme la figure. „ le montre. Ce robinet fert encore au commencement de l’afpiration , pour „ chaffer l’air de la pompe plus promptement que s’il était obligé de fortir „ par le feul tuyau montant. On ouvre & ferme la clef S alternativement
- quand le pifton monte & defcend, comme à la machine du vuide. „
- Defcription de la pompe à feu , établie fur une mine ouverte dans Vannée 176^, à Jix milles de Newcaflle.
- 733. M. Jars, de qui nous empruntons cette defcription & celle qui va fuivre, prétend qu’on 11’avait point encore vu de machine à feu exécutée avec autant de précifion que celle-ci, & dont le jeu foit auffi aifé. Le diamètre du cylindre eft de 60 pouces : on y a mis auffi trois tuyaux d’ihjeétion. L’axe du balancier n’eft pas fait comme les autres ; c’eft une piece de fer fondu , d’environ deux pieds en quarré, & de deux pouces d’épaiffeur, fous le milieu de laquelle eft l’axe en forme de demi-cercle, dont le rayon peut avoir trois pouces ; le tout ne fait qu’une feule piece. La partie plate & quarrée a quatre trous à chaque extrémité de l’axe, pour la fixer au - deffous du milieu du bahmcier, avec des lames de fer qui l’embraffent entièrement, & qui font affujetties avec des écrous. Cet axe eft placé au milieu dans une boîte de bronze, qui le renferme dans toute fa longueur, & qui eft toujours pleine d’huile ou de graiffe: 011 préféré cette méthode à celle des tourillons. On la croit auffi la meilleure , eu égard au poids prodigieux qui fait continuellement effort fur l’axe. Cette pompe à feu a deux chaudières ; elles font féparées du cylindre , & communiquent leurs vapeurs par un tuyau qui répond à un autre petit cylindre ou tuyau , dont il fera parlé à la machine qui va être décrite. Les chaudières font entièrement en fer forgé, dont les plaques font exactement clouées enfemble , & enduites d’un vernis particulier , dont je renvoie la compofition à l’article où je donnerai une récapitulation de toutes les pièces de la machine à feu. Outre les deux petits tuyaux qui fe trouvent à toutes les machines à feu, pour régler la hauteur de l’eau dans la chaudière, on en a placé un de plomb fur le milieu de chaque chaudière, quia environ deux pouces de diamètre, & dont l’extrémité extérieure eft toujours ouverte 5 l’extrémité intérieure prend prefque fur la calotte qui fait dans cet endroit le fond de la chaudière, & par con-féquent de beaucoup au-deffous de la furface de l’eau bouillante ; mais fi
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- un ouvrier eft négligent, & vient à s’endormir, lorfque l’eau a baille jufqu’à l’embouchure du tuyau, la vapeur fort avec beaucoup de violence & de bruit, ce qui avertit qu’il n’y a pas affez d’eau : on prévient aufli par-là l’inconvénient de brûler le fond de la chaudière. O11 a donné au pifton une levée de huit pieds. C’eft la première à laquelle on en ait donné autant : elle produit jufqu’à douze coups dans une minute.
- Defcripdon d'une machine à feu de la mine de Walker, à trois milles de Üefl de Newcafle. Ça)
- 734. Cette machine, au jugement de M. Jars, eft la plus confidérablc de toutes celles qui font établies dans les mines du nord de l’Angleterre, & peut-être la plus grande qui ait été faite jufqu’à préfent en Europe. Elle fert à élever l’eau d’une mine qui a 100 toifes de profondeur perpendiculaire ; mais elle 11e leleve que de 89 toifes, attendu qu’à 11 toifes de profondeur on a pratiqué une galerie d’écoulement de quatre pieds de hauteur fur 2fO toifes de longueur , ayant fon embouchure à la riviere : elle a été prife au niveau de la haute marée; de forte qu’011 peut compter fùrement.que la couche de charbon dans cette mine, eft environ à 88 toifes au-delfous du niveau de la mer. Le diamètre du cylindre eft de 74 pouces , ce qui fait 69 pouces ‘pied de roi, ou de 6 pieds 2 pouces anglais , & fa hauteur de 10 pieds & demi; on compte qu’il pefe plus de 13 milliers. Pour fournir la vapeur néceifaire à ce cylindre, il y a quatre chaudières très - grandes, dont trois font toujours échauffées ; une des quatre eft de relais , pour s’en fervir lorfqu’011 a des réparations à faire. Toute la partie des chaudières qui eft expofée au feu, eft faite avec du fer battu réduit en tôles qui font clouées enfemble de la même maniéré que les poêles pour les falines. La partie fu-périeure qui forme un dôme , eft faite avec du plomb jeté en tables, à l’exception de celle qui eft placée immédiatement au-deffous du cylindre, dont toute la calotte , au lieu d’être en plomb, eft en cuivre : mais cet ufage de faire des chaudières de matières différentes, 11’a plus lieu actuellement; 011 les fait totalement de fer. Le fond des chaudières n’eft point plat, mais formant une efpece de voûte très-élevée, ayant la figure d’un cône, afin de préfenter plus de furfàce au feu. Chacune des chaudières a fon fourneau & fa cheminée : il y a une très - grande grille fous toute la capacité du fond de la chaudière, fur laquelle on met le charbon par une porte de fer pratiquée fur le devant; le fourneau eft difpofé de façon que la flamme, avant de parvenir à la cheminée, circule tout autour de la chaudière en forme de
- { a ) Voyages métallurgiques, page 195.
- T t ij
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- Ipirale. On profite ainfi de la chaleur le plus qu’il eft poflible.
- 73 La chaudière , dont le dôme eft en cuivre, eft placée au - delfous du cylindre; mais entre deux il y a un autre petit cylindre feulement de 3 pieds de haut & de 30 pouces de diamètre, que l’on peut nommer le rêjervcir pour la, vapeur, parce que c’eft là où fe rend la vapeur des trois chaudières qui font échauffées par des tuyaux de communication ; de là elle paffe dans le grand cylindre, à l’aide du régulateur. Il eft actuellement d’ufage de placer ce réfervoir à vapeur au - deflous de chaque cylindre de machine à feu , & même de n’avoir aucune chaudière au-deffous de ce réfervoir. La principale raifon eft, que Ton fait les cylindres fi grands qu’une feule chaudière 11e fuifit pas ; d’ailleurs, il eft effentiel d’en avoir toujours une en cas de réparation , pour ne point arrêter la machine , & ne pas mettre les entrepreneurs dans îanéceffité de fufpendre l’exploitation, puifque les eaux monteraient en fort peu de tems , & noieraient les ouvrages. L’intérieur du cylindre eft fivafte, qu’un feul tuyau d’injedion pour fournir les eaux froides qui condenfent la vapeur,, 11’aurait pas été liiffi fiant ; on en a mis trois également diftans les uns des autres, & qui font un très - bon effet. Le pifton du cylindre eft fait d?une feule piece de fer fondu ou coulé, dans lequel il y a cinq trous ; celui du milieu fert à fixer la branche qui le foutient ; les quatre autres fervent pour quatre tiges de fer qui répondent à la branche principale à laquelle elles font foudées. Tout autour de cette piece de fer , il y a un rebord que l’on garnit bien avec des morceaux de vieux cables ou cordages ; on met du cuir par-deffus , afin que le pifton joigne bien au cylindre , empêche l’eau , qui eft toujours par-deffus , d’y entrer , & que le vuide s’y faffe beaucoup mieux.
- 736. On eftime que cette machine a une puiffance de 34 mille quatre cents feize livres , & qu’elle n’a que trente & un mille quatre-vingt-feize d’effort à faire , & qu’ainfi l’on épargne , quant à préfenttrois mille trois cents vingt livres , dont on peut la charger en cas de befoin. La levée du pifton de cette machine, & par confisquent des pompes , puifque le balancier afon point d’appui au milieu, eft de 6 pieds : elle donne depuis huit jufqu’à dix coups de pifton dans une minute.
- Des machines à feu , dites à répétition ; cejl-à-dire , à plufieurs corps de pompes.
- 737. Dans les pompes de ces fortes de machines, l’eau ne paffe dans le tuyau montant que par intervalles, c’eft-à-dire, quand le pifton refoule ; & le tems de l’afpiration eft un tems perdu : c’eft pourquoi dans les grandes machines pour élever beaucoup d’eau , il y a toujours au moins deux corps de pompes féparés , qui répondent au même tuyau montant par des branches qui s’y réuniffenr. Alors, tandis qu’un pifton alpire, l’autre refoule, & l’eau ne
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- ceflepas de monter. Ces machines qui font mouvoir plufieurs corps de pompes , comme à Montrelay en Bretagne, & dans d’autres endroits, font appelles machines à répétition. Nous allons en donner un exemple dans celle qui épuile les eaux de la mine de Walker, qui fait mouvoir trois corps de pompes, & dont M. Jars a donné la defcription qui fuit. La répétition partant du fond de la mine eft compofée d’une feule pompe, de 37 toifes de hauteur ; le diamètre du corps de pompe où joue le pifton, eft de 10 pouces. La fécondé répétition eh compofée de deux corps de pompes de 18 toifes de hauteur, dont une a 13 pouces de diamètre, & l’autre 7 pouces feulement. Enfin la troifieme répétition qui a 34 toifes de hauteur , eft compofée également de deux pompes, dont l’une a 12 pouces de diamètre, & l’autre neuf feulement. Cette augmentation de diamètre des pompes en remontant eft en proportion de l’eau qu’011 a élevée, puifqu’on en ramalfe à différentes hauteurs, afin d’avoir à l’élever d’une moindre profondeur.
- 738. Cette augmentation du nombre de corps de pompes eft une des chofes les plus intéreifantes dans la pratique , par l’utilité qu’on en retire , de diminuer d’une façon marquée la réliftance que produifent les étranglemens. M. le chevalier de Borda, dans le mémoire où il s’eft occupé de la recherche des effets des étranglemens dans les pompes , a appliqué particuliérement la méthode dont il s’eft fervi pour cet examen , aux pompes mifes en a&ion par les machines à feu, & en particulier à celle établie aux mines de charbon de Montrelay : nous en donnerons ici l’extrait rédigé par l’hiftorien de l’académie, (a) Dans la machine de Montrelay , les piftons des pompes ont lix pieds un quart de jeu. La machine donne neuf coups de pifton par minute , ce qui donnerait fix fécondés deux tiers par vibration ; mais comme il y a un peu de tems perdu entre la defcente & la levée du pifton , M. Borda croit qu’on peut légitimement fixer le tems de chaque vibration à 5- fécondés J, & par conféquent celui de chaque demi-vibration à 2 fécondés |.
- 739. Le calcul appliqué aux élémens qui fervent de bafe à la recherche , & que nous omettons ici, donne pour réfultat, que la force néceflaire pour mouvoir cette pompe eft à celle qui fuffirait, s’il n’y avait point d’étranglement, comme 61 +4, 88 eft à 61, ou, ce qui revient au même, qu’il y a de chef plus d’un treizième de la force perdu. Le même calcul a encore été appliqué à une autre machine à feu , employée au defféchement d’un grand lac ( c’eft celle de Moers , près Dunkerque ) ; elle n’élevait l’eau qu’à cinq pieds de hauteur jle jeu de chaque pifton était de fix pieds , & elle faifait dix afpi-ration par minute ; mais le tems de fa montée était un peu moindre que celui de fa defcente, & il y avait entre l’un & l’autre un petit intervalle d’environ
- (a) Hiftoire,page 122, & 423 des mémoires.
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- une demi-feconde. La mefure des ouvertures des foupapes lui fit juger que leurs paflages contracftaient la colonne de fluide dans la raifon de 4 { à 1 , mais que les foupapes inférieures produiraient une contraction un peu plus grande. Le calcul fait d’après ces données, il en réfulte que la force néceflaire pour mouvoir ces pompes eft à celle qui aurait fufïi, s’il n’y avait aucun étranglement, dans le rapport de 7 , g à f , ou prefque comme 8 eft à f. Cette recherche l’a conduit à une réflexion très-importante. Puifque la réfiftance oc-cafionnée par les étranglemens croît comme le quarré de la vîteffe du pifton, on peut, en diminuant cette derniere d’une certaine quantité, diminuer l’autre bien plus confidérablement. Si, par exemple, au lieu de quatre piftons , ayant chacun fix pieds de jeu, on en mettait huit qui ne jouaflent que de trois pieds , la machine ne ferait pas plus chargée, & la réfiftance caufée pat les étranglemens ferait réduite au quart de ce qu’elle était ; avantage bien réel, & que l’on doit aux recherches de M. de Borda. On doit donc, dans la pratique, augmenter plutôt le nombre des corps de pompes, que d’augmenter la courfe & la vîteife des piftons.
- Particularités de quelques machines à feu, en France.
- 740. La mine de charbon de Montrelay, aux confins de l’Anjou & de la Bretagne , ainfi que quelques charbonnières du Hainaut Français, tire avantage , pour l’épuifement des eaux, des machines à feu. Les détails des proportions des principales pièces de ces pompes à feu ont été publiés dans différens ouvrages ; nous 11e faifons ici que les raflembler. Dans la mine de Montrelay, où cette machine, regardée mieux conftruite que celles du Hainaut, éleve l’eau par fix répétitions de pompes, qui ont trois pouces & demi de diamètre. Les proportions font indiquées comme il fuit :
- Par M. le chevalier de Buat. (a) Cylindre f 2 pouces & demi de diamètre , mefure de roi ,fur 9 | pieds de hauteur. Jeu du pifton , environ 6 \ pieds. Chaudière , 15* pieds & demi de diamètre ; il n’y en a qu’une , & fon fond eft convexe. Balancier, 2$ pieds de longueur, fur 36 pouces d’équariifage à fon milieu. Profondeur de laquelle l’eau eft élevée, 600 pieds.
- Par M. de Borda, (b) Diamètre du pifton ou cylindre , pouces anglais, revenant à 5-2 \ pouces, mefure de roi. Jeu du pifton, 6 pieds 3 pouces. Nombre de coups par minute , 8 Diamètre des pompes , 8 pouces 6 lignes. Profondeur de laquelle l’eau eft élevée ,612 pieds. Poids des attirails, tout
- () Hydrodynamique de M. l’abbé Bof- pour fournir de Veau à la ville de Taris,
- fut, chap. II, part. I , pag. 139. par M. Lavoifier. Mémoires de l’académie
- () Calculs obfcrvations furiepro- des fciences, ann. 1771, pag. 17.
- jet d’âabliffemcnt d'une pompe à feu,
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- compris & déduction faite de la quantité qui eft fupportée par le contrepoids, éoo livres.
- Dans la machine de Bois - Boffut, P Encyclopédie donne les proportions fuiv antes.
- O
- Diamètre du pifton, 30 pouces & demi, mefure de roi, c’eft-à-dire, 730 pouces & demi de furface. Jeu du pifton, 6 pieds jufte. Nombre de coups par minute, 14. Diamètre des pompes , g pouces 3 lignes. Profondeur dont l’eau eft élevée, 242 pieds. Six cents quatre - vingt pieds de barres , qui font mouvoir les quatre pompes , faiiànt un attirail du poids de 3000 livres environ. Poids de l’eau élevée pour le fervice de la machine par une petite pompe particulière pour le grenier ou réfervoir d’eau , nommée pompe de la. bâche, 238 livres. Volume d’eau élevé à chaque coup de pifton, 6288 livres.
- Dans -la machine de la foffe d'An? in, nommée le Corbeau, M, Lavoijîer indique les proportions fuiv antes, (a)
- Diamètre du cylindre , ou pifton, 44 pouces mefure de roi. Levée du pifton, 5- pieds 6 pouces. Par minute, de 7 à 8 coups. Diamètre du pifton des pompes, 7 pouces & demi. Profondeur d’où elie éleve l’eau, 431 pieds 9 pouces, mefure de roi. Poids des attirails de toute eipece , 8000 livres, (b)
- Machine de Frefnes , proche Condé, par M. P abbé Bojfut. ( c }
- Diamètre du cylindre, 44 pouces. Hauteur , 9 pieds. Jeu du pifton , 6 pieds. Balancier , longueur, 2f pieds.
- Par M. Bélidor. Cylindre, diamètre, 30pouces. Epailfeur , 18 lignes. Hauteur^ pieds. Pifton jouant dans le cylindre, fur une hauteur de 6 pieds, a 28 pouces 16 lignes de diamètre. Piftons des pompes, diamètre, 7 pouces. Levée, 6 pieds.
- Remarque fur les piflons pour les grandes pompes, conflruits comme ceux qui font exécutés dans la machine de Frefnes.
- 741. Ce pifton percé eft tout ce qu’il y a de mieux imaginé pour les
- (a) Qu’il a mefurées lui-même fumne qui répond au cylindre , n’a que 14 pieds, toife étalonnée. Voyez le mémoire cité pré- tandis que celui qui tient aux pompes en cédemment. a ip
- ( b ) M. Lavoifier obferve que les deux ( c ) A la fuite de la defeription de lama-bras du balancier ne font point égaux \ celui chine de Bois-Boüut, par le chev. de Buafc.
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- grandes pompes ; il a mérité la préférence fur tous les autres qui ont été effayés , étant d’une folidité à toute épreuve , & l’eau pouvant le traverfer fans contrainte, quelque vîtelfe qu’elle puilfe avoir en defcendant : on en trouve la defcription dans le Cours de phyjique expérimentale du doéteur Défaguliers , (a) ainfi que dans Y Architecture de M. Bélidor , qui les a iui-mème defîi-nés fur les lieux : nous ferons connaître, d’après ce dernier auteur, la conftruélion de ces piftons, après avoir fait obferver leurs avantages d’après M. Défaguliers. Les principaux avantages de ees fortes de piftons font, qu’ils donnent un libre paffage à l’eau, d’où il réfulte le moins de frottement poflible, parce qu’ils ne touchent le corps de pompe qu’à l’extrémité fupé-rieure de la boîte de cuivre, & que le fable ou le gravier, mêlés ordinairement avec l’eau, ne peuvent s’introduire avec le pifton & le corps de pompe, à caufe de l’anneau de cuir qui eft plus élevé que le tuyau de cuivre ; car fi cela arrivait, il fe ferait un grand frottement, & le corps de pompe ferait bientôt gâté : mais après cela tout le fable tomberait en-bas fur les foupapes, d’où il ferait aifé de le tirer j de plus, fi par accident le mouvement d’un côté de la foupape était arrêté, l’autre y fuppléerait, en attendant que le premier fût remis en place.
- Conjîruclion du pifton des pompes & des foupapes de la machine à feu de Frefnes, deffinés & décrits par M. Bélidor ( b ).
- „ 74a. Le corps du pifton, figuré en cône tronqué, avec un rebord „ C, C, fig. f, pL XXVII, eft une boîte de cuivre, à peu près femblable „ à celles qu’on met dans les moyeux des roues. La fig. 7 en fait voir le „ profil. Cette boîte, dans fon plan fupérieur, eft traverfée d’une barre per-cée d’une mortaife : fur la furface de la boîte eft appliquée une bande de 3, cuir A, A, fig. 7, embraffée par le bas d’un cercle de fer que l’on en-caftre dans l’épaiifeur du cuir qui a près de trois lignes, ce qui fe diftingue „ encore mieux dans la fig. è. Le pifton eft couvert d’une foupape de cuir , „ fortifiée par des plaques de tôle ou de cuivre faites en fegment de cercle ; „ au - deffous de la foupape il y a aufii de femblables plaques, mais d’un 5J plus petit diamètre, afin qu’elles entrent dans le corps du pifton , 11’y „ ayant que le cuir & les plaques fupérieures qui repofent fur le bord de „ la boîte : ainfi le cuir fe trouve ferré entre deux, à l’aide des quatre vis 3, accompagnées de leurs écrous Cette foupape s’applique fur la boîte , en-,3 forte que le milieu foit pofé fur la barre 3 & pour lier le tout enfemble ,
- (a) Leqon VIII, page 175. 2o,2i&22, les différens développemens
- (b) Tome II, page 11 ç, où l’auteur a de ce pifton. raffemblé fur les figures 14, 17, ig, 19,
- „ ou
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- 7, on fe fert d’une croix de fer, qui eft un profil coupé fur la longueur de „ la barre : une partie de cette croix de fer fe pofe fur le milieu de la fou-„ pape ; alors un tenon O P, fig. 8, traverfe le trou E, fig. 7 , enfile une „ barre de fer Q_R , dont les extrémités X X s’encaftrent moitié par moitié „ dans l’intérieur de la boîte, & dans fon épaiffeur qui eft échancrée en cet „ endroit, de même que le cercle B B, qui fe trouve foutenu par ce moyen „ & ferré contre la boîte, en faifant entrer une clavette V dans un trou M, „ comme 011 peut en juger par la fig. 8 , qui eft encore un profil du pifton „ coupé à angle droit avec le précédent. Quant à la tige L O, on l’ajufte avec ,, line barre de fer, à l’aide d’un tenon qui eft à fon fommet, & de la mor-„ taife qui paraît dans le milieu, & des deux viroles fervant à les ferrer l’une ,, contre l’autre. Cette barre eft pendue à une manivelle, ou à l’extrémité „ d’un balancier.,,
- Revijïon générale de la machine à feu , fur les planches.
- 743. Un maître - ouvrier , un directeur de mines, ne peuvent avoir trop complètement & trop exadement l’idée de toute cette machine & de fon méchanifme : le maître - ouvrier , pour réuffir dans fa conftrudion , & don* 11er à toutes les pièces qu’il affemble la jufteffe & la précifion néceffaires; le diredeur, pour reconnaître les caufes des dérangemens qui peuvent Survenir, & y apporter remede. En faveur du conftrudeur & du diredeur, nous rappellerons d’abord le méchanifme des pompes à feu , par l’explication & le développement des planches de la machine de Griff, d’après l’auteur même de la defcription que nous avons donnée. Nous emploierons à ce même ufage les planches de la machine de Frefnes, dans le courant du tableau général de décomposition de ces pompes, qui nous a paru très-commode pour rappel-ler la qualité, l’ordre , la difpofition, la quantité des différens matériaux qui entrent dans la conftrudion de ces machines.
- Explication détaillée des parties de la machine à feu , à levier, établie a Griff, en Angleterre , démontrée par les figures.
- 744. La poutre perpendiculaire , nommée fouvent coulffe , dont la fig, 1 de la planche XXFll\nç repréfente qu’une partie Q_, eft vue en entier , pi. XXIV, lettre L , avec toutes fes dépendances relatives à l’ouverture & à la fermeture du régulateur, ainfi que du robinet d’injedion ; mais dans la pi. XIX, la fig. 1 g développe à part tout ce méchanifme plus en grand, en recourant en même tems aux autres figures de renvoi.
- Ejfieu tournant du régulateur. Entre les deux pièces perpendiculaires de ‘ Tome XVII. V v
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- bois de chaque côté , & marquées A ,'B, dans la fig. 18 , pl. XJX, il y a un efjîeu de fer quarré, qui porte quatre pièces de fer pour fêrvir à faire tourner le régulateur,"en pou fiant en-avant & tirant en-arriere la fourchette attachée au manche du régulateurs elle eft marquée Q_, O, E, L,fig. 18 , pi. XJX (ou par les lettres- N, O , M, fig. 14); la fente de la couliife perpendiculaire eft faite de maniéré que fes chevilles agiffent en-avant, au milieu & en - arriéré pour élever & abaiffer les leviers f, 4, qui meuvent l’eflieu de fer, autant qu’il eft néceifaire, autour de Ion centre. Mais le leéleur concevra mieux la chofe par l’infpcdtion des pièces dans la pl.XIX, & il fera en état de les bien comprendre dans la pl. XXÎV.
- Les lettres AB de la fig. 15 de la pl. XIX, repréfentent l’eflieu de fer dont on a parlé, & qui eft marqué par les mêmes lettres dans la fig. \8 ; il y a une piece ce DE, qui fe nomme Y, parce qu’elle repréfente cette lettre par fes deux branches, excepté feulement qu’elles font renverfées, avec un poids F, qui doit entrer dans fa partie fupérieure , où on le pouffe plus haut ou plus bas, félon qu’il convient, par le moyen d’une clef ou d’un coin. Cet Y étant inféré dans le bout B de l’eflieu de fer, y eft arrêté par une clef ou goupille en e ; il y a enfuite une efpece d’étrier J K J , avec une longue cheville L, qui doit être fixée dans fes trous félon l’occafion, de chaque côté de K. Cet étrier eft fufpendu par fes crochets J , J , fur l’eflieu en z, iy enfuite on place la clef ou manche G 4, fur l’eflieu de l’autre côté , enforte qu’il foit placé & fixé en g, à angles droits avec l’Y. On fixe encore un levier ou manche plus court à angle demi-droit avec celui-ci, c’eft-à-dire, entre la longue branche de l’Y & G 4, fur l’eflieu en /z, où il eft arrêté. On voit toutes ces pièces de la maniéré qu’elles font arrêtées enfemble fur l’eflieu dans la fig. 18 , où l’on peut obferver que, Jorfque la couliife monte, elle éleve le bras H f , par le moyen d’une poulie qui roule dans fon milieu, ce qui fait tourner l’eflieu autant qu’il le faut pour pouffer l’Y, avec fon poids F, de C vers 6 ; & dans cette direction , après avoir palfé la perpendiculaire , il continuerait de fe mouvoir vers Q_, s’il n’était arrêté par une bande de cuir fixée à fon fommet en E, & arrêtée aux points m , /z, de maniéré qu’elle îailTe à l’Y la liberté de faire fes vibrations autour d’un quart de cercle , lorfqu’il tombe en-avant ou en-arriere après avoir paffé la perpendiculaire. La fig. 14, pl.XIX., repréiente la fourchette horizontale M ON, qui doit être attachée par fon bout O, au manche du régulateur P q, Q_ 10 , y ayant dilférens trous dans ces pièces, afin que chaque partie de l’extrémité O puilfe s’arrêter dans chaque partie de la fente du manche, félon que cela eft nécefïàire pour faire mieux mouvoir les deux pièces : on peut voir cela dans la fig. 18, où l’autre extrémité de la fourchette eft arrêtée au bas de l’étrier en E K N L, par une longue cheville horizontale L, enforte que la four-
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- chettepeut continuer d’être horizontale : àmefure qu’elle eft pouflee en-avant & tirée en-arriéré par les coups que E & D , les deux branches de l’Y, donnent alternativement à la partie de devant ou de derrière de la cheville L, pour poulfer en-avant ou tirer en-arriere le manche P io, ou pour ouvrir ou fermer le régulateur, de la maniéré qui fera expliquée plus au long. Il fuffit de remarquer quant à préfent, qu’il y a une piece horizontale h /, placée de façon que l’extrémité 10 du manche peut porter fur elle & en être îbutenue, à mefure qu’il glifle en-avant & en-arriere.
- Voici donc la fituation préfente de la machine, telle qu’elle eft repré-fentée par cette figure. 18 de la pl. XIX. Le régulateur eft ouvert, comme on le voit, en ce que fa plaque T y eft écartée de déficits la communication ou tuyau S S, qui entre dans le cylindre. Le pifton eft à préfent en-haut du cylindre ; par conféquent, la grande poutre & la coulilfe perpendiculaire font prefqu’à leur plus grande hauteur 5 & la poulie qui eft dans la fente de la coulifle fur la chaudière, a tellement élevé le bras H ^, que le poids ou la tète de l’Y a été porté de deflous n jufqu’à paffer la perpendiculaire fur l’axe ; & étant fur le point de tomber vers m , il donne un grand coup de fon manche E fur la cheville L ; & amenant la fourchette ON horizontalement vers la coulifle perpendiculaire, celle - ci tirera le bout 10 du manche du régulateur vers /,&par ce moyen il fe fermera en fiilant gliifer la plaque Y fous le tuyau S S. La fig. 1 , pl. XXVII, repréfente la machine dans cette fituation j mais dans lapl. XXIV le coup eft déjà donné, & la communication fermée , comme on peut le voir en faifant réflexion que le poids qui eft à la tête de l’Y, eft arrivé en 6, auffi loin que le lien P 6, marqué n 6 dans la fig. ig de la pl. XIX, peut lui permettre d’aller.
- Defcription particulière du régulateur, fig. 1 f , pl. XIX.
- Un robinet qui donnerait quatre pouces de paflage à l’eau , 8c qui ferait aflez gros pour laifler entrer l’eau de l’alambic dans le cylindre , aurait eu tant de frottement, étant bien joint, qu’il aurait fallu une grande force pour le tourner , fur-tout dans la néceflité où l’on était de l’ouvrir & de le fermer trente-deux fois dans une minute : c’eft pour cela qu’on lui a fubftitué le régulateur. La piece de cuivre R , que l’on appercoit ici en RR, fig. ig, &enL, fig. 8 , au milieu du chapiteau de l’alambic , de même qu’en D E ^ fig. 1 , pl. XXVII, eft fondée avec le tuyau S S S, de 4 pouces de diamètre-, & bien polie & applanie auprès de fon ouverture en-deifous , afin qu’elle fe joigne bien avec une autre piece polie y Y y , qui lui eft appliquée en-deffous. La preffion de la vapeur tient ces deux pièces unies lorfqu’elles font l’une fous l’autre. Il y a auffi dans la piece R R , un tuyau fort court ou conique , plus petit en-bas
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- qu’en-haut, pour recevoir la piece VWX, qui y étant entrée , peut fe mouvoir circulairement fans y laiffer paffer l’air ou la vapeur. Il y a une cheville quarrée Z Z , qui traverfe cette derniere piece lorfqu’elle eft dans fou trou , & qui y eft fortement arrêtée dans fa partie fupérieure Z. La clef du régulateur fe place enfuite,& s’arrête en V& W, comme on le voit dans la fig. ig , pl. XIX, où toutes les parties du régulateur font en place. Ce régulateur s’ouvre fort vite , & dix fois plus aifément qu’un robinet de même calibre : il y eft aidé par le poids F de l’Y, lorfqu’il a pafle la perpendiculaire, tombant avec grande force , & faifant donner un grand coup au bras qui eft delfous , foit en-dedans de la fourchette ou en-dehors , pour poulfer cette fourchette & tirer le manche du régulateur du côté oppoféà celui où le poids tombe : ce poids eft caufe que le régulateur fe ferme lorfqu’il tombe de fou côté, & qu’il s’ouvre lorfque le poids tombe de l’autre côté. Dès que le régulateur eft fermé , le robinet d’injedion s’ouvre pour produire le vuide, & il fe ferme immédiatement après que le pifton a commencé à defcendre ( car le vuide fe fait dans une fécondé de tems ): cela s’explique parla fig. 16 de h pi. XIX; d e repréfente par deux: lignes ponduées le fond du cylindre vers l’injedion ; & n, l’ajutage du tuyau d’injedion en-dedans du cylindre ; a b , une partie du tuyau qui vient du ré-fervoir d’injedion ; c b , le robinet ,8c e,la clef du robinet qui a un trou long, droit & étroit, au lieu d’un trou rond , afin qu’il foit ouvert plus tôt. Au haut de cette clef eft attaché le quart d’une roue dentée , qui tourne par l’engrene-ment d’un autre quart de roue i, fufpendue en-bas autour de l’axe gh , lequel fe meut par le levier h k, que l’on nomme communément F. Voy. la fig. 18 de cette pL XIX, où ces pièces font réunies, & où l’on voit comment la coulifle perpendiculaire les fait mouvoir par fes chevilles. Un moment après que le régulateur eft fermé , la couliffe ne perdant pas d’abord tout fon mouvement vers le haut , la cheville s, fur fa partie extérieure, éleve l’extrémité i, de F, h k i, & ouvre le robinet d’injedion. L’injedion produifànt d’abord après un vuide , la couliffe commence à defcendre; & la cheville r, que l’on peut placer plus haut ou plus bas, abaiffantle F 3 ferme le robinet d’injedion ; alors la coulifle continuant à defcendre, la pouliep appuyant fur le manche G 4 , tire en-arriere l’Y, dont ie bras D pouffe en-avamt la fourchette , & ouvre le régulateur, afin de laiffer entrer la nouvelle vapeur de la maniéré qui a été déjà expliquée : cette vapeur eft arrêtée dès que le régulateur fe ferme , jufqu’à ce que le robinet pour l’injedion de l’eau froide foit encore ouvert , &e. (a) Au centre c du F, k fi9 fig. 19 , il y a une piece double H , qui forme un angle, pour prendre entre fes
- (a) Au lieu de cette méthode d’ouvrir beaucoup meilleure, en ce qu’elle meut le & de fermer le robinet d’injection, il y en robinet d’injedion par une fecouffe , qui a une parle fecours des quarts de cercle; eftle meilleur moyen de furmonter lefrot-elle eft plus en ufage, & l’auteur la croit te nient.
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- deux côtés le manche H G de la clef du robinet , qu'elle peut tourner fuffifam-ment pour ouvrir & fermer lepaffage de l’eau s à la plus courte extrémité de F, on a fixé un poids W, à un demi-pouce en-dedans de cette extrémité. Lorfque Pinje&ion doit être fermée , le bout du F , en K , fe place fur une coche d’une piece pendante en K D ; mais lorfqu’une partie du méchanifme dérivé de la coulilfe pouffe la piece K D en - dehors , l’extrémité du F, avec fon poids W, tombe en-bas avec force fur le bloc de bois B , où ce poids refte jufqu’à ce que l’une des chevilles de la couliffe preffant fur l’extrémité /du F, place l’extrémité oppofée , & le poids W , en D , arrêtant par ce moyen l’injection qui fe renouvelle au coup fuivant par l’éloignement de D, &c.
- Maniéré de joindre enfemble les verges de fer des pompes qui puifent teau dans
- le puits.
- Fig. 20 > pl. XIX. AB eft un bout d’une verge quarrée, qui a une petite piece cylindrique plus courte que la barre n’eft épaiife , & qui lui eft fixée à angles droits auprès de fon extrémité B , en 2, & un trou en 1 , la barre étant un peu plus mince en B que par-tout ailleurs. L’extrémité de l’autre verge C a un petit cylindre 1 , qui doit entrer dans le trou 1 de l’autre barre dont 011 vient de parler , & un trou en 2 , poury recevoir le petit cylindre 2 de l’autre barre. Lorfque ces verges ont leurs extrémités pofées l’une fur l’autre , les petits cylindres font cachés , & les barres parailfent n’avoir qu’une enflure quarrée comme en F ; enfuite prenant le collier quarré de fer D, on le fait palfer fur les barres en G , pour le conduire en F, où il refte fixe, fur - tout parce que E eft la partie la plus baffe de la verge , & que la moindre fècouife en F contribue plutôt à fixer qu’à dégager le collier de fer.
- Meme pl. XIX, fig, 9. Lorfque l’eau qu’il faut élever eft à une grande profondeur, comme ici de yo verges, li l’on veut élever d’un feul coup, 011 brifera les pompes inférieures , à moins qu’elles ne foient de fer, ce qui ferait coûteux ; mais celles de bois peuvent fort bien fervir , fi l’on divil'e le tout en trois coups de 50 pieds chacun. On peut le faire en divifant la verge de fer qui va au fond de la mine en trois , & faifant agir trois pompes tout à la fois avec deux réfervoirs en chemin , & le troifieme en-haut à l’ordinaire. La première pompe ou la plus baffe P O , eft faite en cette maniéré : Oo eft l’arbre afpi-rant au fond du puits , qui a fafoupape afpirante auprès de 0 ; op eft un corps de pompe de cuivre ou de fer , dans lequel le pifton agit ; P , l’arbre fupérieur ou l’arbre de délivrance, par lequel l’eau eft conduite en-haut, & d’où elle fort en Z , pour tomber dans le réfervoir Z P CF On place une fécondé pompe dans la partie inférieure de ce réfërvoir, pour en tirer l’eau qui s’yéleve pour tomber dans le fécond réfervoir S R 2. La verge ZZ, qui tire l’eau du fond , eft
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- divifée en , en deux branche^, dont la fécondé Wy eft féparée de la première par le petit traverfier horizontal {y ; & ainfi elle paife par R, arbre de délivrance , pour mouvoir fon pifton dans la pompe r, & tirer l’eau de i , par l’arbre afpirant Q_, de la maniéré expliquée précédemment. Cette fécondé verge monte vers WW, pour joindre la principale ou première verge qui vient de la poutre en V, d’où elle fe partage en deux branches , dont l’une vers T , traveriànt l’arbre de délivrance T , fait jouer fon piftondans la pompe t, qui eft fixée à l’arbre afpirant s S , du dernier coup au plus bas du fécond réfer-voir S z. (a)
- Defcription particuliers des corps de pompes & des arbres percés. Planche XIX,
- fiS- IO’ 11 > 12-
- La fig. io repréfente un cylindre de fer fondu ou de cuivre, qui eft ici de fept pouces trois qparts de diamètre en - dedans , d’environ neuf pieds de longueur,fort poli en - dedans de P^en O , avec les tourillons R R, comme aux canons, pour le mieux faifir , un collet en S & Q_, & une diminution conique aux extrémités de Q_en P, & de S en O , pour faire entrer fa partie inférieure dans l’arbre afpirant, fig. 11 , en L B , où elle eft arrêtée par un cerceau de fer chaifé dans le bout de l’arbre, comme on le voit par le cercle pondué, tout le calibre de l’arbre en-deflbus étant auffi marqué par des lignes ponctuées de chaque côté de N & O. HH eft un anneau quarré de fer pour mieux alfujettir l’arbre afpirant, foit lorfque la pompe y eft pouifée en-dedans , ou que la cheville quarrée K J (b) qui bouche un trou quarré, aboutit à la foupape afpirante qui eft fixée à la hauteur de H H. Au fond de l’arbre afpirant, on infirme un petit tuyau de fer plein de trous C 3 O, pour empêcher la pouiîiere & les charbons d’entrer avec l’eau, & l’on chatfe enfuite un bon cerceau de fer À G, dans le bout inférieur du tuyau , pour tenir tout en raifoti. Lorfque la pompe P Q_R R S O eft fixée à l’arbre afpirant en L, l’arbre foulant ZWXTVY, de la fig. 12, qu’on nomme quelquefois arbre de force , eft poulie à fon ouverture V T fur l’extrémité conique Q_P de la pompe, y étant auffi alfujetti par un cerceau de fer entre V&T, & par un autre qui eft odogone en Y : le pifton & la verge tombent d’en-haut dans cet arbre, & le pifton defcend jufque dans la pompe. Si le pifton vient en certains tems à fe falir , 011 le tire en-haut dans cet arbre, entre V T T & YX, pendant qu’un homme defcend dans le puits, & nettoie le pifton en tirant la clïeville qui eft en X.
- (a) Le pifton de cette pompe, qui eft leçon Vllf, n. 17, page 171, où il eft parlé foulante & afpirante, employée dans la des pompes.
- machine de Griff, & Tes foupapes dans les (6) Cette cheville eft aflujettie en place arbres, font décrits à part dans l’ouvrage, par des barres de fer & des vis.
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- Examen de la bdtiffe où la machine ejl établie ; particularités de la conflruclion
- de /’alambic & dit cylindre ; maniéré de placer Valambic dans un fourneau.
- de briques , & d’arrêter le cylindre au milieu de la bâtijfe.
- La fig. i ,/>/. XIX, repréfente remplacement de la machine. EB C D eft le plan des murailles de la maifon ; fff, le plan de l’alambic ; c, celui du cylindre ; a b, a b, celui des poutres qui fupportent le cylindre, entre lefquelles la grande poutre joue; cd, cette grande poutre dont un bout en c eft fur le cylindre, & l’autre fur le puits en d.
- Coupe verticale des quatre murailles de la bâtifje, dont C D & E B font fuppofées être vis-à-vis Cune de l'autre.
- PL XXVII, fig. 2. Les portes & les fenêtres fe trouvent dans çes murailles : les deux D E & B C font aufti oppofées. La muraille D E eft percée d’un arc mlnk, fous lequel l’alambic eft arrêté ;& la cheminée de lafour-naife eft marquée par des lignes ponctuées. Il y a ici-quatre trous a,a,a,a9 dont les deux plus hauts reçoivent les extrémités des. poutres fupérieures, entre lefquelles la grande poutre fait fon jeu, & les deux inférieures reçoivent les extrémités des poutres qui foutiennent le cylindre. Dans l’autre muraille BC, b b repréfentent les trous dans la maçonnerie pour recevoir les autres extrémités des poutres qui fupportent le cylindre; & en g, il y a une fenêtre par où fort le bout du cylindre, fes tourillons appuyant fur le cuivre dans deux pièces au-delfus a a. Le paflage de la pompe nourricière du réfervoir d’in-je&ion eft ici marqué par des lignes pondtuées.
- Plan ou coupe horizontale du fourneau de briques qui efl fous Valambic.
- PL XIX, fig. 2. a b b eft le devant de cette bâtiife, avec la porte du foyer au milieu; bd, c d, font les barres fur lefquelles on met le charbon ;*le feu s’étendant au-delfus de l’efpace b de de,v a dans le tuyau de cheminé^, & ainlî il environne l’alambic dans le canal f g h , & monte dans la cheminée. On a obfervé, qu’un petit palfage entre d 8c d avec un grand feu pour entrer dans le tuyau de cheminée, eft d’un grand avantage pour rendre la chaleur plus vive.
- Figure y Coupe verticale de l'alambic & du fourneau.
- Voyez pL XXVII & XXIV, où tout autour du fond o o, 8c fous les bras rs de o} en 5, le feu qui vient de n eft conduit obliquement en-haut tout
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- autour de l’alambic ; entre K & I, eft la force du fourneau; en la furface de l’eau ; en /, le tuyau de la vapeur, & en m, le cendrier. La fig. 4 fait voir la maniéré de joindre enfemble & dériver les plaques de fer de l’invention de M. Parrot, qui durent plus long-tems & coûtent cinq fois moins que les alambics de cuivre : uuu eft le fond, & uw x y fait voir comment les côtés s’élèvent pour former les collets ou rebords.
- Reprêfentation du cylindre, & du fommet de Valambic.
- Pl. XIX, fig. 6 , 7 & 8* La fig. 6, B A C D, repréfente la fe&ion du cylindre fondu & calibré ; a b eft le premier collet poli en - haut pour porter contre un plancher ou fous des poutres , & empêcher que le cylindre ne foit poulie en-haut; d, c eft un collet plus fort au milieu , pour empêcher le cylindre de tomber en-bas ; il a des pièces qui avancent en s & en e ( voye^ la fig. 8 ) & qui s’arrêtent fur les poutres qui le fupportent. II y a un autre collet au fond en D C , avec des trous tout autour pour y recevoir des clous à vis qui le fixent. Sa coupe eft repréfentée dans la /zg. 7; / G eft le tuyau de communication, dont le bas a aulîi un collet pour le joindre à un autre tuyau qui eft au-haut de celui de la plaque du régulateur , & que l’on voit dans les fig. 15 & 18 de la pl. XIX. La figure 8 eft la perfpedive du cylindre vu par-delfous, pour marquer les différentes parties du fond 8c du cylindre en-deffous ; hh, font les vis & les écrous en-deffus pour lier ce fond au cylindre , ou affermir l’un avec l’autre par le moyen d’un anneau de plomb qui eft entre deux ; E e(F un*tuyau qui conduit au cliquet reniflant; F conduit au tuyau d’évacuation ,8c G à l’alambic. H eft une nouvelle invention pour mieux entretenir l’alambic, de la maniéré fuivante.
- Maniéré d'entretenir talambic.
- 9tc L’alambic eft entretenu avec l’eau chaude venant du haut du pifton ; 5,^011 a préféré de s’en fervir plutôt que d’eau froide qui aurait trop diminué „ le bouillonnement, & aurait obligé à entretenir un plus grand feu : mais ,, après que la machine eut fervi pendant quelques années , ceux qui y étaient intéreflés s’apperqurent que l’eau d’injection , lorfqu’elle fortait par le ,, tuyau d’évacuation , était bouillante, tandis que celle qui venait du haut du y, pifton n’était que tiede; ils crurent donc que ce ferait un grand avantage „ de nourrir l’alambic de cette eau d’évacuation ou d’injedion , & ils le firent de la maniéré fuivante , qui donna un ou deux coups de pifton de plus à la „ machine.
- „ Au petit tuyau fous le fond du cylindre ,fig. 8 , pl. XIX, on joignit un
- „ tuyau
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- tuyau de plomb H, de la longeur d’un peu plus d’un pied, & recourbé „ en-haut vers J, avec une foupape fur le bout J , plombée d’environ deux 9, livres pour chaque pouce ; précifément au-deifous de la foupape on ménagea „ une communication avec le tuyau nourricier J i, enforte que l’alambic était 5, nourri à chaque injedion de la vapeur.
- Opération ou maniéré, de mettre en mouvement la machine à feu.
- „ PI. XIX, fig. 18 , 8c pi. XIV. Avant d’abandonner à l’élévation & à j, la chute de la coulilfe le foin de tourner les robinets , 8c de régler le mou-„ vement de la machine par fes chevilles & poulies, l’ouvrier qui en eft le con-
- dudeur, fixe fa marche de la maniéré fuivante : les chevilles & les poulies ,, étant toutes prêtes pour la coulilfe , fans y être encore placées, jufqu’à ce 9i qu’il ait trouvé le point qui leur convient, le régulateur étant fermé, il ob-3, ferve le tems où la vapeur qui s’élève de l’eau bouillante eft alfez forte pour „ élever un peu le cliquet ; alors prenant de la main droite le manche 4 du s, levier, il l’abailfe & fait par ce moyen faire à l’elîieu A B une partie d’un „ tour j par là il pouife l’Y vers n ; & la branche D , frappant fortement la 3, cheville L, pouife en-avant la fourchette 8c le manche du régulateur, qui „ s’ouvre par ce mouvement. La vapeur entrant immédiatement après dans „ le cylindre, le pifton s’élève avec la grande poutre. Lorfque le pifton eft „ à la plus grande hauteur enCW,/»/. XXIV, l’ouvrier, quoiqu’il ne le ,, voie pas , le connaît par certaines marques fur la coulilfe Q_Q_> qui s’é-,, leve toujours en élevant le manche 45 il pouife l’Y vers ra, & ferme le ,, régulateur 5 mais il marque avec de la craie, vers f , la place de la cheville & „ de la poulie, qui dans le coup fuivant doit en montant élever le levier 5 H, ,, qui eft dans fa fente, & qui doit, en donnant environ un quart de tour s, à l’elîieu AB, d’abord après poulfer en-arriéré l’Y vers m, & fermer le ,, régulateur. Enfuite l’ouvrier ayant failî l’extrémité 1 du F /fig. 1, l’éleve 3, en-haut, marquant la coulilfe en 5, pour mettre la cheville s, & il ouvre ,, l’injedion qui produit un vuide dans environ une fécondé de tems ; en-„ fuite il ferme l’injedion qui a fait fa fondion, & le pifton defcend fort vite, „ lequel, par l’ouverture du régulateur , rencontre la vapeur qui l’éleve de „ nouveau. On peut voir dans la pi. XXIV,fig. 1 , qu’il y a une forte pou-s, tre fur laquelle tombent deux bons reflorts de' bois, afin que fi l’arc du 3, levier venait à defcendre trop bas, le pifton ne fit aucun dommage, & que 3, tout le coup fût porté fur les deux relforts de bois , par de fortes chevilles a, de fer qui doivent y être arrêtées. Mais lorfque l’ouvrier a bien; fixé toutes 3, fes chevilles fur la coulilfe, il faut que la grande fe meuve alfez régulié-„ renient pour s’approcher beaucoup des relforts fans les toucher dans cent Tome XVII. X x
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- „ coups différens. Alors la machine agit entièrement par elle-même, & l’ou-„ vrier n’eft occupé qu’à avoir foin du feu & à empêcher qu’il n’arrive quei-9, qu’accident. Dans les pays à charbons de pierre, lorfque les ouvriers 5, vont dîner & boire , ils abandonnent fouvent la machine à elle-même pen-„ dant trois ou quatre heures. Cette machine eft tellement à la difpofition de Sj l’ouvrier, que j’ai vu une machine à feu dont le pifton defcendait avec une j, force de 20000 livres chaque fois, qui fut arrêtée dans une occafion par „ un cheveu qui s’était glifle au - delfus du bout fupérieur du levier o i, „ appelle F, & qui, en le poulfant, empêchait l’injeéUon. ”
- Ces détails explicatifs, fur lefquels nous ne craindrons pas de nous appe-fantir, en les repréfentant fous différentes formes, font affez appercevoir le champ qu’ils ouvrent aux recherches d’un dire&eur de mines qui veut conduire avec intelligence les pompes à feu. On juge facilement qu’il n’eft pas , à beaucoup près, fuffifant d’être entendu & verfé dans la méchanique ; les lumières les plus exades de phyfique lie font pas ici de trop, pour connaître, autant qu’il eft poffible , la puifTance motrice de ces machines. Ce que nous venons d’emprunter du Cours de phyfique expérimentale du dodeur Défaguliers, eft accompagné dans l’ouvrage, d’éclairciffemens intéreffans fur les points les plus difficultueux ; plufieurs queftions que l’auteur fe propofe à lui-même , y font difcutées d’une maniéré fàtisfaifante. Nous nous contenterons de réduire en propofitions générales les différens points de fait ou d’obfervation, fur lefquels un diredeur de mines peut fe rendre attentif.
- Propofitions générales fur le>s principaux phénomènes de la vapeur de Veau
- bouillante.
- 744. Dans la machine à feu, félon .la méthode du capitaine Savery, où la vapeur eft deftinée à preffer immédiatement fur l’eau, il eft démontré par plufieurs expériences , que la vapeur chafle l’air, & qu’elle le fait à proportion de fa chaleur , quoiqu’elle flotte & s’élève dans l’air libre comme une fumée : dans l’état forcé qu’elle acquiert au degré de l’eau bouillante, elle devenait huit ou dix fois plus forte que l’air ordinaire, enforte qu’elle faifait quelquefois l’effort d’environ ifo livres, pour pouffer en-dehors chaque point quarré de la furface intérieure des récipiens tenant lieu d’alambics dans cette machine, qui ne peuvent foutenir cet effort fans être fphériques & confidéra-blement plus épais. Dans la méthode de Newcomen, qui eft aujourd’hui la méthode reçue, la chaleur du feu n’a pas befoin d’être plus grande que celle avec laquelle on fait bouillir une brafliere : afin de mieux recevoir la chaleur du feu, on fait l’alambic creux au fond, avec des rebords, & la vapeur n’eft qu’un peu plus forte que l’air.
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- ' 7451. Tout le méchanifme des pompes à vapeur tient donc uniquement à la prodigieufe dilatabilité de la vapeur de l’eau ; dilatabilité qui furpaffe de beaucoup celle de l’eau & celle de l’air. Il eft prouvé par nombre d’expériences & d’obfervations qu’ont faites plufîeurs favans, que l’eau réduite en vapeur par une chaleur médiocre, acquiert un volume 13000 ou 14000 fois plus grand , & une force beaucoup plus grande que celle qu’on imagine communément ; fon- relfort eft alors fept ou huit fois plus grand que celui de l’air, & même d’après une expérience de Muffchembroeck, fupérieure à celle de la poudre à canon : ce qu’il y a de confiant, c’eft que fon effort eft capable de vaincre les obftacles les plus considérables. La vapeur n’eft cependant pas toujours la même : quelquefois elle eft plus forte, quelquefois elle eft plus faible que l’air ordinaire. M. Défaguliers eftime néanmoins que cette différence en plus ou en moins n’eft jamais de^ , cette force changeant continuellement, félon que le pifton eft plus ou moins élevé, c’eft-à-dire, félon que l’efpace eft plus ou moins grand. O11 conçoit que cette force de la vapeur fe perd par degrés , à mefure que la chaleur diminue ; cela eft fi pofitif que la vapeur étant affez affaiblie pour ne pas excéder la force de Pair extérieur, ce fluide qui agiffait avec tant de force par fon reffort, le perd entièrement ; fon grand volume , fes parties fe rapprochent, & il devient eau comme il l’était auparavant. Cette remarque a paru à M. Défaguliers fuffifante pour en conclure que la force expulfive de la vapeur vient de la chaleur de l-’eau.
- Calcul de la force de la machine à feu.
- 746. Pour juger de la force de cette machine, il faut confidérer quel eft le poids de la colonne de l’athmofphere qui preffe fur le pifton, lequel eft toujours proportionnel au quarré du diamètre du cylindre. En ne considérant ici que l’élévation du coup , le poids de l’athmofphere de 4g quintaux éleve facilement un poids de 32 quintaux avec une vîteffe de Six pieds en deux fécondés : de maniéré que la machine de Griff, dans l’état où elle vient d’être décrite, décharge autant d’eau qu’elle le faifait dans le tems qu’011 employait à fon épuifement cinquante chevaux , & qu’on y dépenfàit au moins 900 livres par an. Il en était de même d’une autre efpece de machine établie à Frefnes pour l’épuifement de la mine, avant qu’on eût fait ufage de la pompe à feu. M. Bélidor, à la fuite de la defcription de la pompe à feu de Frefnes, calcule la puilfance qui fait agir cette machine,
- & donne une formule générale pour déterminer les dimenfions des principales parties qui entrent dans leur conftrudion ( a ). Ce calcul n’eft pas fî
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- difficile qu’il pourrait d’abord lé paraître aux perfonnes non exercées à ces fortes de recherches 3 il ne s’agit que d’évaluer convenablement le poids appliqué au levier ou balancier 3 & réglant ce poids de maniéré que le pifton ait en montant la même vîtelfe qu’en defcendant, tout fe réduit, comme le remarque M. l’abbé Boffut, à combiner la force de la vapeur & la pref* lion de l’athmofphere avec les autres poids dont les deux bras du balancier font chargés, & à faire enforte que la fomme des momens (a) de toutes les forces qui font monter le pifton , foit égale à la fomme des momens de toutes les forces qui le font defcendre 3 par-là on connaîtra la quantité d’eau que les pompes peuvent tirer du puits en un tems donné.
- 747. A l’aide d’une formule que donne M. l’abbé BoiTut, on trouve que le poids ferait égal au poids d’une colonne d’eau qui aurait même bafe que la tète du pifton , & feize pieds de hauteur. M. Défaguliers a inféré dans fon ouvrage l’extrait d’une expérience faite par M. Beighton , fur une machine à feu, pour trouver combien un pouce cubique d’eau produit de vapeur. Ce favant a reconnu plulieurs fois , au moyen d’une romaine divifée fur le cliquet, autrement nommé foupape de fureté, placée au-delTus des alambics à GrifF & à Wa-lingthon , que lorfque le relfort de la vapeur était précilément d’une livre aver du poids fur un pouce quarré, elle fuffifait pour faire travailler la machine , & que cinq pintes environ par minute fournilfaient à l’alambic autant qu’il confumait de vapeurs pour donner 16 coups par minute dans le cylindre. Celui de GrifFcontenait 115 gallons de vapeurs dans chaque .coup, x par 16 coups par minute = 1808 gallons debienre5 ainli cinq pintes d’eau produi-faient 1 go8 gallons de vapeurs ,38,2, pouces cubiques dans une pinte 3 donc 58,2 pouces: 108 gallons: 1 pouce 47 gallons trois dixièmes 3 par où l’on voit qu’un pouce cubique d’eau, qui bout jufqu’à ce que fon refFort foit capable de furmonter environ^ de l’athmolphere, doit produire 15 mille 33 g pouces cubiques de vapeur. L’expérienee a fait reconnaître à M. Beighton , qu’il fortait à chaque coup un gallon d’eau de la foupape d’évacuation du cylindre de 32 pouces : il eft furprenant que la vapeur n’étant compofée que d’environ 3 pouces cubiques d’eau , puifFe échauffer un gallon d’eau froide, de maniéré qu’elle en forte bouillante, comme elle fait, & que le cylindre dans toutes fes parties fupérieures, ne foit chaud que lorfque le pifton eft en-bas.
- (fl) Ce terme, qui en méchanique figni- produit d’une puiïïance par le bras du le-fie quelquefois la même chofe qu'impetus, vier, auquel elle eft attachée, ou , ce qui ou la quantité du mouvement d’un mobile, eft la même chofe, par la diftançe de là defigne plus proprement & plus particu- dire&ion au point d’appui, liérement dans la méchanique ftatique, le
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- CALCUL
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- DE LA FORCE DU STEA M - E N G I N E,
- Voir M. Henri Beigton.
- iet. re, Il contient dans une verge, Il tire ‘ par un coup de fix pieds, Le poids dans une verge, A feize coups par minute, Soixante-trois gallons dans un muid, Dans une heure, * CO Profondeur d? où l’on tire l’eau en verges.
- :er. Gallons. Gallons. liv. averd. Gallons. Muid. gall. Muid. gall. irt 20 25 1 30 | 3 5 t 4° t 45 1 <0 1 60 70 t 80 90 |ico
- H» 4 28 , 8 H6 » 462, 7’ 21 440 0 a 181 211 24 26 i| 28-î ^ *1 3°! 32! 34! 17 i 40 391
- 12, 13 24 , 26 123 , 5 338, 6, 20 3<>9 33 0 P-i 17 19 | 22 ni 26 ^ 28 291 3i-I 34! 37 3<5
- IO, 02 20 , °4 102 , 320 , 5’ 5 304 48 a GJ if! 18 20 22 23| 25$ 27 28 | 3i! 33 i 33 38! 40
- 8, 12 l6, 2 82, 7 2f9, 8 4’ 7 247 7 <L> H «Ï 18 20 aI! 23 24 ! 25 28 3oi 3i 35 36 !
- i X 7’ 26 H» 5 73 » 9 232, 3’ 43 221 15 tj CS 12 - 1 ) 1 *5i l7% 19 201 2l| 23 24 26! 28! 29 32! 35!
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- 3 4 r X 6, S» OI 66 12, II , 2 3 61 , 57 » 2 6 192, x 81, 3 1 3 » 2 5 2 55 182 172 13 30 Ï3 -c O 12 11 14 10 ? lSi 15 17! i8| 18 I9| 19 21 20 ; 22 21? h! 23! 26 25 27 25! 29! 28! 3l! B©!
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- 748. Exemple de l'ufâge de cette table. Supposons qu’il foit queftion de tirer 150 muids par heure, à 90 verges de profondeur ; je trouve dans la fep-tieme colonne le nombre le plus approchant, 149 muids i & à côté , dans la première colonne, je trouve 7 pouces de calibre ; enfuite fous 90 profondeur, à main-droite dans la même ligne , j’ai 27 pouces, diamètre du cylindre propre à ce deifein , & ainfi des autres. ( a )
- 749. Remarque de M. Défaguliers. Il eft à obferver que cette table de M. Beighton eft calculée fur ce principe, que le gallon de bierre , de la contenance fixée ci-devant, rempli d’eau pure courante , pefe deux livres 3 onces aver du poids j & qu’un pouce fuperficiel dans le vuide, foutient environ 14 livres 13 onces de Pathmofphere, quand le mercure du baromètre eft dans fon état moyen. Mais ayant égard aux différens frottemens , & pour donner une vî-teife confidérable à la machine , l’expérience nous a appris à ne prendre qu’un peu plus de 8 livres pour une coupe de bafe cylindrique, afin qu’elle donne environ 16 coups par minute , d’environ 6 pieds chaque coup. Il eft encore à remarquer que ce calcul n’eft que pour la force ordinaire dans la pratique ; car avec de grands alambics , elle doit donner ordinairement 20 à 25 coups par minute, & chacun de 7 à 8 pieds ; & alors une pompe de 9 pouces de calibre doit décharger plus de 320 muids par heure, & ainfi des autres grandeurs à proportion. Pour faire connaître, comme nous l’avons annoncé , tout ce qui peut avoir été publié relativement à notre fujet, nous joindrons à cette remarque du doéteur Défaguliers, fur ces différences de force dans plufieurs machines , les obfervations inférées dans le mémoire cité ci - devant.
- Réflexions générales fur les caufes qui diminuent l'effet des machines à feu, par M. Lavoijier.
- 7fo. S’il n’y avait aucune perte de force dans la machine à feu, l’effet qu’on devrait naturellement en attendre ferait de foulever à chaque coup de pifton une colonne d’eau de même bafe que le cylindre, & de 31 pieds & demi de hauteur i mais un grand nombre de caufes concourent à détruire une partie de cet effet. 1®. Le vuide n’eft jamais abfolu dans le cylindre, de forte que jamais le pifton n’eft chaffé par le poids total de l’athmolphere 5 2°. une partie de la puiffance (b) eft employée à foulever le poids de l’attirail des pompes, & il en réfulte une perte égale de la quantité pondérique
- ( a) La différence du gallon de bierre, gallon devin contient2? 1 pouces cubiques;, dont on parait faire ufage dans ces calculs, ( b ) La puiffance a d’autant plus d’avan-
- ou du gallon de vin , n’influe en rien dans tagq,Routes chofes d’ailleurs égales, &fon le fond , parce que le muid & le tonneau eft mothént eft d’autant plus grand, qu’elle le même; il faut feulement obferver que le agit par un bras de levier plus long.
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- de l’eau élevée par la machine ; 3 °. les frottemens & l’inertie de toutes les parties , l’étranglement des corps de pompes à l’endroit des foupa-pes, font autant de eaufes qui détruifent encore une partie de la force. Enfin il eft néceffaire de laiffer dans la pompe à feu un avantage affez con-lidérable à la puiffance fur la réfiftance : autrement les variations de pe-fanteur qui furviennent dans la pelanteur de lathmofphere, réduiraient fou-vent la machine à l’impolfibilité d’agir. Le concours de ces différentes cau-fes diminue de près de moitié l’effet des machines à feu : on trouve par le calcul, que celle de Montrelais, au lieu de foulever une colonne d’eau de 31 pieds & demi de hauteur, n’en fouleve qu’une de 16 pieds 1 pouce & demi; que celle de Bois-Boffu n’en fouleve qu’une de 17 pieds 8 pouces; qu’enfin celle des foffes d’Anzin n’en fouleve qu’une de 12 pieds 6 pouces & demi.
- 7fi. La différence remarquable qui fe trouve entre ces trois réfultats, n’aura rien de furprenant, fi l’on confidere que dans la machine de Bois-Boffu , & dans celle de Montrelais, & fur-tout dans cette fécondé, la plus grande partie du poids de l’attirail des pompes eft foutenue par un contrepoids ; de forte qu’il ne refte d’excédant de force du côté des pompes que ce qui eft néceffaire pour en faire redefcendre le pifton. La même chofe n’arrive pas dans la machine des foffes d’Anzin, le contrepoids placé du côté des pompes eft très-faible, & il exifte de tout côté un excès de pefànteur qui diminue d’autant la quantité d’eau que devrait élever la machine.
- 7$2. Les légères différences qui fe rencontrent entre ces trois machines à feu, & qui femblent être au défavantage de celle de Montrelais, peuvent, félon M. Lavoifier, n’avoir d’autre caufe que la différence de hauteur à laquelle ces machines font fi tuées, par rapport au niveau de la mer. Il eft confiant que le fol de Montrelais eft plus élevé que celui de la Flandre. Au lieu donc de calculer la puiffance qui fait mouvoir la machine, d’après le poids d’une colonne de mercure de 28 pouces de hauteur, il faudrait peut-être calculer d’après le poids d’une colonne de 26 pouces & demi, ou de 27 pouces tout au plus : on fent aifément que cette façon de calculer mettrait tout l’avantage du côté de la machine de Montrelais, & on a lieu de croire en effet qu’elle eft la mieux conftruite des trois.
- Obfervations & recherches fur le nombre des impulfions que donne une machine à feu , & fur la quantité d'eau élevée à chaque.
- 3. Les oreilles & les yeux d’un curieux qui vient examiner une machine à feu en mouvement, ne peuvent manquer d’être frappés par deux circonftances: i°. un bruit confidérable qui fe fait entendre d’aifez loin,
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- qui occafionne même un ébranlement , une forte de fecouffe très - fenfible dans tout Penfemble de la machine ; 2Q. la répétition de ce bruit à des difi tances réglées; cet ifochronifme Ça) bruyant fixe fur-tout l’attention du ipeclateur, par le court intervalle de tems qui fe palfe entre chaque battement , & par l’efpece de vapeur alternative, qui fort, comme l’haleine des animaux , des joints imperceptibles de la chaudière. Tout cela n’eft pas non plus des objets de moindre confidération pour le phyficien, fans même être prévenu par une connailfance antérieure de la machine. Il ne lui eft pas difficile, en examinant les chofes, d appercevoir qu’à l’afpiration qui attire le pifton, par le moyen d’une injedion d’eau froide partant du ré-fervoir dans le cylindre, il fuecede une defcente de ce même pifton dans toute la longueur du cylindre, & en conféquence l’abailfement du balancier, qui par la rentrée de la vapeur dans le cylindre, fe remet enfuite dans fou équilibre, & fait rehaulfer de nouveau le pifton. Il reconnaîtra, en un mot, que cet abailfement fucceftif du balancier eft l’effet alternatif de la pref. lion de l’athmofphere fur une aire circulaire de 36 à 40 pouces de diamètre , & à la force de la vapeur de l’eau bouillante, en action contraire. En s’attachant donc fur-tout à bien comprendre l’adion alternative des deux pièces par lefquelles le mouvement fe perpétue dans la machine , le régulateur & le robinet d’injedion, 011 aura l’idée exaéte & précife de tout le méchanifme de ces fortes de pompes. Ce mouvement de vibration (b) opéré par la pefanteur de l’air, fe défigne pour l’ordinaire parmi les auteurs qui en ont écrit, par le nom èéimpulfîon, comme étant l’adion d’un corps qui en poulfé un autre, & qui tend à lui donner du mouvement, ou qui lui en donne en effet. On fait exadement d’où provient ce jeu fucceftif ; mais il ne paraît pas qu’on foit également d’accord fur le nombre d’impulfjons que donne une machine. Pendant long-tems on regardait comme certain que dans une minute de tems la pompe à feu donne 14 coups pleins ; la machine de Savery en donnait ce nombre ; c’était choie reçue à Anzin, au Bois-Boffu près Saint-Guilaki, où il y a de ces machines. Les fleurs Mey & Meyer, dans celle dont nous avons parlé , en avaient fait entendre feize.
- 754. L’AUTEUR d’une brochure intitulée, Projet patriotique fur les eaux de Paris (c), prétendait que la pompe à feu de fa conftrudion, dont nous
- (a) Ifochronc, qui fe fait dans un même d’un corps qui va alternativement en fens efpace de tems. contraires.
- (ô) En méchanique, fe dit d’un mou- (c) Ou Mémoire fur les moyens de veinent régulier & réciproque d’un corps, fournir à la ville de Paris des eauxfaines, qui étant fufpendu en liberté, balance tan- brochure in - 12, 1765 ; par M. D. A. O. R. tôt d’un côtér, tantôt d’un autre ,& fignifie D. R. D. A. ici génériquement le mouvement régulier
- dirons
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- dirons un mot, par rapport au moyen d’économifer le feu, donnerait juf. qu’à 20 coups par minute. Selon M. de la Lande, de l’académie des fciences , ia pompe à feu de Chelféa, en Angleterre, bat quatorze fois par minute, & éleve à chaque coup dix-huit gallons d’eau de 190 | pouces cubes. M. Lavoifier eftime pouvoir en conclure qu’elle fournit une quantité d’eau de 71 poucesr des fontainiers ; il perde aufli que cette machine eft extrêmement imparfaite , & qu’il y a quelqu’erreur, foit dans la quantité d’eau élevée, foit dans l’objet de confommation, dont il fera queftion à part. Ce nombre d’impuhions, dans les machines à feu , eft devenu depuis quelques années un article douteux ; quelques phyficiens y foupqonnent de l’exagération. M. Lavoifier regarde comme prouvé qu’on ne peut foutenir le mouvement à ce degré de vivacité, fans en faire perdre à la machine plus qu’on ne lui en procure. Plusieurs obfervateurs eftiment néanmoins qu’elle donne depuis douze coupÇ jufqu’à feize, & que le mouvement d’une machine bien montée & d’une grandeur moyenne, doit être réglé de maniéré qu’elle ne produife pas plus de quinze coups de balancier par minute.
- 75^. La petite pompe à feu , conftruite par M. Cambray de Digny, donnait douze impulfions par minute. M. Jars, au rapport de M. de Parcieux, prétendait qu’il n’y avait que 8 à 10 impulfions par minute , &, félon lui, c’était encore beaucoup pour des piftons qui ont 6 à 7 pieds de marche j il regardait comme impoflîble que ces machines puflent réfifter avec une pareille vîtelfe entretenue de quatorze impulfions. M. Cambray de Digny, en décrivant fa pompe à feu , a trouvé par une méthode de rédu&ion des principales pièces de celle qu’il a fait conftruire , qu’elle ne peut donner que cinq impulfions par minute, avec deux pompes contenant enfemble 30 pieds cubes. Au furplus, comme il ferait poflible de faire une machine qui ne donnât qu’un coup par minute, & d’en faire une autre qui en donnât davantage , le point important eft , d’évaluer par le nombre d’impulfions la quantité d’eau que peut produire chaque coup 5 aufti cet article a été le principal objet des recherches de tous les phyficiens : nous donnerons ici un abrégé des réful-tats trouvés pour celles dont nous avons parlé.
- 756. La machine à feu établie à Caftiglione , donnant cinq impulfions par minute , produit 192000 piedsYubes d’eau en vingt-quatre heures. D’après la table de M. Beighton, la pompe décrite par M. Défaguliers, eft capable, pour l’ordinaire, d’élever depuis 48 jufqu’à 440 muids par heure, à la hauteur depuis 1 ç jufqu’à 100 verges, (a) M. Bélidor dit que la machine de Frefnes rapporte, à chaque coup, au moins une tonne du pays de pots; à quatorze impulfions, 011 voit que dans le même tems'la machine épuife une colonne d’eau de 15 toifes de hauteur, fur 7 pouces de diamètre,
- (a) La verge d’Angleterre contient fept neuvièmes de l’aune de Paris.
- Tome XFIL Y y
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- ou iff muids par heure, dont environ ving-cinq pintes montent à chaque impulfion dans la cuvette fupérieure, & le refte fe décharge dans un petit canal ,fg. i ,/?/. XXVIII, qui la porte où l’on veut. L’effet de la machine de Bois-Bofîu, d’après les calculs de M. Lavoifier, eft dans la fuppofition d’une hauteur de 242 pieds (a), d’élever à chaque coup de pifton une colonne d’eau de 8 pouces 3 lignes de diamètre , fur 6 pieds de hauteur, c’eft-à-dire , 3842 pouces cubiques un huitième. Ce produit multiplié par 14, qui font le nombre de coups dans une minute f donnera 53887 pouces cubiques pour la quantité d’eau élevée par chaque minute, ou,.fuivant le langage des fon-tainiers, 80 pouces un fixieme. Tout porte M. Lavoifier à croire que cette machine ne peut guere élever plus de 180 pouces d’eau à 110 pieds d’élévation.
- 757. L’effet de la machine de la foffe d’Anzin, nommée la foffe du Corbeau , eh de foulever en fept coups par minute une colonne d’eau de 228870 pouces cubes |, ou 140 pouces de fontainiers. Dans la machine d’ingrande, à une hauteur fuppofée de 110 pieds, la malle d’eau foulevée à chaque coup de pifton , formerait une colonne de 416608 pouces & demi de folidité ; le diamètre d’une pareille colonne ferait de 20 pouces ce fera le diamètre des pompes dans la fuppofition de 110 pieds : le produit de la machine fera d’après cela à chaque coup, la levée du pifton toujours fuppofée de 6 pieds 3 pouces, de 23676 pouces cubiques ; ce qui donne pour le produit par minute, 201246 pouces ou 4192 pintes f, & en pouces des fontainiers, 299 Tout évalué, l’on ne peut guere élever avec cette machine plus de 310 pouces d’eau à une hauteur de 110 pieds.
- 758. L’auteur de la brochure fur les moyens de fournir à la ville de Paris des eaux faines , propofait des machines à feu , dont le corps de pompe de cylindre aurait 4 pieds de diamètre intérieur fur 10 pieds de longueur , pour que chaque coup de pifton fût de 8 pieds, & capable d’élever plus de 600 pouces d’eau à 80 pieds.
- Principales efpeces de matériaux nécejfaires pour la conflruclion d'une machine à feu.
- 759. Bois & Charpepterie. Poutres & poutrelles de différentes fortes. Poteaux appartenant au régulateur , pour foutenir Teflîeu ^ & fes dépendances. Madriers, pour former le réfervoir provifionnel. Chevrons, pièces de bois, ainfi nommées du rapport qu’elles ont avec les pièces de bois, qui s’élevant par paires fur le toit des maifons , s’y rencontrent dans leur fommet,& forment le faîte. Chevron pendant, ou coulifte appartenante au régulateur, & fendue
- ( a ) La pefanteur d’un pied cube d’eau douce efl de 70 livres : l’eau falée peut pefer 4 à 5 livres de plus.
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- dans Ton milieu. Chevrons à reflorts, qui limitent le mouvement du balancier. Poulies fur lefquélles palfe une corde , à laquelle eft attachée une foupape. Jantes , pièces de bois de charpente courbées , dont font formés les balanciers , & que l’on nomme ainfi à caufe de leur forme fèmblable à celle des pièces de bois qui font partie du cercle d’une roue. La poutre qui forme le balancier foutenu dans fon milieu par deux tourillons , eft accompagnée à fes extrémités de plu fieurs de ces jantes.
- 760. Métal. Ajutages ou ajutoirs diflférens, qui font des cylindres de métal percés de plufieurs maniérés, & qui fe vident fur leur écrou , que l’on foude au bout d’un tuyau montant, appellé fouche.
- 761. Fer. Le grand pifton du cylindre , en fer fondu , quelquefois de cuivre. Manche , qui prend le pifton au milieu & qui eft attaché en-delfous par un écrou ou par une clef, afin que l’air n’y palfe point. Fond des cylindres. Pivots , tourillons, groifes chevilles ou boulons de fer, fervant de pivot ou d’efiieu, fur lequel tournent les vis & autres pièces de bois , dans une machine. Chaîne qui porte le pifton du cylindre. Chaîne qui porte la tige qui meut les pompes afpirantes. Les deux chaînes des balanciers. Barres qui font mouvoir les pompes. Dans la machine de Bois-Bolfu , où il y a cinq pompes, il y a 680 pieds de barres. Dans la machine de Griif, on compte 73 verges de barres de fer, pelant enfemble environ neuf quintaux.
- 762. Fer battu réduit en tôles. Pour la partie des chaudières qui eft expofée au feu : Collets ou morceaux de fer en virolles ou anneaux, deftinés à embralfer & à fortifier d’autres pièces. Relforts diiférens , pour foutenir le régulateur, &c. &c. &c. Clavettes, clous à vis, barres , anneaux , &ç. Grille du fourneau. Pattes , ou petits morceaux de fer plats , droits ou courbés , fendus ou pointus par un bout, & à une queue d’aronde par l’autre , fervant à retenir des pièces enfemble. Fourche dont la queue aboutit à la clef du régulateur. Broche de fer dépendante de la clef du robinet d’injection.
- 763. Cuivre. Pour les plaques qui forment le dôme de l’alambic. Pour le godet au fond duquel eft la foupape reniflante. Pour la plaque elliptique, placée fur le chapiteau de l’alambic , & qui peut s’enlever pour entrer dans l’alambic , lorfqu’il a befoin de réparation. Pour la plaque circulaire & horizontale. Pour les bouts de tuyaux.
- 764. Plomb. Pour tuyaux, foudures, & poids delà machine. O11 a toujours de ces poids ou rouleaux en plomb de furcroît, afin d’en ajouter félon la force de la vapeur que l’on veut avoir. Pour la coupe attachée avec une bride fur le rebord du cylindre. Pour charger les foupapes. Pour l’anneau dont ont charge le cuir qui couvre la couronne du pifton. Pour bâches. Pour citerne & cuvette. Pour doubler l’intérieur des rnadriers qui forment le réfervoir pro» vifionnel. Pour les cinq pièces plates & circulaires, que l’on place fur la platine
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- du pifton, afin d’empècher que le cuir n’abandonne les côtés du cylindre, & ne fe refferre de lui-même.
- Cuir. Pour revêtir le boulon dont la fente de la couliffe eft traverfée Pour la piece femblabe à la bride d’un cheval, en cuir, longue & étroite , qui environne le pifton ( afin que l’air nefe gliffe point autour de fa circonférence qui doit joindre le cylindre ) de maniéré que fes côtés joignent bien ceux du cylindre en-dehors des trous. Quelquefois, à la place de cuir 3 une longue meche ou étoupe molle bien trempée, tient le pifton ferré.
- 766. Huiles , graijfes , enduits & vernis différens. Le S pièces de fer qui forment la chaudière étant expofées à l’air, on emploie différens moyens pour les garantir de la rouille, & différentes préparations pour fouder intérieurement les joints de ces plaques de fer.
- Vernis & ciment généralement adoptés dans les mines de Newcajlle, pour tes jointures des chaudières de la machine à feu , afin de les empêcher de couler.
- 767. Minium (a) amalgamé avec de l’huile, en confiftance épaiffe, approchant de celle du ciment, pour empêcher la rouille. On en enduit chaque jointure de la chaudière en-dehors , & on le rend plus clair & moins épais, pour peindre l’intérieur & l’extérieur de la chaudière, afin de- la con-ferver & de la préferver de la rouille. Quelques - uns préfèrent de mettre entre les jointures des plaques de fer un ciment compofé de fang de bœuf & de chaux vive : on y trouve les inconvéniens de fe trop durcir , & de ronger le fer. De ces différens matériaux préparés , conformés différemment, réful-tent les pièces également nombreufes & variées qui entrent dans la confi trudion d’une pompe à feu. Lorfque nous avons décrit plufieurs de ces machines, ces pièces n’ont été considérées que dans leur affembîage, félon leur différente deftination , & relativement à leur ufage ; nous allons les faire connaître d’une autre maniéré, détachées, & féparées les unes des autres * comme dans les cas où il eft queftion de les réparer ou de les renouveller ; 011 doit même obferver que, fi l’on veut être fûr des travaux d’une foffe pour fon épuifement, il eft néceflaire d’avoir deux machines à feu, afin que tandis que l’une fe repofe ou qu’on y travaille, l’autre puiffe agir : cette fécondé s’appelle machine de fecours.
- Etat abrégé en forme de devis, ou mémoire général des parties 6* articles de confiruc-tion de réquipage d'une machine a feu , expliqués en détail & par renvoi, foit aux deferiptions , foit aux planches , avec les qualités , façons , proportions , dimenfions , &c.
- 768. La totalité des pièces dont l’enfemble forme une machine à feu , peut ( a ) Préparation de plomb calciné en rougè.
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- être diftinguée en trois dalles. i Les principales pièces, favoir, le four-: neau, l’alambic compofé de fa chaudière ou cucurbite, le cylindre ou corps de pompe à vapeur, le pifton, le balancier. z°. Les pièces qui concourent an jeu des précédentes, & qui conlîftent en tuyaux, robinets, leviers , cuvettes, &c. 30. Enfin des parties que j’appelle pièces de confiruclion, parce qu’il en entre dê femblables , ou à peu près, dans toute elpece de machines, comme crampons , pattes , griffes, anneaux, refforts , &c. Nous fuivrons cette même divifion pour préfenter un tableau féparé de chacune de ces pièces.
- Première Classe.
- 759. En confidérant l’alambic dans toutes fes dépendances, le fourneau à l’aide duquel l’eau contenue dans l’alambic bout continuellement, fait partie de cette piece ; on doit enfuite remarquer la fituation de l’alambic dans le bâtiment de la machine , fa forme, fon fond & fon chapiteau. Lafig. 1 ,/?/. XIX, fait voir l’emplacement de la machine de Griff ; la fig. 2, pi. XXVII, une coupe verticale des quatre murailles de la bâtiffe.
- 770. Fourneau. Lafig. z de la pl. XXVII, repréfente une coupe horizontale du fourneau de cette même machine ; & la fig. 3 , une coupe verticale de l’alambic & du fourneau. (a) Les fig. z & 3, pl. XXV, repréfentent le plan 8c le profil du fourneau, coupé lur l'alignement fig. z, pl. XXIVm Dans la petite machine à vapeur deWatkins, le fourneau a huit pouces de diamètre, & huit pieds de profondeur. Le feu qu’on entretient dans le fourneau , eft toujours avec du charbon de terre : vis-à-vis la porte par laquelle on jette le charbon, fe trouve une iffue par où la flamme fe porte, & va circuler autour des côtés de la chaudière dans l’efpace vuide qu’on appelle cheminée de la chaudière ; de maniéré qu’elle fait un tour entier autour des côtés & du plat-bord de la chaudière, avant-de fortir par un tuyau de cheminée ordinaire , placé à côté de l’iffue dont il vient d’être parlé. Sans cette circulation de la flamme autour des parois de la chaudière, l’eau qu’elle contient *ne s’échaufferait pas fuffifamment pour produire la grande quantité de vapeurs dont on a befoin : du refte , on peut remarquer que la chaudière porte fur la maçonnerie du fourneau, par la circonférence de fon fond , & que de plus le plat-bord eft auffi foutenu de même.
- 771. L’auteur du Projet patrktique évalue l’évaporation de l’alambic à un pouce & demi par heure'; il prétend que les machines aâruelles donnent une quantité de vapeurs moins confidérable qu’elles ne devraient, & perdent encore une très-grande quantité de celles qu’elles donnent ; il prétend être le maître
- ( a) Lë plus grand nombre des renvois à la defcription appartiennent à celle de la machine de Frelhes, par M. Béliuor.
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- de forcer la vapeur de fe multiplier , en donnant plus de force au feu , quoiqu’il économife ce moteur: je renvoie le détail qu’il a publié fur cela , à l’article de la dépenfe & des frais d’une machine.
- 772. Alambic. Dans les machines à feu, on appelle de ce nom , par rapport à lareflemblance des vaifleaux dont on fe fert pour faire des dilfiîlations (a) , un vailfeau deftiné à contenir & faire bouillir plufieurs tonnes d’eau, lefquelles font continuellement recrutées par une nouvelle eau froide, tandis qu’un autre tuyau ou robinet emporte l’eau réduite par l’ébullition en vapeurs. La fig. 2 de la pl. XXIV, fait voir une coupe horizontale , la lituation & l’emplacement de l’alambic dans le bâtiment où il eft renfermé, dont 011 voit le premier étage en plan élevé d’environ 10 pieds au-deifus du rez-de-chaulfée , avec le revètilfe-ment de maçonnerie qui foutient le chapiteau. Ce vailfeau eft différemment configuré, fuivant les méthodes adoptées pour cette machine. Dans celles où la vapeur eft beaucoup plus forte que l’air, fa forme doit être fphérique, félon l’opinion de M. Défaguliers. Le diamètre de l’alambic varie auftî dans la hau-* teur compofée de fa chaudière & defon chapiteau. Dans Défaguliers & Béli-dor, il ne fe trouve aucun détail fur la maniéré de donner à la chaudière une dimenfion telle que toutes fes parties aient entr’elles un rapport déterminé. M. Cambray de Digny, dans fon ouvrage fur la machine de Caftiglione , s’eft attaché à cet objet, en cherchant les moyens de réduire les proportions à une théorie générale, qui puiffe fervir dans tous les cas où l’on voudrait conf-truire de grandes ou de petites machines.
- 773. L’auteur du Projet patriotique fe propofait de donner à l’alambic de
- la machine qu’il voulait exécuter , neuf pieds de diamètre. Cette capacité, qui eft celle que l’on donne en Angleterre, produit, félon lui, une vapeur fufti-fante au corps de pompe qu’il voulait employer. Grand axe, 18 pouces. Dans la machine de Frefnes , la plaque elliptique de l’alambic (vojye{ Art. XVI) a dans fon petit axe 14 pouces. î
- 774. Chaudière ou fond de Valambic , appellée au(Ji cucurbite. Ronde en plan , un peu évafée par le haut. Dans les anciennes machines à feu, on faifait îe fond plat ; mais 011 a reconnu que cette forme n’eft point propre à bien tranfmettre à l’eau la chaleur du feu. Aujourd’hui 011 le fait convexe, comme on le voit dans la coupe de toute cette piece,/g. 1, pl. XXVII. Dans toute efpece de vaifléau employé à faire continuellement bouillir de l’eau , les parties terreufes qui étaient en dilfolution dans l’eau , fe raflemblent à la longue ,
- & s’attachent aux parois intérieures du vailfeau. Selon la nature de ces parties terreufes, elles forment, fur-tout dans le fond du vailfeau, un dépôt
- (a) Garni d’un chapiteau prefque rond, une bouteille ou matras qu’on y a ajouté, terminé par un tuyau donnant paflage aux & qui alors fe nomme récipient, vapeurs condenfées, & qui font reçues dans
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- lolide & pierreux qui y tient fortement (a). L’eau chaude qui s’évacue de la chaudière de la foiTe Saint-Gilles, à Liege , & qui conferve fa chaleur fort au loin de la machine, dépofe , dans tout le trajet qu’elle parcourt, une grande quantité de limon de marie ; ce limon fe durcit dans tout le trajet qui fert de lit ou de canal à cette eau, incrufte même les pierres , les branchages, & tout ce qui fe rencontre fur fon paifage. On juge par-là de la né-ciffité de nettoyer le badin de la chaudière ; il ne faut pas manquer à cette attention toutes les femaines. Les tuyaux & robinets de la chaudière feront récapitulés à part.
- 77?. Chapiteau, dôme, ou couvercle. Formant une efpece de dôme, fig. 8, pl. XIX, quelquefois un peu furbaiffé, comme dans les planches fuivantes, ordinairement de plomb, & il foutient fort bien toute la preflion de la vapeur ; d’autres fois en plaques de cuivre. Ces plaques de cuivre , dont la chaudière & le chapiteau fout formés, ont 3 pieds en quarré, & 3 à 4 lignes d’épailfeur ; elles font liées enfemble avec de fortes rivures très-voifines les unes des autres. La fig. 4 de la pl. XIX, repréfente ces plaques en fer foli-dement jointes enfemble, & rivées à la maniéré inventée par M. Parrot. On a foin quelquefois de garnir de maçonnerie ce chapiteau jufqu’à une certaine hauteur, afin de lui donner plus de force contre l’effet des vapeurs, & pour le garantir des coups qui pourraient le bolïiier. La fig, 1 & 2 de la pl. XXVI, eft la repréfentation en grand de la furface du chapiteau, où l’on doit remarquer plusieurs pièces que nous paiferons en revue chacune à leur place , &, entr’autres , différens tuyaux. Le principal, qui porte le nom de cheminée de Valambic., eft de cuivre, & va aboutir hors du bâtiment; il eft fermé dans cet endroit d’une foupape chargée de plomb, & fe nomme alors ventoufe.
- 776. Cylindre ou corps de pompe à vapeur. Ce cylindre, qu’on peut bien diftinguer par le nom de corps de pompe à vapeur, eft toujours de métal & calibré. M. Défaguliers avertit, quant aux cylindres de fer fondu dont quelques-uns fe fervent pour les machines à feu, qu’il n’en confeille point l’u-iàge, attendu que, quoiqu’il y ait des ouvriers en état de les bien adoucir en-dedans, cependant on ne peut pas les fondre à moins d’un pouce d’épaif-feur, & par conféquent ils ne peuvent ni s’échauffer ni fe refroidir aulh-tôt que les autres , ce qui peut faire la différence d’un ou deux coups par mi-
- ( a ) Derrière la grande marmite de la fi épaifte , qu’on eft obligé , tous les quinze grande cuifine de l’hôtel- royal des Inva- jours environ, de cafter à grands coups cet lides, eft une petite marmite dans laquelle enduit qui diminue la capacité de la mar-il y a toujours de l’eau qui bout; cette eau mite; on fe contente d’en enlever une par-fournie par le grand puits, y forme une tie-: j’en ai vu fouvent enlever à peu près croûte pierreufe, qui devient infenfiblement dix ou onze livres.
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- nute : d’où il fuit qu’on éleverait huit ou dix fois moins d’eau: On a fondu un cylindre de cuivre des plus grands fous \ d’un pouce d’épaiffeur, & l’on a eu l’avantage de l’échauffer & de le refroidir promptement, ce qui récom-penfe la différence de la première dépenfo, fur-tout lorfqu’on fait attention à la valeur intrinfoque du cuivre. Dans les machines à feu des mines de Carron, en Angleterre, cette partie a fo pouces de diamètre. Dans celle qu’on a fait venir d’Angleterre pour les mines de Persberg, près de Philipftad, 4f pouces de diamètre fur 10 pieds de hauteur. Dans la petite machine de Watkins, cette partie a 9 pouces & demi de diamètre : les différens collets ou tuyaux cylindriques qui ont rapport au cylindre, auront place dans la récapitulation des tuyaux qui contribuent au jeu de la machine à feu. La fg. 3 > pl- XXVI, repréfente l’alambic & le cylindre vus de face du côté du réfer voir provifionneh Les jig. 1, pl. XXV & pl. XXVII} font voir l’élévation & le profil du cylindre accompagné de fes tuyaux.
- 777. Grand pijlon , ou pijlon du cylindre , pl. XXVIII ^ jig. Il, 12 & 1 3. Cette piece en cuivre, exactement polie, a 30 pouces de diamètre. Dans une machine de 60 pouces, fon diamètre a 19 pieds & Yf de furface. La tige du pifton de la machine de Frefnes a 4 pieds de hauteur. Quadre du pifton du cylindre. Le pifton & la cucurbite font les pièces les plus capitales d’une machine à feu ; la première, comme confidérable par fon poids & par fa grandeur j la fécondé, par la précifion qui lui eft effentiellement néceffaire. Les Anglais ont été pendant fort long-tems les fouis qui euffent l’art de jeter en moule la cucurbite j mais à préfont les Liégois les coulent avec autant de fuccès, & réufliffent de même dans le refte. La fig. 1 \ repréfente le pifton, qui eft une platine épaiffe de cuivre, avec un manche de fer qui la prend au milieu, & qui eft attachée en-deffous par un écrou ou par une clef, afin que l’air n’y paffe pas. Pour empêcher aufll que l’air 11e fo gliffe autour de fa circonférence qui doit joindre le cylindre, on l’environne d’un long morceau de cuir étroit, femblable à la bride d’un cheval, enforte que fes côtés joignent bien ceux du cylindre en-dehors des trous ou points. Pour empêcher que le cuir n’abandonne les côtés du cylindre, & 11e fo refferre de lui-même, on a placé fur la platine du pifton quatre ou cinq pièces de plomb plates & circulaires, dont les bouts tournent en-haut ; enforte qu’elles touchent exadement le cuir en-dedans, & qu’elles le pouf, font en-dehors dans le mouvement du pifton, étant jointes légèrement les unes aux autres par de petites pointes, de maniéré que toutes enfemble elles forment une circonférence d’un cercle qui fo dilate & fo refferre aifé-ment, pour preffer ou pour relâcher le cuir, à mefure que le pifton monte & defcend. Quelquefois une meche ou une étoupe molle bien trempée, tient le pifton ferré à la place du cuir. Fig. 11, 12, 13 , pl. XXVIII, conftruc-
- tion ,
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- tion, plans & profils d’un pifton qui joue dans le cylindre. Fig. 1,2, ? , 4, pi. XXV111, tiges des piftons.
- 778. Balancier. Dans la pompe à feu ,, plufieurs pièces font nommées balanciers ; mais 011 entend principalement par ce nom , cette grande poutre mobile verticalement fur fon centre 1 , pi. XXIV, terminée à chacune de fes extrémités par un arc voûté i à l’un de fes bras eft attachée , par le- moyen d’une chaîne , la tige du grand pifton , pour être toujours élevée perpendiculairement. L’autre fait mouvoir des pompes ou tels poids que l’on veut ; ainli le méchanifme d’une pompe à feu dépend en général de cette piece. La fig. 4 , pi. XXV, repréfènte le plan du troifieme étage du bâtiment où il eft renfermé, & où l’on voit la furface fupérieure du balancier, avec les parties qui l’accompagnent , & le plan de la cuvette. On doit y remarquer particuliérement fa forme, relative à fon a&ion. Sa fituation eft auffi différente, quand la machine ne joue point, & quand elle eft en a&ion; dans le premier cas , le balancier eft incliné du côté du puits, comme on le voit fig. 1 , pl.XVÏIÎ, parce que l’air pénétré dans l’intérieur du cylindre ,& que le bras de levier du côté du puits eft plus chargé que celui du côté du cylindre i d’où l’on juge que le pifton eft alors élevé au plus haut point de fa courfe : c’eft fa fituation naturelle. La fig. 1 , pl. XX'.IFy repréfente le balancier dans un fens contraire ; c’eft-à-dire, lorfque l’inje&ion d’eau froide ayant condenfé la vapeur renfermée dans le cylindre , le poids de la colonne d’air fait bailfer le pifton : alors l’eau du puits eft: afpirée, & celle de la bâche refoulée dans la cuvette. La fig. 4, pl.XXV, & les fig. 1 & 4 , pl. XXVI y font relatives au balancier , aux jantes qui l’accompagnent , aux chaînes, au grand pifton , au grand chevron , à la bâche , à la jante qui fait agir le régulateur, à la chaîne à coulilfe qui fert à ouvrir & à fermer le robinet d’injeétion & à mouvoir le régulateur, enfin à la cuvette. La fécondé piece , appellée dans les machines à feu balancier y eft un petit levier communément défigné par la lettre capitale F , & nommé de même F , à caufe de deux crochets qui y font difpofés comme les deux traits qui forment cette lettre: ce levier relfemble cependant davantage au balancier d’une petite romaine ,avec un poids au bout, afin d’accélérer ce mouvement : cette F tourne ou ferme alternativement la clef d’un robinet appellé robinet d'injection. Voyes fig. 1 , pl. XXIV, 8c fig. 4 , pl. XXVI.
- 779. Régulateur ou Diaphragme. En méchanique, on entend par la première expreflion l’affemblage de plufieurs pièces de fer qui concourent enfemble à ouvrir & à fermer alternativement les orifices d’impulfion & de fuite. Dans la machine à vapeur, le régulateur eft une plaque de cuivre circulaire & horizontale de 7 pouces de diamètre, fituée fur le chapiteau de l’alambic, & munie d’une queue ou manche mobile autour d’un axe vertical. Cette plaque s’applique exactement contre la bafe inférieure d’une ouverture fervant depaifage
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- à un tuyau , par lequel la vapeur de la chaudière communique dans le cylindre , & qui pour cela eft adapté au fond du cylindre. L’ufàgede cette plaque pour ouvrir & fermer alternativement l’entrée du cylindre, en tournant autour de fonaxe , lui a fait donner le nom de régulateur ; c’eft de cette maniéré qu’elle fait régler tout le mouvement de la machine , en laiflànt entrer la vapeur dans le cylindre , afin d’élever ou de biffer defcendre le pifton en retenant la vapeur, pour la faire condenfer par l’inje&ion de l’eau froide , qui faifant un vuide, abailfe à l’inftant le pifton par le poids de l’athmofphere. Dans la pompe à feu d’Yorck Buildings , le régulateur eft un fléau ou une couliflTe en bois , attachée d’une maniéré particulière au bâtiment. Les principales dépendances du régulateur font: Sa plaque. Le tuyau qui y eft implanté. Divers leviers qui ouvrent & ferment le régulateur. Sa queue ou fon manche mobile. La fourchette attachée à fon manche. La manivelle qui ferme cette plaque. L’eflieu de fer, qui porte quatre pièces de fer, fervant à tourner le régulateur , en poulfant en-avant & tirant en-arriéré la fourchette. La pointe qui fait agir le régulateur. Fig. g & 9 ,pl. XXVIII, plan & profil du régulateur, accompagné de fon manche , dont l’extrémité T ,fig. 8 , eft percée quarrément pour recevoir l’eft-fieu vertical a b vfig. 7. Dans la fig. 1 , pl. XXVI , font détaillées les pièces qui font mouvoir le régulateur, fig. 14 , pi. XXVIII.
- 780. La fig. 10 ,pl. XXVIIfi fait voir la plaque A B , & l’anneau V S , relatifs au jeu du pivot de l’eflieu du régulateur, détaillé art. XIV de la defcrip-tion. La fig. 1, pl. XXV/,a rapport à la couliffe qui joue du même fens que le pifton , qui fert à communiquer le mouvement au régulateur , & au robinet d’inje&ion , &c. Voye{ l’art. XXXIV. Les fig. 2, 3,4, f , 6,7 , 8 5 pl-XXVIfi font relatives à la conftruction des pillons, aux chevrons àreifort, qui amortiflent le mouvement du balancier , & à la conftrucfion des parties qui appartiennent au régulateur.
- Seconde Classe.
- Ouvertures , cylindres, ou tuyaux qui en dépendent.
- 78 r. La régularité du mouvement dans la pompe à feu, 11c peut être produite gu entretenue qu’à l’aide de plusieurs tuyaux, dont quelques-uns font garnis de robinets ; les mouvemens combinés du régulateur, & particuliérement du robinet d’injeétion, qui font toute l’uniformité du jeu d’une machine à vapeurs , 11e font pas difficiles à concevoir, en jetant les yeux fur la pl. XXVI, & fur la fig. 1, pl. XXV, où fe voient ces tuyaux dans différentes difpofitions relatives à leurs diftributions. Les ouvertures d’entrée & de fortie pour ces cylindres font renforcées dans leur pourtour, afin que les tuyaux qui y paffent foient maintenus fermes en fituation: ces trous.fontfouvent appellés collets; à l’alambic, on en voit
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- un de 2 pouces de faillie, ayant à fa bafe un relief de 4 lignes de hauteur, formant une couronne de 6 lignes de largeur. Art. XIII. Le cylindre eft percé de mèmG en plusieurs endroits de femblables trous. Art. IX. Une autre dépendance des tuyaux font des robinets, des godets ou coupes de métal, & différens réfer-voirs. Nous comprendrons ces pièces dans une récapitulation particulière , à la fuite de l’énumération des dilférens tuyaux qui appartiennent aux autres parties de la machine. Tuyau d’injecftion, qui amené de l’eau froide dans le cylindre j il eft de plomb, & garni d’un robinet appellé robinet d'injection ; il eft fortifié à fon extrémité par un ajutage ou bout de tuyau, dont l’œil a 6 lignes de diamètre. Art. XI de la defcription. Tampon du robinet d’injeétion : ce tampon eft foudé avec une patte d’écreviife qui embraffe une broche tenant au manche d’un grand marteau mobile fur la charnière. Tuyau de 4 pouces de diamètre, deftiné à recevoir le fuperflu de l’eau portée par un tuyau horizontal au-deifus dupifton, & la conduire dans un réforvoirplacé en-dehors du bâtiment: on l’appelle quelquefois tuyau afpirant. Art. XII. AToppofition du tuyau d inje&ion, eft adapté au cylindre un autre tuyau qui porte un godet muni dans fon fond d’une foupape. Tuyau par lequel s’échappe cette eau, & qui communiquant par un bout avec le fond du cylindre , eft fermé hermétiquement par l’autre bout. Deux autres tuyaux adaptés à ce tuyau: le premier, par lequel il fort environ les trois quarts de l’eau d’injeétion , qui vont fe perdre dans une citerne , plonge par fon extrémité dans la citerne, & eft recourbé verticalement en contre-mont. Le fécond tranfmet le quart ref-tant de l’eau d’injedion à un tuyau vertical qui pénétré prefque jufqu’au fond de la chaudière, pour rendre de l’eau & réparer la chaudière , de la perte qu’elle fait par l’évaporation ; cet ufage lui a fait donner le nom de tuyau nourricier. Il a 18 lignes de diamètre dans la machine deFrefnes. Art. XXII. Tuyau dont la branche inférieure porte un godet muni dans fon fond d’une foupape, & par lequel on introduit de l’eau tiede du haut du cylindre dans les tuyaux précédens, par le moyen d’un tuyau defcendant : cette eau tiede fert à chaifer l’air des tuyaux où on la fait entrer quand la machine commence à jouer. Tuyau de décharge de la coupe jointe au cylindre , afin que la coupe ne foit pas trop pleine, & ne verfe point quand le pifton s’élève au fommet du cylindre : ce tuyau eft fort utile ; car l’eau étant devenue chaude par fon féjour dans le cylindre, eft beaucoup meilleure pour la chaudière, que l’eau totalement froide. Le bout de tuyau en cuivre , de f pouces de diamètre , & foudé verticalement fur le chapiteau de l’alambic, pour donner échappée à la vapeur hors du bâtiment, eft nommé par cette raifon cheminée de l'alambic ; il eft muni à fon fommet d’une foupape qui porte le nom de ven-toufe. Deux petits tuyaux inégaux, garnis chacun à leur fommet d’une clef du robinet, & qu’on nomme tuyaux d'épreuve ou probatoires, parce qu’ils fervent
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- à faire connaître fi l’eau eft à une hauteur convenable dans la chaudière > Pun trempe feulement jufqu’à la vapeur , l’autre pénétré jufqu’à l’eau : voye^ fig. i , pl. XXVll. Quand la hauteur de l’eau eft bien réglée , le plus long donne de l’eau, & l’autre des vapeurs. Si tous deux fuintaient ou donnaient des vapeurs, dans le premier cas l’eau ferait trop baffe, la chaudière ferait en danger de brûler ; dans le fécond , elle ferait trop haute : on remédie alors à l’un ou à l’autre inconvénient, en introduifant de l’eau dans la chaudière y ou en laiffant échapper l’excédant de celle qu’elle contiendrait. Deux tuyaux garnis de robinets , pour remplir & pour vuider d’eau la chaudière quand on veut j l’un fervant par conféquent à faire entrer de l’eau ; l’autre, à évacuer la chaudière quand la vapeur entre dans le cylindre, eft nommé tuyau ou rameau dé évacuation ; il a 2 pouces de diamètre. Art XXL Tuyau qui amene de l’eau fur la bafe fupérieure du grand pifton, pour empêcher les cuirs de fe fécher, & pour fermer toute entrée à l’air extérieur dans la partie inférieure du cylindre où paffe la vapeur ; il a i pied de hauteur, 6 pouces de diamètre en-dedans : il communique au tuyau defcendant, dont il a été parlé , par lequel paffe une partie de cette eau. Dans la machine de Watkins , ce tuyau de communication a un demi-pouce de diamètre. Tuyau par lequel s’échappe l’autre partie de cette eau. Tuyaux aboutiflans au réfervoir provi-fionnel j 4 pouces de diamètre. Tuyaux de la citerne ; l’un de décharge de la fuperficie, l’autre du fond de la citerne. Art. XIX.
- 782. Soupapes à cliquet, (a~) ventoufes. Les fou papes font aufii de différentes efpeces , & désignées dans les machines à feu par des noms relatifs à leur effet ou à leur ufage. La foupape adaptée au fommet du tuyau fou dé verticalement à la furface du chapiteau de l’alambic, & deftinée à donner de l’air à l’alambic afin que la vapeur ne devienne pas trop forte , s’appelle ventoufe, à l’inftar des tuyaux ainfi nommés en hydraulique , qui ne donnent iffue qu’aux vents , & qui font les feuls moyens de foulager les longues conduites, & d’empêcher les tuyaux de crever: dans la machine de Griff 8c de Watington, en Angleterre , on la nomme cliquet ou foupape de fureté ou dé afj'urance , cliquet de marionnette : elle s’ouvre & s’élève félon les occafions. Art. XVII. On doit fe rappeller qu’elle eft fixée avec un fil de métal placé perpendiculairement au-deffus, afin qu’elle foit affujettie avec des poids de plomb, félon le degré de force dont on a befoin que foit la vapeur, de maniéré que, fi la vapeur eft trop forte, elle puiiïe foulever la
- (a) Nom d’un petit levier ufité en hor- qu’une roue tourne dans un fens , fans îogerie , toujours déterminé dans une cer- qu’elle puiffe retourner dans le fens con-taine pofition, au moyen d’un reffort qui traire. Dans un moulin c’eft la piece qui fert appuie fur l’une de fes extrémités ; le cli- à faire tomber peu à peu le grain de la tré-quet s’emploie ordinairement lorfqu’on veut mie fur les meules, en faifant du bruit.
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- foupape, & fortir. La foupape fervant à évacuer l’air que la vapeur chaffe du cylindre lorfqu’on commence à faire jouer la machine , & enfuite l’air amené par l’eau d’inje&ion , qui empêcherait l’effet de la même machine, fi l’air n’avait pas la liberté de s’échapper, fe nomme foupape reniflante ou d'injection. Cette foupape eft chargée de plomb, & fufpendue à un reffort de fer qui la maintient toujours dans la même direction. On lui a donné ce nom , parce que l’air, en traverfant cette foupape, produit un bruit fem-blable à celui que fait un homme enrhumé. Soupape du tuyau qui plonge dans la citerne; elle eft toujours baignée dans l’eau, pour empêcher que l’air ne pénétré dans le tuyau : quand le pifton defcend, elle eft fermée ; quand le pifton monte, elle s’ouvre, parce qu’alors toute fa force expulfe l’eau contenue dans le tuyau. Soupape nommée afpirante, parce qu’elle eft à l’extrémité du tuyau au travers duquel la vapeur introduite dans le cylindre chaife l’air qui a pu y être apporté par le jet d’eau froide.
- 783. Robinets. On a vu que plufieurs de ces tuyaux peuvent s’ouvrir & fe fermer à volonté par des robinets ou clefs, pour régler les quantités d’eau qui doivent paffer par les tuyaux. Ces robinets font diftingués par le nom de la fonction du tuyau. Le robinet du tuyau d’injedion eft appelle robinet dinjeciion ; en tournant fur fon axe dans un fens ou dans un autre , il arrête ou laide palier l’eau ; dans le fécond cas, l’eau jaillit de bas en haut par un tuyau de 4 pouces de hauteur fur autant de diamètre, fortifié à fon extrémité par un ajutage ; l’eau , en venant frapper la bafe inférieure du grand pifton, retombe en pluie , eondenfe la vapeur, 8c entraine la defcente du pifton par la preflion de lathmofphere.
- 784. Coupes, godets. Godet que porte la branche inférieure du tuyau, par lequel s’échappe l’eau injedée par l’ajutage, garni dans fon fond d’une foupape. Coupe jointe au cylindre & d’un diamètre un peu plus confidéra-ble , afin de bien contenir & conduire fans perte l’eau verfée par le robinet dans le cylindre , pour entretenir l’humidité du cuir du pifton , & le rendre impénétrable à l’air. Coupe de plomb de 18 pouces de hauteur, évafée par le haut, attachée avec une bride fur le rebord qui régné autour du bâtiment. Art. VI.
- 78c Fontaines, cuvettes , bafins ,réfervoirs. Outre les cuvettes de plomb placées de 24 en 24 pieds dans la bufe du bure , & dont nous parlerons à la fuite des pompes, il eft différentes fortes de baflins, qui forment une dépendance de la machine , & que l’on apperqoit en considérant le bâtiment qui renferme une pompe à feu. Nous les rappellerons à l’article des pompes. Au niveau du rez-de-chauffée, fig. 1 ,/>/. XXIF, fe voit en K , une bâche , dans laquelle les pompes afpirantes viennent décharger l’eau du puits , q.u’on y entretient toujours à une certaine hauteur. De cette bâche xVeau eft. aine-
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- née par une pompe refoulante, dans une cuvette (a) placée dans un des étages fupérieurs du bâtiment. Entre plusieurs de fes ufages, celui d’entretenir le robinet d’injedion qui vient aboutir dans fon fond, lui a fait donner le nom de cuvette d'injection : on en voit le plan en M, fig. \^pl.XXIV \ elle a 4 pieds quarrés de bafe, & 3 pieds de hauteur: fa contenance eft d’environ un muid ; elle eft ordinairement vuide lorfque la machine ne joue pas.
- 786. Dans la machine à feu, conftruite à Schemnitz, en Hongrie, la cuvette d’injedion reçoit au moyen d’un tuyau l’eau d’un autre rélervoir, pour la tranfmettre au tuyau d’injedion ; le premier tuyau porte un robinet qui en ouvre & qui en ferme alternativement le bout, par un mécha-nifme particulier, développé de la maniéré fuivante par M. l’abbé Bodut. A l’axe horizontal parfaitement mobile fur fes pivots, font fixées deux branr-ches de fer; l’une portant un tonneau ou barril qui flotte fur l’eau ; l’autre portant une patte d’écrevifle ou une petite roue dentée qui engrene avec la tête du robinet défigné ci-deflus , & qui le fait tourner. L’écoulement parle tuyau d’injedion étant fufpendu, à mefure que la furface de l’eau s’élève dans la cuvette, elle fouleve le tonneau, & le robinet fe ferme, en-forte qu’il eft entièrement fermé quand la cuvette l’eft. Si au contraire: la cuvette 1e vuide par le tuyau d’injedion, le tonneau defeend, & le robinet s’ouvre pour laifler palfer dans la cuvette la nouvelle eau que le tuyau receveur a amenée, ainfi. de fuite; il eft clair que par-là, il palfe en tems égaux des quantités égales d’eau dans le tuyau d’injedion. Au niveau du premier étage , en-dehors du bâtiment ,fur une plate-forme de maçonnerie , font placés deux réfervoirs , fig. 1 , pl. XXVll; le premier où l’on fait aboutir dans le fond le tuyau d’une pompe afpirante, contient 33 ou 34 muids d’eau, provenant du fuperflu de la cuvette d’injedion , d’où on le nomme réfervoir provijionnel. Le fécond, appellé la citerne, placé fous l’arcade de la plate-forme, eft une cuvette de plomb fervant de décharge à la plus grande partie de l’eau d’injedion ; pour cet effet on y a ménagé les deux tuyaux qui ont été énoncés à leur place, dont l’un décharge la fuperficie, l’autre décharge le fond. Art. VI.
- Troisième Classe.
- Principaux articles de confiruction.
- 7§7- Nous renfermerons fous ce titre les principales pièces néceüaires à la conftrudion ou à l’aflemblage des précédentes, & qui ont également befoin
- (a) En bâtiment on appelle cuvette un vaifleau de plomb qui reçoit les eaux d’ua cheneau ou canal, & les conduit dans un tuyau de defeente.
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- d’ètre fouvent réparées ; il eft même à propos d’en avoir toujours de toutes prêtes, en état d’ètre fubftituées à celles qui fe dégradent ou qui viennent à manquer. Jantes cannelées, pièces de bois de charpente de 2 à 6 pieds fur 5- pouces par les deux bouts, dont l’une porte le grand pifton, l’autre la tige des pompes afpirantes; dans la machine de Freines elles ont 8 pieds 2 pouces de long, fur 20 ou 22 pouces de grofleur. Deux autres jantes, pareilles aux deux précédentes, dont l’une eft pour le mouvement du régulateur & la fermeture du robinet d’injeétion, l’autre pour foutenir la chaîne aboutiffant au cadre du pifton de la pompe refoulante. Dans la machine de Frefnes , elles ont 6 pieds de longueur fur f pouces par les deux bouts , dans le milieu 11 pouces fur 3 pouces d’épaiffeur. Chevrons à reF fort qui limitent le mouvement du balancier, & qui font loutenus de deux poutres. Chevrons qui foutiennent les piftons ; ils ont trois pouces quarrés. Chevron auquel ceux-ci font fufpendus, fix pouces en quarré. Madrier qui maintient la coulilfe ou le chevron pendant dans une fituation verticale en def-cendant dans un trou, fig. 1 ,pl. XXVI, lettre Q. Art. XXXIV. Poutrelles auxquelles font fufpendues les tiges des piftons de pompes ,24 pieds de longueur. Art.III. Deux poutres, entre lefquelles eft enclavé le cylindre. Ellieu vertical, ayant fon centre de mouvement éloigné de 6 pouces 8 ligues du régulateur. Le pivot inférieur de cet elîieu joue dans l’anneau de fer placé en-dedans du chapiteau de la chaudière. Son bout fupérieur reçoit une clef, par le moyen de laquelle eft mu le régulateur. Dans le même efîieu , font fixées une patte à deux griffes, deux branches de fer, & la tige d’un poids tenu par une courroie lâche attachée au fomanier. Art. III. Effieu horizontal ( foutenu par deux poteaux ) qui tourne dans les anneaux d’un étrier, lequel eft traverfé d’un boulon. Art. V, pl. XIX, fig. 18, en Q_> O, E, L, & fig. 4, pl. XXVI\ N, O, M. Cadre du pifton de pompe refoulante, lettre N, pl. XXIV, fig. 1. Marteau mobile fur une charnière, engagé parla tête dans une efpece de dédit, formé par i&ie coche ou crochet, fait dans une piece de bois horizontale , tenue à charnière, 8c fufpendue avec une corde. Supports du régulateur, 4 pouces 6 lignes de hauteur. Art. XV. Manche du régulateur, ne faifant qu’un même corps avec lui : cette piece eft traverfée quarrément par un axe ou eflieu vertical. Art. XIV. Clef qui communique le mouvement au régulateur. Anneau de métal horizontal, placé au-dedans du chapiteau de la chaudière, & fufpendu à ce même chapiteau par quatre fupports ou montans verticaux ,Jîg. 14, pl. XXVI1Î. Art. XV, Largeur 2 pouces, diamètre intérieur 12 pouces. Fourche, fourchette, dont la queue aboutit à la clef du régulateur. Art. XXXIV. Dédit, levier mobile à fon extrémité autour d’un boulon , & fufpendue en lair par l’autre bout, à l’aide d’une ficelle attachée au plancher. Art. XXV, fig, 1, pL XXVL Bride, pour raccorder
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- la piece circulaire qui termine le fommet du chapiteau, avec le tuyau de communication de l’alambic au cylindre. Art. XIV. Patte à deux griffes, appartenante à l’eiîieu horizontal, lefquelles griffes font mouvoir l’étrier. Patte d’écreviffe, qui embraffe une broche, à laquelle tient le manche d’un marteau mobile. Art. XXV. Patte d’écreviffe, qui ferme le robinet d’injeétion. Boulon traverfant un étrier, & autour duquel jouent les anneaux d’une fourche dont la queue tire ou pouffe horizontalement la clef du régulateur. Deux tourillons, dont les paliers portent fur un des pignons du bâtiment de la machine. Reifort deftiné à prefîer le régulateur contre l’orifice du collet du cylindre : contre ce reffort s’appuie le bouton du régulateur, en def-cendant de Z en N pour l’ouvrir, & allant de N vers Z lorfqu’il fe ferme, fig. 14, pl. XXVIII : ce reffort, dans la machine de Frefnes, a deux pouces de longueur 5 il doit être poli. Etrier (a) relatif au régulateur & au robinet d’injedfcion. Goupilles, clefs, chevilles , écrous, clavettes , griffes ou crochets. Griffe qui frappe le boulon & chaffe l’étrier en - arriéré , & con-féquemment la manivelle qui ferme alors le régulateur. Art. XXIV, fig. 1 9 pl. XXVI.
- 788. Pompes. Les tuyaux de pompes inférieures pour élever l’eau d’un feul coup à une grande hauteur, doivent être de fer ou de cuivre, ou de bois d’aune : le bois eft plus économique ; on le gaudronne , ou on l’enduit avec de l’huile cuite, afin d’empêcher qu’il 11e fe pourriffe dans l’eau. En général, dans tout le nord de l’Angleterre, les pompes font entièrement en fer coulé. Dans les mines de Carron, on fe fert de hautes pompes, dont le diamètre eft communément de 13 pouces. (fi) Dans la fig. 6, pl. XXVIII, on voit la maniéré dont les tiges des pompes font liées les unes aux autres pour compofer un train. La pompe afpirante Q_» autrement dite arbre afipi-tant, fe voit dans le troifieme étage, fig. r, pl. XXIVc’eft elle dont le tuyau aboutit vers le fond du réfervoir provisionnel. La fig. 2, pl. XIX , marque la pompe refoulante, autrement dite arbre fupérieur ou refoulant , arbre de force ou de délivrance. Dans la fig. 2> pl. XVIII, on voit le trajet de la pompe nourricière du réfervoir d’injection. Les pillons repréfentés dans Défaguliers en cylindres de fer fondu , ou de cuivre, ont 7 | pouces de diamètre en- dedans ; ceux de la machine de Frefnes, 7 pouces de diamètre, fur 6 pieds de levée. Dans le modèle de Watkins, on voit des
- (a) Etrier en architecture , efpece de armer une poutre qui eft éclatée, lien de fer coudé quarrémenten deux en- (b) La defeription particulière des corps droits, qui fert à retenir par chaque bout de pompes & des arbres percés eft démon-une chevêtre de charpente, affemblée à trée dans la planche XXXIX de Défagu-tenon dans la folive d’enchevêtrure, & fur liers, fig. 10, n, 12. laquelle l’étrier eft attaché : il fert aufïi à
- poids
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- poids de plomb qui mettent le pifton en état d’agir, en forçant, ou, comme un plongeur, en pouffant l’eau élevée du réfervoir par la foupape dans le tuyau par lequel l’eau eft forcée de monter dans le befoin. On doit regarder comme dépendances des pompes, les efpeces de cuvettes ou bâches de diftribution, quelquefois partagées en deux baflins, & placées de hauteur en hauteur ( quand 011 emploie des pompes à répétition ) pour recevoir l’eau de chaque corps de pompe, rompre le coup du pifton, & renvoyer l’eau dans un réfervoir élevé à un même niveau.
- Etat des frais & de dépenfe totale pour V ètablïffement d'une machine à feu, & pour la confommation du fourneau, dans les mines les plus connues.
- 789- On fe doute fans peine que, pour letabliffement d’une pompe à feu, la dépenfe varie félon la profondeur de laquelle on veut élever les eaux, à raifon de la nature du terrein,& du prix des matériaux dans l’endroit. On fait monter la dépenfe qu’a occalionnée celle de la mine de Walker, dont les eaux s’enlevent de 89 toifes de profondeur, entre 4 à f000 livres fterling » & la dépenfe de toute l’entreprife, avant d’avoir pu retirer du charbon, fe monte à plus de 20000 livres fterling. Nous placerons ici le détail des frais auxquels M. de Cambray de Digny eftime que pourrait monter la conf-truélion d’une machine pareille à la fienne, qui éleverait 192000 pieds cubes d’eau en vingt-quatre heures d’une profondeur de 28 pieds.
- Il compte pour le bâtiment où eft placée la machine. . . 10000 liv.
- la chaudière & les pompes.................2fOOO
- les attirails & la main-d’œuvre...........ifooo
- Total foboo
- Pour frais d’adminiftration.
- Gages annuels d’un machinifte. ...............................1200
- Trois maîtres au fourneau jour & nuit, pendant fix mois. . 1400
- Trois manoeuvres pour le même tems............................800
- Bois pour l’entretien du feu..................................1800
- Transports & réparations extraordinaires....................... 2800
- Total 8000 liv.
- 790. En Allemagne, une pompe à feu ordinaire coûte cinq , fix, fept cents reichthalers , argent pefantf^). L’auteur de la brochure anglaife, dont j’ai parlé ailleurs, avance que dans les provinces où les matériaux font généralement à meilleur marché que dans d’autres, la conftrucftion d’une machine à feu coûte depuis cent jufqu’à mille livres fterling , & plus. La machine
- (
- a) Le reichthaler vaut trois livres, ce qui fait deux mille cent livres. Tome XVII, A a a
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- de Bois-Boffu, qui eft une des plus parfaites de celles des environs, a coûté, y compris le bâtiment dans lequel elle eft renfermée, environ 30 mille
- livres , ci...............................................30000 liv.
- Le puits dans lequel doivent être montées les pompes, les ^ bois pour garnir les parois, & ceux pour foutenir & entretenir 1 les pompes, y compris la main-d’œuvre, a coûté environ 2f mille livres, ci..........................................2^000
- Total f 5 000
- 791. Le fervice de la machine n’emploie que deux hommes, un chef chargé de la faire manœuvrer, nommé quelquefois le conducteur, & un fécond qui veille à l’entretien du fourneau. Il parait que M. le vicomte des Androuins évaluait la dépenfe de cette conftruction à 60 ou 80 mille livres. La confommation du charbon qu’exige le fourneau , eft d’autant plus à confidé-rer, qu’elle eft différente félon la qualité des charbons, & que cette différente qualité influe aufîi fur le jeu de la machine. Quelques maîtres de foffe croient pouvoir , par économie, employer pour le feu de la machine , tout le rebut de houille ; mais le jeu de cette pompe demandant un feu violent , & dont l’ardeur ne foit ni ralentie ni interrompue , aufîi long-tems que l’on veut prolonger fon a&ion, il eft plus à propos d’employer^-tout ce qu’il y a de meilleur ; le rebut étant toujours de défaite pour les pauvres , qui l’achetent à bas prix. Les maîtres de foffe qui font curieux d’un bon feu , n’y font point même rejeter les braifons, ni les fragmens de houille qui s’échappent entre les barres dont eft formé le gril du fourneau. Il vaut mieux les abandonner pour partie de falaire aux ouvriers qui entre* tiennent le feu.
- 792. La mine de Walker confomme en vingt-quatre heures, pour les trois chaudières , 200 bushels ou deux chaldrons & demi de Newcaftle. Dans la machine de Griff, les frais pour réparations , entretien de charbon & autres circonftances, 11e coûtent pas plus de 1 fo livres par an. La machine de Chelféa, félon M. de la Lande, confomme par femaine neuf chaldrons de charbon, chacun de 36 boiffeaux, de la contenance d’environ un pied | mefure comble; ce qui, à raifon de 64 livres le pied cube, donne 104 livres pour le poids du boiffeau , 3744 pour le poids du chaldron, & enfin pour la confommation de la machine en 24 heures, 4814 livres. En divi-fant cette quantité par le nombre de pouces, on aura 68 livres pour la confommation de chaque pouce d’eau. Cette confommation, qui eft à peu près du double de celles de Bois-Boffu, d’Anzin & de Montrelay, compareé par M. Lavoifier, fait conjedurer à cet académicien, qu’il y a erreur, foit dans la quantité d’eau élevée, foit dans l’objet de confommation. La machine à feu d’Yorck-Buildings, à Londres, confomme pour 300 louis de charbon
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- par an, en travaillant huit heures par jour. La quantité de charbon pour entretenir l’eau bouillante dans la machine de Watkins , eft évaluée de 20 à 30 boiffeaux toutes les douze heures. Des relevés de la confommation de la machine de Montrelay, tirés des comptes rendus par le directeur aux entrepreneurs , il réfulte que la machine de Montrelay confomme , en trois cents trois heures de travail, 1132 portoirs de charbon (a) ; d’où Ton peut conclure, félon M.Lavoifier, qu’en vingt-quatre heures elle confomme 12124 livres de charbon ,• ce qui, à raifon de 3 10 pouces d’eau , donne pour chaque une confommation de 39 livres en vingt-quatre heures. La machine de Bois-Boifu, félon l’Encyclopédie, confomme fix muids de charbon de terre en vingt-quatre heures, chaque muid de 13 pieds cubes, c’eft-à-dire , 78 pieds cubes en vingt-quatre heures; la quantité totale eft donc 4836 livres de charbon: ce qui, en divifimt cette quantité par le produit de la machine en pouces, c’eft-à-dire , par 180, donnera 27 livres pour la confommation nécelfaire en vingt-quatre heures , pour élever chaque pouce à la hauteur de 110 pieds. Suivant les relevés des comptes rendus aux entrepreneurs, la machine d’Anzin confomme, en vingt - quatre heures de travail confécutif, vingt mefures de charbon du poids de 230 livres chacune, ce qui fait au total 4600 livres poids de marc : d’où l’on voit qu’en partant du produit de la machine, à 140 pouces des fontainiers, la confommation du charbon pour chaque pouce d’eau eft de près de 33 livres pour les vingt-quatre heures. M. Layoilier , dont le mémoire nous fournit cet article , celui de Montrelay & celui d’Anzin, obferve qu’en réduifant au moins à douze coups par minute le nombre des impulfions , qu’il croit exagéré à quinze, cette correction porte environ à 31 livres & demie en vingt-quatre heures la quantité de charbon de terre nécelfaire pour élever chaque pouce d’eau à une hauteur de 110 pieds.
- 793. En 1742 , lorfque je vifttais, uniquement en voyageur, la machine de Frefnes , il me fut dit que, pour échauffer la chaudière pendant vingt-quatre heures , il fallait cinq mille livres pefant de charbon. Cela ne s’éloigne pas ab-folument de la confommation indiquée par M. Bélidor , de deux muids de charbon de terre , chacun contenant environ 14 pieds cubes; ce qui, félon M. Lavoifier, à raifon de 64 livres le pied cube, ne donnerait pour chaque pouce que 8 livres de confommation , c’eft-à-dire , environ le quart des machines de Bois-Bolfu & d’Anzin , & le cinquième de celle de Montrelay. M.Lavoifier préfume à ce fujet qu’il s’eft glifle quelqu’erreur dans la contenance du muid, & que M. Bélidor a peut-être négligé d’avoir égard à la différence d’une mefure rafe à une mefure comble. La machine dont M. le comte d’Hérouville fc fert à
- (a) Le portoir de 135 livres.
- A a a ii
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- Moërs, près Dunkerque, ne dépenfe, en vingt-quatre heures, que 11 rafieres de charbon qui pefent enfemble un peu moins de féooo livres , quoiqu’elle ait 39 pouces 4 lignes de diamètre. *
- 7.94. D’après les mémoires imprimés pour M. le marquis de Cernav, dans fon affaire avec M. le vicomte des Androuins, on 11e peut porter à plus de 25'OOG livres la totalité de la confornmation annuelle ( en charbon & autres frais de réparation ) d’une machine à feu qui élevera 600 pouces d’eau. La dépenfe de ces machines , avec les changemens ;que M. jDauxiron a propofés pour donner de l’eau fans interruption à la ville de Paris, 11e monterait, félon lui, qu’à 80 ou 100 mille livres par an pour la partie de confornmation. Le moyeu propofé par l’auteur de ce projet pour augmenter la quantité de vapeur & diminuer la confornmation du combuftible, trouve ici fa vraie place ; nous croyons utile de le faire connaître, pour qu’on puiffe en juger.
- Moyens d'économifer le combuftible dans le fourneau des machines à feu, en
- diminuant la fumée ; & d'augmenter la quantité de vapeurs dans Valambic.
- 79f. “ Au lieu de fe contenter de mettre du feu fous l’alambic, & de bâtir w une cheminée à côté, pour que l’air qui entre par une ouverture quarrée M de deux pieds de côté , pratiquée fur le devant, y emporte le feu , il faut def-„ cendre les parois de l’alambic jufqu’à l’entablement du foyer; ( on peut „ donner à l’alambic telle forme que l’on veut, en le faifant de pièces de fer „ foudées, comme on en fait en Angleterre ) de forte que le feu foit commè ,5 au centre de l’alambic, au lieu d’ètre deffous ; puis fermant l’ouverture de „ devant par une piece mobile pour pouvoir jeter le combuftible, il ne faut „ donner au feu pour cheminée qu’un tuyau qui monte en lpirai à travers de „ l’eau même dans rintérieur de l’alambic. „
- 796. Par ces changemens, l’auteur prétend que ct le tuyau où la plus „ grande partie du feu fe trouve réunie, n’agit que fur la partie de l’eau qui en-„ vironne fa furface ; que le feu agit fur plus de points, l’alambic lui en pré-M fcntant bien davantage; qu’il agit plus long -tems , agiffant encore tout le 33 long du tuyau après avoir frappé l’alambic; qu’il eft reflerré, n’ayant abfo-?3 lument qu’un tuyau fpiral pour s’échapper. „
- 797. Enfin il ajoute à la machine deux foufflets qui donnent au feu renfermé l’air néceflaire pour ne pas s’éteindre, & qui jouant plus ou moins fort, à volonté , lui donnent le degré d’acftivité qu’on veut.1*
- 798. cc Ces foufflets tirent leurs mouvemens de l’arbre qui donne le mou-33 vementaux pompes ; on eft maître de les arrêter tout-à-fait, & de les faire 33 jouer aufïi doucement que l’on veut ( ce qui eft imporant dans cette mé-33 thode ) en les y adaptant de la maniéré fuivante. Il attache les foufflets à
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- » l’arbre qui fait mouvoir les pompes, chacun par une chaîne que l’arbre 5, puilfe faire jouer fans les mouvoir j quand on voudra les faire jouer , il n’y „ aura qu’à raccourcir cette chaîne 5 on le fera en établiffant entre deux cou-„ iiffes un cylindre mobile auquel la chaîne fera fixée : en tournant le cylindre „ plus ou moins , on raccourcira la chaîne aufli plus ou moins ; & alors le >5 cylindre & les foufflets étant tirés en-haut par le mouvement de l’arbre, joue-„ ront proportionnellement au raccourciflement de la ^ chaîne. Comme il faut „ que les foufflets agiffenten feus contraire, on fera agir un des fouffîets par „ un renvoi (a). Les foufflets font la principale caufe de la diminution dans „ la confommation du bois ; il n’eft pas d’autre moyen d’entretenir un petit „ feu , que de le foutenir par des foufflets j fans eux, on ferait obligé d’entre-„ tenir toujours un grand feu fous la chaudière ; fans les foufflets , on ferait „ obligé de donner au feu de larges ifliies , comme on eft dans l’ufage de le „ faire ; & outre ce qui s’y en perdrait par ces iffues , il n’y en monterait prefque „ point par le tuyau fpiral, où il a fa principale force. Afin d’empêcher que les „ forces qui agiffent fur le cylindre ne le faifent tourner, au lieu de le mouvoir ,9 de haut en bas , 011 embarrera dedans un levier qui portera fur une che-„ ville. Une autre économie du feu , e’eft que l’eau qui fera dans l’alambic „ n’aura que deux pieds de hauteur moyenne , au lieu de quatre qu’elle a eus „ jufqu’ici dans toute fa capacité : e’eft le préjugé le plus directement contraire jj à la vérité, que de croire que plus il y a d’eau dans un vafe, moins il brûle. „ Cela ne ferait tout au plus vrai qu’à feu égal i mais lorfqu’il eft queftion de „ faire évaporer une maife d’eau , & de donner à une groife maffe autant de ,9 chaleur qu’à une petite, il eft évident que plus la maffe fera groffe , & ,j plus il faudra de feu, & plus à tous égards le vafe doit fe brûler, tant parce ,j qu’il eft choqué plus fortement, que parce qu’il y aura toujours plus de 3, différence entre les degrés de chaleur des deux furfaces de fon fond. Le feu ,j peut encore'brûler un vailfeau lorfque, s’étendant le long de fes côtés, il tou-„ che à des points que l’eau 11e rafraîchit point : ou voit ici que cela ne peut ,j arriver ; ainfi l’alambic ne brûlera pas plus , brûlera même moins, avec peu „ d’eau qu’avec beaucoup. 5>
- Des machines pour élever les eaux & les charbons dans des féaux & dans des -caijfes ; & des différentes puffances quon y applique.
- 799. Les machines employées à cet objet, font en raifon des puiflances qu’on eft obligé d’y appliquer i ces dernieres font elles-mêmes en raifon des charges à élever. Il eft facile de juger que, s’il ne s’agit que des déblais ou
- (a) Selon M. de Parcieux, ces foufflets augmenteraient de beaucoup la confommation du bois, & détruiraient la machine en peu de tems : ce qui fuit eft la réponfe à ces objections.
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- des premières eaux qui fe rencontrent en fouillant une avallereffe/ou de travailler une fo(fe de petit athour, les caifles ou paniers, ainfi que les féaux, font d’une capacité moyenne & fufceptibles la plupart du tems d’ètre amenés au jour par les machines les plus (impies de l’efpece dont plufieurs ont ’ été décrites à leur place. Dans le cours de l’exploitation d’une folle de grand athour, on fe débarralfe même des eaux pendant la nuit par tinnages, c’eft-à-dire, par des féaux, qui alors font d’une grandeur un peu confidérable, & à l’aide de machines qui commencent à s’éloigner des machines (impies. (a) Enfin , pour les charges considérables , telles que celles qui proviennent d’une folfe de grand athour, & telles qu’on en amené au jour dans quelques mines, les machines ne peuvent être que plus ou moins compofées & mifes en adion par une fores proportionnée ; cette force ne peutfe trouver que dans l’homme ou dans les animaux. Que ce foit l’un ou l’autre de ces deux agens que l’on mette en œuvre pour mouvoir les machines , on doit connaître très-exademeut la force dont celui que l’on emploie eft capable relativement aux réfiftances qu’il eft obligé de vaincre : (ans cela, on s’ex-po(e au défôgrément de conftruire une machine difpendieufe, qui ne marchera pas, ou qui aura un effet très-inférieur à celui qu’on attendait.
- 800. Les recherches par lefquelles on s’eft propofé de connaître les agens animaux, relativement à leur puilfance , donnent pour réfultats que le travail d’un homme eft la moitié de celui d’un âne, la leptieme partie de celui d’un cheval, &c. Ainfi, toutes les fois que lesœirconftances le permettent,
- , on doit employer, pour mouvoir une machine, l’âne, le cheval, préférablement à l’homme. Il eft beaucoup de cas où l’homme a de l’avantage , tant dans fou intelligence, qife pour fe procurer des machines plus (împles;, & conféquemment moins fujettes au frottement ou aux autres réfiftances, qui abforbent en pure perte une partie de la force mouvante dans ces machines j 011 doit fur-tout s’attacher à proportionner tellement les bras de levier,
- ( a ) Il femble naturel de croire que le „ dans les mines de charbon de Montrelay, tems de la nuit, où les ouvrages font inter- „ de plomb à Pontpcan, & autres mines de rompus, n’eft employé à cet épuifement „ Bretagne , que les eaux & fources fouter-que pour ne point gêner les travaux qui „ reines font plus abondantes & plus fortes ' fe font de jour. M. le chevalier de Delo- „ la nuit que le jour ; c’eft-à-dire, une mieu , officier au régiment des Carabiniers, „ quantité quelconque de féaux d’eau tirée a avancé fur cela une opinion particulière, „ pendant le jour, faifant baiffier l’eau des
- qu’il a publiée par la-voie du Journal de „ fonds d’un ou deux pieds , la même quan-jhyfique de M. l’abbé Rozier, juillet 1771, „ tité tirée pendant la nuit, la fera baifler
- tonie VI. Nous inférons ici cette réflexion, ,, au plus de quelques pouces, & encore
- en invitant les phyficiens à conftater le fait „ le plus fouvent ne fuffira que pour la avant de l’expliquer. “ On a obfervé conf- „ retenir à fon niveau. „
- „ tamment dans les mines, entr’autres ’
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- que les hommes ne prennent pas une trop grande vîtelfe, fi tfon veut tirer tout le parti poffible de leurs forces. Ces forces font encore différentes, félon qu’elles font difpofées d’une maniéré ou d’une autre. Ainii, en connaiffant leur effet en général dans la conftrutftion la plus fimple d’une machine, on doit confidérer en particulier ces forces relativement à leur difpofition dans les machines petites ou grandes , fimples ou compofées.
- Examen de la force des hommes ou des chevaux, pour faire agir des
- machines.
- Des hommes appliqués aux machines à élever.
- 801. M. l’abbé Boffut, dans fes Elémens de méchanique, en examinant l’aétiori dont un homme eft capable , eflime avec M. Bernoulli, qu’on pourrait donner pour tâche à un homme d’enlever 120 livres à un pied de hauteur à chaque fécondé de travail. Si l’on applique un homme à une manivelle d’un treuil ordinaire , l’expérience apprend qu’il peut agir pendant huit heures , & faire faire à la manivelle trente tours par minute , en fuppofant, i°. que le rayon du cylindre & celui de la manivelle font égaux, & chacun de 14 pouces -, 2°. que le poids appliqué à la furface du treuil eft de 2 f livres. Le principal point de cette machine eft, que la groffeur de l’efîieu foit proportionnée à la longueur du levier , enforte que deux hommes puiffenty travailler pendant affez long-tems fans fe fatiguer. Il faut encore que les leviers & les pièces qui portent le vindas foient proportionnés à la hauteur d’un homme.
- 802. La grue, qui eft un compofée du treuil & de la poulie, entre aufli parmi les machines employées dans les travaux de mines. Il n’y a point de réglés déterminées pour la conftru&ion de cette machine ; c’eft, autant qu’il eft poffible , félon l’ufage qu’on veut en faire , & principalement félon le poids que l’on veut enlever : ce qui en fait varier la conftrudion quant à la difpofition de fes parties , dont les principales font le pied, le bec ou le rancher, & les poulies. En appliquant à la grue ce qui a été dit du treuil & des poulies , on connaîtra Pelfet & la force de cette machine.
- 803. La différence du produit réfultant de la force des hommes & des chevaux, appliquée à une grande machine,eft très-remarquable. Les Anglais qui ont comparé enfemble ces deux forces , ont reconnu que, pour tirer, cinq , lix ou fept travailleurs font égaux en force à un cheval, 8c peuvent avec la même facilité pouffer en rond le levier horizontal dans un trottoir de 40 pieds i mais trois des mêmes hommes poufferont circulairement dans un trottoir de 19 pieds, un levier qui ne pourra pas être tiré par un cheval, d’ailleurs égal à cinq hommes (n). Les calculs du doéleur Défaguliers peuvent
- ( a ) Les Français fuppofent toujours un cheval égal à fept hommes : le docteur Défaguliers adopte cette évaluation. 11 eft à propos d’obferver en palfant que les expériences
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- fervir de guides dans les obfervations relatives à ce point de méchanique pratique : voici le paiTage de fon ouvrage, tome I, leçon IV.
- $04. Lorsqu’un homme fait tourner un rouleau horizontal ou un vindas „ avec une manivelle, ou autre manivelle, il n’a pas plus de $0 livres pefant „ qui agirent contre lui , s’il travaille dix heures par jour, & s’il éleve le „ poids à environ trois pieds & demi dans une fécondé , ce qui eft la viteiTe or-„ dinaire avec laquelle un cheval tire un poids: je dis 30 livres, en fuppo-„ fant le diamètre du centre au coude de la manivelle j car s’il y a, comme „ à l’ordinaire, quelqu’avantage méchanique, enforte que le diamètre de l’ar-„ bre fur lequel la corde eft entortillée foit quatre ou cinq fois moindre que „ le diamètre du cercle que la main décrit, alors le poids fera, en y compre-„ liant la réfiftance qui vient du frottement & de la roideur de la corde , „ quatre ou cinq fois plus grand que 30 livres , c’eft - à - dire, autant que le „ poids fe meut plus lentement que la main. Dans cette opération, la force „ d’un homme varie dans chaque partie du cercle que la manivelle décrit ; ,, la plus grande force eft, lorfqu’un homme tire la manivelle en-haut, d’en-„ viron la hauteur de fes genoux j & la moindre force eft lorfque , la mani-,, velle étant au plus haut, un homme la pouffe horizontalement contre lui. „ Enfuite l’effet devient plus grand à mefure que l’homme agit par tout „ fon poids pour paffet en-bas la manivelle ; mais cette a&ion ne peut pas „ être auflî grande que lorfqu’un homme tire en-haut, parce qu’il 11e peut „ pas y appliquer au-delà du poids de fon corps i au lieu qu’en tirant en-bas, ,, il agit avec toute fa force. Enfin l’homme n’a que très-peu de force , lorf. „ qu’il tire vers lui horizontalement la manivelle arrivée au point le’ plus bas. ,, Si deux hommes travaillent à l’extrémité d’un rouleau ou cilun vindas, „ pour tirer des charbons ou des pierres d’une mine , ou pour tirer de l’eau „ d’un puits, il leur eft plus aifé de tirer en-haut 70 livres ( en fuppofànt ,, toujours que le poids & la puiffancé ont des vîteffes égales) qu’à un homme „ d’en tirer 30 livres , pourvu que le coude de l’un des manches^ foit à angles „ droits avec l’autre ; car alors un homme agira au point le plus fort, tandis ,, que l’autre agira au point faible de fa révolution ; & par ce moyen les deux „ hommes fe fouîageront mutuellement & fucceflivement. La maniéré ordi. „ naire eft de placer les manches à l’oppofite l’un de l’autre : ce qui ne peut „ pas donner l’avantage dont on vient de parler, quoiqu’on gagne même dans „ cette polition un peu de force, parce qu’un homme tirant pendant que „ l’autre pouffe, travaille au plus fort des deux points faibles , pendant que „ l’autre travaille au plus faible, ce qui l’aide un peu. Il eft vrai qu’il y a un „ moyen de faire enforte qu’un homme travaille un tiers de plus avec un vin-
- qui fe trouvent fur ce fujet dans le Cours de phyfque expérimentale de ce favant, ne font pas toutes également précifes.
- das,
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- „ das, lorfque le mouvement eft fort rapide, comme d’environ 4 ou f pieds „ par fécondé, & c’eft par l’application d’un volant {a) , ou plutôt, ce qui vaut „ beaucoup mieux, par le moyen d’une rooe pefante à angle droit fur PeC-„ fieu du vindas ou du rouleau ; par ce moyen la force de la puiflance que „ l’homme aurait perdue, fe conferve dans le volant, & fe diftribue égale-„ ment dans toutes les parties de la révolution : enforte que pendant quelque „ tems, un homme peut agir avec la force de 80 livres, c’eft-à-dire, furnion-„ ter une réfiftance continuelle de 80 livres, & travailler tout un jour lorfque „ la réfiftance n’eft que de 40 livres. „
- 804. M. Camus (/») a propofé, pour tirer d’un puits de profondeur ou d’une carrière ou d’une mine, de l’eau & des pierres, une machine dans laquelle il a imité ingénieufement le méchanifme des fufees de montre.
- Machine qui agit par un feul homme, propofêe par M. Camus.
- Sof. Cette machine eft compofée de deux bobines (à) coniques & égaies qui ont le même axe horizontal, & qui font adolfées par leurs plus grandes bafes. Deux cordes qui fe roulent en fens contraires fur ces bobines, fou-tiennent deux féaux, dont l’un monte pendant que l’autre defcend 5 chaque feau , lorfqu’il eft prêt à fe vuider ou qu’il vient immédiatement d’être vuidé, eft appliqué au plus petit rayon de la bobine. La machine eft mue par un homme qui marche dans la roue, & qui changeant alternativement la dire&ion de fon mouvement, fe trouve toujours placé du côté du feau qui defcend. On voit que les poids des cordes étant nécelfairement alfez confidérables , doivent entrer en ligne de compte dans le calcul de la machine, & que la figure rigoureufe de chaque bobine devrait être telle que, dans une pofition indéterminée des deux féaux, il y eût équilibre, fans que le poids de l’homme celfât d’agir exactement fuivant la même ligne verticale : il s’en faut très-peu de chofe que cette condition ne foit remplie lorfque les deux bobines ont la forme de cônes tronqués : ainfi cette figure , qui eft d’ailleurs la plus commode à exécuter, peut être employée dans la pratique fans craindre d’erreur fenfible.
- 806. M. l’abbé Bossut, en faifant cette remarque, l’a accompagnée d’une
- (a) En terme de meunier un volant dé-figne deux pièces de bois qui font attachées en forme de croix à l’arbre du tournant, mifes au-dehors de la cage du moulin à vent, & qui étant garnies d’échelons & vêtues de toile, tournent lorfque les ailes font étendues , & qu’il vente alfez pour les faire aller : on les appelle aulfi volées & ailes Tome XV11.
- de moulin.
- (b) Mémoires de l’académie, en 1739. Cours de mathématiques, tome IV, p. 16$.
- ( c ) Bobine en général, eft un cylindre de bois, qui a plus ou moins de diamètre & de longueur, & qui eft percé fur toute fa longueur d’un petit trou dans lequel ou fait palfer une broche qui fert d’axe.
- Bb b
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- théorie générale, pour mettre en état de conftruireles deux cônes tronqués, en connailTant le grand & le petit rayon que doit avoir chaque bobine, & leur hauteur ou leur côté: fon calcul donne pour le bras de levier du poids de l’homme, la fixieme partie du rayon de la roue. 11 finit par obferver que la hauteur d’un homme pouvant être d’environ cinq pieds & demi, on doit donner au moins 6 pieds de rayon à la roue , afin que l’homme en marchant ne fe heurte pas la tète contre l’arbre de la roue, qui peut avoir environ un pied de diamètre. Il a foin d’avertir que le poids d’un homme ordinaire eft d’environ iyo livres j qu’un pied cube d’eau douce pefe 70 livres à très-peu près (a) y qu’une corde d’un pouce de diamètre pefe environ 2 livres fur 6 pieds de longueur.
- 807. Nous finirons par une obfervation importante de M. l’abbé Boffut. Cette machine occupant néceflairement une place alfez confidérable , & exigeant, pour pouvoir être employée, que le diamètre du puits foit plus grand que le double de la longueur d’une bobine , plus le diamètre d’un feau garni de fon armure , il eft un moyen d’y fuppléer , lorfque la chofe ne peut avoir lieu, c’eft-à-dire, que l’ouverture du puits eft proportionnellement trop petite. Au lieu de deux bobines coniques , 011 peut employer deux'bobines cylindriques, fur lefquelles les cordes font plusieurs tours concentriques les uns fur les autres 5 ces bobines occupent évidemment moins de largeur que les bobines coniques, puifqu’on eft maître de ne donner aux premières que la longueur fimplement requife pour que les féaux 11e fe rencontrent pas, & ne fe gênent point dans leurs mouvemcns.
- De la force des chevaux appliquée à élever les eaux ou les charbons au jour.
- gog- Pour élever un feau de 15*0 pieds de profondeur, un cheval emploie huit minutes, compris le tems de la charge & décharge î & au lieu de igoo toifes par heure qu’il devrait parcourir dans le travail le plus ordinaire, il n’en parcourt que 105-6 , & 11e fait l’extradion que d’environ 80 pieds cubes d’eau (£) ou ro muids par heure. Ce qu’un cheval peut tirer en-haut du fond d’un puits, fur une poulie fimple ou fur un rouleau fait de maniéré que le frottement foit le moindre poifible, eft proprement le poids qu’un cheval peut tirer. On eftime que dans les travaux ordinaires , un cheval ne peut tirer que 246 livres : quand il agit avec toute fa force, il ne lui eft pas poflible de tirer plus du double de ce poids ; d’où l’on peut évaluer à environ 200 livres le poids que deux chevaux l’un dans l’autre peuvent tirer de
- ( a) Chaque pied cube contenant 36 pefe ç? livres ; un cylindre d’eau qui a un pintes mefurées jufte, faifant un huitième pied de diamètre & un pied de hauteur, du muid de Paris. pefe fix onces & un gros, à fort peu de
- (b) Pefant 70 livres : le pied cylindrique chofe près.
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- la maniéré doit il s’agit, en travaillant huit heures pour jour*, & faifmt à peu près deux milles & demi par heure, c’eft-à-dire , environ trois pieds & demi par fécondé. Cette force d’un cheval, que l’on regarde en général plus propre pour pouflèr en-avant, eft prodigieufement augmentée dans les grandes machines à moulette , connues dans quelques endroits de France fous le nom de baritel, baritel à chevaux , pour les diftinguer du baritd a eau ( a ). Par ce que nous avons dit du nombre de traits de charbon que l’on eftime à Liege être enlevés par jour d’un puits de mine, du poids de 4000 livres chaque , il eft aifé de fupputer la charge énorme de l’enlevement total auquel on parvient en fix heures de travail avec huit chevaux. On entendra facilement cette eftimation, en fe repréfentant cet enlevement tel qu’il a été décrit à l’article de l’exploitation au pays de Liege. Au poids de quatre mille livres, réful-tant de 40 traits, il faut ajouter celui des chaînes, qui eft de 35 livres par toife , faifant, pour 50 toifes de profondeur, 1750 livres ,11011 compris encore le poids inconnu du couffade & du vay, tiré du fond de la vallée , pendant que ie couifade, dont il eft moitié , monte dans le bure. Cela fuppoferait quel’ex-traclion peut aller par jour , c’eft-à-dire dans l’efpace de douze heures de travail, en comptant cinquante traits de 2500 livres chacun, à 125000, 2A00 à 130000 , & de 3000 à 1 foooo ;& en comptant 80 traits du poids ci-deft fus, 011 tirerait pour le premier , par douze heures , 200000, pour le fécond 208000 , & pour le troifieme 240000. .En ne fuppofant l'extraction par jour, c’eft-à-dire, en douze heures, qu’à 40 traits, elle produirait, favoir : à 2f000 /chaque trait 100000 2600 .... 104000
- 3000 .... 120000
- En fuppofant 80 traits par 24 heures,
- à 25*00 rapporteraient . . . 200000
- 2600......................208000
- 3000 . ................240000 (b)
- 709. Dans la mine de Carron, 011 économife un cheval, au moyen d’une machine à moulette , dont voici la defeription. A l’embouchure du puits eft fixée une potence (c) tournante, avec une corde qui enveloppe un treuil.
- (a) Cette machine à eau, inconnue en France& employée à Altemberg , margraviat de Mîfnie,eft décrite & gravée dans l’ouvrage de l’académie de Freyberg, fous le nom de waffer-goepel, kchrrade, machine à eau , machine à roue.
- ( b ) On doit obferver que le poids de cette charge change , lorfque le couffade montant & le couffade defeendant fe ren-
- contrent à la même hauteur dans le puits.
- ( c ) En charpenterie, c’eft une piece de bois debout, comme un pointai, couverte d’un chapeau ou d’une femelle par-devant, avec un ou deux liens en contrefiches, qui fert pour foulager une poutre d’une trop longue portée, ou pour en foutenir une qui eft éclatée.
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- Cette corde paflant fur une poulie de renvoi à Pextrèmité de la potence, laide pendre dire&ement dans le puits un crochet de fer i de forte que , quand la caiffe qui apporte du charbon eft en - haut, on l’accroche à la corde , & on défait le crochet du cable de la machine à mouîette , auquel on accroche une autre caiife vuide ; la caiife pleine fe trouve ainfi fufpendue à la potence que l’on tourne de côté : on ouvre le fond de cette caiife, & le charbon tombe dans la place qui lui eft deftinée ; on referme le fond , on tourne la potence pour remettre la caiife fur le bord du puits ,en attendant que celle qui monte foit arrivée. Cette machine a le mérite de ne demander que deux chevaux pour fon fervice.
- 810. Parmi les machines les plus compofées, la plus remarquable, fans contredit, eft celle dont nous avons donné l’explication fommaire, avec une planche cotée XFI, n°. 2 , dont 4ious fournies redevables au célébré M. Franklin.
- Machine à mouîette d'une nouvelle invention, avec laquelle on enleve le charbon de la mine de Walker, aux environs de Newcajlle,
- 811 • Il eft à obferver que les paniers de charbon appartiennent à cette machine. Ils enlevent jufqu’à lix quintaux, & l’on ne peut fe fiervir de plus grands paniers, attendu la difficulté & même l’impoffibilité qu’il y aurait de les charrier dans l’intérieur de la mine. Ce panier fe remplit chaque fois à l’endroit même du travail, & eft traîné au chargeage , d’où il eft enlevé à l’œil du bure : là un ouvrier le détache pour le mettre fur le petit traîneau ; auffi-tôt il accroche à fa place un autre panier vuide , afin de perdre moins de tems : le panier chargé eft traîné par un cheval à une diftance de ^ ou 4 toifes du puits, où l’ouvrier le verfe fur le tas.
- 812. Cette machine différé de celles appellées à mouîette, en ce qu’elle eft compoiëe d’un grand rouet horizontal, confiftant en différentes portions de cercles armés de dents, le tout en fer coulé , & réunis enfemble pour former le rouet. Les dents engrenent dans une lanterne ( a ), qui n’eft autre chofe que le tambour de la machine : au bas & autour de cette lanterne font des fufeaux en fer forgé , de 6 à 7 pouces de hauteur feulement : quoique le diamètre du tambour foit affez grand, il l’eft pourtant moins que celui du rouet j au-delfus du rouet, il y a quatre bras de leviers , à chacun defquels font attachés deux chevaux.
- 812. Nous avons fait remarquer l’art avec lequel il paraît qu’on s’eft occupé dans cette machine de fauver les frottemens, & de concilier la vîteffe :
- (a) Efpece de pignon, ayant la forme d’un cylindre à jour , & où les fufeaux font placés entre deux difques.
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- feu M. Jars, qui a vifité cette machine, & qui en donne ia conftru&ion fom-maire que je viens de rappeller, trouve qu’elle préfente des inconvéniens dans l’augmentation des frottemens, quoique d’ailleurs il reconnaifle qu’elle eft faite avec beaucoup de foin & de précision, & qu’on y a réulîi à augmenter la vitelfe, puifqu’en deux minutes on enleve de cent toifes de profondeur un panier de charbon chargé feulement de iix quintaux ; mais comme cet enlevement eft le produit de huit chevaux qu’on y emploie toujours, & qu’on fait aller au grand trot, il ne paraît pas bien démontré à M. Jars que le but qu’on s’eft propofé foit rempli complètement. Cet académicien prétend encore qu’il y aurait à examiner fi, au lieu de remplir ces paniers à l’endroit du travail, on ne ferait pas mieux de les remplir.au fond du puits, & fi on ne regagnerait pas cette double manœuvre par la grandeur des féaux ou paniers qu’on éleverait par la machine ; il ajoute qu’une machine faite avec un très-grand tambour, tiendrait lieu de celle qui eft faite avec rouet & lanterne, & qu’elle aurait moins de frottemens à vaincre. Nous nous contentons d’expo-fer ici les réflexions préfentées par l’auteur des Voyages métallurgiques ; elles portent fur un point en général très - difticultueux, je veux dire la plus grande perfection des machines compofées de roues dentées, dans lefquelles on ne peut compter fur une précifion parfaite, & où il faut, pour ainfidire, que le pignon & la roue ne faffent Simplement que fe toucher. Le directeur de mines ne peut trop , en conféquence, étudier leur conftruction. M. Camus, dans fon Cours de mathématiques, (a) s’eft attaché à déterminer la meilleure figure qu’on peut donner aux dents des roues plates 8c de champ, les diamètres que deux roues qui engrenent enfemble doivent avoir, relativement au nombre de leurs dents, & la quantité de leur engrenage. Cette partie de ce traité renferme fur les pignons de 7, 8, 9 8c 10 ailes (/») , des ob~ fervations particulières, qui rendent plus facile & plus utile l’application de la théorie de l’auteur.
- Du manege ou troittoir en général , appellé par les houilleurs Liégeois, le
- pas du bure.
- 814. Un article fur lequel des obfervations de détail 11e font pas , à beaucoup près , indifférentes, c’eft l’étendue à donner à l’aire que doit parcourir un
- (a) Tome II. Elément de méchanique riviere alluchons les dents qui font chacune Jlatique, liv. X & XI. d’une piece rapportée, & fufeaux quand
- ( b ) Dans les grandes machines les dents elles font des cylindres aflemblés dans des des pignons font appellécs ailes , quand tourteaux, 6c,qu’elles compofent une lan-elles font d’une même piece avec le corps terne, du pignon, comme on nomme en terme de
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- cheval attelé à ces machines. ct Le plus ou moins de force qu’y acquièrent les „ chevaux, eh fans contredit attaché à l’efpace qu’on donne au manege , qui „ doit être aflez large en diamètre : autrement le cheval ne pourra point agir „ avec toute fa force en tournant; car dans un petit cercle la tangente dans la-„ quelle le cheval doit tirer , s’écarte plus du cercle où le cheval, eft obligé de „ marcher, qu’elle ne fait dans un grand cercle.,, Le doéteur Défaguliers, dans fon Cours de phyjîque expérimentait (a) , obferve & démontre favamment cette proportion qui fert de bafe aux réglés à obferver fur ce point. Nous croyons devoir rapporter ici en entier tout ce qu’en dit cet illuftre pbyficien.
- giy. ct Pour bien faire, ce trottoir ne doit pas avoir moins de 40 pieds de ,, diamètre, quand il y a affez déplacé pour cela; & ordinairement ce n’eft „ point ce qui manque dans les établiifemens de machines pour les mines. „ Dans un petit trottoir, comme on en fait quelquefois lorfqu’on eft gêné „ par la place, le même cheval perd confîdérablement de fa force, parce „ qu’il tire dans une corde du cercle tirant la poutre horizontale derrière lui „ à angles aigus; tellement que dans un trottoir de 19 pieds de diamètre , „ j’ai vu, dit l’auteur , un cheval qui perdait deux cinquièmes de la force „ qu’il avait dans un trottoir de 40 pieds de diamètre ( b ). Dans la plupart des „ grandes villes, où l’on a befoin de ces trottoirs , les charpentiers de mou-„ lins n’aiment point à faire de grands trottoirs, même quand ils ont de la „ place, parce qu’ordinairement le terrein eft précieux dans les endroits où „ l’on eft obligé de s’établir ; & l’on eft accoutumé à faire les barres à tourner „ pour de petits trottoirs , en imaginant qu’il fuffit de donner la même vîteffe „ proportionnelle à la puiifance & au poids que l’on donne dans les plus „ grands trottoirs , ( parce que Ci la grande roue ( c ) eft d’un diamètre Ci petit „ que le cheval tire près du centre, la difficulté de tirer, Ci ce n’était pour „ l’entortillement du cheval, ferait toujours la même ) ne faifant pas réflexion M à l’effort que l’on fait faire au cheval ; ou lorfqu’ils ont trouvé par expé-„ rience combien un cheval peut tirer aifément, & quels font les défavanta-„ ges qui réfultent d’un tournoiement fubit, ils ne veulent pas profiter de ,3 l’avantage que leur donnerait un plus grand efpace , en éloignant cette diffi-
- (a) Leçon IV.
- ( b ) Dans les carrières d’ardoife en Anjou , on donne ordinairement 24 pieds de diamètre au manege.
- (c) Le traducteur de l’ouvrage a rendu d’une maniéré que nous n’avons pu adopter, quoiqu’elle l’ait été par les rédacteurs de l’Encyclopédie, où fe trouve ce fragment, le mot cogwheel, qui en anglais fignifie, lorfqu’on parle de machines, toute efpece
- de roue armée de pointes ou de dents , nommées aüuc/ions. La partie fupérieure des roues dont on fe fert dans les ardoifteres d’Anjou pour élever les eaux & les ardoifes au jour, éll garnie de ces alluchons perpendiculaires au plan de la roue qui eft horizontale. Nous avons aufli rendu le mot anglais geer par l’expreffion barres à tourner, qui convient davantage que celle employée dans la traduction françaife.
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- » culte ? parce qu’ils tiennent à la méthode à laquelle ils font habitués : mais „ les charpentiers de moulins, qui ont travaillé aux mines de charbon de „ pierre , font plus intelligens en cette matière, ayant été accoutumés à de „ grands trottoirs pour les chevaux dans les mines. ,,
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- ARTICLE III.
- Idue générale des différentes maniérés de Je fervir du charbon de terre pour les arts & pour les ufages domefiiques 5 & expojîtion raifonnée de celles qui font les plus importantes.
- 1. e s travaux difpendieux, pénibles & continus , auxquels on ne fait pas difficulté de* fe livrer pour exploiter en grand une carrière ou mine de charbon de terre, ne lailfent aucun doute fur l’utilité de ce foffile : fes avantages font prouvés de relie, quand on vient à fe repréfenter la multitude de perfonnes auxquelles il fournit, en différens genres, matière à occupation , depuis le premier inftant qu’on en foupçonne la préfence dans un endroit, julqu’au moment où l’on va le chercher à des profondeurs confidé-rables. Ce foffile ne fait pas feulement l’occupation du propriétaire , de l’entrepreneur de la mine, des ouvriers qui le détachent des entrailles de la terre, ou de ceux qui l’emploient comme combuftible : réduite, par l’ignition, en corps ou mafle, calcinée en cendres , en fuie, la houille n’eft pas encore une matière de rebut, entièrement dépourvue d’utilités ; plufieurs arts tirent parti de fes différens réfidus. Tandis que le phyficien médite fur les travaux connus auxquels la houille donne lieu, pour éclairer les artiftes & perfectionner leur main-d’œuvre, l’homme de commerce ou de finance les foumet à fes calculs, le politique à fes fpéculations ; l’homme d’état & le fouverain mettent à profit leurs fpéculations réunies : l’exploitation & l’exportation du foffile font favorifées ; les efforts que fait l’indullrie pour applt-quer le feu de ce foffile à différentes opérations des arts, font encouragés. Voyez la préface.
- 2. Telles font les faces multipliées fous lefqueîîes le charbon de terre fe prête à des recherches de différens genres, tant fpéculatives que pratiques. Parmi les arts auxquels ce foffile fournit une reffource, le plus noble de tous, la médecine , fœur de la philofophie, qui a fous fa fauve-garde l’humanité entière , conlîdere à fa maniéré ce foffile ou fes mines , & cette manière 11’eft ni la moins variée ni la moins digne d’attention ; tantôt feule & tantôt aidée par la chymie, elle embraffe tout à la fois l’hiftoire naturelle, phyfique &
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- médicinale, tant du charbon de terre que de fes mines ; elle s’étend encore fur ce que l’on pourrait appeller la médecine préfervative & curative des ouvriers de mines. En effet, la nature des évaporations du charbon de terre dans les galeries, reconnue par les recherches du médecin phyficien, exempte de cette qualité dangereufe & mal-faifante particulière aux autres fortes de mines, devient un fujet de confolation & d’encouragement pour le houilleur déjà enhardi, ou par fa propre expérience , ou par l’exemple qu’il a fous fes yeux, des autres ouvriers qu’il voit s’adonner aux mêmes travaux fouterreins. Le même houilleur eft-il confidéré dans fes atteliers, expofé aux incon-véniens de l’humidité , du défaut d’air, du feu , des inonda'tions ? Ces dangers on été l’objet de l’attention bienveillante de plufieurs hommes célébrés. Agricola, Ramazzini , Henckel, Lehmann , ont pris foin en particulier de pourvoir à la fûreté des ouvriers de mines. La médecine moderne n’y veillera pas avec moins d’avantage, en perfectionnant les méthodes déjà pratiquées de fecourir efficacement les houilleurs fuffoqués*ou noyés dans les mines. S’agit-il des hommes raflemblés en fociété dans l’enceinte des villes, & qui, par la fuite des tems , feraient dans le cas d’ufer du charbon de terre pour le chauffage ? La médecine, à qui appartient la connai(Tance des ehofes falubres ou nuifibles, ralfure les nations contre les préjugés défavorables à ce feu. Les Hoffmann, & d’autres praticiens dignes de toute confiance, n’héfitent pas à prononcer que la fumée de ce chauffage eft propre à foulager les phthifiques, les fcorbutiques, & peut même être utile dans la rougeole, &c. Enfin la voie d’analyfe, de diftillation, de dilfolution , de dé-compofition , ou autres , adoptée ou employée parla chÿmie pour découvrir la texture & la nature, foit du charbon de terre, Toit des couches qui l’a-voifînent, décele dans ce s fubftances des principes médicamenteux ; rien ne ferait fi facile que de les approprier, fuivant l’exigence des cas, à la con-fervation du houilleur qui fe voue à paffer une partie de fa vie dans l’obfcu-rité, à la confervation de l’ouvrier qui emploie ce combuftible, à celle de l’agriculteur , des artittes qui en tirent avantage, du commerçant, du financier,, du politique, de l’homme d’état, du phifolophe.
- 3. Le charbon de terre en nature peut lui-même fervir à imiter (plufieurs remedes de conféquence qu’il fraudrait aller fouvent chercher au loin. Cette circonftance mérite grande attention, puifque par-tout où il y a le moindre ouvrier en fer, on eft fur de trouver aufîi du charbon de terre. Ces différens points de vue utiles, fous lefquels ce Mile fe préfente, font tracés affez en détail dans le courant de notre ouvrage : il ne nous refte, en le terminant, qu’à rapprocher dans ce dernier article fous un coup-d’œil général les ufages variés auxquels s’applique le charbon de terre, & éclaircir par une théorie pratique, comme nous avons fait pour l’exploitation, quelques-unes
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- ques-unes des méthodes employées pour des ufages eflentiels : voici l’ordre dans lequel nous parcourrons les différens arts qui font entrer pour quelque chofe dans leurs opérations, ou le charbon de terre , ou quelque partie qui en réfulte.
- 4. La lanté étant le premier de tous les biens , qui feul donne la facilité de cultiver les arts; les ufages médicinaux du charbon de terre, pour établir la fanté, doivent tenir la première place dans notre récapitulation.
- 5. Aucun art, après la médecine, 11’eft plus utile, n’a plus d’étendue» & ne touche l’homme de plus près , que celui qui s’occupe de la fertilité de la terre, qui bonifie nos moiffons, qui pourvoit à notre fubfiilance, &c. Pour augmenter cette fécondité admirable & améliorer cette immenfe quantité de végétaux, dont les racines, les feuilles, les fleurs & les fruits fourniffent à diferétion foit aux hommes, foit aux animaux, une variété de nourritures égales à la fantaifie des premiers & aux befoins des féconds , l’agriculture applique avec fuccès à l’amendement de certaines terres , les cendres de houille. Cet art noble par fon objet, par fa première origine, par fon premier maître, fon premier inventeur, mérite auffi d’ètre mis à la tète des arts dans l’efpece de revue qui va faire la matière de cette derniere feélion.
- 6. Après avoir rappellé fommairement les différentes fubflances qui fe retirent du charbon de terre, nous confidérerons ce fofîile dans les différens arts auxquels il eft néceflaire comme combuftible ou économique, ou plus avantageux pour leurs opérations, (a) Nous terminerons, en l’examinant de la maniéré la plus détaillée pofftble, comme combuftible propre au chauffage; nous difeuterons les avantages de ce chauffage. Les préventions que l’on a dans plufleurs pays fur ce point, nous ont paru mériter d’être difeutées en particulier : il ne tiendra pas à nous que la houille ne prenne dans l’idée des Français la place qu’elle mérite parmi les combuftibles utiles.
- (a) En 1772 les états de la province de Languedoc, où la difficulté de fe procurer du bois à brûler peut fe réparer par l’ufage du charbon de terre, dont il y a plufieurs carrières dans cette province, ont demandé pendant leur affemblée un corps d’inftruétions fur l’emploi du charbon de terre, comme combuftible propre à différens arts. Ces inftru&ions ont fait le fujet d’un ouvrage publié en 177Ç, fous le titre: Inf mêlions fur Vif âge de la houille, plus connue fous le nom impropre de charbon de terre, pour faire du feu ; fur la maniéré de l'adapter à toutes fortes de Tome XVII.
- feux, ef fur les avantages tant publics que prives qui rcfultcront de cet ufage. L’auteur était M. Venel, qui avait été chargé de cette partie. La recherche des différens endroits de la province où il fe trouve des mines de charbon, a été confiée à M. de Genfanne , qui vient de publier à ce fujet YHifoire naturelle de la province de Lan-, guedoc, partie minéralogique ef gcoponi-que, avec un reglement, injlrucîif fur la maniéré d'exploiter les mines de charbon, de terre, compofé de 46 articles, 1776, tome I.
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- Propriétés médicinales du charbon de terre dans la mine meme, & hors de la mine.
- 7. Les cbymiftes font ceux, d’entre les phyfîciens, qui fe font le plus attachés à connaître la nature du charbon de terre ; mais ce foifile eft, de toutes les productions des trois régnés , celle qui préfente plus de Angularités & de difficultés à l’analyfe. Les réfulîats des analyfes de charbons de terre de plufieurs pays font tous différens ; quelques - uns de ces foffiles demanderaient, je crois, à être fomis à cet examen au fortir de la mine.
- 8. On fait en gros, que les principes conftituans du charbon de terre font tous terreux, falins, bitumineux, &c. Il eft certain que la médecine pratique n’en tire aucun fervice. M. Lieutaud, en obfervant qu’il eft de peu d’ulage dans l’art de guérir, ajoute : Virtute tamen refolvente gaudet, & faujle admovetur tumidis glandulis cervicis, cceterarumque partium. (a) Plufieurs recherches, fur-tout d’anciens auteurs, comme Libavius, Théophrafte, Sen-nert, Frédéric Hoffmann le vieux, donnent auflï à préfumer, félon l’obfer-vation de M. Kurella, (b) que loin d’être inutile & à méprifer dans l’art de la médecine, le charbon de terre peut au contraire fournir des remedes affez avantageux pour mériter, dans quelques occafions, fur d’autres remedes, la préférence, & peut - être une forte de réputation lorfqu’on en aurait ob-fervé attentivement les effets. Ces différentes autorités , & , ’ce qui eft encore plus fort, l’intérêt général de l’humanité, font des motifs'bien fuffifans pour réveiller l’attention des médecins : ceux en particulier auxquels le voifinage d’une mine de charbon de terre peut donner les facilités de foumettre à l’expérience des remedes auflî fimples ou aulii répandus, ne doivent point négliger ce moyen d’enrichir l’art de guérir : nous leur fraierons ici le chemin que nous leur indiquons, en commençant par confidérer les mines de charbon de terre dans les avantages particuliers qu’on peut en retirer pour la fanté , abf. traction faite du fofille qu’elles produifent. (V)
- 9. On a déjà eu occafion, dans la première partie de cet ouvrage, de faire voir que les exhalaifons de l’air naturel, des fouterreins d’une houil-liere bienairée, peuvent être refpirées avec fuccès dans quelques affedtions de poitrine. On a vu aufîi, dans la première partie, que les eaux qui fe
- „/(£ ) Synopjis univerjk praxeos-medicœ, nova cdit. 1760, tome II, pag. 347.
- (b) Seét. 19.
- ( c ) Les argilles même , fi communes dans les couches de charbon de terre, ne font pas inutiles à la médecine. En Hollande on emploie en cataplafme pour les rhumatifmes le chou blanc bouilli dans un pot de terre avec de la terre à potier, &
- fuffifante quantité d’eau pour la détremper , jufqu’à ce que le chou foit réduit en pulpe ; du tout on fait un onguent qu’on applique un peu chaud fur la partie. J’ai fouvent prefcritavec fuccès aux pauvres ce topique, indiqué par M. Choniel pere , lequel avait connu à Paris plufieurs perfonnes qui avaient été guéries avec ce reniede.
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- font jour à travers des mines de houille, s’imprégnent des parties falines, grades ou bitumineufes, on&ueufes, minérales , & deviennent médicamen-teufes; elles font même, ainfi que les eaux falées & les' terres alumineufes , regardées comme indices.
- 10. De Panalyle faite par M. Monnet des eaux de la houilliere de Littry en balfe-Normandie, il réfulte (a) que ces eaux contiennent de la félénite (£) , du* fel de glauber (c), & l’union de l’acide vitriolique avec le fer dans l’état qu’on appelle eau-mere. (d) Le même chymifte, dans un autre ouvrage,
- (e) prétend que la terre qui enveloppe la mine de charbon de Littry, en balfe-Normandie, n’efl: prefqu'entièrement que la terre même du fel d’epfom,
- (f) mais combinée avec du foufre. Il dit que cette terre calcinée fe convertit eu fel d’epfom; que l’acide du foufre fe combine alors avec elle, la dit lout, & forme ce fel d’epfom. Après cecte opération, il en a obtenu ce fel, au moyen du lavage & de la cryllallifation, & l’a trouvé mêlé avec un peu d’alun.
- 11. Dans l’avant-derniere guerre, les Anglais attaqués de la dyfenterie, & cantonnés dans le pays de Limbourg, avaient trouvé leur guérifon dans la boiifon de l’eau d’une fontaine de cette efpece , venant d’une houilliere fituée derrière Argenteau fur la Meufe. La remarque qui en fut faite, détermina k faire garder la fource par des fentinelles.
- 12. Plusieurs charbons leflivés à l’eau fcoide, donnent à l’évaporation une bonne quantité de vitriol de mars, bien cryllaliifé, allez femblable au vitriol verd du commerce. Les eaux imprégnées naturellement ou artificiellement de charbon de terre, lailfentappercevoir en général les mêmes chofes qui fe remarquent toutes les fois qu’on dilfout du vitriol martial : il fe précipite au fond de la
- (a') Traité des eaux minérales, avecplu-feurs mémoires de diymie , relatifs ci ces objets. Paris, 1768,111-12.
- ( b ) En chymie on entend par ce nom un fel neutre produit par la combinaifon de l’acide vitriolique & d’une terre calcaire, telle que la craie , la marne. Ce fel eft en aiguilles très-déliées, & n’eft plus ou presque plus foluble dans l’eau.
- (c) Ce fel neutre en colonnes tranfpa-rentes, facile à s’effleurir à Pair, & qui fe fond aifément au feu , réfulte de la combinaifon de l’acide vitriolique avec la bafe du fel marin.
- (d) On appelle ainfi en chymie une liqueur faline, inconcrefcible,réfultante des dilfolutions de certains fels , & qui eft le
- réfidu de ces diffolütions épuifées du fel principal par des évaporations & des cryftaî-lifations répétées : les eaux-meres les plus connues font celles du nitre , du fel de mars, du vitriol, & celle du fel defeignette.
- ( e ) Hydrologie.
- (f) Sel vitriolique à bafe terreufe,qui eft la même combinaifon que le fel de glauber, excepté qu’au lieu de la bafe marine, c’eft la terre dégagée de cette bafe qui eft combinée avec l’acide vitriolique. Cet acide, le plus général, répandu dans notreathrnof-phere & dans le fein de la terre, domine dans la houille ; étant en quelque maniéré plus acide que les autres, il polfede à un plus haut degré les propriétés communes à tous les acides.
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- diflolution une terre jaunâtre, produite par la décompofition du fer qui eft contenu dans ce fel, & qui eft ce qu’on appelle ocre factice, qui acquiert par la calcination une couleur rouge aflez vive, dont on fait le crayon rouge, & une couleur propre aux peintres.
- 13. Ces dilférentes obfervations de fait, toutes Simples qu’elles font, peuvent s’appliquer au charbon de terre , confidéré dans le tems qu’il eft voiture au loin par bateaux. Dans le cours d’un voyage , il elfuie fuccelîivement l’action des eaux du ciel, qui Séjournent au fond du bateau, & la chaleur du foleii qui occasionne une forte de digeftion chymique artificielle. Ces charbons ainfi leflivés à l’eau de pluie, précipitent une aflez grande abondance de la terre martiale, des fels, & de la graifle minérale, foit du bitume du fer attaché à la terre métallique jaune, foit du bitume du vitriol, où le feu eft déjà très - divife ; cette eau préfente par conféquent une eau minérale fa&ice, que l’on pourrait encore rendre plus efficace, & convenable à plusieurs cas, en la coupant avec de l’eau de chaux, ou en y ajoutant, félon les circonstances, quelque fel neutre : les ouvriers de mines & les pauvres pourraient en faire ufage, foit en bain , foit en boiflon. Il ne ferait queftion que de connaître par l’analyfe les différentes combinaifons générales des principes qui s’y trouvent noyés dans des proportions vraifemblablement aflez inégales. Ce travail, auquel nous invitons les perfonnes à portée de le Suivre, enrichirait la médecine, & dannerait quelques nouvelles lumières fur la nature de la houille. Nous ferons connaître dans un inftant d’autres manières de fe procurer des eaux minérales fadices avec le charbon de terre, îorfqu’on s’en eft Servi aux feux domeftiques.
- 14. Les boues naturelles des eaux minérales de Saint-Amand en Flandres ont été jugées, par. MM. Geoffroy & Boulduc, tenir leur vertu du bitume & de l’acide du charbon de terre. L’expérience a conftaté l’efficacité des boues minérales artificielles, préparées avec cefoffile, pour les mêmes maladies dans lefquelles on emploie ordinairement comme derniere reffource les boues des fontaines de S. Amand (a). De Semblables découvertes de moyens de guérir les malades, fans qu’ils Soient obligés de fe déplacer de chez eux, ne Sauraient trop être connues; & leurs auteurs, ne ceffant point d’être utiles après leur mort, ont un droit imprefcriptible fur la reconnaiflance de toute la poftérité. Ces boues fadices, dont l’idée & les premiers eifais font dus à mon pere, font aujourd’hui recommandées avec raifon dans la pratique ( b ). M. Lieutaud, dans le même ouvrage, en confeillant le charbon
- (fl) Les cas de foiblefles de membres, mie royale de chirurgie , tome III,p. 6. gonflemens de jointures, rétraétion des ten- (b) En 1756, lorfque j’étais médecin dons & des nerfs, à la fuite des grandes des camps de laHougue & de Cherbourg, bleflures. Voyez les Mémoires de Façade- le Secrétaire d’état, ayant le département
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- de terre broyé & mêlé avec de l’huile de lin en confiftance d’onguent, ajoute : Luto thermarum minime cedit.
- if. Une des parties conftituantes , principalement remarquable dans !e charbon de terre, eft fà partie grade ou bitumineufe : félon quelques na-turaliftes , elle eft de la nature des huiles végétales ; c’eft aufli ce que donne à penfer le nom kedria, donné par les Grecs à la poix minérale, appellée auffi naphthe, afphalte, &c. fans-doute pour exprimer diftérens degrés de pureté. Quoi qu’il en foit, la préfence du bitume dans ce foftile eft évidente 3 ainfi que fon rapport avec le pétrole. (a)
- 16. Les eaux factices ou naturelles, réfultantes d’une imprégnation de charbon de terre bitumineux, feraient, avec une addition de fel marin , des bains très-efficaces , alfez femblables à ceux d’eau de mer. Les anciens médecins employaient cette partie bitumineufe du lithanthrax, & lui attribuaient, lorfqu’elle était pure, les mêmes vertus qu’à l’huile de fuccin. M. ’Wblkman (6) remarque que ce foftile , diftillé par la cornue , donne un efprit acide & une huile furnageante , laquelle rectifiée avec l’acide nitreux concentré, devient claire, fubtile, & fi agréable qu’elle furpaffe l’odeur fuave du fuccin & du mufe : il ajoute qu’elle peut aller de pair pour la vertu & l’efficacité, avec le pétrole naturel. Stahl eft d’avis que l’huile de charbon de terre , fur-tout lorfqu’elle eft bien redifiée, peut être fubftituée à l’huile de foufre minéral dans les maladies vénériennes. Suivant Buinting, elle 11’eft pas à méprifer pour les écrouelles, les accès de goutte , & dans les douleurs invétérées. L’auteur d’un ouvrage connu foupqonne ( c ) que le foufre diifous dans cette huile rectifiée , fournirait un médicament que l’on pourrait appeller baume univerfel, terrejire & minéral. Glauber vante cette même huile pour deffécher les abcès , pour la teigne & pour les dartres écailleufes : il prétend qu’en projetant dans une cornue tubulée du falpêtre & du charbon de pierre, il en fort un efprit très-propre à mondifier & à réunir les plaies. M. Kurella a obfervé que , dans cette opération, il s’eft fait une violente détonnation par la combuftion du phlogifti-que : l’acide nitreux s’eft détaché, & a paffé dans un récipient où il avait mis de l’eau diftillée, qui s’eft trouvée avoir une faveur acidulé ; mais ce qui refait dans la cornue, n’était autre chofe que l’alkali du nitre avec un peu de cendres du charbon, que quelques perfonnes prétendaient être un excellent remede pour l’afthme.
- de la guerre , avait envoyé à tous les me- pléer pour les ufages médicinaux ,au pifia-decins des hôpitaux militaires établis fur phalte , à l’huile de pétrole & à l’huile de les côtes, une lettre circulaire pour em- térébenthine : on s’en eft fervi comme d’un ployer les boues artificielles. calmant.
- (a) L’huile diftillée de la pierre de (ô ) Silcjia fubterranea, cap. XII.
- Shropfire qui appartient aux couches de ( c) Minéralogie de la montagne des
- charbon de terre, eft réputée pouvoir fup- Gc'ans.
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- 17. Cet efprit & cette huile de lithanthrax ont place dans la Pharmacopée de Londres de 1691, traduite en anglais par Guillaume Salmon, profefleur en médecine ; on y trouve la maniéré d’obtenir ces produits par la diftillation, & la dofe à laquelle il faut les donner ( a ). Cette dofe eft depuis quatre iufqu’à douze gouttes ; les propriétés qui leur font attachées, fe rapportent avec ce qui vient d’ètre dit d’après les anciens : ils font anodins & antihyibériques , vulnéraires &adouciffans dans les cas de plaies, bons réfolutifs pour les tumeurs , les nodus ; ils conviennent dans la goutte , les obftrudtions de la rate , les douleurs hyftériques, les coliques d’inteftins avec tranchées, les convul-flons , les migraines ; ils guériflent les paralylies, les apoplexies, les épilepsies.
- 18. Tout ce qui fe rapporte à mon fujet, conlidéré fur-tout de la manière dont je le traite pour î’inftant, doit fixer mon attention. Un ancien journal de Trévoux, qui m’eft tombé , il y a peu de jours, fous la main , & que j’ai parcouru , renferme une relation'allez Singulière » envoyée aux auteurs de ce journal, dans le mois de juin 1713 , par M. Muratori, concernant la guérifon d’un épileptique , opérée en très - peu de tems avec une efpece de charbon de terre. Le fait en lui-même, les circonftances dont il eSt accompagné , l’âge du malade, le genre defoffile défigné par le nom de ckarbon, ( b ) font des points intérelfans qui font encore à vérifier , à éclaircir & à conT tater par des expériences réitérées : l’obfervation femble avoir été négligée dans le tems où elle a été publiée , & être reftée entièrement dans l’oubli ; il ne peut être qu’utile de la faire revivre. La nature d’un mal auffi fâcheux que l’épilep-fie, & dont on ne connaît pas encore le remede, doit inviter, & les malades qui en font affligés , & les médecins auxquels parviendra mon ouvrage, à éprouver un remede Ample & innocent. ( c )
- (a) “ Il faut diftiller le charbon de „ terre comme le fuccin; & alors on a un* „ efprit & une huile qui, étant redifiés , „ ne font pas inférieurs à l'huile & à l’ef-„ prit de fuccin,,. Liv. III, ch. XII, p. 40 5.
- (b) Le Monte Viale quelques collines fa-blonneufes & argilleufes delà vallée deSig-nori, & d’autres lieux du Vicentin, du Vé» ronois & d’autres cantons de l’état Vénitien, préfentent des couches de charbon de terre.
- ( c ) Epilepjic guérie par une efpece de charbon de terre. “ Un jeune homme fut „ attaqué d’épilepfie : les médecins lui pref-„ crivirent des fucs d’herbes particulières „ à prendre dans la faifon de la canicule.
- „ Ce tems venu , le pere vint un jour fe „ confoler avec le pere Maur Lazarelli , „ bénédidin ; ce religieux demanda au „ pere, s’il^ était préfent quand fon fils „ avait éprouvé la première attaque d’épi-,, lepfie , & s’il fe fouvenait précisément de „ l’endroit & de la fituation où était fon „ fils lorfqu’il tomba. Le pere répondit , „ qu’il fe fouvenait diftindement que fon „ fils était alors dans une certaine chambre ,, près d’une table. Je vous enfeignerai un „ remede infaillible, reprit le bénédidin : „ faites fouiller la terre perpendiculaire-„ ment, à la profondeur de quatre ou cinq „ brades ; vous. trouverez une motte de
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- 19. Quelques charbons de terre laiflent, après une entière ignition, une mafle noirâtre , Ipongieufe , en partie vitreufe dans les uns , à demi {confiée dans les autres , & qui, dans quelques-uns, reflemble beaucoup au récréaient des forges , appellé indiftindement laitier , à cette efipece de métal groilier à demi vitrifié, qui fe fépare du fer fondu. Cette efpece d’écume durcie , appel-lée âuffi quelquefois laitier ( a ) , & plus ordinairement mâchefer , préfente deux variétés générales, félon qu’elle eft uniquement le réfultat d’un charbon coi^iimé au feu pour des ufages domeftiques , ou félon que cette fcorie eft le produit d’un charbon de terre qui aura été employé au feu de forge. Si l’on confidere ce laitier quant aux propriétés médicinales qu’il peut avoir , 011 ne peut s’empêcher de diftinguer ces deux efpeces : la première comme fîmpîe, fur - tout li la terre argilleufe du charbon eft naturellement alliée avec beaucoup de mars : l’autre, çomme un compofé particulier , à raifon des portions ou des débris du fer qui a été rougi & travaillé au feu , qui fe trouvent ajoutés avec des parties indeftruêlibles du charbon, ou avec le fer propre à tout charbon de terre ; ce qui eft caufe que quelques houilles, fans avoir été employées au feu de forge, fe changent en une fcorie noire charbonneufe, comme fait une efpece de manganefe de Stirie, braunflein , dont parle M. Bruchmann, qui ne relfemble en rien à celle des verriers ; comme fait auffi la pierre connue fous le nom de pierre 'de Périgueux. ( b )
- „ terre qu’on appelle à Venife charbon ; „ tirez - la , & faites en prendre à votre fils „ quelques drachmes en poudre pendant „ un mois. Le perecrut qu’on fe moquoit; „ le pere Lazarelli l’afTura que le remede „ avait réuffi à Venife, où l’on dit qu’un „ médecin Grec l’a apporté. Le pere du „ malade tenta l’aventure, il fit fouiller, il „ trouva la motte de terre tendre encore, „ mais qui fe durcit bientôt à l’air ; il en „ donna en poudre au malade , qui n’a de-„ puis refifenti aucun accident de Ion mal. „ Journal de Trévoux, décctnb. 1714 , nouv. d’Italie.
- (a) Le réfidu de toutes les parties du minéral qui ne font point métalliques, des portions métalliques décompofées & vitrifiées , des fondans & même des alimens du feu , fe nomment dans les forges laitier ; ce qui répond au mot générique fcorie, employé par les chymiltes. M. Grignon , qui donne cette définition, remarque que
- dans les forges on abufe du terme de laitier, pour exprimer généralement toutes les matières qui ne font point métalliques & qui fortent fluides des fourneaux, quoique ces laitiers different beaucoup entr’eux, comme on le fait,en nature, couleur, confiftance & qualité. Mémoires de phyjique, in-40. Paris 1775, fect. III, pag. 296.
- (h) Ce n’eft pas feulement dans les forges des ouvriers en fer, qu’il fe produit du mâchefer : dans les endroits où l’on fait du charbon de bois, il s’en fait une efpece dont la formation eft due à la vitrification qui fe fait des cendres avec une portion de fable & avec la portion de fer contenue dans toutes les cendres des végétaux. La pierre de Périgueux, du moins la plus ordinaire qui fe trouve fur la furface des terres en plufieurs endroits , autres que le voifinage des petites fonderies ou des volcans, eft peut-être une pierre de cette efpece. Quelque mâchefer que l’on prenne ,
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- 20. Les chymiftes ont conftamment tourné leurs vues & leurs expériences fur le caput mortuum du charbon de terre diftillé. M. Kureila eft le feul, que je fâche, qui ait porté fes recherches fur le mâchefer proprement dit, que j’appelle de la première efpece, ou mâchefer jîmple. Les expériences faites par ce chymille avec Je rélidu du charbon de terre , réduit par l’ignition en fcories , n’ont occafionné aucune réparation métallique ou martiale fenfible, & n’ont démontré qu’une terre argilleufe brûlée, & quelque bafe martiale en allez grande quantité. Quant à la fécondé efpece de mâchefer, réfultant du charbon employé au feu de forges, la combinaifon qui s’eft faite dés cendres de la houille avec une portion de fer qui a contribué à leur donner de la fufibilité, étant entrée pour quelque chofe dans la fulion dont il eft le produit, on peut* préfumer que ce mâchefer doit tenir de la vertu , non-feulement de celle du fer fondu , mais encore des propriétés réunies & des parties bitumineufes du fer, & de celles que le charbon de terre lui a tranfmifes. On fait qu’il y a dans le fer une matière grade du genre des bitumes, quin’eft pas parfaitement unie avec les autres principes, ou qui eft en trop grande quantité- La difficulté de purifier cette fcorie , l’extrême dureté de cette maiTe, devenue infoluble dans les aqueux, pourrait rendre équivoque fon ufage, peut-être même fufpeét de blelfer les entrailles en fubftance s mais pénétré de parties bitumineufes, le mâchefer probablement n’eft pas fi dur que le fer qui a été mis en fufion par le foufre , & il n’y a nulle abfurdité à penfer qu’en faifant éprouver à cette fcorie une grande divifion fur le porphyre, elle pourrait être employée en médecine, de même que le fer & l’acier, qui, étant bien alkoolifes , fe ffibdivifent à l’infini dans les aqueux, & dont on ne craint rien; ou comme la rouille de fer, fur laquelle il pourrait peut-être mériter la préférence.
- 21. Parmi les remedes ufités autrefois à l’hôtel-Dieu de Paris , le mâchefer s’employait pour les pâles couleurs & pour lever toutes fortes d’obf. tru&ions : j’inlere ici cette préparation pour l’utilité des pauvres des villes & des campagnes.. .. Bec. Du mâchefer le plus léger, la quantité de deux livres : pilez-les, jufqu’à ce qu’elles foient réduites en poudre impalpable ; lavez plu-fieurs fois cette poudre dans de l’eau de fontaine, jufqu’à ce que l’eau qui aura fervi à cette lotion en revienne parfaitement claire ; alors laiifez bien fécher la poudre, & mettez-la 'en infufion pendant deux fois vingt-quatre heures dans une chopine de la plus forte eau de cannelle diftillée toute pure; retirez enfuite la poudre, faites-la fécher dans un plat d’argent, fur un réchaud , jufqu’à ce que toute l’humidité en ait été léchée ; alors gardez-la pour l’ufage...
- foit de houille, foit de charbon de bois , rugineux, que M. de Buffon eftime abfolü-li on le broie, on y trouve toujours une ment femblable à celui de la platine, petite quantité de fer pur & du fablon fer- f'
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- Cette poudre Te donne à la dofe de douze grains, deux fois le jour , dans du pain à chanter ; la première le matin , & la fécondé quatre heures après dîner; obfervant de laifler, pour manger enfuite, deux heures d’intervalle. On continue cette poudre pendant quinze ou vingt jours , & l’on fe purge avec une tifane laxative.
- 22. Des fcories d’un charbon de terre très-ferrugieux, il ferait poffible de faire aufîi une teinture ou liqueur aftringeute , en les arrofant de vinaigre , & les lailîaut eu digeffion jufqu’à ce que le menltrue prenne une couleur rouge ; alors, en mettant le tout dans un pot de fer, & le faifant réduire à la con-fiftance mellagineufe , on tirera la teinture par. le moyen de l’efprit-de-vin. L’analogie de la partie bitumineufe du charbon de terre avec le pétrole , d’où, s’enfuit naturellement une fimilitude de propriétés entre ces deux fubftan-ces , a fourni à M. Navier ( a ) l’idée d’une combinaifon de cette partie grade de la houille avec l’alkali minéral, pour en former une malfe favonneufe minérale , dont nous parlerons dans un inftant, & qui a les propriétés de certaines eaux médicinales, comme celles de Plombières, & autres de cette nature. Le médecin de qui nous tenons cette préparation , l’a employée avec fuccès ; elle conlille en une efpece de bitume dur & caillant, fait avec le foufre commun „ le charbon de terre , le pétrole , le fuccin & le natrum ( b ) , le tout intimement uni par le moyen d’une fubftance ferrugineufe , de maniéré que le karabé y eft ouvert & en état de donner à l’eau une grande quantité de fes principes : ce qu’il ne peut faire, comme on le fait, que difficilement dans les dilfolvans fpiritueux; d’une autre part, la partie alkaline du natrum fe trouve jointe au foufre & aux parties gralfes du lithanthrax & du pétrole, d’où il réfulte un foie de foufre fin , favonneux & pénétrant. La matière ferrugineufe qui entre dans le bitume , contient un peu de fel de glauber ; en-forte qu’une once de ce bitume, pulvérifé & infufé dans quatre pintes d’eau bouillante , leur communique environ un gros de fel de glauber & demi-gros de natrum uni aux fubftances fulfureufes & onctueufes.
- 23. Si l’on avait befoin d’ufer du mâchefer avec moins d’apprêt pour faire une eau minérale, 011 pourrait s’y prendre de la maniéré fuivante. . . . Rec. Scories de charbon de terre lavées , une once ; vin blanc , une chopine. Laiifez le tout pendant vingt-quatre heures; enfuite palfez par un linge ployé en double dans un vailTeau rempli de trois pintes d’eau de riviere ; gardez cette eau bien fraîche dans des bouteilles bien bouchées, pour en faire une
- ( a ) Correfpondant de l’académie royale des fciences, & praticien très-eftimc à Châ-lons-fur-Marne.
- ( b ) Sel froid, alkali fixe, tout fait par la nature.
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- boiflon ordinaire pendant quinze jours , en faifant de l’exercice » & après avoir fait précéder une purgation.
- 24. Scheuchzer (a) indique une maniéré très-fîmple & fort intéreflànte de faire au coin de la cheminée une eau minérale , femblable aux eaux de Schintznaeh, connues autrement fous le nom de Habsbourg (b)\ il ne s’agit que de prendre des pelotes fabriquées à la faqoii iiégeoile , ou autre de cette forte , pendant qu’elles font au feu & tout embrafées /& de les éteindre dans de l’eau froide. Cette eau, dit l’auteur/exhale une odeur &t prend un, goût femblable à l’odeur & au goût des eaux'de Schintznaeh » & à la couleuri noire de la diflolution de la pyrite de Horge ( c). Il ferait facile, par ce procédé, d’avoir deux eaux artificilles, différentes , (avoir , celle qu’on pourrait faire avec le charbon bitumineuxcelle qui pourrait fe faire avec le charbon que '/appellepyriteux ou fulphureo-bitumineux. Cette derniere , à mon avis, approcherait fort de celle préparée par Scheuchzer.
- 251. Dans l’hiver de Tannée 1772, en février, j’ai compofé ,des eaux minérales de cette efpece, en éteignant à plufieurs reprifes dans de l’eau de Seine du charbon de terre de Fims , embrafé , & qui avait été empâté avec de Targille à la façon liégeoife. Une de ces imprégnations était avec defces hochets en pleine flamme ; dans la fécondé eau ,-où pareille,extinââon avait été faite, les hochets ne flambaient plus & étaient^ encore rouges. La première efpece était jaune, le firop de violette y a verdi ; la fécondé était de couleur citronnée > toutes deux ont paru être chargées d’huile, dans un état favonneux. J’avais mis de côté ces eaux dans deux bouteilles, pour les examiner à loiflr ; les ayant négligées jufqu’en 1776, je m’apperqus, dans la gelée extraordinaire de cette année , qu’elles étaient glacées, & que les bouteilles étaient caflées. J’ai alors veillé à ne point les‘perdre lorlqu’elles viendraient à dégeler, &-nous les a vous* examinées , M. Defyeux & moi, après les avoir laiiTé-repofer. Toutes deux avaient formé un’dépôt ferrugineux (</), & avaient ; perdu t l’odeur défagréable qu’elles avaient ; une chopine de la première eau , imprégnée de hochets enflammés , a été évaporée jufqu’à (iccité ; les réadifs n’ont rien
- (a) Itineris Alpini deferiptio. forgerons de mouiller leur charbon de terre
- ( b ) Bains chauds, ainfi nommés du vil- de tems en tems, a remarqué que ces char-lage de Schintznaeh vis-à-vis duquel ils font bons, dans le momenTmême où ils éprou-fitués, au canton de Berne, bailliage de’ vent une diminution foudaitie de chaleur., Lintzbourg ,'air-deflous-de Habsbourg ; répandent la vapeur fulfureufe, propre à l’un fort du milieu même de la riviere de leur état languifTant ,& il obferve que cette l’Aar, d.ont on a détourné le cours , afin de analogie mérite quelqu’attention. conduire les eaux par des canaux dans les ( d) La décompofitionique la glace a dû bains:ils conviennent pour toutes efpeces occafionner dans ces eaux , eft à remar-de bleiïùres & de vieilles plaies. quer, relativement à Fexamèn qui en a été
- (c) M. Vend , en parlant de Tufagedes fait,
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- donné > elle rie contenait point de féléni'te, & il ne s’y eft trouvé qu’un demi-grain de réfidu terreux ferrugineux (a) ; une chopine de la fécondé eau , qui s’eft trouvée avoir le goût très-ferré, a noirci par tous les réa&ifs s la diffo-lution du mercure a formé une précipitation jaune, elle contenait de la félénite , & a donné deux grains de réfidu beaucoup plus ferrugineux que la première eau.
- 26. J’avais encore compofé avec M. Parmentier, dans le laboratoire des Invalides, une autre eau de cette elpece , mais plus pure, en y éteignant de très-bon charbon de Finis pur : dans le fort de fon embrafement, l’imprégnation bitumineufe était fenfible au goût & à la couleur ; l’opération avait fait contracter de toute néceffité un goût & une odeur de fumée à cette eau ; nous l’avions mife dans une bouteille , pour voir fi avec le terns elle perdrait ces deux qualités accidentelles. Comme dans ce deifein nous n’avions pas mis de bouchon à la bouteille, le garçon du laboratoire la confondit avec d’autres vaifleaux dont le foin le regardoit, & notre examen n’a pu avoir lieu : depuis cetems , il m’était facile de revenir fur ces expériences , mais je n’en ai pas eu le loifir. Quelqu’imparfaites qu’elles foient, j’ai cru devoir les faire connaître ici en faveur des perfonnes qui voudront s’en occuper -, il ne peut manquer d’en réfulter de l’utilité : j’ajouterai feulement que la bouteille dans laquelle on met cette eau, doit être bouchée für-le-champ.
- Differens arts dans lefquels le charbon de terre en fubjlance ,fa fuie,/es cendres 3 fon mâchefer, ou quelques autres de fes produits font de quelquufage.
- Agriculture.
- 27. L’agriculture trouve différentes reffources dans l’ouverture des mines de charbon de terre ; on a vu qu’une efpece de glaife bleue ou noire qui fe rencontre dans ces mines, & qui peut être regardée comme un charbon informe, eft très-bonne pour les terres chaudes, & fur-tout pour les prés. Il eft reçu que toutes les cendres contiennent un fel extrêmement propre à la fertilité des terres , & font les meilleurs engrais qu’on puiffe employer pour les terres froides & humides, fur-tout quand 011 garde cet engrais dans un endroit fec ou la pluie ne puiffe pas emporter leurs fels : les cendres de houille, quoique différentes des cendres des végétaux, ne pouvant îi’ètre réputées que des terres brûlées, des efpeces de po^olane (b),
- ( a ) Je crois me reffouvenir que l’eau telles que celles des environs de Naples, de cette première extinétion était de l’eau de Tofcane, du Mont-d’Or en Auvergne, diftillée. font exprimées par le mot italienpozzolane,
- ( b ) Plufieurs fortes de terre de ce genre, que les auteurs latins défignaient autrefois
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- ne font pas à beaucoup près fans propriétés : il n’en, eft pas de meilleures pour tuer les vers, ou qui durent davantage. Les agriculteurs conviennent unanimement que ces cendres fourni/Tent’un bon amendement pour les terres labourables. Ces cendres doivent-elles cette qualité aux fels ou à la terre qui y font contenus ? ( a )
- 28. M. Kurella n’a reconnu aucun atome falin dans les cendres de houille qu’il a examinées (£); la terre calcaire y eft en petite quantité; celle qui s’y trouve eft de nature alkaline ; & l’on fait que les terres de cette efpece fournilfent les engrais les plus utiles. . - j: .i.
- 28- A Saint-Etienne en Forez , on emploie beaucoup les cendres de charbon de terre pour amender les terres; elles réufîiflent très -bien pour les prairies & pour les terres à bled , fur - tout mêlées avec le fumier de bœuf ou de cheval ( c). En Angleterre , les cendres de charbon de terre réduit en braifes nommées cinders , font employées avec fuccès; aux mêmes ufages ( d'). Il paraît qu’à cet égard il eft à propos de faire 'une différence , en raifon de la qualité des charbons, pour choifîr la cendre de tel ou tel autre, félon la nature des terreins trop arides, trop vifqueux, &c. La cendre de houille grade eft très-bonne pour l’engrais des marais , des potagers & autres terreins où l’on cultive des légumes : celle de houille maigre eft très-propre à fer-tilifer les prairies ; on s’en fervait autrefois dans beaucoup de .pays pour ces ufages. Le tombereau pefant environ cinq muids, fe vendait neuf livres. On en tirait autrefois beaucoup du pays de Mous; mais depuis quelques années , on préféré les cendres de mer , qu’une compagnie, formée à Valenciennes en 17$ 1 , a tirées de Hollande. ( e )
- par le mot carbunculus , qui s’applique à tout ce qui a été réduit en charbon ; de maniéré qu’on appellait de ce nom toute terre qui contenait des morceaux pierreux & noirs, quoique les pGzzolanesfoient ordinairement rougeâtres : un champ dont le terrein était de cette nature , s’appelait carbunculofus agcr.
- ( a ) M. Venel ne regarde pas du tout comme certain qu’elles contribuent au bon effet de la cendrée de Tournay: la raifon qu’il donne de fon opinion , eft que cette propriété, pour l’engrais des terres, eft reconnue même à un point éminent dans la chaux pure ; mais en total l’expérience eft tout-à-fait oppofée aux doutes de M. Venel.
- ( b ) Les charbons dont ce chymifte s’eft fervi pour fes effais, font celui d’Angleterre,
- celui de Siléfie , & celui de Wettin. M. Ve-nel n’a point trouvé de fel lixiviel dans les cendres de là'houille de Gràiffefac ,.de la meilleure efpece de.houille d’Alais,.ni de celle de-Fuveau en Provence.
- (c) Selon M. de Genfanne, on pourrait employer la cendre de houille avec modération à l’engrais des mûriers, comme étant très-propre à corriger la trop grande ténacité de la feve de ces arbres, fans altérer la feuille, ni être préjudiciable aux vers-à-foie.
- ( d ) Ces céndres fe vendent à Newcaftle trois pinces, faifant à peu près hx fols de France, la tonne ou vingt-un quintaux: il fera queftion à part de la fabrication fte ces braifes.
- (e). On appelle ainfi les cendres dë7
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- 30. Agricola fait mention d’un onguent qu’il ne fpécifie pas autrement qu’en difant que les gens de la campagne tirent du charbon de terre une graifle qui préferve les vignes de toute efpece d’infede : ce pourrait être avec les cendres ou la fuie de ce foftile.
- 3 1. De La fuie. Ce produit de la combuftion du charbon de terre , eft préférable à tous les autres pour l’engrais des terres ; il elt très-bon pour le foin & pourfe grain. Dans le pays de Liege, cette fuie eft employée à fertilifer les terreins froid^: on la répand auffi au pied des plants de houblons , afin d’en écarter ou défaire périr une forte d’infede (ver mineur) qui dévore tous les ans une grande quantité des feuilles de cette plante. La pratique ordinaire en Angleterre, eft de mettre quarante boiifeaux par acre de terre : ( a ) il y a cependant des terres qui en demandent davantage. Cet engrais produit un foin très-gras & très-doux, détruit les vers & toutes les mauvaifes herbes.
- 32. Si l’on emploie cette fuie pour les terres à bled , il faut attendre le mois de février , pour que les pluies & les neiges 11e la dilTolvent pas trop ; il ne faut pas non plus différer plus tard, afin que la féchereife ne la brûle point. Les cendres réfultantes de la houille quia fervi au feu après avoir été empâtée avec de l’argille , font également propres à cet ufage , & forment encore fur la fabrication une économie véritable pour celui qui confomme de ce chauffage.
- Architecture. Maçonnerie.
- Differentes préparations de mortier & de ciment, dans lefquelles entrent le charbon de terre brut, ou fes cendres , ou fon mâchefer. ( b )
- g3. Les charbons de terre, félon M. Bomare,abondent fi fort en terre calcaire, que la plupart eiydonnent après leur uftion : il prétend que c’eft de là que dans certains pays on eft dans l’ufage de brûler diverfes efpeces de charbons très-maigres, pour en obtenir une chaux propre à l’architedure : il s’explique (c) fur ce qu’il entend par charbons maigres, en difant que c’eft un phlogiftique ; car fi ces charbons contenaient une égale abondance de phlogiftique & de chaux , l’acide préférerait à s’unir au phlogiftique , & bifferait la fubftance calcaire. On ne voit pas trop fur quoi eft fondée cette
- tourbe, auxquelles on fubftitue auffi les cendres des terres combuftibles de Beauvais, d’Amiens , quoiqu’elles ne foient pas de même qualité que celles de Hollande.
- (a) La mefure de terre ainfi nommée dans plufieurs pays, eft en Angleterre comme en Normandie, de 160 perches quarrées.
- ( b ) La fuie du charbon de terrè’f^iêlée avec de l’eau, comme cela fe pratique pour corroyer le mortier & le faire prendre promptement, pourrait être de bon ufage dans les pays où le plâtre eft rare.
- (c) Vol. V des Savans étrangers, p. 624.
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- opinion de M. Bomare : l’effervefcence marquée, quoique médiocre &pafla-gere, que produit l/acide nitreux fur les cendres de quelques charbons dè terre, annonce que la terre calcaire y eft en petite quantité.
- Cimens , mortiers avec la houille brute ou en cendres, mélée avec de la chaux.
- 34. Depuis quelques années on a inventé pour les baflins & les canaux dans lelquels on veut retenir des eaux, un mortier ou ciment, dans lequel on fait entrer le charbon de terre : la préparation de ce mortier confifte a prendre une partie de briques pilées & palfées au fas, deux parties de fable fin* de riviere, de la chaux vieille éteinte en quantité fuffifiante & palfée à la claie ; le tout étant bien broyé, on y ajoute de la poudre de charbon de terre & de la poudre de charbon de bois: alors on l’emploie promptement.
- Ciment de fontainier, ou ciment perpétuel.
- 3f. La poudre artificielle, dont 011 fait’alfez fouvent ulàge fous ces différens noms, eft compoféé de pots & de vafes de grès calfés & pilés , de morceaux de mâchefer auffi réduits en poudre, mêlés d’une pareille quantité de ciment, de pierre de meule de moulin & de chaux j on en compofe un mortier excellent, qui réfifte parfaitement dans l’eau.
- Cendrée de Tournay, appellée dans l'idiome languedocien cendrailles.
- 36. Dans la fixième partie des Mémoires de l’académie deSuede, il eft fait mention de la découverte de l’emploi du charbon de terre pour crépir les caves voûtées. Ce moyen paraît fe rapprocher de l’ufàge connu des cendres réfultantes des fours à chaux, où l’on emploie la houille, & qui ne font autre chofe que de la chaux, dont une partie calcinée, une autre réduite en cendres, s’eft mêlée en tombant fous la grille avec des parcelles de charbon de terre ; 011 l’appelle vulgairement cendrée, & fouvent cendrée deTournay, parce qu’il s’en tire beaucoup des environs de cette ville , où fe cuit au feu de houille d’excellente pierre à chaux ; le mortier qu’on en fait, convient finguliérement aux ouvrages qui fe bâtilfent dans l’eau , par la propriété qu’il a de s’y durcir en très-p’eu de tems, & entr’autres par celle qui le différencie de la plupart des autres cimens, de ne point fe gercer, & de ne jamais éclater lorfqu’on l’emploie dans une faifon convenable. La fabrication du mortier avec la cendrée de Tournay a été publiée au Louvre ; nous la placerons ici, en rappellant le doute que nous avons annoncé ailleurs , lùr la confiance que l’on peut avoir dans l’exactitude de l’écrivain j elle fera précédée de ce qui fe trouve ‘fur le
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- meme fujet dans l’Encyclopédie, où l’on a rapporté des circonftances dignes d’attention, & qui font omiiés dans la defcription de M. Carrey.
- Maniéré de faire de bon mortier avec de la cendrée de Tournay , par
- M. Lucotte. (a)
- 3 7. Il faut d’abord nettoyer le fond d’un badin qu’on nomme batterie , qui doit être pavé de pierres plates & unies, & conftruit de la même maniéré dans fa circonférence, dans laquelle on jetera de la cendrée; elle fe mêle quel-quefois avec un fixieme de tuileau pilé. M. Bélidor préféré la cendre de Hollande (f) : on éteindra enfuite dans un autre badin qui communique au premier, de la chaux, avec une quantité d’eau fufrifante pour la bien dilfoudre ; après quoi on la 1 aidera couler dans le badin où eft la cendrée , à travers •une claie faite de fil - d’archal ; tout ce qui ne pourra pas palfer par cette •claie fera mis au rebut : enfin on battra le tout enfemble dans cette batterie pendant dix à douze jours confécutifs & à différentes reprifes avec une demoi-felle ou cylindre de bois ferré par-delfous , du poids d’environ trente livres , jufqu’à ce qu’elle fade une pâte bien graffe & bien fine. Ainfi faite, 011 peut l’employer fur-le-champ , ou la conferver pendant pludeurs mois de fuite , fans qu’elle perde fa qualité , pourvu que l’on ait foin de la couvrir & de la mettre à l’abri du foleil, de la poudiere& de la pluie. Il faut encore prendre 'garde, quand on la rebat pour s’en fervir , de ne mettre que très-peu d’eau , & même point du tout s’il fe peut ; car à force de bras , elle devient aflèz graffe & affez liquide : c’eft pourquoi ce fera plutôt la pareffedes ouvriers, & non la nécefîité , qui les obligera d’en remettre pour la rebattre ; ce qui pourrait très-bien, fi l’on 11’y fallait pas attention, la dégrailfer & diminuer beaucoup fa bonté. Ce mortier doit être employé depuis le mois d’avril jufqu’au mois de juillet, parce qu’alors il n’éclate jamais.
- Procédé du ciment fait avec la cendrée de Tournay, par M. Carrey.
- 38. u La chaux de Tournay & des environs, cuite avec le charbon de 5, terre, eft diftinguée en trois efpeces. 1 La chaux & la cendre, telle qu’on
- ( a ) Dictionnaire Encyclopédique , au mot Maçonnerie.
- {b) Poudre grife employée aux Pa^s-Bas & en France pour la conftruélion des ouvrages dans l’eau , au défaut de pozzo-lane;elle eft faîte d’une terre qui fe cuit comme le plâtre,qui s’écrafe & fe réduit en poudre avec des meules de moulin il
- eft affez rare que cette poudre foît pure & non fophiftiquée; quand elle eft pure, elle eft excellente , réfifte également à l’humidité , à la fécherelfe & à toutes les faifbns > & unît fortement les pierres enfemble. La cendrée de Tournay, la terraffe de Hollande & la pozzolane s’emploient tes unes pour les autres,,
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- „ la retire du four. z°. La chaux pure , c’eft-à-dire , fo chaux féparée de 'la „ cendre. 3 9. La cendrée pure ÿ qui n’eft autre chofe que la cendre du .char-,, bon de terre, mêlée d’une infinité de particules de chaux, extrêmement di-„ vifées par l’a&ion du feu ; elle pefe un quart plus que la fécondé efpece. „ C’eft avec la cendrée pure que fe fait le ciment pour bâtir contre l’eau ; 5, on commence par en mettre une demi-manne (a ) en un tas , que l’on „ ouvre enfuitc pour y jeter un peu d’eau , & éteindre les particules de „ chaux fans aucun mélange. Cette demi-manne étant éteinte , on en éteint en-,, core une autre que l’on entalfe avec la première, & ainfi de fuite jufqu’à es ,, qu’il y en ait une quantité fuffifante pour entretenir l’ouvrier pendant un jour & même plus ; on peut lailfer repofer ce tas aufîi iong-tems qu’on veut „ pendant l’été fins aucun danger; & même la cendrée fe bonifie, pourvu qu’elle „ foit à l’ombre. I! n’en eft pas de même en hiver : loin de fè bonifier, elle fè s, gâte. La cendrée ainfi éteinte, on en emplit uné auge de deux pieds en „ quarré jufqu’à deux tiers ou environ : les bords font élevés de neuf pouces, ,, afin que la cendrée ne s’échappe pas en la battant ; la quantité qu’on y peut „ mettre eft d’environ une brouettée (£)ou,fâns s’arrêter à la brouettée , „ une demi-manne, qui eft un peu plus petite. La quantité de cendrée qu’on 3, met dans l’auge à chaque reprife , fe nomme battée : il eft nécelfaire d’écra-a, fer la cendrée jufqu’à ce qu’elle faffe une pâte unie & douce au toucher , „ par la feule force du frottement, & fans y mettre que le peu d’eau qu’il y 3, faut pour l’éteindre. Pour faciliter le travail de l’ouvrier, on place l’auge 33 contre un mur, dans lequel on enfonce le bout d’une perche , dont I’extrê-j, mité oppofée vient rendre fur le milieu de l’auge ; on conçoit que fa fituation „ doit être horizontale : les manœuvres l’appellent rejet. On fufpend au bout „ de cette perche une efpece de demoifelle , que les ouvriers nomment batte ,
- ,, avec laquelle on pile la cendrée ; cette demoifelle eft de fer, ou de bois armé 3, de fer, & a trois pieds de hauteur fur deux pouces 8c demi à trois pouces de 3, diametre , elle en a moins lorfquelle eft de fer ; fa forme eft d’un cône fur-,, monté d’un anneau immobile , par où l’on paffe une corde , par le moyen de „ laquelle la demoifelle eft fufpendue au bout de la perche qui fait lereffort,
- „ comme celles dont fe fervent les-tourneurs. Ainfi le manœuvre n’a d’autre 3, peine que d’appuyer la demoifelle fur le mortier & de la conduire, la perche ,, ayant par fon élafticité une force fuffifante pour l’enlever par un mouvement 3, contraire au fien. Il eftaiféde fentirpar cette manœuvre, que l’auge doit „ être faite d’une pierre dure, & capable de réfifter à la chute & aux coups ,, réitérés de la demoifelle. On choifitpour cet effet à Lille un grès que l’on
- () Mefure d’ofier que les ouvriers appellent mande, en ufage auffi dans ce pays pour le charbon de terre, mais différente félon toute apparence.
- () Jauge de Lille.
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- „ trouve auprès d’Arras , en tirant du côté de Douay, & qui eft la meilleure .U pierre qu’on emploie dans cette capitale de la Flandre Franqaife - qui 11’a dans „ Tes environs qu’une pierre de craie tendre & blanchâtre. L’ouvrier a foin „ de ramaflfer de tems en tems le mortier avec une pelle au milieu de l’auge, „ dont le tour peut n’ètre que de bois , mais dont le fond doit néceffairement „ être de pierre ; il continue de piler chaque battée pendant une demi - heure ,, ou environ , après quoi il la retire de l’auge , & en fait un tas. Comme „ l’ouvrier a onze heures de travail , hors les repas , il y a environ vingt „ battées dans un jour d’été. Il ne fuffit pas de battre ce ciment une pre-„ miere fois, on doit laiifer repofer le tas jufqua ce qu’il ait atteint le ,, dernier point de fécherelfe, qui permet encore de rebattre la cendrée ,, fans y mettre d’eau, & au-delà duquel elle deviendrait fi dure, qu’elle „ ferait une malle intraitable & abfolument inutile. L’ufage feul peut ap-„ prendre quand il eft tems de recommencer à battre un tas de cendrée; „ comme cette matière eft tres-fujette aux influences de l’air, 011 doit fe „ régler fur la température du froid & du chaud; c’eft beaucoup que d’at-„ tendre trois jours dans les grandes chaleurs ; 8c dans une grande humidité , „ ce n’eft pas trop de lix. On ne rifque jamais rien de battre la cendrée » auffi fouvent & auffi long-tems qu’on le veut, fût-ce pendant une an-„ née; car plus elle eft broyée & battue, mieux elle vaut: il y a cependant „ des bornes à ce travail. En effet, à force de battre la cendrée, on la „ réfout en une pâte qui devient toujours plus liquide; & fi l’on conti-„ nuait trop long-tems de fuite, elle le deviendrait au point de perdre une „ forte de confiftance qui lui eft nécelfaire pour être battue : c’eft pourquoi „ l’on reftreint le broiement de chaque battée à une demi-heure, après „ lequel tems on la laiffe repofer deux ou trois jours; alors on la reprend „ pour la remettre au même état qu’elle était quand l’ouvrier l’avait quittée.
- „ Toutes les fois qu’on rebat (a cendrée, l’économie veut qu’on le falfe „ toujours à propos , c’eft-à-dire, qu’on attende le moment qui précédé im-„ médiatement celui où il commencerait à être trop tard de le faire; avec „ ces intervalles, il fuffit de rebattre dix fois la cendrée , pour qu’elle ac-„ quiere un degré de bonté dont on doit fe contenter ; au lieu qu’en la re-„ battant coup fur coup, on recommencera plus de vingt fois, fans qu’elle „ foit meilleure que fi on ne l’eût battue que dix fois, mais dans les tems „ convenables; & par ce moyen les frais de main-d’œuvre, qui font les ,, plus confidérables, fe trouveraient doublés en pure perte. La cendrée „ étant ainfi préparée par un broiement répété dix fois ou davantage, s’il ,, furvient un embarras qui empêche de l’employer, on ne doit pas dift,
- „ continuer de la rebattre tous les trois jours plus ou moins, félon les fài-3J fons; fans quoi elle fe durcirait, & ne ferait propre, comme on l’a dit. Tome XVIL E e e
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- „ à aucun ufage. En prenant ces mefures, un tas de cendrée peut fe con-,5 ferver des années entières : mais on fent qu’alors Pexcellence du mortier 39 ferait trop achetée, par la dépenfe & la fujétion de le rebattre. Cepen-„ dant il peut y avoir des cas où cette dépenfe eft encore préférable à la „ perte d’un tas de cendrée, dont la préparation a déjà coûté beaucoup de ,3 frais; il faut en pareille circonftance le dépofer dans un fouterrein ou ,3 dans un endroit inacceflible aux rayons du foleil & à la chaleur; l’hu-„ midité qui y régné s’infinue à travers les pores du mortier, & l’entretient 33 dans fon état de pâte molle , qu’il conferve une fois plus long-tems que ,, s’il était dans un lieu fec; on eft par conféquent obligé de rebattre la cen-„ drée moitié moins fouvent, ce qui diminue les frais dans la même pro-„ portion. L’excès du froid & du chaud eft également nuifible ; on remédie „ aux grandes chaleurs en couvrant l’ouvrage d’une couche de terre glaife, „ de paillaffons & de planches, & oppofant aux rayons du foleil une épaif-,, feur qu’ils ne puiffent pénétrer : il y a moins de remede pour la gelée, ,, qui détache la cendrée lorfqu’elle la faifit avant qu’elle ait pu fécher ; une 3, fai fon tempérée ou même humide , eft celle qui convient le mieux ; & fi „ la cendrée a le tems de fécher fans être atteinte ni de la gelée ni d’une „ chaleur exceflive, elle devient inaltérable à l’un comme à l’autre ; & le tems 3, qui détruit tout, ne fait qu’augmenter fa folidité ; enforte qu’il eft beau-„ coup plus aifé de pulvérifer les pierres & les briques , que de la pulvérifer ,, elle - même. La cendrée pourrait -être employée à tous les ulàges auxquels „ on emploie le mortier de fable & de chaux, fi l’on voulait en faire la „ dépenfe; car elle réfifte à trois élémens auxquels rien ne peut réfifter,le „ feu, l’air & l’eau: mais elle a fur-tout une propriété merveilleufe contre „ ce dernier ; quelques minutes après qu’elle a été appliquée , lui fuffilent „ pour faire corps avec la pierre, après quoi il n’y a nul inconvénient de „ lâcher les eaux contre l’ouvrage , pourvu qu’elles dorment comme dans „ un baffin, & que ce ne foit pas une riviere dont le cours fût alfez rapide „ pour la dégrader. Dans ces derniers cas, on doit avoir la précaution de „ retenir les eaux un jour , ou feulement quelques heures ; & fi cela ne fe ,, peut pas, il convient d’enduire l’ouvrage d’une couche de glaife, que l’on ,, défend encore avec des planches contre l’effort de l’eau. Une muraille „ ainfi conftruite durera plusieurs fiecles au milieu d’une riviere, fans qu’il „ foit à craindre que la violence, quelque grande qu’elle foit, la faffe crou-,9 1er, ni même qu’elle l’endommage: elle aura donc toute la folidité qu’on „ peut defirer , mais les eaux pourront filtrer au travers ; & fi l’ouvrage eft „ deftiné à les retenir, la conftrudtion doit être en conféquence. (a)
- (a) Nous avons cru pouvoir omettre ici celle qu’a décrite M. Carrey.
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- Mortier ou maçonnerie du béton.
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- 2 9. On y emploie indiftindement la terraffe de Hollande , ou la po^olane ^ Ça) ou la cendrée de Tournay, ou même le mâchefer, à la quantité de douze parties de l’une de ces matières fur une de chaux, mefurée fans doute vive, & éteinte en même tems qu’on fera le mortier , afin que l’effervefcence qui le fera puiife produire plus exadement la dilfolution de la biocaille & de la pozzolane qu’on doit y incorporer. M. Bélidor, dont nous empruntons cette compofition ( b), dit qu’il a été conftaté qu’après deux mois de féjour dans la mer, cette maqonnerie compofait un corps lî dur qu’on trouva plus de difficultés à féparer fes parties que celles d’un bloc de la meilleure pierre.
- 40. Comme quelques détails fur la maqonnerie de béton 11e peuvent manquer d’intérelier les perfonnes qui pourraient fe trouver dans le cas de l’employer, nous rapporterons ici des expériences très-exades,faites à Toulon, fur la quantité de matériaux de chaque efpece qui entrent dans une toife cube de cette maqonnerie, leur poids , le tems qu’il faut pour la faire & la plonger dans l’eau, entre 10& 18 pieds de protondeur. Pour remplir une fondation qui
- contenait 16 toifes cubes , on a employé , favoir :
- 942 pieds cubes de pozzolane rouge, à 90 livres le pied, . . . livres.
- pefant enfemble.....................................................84780
- 471 pieds cubes de fable à r 15 livres ,pefant enfemble . . . 54165*
- 1020 pieds cubes de recoupes de pierre à 110 livres, pefant
- enfemble...........................................................112200
- 2$ 5 pieds cubes de mâchefer concatfé , pelant enfemble .... 188°°
- 706 pieds cubes de chaux vive concafïée , pefant chacun 76 .
- livres , & enfemble.............................................53 596
- 618 pieds cubes de pierre à 160 livres chaque, & enfemble . . 98880
- Total trois mille neuf cents quatre-vingt-douze pieds cubes de matériaux, pefant enfemble......................................422421
- Verrerie, encre d'imprimerie , bleu de Pruffe , teinture en petit teint, peinture ,
- deffn , &c.
- 41. Les verriers font généralement dans l’idée que le mélange des cendres de houille 11e peut être utile dans les matières propres à foire du verre : la lîmple
- (a) La pozzolane, réfervée en général dégraifTer les habits , appellée par les habi-pour la conftruction des édifices hors de tans de Tymphéa & des endroits voifuis, l’eau, eft plus tendre que le tuf,& plus gypfe, gyp.fu,n Tympheicum. dure que le fable ordinaire. M. Hill croit (b) Architecture, hydraulique, tome IV, que c’était la terre de Tymphéa, propre à page 186—189-
- E e e ij
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- infpe&ion de ce qu’on appelle -mâchefer, où- l’on apperqoit diftincftement une efpece de vitrification , rend très-douteufe l’opinion des verriers, (a) A Sultz-bach, principauté de Naflau, la fuie du charbon de terre, qu’on calcine dans le fourneau dont nous parlerons tout à l’heure , étant recueillie dans la chambre où débouche la cheminée , eft employée très-utilement en place du noir d’ivoire pour entrer dans la'compofition de l’encre d’imprimerie-; elle peutaufli, félon M. de Genlfane, fervir à faire la fécule bleue , nommée le bleu d’Erlinghen , qui ne le çede en rien au plus beau bleu de Prude, que l’on fait n’être autre chofe que la terre martiale précipitée par l’alkali phlogiftique.
- 42. Teinture. Les teinturiers en foie , laine & fil, emploient la fuie de cheminée pour les couleurs brunes, mufques , & autres femblables , défignées en général fous le nom de petit teint ( b ). La fuie de houille ne pourrait - elle pas fervir à ce même ufage ? Je n’ai pas eu le loifir de m en alfurer par l’expérience, aiféeàfaire cependant, & il eft probable qu’elle réuffirait; les analyfes de cette fuie démontrent qu’il n’y a entr’elle & celle des feux de bois, d’autre différence que la préfence du bitume dans l’émanation de la fumée du feu de houille
- 4}. Les teinturiers ont deux fortes de préparations de fuie, l’une nommée bidanet, & l’autre bijlre ; ce dernier nom appartient fur-tout à la fuie la plus recuite & la plus brillante , pulvérifée , paffée enfuite au tamis pour être mife en petits.pains , après avoir été pétrie dans un peu d’eau gommée. Cette pré-s paration de fuie, affeélée au petit teint, & qui donne une couleur brune , couleur de terre ou un peu jaunâtre , appellée bijlre , eft auffi d’un grand ufage pour l’enluminure & le lavis des plans. On s’en fert encore pour peindre en miniature : la maniéré de le compofer confifte à broyer de la fuie de cheminée avec de l’urine d’enfant fur l’écaille de mer , jufqu’à ce qu’elle foit parfaitement affinée 3 onl’ôte de deifus la pierre pour la mettre dans un vaiifeau de verre de large encolure , & on remue la matière avec une fpatule de bois, auprès avoir rempli le vaiifeau d’eau claire 3 on la laide enfuite repofer pendant une demi-heure ; le plus gros tombe au fond du vaiifeau , & l’on verfe doucement la liqueur par inclinaifon dans un autre vaiifeau 3 ce qui refte au fond eft le
- (a) M. Venel, chap. Il, feét. 5 , allure, d’après fa propre expérience, que ces cendres poufléesau feu dans des creufets, entrent en fonte , même fans addition , & qu’elles fe convertirent en une matière vi-treufe analogue au mâchefer.
- (b) L’art de teindre, par rapport aux étoffes de laineries, fe diftingue en France en grand & bon teint, & en petit ou faux teint: le premier eft celui où il ne s’em-
- ploie que les meilleures drogues , & celles qui font des couleurs affurées. Le petit teint eft celui où il eft permis de fe fervir de drogues médiocres, & qui font de fauifes couleurs ; de maniéré que les moindres étoffes font réfervées pour le petit teint , renfermé dans le fauve & le noir. Le bon & le petit teint expriment différens mélanges preferits par les ordonnances, & d’où réfultent des couleurs plus ou moins fines.
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- biftre le plus groffier, qu’on jette. On fait de même de ce qui eft dans le fécond vaiflêau ; on remet la liqueur dans un troifieme , & on en retire le biftre le plus fin , après l’avoir laide repofer pendant trois ou quatre jours. On doit procéder.de la même façon pour faire toutes les couleurs dont 011 doit fe fervir en lavis , afin d’avoir des couleurs qui ne faflent point corps fur le papier : ce qui ferait un mauvais effet à l’œil ; car la propreté que demande le deflin ne fouffre que les couleurs tranfparentes. On prépare encore le biftre en fai-iànt bouillir la fuie de cheminée cinq oufîxgros bouillons avec de l’eau à dif-crétion dans un chauderon expofé fur un grand feu ; on. la remue de tems en tems avec un petit bâton ; on s’en fert pour les mêmes ufages après avoir fait évaporer cette couleur liquide , & réduite en petits pains ou paftilles, qu’on nomme bijire. ( a )
- 44. Virnis, goudrons , cambouis , huile. En faifant bouillir le charbon de terre dans de l’huile cuite ou dans un vernis gras, comme celui des peintres, ( b ) on a, félon M. Kurella , un beau vernis tanné qui fe feche bien. Avec l’huile de pin, épaiffie au foleil, on a une chaleur douce ; il donne un beau vernis jaunâtre , qui demande feulement beaucoup de tems pour fécher : en faifant bouillir partie égale de charbon de terre & de poix blanche, & les tenant long-tems.au feu & les y remuant làns ceffe , il réfulte une matière tenace qui s’attache fi fortement au bois & au fer , qu’on pourrait en faire une elpece de goudron pour préferver les navires de la piq'uure des vers, & empêcher le fer de fe rouiller dans l’eau.
- 45-. Le mémoire de M. de Bafville fait mention d’un charbon & réfine minérale dans le diocefe de Béziers , dont on fait une fubftance molle & tenace comme le goudron. Le grand-prieur de Lure a imaginé de tirer de l’huile du charbon de Rouchamps. M. de Genifane, dans l’ouvrage qu’il vient de publier, avance que, lorfque le charbon qui fe tire des mines des environs du Saint- Efprit en Languedoc, a peu de confiftance, & fur-tout lorfqu’il eft mollaffe (c), on peut en extraire un cambouis ou une matière huileufe, fort gluante, à demi fluide, très - propre à graiffer les
- (a) Voyez l'expérience de M. Deslandes avec le charbon de terre d’Angleterre, part. I. Le Dictionnaire Encyclopédique & le Dictionnaire de Trévoux font mention d’un noir de terre qu’emploient les peintres qui travaillent à frefque , & qu’ils difent être une efpece de charbon foflile ,qui néanmoins n’eft que la terre d’ombre calcinée.
- {b) L’huile grade que les peintres mêlent dans leurs couleurs pour les faire fé-
- cher, & qui eft compofée d’huile de noix ou de lin & de litharge, qu’on fait bouillir, enfuite on laide repofer la litharge au fond du vafe, & ce qui fumage eft l’huile grade.
- ( c ) Cette forte de charbon, appelle par l’auteur charbon jayet, & dont je n’ai nulle idée, eft quelquefois, félon lui, fi mou, qu’on le pelotte dans la main, Hijï. natur. du Languedoc.
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- voitures. On fera f bien-aife de comparer ce procédé avec celui pratiqué fur la pierre de Shropfire; il confiée à faire bouillir le charbon de terre avec de l’eau dans des chaudières de fer, & à écumer le bitume qui fur-liage à l’eau. Quand il ceife d’écumer, le dépôt fableux ou terreux , ordinairement blanchâtre , qui reffce au fond de la chaudière, fe retire -, on remet de nouveaux charbons dans l’eau , & Ton continue jufqu’à ce qu’on ait autant de graille qu’on en veut. Cette matière eft rnife, dans des vafes de bois pour repofer; on en ôte l’eau qui s’en eftféparée, le bitume eft mis de nouveau fur le feu, & on le fait bouillir feul jufqu’à ce que toute la partie aqueufe foit évaporée : il eft à remarquer que cette graifle a beaucoup d’odeur, mais n’a rien de nuiftble.
- 46. L’a.rt d’extraire du charbon de terre le bitume & le foufre furabon-dant, feus détruire ce compofé qui conferve le principe inflammable, & peut par conféquent ètrefubftitué aux charbons de bois , eft connu en Angleterre, au rapport de M. Jars : la même pratique s’eft établie par les foins & aux frais du prince de Nalfau-Saarbruck aux forges de Sultzbach, dans la principauté de Nalfau ; on y a cru pendant long-tems qu’on retirait de ces braifes de -charbon un grand avantage pour la fonte de la mine de fer : nous parlerons de cet ufage à la place. M. de Genlfane a eu occafion de voir cet établilfeme nt, qui confifte en fourneaux compofés fur le modèle des fourneaux de coupelle ( a'). La cornue pour épurer-le- charbon eft une grande moufle ( b) de terre , capable de réfîfter au feu , & qui 11e reçoit la chaleur qu’au travers de fes pores : le bitume fondu & détaché par la chaleur, coule en - bas, & eft reçu dans un vafe, tandis que le foufre volatilifé monte dans une chambre fupérieure par un canal. Le chapitre XII du traité de M. de Genlfane , renferme une defcription complété de cet établiflément, la conftruôtion, Fufage de ces fourneaux, les dimenlions & les proportions qui leur conviennent^ c ) Nous nous bornerons ici à faire connaître la méthode pour ce qui a rapport à la diftillation du bitume per defcenfum ( d ) , & à l’éva-
- (a) Des coupelles font des vaiffeaux pour purifier l’or & l’argent des différens métaux avec lefquels ils peuvent être alliés : ces coupelles font faites d’une matière qui a la propriété de tenir en fufion tous les métaux parfaits & imparfaits, tant qu’ils confervent leur état métallique, & de les abforber, ou, pour parler le langage du métier, de les boire dès qu’ils font vitrifies.
- (b) Petit four mobile différemment conf-truit, faifant partie effentielle du fourneau
- d’effai ou de coupelle.
- ( c ) De la conftruction & de l’ufage d’un fourneau propre à la préparation du charbon de terre, pour le mettre en état d’êtrè employé à la fonte des mines de fer, & à tous les autres ufages auxquels on emploie le charbon de bois.
- ( d ) Diftillation parle bas, c’eft-à-dire, dans laquelle l’appareil eft ccmftruit de maniéré que les matières foumifes à l’opération , fortent du vaiffeau par la partie inférieure.
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- poration qui fépare le foufre. Les deux opérations fe font en même terns dans une efpece de four , dont l’effet eft à peu près le même que celui d’une cornue; on en prendra la première idée fur la pl. XXXVI f où l’on a repré-fenté les principales parties que nous expliquerons après une defcription fom-maire. Ce four, conftruit d’une pâte ou mortier très-réfractaire , fe ferme exactement lorfqu’il eft rempli de charbon. Au bas de fa capacité eft une rigole, & une feule ouverture ronde, garnie d’un long tuyau de cuivre incliné ; ce tuyau va s’emboucher dans une marmite de fer fondu, qui fert de récipient pour le bitume coulant: un autre tuyau de cuivre , montant perpendiculairement, eft implanté fur le tuyau defcendant ; celui-ci fert à l’évaporation des vapeurs du foufre ( a ). Cette efpece de four eft enveloppé d’une voûte qui lui fert de fourneau, ayant une grille, un cendrier & une cheminée qui débouche dans une chambre conftruite au - deifous , où circule la fumée du charbon qu’on brûle pour chauffer ce four : 011 mêle le charbon avec du bois pour l’allumer : lorfqu’il eft rougi, on le maintient moyennement dans cet état ; & à ce degré de chaleur, le bitume coule dans la marmite de fer qui eft à moitié enterrée ; le foufre s’évapore par le tuyau de cuivre vertical: lorfque ces vapeurs ceflént de fortir, l’opération, qui dure ordinairement trois fois vingt-quatre heures , eft achevée.
- Le fourneau vu dans fa capacité extérieure E , F, G , H , pi. XXXVII ,fig. 2.
- I, K, L, M , la capacité intérieure du fourneau. rt,c,/z,/?z,</,£,P,ÿ, les deux chauffes (b) du fourneau, eff^g^h, les portes des chauffes, t y u, intérieur de la cornue, r, s, tuyau de cuivre par où coulent l’huile & le bitume. v, tuyau d’évaporation. P, marmite de fer qui fert de récipient, dans laquelle fe rendent l’huile & le bitume , & qui eft couverte d’un couvercle bien jufte. Q_, R, porte de la cornue. £ {, grille des chauffes.
- Coupe du fourneau , fig. 2 ,fur la ligne t u de la fg. 3.
- E, G, F, H , murs du fourneau. N, o , X, u, rdedans du vafe fui faut fonction de cornue, x, fol du terrein. Q_, R, porte inférieure delà cornue.
- (a) L’auteur a fuivi dans cette expref- qui fe diffipe dans l’air,, au moyen-d’une fton l’opinion générale dont nous ne croyons efpece de foupirail adapté au tuyau , par devoir faire reproche à perfonne : il nous lequel les principes moins volatils font por-fuffira que l’on foit prévenu de notre fend- tés dans le récipient, ment à cet égard, & que réellement cette (h) Les ouvriers entendent par cette partie dite fulfureufe eft une huile très-lé- expreffion le foyer qui contient l’aliment gere, un alk&li volatil réfous & très-aqueux, du feu.
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- Y, porte fupérieure de la cornue, y, cheminée du fourneau, r, s 9 tuyau de cuivre par où fortent l’huile & le bitume, v , tuyau d’évaporation. O, marn-melon du récipient, dans lequel emboîte le tuyau de cuivre. P, marmite de fer, qui fert de récipient.
- Coupé tranfverfale du fourneau. Fig. 4.
- N , u, X , fol de la cornue, formant une rigole au milieu, par où s’écoulent l’huile & le bitume. O , voûte de la cornue, e f gh, deifous de la chauffe , par où l’air s’introduit fous la grille. T* voûte en croifillon , ou chambre fupérieure. V", cheminée du fourneau.
- Elévation du derrière du fourneau. Fig. <5.
- 47. On ne voit pas ici la porte de deifous la chauffe , par où s’introduit l’air fous la grille , ni les portes du fourneau , mais bien en / / 4 4 ,les tirans de fer avec les clefs, fervant à empêcher que les murs 11e fe fendent. O , mam-melon du récipient, dans lequel s’emboîte le tuyau de cuivre. P, marmite de fer qui fert de récipient, v, le tuyau d’évaporation.
- 48. Le bitume, provenant de cette opération , eft très-gras , & peut être fubftituéau meilleur cambouis pour grailler les roues des voitures, (a) A l’égard de l’huile, elle dilfere du pétrole, en ce qu’elle eft moins inflammable; les paylàns s’en fervent en guife d’huile pour s’éclairer , comme il fe pratique près de Beckal en Sibérie avec le malte qui fe tire de quatre puits.
- Lumière pour éclairer Ventrée des ports & des rivières.
- 49. Les feux qu’on allume de nuit fur les phares pour fervir de guide aux vailfeaux , pourraient être de charbon de terre flambant ; la clarté en ferait augmentée confidérablement à l’aide d’une plaque de métal poli, placée à une diftance convenable du foyer, du côté qui n’a pas befoin d’être éclairé pour faire effet de réverbere. Chaque bâtiment , abordant au port, ferait tenu d’être lefté d’une certaine quantité de charbon de terre pour cet ulàge. Dans l’un des ouvrages extérieurs des fortifications de la ville d’Oftende, on a conftruit, par ordre de la majefté impériale & royale, un fanal qui éclaire avec ce combuftible. (7>)
- ( a ) Becker, à ce qu’il paraît dans fon cambouis ou de goudron aufll bon que celbi ouvrage intitulé , La folle fagejje, n. de Suede.
- connaiflait la maniéré .'de purifier le char- (b ) Le iç décembre 1772 on l’a allumé bon de terre, & d’en tirer une efpece de pour la première fois ; la colonne de feu ,
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- De l'ufage économique du charbon de terre , comme combujlible pour les arts.
- fo. Lorsque l’on envifage le charbon de terre comme combuftible1, propre à plufieurs arts , ou aux ufàges domeftiques, 011 préfume d’abord qu’il eft important que l’on fâche en faire un choix convenable, ou pour rejeter ceux de mauvaife qualité, ou pour difcerner ceux dont la chaleur & la flamme font les plus favorables aux opérations auxquelles on veut les appliquer, ou pour tirer parti de ceux dont on eft à portée. Les ditférens degrés de feu ou de chaleur à donner, fur-tout aux fers que l’on forge , félon leur nature , c’eft-à-dire, félon qu’ils font les uns ou les autres capables de le dilater ou de fe condenfer par diiférens degrés de chaud, félon la diveriité des ouvrages, doivent dépendre beaucoup de la nature du charbon que l’on emploie. Il en eft de même de tous les autres arts auxquels on applique le feu de ce combuftible : il eft probablement plus ou moins convenable à quelques opérations félon fa qualité: la vivacité de fa flamme, de fa chaleur, & cette différence des phénomènes réfultant de la dilfolution de ce follile par l’embrafement, ne peuvent être que relatifs, foit à la texture du charbon, dont 011 fe fert, foit à la différente combinaifon de fes parties conftituan-tes. Dans un grand nombre de houilles , leur organifation particulière eft aifée à reconnaître, en fuivant attentivement des yeux la maniéré dont fe détruit un charbon de terre que l’on foumet à l’ignition. La portion eflentiellement combuftible eft ralfemblée & cantonnée dans des alvéoles parallélogrammiques (a). Selon que ces molécules font plus ou moins analogues à la matière du feu, c’eft-à-dire, bitumineufes, félon que leurs enveloppes ont de confiftance , ou que leurs pores font plus ou moins ouverts, que leur communication eft diverfement interrompue par des matières hétérogènes, le feu que produira tel ou tel charbon de terre fera différent; il faudra plus ou moins de tems pour que fon atftion fe tranftnette dans le charbon mis au feu ; le progrès de l’embrafement eft ralenti , &c. La con-naitfance du charbon de terre, dans les variétés les plus communes, eft par conféquent à ajouter à celle de l’art même pour lequel s’emploie le feu de ce combuftible ; les difficultés que comporte cette connaiifance , ne font ni moins réelles ni moins confidérables. Dans les petites forges, où il eft tout aufli né-ceffaire que pour d’autres travaux de difcerner les qualités de charbon de terre, on voit jque tout fe réduit de la part des ouvriers à une fimple routine que
- d’environ cent pieds de haut, eft furmon- ( a ) Ce qui ferait juger que ce que l'on tée d’un grillage de fer, dans lequel on en- pourrait appeller les molécules de charbon, tretiendra toute la nuit un feu de charbon n’ont pas la figure cubique apperque par de terre , qui pourra être découvert de loin. M. l’abbe de Sauvages.
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- l’expérience n’a point encore’p'erfedionnée : nous la difcuterons à part, ainfi que la maniéré ordinaire de juger de ce folfile, lorfque nous le conlidérerons employé pour les travaux métallurgiques.
- 51. Il ferait très-pofiible que les charbons de terre, confidérés & examinés attentivement dans les circonftances qui fe découvrent à la (impie vue , fournirent fur leur qualité des indudions capables d’éclairer le confom-mateur fur les propriétés des uns & des autres, & de le guider dans les ufa-ges qu’on peut en faire. Le P. Grammont, millionnaire à Canton eu Chine, remarque dans un mémoire communiqué par M. le dodeur Maty, à la fo. ciété royale de Londres, (a) que les charbons de terre de Chine pourraient donner quelques idées fur la formation, les qualités, l’ufage & la nature du charbon de terre. Ces figues, quels qu’ils puiffent être, méritent d’être appréciés expérimentalement par les artiftes intelligens ou par les perfonnes curieufes, à même de vérifier ces caraderes extérieurs des charbons de terre. Nous nous fournies contentés de les faire preffentir dans la première partie : il eft à propos de les développer ici, après nous être arrêtés fur la propriété générale de ce foflile de donner de la chaleur.
- De, la chaleur que donne le feu de houille en général.
- f2. La propriété commune à tout charbon de terre, comme combufti-ble, eft de répandre en brûlant plus ou moins de chaleur, ou félon l’efpece de charbon employé, ou félon le volume fournis à l’ignition , &c. Nous n’avons ici à confidérer cette chaleur que quant à fon intenfité, & quant à l’action qui peut lui être particulière fur les uftenfiles ou vai(feaux que l’on chauffe avec îe charbon de terre. La chaleur du feü de charbon de terre eft communément eftimée de feize degrés, & celle du grand feu de bois de dix - fept degrés. Suivant le chevalier Newton (b) ,,la chaleur d’un petit feu de charbon de terre, & celle du fer qu’on y avait fait rougir était de ( ^180 + 32 = )
- 1049 degrés 5 & une verge d’acier échauffée dans le feu jufqu’à ce qu’elle fût rouge, a été trouvée par le dodeur Muffchembroeck , Tentamen acad. com. II, p. 4g & 49 , alongée de 364 degrés j par conféquent elle avait été échauffée jufqu’à notre ( 4. 32 = ) 109fe degré : ce qui différé
- bieii peu de la chaleur du petit feu de charbon, dont il vient d’être parlé
- ( a ) Sur les différentes étuves chinoifes pcrimentale des différens degrés de chaleur pour chauffer les appartenons ,& dont nous des corps, par le dodeur Martine, de la ferons ufage à l’article du chauffage. fociété royale de Londres, fect. VII.
- ( b) Ejjai fur ïhijloirc naturelle £? ex- _
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- d’apres Newton. Ce grand phyficien , Phil. Tranf, ibld. donne la chaleur d’un petit feu de bois, comme plus grande, montant peut-être à fon 200 ou 210e degré ; ce qui correfpond à notre ( -2I2_UL8£ f 32=) 1408e degrés
- & il regarde avec juftice un plus grand feu, comme encore plus chaud , particuliérement Ci on le poulie avec des foufflets.
- f}. M. Vend, dans fes Inflrucüons, n’a pas négligé de s’arrêtera cette circonftance du feu de charbon de terre. Cet auteur compare ce follile cm-brafé, pour tous fes phénomènes, aux métaux rougis au feu 5 il lui reconnaît une chaleur très-ardente , mais ne s’étendant pas au loin , & d’une expanfibi-îité inférieure à celle du bois ; il fait cependant la diftindion des cas dans lei-quels cette chaleur eft animée par les foufflets ou par différentes conftrudions de fourneaux propres à opérer une ventilation : il obferve qu’alors le feu de houille peut non - feulement être élevé au plus haut degré , mais encore être porté au loin avec toute fa chaleur, & même fous la forme d’une flamme vive. L’auteur a foin de faire remarquer en même tems , que ce peu d’ex-panfibilité de la chaleur fpontanée de la houille brûlante, 11e doit point faire croire que cette chaleur foit peu confidérable ; qu’elle eft au contraire fort vive & très - ardente dans le fein & auprès du foyer, tandis que le feu y eft dans fa plus grande force. Cette façon dont l’auteur s’exprime fur ce point efl'entfel,ne donne, à mon avis, qu’une idée incomplète, & même inexade, delà flamme & delà chaleur du feu de charbon de terre annoncées peu expanfibles en foi, c’eft-à- dire , tant qu’elles ne font excitées que par la ventilation à peu près néceflaire pour produire & maintenir ces phénomènes. Les perfonnes qui ne connaiflent ce feu que par ce qui fe voit journellement dans les villes , chez les petits ouvriers en fer , en prendraient une médiocre opinion. Je crois pouvoir alfurer que cette chaleur, dans la maniéré dont elle fe propage, eft au moins égale à celle de toute autre efpece de feu : la chofe m’a paru telle pendant plufieurs mois que j’ai paffés de fuite , foit à Liege, foit ailleurs , où l’on ne fe chauffe qu’avec de la houille. Pendant deux hivers confécutifs, j’ai ufé à Paris de ce chauffage , fans avoir rien changé à la conftrudion du foyer de ma cheminée; & mon expérience propre m’a confirmé dans l’opinion que , s’il y a fur cela une différence, telle qu’elle puiflfe être déterminée , les écrivains qui en ont jugé au défavan-tage de la houille , en ont jugé par des charbons de l’efpece que l’on nomme faibles, & nullement par ceux que l’on appelle quelquefois charbons jlambans, dont la flamme fournit beaucoup de phlogiftique, puifqu’elle fort d’un charbon très - bitumineux.
- y 4. En 1740 , l’ingénieur en chef du Lyonnais , chargé par le miniftere de faire des recherches fur ce fujet, a vérifié que les avantages du charbon de
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- terre font en raifon fupérieurs à celui du bois de hêtre pour la durée & pour la chaleur, comme de cinq à un. L’auteur , qui était de l’académie des beaux-arts de Lyon, fit part de fon travail à cette compagnie ; les liaifons que. je me fuis fait un plaifir d’entretenir depuis 1750 avec la fociété royale de Lyon ( a ) , l’une des premières académies qui m’aient honoré de leur bienveillance, m’ont donné la facilité d’avoir communication du mémoire en entier , avec permiffion d’en faire ufage : l’utilité de l’objet m’engage à profiter de cette liberté.
- Obfervations & expériences fur la chaleur du feu de charbon de pierre & de
- terre t comparées à celles du feu de bois , faites à Lyon, par ordre de la cour ,
- dans des poêles , en 1740 ; communiquées à la fociété royale de Lyon , par
- feu M. Deville , ingénieur en chef du Lyonnais.
- S y. On a pris trois thermomètres, favoir, celui conftruit félon les principes de M. de Réaumur, placé au nord en plein air ; les deux autres pofés , l’un dans une grande falle où il n’y avait point de feu, l’autre dans une grande falle de 68 pieds de longueur, fur 29 de largeur, & 16 de hauteur; cette falle, percée de deux portes & de dix fenêtres, cinq au nord, cinq au fud : le thermomètre de M. de Réaumur était à un degré au-deifus de la congélation , les deux autres à 9 degrés & demi au-delfous du tempéré ; il était alors fept heures & demie du matin. Au milieu de la grande falle était un poele non allumé , de 24 pouces de longueur, 1 y pouces de largeur, & 27 pouces de hauteur, ces dimenfions prifes dans œuvre. A cette même heure , on a chargé le poêle de 28 livres de charbon de terre , & de deux ou trois livres de fagot pour rallumer; & les fenêtres étant fermées, on a. nus le feu au poêle. Les portes ont été tantôt ouvertes, tantôt fermées ; elles donnent dans l’intérieur de la maifon. Le feu ainfi mis à fept heures & demie du matin , a duré jufqu’à fept heures du foir ; & pendant cette opération l’on a attentivement examiné le thermomètre de demi-heure en demi-heure , jufqu’à midi que la liqueur s’eft trouvée montée dans le tube de 10 degrés & demi ; & baillant infenliblement , elle s’eft encore trouvée à fept heures du foir à fept degrés & un quart au - delfus de ce qu’elle était à fept heures & demie du matin. La température de l’air a été allez égale ce
- (cO La même que celle établie pour la nouvelles lettres - patentes en 1758 , fous, première fois fous le nom d'académie des le titre d'académie des fciences , belles-beaux - arts , en 1713 , & confirmée par lettres & cm, à une fociété littéraire for-lettres-patentes en 1724, honorée en 1748 mée dès l’année 1700 dans la même vihe > du titre de fociété royale des beaux-arts fous le nom d'académie des fciences & bel-par lettres - patentes du roi, réunie par de les -lettres.
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- jour-là, les deux autres thermomètres n’ayant varié que d’un demi - degré : ce qui établit que c’eft abfolument !a chaleur du poêle qui a fait monter celui de la falle de io degrés & demi. Après donc avoir conftaté que 2g livres de charbon de terre ont fait monter le thermomètre de io degrés & demi, on a voulu voir de combien pareille quantité de bois ferait élever la liqueur dans le même thermomètre. Pour cela, le lendemain , les chofesüifpofées comme le jour précédent, le thermomètre de M. de Réaumur à un degré & demi au-deflus de la congélation, & les deux autres à io degrés & demi au-delfous du tempéré, on a mis dans le même poele de la grande falle 28 livres de bois de hêtre , & deux à trois livres de fagot, & les fenêtres aulîi fermées , 011 a mis le feu au poêle. Le feu ainli mis à la même heure que la veille , c’eft-à-dire, à fept heures & demie du matin , n’a duré que jufqu’àonze heures, & le thermomètre n’a monté que de 8 degrés &demi: ce qui fait, dans l’efpece préfente , deux degrés de différence de la chaleur du charbon de terre à celle du bois. La température de l’air s’eft également foutenue durant cette matinée, au rapport des deux autres thermomètres. Le réfultat de ces deux opérations comparées , eft que 28 livres de charbon de terre ont fait monter le thermomètre de dix degrés & demi , & ont duré douze heures ; que 28 livres de bois 11’ont fait monter le thermomètre que de huit degrés & demi, & n’ont duré que trois heures : d’où l’on peut conclure que la chaleur du bois eft à celle du charbon de terre comme 4 eft à f , la durée de l’un & la durée de l’autre comme 5 eft à 12; par conféquent la raifon compofée comme 12 eft à 60; c’eft-à-dire, qu’en fuppofant l’égalité dans la valeur, il y a les quatre cinquièmes à épargner dans l’ufage de ce charbon. Mais cette épargne ferait véritablement déplacée , fi d’ailleurs le charbon dont il eft queftion , pouvait intéreifer lafànté. J’ai fait là-deifus quelques recherches dans la ville de Saint-Etienne, qui eft le lieu où l’on en brûle le plus , & je n’ai point appris qu’il occafionnât aucune maladie particulière ; il n’y a que les poitrines faibles , & principalement les afthmatiques , qui s’en trouvent incommodées , attendu l’épuifement de l’air.
- Expérience. Le 23 mars 1740. Dans une grande falle fur le rez-de-chauffée , qui a en œuvre ég pieds de longueur fur 29 pieds & demi de largeur, & 16 pieds de hauteur, il y a un poêle au milieu, dont la longueur en œuvre eft de 2 pieds, la largeur un pied huit pouces, & la hauteur 2 pieds 5 pouces , cette falle a cinq fenêtres au nord , & autant au fud, une porte à chaque fond. On avait laiifé quelques fenêtres ouvertes le matin, & un thermomètre vis-à-vis le poêle entre deux fenêtres , qui marquait à fept heures & demie du matin 9 degrés & demi au-deifous du terme qui défigne le tempéré. On a mis dans le poele 28 livres de charbon de pierre, & deux à trois livres de fagot pour l’allumer : on a fermé les fenêtres, & l’on y a mis le feu à fept
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- heures & demie ; les portes ont été tantôt ouvertes & tantôt fermées, elles donnent toutes les deux dans l’intérieur de la maifon :
- Le feu mis à fept heures & demie du matin.
- A 8 heures le thermomètre était à 7 degrés fous le tempéré.
- A 8 heures & demie . . à f degrés.
- A 9 heures.................à 3 | degrés.
- A 9 heures & demie ... à 2
- A 10 heures................à o \ degré au-deiîus. -
- A 11 heures............àof degré.
- A cette heure les penfionnaires font venus dîner-, il y avait 15*0 perfonnes fans compter les domeftiques qui fervaient (a), au fortir du dîner, vers le midi, le thermomètre était à 4 degrés au-deflus du tempéré.
- A midi & J...................à 1 degré, &c. delfus.
- A une heure..................à
- A 1 heure & demie .... au tempéré.
- A 2 heures...................à 1 \ degré deifous.
- A 2 heures 8c demie. . . . à 2 ^ degrés.
- A 3 heures...................à 3
- A 4 heures...................à 4
- A f heures & demie . . . à f
- A 6 heures, le feu entièrement éteint, 6 degrés au-delfous du tempéré.
- A 7 heures...................à 6 | deifous.
- Les penfionnaires font venus fouper, & après le fouper le thermomètre était à 2 degrés fous le tempéré.
- Le thermomètre de M. de Réaumur était le matin au point du jour à un degré au-deifus de la congélation î le tems a été tout le jour nébuleux & pluvieux, le matin le chaud & le froid ont été aifez uniformes. On a dit que le thermomètre de M. de Réaumur eft expofé au nord en plein air. Un thermomètre qui eft dans une grande chambre, où l’on ne fait point de feu , était entre midi & une heure au même degré qu’entre fept à huit du matin.
- Le 24 mars. Le thermomètre de M. Réaumur, au point du jour, était à I degré & \ fous la congélation ; les chofes diipofées comme hier, le thermomètre qui eft dans la làlle de l’expérience marquait, vers les 8 heures que l’on a allumé le poêle , 10 \ degrés au-deifous du tempéré, c’eft-à-dire o de glace : 011 a mis dans le poêle 33 livres de bois de moule de hêtre \ & un peu de fagot pour allumer.
- A 8 heures & demie le thermomètre marquait 9 degrés.
- A 9 heures ...............................61
- ( a) Cette circonftance eft à remarquer.
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- A 9 heures & demie ......................4
- A 10 heures..............................2 |
- A 10 heures & demie.......................2
- A 11 heures, le feu éteint, 2 degrés au-deffous; de forte que la chaleur n’eft pas montée aujourd’hui jufqu’au degré qui cléfigne le tempéré : le thermomètre ci-deffùs, qui ne varia pas hier depuit fept à huit heures jufqu’à midi, n’a varié que d’un demi-degré.
- De L'effet du feu de charbon de terre fur les chaudières & autres ujlenjîles de ce genre, chauffés avec ce combujlible.
- Plusieurs expériences montrent que le phlogiftique fourni par la flamme du charbon de terre, n’eft pas pur. Dans les atceliers où l’on travaille le fer, les plus fortes barres, ou grilles de fourneau, font corrodées en peu de tems : les plaques de fonte, qui couvrent la voûte , fous l’ouvrage des fourneaux de fonderies, font fouvent détruites en un an ou deux ; elles deviennent plus caflantes que le verre. La première idée qu’ont préfen-tée ces obfervations de fait, réunies à l’odeur de foufre qui fe fait fentir dans les forges , & dans quelques fourneaux où il n’y a pas de fer, a porté fur un principe fulfureux , allié à ce foflile. Chymiftes, physiciens , ouvriers, fpe&ateurs, tous fe font donné le mot pour ne point chercher d’autre caufe qu’un véritable foufre brûlant & vorace (a). En même tems, cet effet connu au feu de charbon de terre , d’attaquer le métal qui eft expofé à fon adion , donne lieu aflez généralement d’appréhender l’ufage de ce com-buftible dans quelques atteliers où les chaudières & autres uftenfiles de ce genre, que l’on a befoin de chauffer continuellement, font adaptées fur un fourneau, de maniéré que la chaleur du feu porte , non-feulement fur toute l’étendue du fond extérieur de ces uftenfiles, mais agit encore beaucoup fur leurs parois. (b)
- 57. On doit convenir qu’il ferait difficile de reprocher à un combuftible un plus grand défaut que le défaut d’être deftrudeur, & d’obliger de renouveler trop fouvent des uftenfiles qui, dans ces manufactures, font l’agrèt
- (a) Nous nous contenterons, quant à préfent, de faire remarquer que les anciens chymiftes & les anciens naturaliftes donnaient le nom de foufre à toutes les fubf-tances huileufes & à toutes les graiffes des trois régnés, aux bitumes, & à toutes les matières inflammables.
- {b) 11 n’eft pas trop facile de voir fur
- quel fondement M. Genneté attribue le peu de durée de l’alambic de la machine à feu de Saint- Gilles près de Liege , à l’encroûtement ou dépôt qu’y forment les eaux qui fortent de la veine Domina, commeM.de Tilly attribue cet effet dans la machine de Litry, en baffe - Normandie, aux eaux de la mine.
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- principal ; mais l’opinion où l’on efl fur cela, eft-elle bien fondée , même d’après ce qui fe voit dans les forges ? Le forgeron porte fa barre directement dans le foyer d’un feu concentré, & même réverbéré (a) qui a la propriété de fcorifier toutes les matières vitrifiables qu’on lui préfente , fur-tout fi la flamme eft accompagnée d’un degré de feu confidérable : ce n’eft pas tout, l’ouvrier excite l’embrafement par une ventilation foutenue & réitérée foigneufement. Dans les fourneaux à"chaudières, ces chaudières n’éprouvent point la chaleur de la même façon : fi le charbon qu’011 emploie eft du charbon flambant, la flamme qui n’eft point la partie la plus chaude du feu, venant à rencontrer à une certaine hauteur le fond du vaifleau, s’y applatit, devient divergente, & perd encore de fà force. La ventilation, opérée par un courant d’air précipité du cendrier dans un foyer efpacé, d’où les vapeurs du feu & l’air prennent iffue par un débouché, eft toute différente de la ventilation des fourneaux de forges : il n’y a donc point de compa-raifon à faire entre ces deux maniérés. La queftion , réduite d’ailleurs à une queftion de fait, devient facile à réfoudre: on ne manque pas de manufactures où l’on fe fert de houille pour chauffer les chaudières ; c’eft à ceux qui font à la tête de ces atteliers à prononcer. (b)
- 58. Quant aux barreaux ou grilles de fer, perpétuellement expofées à l’ardeur de ce feu, on 11e peut encore favoir précifément à quoi s’en tenir fur leur dégradation , que dans les grandes manufactures (c). Les grilles des foyers de chauffage & de cuîfine, dans les pays où l’on ne fe fert que de la houille, durent en général aflez long-tems pour qu’on n’ait point fait fur cela de remarque précife ou exade jufqu’à un certain point. Il eft vrai qu’il y a une grande différence dans la maniéré dont le feu agit fur les grillages qui le contiennent. J’ai cependant voulu obferver par moi-même l’effet de ce feu fur une barre de fer qui y ferait, pour ainfi dire, expofée continuellement : je crois utile de rapporter cette expérience, qui n’a été faite par perfonne. Pendanp les deux hivers de 1770 & 1771, que je me fuis chauffé à la liégeoife , la conduite de ceux qui s’étaient chargés de l’entreprife des
- (a) En phyfique on appelle en general réverbération l’action d’un corps qui en re-poufle & en réfléchit un autre, après en avoir été frappé. Réverbérer, c’eft frapper une fécondé fois. Flamme réverbérée, ou qui fe réfléchit fur elle-même.
- (b) M.Venel avance que les chaudières de cuivre de la raffinerie de fucre établie à Montpellier, de l’épaifleur de trois ou quatre lignes, expofées continuellement à un feu violent de houille, durent des trente
- années. Ce même favant a encore obfervé que les plaques de fer fondu , qui forment les poêles des étuves delà même manufacture, durent cinq à fix ans.
- (c) Des barreaux de deux pouces d’é-carriflage au plus, qui forment les grilles des fours des verreries fervies avec de la houille -, réfiftent à ce feu énorme jufqu’à trois ou quatre jours ; & c’eft beaucoup, ajoute M. Venel, ce feu étant tel qu’il eft capable de fondre le fer.
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- nouveaux chauffages économiques, m’ayant fait juger qu’elle n’aurait pas de fuite (a), je n’avais rien changea la conftruction de mes cheminées, & j’avais donné le même confeil à des perfonnes en place, qui fe propofaient de faire arranger leurs cheminées convenablement à ce chauffage particulier. Les grillages, ou fers à feu, étaient fimplement placés contre la plaque dans une très-grande piece de mon appartement, où le feu était entretenu du matin au loir, & on ne l’éteignait pas pour la nuit; le grillage, loutenu finalement fur mes chenets, était plein, & compofé fur chaque face de trois barreaux d’un demi-pouce d’équarriffage ; ceux qui formaient la longueur du gril, fur le devant & fur le derrière, avaient quatorze pouces de longueur. Afin d’être fur de l’expérience que je voulais faire, la même face était toujours appuyée contre le contre-cœur de la cheminée; les trois barreaux de cette partie du grillage ont par conféquent éprouvé toute l’a&ivité du feu pendant deux hivers. Voici ce qu’on y a remarqué enfuite : le barreau fupé-rieur était entièrement détruit dans fon milieu, & laiffait un vuide de deux pouces deux lignes ; les portions reliantes qui fe répondaient l’une à l’autre avaient éprouvé dans leur fur face, à commencer à peu près à la moitié de la longueur reliante, une diminution telle qu’elles repréfentaient deux forts pitons , bien aigus à leur extrémité, & abaiiîés fenfiblement à cette extrémité, comme s’ils avaient été ramollis; le barreau fuivant, qui était celui du milieu, était aufii diminué dans fon calibre, & manifeflement déjeté de dedans en dehors, ce qui annonçait qu’il avait aufii éprouvé un amolliife-ment fufïifant pour qu’alors il eût cédé de tems en tems au poids de la pile de charbon, chaque fois que ce combuftible était dans le fort de l’embrafe-ment.
- Caractères de bonté dans les charbons de terre en général.
- f9- Le charbon provenant d’une mine difpofée par veines, & celui qui provient d’une mine en malfie, doivent avoir des qualités différentes. Toute impénétrable que foit la nature dans fon premier fecret de la formation des mines , ce quejious avons dit ailleurs & le bon fens donnent à penfer que les mines difpofées en couches , bancs ou filons nommés veines , refièrrées dans une enveloppe qui leur efi; propre , qui les accompagne par - tout, qui contient, comme dans une barrière , les efflux minéralifans, feront mieux con-
- (a) Tant qulil ne fera, rien innové dans parmi nous , pour gagner avec le tems. ce que fai arreté pour le choix des char- je m’exprimais en ces termes dans l’aver-hons, tant qu’on ne s’écartera pas des at- tiflement place à la tête de l’édition in-12, tentions néceJJ'aires pour les façonner ,je publiée en 1740, des mémoires qui terrai-puis répondre que l'ufage de ce nouveau neront ce dernier article. chauffage fe maintiendra fujffanunent
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- ditionnées , plus parfaites} que celles au contraire qui fe préfentent fous une forme d’entaffement, font des mines déformées , qui non - feulement ont fouf-fert dans leur union intime , dans leur concrétion originaire, mais qu’elles ont encore perdu, fi l’on me permet de m’exprimer ainfi, une partie de leur miné-ralité. Cette qualité primordiale ne s’y fera pas confervëe aufii entière que fi elles fulfenttoujours reftées dans leur matrice: elles ont éprouvé , du moins à l’inftant du bouleverfement dont elles portent toute la marque, un éventement qui n’a celle d’avoir lieu qu’après que tout ce mélange confus a , avec le tems , fait un nouveau corps, (a)
- 60. De tout cela il doit réfulter, entre les mines de la première & les mines de la fécondé efpece,une différence réelle 8c marquée ; on obferve même dans ces mines en malfe , plus que dans celles qui font par veines , un défaut d’égalité dans la qualité du charbon qu’elles donnent dans tout le tems de leur exploitation , quelque confidérable qu’il puilfe être. Cet inconvénient eft tel qu’011 ne peut jamais efpérer ni préfumer que toute la malfe foit également bonne ou également mauvaife : cela eft très-dilférent dans les mines de la première clalfe ; tant que la veine continue fa marche , elle contient pour l’ordinaire houille & charbon de même qualité j on n’en excepte , d’après l’opinion alfez reçue par-tout où l’on connaît de ces carrières , que les charbons luperficiels, qui font réputés d’une qualité inférieure à ceux qui font plus enterrés. Cette maniéré de juger de la qualité du charbon minéral , a été difcutée fectionlX de la première partie : on fe contentera de faire obferver qu’il y a des exemples du contraire. Le charbon pourrait aufli avoir une qualité différente , félon qu’il provient d’une veine en pendage de platture ou de roiife. Dans quelques endroits , les houilles qui ont été tirées du milieu de l’eau, palfent pour avoir acquis par ce féjour un degré de bonté : c’eft fans doute
- ( a ) Le volume confidérable de ces mines de charbon en mafTe n’a rien qui doive étonner , & qui infirme le fentiment où je fuis , que plufieurs mines de charbon font de ce genre ; il doit même s’en rencontrer un plus grand nombre pour ce folfile que pour les mines métalliques, où l’on en connaît d’une grande étendue ; tel , par exemple, que celui d’une des quatre mines exploitées du département d’Altemberg, dont IYL Hellot fait mention en note dans la traduction de Schlutter, tome II, pages <; 91 & 592. Il ne s’en trouve point de femblable dans toutel’hiftoire des mines : il a environ %o toifes de circonférence, & fournit delà
- mine d’étain depuis le jour jufqu’à 1 ço toifes de profondeur perpendiculaire. Ces fortes de filons en malfe n’ont que rarement une direction réglée ; mais ils ont leurs bornes, qui quelquefois eft une pierre feche, quelquefois un roc, que les mineurs appellent Jeparateur,& quivraifemblablement eft ce qu’Agricola nomme interveniuni, lequel, dit ce favant auteur, eft tout-à-fait hors de la portée de la vue, lorfqu’il appartient aux veines dilatées ; & au contraire , dans les veines précipitées, qu’il appelleprofondes , laifle découvrir fon fommet, & fon pied fe perd dans un grand enfoncement.
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- d’après l’effet avantageux, produit par Tinfperfion de l’eau fur le charbon de pierre dans les travaux ordinaires , que cette idée a acquis une forte de vrai-femblance ; mais lorfque nous en ferons à examiner les moyens de reconnaître à Tillage le bon charbon de terre, nous ferons voir que cette indnétioneft fautive.
- 61. De toutes les circonftances extérieures du charbon de terre, il eft des lignes qui peuvent auflî mériter attention. Celui qui fe fait remarquer le premier , & qui eltune des propriétés elfentielles de ce folîile, c’eft la couleur: nous commencerons donc par nous y arrêter. Les nuances de noir fourniifent des renfeignemens allez juftes : s’il effc d’un beau noirluifant, on pourra le regarder de la meilleure qualité ; ce brillant lui vient de la quantité & de la pureté du bitume : en conféquence , félon qu’un charbon s’en éloignera, il deviendra moins bon 5 de manière que ceux qui , à l’œil, font ternes & fombres, qui paraiifent plutôt gris que noirs, 11e valent rien, & ne tiennent pas le feu long-tems : ceux-là , auxquels je donne le nom de charbons tcrnnx , pourraient former une troilieme efpece de charbon. Quant à ceux qui font d’une couleur autre que de couleur noire, comme elle n’eft qu’accidentelle, & provenant d’un mélange étranger, on en parlera à leur place. Un caractère qui fûrement n’eft point fondé en conjeétures , eft la conliftance. En total, les charbons different entr’eux, comme on Ta vu dans la première partie, par la dureté & par la friabilité 5 & fouvent on 11e diftingue les charbons qu’en charbon dur & compact, & en charbon tendre & friable. Le charbon décidément folide , compact, plus analogue à la pierre , & d’un beau noir luilànt, tel que celui que les houilleurs Liégeois nomment charbon ferré , & à Rivedegier charbon, peyrat, eft en général réputé de bonne qualité: 011 verra tout-à-l’heure en quoi elle confifte. La maniéré dont il fe fépare quand 011 le rompt , eft encore une annonce aifez confiante ; celui qui fe caife quarrément, eft en général le meilleur ; celui qui fe caife, comme ils difent, en filets , d’où 011 l’appelle houille toirchée, houillefilandreufe , eft inférieur. On doit obferver que la texture de cette efpece 11’eft point en fils droits. D’autres font fi tendres qu’ils fe féparent en pièces de toutes fortes de formes.
- 62. Pour décider de l’excellente qualité du charbon, ce n’eft pas aifez qu’il foit compact, il faut encore qu’il foit pur ; on doit entendre par-là , exempt de tout mélange qui .diminue, qui gène fon plilogiftique , ou qui lui faife contracter des défauts particuliers : cette netteté fe juge par l’intérieur de là caife. Dans la diverfité de ces accidens , 011 peut comprendre des feuilletages pierreux de différente efpece, de différente épaiifeur, déiignés dans quelques mines par des noms particuliers, comme les gorres dans les mines du Lyonnais,. caillettes dans les mines de Montrelais. le berg-banck, qui, félon M. Jars , eft un charbon très-pierreux, faifant un lit de quelques pouces depaiifeur, fuivanc
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- toujours le charbon , & qui, dans les mines de Wettin, divife en deux parties la couche de charbon, pourrait auffi être du genre de ces arêtes que les Liégeois appellent nerfs. Les matières qui communiquent au charbon une odeur différente de celle qui lui eft ordinaire , une fenteur infeéte & défagréable, doivent être rangées par-deflus tout au nombre des matières étrangères qui altèrent la pureté de ce foflile ; elles donnent par elles-mêmes, quelquefois à la fimple vue, les marques de leur préfence : nous eu parlerons à part. Le poids du charbon de terre eft encore une circonftance de marque ( a ) : l’air contenu dans le charbon de terre ne lailfe pas que de contribuer à fon poids.
- 63. D’après les expériences de M. Hales(Æ) fur l’air contenu dans les corps , & fur les quantités qui s’en dégagent par la diftillation, & par la com-binaifon avec l’eau - forte, un pouce cubique , ou 316 grains de charbon de Newcaftle, a produit par le premier moyen 360 pouces cubiques , c’eft-à-dire, 102 grains d’air , ce qui fait le tiers du poids total. Sur pareille quantité de charbon (un pouce cubique) un pouce cubique d’eau-forte a abforbé 18 pouces cubiques d’air, dont 12 furent reproduits les jours fuivans.
- 64. Il eft affez naturel de croire que ce foffile eft encore plus ou moins pefant félon qu’il eft chargé de pyrites s les houilleurs Liégeois donnent à la houille mêlée de pyrite blanche, le nom de houille argentée. Moins la houille eft légère, meilleure elle eft en général 5 car il s’en trouve qui, quoique légère , eft de très-bonne qualité : telle eft celle décrite parmi les houilles chaudes, dans 3a première partie ; elle eft nommée par les Liégeois houille à œil de crapaud, à caufe des petites facettes arrondies & luifantes dont elle eft femée : 011 pourrait 3a nommer houille à miroirs , lithanthrax fpeculare.
- Qtialités de la houille à déduire de la maniéré dont elle s*emhrafe & dont elle flambe au feu , de la fumée , de P odeur quelle répand , & du réjidu de fa combuflion.
- Les charbons de terre brûlent d’autant plus long-tems qu’ils prennent difficilement le feu ; ils fe confument d’autant plus promptement qu’ils s’enflamment plus aifément: ces circonftances font plus ou moins marquées félon que les charbons font purs , bitumineux & compactes ; ainli celui qui s’allume difficilement en donnant une belle flamme claire & brillante , comme fait le charbon de bois , en brûlant longuement & durant long-tems avant de fe con-fumer , eft réputé de la meilleure efpece. A cet égard , elle a quelque rapport avec les huiles grades qui s’enflamment plus tard que Pelprit de vin ou que î’efprit de térébenthine, mais dont l’embrafement porte un degré de chaleur bien plus confidérable. Si au contraire le charbon de terre fe décompofe ou fe
- ( a) La pefanteur fpécifique du charbon de terre eft 1 - 24.
- (b) Statique des végétaux.
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- défunit facilement, s’il fe-confume auffi aifément qu’il prend flamme , il eft d’une qualité inférieure. Une des propriétés du charbon de terre eft de s’étendre en s’enflammant comme l’huile , le fuif, la cire , la poix 9 le foufre, le bois & autres matières inflammables: On-doit en général juger avantageufement d’un charbon qui au feu fe déforme d’abord eu fe griffant, & qui acquiert enfuite de la fblidité. Les unes, & ce font les meilleures , comme la houille gralfe, le charbon dit de maréchal, flambent, fe liquéfient plus ou moins en brûlant comme de la poix, fe gonflent, fe collent enlémbîe ; dans les vaiifeaux fermés , ils fe réduifent entièrement en liquefcence : on remarque que cette efpece ne fe diflout ni dans l’eau, ni dans les huiles, ni dans l’efprit de vin. Les autres enfin s’embrafent & fe confument fans donner ces phénomènes. Le charbon de terre eft encore de bonne efpece quand il donne peu de fumée, ou lorf-que la fumée qu’il répand eft noire , quand fon exhalaifon eft plutôt réfineufe que fulfureufe,& qu’elle n’eft point incommode. Toutes ces circonftances, tant dans la maniéré dont il bfûle que dans les phénomènes réfultans au feu fur-tout , dépendent, comme de raifon , de la qualité plus ou moins bitumineufe, plus ou moins pyriteufe,du charbon.
- 66. Un charbon qui eft en grande partie, ou en totalité, bitumineux, brûle fort vite , en donnant une odeur de naphthe : celui qui l’eft peu, ne fe foutient pas facilement en mafle quand le feu l’attaque à un certain degré : il en eft qui eftd’aifez bonne durée ; mais le feu diftipant promptement la portion de graiffe qui y était alliée, les petites alvéoles ou loges dans lefquelles elle était renfermée , fe défuniflent, fe féparent par petites parcelles , quelquefois aflez grandes ; ou , félon l’expreffion des Liégeois ,;ils tombent en heurre. Ces fortes de charbons ne peuvent tenir au fou filet, le vent les enleve, & ils font très-peu profitables au feus d’autres au contraire, qui étaient friables, font d’ùn bon ufàge , leurs parties fe réunifiant & fe collant au feu.
- 67. De même que le bitume eft dans quelques charbons le feul principe inflammable, il s’en trouve d’autres qui doivent à la pyrite prefque feule leur inflammabilité ; la mine de Zwickau en Saxe , celle de Wettin en Mifnie , en fourniflent de cette efpece. C’eft ainfi que les charbons , félon qu’ils font plus ou moins chargés de pyrite , fe confument plus ou moins lentement : celui de Nevcaftle eft long à fe confumer 5 mais celui de Suntherland, au comté de Durham , qui eft très-pyriteux , brûle plus long -tems encore jufqu’à ce qu’il fe réduife en cendres. Lifter (a) parait être de cefentiment, enobfervant que les charbons de terre durent au feu d’autant plus qu’il y a de pyrite ou de foufre mêlé parmi les matières fchifteufes. Ce do&eur , au rapport de M. Bertrand , ( b ) avait un morceau de charbon d’Irlande, qu’on difait pouvoir conferver
- (a) De fontibus medicatis Anglia.
- (û) Tremblemens de terre, page 313,
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- avec une couleur rouge la forme qu’il avait , & une grande chaleur, pendant vingt-quatre heures. J’ai tout lieu de croire que ce charbon par fou poids & fa couleur reflemblait beaucoup à la-pyrite même , & n’était abfolument autre chofe. Il eft facile, à mon avis , de décider, les yeux fermés, de la qualité que j’appelle primitive du charbon de terre : l’odeur qui lui eft propre lorfqu’ii brûle, eh variée de maniéré à en diftinguer deux principales. La première eft une odeur dépendante de l’efpece d’acide allié avec fou pétrole , & que l’ufage général taxe d’odeur de foufre , ce qui faitappeller ces charbons fulfu-reux ( a). Lr fécondé eft l’odeur mêlée qu’exhalent les charbons que je diftin-guepar le nom de pynteux:, & quife rapproche véritablement de l’exhalaifon iulfureufe plus ou moins décidée, & qui pourrait plutôt que les autres les faire appeîler fulfumix.
- 68. Personne, félon moi, n’a mieux défini que le célébré M. Hoffmann ,1a nature du charbon de terre qu’il a obfervé ; les expreffions dont il fe fert pour fpécifier celui de Wettin & de Loebegin, renferment tout, & font d’un obfervateur attentif. Celle de bituminofo - fulphurd, appliquée aux charbons de Wettin , caractérife dans ces charbons la préfence du bitume dans une proportion au moins égale à la pyrite ; & celle de fulphureo - acidi indique dans ceux de Loebegin la pyrite furabondante au bitume. Notre célébré écrivain établit par-là d’une maniéré exaéte & précife la difparité des charbons à raifon de la diverfité du phlogiftique qui fait leur partie conftituante, & à rai-fon de la diverfité de la proportion dans laquelle il y eft uni. Cette différence de combinaifon influe néceifairement pour beaucoup fur l’odeur différente qui s’exhale du charbon de terre dans fa combuftion , ainfi que fur les différentes efpeces de ce même foffile,que font appercevoir les opérations chymiques.
- 69. J’ai recueilli un très - grand nombre de ces analyfes faites en différens pays par plufieurs fa vans fur différens charbons. En mon particulier, j’en ai fait plufieurs dans le laboratoire de l’hôtel royal des Invalides, avec M. Dema-chy, M. Parmentier & M. Defyeux. Je ne faurais trop répéter que, de toutes ces analyfes qui forment un tableau des plus intéreiTans, il réfulte inconteftable-ment que l’idée reçue de l’exiftence du foufre dans les charbons de terre quelconques, 11’eftpas aufîi fondée qu’elle avait paru l’être (b). Il fe déclare en
- (a) Le tage kohlen de Loebegin, & fur- ces mêmes principes fe développent, fe tout de Wettin, eftfeméde lames minces combinent enfémble, & forment un véritable fulfureufes, comme la pyrite, indice ordi- foufre. Il porte à cet égard les chofes plus naire de foufre , & comme le god-filber. loin que perfonne ; félon lui, le charbon de
- (frNM. de Genflane, dans fou HiJ}. natterre eft une mine de foufre plus caraêlé-du Languedoc, aflure que le charbon de rifée que la pyrite même , parce que ce der-terre renferme tous les principes du foufre , nier foiïile ne contient que le principe acide, & que , dans le moment de la combuftion, qui dans la calcination fe combine avec le
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- efFet dans la combuftion de ce foffile une exhalaifon plus ou moins décidée, plus ou moins fugace d’acide fulfureux volatil ; dans les charbons pyriteux ou fulphureo-acides. elle paraît plus cara&érifée que dans ceux que j’appelle charbons bitumineux (a). Nous lailfons aux chymiftes l’explication de, cette coni-binaifon artificielle , ou de cette exhalaifon d’un principe fulfureux qui fe reconnaît pareillement dans des cas où l’on n’a point à l’imputer au charbon de terre. Un poele de fonte de fer, par exemple , qui n’eft échauffé que par le brader qu’il contient, répand dans l’étuve échauffée par ce poele , une odeur fulfu-reufe incommode ; & fon effet eli: d’autantfdus violent que le feu eft ardent , que le poêle eft neuf, que le lieu eft clos ; &c. On fent pour l’ordinaire, quand on allume les fourneaux, une odeur de foie de foufre , quelquefois même de foufre brûlant. Dans la fonte en fufion , & dans les forges , cette exhalaifon eft confidérable , & la plupart du tems elle provient autant du fer rouverain que du charbon de terre. Au lieu de cette odeur fimplement bitumineufe, ou lim-plement fulfureufe, pour mefervir de l’exprefiion commune , il en eft de différentes & particulières à quelques charbons. Celle qu’exhalent les charbons nommés à Liege bouxtures, eft très-pénible à l’odorat ( b ) , ainfi que ceux qui
- principe inflammable du bois ou du charbon , & donne le foufre ; au lieu que le charbon de terre contient tout à la fois le principe acide & le principe inflammable.
- ( rz) Voyez la thefe foutenue aux écoles de médecine de la faculté de Paris en 1771, corollaire II, page ^ , & coroll. III, p. 7.
- ( b ) Le mot brafil, par lequel on défigne dans quelques mines d’ûngleterreftme forte de métallifation ou de marcajjites, fans doute à caufe de leur couleur de cuivre jaune, appelle du même nom hrafil, qui eft auflfi celle de plufleurs pyrites dont plu-fieurs charbons de terre font femés, fournirait une explication plaufible de la dénomination de la troifieme couche de la mine de charbon de Weidneisbury, appellé corn ou brajil, qui pourrait bien n’être autre chofe qtfune bouxturc. M. Genneté, dans la defeription des veines de la montagne S. Gilles à Liege,avance que la douzième veine, dite Domina, placée fous un lit de bouxtures qui fe rencontrent même dans le corps de la veine, pue tellement quand elle brûle, qu’on eft obligé de quitter l’endroit; il ajoute que la fumée produite par ce charbon, tombant fur les habits, les
- brûle, comme ferait la chaux vive. Jepuis affiner que ces deux allégations font abfo-lument imaginaires. La première pourrait fe foutenir quant aux bouxtures, relativement à la vapeur qui en réfulte ; auiïi n’en fait-on point d’ufage à caufe de cette odeur pénétrante , approchante de l’odeur d’ail ou de l’arfenic, produite peut-être par la préfence de quelque partie de zinc connu pour être inflammable, & à la génération duquel on fait que la pyrite concourt ; d’ailleurs la bouxture proprement dite n’eft point un charbon de terre. La fécondé allégation qui fe rapproche fort des dires ordinaires, quant aux charbons de terre , a été avancée avec quelques différences de termes dans un écrit très-grave & très-férieux par fon objet: elle fera difeutée en particulier. M. Venel prétend que l’exhalaifon légère à'acidefuU fur eux volatil, qui n’eft pas différente de la vapeur propre au foufre brûlant en plein air, ne fe remarque dans les charbons de terre qu’avant leur entière deftruéb'on au feu, & uniquement à l’inftant où le feu eft languiffant ou expirant. Ce favant penfe que c’eft ce que les Liégeois ont voulu exprimer par le motpoutiuiresmais en cela
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- font femés de poutnures. Ces petits nerfs appelles poutnures , produifent dans les charbons qui en font femés la même vapeur incommode, délignée dans les charbons de bois par le mot fumeron, & par les Allemands brand (V). On trouve encore dans plufieurs pays des charbons dont l’exhalaifon eft d’une nature contraire à la firnté, comme à Peterwifs près Drefde, & dans plufieurs autres pays. Ce font fans doute ceux dont parle Boetius de Boot (b), îk probablement c’eft iine fembîable efpece dont le commerce a été interdit il y a une vingtaine d’années par un arrêt du parlement de Metz(c). Ii en eft particuliérement une efpece ; qui eft la plusfujette à donner une odeur , non-feulement fétide & défagréable, mais encore nuifible. Il eft facile de la reconnaître au premier coup-d’œil avant de l’employer : elle eft remarquable par une couleur changeante , pareille à celle que l’on voit à la furface des eaux minérales ferrugineufes, ou furies verres reliés long-tems en terre ou expofés à l’air. Les minéralogiftes ont diftingué une efpece d’antimoine ainfi coloré , par la dénomination couleur de gorge de pigeon , les Anglais par celle de queue de paon. J’ai parlé ailleurs de ce charbon verrou , ainfi que du fchelly veim , qui annonce fon voifinage ( d '). Il nyapas de pays où l’on ne rencontre de ce charbon : il s’en trouve dans plusieurs de nos mines de France, où il n’a point reçu de nom particulier de nos ouvriers. Les charbonniers Anglais font les feuls qui l’aient diftingué par une dénomination particulière ; peut-être les Allemands ont-ils voulu le défigner
- il n’a point pris garde à la diftinétion que j’ai faite de ces poutnures &des bouxtures, qu’il a confondues mal-à-propos.
- ( a ) Je n’ai pu vérifier fi la houille de Cantabre , dans le diocefe de Vabres, dont parle M. Venel, & qui exhale une odeur fétide dans les premiers tems de fa combuf-tion, eft de cette efpece , à moins que ce ne foit une houille de l’efpece de celle d’Au-baigne. J’ai cependant trouvé depuis mes premières obfervations , que ce charbon d’Aubaigne, brûlé long-tems après avoir été tiré de la mine, ne répand plus cette mau-vaife odeur.
- {b) Ob eam quapollent virtutem. ma-joris efficacité quam alla ligna, ignem effi-ciunt, capiti tamen ob virulcntos habitus multuni incommodi afferunt.
- (c) M. de Genffane, chap. I de Y Hiftoire naturelle du Languedoc, fait mention d’une efpece qui m’eft totalement inconnue. D’après ce qu’il en rapporte, il appartient à
- Une veine qui s’exploite près du Pont-Saint-Efprit ; il s’y rencontre allez fréquemment de très-beaux morceaux de fuccin, fi pur & fi tranfparent, qu’à l’odeur près on le prendrait pour de l’ambre. Je ne puis me défendre du doute que j’ai que ce foit véritablement du charbon de terre, mais feulement du charbon de bois tourbe : il ajoute que la fumée & l’odeur de ce charbon font fi pénétrantes, qu’elles infectent , même à une diftance affez confi-déra'ole, les raifins des vignobles circon-voifins des fours à chaux où on l’emploie.
- (ù) J’avais cru que cette exprelfion dé-fignait uniquement la texture feuilletée ou écailleufe de ce lit; mais j’ai vu dans le cabinet de M. le Sage, mon confrère à l’académie des fciences, un morceau de cette couche , femée en effet de débris de coquilles , ayant encore une partie de leur nacre, parmi lefquelles on diftingué une moitié de telline.
- par
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- par l’exprefîïon açur-kohl. La veine de la houilliere du Bois-Pedé, au duché de Limbourg ( a ) , nommée P Inconnue, découverte par M. le mayeur Firket, qui l’a exploitée le premier, donne un charbon de cette efpece, des plus puans & des plus mal-fains. Je crois devoir à cette occafion ne point palfer fous fiience une remarque qui paraît confirmer le fentiment deM. Triewald. Ce n’eft que dans la partie de cette veine , placée entre deux failles , & de lix poignées environ de hauteur , que le charbon eft coloré de cette maniéré. Lorfqu’au fortir du bois la veine reprend fon allure, dans les prairies du château & dans la campagne de Houze, elle eft très-brune, quoique réduite à quatre bonnes poignées de hauteur.
- 70. Sans nous arrêtera examiner ici d’où cette couleur rouge mêlée eft particulière à ce charbon , il fuffit d’être prévenu qu’en général celui qui eft de cette efpece eft regardé comme très-nuilible au fer , venenum firri. O11 n’a pas de peine à concevoir que tous les difterens changemens que le feu opéré fur dif-ferens charbons , dépendent de leur composition s & attendu qu’elle peut quelquefois être jugée en général au feul coup-d’œil ,il eft de même poflible de juger d’avance une partie de ce qui doit réfulter de la combuftion d’un charbon dans lequel l’argille ou la glaife dominera , ou de la combuftion d’un autre charbon , qui annoncera, comme c’eft le plus ordinaire, une bafe martiale.
- 71, Par l’épreuve du feu , & par le réfidu de l’ignition du charbon de terre, on diftingue trois efpeces de ce foftile : il en eft, comme , par exemple* la houille grade, que le feu réduit toute en cendres ; parce que, félon M. Hill, cette efpece contient plus de bitume pur. Ce produit, appelle par les Anglais , du moins à Nexvcaftle , fraifil ( b ), préfente dans quelques houilles des variétés de couleur. Les cendres du charbon d’Uffon font blanchâtres ; le charbon deSuntherland*donne des cendres rouges qui annoncent une bafe martiale. Quelques charbons , comme la houille maigre, demeurent noirs après la combuftion, & laiffent un corps poreux, léger, fpongieux, très - femblable à la pierre-ponce. Ce qui refte de quelques autres , lorfqu’ils font entièrement brûlés , eft cette mafle nommée mâchefer. Les charbons d’ardoife en donnent beaucoup , & demandent un feu léger & découvert : par cette raifon, ils ne peuvent point aller dans les forges ; mais ils fervent feulement pour les befoins du ménage.
- 7Z. Cette malle fcorifiée eft différente félon la matrice glaifeufe ou pier-
- (a) A Houze, appartenante à l’abbaye ou raflemblées fous une forme concrète;
- du Val-Dieu. de maniéré qu’un charbon éteint, à demi
- (b) Il paraît que cette expreffion dé- confumé & recouvert de ce,poufller cen-figne particuliérement les cendres de char- dreux, eft quelquefois appelle fraifil, nom bonde terre en général, foit qu’elles foient donné dans quelques atteliers au pouffer enpoufliere, foit qu’elles foient pelotonnées de charbon.
- Tome XVII.
- H h h
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- reufe du charbon qui a fubi l’adion du feu ; dans quelques - uns , ce réfidu refïemble beaucoup au laitier. Les chymiftes inftruits que l’argille n’eft point propre à dégénérer en fcories, & qu’il n’en eft pas de même de la glaife , font par - là en état de juger de la nature de la terre qui eft entrée dans la première composition de la houille , & de l’efpece de feu, de chaleur , que peut donner tel ou tel charbon. Il eh: donc important de raffembler ici, pour le choix des charbons à employer au chauffage & à d’autres ufages, les con-naiifances que nous avons cherché à inculquer, pour aider à diftinguer les efpeces qu’on appelle à Liege maigres, fortes, graffes , chaudes , moyennes , douces, tendres, &c. La maniéré de défigner la houille ou le charbon par ces épithetes, s’applique également à la houille & au charbon ; elle eft néanmoins plus ufitée quand 011 parle des charbons. A Liege, on fe fert plus communément des qualifications gras , chaud,
- 73. Pour commencer par les houilles, on a vu, dans la première partie, ce que c’eft que la houille graffe, & ce que c’eft que la houille maigre. La houille chaude, à beaucoup d’égards, eft meilleure que la houille graffe ou forte ; par exemple , pour les verreries , les brafferies , les briqueteries, les chymiftes, les métallurgiftes. A fon défaut, on fe fert pour ces ufages du charbon moyen, ou de la houille moyenne, qui eft une houille douce, communément appellée houille à ufine , parce que les forgerons & les maréchaux s’en fervent auffi pour échauffer leur fer. Les houilles employées feules , ou quelquefois avec du charbon léger en boulets ou pelotes à l’apprêt économique , font du menu charbon gras. U11 charbon qui peut être employé feul , s’appelle charbon moyen, parce qu’avec ce charbon l’on mêle à peu près un quinzième de dieille ou d'armée : cette houille moyenne, ou ce charbon moyen , font préférables à tous les autres pour les cuifines* (a). Pour chauffer leg cafferoles, & faire les ragoûts fur les fourneaux, 011 emploie feulement les krahais ou braifons de houille maigre.
- 74. Pour les charbons , c’eft le contraire des houilles; on fait peu de cas des charbons maigres, chauds ou légers (car c’eft la même chofe), ne pouvant être employés qu’avec un mélange d’un quart, d’un tiers, de trois quarts ou de deux tiers de charbon fort : auffi ils font réfervés pour la cuiffon des briques, 8c pour les chaufourniers. Ce qu’on appelle charbon doux, charbon tendre, n’eft autre chofe que de la terroule, dans le fens que l’entendent les Liégeois.
- Du charbon de terre pour les ouvrages de forge & pour les travaux métallurgiques„
- 751. La propriété combuftible du charbon de terre a dû néceffairement,
- (a) M. Triewald eftime que les charbons provenant des veines en roiffes, font les meilleurs pour ces deux ufages, des cheminées & de la cuifine.
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- dès le premier inftant qu’elle a été reconnue, être appliquée à tous les travaux qui s’exécutent par le moyen du feu, principalement à ceux qui demandent un feu vif, une chaleur forte & a&ive. Les métallurgiftes qui ont befoin, pour toutes leurs opérations, d’un combuftible finguliérement actif, par l’énergie de la chaleur réfultante de l’embrafement, n’ont pas été fans doute les derniers à employer le charbon de terre dans leurs atteliers, pour chauffer leurs fourneaux de fonderie , de macération , d’affinage , de chaufferie , &c. Mais on s’eft bientôt apperçu que ce foffile ne préfentait pas à beaucoup près, pour toutes les opérations de métallurgie, les avantages que l’on croyait d’abord pouvoir fe promettre, foit par fa chaleur trop adive, foit par quelque principe qu’on ne connaît pas encore, quoique qualifié expref-fément fulfureiïx. Le charbon de terre, fui van t fes différentes qualités, nuit aux fontes de métaux dans différens degrés ; il en a été banni, & eft refté le combuftible des petites forges , où il 11’eft question que de ramollir le fer, & de lui donner des formes particulières , comme font le ferrurier , le maréchal, & autres de ce genre: encore eft-il vrai, comme nous aurons bientôt occafion de Le faire voir, que la pratique ou plutôt la connaiffance expérimentale des charbons de terre dans ces atteliers, quoique fuffifante pour les ouvrages groffiers qui s’y exécutent, n’eft pas bien précife.
- 76. Comme nous avons fait un article à part du fer confidéré à la forge, nous examinerons d’abord féparément le charbon de terre dans cet attelier, par rapport aux différentes qualités qui peuvent y être employées, & aux maniérés de juger celles qui conviennent à ces ouvrages. Nous nous attacherons enfuite d’une façon particulière à donner une connaiffance exacte du procédé par lequel on peut parvenir à rendre ce foffile propre à plusieurs opérations importantes de métallurgie. Nous pafferons de là à celles des opérations métallurgiques auxquelles ce combuftible eft effectivement appliqué, ou peut l’être ; en nous bornant cependant à expofer fommairement ou à indiquer les principales.
- 77. Le pere Grammont, dans la lettre envoyée au dodeur Maty, que j’ai citée plus haut, rapporte que les Chinois prifent beaucoup, pour l’ufage de leurs forges, le charbon qui pétille & qui fe brife au feu (a) ; quand la flamme en eft bleue, le feu en eft très-ardent: mais ils regardent alors le charbon de mauvaife qualité, parce que, félon eux, le foufre y domine.
- 78. Parmi nos ouvriers en fer, les charbons réputés les plus propres à la
- (a) Ils attribuent ces effets à Pabon- d’un bois plus compacte; ceux qui ont pris dance du nitre. Cette propriété de pétiller de l’humidité, pétillent aulff & s’écartent de au feu, connue aufli dans les charbons de toutes parts, en conféquence de l’explofion bois, paraît moins marquée dans les char- que leur caufe l’humidité, bons de bois tendre que dans ceux qui font
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- forge font de l’efpece compade & pefante, fe réduifant en fcories , & tenant plus du principe bitumineux que du principe nommé par les ouvriers foufreux ; ce qui les fait durer plus long-tems au feu, & donner une flamme plus vive», plus confiante. Cette adoption par préférence d’un charbon bitumineux, c’eft-à-dire, gras & non foufreux, eft un motif raifonnable de fufpe&er, au moins dans les travaux de forges, l’ufage de toute efpece de charbon qui donne des indices de foufre, & d’exclure en conféquence les charbons que j’appelle pyriteux ; à moins qu’en les mêlant avec ceux que l’on nomme bitumineux , on ne leur rende le principe huileux qui leur manque, ils pa-railfent devoir être exclus de ces atteliers (a). C’eft particuliérement pour les ouvrages en fer, que la confîftance, le poids, & autres renfeignemens tirés de l'extérieur du charbon de terre, ont befoin d’être décidés par l’expérience, foit qu’ils puiffent être employés feuls , foit que , par raifon d’économie , on cherche à marier un charbon faible avec un plus fort, foit lorf. qu’il eft néceflaire de mêler un charbon de moindre qualité avec un meilleur , pour corriger ce que les charbons inférieurs ont de défectueux, & leur ajouter ce qui leur manque ; c’eft ainfi que les charbons de Neweaftle fe mêlent tavec ceux d’Ecoffe, qui ne font pas fi bons pour la forge , quoiqu’en Ecoffe ils y foient employés.
- 79. Dans tous les pays à charbon, ce mélange eft un point effentiel : mais il paraît que, dans un même attelier, tel charbon eft préféré par quelques ouvriers, & peu eftimé par d’autres ; que tous ne portent pas un jugement uniforme fur un même charbon ; & qu’en conféquence ils ne fe condui-fent pas de la même maniéré lorfqu’ils marient diflférens charbons enfemble. Nos ferruriers de Paris, qui n’ont que trois efpeces de charbons de terre -
- ( a ) M. Venel a cependant fait une remarque intéreflante fur un charbon de Languedoc , qui eft de nature pyriteufe ; c’eft celui de Carmaux, nommé à Bordeaux charbon de Gaillac, lieu de fon entrepôt. Ni dans les premiers inftans de la combuftion, ni dans aucune circonftance particulière , cette houille, quoique pyriteufe , ne donne pas le moindre veftige d’exhalaifon d’un principe fulfureux quelconque ; elle fe comporte dans le feu comme parfaitement exempte de tout alliage de foufre ; & il ajoute qu’à la forge elle ne produit pas fur le fer le même effet rongeant & calcinant de la houille de Fuveau, qui eft aufli pyriteufe ; d’où il conclut que les houilles de cette
- nature peuvent être propres aux forgerons : il appuie encore fon opinion fur la houille de Finis en Bourbonnais, principalement employée pour les forges des maréchaux, ferruriers, taillandiers, &c. & il la dit fin-guliérement marquée de taches pyriteufes. J’aurais fort defiré être en état d’apprécier moi - même l’obfervation & l’opinion de M. Venel, que je ne crois pas bien exactes : il eût été pour cela néceflaire que je con-nuffe par moi-même la houille de Carmaux & la houille de Fuveau; mais je n’en ai pas trouvé dans ma collection : je puis feulement aflurer que ce favant a été induit en erreur par l’échantillon de charbon de Fims, d’après lequel il a porté fon jugement.
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- à employer, eftiment que celui d’Auvergne (a) eft fableux, qu’il ne fe fou-tient pas au feu, ne donne que du mâchefer, & ne produit pas beaucoup de chaleur. Celui de Moulins paiîe pour donner le plus de chaleur , & eft très-bon , mêlé avec celui d’Auvergne. Le charbon de Saint - Etienne eft regardé le meilleur après celui de Moulins ; il y a plus d’acquit à s’en fervir ; il eft parfait lorfqu’il eft en gros morceaux, & non en menus. Ces trois charbons , mêlés enfemble dans des proportions étudiées , font très-bons : ils rendent au feu la barre blanche, & ne craffent point le fer.
- 80. Dans l’épreuve du charbon de terre à la forge, qui eft un moyen fur lequel on peut compter, les renfeignemens que donne ce foiïile font de deux fortes : les uns fe marquent au feu, les autres fur le fer. Au feu, ce font la durée, fa flamme , fa chaleur, la maniéré dont il s’y comporte en s’élevant en forme de voûte ; ce qui le rend très - propre à forger le fer, la conliftance, la durée de l’efpece de croûte qu’il forme.
- 8i* Les ouvriers donnent comme un ligne décilif d’excellente qualité, lorfque ce foiïile brûle & chauffe mieux étant humeété ou arrofé d’eau. Per-fonne 11’ignore l’ufage où ils font de le tremper, pour y ajouter, à ce qu’ils imaginent, une qualité, ou pour augmenter celle qu’il a. On fait encore que cette propriété de l’eau d’augmenter l’inflammation des bitumes , eft avancée par des auteurs anciens ( b ). Cette propriété reconnue dans le plus grand nom-
- ( a ) C’eft-à-dire, celui qui vient aujourd’hui des mines de cette province, & qui eft décidément inférieur à tous les autres ; car autrefois il en venait de très-bon de la mine de la Foffe , abandonnée en 1768, qui a été reprife en 1774., appellée maintenant mine de Sadourny. Ce que j’ai vu de cette nouvelle fouille , eft en maffes vraiment pierreufes, très - dures, & difficiles à mettre en morceaux ; elles fe féparent en pièces de forme & de volume inégaux & différens comme les corps pierreux; c’eft une réunion de parcelles de charbon micacées , difpofées quelquefois en petites bandes ou filets confus & interrompus : le charbon eft beau , éclatant & argentin. Cette diflfémination abondante, quoiqu’ir-réguliere,de charbon, fait que ces greffes pierres , en s’échauffant, rougiffent peu à peu, prennent feu en bouillonnant à l’extérieur, fe gonflant, fe collant, fe gerçant, fe fendant & fe tourmentant comme les
- maffes d’argille devenues compactes & pierreufes ; 'elles donnent une flamme rouge, foncée & ardente , accompagnée d’une bonne fumée, & fe confomment comme l’argille en cendres grifes ; quelques portions donnent des cendres rouges : le pouf-fier de ce charbon ne parait pas fe coller, & parait n’être que de la terre. On vient auffi de reprendre la mine appellée la Taupe, qui était fouillée il y a environ cinq ans à la profondeur de 36 pieds, & qui avait été fermée, afin de faire pafferle charbon de la Foffe. Cette nouvelle fouille, qui a aujourd’hui 4^ pieds de profondeur, tombe dans ce qu’ils appellent en Auvergne une carpe de charbon.
- ( b ) Aqna accenditur, cleo vero ref-tinguiturquod in Jabrorum officiais quo-tidie obfervare licet ,• qui aquam in accen-fos carbones Jpargunt, ut nirnis expanfum calorem reprimant, ac in centra vividio= rem ignern efficiant. AgricüIA.
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- bre de houilles , de donner une plus longue braife quand elles ont été mouillées , n’eft cependant pas fi particulière qu’elle ne puifle être entendue & expliquée de plus d’une façon. Le feu,quand il agit en force fuffiiànte , produit des effets d’autant plus grands que Ion acftion a été plus retardée ; quand une fois cette a&ion devient vi&orieufe , elle dilate , elle agit avec d’autant plus de promptitude , & d’une maniéré d’autant plus complété, que les parties de cette maffe lui ont oppofé plus de réfiftanc.e avant de céder. Ainfi, quoique le charbon de pierre mouillé ait plus de peine à s’allumer, le feu en dure effectivement davantage : l’ouvrier , quand il s’apperqoit que fon fer brûle un peu trop à la fu-perficie( a ) , ramafle encore fon charbon allumé, l’afperge de nouveau avec de l’eau , pour concentrer la chaleur, rendre fon feu plus aétff, & plus fort & plus long-tems. En effet, il forme par ce moyen une efpece de voûte, dont il empêche foigneufement l’embrafement, fous laquelle le feu, comme dans un petit fourneau de réverbere, fe concentre & exerce prefqu’eutiérement fon adion fur le métal qu’on chauffe : tout cela eft pour diriger la vivacité de fon feu à volonté, & , félon le befoin , en retarder la confommation, & non préci-fément pour l’animer.
- 82. L’idée des forgerons n’eft donc qu’une indudtion à leur guife de ce que leur apprend l’expérience , puifqu’il eft aifé de concevoir que les parties du charbon allumé que l’on a mouillées , ne pouvant fe diftiper & fe heurter violemment , le feu doit, de toute néceflité, en devenir plus concentré. Cette propriété de l’eau, au furplus, fur le charbon de terre au feu , fouffre des exceptions , & peut en fouffrir. On rencontre des efpeces de charbons, tels que, par exemple , ceux que j’appellepyriteux , qui certainement ne prendraient point feu fi l’on y jetait de l’eau. Le contraire, qui en effet s’obferve plus communément , eft donc encore à expliquer. Cela tient-il à la qualité de ces charbons de terre '{ cela ne pourrait-il pas dépendre des veines d’où ils ont été tirés ? Quelques charbons font fujets aux inflammations fpontanées ( b ) , & peut-être à occafionner des tremblemens de terre. Les phyficiens ont obfervé que ceux qui font les plus difpofés à former un incendie fouterrein, font ceux qui font placés affez fuperficiellement en terre pour que les premières couches qui les couvrent 11e falfentpas obftacle à ce que les charbons puiffent recevoir l’adion de la chaleur du foleil. Y aurait-il quelque rapport de cette particularité à celle
- (a) On dit que le charbon brûle le fer, s’échauffer, même fort peu de tems après
- îorfqu’il en détache trop d’écailles & de qu’il eft mis en tas, a remarqué fur cela, lcories. que le plus grand effet de cette chaleur avait
- (b) M. Venel regarde ces embrafemens été de brûler fourdement, c’eft-à-dire, de de houille comme douteux. M. le chevalier noircir ou de couvrir d’une couche légère de Solage , propriétaire des mines de Car- de charbon, des morceaux de bois qu’on maux, dont le charbon a cette qualité de enfonçait dans le tas.
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- de la fituation fuperficielle des houilles dans la mine ?
- 83. Si l’on veut difcerner au feu , c’eft-à-dire , par 1’efTai, le bon charbon de terre d’avec le mauvais , on pofera un foc de charrue , ou un morceau d’acier quelconque , fur un morceau de fer ; li le charbon eft de bonne qualité , l’acier eft auili-tôt joint avec le fer 3 quand il effc mauvais , l’acier eft plus long-tems à fe joindre , & il faudra augmenter la quantité de charbon. D Avant - coureur, n. 36, feptembre 1769 , a publié une méthode , éprouvée par M. de M . . . -pour juger de la qualité des charbons, relativement à l’ufage qu’on en fait le plus communément. Elle confifte cc à remplir un creufet du charbon que l’on „ veut éprouver , à placer au milieu de ce charbon un ou deux petits bar-„ reaux de fer , & à tenir ce creufet exactement luté au plus grand feu , pen-„ dant cinq à fix heures , dans un fourneau de fufion , ou même au feu de la „ forge. Si le charbon eft de mauvaife qualité, il fe formera à la furface du fer , „ pendant cette, efpece de cémentation ( a ) , une croûte qui fera d’autant plus 55 épailfe que le charbon*fera d’une qualité plus inférieure 5 on peut s’aifurer „ que cette croûte n’eft pas formée parle charbon, mais que c’eft réellement „ une portion de la fubftance du fer ; en en détachant quelques parties, & „ les préfentant à l’aimant, elles feront fur-le-champ attirées, parce que le M fer brûlé dans les vai(féaux clos conferve cette propriété. ( Æ) „
- 84. En 1774 , le miniftre de la marine fit faire , dans les ports de Roche-fort & de Br eft, des épreuves de comparaifon de deux efpeces de charbons, & de celui d’Angleterre: dans l’extrait qui a été imprimé de ces épreuves, un de ces charbons n’eft point nommé ( c ) ; l’autre eft celui de Saint-Georges , dont nous avons fait connaître la qualité d’après M. de Voglie, & que le procès-verbal du fubdélégué de Saumur en 17^7 déclare s’ètre trouvé, dans un effai fait à la verrerie de Saint-Fiorent, d’une qualité inférieure pour ces fontes à celui du Forez, de plus d’un cinquième. Ce charbon de Saint-Georges pefe fept livres par pied cube plus que celui de * * *, & cinq livres plus que celui d’Angleterre ; on attribue cet excédant de pefanteur à une plus grande quantité de parties onctueufes.
- (a) Cementation , prife dans le fens le plus étendu , eft une opération chymique, par laquelle on applique des métaux enfermés dans un creufet, dans une boite de fer, même dans une cornue, & ftratiftés avec des fels fixes, avec différentes matières terref-tres, & quelquefois des phlogiftiques , à un feu tel que ces métaux rougiffent plus ou moins , mais fans entrer aucunement en fufion.
- ( b ) Ce que l’on nomme battit uns, & qui
- eft une chaux , calx martis, qui fe détache par écailles du fer rougi & calciné, font du fer privé d’une bonne partie de fon phlo-giftique, mais qui en conferve allez pour être entièrement attirable par l’aimant.
- (c) Les mêmes raifons que j’ignore encore, pour lelquelles on a fimplementdé-figné ce charbon fans le nommer, ont empêché que je n’aie pu favoirde quel canton il eft ; vraifemblablement c’eft de quelque mine voifine.
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- 8f. On a remarqué, dans la première épreuve faite à Breft, que ce charbon. a offert un intérieur de la plus grande netteté, qu’il eft d’un noir plus^ foncé , qu’il paraît plus gras & plus liant que celui de * * * ; il en a refulté , dans cette épreuve, une économie de matière affez confidérable. Dans la première épreuve, faite à Rochefort, il a été trouvé pour la qualité, la durée au feu, & la chaleur qu’il rend prefqu’au même degré que le charbon d’Angleterre, fupérieur en tout à celui auquel on le comparait. Ces épreuves imprimées en extrait (<z), nous ont paru pouvoir fervir de modèles, pour fe rendre compte à foi-même, ou dreffer un rapport de fembiables opérations ; ce qui nous détermine à donner ici cet extrait.
- Extrait des épreuves faites par ordre du miniftre de h marine dans les ports de Breft & de Rochefort, des-charbons de Saint-Georges-Châtelaifon, âAngleterre , & de ***.
- Extrait du procès - verbal de la fécondé épreuve faite à Rochefort.
- ' 86. Nous avons jugé, après l’effai, que celui d’Anglettere a le feu plus vif, chauffe un peu plus promptement le fer que celui de Saint - Georges ; que ce dernier forme également bien la voûte; qu’il différé peu en bonté de celui d’Angleterre, & qu’il eft bien lupérieur à celui des mines de ***, qui a peu de confiftance, & rend beaucoup de craffe ; celui de Saint - Georges n’en fournit guere plus que celui d’Angleterre : la confommation eft à peu près la même dans l’emploi: il chauffe bien le fer, n’eft point fulfureux, & dure affez long-tems à la forge; conféquemment nous l’avons reconnu de bonne qualité, & très-propre à être employé pour le fervice du roi. En foi de quoi, nous avons figné, collationné par ordre du roi.
- Signé jValliet.
- Ça) Petit in-40. de quatre pages.
- Extrait
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- ET DE SES MINES. Partie D. \n
- Extrait d'une, première épreuve faite à Bref les 196* 20 décembre 1774*
- Charbons de * * * Charbons de S. Geo:
- Charbon délivré . . . foo liv. 600 livres.
- A refté après l’ouvrage . if»
- Employé 414
- Charbon non-confommé . - f* 84
- Cendres 120 H
- Fer délivré .... 22f 22 f
- Mâchefer . . . , . 23 23
- Corps mort forgé (a') . 192 ..... 194
- Fer de retailles (b ) . . • 7 ï 41
- Déchet 26 i
- Nombre de chaudes 10 ... 9
- Durée de l’ouvrage , 4 heures J . . 4 heures 41 minutes.
- Nombre d’hommes , 12 . . . 12
- La voûte du four que ce charbon a formé a été d’une aflfez grande foîi-dité pour fupporter après la première chaude trois coups de pelle fans être entamé, & a duré jufqu’à la quatrième chaude ; fa flamme parai liant gralfe, & d’un blanc jaunâtre; fon feu concentré elt très-vif ; ces qualités font l’effet d’un grand nombre de parties huileufes qu’il contient. Ce charbon eft d’un noir plus foncé, paraît plus gras & plus liant que celui de ***. Il en a ré-fulté une économie de matière alfez confidérable.
- Extrait de la fécondé épreuve faite à Bref avec du charbon extrait de ta mine de Saint-Georges depuis plus de deux ans.
- Charbon d E *** •Charbons de S. Georges.
- Charbon délivré . . . . 500 liv. 500 livres.
- Refté après l’ouvrage 190 i8f!
- Employé . 310 3i4!
- Charbon non-confommé 89 92 l
- Cendres • • 57 4)“
- Fer délivré . . . 1 . . 22Ï 22 Ç
- Mâchefer . . 281 • • • • 33 i
- Poids du corps forgé . . . 180 168
- Fer provenant des retailles 4! 7!
- Déchet . 40 \ 49 |
- Nombre de chaudes. . 12 13
- Durée de l’ouvrage, £ heures 55" minutes. Nombre d’hommes, 12 6 heures co minutes. . . . 12.
- (a) Piece ordinairement de bois , mife en travers dans la terre, & où tient une chaîna pour amarrer les vaiffeaux. ( b ) Rognures. Tome XVII. I i i
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- D V C H A R B 0 N D E T E R R £
- Elota. Il n’eft fait dans cet extrait aucune mention de la folidité de la voûte du charbon de Saint - Georges , qui eft une qualité des plus eflentielles ; elle a duré jufqu’à la quatrième chaude, & il a fallu la brifer : celle de *** n’a pas rélifté à la première chaude. On voit que ce charbon a rendu un dixième de mâchefer , & | de cendres de plus que celui de Saint-Georges ; ce qui prouve qu’il contient beaucoup plus de parties hétérogènes. La différence de 4 livres & | de charbon , & de 9 livres de fer de déchet fur des objets auflî confidérables, ne lignifie rien: elle eft d’ailleurs l’effet du peu d’a&ivité des ouvriers ; ce qui eft prouvé par une chaude qu’ils ont employée de plus pour le charbon de Saint-Georges, tandis qu’il devait y en avoir une de moins par la confiftance de la voûte qui rendait néceflairement le feu plus vif : on s’en rapporte fur le tout aux plus habiles forgerons.
- Extrait de la troijîeme & dernier e épreuve faite à Bref.
- Charbon de ***
- Piece de fer pour former une clef de mât du
- poids de 104 liv.
- Réduit forgé à .. 91
- Retaille....... |
- Déchet......... 121
- ............104
- Charbon délivré. 207
- Charbon enflammé non-con-fommé .... 46
- Charbon neuf reliant .... 40
- Mâchefer .... 11
- Cendre & charbon confommés. . 110
- Charbon d’Angleterre.
- ......... 104 liv
- .........~88
- ........... 1
- •........ if
- .......... 104
- ......... 2Q7 i
- ....... 48f
- .......... 78|
- ......... 11
- Charbon de Saint-Georges.
- ........... 104 liv.
- ............ 9*
- 1
- ............. a
- .........
- ........... 104
- ........... 207
- ............ 61
- ....... 78
- ............ f!
- ......... 6*1
- ......... 207
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- Rien ne prouve mieux la qualité fupérieure du charbon des mines de Saint-Georges, que ce réfultat de la derniere épreuve faite à Breft»
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- Du feu de charbon de terre , appliqué à la réduction des minerais, en particulier de la mine de fer.
- Hijloire des procèdes connus pour rendre ce combuflible propre à ces opérations.
- Connaiffances fondamentales de métallurgie à rapprocher de ces tentatives faites
- ou à faire.
- 87. De tous les métaux, le fer eft celui auquel le feu de charbon de terre eft le plus défavorable; les ouvrages les plus grofliers, dans les forges ordinaires , ne laiflent point de doute fur le défaut qui efl particulier au feu de ce foffile de recuire les parties du fer que l’on veut diffiper (a), fi le fer eft de nature fulfureufc. Les foufres du charbon de terre, félon Swe-demborg, ajoutés à celui du fer, durciffent & rendent réfra&aire ce que le métal a par lui-même de doux & de du&ile, ou bien ce qu’il a de plus parfait , & les fcorifient, fur - tout quand les charbons agilfent fur la mine ; & comme la partie fulfureufe faifit le fer par préférence, elle le fait évaporer en fumée, ou défunit la partie nerveufe de ce métal, le rend’en conféquence aigre & difficile à traiter, au point que, foit qu’on le travaille à chaud ou a froid , il s’ouvre, fe gerce , enforte qu’on ne peut faire une barre qui ne foit fendue par-tout. Ce fer, en un mot, ne peut être d’un grand ufage, à moins qu’il ne foit combiné avec un autre de meilleure qualité. L’expérience démontre de même que le charbon de terre, dans l’état où il fe tire de la mine, eft abfolument contraire à la réduction du minerai de fer ; il ronge & détruit fur-tout une grande quantité de métal dans les fontes. Dans le fourneau à manche (£), il brûle le métal qui ne fe fépare pas des fcories; ces dernieres ne fe liquéfient point affe2 pour couler hors du fourneau.
- 88. Les raifons qu’en donne M. Grignon (c), font i°- que fon phlo-giftique eft uni à un acide vitriolique abondant qui forme du foufre, & que
- (û) Fabriararii & ferrarii carbonum les fourneaux de rafraichiffement & de li-vice lithanthrace utuntur ;fed quia fua quation pour le cuivre tenant argent, ainft pinguedine inficit ferrum & fragile facit, que plufteurs autres. La hauteur de tous les qui fubtilia opéra cfficiunt, eo non utun- fourneaux courbes eft à peu près la même ; tur. Agricola, de nat.fojjilium^ lib. IV. mais ils font différemment conftruits.
- (b) Appelle auffi fourneau allemand ou (c) Mémoire de fydérotechnie, conte-fourneau courbe, qui a un baflin de récep- nant des expériences, obfervations & ré-tîon & un baftin plus petit pour la percée ; flexions furies moyens de laver & de fondre il faut comprendre fous la dénomination de les mines de fer avec économie. Seét. 11, fourneau courbe tous ceux qu’autrefois on page 102 des Mémoires dephyfîque ,in-4°. appellait fourneaux d’écoulemens , c’eft-à- Paris, 177 dire, qui donnent écoulement à la fonte,'
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- l’abondance de ce foufre'rendrait la fonte-de fer trop pyriteùfe, fi Ton ne fe fervait point d’intermede pour abforber une partie du foufre qui s’eft formé dans ce foffile ; 2?. que le charbon de terre contient ordinairement trop de principe terreux qui 11e pourrait être vitrifié qu’avec une perte con-fidérable de fa chaleur, laquelle ferait une fouftradlion trop grande, peut-être notable , à celle que l’on fe propofait d’appliquer à la réduction du minerai. L’abondance de ce principe terreux & des intermèdes ou correctifs pour enlever au charbon de terre le foufre qui s’y eft produit, faifànt un volume trop considérable, diminueraient l’intenfité de la chaleur au point de caufer des embarras fans remede.
- \ 89- Quel que foit le vice particulier à ce foffile-, foit qu’il réfulte de la grailfe ou de l’acide, ou de la fumée, foit qu’il réfulte de la trop grande activité du feu que donne ce combuftible , on s’eft occupé férieufement dans plusieurs pays , des moyens d’approprier aux opérations métallurgiques le feu & la chaleur que fournit le charbon de terre. Becker, dans un de fes ouvrages , rapporte qu’un Allemand nommé Blavenflein, avait enfeigné en Angleterre une façon de travailler la mine de fer avec ce foffile : c’était peut-être en faifant des boules de mine & de charbon, afin de les expofer au feu de réverbere, fans doute pour appliquer immédiatement le phlogiftique à la mine. Le prince Robert, en Angleterre, a fait beaucoup de tentatives pour réuffir par ce procédé avec le pick - kohl. Par les expériences qui ont été continuées pendant quelques femaines , 011 a obfervé que le foyer fe trouvait toujours rempli de craifes & d’une matière tenace & bourbeufe. L’autre maniéré, décrite par Swedemborg, confifte, comme nous l’avons dit auffi , à employer ce charbon après l’avoir préalablement étouffé , de la même maniéré qu’il fe pratique pour les charbons de bois , & lui avoir enlevé par une combuftion portée à un certain degré de torréfaction, ou la matière graffe qui le rend impropre au traitement des mines, ou cet acide qui eft difficile à fe marier avec le fer.
- 90. Swedemborg, en rapportant le procédé en entier tel que nous l’avons rapporté, ne s’en déclare pas à beaucoup près Iepartifan; on vient de voir qu’il n’ignorait pas les inconvéniens du feu de charbon de terre pour la fufion de la mine de fer, & qu’il ne le regardait point du tout propre à la purger de fes hétérogénéités. A en croire cependant la tradition de Château-Lambert en Franche-Comté, on tirait de l’or des mines de cuivre de cet endroit, & c’était par le moyen du feu de charbon de terre (a). Les Chinois s’en fervent pour la fufion du cuivre j la maniéré qui était employée à Château-Lambert n’eft point connue ; le moyen employé par les
- (a) Voyez le mémoire de M. de Genifane fur l’exploitation des mines .d’Alface & du comté de Bourgogne, vol. IV des Savans étrangers, page 159.
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- ET DE SES MINES. Partie II.
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- Chinois eft ignoré; enforte que dans le traitement des mines, l’uPage du feu de houille eft reftreint à ce qui concerne le grillage & les fontes préliminaires, après avoir fait eifuyer à ce foflile un procédé préalable. C’eft ainfi que les Anglais l’emploient à rôtir les mines de fer, & n’ont befoin. du charbon de bois que pour fondre avec moins de perte la mine rôtie & défou. frée ; ils s’en fervent auffi pour griller les mines de cuivre, & en affiner le métal (a). Le fourneau dont on Le fert dans la Grande-Bretagne pour affiner avec ce foflile le plomb tenant argent (£), autorife à ne point douter qu’il ne foit également poffible de tirer parti du charbon de terre pour les demi - métaux (c) , & les métaux imparfaits qui font d’une facile fufion. L’auteur du Traité de la fonte des mines , par le feu de charbon de terre , eft perfuadé qu’il y aurait un bénéfice de moitié fur la dépenfe des fontes & d’un dixième fur le produit du minéral (d) ; il penfe auffi qu’il ferait pof-iible de parvenir à fondre toutes fortes de mines par le feu de charbon de terre. Sur ces principes, il a imaginé une conftrudion de fourneau dont il a publié la defcription parmi tous ceux qui compofent fon traité, (e)
- 91. Les difficultés attachées à l’emploi du charbon de terre pour la fonte des métaux, ont de tout tems été apperques, & n’ont pas été unanimement regardées comme infurmontables. Après Becker , Tholden (f), Krau-terniann (g) , font dans cette idée. Zimmermann eft de ce lentiment : pourvu , félon lui, que les charbons de terre ne foient pas trop écailleux ( h), ils peuvent être purifiés & employés fans danger à la fonte des métaux. D’un autre côté, M. Henckel rejette formellement l’ufage du charbon de terre pour ces opérations , comme plus propre à retarder la fufion , à caufe de l’acide de fon foufre qui eft, félon lui, un obftacîe à la fufibiîité. La façon d’abord groffiere & imparfaite de corriger cet inconvénient, perfectionnée en Angleterre où elle a pris nailfance, exécutée avec avantage dans ce pays & dans
- (a) Purifier, dégager des parties hétéro-genes.
- (b) Décrit dans l’eïïai fur les mines, tome V, page 95.
- ( c ) Appellés auiïifaux métaux pour les diftinguer.
- ( d) Préface du tome I, page xj.
- (e) Cet ouvrage, dont le fécond volume paraît actuellement, & les Voyages métallurgiques de M. Jars, renferment tout ce que l’on peut defirer touchant le point de vue fous lequel le charbon de terre ferait à confidérer ici. Les perfonnes qui connaîtront le traité de la fonte des mines de
- Schlutter, le recueil qui vient d’être donné par M. Grignon, la defcription de l’art des forges Sc fourneaux à fer,& fur-tout le fupplément au tome II de YHifloire du cabinet du roi y ne rifqueront point de s’égarer dans les elfais auxquels elles pourraient fe livrer.
- (/) Haligraphic en allemand, c. III, pages z & 89-
- (g ) Rcgnum minérale, page 128.
- (h) L’auteur par cette expreffion a vrai-femblablement défigné ceux que l’on nomme quelquefois charbons maigres.
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- pîufieurs autres , affaiblit affez l’opinion de ce favant, pour autorifer à penfer que ion ne doit pas défefpérer de tirer encore un meilleur parti de ce com-buftible. Aujourd’hui que l’on a fort approché de la connaiffance de la nature des matières qui font parties effentielles du compofé métallique nommé fer, que le choix du fondant (a), celui des charbons de bois, autre dépendance de l’art de la métallurgie, font fixés par l’expérience, ou guidés par les lumières de la chymie j aujourd’hui fur-tout que la fcience de conduire le feu a fait de grands progrès, les recherches à faire pour fubftituer dans la fonte du fer les charbons de terre aux charbons de bois, ou les mêler enfemble, doivent rencontrer bien moins de difficultés, & conduire enfin à cette découverte importante , fi elle eft failable. Un coup-d’œil général fur la fonte des mines dans chacun de ces articles expliquera mon idée, c’eft-à-dire, la maniéré dont j’en-vifage la chofe.
- Coup-d'ceil général fur la fonte des mines, dans les principales circonjlances qui conjlituent cette opération.
- 92. L’objet qu’on fe propofe dans la fonte du fer, c’eft de le purifier, c’eft-à-dire de lui laiffer les parties convenables du nerf & du rempliffage , félon la qualité effentielle de chaque efpece de mine. L’artifte eft pour cela obligé d’en mêler de pîufieurs fortes, dont les effais l’ont mis à portée de connaître la nature, de déterminer la quantité de ehaque , de les traiter différemment , félon qu’elles font plus ou moins chargées de foufre dans les pays où elles font de cette efpece. Le fuccès des opérations métallurgiques tient donc à ces différens points.
- 93. Des mines de fer. Quant aux différentes elpeces de mines de fer connues , fans vouloir ici les confidérer ni en naturalise ni en chymifte , on eft affez généralement dans l’opinion que leur nature eft autant diverfifiée que leurs bafes , & autant que le font la couleur & la forme fous laquelle elles fe rencontrent -,Xe qui y domine toujours particuliérement, eft une fubftance bitumineufe, alliée avec un fel vitriolique, embarraffée de beaucoup de terre métallique vitrifiable. Selon que le fer eft diverfement minéralifé , félon qu’il eft chargé de parties hétérogènes , ou à proportion de la groffeur du grain de, ces mines , elles font réfra&aires ; les parties terreufes , alliées à la mine de fer , nuifent différemment à fa fonte, le rendent fragile, félon leur nature, félon qu’elles y font en trop grande ou en trop petite quantité. Les mines de fer qui proviennent, par exemple , d’une terre làblonneufe ou caillouteufe , font plus faciles à fondre j celles qui fe tirent d’un terrein gras, font plus réfra&aires.
- (a) Matières propres à Faciliter la fufion,en vitrifiant les fubftances terreufes & pierreufes, avec lefquelles la mine eft mêlée.
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- On a Pexpérience que les mines , venues dans l’arbue ( a ) , portent avec elles un degré, foitde réfra&ion, foit de facilité à la fufion proportionnée à barbue dont elles reftent pénétrées ou imprégnées j celles produites dans la caftine (b) ont les mêmes qualités , dans un degré proportionné aux parties de caftine qu’on n’a pu leur ôter.
- 94. Les mines de fer ne font pas moins vicieufes , lorfqu’elles contiennent du foufre , comme les mines en roche ( c ) , qui fe tirent à de grandes profondeurs , & qui précifément conviennent aux ouvrages de fonderies, auxquels toutes les mines ne font pas également propres ; mais on verra bientôt que les autres mines 11e contiennent pas ce principe. Il en eft même qui contiennent de l’arfenic , comme le mica ferrugineux que l’on travaille quelquefois dans les forges, & qui, à raifon de l’arfenic , donne communément un fer aigre & caf-fant. ( d )
- 9^. Si l’on en croit Swedemborg, la mine de fer du pays de Liege eft^,dans quelques endroits de ce territoire , de l’efpece de celle qui conftitue une efpece de mine de zinc ferrugineufe ; telle eft aulïï la mine de sfinc des environs de Goslar , regardée par M. Henckel comme une vraie mine de fer : il s’en trouve même qui, à raifon du zinc qu’elles contiennent, forment au haut des fourneaux des fublimations naturelles de cadmie en croûtes très - épaiifes (e). De ces variétés de mines de fer & des produits différens qui s’en obtiennent, il ne
- () Herbue, aubue, efpece d’argille ou de terre vitrifiable, douce au toucher, de couleur rougeâtre*
- () Katzen -ftcin , chat, gros gravier calcaire & fans mélange de terre ; félon 2VÏ. de Buffon, il s’en trouve de plulieurs efpeces. Nous aurons bientôt occafion de parler de l’arbue & de la caftine, comme foncîans , ajoutés ordinairement dans la fonte des mines : il eft important de connaître les effets que leurs différens mélanges produifent dans le feu.
- (c) Formées de parties de fer, réunies enfemble par le moyen de l’eau, & qui ont pris de la folidité à mefure que l’eau s’eft repofée ; les mines dè Suede & d’Allemagne font de cette efpece.
- ( d) Cette fubftance argilleufe, graffe , ferrugineufe, nommée à tort mica ferrugineux , eijen-glimmer en allemand , fe trouve communément entre-mêlée dans les endroits où il y a de l’hématite, fur - tout de l’héma-
- tite d’un rouge vif; le nom defer de chat qu’on lui donne auffi, lui convient mieux pour annoncer la médiocrité de cette mine ; ce n’eft que\de l’hématite décompofée; elle eft d’un brillant obfcur,noir, rouge, couleur d’or ou d’argent, ou gris-de-fer, & peut fe réduire entre les doigts en petites parcelles qui y laiflent leur couleur, leurluifant ; c’eft ce qui fe débite dans quelques endroits fous le nom de brand ou rouge fin d'Angleterre.
- ( e ) Je ne puis me rappeller l’ouvrage dans lequel eft avancée cette obfervation que je fuis fur d’avoir extraite dès le commencement de mon entreprife de la def-cription de l’art d’exploiter les mines de charbon de terre : j’ai même communiqué cette notice à M. Grignon , lorfqu’il lut à l’académie fon mémoire , dans lequel il prouve que les mines de fer de France contiennent beaucoup de zinc , & qui eft renfermé dans fon ouvrage page 290. Ce phyficien n’a nulle connaiffance de cette obfervation,
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- faut cependant pas conclure que les mines de ferfoient réellement autant diver-lifiées qu’on ferait naturellement porté à le croire : ce n’eft abfolument qu’une erreur accréditée par l’ancienneté j & probablement elle fubfifterait encore , fi un favant de nos jours, conformément à fon génie , qui ne lui permet d’envi-lager & de voir les chofes qu’en grand, n’avait fuivi la voie des expériences, pour approfondir cette matière ( a ). Les travaux de M. de Buffon ont conftaté fur tout cet objet, des faits de la plus grande conféquence , qui trouvent ici leur place. Il eft certain , d’après ce phylîcien, que toutes les mines de fer, du moins les mines en grains ( b ) , font également fufibles, qu’elles ne différent les unes des autres que par les matières dont elles font mélangées , & point du tout par leurs qualités intrinfeques * qui font abfolument les mêmes; qu’enfin le fer, comme tout autre métal , eft un dans la nature. Nous ajouterons à cela une autre obfervation non moins importante, qui eft encore due au même auteur ; favoir, que toutes nos mines de fer en grain, telles que celles de Bourgogne , Champagne , Franche-Comté, Lorraine ,Nivernois , Angoumois, &c. c’eft-à-dire , prefque toutes les mines dont on fait nos fers en France , ne contiennent point de foufre, comme les mines en roche , ou en contiennent li peu qu’on n’en fent pas l’odeur quand on les brûle. De cette différence il réfulte un très-grand avantage que nous ferons remarquer quand il fera néceffaire.
- 96. Sans trop favoir ce qui diltingue entr’elles les différentes efpeces de fer, réfultantes des opérations métallurgiques, & qui fe réduifent, par rapport au produit qui en eft différent, à deux feulement, le fer fort à la lime , & le fer tendre , il nous fuffit, pour notre objet, de rappeller ici que ce qui conftitue ces qualités ou autres qui peuvent être appellées qualités relatives du fer, vient du travail ; & qu’il eft aufli facile d’altérer que d’épurer le fer , par tel degré de chaleur ou de travail, d’affermir ou d’appauvrir le nerf, la liaifon , &c. Il eft encore prouvé qu’avec toutes fortes de mines on peut toujours obtenir du fer de même qualité ; qu’enfin c’eft un préjugé abfolument faux , quoique très-ancien , que la qualité du fer dépend de celle de la mine. C’eft uniquement de la conduite du feu & de la manipulation de la mine que dépend la bonne ou la mauvaife qualité de la fonte du fer & de l’acier. Les magnifiques expériences de M. de Buffon , dont on peut voir le détail dans fon ouvrage, font décifîves fur ce point : avec une mine qui donnait le plus mauvais fer de la Bourgogne, ce phyficien a fait du fer aufli dudile , aufli nerveux , aufli ferme que les fers du Berry, qui font réputée les meilleurs de France.
- 97. Des fondans. Pour ce qui eft des terres ou pierres dont on fe fert
- (a) Hijioire naturelle,gêner ale fi par- (b) Dont quelques-unes font nommées ûculïere ,/ervant dejuitc à la théorie de mines graine le es, à caufe de la compofition la terre, fie. fuppl. tome II, neuvième de leur maffe. -,
- mémoire.
- comme
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- comme de fondant & de correctif dans les forges, telles que la caftine , l’herbue , il eft prodigieux combien il y a de différence dans chacun de ces deux fondans ; il parait que chaque pays a fa caftine & fou herbue , ou plutôt il eft toutlïmple que dans chaque endroit on emploie les efpeces qui s’y trouvent. Dans les mines de fer de Nord - mark, à trois lieues de Philip - ftads, la caftine dont on fe ferteft une pierre à chaux, blanche , à facettes dans fa calfure , laquelle fe trouve en a/fez grandes malfes dans ces cantons. Dans le comté deStolberg, en Thuringe, on en trouve de différentes efpeces. Attenant le couvent d’Udefud, aux environs de Nord-haufen près du Hartz, on rencontre une montagne qui n’eft qu’un compofé d’une pierre pefante , employée en guife de caftine ou de fondant dans les forges du voifinage , où elle facilite la fulion de la mine de fer.
- 98. Dans plulieurs provinces de France , il s’en, tire dont la couleur ne différé point de l’herbue : 011 en fouille dans les plus mauvaifes terres 5 c’eft un gros fable de riviere. Communément c’eft une efpece de pierre à chaux , qui eft blanchydans le Berry & dans le Nivernois , grife dans d’autres pays ; il s’en voit qui n’eft qu’une marne commune , d’autre qui n’eft qu’une marne grave-leufe ; ailleurs c’eft: une efpece de terre mêlée avec du labié & de la pierraille ; les cailloux même & le fable peuvent être regardés comme une efpece de caftine , mais qui s’emploie plus rarement. On emploie avec fuccès pour telle la marne, la craie, les teftacées fofîiles & vivans , & le gravier calcaire de riviere j ce dernier même eft le plus commode de tous, par la facilité de s’en procurer, & par fon état de comminution.
- 99. M. Grignon remarque que la caftine n’eft pas abfolument un corps naturel particulier : tout corps ayant pour bafe une fubftance calcaire , une terre abfbrbante , qui n’eft point faturée d’acide , eft propre à fervir de caftine , parce que l’effet de ce fondant, devenu chaux par un premier degré de chaleur, abforbe les parties fulfureufes du rainerai; elle fait alors fonction de corrofif. Cette chaux unie aux parties quartzeufes, fulfureufes & terreufes du minerai , aux parties argilleufes de l’herbue, aux cendres des charbons , compofe 1111e maffe de matières hétérogènes qui fe fervent mutuellement de fondant ,& fe réduifentenune fubftance vitreufe qui perfectionne la fulion , couvre le métal en bain , le préferve par-là de la trop grande aétion du feu. La caftine de bonne qualité fe connaît aifément au microfcope par toutes les parties qui en font tranfparentes & propres à la calcination : il ne faut cependant pas prendre pour caftine des pierres qui portent des grains brillans,& qui réfléchilfent la lumière, comme le grès ; la meilleure efpece eft celle qui occafionnera le plus aifément la fufion. Malgré l’obligation indifpenfable où l’on eft de faire ulagedela caftine que l’on a fous la main , toute efpece ne doit cependant pas eifeètive-ment être égale pour toute efpece de raine ; elle doit être aufti mefuréc
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- proportionnément à la quantité , & relativement à la qualité du minerai. Les mines les plus difficiles à fondre & les plus aifées à brûler, demandent différentes caffines. La caffine qui convient aux mines en gros morceaux, ne convient pas à celles qui font déliées ; celle qui eft en pierre ou en marne , eft employée pour lesgrolles mines; onlaconcafle en morceaux gros comme des noix, ou au plus comme des œufs. Pour les mines en grains fins , comme celles de Bourgogne , de Franche-Comté , on emploie pour caffine une efpece de terre graife qui fe tire en maifes aifez groffes & très-dures 3 elle eft fem-blable à la terre d’herbue , que les forgerons emploient pour empêcher leur fer de brûler , & dont nous dirons un mot à part. Si l’on employait pour les mines en gros morceaux une caftine trop aifée à fondre , la caftine fe fondrait & fe rendrait en - bas de l’ouvrage avant que la mine eût le tems d’être aifez chauffée pour fe fondre ; il y a cependant des mines en grains fins, comme celles d’Allen , bailliage de Beaume , pour lefquelles on fe fèrt d’une caftine qui eft une efpece de pierre compofëe de feuilles très-minces. M. de B.utfon eft: d’avis que c’eft une erreur de croire que l’on ne peut fe palfer de caftine. Lorf-qu’une mine de fer eft nette & pure, il eft poffible de fe paifer de toute efpece de fondant ; ces fortes de mines qui n’en ont pas befoin ,font nommées mines vives ou pliantes : il eft vrai qu’alors il fe brûle une quantité aifez confidérable de mine qui tombe en mauvais laitier , & qui diminue le produit de la fonte. Il s’agit donc, pour fondre le plus avantageufement qu’il eft poffible, de trouver d’abord le fondant approprié à la mine , & enfuite la proportion dans laquelle il faut ajouter ce fondant, pour qu’elle fe convertiife entièrement en fonte de fer, & qu’elle ne brûle pas avant d’entrer en fufion.
- 100. Lorsque la mine de fer ne contient point de matières vitrifiables, 8c n’eft mélangée que de matières calcaires , il n’eft queftion que de reconnaître la proportion de fer & de matière calcaire : on eft alors inftruit de tout ce qui eft néceffaire pour fondre avec fuccès ces mines qui portent avec elles leur caffine ( a ) ; car ii elle s’en trouve naturellement furchargée en grande quantité , il faut, au lieu de ce fondant, employer de l’aubue ou herbue pour la fondre avec avantage.
- 101. Selon la qualité de la mine & de la caftine, on fait entrer plus ou moins de ce fondant dans chaque charge. Dans dilférens pays,& même peu éloignés, on fuit là-delfus dilférens ufages ; mais prefque par-tout on peche par l’excès de caftine qu’011 met dans les fourneaux ; il y a même des maîtres de forge,aifez peu inftruits pour mettre de la caftine & de l’herbue enfemble ou féparément, félon qu’ils imaginent que leur mine eft trop froide ou trop chaude. La trop grande quantité de caftine fe reconnaît aux cralfes trop
- (a) Les mines qui ont befoin de fondant, font appellées par les métallurgiftes mines feches.
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- liquides ; celles qui font tenaces & gluantes, annoncent trop d’herbue. On juge de l’excès ou du défaut de proportion de caftine ou d’herbue par les laitiers. Lorfque ces récrémens font trop légers , fpongieux & blancs, pref-que femblables à la pierre-ponce, c’eft une preuve certaine qu’il y a trop de matière calcaire : en diminuant la quantité de cette matière, on verra le laitier prendre plus de folidité & former un verre ordinairement de couleur verdâtre , qui file , s’étend, & coule lentement au fortir du fourneau. Si au contraire le laitier eft trop vifqueux, s’il ne coule que très-difficilement, s’il faut l’arracher du fommet de la dame, (a), on peut être fin qu’il n’y a pas affez de caftine, ou peut-être pas allez de charbon proportionnellement à la mine.
- 102. La confiftance & même la couleur du laitier font les indices les plus ftirs du bon ou du mauvais état du fourneau , & de la bonne ou mauvaife proportion des matières qu’on y jette. Il faut que le laitier coule feul, & forme un ruiifeau lent fur la pente qui s’étend du fommet de la dame au terrein ; il faut que fa couleur ne foit pas d’un rouge trop vif ou trop foncé, mais d’un rouge pâle & blanchâtre; & lorfqu’il eft refroidi, l’on doit trouver lin verre folide, tranfparent & verdâtre, aulîi pelant, & même plus, que le verre ordinaire. Rien ne prouve mieux le mauvais travail du fourneau ou la difproportion des mélanges, que les laitiers trop légers, trop pefans , trop obfcurs; & ceux dans lefquels on remarque plulieurs petits trous ronds, gros comme les grains de mine, ne font pas des laitiers proprement dits, mais de la mine brûlée qui ne s’eft pas fondue.
- 103. L’espece d’argille, connue dans les forges fous les noms à'erbue, arbue, arbuc , & employée dans certains cas , de même que la caftine , à fondre les mines de fer, eft très-commune : les taillandiers s’en fervent aulîi, en la faifant fécher & la réduifant en poulîiere. Cette terre eft préférable, dans la façon du fer, aux autres matières vitrifiables, parce qu’elle eft plus aifée à fondre que les autres caftines, les cailloux & les autres matières vitrifiables. Elle eft plutôt en état d’agir contre la mine, & d’empêcher l’action immédiate du fer, qui, au lieu de fondre, brûlerait promptement le fer de ces petits grains ; 011 brife cette terre d’herbue avant de la jeter dans le fourneau, 011 la mêle même dans quelques endroits avec un gros fable de rivière, ou de femblable qualité. Il s’en trouve de différentes couleurs; celle de Bourgogne eft rouge ; en Franche-Comté, il y en a de rouge & de grife. L’arbue du meilleur ufage fe reconnaît lorfqu’elle n’eft point mélangée d’au-
- ( a ) Dans les greffes forges on nomme efpace d’environ fept à huit pouces, nom. ainfi une piece d’environ un pied de hau- niée la coalce^Sc par lequel pafie toute la teur qui ferme la porte du creufet, qui fonte contenue dans le creufet. donne dans la chambre, à la réferve d’un
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- très corps ; qu’au toucher elle eft douce ; que la couleur n’en eft point d’un rouge foncé ; que, pétrie avec un peu d’eau, elle devient bien compacité, feche à l’ombre fans crevaffe, & rélîfte long-terns au feu. Celle que la charrue a travaillée eh la plus nerveufe, la plus douce & la plus huileufe, foit parce que les plantes en ont pompé une partie des fels , foit que le foleil& la végétation ne laiflent que les parties les plus nerveufes des engrais, comme moins propres à la fublimation. Le mélange qui peut s’y rencontrer des parties de certains fumiers, la rendent plus graife, plus compacte , plus tenue, & par conféquent plus en état de rélifter au feu.
- 104. L’arbue qui, mêlée à la mine , rélifte le plus long-tems au feu, eft de la meilleure efpece ; c’eft à fa vitrefcibilité qu’elle fe reconnaît, comme la caftine fe reconnaît à fa nature calcaire. Ces fondans fe mêlent enfemble avec la mine pour la fonte ; li on les mettait féparément, la caftine fondrait d’abord , & la mine tomberait tonte crue; l’arbue, qui rélifte plus long-tems, relierait; au lieu que, dans le mélange, tout defcend uniformément.
- EQcd de comparaifon entre les charbons de bois & les charbons de terre.
- icy. L’article des charbons de bois, dans une fonte de mine, n’eft pas le moins intéreflant, foit qu’il s’agiiTe de ne point forcer la confomma-tion déjà conlidérable du combuftible, foit qu’il s’agiffe de n’employer que les charbons qui conviennent ; & il en eft de même pour toute efpece d’opération métallurgique. Sur la quantité précife, néceffaire à une fonte, M. de Buffon a reconnu le point fixe. Après un grand nombre d’eiTais réitérés, il eft parvenu à trouver qu’il 11e faut qu’une livre fept onces & demie, ou au plus une livre huit onces de charbon pour une livre de fonte : ce calcul ne fouffre point de difficulté. Avec 2800 livres de charbon, lorfque fon fourneau a été pleinement animé, notre lavant a obtenu conftamment des gueufes de 187f 5 1900 & livres. Quant aux degrés de chaleur proportion-
- née aux opérations qui demandent un feu brillant, chaud , moelleux , on connaît ceux que donne telle ou telle efpece de charbon de bois ; il eft confi tant, dans la pratique, que tout feu violent, trop continué , fait avec des bois aigres, gommeux ou lalins, loin de donner de la qualité au fer, attaque fa propre fubftance , la détruit & l’appauvrit; tandis qu’un feu de bois doux, comme les elpeces de peuplier , de faule, & autres analogues rélineux, lui donnent toujours de la qualité. Il n’eft pas indifférent de fe rappeller, pour la comparaifon qui pourrait s’établir entre les charbons de bois & les charbons de terre, que les charbons de bois tendre donnent une moindre chaleur, & que dans les uns ou dans les autres la trop grande vétufté eft réputée ppuvoir diminuer de la force du feu.
- 106. La théorie & l’expérience, qui s’éclairent mutuellement, ont fait
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- voir fucceffivement que ces charbons ne font pas tous indiftin&ement propres aux opérations de chaque artifte , ou à celles qui s’exécutent dans les ufines ; que les charbons de bois de terreins différens ne font pas tous le même effet dans les foyers à fondre les mines de fer (a), ou dans ceux à affiner le métal. Ce n’eft fûrement pas du premier coup-d’œil qu’on a reconnu que les charbons de bois dur, tels, par exemple, que ceux du hêtre, du chêne, font moins utiles pour les forges que ceux qui font doux à un certain degré s qu’ils brûlent & détruifent Je fer, en détruifant le nerf. Pour les ouvriers en fer ou en acier, le charbon de frêne, de chêne, de faule, de châtaignier, eft excellent j pour les orfèvres , il faut des charbons d’une efpece; pour les fondeurs , il en faut d’une autre. Dans l’état où font les différentes connaif. fances qui font le nœud des opérations de métallurgie , peut-être ne s’agit-il plus que de faire une étude comparée des effets & des qualités des charbons de bois & des charbons de terre. Ce qui elt connu à cet égard fur l’un & l’autre de ces combuftibles, rapproché attentivement, lailfe du moins entrevoir des motifs raifonnables de préfumer qu’on pourrait parvenir , comme on y a réuffi pour le charbon végétal, à fixer la nature, la qualité des charbons de terre, propres à fondre différentes mines de fer , & que cet emploi doit ou peut être fufceptible d’une marche à peu près femblable à celle qu’a éprouvée l’emploi du charbon de bois. L’examen extérieur des deux combuftibles n’eft déjà point défavorable à la comparaifon qu’on voudrait faire de l’un & de l’autre i le charbon végétal, comme le charbon de terre , tire plus ou moins fur le noir : il en eft où ce noir eft femé de couleur d’iris ; dans d’autres, tels que les charbons de bois blancs & de bois rétineux, il eft pâle tirant fur le fauve.
- 107. Dans quelques charbons de terre brutes, mais fur-tout lorfqu’ils ont pafle au feu, & qu’ils ont été éteints, la vue feule fait remarquer une texture abfolument pareille à celle qui s’obferve dans quelques charbons de bois (b). Je ne ferais pas éloigné de croire qu’il ferait très-poffible d’en diftinguer qui, par la nature de leur feu, fe rapprochent de la qualité des charbons de bois blancs & des charbons de bois dur. M. Bellot, directeur de la verrerie de Seve, a fait cette remarque, à mon avis , très- judicieufe (c) ; & je crois qu’on ne doit pas la perdre de vue dans les recherches auxquelles on pourrait fe livrer,
- (a) On appelle foyer de forge, quelque- en fuédois hoerd. fois creufet, ouvrage, un endroit pratiqué (b) Stedlen rapporte qu’on en a trouvé dans faire de la cheminée, & arrangé avec enFranconie, près de Grunsbourg ,une ef-des plaques de fer, pour recevoir le fer, ou pece dans laquelle cette reflemblance était bien l’endroit dans lequel s’opère la cuiffon frappante, & que l’endroit de la fraéture ou la liquation du fer crud, que l’on pré- était luifant comme de la poix. Ce n’eft pas pare à être étendu fous le marteau : en latin de ceux - là que je crois pouvoir appeller il eft appelle catinus, & en général tigillum charbon de bois tourbe, dont je parle ici,
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- fur l’emploi du charbon de terre, foit dans les travaux métallurgiques , foifc dans fon application aux arts qui ont befoin du feu. A cette obfervation il faut ajouter que le charbon de bois ne donne pas, à beaucoup près, autant de chaleur que le charbon de terre.
- 108. M. deGenlfane, malgré l’opinion où il eft fur le charbon de terre,7 eftime que le phlogiftique renfermé dans ce foftile eft pour le moins aufti analogue aux métaux que le charbon de bois. Les Ephémérides d’Allemagne avancent que le charbon de terre,àraifon de fa partie huileufe,rend le fer plus doux & plus traitable fous le marteau (a) 5 mais que, pour peu qu’on augmente la chaleur, le fer fe fond , & n’eft plus facile à employer. D’après cette obfervation , les défauts que le fer contracte au feu de houille ne viendraient-ils pas en partie de la chaleur trop prompte & trop vive que donne ce foftile ? En s’attachant, comme on l’a fait jufqu’à préfent, à chercher dans l’acide du charbon de terre la caufe unique qui le rend impropre à la fonte des mines & fur-tout des mines de fer, n’a-t-on point été trop efclave de cette première idée ? au moins eft-il fûr qu’il y a quelque analogie entre le feu de quelques charbons de terre & celui qui eft particulier à chaque efpece de bois. On fait que ce dernier, félon fa qualité moyenne, félon fapefanteur, & d’autres circonftances
- / dont quelques-unes dépendent même du local, donne un charbon différent par un feu plus ou moins vif, par plus ou moins de phlogiftique.
- 109. Je dois me borner quant à préfent à ces réfultats fommaires , fur les charbons de bois employés dans les travaux métallurgiques , & fur les rapports que l’on pourrait appercevoir entre ce combuftible ordinaire & le charbon de terre : à mefure que j’indiquerai les opérations de grandes forges, qui s’exécutent avec ce foftile , j’aurai foin de fixer davantage l’attention du lecteur fur ces différens rapports , dont l’idée m’a femblé mériter d’être approfondie , & qui pourraient ouvrir de nouvelles vues fur les tentatives à faire, ou perfectionner celles déjà faites pour priver le charbon de terre de ce qui le rend contraire à la fonte des mines. Pour répandre fur cette matière tout le jour dont elle eft fufceptible, nous commencerons par les différentes maniérés de préparer le charbon de terre.
- Differentes efpeces de braifes de charbon de terre ; leur fabrication en grand.
- ï 20* Parmi les différens tempéramens imaginés pour purifier le fer en le
- (a) C’elt vraifemblablement ce qu’en- l’a fait interpréter autrement, en parlant tendent quelques ouvriers, en difant d’un des charbons de Décize; mais il parait qu’elle bon charbon de terre, qu’il manie bien le ne fignifie point manger le fer, & qu’elle fer. Le langagè\des étrangers que nous avons défigne au contraire une bonne qualité, entendus fe fervir de cette expreflion, nous
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- féparant des matières étrangères à fon eflence , & pour retenir de fon minerai, tout ce qu’il peut fournir, on doit regarder comme principale l’elpece de com-buftion que l’on fait eifuyer au bois pour le réduire en charbon , qui doit être l’aliment du feu. Quand on a fongé à employer au même ufage le charbon de terre qui exigeait vifiblement une forte de purification, il a été allez naturel de chercher à rapprocher ce folîiie de l’état dans lequel le charbon végétal eft reconnu propre à cette opération.
- 111. Dans la fabrication anglaife , pour priver les charbons de leur acide fulfureux , li l’on veut le qualifier tel, on s’y prend de deux maniérés : j’ai décrit fommairement celle qui fans doute a été la première ufitée, & qui d’ailleurs a la commodité de pouvoir être exécutée d’uninftant à l’autre. Chaque fabrication fe réduifant à un appareil dont la façon ne coûte rien aux ouvriers , il ne fera pas inutile de faire connaître ici ce procédé tel qu’il eft pratiqué ,' nommément dans deux endroits de l’Angleterre. L’auteur des Voyages métallurgiques , de qui nous empruntons ces deferiptions, nous donnera la facilité d’y joindre la maniéré de faire cette préparation dans les fours, dont nous n’avons rien dit.
- 11 Les charbons fournis à l’a&ion du feu de l’une ou de l’autre maniéré, donnent une braife connue pour être de deux fortes , ou du moins diffinguée vaguement par les noms de coaks & de cinders. Les différences de l’une à l’autre braife n’ont pas trop bien été fpécifiéespar les écrivains qui en ont parlé j leur fabrication peut un jour devenir de la plus grande importance dans beaucoup de pays : je me flatte de rendre fà réuffite plus affinée par la maniéré dont je vais la développer dans toutes fes circonftances.
- Fabrication de braifes de charbon de terre, nommées en Angleterre coaks, pour
- fondre le minerai de fer, iron-ftone ( a ) , à Carronen Ecojfc. ( b )
- 115. “ Cette opération eft à peu près la même que celle pour convertir le „ bois en charbon ; elle confifte à former en rond , fur le terrein , une couche „ de clod-coal, de douze à quinze pieds de diamètre , autour duquel il y a tou-„ jours un mélange de pouifiere de charbon & de cendre des opérations qui „ ont précédé. Cette couche circulaire eft arrangée de façon qu’elle n’a pas plus „ de fept à huit pouces d’épailfeur à fes extrémités , & un pied & demi au plus j, d’épailfeur dans fon milieu ou fon centre 5 c’eft là qu’on place quelques
- ( a "i Il doit être eflentiel, pour appliquer opérations, nous ferons connaître ces cir-ces braifes à la fonte d’un minerai quel- confiances particulières, conque, de faire attention à la qualité du (6) Par M. Jars, Voyages métallurgie minerai, de même qu’à celle de la braife ques, troiüeme mémoire, page dont on fe fert ; lorfque nous en ferons à ces
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- „ charbons allumés qui, en peu de tems, portent le feu dans toute la „ charbonnière. Un ouvrier veille à cet embrafement, & avec une pelle de „ fer prend de la poufliere qui eft autour , en jette, dans les parties où le ,, feu eft trop ardent, la quantité fuffifante pour empêcher que le charbon a, fe confume, & point aflez pour éteindre la flamme qui s’étend fur toute la „ furface : c’eft alors une marque de la deftruétion du bitume, véritable objet „ de l’opération. Le pouflier qu’on jette deflus fert à éteindre le charbon lorf-,, qu’il eft privé de fon bitume, qui n’y eft pas fort abondant; l’opération dure „ environ quarante heures. Le charbon réduit en coaks dans les forges de ,, Carron, eft beaucoup plus léger qu’il ne l’était avant d’être grillé, il eft auflî 5, moins noir ; cependant il l’eft plus que les coaks , appellés cinders : il ne fe ,, colle point en brûlant. „ M. Jars eft porté à préfumer de là, que le charbon, de l’efpece de celui de Newcaftle,n’aurait pas les mêmes propriétés, quoiqu’on en fafle le même ufage. A Coal -Brook - Daal, en Shroplire , on fait une quantité considérable de coaks pour les ufages particuliers de cent milliers de fer par femaine.
- Fabrication de braifes de charbon de terre , nommées cinders , pour fondre le minerai de fer dans la forge de Clifton, entre la ville de Cockermouth & celle de Wittehaven. (a)
- 114. te On fait une place ronde d’environ dix à douze pieds de diamètre, „ que l’on remplit avec de gros charbons rangés de façon que l’air puifle cir-„ culer dans le tas , dont la forme eft d’un cône d’environ cinq pieds de hau-„ teur depuis le fommet jufqu’àfa bafe. Le charbon ainfi rangé, on en place ,, quelques - uns allumés dans la partie fupérieure, après quoi l’on couvre le „ tout avec de la paille, fur laquelle on met la terre & la poufliere de charbon 5, qui fe trouve tout autour, de façon qu’il y en ait au moins un 'bon pouce „ d’épaifleur fur toute la ftirface. O11 a toujours plufieurs de ces fourneaux „ allumés à la fois ; deux ouvriers dirigent toute l’opération, l’un pendant le „ jour , l’autre pendant la nuit ; ils doivent avoir attention d’examiner de quel „ côté vient le vent, & de boucher les ouvertures , lorfqu’il s’en forme de „ nuifibles à l’opération, ce qui contribuerait à la deftrucftion des coaks après „ qu’elles ont été formées. Ces braifes de charbon ne reflemblent point aux „ coaks qui fe font à Garron, mais plutôt à des cinders très - poreux.
- Préparation de braifes de charbon de terre, nommées cinders , dans des fours
- à Newcafle.
- 11 f • On compte à Nevrcaftle jufqu’à neuf fourneaux attenans les uns
- ( a) Voyages métallurgiques, douzième mémoire-, forges & <ufmes du duché de Cumberland, page 236.
- aux
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- aux autres, placés fur un même alignement. Dans quelques endroits les fourneaux forment trois corps de maçonnerie ; chaque corps renferme dans fa conftruétion trois fourneaux : il y en a de grands & de petits, par con-féquent de différente contenance, mais tous à peu près femblables. (a) La bafe de ce fourneau eft quarrée jdans une des quatre faces eft une ouverture qui fait environ le tiers de fa longueur, & qui eft prife fur prefque toute la hauteur} elle eft munie d’une porte de fer. Au-deffus de l’alignement de cette ouverture, chaque paroi du fourneau commence à fe rapprocher l’une de l’autre pour s’élever infenfiblement en pointe, de maniéré qu’elles forment fupérieurement vers le fommet un cône tronqué, terminé en un foupirail étroit : cette partie exhauffée du fourneau repréfente abfolument la même forme d’un grillage de mine , tel qu’il s’exécute pour les mines métalliques ( b ) à Rammelsberg en Saxe, au - deffus de la ville de Goslar. Quoique la bafe du fourneau foit quarrée extérieurement, le fol intérieur eft rond, & toute la capacité intérieure eft conique, au-deffus des parois quadrangulaires j e’eft uniquement dans ce bas-fond, prefqu’au niveau de fa hauteur, que l’on place le charbon, dont le tas ne s’élève pas plus haut. Voici maintenant comment s’exécute l’opération, (c)
- il6. “ Quand on a mis dans le four à griller la quantité de charbon „ néceffaire, on y met le feu avec un peu de bois, ou avec du charbon „ déjà allumé, que l’on prend dans un des autres fourneaux} rarement néan-„ moins on eft obligé de s’y prendre de cette maniéré , attendu que pour „ l’ordinaire on introduit le charbon lorfque le fourneau eft encore chaud 8c ,, prefque rouge : ainfi il s’allume de lui-même. On ferme enfuite la porte , & ,, l’on met de la terre dans les jointures, feulement pour boucher les plus „ grandes ouvertures qui proviennent de la dégradation de la maçonnerie ; „ car il faut toujours laitier un paffage à l’air, iàns lequel le charbon ne pourrait „ brûler. L’ouverture qui eft en-deffus du fourneau, & qu’on peut appeller „ cheminée, eft deftinée pour la fortie de la fumée, & par conféquent pour s, l’évaporation du bitume ; l’embouchure de cette cheminée n’eft pas tou-„ jours également ouverte. La fcience de l’ouvrier confifte à ménager le cou-„ rant de la fumée, fans quoi il rifquerait de confumer les cinders à mefure „ qu’ils fe forment. La réglé qu’on fuit à cet égard , comme la plus fûre,
- „ eft de n’ouvrir la cheminée qu’autant qu’il le faut pour que la fumée ne
- ( a ) La pi. XI des Voyages métallur- fions qui ne fe trouvent pas dans l’ouvrage giques repréfente une vue, une coupe,& de M. Jars.
- le fol d’un de ces fourneaux. Nous avons ( b ) Voyez lett. E, pi. J'fi, de l’ou-cru qu’il fuffirait d’en donner une courte vrage de Schlutter, traduit par M. Hellot. defcriptionà laquelle il ne manquera, pour (c) Voyages métallurgiques , dixième la plus grande exaétitude, que les dimen- mémoire, page 209.
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- „ reflorte point par la porte : pour cela on a une grande brique que l’on ,, pouffe plus ou moins fur l’ouverture à mefure que l’opération avance, & „ que par conféquent le volume de la fumée diminue : à la fin on bouche „ prefque entièrement l’ouverture de la cheminée. Cette opération dure „ trente à quarante heures; mais communément on ne retire les cinders j, qu’au bout de quarante - huit heures. Le charbon réduit en cindcrs, „ forme dans le fourneau une couche d’une feule maife , remplie de fentes ,, & de crevalfes difpofées en rayons perpendiculaires au fol du fourneau , s, de toute l’épaiifeur de la couche; on pourrait auiîi les comparer à des 5, briques placées de champ : quoique le tout faife corps, il eft fort aifé de ,, le divifer pour le retirer du fourneau. A cet effet, lorfque l’ouvrier a ouvert la porte, il met une barre de fer en-travers devant l’ouverture, 9, afin de fupporter un rable de fer, avec lequel il attire une certaine quan-5, tité de cindcrs hors du fourneau, fur lefquels un autre ouvrier jette un „ peu d’eau ; ils prennent enluite chacun une pelle de fer en forme de ,, grille, afin que les cendres & les menus cindcrs puitient paffer au tra-vers: ils éloignent ainfi de l’embouchure du fourneau les cindcrs, qui 3, achèvent de s’éteindre par le feul contacft de l’air. Le fourneau n’eft pas a, plus tôt vuide qu’on y met de nouveau charbon , nécetfaire pour une fe-3, coude opération; & comme ce fourneau eft encore très-chaud & même 3, rouge, le charbon s’y enflamme auffi-tôt, & le procédé fe conduit comme 5, ci-devant. On eftime à un quart le déchet du charbon dans cette opé-„ ration, c’eft-à-dire, le déchet du volume; quant au poids , il eft bien 3, moindre. Les cendres qu’on retire du fourneau , font paflées à la claie, fur „ une claie de fer, pour en féparer les petits morceaux de cindcrs, lefquels „ font vendus féparément. „
- Des braifes de charbon de terre en cinders, résultantes des fourneàux à deffécher ou de dijlillation, employés dans les forges de Sulvfach ,pour la fonte de la. mine de fer, que ton croyait propre aux manufactures de fil-dl archal. ( æ )
- 117. La fabrication des braifes, exécutée en alumelle ou dans des fours» rend ce foffile propre à la fonte du fer & à quelques opérations métallurgiques intérelfantes, auxquelles ce foffile n’aurait, fans cette efpece de pu-
- *- ( a ) M. de Genflane , depuis la publi- au moins deux fois : ce qui occafionne un cation de cette méthode dans le premier vo- travail & un déchet fi confidérables , qu’on hune de fon Traité de la fonte des mines a abandonné cette méthode. Hifoire natu~ avec le charbon de terre, a appris que, relie du Languedoc, difeours préliminaire? pour obtenir ce fer doux & propre aux page 17, filières 3 on était obligé d’affiner la gueufe
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- rification, jamais pu être appliqué ; mais en même tems que la chaleur à laquelle on foumet ceffoflile, diiïipe, volatilife ce qu’il renferme de plus délié & de plus fubtile, que l’on appellera foufre il l’on veut, la même chaleur deffeche , détruit une autre matière fixe, dont l’exiftence y eft bien plus démontrée, & dont on peut tirer parti pour d’autres ufàges. Cette confidé-ration n’eft p;is indifférente 5 elle avait conduit à chercher un moyen de fépa-rer à peu de frais cette partie fixe & cette partie volatile par la voie de la diftillation & de l’évaporation libre tout à la fois. Les fourneaux en grand, employés à Sultzbach, dont nous avons repréfenté une partie, fig. 2, pl. XXXVII, produiraient ce double effet, dont la dépenfe était payée à peu près par le bitume & par l’huile qui fe retiraient. Nous avons donné une idée de cette opération, dans laquelle le bitume tombe par le tuyau rs dans la marmite ou récipient P , tandis que la vapeur fulfureufe, forcée de fortir également par le même tuyau , ne pouvant fe rendre dans la marmite où elle fe trouve trop condenfée, s’évapore par le tuyau v.
- 118. Nous devons ici confidérer ce fourneau pour la fabrication des coaks, & chercher à déterminer la différence entre ces braifes & celles qui réful-tent des autres maniérés de les préparer. Ce fourneau, tel qu’on le voit fig. 2 , pl. XXXVII, tient à pluiieurs autres placés en alignement, afin de communiquer enfemble : chacun eft de neuf pieds & demi de long, fur huit pieds & demi de iarge I M, de fix pieds & demi de longueur, & en I K de lix pieds de largeur dans la capacité intérieure ; les murs ont dix-huit pouces d’épaiffeur ; les deux angles IK font arrondis, de maniéré que depuis les points I, K, jufqu’au commencement de l’arrondiffement aux points a, b, il y ait un pied neuf pouces de diftance : ce qui forme une elpece de ceintre à anfe de panier, comme 011 le voit dans la figure.
- 119. “ Le charbon voituré auprès du fourneau, en morceaux bien nets, „ de la groffeur des deux poings , plus ou moins, un homme entre dans 35 le vafe, (a) & à mefure qu’un autre homme le lui fert avec une couche, 3, il l’arrange tout à l’entour, comme s’il faifait un mur à fec, en prenant ,3 bien garde d’endommager le vafe, & en reculant toujours vers la porte 33 à mefure que le fourneau fe remplit; de maniéré qu’étant parvenu juf-„ qu’au bord de la porte Q_R, il fort par là , en la rempliffant jufqu’au ,3 bord ; après quoi il entre par la porte fupérieure y, & remplit tout l’efi „ pace vuide X , o, u, qu’il n’a pu remplir en-bas ; enfuite il ferme ces deux 3, portes , qu’il a foin de bien luter avec la même matière dont eft fait le ,3 vafe, mêlée d’un peu de fiente de cheval, (b) La charge du fourneau ache-
- (a) Selon M. de Gentiane, ce vafe doit dedans, avoir fix pieds de longueur fur trois pieds ( b ) Dans les premiers tems de l’établiC. fix pouces de largeur, le tout de dehors en femènt,ce vafe était de fortes feuilles de
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- w vée, ce qui emploie environ deux milliers pefant de charbon crud , (a) 8c „ pour le chauffer neuf cents pelant de pareil charbon, mais du plus nrau-„ vais qui a été féparé de celui deftiné à la cuiifon, on allume le feu fur „ les grilles avec un peu de bois, & par-delîous du même charbon de terre „ qu’on a trié du premier, & l’on conduit ainfi le feu par degrés jufqu’à „ ce que le vafe devienne légèrement rouge ; pour lors on entretient le feu „ à ce même degré , c’eft-à-dire, dans un état moyen j la chaleur fe com-„ munique peu à peu au charbon qui eft dans le vafe, & liquéfie fa partie „ bitumineufe. Lorfque le charbon eft dépouillé de fon bitume , il commence ,3 à devenir légèrement rouge : c’eft le degré du feu le plus convenable pour jy lui faire abandonner fi partie fuifureufe , & il ne refte de ce charbon que „ ce qui eft nécelfaire pour qu’il conferve encore la propriété combuftible.
- 120. „ Le fourneau avertit de lui - même lorfque le cuifage eft achevé: „ le tuyau d’évaporation v fume confidérablement dans toute la durée de „ l’opération, & exhale une forte odeur de foufre; mais dès que le charbon 33 eft cuit, ce tuyau celfe de fumer, & ne rend prefque plus d’odeur; on j, ouvre alors la porte d’en - bas de la cornue, & avec un rable on retire la 5j braife encore toute rouge , & qui s’éteint auffitôt qu’elle eft hors du four-j, neau ; dès qu’elle eft refroidie, on la porte au magafin.
- 121. „ Il y a toujours au moins trois de ces fourneaux allumés pendant j, que les autres fe refroidiffent ; quand le charbon eft à moitié cuit dans 5, les trois premiers, on met le feu a trois autres; & à demi-cuiifon deceux-„ ci, on allume les trois derniers. Comme la cuiifon dure ordinairement „ trois fois vingt-quatre heures, on retire chaque jour le charbon cuit de „ trois fourneaux, on en charge trois autres, & le charbon cuit dans trois „ autres. Il eft vrai que le fourneau ne confomme point tout Je charbon que „ l’on cuit chaque jour ; mais comme on eft obligé de faire de tems à autre „ quelques réparations aux fours à cüire , on a la précaution de fe faire une „ provifion de charbon d’avance, pour ne point être expofé à un chommage „ qui, comme on fait, eft très - coûteux dans une forge. ,,
- tôle, clouées enfemble, dontonlutait bien les jointures ; on s’apperqut bientôt que le feu les criblait de toutes parts, & les ré-duifait en crocus } les charbons fe réduiraient en cendres. Après bien des efTais, on s’en eft tenu à faire ce vafe avec les mêmes matières dont les verriers fe fervent pour faire leurs pots ou creufets. M. de Genffane qui fait cette remarque , confeille de fe fervir des matières propres à faire les
- creufets pour la fonte du laitier.
- (a » Le fourneau conftruitfur les principes de M. de Genffane, en contiendra un peu davantage , parce qu’il n’y refte aucun vuide; & il eftime que c’eft toute la grandeur qu’on peut lui donner. Si on les faifait plus grands, le charbon qui fe trouve vers les parois, rifquerait d’être trop cuit, avant que la chaleur eût pénétré celui qui eft au centre.
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- 122. Les deux milliers pefant de charbon perdent dans l’opération, fuivant M. de Gentiane , un huitième de leur pefanteur, qui fe trouve alors être à celle du charbon de hêtre à peu près comme cinq eft à trois. Pour ce qui eft des propriétés qu’il conferveaprès ce refluage,M. de Genlfane remarque qu’il n’exhale plus la moindre odeur quand il brûle, & qu’il a fur le charbon de bois l’avantage de durer au feu au moins le double. Il peut au relie s’employer fans aucun inconvénient aux mêmes ufages.
- Cuijjbn de charbon de terre, exécutée en meule a Sain - Bel en Lyonnais,
- par M. Jars, (a)
- 123. “ Après avoir formé un plan horizontal fur le terrein, on arrange le M charbon morceau par morceau, pour en compofer une pile d’une forme à peu „ près femblable à celle que l’on donne aux alumelles pour faire du charbon s, de bois, & de la contenue d’environ cinquante à foixante quintaux. Il eft ,î neceifaire de ne point donner à ces charbonnières trop d’élévation , quoique » dans le même diamètre: l’inconvénient eft encore p'us grand, fi l’on avait » placé indilféremment le charbon , & de toutes groifeurs. Une charbonnière s, conftruite de cette maniéré, peut & doit avoir dix , douze, & jufqu’à quinze jj pieds de diamètre, & deux pieds & demi au plus de hauteur dans le centre. jj Au fommet de la charbonnière, 011 ménage une ouverture d’environ fix à jj huit pouces de profondeur, deftinée à recevoir le feu qu’on y introduit avec j, quelques charbons allumés quand la pile eft arrangée j alors on la recouvre, jj & l’on peut s’y prendre de di verfes maniérés.
- 124. „ La meilleure & la plus prompte , c’eft d’employer de la paille & de j» la terre franche qui nefoitpas trop feche. Toute la furface de la charbon-j, mere fe couvre de cette paille, rnife aifez ferrée pour que lepailfeur d’un bon ,, pouce de terre & pas davantage , placée delfus, ne tombe pas entre les char-jj bons, ce qui nuirait à l’adlion du feu. On peut fuppléer au défaut de paille , 9, par des feuilles feches , lorfqu’on eft dans le cas de s’en procurer : j’ai aufii j, elfayé de me fervir de gazons ou mottes j mais il n’en a pas réfulté un bon 9, eftet.
- 12f. „ Une autre méthode qui,attendu la cherté & la rareté de la paille , „ eft rnife en pratique aujourd’hui aux mines de Rivedegier par les ouvriers „ que les intérelfés aux mines de cuivre y emploient à cette opération avec un 9, fucces que j’ai éprouvé , eft celle de recouvrir les charbonnières avec le menu », charbon. Cela fe fait comme il fuit. L’arrangement de la charbonnière étant „ achevé, on en recouvre la partie inférieure , depuis le fol du terrein jufqu’à
- (a) Voyages métallurgiques ,quinzième mémoire, page 325 , ann. 1769,
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- „ la hauteur d’environ un pied avec du menu charbon crud , tel qu’il vient de. s, la carrière, & des déblais qui fe font dans le choix du gros charbon ; le ref-„ tant de la furface eft recouvert avec tout ce qui s’eft féparé en très - petits „ morceaux, des coaks. Par cette méthode , on n’a pas befoin , comme par les 3, autres, de pratiquer des trous autour de la circonférence pour l’évaporation „ de la fumée ; les interftices qui fe trouvent entre ces menus coaks,y fup-,, pléent & font le même effet ; le feu agit également par-tout. Lorfque la char-„ bonniere eft recouverte jufqu’au fommet, l’ouvrier apporte, comme il a été „,dit, quelques charbons allumés qu’il jette dans l’ouverture , & achevé d’en ,, remplir la capacité avec d’autres charbons ; quand il juge que le feu a pris, & „ que la charbonnière commence à fumer , il en recouvre le fommet, & con-„ duit l’opération comme celle du charbon de bois, ayant foin d’empêcher que
- le feu ne palfe par aucun endroit, pour que le charbon ne fe confume pas , & ,, ainfidu refte jufqu’à ce qu’il ne fume plus, ou du moins que la fumée en „ forte claire, ligne confiant de la fin du défoufrage. Pour toute cette ma-„ nœuvre , l’expérience des ouvriers eft très-nécelfaire.
- 126. „ Une telle charbonnière tient le feu quatre jours, & plusieurs heu-,, res de moins fi l’on a recouvert avec de la paille & de la terre : lorfqu’il 11e „ fume plus , 011 recouvre le tout avec la pouifiere pour étouffer le feu , & 011 ,, le laiffe ainfi pendant douze ou quinze heures ; après ce tems , on retire les „ coaks partie par partie à l’aide de rateaux de fer, en féparant le menu qui ,, fert à couvrir d’autres charbonnières. Lorfque les coaks font refroidis , on 3, les enferme dans un magafin bien fec ; s’il s’y troiive quelques morceaux de „ charbons qui ne foient pas bien défoufrés, on les met à part pour les faire „ paifer dans une nouvelle charbonnière : on en a de cette maniéré plufieurs en „ feu, dont la manœuvre fe fuccede. Trois ouvriers ayant un emplacement „ afîêz grand , peuvent préparer dans une femaine trois cents cinquante ,juL „ qu’à quatre cents quintaux de coaks. „
- 127. Par le décompte détaillé des charbons de terre des mines de Rive-degier, mis en défoufrage à Sain - Bel depuis le 20 janvier 1759 jufqu’au 10 mars fuivant, rapporté à la fuite du mémoire de M. Jars (a) , il eft conftaté que ces charbons perdent ou déchetent dans cette opération de trente-cinq, pour cent; c’eft-à-dire , que cent livres de charbon crud font réduites à foixante-cinq livres de braifes. Ce fût a été vérifié plufieurs fois aux mines de Rivedegier, où, depuis le premier avril 1769, les intéretfés des mines du Lyonnais occupent trois ouvriers à cette préparation; d’où il réfulte que le quintal de ces braifes, rendu à.Sain-Bel, revient, tous frais faits, achat du charbon, façon des ouvriers, emplacement pour la préparation, provifiou
- (a) Sous le titre, Obfervations, page 12.
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- & tranfport, à environ deux livres quatre fols poids de marc. Je renvoie l’opération de la fonte exécutée avec le feu de ces braifes à l’article qui va fuivre , dans' lequel je ralfemblerai plusieurs de ces tentatives.
- Moyen propofê par M. de Morveau, pour rendre le charbon de terre, propre à
- L'ufage des fourneaux de fonte , en privant ce fofjïle de fon humidité fur abondante ( a ), ou en l'employant en pelotes.
- 128. M. de Morveau, convaincu par l’analyfe qu’il a faite du charbon de terre de Monrcenis , que ce charbon brut ne contient pas plus de foufre que le charbon végétal, n’appréhende point en conféquence qu’il brûle le fer; il penfe que ce n’eft pas par le défoufrage que la coétion le rend propre à l’ulage des fourneaux de fonte (b). Selon lui “ cette préparation deviendrait „ inutile, même défavatageufe pour cette efpece , puifqu’elle ne fè fait qu’a-,, vec un déchet confidérable , & que le feu en ell, félon lui, moins ardent ; s, mais M. de Morveau a éprouvé que l’humidité dont ce charbon elf chargé, 3, l’emporte au premier degré de chaleur, au point de lui faire faire voûte. 3, Cette voûte s’épaiffiffant fans celfe par les nouvelles charges, obftrue le 5, fourneau , y Taille un vuide dans lequel les mines fe calcinent & où ie 3, foufflet ne fert plus qu’à refroidir la partie inférieure : cet inconvénient „ ferait peut-être moins fenfible dans les grands fourneaux, ou plus aifé à „ prévenir : au relte , même en fuppofant qu’il lui fallût une préparation , 5, il ferait facile d’en remplir l’objet d’une maniéré moins difpendieufe , moins ,, embarraflante , qui entraînerait moins de perte que la méthode de faire des 3, coaks ; une fimple torréfaction dans une efpece de bafcule fulpendue au-3, delfus du gueulard (a), fuffirait pour lui enlever cette humidité furabon-
- (a) Il paraît que M. de Morveau comprend fous ce nom la partie grade volatile unie à ce charbon ; il pourrait être utile de rapprocher de cette opération l’analyfe faite par ce favant du charbon de Montcenis, comparé avec celui d’Epinac, & qu’il a publié dans le Journal de M. l’abbé Rozier, en décembre 177; , tome II, page 448.
- ( b ) M. de Morveau , dans le mémoire ïu à l’académie de Dijon, obferve que ce charbon crud prend feu plus promptement & le conferve fenfiblement plus long-tems que les charbons fragiles, éc il le range par cette raifon dans la claffe des charbons durs, quoiqu’alfez légers & très - friables ; il rap-
- porte qu’après la combufh'on , il donne une matière bourfoufflée, noire , fpongieufe & brillante, & que fon réfidu ne fe laide point attaquer par l’huile de vitriol , même à l’aide de la chaleur ; l’odeur qui s’en exhale lui a paru quelquefois approcher de celle que donne toute huile végétale grof. fiere, telle que celle dont on fe fert pour les lampes, feule remarque différente de la mienne.
- ( c ) On appelle regiftre ou gueulard une ouverture pratiquée à l’ouverture fupérieu-re du fourneau, pour fervir depaffage aux vapeurs & au torrent de l’air,
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- „ dante , d’autant plus que l’huile à laquelle elle tient eft très-volatile. On „ pourrait encore effayer de parer à l’inconvénient dont je viens de parler, en „ formant avec ce charbon, aifé àfe réduire en poujjiere, des efpeces de pe-„ lotes qui, fe touchant en moins de points, dépendraient avec plus de ,, facilité, & feraient moins fufceptibles de fe réunir en malfes. „
- Qualité générale du feu de braife de charbon de terre , pour les opérations
- métallurgiques.
- 129. De quelque maniéré que le charbon de terre ait été torréfié, foit qu’il fait été à l’air libre, foit qu’il l’ait été dans des fours, comme à Newcaftle, ou dans les fourneaux de l’efpece employée à Sultzbach, l’expérience ne lui a encore été avantageufe que pour les ouvrages qui fe jettent en moules, (a) Dans les grandes opérations métallurgiques, ce charbon , fi l’on veut fuivre l’idée commune, dont nous ne voulons faire un crime à perfonne, n’eft pas encore fuffifamment défoufré ; les braifes qu’il donne ne remplilfent pas à beaucoup près le but qu’on fe propofe (£). Le fer provenant des forges de Sultzbach, & qui, porté à la filiere , fe trouvait une fonte grife & fort douce (Y), a été reconnu être le produit de plufieurs affinages. En total , la fonte du fer qu’on obtient avec leur feu, a toujours deux défauts confidérables. On convient d’abord généralement que la qualité du fer eft avilie, qu’il eft caifant & hors d’état de rendre beaucoup de fervice (Y). Dans la quantité de métal fondu au feu de charbon de terre crud, ou converti en braifes, il fe trouve toujours un déchet confidérable ; dans l’elpace d’une femaine , on avait fondu à Lancashire, avec le feul charbon de bois, quinze ou feize tonnes de fer (Y) 5
- (c) M. Jars, dans une tournée qu’il fit en 1768 aux forges de Hombourg en Alface, en fit faire un eflai qui réuflit très - bien. Voyez le mémoire in-fol. page 337. Une cédule du roi d’Efpagne en 1771 pour l’exploitation de deux mines de charbon dans une province de ce royaume, annonçait qu’on fe propofait d’employer ce foffilefeul dans les fonderies royales de l’artillerie : il n’eft rien venu à ma connaiflance fur cette opération.
- ( b ) Quoi qu’en dife M. Venel, qui avance que les coaks, même de l’efpece la moins bonne , font employés à la fonte du fer dans les hauts fourneaux, c’eft-à-dire,qui ne peuvent fe charger qu’en portant la com-
- pofition qu’on veut y verfer au haut d’un efcalier de plufieurs marches , & aux fontes analogues dans les fourneaux à manche.
- (c) La fonte de fer grife eft, félon M. Grignon , celle que l’on obtient par une jufte proportion du minerai, des fondans, des correctifs & de la chaleur, d’où il réfulte une fufion exacte des parties métalliques : cette efpece de fonte produit le meilleur fer 3 enforte qu’il eft poflible de tirer de bon fer des plus raauvaifes mines, enobfervant de les réduire en fonte grife.
- ( d) M. Venel, part. III, chap. 3 , ne paraît pas être entièrement perfuadé de ce défaut.
- ( e ) La tonne pefe environ deux milliers.
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- & avec les houilles, on n’en a eu que cinq ou iix. Cet inconvénient fe marque également pour toutes les autres efpeces de mines : un fourneau de réverbere anglais , chaufte avec le bois de hêtre , même avec des fagots , fait rendre à la mine de plomb dix pour cent de plus que lorfqu’on le chauffe avec le charbon de terre. Depuis plus de quarante ans on a commencé à vouloir l’employer , mais inutilement, pour la mine de cuivre. Il y a vingt-huit ans qu’on avait encore voulu effayer en France, dans le travail d’une mine de cuivre, d’introduire l’ulàge du charbon de terre, tant pour le grillage que pour la fonte du minéral ; on le mettait fur du bois dans le grillage, 8c on en mêlait neuf parties avec une partie de charbon de bois dans le fourneau allemand pour la fonte. Une portion du cuivre, traitée de cette maniéré, s’elt trouvée détruite, & a caufé des pertes confidérables, qui ont obligé les entrepreneurs d’abandonner cette fabrication.
- i)0. A cette époque , 8c dans toutes celles qui pourront en être rapprochées par la circonftance du prix du charbon de bois inférieur ou égal au prix du charbon de terre , on fera fondé à regarder de femblables entreprifes comme folles & haiardeufes ; mais il eft plus que permis de fe tranfporter en idée dans les tems à venir, où la difette de bois , qui par-tout devient de jour en jour plus fenfible , ne lailfera pas la relfource du choix entre ce cotnbuftible & le charbon de terre : le déchet de métal dans les fontes obtenues par le feu de ce foffiie, ne pourra alors, quelque confidérable qu’il puiffe être, entrer en ligne de compte, ou bien il faudra renoncer à toute's les richelfes dépendantes des mines, à tous les arts auxquels elles fourniffent ou des matériaux ou des inftrumens : les^travaux , les tentatives faites d’avance fur cet objet, ne font donc point à négliger. Le moment où il n’y aura plus à balancer fur l’ufage du charbon de terre , fera celui où nos obfervations feront précieufes : nous fournies allurés de rendre fervice, en ralfemblant tout ce qui a rapport foit à la maniéré de préparer le charbon de terre, foit à la façon de l’employer dans les opérations métallurgiques. Il ne nous refte plus , quant au premier article, que de l’éclaircir par quelques remarques qui puiifent fixer des vues fur les moyens de perfectionner les méthodes ufitées. Ces obfervations feront fuivies d’un précis hiftorique des opérations qui ont été exécutées , même fans fuccès; nous terminerons par une récapitulation abrégée des différentes opérations, des grillages, fonderies & autres , qui peuvent s’exécuter ou qui l’ont été avec cesbraifes de charbon de terre.
- i $ i. Quelques - unes de ces opérations feront décrites en entier d’après Schlutter. Cet ouvrage doit être entre les mains de tout fondeur & maître de forges. Nous aurions pu nous contenter d’y renvoyer ; mais nous avons cru utile , ainfi que nous l’avons annoncé , de rapprocher de chacune de ces defcriptions les différentes confidérations relatives a foit aux efpeces de charbons de bois, Tome XVII. M m m
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- appliquées dans l’ufage ordinaire à telle ou telle autre opération , foitauxefpe-ces & qualités de mines dont nous ferons connaître le traitement avec le feu de charbon de terre. Ces efpeces de .renfeignemens ou d’avertitfemens propres à fixer l’attention fur ces pratiques dans les points où elles font comparables, avec les mêmes pratiques exécutées au feu de bois, auraient perdu leur mérite , fi elles n’étaient point rapprochées de cette maniéré des defcriptions auxquelles elles fe rapportent.
- Recherches fur la réduction des charbons de terre en braifes.
- 132. A en juger par les defcriptions que nous venons de rapporter, rien de fi fimple que ces procédés s rien de plus facile à imiter ; le fuccès qu’a eu M. Jars, & depuis lui plufieursautres perfonnes , donne cette idée. Néanmoins , avec quelques réflexions, on reconnaît bientôt l’infuffifance de ces defcriptions 5 elles ne préfentent point les vues qui conftituent ce qu’on doit appeller une vraie méthode, & elles laifTent par conféquent à defirer I’effentiel.
- J 3 3. Il eft à propos de fe rappeller que cette fabrication de braifes s’exécute principalement par deux procédés en apparence les mêmes , & néanmoins dif-férens. Dans l’un, l’opération fe fait à feu plus exadement clos que dans l’autre : le degré de chaleur particulier à chacune de ces combuftions, & même au reffuage dans une cornue, quand bien même les charbons qui y font fournis ne feraient pas différens , doit néceffairement influer fur la propriété confervée aux braifes qui en proviennent ; & comme dans la fabrication en meule , l’ignition eft inévitablement inégale, fouvent imparfaite , tandis que par la cuiffon dans des fours les braifes doivent approcher très-aifément d’un état de calcination, toutes les efpeces de charbons , par l’une ou par l’autre combuftion , ne peuvent manquer de fe trouver altérés diverfement dans leur volume, dans leur poids , dans leur couleur, dans toute leur forme extérieure , changés enfin en braife d’un genre analogue à leurs parties conftituantes & intégrantes , qui rendent les uns difpofés à fe renfler en malle fpongieufe , les autres à fe convertir en fcories, les autres à fe réduire en cendres , félon le degré de feu qu’ils elfuient. De là il fuit clairement que , fôit à raifon de la nature du charbon étouffé dans le feu, ou defféché à la chaleur par un même procédé, foit à raifon de la différence du procédé qui aura été employé pour réduire une même efpece de charbon, le genre de braife fera différent jc’eft-à-dire, qu’il doit y avoir en conféquence une forte de dépendance entre le procédé à employer pour cette opération, & la nature du charbon qu’on fe propofe d’y foumettre. On a dû, par exemple, remarquer que les braifes du charbon de Carron en Angleterre relfemblent davantage à des cinders très-poreux, ou braifes qui fe font à Newcaftle ; que ces mêmes braifes font différentes de celles du charbon de Clifton, qui brûle
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- plus difficilement que celui de Carron : dans cet endroit, ainfi qu’à Clifton, ïa fabrication s’exécute cependant par le même procédé. Quelle eft la caufe de cette différence? Elle provient probablement de l’efpece de charbon que donnent les mines de l’un & de l’autre endroit. M. Jars trouve dans les braifes que l’on appelle coaks une couleur plus foncée que dans les citiders ; efl: - ce l’efpece de charbon, ou l’efpece de procédé, qui produit cette autre différence ? ( a ) 134. M. Jars , à qui l’on a en France l’obligation d’avoir le premier donné la connailfance de ces procédés, pratiques anglaifes , & M. de Genffaue qui en a parlé dans fou ouvrage, ne paraiffent pas s’ëtre occupés de faire remarquer les circonllances qui répandent du jour fur la pratique. On ne voit pas que M. Jars fe foit attaché à la faire fentir. Nous nous propofons d’y fuppléer , c’eft-à-dire, d’elfayer de donner une julte idée de l’effet du cuifage en alumdks (b) , & de celui à feu clos ; de maniéré que le procédé général, pour l’une & l’autre fabrication, puiffe fervir de bafe à une pratique raifonnée.
- 11 f. Les mêmes écrits dont nous venons de faire ufage, ceux de M. Jars, de M. de Gentiane, feront les fources dans lefquelles nous puiferons les principes & les réflexions que nous établirons. N’ayant fur cet article en particulier aucune notion qui nous foit propre, nous n’avons pu prendre d’autre guide i mais les connailfances fuivies que nous avons prifes fur toute cette matière depuis feize ans , nous ont mis fuffilamment en état d’analyfer les remarques éparfes dans les mémoires de M. Jars , de les éclaircir dans quelques points, & d’fen déduire des réglés qui affurent le fuccès de cette pratique dans l’appareil préliminaire , & enfuite dans la maniéré de gouverner le feu. Une confidération tirée de la chofe même, mettra d’abord fur la voie le leéteur le moins au fait du fujet que nous allons traiter.
- Obfervadons generales fur les braifes ref antes d'un feu ordinaire de charbon de terre , 6* fur les dijférens états par lefquels le charbon de terre pajfe fuccejjl~ vement avant d'être confumè.
- 136. Il ne faut qu’avoir vu quelques feux de houille, & en avoir ufé en
- ( a ) M. Venel s’eft, je crois, trop prefifé de conclure fur ce point. La couleur grife & cendrée des cinders, moins noire que celle des coaks, même dans les coaks préparés en alumelles , n’eft point décidément une preuve que ces braifes font plus pauvres; le degré de calcination qu’elles auraient éprouvé , ne ferait - il pas ici pour quelque chofe ?
- (b) Tas de bois que l’on arrange en pile pour les charbonnières de bois : nous nous fervirons , pour la fabrication des braifes de charbon de terre à l’air libre, des termes employés pour les charbonnières, où le tas achevé en pile, habillé & prêt à recevoir le feu , fe nomme fourneau ; le tout allumé s’appelle un feu. Le lieu où s’aiïied la pile ou le fourneau , fe nomme place à M m m ij
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- chauffage , pour avoir remarqué que la plupart du tems la braife de ce charbon éteint pourrait être prife pour de la braife de charbon de bois ordinaire. Si l’on examine avec quelque foin de ces charbons, on reconnaît que les uns fe font éteints plus tôt, les autres plus tard, avant d’être confumés, & tous font voir clairement à l’œil les différentes modifications que leur ont fait fubir les diiférens degrés de chaleur qu’ils ont éprouvés. Il eft aifé d’en conclure que, fi l’on cherchait à avoir deux ou trois braifes différentes, il 11e s’agirait que de ralentir, retarder ou arrêter la combuftion delà houille; & que félon le point d’ignition, plus ou moins avancé, ces différentes braifes feraient propres à donner de nouveau au feu une chaleur différente, & fe trouveraient applicables en conféquence à diiférens ufages. Le premier degré, par exemple, ne confifterait qu’à avoir laiifé fécher le charbon à un feu très-doux, pour lui enlever uniquement l’exhalaifon humide & la partie la plus groffiere de fou bitume, de maniéré qu’il n’aurait proprement éprouvé qu’un reffuage, & qu’il ne ferait exactement que grefillé. Ce que j’appellerais fécond degré, fe rapporterait à celui où le feu plus continué & une chaleur plus foutenue, ménagés cependant avec attention , auraient cuit & même recuit le bitume du charbon , qui enfuite pourraic s’allumer de nouveau, plus facilement encore qu’il 11’eîit fait avant ce cuifage , donner de la flamme comme le charbon grefillé par un premier degré de feu , & moins de fumée.
- 137. En laiffant agir le feu fur un autre charbon affez complètement pour le priver de toute fa vapeur graffe fans le convertir en mâchefer , ni préjudicier à la cohéfion de fes parties rapprochées d’un état de calcination, on aurait une troifieme efpece de braife brillante à l’œil , fonore comme un charbon de bois fec, femblable en tout à une véritable braife éteinte de charbon végétal, & qui remis au feu rougirait & donnerait encore de la chaleur. Telles font les trois différences que l’on pourrait établir dans les braifes qui réfultent journellement d’un grand feu éteint de lui-même ou avec de l’eau, ou étouffe à volonté lorfqu’il eft parvenu à diiférens degrés d’inten-fité : ce font ces braifes qu’on appelle vulgairement à Liege krahais , à Valenciennes grouejjes , en Auvergne efcarbilles , en Provence efcabrilles, en Lyonnais grefiLlons, recuits ; dénominations qui cara&érifent affez bien deux altérations diftindes. Les coaks, les cinders, fubftitués par les Anglais au charbon de bois dans plufieurs circonftances , ne font pas autre chofe.
- 138. Il eff certain que par cette combuftion, arrêtée de quelque maniéré que ce foit, le charbon de terre, devenu dans le même état où l’on réduit le bois pour en faire du charbon, eft converti en une fubftance purement
- charbon , fojje à charbon, charbonnière , faulde ; & a, pour les grands fourneaux, huit enjambees de diamètre ; le fol fe nomme Maire du fourneau.
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- combuftible , dépouillée plus ou moins des parties qui exhalent cette fumée qu’on reproche à ce foftile ; qu’il eft purgé, ou de ion bitume, ou de fou foufre, ou de l’acide quelconque qui lui eft propre, & qui eft contraire à certaines opérations; qu’il pourrait en un mot être employé avec plus de fiuc-cès en cet état à plufieurs ufages.
- 139. Il y aurait un moyen très-facile d’avoir fur cela une obfervation en petit alfez complété; ce ferait d’allumer plufieurs feux, & de ne faire entrer dans chacun de ces feux qu’une feule & même efpece de houille ou charbon en morceaux à peu près d’un volume égal, comme de houille grade ou houille chaude, de houille maigre, de clutte, de charbon fort, de charbon faible, & en particulier de fouaille. On s’attend furement, & avec raifon , qu’après avoir étouffé ou éteint ces feux d’une maniéré quelconque , l’examen qui ferait fait des braifes de chacun de ces feux préfenterait des différences fenfibles. Selon les qualités des charbons fournis à ces différens degrés de combuftion, les uns confumés en partie, feraient conféquemmeut réduits à un moindre volume qu’ils n’avaient avant de palfer au feu; les autres, au contraire, feraient gonflés , renflés comme une efpece d’éponge , & diminuent de poids, ainfi qu’il arrive à ceux de Montcenis, & à quelques-uns des carrières de la Limagne.
- 140. Toutes les efpeces ne peuvent donc point être foumifes à une même intenfité de feu. Les houilles maigres, par exemple, & celles que j’appelle houilles pyriteufes, ne peuvent fubir qu’une forte de réduction que l’on pourrait nommer un reffuage. Les houilles graffes, ou qui, comme di-fent les Anglais, forment croûte ou gâteau, caking coal, font feules fufcep-tibles d’être foumifes , félon l’intention, aux trois différens degrés , mais-bien entendu par* trois degrés de feu déterminés. Il eft facile de concevoir maintenant que la fabrication exécutée par le procédé en grand, comme les alu-melles , eft incomplète & fautive pour obtenir à volonté ces différentes fortes de braifes : pour peu que le baugeage ou l’habillement (a) du fourneau foit mal fait, l’air s’introduit dans la maffe du charbon embraie , tout fe confiante & fe réduit en cendres. Si la communication de l’air eft interceptée, tout s’éteint, le cuifage eft manqué ; & c’eft probablement l’idée de M. de Genflane, lorfqu’il avance dans fon Traité de la fonte des mines avec le charbon de terre, tome I, chap. XII;, pag. 26 j , qu’on a vainement tenté de cuire le charbon dé terre en meule , comme celui de bois, en couvrant le tas avec de la terre & du gazonnage ( b). Examinons maintenant en détail la pratique des A11-
- (u>) Bauger, couvrir de terre. M. Venel juge la fécondé moins parfaite
- (b ) La différence de cuifage en alumel- & ne procurant pas le moindre avantage de les, au defavantage de celui fait dans des plus. On ne voit pas pourquoi cet auteur fours, eft feniible à cet égard, quoique rejette la préparation des cinders comme
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- glais, le procédé exécuté par M. Jars, & la conduite qu’il conviendrait de tenir.
- Analyfe des procédés indiqués pour faire des braifes de charbon de terre en alumelles & dans des fours.
- 141. Quel que puiffe être le procédé auquel on voudrait donner la préférence pour la réduction des charbons de terre, il faudra toujours diftin-guer deux tems dans cette fabrication, l’appareil préliminaire, & le gouvernement du feu. Pour mettre de l’ordre dans l’examen de ces deux principales circonftances , nous commencerons par celle qui compofe le préparatif, quant au choix du charbon , à fa qualité , fa pureté , quant au volume des morceaux qui doivent former la maife, quant à la quantité de charbon qui peut être convertie à la fois en braife , enfin quant à la maniéré d’arranger, d’habiller la pile ou le fourneau, & à la préférence à donner à la préparation en meule, ou à la fabrication dans des fours , félon la nature des charbons.
- 142. La marche de l’embrafement comprendra ce qui tient à la conduite 8c à la durée du feu, ce qui regarde les figues auxquels 011 peut reconnaître que l’opération eft achevée, & qu’il faut étouffer les braifes, le déchet marqué dans une partie de la fubftance du charbon par l’altération de fon volume , la diminution de fon poids primordial.
- 145. Préparatif & appareil. Comme tous les charbons de bois ne font pas propres à donner un bon charbon, les houilles font dans le même cas. La perfection de la méthode pour faire des greJilLons, des recuits , des cinders, qui font les trois modifications différentes, indique la néceftîté de fpécifier pofitivement les qualités du charbon les plus favorables à l’opération , foit en alumelle, foit dans des fours.
- 144. En Angleterre, l’efpece de charbon ,feule employée à tous les ouvrages métallurgiques, eft celui de Newcaftle, connu plus généralement fous le nom de pitch coal. On doit cependant obferver, & c’eft la même chofe dans tous les quartiers de~quelque pays que ce foit d’où l’on tire de ce fof file, que le charbon 11’eft point d’une bonté égale dans toutes les mines de Newcaftîe 5 il s’y en trouve de plus ou moins bitumineux , pyriteux, & même pierreux : cette derniere qualité y eft même très-commune. Le nom de charbon de poix , par lequel on a rendu en français le mot anglais , exprime la qualité du charbon favorable à ces opérations : il eft gras, fe fond au feu
- une mauvaife fabrication obtenue avec un mais cet état peut être defirable pour cer-appareil inutile. Il eft vrai que dans ces tains ufages. braifes le phlogiftique eft prefque détruit;
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- comme la poix, dont il a le brillant ; il fe colle en mafle ou gâteau, caking ccral; plus communément il eft diflingué fous les dénominations de charbon de forge, charbon de maréchal. Pour le défigner plus convenablement, abftrac-tion faite des dénominations, c’efl celui qui, au fortir de la mine, fe trouve dur, compacité, fonnant, fec & d’un beau noir luifant. Les caraderes extérieurs de ce fofiile, que nous avons raifemblés fous un même article, fourniront ici des renfeignemens fuiRfans pour ne point employer un charbon terreux, pyriteux, impur, & s’en tenir Amplement à celui qui eft de nature bitumineufe. En s’attachant à ce genre de qualité qui n eft'pas toujours dans des proportions également riches , il pourrait être à propos , pour quelques-uns de ces charbons , de ne point foumettre à cette fabrication ceux qui auraient été trop expofés à l’air ou à la pluie. “ Pour exécuter cette opération „ par fourneaux', ainfi que par la diftillation, on préféré le menu charbon, ,, ou celui qui fe réduit en petits morceaux; c’eft toujours ce qui foifonne „ le plus dans les mines, & qui fe vend quelquefois par cette raifon à meil-„ leur marché que le charbon qui eft en gros morceaux.,, (a)
- 14^. Dans les charbons de bois, il n’y a pas jufqu’à l’humidité & aux mal - propretés dont ils peuvent être mêlés, qui fouvent donnent au fer de mauvaifes qualités; les braifes de houille, à raifon du fécond défaut, peuvent de meme nuire aux fontes. Le charbon de terre , tel qu’il fe vend au pied de la mine , ou lorfqu’il a palfé dans le commerce par plulieurs mains, eft fou-vent mêlé de charbon d’ardoife , ou de flipper coal, de pierrailles fchifteufes , & autres rebuts de mine , ou même de portions du toit ou du plancher, réfultantes d’une mauvaife exploitation qui a entrepris fur ces-enveloppes : ce font autant de parties étrangères qu’il faut foigneufement retrancher du charbon deftiné à être converti en braife. Ces pierres nommées nerfs, gorrcs , reliées adhérentes dans les cinders , s’y apperçoivent aifément, & les rendent d’un mauvais débit. M. Jars exclut aufti de l’opération, le charbon mêlé de nerfs. Il eft effentiel, dit cet académicien , de bien dépouiller le charbon de la roche & des pierres qui peuvent y être mêlés : on a éprouvé que, foit par défaut d’expérience des ouvriers , foit par leur négligence, plufieurs charbonnières n’ont produit que des coaks imparfaits , qui dans la fonte ont occafionné beaucoup d’embarras. M. Jars en conclut que l’acide du charbon n’avait pas été fuffilàmment détruit, & que l’on n’en avait pas féparé les pierres qui ne fondaient pas & s’accumulaient dans l’intérieur du fourneau, (b)
- 146. L’inconvénient de ces corps étrangers a été reconnu dans l’effai fait de la houille de Sainte-Foy-l’Ârgentiere , à trois lieues de Sain-Bel, qui a eu les mêmes défauts au bout de quelques heures de fonte, étant unie à une grande
- (a) Sur les mines de charbon de Newcaftle, en l’année 1765, dixième mémoire.
- (h) Quinzième mémoire.
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- quantité d’une efpece de fchifte réfra&aire, & par conféquent peu propre à cette opération; tandis que les coaks réfultans de la houille choijîe des mines de Rivedegier (a), ont procuré dans la fonte des minerais de cuivre» tout le fuccès qu’on pouvait en attendre (JE) , comme on pourra en juger par le détail que l’on verra bientôt.
- 147. La grofleur des morceaux de charbon qui doivent entrer dans la mafle foumife à la combuftion , îfteft pas indifférente , d’après la defcription de M. Jars : en fe mettant à féparer des charbons les arêtes pierreufes, ner-veufes , qui s’y trouvent mêlées ( ce que l’on ne peut faire qu’en les caflant ) , M. Jars veut que l’on conferve aux morceaux qui en réfultent, la grofleur de trois ou quatre pouces cubes ou de très-gros œufs. Cette attention elf peut-être néceflaire pour que le feu puilfe s’étendre & agir également dans toute la meule : il pourrait £e faire que cela 11e fût pas d’une néceflité abfolue, fur-tout lorf. que la fabrication s’exécute dans des fourneaux, comme à Newcaftle; la chaleur du feu communiquée à la cheminée du fourneau, étant capable de pénétrer les charbons d’un volume plus confidérable que celui indiqué par M. Jars. En jetant les yeux fur la pi. XXII de la fécondé partie, on prendra une idée générale de l’arrangement & de la forme à donner à Pentaflement. (c)
- 148. La quantité de charbon qui peut être fournis à une fabrication , femble aufti, d’après M. Jars, être un point à obferver. Cet auteur eft d’avis que l’on ne doit pas en cuire à la fois plus de cinquante à foixante quintaux ; il penfe que dans une malle d’un plus grand volume, l’a&ion du feu fur chaque morceau de charbon 11e ferait pas convenablement égale & uniforme , qu’il y en aurait' alors d’entièrement calcinés, & d’autres qui n’auraient éprouvé aucune forte d’altération. En fuppofant la fabrication exécutée en alumelle, on 11e voit pas trop à quoi tient la difficulté de préparer à la fois une bien plus grande quantité de charbon que celle à laquelle l’hiftorien s’eft borné. Il eft certain que, fi dans une très-grande meule compofée avec un charbon très-abondant en bitume, on ne porte d’abord qu’autant de matière enflammée qu’il en faudrait pour embrafer une petite meule, le charbon éloigné du centre venant à fe gonfler par la-chaleur, ne formerait enfecol-
- ( a ) C’eft-à-dire de la bonne efpece, & débarraffée de gorres.
- (b) A cela près, le déchet dans la fonte. ( c ) M. Venel avait été vifiter à la ferme de Gravenant, fur la montagne de Rivedegier, les alumelles de charbon de terre: la différence convenable qu’il établit entre elles & celles du charbon de bois, eft que ces dernieres, au lieu d’être en cônes alon-gés & affez élevés, ne font que des bafes
- de cônes furbaifles , peu épaiffes , de içà 16 pouces tout au plus , ou des cônes fur-baifles & tronqués à la hauteur de iç à 16 pouces. Il apprit de l’ouvrier qui dirige l’opération , que le feu ne prendrait pas juf-qu’au fond fi les tas étaient plus épais ; les bords en font uniformément rabattus & confidérablement inclinés à cela près, tout le deffus du tas eft à peu près plat ou applati.
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- lant qu’une maffe croûteufe, à travers laquelle le feu ne pourrait pénétrer, d’où il réfulterait un obftacle à un cuifage uniforme 5 mais il eft clair qu’on peut facilement obvier à cet inconvénient, en portant dans la meule plus ou moins de bois enflammé , félon le volume de l’entaflement de charbon : il paraîtrait cependant plus fiir en général, de ne point en préparer à la fois plus de foixante quintaux environ.
- 148. L’habillement de la meule confifte, félon M. Jars, “àrecouvrir „ les charbonnières dans la bafe de la pile, depuis l’aire du fourneau juf-„ qu’à la hauteur d’environ un pied, avec du menu charbon crud, tel qu’il „ vient de la carrière, & avec des déblais qui fe font dans'le choix du gros char-,, bon, & d’achever le refte de l’habillement fuperficiel avec les menus bradons ,, reftans des fabrications précédentes. Il obferve en même tems que cette ma-„ niere difpenfe de pratiquer, comme pour les autres méthodes, des trous „ autour de la circonférence, afin de favorifer l’évaporation de la fumée, „ & que les interftices qui fe confervent entre ces mêmes coaks, y fuppléent 3, & font le même effet pour que le feu agiffe également par - tout. „ (a)
- 149. Cuijage du charbon. Gouvernement du feu. Après avoir pourvu à ce que le tout s’allume enfemble & uniformément, le plus difficile eft d’affurer le feu , c’eft-à-dire, lui donner & lui cotiferver par-tout une force égale. Lorf. 33 que la charbonnière commence à fumer, l’ouvrier recouvre le fornmet, 8c „ conduit l’opération comme celle du charbon de bois, ayant foin de rebou-3, cher les ouvertures par lefquelîes le feu a pafle, pour empêcher que le „ charbon- ne s’y confume ; il continue cette manœuvre jufqu’à ce qu’il ne „ fume plus, ou du moins jufqu’à ce que la fumée forte très-claire, ligne cer-,3 tain de la fin de l’opération. „ A Carron, l’on reconnaît d’une autre maniéré la deftru&ion du bitume du charbon 5 c’eft lorfque la flamme s’étend fur toute la furface de l’alumelle. (b)
- ifo. Ces deux renfeignemens font également bons, celui de la fumée fur-tout. Le volume & la couleur de cette exhalaifon pourraient même, dans le courant de l’opération , aider utilement à juger du point où en eft la fabrication. Cette fumée qui précédé la flamme dans le charbon de terre, doit, comme dans le charbon de bois , varier à raifon de l’eflfet qu’y produit la différente pro-greffion de la chaleur que lui communique le feu. Dans le feu de bois , lorfque le principe humide eft furabondant, cette vapeur, la fumée, eft blanche , 8c
- (a) Selon M. Venel, le feu agit fuccef- triques , qui vont s’agrandiflant à mefure fivement du centre à la circonférence. Des que le feu s’infinue dans le centre, & ga-fumées blanches mêlées d’efpace en efpace gnent de fuite & aflez uniformément la cir-de quelque flamme légère, partent de ce conférence.
- cpntre, & paraiffent fucceflivement conte- ( b ) Voyages métallurgiques, treizième nues dans des cercles à peu près concen- mémoire, page 273. c
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- rfeft que de l’eau raréfiée. Cette première eft fuivie d’une fumée noire, quand l’embrafement s’avance. A cette fécondé fuccede une troifieme fumée d’un rouge obfcur, lignai de la flamme prête à fe développer, laquelle montre elle-même des nuances graduées, félon quelle eft encore plus ou moins embarraflee de la partie humide j de brune, elle devient d’un blanc pâle, & prend enfuite la couleur d’un blanc vif, dans laquelle on apperqoit, quand elle eft pure, les couleurs qui fe diftinguent dans un verre prifmatique.
- 15* i. Ces diverfes apparences, remarquées parM. Grignon dans la fumée du feu de bois , ne feraient pas difficiles à étudier dans un fourneau de charbon de terre en alumelle. Quand fur-tout la flamme vient à fe montrer à la fuper-ficie, elle s’y promene, s’y interrompt à plufieurs reprifes, en papillottant & en badinant i il n’y a point de doute (alors qu’elle a achevé fon adion fur tout le corps de la meule, & que le charbon eft dépouillé de la partie la plus grofliere de fon bitume : c’eft ordinairement l’affaire de quarante heures en alumelle, & de trois fois vingt-quatre heures dans des fours, comme à Newcaftle. La durée de ces différentes cuites, par quelque procédé que ce puifle être, doit toujours être en raifon de la qualité du charbon que l’on traite. Celui , par exemple, qui fera fort gras, demandera plus de- tems à cuire que celui, qui 1 eft moins. M. de Genflane a fait cette judicieufe remarque pour le cuifage à la maniéré de Sultzbach. Il fe préfente encore fur cela une ob-fervation à faire, & fur laquelle il ne fe trouve rien dans les defcriptions de M. Jars ; c’eft la différence du tems auquel la force du feu fera plus ou moins capable de réfifter. Lorfqu’il pleut, la combuftion à l’air libre éprouvera un retard qui peut être confidérable -, il en fera de même à feu clos, dans un fourneau dont la chemife ne pourra point rougir ni s’échauffer comme en tems fec. Il doit y avoir pour ces préparations une faifon favorable, comme les mois de juillet, août, feptembre & odobre.
- i f 2. Les changemens qui fe font remarquer fur les charbons de terre convertis en grefillons, ou en recuits, font de deux efpeces : dans le poids il y a un déchet fenfible. M. Jars a obfervé fur la houille de Rivedegier, que la benne de charbon nommé charbon de forge, pefant 270 à 280 , doit pefer de 170 a 180 lorfqu’il eft réduit en coaks. L’auteur ne parle ici que des charbons qu’il a employés ; mais il doit y avoir à cet égard une différence dans les charbons fort gras, & dans ceux qui le font moins. A Newcaftle , on eftime à un quart le déchet du volume du charbon (a). Dans une fabrication faite à Alais, dont parle M. Venel, les charbons de la première qualité ainfi réduits en braifes , avaient fouffert un déchet de moitié ; il foupçonne à cette occa-fion de la méprife dans les mémoires qui lui ont été fournis , ou quelque mal-
- (a) Voyages métallurgiques, dixième mémoire, page 211.
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- façon dans la préparation. Quant au changement de volume qu’éprouve le charbon après cette fabrication , ce doit être en général, à moins que ce 11e fût un charbon pyriteux ou très-maigre, le contraire de ce qui arrive au charbon de bois (a). La houille, pour peu qu’elle abonde en bitume, doit augmenter aifez confidérablement de volume, puifqu’elle fe renfle, fe bourfouffle en brûlant, & elle ne commence à diminuer qu’en fe confumant. Ainfi le char* bon de Newcaftle, dont on eftime à un quart le déchet du volume (b) , eft un charbon ou pierreux ou pyriteux ; ou bien cette altération annonce décidément la différence de l’etfet des fourneaux à feu clos, peu propres à def. Lécher & cuire fimplement le charbon, mais bien à le réduire en braifes qui approchent d’un état de calcination marquée par l’extrême porofité, & peut-être désignée par le mot cinders , qui in cineres abeunt.
- 15^. M. Venel a accompagné de quelques remarques la defcription de M. Jars j il dit qu'il ne conçoit pas comment les charbons ainfi présentés au feu, peuvent acquérir du volume : les tas ou les charbonnières, après la cuite , ne lui ont point paru gonflés : il avance encore qu’il a interrogé fur cela les ouvriers, & qu’ils font convenus qu’ils n’avaient fur cela rien ap-perçu de fenfible. Ce Lavant chymitle, en ajoutant qu’il regarde cette cir-conlfance comme peu importante, parait n’avoir pas aifez réfléchi fur la nature des charbons qui communément font fournis à cette fabrication ; ce font des charbons de poix, c’eft-a-dire, gras. Tous ceux de cette claife fe bour-foufflént néceflàiremenr au feu plus ou moins ; & de ce que celui du Grave-nand a confervé fon même volume , de ce que celui de Newcaftle en perd un quart, celui d’Alais environ la moitié, on ne peut qu’en déduire avec certitude une différence ou dans la qualité de la houille ou dans le cuifage, c’eft-à-dire, dans le degré de feu que le charbon a éprouvé. M. Venel a été aufîi induit en erreur par la comparaifon qu’il a faite de ces braifes fadices réful-tantes de la combuftion, & de celles qui font le réfidu d’un charbon diftillé» 1^4. Dans la fabrication en alumelle, il doit fouvent y avoir des braifes dont la combuftion eft manquée -, & de même que les charbons de bois mal cuits exhalent une humidité acide huileufe qui peut nuire aux opérations , ceux-ci ne peuvent non plus fervir aux opérations auxquelles on veut employer les coaks bien faits. M. Jars eft d’avis de faire repafler ces braifes une fécondé fois dans les charbonnières ; mais je ne crois pas ce confeil bon à fuivre : il vaut mieux garder ces coaks pour des feux domeftiques, ou de quelques manufadures, comme verreries, ou autres.
- 1^5-. Par tous ces éclairciffemens, il eft facile de voir que la méthode
- (a1! Dans les charbonnières de bois on remarque en général, que le bois ne devient charbon qu’en perdant à peu près les trois quarts de fon volume.
- ( b ) Dixième mémoire.
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- de faire des braifes de houilles, quoique facile en quelque maniéré, porte fur une connaiflance plus exaéte & plus étendue qu’on ne le croit communément, de la nature des charbons ; c’eft elfentiellement à l’aide de cette con-naiifance, que l’on peut juger les différentes altérations ou modifications dont tel ou tel charbon eft iufceptible par un degré d’intenfité de feu déterminé. Les coaks & les cinders qui fe fabriquent dans un endroit, ne retfemblent point aux coaks & aux cinders qui fe fabriquent dans un autre , parce que ce n’eft pas le même charbon. Tel charbon qui eft dur & compade, ne peut fe réduire en coaks par le même procédé.
- 1^6. te Les cinders de Newcaftle font une braife d’un gris cendré très-
- poreux, mais ayant beaucoup plus de confiftance que ce qu’on appelle ,, coaks, & qui ne font auffi qu’un charbon privé de fon acide fulfureux, s, mais par un procédé différent. „ (a)
- if7. Au contraire, les cinders du charbon de Kinneil en Ecoffe, ceux des environs d’Edimbourg, ceux employés à Winlington pour les limes, ne re£ femblent en rien à ceux de Newcaftle : ces dernieres braifes en particulier font très- poreufes, très - légères, moins confiftantes & plus noires ; elles ne donnent pas de fumée fenflble, & donnent moins de flamme que le charbon de bois, (b)
- if 8. Ce qui fe pratique pour préparer au moment qu’on en a befoin, des coaks ou braifes propres à quelques ouvrages particuliers , dans l’Yorkshire , achevé de venir à l’appui de ces différentes remarques, & notamment de celles que fournit l’examen attentif d’un feu de charbon de terre conduit & entretenu dans une cheminée. On regarde comme certain que le bitume du charbon de terre augmente le déchet de l’acier, & même qu’il en gâte la qualité. La ville de Sheiheld eft renommée pour les fabriques de limes, <f aux->, quelles on emploie communément l’acier cémenté ; mais avant de les for-„ ger, ainfi que tous ouvrages quelconques en acier, on prive le charbon ,, de fon bitume : à cet effet, on met une très - grande quantité de charbon „ (c) fur le foyer i on fouffle jufqu’à ce que le tout foit allumé , & que la
- (a) Dixième mémoire. tes fe vendent neuf à dix fchelings: ils ne
- (b) Dans la ville de Newcaftle les cin- font pas d’un fi bon débit lorfqu’ils font ders fe vendent communément un tiers de mêles de nerfs pierreux Les petits mor-plus que le pareil volume de charbon de ceaux de cinders qu’on retire des cendres des terre qui les a produits; la mefure en eft fourneaux de Newcaftle,fe vendent trois, différente de celle pour le charbon : le chai- fchelings les douze brouettes, pour être dron des cinders n’eft que la moitié du mêles avec le charbon employé à cuire la chaldron des charbons, & contient feule- chaux. Voyages métallurgiques , dixième ment douze brouettes. Vingt-quatre brouet- mémoire.
- tes de charbon coûtent communément dix ( c ) Ce charbon eft à peu près de même à douze fchelings, & produifent dix-huit nature que celui deNewcaftle, cependant brouettes de cinders, dont les douze brouet- moins bitumineux,
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- „ flamme & la fumée du bitume foient détruites : alors on retirefle charbon „ & on l’éteint avec un peu d’eau. C’eft avec cette efpece de coaks ou cin-„ ders qu’on forge les ouvrages en acier. „ (a)
- if9. Le charbon de terre avec lequel on chauffe l’acier dans la même ville & aux environs, où il fe convertit une grande quantité de fer en acier, eft aufti réduit en coaks pendant l’opération même , & la façon en eft bien fimple. “ Comme il y a prefque toujours dans le foyer un très-gros feu, „ on a foin de mettre le nouveau charbon par-deffus le tas ; de forte que „ quand ce charbon arrive à l’endroit où eft l’acier, il eft privé de fon bi-„ tume. „ ( b )
- Réflexions fur le cuifage du charbon de tàre dans les fourneaux diflillatoires, à la maniéré ufltée aux forges de Sultflach.
- I êo. La combuftion du charbon en alumelle ou dans des fours, la première fur-tout qui fe fait à l’air libre , chalfe de ce foffile & y détruit beaucoup plus de principes que le cuifage dans une efpece de cornue, comme à Sultzbach. Cette derniere maniéré y accumule au contraire, fuivant le fentiment de M. Venel (c), une grande quantité de matière inflammable, dans l’état que les chyntiftes appellent fixe, ce qui rend alors la braife fu£ ceptible d’un embrafement vif & de durée. Cette fabrication pourrait bien à cet égard avoir quelqu’avantage fur la combuftion en meule & celle dans des fours.
- 161. M. Venel a cherché às’alfurer en petit, des différences ,par la voie de comparaifon. Ce favant avait diftillé ( d) au fourneau de réverbere dans une cornue de verre lutée, quatre livres de bonne houille concalfee de mine, appellée mine de la Forêts près Alais. (e) Le réfidu de cette diftillation à un feu pouffé graduellement, pefait trois livres & demie, & avait par confé-quent perdu demi - livre (f), & il s’eft Gonfumé au feu en s’embrafant & rougilfant médiocrement, fans répandre ni odeur ni fumée. Dans deux fem-blables diftillations , le caput mortuum repréfentant les coaks préparés à Sultzbach par la diftillation en grand, a été, félon M. Venel, à peu près les fept huitièmes de la houille qui avait été foumife à l’opération ; ou, pour s’exprimer autrement, la houille avait perdu, comme dans la diftillation en grand, un huitième de fa pefanteur feulement, c’eft-à-dire, douze & demi
- (a) Onzième mémoire. (e) Ce charbon fort terreux, comme il
- ( b ) Douzième mémoire. en juge très-bien par la quantité de produits
- ( c ) Part. I, chap. IV, feét I. de fa diftillation, eft vraifemblablement ce-
- (d) Chap. Il, feâ;. V. Analyfc de la lui employé pour la cuifton de la chaux, houille, part. I. (/) Part.I, chap.I,feét. Y.
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- pour cent; tandis que, félon les obfervations de M. Jars, les charbons brûlés en meule perdent trente-cinq pour cent. M. Venel en inféré que les coaks préparés par la diftillation en grand, & qui ne perdent qu’un huitième de leur pefanteur dans cette opération, font plus riches , c’eft-à-dire, moins épuifés de matière combuftible que les braifes fabriquées en alumelle; & que cette braife, la plus riche aufli bien que la bralfe la plus pauvre, polfede la propriété defîrée, favoir, celle de brûler d’une part fans flamme, de l’autre fans fe ramollir & s’empâter au feu. Ces rélidus contenus dans le fond de la cornue, n’ont point paru s’y être beaucoup gonflés: dans la diftillation, la quantité confidérable des parties terreufes unies au bitume de cette houille, s’oppofe à ce bourfoufflement, & a certainement influé aufli, comme dans toute efpece de combuftion, fur la pefanteur qu’il s’eft trouvé avoir. M. Venel, en eftimant cette qualité par la quantité de bitume, ne parait point faire aflez attention aux parties terreufes.
- De la chaleur propre aux braifes de charbon de terre préparées convenablement.
- 162. Nous avons expofé en général les qualités du feu de 'charbon de terre pour les opérations métallurgiques ; il refte à confidérer en particulier ce même foflile cuit ou réduit en braife, quant à ce qu’il conferve de propriété inflammable, néceflaire pour les travaux de métallurgie, auxquels on voudrait l’appliquer dans cet état.
- 163. D’après les principes que nous croyons avoir fuflfifamment établis fur la différence des charbons , & fur l’adion graduée ou modifiée du feu pour les fécher ou refluer, & pour leur faire efluyer une forte de cuifage, on reconnaît qu’il eft dans ce cuifage ménagé convenablement, un point que l’on pourrait appeller point moyen, par rapport à l’état des braifes qui ré-fultent de cette fabrication j c’eft ce que j’entends par braifes préparées convenablement. Des charbons choifis d’abord avec connailfance, & fournis au cuifage par un feu gouverné avec attention, arrêté à point, ne font pas épuifés de leur partie inflammable ; ils reftent tout-à-fait fufceptibles de recouvrer dans le feu, non pas uniquement l’éclat d’une Ample incandefcence, mais de prendre flamme, & de produire tous les effets propres à un combuftible doué de la plus grande adivité.
- 164. M. Jars (a) & M. de Genflane (b'), fondés fur leurs obfervations, font d’accord pour attribuer à ces braifes de charbon de terre, une chaleur encore bien plus vive & plus durable que celle du charbon végétal j &,
- ( a ) Maniéré de préparer le charbon de terre pour le fubftituer au bois dans le« travaux métallurgiques.
- (fc ) Préface, tome I, page ix; & chap. XII, page 180.
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- félon M. de Genffane , les coaks de Sult2bach durent au feu au moins le double du tems du charbon de bois. M. Jars , en parlant de cette circonf. tance, remarque que ces brailès s’allument plus difficilement que le charbon crud : c’eft encore un point qui peut dépendre , ou de la qualité du charbon , ou du degré de cuifage ; il pourrait par conféquent n’être pas regardé comme général pour toute elpece de braife de houille.
- Opérations métallurgiques exécutées & tentées avec le feu de charbon de terre brute , ou de fes braifes.
- Les travaux qui vont être palfés en revue , font une dépendance di-re&e de la préparation des braifes de charbon de terre que nous avons elfayé de. faire connaître à fond : de toutes les opérations qu’embraffe ce que l’on doit appeller proprement la métallurgie, nous nous bornerons , comme de raifon , à celles pour lefquelles on peut fubftituer au feu de bois celui ou du charbon de terre brut, ou du charbon de terre converti en braifes , & à en décrire uniquement les procédés j c’eft tout ce qui convient aux maîtres fondeurs, tels qu’ils font le plus ordinairement, gens de routine rarement habiles ( a ) , & qui ne doivent plus être réputés que des ouvriers. Il faut aces ouvriers , dit M. Hellot, ( b) non des inltrudtions qui demandent de la réflexion , mais des exemples dans lefquels ils puiffentappercevoir aifément ce qui le rapproche de leur routine , & ce qui en diflfere. Ce 11e fera point s’écarter du fentiment de ce célébré chymifte , que d’indiquer fommairement à chaque opération la nature du minerai qu’on y traite, ou de rappeller en même tems d’une maniéré générale les qualités de charbons de bois, ou degrés de feu déterminés par l’expérience. Le le&eur a été prévenu de futilité que nous attachons à ces additions.
- 166. La première forme fous laquelle un métal quelconque pafle dans le commerce & dans les arts, eft le minerai qu’on jette dans le fourneau de fonderie : la fécondé eft , lorfqu’il fort du fourneau fous différens degrés de pureté, de conliftance , de couleur & de propriété *, c’eft ce qu’on appelle première fonte ou fonte'à dégrofjir ,en allemand roh-fmah^en , & dont les réfultats fubfêquens font encore diftingués par différens noms. Les Allemands défignent par le nom de roliflein , la matière impure & mélangée qui s’obtient après cette première fonte i & par celui de fpurjlein, \à première matte ou mattecrue, matière moyenne entre le minéral & le métal ; mais 011 prépare le minerai à cette fonte par une opération nommée grillage.
- Grillage ou rôtiffage des mines. ( Uftulatio. ) G. Rojlung.
- 167. Ce feu préliminaire que l’on fait effuyer aux mines, ouvre & diffipe,
- (a) Préface , page xlrij.
- (b) Préface de la traduction de Schlutter 3 tome II, page x.
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- dans celles qui font foufreufes , les foufres qui ont minéralifé le métal, & qui ne lui font pas liés dans lamine. Il eft très- avantageux pour toutes efpeces de mines de fer, même aigres & réfractaires, pour en obtenir un fer de bonne qualité & en grande quantité, fur-tout des mines pyriteufes & quartzeufes. Ce grillage y influe beaucoup , ainlî que la qualité douce du charbon. Ce grillage, pour les mines auxquelles cette préparation eft néceflaire, fe pratique ou au feu de bois , ou au feu de charbon : la plupart des métallurgiftes préfèrent le feu de bois à celui de charbon , foit par économie , foit parce qu’il ne chauffe pas fî vivement, & qu’il remplit les mêmes vues. Le meilleur bois eft {ans contredit le bois de pin & de fapin ; à leur défaut, le bois dur, comme celui de chêne ou de hêtre. On peut aufti fe fervir de fagots. Il y a des endroits où l’on emploie du bois verd& mouillé; mais l’expérience ne laiffe point de doute fur l’avantage du bois fec. Au furplus , le grillage fe pratique, ou avant de donner aux mines la première fonte au fourneau de fufion, ou bien il fe pratique fur la matte, ce qui fait qu’on diftingue deux efpeces de grillages, celui de la mine, & celui de la matte.
- 16g. La grande diverfîté qui fe trouve dans la combinaifon des différentes mines, eft caufe que les méthodes qu’on emploie pour l’un & pour l’autre grillage , ainlî que pour les autres opérations, font très - variées, & different autant que les mines elles-mêmes : de là vient aufti qu’on eft obligé d’en griller quelques-unes un très-grand nombre de fois , & que d’autres n’exigent qu’un très-petit nombre de grillages : nos mines de fer de France n’ont pas même befoin pour la plupart d’être grillées ni traitées de la même maniéré que les mines en roche , & ne demandent pas à beaucoup près autant de travaux ; il fuftit de les laver: il ne fera ici queftioii que de la maniéré ufitée dans les forges d’Angleterre , pour griller la mine de fer au feu de charboii de terre.
- Des minetais de fer , qui fe traitent dans quelques forges en Angleterre, & de
- leur grillage.
- 169. L’iRON stone , minera ferrifaxea , fe trouve par couches nombreufes & très-variées dans beaucoup déminés de charbon, tantôt a u-deffus, tantôt au-deffous du charbon , comme près de Litchefield & de Dudley. L’auteur du petit traité anglais fur les mines de charbon, penfe que la pierre métallique qui le trouve près de Vigan en Angleterre , eft de cette nature. Dans les mines de Lancashire , cette efpece de pierre fe trouve aufti non-feulement dans les pays à charbon, mais encore dans beaucoup d’autres où l’on 11e connaît point de charbon ; quelquefois elle forme une couche enfoncée à une très-grande profondeur. L’auteur de cette brochure en a rencontré quelques-unes à la profondeur de quarante aunes, avec des feuillets minces de charbon qui y tenaient, &
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- de l’épaiffeur d’un écu environ. Cette efpece reflemble à quelques autres iron fione qu’on tire des mines près de Dudley.
- 170. Selon M. de Buffon, le nom de pierre de fer pourrait être donné en général à la mine en roche , c’eft-à-dire, en mafles dures , folides & compa&es ,, qu’on ne peut tirer & féparer qu’à force de coins , de marteaux & de mafles.
- 171. M. Jars a obfervé (a) que l'iron ftone fe tire d’une terre molle & ar-gilleufe , & fe trouve en morceaux près la fuperficie de la terre ; elle eft très-feche & très-pauvre. “ La mine de fer proche Carron, en Ecofle, eft en rognons „ dans une efpece de couche d’argille approchant de la ligne horizontale ; fon „ inclinaifon eftaufud-eft : la plus commune eft plate & arrondie à fes extrè-s, mités ; au-deflous de la couche d’argille , il y en a une de plufieurs pouces ,, d’épaifîèur d’un fchifte bleu noirâtre , femblable à celui qui fe trouve au-,, deflus de chaque couche de charbon ; & en effet, il fert aufli de toit à un lit 3, de cinq à fix pouces d’épaiffeur d’affezbon charbon. Quelquefois le charbon ,, touche immédiatement le minerai de fer. Au-delTus de la couche d’argille qui 5, renferme le minerai de fer, font plufieurs couches irrégulières d’un lchifte „ un peu blanchâtre , & par-deffus un rocher de fable qui fert de foutienaux ,, ouvrages pratiqués pour extraire le minerai, à l’aide de quelques petits „ piliers de bois droit. La nature du minerai eft d’un gris noir , & d’un grain ,3 ferré. Le même favant dit qu’il 11e reflemble à aucun des minerais de fer 3, qu’il connaiife. Il y a des morceaux qui, en les caflànt 3 ont différentes ca-3, vités dans l'intérieur, fans aucune forme régulière ; les cavités font enduites „ d’une matière blanchâtre , fort tendre : 011 prétend que ce minerai eft le „ meilleur. „
- 172. L’irorz oar, ou mine de fer, eft à peu près ce que les Allemands nomment glaff-kopfi, regardé par quelques naturaliftes comme une efpece d’hématite; les Anglais l’appellent kidney oar, mine en rognons , tête vitrée ; elle 11’a , comme l’hématite ,_pas befoin d’être grillée ; 011 la fond crud avec les autres minerais ; elle eft plus riche que Ÿiron fone : deux parties en donnent une de fer; elle fe fubdivife en deux autres efpeces ; l’une eft chargée de foufre, l’autre n’en a point. ( b )
- (a) Voyages métallurgiques, troifieme mémoire, page 270.
- (b) La mine de fer qui fe trouve aufli dans les couches de charbon de terre de Littry en baflè-Normandie , eft, félon toute apparence , de la même efpece que celles
- dont il eft parlé ici ; elle a fait le fujet des recherches d’un membre de l’académie de Caen. Il eft dit dans l’état des mines de France , placé a la tête de la traduction de Schlutter, qu’elle eft très-aigre, au rapport des maréchaux de Caen.
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- Grillage de la mine de fer aux forges de Carron, & a Clifton en Angleterre. ( a )
- 173. “ On étend fur le terrein de gros charbons de terre, dont 011 fait une „ couche de dix-huit à vingt pieds de long , de fix à fept pieds de large , & „ de fix pouces d’épaiffeur ,fur laquelle on met le minerai de fer en morceaux „ de fept, huit, neuf, dix livres ; on le forme en dos d’âne, dont la perpen-„ diculaire abaiifée du fommet a environ trois pieds. Cela fait, 011 met le feu à ,, une des extrémités en y portant quelques charbons allumés. A mefure que le „ feu gagne en-avant, on recouvre le tout avec du pouffier de charbon & la ,, cendre qui fe trouve autour , afin de concentrer la chaleur. Il faut plulieurs „ jours avant que le feu ait pénétré toute cette maife , laquelle eft rôtie fuffi-,, fàmment après cette opération j elle prend alors une couleur rougeâtre, & s, reffemble à un minerai de fer ordinaire. A Clifton, comme le charbon ne „ brûle pas fi aifément que celui de Carron, on y rôtit le minerai par un autre ,, procédé qui eft à peu près le même. On a des fourneaux à peu près fembla-ÿ, blés à ceux dont on fait ufage en Angleterre & en France pour brûler la chaux „ ou le charbon de terre : on met le charbon & le minerai fucceilivement , & „ l’on en grille de cette maniéré aufli long-tems qu’on veut. ,,
- 174. M. Jars ne fait pas mention du déchet qui fe trouve dans le minerai quia été fournis à cette opération. Il paraît, d’après l’obfervation de M. de Buffon, que la quantité de matière humide ou volatile que la chaleur enleve à la mine de fer , eft en général à peu près d’un fixieme de fon poids total ; & il eftperfuadé que, fi on la grillait à un feu plus violent, elle perdrait encore plus.
- De la fonte des minerais en general.
- 175'. Certains métaux fe fondent très-aifément, & ne doivent, pour ainfi dire, que palier au travers du fourneau de fufion ; d’autres ne fe fondent qu’avec peine , & doivent y féjourner très-long-tems. Il en eft, tels que l’étain & le plomb , que le feu ditfipeou calcine & change promptement en chaux , tandis que d’autres réfiftent plus fortement à fon acftion. Les fourneaux de fufion doi--vent en conféquence être analogues à la nature des mines ou des métaux que l’on a à traiter, & proportionnés pour la hauteur & la capacité à la durée & à l’intenfité de la chaleur qu’on veut leur faire éprouver : ces différences de fourneaux à employer à raifon de ces circonftances, n’entrent pour rien dans mon objet. Il nous fuffira de remarquer que ceux dont on fe fert, font de l’efpece appellée fourneaux de réverbere ( £ ) ; ceux employés pour les mines de plomb &
- (a) Voyages métallurgiques , treizième feu s’y conduit ,& dans lefquels la flamme mémoire , page 272. réfléchie par les parois du fourneau ou par
- {b) Ainfi nommés de la maniéré dont le d’autres obftacles, ne peut s’échapper libre»
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- de cuivre dans toute l’Angleterre, où on les nomme cupols, vraifemblablement à caufe de leur conftru&ion voûtée en coupole , font aujourd’hui généralement adoptés dans les travaux métallurgiques , parce qu’on y exécute avec avantage , prefque fans diftin&ion , le grillage & la fonte des métaux les plus réfra&aires s les affinages de cuivre , la liquation , l’opération des coupelles , &c. L’avantage particulier qu’on retire de ces fourneaux, c’eft que , comme ils n’ont pas de foufflets , on n’a pas befoin d’un courant d’eau pour les faire agir : aiiffi on peut les conftruire près de l’endroit d’où fe tire le minerai. En France , ils font connus fous le nom de fourneaux anglais ; ce font lesjmêmes que ceux appellés en Allemagne fourneaux a vent ; & l’on comprend fous cettedénomination tous ceux dont le feu n’eft point animé par les foufflets, mais feulement par le jeu de l’air 5 enforte que le nom de fourneaux à air leur conviendrait mieux. Les fourneaux fervant à fondre les métaux , & qu’on appelle fourneaux de fujîon, font plus fou vent de cette forte ; quelquefois ils vont par le moyen du fouffiet.
- 176. La durée d’une fonte, bien conduite d’ailleurs , dépend auffi delà qualité du charbon. Comme à la forge & dans l’affinage des fontes 011 ob-lerve que , fi au lieu de fe fervir de charbons de bois doux , 011 emploie des charbons violens , foit pour l’eifence du bois, comme du chêne ou autre bois gommeux crûs dans des terreins arides , foit par la cuite qu’ils ont eft fuyée , le fer devient fragile, & brûle plutôt que de fe chauffer : 011 doit, pour les grands fourneaux à fondre les mines de fer, préférer le charbon de bois de chêne. Le meilleur eft cependant le charbon mêlé ; l’opération eft fort lente quand on emploie du charbon fans mélange, fur-tout de celui fait avec de vieux hêtres.
- Fonte des minerais de fer dans de hauts fourneaux , aux forges de Carron,
- en Ecojfe,.
- 177. M. Jars n’a point vu ces fourneaux. Sur le rapport qui lui en a été fait (a), ils font femblables à ceux ufités en Allemagne & dans plufieurs provinces de France ; leur hauteur eft de trente pieds ; l’intérieur forme un ovale dont le grand diamètre a huit pieds. 1 Chaque fourneau a deux très-grands foufflets de cuir iimples (£) , mus par une très-grande roue,
- ment, & eft déterminée à retomber fur elle- flamme fur le corps qui lui eft fournis, fans même, ou à fe frapper continuellement, circuler autour. Tel eft le grand fourneau Cette action réverbératrice de la flamme a anglais , tels font encore ceux employés à dqnné lieu-dediftinguer quelques fourneaux l’affinage. ...
- fqus le titre de fourneaux dé réverbéré , Ça) Voyages métallurgiques, treizième comme ceux où le feu excité par l’air qui mémoire, page 274. entre par le cendrier dans le foyer qu’on (b) Comme le fourneau appellé en Anger-nomme la chauffe , porte^ & réfléchit fa manie tvoekilling, fourneau à deux vents.
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- à l’arbre de laquelle il y a quatre mehtonnets pour chaque foufflet. La flamme qui fort de ce fourneau, eft tellement femblable à celle que donne la fonte au charbon de bois» qu’il eft impofllble d’en faire la différence: l’opération s’y fait auffi abfolument de la même maniéré ; chacune eft d’environ quarante quintaux. Les minerais qui fe fondent dans ces fourneaux, font, au rapport de M. Jars , de ftx différentes efpeces , lavoir, cinq de celui nommé iron Jione, & qu’on grille auparavant;& la fixieme efpece eft ce qu’on nomme tête vitrée; on en ajoute très-peu à chaque charge, & on la fond crue ; 011 y mêle un peu de pierre à chaux pour lervir d’abforbant; on recouvre le tout avec les coaks. On y aftine cette gueufe en la mêlant avec d’autres; on précend même qu’on l’affine toute feule au feu de charbon de terre. Après que le fer eft forti de l’affinerie & a été battu une fois , on le chauffe une fécondé fois dans un foyer dont le feu eft tout en charbon de terre.
- 178. La gueufe provenant de cette fonte au charbon de terre, qui ne peut jamais produire un bon fer battu,, eft très-douce; on la lime, on la coupe prefqu’auffi aifément que le fer forgé, avantage très-conlîdérable pour mouler toutes fortes d’ouvrages en fer coulé : c’eft auffi le principal objet de cet éta-bliflêment; on y coule fur-tout les plus gros cylindres pour les machines à feu d’Ecolfe & d’Angleterre, à l’inftar d’une forge très-confidérable dans la principauté de Galles. M. Jars a vu jeter un cylindre de cinquante pouces de diamètre.
- Fourneau à vent, ou fourneau anglais, en ufage à Newcajlle & a Sival-weef
- pour fondre la gueufe de fer avec le clod - coal réduit en une efpece de cinders 5
- appelle coak , fans aucune addition de charbon.
- 179. “ C’est celui décrit par Schlutter, à l’article de la fonte des mines » de plomb & de cuivre en Angleterre. Il eft à peu près femblable à celui exé-„ cuté dans les mines de Pompean, en baffe - Bretagne ; il en différé néan-# moins, félon M. Jars (a), en ce que devant le milieu il n’a qu’une ou-w verture qui eft bouchée pendant l’opération : elle fert pour refaire le fol 3, du fourneau., &, pour y introduire la matière ; après quoi l’on rebouche 3, entièrement cette ouverture: à l'extrémité du fourneau , du côté oppofe 3) à la ckaujfe, c’eft-à-dire, du côté de la cheminée , il y a une ouverture d’un „ pied en quatre: elle fert à retirer les craffes dans le fourneau pour la fonte 3, du minerai de plomb. Cette porte eft fermée pendant l’opération avec une „ brique de la grandeur de l’ouverture; au milieu de cette brique il y a un 3J trou d’environ un pouce & demi de diamètre, que l’on bouche avec uü
- (a) Voyages métallurgiques i onzième mémoire, page s 13.
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- », petit cylindre de terre, & que l’on ôte chaque fois qu’on veut voir fi la „ matière eft fondue & quel eft fon degré de chaleur, ce que l’expérience 3, apprend au fondeur : au-deilous de la porte eft pratiqué le trou pour la „ percée. Le fol du fourneau fe prépare avec du fable de mer battu tout „ uniment dans le fourneau, & l’on ménage une pente alfez forte du côté „ où doit fe faire la percée ; on y forme même un très - grand baflin. Le „ fourneau étant ainfi préparé , ce qui fe fait tous les matins de la même „ maniéré, on ferme avec une porte faite en brique la grande ouverture qui eft devant le fourneau ; les briques font aifemblées par un grand lien ,, de fer qui en fait toute la circonférence j on met du charbon de terre „ dans la chauffe par une ouverture qui n’a pas plus de fix pouces en quarré, ,, & qui fe bouche avec du charbon. Lorfqu’on en a mis fùftilamment, oïl continue de la même maniéré chaque fois qu’on remue le charbon pour „ faire tomber les cendres qui font fur la grille, & ajouter de nouveaux „ charbons. On chauffe ainfi le fourneau pendant trois ou quatre heures , au „ bout defquelles on ouvre la grande porte de brique qui eft fufpendue à une 5, chaîne de fer palfée fur une poulie, & l’on met dans le fourneau tout le ,, fer de gueufe qu’on a deifein de fondre (a) ; il pefe communément qua-,, rante à quarante-cinq quintaux pour chaque fonte. On ferme enfuite „ exactement toutes les ouvertures, & l’on donne un feu violent pendant „ quatre, cinq & fix heures, tems néceffaire pour mettre toute la matière ,, en fufion. La confommation du charbon pour fondre la quantité de ma-„ tiere qui vient d’être dite, eft eftimée de vingt-deux ou vingt-trois quin-,, taux, & quelquefois plus. Pendant que l’on chauffe le fourneau & qu’on „ fond la gueufe, on prépare les moules pour tous les ouvrages qu’on veut „ couler, de la même maniéré qui fe pratique par-tout. A l’extrémité du „ fourneau il y a une foife très - profonde , on y range les moules pour „ les grolfes pièces (£). Les moules des grolfes fe placent dans la folle ver-,, ticalement > on bat bien du fable tout autour jufqu’à ce que la foife foit „ pleine; enfuite on charge le tout avec des poids de fer, afin que le feu „ ne falfe faire aucun effort ; on forme enfuite un canal qui va répondre au „ trou de la percée, & on le divife en deux branches proche de la piece. „ Quand la matière eft dans une parfaite fufion , on perce avec une forte „ baguette de fer fur laquelle on frappe à coups de malle ; la fonte fe rend
- ( a'i L’auteur obferve que la gueufe de fer que l’on fond de cette maniéré, fe tire d’Ecolfe & d’Amérique ; elle vient en morceaux de deux ou trois quintaux pefant ; mais on fond fur-tout des débris de fer coulé, comme marmites caffees, petits canons de fer, &c.
- (b) M. Jars y a vu couler un tuyau de pompe de quinze pieds de longueur ; on n’y peutpas fondre des cylindres qui aient plus de vingt-deux pouces de diamètre , le fourneau n’etant pas allez grand pour contenir la matière d’une plus grande piece.
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- 9, alors dans les moules. Deux ouvriers avec des morceaux de bois arrêtent „ dans le canal la craffe qui vient avec la matière , afin de l’empêcher d’en-„ trer dans les moules : auffi-tôt qu’il eft plein, ainfi que les canaux, on „ bouche le trou de la percée avec un gros morceau d’argille mis au bout ,, d’un bâton ; on couvre enfuite avec du petit charbon de bois le furplus „ de la matière qui eft dans les canaux, afin qu’elle ne fe refroidilfe pas trop ,, promptement, & que la piece qui eft dans le moule ne coure aucun rif-„ que de calfer. On ouvre enfuite la porte qui eft au-deifus de la percée, „ & avec de grandes cuillers de fer enduites auparavant d’argille & bien ,, chauffées, on puife par l’ouverture la matière fondue, & l’on va la verfer ,, dans différens moules préparés à cet effet ; ce qui ne fert que pour former „ de petites pièces, comme marmites, pots ou autres, dont les modèles ont „ été fournis en bois. On les moule dans du fable mis dans des cadres ou „ chaflis de bois, comme font ordinairement tous les fondeurs.
- 18o. „ Comme il arrive prefque toujours qu’il refte de la matière qui n’eft „ pas fondue dans les extrémités intérieures du fourneau, & qu’elle en ,, retient d’autre qui eft en fufion, on a un grand ringard de fer que l’on „ paffe par la porte, & avec lequel on forme un levier afin de détacher du „ fol les morceaux, & que le fer fondu (a) puiffe fe rendre dans le badin. „ Si l’on voit que ce qui refte ne foit pas bien fondu, ou ne foit plus alfez ,, chaud , on referme la porte, & l’on donne de nouveau une chaleur vio-,, lente au fourneau, pour pouvoir jeter en moule ce qui refte de matière, „ à l’aide des mêmes cuillers ou d’autres femblables, préparées & chauffées „ de la même maniéré.
- l8r. „ C’est ordinairement le foir qu’on coule la matière qui a été fon-„ due pendant la journée; on nettoie bien le fourneau pendant qu’il eft „ chaud, & l’on ouvre toutes les ouvertures, afin qu’il refroidiffe pendant „ la nuit, & qu’on puiffe le lendemain matin y former un nouveau fol „ pour la fonte du jour. Pendant que l’on prépare & que l’on commence „ à chauffer le fourneau, on ôte de la foffe la piece qui a été fondue la „ veille, afin d’y fubftituer un autre moule pour la fonte fuivante. Le fer „ coulé, provenant de cette fonte, paraît de la meilleure qualité; la lime y „ fait prefque le même ,effet que fur le fer forgé. „ !
- Des fenderies,
- 182. Le but qu’on fe propofe dans le travail de fenderies (£), eft de
- (a) Des auteurs donnent à la fonte de & que la fonte n’a pas encore acquis l’état fer le nom de fer fondu. M. Grignon trouve de fer & fes propriétés. Mémoire de fidé-cette expreffion d’autant plus impropre que rotcchnie, page 62. le fer proprement dit ne fond point; que . (b) On ne fait guere ufage de fenderies lorfqu’il a été fondu, il n’eft ni fer ni fonte, que dans les forges où le fer eft aigre.
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- difpofer le fer à être employé à différens ufages, en épargnant le tems, les charbons & le travail. L’opération confifte à diviièr une lame en plufieurs baguettes fuivant l'échantillon que l’on juge à propos. Pour faire cette di-vifion avec méthode, il faut que les barres de fer foient de la même épailfeur, ce qui fe fait par des cylindres. Il ne ferait pas polTible d’applatir & de fendre une barre de fer, fi elle n’était adoucie au feu , ce qui donne lieu à une efpece de conftru&ion de four , pour les chaulfer en grand nombre & à peu de frais.
- 173. Le fer dans les fenderies où l’on fe fert de charbon de terre, comme celles qui font dans le Forez fur la riviere de Gier & ailleurs, qui refendent fix à fept millions de fer,fe chauffe dans des cheminées bâties comme une chaufferie, avec foufflets Ça) ; le fer s’y place par barres de deux pieds & demi à trois pieds de longueur dans la quantité de trois à quatre cents pelant à la fois, qu’il faut environ une heure pour chaulfer : on emploie environ pour fix francs de charbon pour fendre un mille de fer; une fournée de mille peut être fondue en une heure.
- De la maniéré de fendre & couper le fer en baguettes, ainfi que de !étendre &
- de Capplatir fous les cylindres , félon la méthode ujîtée dans le pays de Lieges
- en Angleterre & en Suède.
- 184. Sans s’arrêter ici au détail de la machine & des fours, pour l’intelligence defquels il faudrait des figures, il fuffit de dire que dans quelques fenderies le four eft fimple , dans d’autres il eft double. On y place les bandes de fer > ces bandes font quelquefois épailfes de deux doigts , & larges de quatre ; on les calfe de la longueur d’environ un pied neuf pouces : le cendrier eft fous le foyer. On met dans un four environ deux cents morceaux de fer que l’on arrange obliquement les uns fur les autres , afin que la flamme & le feu puilfent aller librement par-tout ; on lés dilpofe ainfi , afin qu’ils forment une efpece d'arc fous lequel 011 met les houilles ( b ). Les morceaux de fer ainfi chauffés au réverbere a font tirés du four pour être applatis fous deux cylindres d’acier. Lorfqu’un morceau de fer , de la dimenfion donnée ci-deflus, a paifé fous les cylindres, il eft alongé & étendu de façon qu’il a deux aunes de long & fix doigts de large. Les morceaux applatis fe remettent une fécondé fois au four; & quand ils font chauds, 011 les repaife fous les cylindres qui leur donnent environ cinq aunes de longueur. Quand le fer fort d’entre les cylindres , un ouvrier le faillit avec
- (a) La chaufferie en général eft un creu- Çb) Les charbons employés à Liege fet deftiné à recevoir les pièces pour les pour les fenderies dans les fours à réver-chauffer, à mefure qu’on achevé de les bere, font de l’efpece nommée charbons battre. doux.
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- une tenaille, & le préfente aux taillans, qui le divifent en trois , quatre, fix verges ou baguettes , fuivant qu’on le juge à propos. Une fenderie qui travaille tous les jours, peut fendre cinq à fix mille poids de marine dé fer dans un an. Il faut obferver que, pendant que le fer palfe entre les cylindres ou les taillans, il y a un courant d’eau qui tombe continuellement fur les cylindres & le fer rouge. On croit que, fans ce fecours , le fer palferait difficilement ; d’ailleurs les cylindres qui font d’acier, s’échaufferaient & perdraient leur dureté.
- Du fourneau où ton fond la mine de fer au feu des coaks , à Sult^bach.
- a 8 y. Les mines de fer qui fe fondent dans cette forge , font de deux efpeces , &femblables à celles dont on fait ufage dans le pays de Treves & dans quelques forges de la Lorraine Allemande. La première eft une forte de fehifte ferrugineux, de couleur d’ocre, feuilleté à fa furface, & plat pour l’ordinaire ; d’autres morceaux ont la figure d’une lentille avec un noyau fouvent creux , comme celui des pierres d’aigles ; c’eft le minéral auquel, dans quelques forges de France , on donne le nom de mine à galet. L’autre efpece eft noire , marquetée de taches rouges, & ne fe trouve guere que dans des couches de fable ; c’eft en effet un fable ferrugineux qui eft très-commun en France. Ce minéral n’eft point riche , & rend au plus le tiers de fon produit en fonte, & fon produit paffe rarement trente à trente-deux pour cent : il fe fond crud fans être rôti. Quant au premier, on le calcine légèrement au feu de coaks préparés dans le fourneau décrit précédemment. Pour cela on prend la pouffiere & le plus menu de ce qui a été retiré du fourneau, & l’opération fe fait à peu près de la même maniéré que l’on cuit la chaux en France avec le charbon de terre, mais avec un feu bien inférieur. Le fourneau où elles fe fondent, eft entièrement femblable à ceux des autres forges , & différé très-peu pour les dimenfions de celles que M. le marquis de Courtivron a déterminées dans fon mémoire fur l’art des forges.
- 186. Les précautions que l’on prend dans le travail de la fonte , n’ont point paru à M. de Genffane différentes de celles qu’on a coutume de prendre pour les fontes au charbon de bois, fi ce n’eft qu’il lui a femblé que le vent des foufflets eft un peu plus vigoureux , & que l’œil de la tuyere (a) a moins d’éclat que lorfqu’on fond au charbon de bois. On charge le fourneau de la maniéré qui fuit. On commence par y jeter deux couches de mine calcinée, pefant chacune
- (a) Conduit par où pafle le vent des appellée kannen, il n’y en a qu’un. Aux foufflets. Cette partie eft différente dans fourneaux à fondre du bas-Hartz, les tuye-un fourneau de fonte & dans un fourneau res font de cuivre ; dans le haut-Hartz elles d’affinage; dans la tuyere d’un fourneau font de fer fondu; & dans les fourneaux de fonte nommée par les Allemands for- d’affinage , elles font de tôle ou de fer mai, il y a deux foufflets ; dans la fécondé battu.
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- environ cinquante livres ; enfuite cinq paniers de charbon de cinquante à cinquante-cinq livres chacun ; puis trois couches de mine crue, à peu près du même poids ; enfuite trois couches femblables de pierre à chaux ou caftine , & par-deffus le tout 011 met cinq couches de mine calcinée. De là on voit que chaque charge eft compofée d’environ cinq cents pelant de minéral, de foixante & quinze à quatre-vingt livres pefant de caftine, & de deux cents cinquante à deux cents foixante livres de coaks. On charge fix fois toutes les vingt - quatre heures, & par conféquent on confomme pendant ce tems environ cinq milliers de minéral, fept à huit quintaux de pierre à chaux , & deux mille fix cents pefant de charbon de terre ; ce qui produit pendant le même intervalle de tems , une gueufe d’environ mille fix cents livres. Au refte, ajoute l’écrivain, ces dofes 11e concernent que cette forge : on fent parfaitement que lorfqu’on a des mines différentes à fondre , on doit fe régler fur la qualité du minéral. La fonto qui provient de ce fourneau eft fi douce, qu’elle ne diminue à l’affinerie que de vingt-cinq à vingt-fix pour cent, & rend un fer de la plus haute qualité j il eft entièrement nerveux , & 11’a prefque pas de grain.
- Chaufferie & perfectionnement de Vacier ; trempe des limes au feu de charbon de terre , en Suede & en Angleterre.
- 187. En Suede, à Forfmak, dans la chaufferie de l’acier les loupes réfultantes des morceaux de petite gueufe fondue fur un foyer de forge, &c. font chauffées avec un feu de charbon de terre qu’on fait venir d’Angleterre ( a ). L’acier obtenu à Newcaftle par la cémentation, eft perfectionné au feu de charbon de terre par une autre opération abfolument fembîable à celle qui fe pratique en Styrie j on la nomme réduire en acier A Allemagne, parce qu alors l’acier reffemble parfaitement, pour le grain & pour la qualité, à l’acier qui fe fabrique en Allemagne. ( b)
- 188. AShefheld& dans les environs de cette ville (c), on convertit une grande quantité de fer en acier, dans des fourneaux la plupart femblables à ceux employés àNewcaftle pour la même opération, mais plus petits. Le fer qu’on emploie eft celui de Suede,& s’arrange dans le pot avec le pouflier de charbon ; le tout fe recouvre avec du fable. L’acier cémenté, qui eft alors ce qu’on appelle acier bourfoufflé, eft porté dans les martinets ; on y chauffe l’acier avec du charbon tout - à - fait recuit, c’eft-à-dire prefqu’entiérement privé de fon bitume, lorfque ce charbon arrive à l’endroit où eft l’acier ; l’ouvrier a feulement l’attention, en remuant fon feu, de ne point faire tomber le nou-
- (a) Voyages métallurgiques, huitième ( b ) Onzième mémoire , page 226.
- mémoire. Fabrique d'acier par la fonte, (c) Douzième mémoire. Converjion du
- page 142. fer en acier, page zç<5.
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- veau charbon proche de la tuyere. Les limes fe fabriquent encore à Sheffield (a) avec le charbon de terre réduit ainfi en coaks dans le foyer même. Les limes fe forgent de même d’une façon particulière, & font mifes le foir dans une grille de feu de charbon de terre, telle que les grilles d’appartement: on les y laiife pendant toute la nuit pour les attendrir, après quoi on les porte aux meulieres pour être polies groffiérement fur les meules,enfuite on les taille à bras d’homme à l’ordinaire. Après les avoir trempées & fait fécher devant le feu, on les chauffe avec des coaks, & on les trempe dans l’eau froide.
- 189. A Winlington-Mill, à quatre milles de Newcaftle , il y a des manufactures de limes (b) auxquelles on emploie auffi l’acier forti de la cémentation , forgé au martinet & réduit en ce qu’on nomme acier commun. Afin d’attendrir davantage les limes forgées & refroidies convenablement , il y a deux procédés. Dans l’un les limes fe mettent tout uniment pendant la nuit dans une grille avec un feu de charbon de terre. Dans l’autre, les limes fe mettent dans un petit fourneau de rëverbere , qui confifte en une place pour mettre Papier cleftiné pour les limes , au-deifus de laquelle il y a une cheminée ; de chaque côté l’on place un petit fourneau à vent , afin d’y faire du feu avec le charbon de terre ; 011 chauffe l’acier dans ce fourneau pendant fept à huit heures , après quoi l’on polit chaque piece fur la meule. Le charbon dont 011 fait ufage pour tremper les limes , a d’abord été réduit en cinders fur le même foyer de la forge qui fert à chauffer les limes pour les tremper, de maniéré qu’ayant été reffué lentement, il s’eft bourfoufflé , eft devenu poreux, très-léger, & plus noir que les cinders quife font à Newcaftle. Les braifes ne paraiflbnt pas donner de fumée en brûlant, & donnent moins de flamme que le bois.
- 190. A deux milles de Newcaftle, les petites limes fe font comme à Win-Îington-Mill, à la trempe près, qui eft un peu différente ('c). A la forge on emploie des cinders préparés comme dans le même endroit, mais réduits en plus petits morceaux, gros à peu près comme une noifette ; 011 en met devant le foufflet, 8c par - deflous un vieux pot ou poêle de fer, de façon que cela faffe une petite voûte; le pot eft recouvert avec un peu de cinders : c’eft fous cette petite voûte qu’on met trois , quatre, cinq & jufqu’à fîx petites limes à la fois ; la chaleur que donnent ces cinders eft affez marquée^pour que l’ouvrier doive être très-attentif à examiner le degré de chaleur. Afin que les limes ne fe déforment pas , l’ouvrier les retourne de tems en tems ; à mefure qu’il en voit une prendre la couleur de cerife, il la retire & la trempe.
- 191. Nous nous fommes cru obligés de nous en tenir, fur ces différentes
- (a) Fabrique de limes, à Sheffield, douzième mémoire, pages 259 & 260.
- ( b)- Onzième mémoire , page 228. Manufactures de limes.
- (c) Voyages métallurgiques, douzième mémoire, page 233.
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- opérations, à rapprocher les (impies notices que nous donnons relativement au combuftible qu’on leur applique; on peut du relie confulter les mémoires de M. Jars, que nous indiquons , dans lefquels on en trouvera tous les détails.
- Efjais faits dans le marquifat de Franchimont aux forges de Theux , pays de Liege, par M. de Limbourg l'aine, docteur en médecine.
- 192. Tous les endroits quipoffèdent des mines de fer & des carrières de houilles , font finguliérement intérelfés à la réuftite de l’application decefoffile aux opérations métallurgiques. Le pays de Liege, riche en charbons de terre finguliérement dilférens , & en mines de fer de la première qualité ( a ) , eft un de ceux auxquels la perfection de ces moyens ferait de la plus grande importance. Le feu comte d’Outremont, évêque & prince de Liege, entre divers avantages utiles & honorables qu’il avait en vue de procurer à fa patrie , mais dont elle a été fruftrée par la mort de ce prince , était particuliérement occupé des moyens de faire conflater, de fixer la méthode de faire ulage des charbons de terre dans les ouvrages métallurgiques. A la faveur d’encouragemens de toute efpece, M. de Limbourg l’ainé s’occupait de ce travail aux forges de Theux. M. Jars parait avoir eu connaiflance de ces elfais : dans fon mémoire fur la maniéré de préparer les braifes de charbon de terre , qui eft de 1769 , il avance que les Liégeois emploient à la fonte des mines de fer les charbons purifiés. M. Venel ajoute que cette préparation & les opérations qui s’y rapportent, font perfectionnées à plulieurs égards par M. de Limbourg ; mais ce fuccès 11’eft rien moins que complet , & il n’eft plus queftion de la continuation de cette entreprife , depuis la mort du prince qui en était le principal moteur. Des circonftances d’adminiftration détournent encore pour le préfent l’attention du nouveau prince & des états de deffus cet objet. Il y a tout lieu de préfumer que, dans un tems plus heureux & plus favorable , ce travail fera repris & fécondé
- (a) Swedemborg rapporte que la mine de fer du pays de Liege eft ordinairement jaune ou rouge; qu’elle fe tire de plufieurs endroits dans les marais St fous la terre végétale , ce qui eft caufe qu’elle eft enveloppée de beaucoup de terre. Après la calcination , qui eft feulement de vingt-quatre heures, elle refte de couleur rouge. Cette defeription fuccinte de Swedemborg rapporte la mine de fer du pays de Liege à celle défignée par Vallerius ,ferrum ar-giila miner alifatum, minera intrinjcca colore ferrço vcl çœrulco. Minera ferri fub-
- aquofa , appellée myrnialm par les Suédois. Le fer qui provient de la mine du pays de Liege , eft, continue Swedemborg , très-tenace & très - fonore quand on le frappe : ce qui fait qu’on le coule en lames minces pour former différentes marchandifes, comme pots, marmites, &c. Il ajoute que quand le fer eft mis en barres, cent livres de fer crud rendent quatre-vingt-fix livres de fer battu ; & que la perte ou le déchet n’eft que de quatorze pour cent. Defeription clés-forges & fourneaux à fer, page 90,
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- comme il mérite de l’être. Le prince & les états , en mettant à profit les facilités que le fol leur fournit en abondance , pour varier & réitérer toutes fortes d’ef-lais , & travaillant pour l’intérêt'de la patrie, jouiront de la douce fatisfaélion d’être utiles à toutes les contrées qui ont un même intérêt au fuccès de ces tentatives. En mon particulier, je n’envifage point fans plaifir , dans la rédaction que j’expofe ici, & qui pourra guider leurs travaux, l’efpoir de contribuer quelque chofe à la gloire qui en reviendra au prince & aux états. En attendant, on fera bien-aife de favoir où en était M. de Limbourg , lorfqu’on paraîtrait dans l’intention de fuivre la chofe en grand , auffi loin qu’il eft poffible : letat de la tentative à cette époque, fe trouve configné dans deux écrits de M. de Lim-bourg, qui m’ont été communiqués du vivant du feu prince comte d’Outre-mont, par fon miniftre à la cour de France. Je vais en donner un extrait.
- 193. Une fonte commencée avec le charbon de bois , fut continuée vingt-neuf heures ; on en obtint douze à treize quintaux de fer, qui fut du fer fort, mais brifant chaud, quoique travaillé de nouveau à une forge de maréchal-, mais en petit, il fut très-malléable. Il eft à remarquer, avec fauteur, que ce fer devait participer du charbon de bois employé immédiatement auparavant. Le fourneau fut furchargé de mines , & la fonte précipitée par la chaleur de ce charbon y fit d’ailleurs quelque dérangement qui rend ce premier elfai moins concluant. Ayant enfuite fait conftruire un fourneau de moitié de hauteur & de largeur des fourneaux ordinaires , c’eft-à-dire , ne contenant qu’un huitième, M. de Limbourg l’ainé & fon frere fondirent pendant trente-cinq jours , premièrement avec du charbon de bois, enfuite pendant cinq jours confécutifs , avec parties égales de charbon de bois & de charbon de terre. Chaque fois on a obtenu moins de fer en gueufe qu’avec le charbon de bois, & celui de la première épreuve a été très-difficile à affiner j l’autre en partie facile & en partie difficile, & tous deux brilant chaud.
- 194. D’après ces elfais, M. de Limbourg foupqonne que l’inconvénient du charbon de terre ne provient que de l’excès de quelque matière vitrifiable ; il établit pour queftions , s’il fuffirait de diminuer la caftine , ou s’il faudrait y ajouter d’une terre réfraCtaire, telle que de Pargille. Mais on eft affuré que cette terre , quoique non fulible par elle-même , ne la ferait pas par la rencontre de la caftine & d’autres matières mêlées avec le métal dans la mine ; & Ci cela arrive , peut-on s’attendre que le fer fe combine moins avec ces matières lorfi. qu’il y aura de l’argille , que quand il n’y en aura pas ?
- 19^. L’auteur de ces mémoires n’ignorait point dès lors la mauvaife réuf. fite des opérations du fourneau de Nalfau-Saarbruck, annoncée ( a ) dans les obfervations faifant partie des additions & corrections relatives à la defcription
- (a) Par M. Dangenouft, capitaine en premier dans le corps royal d’artillerie.
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- de l’art du charbonnier de bois, par M. Duhamel. Il obferve que les entrepreneurs voyant que le produit en gueufe était à peu près le .même par la fonte avec le charbon de terre qu’avec celui de bois , du moins n’en appercevant pas alors la différence ( car à la fin on a obferve qu’elle rendait beaucoup moins de fer ) , refterent dans une entière fécurité, jufqu’à ce qu’en ayant plus d’un million , ils trouvèrent à Paffinerie plus de déchet en les réduilànt en barres , & en obtinrent du fer brifant chaud ; ce qui leur fit abandonner cette entreprife avec une perte confidérable , malgré les plus belles apparences qu’ils avaient eues lors de leur fonte. Il eft donc conftaté jufqu’à ce jour , pourfuit l’auteur des mémoires, que de la fonte par le charbon de terre il réfulte plufieurs mauvais effets : 1 °. la moindre quantité de fer ; 2°. fa pureté moindre, à ce qu’il paraît par la difficulté de l’affinage , & par la mauvaifè qualité du fer. M. de Limbourg penfe que ces inconvéniens pourraient provenir de ce que la houille n’a point été dépouillée à la diftillation d’une matière vitrifiable, dont une partie s’attache au fer de la gueufe , & dont une autre partie fe faifit d’une grande quantité de métal qui fe trouve dans le laitier. Ce phyficien fait confifter la réuffite, à trou* ver une matière qui, ayant beaucoup d’affinité avec le laitier ou le verre, fe combine avec lui, & falfe un compofé ou un laitier nouveau , dont l’affinité foit moindre avec le fer, que celle du laitier précédent ; ou bien , félon M. de Limbourg , il ne s’agit que de retrancher ou de diminuer la caftine.
- Réfultat d'une conférence tenue à Paris fur ks mémoires & fur les ejfais précédens.
- 196. La queftion traitée dans les deux écrits de M. le dodeur Limbourg, fur la fonte des mines de fer par le feu de houilles converties en braifes, & que M. le chevalier de Heuzy, ancien bourg-meftre de Liege, & miniftre de S. A. S. le prince-évêque près Sa Maj.efté,m’a remis en main, m’a paru mériter d’autant plus d’être pefée mûrement, que le deffein eft d’en chercher lafolution dans l’expérience en grand. J’ai cru devoir, par cette raifon , com-mencèr par foumettre l’objet d’un travail de cette conféquence aux lumières de plufieurs de nos habiles chymiftes : M. Macquer , clodeur-régent de la faculté de médecine , & affocié ordinaire de l’académie des fciences ; M. Dorcet, dodeur & ancien profeffeur de pharmacie ; & M. Demachy , apothicaire de Paris & membre de l’académie des fciences de Berlin, tous connus par des découvertes en chymie.
- 197. La queftion avait d’abord été propofée à chacun d’eux féparément, 8c ils ont bien voulu fe rendre aujourd’hui, après la féance de l’académie, dans la falle’où fe tiennent les affemblées , à une conférence à laquelle j’avais eu l’honneur de les inviter. On y a repris la ledure des mémoires de M. le docteur Limbourg, l’un fourni en décembre 1770 3 l’autre daté du 14 mars 1771 ?
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- ayant pour titre : Remarques ultérieures fur la fonte des mines de fer Rajoutées au mémoire donné à ce fuj et au commencement de décembre 1770. La chofe a été discutée avec attention, & les articles fuivans ont été rédigés d’un avis commun.
- 198. M. le dodeur Limbourg eft prié de nous dire il l’opération du bocard , dont il parie dans le premier mémoire, a été faite fur le laitier , s’il en a été fait un elfai docimaftique, & combien cet elfai a rendu de fer.
- Quant à l’effai fait, il y a deux ans, par MM. Limbourg, pour finir une fonte avec parties égales de charbon de bois & de houille, il a été obfervé qu’il ferait à propos que M. le dodeur Limbourg voulût bien encore faire deux fontes égales en poids & en qualité, l’une en charbon de terre dégraifle, l’autre en charbon de bois, & de nous en envoyer les réfultats juftes.
- Il eft encore néceflaire de Savoir de quelle nature eft la caftine qu’on emploie à Liege, pourquoi on l’emploie, à quelle dofe & à quelle efpece de mine de fer on l’applique.
- Pour ce qui eft du plan qu’oïi fe propofe de Suivre dans l’opération , il comporte la consommation dont ci - joint l’état.
- Cinq à fix milliers de mines de fer qu’on eft dans l’ufage de traiter à Liege.
- Environ quinze milliers en gros morceaux du charbon de terre à uquine, qu’on emploie ordinairement aux fontes ; de la caftine en quantité double de ce qu’011 a coutume d’en mettre pour la fonte du poids des mines.
- Un échantillon de gueufe & du laitier provenu tant d’une fonte faite .en charbon de bois, que d’une fonte faite en charbon de terre.
- Afin d’alfurer le Succès du travail dont ces meilleurs fe feront un honneur de Se charger, il a été jugé que, pour la conduite du fourneau , il ferait nécelfaire qu’ils euffent à leur difpofition deux des meilleurs ouvriers de Liege expérimentés à ces opérations.
- Fait au Vieux - Louvre, dans la Salle des Séances de l’académie royale des Sciences, le avril 1771. Signé, Morand.
- 199. Sur la fin du mois de février de cette année 1776 , M. Blakey (a) étant à Liege, fit part à plufieurs perfonnes, qu’il avait le Secret infaillible de fondre la mine avec la houille , offrant d’en donner les preuves réitérées à fes frais, pour enfuite vendre Son Secret à l’état de Liege, moyennant la Somme de f00000 livres, ou pour l’exécuter en Société, moyennant, entre autres conditions, le produit poqr lui d’un quart de l’utile, qui, comme il l’annonçait, devait être au moins à Soixante-quinze pour cent. Un citoyen très-intelligent, inftruit & zélé pour fa patrie, s’était chargé d’abord de former la Société, & a eu en conféquence plufieurs pourparlers avec M. Blakey 9
- (a) Auteur de la defeription de Fart de conftruire les pompes à feu , approuvée par l’académie.
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- tant fur la maniéré dont la fociété acquerrait le fecret, que fur les moyens de le mettre à exécution. M. Blakey proposait d’établir fes fourneaux & fes forges contigus aux houillieres, fans égard fl elles font ou li elles ne {ont pas à portée de rivières ; il projetait de tirer avec des machines hydrauliques conftruites félon fes principes, une fulfifante quantité d’eau pour faire tourner toutes les roues qu’il emploie à fes opérations ; les fourneaux & les foufflets devaient être d’une toute autre forme que ceux ulités ; ces derniers étaient, félon lui, capables de renverfer d’un feul coup l’homme le plus robuite : la dépenfe de la conftru&ion d’un des fourneaux avec deux affineries , devait fe monter à cent vingt mille livres, dont M. Blakey aurait la difpofition. La même perfonne chargée de ces entrevues, lui a repréfenté que fes aifociés lui propolaient d’abord fa fonte dans des fourneaux ordinaires, & fe faifaient forts de ne point manquer d’eau fuffifante. L affaire n’a été fuivie ni de part ni d’autre.
- Ejfai en petit fur la réduction de la mine de fer par le charbon de pierre de
- Montcems , préparé en meule fur les lieux (a) ; par M. de Morveau , avocat-
- général au parlement de Bourgogne , correfpondant de £ académie royale des
- fciences de Paris.
- 200. “ Le f de ce mois , j’entrepris de faire cette réduction. Je me fervis „ pour cela, d’un fourneau de fufion de forme Amplement cylindrique, n’ayant „ d’ouverture qu’au cendrier , du diamètre de huit pouces , de la hauteur de ,, vingt-deux pouces jufqu’à fou dôme, terminé par une ouverture de deux ,, pouces , pour recevoir les tuyaux dont 011 le furmonte ordinairement. Je fais „ qu’il eft d’uiage de rétrécir le fond où la matière doit fe raffembler ; mais ,, j’avais remarqué que cette forme qui peut être très-avantageufe en grand , », empêchait la chute des charbons , & caufait un refroidiflement qui laiflait „ l’intérieur des matières crues , & occafionnait la calcination de leur furface ,, par l’éloignement du phlogiftique. C’elf pour cela fans doute que M. Cramer 5, a également donné la forme cylindrique, feulement un peu renflée dans le „ milieu , au fourneau qu’il a propofé pour fondre trans carbones, dont ou „ trouve la defcription dans l’Encyclopédie, au mot Fourneau. Je me con-„ tenterai donc d’ôter la grille , de luter un talut fur le bord qui la foutenait, „ pour que rien ne s’y arrêtât , & de fermer le cendrier par une brique , ne „ 1 aidant qu’une ouverture au-deflùs pour placer le nez du foufflet. Tout étant „ aijnli difpofé, j’ai jeté dans ce fourneau , par l’ouverture fupérieure de fon 5, dôme , des coaks ou charbons de pierre cuits à Montcenis , fui van t la mé-„ tliode de M. Jars, & dont M. de la Chaife m’avait fait remettre une fuffifante.
- (a) Lu à l’académie de Dijon, le 1 ç février 1771, inféré dans le journal de M. l’abbé Rozier, mois de décembre 1773 , tome II, page 450.
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- ,, quantité. J’avais eu attention d’allumer les premiers au feu de la forge , parce „ qu’i/jprennent ajfe{ difficilement. J’ai continué de charger ainfi le fourneau pendant cinq heures de nouveau charbon de la même qualité, fans em-,, ployer un feu) morceau de charbon de bois; j’y ai jeté à différentes fois de „ la mine de fer mêlée avec les feuls fondans dont on fe fert dans les travaux 99 en grand, qui font l’argille & la pierre calcaire ; & j’ai trouvé après l’opéra-3, tion plufteurs parties de régule de fer aufli parfaites que l’on puiife l’efpérer î, par le charbon de bois : leur couleur annonce une fonte bien pure; aufli 99 cedent-ils à l’adion de l’aimant avec une adivité prefqu’égale à celle d’un morceau de fer de pareil volume. La forme de ces morceaux prouve néati-,, moins que la féparation du métal &-des feories ne s’eft pas abfolument bien >, faite : mais il eft très-difficile de l’obtenir dans un eifai en petit ; le volume 39 de la matière n’eft pas aflez confidérable pour former un bain liquide, le s, défendre des impreflions du froid , & l’entretenir alfez long-tems pour que .3» la pefanteurrefpedive en fafle la féparation. Je m’étais déjà bien convaincu 39 par l’expérience, qu’il eft impoflible dans ces fortes d’elfais de faire couler la s, fonte hors du fourneau , ni même le laitier , parce que le refroidilfement eft 3, toujours très-prompt. J’avais donc pris le parti de lailfer former le culot fous „ les feories, & de ne rien remuer jufqu’à ce que tout fût folide, au rifque d’en-3, tamer le fourneau pour en tirer le culot ; mais le peu d’épaifleur des petits 9i fourneaux empêche qu’il n’y ait au fond alfez de chaleur pour opérer cette s, féparation , à moins que l’on n’entretienne tout autour alfez de charbons 3, allumés pour le défendre du contadf de l’air , comme je l’avais fait dans un „ précédent eifai, d’après le confeil de M. Lewis. Au refte , cette circonftance „ ne change rien au réfultat , puifqu’elle ne peut dépendre de la nature du „ charbon , & qu’il n’en eft pas moins acquis par cette expérience , que les „ coaks du charbon de pierre de Montcenis peuvent réduire complètement la „ mine de fer ; & je ne dois pas omettre que ces charbons ont encore l’avantage 3, de durer près de quatre fois autant que les charbons de bois , en faifant un 3, feu moins vif à la vérité que le charbon de pierre brute , mais plus fort que le 99 charbon de bois. „
- Tentative faite en Languedoc.
- 201. Dans le quartier d’Alais 3 il y a beaucoup de mines de fer (a): elles ont été pendant quelque tems exploitées avec avantage ; mais la cherté du bois , devenu très-rare , en a fait abandonner depuis long - tems l’exploitation. Il y a quelques années que M. de la Houlliere, brigadier des armées de Sa Ma-
- ( a) Dans la vallée de Trépalou les veines de fer traverfent celles de charbon.
- jefté,
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- jefté , & lieutenant de roi à Salfes, inftruit par feu M. l’évêque d’Alais , qu’il vit à Cotterets de l’abondance des mines de charbon de terre dans cette province , imagina, d’après l’ouvrage de M.'de GemTane, de faire du fer fondu , & même du fer forgé , avec ce combuftible. M. de GeniTane fut invité de fe rendre à Alais 5 011 conftruifit des fourneaux, on purifia le charbon de terre, ou fit venir des ouvriers des Pyrénées ( a ) : mais toutes les opérations n’aboutirent à rien ; on n’eut point de fer. M. de laHoulliere , outre une fomme très-conlîdérable, que les états donnèrent pour favorifer cette entreprife, y a beaucoup dépenfé du fien. Ce manque de fucces ne le déconcerta point : inftruit que ce procédé était connu & pratiqué en Angleterre , il s’y tranfporta aux frais du gouvernement ; il fut témoin du fuccès de l’opération. Au mois de janvier 1776, il eft revenu à Alais avec deux Anglais que le gouvernement avait chargés d’examiner avec M. de la Houlliere la nature du charbon de terre , la bonté des mines de fer , &c. Alais leur rapport n’a pas été favorable : leur avis a été, qu’il fallait renoncer au projet d’avoir du fer forgé , & fe borner à faire du fer fondu ; que le charbon de terre tiré de la mine nouvellement ouverte à Troulhay , n était pas même , quant à préfent, propre à cette opération. Ils firent obferver d’ailleurs , que dans le cas où il s’en trouverait par la fuite , l’entreprife deviendrait ruineufe par la fituation du local, & par les frais du tranfport.
- Epreuves faites avec différentes proportions de mélange de charbon de bois
- & de houille.
- 202. Afin d’économifer le charbon de bois dans les opérations métallurgiques , il ferait au moins poflible, en changeant quelque chofe à la conC-trudion intérieure du fourneau, en donnant fur-tout plus de chiite aux étalages 5 il ferait., dis-je , poiîible de parvenir à une fufion parfaite. M. Dan-genouft ( b ) , parmi fes obfervations, failànt partie des additions & corrections à la defeription de l’art du charbon de bois, rapporte que, d’après les éclaircilfemens fournis par M. Jars fur les établilfemens de Saarbruck, M. de Hayange a employé dans un de fes fourneaux pendant trente-quatre heures , de la houille dans les proportions fuivantes : Quatorze charges (c) de mine avec cinq fixiemes de charbon, & un fixieme de houille. Treize charges de mine avec deux tiers de charbon, & un tiers de houille. Dix-huit charges de mine avec moitié de charbon, & moitié de houille.
- () M. Venel fait une fimple mention tériaux qui doivent opérer & fubir les effets
- de cette entreprife, chap. III, feét. II, de la digeftion , & qui fe mettent dans le part. III, page s04. fourneau dans des tems à peu près égale-
- () Cahier faifant partie de la collection ment efpacés au fur & àmefure delà con-
- des deferiptions des arts & métiers. fomniation.
- , ( c ) Charge, quantité déterminée de ma-
- Tome XVII,
- Q-q q
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- 20 j . Le réfui ta t de ces charges a été que les deux premières proportions ont parfaitement réuffi : la fonte a été belle, & le laitier fort coulant; mais avec la derniere , la fulion a été plus lente, le creufet plus embarrafle , les feo-ries fech.es, & le fondeur alfujetti à un travail continuel ; cependant la tuyere toujours claire. Le produit du fourneau a été à l’ordinaire; on a forgé les différentes fontes avec fuccès ; elles fe font trouvées aifées à affiner.
- Fonte de gueufe de fer, exécutée avec fuccés à la forge d'Afy en Bourgogne 9 dans tannée 1775 , avec le charbon de terre de Montcenis.
- 204. Ayant été informé de cette opération lorfqu’elle a été exécutée, je fuis parvenu à avoir un morceau du fer qui en a réfulté, & qui eft très-bon, quoique la mine foit de médiocre qualité : les recherches que j’ai faites & les mouvemens que je me fuis donnés pour être in (fruit de toutes les circonf-tances de cette opération , m’ont procuré la ledure du réfultat détaillé & du procès-verbal qui doivent être publiés à part : il ne m’a pas été permis de les ânférer ici.
- 205. La braife de charbon qui a été employée, a été travaillée à Breteuil au Perche, chez M. le Vaché, maître de forges : l’échantillon que j’en ai, me fait juger que la préparation eft bien faite. J’étais principalement curieux de Lavoir par quel procédé l’on a obtenu ces braifes ; mais la perfonne qui a conduit cette fabrication s’en réferve pour l’inftant le fecret. Cette particularité à laquelle je ne m’attendais nullement , fuppofe une méthode différente de celles qui font connues, ou digne de préférence, & ferait regretter qu’elle reftât ignorée ; mais les métallurgiftes doivent être exempts de cette crainte. Tout le monde connaît le zele du miniftre qui a dans fon département la partie des mines ; c’eft à fa protedion que le public eft déjà redevable de plufieurs ouvrages intéreffans fur le fait des mines & fur la métallurgie. Si dans la maniéré dont a été préparé le charbon employé à la fonte de la gueufe dans la forge d’Aizy, il y a du nouveau ou quelque perfection , M. Bertin occupé fans relâche de faire répandre en France des lumières fur tout ce qui concerne les mines, de favorifer, de récompenfer à propos les entreprifes qui concourent à fes vues, faura bien lever le voile du fecret dont l’auteur juge à propos de couvrir le procédé qui a été exécuté à Breteuil, & à en donner la connaiffance au public.
- Mines de cuivre ; leur fonte.
- 206. Il n’y a que le fer qui, après le cuivre, foit plus dur & plus difficile à fondre ; le cuivre rougit long-tems au feu avant d’entrer en fulion ; il donne
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- à la flamme une couleur qui tient du bleu & du verd : un feu violent & continué pendant long-tems, diflipe une partie de ce métal fous la forme de vapeurs ou de fumée (a') , tandis qu’une partie eft réduite en une chaux rougeâtre qui n’a plus fa forme métallique ; c’eft ce qu’oti appelle chaux de cuivre, ou cuivre brûle.
- 207. Il y a différentes fortes de mines de cuivre j la plupart font fi fuîfu-reufes qu’il eft impoffible d en chalfer entièrement le foufre par les grillages : ainfi ces mines ne rendent pas fi facilement leur métal, que les mines de plomb & d’argent rendent l’œuvre (b). Elles ne donnent d’abord que de la matte ; il y a cependant quelques endroits, à la vérité ils font rares , où la mine de cuivre contenant peu de foufre, rend du cuivre noir dès la première fonte.
- 208. Il eft peu de mines auxquelles il faille donner un fi grand nombre de feux pour les griller, & qui dans la fonte foient aufli chaudes & auftî rongeantes. Le nombre des feux de grillage doit être réglé fur la qualité de la mine ; enfin le traitement de celles qui ne contiennent que du cuivre, eft différent de celles qui contiennent cuivre & argent, cuivre, plomb & argent.
- 209. Dans la fonte des mines de cuivre , on obferve encore de la différence fuivant les fourneaux qu’on emploie. Ces méthodes peuvent fe réduire à deux principales, indiquées par l’auteur du traité de la fonte des mines : (c) “ 1 °. Par la percée proprement dite, dans laquelle font compris l’ufage des „ hauts fourneaux & celui des fourneaux courbes ; 20. par les fourneaux à ,, lunettes , ou à double baflin de réception (d). Si l’on a beaucoup de mine ,, de cuivre pyriteufe ou de mine feuilletée dite en ardoife, il convient de fè ,, fervir du haut fourneau, parce qu’on y peut continuer la fonte pendant „ plufieurs femaines. Lorfqu’on n’en a que de petites quantités , il faut les s, fondre dans des fourneaux courbes, ou dans des fourneaux à lunettes. „ Quant à leur fufibilité & à leur réfiftance au feu, l’on doit obferver que „ celles qui font dures, conviennent aux hauts fourneaux & aux fourneaux „ courbes, parce qu’on les prépare avec une brafque pefante & dure ; & la 3, matière qui fond, peut tomber très-vite & extrêmement chaude dans la ,, trace : au contraire , les mines fufibles rendent beaucoup de feories, & ne „ s’attachent que rarement à la brafque 5 ainfi 011 les fond aifément dans le „ fourneau à lunettes, pourvu néanmoins que les feories foien-t tellement
- (n) Connue en métallurgie fous le nom page 600. de cendrée de cuivre, parce que ce font de ( d) Autrement nommé catin , qui eft
- petites parties cuivreufes qui s’élèvent de un maçonnage fait dans l’intérieur ou au-lafu rface du cuivre comme de la cendre. dehors du fourneau , avec une matière
- ( b ) Plomb riche. appropriée à l’opération , & qu’on appelle
- (O Schlutter, tome II, chap. CXXXII, brafque.
- Q. q <i ‘ j
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- „ fluides, que la matte (a) qui fe forme dans le fourneau, puifle les tra-„ verfer & fe précipiter pure & nette. La mine de cuivre feuilletée ou en „ ardoife convient au haut fourneau , parce qu’elle y demeure plus long-tems „ que dans un fourneau plus bas, qu’elle a le a tems d’achever de fe griller „ avant de fe fondre. A l’égard des fourneaux d’une hauteur extraordinaire, „ on fent que le charbon a perdu toute fa force îorfqu’i) eit defcendu dans ,, l’endroit où il doit fondre le minéral, parce qu’il refte très long-tems dans
- le fourneau avant d’être parvenu à cet endroit ; au lieu que dans un fûur-y, neau courbe, il n’elf que deux heures à defcendre. „
- De. la fonte des mines de cuivre à B ri fol en Angleterre (J?) , par un fourneau
- à vent ou de rèverbere.
- 210. Les mines qui fe fondent dans ce fourneau, viennent du comté de Cornouailles & du Devonshire, & de la Nouvelle-York en Amérique. On les calfe en morceaux de la grofleur d’une petite noix, la flamme paflfe par-delfus, & en procédant lentement, elle commence par fe griller, finit en-fuite par fe fondre en matte. Après l’avoir fait couler de nouveau dans ce fourneau, on la grille une fécondé fois de la même maniéré. Ce fourneau , (c) dit l’auteur de qui nous empruntons le détail fuivant, efb le même que celui dont nous parlerons dans un inftant, avec lequel on fond auffi la mine de plomb à Flintshire; il n’a point de foufflets : ce qui fait qu’on n’a pas foefoin de courant d’eau pour le faire agir, & qu’on peut le conftruire auprès de la mine. Ses murs font épais & retenus tout autour avec de grofles barres de fer ; on fait au-deflbus un canal pour faire évaporer l’humidité du terrein ; leur longueur eft de dix-huit pieds en y comprenant la maçonnerie 5 leur largeur de douze pieds, & leur hauteur de neuf pieds & demi ; le foyer eft élevé de trois pieds au-deifus du fol de la fonderie : à côté de ce fourneau eft la chauffe ou la place du feu; elle a un foupirail ou cendrier, & une grille de fer; de l’autre côté, on fait un foyer ou bafïin de percée que l’on entretient couvert de feu lorfqu’il en eft befoin : il y a à la face antérieure du
- (a) Parmi les produits réfultans des différentes opérations fur le cuivre, on dif-tingue les fcories, la matte pauvre, riche, moyenne , & le cuivre noîr. La matte crue , nommée auffi pierre de cuivre, eft la fubf-tance métallique qui provient de la première fonte d’une mine qui a été traitée dans le fourneau de fufion,& quipaffiepar plufieurs travaux fubféquens pour la dégager de plufieurs autres fubftances étrangères qu’elle contient encore outre le métal qu’on
- a voulu en tirer. On appelle cuivre noir l’état dernier auquel on tend par les calcinations & les fuirons réitérées à réduire toute la mine , en la faifant paffer par desétats de matte diffiirens : on lui a donné ce nom , parce qu’ordinairement il fort noir de fa fonte.
- ( b ) Traite de la fonte des mines , par Schlutter , tome II, chap. C1II, page 496.
- (c) Tome II, chap. XIII, page 115*
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- fourneau une cheminée qui reçoit la flamme du charbon de terre après qu’elle a palîé par-deifus le minéral qu’on a étendu fur le foyer; ce foyer qui eft dans l’intérieur du fourneau , eft fait d’une argillequi rélllte au feu ; c’eft de la terre à pipe, pilée & humecftée avec du fable de mer. (a)
- 2i i. Le foyer de ce fourneau & le baffin pour la percée ( b ), fe préparent avec du fable de mer, & on les chauffe quand ils font finis avec du charbon de terre ; on y met la mine fans la griller, & on la chauffe avec du charbon de terre, ce qui tient lieu de grillage ; mais on n’y fait entrer d’abord que quatre quintaux de cette mine par l’efpece de trémie qui eft au haut de la voûte du fourneau , puis on ferme le trou de cette trémie, & de quatre heures en quatre heures on en ajoute une même quantité : il y a à côté de ce fourneau une chauffé ou réverbere à la grille, fur laquelle on jette le charbon de terre, dont la flamme entre dans la partie voûtée du fourneau ; elle y grille d’abord la mine, puis elle la fond; ainfi il fe forme des fcories qu’on retire par une ouverture deftinée à cet objet. Quant à la matte, nommée dans ce pays métal crud, on perce toutes les vingt-quatre heures pour la faire couler : on tient ce fourneau en feu quelquefois plus d’un an; & c’eft fur le même foyer que l’on grille la mine , qu’on la fond, & qu’on raffine le cuivre noir qui en vient à la fin de toute l’opération. Après avoir caffé en morceaux le métal crud qui a coulé du fourneau, on en remet deux milliers fur le même foyer, où on le tient pendant dix-huit heures toujours échauffe par la flamme du charbon de terre : on perce enluite pour faire couler la matière dans un baffin qu’on fait avec du fable de mer. Cette opération qu’on nomme encore grillage, fe répété huit fois, & quelquefois jufqu’à douze, avant d’avoir du cuivre noir: quand ce cuivre commence à paraître, on le fait couler en gros lingots dans un autre baffin auffi préparé avec du fable, enfuite on le remet dans le même fourneau, où on le chauffe jufqu’à ce qu’il foit entièrement purifié, après quoi on le fait couler dans le baffin de fable, d’où on le jette dans l’eau pour le grenadier.
- Fonte des mines de cuivre d'Ordahlen en Norwege , avec du charbon de terre qidon faifait venir fAngleterre. ( c}
- 212. Vers 1726, quelques Anglais ayant pris à ferme des mines de cet endroit, & celles deKonigsberg, ils conftruifirent dans le premier endroit où elle paraiffait riche & mêlée de mine bleue (ù) , un fourneau à l’angiaife de
- Ça) Ce fourneau & les deux qui vont ( c) Traite de la fonte des mines , par fuivre , fe rapportent à la planche XLII Schlutter, tome II, chap. XIII, page 1 x ç „ de la traduction de Schlutter, tome II. & chap. CIII, page 497.
- (à) Tome II, chap. CIII, page 496. (ù) Dite mine d’azur, pierre d’azur,
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- l’efpece dont il s’agit. Ces fourneaux , au rapport de Schlutter, ont un trou par-devant pour retirer les fcories , & à côté un foyer formé en creux avec du fable, & dans lequel on fait, pour cette fonte des mines de cuivre, des traces oblongues, dans lefquelles là matte & le cuivre noir fe moulent en barres, Voici le détail de conftru&ion que l’auteur donne- de ce fourneau. ( a )
- 213. Il y a dans ce fourneau au-deflus des canaux pour l’humidité, un fol de terre d’un pied d’épailfeur ; fur ce fol, un lit de fable de mer tamifé & humecté. Ce lit de fable eft épais d’un pied quatre pouces autour de fes bords, & feulement d’un pied dans le milieu, avec une pente vers la percée ; par-deffus ce lit, 011 met du verre pilé qui étant fondu dans la fuite, enduit le baffin d’une efpece de vernis. On n’y laiife pas éteindre le feu ; & quoiqu’on, y fonde rarement deux jours de fuite, il n’en coûte jamais tant à y entretenir le feu, qu’à le chauffer quand 011 l’a laifle refroidir. On peut le chauffer pendant les trois ou quatre premières heures avec du bois , pour le grillage de la mine ; mais enfuite on 11’y emploie que des charbons de terre qu’on fait venir d’Angleterre. Le baffin pour la percée fe fait avec du fable, & l’on a foin de le bien chauffer. O11 ne grille pas les mines avant de les mettre dans ce fourneau ; on les pulvérife & on les y jette crues , fans y ajouter d’autre fondant qu’un peu de fel qu’011 a foin de répandre fur la mine. Si la fonte paraît rebelle, on y met quelques baquets de vieilles bouteilles caffées ; 011 attend que le fourneau foit bien chaud , pour y faire tomber par le trou de la trémie dix à douze quintaux de minéral, & l’on referme ce trou auffi-tôt; puis avec du bois on fait un doux feu pendant trois ou quatre heures, remuant le minéral avec un rable de fer, jufqu’à ce qu’il foit fuffifamment grillé; enfuite on ferme le fourneau avec une porte de fer garnie de left ; alors 011 chauffe vivement avec le charbon de terre , ce qu’on continue jufqu’à ce que la mine fe foit mife en fufion. Si le charbon de la chauffe ne donne pas allez de flamme, on le remue fur la grille avec un ringard ( b) ; on retire les fcories qui fe forment avec le rable , & quand il n’en refte plus que très-peu, on fait couler la matte dans le baffin de percée. La fonte de ces douze quintaux de mine dure dix ou douze heures, au bout defquelles on en remet dans le fourneau dix à douze autres. On ne grille pas la matte crue fur des
- mine de cuivre azurée, lapis lazuli-, lapis mines de cuivre ; mais tous les auteurs ne cyaneus antiquorumpierre un peu cui- la regardent point connue telle, vreufe, reffemblante, dans l’endroit où ou (a) Tome II, chap. CIII, page 498-
- la caffe , à du verre qui tient de la nature ( b) Afin d’aider laféparation du métal;
- du jafpe, & dont on prépare pour la pein- cela defferre le devant du fourneau, & ture à l’huile, & qu’on nomme bleu dou- donne aux craffes la liberté de fortir. tremer. "Wolterdorff la met au rang des
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- grillages ordinaires; mais après avoir ramaffé celle de plufieurs fontes, & l’avoir caflèe en morceaux un peu menus, on en met dix à douze quintaux dans le fourneau, & l’on chauffe doucement pendant trois ou quatre heures , remuant la matière de tems en tems avec le rable; c’eft ce qui tient lieu du grillage : enfui te on ajoute des feories pilées & lavées, puis on fait le feu avec du charbon de terre pour fondre la matière ; on retire les feories , & l’on perce pour faire couler cette fécondé matte : on répété la même manœuvre huit ou dix fois , & l’on a du cuivre noir.
- 214. Le cuivre noir, provenant de toutes ces fontes, fe raffine comme on l’a dit, dans le même fourneau, où l’on fait le feu le plus violent, en remuant fouvent le charbon de terre fur la grille : le déchet du cuivre noir .dans le raffinage , eft de huit livres par quintal. On brûle pendant le travail entier , de douze heures en douze heures, fix ou fept barriques de charbon de terre. A l’égard des feories de toutes ces fontes, après les avoir pilées & lavées, comme on l’a dit ci-deffus, on les met au fourneau avec la matte crue.
- Fonte des mines de cuivre de Konigsberg en Norwege. ( a )
- 215”• Le fourneau eft pareil au précédent; mais le travail fut, à quelques égards, différent de celui qui vient d’être décrit : on prit pour fa fonte de la mine de cuivre ferrugineufe, de la mine de plomb mêlée de blende, dont le quintal tenait une once deux gros d’argent, trois livres de cuivre & dix - huit livres de plomb. Ces mines n’étaient ni triées, ni lavées , mais feulement caffées de la groffeur d’une petite noix ; on fit le baffin dans le fourneau avec du fable qu’on n’avait point fait venir d’Angleterre, & qui ne tenait point de fer; puis on le chauffa doucement avec du charbon de terre mis fur la grille du réverbere ; enfuite on mit fur ce baffin du verre pilé & des feories de cuivre, & on l’augmenta le feu pour fondre ces matières; 011 jeta par-deffus douze quintaux de mine concaffée, & l’on ne fit qu’un feu doux pendant quatre heures ; puis on l’augmenta jufqu’à ce qu’elle fût en fufion, & l’on fit fix percées pendant les vingt-quatre heures : il en vint de la matte riche en cuivre , mais point d’œuvre ainfi on n’eut point l’argent de cette mine; on brûla pour ces douze quintaux de mine trois barriques & demie de charbon de terre. On mit enfuite quinze à dix-huit quintaux de matte crue fur le même foyer ; on la grilla à feu doux jufqu’à ce qu’elle parût fpongieufe & percée d’une infinité de trous ; enfuite 011 la chauffa à grand feu pour la fondre & lui faire rendre fon cuivre noir. Ayant amaifê
- (fl) Traité de la fonte des mines de Schlutter, tome II, chap.-CHI, page 500.
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- douze quintaux de cuivre noir, on le raffina dans le même fourneau avec le feu le plus violent.
- Fonte de La mine de cuivre de Sain-Bel en Lyonnais (a) , avec des braifes de charbon de terre , en 1769 , par M. Jars, (b)
- 216. “ Le 7 mars 1769 , à deux heures & demie après midi, l’on com-
- ,, menqa la fonte de comparaifon dans deux fourneaux courbes ou à man-,, ches, d’une grandeur femblable, & allant d’une égale vitefle ; on garnit s, l’un en charbon de bois ordinaire, & l’autre en coaks ( c ). La fonte fut „ continuée jufqu’au 18 à la même heure ; elle avait été interrompue peu-„ dant treize heures le dimanche 12, pour préparer & refaire les baffins „ d’avant - foyer & de réception : on employa donc pour le total de la fonte ,, cent quatre-vingt-deux quintaux de minerai, mêlé de la mine du Pilon & „ de celle de Chevinav (d) , rôtis à quatre feux, fuivant l’ufage. „ .
- 217. Il réfulte de cette fonte de comparaifon, qu’avec une quantité de coaks coûtant fept cents vingt-fept livres, on a retiré en deux cents cinquante-une heures, de fix cents foixante - douze quintaux de minerai, cent quatorze quintaux de matte ; & que d’un fourneau garni de charbon de bois , dont la dépenfe fut fept cents quarante - deux livres douze fols, on retira dans le même efpace de tems de cinq cents dix quintaux de minerai, quatre-vingt-neuf quintaux de matte ; que par conféquent le coaks procure une épargne ♦de tems & de dépenfe ( le prix du coaks étant dans le lieu de l’expérience deux livres quatre fols la voie, & celui du charbon de bois , deux livres fept fols ).
- 218- M. Jars, dans le compte détaillé qu’il a publié de cette opération, a obfervé que le fourneau où l’on a fondu avec les coaks, a été plus endommagé que l’autre, c’eft-à-dire, l’ouvrage, & qu’il s’y eft formé dans l’intérieur
- ( a ) Le minéral de cuivre de Sain-Bel eft ferrugineux. M. Piganiol de là Force , dans fa Defcription de la France, dit qu’une partie fe trouve dans une pierre d’ar-doife, l’autre dans une pierre fablonneufe femée de petites pointes dont il exifte plu-fieurs filions, & que c’eft-la même mine qu’à CheifTy, où la bonne mine eft tantôt noire , tantôt verte , appellée malagiotte, & qu’il y en a aufli de la bleue comme l’outremer.
- (6) Voyages métallurgiques, quinzième mémoire, page 333.
- (c) On doit remarquer que la houille convertie en braife, était, félon l’expref-fion de M. Jars , une houille choijte.
- (d) Tout ce quartier vis-à-vis Saint-Pierre de Chevinay & Sain - Bel dans les montagnes de Saint - Bonnet-le - Froid , eft couvert d’une argille fine, durcie , & d’une marcaffite cuivreufe grife : il renferme aufli une pierre dure avec des paillettes cui-
- - vreufes. Etat des mines de France , par M. Hellot, premier volume de la traduction de Schlutter , page 30.
- des
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- des cavités plus grandes ; ce léger inconvénient produit par la plus grande activité du feu , eft peu de chofe en comparaifon des avantages qui réfultent de Tufage de cette matière ; toutefois,pour le prévenir en partie, on peut mêler les coaks à moitié ou au tiers avec le charbon de bois : cela fe pratiquait depuis dans les fonderies de Sain-Bel , & on en avait reconnu un bon effet. On comprend aifément, dit M. Jars, que le mélange dans la fonte de deux matières combuftibles, ne donne pas les mêmes avantages que l’emploi des coaks feuls; mais ils feront toujours affez grands pour les faire préférer à tous égards au charbon de bois fans coaks. Les ouvriers fondeurs en ont remarqué la différence, & donnent la préférence au mélange pour avoir une fonte plus égale; d’ailleurs il eft confiant que, de quelque maniéré qu’on emploie les braifes de charbon de terre, ils accélèrent la fonte des matières ; les fourneaux fupportent une charge plus forte de minerai, fans augmenter la quantité de charbon, & la dépenfe efl moindre. Une autre obfervation très-eifen-tielle, c’efl celle du degré de chaleur qu’acquiert la matte ou maffe régu-line dans l’intérieur du fourneau, pendant le cours de la fonte, dont il a fait plufieurs fois la comparaifon dans les perdes de l’avant-foyer , ou bafïin de réception; de cette augmentation de chaleur réfulte un très - grand avantage : on conçoit que la matte plus échauffée fe purifie & fe dégage d’autant plus des parties fulfureufes qu’elle renferme ; on l’obtient à la vérité en moindre quantité , mais elle eft plus riche en métal, d’où naît néceifairement l’économie du bois dans les rôtilfages qui fuivent l’opération, & du charbon dans les fontes.
- Raffinage du cuivre par le feu de charbon de terre crud, ou de fes braifes.
- 219. Des expériences de M. Jars , il fuit que les braifes de charbon de terre ont leur utilité pour les ouvrages qui fe jettent en fonte , & que leur ufage eft très-bon pour l’affinage des mattes ( a j. Le raffinage des mattes ou raffinage du cuivre , n’eft autre chofe que la fonte par laquelle on diffipe ce qui le confi-titue cuivre noir , pour le conduire de cet état à celui de cuivre de rofette. M. de Genflane eft dans l’opinion que cette fonte réuffit parfaitement au feu de charbon de terre , il prétend même qu’elle s’y améliore , par un effet de la propriété qu’a toute matière bitumineufe d’augmenter le phlogiftique des métaux. (b ) Il n’eft point de notre objet d’examiner cette raifon fur laquelle M. de Genffane fonde fou fentiment. Il eft bien vrai que la flamme fournie par une
- (a) Affinage fe dit généralement de toute où elle eft plus dégagée de parties h été-manœuvre par laquelle on’fait paffer une rogenes, & plus propre aux uCages qu’on portion de matière folide fur --tout, quelle fe promet.
- qu’elle foit d'ailleurs, d’un état à un.autre, ( b ) Tome I, chap. V , page 143°
- Tome XVII. R r r
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- matière très -bitu milieu fe , donne une très-grande chaleur ; mais l’expérience laide toujours de grandes préfomptions contre la qualité avantageufe du phlo-giftique du charbon de terre , qui détruit une partie du métal ; & l’on obferve que la mine de cuivre près de Wiederftal, qui eft affez fufible & mêlée d’un peu de charbon de terre, rend plus deÙnatte que les autres.
- 220. Quel que foit le principe contenu dans le charbon de terre, & favorable à l’affinage des cuivres , la perfuafion où eft M. de Genffane à cet égard, l’a engagé à détailler dans fon ouvrage la conftruétion d’un fourneau de réverbère propre à cette opération , & qui eft différente de celle des fourneaux fervis au feu de bois (a) : il ne s’agit, félon lui, que de connaître le degré de fineffe du cuivre ; il donne fur cela les principaux indices qui caradtérifent ces degrés. Il ne s’agit encore, fuivant lui, que d’être prévenu que ce métal exige un feu plus vif, & le plus court poffible.
- Liquation du cuivre.
- 221. On comprend fous ce titre les différentes opérations à faire pourfépa-rer du cuivre fondu & moulé en tourteaux ou gâteaux, nommés pains de liquation , l’argent qu’il peut contenir. M. de Genifane dit qu’elles peuvent s’exécuter facilement dans le fourneau dont nous avons fait une fimple mention > nous nous fommes bornés auffi alors à en repréfenter feulement trois parties ,/g. i , 2 & 3 , pL XXII. Nous achèverons d’en donner ici une idée par le détail de çes trois figures, d’après l’auteur même ( b ). On voit dans la fig. i , le centre du fourneau en R, d’où la rigole qui doit régner de chaque côté fur le milieu du fourneau, part en Q_, au bas de la porte de la coulée T, depuis l’extrémité G H de la chauffe, jufqu’à la porte de la coulée.
- 222. Les pains de liquation devant être pofés de champ fur les plans inclinés du canal, & leur configuration s’oppofant à ce qu’ilspuiffent fe foutenir dans la fituation qu’ils doivent avoir dans le fourneau , ils tomberaient les uns fur les autres : il en réfulterait à la fin de l’opération un très-grand embarras, pour féparer les tourteaux les uns des autres. On obvie à cet inconvénient par le moyen de chevilles de fer enduites de terre graffe , enfoncées de fix à lèpt pouces dans le mur du pourtour, & contre lefquelles les pains de liquation s’appuient & font maintenus en fujétion ; une affife de briques de quinze à feize lignes d’épailfeur fur quatre pouces & demi environ de largeur, eft rangée tout
- (a) Tome I, chap. IV , page 74, & fonte des cloches, chap. V , page 138-. L’auteur annonce auffi (b ) Devis & proportions d’un fourneau ce fourneau propre à plufieurs fortes de fon- propre à la liquation du cuivre par le tes, telles que la fonte du mélange du cuivre moyen du charbon de terre, tome I, chap. VI, avec le plomb , pour la liquation & pour la page 14g»
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- au pourtour , de maniéré qu’il refte entre ces briques un vuide d’un bon pouce & un quart, comme on peut le voir en ah, fig. $ jpar-delfiis on met une fécondé aflife de pierre ou de briques, ce qui forme autant de trous dans lefquSls on enfonce les chevilles de la moitié de leur longueur , & contre l’excédant def-quelles on appuie les tourteaux à mefure qu’on les range dans le fourneau ; de cette maniéré les pains fe touchant du côté de la chauffe par un feul point de l’extrémité de leur difque, fout retenus par les chevilles à l’autre extrémité , & il refte entr’eux aifez de jour pour que la chaleur s’y introdaife, & les pénétré par-tout également. A deux pouces ou environ au-deffus des chevilles, on pratique trois portes ou ouvertures V, V, T,fig. i ,.de cinq pouces de largeur, fur quatre de hauteur en-dedans du fourneau, & de la même hauteur en-dehors fur quinze pouces de largeur : ces fenêtres font uniquement pour examiner comment le tout fe paffe dans le travail, & voir s’il faut augmenter ou diminuer le feu ; & comme le couronnement du fourneau fe termine à quinze pouces au-deifus du plan incliné , & que ce couronnement doit être fait, autant qu’il eft poffible ,avec de bonnes pierres de taille ,il fera bon de tailler ces portes dans l’épailfeur même de ces pierres.
- 223. Outre ces portes, il faut encore percer dans ces même pierres quatre ouvertures S , de trois pouces de largeur fur huit de longueur ; ces quatre ouvertures doivent prendre naiflance dans l’intérieur du fourneau à la même hauteur des portes , & fortir par - delfus le’fourneau fur le bord du commencement. Elles fervent tout à la fois & de cheminée & de regiffre à ce fourneau ; car lorfque le feu devient trop violent, on bouche ces ouvertures en gliifant une brique par-deflus, & 011 les ouvre lorfqu’on veut augmenter le feu : de cette maniéré, pour peu qu’on fâche ménager le charbon , l’on donne à ce fourneau tel degré de feu qu’on peut fouhaiter.
- 224. La figure 2 eft relative au chapeau. Ce couvercle , formé en voûte , efb mobile, pour pouvoir l’ôter lorfqu’il eft queftion de faire quelque réparation dans l’intérieur du fourneau , ou de char"-”- le cuivre. Il doit porter de trois pouces tout à l’entour fur le couronneuement du fourneau ; & comme ce couronnement a quinze pouces d’épailfeur, 8c que le fourneau a 1 f pieds & demi de diamètre , il s’enfuit que le diamètre du chapeau doit être de 7 pieds & demi de dehors en dehors ; & qu’en outre il doit former une calotte ou courbure en axe de quinze pouces au plus : en conféquence le cercle E, fig. 2, de fept pieds & demi de diamètre , fe forme avec des plates-bandes de fer de deux pouces de largeur fur quatre lignes d’épailfeur, pofées de champ , bien rivées & foudées les unes au bout des autres. Alors on prend quatre autres barres de la même force & de longueur fuffifante, que l’on coule de maniéré qu’elles forment le bombement ci-delfus : ces quatre barres doivent enfuite être alfem-blées par le milieu avec un fort rivet, de forte qu’elles forment huit rayons
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- ci, Æ,c, e, &c. fig. 2, qui viennent s’affembler à égale diftance fur le cercle ci-deifus de la maniéré qui vient d’ètre décrite; puis on fait un fécond. cerc!e*Z, avec des plates-bandes de pareille force , qui s’attachent avec de bons rivets fur le milieu de chaque rayon, de maniéré que dans l’entre-deux des rayons ce cercle foit un peu enfoncé, afin que la furface de deffous foit au niveau de celle des rayons.
- 22^. On paffe enfuite quatre forts crochets au-travers de quatre trous qui doivent être percés aux extrémités oppofées de quatre de ces rayons, dont la courbure h doit faillir par-delfus , & où ils doivent être retenus par de fortes tètes qui fe trouveront au-delfus : on paffe dans ces crochets les anneaux des bouts de deux fortes chaînes G G , qui vont fe croifer au point m , où elles font failles par un autre crochet F, dont la longue tige eft retenue par un boulon placé dans un œil au-deifus d’une bafcule deftinée à élever le chapaeu , & qu’il eft facile de fuppQfer ici, ainfi que l’autre petite grue deftinée à porter les points de liquation dans le fourneau, & à les y arranger commodément, au moyen dune corde dont on ne voit qu’une partie.
- 22Ê. La cage du^ chapeau étant ainfi affemblée , on a de la forte tôle, nommée tôk à porte-cochere, dont on couvre toute la furface du deffous de la cage, en l’attachant aux rayons avec de bons rivets placés de deux en deux pouces, au moyen de trous faits préalablement fur toute la longueur du cercle du milieu & des rayons ; il faut obferver que les tètes de ces rivets doivent être fabriquées de maniéré qu’elles {aillent d’un bon pouce par-deffous hors de la tôle : ces tètes ainfi baillantes , qui ne fe trouvent point affez marquées dans la figure, fervent à contenir le lut dont le chapeau doit être enduit;
- 6 comme on chafle ces rivets à force de coups de marteau qui applatiifent & écachent un peu l’extrémité de leurs têtes, c’eft ce qui les rend d’autant plus propres à I’ufage auquel ils font deftinés.
- 227. A mefure que l’on ajufte les feuilles de tôle fur les rayons de la cage, on doit avoir foin de les courber un peu , afin que le tout prenne la forme d’un fegment de fphere concave.
- 228. Le cafîin de coulée Y, fig. 1 & fig. 2. Le caftin dans lequel fe rend le plomb féparé du cuivre par la liquation & tombé dans le canal, eft formé de trois pierres , ayant chacune deux pieds de hauteur fur 22 pouces de largeur , & f â 6 pouces d’épaiffeur. Elles doivent être pofées de champ fur leur hauteur, & enterrées de fix bons pouces , enforte qu’elles forment une efpece de coffre B , D , N , P \fig. 2, qui faillira hors de terre de dix-huit pouces, & dont le delfus fe trouvera précifément de niveau avec le bas de la porte de la coulée; on remplit enfuite ce coffre de brafqucpefame,bien taffée & pilée jufqu’à ce que le tout foit d’une confiftance bien» dure& compâde , dans laquelle on creufe le eaflin Y, avec une efpece de couteau courbe, & auquel on donne
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- foi
- dix-huit à vingt pouces de diamètre, fur huit à neuf de profondeur, en le faifant un peu empiéter dans la retraite N, P, qui fait partie du coffre. Afin de procurer au canal une pente qui puiife déterminer le plomb à fe rendre tout de fuite dans le caiïïn à mefure qu’il abandonne le cuivre , fans féjourner dans le canal, on le garnit de brafque empilée & entaffée, de maniéré que cet enduit , fans aucune feinte ni gerçure, formant le foi du canal, foit à deux pouces de fon bord en Q_, h, fig. i , & aille en pente vers Qq , où il doit être à rfeuf pouces des bords du canal, & finit enfuite en baiifant vers la coulée T, où il doit joindre la brafque du caffm.
- Fabrique, de, laiton.
- 229. Pour les fourneaux propres à la fabrique du laiton, on peut indifféremment employer le charbon de terre , ainfi qu’il fe pratique dans le duché de Limbourg , à Stolberg , dans la Thuringe , à Namur , & à Baptift-Mills près de Briftol en Angleterre, où il fe fond chaque année jufqu’à trois cents tonnes de laiton (a).
- 230. M. de Genlfane a décrit dans le plus grand détail les fourneaux de ces différentes manufactures , & l’a éclairci par plusieurs planches. Toute cette partie elt bonne à confulter. Nous nous bornons ici à faire connaître une pratique particulière employée à Baptift- Mills , pour exalter la couleur du laiton , par une chauffe qu’on lui donne avant de le foumettre à faction des martinets : (b) le fourneau employé à cet ufage (c) , & quieftchauffé avec du charbon de terre , eft long & large de cinq pieds en quarré , de quatre pieds de hauteur, & voûté intérieurement; les parois ont un pied & demi d’épaiffeur ; furies côtés du fourneau & à la naiffance de la voûte , il y a deux trous par lefquels darde la flamme de la houille , & qui peuvent s’ouvrir ou fe fermer , félon que l’on a plus ou moins befoin de vent pour entretenir l’aôtion du feu. La chappe de ce fourneau qui a trois ou quatre pieds de long fur deux de large , elt construite de barres de fer de fonte de fix à fept doigts d’épaiffeur , & pôle fur des roulettes ; il y a encore d’autres barres de fer placées dans la longueur du fourneau , & recouvertes d’argille , fur lefquelles on arrange l’un fur l’autre & deux à deux
- (a) La tonne équivaut à 3900 livres pefant, ou dix-neuf quintaux & demi, Suivant le poids de Cologne. On doit obferver que la calamine d’Angleterre fe tire d’une mine de plomb, & qu’elle eft en grande partie chargée de ce métal , accompagnant conftamment la mine , & y étant adhérente.
- (b) Il eft peu d’endroits, félon M. de
- Genffane, où l’onfaffe du laiton d’aufti bonne qualité & aufii haut en couleur, qu’à Baptift-Mills.
- ( c ) Extrait de Swedemborg , traduit par feu M. Baron , de l’académie des Sciences , dans la defcription de l’art de convertir le cuivre rouge-ou cuiyre rofette en laiton ou cuivre jaune.
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- les creufets qui contiennent le laiton : ces creufets font recouverts de deux couvercles bien lûtes , & on les porte dans le fourneau par le moyen d’un levier ; il y a au-devant du fourneau une porte quarrée de fer , qui s’élève & s’abaiife avec une chaîne : on tient ainfi les creufets pendant deux ou trois heures à une chaleur égale & toujours la même.
- 231. On a vu dans un attelier considérable les cinders employés avec avantage par un orfevre i ( a ) il avait un fourneau à vent, au-delfus duquel était une cheminée pour établir un grand courant d’air } les creufets dont il fè fervait, étaient des .creufets d’Allemagne ordinaires, où il mettait l’argent. Dans un de ces fourneaux il plaçait fon creufet & rangeait des cinders tout autour, comme ailleurs on difpofe le charbon de bois ; l’opération eft un peu plus longue, parce que les cinders font un peu plus difficiles à allumer, mais ces braifes donnent un feu très-vif & une flamme peu différente de celle du charbon de bois ; d’ailleurs elles produiTent abfolument le même effet, & l’on enconfomme moins à proportion : on s’apperqoit très-peu de la différence du tems, fi l’on a phffieurs fontes fucceffives à faire.
- Plomberie.
- Fonte de plomb a Fintshire, principauté de Galles, dans un fourneau de rêverbere nommé cupol.
- 252. Ce fourneau d’ufage à Fintshire, principauté de Galles, eft le même que celui employé à Briftol pour la fonte de la mine de cuivre , & que nous avons décrit précédemment. Le minerai fe met fur un plan couvert d’une voûte ovale, quia lans doute fait donner à ce fourneau le nom de cupol, mais qui eft oblongue , & comme une cheminée couchée. Le foyer où fe mettent les charbons , eft à l’un des bouts de cette voûte ,avec qui il communique par une ouverture. Le métal fondu va fe rendre dans un creux qui eft à côté ; la maniéré dont s’opère cette fonte par le feul feu de la flamme qui ne touche point au charbon , s’entendra facilement au moyen du détail de la conftruclioii du fourneau & de l’opération , que Schlutter en a publié. ( b ) Sur le fol de maçonnerie, il y a un lit fort épais d’argille qui réfifte au feu , & fur lequel on forme un foyer avec du fable de mer & de la terre à pipes bien mêlés enfemble , pilés & hu-mecftés.
- 233. On trie la mine fur le lieu même de l’extra&ion ; on porte au bocard ce qui eft^lein de gangues pour en avoir le fchlich (c ), & l’on met le tout,
- (a) Voyages métallurgiques , dixième (c) Les Allemands appellent fchlich ou mémoire , page 212. clique le minerai en poudre, lavé & pré-
- ( b ) Tome II, chap. LX, page 3 5 3. paré de maniéré qu’on n’a plus qu’à le faire
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- fans être grillé, dans le fourneau par une efpece de trémie qui fe trouve dans fa voûte, & qu’on referme aufli - tôt qu’on a faic entrer le minéral, dont on met deux ou trois tonnes à la fois : la matière demeure dans ce fourneau depuis vingt jufqu’à trente heures fans fe fondre , ce qui lui donne le tems de fe griller ; lorfque cette quantité eft fondue , on la fait couler par une ouverture qui eft à l’un des côtés du fourneau , dans un baffin de réception formé avec du fable de mer, puis on remet de la mine dans le fourneau pour une autre fonte , ce qu’on continue tant que le fourneau peutfervir ( a ). On ajoute quelquefois de la chaux vive ou du fpath, ou d’une autre forte de pierre blanche qui fe trouve dans le pays , & dont on fe fert pour la tonte des mines d’argent & de cuivre , quand elles font difficiles à fondre ; parce que fans ces abforbans des foufres, toutes ces mines deviendraient fi pâteufes , que le métal ne pourrait jamais s’en féparer, & l’on eft même obligé dans quelques endroits de l’Angleterre d’ajouter de la ferraille pour faire couler le plomb de fa mine. Depuis quelques années (b) on fe fert d’un fondant qu’on nomme kole. (c) Ce fourneau de réverbere a une chauffe garnie d’une grille , fur laquelle on jette le charbon : le feu excité par l’air , qui entre fous cette grille par le cendrier , donne une flamme qui paffe de la chauffe dans le foyer , où l’on a étendu le minéral ; & comme la cheminée eft à l’autre extrémité de ce foyer, & vis-à-vis la bouche de la chauffe , cette flamme circule fous la voûte du fourneau , grille le minéral & le fond. On retire avec un fer une partie des fcories de cette fonte , le relie coule avec le plomb dans le baffin de fable ; on le leve de ce baffin pour le mouler en faumons ou culots de 250 à 300 livres. Communément $oo quintaux de mine rendent 300 quintaux de plomb bon à vendre.
- Fonte de La mine de plomb en Ecoffe, avec la tourbe & le charbon de terre.
- 234. Schlutter remarque (d) qu’il y a en Ecoffe trois fortes de mines de plomb; la première , nommée lump lead, qui eft prelque plomb pur (e);
- griller s’il en a befoin , & le porter au fourneau ; alors on lui joint les ioncians né-ceflaires, & on le mêle avec du charbon.
- (a) fi peut travailler plus d’un an de fuite fans être confidérablement endommagé.
- ( b ) En datant de l’année 1738, qui eft celle de la publication de l’ouvrage de Crif-tophe-André Schlutter, à Brunfwick, en 2 vol. in-fol. fous le titre: Tnfir uct ion fondamentale des fonderies & fontes,&c.
- ( c ) L’auteur, en parlant ici de cette fubftance, ne la fait connaître que d’une maniéré très-vague. C’eft,dit-il, une matière
- noire,légère, qui fe trouve avec le charbon de terre dans la province de Galles & dans la Cornouailles. A l’article où il traite de la fonte d’étain, dont nous dirons un mot, il ajoute que cette matière différé du charbon de terre ordinaire, en ce qu’elle a bien moins de foufre , & que l’huile qu’elle renferme eft moins inflammable , qu’elle a par co-nféquent moins de phlogiftique. Ces diifé-rens caractères fe rapportent allez au charbon kulm.
- (d) Chapitre LV, page 323.
- (e) La dénomination anglaife pourrait fe rendre par lé mot de mine en rognon-*
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- la fécondé , fwelling lead ou fmethom, eft la mine triée; la troifieme eft la mine pauvre (a). On ne fond point la première ni la fécondé ; on les vend aux potiers de terre pour vernir leurs poteries (b). L’écrivan qui nous fournit la matière de toute cette métallurgie au feu du charbon de terre, a appris (c) de deux feigneurs Eçolfais, qui faifaient travailler eux-mèmes aux mines de ce pays, que ces fourneaux font de fer fondu, dont les pièces font ajuftées enfemble; que leur profondeur horizontale eft de 20 pouces fur if de largeur, & qu’ils ont 2 pieds de haut; qu’il y a au bas du fourneau une plaque de fer qui penche un peu vers le devant ; que cette plaque a une efpece de rainure creufe, qui fert à faire couler le plomb dans un pot de fer que l’on met devant, & d’où on le puife pour le verfer dans des lin-gotieres; enfin, que les foufflets font placés derrière ces fourneaux, comme le font ceux du Hartz.
- 23 f. Comme on 11’emploie pas de brafque (d) à. préparer ce fourneau, on y met une plaque de fer qui a une rainure en forme de tracev pour faire couler le plomb fondu dans un pot de fer, fous lequel il y a toujours du feu. Pour fondre le minéral, on le mêle avec de la chaux. En huit heures on fait paifer par ce fourneau environ vingt quintaux de minéral, qui rendent dix à douze quintaux de plomb : on tire ce plomb du pot de terre pour le couler en petits faumons, & le vendre.
- Affinage du plomb en Angleterre.
- 2?6. L’affinage du plomb, c’eft-à-dire, la féparation de l’argent qu’il renferme, a paifé par dilférens degrés de perfection, avant de parvenir à celui où il eft aujourd’hui. Par la méthode qui eft encore en ufage dans toute l’Allemagne , & qu’on appelle en conféquence affinage à Callemande, ou affinage fous le chapeau, on réuflit à diminuer beaucoup la perte du plomb occasionnée par l’affinage fous bûche ; mais cette perte ne lailfe pas encore que d’être confidérable Ce). Cet inconvénient & la difette de bois , ont fait imaginer aux Anglais des coupelles qui fe chauffent avec du charbon de terre
- (u) On appelle mines pauvres celles de charbon de terre en poudre, quelque-qui contiennent trop peu de métal, ou qui fois mêlé avec de Pargiile, & diftinguée font ré{raétaires. alors de la première , appellée brafque le-
- ( b ) C’vft vraifemblablement la galene gere, par le nom de brafque peTante. ou mine de plomb en cubes, qui eft la mine ( e) M. de Genflane a vu des affinages de plomb la plus ordinaire, appellée dans faits de cette maniéré, où la perte du plomb le commerce alquifouîx. a été jufqu’à 32 pour 100 ; & l’on regarde
- (c) Tome I, chap. X, paragr. 17 , page ces fortes d’opérations comme très-bien
- 98, & chap. LV, page 32ç. faites ,lorfque cette perte ne va qu’à 2*
- (d) Couche de frafin féçhé, c’eft-à-dire, pour ioof
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- dans des fourneaux, fur le fond defquels elles font adaptées (a). La flamme roule par-deffus le plomb & la coupelle : afin de refroidir & de changer en litharge le plomb qui, comme les autres métaux imparfaits , ne peut point fe vitrifier fans le contad de l’air, les foufflets foufflent en croix fur le plomb : ce moyen réuffit d’autant que dans le fourneau qui fut imaginé, le plomb fe convertit prefqu’entiérement en litharge, & qu’il s’en imbibe très-peu dans la cendrée, & que l’affinage y dure beaucoup moins. M. de Genifane donne les proportions de cette efpece de fourneau, & la maniéré de le conftruire (é) ; mais il eft compofé d’un grand nombre de parties auxquelles on 11e finirait trop faire attention en le conftruifant; néanmoins M. de Genifane eftime qu’elles ne nuifent en rien à fia fimplicité, étant toutes à demeure, excepté la coupelle.
- 237. Nous nous en tiendrons ici à la defcription tirée de l’ouvrage de Schlutter (c). Le fourneau dont on fe fert ordinairement, & tel qu’il avait été confinait à Pompean en Bretagne, a 5 pieds de face, fur 4 pieds & demi de hauteur-, & 6 pieds de longueur, à prendre du côté par lequel la litharge coule. La profondeur de la chauffe eft de 4 pieds en terre, & de trois pieds au-deffus de la terre : dans le milieu, à 2 pieds & demi d’élévation de terre, eft la porte par laquelle on met le charbon. Cette porte a 16 pouces d’em-brafure, réduite à g pouces en quarré en-dedans de la chauffe. Le foyer a 18 pouces de large & 2 pieds de long : il a un pied de hauteur au-delfus des barres, formant la grille, jufqu’à l’iffue ou îbrtie de la flamme. Cette iffue de la flamme qui réverbere fur la coupelle, eft de 18 pouces d’ouverture en - dedans de 7 pouces de hauteur, réduite à 4 pouces en - dedans , fur 22 pouces de largeur auffi en-dedans. L’efpace dans lequel on difpofe la coupelle fur deux barres de fer enclavées dans les murs du fourneau , eft de 2 pieds & demi de large, fur 21 pouces de hauteur ; de façon que la coupelle doit être de 3 pieds 2 pouces en (à plus grande partie ovale, & de f pieds 5 pouces en fa plus petite. Il y a au-deffus de l’efpace de la coupelle, deux trous de 4 pouces chacun en largeur, fur 2 pouces & demi de hauteur, au niveau de l’iffue de la flamme j c’eft par ces deux trous que la flamme eft portée dans la cheminée du fourneau. Le tuyau de la cheminée, de dedans en dedans, eft d’un pied quarré, & en-dehors, de f pieds quarrés de maffe : la porte par laquelle s’écoule la litharge, a 16 pouces d’embrafure en-dehors ,
- (a) Cette coupelle étant mobile, il eft (b) De la conftrucftion d’un fourneau à propos , comme le remarque M. de Genf- de coupelle, propre à féparer l’argent du fane, d’en avoir toujours au moins deux, plomb par le feu de charbon de terre, afin que fi pendant le travail il arrivait quel- 'tome V, chap. VIII, page 198. qu’accident à l’une , on puiffe lui en fubfti- (c) Tome I, chapitre IV, page 96. tuer une autre.
- Tome XVIL
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- DU CHARBON DE TERRE
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- réduite à 8 pouces en - dedans , fur 7 pouces de hauteur : au-deffus de cette porte, eft une iifue pour la fumée & pour les,foufres du charbon, chaffés par le vent du foufflet dans une petite cheminée d’un pied de diamètre en-dedans. Ce petit tuyau communique à celui de la mafle , par une ouverture qui y eft pratiquée à 8 pieds de hauteur de terre : derrière ce fourneau , •font d’un côté l’entrée du foufflet, & de l’autre l’entrée du plomb en barres que l’on met à l’affinage ; ces ouvertures ont chacune 6 pouces en quarré en - dedans ; celle du plomb a 2 pieds & demi d’embrafure à prendre au milieu. Tous les murs de ce fourneau ont 16 pouces d’épaiffeur; ils font faits de briques du pays en-dehors , & en-dedans de briques que les Anglais qui travaillaient à Pompean faifaient venir de Windfor.
- Affinage de plomb en Ecoffie, par le feu du charbon de terre.
- 238- On fond beaucoup de plomb en Ecoffe; mais on en affine peu, parce qu’il n’eft pas riche en argent ; d’ailleurs le bois, & par conféquent les cendres y manquent : quand néanmoins on y trouve du plomb affez riche pour être regardé comme œuvre (a), on l’affine au feu de charbon de terre, par la ;même méthode qui eft ufitée en Angleterre. Le teft ou fond de la coupelle, uniquement fait de cendres d’os fans autre mélange, n’a, félon Schîutter (b) , que deux pieds de long, fur un pied & demi de large; il eft couvert d’un chapeau de fer fondu, placé fur le fourneau, qui eft auffi de métal. O11 met delfus feize quintaux d’œuvre, mais peu à peu : le feu fe fait avec du charbon de terre qu’on jette fur la grille d’une chauffe ou réverbère qui eft à côté, & la flamme de ce charbon eft forcée de circuler très-bas fur l’œuvre en bain.
- 239. M. Hellot remarque que, dans quelques fonderies de France, ou affine de même avec le charbon de terre ; mais que ce foffile donne une flamme ft fulfureufe, qu’elle détruit toujours un peu d’argent ; il ajoute que l’avantage de la flamme par la coupelle anglaife , par rapport à la célérité, fur la coupelle allemande, eft compenfé en ce que la litharge qu’on en obtient, tient quelquefois jufqu’à f & 6 gros d’argent, au lieu que celle du Hartz n’en tient que 11 ou 12 grains.
- (a) Quand le plomb a été fondu avec laquelle le plomb qui découle du fourneau , le cuivré dans le fourneau , les deux métaux & qui a fervi à dégager l’argent contenu que l’on obtient de ce mélange , fe nom- dans le cuivre noir, s’appelle particuliérement œuvre, dont on fait enfuite la fépara- ment plomb d’œuvre, tion par un procédé nommé liquation, dans ( b ) Tome II, chap. LXXI, page 397,
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- Refonte de la litharge fraîche ( a ) en plomb , en Ecojfe.
- 240. La qualité de la mine de plomb de ce pays, qui eft pauvre en argent, y rend très-rare l’opération dont il s’agit, qui ne doit fe faire en général que quand la litharge (b) ne peut fe vendre, ou être employée à des fontes de mines ; cependant, lorfqu’on a amafle aflez de litharge pour la revivifier en plomb , ^chlutter rapporte (c) qu’on fe fert des fourneaux de fer fondu dont il a parlé, page 1233 l’on fait le feu avec des coaks, qui ne donnent plus du tout de flamme ; le plomb coule du fourneau dans un pot de fer placé devant, & qu’on chauffe avec du charbon de terre ordinaire : on le leve avec une cuiller pour le mettre en faumons.
- Calcination du plomb.
- 241. Cette préparation qui fe fait lentement & par la réverbération, & dont réfulte une chaux de plomb colorée en rouge mêlé de teinte jaune, connue fous le nom de minium, ne s’exécute guere en grand que dans les manufactures de Hollande. Dans le comté de Derbishire en Angleterre, le minium fe fait au feu de charbon de terre.
- Fonte de C étain.
- 242. La mine d’étain qui fe trouve en Cornouailles, eft d’une efpece qui 11’eft connue en Angleterre que dans cette province , à Schlakemberg, à Cinn-valdt en Boheme, à Ehrenfriederfdorf en Saxe ( d ) près d’Altemberg. On la nomme pierre d'étain (y) , & on la diftingue dans le pays en étain aigre & dur ,
- (a) A Freyberg en haute-Saxe, on diftingue la litharge en quatre fortes, la noire qui vient après les crafles, la rouge & la jaune qui fe mettent à part pour être vendues, & la verte non friable & en gros morceaux; c’eft cette derniere qui ailleurs eft appellée litharge fraîche.
- (b) Minium poufleà un degré de feu plus vif que la chaux de plomb , le malficot & le minium proprement dit.
- ( c ) Tome II, chap. LXXVIII, page 412. ( d ) On peut voir dans le neuvième mémoire de l’ouvrage de M. Frédéric Zimmermann, une defeription de l’état de cette mine de Saxe en 1746, par M. Jean Gotlob
- Bluhr, directeur des mines.
- ( e ) Ou étain miner alifé dans la pierre, & qu’il ne faut pas confondre avec la mine purifiée, à laquelle on donne le nom de pierre d'étainc’eft ce que Vallerius nomme minera Jianni faxofa , vulgaris ; lapides Jlanniferi ,• ftannum ferro £«? arfenico mû neralifatum , minera lapidea , lapidibus fmplicionbus fimili : Jlannum amorphuni petra\varia vefiitum.'W OLT. Zinn-Spath, Zinn-Graub. Germanor. Elle n’a point de figure déterminée, & reflemble à une pierre ordinaire : elle eft pefante, devient rouge au feu, & y exhale une odeur arfénicale.
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- & en étain doux , riche ou pauvre .* quelquefois elle efl: feule, quelquefois elle eft; mêlée avec de la mine cryftallifée (a) ; d’autres fois en filons rangés par couches , & en flok-werk -, enfin quelquefois en grenailles parmi le fable. En même tems que le feu de charbon de terre efl: employé à la fonte de l’étain en Cornouailles, on fe fert encore de ce foffile en poudre, afin de lui donner du phlogiftique ; mais ce n’eft point le charbon de terre ordinaire, qui avec le. phlogiftique qu’on cherche à ajouter à l’étain , communiquerait tout le foufre qu’il renferme, au minerai fur lequel on le jeterait. On préféré pour cela le charbon kulm, au charbon ordinaire & au flux noir (Æ), en même quantité de ce dernier.
- 243. M. Hellot, dans le premier volume de latradu&ion de Schlutter (c) , rapporte qu’à la monnoie de Lyon, pour aider la calcination de l’étain dans la coupelle , M. Grolfe jetait fur ce vaiffeau un mélange de charbon de terre & defalpêtre. Ce mélange qui y détonnait, augmentait de beaucoup l’a&ion du feu à la fuperficie, pendant que le fer contenu dans le charhon de terre fe joignait à l’étain qui fe trouvait mêlé au plomb , fe calcinait avec lui, le divifait, & facilitait par conféquent l’aélion du feu fur ce métal. Ce moyen, ajoute l’écrivain, réufliifait fort bien.
- Fourneau propofé par M. de Genffane, pour fondre toutes fortes de mines par le ftu du charbon de terre, (d')
- 244. Ce fourneau, propre fur-tout pour certaines mines de cuivre ferru-gineufes & réfradaires, eft: un fourneau mixte, faifant à la fois les fondions
- (a) Stannum polyedrum , irregidare, plerumque nigrum. Wolt. Stannum mine-ralifatum ponderofum, cryjiallis arête ag-gregatis compoftum. CARTHEUSER. Minera cryfiallorumJlanni. Stannumferro arfenico mineralifatwn, minera irrtgulari, cry ftaüis mineralibus Jlanni minimis ac lapide compofta. Waller. Zuitter Germa-norum.
- ( b ) Le flux qui s’emploie dans la plupart des efTais, eft compofé de deux parties de tartre & une partie de falpêtre. On les pile chacun à part;on les paffe par le tamis,puis -on les mêle énfemble, & on les garde dans une boîte pour l’ufage ; c’eft ce qu’on nomme flux crud ou flux blanc. La plupart des eiïayeurs de mines font fulminer ce mélange; & alors, comme le tartre fe réduit en char-
- bon pendant la fulmination, on le nomme flux noir. Ce tartre qui n’a pu être alka-lifé, renferme un phlogiftique qui abforbe une partie du produit. M. Cramer recommande de le faire à mefure qu’on en a befoin , parce qu’il ne vaut rien lorfqu’il a prisdeFhumidité ; mais M. Hellot a obfervé qu’en le tenant dans un lieu fec & dans de» bouteilles bien bouchées , il eft encore très-bon au bout de deux ans. Au refte, fi avant de l’employer on s’apperqoit qu’il eft humide , il fuffit de le faire fécher dans une cuiller de fer. Schlutter préféré le flux crud au flux noir dans les effais des mines.
- ( c ) Tome XI, page 216.
- (d) Tomel, chap. X, page 236, & chap. XI; page 256.
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- ET DE SES MINES. Partie IL
- d’un fourneau à manche & d’un fourneau de réverbere. A l’égard des mines de fer, il eftime qu’il conviendra d’augmenter un peu les proportions , fur-tout celles du callin, qui dans ces cas doit contenir alfez de métal pour former une gueufe médiocre (a). L’auteur avertit, en donnant la defcription de ce fourneau , que fes effets ne pourront être connus que lorfqu’il aura été exécuté en grand, & il a foin de prévenir qu’il 11’en a pas l’occafion. (E)
- Séparation du bifmuth, de, ! antimoine, du mercure , de leurs minerais , par le feu du charbon de terre.
- 24f. Selon M. de Genffane, ces trois demi-métaux n’exigent point de grandes précautions pour leur fonte, il ne s’agit que de la conftruétion de fourneaux propres aux manipulations qui leur conviennent. Pour ce qui eft du bifrnuth (c), il eft d’ufage de le fondre fur bûche, ainfi que lantimoine , à peu près de la même maniéré qu’on calcine les autres mines. M. de Genffane eftime que cette opération peut fe faire très-commodément au fourneau de réverbere, par le feu de charbon de terre 5 il juge même qu’011 aura alors l’avantage d’avoir le régule de Speifs, très-propre & féparé de toute hétérogénéité (d). Il confeille pour cette opération , le même fourneau qu’il a décrit pour la fonte des mines de plomb, avec quelque différence feulement dans la conduite du travail (e). Il finit cependant par prévenir qu’il n’a point vu exécuter cette fonte en grand ; mais que, comme ce qu’il propofe eft la même méchanique du tejl fous la moufle où la chofe reuiïit, il préfume qu’elle doit avoir le même fuccès dans le fourneau de réverbere.
- 246. Quelque fîmple que fait la méthode ufitée en Hongrie pour fondre l’antimoineper defcenfum & à vaiffeaux fermés, elle n’eft point praticable avec le
- (a) On appelle gueufe un gros lingot du feu, & de fon aftion fur le minerai, de fer, qui ordinairement eft de 18 à 22 page 99.
- pieds de longueur, fuivant le produit du (c) Connu fous le nom d'étain de glace. fourneau , ou fuivant que le local le per- (d) Matte, matière très-aigre, particu-met, & environ de içoo à 2400 pefant. liere au cobalt, & fur-tout au bifmuth, re-
- ( b ' M. Grignon juge très-poffible de fe gardee par M. de Genffane comme un véri. fervir avec fuccès de réverbere pour la fonte table régule de cobolt,& en ayant toutes du fer, en combinant le minerai avec du char- les propriétés : certaines mines de plomb, bon de bois, pour lui donner du phlogifti- félon lui, donnent à la fonte une matte de que,& lui appliquer le feu de charbon de cette efpece , qui fe forme au-deffus du terre. En faifant l’éloge du travail de M. de plomb, après qu’on en a fait la coulée: les Genffane fur cet objet, il penfe que ce,four- fondeurs d’Alface le diftinguent fous le nom neau a befoin d’être perfectionné, afin que de porc.
- le minerai ne tombe pas crud dans la fonte ( e ) Tome II, chap. XXXIII, page 364. en bain. Chap. I, fect. II, du développement .
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- feu de charbon de terre. M. de Genflane a imaginé d y fuppléer par un fourneau à chapeau , dont il détaille la conftru&ion dans ion ouvrage. ( a ) Quatre ou cinq heures d’un feu vif & continuel doivent fuffire, félon l’auteur, pour faire rougir les creufets & fondre le minéral : il n’a point vu ces fortes de fontes en grand. Le fourneau imaginé par le même auteur pour la féparation du mercure avec le feu de charbon de terre ( b ) , eft de toute néceflité fort compofè , par rapport à l’extrême volatilité du minéral qu’il s’agit d’v travailler. Quoique M. de Genflane le juge exempt de défauts , & très-propre à l’ufage auquel il le def-tine , foit qu’on veuille employer le feu de bois, foit qu’on veuille employer le feu de charbon de terre, il s’en rapporte au jugement des connailfeurs & à l’expérience.
- Opérations fur les calamines.
- 247. Les calamines ou mines de zinc, ainfi que quelques mines arfénicales, font aflez fréquemment riches en or & en argent pour mériter les frais de leur exploitation , fans avoir égard aux autres produits qu’on en obtient ordinairement ; mais on y réulïit rarement par la méthode ordinaire. M. de Genflane a publié ( c ) la defcription d’un fourneau propre aux calcinations que demande ce traitement, par le feu de charbon de bois, & encore mieux par le feu de charbon de terre.
- Extraction du foufre des pyrites, & des autres matières qui le recèlent.
- 248. M. de Genflane croit qu’il ferait poflible de fe fervir utilement, en ob-fervant les mêmes manipulations, du fourneau dont il a donné la defcription pour les mines arfénicales } les feules différences à apporter, félon lüi, conliC. tent à ( d') conduire le feu avec ménagement, attendu que dans cette opération il fuffit que les creufets foient maintenus légèrement rouges ; & qu’au lieu de récipient fait avec de la terre à creufets , on y en emploie de grès ou de terre ordinaire , afin que pendant le travail on foit à même de les remplir d’eau au tiers j ce qui ne pourrait pas être s’ils étaient de terre à creufet.
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- Du charbon de terre, comme combuflible , propre à chauffer foit fours, fait fourneaux d chaudière pour ans & manufactures.
- 249. Il eft bien prouvé par le fait, qu’avec le feu de houille on peut fondre les métaux , jufques là même que l’acftivité de fa chaleur les brûle & les détruit; 'On ne conteftera pas fans doute qu’il foit également propre, fauf les conftruc-
- ' (d) Tome II , chap. XXXVI, page 416. ff_ ( c ) Tome TI, chap. XXXVII, p. 431. (û) Tome II, chap. XXXV, page 390. n (d) Voyez tome II, chip..XXXVIII.
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- tions particulières des fourneaux, à cuire des terres, à calciner des pierres , à fondre des Tels , à faire bouillir promptement les plus grandes chaudières. Cette reconftruétion de fourneaux , variée félon les düférens objets auxquels on voudrait appliquer le feu de houille, le défaut d’habitude ou d’expérience pour conduire le feu , ne peuvent en rien contrebalancer les avantages d’un combufti-ble auquel il ne manque aucune des conditions requifes pour remplacer le bois avec fuccès : les fours & fourneaux appropriés à cet ufage par leur conftruction , font plus commodes , moins embarraflans que ceux dans lefquels on brûle du bois. On y retrouve bientôt, par l’épargne fur l’entretien du feu, un dédommagement marqué de la dépenfe de cette reconftruétion.
- 25'C). L’économie, cet article de conféquence dans toute efpece d’éta-bliflement, le fait fentir du premier inftant qu’on sapprovisionne de charbon de terre, au lieu du combuftible ordinaire ; elle eft fenfible par la comparaifon aifée à faire, foit de la différence des frais de main-d’œuvre néceifaire pour préparer le bois, foit de la différence du local pour ferrer le charbon de terre, qui n’a pas befoin d’autant d’efpace : par la diminution qui s’enfuit du loyer des magafins , dont on pourrait même, dans les endroits peu éloignés de la mine, fe paifer en fe pourvoyant fuccellivement & à mefure aux entrepôts de mines : enfin, au gain fur le capital ordinairement confidérable , deftiné à l’achat du bois , il eft raifonnable d’ajouter les moindres rifques d’incendie.
- 251. En fe retraçant à l’idée les variétés nombreufes que l’on peut apper-cevoir dans les charbons de terre de différens pays, les différens degrés de chaleur dont les uns & les autres font fufceptibles au feu , & qui à cet égard four-niffent peut-être plus de relfource que les charbons de bois ; en fe rappellant la même variété remarquable dans les braifes qu’on peut en préparer ; 011 entrevoit d’abord qu’il pourrait encore y avoir moins de difficulté que pour le bois, à connaître par l’ufage , la qualité ou la quantité convenable à employer, ou de charbon de terre brut, ou du même réduit en braifes , pour produire & pour entretenir la chaleur au degré capable d’exécuter les différentes opérations qu’on fe propoferait, depuis celles qui demandent le feu le plus vif, jufqu’à celles qui demandent la chaleur la plus douce : 011 reconnaîtra en un mot, qu’il n’eft pas plus difficile de mettre à profit le feu de charbon de terre , que celui de bois , de graduer à volonté l’effet des fours & des fourneaux dans lefquels on embrafe ce fofîile.
- 2f 2. Il eft donc de toute inutilité de s’arrêter ici à aucune des objections que l’on voudrait alléguer contre l’introduction de ce combuftible dans les grands atteliers s'ces objections font moins des difficultés pertinentes & réelles , que de fimples prétextes, tels qu’en fuggere tous les jours, ou une indifférence mal entendue , quand il s’agit des plus légères améliorations , ou un afferviilêment aveugle à l’autorité de l’ufage & de l’habitude : heureufe^
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- ment ces motifs d’oppolition, fondés uniquement fur un manque de réflexion , ne rendent pas tous les hommes fourds à la raifon. Pour s’y rendre, il fuffirait prefque de confidérer les endroits où le combuftible, quel qu’il foit, eft à un prix médiocre & à portée des manufactures ; celles qui fe trouvent dans cette pofition , font celles qui fleuriffent le plus.
- 2f3* L’accroissement fucceffif du commerce intérieur de l’Angleterre dans les provinces feptentrionales, n’a d’autre origine que ces deux circonf-tances ; les feules manufactures auxquelles le bon marché & l’abondance du charbon de terre, à Liege & à Newcaftle, ont donné naiffance, ne peuvent fe compter. On a vu qu’en France, le Forez, l’Auvergne , le Bourbonnais & d’autres provinces tirent les plus grands avantages de cette production: mous avons fait connaître à chaque endroit où il s’en trouve , foit en pays étranger , foit dans l’étendue du royaume , les ufages particuliers auxquels on l’applique. Nous nous propofons ici de réduire dans une efpece de tableau général, les arts les plus importans auxquels on applique ce combuftible, & ceux auxquels on commence dans quelques endroits à étendre fou ufage. Nous éclaircirons en même tems la pratique de quelques - uns de ces arts, auxquels le charbon de terre eft connu avantageux. Nous nous bornerons à renfermer l’ordre que nous fuivrons, dans la divifion générale de fours & de fourneaux à chaudières (a) ; nous finirons par le chauffage.
- - Fours & fourneaux de cuifage, pour calciner des terres & des pierres.
- 2?4. Fours à chaux. La chaux fe cuit, en général, dans des fours cylindriques avec toutes fortes de bois, même avec différentes fortes de broffail-les ; mais cette cuite réuflit mieux avec les bois tendres , autrement nommés bois blancs, qui, lorfqu’ils font bien fecs, font beaucoup de flamme claire & un feu ardent.
- Les perfonnes qui ont voyagé dans la Weftphalie, la Hollande, la Flandre, le Hainaut, l’Artois, & quantité d’autres endroits , n’ignorent pas que l’on peut très-bien, pour cette cuite & pour celle des tuiles & de la brique, fe fervir de charbon de terre. Ce foffile donne même un feu plus propre
- ( a ) La troifieme partie des Injlruliions damentaux de l’architeélure de ces fours , fur rufage de la houille, par M. Venel, roule ch. IV, page ; 40. Ces développemens étaient particuliérement fur les opérations des dif- néceffaires dans un ouvrage entrepris par férens arts qui s’exécutent dans des chau- M. Venel, qui avait pour but de faire adop-dieres fixes ou placées à demeure fur des ter dans le Languedoc l’ufage du feu de fourneaux parfaits ou complets; il eft entré houille, aufli univerfellement qu’il eft pof-fur tous les objets dans les plus grands dé- fible, tails, & les a accompagnés des prinçipes fon-
- que
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- que celui de bois, à s’étendre également dans tout le cercle du four: ce qui eft à defirer pour cette opération, & eft encore par-là beaucoup plus favorable à la calcination de la pierre. Philibert de Lorme l’eftime auffi bien fupé-rieur au bois pour cuire la chaux ; félon cet écrivain, il vaut beaucoup mieux , parce que non-feulement il rend la chaux beaucoup plus gralfe & plus ondueufe, mais encore parce qu’elle eft plus tôt cuite. Au furplus, il n’y a. rien à oppofer à l’expérience confiante des pays qui font à portée d’avoir du charbon de terre, & où de toute ancienneté les chaufourniers s’en fervent de préférence au bois. Nous n’avons ici à confidérer l’opération de ces ouvriers, que relativement à cet article.
- ZS6. C’est , en général, le charbon menu & de la plus baffe qualité qu’on emploie à cet ufage dans plufieurs endroits ; on le défigne en conféquence, la plupart du teins, par des noms relatifs à cette propriété. En Auvergne, les ouvriers l’appellent chau(fi% ; ailleurs, charbon de chaux ou pour cidre la chaux ; les Anglais, lime-coal. (a)
- 2 y7. M. Bomare prétend même que ce n’eft qu’un poufîier noirâtre, luifànt, d’un grain très-ferme & groffier , qui fe trouve directement fur la couche du bon charbon (£). Les Chinois l’emploient en mortier fous le nom de chaux noire avec la chaux blanche ( c ). Dans quelques pays , le choix du charbon de terre pour les chaufours , porte-fur les charbons les plus légers, les plus mois, les plus friables, qui s’allument plus difficilement, parce qu’ils font terreux en plus grande partie, & pris dans l’efpece appellée par les Allemands tach- kohlen, charbons du toit.
- 2y8- Les Allemands regardent comme excellent pour cuire la chaux, le charbon qu’ils nomment charbon fulfureux, ( parce qu’il n’eft point bitumineux , mais allié avec beaucoup de pyrites ) comme celui de Gibunftern , à demi-lieue de Hall, & celui de Lay en Beaujollois (d). Au contraire, dans
- ( a) Je n’ai pu avoir aucune forte de ren-feignement fur l’efpece employée uniquement à cuire la chaux en Irlande, & que l’on nomme peigne. Gérard de Boate n’en dit rien dans la fection IV du chapitre XX de fon Hijloire naturelle d'Irlande, où il parle de la maniéré d’y faire la chaux dans des fours formés en cône ou en quarré, comme les fourneaux à fondre la mine de fer. L’ef-pece de pierre, félon cet auteur, très-commune en Irlande, fur-tout dans les provinces de Munfter & de Connaugt, eft grife, tirant fur le bleu brun, & donne quand on la cafte une poufftere blanche ; elle eft peu enfoncée Tome XVII.
- en terre, & quelquefois placée abfolumen* à la fuperficie.
- ( h ) Mémoires des favans étrangers, tome
- II ? page 2 s1 • (
- ( c ) En décrivant les étuves chinoifes chauffées avec le charbon de terre, il fera parlé de ce ciment, dont la cendrée de Tour-nay eft une imitation imparfaite.
- ( d) C’eft un charbon de l’efpece corîi-mune en Cumberland, & dans les montagnes d’Alftonmoor, où on l’appelle crow coal. M. Jars remarque qu’il eft fans bitume, qu’il conferve fa chaleur, & ne donne point de fumée, d’où il eft aftez bon pour chauffer les
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- les fours à chaux près Saint-Loup, aux environs de Bains en Lorraine, où l’on chaufFe les fours à chaux avec la houille de Champagne, celle qui eft très-pyriteufe, eft réputée la moins propre à cette opération, parce que le fou-fre qu’elle contient diminue la qualité & la quantité de la chaux. Le charbon de terre vers Laudun, dans le diocefe d’Uzès, employé aux fours à chaux, n’eft réputé guere propre qu’à cet ufage, parce qu’il a le défaut d’ètre trop bitumineux, & qu’il a beaucoup d’odeur ; il eh eft de même du charbon qui s’exploite auprès du Pont-Saint-Efprit. (a)
- ifÿ. La différence marquée dans les qualités de charbon de terre employé en divers endroits à cette fabrication, femblerait d’abord impliquer une contradi&ion évidente ÿ mais cela ne tient qu’à la différence, ou des pierres avec lefquelles on fait la chaux, & qui demandent des charbons en plus grande ou en plus petite quantité (b), & fufceptibles de degrés particuliers de chaleur , ou à la différence de l’bpération, c’eft-fc-dire , du four de cuifage , difpofé & arrangé félon qu’on fe fert d’un feu plus ou moins flambant, qui exige un foyer, ou félon que l’on fait ufage d’un petit feu, & pour lequel les matières combuftibles doivent être ftratifiées avec les pierres.
- 260. Quant aux différentes matières, ou pierres propres à faire' de ta chaux, les naturaliftes.favent qu’elles peuvent être renfermées dans deux claf-fes :les unes, tels que toutes les albâtres, tous les marbres, les fpaths, font
- appartenions. Les couches de ce charbon: particularité eft tout-à-fait neuve pour moi, ont tout au plus un pied d’épaiffeur, ce qui & me donne tout fujet de préfumer que-fait qu’elles ne méritent pas d’être exploi- c’eftdu charbon de bois ^tourbe ou holtz tées en réglé: plufieurs perfonnes en tirent' kohlen.
- de trois couches différentes pour leur ufage ( b ) Dans quelques endroits on eftime & cour cuire la chaux. M. Briffon, cité par que pour la pierre dure ou pour la pierre M. Alleon du Lac, dans fon ouvrage, a pu- tendre, il faut indiftinétement un quart ou blié en 1771, des mémoires très-circonftan- 54 pieds de houille par toife de chaux, ciés fur la province de Beaujollois, qui lui M. Fourcroy a reconnu que certaines pierres eft parfaitement connue; il n’y fait mention exigeaient jufqu’au tiers de leur cube de que de cette mine deLay, tout avoifinant houille, & que d’autres n’en demandaient Saint-Symphorien, qui n’en eft pas éloigné qu’un fixieme, quoique ces deux extrêmes d’un quart de lieue : ainfi celle de Saînt-Cyr lui aient paru rares. La proportion réduite-le Chatoux deRegny, qui eft du Lyonnais, entre la pierre dure & la houille néceffaire-& non du Beaujollois, & de Montagny, pour la convertir en chaux, dans les tems doivent être fupprimées de cet article. ’ calmes, eft à peu près, félon cet auteur,.
- (û) Jenepuismedifpenfer defairecon- de 60 à 6ç pieds cubes de houille par toife naître ici le doute que j’ai fur la nature de cube de pierre du toife des carrières. Les ce charbon. M. de Genffane dit qu’il fe chaufourniers .d’Alals & de Nifmes dans le trouve affez fréquemment dans fes veines Languedoc, prétendent qu’il faut environ de très - beaux morceaux de fuccin ; il y en dix-huit livrés’delà plus mauvaife houille a de fi pur & fi tranfparent, qu’à l’odeur pour chaque quintal de chaux, près on le prendrait pour de l’ambre : cette
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- plus compares, font auffi plus dures à calciner : les autres, telles que celles dont on fait la chaux ordinaire aux environs de Paris , ou qui font pierres à plâtre, contiennent moins de parties capables d’être enlevées par le feu. Il s’en trouve pourtant de ces pierres tendres qui refirent fort à la calcination, lorfqu’elles font reftées long-tems expofées à l’air, & fur-tout au foleil, ou roulées par les eaux, & arrondies par les frottemens ; ces dernieres en particulier lont bien moins favorables pour une calcination égale, que les pierres en moellons, caifées irrégulièrement (a), & l’on fent qu’en général les pierres tendres confo'mment moins de houille, & diminuent dans le cuifage beaucoup plus que les pierres dures.
- 2,6 t. La facilité plus ou moins grande que certaines pierres ont à être calcinées, lailfe à juger que la houille capable de donner le feu le plus adif, le plus vif, n’eft point contraire au fuccès de la cuite de la chaux pour quelques pierres, & qu’elle convient même à plusieurs d’entr’elles. Il y aurait donc de la mal-adrelfe ou de l’ineptie à s’attacher uniquement à un ufage local, qui peut être bon pour la pierre employée dans un canton en particulier. Le choix de la houille pour cette opération, doit dépendre eifentiel-lement, ou du volume confervé au moellon, ou de la qualité de la pierre à réduire en chaux, dont l’une exigera de la groife houille, donnant un feu de flamme grande, vive & claire, principalement quand on emploie du bois , des broflailles, des bruyères, & dont l’autre demandera un feu beaucoup moins flambant, quand le combuftible eft interpofé couche par couche dans le corps de la charge. (F)
- 2,62. Ainsi, quoiqu’il n’y ait pas grande induftrie dans l’art du chaufournier, & que dans les fours de forme conique l’opération ne foit point aftreinte à une grande préciiion pour fes degrés de chaleur , la connaiflance de la pierre du canton où l’on veut établir des fours pour la réduire en chaux, n’eft cependant pas, à beaucoup près, indifférente. Il exifte, félon toute apparence , entre cette connaiflance & la qualité de la houille à préférer, ou même la conftruction du four de cuifage, un rapport qui peut fervir de guide au chaufournier, foit que l’on veuille donner au four à petit feu la forme eu
- Ça) Les pierres quife cuifentau défaut de toute autre efpece dans les fours à chaux, des bords du Rhône au-deflous de Lyon, & qu’on y appelle improprement^ïz-lets ou cailloux, par rapport à leur forme accidentelle, ne font que des pierres calcaires choifies fur le rivage du fleuve. M. de la Tourette, correfpondant de l’académie, dans fon Voyage au Mont-Pilat, page 49, a donné fur ces pierres, qu’il a reconnu
- n’être autre chofe que des fragmens de marbre ou de pierre à chaux, une note très-intéreffante, bonne à rapprocher de celle de M. Seillier, Art du chaufournier.
- ( h ) M. Gallon remarque que la groife houille, c’eft-à-dire,en gros quartiers, perd moins à l’air que la houille menue , & qu’il faut fur-tout ne point employer pour cette fabrication la houille anciennement tirée , qui s’eft éventée.
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- pyramide ou en Cône renverfé (a), comme l’ont tous ceux de la bafle-Meufe, de Liege , de J’Efcaut, de la Scarpe, du Lys, de la Flandre maritime , du Boulonnais, de Vichy, du Lyonnais (6) ; foit qu’il s’agifle d’avoir des fours à grande flamme de forme ellipioïde comme en Lorraine, où de forme cubique comme en Alface, ou de forme demi-ellipfoïde comme à Tournay. La première chofe à connaître, c’eft la pierre que l’on a à calciner, (c)
- Briqueticr , tuilier , potier de terre.
- 263. Les arts de faire des briques, des tuiles, des carreaux, de la poterie de terre, ont beaucoup d’analogie avec celui du chaufournier; ils ne différent que par l’argille qui eft propre aux uns ou aux autres, & qui doit être pour les ouvrages de poterie plus forte que pour les tuiles, plus forte pour ces derniers ouvrages que pour la brique, &c. La connaiflance de ces terres, afin de bien juger de la qualité du charbon & de l’a&ivité du feu qui convient au fourneau, eft en conféquence auffi néceflaire pour ces fabrications , que la connaiflance des pierres à réduire en chaux i’eft pour le chaufournier; c’eft même, pour les arts dont il s’agit ici, le plus difficile & le plus embarràflant. Le choix attentif de ces argilles, lorfqu’il s’agit de les amalgamer avec du charbon de terre, pour avoir un chauffage plus économique » influé également fur la perfedion de cette fabrication. Nous décrirons dans un inftant cette maniéré d’augmenter l’avantage du feu du charbon de terre ; nous entrerons alors fur ces argilles dans des détails qui fe trouveront n’ètre point étrangers aux arts dont il s’agit ici, que nous n’avons à confidérer que dans ce qui eft relatif à la fubftitution du charbon de terre au bois. Les fours à briques, dans lefquels 011 emploie ce dernier combuftible , ont l’inconvénient de vitrifier ce qui eft contigu au feu, avant que le refte de la fournée foit à moitié cuit : de cette cuiflon il réfulte quantité de défauts , foit dans les briques, foit dans les tuiles & dans les ouvrages de poterie, qui pourraient être cuits plus également àvec le charbon de terre , dans des fours exécutés convenablement.
- 264. La mauvaife qualité des carreaux fabriqués par nos potiers de terre
- ( a) Ces fours où le feu ne s’éteint point 49 pouces de diamètre par le bas. M. Pourtant que dure la fabrication, font appelles croy obferve qu’il eft défavantageux que ces par les ouvriers fours coulans, parce que fours confomment plus de houille que ceux Pon en foutire journellement la chaux à me- de la Flandre qui en ont 20 à 28 , & qu’ils fure qu’elle fe fabrique, comme cela fe fait ne rendent par jour , rédu&ion faite, qu’un dans les fourneaux où l’on fépare les métaux cinquième de ce qu’ils contiennent, de leur minéral. ( c ) Ces différens fours font décrits dans
- (b) Les fours coniques qui fe voient dans Y Art du chaufournier, publié par MM. Galle pays de Liege, ont ordinairement 40 ou Ion & Fourcroy.
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- fe fait remarquer depuis bien des années. Le manque d’attention ou l’ignorance dans le choix des terres propres , font entrés fucceflivement pour beaucoup dans cette détérioration ; mais les renchérilfemens fuccefîifs des matières combuftibles ont auffi probablement obligé les ouvriers à économifer fur le feu; le carreau ne recevant pas alors le degré de chaleur convenable, l’ouvrage ne peut plus avoir la folidité requife ; & s’il ne peut être d’ufage, il fait une perte pour le vendeur.
- 26f. Les briques faites en France indiftindlement avecrtoutes fortes de terres, quoique peu propres à cet objet, font encore très-fujettes à cette malfaçon , commune dans tous nos ouvrages de tuileries & de poteries. Il eft vrai qu’il s’en trouve allez rarement en France, qui foit véritablement bonne : aulîi, pour ne pas en tirer de l’étranger, comme on fait pour quantité d’autres objets , nous manquons abfolument de briques propres à des ufages de con-féquence, telles que celles qui ont à foutenir un feu violent & continu, comme dans les fourneaux pour les réverbères, des fenderies, des ferblanteries , des verreries, &c. ou celles qui entrent dans des ouvrages expofés à l’air, dans les ouvrages de fortifications , &c. Cette difette & ce manque de qualité dans nos terres cuites ne font pas feulement des défauts fâcheux pour la conftruétion de nos murailles, pour les revêtilfemens des chauffées ou au moins des rues détournéevS, battues uniquement par les gens de pied; ils s’étendent encore fur les tuiles, ces matériaux Ci utiles pour les couvertures de bâtimens, que l’on ne faurait trop perfectionner ( a ). Si dans les provinces à portée de bonnes terres & de houille, on profitait du bon marché de ce combuftible tiré de la première main, pour fabriquer des briques bien conditionnées, quel avantage nos villages, dont les rues font la plus grande partie de l’année des bourbiers infects, ne trouveraient-ils pas à fe fervir de briques en guife de pavé ? Dans le Hundington-shire en Angleterre, les rues & plufieurs chauffées de Saint-Yves font en briques, que l’on y cuit avec du peath, dont ils ont en abondance. La propreté des villes , des bourgs & hameaux de Hollande, eft en grande partie due à la facilité que donnent les tourbes de ce pays pour cuire des briques, dont plufieurs routes & trottoirs des rues & des canaux font pavés. Les pauvres payfans de nos campagnes, dans leurs mauvaifes cabanes conftruites en bauge & couvertes de chaume, ne feraient-ils pas plus féchement, plus fainement & plus décidément à l’abri des intempéries de l’air , fi la tuile pouvait être à bon marché ? Les incendies qui dévaluent fi fréquemment, & en uninftant, des hameaux entiers, 11e feraient-ils pas plus rares & moins fâcheux?
- ( a ") Les mémoires & obfervations re- moire fur la maniéré de perfectionner les cueillis par la fociété économique de Berne, tuileries, communiqué à cette fociété, par année 1765, renferment un excellent mé- M. Droz, avocat au parlement de Befancon.
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- 266. L’auteur d’un mémoire fur la fabrication-des briques, inféré dans le Journal économique du mois de février ÎJSJ, prétend que la chaleur du feu de charbon de terre, quoique beaucoup plus vive que celle du bois, ne s’étend pas à une Ci grande diftance ni dans une proportion fi égale. Con-féquemment à cette idée , il n’adopte l’application du charbon de terre comme combufîible à la fabrication des briques, que quand le four aura d’abord été chauffé avec du bois, & qu’il n’en fortira plus que très-peu de vapeurs ; ou fi l’on fe fert de houille, il avertit de donner moins d’élévation au four à briques.
- 267. L’écrivain aura fans doute été induit en erreur, d’après l’emploi de quelque charbon de terre extrêmement faible, & qui ne convenait point à l’efpece de terre qu’il a vu employée à faire de la brique, ou à la conf-trudion du four; au furpîus, l’avis qu’il donne préfente toujours une économie fur le bois : mais bien loin que la houille ne donne pas affez de chaleur, Je feu de quelques-unes eft capable de vitrifier ou de mettre même en fufion certaines briques : il eft donc au contraire effentiel de prendre garde d’employer indiftindement toute efpece de houille. En général, celle qu’on préféré eft celle qui eft très - brillante & argentée, plus en poufliere qu’en morceaux, afin de pouvoir être répandue en charbonnée ou en cayette entre les champs de briques. On affûte que M. Chauvelin, intendant du commerce, lorfqu’il était intendant de Picardie, obligea tous les briquetiers à ne fe fervir que de charbon de terre. Malgré l’opinion populaire , il fe trouva que les briques ainfi fabriquées, étaient beaucoup fupérieures à celles qu’on faifait auparavant.
- 268. Dans la defcription de l’art du briquetier, on fait monter la quantité de houille à 6 à 7 pieds cubes par millier de briques à cuire 5 & dans d’autres fours, à moins de 4 pieds cubes par millier de briques. La différence de la houille maigre & moyenne , ou de la houille d’une qualité plus forte pour la cuite des briques, doit dépendre de plufieurs circonftances, comme de la qualité des briques à cuire, de la conftrudlion du four, ou de la maniéré d’y difpofer le combuftible plus ou moins favorable, pour que le four reçoive l’imprefTion de la chaleur.
- 269. Dans les fours à chaux coulans, établis auprès de la verrerie de Carmaux en Languedoc, on met à profit la plus grande partie des efcabrilles provenant de cette verrerie. M. Venel eftime ces braifes très-propres à cuire île la brique & de la tuile ; ce qui pourrait être, en diftinguant cependant fî ce font des braifes de houille graffe ou de houille maigre.
- Fourneau de boulanger & de pâtijjier.
- 270. Les Anglais, dans les cuifines de vaiffeau , brûlent communément
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- la houille à plat, c’eft-à-dire, fans être exhauifée fur un grillage. Le dire&eur de la houilliere de Grailfefac a alfuré à M. Venel, que les ouvriers de cette carrière chauffaient leur four à cuire le pain de cette maniéré, avec la houille mife à plat au milieu du four. Cet écrivain juge l’emploi de la houille très-propre à chauifer les fours de boulangers & de pâtilfiers, fans y faire aucun changement. Il propofe, pour en tirer un plus grand avantage, une conf. trudion qui eft abfolument la même que celle des grands réverbérés : la pl. V de fon ouvrage repréfente une coupe de ce four. On peut confulter le détail qui y a rapport.
- Cuite de la porcelaine, chauffe des verreries, des glaceries.
- 27F. M. Venel eftime que tout bifeuit de porcelaine peut très-bien fe cuire au feu de houille,_ & que toute porcelaine qu’on voudrait enduire d’une couverte jaune, brune, fablée , & peindre de couleurs peu éclatantes, fe préparerait toute entière avec fuccès à ce feu. La belle porcelaine très-blanche , & qu’on voudrait peindre de couleurs éclatantes fur une couverte du plus beau blanc , ne peut .pas être traitée au feu de houille depuis la cuite du bifeuit.
- 272. Cet auteur propofe d’appliquer à cette fabrication l’expédient que les Anglais ont trouvé pour intercepter toute communication entre les pots dans lefquels ils fondent leur jlint glffs (a), & le foyer qui produit cette fuiion. Cet auteur croit auffi que les coaks ou braifes de charbon de terre, peut-être même le charbon de terre apprêté à la liégeoife, pourraient opérer cette cuite avec fuccès dans des cadettes (h) abfolument fermées.
- 273. Les fourneaux de verreries, dont on peut prendre une idée à Seve près Paris, où l’on emploie Je charbon de terre, ont une forme approchante des fourneaux de coupelle, 8c ne font, à proprement parler, que des fourneaux de fufion , la vitrification n’étant elle - même qu’une fufion, mais qui demande un degré de feu fupéneur à celle des métaux.
- 274. Dans les verreries établies à Ingrande & à Saint-Florent près Sau-mur, on emploie avec fuccès le charbon d’Anjou. Près de la mine de charbon de terre de Saint-Jean de Valerifque en Languedoc, il y a une verrerie où l’on emploie le charbon de terre de cette mine, de même qu’à Hérepian le charbon de Graiifefac.
- 27 f. Quelques fourneaux delà glacerie de Saint-Gobin, & de celle de
- (à) Verre à cailloux, connu fous lenom (b) On nomme ainfi des vafes de terre de verre blanc ou cryftal d’Anqleterre, qui cuite, dans lefquels on place les pièces de jufqu’à préfent n’a pu être imité dans au- porcelaine pour les cuire, fans pouvoir fe cune manufacture. déformer & fe falir.
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- Cherbourg en baffe-Normandie, font chauffés avec la houille, mais feulement jufqu’à ce qu’on écume. Après cette opération faite, on achevé de chauffer avec du bois jufqu’à ce que le verre foit fini.
- 276. Dans les fourneaux de verrerie, où les creufets demeurent toujours ouverts , la fumée de ce combuftible parait être nuiftble i les verres prennent fouvent une teinte brune, ou bleuâtre, ou noire. C’eft l’opinion de tous les verriers Français.
- 277. M. de Genffane affure que cette allégation eft fauffe en fuppofant qu’il refie quelque doute fur cet article, il propofe pour remede de couvrir les pots lorfqu’on mettrait de nouveau charbon , & de les découvrir fi l’on voulait lorfque la première fuméeferait paffée. Il prétend au furplus , que cette précaution n’eft pas néceffaire ; car le feu de charbon de terre étant bien plus vif que celui de bois , la fufion des matières fe fera également bien, quoique les pots foient couverts : à la bonne heure d’employer le bois aux heures de travail ; ce ferait même, félon M. de Genffane , un avantage pour les maîtres verriers, que de les obliger de s’établir auprès des mines de charbon , parce que l’entretien de leur feu leur coûterait beaucoup moins qu’avec du bois , qui en ruine beaucoup.
- 278. Quoi qu’il en foit, il eft certain que les Anglais pour leur Jlintglafs y ne fe fervent dans toutel’opération que du charbon de terre. Us ont, pour fondre la fritte ( a ), des creufets exactement fermés , qui 11e communiquent point avec le foyer , & dont les couvercles fontfcellés d’une part au creufet, & de l’autre au bord intérieur de fenêtres ou d’ouvertures par lefquelles on introduit la fritte dans les creufets.
- 279. Il fembîerait poflible d’abord d’adapter cette conftrudion aux fours de glacerie. AI. Venel rapporte que feu M. Roux ( b ) avait eu cette idée ; mais que ce favant avait reconnu quelle n’était praticable que pour les glaces fouillées , attendu que pour les glaces coulées, il faut tranfvafer la matière du pot dans une cuvette : ce qui ne peut fe faire qu’en plein fourneau, & par conféquent en expofant le verre dans l’un & dans l’autre vaiffeau aux émanations de la houille.
- Obfervation communiquée à M. Vend par M. Allut, de la fociitê royale des
- fciences de Montpellier, entrepreneur & directeur de la glacerie de Rouelle prés
- Langres , fur l'emploi de la houille pour la chauffe des glaceries.
- 280. “ La houille s’emploie très-bien pour la chauffe des verreries, & il
- (a) C’eft ainfi qu’on appelle le mélange (b) Dodeur-régentde la faculté de mé-des différentes fubftances qui doivent être decine de Paris, chargé, lorfqu’il vivait, fondues enfemble, pour former un verre par les intéreffés de la manufacture royale ou du cryftal. des glaces de Saint-Gobin, des recherches
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- » y a bien des manufactures de ce genre qui s’en fervent. La verrerie de Pietre-„ bénite , celle de Givors , l’une & l’autre dans les environs de Lyon , celle de Seve près Paris , ne donnent pas d’autre aliment à leur feu. Celle nouvelle-„ ment établie à Hérepian en Languedoc , travaille de la même maniéré. On a -, appliqué ^ulli l’ufage de la houille à la fabrication des glaces , foit à Saint-Go-3j bin , foit à Tour - la-Ville.
- 2,81. „ Les fours qui chauffent avec de la houille, font intérieurement ,, conftruits comme ceux qui chauffent en bois. Ils en different en ce que l’âtre „ & les tonnelles ne font qu’une grille fur laquelle on pofe la houille , & que les fours font établis fur deux voûtes d’environ huit pieds d’élévation, fur fix „ pieds de large , qui fe coupent à angles droits, & à la le&ion defquels fe „ trouve Pâtre du four. Les deux voûtes forment, comme on voit, quatre cou-„ rans d’air abfolument néceifaires pour faciliter la combuftion , & fervent en „ même tems de réceptacle aux cendres.
- 282. „ La houille eft*d’un très-bon ufage pour les verreries en verre noir „ ou en verre verd ; mais elle n’eft pas fans danger pour la fabrication de toute „ efpece de verre blanc. Les exhalaifons qui s’en élevent, rendent le verre „ non-fèulement moins blanc, mais encore moins tranfparent. Au commen-„ cernent de la fufion , les parties de la fritte laiffent entr’elles plus d’interval-„ les que le verre bien fondu ; les vapeurs de la houille s’introduifent dans les ,, vuides ; & à mefure que la fufion s’avance , il en réfulte un double inconvé-9, nient : partie de ces vapeurs peut demeurer enveloppée dans la maffe du „ verre , qui alors eft plus terne ; & partie de ces mêmes vapeurs , en fe volati-„ lifant, entraîne la manganefe ( a) affez prompte à difparaître, & le verre eft 9, néceffairement moins blanc, puifque la préfence feule dé la manganefe lui „ donne cette couleur.
- 28?. „ Si l’emploi de la houille peut nuire à l’état du verre blanc pendant la „ fufion , lorfqu’on deftine ce même verre aufoufflage , on eft encore expofé „ à un danger réel pendant le travail. Il eft impofîible de tirer d’un creufet, en „ une feule fois , tout le verre néceffaire pour une piece un peu confîdérable.
- & expériences tendantes au perfectionnement de ces travaux.
- (a) Manganejia offidnarum , magnejîa. Magal&a , lapis manganenjis , Cæfalpin. Fur uni miner ali fatum minera fuliginea manu s inquinante, qua pajjïm flriis conver-gentihns confiât, Wall. Ferrum nigricans, Jplendens e centro radiaturn , Wolft. Fermai mineralifatum, nigricans, objolcte Jplendens, jïbrofum, Carcheuf. Brunnjicin. Lerman. Manganefe ou magnéfie des ver-Tomc XVII,
- riers. Mine de fer pauvre, aigre pour l’ordinaire , quand le fer entre dans la com-pofition de cette pierre, à laquelle il eft comme étranger ; elle contient quelquefois un peu de plomb & d’étain, & fe trouve toujours dans fa minière en malfes affez groffes & de différentes figures ; celle dont les potiers de terre fe fervent communément pour noircir les couvercles de leurs poteries, eft d’une efpece particulière , qui eft la manganefe vulgaire.
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- „ On commence donc par envelopper la canne de verre,& on la retire du ,, four, pour laifler la matière un peu durcir & pour l’arranger autour de la ,, canne ; on augmente enfuite la niaffe de-verre, çn retrempant de nouveau ,, la canne dans le pot Si les vapeurs qui s’élèvent frappent le premier coup 3, de verre, & dans le même inftant fe trouvent enveloppées par le fécond, elles 3, forment dans le corps du verre une fumée qui détruit absolument la beauté „ de l’ouvrage. C’eft pour éviter cet inconvénient, qu’on a pris à Saint - Gobin „ Pufage de chauffer en bois après Pécrêmage , parce que c’eft l’inftant où l’on 3, commence à fouffler les glaces , & que c’eft d’abord pour le foufflage que „ l’on a employé le feu de houille. Si depuis ce tems on a confervé cette pra-a, tique au coulage , ce que j’ignore , il n’en peutréfulter qu’un bien ;ce ferait 33 de purger le verre des vapeurs qui s’y feraient mêlées , & qui fe diflïperaient s, par Padion d’un feu qui n’en fournirait pas de nouvelles.
- 284 „ Je ne doute pas que l’emploi de la houille n’équivalût en tout à 3, l’ufage du bois, fi l’on pouvait prévenir les inconvéniens que je viens „ d’expofer ; mais on ne peut fe diflimuler la difficulté d’y réuffir. Peut-être „ diminuerait-on le danger, en laiffant à la voûte des fours une ou plufieurs „ cheminées pour le palfage des vapeurs qui, fe dirigeant toujours vers „ le haut, prendraient aifément cette route, comme on le fait dans quelques
- verreries d’Allemagne, pour le palfage des fumées, foit du bois, foit-du s, fel de verre ; mais on aurait à craindré que la voûte moins régulière ne „ donnât à la flamme une diredion moins favorable.
- 28 f- » Je ne vois guere de meilleur moyen que de féparer la chaufferie 3, des creufets, comme elle l’eft dans les fours à la franqaife, ou dans ceux „ dont on trouve le détail dans VArt de la verrerie de Kunckel. Il eft vrai „ que ces fortes de fours commencent à être peu en ufhge pour les grands 3, travaux 5 mais on pourrait les y rendre plus propres. On fe trouverait 3, auffi très-bien de couvrir les creufets d’un couvercle qui joignît exadement 3, la bouche du pot, & fût aboutir à P ouvreau Ça) , où il préfenterait un fécond ,, orifice. Par-là l’ouvrier aurait la facilité de cueillir fon verre, la matière „ ferait à l’abri des fumées & de toute efpece de vapeurs. On en ufe ainfî en Allas gleterre pour la fabrication du fünt glafs ; & une cryftallerie qui avait été a, établie à Chaumont-fur-Loire près de Blois, a fuivi quelque tems les mêmes 3, erremens. ,,
- 286. Dans la verrerie nouvellement établie à Fromanteau, paroiife de Juvify près Paris , où il fe fait du verre blanc, MM. de Beaufleury fe propo-fent d’eflayer de chauffer entièrement leur four à la maniéré des Anglais. J’ai vu dans cette manufacture le modèle d’un fourneau allemand, qui fera exécuté pour cet objet.
- (n) Fenêtre ou-ouverture dont il a été parlé ci-devant.
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- Calcination du fafre. Vitrification du [malt, (a)
- 287. Ces opérations , qui font une dépendance de l’art de la verrerie, pour le travail de l’émailleur, peuvent, au moins pour ce qui eft du calcinage, s’exécuter au feu de charbon de terre, d’autant plus qu’il eft bien décidé aujourd’hui que le cobalt (b) n’eft pas le feul minéral propre à colorer le verre en bleu (c). Si au furplus les bluettes du feu de charbon de terre comme plus terreux , pouvaient altérer la couleur du fmalt dans la vitrification, cet inconvénient ne ferait pas à craindre dans les fontes ou au fourneau de vitrification.
- 288* Au fourneau d’ufage dans les manufadures de fmalt, & qui 11e différé en rien de ceux dont on fait ufage dans la plupart des verreries ,M. de Genlfane eft davis qu’011 fubftitue celui décrit par M. Cramer dans fa Docimajîc, dont la voûte eft d’une forme parabolique, & que M. Cramer nomme fourneau de verrerie. M. de Genlfane en donne la defcription d’après celui qui eft établi près de l’abbaye de Fontfroide en Languedoc.
- 289. Les avantages que M. de Genlfane s’eft propofés dans le fourneau de M. Cramer, font d’occuper par fa figure un petit 'efpace de terrein, de pouvoir y placer aifément jufqu’à huit creufets , & d’y donner place à huit verriers. Quant à fa capacité intérieure, beaucoup moindre que celle
- (a) On appelle ainfi deux fortes de marchandifes qui fe fabriquent dans les manufactures de bleu d’émail. La première, appellée fafior ou fafre , eft un mélange du cobalt &du filex, deftinée au verniffage des poteries & des faïanceries communes pour les peindre en bleu, & pour quelques autres ufages. La fécondé, nommée fmalt ou fchmalt, verre colorié en bleu , provenant du mélange de cobalt, de filex & d’al-kali, réduits en pouftiere impalpable, connue en France fous le nom de verre bleu dit azur, ou bleu d’émail, parce qu’on l’emploie aux émaux , aux peintures, &c. Le fin & le fuperfin fervent dans les blan-chiflèries à donner aux toiles l’œil bleuâtre qui fait le beau blanc : ainfi, pour ce qui concerne les matières qui entrent dans la compofition du fafre & du fmalt, il n’y a point de différence. Mais le fafre n’eft point vitrifié i il eft feulement calciné'jufqu’à un certain point. Le fmalt, an contraire , doit non-feulement être réduit en verre , mais il doit encore fupporter nombre de différen-
- tes préparations. Traité de la fonte des mines par le feu de charbon de terre, tome II, page 294.
- ( b) Mine dans laquelle l’arfenic eft la partie dominante ; mais toutes ces mines de cobalt, non plus que toutes les mines arfé-nicales, ne donnent pas la matière du bleu dont on fait le fafre & le fmalt.
- ( c ) Cette découverte , dont Becker, par amour pour fa patrie, faifait un fecret, a été publiée de nos jours par M. Gellert, confeiller des mines de Saxe ; elle prouve que parmi les matières propres à la fabrique du fmalt, on peut ranger J esfpeijf que donnent certaines mines de plomb & quelques pyrites arfénicales, fondues au fourneau à manche, comme les mines de cuivre à la fonte crue , c’eft-à-dire , fans aucune calcination préliminaire. M. de Genlfane, dont nous empruntons cet article, eft entré fur-toute cette pratique dans les détails les plus intéreffans. Tome II, chap. XXI, des matières propres à la compofition du fmalt, page 175.
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- des fourneaux quar. es , il en refaite que le feu y acquiert un degré de chaleur bien fupérieur à ces derniers, qui eft encore augmentée par la forme parabolique de la voûte, & qui n’a pas befoin d’autant d’aliment du feu. Dans Je cas où la vapeur du charbon de terre enflammé ferait capable d’ètre nui-fible au fmalt, M. de GenlTane croit qu’on remédierait à cet inconvénient, en prenant la précaution de fondre à creufet couvert.
- Fourneaux à chaudières.
- 290. Les fourneaux de braderies, dans les pays où la biere fert de boiflon ordinaire, font ceux pour lefquels le charbon de terre eft un combuftible de la plus grande qonféquence. A Liege & dans le territoire de cet état, où il fe bralfe une grande diverfité de biere excellente & très - faine, ce font les gros quartiers de charbon qu’on préféré pouf échauffer le four ( a ) dans lequel 011 fait fécher le grain; ces gros quartiers fe vendent pus cher, & il s’en exporte beaucoup en Hollande.
- 291. Outre différentes opérations particulières, relatives fur-tout aux
- travaux métallurgiques auxquels on emploie les cinders en Angleterre , le principal ufage de ces braifes eft de chauffer ces étuves, dans lefquelles on fait germer, rôtir & réduire l’orge en malt ou maltDerby eft la première ville qui ait fubftitué ces braifes à la paille pour cet ufage : ce qui donne à la biere qui s’y braffe, la blancheur & la douceur qui l’ont mife en réputation. N
- 292. Les teinturiers d’Aix-la-Chapelle & des environs de cette ville, ceux de Verviers dans 1 évêché de Liege , n’emploient pas autre chofe dans leurs fourneaux à chaudière que de la houille. A Alais & dans quelques cantons de la balfe-Provence, le même ufage commence à s’introduire parmi les chapeliers , les diftillateurs d’eau-de-vie, d’efprit de vin , foit fimple , foit parfumé, au rapport de M. Venel. Ce dernier art de retirer en grand, par le moyen de la diftillation des liqueurs vineufes, une fécondé liqueur plus forte & plus inflammable, & des efprits ardens, peut même d’autant mieux s’exécuter au feu de houille , qu’après un feu vif que donne ce combuftible, fa chaleur eft aifée à entretenir égale & uniforme ; il n’eft même aucun art auquel le feu de houille paraiffe plus approprié qu’à la diftillation des efprits
- (a) Cette partie principale d’une braf- c’eft le comble tronqué ou renverfé d’un ferie nommée en wallon terrai, vulgaire- pavillon quarré;iln’y a de différence qu’en ment touraille, &'dans laquelle M. Duha- ce que le chaflis du haut de la touraille eft mel a corrigé l’inconvénient delà fumée en la même chofe que les plates-formes qui l’exhalant, au-dehors, eft une étuve faite pofent fur les murs d’un pavillon, comme une^trémie, ou pour mieux dire ,
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- ardens, dont le fuccès dépend de l’égalité inaltérable du feu : avantage qu’on ne peut attendre de celui du bois , pour lequel l’attention de fournir de tems en tems de la nouvelle matière, eft chofe prefqu’impoiïible à demander à un ouvrier.
- 293. En 1772 & en T773, M. Venel a exécuté dans l’atteîier du fieur Clément, fabricant de Pézenas , à la faveur de fourneaux dont il donne la defcription (a), des diftillations de toutes les efpeces d’efprits qu’on a coutume de fabriquer au moyen de l’appareil ordinaire. Il obferve qu’il n’a jamais dépenfë au-delà de foixante livres de houille (b) pour une chauffe ou paiTe entière de vin, en y comprenant l’écoulement de la repalfe ; de forte qu’il ne lui reliait que très-peu de feu dont il eut pu profiter pour l’opération fui vante, excepté les efcabrilles, bonnes ou à mettre en train les chauffes qu’on aurait voulu commencer, ou à entretenir le feu.
- 294. M. Ricard , négociant de la ville de Cette, a fait aufti conftruire, pour dilfilîer des eaux-de-vie, des fourneaux où il emploie le charbon de terre d’Alais dit de fécondé qualité ( c ). De fe-s expériences il réfulte que, pour fabriquer la même quantité d’eau-de-vie, il fallait au moins une quantité de bois double de ce qu’il faut de houille : d’où il fuit qu’en fe fervanfc de ce folfile, on trouve une économie de vingt fols par quintal. Cette économie fe trouve établie dans le procès-verbal drelîé par le fubdélégué de l’intendant de la province. M. l’abbé Rozier, quia rendu compte en détail de cette opération, l’a accompagné d’un delfin du fourneau (d). Il nous fuffira d’en donner ici une fimple notion & les dimenfions générales. La largeur du cendrier elt de neuf pouces, la hauteur du fol à la grille a dix pouces ; la profondeur elt la même que la longueur de la grille ; la porte du. foyer de même largeur & hauteur que l’ouverture du cendrier; la grille eft de 9 pouces, large de 10, fur 1 pied 10 pouces de longueur. Le diamètre du foyer elt de 2 pieds 10 pouces.
- 29^. La chaudière ne doit avoir que 2 p'ieds 8 pouces de diamètre dans fa plus grande circonférence , afin de Pailler un vuide de 2 pouces entre celle-ci & la maçonnerie. Ce vuide fe trouve couvert par les bords de la chaudière qui portent fur la maçonnerie.
- 296'. L’auteur confeille de pratiquer à ces fourneaux un tuyau de cheminée , qui doit commencer à la hauteur des anfes de la chaudière, vis-à-vis la porte du foyer & en forme de pyramide renverfée , ayant 3 pouces & demi
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- ( a ) Dijîillation des efprits ardens, 15 fols.
- fe<ft. Il du chap. V de la troifïeme partie ( c ) Qui eft celui dont les chaufourniers de fon ouvrage , page 3 79,/}/. I* font ufa§e-
- {b) k Pézenas la houille coûte de 2$ (d) Janvier 1776, page 5 6, pi IL
- à 30 fols le quintal petit poids, & le bois *
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- en quarré à{fa naiffance, & 6 pouces dans le haut, qu’on conduira dans les cheminées qui .fervent aux fourneaux ordinaires.
- 297. En Angleterre &àLiege, la diftillation des efprits acides ne s’exécute pas autrement qu’avec le feu de houille, & l’on nobferve rien de particulier .dans les appareils.
- ^298. M. Venel (a) propofe pour la diftillation du nitre, un grand vaif-feau de fe^ de fonte à deux becs, & adapté dans un petit fourneau de réverbère ordinaire, pour être fubftitué aux cornues de verre, & aux vaiffeaux de terre qui ne font pas toujours bien bons.
- 299. Dans les diocefes d’Uzès & d’Alais, on eft affuré par l’expérience, que le feu de charbon de terre de la plus mauvaife efpece, appliqué aux fourneaux de tirage ou filature de foie, n’eft pas nuifible à la qualité des foies. M. Venel remarque que la conftruélion des fourneaux ordinaires, dans lesquels on brûle du charbon de bois, outre différens vices de conftrucftion très-grolliere , a l’inconvénient d’expofer Singulièrement la fileufe, qui eft dans l’habitude de fe placer devant le fourneau , aux vapeurs pernicieufes du charbon de bois brûlant, & fouvent mêlé de fumerons.
- ^300. Les fourneaux que cet écrivain a vus à Alais, chauffés avec la houille, ont un foyer régulier, pourvu d’un Soupirail qui s’élève plufieurs pieds au-delfus de la tête de la fileufe, & d’une porte proprement dite, c’eft-à-dire , d’une ouverture plus étroite que le foyer auquel elle appartient j on peut voir les dimenfions de ce fourneau dans l’ouvrage. (£)
- 301. Le feu allumé d’abord à l’ordinaire dans ce foyer, avec un feu de flamme , n’y brûle enfuite qu’à la maniéré des feux Suffoqués, & fuffifamment pour porter en une heure de tems une quantité d’environ 42 livres d’eau , petit poids , à un degré de chaleur marqué par le frémiffement, & même d’élévation dans la baffine, en communiquant à l’eau la blancheur qui eft le degré voifin de la pleine ébullition : chaque fourneau confume à Alais de 120 à iso livres de houille par jour.
- 302. M. Venel s’eft fort étendu fur les vices qui tiennent immédiatement à l’emploi & au gouvernement du feu dans toute la méthode ufitée au pays d’Alais, pour Y art du tirage de la foie; il propofe des corrections qui rendraient cette opération plus commode pour les ouvriers, & garantiraient la foie des effets quelconques.de la fumée de houille, & qui fur-tout diminueraient de moitié la consommation qu’entraîne la méthode Suivie (c). Il a fait chaque journée (</) avec une quantité moyenne de vingt-huit livres de
- (a) Diftillation des efprits acides, chap. (c) La fig. 1 , pi. VIII de l’ouvrage de VIII , part. II, page 437. . . M. Venel repréfente la coupe de fon four-
- ( b ) Filature de foie, feéfion III du neau. chap. V delà troifieme partie, page 387. (c?) La journée à Pézenas eft de dix
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- houille de Graiffelàc, du prix de huit à neuf fols (a), {avoir, avec environ quinze livres pour la première demi-journée , & treize pour la fécondé. Les fileufes trouvaient cent fois plus fupportables les fumées de la houille, que les vapeurs du charbon de bois.
- 303. Près de Montpellier, fur la riviere Dulez (A), il y a un moulin à huile, où les chaudières font chauffées avec du charbon de terre, ainfl qu’à Alais, & l’on épargne au moins moitié. M. Venel a perfectionné la conftruc-tion de ces fourneaux, en appropriant les fourneaux ordinaires, où l’on fe fert de bois , à l’ufage du feu de houille, (c)
- 304. L’art de purifier, blanchir & mouler le fel effentiel des cannes à fucre, peut encore s’exécuter avec fuccès par le feu du charbon de terre. Dans les raffineries de fucre d’Orléans & d’Angoulême, ce foffile eft employé à deux opérations. Lorfqu’il a fondu le fucre , & qu’il a perdu fa première ardeur, on le tire de délions les chaudières ; fes braifes font mifes en monceau j on les mêle enfuite avec du nouveau charbon qui n’a point encore paffé au feu, & l’on s’en fert ainfi une fécondé fois dans les étuves pour fé-cher les fucres. La raffinerie établie à Montpellier, chauffe fes chaudières & fes poêles avec de la houille. M. Venel (d) propofe des corrections économiques dans les poêles des étuves de cette manufacture, pour, avec quinze ou feize livres de houille, renouvellée trois fois en vingt-quatre heures tout au plus, produire une chaleur plus que fuffifante à une très-grande étuve.
- 3<of. L’art du faunier , ou l’art de retirer le fel marin par l’évaporation de l’eau , 011 de la mer , ou des lacs , bu des puits fàlans ,& d’enlever le même fel des mines de fel-gemme , peut également s’exécuter avec le feu de charbon de terre. M. de Genlfane obferve que trois ou quatre falines que nous avons en France, font une confommation étonnante de bois, tandis que les habi-tans de leur voifinage en manquent pour leurs befoins. En fait d’opérations auffi fimples , l’exemple, devrait fervir de loi & de raifon : il n’eft pas aifé de concevoir ce qui a.empêché & ce qui empêche d’imiter à cet égard ce qui fe pratique dans quantité d’endroits, comme à Halle, & ailleurs en pays étranger , où les ouvriers qui font le fel marin font éVaporer leur fanmure au feu de houille. Il y aurait fur cela d’autant plus à gagner , que la houille de plus baffe qualité eft bonne à cet ufage. (e ) On pourrait ajouter à cette confidé-
- heures; elle eft partagée en deux demi- (b) Attenant le moulina bled de Sauret, journées, à la fin de chacune defquelles on à un quart de ,lieue de Montpellier, jette l’eau des baftines, & on y opéré un (. c ' Moulins à.l'huile, fect. I du ch. Y, même degré de chaleur qu’à Alais.... part. III, page 346.
- (o) Le prix commun eft de 2 s àqofols . (d) Raffineries de fucre, feCt. IV, ch. V,
- •le quintal ; & 3 ^livres environ de chaibon part. III , page 412. de bois .qu’il finit pour une journéecoûte , iu(r) En Angleterre les fauniers , pour 17 fols 6 deniers. avoir une tonne ou 40 boilfeaux de fel,
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- ration, qu’il eft peu de fources Talées qui ne foient dans le voifinage de quelque mine de charbon de terre.
- Opérations de chymie & de pharmacie.
- 306. M. Spielmann (a) exclut des laboratoires chymiques les charbons de terre. Il en donne pour raifon, i9. la ventilation dont il penfe que ce fodile a indifpenfablement befoin ; 29. l’odeur & la fumée ; 30. les cendres réfutantes de ce combuftible, fujettes à fe pelotonner en maifes plus ou moins fortes , & dont la ténacité eft plus grande que celle du charbon végétal : ce qui exige des cendriers plus vaftes & des grilles plus larges.
- 307. Le fentiment de cet illuftre chymille me parait fondé, fur-tout quant à la quantité de cendres que donne le charbon de terre. M. Venel cependant (h) fe croit autorité à avertir les chymifles & les pharmaciens, que tous leurs feux, fans diftin&ion, peuvent fe faire avec de la houille ; ou, ce qui eft la même chofè, ce font les termes de l’auteur, qu’ils peuvent opérer avec cet aliment du feu dans toute la latitude de leur feu ufuel, depuis la digeftion à là plus, faible chaleur, jufqu’à la fonte des matières les plus rebelles , & cela commodément, fûrement, efficacement & économiquement.
- 308. Je ne déciderai point entre ces deux favans ; je crois feulement qu’en admettant les cas où l’on 11’a rien à appréhender de l’impreffion de la fumée fur les corps traités dans ces dçux arts, & dans les vaiffeaux dont on fe fert, une folidité capable de réfifter long-tems à l’action du feu, il faudra toujours bannir les charbons de terre dont la nature participe de la nature pyriteufe ou fulpliuréo-acide.
- Du feu du charbon de terre, appliqué au chauffage & aux ufages domejiiques.
- 309. En démontrant la très-grande abondance de veilles ou de mines de charbon de terre répandues dans la furface du globe, en décrivant tout ce qui a rapport à fin extradion , mon deffein n’a pas été uniquement de préfenter aux curieux une idée générale , quoiqu’exacle , de la matière que j’ai traitée j on a dû certainement s’appercevoir que j’ai cherché a remplir ce que j’ai promis dans l’avant-propos de mon ouvrage, à être utile,, à faire connaître & à rendre faciles , fur-tout en France, les travaux qu’exige l’exploitation d’un folfile plus précieux que bien d’autres, lorfqu’on voudra pourvoir à la néceiîité inftante d’arrêter le dépérilfement de nos forêts ; qu’enfin je me fuis occupé d’exciter ma
- confomment trois chaldrons de chaVbon , page 17, cditio altéra, 1776. coûtant 16 chellings & 6 fols. * ( b ) Chap. I , fect. Il de la troifieme
- (a) Ififtitution.es chymia,, feri. XXI, partie de fon ouvrage, page 473.
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- patrie à profiter de l’exemple du pays de Liege & d’Angleterre , pour accroître fon commerce intérieur d’une branche à laquelle on n’a pas encore allez fait attention, & particuliérement pour remédier à la difette de bois dont on eft menacé dans tout le royaume , même dans la capitale. ( a )
- 310. On ne peut difconvenir que dans toutes les grandes villes , le bois propre au befoin le plus répété & le plus elîentiel, celui des cuilînes & autres nécef-fîtes de ce genre , celui du chauffage pendant fix mois de l’année , eh maintenant , après la iubfiftance, l’objet le plus difficile, le plus difpendieux , comme le plus indifpenlàble pour un ménage. ( b ) Les habitans de Londres ont été in-fenfiblement réduits à la difficulté , puis à Pimpoffibilité de trouver du bois à leur portée ; ils font tellement accoutumés aujourd’hui à la houille , qu’ils la préféreraient au bois s’ils en avaient. Le peuple Liégeois , naturellement avifé , Pa été fur ce point plus que toutes les autres nations : une Page prévoyance, qui toujours garantit de plufieurs inconvéniens , a averti les Liégeois de faire ufage d’un foffile qu’ils ont en abondance, & dont ils pourraient avoir befoin ; mais ils n’ont pas attendu cette derniere extrémité.
- 3 11. En Angleterre particuliérement, & dans le pays de Liege, le feu de charbon de terre eft généralement adapté à tous les ufages domeffiques ; la maniéré de s’enfervir, non moins intéreifante pour exécuter les opérations de différens arts, eft en loi fuffifàmment connue par ce que nous avons dit dans notre ouvrage. Un objet de cette importance, foit pour le peuple des provinces, foit pour le rétabliflement de nos forêts, devenu douteux ou impoffible , Il par une délicatefle mal entendue on s’obftine à ne pas employer cette production , ne faurait être trop développé dans tout ce qui y a rapport: c’eft ce que nous nous propofons ici, en confidérant de nouveau le charbon de terre fous le même afpecft , c’eft-à-dire , comme reffource affurée , commode & peu difpendieufe , contre le prix exorbitant du bois de chauffage, (c ) Pour remplir notre but, il nous a femblé à propos, relativement à cet ufage, d’examiner d’abord , autant que cela fe peut, ce foffile par comparaifon, prix pour prix & dans fa durée, au
- ( a ) Feu M. Fagon, intendant des finances, avait, dans cette même vue, introduit dans fes bureaux & dans fes anti-chambres F ufage du charbon de terre.
- ( b ) En 17 j o , la corde de bois fe vendait à Arras tout au plus 14 livres ; elle coûte préfentement 30 à 33 livres. En Picardie ,1e bois qui valait 30 livres en 1740 , vaut préfentement 40 livres. Cette augmentation ne peut avoir pour principe que celui de la confommation, qui produit la dévaf-tation de nos forêts.
- Tome XVII.
- (c) Ly Obfcrvateur français à Londres, troifieme partie, vol. II, lettre LXXV, page 329, remarque très - bien que, quand ce combuftible ne ferait employé que dans les anti-chambres, les poêles, les cuilînes,, ce ferait un grand bien. Il en réfulterait, die cet écrivain, moins de confommation de bois , plus d’activité pour l’exploitation des mines de charbon de terre, & , ce qui eft encore d’une grande conféquence , une grande diminution de dépenfe pour les par» ticuliers.
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- feu , avec le combuffible qu’il remplacera un jour chez nous , d’établir de même un parallèle entre ces deux combuffibles, quant à la chaleur qu’ils donnent l’un & l’autre i d’éclairer enfin d’avance fur les principales difficultés qui ne fout ignorées de perfonne , concernant l’innocence de ce chauffage. Il n’en eft pas de ces difficultés fur lefquelles eft fondé l’éloignement à fe fervir de la houille dans les foyers domeftiques , comme de celles que l’on pourrait oppofer à fou emploi dans les fourneaux de manufactures ; l’éloignement, l’inquiétude fur cet objet, tiennent à la confervadon de la fanté ; ils demandent les plus grands égards, & à être traités à fond : ce qui ne pourrait fe faire ici fans donner lieu à une digreffion trop longue. Nous ne nous y arrêterons auffi pour l’inftant, de même qu’aux deux autres confidérations , qu’autant que cela peut être nécef-iàirepour difpofer le le&eur à fuivre notre defcription avec un peu moins de prévention. -
- 3 12. Les avantages généraux & particuliers du feu du charbon de terre employé brut ou préparé , les objections que l’on a coutume d’oppofer à fon ufàge , feront amplement dilcutés à la fin de notre ouvrage , dans les mémoires que nous avons annoncés. ( a)
- Du chauffage de charbon de terré, compare à celui de bois ou de charbon de bois , dans fa confommation , fa durée , J a chaleur.
- 313. Les expériences & les recherches auxquelles on voudrait fe livrer pour connaître ces différences refpedives, ne peuvent abfolumetit comporter la précifion requife : les différences de charbon de terre, celles des bois ou des charbons de ces derniers combuftibles, leurs prix dans chaque province n’étant pas tes mêmes,ne donneraient toujours que des réfultats difficultueux & fautifs. \b ) Le particulier feul eft à même de fixer, autant qu’il eft poffible, cette comparaifon par fes propres expériences. Ce que l’on peut avancer fur cela en général, c’eft que le progrès du feu fur les houilles de bonne qualité & en
- ( a) Imprimés auffi in-i2, en faveur des perfonnes qui n’ont point la colledtion des arts que publie l’académie. Le célébré Van-Swieten, dans une lettre du 2ifeptembre 1771, marquait à l’auteur,que S. M. l’Impératrice penfait très-avantageufement de l’ufage de la houille, qu’elle donnait des récompenfes aux maréchaux ferrans, aux faifeurs de briques, & aux chaufourniers qui s’en fervaient, attendu la diminution des bois, & l’augmentation du prix de ce combuftible , & qu’en préfentant à fon au-
- gufte maîtreffe un exemplaire de ces. mémoires, il l’avait priée de le lire & de le faire lire par fon confeil. ! 1 ‘
- (b) Dans l’annonce publiée en 1770 d’un établiffement tenté pour procurer au peuple de Paris un chauffage de houille ap-' prêtée, il a été fourni une note très - défec-tueufe fur le prix & la quantité de ces pelotes, comparés avec le prix & la quantité de ce qu’il faudrait du bois en falourde , pour cuire trois pots au feu de trois livres de viande.
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- gros morceaux, eft plus lent que fur le bois : en conféquence la confom-mation de houille doit être moins rapide, en admettant enfuite comme certain que les corps retiennent leur chaleur en proportion du tems qu’il a fallu pour les chauffer. On pourrait rapprocher avec avantage cette notion des queftions à établir fur cet objet. M. Deville eft parti de ce principe pour en déduire une eftimation. Selon l’académicien de Lyon, cette confom(nation comparée eft à peu près en même raifon que trois à douze ; c’eft-à-dire, que fî vingt livres de bois durent trois heures, vingt livres de charbon de terre en dureront douze. Entr’autres faqons d’apprécier la quantité du feu par fa durée & par fes effets, celle que M. Venel a fuivie mérite confidération; & je penfe , comme ce favant, qu’on peut en faire des applications fort étendues : j’en donnerai ici une idée, (a)
- 314. “ Dans un fourneau à chaudière, où l’égalité des circonftances a ,, été obfervée autant qu’il a été poffible, où la même chaudière a été chargée „ de la même quantité de liqueur , d’eau du même puits, par exemple , on 3, a fait du feu avec des quantités égales de différentes matières mifes en „ comparaifon, par la même température de l’air , autant qu’il a été poliible, „ en tenant compte de la variété à peu près inévitable de ces températures : „ on a obfervé le progrès de la chaleur dans l’eau , la durée de la plus grande „ chaleur ou de l’état d’ébullition, & enfin la quantité d’eau qui a été éva-„ porée par l’aétion entière de chaque feu. On a exécuté des expériences „ équivalentes dans le feu ouvert, tel qu’il l’eft dans les âtres de cuifine, de ,, chauffage, &c. Enfin 011 a pouffé à la forge les matières de chaque clalfe „ qu’on a coutume d’y employer, favoir, d’une part, la houille brute, les „ braifons ou cfcarbilles 3 & de l’autre, le charbon de bois que les maréchaux, „ les ferruriers , &c. emploient dans les pays où ils n’ont point de houille, les „ orfèvres par-tout, & les chymiftes prefque généralement aufli. Il aréfulté ,, de toutes les expériences faites d’après ces attentions, que les feux de „ bûches & de rondins de diftérens bois fecs dans les foyers ordinaires , coù-„ tent dans le Languedoc à peu près plus du double que les pareils feux de „ houille faits fur les grilles ordinaires , & encore en négligeant la valeur , „ très-réelle néanmoins, des braifons ou cfcarbilles que laide le feu de houille, „ & auxquelles rien ne correfpond dans les feux de bois ; car le feu de bois „ vif ne laifïe pas ou prefque point de braifes. „
- 3 if. Non-seulement la chaleur du feu de houille eft plus ardente que celle du feu de bois ; mais lorfqu’on vient encore à comparer cette chaleur avec celle du charbon de bois , ce dernier combuftible n’aura point la fu-
- (a) Comparaifon du feu de houille &. du feu de bois, relativement à l’économie particulière, fect. II,chap. VI, part. I, page 186. ’
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- périorité. L’expérience.apprend que dans toutes les occafions où l’on emploie le charbon de terre, un boiffeau de ce combuftible fait autant d’effet que trois boiffeaux de charbon de bois, qu’il donne en même tems moins d’embarras à l’ouvrier, & produit de meilleur ouvrage. Ainfi, en fupofant un boiffeau de charbon de terre, revenant à un prix plus cher qu’un boiffeau de charbon de bois, il y aura toujours un bénéfice à s’en fèrvir.
- Economies particulières que Von peut fe procurer dans le chauffage du charbon
- de terre.
- 316. Les braifes & les cendres du charbon de terre préfentent fpéciale-ment une particularité que nous ne devons point palfer ici fous filence, attendu le bénéfice réel qu’on peut en retirer dans les petits ménages qui doivent s’occuper d’économie : tout le tems que dure l’embrafement, il fe détache du charbon de terre employé brute ou empâté avec des argilles, des morceaux plus ou moins volumineux ; ces krahais ou braifons tombés hors du fer à feu , ne peuvent plus fe foutenir dans l’état d’ignition > ils s’éteignent, mais ils ne font point confommés, & ils font encore combuftibles félon qu’ils ont éprouvé un degré plus ou moins fort de chaleur plus ou moins foute-nue (a). Un feu ordinaire produit une quantité confidérable de ces braifes * principalement fi l’on attife le feu trop fréquemment. Le rateau introduit parmi les pièces de garnitures de fer, n’a été imaginé que pour féparer des cendres tout ce que l’on peut de ces braifes, & y en laiffer le moins poffiblç.
- 317. Ces deux réfidus méritent des obfervations fur leur quantité & fur leur qualité. M. Venel remarque que les bonnes houilles brûlées dans un bon foyer à la quantité de trente ou quarante livres , & en morceaux d’une livre ou deux , lui ontaffez communément donné deux cinquièmes d’efcabrilles dans les foyers ouverts , & environ un tiers dans les foyers fermés ; leur effet & leur durée au feu lui paraiffent tels qu’ils correfpondent au moins au quart du feu de houille neuve s félon fon calcul, les efcabrilles réfultantes de quatre-vingt livres de houille , par exemple, fourniffent un feu à peu près équivalent à celui de vingt livres de houille brute.
- 318. Tout ce qu’avance M. Venel eftbien pofitif, bien fpécifié, & eft conforme en tout à ce que nous avons fait remarquer fur les braifes d’un feu ordi-
- ( a ) On fuppofe ici que les houilles em- ne peuvent être fufceptibles d’un nouvel ployées font de bonne qualité ; car fi elles embrafement. M. Venel range parmi les étaient mêlées de nerfs ou d’arêtes, on n’au- mauvais charbons celui nommé à Rivede-raitquede vraies pierres, à peine changées gier charbon perat ; mais il a confondu de figure , ou diminuées de volume, & qui celui qui eft mêlé de gorres.
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- naire. M. Vend regarde avec raifon ces braifes comme un objet d’économie très-confidérable & donnant un très-bon feu. Dans le fait, ce font de vrais cin-ders, tels que ceux avec lefquels on eft dans l’ufage, en Angleterre, de chauffer ]es appartemens , parce qu’ils ne donnent pas de fumée ; & M. Vend reconnaît une grande analogie entre ces efcarbilles & les braifes nommées par les Anglais coaks, quife trouvent communément être fupérieuresà la braife de bois.
- 319. On ne voit pas comment, après s’ètre expliqué auffi précifément, l’auteur annonce ailleurs , qu’on ne doit, pour les befoins domeftiques, faire nul cas de ces braifes, & pourquoi il regarde comme peu économique & mal entendu Tillage qu’on voudrait en faire , ainfi qu’il prétend l’avoir prouvé dans plulieurs endroits de la première partie de fon ouvrage.
- 320. Le chauffage de houille donne beaucoup plus de cendres que le feu de bois. M. Venel s’eft encore occupé de déterminer la proportion de ce réfidu que donnent les bonnes houilles : pour cela il a fait des feux de trente à quarante livres, dans des fourneaux où la ventilation fpontanée était Amplement fuffi-fante ; la proportion commune & moyenne des cendres à la houille qui les a fournies , a été à peu près d’un quart.
- 321. L’état particulier aux cendres de houille, forme un fécond article digne d’attention ; d’après ce que nous avons dit de la quantité de braifes qui fe détachent du feu, ces cendres ne font pas complètement des cendres( a); à moins qu’elles n’aient été tamifées ou paiïées fouvent & avec le plus grand foin au rateau , elles font toujours mêlées , ou de beaucoup de krahais qui peuvent aifément fe trier afin de 11e point les perdre , ou de menus krahais en pouf-liere. La preuve en eft, qu’en jetant fur le feu ces cendres, même celles du charbon de terre apprêté & mis en pelotes , on en voit une partie s’enflammer , & une autre partie parvenir à un degré d’incandefcence marquée, (b)
- 3 22. On n’eft point étonné après cela des différentes petites économies que ces cendres de houille graffe , chargées fans ceffe de krahais en pouffiere imperceptible , peuvent fournir aux pauvres ou à ceux qui font dans le cas de chercher à ménager. Il ne paraîtra en conféquence rien d’extraordinaire dans ce qu’avance M. Kurella, qu’avec des cendres feules pétries avec de l’eau , il ait réuffi à faire des gâteaux qui ont brûlé au feu auffi bien que des pelotes neuves, en donnant une chaleur d’une auffi longue durée. A Maftricht, les pauvres font par ce procédé des gateaux quarrés , longs & plats, de toute la grandeur du feu , pour recouvrir leur feu le matin & lefoir.
- 323. On peut donc dire, en faifant grâce à la maniéré finguliere dont nous
- (a) M. Venel les qualifie cendres im- bonne à employer en chauffage à l’air •parfaites. libre , qui eft celle nommée par les Liégeois
- ( b ) Il eft effentiel de ne point perdre houille graffe. de vue refpeee particulière de houille,
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- croyons pouvoir nous exprimer, ( a ) qu’il efl; poflible de tirer parti à l'infini de ces cendres , & quelles font propres à redonner fans cejfe un feu qui na pas de fin. Si au furplus cette expreflîon préfente quelque paradoxe, comme elle a paru à M. Venel, nous devons l’éclaircir ici, & cela eft facile. Nous convenons avec ce favant, que cette propriété n’appartient qu’aux braifes ou -krahais , comme à la braife de bois, & point précifément à la cendre, qui pourrait néanmoins, chaque fois qu’on la repaife au feu , s’imprégner de nouveau d’une fuffifante quantité de vapeur gradé inflammable.
- $ 24. M. Venel parait dans ce moment avoir oublié la maniéré dont il qualifie lui-même ces cendres de feu de houille j c’eft parce qu’elles font imparfaites , & qu’elles le font prefque toujours, que nous les regardons fufceptiblés de cette propriété, qui ne devient plus linguliere , autant qu’elle a paru l’ètre à M. Venel. Je ne crois point du tout , comme lui, que ces cendres , quand elles font encore mêlées de quelques morceaux vraiment combuflibles , agiifent Amplement dans les nouveaux feux en les contenant, & non pas en contribuant à les entretenir. En admettant une fois, comme le fait M. Venel, des krahais encore combuftibles dans ces cendres , c’eft une inconféquence manifefte de prétendre qu’elles ne font dans les feux de houille que ce que font dans les feux de bois les cendres engendrées dans le foyer dont on couvre quelquefois ces feux ordinaires.
- J2J1. Sans queM. Venel s’en doute, la remarque par laquelle il finit, infirme fon propre dire , & vient à l’appui du mien. Cet écrivain dit que le feu de houille bien ardent & bien embrafé fupporte mieux que les feux femblables de bois, les cendres qu’on met deflus , & que le premier efl: contenu par ce moyen avec beaucoup plus d’avantage que le dernier. Cette phrafe ne diifere de la mienne , qu’en ce qu’elle efl: un faible apperçu du vrai point de fait. Il fe ferait préfenté plus clairement à M. Venel, s’il avait été à portée d’avoir quelque bonne houille grade , dont les krahais font toujours plus chauds que les krahais de houille maigre. Il eût vu autrement la chofe , s’il eût porté attention au parti que les pauvres, à Liege, tirent des cendres de leurs feux en les faifant entrer dans la compofition de hochets économiques, à la quantité d’un bouleau fur autant de terre graife, avec deux boilTeaux de fouaye, afin d’animer le chauffage. M. Venel parait avoir ignoré cette pratique , ou n’en avoir fait aucun cas ; mais elle ne fuppofe pas moins que ces cendres ont toujours dans l’opinion commune ( faufà être difeutée ) une forte de valeur réelle pour donner delà chaleur. Ce mélange fraîchement corroyé donne des pelotes qui font un feu joli , agréable & chaud: les pauvres qui l’ont imaginé, le font tout uniment dans le coin de leur cheminée : il a l’inconvénient, au moment qu’on le prépare, d’exhaler une,
- (a ) Dans les mémoires fur le feu de houille ou de charbon de terre , en traitant des avantages de ces feux pour le chauffage & pour les belbins doineftiques.
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- odeur fétide d’hépar, mais qui fe diiïipe dans le defféchement à l’air ou au feu , & n’a nul délagrément. M. Venel parait n’avoir pas pris garde non plus dans mon ouvrage , que la terroule fine & douce , amalgamée avec un peu d’arzée, donne une chaleur très-appropriée à l’ufage que les femmes font des chaufferettes , auxquelles il recommande avec raifon de iubftituer un morceau de fer ou de brique chauffée.
- 326. Les expériences du genre de celle dont M. Venel a été chargé, les connaiffances qu’elles donnent, font fujettes aux mêmes inconvéniens remarqués par M. Zimmermann , dans les defcriptions de charbon de terre d’un feul pays, & dans les conféquences qu’on en tire. Ces expériences , ces connaiffances, pour être précifes & fûres, demandent à être faites , prifes & fuivies par comparaifon répétée, ou fur les charbons de diverfes contrées, ou encofëmieux dans les pays même où ce chauffage eft pratiqué généralement, où l’on voit à toutinfiant en grand & habituellement dans fon foyer & dans celui des autres, les pratiques & les particularités de ce chauffage. M. Venel, preffé par les cir-conftances de travailler à la hâte fur une matière qui était abfolument neuve pour lui, au moment qu’il a entrepris d’en faire un objet de travail, 11a pu fe former fur certains objets des idées fixes & invariables, ni connaître exactement tous les détails de l’ufage des feux de houille.
- Remarques & obfervations générales fur les dangers que l'on croit inféparables de l'ufage du feu de charbon de terre pour le chauffage.
- 327. Nous annonçons fuffifammentpar ce titre général, que nous ne prétendons point, ainii que nous en avons déjà prévenu, nous occuper pour l’inf. tant en aucune maniéré des objections que l’on a coutume d’oppofer à ce chauffage , foit relativement à là la n té , foit relativement aux incommodités qui lui (ont attribuées -, nous voulons uniquement mettre le lecteur dans le cas de fufpendre fon jugement fur'fes propres préventions. Tout ce que M. Venel dit eoncernantcet objet ( a ) , fe rapporte abfolument à ce que nous avons publié avant ce favant, dans notre mémoire fur les feux de houille (in-12, 1770). Pour calmer les premières inquiétudes qui fe préfentent fur le fait de la fanté, nous n’emprunterons de fon'ouvrage que deux obfervations.
- 328. On a expofé un chardonneret dans fa cage, pendant une heure entière, à line fumée très-épaiffe & très-abondante de houille, enforte qu’il en était
- (a) Sedion I, chap. II, part. I, page 14, Avantages des feux de. houille tant ahfolus Des fumées & vapeurs. Chap. V. Tableau que conjïdérés en oppoftion aux dejavan-général des préjugés ou erreurs populaires, tages ou aux moindres avantages des contraires à l'emploi de la houille. Réfu- feux de bois, page 161. tation de ces erreurs, page 112 , chap. VI.
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- fouvent enveloppé au point de ne pouvoir être apperçu : pendant tout ce tems , l’oifeau n’a pas donné le moindre ligne de mal-aife j il a bu , il a mangé , & même de tems en tems fait un petit ramage. Les moineaux connus dans la contrée de Carmaux en Albigeois fous le nom de moineaux verriers, font bien un autre exemple en grand, que la fumée de houille brûlée n’eft point fulfureufe dans la maniéré dont on l’entend communément, & n’eft nullement comparable à la vapeur du foufre brûlant, dont on fait fi bien fe fervir à la campagne pour faire une efpece de chafle aux petits oifeaux en plate campagne. Dans la verrerie de Carmaux, où le fourneau eft chauffé avec de la houille, les pigeons & les moineaux nichent dans le toit de la halle où eft renfermé le fourneau ; lesjmoineaux particuliérement s’y retirent pendant l’hiver , & habitent le toit par préférence à tous ceux des bâtimens voifins, fans doute à caufe de la chaleur qu’ils y rencontrent. On ne peut douter qu’ils ne foient bien complètement expofés tant aux fumées de houille qu’aux cendres qui s’enlevent en même tems ; car leurs plumes en deviennent noires , & même la peau qui en eft recouverte , ce qui a fait donner à ces moineaux enfumés le nom de moineaux verriers.
- 329. Il eft encore facile de préfumer favorablement de l’innocence des exhalaifons de houille enflammée , parl’ufage où l’on eft dans les Cevennes , non-feulement de faire éclorre à la chaleur de ce feu des vers à foie, mais même d’élever ces vers dans des endroits fermés exactement & au milieu de la fumée de ce fofîile. Il a été ajouté à M. Venel ,que loin d’avoir obfervé que ces fumées fuffent nuifibles aux vers à foie, elles parafaient produire fur eux des effets avantageux ; que ces vers fe trouvent plus vigoureux que ceux que l’on chauffait avec le bois, & leurs produits étaient d’un flxieme plus fort que celui des vers chauffés avec le bois.
- 330. Ces faits pourront paraître de peu d’importance ; mais ils font diamétralement oppofés à tous les préjugés répandus dans quantité d’écrits fur ce point, & en particulier à ce qui fe trouve configné dans un examen analytique de. la tourbe, publié en ï7y8 par la voie d’un journal (a). L’auteur de ce mémoire regarde la houille comme un foflîle métallique ; il admet dans fa compofttion du mercure , des parties arfénicales ; enfin , comme quelques autres perfoiines, il attribue à la houille la manie de fe tuer fou-vent par compagnie.
- 331. Cette maladie, fur laquelle nous ne négligerons pas de nous expliquer, autant que le permet le motif pour lequel nous en parlerons , fait le fujet d’un traité compofé ex profejfo par un médecin Anglais de nation (3).
- (a) Parle fleur Dupré Daunay ; Jour- (b) Angli&fiagdlum feu tabes anglica,
- nal economique, avril. numeris omnibus injiruèïa , ubi omnia
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- 11‘n’eft feulement pas venu dans l’idée de l’auteur d’inculper ni de difculper les exhaîaifons du feu de charbon de terre : au furplus, ce que je crois pouvoir avancer dans les mémoires , foit pour perfuader de l’utilité de cette reflource, foit pour raffurer fur les dangers regardés aflèz univerfellement comme inféparables du feu de houille, eft fujffifammène étayé par les pièces juftificatives que j’ai placées à la fuite de ce cahier : telles que l’extrait des regiftres de l’académie des fciences, le décret de la faculté de médecine (a). J’y ai joint une lettre intéreffante de M. Delwaide , médecin de Liege , fur l’opinion que la grande quantité de houille qui fe brûle dans cette ville, rend fes habitans très-fujets aux maladies de poitrine ; opinion à laquelle tiennent, outre le vulgaire, plulieurs perfonnes faites pour être détrompées.
- 332. Entre les témoignages de plufieurs médecins très-éclairés & très-répandus dans la pratique, qui m’avaient aifuré à Liege la faulfeté de cette imputation , je m’étais borné dans mon ouvrage à citer celui d’un d’entr’eux inftruit dans la bonne & véritable théorie, & doué de ce génie propre à l’ob-fervation, génie qui caraélérife le vrai praticien. Lorfque le gouvernement prit connaiifance de mes opérations fur nos houilles de France, je fongeai que ma façon de voir & de penfer touchant l’influence de ce chauffage fur la lamé ne pourrait être trop étayée. Perfuadé que les compagnies célébrés , fur l’avis defquelles cette méthode prenait faveur dans l’opinion des minif.
- quœ ad ejus twn cognitionem tum cura-tionem pertinent , dilucide aperiuntur, au-thore Tlieophilo de Garencieres, D. me-dico, 1647.
- (a) J’ai reconnu depuis par les anciens regiftres de la faculté de médecine , que dès l’année 1 ç 19 au commencement d’août, cette compagnie s’était déjà expliquée favorablement fur ce fujet: voici la traduction littérale de ce qui fe lit au regiftrelV. La faculté affemblée à la réquisition de MM. de la cour de parlement & du prévôt de Paris, qui démandaient fi l’ufage d’une certaine terre d’Angleterre, néceffaire aux ferruriers, n’était point nuifible à la fanté à caufe de fa mauvais odeur; il fut conclu que la fumée de cette terre ne pouvait apporter aucun dommage au corps humain, durri recio bono artificio pr¶retur. Il eft probable que c’eft encore fur cette même matière que la faculté fut confultée en 1666 : les regiftres n’en ont confervé au-Tome XVII.
- cune mention ; voici ce qui fe trouve à ce fujet dans les Lettres de Gui Patin , lettre CLIII, du 22 novembre 1666. Il y a ici un Italien qui dit avoir été mandé exprès pour un certain fecret, qui eft d’une terre com-poféequi échauffe incontinent une chambre fans odeur & fans fumée; plufieurs ont été nommés pour en voir l’épreuve , dont il y a eu deux médecins, favoir,M. Mathieu & moi. MM. Blondel , Guenaut, Bruyer & Moriffet s’y font autti trouvés; nous avons ligné que ces boules de terre faifaient un feu beau & clair fans fumée & fans aucune mauvaife odeur : il nous dit qu’il en donnera un cent pour dix fols Chaque boule eft plus groffe qu’une baie de tripot : on a ordonné qu’on en chaufferait le four, & que l’on nous donnera à chacun un des petits pains qui s’y cuira , pour en tâter: j’y ai falué M. le premier p‘-éfident, & rien davantage ; car il y avait plus de trois cçnts perfonnes, ^
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- très , ne verront qu’avec plaifir d’autres fociétés favantes avoir les mêmes fentimens , & porter un jugement aufli éclairé fur le même objet, je me fuis occupé à recueillir de toutes parts de nouveaux témoignages, fur-tout parmi l’étranger. Les correfpondances honorables que j’ai confervées dans Liege , ont dû naturellement me faire fonger à m’adreffer au college des 'médecins de cette capitale. Tous les dodeurs ou licenciés qui y font aggré-gés-, ont été affemblés extraordinairement par ordre exprès de M. le baron de Haxhe de Bierfet, préfident du college, & tréforier de la cathédrale.
- 333. Le préfet M. Maureal, premier médecin de S. A.. S. (a} y a fait la ledure de la lettre par laquelle je demandais que cette compagnie voulût bien examiner régulièrement une affertion défavorable du célébré M. Hoffmann, fur ce qui regarde l’effet qu’imprime à l’air de la ville de Liege la houille qu’011 y brûle dans toutes les maifons. On verra que la déciflon des médecins qui exercent dans cette capitale, eft formellement contraire à l'allégation du favant profefleur de Halle. Les réflexions qu’ils lui ont oppofées, fe font trouvées les mêmes que celles que j’avais fait entrer dans les mémoires , auxquels j’aflure que je n’ai fait fur cet article, ni addition, ni changement , d’après la déclaration du college de Liege.
- 334. Peu de perfonnes ignorent que la coutume d’appliquer le feu de houille aux ufages domeftiques, a pafle dans le Hainaut Français ; c’eft depuis que les travaux de M. le vicomte des Androuins ont mis cette frontière du royaume en poffeflion d’un tréfor qui n’y était pas connu. Cette heureufe époquen’eft 111 trop récente ni trop éloignée pour qu’on puifle ne pas regarder comme affez conftaté ce qui s’en eft fuivi d’avantageux & de défavantageux. Les médecins de Valenciennes devaient par cette raifon être confultés ; ils font à portée de voir les effets qu’a pu produire fur les habitans l’exha-Iaifon continuelle des feux de charbon de terre, en comparant la conftitu-tion aduelle de leurs concitoyens avec celle dont ils jouiflaient avant qu’on eût introduit chez eux le chauffage de houille ( £). Leurs obfervations inférées à la fuite du fécond mémoire, donnent un nouveau degré d’évidence & de certitude à ce que j’ai avancé, tant en général qu’en particulier, pour combattre un préjugé capable de retarder parmi nous l’introdudion d’un cornt-buftible qui devient de jour en jour indifpenfable. Ces dédiions de compagnies faites pour prononcer, ou de perfonnes choifies dans leur fein, méritent effentiellement l’attention ; c’eft aufli la maniéré dont le miniftere public ufe dans les affaires qui intéreffent le bien général. Il y a apparence que, lors de l’introdudion de ce chauffage à la façon du Hainaut Français
- ( a) Alors comte cFOutremont.
- ( b } Le plus ancien des médecins de cette ville y exerce depuis le commencement de cet ufage»
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- dans nos corps - de - gardes, pour nos troupes à Briançon, le minière de la guerre fuivit cette même voie en confultant des perfonnes éclairées. J’ai trouvé dans les papiers de mon pere la minute d’une déclaration dreliée à ce fujet, à Paris & à Verlailles , pour examiner le charbon de terre du Briançonnais, par comparaifon avec celui du Hainaut. Nous joignons ici cette piece.
- Ce jourd’hui 30 décembre 1727 , en exécution des ordres de monfeigneur le Blanc, miniftre & fecretaire d’état de la guerre; nous , fouflignés,avons fait pour la troilieme fois l’épreuve du charbon de terre du Briançonnais, comparé à celui de Flandres , & pour cela nous avons fait faire de ce charbon concafle des boules de la grofl’eur d’une boule de mail , qui ont été arrangées par couches dans une grille de fer pareille à celles qu’on emploie dans le Briançonnais ; & après y avoir fait mettre le feu, nous avons ob-fervé ce qui fuit; favoir:
- 1 e. Que le charbon du Hainaut, qui eft compofé de parties plus grades, fulfureufes & bitumineufes , s’enflamme plus promptement que le charbon du Briançonnais , & qu’il produit de la flamme & une fumée épaiffe, noire, d’une odeur très - défagréable & difficile à fupporter.
- 2*. Que le charbon du Briançonnais , qui paraît compofé de parties ter-reufes plus feches & moins bitumineufes que l’autre, a été allumé dans'une demi - heure, & n’a produit ni flamme , ni fumée , ni odeur capable de nuire à la poitrine.
- Que celui du Briançonnais fe confomme moins vite, & paraît con-ferver plus de chaleur lorfqu’il eft bien pris, que celui du Hainaut.
- Des expériences réitérées nous donnent lieu de croire que le charbon de terre du Briançonnais ne peut point produire de vapeurs nuifibles à la fanté de ceux qui s’en fervent ; que la noirceur des habits qu’on attribue à quelques vapeurs élevées de ce charbon, vient plus vraifemblablement de la cendre qui doit être très - légère & très - affinée , le charbon étant du tems à fe confommer; qu’enfin s’il brûle moins vite que celui du Hainaut, c’eft qu’on n’eft point aufli avancé dans les mines du Briançonnais que dans celles du Hainaut, & qu’il eft probable qu’en approchant du cœur de la mine, le charbon fera moins terreux & chargé de 'parties plus bitumineufes & plus combuftibles. En foi de quoi nous avons figné le préfent procès-verbal les jour & an que deffus.
- Des effets incommodes qui peuvent réfulter dans certains cas de la vapeur du charbon de terre embraje.
- 3 3 L’action du feu fur les charbons de terre, en diflïpant une partie de l’acide vitriolique qu’ils contiennent, développe dans quelques-uns utie odeur
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- d’acide fulfureux volatil ; cette exhalaifon , la même que celle qui Te diftingue dans le voifinage des fours à briques & des fours à tuiles , eft quelquefois marquée & peut être confidérable. J’ai eu foin de prévenir quelque part, que cette vapeur avait quelquefois produit des accidens graves dans les perfonnes qui y avaient été expofées ; nous avons aufii fait obferver que cet eiîet n’eft point particulier à la houille.
- 336. M. Venel, qui a reconnu dans certains tems de l’embrafement du charbon de terre , de ces bouffées de vapeurs fulfureufes, prétend qu’il n’y a rien de plus facile que de s’en délivrer , ou de fe les épargner d’avance. Le moyen qu’il propofe confifte tout uniment à éteindre le feu lorfqu’il eft voifin du tems de cette exhalation ; tems qu’il eft très-aifé de prévoir à l’aide de la plus légère habitude. Le confeil qu’il donne pour y parvenir en l’éparpillant, ou pour réuftir encore plus promptement, en jetant deifus des cendres froides ou de l’eau, eft fur ; mais il faut avouer que, s’il 11’y avait pas d’autre fecret que de déranger ainfi ou d’éteindre le feu,il ferait bien plus fimple de n’en pas faire. Si c’était la peine, c’eft-à-dire, G le tems pendant lequel le feu de houille répand fes vapeurs produisit un effet qu’il fût à propos de modifier, il y aurait encore, dit M. Venel/des expédiens faciles pour y prévenir la génération de cette vapeur ou pour l’abforber. IL ejl très - probable, par exemple, que fi on mêlait à la houille quelque terre calcaire, comme marne, cendres végétales, &c. ou que G l’on formait les pelotes avec une argille mêlée de terre calcaire, on obtiendrait cette correction; mais, ajoute M. Venel, cette exhalaifon faible & patfagere ne mérite pas d’être ménagée. ( a)
- 337. Nous fommes fâchés de dire que nous 11’entendons rien à cette irréfo-lution que l’auteur laiffe appercevoir fur l’exiftence, fur la durée, fur l’inconvénient de cette vapeur. Le fait eft certain : cette moffette eft commune à toute efpece de feu renfermé j perfonne ne l’ignore , non plus que la façon de s’en garantir. Les premières & véritables attentions à avoir , comme pour toutes fortes de chauffages , font de rejeter les fumerons , les pouxtures , les boutneures , & fur-tout de pourvoir à ce que cette vapeur ne foit pas renfermée : on eft fur alors de ne reffentir aucune des incommodités dont il y a des exemples connus. La fociété royale de Londres en a publié une observation (b). L’équipage envoyé en 15-69 par les Hollandais pour découvrir
- ( a ) La grande probabilité , infinuée ici pas à M. Venel, ni évidemment vrai, ni évi* par M. Venel, furl’efpece de correctif que demment faux, que Je mélange de terre donne au charbon de terre un amalgame grade corrige l’odeur du charbon de terre marneux, efi: effentielle à remarquer: lorf- enflammé.
- que nous traiterons de l’apprêt du charbon (à) Tranfaâîions philofophiques, ann. de terre avec des terres grades,le lecteur 1763, art. 69. voudra bien fe reffouvcnir qu’il ne paraît
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- une nouvelle route en Chine, fut très - tourmenté par un femblable accident, étant arrêté à la baie des Courans dans le port des Glaces. La relation s’en trouve dans le troifieme voyage des Hollandais par le nord le long de la Norwege, &c. pour aller au royaume de Cathai & de la Chine, par per-milfion du confeil de la ville d’Amfterdam : la voici telle qu’on peut la lire dans un ouvrage connu. ( a )
- 338. Le 7 décembre 15-96, le confeil ayant décidé qu’on irait chercher au vaiffeau le charbon de terre qui y était, pour réfifter au froid, 011 fit un gros feu qui réchauffa merveilleufement les voyageurs; mais pour l’entretenir & en jouir le plus de tems qu’il leur ferait poftible, ils bouchèrent exactement leurs fenêtres & allèrent fe coucher, très-fatisfaits d’être bien chaudement; ce qui les avait rendu plus gais qu’à l’ordinaire, & leur donna lieu de caufer long-tems enfemble après être couchés. A la fin , ils fe trouvèrent tous attaqués de tournoiemens de tête & de vertiges, dont celui qui s’en trouva le plus incommodé fe plaignit le premier ; tous avaient de la peine à fe fou-tenir ; quelques-uns cependant furent en état de fe traîner à la cheminée & à la porte pour les ouvrir : le froid les rétablit.
- 339. Il eft donc très-poffible que le-charbon de terre, foit par défaut d’attention à maintenir fon feu dans un air libre, foit par fa qualité particulière , occasionne, de même que la braife, la fuffocation & un danger pour la vie; nous ne pouvons encore oublier que même les loifirs du médecin doivent, lorfque l’occafion le permet, porter l’empreinte de la philanthropie. Nous avons payé notre tribut à l’égard des ouvriers fufFoqués 011 noyés dans les mines : lorfque nous préfcntons le mérite du chauffage qu’elles procurent, ferait-il jufte que nous fufiîons plus indifférens fur le danger que pourraient courir les perfonnes qui fe feraient expofëes imprudemment à la vapeur qui en réfulte ? On fait que ces perfonnes qui ont éprouvé jufqu’à un certain point la malignité de cette moffette , paraiifent entièrement privées de de la vie. Le (avant traducteur des ouvrages de M. Franklin compare avec rai-fon un homme en cet état, à une bougie nouvellement éteinte , dont la rneche encore rouge & fumante n’a befoin que d’un fouffle pour fe rallumer (b). En effet, l’expérience démontre que des impulfions variées à l’extérieur d’une maniéré intelligente, dilîipent avec fuccès la ftupeur mortelle dont les organes de la vie fdnt affeCtés. Les accidens fubits de différens genres, dont celui-ci eft du nombre, excitent depuis plufieurs années la vigilance des médecins, &
- (a) Tome I, page 72 du Recueil des (b) M. Dubourg, doCteur -régent de la voyages qui ont fervi à fétabliffement & faculté de médecine de Paris. Voyez fa aux progrès de la compagnie des Indes lettre à M. Franklin. Paris, iç avril 1773, orientales, formée dans les Provinces-Unies tome I, page 322, des Pays-Bas. Amfterdam , 1702.
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- ils ont l’avantage de voir leur zele couronné par les fuccès les plus fatisftii-fans; leurs mémoires & leurs obfervations applaudis avec juftice du public, ne nous donnent lieu ici qu’à un réfumé très-fimple & très-abrégé de ce qui peut être regardé comme plus elfentiel dans la pratique de ce traitement important , & à une notice de la maniéré de prévenir ces accidens.
- 340. Dans la defcription de la Chine (a), il eft remarqué que la vapeur de charbon eft quelquefois fi défagréable, qu’elle fuffoquerait ceux qui s’endorment près des poêles, s’ils n’ufaient de la précaution de tenir près d’eux un baflin rempli d’eau ; ils prétendent qu’il attire la fumée & en diminue l’odeur. Le P. Grammont, en donnant la defcription qui va fuivre des étuves chinoifes , obferve que, pour enlever les vapeurs nuilibles de l’air conftam-ment échauffé par le feu du charbon de terre , les Chinois font dans l’ufage de tenir toujours dans les appartenons de grands vafes remplis d’eau, qu’ils renouvellent de tems en tems : les poiffons dorés que l’on tient dans ces mêmes vafes , fervent en même tems d’ornement & d’amufement au palais de l’empereur. A cette évaporation continuelle fe joint celle de l’humidité de pots à fleurs & de petits orangers qui décorent les appartenons.
- 341. Les philofophes de la Chine prétendent que c’eft là le meilleur moyen d’adoucir l’air, & d’abforber les particules ignées qui y font difper-fées j ils ont foin en même tems de laiffer deux carreaux ouverts nuit & jour au haut de chaque fenêtre, afin de renouveller l’air qu’ils croient être trop raréfié par la chaleur. Les pauvres trouvent dans l’eau chaude qu’ils tiennent pour faire leur thé, les mêmes avantages d’une évaporation qui humeéte l’air de la chambre.
- 342. M. de Gillibert, major de l’hôtel royal des Invalides, occupé d’une collection d’hiftoire naturelle intéreffante, dans laquelle il y a des oifeaux empaillés , a imaginé d’employer ce même expédient pour fe débarralfer de l’odeur que ces pièces répandaient dans fon cabinet, & s’en eft bien trouvé.
- 343. Les moyens de remédier à la vapeur du charbon font, comme de rai-fon, d’un autre genre que ceux qui font propres à la prévenir.
- 344. Le fait qui n’eft que cité précédemment, regarde précifément un ouvrier fuffoqué par des exhalaifons de charbon allumé dans une mine (b). Ce malheureux était froid , fans mouvement ; on n’y en fentait pas le moindre, ni au cœur, ni dans les arteres , & il fut tenu pour mort trois quarts d’heure dans la mine; fes yeux étaient fixes & brillans , la peau froide. M. Toffack le rappella à la vie en lui foufflant dans la bouche jufqu’à enfler la poitrine ;
- ( a ) Hijloire generale des voyages, vient d’être inféré dans le détail des fuccès tome VI, fed. III, page 486. de l’établifTement que la ville de Paris a
- ( b ) La mine de charbon d’Alloa en fait en faveur des perfonnes noyées, qua-Suillè, qui prit feu par accident: ce fait’' trieme partie, année 1775 ,page 165.
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- Je cœur fit fentir immédiatement après, fept ou huit battemens très-vifs ; la poitrine reprit Ton mouvement alternatif, & le pouls fe fit fentir : on lui ouvrit alors la veine au bras ; on frotta , on fecoua le malade vivement; en une heure de tems il reprit connaifiance , quatre heures après il s’en retourna chez lui, & au bout de quatre jours il fe remit au travail.
- 54f. On juge facilement que les malades peuvent, ainfi que Ta remarqué judicieufement M. Lorry (a) , avoir été aifedés par cette vapeur dans diité-rens degrés, & qu’en conféquence les moyens à employer peuvent être variés. Mais en tout ils fe rapportent abfolument à ceux que le célébré M. Lieutaudindique.il paraît fur-tout conftaté aujourd’hui par d’heureufes expériences , que ce qu’il y a de plus prelféà faire ( & l’impreifion qu’on éprouve en entrant dans un endroit infedé par cette vapeur en dide le confeil ) elt de donner au malade de l’air frais, même froid; l’infufflation de l’air dans les poumons eft auiïi un fecours puiflant. Enfin on doit aiîigner un rang distingué parmi ces fecours, à la projedion fubite , continuée fans interruption , ou reitérée , de l’eau froide au vifage & à une certaine diftance; l’immerfion précipitée dans l’eau la plus froide , tout ce qui peut produire un trelfaillement ; & par-delfus tout, perfévérauce dans Padminiftration de ces moyens, (b)
- 546. Ceux de nos ledeurs qui feraient dans le cas de defirer une con-nailfance plus entière de ce qui convient dans ces fortes de cas , doivent con-fulter un mémoire publié par M. Hermant, médecin de Nancy, imprimé & diftribué en extrait par les foins de M. Pia, ancien échevin. (c)
- Remarques particulières fur quelques cir confiances relatives à t emploi du charbon de terre, au chauffage dans les cheminées, dans les poêles , &c.
- 547. A la rigueur, le charbon de terre brut ou apprêté, pofé tout ümplement aplat fur le foyer de l’âtre, peut fournir dans une cheminée telle qu’elles font confiantes par tout pays, un feu propre au chauffage ou aux befoins ordinaires ; il faudrait feulement, pour hâter la communication du feu dans un tas de houille à plat, ou dans un foyer fermé, tel qu’un four, avoir attention , comme remarque très à propos M. Venel ( d), de former ou d’établir ce tas fur une
- (a) Dans fa thefe de baccalauréat, cidens qui étaient trop négligés.
- en 1747. (c) Avis patriotique concernant lespeP
- (b) On doit maintenant efpérer que les fonnes Juffoquées par la vapeur duchar-perfonnes frappées de la foudre, dont l’état bon, qui paraijfent mortes, & qui ne ïé-pourrait être du même genre, lorfqu’îl n’y tant pas, peuvent être rappellêes cïlavie. a point de déchirement de fibres , de pa- Par M. Pia, 1776, r<; pages.
- ralyfie nerveufe, de corruption de liqueurs ( d ) Chap. I, partie II ,page 213. Ma-produite par l’accident, auront bientôt leur nicre commune cf allumer de gouverner
- tour dans l’empreffement des perfonnes de les feux de houille. l’art, à appurter du fecours contre des ac-
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- couche de bonne braife brûlante, ou fur des morceaux refendus de bois bien fec.
- 348. Dans les âtres ordinaires, on conçoit que les cheminées conftriiites comme elles le font dans les pays où ce combuftible eft ufité ( voye^pl. XV) & les grillages dans lefquels on le contient, font plus décidément appropriés à ce feu. Avant de reprendre aucun détail de ce qui demande à être rappelle ici, ou de ce qui eft à connaître fur ce chauffage dans les cheminées , nous nous arrêterons à quelques circonftances préliminaires s nous fuivrons la même marche pour ce qui eft des poêles.
- 349. On a vu que ce foflile brûlé donne beaucoup de cendres; mis en pelotes avec des terres argilleufes, il en fournit beaucoup davantage au moyen de l’addition du réfidu cendreux de ces terres. Cette quantité confidérable de cendres exige qu’on s’en débarraffe dans la journée à différentes reprifes, pour l’ordinaire , chaque fois qu’on renouvelle le feu, ce qui eft deux ou trois fois en tout tems : dans les petits ménages, on en réferve à chaque côté du fer à feu une pile fnffifante pour pouvoir fervir à pofer la marmite ou quel-qu’autre uftenfile de ce gerne.
- 3$o. Il n’eft pas inutile d’avertir que les cheminées de tôle, nommées cheminées à la pruffîenne , ne font en aucune maniéré favorables à ce chauffage. Le feu exhauffé fur le grillage, porte une grande partie de fon aélion dans la couverture qui forme chapiteau, y eft entièrement retenu & renfermé; les rebords pendans de cette couverture empêchent que la chaleur ne s’étende dans tout l’appartement, & s’oppofent d’une autre part à la facilité du fer-vice du feu, (oit pour le renouveller, foit pour l’accommoder quelquefois avec les pincettes ou autrement. Comme ces cheminées, au furplus, n’ont d’autre utilité que de remédier à la fumée, on aura recours à tous les autres moyens connus oupofîibles; ces expédiens n’ayant point de rapport fpécial à notre objet, nous fommes entièrement difpenfés d’en rien dire, fi ce n’eft pour rappeller par occafion le moyen adopté par les Chinois, & une maniéré finguliere qui lui eft un peu analogue, & qui fe trouve rapportée dans un mémoire des plus intéreflans (a) , comme ayant été éprouvée dans un endroit où la cheminée fumait beaucoup, (h)
- (a) On était parvenu à fe garantir de nature & lafalubritédes eaux de la Seine. cet inconvénient, en fufpendant dans le mi- ( b ) M. Genneté , dans l’ouvrage que lieu de la hauteur du tuyau une bouteille nous avons cité de lui, a donné auiïi pour de pinte remplie d’eau. La cheminée corn- cet objet la conftru&ion en bois avec figur mençant à fumer de nouveau, avertiffait res , de la tête d’une nouvelle cheminée fur que la bouteille était vuide , & qu’il fallait une feule, ou fur un plus grand nombre de la defeendre pour la remplir. Dijfertation cheminées ordinaires, où l’on brûle de la phyjrque, chimique & économique fur la houille & des tourbes.
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- 3 f i* Quant aux grillages ou fers à feu, fig. 4 &fig. f , /»/. part. II, ks barres qui les compofent font ordinairement de fer battu, quelquefois bien limé. J’ai vu de ces fers à feu à l’anglaife ainfi polis à la lime. M. Venel n’ÿ reconnaît point d’avantage particulier ; mais j’aurais plus de confiance dans l’expérience d’une obfervation fuivie, telle fins doute qu’elle eft conftatée par les Anglais, qui ne connailfent pas d’autre maniéré de fe chauffer. La remarque facile à faire par tout le monde fur nos chenets, celle que j’ai faite fur mes fers à feu, dont je me fuis fervi pendant deux hivers, & qui prennent, quand ils ne fervent point, beaucoup de rouille , donneraient lieu de préfumer que ce poli à la lime a pour objet de rendre les barreaux de fer moins fujets à cette rouille.
- 3f2. Pour ajoutera ces feux une chaleur réverbérée, ces grillages doivent être appuyés fur une maqonnerie de briques pofées en faifant un rebord à plat, repréfentée pL XV, part. II. De la grille au murrai, il faut toujours qu’il y ait au moins une diftance de 6 à 7 pouces pour les moindres feux , & pour les cuifines, de 8 jufqu’à 9 & 10 pouces; à ce murrai l’on peut fubf-tituer une plaque de fonte de 3 ou 4 doigts d’épaiffeur , & percée de plufieurs trous, afin d’empècher qu’elle ne fe fende.
- Les grillages ou fers à feu les plus fimples ou les plus ordinaires & à plus bas prix, comportent néceffairement quatre montans principaux d’environ douze pouces de hauteur, dont la partie inférieure forme quatre pieds , quatre traverfes de côté, quatre traverfesde face , qui peuvent être en fens oppofés aux quatre montans : la fig. 4 de la pi. XV en repréfente des deuxfaqons. O11 eltime que les barres pofées perpendiculairement, comme les quatre montans , 11e font pas fi avantageufes pour retenir dans le grillage les charbons ou krahais , à mefure qu’ils diminuent de volume en fe confumant, & defçendent dans le fond du grillage. Les traverfes formant le fond du grillage , demandent à être remarquées ici par rapport à leur élévation, & par rapport à leur difi-pofition différente des autres placées en longueur.
- 3<f4- Leur élévation au-deffus du foyer peut varier félon la quantité du charbon de terre; les feux de charbons chauds doivent être plus élevés que ceux de charbons faibles : pour la première qualité, il faut en général 4 à f pouces d’élévation , afin de laiffer un efpace fuffifant pour les cendres qui touu bent du grillage , & où l’air puiffe agir librement. Aifez communément cette élévation n’eftguere différente de celle quife remarque aux chenets de bonne grandeur; de maniéré que, fi abfolument on voulait ne point fixer ce grillage au murrai, l’on pourrait, en ajoutant deux autres traverfes oppofées à celles de face , avoir fimplement un grillage fans pieds , qui poferait fur les chenets, & qui deviendrait portatif dans les différentes chambres où l’on voudrait avoir feu.
- Tome XVII.
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- gyf. Quel que foit le grillage, il paraîtrait utile que les barreaux du fond j au lieu de préfenter leur quarré , préfentaflent le tranchant, afin qu’il s’amalfât moins de cendres dans ce fond : enfin il eft à propos que les barres du fond, qui ne tiennent point aux montans , au lieu d’être fixées à demeure comme les autres, foient fimplement aifemblées à crochet fur les traverfes de côté ; avec cette précaution il ferait aifé, quand à la longue elles viennent à fe détruire, de leur en fubftituer de nouvelles, fans être obligé de toucher au corps du grillage.
- 356. La qualité du fer à employer pour ces barres , ne peuvent être que dépendantes des mines dont il eft provenu, & qui eft différente félon les provinces où l’on voudrait faire ufage de ce chauffage (a). Le prix , par rapport à la main-d’œuvre, varie aufli en conféquence : on donne à juger en paffant, de ce que ces grillages peuvent coûter par l’état fuivant, fourni par un ouvrier de Paris, & qui fans doute eft encore fufceptible de diminution même dans cette ville.
- 3f7» Un grillage conftruit comme nous l’avons dit d’abord, de feize barres ou tringles de bon fer de Berry, excepté les quatre montans formant-le corps, & les quatre pieds, peut donner en tout trente pieds de fer, tant quarré qu’applati, & le poids (b) de huit livres en tout, & revenir à fix livres dix fols, & pourra durer quatre ans fans qu’on ait befoin d’y toucher.
- 3^7. Une grille des plus fimples en fer en lame de Berry, de 18 pouces de hauteur, fur 1 f pouces de large, 9 poucesjdes côtés, pefera environ 20 livres & coûtera 12 livres. Une autre de 2? livres pelant de pareil fer, coûtera if livres. Une autre de 30 livres pefant de pareil fer, coûtera 18 livres. Une gril de cuifine de 2 pieds de hauteur, fur 3 pieds 6 pouces de large, fur un pied des côtés de fer de carillon à double grille , pefera environ 200 livres, & coûtera 120 livres. Une grille à l’anglaife avec pieds en roulettes, de 22 pouces de hauteur , à couliffes , de 3 pieds à 4 pieds & demi, fur un pied des côtés , à double grille de fer de carillon, pefera environ 220 livres , & coûtera, compris les roulettes & les pommes de cuivre, ifo livres.
- 3 f9. Pour difpofer, on commence par garnir le fond du porte-feu de morceaux de pelotes neuves & de quelques pelotes de la veille , entre-mêlées juf.
- ( a) Le fer de Nivernois, de Senonches les fers de Suede & d’Allemagne font la an Perche, eft très - doux ; celui de Roche plupart meilleurs ; le premier connu fous le eft très-doux & très-fin, celui de Bourgogne nom de fer de carillon, qui n’a que 8 àç l’eft médiocrement; le fer de Vibrais, près lignes en quarré, eft très-bon & très-fort. Montmirail, au Mans, eft auffi de bonne II revient à 11 fols la livre, qualité, mais plus ferme ; le fer de Chain- ( b ') Le poids de forge eft de 40 livres pagne, dont le grain eft plus gros, eft caftant; par mille, celui de Normandie l’eft encore davantage ;
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- qu’à l’épaiffeur de deux ou trois doigts ; fur ce premier lit on place quelques morceaux de menu bois , auquel on met le feu ; une allumette fuffit pour cela : linon quelques charbons & quelques coups de foufflet jufqu a ce que le menu bois foit allumé, en font l’affaire ; oii recharge le porte-feu jufqu’au comble de pelotes neuves & de pelotes vieilles. Il ferait à propos, & il fera indifpenlable pour les cuifmes, d’entre-mèler le tout de bon charbon de terre pur (a) , pour animer le feu & lui donner de la force : ces morceaux de charbon de terre fe placent fur le devant du grillage. On fur monte ce dernier lit, félon le degré de force qu’on veut donner au feu , d’une ou trois rangées de pelotes entières & couchées en travers fur le côté, ce qui en comporte 4, f ou 6 en pyramide. Le tout fe recouvre de pelotes reliées du feu de la veille , réduites en braifes, obfervant que dans cet entaffement l’air & le feu puiffent fe faire jour bien librement. Si les pelotes viennent à fe coller enfemble, ce qui arrive quelquefois, on les fépare avec une efpece de broche.
- 560. Dans tout cet arrangement, il faut obferver avec grande attention de conferver par-tout beaucoup d’air, en évitant de trop entaffer ce chauffage en morceaux. Lorfqu’on ne veut faire qu’un petit feu bourgeois, au lien de mettre des pelotes entières fur le haut, on achevé de furmonter le porte-feu de pelotes en morceaux, toujours recouvertes de pelotes reliées de la veille. Quand il elt allumé, on jette par-deffus , pour qu’il ne fe confîmes pas trop vite , du pouffer de ces pelotes, trempé avec un peu d’eau.
- 36t. Pqur ce qui eft des cailfes ou baquets deftinés à garder, ou dans une anti - chambre, ou près de la cheminée , une provision de pelotes pour un ou plusieurs jours, il n’eft pas néceffaire d’obferver que ces cailfes doivent: être proportionnées à l’approvilionnement que l’on veut tenir près de foi ; mais afin d’ètre plus fur que le menu pouffer qui fe détache toujours des pelotes caffées ou entières * ne s’échappe point de la cailfe, quelque bien jointes que puiffent être les pièces qui lacompofent, il pourrait y avoir de l’avantage qu’elles fuffent fpalmées en-dedans & en-dehors avec du courroi. Le petit marteau à pointe pour caffer les hochets, eft toujours dans ce petit baquet.
- 362. Les poêles employés pour le chauffage, rentrent dans le genre des fourneaux j on fe propofe fur-tout par leur conftru&ion, i°. de tenir un appartement échauffé avec peu de feu* 20. de faire enforte que le charbon s’enflamme par degrés & s’y confume ; 30. de conduire la chaleur, ou l’air qui en eft échauffé, par différentes circonvolutions qui le retiennent & le communiquent à celui de la chambre, au lieu d’ètre emporté dehors ; 40. enfin de conferver long-tems la chaleur & le feu à la matière échauffée.
- ( a ) A Paris, charbon de la mine de Fims.
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- 363. Des différentes maniérés imaginées pour répandre plus avantageusement dans tout un appartement la chaleur d’un feu peu confidérable, en le renfermant dans un fourneau qui s’exhale par un tuyau, les poêles prêtent plus aux recherches propres à varier ou à multiplier les avantages de ce chauffage ; il n’eft point d’endroit où l’on n’ait travaillé pour perfectionner ces fourneaux à l’infini ( a), foit dans la conftruétion ordinaire à laquelle 011 a .confervé le nom de poêles , foit dans celle défignée par les Chinois fous le nom d'étuves., foit dans celle appellée à Philadelphie chauffloirs.
- 364. M. Deville, dans fon mémoire communiqué à la Société royale de Lyon, prétend que les poêles où l’on brûle le charbon de terre, confèrvent afiez long-tems leur chaleur après que le feu en eft éteint, tandis que ceux chauffés avec le bois fe refroidiifent prefque fur - le - champ.
- 36p. A Liege 01L fe Sert rarement de houille pour les poêles, c’eft toujours du bois qu’on y emploie : la houille maigre de Herftal ferait très - propre à cet ufage. D’après la pratique du marquifat de Franchimont & du Limbourg, pour les feux de terroules & les feux de poeles, 011 reconnaît que, fl l’on veut échauffer un appartement avec un poêle , il ne faut point employer de houille graffe , ni par conféquent de pelotes ou briques deflinées au chauffage dans les cheminées & formées de cette efpece de charbon ; il en résulterait une chaleur trop forte, & en même tems le fourneau en Souffrirait. Ces poêles doivent être munis de deux portes au - deffus l’une de l’autre , une pour la facilité de fe débarraffer des cendres plus abondantes dans toutes les houilles maigres , & la Seconde pour l’entretien & le Service du feu: celle-ci peut, être placée fur le derrière du poêle, c’eft-à-dire, à l’oppofé de l’autre ouverture ; mais elle doit être commode par rapport à S ufage auquel elle eft defiinée ; fans cela on ne pourrait ni arranger commodément les pelotes, ni en remettre facilement de nouvelles quand le befoin le de-/ manderait.
- 366. Les détails dans lefquels nous Sommes entrés à l’article des feux de terroules & des feux de poêles , donneraient à penfer que les fourneaux d’une petite grandeur, comme il s’en voit quelquefois, ne parailfent pas pouvoir être échauffés avec ces pelotes, qui doivent toujours être arrangées de maniéré à former des pyramides : cependant les poêles les plus communs , à couvercle, peuvent également être d’un très-bon ufage avec ce chauffage. Lorfqu’une fois les pelotes y ont été arrangées & allumées, toutes celles qu’on y jette enfuite, en levant le chapiteau, comme 011 ferait pour y re-
- (u) Nouveau poêle ou fourneau très- page n. 70. Poêle hydraulique, éco-économique, approuvé par la foeiété royale nomique & de fanté, approuvé par la fade Berlin. Gazette d'agriculture & du corn- culte de médecine, en 1771. Voyez la def-mercc, &c. du famedi 31 août, ann. 1771-, cription imprimée , chez Valade, 1772
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- mettre de nouveau bois, y prennent feu & s’y confument fans avoir befoin d’aucune forte d’arrangement. Dans le magafin établi à Paris pour ce chauffage en novembre 1770, on ne fe fervait que d’un poêle de cette efpece à couvercle, & l’on 11’y a reconnu aucune différence d’incommodité pour fon fervice ; il eft à propos fur-tout de faire attention que plus la houille dure, moins il faut ouvrir le poele.
- 367. Le grillage qui s’adapte fur le fol des poêles, doit avoir un rebord fur le devant, fi la porte eft de côté , & il doit être élevé de quatre ou cinq doigts pour les cendres : on peut même fe paffer de gril ; 011 croife quelques morceaux de bois fec les uns fur les autres ; dès qu’ils commencent à brûler, on arrange les pelotes les unes fur les autres en les croifant, fans trop les ferrer ni les éloigner, de maniéré que la flamme puiffe fe répandre par - tout.
- 568. Il eft de ces charbons dont le feu dure communément 12^15 heures, fans qu’il foit befoin d’y toucher 5 011 peut après ce tems les recouvrir avec du charbon de terre eu pouiiier & mouillé ; ils peuvent alors fe continuer iix à fept heures de plus, ce qui arrive aux fortes terroules des environs de Liege, qui font différentes de celles du Limbourg. Ce font uniquement les braifes de poeles dont on peut fe fervir pour les fourneaux de cuifine.
- 369. On ne peut rien imaginer de plus commode & de plus ingénieux dans fa {implicite que les poêles en ufage parmi les pauvres du Lyonnais, & qui fervent à la fois pour cuire les nourritures & pour chauffer ; ces poêles dont nous avons parlé, font du fer fondu, & fe tirent de la Bourgogne & de la Franche-Comté; il y en a de plus ou moins ornés, de différente grandeur & de différente forme. On leur affecte le plus communément la forme pa:allélipipede & la forme cylindrique; cette derniere eft la meilleure; la figure 2 de la pi. XXXV 111 repréfente un de ces poêles compofé de trois pièces , le pourtour, la grille, & le couvercle. Ces poêles font montés fur des pièces de quatre à cinq pouces de haut, à la faveur defquelles on place ml cendrier fous la grille. Ceux où il entre le moins de pièces, font préférables aux autres , parce qu’ils font plus exactement clos.
- 3 70. Un phyficien Allemand (a) a publié la defcription d’un poêle ou d’un fourneau très-limple, qui, dans fa conftruction particulière, réunit les avantages de ne point donner de fumée, d’augmenter la chaleur, d’échauffer en peu de tems & à bon marché : en voici la defcription.
- 371. Le tuyau eft courbé dans fes deux parties en A & en B, plus large
- (a) Herman. Frid. Teichmeyeri de- furni,fumo non molejïi, & magnum con-menta philofophia naturalis & expert- dave brevi tempore ,pauaffimifque fuinp-mcntalis. Jeux , 173 3, page 48. Strutfura tibus calefacicntis.
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- en A, où eft un gril pour porter le chauffage, plus étroit en B ; l’air paflant davantage dans le tuyau plus large & plus court A, que dans le tuyau plus étroit & plus long B, la flamme ne tend point en A, mais en B: par cette raifon Ton fent du froid en A, & au contraire la chaleur eft vive en B, mais fans fumée: l’airpreflant toute la fumée, & la flamme defcendant au lieu de monter , les parties de la fumée font plus divifées & atténuées ; elles font converties en feu : de maniéré qu’une grande chambre s’échauffe en peu de tems & à bon marché par cette fumée , fans aucune incommodité de fa part, & fans inconvénient pour la fanté.
- 372. M. de Puifieux (a ) a communiqué la defcription & le‘deflin d’un fourneau très-ingénieufement imaginé par M. Lewis, de la fociété royale de Londres, & qui peut fervir de poêle ordinaire : on en prendra l’idée par la figure qui repréfente la coupe intérieure de ce fourneau, pofé fur un trépied de fer, avec un plateau aufli de fer pour recevoir les cendres.
- $73. Ce fourneau, de forme ellipfoïde, peut être diftingué en deux parties , celle qui forme le fond ou la partie la plus baffe , qui eft le foyer, muni de la petite grille ; la porte ne peut fe voir dans cette coupe , elle doit être ouverte afin de laifler entrer Pairs la partie fupérieure du fourneau en cône renverfé, eft chargée dans fon grand axe, de pelotes neuves & de pelotes faites avec des cendres, de forme ronde les unes & les autres, &foutenues fur une grille ; par cet arrangement, il y a toujours des vuides entre toutes les pelotes. Un tuyau de fer inféré latéralement dans la plus grande partie du dôme , relevé de 8 ou 10 pouces dans l’autre bout, .communique avec la cheminée de la chambre. Le fourneau chargé de pelotes entretiendra une_ chaleur modérée & à peu près égale pendant plufieurs heures s les pelotes y brûleront lentement: 011 peut y remettre au befoin de nouvelles pelotes par la porte qui eft au-defliis de la grille. L’obftacle que les boules apporteront au mouvement de l’air à travers le fourneau, en rendra la confommation très-lente ; on peut encore la ralentir à volonté , en bouchant une partie de l'ouverture qui donne entrée à l’air, ou l’ouverture du tuyau qui va dans la cheminée; mais cette derniere ne doit, pour plus grand fuccès, être fermée que lorfqu’il n’y aura plus d’exhalaifon.
- 374. Les poêles ouverts, dont on fait ufage en Penfylvanie, & imités en Angleterre, font extrêmement avantageux, en ce qu’ils obvient aux incon-véniens des feux de charbon allumés à découvert dans des endroits clos, que de plus on y brûle moins de combuftible, qu’ils empêchent en même tems la fumée , & rendent les cheminées moins fujettes à fe remplir de fuie, foit parce qu’011 y brûle moins de combuftible. Cette maniéré fe rap-
- (a) Expériences phyfiques & chymiques fur plufieurs matières relatives au commerce & aux arts. Paris, 1768, tome I,pag. 26, 68.
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- porte à quelques égards aux cheminées en oeil de bœuf, que nous avons décrites, & elle fe trouve détaillée dans un ouvrage qui doit être entre les mains de tout phyficien. ( a )
- Defcription de différentes efpeces de kangs , fourneaux eu étuves chinoifes ,pour chauffer les appartemens avec le charbon de terre , ou autre combujlible : par h P. Grammont, miffionnaire à Canton. ( b )
- 37f. Le kangçft une efpece d’étuve chauffée par le moyen d’un fourneau qui y répand toute la chaleur. Il y a en Europe bien des étuves, poêles & fourneaux, qui reifemblent en quelque chofe au kang, mais les Chinois paraiüent avoir trouvé le moyen de réunir dans leur étuve tous les avantages connus aux autres. Il y en a de plufieurs efpeces, lavoir, le ti-kang ou le kang pavé ou carrelé , le kao - kang ou kang dans lequel on fe tient affis , & le tong-kangou le kang à cheminée, conftruits tous trois fur les mêmes principes, & compofés d’autant de parties, favoir : i°. LTn fourneau. 20. Un tuyau pour la chaleur. 30. Une chambre ou étuve carrelée en briques. 4°. Deux conduits pour la fumée.
- 376. Il fuffira donc de s’en tenir ici à la defcription dukao-kang, dont on a pris le modèle pi. XXXIX, où l’on voit, fig. 2, la coupe & le profil de tout le fourneau chinois s fig. 3 , le fourneau détaché, vu par-derriere & en-deffous; fig. 4, une vue iupérieure de la cave, fervant de cendrier, fur lequel s’adapte le fourneau ; & fig. 5 , l’entrée de la flamme & de la chaleur dans l’étuve ou fourneau.
- 277. Le fourneau eft proportionné à la grandeur de la chambre ou étuve qu’il doit chauffer. A eft le trou pour la cendre; B , la cave ; C, le fourneau 5 D, l’ouverture ou la bouche qui conduit la flamme & la chaleur dans l’appartement ; E eft le condu&eur ou canal de la chaleur; F commence à l’embouchure du fourneau D, & forme un canal qui tombe en angle droit fur un autre, qui paffe entièrement d’un bout à l’autre au milieu de la piece fous le fol, & ce dernier canal eft pourvu de trous à vent G , pratiqués çà & là; le fol ou plancher de la chambre eft conftruit en briques H, qui étant fupportées aux quatre bords par de petits piliers folides I, laiffent un petit efpace vuide entre elles & le pavé inférieur, où la chaleur refte enfermée,
- (<2) Nouveaux chauffoirs économiques doefteur Maty ,fecretairedelà fociéfcé royale de Penfylvanie pour y brûler du charbon de Londres, par M. Etienne de Vifme;& de terre: imprimé à Philadelphie en 1745, inférée dans le volume LXI des Tranfac-inféré dans le fécond volume des ouvrages tions philofopgiques, pour l’année 1771 , de M. Franklin, page 81. Part. I, page 59.
- (b) Envoyée le aa oétobre 1769 au
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- & chauffent le parquet H ; les conduits de la fumée font aux deux extrémités de la chambre , avec une petite ouverture M au-deffus de l’étuve & une autre en-dehors N.
- 378. Rien n’eft plus fimple que l’effet réfultant de l’affemblage 'de toutes ces parties. La chaleur du fourneau D, chaffée par l’air extérieur & attirée par l’air raréfié de l’étuve H , perce à travers l’ouverture, monte dans le conducteur E, fe répand dans l’étuve par le moyen des trous à vent G, échauffe le parquet en carrelage , & en conféquence tout l’appartement ; la fumée qui a un paffage libre, s’échappe par les canaux L.
- 379. Cette courte defcription, fufïifante pour l’intelligence du modèle, demande maintenant à être éclaircie elle-même par le détail de ce qui a rapport à la conftrudion variée du kang. Le fourneau peut fe placer, ou dans l’appartement même , ou dans une chambre voifine, ou en-dehors. Les pauvres qui fe fervent plus volontiers de l’étuve dans laquelle 011 fe tient afîis pendant le jour, & couché pendant la nuit ^ placent le fourneau D dans la chambre même (a) ; les gens aifés le mettent dans la chambre voifine ; les riches l’ont en-dehors, & affez communément dans le côté du mur qui regarde le nord. Ce fourneau doit être placé beaucoup au-deffous du niveau de l’étuve H, afin de faire monter la chaleur & la flamme avec d’autant plus d’impétuofité dans le conducteur D, & de ne pas faire monter la cendre : ce fourneau a la forme d’un cône un peu voûté , afin que l’a&ivité de la flamme & de la chaleur fe répande dans la totalité de l’étuve, & qu’elles ne s’échappent pas quand on vient à découvrir l’ouverture qui eft au fommet. Dans la partie baffe du fourneau l’on a foin de ménager un efpace féparé uniquement par des planches qui ne font point à demeure ; elles s’enlevent quand on veut defcendre dans ce petit caveau , pour débarraffer la cendre. L’ouverture du fourneau C eft étroite, & la partie inférieure du conducteur D s’élève en droiture dans les étuves H. Le conducteur doit être'entouré bien étroitement de tous côtés d’une maçonnerie de brique, & bien cimenté avec un mortier fait avec de la chaux vive : celui dont les Chinois fe fervent, eft fait avec une partie de chaux blanche & deux parties de chaux noire (F). Labafe ou le plancher de l’étuve H, peut être fait en terre-glaife
- ( a ) Les Chinois emploient, pour fe chauffer, toutes fortes de combuftibles ; la plus grande partie du peuple brûle du charbon de terre ; les pauvres de la campagne brûlent du genêt, de la paille, des bouzes de vache, &c.
- ( b ) Cette chaux noire, dont le P. Gram-mont a envoyé un échantillon avec la defcription , fe trouve , à ce qu’il dit, à l’en-
- trée des mines de charbon de terre, & ne lui paraît autre chofe que des charbons dif. fous par l’eau de pluie ; il affure en même tems que cette fubftance mêlée avec de la chaux blanche , forme le plus excellent mortier, & reffemble très-fort au ciment; il refaite au foleil & à la pluie : on s’en fert pour couvrir & garantir tout ce qui eftex-pofé à l’air.
- battue
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- battue , ou , ce qui vaut beaucoup mieux, fait de briques couchées fur le bord, ou de tuiles larges à pavés. Les canaux conducteurs de la fumée L doivent: être faits avec grand foin ; quelques-uns les conftruifent de maniéré qu’ils fe terminent en petites cheminées , par lefquelles la fumée va fortir au-deffus du toit. Dans le modèle, l’ouverture M N de ces canaux donne dans la chambre j & c’eft ainlî qu’on les trouve chez les pauvres de la ville: mais dans les campagnes & chez les perfonnes aifées, ils font en-dehors.
- 380. Il eft effentiel que les petits piliers I qui fupportent les briques du grand quarré du plancher H , foient très-folides , & que les briques foient bien épailfes & parfaitement quarrées : les Chinois les lient avec une efpece de ciment fait avec de la chaux noire 8c blanche, mêlée avec du tong-yeou, qui eft une elpece de vernis (a) -, nous préfumons que l’huile de noix ou de lin bouillie rendrait le même fervice.
- 381. Dès que le kang eft achevé, on allume du feu dans le fourneau C, pour le rendre ferme & égal ; il faut auffi l’examiner foigneufement, afin de boucher tous les trous par lefquels la fumée pourrait s’échapper. Les riches, qui veulent rendre leur kang plus propre 8c en modérer la chaleur, enduifent, d’huile les briques du plancher H, & allument du feu pour faire pénétrer davantage l’huile & mieux fécher les briques. Cette huile eft encore le tong-yeou, auquel 011 pourrait fuppléer, comme nous l’avons dit.
- 3 82. Le ti-kang ou kang pavé, eft fait comme le kao-kang , ou étuve dans laquelle on fe tient afiis, dont 011 vient de donner la defeription. Les iéules différences confident, i°. dans le tuyau de la chaleur D, lequel s’élève de la bouche du fourneau C , & s’étend vers l’extrémité oppofée de l’appartement. 20. Ce tuyau ne communique point avec un fécond, comme dans le modèle. 30. Les trous à vent G, qui conduifent la chaleur dans l’étuve, font tous très-étroits près le fourneau, & s’élargiffent du côté de l’étuve. 4°= Les conduits de la fumée L aboutiffenttous au-dehors, ou à de petites cheminées. Dans le palais de l’empereur, l’étuve eft couverte de deux rangs de briques , pour contenir la fumée & tempérer la chaleur.
- 383. Notez que dans les appartenons du palais de l’empereur, où l’on 11e brîile que du bois, ou bien une elpece de charbon qui 11’a ni fumée ni odeur, & qui brûle comme de l’amidon, les briques ont deux pieds en quarré, & quatre pouces d’épaiffeur j elles coûtent près de cent couronnes (h) la piece. Leur beauté , leur qualité , leur dureté font telles, qu’on ne faurait s’imaginer rien de femblable en Europe j elles font de couleur grife, ce qui provient de la maniéré ufitée en Chine pour cuire les briques 8c les tuiles, laquelle approche plus de la maniéré des anciens que de la nôtre. Quand ces briques
- ( a ) Efpece d’huile qui s’applique fur le tjï, ou vernis, quand il eft bien fec.
- {b ) Six cents livres.
- Tome XVII.
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- font peintes & vernies, elles paraiffent auffi fines que le marbre.
- 384. La théorie des étuves à cheminées & des kangs eft la même ; elles different uniquement des étuves pavées par leur pofition perpendiculaire.
- 38^. Le kang s’échauffe en allumant du feu dans le fourneau C; la fumée. & même la flamme paflent avec violence dans le tuyau D , & s’étendent dans toute l’étuve par le moyen des trous à vent G. Ainfi renfermées, les briques du plancher s échauffent en cinq ou fix heures; & quand un kang eft entièrement échauffé, il faut très - peu de feu pour l’entretenir dans cet état. Quoique pendant tout l’hiver le thermomètre foit à 9, 10 , même à 12, 13 degrés au-deflbus du point de congélation, quoique tous les appartenions foient à rez-de-chauifée, & qu’ils 11’aient à toute la façade, communément tournée vers le fud, que de (impies fenêtres même de papier, la chaleur du kang fuffit pour conferver la température à 7 ou 8 degrés au-delfus de la congélation, en y entretenant un feu très - modique. Dans les appartenions de l’empereur , rarement la chaleur eft portée au-deffus de 4 à s degrés, à caufe du double rang de briques ; mais la chaleur en eft très-agréable & très-pénétrante. (a~)
- Du charbon de terre apprête pour mitiger fa fumée , réprimer fon odeur au feu , '& pour donner un chauffage économique, en retardant fa conjommation y augmentant fa durée y &c.
- 386. Je crois pouvoir diftinguer par un nom particulier le charbon de terre qui, au lieu d’être brûlé pur, ou , pour s’exprimer plus correctement, tel qu’il fort de la mine, reçoit préalablement un apprêt avec des terres graffes : cet apprêt ne confifte pas uniquement dans une impaftation de quantité & d’eft. pece arbitraires de charbon de terre avec toute quantité & toute elpece d’argille ; il fuffit, pour s’en convaincre, de fe rappeller & d’examiner par comparaifon ce même apprêt, aux endroits où nous l’avons décrit. A Liege, la proportion ordinaire eft d’un huitième ou d’un dixième d’argille fur une charrée de houille ; fi c’eft une houille maigre, 011 met jufqu’à douze parties de deie : à la terroule ordinaire, qui peut être regardée comme une efpece de houille faible, c’eft
- (a) Quoique la pofition de Pékin, qui eft la réfidence de l'empereur, foie d’environ neuf degrés plus méridionale que celle de Paris, le climat de cette grande ville de la Chine eft très-différent du nôtre :1e froid y eft fouvent beaucoup plus grandi & en général plus confiant qu'à Paris ; les vents y font auffi plus fréquens & plus confidé-
- rables : fix années d’obfervations météorologiques, faites dans cette ville par le P. Am-miot, jéfuite, conftatent ces renfeignemens d’une maniéré certaine ; elles ont été mifes en ordre par M. Meflier, de l’académie des fciences, & publiées dans le fixieme volume des Savans étrangers , page 5 ï 9.
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- une fixieme partie d’argille ; à la terroule forte, !e’èft une partie de deie fur cinq mefures de cette terroule, & une partie de fouaye. A Aix-la-Chapelle, pour les charbons de l’elpece qu’on y appelle clutte, la proportion eft de cinq parties de clutte, & de deux parties d’argille.
- 387- A Mons, c’eft deux livres de charbon ( pour quelques-uns ) fur deux tiers d’argille qui fe trouve dans le pays. Suivant une note fournie à M. de la Lande, de l’académie des fciences, & qui a bien voulu, à ma priere, prendre aulii des renfeignemens fur ce point dans la même ville de Mons, on eftime que de la quantité de charbon que contient une voiture (a) , qui enfuite eft palfée au crible pour être pétrie avec de l’argilîe délayée (A), il réfulte environ 700 livres de charbon menu avec 17 f ou un cinquième d’argille , donnant à peu près 87Ç livres, mis , après avoir été piétinés , en boulettes de deux livres & demie, de fix pouces de longueur fur trois de largeur, & deux & demi de hauteur, de deux livres & demie de poids chacune.
- 588. Dans une cheminée ordinaire on brûle environ dix de ces briques par jour, ce qui fait vingt livres de charbon pur , & vingt-cinq livres en pelotes ou hochets, (c)
- 389. Le mouy, dont fe fervent les Chinois, n’eft autre chofe que leur charbon de terre pilé, & réduit en molécules, comme du gros fable , mêlé enfuite avec un tiers, même avec parties égales de bonne terre-glaife jaune.
- 390. Des pelotes fabriquées par M. Venel, d’après la méthode qu’a publiée M. Carrey, fe font trouvées contenir, après la parfaite deftication, à peu près parties égales de glaife & de houille. ([d)
- 391. Il eft clair par ces feules différences de proportions de charbons & de pâtes, que la defcription du procédé donné par M. Carrey, & imprimé au Louvre, eft plus qu’infufffiànte 3 il n’eft pas moins évident encore que les offres annoncées dans ce même tems pour voir à Vécole vétérinaire d'Alfort, prés Charenton , de ces fortes de briques , & les uflenfiles nécejfaires à leur manipulation (e) , n’étaient point propres à éclairer fur cette pratique, toute groffiere qu’elle eft ; on voit enfin que l’indication déun ouvrier Flamand très-expert dans cette fabrication, pour la montrer au plus fimple ouvrier en deux heures de tems ,
- (a) De fix muids, pefant environ 4800 livres du pays, qui font à peu près égales aux livres poids de marc.
- {b) A la quantité d’un cuveau & demi chacun de deux pieds de diamètre, fur dix pouces de hauteur, ou 4s ?o pouces cubes, ce qui fait 10 boiffeaux de Paris.
- ( c ) Les perfonnes qui achètent ces briques toutes faites , paient 4 efcalins par muid de charbon, & un efcalin 3 tant pour la
- terre que pour la façon.
- {d) Seétion IV, chapitre IV, partie T, page iag. Des pelotes ou briques. Il n’eft point dit quelle nature de charbon avait été employée, ni fi ces pelotes ont bien réufU au feu.
- ( e ) Gazette dé agriculture, commerce, arts & finances, ann. 1770, du mardi n feptembre, n. 7 3, page 661, article de Paris du 9 feptembre,
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- n'était point réfléchie, & péchait par défaut d’une vraie connaiflance de la chofe.
- 392. Cet amalgame, qui fait le mérite de ces pelotes ,& qui peut en altérer auffi la bonne qualité, eft en proportion de la qualité du charbon. Selon qu’il eft plus ou moins gros , plus ou moins fin, plus ou moins fec, il eft plus ou moins facile à s’amalgamer avec les argilles : le gros charbon eft plus difficile à s’empâter, & le charbon fin eft elfentiellement celui qui demande moins de terre, (a)
- 393. M. Venel s’eft occupé d’expériences utiles pour tâcher d’enrichir ces gâteaux de différentes matières qui lui avaient d’abord femblé pouvoir fournir à la houille une addition de combuftible , comme de marc de raifin, de tan, & fur-tout de marc d’olives ; mais on juge bien, & M. Venel l’a eu bientôt reconnu , que ces mélanges fe continuant promptement & beaucoup plus que le fraifil de houille, ne produifent plus alors d’effet. (b) J’aurais defiré que M. Venel eût eu plus de tems à lui, pour multiplier des recherches qu’il était bien capable de fuivre. La partie de la mer Méditerranée qui borne d’un côté la Provence , à laquelle ce favant faifait honneur , fourniflait entre autres la facilité de vérifier une propriété de l’algue - marine très-abondante fur-tout fur les côtes du Languedoc.
- , 3 94. Le do&eur Beal, Collecl. acad. tome II , page 76 , affure , d’après plusieurs de fes confrères du college de Cambridge, que rien 11’eft comparable à cette plante pour remédier au froid, & qu’elle dure autant que deux feux de houille (c). Les perfonnes qui habitent fur les côtes de la mer, où il croît des algues-marines, pourraient en conféquence eifayer de compofer des pe-
- ( a ) Le nom de charbon fin mérite d’être apprécié ici, pour ne pas être confondu avec ce qu’on peut ou qu’on doit appeller pouf-fier, & qu’on nomme quelquefois fraifil. Dans les pays où l’on pafte au crible ou à la claie de la houille qui fe vend pour être formée en pelotes ou, briques, la partie vde houille triée par l’une ou par l’autre opération , eft Au charbon menu, & n’eft pas pré-cifément Au fraifil. ; ce ferait une mal-façon que de mettre en hochets du charbon fin en pouffierou fraifil. M. Venel, qui ne connaît point cette préparation, a pris une fauffe idée de ce criblage, & eft tombé dans cette méprife en adoptant comme moyen d'écono^ mie, la fabrication du fraifil en hochets, pour rendre ce poujjier propre à être employé dans les foyer s domefiiques, avec au-
- tant davantage que les gros morceaux : p. 192. Cette prétention eft abfolument contraire à l’expérience : le fraifil feul ne ferait propre à être mis en forme de cette maniéré, que pour contribuer à entretenir le feu avec une certaine économie, ainfi qu’il fe pratique à Saint-Chaumont en Lyonnais, & c’eft où M. Venel aura pris fon idée : dans cet endroit, on fait avec la cendre du feu, & quelque peu de menu charbon, une pâte mêlée avec un peu d’eau , dont on couvre le feu quand il eft bien allumé, & qui s’embrafe elle-même après avoir beaucoup fumé.
- ( b ) Chapitre IV, fedion V, page ir2. Gâteaux ou mottes de marc d'olive, de marc de raifin, de tan, avec du fraifil de houille.
- (c) Tranfactions philofophiqucs. ann, 1666 , n. 21, art. IX.
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- lotes ou gâteaux avec cette plante & du charbon de terre ou de la tourbe qui fe trouve auffi près de Touloufe.
- 39f. Si dans les difFérens endroits qui viennent d’être rappelles, & dans plufieurs autres , l’apprèt du charbon de terre avec des argilles eft pratiqué conftamment, il eft à préfumer qu’on reconnaît à cette façon quelques avantages particuliers ; il eft permis d’en être le panégyr'ifte.
- 396. En 11e propofant point aux perfonnes accoutumées au feu de bois de fe modeler fur les habitans de Londres, de S. Etienne en Forez , qui emploient fans crainte le charbon de terre brut, on a cru être fondé en raifons. Dans la maniéré fimple & toute naturelle de fe fervir de la houille non apprêtée, le tas ou l’amas de houille qu’on allume, donne au premier moment, & tout le tems qu’elle brûle , jufqu’à ce qu’elle foit réduite en krahais ou brai-fes, une malfe de fumée, une fournie de vapeurs proportionnée elfentiellement à la qualité & à la quantité de matière qui eft en feu ; & connaît-on quelque chauffage qui 11e donne pas de fumée avant de s’enflammer ?
- 397. La méthode ufitée à Liege & ailleurs , pour employer aux mêmes ufages la même matière intimement liée avec des terres argilleufes, préfente dans la marche progrefîive de l’embrafement & de la combuftion une différence remarquable de phénomènes.
- 398. L’action du feu fur ce mélange des parties d’argille & de houille, ne fe fait qu’au fur & à mefure ; ces dernieres ne commencent à être attaquées que lorfque la terre graife perdant fon.humidité , s’échauffant & fe def-féchant peu à peu, communique de proche en proche fa chaleur aux molécules de houille qu’elle enveloppe 5 la graifie , l’huile ou le bitume qui y eft incorporé, fe cuit par degrés au point de s’étendre anfîî de proche en proche à ces molécules d’argille , & de venir à la furface de la pelote, d’on elle découle quelquefois en pleurs, en gouttes. La malfe d air fubtil qui n’a pas un libre effor, fe dégage en même tems , s’échappe peu à peu : les vapeurs fulfureufes, bitumineufes, odoriferes , ou même mal - faifantes, qu’011 voudra y fuppofer , ne pouvant point fe diffiper enfemble & former un volume , s’en féparent & s’évaporent infenfiblement.
- 399. Dans cette efpece de corollaire, 011 entrevoit deux propriétés dif. tindles qui appartiennent à la façon donnée au charbon de terre , i°. une économie fur la matière même", 20. une forte de corredif des vapeurs de houille. Le premier effet réfultant de cette impaftation paraît fenfible, puifque le feu n’a point une prife abfolue fur le combuftible fournis à fon action ; l’argille ajoutée au charbon arrête la combuftion, retient, tant qu’eile nefeconfume pas, une portion de houille : de maniéré que cet amalgame, en ne réfiftant point trop au feu , y réfifte aflez pour que la houille ne s’en fépare point avant d’être confumée ; la deftrudion du charbon par le feu eft ralentie ; en conféquence il s’en confomme néceffairement une moindre quantité dans
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- un même efpace de tems, que Ci le charbon recevait à nu Pa&ion de la flamme.
- 400. La houille brûle feule, lorfqu’elle eft parvenue au degré de combufi tion qui la réduit en krahais, s’éteint, à moins que le feu ne foit entretenu par une matière neuve ; ces braifes reliantes font toujours en affez grande quantité. La même chofe s’obferve dans le chauffage avec du charbon apprêté; mais je crois, fans pouvoir cependant l’affurer, que ce produit de braifons eft plus abondant, ce qui confirme l’économie de ce chauffage; il refie toujours pour le fécond feu près de la moitié ou le tiers de ce qui compofait la charge de la grille ; à moins qu’on n’ait fouvent ajouté au feu des morceaux de charbon brut, qui ont accéléré la réduction des krahais en cendres.
- 40!. Les rédadeurs de l’Encyclopédie ne font point difficulté d’avancer que ces pelotes donnent une chaleur douce, durable, mais plus durable & plus ardente que celle du charbon de terre feuî.
- 402,. Les Chinois ne trouvent pas feulement que leur mouy, ou pelotes de houille , donne une chaleur beaucoup plus forte que le bois, & qui coûte infiniment moins : outre l’avantage qu’ils y trouvent de ménager leur bois, ils prétendent encore par cet apprêt fe garantir de l’incommodité de l’odeur.
- 403. Plusieurs auteurs phyficiens font du même fentiment. M Zimmer-man (a) donne cette préparation comme un moyen de brûler le charbon de terre fans défagrément & fans danger. M. Scheutzer, dans fon Voyage des Alpes (F), que M. Venel cite à l’article de Panalyfe de la houille, penfe de même. L’opinion des commilfaires nommés par l’académie des fciences, eft aufli pofitive fur ce point. M. Venel n’eft pas de cet avis, ni fur l’économie de ce chauffage, ni fur la modification des exhalaifons par l’addition de terres argilleufes. En tout, cet auteur regarde uniquement cette méthode ce comme „ favorable pour déguifer une matière réputée incommode , & pour tromper „ les dédains d’habitans d’une grande ville, en leur annonçant des correc-„ tions & des apprêts. „ L’auteur d’un journal ( de Bouillon, autant que jè puiffe me le rappeller ) a prétendu avant M. Venel, que ces préparations n’étaient rien moins qu’utiles, & que l’établiffement qui a eu lieu à Paris, n’avait pu prendre.
- 404. L’idée que je me fuis formée des avantages de l’impaftation du charbon de terre avec des argilles, foit pour rendre fon chauffage plus économique que Ci ce foftile était employé brut, foit pour corriger fa fumée , fon odeur (c) , eft donc conforme au fentiment du plus grand nombre des perfonnes qui
- (a) Journal économique, avril 17^1. fuccedit, fœtidiun carbonum ipforum
- (b) Carbonum fojjîlium friifta grojja odoreni non parum ternpcrat. impaftavi curn luto, experturus ufum in (c) Que M. Venel qualifie aromatique ^ furnis chymicis &fuh camino, qui ex vota chap. I, part, I, page ç.
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- ont examiné ce point. Je n ai cherché, dans la comparaifon rapprochée d’un feu de houille brut & d’un feu de houille apprêtée, qu’à rendre fenfible ou probable l’effet que produit fur une même quantité de houille, l’amalgame argilleux proportionné en quantité & en qualité à la nature du charbon. Je pourrais me contenter d’oppofer à M. Venel les fuffrages qbe je viens de citer , & relier attaché à mon opinion perfonnelle ; mais je n’y tiens pas plus qu’à celle que j’ai cru pouvoir avancer fur la propriété des cendres d’un feu de charbon de terre, de retenir- toujours du combuftible , & d’être par-là toujours avantageufes dans le feu. C’eft précilëment parce que cette idée fur cet objet ne m’efl point particulière , que je me crois encore plus permis de la détendre & de la fauver du reproche tacite de n’ètre qu’une indu&ion tirée fans réflexion de l’ufage fuivi de tems immémorial dans plulieurs pays ; & en effet, li cette impaflation n’avait aucun des avantages que l’on s’en promet, il ferait très-inutile de prendre cet embarras pour foi. Quant aux perfonnes qui auraient à acheter de ces briques ou pelotes toutes faites , ce ne ferait qu’un renchériflement de la chofe. Pour difcuter cet article avec une certaine attention, je n’ai plus, après ce que j’en ai déjà dit, qu’à rendre fidèlement ici & à pefer fans prévention ce qu’avance M. Venel. Le ledeur jugera fi je puis prendre le ton affirmatif.
- 40<). “ On a , dit - il, attribué à ces pelotes ( a ) beaucoup de propriétés ,, particulières. On a prétendu nommément que la glaife opérait une efpece „ de corredion de la houille, & que le mélange intime de ces deux corps ,, prévenait l’incommodité de la fumée, & les autres inconvéniens les plus „ graves de la houille brûlée. On a cru encore, que l’ufage de ce foffile, ,, fous forme de pelotes , était beaucoup plus économique que celui de la ,, houille brute ou neuve. „ M. Venel prétend que fes recherches & fes expériences font abfolument contraires à ces prétentions j il a trouvé 46 que la „ houille brute mérite tous les éloges qu’on a donnés depuis quelque tems ,, aux pelotes de houille , qu’on avait encore nommées houille apprêtée, & „ que cette derniere n’était pas même plus économique que la première ; „ enfin, que tous les avantages des pelotes de houille fur la houille brute „ fe bornaient peut-être à tirer un meilleur parti du fraifil, à difpenfer de „ remuer, de fourgonner le feu, & peut-être enfin à fe moins noircir les 3J doigts en maniant ces pelotes, qu’en maniant la houille brute. ,,
- 406". M. Venel avance u que les hochets ne lui ont jamais paru pro-„ duire un plus grand effet dans le feu , que celui qui eft proportionnel à „ la quantité de houille qu’ils contenaient : des hochets formés avec parties „ égales de fraifil de houille & de glaife, n’ont produit dans un fourneau
- (a) Des pelotes, briques ou boulets , fect. IV, chap. IV, part. I, page 108.
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- „ à chaudière un effet égal à celui de la houille neuve, que lorfqu’ou les „ a employés en une quantité double de celle de la houille brute. Il a fallu , „ par exemple , quarante livres de pelotes, pour produire le même effet que „ vingt livres de houille brute. „
- 407. Ce favant conclut ee qu’on n’a qu’une vaine opinion de l’effet de ,, la terre dans cette préparation ; il ajoute qu’on a trop compté fur la cha-„ leur qu’elle retenait après Pentiere extincftion de la houille, avec laquelle „ elle avait été intimement mêlée pendant la combuftion. Il pourra bien fe ,, faire, dit-il, que dans le chauffage cette terre qui s’eft réellement très-3, échauffée, tandis que le feu a duré , pourra répandre un refte de chaleur 3, plus confidérable que celui qu’auraient retenu & répandu les efcarbilles, 3, & les cendres , qui auraient refté à nu dans le foyer ; mais cette fource de 3, chaleur doit être bien faible, & encore un coup, elle a paru fans effet dans 3, nos expériences les plus exa&es. „
- 408. Quant à l’économie réfultante de la terre ajoutée au charbon , dans l’apprêt à la liégeoife, à la flamande, à la chinoife, pour peu qu’elle fût dou-teufe , il vaudrait mieux négliger cette préparation ; le raifonnement employé par M. Venel, pour en prononcer Pexclulïon, ferait fans répliqué ; il eft Ample : le voici mot pour mot.
- 409. “ Le nom de chauffage économique appartient uniquement au feu de „ houille brute, & non pas au feu de pelotes : les pelotes font le produit „ d’un art. Or, les opérations quelconques des arts fe paient; quelqu’un 3, gagne à faire des pelotes. Le prix de ce labeur eft à la charge du confom-3, mateur : donc les pelotes fourniffent fous ce rapport un chauffage moins 3, économique que la houille brute, qui n’exige point une préparation, & 3, par conféquent une dépenfe préliminaire. „
- 410. Cet argument, malgré la forme fyllogiftique dans laquelle il eft pré-fenté, 11’en eft pas plus concluant. M. Venel n’y fpécifie que les pelotes faites par un journalier, qui en emporte falaire pour fon travail, pour la pâte qu’il a fournie, ou les pelotes fabriquées par des entrepreneurs en fociété, dont les opérations en grand font certainement encore plus dilpendieufes ; mais cela ne réfout point la queftion première : l’apprêt fait par le particulier lui-même, auquel il n’en coûte rien en conféquence que fon tems , ajoute-t-il ou u’ajoute-t-il pas aux pelotes le bénéfice d’économie dont il s’agit ? Les recherches & les expériences qu’a faites M. Venel pour s’affurer de l’un ou de l’autre , font toutes contraires à l’affirmative. Ce lavant prend parti pour la négative : quelles font ces recherches, ces expériences ? Les pelotes exécutées par M. Venel félon la méthode de M. Carrey , contenaient environ parties égales de terre & de houille : en fuivant M. Venel dans tout cet article dç fon ouvrage, les hochets qu’il compofait, étaient de fraifil ou de pouffier.
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- Nous avons toujours cru reconnaître que les efpeces employées par M. Venel, étaient des houilles maigres ; & alors partie égale de pâte appauvrit encore le chauffage qui en réfulte à plus forte raifon dans les hochets fabriqués par M. Venel, compofés de fraffil ou de pouffer de houille de cette nature. Je n’ai pas de peine à croire ce qui a été remarqué par M. Vend : une fabrication auffi peu conforme aux principes que nous avons établis , & qui font fondés autant fur l’expérience que fur une vraie connaiffance du charbon de terre, n’a pu produire un chauffage économique. Ce n’eft point du tout du fraffil, ou du pouffer de charbon , mais du charbon menu , qui peut être employé avec avantage à faire des briques ou pelotes ; & en cela le procédé liégeois , à la faveur duquel il Ce fait un triage de menu charbon , eft fupérieur à l’ufage du crible, à moins que les clayons ou féparations de cetufteiffile, lorfqu’on s’en fert,foient affez & point trop écartés les uns des autres.
- 411. M. Venel convient expreffément que et les pelotes de groffeur ordi-„ naire , entières, pelant environ quatre livres, font encore plus difficiles „ à allumer que les morceaux de houille pure de pareille groffeur. (a) „ 'La combuftion eft donc ralentie au moins dans ce moment, & vraisemblablement tout le tems que la pelote dure au feu : donc il y a inconteftablement économie. Cette conféquence néceffaire a échappé à M. Venel ; ce favant remarque même, à l’occafion d’effais qu’il a tentés avec des mottes de marc d’olive, de marc de raffin , de tan , avec du pouffer de houille, u que les „ pelotes font plus avantageufes, parce qu’elles gardent leur forme & leur. ,, confiftance dans le feu pendant toute la durée, & même après l’extinélion. „ (£) N’eft-ce pas encore laiffer à entendre ce que nous prétendons, que ces pelotes donnent un chauffage économique ? Le particulier qui fabriquera lui-même fon charbon, y trouvera certainement fon compte. Il ne relie qu’à examiner fi l’économie eft affez marquée pour que le moyen qui la produit ne foit pas onéreux à celui qui en paie la façon. Cette appréciation, pour être faite au jufte , demande à être cherchée dans les pays où l’ufage des briques eft adopté, où on a les mines à fa portée, où les mains-d’œuvre ne hauffent pas trop le prix de la chofe fabriquée. A cet égard on peut juger , par ce qu’il en coûte à Mons , li cette augmentation du prix des briques mérite une attention bien rigoureufe : l’argumentation de M. Venel ne fera valable par conféquent que dans les grandes villes, où ces avantages ne fe trouveront point, ou bien dans une entreprife en grand par une compagnie. Mais cet inconvénient local ne détruit pas le point de fait ; & le principe mis en-avant par
- ( a ) Chap. I, part IL Maniéré commune dallumer £5? de gouverner les feux dç houille, page 209.
- ( b ) Seètion Y , chap. IV , part. I, page 111.
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- M. Vend » & fur lequel il paraît avoir un peu compté dans fa maniéré de raifonner, eft avoué de tout le monde : <c pour les matières de première „ néceftité, palfons - nous d’apprêt autant qu’il eft poflible. „ (a) Mais ce principe ne devient point applicable ici, je n’ai par conféquent pas befoin de m’arrêter à le difcuter , ni comme vrai, ni comme faux.
- 412. La fécondé propriété qui femble particulière au charbon de terre apprêté , n’eft pas moins eifentielle j elle intérefte fur - tout les perfonnes qui auraient de la peine à fe déclarer en faveur du chauffage de houille : nous prouverons ailleurs qu’il n’a rien de préjudiciable à la lànté ; mais dans la fuppofition que parmi les charbons dont on fe fervirait, il s’en trouvât qui eulfent été pris fans choix ; que quelques-uns fuifent unis à des parties décidément fulfureufes , vitrioliques, même ariënicales ( ce qui n’eft pas connu ) ou de toutes autres capables de nuire ; qu’enfin on employât des houilles qui donnent beaucoup de fumée, beaucoup d’odeur : les argilles qui entrent dans l’apprêt que nous difcutons ici, deviennent pendant le tems de la com-buftion de la houille, une efpece de corredif qui met un frein aux différentes évaporations qu’on pourrait reprocher au feu de houille brute.
- 419. Sur ce point, M. Venel eft encore contraire, je ne dis pas à mon avis, mais au jugement qu’en ont porté d’autres que moi, & à l’opinion reçue dans les pays où cet apprêt eftufité : ce favant aurait dû au moins motiver fa réclamation. Il a jugé à propos de s’en tenir féchement à la négative. ( b ) Je pourrais n’avoir befoin ici de lui répondre que par ce qu’il avance lui-même ; on reconnaîtra d’abord qu’il avait de cette propriété cor-redive des argilles mêlées avec le charbon de terre, quelqu’idée imparfaite, à la vérité, & fi imparfaite, qu’il n’a pu une fécondé fois être d’accord avec lui-même. La chofe lui femblait probable, lorfqu’il parlait des bouffées de vapeurs. En traitant de l’emploi du charbon de terre pour les fourneaux de verrerie, M. Venel dit que “ les pelotes diminueraient peut-être jufqu’à „ un certain point les émanations fuligineufes de la houille. „ ( c ) C’eft, fi je ne me trompe , foupçonner fortement la chofe même, & la chofe même qu’il a niée expréffement.
- 414. Sur cela, je vais en tout plus loin que M. Venel : la propriété que nous attribuons à l’impaftation de la houille, n’eft pas à la vérité fufceptible d’une démonftration auffi rigoureufe qu’on pourrait peut-être l’exiger ; mais 011 peut, je crois, y fuppléer : l’examen attentif d’un feu de charbon de terre
- (al Sed. I, chap. VI, part. I. Avan- (b ) Sedion IV, chapitre IV, partie I, tages principaux & fondamentaux des page iog.
- feux de houille fur le feu de bois, déduits {c) Sed. I, chap. II, part. III, p. 480 , des phénomènes des effets refpetiifs de verrerie, glaccrie.
- Hun & de Vautre feu> page 180, note a.
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- brut, comparé avec un feu de charbon de terre apprêté, fournit une explication plaufible de l’effet des terres argilleufes. Quelqu’un qui fuivra des yeux ce feu de pelotes, & qui ne fera point prévenu, fera porté à juger par la marche graduée plus lentement, & de l’embrafement & de l’ignition, que la fumée ou vapeur qui contient la fuie & autres matières, eft abforbée , dé-^ truite & dévorée à mefure qu’elle s’échappe : ce que n’aurait pas le tems de produire un grand feu flambant, qui ne ferait qu’entraîner ces parties fubtiles dans fon éruption. Du moins cette explication (impie paraîtra n’ètre pas aflez dépourvue de vraifemblance pour que l’on ne foit autant embarrafl’é à décider pour , qu’à décider contre.
- 41 Nous fomrnes donc toujours fondés à regarder la chofe comme probable , ainfi qu’elle femblait l’ètre à M. Vend, lorfqu’il s’agiflait des bouffées de vapeur, & nous n’héfitons point à penfer que toutes les parties exhalantes du charbon de terre, objet des préjugés de quelques perfonnes, & de l’inquiétude de quelques autres, font réprimées autant qu’011 peut le defirer pour que la houille fuppofée nuifible, ne le foit plus, & que dans le dernier tems de la combuftion, ce que l’on peut qualifier du nom de vapeurs foit beaucoup plus rare. ( a )
- 416. Une des plus fortes préfomprions que l’on pourrait faire valoir , à mon avis, contre la certitude pour laquelle je penche , des avantages de cette impafi-tation de houille, ce ferait l’étabüffement tenté pour l’hiver de 1770 à 1771 : perfonne n’ignore qu’il n’a pas eu de fuite ; peut-être eft-ce là la fource de l’ef. pece d’indécifion dontM. Vend n’a pu fortir. Dans un voyage très - court, que ce lavant fit à Paris, après avoir publié leprofpectus de l’ouvrage que nousana-lyfons ici dans les points qui ont befoin d’être difcutés , nous eûmes enfemble une converlàtion fur la matière qu’il fe propolàit de traiter. Je l’avais fait prévenir par un ami commun , ( b ) de plufieurs méprifes , dans lefquelles je trouvais qu’il était prés de donner ; il devait définitivement, lorfqu’il eft parti, revenir chez moi prendre communication, que je lui avais promife , de toute cette dernière partie de mon manufcrit, à laquelle j’ai été obligé depuis de joindre des remarques fur l’ouvrage de M. Vend. Il n’a point été queftion entre nous deux du chauffage qui avait été annoncé pour Paris & pour la province. Si le journal de Bouillon lui avait laifle quelque doute concernant la ceffation de l’enrreprife, il avait pu être éclairci par ce que j’en ai dit ailleurs , & par PavcrtiiTement qui a paru dans le tems fur ce fujet. C’eût été alors manquer au public , qui avait honoré ce projet de fou fuffrage > c’eût été en particulier manquer d’égards pour
- (a) On peut voir dans l’ouvrage de chap. II, part. I. Des fumées & vapeurs.
- M. Venel le détail dans lequel il eft entré {b) M. Leroi, profefteur en médecine fur les différences delà fumée, & des va- de l’univerlité de Montpellier, correfpon. peurs qu’exhale la houille brûlante, feét. I, dant de l’académie royale des fciences, &cu
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- les différens corps de magiftrats & de favaus, dont les avis favorables avaient forcé la confiance générale, que de ne pas inftruire, comme il a été fait ( a ) , les habitans de Paris & enfuite ceux de la province (b)t 'de la nature des empè-chemens qui fe font oppofés , non au fuccès , mais à la continuation de cette en-treprife. L’hiftoire de cet établiflement, premier pas fait à l’introdu&ion de cet ufage en France, peut-elle être mieux placée que dans un ouvrage fur cette matière, confacré au gouvernement & à la nation ? On verra d’ailleurs qu’il importe pour la fuite des tems qu’elle foit connue.
- Entreprife formée à Paris dans l'hiver de 1770 à 1771, pour faire connaître dans cette ville le chauffage avec la houille apprêtée.
- 417. Les premiers jours que je me trouvai à Liege ( dans une faifon où l’on fe chauffe ) , avant d’avoir reçu l’invitation de l’académie de travailler fur la houille , ce qui me frappait le plus , c’était le fpe&acle d’un peuple nombreux , d’ouvriers de toutes fortes d’atteliers & de manufactures , vieillards , femmes , enfans, rentrant chez eux gais & contens , oubliant tous dans leur petit ménage , vis-à-vis un Jbon feu , leur état de médiocrité, leurs fatigues , jouiifant à l’aife de ce bonheur, dont Plaute félicite les ferruriers , taillandiers, forgerons & autres ouvriers de cette dallé , d’ètre toujours dans le cas de ne point reffentir le froid. L’avantage que le peuple de Liege trouve dans fes houillieres, de fe procurer au jour le jour un combuftible fufHfant à la fois, pour le chauffage, pour les ouvrages & befoins domeftiques , avait produit fur moi la plus vive impreffion en faveur des. pauvres de nos campagnes & de nos pauvres de Paris. .
- 418. Les habitans du pays d’Aunis , du Poitou , & d’une partie de la baffe-Normandie , favent que les payfans de ces provinces font réduits à n’avoir d’autre moyen de fe chauffer en hiver, que de brûleries excrémens d’animaux qu’ils ont féchés , & dont ils ont fait foigneufement provifion dans l’été : il n’elt pas difficile de croire que mes réflexions fur une retfource auffi trille, fe portaient enfuite fur. Paris , où l’on compterait aifément plus d’un quart de fes habitans hors d’état en hiver de fe procurer du bois, fruftré par conféquent d’une poffef-hon qui, dans cette faifon , peut bien être appellée la moitié de la vie : alors le citoyen pauvre ou mal - aifé ell en proie aux maux les plus réels, à ceux qu’en-
- (a) Avertiffement concernant /’ et ablif- (b) Avertiffement concernant F établif-fement du chauffage économique avec le fernent du chauffage économique avec'le charbon de terre dans Paris. Mercure de charbon de, terre dans les provinf.es. Mer-France , novembre 1771, page 188- Gazette cure de France, décembre 1771 ,page'i93. d’agriculture, commerce, arts & finances, Gazette d’agriculture, &c. 26 oétobrfe, 22 octobre 1771 , page 673,0. 8v page 681 , n. 86. ,€r
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- traîne l’impofîîbilité de fe garantir du froid. Cette clalTe d’infortunés, aufïi pré-cieufe que nombreufe , elî toute compofée de journaliers, d’artifans , de manœuvres , tous néceiiàires à l’état pour la population, tous utiles à la fociété par des talens divers : les plus viles de leurs occupations font précifément celles dont on ne peut fe pafler ; les autres font relatives à des fécondés néceflîtés.
- 419. Dans quelque circonftance que l’on veuille conlidérer cette fouletra-vaillante , la difette de chauffage les plonge inévitablement dans l’état le plus digne de compaffion : ceux d’entr’eux qui ont un métier , jouiifent - ils d’une faute robufte ? le froid oblige defufpendre leurs travaux; leur exiftence, celle de leur famille , communément nombreufe , perd cette précicufe fanté , & périt. Ont-ils le malheur d’ètre accablés de maladies ? le froid, nouveau fléau, attaque avec plus de danger pour eux des corps défendus à peine par des haillons & des lambeaux , épuifés déjà par de chétives nourritures ; ils fe trouvant alors fur-charger les paroifles ; peres , meres de familles 9 veuves , enfans, orphelins ou maladifs , indigens de toute efpece , de tout âge ; le furcroit de mifere attaché à la rigueur de lafaifon , leur rend à peine fenfibles les efforts des pafteurs les plus zélés & les plus intelligens. Les perfonnes charitables, les médecins , les ecclé-liatliques reconnaîtraient ce tableau qu’ils font fouvent à portée de voir ; avec une ame honnête & fenlible , on s’en fait aifément une idée fans l’avoir vu. En le comparant avec celui que m’offrait dans Liege , ville très-peuplée ( a ), la même clafle d’hommes à l’abri, grâce à la houille ,d’ètre forcée dans aucun tems de fufpendre le travail ou de voir languir fa famille ; je regrettais vivement que la France n’eût des mines de charbon que pour ce qu’en confomment des ufli-ges bien moins importans ; ceux des arts , qui ne marchent qu’après le nécef-faire : alors j’ignorais nos richefles en carrières de houille; en avançant dans mon travail , je les reconnus bientôt. Ce point de vue me parut d’abord pouvoir devenir utile. Dès cetinftant je n’eus aucun doute que les défauts , les incommodités reprochés au charbon de terre,, ne puJ'fent aifément s’effacer aux yeux & au nez des malheureux habitans des villages d’Aunis , de Poitou , de balle - Normandie. Je me perfuadai auffique l’empire de l’ufàge fur l’efprit des pauvres de Paris, ne les empêcherait point 5 lorfqu’ils pourraient voir de ce chauffage ,de fentir la différence entre le feu adtif & réel de la houille, & la chaleur , fî peu digne de ce nom, qu’ils reifententen cou fumant le charbon de bois, le pouiïier, la braife , la fciure de bois, les mottes à brûler, &c.
- 420. L’esprit & le cœur pénétrés des avantages làns nombre attachés au chauifage de houille, il me ferait impolîible de rendre le plaifir que
- (a) Par un relevé fait en 1776 des morts V établijfcment d’un hôpital général dans & des naitfances de cette* ville, les naif- la ville de Liege, & fur celui d'extirper fances excédaient de plus d’un cinquième la mendicité, de la prévenir d'occuper le nombre des morts. EJJai furie projet de utilement les citoyens fm-^. 1770.
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- j’éprouvai en m’arrêtant fur l’idée d’appliquer cette méthode à nos charbons de France, de la faire connaître de maniéré à efpérer de la rendre familière avec le tems; ne le devînt-elle abfolument que parmi le petit peuple , l’état s’en repentirait j la nouvelle confommation , en produifant un bénéfice aux poPePeurs de mines, leur donnerait une émulation qui ne pourrait manquer de faire naître ou fleurir une nouvelle branche de commerce.
- 421. Parmi les diPérens fujets que j’embraPais dès - lors dans mon plan, & qui font entrés dans mon ouvrage, quelques-uns, eiitr’autres, me flattaient agréablement à traiter: c’étaient ceux qui me rappellaient diredement aux fondions de mon état, vis-à-vis de l’humanité en butte aux maladies. De ce nombre était l’indication des remedes que l’art de guérir peut tirer des charbons de terre & de fes mines, l’indication des moyens que la médecine emploie pour conferver la vie & la fanté des houilleurs ; l’avantage beaucoup plus étendu , le foulagement du pauvre, que devait produire l’adoption d’un chauPage à fa portée, était fait pour me toucher encore fenfiblement. Prendre à tâche de fixer l’attention générale fur une pratique aPurée, pour pré-ferver des rigueurs de l’hiver cette foule de citoyens néceffiteux qui fe voient dans tous les quartiers de Paris & même dans les provinces , était pour moi le comble de la fatisfadion. En réufliPant à la faire connaître, le bien qu’auraient pu faire plufieurs médecins enfemble, celui de conferver l’efpece humaine, bien auffi flatteur aPurément que le foin de lui rétablir la fanté, je jouiPais du plaifir de l’opérer.
- 422. Je commençai donc par m’occuper des charbons de terre qui s’exportent à Paris ; je les ePayai de toutes les maniérés propres à en reconnaître la nature, la qualité, à fixer ceux qui étaient les plus convenables à être apprêtes, & à préfenter un chauPage économique bien conditionné & exempt de toute mauvaife qualité. Mon dePein était de décrire enfuite les procédés de cette fabrication d’une maniéré aPez circonftanciée pour en donner une idée jufte, & principalement pour la rendre d’une exécution facile dans tous les endroits où l’on ferait difpofé à la mettre en ufage ; mais la rédadion entière de mon ouvrage, qui n’eft achevé qu’au j ou rd’hui, & dans lequel devaient avoir place les détails qui vont fuivre, dans lequel devaient être développés tous les avantages de cette méthode, 11’a pas dù & n’a pas pu être l’aPaire d’une année. Quand même cela aurait été poflible , ce n’était encore rien faire connaître aux néceffiteux, que j’envifageais feuls.
- 429. Le peuple, auquel cette rePource eft particuliérement deftinée dans les villes & dans les campagnes, n’eft pas ordinairement plus à même de fe préparer ce chauPage \ fi le pauvre n’eft pas logé trop à l’étroit, il eft dans le courant de la journée occupé à gagner par l’on travail, foit hors de chez lui, foit dans fon particulier, la fubfiftancc dont il a befoin pour lui & pour fa famille.
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- 424. Dans les villes cette fabrication ne pourrait guere être profitable au citoyen d’une condition aifee ; il en eft peu qui voulurent employer chez eux un domeftique ou un homme de journée à une préparation qui entraîne de l’embarras, qui demande une place commode plus ou moins étendue, & uniquement facrifée pour fes différentes opérations. Le defir que j’avais d’alléger fur ce point la dépenfe du citoyen maltraités par la fortune, de rendre à l’indigent fa milere moins onéreufe, fe trouvait donc de toute part nulle & infruéhieufe.
- 42f. Ce n’eft pas non plus en voyant une chofe , même habituellement, dans un feul endroit, que l’on fe perfuade efficacement de fes avantages, ni que l’on fe décide à en eflayer ; l’exemple qu’avait voulu donner M. Fagon , n’avait eu aucun pouvoir ; je ne devais pas me promettre par les éclairciffe-mens, les inftru&ions les plus détaillées, de voir aucune fuite heureufe à la bonne envie que j’avais d’alléger dans ce point la dépenfe du citoyen maltraité par la fortune. On a beau parler fur - tout au vulgaire, il 11e change rien à fes maniérés : ce qu’on lui conièille, fut-il de la plus férieufe importance, il ne fe détermine à en profiter, que lorfque les chofes lui font préfentées toutes faites; il faut le mettre , pour ainfi dire, en jouilfance : cette indolence paffive ne fe dément fur rien. Bien avant l’établiffement fait en faveur des noyés, on réitérait de tems en tems avec la plus grande publicité les aver-tiffemens les mieux détaillés fur les fecours à apporter dans cette malheu-reufe fituation. Ces avis n’ont été efficaces que de Piuftant que le bureau de la ville a imaginé de tenir tout prêt pour le befoin ce qui était nécelfaire à employer dans ces fortes de cas. Ce qui s’eft vu touchant la méthode du nouveau chauffage, fe rapporte bien plus directement à ce dont j’étais inquiet lors de mes premières idées. Dans le même tems de l’entrepnfe dont nous donnons ici l’hiffoire , la capitale, les provinces ont été inlfruites, par la voie des journaux, du procédé qu’a décrit M. Carrey. perfonne ne s’eft déterminé, ni à faire foi-même , ni à faire fabriquer des pelotes pour fon ufage. La facilité d’en voir exécuter à l’école vétérinaire, tandis qu’à l’attelier ouvert à la Râpée, chaque metteur en forme faifait près d’un millier de pelotes dans une journée, n’a pas été plus efficace.
- 426. Je ne voyais d’autre parti à prendre, que de faire, foit chez des per-fonnes connues, foit dans des endroits publics & à plusieurs reprifes , même continues & renouvellées chaque hiver, une montre de ce chauffage. Dans une ville comme Paris, tout ce qu’on n’y a point encore vu, devient en peu de tems le fujet des converfations. Après cette montre, mon deffein était de faire fabriquer publiquement dans une faifon favorable, une grande quantité de ce chauffage. Telle était la marche que j’avais projetée, pour faire dans le public ce qu’on appelle fenfation, Ce plan n’était point d’une
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- difficile exécution ; pour la partie des frais, il n était même point à ma charge j je n’étais nullement embarrallé de trouver des perfonnes qui euflenü concouru volontiers à une forte d’expérience publique; le produit en eût toujours tourné à l’avantage du pauvre, qui n’aurait pas mieux demandé que d’en elfayer: les hôpitaux , quelques pauvres communautés , quelques guinguettes des fauxbourgs de Paris, quelques étrangers habitués à ce chauffage, s’en feraient fervis tant qu’ils en auraient trouvé. Ce n’eft pas une fimple conjecture.
- 427. Je me doute très-fort que ce plan ne fera pas jugé bien bon, il peut même avoir quelque chofe de fingulier ; mais c’était le feul qui fixât mon idée, c’était ainfi que je voyais la chofe : il manquait encore à mon travail, à mes fabrications, une derniere perfection. J’étais déjà affez inftruit de la maniéré dont le commerce de charbon de terre fe fait dans Paris, pour fen-tir, attendu les mélanges auxquels il eft fujet malgré les défenfes précifes, que je ne pouvais pas compter entièrement fur mes expériences. Le charbon qui m’avait été donné pour charbon de Moulins, pour charbon de Forez, était-il pur ? était-il bien de la mine dont on prétendait qu’il venait ? Pour indiquer les proportions exaCtes de pâte, qui convenaient à chacun des charbons des différentes mines de ces trois provinces, il était néceifaire que je 11e fuffe point trompé fur ces articles.
- 428* Afin d’être plus certain de mes effais & de mes expériences exécutées avec foin à diverfes reprifes fur des charbons de terre que j’avais fait acheter , foit au port S. Paul, foit chez des marchands, j’en faifais venir directement des trois provinces qui approvifionnent Paris Ça). Un particulier .fixé dans cette capitale, & qui appartient à une famille très - effimable, me procurait quelques-uns de ces envois ; il était fouvent, ainfi que tous ceux qui venaient chez moi, préfent à mon travail ; il fut témoin par conféquent du fuc-cès avec lequel je parvins à donner à cette fabrication de nos charbons la même perfection qu’elle a dans quelques pays étrangers. Les vues que j’avais & que je viens d’expofer, n’étaient point un myftere ; il me propofa de
- ( a ) Je n’ai pas fait difficulté enfuite de me détourner de mes occupations pour me tranfporter fur les lieux ; j’ai fait exprès un voyage dans le Bourbonnais & en Auvergne; j’ai defcendu dans les mines, afin de confta-ter leur état ; j’y ai réitéré mes expériences fur les différens charbons qu’elles produi-fent , pour m’affurer de leur conformité qvec celles que j’avais faites ; les mêmes foins, comme on le verra bientôt, ont été donnés de ma part pour les matières con-
- venables à l’apprêt qu’ils doivent recevoir. En un mot, j’ai tellement rendu ce travail complet, que tant qu’il ne ferait rien innové dans ce que j’ai arrêté pour le choix des charbons, tant qu’on ne s’écarterait pas des attentions néceffaires pour les façonner, je pouvais répondre que l’ufage de ce nouveau chauffage fe maintiendrait fuffi-famment parmi nous, pour s’accréditer avec le tems.
- remplir
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- rempli mon objet, en me fauvant à cet égard les embarras qu’entraînait la route que je voulais fuivre : n’ayant d’autre idée que de voir tourner cette partie de mon travail au profit du royaume, l’offre ne pouvait qu’être fort de mon goût; celui qui mêla faifait, ne m’était perfonnellement pas connu autrement que par les relations que mon état me donnait depuis bien des années, foitavec lui, foit avec partie de fa famille. Il me parutfuffifant qu’il fût ce que je lavais qu’il était, verfé dans les opérations de calculs , intelligent dans ce qu’on appelle affaires, & qu’il eût du îoifir, toutes chofes qui me manquaient, & bon citoyen, comme je le croyais , pour prendre à cœur le fonds de mes idées. Je ne fentis aucune répugnance à accepter fes offres ; je lui donnai en conféquence toutes les notes que j’avais raffemblées, concernant les droits fur les charbons de terre, fur les charbons de bois, fur les bois, pour déterminer une comparaifon exaéte entre la dépenfe de ces dif-férens combuftibles. Peu de tems après,-le miniftre du département de Paris fut informé de mes recherches par ce particulier : il fentit qu’il ferait important pour Le peuple de Paris, & même de la plupart des provinces, de pouvoir fubjlituer le charbon de terre à celui de bois , dont le prix efl prefcjue par - tout inacceffible pour lui ; qu'il était de plus intérejjant pour la ville de Paris en particulier , de diminuer cette confommation de première necejjîtè qui s'augmente tous les jours ,& devient effrayante (a). Délirant régler fur l’avis de l’académie des fciences l’idée qu’il devait prendre de ce travail, il fouhaita que je remiffe à cette compagnie les différens mémoires contenant le détail & les réfultats de mes recherches particulières, afin de connaître de quel degré d’attention ils pouvaient être dignes.
- 429. L’espece d’impollîbilité delà part des pauvres, comme de la part du citoyen aile, d’apprêter chez lui du charbon, l’anéantilfement de cette reffource par cet obftacle, le manque d’apparence que jamais perfonne pût s’avifer d’entreprendre en grand pour le public une fabrication & un trafic d’un fuccès aufli équivoque ; ces réflexions & quantité d’autres avaient toujours , comme on l’a vu, donné à mes idées une tournure qui fe fentait aifez de la difficulté que devait fouffrir leur exécution.
- 4?O. Le premier coup-d’œil porté fur cet objet par un miniftre adonné dès fa plus tendre enfance à faire (tant que l’homme en place en a la pleine liberté) le bien de fon département, fixa mes appréhendions & mes incertitudes. Ce n’était pas néanmoins à beaucoup près fur les mêmes principes, que le particulier qui agiffait, dirigeait fes démarches (b) : les fuffrages donnés à mon travail par les commiflaires de l’académie des fciences, par ceux de la faculté
- ( a ) Lettre de M. le duc de la Vrilliere, bre 1769. écrite de Fontainebleau au fecretaire de (5) On le verra par les motifs qu’il avait l’académie royale des fciences, le 14. octo- fait énoncer dans les lettres-patentes.
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- de médecine, favoriferent l’obtention d’un privilège , en date du ij décembre 1769, qui autorifait l’entreprife projetée de préfenter aux habitans de Paris & même de la province , un chauffage économique & bien conditionné, préparé avec du charbon de terre : toutes les formalités ufitées pour la vérification des lettres - patentes , furent favorables, (a)
- 431. A la faveur des lettres - patentes, de l'arrêt d’enregiftrement & de toutes les pièces relatives à cette conceftion, le particulier qui en était toujours refté nanti (& qui ne s’en eft deffaifi que le 24 novembre 1771 J, trouva l’argent néceffaire pour mettre fou plan en exécution. Les préparatifs de Pétabliffement furent annoncés dans les mois d’août & de feptembre 1770 i ils furent accueillis de la maniéré la plus favorable. O11 ne craint point de dire que peu d’entrepriiès ne devaient autant que celle-ci s’attendre à des oppositions & à des contradictions multipliées ; il n’en eft pas moins vrai qu’aucune 11’avait jamais eu plus de motifs d’encouragement. Du premier inftant, cet établiffement fut regardé d’un œil bien différent de tous ces projets d’induftrie enfantés par le luxe , & qui ne confervent d’exiftence qu’autant que le goût ou la fantaifie du public ont de durée. En préfumant les entrepreneurs fûrs de leurs calculs & de leurs combinaifons, il 11e reftait pas le moindre doute fur la certitude d’un bénéfice légitime pour eux; leur fuccès était devenu un vœu unanime ; tout devait affurer, aux habitans de Paris fur-tout, un établiffement auffi folide qu’il était jugé utile.
- 432. Cet efpoir était toujours combattu dans mon efprit par les préoc-
- cupations qu’y avait jeté tout ce que je ne pouvais encore démêler dans la conduite extraordinaire du fieur......Elles m’infpiraient beaucoup de mé-
- ( a') Toute cette réuflite fe trouvait être véritablement le fruit de l’intelligence, fi on veut Pappeller ainfi , du folliciteur ; il y avait mis la plus grande activité ; le privilège lui avait été remis d’abord, avec injonction fpéciale d’en communiquer avec moi, pour voir fi les claufes étaient à mon gré: ainfi le porte la lettre par laquelle je fus informé du fuccès , dans lequel, fans doute, mon travail entrait pour quelque chofe : ce fut alors que pendant du tems il ne me fut pas poffîble d’avoir de l’homme & de ce, qu’il était devenu, plus de nouvelles que s’il était abfent; celles que j’en eus à la fin ou par lui - même en perfonne, ou par billets , finifiaient toutes par éluder ce qui lui avait été prefcrit. J’eus à ce fujet une
- entrevue avec un de fes proches parens, homme judicieux & eftimable : mes intentions uniquement tournées vers la chofe publique , que je voyais avec plaifir fécondée dans tous les points, me déterminèrent, pour ne pas y apporter du retardement, & par égard pour le parent du négociateur , à regarder comme indifférens au fond de la chofe , tous les faux -fuyans que j’avais ap-perqus, & qui pouvaient ne m’être que particuliers. Je n’en fais ici mention en paf-fant, qu’à caufe du rapport qu’iis fe trouveront avoir par la fuite avec l’entreprife même, qui, fi elle eût été examinée bien férieufement, n’aurait point trouvé de fe-cours pécuniaires pour être exécutée dans Paris.
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- fiance fur l’article de la geftion Ça). Deux confidérations qui me paraiiTaient de bon augure, me ralfuraient un peu. Premièrement, le très-petit nombre de ce qu’on appelle dans une entreprife aflociés; celui qui avait toujours été l’ame de l’affaire, & qui vraifemblablement était jaloux de jouer ce rôle ex-clutivement, tant qu’elle pourrait fe foutenir,ne s’était aflocié que le bailleur de fonds : la mésintelligence , fléau deftructeur de toutes les entreprifes les mieux concertées & les plus utiles , me femblait ne pouvoir trouver accès entre deux perfonnes intéreffées, l’une à gagner, l’autre du moins à ne pas perdre. Secondement, & c’était encore le plus heureux à mon avis, la fim-plicité de l’affaire était telle, qu’en fuppofant quelqu’erreur de calcul de la part des fpéculateurs qui allaient exercer le privilège, il était de toute im-pofîibilité que celui qui y apportait des fonds, courût aucun rifque de les perdre.
- 433. La difficulté giflait dans un point aifé maintenant à appercevoir, par le tableau que j’ai donné des droits fur le charbon de terre : ce combuf-tible qu’il s’agiflait de fubftituer au bois pour le chauffage & pour les ufages domeftiques, étant arrivé aux porces de Paris, eft déjà très- cher ; lorfqu’il eft pour être confommé dans la ville , fon prix doublé par tous les droits auxquels il eft aflujetti, devient exceffif. Cette première coiffidération n’avait pu manquer d’occuper l’attention au moins du premier fpéculateur.
- 434. Le plan qu’il en avait préfenté au bailleur de fonds, avait dû néceffai-rement être appuyé fur le prix de cette marchandife j le furcroit d’augmentation que le charbon de terre à apprêter, devait enfuite fuppôrter par les différentes mains-d’œuvre , parles frais d’un établiflement en grand , formait le fécond chef de fupputation ; c’eft où les entrepreneurs fe font abufés , lans qu’il foit trop facile d’imaginer comment la chofe a pu arriver à des perfonnes très-inftruites, telles qu’elles étaient.
- 43 f. Peut - être eût-il été poffible de trouver dans une fage économie, un
- (a) Dans les lettres-patentes il s’était fait donner un rang qui ne lui convenait nullement ; il était de plus défigné pour être l’un des auteurs du travail, & parvenu à force de facrifices, d'expériences aujjïdifficiles que difpendieufes, à procurer au charbon de terre par une opération chymique, un degré dlutilité qui en fauvait les incon-véniens. Sans doute ces motifs controuvés lui avaient paru propres'à fervir de bafeau projet qu’il avait tramé de fe rendre maître abfolu de toute la manutention; il agiflait & parlait comme ayant feul commiflion &
- pouvoir ; il avait réuffi à perfuader au bailleur de fonds, qu’il n’avait befoin d’être guidé ni éclairé en rien dans les opérations de fabrication, auxquelles, dans fon arrangement qui eut lieu, il devait préfider feul. Tout ce que je pus faire, ce fut d’exiger qu’il ferait dépofé à l’hôtel-de-ville un étalon des moules à fabriquer les pelotes; mais la fuite fera voir que probablement il avait fu déranger cette précaution , & fe mettre à l’abri de ce qui pouvait en réfulter contre lui, & que l’étalon dépofé était d’avance réduit à fa fantaifie.
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- dédommagement raifonnable de laméprife ; mais cette économie qu’ils avaient inconfidérément fait entrer dans leur calcul & dans leur plan, même dans l’exécution, portait fur des changemens dont ces entrepreneurs n’étaient point en état d’apprécier les défauts & les conféquences,
- 4? 6. Persuadés qu’il ne devait pas y avoir tant de façons à obferver dans une fabrication que je déclarais moi-même n’ètre qu’une imitation , ils regardèrent comme abfolument fuperflus les détails par lefquels je vais finir, & dont je leur préfentai des copies: ils ne fe doutaient point que ces mémoires que je voulais leur communiquer pour être leur loi, étaient appuyés fur la con-nailfance de la nature, de la qualité des charbons qu’ils avaient à employer , ainii que des pâtes qui devaient entrer dans l’apprêt; que tout le procédé, en un mot, était fixé avec une précifion étudiée & réfléchie d’une maniéré convenable à la polition où ils fe trouvaient, d’avoir à éviter les moindres imperfections , les moindres négligences ; qu’il n’était pas polfible enfin de s’écarter de la me-' thode particulière à l’efpece de charbons qu’ils employaient, de rien innover dans le choix des charbons , dans les attentions neceffairespour les façonner , &c. fans risquer d’enlever à ce nouveau combuftible tous les avantages dont les entrepreneurs eux-mêmes avaient conçu la plus haute idée, (a )
- 437. Le fieur.........travailla pendant quinze jours ( & on verra la quan-
- tité immenfe de pelotes qui peut fe faire dans cet efpace de tems ) fans retrouver les mêmes qualités d’un chauffage bien conditionné qui réfultait de ma fabrication : à la pâte que j’avais fixée , il avait fubftitué de fon chef une mauvaife terre d'alluvium. (b) Je ne parvins à contrecarrer la continuation de ces opérations , qu’en menaçant de porter des plaintes fur une fabrication dont les ré-lultats ne pourraient que tromper l’attente où était le public d’un chauffage en même tems économique & bien conditionné, tel que celui qui avait été approuvé , & qui avait eu lefuffrage légal du lieutenant générai de police~& du procureur du roi au bureau de la ville.
- 438. L’associé qui avait apporté des fonds dans l’entreprife , commençait à écouter mes avis fur les changemens faits par le fieur .... dans le procédé que j’avais fixé, & dont je prétendais que l’exaditude affurait à l’entreprife, fuppo-fée bien combinée, l’avantage de la capitale 8c de l’affaire. Pour achever de lui deifiller les yeux , j’avais fait travailler à différentes reprifes en fa préfence & celle des ouvriers , un minot de charbon à ma façon : on y employait pour les
- (a) Par une Angularité aflez difficile à térêts ; il était chargé de toutes les dépen-
- expliquer, & qui ne peut guere être qualifiée fes, on s’en rapportait à lui fur tout, & il qu’un effet du hafard, le fleur.... s’était trouva même moyen d’éloigner affez long-complètement infinué dans la confiance du tems la reddition de fes comptes, bailleur de fonds, au point d’endormir fa (b) Je parlerai en fa place, de cette efi vigilance & fa prudence fur fes propres in- pece d’ineptie.
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- fabrications les moules que j’avais fait porter, qui étaient tels que devaient être celui dépofé à l’hôtel - de - ville & ceux de l’attelier ; il en réfultait toujours un nombre à très - peu près égal de pelotes : au contraire , des opérations du Leur .... faites avec les moules qui étaient à fa difpofition , comme tout ce qui était à l’attelier, il réfultait dans chaque fabrication de fortes variations, qui annonçaient des défeduofités de différentes cipeces j & le plus fouvent ces variations fe trouvaient, relativement à une marchandée qui fe débitait au compte , porter un préjudice notable aux acheteurs : la différence de la qualité du chauffage que cet affocié reconnut chez lui & vint reconnaître chez moi, n’était, pas moins remarquable.
- 439. Tout devenant fufpeddans ce directeur que rien ne pouvait ramener (a) , mon honneur & celui des perfonnes refpectables que je voyais à la veille d’ètre compromifes , me forcèrent de prendre le parti d’inftruire M. le lieutenant général de police , & deux perfonnes en place, qu’il était à propos d’en impofer à l’affocié titulaire érigé en principal commis : fes opérations arbitraires , le refus de s’en expliquer, avaient déjà commencé, mais infru&ueu-fement, à exciter les réclamations du bailleur de fonds s ces réclamations fe convertirent en plaintes motivées par écrit.
- 440. Les informations régulières, faites à l’attelier, fur les malverfations du
- fleur..... les interrogations & déclarations des employés , des ouvriers,
- étaient fur tous les points à fa charge ; les comptes enflés à fou avantage , fes dé-, penfes , dont il 11e pouvait juftifier , mirent à découvert l’abus reprehenfible d’une manutention dirigée dans toutes les parties à fon profit, & firent reconnaître qu’il n’avait été fi jaloux d’ètre titulaire principal du privilège, chef, directeur, & le héros de l’affaire , que pour frauder fur la qualité , fur la mefure, & fur le prix, pour diftraire honteufement des fommes dont le maniement lui était confié, &c. ( b ) Ce fut alors que la perfonne intérelfée à la confervation de fes fonds, ne put s’empêcher de déclarer qu’il lui devenait impofiible de rem-
- ( a ) Parvenu à maîtrifer les employés & les ouvriers ; il ne gardait aucune retenue dans fa conduite , & le minot employé dans l’attelier( où il avait fixé fa demeure) au mefurage du charbon qui fe délivrait pour être fabriqué, était de grandeur fauffe & inexacte; les moules ou lunettes avaient été fans celle rognés, diminués à fa fantai-fie , fans doute pour les rapprocher de l’étalon qu’il avait dépofé à la ville. Dans le charbon de Fims, qui devait être employé pur dans les pelotes pour les cheminées, il en mêlait de moindre qualité, comme
- celui des lacs , qui ne devait entrer que dans les pelotes pour les poêles : les ouvriers, qui s’appercevaient des fautes &.des déprédations de leur chef, croyaient & difaient tout naïvement & indiferétement qu’il était gagné pour ne point faire réuffir l’entre-prife.
- (b) Ces différentes pièces ont patte entre les mains de l’exempt de police, I\l. le Grand, du commiffaîre Laumonier, & au bureau de fa police; j’ai eu des copies de quelques - unes.
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- plir l’engagement annoncé dans le public, ou plutôt l’intention qu’elle avait eue de contribuer au bien général : entr’autres récompenfes de fes peines & de fes foins, c’était la plus glorieufe fans doute, & celle dont un defir aveugle lui avait probablement faitillufion ; q’a été auffi le plus grand regret de l’homme honnête que le fleur.... avait eu l’adreffe de s’affocier.
- 441. Je 11e dois pas laiffer ignorer les efforts qu’a faits le miniftere pour lever cette difficulté réelle qu’oppofe la cherté du charbon de terre à la continuation de cette entreprife dans la capitale. Lorfqu’elle a été abandonnée, M. le contrôleur général, fur l’expofé de M. Trudaine & des fermiers généraux., n’a pas fait difficulté de propofer l’abandon des droits du roi. Cette remife jointe à celle qui avait déjà été faite aux entrepreneurs dès le commencement de rétabliflement par les mefurcurs & porteurs, fe trouvait trop médiocre pour donner à la fuite de l’affaire une facilité fuffifante pôur la maintenir; les mêmes officiers marquèrent encore dans ce moment de la bonne volonté pour favorifer une nouvelle confommation qui, par la fuite, devait, faire un bénéfice de leur charge. Des circonftances relatives à ces charges, dont la confevation ne leur était plus affinée à cette époque, ne leur permirent point de prendre fur cela un parti.
- 442. Au milieu de ce défordre , qui n’avait point une certaine publicité, l’intérêt que les habitans de Paris prenaient à cet établiffement, la confiance même fe foutenaient. Dans tout le courant de l’hiver de 1770 à 1771, M. le duc d’Aiguillon avait fait de ce chauffage une confommation fuivie dans un cabinet ; ce miniftre trouvait cet ufage tellement à fon gré, qu’il fe propofait de faire accommoder fes poêles & quelques cheminées de la maniéré qui convient à ce feu , pour en augmenter les avantages. Je détournai l’exécution de ce projet, en informant que jç doutais beaucoup que l’entreprife prît con-flftance. M. le procureur du roi au bureau delà ville, n’a point difcontinué d’en ufer tant qu’il y en a eu des fournitures : dans une faifon qui diminue par-tout le nombre des feux domeftiques, & qui en conféquence avait fait fermer la vente, ( au mois de mai 1771 ) il avait encore été débité plu-fieurs milliers de pelotes chez le nommé Marville, qui s’était accomodé du reliant de l’entrepôt de la rue Bétifi, où il n’avait été porté qu’un triage auffi exad qu’il a été poffible de le faire pour ne point mettre en vente ce qui avait réfulté d’opérations défedueufes. Dès la fin de feptembre fuivant, on fe préfenta chez lui pour en acheter, & il s’en eft vendu à 4 fols la douzaine, 1 livre 4 fols 1$ deniers le cent, & 16 livres 13 fols 4 deniers le millier. Le fuccès d’une elpece de montre publique , faite dans les écoles fupé-rieures de la faculté de médecine (a), doit tenir ici fa place parmi les faits
- (a) Rapporté à la fuite de l’extrait de cette thefe, dans le Porte-feuille hebdomadaire du famedi 6 avril, page 222.
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- à rapporter en faveur de ce chauffage. Les acftes de la licence commencent à fix heures du. matin & finiffent à midi: les dodteurs qui viennent en grand nombre dans cet intervalle de tems entendre le bachelier & juger de fa capacité , vont fe chauffer dans une falle particulière ; le premier appariteur avait fubftitué ce jour-là au feu de bois, celui qui faifait la matière de la thefe. Parmi tous les do&eurs qui ont vu ce chauffage, il ne s’eft trouvé aucun cenfeur qui ait élevé la voix, & beaucoup de doéteurs allèrent à la chaire du préfident, auteur de la thefe, lui marquer combien ils étaient fatisfaits de la démonflration ajoutée à la queftion agitée dans les écoles. A midi, le feu «tait encore dans la toute 'vigueur, & il dura jufqu’à fix heures du foir.
- 443. Les perfonnes qui en appellent au jugement des autres, & qui aiment à fe décider fur l’expérience, en ont affez pour juger que l’appréhenfion ou l’indifférence fur cette maniéré de fe chauffer, ne peuvent provenir que du manque d’occafion de la connaître, ou de manque d’attention dans l’examen qu’on aurait pu en faire.
- 444. Plus on confidere à quel point on commence aujourd’hui à s’inquiéter de la rareté & de la cherté du bois de chauffage, plus on doit regretter qu’une entreprife de l’efpece de celle dont nous venons de donner Thiftoire, ait été ou mal menée, ou faite légèrement.
- 44f. Tout le monde aujourd’hui parle uniformément de l’efpece de difette où l’on eft pour le bois. Les citoyens qui font les moins en état d’en raifon-ner , conviennent à cet égard, que le moment eft venu de s'occuper des moyens propres à y remédier. Le remplacement du bois à brûler par le charbon de terre , ou brut, ou apprêté , ne paraît déjà plus une firaple précaution fur laquelle on puiffe penfer arbitrairement ou raifonner diverfe-mentj il eft décidé expédient, indifpenfable, facile, certain : les habitans de Paris fe font trouvés fi heureufement difpofés, quand il en a été quef-tion, ils ont marqué un fi grand empreffement à tirer parti de ce nouveau combuftible , que les préjugés les plus enracinés contre cette pratique étrangère , n’ont pu fe prévaloir des circonftances qui ont contrecarré le début d’une entreprife qui, fans le prix excefîif du charbon de terre ,jpmivait être utile. Le public a fu difcerner judicieufement la chofe telle qu’elle devait être , d’avec celle qui a réfulté de méprifes d’entrepreneurs inattentifs , d’une geftion fautive , &c. & n’a rien réformé dans le jugement avantageux qu’il avait d’abord porté fur cet objet : l’époque de cette tentative abandonnée , ferait, dans le cas d’une reprife , fufîîfante pour former des conjedures, & peut-être des conféquences plaufibles contre la chofe même : cet ufage ne pourrait alors être préfenté de nouveau, ni aux habitans de Paris, ni aux miniftres, fans effuyer les plus fortes contradictions. L’intérêt que les habitans de la capitale ont pris à cet établiffement 3 n’eft donc pas ici le feul
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- motif qui a impofé l’obligation d’entrer, comme on l’a fait, en éclairciflement fur les caufes qui en ont privé le public ; elles n’affaibliflent en rien l’utilité particulière & l’importance politique de ce chauffage en lui-mème ; le véritable empêchement 11’eft que pour la capitale, où les droits confidéra-bies fur le charbon de terre aux entrées, enlevent pour le moment à fou ufage le mérite effentiel de l’économie.
- 446. En réfléchilfant un peu fur l’obftacle qui a annullé l’entreprife, il n’y a rien de déraifonnable à prévoir que le gouvernement qui a faili fous fes véritables points de vue le projet de fubltituer le charbon de terre à un comburtible prefqu’entiérement épuifé, pourra par la fuite des tems fe trouver dans la néceflité de favorifer efficacement, & s’occuper férieufement à aider l’introdu&ion de ce chauffage dans Paris. D’après ce dont j’ai été témoin fur l’accueil accordé à ce projet, je me crois permis, & l’on voudra bien me le pardonner, d’envifager toujours la méthode de préparer ce foifile, pour rendre fon chauffage encore plus économique, comme devant tôt ou tard devenir une pratique franqaife. Cette maniéré de voir les chofes dans le lointain , plutôt pour l’intérêt de ceux qui viendront après nous, n’aura pas làns doute aux yeux de tout le monde le défaut du ridicule i les patriotes 11e traiteront point mon travail aulli légèrement jd’aiffeurs, la reffource que préfente le charbon de terre apprêté pour le chauffage, refte dans fon entier pour les provinces qui polfedent des mines de charbon. Cette matière1, dont le prix modique au pied de la mine 11e monte pas à plus de 1 f livres la voie au premier port, ne peut s’accroître à un certain degré, ni par les frais de première exportation, ni par ceux de location, de terrein , de main-d’œuvre : tous ces objets d’un coût bien inférieur dans les endroits éloignés de Paris, comportent fi peu de dépenfe pour toute cette fabrication, qu’un poffeiieur, ou quelque directeur de mine, ne rifquerait rien de former un établiflement de ce genre dans l’endroit où ce folîile s’emmagafine au port de l’embarquement. Les pelotes du même volume que celles qui fe font fabriquées dans l’attelier de Paris, pourraient être vendues à moins de deux: fols la douzaine, à feize fols le cent, & à huit livres le millier (a). La gé-nérofité, la bienfaifance ne font point bannies de nos provinces ; il s’y trouvera quelque citoyen animé du defir flatteur de foulager la mifere de fon canton, & qui cherchera à tirer la reffource fur laquelle nousinfiftons, de l’anéantiflement où elle pourrait relier long-tems. Dans une grande ville , les directeurs de pauvres communautés, les adminiftrateurs d’hôpitaux, les curés de paroiffes, réunis enfemble pour concourir à cette fourniture de chauf-
- (a) Il eft feulêment à propos de faire pour exemple, parce que c’eft fur elles remarquer qu’il conviendrait qu’elles fuffen;t qu’a été faite la fupputadon que l’on préplus groffes que celles qui font prifes ici fente.
- fage,
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- fage, comme j’avais projeté d’abord de les y inviter & de les y déterminer, feraient fûrs de faire un grand bien & à peu de frais. Je ne fouhaite plus que d’avoir fait une impreffion capable de tranfrnettre quelque part ce delir ; c’efl effentiellement en faveur des pauvres, que j’ai expofé dans mon ouvrage les différens points de vue fous lefquels ce chauffage agréable, commode & économique, peut convenir à toutes fortes de perfonnes. Afin d’achever de compléter ce tableau , je vais le faire fuivre d’une defcription raifonnée de la fabrication du charbon de terre apprêté, la détailler d’une maniéré propre à la rendre praticable , & à avoir fon fuccès dans toutes nos provinces : pour cela je commencerai par quelques inftruétions fur les terres propres à l’impaftation en général, qui conftitue cet apprêt; ces notions pourront être utiles aux perfonnes qui voudraient entreprendre cette fabrication hors de la capitale , où les charbons ne font point chargés des mêmes droits auxquels ils font alfujettis quand ils arrivent au port Saint-Paul ; j’indiquerai fpécialement pour la ville de Paris les terres graffes qui fe trouvent dans fes environs ; je viendrai enfuite aux détails capables de fervir de guides dans un établiifement fuppofe à frire dans la province. Le plan détaillé & expliqué d’un attelier diltribué comme il conviendrait de faire ,& éclairci par une planche des outils & uflenflles, rendra fenlible aux yeux toute la manipulation.
- Renfeignemens fur la fabrication du charbon de terre apprête , pour rendre fon chauff age plus économique.
- 447. Avant de décrire le procédé fuivi à Liege dans cette fabrication, nous avons fait obferver qu’il n’y aurait rien d’étonnant que cette méthode , toute fimple qu’elle paraît, 11e réufsît point d’abord, à'beaucoup près, comme il femblerait qu’011 devrait s’y attendre ; l’examen réfléchi que nous avons fait de ce chauffage, la difcuflion dans laquelle nous fommes entrés pour infirmer l’avis de M. Venel, laifïent appercevoir clairement que le procédé 11e conflfte pas encore uniquement dans le choix du charbon def-tiné à être formé en pelotes ou hochets : cette attention pour la matière combuffible, eft bien effentielle fans doute ; mais elle ne doit pas être moindre pour la fubftance qui lui efl ajoutée. Les terres de la nature de celles qui pourraient être employées, fe trouvent dans beaucoup d’endroits, & l’on peut fe fervir de quelques-unes qui font d’une affezmédiocre qualité , telles que font celles de Try, près de Valenciennes & ailleurs, où l’on n’ell point délicat ni difficile; mais fl l’on veut avoir de bonnes pelotes qui remplilfent le mieux poffible l’objet que l’on a en vue, toutes ces terres n’y font pas également propres. Ce n’eft point affez que par leur nature , par leur qua-Tome XVII. D d d d
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- lité, elles puiflent fe lier intimement avec le même charbon; il faut que cette liaifon qu’on lui donne, foit plus ou moins fufceptible de s’affermir dans le feu, de s’y maintenir dans fa confiftance au point de fe durcir encui-fant. Les entrepreneurs de l’établiffement formé à Paris en 1770, ont fait eux-mêmes défagréablement l’expérience de l’utilité de ce choix des terres ; tout ce qui vient de précéder, démontre que le défaut de connailfances générales & particulières fur les qualités des terres à appliquer à cette fabrication, influera défavantageufement fur la bonté ou la perfection de l’apprêt, ainfî que du chauffage qui en réfulte.
- 448. Par la même raifon que nous nous fommes arrêtés à indiquer tout ce qui peut aider^ diftinguer la nature des charbons de terre, & ceux qui font les plus propres au chauffage, nous devons en faire autant pour les pâtes d’amalgames.
- Des terres d'impaflation, ou des terres propres à la fabrication du charbon de terre apprêté 3 & de leur choix. Infruclions fur la différence de £ argille & de la glaife.
- 449. Ce que nous nous propofons ici, eft d’autant plus néceffaire, que les différences des noms appellatifs donnés aux argilles par les manufacturiers , par les naturaliftes & les chymiftes, ne peuvent être d’aucun fecours pour guider dans le choix ou dans l’exclufîon des terres que l’on aurait à appliquer à la fabrication, ni même pour déflgner aucune de ces terres d’une maniéré précife.
- 45:0. La glaife & i’argille , feule & même fubftance à la vérité, différentes néanmoins , ne font point du tout affez diftinguées par ces deux dénominations fynonymes en chymie & adoptées par l’ufage ; on en conviendra fans peine, puifqu’une argille n’cft point glaife, & qu’en même teins une glaife eft de I’argille : ainfi cette maniéré de défigner chymiquement I’argille , confond i’argille - glaife avec I’argille, & avec une variété prodigieufe de terres de cet autre genre, qui font néanmoins différentes. Tels font le bol rouge & onciueux, nommé en Picardie bief, Verbue, I’argille glaifeufe , chargée de beaucoup de fubftances étrangères & métalliques , appellée befiieg3 letten ; plufîeurs terres défignées par les manufacturiers qui les emploient, fous les dénominations relatives à leurs ufages, comme les terres nommées terre à four, la terre d potier, qui eft la glaife; celles avec lefquelles fe font les tuiles , qui approchent davantage de la terre à potier, & qui font bien fupérieu-res à la terre à brique; quelques marnes, & quantité d’autres qui ne fe ref-iemblent même point à la vue.
- 4c 1. Dans les manufactures de poterie, de faïance, où l’expérience a
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- établi la diftinélion des matières propres à cet ouvrage, on reconnaît deux fortes d’argilles : la premire nommée argille ou pâte longue, eft celle qui fe manie facilement, qui eft extrêmement ductile, & qui par conféquent eft la plus propre à faire des ouvrages en grand ; la fécondé , appellée argille ou pâte courte, dont le ka-o-lin eft une elpece, fe manie moins aifément
- 45'2. Les naturaliftes n’ont pas fi bien diftingué l’argille & la glaife. L’argille, difent-ils, fe trouve à la fuperficie 5 la glaife eft placée plus profondément en terre. L’idée que donne cette diftinction eft bien incomplète, puifqu’elle ne porte avec elle aucun des caradteres diftindtifs que la fimple vue fait appercevoir dans l’argille proprement dite, & dans la glaife ainfi nommée.
- 4^5. Ayant ici à palfer en revue les differentes argilles ou terres grades dont on peut tirer avantage dans la fabrication du charbon de terre apprêté, & fur-tout à les défigner aux perfonnes qui voudraient entreprendre de faire de ces pelotes, j’établirai deux fortes d’argilles caradtérifées, diftinguées 3 l’une par le nom d’argille, l’autre par le nom de glaife.
- 4. Je comprends fous le nom d’argilles ou argilles communes, parce qu’eu effet beaucoup de terres & de fables font de ce genre, les matières terreufes placées fuperficiellement fur le globe, qui à la confiftance terreufe joignent plus ou moins fenfiblement les qualités vifqueufes & tenaces de la glaife proprement dite, dont elles tiennent une plus ou moins grande quantité de molécules ; c’eft à la préfence de ces molécules qui ne fe trouvent point liées entre elles , & qui n’ont point cette denfité, cette dureté propre à la glaife , que les argilles doivent cette propriété de fe réunir, de fe mouler, de fe durcir au feu, quelquefois jufqu’à donner alors des étincelles avec le briquet: mais quand l’argille eft pure, ces parties 11e peuvent point fe vitrifier au feu le plus violent connu jufqu’ici.
- 45-5. On doit appeller, comme on fait, glaife, l’argille enfoncée profondément en terre, mais qui au lieu de cette apparence, de cette confiftance friable de terre propre à l’argille avant qu’on l’ait maniée , fe trouve en malfe liée , compadte, comme fi elle avait déjà été corroyée de maniéré à ne pouvoir, dans la fouille qu’on en fait, être coupée que comme des fubftances molles & continues : ainfi l’argille nommée glaife, pourrait être nommée argille en maffe , argilla cumulata, afin de la diftinguer de l’argille dont les molécules ne font que contiguës. Cette courte définition afîigne mieux la différence que nous cherchons à établir, que la maniéré dont la préfente M. Valmont de Bomare, qui dit (a) que la glaife ne fe rencontre pas feulement à la furface, mais encore à une très - grande profondeur } il aurait
- ( a ) Difiionnaire d’hijloire naturelle , au mot Glafe.
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- fallu ajouter au moins, que dans ce dernier cas elle fe trouve en bancs foîi-des connus fous le nom de glaife.
- 4f6. Cet état glaifeux, ou fi l’on veut argilleux, fous forme compa&e, eft le produit d’une efpece d’affinage de l’argille délayée, hume&ée , ramalfée en bande épailfe, que le plus ignorant reconnaîtra toujours pour être ce qu’on appelle glaife , & non ce qu’on appelle argille, quoique ce foit la même chofe. Dans les fouilles de glaife, on rencontre toujours beaucoup d’eaux, & le terrein qui les renferme fe trouve toujours avoifiner, ou avoir été autrefois voifin fie quelque prairie , de quelque terrein marécageux, de quelque lit de ruif-feau , de quelque bras de riviere. Ce font ces eaux qui ont concouru à cette efpece de dépôt particulier en couches folides, tantôt de faulfe glaife , c’eft-à-dire , qui perd plus aifernent à l’air fon humidité , s’y défunit en conféquence plus promptement, tantôt de la véritable glaife de bonne qualité (a). Le bois pourri, les détrimens de racines ligneufes très-dures, qui approchent de la nature des holt^-kohlen; les petits lits même de tourbe, qu’on trouve toujours en grande quantité dans la glaife ; les couches glaifeufes peu épailfes , qui fe trouvent dans toutes les carrières de pierres, font des décompofi-tions opérées par la préfence de l’eau vitriolifée en terre.
- 457. En foraine tout, un chymifte pourrait dire que l’argille eft la terre vifqueufe, réfultante de la deftrudion des végétaux fur la furface de la terre , & qui conferve encore aifez de matières végétales non détruites, pour lui devoir la propriété qu’elle a de fe modeler. La glaife au contraire eft la même terre enfouie plus profondément ; par cette pofition en terre, elle a été par fuccefîîon de tems expofée à des délavations continuelles, qui en même tems qu’elles la dépurent, y ont tranfporté quelqu’acide minéral, notamment le vitriolique, qui concourt à augmenter la ténacité de cette terre par l’état prefque falin qu’il lui donne.
- 4^8. Pour fuivre, dans l’ordre le plus naturel, l’état que nous allons donner des différentes terres graffes qui entrent dans notre manipulation, nous commencerons par les argilles proprement dites, placées à la fuperficie plus que la glaife ; nous y comprendrons les fables qui tiennent de la nature de l’argille, ou les argilles qui fout mêlées avec beaucoup de fable * nous paf-lerons enfuite au fécond genre, que nous appelions glaife.
- De V argille commune en gênerai, & de fes efpeces.
- 4f 9. L’argille , que j’appelle ainfi pour la diftinguer de l’argille-glaife,
- (fl) Comme je l’ai remarqué dans le ter- dans l’isle fur laquelle eft aujourd’hui le rein qui a été fouillé pour la Garre en face nouveau pont de Neuilly. Voyez YHiftoire de l’hôpital, fur le bord de la Seine, & de ïaead. royale des fciences> ann. 1769.
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- eft une terre ordinairement placée fuperficiellement, & plus commune par cette raifon que l’autre , compofée de parties grenues , douces au toucher, tenant toujours une quantité plus ou moins confidérable d’humus , de glaife , de fable, de gravier, de craie, de marne, de mica, de talc, de parties ferrugineufes & autres fubftances étrangères, alkalines ou calcaires. Ces mélanges variés altèrent à l’infini la ténacité & la vifcofité des argilles, & pro-duifent, quant à leurs diverfités, quanta leurs proportions & leurs efpeces, les variétés eifentielles que préfentent non-feulement les différentes argilles considérées ici, mais même celles qui font enfouies profondément; ce qui les fait distinguer par plufieurs auteurs en quantité d’efpeces. Vallerius en compte dix; Lifter, en Angleterre , en porte le nombre jufqu’à vingt-deux.
- 460. Plus l’argille eft exempte d’alliage , plus elle approche de l’argille” glaife , & plus elle eft pure ; de maniéré qu’il ferait poffible de diftinguer l’une de l’autre, en appellant la glaife, argille de première qualité; & l’argille commune, argille de fécondé qualité, fans que néamoins cette dénomination d’argille pure puiife être prife dans un fens ftrid, puifqu’il 11’y en a point qui foit abfolument de cette efpece , & qu’elle ne l’eft jamais que par com-paraifon. En parlant de la fécondé efpece d’argille ou argille-glaife, qui par l’homogénéité que l’on y remarque, fe rapproche davantage de cet état de pureté, nous indiquerons les diftérens lignes auxquels 011 peut le reconnaître : nous n’avons ici qu’à indiquer les propriétés générales de l’argille.
- 461. Cette terre fe diftingue aifément à l’impreffion ondleufe qu’elle laifle fur la langue. Cette vifcofité eft tellement particulière à l’argille, que l’eau dans laquelle 011 en met détremper, paraît glutineufe. Les parties qui la compofent ne s’y réfolvent pas avec facilité ; mais quand elles y font une fois réfoutes, elles s’en précipitent difficilement. Les argilles enfin ne fe diifolvent point par les acides.
- 462. On doit ranger dans une clafle féparée , une efpece de terre qui le trouve prefque par-tout dans les campagnes, fur-tout dans quelques provinces & aux environs des terreins marécageux ou humides. Les gens de pied qui palfent dans ces endroits , connaiffent bien vite ces terres à l’incommodité qu’elles ont de fe pelotonner fous leurs pieds, de s’attacher aux fouliers en grand volume. Les voitures qui charroient en tems de pluie dans les terreins de ce genre, en remportent toujours fur toutes les parties des roues un enduit maftiqué par couches, qui fait croûte très-dure & très-épaiife.
- 4<$]. Quelques-unes de ces terres font aifez du&iles à la main pour pouvoir fe manier en apparence, & fufceptibles, à force d’être corroyées, de fe tourner, ce qui les rapproche fort d’une véritable argille , même d’une glaife. Cette fubftance n’eft cependant qu’un humus léger, très-peu fertile, plutôt vafeux & limonneux que gras & argilleux, & qui ne peut abiolu-
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- ment être nommé ni argille, ni glaife. J’ai examiné plufieurs de ces terres. Lavées & paffées au tamis, elles en fortcnt aiTez facilement, prefque tout entières, ne laiflant qu’un dépôt de fragmens de coquilles, de petites pierres , &c. Auffi une bonne moitié eft foluble dans les acides.
- 464. Les atterrilfemens ramaffés dans le voifinage ou fur le bord des rivières font de la même efpece , mais d’une qualité moins inférieure : il fe trouve de ces alluvium (a) qui fe font durcis à la longue , & forment des couches qui vont jufqu’à quinze pieds d’épaiifeur: il s’en eft trouvé dans la fouille faite pour la Garre commencée au-deffus de la Salpêtrière, & qui portait fur un lit d’argille maigre d’une épailfeur de deux ou quatre pieds.
- 46Y. Dans l’enceinte de l’attelier établi à la Râpée, fur le bord de la Seine, par les entrepreneurs du chauffage économique, préparé avec le charbon de terre ,il s’était trouvé une terre de cette efpece. Le particulier auteur du projet de privilège, qu’il gouvernait & exploitait prefque feul, n’ayant de l’apprêt en queftion que l’idée d’une impaftation , que cette connaiflance grofiîere décrite par M. Carrey, avait regardé cette terre d’alluvium , placée à la portée de fa be-ibgne , comme propre par fa du&ilité à remplir l’objet ; de fon chef il la préféra à Pargille que j’avais adoptée.
- 466. Il paffa un tems confîdérable à faire fabriquer fous fes yeux une grande fourniture de pelotes , dont le chauffage 11e représentait en aucune façon celui dont les commiffaires de l’académie & de la faculté de médecine avaient approuvé la qualité. Dans les endroits ou l’on n’aurait pas de bonne argille, 011 pourrait à la rigueur tirer parti de ces limons ; mais leurs inconvéniens font aifés à juger , & ils 11e font pas indiiférens. i°. La difficulté que ces terres ont à être bien corroyées , eft un défaut pour la manipulation. 20. En fe defféchant au. feu , elles fe féparent aifément , mettent en prifè à l’aCtion du feu tout le menu charbon ; c’eft précifément le contraire de ce que l’on cherche : dès-lors l’ufage de cette terre ne remplit point l’objet qu’011 fe propofe dans l’impaftation. 30. Pour peu que ces terres foient vafeufes ou limonneufes, elles peuvent dans le feu exhaler une odeur fétide : dans le début d’une entreprife telle que celle dont il s’agiffait, il était important de vifer à une fabrication la plus parfaite poifible j & l’emploi de cette terre, qui avait l’avantage de ne rien coûter, devenait une économie vicieufe à tous égards.
- 467. Les terres qui appartiennent vraiment à la clafle des argilles communes , & qui peuvent entrer dans la fabrication du charbon de terre apprêté, font celles employées par plufieurs manufacturiers en terres , fous le nom de terres fortes : nous allons les paffer en revue.
- (a) Sable ou limon apporté par degrés par les eaux , à la rive d’un fleuve ou d’une riviere.
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- ET DE SES MINES, Partie IL
- f«3
- Argiües communes ou argilles - terres, nommées par les ouvriers,
- terres fortes.
- Première Espece. Argilles dites terres à briques.
- 468. Au défaut de terre propre à faire de bonnes briques, qui n’eft pas commune en France , les manufacturiers dont les opérations s’exécutent fur les terres communes, comme les tuiliers, les briquetiers fur-tout, & même ceux qui fabriquent des creufets , emploient indifféremment, telles qu’elles fe trouvent , pour peu qu’elles foient ductiles, différentes terres franches qu’ils nomment terres fortes, & ils les appellent improprement terres à briques. Ce manque de choix eft peut-être aufîi, comme nous l’avons fait remarquer, en partie caufe des imperfections & des défauts de nos briques ; il faudrait pour ces ouvrages une terre d’une qualité moyenne entre les argilles communes qui font trop maigres , & l’argille-glaife. Dans ce pays , on emploie communément les différentes terres tenant argille, ou les fables de cette nature, dont nous allons parler , en les mêlant avec la glaife appellée^//e, & que les ouvriers appellent par cette raifon, mais mal-à-propos , terre à brique , terre à tuile , terre à potier. La defcription de l’art du tuilier & du briquetier renferme tout ce qu’on peut délirer fur les efpeces de terres appliquées en différons endroits à ces ufages. Un écrivain ( a ) définit celle qui y conviendrait, une cinquième qualité de- glaife , qui différé de la glaife en ce que l’eau filtre aifément au travers , & qu’elle n’eft point mêlée de pierres. Celle dont 011 fe fert dans plufieurs pays, 8c avec laquelle on fait de très-bonnes briques fort dures & fort compactes, eft une argille bleue , grofîiere , rude au toucher, & qui fe précipite aifément au fond de l’eau. ( b ) Il s’en trouve près de Perpignan en Roufîillon une très - bonne 5 je n’en connais point la qualité.
- Argilles communes , dites terres à four, terres des poëliers.
- 469. L’argille oul’efpece de terre argilleufe, nommée terre â four, parce qu’on s’enfertpour la bâtiffe des fours , celle dont fe fervent les poëliers & qui en porte le nom, font de la claffe de celles qui font connues fous la qualification générale de terres franches , mais qui font mêlées aune affez grande quantité de terre argilleufe, maigrie par une certaine proportion de fable : ce qui fait qu’elles font moins fufceptibles de s’étendre & de fe gonfler dans l’eau , que les argilles. E11 raifon des proportions de fable , elles font plus ou moins légères, &
- (a) Dont je ne puis me rappeller ni le rzôuj.WalIer. Argillarudis martialis multo nom, ni l’ouvrage. fabalo mixta., aut linius. Wolfterd. Argilla
- (_ 5 ) Argilla piaf ica particulis crajfic- rudis arenofa martialis. Cartheuf.
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- font diftinguêes par les noms de terres fortes ou de fables. Les différentes couleurs qui fe remarquent dans les unes & dans les autres , font dues à des terres ferru-gineufes, & n’influent en rien dans les ufages auxquels on les applique. Celle qui eft réputée la pieilleure pour ces ouvrages & pour ceux des potiers, eft nommée terre forte, afin de la diftinguer des autres de ce genre , qui fe rapprochent moins des terres argilleufes. Elle eft douce au toucher; dans l’état de ficcité, elle eft communément friable fous les doigts, légère & d’un jaune clair: dans l’eau elle s’étend & fe gonfle j au feu elle fe delTeche en fe gerçant.
- Argittes communes.
- Seconde Espece. Argilles - terres ou argilles-fables.
- 470. Dans cette claffe il faut ranger des terres qui approchent plus de l’état fableuxque de l’état argilleux, & qui femblent avoir perdu leur vifcofité par quelque caufe antérieure : fraîches ou feches, elles ne font point douces au toucher, comme celles appellées terres fortes. Leur composition ordinaire eft formée de fables ou de particules quartzeufes égales , communément mêlés dans une proportion convenable avec une argille feche diverfement colorée, qui donne du corps à ce fable, & le rend propre en générai à faire des moules pour les fondeurs.
- 471. Ces différens fables aifez communs dans plufieurs environs de Paris, ne font point effervefcence avec les acides : au feu ordinaire, ils pétillent, blanchiment , fe durcilfent fans fe gercer ; pouffés à un degré plus violent, ils fe vitrifient.
- 472. Il s’en trouve de fecs, de friables, comme farineux & moins mélangés de parties argilleufes ou autres : ce qui fait qu’ils font blanchâtres, & 11e peuvent point prendre la eonfiftance nécelfaire pour qu’on puiife y former le creux de ce qu’on veut y mouler (a) ; mais il y en a de gras au toucher, & qui n’entrent pas en fufion fins addition. Le coteau de Marly-le-Roi eft riche en terre franche de ce genre, un peu fableufe & alfez gralfe.
- 473. Les efpeces de ce fable, diftinguêes par les naturaliftes, font au nombre de deux ; favoir, le fablon terreux ou argilleux groflier j ( b ) le fablon argilleux fin. ( c )
- 474. Celui qui eft préférable à tous , eft celui qu’on nomme fable jaune des fondeurs , connu fous le nom de terre forte ( d ) , également jaunâtre ou pâle, & en maifes pelotonnées femblables à de la terre, c’eft-à-dire , friables & arides i
- (a) Sable ftérile des fondeurs. (d) Glarea, terra fortis ditfa. Arena
- (b ) Glarea argillofa crajjior. Waller. lutea fuforia.
- ( c ) Glarea argillofa tenuior. Waller.
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- les parties en font grofîieres, très-faciles à diftinguer, mais d’un grain égal, ce qui les rend un peu plus doux au toucher: la terre'qu’on remarque autour de ces grains fableux , les rend propres à fe lier, &, comme on dit, à fe taper ; la terre a quelque foupleife, eft capable de compreiïion, d’où elle a de la difpofition à s’accrocher & à former ainfi un corps. L’efpece fupérieure & la plus eftimée parmi tous ces fables argilleux des environs de Paris, eft celui de Fontenay-aux-Rofes , dont nous parlerons en particulier.
- 47f. Les argilies de la première efpece pourraient entrer dans l’apprêt de la houille pour le chauffage ; mais elles font affez rares dans les environs de Paris. Dans les endroits où il s’en trouverait qui fuffent un peu trop fortes , & qui fe rapprochaffent de la glaife, on pourrait les maigrir en y ajoutant des terres de la fécondé qualité. Ces dernieres , qui pourraient convenir à l’apprêt de houilles faibles ou moyennes , n’étant pas fuffifantes pour d’autres, elles ont l’avantage de pouvoir être employées utilement avec quelques bonnes terres franches, ou avec la glaife qu’il eft néceffaire de maigrir pour la rendre propre à cette fabrication , ou avec quelques marnes, dont la nature fe rapproche de celle" des argilies. ( a )
- Argille-glaife, connue généralement fous le nom de glaife , & quelquefois nommée
- terre à potiers.
- 476. La glaife eft proprement l’argille ; mais c’eft, comme nous l’avons dit f la portion la plus affinée de grains & de molécules bolaires diffolubles, qui conftituent l’argille-terre dont eft formée la première enveloppe du globe, où elles fe régénèrent fans ceffe par la décomposition des matières végétales & animales. Ces parties argilleufes les plus ténues , quand elles fe font trouvées au-deffus de couches telles que celles qui fe reconnaiffent dans le maffif du terrein des glaifieres, ces parties ont éprouvé au travers de ces couches une forte de filtration, fe font dépofées dans une plus grande profondeur que l’argille-terre, fefont réunies en une maffe homogène d’une épaiffeur conlidérable. Cette idée fur l’hiftoire naturelle & fur la formation de la glaife, différente de l’explication par les anciens atterriffemens de rivières , & qui tient à l’hiftoire & à la théorie de la terre, fi magnifiquement développée par M. de Buffon (b) , prend un nouveau degré de probabilité , lorfqu’on porte attention aux couches qui fe rencontrent dans les fouilles où il fe trouve de la glaife. Les différens bancs placés au - deffus des lits de glaife, font la plupart de coquillages , de caillou-
- - ( a ) Il fera bon, fur ces différentes ar- bon d’Angleterre.
- gilles ou marnes dont il va être parlé, de (b) Hijloire générale & particulière fe rappeller l’état que nous en avons donné du cabinet du roi, tome I, art. 7, fur la dans le tableau général des mines de char- produdion des couches du fol de la terre.
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- tages, de fables , de tuf, de pierres tendres & légères , de flratum feuilletés, & autres matières propres à fervir de filtres aux eaux qui étaient parvenues jufqu’à elles. J’en ai fait pour la première fois la remarque, en fui-vant la fouille exécutée en 17f I , 17^2 & 1753 > dans une des avenues plantées derrière la cour du dôme de l’hôtel royal des Invalides, pour établir le grand puits de l’école royale militaire. Le terrein dans lequel il eft alïis, n’eft prefque qu’un mafîif de lits glaifeux, diiférens par la pureté, la couleur, la con-iîftance, & qui ne font interrompus dans une profondeur de près de 120 pieds, que par quatre bancs de rocs , dont un feul, à peu près vers le milieu de la fouille , eft dur & entier, (a) Le banc de glaife de 102 pieds d’épaiifeur, rencontré à 130 pieds de profondeur , en creufantun puits à Amfterdam , n’eft précédé que de lits de fable , matière parfaitement analogue à l’argille , & du même genre , félon la remarque de M. de Bulfon, & que l’on reconnaît très-favorable à ce fuintement des matières limonneufes détrempées. La defcrip-tion d’une glaifiere , publiée par M. Guettard (6) , celle de la glaiftere du petit-Gentilly , par M. Sage , & que nous donnerons ici, viennent abfolument à l’appui de cette efpece de tranfcolation de l’argille fuperficielle, pour former les argilles-glaifes.
- 477. Dans cette profondeur où eft placée l’argille-glaife, plus généralement connue du vulgaire que l’argille-terre, fa confiftance eft naturellement molle, au point de pouvoir recevoir différentes formes qu’elle conferve étant féchée & durcie , & d’être la feule qu’on puiffe tourner à la roue : fa texture eft fine ^..ferrée, point grenue; elle fe corroie difficilement dans l’eau , & conferve très-long-tems l’humidité qu’elle contracte.
- 478- Sa couleur eft d’un gris varié, depuis le plus foncé jufqu’au clair ; il s’en trouve auiïi de couleurs plus relevées ; dans les ocrieres, il y en a de violettes, de bleuâtres , de gris-de-lin; on diftingue encore celle des fculp-teurs, que les ouvriers emploient par préférence. Il y en a de couleur verte : au petit-Gentilly, près Paris, on tire de la glaife blanche; à Vitry, fitué fur la pente de la montagne de Villejuif, on en tirait de la bleue, dont fe fervaient les potiers. M. Darcet (c) a remarqué que celle-là fondait au feu , & que fa fcorification était ferrugineufe. Enfin il s’en trouve de rouge qui 11e fert que pour les diftillateurs d’eaux-fortes.
- (a) On peut voir le détail que M. Guet- ( c ) Mémoire fur l’aétion d’un feu égal, tard a donné de ces différentes couches dans violent & continué pendant plufieurs jours le volume des mémoires de l’académie des fur un grand nombre de terres , de pierres fcicnces, pour l’année 1753. Mémoire fur & chaux métalliques, effayées pour la plu-iespotidingues. , part telles qu’elles fortent du fein de la
- ( b ) Defcription minéralogique des en- terre , lu à l’académie royale desfciences, virons de Paris, mémoires de l’académie les zC & 28 niai 1776. dès fciences , 1756, page 227.
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- 479. M. Darcet obferve, quant aux couleurs des glaifes, que celles qui lont blanches, ont en général moins de liant que les glaifes bleues. La pureté de l’argille fe reconnaît de deux maniérés : l’effervefcence feniîble qu’elle fait avec les acides , indique la préfence des fubftances alkalines ou calcaires. Dans le feu, l’argille pure fe diftingue en ce qu’elle fe reftreint, diminue beaucoup plus de volume , & y acquiert plus de dureté que celle qui eft moins pure 3 car plus les argilles font pures, plus elles fe calcinent & acquièrent de la dureté, au point de s’y confolider , de prendre corps , jufqu a y acquérir la confiftance de pierre dont on peut tirer des étincelles avec le briquet.
- 480. M. Darcet a reconnu que l’argille blanche a éminemment la propriété de réfifter au feu ; qu’elle eft d’autant plus pure qu’elle eft plus blanche. Lorfqu’elle eft dans cet état, & que le lavage l’a bien féparée des pierres & du fable qui l’accompagnent, cette argille lui a toujours paru abfolument in-fulible:au feu, elle prend aifez de corps pour faire feu avec le briquet; mais cela a fon terme.
- 481. Cette ténacité qui rend l’argille plus ou moins propre à être maniée par l’ouvrier, ou à rélifter à l’acHon du feu avant de fe mettre en fulion , & qui lui eft communiqué par un bol dilfoluble qu’on lui enleve avec l’acide vitriolique, varie à proportion que l’argille eft plus ou moins mélangée de terres métalliques fableufes ou calcaires, pourvu toutefois que ce mélange 11’aille pas jufqu’à lui ôter la confiftance ferrée ; car alors elle eft argille-terre ou marne.
- Glaife calcaire ou marne.
- 482. Cette elpece, très-différente de l’argille - terre & de l’argille-gîaife, & qui s’en rapproche aifez, eft molle & forte quand on la tire de terre, mais fe réduit aifément en pouflîere quand elle eft expofée à l’air 3 au goût elle eft feche , infipide , 8c tient à la langue.
- 483. Les marnes font toutes, ou la plupart, argilleufes ; c’eft-à-dire; qu’elles ont la glaife pour principale terre : mais elles different beaucoup des argilles-terres , en ce qu’au lieu de fable , elles ont la craie fous fes différens états, pour conftituer leur état argilleux. Il eft donc important de ne point confondre les argilles avec les marnes ou glaifes calcaires , comme cela eft très-ordinaire parmi les agriculteurs. ( a ) Par l’état des différens fols reconnus dans une fouille faite à cent pieds de profondeur, pour un puits à Marly-la-Ville, où il s’eft trouvé beaucoup de couches de marne, il paraît que la compofition du terrein qui fert dé matrice à la glaife calcaire, eft très-
- (a) On peut en général diftinguer trois foulons, la marne ardoifiere, c’eft-à-dire fortes de marnes ,1a marne argilleufe ou vraifemblablement, qui fe débite par feuil-marne à foulons, différente de l’argille à lets, & la marne coquilliere.
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- différente de celle des terreins qui renferment l’argille-glaife. ( a) Les caractères diftin&ifs des marnes font, entr’autres, plus de finefle dans leurtiffu, la propriété qu’elles ont principalement de fe diifoudre en entier dans les acides & dans l’efprit de vin, de ne pas fe lier dans l’eau, & au contraire de s’y défunir promptement, enfin de fertilifer les terres en fe réfolvant à l’air.
- Terres à pipes , terres d faïance commune.
- 484. Les terres à pipes font mifes , par l’auteur du Dictionnaire cThijloire naturelle, au nombre des marnes. Celles que M. Rigaud, phyficien de la marine, a foumifes à fes obfervations , appartiennent à la claffe des argilles. (b) La première des couches qui forment le banc donnant la terre à pipes, pourrait être employée à l’apprêt du charbon de terre. Quelques mines de charbon en renferment ; elle eft affez commune autour de Boulogne, & fur les bords de la Seine au-deffus de Rouen.
- 485". La terre à faïance, qui fe fouille près de Nevers fur une hauteur , eft une efpece de marne placée fur un lit de fable épais de trois à quatre pieds , affez folide quand on la tire de terre, & perdant fa conliftance à l’air.
- Qualités générales tequifes dans les argilles, pour être appliquées d la fabrication de la houille apprêtée.
- 486. De toutes les argilles-glaifes, celles qui en fe defféchant au feu, fe gerîentjfe retirent, c’eft-à-dire , qui, après qu’elles ont été calcinées, occupent moins de volume qu’avant la calcination, 11e conviennent point tant à l’apprêt des houilles, que les argilles dures à cuire , qui fe fondent & même qui fe vitrifient au feu.
- 487. Le fable, qui entre pour beaucoup dans la compofition de Pargille, influe fur la qualité de cette terre & fur fon effet pour le mélange avec la houille. Si ce fable eft par gros grains, s’il eft le réfultat de débris de filex, s’il eft accompagné de pierres calcaires , comme il s’y en rencontre en grande quantité, l’argille qui en contiendra, étant expoiée dans le feu, éclate, & n’eft point propre à entrer dans la préparation du charbon de terre. Ce labié eft-il fin & de bonne qualité ? eft-il difpofé à prendre de la tranfparence dans le feu , à fe changer plus ou moins aifément en verre ? n’eft-il pas en trop grande abondance ? l’argille de bonne qualité en proportion de ces variétés, n’eft point défavantageufe dans l’apprèt dont il s’agit. Celles qui ont une difpofition plus ou moins grande à la fufion , telle qu’elles fe fondraient pref.
- ( a ) Voyez cet état publié dans Part. VII de YHiftoire du cabinet dit roi.
- (b) Defcription de Part défaire les pipes à fumer du tabac, par M. Duhamel.
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- que feules, qui feraient vitrifiées par l’ardeur du feu du charbon de terre, y conviennent plus que les argilles tenant toute autre efpece de fable ou de terre étrangère, qui les rendent réfraétaires & infufibles. Dans les elfais nombreux que j’ai faits avec toutes fortes de charbons de terre mêlés dans des proportions étudiées à différentes fortes d’argilles , j’ai eu occasion de remarquer quelquefois une particularité aflez intéreflante touchant l’effet des bonnes argilles dans le feu avec le charbon de terre : des pelotes ou hochets de charbon chaud amalgamé avec de la bonne efpece d’argille vitrifiable, maniés dans le fort de l’embrafement avec la pincette, ou fondés avec le fourgonnier, fe trouvaient amollis dans leur totalité, au point qu’il s’attachait à ces uftenfiles des portions de matière liquéfiée que je ramenais en filandres (a) : un charbon de terre, gras à un degré éminent, abondant en bitume, 11e m’a jamais paru produire feul un effet auffi marqué. Qu’il me foit permis de hafarder ici les idées que m’a préfentées cette obfervation. Une des propriétés de l’argille eft de-fe charger volontiers des matières graf. fes ; elle a auffi une affinité bien certaine avec la houille ; on a vu qu’elle efl toujours une des parties conftituantes de ce foffile ; l’adivité du feu d’un charbon chaud, l’huile .ou le bitume auquel ce foffile doit une partie de fa propriété inflammable, ne feraient-ils pas capables d’opérer une forte de vitrification d’une bonne argille qui y ferait alliée '< Le laitier, réfultant de la houille brûlée toute feule, 11’en offre - t-il pas des vefliges ? Les glaifes 11e font-elles pas déjà elles-mêmes regardées par un fa vaut phyficien naturalifte, comme les feories ou les parties décompofées d’une matière qui originairement a été vitrifiée 'l
- 488. En tâchant, par les notions générales que nous venons de donner fur les différentes terres grades , d’aider à connaître par Pinfpedion, par la comparaifon, les argilles - terres, les argilles-fables, les argilles - glaifes calcaires , nous ne prétendons point que cela foit encore fuffifant pour guider complètement dans le choix à faire des unes ou des autres, pour l’apprêt du charbon de terre dans les proportions variées de leurs mélanges, ou feules ou enfemble , félon la nature du charbon. L’épreuve à l’eau-forte, moyen très-fûr & très-pompe (£), ne ferait pas même décifive : lorfqu’il
- (a) M’étant chauffé pendant deux hi= avec du fable de Fontenay feul. vers confécutifs avec des pelotes ou hochets [b) Qui fait connaître, lorfque les efprits de quantité de différens charbons de terre, acides diflolvent ces matières fur-le-champ & apprêtés différemment, il ne m’a pas été avec chaleur & effervefcence , qu’elles font poffible de reconnaître bien précisément calcinables ;& que celles au contraire qui quels étaient ceux qui font le fujet de cette réfiftent à ces efprits, & fur lefquelles ils obfervation ; mais je crois pouvoir être cer- ne font aucune imprefhon , font vitrifia-tain que c’était de très-bon charbon de Finis, blés.
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- s’agirait d’une fourniture de chauffage pour un hiver, on juge qu’il ferait très - défagréable de ne pas l’avoir bien conditionnée. Il n’y a rien de mieux , pour s’affurer de la. bonne qualité de ces argilles & de leur mélange bien entendu, que de faire des effais en petit fur des demi-minots de charbon de terre.
- 489. Comme cette fabrication pourrait être exécutée en petit ou en grand hors de Paris, où le prix du charbon de terre ne ferait pas encore augmenté exorbitamment par les droits, j’indiquerai ici, pour rendre plus certain le fuccès des premières opérations que l’on voudrait tenter, les différens endroits de nos environs, où fe trouvent les argilles-glaifes propres à entrer dans cet apprêt i les endroits où fe trouvent les argilles-terres & les argilles-fables, propres à être mêlées avec l’argille-glaife , & dont quelques-unes peuvent à la rigueur être employées feules à l’impaftation de la houille : attendu auffi l’avavantage qu’il y aurait pour une entreprife de ce genre, d’établir l’at-telier dans le voifinage de quelqu’une de ces terres, & même de prendre le terrein à bail ou en toute propriété , nous dirons un mot de ce qui a rapport à la fouille de ces différentes argilles.
- Endroits oîi il fe trouve des argilles - terres & des argilles - glaifes , dans détendue de la banlieue de Paris , & une lieue plus loin ; avec des remarques fur les différentes terres de ces endroits.
- 490. Pour commencer par les argilles-terres 8c les argilles-fables, nommées par les ouvriers terres fortes ; elles fe trouvent dans deux parties de la banlieue de Paris (a). Celle où elle paraît répandue en plus d’endroits , forme une efpece de demi-baflm environné de la riviere de Seine, à prendre cette riviere en remontant à Ivry & à Vitry, & fuivant enfuite fon cours jufqu’à Iffy i de maniéré que la plaine de Montrouge pourrait être regardée comme le centre : l’autre partie , directement oppofée à la plaine d’Ivry, eft le quartier de Vincennes.
- 491. Quartier de Vincennes. Le quartier qui avoifine Picpus , entre Saint-Mandé & Vincennes, ne fournit que des argilles-fables, nommées par les manufacturiers terres franches & terres à four. Dans deux endroits fort près l’un de l’autre, on en trouve de très-différentes en qualité. Le premier endroit eft au fortir de la rue de Picpus, dans le chemin qui fait fourche pour aller d’une part à Charenton, & de l’autre à Saint-Mandé : celle-là , de couleur
- (a) Il fera à propos de fe rappeller que elles le font toutes ), mais en raifon de ce ces différentes terres different, non en rai- qu’elles tiennent plus ou moins de partie* fon de ce qu’elles font plus ou moins fa- argilleufes ou glaifeufes. bleufes, comme on pourrait le défigner ( car
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- grife, paraît affez grafle ; mais elle eft feche & fort fableufe. L’autre eft à peu de diftance, derrière ce monticule, dans les vignes qui bordent le chemin allant joindre celui par lequel finit la rue de Picpus, tout à l’extrémité de la rue de Reuilly, débouchant dans la vallée appel fée grande vallée de Fécamp. Cette terre eft très-graffe & la meilleure de toutes celles de ce canton que je connaiife ; elle laifle voir un mélange naturel confidérable de glaife toute faite ; elle eft femée de beaucoup de marrons glaifeux, dont il y en a de gros pref-que comme le poing, & remarquables par une fingularité : la malfe , en fe féchant en-dedans , lé trouve compoféede pièces qui fe font défunies , & qui en lailfant un vuide au milieu, fonnent lorfqu’on agite ces marrons, efpeces de géodes glaifeux.
- 492. Grand-Baflin. Le terrein que je défigne par ce nom, eft différent de l’autre, étant borné dans la moitié de fon étendue parlariviere de Seine. On y trouve non-feulement de Pargille-fable, mais encore de l’argille-glaife. Tout le quartier de la campagne , avoifinant les fauxbourgs de Paris, où l’on a formé les nouvelles promenades derrière les chartreux, & tout le faux-bourg Saint-Jacques jufqu’au Clos-Païen, 11’eft prefqu’à droite & à gauche, fur-tout à droite, que delà première efpece de fable dont nous allons parler d’abord.
- 49^. Au petit-Montrouge., à l’endroit où la route du Maine vient fe rendre dans la grande route d’Orléans : c’eft de là que fe fournit la fabrique de carreaux établie à Vaugirard.
- 494. A Fontenay-aux-Rofes. C’eft un fable de couleur tirant fur le jaune, fort doux & un peu gras, un peu coulant (æ) , très-fin, très-liant, com-pofé de grains d’une égale grolfeur, mêlé d’argille jaunâtre & ferrugineufe, qui a la propriété de fécher facilement. Les maîtres fondeurs de Paris le prétendent fi fupérieur à tous les autres pour leurs ouvrages , qu’il s’en envoie en pays étranger; ils le corroient pour s’en fervir : la voie de ce fable coûte cinq livres. Outre la propriété d'ètre liant, qu’a le fable de Fontenay, il a encore celle d’ètre très-fin , & en général celle d’ètre d’une égale grolfeur de fes grains ; ce qui n’occafionne point de fêlures ni d’inégalités fur les pièces que l’on jette dans les moules faits avec ce fable, d’où il procure des fontes parfaites, (b)
- 49^. Monfivry, entre Villejuif & Bicêtre, petit canton fur le haut de la montagne où palfe le grand chemin de Paris à Elfonne , immédiatement
- ( a) Ou mouvant, dont les parties font dont le moule eft compofé : ce fable prend plus déliées, glai ea rnobilis. une couleur noire, qu’ils nomment fable
- (b) Par la pouftiere de charbon dont noir, mais qui, comme on voit,n’ eft pas les fondeurs faupoudrent leurs modèles, une différence naturelle, afin qu’ils fe détachent facilement du fable
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- avant d’arriver à Villejuif, à main gauche, tout à la tète du village : c’eft un fable peu gras, très - délié ; les potiers de terre en envoient prendre ; ils l’eftiment plus que tous les autres, (a)
- Difpojitions de ces fables gras, en terre. Maniéré de les fouiller.
- 496. Ces argilies - fables, ou fables gras, 8c ces terres argilleufes, forment dans le terrein où elles fe rencontrent, des lits d’une épailfeur confidérable, comme les fablonnieres ; on obferve feulement que cette épailfeur pour les argilies moins fableufes, va au-delà de quinze pieds , & que pour celles qui le font davantage, elle n’efl; guere que de cinq pieds environ.
- 497. Cette épailfeur n’eft point ce qui réglé dans l’extradion des terres 5 la fouille fe fait comme pour les fablonnieres, excepté qu’elle n’a point autant d’étendue en circonférence. Ce qui s’en enleve d’abord, fraie un chemin à la voiture j la fouille qui fe fait enfuite, ne fe continue que dans une profondeur fuflîfante pour que l’ouvrier puilfe jeter hors du trou, qui alors fe trouve toujours plus bas que l’ouverture de la tranchée où peut arriver le tombereau j cela forme en tout, félon l’exprellion des ouvriers, quinze pieds de decouverte pour les terres qui font moins fableufes, & cinq pieds pour celles qui le font davantage. Lorfque l’ouvrier eft parvenu au point qu’il lui eft impofftble de jeter fes pellerées de terre hors du trou, il ne creufe pas plus avant, il démolit la couche extérieure du terrein, qui formait les bords du folfé dans lequel il travaillait 5 avec cette terre qu’il démolit, il remplit le même trou qu’il va abandonner.
- Des glaijieres en général, & des fubfances foffles qui font particulières à
- l'argille - glaife.
- 49$. L’idee que nous avons donnée de la compofition des terreins qui renferment de la glaife , n’était qu’un éclaircilfement de la différence que nous avons établie entre cette argille & l’argille-terre éparfe dans les couches fu-périeures. Outre ces différens lits, qui n’ont, fixé notre attention que relativement à la formation de l’argille-glaife , il fe trouve des fublfances inflammables qui femblent particulières à quelques couches glaifeufes, & qui fe rencontrent plus ou moins ordinairement dans les fouilles de glailieres; ce font des matières pyriteufes & des terres tourbes, remarquables en particulier par l’analogie qu’elles annoncent entre fes argilles-glaifes, le holt^-kohlen ou charbons de bois tourbe, la tourbe 8c le charbon de terre. Les notes que
- (a) Les poeliers fe fourniflent de leurs terres à la vallée Tiffar, dont j’ignore la fituation.
- pourraient
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- pourrait mériter ces différentes fubftances , lorfque nous viendrons à les nommer dans l’état des lits de glaife, pouvant interrompre cette defcription , nous avons jugé devoir en faire ici un article à part.
- 499. La principale fubftance qui fe rencontre le plus ordinairement dans ces fouilles, eft la pyrite ; elle s’y trouverait encore en plus grande quantité, fans les eaux qui la détruifent dans les couches qu’elles traverfent. Les pyrites des glailieres font communément martiales & rarement cui-vreufes ; on les y rencontre fous différentes formes. Les pyrites configurées irrégulièrement, font appellées par les ouvriers employés aux travaux, fer à mine; celles-là ne font point martiales ; les potiers les appellent clous. Quand elles font configurées en gâteaux ou plaques de peu d’épaiffeur, ils les nomment plaquettes.
- foo. Une fubftance remarquable dans les différens lits terreux qui precedent la couche glaileufe, & qui en eft le teclum, c’eft la terre-tourbe ou la tourbe elle-même. Dans les puits d’Amfterdam, dont nous avons parlé plus haut, le premier banc de glaife molle, épais de neuf pieds, 11’eft féparé de la terre franche , qui forme une couche de fept pieds d’épaiffeur, que par un lit de tourbe de neuf pieds d’épais, fervant de toit au lit glaifeux.
- J’oi. Le véritable banc de la glaifiere du petit - Gentilly eft recouvert d’une couche du même genre, appellée la cendrée ou le cendrier; quand on la tire de terre, elle eft noirâtre & femblable à quelques terres tourbières dans la claffe defquelles je crois qu’elle peut être placée : ce n’eft qu’au bout d’un teins qu’elle prend la couleur qui lui a fait donner fou nom. Elle eft feuilletée , & les couches font affez liées les unes aux autres ; au feu elles ne ie défuniffent point, elles y rougiffent en exhalant' une odeur fenlible d’hépar fulfureux. M. Sage, dans l’énumération que nous donnerons d’après lui des différens lits dont eft compofée la glaifiere du petit-Gentilly (a), penfe que cette couche eft dépourvue de tout le gluten qui en liait les parties, & croit qu’elle a éprouvé une violente chaleur; je foupqonne qu’il en a jugé par quelque morceau de cendrée, qu’il n’aura examiné que long-tems après qu’elle aura refté expofée à l’air.
- f02. Dans la fouille du puits de l’école royale militaire , la neuvième couche était une glaife cendrée de forte confiftance. M. Guettard l’a regardée propre à être employée aux mafîifs de glaifes qui entrent dans la conftruc-tion des batardeaux. Parmi les bancs de terres glaifeufes & de glaifes, qui forment, félon M. Guettard, Pafîife des montagnes des environs de Paris, il s’en trouve une de couleur noire, dont les caffures font brillantes prefque comme du jayet. ( b )
- (a) Examen chymîque de differentes fubftances minérales, &c. in - 12, 1769.
- (b) Mémoires de b academie des fciences, ann. 1756, page 227.
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- 5-05. Dans le chef-d’œuvre de bouleverfement exécuté par M. Perronnet , pour applanir la montagne de Saint - Germain - en - Laye , à l’endroit où eft la grande route de Normandie du côté de Marly-le-Roi, des tranchées qu’il a fallu ouvrir pour détourner une fource d’eau très - abondante qui détruifait les travaux, ont fait découvrir à vingt-neuf pieds de profondeur, dans le cinquième lit glaifeux noir, qui formait la mafle de la montagne, un morceau de bois fofîile jayeté & converti en vrai jayet, qui portait fur un lit de pyrites, (a)
- Glaisieres des environs de Paris.
- Glaijîere de Vitry.
- 5*04. Cette glaifiere , fituée à environ deux lieues de Paris, fur la pente de la montagne de Villejuif, à peu de diftance de la Seine , n’eft plus travaillée : la glaife qui en provenait était de couleur bleue , très - belle , très - fine & très-on&ueufe.
- Glaijieres du grand-Gentilly & d? Arcueil, à une petite lieue du centre de Paris.
- 50f. Dans cette longueur de collines qui forment le vallon de la riviere des Gobelins, depuis Arcueil jufqu’au petit-Gentilly, il y a plufieurs puits dont 011 tire delà glaife. Le premier endroit eft à la tète du grand - Gentilly, du côté d’Arcueil ; la profondeur du puits eft de quarante toifes ; le banc de glaife eft de cinq pieds d’épailfeur environ, & partagé en deux membres qui fe féparent naturellement l’un de l’autre , quoiqu’il 11’y ait aucune matière intermédiaire; il eft couvert d’un lit de glaife , qu’ils appellent faujfe glaife, qui eft de couleur verdâtre. La couche la plus fuperficielle eft nommée reteinte; elle a une teinte moins foncée que celle qui eft au-delfous, & qu’011 appelle la rouge, parce qu’elle eft dans fa plus grande partie femée de couleur marbrée en rouge ; on y trouve même de tems en tems des places marbrées , entièrement remplies d’ocre fan-guine , qui, détrempées par l’eau, occafionnent ces taches. La rouge eft employée par les diftillateurs d’eau-forte; la reteinte, pour les terres de faïance. ( b ) Elle fe vend fur le lieu fix livres la voie, cornpofée de cinquante quartiers , tous de la même étendue, réglée par la beche employée à les couper en place , & pefant chacun de cinquante àfoixante livres : il y a cependant des mottes qui ne pefent que trente livres. La voie eft quelquefois d’une voie & demie , &
- ( a) Voyez les mémoires de l’académie, glaife de ces environs & de celle d’Iffy, ann. 1770, page 2^2. mêlées avec deux parties de pots à beurre
- {b) Les fournaliftes de Paris font de de Normandie, réduits en poudre médio-très-bonnes mouffles de trois parties de la crement fine.
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- alors il y a pour le profit du voiturier quatre fols par morceaux de furplus de la voie , à laquelle on ajoute ordinairement deux au cent. La diftance de l’endroit où il faut la faire voiturer, fait fur le prix total une augmentation qui, dans Paris , peut aller au double de ce que la voie revient à la glaifiere. Le chemin de celle-ci eft prefqu’impraticable en hiver.
- Glaijîeres du petit - Gentilly près l'hôpital de Santé, au haut du faux bourg
- S. Marcel.
- S06. Au fortir du village , dans plufieurs parties de la côte oppofée, on voit plulieurs fouilles dont on tire de laglaife. La profondeur à laquelle elle fe trouve, eft différente de celle du puits fitué du côté de Bicètre : elle eft près de moitié moindre. Dans le premier endroit, plus voifin du fauxbourg Saint-Marcel, on y diftingue dans le lit, un troifieme membre, qu’on nommq glaife blanche. Quoique moins éloignée de Paris, & moins enfoncée que la glaife de l’autre puits, elle me parait moins affinée & moins belle, & fe vend néanmoins le même prix que celle dont les puits font plus éloignés du fauxbourg.
- Dcfcription détaillée de la glaifiere du petit - Gentilly , par M. Sage, (h)
- I. Sous l'humus, terre végétale de 7 ou 8 pouces d’épailfeur, vient la roche, ainlî nommée parce que ce lit eft alfez dur & pierreux ; il fe trouve toujours par morceaux ; là couleur eft d’un blanc jaunâtre mêlé de points blancs :
- i pied & demi.
- II. Banc blanc , pierre dont le grain eft peu ferré, & friable par conféquent : là
- couleur eft gris-blanc ; fon épailfeur : I pied & demi.
- III. Coquilliere blanche , pierre d’une lolidité moyenne, empreinte de fragmens
- de coquilles , femée de points blancs : 2 pieds.
- IV". Banc gris, pierre tres-dure, qui pourrait être propre aux bâtimens ; de couleur jaune , plus faible que la couche précédente , & lardée de coquilles entières: - 2 pieds.
- V. Cailloutage, très-dur , d’une couleur un peu plus foncée que le banc gris,
- mêlé de taches vertes , & femé quelquefois de coquilles : demi-pied.
- VI. Banc verdi lit tendre , d’un jaune fale, tiqueté de points verds & blancs,
- femé quelquefois de fragmens de caillou : 3 pieds.
- VII. Coquilliere rouge, d’un jaune qui tire fur l’ocre. On y trouve quantité de
- coquilles, dont les unes font entières , les autres font brifées : ? pieds.
- VIII. Sable, banc qui eft traverfé d’un courant d’eau difficile à détourner:
- 9 pieds.
- (a') Dans la brochure citée précédemment & fous le titre: Maniéré dont on retire Targille ou terrc-glaife dans les environs de Gentilly, page 66.
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- IX. La greffe roche, fable dont les grains font peu liés , ce qui le rend friable ;
- on y trouve des coquilles : il eft de couleur blanchâtre, femé de points verds : I pied 6 pouces.
- X. Pierre de chien, ainfi nommée à caufe de fa dureté, qui fait qu’on ne peut la calfer que par morceaux. Ordinairement elle eft d’un pied d’é-paiffeur, & de deux pieds de large. On y trouve aufli quelques débris de coquilles: fa couleur eft d’un blanc fale, tiqueté de points jaunes : i pied.
- XI. Fauffe terre de 8 pieds d’épailfeur dans là totalité , arrofée de diftance en diftance de plusieurs petits filets d’eau, qui, lorfqu’on veut la détourner à l’aide de la glaifefe fait jour d’un autre côté , d’où les ouvriers appellent cette eau, maligne.
- Cette fauffe terre donne à l’œil l’idée de trois couches diftinétes -, la première , de 2 pieds d’épailfeur, eft une terre noire, friable, tant foit peu gratfe, mêlée de charbon & de beaucoup de pyrites très-noires à l’extérieur & en partie décompofées. (a)
- La fécondé , de 2 pieds d’épailfeur, eft une véritable terre-glaife noire. La troifieme , qui lui fert de bafe, eft d’un gris foncé , & de z pieds d’épailfeur. Total 6 ou 8 pieds.
- XII. Terre verte, paraît d’une nature peu différente de l’argille ordinaire ; elle
- eft entre-mêlée de taches vertes & grifes : i pied & demi.
- XIII. Le cendrier, terre feche, prefque point liée, à laquelle la couleur
- cendrée a fait donner le nom : 3 pieds.
- XIV. Terre argilleufe rouge : on y remarque effectivement des taches rouges ; mais le fond de fa couleur eft gris ; elle eft femblable à la terre-glaife ordinaire, & en a l’onctuofité j on n’y trouve point de pyrites :
- 8 pieds environ.
- XV. Fauffe belle ; ainfi nommée, parce que là couleur n’eft pas fi rouge
- que celle du lit précédent : i pied.
- XVI. Reteinte ; de couleur grife : on y trouve des pyrites , que les ouvriers
- appellent fer a mines : y pieds.
- XVII. La belle : la couleur de cette jjlaife eft grife, fans aucune veine:
- 40 pieds environ. Total pieds 8 pouces. A cette defcriptionil manque, pour être complété, le lit placé fous cette belle, mais auquel on évite toujours foigneufement de toucher, à caufe des eaux qui donnent avec une violence & une abondance capable de remplir
- (a) L’auteur de la nouvelle expofition anciens, autrement nommée pierre d’ar-du régné minéral (1762) prétend que la quehujade ,• pyrites fulphureus,purus, nu-pyrite qui fe trouve dans les glaifieres de dus, WALLER. La pyrite folide. ces endroits, eft la vraie pierre à feu des
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- en peu de tems toute la carrière ; les ouvriers ont même grand foin, par rapport à ce danger pour eux , de ne pas fouiller trop profondément cette derniere couche.
- Glaijîeres de Vtnves, autrement nommées glaifieres d’Iffv.
- fo8. Au bas de la côte qui borde l’avenue du château de S. A. S. Mgr, le prince deCondé, fe trouvent ces glaifieres, formant le pied de carrières de pierres que l’on a fouillées anciennement, & qui s'appelaient carrières de. Montargis, du nom de M. de Montargis, confeiller d’état, à qui était alors le château.
- fc>9 On y trouve le banc de pierre, nommé banc verd, qui fe trouve dans les carrières du canton de Mouxouris, proche la maifon de Santé, & qui n’eft, félon M. Guettard (a), qu’une continuité de celui des carrières qui font dans ce même canton. Il croit que ce banc doit prendre l’in-clinaifon de la pente de ces montagnes, & bailler ainfi pour former ce banc dans les glaifieres. On remarque qu’après avoir gardé le plan horizontal pendant un long efpace , il plonge & defcend félon la pente de la montagne, traverfe les vallées, & remonte de l’autre côté dans les montagnes voifines, où il fe retrouve fouvent à une hauteur différente de celle où il était dans les premières montagnes.
- fi o. Les glaifieres dont nous parlons , font peu éloignées d’un ruilfeau venant de Clamart, & qui palfe entre Ilfy& Veuves, dont il fait le tour, & où il entre par-delfus une longue muraille qui eft au-delfous de l’églife, tombe dans un large canal fervant à faire la ieliive , & fe répand dans plu-fleurs jardins, (b)
- fil. La fituation de ces glaifieres-fur une pente dont on a déjà tiré des pierres, ne laiife pas que d’abréger la fouille ; cependant une partie du puits eft encore enfoncée dans une maife de groflès pierres qui rendent cette extraction dangereufe.
- fi 2. Ces puits ont, en conféquence de l’inégalité du terrein , différentes profondeurs, quoique très-voifins les uns des autres. Sur le bas qui regarde le chemin du village d’Ilfy , il y en a de neuf, de douze toifes de profondeur, avant d'arriver au banc de glaife, celui qui eft à la tète de l’avenue fur la hauteur , a Luxante pieds. La glaife du puits haut eft marbrée, ce qui n’eft qu’une empreinte de chaux de fer, due aux pyrites décompofées : la belle
- ( a ) Defcrîption minéralogique des en- de ce ruiffeau dans la Seine, vers le moulin virons de Paris. Mémoires de l’académie de Javelle ; ma:s on n’en découvre aujour-des fciences, ann. 17^6, page 256. d’hui aucune trace dans la plaine; je loup-
- (ù) Quelques cartes marquent la chûte çonne qu’il fe perd dans les glaifieres.
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- eft grife fans aucune veine ; les autres puits n’en fourniffaient pas encore de bien belle lorfque j’ai été vifiter ces glaifieres, & les eaux incommodaient fort les ouvriers.
- Outils & ujhnJîUs employés dans la fouille d'une glaijiere. Maniéré dont fe
- fait la fouille.
- fi3. Les outils employés à la fouille d’une glaifiere ne font point nombreux ; ils fe réduifènt à ceux qui fuivent : une efpece de pioche, nommée par les ouvriers incifoir ; le manche a deux pieds & demi de longueur 5 la lame affilée par le bouta deux pieds de long, deux pouces & demi de largeur, & quatre lignes d’épaiffeur. Un hoyau ; il ne différé de l’incifoir que par le manche qui n’a pas plus de huit pouces : c’eft une efpece de couteau dont la lame a les mêmes proportions que l’incifoir. Enfin une barre de fer pour cafîèr les pierres.
- 514. Les uftenfiles confiftent en cables , un crochet recourbé en S, un ou plusieurs tonneaux pour enlever les eaux, ou pour avoir dans l’occafion, des cuvelages tout faits.
- fi f. Les préparatifs & les manœuvres relatives à la fouille, font très-fim-ples ; nous nous fervirons , pour en donner une idée , de la defcription qu’eu a donnée M. le Sage. ( a )
- 516. A l’endroit où l’on veut ouvrir le puits, on établit un moulinet fim-ple, femblable à celui ufité dans les mines de charbon d’Auvergne ; il ferü de même pour defcendre & monter les ouvriers, ainfi que pour enlever ce que l’on extrait; tout près de l’ouverture du puits, 011 conftruit une petite hutte, dcftinée à être le dépôt des pièces de glaife à mefure qu’elles arrivent au jour : le puits a cinq pieds de diamètre en largeur jufqu’à ce qu’on foit parvenu à une profondeur de vingt pieds ou environ; au-delfous, on ne lui donne que deux pieds & demi de diamètre , qui eft celle de tonneaux, dont on garnit cette partie baffe, comme on le verra par la fuite.
- 517. Lorsque le carrier apperqoit la couche nommée bancverd, il fonde afin de s’alfurer du lit qui lui fert d’affife & qu’on emploie à bâtir. Pour détourner l’eau du dixième lit, 011 place dans le puits un tonneau défoncé ; l’efpace qui l’entoure fe revêt de glaife; on puife enfuite l’eau qui s’amafle dans fon intérieur avec un fécond tonneau d’un diamètre moins grand , qui s’adapte dans le premier; on en ajoute ainfi d’autres fucceffivement, en rem-plifîant les interfaces avec de la glaife & de la moufle. Cette bufe, faite de cette maniéré, fe conduit quelquefois jufqu’au fond de la carrière.
- ( a) A la fuite de l’état des couches de la glaifiere de Gentilly.
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- ^18. Comme le banc appelle la groffe roche fe trouve dans l’eau, on eft obligé de fe fervir de la barre de fer pour la caffer , & pour faire le puits. La largeur des routes eft d’environ trois pieds ; leur hauteur eft de cinq pieds & demi ou environ; on s’y éclaire avec des lampes ou des chandelles qu’il faut toujours tenir penchées ; fi on les tenait droites, elles s’étendraient, à caufe de l’air de la carrière quia un courant horizontal, & qu’on eft obligé de renouveler en faifant au moins deux puits.
- <ji9. Quand on eft arrivé au banc de glaife, il s’agit d’y tailler des quartiers qui foient tous de même grandeur, & d’un aifez gros volume, comme on l’a vu, de les féparer de la malle dont ils font partie. Voici la façon de procéder. Afin que la glaife ne s’attache point à l’incifoir, l’ouvrier commence par mouiller la lame de cet outil ; il frappe deux ou trois grands coups , mouille de nouveau l’outil, 8c continue à frapper; en huit à dix coups il coupe en longueur & en largeur le morceau qu’il veut détacher, de maniéré qu’il a une forme quarré-long, d’environ dix-huit pouces de longueur &huit de largeur.
- f 20. Pour détacher ce morceau , il enfonce le hoyau à différentes re-prifes, après l’avoir mouillé, & parvient à détacher une piece de cinquante à foixante livres, qu’011 appelle motte; un manœuvre l’enleve,& la porte au pied du puits, en l’appuyant fur le genou , qui à cet effet eft garni d’un morceau de chapeau ; quand il en a porté trois morceaux, il les attache au cable, au moyen du crochet en S qui embraffe cette corde;& l’ouvrier qui eft à l’ouverture extérieure du puits, tourne la manivelle, enleve les trois mottes : quand elles font arrivées au jour, il fixe d’une main le moulinet, de l’autre il attire à lui la charge , la détache & la tran(porte dans la cabane.
- f2r. Chaque carreau eft de cinq à fix fols; & la voiture , qui en contient environ quarante, eft du prix de quatre livres cinq (ois à l’endroit; s’il y a cinquante mottes , elle coûte cinq livres. L’éloignement des endroits où il faut la tranfporter, l’augmente en proportion : au fauxbourg Saint-Antoine, le charrier a pour prix de fa voiture chargée de cinquante mottes , cinq livres , ce qui fait au total dix à douze livres.
- Vues generales fur un premier effai de fabrication de charbon de terre, à continuer plujieurs années.
- Ç22. L’essai qu’il ferait poflible de tenter d’une fabrication de cette ef-pece, ne doit avoir d’autre but que celui de venir au fecours des pauvres, de les défendre particuliérement en hiver des atteintes multipliées que cette faifon porte à leur individu. Ce motif n’eft guère de nature à entrer dans ce qu’on appelle projet de finance; rarement il a des attraits pour ceux qui méditent ces fortes de projets : néanmoins le point de vue fous lequel nous
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- préfentons ici la poJfîibilité de cette entreprife, eft inconteftablement le feul qui puiffe conduire à s’affiirer de ce qu’elle pourrait promettre d’avantageux à des particuliers qui, pour le bien public, auraient le courage de s’en charger. Le chauffage avec le charbon de terre apprêté , malgré tout ce qu’il réunit en fa faveur, ne s’introduira , pour ainfi dire, qu’avec l’agrément que peuvent lui donner les citoyens dont nous avons dépeint la fituation. C’eft à eux feuls qu’appartient de droit cette reffource , & malheureufement cette claffe eft affez étendue pour produire feule une confommation capable de foutenir un établiffement tel que celui dont nous délirerions infpirer l’exécution.
- f 2^. On ne doit dpnc d’abord s’occuper abfolument que du menu peuple, & fe borner en commençant au débit en détail : pour ne point fe départir de ce plan , il n’eft queftion que de refufer ceux qui en demanderaient une grande quantité. Le peuple n’eft jamais en état de faire des provifions ; il fe fournit au jour le jour, quand il le peut, de ce qu’il fait lui être nécelfaire ; car fouvent il eft forcé de fe paffer de ce qu’il pourra fe procurer le lendemain , ou de ce qu’il a pu fe procurer la veille : le confommateur pour qui ce chauffage ferait uniquement deftiné , n’eft par-là que trop facile à reconnaître, & par-là même il eft aifé de lui affûter cette préférence, fur laquelle nous croyons devoir infifter. On conçoit aifément que le confeil que nous donnons de refufer des fournitures confidérables, ne doit pas regarder MM. les curés, les pauvres communautés, ou des particuliers qui fe préfenteraient pour revendre en détail de ce chauffage, dans des quartiers éloignés de celui où ferait le magafin de vente.
- 5-24. Dans la marche que nous propofons, ce premier effai ferait reftreint à une fabrication modique, par exemple , de foixante voies ou rnuids de charbon , faifànt la charge de deux bateaux ( achetés fur les lieux ), dont un de charbon pour les cheminées , l’autre de charbon pour les poêles. En ne faifant fupporter au confommateur que peu de chofe au-delà des frais, foit de l’achat, foit des uftenfiles & des mains-d’œuvre, la fourniture qui ré-fulterait de cet effai, ne refterait certainement point au magafin. (a)
- (a) En fe rappellant la maniéré dont fe fait le commerce du charbon de terre,le prix d’un bateau , fa charge fur laquelle il y a pour l’acheteur un avantage dans la me-fure du lieu de chargement, le fabricant de chauffage commence à entrer en bénéfice ou en dédommagement; par exemple, en prenant fur les différences de ces mefures un terme moyen pour deux bateaux, dont
- l’un de Moulins , l’autre d’Auvergne, bloqués de trente voies de charbon , & payant environ la fomme de 750 livres de droit aux entrées, chacun de ces bateaux,à caufe de fix voies de bénéfice réfultant de la me-fure au pied de la mine, & qui ne paient pas de droit, puifqu’elles ne font point déclarées , donne d’abord à l’entrepreneur 1 <;o liv. de bénéfice pour cesfix voies, 30000 liv.
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- S Z)- Dans une ville un peu confidérable, l’entreprife trouvera immanquablement des facilités particulières; le motif intéreflant qu’elle fe propofe, procurera la liberté de faire travailler dans une cour d’hôpital ou de communauté, d’employer à la fabrication les pauvres ou les domeffiques de la maifon , dont la main-d’œuvre ferait à bon compte ; en ne procédant à la fabrication que dans le mois de feptembre, on aurait peut-être auffi la facilité de pouvoir y ferrer la fourniture toute faite.
- S 26. D’année en année on doublerait la fabrication ; il eft probable que les gros manufacturiers qui ont befoin de feu pour leurs ouvrages, ne tarderaient pas à augmenter le nombre des confommateurs, & que l’autre partie de la fociété , que l’on n’avait point fait entrer en ligne de compte dans l’entreprife , s’y joindrait bientôt ; lorfqu’on fe verrait dans le cas de répondre aux demandes qu’en feraient les particuliers ou bourgeois, qui en emportent une grande confommation pour le chauffage, on doublerait la quantité de fourniture qui s’était faite l’année précédente.
- ^27. Il 11’y aurait rien d’étonnant qu’on s’apperçût beaucoup plus tôt qu’on ne l’aurait imaginé , de Paccroiffement de la faveur de ce chauffage, & que l’on fe vît obligé de fonger à former un établiflement dans toutes les réglés, d’établir un attelier en grand, & de l’alléger par quelques entrepôts, par des fous - entrepôts de vente , dont on augmenterait le nombre d’année en année.
- ^28. Tel fera, félon toute apparence , la récompenfè de premiers eflais qui n’auront eu en vue que le pauvre : alors les entrepreneurs ne peuvent trop s’attacher à ne point s’écarter de l’objet qui a été leur moteur; l’établifle-ment, tant'qu’il aura lieu, doit annoncer dans toutes fes dépendances la fimplicité de fon origine, de fon principe , de la claife de citoyens à qui il fera redevable d’une exiffence folide ; la préférence qu’il faudra continuer au pauvre, doit annoncer dans tous les tems que l’entreprife n’a point été fondée fur la curioffté paflagere du public, & qu’on fe propofe toujours de foulager le peuple. Si l’établiffement échoue , ce qui n’eft aucunement dans le fort des chofes conduites furie plan que nous venons de tracer , l’entreprife ou le projet honnête de faire le bien emportera les regrets & les éloges du public.
- 529. En faifant attention à l’étendue du commerce qui fe fait dans Paris de mottes à brûler, au plus vil prix , qui 11e dédommage que d’environ une treizième partie du prix de la tannée (a), & qui aflurément 11e donne point
- pour 1200 voies, fi le travail fe fait hors produit auffi une diminution fur l’achat du de Paris : la revente du bateau aux déchi- charbon.
- reurs, au prix de 80 livres pour l’ordinaire , ( a ) Vieille poudre d’écorce qu’on retire
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- I) V CHARBON DE TERRE
- un vrai feu , ni une véritable chaleur, je ne fais pourquoi il ne viendrait point à l’idée des marchands bourgeois , ou des officiers mefureurs & porteurs de charbon de terre , d’entreprende l’effai de fabrication du charbon de terre apprêté : ce commerce n’eft bien connu que par eux ; ils auraient l’avantage de fê défaire du charbon en gros morceaux, qui ne ferait point entré dans l’apprêt. Si cette affaire eft fufceptible d’être entreprife avec économie, & d’etre conduite à bien , aucune fociété ni de particuliers ni de financiers ne ferait plus en état d’y réufîîr. ( a )
- Vlan raifonné & détaillé dhin attelier de fabrication pour un établiffement
- en grand.
- Situation de £ attelier.
- Ï30. La fabrication ou l’apprêt de la houille pour former des magafins de vente dans différens quartiers d’une grande ville, telle que Paris, par exemple, exige quelques confidérations générales : la première doit regarder l’endroit propre à la fituation de l’attelier 5 la fécondé concerne l’approviflonnement des uftenfiles.
- des foffes quand les cuirs font tannés, & qu’on a coutume de réduire en ce qu’on appelle mottes à brûler, pour l’employer d’une maniéré plus commode. Voyez la defcription de Y Art du tanneur, par M. de la Lande.
- (a) Ces offices, ainfi que tous ceux créés en différens tems fur les ports, quais , halles, marchés & chantiers de Paris, devant uniquement leur origine aux befbins de l’état, la fuppreffion , le réta'bliffement de ces charges, ont conféquemment été prononcés à diverfes reprifes , félon les cir-conftances, comme onéreux aux peuples, & inutiles à la police qui avait lervi de prétexte à leur établiffement. Nous avons donné , à l’article de l’hiftoire de ce commerce dans Paris, les différentes époques de ces créations & de ces fuppreffions fucceflives, & la nature des droits attribués à ces différens offices. L’affranchiffement de plufieurs branches de régie onéreufes, & l’amélioration d’une partie des revenus annoncés aux peuples par l’édit de feptembre 1759,
- par celui du mois de mars 1760, & la déclaration de 1768, qui ne laiflaient plus aux titulaires des offices qu’une jouiffance pro-vifoire, en leur affurant les indemnités fixées à leur égard dès l’année 1730, par l’article II de l’édit de juin, ont été definitivement prononcés par un édit du roi, du 6 février 1776, regiftré en parlement le 12 mars de la même année, portant fuppreffion de ces différens offices, dont les produits ne fuffifent plus à ces communautés pour l’acquittement des charges dont elles font grevées ; en conféquence de ce nouvel édit, les droits qui étaient aliénés à ces communautés, font réunis dans la main du roi, & régis fous fes ordres par l’adjudicataire des fermes générales , employés au paiement des arrérages, & au rembourfe-ment des capitaux dus aux officiers fuppri -més, St à leurs créanciers: de cette perception au profit de Sa Majefté font exempts les droits réunis au domaine & patrimoine de la ville de Paris , qui continuent d’être perçus au profit de ladite ville.
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- H1* Quant au premier objet, il eft eflentiel que le chantier de fabrication foit le plus près poflible de l’endroit de la riviere où l’on pourra faire approcher les bateaux de charbon ; obfervant, bien entendu, que l’attelier foit à l’abri de la crue des eaux & des inondations en hiver (a), attendu que dans cette faifon ce chantier de fabrication fervira de principal magafin, d’où fe fourniraient les entrepôts & fous - entrepôts.
- Une autre proximité qu’il faut encore chercher pour un attelier de fabrication , c’eft celle des endroits où fe fouillent les terres propres à l’impafta-tion , & fur-tout les argilles-glaifes, moins communes que les argjlles - terres.
- f 33. En fuppofant une entreprife à Paris ,1e Port-à-l’Anglais , à portée des glaifieres de Vitry ( b ), le quartier de Saint-Bonnet, où ces mêmes terres peuvent arriver , & qui d’ailleurs peut fe fournir aifément d’argiIles-terres du quartier de Vincennes, feraient très-favorables. Le moulin de Javelle , fitué à peu près de même que le Port-à-l’Anglais, relativement aux glaifieres de Veuves , la pointe de Vitry, par rapport aux glaifieres du petit-Gentilly, feraient encore des emplacernens commodes.
- y 34- A la faveur de pofitions précifément de l’efpece ci-deffus, le chantier de Imbrication fe trouvant près de la riviere, on ne ferait quitter le port à chaque bateau de charbon deftiné à la confommation de l’entreprife, qu’au fur & à mefure qu’on voudrait le faire arriver à la portée de l’attelier , pour fabriquer de même le charbon à mefure qu’on le déchargerait du bateau.
- 535. Cet arrangement procurerait une diminution de frais fur trois objets : le falaire du garde - bateau, dont on n’aurait pas befoin long - tems j l’attelier n’aurait pas befoin d’un emplacement pour amalfer & garder le charbon jufqu’à ce qu’on le fabrique ; le coup de main à donner pour porter le charbon à fabriquer du charbonnier au quartier où il doit recevoir la première façon, n’aurait pas lieu j un bateau, par exemple, contenant trente voies, faifant quatre cents cinquante minots, arrivant près de l’attelier, ferait déchargé à mefure, foit par hottées , foit par tombereaux , dans le premier quartier où le charbon doit être fournis au remuage avant d’être mêlé avec les pâtes, & qui par cette raifon eft le quartier le plus voifin de l’entrée de l’attelier.
- Etat des ujtenjiles d'un attelier de fabrication.
- f]6. Les uftenfiles dont il conviendrait de fe pourvoir pour cet établifle-ment en grand, 11’ont rien de particulier. La fabrication à laquelle il fe rapporte, ne différé de celle des briques à bâtir, que par le mélange du charbon de terre
- (a) L’emplacement choifi à Paris par les (b) Elles ne font plus exploitées depuis
- entrepreneurs de l’établiflement de 1770, que la manufacture de tuiles n’eft plus dans aurait efluyé cet inconvénient. cet endroit.
- G g g g ij
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- qui s’ajoute auxargilles déjà corroyées , par un nouveau corroiement, & en ce que ces pelotes nommées auffi par cette raifon briques , font deftinées à être entièrement confumées par le feu du charbon de terre, dans des cheminées & dans des poêles, au lieu de fubir une fimple cuiffon dans des fours conftruits exprès.
- 5-37. On peut en tout regarder un attelier pour la fabrication du charbon de terre apprêté, comme celui d’une briqueterie ; quelques outils que nous y employons , quelques expreffions pour défigner certaines opérations, font empruntés de l’art de faire des briques. Le rapport exacft encre ces deux opérations, nous difpenfe abfolument d’entrer dans certains détails fur cet attelier > les perfonnes qui ont l’idée d’une briqueterie, & qui joindront à cela les attentions relatives au choix des pâtes & du charbon de terre, ne feront point em-barralfées de former un établiffement bien entendu de pelotes ou hochets pour le chauffage.
- <; ] 8. On verra dans un inftant que, pour quelques opérations , il eft nécef-faire que les ouvriers aient toujours de l’eau fous leur main ; des pompes défi, tinéesà en fournir à volonté, fans attirail, auraient en même tems l’avantage d’être un fecours de conféquence dans le cas d’incendie ; l’attelier doit en être pourvu. À celles qui font généralement connues , on ne doit pas héfiter de préférer au moins une couple de pompes portatives de l’efpece en ufage fur les vaiifeaux hollandais pour rafraîchir les voiles hautes , les huniers & les perroquets , dont on fe fert auffi dans les villes de ce pays pour laver le pavé des rues & les vitres des maifons ; ces pompes font de très-peu de dépenfe, le fervice en eft très-commode, & n’a rien d’embarraiTant. Elles confident, comme chacun le fait, premièrement en deux cylindres ou branches maintenues dans leur écartement refpectif par une tringle de métal, de maniéré qu’elles forment lin angle d’environ trente degrés : ces branches font de bois d’orme ou de métal , & creulées en-dedans ; avec cette différence, que le diamètre intérieur de la branche qui reçoit le pifton, dont on voit le manche, eft double du diamètre intérieur de la branche expulfive, & depuis leur jonétion toutes les deux diminuent proportionnellement. Le pifton, ou comme on l’appelle dans la marine , la gaule, s’ajufte exa&ement au canal creufé dans la branche où elle eft reçue , Si qui eft fermée par fon bout inférieur, percé de plufieurs trous : c’eft par ces trous que l’eau s’infinue dans cette branche que l’on plonge en entier dans un baquet rempli d’eau , & qu’elle s’élève à mefure qu’on en retire le pifton, lequel repouffant à fon tour l’eau ainfi montée , l’oblige de fortir par la branche oppofée. Un homme feul , avec quelqu’adreffe, la manie & la fait mouvoir très-aifémentj on adapte à la branche expulfive des ajoutoirs différemment conftruits , félon qu’on veut envoyer de l’eau ou en arrofoir , ou en nappe, ou en fimple jet, dans un des quartiers de l’attelier.
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- 2°. Plufieurs cuves ou baquets de grandeur, de forme & de conftrudb'on arbitraires, bien bolides & toujours remplis d’eau pour le fervice des quartiers où il eff néceffâire que les ouvriers en aient à leur portée.
- 3\ Plufieurs claies de fix pieds de hauteur & d’une longueur appropriée à la largeur du quartier où elles fe placent par rangées , lorfque le re-muage du charbon fe fait par ce coup de main, au heu de fe faire à la pelle fur le tas même du charbon, comme on le voit dans la fig. i,/?/. XL. Ces claies doivent être formées de branches d’ofier ou de châtaignier, ou autre bois grofîier, comme pour les claies dont on fe fert pour paffer le fable afin d’en féparer les cailloux. Les brins peuvent avoir la grolfeur du doigt, & être éloignés les uns des autres de fix à huit lignes , afin de laifîer pa3èr avec le menu charbon des morceaux un peu forts.
- 4°. Quand, au lieu de remuer le charbon à la pelle , on le paife à la claie ou au crible , il peut être utile de fe pourvoir de maifes ou dames en bois 5 billot de forme cylindrique , cerclé en fer feulement à la circonférence fupé-rieure & inférieure dans le cylindre qui fait maillet, afin de brifer les gros morceaux de charbçn qui n’auraient pu paffer au travers de la claie ou du crible , & les réduire en charbon menu pour être jeté de nouveau fur la claie. Peut-être vaudrait-il mieux , pour épargner des bras d’ouvriers, faire palfer fur ces morceaux un cylindre affez pefant pour ne brifer le charbon qu’en menu, & 11e pas le réduire en poufiier : un cheval ferait cette opération.
- 5°. Des brouettes de différentes formes, une à l’ordinaire pour transporter dans le quartier du manege le charbon paffé en claie ou remué à la pelle , & dans le charbonnier, les kauchetais & les morceaux nommés roulans (a). Une autre efpece de brouette, pour tranfporter la pâte dans le quartier où Je mélange doit s’en faire avec le charbon, & pour tranfi. porter le charbon amalgamé dans le quartier où on le met en forme de briques : la partie du coffre qui regarde la roue dans cette brouette, eft élevée & un peu renverfée en doffier, afin de contenir plus de pâte.
- 6°. Si le dépôt pour les briques entièrement en état d’être relevées efl peu éloigné du féchoir, il faudra que l’attelier foit pourvu de hottes deftinées à ce tranfport.
- 7°. Des rateaux à dents de fer, pour féparer, après le remuage fait à la pelle ou à la claie, les roulans qui ne feront point employés, & qui feront tranfportés dans le charbonnier.
- g°. Des triwelles ou pelles de fer, pour enlever les roulans, & les mettre dans les brouettes : une autre pelle, pour le quartier des pâtes &
- (a) Les roulans font les plus gros morceaux qui roulent au bas du tas, & qui ne font point employés à l’apprét en briques, à moins qu’on ne les brife pour les réduire en menu charbon.
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- pour le quatier où on les corroie avec le charbon.
- 9Ç. Pics ou hoyaux, pour le quartier des pâtes. Rabots ou bouloirs, pour labourer, affouplir, corroyer, atténuer le mélange , en faire un mortier un peu ferme.
- io°. Pelles de bois creufes, garnies en fer, dans la portion qui s'introduit la première dans le tas que Ton veut manier.
- 119. Beches ou iouchets, pour le quartier où l’on corroie le charbon de terre avec les pâtes.
- 12°. Rouables & balais , pour nettoyer le terrein dans les difFérens quartiers , ramaffer ce qui y eft épars & qui pourrait s’emporter avec les pieds des ouvriers.
- 130. Lunettes ou moules (a) , pour donner au charbon corroyé avec les pâtes la forme que l’on veut. Sur cette planche, on a repréfenté la iimple configuration linéaire des moules dont on fe fert à Valenciennes j on voit de ces lunettes, pl. lettres h & x. Il eft très - aifé de fe faire une idée de ces lunettes & des pelotes qui en réfultent : 011 juge qu’elles peuvent être de différente grandeur ; celles de Liege ont environ fix pouces de longueur fur quatre pouces de largeur, & deux pouces & demi de hauteur , fans comprendre dans la dimenfion de la longueur & de la largeur l’épaiffeur du fer, qui, dans ces fortes de lunettes, eft de deux lignes & demie, & donne à la piece de fer une longueur totale de dix-fept pouces, du poids d’environ une livre onze onces. Les lunettes doivent avoir une de leurs ouvertures plus grande de quelques lignes que l’autre ; l’opération à laquelle elles fervent, en fournira la raifon : c’eft afin qu’à l’aide d’une petite fecouffe donnée par l’ouvrier, le hochet , quand il eft fabriqué, puilfe fortir aifément du moule. Il ferait à propos, afin de diftinguer le chauffage pour les poêles & le chauffage pour les cheminées , dont le charbon eft d’une efpece graffe & forte, que les moules deftinés à fabriquer l’un & l’autre fuffent d’une grandeur fenfiblement différente, ou bien qu’en confervant aux moules pour les cheminées la forme ovale, on donnât aux autres la forme cylindrique.
- 14e. Des battes ou palettes, toutes en fer, plates, de forme ovale, qui
- ( a ) Celles dont on s’eft fervi à l’atte-lier de Paris, ont varié pendant long-tems, en diminuant toujours de capacité ; les premières que j’avais fixées, donnaient des pelotes de cinq pouces de long, fur deux d’é-paiffeur & trois de largeur -, ces pelotes devaient être vendues quatre folsJa douzaine : dès le milieu du mois de novembre , je tn’appercjus qu’elles n’avaient que quatre
- pouces de long fur trois de large, & un pouce feulement d’épaiffeur ; on doit fe ref-fouvenir que cette infidélité frauduleufe n’était l’ouvrage que du direéteur & chef des travaux, qui s’était emparé de l’exercicq abfolu du privilège, dont les pièces ne font venues à ma pofTefTion que deux ans & demi après qu’il a été obtenu.
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- ïépond à celle des lunettes de cette forme, & de même grandeur, pour comprimer, battre & rapprocher la pâte mêlée avec le'charbon.
- 150. Cordes pour charrettes & pour le puits. La fituation du puits dans Pat-telier eft indifférente : nous en avons indiqué un entre le quartier des metteurs en forme & le clos des pâtes, pour avertir feulement de la néceffité d’en avoir un.
- 160. Paillaflons pour couvrir les pelotes, s’il venait à pleuvoir pendant qu’elles fechent.
- 170. Voitures montées fur roues, de deux efpeces ; une pour tranfporter le charbon du bateau à l’attelier : la conftruélion que nous avons imaginée & que l’expérience rectifiera ou perfectionnera, a deux objets 5 le premier eft d’éviter qu’à force de faire un même trajet, fur-tout en partant du bord de la riviere où fe fait le déchargement du bateau, & qui eft toujours plus ou moins en pente, la voiture ne fade point d’ornieres ; pour cela chaque roue , dont 011 en voit deux par-derrière fur l’alignement de cette voiture, eft plutôt une portion de rouleau qui rabat continuellement le terrein que parcourt la voiture, rend fon mouvement & fon roulage plus commodes. L’autre partie de conftruCtion eft relative à la facilité du chargement & du déchargement de cette voiture ; étant peu exhauifée fur fon train , elle peut approcher du bateau aufii près que l’on veut, fur un plancher que l’on établit jufqu’à bord du bateau, & les garçons de la pelle y jettent très-aifément le charbon : fon déchargement à l’attelier s’exécute en un inftant, au moyen de deux articles de conftruCtion. i°. La planche qui forme le derrière de la caiife eft fimplement arrêtée à charnière au haut de l’extrémité de chaque panneau qui compofe les flancs de la caifle j par le bas , elle eft afl’ujettie pendant que la voiture eft en mouvement, par une ou deux fortes chevilles : 2°. la caiife eft dilpofée fur l’eilieu de derrière, de maniéré qu’en lâchant & le crochet qui la retient à la tète du train & la clef du panneau de derrière, la caifle fe renverfe furie derrière, fait bafcule, comme on le voit exprimé en points fur la figure; en même tems le panneau à charnière qui n’eft plus retenu en - bas , s’écarte dans cette partie du derrière, qui par-là fe vuide en entier. La figure 1 f repréfente une voiture que j’ai rencontrée plufieurs fois dans Paris, & que j’imagine pouvoir être propre à conduire dans les rues & dans les entrepôts les pelotes dont 011 veut évacuer l’attelier 5 la caifle qui n’eft exhauflee qu’autant qu’il fe faut pour que les pelotes puiflent y être prifes à la main par un homme fur fes pieds hors de la voiture, paraît très-commode pour le chargement & le déchargement, fans que le charretier, par négligence , foit obligé de les jeter de haut, pour charger ou pour décharger.
- Comme de tems en tems', fur-tout en commençant à allumer le feu,
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- il eft à propos d’y faire entrer des morceaux de charbon pur, il convient de vendre de ces roulans dans une proportion relative à ce qui s’achete de pelotes; cela peut fe faire au mefurage par demi-minots, ou au poids: dans ce dernier cas, qui ne ferait peut-être cependant point il commode, il y aurait dans le charbonnier où feraient les roulans , deux mefures en bois, telles qu’il s’en voit une près du rateau 4, qui ferviraient de baiîîn à une balance. (a)
- Journaliers employés aux manœuvres, commis & autres prêpofés.
- 549. Sous ce titre, on ne doit entendre ici rien de ce qui fe rapporte eifentiellement à la geftion; on imagine bien que je ne prétends point m’im-mifcer par aucune forte de réflexion dans cette partie. Déligner fimplement les journaliers & les prépofés qui pourraient être néceiTaires, c’eft remettre en raccourci fous les yeux la marche des opérations qu’il faudra dans un inftant rapprocher de la diftribution de l’attelier ; c’eft en même tems donner une idée générale de la dépenfe fur cet article; dans un établiflement à demeure, tel qu’011 pourrait le fuppofer à faire dans une grande ville, il ne refte qu’à fixer les falaires pour les journaliers, & les gages pour les employés, en fai-fant feulement attention que la première claife, celle des journaliers, n’eft point attachée à l’établilfement, qu’elle 11’entre dans la dépenfe que pendant la fabrication, qui 11’a lieu que durant la plus petite partie de l’année. (b)
- Cette bande de gens de journée eft compofée,
- Des garçons de la pelle, foit au bateau, foit à l’attelier, dans différens quartiers.
- Des brouetteurs dans chaque quartier.
- Des marcheux, pour piétiner, corroyer les pâtes, & pour le corroiement du charbon avec ces pâtes.
- Des metteurs en forme.
- Des porteurs au féchoir.
- Des releveurs qui retournent les pelotes pendant qu’elles fechent.
- (û) La plupart de ce qui eft outil & uftenfile , eft vraifemblablement dans le cas d’avoir befoin d’être renouvelle à peu près tous les ans ; un des employés doit avoir en particulier la charge de veiller à leur entretien , de les vifiter tous les jours lorfque les ouvriers font retirés , & fur - tout de fe faire rapporter les moules par chacun des metteurs en forme.
- ( b ) Un inconvénient de conféquence, auquel l’entreprife pourrait être expofée de
- la part de ces journaliers , engage à une réflexion qui pourrait ne pas fe préfenter d’abord. Ces ouvriers n’étant employés que pour un tems pafifager, feraient capables , par méchanceté ou par mécontentement, de fe donner le mot pour abandonner l’ouvrage & fe retirer : il ferait peut-être à propos , afin d’obvier à cet embarras, de faire pendant la fabrication fur leur paie,‘une réferve qui ne leur ferait donnée que quand on les congédierait,
- Parmi
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- Parmi les employés attachés à l’attelier, 011 peut comprendre ceux qui fui vent :
- Commis à la décharge du bateau.
- Régiffeur chargé de l’emmagafinement du charbon arrivant à l’attelier, fi la fabrication ne s’exécute pas au fur & à mefure.
- Un commis qui préfide au mélange de la pâte avec le charbon , & qui veille fur tous les autres quartiers.
- A chaque côté de la porte d’entrée , un commis ; l’un pour prendre l’état des voies de charbon entrant à l’attelier -y l’autre pour tenir regiftres des voies de pelotes qui peuvent être achetées fur le lieu, ou qui en fortent, pour être portées aux entrepôts.
- Un gardien ou un commis ambulant pour ces magafins de vente.
- Divijion d'un attelier par quartiers.
- 540. La diftribution avantageufe d’un attelier eft relative à l’ordre des manœuvres qui s’exécutent fucceffivement fur le charbon de terre arrivant à l’attelier , & relative à ce que j’appelle les dépendances de la fabrication ; comme; emmagafinement du charbon, travail préliminaire des pâtes , qui doivent être toutes prêtes à être amalgamées avec le charbon. Le premier coup de main ayant rapport au fécond, le fécond au troifieme, & ainfi de fuite , les différens quartiers doivent, pour bien faire, fe tenir les uns aux autres, conféquemmentà cette fuite de mains-d’œuvre, pour la célérité & la facilité dans les différentes opérations & dans leur fervice. Pour que les ouvriers , porteurs ou b rouetteurs, ne s’écartent point, ne s’arrêtent point en chemin, l’entrée & la fortie de chaque quartier doivent être refpe&ivement corref-pondantes & prefqu’en face les unes des autres : l’avantage de cette divifion , qui renferme tout ce que l’on peut defirer , fera facile à concevoir. La clôture d’enceinte de chaque quartier, excepté celle du charbonnier & du parc des uftenfiles, doit être en échalas de cœur de chêne , 11’ayant pas plus de quatre pieds & demi de hauteur, afin que les prépofés puitTent avoir l’œil fur les ouvriers des différens quartiers : on 11e doit donner aux chemins de lepa-ration, que la largeur fuffifante pour laiffer le pafîàge libre à deux brouettes ; le fol de chaque quartier doit être battu & bien uni, ou même revêtu de briques ou de carreaux dans les endroits où ces ouvrages de terre cuite font à bon marché. On a ménagé entre le parc des uftenfiles & le féchoir , une place pour les chariots, lorfque les ouvrages font finis ; & entre le clos des pâtes & le charbonnier, une place pour une écurie.
- Charbonnier ou magajin de charbon.
- 5*41. Si l’on ne fabrique point le charbon à fur & à mefure qu’il arrive Tome XVII, H h h h
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- du bateau, l’on eft obligé d’avoir dans Pattelier une très-grande place pour le garder, & alors il ne faut point mêler enfemble les deux efpeces dont on s’eft pourvu ; le charbon deftiné à entrer dans la fabrication en pelo'tes pour les cheminées, eft d’une qualité différente de celui deftiné à être mis en pelotes pour les poêles ; de plus , il faudra réferver du charbon de la première efpece pour être vendu dans une certaine proportion-avec les pelotes , auxquelles il convient d’en ajouter, fur - tout lorfqu’on arrange le feu pour l’allumer. Le charbonnier doit donc former trois corps de magalins.
- 5-42. L’action de l’air fur les charbons parait avoir des inconvéniens ; on fera bien d’y obvier, en faifant un toit au charbonnier ( a ) ; de grandes averfes, des lavaifes fréquentes peuvent & doivent être préjudiciables au charbon gras, en lui enlevant une portion de fon bitume, qui eft un de fes principes inflammables. La houille maigre n’eft pas moins fufceptible des eftets de la pluie qui la priverait de fes fels.
- $•43. Les charbons de nature pyriteufe fur-tout, en fe Léchant ou s’ef-fleuriflant, perdent de leur qualité & de leur force. Les ouvriers font dans cette opinion, & appellent ce charbon, charbon évente {b) : la pluie dans de grands tas de charbon de terre, ainfi expofés à l’air, peut les échauffer au point d’y occaOonner un embrafement par faction continuelle & le paf-fage libre du grand air : il eft de conféquence, Ci ce n’eft pour cet inconvénient qui eft rare, du moins pour celui de l’effteurilfement, de 11e point recevoir des maîtres de mines des charbons de f efpece connue pour être fujette à cette détérioration occasionnée dans les uns ou dans les autres par les pyrites , les fels vitrioliques & alumineux. Le charbon en gros morceaux s’évente moins à l’air ; mais il n’en éprouve pas moins une véritable altération: il ferait à delirer, pour mettre les charbons à l’abri des effets de l’air & de la pluie dans tout le cours de la navigation, que les bateaux de tranfport, partant du lieu de l’embarquement, fuirent couverts en planches, formant un toit en dos-d’âne fùrbaiflé, & qu’ils ne fu fient chargés au pied de la mine que de charbon nouvellement tiré, (c)
- ( a ) La démolition des bateaux fournira des ais pour les différentes conftru&ions & autres ufages , pour lefquels on a befoin de planches.
- ( b ) Dans ma collection de charbon, qui jufqu’à préfent n’a toujours été qu’enfermée avec foin dans des boîtes, & enveloppée de papiers, je trouve de tems en tems quelques m< rceaux tout-à-fait détruits, ainfi que le papier qui les enveloppait ; ceux du
- Forez & d’Auvergne font très-fujets à cette forte de deftruétion; j’en ai trouvé qui pefant huit onces dans cet état, mis enfuite dans l’eau & paffés , ne pefaient plus, étant fecs, que fix onces moins deux gros, cequifup-pofe que la partie pyriteufe faline y eft en grande quantité.
- f c ) Al. Venel n’adopte point cette opinion généralement adoptée parmi les ouvriers habitués à l’ufage de la houille : il
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- Gît
- I. CLOS DES PATES. Apprêt de la glaife, pour la rendre propre à fe mêler intimement avec le charbon de terre.
- 544. La préparation à laquelle ce quartier eft deftiné, eft abfolumenfc la même que celle qui s’exécute fur la même efpece de terre, par les potiers fabricans de briques, de fourneaux & autres ouvrages de ce genrej elle con-fifte dans le trempement & le corroiement des terres. Pour cet effet le terrein fera creufé en forme de baffm, dont le fond pourra être garni de planches de bateaux bien arrangées, fans aucune ferrure. Cette hume&ation pourrait encore fe faire dans une cave qui ferait fituée à l’endroit où le clos des pâtes eft marqué furie plan, ou fous le quartier dont nous allons parler bientôt: il y aurait même un avantage à faire cette préparation en cave ; la pâte s’y pourrit mieux, y devient plus maniable j alors la fuperficie du terrein ferait employée à un autre ufage , comme fécond féchoir, ou comme premier dépôt pour les pelotes, quand elles font entièrement feches. L’apprêt que doit fubir l’argille, peut fe faire de deux maniérés , ou au moment, c’eft-à-dire, quelques heures avant le tems d’y mêler le charbon de terre (a) , ou quelques jours en avant. Si l’on ne fait cet apprêt de la pâte que pour le moment de l’ajouter au charbon, il ferait de conféquence de prendre garde à la quantité d’eau que peut fupporter la terre pour l’humeder fuffilàmment, & ne pas y en mettre trop , ce qui nuirait à la fabrication à plulieurs égards. Autant qu’il eft polîible d’évaluer exaélément la proportion d’eau fur une proportion de charbon , elle doit aller à trois pintes pour un boiffeau de pâte, qui eft la proportion pour un minot de charbon : ainfi , pour la demi-voie, c’eft-à-dire, pour un minot & demi de pâte, il faudrait dix-huit pintes d’eau, & fur le charbon d’Auvergne, quinze pintes.
- La. maniéré la plus avantSgeufe eft de travailler ces argilles , bien avant de les mêler au charbon de terre j elles n’en font que meilleures pour l’impaftation de la houille, quand elles ont été humedées, imbibées & pénétrées long-tems avant d’être employées.
- ^46. Pour bien préparer une glaife jugée de bonne qualité, d’après ce qui a été dit fur les agilles \ b ), qui eft bien gratfe, qui file lorfqu’on la rompt, on commence par jeter deffus une affez grande quantité d’eau, pour exçé-
- croit, après beaucoup de recherches & d’informations faites à ce fujet, que ce n’eft qu’une opinion vulgaire très-vague & très-incertaine, & que cette véritable décompo-fition n’influe en rien fur la qualité; mais nous croyons qu’il eft plus raifonnable de s’en rapporter à l’expérience.
- (a) Les tuiliers, les briquetiers en préparent de cette maniéré un monceau d’environ cinquante pieds cubes dans l’efpace d’une heure & demie.
- (b) Celle appellée la belle , qui eft grife & fans veine, eft très-propre à la fabrication.
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- Dû CHARBON DE TE R'R E
- der de plufieurs pouces la folTe ou le baffin dans lequel on la ramafle (a) : après l’avoir lailîée tremper deux ou trois jours , on la hache, on la laboure, on la retourne à la beche à différentes reprifes , on la piétine de tems en tems, on la pétrit avec les mains partie par partie, afin d’aider l’eau à la pénétrer , d’y reconnaître les pierres , les pyrites , ou autres matières étrangères qu’on en fépare , & en faire une bouillie lavée & délayée, approchant d’une pâte ductile & maniable.
- f47- Il n’eft pas inutile de la maigrir, c’eft-à-dire, de diminuer de la force , en y ajoutant, lorfqu’on la corroie , une certaine quantité de la fécondé efpece d’argille nommée terre maigre, ou bien d’argille - fable, en ob-fervant que la mafle devienne à l’œil entièrement homogène: par ce mélange l’argille «glaife perd fa facilité à fe retirer au feu, & elle elt difpofée, félon les remarques de M. d’Acert, à palfcr plus tôt même que l’argille pure à l’état de verre.
- IL Q_U ARTIER DE REMÏAGE OU (QUARTIER DES CLAIES* , Triages de charbon.
- f4&. On doit confidérer ce quartier, ainfi que tous les autres dont nous allons parler, quant aux uftenfiles dont on y fait ufage, quant aux opérations qui s’y exécutent, à fa fituation dans l’attelier, fon étendue & fa diftribution. Les uftenfiles du quartier, de remuage, font, pelles, rateaux, brouettes, claies, dames ou cylindres.
- 549. Si un établiflément de ce genre a lieu près des mines de charbon, ou au magafin près les ports d’embarquement, le remuage du charbon le plus favorable eft celui qui fe fait à la pelle fur la meule même. Tout ce qui refte en roulans n’a pas befoin alors d’être réduit en menu par aucun procédé, pouvant être repris parles maîtres de mines ou par les marchands de charbon de terre qui feraient entrer ces roulans dans le commerce. Ce débouché bien fimple fauve le coup de main des chaideurs ( b) avec la dame, ou avec le cylindres il n’eft jamais poffible de s’en fervir d’une maniéré aflez égale pour que la comr preflion produite à bras d’homme par ces outils ,ne faife point trop de pouffier ou de fraifil. ( c ) De quelque façon qu’on s’y prenne pour ce remuage de charbon , il eft à propos de ne point oublier que cette main - d’œuvre n’a pas feulement pour objet de trier du menu charbon propre à être coffoyé avec les
- { a ) A quelque diftance du puits que chaideurs les ouvriers qui pilent la mine à foît cet endroit, on y enverra aifément la bras.
- quantité que l’on voudra avec la pompe por- ( c ) Dans l’attelier de Paris tout le char-tative. bon était calfé avec la dame. Je ne fuis point
- (b) Dans les mines d’Alface on appelle décidé en faveur de cette opération.
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- pâtes j & de mettre à parties morceaux qui roulent au pied & tout autour du tas ; on doit encore en féparer différentes fubftances fouvent mêlées avec le charbon , qui donneraient au chauffage quelqu’imperfection & quelqu’incom-jnodité. Les mines en malles ou en bouillons , les mines qui font mal exploitées, ou dans lefquelles les extra&eurs ne font point attentifs fur le choix & le triage de leur charbon , font particuliérement dans le cas de demander une certaine attention dans le remuage : ces fortes de mines font des efpeces d’un tout qui a été bouleverfé ; en conféquence , le charbon de bonne qualité eft confondu avec celui d’une qualité moindre ; il n’eft point rare qu’une mefure de charbon provenant d’une de ces carrières , fe trouve mêlée en grande quantité avec des portions de kreîns , de nerfs , de roches , àe gangues, quifaifaient partie de l’enveloppe du charbon , mais qui ne font point combuftibles , qui fouvent répandent au feu une mauvaife odeur , & enfin avec du mauvais pouflier de charbon, dont ces fubftances font ordinairement encroûtées. Ces différens mélanges plus ou moinsabondans , fontcaufe que l’on diftingue fouvent dans une mefure, comme deux ou trois efpeces de charbon ; & à moins qu’il ne s’y en trouve une quantité dans une certaine proportion, ces mines prêtent fort peu à cette fabrication : il vaut mieux en brûler le charbon crud.
- 5)0. Le quartier dans lequel s’exécute le remuage du charbon de terre, doit être fitué en face de l’entrée de l’attelier,, & tout-à-fait ouvert dans cette partie. Ce qui eft marqué fur le plan , au lieu d’être une clôture d’échalas, comme le refte de fort enceinte , n’eft qu’une pierrée peu élevée au-deifus du niveau du terrein , pour que le voiturier arrivant avec la voiture , n’avance pas plus loin , & fafle porter fur cette pierrée le derrière de la voiture lorfqu’il la décharge. La diftance de cette entrée du quartier de remuage à la porte de l’attelier, doit être te11c qu’il refte entre ces deux entrées un terrein dans lequel la voiture puiffe venir décharger, & retourner enfuite commodément pour regagner la porte de l’attelier.
- 551. Le quartier de remuage étant également deftiné pour faire fubir cette main-d’œuvre au charbon pour les pelotes de cheminées & pour les pelotes de poêles , il eft à propos , afin d’éviter la confufion , d’employer à part un jour ou un tems à ce façonnement pour chaque elpece de charbon.
- 5 52. S’il eft poflible de choi.fi r toujours un tems favorable pour la fabrication , ce quartier & les autres peuvent être à découvert; mais dans tous , le fol doit être ou planchéié , ou battu à ciment, encore mieux carrelé & briqueté ; par - là il eft plus aifé de balayer de tems en tems le terrein , & l’on perd moins de matière , que les ouvriers emporteraient fans ceffe avec leurs pieds.
- 5 5 3. L’Étendue à donner au quartier du remuage eft aifée à juger ; les opérations qui s’y exécutent, confident à remuer le charbon à la pelle, ou à le palfer doit à la claie, foit au crible , à battre le gros charbon pour qu’il n’y en ait pas
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- trop de refie, à enlever celui que l’on veut réferver pour la vente avec les pelotes : l’étendue de ce quartier doit donc être proportionnée au nombre de meules que l’on veut y remuer , à celui des rangées de claies que l’on veut y placer pour cette même opération, en laiilànt toujours la place pour le battage des roulans & pour que les brouetteurs, qui en portent au charbonnier, ou qui enlèvent les bouxtures & roches de rebut, puiffent aller & venir librement; leur entrée & leur fortie font ménagées à droite & à gauche de la pierrée , qui marque les limites de cette partie du quartier.
- 5 54. En détaillant toute l’hiftoire de la houillerie liégeoife , nous avons ful-fifamment décrit le remuage à la pelle ; il eft rendu encore plus intelligible par la figure 1 de la pl. XL, où l’on voit cette main - d’œuvre, ainfî que les fubfé-quentes , exécutées feulement par des femmes , ainfî que c’eft l’ufage au pays de Liege. Il ne nous relie qu’à éclaircir le remuage à la claie , fi l’on jugeait à propos de l’exécuter de cette maniéré. Le charbon déchargé fur la pierrée qui îepare ce quartier de la cour d’entrée, étant jeté à différentes reprifes par les garçons de la pelle fur la rangée de claies exprimée dans ce quartier , il en palfe une partie de l’autre côté des claies : cette manœuvre s’exécute jufqu’à ce que tous les morceaux qui reviennent au bas de la claie foient décidément trop gros pour paffer au travers , comme on le voit autour delà meute, fig. 1 ,/>/. XL. Pendant ce même tems, les brouetteurs les attirent avec les rateaux de delfous le coup de main des ouvriers de la pelle, en emportent une partie au charbonnier fur les brouettes , & tranfportent l’autre à droite & à gauche du terrein qui refte derrière les claies : laces morceaux font battus à la dame par les chai-deurs ou autrement. Le menu charbon quia paffé derrière la claie , eft porté par les brouetteurs dans le quartier du manege ouvert en face de la fortie du quartier de remuage, lorfque le prépofé de ce quartier en demande.
- III. Quartier du MANEGE, lmpafiation de la houille avec les
- terres grajjes.
- 5*5f. Les uftenfiles de ce quartier fe réduifent à des pelles, des brouettes 8c des baquets remplis d’eau. Le charbon menu qui a été trié à la claie ou au crible, ou à la pelle, étant arrivé dans le quartier du manege , le prépofé fait apporter du clos des pâtes une quantité de pâtes relative , foit à la mefure, foit à la qualité du charbon qui va être amalgamé avec les terres. Avant d’être fournis à la manœuvre qu’il doit fubir dans ce quartier, le charbon peut quelquefois fupporter un mélange d’autre charbon ou plus fort ou plus faible, félon les différentes vues. Ce mélange utile dans quelques occasions , doit être réglé fur une connaiffance bien précife des charbons que l’on a à em-
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- Si f
- ployer; le tâtonnement par des edfais en petit, eft ce qu’il y a de mieux: pour s’afiùrer , Toit de la nature du charbon, Toit de la proportion des mélanges , foit même de la proportion de la pâte à ajouter à un charbon feul. Il fufftt d’obferver que , lorfqu’il s’agit de fabrication de pelotes deftinées au chauîfage dans les cheminées, il faut, tant que faire fe peut, exclure de ce mélange tout charbon ayant une odeur forte ou pénible.
- 5 Dans un endroit où l’on n’a pas à choilîr le charbon d’une mine préférablement à celui d’une autre mine, & où il n’eft pas poiîible d’avoir féparément des charbons de dirférens degrés de force , comme cela eft né-celfaire , félon qu’on voudrait l’employer aux cheminées, ou félon qu’on voudrait l’employer dans les poêles, on pourrait empâter le charbon deftiné aux cheminées avec un lixieme de pâte feulement, & celui réfervé pour les poeles , avec un cinquième de terre. L’ouvrage qui fe fait dans ce quartier , a pour objet de mêler bien intimement le menu charbon avec les pâtes, en corroyant de nouveau le tout enfemble , de maniéré qu’ils falfent un feul & même corps. C’eft cette opération qui eft repréfentée^gt z,pl, XL, & qu’on appelle à LiegQ triplage. Les houilles maigres peuvent fe tripler à pieds de cheval pour une grande fabrication : quant aux houilles grades , il eft préférable de les tripler 'à pieds d’hommes. '
- 5^7. Dans un établiflement tel que celui pour lequel on fuppofe ici un grand attelier, ce triplage fait avec foin, conftitue une opération capitale. Pour opérer cette liaifon intime, & des terres grades déjà corroyées dans le clos des pâtes, & du charbon de terre que Ton y ajoute, les marcheux redadênt, retournent le tout à force de pelle, & comme s’ils corroyaient tout nouvellement les terres , marchent dellus en appuyant à plufieurs re-prilës , relevent enfuite avec des pelles tout ce qui s’eft étalé fur le terrein par cette manœuvre, pour la piétiner de nouveau, en ajoutant de fois à autre, félon le befoin , de l’eau qu’ils puifent à la main dans des baquets placés à leur portée , en prenant garde de 11e point trop humeder leur pâtP.
- 5^8. La proportion de terre qui doit être mêlée avec chaque efpece de charbon que l’on fabrique , n’eft pas la feule chofe qui varie félon la nature du charbon. Une trop grande eau peut extraire de ce foflile & des argiiles ce qu’elles contiennent de falin , & la matière grade la plus groiïiere : cette partie grade contribue à la qualité de la houille , & dans les argiiles conft titue la ténacité ou vifcofité qu’elles doivent avoir jufqu’à un certain degré; il faut donc dans ces humedations à la main prêter attention à la quantité d’eau qu’on ajoute à la malle. Le charbon de Fims, par exemple î 11e laide pas que d’en avoir befoin (a). Le charbon d’Auvergne, qui pour la plus
- (fl) Il paffe même pour gagner de la qualité à la pluie.
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- grande partie eft un pouflier terreux, en a peu befoin (a) ; dans le cours de la navigation & jufqu’au moment qu’il eft apporté au magafin , il a déjà été abreuvé des eaux de pluie , & déjà fort mouillé. Cette proportion d’eau eft encore à confidérer relativement à la préparation que cette pâte doit fubir. dans le quartier, où elle doit être tranfportée enfuite : en décrivant la main-d’œuvre qui s’y exécute, nous ferons remarquer l’inconvénient qui réful-terait d’une pâte trop humeétée.
- IV. Q_U ARTIER DES METTEURS EN FORME.
- ^9. Le principal uftenfile de ce quartier, ce font les moules ou lunettes; dans un coin nous avons réfervé pour elles un petit retranchement, afin de ne point les lailfer traîner ou s’égarer, lorfque les ouvriers quittent l’ouvrage. Il eft à propos d’avoir deux fortes de lunettes, foit pour la forme, foit pour la grandeur, pour les tems où l’on veut travailler les briques def-tinées aux cheminées, & celles deftinées aux poêles. Cette petite ferre eft encore commode pour emmagafiner de la fciure de bois menu ou de l’argille-fable ; & les palettes , fi l’on s’en fert pour battre la maffe dans les moules.
- f6o. Outre les brouettes nécelfaires pour le tranfport des pelotes au fé-clioir, ce quartier doit encore être pourvu de diftance en diftance, dans l’intérieur de fon pourtour , de baquets remplis d’eau. Les ouvriers de ce quartier ayant reçu des brouettes de la malfe quia été corroyée, s’agenoui!-lent autour d’un tas, fig. 3 , pl. XLI. Chaque ouvrier faifit une forme ou lunette avec les doigts , en palfant la main dans la plus petite ouverture, & attire dans le vuide du moule par la plus grande ouverture ,tout autant de matière qu’il en faut pour le remplir & au-delà ; cette forme étant alors placée à terre fur la face la plus ouverte, le metteur en forme ajoute de la malfe dans la lunette à pleines mains, de maniéré que tout ce qui excede le niveau de la lunette puiife être frappé à plufieurs reprifes, ou avec les mains , ou avec le plat de la palette ( b ) , pour bien ferrer toute cette malfe ; il en remet encore à la main dans le moule, en frappant de nouveau plufieurs fois, & traînant de tems en tems fur le terrein la forme qu’il tient bien appuyée (c) ; quand il juge qu’il 11e peut plus y ajouter, & que le tout eft bien battu , il embralfe le moule avec tous les doigts, le releve de maniéré qu’une des extrémités ovales puiife être frappée légèrement fur le terrein ;
- (<0 Si le bateau n’a point été couvert raient être bien battus qu’avec les palettes, comme nous l’avons recommandé. ( c ) Quand on fait de ces briques pour
- ( ]} ) Pour faire de gros hochets, les mains fon ufage, la partie qui regarde l’ouvrier peuvent fuppléer aux palettes ; les petits travaillant, eft toujours excédante du ni-hochets dans les petites formes, ne pour- veau du moule, & forme une faillie arrondie,
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- il en fait autant fur l’autre extrémité ; la pelote fe détache alors des parois du moule, la fecouffe la plus légère la chalfe entièrement de la capacité, & la porte dans la main de l’ouvrier qui la place près de lui avec légéreté : la même manœuvre fe recommence fur le tas pour faire une autre brique , & ainli de fuite : de tems en tems l’ouvrier, avant de fe fervir de fon moule, le trempe dans l’eau, pour que les pelotes en fortent plus aifément, & il réitéré ainfi cette opération fur toute la partie préparée.
- 561. Lorsque l’ouvrier eft obligé de rafraîchir ou d’humeder fa pâte avec un peu d’eau, ou de mouiller fa lunette , il doit le faire avec ménage, menti fi les pelotes étaient trop trempées en fortant du moule, la liaifon qu’on a cherché à donner à la maife par une compreflîon réitérée à coups de palette, fe perdrait à mefure que les briques viendraient à fe fécher 5 & quand elles paraîtraient être tout-à-fait feches, le fêul cahottage de la brouette fuf-iiraitpour les déformer.
- f 62. Les briques de houille toutes fraîches & au fortir des mains du metteur en forme, font en état d’être employées dans un feu qui eft en train, en les plaçant fur le haut de la pile des hochets déjà embraféss là elles fe fechent par degrés , & fe trouvent en état de s’enflammer à leur tour : mais pour enlever la fourniture qui vient d’être fabriquée, & la placer dans l’endroit où ou l’emmagafine, il faut au préalable laiffer fécher les pelotes. Avant de confi-dérer ce dernier tems de l’opération, & celui de mettre les hochets en dépôt, il eft des queftions qui pourraient venir à l’idée des perfonnes préfentes à cette mife en forme ; nous allons nous y arrêter.
- Examen de quelques particularités qui font des dépendances de la main - (Tœuvre exécutée par les metteurs en forme.
- ^63. Les détails que nous venons d’ajouter à la connaiffance générale que nous avions donnée de cette main-d’œuvre, conduifent naturellement à l’examen & à la recherche de quelques circonftances concernant les pelotes faites ou à faire ; ces particularités regardent le nombre de hochets que peuvent produire des fabrications de mefures diiférentes, le nombre de briques qu’il eft poffible de mettre en forme dans un tems donné} on pourrait encore demander s’il eft indifférent de fâire ces pelotes dans des moules, ou de les faire à la main, de leur donner indiftindement un gros volume ou un petit volume.
- De la quantité de pelotes que donne la mife en forme dans la fabrication d'une mefure fixée, & du nombre de pelotes que l'on peut obtenir dans un efpace de tems déterminé.
- 564. Quant à la queftion qu-e l’on pourrait établir fur le premier article , Tome XVII. I i i i
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- Te nombre do pelotes réfultant de cette opération définitive exécutée, par exemple, fur un minot, fur une voie de charbon corroyé avec les pâtes, eft, comme de raifon, différent, félon la grandeur du moule dont on s’eft fervi; il l’eft aufli félon la qualité du charbon fur lequel on a travaillé, & qui avdemandé un cinquième, ou un fixieme, ou une autre proportion de pâte : mais il eft à cet égard une remarque dont il eft à propos d’être prévenu ; elle n’eft pas indifférente pour les perfonnes auxquelles il ne faut qu’une petite fourniture, & auxquelles la totalité de hochets qu’elle leur a produits, peut fervir à calculer une confommation réglée par jour, par mois (a)‘, c’eft que parle nombre de pelotes réfultant d’une petite mefure donnée, il ferait très - poflible déjuger de la perfe&ion de la main - d’œuvre des metteurs en forme, & fixer exadement la quantité de pelotes que produira enfuite une fabrication double, triple, quadruple, fextuple , &c. de la même mefure : le détail dans lequel j’entrerai fur les avantages des elfais en petit, développera comment cela eft poffible. Le tems qui peut être employé à faire une certaine quantité de pelotes, dépend de même du plus ou moins d’intelligence ou d’adrelfe de l’ouvrier appliqué à cette main-d’œuvre, ou de ce qu’il eft plus ou moins expéditif: dans l’atteîier de Paris, deux hommes fuf-filaient en douze heures de tems pour piétiner & pour mettre en moule la quantité de fooo pelotes, telles qu’elles fe fabriquaient (b). Si elles eufient été plus volumineufes, il aurait fallu moins de tems pour en fabriquer davantage. En comparant la feule main-d’œuvre de mife en forme, à celle ulltée dans les briqueteries , & qui eft la même, il eft de fait qu’on peut mouler par jour 4000 briques à bâtir.
- Avantages des briques de houille faites dans les moules ,fur celles façonnées à la main, & des briques volumineufes fur celles qui le font moins.
- f&<). Quand on fabrique ce chauffage chez foi & pour fon propre ufage, le charbon tout corroyé avec les pâtes, peut être façonné tout fimplement à la main en boulets, quoiqu’à beaucoup près cette maniéré ne foit pas fi favorable ; & alors on n’a pas befoin de moules. M. Venel, en parlant de ces briques en boulets pelotés à la main , par comparaifon avec la méthode anciennement fuivie à Valenciennes, telle qu’elle a été décrite par M. Carrey , obferve judicieufement que ce façonnement de la houille dans des moules avec des argilles, eft plus avantageux (c) ; il remarque très-bien que les pelotes
- (a) Uniquement pour le chauffage dans (c) Ce favant paraît n’avoir vuàLiege les cheminées ou dans les poêles. faire de ces briques qu’à la main, ce qui
- ( b ) Leur poids & leur volume feront annoncerait qu’il a palfé bien précipitam-indiqués dans un inftant. ment dans cette ville.
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- mifes en forme dans des moules, comme les briques à bâtir, font plus liftes , plus égales dans leur confiflance, & font du meilleur emploi (a). Quoique cet auteur aitrefufé au charbon de terre apprêté la propriété économique que nous lui attribuons, ce qu’il a entendu par cette expreflion du meiL leur emploi, eft expliqué clairement par la raifon qu’il en donne , & eft une nouvelle contradiction avec lui-même fur ce point : ce que nous avons dit pour appuyer à cet égard notre opinion, qui nous eft commune avec beaucoup d’autres favans, achevé de démontrer la fupériorité des hochets faqon-nés dans des lunettes , fur ceux fabriqués à la main. Il 11’eft pas néceffaire de beaucoup de réflexions pour la concevoir ; puifque, fi la terre ajoutée, mêlée à la houille pour faire corps dur, qui doit fe relferrer, fe durcir , fe cuire au feu, vient à fe défunir, à fe féparer en pièces, la houille eft con-fumée trop promptement ; ou fi en fe détachant de la pâte qui n’a point alfez de liaifon pour le retenir, elle tombe & s’éteint dans les cendres fans avoir produit fon effet, c’eft un inconvénient très - fenfible pour la qualité du chauffage , & les pelotes ou boulets faits à la main doivent y être plus fujettes ou plus difpofées.
- f 66. Dans le cas d’une fabrication de chauffage en grand pour être un objet de commerce, & tranfporté par charrois en différens endroits, cette folidité à donner aux pelotes , n’eft pas feulement eifentielle pour les rendre plus durables au feu : elles fe trouvent encore plus propres à réfifter au cahot-tage des voitures, & font toujours de débit ; au lieu qu’elles ne le feraient point, fi elles étaient caffées.
- jGj. Une autre circonstance qui mérite quelque difcufiion, c’eft le plus ou moins de volume qu’il convient de donner à ces briques de houille: qu’elles foient façonnées à la main ou dans les moules , la grolfeur qu’il faut leur donner n’eft pas un article abfolumentindüférent, ni pour le fabricant, ni pour le détailleur, ni pour le confommateur.
- f 68. Dans la fabrication il n’y a point de doute qu’une voie de charbon de terre, par exemple , apportée toute corroyée avec les pâtes dans le quartier des metteurs en forme, ne foit plus tôt travaillée en faifant de gros hochets, que fi on les faifait petits 5 ces hochets devant enfuite devenir une marchan-dife qui fera voiturée dans différens quartiers , & vendue au compte, le débit des greffes pelotes eft bien plus commode & d’une expédition plus aifée pour le détailleur.
- 5-69. Une condition indifpenfable dans les pelotes, pour qu’elles acquièrent en les mettant en moule, & qu’elles confervent en féchant, la dureté qui les met à l’abri d’être caffées lorfqu’on les tranfporté ou qu’011 les détaille,
- (a) Se&ion IV, chap. IV, part. I, page 107.
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- c’eft d’ètre bien battues & bien ferrées dans le moule : il paraît plus que difficile d’imaginer que,,, des pelotes peu volumineufes puilfent recevoir convenablement cette façon ; une petite maffe ne peut guere être pétrie qu’à la main, à peu près comme elle l’a été avec les pieds, pour mêler intimement la pâte & le charbon ; mais lorfqu’il eft queftion de lui donner de la fermeté & de la folidité, il eft néceffaire que cette mafle foit comprimée, rapprochée par un battage répété qui ne peut bien s’opérer que fur une mafle d’une certaine étendue ; faute de confiftance, ces petites pelotes, particuliérement fi la terre d’impaftation qu’on a été obligé d’employer n’eft point de bonne qualité , ces pelotes ne pourront guere même refter en piles fans fe déformer, fans fe cafter ; difficilement elles arriveront entières dans les entrepôts où il faudra les charrover ; & malgré l’application qu’on peut faire de ces pelotes de rebut au chauffage des entrepôts de vente , ce déchet peut, fur une gtande quantité de pelotes, être porté à un point qui devienne une perte pour l’entrepreneur.
- 570. Les inconvéniens des petits hochets , & qui nont pu être bien comprimés , ou qui 11e l’ont été qu’à la main, ne font pas moins réels pour le confommateur ; à chaque remuement que ces pelotes ont efluyé pour être cmmagaiinées , pour être débitées au compte, elles perdent confidérablement de matière ; fur une fourniture d’un millier ou davantage , cela devient pour l’acheteur un objet en moins : 011 en jugera par ce que nous obferverons fur cepouflîer dans les endroits où 011 le ferre.
- ^71. Il eft un autre inconvénient qui réfulte pour ^économie, de la confiftance moins parfaite dans les hochets d’un petit volume, que dans ceux d’un plus grand volume : on juge facilement que de? pelotes émincées , telles que celles quife débitaient dans l’ecabliffement fait à Paris en 1770 , ne font point propres à tenir long-tems dans des porte-feux dont les tringles ou les barres font en longueur : la dilpofition , le nombre des barres formant la cage des fers à feu, la diftanceplus ou moins grande que ces barres laiflentpar conféquent entr’elîes , félon qu’il y en a quatre, ou félon qu’il n’y en a que trois , donne, au moins fur le volume que peuvent avoir ces pelotes, une réglé bien fîmple ; ces boulets doivent avoir une groffeur à la faveur de laquelle elles puiffent être contenues dans le grillage la plus grande partie de la durée du feu ; il leur volume n’était pas proportionné jufqu’à un certain point aux diftances que ces tringles lailfent entr’elîes , à peine les hochets auraient-ils commencé à diminuer en brûlant, qu’ils tomberaient hors de la caifle. D’ailleurs, il en eft de ce com-buflible comme de tous les autres ; un feu compofé de trois ou quatre morceaux de bois, donnera toujours un chauffage meilleur & de plus de durée que Ci ces jnêmes trois ou quatre morceaux étaient partagés en (îx ou en huit. .
- 572. La groffeur dont ces pelotes font le plus communément à Liege, me
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- paraît la plus convenable. Dans letabliflement fait à Paris , J’avais infifté fur l’avantage de fe .conformer à cet ufage liégeois, comme le plus favorable pour le débit au compte , & pour la folidité du chauffage. Pour mes travaux particuliers & pour mon chauffage pendant deux hivers , j’ai toujours donné la préférence à ces grolfes briques ; elles pefaient au fortir du moule deux livres neuf onces & demi-gros , & lorfqu’elles étaient entièrement feches , deux livres trois onces & demie j le minot en donnait quarante & une, & la voie quatre - vingt-deux ; en obfervant qu’étant battues avec les mains & non avec la palette, il y a toujours un excédant qui furpaffe le niveau du moule ; ( a) cinq de ces hochets partagés chacun en deux , lorfqu’on aurait voulu n’avoir qu’un petit feu , en auraient repréfenté environ douze de ceux qui devaient fe fabriquer & entrer en vente : il était indifférent pour l’acheteur d’avoir fon chauffage en plus ou en moins de morceaux j mais avec de gros hochets,fon compte eût été plus tôt fait.
- f73. Les moules qui avaient été adoptés, avaient fix pouces de longueur, fur trois de largeur , & deux pouces deux lignes de hauteur ; les pelotes qui en réfultaient, pelaient, étant fraîches, une livre neuf onces & demie , & étant feches, une livre cinq onces & demie, & demi-gros. La capacité convenue de ces formes avait été par degrés altérée au point que la plupart des pelotes qui en réfultaient, ne pelaient plus étant fraîches, & fuppofées même faites convenablement, que douze onces & demie , & lorfqu’elles étaient bien feches, onze onces deux gros & demi. ( bj
- Utilité des ejjais de fabrication fur de petites quantités de charbon de terre, avant t de procéder a de grandes fabrications.
- ^74. La difficulté, on peut dire , l’impoffibilité de connaître avec la dernière précifion , quand on n’a point l’ulàge de cet apprêt, la qualité du charbon de terre dont on voudrait fe faire un chauffage plus économique, la difficulté par le manque d’habitude de juger à la (impie vue de la proportion de pâte qui lui convient, avertilTent, comme nous avons eu foin de le remarquer , que pour plus grande fûreté il était à propos de faire des effais en petit. Cette précaution réunit deux avantages : le premier ell que * li l’on n’eft point parvenu
- (a) Cette quantité d’un minot fabriquée dans Pattelier, lotfque Pentreprife a été ab-à Pattelier par deux minots avec ces moules, folument abandonnée : ce moule ne fe trou-produifait en total 102 pelotes, à raifonde vait avoir que quatre pouces & demi deux la trop grande quantité de pâte qu’on ajou- lignes de longueur, & trois pouces de lar-tait. geur, fut un pouce cinq lignes de profon*
- ( b ) Epreuve faite d’après un de ces deur, moules que j’ai été à même de nie procurer
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- dès la première fois à faire de la bonne befogne , cette petite quantité n’eft point perdue , & qu’on eft certain de réuffir en recommençant un fécond , même un troifieme effai, s’il eft néceffaire, jufqii’à ce qu’on ait reconnu par l’expérience au feu, que la quantité & la qualité de la terre ajoutée font ce qui convient à la nature du charbon : 011 eft fur de ne point manquer une grande fourniture.
- P7f. Le fécond avantage, pour ceux qui voudraient régler leur chauffage, eft de favoir précifément le nombre de hochets que donnera, relativement aux moules dans lefquels on les formera , une inefure quelconque, quelque répétée qu’elle puiffe être.
- 5*76. Lorsqu’une fois l’article des pâtes & de leur proportion-eft fixé, une fabrication bien ordonnée, foignée dans le corroiement des pâtes, furveillée dans la proportion de ce mélange avec le charbon de terre, dans le façonnement avec les moules , une telle fabrication eft conftamment régulière dans fon produit -, je veux dire qu’elle donne ou doit donner conftamment au minot, par exemple , ou à la voie, ( tant qu’on en fabriquerait féparément un minot ou une voie ) le même nombre de pelotes qu’on aurait eu du premier minot ou de la première voie fabriquée : (a) de maniéré que ces premiers effais reconnus à l’épreuve dans le chauffage , devoir fervir par la fuite de modèles à toutes les fabrications, quant à la proportion des pâtes, fixent précifément combien ces fabrications fubféquentes , exécutées féparément avec le même moule, fur une même quantité de charbon , donneront de pelotes. Comme feulement la mife en forme ne peut être d’une parfaite égalité dans toute une fabrication, il arrive que ce nombre eft quelquefois différent à trois ou quatre pelotes près , fur un demi-minot, par exemple , tantôt en plus , tantôt en moins, ce qui vient toujours en compensation réciproque.
- 577. Cette égalité de produit des pelotes par mefure eft fi confiante, que les fabrications qui en donneraient plus que moins , pourraient être regardées comme une preuve certaine d’une opération inférieure de la part du metteur en forme ; celles qui en donnent plus, font un renfeignement infaillible à cet égard. Au moyen d’une fourniture ou d’une provifion de cette efpece par morceaux ou maffes de volumes femblables, dont un nombre eft capable d’entretenir pendant douze heures de fuite un bon feu, il eft facile aux particuliers qui peuvent être dans le cas de le defirer, de régler leur chauffage pour fix mois, d’évaluer à très-peu près cette confommation, félon que chacun veut ou peut fe chauffer à grand feu toute la journée, ou
- (a) Différent feulement, mais égale- de proportion de pâte, donne pour le prévient diftinét en inégalité de nombre, dans mier charbon quelques pelotes de moins , une fabrication de charbon gras pour les & pour le charbon maigre quelques pelotes cheminées, & dans celle du charbon maigre de plus, pour les poêles, qui, à raifon de la différence
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- à un feu bourgeois , ou à un très-petit feu de ménage, ou à un feu encore bien inférieur.
- S78. Aucune occalîon n’était plus favorable pour avoir des réfultats précis fur ces différens points , que l’attelier de fabrication ouvert à Paris en 1770 , qui devait avoir pour but de rendre fervice à l’état, & de foulager le pauvre en lui procurant un chauffage économique & bien conditionné. Si le projet de cet établilfement, fur lequel la capitale, le miniftere & les pays étrangers ont eu les yeux ouverts, au lieu d’avoir été di&é ( comme toutes les apparences donnent lieu de le préfumer) par des vues perfonnelles & peu honorables , avait eu pour principes des vues honnêtes, & eût été conduit en con-•féquence, il aurait offert dans tous les tenus, même malgré un mauvais fuc-cès, un tableau auili utile que curieux , pour les pays où l’ufage de ce feu n’elt point connu. Le défordre inoui, répandu non-feulement dans la geftion de l’affaire, mais encore dans toute l’exécution du projet ., par celui même qui s’en était chargé, & dont il nous a fufti de rendre le compte le plusvfuc-cind, a porté dans cette partie des opérations une telle confufion , qu’il a été de toute impoftibilité de tabler fur aucun des réfultats de fabrication : en même tems qu’ils s’étaient fort éloignés de ce que j’avais toujours reconnu dans mes elfais ( a), ils ne fe rapportaient point du tout entre eux; le mi-not f£), d’après la déclaration d’ouvriers fur lefquels on pouvait compter, produisit de 420 à 440 pelotes réduites à un petit volume, ce qui ferait pour le terme moyen la quantité de 6000 pelotes , au plus faible, par voie ou muid, & pour 430 ou 440, au minot, 6121 pelotes par voie, (c)
- (fl) Dès le mois de novembre, que je m’apperqus des diminutions faites fur la capacité des moules , cette fraude était déjà à un point que, fur un millier de pelotes , il devait y en avoir cent cinquante de moins que ce que le moule aurait dû en donner.
- ( b ) On doit fe reffouvenir que cette me-fure n’était pas exaête.
- ( c) Ces difparités, le manque de conformité entre les déclarations des ouvriers & celle du directeur des travaux, qui avait feul la geftion en main , n’avaient d’autre fource que l’augmentation du produit fictif du minot, fraude imaginée fans doute pour faire perdre de vue le produit réel & conf-tant de cette mefure, de laquelle, s’il n’y avait pas eu d’altération dans les moules, on pouvait toujours partir raifonnablement, en comptant par minot ou par voie, qui de-
- vaient l’un & l’autre être repréfentés par un nombre donné de pelotes. Cette fabrication irrégulière & combinée, qui était encore défectueufe par une trop forte addition de pâte , lai fiait en conféquence en-arriere un furplus multiplié de charbon en nature ,qui était cenfé être entré dans les fabrications, & qui ne devait plus entrer dans les comptes du charbon reliant ou à employer : il ne pouvait que devenir au préjudice du con-fomnlateur, fruftré d’un chauffage economique & bien conditionne', un profit fecret, dontl’efpece n’a pas befoin de qualification. Cela n’a pas empêché que dèsle-premier février , on ait encore trouvé de manque fur la totalité du charbon à employer, quatorze voies trois minots; & malgré cette abondance frauduleufe de pelotes, foit au minot, fort à la voie , un déficit de 87S°7 pelotes :
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- Ç79. Le tableau qui va fuivre du produit de pelotes de différentes me-fures données de charbon mêlé à différentes proportions de pâte, & mifes en forme dans des moules d’une dimenfion donnée ; le tableau que je donnerai auffi de la confommation de ce chauffage pendant iix mois , quoiqu’in-complets (a) par les raifons que je viens d’alléguer, donneront une idée de ce que j’avais cherché à reconnaître, & qu’il fera facile, dans les endroits où 011 voudrait faire ces opérations, de fixer par des expériences réitérativement conftatées; il ne reftera qu’à remplir le nombre de pelotes dans les parties où il n’a pu être marqué dans le premier tableau, ainfi que les autres articles qui fe trouveront en blanc dans le fécond. -
- Effais de fabrication en petit, pour s'ajjurer de la qualité & des proportions de terres à corroyer avec differentes qualités de houille.
- f 80. Le moule dont je me fuis fervi, comme le plus favorable pour l’avantage du travail & de la confommation, eft celui à la liégeoife (b). Les me-fures qui y font nommées font le minot, & la voie ou le muid de Paris; le minot du poids de 184 livres; la voie contenant quinze minots & un de furplus pour droit de maréchal, faifant 2944 livres de poids total, différent au pied de la mine. Les proportions de pâtes ont été évaluées par des me-fures fixes, afin d’approcher davantage de l’exaélitude.
- Effai fur trois mines.
- 3 Min. | de pâte, faifant 2 ni. ou 8 boiff. de pâte, donne Pelotes.
- i de pâte, faifant | de m. ou 3 Jboiffeaux. P.
- — de pâte, | ou un boiffeau. P.
- ï de pâte, 1 minot ou 4 boiffeaux. P.
- Part, égale de pâte, 1 \ ou 6 boiffeaux. P.
- | de pâte, ou deux boiffeaux. P.
- | de pâte , ou deux boiffeaux & J donne 246 Pelotes.
- à la liégeoife.
- les calculateurs trouveraient aifément la fomme que produiraient ces déficit obfcurs ; les recettes, les dépenfes embrouillées répondaient à toute cette marche, qui ne m’eft connue dans ce détail circonftancié, que par l’examen de l’inventaire & autres papiers relatifs , fait par une perfonne entendue.
- ( a ) Le premier , pour les réfultats de fabrication en pelotes ou briques, dont je
- fixe uniquement celui d’une fabrication dans laquelle il entre un cinquième de pâte ; le fécond , pour d’autres réfultats , auxquels il fera de même aifé de fuppléer.
- ( b ) Quatre-vingt-douze livres de charbon gras de Liege, poids du pays, mifes en forme pendant la pluie,à Liege même, avec une lunette de feize pouces trois lignes, pied de roi, en pourtour, ayant ûx pouces
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- Effai fur une voie, autrement dite muid de charbon de terre, faifant feiçe
- minots. ( a )
- Une voie | de pâte, | de pâte, ou 10 minots de pâte, donne Pelotes.’ ou 3 m. J. P.
- é de pâte, ou 1 m. J. P.
- } de pâte, ou f minots. P.
- Partie égale de pâte, 7 minots & {. P.
- | de pâte, ou 2 min. & 2 boilTeaux. P.
- |de pâte, 3 minots. 50004 Pelotes.
- V. SÉCHOIR OU HALLE A SECHER, 6* premier dépôt pour les briques de houille , apres leur dernier relèvement dans ce quartier.
- 5*81- Les metteurs en forme, en continuant leur befogne fur une grande malfe, comme on le voit fig. 3 ,pl. XLI, ont befoin qu’on débarralfe leur terreiti des pelotes dont ils l’ont couvert autour d’eux. Ce premier relèvement nécelfaire pour faire place à de nouveaux hochets, s’exécute le rplus tôt poflible : je donne à l’endroit deftiné à recevoir les pelotes fraîches, le nom de /échoir parce qu’elles achèvent d’y prendre à l’air la confiftance folide qui les rend propres à être emmagafinées quelque part que ce foit.
- 582. Ce qu’il y a à remarquer pour ce quartier, concerne (a fituation relativement à.la diftribution de l’attelier, les difpofitions qu’on peut y faire, l’arrangement qu’on y donne aux pelotes pour accélérer leur delféchement, fon étendue & fou enciente. Par rapporta la, fituation du féchoir dans l’enclos de l’attelier, il doitavoifiner le quartier où les pelotes fe mettent en forme* afin que les pelotes tranfportées encore fraîches, rifquent moins de fe caffer ou de fe déformer, n’y ayant pas loin de l’un à l’autre i & dans cette même vue, l’entrée & la fortie de ces deux quartiers doivent être refpedivement en face. L’étendue du féchoir doit être relative à la maniéré dont les pelotes font placées dans ce quartier, lorfqu’on les y apporte pour fe fécher complètement > on pourrait élever fur le fol des féparations étagées à claire voie, comme dans les briqueteries : cette conttrudion exigerait une toiture, & ferait commode pour faire fécher une grande quantité de briques à la fois. En ne choifiifant pour cette fabrication que les laifons les plus favorables, il ferait pofiible, à mefure qu’011 apporterait fur des planches ou autrement
- deux lignes de longueur, fur trois pouces tir du moule trois livres & un quart, & deux lignes de largeur, & deux pouces une deux livres trois quarts lorfqu’il a été fec. ou deux lignes de hauteur, ont donné qua- (a) Au lieu dequinze,àcaufedu droit rante hochets & un quart: un pefait au for- de bonne mefure, ou droit de maréchal-Tome XVII. K k k k
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- les briques qui fe relevent du' quartier des metteurs en forme, il ferait pof-fible de les placer tout Amplement à terre ; il faudrait alors les arranger de maniéré qu’elles ne fe touchaient point, que l’air les frappât de tout côté, & qu’en même tems le releveur eût i’aifànce convenable pour fe tranfporter partout, pour tâter & retourner les pelotes. Le moment de les retourner fe reconnaît lorfqu’en les tâtant, les doigts ne s’impriment pas delfus ; on voit qu’alors le féchoir doit avoir plus d’étendue que fi on les rangeait fur des étages à claire voie, & qu’011 doit être pourvu de pailiaffons pour couvrir les pelotes s’il venait à pleuvoir.
- fS?. Dans l’une & dans l’autre maniéré de lécher les pelotes, le fol de ce quatier doit être foigneufement battu à ciment, afin de pouvoir balayer de tems en tems , & tirer parti de ce qui fe détache des pelotes en féchant,: dans une grande fabrication, ces débris forment un objet qui n’eft point à négliger.
- y 84- La plupart des mains-d’œuvre qui conftituent la fabrication du charbon de terre apprêté , cette derniere fur-tout, lailfe appercevoir fuffilamment que toutes les faifons de l’année ne lui font pas propres : les tems de froid & de gelée font abfolument contraires à ce travail ; le froid exceflif, en arrêtant l’évaporation de l’humidité, & en durcilfant trop promptement les pelotes , ne ferait qu’y retenir l’eau fans qu’elles foient réellement feches j & fi elles viennent à être failles par le froid , lorfquelles font encore fraîchement faites, ou qu’elles ne font pas entièrement feches, elles fe défont furie-champ lorfqu’on viç&yt à les mettre au feu : l’eau qui y avait été fixée & glacée, éteint les pelotes qui ne peuvent s’embrafer. Cette fabrication ne peut donc avoir lieu que dans les tems où il ne gele point : dans le mois de mars, il y a quelquefois de beaux jours où le foleil, accompagné d’un petit vent de bife , eft alfez favorable.
- Ç85. Pour obvier aux inconvéniens du froid & de la gelée , fi l’on était obligé d’en travailler alors, il ferait poflible de fabriquer dans desœaves ou dans tout endroit où l’on pourrait tenir jour & nuit un feu de houille j mais cela n’eft point praticable en grand, & ne peut avoir lieu que pour une con-fommation particulière.
- f86. Le trop grand hâle & la trop grande chaleur ne font pas non plus autant favorables qu’on pourrait d’abord l’imaginer j les briques, en fe def-féchant trop promptement , peuvent fe déjeter & fe crevalfer, ce qui les empêcherait de prendre beaucoup de dureté : il ferait aifë de ralentir l’évaporation de l’humidité, en faupoudrant les pelotes de fciure de bois, & encore mieux d’argille - fable.
- f 87* Lorsque le tems eft chaud & fie , douze ou quinze heures fuffifint pour elfuyer les pelotes, au point de pouvoir les tranfporter dans l’endroit
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- où on veut les emmagafiner, où elles achèvent de fe fécher en les y arrangeant convenablement (a). L’efpace de tems qu’il faut le plus ordinairement , hors des chaleurs, eft de trois jours ; dans les tems humides & pluvieux, il en faut davantage (£). Si l’on pouvait pour le travail choifir un tems bien favorable, on n’aurait, pour ainfi dire, pas befoin de féchoir ; ce quartier alors ferait employé à fervir de magalin de pelotes.
- 5*88- Quand elles ont acquis aifez de confiftance pour pouvoir être maniées làns fe déformer, on les portera au dépôt, où elles achèveront de fe fécher complètement > mais il ne faut point les y porter qu’elles ne foient bien feches, fans quoi la charge de l’empilement en écraferait & en gâterait beaucoup. On réferve pour ce dépôt toute la partie du mur qui fait l’enceinte extérieure du féchoir, & qui doit être plus élevée que dans toutes les autres parties de l’enclos ; cette muraille ainfi exhauflee, fert d’appui aux pelotes entièrement feches , ou peu s’en faut, qu’on mettra en piles les unes fur les autres , comme on le voit pi. XLI>fig. $ , & encore mieux en difpofant ces pelotes de maniéré que dans toutes les rangées elles ne fe touchent que par les extrémités, & donnent accès à l’air par-tout: cette élévation de la muraille aura encore l’avantage d’ôter aux ouvriers la facilité de diftraire des pelotes, foit pour leur ufage , foit pour les vendre, en les jetant hors de l’attelier par - deifus le mur.
- Parc des ujlenjiles de fabrication.
- f 89. Comme il eft nécelfaire d’avoir toujours des uftenfiles en réferve afin de fuppléer à ceux qui fe trouveraient d’un inftant à l’autre hors d’état de fervir, on a réfervé fur le plan un endroit deftiné à cet objet, & à ferrer tous les uftenfiles de l’attelier pendant le chommage des travaux j cet endroit en conféquence doit être fermé par - tout & couvert. Enfin, à droite & à gauche de la porte de l’attelier, on doit ménager une chambre pour deux commis, l’un chargé d’infcrire le nombre de voitures de charbon arrivant du bateau à l’attelier, l’autre chargé de tenir regiftres des livraifons aux acheteurs , & des voitures qui portent aux entrepôts de l’attelier,
- Tranfport des briques de houille par çharrois.
- f9<5. Les voitures de tranfport, quelles qu’elles foient , même celles appliquées à cet ufage pour l’attelier, doivent être garnies intérieurement
- ( a ) Il ne faut pas davantage, lorfqu’il ( h ) M. Venel eftime que dans le bas-fait beau & foleil, pour refluyer les briques Languedoc huit jours de foleil & de vent à bâtir. du nord, même en hiver, fuffifent;
- K k k k ij
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- d’un paillalfon ou d’une forte toile, pour retenir le pouflier que les mouvemens de la voiture détachent des pelotes, & qui peut très-bien entrer dans les feux de ménage; (a) une charrette à ridelle portait de l’attelier à l’entrepôt de Paris trois mille pelotes, évaluées à environ trois mille pefant.
- Entrepôts & fous - entrepôts de vente.
- f9i. La vente & le débit de ce chauffage bien conditionné, & à un prix raisonnable qui le rende économique, n’aurait pas lieu dans une ville pendant un hiver, qu’il fe préfenterait des perfonnes pour en tenir des entrepôts dans les diifërens quartiers (Æ). Il eft à propos en conféquence de faire connaître la maniéré dont doivent être difpofés les lieux que l’on voudrait def. tiner à cet ulàge. Tout endroit couvert eft propre à garder ce chauffage ; les caves feules doivent en être exceptées ; les rez-de-chaulfée fans contredit » font les endroits où ce chauffage peut s’emmagafiner le plus commodément; dans les grandes maifons, comme communautés & hôpitaux, il fuffirait de conftruire un hangard dans lequel 011 difpoferait des planches par étages, fur lefquelles on rangerait les pelotes; dans les entrepôts en chambre par bas , il fuffirait que le fol fût couvert de planches qui n’y fuffent pas à demeure , & allez exhaulfées au - delfus du terrein, pour d’une part défendre de l’humidité les pelotes qui porteraient immédiatement fur ce plancher, & d’une autre part lailfer un vuide qui aurait d’abord été balayé avec foin , dans lequel s’amalTerait le pouflier détaché par les remuages : ce pouflier , ramalîë chaque fois qu’on renouvellerait l’entrepôt ou cette ferre, n’étant mêlé avec aucune ordure, palferait pour le compte du chauffage de l’entrepreneur, avec les pelotes qui fe trouveraient calfées ou féparées de maniéré à 11e pouvoir être de débit & reçues par les acheteurs.
- Economie fur le chauffage dans le pouffer & dans les cendres des pelotes.
- f92. Dans les atteliers de fabrication, & dans les entrepôts ou fous-entrepôts de vente, où cette marchandife eft remuée fans celle pour le débit, le bénéfice du pouflier qui s’en détache, balayé & ramaifé lorfque lenragalin tire à fa fin, forme un profit qui 11’eft point médiocre.. Au fécond magalin,
- ( a ) L’efpace de terrein qui eft entre le fe décideraient à ne fabriquer de ce chauffage clos des pâtes & le charbonnier, peut fer- que pour leur ufage, s’appercevraient bien-vir d’écurie ; celui qui eft entre la partie des tôt de l’envie qui naitrait dans leurs envi-uftenfiles & le féchoir, peut être employé rons, de tirer avantage de la même reffource ; à remifer les voitures. en ufant de quelque réferve pour fe prêter à
- (b En connaiffant les hommes, il n’y en faire part ,tout le monde voudrait en a point de doute que dans les endroits où avoir, & ils feraient en peu de tems dans le le charbon de terre eft à bon marché, un feul cas d’en faire en gros & en détail un négoce manufacturier ou une feule communauté qui confidérable.
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- forme à Paris pour l’hiver de 1772 , de ce qui fut tranfporté du magafm de l’hiver de 1771 , il fe trouva fur cent mille pelotes deux tombereaux de pouf-fier. Si les briques ou hochets, dont il était les débris , eulfent été fabriqués convenablement, on eût pu remettre ce pouflîer en forme pour en faire un chauffage propre aux poêles. Le pouflîer réfultant de vingt-fept mille pelotes, telles qu'elles fe débitaient, mouillé & remis en forme fans aucune addition ni de pâte, ni de charbon, donna fept cents pelotes faites dans le moule de grand volume à la liégeoife : ce qui ferait alors quatorze cents pelotes , félon la qualité de la pâte. Partant fur un millier de pelotes on retrouverait un bénéfice
- de cinquante pelotes, (a)
- (fl'Comme dans tout ceci nous envifageons toutes les utilités que peut réunir ce chauffage , particuliérement en faveur du citoyen mal-aifé que la néceffité force de fe rendre attentif fur toutes les petites économies, on doit remarquer qu’au profit à retirer des menus débris des pelotes emmagafinées, & qui regarde uniquement, foit ceux qui feraient commerce de ces pelotes, foit ceux qui en feraient de grandes provifions , on doit ajouter le profit à retirer des cendres de ce chauffage. Ce réfidu, pour n’être d’aucun ufage dans les leffives, n’en eft pas moins de défaite : il eft aifé de fe rappeller fa propriété pour les terres où l’on cultive des légumes & pour l’engrais des prairies. M. de laTourette, correspondant de l’académie, dit que ces cendres font finguliérement propres à détruire la moufle des prés, lorf-que,fur-tout avant de répandre ces cendres, on a eu la précaution de fcier la prairie avec la charrue deftinée à cet ufage ; il ferait très-facile aux débitans de ce chauffage , foit aux entrepôts, fous - entrepôts & ailleurs, de s’accommoder de ces cendres avec les particuliers qui les leur apporteraient , & de les vendre aux marachers, aux jardiniers & à ceux qui ont des prairies. L’auteur d’une brochure publiée en 177Ç, fous le titre : Examen de la houille confédérée comme engrais des terres , 40 pages in-12 , eft tombé dans la méprife de nom, contre laquelle nous avons effayé de prémunir nos ledeurs. La houille qui fait la matière de ce travail, n’eft autre chofe que ce que j’ai appellé terre-tourbe, & qui fe
- trouve dans prefque toute la Picardie. Quoique l’auteur ait eu foin d’obferver que ces terres-houilles ne font pas un vrai charbon de terre , il les confond cependant par-tout dans fon ouvrage avec le charbon de terre de Severac , qu’il met mal-à-propos dans la clafîe des faux charbons de terre, ou des efpeces de fchiftes de charbon de terre, parce que vraifemblablement il n’en a point vu. Aucun des inconvéniens qu’il attribue aux cendres de ces terres-houilles ou terres-tourbes pour l’engrais des terres , ne fe rapporte en aucune façon aux cendres de charbon de terre, qu’il prétend , fans l’avoir prouvé, être en général de nature fulfu-reufe , bitumineufe , vitriolique, ferrugi-neufe, cuivreufe , arfenicale , principe qui ne fe trouve ni dans les terres - tourbes, ni dans les houilles proprement dites. Autant qu’il a été poflible d’évaluer ce produit particulier du chauffage de charbon de terre apprêté, j’ai cru pouvoir avancer que cent pelotes qui n’ont point fouffert de déchet par aucun remuage ni tranfport, donnent un boiffeau & un quart de cendres ; ils’en-fuivrait qu’un demi-minot de charbon fabriqué, donnant cent foixante - cinq pelotes , produira au particulier deux boit féaux de cendres : fi enfuite on veut évaluer la voie de cendres fur le même pied que celle de charbon , c’eft-à-dire, à quinze ou feize minots, il devient aile, en fuppo-fant la voie de ces cendres vendue huit livres , d’évaluer le taux réel auquel le chauffage reviendra au confommateur occupé d’économie.
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- f93. Pour faciliter dans la province une fabrication de l’efp ece fur laquelle nous nous fommes étendus autant qu’il nous a paru néceffaire , nous allons donner un tableau raccourci, dont les articles feront aifés à remplir, & nous le ferons fuivre du tableau que nous avons promis fur la confommation de ce chauffage.
- Etat des objets fur lefquels tombent les frais d'une fabrication de trente voies, exécutée datés la province.
- Trente voies à ... la voie. . . .
- Pâte .. à ... la voie. . . .
- Marcheux pour les pâtes, & pour les corroyer avec le charbon................ I
- Metteurs en moule....................
- Location du magafin..................
- Commis.' ............................
- Total. . . .
- Les trente voies produiront mille pelotes.
- A deux fols la douzaine , ferait.....
- Prix du charbon & frais..............
- Bénéfice réel par trente voies.......
- Tableau de confommation du chauffage , avec le charbon de terre apprêté pour différens feux ; de la quantité de pelotes de charbon & de leur valeur9 par jour & pour Jix mois de Cannée,
- S A V O I R :
- Qualités des feux. Matin. Pelot. Midi. Pelot. Soir. Pelot. Par jour. P. 6 mois. En arg. p. j- P. 6 mois. Prix des PELOTES.
- En pelot. En charb. s* w O 3 n hg “ ? SB1 o S" !4 p» o4 m- « JO O 3* Vi O- n> o* (T) n ts* w 5- 5* O. P g t-’ O 2 a- 3 n r*- 3 O CD HH 3 rT n
- Premier feu. 12 • • • • 12 24
- 2 feu. . . . *5 .... 15 3° /
- î feu bour- 15 15 15 45
- geois. . . - -
- 4 feu. . . . 20 20 20 6o
- ç grand feu. 35 34 33 100
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- MÉMOIRES
- SUR LES FEUX DE HOUILLE,
- OU CHARBON DE TERRE.
- Des avantages des feux de houille pour le chauffage & pour les befoins > domejliques.
- Telles font les différentes maniérés de fe procurer avec le charbon de terre, foitdâns les cheminées, foit dans les poêles, un chauffage économique.
- Sa fupériorité fur le feu de bois, tant pour la commodité que pour d’autres circonftances, eft établie fur des preuves difficilès à coutelier. En effet, allumer promptement du feu qui n’a pas befoin de l’aide du foufflet ; le voir toujours fe foutenir fans ce fecours dans l’état qu’on veut, fans être obligé" de l’arranger continuellement ni de pourvoir à fon entretien ; échauffer facilement une chambre ; être plus qu’avec le bois à l’abri d’une fumée auffi incommode pour la poitrine que pour les yeux : la houille fatisfait pleinement à tous ces moyens. Tels font les avantages du charbon de terre apprêté. Il n’eft perfonne qui ne lâche que ces avantages fe trouvent rarement réunis dans le chauffage avec du bois , & que , quelque peu de bois qu’on prenne dans les chantiers , les meilleurs portent fouvent, en brûlant, de très-grandes incommodités : ce qui a donné occafion à des traités particuliers, tant fur la conftru&ion que fur la dif-pofition des cheminées.
- I. Ces pelotes embraféesne quittent jamais le grillage dans lequel elles font contenues ; elles ne renvoient jamais, comme le bois , des éclats enflammés. Ces circonftances ne fout point indifférentes pour les perfonnes qui habitent des appartenions parquetés , pour peu qu’on fe rappelle les incendies furve-nus par le défaut d’attention à écarter les meubles des cheriiinées où l’on fait des feux de bois.
- IL On ne peut douter non plus que ceux-ci ne foient plus convenables pour les logemens abrités du foleil, ou pour les falles baffes, dont l’humidité malfaine , particuliérement pour les tempéramens fluxionnaires, ne peut jamais être corrigée par le feu de bois qui, quelque grand qu’on veuille le faire, eft difficilement égal & uniforme dans fon a&ivité comme l’eft celui-ci, dont la chaleur étant plus vive , s’entretient bien plus long-tems la même.
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- III. L’effet ordinaire à toute efpece de feu ( la fumée ) ne fe trouve pas à beaucoup près le même dans ce chauffage , que celle du bois : il mérite même par-là la préférence pour les appartemens, dont les cheminées renvoient la fumée. Cet inconvénient, fupérieur à l’intelligence très-bornée à la vérité de tous les fumiftes, puifqu’elle échappe fouvent aux renfeignemens de la bonne phyfique, ne laiffe dans certaines maifons d’autre alternative, ou que d’éteindre le feu & d’être alors failî par le froid de l’appartement, ou , fi l’on veut ne pas être fatigué de rougeurs, de maux d’yeux cuiiàns, de fouffrir le vent d’une porte, d’une fenêtre, d’un vas ift das. Le feu de houille reftreint, on ne peut davantage, l’importunité de la fumée, foit qu’elle dépende de la place que la cheminée occupe dans la chambre , de la difpofition du foyer, de la tournure de l’appartement, foit qu’elle ne tienne qu’à des caufes paffageres, relatives au tems , au vent, à l’air, au foleil donnant pour quelques quarts d’heure fur la cheminée, & à d’autres femblables, auxquelles il n’y a point de remede.
- La fumée du feu de houille , quelque confidérable qu’on la veuille fuppo-fer, on ne doit cependant pas s’en former une idée fâcheufe, d’après ce qu’on voit chez les ferruriers qui enufentpour leurs ouvrages; cette fumée ne dure que pendant que les pelotes 's'allument. Lorfqu’une fois toute l’humidite qui s’y était confervée eft difiipée, ou que la flamme a gagné toute la pyramide & enveloppé ou détruit l’exhalaifon de bitume ( or ce tems eft fort court ), il ne refte plus qu’un grand brafier bien allumé , fans aucune vapeur fenfible à l’œil : aufli les linges renfermés dans des armoires, les dentelles , les coëffu-res, les autres ajuftemens, fe confervent dans leur blancheur, dans leur netteté; on ne les trouve point ( quoiqu’on en puiffedire) rouflies , comme on le voit ordinairement dans nos pays. J’en parle d’après l’expérience confiante des Liégeoifes , qui font au moins aufli curieufes que nos Françaifes de conferver la blancheur à leur linge & à leurs ajuftemens.
- IV. L’odeur ou la vapeur qui s’échappe de ces pelotes foumifes à Padtion du feu, fuivent la même marche que la fumée ; déjà bien moindre que celle qu’on connaît dans lesatteliers des ferruriers, ou autres , elle fe diflipe lorfque le feu eft embrafé. Elle eft fouvent fi faible , que j’ai vu ici des personnes qui ne la trouvaient pas, & qui ne pouvaient décider de la matière dont ils voyaient réful-ter un beau & bon feu. ( a )
- Il eft d’ailleurs très-facile , pour ceux qui y répugneraient, de ne pas en ref. fentir la moindre impreflion. Il n’y a qu’à régler fon chauffage, c’eft-à-dire, la
- ( a ) M. le duc de la Vrilliere ayant defiré Maurepas, M. le préfident de Fleury , de juger par lui-même de l’effet de ce chauf- une affemblée nombreufe qui fe trouvait à fage, il en a été dreffé dans une piece de l’audience, en ont marqué une fatisfaélion fon hôtel un très-grand feu. M. le comte de unanime.
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- quantité de pelotes , ou fur le degré- de froid , ou fur la grandeur de la piece qu’on veut échauffer , ou ne pas trop s’approcher du feu, & communément ou eneft dilpenfé. On pourrait encore n’employer dans la piece où l’on fe tient, que les pelotes reliées la veille du feu de fa cuiline, ou de tel autre appartement. Il y aurait un autre moyen fort (impie , qui ferait de faire allumer le feu, comme ilfe pratique pour le chauffage avec le bois, avant de paffer dans l’appartement.
- Les poêles , d’ailleurs, fourniifent un remede à ces craintes, aufïi peu fondées que toutes les autres , qui dans un moment feront amplement examinées.
- Une circonftance finguliérement digne d’attention dans ce chauffage, dont il ferait difficile de détailler les nombreufes relfources pour les perfonnes réduites à la trille économie , qui fe borne à fatisfaire au befoin forcé, c’eft que les cendres du feu peuvent iong-tems profiter au même ufage. Cette poufîiere s’eft engrailfée d’une portion de la matière réfineufe qui s’eft confommée, de maniéré qu’elle retient toujours l’aliment du feu, & qu’elle peut, ou dans ce même état, répandues légèrement fur la pile de pelotes, ou avec un nouvel apprêt, entrer dans la compolition d’un nouveau feu.
- Cette propriété , qui n’eft pas difficile à concevoir, en exemptant à volonté de mettre dans fon feu un même nombre de nouvelles pelotes, diminue encore la dépenfe , puifqu’on eft maître de tirer parti à l’infini de ces cendres, & que l’on peut y trouver fans ceffe un feu qui n’a point de fin.
- Outre la maniéré dont on peut employer ces cendres tout fimplement, il y en a d’autres, comme d’en détremper plus ou moins avec de l’eau dans une terrine ou autrement. Cette lotion verfée fur d’autres hochets embrafés, y forme une croûte , & augmente confidérabîement la chaleur du feu.
- Il eft même encore poffible , pour une plus grande économie, d’en former de nouvelles pelotes, comme nous l’avons décrit à là place.
- VI. Pour les cuifines, le feu de houille eft incomparablement fupérieur à celui du bois ; l’avantage qu’il a de donner une chaleur plus grande & plus pénétrante , doit le faire préfumer. Il peut y avoir dans cette application du feu de houille aux befoins de la cuifine, quelques attentions particulières fur la diftance qu’il convient d’obferver pour approcher les viandes que l’on veut faire rôtir ; il paraîtrait alfez raifonnable de penfer qu’en n’obfervant point fur cela une certaine réglé, qui s’acquiert facilement par l’ufage , les émanations bitumineufes, en s’introduifant dans les viandes, peuvent les ramollir, & pourraient même leur faire contra&erun goût étranger. Ce qu’il y a de certain, c’eft que l’idée eft alfez générale dans Liege , que le feu de houille eft plus propre à rôtir les viandes, & qu’elles acquièrent plus de goûtj je l’ai conftaté fur les viandes que l’on fait cuire fur un gril. Eh 1 n’eft-on pas obligé d’avoir les Tome XVII. LUI
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- mêmes attentions pour rôtir au feu de bois, ou griller à celui de charbon ? Si te cuifinier n’obferve pas une diftance raifonnable , outre que les viandes font ha-vies ou brûlées, elles contractent l’odeur de la fumée, ou cette odeur difgra-cieufe qui émane des charbons. Il n’y a donc ici rien d’extraordinaire , rien de nouveau.
- L’auteur de la Minéralogie imprimée en 1762, affirme le contraire; il l’affirme comme fu de tout le monde, comme étant ce qui s’y reconnaît le plus ordinairement. VObJervateur français à Londres , ( a ) pour lequel le public eft prévenu favorablement, ne paraît pas du même avis que M. Valmont de Bomare.
- Je me garderai bien de ftatuer fur une fenfation auffi diverfifiée que fon organe même, dont les anatomiftes n’ont encore pu convenir, auffi fubor-donnée aux mets qui lui font fournis, & à l’imagination qui en juge : un article de cette efpece, fur lequel il eft décidé qu’on ne peut jamais difputer, ne pourrait donner matière qu’à une difcuffion rifible. Je m’en tiendrai à obfer-ver que j’ai été témoin de la furprife de plus d’un Français , en ne trouvant pas ce goût déplaifant auquel ils s’attendaient, & même de la difficulté qu’ils ont eue à fe perfuader que leur repas, qu’ils avaient trouvé fort à leur goût, avait été préparé au feu de houille. Cela fuppofe au moins que, fi les viandes rôties contrarient à ce feu quelque chofe de défagréable , l’imagination ou la préoccupation contribuent beaucoup à faire trouver cette faveur bien légère & bien imperceptible ; qu’il n’eft pas , en conféquence , poffible d’avancer ce fait comme chofe bien certaine.
- VII. L’égalité du feu de houille, mentionnée n°. II, préfente tout d’un coup à l’idée un grand avantage pour les journaliers , ou pour les particuliers peu aifés, fans domeftiques, ou qui n’en ont qu’un. Ce feu n’eft point fujet à Varier ni à fe déranger, comme on l’a vu n°. II ; il difpenfe les premiers de veiller à la conduite du feu pendant que leurs nourritures fe cuifent : pour les féconds , leurs domeftiques ne font point détournés des autres occupations du ménage. Les perfonnes logées en chambre garnie , & qui veulent ne point confier la clef de leurs appartenons ; les hommes de cabinet, ne feront pas des derniers à fe décider en faveur de cette nouvelle maniéré de fe chauffer.
- Si donc on envifage fimplement le charbon de terre appliqué à ces ufàges fur lelquels roulent les befoins de la vie les plus répétés, il eft clair qu’ii l’emporte fur le bois : 011 fera fans doute furpris , lorfqu’on connaîtra fes effets particuliers fur l’air. Comme cette propriété eft tout - à - fait oppofée aux idées reçues, je ne traiterai pas ici cette raifon de préférence; elle deviendra plus frappante & fe préfentera d’elle-même à Pelprit, lorfqu’en examinant les
- (a) Ou Lettres fur Petat préfent de l’Angleterre, relativement à fes forces, à fon commerce & à fes mœurs, part. III, volume II, lett. 75, page 33 <5.
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- reproches que l’on fait àl’ufage du charbon de terre Relativement à la fanté, }e montrerai que le feu réfultant de ce foffile , loin d’y être contraire , lui eft favorable.
- Des phénomènes particuliers au feu de houille.
- L’emploi très-étendu que l’on fait du charbon de terre pour exécuter quantité d’ouvrages, ainfi que l’application que les habitans des pays où il s’en trouve favent en faire en chauffage , aux cuifines & à tous les autres befoins du ménage, ne devraient pas tailler matière à aucune forte de crainte fur ce foffile allumé chez les particuliers.
- Il eft vrai, & je l’ai remarqué (a), qu’il y a des charbons de terre préjudiciables j mais ces charbons exclus ( & leur petit nombre eft facile à reconnaître ) n’empêchent pas que tous les autres venant du même pays, ne foient d’un grand profit & d’une reffource dont on eft bien loin de fe plaindre. Comment donc le feu de houille, que l’on fait être recherché conftamment dans quantité de pays, eft - il généralement méfeftimé, on pourrait dire, décrié dans quelques autres ? Ce ferait ignorer la force des préjugés que de lutter contre ceux que les habitans de Paris, fur - tout, témoignent fur cet objet, & qu’ils croient d’autant mieux raifonnés, qu’ils trouvent leurs préventions établies entr’autres dans des écrits publics, en poffeffion bien ou mal fondée de fixer les doutes & les incertitudes fur les chofes qu’ils annoncent. Les voyageurs inftruits, qui ont parcouru les pays où ce feu eft employé * convaincus de fes avantages, n’en font pas moins furpris que des ouvrages qui devraient être le dépôt où le génie du fiecle configne fes progrès, fe foient bornés fur l’article du charbon de terre , à tranfmettre fans aucune reftridion, fans aucune réflexion, l’opinion vulgaire de leur nation, démentie par l’expérience dans un grand nombre de pays , & qui par confé-quent méritait bien d’être difcutée par les auteurs d’un vafte dictionnaire.
- Mon objet n’eft point d’eifayer de faire revenir le public français de l’opinion défàvantageufe où il eft fur l’emploi du charbon de terre pour le chauffage : il en reviendra lui-même. J’ai penfé feulement que ce ferait donner un nouveau degré de force àces préjugés, fi je les laiflois fubfifter dans des ouvrages qui font aujourd’hui plus que jamais en faveur, qui font prefque devenus, félon l’expreffion de Bayle, une voie au(Ji abrégée que commode de devenir favans à peu de frais ; enforte qu’à ce titre ils tiennent, pour bien du monde, lieu de bibliothèque.
- Celui de ces ouvrages, qui par fon titre doit tenir le premier rang, eft néanmoins celui qui, fur l’article du charbon , fe trouve le plus défectueux.
- (a) SeCt. VIII, art. 2 de la première partie.
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- L’auteur du Di&ionnaire univerfel du commerce (a) , en décrivant fommai-rement les qualités & les eirconftances apparentes de ce foffile, n’était pas tenu à l’exaciicude que l’on ferait en droit d’exiger d’un naturalifte. Peut-être attribuerait-on à mauvaife humeur, fl je reprenais fauteur fur fa définition hafardée, d’autant qu’au défaut d’une bonne définition qu’on n’ira pas chercher dans cet ouvarge, le refte de fon objet n’en eft pas moins rempli de façon à le faire toujours regarder comme un très - excellent livre. Il eft cependant néceflaire , pour ce qui va fuivre, de faire obferver fans autre difcuf-llon, que le moindre forgeron, ferrurier, taillandier, chauderoimier , ou autre artifan de ce genre, habitués à manier ce foffile avec toute l’inattention qui leur eft permife, qu’un enfant même, né dans les endroits qui en pro-duifent, ferait en état de la contredire (b). Il en eft de même de la différence qu’il y établit entre le charbon de terre & le charbon de pierre (c). On en peut juger par ce qui a été dit, feêt. IX , art. i, de la première partie. Il eft de fait que dans le public on confond prefque toujours le charbon de terre avec la tourbe , nommée par plusieurs auteurs latins terra carbonaria. L’auteur ne ferait-il pas tombé lui-même dans cette méprife ? Les fauffes idées qu’il donne du charbon de terre, autorifent au moins à penfer que cette tentative , rapportée à l’année 1714 pour fuppléer à la rareté du bois (d) ,a été faite avec de la tourbe, & non pas avec du charbon minéral. Suppofé au fur-plus que ce que l’on voulut introduire alors, pour le chauffage de Paris, fût véritablement du charbon , dont la defcription très - fautive préfente l’idée d’une autre fubftance, il eft probable qu’on avait fait un mauvais choix de houille ; que celle qui fut mife en vente était quelqu’une de ces efpeces de qualité réellement incommode, & connues telles dans les endroits d’où elles viennent, & dont je parlerai dans la fécondé partie.
- Les mêmes défauts d’exa&itude fur la connaiifance de cette fubftance
- (a) Cet ouvrage , extrêmement utile, dont l’entreprife meme, moins bien exécutée , ferait très-loüable, contient une infinité d’articles excellens ; mais il y en a d’autres où l’exaéfitude ne régné pas toujours. L’auteur, hors d’état d’approfondir par lui-même le grand nombre de matières différentes que fon objet embraffait, s’eft quelquefois adreffé, pour avoir des mémoires,à des gens qui ne poffédaient pas le fujet qu’ils ont traité, qui même n’en avaient que des idées confufes. EJfai fur l'état du commerce d'Angleterre, 2 vol. in-i 2 , tome I.
- (6 ) Le charbon de pierre eft une elpece
- de pierre - ponce noirâtre, mais plus compare , moins fpongieufe & beaucoup plus dure & plus pelante que la véritable pierre-ponce. Définition de l’auteur que nous critiquons.
- ( c ) Le charbon de terre & le charbon de pierre n’ont abfolument rien de commun que leur qualité inflammable. Idem.
- ( d ) Le bois étant devenu très - rare & très-cher à Paris, on y amena quelques bateaux de charbon de pierre; mais la malignité' de fes vapeurs & fon odeur de foufre en dégoûtèrent bientôt. 11 fe vendait en gros au quintal, & fe débitait à la livre. Idem.
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- minérale , fe trouvent dans un autre ouvrage jouiffant des honneurs de plu-lieurs éditions , & de nos jours, des honneurs d’un fupplément (a). Le rédacteur veut que l’on dilHngue le charbon de terre du charbon de pierre (b). L’un & l’autre y font mal définis (c). Il a embraffé l’opinion commune de nos pays fur les effets prétendus du charbon de terre , de falir le linge en le rendant noir, de donnet lieu à des maladies poitrinaires , & T exhaler une vapeur maligne, dont Iddair ejl infupportable à ceux qui ri y font pas accoutumes.
- Le troifieme ouvrage (d), fidele imitateur de ces volumes groflis par le recueil indigefte de tout ce qui fe trouve épars dans ceux qui les ont précédés, a fcchement divulgué les mêmes imputations rebattues dans les uns ou dans les autres, ou répétées par tous ceux qui les y ont puifées. Ces in-convéniens, délàgréables & fâcheux, font encore à être expofés de façon à guider au moins l’idée jufte & précife qu’on doit s’en former, & à préferver l’imagination d’un ledeur de la difpofition à fe grofîir des objets mal préfentés.
- Le didionnaire moderne d’hiftoire naturelle eft; aufii, fur cet article (e), marqué au même coin de tous ces commentaires alphabétiques. Il parait avoir refpedé la crédulité vulgaire touchant le danger de la vapeur du charbon de terre employé au chauffage. La maniéré dont le public s’eft prévenu favorablement pour cet ouvrage, ne peut être pour nous une raifon de trouver l’auteur excufàble de ne s’être point diftingué de ces compilateurs ordinaires; d’avoir 1 aillé entrevoir des doutes & des inquiétudes (/) , fur lefquelles il y a ceci de remarquable darîs l’énoncé, qu’elles femblent ne pouvoir fe concilier avec les réflexions des favans qu’il cite lui-même (g~) ; d’avoir en-
- (à) Didionnaire économique, contenant divers moyens d’augmenter fes biens , & de conferver fa fanté, de. par Noël Chomel, curé de Saint-Vincent de Lyon, quatrième édition, 1740.
- (b) Quelques-uns le ( charbon de terre ) confondent mal - à - propos avec le charbon de pierre.
- ( c ) Le charbon de terre eft une efpece de terre noire Scfulfureufe . . . . Le charbon de pierre eft une pierre minérale , feche Scfulfureufe. ... On le débite ordinairement en gros morceaux , à peu près comme les tourbes de Hollande , mais d’une figure moins régulière.
- (d) Didionnaire d’agriculture & de jardinage , de fauconnerie , chaffe, pèche , cui-fine & manege , in-40, au mot Charbon de terre.
- ( e ) Didionnaire raifonné univerfel d’hiftoire naturelle, contenant l’hiftoiredes animaux, des végétaux & des minéraux , édition de 1768,10-4°, au mot Charbon mi. ncraf Charbon de terre, Houille.
- (f) La grande quantité de vapeurs qui s’élèvent du charbon de terre , dont on fait un fi grand ufage à Londres, occafionne peut-être la maladie connue en Angleterre fous le nom de confomption.
- (g ) Il eft vrai que Vallerius & Hoffmann ont obfervé que la phthifie & autres maladies confomptives, ont été moins communes en Saxe, & ne font prefque point connues en Suede, depuis l’ufage du charbon de terre ; mais il peut fe trouver dans des charbons de terre de quelques pays, des matières étrangères pernicieufes, qui ne fe trouvent point dans d’autres.
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- fin livré les leéteurs aux ténèbres d’une indécilîon qui ne doit pas avoir lieu fur le danger de ce chauffage. Ceux fur-tout qui ont connaiffance de l’Effai de minéralogie , publié en 176s par le même auteur ( a), où il avance que la houille caufe à quelques perfonnes , notamment aux Anglais , des maladies de poitrine ou de confomption, ne favent fi ce danger n’eft que pour les Anglais, s’il n’appartient qu’à la houille en général, ou s’il appartient accidentellement au charbon de terre d’Angleterre. Quantité d?articles du dictionnaire demanderaient de même à être éclaircis. Un de nos naturalistes , célébré par l’étendue de fes recherches, ayant pris foin d’en avertir, on a tout lieu de compter fur ces éclaircifjetnens d chaque nouvelle édition. ( b )
- Cette courte analyfe d’ouvrages qui n’afpirent qu’à favorifer le goût du fiecle dans fa prétention à l’univerfalité de connaiflances, doit être plus que fufiifante pour mettre dans un jour fenfible les défauts qui y font répandus fur notre objet. Mais en nous bornant à ces écrits, ne ferait-ce pas faire injure aux ledeurs attentifs , en préfumant mal-à-propos de leur incuriofité, ou en leur prêtant cet efprit de contradidion qui ne fait longer qu’aux raifons à oppofer, & qui rejette celles qui peuvent perfuader? Ne nous eft-il pas permis de fuppofer que l’on attend de nous que nous détruifions en détail des préjugés que nous n’avons fait qu’expofer ? L’obligation où nous nous fom-mes trouvés de relever ou d’indiquer fommairement les articles défedueux des ouvrages dont nous nous fomtnes d’abord occupés , entraîne décidément la nécelfité de les réformer dans tous les points fur lefquels portent les préjugés qu’ils ont entretenus, qu’ils ont multipliés, tant fur la vapeur ou la fumée, que fur l’odeur & la cendre ou la poufliere, réfultantes de la combufi. tion du charbon de terre.
- Ces trois chefs ne donnent pas matière à des objedions également importantes ; le moindre de ces inconvéniens cependant, (s’il était impoflible de 11e pas en demeurer d’accord ) eft de nature à donner au chauffage dont il s’agit, un motif d’exclufion, dont la révocabilité ne ferait jamais que l’effet du tems, c’eft-à-dire, de l’extrême difette de bois, qui forcerait à paffer fur toute efpece d’incommodité j il eft par cette raifon indifpenfable de fou mettre féparément chacune de ces allégations, chacun des phénomènes qui fe remarquent dans le feu de houille, à un examen régulier ; ce n’eft qu’en les approfondiffant que ces avantages pourront être balancés raifonnabîement avec ceux du bois, lorfqu’il eft trop cher. Mon idée à cet égard étant de mettre à portée de décider fi ce chauffage, dont quantité de pays s’accom-
- ( a ) Minéralogie, ou nouvelle expofi- ( b ) Mémoire fur différentes parties des tion du régné minéral. Paris, 1762,tome II, fciences & arts,par M. Guettard, del’aca-charbon de pierre ou houille. Obfervations, démie royale des fciences , trois volumes pages 251 & 2$2. in-4®, tome II, page 21©.
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- modent fi bien , mérite le difcrédit où il eft dans quelques autres, je me fuis rendu attentif à toutes les rai fous qu’on a coutume d’alléguer. J’irai chercher avec foin, par-tout où je le pourrai, les différentes objections que l’on a coutume de faire contre cet ufage , & le lecteur ne pourra me taxer de m’en être caché à moi - même , ni d’avoir voulu lui en déguifer aucune.
- De la nature du feu de houille, relativement d la famé.
- Des difficultés que l’on a coutume d’oppofer à Pillage de ce foflile pour le chauffage, celles qui ont rapport à la fanté, & qui dès-lors emporteraient fa profcription , doivent principalement attirer notre attention. Nous commencerons auffi par conlidérer à cet égard les effets de la vapeur & de la fumée du charbon de terre.
- Sa fumée acide abforbe une partie de Pair, & détruit pour quelque tems fon élaflicité : fi elle eft reçue de trop près, il peut en réfuter de la toux, même de la fuffocation; c’efl - à-dire, que ces effets font très-poffibles dans l’ufage de quelques efpeces de houille, félon la difpofition des fujets , ou le concours de différentes caufes. Ces effets ne different point de ceux du charbon de bois.
- Perfonne n’ignore que , fans être refpirée trop long-tems, celle de ces derniers eft fuffocante & affoupiflante j qu’elle produit de grands maux de tête, des défaillances, des apoplexies incomplètes.
- Ceux qui fe chauffent avec des charbons de bois dans des poêles fermés f font également fujets à reffentir des engourdiffemens , des pefanteurs de tête, quelquefois à être attaqués d’afthmes chroniques , & d’autres effets contraires à la fanté (a), dangereux même pour la vie. La trifte certitude delà malignité de cette vapeur, qui donna la mort à l’empereur Jovien, fuggéra à Marius l’idée d’impofer à Quintus Catulus ce genre de mort, dont l’empereur Julien fut garanti à Paris par Part des médecins. Il n’eft pas d’hiver où il ne fe renouvelle des exemples tragiques de cet effet dans toutes les grandes villes.
- Ce ferait même manquer à ce que nous devons par état à la fociété, que ne pas prévenir que celle du charbon de terre enfermée, peut devenir tout auffi préjudiciable. J’en rapporte dans cette fécondé partie quelques acci-dens ; mais l’expofé fidele qui en a été fait par les obfervateurs, n’y laiffe reconnaître autre chofe que des imprudences particulières, dont on ne peut rien conclure.
- ( a ) Judiciumde noxacarbonum acccn- écoles de médecine de la faculté de Paris, forum. Fred. Hoffmann opéra. Voyez auffi fous la préfidence deM. François Pouffe % la favante thefe de M. Lorry, foutenue aux le 4 mai 1747.
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- Nos ferruriers ne font-ils pas autant de témoins qui dépofent que ce ne font pas là les effets ordinaires du feu de houille ? Ces artifans s’expofent journellement à la fumée, à la vapeur de ce foffile, avec autant defécurité que d’impunité s on ne remarque point qu’ils foient plus fujets que d’au* très aux maladies ordinaires, ni même fujets à des maladies particulières. Les feules qu’on leur connaiffe ', font d’avoir les yeux chafîieux, pleureux, échauffés, des ophtalmies ; incommodités qui, comme l’obferve Ramazzini, (a ) dépendent plutôt de ce que ces artifans ont toujours la vue fixée fur le feu, fur la lumière éclatante du métal qu’ils font rougir, & font l’effet de l’irritation continuelle que les exhalaifons du fer chauffé & rougi produifent fur les yeux, plutôt que des exhalaifons du charbon. Ces ouvriers en font encore à fe douter que cette vapeur de houille foit maligne ( b ) , & jamais 011 11e parviendra à les intimider fur ce point.
- La grande quantité de lumières, dont on ne fe méfie pas communément, qui éclairent aujourd’hui prefque toutes nos antichambres , font la plupart du tems auffi fufceptibles d’inconvéniens que pourraient l’être la fumée ou la vapeur du charbon , tant de terre que de bois. Ces exhalaifons onCtueufes d’huiles de qualité différente, ou de graiffe fouvent mélangée , & dont quelques-unes font plus nuifibles que d’autres, en s’engageant dans les bronches, font très-pénibles & non moins fâcheufes pour quelques poitrines (V). Il .eft peu de perfonnes qui ne foient d’abord affeCtées par ces fumées fuiffeufes en entrant dans les falles de fpeCtacle, & dans les appartenons où elles fe trouvent ramaffées & retenues en grande quantité. De fait, elles gênent fenfible-ment la refpiration, excitent la toux, produifent des maux de tête (d). On ne laiffe pas d’employer ces moyens économiques fans avoir la moindre inquiétude.
- La vapeur du charbon minéral n’a donc rien que de commun avec ce que l’on reprocherait à celle du charbon de bois ( s’il s’agiffait ici de décrier ce chauffage ), quand on s’y expofe indifcrétement ; mais ce danger n’eft pas plus confidérable de fa part que des autres vapeurs auxquelles on peut la comparer, ou même de toute efpece de feu conduit irrégulièrement. D’ailleurs, on doit toujours fe rappeller que cette vapeur & les autres circonftances que nous traiterons dans cet article, ne font pas dans un degré égal à celui qu’011 leur connaît dans les atteliers où l’on brûle du charbon de terre 5 que les
- ( a ) Le morbis artificwn , diatriba gricukure , &c.
- Bernardi Ramazzini, in Patavino archi- ( c ) De aanddarum Jebacearumpernù ïycao prafiica medicinapublia.profefforis. cioj'o nidore. Solenander, conf. 6, page Mutina, M.DCC. 461.
- ( b) Dictionnaireuniverfel du commerce. ( d ) Avis au peuple , fur fa fanté; par Dictionnaire économique. Dictionnaire d’a- Tiffot, tome II, pages 443 & 444.
- phénomènes
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- phénomènes de ce feu 11e font pas également marqués dans toutes les houilles.
- Si à ces confidérations 011 ajoute celles que les inconvéniens qui peuvent y être attachés tiennent à des circonftances (a) fufceptibles, comme on l’a vu, d’être corrigées par des moyens fimples & connus; qu’il elf très-facile de fe garantir de ces inconvéniens, de lesréduire prefqu’à zéro par la conftruc-tion des cheminées, des poêles, &c. (b) on avouera que ces imputations , fort férieufes en elles-mêmes, 11e font que des argumens généraux, appuyés fur des vérités mal rapprochées, & ne prouvent rien contre i’ufage dont nous entreprenons la défenfe.
- U11 des reproches que l’on avance le plus fouvent fur le feu de charbon de terre, ceff d'affecter les poumons, de donner des maladies de poitrine , d'être la caufe de la confomption à laquelle les Anglais font extrêmement fujets ( c). Cette imputation grave eft il répandue , & s’eft établie fi fort dans les efprits, qu’infenfiblement on l’a regardée comme de toute certitude. Si les Anglais étaient le feul peuple du monde qui faife ufage du charbon de terre pour le chauffage , cette allégation ( en accordant que la confomption eft endémique en Angleterre) pourrait être de quelque poids. Mais au Japon, il ne manque point de ce fofiîle ; il y en a une grande quantité de mines en Chine, où les habitans auraient de la peine à vivre fans cette reffource. En un mot, on a vu, dans la première partie de cet ouvrage, qu’il y a un nombre confidéra-ble de pays, autres que l’Angleterre, où l’on fait de la houille un ufage preff qu’auffi général. Il eft inoui jufqu’à ce jour que la confomption foit fenfible-ment commune dans tous ces endroits ; c’eft donc bien gratuitement que nos didionnaires, & après eux le public Français, ont attaché aux habitans de la Grande-Bretagne le privilège d’être, plutôt que ceux des autres pays , les vidâmes des funeftes impreflions attribuées à I’ufage du charbon de terre. Un excellent chymifte de l’Allemagne, qui a traité de ce foflile, révoque eu doute cette opinion. M. Zimmerman dit expreffément : Il nef pas certain Ji à Londres la maladie endémique des Anglais a pour caufe la vapeur du charbon de terre , ou la maniéré dont elle affecte l'air (d). Pourquoi confulter ici l’étranger par préférence ? Perfonne 11’ignore que la nation Anglaife a été fertile en médecins aufli fupérieurs dans l’obfervation que dans la pratique. Comment cette particularité a-t-elle pu échapper à Sydenham , à Willis & à quantité d’autres illuftres écrivains de cette profeiïion, dont aucun n’a laiffé dans les faftes de la médecine le moindre veftige de leur attention fur cet objet important? M. James, dans fou didionnaire que des fàvans ont fait connaître
- (a) Y. ce qui précédé dans cette même naire d’agriculture, fedion. ( d ) Part, ç , de regno animali. C. V. de
- ( b ) V. ce qui concerne cet article. materiis bituminofs.
- (c) Didionnaire économique. Diction-Tome XVII,
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- par la traduction en notre langue (æ), a traité cet article à l’avantage du charbon de terre , d’après ce qu’a dit M. Hoffman (b), dont il parait adopter le fentiment : ce qui rend affez probable que la confomption ( (1 elle eft réellement plus fréquente parmi les Anglais que parmi d’autres peuples ) tient, foit au grand ufage qu’ils font du ponche, foit à d’autres circonftan-ces dont la recherche 11’a pas de rapport à notre difcuftion. Les médecins Anglais n’ont jamais penfé à imputer au feu de charbon de terre cette fréquence de phthifie exagérée par les autres peuples, d’autant qu’il eft notoire que les poitrinaires décidés foutiennent l’a&ion de ces vapeurs tout au, moins aufîi bien que celle du feu de bois. On verra à la fin de ce cahier ce que penfe à ce fujet la fociété de médecine de Londres (c). En cherchant néanmoins à remonter à la fource de cette fauiïë aeithiologie de la confomption anglaife, trop légèrement établie par des compilateurs qui ne doivent pas faire loi ici, je trouve à achever de la détruire fans répliqué.
- Le ledeur le moins inftruitn’a qu’à fe rappeller la fimple idée qu’011 a communément de cette maladie, & qui eft affez jufte ; il reconnaîtra que cette phthifie anglaife eft une confomption hypochondriaque, c’eft-à-dire fuccédant aux affedions de ce nom, connues fous celui de mélancoliques ou vapo-reufes. Quelques auteurs, parmi les modernes, les rangent aufii dans la claffe des affedions nerveufes, mais du genre des affedions confomptives qui ne tiennent point à la poitrine.
- Les auteurs de ces didionnaires ignorent que la maladie anglaife (</), fi on veut l’appeiler ainfi, & qui attaque quelquefois les Français comme les ha-bitans d’autres climats , eft d’un genre tout différent, puifque la caufe immédiate réfide dans les vifceres'du bas-ventre, & fur-tout dans la région épi-gaftrique , où fe paffent les premiers défordres : les embarras qui furviennent au foie, à la rate, dans les voies hémorroïdales, dans le bas-ventre, occafion-nent un dépériffement infenfible de toute la machine ; ce n’eft que dans le dernier état de la maladie que la fievre, la toux % la gêne dans la refpiration a furviennent.
- Se réduira-t-on à regarder cette propriété mal-faifante de la houille d’Angleterre, comme privativement particulière à celle de ce pays? L’objedion
- (a) Dictionnaire univerfel de médecine, non adeo noxîo.
- de phyfique , de chymie , de botanique, (c) Piece marquée FF. de chirurgie, d’anatomie, de pharmacie, (d) Atrophia neruoja Morton, dephtyji &c. traduit de l’anglais, au mot Charbon, nervofa, cap. I. Tabes ncrvea. Lorry, de
- (b) Friderici Hoffmanni obfervationum rne/ancholia, pag. 1282. Nofologia rnedica phyjiœ-chymicaruni feleciiorum ,libri IIIy Francifci BoiJJier de Sauvages, dafT. X. &c. in - 4, Hala , 1746. Obferv. XXXIV, Cachexia , niacies , atrophia > feêb III, de carbonibus fojjiïibus t& eorunivapore tom. II, pag. 46a.
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- n’eft plus la même ; elle rentre dans la thefe générale que je vais reprendre , & j’aurai occafion de difculper les charbons d’Angleterre , ainfi que ceux des autres pays.
- Le champ qu’elle ouvre devant nous eft d’autant plus vafte , que, puif-qu’aux preuves de fait , qui 11e devraient pas trouver de réfiftance dans les efprits, on oppofe uniquement des oui-dire , une efpece de tradition nationale , nous fommes en force pour étayer ces mêmes preuves d’expériences qu’il ne nous eft pas permis d’abandonner, de témoignages puifés dans des foürces fûres , des fentimens de plufieurs auteurs profonds, avec lefqujpls il ferait injufte de vouloir faire entrer en parallèle des citations d’ouvrages dont nous avons fait voir les imperfections & les erreurs , & dont le principal mérite eft fouvent de palfer légèrement en revue des connaiflànces fuperficielles.
- On juge facilement que je veux parler des minéralogiftes, des chymiftes & des médecins i les uns , comme faifant leur étude de la fcience générale des minéraux j les autres , comme portant leurs vues au-delà de ce qui s’ap-perçoit à l’œil, découvrant les phénomènes fugitifs & fecrets, les principes conftituans des corps ; les autres, comme reduifant en pratique tous ces travaux communs, les comparant & les rapprochant enfemble, pour juger les propriétés & les forces des chofes bonnes ou nuifibles.
- C’eft à ces ditFérens phyficiens, occupés à confidérer fous un afpedt différent les productions de la nature, à philofopher, chacun félon leurs réglés, fur leurs objets refpedtifs , qu’il appartient de prononcer j il ferait extraordinaire que, fur un fait qui tient à la fanté , on ne les interrogeât point ni les uns ni les autres. Plufieurs d’entr’eux, célébrés par leurfavoir, Hoffman, Willis parmi les praticiens , & que les auteurs de l’Encyclopédie ont cités à ce fujet (a), Zimmerman parmi les chymiftes, ont réfou les difficultés capitales ; nous 11e faifons qu’emprunter le jugement de ces fa vans : auflî ofons-nous dire que nous ne laiderons rien à defirer aux perfonnes qui ne fe re-fufent point à l’évidence , & qui ignorent les moyens de repouffer ou d’obfi curcir la vérité.
- Une obfervation très-finguliere, par laquelle je ne puis me difpenfer d’entrer en matière, c’eft qu’au milieu de cette efpece d’unanimité de la nation Françaife à redouter, à bannir l’ufage du charbon de terre pour le chauffage, toutes les autorités qui doivent prévaloir ici, fe réunilfent pour diffiper lefc nuages de ces préjugés.
- La feule qui femblerait être défavorable fe trouve dans un traité inefti-mable , traduit du latin en français (b). L’auteur, Anglais de nation, recom-
- (a') Au mot Charbon de terre.
- (b) Georgii Chænaei , medicinæ docioris, tracîatus de infirmorum fanitate tuenda, vitaque produccnda. Cap. de acre.
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- mande aux valétudinaires qui ont leur réjidence dans Londres & dans les grandes villes, ou l'on fe chauffe avec de la houille ou de la tourbe , de fe garantir en hiver des vapeurs humides & chargées dl ex ha laifon s minérales ; il exhorte fur-tout les asthmatiques, & tous ceux qui ont la poitrine délicate, à s'abfenter de la ville , à aller à la campagne, ou du moins d'éviter l'air du foir.
- Sï l’on prend cet énoncé en général, il eft abfolument conforme à ce que la phylique médicinale apprend fur les effets de l’air chaud, dans les affections de l’efpece dont parle notre auteur, fans former une difficulté réelle contre l’ufage du charbon de terre dans les cheminées ; il n’abefoin d’éclaircif. fement que pour le particulier. M. Cheyne n’a pu parler que du feul chauffage connu en Hollande : le feu que donnent ces matières, employé à cet ufage dans ces pays, eft plus ardent que tout autre. L’expérience fait connaître que les afthmatiques ne peuvent fupporter l’air des chambres chaudes , ni celui des villes, devenu en hiver trop peu élaftique par la grande quantité de chauffage qui s’y confume.
- Le confeil de M. Cheyne porte-t-il plus fur le feu de houille que fur les autres? Il 11e s’eft pas expliqué affez clairement-, car deux fubftances qui ne fe reffemblent point y font clairement défignées : gleba pinguis & fulphurea , prcecipue carbo fofjîlis.
- Dans le cas où l’on ne pourrait difconvenir que M. Cheyne était évidemment dans l’idée que ce chauffage peut porter préjudice, en particulier à ceux qui ont de la difpofition aux maladies de poitrine, il ne ferait point difficile de combattre une opinion qui pouvait être propre à ce médecin. Elle ne s’accorde ni avec ce que la chymie a fait reconnaître le plus communément dans ce foffiie, nommément dans celui d’Angleterre, qui feul pouvait être fufpecfté, d’après M. Cheyne, ni avec les principes reçus touchant les propriétés du foufre,mème en fuppofant fon exiftence dans tous les charbons de terre,
- i°. Si l’on invoque les lumières de cet art, à l’aide duquel on eft'parvenu à pénétrer dans la texture la plus voilée de toutes les produ&ions des trois régnés, le fentiment de M. Cheyne, dont on voudrait s’étayer, ne peut fe foutenir.
- Les charbons de l’Angleterre, au rapport de M. Kurella qui les a analy-fés , ne contiennent point dans leur texture un foufre naturel, dont les vapeurs ou exhalai/ons puiffent être contraires à la poitrine, (a)
- On peut encore oppofer aux craintes de M. Cheyne, prifes dans le fens qui n’eft pas le véritable, une preuve de fait: l’expérience confiante de fes propres concitoyens. Le procédé de diminuer par un alliage l’odeur du charbon de terre, eft connu dans quelques provinces d’Angleterre. Sous le
- (c) Effais & expériences cbymiques,, in-8p. Berlin, 1756,en allemand ,paragr. 18.
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- ET DE SES MINES. Partie II.
- H)
- régné de Charles Ier (a ) , il fut accordé pour l’efpace de vingt - quatre ans , à fire John Hack & à Oétavius de Strada, un privilège exclufif de faire valoir leur fecret de briller le charbon de terre fans que l’odeur de fa fumée fût incommode. Les habitans de Londres, pour leurs appartenions, emploient le charbon de terre, tel qu’il fe tire de la mine, fans recourir, ni à des conf. trustions particulières de fourneaux, ni à des moyens capables de diminuer l’odeur & la vapeur réfultans de ce chauffage : tant ils font préoccupés qu’il doit être exempt de malignité.
- Pour ce qui eft de la nature du charbon de terre , s’en tiendra-t-on à ac-cufer en général les exhalaifons de ce foflile, à raifon de fon odeur & de fa Vapeur, appellées fulfunufes, ou , fi l’on veut, à raifon du foufre qu’il recele ? On a vu, fect. IV, art. % & y, de la première partie , que l’exiftence du foufre naturel dans le charbon de terre, du moins dans le plus grand nombre, n’eft pas une chofe prouvée. Il a été remarqué, fect. IX, art. 4, que les charbons de terre 11e doivent pas tous être réputés de nature fulfureufe, du moins qu’ils 11e tiennent pas effentiellement du foufre. On y a expliqué ce que les houilleurs entendent lorfqu’ils difent que tel ou tel charbon eft fulfureux. A en juger par les effets , M. Zimmerman remarque très - judicieufement , que ni les maréchaux, ni les forgerons , ni les autres ouvriers qui emploient le charbon de terre, ne font attaqués de maladies connues pour être produites par les vapeurs du foufre.
- En fuppofànt pour un inftaut que tout charbon de terre eft imprégné de foufre, il relierait à faire voir que le foufre en général eft contraire à la famé : affez communément on eft avec raifon dans une opinion très-différente , & ce n’eft pas à tort que les médecins l’ont nommé balfamumpulmonum. Gallien étant à Rome , envoyait les phthifiques refpirer l’air du volcan ; quelques médecins Anglais, à l’exemple de Celfe, confeillent à ceux qui fontdift pofés à cette maladie , d’aller refpirer l’air de Naples. A quoi bon déplacer des malades qui, fans fortir de chez [eux , fe trouveraient au milieu des exhalaifons fulfureufes de tous les feux de la ville ? Enfin , fi décidément une fumée fulfureufe était auffi nuifible qu’on veut le dire , les habitans de Falun, qui font environnés d’une athmofphere de vitriol fulfureux (Æ), devraient être beaucoup plus fujets à la confomption que les Anglais.
- Nous n’avons pas même befoin de nous étayer à cet égard d’aucune com-paraifon que l’on pourrait récufer , entre des exhalaifons dilfemblables en quelques points; favoir, celles de ces foufres qui ne contiennent rien d’onc-' tueux, mais toujours l’acide vitriolique & le phlogiftique, & ces exhalaifons de l’acide huileux, des matières réfineufes, fofliles, connues fous le nom
- (a) Tome XVIII, Fol. 870, du Fœdera.
- (ûj Voyez fect. V,art. 3 delà première partie.
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- DU CHARBON DE TERRE
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- de bitumes. Gallien leur attribue une vertu balfamique, & l’on pourrait l’admettre dans le charbon de terre, puifque l’analyfe y fait reconnaître un efprit qui a fur les métaux le cara&ere du baume de foufre (a). Quelle que puilTe être la vapeur réfultante du charbon de terre employé au chauffage, nulle difficulté à s’élever contre les idées reçues généralement, à fon défa-vantage. foit qu’on envifage ce fofîile comme fulfureux, foit qu’on Penvifage fimplement comme bitumineux, & donnant une vapeur grade & épailfe : Ci cette exhalaifon était de nature à porter le moindre préjudice à la fànté, fi les corpufcules que le feu débarraife de ce fofîile, portaient avec eux la plus légère empreinte de malignité fur le cerveau, fur les parties nerveufes ou autres organes , ce ferait particuliérement dans ces lieux qui fervent d’alyle à toute forte de pauvres & d’infirmes, qu’on devrait s’en appercevoir. Il eft de ces endroits où le charbon de terre eft employé à différens ufages, qui en produifent une affez grande confommation pour donner fur cela des éclaircilfemens non équivoques. L’adminiftration des hôpitaux de Lyon, modèle inimitable de vigilance & de police, qui font le plus folide fondement de ces précieux établiifemens, a adopté l’ufage du feu de houille. L’hôtel-Dieu s’en fert dans les falles de convalefcens ; l’hôpital de la Charité l’emploie pour les cuifines, pour les lefîîves, pour les poêles. On n’en a remarqué aucun inconvénient (b). Dans quelques hôpitaux militaires du Hainaut Français , 011 s’en fert pour tous les befoins ordinaires : ceux de l’armée du bas-Rhin, lors de la derniere guerre, en ont pareillement fait ufage ; il n’en eft jamais revenu de la part, ni des officiers de fanté, ni des intendans , ni des malades, aucune plainte qui vienne à l’appui de l’opinion défavantageufe que les habitans de Paris ont de ce feu.
- C’eft un fait en médecine , qu’il eft avantageux pour quelques indifpolî-tions de poitrine , de vivre dans une athmofphere chargée d’exhalaifons fulfu-reufes. (c) "Willis avance , comme prouvé par l’obfervation , que la phthifie fait peu de ravages dans les pays où l’on brûle de la houille. ( d ) Le célébré M. Hoffmann , qui a traité ce feul objet dans toute l’étendue qu’il peut mériter, fait, dans une obfervation que j’ai déjà citée , (e ) une remarque très - impor-
- ( a) Voyez fedt IV, art. 5 , de la pre- iftasJive in Anglia ,Jïve in Belgio , ubicef-miere partie. pite ignés nutriuntur, fè? odorem valde
- (6) V. les pièces juftificatives ,n. G G. fulphureum Jpirant, tabem rarius infej-(c) Crajjo & imprimis fulphureo gau- tare: quin imo loca ifta phtyfi obnoxiis, dens,... urbis fumofœ aurampinguem & aut ea laborantibus maxime Jalubriavel hebetiorem haurire. Willis, tome II, page Janativa exijiere. Willis, ibid.
- 164, c. VI, de phthyji pulmonari, edit. (e) V. ejufdem opéra onmia phyjico-Amjlel. medica. Genevœ., 1744. Patholog. c. IV.
- ( d ) Commuais obfcrvatio eft, regiones Scholion febiionis 24, pag. z 12.
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- ET DE SES MINES. Partie IL
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- tante à ce fujet : c*efl , dit - il, une vérité que tout le monde regarde: comme constante , que depuis environ vingt ans que Con fait dans notre ville de Halles , un grand ufage de charbon de terre pour cuue le jel y on riy connaît plus de fievres malignes & pétéchiales , de dvfenteries & de maladies fcorbutiques, qui étaient fi communes avant ce tems. Une autre preuve , pourfuit-il » que cette fumée efl Jalutaire , cejî que les habitans des maifons par lefquelles elle paffe continuellement , Tien éprouvent aucun dérangement dans leur fanté. Ce qu’il ajoute en-fuite, ne laide aucun doute que c’eft à la vapeur du feu de charbon de terre , & non à l’exhalaifon de la partie grade dufel, qu’il attribue l’effet dont il rend compte. Nous ne craignons point de faire appercevoir qu’on pourrait taxer notre célébré médecin d’ètre ici en contradiction avec lui-même, paraiflant dans lin autre endroit ( a ) regarder la péripneumonie, Caflhme fec , & la phthijîe, comme endémiques à Londres & à Liege, par le trop grand ufage du charbon de terre. Nous devons oblerver que c’elt en parlant des charbons allumés dans des chambres trop renfermées , qu’il fait cette remarque ; elle ne parait porter que fur cette circonftance accidentelle, fans quoi il y aurait contradi&ion mani-feite. Nous avons feulement à infirmer ou à réfuter l’idée bien diftincte de l’auteur, touchant l’endémie des alfeétions de poitrine dans la ville de Liege, qui fe réduit à une erreur de fait, fur laquelle 011 ne peut être du même avis ; je ne me permettrai pas de dire encore rien fur cela de mon chef. Tout le monde doit, comme moi, déférer au jugement des médecins qui exercent leur profef-fion dans cette capitale. On y en a vu de tout tems, dignes par leurs lumières & par leur fuccès , de la réputation dont ils ont joui : un d’eux , avec lequel je tiens à honneur d’ètre lié particu'iérement d’elfime & d’amitié , ( b') m’aalfuré plus d’une fois que ces maladies ne font point à Liege fenfiblement plus ordinaires & plus fréquentes qu’elles ne doivent être dans tout endroit où il y a beaucoup d’habitans. (c) Ce n’eft pas qu’il ne puitfe y avoir des médecins prévenus que l’air imprégné des exhalaifons du charbon de terre, notamment celui de Londres ou de Liege , foit plus ou moins mal -fain. On ne peut avoir égard qu’à ceux qui ont rendu leur opinion publique dans quelque ouvrage imprimé ; les autres d’ailleurs, ne font de même dans cette idée que par manque d’attention fuffifante , ou faute d’ètre informés convenablement : comme cependant je n’ai rien négligé pour faire toutes les perquisitions imaginables , & que mon delfein eh de ne rien cacher de tout ce que je faurai fur cela, 011 me
- (a) Friderici Hoffmanni opéra omnia (c') Cet habile médecin, qui depuis que jjhypeo - medica. Genevœ, 1740, tom. I, j’ai quitté Liege, s’eft prêté obligeamment c. III. Scholion feBionis X, pag. ioç. à entretenir avec moi un commerce delet-
- {b"» M. Delwaide, licencié en méde- très, a bien voulu m’envoyer, il y a deux cine de la faculté de Louvain, ancien pré- ans, un rédigé de nos conveifations fur ce fet du college des médecins de Liege. point.
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- permettra de citer ici un écrit que j’ai entre mes mains, & qui eft d’autant plus grave, qu’il était relatif à une tète augufte qui m’a honoré de fa confiance.
- Un des motifs de l’éloignement du feu prince de Liege ( æ) pour fon habitation dans fa principauté & dans fa capitale, était fondé fur la difpofition de l’air de cette ville, chargé des exhalaifons de la houille, auxquelles il attribuait une toux convulfive, dont aucun rernede n’a été capable de le délivrer. C’eft précifément fur l’article de la fanté, que nous fommes plus dilpofés àac-quiefcer aux idées de ceux qui nous environnent, & dont nous connailfons l’attachement. Le cardinal de Bavière s’était familiarifé infenfiblement avec l’opinion qu’avait fait naître dans ceux qui compofaient fa cour, une inquiétude bien louable fur fa confervation; d’une autre part, quelques médecins qui avaient été confultés , avaient penché pour cet avis , & avaient rejeté expref-fément fur l’air de Liege la eaufe de l’état du cardinal. J’ai'été chargé de la conduite de ce prince , dans un féjour de près d’une année à Paris, où il avait été attiré par l’efpoir de trouver enfin dans le bon air de nos campagnes , & dans l’habileté de nos médecins , un terme à fon mal. O11 fe doute bien que, pour me mettre au fait de lafituation de cetiiluftre malade, j’ai dû avoir communication des mémoires qui avaient été répandus en diiférens tems. Il ne m’eft donc pas poffible, fans encourir quelque reproche de déguifement, de paraître ignorer que l’air de Liege ,à raifon de la grande quantité de houille qui s’y con-fume , avait été jugé pernicieux : d’ailleurs , en difcutant cet avis particulier, j’aurai occafion de repréfenter fous une nouvelle face le fujet que j’ai entrepris d’épuifer. Entre plufieurs de ces confultations , je m’arrêterai à celle qui m’a paru la plus frappante. Le confeil ( b ), en recherchant la première origine de la maladie de S. A. S. E. décide dans le mémoire écrit en bon latin ( c) qu’011 ne peut l’attribuer à d’autres caufes quà la nature de l'air fombre & greffier de la ville de Liege. Les raifons qu’on en donne ne portent que fur le préjugé que nous avons toujours à combattre. On ne peut, dit-il, y méconnaître la préfence des vapeurs épaiffes, le mélange des fumées fulfureufes qu exhalent fans cejje les houilles dont on y fait une grande confommadon ; elles occupent, fous la forme d'un nuage fombre & jaunâtre , la baffe région de l'air, non - feulement au-deffus de la ville , mais encore au-deffius de chaque hameau ; il ne faut enfin qu 4. voir de £ odorat, pour ne pouvoir pas révoquer en doute la qualité fulfureufe de b air de ce pays, (d) M. Stebbler renchérit à cet égard fur les idées ordinaires ; il crée
- (a) Jean - Théodore , duc de Bavière, cine, confeiller de S. A. S. l’éleéteur de Ba-premier prêtre cardinal de la fainte églife viere, & premier médecin de S. A. E. de romaine , du titre de Saint - Laurent in Lu- Bavière, prince de Liege. tina. Çc) Datée de Munich, le 2 déc. 1797.
- {b) M, Stebbler, profeflfeur en méde- (d) Siveroinrheumatica ejus ,&fpaf-
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- dans l’athmofphere de Liege , des molécules dont la pdanteur ne leur permet pas de refter long-tems Pu {pendues en l’air. Nous examinerons ailleurs ces allégations: les preuves qu’il en donne , feront confidérées en même tems ; je ne veux ici examiner à fond l’avis de M. Stebbler, que par rapport à l’indudion qu’il en tire, pour décider que la maladie du prince provenait des exhalaifons de la houille. O11 juge bien que ce n’eft qu’une répétition de la même idée que nous avons à combattre , & qui fera achevée de difcuter dans le courant de cet article. En effet, le confultant, après s’être étendu fur les mauvais effets que doivent produire des corpufcules pefans , fulfureux & fétides , en agaçant & moleftant l’organe de la refpiration , il en conclut qu’011 ne peut que s’attendre à un préjudice confidérable à la fan té de S. A. S. E. s’il s’expofe de nouveau à l’adion d’un air imprégné de miafmes fétides & fulfureux , dans lelquels a pris nailfance la toux convulfive dont le prince a éprouvé les premières atteintes lors de fou féjour triennal à Liege.
- L’hiftoire fommaire de la lituation du malade fera juger Ci le fait eft bien démontré» Le prince Théodore, trois ans après fou éledion & fi première réfldence à Liege, fut attaqué d’une toux qui ne cédait à aucun reimede : la fanté d’un fouverain eft toujours un dépôt bien délicat. U11 médecin qui s’en trouve chargé ne faurait être trop attentifs une fimple conjecture, à l’aide de laquelle fon malade peut recouvrer fans rifque la fanté, doit le décider prefqu’autant qu’une certitude. 11 eût été indifcret, & c’eut été fe compromettre , de ne pas vouloir penfer , avec tous ceux qui approchaient le prince, que l’air de Liege pouvait bien lui être contraire : il était plus que raifonna-ble de s’en alfurer ; le moyen était fimple & indiqué par tout le monde. Le changement de place pouvait être profitable, 011 eu eifaya. Le prince paifa à fon évêché de Freyfingen; une réfîdence de quatre ans dans cette ville , ne répondit pas aux vœux de la cour. La toux ne laiffa jamais de relâches entières. La cité de Liege eut encore la fatisfadion de jouir de la préfence du prince Théodore ; mais l’opiniâtreté de l’incommodité, qui préfageait une maladie chronique très-rebelle , la perfuafion inquiété des courtifans, que la première caufe de cette toux importune tenait à l’air de. Liege , déterminèrent à abréger ce fécond féjour. Quelle raifon de défefpérer que le mal, en éloignant le prince du climat que l’on accufait, trouverait enfin de l’adoucilfement dans un air différent ? Le remede le mieux indiqué n’a pas toujours d’abord le
- tic£ tujfis originem indagare lubeas, a pr&- civitati, fed cuilibct etiam pago, fufcœ judicii pravitate liber £ menti nihil prius ad inflar nebula incumbens, remotis longe occurret quam Leodicnjis aeris denfa, te- oculisfe prodit, atquc injuper nar es fer it, trica , fpijjïfque vaporibus & fulphareo feque de fulphurea indole participarc du-fæta athmofphœra, quæ ex acccnjls jojjï- bium non relinquit. lium carbonurn glebis exhalam , non dicam Tome XVII.
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- fuccès qu’on a droit d’en attendre. Il était naturel de faire encore i’effai de celui de Freyfingen. La tentative fut aufli infruclueufe que la première , les ehofes même empirèrent : non-feulement la toux augmenta, les accès fe rapprochèrent i mais les fecouifes violentes de la poitrine donnèrent des alarmes fur l’effet du fang porté avec trop d’impétuofité au cerveau. Ces alarmes étaient redoublées par la dyfcrafie de ce fluide altéré d’un levain dartreux, qui était la véritable caufe immédiate, & dont on pouvait craindre une fâcheufe mé-taftafe.
- Ce prince, également tourmenté de la toux en Bavière, dont le ciel eft naturellement pur & ferein, n’y avait pas trouvé l’avantage que procure ordinairement l'air natal; & prévenu défavorablement contre celui du pays de Liege, déclaré l’auteur de la difpofition valétudinaire qui avait fuccédé à une conftitu-tion robufte 1, a porté par-tout ailleurs cette toux convulfîve, catharrale , qui li’était que fymptomatique.
- Dans ce court & fàdete expofé, l’on ne voit rien qui établifle folidement les effets nuifibles de l’air qu’on refpire à Liege. De ce que le prince , trois ans après fon élection , avait été attaqué d’une toux rebelle à tous les remedes, qu’il a confervée toute fa vie , & dont il n’eft point mort ( a ) , il ne s’enfuit pas que cette maladie foit provenue de l’air de Liege. Si cela eut été , l’air natal , reC-piré à deux reprifes différentes pendant un tems fuffifant, celui des campagnes des environs de Paris, auraient apporté du changement dans la maladie: en regardant même comme bien certain que cet air a été fâcheux au prince Théodore en particulier , on n’a pu en déduire rien de général, puifque , de tous les princes fes prcdéceffeurs ,.ceux qui n’étaient point du pays* n’ont éprouvé dans leur lanté aucun dérangement auquel on ait fongé à afligner cette même caufe.
- Les perfonnes raifonnables, qui ne fe laiflent point,féduire par l’opinion, feront bien-aifes qu’on leur faffe appercevoir combien l’idée vulgaire , fur les dangers du feu de charbon de terre, eft oppofée à la vraifemblance. Outre que plusieurs médecins praticiens reconnaiffent des utilités médicinales dans ce chauffage , on ne manque point, en y .réfléchiflànt un peu, de préfomptions pour imaginer qu’il eft plus falutaire que nuifible.
- Le célébré ehymifte que nous avons déjà eu occaGon de citer plufieurs fois , M. Zimmerman , eftime quefeu purifie l'air ; que non- feulement cetu vapeur peut être avantageufe pour les phthijîes pulmonaires, pour lever les obf mettons fquirreufes des glandes bronchiales , mais quelle peut être encore un excellent
- («O Mort d’accident dans fon palais épif- fes dartres, qui reparaîtraient tous les ans copal de Liege le 27 janvier de l’année à l’arriere-faifon, & dont on était venu à 176?, fept jours apres l’application de com- bout de le perfuader qu’il était guéri radi-pxeffes d’eau de Cologne, fur un refte de caleni^nt.
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- remede. dans Us tems d& pefle. Cette derniere conjecture ne doit pas être regardée comme une chimere , en fai faut attention à l’analogie de cette vapeur (V. fect. 4, art. de la première partie) , avec ces fumées réfineufes de forêts que fit brûler Hippocrate, pour faire ceffer la pelte dont la Grece fut affligée.
- L’inutilité du moyen propofé par notre auteur contre un fléau heureufe-ment devenu des plus rares, mais qui peut s’appliquer également aux maladies épidémiques & contagieufes, 11’empèche point que cette idée, cette fpé-culation , fi l’on veut, n’aille très-bien à notre objet, loin d’y être indifférente.
- Le feu de houille , plus vif & plus ardent, eft, par fon plus grand mouvement, plus capable que celui du bois , d’agiter l’air, d’obvier à fa ftagnation, plus propre à difiiper les mauvaifes exhalaifons. Ce ne ferait pas avancer un paradoxe, que de prétendre qu’il eft encore par fa partie bitumineufe ,& par un principe qui s’en détache dans la combuftion , plus propre à corriger l’air, & que, pour quelques affecftions de poitrine , il eft une efpece de palliatif, & même un remede : dès-lors le chauffage de charbon de terre devient une chofe précieufe pour les familles indigentes, qui forment le plus grand nombre des habitans d’une grande ville) pour le petit peuple, dont les retraites pourraient fouvent, fans injuftice, être regardées comme autant de cachots prêts à fe peftiférer.
- Dans le grand nombre de maladies de langueur qui font comme endémiques parmi ce qu’on appelle petites gens, dont quelques-unes font conftam-ment le trifte partage du défaut d’ailance, on ne faurait douter qu’il n’y en ait plufieurs qui doivent leur origine à l’air étouffé, refpiré en commun dans un même endroit toujours trop reflferré (a). Une troupe d’enfans aulli mal tenus pour l’ordinaire, fouvent aulli mal-fains que ceux dont ils ont reçu l’être, entalfés dans un même lit, au moins dans une même chambre, dont tous les recoins exhalent la mal-propreté, ne refpirent certainement pas un air falubre. Ce défaut de pureté ne tarde pas de s’accfoitre à un degré bien plus fâcheux , fi quelqu’un de la bande vient à tomber malade, ou le trouve affecté de vice fcrophuleux ou autre, de nature à fe communiquer.
- Peut-être eft-ce la caufe pour laquelle la pulmonie fur-tout, phthifie devenue aujourd’hui fi commune qu’on pourrait la nommer confomptionfrançaife, fait plus de ravage dans le bas peuple que dans les familles aifées. Cette maladie, en effet, ne fe borne pas à celui qu’elle a gagné le premier dans cette chambre : elle étend facilement fa contagion fur une bonne partie de la famille miférable, qui refpire un air infedé de myafmes purulens. Si ces iu-
- ( a> Avis au peuple fur fa fauté, quatrième édition ,Paris, 1760, tome I , chap. I, fect. IX, page 3 8.
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- fortunés avaient été, dans les grands froids, en état de corriger de tems à . autre par un peu de feu le mauvais air de leur habitation , il eft permis de préfumer que le premier attaqué, ou quelques-uns de ceux qui ont par la fuite contracté la difpolition maladive, eulfent réfifté aux atteintes peftilen-tielles de l’air qu’ils refpirent. (a)
- On fait que dans les froids exceffifs, les pauvres font en butte à tous.les fléaux de l’indigence: quand bien même on fuppoferait queœes malheureux ne recourraient à ce chauffage que palfagérement & dans les tems les plus rigoureux, cette propriété de corriger à peu de.frais le mauvais air (de quelque maniéré qu’on l’entende), eft un avantage très-digne de confidération i il 'entre dans la clalfe de ces médicamens dont l’art de guérir prefcrit la vapeur ou la fumigation pour les affeétions de poitrine -, ce moyen paraîtrait même de nature à l’emporter fur l’habitation dans des étables , dont on avait voulu faire une méthode fpécifique.
- Les deux autres circonftances appartenantes au feu de houille, ne font pas auffi elfentielles , puifqu’elles ne concernent pas la fanté ; elles ne font » pour ainfi dire, que d’opinion , c’eft-à-dire , fondées uniquement fur des apparences. Pour aller au nœud de la queftion concernant l’odeur que donne le charbon de terre brûlé, & trancher toute difficulté fur ce point, il s’agit de nier ou de convenir que les délàgrémens & les incommodités qu’on ne pourra faire difparaitre dans l’ufage de ce foffile, tant de la part de l’odeur qu’il exhale que de la pouffiere qu’il répand , font bien fenfibles. Il s’agit d’examiner en quoi ils font mal entendus ou exagérés. Ceci ne comporte abfoiument qu’une révifion de faits vérifiés foigneufement, & difcutés avec impartialité.
- De la vapeur, de Codeur & de la fumée du charbon de terre.
- La maniéré dont on eft prévenu contre le feu du charbon de terre relativement à ces incommodités, ne peut avoir fa première fource que dans le récit de ceux qui ont été dans les pays où l’on en fait ufage. La plus grande partie des voyageurs tient effeeftivement un langage alfez uniforme au défa-vantage de ce chauffage. Sans vouloir ici les déprimer , à la faveur du reproche que l’on fait à ceux qui viennent de loin, naturellement portés à s’écarter de la vérité, je demande férieufement fi tous ceux qui fontfortis de chez eux font dans le cas de mériter une confiance aveugle fur ce qu’ils racontent ? Les
- ( a ) Enim vero nonnullis phtyfcis tanta -curatione Joli aut cœli mutatio, cœteris eft hujus aëris influentia, ut morbi eau fa, quibufeumque remediisprœferatur.Willis , aëris in quo degunt incongruitati, quan- opéré citato. doque fere in totum adfcribatur, & pro
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- uns, & ce nombre eft grand, n’ont porté dans les pays étrangers qu’ils ont vus, que des yeux fafcinés par des préjugés, & ne rapportent à leurs compatriotes que les fauffes idées qu’ils avaient avant leur départ.
- D’autres, tout-à-faitignorans fur les modes , fur les pratiques , comme fur les particularités des pays où ils ont été, uniquement infatués d’un voyage qu’ils ont fait en courant, s’arrogent impérieufement des droits fur la crédulité de leurs auditeurs, dont peu font en état de les contredire j ils prennent d’ordinaire un ton affirmatif, même décifif, qui ordonne aux autres de ne pas douter.
- Combien dans tous ces différens voyageurs, dont on écoute les récits, y en a-t-il, je ne dis pas feulement qui fâchent oblerver, mais qui aient voulu fe donner la peine de voir & d’examiner? Le point auquel j’en fuis, me fournira ici la preuve de ce manque d’attention & de difceinement des voyageurs, d’après lefquels on croit connaître exactement les effets du feu de houille.
- Dans le compte que rendent la plupart d’entr’eux , de leurs fenfations à cet égard, aucun n’a fait mention d’une circonftance également compétente aux fens , & à mon avis, auffi frappante que les autres phénomènes du chauffage , dont iis relevent fl fort les incommodités : c’eft précifément hors des tems qu’il n’y a pas de feu allumé dans un appartement, en con-féquence lorfqu’on ne peut y penfer, lorfqu’on ne s’y attend pas même, que la circonftance dont je viens de parler a lieu. J’en ai dit un mot en paf-fantjdans la première partie. Voici ce dont il s’agit : la grailfe ou l’huile du charbon de terre, en parcourant dans l’état obfcur de vapeurs le tuyau de la cheminé , s’y eft amoncelée, s’y eft refroidie à différentes hauteurs & avec différentes circonftances : elle s’eft convertie en fuie plus ou moins réfininée ou bituminifée. La partie qui n’eft point confolidée avec la fuie déjà formée ,tient encore beaucoup de fon humidité qui, au moyen de l’abfence du feu dans la cheminée , n’eft point châtiée dans le haut, & que le tems pluvieux empêche d’y parvenir, ou de fe diifiper à l’extérieur: elle reflue donc plus ou moins fenfiblement dans lapiece, à l’odeur près ; c’eft ce qu’on éprouve quelquefois dans des chambres chauffées par des poêles. A raifon , ou du peu d’étendue du tuyau, ou de la diredion qu’on a été contraint de lui donner, ou de l’expofition de fon iffue , fur laquelle on eft également gêné , les poêles renvoient en tems de pluies, lorfqu’on n’y allume point de feu, une odeur de fuie affez forte : cette remarque peut être faite aifément.
- Je ne puis d’ailleurs mieux défigner cette odeur au commun de mes lecteurs , qu’en leur difant qu’elle tient des charbons de terre & de celle des charbons de bois. Il eft plus facile d’en donner une idée à ceux qui ont quelques connaiffances de chymie. C’eft abfolument l’odeur propre au commen-
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- cernent de la décomposition des bitumes ou des réfines , & plus de ces dernières, qu’on obtient des bois réfineux, &c. par leur diftillation à la cornue. L’odeur qui s’exhalera dans cette opération par le trou du ballon , comparée à celle de la fuie dans les tems humides , démontrera mon idée ; & fi les charbons de terre donnent en brûlant une odeur mixte , dans laquelle on distingue celle dont il eft quefiion, c’eft une préemption de plus pour penfer, avec beaucoup de phyficiens, que les charbons de terre ont une origine végétale.
- La difficulté qu’il y aurait , comme dans tout ce qui eft du reiTort des fené , à trouver tout le monde d’accord, ne me permet pas davantage de fpécifier l’imprefiion que cette odeur pourrait produire fur les uns ou fur les autres. Je donnerai feulement mon idée à cet égard, & je la crois raifonnable ; elle eft une fuite de l’opinion de quelques auteurs que j’ai cités, fur la propriété du charbon de terre de donner au feu une exhalaifon bonne pour la fan té, & qui eft étayée de l’avis des médecins de Liege & de Valenciennes. Je ferais difpofé à penfer que cette odeur, renvoyée de tems en tems des cheminées dans les appartemens , en agiifant fur l’organe de la refpiration , comme “elle affeCte l’odork, ne contribue pas peu à rectifier l’air des villes & des mai-fons où l’on brûle de la houille.
- Je paffe maintenant à quelques autorités fur lefquelles on imagine pouvoir ne pas douter de l’inconvénient de la pouffiere, de l’odeur & de la fumée que donne le feu de charbon de terre. Les témoignages des perfonnes qui habitent à la proximité de quelque manufacture où l’on emploie beaucoup de charbon, comme d’une verrerie, &c. font ceux auxquels on fe croit autorifé d’en appeller davantage : félon eux, ces défagrémens font réels & confidérables.
- Dans le voifinage des endroits où il y a des manufactures qui confomment une grande quantité de charbon de terre pur, & non apprêté, on ne connaît que l’incommodité indifpenfable d’un grand volume de fumée , comme par - tout où l’on brûle d’autres matières ; mais cette fumée plus épaiife, & plus fenfible à la vue que celle du bois, eft moins nuifible pour les yeux: on n’en n’a jamais vu réfulter aucun dommage, ni aucun inconvénient. Ces atteliers ne peuvent nullement être donnés pour exemple ; on ne peut trop répéter que la fomme de vapeur , de fumée, de pouffiere, réfultant du charbon de terre, préparé tel que je l’ai dit, ne reifemble en rien à ce que l’on eft à portée de voir dans ces endroits : ce ferait en juger très-mal que d’en juger par-là. C’eft à tort qu’un journal, recherché par le choix de notices courtes, Jlmples & précifes, fur les nouvelles productions des arts & de l'indufirie^ des fciences & de la littérature (a), en difeutant les avantages des pompes
- (a) Avant-coureur, n. 53 , arm. 1768, lundi iç août, p. 524 , en rendant compte du troifieme mémoire de M. Defparcieux, fur le projet d’amener à Paris la riviere d’Yvette.
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- à feu , appliquées à d’autres objets qu’à l’épuifement des eaux de mines , taxe Pudeur du charbon de terre, néceiiaire pour le fervice de ces machines, à'odeur pernicicufe.
- Nous conviendrons aliurément que fou odeur, fa fumée, &c. préfente-ront une idée défavantageufe , lorfqu’on voudra comparer les feux de houille pure avec les feux de buis ; cette maniéré alfez naturelle de prendre l’idée de ce chauffage, pourra d’abord ne pas lui être favorable. A Londres, dans les premiers tems qu’on en brûla , on s’éleva contre fon ufage. Les hiftoriens de cette ville rapportent “ qu’en 1305, vers la fin du régné d’Edouard Ier, „ les marchands qui avaient befoin de beaucoup de matière combuftible , ,, comme les teinturiers, bralfeurs , &c. ayant commencé alors à employer >, le charbon de terre, une grande partie de la haute , de la petite noblelfe j, & des autres bourgeois repréfcncerent au roi que cet ufage était iticom-„ mode au public, St que de la permiiîion qui fut donnée d’informer, il ,, s’enfuivit une ordonnance févere pour défendre l’ufage de cette matière , „ fous peine d’amende , confifcation , &c. „ Les mêmes hiftoriens rapportent “ que ces marchands éprouvant la rareté & la cherté du bois de chauf-,, fage , qui portait coup à leur commerce, employèrent le charbon de terre, „ & en tirèrent, peu de tems apres, de Newcaftlc fur la Tine. „
- ' Il ferait difficile de citer en aucun pays l’exemple d'une contravention auffi heureufe. Aujourd’hui que dans ce royaume les mines de charbon de terre donnent l’exiftence à une pépinière de matelots, réputés les plus habiles, & que ce commerce eft devenu fi confidérable qu’on y affigne une partie des l’ubfides que la nation a coutume d’accorder pour les befoins de l’état, nous nous croyons plus que difpenfés de nous arrêter à la moindre réflexion, pour faire remarquer combien on penfe différemment fur cette matière qu’011 ne penfait en i?Of.
- Le lavant hiftorien de la police de Paris (a ) mérite trop d’égards pour palfer fous filence ce qu’il dit fur cette odeur, qu’il caradlérifc mieux que la plupart de ceux qui en ont écrit. En parlant de ce chauffage , ufité dans les pays qui produifent de la houille, il s’exprime d?une maniéré qui ne prévient pas en fa faveur (£); mais il eft facile d’imaginer que fur cela il n’a fuivi que l’idée commune. Les propriétés qu’il donne enfuite à cette odeur, fans
- (a) Traité de la police, par M. Dela-mare, confeiller-commiflaire du roi au châtelet de Paris, 4 vol. in-fol. dont le premier en 170^ , le deuxieme en 17 10, le troifleme en 1719, & le quatrième continué par M. Leclerc du Brillet, fur les mémoires de feu M. Delà mare , publié en *738.
- ( b II ne peut y avoir qu’une Jonque habitude qui puift’e rendre ce chauffage fupportable ; car ce charbon , en brillant, rend toujours fb,i odeur naturelle de bicume, qui eft fort incommode r> ceux qui n’y font pas accoutumes. Tome 111, édition in-4, page 933.
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- doute d’après quelque témoignage, font preuve qu’il n’a jamais prétendu fe rendre garant de ce qu’il avance, (a)
- Voudrait-on, en fe dépouillant un inffant de toute efpece de préoccupation , favoir ce qui en eft de l’odeur du charbon de terre quand il brûle, de la fumée qui s’en exhale ? Rien de plus aifé j il 11’eft pas befoin pour cela d’avoir voyagé en Angleterre, à Liege, ni d’avoir été dans le Hainaut Français , ou dans les autres provinces qui emploient ce foffile à leur chauffage. On ne peuttfaire beaucoup de chemin dans les rues de Paris fans paffer auprès de quelque boutique, d’où la vapeur, la fumée , l’odeur de cette fubftance s’étendent dans le voifmage. On s’en apperçoit d’abord ; mais quoiqu’elle prenne affez fortement au nez, on n’a jamais remarqué que perfonne donne fur cela le moindre figue de diplaifance. En tout cas, loin d’être nuifible, on ferait fondé, avec le célébré M. Hoffman (A) , à réputer cette vapeur amie du genre nerveux, comme la plupart des fubfîances dont on fait refpirer la fumée, & qui, quoique d’une odeur défagréable, font décidément, dans les affections nerveufes, plus efficaces que les parfums.
- Feu M. Fagon, intendant des finances , avait été à portée, dans les contef-tations furvenues à l’occafion des mines de Raifmes & de Saint-Watt au Hainaut Français, de connaître l’importance & l’étendue de la reffource dont pouvait être le charbon de terre. Soit qu’il voulût faire connaître fon utilité pour le chauffage, foitidée particulière, il avait adopté le charbon de terre pour échauffer fes bureaux & fes antichambres. L’odeur que l’on appréhende tant, & fur laquelle on annonce une fl grande répugnance, n’avait donné lieu à aucune raillerie, ni à aucune contradiction fur cette fantaifie, fi on veut l’appeller ainfi.
- Dans l’hiver de l’année 1712 , environ, plufieurs penfîonnaires du college de Louis-le-Grand fe trouvèrent très-bien de l’idée de leurs parens, qui, à l’occafion du prix auquel fans doute le bois de chauffage était porté dans ce moment, envoyèrent à leurs enfans du charbon de terre. Ce fait m’a été alTuré par une perfonne auffi éminente par fes qualités perfonnelles, que par les places distinguées qu’elle a occupées, & elle était du nombre de ceux qui fe chauffèrent avec du charbon de terre.
- Quant à la fumée réfultante de ce foffile, fi on en juge par ce que l’on en voit chez les ouvriers qui emploient le charbon de terre dans leurs travaux, l’idée qu’on en prendrait ferait abfolument fauffe. Les charbons dont ils fe fervent font ceux qui communément ont le plus d’odeur, & donnent le plus de fumée, & par cette raifon ils ne conviennent pas fi bien au chauffage ; &
- ( a ) Cette mauvaife odeur a néanmoins ( b ) Frid. Hoffmanni obf. 24, de car-cette bonne qualité, qu’elle chaffe ou tue bonibus fojjilibus, & eorum vapore non les fçrpens. adço noxio,
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- on ne doit pas oublier qu’en employant le charbon de terre, apprêté comme je Fai décrit, l’odeur & la vapeur n’en font plus les mêmes que celles qui fe remarquent dans ces atteliers.
- Dans la différence dont il s’agit ici, la fabrication à laquelle la houille a été foumife , pour l’appliquer aux ufages domeftiques, corrige réellement les défauts qui paraiffent au Français une raifon d’exclure ce Mile des ufages domeftiques.
- On doit bien s’attendre qu’entre plufieurs perfonnes, au jugement def. quelles on voudra s’en rapporter dans une matière de cette efpece, les avis fe trouveront partagés ; mais je n’ai fur cela qu’une obfervation à faire : je n’héfite point d’aflurer que ce ne fera toujours que le plus petit nombre qui trouvera infupportables l’odeur, la fumée ou la vapeur de ce chauffage. L’imagination n’aura-t-elle pas, dans cecte maniéré d’être affeétée , plus de part que la réalité ? La préemption en eft du moins permife.
- Je fuppofe encore que quelqu’un, libre de tout préjugé fur cet objet, foifc affecfté défagréablement pendant les premiers momens que la pile s’enflamme* Il eft, pour ceux qui auront dans leur maifon plus d’un feu , un moyen aifé de ne pas fe douter de ces effets, c’eft de n’employer pour le chauffage de leurs appartenons que les pelotes qui feront reftées de la veille du feu de lacuifine, ou des autres pièces; on en fera quitte pour être obligé de renouveller plus fouvent ce feu, fans que l’économie, qui fait un avantage effentiel de ce chauffage, en fouffre aucunement.
- De la pouffiere ou cendre , & de la fumée du charbon de terre.
- A en croire tous ceux qui ont été dans les pays où l’on brûle du charbon de terre, la pouffiere ou la cendre, & la fumée, qui s’écartent loin des cheminées & des villes, répandent jufques dans l’air un noir faliflànt dont il n’y a pas moyen de fe garantir. Cette pouffiere altéré la blancheur des linges, la netteté des vètemens, l’éclat des dorures, dont il femble qu’bn ne puiffe plus fe palier dans les appartenons , dans les meubles & fur les ajuftemens.
- Je fuis honteux d’être tenu de réfuter férieufement des obje&ions qui n’onfc rien de grave que le ton avec lequel on a coutume de les annoncer, & l’attache de la multitude. Quoique la plupart foient fi peu fondées qu’elles pourraient être taxées de ridicules , je les traiterai. S’il fallait, en fe chauffant avec de la houille, renoncer à la propreté, foit dans fa maifon, foit eu ville, il eft certain que ce ne ferait pas une faible obje&ion contre cet ufà-ge, tout agréable & commode qu’il ferait d’ailleurs; mais il ne fuffît pas que ces oui-dire foient reçus généralement, il faut que le point de fait fur lequel ils font appuyés, foit avancé de maniéré à être lié avec les circonft Tome XV.Il, O o o o
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- tances qui l’écîairciffent, & que chacun ne puiffe pas fe le repréfenter à fa fantaifie.
- Suffit-il, par exemple, qu’un écrivain nous déclare (<z) que la ville de Saint-Etienne en paraît comme toujours couverte de nuages ou d'un brouillard épais ; que cette fumée noircit les maifons , & fait peut - être perdre à cette ville , du côté de l'agrément, une partie de ce qu die gagne du côté du commerce & des ri-chejfes ? La chofe parait vraifemblable, & on n’ofe pas imaginer que cela puifle être autrement ; mais je m’en tiens à renvoyer, pour le premier objet, à la lettre de M. Delwaide ; & à l’examen que j’ai fait de la eonfultation de M. Stebbler, quant au fécond.
- Dans des villes telles que Londres, Liege , ou autre , dans lefauelles on ufe du feu de houille pour tous les befoins d’un ménage , dans lefquelles tous les quartiers fervent de palfage aux voitures qui tranfportent fans celle cette matière de tous côtés, il fera fûrement impoffible de ne pas s’appercevoir des traces de cette importation dans les rues , dans quelques parties des maifons , comme les cours ou les endroits où l’on ferre l’approvifionnement. On fait, par exemple , que Saint-Etienne en Forez eft rempli de fabriques d’armes à feu , de fenderies, ufines, martinets, manufactures de quincaillerie. De tout ce qui fe confume de charbon dans l’enceinte de cette ville, n’eft-çe pas la plus confidérable quantité qui paife dans ces atteliers ? Et y a-t-il quelque chofe à conclure d’une grande habitation occupée par des forgeons qui, fans interruption & toiis les jours , brûlent du charbon à l’aide desfouf-flets, dont le vent détache & enleve des molécules ou en nature , ou en cendres ? Jugerait-on des inconvéniens des cendres & de la fumée de ce chauffage par la mal-propreté qui régné univerfellement dans les petits ménages , & qui s’étend fur leurs vètemens , fur tout ce qu’ils touchent, ou ce qu’ils approchent ? Il faudrait ignorer que le menu peuple eft par tout pays recon-naiifable par fon extérieur fale & négligé. J’ai entendu très-fouvent chercher la preuve de ces allégations touchant la propriété de falir&de s’infinuer partout des cendres & de la pouffiere de la houille, dans la prétendue précaution que prennent les Anglais & les Liégeois, de choilir des redingottes & des habits gros bleu. Il n’eft pas difficile de voir que le menu bourgeois, le commun du peuple , ou l’homme de commerce, trouvent Amplement dans, cet habillement, & dans la couleur qu’ils préfèrent pour l’ordinaire, l’avantage de s’exempter du foin réitéré de leur ajuftement. Il y a même fur cela, fi je ne me trompe , une remarque que tout le monde eft à portée de faire : c’eft que ces étrangers, pris dans le même ordre, en voyageant dans d’au-
- ( a) Mémoire pour fervir à Phiftoire naturelle des provinces du Lyonnais, Forez & Beaujolais, par M. Alleon du Lac , avocat en parlement, & aux cours de Lyon, tome II page 68,
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- très pays où Ton ne brûle pas de charbon de terre, ne fe départent point de ce choix d’habillement ; que s’ils ont 2 lé faire habiller hors de chez eux, ils fe décident a fiez volontiers, par préférence à toute autre, pour cette couleur groftiere. On 11e peut pas dire que c’eft alors de leur part un choix rai-fonné fur les inconvéniens de la pouffiere du feu de houille, entièrement inconnu dans le pays où ils fe trouvent.
- Les perfonnes qui s’imagineront que ces étrangers fe font uniquement conduits en cela par une fage & prévoyante économie relative à leur prochain retour au milieu de la fumée poudreufe de leurs pénates, auront à prouver que telle a été l’intention ; alors je n’aurai rien à répondre.
- Ce n’eft pas que le charbon de terre, employé prefque généralement dans une grande ville, ne produife une cendre dont une bonne partie doit fe répandre en l’air & retomber de tous côtés. Ce n’eft pas une fuite auiïi nécef? faire de ce chauffage, que nous avons à contefter : nous ne prétendons que réduire à fa jufte valeur l’opinion que l’on a de l’elfet de cette poulîîere fur tout ce qui peut être fournis à fon contacf Une courte obfervation fuffira pour cela : c’eft qu’à voir , à examiner même avec cet efprit de prévention les appartemens , les ameublemens , je 11e dis pas feulement des maifons honnêtes, mais encore du commun & du plus petit artifm de la ville de Liege, les habillemens, les linges de corps & de table, on 11e croirait point du tout qu’il ne s’y fait de feu , pour quelque chofe que ce foit, qu’avec de la houille.
- Je dois ajouter à cela que dans le général on y eft allez dans l’uiage des rideaux blancs, tant pour les lits que pour les croifées 5 cette couleur, la plus facile de toutes à s’altérer , & qui ne pourrait fe concilier avec cette propriété de la houille , d’être falilfante , annonce clairement que cet inconvénient n’eft pas tel qu’on le prétend communément. Où eft donc le fujet d’inquiétude que le Français, fi recherché fur l’article de J a propreté, n’ait point le talent de s’y maintenir au milieu du chauffage dont il s’agit, de conferver cette propreté qui n’eft inconnue ni à Londres , ni à Liege , ni en Hollande, où l’on fait qu’elle eft, fi on peut parler ainfi , portée à l’excès , quoiqu’on 11V brûle que de la houille ou de la tourbe '<
- Il y a alfurément un manque d’attention , ou une prévention bien mal rai-fonnée à aller chercher dans la fumée qui doit nécefîairement s’exhaler en grande quantité dans un endroit fort peuplé , une explication de cette vapeur qui paraît au-deifus de la ville de Liege 5 c’eft aifurément une des moindres caufes de ce que l’on peut avancer fur cela. Le voile nébuleux qui, fi l’on veut, obfcurcit l’air au - delfus de Liege, n’eft guere différent, ni plus confidérable que celui qui couvre les grandes villes, & qui eft toujours remarqué par les voyageurs arrivant à Paris, (a)
- (a) Voyez ce que die fur cela l’Obfervateur Français, page 331, lettre 79 , vol. Il, *
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- Je ne puis retenir mon étonnement de ce qu’avance M. Stebbler dans la confultation donnée pour le feu cardinal de Bavière. Ce médecin va jufqu’à prononcer que ces cjflux fulfunux & fétides, entraînés en bas par Leur propre poids, communiquent au fol du pays une couleur noire , pénétré jufque dans les bourfes ; que toi & targent qui y font renfermés, ny font pas à tabri d'une altération marquée. ( a ) L’explication du fond de la couleur du terrein de Liege, par une caufe extérieure , telle que les moléculés de la houille, trop pelantes pour pouvoir relier fufpendues en l’air, ne peut être réfutée férieufement.
- Pour ce qui eft de l’effet de ces exhalaifons fur l’or & fur l’argent, le lecteur instruit doit le rappeller ce qui a été dit à cet égard, dans la première partie. Les chymiftes connailfent cette propriété dans l’efprit du charbon de terre, lorfqu’on le foumet à la dillillation j mais M. Stebbler avance ici un fait tout neuf & abfolument ignoré des Liégeois, & de ceux qui y ont Séjourné allez long-tems pour y avoir de l’argent en caiife, ou en facs. En accordant au furplus un intlant cette propriété , très-propre à frapper les efprits crédules, on ne voit pas comment M. Stebbler a pu en tirer une indudion contre la falubrité de l’air de Liege, dans le cas pour lequel il donnait fon avis relativement à la fanté du feu cardinal de Bavière, & à la nécelîité d’éviter de le refpirer. Cet efprit reconnu par l’analyfe, & qui véritablement noircit l’or & l’argent, n’etl, au fu de tous les chymiftes , qu’une efpece de liqueur balfamique, & il devient alors plus que difficile de le foupqonner d’être nuilible à la poitrine.
- On ne faurait croire à quel point on a été extrême fur ce préjugé , jufqu’à prétendre que la pouffiere ou la vapeur de la houille ont un effet marqué fur la peau, que la blancheur du teint du vifage fe ternit par cette fumée.
- Il n’eft pas trop facile d’imaginer fur quel fondement porte cette abfurdité. Serait--ce d’après ce que l’on voit tous les jours fur les ouvriers employés dans les mines & dans les magafms de houille, ou à des travaux qui obligent d’être du matin au foir au milieu de cette pouffiere, ou de la vapeur? Certainement l’afpeél de cette grande partie du menu peuple qui habite l’extrémité de quelques fauxbourgs de Liege, & qui ne connaît d’autre occupation que celle des mines ou du commerce de houillerie, rendra au vrai le tableau que je donne du corps des houilleurs, fed. première de cette fécondé partie. Les ferruriers, les ramonneurs doivent être, des pieds à la tète , de la même couleur que nos charbonniers ; comme les boulangers, les plâtriers doivent être remarquables par une couleur toute oppofée : mais on n’ofe fe perfuader
- (a) Mac fane citm fœtore junâa fulphurea effluvia , fait fuo preffa pondère y nigro terras colore injiciunt, reconditumque in cijiis aurum & argentum deformi ru-bigine imbuunt,
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- que ces troupes d’artifans enfumés ou barbouillés, puiffent fournir aucune lorte de conféquence en faveur de la propriété que l’on attribue au charbon de terre, d’altérer foncièrement la couleur de la peau.
- Nous aurions fort déliré n’avoir pas encore à faire ici un nouveau reproche à un démonftrateur d’hiftoire naturelle, dont les cours publics font fort fui-vis (a). En croyant avec le vulgaire à cette influence du feu de houille fur le teint du vifage (£), il ne devait pas négliger de nommer les pays, les villes, dans lefquelles il a conftaté cette obfervation importante pour la plus agréable portion de la fociété. Je puis alfurer que ce n’eft pas à Maëftricht (c), dont le fexe eft bien éloigné d’avoir un teint délagréable. Les habitantes de Liege ne lont pas plus mal partagées à cet égard, que ceux de Maëftricht. Il faudrait être difficile, pour accufer le fang des Liégeois d’être fruftré de cette heu-reufe aptitude à faire briller fur l’extérieur du corps & du vilage, cette blancheur & cette fleur qui ajoutent un furcroît d’agrément aux traits de la phy-lionomie.
- À Valenciennes, dans le Hainaut Français, où depuis quarante ans on n’emploie de même que le charbon de terre pour le chauffage , les femmes ne fe font pas encore apperçues que cet ufage ait fait aucun outrage à leur teint. Les perfonnes de l’un & de l’autre fexe , qui pourraient être intéreffées dans cette alarme, en reviendront d’elles-mèmes, en faifant attention que les Anglais n’ont rien moins que le teint olivâtre. On fait que la couleur brune n’eft pas même chez eux la couleur dominante.
- Si les phyliologiftes ont eu de bonnes raifons pour regarder la blancheur du teint du vifage des habitans d’un pays comme un ligne de la falubrité, que deviendra la qualité prétendue mal-faine du climat de Londres, ou de ce brouillard perpétuel qu’on y refpire ? Une chimere.
- A la veille de mettre ces mémoires à l’impreffion, il m’eft parvenu un ouvrage fait pour intéreffer à plus d’un titre. La plume dont il fort, habituée à jeter de l’agrément fur tous les fujets qu’elle traite, eft également en poffef-lion du fuffrage du public. La curiofité des Français fur les moeurs & les coutumes de la capitale d’Angleterre, s’eft déclarée depuis plufieurs années juf-qu’à déterminer le curieux à y voyager pour en juger par lui - même. Tous ne le peuvent cependant pas j & ces derniers curieux feraient bien à plaindre , fi l’homme de lettres qui s’y eft tranfporté, ne refpe&e pas la vérité dans le compte qu’il leur rend de ce qui l’a frappé j fi l’imagination vient fe confondre
- (a) Minéralogie , ou nouvelle expofition teint tout bafané. du régné minéral, par M. Valmont deBo- ( c) On ne voit defeendre tous les ans mare. fur la Meufe qu’un feul bateau de bois pour
- ( b ) La vapeur qu’exhale ce Foffile, l’ufage de cette ville, lorfqu’il brûle, noircit le linge, & rend le
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- avec l’impartfalité qu’il annonce ; fi enfin, à la faveur d’une épigraphe applicable à toutes les grandes capitales (a), 011 fe permet des inconféquences fous la forme de .l’érudition qui dit tout & n’approfondit rien. Dans l’ouvrage piquant, intitulé, Londres ( b ) , on trouve un article alfez long lur ce que le chauffage du charbon de terre a de défagréable. Le ciel de cette ville y eft repréfenté comme un manteau formé d'un nuage qui oppofependant huit mois de Cannée environ, une barrière impénétrable aux rayons du foleil, qui revient fans cejfe fur lui - même, pour empêcher Les habitans d'entrevoir la lumière du jour. ( c )
- L’auteur affure que, Ci Londres continue de s’accroître autant qu’elle en paraît fufceptible, les fumées du charbon de terre forceront les habitans de renoncer à ceféjour. Les édifices , auxquels 011 a certainement apporté le plus de foin pour en rendre la conftrudion magnifique & folide , fe relfentent déjà de cette fumée infupportable, qui enveloppe exactement & continuellement la ville. <c Non -feulement l’extérieur des maifons porte évidemment l’em-,, preinte de la couleur fale & déplaçante de cette fumée, mais encore leur ,, folidité en eft fenfiblement altérée ; les pierres de l’ancienne cathédrale , „ détruite par un incendie en 1666, avaient toujours été l’objet de répara-,, tionsauffi fréquentes que difpendieufes, occafionnés par l’action infenfible „ de la fumée.„ (d)
- Qui oferait, après de pareils effets préfentés d’un ftyle féduifant & léger, contredire , même révoquer en doute la propriété nuifible & mal - faine des vapeurs de ce chauffage, ne pourrait paffer que pour un entêté. Ne pas redouter l’a&ion corrofive de fes parties terreftres & minérales fur le fang, dans lequel elles fe mêlent avec l’air qu’on refpire , ferait une inconféquence grofîiere. Aufli l’auteur (e) ne manque-t-il pas de faire entrer en compte, parmi les caufes phyfiques de la mélancolie des Anglais, cette athmofphere dont il s’eft plu à faire une peinture frappante ; je pourrais dire une cargature.
- Que réfulte-t-il de toutes ces allégations, finon que toute nation, quelque éclairée qu’elle foit, 11’eft pas à l’abri des préjugés ‘i II eft feulement fâcheux qu’ils aient quelquefois pour panégyriftes, les perfonnes qui en devraient être les defijruéteurs. Je ne crois pas au furplus, qu’elles méritent attention, fi on les compare.à Panalyfe que j’ai déjà faite de la confultation de M. Stebbler, fur la faute de feu S. E. le prince de Liege, & aux détails dans lefquels je fuis entré fur toute cette matière j je regrette fur-tout que M. Grosley 11’ait pas eu connaiffance d’un ouvrage, fort répandu néanmoins, qui traite le même fujet que lui. \J O bfervateur Français à Londres, fans favoir que le
- (a) Tranfvi, ut vider emfapientiam, (c) Tome I, nouveau Londres, p. 77.
- crrorefque &flultitiqm. Ecçlefiaft. (d) Londres, tome I, page 79.' .
- (,h) Laufane, 1770,3 vol. in-12, (e) Idem, pages 77, 78? 79*
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- gouvernement fongeait à favorifer Fétabliflement adopté aujourd’hui, a discuté fommairement & judicieufement eette opinion françaife. M. Grosiey eût apperçu dans la lettre LXXV que j’ai citée, un antagonifte qui n’ell: pas indifférent. Le ledeur trouvera bon que je l’invite à comparer ces deux pièces , dans lefquelles il trouvera le pour & le contre ; & c’eft le moyen de juger avec connaiffance de caufe. Je crois devoir faire obferver que, fi la falu-brité de l’air de Londres avait befoin d’autres garans que les perfonnages célébrés , compolant la fociétéde médecine de cette ville, qui ont répondu, par leur fecretaire, à mes queftions fur ce fujet, comme on le peut voir par la piece FF, il ne ferait pas déraifonnable d’en tirer une conféquence avan-tageufe à cet air. Ce que prouve de plus le caractère du peuple d’Albion , perfonne ne l’ignore, il ne s’eft démenti dans aucun tetns , dans aucune révolution : parmi des hommes qui pafleraient leur vie dans un air grolfier & mal-fain, ou qui feraient partagés d’un tempérament cacochyme & valétudinaire, trouverait - on cette hardielfe à entreprendre, ce courage à exécuter , cette aptitude pour les fciences (a), que tant de fois on admire dans les Anglais ? Les phyliciens , à qui il appartient de raifonner fur les effets de la fauté & de la maladie, 11e peuvent pafler à M. Grosiey fes indudions , fes opinions fur la mélancolie, à laquelle il attribue, on 11e voit pas fur quel fondement, toutes les modifications de cette force extraordinaire de l’ame. Un état de maladie , telle que la mélancolie, îe mai-aife , la lenteur, l’aifaiifement qu’elle répand dans l’habitude de l’ame & dans celle des corps, ne comporta jamais cette obftination prétendue, que ton fait être ordinaire aux Anglais , pour des ob-jefs difficiles, ni aucune efpece de bravoure , ni cette chaleur qui échauffa Rome & la Grece, & qui produira les mêmes fruits en Angleterre. M. Grosiey eîf le premier à qui l’idée foit venue de donner à unefievre quarte de fept ans de durée, la plus légère influence fur la réputation du chevalier Bayard ( b ) ; d'attribuer en partie la victoire de Fontenoy au délabrement de la fanté du maréchal de Saxe ( c ) ; d’expliquer enfin par l’affedion hypocondriaque & mélancolique, le caradere d’une nation. Qui connaît l’auteur, fes talens & fa gaieté, fait que penfer de l’influence de la mélancolie.
- Les travaux des Bacon, des Boyle, des Newton, toutes leurs découvertes dues aux plus vigoureufes opérations de l’efprit humain , ne pourront jamais fuppofer dans leurs auteurs, qu’un état bien décidé de fanté. Faire dépendre d’un excès de mélancolie ou de fievre, les grandes adions des hommes, ferait rabaiifer d’une façon finguliere le grand Condé, nos Montmorency, Châtillon , Luxembourg, les Bouillon, Bertrand du Guefelin, les
- (a) Londres, tomel, page 373.
- (b ) Bravoure, page 494.
- (c) Idemt pages 79, 395.
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- Richelieu , Colbert, Louvois , Jerome Bignon, Ifaac le Maître, les Lamoignon, qui dans la France , où l’on n’eft pas mélancolique, ont donné des exemples de cette fupériorité qui, fi l’on veut, ont montré ce noble orgueil qui fut toujours le mobile des grandes a&ions. Pour ce que M. Grosley avance de l’adion rongeante des fumées de charbon de terre fur les pierres & fur les édifices, l’Anglais, à moins qu’il ne regarde l’allégation de l’auteur Français comme une caricature, faura défendre fes pierres.
- On reconnaîtra aifément qu’aux rifques d’abufer de la patience du ledeur, j’ai fait une exade perquifition de tout ce qui peut être dit, ou qui peut avoir été écrit, contre l’ufage du charbon de terre employé au feu. Si néanmoins jë ne renfermais pas fcrupuleufement dans cette récapitulation tous les écrits qui peuvent être venus à ma connaiflance , on ne manquerait pas de regarder cette omiflion comme volontaire. Afin de lever ce foupçon, je finirai par l’examen d’un ouvrage d’une autre efpece que qeux que j’ai discutés jufqu’ici, mais non moins impolant par le fuffrage que le public lui a accordé dans fon tems (a). L’auteur, en parlant de la ville de Liege, dont on ne le taxera pas d’avoir flatté le tableau, ajoute, au fujet de la houille (b) : le chauffage en efî tres-defagréable par la mauvaife odeur, qui furpaffe infiniment celle du charbon cC Angleterre, & qui rend Liege en hiver auffi noir & auffî jombre que Londres. On ne peut s’exprimer d’une maniéré plus précife & plus pofi-tive. -Tout ce qui vient d’un auteur, homme de condition, qui a voyagé avec les avantages de ce qu’on nomme une belle éducation, devient pour quelques perfonnes une décifion dont elles imaginent ne pouvoir pas rappel-ler. Il n’eft point de^Parifien qui, d’après le baron de Pollnitz, ne fe regarde comme très - difculpé de fa prévention contre l’ufage du charbon de terre. On me permettra d’apprécier ici ce paflàge : je crois feulement devoir prévenir que la chofe‘donne matière à un commentaire raifonné.
- La réputation la plus méritée d’un ouvrage ne difpenfe jamais un le&eur d’avoir préfent à l’efprit, fur quel point porte le mérite du livre dont il veut faire fon profit, ni de chercher à connaître le caraétere de fon auteur. Ou fait, quant au premier, que ces lettres & mémoires du baron de Pollnitz, dont il n’eft pas difficile de prendre une jufte idée par fa préface, font eifentiellement l’hiftoire particulière & fecrete des cours dans lefquelles ce feigneur Allemand avait eu accès par fa naiifance ; qu’à cet égard, la liberté avec laquelle l’auteur rend compte de la conduite des princes dans leur do-meftique , de celle de leurs courtilàns, a rendu cet ouvrage intéreifmt , en a peut-être feul fait la réputation ; que d’ailleurs, le refte qui forme véritablement
- (a) Lettres du baron de Pollnitz, con- qui compofent les principales cours de l’Eu-tenant les obfervations qu’il a faites dans rope. Edit, cinquième. Londres, 1747. fes voyages 3 & le caraétere des perfonnes (b) Troiûeme vol. des Mémoires ,p. 168-
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- la partie des voyages , y efl: écrit auflï agréablement que légèrement, nous ne craindrons pas de le dire , fuperficiellement.
- Pour démontrer que l’avis de notre auteur, au fujet de ce chauffage, n’eft point un oracle, nous n’avons ici qu’à ajouter à notre dîfcuffion. quelques obfervations générales. Il efl malheureufement trop ordinaire aux voyageurs ( & les plus raifonnables ont allez de peine à s’en défendre ) de ne fe former une opinion des villes où ils ontpalfé , de leurs habitans, &c. que fur quantité de petites circonftances fortuites qui ne font rien moins que décifives.
- Un feigneur d’une des maifons les plus illuftres de France par fon ancienneté & par l’éclat dans lequel elle fe Soutient encore de nos jours depuis fon origine , préfente très-bien cette remarque (a), que l’on voit à chaque inftant fe vérifier dans les cercles & dans les converfations.
- Un voyageur qui, en féjournant dans une ville, y aura rencontré une compagnie aimable qui lui aura procuré des amufemens , des connailfances , un accueil favorable, le fait de l’endroit, même de toutes les autres fociétés qu’il n’a point fréquentées, une idée avantageufe qu’il porte par-tout. Il y aurait de l’incivilité à ne pas ajouter foi à l’hiftoire. Un autre étranger qui fe trouverait dans le même endroit, précifément dans le même tems, mais que le hafard n’aura pas favorifé comme le premier, qui y aura éprouvé quelqu’aventure fàcheufe ou malheureufe, peut - être même quelque dé-plaifir cuifant, fera à fon retour chez lui un portrait tout oppoféj il fera cru de même.
- Si l’inattention , la prévention , ou même la partialité n’influent en rien fur les fentimens d’un voyageur à l’égard de la nation au milieu de laquelle il s’eft trouvé tranfporté ; l’idée qu’il s’en formera pourra quelquefois prendre Ion principe , fans qu’il s’en doute lui - même , de la compagnie qu’il aura vue. L’auteur que je prétends trouver ici en défaut, rend très-bien raifon lui-même de la différence qui fe remarque toujours dans les portraits des nations. Il dit, page 7 de la préface , qu'un étranger ne peut juger fainement d'un endroit, que par ceux qu'il fréquente. A prendre le baron de Polinitz par fes propres paroles , il efl: fâcheux ( cette réflexion me fera permife ) qu’au portrait qu’il fait, page 166 , lettre xxiv, tome III, des habitans de Liege , des plaifirs qui font de leur goût, de la fociété, du paffe - tems des hommes , &c. on puiffe avoir quelque fujet d’imaginer qu’iL a dépeint le peuple, & non la bonne compagnie de cette capitale.
- ( a ) Si l’affection qu’on porte naturelle- feulement tous les autres pays que j’ai vus, ment à un pays, jointe avec les obligations mais même me convie de l’égaler en cec qu’on en reqoit, non d’un particulier, mais endroit à ma nation. Voyage du duc de de tout le général , doit induire ma plume Rohan, fait en l’an 1600, en Italie, en à en écrire du bien , l’Ecoffe furpaffç non- Allemagne.
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- Si l’auteur eût voulu prendre la peine de diffimuler de l’humeur, il aurait mis quelques ledeurs inattentifs dans le cas de prendre le change en tout fur la nation Liégeoile , qui, dit - il ,/èr.z toujours celle avec laquelle il liera le moins de fociété. Cette déclaration énergique n’eft pas inintelligible dans ce pays , où le baron, après avoir été pendant quelque tems reçu dans les meilleures mai-fons de Liege, détruifit en un inlhmt, au Jlaminai ,1a bonne opinion qu’on avait de fa perfonne. (a) L’anecdote ferait ici hors de place ; mais ayant à prouver que l’auteur , tant fur le portrait de la nation , que fur tout ce qu’il a cru voir à Liege, eft fufpedt d’aigreur & de partialité, on fe contentera d’alfu-rer que la maniéré dont il a été regardé dans cette capitale , a été de nature à lui faire voir en noir cette ville, & à ne pas lui en rendre le fouveniragréable. S’il était befoin de donner la preuve que cet étranger n’a voulu , par un mépris fimulé, que fe venger de celui qu’il s’eft acquis , un ouvrage connu dans toutes les bibliothèques ( b ), dont la publication a précédé les lettres & mémoires du baron de Pollnitz, la donne complètement. Quoique cet ouvrage foit plus enjoué que férieux, & ne paraifle pas ici devoir faire une autorité, il eft cependant permis d’y renvoyer en particulier, pour l’hif. toire du baron de Pollnitz. L’auteur , homme grave, & connu pour exad dans les anecdotes dont il a égayé fon fujet, garantit l’hiftoire de ce feigneur, qu’il donne en grand détail, comme ayant été publique à Spa, où on s en fouviendra long - tems. ( c )
- Une remarque à faire néanmoins en faveur du baron de Pollnitz , c’eft qu’il a l’honnêteté , page 167 , de lailfer aux autres la liberté de ne pas y trouver les mêmes chofes qui lui ont paru , & d'en concevoir une idée différente ; ce qui ne fera pas difficile pour ceux qui, inftruits de l’hiftoire particulière de ce pays, ou de celle des fciences St des arts, n’ignorent point le nombre de grands hommes qu’a produits la nation Liégeoife, ou de ceux encore exiftans, qui font honneur à leur patrie.
- Je crois en avoir allez dit pour que tout leéleur judicieux reconnaifle que, dans les faits particuliers,il n’eft pas obligé d’adopter fervilement l’opinion de fon auteur, fur-tout lorfqu’elle eft dénuée de vérité & de preuve > que l’on doit toujours être convaincu d’avance, que le voyageur raifon-nable ne prétend pas dépeindre les chofes comme elles font, mais feulement telles qu'elles lui ont paru. L’auteur de l’ouvrage fur lequel on s’eft étendu ici, fait lui - même dans fa préface , page viij, cette fage obfervation ; j’ai cru devoir l’employer contre lui-même: la confiance dont le public honore fon ouvrage, a rendu ce détail nécelfaire & indifpenfable. Si à quelques égards
- (a) Chez Clonckart, rue du Dragon , à Hiftoire du baron de P...........
- Liege , vers l’année 1730. (c) Voyez l’avertiffemçnt de l’éditeur ,
- {b ) Amufemens des eaux de Spa, tome I. tout à la fin.
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- ou pour quelques perfonnes, il a eu l’air d’une digreflion, 011 voudra bien me le palfer, en faveur du fouvenir que je fuis particuliérement obligé de confer-ver des honnêtetés & des accueils que j’ai reçus dans une ville à laquelle je ne fuis pas tout-à-fait étranger, ayant eu le double honneur d’y être aggrégé à un corps de médecine recommandable à plufieur titres, & d’être confervé dans fes faites d’une maniéré diftinguée , & digne d’y faire époque.
- PIECES JUSTIFICATIVES.
- A. Lettre de M, Del WA IDE, Licencié en médecine , de la faculté de Louvain , ancien préfet du college des médecins de Liège , fur P effet attribué à la houille, de nuire à la poitrine.
- J*E me rappelle très-bien, monfieur & cher confrère, que dans votre fé-jour ici, nous nous fournies entretenus plus d’une fois, & d’une maniéré allez fuivie, fur ce que les étrangers imaginent des mauvais effets de notre chauffage avec la houille : vous n’y croyez pas plus que moi; tout ce que je vous ai obfervé fur cela vous a plu, & vous defirez avoir par écrit un réfumé rédigé de mes idées & de nos conventions : j’y fatisfais avec plaifir. Vous nie demandez en particulier s'il ef vrai ou faux que la péripneumonie , Pafhme fec , la phthijie, foient à Liege plus ordinaires que dans toutes les villes ou il y a plus d’habit ans , & y foient prefqu endémiques. Je 11’ignore pas que c’eft une idée prefque générale s & au moyen que cette allégation eft toujours liée avec la raifon qu’on en donne d’abord, des vapeurs de la houille brûlée, elle acquiert par une caufè plaufible un degré de vraifemblance qui conftitue pour bien du monde un fait fans répliqué : ce n’eft pas autrement que l’opinion a de tout tems prévalu fur la vérité.
- Les maladies dont il s’agit, monfieur, s’obfervent ici comme ailleurs: fi elles y font plus communes en apparence , ce n’effc que dans une clafle d’hommes parmi lefquels 011 les rencontre en général plus fréquemment, parce que leur état les expofe particuliérement à contrader ces maladies. Il eft clair que: c’eft en proportion d’un grand nombre d’artifaus, occupés ici à certaines pro-feffions, & point du tout à raifon de la grande quantité de houille qui s’y con-fume, que l’on voit dans quelques faifons ces maladies plus ou moins nom-breufesj c’eft uniquement à raifon du plus ou moins d’ouvrage qu’ils ont à faire, ou de différentes imprudences auxquelles toute efpece d’ouvrier eft plus fujette. Ces maladies , par exemple , ne font point rares parmi ceux qui creufent à qui nettoient les puits, parmi les tonneliers, qui fûrement ne les
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- gagnent pas en fe chauffant au feu de houille, mais dans des caves & des celliers, dont la fraîcheur 11e le cede point à celle des glacières. Elles font de même communes parmi les chaufourniers, les bateliers qui tranfportent la chaux fur la Meufe, les maçons qui la collent & la mettent en œuvre, parmi ceux qui habitent trop tôt des maifons conllruites à la chaux, ou qui couchent dans des chambres qui en font fraîchement enduites. Les boulangers, .qui ne fe fervent que de bois pour échauffer leurs fours, font encore du nombre des gens de métiers que ces maladies attaquent fréquemment, ainfi que les alchymilles , les chymiftes, les diftillateurs d’efprits minéraux, les buveurs de liqueurs fortes, les doreurs en pâte , les plombiers, les potiers d’étain , les fondeurs en cuivre , les étameurs , dont la plupart, au lieu de travailler fous leurs cheminées, font leurs fontes au grand air. On ne pourra dire affurément que le feu de charbon de terre entre pour rien dans ce qui occafionne à ces ouvriers les maladies fur lelquelles vous me demandez mes obfervations.
- Si de ces profelïions on paffe aux autres états & conditions , loin que ces maladies puilfent être regardées comme endémiques , ou prefqu’endémiques, dans notre ville de Liege , parmi les gens de ces métiers, 011 peut avancer hardiment, qu’à prendre la ville & la banlieue, il n’y a pas de proportion du nombre de ceux qui en font attaqués , au nombre de leurs habitans.
- A confidérer même ceux de ces métiers qui s’expofent le plus aux im-prelfons des vapeurs & de la fumée de la houille , comme ceux du maréchal, du ferrurier, du cloutier : quoique ces artifans , ainfi que les braifeurs , les cui-finiers, allument de grands feux, quoiqu’ils travaillent la plupart dans des ialles baffes, dans des réduits par conféquent fujets à fumer , quoiqu’ils aient du matin au foir, en hiver comme en été , le nez & la bouche fur un tourbillon de feu & de fumée, ce qui 11’arrive qu’à euxfeuls ; en un mot, quoiqu’en comparaifon des autres hommes qui emploient le feu de houille, ils refpirent une bien plus grande dofe de fumée , quoiqu’ils effuient l’aélion d’une bien plus grande quantité de vapeurs , quoique les exhalaifons Voient appliquées fur leurs organes immédiatement, les maladies que l’on prétend être endémiques à Liege, ne fe font voir que très-rarement parmi ces ouvriers i & ce n’eft jamais autrement qu’accidentellement.
- L’opinion qui décide de tout, moniteur St cher confrère , attache à la nation Anglaife une difpofition particulière à la confomption, & l’attribue au grand ufage qu’elle fait du charbon de terre pour les befoins qui,exigent du feu : on entend fpécialement par ce mot une maladie poitrinaire. Voici ce que je puis affurer quant à cela. Nous avons à Liege une communauté de Sépulchrines, compofée aujourd’hui de vingt-lept profeffes, fans compter les feeurs converfes & les penfionnaires, toutesAnglaifes, ou Anglaifes-Améri-
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- caines : elles ne fe chauffent qu’avec de la houille. Je fuis depuis dix à douze ans le médecin de cette maifon , & je n’y ai pas encore vu une feule phthille, ou obfervé aucune efpece de maladie de poumons.
- On n’a jamais accufé de cet eifet que la fumée & les vapeurs qui fe développent de la houille lorfqu’elle brûle. Peut-être quelqu’un pourrait l’imputer aux exhalaifons fpontanées que ce foffile répand dans l’athmofphere ; il ne fera donc pas hors de place d’examiner ici leur effet : fi ces exhalaifons abondent quelque part, c’eft fans doute au fond des galeries fouterreines de la mine 3 l’air qu’on y refpire doit en être chargé : nous voyons néanmoins nos houilleurs vivre dans cet air, fans éprouver des maux de poitrine. Sortent-ils de ces foffes pour être employés à ouvrir de nouveaux bures à la furface de la terre , au travers de lits de terre , d’argille, de craie , de marne , de fable j de bancs de rochers , ils éprouvent, dans le cours de leurs opérations, que leur poitrine s’affecte de plus en plus d’un jour à l’autre; & avant d’avoir atteint la veine de houille, qui eft l’objet de la fouille, ils contractent des althmes.
- On compte cinq fiecles & demi depuis la découverte de la houille dans le pays de Liege, ou, fi l’on veut, depuis qu’on y a commencé à fe fervir de ce foffile pour le chauffage. Malgré le penchant qui porte les riches à fe diftinguer en tout des gens du commun, ils ont adopté le feu de houille, dans un tems où l’on était pourvu abondamment de bois, & ils ont retenu cetufage jufqu’à aujourd’hui. Les étrangers qui fe fixent ici ( il y en beaucoup d’opulens ) y fentent leur refpiration auffi libre que dans le pays d’où ils venaient; ceux qui avaient quelques inquiétudes fur l’inconvénient du mélange de ces exhalaifons avec l’air, renoncent à leur préjugé , & nous imitent.
- Au centre du pays, dans cette capitale , où fe braffe la plus faine de toutes les bierres, on traduit tous les jours l’ufage qu’on y fait de la houille , comme préjudiciable à la lanté. Cette prétention ne fe trouve que dans des nouveaux - venus , qui ne s’appuient que fur des raifonnemens. Qu’alleguent-ils en effet? L’odeur, la fumée, la vapeur de la houille annoncent, félon eux, une qualité fubtile qui fè communique infailliblement à l’air : Liege eft couverte de brouillards qui empêchent qu’on ne puiife l’appercevoir de deffus les. hauteurs qui la dominent, tandis’que celles-ci font pleinement éclairées du foleil : c’eft, difent-ils , une marque certaine du mélange impur de ces vapeurs & de ces fumées avec l’air : ce font ces exhalaifons qui l’épaif-iiffenH il ne peut en réfulter qu’une athmofphere propre à caufer toutes fortes de maladies, & notamment des affections de poitrine.
- Toutes ces conféquences font détruites par le fait, & par ce qui a précédé : la réponfe à ce dont on fe fert pour les établir eft fort fimple. La
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- fumée que donnent nos feux offenfe l’odorat d’un étranger qui arrive : il s’en prend à la houille feule ; mais la fubllance qu’on mêle à ce foliile, pour ralentir l’ardeur du feu qu’il donne, contribue , autant que la houille même , à cette fumée qui n’eft que paflâgere. Pourquoi ne fe plaint-on pas aufii hautement d’autres chauffages plus dëfagréables dans quelques - uns des phénomènes qui leur font particuliers ? On ne s’avife pas de décrier l’ufage de la tourbe , dont la fenteur eft plus forte & plus incommode , des charbons même du bois dont les vapeurs & la fumée révoltent l’odorat & bleffent les yeux , pour le moins autant que celles de la houille.
- Quant à cet air nébuleux qui fe découvre au-deffus de Liege , les perfon-nes qui ne fe difpenfent pas de réfléchir, conviendront que la Meufe qui parcourt notre ville, l’immenfe quantité de denrées qui y entrent & qui s’y con-fomment , la multitude d’habitans & d’animaux , & tout ce qui s’enfuit , ont plus de part à la formation de nos brouillards que toute la houille qui s’y brûle.
- Si l’on fe place fur les montagnes, il n’y a qu’à fe retourner & porter fes regards au loin, on verra leur fommet aufli embrumé que le badin où notre ville eft affiffe.
- Il eft fur-tout à remarquer, monfieur. que nos voifins font défolés de plufieurs maladies, telles que le fcorbut, les fievres pourprées & intermittentes ( maux endémiques chez eux ), que nous verrions bientôt dilparoitre .d’ici, fi nous n’avions plus de commerce avec eux.
- L’hiftoire des maladies qui s’obfervent ailleurs, m’eft affez connue pour affurer que les fluxions & les autres maux de poitrine y font bien plus fré-quens que dans notre ville de Liege ; d’où l’on doit conclure que cette a£ fertion de M. Hoffman eft fautive & contredite par l’obfervation : elle fera jugée de même par quiconque aura féjourné quelque tems ici. On ne peut jultifier l’illuftre profeffeur de Halle, qu’en préfumant qu’il l’a avancée fur le témoignage de quelques-uns de ces voyageurs qui aiment mieux prononcer au hafard fur le pays outils ont été 3 que de paroître n’ètre pas affez informés pour porter un jugement. D’ailleurs il s’en exprime autrement dans un autre endroit.
- B. Extrait des regijlres de tacademie royale des fciences.
- M. Morand, fils, nous a aufli donné communication d’un article important qui, dans fon ouvrage, vient à la fuite de tous les détails relatifs à la préparation des charbons de terre , à l’arrangement des feux, la conftruétion des cheminées dans lefquelles on veut fe chauffer & faire la cuifine. Il examine dans cet article les idées où l’on eft communément en France fur
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- les inconvéniens des charbons de terre : le point effentiel eh celui qui tient à la famé.
- Nous forumes d’accord avec M. Morand, que les inconvéniens 11e font pas réels. L’ufage de ce foffile employé au chauffage , ne nous paraît pas pré)Lidiciable à la fauté, la vapeur ayant une illue libre au-dehors , comme il en eft de tous les autres chauffages : les autorités qu’il cite font exactes & pofitives ; de maniéré qu’il paraît que nos dictionnaires n’ont point approfondi les fources dans lefquelles ils ont puifé ce qu’ils avancent de défavorable à ce fujet.
- Il réfulte de tout cela, que l’odeur étrangère de ce fofïile, tel qu’il doit être choifî pour être employé , eft bitumineufe , & non pas fulfureufe , comme plufieurs auteurs l’ont prétendu ; que la fumée , ainfi que l’odeur, font, par la préparation dont on fe fert dans le pays de Liege & le Hainaut Français , corrigées autant qu’on peut le defirer, pour que le chauffage de cette matière 11e produife aucun effet incommode ; que l’ufage confiant que l’on en fait à Liege depuis le treizième liecle , fans y avoir obfervé aucun inconvénient, & l’autorité de plufieurs célébrés médecins, paraiffent prouver qu’on n’en a rien à craindre ni à redouter.
- D’où nous concluons que nous ne voyons aucun inconvénient à introduire dans ce pays - ci l’ufage du charbon de terre , de la nature de celui qu’on emploie à Liege & félon la maniéré que nous venons d’expofer ; que nous y voyons même plufieurs avantages , ne doutant pas que /’expérience , aidée de notre in-dujlrie, ne fourniffe plufieurs moyens d'en perfectionner l'ufage . fait en variant les proportions du mélange qui en fait la bafe , foit en trouvant des maniérés plus commodes & plusavantageufes de s’en fervir.
- A l’académie, le 2 j" novembre 1769. Vaucanfon , Laffone, Leroi.
- Je certifie l’extrait ci-deffus, conforme à l’original, & au jugement de l’académie, à Paris, le 26 novembre 1769. Grandjean de Fouchy, fecretaire perpétuel de l’académie royale des fciences.
- C. Decretum faluberrimæ facultatis Parifienfis.
- “ Die veneris prima menfis decembris anni repara ta. falutis humance millefimi „ feptingentefimi fexagefimi noni, faluberrima facultas convocata in fcholis fupe-,, rioribus ad facultatem pertinentibus deliberatura , audita relatione clariffimorum „ virorum qui deputati fuerant ut carbones fojfiles , vulgo houilles ou charbons de „ terre , ad pauperum ufum & utilitatem, juxta methodum in traclu Leodienfi ,, antiquitus obfervatam , indeque in Hannonice G allie a provincia adoptatam , „ prœparatos & accenjos examinarent, diclorum carbonum prceparaûonem a cia-j, rijfimo collega nofiro M. Morand propofitam & traditam, unanimi confenfu
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- ,, comprobavit, ipfamque ab omni periculo immunem declaravit , modo liber va-„ poribus & fumo pateat exitus , qui in aliis quibufcumque comburendis cequaliter „ ejl ferv an dus.
- „ Itaque Jîc conclufit L. P. F. R. le Thieullier, decanus.
- 3, M. Natalis Maria de Gevigland, regiorum in Germania ducum& militum
- Nofocomiorum nuper medicus. ,
- „ M. Claudius Jofephus Gentil, militarium nofocomiorum ad regis exercitum
- medicus.
- „ M. Claudius Guillelmus de P reval, Crifiani Fil, Danice & Norvégien „ regis confliarius medicus, a medicis confins , nec non rerum medicorum a re~ 3, latione.
- 3, M. Petrus Abrahamus Pajonde Moncets, eques ,focietatis litterariee Catalau-3, nmfis focius.
- „ De mandato D. D. decani & doclorum regentium faluberrimce facultatis ,, Parifenfs , prœfens decretum fubfgnavi & parvo facultatis fgillo munivi,
- „ Th. P. Cruchot 3 major facultatis apparitor & feriba. ,,
- D. Declaratio collegii medicorum Leodienfum.
- “ Nos prœfeclus & afjejjores collegii medicorum Leodienfum , omnefque & fn~ 3, gu U incollegium nofrum cooptati medici,jufju perillufris viri D. D. præfdis ,, no fri fp eci aliter convocad & congregati, ad audiendas litteras nobis feriptas per 5, peritiffmum dominum J. F. C. Morand , collegam nofrum, faluberrimce fa-3, cultatis in univerjitate P arifenf doclorem regentem, régi ce feientiarum academice 3, focium ordinarium, & a bibliotheca, &c. &c. quibus litteris opinionem nofratn 3, pronunciari requirit de queef ione , utrum peripneumonia , afhma fccum & 33 phthifs in Leodio endemici fntmorbiy ex ufu fcilicet carbonum fojflium pro-,, */«<?& ?
- 3, Queefione igitur mature perpinfa , dicimus & declaramus quod, examinatis & 3, obfervatis per longeevos annos preediclis morbis, numquam crediderimus endemicos 33 ^ , preejertim cum e contrario confanter obfervaverimus extraneos hifee morbis „ laborantes in civitate nofra Leodienf, melius quam alibi, femper fefe habuiffe.
- 3, Non obfat igitur quod dicit D. Hoffmannus , lib. 2 , cap. 6 , tit. de aeris ad 3, lànitatem ufu, in verbis\ neque aliud quidquam nifi carbonum ufus in caufa 3, eft quare peripneumonia 3 afthma ficcum &phthifis, morbi, & Leodii, & 3, Londini, funt endemici : nam preeterquam quodfbimetipf contradicere vide-3, tur, tum in fua oryclographia Hallenfi, tum in fcholio, fccl. 24 , cæ/j. 4 , ubi 3, legitur : plures morbos, ex quo carbonum folHlium ufus in cafis falinariis in-„ crebuit, ex finibus Hallæ exceiliffe, ulteriufque in obfervationibus fuis phyfeo-33 chymicis, obf 24 3 tlt' de carbonibus follilibus & eorum vapore non adeo
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- „ noxio , ubi concludit idem clarijjimus Hcffmannus, milium mixtnrx fangili-,, nis vel partibus tenuiiîimis corporis noltri infeftum, nihilque arfenicii vel „ aliquid minérale hic eiTe reconditum : ignem etiam e carbonibus pétris accmjïs „ innoxium plane , ut fupra diximus, experienda docet, & hue ufqueper nos obfer* y, vatum fuit.
- j, Quapropterpmfentem hanc,fgillo noflro munitam , dedimus.
- „ Leodi 't, hac nona decembris anni millejimi feptingentefmi fexagefmi - noni,
- „ H. Baro de Bierset , prnfes. A. DE M.OK'&kLiprœfeclus&celfiJJimipnn-,, cipis archiater.
- „ Ex mandata P. C. BACQUET yfecretarius collegii medicorum Leodienjium« E. S entend a medicorum Valencencnfium.
- ec Nos , doclores medici, & in hac urbe Valeminiana praclicantium feniores, ,, a fpeclabili D. D. decano nofro fpecialiter in confilium vocad , audituri epif-„ tolam quam nobis honorificenter referibit fapientiffimus magijltr Morand ,falu-„ berrimæ facultads Parijîenjîs doclor-regens & profeffor emeritus, &c. à nobis „ pofulans an peripneumonia, afthma ficcum & phthifis, aliive affedus „ morbifici, endemici fint in agro Valentiano morbi, ex ufu fcilicet carbo-„ num foflilium producli.
- „ Confulte igitur ponderata & penjitata quejlione , pronunciamus , ajfrmamuj-9, que hos morbos non adeo ejfe endemicos ab anno millejîmo feptingentejimo „ quadragefimo, ex quo lythantracum ufus in focis freri cœptus ejl, ut contra S) ab eo tempore infrequendores fnt : quam falubritatem tum in carbonis tum j, in aquee ufu ( haud fpontanea incolarum fobrietate, fed eorum paupertate ex vint J5 adufi (a) cerevificeque nimio preedo orta') reponendam cenfemus.
- „ Quod autem a nobis obfervatum ejl, de ufu carbonis fofjîlis , nihil, ut prius, M morborum epidemicorum vidimus ; id judicio noflro debemus , partibus carbo-y, nis bituminofis raptis fumo contagiofam caflgante athmofpheram cceli, quod yy crebris ab oriente & feptentrione hujufce urbis paludibus vitiatur.
- ,, Quocirca fubfignatam hanc fententiam appofto fgillo nofro certiorem con-„ ceffimus.
- yy Vàlendarum y die lunce y décima quinta menfs januarii anni 1770,
- M P. J. Lagon , decanus, nofocomii generalis medicus.
- yy F. H. Simon.
- 55 J, Macartein.
- yy Andréas Dufrefnoy , univerftads medicinæ Monfpelienfis, cafrorum &
- ( a) Eau - de - vie, en flamand brandewin , qui flgnifie vin brûlé, vinurn igne evaporatum.
- Tome XVlî. Q_q q q
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- „ exercituum regis in Germania pronuper medicus , regiique nofocomii militaris „ Valencenenfis. „
- Prévôts, jurés & échevins de la ville de Valenciennes, certifions à ceux qu’il appartiendra, que les fieurs Lagon , Simon Macartein & Dufrefnoy , qui ont ligné ci-delïus, font réellement médecins pratiquans en cette ville. En foi de quoi nous avons aux préfentes lignées de notre greffier civil, héréditaires fait appofer le fcel ordinaire de ladite ville, où le papier timbré n’eft pas en ufage, & où le contrôle & le petit fcel font fupprimés par abonnement.
- Donné à Valenciennes le 15 janvier 1770. J. B. Boufez.
- F. Avis communiqué au bureau d'ddminijiration de l'hôpital général de la charité & aumône générale de Lyon, par le médecin de cette maifon.
- Nous foulfigné doéleur en médecine, profelfeur agrégé au college des médecins de Lyon, médecin de l’hôpital général de la charité , de l’académie des fciences , belles - lettres & arts de la même ville, ayant été confultépar MM. les redeurs & adminiftrateurs dudit hôpital, fur l’effet du charbon de terre, relativement à la fanté des pauvres, nous certifions que nous n’avons jamais apperçu ni ouï dire dans cet hôpital ou dans le refte de la ville , que la vapeur & l’ufage de ce charbon de terre aient nui à la fanté de qui que ce foit, & que loin de donner lieu à la phthifie pulmonaire , nous obfervons depuis onze ans que le nombre des phthifiques eft fucceffivement diminué dans cet hôpital j ce que nous attribuons tant à la plus grande confomma-tion qu’on y fait du charbon de terre dans des grilles & dans des poêles, qu’à la fàge adminiftration qui, en plaçant, autant qu’il eft poffible, les enfans à la campagne, travaille de la maniéré la plus efficace à leur fanté. Nous croyons devoir ajouter à ce témoignage des faits paffés journellement fous nos yeux, que les villes de S. Chaumond & Rivedegier, dans cette province, ne confomment prefque pour le chauffage & les ufages domeftiques que du charbon de terre, & que cependant nous n’avons aucune forte de connaif-fance qu’il en réfulte aucun inconvénient pour la fanté des habitans de ces villes, quoiqu’il s’y faffe un grand emploi du charbon de terre par nombre d’ouvriers en fer, qui travaillent dans des rez-de-chauffées dont les planchers font très-bas. A Lyon, le 23 mars 1770. Raft, fils.
- f. Certificat de MM. les recteurs & adminifirateurs de l'hôpital général de la charité & aumône générale de Lyon, en conféquence de l'avis précédent.
- Nous redeurs & adminiftrateurs de l’hôpital général de la charité & aumône générale de Lyon, certifions à tous qu’il appartiendra que la confom-
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- mation journalière du charbon de pierre , extrait des mines du Forez, qui fe fait dans cet hôpital depuis longues années, n’eft en aucune maniéré nui-fible à la fanté des pauvres que ledit hôpital renferme, & que nous ne nous fommes jamais aprerçus que l’ulàge de ce charbon ait occalionné aucun fâcheux accident. En foi de quoi nous avons donné & ligné le préfent, & à icelui fait appofer le cachet aux armes dudit hôpital. A Lyon, le 28 mars 1770! Montmorillon, grand cuftode. Joivant l’ainé. Boulard de Gatellu. Charier. Verger. Imbert cadet. Le Pècheux. Duperel. Vernier. Giraud cadet. Raynard. Fayolle l’ainé. Parent.
- G. Confultum focietatis mediccz Londinenfs. D. D. D. Morand. Societas medica Londinenfis S. P. D.
- {f F alfa omnino videtur opinio a vefiratibus aliifqiu exteris recepta, di mor-„ bis apud Londinenfes endemicis : nullum enim morbum hic loci endemicum ,, novimus. Pro rato habemas , tutn phthifim , tum peripnzumoniam , in variis ,, hujufce infuicz partibus frequentiores ejje , licet ibidem parcior vel nullus ft li-„ thanthracum ufus. Carbones fofiles immerito culpatos fuijfe jarn vides, neque „ ufquam fortajje gentium quam irt hac urbe } ubi illorum acc&nforum vaporibus „ aer continuo faturatur, magis illibata fanitas reperietur.
- „ Tabéllis publias , mortuorum niimerum & morbos definientibus, vix ulla ,, fides adhibenda .efl, quoniam \ftib uno eodemque nomine morbi diverffjimi ge~ „ ne ris afcripti funt.
- ,, A focietatis propofto quœflionibus refponfum dare longe alienurn efl ; niki-,, lominus tk preefentiarum vefrez de re tam gravi pofulationi fadsfacere vo-„ lumus.
- „ TJ10. Dickfon tfoc. a fecretis.
- „ Londini, kalendis aprilis 1770. „
- Je ne crois pas indifférent de faire obferver que les membres de cette compagnie , qui ont autorifé le fecretaire à ligner cette délibération , font :
- Le Dv Pitcairne , médecin de l’hôpital de S. Barthélémy.
- Le D. Fothergill.
- Le praticien Quaker, le plus employé de Londres, & également fameux par fon humanité & fes connaiffances d’hiftoire naturelle. '
- Le D. Broklesby, du college royal des médecins.
- Le D. Silveftre, de lafociété royale de Londres, & ci-devant médecin de l’hôpital de Londres.
- Le D. Morris, Irlandais, excellent chymifte, médecin de l’hôpital de Weif minfter.
- Le D. Watfon, médecin de l’hôpital des enfans trouvés, naturalise 8c phylicien diüingué. Q_ q q q ij
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- DU CHARBON DE TERRE
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- Le D. Huch, médecin de l’hôpital de S. Thomas.
- Le D. Hunter, grand anatomifte, médecin confuitant de la reine.
- Le D. Mathy, fecretaire de la fociété royale.
- Le chevalier Duncan, médecin, du roi.
- Le D. Knigt, intendant du mufeum, & connu par fes découvertes magnétiques. i.
- Le D. Armftone, médecin très-eftimé, & connu par diverfes produ&ions ittéraires.
- Le D. Pye, ancien médecin.
- Le D. Wiibraham, médecin de 'Weftniinfter, de la fociété royale de Londres.
- H. Certificat du bureau de t hôtel - Dieu de la ville de Saint - Etienne
- en Fore£.
- Nous redteurs & adminiftrateurs de la maifon de l’hôtel-Dieu de la ville de S. Etienne, certifions à tous qu’il appartiendra , que nous n’avons reconnu, aucun inconvénient dans l’ufage habituel que fait cet hôpital du charbon de pierre. En foi de quoi nous avons délivré le préfent certificat pour valoir ce que de raifon.
- Fait audit hôtel-Dieu, le bureau aifemblé , le 6 feptembre 1770. De Lifiïeu. Du Lac , curé. M. Alleon. M. Grivet. Praire Paine. Tupier.
- M. Paré, do&eur en médecine exerçant depuis vingt ans à S. Etienne, ou dans cette partie du Forez, n’a reconnu aucune maladie dont la caufe primitive puiffe être attribuée à la vapeur qui réfulte du charbon de terre brûlé j en même tems qu’il a obfervé que l’afthme convulfif, la phthifie, 11e font pas plus communs dans cette province qu’ailleurs. Il remarque que quand cela ferait ainfi, ce ferait moins l’effet de ce combultible, que de la grande chaleur imprimée àl’athmofphere par la quantité de fourneaux allumés de toute part dans cette ville, de l’intempérance & des excès du travail,, auquel les ouvriers font forcés de fe donner dès leur plus tendre jeunelfe.
- Les maladies putrides qui devraient être fort communes à S. Etienne, Ci l’on confidere que les ouvriers font entalfés les uns fur les autres dans des logemens fort étroits, qu’ils croupiffent dans la craffe & la mal-propreté 5 ces maladies font fort rares, de même que les maladies cutanées, la pierre, &c.
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- ET DE S ES MINES. Partie II.
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- EXPLICATION DES. FIGURES. O)
- Pl anche XXXI.
- Géométrie fouterreine.
- jp/G. i. Plan vertical, ou quart de cercle muni d’un fil aplomb, & d’un autre fil fans plomb.
- Fig. 2. Petit horizon artificiel, ou autre quart de cercle tracé auflï fur un plan vertical.
- Fig. 3. Se&eur faifant l’effet d’une petite équerre.
- Fig. 4. Relative à la maniéré dont on trace fur un limbe de cercle ou de demi - cercle autant de circonférences concentriques qu’il en, faut pour fubdivifer fans confufion chaque degré en autant de parties égales qu’il eft poflible.
- Fig. ç. Axe en gros fil de laiton, qui s’adapte différemment en-dehors d’une croifée pour fervir d’aiguille au cadran.
- Fig. 6. Cadran dired ou régulier de 38 degrés, tracé fur un papier qui peut être placé fur une vitre de croifée en - dehors, pour avoir un cadran tranfi. parent.
- Fig. 7. Cadran déclinant de 20 degrés, tracé fur une vitre, & qui peut fervir à deux fenêtres différentes.
- Fig. 8. Détermination de la profondeur d’un puits de mine avec le réci-piangle & le rapporteur
- Fig. 9. Opération à faire avec l’aftrolabe, la bouffole ou la méridienne & la perche, pour mefurer une ligne à laquelle on ne peut arriver que par des plans inclinés ou par des détours.
- Fig. 10. Ligne qu’il s’agit de mefurer à la faveur de deux galeries fort inclinées , en employant, entr’autres inftrumens, l’aftrolabe, ou fi l’on veut, l’échelle anglaife, &c.
- Fig. 11. Opération avec le niveau de l’aftrolabe & avec des piquets, pour la fuite de l’opération de la figure 10.
- Fig. 12. Marque la déclinaifon d’un plan horizontal. ' ,
- Fig. 13. Sert avec les figures 9 & 10 au calcul de la ligne de 47 pieds, de l’angle d’élévation de 17 degrés.
- Fig. 14. S’applique comme la figure 10-à l’examen des hauteurs.
- ( Ces planches étant la fuite de celles du tome XVI, on a cru devoir continuer l’ordre des numéros : ce qu’on pratiquera jufqu’à ce que M. Morand ait entièrement épuifé cette matière.
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- 67 i D U C H A R B O N DE TERRE
- P L A N C H E X X X I I.
- Fig. i. Menfuratton avec la corde, d’un puits dont renfoncement n’eft pas* encore achevé. Pour favoir combien il refte à creufer pour venir rencontrer le point d’une areine qui n’eft elle-même que commencée au flanc de la montagne.
- Fig. 2. Méthode particulière pour trouver la direction & lependagedes veines au moyen de trois ouvertures pratiquées en forme de triangle fur une couche de charbon. . , - ’-y
- Bas de la plamhe. Deux bures d’extra dion, fur lefquels on a pourvu à l’airage de la mine, à la maniéré , des anciens.
- Fig. 3. Bure dans lequel on a ménagé à la fuperficie, du côté où vient le vent, un prolongement d’un panneau de tuyau d'airage qui arrête l’air athmofphérique, & lui fert de condudeur dans l’intérieur du bure.
- Fig. 4. Autre bure, dans lequel le tuyau d’airage en planches excede hors de l’œil du bure en forme d’entonnoir, pour que le vent s’y engage facilement.
- Planche XXXIII.
- Différens pendages & accidens de veines de charbon.
- Fig. 1. Exploitation d’une mine de charbon, qui renferme fept veines, en multipliant les puits conformément à la méthode de M. Triewald , pour' reconnaître & le pendage & la diredion des veines ; cette méthode peut encore fervir à chercher du charbon de terre dans des endrois où l’on n’a pas encore fouillé.
- , Fig. 2. Deux veines roiffes parallèles entr’elles dans leur pendage, fur lef-quelles on a figuré à leur pied , en ligne ponctuée , une marche en arriéré, je veux^djre entièrement oppofée à ce qui fe voit par-tout, & que l’on pré-, tend avoir été obfervée dans le quartier de Valenciennes.
- Fig. 3. Qeux autres veines roiffes , repréfentées moins éloignées l’une de l’autre que les deux précédentes, dans le parallélifme de leur pendage, pour faire fentir par comparaifon avec les roiifes de la fig. 2 le plus grand trajet en continuité , de la veine filmée inférieurement.
- Fig. 4. Deux veines roiffes féparées l’une de l’autre , non-feulement par des Jlampes pierreux, défîgnés en blanc , mais encore par des veinettes qui ne valent point les frais de*l’exploitation , & qui d’ailleurs fuivent la même diredion que les deux veines principales.
- Fig. f. Coupe d’une mine dans laquelle la veine prefque roiffes eft exploitable par un puits traîné en pittcuit dans la longueur de la veine même.
- , Fig. 6. Coupe d’une mine dans laquelle une veine roiffe , après avoir fuivi
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- ET DE SES MINES. Partie‘IL 679
- ce pendage en roifle , fe releve de même jufqu’au jour , mais fans s’être Forméé d’abord en platteure de roiife , & fans avoir été détournée de fa marche par une faille, ni par un krein.
- Fig. 7. Veine roiife qui commençait à fe relever dans le même pendage comme celle de la figure précédente , mais qui, à l’occafion d’une faille , eft rihoppée d’une maniéré rare.
- Fig. 8. Coupe d’une mine dans laquelle on a profonde un bure jufqu’à la fécondé veine , & où Ion voit d’abord que la profondeur du puits de mine eft toujours en proportion de l’enfoncement de la veine qu’on veut atteindre.
- Fig. 9. Coupe d’une mine dans laquelle la veine, après avoir marché en belle platteure , remonte fubitement au jour en roiife.
- Fig. 10. Rihoppement qui s’obferve quelquefois dans une veine, ainfî que dans les couches qui l’accompagnent, à la rencontre d’une faille.
- Fig. 11. Pente ou chute tout-à-fait d’à-plomb, qui ne fe voit que dans les mines métalliques , où un filon entièrement debout eft nommé filon précipité.
- Planche XXXIV.
- Différentes méthodes d’airage pour les mines de charbon de terre.
- Fig. 1. Coupe d’une galerie de mine, répondante à un bure fur lequel on a établi un fourneau à feu ; il y en a un femblable conftruit fur la mine de Littry en Normandie.
- Fig. 2. Lampe à feu. Fourneau d’airage repréfenté en perfpedive fur l’ouverture d’un puits de mine. Ce fourneau d’airage, de l’invention de M. Sutton, diftere , comme on le voit, du précédent par le tuyau de prolongement, dont l’eifet eft d’autant plus confidérable que le tuyau eft plus élevé.
- Fig. 3. Coupe du même fourneau, & de la galerie qui répond au bure fur lequel eft établi le fourneau.
- Fig. 4. Hutte ou baraque d’airage, fuivantla méthode de M. Triewald, pour l’exploitation des platteures.
- Bas de la planche. Fig. i. Coupe d’une mine pour laquelle on a établi près du bure d’extradion un fourneau ventilateur, félon la méthode de M. Sutton.
- Fig. 2. Machine à chevaux, avantageufe dans certains cas par la fimpli-cité de fa conftrudion, & fervant à faire agir un corps de pompe dans un bure, en même tems qu’elle fert à élever le charbon.
- Planche XXXV.
- Pharmacie portative pour fecourir les ouvriers noyés ou fffoqués dans les mines.
- Haut de la planche. Boite repréfentée ouverte en - delfus 8c en - devant t, pour donner la facilité d’appercevoir les objets qu’elle renferme.
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- €%o
- D ü CHARBON DE T ER R
- 1. Machine fumigatoire , appareillée avec le foufflet qui en dépend , & le
- tuyau de foufflet & la..cannule fumigatoire. Cette machine eft marquée dans laboîteenP, & le foufflet en O. .... , i
- 2. Machine fumigatoire, dont le chapiteau qui s’ouvre à charnière eft levé.
- 3. Couverture de laine, taillée en chennfe, dans laquelle on enveloppe Yafphy-xique.
- 4. Flacon d’efprit volatil, de fel ammoniac vu-dans la boîte en D, ainlî qu’une
- , , bouteille d’eau-de-vie camphrée ,en Ç. rc/
- f. Cuiller de fer étamé, pouvant, par ion marche, fervir de levier pour écarter,des dents de l’afphyxique i elle f eft; ,placée dans la boîte en F.
- 6. Même cuiller , vue de maniéré à.appercevoir fa forme, & fur-tout fa terminaifon en aiguiere pour être uue efpecè de biberon.
- 7. 'Cannule à bouche en peau, vue dans la boîte en K.
- g. ; Seconde tige de la cannule fumigatoire, marquée n dans la boîte. ^
- 9. Tuyau fumigatoire dans fi longueur, avec fes divilions, vu dans la boîte en E.
- Ce qui le préfente à l’ouverture de la boite en A, eft du tabac à fumer en rouleaux ; plusieurs paquets d’émétique dans ufte petite boîte en B i un nouet de foufre & de camphre en N, & une bouteille d’eau-de-vie camphrée animée d’efprit de fel ammoniac en C.
- Planche XXXVI.
- Fig. 1. Machine à chevaux fervant en même tems à élever le charbon d’une mine par la foffe d’extradion , & à l’épuifement des eaux par un autre bure , au moyen de plusieurs pompes qui élevent l’eau fans interruption, en afpi-rant une fois à chaque tour de manivelle.
- Fig. 2. Machine hydraulique à roue, engin à barres , connue en Allemagne fous les noms de feld gejlangen,flangen kunjl, dont on fe fert pour l’épui-fement des eaux d’une mine à portée d’un courant d’eau.
- Fig. $. Machine à pompe , mife en adion par des tirans horizontaux, empruntée de l’ouvrage de l’académie de Fréyberg.
- Fig. 4. Machine hydraulique à roue & à tirans horizontaux, comme les deux précédentes.
- PlancheXXXVI!
- Fig. 1. Auprès du poêle économique marqué 1, eft la coupe intérieure d’une autre poêle à trois’ pieds , fig. f , de fer, pofée fur un plateau pour recevoir les cendres > c’eft le fourneau de M. Lewis , dans lequel k confom-mation des pelotes peut être ralentie à volonté.
- Au-defTous
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- ET DE SES MINES. Partie II. é8i
- Au-deflous.êft un autre fourneau très -économique,/^. 6 , & q n ne donne point de fumée.
- Les trois figures reliantes appartiennent à 3a diftillation du bitume de houille, per defcenfum , à l’évaporation de fon acide qu’on y appelle foufre ; ces figures ne repréientent que les principales parties du fourneau dont on fe fervait pour cette opération aux forges de Sultzbach , où les braifes de charbon ainfi dépouillé de ces deux parties conftituantes ont été îong-tems employées à la fonte de la mine de fer. La fig. 3 eft la coupe du fourneau , & la fig. 4 cil la coupe tranfverfale de ce four.
- P L A N C H E - XXXVIII.
- Poêle ingénieux du docteur Franklin, dont il riejl point fait mention dans
- C ouvrage.
- Cette invention intéreflante n’eft pas encore publiée , quoique la planche enfuit gravée*, mais le célébré auteur qui me l’a fait voir , a bien voulu me permettre de la copier, & de lui donner place dans un ouvrage auquel il a contribué par l’envoi qu’il m’a fait des defîins dont j’ai formé les trois planches qui regardent les mines de charbon de Neweaftle.
- Haut de la planche. Vafe de fonte qui forme le poêle compofé d’une plaque de fond, de deux plaques verticales, d’une plaque fupérieure où font les tuyaux pour la fumée, & d’une piece fervant de couvercle. Ce poêle f ell placé dans une niche 1 1 1 1, derrière laquelle eft le tuyau de la cheminée.
- M M, hauteur à laquelle eft placé dans le ventre du vafe le grillage vu en H, muni de prolongemens h h h qui s’encaftrent dans une petite entaille.
- O O , partie de l’ouverture du vafe, dont la portion fupérieure fe renverfe en-arriere au moyen d’une charnière lorfqu’on veut y mettre du charbon de terre : cette efpece de couvercle eft terminée à fon fommet par un ornement qui figure une gerbe de flamme , & qui y eft adapté en maniéré de douille : cet ornement de cuivre doré eft percé de plufieurs trous donnant paflage à l’air qui defeend dans le poêle & y établit le courant ; on le voit à part en m. Dans l’été cette piece peut s’ôter pour mettre des fleurs à fa place.
- Décompojîtion des pièces du po'èle , toutes de fonte , excepté le tiroir.
- A , plaque du fond munie de rainures dans lefquelles s’élèvent verticalement les plaques r, 2,3,4, f > 6 - qui s’appliquent dans les rainures mar-Tome XVII. R r r r
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- Dû CHARBON DE TERRE
- £g2
- quées par les mêmes chiffres correfpondans i , 2, $ , 4, f, 6 de la plaque fupérieure B 1 , forment les deux canaux échappatoires de la fumée qu’on a figurés dans cette piece B 1.
- K Jv, extrémité des canaux par lefquels ils communiquent avec le tuyau de la cheminée.
- Z, Z, rainure dans laquelle gliffent les deux plaques verticales Y Y.
- X, bord antérieur de la plaque A. -
- B 1 , face inférieure de la plaque qui fe pofe fur la première.
- W W, grille pour laiifier palfer les cendres & la fumée.
- V,V, rainure qui reçoit le bord fupérieur des plaques verticales marquées y y. Comme elles y peuvent gliffer de droite & de gauche, elles donnent paffage au tiroir de tôle G, qui fe place fous la grille pour recevoir les cendres.
- B 2, face fupérieure de la piece B 1.
- C, piece qui fe pofe fur la grille de la piece B 2.
- t t t, cadre de fer qui porte dans des rainures les trois plaques de fonte ^ f
- q q , rainure antérieure qui reçoit la partie inférieure de la plaque E qui gliffe dedans.
- D , face inférieure d’une plaque qui s’ajufte fur la piece précédente.
- r r , rainure qui reçoit le bord fupérieur de la plaque E.
- P , ouverture pour le paffage de la cendre & de la fumée, & même de la flamme.
- i i , petits trous pour recevoir deux tourillons delà bafe du vafe, & qui fervent à le tenir aflujetti.
- Dimenfions des puces.
- Pieds. Pouces. An.
- Devant de la boite d’en-bas. . . Hauteur des cloifons de réparation qü’on peut fondre 2 3
- avec la plaque du fond. .... 41
- Longueur des num. 1 , 2, 3 & 4, chaque 1 3
- Largeur des num. 5‘ & 6 chaque si
- Largeur du paffage entre les num. 2 & 5 6
- Largeur des autres paffages , chaque 3 1
- Largeur de la grille. .....
- Longueur de la grille. ..... 8
- Moulures d’en-bas, de la boîte C, quarrées. 1
- Hauteur du côté de la boîte. .... 4
- Sa longueur par - derrière. .... 10
- Largeur des côtés, à droite & à gauche.
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- h T DE SES M ï N E S, Partie II. <?g3
- Longueur de la plaque de devant E à fa
- plus grande longueur. ....
- Le couvercle quarré D. ....
- Diamètre du trou qui y eft placé.
- Longueur de la plaque qui glifle y y , chaque
- Largeur de cette plaque. . . . .
- Tiroir G j fa longueur. ....
- Sa largeur. ......
- Sa profondeur. .....
- Profondeur de fon extrémité la plus éloignée , a ' feulement
- La grille du dedans du vafe ; diamètre à l’extrémité de fes boutons. .....
- Epailfeur des barres en-haut.
- Moindre en-bas.
- Profondeur des barres. ....
- Hauteur du vafe, fans y comprendre la piece repréfentant une flamme . .
- Diamètre de l’ouverture O O, au-dehors.
- Diamètre du trou à air au fommet.
- Diamètre du trou pour le palfage de la flamme ou fond. .....
- Pieds. Pouces. An.
- II
- I
- 3
- i
- 4
- i
- ç 3.
- 4
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- fi
- 4
- 3
- 4
- I 6 8
- il
- z
- Les loix par lefquelles le fluide coule dans les fyphons ordinaires , établirent pour fait confiant qu’une liqueur paiTant dans un milieu moins denfe qu’elle ne pourrait fuivre fon cours , fi la colonne d’air qui prefle le bout afpirant n’était pas plus courte que celle qui pefe fur l’extrémité par laquelle cette liqueur s’écoule * pour cette raifon la branche afpirante du fyphon eft plus courte que l’autre : mais fi c’eft au contraire un fluide rare & léger, tel que la flamme & la fumée , qui pafle dans un milieu plus denfe, tel que l’air libre , le fyphon doit être renverfé, & c’eft ce qu’opere le poêle qui vient d’être expliqué. Mais il eft néceflaire d’établir d’abord le courant de la flamme & de la fumée : on a remarqué que pendant une partie des vingt-quatre heures de la journée il s’établiflait un courant d’air paflant de la chambre dans la cheminée pour fe mêler à l’athmofphere , & qu’au contraire dans le refte du jour il y en avait un autre qui tranfmettait par le même canal l’air extérieur dans la chambre : fi l’on allume le poêle dans la première circonftance, la fumeé fuivra le courant, & ne fe répandra pas dans la chambre ; mais fi c’eft dans la fécondé circonftance, elle la remplira. Pour remédier à cet inconvénient, on ouvre tes deux coulifles y y, on fait 1e feu dans la caifle d’en - bas, on le tranfi
- R r r r ij
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- DU CHARBON DE TERRE
- porte enfuite dans celle au-deifus, & enfin dans le vafe ; le courant d’air une fois établi par ce moyen , on n’aura pas de fumée.
- Ce poêle ne peut pas être abandonné à des domeftiques î il fumerait in-fupportablement, fi l’on n’apportait pas quelque précaution ou attention à le gouverner.
- Bas de la planche. Fourneau de bouilleur d’eau-de-vie , & qui peut aller au feu , foit de bois, foit de charbon de terre, félon les principes de M. Baumé. Fig. i. Fourneau fuppofé de 16 pieds de long, pour une chaudière de iz pieds de diamètre, & qui peut être fans chapiteau, a , grille dans la même longueur que la chaudière. ^, niveau de cette grille, où commence la cheminée Le fourneau eft vu en élévation jufqu’à la hauteur des barres , fur lefquelles porte la chaudière, dont la moitié environ doit être enfoncée dans le fourneau, fans en toucher les parois.
- Fig. 2 en a 8c b. Deux mafïîfs établis folidement à une hauteur telle que le vuide qui en réfui tera forme le cendrier, fe fermant & s’ouvrant à volonté, & au-delTus duquel fe place la grille du cendrier, o o,d d, endroit où l’on donne à l’élévation du fourneau, au-delfus de la grille , une pente douce , qui dans la hauteur laiife de chaque côté un peu plus d’efpace qu’il n’en faut pour la chaudière. Sur le devant de cette conftrudion, on laiife une ouverture pour une porte comme au cendrier. Le milieu des murs formés en pente, eft garni dans toute fa longueur & de chaque côté, d’une bande de fer plat, deftiné à fervir d’appui à une dixaine de bandes de fer, qui traverfent prefque la moitié du fourneau.
- C, intérieur du fourneau au-delfus du cendrier, depuis la grille jufqu’aux barres, formé en triangle , dont l’angle inférieur eft tronqué oo> d d. Fig. Totalité du fourneau garni de fa chaudière: A, B, fes portes: C, dégor ou décharge : D , G, endroit marqué en lignes ponduées , où défi, cend le fond de la cheminée: K, cheminée du fourneau , & la tirette.
- Fig. 4. Les lignes ponduées a, A, b , B , font uniquement pour défigner Ja manière dont la chaleur du feu s’élève.
- Planche XXXIX.
- Fourneau Chinois pour chauffer avec te charbon de terre ou avec du bois.
- Fig. 1. Rang ou étuve Chinoife, nommée kao kang, parce qu’on s’y tient alïis.
- Fig. 2. Coupe & profil de tout le fourneau,
- Fig. Fourneau détaché, vu par-derriere & en-delfous.
- Fig. 4. Vue fupérieure de la cave & du cendrier fur lequel porte le fourneau Fig. 5. Entrée de la flamme & de la chaleur dans l’étuve j le détail do ces figures eft dans l’ouvrage même.
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- ET DE SES MINES. Partie IL
- &SS
- Planche XL.
- Apprêt du charbon de terre à la maniéré des Liégeois , ujitè auffi dans Le Hainaut Français, pour rendre Le chauffage de houille plus économique.
- Fig. I. Première main-d'œuvre, Remuage. Tas ou monceau de charbon dé terre fade & remué à la pelle par des botteredes, pour en féparer les gros morceaux oukauchetays, qui par leur poids retombent toujours en roulant du haut en bas de la pile : on voit autour de ce tas une botterede qui écarte les roulans à mefure qu’ils roulent eu-bas , & une autre qui les emporte fur une brouette.
- Fig. 2. Seconde main-d'œuvre. Triplage. Tas de menu charbon dont on a entièrement trié les gros morceaux, & auquel on a ajouté de l’argille dans une proportion relative à la qualité de charbon , qui eft pour l’ordinaire d’un huitième ou un dixième fur une charréej les botteredes font occupées les unes à piétiner ce mélange, les autres avec des pelles rejettent en tas ce qui s’en eft écarté par la manœuvre des botteredes qui on piétiné deduss une autre y jette de l’eau de tems en teins.
- Planche XLI.
- Mife du charbon triple en pelotes & en hochets, avec les moules.
- Fig. 3. Troijîeme main-d’œuvre. Mife en forme. Différentes mades de charbon empâté, en état d’ètre mis en moule, & fur lefquelles travaillent les botteredes qui, après avoir formé les hochets, les placent à terre auprès d’elles.
- Une bottereife avec une pelle rapporte de tems en tems à la mafle de quoi faire de nouveaux hochets.
- Une bottereffe trempe la lunette dans un baquet d’eau, pour faciliter la fortie du hochet hors du moule quand il eft fait.
- Fig. 4. Quatrième & derniete main-d'œuvre. Bottereffes occupées à placer à 1 écart les hochets pour les faire fécher avant de les emporter : s’il venait à pleuvoir pendant que les hochets font à fécher, l’on obferve qu’ils 11’en brûlent que mieux dans le feu , parce que les parties glaifeufes ayant été lavées à la fuperficie, la houille le trouve à nu.
- Lorque les hochets font fecs , on les range à la main contre une muraille, ainii qu’on le voit au haut de la planche, où une botterede eft occupée à en faire une hottée 5 tout près on a marqué une botteredè qui fait un hochet à la main.
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- JJ jL JB JL JB
- DES SECTIONS
- Quatrième section. Ejjai de
- théorie pratique fur l'art d'exploiter les mines de charbon de terre ^ & fur les différentes maniérés d’employer cefojjîle dans les atteliers ou manufactures pour les ufages domefliques, &c. page 3 De la recherche des mines de charbon de terre. f
- Vues générales fur la fuperficie extérieure de la terre , comparée avec fa fuperficie intérieure. 6 Divifion des montagnes. 9
- Montagnes du premier ordre, montagnes primitives ou de la vieille roche , appellées aufft montagnes à filons, ibid.
- Montagnes du fécond ordre, montagnes par couches, par dépôts.
- 11
- Couches des montagnes du fécond ordre. 14
- Marches différentes des lits de fubftances terreufes. 16
- ARTICLE I. Des connaijfances qui ont rapport à Vufage des injlrumens de géométrie dans la pratique de Cexploitation. ibid.
- Abrégé de cofmograghie aftrono-mique, relatif aux opérations des mines. 19
- Des cercles de la fphere en général , & de leur divifion. ibid. Des principaux cercles de la fphere, & de leurs différens rapports
- ET ARTICLES.
- entr’eux. page 20
- Des pôles. 2f
- Inftrudhon pour s’orienter de jour & de nuit. 28
- Des inftrumens propres à mefurer le tems & à marquer les heures.
- 29
- Des cadrans folaires. ibid.
- Méthode facile pour tracer des cadrans verticaux à toutes fortes de pofitions. 54
- Des cadans déclinans ou irréguliers. 3 f
- Des montres. 3 g
- De quelques attentions à prendre en portant ou pofant fa montre.
- Avis concernant les moyens de régler les montres tant (impies qu’à répétition. 40
- Maniéré de régler une montre en fe fervant d’un cadran à boulfoie ou bouiîole horaire. 41
- De l’application des mathématiques aux travaux des mines. 43 Des mefures mathématiques. 46 Des mefures courantes employées à la menfuration des mines. 47 Echaine , plus communément ap-pellé chaîne , arvipendium. ibid. Des inftrumens qui peuvent com-pofer l’appareil mathématique d’un ingénieur houilleur. 48 Aftrolabe , aflrolabium , coftnola-bium , ajlr olap fus, Jttfpenforium ,
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- TABLE DES SECTIONS ET ARTICLES. ég7
- Mrmilla fufpenforia , planifphe-rium , Arabibus walzagora ; latin, athlantica, alphantia , albanthica.
- page f2
- Du compas de proportion, & de celui appelle fecleur anglais. f 3 Du magnétifme. fg
- De la pierre d’aimant ; maniéré de trouver Tes pôles principaux , de lui procurer de la force, de la lui entretenir, & de communiquer fa vertu aux aiguilles de boulfole. ibid.
- Du limbe circulaire de la bouffole.
- 62
- Ecarts ou variations de l’aiguille aimantée j maniéré de les connaître ; caufes qui les occalionpent; moyens d’y remédier. 64
- Pratique abrégée de géométrie fou-terreine. 66
- De l’ichnographie ou plan géomé-tral d’une mine. 68
- Orthographie, profil, plan élevé ou coupe d’une mine. ibid. Principaux, problèmes de géométrie fouterreine, avec leur folu-tion. 69
- ART. II. Confédérations préliminaires fur Us fouilles de charbon de terre à entreprendre en grand. 79
- Parère ou avis & confeils fur les fociétés pour les entreprifes des mines. 82
- Spéculations principales relatives à l'ad-minifiration d'une mine.
- Des loix & de la procédure fur le fait des mines j cara&eres eifen-tielsqui conviennent à cette ju-lifprudence> remarques fur celle
- qui eft établie au pays de Liege* page 9t
- Rôle ou plan minuté pour procéder aux vifites d’ouvrages fouter-reins. 97
- Tableau général des dépenlès qu’exige un établiffement de mine. 98
- Réfumé pour fervir de journal d’exploitation. 104
- Equipage d’un attelier de mine, ou dénombrement des approvilion-nemens néceffaires pour l’exploitation d’une carrière de charbon de terre. iOf
- Des deux principaux atteliers & approvifionnemens de mines.
- Du fer confidéré à la forge. 107 Maniérés de reconnaître les qualités du fer. 112
- Maniérés ufitées en Suède & en. Angleterre d’elfayer la qualité du fer. 114
- De l’acier. 115*
- Procédé pour reconnaître à la fois le degré de chaleur qui convient pour fouder l’acier, pour le tremper avec avantage, & connaître fa qualité par la beauté de fon
- grain. ^ né
- Méthode d’acérér les outils 1 ; 8 De la trempe de l’acier. ibid.
- Du recuit. 120
- Des différens bois à emmagafiner pour les entreprifes de mine.
- ibid.
- De quelques autres matériaux en général , comme pierres, briques, &C. J2f
- De la poudre à canon, 3 26
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- m TABLE DES SECTIONS
- De la fituatlon favorable d’une mine. Remarques générales fur la grandeur avantageufe des roues des voitures de tranfport; éclaircifi démens fur le chariot à levier de la mine de Workington en Angleterre , & fur la conftruétion du chemin fait exprès pour cette voiture. page 127
- Commentaire fur quelques princi-" pales circonftances pratiques, & fur différentes manœuvres de •'l’exploitation. 133
- Des eaux , des fentes aqueufes ou ouvertures qui donnent de l’eau dans les mines, & de l’iffue qu’ou pratique à ces eauxau pied d’une montagne. 137
- Détails circonftanciés fur la marche particulière que les veines de charbon tiennent dans la terre.
- î39
- Direction, cours, allure des veines ,Jlryka, Su. Maniéré de dé-figner cette circonftance par les degrés de la bouffole. 140
- Pendage des veines. Maniéré de le défigner par les degrés< de la bouffole,de le reconnaître à l’aide de cet infiniment & de différentes méthodes. • r ' ' 141 Différens moyens pour la perqui-fition de l’allure & du pendage des veines. 1 * 147
- Des foffes ou puits de mines con-? fidérés dans leur nombre, profondeur, &c. i^2
- Du nombre des bures ou puits de mines fur une houilliere. 1 <> 3 De i’étanqonnage des puits & des
- galeries de mines. pag£ 1 $6 Réfumé abrégé fur quelques points d’exploitation , la manière des houilleurs Liégeois & des houilleurs Anglais. 159
- Maniéré d’exploiter avec avantage une veipe de charbon à pendage de platture , qui ne peut être entamée par une galerie de pied; par M. Triewald. 163
- Meufuration, mefure de mines ; maniéré de fe paffer de l’aimant pour communiquer la vertu magnétique à la bouffole. a 166 Des travaux de mines qui s’exécutent par le fecours des machines.
- Néceffité de la 'méchanique pour le fuccès de ces opérations. 174 Puiiîànces méchamques, plus proprement, dites forces mouvantes. ' Du levier : veclis, porreclum* * 177 Des poulies. '& des roues, autrement appellées mollettes, le. Rol-les , en latin trochlidium , monof-pajles , orbiculus, trochlea fimplex.
- * 79
- Du treuil 8c des machines qui s’y rapportent. 180
- Axe dans le tambour,, ou eflieu .dansle tour; roue dans fon effieu, ou fimplement tour : axis in peritrochio. , ig r
- Machines funiculaires ^ fines duc-tarii \ cordes , G. Gepelfeil. 182 De la force des cordes, comparée avec la fomme des forces des fils ou brins qui les compofent, 8c avec leurs poids. 183
- Des machines compofées en général. 188
- Des
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- ET ARTICLES,
- Des rouages, ou ' roues dentées.
- page 190
- 'énéralités phyfques fur V air\ appliquées aux vapeurs ou exhalaifons for-terreines, ou choix des moyens propres à établir dans les mines un libre courant d'air.
- Des vapeurs fouterreines , ou de l’air des mines,& des phénomènes qui lui font ordinaires. 193 Des propriétés & des qualités de l’air en général. 200
- Des inftrumens propres à déterminer les différens changemens qui arrivent à l’air , conlidéré comme corps à refTort, ou comme pefant, & Tes degrés de température. 203
- Table comparée des degrés des thermomètres les plus connus, avec le thermomètre de M. de Réaumur. 206
- Obfervations barométriques & thermométriques faites dans plu-fieurs mines métalliques , & dans quelques carrières de charbon de terre. ibid.
- Obfervations barométriques faites dans la mine de charbon de terre d’Ardinghem le r f juillet 1741, avec le thermomètre de Micheli, 207
- Obfervations barométriques faites dans la mine de Sahlberg en Suede , dans la 'Weflmanie, par le profeffeur André Celfius. 208 Observation barométrique faite à la follicitation de AI. de la Ilire le fils, en 1711 , parM. "Wallerius, diredeur des mines de Fahlun, Tome XFIT.
- ^89
- nommées auflî Copperberg, en Da~ lécarîie, les puits de Flemengie_ nius , ou F'leminieffehatet, extraite d’une lettre écrite d’Upfal. p. 208 Expérience barométrique faite dans les mines par M. Stroemer. 211 Obfervation thermométrique & barométrique, faite en hiver dans la mine de Cheilîÿ en Lyonnais, par M. Jars, avec le thermomètre de AI. de Réaumur. 241 Obfervations thermométriques, faites dans des jours chauds de l’été dans la même mine de Cheif. fy par AL Jars. ibid.
- Différens moyens de changer l’air des mines. 2T3
- Obfervations fur la circulation de l’air dans les mines, par feu AI. Jars. 215“
- De la marche de l’air dans les puits de mines , comparée avec celle du courant de l’air dans les cheminées , par AI. Franklin. 217 Du changement d’air naturel dans les mines. 219
- Du changement artificiel d’air dans les mines. 221
- Puits à air; leurs différences. 222 Puits de refpiration ; foupiraux, burteaux des Liégeois ; ger, Windfchacht ; lat. putei fpiritales.
- ^ . , . *23
- Des puits a air, ou puits d’airage proprement dits. ibid.
- Bure d’airage félon la méthode Liégeoife. 224
- Tuyaux à air, canaux à vent, ou porte - vents , nommés dans les mines métalliques,ventoufes. 263
- S f f f
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- €9o TABLE DES
- Machines à air, &c. page 229 Des machines à air, mues par l’air extérieur feul, ou par l’air extérieur aidé de quelqu’autre puif-fance. 230
- Hutte ou baraque à air, de l’invention de M. Triewald. 232 Des foufflets (impies. 233
- Des foufflets nommés ventilateurs.
- 234
- Machine, roue à foufflets , roue centrifuge du dodeur Etienne Haies. ibid.
- Soufflets ventilateurs du dodeur Défaguliers. 233
- Du feu appliqué à l’embouchure des mines , pour y renouveller l’air des ouvrages fouterreins.
- 236
- Du fourneau ventilateur de M. Sutton y nommé en Ecoffe lampe à feu. 237
- Exécution du fourneau ventilateur de M. Sutton , dans la mine du fieur Richard Ridley , appel-lée Biker, à quelques lieues de Newcaffle , parM. Triewald $ & remarques du conftrudeur à ce fujet. , ^ , 238
- Réflexions générales fur les différentes maniérés d’établir la circulation de l’air dans les mines, & fur ce qu’il y aurait à faire pour les porter au degré de perfedion dont elles peuvent être fufcep-tibles. 239
- Recherches & confeils de médecine fur les maladies & accidens qui mettent en danger la fauté & la vie des ouvriers de mines. 243 Des incommodités ou maladies
- SECTIONS
- que les houilleurs peuvent con-trader à la longue. page 246 Difficulté de refpiration 5 fa caufe & fa curation. 247
- Des accidens graves & fubits , auxquels font expofés les ouvriers de mines. 250
- De la nature du feu grieux. 2fl Méthode ufitée parmi les ouvriers de mines, pour ceux qui ont été brûlés par le feu grieux. 252 Moyens pratiqués dans les mines pour fecourir les étouffés par le fouma. 2f3
- Des ouvriers tenus pour morts par l’effet de la moffette explolive & de la moffette fuffocante. 25*4 Différentes opinions touchant la maniéré dont les vapeurs fuffo-cantes & explofives agiffent fur les ouvriers de mines. 256
- Confidérations fur la poffibilité de rappeller d’une mort apparente à la vie les houilleurs luffoqués ou tués dans les mines ; motifs qui doivent engager à mettre en ufa-ge pour cet effet fous les moyens imaginables. 2,38
- Avis pour donner des fecours à ceux que l’on croit noyés , d’après la copie imprimée au Louvre en 1740. 264
- Réflexions fur les différens moyens conlèillés dans cet avis, & fur leur adminilfration. 26f
- Tentatives à faire furies ouvriers fuffoqués dans les mines, pour les rappeller à la vie, ou au moins pour conftater la mort abfolue de ceux qui ont éprouvé, foit cet accident, foit celui de fubmer-
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- E T A R T I C L E S. 691
- fion. page 272
- Méthode abrégée pour fecourir les perfon-nes fujfoquées accidentellement.
- Indice auquel 011 peut juger du tems qu’il convient d’abandonner les tentatives. 274
- Defcription de la boîte portative, contenant les chofes qui fervent à fecourir les noyés d’après l’éta-bliifement que la ville de Paris a fait en leur faveur. 276
- Inventaire indicatif & figuré de la boîte portative, dont on a fuppri-mé le couvercle ainli que le devant, afin qu’on puiife plus facilement voir dans fia place chacun des objets indiqués par des lettres relatives. 277
- Développement de la boîte. 278 Idée générale des machines hydrauliques qui fe conftruifent à la fuperficie des mines, pour en tirer les eaux. 280
- Des pompes en général. 282
- Des différentes efpeces des pillons.
- 284
- De l’équipage d’une pompe en général. 287
- Sur les meilleures proportions
- des pompes. 290
- Théorie fondamentale furl’aélion des pompes. 291
- Des foupapes & de leurs différentes efpeces. 295
- Des clapets ou foupapes à clapets en particulier , & des ouvertures qu’elles couvrent. 294
- De la bonne conllrudion des foupapes. 29 f
- Du corps de pompe & du pifton.
- Des caufes les plus ordinaires des dérangemens qui arrivent dans le jeu des pompes. page 298 Des différentes forces appliquées aux pompes. 299
- Hernaz ou machines à vent hydrauliques, ou moulins à pompes à la hollandaife. 300
- Machine à vent, décrite par M. Louis - Guillaume de Cambray, fîeur de Digny. 301
- Des machines hydrauliques mues par l’eau. 302
- Nouvelle grue propre à élever des poids par l’action de l’eau. 303 Des aubes, & de la difpofition la plus favorable à leur donner.
- 30f
- Machine hydraulique qui peut être auffi mue à volonté par le vent, par des hommes , par un. ou plufieurs chevaux. 317 Des pompes ou machines dont la force motrice eft empruntée du feu. 320
- Différentes efpeces de machines nommées machines à feu : particularités remarquables dans quelques-unes. 324
- Machine à feu fans balancier, ibid. Machines à balancier ou à levier.
- 32f
- Particularités de quelques machines à feu en Angleterre. ' 326 Defcription du Steam-Engine établi à Londres , à York-Buildings, fur le bord de la Tarnife ; & de la pompe afpirante & refoulante exécutée dans cette machine. 3 27 Defcription des parties du pilloti
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- TABLE DES SECTIONS
- Coi
- des pompes du Steam-Engine de York-Buildings. page 328
- Defcription de la pompe à feu établie fur une mine ouverte dans Tannée 176f , à fix milles de Newcaftle. " 330
- Defcription d’une machine à feu de la mine de Walker, à trois milles de l’eft de Newcaftle. 331 Des machines à feu , dites à répétition ; c’eft - à - dire , à plufieurs corps de pompes. 332
- Particularités de quelques machines à feu , en France. 3 34 Remarque fur les piftons pour les grandes pompes , conftruits comme ceux qui font exécutés dans la machine de Frefnes. 3 3 f Conftrudion du pifton des pompes & des foupapes de la machine à feu de Frefnes , deffinés & décrits par M. Bélidor. 336
- Kevifion générale de la machine à
- feu! . , ?37
- Explication détaillée des parties de la machine à feu , à levier, établie à Griff , en Angleterre, ibid. Defcription particulière du régulateur. 339
- Maniéré de joindre enfemble les verges de fer des pompes qui pui-fent l’eau dans le puits. 341 Defcription particulière des corps de pompes & des arbres percés.
- 342
- Examen de la bâtilfe où la machine eft établie; particularités de la conftrudion de l’alambic & du cylindre; maniéré de placer l’alambic dans un fourneau de briques , d’arrêter le cylindre au
- milieu de labâtiffe. page 343 Coupe verticale des quatre murailles de la bâtilfe. ibid.
- Plan ou coupe horizontale du fouer neau de briques qui eft fous l’alambic. 343
- Coupe verticale de l’alambic & du fourneau. ibid.
- Repréfentation du cylindre & du fommet de l’alambic. 344
- Maniéré d’entretenir l’alambic.
- ibid.
- Opération ou maniéré de mettre en mouvement la machine à feu. 34^ Propofitions générales fur les principaux phénomènes de la vapeur de l’eau bouillante. > 346
- Calcul de la force de la machine à feu. 347
- Calcul de la force du Steam-Engine , par M. Henri Beigton. 349 .Réflexions générales furleSçaufes qui diminuent l’effet des machines à'feu , par M. Lavoifier. 3^0 Obfervations & recherches fur le nombre des impulfions que donne une machine à feu , & fur la quantité d’eau élevée à chaque.
- 3 Si
- Principales efpeces de matériaux néceflaires..pour la conftrudion d’une machine à feu. 3 f4
- Vernis & - ciment généralement adoptés dans les mines de Newcaftle , pour les jointures des chaudières de laYnachine à feu, afin de les empêcher de couler.
- ,, n6
- Etat abrégé en forme de devis, ou mémoire général des parties & articles de conftrudion de féqui:
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- ET ARTICLES.
- page d’une machine à feu, expliqués en détail & par renvoi, foie aux deferiptions , foitaux planches , avec les qualités, façons , proportions, dimenfions. p. %)6 Etat des frais & de dépenfe totale pour l’établiiïement d’une machine à feu , & pour la confom-mation du fourneau , dans les mines les plus connues. 369 Moyens d’économifer le combuf-tible dans le fourneau des machines à feu en diminuant la fumée , & d’augmenter la quantité de vapeurs dans l’alambic. 572 Des machines pour élever les eaux & les charbons dans des féaux & dans des cailfes ; & des différences qu’on y applique. 373
- Examen de la force des hommes ou des chevaux , pour faire agir des machines.
- . Des hommes appliqués aux machines à élever. 375*
- Machine qui agit par un feul homme , propofée par M. Camus.
- 37?
- De la force des chevaux appliquée à élever les eaux ou les charbons au jour. 378
- Machine à moulette d’une nouvelle invention , avec laquelle 011 enleve le charbon de la mine de Walker, aux environs deNe\v-calfle. 380
- Du manege ou trottoir en général, -appellé par les houilleurs Liégeois , le pas du bure. 3 81 Art. III. Idée générale des différentes maniérés de fe fervir du charbon de terre pour les arts & pour les ufages
- domefliques ; & expofition raifonnée de celles qui font les plus importantes- page. 383
- Propriétés médicinales du charbon de terre dans lamine même, & hors de la mine. 386
- Dilférens arts dans lefquels le charbon de terre en fubftance, fa fuie, fes cendres, fou mâchefer, ou quelques autres de fes produits font de quelqu’ufage. 395* j4rchiteclure. Maçonnerie. Différentes préparations de mortier &
- 1 de ciment , dans lefquelles entrent le charbon de terre brut, ou fès cendres, ou fùn mâchefer.
- 597
- Maniéré de faire de bon mortier avec de la cendrée de Tournay , parM. Lucotte. 399
- Procédé du ciment fait avec la cendrée de Tournay, par M. Carrey.
- ibid.
- Mortier ou maçonnerie du béton.
- 403
- Verrerie, encre d’imprimerie, bleu de Prulfe, teinture en petit teint, peinture , deüin , &c. ibid. Lumière pour éclairer l’entrée des ports & des rivières. 408
- De l’ufage économique du charbon de terre, comme combufti-ble pour les arts. 409
- De la chaleur que donne le feu de houille en général. - 410
- Obfervarions & expériences fur la chaleur du feu de charbon de pierre &' de terre , comparée à celle du feu de bois , faites à < Lyon , par ordre de ta cour , dans des poêles, en 1740 5 communi-
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- TABLE DES SECTIONS
- SH
- que es à lg fociété royale de Lyon par feu M. Deville, ingénieur en chef du Lyonnais, page 41 z De l’effet du feu de charbon de terre fur les chaudières & autres uftenfiles de ce genre , chauffés avec ce combuftible. 415”
- Cara&eres de bonté dans les charbons de terre en général. ' 417
- Qualités de la houille à déduire de la maniéré dont elle s’embrafe & dont elle flambe au feu , de la fumée , de l’odeur qu’elle répand , & du réfidu de fa combuftionr 420
- Du charbon de terre pour les ouvrages de forge & pour les travaux métallurgiques. 426
- Extrait des épreuves faites par ordre du miniftre de la marine dans les ports de Breft & de Ro-chefort, des charbons de Saint-Georges - Châtelaifon , d’Angleterre , & de ** *. 432
- Du feu de charbon dejerre , appliqué à la réduction des minerais, en particulier de la mine de fer.
- Hiftoire des procédés connus pour rendre ce combuftible propre à ces opérations. Connaiffances fondamentales de métallurgie à . rapprocher de ces tentatives faites ou à faire. 43 f
- Coup-d’œil général fur la fonte des mines , dans les principales circonftances qui conftituent cette opération. 438
- Eifai de comparaifon entre les charbons de bois & les charbons de terre. 444
- Différentes efpeces de braifes de
- charbon de terre j leur fabrication en grand. page 446
- Fabrication de braifes de charbon de terre, nommées en Angleterre coaks , pour fondre le minerai de fer, iron-Jlone, à Carron en Ecof-fe. 447
- Fabrication de braifes de charbon de terre , nommées cinders, pour fondre le minerai de fer dans la forge de Clifton, entre la ville de Cockermouth & celle de Witteha-ven. 448
- Préparation des braifes de charbon de terre, nommées cinders > dans des fours à Newcaftle. ibid. Des braifes de charbon de terre en cinders, réfultantes des fourneaux à deifécher ou de diftillation, employées dans les forges de Sultz-bach pour la fonte de la mine de fer, que l’on croyait propre aux manufactures de fil-d’archal^o Cuiifon de charbon de terre, exécutée en meule à Saint-Bel en Lyonnais, par M. Jars. 453 Moyen propofé par M. de Mor-veau,pour rendre le charbon de terre propre à l’ufage des fourneaux de fonte, en privant ce foifile de fon humidité furabon-dante, ou en l’employant en pelotes. 4^ ç
- Qualité générale du feu de braife de charbon de terre, pour les opérations métallurgiques. 4 jG
- Recherches fur la rédudion des charbons de terre en braifes. 4f 8 Obfervations générales fur les braifes reliantes d’un feu ordinaire de charbon de terre, & fur
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- ET ARTICLES.
- îës cîifférens états par lefquels le charbon de terre paflé fucceilive-ment avant d’être confumé. 459 Analyfe des procédés indiqués pour faire des braifes de charbon de terre enalumelles & dans des fours. 4 62
- Réflexions fur le cuifage du charbon de terre dans des fourneaux diftillatoires, à la maniéré ufîtée aux forges de Sultzbach. 469 De la chaleur propre aux braifes de charbon de terre préparées convenablement. 470
- Opérations métallurgiques exécutées & itentées avec le feu de charbon de terre brute, ou de fes braifes. 471
- Grillage ou rôtiffage des mines.
- ( UJiulatio. ) G. Roftung. ibid. Des minerais de fer, qui fe traitent dans quelques forges en Angleterre, & de leur grillage. 472 Grillage de la mine de fer aux forges de Carron, & a Clifton en Angleterre. 474
- De la fonte des minerais en général. ibid.
- Fonte des minerais de fer dans de hauts fourneaux, aux forges de Carron enEcofle. 475
- Fourneau à vent,, ou fourneau anglais , en ufage à Newcaftle & à Swal-weel, pour fondre la gueu-fe de fer avec le clod - coal réduit en une efpece de cinders appelle coak , fans aucune addition de charbon. 476
- Des fenderies. 478
- De la maniéré de fendre & couper le fer en baguettes, ainli que de
- l’étendre & de l’applatîr fous les cylindres, félon la méthode ufîtée dans le pays de Liege , en Angleterre & en Suede. page 479 Du fourneau où l’on fond la mine de fer au feu descoaks, à Sultzbach. 480
- Chaufferie & perfectionnement de l’acier ; -trempe des limes au feu de charbon de terre, en Suede & en Angleterre. 481
- Eifais faits dans le marquifat de Franchimont aux forges de Theux, pays de Liege, par M. de Limbourg laine, doéleur en médecine. 483
- Réfultat d’une conférence tenue à Paris fur les mémoires & fur les effais précédens. 48y
- Elfai en petit fur la rédudion de la mine de fer par le charbon de pierre de Montcenis , préparé en meule fur les lieux; par M. de Morveau , avocat-général au parlement de Bourgogne, correfpon-dant de l’académie royale des fciences de Paris. 487
- Tentative faite en Languedoc. 488 Epreuves faites avec différentes proportions de mélange de charbon de bois & de houille. 489 Fonte de gueufe de fer , exécutée avec fuccès à la forge d’Aizy en Bourgogne, dans l’année 177^ , avec le charbon de terre de Montcenis. 490
- Mines de cuivre ; leur fonte, ibid. De la fonte des minés de cuivre à Briftol en Angleterre , par un fourneau à vent ou de réverfcere.
- 49*
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- TABLE DES SECTIONS
- Fonte des mines de cuivre d’Or-dahlen en Norvège, avec du charbon de terre qu’on faifait venir d’Angleterre. page 493 Fonte des mines de cuivre de Ko-
- nigsberg en Norvège. 49 f
- Fonte de la mine de cuivre de Sain - Bel en Lyonnais , avec des braifes de charbon de terre, en 1769, par M. Jars. 496
- Raffinage du cuivre par le feu de charbon de terre crud , ou de fes braifes. 497
- Liquation d.u cuivre. 498
- Fabrique de laiton. 501
- Plomberie. Fonte de plomb à Fints-hire, principauté de Galles, dans un fourneau de réverbere nommé cupol. fo 2
- Fonte de la mine de plomb en Ecoife , avec la tourbe & le charbon de terre. 503
- Affinage du plomb en Angleterre.
- 704
- Affinage du plomb en Ecoife, par le feu du charbon de terre. 506 Refonte de la litharge fraîche en plomb , en Ecoife. f 07
- Calcination du plomb. ibid.
- Fonte de l’étain. ibid.
- Fourneau propofé par M. de Genf-fane, pour fondre toutes fortes de mines par le feu du charbon de terre. fo8
- Séparation du bifmuth , de l’antimoine , du mercure, de leurs minerais, par le feu du charbon de terre. S°9
- Opérations fur les calamines, fio Extradion du foufre des pyrites,
- & des autres matières qui 1ère* celent. page 5-10
- Du charbon de terre, comme com-buffible, propre à chauffer, foifc fours, foit fourneaux à chaudière pour arts & manufadures. ibid. Fours & fourneaux de cuifage , pour calciner des terres & des pierres. jiz
- Briquetier, tuilier , potier de terre.
- Cuite de la porcelaine, chauffe des verreries, des glaceries. f 19 Obfervation communiquée à M. Veneipar M. Allut, fur l’emploi de la houille pour la chauffe des glaceries. 520
- Calcination du fafre. Vitrification du fmalt. ^23
- Fourneaux à chaudières. 5^24 Opérations dû chymie & de pharmacie. f28
- Du feu du charbon de terre, appliqué au chauffage & aux ufages domeftiques. ibid.
- Du chauffage de charbon de terre, comparé à celui de bois ou de charbon de bois, dans fa confom-mation ,la durée, ia chaleur, f-30 Economies particulières que l’on peut fe procurer dans le chauffage du charbon de terre. 5:3 2
- Remarques & obfervations générales fur les dangers que l’on croit inféparables de l’ufage du feu de charbon de terre pour le chauffage. f 3 ^
- Des effets incommodes qui peuvent réfulter dans certains cas de la vapeur du charbon de terre embrafé.
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- ET ARTICLES.
- 697
- embrafé. ' . J page 5^9 Remarques particulières fur quelques circonftances relatives à l’emploi du charbon de terre au chauffage dans les cheminées , dans les poêles , &c.
- Defcription de différentes efpeces dé kangs, fourneaux ou étuves chinoifes, pour chauffer des appartenons avec le charbon de terre , ou autre combuftible. ff 1 Du charbon de terre apprêté pour mitiger fa fumée, réprimer fon odeur au feu, & pour donner un chauffage économique , en retardant fa confommation} augmentant fa durée, &c. 5 <Ç4
- Entreprife formée à Paris dans l’hiver de 1770 31771, pour faire connaître dans cette ville le chauffage avec la houille apprêtée. f 64
- Renfeignemens fur la fabrication du charbon de terre apprêté pour rendre fon chauffage plus économique. . . f77
- Des terres d’impaftation, ou des terres propres.à la fabrication du charbon de terre apprêté& de leur choix. Inltru&ions fur la différence de l’argille & de la glaife. . ^78
- De l’argille commune en général, & de fes efpeces. 5 80
- Argille - glaife , connue généralement fous îe nom de glaife , & quelquefois nommée terre à potiers. 58)
- Glaife calcaire ou marne. ^87 Terres à pipes , terres à faïance Tome XVil.
- commune. page 488
- Qualités générales requifes dans les argilles, pour être appliquées à la fabrication de la houille apprêtée. ibid.
- Endroits où il fe trouve des argilles-terres & des argilles - glaifes. ^90 . Difpofitions de ces fables gras en > terre. Maniéré de les fouiller. ^92 Des glaifleres en générai, & des fubftances folliles qui font particulières à l’argille - glaife. ibid. Outils & uftenfiles employés dans la touille dune glaifiere. Maniéré dont fe fait la fouille i 5-98 Vues générales fur un premier ef. fai de fabrication de charbon de terre, à continuer plufîeurs années. ^99
- T Lan raifonné & détaillé T un attelier de. fabrication pour un établiffement en grand.
- Situation de l’attelier. 602
- Etat des uftenfiles d’un attelier de fabrication. 605
- Journaliers employés aux manœuvres , commis & autres prépofés.
- 608
- Divifion d’un attelier par quartiers. 609
- Charbonnier ou magafin de charbon. ibid.
- Apprêt de la glaife pour la rendre propre à fe mêler intimement avec le charbon de terre. 61 r Triages de charbon. 612
- Impaffation de la houille avec les terres graffes. 614
- Examen de quelques particularités qui font des dépendances de la T t t t
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- *>8 TABLE DES SECTI
- main-d’œuvre exécutée par les metteurs en forme. page, £17 De la quantité de pelotes que donne. la< mife en forme dans la fabrication d’une mefure fixée , & du nombre de pelotes que l’on -peut obtenir dans un efpace de tems déterminé. 'ibid.
- Avantages des’ briques de houille faites dans les moulés fur celles façonnées à la main p & des briques volumineufes fur celles qui le font moins. 618
- Utilité .des elfais de fabrication fur de petites quantités de charbon de terre , avant de procéder à de grandes fabrications. 611
- Elfais de fabrication en petit, pour s’alfurer de la qualité & des proportions de terres à corroyer avec différentes qualités de houille. 624
- Séchoir ou halle à fécher, & premier dépôt pour les briques de houille après leur dernier relèvement dans ce quartier. 62 j" Parc des uftenlîles de fabrication.
- 627
- Tranfport des briques ou houille par charrois. 627
- O N S ET ARTICLES.
- p ; Entrepôts & fous - èhtrèpôts de . vente. page £28
- Economie fur le ïchauffage dans le 3; ponlîier & dans les cendrés des pelotes. ibid.
- Etat des objets fur lefquels tombent les frais d’uiie fabrication de . trente voies., exécutée dans la province. K3fi<r.ld; 630
- Tableau de la confommation - du chauffage, avec, le charbcn de terre apprêté pour différais feux ; de là quantité de pelotes dechar-J ibon & de leur valeur,'par jour & pour fix mois de l’année. ^ ibid.
- Mémoires far les feux jde houille ou charbon de terre. h-
- Des avantages des feux de houille pour le chauffage & pour les besoins domeftiques. 631
- Des phénomènes-particuliers au feu de houille. 63 f
- De la nature du feu de houille, relativement à la fanté. 639
- De la vapeur , de l’odeur & de la fumée du charbon de terre. 652, De la poufîiere ou cendre, &dela fumée du charbon de terre. 6f7
- PIECES -JUTIFICATIVES. 667
- Explication des figures. 677
- Fin du tome XVII.
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- GEOMETRIE SOUSTERRAINE. a?2àrâ. Fl. XXXI.
- Fu7. Ô.
- FlO. J.2 .
- JEn cmnptanô lu a&chnaison Kst ou Oue^rt
- SeBier Jcujp
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-
- MINES DE CHARBON DE TERRE. 3'Ihrâ P/ XXIII,
- ' i
- Sellier Sculp.
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-
-
- DIEEERENS PEND AGE S DEVEINES DE CHARBON, a ? JhrLPl. XX AUI.
- 1^
- JL
- J
- Je&ér Sczcp-
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-
-
- AIRAGE DES MINES DE CHARBONS. Part. PI. XXKIF.
- Sellier Sculp.
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-
-
- PHARMACIE PORTATIVE
- POUR SECOURIR UES OUVRIERS NOYES Oïï ETOUFFES DMS LES MINES, 2e. P.e Pl.JXSV-
- ifelHcr S'zitlp,
- pl.35 - vue 705/711
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- pl.36 - vue 706/711
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-
- a? Part. Pl.XXXVU
- CHARBON DE TERRE .
- Sellier Sctrip
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- 2 f Parte I>1. XXJJUL
- CHARBON DE TERRE .
- J^U7 , 3,
- {H 1 «III1111 111 1111 1III 11. J
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