Descriptions des arts et métiers
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- SUPPLÉM
- A L’A R T
- DU SERRUR
- O U
- B s SA i fur- les combinaifons méchaniques ; employées particuliérement pour produire Veffet des meilleures ferrures ordinaires,
- Par Joseph Botterman, de Tilbourg , au pays d’Ofterwick,
- Ouvrage traduit du Hollandais 9 & utile à tous les Serruriers intelligens ; Publié par M. Feutry, &c. de la Société philofophique de Philadelphie*
- bibliothèque
- du conservatoire NATIONAL
- des ARTS & MÉTIERS
- Catalogue, :mæjè
- No du
- Prix ou Estimation.
- à Entrée, le...
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- Méfiance efi: mere de fureté.
- Tome XIX.
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- ESSAI
- SUR
- LES COMBINAISONS
- MÉCHANIQUES. (1)
- ' ^vj^fea==========: e»
- Par ces mots combînaifons michaniques , on entend toutes les portions déterminables qu’un certain nombre de tels corps peuvent recevoir en-tr’eux.
- Ce qu’on doit entendre par ferrure à combinaîfon , c’eft la propriété que l’on aurait donnée à ces ferrures, de pouvoir , entre un certain nombre de lignes marqués fur leurs parties extérieures , faire choix de ces lignes pour indiquer la polition des parties intérieures & cachées de chaque piece, qui fe trouve relative à tel ligne extérieur ; polition déterminée dans ces pièces intérieures , par lefquelles feules les pênes ou verroux auront la liberté de leur jeu pour ouvrir ou pour fermer.
- ne foit pas muni de l’approbation de l’académie royale desfciences de Paris, & qu’en conféquence il ne doive point faire partie des cahiers des arts in-fol. Mais nous avons cru que celle du public pourrait y fup-pléer , & que nos nombreux abonnés nous tiendraient compte du foin de leur préfen-tericides détails intéreflans furies moyens de procurer mieux encore leur fureté do-meftique.
- A if.
- (O Cet ouvrage traduit en notre langue & publié l’année derniere , eft un fupplé-ment curieux autant qu’utile à l’Art du fer-rurier, fi bien décrit par M. Duhamel du Monceau ; & comme nous fommes toujours attentifs à raffembler dans notre collection concernant les arts & métiers , les divers morceaux qui peuvent la rendre plus complété, & par cela même plus inftruc« tive, nous avons adopté fans héfiter ce travail du ferrurier Hollandais , quoiqu’il
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- ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- Cette indication des parties extérieures relatives à telles parties intérieur res, une fois choifie, devient dès - lors un fecret pour tout autre qua celui qui l’a établi ; mais li après avoir confié ce fecret, celui qui a formé cette indication ne veut plus que d’autres que lui aient la poffibilité d’ouvrir ou de fermer , il faut qu’il foit le maître d’eii arranger une autre, en, changeant à fon gré la relation des figues extérieurs avec les points intérieurs qui donnent la liberté des pênes.
- Beaucoup de perfonnes ont connu un cadenat formé de plufieurs roulettes traverfées d’un axe (a) garni de dents ou pennetons. Cet axe doit fortir* ou pouvoir fortir, tout entier de toutes les roulettes, pour ouvrir le cadenat; & il ne peut en fortir que lorfque ce s roulettes font toutes tournées dans la pofition où toutes leurs entailles, fe trouvant fur un certain point, lailfent la liberté aux pennetons de l’axe de les traverfer. L’extérieur de chacune des roulettes de ce cadenat peut être partagé en plus ou moins de parties égales, & chaque partie marquée d’une lettre ou d’un chiffre y tellement que s’il y a dix roulettes pareilles, chacune marquée des vingt-quatre lettres de l’alphabeth , on pourra bien , par leurs diverfes pofitions * former , fur une ligne déterminée, tous les noms & les mots poffibles, compofés de dix lettres; mais il n’y aura jamais qu’une façon, qu’un feu! de ces mots, ou de ces nombres , qu’une feule combinaison enfin, par laquelle ces roulettes pourront être mifes dans la pofition où l’axe entrera & fortira librement ; & une fois le nombre ou le mot connu par quelqu’un , le cadenat n’eft plus pour lui un obftacle difficile à furmonter. Il n’y a pas de combinaifons à choifir pour ouvrir ou pour fermer un pareil cadenat. Avec ces dix roulettes on pourra bien faire, comme je l’ai dit, un nombre immenfe de combinaifons ; mais aucune autre qu’une feule de ces diverfes combinaifons ne peut fervir pour fon ouverture : il fera toujours pour tous ceux qui finiront le nombre ou le mot, un très-faible obftacle qui ne leur caufera plus qu’un moment de retard pour l’ouvrir.
- Ce cadenat affez commun , & plus en ufage en Allemagne qu’ailleurs y ne s’eft jamais appelle cadenat à combinaifons ; il s’appelle cadenat^ rouleaux : il eft ordinairement un peu plus gros qu’un rouleau de trente louis ; il s’emploie le plus fouvent à fermer les porte - manteaux, & fur-tout les coffres & caiffons de voitures. Il eft de l’invention de Cardan , ainft qu’un autre qui a été plus particuliérement connu en Italie , & employé à garder des tréfors de toute autre qualité que le premier. Ce dernier-ci (b), formé de cercles concentriques, ne laiffe également la liberté du mouvement à un pêne denté , que dans une feule pofition ; il s’exécute
- (a) Voyez les figures du cadenat à rouleaux, de Cardan , pl. I, flg. i & 4.
- (i) Voyez la figure du cadenat des jaloux, n. 7 & 8tpb A
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- MECHAN10 UES.
- quelquefois en petit, de la grandeur d’un écu de 6 liv. & même de 3 liv. & de l’épaifleur de deux à trois lignes , non compris le rembourrage ou matelajj'ure. Au milieu de cette épaiifeur palfe une lame d’acier, qui porte le pêne ; l’un & l’autre de ces cadenats ne font point réellement des cade-nats à combinaifons , c’eft-à-dire, à fecrets nombreux à choifir; ce font des cadenats à un feul fecret , lequel ne confiée que dans une poütiou déterminée des cercles , indiquée par certains figues qui forment tel nombre ou tel mot. Encore une fois , les deux efpeces de cadenats de Cardan pré-fentent bien des figues qu’il eft pofiible de combiner différemment ; mais , entre ces combinaifons à faire, ils ne préfentetit pas un choix entre celles de ces combinaifons qu’011 voudra, pour établir la liberté du pêne.
- Ce qui peut former véritablement une fermeture à combinaifons , ce fera donc la pofîibilité de combiner à fou gré tous les fignes dont feront marquées les pièces extérieures, & de choifir , pour cela, l’ordre dans lequel on voudra placer tel figue de chacune de ces pièces , pour avoir telle combinaifon ou fecret , par lequel feul fe mouvera alors une fermeture quelconque , foit qu’elle fe préfente fous la forme de ferrure , fuit fous celle de cadenat. Voilà, je crois , la définition générale des ferrures à combinaifons.
- En confidérant le cercle comme une figure d’une infinité de côtés , & par conféquent le corps circulaire , roue ou cylindre , comme le feul fufi ceptible de pouvoir prendre une infinité de pofitions fans changer de lieu , il ne ferait pas étonnant que ceux qui auraient voulu exécuter des combinaifons méchaniques , par l’emploi de corps de toute autre forme que la circulaire, n’eulfent pu obtenir aifément un grand nombre de combinaifons , par l’inconvénient d’avoir à fe fervir de pièces qu’il faut tranfi. porter & enlever d’un lieu pour les placer dans un autre , & par là risquer , dans l’ufage , de perdre ou d’égarer quelque chofe de ces corps qui, en reftant attachés à un même lieu , feraient toujours relpedivement dans un même ordre , & ne feraient plus fufceptibles , ou que d’un nombre de pofitions égal à celui de leurs faces , moins deux , dans un même lieu , ou que la diverfité feulement dans la pofition d’une de leurs faces dans une certaine étendue déterminée. L’art d’exécuter des combinaifons méchaniques n’elt cependant pas borné à l’emploi des feuls corps circulaires ; on peut , avec des corps qui ne préfenteront que des faces planes & droites , exécuter des ferrures à combinaifons avec toutes les qualités qu’on peut exiger dans ces fortes de méchaniques.
- Tout ce qu’on doit attendre des ferrures à combinaifons fe réduit à deux points. Il faut, pour le premier, qu’elles aient les qualités propres aux. bonnes ferrures ordinaires, dites ferrures de fureu ; & pour le fécond, celle
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- ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- encore de 11e pas obliger à porter aucune efpec? de clef ou outil pour les ouvrir ou pour les fermer.
- A l’égard des qualités que doivent avoir de bonnes ferrures de fureté, il faut faire attention que ce font les particuliers demeurans dans des mai-fons ou il y a beaucoup de locataires, qui ont le plus befoin de ces fortes de ferrures , pour lefquelles il les faut du moindre prix poflible : ces citoyens, fans avoir befoin de porter plufieurs clefs , ou des clefs énormes & pelantes, comme celles des portes cocheres, veulent premièrement, par l’achat de ces ferrures, fe procurer l’aflurance qu’avec d’autres cîèfs ordinaires , ou de faillies clefs , on ne puiife ouvrir leur porte, & entrer chez eux pendant qu’ils font hors de leur appartement; & ils defireraient qu’elles ne puiient pas être crochetables avec ce qu’on appelle les roffîgnols, ou les différens crochets dont les ferruriers ont toujours provifion , afin d’ouvrir les portes dont 011 a égaré , perdu ou laiffé la clef dans l’appartement. Secondement , beaucoup de ceux qui acquièrent des ferrures de fureté, veulent aufti que, lorfqu’ils font rentrés chez eux avec leur famille ou leurs domestiques , perfonne ne puiife forcir fans faire ufage de la clef qu’ils gardent dans leur poche, ou fous leur chevet. Il faut donc que d’abord les ferrures de combinaifons aient ces deux qualités ; mais toutes les ferrures de portes peuvent ordinairement, i°. s’ouvrir d’une main, 20. fans y voir clair, }°. quelque bruit qu’011 entende , ou quelque privé de l’ouie qu’on puiife être ; 40. il faut qu’il n’y ait aucune fcience , aucun art, aucune adreffe à employer, dès qu’on a la clef.
- Voila quatre autres qualités d’une autre efpece que les deux premières. Or, c’eft à celles-ci, & aux deux premières qualités propres aux bonnes ferrures, & aux ferrures de fureté, que l’on doit, par le moyen des combinaifons méchaniques, ajouter celles de n’avoir pas befoin de porter une clef pour les ouvrir ou les fermer, & de parvenir à faire que tous ceux à qui l’on n’aura pas confié lefecret qu’on aura choifi , ne puilfent nijes fermer , ni les ouvrir.
- Pour avoir, autant qu'il ejl pojfble, la certitude que l’on ne découvrira pas le fecret, il faut donc qu’il y ait, autant qu'il ejl pofjîble, une immenfe quantité de fecrets à choifir, parce qu’alors 011 pourrait parier un nombre immenfe, contre une unité, qu’on ne l’ouvrira pas; car toute ferrure de combinaifons aura toujours nécelîàirement un inconvénient réel, mais peu à craindre. Cet inconvénient ou défaut, c’eft celui de ne pouvoir jamais donner la parfaite certitude qu’elle ne fera pas ouverte. Il eft poffible qu’en mettant la main dans un fetier de bled, pour y prendre feul tel grain qu’on aurait marqué & mêlé parmi tous les autres , on vienne à l’y rencontrer dès la première fois ; il fe peut de même que la première combinaifon que quel-
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- MECHANT QUE S.
- qu’un imaginera d’établir pour ouvrir la porte, foit précifément celle par laquelle un autre aura.imaginé de la fermer ; mais y eût-il même probabilité qu’on découvrirait le fecret par hafatd , il y aura toujours moyen de concevoir infinité entre probabilité & parfaite certitude.
- On peut bien regarder comme ce qu’on appelle infiniment difficile, l’art de faire une fécondé clef parfaitement jufte à une ferrure ordinaire--, parfaitement travaillée ; cependant il eft poffible qu’un très-habile ouvrier parvienne avec le tems , & à force de tâtonner fans démonter Ta ferrure , mais d’après la vue d’une première clef, à en faire une fécondé qui ouvrira & fermera auffi bien la ferrure. Cette pofîibilité, il eft vrai, n’eft que pour celui qui joindra à Padrefle, à l’intelligence & à la fineife de tacft, la con-nailfance & l’habileté de l’ouvrier, tandis que, pour une ferrure de com-binaifons, tout le monde eft également fufceptible de trouver fon fecret au premier elfai & fans tâtonnement.
- Si le méchanifme employé fe^ trouvait , par fa nature , fufceptible de pouvoir caufer, au tact, des fenfations fufïifantes pour laiifer reconnaître quelle eft la pofition à donner à chacune des pièces mobiles cachées, ces ferrurc.s feraient abfolument mauvaifes j fi ce n’était que l’imperfedion de l’exécution du méchanifme , qui pût, à ceux qui auraient la fineife du tact, laiifer la poifibiîité de fentir la pofition qu’on devra donner à chaque piece, ees ferrures ne feraient défectueufes que par leur exécution , fans l’ètre par elles-mêmes. Tous & chacun de ces méchanifmes à combinaifons peut donc par lui - même être bon , excellent & fûr , autant qu’il eft poffible , quand bien même MM. tels & tels , y compris M. Manié, ( a,) par la fineife de leur taét, feraient venus à bout de l’ouvrir, à çaufe de quelque négligence dans l’exécution. Mais parmi ces méchanifmes qui , auffi bien exécutés qu’il eft pofi. b'e, feraient reconnus très-bons, il faut que ceux qui , pour avoir tout leur jeu, n’auraient pas befoin d’une exécution foignée , obtiennent la préférence, parce qu’ils lèront plus à portée d’être conftruits par toutes fortes d’ouvriers, & que ç’eft la néceffité d’une exécution foignée qui les renchérit
- (a) M. Manié, jeune artiile, a exécuté plufieurs inftrumens avec la plus grande précifion. Il a , entr’autres, imaginé & exécuté une machine qui, fous le nom de nictromicromcriftcs, peut être connue, & par cette dénomination gnlli-grecque, indiquer qu’elle fert à partager également les plus petites étendues. Il parvient, avec cet inftrument, à former fur la lurface d’une ligne quarrée 400 carreaux dont on appercoit très-aifcment la parfaite égalité ,
- à. l’aide d’un bon microfcope. C’eft le même qui a obtenu un éloge de l’académie dçs fciences, & la moitié du prix qu’elle a promis à celui qui ferait le meilleur quart de cercle agronomique de trois pieds de rayon , & qu’elle nommerait fon faifeur d’inftrumens de mathématiques. C’eft lui qui, chez SSL de la Blancherie, a ouvert plufieurs ferrures qu’on difait ne pouvoir, être ouvertes qu’ayec la clef, faite pour, ellç s,.
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- ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- le .plus , ainfi que toutes les ferrures de formes ordinaires, indépendamment de leur grandeur ou petitefle ; au furplus, il ne faut jamais confidé-rer, dans ces machines, leur décoration extérieure qui ne peut influer en rien fur leur mérite. On peut encore regarder comme un degré fupérieur aux ferrures à combinaifons , la facilité de pouvoir en faire exécuter de fem<-blables, fans employer de métaux pour leur méchanifme.
- Trois efpeces principales de méchanifme à combinaifons.
- Les méchanifmes de ce genre , qui font formés de corps circulaires , peuvent fe réduire à trois efpeces. La première , ceux où l’on ne fera emploi que des cercles, anneaux, zones, ou plateaux circulaires, concentriques. La deuxieme, l’ufage à faire des cercles, roues ou rouleaux ou cylindres fur un même axe. La troilieme , celui des cercles, plateaux circulaires, roues ou rouleaux placés à côté les uns des autres fur des axes ditférens. Il eft cependant moyen d’exécuter de ces méchanifmes, où ces deux ou trois efpeces fe réuniraient, & ce ferait alors 40. l’efpece compofite ou mixte.
- La première fois que la fociété libre d’émulation a propofé de donner un prix à la meilleure ferrure de combinaifons , pour le mois de juin 1778» M. l’abbé BoiJJîer, alors prieur des Céleftins de Sens, a trouvé le moyen d’appliquer les combinaifons à celui des deux cadenats de Cardan, que j’appelle de la première efpece, celui à cercles concentriques; & M. Regnier, ( a ) arquebuiier de Sémur en Auxois, a imagine la troilieme efpece , les roues ou rouleaux , placés à côté l’un de l’autre, fur des axes dilferens. L’un & l’autre , depuis ce tems, ont donné quelques degrés de perfedion. à leur méchanifme. Il paraîtrait que la première efpece unie à la 2e & même à la 3e, eût été tentée par celui des concurrens au dernier prix, qui avait pour devife , mobilitate viget. Mais, par le compte qui en a été rendu au public , il m’a femblé entendre qu’on aurait apparemment trouvé fon méchanifme fi compliqué, qu’on n’avait pas cru devoir en expliquer la théorie; peut-être encore ferait-il défedueux en lui-même.
- Lors de ce dernier concours , outre fa première ferrure corrigée & adaptée aux demandes du programme, il a été préfenté, par M. Regnier, une
- (a) M. Regnier, armurier - arquebusier à Sémur en Auxois, habile méchani-cien , a imaginé, entr’autres, une éprouvette pour comparer la force des différentes poudres à tirer ; il a aufli adapté au fufil pour l’ufage des vues baffes, une lorgnette qui fc préfente à l’œil lorfqu’on
- met en joue, & qui fe retire lorfque le coup eft parti. 11 y a plufieurs de fes ferrures employées à Paris, où l’on peut en acheter, fans qu’on puilfe les taxer d’en-treprife fur le privilège excluflf accordé à JM. Prince de Beaufont.
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- efpece de cadenat, ou cache, - entrée de clef avec des combuiaîPolis, & propre à pouvoir être appliqué fur toutes les ferrures ordinaires. Son méchanifme eft exatftement d’après celui des deux cadenats de Cardan, de l’efpece que j’ai placée la fécondé, c’eft-à-dire, de roues ou rouleaux fur un mémo axe denté.
- Trois des autres ferrures , expofées aux yeux du public à la dernierc féance de la focieté, au mois de juin 1779 , ne font d’aucune des trois efpe-ces que j’ai expliquées. Deux de ces pièces établilfent leur méchanifme , par l’emploi de petits corps détachés à p<eu près de la forme d’une fiche a jouer, ayant une tète; ces morceaux de fer étant placés dans une coulilfe ( en tel ordre qu’on eft maître de choifir entre plus ou moins grand nombre dont elles font fufceptibles) donnent ou refufent la liberté du mouvement du pêne. La troifieme de ces ferrures eft d’un méchanifme fimple, tout-à-fait différent de tous les autres; il peut produire peut-être la plus grande fureté poftable , puifqu’il peut préfenter en même tems , & celle que nous offrent les ferrures ordinaires , & oelle qu’on attend des combi-naifons méchaniques : il ejl de l'invention de M. Manié ; mais tel qu’il eft exécuté, il exige , outre des préparations vétilleufes , l’ufage d’une clef affez forte, à porter dans fa poche, &, de plus, celui d’une autre petite clef propre à pouvoir donner, quand on le veut, le mouvement à de petites vis mobiles , fervant de penneton à la grande clef, lefquelles vis doivent correfpondre avec d’autres de même taille dans la ferrure , pour que le pêne puiife être mis en mouvement.
- La ferrure qui a reçu le prix , ainfi que celle qui lui a fervi de commentaire , doivent être regardées de la deuxieme efpece, c’eft-à-dire, de celle à rouleaux ou plateaux cylindriques fur un même axe..
- A l’exception de ces quatre ferrures , & de celle de M. l’abbé Boflier ( dont M. Prince de Beaufont a obtenu un privilège exclufif de pouvoir feul les exécuter & débiter) toutes les autres où il y a des combinaifons à choifir, & qui jufqu’à préfent font venues à ma connailfance , rentrent dans la troifieme efpece, inventée & préfentée la première fois par M. Regnier ; favoir, des roues, cylindres ou rouleaux fur des axes différens.
- Une ferrure qui a été vue chez M. de la Blançherie, & qui a été préfentée à l’académie des fcienqes , machine qu’011 ne peut ouvrir qu’avec une clef au bout de laquelle une goupille repréfentant une des lettres de l’alphabet aura été placée avec la pareille ou çorrefpondante au foncct de la ferrure , pourrait, à quelqus égards, être regardée comme ferrure à combinaifons, puifqu’il en réfulte effectivement un choix à faire entre 24 différens fecrets ; mais l’embarras de ces goupilles emmagafinées, dont il ne faut.employer qu’une feule, & dont les autres peuvent s’égarer, ainfi Tome XIX. B
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- ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- :i.o
- que l’incommodité d’être forcé de porter une -clef fur foi, doivent faire-rejeter l’idée de ce méchanifme.
- Il eft à obferver que, dans toutes les ferrures à combinaifons exécutées jufqu’à.préfent, il n’y en a aucune q.ui fait véritablement autre chofe qu’une ferrure d’armoire ou de coffre, & qu’il n’y a de véritables ferrures à combinaisons, pour des portes de chambres ou d’appartemens, que celle que i’avois exécutée pour le concours, & qui a été vue du public chez M. de la Blancherie.
- Le mot ferrure, pris généralement, doit pourtant, je penfe, lignifier en franqais, comme dans toute autre langue, une boite pour être attachée fermement à la porte qui bouche une baie , de façon qu’au moyen d’un pêne ou verrou que cette boîte renfermera, & que l’on pourra faire mouvoir également par l’un ou l’autre côté de cette porte, elle l’arrête fixement en place. Lorfqu’il ne. s’agit feulement que de la fermeture d’une écritoire, d’une armoire ou d’un coffre, on rellreint alors le mot générique de ferrures, en y joignant le mot particulier de l’objet pour lequel on' veut l’employer. Toute ferrure, bonne pour toute porte de maifon, de chambre, ou de cabinet, peut s’employer à une commode, à une armoire ou à un coffre. Elle aura, à la vérité, plus que ce qu’il lui faut pour ces emplois , tandis qu’une ferrure d’armoire ou de colfre n’aura pas tout ce qu’il lui faut pour fervir également à une porte de maifon ou d’appartement, & que pour fuppléer, en quelque maniéré, ce qu’il lui manque , il faudra faire ufage d’un crochet ou verrou féparé de la méehanique de ferraerture, lorfqu’on voudra s’enfermer dans le lieu que la porte tient, clos.
- Par le programme de la fociété libre d’émulation, par lès conditions^ qu’elle exigeait & qui devaient être remplies pour obtenir le prix qu’elle avait propofé une fécondé fois , elle ne demandait pas nommément une ferrure propre à la porte d’une chambre ou d’appartemens.j mais on de-, yait néanmoins le préfumer par le détail du, programme. Comme dans fune des deux pièces qui avaient concouru au premier prix , il fallait abfolument être en - dedans de la chambre pour préparer la combinaifon à établir, & qu’il fallait démonter prefque toute la ferrure , le. programme jnfiftait à vouloir que la combinaifon pût fe changer par le dehors de l’appartement , mais il ne dilàit pas exclujivement. Au.furpîus, il fai fait bien, entendre que ce .fût fins que la porte foit ouverte tout-à-fait,. & même entre - baillée , enfin fans qu’on fût obligé de la remuer Si la pouffer le moins du monde hors de fa baie. Cette condition demandée était préa* lablement indifpenfable, & ayant dix autres conditions exprimées dans ce programmes j’avais exécuté, la ferrure dont la figure eft.ci-après repré:*
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- II
- MEC HA NIQUES.
- fentée aux num. 9,10,11,12,12 de la plancha 1 ; 8c pour l’expliquer * j’avais rédigé un mémoire que j’avais fait traduire à Paris. Mais lorfqucj le tems fixé pour être admis au concours appr-ochait, il fe trouva que l’on m’avait enlevé plufieurs pièces de ma méchauique ; de façon que eelui à qui..j’avais donné commilfion de la remettre, ne put en préfenter à la fociété que les defiins avec mon mémoire, mais fans explication de la figure, ni aucun détail pour les moyens de l’exécuter. Le terme fatal étant expiré avant que j’eufle pu faire fournir la ferrure achevée, la fociété a fait remettre mon mémoire à celui qui s’eft préfenté avec les indications pour le retirer.
- Voici la copie de l’efpece d’avant-propos de ce mémoire explicatif, tel que je l’ai fait préfenter avant le commencement de l’année 1779.
- EXTRAIT DV-MÉ MOIRE.
- - ** Afin de pouvoir parvenir à remplir les demandes que fait la fociété, „ la première chofe néceifaire eft, fans doute, de chercher à bien com-„ prendre fes demandes ; mais au défaut de la certitude de les entendre „ clairement, & par l’impoifibilité de la queftionner pour obtenir quel-„ ques éclairciifemens qu’011 pourrait defirer fur ce qui paraîtrait préfenter „ quelqu’obfcurué dans fon programme, il faut expliquer ici nettement „ comment on a compris ces demandes.
- „ La fociété, en demandant des ferrures de combinaifons, exige fept ,, conditions de rigueur , & marque defirer qu’elles réunifient trois autres „ conditions pour le plus haut degré de perfeÛion.
- „ Les conditions de rigueur font, i°. que des pièces mobiles marquées j, de chiffres ou de lettres , fervent à établir tels nombres ou tels mots
- à volonté.
- » 20. Que les pênes puiflent être fixés folidement lors de la préfence 5, du nombre ou du mot adoptés.
- 53 3°* Qu’après avoir arrêté les pênes, on puifle , fans les déranger T ,, troubler l’ordre des chiffres ou lettres, afin qu'il ne refie aucune trace du s, nombre ou du mot adoptés.
- „ 4?. Que pour ouvrir on puifle facilement rappeller les pièces, félon „ l’ordre des chiffres ou des lettres établis lors de la fermeture.
- „ 5-*. Que quelque confufion qui ait été produite, foit par des mal-inten-j, donnés, foit par la recherche du mot ou du nombre qu’on aurait oubliés, „ il foit toujours poflible de rétablir l’ordre, lorfqu’oii fe rappellera la
- combinaifon choifie.
- „ 6°. Quels que foient le nombre, l’ordre & la forme des parties, il eït
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- i2 ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- „ indifpehfàble que , fans démonter la ferrure, on puilTe lui faire exécuter „ telles des combinaifons qu’il plaira choifir au moment où l’on voudra fer-,, mer ou ouvrir & fans aucuns préparatifs.
- „ 7a. Que cette ferrure ioit enfermée de maniéré à ne pouvoir être „ ouverte pour changer le rapport entre fes parties. „
- Les conditions, pour le plus haut degré de perfection, font, “ i°. Que „ l’on fupprime les clefs ou tout autre inftrument que l’on eft afîùjetti à „ porter, & que l’on peut perdre.
- „ 2°. Que l’on efl'aie de fuppléer à la vue pour reconnaître la fitua-„ tion des pièces mobiles.
- „ 9°. Que l’on cherche s’il peut exifter un moyen de fuppléer à la sî mémoire , en faifant retrouver- fur la ferrure des indices qui ne puilfent „ inftruire que le propriétaire.
- „ Au furplus, la foeiété annonce la préférence à l’invention la plus „ fimple, la plus folide & la moins coûteufe.
- ,, Sur ces dix demandes, voici quatre obfervations pour fairè connaître ,, comment on les a entendues.
- „ i9. Par la feptieme demande de rigueur : Que la ferrure fait enfermée, „ &c. la foeiété paraît avoir voulu dire par ces mots , que , dans le
- „ cas où le propriétaire de la ferrure recevrait du monde dans la -chamas bre que ferme fa ferrure de combinaifons, ou dans quelque cabinet
- ,, au-delà de cette première chambre, il ne pût pas être libre à quel-
- ,, qu’un d’aller furtivement, ou à fon infu, démonter aifément & prompte-„ ment la ferrure, & par-là reconnaître quel eft l’arrangement préparé „ pour la fermer : inconvénient qui effectivement fe trouvait à la pre-„ miere ferrure du fteur Regnier , mais qu’à la vérité il ne lui avait pas „ été preferit d’éviter. On conjecture donc , que l’idée de la foeiété ferait „ remplie, li la ferrure était faite de façon à ce qu’elle ne pût être démon-,, tée nifément, & fans qu’on s’en apperqoive ; & de plus , que les pièces ,, mobiles ne puffent être examinées & leur pofition reconnue, à moins „ que préalablement on n’eût établi la combinaifon que le propriétaire „ aurait choilie, & que par conféquent c’eft là ce qu’elle entend que doi-s, vent fignifier ces mots : que la ferrure foit enfermée, &c.
- „ 2°. Par la fixiéme demande de rigueur, on exige , quon puijfe faire ,, exécuter indifféremment telles de ces combinaifons qu’il plaira choijzr au mo-„ ment où ton voudra fermer.... 6* fans aucuns préparatifs. Rien n’eft plus „ clair que cette énonciation, en n’employant que les mots ci - rappor-,
- « tés. Mais ne ferait-ce pas une faute, une fuperSuité, ou, comme on >, dit en hiftoire naturelle, une monffrtiojité par excès, que d’avoir mis.
- » *après le mot fermer ceux eu ouvrir ? Car il eft absolument "de l’eiTeiiCQ
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- „ d’une ferrure de combinaifons de ne pouvoir s’ouvrir que par la coni-„ binaifon avec laquelle elle aura été fermée. Ainfi, quoiqu’on pût lui „ faire exécuter indifféremment telles des combinaifons qu'il plaira choifir, au ,, moment où l’on voudra la fermer, il eft parfaitement impoffible qu’on „ puiffe être le maître de faire exécuter indifféremment telles des combi-„ naifons qu’ilJ plaira choifir au moment où l’on voudra l’ouvrir j puif-,, qu’enfin il faut bien, déterminément, revenir à une combinaifon par „ laquelle on l’aura fermée : d’où l’on conje&ure que l’idée de la fociété 5, fera bien remplie, en fuppofant, dans la fixieme demande de fon pro-,, gramme , que ces mots,cw ouvrir, font entièrement à fouftraire, comme s, ayant été mal-à-propos inférés ou intercallés par un imprimeur ignorant « qui a voulu y mettre du fien.
- „ 30. Pour ce qui eft à la première demande de rigueur, que des pie-„ ces mobiles marquées de lettres ou de .chiffres fervent à établir les combinai-„ fins, &c. on doit préfumer que la rigueur ne va pas cependant à exi-„ ger abfolument qu’il y ait réellement & exclufivemcnt des lettres ou des „ chiffres gravés & figurés fur ces pièces , pourvu qu’il y ait des marques „ fùffifantes, qu’on puiffe diftinguer & reconnaître pour équivaloir telles „ lettres , tels chiffres, telles couleurs, telles nuances, tel aire de vent, j, telles notes de mufique , &c. &c.
- „ 4q. Pour la troifieme demande de rigueur , il eft exigé, quil ne refle ,, aucune trace ou indice des nombres ou des mots qui auront fervi k fermeri », & dans la troifieme demande (fans rigueur), mais pour le plus haut
- „ degré dt pcfeciion , il eft dit, de tâcher de faire retrouver fur la ferrure des
- „ indices (ou traces) pour infiuirc le propriétaire qui aurait oublié fa com-
- binaifon. Il eft très-difficile d’accorder ces deux demandes très-fomiel-„ les. L’une, qu'il ne refie point de traces ou indices ; l’autre, qu’il refte ce-„ pendant des indices ou traces ; on ajoute, fi il peut exifler un moyen de
- „ laijjer ces traces ou indices. Or il en exifte plufieurs. Au défaut donc
- „ de pouvoir faire accorder ces deux demandes qui paraîtront meme „ très - aifément contradictoires , il n’eft pas douteux , ce me femble, qu’il „ faut, pour remplir l’objet de la fociété , ne s’occuper que de fa demande ,, de rigueur.
- „ Il eft certain qu’on pourrait trouver des moyens de repréfenter au 53 propriétaire quelle a été la combinaifon qu’il aura choifie pour fermer;
- „ mais ce moyen fera, ou un fecret lequel , étant connu d’un autre , lui „ ferait connaître également quelle combinaifon le propriétaire aurait em-3, ployée pour fermer , & dès-lors la ferrure à combinaifons reviendra
- dans la claffe des ferrures à un feul fecret ; ou , fi les différens moyens „ étaient eux-mêmes combinés, pour être (à la volonté & à l’option du
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- propriétaire') différens réfultats ou indicateurs à choifir pour reconnaître telle ou telle combinaifon employée pour la fermeture du verrou ou pêne , il y aurait un double objet de fouvenir j & l’inconvénient du manque de mémoire de la part du propriétaire deviendrait donc double pour lui ; ou bien donc il faudrait encore alors un autre indicateur, un autre fecret pour indiquer quel premier indicateur ferait connaître la combinaifon , & toujours ainfi de l’un à l’autre : il eft certain qu’en éta-bliffant fur la ferrure une indication claire , certaine & déterminée de la combinaifon choifie, ce ferait la même chofe que li, dans la crainte d’oublier fa combinailbn , on l’avait mife par écrit , & qu’on l’affichât fur là porte pour la commodité du public, au lieu de la garder feulement dans fa poche , pour fubvenir au défaut de fa mémoire.
- „ Avec une ferrure à combinaifons , il faut indifpenfabîement reconnaître que, lorfque l’on aura oublie fa combinaifon , on fera exa&emenC dans le même cas que fi l’on avait perdu la clef d’une très-bonne ferrure à fecret, & dite de fureté ; qu’il faut alors abfolument caifer la porte ou la ferrure , ou rentrer par la fenêtre, defcendre par la cheminée , percer le mur ou le plancher. Mais fuppofé que l’on eut pu rentrer par la fenêtre, que l’on n’eût eu même à cafler qu’une vitre , l’inconvénient du manque de mémoire ferait irréparable avec une ferrure'à combinaifons , tellement attachée qu’elle ne pourrait être levée par le dedans de la chambre , & que la porte ne pût être ouverte par ce côté , qu’après qu’on aurait retrouvé dans fa mémoire la combinaifon qui la ferme j tandis qu’avec les ferrures ordinaires & à fecrets , attachées par le dedans de la chambre par des vis & écrous, dont rien ne paraît au dehors de la porte, ou avec des ferrures à combinaifons qui pourraient s’attacher de même ou à peu près, une fois le propriétaire rentré dans fa chambre , n’importe par où, il aurait la relfource de conferver fa porte & de ne pas brilèr fa ferrure. A l’égard d’une armoire, coffre - fort, ou fecretaire fermé avec une ferrure à combinaifons ou fecret, oublier fa combinaifon c’eft exactement la même chofe que perdre là clef. Mais perfonne ne peut trouver la combinaifon fur fon chemin , tandis qu’il n’en eft pas ainfi de la clef égarée. Au refte, toutes les ferrures à combinaifons ont au moins cet avantage , qu’on peut envoyer l’équivalent de la clef dans une lettre d’avis, par la pofte, & fi loin qu’on veut, fans en augmenter le poids, & qu’alors cette clef ne peut s’égarer qu’avec la lettre. On peut encore, fans fe furcharger d’aucun fardeau dans fes poches, la con-figner dans fon porte-feuille, ou par la date d’une lettre , & dans un livre, par le numéro des pages , par les lettres initiales ou finales, par l’anagramme , par &c. &c. &c. Mais il faut cependant toujours un peu
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- „ de mémoire ;& ceux qui feraient fort fujets à la perdre, ou qui ne ren-M trent fouvent chez eux qu’en n’y voyant pas affez clair, même en plein }3 jour , pour trouver aifément le trou de la ferrure, courraient grand M rifque de coucher fouvent dehors , avant que leur combinaifon choifie ^ vînt fe préfenter à eux.
- „ C’eft d’après la façon dont on a entendu le programme de la fociété, 3) & l’expofition qu’on vient d’en faire , que l’on s’eft occupé de celle pro-J5 pofée au concours, fous la devife : Experto crede , &c. „
- La gazette d’agriculture a rendu compte de quelques propriétés de ce méchanifme : voyez ci-après , l’explication du méçhanifme, pl. 1,7%. 9, 10 , 11 , 12 ,13.
- On voit que cette fermeture à combinaifons eft de l’efpece que j’ai appellée la fécondé, c’eft-à-dire , de l’efpece du cadenat à rouleau de Cardan. Les pièces circulaires ou rouleaux ne changent pas de lieu , & c’eft par l’une des polirions (déterminée à volonté ) entre celles dont chacune eft fufceptible , que l’axe qui les enfile , ayant la liberté de fe mouvoir, la. porte peut s’ouvrir ou fe fermer j mais il ne faut pas, fi.Ton veut (comme au rouleau de Cardan, & cela n’eft. pas indifpenfable, comme au cadenat cache-entrée de M. Regnier), il ne faut pas , dis-je , faire fortir de l’axe commun hors des rouleaux ; il fuffit feulement qu’il ait la liberté de fe mouvoir de l’étendue d’environ la moitié de l’épaiffeur des pièces mobiles,. & ici de deux lignes & demie , pour que le pêne puiffe avoir un mouvement de quinze lignes.
- J’ai dit que les rouleaux ne changeaient pas de lieu , qu’il n’y avait que l’axe qui était mobile mais on peut également faire cette fermeture ( de porte ) de maniéré que l’axe foit fiable , & que ce foit le refte de la. méchanique qui puifle avoir un mouvement. Auffi à la ferrure ci-defllts décrite, en était - il jointe une autre d’un même méchanifme , lors de fa préfentation chez M. de la Blancherie , & à, l’académie des fciences ; mais ici le méchanifme eft pofé verticalement, de façon que lorfque la combinaifon eft établie , on peut feulement alors baiiTer le méchanifme de trois, lignes le long de-fon axe , lequel refte immobile, & alors ce bâillement du. mc-chanifme fait fortir un tétiau ( qui fe trouvait être entré de la profondeur de ces trois lignes dans un pivot) hors dudit pivot, lequel pivot ayant alors la liberté de fe mouvoir , donne, par une crémaillère , le mouvement à un verrou fi gros qu’on voudra ; ou bien, ce pivot libéré eft lui-même l’axe d’une bafçule ou fléau qu’on aurait établi pour arrêter les bat-tans de la plus grande porte cochere.
- J’ai exécuté un autre méchanifme de la même efpece, & qui, pofté-. rieurement au premier, a été a.ufii offert au public, chez M. de. la Blancherie.3)
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- & enfuite préfenté à l’académie des fciences avec le premier. Ici, c’eft une balle à fufil (elle eft de fer), laquelle chaffée par une détente à reflort, va traverfer les rouleaux lorfqu’ils font arrangés dans la pofition où les portions d’un canon de fufil ou de piifolet ( qui font dans chacun de ces rouleaux ) fe trouvent tous fur une ligne droite que la balle doit parcourir ; cette balle au bout de-fa courfé frappe une détente qui fait fortir un petit tétiau de l’entaille pratiquée à un verrou-targette , qu’on a alors la liberté de faire mouvoir pour ouvrir ou fermer. Un petit reflort fait que ce verrou-targette n’arrive dans fes fupports, jufqu’aux entailles qui font pratiquées pour le petit tétiau , que lorfqu’il eft poufle avec un peu de force, laquelle l’arrête fixement, ouvert ou fermé. Quand on n’emploie auçune force, le verrou,targette ne va pas, jufqu’à ce que les entailles reçoivent le petit tétiau , & tout le monde peut le faire agir ; mais fi l’on a poulfé un peu fort ce verrou , il faut abfolument tirer un coup & châtier de nouveau la balle de piftolet ., pour rendre la liberté au verrou-targette.
- Les figures 14 , if & 16, font la repréfentation de ce méchanifme. Ici les rouleaux ne changent point de lieu, & l’axe n’a point de mouvement ; niais c’eft la pofition déterminée de la partie intérieure des rouleaux qui donne au travers de ces rouleaux la poflibilité de la feule communication pofiible du mouvement d’une extrémité à l’autre?de Pefpace' qu’ils occupent.
- Dans cette méchanique , on pourra facilement- appercevoir par l’explication , que tout ce qui fait le jeu de la balle eft fuperflu au méchanifme nécelfaire pour la fermeture de porte, & qu’il 11’eft employé que pour avoir le prétexte de pouvoir dire que cefi une ferrure de combuiaifons, qui s'ouvre à coup de pifiiolet.
- Il a fallu que les portions du calibre, qui forment le canon du piftolet, fe trouvaient placées ou perpendiculairement, ou dans une pofition alfez oblique fur l’horizon, pour que la balle pût toujours revenir à là place , & le piftolet être toujours chargé i (1) mais ce même méchanifme peut, fans ce prétendu piftolet, être employé pour l’ufage ordinaire & s’exécuter -aifément, à peu de frais, 8c de la grandeur qu’on voudra.
- Les figures 17 , 18 , 19 & 20 préfentent ce même méchanifme , fous la forme de cadenat ; il eft exécuté avec foin , couvert d’or, & de ladimen-fion reprélentée j ce font de petits parallelipipedes , qui fe trouvent placés dans les parties intérieures de chacun des rouleaux : quand on a établi leur pofition , fuivant les figues qu’on a choîfis aux parties extérieures des rouleaux , on peut , feulement alors , en pouffant je petit tétiau extérieur , le
- ( a ) On penfe bien qu’il eft inutile d’obferver ici qu’il n’entre pas un feul grain de poudre dans cette façon de charger, &c.
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- faire mouvoir , & communiquer fou mouvement d’une extrémité à l’autre de l’efpace occupé par les rouleaux, pour preffer la détente qui fait ouvrir la branche ou chape du cadenat.
- Ce n’eft pas feulement en ferrure, ou cadenat, que ce méchanifme peut s’employer ; il peut tenir lieu de la meilleure faqon de cacheter ; on peut fermer une lettre dans un étui de la dimenfion des étuis à cure - dents , comme il eft repréfenté fig. 21 & fui vantes. II eft encore exécuté pour former des écritoires & porte-feuilles , de l’efpece de ces gros rouleaux à mettre dans un porte-manteau ; & les détails de ces machines peuvent aifé-ment s’entendre par l’infpeâion des figures & leur explication.
- Un inconvénient de cette efpece de méchanifme , pour pouvoir ouvrit & fermer également la porte par le dehors & par le dedans de la chambre , c’eft d’affamer le bois ; c’eft de l’entamer, de le gâter ; c’eft d’empêcher de pouvoir , fans peine & fans frais , y fubftituer une ferrure commune : ce qui devient cependant néceffaire à ceux qui ne feraient que locataires de maifons ou d’appartemens, où ils auraient établi de ces ferrures à combinaifons.
- On peut néanmoins employer cette fécondé efpece de méchanifme avec quelques changemens & augmentations , afin de n’entamer le bois qu’autant ou un peu plus qu’avec les ferrures ordinaires.
- Les figures 9 & fuivantes repréfentent une ferrure exécutée pour une porte de chambre à deux battans ; tout fon méchanifme de combinaifon eft contenu dans une petite boîte de trois pouces de longueur, de 20 à 2î lignes d’épaifîèur, & d’un peu plus de hauteur , qui va en diminuant par le bout qui traverfe le bois de la porte , & qui ne préfente à l’extérieur qu’un pouce quarré en furface. La figure 14 fait voir que , dans la boîte de cette ferrure, ce font les pênes dormans & le demi-tour commun aux ferrures d’ufage, qui occupent le plus de place. La boîte qui fert de gâche renferme les verroux à bafeule qui arrêtent en place , du haut & du bas, le côté dormant de la porte; & l’on apperçoit comment l’on ne peut fermer les pênes dormans de la ferrure , que lorfqu’on a bien alfuré le montant dormant , eu pouffant en place la bafcule de fes verroux hauts & bas. Au furplus , fon méchanifme eft fenflble & apparent par l’explication de la planche.
- On peut encore employer cette même deuxieme efpece de méchanifme pour une petite ferrure de cabinet. La figure 16 repréfènte celle qui a été exécutée pour remplir un problème donné. La boîte extérieure , ou palâtre* & les côtés font en glace , afin qu’011 pui-ife y voir , au travers , tout le méchanifme & ion jeu : on remarque de plus , que le bois de la porte n’eft pas plus entamé que pour une ferrure ordinaire , & peut-être l’eft-il Tome XIX. C
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- moins ; mais dans cette méchanique , le mouvement eft donné aux divcrfes pièces par leur circonférence extérieure , au moyen d’un même pignon qui va fuccefïivement engrener, par leur circonférence extérieure , de l’une à l’autre , les pièces mobiles circulaires : on aurait pu leur donner le mouvement par leur centre : mais il aurait fallu employer le frottement fimple j & en donnant le mouvement de ces pièces en - dedans par autant de pignons différens que de pièces mobiles , on n’aurait pas rempli le problème.
- La troifieme efpeee de méchanifme , celui inventé par M. Regnier, peut aulîi s’exécuter fort aifément , pour ferrure d’appartement, dans la forme ordinaire.
- Les figures i «St fuiv. planche 111, repréfentent une ferrure exécutée pour être attachée à une forte porte cochere ; l’explication en fera connaître le méchanifme en détail. On verra que le bois de la porte 11’eft percé que de cinq trous circulaires , de trois à quatre lignes de diamètre, & que le nombre des combinaifons peut aller à la quatrième puiflance du nombre 64. , ou feize millions fept cents «St tant de mille fecrets à choifir. Une piece de plus le porterait à un milliard foixante «St onze millions fept cents & tant de mille. Cette ferrure n'indique ni lettres ni chiffres ; mais tous les aires de vents font repréfentés à l’extérieur du palâtre , par quatre bouifoles y ce ferait une ferrure convenable au dépôt des cartes de la marine.
- Cette même efpeee de méchanifme peut s’exécuter beaucoup plus en petit , «St fervir à un porte-feuille de poche ou à des tablettes, & cela avec beaucoup plus de facilité que pour l’ufage auquel il fe trouve employé y c’en eft un qui aurait dû être imaginé par M. Regnier, armurier-arque-bufier , puifque c’eft pour s’alfurer que la batterie d’un fufil ne puiife partir fans avoir établi la combinaifon , tellement qu’il ne peut y avoir aucune efpeee de danger à porter un femblable fufil en voiture , qu’on peut le laiffer traîner dans une chambre , ou le donner à porter à quelqu’un * le confier à un enfant même , «St être bien alluré qu’il ne tirera pas , que la batterie ne peut pas avoir de jeu, «St qu’enfin il faudrait abfolu-ment employer une meehe pour mettre le feu à l’amorce , «St faire partir le coup , dès. lors que l’on 11’aura pas trouvé la combinaifon établie î mais une fois cette combinaifon établie , on fe ferù du fufil , comme s’il n’avait pas cette méchanique , qui ne gêne en rien dans l’ufage. Voye^ figure 18 , planche II[ > &e.
- Ce qui fait que M.Regnier, ainfi que l’auteur d’une des ferrures pré-fentées au dernier concours ( 1 ) , «St d’autres , 11’ont conftruit, par cette
- («h) M. Goni, ferrurier à Verdun.
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- fcoîfieme efpece de méchanifme, que des ferrures de coffres & d’armoires; c’eft qu’il fe trouve que le point d’objlacle qui donne ou ôte la liberté du mouvement à leurs pênes, eft établi par eux dans le centre des pièces mobiles à l’intérieur, centre fur lequel ce point d'objlack doit décrire tout ou partie de leur diamètre j ou c’eft encore parce que leur point d’obflacle eft porté par une plaque qui gliffe fur le centre des pièces, au lieu que les miens fe trouvent placés fur l’épaiffeur de la circonférence de ces pièces, & qu’ils laiffent la liberté à leur axe d’être faillant des deux côtés; de façon que mes pièces mobiles peuvent alors être mifes en mouvement également par le dehors ou le dedans du lieu où la ferrure eft employée: ce qui ne peut être quand l’axe eft néceflairement terminé au pêne, comme il faut que foit le leur. Aufli je ne me donne pas pour ce qui s’appelle l’inventeur de cette troifieme efpece de méchanifme; mais ma compofition remplit au-delà de ce qu’on avait trouvé, & même de ce qu’on avait clairement demandé.
- L’auteur de la ferrure qui a eu le prix au dernier concours, avait bien trouvé à placer l'obflacle fur l’épaiffeur de la circonférence, ou du moins au travers du plateau ou de la zone fort mince qui forme la circonférence extérieure de fes pièces mobiles, & par-là il était plus près que les autres de faire une véritable ferrure de porte d’appartement; mais il n’a fait réellement que des ferrures de coffre ou d’armoire, & la première, fur-tout, ayant trop peu de jeu à fon pêne, parce que la conftru&ion de fou méchanifme exigeait que le mouvement de ce pêne ne pût être qu’égal à la largeur qu’avait la zone dans laquelle il entrait, au lieu qu’il eût fallu n’employer cette zone (comme je l’ai pratiqué aux miennes ) qu’à faire Yobfiacle au mouvement d’un reffort, lequel, lorfqu’il peut une fois faire entrer fon tétiau de deux lignes , ou d’une ligne feulement, dans cette zone, donne alors à un pêne ou bafcule la liberté d’un mouvement fî étendu qu’on veut ; & pour telle armoire, tiroir, coffre ou fecretaire, c’eft un grand défaut à une ferrure de n’avoir pas un pêne qui puiffe avoir un pouce au moins de faillie.
- Sa conftru&ion avait encore (ce qui a été regardé comme grand inconvénient) celui d’obliger à tenir la baie de la porte ouverte, afin de pouvoir appliquer d’une main le bout du doigt fur l’extrémité du pêne, pour le tenir enfoncé, & faire qu’il ait fon talon entré dans la zone pendant le tems que de l’autre main on travaillait à établir une autre com-binaifon , & cela contre la demande formelle & de rigueur de la fociété, qui voulait que la combinaifon fût changée par le dehors, autrement dit, fans mouvoir la porte fur fes gonds. Ce dernier inconvénient venait de ce que c’était le même axe qui s’employait, & à placer fuccefîivement les pièces
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- mobiles , & à faire suffi mouvoir le pêne. Cet inconvénient-ci, dans 1a pièce? préfentée pour interprétation de la première , fe trouve, il eft vrai, fufîî-fanïment corrigé i mais celui de ;ne donner que trop peu de faillie à font pêne, qui fe trouve à celle-ci ne plus caufer un inconvénient, n’èft cependant pas corrigé en lui-même i & c’eft feulement au moyen d’un autre pêne mu par une clef ordinaire , que ce pêne de la méchanique parvient à établir fixement une fermeture fulfilante ,en arrêtant le pêne mu par la clef , dans la pdlition que celle- ci lui donne par fou fécond ou fon double tour.
- Si l’on voulait cottferver le fervice d’une ferrure ordinaire > tel qu’il eft, & l’ufage d’une‘clef, même fans rien changer à la boite ordinaire de ferrure, il fuftirait de faire parvenir un tétiau dans une mortaife qu’on ferait au pêne de cette ferrure ; on ferait parvenir ce tétiau y au moyen d’une méchanique de combinaifon établie dans une boîte entièrement féparée de celle de la ferrure ordinaire : le tétiau parviendrait au pêne,, comme parvient à ma ferrure a coup de piflolet, celui qui entre dans le verrou-targette , ou, comme à la contre - platine de fuill, celui qui traverfe là platine & va arrêter le chien. Il y a encore une autre faqon, au moyen ' de combinaifons méchaniques , par laquelle on peut empêcher aux ferrures ordinaires de faire ufage de leur clefs c’eft d’établir la méchanique' de maniéré qu’elle bouche entièrement l’entrée de la ferrure; on parviendra bien, par ces deux moyens, à s’affûter qu’une ferrure 11e pourra pas s’ouvrir fans l’emploi d’une combinaifon méchanique quelconque , qui en donnera la liberté s mais on n’aura pas fait réellement une boite de ferrure à poier fur une porte., au lieu d’une autre ordinaire de fureté, & qui ait toutes les qualités de cette autre boîte, fans cependant avoir befoin de clef : que fi l’on réunit dans la même boîte , & la "ferrure ordinaire avec une clef» & la méchanique à combinaifon, qui fixe , quand on veut, la pofition du pêne de l’autre ferrure, on aura fait alors, & très - inutilement > du fu-perflu , ainfi qu’à la piece d’interprétation, de celle qui a obtenu le prix: laquelle piece interprétative pourrait très-bien remplir fon objet fans tout ce qui fe meut par fa clef; car le bouton fortant & rentrant dans les deux zones à rebord, pourrait bien être l’extrémité de la branche très-courte d’une bafcule, de laquelle l’autre branche, d’une longueur double ou triple» ferait faillir un pêne de 12 ou if lignes, & fi gros qu’on voudrait: mais ce qu’il eft poffible de faire de ce rnéchanifme, n’a pas été fait ni préfenté; & il faut croire que ce n’eft pas ce qu’on pouvait en faire , qui a été couronné. Au furplus, cette méchanique , pour interprétation de l’autre , telle qu’elle a été offerte en public, quoique du même genre de méchanifme que la première, fe trouve être d’une compofition toute différente ; c’eft d’un bouton retenu entre les rebords de deux zones, rebords entaillés,'
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- que, dans cette fécondé, dépend la facilité ou YobJlacU au mouvement: ce qui conferve, comme je lai dit, tout le premier inconvénientj favoir , celui de ne pouvoir donner au pêne de la méchanique qu’un jeu arrêté , égal à la groffeur ou étendue de ce bouton.
- Dans la ferrure publiquement couronnée, ainfi que dans celle de M. Regnier , le changement de pofition des parties dans les pièces mobiles s’y fait par un frottement Jïmple de la circonférence extérieure de l’une de ces parties , contre celle intérieure de l’autre, ou d’une des fürfaces d’une partie contre la furface d’une autre j tellement que , pendant que la partie dans laquelle eft l’entaille, fe trouve fixée en place, ( par l’entrée dans cette entaille, foit du pêne, foit du tétiau ou bouton, même quand il tiendrait à un reffort ) pendant qu’une partie eft fixée, dis-je, l’autre partie change fa pofition relative, & en prend une nouvelle, dont l’indication parait à l’extérieur} c’eft-à-dire, qu’on établit un autre ligne d’indication , une autre combinaifon , par le frottement fmpleà'\n\Q des parties qu'on fait mouvoir contre l’autre qui fe trouve arrêtée.
- Dans mes ferrures , dont j’ai donné ci-delîus l'explication pour toutes, excepté pour celle marquée par la fig. i & fuiv. pi III, j’ai employé la deuxieme & troifieme efpece de méchanifme ; mais je n’ai pas fait ufage du frottement Jïmple , & j’ai préféré d’employer un frottement compofé & par reffauts occafionnés par des crans prelîés continuellement par quatre petits refforts-, de faqon que le changement de pofition des parties de chaque piece mobile entre elles, eft toujours de toute l’étendue d’un de ces crans, étendue relative à celle donnée aux figues indicatifs extérieurs.
- Dans le frottement Jïmple , il eft poffible, à la vérité , d'établir une infinité de pofitions entre les deux parties de chaque piece, & cette facilité préfente certainement l’idée d’une perfetftion , en tant qu’elle multiplie infiniment les points de comhinaifons à choifir ; niais cette facilité peut trop aifément devenir un inconvénient, parce que rien n’eft fi aile que d’oublier dans quelle proportion l’on aura établi la pofition pour chacun de ces figues dans leur étendue j & rien n’eft fi difficile que d’indiquer bien exactement la pofition choifie , à quelqu’un à qui l’on veut confier le moyen d’ouvrir : pofition exaéle qu’il faut pourtant retrouver avec bien de la pré-cifion, fi l’on a voulu jouir de la multiplicité des rapports des différens points fenfibles du cercle> au lieu que, lorfque le changement des parties dans la même piece fe fait par autant de reffauts qu’il y a de fignes indicatifs extérieurs, il n’y a plus de tâtonnement ni d'indécifion , une fois qu’on a trouvé à placer le figne extérieur fur un point toujours déterminé clairement & facilement.
- Par ces deux façons de varier les combinaifons 9 il fc trouve un même
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- inconvénient commun , & quiréfulte très-aifément du plus petit défaut dé la conftrudion; l’inconvénient peut être caufé par quelque inégalité , quelque bofle , ou quelque entaille à la circonférence de la piece, par quelque corps étranger, par quelque ordure même, peut-être aulfi par la rouille, où du verd-de-gris , par quelque enfoncement enfin, qui . à la longue fe fera fait fur cette circonférence, enfoncement provenant de l’effet des chocs fouvent répétés du pêne, par des tentatives pour ouvrir fur tel point: tellement qu’il peut fe faire qu’en voulant tourner toute la piece, pour chercher la combinaifon , l’une de fes parties fe trouve être frottée & arrêtée par le pêne, par l’un de fes tétiaux, ou autrement, contre l’un des côtés de l’entaille où il doit entrer, ou contre quelque enfoncement qui fe fera formé ; de façon qu’alors on viendrait à changer la pofition relpedive des deux parties d’une piece mobile fans le vouloir , fans même s’appercevoir le moins du monde que l’on change cette pofition refpedive, dès-lors que le frottement fera fimple de deux cercles l’un dans l’autre ; au lieu que ce changement des parties refpedives d’une même piece peut être fenfible & fe compter lorfqu’il fe fera , même par hafard, en faifant des relfauts fen-fibles d’un reffort fur des crans.
- Pour la plus grande certitude , il ne faut donc employer , dans l’ufage commun, ni l’un ni l’autre de ces méchanifmes ; il faut en revenir à celui employé dans ma première ferrure & dans celle décrite par la fig. i, pl. III. Il faut que le changement des parties refpedives d’une même piece mobile ne puilfe s’eifeduer que par un véritable défengrénement total de l’une avec l’autre , & que ce défengrenement ne puiffe s’effeduer que dans le cas où, la combinaifon ayant été établie, l’on aura, i°. fait mouvoir le verrou, ou, 2°. pu le faire mouvoir, ou encore, 30. qu’on le tiendra dans le milieu de fa courfe. Le dernier de ces cas eft le plus fimple & le plus facile à exécuter. Le premier eft celui que j’ai employé à la première ferrure , num. 9. Le deuxieme, celui de la poflibiüté feulement de pouvoir faire mouvoir le verrou , n’eft point exécuté encore , & le méchanifme de ma ferrure , fig. 9 , &c. pl. /, eft , plus qu’une autre, fufceptible de le recevoir. Ce premier, tel que je l’ai employé, exige un méchanifme de plus que le troifieme i il faut que le pêne , en fe mouvant pour faillir ou pour rentrer, fafle mouvoir & foulever ce qui fait Cobfiaclc à la fortie & au défengrenement des parties des pièces, & que cet objlacle refte fufpendu.
- Il faut avoir foin , au furplus , qu’on ne puiife jamais venir à bout d’effeduer cette liberté, autrement que par le mouvement du pêne, ou par la liberté, préalablement établie, de pouvoir le lui donner ; tandis qu’il faut qu’011 puilfe faire cefler cette liberté , & former de nouveau CobfiacU par Jê moindre attouchement à quelques-uns des points extérieurs.
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- Je n’ai point trouvé île moyens propofables à employer pour pouvoir faire une ferrure à combinaifons ayant les qualités d’une bonne ferrure de fureté peur un appartement, avec le feul emploi du méchanifme que j’ai appelle de la première efpece, celui à cercles concentriques, exécuté la première fois par M. l’abbé Boillier, & dont M. Prince de Beaufont a le débit par privilège, exclufif (a)
- Je crois que ce méchanifme doit, jufqu’à nouvelle découverte, être réduit à n’ètre employé que pour les endroits où l’on ne peut pas avoir be-foin ou poflibilité de s’enfermer ; mais fon ufage a encore aifez d’étendue , & il remplira d’ailleurs très-bien fon objet, fur-tout pour les porte-feuilles , tablettes , écrins , éeritoires, &c.
- Ce n’eft pas feulement parce que ce méchanifme de M. l’abbé Boiffier, tel qu’il l’a exécuté, ne peut s’employer pour remplir tout l’objet d’une ferrure de fureté, que je bornerais fon ufage à la fermeture de jolis portefeuilles & écritoires , ou autres chofes dans ce goût; mais c’eft parce que la conftruétion de fon méchanifme demande nécelfairement trop de délica-telfe pour être jamais à bon compte, & qu’il eft néceflaire, de plus, qu’il foit d’un travail fini dans fon intérieur, afin de n’ètre pas alfez facile à tâter, c’eft-à-dire, à en découvrir la combinaifon avec un peu de finrife dans le tad; inconvénient qu’il peut avoir plus aifément qu’une autre, par la peti-teife & par la prefqu’égalité de proportions indifpenfables qu’exigent toutes fes pièces néceflairement faibles en elles-mêmes.
- Quand je parle de cercles concentriques qu’on peut aifément employer en ferrure, j’entends des cercles portés par des cylindres concentriques , qui traverfent le bois de la porte, pour tranfmettre le mouvement à la boîte de ferrure qui fera au - dedans du lieu qu’on veut fermer ; ce qui forme la quatrième efpece, celle compojite. On verra même que, pour faire par ce moyen une ferrure qui ait toutes les qualités que j’ai fpécifiées , & qui font néeeflaires aux ferrures de combinaifons , il faut nécelfairemeut un méchanifme double, un ouvrage fuperflu, & que l’emploi des cercles concentriques ( même portés par leurs cylindres ) doit être reftreint, comme je vais le dire. Au furplus , voyez l’explication de la fig. i & fuiv. pl. IV, où je réunis deux méchanifmes qui forment une bonne ferrure, & qui peut même obtenir la préférence * pour être employée par ceux qui pourronty mettre le prix.
- De même que dans les ferrures ordinaires, celles pour appartemens coûtent plus cher que celles pour des coifres ou armoires ; de même, duns-
- (a ) On m’a mandé que M. Calippe , ne peux pas imaginer qu’il ait pu. en faire: ferrurier,habileméchani'cien , rue du Dau- une ferrure qui s’euvre & fe ferme en-phin. S. Roch, a appliqué cette-efpece de dehors & en-dedans-ferrure en grand pour des portes ; niais fe
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- les ferrures à combinaifons, celles qu’on pourra employer pour appartenons, c’eft-à-dire, à manœuvrer également des deux côtés, coûteront toujours plus cher que celles qui ne peuvent fervir qu’à des armoires. Mais il y a bien d’autres lieux que des armoires, où l’on lait ufage des ferrures ordinaires, qui ne s’ouvrent que par dehors, & où l’on peut ufer d’une bonne ferrure à combinaifons , laquelle cependant ne fermerait que par le dehors j par exemple, pour fermer des barrières dans une forêt, des regards de fontaine , des remifes , des caves, des magafins , des gardes-meubles, des bibliothèques, des granges, des greniers, des archives, des dépôts , &c. & tout autre endroit où l’on ne va que très-rarement, ou bien, où l’on n’a point à s’enfermer. On n’aura pas befoin alors de fe charger delà clef, ni de s’en rapporter à un palfe-par-tout > les ferrures pour lef quelles le palfe-par-tout peut s’employer, ne donnent jamais la fureté pof* Jible que l’on peut attendre de celles qu’il n’y a que leur clef qui peut les ouvrir ; au lieu qu’avec une ferrure à combinaifons, on aura une fureté plus grande qu’au moyen des ferrures qui s’ouvrent avec le palfe-par-tout, & il ne s’agira que de ne pas perdre la mémoire de fa combinaifon, ou de la conferver clairement indiquée par quelques-unes des façons que j’ai annoncées. Mais pour le fervice ufuel de ces ferrures, il faut nécelfairementî qu’elles foient fortes & folides, qu’elles puilfent être fabriquées & mifes en place par les ouvriers ordinaires de tout pays, & que le prix ne palfe pas une piftole ,ou n livres , ou 18 livres au plus. Il faut encore qu’elles n’entament pas le bois des portes plus que les autres.
- J’en ai exécuté une dont les pareilles ne reviendraient guere au - delà du prix de il à iç liv. Elle eft du quatrième méch'anifme, que j’ai appelle l’efpece compofite. Il y a des cercles qui portent chacun leurs tuyaux ou cylindres concentriques , & lefquels renferment l’axe commun aux pièces mobiles , rouleaux ou plateaux circulaires j & l’extrémité de chacun de ces tuyaux engrene dans une des différentes pièces ou plateaux circulaires , & tous en défengrenent, pour pouvoir changer leur polition & la combinaifon choifie. Cette efpece de méchanifme feul eft abfolument dans le cas de ne pouvoir s’employer que par le dehors du lieu qu’il tient clos ; & je ne conçois pas de moyens de fe fervir de ces cercles concentriques ( ce que j’ai appeilé la première efpece de ces méchaniques ), même avec leurs cylindres, pour d’autres ferrures que celles-ci, à moins , je le répété, que d’y joindre un autre méchanifme. Cette piece,J%. 7 & 14i eft exécutée comme une, forte ferrure de colfre ou d’armoire , & én cela de même nature que toutes celles qui ont concouru au prix de la fociété d’émulation ; prix que cette piece eût été dans le cas d’obtenir (i elle; avait été préfentée. L’explication des fig. 7 & 14 en montrera la conftrudion.
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- Toute- efpece de ferrure à combinaifons , fans clef, pour un coffre ou pour une armoire , peut avoir de grands avantages , lorfqu’il faut en appliquer plusieurs fur une même porte , pour le cas où l’on ne veut point qu’elle foit ouverte autrement qu’en préfence ou avec l’aveu d’autant de perfonnes qu’il y a de ferrures ; & comme il peut arriver des circonftan-ces où l’une de ces perfonnes fût éloignée & voulût donner fa procuration à quelqu’un , alors , au lieu d’envoyer la clef, il fuffira de mander au chargé de pouvoirs, quelle eft la combinaifon qu’elle aura adoptée. Il eft à croire même , que la fociété libre d’émulation , de laquelle , par fon réglement, le dépôt principal de la caiffe doit être fous trois clefs , a ufé déjà , ou ufera de ces ferrures par la fuite, & qu’elles feront choifîes de trois méchaniques différentes , & les meilleures.
- Le méchanifme que je crois être le plus fûr & le plus facile à exécuter folidement & à meilleur marché, pour faire des ferrures d’appartement , c’eft celui que je place de la troifieme efpece , celui inventé parM. Regnier, celui des cercles ou plateaux égaux ou inégaux , placés auprès ou à côté l’un de l’autre ; mais il faut abfolument que les deux parties , dont chaque cercle ou plateau fera compofé, engrenent l’unë dans l’autre , & qu’elles fe défengrenent pour changer leur pofition refpedive , & établir de nouvelles combinaifons , en obfervant de n’avoir ni frottement fiinple, ni compofé. Je ne dis pas , cependant, qu’on ne puiffe pas faire de ces méchaniques à frottement , de l’efpece que j’ai placée la fécondé ( celle du cadenat de Cardan à rouleaux ), ou celle de la piece qui a obtenu le prix; mais pour cette deuxieme efpece , & fur-tout quand Yobjlacle agira par le centre, il faudra toujours, i°. un travail plus foigné , plus fini, & par conféquent plus de cherté , afin de ne pas tomber dans l’inconvénient de déranger une des pièces mobiles, en voulant ( de celle qu’on viendra d’établir) faire paffer dans une autre la partie de l’axe par laquelle leurs mouvemens particuliers peuvent feulement leur être communiqués. 2°. Ce méchanifme, mu par le centre , fera toujours plus long à arranger , quand on voudra ouvrir & fermer. 30. Il fera toujours befoin d’art, d’adreffe, d’un certain favoir, pour manier ce méchanifme ; enfin, il y adra une difficulté méchanique entièrement fuperflue. 40. Il fera toujours plus difficile , par ce moyen , de pouvoir ouvrir ou fermer la porte la nuit , fans lumière & d’une main ; qualités cependant effentielles & indifpenfables, même dans l’ufage commun, & pour obtenir la préférence fur ce qu’on appelle des ferrures de fureté, propres aux appartenons , pour le fervice journalier du peuple & du bourgeois.
- La forme que je crois la meilleure à donner aux parties des rouleaux ou plateaux circulaires , c’efl l’une des deux dont la repréfentation des Tome XIX. D
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- figures fe trouve expliquée fig. 30 & fuiv. pl. 11. En conftruifant en métal les pièces de ces figures , leurs dimenfions en épaifleur peuvent être réduites aifément jufqu’à une ligne & demie , & la moindre dimenfion du diamètre de leur partie intérieure peut être réduite à cinq ou fix lignes ( a ) ; on y aura aifément encore trente - deux dents , & ce nombre fournit toutes les lettres de l’alphabet, & tous les chiffres, en fe fervant du nombre un pour la lettre I , & de la lettre O pour zéro j en donnant à ces pièces mobiles quatre lignes d’épaiffeur au plus, & douze à treize de diamètre, elles pourront s’exécuter en bois de buis , ou autre, pourvu qu’il foit aufli dur & aufîi coriace ; & elles porteront facilement feize dents lolides. Ce nombre 16 renferme celui dé tous les chiffres arabes «St romains , 1, 2,3,4, ?, 6,7,8ï*?jM (10), D (11), C(iz), L (13 ) , X (14), V (1 y), O (16). Ce nombre 16, répété fur quatre quarts, partagera un cercle en 64 parties , Nord ,. Est , Sud, Ouest. Pour la plus longue durée, il conviendra de faire que la partie extérieure de chaque piece mobile, par fa face qui fera entaillée pour recevoir le tétiau , foit toujours de métal , ou couverte de cette matière-, afin de réfifter au frottement ou appui du tétiau : frottement qu’elle éprouvera, aufli-tôt qu’on tentera de l’ouvrir dans toutes les pofitions où ce tétiau ne fera pas exactement au-delfus de l’entaille dans laquelle il doit entrer.
- Dans le cas où l’on voudrait employer le méchanifme de la fécondé efpece, foit dans le goût de ma première ferrure, foit de la fécondé, ou comme au cadenat à l’écritoire ou à l’étui à cure - dents , auxquels il faut que la partie extérieure des pièces mobiles foit apparente, & qu’elle porte les lignes à combiner, & où, par conféqucnt, il faut que ce foit la partie intérieure qui reçoive Vobfîacle ; il faudra alors que la face de la partie intérieure de ces pièces, du côté qui doit recevoir le tétiau , verrou, ou parallelipipede , foit néceffairement d’une matière plus dure que le bois , comme ivoire , os, écaille , fi l’on ne fe fert point de métal ; car les petits corps qui devront être pouiTés de l’une des pièces , pour paffer à moitié dans l’autre , fuffent-ils même d’autre matière que de métal , viendraient à faire impreflîon fur la partie intérieure de leur piece voifine , & par-là rendraient bientôt la méchanique défeétueufe.
- Il faut réferver le frottement compofé , ou à reîfauts , feulement dans les petites ferrures plates , pour tablettes , porte-feuilles , contre-platines de fufils ou de piftolets , &c. i°. parce que , par cette façon, le mécha-
- (a ) On verra comment j’en ai exé- dents qui y aboutirent. Voyez les Jrg. 1 cuté une où le diamètre intérieur n’eft que & fuiv. pl. IF, & fur-tout la fig. 14. de deux lignes & demie , & qui porte 24
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- nifme peut être plus mince que par toute autre, & réduit feulement , tout compris , à deux lignes d’épaiifeur j z°. parce que , pour de fem-blab'es objets agréables , il faut nécelfairement un ouvrage fini, & que ceux à qui cela conviendrait, foient en état de payer le prix à proportion du travail nécelfaire.
- J’Ai dit que ce qui a paru de méchaniques à combinaifons , avec de petits corps , ou pièces mobiles, à faces planes & droites, & qu’il faut placer en différens endroits , avait un défaut inhérent à la forme ou figure de ces pièces mobiles , & qu’il ne fallait donc s’arrêter , pour fufage , qu’aux formes circulaires.
- J’ai dit encore qu’on peut cependant parvenir à faire une ferrure à combinaifons , fans aucune forme circulaire ; mais je dis plus affirmativement , qu’on peut conftruire une bonne ferrure d’appartement, fans aucune efpece de pivot fixe ou mobile , & en ne fie fervant que de corps , que de parties , que de pièces abfolument à faces planes & droites , & n’ayant pas d’angles plus obtus que ijf degrés ; car, en petit, les figures à r6 côtés , & même à 12 , feraient prefque l’effet des circulaires. Je dis de plus encore , qu’il eft poffible d’exécuter une femblable machine, fans aucune efpece de métal , fans ivoire, os, ni écaille , &c. mais feulement avec du bois.
- Cette propofition à démontrer ferait un problème de méchanique à réfoudre. Je ne pourrais pas , il eft vrai , quant à préfent, déterminer, ni même indiquer comment la folution pourra être de quelque utilité au public , pas même pour l’ufage des ferrures j mais il me paraît certain que l’art de compofer des combinaifons méchaniques , loin de pouvoir jamais être nuifible , peut au contraire devenir du plus grand avantage dans la pratique de plufieurs autres arts & métiers utiles.
- Je crois que , par toutes les figures que je donne ici, ( avec leur explication capable de pouvoir faire entendre, à tout ouvrier intelligent, la façon d’exécuter ces pièces ) 011 appercevra aifément que, dans le nombre infini de formes qu’on voudra leur faire prendre , il faudra toujours fe borner., dans l’ufàge , aux efpeces que j’ai distinguées i fi du moins quelque nouvelle connaiffance ne vient point à éclorre du zele que l’on remarque de tous côtés pour la perfedion des arts , & fur - tout de la part de la fociété bienfaifante , connue fous le nom de fociété d'ImuLuion.
- On ne peut donc que favoir gré à ces citoyens généreux, qui répandent des gratifications fous le nom d’encouragemens , pour donner l’elfor au génie. Cette fociété , même dans un des objets qu’elle a propofés , fe trouvera peut-être parvenue à créer un art nouveau. En attendant qu’elle veuille bien faire connaître au public quel eft le point de perfection qu’elle a pu
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- envifager , & l’inftruire des principes qu’elle aura établis fur cet art, je-ne peux nuire à fes fuccès, ni craindre de lui déplaire, en publiant cet effai dans mon pays natal. A Tilbourg, en Hollande , au pays-d’Oflerwick * ce 2 y feptembre 1779. Signé, Joseph Botterman.
- Depuis ce mémoire envoyé à mon tradudeur , j’apprends que M. Sandos , horloger, demeurant rue Gît-le-cœur, à Paris, avait préfenté à 1 académie des fciences une méchanique de fa compofition , très - bien exécutée en cuivre , renfermée dans un quarré d’environ trois pouces & demi, & de quinze lignes d’épaiffeur ; que cette lavante compagnie lui a-donné fon approbation le 12 février de l’année 1780.
- J’ai fu que cette piece efl très-fufceptible de recevoir le peu qui lui manque pour avoir prefque généralement les différentes qualités qu’on peut exiger d’une ferrure à combinaifons, & qu’il ne s’agit pour cela, que de deux chofes : i°. y établir à demeure des boutons ou poignées fur les axes de fes pignons , au lieu de trois différentes clefs , au moins, que l’auteur y emploie inutilement s z°. ôter deux fecrets qu’il y a placés, Sc qui y-font entièrement fuperflus.
- Il y a un manque de perfedion dans cette méchanique, c’efl que le changement de pofition des parties des pièces fe fait par le frottement limple ; mais l’inconvénient d’une femblable ferrure , pour devenir ufuelle*. ferait encore le prix néceffaire à fon exécution , s’il efl vrai, comme on l’alfure , qu’il ne pouvait devenir moindre de 120 liv. Mais je foupçonne-cependant qu’elle pourrait s’exécuter pour dix écus. Ce méchanifme eft vraifemblablement de l’invention de M. Sandos j mais > par ce que j’en ai appris , il me paraîtrait pourtant avoir beaucoup de rapport avec celui d’une des pièces préfentées dès janvier 1779 , & qui a concouru au prix de la fociété libre d’émulation, & que cette fociété , dans fa féance publique ,, en juin , a annoncé être de M. de Vergne (a), & que je place dans la troifieme efpece inventée par M. Regnier. Je n’eifaierai pas de décrire le méchanifme de M. Sandos ; je peux dire néanmoins , que fa méchanique * telle qu’elle m’a été expliquée, i°. n’a que deux pièces mobiles, de même que celle qui a obtenu le prix > que par conséquent elle ne peut de même porter fes combinaifons qu’à la fécondé puiflance du nombre dont ces pièces, font marquées ; & 20. que fes pièces ne peuvent faire qu’un
- (a) M. de Vergne, ingénieur à Ver- M. de Vergne. On n’ell pas obligé , à la dun , a imaginé une méchanique, & l’a méchanique de M. Sandos, de tourner le fait exécuter par le nommé Gony,ferru- pivot pour chaque cran de la roue qu’il rier , qui, pour fon compte , en a envoyé met en mouvement, comme, à celle de. deux autres au concours, lefquelles n’ont M. de. Vergne., rien de reüembknt am méçhanifme de
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- tour , après quoi elles font obligées de retourner ; qu’elles ont un point d’arrêt , comme celle de la méchanique de M. de Vergue ; & que ce font là deux autres manques de perfe&ion. Signé, Joseph Botterman.
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- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche première,
- N°. I.
- Cadenat à rouleau.
- JE*ig. i. Profil d’un des cadenats de Cardan , à rouleaux , où les deux pièces peuvent fe détacher entièrement.
- Fig. 2. Profil de ce même cadenat, vu par le bout qui porte la crémaillère. Les lignes pointillées qui vont d'une figure à l’autre, marquent le rapport des deux figures. Les plus gros points marquent la hauteur des rouleaux, & comment ils font reteuus dans le même lieu par les bandes A, B, qui joignent enfemble les dormans C, D, fig. i.
- Le pointillé E de la fig. i , marque comment l’extrémité de la chappe qui tient à la crémaillère , entre dans le bout de la branche du dormant C. On voit dans la même figure le pointillé qui repréfente la crémaillère vue tout-à-fait fortie des rouleaux, par la fig. 3.
- Dans la fig. 2, on voit la face du dormant repréfentée de profil à la fig. r , en D. Ici F, G , repréfentent la partie de la branche qui joint la crémaillère à la chappe ; & le pointillé autour de G, offre la partie de la crémaillère marquée de même G, & vue de côté, fig. 3.
- La fig. 4 repréfente un cadenat de la même efpece, où les deux pièces ne peuvent pas fe détacher l’une de l’autre , & dont la chappe A eft à un des bouts ; on voit la crémaillère défignée en pointillé ; & fou extrémité B , prolongée de quatre lignes environ au-delà du dormant, eft retenue par un rebord qui l’empêche de paffer plus loin au travers des rouleaux , quand le cadenat fe trouve ouvert.
- ‘La fig. 5 eft la coupe d’une des pièces mobiles ou rouleaux, & la fig. 6 en eft le plan., en fuppôfaht que la, crémaillère ny fait pas. Dans cette fig. f A eft le paffage de l’axe ou crémaillère marquée A,fig. 3, & dans lequel paffage fe trouve l’entaille marquée I, fig. 6, repréfentée en plan. L’entaille dans cette coupe, fig. 5, fe voit en pointillé, D; l’efpace marqué B,
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- dans la moitié de l’épaifleur du'rouleau , c’eft l’efpace où tourne librement une dent de crémaillère marquée B , fig. 3. C c’eft le bord extérieur du rouleau, fur lequel Tout tracés les fignes indicatifs; on voit que cette piece, étant d’une feule partie ou d’un feul morceau, le partage de la dent de la crémaillère fe trouve toujours néceifairement fous le même figue indicatif, & que ce partage une fois reconnu, à chacun des rouleaux, il n’y a plus dès - lors de combinaifon à faire, & qu’il faut toujours les replacer de h même façon pour ouvrir, & donner la liberté à la crémaillère.
- Planche I.
- N°. I I.
- Autre caienat de Cardan.
- Fig. 7 eft la vue du déifias du cadenat à cercles concentriques ; le poiru tillé marque comment la crémaillère parte fous les cercles, & que, fous la plaque marquée comme tranfparente, l’une des parties parte dans l’autre; & ici, au partage marqué B , il faut remarquer que le partage A donnerait plus de largeur, & que le partage C en donnerait moins ; l’étolfe qui renferme la rembourrure, & qui double le tour, paraît rebordée autour, 8c attachée par les points de couture marqués ainfi, —
- La fig. g eft la coupe de la même invention.
- On voit ifig. 7 ,fur chaque cercle mobile, les lettres ou chiffres, qu’on pouvait y fubftituer, être placés différemment, & que, pour faciliter de lire , il faut que ces lettres ou chiffres foient toujours figurés ayant le centre commun des cercles fur la droite, comme aux trois plus grands cercles, fi l’on veut lire fur la gauche ; ou bien il faut les tracer ayant ce centre à la gauche , fi l’on veut lire fur la droite, & dans un ordre renverfé par rapport à l’autre, comme eft marqué le plus petit cercle. C’eft félon le côté qui aura été choifi pour être le point indicatif auquel la combinaifon doit répondre. On croit ne devoir pas donner la conftrudion totale de cet objet.
- Planche I.
- N®. III.
- Serrure qui a etc préfentée à P académie des fclences.
- Description d’une ferrure préfentée pour le concours du prix de la fociété libre d’émulation, en janvier 1779 , & qui n’a pu être admife à con-
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- courir. Cette defeription eft à peu près telle qu’elle avait été préfentée à eette fociété, fans plan ni deflin , mais avec la méchanique même ; il n’y 'avait donc pas de renvois aux figures ; on en a placé quelques-uns ici, pour faciliter l’intelligence de la defeription de la méchanique, de laquelle on ne peut communiquer de deflins que par la voie de Pimprelïion.
- “ Le méchanifme de combinaifon de cette ferrure, fig. 9 , repréfentée „ en vue fur une échelle de fix lignes pour pouce, confifte en cinq pièces M qui forment chacune une figure régulière ou efpece de roulette à dix côtés „ ou faces de même dimenfion. Chacune de ces faces eft marquée de la figure 33 d’une des cartes à jouer d’un jeu de quadrille ; elles font elles - mêmes 3, partagées en quatre parties pour les quatre couleurs, cœur, trefle, pique 33 & carreau, ce qui leur détermine quarante pofitions.
- „ Il peut être généralement plus commode d’employer des figures de 33 cartes; on trouve des gens qui ne favent pas lire, & fur-tout parmi 3, les payfans , il y en a qui ne connaîtraient pas les chiffres , tandis que 33 tous connaiffent la figure des cartes à jouer , tout aufli bien que les gens 3, qui ont reçu la meilleure éducation.
- „ Chacune de ces cinq pièces ; roulettes, ou décagones, compofée de 33 trois parties, a cinq lignes d’épaiffeur , du feus de leur axe commun. Le 33 diamètre extérieur entre les faces apparentes eft de deux pouces; voyez 33 fig. 10s fur une échelle de moitié de fa dimenfion, où une de ces rou-33 lettes ou décagones eft repréfentée en plan. La première partie , celle 3, extérieure de chacune de ces roulettes , forme une efpece d’anneau, du-33 quel la diagonale intérieure eft de dix huit lignes, mais qui porte à cette 33 circonférence intérieure des dents ou des pointes faillantes en-dedans, 3, lefquelles , dans cette ferrure, fe trouvent de deux lignes un quart; ces „ dents ou pointes ont auftî d’épaiffeur deux lignes trois quarts, ce qui 33 eft u?i peu moins de la moitié de l’épaiffeur totale de la roulette.
- ,3 Au-dedans de cette première partie de chaque roulette, eft une étoile, 33 dont la dimenfion dans fon corps, le long de l’axe, eft également de cinq ,3 lignes d’épaiffeur , fur un diamètre de quatorze lignes; mais ayant fes ,3 pointes ou dents extérieures d’une épaiffeur moitié moindre, c’eft-à-dire, „ de deux lignes un quart ou & demie , dents ou pointes qui entrent exac-„ tement entre celles de la première partie de la roulette. L’étoile elle-même 3, eft percée d’une ouverture de cinq lignes de diamètre, mais ayant une „ feule entaille , ou encoche, ou échancrure, dans fa circonférence intérieure „ de deux lignes & demie d’enfoncement , & d’une ligne & demie de „ largeur.
- „ Dans cette étoile , fe place une virole qui a également cinq lignes d’é-33 paiffeur, de même qu’elle a aufli cinq lignes ( moins l’efpace néceffaire
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- „ pour un frottement léger ) de diagonale extérieure, & feulement trois lignes „ & quelque chofe de diagonale intérieure, afin de recevoir Taxe de trois ,, lignes ; mais cette virole a une dent faillante, de deux lignes un quart , „ à peu de chofe près, & d’une ligne un quart feulement d’épaiiTeur dans ,, fa dimenfion , qui entre dans l’encoche de l’étoile.
- ,, Ces trois parties réunies forment une des cinq pièces ou roulettes du „ méchanifme de combinaifons ; toutes cinq font enfilées fur un même axe ,, de trois lignes de diamètre dans l’étendue des vingt-cinq lignes occupées „ par les cinq pièces ; mais cet axe eft renforcé par fes extrémités , où il „ porte quatre lignes & demie de diamètre, de façon que les viroles relient „ toujours fur le même lieu de l’axe, & n’avancent à droite ou à gauche ,, dans la boîte de la ferrure , & fous les anneaux en décagones , qu’avec „ l’axe, lorfque les cinq pièces font arrangées de façon que chacune des „ viroles qu’elles ont à leur centre , porte chacune leur dent précifément „ vers un même point, ne pouvant varier horizontalement leur axe com-,s mun ; alors ( les étoiles & les roulettes au point correfpondant à un même ,, rayon de leur position, c’eft-à-dire, parallèlement à l’axe ) fi l’on vient „ à faire agir horizontalement cet axe commun, les viroles, nécelfairement „ mues en même tems que cet axe, fui vent fon mouvement, & elles ,, palfent ou fortent à moitié hors de leur étoile, & vont dans la moitié ,, de l’autre étoile voifine. Nous verrons ce mouvement repréfenté fig. 12, ,, de’grandeur naturelle, & fon explication ci-après.
- „ Ce qui forme la combinaifon à établir à fon choix, c’eft la poffibilité j, de donner à chaque étoile qui renferme fa virole, quarante pofitions dif-„ férentes dans là partie extérieure, ou l’anneau à dents reipe&if à chaque ,, étoile. C’eft là ce qui établit la variété des fecrets, autrement dit, la „ combinaifon de fecrets à choifir ; & dans cette ferrure , le choix eft entre ,, cent deux millions quatre cents mille : c’eft cette variété de c<hoix qui 5J fixe le nom de ferrure à combinaifons , à celles qui ont femblables pro-„ priétés. S’il n’y avait ici que dix pofitions à chaque roulette , il n’y au-„ rait plus que quatre cents mille combinaifons; il y en aurait donc iOZ „ millions de moins : mais elle ferait toujours ferrure à combinaifons.
- ,, Lorfque l’on veut changer de combinaifon , autrement dit, faire choix 5, d’un autre fecret, c’eft-à-dire, encore, lorfque l’on veut établir une autre ,, pofition de chaque étoile dans fon anneau relatif, il faut, lorfque les „ viroles font fur un même rayon , 8c après que l’axe a joué, pouffer à „ la fois toutes les étoiles hors de leurs anneaux & vers le côté oppofé „ à la faillie du pêne, & juftement delà moitié de leur épaiffeur, c’eft-„ à-dire, de deux lignes & demie; ce qui fe fait fans que l’axe commun
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- V> remue , & en pouffant les boutons A. (a) L’on voit près T, I,fig. 9, „ deux avances qui vont poulïèr les étoiles; (b) alors les dents fe trou-„ vent forties, les unes d’entre les autres, des étoiles & de leurs anneaux -, refpe&ifs ; lefquelles étoiles reftent fixées fans pouvoir tourner ou fe déjà ranger, parce que chacune d’elles eft retenue en place par deux moi-3, tiés de différentes viroles ( voyez fig. 12 , la coupe de l’étoile A, portée „ fur moitié de deux viroles B & C ) alors 3 dis-je , les cinq anneaux à dents ,3 ou parties extérieures des cinq pièces mobiles 3 & qui font foutenues par „ les quatre petits cercles qui font entr’eux , marqués D-, fig. 12, peuvent „ être mus & tournés à volonté, pour leur choifir la pofition qu’on veut, 3, c’eft-à-dire, pour établir, par Pafpeét de leurs faces , tel autre nombre, telle „ autre figure, ou tel nom qu’on voudra. L’on fait enfuite rentrer les étoiles cba-3J cunefous fon anneau à dents & fur fa virole, ou plutôt, on laiife rentrer les
- étoiles à leur place, y étant rappellées par l’eifet d’un reifort marqué L, a, fig. 9 ; & alors la nouvelle combinaifon -autrement dit, la nouvelle défigna-a, tion donnée au fecret , fe trouve établie. Cette action de pouffer les „ viroles en arriéré, s’exécute par le bouton extérieur A, placé du côté de la 33 faillie du pêne, & il faut le tenir pouffé du côté oppofé à cette faillie, „ pendant qu’on arrange les parties extérieures des roulettes, & le retirer 3, enfuite pour être plus affuré de fon retour , quoiqu’il ait le reffort L qui a, le rappelle. Le reffort repréfenté en M, eft celui du demi-tour.
- 3, C’eft lorfque la combinaifon eft établie, que l’on peut feulement com-« muniquer au pêne un mouvement quelconque, parce que, par le moyen 5, d’un long pennaon H, pour joindre ce pêne , & par celui d’un autre J, très-court D , E, pour joindre des branches coudées & liées cnfemble , 3, qui correfpondent à l’axe des cinq pièces mobiles, un même moteur D, 3, mis en acftion par l’une des petites pommelles Caillantes , tant à l’exté-33 rieur qu’à l’intérieur de l’appartement, placées à l’extrémité du penne-„ ton E, par un appui qui le fait defcendre à fa repréfentation pointillé, 3, donne quinze lignes de courfe h ce pêne, dans le même tems qu’il n’en jj donne que deux lignes & demie ou trois lignes à l’axe commun des cinq J, pièces, & qu’il le fait couler de fa pofition ftable, & paffier à celle repré-,3 fentée en pointillé, fig. 9 : ce qui eft aufiî repréfenté en grand, fig. 12 , 33 où l’on voit cet axe É, palier de fà place par la pofition F ; & c’eft feu-„ lement la fin de ce mouvement de l’axe, mouvement inftantané, qui par 33 l’effet du talon ou bifeau de cet axe marqué au-deffous de la lettre N,
- (a) Ce bouton eft Taillant en-dehors une très-petite e'chelle. ...
- de la boîte , en - dedans de la chambre , ( b ) Toute la longueur de ces avances
- & Taillant aufïi au - dehors de la porte , ne peut être repréTentée dans le deffin en comme il paraît fig. 9 bis, lettre A, Tur vue que par le pointillé aufïi marqué I.
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- » fë‘ 9 » & G ,fig. 12, fait lever un petit pêne repréfenté près H,fig. r2, & for-„ tir de la pofition où il e(t repréfenté en pointillé pour aller à celle où il e(t „ réellementfiguré ; & c’ell ce petit pêne qui donne le mouvement à trois petits „ verroux qui forment un obftacle au déplacement des étoiles. ( On voit fi g. „ io, en A, A, A, où portent les trois obftables contre le corps de l’étoile, & „ à côté en pointillé, où ils font reliés quand leur pêne les a fait mouvoir. ) Ce „ déplacement des trois petits verroux ne doit pouvoir être procuré & ne peut M l’être que par celui qui connaît la combinaifon choifie, & qui a pu l’établir.
- „ Les trois petits verroux , formant Pobllacle à ce déplacement des étoi-,, les , lorfqu’ils font foulevés par le moyen de la fin du mouvement de „ l’axe , fe trouvent tout aulîi-tôt faifis, & ils relient fufpendus par l’effet ,, des petits re(forts fupportés par un petit corps de méchanique repré-„ l'enté vu de face 9fig. 13 , 8c vu de côté , fig. 12 ; c’ell-à-dire , vu comme „ ce méchanifme fe trouve être placé dans l’épaifleur de la ferrure , 8c ainli „ qu’il parait repréfenté fig. 9. On voit fig. 1 $ , la repréfentation d’une double „ crémaillère A, B, de laquelle chaque extrémité C , D ell Paillante ; 8c aufiî-,, tôt qu’011 touche à l’une des extrémités de cette double crémaillère, les trois ;, petits verroux retombent & le replacent ; alors on ne peut plus faire fortir les ,, étoiles de leurs anneaux, 8c ces petits verroux 11e peuvent plus être relevés ,, que par un nouveau mouvement & du pêne & de cet axe qui lui correfpond.,, Ces verroux retombent d’eux - mêmes par leur poids , étant légèrement attachés fur un axe repréfenté au - delî’us de I , fig. 12. Qn voit les deux charnières L, M , jointes par une branche qui fait bailfer l’extrémité du levier N , quand le verrou fait monter le tenon fupérieur à fa pofition en O , pour être accroché par un petit relfort; & pour ôter le troifieme obftacle, c’efc le tétiau marqué en coupe par des hachures recroilées près F,, fig. 12, qu’on 11e voit q.ue par le bout, & marqué E , fig. ij , vue de l’autre-l'ens., lequel tétiau fouleve un petit marteau en relfort marqué Q_, fig. 9 ». qui forme le troifieme point d’obllacle. J’ai employé trois obllacles afin d’avoir un appui allez fur pour retenir fermement le cercle des étoiles, en n’appuyant cependant que fur le bord de fa circonférence.
- ct Cette defeription fort longue & ennuyeufe , fût-elfe plus détaillée,. „ ne ferait pas connaître allez particuliérement cette méchanique , pour „ en conflruire aifément une parfaitement feinblable ; mais elle peut fuiFire ,, pour la faire bien entendre à ceux qui pourront examiner la piece exé-„ culée. Rien n’ell fi aifé que de voir tout le dedans de -cette ferrure,
- „ où toutes les pièces fe trouvent être attachées fur le p-alitre ou la pla-„ que de fond. La plaque ou le palâtre qui couvre l’extérieur du dedans ,, de la chambre & trois côtés de fou épaiifeur , efl faite de maniéré à pouvoir fe lever très-aifément i elle, n’eft retenue en place que par deux
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- j, écrous a oreille , qu’on viffe fur les deux montans repréfentés fig. 9 , „ au-deffus de P , P. „
- La gazette d’agriculture, n°. 57 , 1779, rend compte de cette ferrure, & dit qu’elle a été deftinée à former la fermeture d’une grille de fer entre deux jardins ; qu’outre fon demi-tour, elle s’ouvre & fe ferme également par-dehors & en dedans , fans qu’on foit obligé de faire agir plus- d’une main; qu’il n’eft pas même néceffaire d’y regarder 3 que le taél feul fuffitj que les combinaifons s’étabülfent également des deux côtés indiiféremment, & dans quelque pofition que fe trouve le pêne , loit pouffé dans fa gâche, foit tout-à-fait entré , foit au milieu de fa courfe.
- Cette piece a une fingularité remarquable , dit cette gazette , c’efl qu’elle peut tromper un mal - intentionné qui , après avoir obfervé la combinaifon dont on fe ferait fervi pour la fermer, croirait être en état de la retrouver pour l’ouvrir. Le propriétaire , après avoir lailfé voir la combinaifon fuivant laquelle il aura fermé , & après l’avoir troublé, peut, en préfence des curieux, établir une autre combinaifon à fon choix , fans qu’il ait à craindre qu’aucun fpe&ateur fufpect puilfe le démêler.
- Le rédacteur de la gazette aurait pu ajouter , qu’indépendamment de cette fingularité, elle en a encore une très - grande, c’efl: qu’elle peut paraître faire l’impoflible; c’eft-à-dire, remplir ce qu’on peut entendre par la demande de la fociété d’émulation , trouver moyen d'exécuter indifféremment telles de ces combinaifons qii il plaira choijîr au moment ou Von voudra FERMER ou ouvrir. Mais cette propriété n’eft , dans le fond , qu’une fub-tilité imaginée pour paraître remplir la proportion itnpoffible. Cette mé-chanique n’étant exactement pas fermée , lorfqu’on n’aura pas touché à l’une des extrémités de la double crémaillère , qui foutient fufpendus les petits verroux qui empêchent le jeu des étoiles vers le côté du mobile, c’eft-à-dire, vers le côté oppofé à la faillie du pêne , qui les empêchent, dis-je , ces étoiles, de défengrener & fortir hors des dents de leur partie fupérieure 3 car, fans ces arrêts , les viroles attirées pas l’axe, attireront elles-mêmes les étoiles en-arriere & hors des dents des roulettes 3 & par conféquent le pêne aura toute la liberté de fon jeu , fans qu’il y ait pour cela la moindre combinaifon d’établie , & cependant préfentant toujours l’apparence de toute combinaifon qu’011 voudrait défiguer.
- En fe propofant donc qu’après avoir pouffé le pêne dans fa gâche , on ne rétablira pas l’obftacle , 011 pourrait dire à un curieux , je vais fermer par telle combinaifon , & j’ouvrirai par telle autre combinaifon que vous me défîgnerez 5 mais on le tromperait , puifque dans le fait on n’aurait pas réellement fermé. On n’aurait pas arrêté le verrou ou pêne au point de fa faillie dans la gâche 3 mais aufti l’on paraîtrait alors avoir fait fini-
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- poffible, & c’eft cette apparence à donner , qui était un des objets que' j’ai eus en vue.
- Le moyen , par lequel s’opère ce preftige , provient de la poffibilité que j’ai voulu donner aux étoiles de fortir de la partie extérieure de leurs roulettes dans toutes les polirions du pêne, tandis qu’il ferait bien plus ftmple de faire que l’obftacle , à leur fortie, fe levât de lui-mème dans le milieu de la courfe de ce pêne, & retombât prefque tout de fuite; mais j’ai encore eu l’idée de -faire que cette méchanique pût varier fes combinaifons dans toutes les polirions du pêne.
- Il eft néceifaire qu’il y ait un arrêt folide aux étoiles , puifque, fans cela, en faifant mouvoir le gros pignon , on ferait toujours ouvrir ou fermer fans combinaifon aucune ; car les viroles poufferaient les roulettes au défengrenement, à chaque mouvement de leur axe. Il faut auffi que ce qui forme cet arrêt des étoiles , fous leur anneau ou leur partie fu-périeure, ne puilfe pas celfer , à moins que toutes les viroles, étant toutes arrangées, autrement dit , la combinaifon étant établie , toutes ces viroles aient déjà pafle une fois à la moitié des étoiles , & qu’elles foient revenues, parce qu’au moment où les étoiles doivent être pouffées au défengrenement , il faut être aifuré qu’elles fe trouveront alors toutes reliées fur deux parties de différentes viroles. Voyez la fig. 12. C’eft pour cela que j’ai fait enforte qu’il foit néceifaire que les viroles aient commencé toutes à entrer déjà de leur étoile dans l’autre leur voiline , avant que l’extrémité de l’axe puilfe commencer à faire lever l’obftacle à la fortie de ces étoiles ; & c’eft pourquoi on voit que le petit pêne H 3fig. 12 , dans fa polîtion en pointillé . ne touche pas un bifeau G , du bout de l’axe qui doit le foulever, & que ce bifeau doit parcourir un petit efpace auparavant ; ce qu’il ne peut faire quand les viroles ne font pas toutes vis-à-vis des ouvertures des étoiles où palfent leurs languettes. On voit, fig. 12, la coupe de ces languettes repréfentées en Q, par les hachures horizontales, & la coupe de la virole dans fa partie annulaire , marquée par les hachures perpendiculaires. Les obftacles une fois levés , quoique ces étoiles ne trouvent pas alors de difficulté à leur déplacement, elles ne feront cependant point entraînées hors de leur erigrenement , & paieront quand on voudra, fur leur virole voifine , de même que cette virole aura palfé fous elles : or , c’eft lorfque les obflacles au défengrenement font levés, que l’on peut feulement pouffer les étoiles, & les faire défengrencr pour établir une nouvelle combinaifon.
- A l’égard de la fingularité de pouvoir tromper le curieux indifcret, qui voudrait parvenir à ouvrir avec la combinaifon par laquelle il aurait vu fermer, elle tient à cette poffibilité que j’ai établie , de changer la corn-
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- binaifon dans toutes les fituations du pêne ; elle confifte dans la fulpen-fiini de l’obftacle à ce qu’on puifle faire fortir les étoiles en-arriéré , lequel obftacle ne peut être vaincu par la force du pignon mu par la poignée , & ne peut l’être que par le mouvement que ce pignon aura communiqué à l’axe par un de ces pennetons. Mais cet axe étant mu , foitpar le mouvemnet qui a rappelle le pêne dans fa place, foit par celui qui l’a fait faillir , il aura également levé les obftacles ; il n’y a donc plus qu’à ne pas toucher & ne pas lâcher la détente de la double crémaillère ( ou feulement il faudrait en faire le femblant , fi le curieux fait que cet attouchement eft néceifaire ) , & alors on pourra troubler la combinaifon & arranger la pofition qu’on aura demandée , & il fe trouvera qu’en forçant un peu , l’on ouvrira. L’on peut alors faire retomber les obftacles , & l’on 11e pourra plus fermer de nouveau , que par la première combinaifon.
- Ce font ces deux efpeces de finguiarité recherchée dans cette ferrure , qui ont multiplié les pièces qui fout peut-être paraître d’abord fou mé-chanifme fort compliqué ; elles y font entièrement fuperftues, & elles en enchériflent la conftrudion : mais ce même méchanifme, en ferrure, peut s’exécuter bien plus Amplement & à bon compte , fur-tout quand on voudra ne pouvoir pas changer la combinaifon autrement que dans le tems où le pêne fera au milieu de fa courfe.
- Dans cette figure , cette ferrure eft repréfentée en vue , lorfque le pêne a fait fa courfe & qu’il eft faillant au - dehors. Les pointillés marquent la place du pêne & du pignon à pennetons , lorfque le pêne eft rentré, tout comme le pointillé de l’axe des pièces mobiles marque fon extrémité entre les quatre I , ou le chemin que cet axe a parcouru pendant le tems du mouvement du pêne. On voit en A, un bouton qui tient à l’extrémité d’une plaque , dont deux branches vont autour des cinq pièces mobiles , pour , par leurs extrémités repliées, contenir les étoiles dans l’efpace de 25 lignes fous leurs roulettes ; ces branches repliées font repréfentées fig. 12, en R, & tiennent les cercles qui réparent les pièces mobiles. Pour pouvoir pouffer le bouton A , fig. 9, ( qui faillit des deux côtés, dehors & dedans la chambre ) il faut que les petits verroux porte-obftacles aient été levés, & foient foutenus parle bas des reftorts dont on voit la tète marquée près de B. Le C eft le pignon du demi-tour , qui fe meut par une poignée de chaque côté à l’extérieur, & marqué de la même lettre C , dans la coupe, fur une très-petite échelle, fig. 9 bis. D eft le pignon du pêne dormant, lequel eft: mu par le bouton près & au-deffous de la lettre E. Il faut lever ou baifler alternativement ce bouton , qui n’a pas plus de courfe extérieure que le bouton A 5 ce bouton E , dans fa courfe , force à fe reculer la pieee
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- contre laquelle il frotte, laquelle, attachée à un pivot d’un bout, recule ( fou autre bout ) jufqu’où le pointillé eft marqué ; le bout d’en - bas de cette piece tient par un équerre, près F, à l’axe des cinq roulettes, qui, par un autre équerre , lui tranfmet le mouvement. On apperçoit entre chacune des cinq pièces , quatre cercles minces qui iont attachés enfemble, & ce qui les attache eft arrêté fur le fond par les tenons G ; fur ces quatre cercles frottent les parties extérieures ou anneaux décagones des cinq pièces mobiles, afin que le mouvement qu’on donne à l’une de ces pièces ne punie pas fe communiquer , par le frottement à celle d’à-côté, & auili pour qu’elles ne portent pas fur les pointes des roulettes , & enfin pour qu’elles ne foient pas fupportées fortement par l’axe commun.
- Les détails néceflàires pour expliquer toute la conftruction de cette ferrure , d’après des deftins , feraient, peut-être trop longs & exigeraient encore plufieurs figures ; il fuffit de confidérer celle qui repréiente en plan, une des cinq pièces, compofée de fes trois parties , fig. io : une portion y eft marquée , divifée en quarante parties , l’autre feulement en dix, & comme elle pourrait être exécutée en bois. Pour 1 î détail de la forme extérieure des roulettes , on voit la fig. 11 , qui repréfente pour com-biiiaifon établie , le Bagota , roi de trefle, darne de pique & valet de cœur „ avec le iept & trois de trefle. Chaque face porte une bande divifée en quatre parties , marquées chacune des quatre couleurs , cœur , trefle , pique & carreau : les faces qui ne repréfentent pas des figures, roi, dame ou valet , ne présentent que des petits ronds ou befons ; & leur couleur , ainfi que celle des figures, eft déterminée par celui des quatre points qui fe trouve fur l’alignement , entre les deux mains reprélèntées fur la boîte de la ferrure. On voit à ladite fig. 11 , la ligne pointillée qui marque cet alignement. ( a )
- Au lieu de cinq pièces , fi l’on en employait dix à quarante dents , on pourrait choifir, non-feulement un des hafards où peuvent fe préfenter à un joueur fes dix cartes d’un jeu de quadrille , mais même les 70 tril-îiards , 485 biliards , 760 milliards , dont on peut tirer dix fois , dans un certain ordre , à chaque fois une carte du jeu , en remettant à chaque fois celle tirée, ci 70 trilliards, 48 y biliards, 760 milliards, 000,000^00.
- ( a ) On n’a point donné la repréfen- bis, fuffit ; on voit, marquée en hachure, tation de la ligure extérieure delà boîte l’épaifîeur de la porte ou grille de fer ,& qui fe trouve dans l’épaifTeur de la porte, la ferrure fans autre faillie de l’un ou Faute ne préfente que les deux petits bou- tre côté, que les têtes de verroux , & une tons en faillie & une poignée à main, éga- portion des cercles ou décagones qui portement des deux côtés pour Je demi-tour; tent les figures de la combinaifon. la coupe fur une petite échelle , fig. 9
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- JDefcripilon de la ferrure à coup de pijlolet.
- Cette méchanique eft ici repréfentée fur une échelle de quatre lignes pour pouce. Dans la fig. 14, on voit en A, la détente ou gâchette pour lâcher le chien ou marteau B , contenu par le reffort C ; le bout D , du chien ou marteau , quand il a été armé & relevé au point DD , & qu’on vient à lâcher la gâchette, va frapper la balle E, qu’il trouve plus avancée vers le point D, & Taillante prefqu’à moitié hors du calibre , dans lequel 011 la voit repréfentée en pointillé fous ladite lettre E.
- A côté de £, fur la gauche, on apperqoit un bouton qui eft Taillant en-dehors i fa monture embraffe le calibre qui contient la balle, laquelle monture a un autre bouton auffi Taillant de l’autre côté de la porte. Ce bouton fert à pouffer & faire gliffer , vers les pièces de combinaifons , cette partie du calibre qui contient la balle > & cette partie pouffée, pouffe alors toutes les parties détachées qui font dans chaque piece ; de façon que la derniere, F , pouffe la tète du reffort conftruit en tire-bouchon G , dont la queue H, en reculant jufqu’où il eft marqué en pointillé, fait lever & fait faire la bafcule au bout du levier I , dont 1 autre bout K baiffe alors & attire avec lui le montant L , duquel la tête forme une petite languette qui entre dans une entaille faite dans le deffous , & fous l’apparence extérieure du verrou - targette , entaille ici défignée en pointillé > lequel verrou eft vu entièrement pouffé dans fa gâche , ou bien, au lieu de gâche , fous le crampon M ; le pointillé marque la place du verrou , lorfqu’il eft retiré. On voit le petit reffort N , qui a été forcé à fe courber , quand, avec un petit effort, on a pouffé affez avant dans fa gâche le verrou-targette ; mais îorfqu’en pouffant ce verrou-targette , on n’aurait pas fait ce petit effort pour faire plier le reffort, la languette du montant L ne ferait pas entrée dans l’entaille , 8c le verrou aurait la liberté de fe mouvoir. De même retirant ce verrou, fi l’on ne forçait pas de l’autre feus pour faire prendre.» ce petit reffort la courbe marquée en pointillé , le verrou conferverait fa liberté.
- O11 voit au-deffus de O, une partie du pignon qui fait mouvoir le verrou-targette , par l’extérieur de la porte.
- Lorfque la combinaifon eft établie, Si que l’on a tendu le reffort, chien ou marteau B, fl l’on lâche la détente ou gâchette A, la balle frappée parle bout arrondi du marteau D * parcourt les pièces de combinaifon x & v&
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- frapper le reffort en tire-bouchon qui fait jouer le verrou-targette ; & cette balle redefcend d’elle-même à fa pofition E, pour être toujours prête à repartir.
- La fig. 15" efl la coupe en plan par le milieu de fon épaiffeur , d’un des rouleaux ou pièces mobiles , dont les deux parties font également exécutées en bois commun , ainfi que Taxe fur lequel elles font enfilées. Il n’y a que le petit reflort qui efl de métal; mais il pourrait être en bois , comme le cliquet des crecelles avec lefquelles les enfans jouent ; il n’y a de fer de forge que Jes bouts de canons de fufils.\
- A , place de l’axe. B, dimenfion intérieure du calibre des portions du canon de fufil ; les hachures horizontales autour de B, repréfentent la coupe en plan à l’une de fes extrémités de l’épailfeur des portions du cylindre ou canon de fufil. Au-delfus de C , efl: une languette qui efl: foudée au canon , & qui contient chaque portion de ce canon , de façon à ce que chacune ne puiife tourner fur elle-même , & pour faire que toutes relient toujours à plomb fur leur bafe dans leur pofition refpedive.
- On voit la piece extérieure aulîi de bois , de deux lignes & demie d’épaifleur; & vers les trois points af, & celui G, font marqués les quatre relforts , dont le bout efl: attaché par deux petits rivets & un lien de tôle ou fer-blanc ; ces liens forment fur le dehors de la partie extérieure , quatre petites plaques, chacune portant un figue différent , & entre chacune il y a 16 autres figues extérieurs , pour correlpondre aux foixante & quatre crans de la partie intérieure.
- La figure 16 efl: la coupe de cette piece fur les lignes d , C , E , G , fig. 15 .; 011 y voit la pofition des portions de canons, lorfqu’ils font pouffes pour contenir dans une même pofition toutes les portions ou parties intérieures des pièces mobiles, & pendant ce tems changer celle de leurs parties refpedives extérieures.
- Il faut remarquer la coupe des deux cercles C, D, qui fe placent entre la partie extérieure de la piece mobile , & fa partie intérieure. Ces cercles font attachés par les goupilles E , E, à la partie extérieure, & ils frottent très-légérement contre la partie intérieure qui n’a des crans que dans fou milieu ; ces cercles font pour empêcher qu’on 11e puiife preffer trop fort la partie extérieure contre celle intérieure , & par là déranger la pofition refpedive de ces deux parties ; ils fervent auffi à donner de la folidité à la partie extérieure ; la ligne pointillée, fig. 15, d, C, E, G, fig. if, marque la ligne fur laquelle on fuppofe le plan de la coupe, fig. 16.
- Un tourneur de campagne peut exécuter à bien bon compte, en bois , une ferrure de cette efpece (mais fans piflolet ) 5 fon défaut, dansl’ufage, ell d’entamer beaucoup le bois de la porte.
- Planche
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- :M E C HA N I QÜ ES:
- Planche I.
- N°. V.
- Cadenat à cambinaifon.
- La fig. 17 eft la repréfentation d’un cadenat à rouleau à combinaifons T tel qu’il a été exécuté : il eft formé de huit pièces mobiles , fufceptibles chacune de feize pofitions differentes ; elles font indiquées à l'extérieur , de quatre en quatre , par les numéros 1 , 2, 3,4 , dont chaque divifion eft elle-même féparée en quatre. Chacune des huit pièces mobiles eft en deux parties de la même conftru&ion que celles qui feront détaillées ci-après , tant à la platine de fulîl, qu’à l’étui à cure-dent, fig. 21 , planche, I , & fig. 18 , planche II. L’axe fur lequel tournent ces pièces, eft fort gros & creux j entre cet axe & les crans de la partie intérieure de chaque piece , fe placent les petits parallélipipedes qui doivent être pouffes d’une piece dans l’autre par le bouton A , pour aller pouffer le reflort B , du bout de la chappe , quand elle eft fermée , & dans fa pofition marquée par le pointillé : cette chappe eft d’acier , & roule dans la charnière C. On voit en D, la repréfentation d’un bouton qui ne fert qu’à figurer avec le bouton A. On remarque auprès de E, un plus petit bouton qui tient à un petit tiroir , repréfenté en coupe , fig. 18. On diftingue en cette fig. 18 , près de la lettre F , l’endroit où le dernier des petits parallélipipedes pouffe le reflort du bout de la chappe , & comment l’autre branche de reflort du bout de cette phappe , par fon extrémité , pénétré dans une entaille faite au tiroir au-deffus de la lettre G ; il retient alors le petit tiroir en place, de façon qu’on ne peut pas le tirer tant que la chappe n’eft pas ouverte ou commencée à ouvrir. On peut alors , fans ouvrir tout-à-fait cette chappe, tirer le petit tiroir , dont la figure , vue en-dedans , eft repréfentée n°. 19 ; au-deifous de H , eft l’entaille où entre le petit bout du reflort qui le retient en place. 1,1, font deux entailles pratiquées dans les bords qui fervent à contenir le tiroir en une place fixe. Le même tiroir eft repréfenté en une fig. 20 , vu par-dehors , & ayant retenu en-dedans un papier roulé L, L, qui peut être une lettre aufîi bien enfermée que fous un cachet.
- La combinaifon qui paraît ici établie, fig. 17 , eft I , 12, 3, 14, 16, Il , 2, qui correfpond entre les deux branches du croiflant, marqué à l’extérieur au-deflùs du bouton A, i, 12,3, 14,2,16,11,12,.......
- ou la diagonale 1,4, 2,1,3,2, 1,3, donnant 14 millions 213 mille 213. Cette méchanique eft exécutée avec foin & garnie d’or.
- Les combinaifons montent à la huitième puiflance du nombre 16, ou 2 milliards 630 millions f 32 mille 896 fecrets à choifir.
- Tome XIX.
- F
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- ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- P L ANC H E ï.
- N°. V I.
- Le cache-entrée de M. Régnier.
- Le cache-entrée de M. Regnier eft précifément la meme chofe que le. cadenat à rouleau de Cardan ; mais cet artifte l’a rendu fufcepcible de com-binaifons. A cet effet , à la pieçe mobile ou rouleau du cadenat de Cardan , marqué des vingt-quatre lettres, M. Regnier , au lieu des lettres, a mis vingt-quatre rainures , & il a fait un furtout à ce rouleau , c’eft - à - dire , une fécondé partie à cette piece , laquelle porte par en - dedans un ou plu-lieurs tenons qu’on place dans celles qu’on veut des vingt-quatre rainures ; & c’eft cette fécondé piece qui, par fon extérieur , porte les vingt - quatre lettres de façon que chacune de ces lettres peut correfpondre fucceftîve-ment à l’entaille de la partie intérieure où paffe la dent de la crémaillère.
- La fig. G repréfente le plan d’une de ces pièces & les deux bandes qui les contiennent. La conftrudion de M. Regnier a le défaut d’exiger que toutes les parties extérieures des pièces fortent entièrement de deffus toutes les parties intérieures , pour pouvoir être changées de pofitions ; & par-là, elles ont l’inconvénient de pouvoir fe forcer, de s’égarer ou fe perdre même tout-à-fait. Au refte , ce cache-entrée eft très-ingénieux; & comme il n’eft pas pour un ufage habituel , ces inconvéniens diminuent d’autant. Ceux qui s’en font pourvus , en ont fait un ufage utile, en l’employant fur l’entrée de la. clef d’une ferrure ordinaire d’armoire ou de chambre ; dans le cas de voyages, il s’attache, au moyen de deux vis qui entrent par le dedans de l’armoire, au côté intérieur de la chambre : alors on eft alfuré qu’on ne peut pas, dans cette ferrure , effayer des clefs pour l’ouvrir. Mais pour remédier à l’inconvénient de ces pièces mobiles, dont il faut détacher une partie de l’autre, on doit les faire faire comme il fera dit pour la meilleure, conftruc? tion du méchanifme de i’étui & de l’écritoire. .
- Planche L
- >v10. V I I.
- Etui à cure - dents.
- Figure iï , eft la coupe, fur là longueur, d’un étui à cure - dents à' eombinaifons , dans lequel on peut enfermer une lettre roulée. Cette figure. reprélente la grandeur naturelle de cette méchanique.'
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- M E C HA N 1 O UE S.
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- Les trois A , A, A, font le couvercle de l’étui : le petit pointillé fable marque l’épailfeur remplie en bois de canne, en carton ou en liege j les doubles traits , avec de petites hachures, marquent l’épailfeur du métal qui forme tant l’extérieur que l’intérieur de l’étui ; mais ce métal a moins d’épailfeur que le deiîin n’en repréfente. Vis-à-vis de B, eft renfermé le tétiau à coche ou à encoche, qui arrête le couvercle en place , tant que le reifort n’a pas rappelle un crochet qui le retient fixe. Le C marque une partie de même dimenfioii que les pièces mobiles , mais qui efb fixe, & dans une portion de laquelle eft un reifort qui , étant pouifé, rappelle le crochet qui renferme le tétiau B. Les quatre D oiFrent la coupe des quatre pièces mobiles. E eft le bouton coulant qui peut aller de E enF,lorfque tous les petits verroux ou parallélipipedes, marqués chacun par -des hachures de biais , à droite ou à gauche , alternativement aux extrémités des lignes où l’on voit la lettre C, peuvent le trouver exa&emcnc au bout i’un de l’autre, fur la même direction que le talon du bouton E , lequel pouffant ces petits parallélipipedes , ceux-ci poufferont le reifort figuré près de H , dans la partie fixe C , lequel reifort fait lâcher le crochet B du couvercle qui le retient en place. Ce reifort fera repréfenté en grand avec l’écritoire.
- Les deux 1,1, indiquent la coupe de l’extrémité du bas de l’étui, portant la gravure d’un cachet dans le creux L. On voit en M, l’extrémité de la gorge ou goulot de l’étui , fur lequel entre le couvercle ; & cette gorge ne va pas jufqu’au fond de ce couvercle, afin que , quand celui-ci fera tiré, l’on ait de la prife & de la facilité pour en taire fortir plus aifément la lettre qui aurait été mife roulée dans l’étui, & qui y ferait entrée avec un peu de force.
- Fig. 21 eft la coupe fur la largeur de l’étui par la ligne N, D ,/%. 22.
- Fig. 23 reprérente partie de la même coupe , mais fur une échelle lix; fois plus grande , afin qu’on puilfe mieux connaître chaque partie de ces pièces mobiles , & la dimenfion qu’il faut donner à chacune de leurs portions.
- A , partie de l’axe ou du cylindre creux, fervant d’axe. B, partie intérieure de la piece mobile qui peut être creufe, & qui en grand doit l’être dans fon intérieur ; cette partie doit recevoir dans un emplacement C , un petit verrou méplat ou équarri, ou bien parallélipipédique ,& de toute la longueur donnée à la piece mobile ; ce verrou ou parallélipipede eft ici tracé en perfpedive , fig. 24 ; mais feulement fa longueur de A , jufqu’à B , n’y eft que double , & le refte eft lix fois plus large & plus épais qu’à la fig, 21. Il eft ici marqué en perfpeétive , fig. 2 f ,ainli qu’il eft de grandeur naturelle pour la fig. 21, mais un peu plus épais & plus large.
- Dans la fig. 23 , D , D, font des renflemens qui doivent être obfervés à ces parties des pièces intérieures , afin que les parties extérieures, qui
- F ij
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- les renferment, puilfent appuyer contr’elles, fans être feulement & uniquement contre-tenues & fupportées par des reiforts qui ne ferviront qu’à fixer & arrêter les deux parties enfemble dans une certaine pofition choilie.
- E , F, reifort d’acier î le bout E arcboute fur un des crans intérieurs de la partie extérieure , & le bout F e£F attaché par deux vis ou goupilles à la partie intérieure.
- G, G , G, délignent les talons formant le cran de l’intérieur des parties extérieures des pièces mobiles , lefquels talons frottent exactement contre les renflemens D.
- H eft le côté extérieur des parties extérieures des pièces mobiles, & fur lequel font tracés les lignes indicatifs. Ces côtes ou côtés extérieurs peuvent n’ètre pas marqués comme ils font repréfentés , & cette circonférence être exactement circulaire , ainfi que les divifions fimplement tracées.
- Nota. Dans cette coupe , fur une échelle fextuple , les dimenlions font dans la proportion qu’elles doivent avoir dans la grandeur naturelle, fig. 21» mais pour exécuter en grand cette méchanique , & comme elle l’ell en écri-toire, toutes les parties depuis l’extérieur H , jufqu’à l’intérieur A, doivent avoir la moitié moins d’épailfeur qu’il en paraît ici.
- A l’égard de la façon dont doit jouer le reifort 21 , la figure du
- reifort qui eft employé à l’écritoire , repréfenté en grand, montre entre plu-fieurs autres qu’on peut choilir , la façon qu’on a préféré d’employer en grand»
- Planche I.
- N°. VII L
- Etui à cure-dents , par dcfengrenement.
- Explication des moyens d'exécuter le méchanifme de combinaifon , pour un étui à cure-dents , cache-entrée ou cadenat à rouleau par le défengrenement, & qui ejl à préférer à celui du frottement à refaut, & fur-tout à celui du frottement fimple.
- Il faut que la partie extérieure de la piece mobile , celle-là que l’on marque àfon extérieur, ou par des lettres de l’alphabet, ou par d’autres lignes, porte à fon intérieur des dents qui aient chacune de .dimenlion, du fens de l’épailfeur de la piece, un peu moins que la moitié de cette épailfeur. Foyeç fig• 26 , lettre D. ( E entends ici par épaijfeur des pièces mobiles, la ditnenfion. quelles ont du fens de la longueur de F étui, ditnenfion d'environ 4 lignes. )
- Il faut que ces dents foient au moins au nombre de trois j qu’elles par-
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- MEC HA NIC UES.
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- tent & frottent légèrement ( au moins par la moitié de leur dimenfion du feus de l’épaiffeur de la piece ) fur l’épaiifeur de la partie intérieure de cette piece.
- Sur cette partie , marquée par fou dehors de la lettre B , il faut que cette partie intérieure de la piece porte autant de dents C , que la partie extérieure aura de marques ; & ces dents de la partie intérieure doivent être fur un des' bords , & n’avoir ( du fens de fépaiflêur de la piece ) que le quart de cette épailfeur. Voy&{ fig. 26, lettre C.
- , Il faut obferver de faire enforte que les dents intérieures de la partie extérieure de la piece entrent bien également & facilement, avec autant de jufteffe qu’il eft pofijble, indifféremment dans tous les efpaces entre les dents {aillantes C, de la partie intérieure de cette piece.
- Lorfque la combinaifon fera établie, & que les petits parallélipipedes, qui font dans la partie intérieure de chaque piece , auront été pouffés de la moitié de leur grandeur d’une piece dans l’autre , & que par - là ils auront fait jouer le verrou , de façon que le couvercle fera, ou ôté , ou feulement avancé , cela donnera la liberté à la couverture extérieure du rebord de l’étui près du couvercle marqué C , fig. 21 , de pouvoir être pouffée , comme eft repréfentée la partie extérieure d’une de ces pièces mobiles ,fig. 26, où l’on a marqué en pointillé comment de E la partie extérieure a été pouffée jufqu’en F , & comment elle ne peut pas aller plus avant, étant arrêtée par un rebord fixe marqué au bout de la ligne G ; alors on pouffera en même tems toutes le? parties extérieures de chacune des pièces mobiles vers ce couvercle ,& l’on pouffera auffi avec elles la couverture du rebord de l’étui, de l’étendue de la moitié environ de ces pièces mobiles j alors les parties intérieures des pièces mobiles étant afîiijetties par le moyen des petits parallélipipedes qui entreront à moitié de l’une dans l’autre , on aura la liberté de faire tourner les parties extérieures de ces pièces mobiles comme on le voudra , & d’établir, par conféquent, une nouvelle pofition entr’elles & leurs parties intérieures , c’eft-à-dire , une nouvelle combinaifon , fans crainte de perdre aucune piece , & fans l’embarras de les défiler & les renfiler, comme au cache-entrée de M. Regnier,
- La portion de l’étui ,fig. 26 , G, qui termine fon rebord contre la gorge, rebord fur lequel porte le couvercle , doit être par fa partie intérieure A, fiable & tenant à cet axe creux & commun aux pièces mobiles , dont l’intérieur forme le dedans de l’étui ; mais elle doit être recouverte d’une partie extérieure qui n’y foit point adhérente , & qui ne puiffe avoir d’autre mouvement que vers le couvercle , pour, lorfqu’il eft ouvert, y être pouffé, fi l’on veut, de l’étendue de la moitié de l’épaiffeur des pièces mobiles, fins pouvoir jamais fortir plus avant „ comme il eft ici marqué de E eu f, & jufqu’au-deffus de H.
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- Pour faire mouvoir & pouffer les petits parallélipipedes, lorfque la combinaifon eft établie, on peut auffi éviter d’avoir un bouton Taillant s comme celui repréfenté à la fig. 21 ; bouton coulant fur lequel il faudrait tenir Ig doigt pendant qu’on change la combinaifon : à cet effet, il fuffira donc d’établir une couliife dans la plaque qui porte le cachet, laquelle couliffè , ( étant par fon dedans de la forme d’un petit pêne à bilêau ) lorfqu’elle fera pouffee & coulée d’un côté , fera remonter le petit pêne perpendiculaire ou paral-lélipipede, lequel, à fon tour* pouffera les autres parallélipipedes. Mais cetto plaque de fond ne pourra jamais couler que lorfque le petit pêne perpendiculaire pourra lui-même remonter : ce qu’il ne pourra faire que quand la combinaifon choifie fera établie.
- Dans la fig. 26 on voit en A, la repréfentation de la coupe de la par-' tie intérieure de la derniere piece, laquelle partie eft fixe, & celle extérieure G n’eft que gliffante & non tournante j elle paraît en - dehors de la Lettre H. Les lettres D, E, repréfentent une partie extérieure de la piece mobile la plus près de la partie fixe ( ou du moins non tournante) du haut de l’étui » & pour éviter la confufion , on n’a point marqué fa partie intérieure en D , E. C’eft en B que l’on voit la repréfentation de la coupe de la partie intérieure d’une fécondé piece mobile ; & à celle-ci, pour éviter également la confufion, on n’a pas marqué fa partie extérieure. On voit en C, une des trois ou quatre dents qui fe placent entre celles de la partie extérieure, marquée D. ( a. ) Les pointillés dénotent la place des parallélipipedes, qui font la continuation du pêne perpendiculaire; & au-deffous de H, on voit le bout du dernier parallélipipede qui agraffe ou accroche la partie Taillante du rebord du couvercle, afin de le retenir en place.
- La fig. 27 eft le plan de la plaque du fond , fuppofée être féparée du cylindre, & vue en - dedans, & qui porte le pêne en couliffè, lequel coule dans cette plaque qui porte le cachet. Cette couliffè eft ici pouffée dans le. moment où elle vient d’agir fur le pêne perpendiculaire, comme elle doit faire chaque fois que l’on peut changer la combinaifon , & comme la re-„ préfente en profil la fig. 29.
- La fig. 28 eft le plan extérieur de la plaque qui montre la gravure du cachet, & la face de la couliffè qui fe trouve apparente.
- La fig. 29 eft la coupe fur la ligne A, B,)?g. 27, du fond de l’étui, & de cette plaque du fond qui porte le cachet vu ici dans le tems que la cou-liffe eft pouffée, & qu’elle tient le pêne perpendiculaire remonté.
- On voit fur la droite de A , le bifeau du pêne perpendiculaire qui eft foutenu par le renflement de la couliffè ou pêne horizontal. On a tracé en
- ( a ) Obfervez toujours qu’on n’a point marqué la courfe de la partie intérieure d’une piece fous fa partie extérieure, pour plus de netteté dans la figure.
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- MEC HA NIQUES»,
- ligne & en pointillé dans cette fig. 29 , le bout de ce pêne perpendiculaire pour faire voir jufqu’où il fe retire ou redefcend lorfque la couliife ou pêne horizontal eft rentrée.
- La fig.. jo eft la coupe du même fond fur la ligne C,D, de la fig. 27, pour faire voir la forme des rebords du pêne horizontal, rebords qui forment la languette qui gliife en coulifle.
- Ici j de même qu’à l’étui fig. 21 > on a repréfenté la matière qui forme l’é-paiffeur du corps de l’étui par de petits pointillés, & par de petites hachures,, le métal qui la recouvre.
- Planche IL N°. I X.
- Explication de Üicritoire-porte-faùlle.
- La totalité de l’écritoire forme à fon extérieur un cylindre de près de trois pouces de diamètre , & de feize à dix-fept de longueur , recouvert de chagrin , garni de boutons & charnières , &c. ainii que de petits clous argentés ou dorés , qui fervent à marquer les combinaifons.
- La partie où eft la méchanique, occupe cinq pouces de long ; cet efpace éft partagé en fix divifions égales ; celles des extrémités font fixes & attachées fur l’axe commun ; les quatre autres font les quatre pièces mobiles , conftruites dans le goût de celles de l’étui. Imaginez la repréfentation de ces pièces fur l’échelle fix fois plus grande que l’étui à cure-dents ,fig. 21 > planche I.
- La divifion d’en-bas eft celle oit eft placé le bouton - couliife , qu’il faut poufler de bas en haut lorfque la combinaifon eft établie ; ce bouton étant pou fie, commençant déjà à monter, preife par un talon contre un petit reffort, lequel. retire un tétiau qui ( pénétrant dans le cylindre intérieur qui forme la .boîte ou le corps particulier de la partie contenant le cornet & le poudrier, avec les pains à cacheter, ou bien une éponge ) retient cette boite lorfque le bouton - coulifle n’étant pas du tout pouffé, lui laifle la liberté de pénétrer dans une ouverture faite à ce cylindre ou boîte. Ouverture que fait voir la fig. 1, au-deffus de la lettre A., & au-deiious de la même lettre, aux fig. 4 & 4 bis.
- Le bouton à couliife a déjà commencé alors à communiquer fon mouvement aux petits corps ou parties de verroux , ou parallélipipedes , qui font dans les quatre pièces mobiles; mais le haut de l’écritoire., la partie faifant porte-feuille , ne peut encore fe féparer ni s’ouvrir ; il faut, pour qu’elleu
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- le fépare, que le bonton-coulifîe foit poufle de prefque toute la moitié de i’épaiffc-ur des pièces mobiles ; il achevé alors de faire fur le relfort renfermé dans la fixiéme partie, un appui fuffifant pour que ce relfort à deux branches égales foit fuffifamment pouffé par fon milieu , de façon que fes deux extrémités , qui étaient faillantes de deux à trois lignes, rentrent dans l’intérieur de cette fixieme- piece. La fig. 2 repréfente dans leurs deux pofi-tions différentes, & le bouton - couliife en A dans la première piece , & le relfort à deux branches en D dans la fixieme. On n’a repréfenté, entre les deux pièces fixes , que la place d’une des pièces mobiles, aia lieu des quatre qui font à l’écritoire qu’on décrit ; 8c pour le jeu des deux reflorts, on a gravé du côté droit leur pofition , lorfque l’on tient la méchanique ouverte , & du côté gauche , -la pofition où ils reviennent auflî-tôt qu’on lâche le bouton - couliffe ; pofition où alors on peut refermer la méchanique , en interrompant la correfpondance de la piece première à la piece fixieme, par changement de pofition d’une ou de toutes les quatre pièces mobiles.
- Le relfort à deux branches n’eft pouffé par fon milieu qu’un peu avant la fin du mouvement du bouton-couliffe ; d’abord, le bout de petit verrou de la piece fixe fait un effort contre un relfort en tire-bouchon , qui obéit affez pour l’ouverture du corps qui porte le cornet ; c’eft alors que cereffort à tire-bouchon étant refferré , pouffe fur le milieu du relfort à deux branches , lequel trouvant de la réfiftance aux deux paffans qui l’entourent & qui font repréfentés par des points noirs au - deffous de la lettre C, fe trouve obligé d’obéir. & de retirer fes extrémités faillantes B.
- La fig. i repréfente le corps particulier de l’écritoire ou cornet, forti du cylindre creux qui forme l’axe de la méchanique; corps particulier d’encrier, dans lequel il fe trouve trois compartimens ; l’encrier à la Baradelle eft dans le milieu , & s’enleve, fi l’on veut, ainfi que le poudrier : le troifieme compartiment , marqué en B , n’a qu’un couvercle à charnière ou pivot.
- La fi S' 3 eft ïa coupe du poudrier & de la boîte , fur la ligne E, F.
- La fig. 4 eft la vue de celle des deux extrémités du corps particulier qui porte l’encrier , &c. telle que ce bout paraît en-dehors ; on voit fous A , en pointillé, la place du trou dans lequel doit entrer l’extrémité du relfort qui fe retire par le commencement de l’effet du bouton-couliffe , lorfque la com-binaifon étant établie , ce bouton eft un peu poufle pour ouvrir : il faut alors retirer ce corps particulier , ou porte-encrier i car , fi l’on pouffe plus loin le talon du bouton-couliffe , il fait échapper le relfort, & l’on pourra alors ouvrir la partie fupérieure , mais fans pouvoir faire fortir le corps qui porte l’encrier; & pour le faire fortir, il faudra ramener le bouton-couliffe au point où fon talon portera fur le reffort. On voit autour de B & C , la figure de deux anneaux qu’on peut rapprocher , pour tirer plus aifémçnt le corps
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- fie l’encrier lorfqu’il a fa liberté, & qui peuvent fervir aufiî à fufpendre l’écritoire-porte-feuille , une fois qu’elle eft fermée par l’effet de la combi-naifon.
- A la fig. 4 bis , on voit en B & C , deux petits bouts de pêne en bifeau , fervant de pieds pour donner fur quatre points uneaffiette fixe à ce corps ; ces petits pieds font attachés à une plaque pouffée vers le bas par deux petits refforts D , E , dont on voit l’emplacement en pointillé lorfque les pieds , faits en bifeau , font forcés de rentrer aufîi-tôt qu’on remet ce corps en place dans le cylindre du méchanifme j on voit l’endroit des quatre pieds, fig. i , en C, D, E , F.
- La fig. f eft la vue en profil de cette même extrémité de la boite, ou corps particulier. On a tracé en A, les anneaux réunis qui donnent prifeà tirer le corps particulier , & Ton y voitpaffé un ruban , par lequel tout peut relier fufpendu folidement.
- La fig. 6 eft, fur une échelle un peu plus petite, la repréfentation de la partie qui fait porte-feuille. On voit en A , fa gorge inférieure qui entre dans la fixieme partie fupérieure & fixe de la méchanique j une portion de cette gorge marquée B, fig. 6 , eft vue plus en grand, fig. 7 ; on peut y remarquer en A , l’entaille horizontale , dans laquelle on fait entrer un crampon placé dans l’intérieur de la fixieme partie fixe, & le pointillé qui eft au-delfous à côté de A , eft la marque de la couliffe perpendiculaire , par laquelle le crampon doit entrer jufqu’à la hauteur de la couliffe A. On conçoit que c’eft la même façon dont s’a'jufte la baïonnette à douille. On voit en B , où entrent les têtes du reffort à deux branches , lefquelles étant placées , empêchent qu’en tournant on ne puiffe ramener les crampons de la couliffe A vis-à-vis des ouvertures ou couliffes perpendiculaires marquées en pointillé , par lefquelles ils font entrés. On apperçoit dans cette fig. 6 , le couvercle levé, & qui fe tient dans cette fituation par l’effet d’un petit reffort repré-fenté près & à côté de la lettre C.
- On voit près de D , la figure du bouton d’attache ou moraillon , en forme de dard lequel entre dans la partie inférieure pour la tenir fermée.
- Fig. g , méchanique de ce moyen de retenir un moraillon. A , bouton d’attache ou moraillon. B , C , montrent le deffin d’un des deux grands refforts ou crochets , dont un des deux, celui-ci, recule au moment où il laide la liberté au moraillon ; l’autre côté indique la pofition à laquelle les refforts D les ramènent aufîi-tôt que le bouton , en forme de cœur, eft monté de la pofition inférieure à celle fupérieure, toutes deux marquées E. Ce bouton en cœur tient à une petite tringle dont l’extrémité defcend jufques dans la gorge inférieure de la portion du porte-feuille, près de la lettre ¥, fig. 6 ; il eft contenu par les petits paffans G, & recouvert du carton & du parchemin , Tome XIX. G
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- ESSAI SUR LES COMBINAISONS
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- qui double l’intérieur de la partie porte-feuille qu’on a repréfertté ici ouvert ou déchiré. Cette partie ce tuyau rond eft le porte - feuille qui fertà mettre le papier , les plumes , la cire, le canif , &c. Il a environ dix pouces de profondeur , fur trente*une à trente-deux lignes de diamètre, dans la piece exécutée. .
- Planche II.
- N°. X.
- Serrure, pour une porte à deux battans.
- Cette méchanique , de la dimenfion dont'elle eft exécutée , eft repre-fentée ici de la moitié de fa grandeur naturelle en vue , fig. 9 , comme elle parait lorfque détachée de fa place on a enlevé la plaque de fond qui touchait contre la porte , & fur laquelle font attachées les branches qui, le long des mon tans, vont faire mouvoir les petits verroux du haut & du bas de la porte.
- La forme donnée au petit pêne du demi - tour eft telle, afin que fou moteur A fe trouve au tiers de la hauteur de la ferrure, ainfi que celui Il du pêne dormant à deux têtes , fur l’autre tiers ; ce pêne du demi-tour porte au-delfous, du côté ici apparent, un petit tétiau placé fous l’endroit marqué C , & fur lequel un tenon du coin du pêne dormant, défigné ici fous la lettre D , vient s’appuyer lorfque ce pêne dormant eft entièrement pouffé dans fa gâche, de façon qu’alors le demi-tour n’a plus de mouvement 5 mais quand le pêne dormant, ici repréfenté dans le milieu de la courfe, eft rentré à moitié ou tout-à-fait, ce demi-tour a la liberté de rentrer , & fon môteur le rappelle également en tournant en-dehors ou en-dedans. A chaque mouvement , ce petit pêne fait ouvrir les verroux du haut & du bas , auxquels fon mouvement eft communiqué par le canal perpendiculaire à la plaque de fond , marqué au bout de la ligne E, qui pafle au travers de la plaque de recouvrement, laquelle porte les branches des verroux ; ce canal eft en écrou, & les branches des verroux y font alfu-jetties par une vis.
- Le penneton, moteur du pêne dormant à deux tètes, eft repréfenté ici en pointillé fous ce pêne , entre G 8c H , dans la place où il fe trouve ; lorfque ce pêne eft au milieu de fa courfe, il eft fous la lettre F ; lorfque la ferrure eft ouverte , & à la gauche de G , quand elle eft fermée , il agit entre deux tétiaux , dont la pofition eft fous les lettres G, H.
- On voit en I, un pivot qui porte la bande porte-obftacle, fur laquelle
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- il-faut que vienne pafler le tétiau du pêne dormant , pour que ce pêne puiife fe mouvoir ; ce qu’il ne peut pas faire quand le porte-obllacle 11e trouve pas, fous fes quatre dents ici figurées en L,L,L,L, les entailles des pièces mobiles.
- On trouve au bout de la ligne M , en tracé & en pointillé, la figure du reifort qui fixe toujours le petit pêne en-dehors. Au bout delà ligne N, eft repréfenté l’écrou qui maintient le petit pêne lur fa languette en coulirfe ; la cou-lilfe qui allure en place le pêne dormant, n’eft point apparente par ce côté-
- On fent bien que , dans cette defcription , il n’y a rien jufqu’ici qui ait rapport à la méchanique de combinaifons ; elle elt entièrement renfermée dans la petite boîte attachée à celle de la ferrure, au moyen des deux tenons au bout des lignes O, P i cette méchanique y elf deiïinée en vue, apperçue un peu obliquement, & préfentant la face qui apparaît au-dehors de la porte de l’appartement, formant un quadrilatère de 14 lignes fur 12 environ. Sur ce côté, comme en-dedans, paraît également l’extrémité des deux pignons A, B i le premier, garni d’une boule , ou d’une main , ou poignée ; le fécond, d’une efpece de grofle aiguille de pendule qu’il faut pouffer avec le doigt, pour le gros pêne ; l’un & l’autre repréfentés fig. 12, en B , C.
- La fig. 10 eft la repréfentation en vue & de côté delà méchanique même ; on fuppofe le côté de cette boîte particulière enlevé. On voit trois axes A, B , C, qui, chacun , portent quatre pièces. Sur l’axe A , il y a quatre roues dentées à douze dents , & à côté de chacune de celles-là il yen a une de même épaifleur, mais ayant plus de diamètre , 8c feulement fix dents , cette roue attachée & unie à celle à douze dents. Ce font feulement les fix dents qui fuccefîîvement débordent la boite vers D j & comme les roues à fix dents font attachées de façon à ce qu’elles correfpondent avec celles à douze, celles à fix dents paraiffent numérotées des nombres impairs. Les roues à douze engrènent dans d’autres de même ditnenfion fur l’axe B, & celles-ci communiquent le mouvement aux roues d’un diamètre double qui font fur l’axe C , & qui ont vingt-quatre dents.
- Il faut obferver que, quand deux roues s’engrenent, l’une tourne du fens oppofé à l’autre-, & pour que, dans un nombre d’engrenages de fuite, les roues des extrémités tournent de même fens, il faut qu’elles foient en nombres impairs
- Pour fuppléer à la vue* les compteurs font employés. On voit marqué fur la première des roues à vingt-quatre dents, à côté de la lettre E, un petit tenon ; il y en a deux auprès de la lettre P : au paffage de la dent, à un petit tenon feul , en comptant un, on comptera treize fur la dent où font les deux petits tenons ; ou bien on recommencera à compter un de la . fécondé douzaine ^ ou bien , fi l’on a appelle la première A, on appellera la
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- f*
- treiziéme N. Pour fuppléer encore à l’oreille, on eft averti dans quelle douzaine on fent le mouvement de l’engrenage , au moyen d’une balançoire , ou d’un va - qui - vient, lequel frappe une fois ou deux fois de 12 en 11.
- On apperçoit au-delïous de G , un petit tuyau foudé au coin de la-boite, dans lequel pafle une pointe d’aiguille un peu émouflée , qui fe tient naturellement à fleur de la boîte de la ferrure , en-dedans de la chambre, & qui vient à faillir en-avant auffi-tôt que le bout du reflort, figuré au bout de la ligne H, eft frappé par le tenon feul E, ou par les deux tenons P. Chacune des quatre roues eft également garnie de ces tenons & d’une branche H du même reflort, pour faire aller le va - qui-vient à chaque douzaine.
- On voit en I, un autre reflort à quatre branches; elles font frappées à chaque dent qui pafle, & ces branches ou dents de reflort rendent un fon aflez clair au moyen de leur longueur : ce reflort eft attaché fur la petite boîte, dont le deflus L & le deflous M font joints enfemble du côté des grandes roues , par les quatre bandes qui paflent entre chacun des engrenemens des roues ; ces bandes fervent à les contenir ( ces roues ) pour engrener avec précifion fur celles du milieu j l’autre bout delà petite boîte eft formé par la continuation du deflus & du deflous , percés de quatre ouvertures, pour lai fier pafler les pointes des dents des roues à fix dents, comme elles parai (fient vers D.
- La fig. ii , fur une échelle de moitié ou de fix lignes pour pouce, eft la repréfientation de la plaque qui ferme le côté de la boîte. A, B, C, font les entailles qui portent l’extrémité des axes fur lefquels tournent les roues. D, E, indiquent un reflort vu de profil, qui tient relevé la pièce porte - obftacle ; l’extrémité E de ce reflort fe trouvant d'équerre fous l’ex-trêmité Q_, fig.*}) du porte- obftacle I, Q,
- On diftingue en cette fig.11 , F, G, les trous où doit entrer l’extrémité des tenons delà boîte, iefqu'els font marqués O, fig. 10.
- Dans la même fig. ri , H, I, montrent la coupe de la plaque du deflus de la boîte de la ferrure, laquelle fe trouve apparente dans la chambre; plaque fur laquelle s’attache la petite boîte de la méchanique.
- La coupe de cette même partie apparente de la ferrure eft repréfentée fig. 10 , aux lettres Q_, R.
- On trouve dans la fig. 12, fur une échelle de .trois lignes pour pouce, fous la lettre A, les trois bandes qui laiflent quatre intervalles pour la faillie des dents des quatre roues, au - delà de la plaque de face de la ferrure cjui eft apparente au-dedans de la chambre. Dans la fig. 10, on voit la partie des dents qui déborde à la lettre T ; c’eft fur ces dents qu’on appuie pour chercher la combinaifon. Dans le fond, & entre chacune de ces dents,
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- eft figuré le n°. ou la lettre. Douze de ces fonds, entre les dents, font peints en noir ; douze font en rouge, pour répondre aux deux tours des petites roues.
- A la fig. n , on voit des hachures au-deifous de C, & au-deifus de F, F, repréfentant la coupe de l’épailfeur du bois de la porte, & la grandeur de l’entaille qu’il y faut pratiquer ; & en L, & M, eft la plaque d’entrée, du côté du dehors, qui elt attachée au bois.
- Dans cette méchanique, Ja partie extérieure de chaque piece mobile n’a qu’un peu plus du tiers du total de fon épailfeur, & c’efl la partie intérieure qui porte dans la moitié de fon épaifeur l’entaille où doivent entrer les dents du porte - obltacle, pour que le pêne dormant puilfe fe mouvoir.
- La fig. 13 repréfente la coupe de ces pièces à 24 dents, dont le plan eft repréfenté par la vue de la fig. 10, où l’on apperçoit en S , le plan de l’entaille dans laquelle doit entrer une des dents du porte - obftacle ; dans cette fig. 13 , le porte - obftacle eft repréfenté avoir fait pénétrer fes dents dans les entailles , le rendement ou tétiau du pêne étant en B, c’eft-à:dire, en marche pour aller de A, fon repos (la méchanique étant ouverte ), pour arriver au repos de fermeture en C. Les hachures recroifées marquent la partie intérieure de chaque piece mobile ; les hachures obliques offrent leur partie extérieure , qui portent les 24 dents à leur extrémité prèsD, auprès duquel on remarque les petits tétiaux indiqués/g. io,E,P, pour avertir des douzaines.
- La fig. 14 repréfente toute la partie de ferrurerie ordinaire féparée du méchanifme de combinaifon ; on y voit le porte-obftacle avec fes quatre dents , dans la pofition marquée fig. 13.
- Il n’y a rien dans cette fig. 14 , qui ne foit dans toutes les bonnes ferrures ordinaires de portes de chambre à deux battans ; & tout ce qui forme la méchanique de combinaifons eft renfermé dans la petite boîte qui peut fe lever & fe détacher aifément.
- C’eft cette petite boîte qui tient lieu de l’entrée de la clef, de relfort, de foncet, &c. & de toutes gardes & garnitures, ainfi que de toutes les clefs qü’on aurait à porter , à foigner , ainfi que de celles qu’on pourrait xalfer, perdre ou égarer tant que durera la ferrure. Or, c’eft donc feulement ce méchanifme - ci qui doit être comparé, pour l’ufage & pour le prix , avec celui de l’art de la garniture des ferrures, de la fabrication des bonnes clefs, ainfi que, dans ce dernier cas, de leurs remplacemens, & qui doit être aufli balancé avec la crainte qu’on ne retrouve les anciennes : ce qui oblige à rechauger les gardes & garnitures à chaque nouvelle clef perdue ou feulement même confiée un moment trop, légèrement , & qu’on vou-
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- drait retirer. Il en eft de même quand on retrouve une clef qui a pu avoir été copiée & imitiée pendant qu’elle était égarée , ou de laquelle on aurait pris toutes les empreintes néceilàires pour en faire faire une pareille : ce qui peut s’exécuter en bien peu de tems.
- La fig. 12 eft la ferrure vue en - dedans de la chambre; & la fig. I£ repréfente toute la porte , fur une échelle de trois lignes pour pied; & entre A, B , C, D , c’eft la fig. 12 en petit.
- On voit,fig. 12, fous la lettre A, une partie des dents des quatre roues à 24 dents. E11 B , la pomme ou boule pour ouvrir le demi-tour. En C , une aiguille épailfe, inclinée vers les gonds de la porte, quand le pêne dormant eft ouvert, & inclinée de l’autre côté quand il eft fermé, comme dans cette figure. Au - deffus & au - deifous de ces deux pignons , font les trin-gles-verroux qui font agir les petits pênes du haut & du bas , contenus fous leurs paflâns : voyez fig. if , lettres E, F.
- Cette partie de ferrure a de dimenfton , en fus de celle qui ne fait que la gâche, toute l’épaiffeur de la languette qui forme le recouvrement de, la partie battante de la porte fur celle dormante ; & cette languette eft figurée fur la boîte de la ferrure , pour repréfenter les deux parties égales à droite & à gauche de cette languette.
- Le côté de la gâche eft ici fuppofé tranfparent , afin de faire voir au-dedans de cette gâche la figure d’un pignon denté qui engrene les crémaillères D, E. Les verroux haut & bas font tracés fermés ; on voit qu’en baiifant la pommelle marquée au bout de la ligne G , fig. 1 f , ou en levant celle au bout de la ligne B, même figure, ou mouvant toutes les deux en même t»ms les verroux qui du haut & du bas tiennent arrêté le montant , par leur faillie, pourront fe rapprocher , & fe mettre au niveau du bois de la porte , & que le dormant pourra s’ouvrir ; mais alors les tenons du côté oppofé de la crémaillère d’en-haut, qui font l’un vis-à-vis de E, l’autre vis-à-vis de F , defcendront vis-à-vis de l’entrée des tètes du pêne dormant, lequel ne pourra plus entrer dans fa gâche. L’on voit que fi ce pêne dormant était déjà dans fa gâche , comme il eft ici marqué, les pommelles ne pourraient plus faire agir les verroux , parce que les têtes des pênes dormans les empêcheraient de fe rapprocher.
- On voit fig. 1 f, la place des petites boites du haut & du bas du battant de la porte , où font les pênes à bifeau que fait mouvoir la pomme B, fig. 12 , par le moyen d’une bafcuie.
- Cette ferrure eft exécutée ; tout ce qui eft ouvrage ordinaire de fer_ l'-urier , y compris les verroux , eft en fer poli ; le dedans de la boîte eft de fer b Un (fi ; elle eft recouverte en cuivre , du côté de la chambre , ainfl que la gâche, les paffans & les petites boîtes des demi-tours haut & bas»
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- Le prix dont ferait le méchaniftne de combinaifon pour une femblable fermeture de porte , au lieu d’y employer celui des ferrures ordinaires , c’eft-à-dire , de toutes clefs , gardes & garnitures , ce prix, dis-je , ne ferait pas une différence dans fa valeur , peut-être ferait-il moindre.
- Je puis, avec une femblable fermeture de porte , dire à quelqu’un : à telle heure vous entrerez chez moi par telle combinaifon A,B,C,D, Je dirai à un fécond: vous entrerez une demi - heure'plus tard par celle-ci E, F, G, H ; combinaifon que j’aurai eu foin d’établir aufli-tôt après que le premier fera entré. J’établirai, après que le fécond fera entré, I, L,MjN, & je ferai entrer un troifieme, à qui j’aurai donné cette clef, fans avoir confié à perfonne une piece qui puiffe lui fervir autrement que pour tel jour & à telle heure, fans craindre que des gens qui feraient dans mon antichambre puiffent entrer , ni gagner quelque domeftique pour leur o'uvrir la porte, & enfin fans que ceux qui feraient chez moi puffent fortir autrement qu’avec ma permiflîon ou par effradion.
- Rien n’eft fi aifé que de faire enforte qu’une ferrure ne puiffe pas fe lever , à moins que la porte ne foit ouverte ; un des expédiens des plus aifés , c’eft comme à celle - ci, qu’elle foit tenue par des vis dans l’épaiffeur de la porte, & que l’autre bout de la boîte foit retenu fermement en place contre le bois , par le moyen’:d*un petit reffort défigné près de la lettre A, fig. 14, lequel tiendra à une petite tringle , & celle-ci aboutira aufli entre les deux vis dans l’épaiffeur de la porte : il faudra pouffer ou tirer fon extrémité , pour faire lâcher le reffort quand les deux vis feront levées ; mais aufli alors, fi l’on efl; dans la chambre , & que l’on ait perdu fa combinaifon , il faut brifer la ferrure, ou les gonds, ou la porte même.
- Planche IL N°. X I.
- v Serrure en glace.
- Fig. 16. Cette mèchanique a été exécutée pour remplir le problème Juivant.
- Problème.
- Faire une ferrure à combinaifon pour un cabinet.
- i9- Qu’elle puiffe varier dans plus de 150 mille combinaffbns par - dehors ou par-dedans.
- 2°. Qu’on n’emploie pas de clef, mais un feul pignon.
- 3°* Qu’on voie aifément toute la mèchanique 8c fon jeu.
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- 4°. Qu’elle falTe faillir un pêne de 12 lignes de longueur , & d’autanff de largeur, & de 6 lignes d’épaiffeur.
- f°. Qu’elle foit renfermée dans une boîte de moins de trois pouces d’un feus, de moins de quatre de l’autre , & d’un pouce d’épaiffeur.
- La fig. 16 eft la vue d’une ferrure exécutée d’une dimenfion double de celle ici repréfentée *, de fes fix côtés , trois font en fer , dont deux polis dehors , & tous les trois dorés en-dedans ; les trois autres côtés font en glace ; le pêne eft en fer poli , ainfi que le reifort & le porte - obftacle ; le pignon qui fait mouvoir les pièces mobiles eft un acier bleuffi, & les deux pommes de même , gravées & damafquinées en or de différentes couleurs i les pièces mobiles font exécutées en cuivre doré.
- Le pignon à dent paife fucceffivement d’une des quatre pièces à l’autre, & va ou revient à volonté , en le pouffant ou le tirant ; mais il va toujours par fecoulfes, ayant des étranglemens éloignés à une diftance égale à celle qui fe trouve entre l’engrenement des quatre roues entr’elles , afin que ce pignon arrive jufte dans l’engrenement de chacune ; les reffauts font occafionnés par deux petits refforts qui forment un ovale horizontal , dans lequel feul les parties étranglées du pignon tournent à l’aife : cet ovale eft formé entre la ferrure & le bois de la porte , & ne paraît pas dans la boîte: fa méchanique eft la même qu’aux facs de Cavagnole. Le pêne fe remue par-dedans au moyen du bouton à couliffe , repréfenté en A. Il a fallu, pour que la place de la jonétion de la couliffe au pêne pût être cachée , que cette couliffe débordât un peu la boîte vers B , lorfque
- le pêne eft rentré: ce manque de perfection n’était pas défendu.
- Ce pêne reçoit fon mouvement par le dehors, au moyen d’un bouton en forme d’un gland , qui faillit hors de la porte ; il eft au bout d’une branche plate , placée horizontalement, laquelle a'fon pivot perpendiculairement auprès du point d’attache du gland, prefqu’à fleur du dehors de cette porte ; & l’extrémité de l’autre branche plate entre jufques dans la boîte , entre deux tétiaux ou boutons attachés au pêne , fur lefqttels boutons elle frotte par une roulette qu’elle porte à fon extrémité. Dans le tems que le gland 11e fait qu aller de droite à gauche , l’autre extrémité
- décrit une portion de cercle , dont la corde eft de douze lignes : ce qui
- fait faillir d’autant ce pêne. Ce gland eft au-deffus de la pomme du pignon, laquelle fert de point d’appui pour pouffer avec le pouce la tète du gland, d’un côté pour ouvrir , ou de l’autre pour fermer. Le pêne eft fupporté en-dedans par de petites roues ou roulettes de cuivre , ainfi que par-deffus, pour avoir moins de frottement. Ces roulettes font figurées par les lettres O, O. L’on voit ici le porte-obftacle abaiffé,& ayant fes quatre dents entrées dans les quatre entailles : le pointillé marque la pofition de ce porte-
- obftacle ,
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- MEC HA N I Q ü E S.
- obftacle , lorfque le pêne ferait pouffé un peu plus avant qu’il ne l’efty n’étant repréfenté forti que de 11 lignes. On doit remarquer que l’entaille du pêne n’eft pas vifible , & qu’elle n’eft qu’en - dedans. D eft le reilorc qui releve le porte-obftacle ; ce reffort eft repréfenté preffé & ayant obéi.
- Les quatre pièces mobiles font à vingt dents , ce qui porte le nombre à là quatrième puiffance 16c,000 combinaifons à choffir.
- Il n’v a qu’un feul pignon qui agit ; & pour que fa pomme fe trouvât fur la face de la ferrure , il ne pouvait pas porter vingt dents , & être égal aux pièces mobiles s il n’en a que dix. On voit au bout de la ligne C, un petit reffort compteur, lequel rend un fon à chaque dent de ce pignon mobile , qui paife. Il n’y a rjen dans cette ferrure qui foit attaché ailleurs qu’à la plaque du fond 3 & au moyen des trots côtés de glace, on apperçoit aifément toutes les pièces & leur jeu. La glace de detlus eft percée pour laitfer pafîêr le pignon 3 011 remet la pomme après qu’il eft palfé , & cette pomme eft arrêtée par une vis qui entre dans ce pignon \ les pièces de combinaifons portent à chaque dixaine, ou un petit bouton, ou deux , comme les pièces de la ferrure fig. 9. A chaque fois que ces petits boutons rencontrent l’extrémité d’une des branches du reffort, re~ préfenté fous la lettre E, elles rendent un petit fon argentin & différent de celui de l’autre reffort compteur 3 elles Tonnent un ou deux , pour reconnaître à quelle dixaine.
- La fig. 1.7 eft le plan de la languette qui fait mouvoir le verrou par l’extérieur du cabinet, & qui eft mue par le mouvement du bouton à couliffe du dedans. Au-deflous de À , eft fon pivot dans Fépaiffeur du Lois 3 au-deifous de B , eft le gland qui fe meut de droite à gauches au-defTus de C , eft la roulette qui parcourt l’efpace depuis C , (a) jufqu’à D.
- Dans l’ufage , une femblable méchanique ferait incommode, i°. par la difficulté de paffer le pignon d’une piece mobile à l’autre , fans faire un peu tourner ou déranger une de ces pièces mobiles, lorfqu’on n’aurait pas bien parfaitement & exactement placé ces pièces 3 précifion qu’on ne peut appercevoir par le dehors , que par l’à-plomb à donner à chaque fois aux fignes qui font marqués fur la pomme 3 & 2°. par le foin de ne pas déranger cet à-plomb en allant d*une piece à l’autre , par refl'auts. Au lür-plus, la boîte n’a de hauteur que 2 pouces 9 lignes, & 3 pouces 9 lignes de largeur en-dehors 3 il eft vrai qu’elle a un pouce d’épaiffeur en-dedans. A ce trop d’épaiffeur près , le problème a été rempli avec exa&itude 3 il faut fonger qu’il ne s’agiffait pas de faire du bon marché, ni quelque chofe pour un ufage commun & ordinaire.
- (a) La gravure a repréfenté le gland un peu trop petit.
- Tome XIX,.
- H
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- ESSAI SUR LES COMBINAISONS Planc he IL N°. X I I.
- Contre - platine de fujil.
- La fig. î8 , fur une échelle de 6 lignes pour pouce, eft la vue d’une partie du fufil, où la contre-platine parait ; on y voit quatre pièces circulaires ; les trois au-defTus des lettres A, B, C , préfentent à leurs faces extérieures des plaques gravées comme un cadran de bouffole , dont les 16 aires de vent font marqués différemment fur chacune. On fuppofe que la fleur - de - lis de ces marques eft le Nord. On apperçoit de petits points noirs repréfentant des boutons faillans à chacune , qui font à peu près Eft & Oueft ; ils fervent à faire tourner la piece. En prenant l’à- plomb pour le point de combinaifon, elle ferait ici établie pour ces trois pièces A , Nord-Oueft ; B , Nord; C , Eft. A la piece C, on voit dans fon milieu le quarré d’un pignon , dans lequel entre une vis à tête quarrée de ce bout1, & à vis de l’autre ; c’eft fur ce pignon que font retenues enfembîe le différentes parties de la piece , par le moyen d’un écrou , dans le dedans de la méchanique, qui fe monte fur la vis à tête quarrée. Cette vis à tête quarrée eft repréfentée de grandeur naturelle , en coupe fig. 19, & l’écrou fig. 26. A cette piece C ^ fig. 18, la vis à tête eft fuppofée ôtée; elle doit recouvrir le quarré ici apparent , autour duquel eft entrée la plaque gravée qui porte les marques indicatives. En D , la plaque elle-même eft ôtée; & dans la piece même qui forme la contre - platine , on y voit la marque de l’enfoncement dans lequel la plaque gravée doit fe placer pour revenir à fleur de la furface de cette contre-platine. On peut voir auffi en D, l’ouverture circulaire ( dans cette contre-platine ), ouverture dans laquelle tourne l’axe, duquel l’extrémité quarrée doit recevoir la plaque. On remarque au-deffous de la lettre E, la vue d’un petit bouton coulant, qui étant pouffé à gauche , comme il eft tracé en pointillé, tient ouvert la méchanique, & donne la liberté au chien de la platine de fe mouvoir ; car tant que ce bouton coulant eft encore dans la pofition de E , la partie intérieure de ce bouton , que j’appellerai branche du tenon , laiffe libre le talon d’une bafcule , dont une extrémité tient à un levier qui traverfe la platine , & entre dans le chien , de façon que ce chien ne peut faire aucun mouvement ; l’endroit où le bout de ce levier , ou tenon long , entre dans le chien ( dont partie ici eft repréfentée en pointillé ) , eft à l’endroit marqué F, près de la grande vis qui tient la platine.
- La fig. 20 eft la coupe de la plaque gravée & apparente à l’extérieur d’une des quatre pièces , & qui fait elle - même l’effet d’une aiguille fur
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- MECHANIQUE S. 59
- un cadran. On voit dans le milieu de cette figure, une entaille quarrée par où elle entre fur fon axe.
- La fig. 21 eft la coupe de la piece qui forme la contre-platine, à l’endroit de cette contre - platine qui reçoit la plaque gravée ; on obferve dans le milieu la place circulaire dans laquelle l’axe tourne.
- La fig. 22 eft la coupe de l’axe qui forme la partie la plus intérieure de la piece mobile , & qui porte les crans ; on diftingue les deux entailles, ou rétrécilfement de cet axe, l’une quarrée, l’autre circulaire , d’un côté, & de l’autre côté feulement une entaille quarrée , pour recevoir la plaque qui fert à contenir l’une fur l’autre les deux parties de la piece.
- La fig. 23 eft la coupe de la partie extérieure à l’axe denté , rouleau ou piece mobile intérieure , de même épailfeur que celle intérieure. On voit près de A, marqué en pointillé, l’encoche dans laquelle le tétiau re-préfenté au - delfus eu B , doit entrer toutes les fois que la méchanique fera ouverte , & qu’elle pourra;, être refermée fans toucher aux pièces mobiles.
- La fig. 24 eft la coupe-d’un petit plateau circulaire qui fert à contenir la piece extérieure mobile delfus celle intérieure.
- La fig. 2f eft la coupe de l’écrou , lequel contient le petit plateau intérieur de la piece î & cet écrou fait que la tète de la vis , appuyant contre la plaque gravée, qui eft extérieure, eft contenue dans l’entaille quarrée de l’axe ou effieu, comme celle du dedans , fur l’autre entaille quarrée.
- O11 concevra aifément que , pour faire qu’à ce méchanifme on puilfe établir la combinaifon en-dehors ou en-dedans ; il faudrait à l’intérieur une plaque pareille à celle extérieure à la contre-platine, & la même conftruc-tion des deux bouts à l’axe, afin de porter auflî une plaque gravée apparente j c’eft alors que ce méchanifme s’appliquerait à une porte, comme à un porte-feuille.
- La fig. 26 eft la coupe des fix parties réunies , qui compofent le total de la piece mobile. On voit que le tout eft repréfenté placé fur l’épailfeur de la plaque de contre - platine , & qu’il n’y a que deux lignes d’épaiifeur entre A & B.
- La fig. 27 eft la vue de la bafcule , qui fait avancer ou reculer le tenon affez long , qui , paffant fous la queue ou branche du bouton de culaife du canon, traverfe la platine de fufil au-delfus de fa noix, & va entrer dans le chien de la longueur d’une ligne, & ayant près d’une ligne de diamètre. Quand le bouton à coulilfe ,fig. 18, va de E fur la gauche, la partie intérieure ou branche de ce bouton à coulilfe, que j’appelle queue , à peu près femblable à la partie du cfeffus de la plaque de contre-platine , va pouffer le bout de la bafcule marqué A, fig. 27, & fait reculer
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- ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- cette partie vers l’endroit où eft fa repréfentation en pointillé B , ce qui retire le tenon hors du dedans du chien , & laiffe à ce chien toute liberté , tant qu’on ne ramene pas le bouton de la gauche vers E , fig. ig.
- La fig. 28 eft la repréfentation des entailles qu’il faut faire au bois du fufil, pour recevoir la mcchanique. L’on voit en A , le point où eft attaché un reffort qui obéit quand le tenon eft retiré du chien , par le mouvement du bouton de E, fur la gauche, & qui le fait rentrer dans le chien auffi-tôfc que le bouton à cou lifte eft revenu en E bfig. ig.
- On trouve en B , C, fig. 2g , deux vis qui tiennent la plaque où font les deux montans, dans lefquels porte l’axe delà bafeuîe, qui lait mouvoir le tenon , duquel la tète en charnière paraît près de la lettre D, tenue entre deux branches de la bafcule, où ce tenon eft mobile fur un axe, rivé des deux côtés.
- La fig. 29 eft la repréfentation en vue du dedans de la méchanique , telle qu’elle a été exécutée : on a marqué fur le petit plateau qui contient les parties des pièces, les mêmes/gara à peu près qu’à l’extérieur , aux pièces A & B. On apperçoit au milieu de ces piecés l’écrou à deux entailles , qui ferre & qui contient les parties. E11 C, la plaque qui contient ces deux parties, n’eft pas repréfentée gravée , & l’écrou eft fuppofé ôté.
- A la pieee marquée D, le petit plateau qui contient les deux parties mobiles eft fuppofé enlevé , & l’on voit le plan détaillé de ces deux pièces repréfentées en coupe , fig. 26 , favoir , les 16 crans de la piece intérieure * les quatre petits refforts qui areboutent fur ces crans, & en pointillé fin, les petits rivés qui les attachent à la partie extérieure. O11 remarque dans cette partie extérieure, l’entaille dans laquelle deit entrer le tenon du verrou»
- Nota. Que cette entaille n’eft pas de toute la profondeur de la partie extérieure , pour que cet anneau ou zone extérieure ne puiffe pas s’ouvrir par quelque effort.
- Le porte-obftacle eft repréfente ayant quatre tenons.obftacles pour entrer chacun dans les quatre pièces mobiles , & ce porte-obftacle eft continuelle-înent repouffé en-haut par les deux branches du reffort porté par le petit pied attaché avec les deux vis E.
- Dans les deux courbures que ce porte - obftacle forme entre les pièces A , B , & celles C, D , il porte un renflement de la hauteur des dents ou tenons-obftacles, qui doivent entrer dans les pièces ; & chaque tête , en figure d’oifeau , au bout des branches de la couliffe , embraffe ( chacune par leur tenon marqué comme un œil ) le porte-obftacle par fes deux côtés , ainfi que deffus & deffous , & ils ne viennent à bout de le forcer à fe baiffer que lorfque les tenons-obftacles peuvent entrer dans les pièces mobiles.
- * Pour que ce porte-obftacle ne foitpas dérangé, quand il eft pouffé d’un
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- côté pour ouvrir, ou de l’autre pour fermer , il efl; contenu par fes deux extrémités, entre les tenons F, G, indépendamment de fes deux couliffes repréfentées à côté & au-deffous du trou marqué H , où paffe la grande vis qui tient à la platine.
- On voit en I, la partie {aillante en-dedans de la couliffe, qui forme fou bouton , & qui doit pouffer f extrémité de la languette A , fig. 27, laquelle languette de labafcule fait retirer le tenon long de dedans le chien , lorfque dans la fig. 29 I arrive en L, ou bien fig. 18 î quand de gauche il revient en E.
- On diftingue près de M & N, les deux tenons dans lefquels la couliffe gliffe horizontalement. On remarquera que cette couliffe n’a de coürfe que la diftance dune des pièces mobiles à l’autre , moins l’épaiffeur des branches ou cols qui portent fes deux têtes. En rapprochant un peu davantage la piece B de celle C, on aurait donné plus de courfe à cette couliffe, qui dans une ferrure aurait eu befoin d’une extrémité plus {aillante, pour entrer dans une gâche , & qui alors fe ferait appellée un pêne.
- On appercevra aifément différens moyens de placer des crochets à cette efpece de pêne, pour que ces crochets fervent à la fermeture de tablettes ou porte-feuilles, ou toute autre chofe.
- Planche I L N°. XIII.
- De la conjlruclion générale des pièces mobiles
- La fig. 50 donne le plan de la partie dentée d’une des pièces mobiles,' laquelle étant de métal, peut aifémement avoir 64 dents , comme en A elle a 12 à 13 lignes de diamètre , (Nota. Dans la gravure, les dents font plus minces que l’efpace entr'elles j mais dans la pratique , on doit lest faire égales,) & feulement 32 , Ci elle n’a que 6 à 7 lignes , comme en B; ou bien fi elle eft de bois, & qu’elle n’ait qu’un pouce de diamètre , elle aurait feize dents au moins , comme en C ; elle pourrait en recevoir 24. comme en D j mais à 16 , 17 ou ig lignes de diamètre, elle en aura aifément 32 comme en E.
- Il faut obferver que , 11e s’agiffant point d’un engrenage fucceûif de chacune des dents d’une roue , dans les dents d’une autre ou dans un pignon, l’intervalle entre chaque dent peut être beaucoup plus étroit que chacune de ces dents , & que les quatre dents, ou même trois qu’il fuffit de mettre à la roue qui doit recevoir l’autre, doivent toujours être de fer ou autre-' métal dur.
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- ESSAI SUR LES C 0 AI B1N AIS 0 N S
- F marque une ouverture pour un pignon de trois lignes de diamètre,
- & il peut être jufqu’à près de 4 lignes dans une roue de 6 à 7 lignes , & de 6 à 7 lignes en bois , dans une roue de bois qui aurait 12 lignes & plus de diamètre.
- La fig. 31 repréfente le plan de la partie extérieure d’une des pièces mobiles ; il eft poftible de la conftruire en bois , comme je l’ai exécuté dans la méchanique, dont la defcription eft ci-après; mais elle fera plus folide en métal, elle tiendra bien moins de place, & peut n’avoir que 1 f à 16 lignes de diamètre.
- La partie A. eft de toute l’épailfeur de la roue , & porte dans cette épaifleur une entaille figurée en pointillé près de B, pour y recevoir un tétiau ou point d’arrêt. Les quatre C font les quatre dents de fer ou d’acier qui feront placées après coup , & qui doivent entrer à l’aife dans les intervalles qui leur font préfentés des dents de la piece du centre. Ces trois ou quatre dents d’acier auront toujours un peu moins de faillie que la profondeur des vuides entre les dents de la piece du centre , & feront parfaitement efpacées ; c’eft la feule fujétion bien néceffaire , pour que la méchanique ne foit point fujette à manquer. D eft un rétréciifement ou languette pratiquée dans l’ouverture intérieure de cette partie extérieure de la piece mobile : rétréciifement ou languette qui doit frotter légèrement fur l’endroit uni de la partie du centre , par un feul point qui ferait juftement au - delfous de la lettre E, fig. 33.
- Nota. Il eft nécelfaire que dans l’épailfeur de la partie extérieure de chaque piece qui porte fur la partie intérieure , il y ait le moins de frottement qu’il fe pourra, & il fuffirait même qu’il n’y eût que quatre ou cinq endroits de la circonférence intérieure de la piece extérieure , qui portaient réellement fur la circonférence extérieure de la piece intérieure. Mais pour la conlkucftion générale de ces pièces, il faut y établir une femblable languette, afin que ces pièces puilTent fervir indifféremment pour des méchaniques de la troifieme efpece , où les pièces font auprès l’une de l’autre, ou pour celle de la première efpece , où elles font fur un même axe , ou pour celle compofite , où elles font fur des cylindres différens, mais concentriques.
- O11 obferve,à la fig. 36, que pour les roues l’une derrière l’autre, il faut que les dents de la partie intérieure de la fécondé piece ne trouvent rien qui les gêne lorfqu’elles paffent fur une partie de l’épailfeur de la partie intérieure d’une autre piece. Si l’on ne voulait pas employer ces languettes ou points d’appui, il faudrait donc, comme dans la méchanique préfentée en janvier 1779 à la fociété libre d’émulation , employer entre chaque partie extérieure de chaque piece mobile , un petit cercle
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- fur lequel roulerait cette partie extérieure, & que ces cercles fuflent arrêtés enfemble ; car il faut éviter que les parties extérieures puiffent frotter alfez contre celles intérieures , pour déranger leur pofition,ou du moins la rendre oblique ; ou bien, il faut employer quelques foutiens extérieurs par-deffous ces parties extérieures des pièces mobiles.
- Fig. 32 offre la vue en profil de l’extérieur de la piece mobile.
- On voit à la hauteur de A, l’enfoncement de l’entaille pour un tétiau quarré, d’un peu plus d’une ligne de côté de quarré.
- On remarque en B , l’entaille de toute l’épaiifeur de la roue pour le cas où, au lieu de la faire en tétiau, l’on aurait conftruit le porte-arrêt en languette , & pour devoir entrer dans toute cette largeur : ce qui eft à préférer , dès qu’on emploiera les pièces mobiles fur un même axe, ou fur des cylindres concentriques pour des ferrures qui ne fe ferment que par-dehors.
- Fig. 33 elf la coupe de la partie intérieure , ou du centre de la piece mobile. Le côté A, marqué avec des hachures croifées, doit toujours être de métal, s’il porte plus de 24 dents. Le côté B peut être en bois , fans inconvéniens j & alors, les deux morceaux formant cette partie intérieure d’une piece mobile , feront attachés enfemble par des goupilles figurées en pointillé C, C. D eft l’ouverture où doit palfer l’axe; cette ouverture , quarrée ou o&ogone à quatre grands & quatre petits côtés infcrits , eft plus ou moins large ; elle doit , fur un axe de bois , être au moins de la plus grande dimenfion marquée au centre de la fig. 30.
- La fig* 34 repréfente la coupe de la partie extérieure d’une piece mobile, vue par le dedans j 011 voit au-delfous de A , l’entaille pour l’entrée d’un tétiau quarré.
- A côté de B, eft la figure d’une des trois ou quatre dents marquées C, fig-3^
- On trouve au bout de la ligne C, le rétréciffement ou languette du dedans de cette piece marquée en D ,fig. 31 ; & à cette fig. 34, le pointillé défigne comment le rétrécilfement peut être dans tout le contour intérieur de la piece ; mais fi elle 11’eft pas deftinée à en recevoir une autre appliquée contr’elle , alors il n’y aurait qu’une languette à y laifler du côté où l’on appliquerait la plaque de métal B. Le D offre en coupe , la vue d’une des quatre dents.
- On diftingue à côté de cette figure , près de la lettre E , la coupe en face d’une de ces dents , qu’on fait entrer après coup dans cette partie de la piece.
- La fig. 3f montre la coupe des deux parties de la piece mobile , raf-fçmblées, & cette piece montée fur fon axe. O11 voit près de A , l’une
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- des quatre dents de la partie extérieure placée entre deux des foixante-quatre dents de la partie du centre , & le rétréciifement ou languette de cette partie extérieure , frotter contre la portion, non dentée de la partie du centre B. Les deux C C font la coupe de l’axe. On remarque en D, l’extrémité d’un tétiau applati, qui fe trouve placé entre la piece mobile & un renflement circulaire E, E, de l’axe, de faqon qu’il empêche cet axe d’être poulie en-avant, & par - là empêche le défengrenement des deux parties de la piece. Cette même efpece de tétiau peut aulfi être placée fur l’autre face de la piece mobile , comme elle efl tracée en F, entre deux renflemens de l’axe. Ces divers renflemens feront formés par des viroles arrêtées fur cet axe , de même que la piece mobile ferra arrêtée fur l’axe , au moyen d’une ou de deux petites pointes ou goupilles repré-fentées en G.
- La fig. 36 fait voir les parties des pièces mobiles défengrenées ; les parties intérieures ou du centre de ces pièces font pouflées hors des parties extérieures, & la portion dentée de la partie du centre de la fécondé piece fe trouve fous une portion de la partie extérieure de la première , laquelle partie de la première fe trouve, par le moyen de fa languette , porter & frotter contre la partie du centre ou intérieure.
- O11 obferve la coupe des petits obftacles O, O, O, O, qui maintiennent entr’elles, dans un même lieu, les pièces mobiles: & il faut remarquer comment les dents des pièces du centre ne peuvent , en aucune faqon, frotter contre les quatre dents de la partie extérieure , laquelle eft foutenue par un feul point de contaét de fa languette, fur la partie lifle & non dentée de la partie du centre. On a figuré en B , B, comment chaque piece du centre , après avoir été placée au bout de fon cylindre particulier, y ferait arrêtée par une goupille indiquée par des pointillés.
- Si l’on veut établir ainfi deux pièces mobiles différentes l’une derrière l’autre, il faut pour cette pofition , que ces pièces aient bien près de trois lignes d’épaiffeur; car lorsqu'elles feront feulement placées à côté l’une de l’autre, leur épaiffeur peut être moins de deux lignes , mais toujours d’un peu plus du triple de l’épaiffeur de la portion dentée, afin qu’il relie toujours une portion de -la languette ou rétréciifement lifle de la partie du centre, laquelle puiffe gliffer fur le rétréciifement de la partie extérieure.
- Les pièces mobiles placées l’une fur l’autre , font pour être employées dans la première & la fécondé efpece de ces méchaniques.
- Avec des pièces mobiles faites d’après ces deflins , on poura exécuter une grande variété de méchanifme des trois efpecfcs que j’ai diftinguées.
- Il y a une autre faqon de faire ces mêmes pièces, & où les deux parties qui les formeront , au lieu d’être fupportées l’une par l’autre lors
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- du défengrenement, fe trouveront toujours fupportées par le même axe, & l’engrenage y fera différemment exécuté. Foye^ ci - après , planche lli, fig- 27 & 30.
- Planche III.
- N°. X I V.
- Serrure décorée en carte marine, exécutée pour une porte -cocher c.
- Cette ferrure ejl exécutée fur huit pouces de longueur, quatre pouces trois quarts
- de hauteur , & fur feiçe lignes d’épaijjeur ; la boîte ejl recouverte en cuivre.
- La fig. 1, fur une échelle de fix lignes pour pouce, eft la coupe de cette méchanique vue au-delfous de la cloifon, & de l’épaiffeur de la boîte.
- Les hachures obliques, de gauche à droite , que l’on apperçoit fous la lettre A, indiquent l’épaiffeur du bois de la porte, que l’on a réduit ici à une auflî mince dimenfion qu’elle eft exprimée, afin d’occuper moins de place fur la planche gravée.
- La lettre B marque la feuillure de la porte qui s’ouvre à droite, & fe pouffe en-dedans , pour battre contre le côté dormant qui eft à fa gauche.
- Des trois C, les deux qui font fur le deffus indiquent les vis en. bois qui arrêtent la boîte de la méchanique contre le bois de la porte. Celui qui eft fur le côté, près de B , défigne la place d’une vis à placer dans l’épaiffeur de la feuillure de la porte.
- D montre l’épaiffeur de la noix à dents, montée fur le gros pignon qui agit fur le pêne. Le plan de cette noix, au milieu de laquelle on voit la coupe du pignon moteur, eft marqué de la lettre A ,fig. 2.
- Cette fig. 1 eft le plan de la méchanique, du côté par où elle eft appliquée contre le bois de la porte ; elle paraît ici telle qu’elle eft lorfqu’elle en eft détachée, & que l’on a enlevé une cloifon que l’on peut y placer, pour que cette méchanique foit enfermée lorfqu’elle n’eft pas employée , & comme le font les ferrures dans la boutique des marchands.
- La fig• 3 eft la vue de l’extérieur de la porte.
- La fig. 4 eft l’afpeôt du dehors de la boîte , ou de fa décoration, dans, l’intérieur du lieu où elle eft placée.
- La fig• f montre la coupe de cette même méchanique, fur une ligne perpendiculaire à fa pofition, & paffant vers le centre de fa dimenfion. •.
- On voit ,fig. 1 , l’épaiffeur du pêne , dont l’autre dimenfion eft marquée à la fig. 2, avec fes renflemens B, C, même figure, & fes dents en cré^ maillere D, dans îefquelles engrene la noix à dents de fon gros pignon moteur. . . h
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- La main qui eft attachée à ce pignon, eft placée horizontalement , teïïe que la figure en repréfente ici la moitié, lorfque le pêne a la faillie de fon bifeau ; elle devient perpendiculaire à chaque fois qu’il recule & qu’il rentre , en frappant fur fa gâche, ou lorfque le même pêne eft totalement pouffé dans cette gâche.
- On trouve au-deffous de E t fig. i , le tétiau qui paffe dans la couliffe du pêne, & fur lequel il gliffe j & la même lettre E, fig. 2 , défigne l’écrou qui retient ce pêne en place fur fon tétiau. On remarque , fous le pêne , deux tétiaux ou dents qui doivent gliffer fur les renflemens FF du porte-obftacle ; ces dents font repréfentées à droite defdits renflemens , & fur leur droite on a tracé en pointillé jufqu’où ils peuvent reculer à l’aife lorfqu’il n’y a que le bifeau de faillant , & qu’il vient de frapper fur fa gâche, ou lorfque l’on tourne le pignon pour ouvrir le demi - tour. Sur la gauche de ces tétiaux & des renflemens des porte-obftacles , en a auiïi repréfenté en pointillé, où font tranfportées ces dents quand elles onc pu gliffer par-deffus les renflemens lors de la préfence des ouvertures faites dans les parties extérieures des pièces mobiles, au-deffous des quatre tétiaux obftacîes , qu’on dirtingue fous ce pojrte - obftacle , duquel 011 voit descendre auiïi quatre branches, dont il y a feulement deux marquées de la lettre G ; ces quatre branches pendantes font réunies enfembîe, comme 011 peut l’oblèrver par la traverfe H , endroit de ce plan où l’on fuppofe la piece mobile enlevée pour laiffer voir ce qui eft deffous. Tout ce porte - obiïacle eft foutenu par un reffort dont les deux extrémités font en fourches , repréfentées près de B , fig. f ; elles embraffent la traverfe inférieure du porte-obrtacle , & le forcent à remonter. Ce reffort eft attaché par le milieu fur le tenon L,& arrêté par un écrou qui contient en même tems , la piece fervant à maintenir dans un même lieu les parties extérieures des pièces mobiles.
- On apperçoit à cette fig. 2 , au-deflus de H, la coupe d’un renflement de l’axe de la piece mobile, axe que l’on fuppofe coupé au niveau de la traverfe H.
- La fig. 7 repréfente la coupe de la piece mobile. La lettre A eft la coupe de la traverfe-obftacle H , fig. 2, dans la poiïtion ou elle fe trouve lorfque la coinbinaifon étant établie, les dents du pêne, ayant auiïi commence à glifler fur les renflemens du porte-obftacle , s’arrêteront dans leur courfe, & le tiendront baffle pour donner par ce moyen la liberté au défengrene-ment des deux parties des pièces mobiles-. La partie intérieure de chaque piece pourra alors fe retirer, comme l’indique le pointillé ,fig. 7 ; mais, il faut obferver que le mouvement eft ici marqué trop grand , & plus quo le double de celui qu’elles ont, & dont elles peuvent avoir befoin pour
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- le défengretiemettt, lequel peut Te faire également par le dehors ou par îe dedans ; par-dehors, en tirant à foi les anneaux de clef qui font au bout des axes des pièces mobiles (dont la repréfentation paraît d’un côté, aux fig. 1 & 5 , & de l’autre à la fig. 3 ) ; par - dedans , en poulfant & enfonçant les petits cercles apparens de ces pièces, qu’011 reconnaît fig. 4, & fur lesquels font gravées les étoiles représentant les bouifoles.
- Dans la fig, 2 , les hachures perpendiculaires plus claires, au - delfous & entre chaque piece mobile, représentent une plaque faite pour arrêter & maintenir au même lieu les parties extérieures de ces pièces mobiles, par leur appui contre une rainure qui eft pratiquée en-dehors de la portion de oette partie apparente, marquée par un cercle blanc, fig. 2, & de laquelle rainure la coupe paraît au - deffus de B, fig. 7. Cette piece , pour l’arrêt des parties extérieures des pièces mobiles , eft fixée par trois points ; par celui du milieu qui tient aullî le relfort du porte - obftacle, & par les deux tenons de chaque extrémité, dont à l’une, marquée M, on voit l’écrou qui l’arrête en place. Ce tenon porte à peu près vers le milieu de fa longueur, fig. 2, au-delfus de N, une entaille dans laquelle glilfent les branches pendantes des extrémités du porte - obflacle. Ce tenon eft dé-figné avec Son écrou, fig. 6, près de la lettre C; mais on l’a fuppofé brifé, pour lailfer voir la branche pendante du porte-obftacle, qui empêche le défengrcnement, tant que le tétiau - obftacle n’eft pas entré dans Fouverture de la partie extérieure de la piece mobile. Il fiut obferver que, dans les figures, on a toujours repréfenté un vuide , ou du jeu, entre l’ex-trêmité du tétiau-obftacle , & les pièces mobiles où il doit entrer, quoiqu’il n’y en ait point, & qu’il n’en faille absolument point laifler dans l’exécution ; mais c’eft Seulement pour rendre plus fenfible chaque piece dans le deffin.
- Dans la fig. 3 , les hachures horizontales indiquent le bois de la perte ; & fur celle-ci, les hachures perpendiculaires marquent ce qui tient lieu de ce qu’on appelle la plaque d’entrée aux Serrures ordinaires. Cette plaque d’entrée porte -un rebord, duquel on voit l’élévation dans la coupe, fig. <;, au-delTus de la lettre D ; laquelle élévation renferme les quatre rondelles montées chacune fur l’axe de leurs pièces mobiles. A cette même fig. 3 , les hachures plus noires & perpendiculaires montrent la continuation de la plaque d’entrée Sous les rondelles, & celles-ci font défignées par des hachures horizontales. On y diftingue Soixante - quatre crans, dont il y a moitié qui font, de deux en deux, plus enfoncés que les autres, & qui forment un moindre arrêt, ou une moindre difficulté à forcer pour paiTer fous le cliquet-compteur de chacune; ce cliquet-compteur, ou petit relfort, figuré près de la lettre A, eft établi fous la plaque d’entrée, & y eft attaché ; il
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- joue dans l’épaifTcur du bois de la porte, comme il eft repréfente fig. f* par des traits légers ou pointillés, au-deffous& fur la gauche de D.
- Pour reconnaître au tad la pofition des pièces, les anneaux de clef marquent quatre polirions différentes} on voit que celui au-delfous de A, fig, 3 , placé horizontalement} a un petit bouton faillant fur le milieu de fon canon , ou de l’extrémité de l’axe qui paraît ici élevé vers le cliquet-compteur } & l’autre anneau paraît avoir fon bouton placé vers le bas, ce qui donne la facilité de partager la totalité du cercle en quatre parties ; & chaque partie peut fe divi fer encore en huit plein, & huit demi-plein, ce qui fait les feize crans pour chaque quart de cercle ; de façon que pour compter alors 9 dans les foixante- quatre polirions de chaque piece, celle qu’on aura choifie, il n’y a donc plus d’attention précife à avoir, que pour huit, ou au plus, pour feize crans ; car on peut être convenu d’avance que les plus forts crans feront, ou pour les nombres pairs, ou pour les impairs.
- Indépendamment du fon & du tad, pour faire ufage de la vue, il eft facile d’indiquer clairement à l’œil la différence entre ces foixante - quatre crans , foit par des lettres ou par des chiffres gravés ou peints} & cette indication claire ne peut avoir d’autre inconvénient que celui d’avoir l’attention de ne pas, lorfque l’on ouvre ou que l’on ferme, laiffer quelque indifcret regarder quelle eft la combinaifon choifie. Avec l’ufage ordinaire de ces ferrures, il s’établirait bientôt que, regarder fermer un femblable méchanifme, ferait un grief, au moins, de la même nature que celui de regarder, par-deffus l’épaule de quelqu’un, le contenu d’une lettre qu’il lit*
- C’eft afin d’avoir la facilité de diftinguer au tad & à fouie chacun de ces crans, qu’il faut tenir les cercles les plus grands qu’il eft poflible} & pour cela, on les a fait ici tournans l’un fous l’autre, le premier feul n’étant pas recouvert par un fécond} & parce qu’il faut que chaque partie du plateau circulaire puiffe former alternativement un angle moindre que le droit, ou plus que le droit, avec fon axe refpedif, il eft donc indifpen-fable que, dans le quarré fur lequel le plateau circulaire eft placé fur fon axe, il y ait un jeu relatif à fon obliquité fucceflive avec cet axe.
- On obfervera auffi que, pour le défengrenement, on doit commencer par défengrener la piece qui porte le plateau circulaire, qui n’eft pas recouvert par un autre, & le refte fucceftivement.
- O11 peut remarquer, fig. 2, que, pour donner le jeu du reffort qui tient la faillie du pêne, il eft attaché fur la parois ou cloifon de côté} & dans la fig. f, que l’on n’a repréfenté qu’une partie de l’épailfeur du pêne, pour laiffer voir le jeu de la noix du gros pignon , la coupe de la eouliffe, & celle de la Crémaillère.
- La /g. 6 eft- la repréfentation d’une elpece de clef, pour s’enfermer en»
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- dedans , & ouvrir enfuite j les deux branches A B font faibles vers le point C, & peuvent être preflees & fe relferrer jufqu’où marque le pointillé: alors elles entrent dans les entailles obliques i & cette ckf alors fert à rappeller l’engrenement, après avoir changé la combinaifon. Cette efpece de façon de faire mouvoir les pièces mobiles, eft néceifaire pour les cas où l’on ne veut pas qu’il y ait rien du tout de faillant à la fèrrure, comme à celle-ci, où la plaque du côté du dedans pourrait fervir à imprimer en taille-douce. Cette efpece de clef, au furplus , pourrait très -aifément fe porter au cordon d’une montre, comme un cachet ; on pourrait auffi, par ce même expédient, faire enforte qu’il n’y ait rien de faillant au-de-hors de la porte.
- Pi, AN CME III.
- N°. X V.
- Serrure de M. Regnier.
- C II y a dans cette méchanique trois pièces mobiles. 3
- La fig. 8 eft le plan du dedans de la partie mobile ( voyez au coin & au bas de la planche II l à gauche ) laquelle parait au - dehors par fou autre face repréfentée fig. 9, & dont on trouve la coupe fig. 10. Dans celle-ci, on apperçoit près de la lettre O , le rebord intérieur de cette partie extérieure , lequel rebord entre au-dedans du rebord extérieur B de la piece fixe, dont la coupe eft repréfentée fig. 11 j cette piece fixe eft indiquée ets plan autour des lettres A, fig. 22. Dans ce plan, fig. 22, on remarque, près des lettres B, un petit tétiau à double bifeau , qui eft faillant d’une ligne , & qui obéit au moyen d’un reflort j ce tétiau & ce reffort font vus en coupe ifig. 11 , entre A & B.
- On diftingue, fig. 10, fur l’alignement de O à P, l’indication de vingt-quatre crans qui fe trouvent à l’extrémité du rebord de cette partie fupé-rieure i ces vingt-quatre crans répondans aux vingt-quatre caraéteres tracés fur ce même rebord 5 ces crans font marqués en plan , fig. 8 : au centre de cette figure , on apperçoit le plan de la partie d’un tuyau dont la coupe eft repréfentée fig. 10» au-deifous de E. Ce tuyau, dont le dedans eft travaillé en écrou, fert pour y recevoir la vis , dont la coupe eft fig. 13.
- La fig. 14 eft le plan de la fécondé partie mobile de la même piece , vu par le côté qui embralfe le tuyau E, fig. 10 i & à la fig. 1 ^ , c’eft le plan de cette même partie, vu par le côté de dedans, & dont la coupe eft fig. 16. On peut remarquer,/®'. 15, au-defious de A, l’ouverture repréfentée auffi
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- 7* ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- près de A ,fig. iG, & par où doit pafler le tétiau du porte-obftacle, pour donner la liberté du mouvement.
- La fig, 17 eft la repréfentation du plan des deux parties placées l’un? dans l’autre, & vues en-dedans avec une troifieme. La fig. 18 eft le plan de cette troifieme partie de la même piece ; troifieme partie qui eft mince & plate , percée d’une ouverture en quarré-long , pour entrer fur l’extrémité du tuyau de la première partie, marqué fous E, fig. 10. Le plan repréfente le côté qui fe place contre la partie placée par l’extérieur ; & la fig. 19 eft le plan de cette même piece, vu par le côté du dedans de la chambre ; & les coupes , fur fes deux dimenfions , font défignées aux fig. 20.
- La fig. 1$ eft la coupe de la vis qui doit entrer dans le tuyau de la première partie mobile , & ferrer la troifieme partie; c’eft-à-dire, cette petite plaque mince, fig. 18 & 19, contre la fécondé piece, afin que cette fécondé tourne en même tems que la première piece, lorfque cette fécondé ne fera pas arrêtée par la préfence du tétiau porte-obftacle, dans fou échancrure tracée en A , fig 1 f , de cette fécondé partie.
- La fig. 21 eft la repréfentation de la coupe de tout le méchanifme ci-devant détaillé, & de ce qui fuit.
- On voit, fig. 22, vers le haut, autour de A, le plan de la piece fixe qui eft attachée à une plaque de fond par les deux vis D : à la piece au-delfous , on trouve le même plan de la piece fixe , & la repréfentation de ce qu’on verrait de la fécondé partie mobile , lorfqu’elle y ferait placée avant que d’y mettre celle apparente à l’extérieur, 85 9 & 10. On découvre près de G , l’ouverture pratiquée dans le rebord de cette piece fixe : ouverture par laquelle paraît l’une des vingt-quatre lettres marquées fur le rebord intérieur de la première partie mobile. En F, c’eft la repréfentation du plan du bouton ou pommelle , qui fait mouvoir le pignon du pêne.
- La fig. 23 eft le dedans de la plaque de fond. On apperqoit près de D , le plan du pignon quarré, autour duquel paife une virole portant une dent ou penneton F, qui doit appuyer fur la tête du porte - obftacle, qui fera alors entrer fes tétiaux dans l’échancrure des pièces mobiles.
- E eft la repréfentation du reifort qui foutient la tête du porte - obftacle j cette tête eft marquée A, & vue en coupe de profil, fig. 24.
- Ici,fig. 29 , & près de la lettre A , on rencontre l’ouverture de la plaque dans laquelle on doit placer la piece mobile. Près de B, l’on diftingue la première & la fécondé partie de la piece mobile , qui font placées. On apperqoit en C, que la petite plaque, troifieme partie, y eft auffi placée, ainfi que la quatrième, qui eft la vis qui recouvre l’ouverture du centre de la troifieme partie; & cette vis réunit les pièces, pour qu’elies fuivent un même mouvement. Auprès de chacune de ces trois pièces, on remarque leur
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- petit reffort qui porte le tétiau à double bifeau, fervant à compter les crans qui correfpondent aux vingt-quatre marques de la première partie. Il y a au creux du cran qui correfpond à la lettre A, beaucoup plus de profondeur ( voyez fig. 8 , au - deflbus de A ) : ce qui donne un fon plus fort, & fait éprouver auffi une fecouffe^plus marquée à la main ; de façon que ce méchanifme réunit effectivement trois moyens de perceptions , la vue, J’ouie & le taét. Les deux derniers font très-faciles & très-diftin&s ; le premier eft très - incommode , & exige beaucoup de clarté & la vue fort bonne j & il me femble que l’auteur a eu le projet de procurer cette difficulté , & à tort l’a-t-il cru utile j mais rien ne lui eût été fi aifé que de faire paraître fes marques très-vifiblement à l’extérieur, ce qu’il eft néceffàire de faire à toutes ce s efpeces de méchaniques. Les pointillés I marquent l’emplacement des deux paffans qui contiennent le porte-obftacle.
- La figure 24 eft la coupe du porte - obftacle avec fes petits tétiaux-objft tacles B, C , D.
- La fig. 2s eft-le-plaa de ce porte-obftacle, vu du côté du dedans, par où il porte fur les axes de fes pièces mobiles ; on apperçoit que ces tétiaux-obftacles fe trouvent avoir été placés plus d’un côté que de l’autre , pour qu’ils fe trouvent fur le rivet du tétiau - compteur , fur la ligne pointillés G, H y fig. 23 3 & remaille faite dans le milieu des tétiaux-obftacles B , C, D , vus fig. 24 , eft pour laiffer du recul au compteur lorfque l’obftacle eft à moitié du paffage, mais de façon que le reffort du compteur ne pourrait pas reculer affez pour laiffer changer la pofttion des parties mobiles , lorf. qu’on voudrait tâtonner & changer cette pofition , fans avoir établi fa com-binaifon : fujétion , dans ce méchanifme, trop difficile à faffir dans fon exécution.
- Le même pignon mu par la pommelle ou main F, fig. 22, & qui, par fon quarré près de D, fig. 23 , fait mouvoir le cran ou penneton F, fe trouve ( par la continuation de fon quarré ) entrer dans l’ouverture de même forme de ce pignon , renfermée dans la boîte qui repréfente une ferrure , & dans laquelle 011 l’apperçoit fous la même lettre F, fig. 26.
- Cette fig. 26 eft le plan de ce qui s’appelle ordinairement la boîte de la ferrure, parce qu'ordinairement elle renferme tout ce qui appartient à la ferrure*, mais ici, l’on voit que la combinaifon qui tient lieu des clefs, des gardes & garnitures , eft placée hors de cette boîte , qui n’eft plus que l’étui ( affez inutile ) d’un pêne ou verrou. O11 trouve dans cette vue-ci trois plans : le premier eft la coupe du pignon , qui va porter fon extrémité percée en quarré, à travers de l’épaiffeur du bois de la porte, pour y recevoir la broche quarrée du pignon, laquelle tient à la pommelle F ,-fig. 22,. par .où s en-dehors de cette porte, on fait mouvoir le pêne. Sous ce pre~
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- ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- mier plan , on en a repréfenté un fécond renfermé entre des pointillés de ce qui s’appelle la cloifon.de la ferrure j elle eft marquée comme tranf-parente, afin de laifler voir les dents ou, pennetons du pignon; ces dents font faites comme les pennetons d’une clef. On voit qu’il y a deux de ces dents ou pennetons ; celui repréfenté perpendiculaire au - deifus de A eft à deux rebords, parce que, de même que les pennetons ordinaires des clefs, il fert également par fes deux côtés , contre des tétiaux ou dents de crémaillère du pêne. L’autre penneton , repréfenté près de la lettre B , n’a qu’un rebord, parce qu’il ne doit faire effet que contre une feule dent pour ouvrir le demi-tour. On remarque au-deffus de C, le tétiau que poufferait vers D le penneton perpendiculaire , jufqu’au - deffus de ce point D , pour fermer ce qu’avec une clef à l’ordinaire on appelle le double, tour, c’eft-à-dire , un fécond tour : dénomination de fécond ou double tour, donnée parce que cette clef, ou pignon , n’ayant alors qu’un feul penneton , eft obligée de faire tout un tour aprq^ fon premier mouvement, appellé le demi - tour. Lorfque le verrou eft pouffé à ce double tour, le tétiau du pêne, qui eft ici repréfenté au-deffus de E, fe trouve alors avoir paffé de l’autre côté de la figure d’une fléché , pofée dans le deflîn entre A & E ; & l’on voit fur l’alignement, en allant du centre du pignon fous F , à la lettre D, un pointillé qui marque où le penneton à deux rebords doit arriver j on dif-tingue auffi qu’il aura à parcourir environ vingt degrés de fon cercle , pour revenir faire effort fur le tétiau, qui fera alors au - deffus de A, entre cet A & la fléché ; & de même le penneton qui n’a qu’un rebord , ici repréfenté en B, aura environ cinquante - cinq degrés à parcourir avant de pouvoir faire effet fur fon tétiau , qui fera revenu à la pofîtion C. Il aurait donc fallu que les deux tétiaux fuffent exactement à un éloignement égal à la largeur qui fe trouve entre l’extrémité des deux rebords du penneton , & que l’autre penneton fe trouvât ne former avec celui - ci qu’un angle d’environ quarante-cinq degrés. Il réfulte de ces deux défauts de conftru&ion un ballottement, un ferraillement, & du mouvement très - inutile & défa-gréable.
- Il faut remarquer encore, que tout ce qui fert à donner au pignon la puiffance de faire ou ne pas faire de mouvement pour arrêter le pêne, lui eft communiqué par la combinaifon établie fur une partie méchanique attachée hors de la boite par le moyen de deux vis ; laquelle méchanique , telle qu’elle eft exécutée, s’applique fur une ouverture qui entame le bois de toute la grandeur de ce méchanifme : mais ce défaut ne lui eft pas inhérent j il n’eft que dans les proportions données aux pièces, ou du moins à leurs parties qui dorment tuyaux ou cylindres. Au refte on reconnaît, dans toute la conftrudtion de ce méchanifme, & dans chaque partie, que
- l’auteur
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- MECHANIQÜES.
- fauteur a parfaitement compris les demandes du programme , & il les a remplies feulement avec le manque de perfection , ayant employé un frottement fimple , au lieu d’un défengrenement; & s’il n’a fait, de fa mécha-nique de combinaifon , qu’une ferrure d’armoire, comme on le trouvait bon, c’eft parce qu’il a placé l’obftacle fur fes pivots, au lieu de le placer fur l’épaiifeur de ces pièces mobiles : mais il n’en a pas moins réuni trois moyens, la vue, l’ouie & le tacft. Son méchanifme n’eft ni cher ni compliqué ; il eft très-facile à exécuter & à placer dans une boîte de ferrure; on en verra l’emploi perfectionné, à la plancha IV ,/g. 9 & fuiv. & à la planche V, fig. 8 & fuiv.
- Planche III.
- N®. XVI.
- Conjlruction des pièces mobiles cCun compteur & d'une four dîne,
- La fig. 27, dans fa partie fupérieure, montre le dedans ou l’intérieur de îa partie d’une de ces pièces, laquelle peut être garnie d’autant de dents qu’il y aura de divifions extérieures. Si cette piece eft de métal, les dents peuvent être exactement à fa circonférence, pour avoir la facilité d’en multiplier le nombre, & placées comme 011 en voit la repréfentation près de A; fi la piece n’eft point de métal, les dents au moins doivent en être lorf-qu’elle ferait de peu de dimenfion ; & ces dents alors feront placées plus à l’intérieur, & comme il eft repréfenté en B. On apperçoit que le centre eft percé en quarré, dans lequel doit giiifer l’axe, parce que cette piece doit toujours tourner avec l’axe commun.
- La même /%. 27, dans fa partie inférieure, repréfente le côté extérieur à cette partie de la piece. On voit la repréfentation d’autant de crans fut cet extérieur, qu’il y aura dans cette piece de polirions à choifir. Les cercles au-defliisde D marquent l’épaiffeur d’un rebord dans cette piece; ce rebord , creufé dans la profondeur indiquée par la coupe, fig. 28 , au-delfus de I, fera connaître la forme de ce rebord & de fon ufage.
- La fig. 29 eft le développement d’une portion de la face de répaifTeut cle la circonférence de cette partie de la piece mobile, fuppofée de métal, & qui porte à cette circonférence, fur un de fes côtés, des dents A* pour entrer dans l’autre piece; & à Ion autre côté, on trouve à l’extérieur la repréfentation des crans B, pour compter fes mouvemens.
- La fig. 30 offre le plan de l’autre partie mobile de cette partie à frottement fimple fur l’axe qui tourne avec lui néceflairement iorfque l’engrenage a lieu, mais qui laifle tourner l’axe fans elle Iorfque le tétiau-ebftacle eft entré dans fa mortaife, comme il eft repréfenté à la fig. 3 r entre Tome XIX. K
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- A & le B, qui eft dans les hachures , & après le défengrenement ; de fa cor* que ce frottement fimple n’a pas l’ineonvénient qu’il aurait s’il n’y avait pas un engrencment. On voit ici, fig. 30, en A, les enfoncemens où doivent entrer les dents fur fa circonférence extérieure; & en B, où ils doivent être pratiqués, fi ces dents font plus vers le centre. Les hachures obliques de gauche à droite marquent la partie de la pieee qui doit toucher à fon autre partie, (le haut de la fig. 27) quand Pengrenement eft formé.
- Les hachures horizontales F dénotent l’enfoncement à pratiquer de ce côté , dans cette partie de la piece mobile, pour qu’elle reçoive un rendement de l’axe ( repréfenté fous F, fi g-2% & 31 ) qui ferve à l’arrêter da ce côté. Dans cette même fig. 30 , la partie inférieure repréfente le côté de cette, même partie de la piece, lequel regarde le palâtre de la ferrure' ou plaque du côté de la chambre ; & ces mêmes cercles E marquent une épaiffeur ou renflement de plus à cette rondelle, vers le centre de la piece, au - delà duquel renflement d’épaifleur cette partie de la piece mobile '( pour qu’elle refte toujours fur le même lieu de l’axe ou pignon ) eft arrêtée, comme il eft marqué par une pointe ou cheville défi'gnée par un double trait, fig. 31.
- Cette fig. 31 montre la coupe de cette même partie de la piece mobile. On apperçoit au - deifous de l’un des B, par des hachures croifées, la place où devrait être entré le tétiau - obftacle, les deux parties de la piece étant ici repréfentées défengrenées ; mais ce tétiau a été marqué au-deflous du lieu où il devrait être depuis la piece jufqu’à A, pour le mieux diftin* guer. Ou voit que, lorfque la piece aura avancé pour fe rengrener , elle fera fur le pointillé près de l’autre B, lequel pointillé indiquera l’autre partie, cette partie qui porte les dents , & que l’on a repréfentée plus éloignée , pour éviter la confufion. Celle 31, ayant alors gliffé contre le tétiau A, duquel la moitié ( de fon étendue fur Pépaifleur de la partie de la piece ) refterà encore dans l’entaille, L’axe fe fait fentir ici par des hachures de droite à gauche; on y remarque la coupe de fon renflement, qui entre dans l’enfoncement de la partie de la piece ; renflement auffi repréfenté en F ,fig. 2S. Ici,Ag- 215 011 v°it en C la coupe de PépaiffiiTement donné à cette même partie de la piece; épaifiiflement dont le plan eft marqué en E , fig. 30.
- On trouve encore, dans cette fig. 31 , au-deffous de la lettre G, la coupe de la traverfe (marquée de hachures de droite à gauche) qui contient Pen-grenement des deux parties de la piece mobile, laquelle traverfe doit s’a-baifler pour defeendre jufqu’à porter fur l’axe & contre le renflement, lorfque cet axe, après avoir été pouffé en-avant de Pépaifleur de ce renflement, le tétiau - obftacle (qui entre dans la piece à la place marquée A) pourra en fortir & reprendre la pofition où il eft ici repréfenté près de A. Qn a
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- M EC H A N I O UES.
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- défîgné par un double trait la place d’une goupille qui traverfe i’axe {ans prefque le déborder, & qui, ferrant cette partie de piece contre le rendement de l’axe, la force à ne point changer de lieu fur cet axe. On diftin-gue près de E l’enfoncement où entreraient les dents en tétiau C ,fîg. 28 » fi elles ne font pas placées fur la circonférence ; car alors leur place ferait dans l’entaille près de B, Jig. 31. On a repréfenté l’axe comme rompu à l’endroit de fa partie renflée qui entre dans l’autre partie de la piece ,fig. 3 I » où cet endroit eft marqué d’un trait brifé, près de D.
- La fig. 28 eft la coupe de la partie de la piece qui porte les dents, de l’une ou de l’autre façon. On voit, près de la lettre G, la coupe d’un des crans, marqué aufîï par des hachures horizontales, au-deflous de la lettre H, fur la gauche. Au-deffous du n°. 28s on rencontre le tétiau à double bifeau, porté au bout d’un balancier vertical, ici vu brifé, près de L, lequel balancier eft toujours pouffé par un reflort, pour aller s’appuyer au fond du cran défigné par les hachures horizontales. Ce tétiau - compteur eft ici repréfenté au moment où il ferait arrêté fur l’extrémité faillante de l’un des crans, & par conféquent, au point où il fe trouve être reculé de fa pofition naturelle, de toute l’étendue de la profondeur de ce cran.
- On remarque au-deffous du n°. 28, la forme d’une charnière, d’où fort une branche horizontale M, laquelle ( ayant de longueur toute l’épaif-feur du bois de la porte ) faillira en - dehors d’autant d’étendue que le tétiau en bifeau ou compteur reculera au paflage de chacun des crans j ce qui donnera au tacft un fécond fentiment diftinét & bien plus fenfible que celui de la réfiftance qu’on fentira à faire remuer ce reflort, en tournant la piece ; & ce fécond fentiment aura lieu , fans diminuer le premier. L’autre bout de la bafcule fera exactement le même effet au-dedans de l’appartement. On trouve , près de I, la coupe d’un rebord qui doit porter cette partie de piece,pour pouvoir être aflujettie à ne pas changer de lieu dans la boîte de ferrure, mais qui pourra laifler glifler fous elle fon axe quarré, dans le tems qu’il fe meut, pour défengrener ou rengrener. On a tracé en pointillé la figure des deux petits crochets I,qui doivent entrer fous ce rebord î c es crochets doivent être attachés à la cloifon de fond, où feront auffi attachés les balanciers qui portent à leurs extrémités les deux poinçons à charnière, qui fàillifîent à chaque fois que le bifeau qui eft à l’un des bouts du balancier change de cran. Mais ces crochets ne devront & ne pourront être arrêtés dans leur pofition, pour entrer dans la coulifle formée par le rebord I de la piece, que par le dehors de cette cloifon de fond.
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- 7^ ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- Planche III,
- N°. XVII,
- Serrure renverfèe, à compteur & à four dîne.
- Les fig. 32, 33 , 34 font différentes repréfentations d’une ferrure com-pofée avec les efpeces de pièces détaillées fig. 27 & fuiv. auxquelles on voit que le compteur de M. Regnier à été adapté } mais on s’appercevra qm’on y a ajouté les deux poinçons faillans enfemble & dans un même tems au-dehors des deux côtés. On y voit auffi, pour le cas où l’on voudrait changer la combinaifon très - fecrétement, fans bruit, & feulement à la vue, comment cela fe peut faire au moyen d’une fourdine qui fufpendra à volonté l’effet du compteur, & qui l’arrêtera dans la poûtion où il eft marqué,/^. 2.8, lettre H, pendant tout le tems que la piece pourra alors tourner fans bruit, & fans qu’on éprouve aucune fécondé par le taél.
- La fg. 32, fur une échelle de la moitié de celle des pièces , fig. 27 & fuiv. eft la repréfentation de la cîoifon ou plaque de fond, qui appuie contre le bois de la porte. On diftingue aux quatre coins, les ouvertures par où paffent les quatre vis à tète, qui attachent la plaque d’entrée au-dehors de la porte qu’elles traverfent, ainfi que la boîte de ferrure, & qui font arrêtées par quatre écrous indiqués fur cette boîte, au-dedans de la chambre, correlpondant à leurs quatre tètes marquées A ,fig. 33 } & la plaque du dedans peut être entièrement femblable à celle du dehors.
- Dans cette fg. 32, près de la lettre B, l’on apperçoit l’ouverture de la plaque dans laquelle tourne la virole, dont le centre eft quarré, pour recevoir le pivot ou axe de l’une des pièces mobiles. On voit auprès de cette virole, & de l’autre côté de B, L’indication d’un tenon rivé à cette plaque, fait pour porter la bafcule du compteur, laquelle bafcule eft défignée même fgure, près de la lettre C. On trouve à cette bafcule, la goupille qui tra-verfe le tenon, laquelle goupille eft le point fur lequel la même bafcule porte. O11 voit près de la lettre D, le bout de la branche de cette bafcule s’étendant en forme d’un T. Ce bout de branche, vers D , porte le tétiau taillé en double bifeau, qui fuçcelBvemenc entre au fond de toutes les profondeurs qui forment des crans au côté de la partie des pièces mobiles, qui regarde cette plaque ou cloifon de fonds l’autre bout du T marque, au-deflous de E, la charnière repréfentée à gauche de H, fg. 28» tenant le poinçon qui pénétré le bois de la porte pour faillir en-dehors. On apperçoit encore, à l’autre extrémité de cette bafcule, au-defious du point F, un bout de traverfe, dont l’extrémité (au-deffous de celle qui
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- MEC HA NIQUES. 77
- porte la charnière défignée fous E) porte auffi une fembîable charnière qui tient un autre poinçon lequel traverfe la boite de la ferrure, & va faillir du côté de la chambre. Cette même bafcule , vue de l’autre fens, elt repréfentée dans la fig. 341 on y rencontre, au-deifous de A, le poinçon qui traverfe le bois de la porte, & qui va faillir au travers de la plaque d’entrée vers un point noir, à chaque cran où le tétiau en bifeau fait îon mouvement. Les pointillés que Ton peut remarquer, depuis l’endroit où eft repréfentée la charnière , veulent indiquer la position du reifort qui, prenant continuellement fur cette branche de la bafcule, la fait appuyer Ion tétiau en bilèau fur le fond des crans avec quelque force aulfi-tôt que cela fe peut. On obferve , près de B , un point noir, vers lequel le poinçon établi à charnière au bas inférieur de la bafcule, eft pouifé toutes les fois que le poinçon fupérieur eft auffi pouffé vers l’autre point noir. Il faut remarquer la continuation en - bas de cette branche inférieure de la bafcule, laquelle defcend à peu près à la hauteur où palfe la lame en cou-lilie N , qui tient aux deux boutons du pêne, l’un defquels boutons ferfc en-dedans, l’autre, en-dehors ; & derrière cette continuation de la branche inférieure de la bafcule, on peut voir un montant qui, partant d’au -dcffus de la lettre C, au niveau deM, s’élève au - deflùs de la hauteur de la lame en couliiie N, N, qui tient les deux boutons. Ce même montant, vu de face, eft repré le 11 té fig. 32,. fous la lettre I, & partant d’une traverfe L , L, qui eft fupportée par deux tenons rivés à la plaque de fond. Ces tenons entrant dans cette traverfe L, L, y forment une coulifle où la même traverfe, étant mue par le dehors D ^fig. $4, ou par le dedans M, gliffe également. L’autre montant de cette traverfe L,L , fig. 32, eft déligné fous une autre lettre I, & les têtes de ces deux montans font jointes par une autre traverfe repréfentée aufh en hachure de gauche à droite, fig. 32, & prefque de niveau avec la lame porte - obftacle, dont partie eft vue en pointillé j & c’eft cette fécondé traverfe, allant d’un montant à l’autre, qui eft cette partie de la piece faifant fourdine, qui pouffe en-avant la continuation ou prolongement des bafcules, & par conféqusnt, qui empêche l’engrenement du tétiau - compteur, & qui fait donc une fourdine , lorfqus eette couliffe, portée fur les tenons à couliife L, L, étant pouflée vers le point M, fig. 34, la traverfe qui joint les deux branches. I, avançant contre les prolongations des branches inférieures de la bafcule, fait faillir alors des deux côtés les poinçons5 & tant que ces poinçons reftent ainft faillans , le tétiau à double bifeau 11e porte plus contre les crans de la piece mobile. Pour faire gliffer le point M du côté du dedans delà chambre, & établir ainfï la fourdine, il faut, en-dehors de la chambre, appuyer fur le plateau circulaire défigné fig. 33, près de la lettre D, lequel s’enfonce, mais qui
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- ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- ne Te tient pas de lui - même dans cette pofition enfoncée, étant continuellement repoulfé à fa place par un reifort attaché au - dedans de la plaque d’entrée, & repréfenté dans la coupe, fig. 34, entre les lettres D & E. Ce petit cercle extérieur D, fig. 33 , étant poulie, le coude de la branche qui tient à la coulilfe, fupporté fur les tenons L, L, fig. 32, & en C ,fig. 34, avance alors vers le dedans de la chambre, & l’autre extrémité, qui porte un petit bouton ou anneau en-dehors de la boîte, & au - delfous du coulant du pêne, lettre M, devient {aillante autant que le petit plateau D fe trouve enfoncé , de façon qu’en tirant ce petit anneau par le dedans de la chambre , on établit également la fourdine. Nota. Ce que la gravure a voulu repréfenter par les traits au - delîous de la fourdine ( qui agit dans i'e milieu de la dimenfion de la face de méchanique), c’eft la figure d’une des vis à tête quarrée d’un bout & à écrou de l’autre, qui par fes quatre coins attache la méchanique à la porte.
- La fig. 33 elt dans la proportion que doit avoir la plaque extérieure, relativement à celle du dedans de la chambre, & elle eft également la re-préfentation du palâtre intérieur, ou côté apparent de la boîte à l’intérieur de la chambre, mais qui ne doit avoir de dimenfion que celle de la boîte, au lieu qu’on en donne davantage à celle extérieure, pour rendre les objets des cadrans plus fenfibles du côté où l’on peut n’avoir pas la facilité de voir aufli clair, & pour mieux renfermer les têtes quarrées des vis à écrou.
- On y trouve, auprès & à hauteur de D , la repréfentation de fanneau pour tirer la coulilfe qui fait fourdine ; *& de même on voit la figure du plateau circulaire, qu’il faut par le dehors pouffer en-dedans, quand on eft en-dehors de la porte. Cette même figure repréfente le bouton à cou-lilfe du pêne, de laquelle coulilfe l’extrémité B fe retire jufqu’au pointillé, prefque au-delfus de D , à chaque fois que le demi-tour obéit fur fa gâche pour la fermeture de la porte ; & cette extrémité B de la coulilfe eft portée enCjlorfque la combinaifon étant établie, & que les dents ou renfle-mens du pêne ont pu palfer fous les dents ou renflemens du porte-obftacle, les tétiaux-obftacles feront entrés dans les ouvertures des pièces mobiles, & que le pêne tout entier arrive dans fa gâche.
- Dans cette fig. 33, qui montre l’égalité de décoration pour le dedans & le dehors de la porte, on a tracé, près de E, une aiguille forte & folide, qui fert à faire tourner la piece mobile 3 & en F, on voit comment elle peut être mue plus aifément, au moyen d’une boucle qui ferait charnière avec cette aiguille, mais l’aiguille reftant toujours parallèle à la plaque. O11 voit à la fig. 34, cette boucle repréfeutée en coupe , lettre F, & le pointillé marque où elle fe tient quand le défengrenement n’eft point opéré , & alors l’aiguille de l’autre bout de l’axe, marquée G, fe trouve toucher
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- à la figure du cadran, où font les vingt-quatre dimenfions indiquées.
- On obferve, fig. 32 , près de N, l’emplacement du reflort qui a Ton pareil à l’autre bout, pour rappeller continuellement le porte-obftacle à def-cendre & à fortir hors des pièces mobiles, & à fe rapprocher du pêne. O11 n’a marqué entièrement la figure des branches du porte - obftacle , qui empêchent le défengrenement, que pour une des pièces ; le relie n’eft déligné qu’en pointillé. Une plus ample defcription de la figure 11e peut être né-celfaire après toutes celles qui ont précédé pour ces efpeces de méchanifmes.
- Nota. Cette ferrure eft ici repréfentée dans la pofition où tout ferruricr dira qu’elle efl renverfée , & ce ferait une faute contre les llatuts & les obligations de leur maîtrife, que de placer ainfl une ferrure , ayant fon pêne dans la partie balle de la ferrure. L’ufage s’eft établi d’appelier une clef renverfée, lorfque l’on en tient le penneton élevé 5 & comme il faut que ce penneton ait pâlie par les cloifons , gardes & garnitures qui correfpondent aux ouvertures qui.y font faites, avant que d’arriver à ce qu’on appelle le grand reifort que le penneton doit faire reculer pour pouvoir agir fur le tétiau du pêne & le pouffer, il faut que ce pêne foit au-deiTus de l’entrée de la clef, & que cette clef 11e foit pas renverfée. (a) Il elt auffi de convention , que, par le dehors d’une porte, il faut tourner la clef de gauche à droite pour entrer, & de droite à gauche pour fermer} & cela fuppofe que la porte eft le plus fouvent montée pour fe pouffer fur la droite de la chambre où l’on entre : quant aux portes qui s’ouvrent fur la gauche, on a foin de demander des ferrures à gauche, au lieu d’employer les mêmes ferrures que pour les autres portes , parce que fi on les y employait, il faudrait qu’alors le pêne fe trouvât au-deffous de l’entrée de la clef, & il faudrait auflî que cette clef fe préfentât renverfée pour y entrer : mais avec les ferrures à combinaifons , il y aura cette difficulté de moins ; car la méchanique de combinaifons peut être au-deffus comme au-deffous du pêne, fans aller contre aucun ftatut des maîtres ferruriers.
- (a') La bonne raifon pour éviter de fe pourraient y relier & nuire à la méchanique fervir de ferrures renverfées, c’eft qu’il fe- ce qui fe ferait plus difficilement, fi les garnit plus facile à des gens mal-faifans où à des étaient placées au-deffus de l’ouverture, des poliffons , d’y jeter des ordures ipui pour le paffage de la clef.
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- 8o ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- Planche IV.
- N°. XVIII.
- Serrure de Üefpece compofite.
- La fig. i ( a ) fur la ligne A B C D de la fig. 2, eft la coupe horizontale de la méchanique, & du bois de la porte à laquelle elle ferait attachée. On voit en A, fig. 1, la coupe du pignon qui fait mouvoir le pêne; il fort de ce pignon trois pennetons, i°. celui perpendiculaire, en-haut, qui va faire mouvoir le pêne, & qui n’eft pas ici défigné ; 20. celui prelque perpendiculaire, en-deffous, qui va abaiifer l’obftacle au défengrenement, & qui non plus n’eft pas ici repréfenté; 30. celui horizontal, qui va pouffer le porte-obftacle contre les pièces mobiles , pour faire entrer dans leurs entailles fes tétiaux ou fes obftacles , lorfque toutes les entailles fe trouvent vis-à-vis d’eux. Ce penneton eft indiqué à la lettre B, & fon extrémité va jufqu’au pointillé C... Cette lettre C eft placée fur le plan du haut de la piece porte-obftacle, qu’on a repréfentée ici fous le C, en plan horizontal , quoique cet endroit de ladite piece fe trouve plus haut que la ligne de coupe C D de la fig. 1,
- O11 remarque les cinq dents ou tétiaux de cette piece - obftable, qui ont de longueur, i°. l’étendue dont ils doivent pénétrer dans les parties des pièces mobiles où font les entailles ; & de plus , 20. un peu plus que l’étendue ou faillie des dents de ces mêmes parties de pièces qui engrenent dans les roues qu’on met en mouvement par le dedans de la chambre, afin que les dents de ces parties extérieures aux pièces mobiles ne puilfent pas être accrochées par le co.rps du porte - obftacle.
- On diftingue les parties des cinq pièces mobiles, marquées 1,2, 3,4, f, {b) qui par leur circonférence intérieure s’engrenent chacune avec leurs parties intérieures. Du côté où font les chiffres, le défengrenement eft figuré de l’autre côté où l’engrenement eft formé, les hachures croifées indiquent les dents des unes & des autres, paffées l’une dans l’autre : on voit que chacune des ces parties intérieures eft attachée à l’extrémité de différens cylindres ; que celle numéroté 1 répond au cylindre quia le plus grand diamètre, & dont l’autre extrémité en-dehors de la porte foutient le cercle extérieur, aufîi numéroté 1 , & ainli de fuite : la cinquième piece correfpond avec le cercle intérieur numéroté On trouve l’efpace F vuide, entre le pre-
- (a ) La fig- 1 aurait dû être gravée en parties des pièces mobiles, avec des ha-retournant le defîin, comme le relie. chures d’un même Cens, du côté du pignon
- {b) Le graveur aurait dû marquer les dupêi*e, ou de l’autre.
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- mier plateau circulaire & l’enfoncement pratiqué dans le bois de la porte, lî l’on n’a pas voulu établir une plaque avec fes rebords en-dehors de la porte baillante, de toute l’épaiiTeur des cinq plateaux, & de celle de la diftance néceflaire pour le défengrenement, le tout égal à la diftance entre F & G.
- Dans cette même figure, du côté où eft reprefenté le moment où l’on a défengrené, on a marqué aux cinq plateaux circulaires, comment peut être établie leur jonction avec leur cylindre, par deux angles I, K , au lieu d’uu feul de 90 degrés i ces cinq plateaux paraitfent ici reculés au fond de l’entaille faite au bois de la porte ; ils ont poulie avec eux leurs cylindres, & ceux-ci, la partie intérieureà dent de chaque piece mobile qui y eft rendue adhérente. Chacune de leurs dents font ici clans Pefpace vuide des parties extérieures, 8c l’on remarque comment i’011 peut alors changer la combi-nailon en faifant tourner comme on voudra les parties intérieures des pièces mobiles , par le moyen de leurs cylindres ou cercles concentriques.
- Ce qui fait que l’on peut opérer le défengrenement, c’eft que le bout de la piece H, qui eft marquée ici entre un rendement repréfenté en hachures croifées , attaché après coup à l’axe , ce bout, dis - je , qui paraît entre ce renflement & la plaque de la boîte de la ferrure , quand il a été baille par le moyeu de reflet d’un des pennetons de l’axe du pêne , permet alors feulement de pouffer le bouton L de l’axe des cylindres, ou bien de tirer à foi l’anneau Mi ainlî le renflement peut, feulement par cette opération, approcher du parois apparent de la boîte , du côté du dedans de la chambre.
- Je ne peux pas concevoir de moyen fimple & facile pour faire mouvoir la partie intérieure de la piece mobile par le côté du dedans de la chambre; il y aurait peut-être un moyen qu’011 pourrait appeller fimple , mais qui n’eft pas facile ; ce ferait d’ôter toutes les parties extérieures & d’arranger alors autrement celles intérieures, puis de remettre ces parties extérieures. Pour parvenir donc, par le méchanifme que j’ai appelle de la deuxieme efpece , à pouvoir faire une ferrure de chambre & d’appartement, avec laquelle 011 puilfe s’enfermer en-dedans & ouvrir, je fuis forcé d’y joindre un autre méchanifme , & j’emploie ici celui de la troifieme efpece , qui fait le refte de cette ferrure ; mais je ne peux encore parvenir à faire, comme avec les deux autres efpeces que j’ai nommées première & troifieme, je ne peux, dis-je, trouver à faire que l’on puifle changer les combinaifons par le dedans : ce n’eft pas là certainement un inconvénient réel, & c’eft encore formellement remplir plus que la demande de la fociété d’émulation, puifque c’eft toujours même y ajouter ce qu’elle n’exigeait pas qu’on pût faire j favoir, s’enfermer en-dedans, de façon que ceux de dehors ne pourront ouvrir que par la combinaifon, tandis que par le dedans 011 pourra toujours ouvrir ou fermer.
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- §2
- ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- Voici comme j’ajoute le méchanifme de la troifieme efpece. La fig. 2 fur une échelle moitié de celle de la fig. i, fait voir le dedans de la ferrure, quand la plaque ou le palàtre de décoration du dedans de la chambre eft enlevée. Il y a ici trois plans vus l’un fur l’autre: le premier ou le plus faillant, de la forme à peu près d’un fer-à-cheval, avec une extenfion d’un côté , eft repréfenté entre des points alongés, & par un peu plus de noir dans les traits qui offrent Amplement la figure de la cloifon fervant à tenir & les axes des cinq roues numérotées i, 2,3,4, f , & celui du gros pignon, du pêne; cette plaque eft attachée à celle du fond qui s’applique fur le bois de la porte. On obferve des deux côtés, deux bouts de cette cloifon , qui forment deux pattes qui font repliées en-dehors des lettres E F , & qui vont appuyer fur la plaque de fond où ils font attachés par deux vis. On a gravé cette cloifon comme traiftparente , pour laiffer voir le fécond plan. La fig. 3 , de A jufqu’à B, marque la coupe de cette cloifon fur les lignes de la fig. 2 , M , M, & 0,0, payant par l’axe de la piece num. 5, & au - deffus des pièces num. 3 & 4.
- Le même fécond plan, fig. 2 , offre d’abord , en L, la partie de la piece qui fert à empêcher le défengrenement, ou à le biffer effectuer. Cette piece H, fig. 1, fe trouve fe courber en Q_, même figure, pour regagner le milieu de l’épaiffeur delà ferrure ; elle tient librement fur un fort pivot, près de G ,fig. 2 ; elle eft continuellement pouffée en-haut par le reffort marqué être attaché près de H, même fig. 2. Lorfque le penneton I du gros pignon paffe par le renflement marqué au - deffous de 1, l’extrémité L de cette piece fcailfe de toute l’étendue dont elle eft montée, jufqu’à l’axe, & vis-à-vis du renflement de cet axe ( renflement défigné par des hachures croifées , fig. 1) lequel axe peut alors avancer & porter fon renflement contre b plaque ou palàtre de décoration, du côté de la chambre, & effectuer le défengrenement. On pourrait, fi l’on veut, établir le penneton pour l’obftacle à un autre endroit du pignon, & directement tout auprès du palàtre où doit agir cette piece-obftacle, & avoir alors cette piece toute droite, & fans faire de coude ou de courbe, comme elle eft ici marquée en former un.
- Le même fécond plan offre d’abord b roue num. 5 , laquelle engrene avec la partie extérieure de b piece mobile num. 5. Au même niveau, à peu près, fe trouvent aufïi les bouts faillans des pênes a, a, formant un coude doublement; l’un de ces coudes eft horizontal , pour regagner le palàtre du dehors de b boîte, & fe voit fig. 3 : l’autre, pour regagner le milieu de la hauteur, eft perpendiculairement au-deffus des roues num. 2 & num. 3; & derrière b roue, num. ^, ce coude-ci eft repréfenté dans le plan de la ferrure , fig. 2 ; à ce deuxieme plan, c’eff enfuite b roue num. 4, qui fe préfente. Derrière celle-ci„ les objets, au même niveau de ce plan, font 1*.
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- la coupe du porte-obftacle , dans fa tète, fur Ja ligne C B de Ton plan,/g. i & 2» 2 9. le gros pignon du pêne, avec Tes trois pennetons , repréfenté dans la pofition libre, dite du demi-tour : on reconnaît par le pointillé, d’un côté, jufqu’où vont fes pennetons , lorfque la gâche repou/Te le pêne , ou bien lorf-qu’on tourne le pignon de ce côté ; on remarque, de l’autre fens , jufqu’où ces pennetons vont, lorfque celui horizontal I, appuyant fur le renflement du porte-obftacle , celui - ci peut faire entrer fes tétiaux ou dents dans leurs entailles, dont une eft marquée en pointillé vis-à-vis d’une dent-obftacle ; ce porte-obftacle attaché fur le pivot P eft toujours repoufle hors des entailles des pièces mobiles, par le relfort Plus près de ce dernier plan, eft celui de la roue num. i, & derrière celui-là on découvre la queue ou tige des pênes , gliflànt par deux coulilfes fur des languettes attachées à la plaque de fond, lefquelles languettes portent une vis fur laquelle eft un écrou qui contient cette queue du pêne ; on voit tracée en pointillé, la pofition où les pênes reculent pour ouvrir la porte , & celle où ils avancent pour la fermer, comme ce qu’on appelle à double tour, & qui s’appellerait a fait, ainfi qu’on le dit en Flandres : ce qui eft l’équivalent de tout-à-fait ; car il n’y a pas de tour à faire faire au pignon. On obferve à l’autre extrémité, à la queue des pênes , les' deux tenons ou tétiaux entre lefquels agit le grand penneton. Le plan du pêne & de fes tétiaux de l’autre fens fout vus à la fig. 3. On apperçoit comment ils font faillans vers l’intérieur de la chambre. Auprès du dernier des tétiaux de la queue du pêne, dans cette fig. 3, & à hauteur de la lettre C, on trouve l’appui du bout du reiTort repréfenté fig. 2, fous les lettres K , S , & l’on remarque, fig. 3 , en D, jui-qu’où va le bout du relfort, quand il recule jufqu’en T, fig. 2.
- Le dernier plan,fig. 2, eft celui de la plaque de fond , qui porte au milieu une ouverture pour lailfer palferîe plus gros des cylindres, & d’autres moindres ouvertures pour les cinq axes des roues ; cette plaque r’e fond doit être percée encore aux quatre coins, afin de pouvoir être attachée contre la porte par des vis en bois, indiquées fig. 3 , lettre E.
- On diftingue, dans cette fig. 3 , fur le coin des cloifons de côté, comment doivent être placés des écrous pour attacher la plaque de defTus; ou bien il faudrait placer autrement les vis , faites pour attacher la plaque de fond au bois , & alors que celles qui tiendraient la plaque du deflfus , allaient pafler par les trous des quatre coins de la plaque de fond , pour entrer dans le bois de la porte ; car il faudra toujours placer la méchanique avant que de placer la plaque qui la couvre du côté de la chambre.
- On voit fig. 2 , près de V, où doit être attaché à la plaque de fond, un appui , efpece de ber ou berceau , fervant à fupporter fermement les
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- 84 ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- einq parties extérieures des pièces mobiles, & à les retenir en place pendant -qu’on les fait entrer au-defïus de leurs parties intérieures , attachées à l’extrémité des cylindres: cette piece doit être ôtée quand on a monté la ferrure fur fa porte , & il faut la placer au-dedans de la boîte, comme près de la lettre X, pour la retrouver, & s’en fervir au befoin.
- La fig. 4 montre la décoration extérieure de la ferrure , en-dedans de la chambre ; les cercles font gravés ; ce font leurs feuls axes qui tournent par l’effet de l’efpece de groffe aiguille tenue , comme une boucle , par trois parties de charnière : ces cercles font divifés à fantaifie , & il faut toujours les ramener à la pofition unique & déterminée par la conftruc-tion , pour que le pêne ait fon mouvement.
- On trouve , autour de la lettre A , l’anneau qu’on peut tirer pour opérer le défengrenement ; mais il faut toujours revenir au dehors , pour changer de combinaifon. Près de B , eft la figure d’une groffe aiguilre marquant la pofition du penneton qui meut les pênes ; fon extrémité arrive en C toutes les fois que la porte s’ouvre & fe ferme , & elle ne vient en D , que lorfque la combinaifon a été établie pour fermer tout-a - fait.
- Afin de fymmétrifer, on peut placer de l’autre côté vers E , une autre aiguille femblable ; elle fervirait à faire mouvoir un petit verrou - targette au - dedans de la ferrure , pour s’enfermer dans fa chambre, quand on ne veut pas à cet effet troubler la combinaifon. Le petit verrou fymmétrife auffi fur l’épaiffeur de la ferrure fig. 5 , où il paraît trois bouts de pêne. Cette fig. 5 montre en A, la faillie du bouton du bout de l’axe , marqué L.»
- fig •
- ' On n’a point donné ici la figure de l’extérieur de cette méchanique , dont la coupe eft vue ici de grandeur naturelle dans la fig. 1 ; mais la fig. 7 de la pi. 1 en eft une repréfèntation fuffifante j & c’eft fur le côté de ces cercles que fe pofe la plaque qui porte le bouton extérieur 5 plaque dont la coupe eft marquée fig. 1 » lettre N, & ici fig. f entre B & C , où l’on voit gliffer deffus une groffe aiguille pareille , ou plus forte que celle du dedans, pour faire agir & mouvoir le gros pignon.
- La plaque repréfentée entre B & C , au lieu d’être placée à côté des cercles concentriques, peut faire partie ou extenlîon d’une plaque fous laquelle ces cercles feraient renfermés.
- On apperçoit en D, fig. f , la vue par le côté de l’anneau M, fig. 1 , & en E, fig. f , la vue par le côté d’une des aiguilles à charnières des cinq roues fig. 4, lefquelles roues faifant mouvoir d’un côté le cercle qu’elles engrènent , feront tourner celui des cercles concentriques extérieurs qui y correspond dans un fens oppofé.
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- MEC HA NIQUE S. 87
- Une femblable ferrure doit avoir fes pièces mobiles, du diamètre de 17 à 16 lignes au moins , non compris leurs dents , pour que ces dents , au nombre de vingt-quatre, aient à peu près une ligne de groffeur; & il faut qu’elles foient de fer ou d’acier , ainfi que les roues qui les engrenent ; car quand deux roues engrenent ainfi à côté Tune de l’autre , il n’y a jamais qu’une dent qui fait effort ; & ici , pour faire mouvoir les cercles ou cylindres concentriques , il peut y avoir un afifez grand effort de frottement à vaincre dans ces cylindres, à moins d’une exécution très-foignée.
- Cette ferrure parfaitement exécutée peut être d’une décoration fort agréable en-dehors & en-dedans , & même aufli plus commode que bien d’autres ferrures à combinaifons. C’eft donc fur-tout, & feulement pour les gens riches , en état d’en payer la façon , qu’elle peut convenir ; ceux - là ont aufii beaucoup moins que d’autres, le befoin d’une ferrure qui ferve à enfermer quelqu’un avec eux dans leur appartement ou leur cabinet: ils ont donc bien peu d’occafions d’employer le méchanifme uniquement par le dedans de leur chambre: d’ailleurs , pour s’enfermer, ils ont toujours le verrou-targette.
- La fië’ 7 rePréfente ce même méchanifme , mais qui ne peut ouvrir & fermer que par le dehors, & par conféquent , où l’on ne peut non plus établir la combinaifon que par le dehors. Ici l’extrémité des cylindres, formés chacun par deux tuyaux de fer-blanc , porte entr’eux & par le bout, une partie de fer , d’où il fe releve des dents qui entrent dans les entailles faibles au centre des roulettes, parties extérieures des pièces mobiles. Un côté montre en A la pofition , lorfque i’engrenement eff formé. Le côté B marque lorfqu’il eft défengrené. Il y a un avantage à cette couftrudion ; c’eft que , comme il faut tirer en - dehors les plateaux circulaires pour le défent-grenement, il ne refte pas de vuide entre les plateaux & le bois de la porte, Jo.rfque la combinaifon eff établie, & l’on n’a pas à craindre que la violence employée force les plateaux en les appuyant, comme il pourrait arriver par le méchanifme précédent, & qu’on peut le reconnaître à rinfpedion de la fig. ï.
- Mais , d’un autre côté, ce méchanifme fig. 7 préfente un inconvénient; c’eft celui d’obliger à avoir les pièces mobiles beaucoup plus épaiifes : 1°. une partie de cette épaifleur doit être occupée par leurs crans ou entailles ; 2°. il en faut une un peu plus grande, où pimîe jouer librement le crampon ou cran faillant de l’extrémité du cylindre, ou partie intérieure de la pièce mobile ; & 30. il eft néceffaire d’avoir un rebord au plus petit cylindre, pour ne pouvoir pas être retiré hors de fa partie extérieure mobile , & fortir entièrement de fa place.
- Mais dans cette conftrucUon, on peut encore établir le.s cylindres d’uns
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- autre maniéré , pour qu’une fois placés, ils relient également.enfoncés dans une même position refpedive : la fig. g , fur line fort grande echelie, au bas de la planche , peut en faire concevoir le méchanifme. '
- Soit fuppofé A , la coupe d’un côté du cylindre intérieur , ou le plus petit;on voit en B, une entaille jufqu’à la moitié de fou épaiiîeur , dans tout le contour du cylindre, dont C repréfente la coupe du plateau.
- On établira de même , à l’extérieur du fécond cylindre D , mais plus loin du plateau, une entaille circulaire E, & au-deifus de celle B, du cylindre intérieur, on pratiquera une ouverture où l’on verra entrer un petit parallélipipede , qui aura de longueur une fois & demie l’épaifleur du cylindre ; ce parallélipipede ici représenté en F. Le troifieme cylindre G, fi l’on n’en employoit que trois , ou le dernier fi l’on en emploie un plus grand nombre , ne portera qu’une ouverture pour recevoir le petit parallélipipede, dont une partie doit entrer dans l’entaille circulaire , ici marquée E ; & ce dernier parallélipipede fera retenu par un cylindre mince & fans entaille , qui entrera par - deffus le dernier, ici fuppofé G.
- On peut remarquer dans la fig. 7 , entre deux des parties mobiles , le jour qui paraît feulement dans le milieu de leur dimenfion, afin qu’elles ne fe touchent que par des lignes , ou de très-petites furfaces : meyen de diminuer beaucoup de frottement.
- Planche IV.
- N°. XIX.
- Serrure très -Jîmple , qui peut être confiruite au moindre prix poffible y & être ouverte la nuit fans lumière & d'une feule main.
- Cette méchanique eft exactement celle imaginée par M. Regnier^ mais dans laquelle on a évité le défaut du frottement, ou fimple , ou à reffaut. Cette piece eft exécutée uniquement en bois : elle eft repréfentée pour pouvoir être appliquée à une porte quelconque ; mais il faut alors y employer un reffort en fer, pour abailfer le porte- obftacle, afin de 11e pas occuper plus de place que la boîte qui la renferme.
- La fig. 9 , fur une échelle de 3 lignes pour pouce , repréfente une ferrure où la combinaifon s’établit par le dedans de la chambre feulement. Le graveur n’a pas exactement fuivi les proportions, fur-tout dans la partie du pêne , qui doit être indiqué par une piece de 13 à if lignes d’é-quarriffage. Entre A & B , eft le pignon à deux pennetons , lefquels font mouvoir le pêne. Si le penneton A eft pouffé vers B en faifant tourner le pignon , il retire par- là le bifeau ou demi - tour, qui fait ce mouvement
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- MECHANIQÜES.
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- de lui-même , lorfque le bifeau du pêne frappe fur la gâche ; & le relîort 1,1, le ramene toujours à fa faillie naturelle. Le penneton B, étant poulie vers A, fera avancer le pêne jufqu’où l’on voit fa repréfentation en pointillé , auftî-tôt qu’il pourra faire palfer fon tétiau fous le porte - obftacle perpendiculaire, lequel ne peut s’élever que lorfque les petits tétiaux-obf-tacles ( qu’il porte au-deifous ) pourront entrer dans les échancrures des parties extérieures des pièces mobiles. Ces obliacles & la place où ils doivent entrer , font figurés en pointillés.
- Entre C,D, eft dans cette méchanique portative, une plaque de fer, ou crampon , qui embralfe le pêne , & qui doit s’attacher avec deux vis ou deux clous fur l’épaiifeur de la porte. Mais , quand c’eft pour un lieu ftable , on peut n’employer qu’une piece de bois de 15 à i8 lignes de large fur deux pouces d’épailfeur, dans laquelle pafle le pêne.
- Au-deifous de E , on voit la couliife dans laquelle gliffe la queue du pêne. La lettre F repréfente un paifant attaché à vis en bois , qui contient le porte-obftacle par en-bas ; & près de G, c’en effc un autre pareil , qui le fixe par le haut. Son extrémité fupérieure elf toujours repouifée de haut en bas par le reifort H. On remarque près de L & M , deux petits ref-forts qu’on peut faire en bois , ( ils feraient mieux en fer & à auiîi bon marché ) lefquels pouffent continuellement la partie extérieure contre le porte-obftacle perpendiculaire. Au-deifous de M , & à droite , & au-deifus de E, eft la marque de deux charnières qui tiennent le couvercle de la boite de ferrure ; & fur la gauche de I, eft le crampon à paifant , qui fert à arrêter ce couvercle avec un petit crochet. Ces charnières & crochets peuvent être de fil-de-fer , & la boîte , d’ouvrage de layetier.
- On obferve à côté de la fig. 9 fur la droite, la repréfentation de la coupe de cette méchanique ; mais on a fait connaître par des hachures obliques , de gauche à droite, l’épailfeur du bois de la porte; elle eft beaucoup trop faible : elle devrait être ici de 3 lignes au moins de dimenfion , pour re-préfenter un pouce ou 1 y lignes d’épaifteur ; on n’a marqué de même , qu’un double trait pour montrer la plaque de fond , ou la planchette du fond de la boîte de ferrure , défignée par les hachures perpendiculaires , fig. 9. Celles obliques, même figure, repréfentent la porte même.
- Dans cette fig. 9 , le double trait qui entoure la planchette de fond, devrait être marquée pour repréfenter 3 lignes environ , épailfeur naturelle de celle des petites boîtes pareilles des layetiers, faites en chêne ou hêtre. La coupe ne préfente pas celle du couvercle de la boîte, qui aurait dù y être tracée.
- La fig. 10 eft la repréfentation de l’extérieur d’une portion de la porte, fur laquelle ce méchanifme eft employé. On voit une des trois gro.tfes
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- ESSAI SUR LES C 0 AI B IN A IS 0 N S
- aiguilles qui tiennent chacune au pignon des trois pièces mobiles. Il y a dans la circonférence vingt - quatre points diftingués par autant de clous à tètes d’épingles , fur un cercle de 4 pouces environ de diamètre : ce qui donne à peu près 6 lignes d’efpace entre chacun de ces points, efpace fuf-fifant pour que chacun des points foit très-fenfible au toucher , & très-diftincft de fon voifin. Il faut , pour faciliter la reconnailfance de ces 24 points, marquer les points cardinaux , comme ceux droite & gauche, ou Eft & Oued , par un double clou d’épingle, & ceux à côté de Nord & Sud par un petit paflant qui ferviraaux deux cercles qui fe touchent. On convient d’appeller un de ces quatre points, ou tel autre par la première lettre de l’alphabet ; & celui qui le fuit à droite ou à gauche, par la fécondé, &c-Suppofé qu’on ait pris le poinc d’en-haut, ou du Nord , pour A, & celui le plus près à droite , ou vers l’Eft, pour B , on aura G à l’Eft, N au Sud, & T à l’Oueft. Après T, comptez U, V,X, Y, Z, vous reviendrez au point Nord à nommer A. Avec cette diftin&ion aux points cardinaux , 011 11’a jamais que deux ou trois tâtonnemens à faire pour bien placer la pointe de l’aiguille , précifément auprès de la tète du clou d'épingle.
- Par cette conftrudtion de méchanifme, plus eft grand le cercle décrit par la pointe de l’aiguille extérieure , en même tems que plus eft petit le cercle des pièces intérieures, plus alors il y a de facilité à retrouver le point fuffifant de précifion, pour le jeu de la piece porte - obftacle ; & c’eft cet éloignement à donner entre les axes des pièces mobiles , qui oblige à l’étendue de l’efpace que doit occuper une femblable ferrure.: mais elle n’entame pas plus le bois qu’une autre, & feulement par autant de trous ronds qu’il y aura de pièces mobiles , & de plus , par celui du pignon qui fera mouvoir le pêne.
- La fig. 11, au coin de la planche, fur une échelle de 6 lignes pour pouce , eft la coupe verticale par le milieu d’une des pièces mobiles. O11 voit en A , la plaque ou planchette de fond de la boîte ou cadette de ferrure. Dans cette planche de fond eft entaillée la place où recule le ref-fort B, lorfqu’il eft pouffé par la partie extérieure de la piece mobile D, ce qui la fait défengrener de fa partie intérieure C ; & alors l’axe étant mis en mouvement par l’aiguille G, fait tourner cette partie intérieure, & lui donne une autre pofttion relative avec fa partie extérieure D.
- La lettre E repréfente la coupe du montant perpendiculaire , ou porte-obftacle, qui contient en place la partie extérieure , & à fleur de la partie intérieure de la piece mobile.
- Le petit efpace F, avec des hachures claires, eft la coupe de l’épailfeur de la porte ; il faut, pour opérer le défengrenement & le changement de combinaifon , il faut i°. dis-je , ouvrir la boîte ou calfette , & enfuite
- appuyer
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- M E C H A N I Qü E S.
- Appuyer d’une main avec deux doigts fur la partie extérieure de la piece mobile , pour la faire défengrener , & de l’autre main tourner l’aiguille & la placer fur un autre point: on peut également tourner la partie extérieure mobile avec la main qui la tient appuyée fur la plaque de fond, & la faire fe rapporter à un autre point qu’il faudra reconnaître & chercher avec l’aiguille extérieure , pour remettre le pêne en jeu , & effectuer la fermeture à fait , ou l’équivalent du double tour des ferrures ordinaires.
- Il eft certain que l’indifcret, pour ne rien dire de plus , qui verra fermer une femblable méchanique, pourra reconnaître la combinaifon choi-fie: c’eft, je crois, un très-petit défaut j car on peut dire, très - poliment, qu’on ne veut pas donner fa clef; & pour cette méchanique , comme pour toute autre de combinaifons, c’eft toujours la confier, que montrer ou lailfer voir la combinaifon par laquelle on la ferme : combinaifon dont il faut toujours troubler les marques extérieures, pour que la porte foit réellement fermée.
- Dans cette conftru&ion, on a laiffé le défaut de toutes les ferrures pré--fentées jufqu’à préfent, celui de n’être pas fufceptibles de s’ouvrir & fe fermer en-dedans, & de s’enfermer à combinaifons , lequel défaut provient de ce que l’obftacle ou porte-obftacle opéré en paifant fur les axes des pièces mobiles. La fig. 15 fait voir comment 011 peut établir le porte-obftacle de façon à ce qu’il ne gène point l’axe des pièces mobiles ; pour cet effet, la traverfe qui portera le tétiau- obftacle , fera attachée à deux tringles qui palferont. en - dehors des pièces mobiles ; & la fig. 9 fait voir, en pointillé fur la droite , la forme du porte-obftacle en échelle , chaque échelon portant fon tétiau-obftacle : mais pour opérer le défengretiement, tant en-dehors qu’en-dedans, & changer la combinaifon, ouvrir ou fermer également d’un côté & de l’autre fans lever le couvercle de la boîte de la ferrure , il faut ,pour que la ferrure ou méchanique foit renfermée , il faut, dis-je, employer une bafcule qui appuie à volonté fur la partie extérieure de la piece mobile , & qui la faffe bailler dans le tems où elle le pourra feulement , par la préfence du tétiau-obftacle dans fon entaille , c’eft-à» dire , la combinaifon étant établie.
- La fig. 12 repréfente la coupe de cette méchanique de bafcule , pour laquelle il faudrait beaucoup d’adreffe & trop de fujétion , fi l’on voulait 11e l’exécuter qu’en bois. La lettre A indique un petit plateau circulaire, de la dimenfion du bout du doigt , fur lequel en appuyant, on le fera baif-fer jufqu’à B, lorfque le point C pourra approcher du niveau de la piece D par l’abfence de la partie du porte-obftacle G, de delfous une branche de la bafcule marquée au point G. Alors par le dehors, en appuyant de même au point E, Tome XIX. M
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- lorfque l’obftacle F arrivera vers la piece mobile D, en même tems que G fera defcendu au - deffous de C, la bafcule prendra la pofition figurée en pointillé, de quelque côté qu’elle foit pouffée, foit par le dehors, foie par le dedans, & elle opérera le défengrenement. Cette ferrure aura alors toutes les qualités qu’on peut demander 5 & c’eft ce que M. Regnier aurait pu imaginer, fi l’on avait demandé une ferrure qui eût toutes les qualités des ferrures de fureté , pour un appartement.
- Cette efpece de ferrure s’exécute à Paris , pour neuf, douze & quinze livres., félon le fini du travail, par un habile méchanicien , maître tablet-tier , le fleur Latre, rnaifon du Singe verd, au quatrième. Cet artifte intelligent a exécuté une partie de tous les méchanifmes ci-deffus. Le fleur Bavan, ébénifte, rue Neuve-Saint-Roch » exécute aufîi diverfes ferrures e» bois., pour un prix très-médiocre»
- Planche ï V»
- . N°. XX»
- Serrure en bois & à cylindre»
- La j%. 14 efî le plan d?une ferrure à cylindre concentrique , exécutes toute en bois de buis » fur une dimenfion double de celle ici repréfenw tée , où l’on, voit que fa boîte eft marquée enlevée , rien de la méchanique n’étant attaché à la boîte , ni la traverfant. Une pareille ferrure effi de fefpe.ee de celles des coffres ou armoires qui ne s’ouvrent ni ne fe ferment que par le dehors. De femblables méehaniqnes ^ employées à une porte , ne font effectivement que des verroux à éombinaifons , qui fe ferment au-dedans de la chambre, par le dehors de cette chambre *, & comme tels 011 peut s’en fervir pour augmenter la fureté que donne une bonne-ferrure ordinaire.
- O11 voit par des lignes ponctuées AA, la- repréfentation de la place qu’occupent les plateaux circulaires., appareils au-dehors de la chambre,, defquels plateaux chacun- porte fon cylindre , pour engrener dans fa. roue. refp-eCtive ,. ou piece mobile-.
- O11 a aufîi marqué en pointillé le bouton B- qui eff au- bout de la branche en bafcule fur l’extrémité extérieure de l’axe C ; lequel axe, par fbn extrémité intérieure, porte les pennetons. D E, ce dernier, & le plus long faifant mouvoir le pêne ou verrou lorfque le petit penneton. D peut avoir la liberté du- mouvement, & fe porter en F, o.ù l-’on- voit fa forme en pointillé» Tellement que ces deux pennetons i;e peuvent avoir de moûvev
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- MECHANIQUE S.
- ment que quand le porte - obftacle peut faire entrer fon tenon ou fa languette dans l’entaille ou rainure faite aux cinq roues. Ce porte - obftacle porte horizontalement fur fon deffus , une plaque qui avance avec lui ; & lorfque cette plaque , ici indiquée par des hachures plus claires , fort de dedans une entaille pratiquée dans l’extrémité de Taxe commun des cylindres fous &, il s’enfuit qu’alors par l’extérieur, on peut retirer cet axe d’une étendue fuffifante , & avec lui tous les cylindres, pour les dé-fengrener de dedans leurs roues ; & c’eft ainfi qu’on peut, li l’on veut, arranger une nouvelle combinaifon.. j •
- Dans l’exécution de cette méchanique en bois , de la dimenfion feulement double de celle ici repréfentée , on a été obligé d’employer un morceau de fer pour former un pivot coudé , afin de porter à l’extrémité de fon coude l’axe du porte - obftacle. Ce pivot tient à la planche ou plaque de fond , près de la lettre G ; & l’extrémité qui fait l’axe du porte - obf-tacie, eft au-deffus du prolongement ou queue du pêne, pour conferver à ce porte-obftacle plus de longueur , afin que fon mouvement approche davantage de la ligne droite.
- On a exécuté le pêne avec une racine de buis , laquelle s’eft trouvée porter naturellement ces deux différentes courbures, qui font placer la faillie, & juftement dans le milieu de l’épaiffeur de la boîte de ferrure, & à fleur de fa plaque, dans l’intérieur de la chambre.
- Entre H & I, eft repréfentée l’épaiffeur d’une plaque de fer , dans laquelle paffe le pêne attaché par de petites oreillettes à la plaque de fond, & qui fe fixe fur l’épaiffeur du bois de la porte , quand on met la ferrure en place.
- La boîte de la ferrure , qui eft de bois de rofe veiné, recouvre aufïî cette plaque de fer. Cette boîte eft attachée par trois vis en bois, L, à trois des coins j & au quatrième, la vis eft feulement feinte , l’extrémité de la queue du pêne rempliffmt tout l’efpace de ce coin: les deux MM marquent la place des deux vis qui attachent la plaque, laquelle par l’extérieur de la porte renferme les cinq plateaux circulaires.
- Cette même méchanique eft auffi exécutée entièrement en bois commun ; & le paffant , qui tient le pêne contre là faillie, eft auffi de bois & très-folide ; mais le tout eft un échelle quadruple de-celle-ci, & les plateaux circulaires font en fer - blanc, ayant chacun une douille qui s’applique fur les cylindres de bois.
- Elle eft encore exécutée en acier, dans la dimenfion ici vue; mais l’axe C eft defeendu près du point P , & le grand penneton E à proportion. Au lieu qu’ici ce grand penneton agit entre les deux tétiaux N de la queue du pêne, là les deux tétiaux N fe trouvent attachés au-dedans de la boîte,
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- & le penneforî ; en agilTant entr’eux deux, pouffe cette boîte, qui elle - même devient le pêne, en gliffant fous deux paffans attachés à la porte, comme à tous les verroux-targettes ordinaires. A cet effet, cette boîte eft de quinze lignes plus longue d’un côté, & de huit environ de l’autre. Dans les quinze lignes, il y en a fept ou huit qui font mafîives du côté de la faillie, comme de O jufqu’à L: de l’autre, les fept ou huit lignes de plus de longueur, avec les quatre ou cinq d’efpace, ici désignées entre le pivot C & l’extrémité de la plaque de fond vers B, donnent un pouce de faillie à cette boîte-pêne, fous l’un de fes palfans , ou dans une gâche au dormants le petit relfort, ici marqué R, étant autrement formé & placé à l’endroit ici marqué Q. dans la piece exécutée en acier.
- Planche V.
- N°. XXL
- Serrure en rond à balancier, sy ouvrant par ta combinalfon des couleurs ou
- émaux du blafon.
- La fig. t repréfente le plan de cette ferrure , fur une échelle de moitié de la dimenfion fur laquelle a elle été exécutée en bois. On fuppofe ici la boite enlevée. L’objet qui frappe dans ce premier plan, eft un très-long penne-ton ou balancier élevé A B, qui fe meut fur le pivot C. On voit, en D, la place d’un tétiau ou poinçon, qui eft enfoncé dans le grand penneton, à raz par - deffus, & qui le déborde en-delfo.us, de deux à trois lignes.. L’extrémité B du long penneton pafï'e dans un verrou - targette , fait à bifeau , lequel eft toujours tenu faillant, fi la ferrure eft placée comme elle-eft ici repréfentée ; ou bien le penneton lui-même fera l’effet d’un loquet > fi la ferrure eft placée de maniéré que ce long penneton foit horizontal.
- Le plan au-deffous du premier eft celui d’un balancier circulaire, re-préfenté par les hachures horizontales, duquel balancier la circonférence entaillée eft fupportée par les pièces mobiles. Ce balancier fe meut autour d’une vis fraifée qui lui fert de pivot & qui eft défignée en pointillé, fous, la figure du premier plan , ainfi que le contour des branches de ce balancier circulaire, lequel, par l’effet du poinçon ou tétiau D, (du grand bar lapcier ou penneton) & poinçon qui entre dans une de fes branches, reçoit un petit mouvement circulairement. Ce balancier circulaire porte au-^ deffous de fes branches, de droite à gauche, de chaque côté, un tétiau de deux à trois lignes de faillie , indiqué par les lettres E E. On n’a pas. parqué fur la gauche le balancier circulaire, afin d.e laiffer voir l’un des
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- MECHANIQ UES.
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- deux reflforts, qui, attaché autour du pivot, eft pouifé de E en G, lorfl que le haut du long balancier élevé peut aller de B en H , par le mouvement donné à fon autre extrémité de A en I, quand la combinaifoii eft établie. C’eft le balancier circulaire qui eft le porte - obftacle ; fes tétiaux-obftacles font indiqués près de lettres L, L,L.
- C’eft au troifieme plan que font repréfentées les pièces mobiles. L’on trouve dans leur partie extérieure, défignée par des hachures perpendiculaires , l’entaille en pointillé, dans laquelle doit entrer le tétiau-obftacle; cette partie intérieure eft offerte par des hachures obliques de gauche à droite: la coupe du canal creux, autour duquel cette partie intérieure a été fixée, eft marquée en hachures obliques de droite à gauche; & la coupe de l’axe commun faillant d’un bout à l’extérieur de la porte, & qui traverfs dans le canal creux, où il devient alors quarré , fe diftingue par des hachures plus noires, & un peu trop en petit. On voit qu’ici le balancier circulaire eft repréfenté dans fa pofition ordinaire , & que quand il eft mu en allant de L vers N, les obftacles entrent dans les pièces mobiles; qu’alors une portion de la partie intérieure de chaque piece mobile commence d’abord par fe découvrir > & qu’enfuite c’eft une portion oppofée de cette même partie intérieure , qui vient à fe couvrir : or , c’eft dans le milieu, ou vers la fin de ce mouvement, qu’il faut contenir le grand balancier élevé A, B, afin que l’on puiffe opérer le défengreilement des parties des pièces mobiles ; ce qui fe fait en élevant leur partie intérieure vers le deftus de la boite de la ferrure, de toute l’épaiiTeur de fes dents, au moyen de ce qu’on poulie par l’extérieur la tète extérieure du pivot commun, ou bien également en attirant fa tète intérieure par l’intérieur de l’appartement.
- Dans la ferrure en bois, d’après laquelle ce deffin a été fait, au lieu d’établir des dents , ce qui eût été difficile en bois dans la dimenfion exécutée, on y a formé un hexagone; & la partie extérieure étant auffi entaillée en hexagone , dans un tiers de fon épahfeur, le changement de pofition de ces côtés répétitifs peut également s’appeller un défengrenement.
- Le quatrième plan eft celui de la plaque de fond, défigné par des hachures légères de droite à gauche; on y trouve en K, K, la repréfentation de deux vis qui l’attachent à la porte. P, P , marquent deux écrous attachés à cette plaque de fond, pour recevoir deux vis qui fervent à attacher la couverture ou boite de la ferrure fur la plaque de fond.
- On remarque près de M, M, le point d’attache des pieds des petits re£ forts compteurs, employés pour que l’on puiffe ouvrir fans y voir.
- La plaque de fond eft terminée à fa circonférence par une rainure pour recevoir le parois circulaire , qui forme l’épaiffeur de la boîte, lequel parois
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- peut tenir à la partie fupérieure , ou en être détaché, & y entrer de même dans une rainure qu’elle porterait.
- La fig. 2, fur une dimenfion double de la première , eft la coupe de la ferrure , dans fon épaifleur, prife diagonalement à une des pièces mobiles , comme fur la ligne N, L.
- A, B , C , D , font l’axe commun. ( A , B, marquent la coupe de la partie dont l’extrémité paraît à l’extérieur, & laquelle, pour délengrener, eft pouffée contre le bois de la porte. ) B , C, désignent la partie cylindrique qui aura plus ou moins de longueur, félon l’épailfeur du bois de la porte. C, D, montrent la partie de ce même axe, équarrie, fur laquelle eft pla-sçe la piece mobile; cette portion de l’axe commun doit être liée avec une pieve baillante à l’intérieur de la chambre, pour n’en faire que comme un fem axe : cette liaifon & union peuvent fe faire de plufieurs façons; l’une, comme il eft marqué fur la gauche. La partie intérieure de la piece mobile E fera unie au canal, dont l’intérieur ou le dedans eft quarré , & le dehors circulaire auffi marqué E ; lequel canal montera jufqu’au-dehors de la boite. Sur ce canal ( cylindrique à fon extérieur) entrera ce qui forme comme la partie de l’axe apparente au - dehors de la boite, partie qui reftera attachée à la plaque du deifus de cette boîte ; ce canal attaché à la boîte , dont la eoupe eft repréfentée fous les lettres F, porte à fon extrémité intérieure, au-dedans de la boîte, un plateau circulaire, dont la coupe eft vue en G, lequel plateau circulaire fera entaillé à fa circonférence d’autant de crans que la piece mobile pourra prendre de pofitions différentes, & au fond des cirans de ce plateau circulaire , appuiera le petit reffort compteur ici marqué H, & dont le pied eft M,/g. i.
- Pour joindre le canal attaché à la plaque du deffus de la boîte avec l’axe commun, & fixer leur union, la partie intérieure de cet axe entre D & K , /7g. 2 , fera taraudée pour recevoir une vis, de laquelle la tête portera fur le canal de l’intérieur qui foutient la partie intérieure de la piece mobile, ainlï qu’elle appuiera auffi fur le canal attaché à la plaque du deffus de la boîte.
- C’eft au-deffous & perpendiculairement à l’oreillette, que (dans cette partie paffée dans le deffus de la boîte ) il doit y avoir intérieurement une languette qui entre dans une rainure pratiquée à l’extérieur circulaire de cet autre canal, dont l’intérieur quarré entre fur la partie C D de l’axe commun, afin que les deux canaux circulaires E G foient réunis en telle pofition, & ne gliffent pas l’un fur l’autre.
- Une autre façon d’unir la partie de l’axe, {aillante à l’extérieur de la porte , avec celle intérieure, eft repréfentée fur une très-grande échelle ,fig. 3. On y remarque l’extrémité de la portion équarrie de l’axe commun, marqué Ç D comme à la fig, 2»
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- À, E, B, font la coupe du canal placé dans la plaque du dedus de la boîte; il n’eft terminé qu’à la hauteur L, fig. 2 ; hauteur à laquelle fera alors terminé le canal qui porte la partie intérieure de la piece mobile E, fig. 2, où le côté droit de cette partie eft défigné par des hachures croifées; & dans cette fig. 2, il eft marqué L.
- La coupe ici repréfentée, fig. 3 , eft fur une ligne d’équerre avec celle de la fig. 2, dans laquelle on voit les deux oreillettes qui fervent à donner la facilité de faire tourner l’axe comme on le veut; & l’on voit ici, en A, l’un des côtés de cette piece faillante au-dedans de la chambre, laquelle eft amincie par fon dedans, & ou eft attaché le petit relfort F, contre lequel appuie le talon H, oppoftte au bouton M d’une bafcule, lequel bouton M étant pouifé, fe meut fur l’axe I de la bafcule, & le talon H décrit alors line portion de cercle, marquée en pointillé, & poulfe le reifort F à fa pofition marquée aufti en pointillé, tandis que l’autre extrémité de cette bafcule N fe retire de l’entaille pratiquée dans la partie C D de l’axe commun, au-deflous d’une autre N. L’épaiiîeur de cette bafcule fera d’un peu plus que la moitié du diamètre de la partie équarrie de l’axe commun.
- Dans l’une & l’autre fig. 2 Sc 3,0 montre la coupe de la plaque apparente du delfus de la boîte de la ferrure.
- Dans la piece exécutée en bois, il 11’y a pas de compteur établi i le canal équarri en-dedans, & circulaire au-dqhors, porte, au lieu d’oreillettes, une tète plate de cheville, comme celles d’un violon, & il eft fixé pour être arrêté avec la partie équarrie, au moyen 4’une petite cheville qui les traverfe au niveau & à fleur du deifus de la plaque fupérieure de la ferrure.
- Dans la fig. 4 , eft la repréfêntation d’une partie de la plaque extérieure delà porte, qu’on appelle plaque d’entrée aux ferrures ordinaires à clef; elle eft en forme de lunule : l’endroit des hachures horizontales légères indique ce qu’on voit de cette plaque. Le plan, fous la lettre A, eft celui du petit bouton en chapeau, repréfenté en coupe par fa plus grande dimeit-Jiion, fous la même lettre A , fig. 2.
- B, C, D , E , F , G , font les ftx côtés , argent ou blanc, ftnople ou verd, gueule ou rouge, or ou jaune, fable ou noir, azur ou bleu. L’hexagone n’eft formé que par des bifeaux marqués en coupe , petit b, fig. 2. Sous la lettre H y fig. 4 , eft la vue de la même partie extérieure apparente, où l’or* fuppofe le petit bouton en chapeau enlevé.
- Cette même fig. 4 fervira aufti à repréfènter le plan apparent de la boite de ferrure en-dedans de la chambre ; & en I, K, fe trouve la tète de cheville ou canal, tète avec oreillette ,• de même qu’il paraît en plan , tst qu’cL eft repréfenté eu coupe , fig.
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- Sur le dehors de la boite de ferrure , eu-dedans de la chambre , & près de la lettre K, eft le petit bouton } , lequel, étant poulie, fait que
- le levier fort de l’encoche qui joint cette partie à l’axe commun. En fup-pofant enfuite cette plaque apparente être enlevée, fous la lettre L , fera repréfenté le plan du plateau circulaire à encoche, qui fert à compter les polirions de la piece mobile. Près de la lettre M , on apperqoit une encoche un peu plus profonde, accompagnée de deux autres petites encoches qui fervent d’avertiflèment i celle que l’on a établie plus profonde eft pour correlpondre toujours à telle couleur qu’on aura choifie.
- La tète du reifort compteur, qui doit être faite en marteau & frapper dans le fond des encoches du plateau, & qui fe trouve y frapper vis -à-vis de l’endroit marqué Q_, eft repréfenté eu plan, fous la lettre P i mais lorf-que le marteau n’eft point arrêté au fond de l’encoche, c’eft-à-dire, lorfque la tête du marteau n’appuie pas contre la plaque circulaire & mouvante, ci-après décrite, on peut feulement mouvoir les pièces mobiles.
- Dans la dimenfion des pièces mobiles, telles qu’elles feraient ici exécutées en métal, on ne pourrait leur donner plus de douze polirions différentes , qui pulfent être fuffifamment fenfibles au compteur, par le tatft feul.
- Coniidérant enfuite cette mbmejig. 4, comme celle delà plaque à l’extérieur de la porte , N, N, repréfentent les têtes des vis qui s’attachent au bois.
- Nota. Que , pour la décoration, l’on peut placer deux tètes de pièces mobiles , l’une en - haut , l’autre en - bas, où ces pièces ne peuvent cependant s’établir, parce qu’il faut y lailfer, fous la plaque extérieure, la place du jeu du balancier élevé, ou grand penneton ; & il paraîtrait alors comme douze pièces mobiles également difpofées, quoiqu’il n’y en eût que dix.
- La fig. f eft la coupe d’un bord ou côté, à l’extrémité de la boîte de la ferrure , pour faire voir comment il faut arrêter le jeu des pièces mobiles. On diftingue, au-delfous de A, un bouton où l’on peut ajouter un anneau ; ce bouton eft faillant en - dehors, & palfe dans une fente ou cou-liife de la plaque, ou parois de côté, pliée circulairement : ce bouton eft attaché & rivé avec une bande circulaire, qui frotte contre l’intérieur de cette plaque , ou parois circulaire. Lorfque ce cercle eft baifle, & qu’il touche la plaque de fond, il laiffe toute fa liberté au reifort compteur, que l’on apperqoit ici au-deflous de B, fans être dans une encoche j mais quand ce reifort eft tombé dans une encoche, comme il eft repréfenté par le pointillé, on peut alors faire monter le cercle intérieur, garni de petites avances C, contre chaque reifort : ce qui ''-'e invariablement chaque reft-fort au fond de l’encoche, & empêche la piece de tourner.
- Tant
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- MECHA N IQ UES.
- Tant que le mouvement des pièces mobiles eft arrêté, la ferrure ne fait que l’effet accoutumé d’un bouton de pêne à demi-tour, ou de celui d’un loquet ordinaire.
- Nota. C’eft pour la facilité de monter & démonter la ferrure , que l’on peut fur-tout employer les pièces, fig. 3 , avec les relforts, pour fe joindre à l’axe commun. Avec cette conftru&ion, après avoir ôté les deux vis marquées P, fig. 1 , il faut de chaque main enfemble appuyer un doigt fur chacun des petits boutons, près de K, fig. 4, ou de M ,fig. 3 , & l’on enlèvera toute la boîte de la ferrure en même tems , ou du moins toute la plaque de deffus, fi Ton n’y a point arrêté à demeure la plaque ou parois circulaire de l’épaiffeur de la boîte. L’on n’aura plus à foigner que les deux grandes vis marquées P ; fans cela il y aurait dix autres vis ou goupilles à détacher & à foigner, ou du moins à defferrer & relferrer.
- On voit que cette méchanique n’exige pas une boîte plus epailfe que de 7^8 lignes , & qu’elle eft très-fufceptible d’ornemens. La particularité de çec emploi du méchanifme de la troilîeme efpece, c’eft qu’ici le pêne étant à fon repos lorfqu’il eft Taillant, & ne pouvant rentrer que lorfque la combinaifon eft établie, il s’enfuit que lorfque quelqu’un ferait entré dans fa chambre, il faudrait qu’il y fût toujours enfermé , pour ne pas lailfer à chacun la connaiffance de la combinaifon qu’il aurait choifie, ne pouvant laif-fer le jeu de fon pêne fans fixer cette combinaifon ; & il faudrait donc, chaque fois qu’ilfortirait de fa chambre, établir une nouvelle combinaifon. Un fem--bîable inconvénient 11e ferait pas incommode , par exemple , pour enfermer une galerie, une bibliothèque où l’on ne vaque rarement, & dans laquelle on ne veut lailfer entrer perfonne fans y être ; mais cet inconvénient, qui fe trouve à cette ferrure telle qu’elle a été exécutée, 11 eft pas dans le méchanifme même de fon balancier circulaire, & l’on peut l’employer pour faire une ferrure qui aura toutes les propriétés qu’on eft en droit d’en exiger, comme on l’expliquera ci - après.
- La fig. 6 montre comment il faut employer le méchanifme du balancier circulaire, pour y établir un pêne dormant.
- Les hachures horizontales indiquent le balancier, dont la circonférence entaillée eft jointe à fon pivot par trois bras feulement, afin de lailfer entre deux de ces bras alfez de eourfe à une branche de la queue du pêne % qui fera recourbée pour être Taillante, fi l’on veut, en-dehors de la porte, & porter un bouton coulant, ou bien être mis en mouvement par l’effet d’un penneton qui ferait établi à une pommelle qu’on aura placée dans le milieu de la plaque d’entrée à l’extérieur. Cette branche de la queue du pêne eft ici figurée fous la lettre Ailes hachures croifées marquent l’épaif. feur de fa partie recourbée, & les petits traits A, D, défignent la forme Tome XIX. N
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- du penneton de la pommelle extérieure, ainfi que fà courfe A, Q.
- Le pêne ici repréfenté par des hachures légères perpendiculaires , parait tel qu’il eft du côté de la plaque du deffus de la boîte , du côté de la chambre. On voit en C, le tétiau qui doit être Taillant au travers de la plaque de deffus, pour porter le bouton à couliffe, ou du moins pour entrer dans le bouton à couliffe qui ferait établi fur la plaque de deifus de la boîte , fi l’on ne veut pas aulïi y établir une pommelle avec un penneton.
- On obferve comment la queue de ce pêne doit être façonnée dans la boite ,, 8c porter trois couliifes ; on trouve fur la gauche des deux B, le plan des petits tétiaux quarrés , faillans , & attachés au plateau circulaire > ils font marqués par des hachures recroifées & plus noires. Au-deffus de D, eft marqué de même un troilieme tétiau formé par la tête de Taxe du balancier; les., hachures croifées, horizontales & perpendiculaires repréfentent les trois couliifes qui gliifent fur les trois tétiaux, par une ligne droite horizontale , & les retours E marquent où fe trouveront deux de ces trois tétiaux , lorsque le pêne étant pouffé dans fa gâche , l’extrémité de fa queue F fera avancée au point G, & que le balancier circulaire aura repris fa pofition.
- On remarque en M , deux tétiaux attachés à la plaque de fond, pour fer-vir à entretenir la queue du pêne; la tète de ces tétiaux, laquelle recouvrira la queue du pêne, fera très - mince, afin de ne pas obliger à don» ner plus d’épaiffeur à la boîte de la ferrure, qui peut n’ètre que de cinq lignes & demie à fix lignes, fi l’on emploie le bouton coulant. Le mouvement fera communiqué au balancier circulaire porte - obftacle, pour qu’il faffe entrer fes tétiaux - obftacles dans chaque pièce mobile en pouffant le bouton H, qui y fera attaché, à fa repréfentation I,en pointillé. L’on voit que les quatre L repréfentent la coupe de la cloifon circulaire de la boîte de la ferrure.
- Une pareille ferrure ferait propre à être placée dans le milieu d’une tra-verfe d’affemblage d’une porte , fur-tout à deux battans; la queue du pêne ferait courbée à l’endroit marqué N, pour couler tout contre le bois , & feulement de même épaiffeur que dans la boîte, environ d’une ligne juf-qu’au renflement, ici marqué O, où ferait la tète êquarriedu pêne, jufqu’à fon extrémité P, gliffant fous le paffant CL pour aller entrer fous le paffanft .de l’autre battant, ou d’un chambranle.
- La fig. 7 eft la coupe horizontale d’une femblable ferrure. Les lettres P* Q_, O, N, M , repréfentent le pêne qui fe meut par le bouton.
- A s B, font la repréfentation de la faillie des oreilles F, fg.
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- Planche V. N°. XXII.
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- ferrure fans aucune partie faillante au - dehors, ni fans aucune ouverture & explication de cette mêchanique , employée à la fermeture d'une petite table nommée chiffonnière.
- La fig. 8 eft la vue en perlpedtive d’une petite table appellee chiffonnière, affez en ufage de nos jours, & dont on fe fert pour renfermer une écritoire , des lettres, & même quelquefois des bijoux & des diamans. Les tiroirs pourront toujours", fi Ion veut, fe fermer à clef à l’ordinaire , pour le fervice habituel ; mais on peut y établir une combinaifon mêchanique , afin qu’ils 11e puiffent pas s’ouvrir fans qu’elle foit retrouvée. On voit en A, B, C, l’endroit indiqué par des pointillés, où peut fe placer, de chaque côté, une crémaillère, avec autant de dents qu’il y aura de tiroirs, laquelle fera entrer une de fes dents de l’un & l’autre côté de chaque tiroir, lorfqu’on voudra que la clef devienne inutile, pour tel ou tel tiroir, ou pour tous.
- La fig. 9 eft le plan , vu dans fa pofition perpendiculaire , de la crémaillère ; la lettre A , placée un peu au - deffous & à gauche de la lettre E, marque le pivot d’une bafcule : B eft une branche de cette bafcule qui tient à la barre B, C,par une efpece de charnière avec une goupille rivée des deux côtés > le bout C eft attaché de même au petit levier qui tourne fur le pivot D. Lorfque l’on fait aller la branche de la bafcule de E en F, la barre C fuit le mouvement oppofé & va au pointillé , & elle fait entrer fes tenons dans les côtés des tiroirs, dont la coupe eft figurée par des hachures de droite à gauche, prelque horizontales. Les hachures claires, de gauche à droite, marquent l’un des deux montans entre lefquels fe place la crémaillère. Les hachures noires, de gauche à droite, repréfentent la coupe du panneau d’un côté de la petite commode ou chiffonnière.
- La dent de charnière G, L, eft marquée avoir un pivot, ainfî qu’on peut en établir à chacune , afin qu’en la relevant en M, cette dent , on puiffe ne pas fermer celui des tiroirs où les charnières feront établies. Ces dents feront retenues dans la place qu’on voudra, avec le moindre petit reffort, comme la lame d’un couteau à charnière. N eft la coupe de la tablette du deffus ; O eft celle de la tringle qui forme le rebord cïes trois côtés du def-fus, ou tablette de la chiffonnière.
- La fig. 10 eft le plan de la difpofition qu’on a choifie, de donner à la mêchanique placée horizontalement fous la tablette, pour faire jouer les bafcules, quand la combinaifon fera établie des cinq pièces mobiles A.
- N ij
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- On voit, au-deffous de B, une marque circulaire repréfentant le bout de la bafcuîe défigné à la gauche de E , fig. 9 , lequel bout doit être pouffé au, deffous de C , fig. 10, pour que les dents de crémaillère ou petits pênes G, G, G , fig. 9 , entrent dans les côtés des tiroirs.
- On apperqoit en D un pivot fur lequel tourne une aiguille en forme de navette, laquelle portera, fi l’on veut, à fes deux extrémités E, E, un petit rouleau. Les deux extrémités E de cette aiguille, ou navette, ou balancier, étant pouffées l’une d’un feus, l’autre à l’oppofite , pouffent en-avant, à leur tour, la couliifedans laquelle eft pafî’éle petit rouleau ou tétiauE, que ce balancier porte à fes extrémités, qui décrivent une portion de la totalité du cercle marqué en pointillé , & font avancer la couliffe à l’endroit où eft repré-fenté fon pointillé ,& enfemble toute la branche G, H, laquelle porte à fort extrémité , près de B, le quarré où eft entré le bout E de la bafcuîe à crémaillère, fig. 9. Ce mouvement de la navette pouffe encore également la branche de l’autre côté j & pour être plus affuré de l’égalité du mouvement, on établit la noix I, laquelle étant engrenée par l’une des branches, fait mouvoir cette noix, & celle-ci, l’autre branche, en feus oppofé à la première : ces branches ne peuvent obéir au mouvement que lorfque la combinaifon étant établie, les obf. tacïes K peuvent entrer dans les pièces mobiles où ils font pouffés par les renflemens H des branches qui agiffent contre les porte - obftacles des té-tiaux K ; ces porte-obftacles gliflent dans leurs couliffes, & font renvoyés à leur place, par l’effet des refforts, auffi-tôt que le renflement des branches a paffé au-delà du talon du porte - obftacle.
- On a tracé , un peu plus en noir , la fig. des bafcules portées entre les petits montans L. Quand, par l’extérieur, on appuie fur un bout de ces bafcules , on fait rapprocher leur autre extrémité à l’oppofite , & contre le côté par où l’on appuie : ce qui occafionne le défengrenement des parties des pièces mobiles ; mais ce défengrenement ne peut avoir lieu que lorfque, la combinaifon ayant été établie , l’on s’arrête au milieu du mouvement, & que le bout des bafcules fe trouve entre deux des obftacles, dont l’un fempêche d’obéir quand on a fermé, & l’autre quand 011 a ouvert tout-à-fait. M , M , font les obftacles quand les tiroirs font ouverts, & N, N, lorfqu’ils font fermés. 0,0, font les refforts qui ramènent continuellement les obftacles.
- La fig. 11 bis eft la coupe fur la ligne P, Q_, de la figure précédente, repréfentée fur une plus grande échelle. À défigne le petit cercle fur lequel il faut appuyer pour faire bailler à la fois l’une & l’autre bafcuîe B , B. Le pointillé indique où elles fe trouvent quand elles font baiffées. Au-deffous de C eft la branche qui porte fur fes côtés les obftacles ail mouvement de la bafcuîe, que le graveur aurait dû repréfènter y toucher. On trouve ,
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- IOI
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- fous D, la coupe des refforts O, O, fig. io, & qui agiffent pour ramener continuellement les porte - obftacles ou tétiaux qui doivent entrer dans les pièces mobiles. Sous E, ou à côté, font les montans qui foutiennent l’axe fur lequel joue la bafculejon apperçoit l’extrémité de cette bafcùleF, qui eft portée en G, lorfque l’extrémité R a pu bailfer.
- H, I, marquent où l’on fuppofe que la coupe retourne d’équerre fur la ligne Q_, R, fig. io. Sous I, L , on voit de petits enfoncemens dans les plateaux circulaires du deifus de la table, pour faciliter à les faire tournerj il tàut remarquer, au-deffous des enfoncemens I, L, de petites élévations en forme de gouttes de fuif, pour que le plateau extérieur tournant ne frotte que fur ces endroits.
- N, N, font la coupe de la partie intérieure de la piece mobile. On diftin-gue, à côté de 0,0, la coupe de la partie extérieure de cette piece mobile, qui, lorfqu’elle tourne, frotte fur les palettes des bafcules H. Les petits reffors P empêchent que cette partie de la piece mobile ne puiife dé-fengrener, dans le cas où l’on renverferait la table. Au - deifus de Q_eft la coupe de la plaque de fond, fur laquelle la méchanique eft montée. Les hachures obliques & claires de gauche à droite repréfentent la coupe de la table ou tablette apparente du deifus de la chiffonnière.
- La coupe, fur une ligne K, A, fig. io, eft repréfentée en R, S. La lettre R eft la partie intérieure de la piece mobile. La lettre S eft fa partie extérieure repréfentée engrenée. On rencontre, près de T, le tétiau-obstacle ( au bout de fa branche ici marquée V ~) lequel eft pouffé jufqu’au pointillé vers S, pendant qu’on ouvre , ou qu’on ferme, ou qu’on change de combinaifon
- La figure n eft le plan de la tablette ou deifus apparent de la table. A •eft une zone ou lunule roulante, fous laquelle font attachées les extrémités de la bafcule en navette, qui correfpondent aux points C; & ce n’eft que fous cette zone A, que la tablette de deifus eft entamée & ouverte feulement de l’étendue de la courfe des deux tétiaux B B en C C ou de C C en B B.
- En B, les tiroirs font ouverts ; ils font fermés en C.
- Sous les C eft la place des petits enfoncemens , pour faciliter à donner Je mouvement néceffaire à la zone.
- D indique les plateaux correfpondans aux pièces mobiles , auxquels on voit de même à chacun deux petits enfoncemens.
- E E font de petits cercles , dont un eft marqué en coupe, fig. n , fous la lettre A , lefquels , lorfque la moitié au plus du mouvement de la zone eft fait, s’enfoncent quand on apppuie deifus pour opérer le défengrenement, & changer de combinaifon à fa volonté. Ces points d’appui fervent à deux
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- picces ; mais ceux FF ne fervent qu’à une feule piece ; & comme leur ba£ cule eft plus courte , il faut appuyer plus fort, mais baiffer un peu moins. Les hachures horizontales marquent toute la partie de la table ou tablette qui eft fixe.
- La fig. 12, à côté de la précédente, eft le plan fous la table ou tablette.
- A A font deux des quatre pieds de la commode ou chiffonnière. B eft le panneau de côté. C eft celui de derrière. D eft le devant du tiroir.
- E E font le côté & le derrière du tiroir.
- F F montrent la couliife qui porte le tiroir.
- G G font les deux montans entre lefquels s’établit la crémaillère, de laquelle le montant n’eft pas repréfenté, & qui ferait dans l’efpace quarré qui eft refté en blanc ; & les traits croifés indiquent l’une des dents qui tient à fon montant; le pointillé , auprès de H, défigne où ces dents fe portent dans l’entaille faite au côté du tiroir, lorfqu’ils font fermés avec la combinaifon.
- Nota. Il faut avoir foin d’attacher la tablette ou table de deifus, par fon deffous , aux pieds de la commode ou chiffonnière , en ôtant, pour faire cet attachement, le premier tiroir, afin que ce deffus ne puiffe pas fe détacher ni s’enlever fans que l’on ait ouvert.
- Au refte , cette forme de fermeture peut s’employer à toutes fortes de commodes & d’armoires à tiroirs, ainfi qu’à un coifre-fort, foit parce mé-chanifme-ci, foit par un des précédens.
- Il faut remarquer qu’il n’eft jamais queftion , dans ces fortes de ferrures que de pouvoir mettre en mouvement le moindre petit tétiau , pour faire agir enfuite librement les plus gros verroux & des bafcuîes qu’aucune force ne pourrait faire mouvoir fans effra&ion. Tout l’art de la fermeture d’une porte confifte donc à faire par le dehors, lorfque l’on eft forti, ce qu’on fait par en-dedans quand on s’enferme, c’eft-à-dire, à pouffer un verrou , & à le retirer à volonté, à mettre un crochet ou l’ôter, enfoncer une cheville ou poinçon & le retirer, mais fans qu’aucun autre puiffe en faire autant , foit par-dedans foit par-dehors.
- Nota. On trouvera des ferrures exécutées pour portes cocheres & portes d’appartemens, d’après ce méchanifme, chez le fieur Latte, marchand ta-blettier , maifon du Singe verd, rue des Arcis , pour le prix de 18 , 24,3® & 36 livres, fuivant le nombre des pièces mobiles & le fini du travail.
- Planche V.
- N°. XXIII & dernier.
- Méchanique pour foulager la mémoire.
- J’AI dit quhV eft certain qu'on peut trouver à laijfer des marques qui ra.pl
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- MECHAN1QÜE S.
- pellent la combinaifon établie ; mais tous les moyens qu’on peut employer pour cela, font très-fuperflus au méchanifme de fermeture en lui-même, & ne font qu’un fécond méchanifme & une augmentation de dépenfe. J’ai dit encore , qu il faudrait au moins que ces marques indicatives pujfent au£i être combinées entr elles , à la volonté & au choix du maître ; qu'enfin il falloir pourtant finir par avoir un fecret confié à fa mémoire. Dès - lors, le plus fur moyen de retrouver fa combinaifon, c’eft d’écrire très - clairement fon numéro dans fes tablettes , fur fa tabatière , fur la boîte de fa montre, &c. mais il faut faire enforte que cette écriture ne foit applicable avec certitude, qu’au moyen de l’emploi d’un fecret fimple , aifé à retenir, & qu’on puiffe le changer à chaque fois, & d’autant de maniérés qu’on aura de points de combinaifons.
- Je vais donner un exemple de cette recherche, qu’on peut appliquer, avec quelques variations , aux différentes efpeces de méchaniques. Je fup-pofe qu’on l’emploie à celui de la chiffonnière. Marquez les cinq plateaux extérieurs d’une efpece d’étoile à quatre rayons , qui s’étendent jufqu’à leur circonférence j que de ces rayons deux foient prefque réunis ; que les pointes ou les extrémités des deux rayons réunis foient éloignées l’une de l’autre du feizieme de la circonférence, de laquelle le furplus fera partagé en trois parties où aboutiront les deux autres pointes, qui fe trouveront diftantes l’une de l’autre de cinq feiziemes de cette circonférence.
- Nommez vos quatre pointes, & déterminez leur nom par des lettres ou des figures; dans ces feize pofitions différentes, il fe trouvera toujours une de ces quatre pointes fur l’un des quatre points cardinaux que vous aurez marqués au-delà de votre plateau circulaire.
- Sur cette divifîon , qui ne préfente cependant que quatre points vifibîes, vous pouvez choifîr & déterminer exactement l’une des feizes pofitions de chacune de vos pièces, en partant d’une d’entr’elles quelconque, à la compter pour l’unité.
- Je fuppofe ici pour la chiffonnière, les quatre pointes marquées chacune d’une fleur ; des deux pointes réunies , placées eu haut , celle à droite fera une grenade , celle de la gauche une jonquille ; la plus près de la grenade fera une violette , l’autre fera une rofe : fuppofez donc que vous vous êtes déterminé à compter, pour toutes vos pièces , l’unité au rayon de votre étoile correfpondant au Nord, & ce rayon pour votre indicateur de la pofition de vos pièces : fuppofez alors que pour votre première piece vous ayez choifi d’établir la rofe au couchant > alors ce fera donc le point le plus près à gauche de la jonquille , qui fera votre unité : & je fuppofe encore que vous comptiez z fur la gauche. A la féconde piece,ayant établi
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- ESSAI SUR LES COMBINAISONS
- la violette à l'EJl, il fe trouvera alors que c’eft le nombre 14 qui eft au Nord. Vous avez placé à la troifieme piece la grenade à VEJl , cela vous donne le nombre 3 au Nord; vous mettez à la quatrième piece 9 au Nord, en plaçant la rofe à VEJl: enfin , en mettant la grenade au Nord, cela vous y donnera le N°. 1 f > votre combinaifon eft donc 1,14,3,9,1 y , un. million cent quarante - trois mille neuf cents quinze , que vous écrivez dans vos tablettes; mais vous marquez un point fous les chiffres qui font feuls , ou bien un petit tiret, ou des virgules , pour les partager en cinq. ( Voye{ ci-dejfous à la note * )
- Vous ferez convenu encore, félon votre volonté , qu’en écrivant avant votre numéro le nom d’une des pointes , ce fera la défigner à VOuefl\ l’écrivant après le numéro , ce fera à VEJl-, l’écrivant au -deffus , ce fera au Nord, & au-deffous ce fera au Sud ; alors vous aurez comme à la note (**) > mais fi vous laiffez tomber alors votre papier, votre fecret eft affez facile à trouver, fi vous avez écrit votre point de partence; car il ne refte plus qu’à deviner ce que fignifie votre unité fous Nord , & le 2 fur la gauche. Il ferait mieux de retenir dans la mémoire : fai compte Vunité au point du Nord , à gauche de la J ON QUILLE, & fai compté la fuite à gauche.
- A l’égard du moyen de laiffer votre nombre par écrit fur votre porte, très - librement vifible par le dehors & fans qu’on le puiffe deviner , il faut pour cela une méchanique qu’il foit impoffible de déranger. En voici une qui me femble peu fufceptible de difficultés : Ayez , dans une boîte, autant de petites couliffes que de pièces mobiles ; que chaque couliffe porte les 16 numéros (a) , & vous arrêterez ces couliffes de façon qu’à chacune le numéro de fa piece fe trouve apparent au travers d’une ouverture pratiquée à la boîte, de la grandeur d’une des cafés des numéros , pour qu’il foit très-vifible par le dehors du lieu renfermé : la mémoire ne fera plus chargée que de retenir la pofition de la pointe de l’étoile , d’après
- (*) 1 r 4 3 9 1 ç. (**) Rofe. 1.
- • • • j 4. Violette.
- ------v 3. Grenade.
- 9. Rofe.
- Grenade.
- M-
- I®. — Nord.
- 21. Ce qui voudra dire , l<\ il faut compter pour chacune des cinq pièces, l’unité au point Nord. 2Ç. Lorfque Rose, autrement dit, la première defdites pièces mobiles ici écrites, fe trouve à l’OuEST , il faut que je compte pour toutes les cinq mon 2 , fur la gauche de ce premier 1 , &c.
- ) Ou des lettres & au nombre de vingt . quatre, ou tout autre nombre établi. ,
- laquelle
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- M E C HA N 1 QU 1 S. iof
- laquelle vous aurez compté un au Nord (a), ou bien cette unité, à partir de tout autre point que vous aurez voulu ; enfin , félon fa pofition que vous retiendrez , à l’un des quatre points cardinaux , elle vous indiquera celle fur laquelle , i°. vous avez compté UN à partir , par exemple, du point du Nord, & tourner fur la gauche ou à YOueft, comme ici en plaçant votre étoile à YOueJl; niais vous pouvez auiïî 2°. avoir pris pour votre point de partence pour l’unité , par exemple , YEJl au lieu du Nord pour cette même unité , & que toujours cependant le point Nord refte pour votre repere : alors cette même précédente pofition des pièces vous donnerait pour combinaifon , i o, 15, 5,6, ou cinq millions cent un mille cinq cents fix , que vous auriez écrit, comme ci-devant note (**) : 3°. cette même combinaifon ferait encore très - différente , fi après avoir compté un à un tel point, vous comptez deux à droite de ce point, au lieu de le compter à gauche ; 4°. vous pouvez encore convenir avec vous-même laquelle de vos couliifes correfpondra avec telle piece. Vous n’avez donc befoin que de charger votre mémoire feulement de trois objets $ ou quatre au plus: i°. telle fleur pour repere; 2°. tel point pour l’unité; 5°. en comptant par la gauche ; 4V. quelle coulilfe répond à telle piece ; mais donner , mais écrire , ou donner quelques indications de ces trois ou quatre objets par des fignaux : ce fera votre fecret que vous indiquerez ou faciliterez beaucoup.
- Il faut donc toujours eii revenir à conferver dans fa mémoire un fe-cret le moins compofé qu’il fe pourra, ou fe rélbudre à laiifer connaître à tous ceux qui auront Je fecret de vos indications, quelle eft la combi-naifon que vous aurez établie. Il me paraît que les quatre feules choies à retenir, que je propofe, foulageraient bien une mauvaife mémoire , au dépens des frais qu’il en coûterait pour la mémoire ou fouvenir méchani-que, ou machine à écrire fon numéro, de la figure de laquelle voici l’explication. Vfig, 13 , pl. y.
- Explication d'une tablette indicative des combinaifons établies a la fermeture
- d'une porte.
- hkfig. 14 repréfente la face de la tablette qui paraît à l’extérieur de la porte, à laquelle elle.eft appliquée. On voit aux quatre coins en A, la tête quarrée de quatre petits boulons qui attachent la plaque ; ces boulons font arrêtés à écrous par le côté intérieur. On apperqoit au-deflous de B les entailles faites dans la plaque pour laifler à chacune paraître une des marques.
- La ligne tracée C, D, montre l’alignement fur lequel il faut que les figues fe trouvent Les pointillés repréfentent la pofition où fe trouve chaque bande
- (<z) Ou A & enfuite B à gauche ou à droite»
- Tome XIX% O
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- 10 G ESSAI SUR LES COMBIN. MEC HAN.
- ou coulilfe, entre la plaque & la porte , relativement à celui des numéros qui eft apparent, tel que ceux fuppofés ci-deflus.
- La fig. if eft la coupe du bois de la porte, & de la tablette indicative fur la ligne E, F, fig. 14.
- A marque l’entaille B , fig. 14 , faite dans la plaque extérieure.
- Dans cette même fig. B, B, font la coupe d’une des bandes ou coulilfes indiquées par des hachures horizontales. On a repréfenté au bout, des lignes où font marqués des G, plufieurs petits tétiaux qui doivent être attachés à la plaque extérieure comme à celle intérieure , pour qu’elle ne puilfe pas être enfoncée par quelque choc extérieur, & par-là fe trouver appuyer contre le bois de la porte; ce qui arrêterait le jeu des bandes ou des coulilfes.
- On voit près de D , aux quatre coins , la figure de quatre poulies ou rouleaux pour chaque coulilfe , fur lefquels pafle un fil de laiton, ou une chaîne qui joint les bandes ou coulilfes de l’extérieur à la piece à peu près pareille, du côté de l’intérieur de la chambre , pour fixer leur pofition fous la plaque de l’extérieur.
- E, F, font des vis k tète quarrée F, ou boulon à écrou E.
- H, H , font la plaque du côté de l’intérieur , laquelle peut être femblable à celle extérieure , fi l’on fait tant que d’en établir une dans cet intérieur,.
- La fig. 1 (5“ eft la vue de la bande ou coulilfe qui glilfe entre la plaque & la porte. On pourrait, en employant une femblable bande par le côté intérieur , avoir un petit trou à côté de chaque numéro , pour y enfoncer une cheville , & fixerainfi la pofition de la coulilfe extérieure; cette plaque intérieure devrait alors être numérotée en fens contraire de celle de l’extérieur de la chambre.
- Au lieu d’une femblable bande ou coulilfe, on peut n’employer en-dedans qu’un bouton coulant dans une fente repréfentée fig. 15, à hauteur du D, fig• 1-4 i & alors ce bouton coulant une fois arrêté en-dedans de la chambre au-delfus d’une ligne de la graduation marquée de cinq en cinq, dans le même fens ou ordre que les numéros de la bande ou coulilfe de l’extérieur , indiquerait, pour cette fois, le numéro qui ferait apparent ap-dehors» Cette graduation eft marquée fur la droite de 1a fig. 16.
- On trouve , fig. 16 en A, une efpece de petit palfant qui contient le fil de laiton dans fa pofition, foit fur un rouleau, foit dans la petite poulie défignée en B.
- Il eft fans doute polïible d’imaginer d’autres formes indicatives de la com-binaifon établie ; mais il n’y a pas moyen de tout dire , ou tout écrire , fans faire connaître fon fecret : il faut toujours avoir à faire quelqu’empîoi de fa mémoire, pour l’ufage de ces moyens de fermetures , ou fe réfoudre donc à n’ufer de la combinaifon méchanique que par amufementou par fuperâuité.
- Fin de CF fi ai fur les ecmbinaifcns méchaniques,
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- ART
- DE PRÉPARER ET D’IMPRIMER
- LES ÉTOFFES EN LAINES,
- SUIVI
- D E L’A R T
- DE FABRIQUER LES PANNES OU PELUCHES,’
- Les velours faiçon u* Ut reçut 9 et les moquettes 2
- étoffes les plus fufceptibles de VimpreJJîon & du gauffrage.
- Par M. Roland de la Platiere,'
- tnfpecteur - général des manufactures de Picardie, affocié des académies royales des fciences 9 belles - lettres & arts de Rouen , Fillefranche, &c. & correfpon* dant de la fociété royale des fciences de Montpellier.
- Forma fibi quævis refpondeat.
- M A R S Y , Pi8.
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- _A R T
- DE PRÉPARER ET DT MPRIMER JLJ£l<S FTOFFFS JE JT X.JLX2TJ&&*.
- -*K> — •=r~-=S^ü!-- "-t-sC**»
- CET art,, cultivé en France depuis un. certain nombre d’années r s’eft étendu & perfectionné dans ces derniers tems. Il annonce de plus grands-fuccès encore par la variété des delïins , la folidité des couleurs , l’éclat des nuances , & par les diverfes fortes d’étoffes fur lefquelles réuffiffent chaque jour de nouvelles tentatives.
- On n’a rien écrit encore fur. cet art : j ai penfé que c’était hâter fes progrès d’en fuivre la pratique dans le détail dés connaidances acquifes, & de rendre publics les procédés qui en font la bafe.
- Rouen &fes environs virent naître en France ce genre d’induftrie. (a ) On 11e l’appliquait alors que fur les ferges d’Aumale : elle donna à cette étoffe, commune & de bas prix, une vogue qui en augmenta confidéra-blement la fabrication. Son débouché s’étendit dans l’étranger, & l’on put la confidérer alors comme une nouvelle branche de commerce ; mais elle était fondée fur la nouveauté & le goût : l’indultrie & les moeurs changeront. bientôt l’une & l’autre,
- Amiens faiüt la circonftance : ( b,') fes fabriques lui fourniffaient un genre
- (iflO MMi le Marcis- apportèrent d’An- neurs en petit nombre les imitèrent quel* gleterre les premiers outils & uftenfiles,. ques. années après.
- la oompofition de quelques couleurs, le (b) M. Bonvalet fut le. premier quiî.m-fecret enfin d?imprimer les étoffes de laine , prima des étoffes de laine à Amiens : il y & formèrent leur etabliffement à Bolbec fut le feul pendant quelque tems qui exerça il y a environ, trente ans. D’auues entrepre-» cet. art, M, Fleffelle eft celui qui en a. le-
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- no -L'ART DE PREPARER ET D'IMPRIMER
- d’étoffe que fa durée & fon éclat rendaient infiniment plus propres à Pim-preflîon, que ne le fut jamais la ferge d’Aumale.
- Les relations journalières & intimes de commerce de cette ville avec PEfi. pagne & l’Italie, mirent les négocians dans le cas de faire paffer des échantillons à leurs commettans : ceux-ci les montrèrent au Nouveau-Monde. Sans cefler d’imprimer des ferges , on fournit à cette opération des pannes ou peluches en poil de'Chevre ; matière brillante par elle - même, & qui réfléchit les couleurs avec beaucoup plus de vivacité ; l’étoffe était propre à fe vêtir, plus, meublante, d’un beaucoup meilleur ufage que la ferge : les demandes furent confidérables : elles prirent un cours réglé : on en foutint le goût, par la variété des définis.
- Tout change ;r& après les périodes plus ou moins longs, déterminés par les circonftances,'ou marqués parla nature, tout fe détruit; & les goûts, comme la matière , fe modifient fans cefle. On imprime moins de peluches en1 ce moment ; mais on-imprime des petits draps, des camelots, destamiies, & d’autres petites étoffes.
- Préparation des étoffes avant l'impreffon.
- On fuppofe les ferges d’Aumale & celles de Blicourt dégraiffées & foulées, comme il fe pratique dans les campagnes, telles enfin qu’elles font mifes en vente dans les halles ; & les pannes ou peluches débouillies, fui-vaut i’ufage , par les foulonniers de la ville.
- La première préparation des étoffes eft: le débouilli à l’alun : ce fel foflile & minéral, foit qu’il ouvre les pores de la matière par fa forme en aiguilles fines & acérées , '& qu’il facilite par-là l’imrodudtion des parties colorantes qu’on veut fixer fur les étoffes , foit que chaffé de ces mêmes pores où-il s’était logé par une nouvelle cryftallifation peut-être, & remis en fufion dans un nouveau bouillon , par fa qualité aftringente, il refferre ces mêmes pores lorfque la couleur s’y eft introduite; ce fel eft l’agent univerfel des fauffes teintures, dis - je, dont il développe en outre toutes les couleurs.
- Débouilli à l'alun.
- Dans une chaudière, telle qu’en y mettant cinquante féaux d’eau , oufix cents pintes de Paris, il refte un vuide de cinq à fîx pouces de fes bords *
- plus étendu la pratique. Cet artîfte plein qu’à recueillir les juftes fruits de fes infade hardieffe , d’un zele très-aétif, & d’une tigables travaux. C’eft lui qui a reétifié & confiance fans bornes dans les entreprifes , fixé mes idées fur les procédés de cet art, eft le feul peut-être qui mette autant & plus & il en a confirmé l’inftruclion par tous les d ardeur a répandre les connaiffances utiles, détails de pratique qu’il m’a mis à portés
- à voir fleurir les arts même qu’il cultive, d’o bferver.
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- LES ETOFFES EN LAINES. ni
- on peut faire débouillir à la fois cinq pièces de ferges d’Aumale, de foixante à foixante-dix aunes chacune , ou autant de pièces en pannes de quarante à quarante - cinq aunes. La plus grande quantité de matière de celle-ci com-penfe le plus long aunage des précédentes. Lorfque l’eau eft tiede, on y jette quatre livres d’alun de roche , & demi-livre de tartre blanc par piece d’étoffe. L’alun de Rome eft préférable aux autres, à raifon de fa qualitéi mais on ne l’emploie pas ici à caufe de fon prix. Il faut avoir l’attention de le caffer par petits morceaux, pour en faciliter la diffolution, & ne pas attendre à le mettre dans la chaudière, que l’eau en foit bouillante : il fe formerait une écume fur le bain, & fa dilatation fubite le fouleverait au ppint de vuider prefque la chaudière. A l’égard du tartre, il doit être pulvérifé & paffé au tamis.
- A mefure que le tartre & l’alun fe fondent, les malpropretés qui y adhèrent s’en détachent & viennent à la furface de l’eau j il la faut écumer exactement pendant que le bain chauffe. On faude les pièces, on les attache à la queue les unes des autres ; & lorfqu’il commence à bouillir, on les y introduit peu à peu, en les enfonçant avec un lifoirt & l’on réunit la première à la derniere, pour les travailler de fuite fur le tourniquet. Tournées & retournées ainfi pendant une' heure, la chaudière toujours bouillante, on défaccouple les pièces par deux & par trois, & on les leve ainfi en deux fois fur le tourniquet : on les jette par plis, en les déroulant, fur un jal-lier ou levier, placé fur un large chevalet, pour les tranfporter fur le/àuda, efpece de brancard ou table à jour, échelle ou rateau.
- Pendant le premier bouillon, on prépare de nouvelles pièces pour un fécond qu’on fe propofe de faire dans le même bain. Comme il a retenu quelques parties des premiers ingrédiens, on y ajoute feulement trois livres d’alun par piece, quinze livres au lieu de vingt livres qu’on a mifes au premier, & du tartre à proportion. On écume le fécond bain, & l’on procédé en tout comme au premier. On paffe à un troifieme, qui ne différé en rien du fécond. Pendant ce troifieme bouillon, on faude pli par pli les pièces précédentes, on retourne la cape, fur chacune, & on les empile ainfi les unes fur les autres, en aufîi grande quantité & autant de tems qu’on le juge convenable : elles pourraient y refter quinze jours & plus, même dans les chaleurs de l’été, fans crainte que la fermentation s’y établît i l’alun les en préferve.
- Il eft néceffaire pour toutes les couleurs, excepté les g ris, les verds & les,bleus de Saxe de toutes les nuances , que les étoffes repofent fur le bouillon d’alun pendant trois à quatre fois vingt-quatre heures ; & les rofes, les cramoifis , les écarlates en font plus vifs,plus éçîatans ,d’y repofer .quatre à cinq jours 3 fétoife en afpire mieux la .couleur, & l’on confornme moins de drogues,
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- Si Ton veut procéder à un quatrième bain, alors il Faut vuider la chaudière : l’eau elt trop chargée des ordures, de la graiffe qui eft reliée dans les étoffes, des terres de l’alun & du tartre : le bain elt gras, il faut le renôüveller. Si au lieu d’un nouveau bain d’alun on voulait teindre en gris, verd ou bleu de Saxe, on pourrait le faire fur l’eau même & dans la chaudière des bains précédens, en la remplilfant & la chauffant au degré convenable ; s’il arrivait cependant que le bain fut trop chargé , trop gras, on ferait bien d’en jeter une partie , & de la remplacer par de l’eau pure.
- Des matières colorantes, & maniéré de les préparer avant la teinture.
- Les matières d’ufage pour teindre les étoffes & colorer les pâtes d’im-prefïion , font en petit nombre. Après la terra mérita ou curcuma, racine qui nous vient des Indes orientales, & la gaude , qui eft une plante indigène , les bois des Indes occidentales font les feuls. Je ne parle point de la com-pofition colorée par l’indigo , qui ne fert que pour les gris , verd 8c bleu de Saxe, & dont on donnera le procédé lorfqu’ii fera queftion d’en indiquer l’emploi.
- Ces bois fe réduifent à ceux d’Inde, dont la meilleure qualité eft connue fous le nom de campêche, coupe d’Efpagne : il eft le plus eftimé & le plus cherj de Brejîlou Fernambouc , & le bois jaune: on emploie encore le bre-fület-, mais feulement pour ^olorer en rofe, en cramoifi & en écarlate faux les étoffes à imprimer, & non les pâtes d’impreflion , qu’il colorerait trop faiblement.
- Les meilleurs bois font lourds, fans aubier i Pair en eft frais & la couleur vive. On a beaucoup de moulins dans ces cantons , pour les moudre ou les hacher i mais il convient mieux de les faire râper chez foi; on évite toutes les fraudes qu’on peut faire dans les moulins , où l’on mêle le bon & le mauvais bois, & où l’on n’ignore pas le moyen d’en faire monter la couleur en y jetant de l’eau de chaux. On met enfuite le bois dans des facs de toile aifez claire pour que l’eau la pénétré & que les parties colorantes s’en échappent aifément : on n’en garnit chaque fac qu’aux trois quarts , pour la même raifon ; on les lie, & on les met ainfi dans la chaudière, à rai-fon de cent à cent vingt livres de bois en trois facs, fur cinquante (eaux ou fix cents pintes d’eau ; on la fait bouillir à gros bouillon pendant trois heures ; on leve les faGS fur une échelle ou rateau qu’on met au-deifus de la chaudière : on retire le feu : on laide égoutter les facs & refroidir le bain jufqu’à ce qu’on puiffe le tranfporter j on le dépofe alors dans des tonnes placées dans un bas hors des atteintes de la gelée. Le bain de cette première cuite fe met à part 5 on ne le confond point avec ceux des fécondé
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- & troifieme cuites ; c’eft la partie conftituante du coloris des pâtes d’im-preffion : on pourrait l’employer à teindre & colorer les étoffes avant de les imprimer; mais le fécond ou troifieme bain y eft ordinairement affez propre.
- La première cuite faite , on rejette les facs dans la chaudière; on la remplit de nouvelle eau , qu’on fait bouillir autant de tems & une demi-heure cn-lus qu’au premier bain ; on procédé de la même maniéré , & ainfi du troifieme, auquel on palfe incontinent après le fécond , ayant toujours l’attention de mettre dans des tonnes à part les bains produits de ces trois différentes cuites.
- Cette quantité de bain faite fins une détermination précife du tems d« fon emploi, ne peut avoir lieu qu’à l’égard du bois de Fernambouc, donc le bain gagne tellement en vieilliffant, qu’on fait enforte de l’avoir toujours au moins de fix mois : on pourrait cependant l’employer nouvellement fait ; mais il ne fournirait point une couleur aufii vive : ce n’eft que quand il % fermenté & vieilli, que les parties colorantes du bois font entièrement développées , & qu’il donne à la couleur toute fon intenfité. La marque de fa bonne qualité eft une confiftance un peu vifqueufe, & de filer comme un vin gras.
- On a fait preffentir les dangers de la gelée, qui en effet détruit la couleur & gâte le bain, qu’on ne peut réparer qu’en faifànt recuire deffus dit nouveau bois râpé ; frais & perte de tems qui en doublent prefque la dé-penfe.
- A l’égard du bain de bois d’Inde ou de Catnpèche, qui fe fait furie même procédé que le précédent, on ne paffe point à une fécondé cuite ; ce bain ne fert que pour le noir d’impreflîon, & le produit d’un fécond ferait moindre que la dépenfe à faire pour l’obtenir. Celui-ci ne pourrait s’employer que dans le violet, couleur qu’on fait rarement, & à laquelle on reuifit également en étendant le premier bain dans une plus ou moins grande quantité d’eau, fuivant la nuance qu’on veut obtenir.
- Le bain de bois jaune fe fait fur le même principe que celui de bois d’Inde, & ils ont l’un & l’autre cela de contraire à celui de Fernambouc, qu’ils perdent beaucoup de leur qualité en vieilliffant, & qu’il ne convient de les faire qu’en quantité & au moment qu’on en a befoin.
- Les auteurs ont établi comme une doélrine , que les eaux les plus dures , les plus crues, étaient les plus plus propres à extraire les parties colorantes des bois, & ils confeillent de faire les bains d’eau de puits de préférence à celle de riviere. Les gens de l’art que j’ai confultés, prétendent que l’eau de puits donne t en effet au bain une teinte plus forte ; mais que cet excès de couleur, produit fans doute par les félénites dont l’eau de puits eft beaucoup plus chargée que celle de riviere, de même que le rehaussement de couleur des bois , Tome XIX, P.
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- ii4 L'ART DE F REPARER ET B>IMPRIMER
- produit par l’eau de chaux, n’eft point unç preuve d’une plus grande quantité de parties colorantes extraites, puifque l’eau de riviere , plus douce , plus divifée, plus ténue, toutes chofes égales d’ailleurs, fournit réellement plus de teinture. Une autre obfervation elfentielle à l’égard du bain de bois de Fernambouc fait à l’eau de puits, c’elt qu’il ne devient jamais auffi gras, & qu’il ne colore pas aufli vigoureufement.
- Compofîdon du bleu de Saxe.
- Sur trois livres d’huile de vitriol, mifes dans un pot de terre verniffé qui en peut contenir le double, on verfe peu à peu de l'indigo flore ga-timalo, réduit en poudre fine & paffée au tamis, jufqu’à la quantité de fix onces : on remue toujours à mefure avec une fpatule de verre ou de bois blanc ; celle de verre eft préférable. Lorlque tout l’indigo eft mêlé avec l’acide vitriolique, on met la composition au bain-marie dans une eau chaude retirée de delfus le feu , & l’on continue de remuer jufqu’à ce que l’indigo foit bien diffous pendant environ une heure, ce qu’on reconnaît à l’éclaircilfement de la compofition. Lorfqu’il n’y a plus aucune boule ou maton, elle eft faite, & on peut l’employer aufli-tôt qu’elle eft refroidie. Il fe fait une telle effervefcence pendant cette dilfolution, que fi l’on n’agitait continuellement & fortement la matière avec la fpatule, elle s’élèverait au-delfus des bords du vafe, & fe répandrait. On eft même obligé quelquefois dans cet intervalle de retirer le vafe de dedans l’eau chaude, & c’eft la rai-fon pour laquelle on le prend d’une continence double. Cette- effervefcence décele toujours un vice dans l’indigo : quand il eft très-feG, & qu’il contient fort peu de parties hétérogènes, elle eft infenfible & prefque nulle. Il eft donc eflentiel de bien choifir l’indigo, & il n’en ferait que mieux de le faire fécher à une chaleur du four très - modérée.
- Les perfonnes qui font dans le cas de faire bouillir l’eau du bain lors de la dilfolution de l’indigo, doivent fe défier de la qualité de l’huile de vitriol j il eft évident qu’elle eft alors moins concentrée qu’elle doit l’ètre : on a d’ailleurs éprouvé qu’elle donnait aux couleurs un œil verdâtre qui la fait rejeter des artiftes curieux.
- Teinture des étoffes.
- Avant de procéder à la teinture des étoffes , il faut les laver en riviere » les bien battre, ou les faire dégorger & reviquer au moulin, pour ôter la mal-propreté & la terre fuperôue que l’alun y a dépofée : autrement le bain ferait bientôt .gras, tué; on ne pourrait y teindre qu'un nombre beaucoup
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- moindre de pièces ; & quoiqu’on confominât plus d’ingrédiens colorans , les couleurs relieraient toujours ternes.
- On a dit qu’on pouvait fe fervir du bain d’alun pour teindre fur-le-champ les gris, bleu & verd de Saxe, parce que l’acide vitrioliq.ue qui entre dans la compofition de ces couleurs tient lieu non - feulement du repos fur le bouillon d’alun nécelfaire aux étoffes deftinées pour les autres couleurs, mais du bouillon d’alun même , qu’on pourrait très-bien fe difpenfer de donner aux étoffes fur lefquelles on n’aurait pas d’autres couleurs d’imprefîion à appliquer que celles faites avec la compofition, pourvu qu’on en mit dans le bain même de la teinture de ces couleurs, à raifon de deux livres par piece d’étoffe, ainfî que le pratiquent les teinturiers du grand & bon teint; on en ufe ainfî d’ailleurs pour gagner fur le feu & fur le tems : mais fi Pin-convénient eft npl dans ce cas-ci, & pour les couleurs à la compofition , il ne l’eft pas pour celle au bois j il faut alors vuider la chaudière & faire un bain neuf; car l’alun, quoiqu’un mordant très-propre à développer les couleurs du bois & à leur donner de la vivacité lorfqu’il eft employé dans la préparation des étoffes, détruirait cependant ces mêmes couleurs s’il fe mêlait à leur teinture.
- Supposant donc les bouillons d’alun finis, le bain refté dans la chaudière , & des gris , bleus, ou'verds de Saxe à faire, on emplit la chaudière, on pouffe le feu , mais à un point affez modéré pour pouvoir aifément tenir toujours la main dans le bain; & pour les gris de Saxe les plus pâles, ou y verfe de la compofition en quantité d’un cube de fix à fept ligues de côté ; on pallie bien : on prend alors une piece d’étoffe , mile fur une planche pofée fur le bord de la chaudière ; on en jette le premier bout fur le tourniquet qui effc en-travers au-deffus du bain : un ouvrier tourne le plus vite poffible, pendant qu’un autre enfonce la piece à mefure qu’elle tombe. Quand elle eft toute paflee, on en attache les deux bouts enfemble, & on lui donne cinq ou flx tours de fuite, en la tenant toujours an large avec un lifoir ; alors on en retire une partie , on la tord, on la retord dans un linge ou étoffe feche ; on en confronte la nuance : fi elle eft au -delfous de celle de l’échantillon , on redonne encore deux ou trois, trois ou quatre tours, fi l’on juge qu’il y a affez de compofition dans le bain ; fi au contraire il n’y en a pas affez, après avoir levé la piece fur le tourniquet, ou en ajoute un peu au bain ; on le pallie, & on lui redonne autant de tours ou de bouts qu’il en eft nécelfaire.
- Lorsque la couleur eft achevée , on leve la piece fur le tourniquet, on la laiffe un peu égoutter; pui6, déroulée & jetée fur un jallier, on l’emporte fur-le-champ à la riviere ; on la lave en eau courante ; enfuite on la plie, on la roule, on la pofe debout pour en faire égoutter l’eau, & on h
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- fait féçher. Les étoffes feches, on les corroie à chaud pour les étendre-» en ôter les faux plis, les tenir fur leur largeur.; elles font alors propres à mettre à l’impreffion.
- Les bleus de toutes nuances fè font de la même maniéré, en ajoutant an bain plus ou moins de compofition, & en le tenant à un degré de chaleur au-defïus» tel qu’il approche de l’ébullition fans y jamais atteindre le bleu en deviendrait terne & verdâtre. Cette fuite de couleurs fe fait toujours fur les mêmes bains ; & les bleus achevés, on palfe incontinent aux dilférens verds de Saxe , pour lefquels il n’eft quefti.on que de faire cuire , dans le bain précédent, du bois jaune également râpé & mis dans un fac.
- Il eft d’obfervation que le bois jaune, cuit dans la chaudière dans laquelle on teint, donne une couleur plus vive que lorfque le bain en eft fait à part. Le bain, par le contacft de Pair» perd beaucoup de fa qualité; & la couleur qu’il donne , de fon intenfité ; on ne l’emploie jamais trop tôt.
- Pour tous les gris autres que les gris de Saxe » on ajoute feulement un peu de bain de bois au premier procédé. Veut-on des gris éteints » depuis le gris-blanc jufqu’au gris le plus foncé ? le bois d’Inde » en dofe proportionnée à la nuance, en fait l’affaire ; quelquefois cependant on y ajoute un peu de dilfolution de vitriol de mars, ou couperofe. Les gris rougeâtres veulent un peu moins de compofition, un peu moins de bois d’Inde» mais, un peu de Fernambouç,
- * Paille & jauni*
- Lorsqu’on veut faire du jaune à la fuite des nuances de paille, on mefr une botte de gaude dans la chaudière; on l’y laitfe jufqu’à ce qu’on apper-çoive que le bain en eft un peu chargé : on en juge mieux par un petit échantillon qu’on fait fur-le-champ. S’il eft au point requis, on tire la gaude * on pallie la chaudière , & l’on teint en tournant & retournant la piece très-vite, la tenant toujours au large jufqu’à ce qu’elle foit achevée. Toutes les, nuances de paille dépendent du tems qu’on laiffe la botte de gaude dans la chaudière. En la laiflant plus long-terns encore, on paflTe finalement à celle, de jaune par gradation afcendante. Si l’on veut obtenir du jaune d’abord, on fait bouillir la gaude allez long-teras pour en extraire toutes les parties colorantes » & l’on defçend au contraire du plus beau jaune au paille le plus clair.
- Il faut être foigneux. de rafraîchir le bain de gaude avant de s’en fervir. Ses parties colorantes font très-fufceptibles d’être happées ; & plus le bain eft chaud, plus fétoife les abforbe rapidement, ce qui expofe prefqu’ia-difpenlablement alors à faire des couleurs inégales*
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- Soucis, aurore , jaune doré & autres de ce genre.
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- Après avoir tiré de la gaude & coloré l’étoffe de tout ce qu’elle peut donner de teinture, on ajoute au bain du curcuma en poudre, qu’on met à nu dans la chaudière; on lui fait jeter un bouillon, & F on y pafle fuccef-fivement toutes les pièces qu’on a à teindre de cette couleur. Veut - 011 hau(Ter encore cette nuance, lui donner un œil rougeâtre? il n’y a qu’à ajouter au bain un peu de celui de Fernambouc; & û l’on en mettait une certaine quantité, on le poufferait jufqu’à l’écarlate faux.
- Abricot, chamois, &c.
- L’abricot, le chamois, & autres, fe font par le mélange des bains de bois jaune & de Fernambouc.
- Rofes, cramoijis , écarlates, <S'C.
- A l’égard des rofes, cramoifîs, écarlates, &c. on procédé comme il fuit.
- On met dans la chaudière, prefque remplie d’eau chaude à n’y pouvoir tenir la main , deux féaux d’eau fure , pour atténuer l’eau du bain , la rendre plus pénétrante, & lui faire trancher l’étoffe. On y ajoute un. quart de feau de bain de Fernambouc ; on pallie, & l’on teint. La nuance qu’on obtient alors efi une couleur de chair ; on la haufle par degrés jufqu’au cramoifi foncé, en augmentant fucceffivement la dofe du bain de Fernambouc.
- On juge de la nuance , en trempant un échantillon de la piece teinte dans une eau de chaux vive, qui fait monter & rofer la couleur. On le lave en eau claire, & on le feche en le tordant dans un linge. St elle n’eft pas aflez foncée , ou l’on donne encore quelques bouts à la piece lorfqu’il y a aflez de compofition dans la chaudière, ou on la leve, pour en ajouter au bain , la rabattre & la retravailler.
- Lorsque l’étoffe eft dure à prendre la couleur , & à fe monter à la nuance qu’on defire , on l’abat fur le jallier, & on la porte fur le faudet, pour l’éventer à grands plis , à deux ou trois reprifès différentes.
- Au lieu de deux féaux d’eau fure , qu’on met pour obtenir les différentes nuances de rofe & de cramoifi, on en met quatre, & jufqu’à fix, pour faire l’écarlate. Cette eau donne au bain de Fernambouc un œil jaunâtre , dont on peut accroître l’intenfité par deux où trois poignées de curcuma en poudre , jeté dans la chaudière.
- Pour donner aux rofes & aux cramoîfis tout le degré d’intenfité dont ils font fufceptibles x oa met dans une chaudière remplie d’eau ( & alors
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- celle de puits eft préférable ) un, deux, & jufqu’à trois féaux d’eau de cbaux vive, qu’on remue bien dans le vafe où on l’a fait éteindre, & pù on la tient en dépôt, de maniéré qu’elle foit très-blancbe. On pallie; on y palfe à froid les pièces teintes, & on leur donne autant de bouts qu’il eft né-ceffaire, les levant dans l’intervalle, & augmentant l’eau de chaux à rai-fon du plus grand effet qu’on defîre. La couleur achevée, on porte l’étoffe fur-le-champ à la riviere, & on la lave jufqua ce qu’on foit affuré qu’il n’y refte plus de chaux, qui altérerait la couleur & l’étoffe même.
- Si l’on veut avoir un cramoifl très-foncé & imitant le cramoifi bon teint, on le rofe fur le bain même dans lequel il a été fait, en y ajoutant environ trois féaux d’urine par piece, & y travaillant l’étoffe. Mais ce rofage, plus difpendieux que le précédent, outre qu’il eft d’une odeur plus défà-gréable , eft , par cette raifon , peu ulîté dans cet art.
- BUu de roi.
- Le bleu de roi fe fait tout uniment dans un bain de bois d’Inde, auquel on ajoute en petite quantité de la diffolution de vitriol de Chypre.
- Violet.
- Le violet fe fait avec le bois d’Inde pur; on le rofe enfuite avec de l’eau de chaux, qu’on ajoute au même bain.
- On ne doit jamais oublier, à chaque fois qu’on ajoute quelque chofe au bain , de relever l’étoffe au - deffus delà chaudière, & de bien pallier avant de la repaffer.
- Avant de décrire la compofition des pâtes colorées d’impreiïion , il eft bon de faire connaître les ingrédiens qui y font propres. Les matières colorantes font en partie les mêmes que celles employées dans la teinture des étoffes. A l’égard des autres , elles font auffi en petit nombre ; mais les agens en font très - puiflans : ceux-ci confident dans les acides les plus violens, favoir, le vitriolique & le nitreux, & l’un des alkalis les plus cauf-tiques, la potalfe. L’huile de vitriol & l’eau-forte ne fauraient être trop concentrées ; & l’on préféré, comme très-fupérieure , la potalfe qui nous vient des Provinces-Unies de l’Amérique, & qui eft connue dans le commerce fous le nom d’York. Elle eft en pierres très-dures, plus grile que celle qui nous vient du Nord, singulièrement cauftique, & très-fujette, lorfqu’elle eft expofée à l’air, à en attirer l’humidité, & à tomber eii déliquefcence.
- La farine eft la bafe de toutes les pâtes, & la feule matière, pour ainfï dire, qui y faffe corps; l’amidon qu’on y ajoute eft pour,donner.aux farines
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- naturellement trop feches, une confiftance plus vifqueufe, & qui les entretienne dans l’état de fluidité le plus adhérent. On préféré, à raifon de ces qualités , la farine de Jarrafîn, on bled noir ; nom qui lui vient des peuples d’Afrique qui nous ont procuré cette plante, & de la couleur de fa graine, connue en Picardie fous le nom de bucaille. Sa fubftance eft plus muqueufe , pfus mucilagineufe que la farine d’aucun autre grain. Il en faut moins dans les compofitions : elle eft moins fujette à y fermenter, & elle eft à beaucoup plus bas prix. En employant la farine de froment à même dofe, il faudrait y mêler le quadruple d’amidon. On pourrait même abfolument fe palier de ce dernier intermede avec la farine de bled noir : mais il ajoute un peu plus de moelleux à la pâte.
- Il faut que cette farine foit paflee au tamis, pour en ôter la pellicule noire qui la recouvre j non qu’elle colore la pâte , mais elle la rendrait plus grofliere : il en palferait moins par le tamis lorfqu’on la coule après la cuiffon j il y aurait plus de perte par conféquent de tous les ingrédiens qui la com-pofent, & peut-être la rendrait - on plus fufceptible , comme plus fécative , de s’attacher aux planches de cuivre lors de la cuite de l’impreflion.
- J’ajouterai encore une obfervation relative aux vafes de bois & autres uftenfiles de cette matière » dont on fe fert dans ce travail, comme dans celui des teintures. Il faut qu’ils foient tous de bois blanc, comme les variétés de peupliers, le bouleau, le fîcomore, l’érable, &c. ou îorfqu’ils font de chêne, ou de noyer, il faut avoir la précaution de les enchauifer, c’eft-à-dire, d’y faire éteindre delà chaux , ou de les empâter d’une chaux nouvellement éteinte , & de les laifler quelque tems dans cet état, jufqu’à ce que Ja chaux ait détruit les parties colorantes de ces bois, qui furteindraient les couleurs , ou tacheraient les étoflfes qu’on y dépoferait.
- On en ufe ainfi pour les vafes de bois qui ont contenu de l’huile, & on les rend aulîi propres qu’ils peuvent l’être à tous les ufages.
- Compojition des pâtes d'imprejjion.
- Pour le noir, on délaye bien douze livres de farine de bled noir, une livre & demie d’amidon, & un quarteron de curcuma, dans vingt-cinq pintes de bain de bois de Campèche ; on pafle le tout au tamis, & on le verfe dans un chauderon de cuivre, qu’on remplit à trois ou quatre pouces près du bord; on y ajoute un demi-verre d’eau de potaflfe, forte au point de faire une violente fenfation de caufticité fur la langue ; on fait bouillir cette matière juïqu’à ce que la farine & l’amidon foient bien cuits : l’excès eft moins dangereux que le défaut. Quand la pâte n’eft pas aflez cuite , elle fermente » devient aigre > & tourne ; en outre elle s’attache aux cuivres > &
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- en emplit la gravure; on a beaucoup de peine à l’en retirer, elle a fait une impreflïon très - maigre, & le travail eft retardé. Il 11’y pas à héfiter, il la faut faire recuire.
- En fuivant fou effet fur un feu en bon état, on remarque qu’elle y eft environ dix minutes avant de bouillir : alors elle s’épailïic confidérablement ; à peu près autant qu’une pâte de pain fermentée ; il la faut remuer fans celle & avec action, avec une forte & grande fpatule de bois blanc, pour l’empêcher de s’attacher au fond & autour du chauderon. A mefure que la matière bout, que toutes fes parties cuifènt & fë combinent enfemble , elle s’éclaircit, elle ne forme plus qu’une pâte, finon liquide , du moins fluide ; on n’eft plus aflujetti à la remuer aufîi continuellement, quoiqu’il foit né-eeflaire de le faire de tems en tems, pour la faire éventer & cuire également j mais elle n’eft plus aufîi fujette à s’attacher & à brûler. Vingt minutes de fort bouillon fuffifent ; ainfi la cuite entière peut fe faire en une demi-heure de feu.
- Au refte, la couleur de la pâte qui a pris de l’intenfité à la cuiflon, fà confiftance, & même une légère odeur de brûlé qui commence à fe faire fen-tir , indiquent le point fixe.
- Quand la pâte eft cuite , on la verfe dans un vafe de bois, un baquet, ou autre femblable, qui foit très-propre; le mieux ferait de fè fer vie-toujours des mêmes vafes pour les mêmes couleurs : mais il faut fur-tout avoir la plus grande attention qu’il n’y refte aucune partie de vieille pâte ; elle ferait bientôt fermenter , aigrir & tourner la nouvelle. On pourrait la pafler au tamis fur-le-champ, & l’employer chaude comme froide : mais il eft plus commode pour l’ouvrier qu’elle foit refroidie; alors il fe forme au-deffus une croûte épaiffe, qui fe détache aifément de la mafTe, qu’on leve & qu’on rejette. Pour s’aflurer du degré de noir que produira cette pâte , on en imprime un échantillon de la piece d’étoffe ; & fi la nuance convient, on coule la pâte dans une tinette, & on la livre à l’ouvrier imprimeur. Si la nuance n’eft pas affez foncée, que la co'uleur ne foit pas allez noire , on redélaye la pâte avant de la paffer, avec un peu d’extrait de curcuma, cuit dans du bain de bois jaune & un peu d’eau de potaffe.
- Pour le rouge t on fuit le même procédé que pour le noir; avec cette différence , qu’au lieu du bain de bois de Campèche, on emploie celui de Fer-nambouc, & qu’on fupprime entièrement le curcuma. On peut animer le rouge, & le faire monter avec de l’eau de chaux vive; mais la potaffe vaut mieux, parce qu’elle eft moins fécative & moins terreufe.
- Pour le jaune, on fubftitue le baiii de bois jaune, & l’on ajoute une demi-livre ou trois quarts de livre de curcuma , & rien autre, à la même quantité de farine & d’amidon. Le jaune fert à deux ufages. Veut-on obtenir
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- cette couleur fur le gris, le rofe ou le cramoifi ? on y ajoute de l’acide vitriolique; on fait un échantillon. Si le jaune eft trop faible, on augmente l’acide vitriolique ; s’il eft trop foncé , on y ajoute du premier jaune fins être nuancé.
- Si au lieu d’acide vitriolique on met fur le jaune de la compofition de bleu de Saxe, on pourra former toutes les nuances de verd, à proportion de la quantité qu’on en mettra : lorfquc le verd eft trop bleu , on le ramené avec un peu d’extrait de curcuma, cuit dans du bois jaune ; fi au lieu du bain de curcuma , cuit ainfi à part, on l’employait en poudre, encourrait rifque que la pâte s’attachât a.ux cuivres dans l’impreffion.
- Le verd peut fe nuancer fur le feu , & il n'en eft que plus vif, en mêlaqt la compofition dans le jaune lorfqu’il cuit. Dans ce cas, il ne faut nuancer la pâte que faiblement. Pour pouvoir en tirer des verds pâles , on fait alo»s le jaune & le verd féparément.
- Pour le bleu de Saxe, on prend treize livres de farine, & trois livres d’amidon, fur vingt-cinq pintes d’eau pure. Cette plus grande quantité de farine & d’amidon fur la même quantité de liquide, eft pour compenfer la partie colorante répandue dans les bains de bois, & qui concourt, avec la farine & l’amidon, à donner de la confiftançe aux pâtes : on y ajoute de la compofition du bleu de Saxe jufqu’à ce qu’on obtienne un bleu célefte, qu’on haulfe enfuite à volonté, par addition modérée & continue, jufqu’à la nuance la plus foncée.
- La compofition pour jaunir les couleurs teintes en verd & bleu de Saxe , & en écarlate, fe fait comme la pâte pour le bleu, avec la différence qu’au lieu de la compofition du bleu de Saxe, dont on 11e met point du tout, on ajoute un quarteron d’alun diffous ou pulvérifé , ce qui ne fait alors qu’une pâte blanche. Lorfqu’elle eft refroidie, on en pafle au tamis ce dont on a befoin , 8c on la nuance avec de l’acide nitreux ; le plus fort eft le meilleur , il peut être employé à trente degrés; lorfqu’il eft'au - deffous, il en faut davantage ; 8c alors il éclaircit trop, il altéré la confiftance de la pâte, fur-tout fi on la monte aux plus hautes nuances.
- Pour juger de fon effet fur les couleurs indiquées, on fait imprimer un échantillon d’effai; s’il n’eft point affez jaune, on ajoute de l’acide nitreux ; s’il l’eft trop , que l’acide furabonde , qu’il extravafe la couleur, ou qu’il ronge trop le noir qu’on y joint par une fécondé impreiïion, car on ne peut guere y ajouter d’autres couleurs, qu’il altéré & détruit toutes, on ajoute à cette pâte de la nouvelle pâte blanche, fans acide nitreux; &ainfi, par degrés, on tempere fon effet, & l’on affaiblit la nuance.
- Le noir & le rouge font très-fujets à tourner, fur-tout dans les tems de chaleur. On les raccommode avec de la poudre de bois bien tamifée, favoir* Tome XIX. Q,
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- 123 L’ART DE PREPARER ET D’IMPRIMER
- Je campêche pour le noir, & le fernambouc pour le rouge; 8c l’on remonte la couleur de l’un & de l’autre avec la potafle, le rouge quelquefois avec de l’eau de chaux: mais ce raccommodage eft toujours imparfait, & la poudre des bois eft fujette à s’attacher aux cuivres lors de l’impreffion.
- Les couleurs en pâtes colorées & travaillées à lacide vitriolique, ne tournent jamais. La pâte blanche le conferve long-tems, à caufe de l’alun-qui y entrei mais elle tourne enfin : alors, pour ne la pas perdre, on la mêle par petites parties avec de la nouvelle pâte.
- Les couleurs d’impreffion, bleu & verd de Saxe, peuvent s’appliquer fiir tous les fonds, même fur les blanchis, fans être alunés; il en eft ainfi du jaune d’impreffion fait à l’acide vitriolique. Mais toutes les couleurs dans îefquelles cet acide n’entre pas, veulent que les étoffes fur lefquelles on les imprime aient été préparées à l’alun.
- Mélange, des couleurs.
- Gris-rouge de diverfes nuances : mêlez du noir & du rouge avec un peu de diffolution de vitriol de mars.
- Gris ordinaire , depuis le plus clair jufqu’au plus foncé : mêlez du noir & du blanc avec un peu de la même dilfolution.
- Pourpre : fur une tinette de rouge, mettez un demi-plateau de bain de noir, plus ou moins, & vous nuancerez avec de l’eau de potafte. Il en fera ainfi des autres.
- Des planches^
- Les planches d’impreffion font de cuivre. Dans quelques endroits on fe ferîr de cuivre rouge, ou rofette. A Amiens on préféré le cuivre jaune, comme moins iec, moins filandreux ou pailleteux, moins fujet aux bavures,. & d’une tranche plus nette enfin 5 la rofette d’ailleurs , à moins d’être battue, eft plus garnie de vents , de bouillons ; elle pcfe davantage, toutes chofes égales , que le cuivre jaune , ce qui eft plus embarraftant, plus fatigant pour l’om-vrier imprimeur, & elle eft plus chere. Le meilleur cuivre jaune nous vient de Namur ; on en tire les planches toutes faites. Ces planches ont ordinairement trente pouces de largeur, trente-huit de longueurfur une ligne & demie à deux lignes d’épaiffieur. On ne les grave ordinairement que fur la largeur des étoffes à imprimer. Les plus larges font les- ferges d’Aumale , de vingt-fept à vingt-huit pouces : on laiffe aux deux extrémités fur la longueur , un efpace fans être gravé, d’un quart ou de demi-ligne, pour empêcher la couleur de baver ou couler 3 ainfi on 11’entaille jamais la bordure, on 11e coupe jamais les petites figures-; & que celles-ci rentrent les
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- LES ETOFFES EN LAINES.
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- unes dans les autres, on qu’on ait un deffin fuivi, le raccord ne fè Fait jamais exactement fur la bordure, mais toujours un peu en-avant. Il dépend enfuite de la pratique, de i’adrefle de l’ouvrier, de les faire tels qu’ils ne paraiffent point fur l’impreflion. La gravure ne fe fait guere que d’une demi-ligne ou trois quarts de ligne au plus de profondeur. On ne dira rien ici de la maniéré de l’exécuter : c’eft un art abfbîument à part, & qui 11e différé de la gravure ordinaire, qu’en ce que celle-ci, plus délicate, plus légère , fe fait au burin, à la pointe féchée, mais à la main, & que celle pour imprimer les étoffes, plus large & plus creufe, fe fait au marteau. Cependant tous les imprimeurs le font exercer chez eux, & toujours , quant aux deflîns, avec le ’fecret qu’on met dans la nouveauté des découvertes.
- Le poids des planches avant la gravure , eft de foixante à quatre-vingt livres. Il diminue en proportion de l’étendue du travail, du deffin , & de U profondeur de la gravure ; mais elles forment toujours une maffe de cinquante livres au moins, entre les mains de l’imprimeur.
- Préparation des planches.
- Soit que les planches foient neuves, foit qu’elles aient fervi, il faut, chaque fois qu’on veut les mettre en travail, les graiffer avec de l’huile de poifîon : on y eft même obligé quelquefois dans l’intervalle des cuites qu’on, fait de fuite , lorfque le cuivre s’aigrit, & que les pâtes fe collent & tiennent à la gravure : pour cela 011 pofe la planche fur le potin, & on l’y laide s’échauffer jufqu’à ce qu’une goutte d’eau jetée deffus s’évapore dans un cliit d’œil ; on la leve alors, on la pofe fur le baquet ou lavoir, & avec.un morceau d’une étoffe groffiere de laine, trempé dans de Fhuile de poiffon, on la frotte de maniéré à l’en bien graiffer, & on la jette à l’eau. Le moment d’après 011 la retire, 011 la broffe rudement, 8c 011 la lave bien , pour ett ôter toute l’huile5 011 l’éponge enfuite, & 011 la garnit de couleur»
- De l'impreflion. (a)
- La couleur en pâte, telle qu’on l’a décrite, tirée du premier vafè, eft mife dans une tinette ou plus petit vafe , que l’ouvrier place derrière le lavoir; on en met une ou plufieurs cuillerées fur la planche, où les deux ouvriers l’étendent avec un luge ou feutre de laine groffiere , d’environ
- (a) Voyez les planches J, IJ, III, où la conftrucfion du fourneau, des preffes; k la pratique de cet art font développées.
- Q-ij
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- 124 L'A'R T DE PREPARER ET D'IMPRIMER
- dix pauces de longueur fur cinq de largeur , façonné exprès par les chapeliers ; on le paffe & repafle en traînant la pâte fur la planche, pour l’en garnir entièrement, & appuyant pour la faire bien entrer dans la gravure, & en ramaffer l’excédant dans un plateau ou fébille jenfuite , aven un morceau de vieux chapeau de trois à quatre fur quatre à cinq pouces, ou nettoie la couleur qui refte fur la face liffe de la planche, ce qu’on appelle ratilfer la planche. On prépare ce morceau de chapeau en le trempant dans de la plâte colorée de noir ou de rouge, fans être nuancée, le îaifant fécher fur le tuyau du fourneau, le bridant enfuite fur le potin, ou à la bouche du fourneau , pour lui donner de la fermeté & rendre unie la tranche qui doit fervir à ratilfer, & enfin le frottant fur une brique, pour en détacher le grillé, & polir cette tranche.
- On met alors la planche fur le fourneau , immédiatement fur le potin, qu’elle doit excéder d’un demi-pouce à chaque bout, pour éviter le contait du potin qui brûlerait l’étoffe ,& encore parce que la vapeur brûlante qui fort d’entre le potin & la planche de cuivre pofée delfus mouillée , ternirait, brûlerait les couleurs fur toute la ligne de rencontre.
- Deux ouvriers, l’un de chaque côté de la preffe, tiennent l’étoffe bien étendue, & la pofent carrément fur la planche, la tenant toujours ferme. On opéré cette tenfion & fermeté égales, au moyen d’une verge de fer rond de trente pouces de longueur fur un demi-pouce ou un pouce de diamètre. Lorfqu’on imprime une étoffe pour la première fois, le moindre poids fuffitj mais fi l’on paffe à une fécondé couleur, l’étoffe s’eft retirée i il faut le poids plus fort , pour la ramener à fon premier état., & faire jufte la rentrée ou raccord du d'efîin.
- L’ouvrier qui efr du côté du lavoir , ajufte la piece pour faire le raccord fur la planche : celui qui eft du côté de l’ouverture du fourneau, pofe la verge de fer en-travers l’étoffe, qu’il tire ainfi à lui pour l’étendre bien également.
- On pofe fur l’étoffe deux couvertures de laine groffiçre , qui excédent la planche de part & d’autre fur la longueur. Ces couvertures molles , & à long poil, preifent la pâte dans la gravure ; elles en reçoivent les parties, qui pénètrent à travers l’étoffe, & la première vapeur, qui elf forte & trés^hunside. Après cinq à fix planches , lorfqu’elles ont férvi à cinq ou fix preffées de fuite, plus ou moins, la première, celle qui efi immédiatement fur l’étoffe à imprimer , devient empâtée & dure ; on la retire * on lui en fubffitue une' autre, & ainfi de fuite. Le foir on jette toutes, çes couvertures dans une chaudière y 8c lorfqu’elles ont bouilli fuffilâm-ment pour en détremper les pâtes recuites dont elles font imprégnées, on. les laide tremper fur le bouillon jufqu’au lendemain , qu’on les lavë.
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- & bat Fortement à la rivière ; quand elles font parfaitement nettes, que l’eau fort claire, on les fait fëcher , & on les emploie de nouveau.
- Les chofes ainfi difpofées, on abat le manteau de la prelfe , & l’on ferre fortement , d’abord à la main , puis au levier. Toutes ces opérations doivent fe faire avec beaucoup de célérité, pour profiter de la chaleur, en faiiîr le degré , &> en répandre les influences également par-tout. Elle doit être telle qu’on peut l’imaginer, produite par un feu de charbon de terre allumé deux heures avant au moins, vivement pouffé, & continuellement entretenu. Le tems de la cuite eft de deux à trois minuteson ne faurait l’affigner avec plus de précifion , puifqu’il dépend de ce degré de chaleur très-difficile à déterminer, d’autant qu’il dépend lui-même , & de l’épailfeur des planches , & de la quantité de pâte employée dans le deffin plus ou moins travaillé, plus ou moins creux. On peut en juger cependant en levant l’étoflfe par l’un des bouts , & touchant à la plaque de cuivre avec le doigt mouillé : fi la déification eft fubite, & qu’il fe fafle un petit bruit que les ouvriers appellent f/ifer , on peut fuppofer que l’im-preffion eft affez cuite. On leve le manteau ; & fi l’on s’apperçoit que la' vapeur humide qui s’élève ne s’évapore pas fur-le-champ par-tout également, & qu’en portant la main .fur les parties qui fument encore , lorfque les autres cèdent de fumer, on feute de l’humidité, ou double l’une des couvertures fur les endroits les moins cuits , ou l’on remet également les-deux, fi la cuite de la planche entière n’eft pas encore au point convenable j on abat le manteau, qu’on releve l’inftant d’après. Si l’on s’apperce-vait que la chaleur pouiîàt plus vivement dans des parties que dans d’autres, d’une maniéré qui pût devenir nuilible, on a toutes prêtes de petites plaques de tôle trés-minces , qu’on met fur ces places même , entre la plaque de cuivre & le potin. Le potin généralement trop chaud , fait extravafer la couleur ; iorfqu’on foupconne cet inconvénient, on tempere-fon ardeur avec de l’eau q,u’on jette deffus , ou par quelques feuilles de tôle interpolées comme je viens de findiquer.
- La pâte comprimée & cuite fait adhérer fortement l’étoffe au cuivre ; on l’en détache par une prompte & force feooùtfe, ou rejette la partie imprimée fur le manteau de la preffe ; on faifit auffi-tôt la planche de cuivre avec des peignées ou morceaux d’étoffe groffiere qu’on tient dans chaque main , on fe retourne en la tranfportant fur les bords du lavoir plein d’eau , & on la coule dedans toute brûlante. Cette eau fe teint bientôt des couleurs de la pâte : il la faut renou.velîer à tous les changemens de couleur. La grande chaleur des plaques lui en communique enfin une alfez forte. Il la faut rafraîchir, autrement elle concourrait plutôt avec la chaleur de la. panche * à recuire ja couleur dans la gravure , qu’à i’en dé-
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- lits L'ART DE PREPARER ET D'IMPRIMER
- tacher. Pendant ce tems, pendant celui de la cuite, l’un des deux ouvriers néceffaires pour fervir une preife, prépare une nouvelle planche , Ci l’on en a plusieurs de même deffin, ou ion retire de l’eau la même planche, on l’éponge , on la regarnit de pâte * & ainii de fuite.
- Quand elle eft pofée fur le fourneau , on y applique la fuite de la partie-impnmée de l’étoffe , ayant attention de la doubler un peu , pour rapprocher exactement le bord imprimé de celui à imprimer.
- Lorsqu’on veut colorier une étoffe de deux ou trois couleurs d’irn-prefTion , on grave en conféquence autant de planches que le deffin doit contenir de couleurs, en combinant les raccords dans le delïin & dans U gravure, comme pour les planches d’impreilion d’application.
- On imprime d’abord la première couleur , celle qui domine dans le deffin; on paffe à la fécondé impreffion, on en fait de même pour les fui-vantes, toujours fucceffivement fur la même partie de l’étoffe , & ainfî jufqu’à la fin de la piece. Le premier raccord fait , les autres fe font fans gêne, au moyen du pli marqué par les bords de la planche, en-avant, en-arriere, & fur le côté oppofé au tuyau du fourneau , où l’on place toujours la lifiere gravée du deffin, & d’une raie à la craie blanche fur la couleur, & au charbon fur un fond blanc , que les ouvriers font à l’envers de ces trois plis , fur l’arête même de la planche.
- Si le deffin eft compliqué , qu’on veuille en multiplier le couleurs, en varier les nuances, & y èonferver plus de régularité même qu’il n’eft pofi fible avec une fuite de planches de cuivre, il eft un autre moyen , celui de faire les rempliffages à froid & à la planche de bois , comme il eft d’u-iàge dans l’impreffion de l’indienne; mais alors le procédé des couleurs eft très-différent : il n’eft plus queftion de pâte ; l’huile devient un agent in-difpenfable. On donnera ci-après la compofition de ces matières d’imprefïion.
- Avant de fe fervir d’une planche neuve, de la mettre en plein travail, on en fait l’effai ; on procédé comme dans le courant des opérations , jufqu’à ce qu’elle foit garnie de pâte, & fur le fourneau ; c’eft-à-dire, qu’on la chauffe, qu’on l’huile, qu’on la broffe , qu’on la lave, &c.
- Alors on la couvre d’un morceau d’étoffe de la longueur & largeur de la plaque; on pofe fur celle-ci les deux couvertures groiîieres de laine , on abat le manteau , & on laiife cuire la drogue. Si l’impreffion eft égale partout, & qu’elle foit nette, la planche eft telle qu’elle doit être; la gravure eft bonne: fi au contraire il y a des parties trop fortes, ou barbouillées, ou que d’autres foient trop maigres , il faut limer les premières, & quelquefois les relever légèrement au marteau , & retravailler néccffairement la gravure des autres.
- On conçoit la poffibilité d’imprimer de cette maniéré toutes fortes
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- LES ETOFFES EN LAINES.
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- d’étoffes de laine unies & veloutées , ainfi que des moquettes & des velours façon d’Utrecht, quoique le tilfu , chaîne & trame de ces étoffes foient en fil de lin , le velouté des unes étant en laine , & celui des autres en poil de chevre , avec la précaution néanmoins à l’égard de ces dernieres efpeces d’étoffes , de n’employer les couleurs faites à l’acide vitriolique qu’avec beaucoup de précaution , ou feulement fur celles qui feraient ,affez fortement garnies de poil pour que ce violent acide minéral ne pénétré pas jufqu’à la matière végétale , qu’il brûlerait. J’ai vu arriver cet accident plusieurs fois, & avec beaucoup de dommage ; il eft cependant un moyen de l’éviter : c’eft celui de mêler dans la couleur, des terres très-abforban-tes, du blanc, de la craie, de la chaux même : elles émouffent la violence de l’acide, mais elles pâliffent la couleur en même tems 5 dans ce cas , il la faut pouffer primitivement à une nuance au-deffus de celle qu’011 defire.
- On peut imprimer ainlî toutes fortes de deffins , des devants de vertes, des bordures de robes , de jupes , &c. & fi la couleur dans laquelle l’étoffe eft teinte avant l’impreflion, était en bon teint, toutes les couleurs d’irn-preftion qui s’amalgament avec celles fur laquelle elles font appliquées, feraient également en. bon teint- ^
- De Pimpreflion au cylindre. (a J
- La compofition des pâtes colorées eft la même que celle à la planche,, avec la différence, qu’il faut donner plus de force , charger davantage de parties colorantes les bains de bois , & donner un peu moins de confif-tance aux pâtes , parce que la gravure de la planche cylindrique, ou du manchoneft moins profonde, plus fine & plus délicate que celle de la planche plane.
- La méchanique montée conformément aux figures des pi. IV 8c V, qui, ainfi que les précédentes , feront expliquées ci - après 011 garnit le cylindre de bois,.d’un ou deux doubles d’une bonne 8c forte couverture de laine, qu’on attache avec de petits clous fur les bords de ce cylindre : on échauffe le cylindre de fer fondu, tourné & poli, au moyen de deux gros boulons de fer également de fonte, qu’on fait rougir dans un brafier de
- Ça) Gh doit au fleur Bonvalet pere~ on lui doit l’idée de l’impreflion'des étoffes d’avoir fait connaître & introduit le pre^ de laine à chaud & au cylindre, qui s’elt mieren Picardie l’impreflion des étoffes à beaucoup étendue & flnguliérement perla planche planecomme je l’ai obfervé fectionnée depuis. Au moyen de ce nréca-
- mais il en a toujours réfulté l’inconvénient nifme qui n’eft connu encore qu’à Amiens, des raccords, l’inégalité & le peu de-net- on évite tous les inconvéniens dont on
- teté dans le travail. Cet artifte l’a fenti,& vient de parler.
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- n8 L'ART DE PREPARER ET D'IMPRIMER
- charbon de terre, & qu’on infinue dans le creux du cylindre avec un ringard armé d’une efpece de poche cylindrique en fer , dans laquelle ils s’emboîtent: on a quatre de ces boulons j deux de rechange , qui chauffent pendant que les deux autres font en travail i & cet échange fe fait dès que le rouge en tombe. Lorfque la planche roulée en manchon, dans laquelle pafle le cylindre de fer , efl: très - chaude, on baiiTe le rouleau de bois garni de la couverture i on pafle entre ce rouleau & le cylindre ou la planche cylindrique , une piece de couverture de la longueur de l’étoffe, & en-deifous, le plus près de la planche de cuivre, ladite piece d’étoffe qu’on veut imprimer; on ferre le rouleau avec les vis qui portent fur fes extrémités. L’homme qui efl: à la manivelle , tourne & fait jouer la machine : le mouvement communiqué par les rouages à l’axe du cylindre de fer , fe communique aux autres par le frottement de celui-ci. On a toujours la précaution de faire un échantillon d’eflai i & lorfque la planche imprime net, que la couleur s’en détache bien , & que la couleur efl: telle qu’il convient, on continue par un mouvement autant égal qu’il efl: poffible, la chaleur fuppofée telle.
- On garnit de couleur la planche cylindrique, comme on le fait de la planche plane } avec cette différence , qu’on ne pofe la pâte colorée fur la longueur de la planche , que par bandes de quatre à cinq pouces de large, fur la partie qui doit palier le plus tôt fous le cylindre. Cette pâte colorée fe trouvant en même inftant au plus fort degré de prelîipn & au plus haut degré de chaleur, fe décharge fur l’étoffe, & s’y imprime. On en détache celle-ci à mefure, comme aux planches planes ; & on la foutient par-def. fus , pour qu’elle ne fe faliffe pas. La mlanche très-échauffée & tournant toujours, pafle dans une cuve remplie a’eau, placée en-deffous , & s y rafraîchit : à mefure que chaque partie reffort de l’eau , on la lave, on la nettoie, on la regarnit de couleur, & ainfi de fuite.
- ‘On imprime de cette maniéré environ huit aunes de pannes par heure, deux pièces de quarante-cinq à quarante-huit aunes par jour en douze heures de travail, de fix heures à midi, & de deux à huit heures ; c’eft à peu près la même quantité de travail qu’à la preffe d’imprelîion fur le fourneau.
- On n’imprime pas au cylindre, en tems donné, une même longueur d’étoffe drapée que de panne, parce qu’elle contient plus d’humidité que le poil de chevre, qui en retient très-peu, à raifon de quoi il faut plus de tems pour cuire la couleur appliquée fur la première. Mais à la planche on imprime à peu près autant de l’une que de l’autre, parce que les couvertures & le matelas du manteau de la preffe abforbent très-promptement cette humidité fuperflue qui s’échappe des pâtes colorées , lors delà ouite , à travers l’étoffe.
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- On tirs également ces planches de Natmir, ou de Stolberg , près d’Aix-la-Chapelle : celles de Namur valent mieux ; elles ont même épailfeur, moitié en fus de longueur & de poids des planches planes : elles pefent par conféquent de quatre-vingt-dix à cent dix livres. Une planche d’un bon cuivre, bien doux, bien corroyé , fans pailles ni gerçures, peut durer dix ans à travailler tous les jours à la preife comme au cylindre : mais le moindre de ces défauts fe décele bientôt au cylindre , où la preiîion étant plus forte, plus dure, & n’étant que partielle, ia moindre paille, la moindre gerçure fait entr’ouvrir & crever la planche. Il faut alors couper autour de la crevade toutes les parties tantfoit peu altérées ,.tailler les bords en chanfrein, y appliquer & brafer une piece qui s’y adapte exadement, & la graver , en ^continuant deifus le deifm de ia planche.
- Maniéré de ployer les planches, & de leur donner la forme cylindrique»
- Quand elles font gravées, on les recuit dans un feu de bots, jufqu’à ce que la chaleur ait poulie le cuivre au rouge, & qu’il foit amolli ; on pofe lq plaque horizontalement fur une piece de bois creufée en gouttière cylindrique % on defcend déifias une autre piece de bois ,dont la forme cn-deifous eh également cylindrique, mais convexe d’environ fix pouces de diamètre, à pouvoir s’emboîter dans la partie concave de la piece de bois qui eft par - def-fous la planche. Celle qui eft en - deifus eft attachée par les deux bouts à un arbre ou manteau de preife , qu’on fait monter & defcendre au moyen d’une vis & d’un écrou. Lorfque le cylindre a fait fou impreiîion fur la planche de cuivre , qu’il l’a preilée dans le creux qui eft au-deifous, & qu’il lui en a fait prendre bien la forme, on rechange en paifant la plaque peu à peu j & continuant toujours, elle forme enfin un cylindre creux, qui lui a fait donner le nom de manchon , en fe reployant par - deifus , entre la piece de bois qui la ferre immédiatement, & l’arbre ou manteau de la preife.
- Les bords de cette plaque font taillés en bifeau de trois à quatre lignes de largeur -, on les joint, on les attache de pouce & demi en pouce & demi de diftance, avec des clous de cuivre, & l’on y coule de la foudure qu’on trouve faite chez les fondeurs.
- On avait laiflé aux deux extrémités de la planche un efpace d’un pouce & demi fans être gravé 5 on continue le deflin alors en gravant fur la jonc» tion de fes parties, & fur la foudure.
- Quand tout eft fini, on releve les bords du cylindre creux ou manchon en-dehors, comme pour évafer l’ouverture , d’environ trois quarts de pouce. Cette opération fe fait au marteau fur l’enclume, & à froid } on y cloue, avec des petits clous de gros fil de fer rapprochés, une barre ou lame de fer alfez amincie en - dedans pour ne point furmonter la furface intérieure Tome XIXR
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- i3o L'ART DE P RETARER ET D'IMPRIMER
- du cylindre , & fs rebrouffant en-dehors avec la planche de cuivre , pour effuyer tout le frottement par côté, contre le point d’appui qui eft aufli en fer, qui foutient la planche dans fa diredion horizontale, & qui empêche qu’elle ne fe torde : ce qui arrivait avant qu’on eût imaginé ce rebrouftement & ce point d’appui.
- On n’eft parvenu qu’en dernier lieu à ce degré -de perfedion, & après: beaucoup d’eifais. On a long-tems tenté de couler des planches planes entre des cylindres, de les faire foutenir horizontalement en entrant & en fortant, d’en faire fuccéder les unes aux autres : mais le cuivre s’alongeait, fe tordait, bavait fur les bords ; les deflins fe déformaient, & l’on ne faifait riem qui ne coûtât beaucoup, & qui ne fût mal réufïï en grand.
- On huile les bords du cercle de fer de la planche, pour adoucir le frottement, ai-nfi que le tourillon des axes. Les boulons fè rechangent environ de vingt en vingt-cinq minutes ; le fourneau où on les fait chauffer , eft un fourneau ordinaire-) en voûte percée dans le milieu, fur quatre pouces en quarré ; les boulons fe mettent dans le charbon de terre allumé.
- Il faut trois hommes pour imprimer au cylindre; l’un pour tourner la manivelle & faire mouvoir la machine; les deux autres font occupés à détacher de ddfus le cylindre les parties de la pièce d’étoffe à mefure qu’elles font imprimées , à les relever en-deffus, à changer les boulons-de fer, à laver la* planche# mettre la couleur delTus, enfui à veiller au travail & à le diriger.
- Grattait des étoffes apres Fimpreffion
- Les étoffes , après l’impreftion , font dures au tatft; les couleurs en font mattes & écailleufes; il faut les gratter ou racler, pour rendre à l’étoffe fa douceur naturelle & faire reffortir les couleurs. Pour cela, on les paffe fur un fourneau alongé , couvert d’une plaque de fer de fonte en voûte à plein cein-tre d’un diamètre fort court, & furmontée de barreaux de fer pofés longitudinalement , écartés de la plaque de flx, huit, dix & jufqu’à douze lignes , & féparés les uns des autres d’environ un pouce & demi , pi. lïl ,fig. i , 3 & 4. Lorfque le premier bout de la piece eft chaud, on le tire fur une table pofée en face en plan incliné ; on le racle bien avec un grattoir à manche de bois & à lame de fer; il en fortune pouffiere rude & groffiere qui tombe à terre, & n’eft autre que la farine teinte, cuite & brûlée : remifeen pâte, jftelle n’était pas ordinairement un mélange de pluheus couleurs, elle redonnerait une teinture prefqu’aufli belle que la première fois; mais il en coûterait plus que la chofe ne vaudrait : 01.1 la néglige. On tire la partie fuivante de l’étoffe, qui a eu le tems de s’échauffer pendant qu’on travaillait la premiers , & ainfl de fuite jufqu’à l’autre bout : on la fecoue. fortement, il n’en
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- ferait que mieux de la battre un peu, ou pour celle dont le poil moins Ion» que celui de la ferge d’Aumale, qui porte un duvet roide, défagréaole & qu’il faut éviter de faire lever, de la bien vergetter ; c’eft la derniere opération qu’on fade aux étoffes rafes.
- A l’égard des pannes , après leur avoir fait fubir le même traitement avec plus d’a&ion encore, attendu la plus grande difficulté de les bien purger de la partie gommeufe & recuite des drogues ; après les avoir bien vergettées , bien broffées avec une forte brode , on les frotte d’une éponge trempée dans une diffolution de potaffe étendue dans beaucoup d’eau, & a fiez fortement exprimée pour qu’il n’en putfle point dégoutter d’eau. Ce Juif rage enleve la derniere poufliere que la vergette ne faurait ôterj il ravive toutes les couleurs 9 & il adoucit beaucoup l’étofFe : il n’en ferait que mieux de terminer par-là à l’égard de toutes les efpeces d’étoffes imprimées.
- Gaujfrage des pannes k la preffe.
- Pour une piece de panne, on fait diffoudre à froid environ trois livres de coile forte d’Angleterre, & une livre dégommé adragante dans un feau. d’eau , dans laquelle on fait bouillir une livre de pfylüum , ou graine de puces. On met le tout fur le feu; & lorfque le mélange eft fait & la com-binaifon achevée, on laide tomber la chaleur de ce bain épais & vifqueux » jufqu’à ce qu’on y puidè tenir la main : on en enduit avec une éponge l’envers de l’étoffe, qu’on a eu foin de doubler ; on la pofe fur la planche de cuivre fortant du baquet & encore mouillée; on la couvre également des deux couvertures, & on abat le manteau de la prefTe > on la lai fie ainfi un peu moins de tems que pour l’impreflion dans laquelle il entre des couleurs ; 011 lareleve, & le gauffrage eff achevé. Ceux qui 11’emploient que la colle forte, ont dû remarquer qu’elle durcit trop l’étofFe. La gomme adragante & le pfyllium lui confervent plus de moelleux ; d’ailleurs la gomme adragante tache beaucoup moins, dans le cas 011 cette matière gluante pénétré à l’endroit de l’étoffe , ce qu’il faut cependant éviter.
- Il n’en eft pas de même du gauffrage au cylindre , & qui fe fait fur diverfes fortes d’étoffes rafes & veloutées , mais plus^particuliérement fur les velours d’Utrecht & fur les moquettes. En attendant que nous donnions la def-cription de cette méchanique , & que nous décrivions la maniéré d’opérer, il eft bon de dire qu’011 n’emploie ou qu’on ne doit employer aucun corps gélatineux, gommeux, réfineux, rien, en un mot, pour catir le poil & en .luftrer la partie écrafée. Ceux qui difent y employer quelque chofe, fans dire ce que c’eft, car chacun à lonfecret, ou n’y emploient rien , & ils mentent pour en écarter l’idée, ce font des charlatans j ou ils y emploient en effet
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- quelque chofe,& ce font des ignorans. Le feul moyen de faire un beau cati, Je plus réfiftible au frottement & à l’humidité, eit de gauflfrer l’étoffe avec la plus grande preffion & au plus haut degré de chaleur pofîible , tels néanmoins qu’elle n’en foit pas brûlée , ni les couleurs altérées ; que la chaleur foit toujours égale, & le travail bien fuivi : il faut fans doute une pratique confiante & raifonnée pour attraper ce point, & s’y tenir; mais il en réiultera toujours que le reflfert de la matière fera le plus parfaitement brifé, & qu’il en fuintera une humeur diifcute, qui en plaquera les poils d’une maniéré à leur conferver le luftre, & à les mettre le plus à î’abri des influences quelconques. Tout corps muqueux, gélatineux , gommeux, réfi-neux, ou tel autre de ce genre qu’on puiffe employer, ou durcira l’itoffe-& ternira les couleurs , ou fera attaquable à fliurnidité ; & par-là feul il fera plutôt un principe de defiru&ion dm gauffrage, qu’un moyen de le perfectionner. J’aiinfifté fur ce point utile, fur lequel tout le monde charlatanife-à fa maniéré , fans que perfonne ait été au but. Les arts & métiers font remplis de fecrets de cette efpece , qui confident à n’en point avoir , que la jaloufie-à la crainte font beaucoup retentir, & qui tourmentent fort les ignorans.
- Imprefjîon à froid de toutes fortes J?étoffes en laines , feches ou drapées ? unUs>
- ou, croifées.
- J’aï parlé précédemment d’une maniéré d’imprimer d’abord, & de remplir enfuite des definis tracés à la planche de cuivre & à chaud , en les coloriant à la planche de rapport, en bois & à froid-, comme on en ufe pour les indiennes. J’ai dit que ces couleurs étaient à l’huile, & j’ai annoncé les-détails des procédés & leur application ; les voici;, ils font fondés fur l’expérience , aux dofes indiquées^
- Mordant, pour toutes Us couleurs ;
- Mettez trois pots d’huile de noix & un pot d’huile de lin dans un chaïu-deron de fer , de grandeur à en contenir le double ; ajoutez-y une demi-livre de litharg.e , & environ, deux onces d’huile de vitriol ; faites bouillir le tout cnfembie, en remuant continuellement a-vec une fpatule de fèr : jetez-y dans cet intervalle de gros oignons & des-.croûtes de pain, pour dcgraiffer l’huile. ’Lorfque les oignons font cuits, ctes-les avec une écumoire, ainfi que le para & l’écume de la litharge : remettez de nouveaux oignons & de nouvelles., croûtes, & répétez cette opération jufqu’à ce que l’huile s’enflamme; lniffez-la brûler ainfi pendant un quart d’heure ou une demi-heure , jufqu’à ce qu’elle ait acquis, la confiffaiice. & le. gluant, d’un firop un peu épais , ce
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- qu’on reconnaît en en faifant tomber quelques gouttes fur une affiette : fi en fe refroidiifant elle file comme un firop , elle eft au point convenable.
- Retirez le chauderon de deffus le feu, couvrez-le d’un couvercle de bois ou de fer, fur lequel il faut jeter une toile ou étoffe mouillée, pour arrêter la combuftion ; découvrez le chauderon, & attendez, ou remuez la matière jufqu’à ce qu’elle foit refroidie : on peut s’en fervir alors.
- Si l’huile n’était pas affez dégraiffée, on la ferait recuire ; fi elle l’était trop , on la ferait réchauffer, en y ajoutant un peu d’huile non brûlée.
- Lorsque l’huile n’eft point affez dëgraiffée, l’impreffion ne feche jamais bien ; elle a toujours un air gras : il en réfulte en outre , que les couleurs déchargent fur le fond de fétoffe.
- Lorsqu’elle Peft trop, elle feche très-promptement, & elle eft fujette à s’écailler au frottement ; ainfi il convient, avant d’opérer en grand , de s’dilurer de la qualité du mordant. Pour y parvenir, écrafez fur une pierre à broyer un peu du plus beau noir de fumée, ou du noir d’ivoire ; délayez-îe avec du mordant peu à peu 8c en très - petite quantité à la fois ; détrempez cette pâte fur la pierre même, avec de l’effence de'térébenthine , juf-qu’à ce qu’elle foit à la confiftance d’une bouillie-claire : faites-en un échantillon , que vous laifferez lécher pendant vingt-quatre heures. Si après cec intervalle l’impreffion ne s’étend point fur le fond de l’étoffeou fi elle ne s’écaille point, le mordant eft au point convenable.
- • . Formation des couleurs.
- Noir. Le noir le fait comme on vient de décrire l’effai, niais etf employant toujours du plus beau noir d’ivoire, & terminant la composition de la couleur par un peu d’huile de vitriol, employée avec fuccès comme un fécatif.
- Rouge, tirant fur l'écarlate. Prenez du cinabre en poudre, ou vermillon; îe plus beau produit le plus bel effet celui-des effhis a coûté de neuf à di» livres la livre; broyez-le comme îe noir d’ivoire, avec le mordant & l’effence dé térébenthine. Sur une demi-livre de cinabre ainfi broyé, & mis dans' un pot deterre verniiTé , ajoutez, avant de l’employer, un gros d’efprit de fel ammoniac,- & un peu moins d’huile de vitriol-; la-couleur eiv deviendra* plus vive.
- Bleu. Broyez du blem de Pruffe avec le mordant & l’effence de térébenthine lajoutez-y un peu d’efprit de fel ammoniac, & point d’huile de vitriol.
- Verd. Broyez du ftil de grain avec le bleu de Pruffe , & mêlez un peu de. fel ammoniac.
- Jaune. Ajoutez feulement aü mordant & à l’effence,, du ftil de grain broyé,.
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- i34 VAUT DE PREPARER ET L'IMPRIMER
- Cratnoijï. Prenez de la laque & du cinabre broyés enfemble & avec le mordant & l’elfence : plus vous mettrez de laque, plus la couleur fera foncée 5 vous l'éclaircirez par le cinabre.
- Roje. Vous le dégraderez davantage encore par le blanc de plomb.
- Blanc. Broyez du blanc de plomb , (ans efprit de Tel ammoniac , ni huile de vitriol.
- Puce. Au lieu du cinabre employé pour le rouge, broyez feulement de la laque commune.
- Mélange des couleurs.
- Les couleurs ci-après font fuppofées broyées féparement, mifes^dans un vafe & prêtes à être employées à i’impreifion.
- Noir d'ivoire.
- Cinabre ou vermillon.
- Bleu de Prulfe.
- Stil de grain.
- Blanc de plomb.
- Laque.
- De ces fix couleurs dérivent toutes les autres, en fuivaut les procédés indiqués ci-après.
- Perd. Mêlez du bleu & du jaune en quantité proportionnée à la nuance, qu’on variera beaucoup encore, en y introduifant du blanc.
- Violet. Le bleu & la laque formeront cette couleur , dont otl aura des dégradations fans nombre par l’intermede du blanc.
- Orangé. Prenez du jaune & du cinabre : dégradez à volonté avec du blanc.
- Gris. Il proviendra d’un mélange de blanc & de noir.
- Gris-blm. A joutez-y du bleu.
- Gris-jaune. Mêlez un peu de jaune.
- Gris-rouge. Le cinabre & la laque ajoûtés le formeront.
- Chamois. Prenez du rouge , du jaune & du blanc.
- Variétés de puce. Laque, un peu de noir, & très-peu de blanc.
- Il en eft du mélange de ces couleurs précifément comme de celui des couleurs pour peindre à l’huile.
- Manière d’imprimer.
- On opere fur une table de fix pieds de longueur , 8c d’environ deux de largeur , épaifle de cinq à fix pouces , le plus folidement établie fur fes pieds, & recouverte de deux doubles de drap commun, bien étendu, & fixé par de petits clous fur la bordure tout autour.
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- L’étoffe à imprimer fe difpofe & on l’imprime de la même maniéré que les toiles dont nous traiterons à la fuite des procédés de toutes les couleur-1 d’indiennes , dans un autre art déjà préparé.
- On prend un baquet d’environ fept pouces de hauteur , ou partie d’une barrique , où tient un des fonds ; on y met, jufqu’à la moitié de fa hauteur , de la gomme commune , difloute & paliee au tamis ; & fur cette gomme on pofe le challis , qui eft formé d’une circonférence de tamis,-d’un diamètre de deux pouces de moins que celui de l’intérieur du baquet, & d’une peau blanche de mouton , qu’on a mouilleé pour la tendre le plus poffible, 8c qui eft clouée fur le bois du challis. Lorfque la peau eft bien feche, on pofe le challis dans le baquet, fur la gomme qui, par fon élasticité , réagit contre la planche avec laquelle on imprime, 8c la garnit de couleur également par-tout.
- Car ce challis eft ainfi difpofé pour y répandre la couleur , & appliquer detîus la planche , pour qu’elle s’en garnilfe.
- On y en met peu à la fois, & on l’étend bien d’abord avec une ma~-guette, le plus uniment poffible. L’ouvrier commence à prendre de la couleur avec la planche; il la brolfe enfuite pour l’humeder également; il en reprend une fécondé fois ; 8c s’il remarque que la planche ne fe garnilfe pas encore bien également , il la brolfe une fécondé fois ; il imprime enfuite..
- Quand il trouve que la couleur eft trop épailfe , que la planche fe garnit mal, 8c ne prend pas bien fur l’étoffe , il met fur le challis un peu d’ef-fence de térébenthine, pour la détremper & la rendre plus liquide.
- L’essence de térébenthine eft l’agent émollient de toutes les couleurs. Il faut un challis pour chaque couleur; c’eft-à-dire , pour les verd , bleu, cramoili , noir, pucë, blanc , rouge 8c jaune: mais on peut faire toutes les nuances d’une couleur dans le même chalîis.
- A la fin de la journée , lorfque l’ouvrier quitte le travail, avec un tnor-cçau de bois taillé en bifeau , il ôte du challis le plus qu’il peut de la couleur qui y relie ; il la rejette dans la gomme , ou il la met dans un vafe’ à part, pour s’en fervir à barbouiller des portes, des fenêtres, ou autres-choies femblables.
- Pour empêcher que les couleurs ne fe delîechent dans les vafes où on les a dépofées, après avoir été broyées & préparées , ou qu’elles ne fe terniifent par la poulliere, on y jette de l’eau delfus, qu’on répand enfuite-îorfqu’on veut fe fervir de la couleur.
- Lorsque l’ouvrier reprend le travail le matin , & qu’il trouve deffé--chée le peu de- couleur qui eft reliée dans le chalîis , il la détrempe avec-de. i’elfence ., avant d’en ajouter de la nouvelle.
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- i3$ L’ART DE PREPARER ET D'IMPRIMER
- La niagnette, en terme d’art , eft un feutre de fix à neuf lignes d’épaiï-feur, emmanché fur le diamètre d’une planche en demi cercle prolongé 9 de maniéré que le parallélogramme ajouté au demi-cercle a le même rayon & le même diamètre pour côtés.
- Les étoffes imprimées , on les pend dans un grenier durant deux ou trois jours , pour leur faire .perdre l’odeur de térébenthine , & les faire fiéchcr; elles font en état alors d’être mifes dans le commerce.
- J’observerai que tous ces procédés à l’huile donnent des couleurs toujours folides & également applicables fur la toile , fur les draps & velours de coton , & fur la foie , & qu’ils y produifent un bel effet, lorfque la couleur , affez liquide , y eft ménagée au point de pénétrer convenablement l’étoffe , & d’y faire moins peinture que teinture,
- C’est ainfi qu’on en ufe dans les effais d’une entreprife qui ne doit rien laiffer deiirer de la Chine ni de l’Inde : mais la beauté des fujets & la délicatelfe de leur exécution exigent, quant à la gravure & à l’impref-fion, qu’on procédé comme pour la gravure & l’impreftion en taille-douce.
- Je ne crois pas déplacé ici le moyen plus (impie de la plus parfaite dépuration de toutes fortes d’huiles, les plus corrompues même ; moyen qui les rend claires comme de l’eau de roche, & qui confifte aies verfer fur de la chaux vive, lorfqu’on l’éteint à l’inftant de fon plus haut degré d’ef-fervefcence ; à agiter, bralfer fortement le tout enfemble ; à la tranfvafer pour le dépôt qui eft très-lent, dans un vafe haut & étroits à décanter enfin.
- L’extrême divifî bilité de la chaux lui donne la facilité de pénétrer toutes les molécules de l’huile, & d’en précipiter la partie extradive.
- De ce que cette huile ainfi dépofée s’étend avec une très-grande facilité, il n,e s’enfuit pas qu’elle foit moins defféchée , ou qu’elle ait moins acquis la qualité féçative, que celle qui eft dégraiffée à la croûte de pain , aux oignons, & à la litharge ou à la cérufe. De graffe & vifqueufe qu’elle était, elle eft devenue très-fluide ; elle a plus d’a&ion par conféquent :*il n’eft queftion que d’en mettre moins.
- fît
- TABLE
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- LES ETOFFES EN LAINES.
- TABLE
- 137
- :1s*
- DES PRINCIPAUX ARTICLES.
- b R É G È hiftorique de l’art en France. Page 109
- Préparation des étoffes avant l’im-
- preffion. 110
- Débouilü à l’alun. ibid.
- Des matières colorantes , & de la
- maniéré de les préparer avant la
- teinture. 112
- Compofition du bleu de Saxe. 114
- Teinture des étoffes. ibid.
- Paille & jaune. 116
- Soucis, aurore , jaune dore & autres
- de ce genre. 117
- Abricot, chamois, &c. ibid.
- Rofe , cratnoilis , écarlates , &c. ibid.
- Bleu de roi. 118
- Violet. ibid.
- Compofition des pâtes d’impreilion.
- - 119
- Mèlange des couleurs. 112
- Des planches. ibid.
- Préparation des planches. 125
- De l’impreffion. ibid.
- De l’impreffion au cylindre. 127
- Maniéré de ployer les planches & de leur donner la forme cylindrique.
- 119
- Grattage des étoffes après l’impreffion. ' 130
- Gauffrage des pannes à la preffe. 13 1 Impreffion à froid de toutes fortes d’étoffes en laines, feches ou drapées , unies ou croifées. 132 Mordant pour toutes les couleurs.
- ibid.
- Formation des couleurs. 133
- Mélange des couleurs. 134
- Maniéré d’imprimer. ibid.
- FIN de la Table.
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- i3S L'ART DE PREPARER ET D'IMPRIMER
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- ESCRIPTION
- DU FOURNEAU^ DES
- E T
- EXPLICATION DES
- MA CHINES,
- FIGURES.
- Planche première.
- 3Les i & 2 repréfentent deux fourneaux avec leur prefle: celui à gauche * vu par-derrierej & celui à droite, vu par-devant. La charpente de la prefle eft en bon bois de chêne : les jumelles A A ont un pied fur fix pouces d e-carriflage : l’écrive B B , ou piece de traverfe, dans laquelle pafle l’écrou , a un pied quarré. La hauteur de la prefle de i à % eft de fix pieds : les jumelles fe prolongent fous terre de quatre pieds, & leurs extrémités font contenues par une traverfe femblable à l’écrive. Cette charpente enchaffis, pofée verticalement dans une foflé de quatre pieds de profondeur, & plus large que le fourneau, eft contenue par une bonne maçonnerie qui remplit la fofle jufqu’au niveau du terrein. Le fourneau eft bâti fur cette maçonnerie i on en fera la defcrjptioii ci-après, fig. 3.
- Le fourneau conftruit, on le couvre du potïn E, qui eft une plaque de fer de fonte d’environ dix-huit lignes d’épaifleur, de trente-fept pouces de longueur, fur vingt-neuf de largeur. On y pofe la planche de cuivre F , fur laquelle eft gravé le dedln , & qui excede le potin tout autour d’un demi-pouce, pour garantir Pétoffe de la brûlure* comme on le verra.
- G G. Manteau de la prefle , de planches de bois blanc de deux pouces d’épaifleur, fortifiées de pièces de bois de chêne H H, fur lefquelles la vis prefle : on prend une longueur d’environ huit à neuf aunes de nattes ou très-grofles étoffes de bourre, & du poil le plus grofîier; on la plie par feuillets , en dix à douze doubles, fur une planche de bois de chêne, percée de trois pouces en trois pouces , pour pafler de la ficelle avec une grofle aiguille , &y attacher fortement ladite étoffe : 011 enfile cette planche ,ainfi ma-telaflee, dans les coulifl'es L L, l’étoffe en-deflous comme au manteau M. La diftance d’entre les jumelles A A , ainfi que la largeur extérieure du fourneau , eft de trois pieds fix pouces.
- S. Vis ifolée.
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- X. Vis montée.
- T. Fig. 1, 2& 3, écrou en cuivre, vu avec fes foutiens vides en-deflus de l’écrive.
- U. Deux vues de la lanterne en fer, adaptée au bas de la vis X, avec le petit levier de bois qui y relie attaché, pour en rendre facile le mouvement fur fon axe.
- e. Grand levier de bois qu’on palfe dans la lanterne pour augmenter la force, lorfque la prellion donnée avec le petit ievier ne fuffît pas.
- Z Z. Grenouillère qui s’adapte furlapiece de bois 7 , & fur laquelle prelfe la vis X.
- a repréfente le tiroir ou petit chaflis de fer avec les couflinets.
- a a embralfent la gorge de la vis pour foutenir le manteau lorfqu’on le veut lever, comme il le voit en d.
- g. Tuyau du fourneau N, pafîknt dans la cheminée h, divilee en deux tuyaux , comme on voit en i i, pour deux fourneaux & deux prelfes.
- 1 & 1,2 & 2,7%. 3. Conllru&ion & dimenlions du fourneau. Plan du fourneau jufqu’à la voûte O, dont on voit les brifures ou évents, au travers defquels parait la grille de fer. Les dimenlions (ont en proportion fur l’échelle qui ell au haut de la planche.
- Le plan du potin E , fig. 2, ell à deux pieds & demi du niveau de terre, derrière le fourneau, & à trois pieds du côté de la porte ou ouverture dudit fourneau j l’efpace entre le potin & la voûte ell de deux à trois pouces dans le milieu : la hauteur intérieur du fourneau proprement dit, entre les barreaux qui le féparentdu cendrier & fa voûte , ell d’environ un pied; & celle du cendrier, de dix-huit à vingt pouces, plus ou moins.
- Les murs du fourneau ne font pas élevés carrément jufqu’à la hauteur du potin i on voit un talus de trois à quatre pouces, qui prend de la furface extérieure de ces murs, jufque fur les bords de la fuperficie de la plaque de fonte j il ell formé de tuileaux & d’argille : il garantit les doigts de Pou-vrier des bords brûlans du potin.
- Le fourneau ell conllruit de briques, maçonné dans toutes les parties que leur lituation rend fufceptibles des impreffions de la chaleur, en argille & non en chaux.
- La voûte O, en briques étroites, a environ deux pouces d’épailfeur, y compris le ciment dont elle ell recouverte i on la recouvre en outre avec de petites tuiles foutenues, écartées & croifées les unes fur les autres, pofées Amplement à la main, comme on le voit en P P P ,/ïg. 3 , 3 & 4, 3 & 4. On forme en argille, au milieu, un maflif elliptique & creux 5, f , quiexcede un peu la hauteur de la maçonnerie D D , afin que, lorfqu’on pofe le potin , ce maflif s’aflaifle, & que la flamme qui fort à travers les évents, qui fe dif-
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- Ho DART DE PREPARER ET D'IMPRIMER
- perfe& pafle dans les intervalles des petites tuiles, vienne tournoyer contre le maffif, avant de s’aller perdre dans le tuyau de la cheminée. Sans la précaution de ce maifif, la chaleur porterait principalement au milieu de la plaque: il amortit celle qui provient dire&ement du fourneau à travers la voûte, & ii force la flamme de fe répandre & d’échauffer la plaque également par - tout.
- Q_, fig. 4 , repréfente la porte du fourneau avec fes gonds & loquet.
- R indique répaiffeur de ladite porte qui eft en fer de fonte, ainfi que fan entournure :ce font les feuls fers , avec la plaque de potin , qui ne foient pas forgés. On a eflayé le fer de fonte pour la grenouillère, & pour d’autres parties qui font effort ; il cafle plus tôt : on l’a eflayé pour les barreaux du fourneau, qui font carrés, fur un pouce de diamètre j la chaleur le rongeait plus promptement : il en eft ainfi des boulons pour chauffer le cylindre ; mais là différence de prix eft moindre, ainfi que les conféquences qui en réfultent.
- Plan che II.
- Fig. i. Ouvrier qui lave la planche de cuivre//, après qu’elle a trempé dans le levier L. ( Cette planche eft repréfentée beaucoup trop petite ; elle eft vue de face & de champ , lorfqu’elle devrait être pofée horizontalement fur les bords du lavoir & fur la barre de traverfe , comme elle l’eft toujours lorfqu’on la lave, qu’on fhuile, qu’on la garnit, de couleur , &c. ) En P , cette planche eft vue telle qu’elle a été jetée brûlante, au fortir de deflus le fourneau , palTant fous la barre de traverfe g g.
- a. Eponge.
- b. Sébille ou écuelle de bois pour mettre le fuperflu de la couleur, lorfqu’on en nettoie la planche.
- c. Petit vafe de terre qui contient l’huile.
- d d. Vafes de bois ou tinettes, où fe mettent les pâtes d’impreffion, di-verfiment colorées.
- e. Cuiller à pot, de bois également, avec laquelle on puife la couleur, pour la répandre fur la planche.
- On met ordinairement fur le derrière des lavoirs, en h h, des planches pour foutenir la tinette & autres uftenfiles.
- Fig. 2. Deux prefles en travail.
- D D. Derrière des fourneaux.
- T T. Talus de la maçonnerie, qui remonte jufqu’à la fuperficie du potin.
- P. Planche de fonte ou potin.
- P C. Planche de cuivre , portant le deflin , & pofée fur le potin.
- Q. Ouvrier qui, après avoir tiré à lui la planche de deflus le fourneau,
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- L ES ETOFFES EN LAINES. 141
- Ja faifit avec des poignées ou mains de groffe étoffe , pour fe garantir'de fa chaleur brûlante , & la fouleve avec effort, l’appuyant contre fa ceinture, ..pouf 1’emporter & la. jeter dans le lavoir.
- A A. Jumelles des preflès.
- B B. Ecrive ou piece de l’écrou.
- C. Manteau de la preffe.
- a. Vis.
- b. Lanterne.
- c. Platine.
- Fig. 3. Coupe de* l’intérieur'de la preffe & du fourneau, vus de profil.
- :, F. Intérieur du fourneau voûté. La flamme fort par les évents, circule à travers les tuileaux écartés & rangés en différens fens , dont on voit la coupe au-deffus de la voûte, frappe le potin autour du maffif qui en occupe le milieu, & varenfin s’échapper par le tuyau de la cheminée.
- b b. Barreau de fer, vu fur fa longueur, faifant partie de la grille.
- c. Cendrier.
- o o. Coupe’ des/fnurs. b
- m. Manteau garni de la preffe, où l’on voit la coupe du gros drap replié fur lui-même, qui en forme les matelas.
- n. Coupe des clavettes qui failiffent la prolongation de l’axe de la vis & de la lanterne , .& qui fervent à y fufpendre le manteau lorfqu’on fait remonter la vis.
- I. Lanterne qu’on fait defcendre fur le manteau, & qui le preffe au moyen du levier i i.
- v. Vis entrant dans fon écrou e, lequel fe prolonge jufqu’au centre de l’écrive.
- r. Cylindre où fe déroule l’étoffe E E E, pour paffer fur le manteau de la preffe, & être imprimé fur la planche de cuivre, dont on apperqoit la coupe entre celle de l’étoffe & celle du potin.
- A. Potin ou plaque de fonte qui recouvre le fourneau de la preffe.
- B. Planche de cuivre gravée , un peu plus grande que le potin.
- C. Tinette de bois pour mettre la couleur.
- c. Cuiller de même matière, pour la puifer & la répandre fur le cuivre. . D. Feutre durci* pour étendre la couleur & nettoyer la planche ou le deflin.
- E. Eponge pour laver la planche. On a auffi un chiffon de laine , enduit d’huile de poiffon , pour l’en frotter au befoin.
- F. Plateau ou fébille de bois, pour rejeter lefuperflu de la couleur, lorfqu’on nettoie la planche avec le feutre.
- G. Pot à huile de poiifon.
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- ï4* L'ART DE PREPARER ET D'IMPRIMER
- H. Grand levier qu’on emploie, lorfque le petit qui eft adapté à la lanterne de la preffe ne iufiit plus pour la ferrer.
- L. Main d’étoffe groffiere , pour retirer la planche de cuivre de deffus le fourneau, & la porter au lavoir.
- P I, ANCHE £11.
- Fig. i. Machine à gratter les étoffes imprimées, l’ouvrier en travail tenant en main le grattoir & le petit balai de bouleau.
- N. Table inclinée, placée fur la longueur & proche du fourneau , fur laquelle paffe & fe gratte l’étoffe, après s’ètre échauffée & refféchée fur le fourneau.
- I. Talus ou iuclinaifon de ladite table.
- P P. Plaque de fer de fonte ceintrée, formant la calotte du fourneau ; & barreaux de fer forgé, interpofés entre la plaque & L’étoffe,pour garantir celle-ci du contaét de l’autre , qui la brûlerait.
- Z Z. Etoffe vue du côté du deffin, paffant fucceffivement de deffus la banquette fur le fourneau & fur la table.
- QL R. Etoffe vue d’envers, fe déroulant à mefure que l’ouvrier l’attire à foi.
- O O. Elévation des murs de conftru&ion du fourneau.
- V. Intérieur dudit fourneau.
- X. Cendrier.
- Fig. 2. Difpofition du grattage d’un autre deflïn vu plus en grand.
- S. Main tenant un grattoir un peu différent de celui en bois, vu en R, dont la partie T eft en lame de fer un peu tranchante.
- Fig. 3. Vue d’oifeau du fourneau à gratter.
- M. Surface fupérieure des murs de côté, qui fupportent la plaque de fonte.
- H. Coupe horizontale de la cheminée dudit fourneau.
- Fig. 4. Table N, en plan incliné I, vue de profil, & placée devant le fourneau , dont V eft l’intérieur.
- X. Le cendrier.
- P. Les barreaux de fer forgé au-deffus de la plaque de fer de fonte, ceintrée & fervant de calotte audit fourneau.
- Planche IV.
- O O. Les murs fur lefquels elle porte.
- Méchanique à imprimer au cylindre, vue de face.
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- LES ETOFFES EN LAINES. H3
- A. Charpente élevée à deux pieds trois pouces de terre, qui foutient la machine en fer.
- BB. Quatre jumelles ou piliers en fer, de deux pouces quarrés*
- CD. Planche de cuivre cylindrique , gravée en deflin ou manchon , d’environ dix-huit pouces de diamètre , & de vingt-neuf pouces de longueur. Les cercles de fer qui garnirent les bords & terminent la planche frottent contre les fuppôts EE.
- F. Cylindre en bois tournant fur fon axe , mobile de bas en haut, & de haut en bas , d’environ quinze pouces de diamètre , & de la longueur de la planche ou du deftîn. L’écartement de la machine de G en H, eft de trente pouces.
- OO. Charnières pour abaifler les piliers BB, en tirant les chevilles GH, pour déplacer, remettre , ou changer la planche.
- I. Manivelle ou axe coudé à double équerre , au moyen de laquelle l’ouvrier met le cylindre en mouvement.
- L. L’une des trois branches du volant, au bout de chacune defquelles eft une lentille de fer ou de plomb M, pour faciliter la continuation du mouvement imprimé à ces branches, qui ont trois pieds de longueur.
- Planche V.
- Elévation de la méchanique vue de côté. Sa hauteur de A en B eft de trois pieds trois pouces.
- C. Cylindre creux de fer fondu, & poli fur le tour, de fept pouces de -diamètre.
- D. Ouverture de ce cylindre, dont le diamètre intérieur eft de quatre pouces > on introduit les boulons de fer rouge par cette ouverture ; & lor£ qu’il eft queftion de les remplacer par d’autres, on les pouffe avec un ringard , pour les faire fortir par l’ouverture oppofée. C’eft fur ce cylindre de Ter que repofe la planche ou manchon de cuivre.
- EE. Madriers de cuivre , l’un fou tenant l’axe du cylindre de fer C, l’autre preffant fur l’axe du cylindre de bois F,.au moyen des fupports II, qui entrent dans l’écrou G, & paffent à travers le madrier E. A leur extrémité eft paffée une bride L, qui eft retenue par des clefs H , pour fut-^pendre le cylindre F.
- La vis V, fufpendue fur la platine />, & la double équerre qui paffe dans la traverfe AA, & qui eft arrêtée au-dedus par des clefs m n, tourne fur ‘«lle-mème, au moyen d’un levier paffé en /, & fait defGendre l’écrou, les Supports & le madrier,‘qui preflfe le tourillon de l’axe du cylindre qui y eft fufpendu.
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- 144 L'ART DE PREPARER ET D'IMPRIMER
- Le ;moûVement:efb compofé de trois roues de fer & de trois lanternes. La première roue H a trois pieds de diamètre , 8c quarante dents ou divir fions. La fécondé"roue N-a deux pieds quatre pouces, & trente-fix dents. La troifiemë’O a deux pieds de dîametre , & trente-deux dents. La lanterne, de la roue N a huit fufeaux. La fécondé, celle de la roue O, en. a fix ; & la troifieme, qui correfpond immédiatement à la manivelle , a cinq fufeaux. Ces roues font montées de fuite fur la charpente P.
- Q_QQ_font des pièces de bois verticales, appuyées de haut & de bas, pour tenir ferme la charpente.
- R. Baquet ou cuve d’eau pour rafraîchir la planche ; on la change dès qu’elle s’échauffe.
- T. Rouleau de bois fur lequel eft la piece d’étoffe avant d’ètre imprimée , & d’où elle part, en fe déroulant à mefure , pour paffer entre les deux cylindres, y recevoir l’impreffioti , & s’aller enrouler incontinent fur l’effi-gnolle ou tourniquet U , qui la foutient haut d’une part, comme elle l’eft de l’autre fur le rouleau T, & laiffe également aux ouvriers la liberté d’agir en-deffous.
- L’écrou G & les madriers EE font à couliffe dans les montans XX , dont l’un eft brifé à la charnière Y, pour y introduire ou en retirer les cylindres.
- Z. Supports de la planche de cuivre ; ce font de larges & fortes lames de fer, qui tiennent la planche ferme, qui la maintiennent dans fa direction , par le frottement uniforme & adouci par l’huile , du cercle aminci b b, qui en garnit le bord.
- La maniéré de gauffrer au cylindre autrement qu’avec la planche d’im-prefïîon, différé en ce que le cylindre même dans lequel on met les boulons de fer rouge, eft en cuivre , & porte le deftin gravé qui s’imprime fans couleur fur l’étoffe ; en ce que ce cylindre , beaucoup plus épais & plus profondément gravé que la planche, eft interpofé entre deux autres cylindres de bois, l’un en-deffus & l’autre en-deiîous ; enfin en ce qu’on peut cylindrer deux pièces à la fois, On pourrait gauffrer ainfi beaucoup de pièces de velours d’Utrecht, de moquettes , de pannes ou d’autres étoffes, dans un jour, mais avec la forte prellion & le haut degré de chaleur dont nous avons parlé précédemment. Il faut encore un mouvement lent, tel qu’en travaillant douze heures, on ne gauffre que quatre pièces en-deffus & quatre pièces en-deffous ,huit pièces en tout par jour.
- Surpris de i’immenfe quantité de charbon que confommait le fourneau à chauffer les boulons de fer à introduire dans le cylindre d’impreflion ; peiné du travail continuel & très - fatigant pour fes ouvriers, de les tirer
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- LES ETOFFES EN LAINES. 14f
- de ce brader ardent , de les fubftituer aux précédens, & les précédens à ceux - ci ; mécontent des irrégularités qui réfultaient dans les opérations des divers degrés de chaleur , M. Fleflélle , toujours bouillant de perfectionner les arts qu’il exerce , depuis le rapport & l’approbation dé la defcription de celui-ci, a imaginé d’établir le feu à chauffer le cylindre tournant, dans le cylindre même, fur une grille foutenue & rendue immobile ( voyez pi. FI, fig. \ & 2 , & fon explication , où j’ai joint celle du mouvement fimplifié,& également nouvellement inventé): il en réfulte un feu plus égal, facile à entretenir, au moyen de quelques morceaux de bois qu’on y jette de tems en tems, & une économie des deux tiers fur la matière ; c’eft-à-dire, que fi la dépenfe à cet égard fe montait à 4 liv. 10 fous par jour , elle eft, au moyen de cette invention , réduite à 30 fous.
- Planche VL
- Fig. r. Cette méchanique ne différé de la précédente , qifen ce que le Fourneau eft placé dans l’intérieur du cylindre, & qu’au lieu des boulons rouges , employés à l’échauffer , on entretient un feu de bois fur la grille A» foutenue à deux pouces au-deffusde la furface intérieure du cylindre, arrêtée & rendue fixe par la barre BB, qui fléchit circulairement en OCX ïl n’exifte pas un femblable appui à l’autre extrémité ; la partie extérieure du cylindre, d’un moindre diamètre que celui qu’il conferve d’ailleurs dans jtoute fon étendue , fervant d’axe à la grande roue du mouvement, formant jtuyau & s’enchâflant dans un autre tuyau, ne le permet pas : la grille eft Soutenue, dans cette partie, par deux roulettes de cuivre, pofaut au fond du cylindre, comme les deux OO qu’on voit à fon entrée, & qui y font le même office. Ces quatre fupports , fur le cylindre tournant, y maintiennent la grille dans fa même affiette : l’égalité de frottement aux deux jbouts, fait qu’elle n’eft pas plus entraînée d’une part que de l'autre, lord que le cylindre tourne, & la garantit de fe tordre. Ce cylindre E a neuf pouces & demi de diamètre .en-dedans, trois quarts de pouce d’épaiffeur, & un demi-pouce en fus, où s’en fait l’appui, entre les madriers.
- LL. Chaflis ou cadre en fer, fur lequel eft replié le plomb dont eft doublé le baflïn MN , rempli d’eau.
- Fig. 2. La partie O , où s’encaftre la roue F , eft d’un diamètre beaucoup joindre que celui des précédentes parties , puifqu’il n’a en - dedans que fix ^pouces un quart. Prolongée de fix pouces aü-delà du centre de la roue , cette partie eft le tuyau du fourneau, qui tourne & fe continue dans un tuyau C de tôle de huit pouces de diamètre, fixé d’abord par un foutien en fer à la partie où il fe coude, puis attaché au bâti qui recele & garantit du volant D. Cette Tome XIX. - T
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- I4S L'ART DE PREPARER ET D'IMPRIMER
- partie O extérieure du cylindre où le feu eft établi , & lui fervant de tuyau' eft en même tems l’axe ou le moyen de cette derniere roue, & en reçoit le mouvement : la coupe de face de ces deux parties eft une figure de périmètre re&iligne, pentagonale, exagonale ou autre, pour quelles ne tournent pas-l’une dans l’autre, mais exactement enfemble. Tout le mouvement eft en fer. La manivelle M fait agir la vis fans fin V ; celle-ci s’engrene dans la roue G, de dix - huit pouces de diamètre , & divifée en quarante-quatre dents. Son axe eft le même que celui de la lanterne L de dix fufeaux : cette lanterne fait mouvoir la roue F, de vingt-huit pouces de diamètre, & de quarante-huit dents.
- On obferve que le travail de l’ouvrier appliqué à la manivelle, pourrait être adouci, en augmentant le diamètre de la grande roue : on y va procéder , avec l’attention d’en proportionner le mouvement au befoin.
- S S S. Soutien, & de l’axe de la vis fans fin, & de celui de la première roue & de fa lanterne.
- P. Cylindre de bois.
- R. Planche de cuivre gravée, roulée & pofée fur le cylindre de fonte.
- De la fabrication des pannes on peluches, des velours façon d'Utrecbt , & des moquettes, {a}
- Des pannes ou peluches„
- La panne eft une étoffe veloutée à chaîne & trame de laine, & veloutée en poil de chevre : on en fait de diverfes qualités & fous différentes dénominations : on en expédie beaucoup à Cadix pour être envoyées aux Indes Efpagnoles, à la Yera-Cruz, ou à la mer du Sud, imprimées en plus grande partie, ou teintes principalement en couleurs écarlate, cramoifi & bleu. ‘
- La laine dont cette étoffe eft compofée eft ordinairement du cru de là province de Picardie, où elle fe fabrique, ou des environs ; elle s’achete filée au marché, & on la choifit relativement à la qualité & à la fin elfe, convenablement à ce qu’exige de ces conditions l’étoffe qu’on fe propole de faire. Le poil de chevre nous vient tout filé du Levant, par la voie d& Marfeille.
- (a) Comme toutes ces étoffes font les plus affujetties à l’impreflion ou au gauf» frage, il ne m’a pas paru hors de place d’en indiquer la fabrication & la préparation à la fuite de cet art.
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- Panne, renforcée.
- La panne dite renforcée, première qualité, veut un fil de chaîne-'dei quatre livres à quatre livres cinq fous la livre : il en faut de fix à fept livres plus ou moins, fuivant le degré de fineffe, pour une chaîne de quarante-quatre à quarante-cinq aunes , qui donne à la fabrication d’une aune à deux aunes de plus d étoffé : ce qui dépend‘de la trame, qui diminue la longueur de la chaîne à proportion de fa groffeur; de maniéré que dans les pannes communes , il n’y a pas d’aunage d’étoffe excédant celui de la chaîne : l’exten-fion de celle - ci, acquifeparle travail, devient nulle. Il faut doubler ce fil, le retordre, & l’ourdir fur une largeur de peigne ou de ros de vingt-deux à vingt-trois pouces , en trente-une portées , ou foixante-deux demi-portées de vingt - quatre ou douze fils , ce qui en porte le nombre total à fept cents quarante-quatre. On met moins de fil par portée, lorfque la matière, plus commune, eft filée plus gros, lorfqu’on ne tend qu’à faire des pannes de qualité inférieure.
- La chaîne de poil pour le velouté eft également doublée, ourdie fur la même largeur, aux lifîeres près, qui font compofées chacune de demi-portée, & en quinze portées, ou trente demi-portées de vingt-quatre ou douze fils ; ce qui fait trois cents foixante fils.
- Le prix du poil employé dans les pannes varie beaucoup , fuivant fa beauté , fa fineffe, de fix à fept francs la livre. Il en entre aufîi plus ou moins, de dix-fept à dixhuit livres dans une piece de quarante - cinq à quarante-fix aunes : ce qui dépend, & de fa fineffe propre, & de celle de la trame, & de la quantité de verges qu’on met au pouce ; 8c il en entre depuis trente jufqu’à trente-cinq. On fait des pannes qui n’ont que douze verges au pouce , d’autres qui en ont jufqu’à cinquante, 8c enfin de la hauteur de ces verges.
- La trame eft de deux fortes, 8c cette étoffe fe fabrique à deux navettes. La première trame , celle qui fait le fond de l’étoife , eft du prix de cinquante fous à trois livres la livre : il en faut de huit livres & demie à neuf livres. Elle ne doit être ni trop torfe à la filature, ni trop molle; mais il faut qu’elle ait une bonne confiftance : on l’emploie fimple & mouillée. La fécondé trame doit être beaucoup plus fine : elle coûte un prix double de celui de la première ; il en faut environ cinq livres par piece : elle s’emploie également fimple 8c mouillée.
- On paffe la chaîne de fond dans quatre lames : on pourrait ne la paffer que dans deux ; mais il y a moins de frottement de cette maniéré, 8c les fils font paffés alternativement dans la première 8c la troifieme, 8c dans la deuxieme & la quatrième , de façon que la même marche fait toujours lever ou baiffer à la fois deux des quatre lames, & moitié de la chaîne par conféquent. T ij
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- La chaîne de poil, également paflee & alternée dans les lames de la chaîne de fond, eft encore paflee dans deux lames qui font en - avant, les plus proches de la chafle, qui lèvent toujours à la fois au moyen d’une feule marche.
- Le métier eft du genre de ceux de la petite navette, décrits dans l’art des étoffés rafes, &c. Le jeu correfpondant des marches aux lames, de deflous en deflus, & réciproquement, fe fait par côté. Ce métier eft incliné comme les précédens, uniquement par habitude, & nullement que cette fituation foit fondée en principe, puifqu’il ne l’eft pas pour les velours de foie , pour les velours de coton, d’un travail aufîi dur, ni pour les moquettes, plus dur encore que celui de la panne.
- Il y a trois fils en broche, deux de la chaîne de fond, & un de celle de poil, & le ros eft d’acier.
- En foulant la marche i , on fait lever moitié de la chaîne de fond, & paflér en-deflous toute celle de poil : on lance la grofle trame ; on frappe en croifant la chaîne de fond par la marche 2 , & toute la chaîne de poil pafle en-deflus. On lance une duite de la trame fine ; on refoule la première marche 3, & on lance la fécondé duite de la même trame. On foule enfin la troifieme marche 4, qui fait lever toute la chaîne de poil feulement : on paffe la verge ; on refoule la première marche 5 , & l’on ramené la groffe trame fur le dernier pas de la chaîne de fond. Et ainfi de fuite, la 2, 6 : 1 , 7 : 3 5 8 , pi. VI, fig. 1 des marches.
- Quand la deuxieme ou derniere verge eft arrêtée par la croifure , on coupe le poil fur la précédente ; & ainfi, de maniéré que la grofle trame eft toujours paflee la première après l’interpofition de la verge, la première par conféquent qui arrête le poil, & celle qui foutient & fait le fortd de l’étoffe.
- A rnefure qu’on travaille, on humeéte la chaîne de poil, fur fbn enfuple même, avec du petit lait. Les ouvriers font de trois quarts d’aune à une aune & quelquefois une aune & demie de bonne panne renforcée par jour t on la leur paie de vingt à vingt-deux fous l’aune ; ainfi ils gagnent de quinze à trente fous, mais communément vingt fous, & ces pannes fe vendent actuellement de cinq livres dix fous à fept livres l’aune.
- On temple cette étoffe en-deffous, & ainfi de toutes les étoffes veloutées,
- Pannes fur foier
- On fait des pannes de qualité fupéneure à celle des pannes renforcées, qu’on nomme pannes fur foie. La chaîne de ces dernieres eft de la même qualité que celle des plus belles renforcées ; mais on y ajoute une foie écrue , organcinée, dite de Piémont, à chaque fil : ce qui, avec les deux- fils de
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- LES ETOFFES EN LAINES.
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- laine, fait trois fils, qu’on retord également enfemble. On choifit le poil pour la chaîne du velouté, & les trames plus fines. Du refte on les travaille absolument de même. Ces foies fe vendent de quarante - cinq à quarante-huit livres la livre : il en entre environ un quart de livre par piece de panne , pour la valeur de 0112e à dou2e livres.
- On paie la façon à l’ouvrier fur le pied de vingt-fix à vingt-huit fous l'aune; & l’étoffe fe vend de huit à neuf livres. On en fait quelquefois du prix de quinze livres l’aune, mais c’eft rare.
- Petite renforcée.
- On fait beaucoup plus: on fait même une grande quantité de pannes plus communes, plus légères que les renforcées , qu’on nomme petites renforcées , dont les baffes qualités ont remplacé l’efpece connue dans le commerce fous le nom de vingt verges. Elles fe font toutes de la même maniéré, mais dans un compte plus bas, avec des matières plus communes : & lorfqu’il entre de trente à trente-cinq verges au pouce dans les belles renforcées, qu’on en met dans les pannes fur foie de quarante à quarante-cinq , & jufqu’à cinquante, on fait de celles-ci en douze, en quinze, en vingt & vingt-cinq verges. Les ouvriers en font deux aunes, deux aunes & demie par jour. La différence de leur falaire provient plutôt de leur aeftivité, de leur ardeur & de leur industrie, que de la nature du travail qu’ils font. Toutes ehofes égales, quelque efpece de travail qu’ils fafTent, ils ne gagnent guere , ni plus , ni moins , environ vingt fous par jour : c’eft le taux commun des journées dans ce pays. Il eft des hommes faits qui ne gagnent pas quinze fous. J’en ai vu qui en gagnaient cinquante ; & il en fera toujours & par-tout de même.
- Les pannes petites renforcées fe vendent de trois livres dix fous à cinq livres l'aune. Qn imprime la plus grande partie des baffes qualités.
- Court poil»
- La panne court poil eft une panne fine , renforcée , quant à la chaîne 8c à la trame : iljn’en ferait que mieux li la trame était plus fine encore. Elle différé dans la marche, en ce que la chaîne de poil, également paffée dans les deux lames de devant, ne fe leve & ne fe coupe qu’alternativement, & qu’ainfi il faut une marche de plus pour lui donner ces deux mouvernens féparément. On 11e coupe donc que la moitié de la chaîne de poil fur chaque verge ; on paffe la forte duite 5 on fait la croifure ; on paffe une duite fine 5 011 recroife par la première marche ; on lev| la fécondé moitié de la chaîne, &
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- l’on place une nouvelle verge. C’eft la même marche qu’au velours d’Utrecht $' qu’on donnera ci - après ; avec la différence, qu’on met ici trois duites entre chaque verge , & qu’on n’en patte que deux au velours d’Utrecht.
- On ne coupe le poil à cette forte de panne, que lorfqu’on a paffé une troifieme verge, au lieu de le couper à la fécondé, comme aux précédentes , par la raifon que la chaîne de poil étant divifée , la derniere divifion ne ferait que faiblement retenue par la fécondé verge; elle rifquerait de s’échapper. Cependant, lorfque la panne eft fine & bien tiffée , on pourrait la couper à deux verges.
- Long poil.
- On fait une cinquième efpece de panne dite long poil, plus commune que toutes les autres, & qui ne s’emploie qu’en doublures. La chaîne de celle-ci devrait être dans le même compte que les autres ; mais, eu égard à la qualité de la matière plus commune, & à la filature plus grofîiere, on en rabat toujours plus ou moins. On ne met dans la chaîne de poil que le quart du nombre des fils de la chaîne de fond, de maniéré qu’il n’y a de paffé dans le ros que deux & trois fils en broche, alternativement.
- La verge eft beaucoupflus haute au long poil qu’au court poil, du dou-* ble , du triple : elle 0ft de quatre, cinq , fix fois plus haute qu’à la panne renforcée. On paffe cinq duites entre chaque verge : la première plus forte & mouillée ; les quatre fuivantes, feches,
- Pannes à côtes,
- Depuis quelque tems on a imaginé & très-bien réufîi à faire des pannes à côtes, pour imiter les velours de coton cannelés. On ourdit la chaîne dç poil en nombre de fils ; on la monte, on la paffe dans les lames & dans le ros , avec des dilfances proportionnées à la cannelure qu’on veut former. La chaîne de fond eft la même, dans les parties où il doit y avoir du velouté, que celle des pannes renforcées ; mais on ajoute dans les intervalles , dans le vuide du poil, un troifieme fil en broche ; & tous ces fils d’addition font paffés dans une cinquième lame de fond, qu’on fait jouer par une quatrième marche.
- Quand on foule celle - ci, les fils ajoutés fe lèvent tous avec la moitié de la chaîne de fond ; alors on lance une trame double, au lieu de la groffe trame dans les pannes unies, mais telle que le volume de la trame doublée foit égal à celui de la groffe trame : ce qui lie, cordonne mieux, & donne un grain plus fin. On continue fur $eux autres pas, deux autres duites, les fils ajoutés fe reprenant avec ceux du fond , pour recroifer ayqc
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- eux. Ce moyen de paffer les fils & de marcher l’étoffe , foutient beaucoup mieux le poil : il s’échappait avant qu’on eût imaginé cette marche.
- Comme cette étoffe eft pour habit d’homme, il eft eflentiel que les matières en foient fines, bien aiforties, & qu’elles foient employées avec propreté & intelligence. Les couleurs en font plus folides & plus éclatantes que îur le velours de coton j mais l’étoffe ne faurait avoir la même douceur.
- Panne laine.
- Il fe Fait aufil des pannes ou peluches , chaîne, trame & velouté en laine : elles ne different des pannes renforcées , que par la matière du velouté, par la qualité des autres, celles-ci étant plus communes, 8c enfin par le nombre des fils en chaîne , qu’on diminue de quatre, & quelquefois de fix par portée , ne les faifant que de dix-huit ou vingt fils. Le prix du fil de la chaîne de fond eft de cinquante à cinquante - cinq fous la livre : celui de la chaîne de poil, d’environ trois livres, & celui des différentes trames en proportion. On y emploie des verges plus hautes qu’à la panne renforcée. Cette étoffe bien fabriquée çft d’un très-bon ufagej mais elle n’a pas de luftre comme la panne poil : la laine ne réfléchit pas les couleurs avec éclat, comme le poil de chevre ; c’eft la raifon fans doute pour laquelle on en imprime fort peu. On en paie dix à douze fous par aune de façon à l’ouvrier, & elle fe vend de trois à quatre livres l’aune. Les pièces tirent de cinquante à cinquante - cinq aunes.
- Panne cifelèe.
- Toutes les efpeces précédentes de pannes fe font en unis,& n’exigent que deux enfuples de chaînes, celle du fond, qui eft un peu élevée fur le. derrière, de façon que la chaîne forme un plan incliné en-avant. Le métier eft à peu près carré, fur environ quatre pieds ; & l’inclinaifon de cette première chaîne eft de fix , huit, dix, douze pouces fur fa longueur i & la chaîne de poil ou de velouté, qui eft par-deflus la première, forme par cou-féquent une inclinaifon beaucoup plus grande.
- On a fait de ces pannes laine à petits deflins, imités des malbourougs, des filéfies & d’autres petites étoffes femblables ; mais il eft uniquement formé dans ces pannes par le velouté > & le fond eft le même que dans les pannes précédentes: il fe travaille également au moyen des deux premières marches.
- Ces deflins font plus ou moins étendus , plus ou moins compliqués, & demandent un nombre proportionné de lames 8c de marches , & autant d’enfuples de poil qu’il y a de marches pour cette matière. Il eft des def-
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- hf a L'ART DE PREPARER ET D'IMPRIMER
- fins pour lefquels il en fout cinq & fix de l’une & de l’autre. Toutes ces enfuples fe mettent les unes au - de (Tus des autres , fur divers plans vert-eaux cependant, fi l’on veut, les unes plus , les autres moins rapprochées, en-dehors ou en-dedans des piliers du métier.
- Cette panne en laine, à raifon de fon deflin , formé par le velouté, fe nomme panne cifelée. Les matières qu’on y emploie font plus communes encore que celles de la panne laine unie, dans les prix, chaîne, poil & trame, de 4? , 45* , à 48 fous la livre. On fait les pièces de la même longueur que les précédentes , de cinquante à cinquante - cinq aunes ; & l’on vend l’étoffe de 40 à 47 fous l’aune.
- Panne à la tire.
- On fait aufli des pannes laine â grands defîins fuivis , à la tire : elles font fort belles , & l’étoiFe eft très - meublante ; on en fait des vertes fur des definis levés d’autres vertes de fabrique de Lyon. Mais le travail en augmente le prix dans une proportion trop au-deflus de celui de la ma. tiere i & le luxe n’y trouvant pas fon compte , eu égard à la depenfe, cette partie eft reliée faible i il s’en fabrique peu.
- Outils & ujlenjiles propres à fabriquer les pannes,,
- Les verges & le couteau font les feuls inftrumens à ajouter à ceux lié— celfaires pour la fabrication de toute autre étoffe. Les verges font de cuivre jaune , fines, plus ou moins , pour la panne ordinaire, prefque cylindriques , &un peu applaties fèulementd’un côté pour recevoir la rainure. On les place fous le poil, fans égard au côté où fe trouve cette rainure, qui commence à la courbure de la verge qui eft à l’un des bouts, & qui continue jufqu’à l’autre bout. Ce n’eft qu’après avoir marché , fermé & rouvert le pas fuivant, qu’on la faifit par le bout recourbé, qui eft toujours fur la gauche, le même par où l’on met & par où l’on retire les verges, par où enfin l’on commence à couper le poil, toujours de gauche à droite: ce n’eft qu’alors, dis-je, qu’on la tourne de maniéré que la rainure foit en - deffus.
- On tire ces verges de Tournay ou de Lille. Un feul particulier à Amiens, que je fâche , les fabrique, & ce n’eft que pour fon ufage. La difficulté cependant ne confirte qu’à faire paffer le fil de laiton dans une filiere qui lui donne la forme qu’on defire, & qui fait la rainure en même tems.
- On vend ces verges dans la fabrique , en revente aux ouvriers qui les emploient , 2, fous 6 deniers la paire 5 & les trois, pour les pannes cife-
- lées,
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- LES ETOFFES EN LAINES. ifj
- îées, coûtent 4 fous. On en ufe communément deux paires par piece de panne, Toit qu’elles caflent à l’endroit de la courbure , en les tournant & retournant , Toit que le couteau les perce à fond, & toujours plutôt près du point de la courbure , où, commençant à couper , c’eft l’inftant qu’on appuie davantage.
- Les verges pour les courts poils font beaucoup plus hautes , & plus encore celles pour les longs poils : elles coûtent à proportion , & durent très-long-tems. Elles font plates, & formées prefque en coin; la rainure fur la partie évafée, & le côté oppofé très - mince, pour que les duites fe rapprochent davantage. C’eft fur ce côté mince, appuyé immédiatement fur les fils de la chaîne de fond, que fe coulent les duites les unes à la fuite des autres, & que les dents du ros les ferrent.
- Les couteaux font les mêmes que pour toutes les fortes d’étoffes veloutées , d’une meilleure ou d’une moins bonne trempe. Ceux dont on fe fert pour les pannes, les velours d’Utrecht, les moquettes , &c. fe fabriquent à Amiens. On les vend de 24 à 30 fous la douzaine , non compris la monture , qui dure fans fin , & qui peut ufer des milliers de lames , puifque çelles-ci ne coupent guere que deux pièces de panne les unes dans les autres.
- Apprêts des pannes ou peluches poil.
- Après la fabrication des pannes, avant tout autre apprêt, elles doivent être débouillies. La maniéré de faire cette opération fur la panne, différé , à quelques égards, de celle fur les autres étoffes; il eft bon de la décrire à part. On jette les pannes dans une chaudière d’eau bouillante : on les y laiffe tremper jufqu’à ce qu’elles foient pénétrées & parfaitement imbibées par-tout : on les dépofe dans un baquet placé à l’extrémité d’un corroi : on les roule fortement toutes mouillées ; & pendant cette opération, deux ouvriers avec de fortes broifes en relevent le poil , d’abord contre le rouleau, puis le couchent du côté oppofé, afin que, faifi par la preflioti du roule • . il fe tienne tout & toujours couché dans la même direction.
- Lorsqu’on faifait tout uniment débouillir & corroyer cette étoffe comme les autres, il en réfultait beaucoup de directions, des divergeances dans le poil , qui ondoyaient & réfléchiifaient diverfement les couleurs ; ce qui étant très-irrégulier, & donnant des çhangeans, fur-tout aux coutures , devenait défagréable au coup-d’œil.
- Je penfe qu’on pourrait, au lieu de deux ouvriers employés à cette manipulation, n’en employer qu’un pour relever le poil en-avant, & adapter une brolfe au corroi, ou mieux peut-être une lame de fer à tranchant non acéré, placée très - près de la partie de l’étoffe qui s'enroule, inclinée en-Tome XIX. V
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- arriéré, raclant le poil, le relevant, & le tenant couché en-arriéré jufqua ee que, fai fi par la preffion , il ne pût plus changer de direction peut-être même pourrait-on éviter les deux ouvriers par telle interpofition d’une première ou fécondé broffe.
- Les pièces ainfi roulées , on les fait bouillir comme les autres étoffes ç fur le rouleau pofé verticalement dans la chaudière, pendant deux-heures.. Qn appelle dans la fabrique cette façon de bouillir , bouillir à la grecque. On les laiife refroidir fur le rouleau, & on les porte en teinture..
- Après la teinture , on fait dégorger & reviquer les pannes > & on les. remet au tondeur, qui les fait lécher, & les tond avec les mêmes outils & fuivant les mêmes procédés que pour les draps.
- On les corroie enfuite à chaud & c’eft le dernier apprêt pour les bonnes qualités. Les pannes pour l’impreftion fe font tout Amplement bouillir , teindre , fécher & imprimer. A Pégard des baffes qualités qu’on met eu- couleur , depuis quelque tems on les fait preffer , ce qui en couche & plaque le poil 5 procédé contraire à toute étoffe veloutée;
- Il n’en ferait que mieux de tondre les pannes laine , tant les unies que les cifelées : on ne le fait pas par économie , parce que leur bas prix arrête fur cette opération. On ne faurait le faire au long poil , ni même an court poil, quand la verge en eü tres-hauîe;
- Des velours façon. d’Utrecht..
- Le velours d’Utrecht eft proprement une panne court poil , à chaîne 8c trame de fil ,& velouté de poil de chevre. Sa.deftination eft pour meubles doublures de voitures, &c. uni en. couleur, rayé, gauirré ou imprimé.
- La chaîne du velours d’Utrecht eft compofée d’un bon fil de lin qui,, acheté en écru , coûte de 30 à fous la livre j & il en faut environ cinq livres, qu’on diftribue en cinq cents , fix cents , ou, fept cents fils , & quelquefois davantage, mais ordinairement en fix cents , fur une largeur de vingt - deux à vingt-trois pouces , pour former une étoffe de demi-aune non compris les lifieres. On met ces fils en fimple ; & le nombre de broches au peigne eft égal à celui de la chaîne de fond, n’y ayant qu’un fil en dent de cette chaîne.
- Le poil pour les chaînes de velouté , au nombre de deux, eft doublé1 5c'retors. Le nombre total des fils de ces deux chaînes eft égal à celui des fils de la chaîne de fond-, à celui des broches, les lifieres toujours à part ainfi, y compris ceux-ci, il y a en tout deux fils en dent.
- Il entre environ fefze livres de poil, du prix de 6 liv. f fous à 6 liv. ïo fous la livre dans une chaîne de ûx.c.ents , qui doit fournir une piec-e de velours de trente aunes.
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- Le fil de trame eft plus fin que celui de chaîne ; il coûte de 40 à 45 feus la livre, & il en faut environ fix livres pour une piece.
- La chaîne de fond eft paffée & alternée dans deux lames mues chacune par une marche. Les deux chaînes de poil font également paffées dans ces deux lames, & en même tems , l’une dans une troifieme, & l’autre dans une quatrième lame, qui ont chacune leur marche féparée ; ainli l’armure du métier eft compofée de quatre lames & de quatre marches. PL FI, fig. 2 des marches.
- Quand on marche 1, on fait lever la moitié de la chaîne de fond & une chaîne de poil: on lance la duite. On doit toujours, comme à la panne, frapper deux coups , un à pas ouvert & l’autre à pas fermé. On conçoit que mieux l’étoffe eft frappée , plus la trame fe ferre; plus il y a de verges au pouce, & plus l’étoffe eft garnie de poil. Lorfqu’on marche 2 , l’autre moitié de la chaîne de fond fe leve, avec la fécondé chaîne de poil : on lance une fécondé duite. Marchez 3, la première chaîne de poil fe leve feule : on pafle la verge. O11 continue de marcher 2 ou 4,1 ou 5 , & 6 enfin , qui fait lever la fécondé chaîne de poil feule. On paife encore une verge : on répété le marcher 1, ç ou 7 , & 2,4 ou 8 , & l’on revient à 3 , pour paffer à une troifieme verge. Ce n’eft qu’après cette croifure du poil qu’on le coupe fur la première verge : on courrait rifque qu’il ne s’échappât en le coupant plus tôt.
- On voit qu’il n’y a ici que deux duites entre chaque verge, & qu’on ne coupe que la moitié du poil fur chacune. Cette maniéré de couper le poil en deux tems, fait qu’il s’alterne dans la croifure , comme au court poil, & que l’étoffe , pliffée fur fa largeur, ne raie pas , ne barre pas, ne fillonne pas. Le poil ne s’en fépare point en ligne dire&e , comme aux velours de foie, de coton , aux pannes ordinaires & aux moquettes. Il faudrait, pour faire produire cet effet au velours d’Utrecht, le pliffer diagonalement : ce qu’il eft rare de voir produire naturellement, taudis que, fans pliffer Pé~ toife, mais en la considérant étendue, ces barres , raies ou côtes font très-fenfibles fur les pannes, dont les trames communes tiennent les verges trop écartées les unes des autres.
- Les verges employées à la fabrique des velours d’Utrecht font du genre de celles des courts poils, un peu plus baffes ordinairement. A l’égard de celles propres à la fabrication des moquettes , dont on parlera ci-après, elles ne font point arrondies comme celles d’ufage pour la panne ; elles font taillées à angles , & forment à peu près un prifme quadrangulaire , un peu évafé du côté de la rainure : aufîi les place-t-011 fur-le-champ à plat fur la chaîne de fond , dans la fituation où elles doivent être lorfqu’on coupe le poil.
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- Les lifieres de 1’étoffe ne font point comprifes dans le compte des fils de la chaîne du velours: elles en contiennent chacune trente-quatre, pafi* fés dans dix - fept liftes , & dans huit broches; favoir, deux fils dans chaque liffe ; trois lifles ou fix fils dans la première dent, pour foutenir les efforts de la chafle , & le corps de l’étoffe ; & quatre fils dans chacune des fept dents fuivantes.
- On pare la chaîne de fond à mefure qu’on la déroule fur le métier, de la même maniéré & avec le même parement à la farine, dont on ufe pour la fabrication des toiles & des toileries. On hume&e avec du petit lait, fur l’enfuple , celle de poil , comme aux pannes , & l’on mouille la trame dans l’eau commune.
- Le métier eft d’ailleurs fur les mêmes dimenfions, également incliné de l’arriere en-avant, & ayant aufïi les marches fixes par-derriere l’ouvrier, comme les métiers de pannes. Même navette, même temple, & même façon de templer en-deflous.
- Les velours deftinés pour couleur unie , bleu de Saxe, verd de Saxe, cramoifî, écarlate, &c. veulent une chaîne & une trame teintes en fil, en bleu de roi , fur cuve. Ces fils fe trouvent dans la Provence, en Artois, dans les environs de Lille , & quelquefois en Bretagne.
- Pour les velours rayés , il faut teindre la chaîne de fond & celle de poil, & les ourdir conformément à la rayure. Il faut auffi employer des fils & du poil blanchi avant la fabrication , lorfqu’il y a des rayures blanches dans l’étoffe. A l’égard de ceux qu’on emploie, tant en chaîne qu’en trame-, dans les velours qui doivent être teints en couleurs claires , comme en citron , jaune & autres, ou imprimés, il faut qu’ils foient également blanchis jufqu’à un certain point.
- - On les tire tels généralement de Lille, où ils s’achètent par mafles d’environ deux livres & demie. On en diftingue les qualités par le nombre des écheveaux : celui pour chaîne coûte de 37 à 38 fous la livre ; & celui de la trame, de 48 à fo. Il en eft de ce dernier qu’on paie jufqu’à 3 livres.
- La façon de ces velours fe paie à l’ouvrier à raifon de 22 fous par aune, dans le compte en fix cents fils, en couleur unie, & 16 fous en rayé.
- L’appret de cette étoffe confifte à la laver en eau chaude , pour en ôter le parement; à la teindre, fi elle eft dans le cas de l’être, à la blanchir asi foufre , comme les autres étoffes , fi 011 la veut employer en blanc ; à la tondre comme les pannes, à la gauffrer , ou à l’imprimer.
- On vend ces velours à la piece de trente aunes. Leur prix en blanc , pour employer ainfi ou pour imprimer, & en couleur baffe, eft d’environ 180 livres la piece: celui des couleurs hautes à la cochenille, d’environ 230 livres.
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- Des moquettes.
- La moquette eft une étoffe veloutée, à chaîne & trame de fît, comme au velours d’Utrecht, mais plus commun : ce fil de lin ou de chanvre , écru & fort, (le plus fort eft le meilleur ) velouté de laine plus ou moins commune. Elle eft fabriquée en uni ou à deflin qu’on varie à l’infini, & dont on fait des meubles, entr’autres des tapis de pieds pour les appartemens. Toutes celles-ci fe font à la tire : je n’ai point pour objet d’en expliquer le méchanifme dans cette circonftance : ainfi il ne fera queftion que des moquettes unies, foit qu’elles foient fabriquées rayées ou en blanc, pour être mifes en teinture & gauffrées pour meubles, foit qu’elles foient fabriquées en fils écrus & laine ordinaire, pour être employées à couvrir la table des frifes à frifer ou ratifier les étoffes, ou à garnir la table des tondeurs de draps & autres étoffes.
- Ces dernieres moquettes, qu’on nomme plus particuliérement tripes à gauffrer, tripes fortes, &c. fe fabriquent fur la largeur de vingt pouces , en neuf cents ou mille fils de chaîne de fond , non compris les lifieres, qui en contiennent vingt-fix chacune , & quatre cents cinquante ou cinq cents fils de chaîne de poil, doublés & retors fortement. La chaîne de fond eft alter» née dans les lifles de deux lames ; & celle de poil qui ne paffe dans aucune maille de ces deux lames , eft toute comprife dans une troifieme qui eft en-avant du. côté de la chaffe. Les lifieres font palfées dans treize lifles & dans cinq brochês^-fiavoir, deux fils en dent pour la plus proche de l’étoffe , & fix dans chacune des quatre autres. Le refte de la chaîne eft à trois fils en dent, deux de la chaîne de fond, & un de celle de laine, qu’on nomme toujours poil, à caufe du velouté qu’elle produit.
- Cette étoffe eft très-remplie de fils en chaîne, comme on voit, puifqu’eîle en a le double du velours d’Utrecht, eu égard à (a largeur : elle ne doit pas être moins ferrée par la trame. Sa deftination exige un poil denfe, roide, & dontl’enfemble forme une furface douce, mais un corps ferme , fiéchiifant cependant, mais très-élaftique, fur-tout dans l’ufage de la frife, puifqu’elle fup-porte immédiatement l’étoffe à frifer , & qu’elle la réagit continuellement contre la table , chargée de la^compofition, dont le trémoulfement forme les boutons de la frife.
- Pour opérer cette grande force, non-feulement le métier eft court & la chaîne très-tendue, Penfuple de celle du poil eft en - dedans même des piliers du métier, pour la rapprocher davantage du travail ; mais les marches font fixées fur le derrière du métier, au-delfous des cnfuples des chaînes, comme elles le font généralement dans les métiers de la toilerie, au contraire de ceux pour la panne & le velours d’Utrecht j & l’ouvrier foule ces marches par le bout qui fe releve en-avant, ce qui eft beaucoup plus dur, mais
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- ce qui donne en même tems plus de force pour dégager un aufïi grand nombre de fils grofîiers , contenus dans un fi petit efpace. Indépendamment de cela, il y a les grandes & les petites contre-marches ou marchettes , pour faire monter l’une des lames , & defcendre en même tems les autres.
- La marche de la moquette eft différente de celle de la panne & de celle du velours d’Utrecht: la voici, pL FI, fig. 3 des marches.
- Marchez i , la moitié de la chaîne de fond leve. Marchez 2 , l’autre moitié de la chaîne leve, & tout le poil. Marchez 3 , le poil feul leve ; il 11e fe leve pas proprement, mais il fe foutient haut, tandis que toute la chaîne de fond baiiîê : on palfe alors la verge. La chaîne de poil fe foutient toujours haute & tendue par un contre-poids fufpendu fur le derrière de l’enfuple : elle 11e baille que par l’effort de la première lame attirée en-bas.
- On ne lance que deux duites entre chaque verge , partant d’abord du côté droit. Marchez 4, le pas de deux fe rouvre, & la duite fe trouve lancée fur le pas précédent de la chaîne de fond , croifant feulement le poil, qui a été deux pas de fuite en -deflus , & qu’elle attire en - deffous. Marchez f , le poil revient deffus avec l’autre moitié de la chaîne de fond, celle du pas 1. Marchez 6 , le poil releve feul : on patfe la fécondé verge. Remarchez 1 , le dernier pas de la chaîne fe rouvre; & voilà encore deux duites fur le même pas, la derniere arrêtant feulement le poil en - deffous j & ainfi de fuite.
- Il e(t à obferver qu’en ramenant la duite de gauche à droite fur le même pas de chaîne de fond , s’il ne fe trouvait pas un gros fil ou plufieurs fils en malle du côté gauche, qui fe leve & fe baiffe feul, au rebours des autres fils, de la chaîne, pour foutenir le fil de la trame, elle ne ferait plus arrêtée que par le poil, & la lifiere de ce côté-là ne ferait pas foutenue ; mais ce gros fil l’arrêtant, elle fe trouve double dans les deux lifieres: ce qui au contraire les rend très-fortes ; & le poil n’en etl que plus rapproché , la trame n’ayant pas l’obflacle de la chaîne de fond, qui en modérerait la preffion.
- Le fil de la chaîne & de la trame des moquettes à laines teintes ou à teindre en piece, doit fe teindre avant la fabrication, comme ceux pour Je velours d’Utrecht. A l’égard de la chaîne de laine deftinée à former le poil, les uns la travaillent toujours teinte , d’autres travaillent en blanc , & ne font teindre qu’en piece, lcrfque c’eft pour couleur unie, de même qu’au velours d’Utrecht.
- On pare la chaîne de fil ; mais celle de poil, doublée & torfe, n’a pas befoin d’être humedée. On fait les pièces de onze aunes, & on les vend de 30 à 33 livres.
- FIN de ÛArt de préparer & dé imprimer les étoffes m laines.
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- ART
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- DE VELOURS DE COTON ,
- PRÉCÉDÉ
- D’UNE DISSERTATION
- Sur la nature> le choix > et la préparation
- JD E S MA TI ERESy ET SUIVI
- DJU N TRAITE
- DE LA TEINTURE ET DE L* IMPRESSION DES
- / A
- ETOFFES DE CES MEMES MATIERES»
- Par JVL Roland de la Piatiere,
- înfpecîeur - général des manufactures de Picardie, affocii des académies royales des fciences, belles - lettres & arts de Rouen, Villefrancke, &c. & correfpon* dans de ü académie royale des fciences de Paris & de celle de Montpellier;
- PREMIERE PARTIE.
- Materiam fuperabat opus.
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- ART
- DU FABRICANT JD jS ’V JE 1a O Vit S JD'JE CQ2JOJJT,
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- INTRODUCTION.
- 3L(E goût qu’on montre en France pour le velours de coton , depuis vingt-cinq à trente ans que la fabrique & Tubage de cette étoffe s’y font introduits , en a fucceflîvement augmenté la confommation , au point de faire penfer qu’on lui doit une branche importante de î’induftrie nationale. Ce jugement, fondé fur l’apparence, pourrait être fondé fur la réalité.
- La. fabrication de cette étoffe eft répandue en Angleterre, comme celle de tous les objets publics l’eit en France. Les campagnes même s’en occupent , comme celles du territoire de Gènes s’occupent de la fabrication des velours de foie. Cette publicité d’opérations étend la main-d’œuvre , & établit une concurrence de travail & de prix, fans laquelle la célébrité d’aucun établiiTemcnt de ce genre ne faurait faire une époque marquée au coin de l’utilité publique.
- On ne voit en France que quatre ou cinq manufactures très-particulieres de ce genre ,8c les entrepreneurs foutiennent les velours qui en fortent à un prix Ci haut, qu’il en réfulte une introduction confidér'able en contrebande de ceux d’Angleterre , en même tems qu’on nous ôte dans ce commerce tout efpoir de concurrence à l’étranger. En effet 3 comment concevoir Tome XIX. . X
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- LA R T DU FABRICANT
- d’autre raifon de la différence extrême de ces prix, lorfqu'on {ait que les Anglais, qui tirent la matière de leurs colonies, comme nous la tirons des nôtres , ne fauraient l’avoir à meilleur compte que nous, & que la main-d’œuvre eft chez eux certainement plus chere qu’en France?
- Si le gouvernement avait jugé à propos de rapprocher dans cette partie l’intérêt particulier de l’intérêt public , ou que le zele de quelqu’un eût prévenu le nôtre, nous aurions depuis vingt-cinq ans, au lieu de trois à quatre cents métiers de velours de coton cantonnés en trois ou quatre endroits du royaume, & qui y font plus de feu Cation par l’argent, la faveur, la diftinc-tion & le privilège qu’on a accordés à ces manufactures, que les milliers de métiers de pannes ou peluches actuellement montés & battans dans la feule ville & les environs d’Amiens, nous aurions également des milliers de métiers de velours de coton.
- Plusieurs particuliers ont bien tenté de s’initier dans ce genre de travail ; ils ont en général paflablement réuffi à la fabrication ; mais ils ont pref-que tous échoué à la teinture & aux apprêts. Les atteliers de ces apprêts, où rélident éternellement le hlence & le myftere, long-tems impénétrables à la rufe & à l’argent même , relient encore inaccefïibîes à tout autre moyen.
- En voilà affez pour faire lentir, & l’importance de publier cet art, & les cbftacles qu’il a fallu llirmonter pour y parvenir.
- C’est moins la nuit des tems que le chaos des inventeurs & des entrepreneurs preffés , entaffés , qui , par la difficulté de le débrouiller, a privé de mémoires l’académie de Rouen, & l’a forcée , après deux années de per-févérance, de retirer fon programme, dont l’objet intéreffant était : Les pro~ gris des arts utiles , cultivés dans la ville & banlieue de Rouen fous le régné de Louis XX , & leur influence fur U commerce de Normandie. Il n’en elt pas de même de l’établiffement des velours de,coton dans cette province. Des notes de l’un des membres de la compagnie que je viens de citer, les plus connus par des recherches utiles , celui fans doute qui eût le mieux traité la matière s’il n’en eût été juge, & d’autres femblablement fur les fabriques & le commerce du pays de leurs auteurs , que m’a procuré l’un des fecretaires perpétuels de l’académie , & qui toutes s’accordent fur fes époques , prouvent que les freres Havart furent les premiers qui fabriquèrent des velours de coton à Rouen avant 1740; qu’ils inventèrent de nouveaux objets 3 qu’ils perfectionnèrent ceux qui étaient établis 3 mais qu’aulîi malheureux qu’habiles, ils ne jouirent point du fruit de leurs travaux 3 que M. Dariftoy, avec un efprit également inventif & rempli d’activité , parmi beaucoup d’idées qui lui appartiennent incontelfabiement, réalifa foüdement celle des freres Havart , relative aux velours de coton , & la mit en pratique avec fuccès à Dar-nétal; que, de 17) o à J7f2 , un particulier d’Anvers, qu’on ne nomme
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- DE VELOURS DE COTON:
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- pas, Forma un pareil établiflTement à Vernon ; que vers le même tems un calandreur de Manchefter, province d’Angleterre ,où les fabriques de ce genre font très-répandue^, échappé & fuyant, emmena des ouvriers , fes parens & autres, inltruits dans cette partie ; qu’il fut accueilli en France , où il a fait fubitement une fortune des plus étonnantes du fiecle; & qu’enfin l’établif-fement de M. Dariftoy, tranfporté dans un autre fauxbourg de Rouen, fer-vit de bafe aux nouveaux projets de l’adminiftration, qui , ayant verfé fes bienfaits avec une abondance rare, a fend qu’elle les' avait trop concentrés : ce dont j’ai la preuve la plus complété par la Fatisfaclion qu’elle m’a témoignée de voir répandre & publier les procédés de cet art.
- DES COTONS.
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- ^Plusieurs ouvrages contiennent des diifertations botaniques fur la nature & les variétés de cette plante, qui eft vivace, ligneufe & formant arbriffeau en Amérique , annuelle & herbacée à la Chine & dans l’Inde, l’un ou l’autre , ou l’un & l’autre dans diverfes contrées du Levant.
- On a décrit des cotonniers d’un grand nombre d’efpeces , depuis le rampant qu’on foutient d’un échalas , jufqu’à celui qu’on nous dit croître au Bré-fil, de la hauteur de nos grands chênes. On s’eft étendu fur la culture & fur la maniéré de récolter & de préparer le coton. Il fuffira de lire quelques-uns de ces ouvrages, pour rencontrer beaucoup de contradkftions, & pour ne favoir enfin à quoi s’en tenir. Il faudrait un long traité pour éclaircir ces matières, fans parler de l’apocin de Syrie & d’Egypte, qui fournit l’ouate, ni du charbon foyeux qu’on cultive en France, ni de tant d’autres duvets ou bourres végétales dont on a fait beaucoup d’effais plus curieux qu’utiles.
- Mais ce ferait nous écarter trop de notre plan; nous nous en tiendrons à indiquer les lieux d’où l’on tire les diverfes efpeces & qualités de coton qu’on emploie dans nos manufactures, & à en affigner l’ufage, avant d’entrer dans le détail des opérations relatives a notre objet.
- ÜN eft étonné, lorfqu’on confidere la prodigieufe quantité de coton qui s’emploie dans diverfes fabriques du royaume. La plupart des provinces y participent par quelques objets de main-d’œuvre qui y font propres; mais la Normandie les réunit tous. On y fabrique de toutes les efpeces & de toutes les qualités de toileries & de bonneteries que conftitue cette matière, en tout ou en partie. Viennent enfuite le Languedoc, le Beaujolois , la Champagne , la Picardie, & pîufieurs autres, qui en confomment aufli en tres-grande quantité. On divifera d’abord tout ces cotons en coton des isles & ùoton du Levant, Les premiers fe cultivent en effet dans la plupart des isles
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- de l’Amérique fituées entre la côte de la Floride & le Paria , à commencer par Cuba , jufqu’à la Trinidad ; & plus nouvellement & avec fuccès, fur les côtes, de diftance en diftance , depuis l’Orénoque jufqu’au Maragnan. Ceux-ci fe fous - divifent par quatre dénominations principales, qui font celles des lieux qui en produifent le plus , & qui englobant ceux qui les avoi-fînent, indiquent en général la nature & les propriétés de chacun. On connaît donc dans le commerce le coton des isles fous les noms de coton de la Guadeloupe , coton de Saint-Domingue , coton de Cayenne, & coton de Maragnan.
- La Guadeloupe eft l’efpece la plus en ufage dans les fabriques de Rouen & du pays de Caux. Il eft un peu rougeâtre ; fa laine eft longue, douce, foyeufe, & d’un filage aifé, parce qu’il eft très-net. Il convient à toutes les fortes de toileries, puifqu’il peut fupporter fans altération tous les degrés dj idature qui y font convenables. Nous en avons vu filer d’une telle fineffe , que la valeur en fut portée de quarante à cinquante écus la livre. Il s’emploie fingulîérement dans les fiamoifes en comptes fupérieurs,àans les toiles ue coton , & dans celles fil & coton du même genre, dans les belles toiles à fleurs brochées, & dans les mouchoirs fins.
- Le Saint-Domingue eft plus blanc que le Guadeloupe , un peu fec, & d’un filage moins aifé. Quant à fon prix & à fon ufage, l’un & l’autre le font affez confondre avec le Guadeloupe ; ils conviennent aux mêmes efpeces, en observant cependant que le Saint-Domingue mérite la préférence pour les étoffes feches, comme les mouchoirs, & quelques autres cotonnades j au lieu que le Guadeloupe, qui a plus de duvet, rend l’étofre inoëlleufe, un peu dra^ pante , ce qui eft le propre de la fiamoife.
- Le Cayenne l’emporte fur les efpeces précédentes, par la blancheur, la douceur & la longueur. Sa laine , luftrée comme celle de la foie, eft néanmoins difficile à filer uni au rouet & à la main, pour ceux qui 11’eii ont pas l’ufage, parce qu’il eft fort long; mais il eft le plus aifé à filer à la méchas-nique. Il eft particuliérement deftiné à la fabrication des beaux mouchoirs & à celle des bas & des bonnets fins : il eft auili très-propre à la fabrique des velours de coton. Ceux qui achètent leurs matières par balles en laine , en font choix par préférence aux efpeces précédentes. Ceux au contraire qui les achètent filées à la halle de Rouen , ou ailleurs , comme cela fe pratique pour prefque tous les autres genres de fabrique , ne diftinguent pius le coton pax aucune de ces dénominations. C’eft le degré de fineffe fans altération, & l’égalité dans la filature , qui déterminent abfolument, parce qu’on ne s’avife guere de tenter de filer très-fin des cotons courts & fecs, comme on fera dans le cas de l’obferver de ceux du Levant.
- Le Maragnan , fupérieur au Cayenne même ? tient le premier rang parmi
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- le coton des isles. Quelque négligent ou peu habile qu’on foit dans la maniéré de le préparer au tems de la récolte, puifqu’il refte chargé de pépins & d’ordures qui lui font fouffrir beaucoup de déchet au travail, il ne médite pas moins une préférence décidée pour la fabrication des velours dq coton. La douceur de fa laine lui procure une filature auffi égale & auffi fine qu’on la peut delirer; & l’étoffe qui en réfultea plus de moelleux & réfléchit les couleurs plus vivement que lorfqu’elle eft compofée de tout autre coton.
- Lorsqu’on emballe ces cotons, on les preffe , afin d’en diminuer le volume à raifon de la maffe; on mouille la toile en jetant de l’eau contre, tout autour de la balle , à mefure qu’on la forme, pour que le coton comprimé s’accroche aux parois intérieures , & que , perdant momentanément de fa force d’élafticité, il foit contenu dans la fituation jointe & ferrée, que lui force de prendre un homme debout dans la balle, le foulant aux pieds & avec un infiniment, en le rangeant peu à peu jufqu’à ce que la balle en foit remplie, tant qu’il en acquiert enfin une^dhérence à laquelle il ne cede que par un effort femblable à celui qu’on eft obligé de faire pour arracher quelque chofe. Mais on ne jette pas de l’eau dans la balle , comme quelqu’un l’a avancé 3 il en réfulterait l’inconvénient, que les pépins mouillés, qui reftent toujours dans le coton, le tacheraient par parties de maniéré à ne pouvoir jamais blanchir également que les autres, C’eft ainfi que ces cotons arrivent prefque tous à Rouen, en remontant la Seine , foit qu’ils y aient été expédiés en droiture, foit qu’ils l’aient été par la voie de Bordeaux , de la Rochelle , de Nantes ou du Havre. Les balles pefent environ trois cents livres, excepté celles du Maragnan, qui ne pefent que de cent cinquante à cent quatre-vingt livres. Cette humidité ajoutée pour en augmenter & pour en affujettir la compreffion , eft aflurément contraire au parfait développement des parties du coton fur la carde ; & quelque féparé & bien épluché qu’il puiife être, il réfifte, fe brife, & fouffre un déchet plus confidérable. Mais plus de balles augmenteraient les frais de l’emballage ; de,plus grolfes balles rendraient l’arimage plus difficile ; & dans l’un & l’autre cas, on rifquerait quelquefois de voir la cargaifon faite avant que le navire fût lefté.
- Le coton du Levant, plus connu dans le commerce fous le nom générique de Chypres, quoiqu’il fe cultive dans la plupart des isles & du continent de la Turquie d’Afie & de la Turquie d’Europe, fe fous-divife d’abord par les noms des lieux d’où-s’en font les grandes expéditions , qui font, Acre pour la Syrie , Smirne pour la Natoiie, & Salonique pour la Turquie d’Europe ; mais dès qu’il eft filé, il les perd dans la fabrique , pour reprendre celui de Chypns : la différence ne s’en fait que par l’emballage qui eft aux uns en crin, & aux autres en toiles fortes, lorsqu’ils viennent en France.
- Ce coton eft plus blanc que celui des isles3 mais il eft plus court, moins
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- net, un peu dur, 8c fec, rempli de petits bouchons ou nœuds qui ne tombent point en le cardant, qui le rendent fujet à cafter lorfqu’on le veut 61er fin , 8c toujours inégal , de quelque maniéré qu’il foit filé.
- Le coton du Levant a pourtant cet avantage fur le coton des isles 9qu attendu fà blancheur & fa lécherefte , il prend beaucoup mieux la teinture , 8c réfléchit mieux les couleurs. Ce pourrait bien être une des raifons pour lefauelles les Levantins teignent mieux le coton en rouge qu’on ne le fait en France, où nous ne tentons de donner cette couleur, façon des Indes , qu’aux cotons des isles , comme plus fins. Le défaut de ceux-ci eft d’être plus chargés de gomme , & beaucoup plus difficiles à en purger. Ceux de Cayenne 8c de Saint-Domingue ont cet inconvénient en moindre degré; & comme tels, en évitant toujours de prendre les moins roux, ils Font les plus propres aux couleurs éclatantes,
- Soit que le coton du Levant arrive par mer à Rouen , où il s’en emploie infiniment plus que par-twut ailleurs, foit qu’on le tranfporte par terre en Languedoc , en Beaujolois , en Champagne, à Rouen même , &c. c’eft toujours par la voie de Marfeille, comme de tout ce qui nous vient du Levant. Il le file dans plufieurs de nos provinces; dont quelques-unes n’en confbmment guere d’autres , telles que le Languedoc & le Beaujolois , & fin-guliérementen Normandie, concurremment avec le coton des isles. Sa def-tination la plus ordinaire eft pour la fiamoife rayée, flammée ou chinée pour meubles, ou la fiamoife blanche commune pour l’impreifion, pour les dama fiés , les damas, ou autres étoiles communes, (a)
- On conçoit bien qu’il y a du choix dans cette matière comme dans toute autre, & l’on ne néglige pas l’occafion de l’affiijettir au même degré d’opérations, & d’en faire le même ufage que du coton des isles , lorfqu’il parais s’y prêter; on y a été trompé plus d’une fois. Nous n’en confeillerions pas néanmoins l’emploi dans aucune étoffe de filature fine qui exigerait de la confiftance & du nerf, d’où nous penfons qu’il doit être exclus de la fabrication de toute efpece de velours de coton.
- Tous ces cotons font vendus par petites ou grofles parties à des particuliers, dont les uns font leur état du commerce de la filature , Sc les autres les revendent en détail au peuple qui les file; & à moins qu’il n’eu foit d’abord réfervé quelques parties pour certaines manufadures fils font prefque tous portés eu un lieu de dépôt public, tel qu’aux halles de Rouen ,
- (a) La fiamoife eft une étoffe à chaîne l’impreflion , par la dénomination de toile de fil & trame de coton, connue dans d Orange, de ce qu’un des premiers éta-beaucoup d’endroits fous ce nom ; en d’au- bliffemens de ce genre a été fait dans très on l’appelle cotonnade, ou enfin bajîn cette principauté, pour meubles: l’autre fe défigne, après
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- pour ’a Normandie, où les entrepreneurs des fabriques & tous les fabricans d’étoiies auxquelles ils font propres, viennent choifir & acheter ceux qui leur conviennent.
- Le Levant fournit auffi beaucoup de coton filé, & il nous en vient fous le nom de coton de Maithe, coton de Jérufalem , & far-tout de Gallipoli. La Romanie s’occupe principalement de la filature du coton , comme la Natolie de celle du poil de chevre ; mais ceux de ces cotons qui nous viennent en blanc, font très-communs , & fe confomment en plus grande partie dans nos provinces méridionales. Les Turcs réfervent les plus beaux pour la teinture d’Andrinople en rouge façon des Indes , & nous employons confidérablement de ces cotons, qui nous parviennent auffi mal aiTortis en filature qu’en nuance.
- Il nous vient auffi quelquefois de petites parties de coton de l’Inde & de la Chine, pays qui en produifent abondamment, où il efl: très-varié en qualité, par fa couleur, & beaucoup plus par fou emploi dans des objets d’indultrie qui feront long - tems l’admiration de l’Europe & le défefpoir de nos fabricans. Nous en conuaÜfons de deux efpeces , fous le nom de Siam ; l’un efl: blanc & l’autre chamois. C’elf de ce dernier dont on fait une petite toile nommée en france Nankin chamois , & qui y efi aujourd’hui fi à la mode. L’un 8c l’autre efl; un peu rude un peu fec , mais fort uni : il efl: fufceptible d’une belle filature . & en cela il conviendrait à piufieurs objets de nos fabriques j mais il efl: rare, & il fupporte un déchet considérable au travail, par la grande quantité de pépins & d’autres ordures qu’il contient, 8c dont il faut le purger, pour que le fil en foit égal.j.
- On a tranfporté de la graine de Siam dans nos isles , & l’on y cultive ce coton avec fuccès. Il y vient en petits arbrifleaux , comme celui du Levant. Sa qualité tient le milieu entre celui des isles & celui de Levant, pris généralement. L’avantage qu’on trouve à le cultiver, confifle dans la nature du terrein où on le récolte, trop maigre pour la culture du coton ordinaire des isles.
- Les Hollandais nous apportent encore des cotons filés de Tutncurin, de Java , & de quelques autres parties de l’Inde j les qualités en font communes , 8c l’emploi allez rare. On voit par-là , que le commerce du coton en France, antre que ceux des isles & du Levant , n’efl: pas un objet de conféqueiice.
- De la maniéré de carder U coton.
- Ce genre d’occupation eft très-répandu dans le royaume, & la méthode efl: la même par - tout. Il faut bien battre le coton , au fortir de la balle , fur une claie de cordes, avec des gaulettes de coudrier, à peu près comme
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- on en ufe prnlr la laine ; l’éplucher, en retirer le plus qu’on peut les ordures , en arracher les pépins , les petits flocons durcis, &c. On prend une carde de la main gauche, le dos appuyé fur la cuitfe de Pouvriere, entre le corps & la main qui la tient par le manche. On prend de la main droite , par petites parties , du coton ouvert & épluché ; on le palfe , à plufieurs reprifes, fur les dents de la carde , eu appuyant & tirant à foi, dans le feus contraire par conléquent à la courbure des dents. Ce coton s’y accroche, s’ouvre, le fépare : on revient à la charge jufqu’à ce que la partie qu’on tient en main foit épuifée ; 8c Pon en reprendrait, fi la carde ne s’en trouvait pas fuffifamment chargée.
- On faifit la fécondé carde de la main droite, 8c on la paffe fur la première aufii en fens contraire , à cinq à fix reprifes , légèrement d’abord , & ferrant un peu plus enfuite. Le coton , dans cette opération , paife infen-fiblement de Pune à l’autre carde: on le ramene à la première d’un féal coup de poignet, en changeant l’attitude des cardes , fans les changer de main, c’eft-à-dire , en plaçant celle de la droite deifous, 6c celle de la gauche deflus, mais faifant agir celle - ci , la courbure de fes dents tournée alors du même fens que celle des dents de la carde de la main droite. Cette derniere carde fe retrouve vuide , comme avant de commencer , 6c l’autre chargée ou garnie comme en commençant. On réitéré cette opération jufqu’à ce que le coton foit bien travaillé 6c parfaitement ouvert. Une attention continuelle à avoir, c’eft que la carde de déifias, foit en la pofant, foit en la faifant agir , doit toujours être parallèle avec l’autre, c’eft-à-dire, qu’elle ne doit jamais donner plus de la pince que du talon.
- Enfin on releve cette matière plus légèrement, de maniéré qu’elle refte à la fuperficie des dents de la carde, 6c on la roule fur cette même fuper-ficie avec le dos de la carde vuide. Le rouleau ou cylindre de coton qu’on forme ainfi , 6c qu’on nomme lôqiutte , eft plus ou moins gros , plus ou moins ouvert, 6c plus ou moins tranfparent, fuivant la nature de la matière, fon état aélue) , fa qualité, fa fine/fe , fuivant Pefpece & la qualité des cardes , & firrguliérement fuivant Pufage & Padreflê de la main qui opéré.
- On juge de cette opération, en tenant la loquette fufpendue en l’air par l’un des bouts. Si, en la regardant à travers le jour , elle parait nette & de la tranfparence d’un nuage léger dans lequel les vapeurs font également répandues, elle eft bien faite. Si, en la tenant fufpendue par un bout , & la fecouant, elle s’alonge , le coton eft bien cardé : fi elle fe détache, qu’elle fe fépare , il eft trop mâché, trop brifé.
- Je n’entrerai dans aucun détail fur l’importance d’avoir de bonnes cardes , ni fur la maniéré d’obtenir les qualités qu’elles doivent avoir s il en
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- eft traité aflfez au long dans l’art du cardier: mais je crois devoir indiquer que celles faites à la méchanique (ont plus régulièrement faites , & que le fleur Keit, Anglais, réfidant à Rouen , & qui poffede cette méchauiqv.e, ainfi que les fleurs Marchand freres , de la même ville, font les meilleures cardes qu’on connaiffe. Ces derniers ont fourni plufieurs obfervations à l’il-luftre M. Duhamel, qui n’a point voulu faire imprimer fou Art du cardier, qu’il 11’eût été revu par eux.
- S’il eff queftion de coton deffiné à la filature en gros d’abcrd , & à celle à la méchanique enfuite , pour être employé à la fabrication des velours de cette matière , on procédé différemment : on l’alfujettit préalablement à toute autre opération, à un favonnage qui fe fait ainfi.
- Savonnage, du coton.
- Dans une chaudière pleine d’eau, mettez, l’eau étant encore froide, du favon blanc de Marfellle coupé menu, à raifon de deux onces par livre de coton: retirez la chaudière de deifiis le feu lorfque l’eau bout, & attendez qu’elle foit devenue tiede. Si le coton eft deffiné à faire du velours plein, mettez-l’y tremper pendant une heure, en le prenant de la main & le retournant de tems en tems , pour qu’il s’imbibe bien par-tout également; car cette matière fe laide difficilement pénétrer par l’eau : l’huile du favon, jointe à fa gomme naturelle , ajoute encore à la difficulté.
- Lorsqu’on leve le coton de l’eau de favon, 011 le met dans une toile bien claire, dans laquelle 011 le tord : ce qui le preffe plus également, & avance plus la befogne qu’à la main , puifqu’on ne peut le tordre de cette maniere-ci que par petites parties, & que de l’autre on en preffe deux & trois livres à la fois.
- Dans les grandes manufactures on met le coton favonné fur une table de preffoir , de quatre pieds en carré, furmontée de quatre planches de fa-pin, pofées de champ, percées, qui fe foutiennent au moyen de clavettes, entre lefquelles fe met le coton, & defeend le manteau du preffoir. La table, le manteau , ainfi que les planches» doivent être de fapin, pour colorer le coton.
- Faites-le bien fécher avant de le carder. Si l’on fe propofe d’employer le coton en velours cannelé, il fuffit, après avoir trempé fes mains dans l’eau de favon, de le manier, de le ferrer, de le pretfer, jufqu’à ce que toutes fes parties fe Tentent un peu de l’impreflion du favon.
- Dans le premier cas , on le lave quelquefois deux fois de fuite, d’abord dans un premier déchet, & enfuite dans un bain neuf : on diminue alors la dofe du favon ; une once par livre fuffit. Il y a ainfi de petites écono-Tome XIX. Y
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- L*A. R. E D U EA ÏÏ R1 CA* N- W
- raies- a > faire dàns là pratique dë tousses arts ; fansv nuire' 4 îâ bonté' des procédés. C’eft'à l’artifte, & à luifeul, à juger des circonftances. On-obfer-vera cependant à cette oocafion , & d après l’expérience, qu’un bain neuf convient toujours mieux ,-parce que le coton dépofe fa-gomme & beaucoup d’ordures qui fe joignent à celles du nouveau coton , & qui font plutôt obftacle que ce vieux bain n’opere parfaitement leur extra&ioa.'
- En général, tout coton à filer en gros,,pour être enfuîte filé-à.p la me-cbanique , doit être favonné, pour être- filé très-fin & très-tors: mais on peut fe contenter - de l’impreilion légère &> indiquée du fa von, fi l’on ne • veut qu’une-filature moins fine & moins torfe, L’eau^de favon dégomme le coton, elle l’adoucits.le dilate , & le.rerui. beaucoup, plus coulant au car-dage & à la filature..
- De la méchanique à carder lé coton
- Pàr-tout où la main-d’œuvre eft chere , il y-fau'fcfuppléer par des ma^ chines ; il n’eft que ce moyen de .fa mettre--.au-nivema^de* ceux ehes qui elle ' eft à plus bas prix. Depuis long-tems les Anglais-l’apprennent à l’Europe j & fi notre pofition nous donne quelque avantage fur-eux, bientôt ils l’ont tellement emporté par leur induftrie» qu'il ne nous refte rien d&.mieux à* faire que de les-imiter. Le plus grand nombre des inventions utiles nous vient deux , & nous leur devons la plupart de nos méchaniques} nous leur devons toutes celles qui ont rapport à -l’art que je décris. La machine à car- -der le coton eft fi neuve pour la^France , qu’à peine-y fupçoiïnaiî-on fon* exiftence il y a trois mois. L’avidité en a îaiffé entrevoir-le-voile à l’admi-niftratioe , qui-a,.pu .eu.lever un coin jo’eft ds là.q^-e je la tire pour la -publier.
- Cette machine,pl. î\ Il 8éIII, paraîtra compliquée : elle l'ëflfen efik ; cependant fes mouvemens font uniformes Jk très - doux, & le travail qui en refit In. eft -abondant & d’une-belle exécution, p.ui%?!à Jba.. moyen .l’on carde ihpéd&uaement de cinquante .-à fckante livres de cotmr par jd^r^-Jen-donne trois* vues , délit, je ne détaillerai l'es parties .qu’à l’explication des-planches.;.\q m’sn tiens ici., après-le.eourt-.expofé des principes les plus ©ffentieis à fa conftruéiion , à un apperçu du mouvement général pris fur > la vue d’oifeau5,Quoiqu’il faille prendre les diamecres des cylindres & des roues ou^poulies , fur les-œ.ues de côté, d’après leur échelle..
- Autant la patience & l’a dre lie font au-deilous ,dn -génie , autant, en fait dé méchanique., îa-précifion doit de céder àd’inveasion ; -cependant l’ellèt dans ce- cas-ci-, sft fi-dépendant de l’une &«:de l’autre , qu’il, ferait .abfolu-»-ment nul s fans deur- Goiîcours.
- Toute. la charpente de cette méchaniquedoit -être de. bois deè chêiie lara
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- &:tre§.-fsc, confirmée avec autant de foîidité que cPexaéiHtnd?, Les grands çvtuidres font à armure de fer, leur axe corroyé & tournant lur cuivre j les -vis' & écrous, pour rapprocher ou éloigner ies de cuivre , &
- par -confequent les cylindres qu’ils l'apportent, eu fer trempé & poK ; le bois de# cylindres , foit des grands cylindres creux , fait des petits qui font pleins, en cœur de chêne de Hollande le plus fbs* .beaucoup mieux en acajou, les grands tournés en place fur le chaffls meme de la méchaniquc, &,aüiü que ks autres , avec la plus grande préciiion. Le bois de ces cylindres creux.doit avoir au moins -deux ponces .d’épaiileurparce que * dans les-premiers ftsms* îj-ulqu’à quatre, cinq & ût mois de fervice,il eft fujet à fe déjeter: il faut ies .tourner de nouveau; il faut immanquablement les retourner prefqtîe toutes les fois que, les .cardes .u-fées *M devient né-ceÆaire de les en garnie de nouvelles.
- Qu£ les LL de fer de ces cardes ioient toujours en même quantité, & tous Jb*en ex&étement de la même hauteur , ânefle , courbure, élafticité enfin j & les cuirs de même ép:-iifeot.
- Dans les te me d’un, .travail ILL i de -cette niéchatîique , il en faut, deux fois par femaine, nettoyer les cardes & i’uitirfeue des cylindres, des ordures & de la potîiîiere qui fe détachent du coton.
- Il efi: à remarquer, dans le premier efTai, que le coton , à rnefure qu’il engrene les cylindres &; qu’il garnit ies cardes d un bout à Pautre, ce qui dure plufieurs heures, fe teint d’une couleur noirâtre , communiquée parle frottement, foit des fils de fer, foit des cuirs} $ eH bon de le mettre à part, jufqu’à ce que, les cardes bien décralïées, les loquetées en fartent de la blancheur naturelle du coton.
- Lorsque les .cardes font fatiguées, que les fils de fer s’émouEènt,-on palfe & repalfe defius, en dilférens fens , en fens contraire même, en Pap-puyant légèrement, une pierre à aiguifer de la longueur des cardes, qui redonne de la pointe aux fils, & rétablit le poli de leur furface , en les rabattant toutes au même niveau.
- Le rapprochement des cylindres les uns des autres dépend de îa plus *>u moins grande quantité de coton qu’on veut carder 5 mais ils ne doivent jamais que s’affleurer : ce ne ferait que pour de «mauvais coton, groffier & court, qu’on pourrait fe permettre de les faire mordre d’une demi-ligne au plus.
- On voit,/?/.// & /IL, les petits cadres en fer, implantés fur îa charpente de îa méchanique, villes en-delfous, taraudés par côté de part & d’autre, avec les vis qui preflenfc les radeaux en cuivre, fur Iefquels appuie & tourne Paxe des cylindres , pour opérer le rapprochement ou Péloigne-xaent les uns .des autres de ces cylindres,
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- Maintenant, pour fe figurer le jeu de cette méchanique, il faut établir la correfpondan.ce de fes diverfes parties. ( Je n’ai point tracé les cordes fur la vue d’oifeau , parce qu’il ma paru qu’elles en brouillaient plus qu’elles n’en facilitaient: l’intelligence : elles font d’ailleurs très-clairement exprimées fur les vues de côté ? pi. II & III.) Si l’on imprime un mouvement quelconque à la manivelle , pl. /, la roue ou poulie Z le communique, au moyen d’une courroie , à la roue ou poulie R, en degré de proportion inverfe à leur diamètre. ( C’eft le feu! mouvement de correfpondance di-rede que la méchanique reçoive par ce côté.) Le cylindre C communique fou mouvement au cylindre B, par une corde non croifée, de c en d; & au cylindre D, par une corde croifée, de c en palfée fur la rainure même du cylindre D , lequel a une poulie ou rainure plus baffe , dans laquelle une corde fa as fin , après y avoir fait un double tour , va mouvoir les cylindres E F G H, en paffant également par un double tour dans chacune des rainures correfpondantes ghik; puis le grand cylindre ou tambour ML, qu’elle embrafle ; & revient enfin au cylindre D , par-deffous la méchanique, où on lui reftitue, au moyen d’une poulie mobile , pl. III , le degré de tenfion convenable, altéré, ou par les influences de l’athmofphere , oj par toute autre caufe.
- Une corde non croifée, partant de la poulie n du tomhour, va mouvoir le cylindre A par la roue b b, à laquelle elle communique: & une corde croifée de b en *z, fait tourner le rouleau A, paifé dans deux largeurs de toile fans fin uu9 également [retenue par un autre rouleau caché par le cylindre A.
- Ces toiles font chargées de coton lavé, féché légèrement, & bien également étendu : le mouvement eft: lent; le coton approche en même proportion ; il eft continuellement faifi par le cylindre A, & un autre abfolu-ment égal & femblable, placé immédiatement au-deffous de lui, & en recevant le mouvement par la roue de cuivre dentée t9 qui s’engrene dans une autre roue , égale auffi , & femblable à la première. Le coton enfin pafîe entre ces deux cylindres , comme une étoffe à imprimer, gauffrer ou îuftrer paffe entre les cylindres propres à lui donner ces apprêts : il pade de A en B en C D I E F G H , encore en I, puis fur le tambour LM, d où les loquettes font levées par le cylindre ou rouleau M à lames de fer-blanc: celui-ci les rejette fur un plan incliné , d’où elles paflent fous le rouleau de bois N cannelé , qui les roule fur la fuite du même plan in-cime , & leur donne la forme & la confiftance propres: elles tombent en-fuite , en état d’être filées, rangées les unes fur les autres , dans une boite polée à terre en O, où on les amaffe en plus ou moins grande quantité» Les rouleaux M & N font mus, le premier par une corde croifée qui
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- DE VELOURS DE COTON.
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- part de la poulie l du cylindre I, pour fe rendre fur la poulie 0 ; le fécond par une corde non croifée , qui paffe de la petite poulie p fur la poulie q.
- On a pratiqué, fur la poulie l du cylindre I, trois rainures parallèles de différentes hauteurs, pour tendre plus ou moins la corde de communication à la poulie o.
- D’après ce fimpîe expofé, & la vue de la difpofition des cardes, indiquée fur la pl. lï, 011 comprendra aifément, & le mouvement de toutes les parties de la machine, & l’effet de chacune.
- Ce mouvement continuel, toujours doux & fans le moindre reffort, s’exécute fans gêne, par le feul ouvrier appliqué à la manivelle Z. Toutes les poulies, ou roues à rainures , qui tiennent aux cylindres, font formées fur le prolongement même des cylindres. Les cordes font de fils de chanvre ou de coton , en obfervant toujours d’adoucir leur jondtion le plus qu’il eft poflible : il ferait mieux qu’elles.Ment de boyaux, mieux encore peut-être qu’on leur fiibftituât des chaînes dans le goût de celles de montres , s’il 11 etoit pas des cas ©ù il dévient néceffaire de donner aux cylindres un petit mouvement en-avant ou en-arriere les uns des autres.
- On a exécuté cette méchanique, & 011 la met en adion fans le fecours de la plupart de ces cordes , mais au moyen d’une vis fans fin qui paffe en-deffous des cylindres, & d’une fuite d’engrenages des cylindres les uns dans les autres. Il eft certain que la marche de celle-ci eft plus uniforme ; mais fon mouvement eft plus dur : elle eft plus lourde. Je ne prononce point fur la préférence à donner: l’une & l’autre aura fes partifans, en attendant qu’une plus longue expérience mette à même de décider la quefc tion. (a)
- Il me paraît inutile de parler ici du filage ordinaire au rouet : indépendamment de ce qu’il eft répandu d’un bout du royaume à l’autre , & connu de tout le monde , les fabriques de velours de coton ne s’occupent guer© de celui-ci ; elles achètent tous ces cotons filés de gens qui font leur état
- (a) Comme cette méchanique eft d’une exécution difficile & difpendieufe , & qu’il eft douteux de trouver, dans tous les lieux où elle pourra être utile, des ouvriers in-telligens & affe* habiles pour la bien rendre, même d’après les deffins, je confeille dans ce cas - ci, de s’adreffer tout uniment au fleur Regnier, chez M. Brehon, marchand épicier à Sens. Employé par l’ad-miniftration dans la même partie , cet
- artifte ingénieux eft le plus en état,, de ceux que je connaiffe , de la faire exécuter , de la réformer, de la Amplifier même, & de bien juger de fon effet. Il a en outre une connaiffance particulière des matériaux convenables, & du prix de tous les objets , qui le met à même de la fournir plu* parfaite fans doute,& à meilleure compte qu’elle ne reviendrait peut - être à ceux même qui le feraient faire par économie.
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- du travail ou du commerce de cet objet, & qui les portent, foit auxfialïesf bu marchés , foit dans, ces manufactures même, (a) t A l’égard de la filature ..en gros, préparatoire à celle.de la méchaniqué 4[e Te fait au rouet à Panglaife» à table ou banc horizontal, le même avec lequel on file en fin étant'.afiis.
- On carde le coton cbmme pour le filage ordinaire ;avec cette différence* que les Icqwtm doivent être beaucoup plus menues:la filature en gros en eO: beaucoup plus prompte , plus unie , parce qu’il les fimt moins ferrer pour-latïfer couler le coton, j ü fe ma tonne moine, & le al en eft plus égal en detifité comme, en volume-'L’aiguillée du fil en gras fe-fait en deux fois i elle fe tire d’p.bord de toute'!'étendue du bras, Pouvriere -étant debout ? puis elle 1a, laiffe tomber à terre , pour reprendre fur le bout même de ia bro-.ohé, & en tirer da partie qui s’y eft roulée fans être entièrement filée •: ce qui ajoute beaucoup à la première aiguillée5 & en coulant la main de def-fus cette derniers partie fur la première, le rouet touruftp? toujours, Pou- ( vriere fait difparaitre le gonffemenüjqui les iopare, & dos deux aiguillées fe trouvent réunies en une , égaie dans toute fon étendue. G'eft en renvidant cette aiguillée, qu’on en outre- paiîe toujours im peu la partie filée également , pour avoir de quoi fo^ir plus de longueur à l’aiguillée iiiivantç. La néceffité de laiflèrAut debout 4e -ia broche du coton en loquette à la ‘filature en gros, & celle de î’alotvger quelquefois très-lentement, & toujours très-peu tors, a été jufqu’à préfent un obftacle de fe fervir d’une méchani-que pour cette première filature.
- Il faut être bien exercé dans ce genre de travail , pour que le coton conferve avec une même groffeur une dilatation égale dans toutes fes parties ; & ces qualités font elfentielles , parce que , donnant toujours à la mé-chanique les mêmes longueurs de fils gros, pour obtenir des longueurs aufli égales entre elles de fils fins, ü la quantité de matière n’était pas toujours égale, il y aurait des fils plus ou moins gros , plus ou moins tors , & le but effendeî ferait manqué j,car c’etf encore moins pour l’accélération des opérations, qu’on préféré «cette méchanique à la pratique ordinaire 9 que pour leur uniformité.
- Si, malgré la pratique & l’attention , il fe trouvait dans la filature en gros des parties d’une inégalité trop apparente , 011 les féparerait, & l’on rejoindrait les fils. Ces bopts féparés fe recardent , pour être filés au rouet en fin commun pour les cannelés. Il faut cependant les éviter autant qu’il
- Xa ) Je petife d’ailleurs qu’un petit bîier inceffamment, avec des détails fur 1 feait.é delà filature des différentes matières les divers genres de toiles & de toileries, vénales fera mieux placé à la tête de les blanchiffages & les apprêts qui leur con-FÂrt du toilier, que je me propofe de pu- viennent.
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- efti poffiblô , parce qu’il y,a toujours à perdre, & que le-travail en , oft moins'parfait. . ^ 1 > - ,n, . M‘
- La connaidance de la*-média-nique eft néceffaire à qui veut' l’employer. On opéré mal, quand on ne connaît qu’imparfaite ment -Pelage &le$. effets des parties de l’inftrument avec lequel 011 opéré. Cette me^kanique,, quoique très-répandue en Angleterre, ne l’eft point du'tout en "France:, elle y eft depuis plufieurs années un objet de myfterej & la ^première connue & publiquement nvife en ufage , eft celle que j ai entrepris de faire exécuter en août* ï 77 f , fans en avoir jamais yu moi-même. Elle -demande donc- plps que toute autre une delcription détaillée qui en facilite l’intelligence 9 l’exécution & l’emploi à tout-le monde, (a) ,,rn. r ,
- i .. U
- De la méchanique à- filer le coton , & de la manière de ierifervir ,pl> ÏV &
- fië' I , 2, & 3' f
- "i : r
- La charpente de cette mécîiànique conftfte en ftx pilierspp reh pîec$&*îate-ïàles pofées par-bas xx , & en' celles 3 3 ..^égalementpar jbâs §& lar-
- geur, en deux autres traverfes n <7, de l’un à 1 autre pilier du milieu , I une cn.delfus, & l’autre en-ddfous du tambour ; enfin , en deux parties //, taillées en feuillures, pour fervir de coulifles à la' barre b b. Ce s deux dernieres pièces-de bois, qui font fur la longueur du métier, la déterminent, -Eiie-S ions ici de cinq pieds & demi j il les vaut mieux de fix. A i’ér.ard de la largeur . cl’c peut être de quatre, pieds-à quatre pieds & demi. H çfà eùecud que toutes ce s pièces Ibien&'de-bon-'bois*de chêne, quelles aient de i’épnfuèuï: & de la force que jugement- encaftrées les unes dans les autres parties mortailès 9 -St.--Jnen chevillées , elles fafîeut de leur -enfembîe un fout folir!?. L’unifornd® 4es mouvemens imprimés par l’aélion de la manivelle en dépend ; St c'eft âs cette uniformité dans l’aélion de toutes les parties en mouvement > que dépendent la célérité .& l’égalité dans l’opération. Comme i’aélkm .como'.u® sriquée manivelle ne s’imprime pojiiit ians .quelquesüort* & les parties; .mues -par .une idite de .a-omimlnfcadonf reilènbwit -jtô&JowK
- Ça) Cet "aft, décrit eu 17^6 , fut remis rienee & adir avis .du fieur Alix ,.entrëpre« -alors,avec les deffins qui y ont rapport, neur d’une manufacture dé velours de-eo, Æumagiftratchargé du détailïiu commerce, ton & de piqués à Amiens .à .ceux,du
- <É£ honoraire de P-académie des fcie-nces ; fieuî Regnier, employé par radnairuftraiÎQii il fut lu par M. de Monfîgny , directeur à des objets relatifs à cette par.rie, rayée aujourd'hui de la même académie, L’auteuf, lefquels il Fa relu. 31 y n actuellement à envoyé Jdâhsj lé .même téras en ïtalié par Amiens dè foixahte-dix A quatre-vingt rné-l’adminiftrhtion', -n’a pu revoir le manu» chaniqü'ës à fil'ér îe coton ., & elles com* ferit que depuis fén retofir : il y a fait merîaent à fe- répandis dans'îa province» plufieurs correétions--qu’il -*doit àl’expé-1'
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- "plus où'moins 'de cet effort, il eft elfentiel, dis-je , qu’il n’y ait jamais de fe-eoulfes, de mouvemens interrompus ou inégaux : le premier & l’un des plus Jïirs moyens' d’éviter ces inconvéniens, eft que la folidité & le poids de la "charpente’ foient tels, qu’en fupportant toutes les pièces- en a&ion , elle les contienne fans participer en rien à leur mouvement.
- hhhh, eft un cadre qui n’eft pas encaftré dans les montans, mais qui y entre en coulifle, & qui repofe fur une barre de traverfe, d’où on le tire & replace à volonté. Voyez-îe,/g. H H. Ce cadre contient les broches fur lef-quelles fe file le coton. On les voit garnies de plufieurs noix en buis, pofées dans la diredion d’un plan incliné, pour que les cordes qui leur communiquent le mouvement du tambour, ne fe frottent pas les unes les autres. Les broches font en acier bien poli ; elles ont une ligne & demie ou environ de diamètre par le bas , & elles vont en amincilfant dans la partie hors du cadre , jufqu’au bout qui eft très-pointu ; c’eft fur cette derniere partie que fe forme la bobine du fil fin. Il eft elfentiel que les broches foient bien égales en diamètre, en longueur & en pefanteur, ainfi que les noix.
- La partie du cadre yy, eft comme celle percée d’outre en outre, & les trous font garnis en cuivre foré, plutôt que fondu percé; les frottemens en font plus doux. Il faut que le mouvement de rotation des broches foit très-doux dans ces trous; mais il faut que ces trous-là même foient très-juftes, pour que les broches ne tergiverfent point dans leur mouvement. Ces broches fe terminent à la bafe en cône renverfé, dont la pointe eft émoulfée : elles pivotent fur des morceaux de verre enchâlfés dans la piece de fupport du cadre. Il y a peu de contacft, peu de frottement; & lorfque le verre commence à s’égrifer, on le change; ou mieux encore, on lui fubftitue des cailloux bien moins fufceptibles d’être entamés.
- Au haut & en-dehors des mêmes piliers, entre lefquels le cadre eft enchàlTé, eft un axe foutenu & tournant en 00; deux morceaux de bois iiy font implantés à angles droits, & foutiennent parles autres extrémités deux fils de fer/f, peu diftans & parallèles. A l’extrémité de l’un de ces morceaux de bois , près du point où font fixés les fils de fer , eft attachée une corde de ce tambour, qui, tendue verticalement, eft attachée par l’autre bouta l’extrémité de la pédale q q. Lorfqu’on prelfe fur cette pédale, on fait tourner l’axe o o, incliner les morceaux de bois i i, & abailfer les fils de fer ff: la corde s s , qui coule au long du poteau, & au bas de laquelle eft fufpendu un poids allez lourd, eft attachée à une petite roue fixée elle-même au bout l’axe tournant ; ce plomb fait contre-poids, & remet les fils de fer à leur première hauteur horizontale, lorfqu’on démarche la pédale.
- Cette pédale eft attachée par deux morceaux de cuir à une tringle contre laquelle elle a un jeu de charnière ; ce jeu fe fait fur le plancher même, dans
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- le milieu de l’interruption de la traverfe d’en-bas , au-deflus de laquelle il aurait été trop gênant de foulever le pied à chaque preffion. La lituation ordinaire de la pédale eh d’être inclinée, le boutoppofé à la charnière tenu élevé par le poids du plomb.
- Le tambour t eh une planche en feuillet, roulée comme pour une circonférence de crible ou de tamis, d’environ vingt pouces de diamètre , & de fept à huit pouces de haut : les rayons Puniifent à Taxe qui le foutient & fur lequel il tourne. Cet axe eh foutenu & compris entre deux boîtes 6 6 , adaptées l’une à la traverfe de de/fus, & l’autre à celle de delfous, l’un & l’autre à vis & écrou j celle du bas, dont la vis eh pofée horizontalement, pour avancer ou reculer de la traverfe le pivot de l’axe du tambour; & celle du haut, dont la vis eh pofée verticalement, pour ferrer plus ou moins ce même axe contre fou point d’appui. Le premier effet eh de donner aux cordes une tenfion toujours égale, & le fécond d’empêcher que le tambour ne vacille dans fes rotations. Si les rayons de ce tambour étaient appuyés perpendiculairement contre des morceaux de bois placés en-dedans du feuillet ceintré, & de fa hauteur, plus ferme & moins fufceptible des influences de l’athmofphere , il ne fie déjeterait pas. Et fi, au lieu des boîtes à vis pour reculer ou avancer ce tambour, on le plaçait dans un chafiis à couliffes fait dans le goût du porte-broches , & appuyé fur les barres de côté de la méchanique , ne pouvant fe mouvoir que de l’avant en arriéré , & étant contenu par deux vis de chaque côté, tenu ferme, il conferverait toujours fou à-plomb.
- On place entre le tambour & la boîte de deffous , une roue à plat & 'à rainure, & à laquelle l’axe du tambour eh commun. Ii paffe dans la rainure de cette roue une corde s, qui correfpond à la roue r, qui a pour axe la piece verticale i, laquelle, mue par la manivelle m , communique le mouvement au tambour. Il fe trouve encore au-haut & au-bas de cet axe des boîtes 6 , à vis v, pour l’avancer ou le reculer, 8c donner plus ou moins de tenfion à la corde de communication des deux roues. Il convient, pour plus de légéreté, de douceur & d’égalité dans les mouvemens, que ces deux axes verticaux ioient en fer, & qu’ils pivotent dans des crapaudines de cuivre.
- Si l’on imprime actuellement un mouvement de rotation à la manivelle ot, elle le communiquera à l’axe 2, celui-ci à la roue rla roue à la corde s, cette corde à la roue 5- , qui eh au - deffous du tambour, & celle-ci au tambour même. Qu’on fuppofe moitié autant de cordes >55 fur ce tambour, qu’il y a de broches fur le cadre h h h h, 8c chacune de ces cordes em-braflant deux broches. ( Voyez la fig. ?, qui eh la représentation de la méchanique deffinée à vue d’oifeau. Voyez encore la fig. A. ) On concevra que le mouvement de la manivelle & celui des broches, ou plutôt le nombre des rotations de la roue & des broches, fera en raifon inverfe des diamètres Tome XIX. Z
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- du tambour & des broches, ou de celui des noix, quant aux broches, les cordes paffant fur ces noix; d’où l’on voit'le moyen d’augmenter ou de diminuer relativement ees rotations, le premier mouvement étant toujours iuppofé égal.
- La hauteur du tambour eft, ainfi que l’inclinaifon du plan des noix, pour dif tribuer les cordes de maniéré qu’elles ne fe frottent ni ne s’accrochent les unes aux autres. On a déjà vu que l’inclinaifon du plan des noix des broches avait pour objet d’éviter le même inconvénient ; & elle doit être telle, que le plan que forme chaque corde foit ou approche le plus de la fituation horizontale : autrement ces cordes attireraient les broches en - haut ou en - bas. Dans le premier cas, les broches feraient expofées à des reffauts, & même à fe déboîter, ce qui arrive quelquefois : dans, le fécond, la preffion & le frottement en font augmentés.} le mouvement elt plus difficile, & l’aétion inégalement dillribuée.
- Ces petites cordes doivent être en boyaux,, moins fufceptibles de l’humidité qu’aucune autre matière. Il faut avoir attention d’en faire les nœuds le moins gros , & de leur donner une tenfi-on la plus égale poffible. Av.e-c toutes ces précautions, on aura encore à lutter contre la. différence des im-preffions de l’athmofphere fur les cordes multipliées , & auffi contre la diffé- « .rence des frottemens de ces cordes , & fur les deux noix que chacune ern-braffe , & fur toutes les noix relativement les unes aux autres.
- Nous avons cherché à diminuer les caufes de cette uniformité, qui en devait néceffairement apporter dans les effets. La première idée a été de changer la difpofition des broches , fig. A , & de les arranger de maniéré que chaque corde, partant des deux broches pour aller envelopper le tambour, formât au point de tangence deux angles égaux : mais les fils ne confervaient plus la même diftance entr’eux > & lorfqu’ils avaient peu detenfioiv, ou qu’iî arrivait qu’il s’en rompît, ils s’accrochaient > ils fe brouillaient plus aifément.
- Réfléchissant enfuite à la forme & à l’effet des moulins à retordre, toutes ces cordes n’ont paru que l’échafaudage d’une première invention très-fuf-ceptible d’être perfectionnée. Nous lui avons donc adapté la. roue plate au lieu du tambour, & la courroie à Ja place de toutes les cordes y alors il a fallu changer la direction en ligne droite des broches; les roulettes ou poulies horizontales placées aux deux' extrémités de la file des broches fuppor-taient la plus grande partie du frottement : plus avancées, elles le fuppof-taient tout ; plus reculées , les deux premières broches , l’une de chaque côté, partageaient cet excédant de frottement,. & il n’en reliait plus affez pour-la fuite des autres broches.
- On a donné à cette file la forme d’un arc de cercle d’un plus ou moins grand rayon. Trop furbaiffé, les broches du milieu: ne recevaient pas une
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- a0ez forte impreffion de la courroie, ou il aurait fallu lui donner une tendon telle que les mouvemens en auraient été gênés & trop durs. (Voyez la fig. B. ) Trop ceintré, ces mêmes broches du milieu s’éloignant beaucoup plus que les autres de la barre b b , il en réfulterait des longueurs de fils plus confidérables, & de l’inégalité dans la filature par conféquent. Pour conferver donc aflez de courbure , fans trop éloigner les broches , on a multiplié ces courbures & les poulies en même proportion: voyez la fig. C. Enfin l’on a poulie le nombre des poulies jufqu’à cinq , les trois du milieu très-rapproehées , pour rendre les frottemens plus égaux & fuffifans ; & Tou a fenti qu’on pourrait fe fervir très-utilement d’un porte-broche d’une ou de plufieurs courbures, en y conformant la barre , ce qui feulement m’avait embarralféj mais alors on arrêterait les fils contre cette barre au moyen d’une courroie raccourcie par un petit relfort ou tire - bourre : là, tendue & ferrée, elle les retiendrait.
- Quelqij’autre a-t-il fait les mêmes recherches ? S’y eft-il pris différemment ? A-t-ilmieux réuffi ? En fait-ifufage? C’effc ce que j’ignore abfolument, n’ayant vu d’autre méchanique de ce genre que celles que nous avons fait exécuter, ni avant, ni pendant, ni depuis leur exécution, & n’ayant pu caufer avec perfonne qui eût voulu donner la moindre idée de ces chan-gemens. ^
- Ce qu’on propofe ici, quoique d’après l’expérience, ne font pas des points de perfe&ion auxquels on doive s’arrêter. L’état adluel de cette méchanique n’eft que l’idée de la chofe. Elle efl:, comme on l’a déjà obfervé, très-fuf-ceptible d’être étendue & perfectionnée. Nous y avons porté le nombre des broches à trente ; & de quinze ou vingt méchaniques qui ont été exécutées fous mes yeux, il n’y en a pas une d’un moindre nombre de broches : mais je fuis perfuadé qu’on peut doubler ce nombre, & que, par des difpofitions différentes, on arrivera à filer des fils comme on en retord ,• & plus encore comme on en peut retordre , par centaines à la fois, (a')
- Telle qu’eft celle-ci enfin, confidérée comme achevée, montée, tous les mouvemens fe communiquant librement, il nous refte à en faire voir l’application. Qu’on fe repréfente deux petites planches c c , attachées l’une à
- , (a) On a depuis obvié à tous ces in-convéniens , en remettant toutes les poulies fur une ligne droite & horizontale , & les faifant toutes également preffer par la corde à boyau , au moyen d’autres poulies placées fur le derrière, alternativement de deux l’une. On a pu porter de cette jaanieïe le nombre des broches jufqu’à qua-
- rante. Voyez le cadre ou fupportC P, qui en a ce nombre. On a encore doublé parallèlement le rang de ces broches dans plufieurs méchaniques , & fur le derrière de chaque rang on en a mis un de poulies de rejet de la corde à boyau. Ces dernieres méchaniques ont cinquante-trois broches , & filent autant de fils à la fois.
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- plat, & l’autre de champ, l’une contre l’autre, au bout des pièces / / , fur le derrière , dans lefquelles font implantées verticalement des broches de-fer, pour fervir d’axe aux bobines de la filature en gros, faites fur des canons de rofeau , & qu’on dreffe fur ces planchettes, comme on le voit en g g: qu’on imagine auffi le haut des broches u u, garni d’un refte de bobines de fil fin, formées fur des canons de papier, & qui n’ont pas été dévidées entièrement àdelfein: qu’on fuppofe encore une barre b b, divifée en deux parties fur toute fa longueur, les deux parties doublement crenelées pour s’enchâffer l’une dans l’autre, auffi fur leur longueur, appuyée & à cou-liffes par les deux bouts fur les côtés IL Si une ouvrière placée en a9 tirs d’une part le fil en gros de chacune des bobines g g, & les pade entre les deux parties féparées de la barre b b, obfervant de les placer à des diftances bien égales ; qu’elle rejoigne enfuite ces deux parties de la barre , les bouts paflànt, il elt évident que les fils y feront failis & fortement arrêtés. Si d’une autre part l’ouvriere conduit le bout des fils en fin par la pointe des broches , padfant entre les fils de fer ff, jufques vers la barre où dépaffent les fils en gros, & qu’elle accroche tous ces bouts, chacun à chacun, les uns vis-à-vis des autres, par un tors léger ,il en réfultera des longueurs & une fuite de fils tels qu’ils font repréfentés par les petits points’& les 7 7 7 de la figure deffinée à vue d’oifeau. La barre doit être beaucoup plus rapprochée alors des fils de fer //, qui foutiennent les fils en fin.
- Pour donner la longueur de fils en gros nécelfaire à former celle de fil en fin, il n’eft queftion que de rouvrir la barre & de la reculer d’autant. Le point de réunion des deux bouts de fil n’en change pas de place j il a été fait très-près de la barre : 011 l’en éloigne d’environ lîx pouces , plus ou moins, fuivant la qualité de la matière, la grolfeur de la filature en gros* & la finede qu’on veut donner à la filature en fin. Cette difhmee une fois déterminée, on 'obferve toujours la même avec la même matière, pour une. fineffe femblabie & un tors égal. Les chiffres 1,2 , ^ , 4, f , 6 , tracés fur la barre du cadre du côté de la manivelle , fervent à régler l’ouvriere à cet égard au moyen d’une pinule ou régulateur. On referme la barre j & l’ouvriere placée etu, comme on l’a dit, tournant la manivelle m de la main droite,. & pouffant la barre doucement en-arriere de la main gauche, le fil en gros s’étend en même teras que le fil en fin fe'forme. On continue de pouffer la barre ainfi qu’en u, vers la première rangée des bobines en gros g g, en tournant toujours la manivelle. On la tourne encore huit à dix tours de fuite avec vkeffie , fans donner aux fils plus de longueur. C’efi: dans cette derniere opération qu’ils acquièrent le degré de tors qui leur convient, & qu’on le fixe par l,e nombre des tours de roue , qu’on efi: libre de déterminer.
- L’ouvriere alors, d’un petit mouvement de manivelle enfens contraire.,
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- fait que les pointes des broches, par lefquelles les fils s’étaient toujours dirigés, s’en delfaifiifent : elle preile incontinent la pédale qui Fait incliner les chevilles //, & baifter les fils de fer f f, au moyen defqueîs on dirige actuellement le fil à volonté fur la bobine , en rapprochant la barre de fes bobines u u, & tournant la manivelle , pour renvider les fils filés. On lâche le pied; les fils de fer reprennent leur première fituation , & ils font reprendre la leur aux fils de coton : toute choie eft remife en l’état où elle était en commençant. On rouvre la barre; on la recule d’environ fix pouces; on la referme ; on tourne la manivelle en pouffant la barre tout doucement jufqu’au fond; on donne plusieurs tours de roue fans remuer la barre; on donne un léger mouvement à la manivelle en fens contraire; & enfin on preffe la pédale en même tems qu’on ramene la barre & qu’on tourne la manivelle.
- Lorsque l’aiguillée de coton a toute fon étendue , il ne faut pas abandonner la barre de la main : mais lorfqu’on fent que le coton l’altere un peu en fe raccourciffant par le tors, il faut s’y prêter d’un pouce ou environ , mais graduellement, & lie pas outre-paifer cette diftance, jufqu’à ce que le fil, ayant acquis fon degré de tors, on le renvide. Il eft inutile d’obferver que le coton pour chaîne devant être plus tors que celui pour trame, il faut un plus grand nombre de tours au premier qu’à celui-ci.
- S’il fe cafte des fils dans cet intervalle , & que les bouts pendans s’accrochent à d’autres, il faut arrêter fur-le-champ & raccommoder ces fils, ou du moins en retirer les bouts , celui du côté des broches principalement. Lorfqu’ils pendent fans nuire n rien au refie du travail ,on va fon train jufqu’au prochain retour, qu’on les raccommode exactement. Les bouts caffés & féparés, qu’on 11e faurait rejoindre, & qui ne lai dent pas d’être en nombre & de faire volume, lorfque les mouvemens de la méehanique ne font pas égaux & doux , lorfque la matière eft commune , trop courte , & mauvaife , lorf-qu’elle a été mal favonnée, mal cardée, & mal filée en gros, lorfqu’enfiu l’ouvriere eft peu adroite ou mal exercée ; ces bouts, dis-je, fe recardent pour une filature commune au rouet ordinaire.
- Avant de décrire la barre b b, qui eft une piece elfentieîle , j’obferverai qu’on couvre le tambour t, les cordes ^ ^ & prefque tout l’intérieur de
- la méehanique, d’un grand chaffis qui pofe par le milieu fur la traverfe nn, & qui s’étend en pente fur le devant & fur le derrière, dans la forme d’un grand arc de cercle. Ce chaftis, qu’on couvre d’un papier verd , ou mieux encore, d’une toile calandrée ou luftrée delà même couleur, fert à empêcher que les fils qui caftent n’aillent prendre fur le tambour, ou fe mêler dans les cordes, aies retenir, &' les avoir plus à la main pour les raccommoder pilles rompre: il fert encore à faire relfortir ces fils, & mettre à même de
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- les mieux obferver d’un coup - d’œil, pour juger de leur fineife & de leur tors.
- En ramenant la barre fur le devant pour renvider le fil fin, elle dévidé du fil gros en même longueur. Lorfqu’on pafle à la formation d’une nouvelle longueur de fil fin , les fils gros fe replient fur eux-mêmes * ils fe brouillent & s’accrochent quelquefois. On pourrait éviter cet inconvénient, en fixant les planchettes qui portent les bobines en gros aux réglettes d’équerre à la barre, & les rendant mobiles avec la barre même i ce qui formerait un petit chariot, dont le fieur Regnier a beaucoup adouci le mouvement, en le failant rouler fur des tringles de fer rond poli, avec de petits cylindres de cuivre montés fur un axe en forme de poulie deffiis & par côté.
- Qu’on ne tente point de faire aller le chariot par un moyen méchanique auquel la main n’aurait pas une part dire&e, puifque l’uniformité de mouvement n’apporterait au befoin aucune variété dans la filature, & qu’on ne peut juger qu’au taêl, par le plus ou moins de poids ou de réfiftance du chariot, du degré de fineffe ou de tors du coton.
- La barre à cheville était la feule connue, lorfque j’ai fait faire la première méchanique ; mais cette barre nous a paru fujette à tant d’incon-véniens, qu’elle a été la première piece que nous ayons eu l’idée de réformer : elle était fujette à fe déjeter ; plus on la ferrait par le milieu , plus elle bâillait fur les extrémités i & malgré les crenelures intérieures, les fils coulaient quelquefois par ces parties entr’ouvertes. Enferrant moins, ils auraient coulé tout du long ; en ferrant trop, ou dans les tems humides , les rainures de la barre entrant les unes dans les auttes, & y faifif-fant le coton avec force , il ne refiait plus affez de poids à fa partie inférieure pour s’échapper lorfqu’on tirait la cheville ; il fallait frapper défi fus de la main , & à plufieurs fois, pour opérer cette réparation.
- Il fallait toujours que l’ouvriere portât en-avant fes deux mains à la fois jufqu’au milieu de la barre , l’une pour la ferrer , fautre pour placer la cheville à chaque fois qu’il était queftion de la fermer ou de l’ouvrir. La broche d’ailleurs devenait un meuble embarralfant dans le dernier cas ; l’ouvriere la plantait dans fes cheveux, &c. On a obvié par degrés à ces dif-férens inconvéniens ; & la derniere invention, qui n’en a aucun de ceux dont on vient de parler, elf celle à laquelle on s’eft fixé. Elle confifte en trois bafcuîes à fonnettes ddd, mues par une petite tringle de fer , brifée aux unes par le milieu , d’une feule piece aux autres , que l’ouvriere ârrête fur la barre même où elles font placées , au moyen d’une mortaife pratiquée au bout de la tringle, & d’un crochet fixé fur la barre. Ces trois bafi cules partagent la barre en quatre parties à peu près égales. Elles font attirées par un côté, & de l’autre elles élevent en même tems la partie
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- DE VELOURS DE COTON. i$$
- inférieure de la barre par des fils de fer qui , paffant au travers de la partie fupérieure , vont faifir & amènent l’autre , de maniéré à les unir enfemble avec une force & une preftiou par-tout & toujours égale.
- La tringle eft armée d’un bouton, pour la tjirer jufqu’à ce que la mor-taife arrive au tenon. Tout cela eft pratiqué fur l’extrémité de la barre du Côté de l’ouvriere ; & elle fait ces mouvetnens avec promptitude , & fans la moindre gêne. Ils font doux , fans foubrefaut, & leurs effets toujours égaux.
- *On remarquera que la partie fupérieure de la barre repréfentée plus en grand en B B, eft terminée par de courtes réglés, un peu échancrées en-dedans , & pofées d’équerre. C’eft fur les réglés 4444, qu’eft fupportée la barre , & qu’elle va & vient en faqon de couliffe dans les feuillures des pièces II. Il eft très-important que ce mouvement foit facile & doux : la barre qui irait & viendrait à la moindre impuftion , n’en ferait que plus parfaite. Pour en faciliter le mouvement & lui donner cette perfection, ou enchâffe dans des mortaifes pratiquées aux extrémités de ces réglés, de pe!Ü* rites roulettes de cuivre qui excédent ou dépaffent leur furface en-deffous & de côté , d’une ligne ou d’une ligne & demie. Chaque réglé porte ainfi quatre roulettes, deux en-deffous & deux de côtés ce qui fait huit roulettes, quatre pour le fupport de la barre, & quatre pour éviter les frotte-mens par côté.
- Cette barre doit être faite d’un bon bois de chêne, bien fain & bien fec , arrondie deffus & deffous , & bien polie , afin que les fils ne s’y accro’-ehent pas.
- J’ai déjà obfervé qu’un des plus grands avantages de la filature à la inéchanique, eft d’avoir des fils égaux en finefte & en force: à l’égard de celui qui réfulte de la quantité , il eft proportionné à la fineffe du fil. Car le favonnage le cardage , la filature en gros, & toutes les opérations préparatoires étant les mêmes ,il y a d’autant moins à gagner pour celui qui aehete la matière & qui l’emploie, & pour l’ouvriere qui la travaille, que le fil enfin eft filé plus gros. Il donne moins de longueur, il eft d’un numéro plus bas ; il eft plus commun, & le prix de la faqon eft moindre. A tel degré, il n’y aurait plus de profit j paifé ce degré, il y aurait de la perte ; le point eft inafîignable, c’eft à la pratique à le déterminer d’après ces obfervations.
- Cette méchanique eft également propre à la filature de la laine cardée ; mais je dois convenir que mes tentatives fur la laine peignée n’ont point encore eu le même fuccès, Rafe & feche , celle-ci, dans la roideur de fa filature , avec l’effort d’un reffort bandé , fe retire & fe détord de part & d’autre, lorfqu’un fil vient à caffer. Le rapprochement & un tors léger ne fuftiraient point d’ailleurs comme à la laine cardée, & fur-tout au coton,
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- i84- D A R T DU F A B R I C A N T
- pour les faire reprendre enfemble. Le coton a des fibres très-courtes, qu’il faut beaucoup mêler enfemble , confondre même les unes dans les autres, en leur failant prendre une infinité de directions différentes , d’où réfulte leur accrochement., avec une force capable de réfifter aux opérations de la filature & du' tillage ; mais ce degré de force ne s’acquiert que par une pro-greflion très-lente, & fi peu fenfible d’une partie à l’autre, que fi le coton fe caife au moment même où il palfe à l’étai de fil , où il acquiert le degré de tors qui le conftitue fil, chaque partie tombe & refte immobile. La lame eft plus longue que le coton : les fibres ont plus d’élafticité , plus de roi-deur ; plus elle eft naturellement courte , fine & douce , plus elle fe rapproche du coton par les propriétés qui le rendent fufceptible d’une filature aifée & fine à la méchanique ; & c’eft à raifon de ces différences que la communication du tors eft plus prochaine & plus fubite. Quelque fine donc & bien cardée que foit la laine , il faut que le mouvement de la méchanique propre à la convertir en fil, foit plus lent à proportion de ce que le mouvement progrefïif des parties de la matière les unes fur les autres eft plus accéléré: il faut grolfir les broches fur lefquelles les fils fe forment, les noix qui efluient les frottemens , ralentir encore le mouvement par d’autres moyens , ce qui eft facile. A l’égard de la laine peignée , dont les fibres font très-longues , rapprochées, mais divifées par le peignage , le tors imprimé fur l’une de fes extrémités fe comrhunique foudain à l’autre ; & de proche en proche , toute l’étendue d’une aiguillée , ou du développement de la matière propre à la former, fe reffent , prefque au même inftant & au même degré, des indueuces de cette opération. Alors une tenfion plus forte que celle qu’a donnée l’aéle de rapprochement , fait cafter le fil i & toutes fes parties tendent très-promptement à reprendre leur premier état: ce n’eft plus un fil. Si au contraire la tenfion n’eft pas fufHfknte pour contenir également toutes fes fibres dans l’état uniforme de contraction que leur a procuré le mouvement de la méchanique, elles fe rapprochent, fe furmontent, fe cordelent, fe bouclent ; ce n’eft plus du fil, & la matière n’eft plus propre à rien. Celle du chanvre & du lin, qui ne font que des écorces beaucoup plus dures & plus longues , & fur lefquelles les mouve-mens du tors fe communiquent beaucoup plus rapidement encore , fe caife plus fubitement, plus fec , plus net ; fe furmonte , fe boucle , fe cordela plus précipitamment. Telles font les raifons pour lefquelles on n’a point encore appliqué la méchanique à la filature des laines & des foies cardées ; celles qui éloignent davantage d’en faire ufage pour les laines peignées , plus encore pour le chanvre & le lin. On ne juge pas cependant que la cliofe foit impoiiible $ j’efpere même, & je prédis que tôt ou tard elle aura lieu.
- Du
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- DE FEL 0 ü RS DE COTON, igf
- Du devidage & du tarif.
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- Le devidage du coton fe fait de la même maniéré, avec les mêmes précautions, & un femblable dévidoir qu’il eft indiqué à cet article , dans l’Art du fabricant des étoffes rafes, &c. On dévidé fix, huit à dix bobines, fui-vant la longueur de l’afpe pour en former autant d’écheveaux. On les arrête tous les quatre-vingt tours , ou à chaque centaine d’aunes , pendant fepfe révolutions femblables & fucceflives. On arrête alors le fil d’une maniéré plus déterminée , & on ieve les écheveaux divifés chacun en fept pièces. On détermine le prix de la filature , le prix du fil , fon numéro par confé-quent, & l’emploi de ce fil, par le poids de la piece ou celui de l’écheveau.
- Les cotons employés dans la fabrique des velours , font quelquefois pris des nos. 26,27 i mais communément du n°. 30 ou n°. 40. Le n°. Jf eft le plus ordinaire pour le cannelé , quoiqu’on en faffe avec des fils du n°. 20, & même du 24; & les extrêmes auxquels on ne monte & on ne defcend guere,font 12 & 45a II eft très-rare qu’on file par-delà le n9. 60. Il 11’y a même pas d’ufage qui ait déterminé dans ces cantons le prix de la filature depuis les nos. 48 ou 50. On pourrait filer plus fin fins doute, & il ferait très-aifé d’alonger ce tableau ; mais cela ferait inutile.
- Il eft effentiel de remarquer que le plus ou moins de tors du fil fait varier fon numéro, fans qu’il en foie plus ou moins gros : car , à diamètre égal, c’eft le degré de tors des fils qui détermine leur poids.
- TARIF.
- Poids de Vécheveau. Poids de ta. piece'.
- Num. Onces. Gros. Grains. Fraft. Onces. Gros. Grains. FraÆ.
- I lé 2 2 20 4 7
- 2 8 I I 10 2 7
- 3 f 2 48 6 6 6 1
- 4 4 4 4i X 9
- I 3 I 43 1 » 3 47 11 1%
- 6 2 T 24 S 7 - 3 3 3 4
- 7 2 2 20 2 44 49 73
- 8 ' 2 2 20 4 7
- 9 1 6 16 2 2 2 7
- 10 1 4 f 7 3 S I 59 13 3Î
- 11 1 3 45 9 X I I 47 Sî 77
- 12 1 2 48 I 37 S 7
- *3 1 1 60 I Z 13 I 29 2 S 91
- 14 1 1 10 2 7 I 22 " 49
- 15 1 38 2 •> I if Z7 33
- 16 1 I 10 7
- 17 *7 4 3% 2 17 I 5 <T3 IÏ9
- Tome XIX. A a
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- 186 L'A R T D ü
- Poids de £'écheveau.
- Nnm. Onces. Gro:. Grains,
- 18 7 8
- 19 6 53
- 20 6 23
- 21 6 6
- 22 5 58
- 2? 5 40
- 24 5 24
- 5 8
- 26 4 66
- 27 4 53
- 28 4 4i
- 29 4 29
- 30 4 19
- 32. 4 4 9
- 33 3 63
- 34 3 55
- 3 5 3 47
- 36 3 40
- 37 3 33
- 38 3 26
- 39 3 20
- 40 3 14
- 41 3 8
- 42 3 3
- 43 2 70
- 44 2 65
- 45 2 60
- 46 2 56
- 47 2 52
- 48 2 48
- 49 2 ’ 44
- 50 2 40
- fi : 2 3<S
- f 2. 2 33
- 53 2 29
- 54 2 26
- 55 2 23
- 56 2 20
- 57 2 ,7_
- 58 2 i4
- 59 2 12
- 60 2 9
- FABRICANT
- Poids de la pièce.
- Grains.
- Onces.
- Fr a ft.
- Fraft.
- 7
- _39
- 133
- ï9
- 3l
- 102
- 147
- 61
- II
- lzl
- III
- m
- 293
- 11
- 3*
- 102
- 217
- 77
- 86
- Ïx9
- iSl
- 241
- 4
- 7
- îli
- 219
- 86
- 9 x 32 31
- _J2
- 287
- il
- 186
- 3ôi
- n
- 31
- ioo
- Ï6Ï
- —i
- 329
- 1
- 298
- 343
- 171
- 21
- 91
- 312
- 371
- 2Ï
- 361
- 381
- 49 1 3 133 141 203 130
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- DE VE1 0 ü RS DE COTON.
- Fabrication du velours.
- 187
- Le velours plein fe fabrique le plus ordinairement dans le compte en 600, & quelquefois en 700; c’eft-à-dire, de 12 à 1400 fils, deux fils en broche, fur la largeur de vingt pouces; & avec du coton du 110. 36, pour l’un ou l’autre compte. L’effentiel eft, que le velours foit bien plein , les coupes ferrées, le poil rapproché. Une chaîne de fond doit pefer environ trois livres, pour une coupe de vingt-quatre aunes; fix livres, pour les deux coupes: & celles de poil ou du velouté , environ cinq livres , dans fa longueur de foixante-douze aunes, dont il en faut quatre, & même travailler fur la cinquième pour une chaîne de fond de quarante - huit aunes: c’eft-à-dire , que foixante-douze aunes de poil ne font que de onze à douze aunes de velours. La première eft compofée de fils doublés & retors for-tement au moulin. Cette méchanique à retordre les fils de coton , en elîipfe allongée , à double rang de bobines , employée dans ies manufactures de velours de coton, eft décrite ci-après, à l’explication des planches. Les fils de la chaîne de fond , ainfi doublés & retors au moulin , ne doivent -pas être auflî tors que les autres à la méchanique, lors de la filature en fin ; ils deviendraient durs, fecs & caftans. La fécondé chaîne, celle de velouté, eft compofée de fils fimples , en nombre égal à celui de la chaîne de fond; deux fils encore e,n broche , quatre en tout ; & du uQ. 30, ce qui dépend aufti de fon degré de tors; plus il l’eft, plus il y a de matière, plus le duvet abonde.
- Il faut une trame de même matieré 8c de même filature que celles du poil. O11 la fait débouillir, & on l’emploie mouillée. S’il arrivait qu’après une ceftation de travail , la trame fe fût féchée , & qu’on l’employât ainfi fans la ^remouiller , elle s’approcherait moins, le poil en ferait plus rare, l’étotfe plus creufe en cette partie , 8c l’effet difparate. On jugera de la quantité qu’il en entre , par le poids des différentes'fortes de pièces déterminé ci-après, fortant du métier : de 2 à 3 liv. par coupe de vingt-quatre aunes.
- ' A l’égard du velvet-ret ou velvet-reft , la proportion de la chaîne eft toujours la même pour les différens comptes, que celle du velours cannelé: mais celle de la trame varie beaucoup. La trame du velvet-ret ne doit pas être au-deffus du n°. 15 , & celle du cannelé eft comprife entre les nus î<$ & 24.
- La chaîne de fond du velours plein & celle de poil s’ourdiffent egalement par vingt bobines, & l’on met trente portées pour celle - ci, & trente . & demie pour celle là, à caufe des lifieres. Au velours plein du compte en fix cents, le nombre des lames eft de fix, quatre pour le fond, & deux
- A a ij
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- i88
- LA RT D U FABRICANT \
- pour le poil, compofée chacune de trois cents liffes , ayant les unes chacune un fil de fond tors & double, & les autres chacune deux fils de poil fimples. Les dix-hüit cents liffes ainfi garnies fe di'Vifênt de trois en trois , deux de fond & une de poil, pour diftribtier les fils & en garnir égale* ment les fix cents broches du ros.
- On fait jouer les quatre lames de fond pat quatre marches, & les deux lames de poil par une feule marche j ainfi l’armure de ce métier eft com-pofée de fix lames, cinq marches , & cinq marchettes. En voici la difpofi* tion , le palïage des fils, & la façon de marcher, indiqués au velours plein, pl. VU du métier , & 8 des marches, fig. i. On paffe la verge après avoir marché i & 4.
- Les traits I marquent les cordes correfpondantes des lames aux marchet* tes , celles qu’on nomme les grandes cordes.
- Les o marquent les cordes correfpondantes aux contre-marches , celles qu’on nomme les petites cordes ; au velours cannelé,/»/. VIII, fig. 2 , il n’y a que quatre lames, deux fimples qui ne contiennent enfemble qu’un tiers de la chaîne, & deux doubles qui en contiennent chacune un tiers.
- La marche de velvet-ret ne dififere qu’en ce qu’au lieu des lames dou-b!ps qui lèvent pour le cannelé * on fait lever les lames fimples, & l’on marche un pas de toile.
- Le velvet-ret, qu’on nomme huit duites, parce qu’on en pafle trois de fuite à couper, que ce n’eft que la quatrième qui ouvré le pas dê toile, qu’on repalfe trois autres duites à couper, & que ce n’eft que la huitième dune qui ferme & arrêté ce premier pas, eft une étoffe forte, chargée de matière, & dure à couper. On a trouvé le velvet-ret à fix duites, affex fourni & moins cher, & l’on 11e fait plus guere que de celui-ci. Voye.1 la marche,/»/. VIII, fig. 3.
- 1 marché , la lame 4 leve , & l’on pafie la première duite, qu’on coupe.
- 2 marché, la lame*2 leve, & l’on paffe la deuxieme duite, qu’on coupe.
- 3 marché, les lames 1 & 2 lèvent, & l’on paffe la duite , qui fait la toile.
- 4 & fe coupent encore, & 6 clôt le pas de toile j ainfi de fuite.
- Les lames 1 & 5 font toujours en - delfous de la trame qu’on coupe; elles ont à elles deux les deux tiers de la chaîne: d’où l’on voit que lorf qu’il fe trouve une trame à couper, il y a cinq fils de la chaîne en-def-fous , contre un en-defïus.
- Pendant que j’en fuis aux marches des velours de coton, je vais don-fier celles de deux étoffes, de ce genre de fabrication, devenues fort à la mode : les croifés en coton , dits- fatinettes, qu’on emploie beaucoup en vêtemens d’une feule couleur, ou imprimés à petits deffînsi & les piqués de même matière, qu’on confomme ordinairement en blanc.
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- DE F EL 0 VUS DE COTON.
- Les croifés en coton fe font dans le meme compte que les velours à douze ou quatorze cents fils, fix à fept cents broches, deux fils en dent: fils doublés & retors : fur la largeur de vingt à vingt-deux pouces : chaîne de quarante-huit à cinquante aunes, qu’on met auiii en deux coupes : la trame du n°. i f au n°. 24. On les fait croifés d’un côté, & à pas de toile de l’autre ; ou croifés des deux côtés. Dans le premier cas , il faut cinq marches & trois lames,/?/. Flîl,fig. 4: dans le fécond , quatre marches , & quatre lames , même planche, fg. 5. La vue de ces marches fufi fira pour l’intelligence de leur jeu , ou toute autre explication ferait inutile.
- On peut faire un croifé à côté, en ajoutant trois lames femblables aux premières: les fils divifés de maniéré qu’il y ait un intervalle de trois, quatre , cinq , ou fix liffes vuides, & autant de litîés garnes ; plus ou moins, luivant la largeur de la rayure qu’on veut faire ; en alternant plein & vui-de, d’une lame à la fuivante, mettant par conféquent deux cents fils par lame, au lieu de quatre cents.
- Dans le premier cas, il ne s’élève qu’une lame à .Ja fois , & tout eft croifé d’un feul côté: dans le fécond cas, il fe leve deux lames à la fois, & la cannelure , croifée d’un côté, eft unie de l’autre, & vice verfa : cette étoffe n’a point d’envers proprement dit.
- Armure de piqué pour un carreau quatre points, fimple , pl. VÎII s fig. 6 £
- & fig. A.
- Marcher en même tems la première j à droite, & la première 1 h gauche , & paffer une duite de fil fin: frapper deux coups: continuer de marcher la première 1 à droite, & en même tems la deuxieme 1 à gauche, & paffer une fécondé duite de fil fin : frapper deux coups. Marcher du pied droit la huitième cotée 2, paffer une troifieme de fin: frapper, marcher du pied gauche la neuvième cotée 3 : paffer une quatrième duite de fin : frapper , fouler fuccelîivement la cinquième du pied droit, la feptieme du pied gauche , & la fixieme du pied droit : lancer entre chacune une duite de fil gros : de maniéré que des fept duites paffées fucceflivement, les quatre premières fuient en fil fin , & les trois dernieres en fil gros.
- RÉPÉTEZ tout ce marcher en employant la deuxieme à droite, cotée 2 , au lieu de la première 1 , puis avec la troifieme , & enfin avec la quatrième. On a la moitié formée de tous les carreaux; & en recommençant on n’aurait que des zigzags ou bâtons rompus; mais en rétrogradant, c’efî-à-dire, en employant, après la marche 4, les marches 3 , 2 & 1 , au lieu de reprendre 123 & 4, & revenant par 23 & 4, on fera les deux autres côté* des carreaux ? & il feront terminés.
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- I $o
- DA RT DU FABRICANT
- 'Armure dépiqué pour un carreau quatre points, double , pl. VIII, fig. 7 *
- & fig- B.
- Le marcher fe fait comme il eft tracé d’après le principe indiqué à l’armure précédente , en rétrogradant à celle - ci de la neuvième à la huitième.
- Les piqués fe font de deux mille quatre cents à trois mille fils en chaîne ; quelquefois en fils doublés & retors , mais en moins haut compte alors j ordinairement en fils (impies, mais très-tors à la méchanique ; de vingt-cinq à trente tours. On le prend communément du n\ 2.0. Les chaînes de vingt-cinq aunes pefent de cinq à fix livres. Les ros ont huit cents, neuf cents & mille broches ; trois fils en dent , fur 34 pouces de large, pour revenir, l’étoffe après le blanchilfage, à vingt-neuf pouces.
- Les armures ci-jointes des piqués font montées en deux mille fept cents fils. La première a onze marches & dix lames. O11 vo-it que les deux lames qui font en-avant contiennent chacune un tiers de la chaîne , & que l’autre tiers eft réparti fur toutes les autres lames , dans une proportion un peu différente au carreau fimple. Le carreau double a aufii deux marches de plus que l’autre , quoique le nombre des lames foit égal.
- Il eft à obferver, & ou le reconnaîtra en examinant attentivement le paffer des fils & le marcher de l'étoffe , que le fil fin qui fait l’entoilage paraît leul en - deffus , & que le fil gros qui eft tout en-deffous 11e ferfc qu’à donner de la confiftance à l’étoffe,& a faire gonfler le piqué.
- Quand les points de piquure font très-rapprochés, comme au carreau double, il faut un gros fil , beaucoup moins gros qu’au carreau fimple.
- Voici encore une marche,/»/. VIII, fig. 8 , qui n’a point été publiée, que je fâche , & qui par fa fingularité mérite bien de l’être , autant ici qu’ailleurs. C’eft celle au moyen de laquelle on exécute une toile fans li-fieres, & des fies fans fond ; 11’importe les dimenfions 8c la matière ; fig. g. - Les o indiquent les lames qui lèvent : les / celles qui baillent en même tems: les XX , les deux marches fervantà faire le fond des facs , on peut les retirer dès qu’ils font faits. Lorfqu’avec ces deux marches on a ouvré une toile ordinaire , fur la longueur de quatre doigts, & qu’on les a mifes de côté , l’on opéré avec les quatre autres marches , fui van t l’indication des chiffres. Il n’eft important de placer le talon des marches en-avant ou en-arriéré , que relativement à la force ou à la délicatefle de la matière, au plus ou moins de fecouifes qu’elle peut effuyer, & auxquelles elle doit réfifter dans le travail.
- La longueur donnée du fac étant faite, on reprend les marches XX, pour fabriquer une nouvelle longueur de quatre doigts de toile fimple: on coupe enfuite la toile fur le travers, & dans le milieu de cet elpace,pour
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- DE VELOURS DE COTON.
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- avoir de part & d’autre un fond de lac fans couture, qu’on retourne ejn-dedans , pour que la toile ne le défile pas, que le tilfu ne fe défafîe pas au fervice.
- Peut-être trouvera-t-on un jour quelque avantage à employer cette marche pour faire des. facs à grains , à farine , ou à ouvrage , ou enfin pour tant d’autres ufages intermédiaires. C’elt, à quelques changemens près, pour l’agencement des manches , celle qui a fervi à fabriquer ces che-mifes fans coutures , qui ont fait tant de bruit. Je reviens à mon objet.
- Du relie, le métier à velours de coton plein, veîvet-ret & cannelé, des Patinettes, des piqués , &c. efl le même ; plus ferme & plus folide que dans la toilerie , parce que les fecouffes de la fabrication lont plus fortes , mais carré & d a-plomb ; la chaîne également parée , très-peu inclinée ; celle de fond en-deffous , & celle de velouté en-deffus, comme aux velours d’U-trecht, aux pannes; les fers ou verges de même, mais plus fins ; les rabots femblables , mais de bonne trempe. L’enfuple du travail également en-deffous , armée d’une roue d’entrée en encliquetage ; la poitriniere à rainure à jour , pour y paffer l’étoffe fabriquée. Les liffes de fil de lin, Je peigne ou ros en fer ; les chaînes fe détendant, s’attirant & s’arrêtant de la même maniéré, &c. &c. &c. Voyez pl. VII, fig. 1 & fuiv.
- Le premier choix à faire dans les uflenfiles, efl celui des verges ou fers gghh., ainfi nommées, quoiqu’elles foient en cuivre. Voyez pl. V, fuppliment de la pl. Vil. On en a effayé de beaucoup de pays , d’Angleterre même : on n’a rien trouvé de préférable à celles de Lyon; & c’ell de là que plufieurs manufactures les tirent. Il faut fur-tout éviter l’inégalité de groffeur, qui barre le travail, & lui donne un air cannelé, ce qui efl un grand défaut : il faut rejeter de pareilles verges fans héfiter. Les fers à velours font généralement arrondis : ils fe placent indifféremment ; & lor'f-qu’on frappe les duites , ils fe tournent ordinairement d’eux - mêmes, la cannelure en-deffus. Ceux au contraire qu’on nomme à cœur, fe mettent & fe tiennent droit fur-le-champ , parce qu’ils ont de la bafe : quand les ouvriers font bons , ils frappent également, & font une aufîî bonne étoffe; mais lorfqu’iîs font négligens., n’étant pas néceffités de frapper autant que dans le premier cas, pour faire tourner la verge , ils approchent moins la duite, & le velours efl trop léger.
- Il n’efl pas moins effentiel que le couteau cc dd foit de bonne trempe,
- & que l’ouvrier le tienne bien en taillant, pour avoir une tranche égale ,-vive & nette. Lorfqu’il y a des inégalités un peu fenfibles dans la coupure, que le poil efl mâché, bourru, ou bavant à fes extrémités, il en réfulte une furface inégale, dont fe grillage ni aucun apprêt ne garantit jamais parfaitement le velours. Ce vice réfuterait encore de la verge mal tournée
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- au moment de la coupe , ce à quoi l’ouvrier doit être tres-attentif : il ne doit pas l’ètre moins à ne laiffer courir aucun fil calîé , car le vuide qui en réfiilterait formerait fur la longueur une autre forte de cannelure qui ne ferait pas moins défagréable.
- Des premiers Apprêts.
- On débute dans les apprêts du velours, par le bien éplucher d’endroit & d’envers ; c’eft-à-dire, qu’au fortir du métier, à la pointe & à la pince, toutes les ordures qui peuvent s’y rencontrer : on le fait débouillir en-fuite pendant trois quarts d’heure ou une heure ; après avoir jeté une ou plufieurs pièces dans une chaudière remplie d’eau pure, on les pafle fur le moulinet, & on les y tourne & retourne les unes après les autres pendant une demi-heure ; on les abat; on leur laide prendre quelques bouts encore, & on les tire. Pendant l’intervalle du débouilli, il faut prendre garde qu’aucune partie de l’étoife ne demeure long - tems appuyée contre la chaudière; elle fe roufiirait : fi le dépôt au fond eft trop long, elle s’y empâte avec la mal-propreté qui s’eft répandue dans le bain ; l’air & l’eau s’en échappent, 8c elle fe brûle bientôt.
- Au fortir de la chaudière, on porte les pièces à la riviere ; on les y lave en pleine eau; on les bat à plufieurs reprifes; & lorfqu’elles font bien dégorgées, on les leve fur la planche par feuillets, en les tirant de l’eau proprement & fans y lailfer aucun faux pli ; car s’il s’en trouve, quoi qu’on y fade après , il relie toujours des traces de la divergence du poil, que le grillage même ni les autres apprêts ne fauraient effacer entièrement ; il en réfulte même quelquefois des barres de poils grillés jufqu a la chaîne. On fait fécher le velours, 8c on le difpofe au cardage, qui s’opère au moyen d’une table alongée, folidement montée à hauteur d’appui , ayant une rainure à jour à chacune de fes extrémités , & de deux cylindres à encliquetage , placés au-dedous de ces rainures , qui bandent fortement l’étoffe en l’enroulant de l’un fur l’autre : alors, à chaque tablée ou longueur d’étoffe tendue fur la table, on palfe deffus, appuyant plus ou moins, fuivant fa force , d’un bout à l’autre & en fens contraire 9 une des vieilles cardes qui ont fervi à carder le coton ; & lorfque le poil eft bien relevé 8c bien ou* vert, on procédé à la'tonte ou au grillage.
- S’il arrive de carder de même le velvet-ret, ce n’eft que légèrement, & lorfqu’il eft fort & très-garni ; autrement cette opération fe fait , ainfi qu’au cannelé, après la coupe, à l’un & à l’autre, avec une brode de poil de fanglier. Cette brode doit être bien fournie & très-forte, d’un certain poids, longue à comprendre la piece fur toute là largeur , & garnie d’un® douille en fer, pour mettre un manche de longueur proportionnée, afin
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- DE F E L 0 U RS DE COTON;
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- que l’ouvrier puiffe aller & venir , & la conduire d’un bout à l’autre de -la table.
- D’autres placent & fixent la broffe fur le travers & au milieu de la table, le poil en-delius, & au moyen des cylindres ou rouleaux fixés au bout de la table, au-dellous de fou niveau , ils font aller & venir la piece, le côté du velouté fur le poil de la brolfe. Il faut alors que les foies de la brode fuient très-fermes, pour ne pas ployer fous ledbrt de la piece: on augmente leur force, ou plutôt on concourt à leur réfiftance, en donnant au plan que forment les pointes de ces foies, une forme à peu près quart-circulaire.
- Au lieu de carde ou de brodé , on fe fert aulli de la peau de chien de mer» elle altéré moins 1 étoffé, ne la frottant bien fort qu’à la fuperficie.
- Le découpage du velvet-ret & du cannelé fe fait fur la longueur de la piece après fa fabrication, fur un métier à part, de la même maniéré qu’on découpe les velours de gueux en Beaujolois depuis plus d’un ficelé. Ce n’eft plus une fécondé chaîne, comme au velours plein, qui en fait le veloutés mais une partie de la trame. Ce nouveau métier eft un cadre alongé, fou tenu, de traverses & de piliers, qui reifemble beaucoup au pied folide d’une table longue & étroite , voyt{ pl. XI, fig. i & 2. Les couteaux font faits à peu près de même que ceux qui fervent à découper le velours de gueux, mais plus minces, plus fins, & d’une beaucoup meilleure trempe: ils font en outre armés d’une pointe de fer, qu’on nomme le guide, & qui s’enchâfle au bout du couteau, & s’en retire à volonté j elle entre dans la cannelure, précédé & guide en effet le tranchant.
- Ces petits outils fe tirent encore en grande partie d’Angleterre , quoiqu’on commence à les fabriquer paisiblement en France : ils demandent une grande perfedion, & il n’eft pas moins important que la main de l’ouvrier qui s’en fert foie très-exercée dans ce genre de travail.
- De la tonte ou grillage du velours de coton.
- L’arrangement des fibres de la foie eft tel , qu’elle réfléchit toujours les couleurs avec éclat, par un luftre qui lui eft naturel. Le poil de chevre a aulli cette propriété j ainfi les velours de foie ni les velours d’Utrecht n’ont befoin d’aucun apprêt particulier pour cet effet. On tond cependant aux forces, comme les draps , les pannes ou peluches en poil , & celles en laines ; mais le poil y eft plus rare , & par plus d’égalité de hauteur on réunit mieux fes extrémités fur le même plan. Les pannes fines & ferrées font celles qui en ont le moins de befoin : la laine n’a pas de luftre j mais elle a des pores très-ouverts, & elle abforbe une fi grande quantité de parties colorantes, qu’elle les réfléchit avec beaucoup de vivacité i fa couleur , quoique d’un reflet Tome XIX. B h
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- mat, eft plus nourrie, toutes chofes égales d’ailleurs, que celle appliquée fur aucune autre matière.
- Le coton n’a quelques-unes de ces propriétés que dans un degré très-inférieur , & il eft absolument privé des autres ; il ne fe coupe jamais net d’ailleurs ; les pointes en font toujours mouffeufes, & elles filandrent fort inégalement le poil eft fi épais ou fi, denfe, que les forces n’y auraient point de prife; & quand même elles pourraient pincer fes extrémités, elles ne remédieraient pas à l’inconvénient du rabot, qui fera celui de tout outil tranchant fur un fil quelconque de matière, végétale. Il faut cependant for*-mer de toutes ces pointes une furface telle que, coupées net & à même hauteur, elles s’émoulfent ou s’épanouiffent fiir le même plan : ce n’eft que par la réunion de ces fibres émoulîées fur une furface plane, que le velours peut conferver cette même réunion dans tous les mouvemens & dans toutes les attitudes que fa foupleife lui permet de prendre ; ce n’eft qu’ainfi qu’il fait également fentir du moelleux fous la main, & qu’il acquiert la plus grande difpofition à réfléchir les rayons de lumière qui le colorent.
- On s’eftapperçu qu’on obtenait une fcifiion nette , en brûlant un fil de matière végétale ; & l’on voir tous les jours faire ufage de ce moyen , pour enfiler plus aifément une aiguille ; on en a brûlé-plufieurs retors ou réunis-enfemble de différens genres & efpeces , il en a toujours réfulté le même etfet. On a vu en outre,que l’état d’inflammation ou d’incaudefcence fe terminait très - promptement, fur cette matière, en laiflant après lui une terre lecne , rude , vitrifiable, 8i quelquefois même vitrifiée. Le fil de matière animale s’enflamme au contraire , &- brûle rapidement : il donne une odeur em-pireumatique, & laide une matière charbonneufe, qu’on retrouve un peu grade au taéfi: ces moyens fervent quelquefois à fixer des idées incertaines fur la nature d’une matière filée ou non filée., employée en étoffe ou autrement.
- Il eft fenfibîe qu’on aura été conduit par cette analogie pour rafer le velours de coton ; mais il eft vraifemblabîe qu’on a tenté plufieurs moyens pour y parvenir, avant la découverte.de celui.auquel on s’eft fixé, qu’on,aûe-puis appliqué à d’autres objets, & que nous allons décrire. Les trois vue# dont on joint ici les deftîns du fourneau, ou plutôt du méchauifme du travail fur le fourneau , faciliteront beaucoup, i’intelligence de cette opération,..
- Du fourneau à brûler, griller ou rafer Les velours de coton , & de la maniéré, de faire 'cette opération. Pl. XI, fig. i , i .& 3.
- Les chiffres 2,3,5 ', 7,fig. 1, repréfentent la face d’un fourneau de trois^ pièds huit à. dix pouces de haut,.de fept admit pouces de largeur en.dedans*
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- DE VELOURS DE COTON.
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- le cendrier eft très-élevé & toujours ouvert, pour donner paflage à l’air qui doit pouffer fortement à travers les barreaux : on voit le dedans du fourneau , dont la porte eff fermée & en partie brifée. Le mur qui accompagne la façade du fourneau en - delius & par côté , eft auffi brifé, pour laiifer voir la partie de derrière.
- Ce fourneau en briques efl: alongé en forme de galere, -de la longueur d’environ trois pieds & demi, non compris la partie qui efl: fous le mur de face 4, ni celle engagée dans le mur de la cheminée 6 , qui efl à l’autre bout, au fond du fourneau : il eft terminé au fommet par une plaque de fer de fonte 1 , en voûte à plein ceintre, de la longueur de quarante pouces, d’un demi-pouce d’épaiffeur, de fept pouces de corde, & de quatre de fléché , l’une & l’autre prilès intérieurement.
- On chauffe ce fourneau au charbon de terre ; les barreaux de fer , de dix à douze lignes d’épailfeur, n’en ont que trois au plus d’écartement : ils font appuyés lur la carre dans le plan horizontal, pour que la cendre s’en échappe mieux , & que l’air s’y établiife un courant plus fort. La flamme donne contre la plaque, dont on peut hâter la chaleur, ia concentrer & l’étendre en même tems plus également, en la recouvrant d’une autre plaque moins épaiffie , qu’on fouleve de tems en tems, pour juger au coup-d’œil du degré de chaleur, & qu’on ôte entièrement lorfqu’on veut opérer.
- Mais on s’efl apperçu que la première plaque perdait bientôt fon poli s & qu1 en un an, en travaillant journellement, elle devenait hors de fer vice. La chaleur ainfi concentrée dilate, défumt ou met en fuflon les parties mal combinées du fer , fouvent encore empreintes de matières vitrifiables , qui y font reliées a la fonte, & qui lui donnent quelquefois tant d’aigreur : ou a abandonné" cette pratique ; 8c la plaque, en travaillant auffi fréquemment, dure cinq & fîx ans , autant de tems enfin que la forme 8c fon poli fe confervent; car fon épailfèur, plus ou moins grande, efl affiez indifférente.
- On a tenté de garnir les parois intérieures du fourneau en plaques fort epaifles de fer de fonte : quoique beaucoup plus épaiffes que la plaque cein-trée qui efl en-deflus , elles s’échauffaient avec tant de violence par la privation d'un air libre , qu’elles fe trouvaient minées , rongées en peu de tems, qu’elles tombaient même en fufion , & que la matière coulait quelquefois à en effn jyer les ouvriers, Il a fallu revenir à la brique , quelque lujette à réparation qu’elle foit, des morceaux de tuiles feraient meilleurs, employés avec une argille fort mêlée de terre très - calcaire. Pour le dehors du fourneau , on n’a rien trouvé de mieux qu’un bon torchis d’argille & débourré.
- Nous voici au moment d’opérer 8c de faire choix du degté de chaleur de la plaque, entre le paiiàge du cerife brun au vif, ou du cerife vif au b!anc. Nous croyons le dernier préférable, en ce qu’en agilfant précipitamment,
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- on opéré plus également : on peut craindre alors de brûler ; mais on fais toucher le velours en une moindre quantité de points de la furface , fur trois à quatre doigts de large feulement.
- Cette difpofition le rapproche plus de la tangente ; il y a peu de preflion , peu de frottement j & il ferait dangereux de vouloir l’augmenter en appuyant deifus en-avant avec la main ; on ferait une tonte très-inégale. Il vaut mieux , penfent quelques perfonnes , faire le grillage lorfque la plaque n’eft pas d’une chaleur G forte, & y faire appuyer le velours fur une partie de cinq à fix pouces de fà circonférence. En deux ou trois paffes au plus , l’opération eft faite , il' y a plus de frottement 5 on ne va pas auOi vite , & il y a moins de rifque de brûler. Ainfi les uns pouffent la chaleur de la plaque prefque jufqu’au blanc} les autres chauffent un peu moins cette plaque.
- En fuppofantfa chaleur au plus haut degré, comme en ufele fleur Alix , on paflè la piece deifus avec célérité quatre fois de fuite , deux fois aller & venir: on la levé promptement& on l’évente aufti-tôt} on la carde une fécondé fois plus légèrement que la première, & on la grille plus rapidement encore que la première fois. Avec quelque vîteife qu’on opéré, fuivant le degré de chaleur ou l’état de la piece, il faut que ce foit toujours très-également, dans le même grillage, d’un bout de la piece à l’autre : l’inégalité de la marche, dans cette opération , en laiiferait toujours- de remarquables dans fes effets.
- F P PP ? ( aufA les fîg' 2 & 3 de la meme planche ) quatre piliers dans lesquels font enclavés les foutiens des treuils t par des manivelles m m.
- Les piliers p p p p fupportent des rouleaux r, placés à des hauteurs différentes. Lorfqu’on veut brûler ou rafer une piece de velours , on la roule fur l’un des treuils t j 011 en paffe le bout fur l’un des rouleaux r ; on l’étend fur la plaque l; de là fur l’un des rouleaux r placés de l’autre côté , & enfin, fur l’autre treuil t. En tournant celui-ci, 011 amené la piece v v v qui, paf-fant fur la plaque * s’y grille en même tems qu’elle fe déroule de deffus le1 premier treuil : 011 la ramene de la même maniéré , en la faifant paffer, dans le feus contraire, une fécondé fois fur la plaque.
- Le velours de coton doit être débouilli avant l’opération du grillage} dégagé de fa gomme, le poil en eft plus divifé, il fe rafe mieux & plus également. C’eft pour produire le mèmeeifet, qu’on releve le poil avec une-' ferofle : c’eft auffi pour cette raifon,qu’on met des barres de traverfe b b entre-les.poteaux P P F, de chaque côté de la plaque, lefquelles font ftriées à plufîeurs cannelures profondes, & terminées en arêtes ; elles relevent le-poil d’une part, & de l’autre elles le nettoient du réfîdu de la brûlure qui y eft adhérent} & dans le retour, elles font chacune l’office contraire.
- Lorsqij’on veut que l’étoife touche la plaque en. un plus grand nombre
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- de points , on la paffe au-deffous de l’un des rouleaux r, plus bas que celui où on l’avait placée : on fufpend un poids au bout du treuil chargé de la piece * afin que ce furplus de réfiftance, en attirant la piece, la faflé tenir toujours bien tendue, & l’on change ce poids quand la piece a pafTé de l’autre côté. Il n’en faut pas moins que l’opération fe faffe avec une grande célérité , pour ne pas brûler, & avec beaucoup d’égalité, pour ne pas griller plus de parties les unes que les autres : ii l’étoffe pofait un inftant, fans mouvement, fur la plaque rouge , elle ferait brûlée jufqu’à la chaîne ; cependant on peut voir fans crainte, lorfqu’on paffe de fuite l’étoffe fur la plaque rouge , s’élever au travers une fumée épaiife mêlée d’étincelles & de flamme.
- Pour la facilité de griller l’étoffe d’un bout à l’autre, on enveloppe les treuils d’une grolfe toile ou ferpiiliere, & l’on en attache les bouts avec ceux de la piece d’étoffe à grilier, avec une longue & mince aiguille de fer qui y refte entrelacée pendant l'opération. Le premier treuil ainfi garni, & l’étoffé roulée deflus, on amene le bout de la ferpiiliere de l’autre treuil juf-qu’auprès du premier, en le faifant palier par - deflus la plaque, & on les réunit là l’un à l’autre. Si la toile appuyait fur la plaque pendant cet efpace de tems, on la verrait flamber & fe brûler bien vite; elle eff fupportée par la tringle d’en-bas d’un cadre de quatre tringles femblables de fer, qui eff fufpendu au-deffus de la plaque dans fa longueur, à une poulie fixée à une barre de traverfe qui pofe fur le haut de la charpente. A l’inffant qu’on veut commencer le grillage, un ouvrier lâche la corde qui foutient le cadre de fer en l’air ; la tringle d’en-bas coule le long de la plaque , & refte abaiiTée fur le côté du fourneau-; la toile appuie fur la plaque ; l’autre ouvrier tourne la manivelle; on y voit paffer l’étoffé fucceflivement d’un bouta l’autre; on retire la corde , lorfque l’autre toile reparaît fur la plaque , le cadre s’élève , & 011 la foutient ainfi élevée, à moins qu’on ne ramene de fuite l’étoffé, pour la regriller en fens contraire. Toutes ces opérations doivent fe faire fans la moindre interruption.
- Après les premiers grillages, on paffe l’étoffe au bouillon, fur le moulinet , dans une chaudière, comme fi l’on garanqait,mais en tournant plus vite; on la lave en riviere, & on l’étend fur le pré pendant deux jours: c’eft Je-tems de la leflive ; on y affujettit les velours, trois, quatre à cinq fois en quinze jours, les lavant bien chaque fois , & les tenant d’ailleurs continuellement étendus fur le pré : on les mouille bien dans les intervalles en riviere ou dans un baquet, en les tirant à menu, & les levant toujours, avec l’attention d’éviter les faux plis..
- Les leffives £ font avec la potaffe blanche à raifon de demi-livre par piece d’étoffe do vingt-quatre aunes. Quand on a beaucoup de pièces, & qu’011 ks leffive de fuite, on fe fert du bain précédent, & l’on écononiife fur ia
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- potaffe. On leiîîve toujours les pièces les plus avancées, les plus blanches les premières, pour que la mal-propreté du bain ne les terni fie pas. Au bout de quinze jours , plus ou moins , lorfque l’étoffe a le degré de blanc qui la rend propre à être mile en teinture , on la place fur la table à carder , & on la paffe à la peau de chien de mer. Cette peau de chien elt attachée fur uncpiecede bois arrondie en-delfus,pour qu’elle ne tombe pas d’à-plomb , & qu’elle n’écrale pas le poil, qu’on en frotte d’un bout à l’autre, comme à l’opération de la carde : on releve enfuite à la broffe de fanglier tous ceux que l’opération du blanchiiîage a fait relîortir, & l’on paffe à un nouveau grillage, pour lequel il ne faut pas que la plaque foit moins chaude, ni que le travail foit moins rapide qu’aux précédens. On va & vient ainfi également quatre fois en tout. Ce dernier grillage ne doir fe donner que lorfque la piece e(l le plus avancée au blanc, afin que le velouté relie le plus net pollible. L’étoffe et! remife fur ie pré, pour enlever le noir qu’il lui a commune que ; & en huit à dix jours on peut la teindre. De la fabrication à la teinture il faut de vingt-cinq à trente jours, en fuppofant que les opérations foient luivies fans interruption , & que le tems foit favorable.
- Les velours de coton grillés font conlidérablement rouîîîs : la broffe ne détruit pas ces indices de brûlure; c’efi l’ouvrage du pré & des lelîives qui les décruent & les blanchitfent : moins le velours elt plein & garni de poil, plus il y a de ménagement à prendre au grillage, foit dans le degré de chaleur de la plaque , ioit dans le nombre des paffages de l’étoffe fur cette même plaque. Il n’eft queffion que de brûler & de rafer le poil du velouté : plus il eftdenfe, plus il faut que l’imprelîîon de la chaleur foit forte fur cette partie ; mais .de telle maniéré néanmoins, que la chaîne de fond , ni la trame, le tiifu enfin , n’en foient jamais atteints ; la moindre altéra^ tion dans ces parties endommagerait l’étoffe {ans reffource.
- A l’égard des couleurs qui fe donnent par beaucoup de travail & à plu-fieurs fois, telles que les noirs & les mordorés , indépendamment des premiers grillages, on leur en donne encore un plus léger, dans l’intervalle des opérations de la teinture , ayant toujours attention de broder avant & après le grillage, pour le plus grand fuccès des unes & des autres opérations ; non apres un dernier grillage, fait fur une piece teinte, ou pour relier en blanc: ce ferait faire encore relîortir du poil ; ce qu’il faut éviter. On s’en tient alors à laver l’étoffe; un velours noir terminé par un léger grillage, & quelques jours de pré enfui te , s’épanouit; le poil fe divife, il acquiert de la douceur, du moelleux: la couleur en eft plus nette, plus brillance.
- On ne grille jamais fur aucune couleur que le roux du grillage pourrait tenir; il faut au contraire que la blancheur de l’étoffe foit propor-
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- tionnée à la légèreté de la couleur , à la clarté & à la vivacité de la nuance qu’on' fe propofe de lui donner s mais on grille les chinés noir & blanc , les poivrefels ou fablés, faits d’un fil- blanc & d’un fil noir tors enfemble:
- De la teinture des cotons, des velours de coton, & des autres étoffes de cette matière,
- La feve qui circule dans les plantes & leur donne la vie, s’y deffecbe & durcit, lorfqu’elle eft interceptée. Ce fuc gommo-réfîneux, dont tous les' végétaux font imprégnés , s’oppofe à l’adhérence des parties colorantes , comme le fuin, ou le fuc adipeux des animaux, fur toutes les matières à* teindre s il les> en faut également purger.
- Du dégommage ou débouilli des matières à teindre,
- Mettez’ la matière dans une chaudière, avec une quantité d’eau fuffî-fànte pour qu’elle y fubmerge; faites bouillir pendant une heure ; tirez du bain ; mettez égoutter : lavez à la riviere : tordez , & faites fécher. Le velours , comme toute autre étolfe également fabriquée en écru , fe met e* piece dans la chaudière ; on le bat fortement à la riviere, pour en faciliter le dégorgeage ; on le life de nouveau fur la planche , & plié par feuillet j on en exprime bien l’eau au moyen du rouleau. Le coton filé fe tord à la cheville. Lorfqu’on veut teindre la matière eii bleu , il le faut faire immédiatement après cette compreffion , & toujours avant qu’elle fôit feche : autrement la teinture pénétrerait mal, plus ou moins par places ; la couleur ferait inégale & tachée. Si le tems ne permettait pas de teindre auffi-tôt après le lavage, il faudrait remouiller, & preffer ou-tordre, pour y pro^ céder.
- Dissolutions et décoctions préparatoires.
- Du bain de galle , & de tengallag e.-
- Metïez de la galle, à râifon de quatre onces par' livre d’étoffe, dans irnè quantité d’eau fuffifante , pour que la matière à teindre y puiffé fub-merger après la cuilTbn.
- Il ne faut concalfer la galle que lorfqu’il eft qiieftion de teindre en' îtoir. On courrait rifque en général, que le dépôt qui s’en‘ fait ne tachât. Le’placàge qui peut réfufter dirconcaffenïenCn’eft point un inconvénient pour le'noir , &' en ferait uii très-grand'pour toute autre couleur. Il n’eft queftion', pour tirer également toute la fubftance de la galle, qüe dé ld faire bo uillir' trois Leures de plus , au lieu* de deux;
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- Coulez le bain dans un baquet ; nbattcz-y la matière; travai!lez-la vite, de fuite & également; rangez-la au fond du baquet, & laiifez-la repofer dans le bain pendant vingt-quatre heures.
- Le velours de coton lé life dans le bain , fe leve fur la planche, & s’abat à plusieurs fois, avant de l’arranger a demeure. Il faut être attentif à oblerver qu’aucune partie de la piece 11e fumage le bain de galle. Il fè ferait inévitablement des taches dans ces endroits, & elles feraient ineffaçables , à moins que l’étoffe 11e fût mife d’une couleur en une couleur plus foncée, & quelquefois poulfée jufqu’au noir. C’eff fou vent de ces répétitions de teintures , de ces accroiffemetis fuccefîîfs de nuances & variétés de couleurs, que les étoffes en noir font brûlées. Quand on retire le velours de l’engallage au bout de vingt-quatre heures, on le releve fur la planche également pli par pli ; on le preife fortement avec les mains & au moyen du rouleau , pour en exprimer le bain ; on met la piece debout, pour qu’elle s’égoutte ; & enfin à la rame ou aux perches , pour qu’elle feche , obfervant de la rechanger, pour que l’excédant du bain qui fe porte en - bas en dégouttant , n’y dépofe pas en plus grande quantité qu’ailleurs de fes molécules aftringeutes : ce qui ferait un engallage inégal, & tacherait en teinture.
- Lorsque les pièces font feches , ce qui arrive fouvent avant l’engallage , il faut, apres les avoir lifées dans le bain, les battre fur la planche ,pour qu’elles s’en pénètrent par-tout également.
- Dans les grandes fabriques de velours de coton, au lieu de mettre les étoffes pour le féchage à des rames ordinaires , où elles font étendues de champ , on a deux efpeces de corps de rames , placés aulîi verticalement à peu de diftance l’un de l’autre , & réunis par de petits rouleaux ou cylindres tournans fur leur axe. Ces rouleaux font eux-mêmes peu diftans les uns des autres ; ils forment enfemble un plan horizontal entre les deux corps de rames , & de la même longueur au moins que doit être celle des pièces de velours. On étend la piece fur cette fuite de rouleaux: on y accroche aux deux bouts, des réglés ou verdillons, auxquels on fufpend des poids ; & la piece fe feche ainli pofée horizontalement & bien étendue. On a une fuite de plans pofés ainfi les uns au-detfus des autres dans le même encadrement, pouvant tous également être garnis de pièces ; & c’ett ce qu’on appelle Yéiendoir de la fécherie.
- Il faut préferver la matière engallée de l’attouchment de tout corps étranger , de l’eau pure même ; elle en relierait tachée. Ce fort engallage eft nécef. faire pour les rouges & les autres hautes nuances qui en dérivent, telles que celles dont le procédé efl: décrit à la fuite de celui du rouge ; il ell auffi très-néceifaire pour les noirs: mais on peut gagner fur la matière & fur le tems, dans toutes les baffes couleurs qui font fufceptibles de cette opération ; oti
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- profite même des déchets de bain de galle dans certaines circonftances.
- Si Pengallage fe fait à delfein de former une nuance claire , il faut que l’engallage foit très-léger, parce que la galle porte au rouge & brunit la matière. Si l’étoffe a un premier pied de couleur, il faut avoir égard à fon degré de ténacité & engaller moins chaud en conféquence, à froid même, s’il eft nécefFaire.
- Les déchets des bains de galle Te confervent pour un fécond ou un troifieme engaltage , lorfqu’il eft queftion d’augmenter par degrés l’intenfité de la couleur , ou dfe la pouffer à des nuances plus rembrunies. Ces nouveaux pieds fe mettent moins chauds , & même à froid , au lieu que le premier doit être très-chaud 5 comme on Pa indiqué ? alors , fi l’on ne peut y tenir la main , on rabat, & on life au tourniquet j & en quelques tours d’aller & de venir, on achevé cette opération.
- A l’égard du noir, qu’on peut engaller très-chaud avant la teinture, c’eft-à-dire, en bleu ou au fortir du bleu , il faut que le bain foit plutôt froid même que tiede, lorfque l’étoffe a reçu la moindre teinte de noir; parce que fa chaleur alors le fait tourner au moment qu’on y plonge l’étoffe ; le noir , quelque bien lavé qu’il foit, fe décompofant en partie. La noix de galle eft une fubftance très-aftringente, & qui a beaucoup d’affinité avec le fer : par-tout où elle le trouve en nature, tel qu’il eft dans le bain de la tonne de noir & dans la couperofe , elle l’attire fortement: il en réfulte la décompofition du corps qui le contient, & un précipité fubit. Comme le précipité s’opère par l’intermedc de la galle & fur fa fubftance même, lorf-qu’elle s’eft établie dans les pores de l’étoffe , elle y introduit & y fixe les particules ferrugineufes qui la colorent : d’où l’on voit la néceflité de Pengallage , puifque le noir n’eft qu’un précipité du fer par la galle. Mais fi la fubftance de la galle non encore fixée & répandue dans le bain, y rencontre des molécules de fer éparfes & nageantes, foit par la chaleur du bain , foit par un lavage imparfait de l’étoffe teinte , elles s’uniffent alors rapidement ; toute la fubftance de la galle fe fature de fer, & elles fe précipitent enfemble au fond du vafe. Le bain fe noircit ; & entièrement dépourvu du principe aftringent, il refte fans effet.
- Il eft des teinturiers qui rejettent le marc d’un ancien bain de galle dans un nouveau, efpérant de tirer encore quelque fubftance de celui-là au profit de celui-ci; c’eft une erreur: lorfque la galle eft fuffifàmment cuite, ce qui fe reconnaît à la facilité avec laquelle elle s’étend & fe réduit en pâte fous les doigts, tout le fuc effentiel en eft extrait ; & ce marc, loin de fortifier le nouveau bain, l’affaiblit, en repompant de nouveaux fucs.
- La meilleure noix de galle eft celle d’Alep , qui fe reconnaît aifément
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- DA R T DU FABRICANT
- au poids plus confidérable, & à là couleur plus noire que le poids-& la couleur d’aucune autre.
- De la dijfolution de talun , & de Falunage.
- Le bain d’alunage fe fait comme le precedent, à rai fou de quatre onces d’alun par livre de matière à alunerj on y traite l’étoffe de la môme maniéré & durant autant de tems ; avec cette différence, qu’il fuffit pour Tenu» ploi que' l’alun fbit diffous, & qu’il convient que l’eau ne Toit pas plus que tiede : il n’en ferait que mieux même qu’elle fût froide : les couleurs n’en font que plus vives i la chaleur du bain d’alun les ternit. La fuite du procédé différé encore , en ce que l’étoffe , au fortir du bain d’alun, doit être dégorgée , battue & lavée au courant d’une riviere. On la peut teindre à l’in G» tant, mouillée, fuivant les couleurs.
- L’usage des vafes de métal doit être profcrit , lorfqu’il y a dépôt ou refroidiffement de matière, parce qu’ils fe corrodent plus ou moins , mais ünguliérement dans l’opération de l’alunage , par l’acidité de l’alun. La nuance en ferait généralement atteinte, & immanquablement tachée à tous les points de contaét. On doit par la même raifon donner la plus grande attention à la propreté des baquets, qui doivent être le moins poffib|e imprégnés d’aucune couleur qui pourrait fe décharger fur la matière en travail. Il eft même mieux que les vafes qui fervent à aluner & à engaller foient uniquement deftinés à cet ufagff, & qu’ils foient conftruits en bois blanc , parce que le chêne & autre bois de nature aftringente noircirait le bain, fur-touc s’il contenait du fer ou du cuivre en diffolution.
- Cependant les baquets dont on fe fert généralement ici , font de châtaigniers , tirés des barriques à huile j ou de chênes , tirés des barriques à eau-de-vie. Quand ils ont fervi quelquefois à tel ou tel ufage, il eft fans inconvénient de continuer, pourvu qu’on les tienne propres, & qu’on fe ferve toujours des mêmes pour les mêmes opérations. Il eft encore mieux de les enchauxer d’abord, comme je l’ai indiqué ailleurs.
- Il faut en teinture préférer toujours l’eau de riviere à toute autre. L’exception que font quelques teinturiers en faveur de l’eau de puits pour la décodtion. des bois, ne peut jamais être très - avantageufe, & elle peut fouvent être très-nuiftble. L’eau de puits peut beaucoup varier de nature 8c d’effet, parce qu’elle varie fouvent par la quantité & la nature des terres calcaires , féiéniteufes, gypfeufes ou autres, & quelquefois des parties métalliques qu’elle charrie avec elle. Ces mixtes, plutôt étendus que diftous , font bien plus atténués, bien plus divifés, plus dépofés , plus épars, en beaucoup moins grande quantité enfin dans les eaux de riviere que dans toute autre.
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- DE PE L OURS DE COTON.
- De l'eau de couperofe.
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- Mettez dans un barril environ foixante pintes d’eau fur dix à douze livres de vitriol de mars ou couperofe verte ; remuez fortement avec un bâton i laiflez dépofer , pour s’en fervir au befoin. La dilfolution du vitriol de mars doit fe faire à l’eau froide, elle eft moins rouflej la chaleur jaunit toujours les dilTolutions d’ingrédiens ferrugineux ; & comme on a fouvent des gris très-tendres à faire avec cette dilfolution, il faut lui conferver le plus de clarté qu’il eft poflible. On ne rifque rien de mettre plus ou moins d’alun , de couperofe , ou autre fel, dans l’eau , parce que, lorfqu’elle en eft faturée , il ne s’en dilfout plus- Ainfi l’on peut rejeter de l’eau fur le marc, jufqu’à ce que tout foit diflous : il faut pourtant éviter d’en mettre trop à la fois, pour ne pas faire un aufli grand dépôt terreux & mal-propre*
- De Veau de verd -de - gris.
- Mettez vingt à vingt-cinq pintes d’eau fur une livre de verd-de-gris $ délayez-le bien , en remuant pendant quelque tems ; laiflez dépofer & clarifier pour s’en fervir au befoin : on recrute la matière en tems , & comme il eft dit à l’article de la couperofe. Il faut également, & pour les mêmes raifons, faire à froid le bain de verd-de-gris , à moins qu’on ne foit très-prelfé ; car fa dilfolution eft longue de cette maniéré i 011 y procédé ordinairement pour le travail d’un tems déterminé , & peu avant de l’employer.
- De Veau de foude.
- Brisez , pilez même la foude, pour en faciliter la dilfolution ; leflivez-U en telle quantité & à tel point que la pefanteur fpécifique d’un œuf de poule foit égal à un volume égal de cette liqueur, ou qu’il y nage librement entre deux eaux : faites-en aufli d’affez forte pour qu’elle porte l’œuf entièrement 5 vous ferez fouvent dans le cas d’en faire ufàge.
- On fait aufli une leflive de foude, dont on aiguife encore la caufticité par un mélange de chaux vive qu’on fait éteindre fur la foude même , avant d’en charger la cuve, & qu’on nomme eau des favonniers.
- On fait encore une forte d’eau de foude, qu’on nomme eau fécondé des favonniers, en releflivant les mêmes cendres qui ont fourni la première, auxquelles on ajoute une quantité de chaux actuellement éteinte , à peu près égale à celle de la foude. On éprouve toujours ces eaux, pour en proportionner l’emploi à la force. f,a leflive de cendre -gravelée fe fait & s’éprouve de la même maniéré.
- C c ij
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- LA RT DU FABRICANT
- • Du bain de rocou.
- Mettez du rocou dans une chaudière ; délayez-le bien dans une fufFU faute quantité d’eau ; lorfquhl fera abfolument réduit en pâte liquide, ajou-tez-y moitié autant ou un peu plus de potalfe ou de cendre gravelée que de rocou , & autant d’eau qu’il en faut pour bien dilfoudre le tour ; faites bouillir pendant une heure; laiffez dépofer, pour fe fervir du bain clair. Au dér faut de potalfe ou de cendre gravelée on peut employer de la leffive de cendres de bois neuf ; mais il en faut en plus grande quantité , & ne pas faire entrer la cendre dans le bain de rocou , mais la leflive décantée de delfus fon dépôt : l’alkali dilfout la matière réfineufe du rocou, dans laquelle réfide fa partie colorante , & elle donne de l’intenfité à la couleur jaune qu’on en tire ; elle le dore en proportion de la quantité & de la qualité de cet alkali fixe.
- Du bain de bois de Brèjîl. (a)
- On comprend fous cette dénomination , avec le bois de Bréfil, ceux d® Fernambouc , de Sainte - Marthe, du Japon , & quelques autres qui fe confondent affez dans l’emploi, quoique le Fernambouc foit le meilleur.
- Mettez dans une chaudière , fur dix à douze livres de bois haché menu, douze féaux d’eau ; faites bouillir pendant trois heures ; verfez le bain dans line tonne; remettez douze féaux de nouvelle eau fur le même bois; faites bouillir encore trois heures ; verfez de nouveau ce bain fur le premier; lailfez repofer & fermenter au moins douze jours avant„de s’en fervir.
- Par le féjour & la fermentation du bain , il acquiert beaucoup plus de force, & il eh faut moins. Il faut avoir la plus grande attention de ne rien mettre dans la tonne, qui eu interrompe la fermentation ; on courrait rif-que de le faire tourner & de le mettre hors d’état de fervir. Le moindre acide, par cette raifon, eft à éviter dans toutes les décodions de bois; il détruit d’ailleurs le rouge du bois , en diifolvant les parties qui le colorent ainfi : ce qui le rend propre à obtenir certaines nuances qui ne font qu’une dégradation de la couleur primitive.
- Du bain de bois d'Inde.
- Mettez dans une chaudière, fur dix livres de bois haché menu , dix à douze féaux d’eau ; faites bouillir trois à quatre heures : on peut fe fervir du bain fur - le - champ. Mettez fur le même bois moitié d’eau de la
- (a) Voyez les bains de bois, traités d’une maniéré plus étendue dans l’Art défini-prefiion des étoffes en laines.
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- DE VELOURS DE COTON.
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- première fois 5 faites de nouveau bouillir pendant trois à quatre heures ; le bain fera prêt, & également bon.
- Il n’y a pas de mefure exactement déterminée pour l’eau fur une quantité donnée de bois ; on la détermine fur le plus ou le moins d’effet qu’011 veut obtenir, ou l’on emploie une plus grande quantité de bain.
- Du Uain de bois jaune.
- Mettez , comme aux bains précédens, l’eau & le bois haché menu dans une chaudière , mais à raifon de huit féaux d’eau pour douze livres de bois-j faites bouillir pendant trois heures ; laiffez dépofer & clarifier, pour s’en fervir au befoin. Ce bain fe conferve long-tems , pourvu qu’on ait l’attention de n’y mêler aucun corps étranger.
- Du bain de gaude.
- Mettez douze féaux d’eau par botte de gaude du poids de quinze à feize livres 5 ajoutez-y un peu de chaux vive: quand 011 veuCobtenir une nuance un ,peu dorée, quatre onces de chaux fuffifent pour la totalité du bain i il n’en faut pas fi l’on ne veut que des jaunes citrons. Faites bouillir pendant trois quarts d’heure ; employez ce bain toujours chaud j le bain refroidi ferait fujet à tourner, & alors il 11e pourrait plus fervir.
- -DES COULEURS EN BON TEINT.
- N?, i.
- De la cuve de bleu a froid.
- ( Voye^ pi. X, les divers atteliers de teinture. )
- Mettez de la couperofe verte au fond de la cuve ; verfez de l’eau def-fusj palliez , mettez de la lefîive alkaline; palliez, mettez l’indigo broyé; palliez de nouveau , ajoutez de la chaux ; palliez enfin la cuve d’heure en heure , jufqu’à ce qu’elle foit venue en couleur j laitfez repofer vingt-quatre heures ; travaillez deffus : elle eft en état , & fouventplus tôt.
- La proportion des drogues à l’eau du bain eft indifférente jufqu’à un certain point ; elle peut être de cinquante à foixante pintes par livre d’indigo. Il n’en eft pas de même de celle des drogues entr’elles ; la voici.
- Indigo broyé. 1 partie.
- Vitriol de mars, 2 d°.
- Chaux. 2 d°.
- Lefîive. 1 d«.
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- VA R T DU FA B R I CA N T
- La leflive faite avec deux parties d’alkaii & une partie de chaux vive, ou parties égales.
- Autre maniéré de monter la cuve de bleu à froid.
- Indigo diffous & broyé. i partie.
- Vitriol de mars diffous. 2 d°.
- Chaux éteinte, décantée. 2 d°.
- Faites dilfoudre la couperofe dans l’eau; laiffez dépofer, & décantez; faites également diifoudœ la chaux à part dans l’eau ; laiflez aufîi dépofer les parties les plus groffieres, & décantez ; mêlez ces deux eaux enfemble, & verfez le tout à la fois fur l’indigo dilfous dans la leflive des favon-niers, broyé enfuite , & mis au fond d’une cuve vuide ; il fuffit de la leflive qui a fervi à triturer & divifer l’indigo: remplirez la cuve d’eau pure , Si palliez-la d’heure en heure, jufqu’à ce qu’elle foit venue en couleur.
- L’indigo doit être le plus divifé pofîible ; d’abord, parce qu’il ne fe di-vife plus dans la cuve, & que fes parties 11e peuvent s’étendre, pour s’incorporer à la matière, qu’à proportion de leur ténuité; moins divifé, il fournit moins de particules colorantes ; elles font plus entraînées par la gravitation; il en nage moins dans le fluide, & celles qu’abforbe la matière confervent plus de tendance à s’en échapper.
- On fait bien de laver l’indigo à l’eau bouillante avant de le broyer, pour en détacher les ordures qui y adhèrent, & non dans l’idée d’en faciliter la divifion, qui ne s’opère pas plus vite, de la faire fur-le-champ à chaud ou à froid , ni même avec de la leflive alkaline. La méthode de con-ferver l’eau deffus , & par préférence de cette leflive , dans le vafe où on le broie , de laiiTer dépofer & décanter, de rebroyer, reverfer de l’eau , laifTer encore dépofer & décanter de nouveau, & ainfi de fuite jufqu’a la fin , eh très-bonne : mais comme il eh fort difficile d’obtenir une divifion bien parfaite de l’indigo par la feule trituration , quelque moyen qu’on ait encore imaginé pour y parvenir, il eh mieux de ne l’employer qu’a-près avoir laiffé tremper pendant plufieurs jours, & même beaucoup de jours , fi l’on veut, l’indigo dans de la leflive des favonniers , que l’œuf fur-nage entièrement ; il s’amollit & fe réfout en pâte fous les doigts : on le triture alors dans la même leflive, & fans beaucoup de peine on arrive ainfi à fon but.
- Dans les premier cas , ce n’eh qu’à force de patience, & non fans adreiïe , que les méehaniques inventées jufqu’ici pour broyer l’indigo, & la force même qu’on y emploie, ne font pas des moyens infuffifans. Pour la première cuve, 011 brife un peu la couperofe , afin d’en hâter la dilfolution,
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- DE VELOURS DE COTON.
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- & il fhut éteindre actuellement la chaux vive en la trempant dans l’eau, & la jeter dans la cuve au moment que , toutes fes parties fe défuniffant bien , l’évaporation de l’eau eft encore marquée par une fumée très-feufii ble ; plus tôt , elle n’acheverait pas de s’éteindre, & elle dépoferait un fé-dimcnt graveleux j plus tard , elle aurait perdu de Ton action , & elle produirait un effet plus lent.
- On éviterait bien de l’embarras & même de grands inconvéni&ns par la fécondé méthode, fi les corps adhorens n’augmentaient pas l’adtion des feîs difïbus 5 les dépôts de la couperofe & de la chaux , qui forment ce qu’on nomme la pâtée , abforbenü une partie des molécules colorantes ; ils gênent dans le travail , & troublent le bain fort aifément. Mais, fans la pâtée , une cuve ne peut fubfifter long-tems ; c’eft la pâtée qui la nourrit , qui lui fait pouffer l’indigo, & qui entretient fa vigueur. Sans pâtée , elle n’a que les premiers momens ; elle devient bientôt faible, languilfante, & elle 11e fe rétablit plus qu’à force d’indigo. A l’égard de la garance , les. uns l’emploient, & croient y voir qu’elle donne au bleu une nuance plus cuivrée ; d’autres 11e n’emploient point, & tous peuvent très-bien s’en palier.
- On emploie la fonde ou la potaffe indifféremment : cependant la potafïer a l’avantage d’avancer le travail ; elle fe dilfout plus promptement que ia foude , & même que la cendre gravelée , qu’on emploie aufli quelquefois. On peut, au défaut l’un de l’autre, employer indifféremment de ces trois fortes d’alkaîis , mais avec des dofes proportionnées à leur activité. Celle de la foude eft plus grande que celle de la cendre gravelée , & celle de ia cendre gravelée plus que celle de la potaffe: ceci pris en général ; car fou-vent la potaffe , quand elle n’eff pas falfifiée , ce qui eft fréquent à fou égard, eft plus forte que la cendre gravelée.
- Les lignes certains du bon état d’une cuve, font un beau verd en-dedans, une pellicule cuivrée à fa furface, & lorfqu’on la pallie, une flcurée abondante, verte d’abord, & enfuite du beau bleu cuivré par parties.
- La cuve à froid donne le bleu le plus net & le puis vif3 d’où il arrive qu’on s’en fert toujours pour les étoffes à teindre & garder dans cette couleur : c’eft auffi la plus facile à monter , celle qui coûte le moins , qui vient le plus tôt , & qu’on manque rarement.
- Lorsque la cuve s’affaiblit par le travail, ce qui fe reconnaît au peu de fleurée qu’elle donne en la palliant, & à la couleur pâle du bain, on 3a ranime en lui donnant un brevet de couperofe, de chaux & de leflive, en dofe du cinquième ou du fixieme de chaque efpece de la première fois, A l’égard du vitriol & de la chaux, faites encore bouillir le premier s & décantez l’un & l’autre.
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- L'ART B U FABRICANT
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- On ne ‘doit guere recharger une cuve à froid de nouvel indigo : l'indigo ne rend plus, à beaucoup près, autant que la première fois , & la nuance n’eft jamais auffi vive. A mefure qu’une cuve travaille & s’affaiblit , elle donne des nuances plus claires; cependant, pour avoir des nuances claires &c vives, il vaut mieux monter une cuve avec une petite quantité d’indigo.
- Du bku à froid.
- Le bain clair & la champagne pofée , abattez promptement l’étoffé dans la cuve pli par pli; relevez-la de même fur la planche; éventez-la, pour que la couleur remonte ; rabattez-la doucement & également après l’effet de l’évent, pour juger mieux de la nuance , en relier le maître , & rendre la couleur égale ; travaillez ainli jufqu’à conformité de l’échantillon; tordez ou prelfez bien fur la cuve , pour que le bain retombe dedans; étendez l’étoffe fur-le-champ au grand air, pour la faire éventer ; lavez - la bien en eau claire & courante.
- Passez enfuite l’étoffe dans un bain d’eau bouillante , où l’on a fait diffoudre de la crème de tartre à raifon d’une once par livre de matière, ou dans un bain d’eau tiede, dans lequel on a étendu un peu d’acide vi-triolique ; lavez bien au fortir de ce bain , & faites fécher à l’ombre. D’autres teinturiers penfent qu’il eft avantageux d’avoir plufieurs cuves, & d’y faire^ paffer deffus chaque piece d’étoffe fucceflivement ; ils trouvent qu’iiyaàga-gnér pour la folidité & la vivacité de la couleur , & fur l’emploi de l’indigo: ils ne trempent jamais deux fois de fuite l’étoffe dans la même cuve. Il en eft, & mal-à-propos, qui le gardent de laver l’étoffe au fortir de la cuve à froid , dans l’idée qu’il s’échapperait en pure perte une portion de la partie réfineufe , colorante, extraite & encore tenue en diffolution par les alkalis ; mais ils la lavent feulement lorfqu’elle efb feche. La couleur en conferve plus de nuance , mais elle eft moins vive; on pourrait égalemént la fécher au foleil, quoiqu’on prefcrive de le faire à l’ombre : au contraire, le bleu remonte plus tôt en féchant au foleil ; & c’eft par la difficulté d’ex-pofer une étoffe de maniéré que toutes fes parties en foient également frappées, ce qui rendrait fa teinte ondée , vergetée , inégale enfin , qu’on préféré de fécher à l’ombre, où l’évaporation de l’humide eft infenfible & plus égale.
- Ces mêmes teinturiers ne regardent pas le bain acidulé comme fort important , quoique ceux qui l’emploient fondent cette pratique fur ce que la crème de tartre ou l’huile de vitriol purge l’étoffe des matières calcaires qui font reliées dans fa tiffure , & avive la couleur. On emploie le bain bouillant avec la crème de tartre, parce qu’il fe cryftallife en perdant de fa
- chaleur,
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- DE VE l 0 ü R S ~D E]LC 0 T 0 N. 209
- chaleur, au point qu’il ferait entièrement cryft.allifé quand l’eau ferait froide. L’acide vitriolique doit être affea ménagé pour que le bain ne produife pas plus d’effet fur la langue, que l’acide végétal ordinaire.
- On a déjà obfervé que l’étoffe doit avoir été mouillée & bien abreuvée, avant de la palier en cuve. La blancheur de l’étoffe eft elfentielle à proportion de la légéreté de la nuance qu’on veut, obtenir, & cette remaïque a lieu pour toutes les matières & pour toutes les couleurs. Pour les bleus foncés, la grande blancheur eft moins utile ; il faut prendre garde de ne pas pofer la*-champagne trop bas , lorfqu’il y a de la pâtée dans la cuve , de crainte qu’elle ne trouble le bain.
- Autre cuve de bleu à froid, telle qu'on s'en fert avec Jkccès dans divers acte*
- tiers de teinture.
- L E S S I V E.
- ,'Un feau 8c demi de chaux ,en pierre.
- Dix livres de potaffe.
- Dix livres de foude.
- Étendre la chaux fur te plancher î l’àfperger d’eau légèrement fia remuer avec une pelle à mefure qu’elle s’éteint j répandre deffus, lorfqu’elle •eft un peu défaite, la fonde & la potaflej remuer le tout enfemble en ar-rofant toujours un peu •, mettre la matière, non encore liquide, dans une petite barrique , & la couler, avec douze à quinze pots <d’eau, pendant un jour. Faire tremper trente livres d’indigo cuivré, pendant vingt-quatre heures ,avec cette leflive , pour plus de facilité de le diviferj qpérer cette divifion par petites parties, avec des boulets roulans dans une bafîme,ou tout autrement, de la leflive ci-deffus, & deTeau.
- Cuve fuppofée de fix pieds de hauteur r fur un quarté de quatre pieds .& demi
- de côté.
- Remplir d’eau la cuve à fîx pouces près des bords, y jeter un feau & demi de diaux non entièrement éteinte î pallier bien avec un rable i ver-fer’ dedans l’indigo broyé , la leflive & l’eau qui y ont fervi, en tout vingt-cinq à trente pots î faire diflcuüre fur le feu quarante-cinq livres de vitriol de mars dans une quantité d’eau fuflifanté pour qu’il trempe ; le verfer dans la cuve , qu’011 pallie bien tout autour: la fleurée fe forme déjà, & le bain eft d’un verd jaunâtre ; pallier le lendemain matin & à midi : on peut le furlendemain teindre cent aunes d’étoffe j pallier & laifTer repofer vingt-quatre heures i teindre autres cent aunes, & ainfl de fuite cinq jours Æonfécutivement.
- Tome XlXt D d
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- V A RT DU FABRICANT
- Raviver la cuve alors par la dilTolution de dix livres de vitriol cte mars, & dix livres de chaux légèrement éteinte» pallier, & comme ci-devant, teiudre vingt-quatre heures après.
- N°. 2.
- De la cuve du bleu a chaud.
- Le mot de cuve défigne autant ici la compofition que le vafe qui la recelé. Les cuves à froid fe montent dans des vafes de bois, des tonnes, ou des cuves de ciment. Pour les cuves à chaux, le vafe eft en cuivre i c’eft une efpece de chaudière , dont les parois convergent en cône tronqué & dont la raifon de la hauteur à celle du cône entier eft à peu près de trois à cinq , ce qui détermine celle des diamètres ; les rebords en font larges, pour lui fervir de foutien fur une maqonnerie à hauteur d’appuif verticale & cylindrique , qui l’entoure. Comme on travaille dans la cuve,, fa hauteur doit être à la main de l’ouvrier i le bas s^enterre d’autant, & l’on pave le fol tout autour. Voye£ pl.XI^fig. 4& f.
- Entre la maqonnerie verticale & la cuve conique, il refte un vuide, dans lequel, par une ouverture pratiquée dans le bas, on met de la braife ou du charbon allumé , pour entretenir la cuve au degré de chaleur convenable. On perce un foupirail au haut de cette elpece de fourneau dus côté oppofé à l’ouverture du bas, & l’on y adapte un tuyau , pour établir un courant d’air & afin que les ouvriers ne foient pas incommodés des dangereufes exhalaifons du charbon.
- La proportion des drogues pour monter cette cuve eft telle î
- Premier brevet.
- Indigo 6 parties.
- Cendre gravelée 6 d?.
- Garance i d<\
- Son 3 d®.
- Deuxieme brevet pour achever.
- Cendre gravelée 2 parties.
- Garance 1 quart.
- Brevet pour achever,
- Cendre gravelée 3 parties.
- Garance 1 demie.
- Son lavé 1 quart.
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- DE FELOURS DE COTON îH
- Brevet pour réchauffer & garnir d'indigo.
- Cendre gravelée 6 parties.
- Garance i d°.
- Son % d°.
- Indigo 4 d°.
- En fuppofant donc fix livres d’indigo pour la première fois, tout le Celle eft déterminé.
- 4 Faites bouillir pendant un quart-d’heure la cendre gravelée & la ga-rance dans une quantité d’eau égale aux deux tiers de ce qu’en peut contenir la cuve ; étouifez le feu , & laiffez repofer un peu ce bain dans la chaudière ; verfez-le avec tout fon dépôt de cendre & de garance , fur le fon mis au fond de la cuve vuide ; verfez-y en même tems l’indigo broyé, & palliez bien. On trouve encore dans cette pratique des différences eflèn-tielies j fî l’on broie l’indigo par Palkali, dont on charge moins alors les brevets , defquels on croit pouvoir aufli fans conféquence, comme à la cuve à froid , rejeter la garance. Ainfi le premier brevet eft eompofé en partie de cendre gravelée, de moitié de celles de l’indigo, & en partie de fon, d’un tiers feulement : le fécond, comme le premier : le troilieme , d'un tiers feulement de cendre gravelée : le quatrième enfin , pour réchauffer & regarnir d’indigo, comme les premier & fécond.
- Il faut donc, pour le premier brevet, fur fix parties d’indigo, trois parties de cendre gravelée , deux de fon ; pour le fécond, trois de cendre gravelée, deux de fon j pour le troifieme , deux de cendre gravelée 9 une & un tiers de fon ; pour le quatrième, trois de cendre gravelée, &" .deux de fon fur la même quantité d’indigo , ou à peu près , que la première fois. On peut aufli faire bouillir la cendre gravelée avec le fon , Jailfer dépofer pour décanter, & ne pas mettre le dépôt dans la cuve, qui enfin augmenterait trop la pâtée.
- Mettez du feu dans l’âtre de la cuve , lorfque la chaleur du bain eft ïbaiffée à y pouvoir tenir la main , pour l’entretenir toujours à ce degré ; couvrez actuellement la cuve, & attendez que le bain commence à verdir & qu’il teigne un peu; alors la cuve eft bien difpoféej palliez , pour la hâter : fî elle prend un peu plus de teinte au repos ,c’eft une preuve qu’elle commence à venir j la pellicule luifante & cuivreufe , interrompue ou bri-fée, qui fe forme enfuite à fa furface, marque qu’elle vient bien ; & lorfque cette pellicule fe fortifie , qu’elle fe rétablit bientôt quand on la chaife en foufflant deflus , que le bain prend un verd foncé , & que la fieurée devient abondante en palliant, la cuve eft venue.
- Faites le fécond brevet pour achever la cuve, dans autant d’eau qu’il
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- en faut pour achever de la remplir ; & après les mêmes tems & les mêmes circon(lances , verfez le tout de la chaudière dans la cuve, quelques-heures après l’avoir palliée ; palliez de nouveau ; laiffez repofer. Le bain doit être d’un beau verd en-dedans, d’un bleu brun à fa furface; ia pellicule écail-leufe & très - cuivrée, & la fleurée abondante :.laiffez repofer au moins douze heures: on peut teindre alors, la cuve eft en très-bon état-
- Lorsque la cuve eft affaiblie par le travail', il. lui- faut donner le troi-fieme brevet, fait dans une quantité d’eau fuffifante pour remplacer le bain* évaporé & abforbé par les étoffes quion y a teintes ; palliez, laiffez repofer; entretenez la chaleur, & teignez.
- ' Pour réchauffer & garnir d’indigo la cuve épuifée, on rejette dans Ia; chaudière les deux tiers du bain devenu, de verd qu’il était, d’un brut*' noirâtre ; on y fait le quatrième brevet , ayant foin de l’écumer lorfqu’il eft prêt à bouillir, pour le purger , autant que cela fe peut, des parties' grades, vifqueufes , ou autres également hétérogènes, échappées des étoffes qui y ont été teintes ; verfez ce brevet dans la cuve ; verfez-y en même tems l’indigo broyé & délayé, comme la première fois, dans une partie' du bain : palliez > couvrez; entretenez la chaleur , & teignez douze heures» après.
- Il ne faut pas regarnir bien des fois une cuve *, une ou deux-au plus. Dans le premier cas , la pâtée augmente trop-par les brevets , & dans l’un* & l’autre le bain- perd de fa couleur verte ; d’indigo rend moins, & les couleurs qui en fortent font plus ternes : il vaut mieux vuider la, cuve la remonter à neuf ; on 11e donne de. vivacité à aucune nuance fur une-vieille cuve.
- Lorsqu’on ajoute de la garance, il faut avoir l’attention de legrapper à la main, en lu mettant dans la chaudière : les uns penfent qu’il eft effen-tiel de bien laver le fon à plufieurs eaux chaudes, & de le preffer avantr de le mettre au fond de la cuve; d’autres regardent ce lavage comme aflez* indifférent, fur-tout ceux qui font d’avis de faire bouillir le- fon , & de n’en mettre que le bain décanté, lorfque le marc eft en dépôt: ceux-là; veulent qu’on entretienne toujours la cuve dans un. certain degré de chaleur, qu’on augmente pourtant un peu quelque, tems avant de la faire-travailler; & ils foutiennent que fi elle fe refroidit, 011 court les rifques' qu’elle ne vienne plus, & qu’elle ne tarde pas alors de palfer à la fermentation putride: ceux-ci trouvent qu’il eft fans inconvénient de laiffer refroidir entièrement une cuve , lorfqu’on doit être un certain nombre de jours de fuite fans s’en fervir, pourvu qu’omla ramene enfuite tout doucement au degré de chaleur convenable pour y travailler. Si l’on chauffe. trop une cuve , on la retarde indubitablement, & Lan s’expofe-à la man-
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- ^uer. Le degré de chaleur le plus convenable eft de vingt-huit à trente au thermomètre de Réaumur;il faut qu’elle n’excede le trente-cinquieme en aucun cas.
- On n’a point afïïgne 'de périodes pour les pallemens ; ils doivent être déterminés par les eirconftances ; c’eft tourmenter une cuve & troubler fon effet, que de les trop multiplier : mais ils font bien indiqués toutes les fois qu’on y ajoute quelque chofe.
- Du bleu à chaud.
- La maniéré de teindre fur cette cuve, eft la même que celle décrite à ^article de la cuve à froid : on doit prendre les mêmes précautions & fuivre les mêmes pratiques. Si l’on 11’a pas l’attention de laver les cotons filés, teints en bleu à chaud, au fortir de la cuve , comme on le doit toujours faire des étoffes , c’eft que le prix de la teinture eft évalué fur la nuance de la couleur , & qu’elle perd toujours au lavage 5 ce bleu eft plus terne ou moins vif que celui de la cuve à froid : auffi 11e teint-on guere à chaud de matières ou d’étoffes de matières végétales , pour refter en bleu, à moins que les cotons ou fils ne foient deftinés à être mêlés avec des matières d’autres couleurs ; encore ne faut-il pas que ce foit avec du blanc,
- parce qu’il s’en détache au lavage une eau rouffâtre qui- le ternit ; mais
- il eft très - bon pour les pieds de noir, & pour les matières à former des échantillons & varier des deflins en plufieurs couleurs, dans la toilerie & la cotonnade.
- On vient de dire qu’on doit toujours laver les étoffes au fortir de la
- cuve, malgré l’obfervafion faite au bleu à froid , & même fuivant les au-
- teurs de eette obfervation , d’après le principe qui y eft établi : ils penfent que dans la cuve à chaud , la réfine, tellement unie à la partie colorante extrative , qu’elle femble en faire partie conftituante , fe diffout entièrement ; qu’elle fe fépare des molécules colorantes; que celles-ei extraites & infiniment atténuées, s’incorporent dans la matière à teindre; que la réfine tenue a&uellement en dilfolution , fe reproduit enfuite fous une forme concrète , fans retenir que très - peu des parties colorantes ; qu’elle adhéré feulement à celles qui s’en font échappées ; qu’elle couvre en partie celles qui fe font logées dans les pores de la matière ; qu’elle en ternit l’éclat; & qu’il n’y a de tems convenable d’en purger l’étoffe ou la couleur., que celui où fon état de fluidité le permet. On pourra fe„fonder fur d’autres principes, & ;e. beaucoup mieux établir & difcuter : mais toujours en faudra-t-il revenir à l’expérience; & c’eft d’après les effets qu’011 parle.
- Nous avons fait des recherches & quelques expériences relatives à cet.
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- FART DU FABRICANT
- objet, comme à bien d’autres. Mais nos occupations font Ci variées, nos tra-vaux fi multipliés’, les tems d’oblervations fi coupés par une vie a&ive, qu’otî ne doit pas être étonné de trouver les faits fouvent mêlés de conjectures r on ne difpofe pas des atteliers à fon gré ceux de ce genre fur-tout font encore partie de ces antres du myftere dont nous avons déjà parlé. Nous fouîmes éloignés en conféquence de nous abufer fur le mérite de cet ouvrage, que nous Tentons être au-deffous de ce qu’il pourrait être , & de ce que nous aurions defiré qu’il fût; mais, encore une fois, il ne fera pas inutile ; & fans autre motif que cette çonfidération , elle fuffit bien pour nous dé* terminer.
- - ’ ' ’ • 3,
- «*. r. r
- Du ROUGE DE GARANCE.
- L’Étoffe engallée & alunée fuivant les procédés indiqués, 011 pa/Te ats premier* garançage, qui fe fait ainfi ;
- - ‘ ^ Premier garançage.
- Mettez dans une chaudière une fufïifante quantité d’eau , pour que l’étoffe à teindre y baigne & trempe à l’aifej égrappez la garance à la main dans cette eau , & mettez-y-en à raifon de fix onces par livre d’étoffe à teindre , fi c’eft du velours plein, & moins à proportion pour les autres, comme on le dira ci-après ; mettez en même tems l’étoffe dans le bain ; pouffez le feu par gradation , de maniéré que la chaleur augmente pendant deux heures avant que l’eau bouille; remuer continuellement l’étoffe dans le bain pendant cet intervalle; faites bouillir environ un quart d’heure,levez l’étoffe, éventez-la , lavez-la, & faites-la fécher.
- Second garançage.
- En G allez de nouveau l’étoffe dans le déchet ou refte du bain de galle du premier engallage, en procédant de la même maniéré ; avec cette différence, qu’ici douze heures de dépôt 'dans ce bain fuffifent; alunez de nouveau également dans le déchet ou refte du bain d’alun ; procédez en tout comme à la première fois ; & à l’égard du tems, comme au fécond engallage, où douze heures de dépôt dans le bain fuffifent; garancez comme la première fois ; même dofe de garance, même manipulation , circonftances fem-blables & tems égal.
- $1 l’on veut un beau rouge fur des matières filées & non tiffées, il faut
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- augmenter la dofe de la garance, & la porter à livre pour livre de matière ; i’étoffe prend moins de parties colorantes ; on ne l’emploie qu’à rai fou de douze onces par livre , fur le poids réduit après les premiers apprêts, & pour chaque efpece de velours indiftin&ement.
- Voici le poids ordinaire de ces étoffes fortaqt du métier & après les premiers apprêts : les pièces de velours tirent environ vingt-quatre aunes, & pefent, fartant du métier, apres les aprêts,
- Le velours plein de 17318 livres. de 14 a if. r!|.
- Le veîvet-ret de 14a 15 de 12 à ij. ç
- Le cannelé de i^àiç de ioà 11. 4
- Dans l’opération du garançage, les matières filées fe paffent aux bâtons par écheveaux , pour être lifées commodément, jufqu’à ce que le bain commence à bouillir, tems auquel 011 les abat entièrement dans la chaudière, ayant feulement attention de les remuer & foulever de moment en moment avec un bâton , pour que la garance pénétré bien la matière , & qu’elle lui donne une teinte égale par-tout. , $
- On fe fert d’un tourniquet placé au-deffus de la chaudière pour le garançage des velours & autres étoffes, qui s’abattent également au bouillon du bain.
- * L’évent fe fait en plein air, au fortir de la chaudière ; il remonte la couleur : mais il faut que cette opération, qui confîfte à étendre l’étoffe ou à la feuilleter à grands plis, fi l’efpace manque, fe faffe avec célérité, pour que la couleur foit bien égale.
- En fuivant le procédé qu’on vient de lire pour le garançage » j’ai fouvent remarqué que la garance, après avoir été afpirée ou abforbée par l’étoffe, s’en échappait enfuite en partie, foit dans le bain même, en bouillant encore après cette incorporation, foit au lavage en riviere , fait après l’évent & le refroidiffement. J’ai aulîi remarqué que fa couleur , en bouillant, devenait quelquefois plutôt éteinte & briquetée que vive & nourrie, & qu’011 ne pouvait guere enfuite reproduire l’un ou l’autre, ou l’un & l’autre., qu’à l’aide du bois ; &il eft fi confiant que ce n’efi pas le bouilloln qui fixe en effet la garance, & qu’il en ternit même l’éclat, que fi l’on veut avoir un maure-doré nourri, foncé 8c vif, il n’y a qu’à le garancer chaque fois à double dois de garance, & ne travailler l’étoffe dans le bain que jufqu’au tems où, le feu pouÆé, il eft prêt à bouillir s mais la dépenfe ferait prefque double.
- „N<\ 4, r ; " " :
- Du M A U R E - DO fR É.
- Le rouge de garance porte naturellement au jaune, & tire fur la couleur
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- de brique. Le maure-doré en eft une nuance rehauffée, nourrie & avivée. Il 11’eft donc queftion , pour obtenir cette couleur-ci, que d’opérer fur celle-là.
- Passez l’étoffe teinte en rouge de garance, fur un bain compofé d’un tiers de leffive de potaffe , de cendre gravelée ou de foude. Les alkaîis végétaux font préférables en certaines circonftances, en ce qu’ils contiennent moins de fer & qu’ils bruniflent moins par conféquent. Lavez bien à la riviere,& exprimez l’eau fortement; alunez à raifon d’une once d’alun par livre d’étoffe9 dans un bain chaud, dont un tiers foit du bain de bois de Bréiîl ; travaillez l'étoffe dans ce bain fuivant ia pratique de l’alunage , laiffez-y la matière dé-poféfi pendant une heure ou deux, la-vez-la bien au fortir du bain d’alun.
- Repassez l’étoffe dans un -nouveau bain compofé d’un tiers d’eau chaude, & de deux tiers du bain de bois de Brélii ; travaillez - la dans ce bain pendant une heure & demie ou deux heures; relevez - la, verfez dans le même bain de la leffive indiquée ci - deffus ; rabattez - y l’étoffe ; travaillez-la encore pendant un quart-d’heure ; lavez, & faites fécher. Il en eft qui mettent ïfétoffe fur-le-champ en alun, dans l’idée que l’alkali fait trop pourprer la garance, & qui n’ajoutent cet alkali qu’au fécond bain de bois, propor-tionnément à la nuance qu’on veut obtenir. En effet, l’alkali mord fur la ga-rance, & ce n’eft que fur le bois qu’il faut qu’il opéré.
- Dans les couleurs compofées, la nuance tient encore plus de la main de l’ouvrier que des recettes. Celle-ci’, la plus en ufage pour les velours de coton * eft difficile à fàifir, & rarement bien unie; il faut fur-tout de l’égalité & de la célérité dans les opérations. On a recommandé l’ufage des bains chauds # parce qu’on ne faurait autrement en extraire la couleur.
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- Des marrons et bruns.
- Ces couleurs, ou plutôt ces diverfes nuances de la même couleur, font, de toutes, celles où la fagacité & l’adreffe du teinturier doivent le plus s’exercer: le tâtonnement montre de ^incertitude , & fait douter du fuccès ; d’un, autre côté, il eft prefqu’impoflible de réuffir fans tâtonner ^ il faudrait bien connaître la qualité de chaque ingrédient, pour en juger l’effet, puis l’influence du degré de chaleur, & celle d’une plus ou moins grande accélération dans les diverfes pratiques de manipulation ; car tout y concourt. L’impoftifbi-lité de rétrograder force donc d’aller à pas lents, pour arriver au but fans le pafler. On y procédé de plufieurs maniérés : les uns pietent l’étoffe en gris, c’eft-à-dire, la foncent après un premier engallage avant le premier garangage ; d’autres ne la bruniflent qu’entre les deux garançages :
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- nous nous en tiendrons à cette derniere pratique, comme la plus Tare pour parvenir à la nuance qu’on defire.
- Abattez l’étoffe une fois garancée & bien lavée, dans un bain d’eau chaude, où l’on a rais de la décoêtion de noix de galle, par gradation ménagée, pour arriver plus fûrement à la nuance qu’on cherche : liiez - la dans ce bain ; relevez-la fur la planche ; rabattez ; travaillez pendant un quart-heure j relevez; preffez à la main , & laiffez égoutter.
- Mettez dans un bain d’eau froide de la dilfolution de couperofe , pro-portionnément à la quantité de décodion de galle qui eft entrée dans le premier bain où a paffé letoffe ; travaillez-la dans ce bain ; lavez-la bien après. Si la nuance n’était pas affez foncée, il faudrait repalfer l’étoffe dans le bain de galle, & dans celui de couperofe, avec les mêmes précautions ; bien laver, & mettre au fec.
- C’est le moment de procéder au fécond garançage, & on le fait par les opérations préparatoires & indiquées.
- Avivez cette couleur avec du bois de Brélil, ou de la leflive , telle qu’elle eft prefcrite pour le rouge de garance à poulfer au maure - doré.
- Pour avoir une couleur plus nourrie & plus foncée, il faut employer le procédé fuivant.
- Mettez l’étoffe , au fortir du garançage, dans un bain de deux parties d’eau froide , & d’une de bain de bois de Bréfil, auquel on ajoute de l’alun diffous , à raifon d’une once par livre de matière ; liiez , relevez , rabattez , & travaillez l’étoffe dans le bain pendant une heure ; relevez, lavez bien, preffez à la main, & repaffez-la dans un nouveau bain compofé d’un tiers d’eau chaude , un tiers de bain de bois de Bréfil, & peu de bain de bois d’Inde s relevez l’étoffe fur la planche ; verfez un peu de leflive dans le bain , pour aviver la couleur ; rabattez, liiez ,relevez & faites fécher. On peut encore éviter beaucoup de manipulation, en ajoutant de la couperofe au déchet même du bain de garance , aufli-tôt après le premier garançage , & eii y travaillant l’étoffe de fuite. Si Ion veut une couleur de puce un peu violetée,il faut y joindre un peu de bois d’Inde au premier ou au fécond déchet de garance. Dans l’un & l’autre cas, il faut retirer le feu, & ne plus faire bouillir.
- Une des raifons déterminantes de brunir entre les deux garançages 5 plutôt que de piéter en gris , eft que l’acide de l’alun , attaquant le précipité qu’a formé la noix de galle , diminue l’intenfité de la couleur. Au contraire, dans le paffage du bain de galle à celui de couperofe, il faut, par une affez forte compreflion à la main ou au rouleau, extraire la fura-bondance de la décoétion de noix de galle, & la laiffer égoutter, afin que Toml XIX. ' E e
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- le précipité du fer ne foit pas trop fort, qu’il ne fonce pas trop, qu’il ne tache ni ne crafle l’étofFe.
- À l’égard du bois d’Inde employé dans le dernier bain, comme il brunit beaucoup la couleur, il le faut néceflairement graduer dans la plupart des circonftances.
- N°. 6.
- Du JAUNE CITRON ET DU JAUNE DORÉ.
- Alunez l’étofFe fuivant la méthode & la dofe indiquées; lailîez-Ia pendant douze heures dans ce mordant ; lavez-la bien enfuite ; travaillez l’é~ toiFe dans un bain de cinq parties d’eau chaude, & d’une partie du bain de gaude, jufqu’à ce que les particules colorantes de la gaude, qui nagent dans le bain, fe foient infinuées dans les pores de la matière , ou qu’elles y adhèrent.
- Rejetez ce bain , & paiîez l’étofFe fur un nouveau , de quatre parties d’eau, & de deux du bain de gaude , auquel on peut ajouter un peu de l’eau du verd - de - gris ; lavez & faites fécher ; vous aurez un beau jaune citron, ou jaune clair.
- Il eft préférable , difent quelques artiftes , d’employer la dilfolution du cuivre par l’acide végétal,, dans l’alunage même , & cela , pour toutes les nuances de jaune, & fans doute pour toutes les couleurs qui en dérivent.
- Pour le jaune foncé ou jaune doré, il faut, après l’alunage , paifer & travailler l’étofFe dans un bain de deux parties d’eau chaude , «St d’une du bain de bois jaune; achever la couleur avec de la gaude ; l’aflurer par un bain d’eau chaude, dans lequel on a fait diflbudre un peu du vitriol de Chypre ; bien laver l’étofFe, «St la mettre au fec.
- Suivant la nuance de jaune foncé qu’on veut avoir, on fait cuire le bois jaune avec la gaude , ou l’on emploie le bois jaune feul : les parties colorantes de la gaude, moins foncées «St plus citrines que celles du bois jaune, diminuent l’intenlité du jaune foncé & doré de celle-ci.
- No. 7.
- De l’olive Ordinaire.
- EngALLEZ fuivant la dofe «St la pratique connues; mettez en gris, en graduant l’eau de couperofe dans fon bain fur la nuance de l’échantillon ; lavez bien ; travaillez l’étofFe , pendant une demi-heure, dans un bain de quatre parties d’eau chaude, & d’une de bain de gaude; levez ,pour ajouter
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- au bain deux nouvelles parties de bain de gaude ; travaillez-y une demi-heure ; levez encore , & verfez dans le même bain de la diffolution de verd-de-gris par parties ; travaillez autant de tems ; levez , lavez & battez.
- Passez l’étoffe fur un nouveau bain compofé en grande partie du bain bouillant de trois livres de bois jaune par piece, cuit avec le déchet de Ja gaude ; travaillez-y pendant une heure & demie ; ajoutez à ce même bain, après une demi-heure de travail, la diffolution de verd-de-gris ; ajoutez-y encore, après une fécondé demi-heure, la diffolution à l’eau chaude de fit onces d’alun de Rome par piece ; continuez de travailler pendant la dernière demi-heure ; lavez , battez , & faites fécher.
- On voit que c'eft toujours la nuance du pied de gris qui détermine celle de la couleur d’olive; peut-être que ce pied donné à la couperofe & à la chaux conduirait plus facilement à la nuance qui doit réfulter de l’application de la gaude ou du bois, qu’il alfurerait mieux la couleur, & qu’il éviterait quelque manipulation, en tenant lieu d’une partie des acides , par lesquels 011 a cru la devoir terminer. Comme le bain de gaude eft fujet à tourner à la chaleur, on le fait affez ordinairement au moment de l’emploi, & alors on met à peu près une botte de gaude par piece d’étoffe, pour la totalité des opérations qui en exigent.
- N9. 8.
- Du V E R D.
- Le verd n’eft qu’un compofé du bleu & du jaune , que les différentes préparations de ces deux couleurs obligent cependant d’appliquer féparément : l’effet qu’on defire n’en réfulte pas moins ; mais les particules colorantes en bleu ayant la plus grande adhérence à la matière, & déterminant toujours l’égalité de la couleur & le degré de fa nuance , il convient de les appliquer d’abord. On teint donc la matière de blanc en bleu ; & quand c’eft, comme en cette occafion , pour paffer fucceffivement à une autre couleur , oi| appelle cette opération donner le pied de bleu, pilier en bleu : il n’eft donc plus question que de l’application du jaune, d’où procédera le verd.
- Travaillez l’étoffe pendant un quart-d’heure, & abattez-la pour refter au moins douze heures dans un bain d’eau chaude, où l’on a fait diffoudre , fur quatre parties d’alun de Rome, une partie de fel de nitre ; travaillez l’étoffe de tems en tems dans l’intervalle de douze heures , pour qu’elle foiü également & fortement imprégnée du mordant; dégorgez & lavez bien en riviere.
- Passez l’étoffe dans un bain chaud de huit parties d’eau & d’une partie
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- de bain de gaude; travaillez-y jufqu’à ce qu’il Toit prefque décoloré; levez l’étoffe ; ajoutez au même bain deux nouvelles parties du bain de gaude } rabattez l’étoffe, & travaillez jufqu’à ce qq’on voie difparaitre prefque toutes les parties colorantes de ce nouveau bain ; relevez l’étofFe ; paffez & travail-lez-la fur un bain neuf de parties égales d’eau chaude & de bain de gaude, auquel on peut ajouter un peu d’eau de verd-de-gris ; rabattez & travaillez-la encore dans un autre bain d’un tiers d’eau chaude & de deux tiers de gaude & de bois jaune cuits enfemble à raifon de fix livres de bois par botte de gaude i lavez & rabattez au fortir^de ce bain.
- Passez enfin l’étofFe fur un bain d’eau froide, dans lequel on a verfé k diifolution faite dans l’eau chaude , d’une once de vitriol de Chypre par piece ; travaillez environ une heure ; relevez, lavez, battez, & faites fécher.
- Le verd fait de cette maniéré n’eft point encore pouffé à la nuance qui caraétérife en général les verds de cuve , & l’on ne regarde ces opérations que comme préparatoires : on palfe aux fuivantes, pour achever la couleur.
- Faites chauffer le déchet du premier bain d’alunage qu’on a confervé ; ajoutez-y la huitième partie des drogues dont il avait d’abord été compofé ; & iorfque la diffolution en fera faite, travaillez-y l’étofFe comme dans le premier cas , & laiffez-l’y repofer deux heures , pendant lefquelles on la travaille trois ou quatre fois ; levez, lavez & battez; pafFez enfuite l’étofFe, comme en commençant, Fur un même bain fuccefïivement augmenté de gaude en même proportion, & à la fin mettez-y feulement du vërd-de-gris diffous.
- Si, après avoir travaillé l’étofFe , Fa couleur ne paraifFait pas encore à la nuance de l’échantillon , il y faudrait ajouter un peu de bain de bois d’Inde , en très-petite quantité d’abord, parce que la diffolution du cuivre le porte au bleu; il eff difficile d’employer le bois d’Inde avec Fuccès : il s’incorpore fi rapidement Fur l’étoffe, & Fur-tout quand la couleur eft piétée, qu’on a beaucoup de peine à éviter les inégalités de nuances & les taches. Lavez & mettez au Fec ; le verd eft achevé , & l’on peut fe difpenfer de le pafFer encore au vitriol de Chypre, comme quelques-uns le pratiquent.
- Quand on leve l’étofFe d’un bain pour y ajouter quelque chofe, & il faut toujours la lever dans ce cas, il faut bien pallier ce bain avec fa main, ou avec un rable, pour étendre également les particules dç tous les ingré-diens qui le compofent, avant d’y rabattre l’étofFe. Beaucoup de teinturiers font dans la perfuafion qu’il faut faire diffoudre & délayer le verd - de-gris dans l’eau froide, & ils s’y prennent d’avance en conféquence , parce que , de cette maniéré, il eft efFedivemenü long-tems à fe dilïbudre : ils laiffent dépofer cette diffolution , & ils décantent le bain avant de l’employer. On a raifon de procéder ainfî, parce que les petites particules vertes qui nageraient dans le bain , s’attacheraient fortement à l’étofFe, & y feraient des pjquures ou des taches.
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- On entend toujours par travailler une étoffe fur un bain, ou dans un bain » lalifer, la relever fur la planche, la rabattre, la relifer , & ainfi de fuite: il eft plus commode de le faire au tourniquet, quand on peut l’adapter fur les baquets ou autres vafes dans lefquels on opéré. Si ce font des matières en fils, on les life & travaille, les écheveaux paffés aux bâtons , & on les tord à la bille, s’il en elt befoin.
- On efpérerait vainement de faire un verd égal fur un pied de bleu qui ne le ferait pas. Le bleu manquant d’égalité, n’eft plus propre qu’à être pouffé au noir.
- N°. 9.
- Del’oliveverte.
- L’Étoffe piêtée en bleu, engallée & paifée en gris, comme pour l’olive ordinaire, on la lave bien , & l’on fuit en tout le procédé pour le verd : il fuifit que le pied de bleu, pour bafe de l’olive , foit léger & clair; il eft moins coûteux, & l’on n’en arrive que mieux à fa nuance. Au lieu de l’eau de couperofe qu’on emploie pour mettre en gris, ou brunir, 011 peut fe fervir du bain de la tonne de noir, & cela à peu près dans toutes les cir-conitances ; il eft feulement question d’en proportionner la quantité & la force.
- On avertit une fois pour toutes , qu’il faut toujours mouiller l’étoffe avant de la faire patfer dans un bain, quel qu’il foit ; on n’en excepte que les en-gallages & les. alunages , où travaillée d’abord, & dépofée long-tems enfuite , elle a le tems de s’en pénétrer bien & également ; fans cela, elle réfifte plus ou moins par parties à la pénétration de l’eau, & elle fe charge inégalement des fels & des parties aftringentes ou colorantes quelconques qui nagent dans ce bain. Il faut auffi éviter que l’étoffe foit remplie d’eau; elle en doit au contraire être extraite par la preftîon , ou en tordant, ou en battant. Dans cet état de dilatation, où les pores de la matière viennent de fe vuider & font encore ouverts 5 elle a la plus grande propenfion à l’afpiration.
- N°. 10.
- De la. cuve ou tonne de noir.
- Proportion des drogues,
- Couperofe verte , 12 livres.
- Vieille ferraille , - 300 d°.
- Ecorce d’aune , 200 d°.
- Eau j cinquante féaux ou fix cents pintes,
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- L A R T D U F A B R I C A N T
- es o n + A M
- LÀ tonne en bois efi placée affez haut fur des chantiers, pour qu’on puiffe mettre un baquet en - avant & par - deffous.
- ' Les teinturiers different dans l’arrangement de ces drogues ; mais ces différences ne font pas d’une grande conféquence : il fufKra d’indiquer une méthode qui foit bonne.
- Mettez au fond de la tonne cinq à fix pouces de haut d ecorce d’aune; placez deilus la couperole ; couvrez-la de cinq à fix pouces de nouvelle écorce ; rangez deffus les trois à quatre paniers qui contiennent la ferraille : chargez le tout d’écorce jufqu’au - haut de la tonne, & remplilfez-la d’eau.
- L’ÉCORCE doit être feche & brilée en cannelle ; on la preffe avec force dans la cuve en l’arrangeant; les bottes pefent environ vingt livres. Plus la ferraille eft rouillée, mieux elle opéré; plus elle eft menue, plus il s’y forme de rouille , & moins il en faut.
- Soutirez cette tonne pendant fix femaines de fuite , une fois par fe-maine, & à chaque fois rejetez par-deffus le bain foutiré. La tonne eft alors en état, & l’on peut s’en fervir. Quand elle commencera à s’affaiblir, on y ajoutera une quantité de couperofe , moitié de la première ; on foutirera , & l’on rejetera par-deffus pendant quelques jours , au bout defquels on pourra retravailler. Quand elle refufera le fervice une fécondé fois, on la regardera comme ufée. On la démontera ; on lavera bien la ferraille, qu’on étendra enfuite à l’air, afin qu’elle fe rouille de nouveau, pour redevenir propre au même ufage.
- DU NOIR.
- PiÉtez en bleu , lavez & fai tes fécher : engalîez à raifon de quatre onces par livre, & pendant vingt-quatre heures : mettez égoutter. Les uns font fécher; d’autres 11e le font pas : ceux-ci penfent que c’eft un tems perdu, & ils font de fuite toutes les opérations de teinture. Travaillez enfuite l’étoffe pendant trois heures dans une quantité de bain de la tonne fuffifmte pour l’abreuver : abattez & éventez de tems en tems dans cet intervalle : relevez enfin , éventez , lavez & battez , jufqu’à ce que l’eau forte claire. Le noir fe fait de bien des maniérés : il efi: très-beau par le procédé fuivant. Au fortir du premier bain de la tonne, donnez-en un de bois d’Inde : lavez, & redonnez du bois d’Inde, en y ajoutant du verd-de-gris. Réengallez fans laver : repaffez en noir : lavez, féchez ; faites un nouveau grillage après avoir broffé. Paffez l’étoffe fur la chaudière à l’eau bouillante : lavez en riviere : battez,égouttez, & engalîez, en obfervant d’ajouter à l’ancien bain de galle dont on fe fert, du fumac en même quantité que delà galle la première fois. O11 y met aufli quelquefois un peu de galle nouvelle: le bain d’engallage toujours employé le moins chaud pofiible,'feulement tiede , & mieux encore froid. Paffez
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- DE FE L 0 U R S' DE COTON.
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- fuccefîîvement à des troifiemes & à des quatrièmes bains de galle & de noir 5 donnant toujours le bois dinde après, & lavant enfuite ; terminant enfin par un léger bain de gaude très-chaud : les derniers engallages fe donnent dans les déchets précédens. On a fupprimé, comme inutiles, & la crème de tartre, & le favon , & l’huile de pieds de bœuf, &c. qu’on a employés pendant long - tems , & que quelques perfonnes emploient encore.
- Pour adoucir encore le noir & le luftrer, il faut, lorfque l’étoffe eft feche, la bien vergeter , la revergeter encore , en mettant fur la vergette une goutte d’huile d’oüve ; renouveller ainfi l’huile goutte à goutte , de deux aunes^n deux aunes, pour que tout s’en fente , & qu’il n’y en ait trop nulle part ; & bien fe mettre en garde contre la poulfiere.
- . On emploie ordinairement de l’eau commune pour monter’les cuves de , noir j l’eau fure , de la petite bierreaigrie, ou toute autre liqueur acidulée ferait préférable. L’eau pure ne diifoutle fer que très-lentement quand elle le fur-nage; ce 11’eft que par le contad de Pair & l’acide vitriolique qui y eIf répandu , qu’il fe rouille fi précipitamment. La limaille de fer, qui ne paraît point fe diffoudre dans de l’eau pure, fe diffout très-bien dans l’acide végétal : d’où l’on peut préfumer que , joint à l’acide vitriolique de la couperoiè, ils ont enfemble plus d’adion pour opérer cette dilfolution.
- L’eau fure fe fait en verlant de l’eau bouillante fur quelques boifleaux de fon mis au fond d’une tonne qu’on recouvre enfuite : il s’y établit une fermentation qui tourne à l’aigre fur-ie-champ.
- La plus vieille ferraille, celle qui a le plus paffé à la forge, & qui eft travaillée le plus menu , comme on l’a déjà obfervé, eff la meilleure. Pour la laver au lortir de la tonne de noir, on la met dans un tonneau, au travers duquel, de fond en fond, paiïè un axe foutenu par des appuis, fur lefquels on le tourne : par ce frottement violent, & à force d’eau , die fe dégage très-bien.du dépôt limomieux dont elle s’effc chargée dans la cuve.
- Plus le pied de bleu'eft fort, plus fa nuance eft foncée; plus auftî le noir eff beau , & mieux il fe foutient. Mais comme c’eft le bleu qui renchérit cette couleur, on ménage quelquefois fur fa nuance. On voudrait réparer cela, en forqant du bain de la tonne, de eauperofe, de bois d’Inde : de là vient que l’étoffe rougit quelquefois à l’ufage, & même qu’elle eft brûlée.
- Il eft prefcrit d’éventer de tems en tems au bain de noir ; cette opération eft des plus effentielles ; elle doit être faite promptement, également, à grands plis, & mieux encore fur le pré à chaque fois : d’où l’on voit qu’il eft effen-tiel d’avoir fou attdier de teinture en noir près d’une prairie & d’une rivière. L’air frappant les couleurs au.fortir du bain , les remonte , & les porte par cette adion fou vent répétée, toutes chôfes égales d’ailleurs, au dernier degré d’intenfité.
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- VA R T DU FABRICANT
- Le lavage en riviere après chaque bain de noir, n’eft pas moins important. Il faut battre Tétoffe fur le radeau, après l’avoir tirée à menu de la riviere, où on la rejette d’abord , la fouler aux pieds avec des fabots, la rejeter , & la tant laver & purger, que l’eau en forte toujours claire. Elle en afpire beaucoup mieux la galle <k les parties colorantes ; & la beauté du noir en dépend abfolument.
- Le furnac qui fert au fécond engallage a moins d’effet ; mais il efl: moins cher , & il joint à cet avantage celui de donner plus de douceur que la galle. x
- On ne doit pas oublier de rejeter fur la tonne de noir tous les déchets du bain qu’on en a tirés, & dans lefquels on a paffé & travaillé l’étoffe.
- N°. n.
- Gris de maure, de fer, d’ardoise, et autres
- A PIED DE BLEU.
- Le pied donné à la nuance convenable, & l’engallage fait à raifon d’une once par livre de matière, avec plus ou moins de travail & de tems , l’étoffe bien égouttée , on la paffe dans un bain d’eau claire , auquel on a ajouté de l’eau de couperofe en quantité indéterminée : on la leve, pour ajouter à ce bain de celui de bois d’Inde; on rabat, travaille , leve, lave, & met au fec ; la couleur ell finie.
- On peut auffi fubftituer ici du bain de la tonne de noir à l’eau de couperofe ; mais on n’en faurait déterminer la quantité à employer à la fois ; l’ufage, beaucoup d’agilité & d’adreife fervant mieux que les procédés.
- Si , en augmentant peu à peu d’ingrédiens, de tems & de travail, pour atteindre à la nuance qu’on cherche, il arrivait qu’on palfât outre, il faudrait dégrader dans un bain d’eau chaude pure ou d’alun ; & Ci l’un ni l’autre n’amenait la couleur à la nuance qu’on defire, il faudrait y ajouter de l’huile de vitriol, qui détruirait la couleur fécondé; on procéderait de nouveau fur le pied de blçu : mais on évite tout ce travail, en deftinant alors la piece trop fortement nuancée à une couleur plus rembrunie.
- n°; 12.
- Des gris ordinaires.
- Cette couleur eft facile à faire ; mais les nuances variées à l’infini font difficiles à faifir : on emploie des feuilles de redoul ou de fumac, pour tenir
- lieu
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- DE VELOURS DE COTON.
- lieu de noix de galle dans la première préparation ; & cette forte d’engat-lage fe fait à la maniéré ordinaire, en proportionnant la dofe, le travail & le tems à la nuance.
- L’etoffe paflee au favon, lavée & dégorgée en riviere, paifée enfuite fur un bain léger d’huile de vitriol, relavée & dégorgée , d’abord à l’eau chaude » puis à la riviere, & bien battue, on lui donne un peu de bois d’Inde dans un bain d’eau chaude ; on le met par petites quantités : le mieux ferait cependant d’en étendre fur-le-champ celle convenable, de brader le bain, de le bien mêler, & d’y travailler l'étoffe rapidement, & toujours également, parce que le bois d’Inde fe dépofe incontinent.
- On leve la piece fur la planche; on difpofe un bain d’eau fraîche dans un autre baquet; on y verfe du bain de la tonne de noir en petite quantité, fuivant fa force & la nuance à donner : on finit la couleur delfus fans laver , à moins qu’on eût outre-palfé la nuance. Le redoul ou fumac, beaucoup plus faible que la noix de galle, n’en convient que mieux pour les gris-blancs, les nuancçs délicates & pâles : après l’ufage de ce tan , on emploie quelquefois la gaude.
- DES COULEURS EN FAUX TEINT.
- On ne donnera pas de définition du grand ou bon teint, ni du petit ou faux teint ; on en elt rebattu, fans en être plus inftruit. Ces définitions, ces diftin étions tiennent à l’analyfe des parties conftituantes ou fortement adhérentes , à l’explication des caufes & à l’hiftoire des faits intermédiaires, d’ou fortent les derniers réfultats : c’eft la théorie de la teinture ; mais tout nous manque fur cette matière encore neuve & inta&e. L’un des arts les plus curieux & les plus utiles n’eft encore exercé qu’en tâtonnant j & un édifice aufli brillant manque abfolument de bafe. On devra beaucoup fans doute à la fociété qui, peinée de ce vuide immenfe dans les arts , chercha à tirer celui-ci du néant, en confacrant généreufement une fomme pour prix des idées les plus faines ,jles chofes les mieux vues, & des recherches les mieux faites, relativement à la teinture confidérée comme fcience & comme art.
- Chargé par cette fociété d’être fon organe auprès de l’académie royale des fciences de Paris, j’avais d’abord propofé de fa part la queftion dans toute fon étendue. Cette compagnie trouvant le plan trop vafte, parce qu’il exigeait des obfervations, des recherches & des travaux confidérables , pro-pofa de divifer la matière par queftions détachées. Je rédigeai un nouveau programme ; & Yanalyfe de Vindigo, fur laquelle le prix a été adjugé en 1777, fut la première queltion , & le fruit du zele & de l’amour de cette fociété pour l’art de la teinture.
- On ne multipliera pas plus les procédés dans cette claife que dans la Tome XIX. F f
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- mè L’ART DU FABRICANT
- précédente. En décrire beaucoup, pour dire enfuite que tel efl: meilleur & tel moins bon, ce ferait grofïir cet ouvrage, fans le rendre plus utile. D’autres auront d’autres recettes ; quelques-uns peut-être en auront de préférables : celles - ci font fûres du moins j & je les tiens pour excellentes, û elles déterminent quelqu’un plus inftruit à en publier de meilleures.
- Quoi qu’il en foit, on doit nous favoir quelque gré de nos efforts pour arracher ce voile qui, à un très-petit nombre près d’initiés, couvre toujours un fanduaire inabordable.
- N?, i.
- Du CRAMOISI DE BOIS, ET MAURE-DORÉ FAUX.
- La piece de velours en blanc & abreuvée fe paffe fur un fort bain de rocou ; on la travaille rapidement pendant une demi heure, plus ou moins ; on la lave bien en riviere, & on lui donne le même engallage qu’au maure-doré.
- Pressée & égouttée, on lui donne un bain très-chaud de deux tiers de femambouc , & d'un tiers d’eau pure ; on l’y travaille pendant trois quarts d’heure ou une heure ; on la leve fur la planche; on en exprime le bain , en fafant toujours attention qu’il n’y relie pas de faux plis , ni qu’en la travaillant fur le bain elle ne s’enroule pas , mais qu’elle foit au contraire toujours tenue au large ; on étend de la compolîtion dans un bain d’eau pure & froide , qu’on brade bien ; on y travaille l’étoffe. Au fortir de la composition, on ia repatfe immédiatement fur le premier bain de bois, & ainlî trois fois de fuite alternativement; on répété trois fois ces trois opérations alternatives !ur un nouveau bain de bois, & toujours fur le même de compolîtion : déffnitivement on fait un bain neuf de bois comme le premier, & l’on y achevé la couleur , G elle fe trouve affez foncée , ou on la retravaillerait encore fur la compolîtion , mais en la terminant toujours par le bain de bois. On fait fécher fans laver.
- Pour le cramoifi violet, il effc inutile d’employer le rocou ni la galle ; on commence par le bain de bois , & fucceffîvement & alternativement cetui de la compolîtion. Cette couleur, toute fauffe qu’elle eftjdtune des plus folides de celles en faux teint: l’air ne l’altere qu’à la longue. Comme la plupart de celles de ce-genre, elle s’avive plutôt qu’elle ne perd aux acides, Si elle ne craint rien tant que les alkaîis. Il eft très-difficile de rendre unies les couleurs qui demandent beaucoup de chaleur & plulieurs bains pour les former ; celles fur-tout qui proviennent des Végétaux, dont la partie colorante extra&ive s’échappe , & adhéré rapidement & avec facilité, comme la plupart des bois & des plantes, En général, celles qu’on tire
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- des racines , plus adhérentes , plus élaborées , iemblent être plus difficiles à extraire , & avoir plus de fixité, A travailler cette couleur de fuite, il faut environ cinq heures en tout pour la compofer.
- Procédé de, la, compojîtion.
- »
- Acide nitreux, i livre. i
- Sel ammoniac, 4 onces.
- Eau commune, 8 onces.
- Etain fin, filé ou en grenaille, 2 onces.
- , La. dilfolution doit être faite lentement , en mettant l’étain par petites parties, à mefure qu’il fe diifout. On fuppofe l’eau-forte très-concentrée , ou il en faudrait augmenter la dofe, & diminuer celle de l’eau commune.
- N°. 2.
- DU VIOLET ORDINAIRE.
- On débute par un pied de gris très-foncé, après lequel on lave bien : on travaille enfuite l’étoffe dans un bain de bois d’Inde très - fort & très-chaud , & comme pour le cramoifi, alternativement & fucceffivement dans le bain de compofition. Pour avoir un beau violet très-foncé, il faut, après les premières nuances, laiffer fécher l’étoffe , & la travailler fur la couleur avec de nouveaux bains, comme la première fois. On en a travaillé avec un pied de bleu; mais il 11’embellit ni ne rend plus folide la couleur, parce qu’il eft toujours léger en comparaifon de la nuance, ou qu’il coûterait trop cher.
- n°. 3. :
- D U C H A M O I si
- Travaillez l’étoffe pendant demi-heure dans un bain d’eau chaude qu’on a bradé , après y avoir verfé deux verrées de bain de rocou pour une piece ; relevez ; ajoutez au bain trois à quatre pintes d’eau de redoul, ou moitié moins de la décodion de noix de galle ; rabattez & travaillez l’étoffe un quart ou une demi-heure ; levez , lavez & battez ; palfez fur un nouveau bain d’eau chaude, où i’011 a mis quatre pintes du bain de gaude; lavez, & faites fécher.
- Pour le ventre de biche, on donne le premier bain comme au chamois, & l’on palfe enfuite l’étoffe fur un fécond bain d’eau pure, où fou a verfé
- F f ij
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- VA R T DU FABRICANT
- de la dilfolution d’alun à raifon de Gx onces par piece * travaillez une demï-lieure , dégorgez, battez & mettez fécher : la couleur eft faite.
- N°. 4.
- DU PONCEAU.
- CettÈ couleur, celle de cerife, de feu, de rôle, & les diverfes nuances de ce genre, fe font avec la fleur de carthamt , ou fafran bâtard, connu fous le nom de fafranum ; & comme la plus grande partie du travail confifte dans les préparations préliminaires de cette fleur, on commencera par les décrire.
- Mettez le fafranum en l’état où il fort de chez le droguifte, dans un lac de toile \ jetez ce fac à la riviere au courant de l’eau ; lailfez-le tremper ainfi pendant plusieurs heures ; foulez-le aux pieds avec des fabots dans l’eau même pendant quelque tems ; laitfez - le fe détremper ainfi encore pendant vingt-quatre heures j foulez de nouveau, & lavez-le tant qu’enfin l’eau en forte claire.
- L’eau roulfe qui s’échappe dans le lavage provient de la partie jaune du fafranum , difloluble à l’eau , & dont il le faut purger, pour que la partie qui colore en rouge conferve tout fon éclat. Cette derniere partie réfide dans une fubflance réfineufe , & n’eft diifoluble que par les alkalis ; elle s’extrait ainfi.
- Mettez le fafranum , lavé & prefque réduit en pâte , dans un grand vafe où l’on puifle aifément le fouler aux pieds par petites parties} faupou-drez à mefure cette matière de la meilleure cendre gravelée pulvériféei au défaut de cendre gravelée , on peut fe fervir de potafle ; & faites-en le plus parfait mélange polîible, à raifon d’une livre de cendre fur quinze de fafranum > leflivez jufqu’à ce que les Tels, qui tiennent en dilfolution les parties colorantes du fafranum, les aient toutes entraînées. Cette leflive eft le bain du fafranum.
- Avant d’en faire l’application , il faut piéter la couleur en rocou par degrés , pour arriver à la nuance qu’on veut donner au pied , laver & avifer cette nuance dans un bain d’eau claire où l’on a étendu de l’eau d’alun , juf-qu’à faire aflez fentir cette faveur fur la langue, & enfin bien dégorger & laver en riviere.
- On prét are le bain de fafranum, en verfant delfas de la dilfolution de crème de tartre , qu’on préféré au jus de citron, jufqu’à ce qu'on ait viré le bain ; c’eft-à-dire , que de jaune rougeâtre qu’il eft , il devienne cerife , bralfez-le bien 5 palier & travaillez-y l’étoflfe, jufqu’à ce qu’elle tire de la
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- DE FELOURS DE COTON.
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- couleur , ou qu’elle Toit à la nuance cherchée : fi ce bain ne peut la lui procurer, paffez-la fur un fécond femblable, & fur plufieurs autres encore, Ci les premiers ne fuffiient pas, obfervant de laver entre chaque bain, & de faire fécher même une fois ou deux, pour en mieux juger.
- On trouve que la crème de tartre développe mieux que le jus de citron la partie colorante du fafranum j elle donne à la couleur un air plus vif, plus nourri , & elle fe foutient mieux à l’air.
- Les bains de fafranum ne doivent fe faire qu’au moment de les employer, & encore faut il mettre beaucoup de célérité dans les opérations, parce qu’ils perdent auffi-tôt de leur couleur, & qu’ils finiraient par la perdre entièrement. Il faut aufîî les faire & les tenir toujours à froid ; la chaleur décolorerait le bain viré ou rougi par l’acide végétal. Ce n'eft qu’au moment de l’employer qu’on peut réchauffer fans rifque, & l’on y eft nécef-fité par le mélange du bain de crème de tartre , laquelle fe cryftalliferait bientôt, fi ie bain qui la tient en diffolution fe refroidirait.
- Les autres couleurs à nuances moins foncées que le ponceau, & qui fe tirent également du fafranum , reçoivent aufli un pied de rocou ; le rofe même, qui en devient plus vif & moins bleuté: mais il faut que ce pied foit très-leger. Elles s’exécutent du refte, en fuivant le même procédé i il n’ell queftion que de varier les dofes, de moins forcer, & de moins multiplier des bains.
- Voici un procédé qui m’a paru plus expéditif, & dont je fuis également fûr du bel effet. Dans le même fac où le fafranum a trempé en riviere , & où il fe trouve très à i’aife , à un quart de fa continence , par exemple , moins il y en a, mieux l’opération fe fait ; mettez une once de potalfe ou cendre gravelée par livre de fafranum pulvérifé ; mêlez, ballottez bien le tout enfemblc; mettez ce fàc dans un paquet très-propre , qui n’ait 1ervi à aucune matière colorante, autre que celle-ci ; mettez-y de l’eau à raifon d’un feau par livre de fafranum; laiifez y tremper le fac ; macérez, foulez, preffez le , pour que la partie colorante fe dilfolve & s’échappe ; au bout de deux heures de travail le bain eft alfez chargé. Dans une petite chaudière de huit à neuf féaux d’eau , mettez jieuf livres de crème de tartre , qu’il faut faire bouillir jufqu’a ce que la crème foit en didolution : prenez un baquet très-propre; mettez-y cinq féaux de la leiîive de fafranum, & deux ou environ du bain de creme de tartre. Quand on apperçoit que ce mélange commence à bouillonner, on pallie fortement le bain ; on dilpofe auffi-tôt la piece fur un moulinet pofé au-deifus du baquet j on la palfe rapidement fur le bain , en la tenant toujours bien au large ; 8c quand on l’a ainfi paifée fix ou huit tours, toujours en nombre pair, 8c ainfi de toutes les opérations femblabies, pour que les deux extrémités de la piece foient
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- également atteintes de la couleur, on la releve fur la planché, on la rabat dans la chaudière à autant de Leprifes différentes que fur le tourniquet; en obfervant de retourner la piece à chaque fois , pour que le bout qui eft forti le dernier de la chaudière y rentre le dernier.
- Pendant ce tems-là, le fafranum trempe toujours dans fon baiir, ou l’on a remis autant d’eau qu’on en a tiré; le macérant, agitant, foulant également de tems en tems. '
- On paffe à un fécond bain comme le premier; on y travaille l’étoffe de même ; & fi la couleur n’eft pas à la nuance requife, on fait un troifieme bain, un quatrième même, s’il eft néceffaire.
- On fait fécher à l’ombre , en étendant la piece bien également, parce que les parties qui fécheraient plu's promptement fe coloreraient différemment, & feraient tacher , onder la couleur: ce qui arrive encore quand il y a des courans d’air qui frappent plus en des parties qu’en 'd’autres. Letendage, par cette raifon, demande un foin particulier; fur des perches, où , par le moindre attouchement d’un point quelconque fur lequel l’étoffe fécherait, elle fe tacherait : il faut donc tendre des cordes dans la fécherie , par longueurs horizontales & rapprochées, y accrocher l’étoffe, en allant & revenant; ou fur la même longueur, ce qui ferait mieux, fl la fécherie eft allez étendue, en les foutenant de diftance en diftance, ou enfin difpofées en volute , pour éviter le retour, ou elpece de pli de l’étoffe,qui empêche toujours la parfaite égalité du féchage : on l’accroche à ces cordes par la îifiere avec des épingles, & elle fe feche ainfi, pendant verticalement fur la largeur.
- N°.
- Du CAPUCINE.
- Il fe fait fur le même principe que le ponceau , avec la différence qu’il y faut employer plus de rocou , & moins de fafranum.
- N°. 7.
- Du BLEU ET DU VERD DE BOIS D’INDE.
- Travaillez l’étoffe dans un bain de bois d’Inde , où l’on a verfé deux onces de vitriol de Vénus , & quatre onces de dilfoiution de cuivre par l’acide végétal : le bleu fera fait.
- Le verd fe fera également d’un feuljet, dans un même bain de bois d’Inde & de verd-de-gris, auquel on ajoutera du bain de bois jaune, à
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- DE F EL OU RS DE COTON.
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- proportion- de la nuance à faire. Ce procédé n’efl; bon que pour les matières en fil. La couleur trop faible & même un peu livide 11e conviendrait point aux étoffes, à moins qu’on ne voulût un gris bleuté. Il n’y a que les Anglais qui teignent des velours dans cette couleur : mais parmi d’excellentes chofes, il n’efl; drogues qu’ils ne faflent; tout eft bon fans doute, puifqu’ils le débouchent ou le confomment.
- N°. 7.
- Dû BLEU ET DU VERD DE SàXE OU DE CHINE.
- Cotnpojition.
- Acide vitriolique très-concentré , g parties.
- Antimoine pulvérifé , A
- Indigo flore pulvérifé à ajouter quand la diflolution fera faite. 1
- Mêlez, agitez & laitfez digérer pendant vingt-quatre heures fur un bain d’eau chaude mife dans un baquet ; verfez de la diflolution d’indigo, & palliez bien; ajoutez-y moitié autant que décomposition, de l’eau de foude chargée à porter l’œuf ; bradez encore ; travaillez l’étoffe dans ce bain, juf-qu’à ce que la couleur foit portée à fa nuance; lavez, & battez bien.
- Le verd fe fait en palfant l’étoffe de ce bleu dans un bain de bois jaune 1 lavez, dégorgez & battez, jufqu’à ce que l’eau forte claire , & que l’acide ne--fafie aucune impreffion. On a l’expérience que cet acide mal extrait, d’abord-d’une étoffe où il a fervi d’intermede à la couleur, s’y concentre toujours davantage, & finit par la brûler entièrement. Faites fécher,
- N°. g.
- 7 ' D U‘ B L E U E T* D U VERD DE PRUSSE.
- • - c r ' ?• i eiC;.- '
- 1 Décolorez une livre! de bleu dé Prulfe avec une fuffilànte quantité d’alkah fixe marine en faifant bouillir le tout enfemble ; paflez dans ce bain l’étoffe qu’on a faiblement àlunée avant : quand elle paraîtra bien égale , paf-fez-la dans un nouveau bain d’eau , 011 Ton aura mis de l’acide marin jufqu’à 'piquer un peu la langue ,:,prefque autant que du vinaigre; lavez, & battez •bien/ Pour le verd , ompaflè fur le bain de bois jaune, comme à l’ordinaire.
- -La ‘couleur bleue ne-fe développe!point par le mélange de l’alkali fixe,1 qui diflout-cependant la matière &Tétend dans le, bain : ce: bain fe colore
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- r A RT DU FABRICANT
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- en jaune fauve, & ne donne pas d’autre nuance à l’étoffe ; mais i! fuffit qu’elle y foit appliquée également. C’eft l’acide qui développe le bleu , & qui lui donne de l’éclat.
- Les procédés du bleu & du verd de Saxe & de Prude , qu’on vient de décrire , ont été fuivis pendant long-tems ; mais la couleur était fouvent faible» terne & mal unie: elle eft plus vive & plus nourrie parie procédé fuivant, applicable à l’un & à l’autre.
- Compofaion.
- Sur du beau bleu de Prufle pulvérifé & paffé au tamis très - fin , mis dans un yafe de faïance en dofe indéterminée , mais à raifpn d’une livre par piece d’étolfe , verfez de l’acide marin, jufqu’à ce que la matière vienne en confiftance de firop ; remuez toujours , lors de la fermentation, pendant environ une demi - heure j délayez bien , & remuez encore d’heure en heure pendant une journée , jufqu’à ce qu’enfin l’on n’apperçoive plus de fermentation, que la divifion des parties entr’elles foit très-grande, & que leur union avec l’acide foit intime. On emploie l’acide marin de préférence à l’acide nitreux, parce qu’on a reconnu qu’il attaquait moins l’étoffe, & qu’il donnait une couleur plus vive.
- Dans un baquet plus étroit que les baquets ordinaires, & plus évafé par îe haut, de deux pieds de diamètre par bas, & deux pieds & demi par haut, de hauteur égale à fon évafement, mettez fept à huit féaux d’eau pour une piece de velours ; ajoutez-y de la compofition qu’on a bien délayée avant avec de l’eau dans un vafe à part ; verfez-la dans le bain à travers un tamis bien fin ; & auffi-tôt que la piece eft difpofée fur le tourniquet placé au-defïus du baquet, palliez fortement le bain , & abattez promptement, travaillant avec le plus d’adivité qu’il eft pofïible pendant une, deux, trois heures , en paffant la piece fucceflivement du tourniquet à la planche , & de la planche au tourniquet.
- Comme le bleu de Prulfe n’eft réellement pas diffous , qu’il n’eft que très-atténué , & qu’il a du poids , il fe dépofe rapidement fur la matière, & toujours en plus grande quantité fur la première qui fe préfente ; il en réfulte que la couleur eft d’abord ondée & fouvent placardée, quelque foin qu’on prenne : on ne doit point s’en étonner ; il faut cependant éviter ces accidens le plus qu’il eft pofïible ; travailler & retravailler l’étoffe j laver avec ie bain même les parties trop atteintes ; retravailler tantôt un bout le premier, tantôt l’autre; faire fécher enfin ; retravailler de nouveau, toujours ie plus également & le plus promptement ; faire fécher encore un fois, s’il en eft befoin, & retravailler encore, jufqu’à ce que la nuance foit au
- point
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- point qu’on la defire , & que la couleur foit bien unie : c’eft la couleur pour laquelle il faut un ouvrier des plus exercés. On lave l’étoffe entre chaque fec; on la bat; il faut en toutes fortes de bains, que l’étoffe y foit toujours paifée bien humedée; feche, elle ne fe pénétrerait qu’avec beaucoup de peine , & toujours très - inégalement. Définitivement on ne lave point, on fait fécher à la rame, au grand air, au foleil ou à l’ombre , pourvu que la piece foit bien étendue. Pour paffer au verd, on alune la piece encore mouillée de fon bleu , & on la pâlie au bain jaune de gaude, en plus ou moins grande quantité , fuivant la nuance. La gaude eft plus vive que le bois , qui fonce davantage , mais qui ternit un peu la vivacité du bleu. Si l’on voulait un verd tendant à l’olive, le bois ferait préférable. Faites fécher au grand air comme le bleu.
- Cette couleur, une des plus belles que l’art puiffe produire, eft inaltérable à l’air & à toutes fes intempéries , lorfqu’elle eft bien faite. J’en ai ex-pofé ainfi des échantillons pendant fix mois de fuite ; elle a remonté pendant long-tems ; elle a enfin peu perdu. Les acides ne lui font pas contraires ; le débouilli même à l’alun ne l’altere que faiblement ; mais la pouf-fiere, le frottement fur le dos des plis, la ternit bientôt, & le moindre attouchement de quelque liqueur alkaline la décompofe fur - le - champ.
- Le bleu de Prufle fe trouve dans le commerce en pâte durcie & caffante, à peu près comme l’indigo ; mais comme il coûte fort cher , 8c qu’on le peut faire par-tout, j’en vais donner le procédé d’après M. d’Apligny , le
- plus fimple & le meilleur qu’on connaiffe.
- Sang de bœuf fec & réduit en efpece de petites écailles, 3 onces.
- Tartre rouge, - 3
- , Potaffe , 3
- 1 Salpêtre de la fécondé cuite , 1 f
- 'Pulvérisez le tout; mettez-le dans un creufet, 8c donnez un feu gradué , jufqu’à ce que la matière , réduite en pâte , ne fume plus , & foit également rouge; jetez-la* alors par cuillerées dans trois pintes d’eau bouillante; coulez cette lelîive, & mêlez-la avec une diifolution chaude de huit onces d’alun & de deux onces de vitriol de mars ; remuez bien ce mélange avec un bâton, pour accélérer la précipitation du bleu.
- Réflexions générales fur la teinture.
- On fuit dans quelques atteliers, avec plus ou moins de différence , les procédés qu’on vient de décrire. Il n’en eft pas moins à préfumer qu’il y a fouvent des manipulations fuperflues , & quelquefois des ingrédiens inutiles. Les couleurs primitives , le jaune , le rouge & le bleu, font la baie de toutes Tome XIX. G g
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- VA RT DU FABRICANT
- les couleurs: elles peuvent être le réfultat d’une combinaifon faite par la nature ; mais elles font fimples à l’égard de J’artifte ; il ne les fait pas , il les extrait, il les tranfmet, il les fixe ces trois couleurs , & elles feules combinées varient enfuite le tableau de toutes les couleurs de la nature % dont l’art peut concevoir & tenter l’imitation.
- Qu’on place le jaune avant le rouge , & le rouge avant le bleu, en fuppofant la première couleur plus firnpje , & les fuivantes plus cornpo-fces, c’eft fe fuppofer être inftruit de la marche de la nature pour la cotn-policion de ces couleurs; & perionne ne fait pour laquelle elle fe met le plus ou le moins en travail. Quel que foit le fyftème le moins fyftème, c’en eft toujours un ; & quoique les arts foient fouvent éclairés par des fyftêtnes, il ne' paraît pas que l’art de la teinture puilfe tirer un grand avantage de celui-ci, puifque Je teinturier eft toujours obligé de confidérer , par rapport à lui , comme fimple en foi & élémentaire à l’égard de toutes les autres, chacune des trois couleurs dont on vient de parler.
- Ces trois couleurs peuvent être graduées infenfiblement du blanc an noir, par une multitude de nuances. Il y a deux moyens pour opérer cette gradation: l’un,d’unir à une couleur fimple une couleur fimple, ou plus ou moins compofée ; il naîtra de ce mélange , dont la pratique indiquera les dofes, une nouvelle nuance qui pourra faire partie de la gradation dans telle ou telle,couleur. Cette idée a du fe préfenter d’abord : le fuccès l’a fixée , & la pratique en eft devenue générale : elle a néanmoins beauconp d’in-convéniens. La réufiite tient au tâtonnement: les manipulations font plus multipliées; la quantité des ingrédiens colorans , toujours chers , plus confidé-rabie ; & à prix égal , la folidité dans la couleur toujours moindre. Il faut lans doute mélange de couleurs , lorfqu’il eft queftion de produire une couleur nouvelle & compofée ; encore cela n’eft-il pas toujours abfolument nécefi laire : mais, peut-être aufiï n’eft-il jamais abfolument néceffaire de faire ce mélange , lorfqu’il n’eft queftion que de varier les nuances d’une même couleur ; & c’eft plutôt de cette idée plus réfléchie qu’on a tiré l’autre moyen. On lait que les acides portent au rouge, & que les aikalis font tendre au verd : on lait que les uns ou les autres, pris dans les différens régnés , ont des effets très- diffé rens; on fait que ces effets varient beaucoup plus encore, lorfque les iels tiennent des métaux en diflolution , & qu’ils dépendent, & de la nature du métal, & de la quantité qui y eft répandue. Peut-être ne tient-il qu’à l’emploi de ces fels , d’avoir toutes les nuances qui dérivent des couleurs primitives. Peut-être ne-tient-il qu’à l’emploi de tel ou tel métal, dnions dans ces fels , en bain préparatoire, ou dans celui même de la couleur , de les aifurer toutes.
- J’ai vu dans l’atteüer de teinturre pour les tapifleries aux Gobelins, des
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- gradations de nuances pouffées depuis le gris-de-!in le plus tendre, jufqu’au violet le plus fombre ; depuis le rofe le plus pâle, jufqu’au cramoifi le plus foncé ; depuis le ventre de biche le plus clair, jufqu’au brun le plus obfcur. J’y ai aufli vu la férié des échantillons matrices des pieds à la cochenille ; ou m’a aifuré que , fans l’emploi d’aucun bain de bruniture , & par le feul effet des Tels, on les avait tournés & poulfés à la nuance qu’on obfervait. Je crois feulement qu’à l’égard des cramoifis , au lieu de cuve de bleu , on emploie le cobalt diffous par l’eau régale. Ce qui paraît clair, c’eft qu’on y regarde comme inutiles une infinité de pratiques d’ufage ailleurs, & qu’on y fait prefque toutes les couleurs de fuite & dans la chaudière même. Peut-être peuvent-elles s’exécuter toutes ainfi fur le coton comme fur la laine. Tant de cuves & de bains préparatoires entraînent dans des dépenfes & des longueurs , auxquelles on obvierait peut-être par des bains faits au befoin fur-le-champ, la matière à teindre fuppofée imprégnée des métaux diifous , ou fouvent en étendant feulement les diffolutions de fels fuccefïivement dans le même bain. On y penfe que la cuve de noir fur-tout eft fuperflue , & que la rouille de fer peut fe fuppléer avantageufement par la diffolution du vitriol de mars , la décodion d’écorce d’aune, de fumac, &c. & qu’on peut achever de foncer le noir par une forte décodion de bois d’Inde ; qu’il en eft beaucoup plus doux, aufïi beau & auiîî folide, même fur le velours de coton , fans courir aucun rifque de le brûler. Je conviens que le noir fera plus doux , & qu’on fera moins expofé à brûler l’étoffe ; mais jufqu’à des connailfances plus étendues, qui nous amènent à en juger différemment, nous trouvons la prétention d’ailleurs mal fondée quant au velours de coton. La tonne élabore mieux le fer ; le noir en eft plus beau, plus nourri , plus noir enfin.
- Toute couleur en rouge de garance peut fans doute fë faire toujours en une feule fois , quant à l’emploi de cet ingrédient colorant; & peut - être ne depend-il que d’un fel de la fixer parfaitement, & en même tems de l’aviver.
- La carrière eft vafte ; mais elle eft ouverte aux artiftes : il ferait bien à defirer qu’ils tournaffent leurs vues du côté de l’analyfe de ces fels , dont le travail eft refté jufqu’ici bien imparfait, & qu’il s’enfuivît celle des fubf-tances métalliques,'pour en déduire les diiférens effets de ces fels fur celles de ces fubftances applicables en teinture , dont les idées à peine apper-çues, loin que le travail en foit encore ébauché , furent cependant mifeseu pratique par les anciens , à en juger par l’art , recouvré de nos j-ours, de colorer le verre : vraifemblablement par les Indiens, (1, après un grand laps de tems , leurs couleurs, dont les plus belles font imitables , & ne font fouvent imitables que par des diflolutions métalliques-, rongent en effet le tifiu des toiles comme les acides corrodent les métaux : & certainement
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- par Pierre Gobelin , le premier peut-être parmi nous qui ait imaginé d’employer la diflolution des métaux dans les acides minéraux, pour aifurer les couleurs en teinture , & les rendre plus éclatantes. S’il ne naiifait pas de ces recherches une plus grande variété de'couleurs que celle que nous poflc-dons , il en fortirait du moins les moyens les plus fûrs de les fixer ; & il pourrait très-bien arriver que la teinture s’enrichit à cet égard, en proportion de ce qu’elle tiendrait plus du régné minéral : l’évidence du principe des couleurs dans les métaux donne lieu de le préfumer.
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- DE VELOURS D E C 0 T 0 N.
- J’ai oublié de parler, à la fuite de la fabrication des velours de coton, de celle des velours de foie&. de coton , que nous avions projeté, il 'y a quelques années, d’établir à Amiens, & dont on vient, dans l’un des faux-bourgs de Lyon , de réalifer en partie l’idée. Je dis, en partie, parce que notre projet était de les faire à chaîne & trame de coton, comme le velours de coton ordinaire, & feulement à poil ou velouté de foie ; & que ceux de Lyon ont la chaîne de fond, comme celle de poil ou du velouté en foie, & la trame feule en coton.
- Il réfulte de cette derniere méthode fur la précédente , l’avantage de pouvoir plus facilement imiter les étoffes dont la figure* ne couvre point le fond auffi parfaitement qu’il efl; couvert au velours plein : tels les velours cannelés , les velours ras, ceux à la reine, les droguets ou autres étoffes de foie à petits deffins formés par la chaîne, auxquelles les raies veloutées , les côtes ou cannelures font en général également formées fur la largeur de l’étoffe.
- Du relie elles fe travaillent en foulevant à la fois fur la verge plus ou moins de fils de la chaîne, en les coupant tous, ou en partie, ou en n’en coupant aucuns; à peu près comme les moquettes à petits deffins, où l’on pourrait, à la tire, fublfituer les marches; ou comme les pannes cifelées, dont il efl parlé à la lùite de Y Art d'imprimer les étoffes de laines , &c. ou enfin lorfqu’il n’y aura rien de coupé, qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas de verges interpofées, de la même manière , aux variétés près , que les étoffes croifées & figurées, décrites dans Y Art du fabricant des étoffes de laines rafes & feches , unies & croifées.
- Ces étoffes dureront-elles autant que les précédentes ? Dureront-elles aifez du moins pour compenfer , foit le prix de celles où il n’entre point de foie , foit l’éclat de celles de pure foie, qu’elles ne finiraient avoir ou confcrver auffi uniformément ? L’expérience peut feule nous en inftruire.
- En attendant, nous ne faurions diffimuler combien cette invention doit ajouter aux regrets de noV trop faibles connaiffances en teinture, & exciter les artiftes à reculer les bornes de ce bel art.
- Plusieurs couleurs, quoique fauffes, appliquées fur la foie , font long-tems réfléchies avec une forte de vivacité propre à l’éclat de la matière. Le coton n’a point cet avantage ; il n’a rien du brillant de la foie ; il n’a point fa fermeté : il efl: plus fufceptible des influences de l’athmofphere ; il fe fripe , fe falit plus tôt, il effplus lu jet au lavage. Son ufage néceffite donc des couleurs très - variées, plus tenaces; & fon mélange avec la foie demanderait des nuances également éclatantes , & plus conflamment fembiables.
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- 238 VAUT DU FABRICANT DE VELOURS DE COTON.
- A l’égard du velours plein , nous ne doutons pas qu’il ne foit plus avantageux de revenir à notre première idée, c’eft- à - dire , de faire l’étoffe en coton , chaîne & trame , & le velouté feul en foie. Sans doute le coton ne prendra jamais exactement la nuance de la foie; mais en l’imitant le plus qu’il eft poiîible, en teignant la couleur en bon teint , en employant une trame très-fine, pour rapprocher d’autant les verges, & en bien tiffantl’étoffe , elle fera garnie d’un poil denfe , qui en couvrira le fond , & qui lui donnera en même tems de la force , de la douceur & de l’éclat.
- Et s’il y a en effet de l’avantage à fuivre cet objet dans toutes ou feulement dans quelques-unes de fes parties ; s’il prend enfin de l’extenfion , nos provinces du nord, beaucoup plus exercées au travail des cotons fins & à la teinture des matières végétales que celles du midi, où la main-d’œuvre en outre eft plus chere , ne tarderont pas à revendiquer la fabrique & des velours de foie & coton, & des velours de foie fur coton , & celle même des autres petites étoffes de ce genre. Peut-être , hélas ! la translation en fera-t-elle hâtée par un trifte refte de cette barbarie réglementaire., dont rougiront nos neveux.
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- ART
- t
- JD zr F A JB JR. X C A N U
- DE VELOURS DE COTON»
- SECONDE PARTIE,
- Conte na n t les procédés de toutes les couleurs j & la maniéré de les appliquer fur cette étoffe, ainfi que fur toutes les fortes de toiles > foit à la planche & au cylindre , foit au pinceau.
- Naturam imitare magiftram.
- M A R s y , Fiel.
- AVERTISSEMENT.
- JE ni étais propofé, d'apres des expériences & quelques conjectures , de répandre plus de théorie fur cette fécondé partie ; dyautres travaux s'emparent du terris definé à rédiger mes idées : f apprends d’ailleurs que M. de la Follie, de Üacadémie de Rouen , s'occupe finguliérement de la théorie de la teinture, fur laquelle il fe propofe de publier les fiennes. Je nhéjîte plus de m'en tenir à guider les artifies, & je cede volontiers à ce digne confrère un honneur auquel je ne f aurais prétendre , celui déclairer les favans. (* )
- Je ne donnerai non plus aucune figure fur P Art du fabricant d indienne , qui d ailleurs nef pas précifément mon objet. Je fais combien le goût pour cette forte d'étoffe en a répandu Puf agi, & que le méchanifme de Pimpreffton pourrait nétre pas fans intérêt; mais U ejl fi fimple , quil fujfit, fans être initié dans P art, d'y jeter un coup - d'œil pour le comprendre : ainfi j'entre en matière.
- (*) Au moment où je livre ces procé- fleurs de Tes idées, les arts n’en doivent dés à l’impreiïion, j’apprends la mort pref- pas moins des pleurs à fa cendre, & ce que fubite & trop prématurée de M. delà n’eft qu’en habit de deuil qu’ils peuvent Follie. Quelque raifon que j’aie de préfu- jeter des fleurs fur fon tombeau, mer que l’amitié reüe dépofitaire de plu-
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- L'A R T I) ü F A B R ICA N T
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- F B. O C É D É S
- Dé Vimprejjion fur toiles & fur velours de coton.
- PRE M IER ROUGE. Ne*. i.
- Cent pots, mefure de Paris , d’eau de rivière. ' '
- Vingt pots de vinaigre blanc.
- Drogues.
- Cent livres d’alun de Rome.
- Quarante de fel de Saturne.
- Six de foude d’Alicante.
- Six d’arfenic blanc.
- Six de fel ammoniac.
- Huit de potafle.
- Six de craie commune.
- Trois de fernambouc moulu.
- Pulvériser l’alun, le‘fel de Saturne & la foude; les mettre dans une barrique de la contenance de cent foixante pots ; faire chauffer le vinaigre prefque jufqu’au bouillon ; y délayer la craie pulvérifée peu à peu & par petites parties , à caufe de la grande efFervefcence que produit ce mélange ; verfer à chaque fois cette combinaifon dans la barrique , fur l’alun , le fel de Saturne 8c la foude ; toujours remuer & bien agiter ces drogues avec une fpatule ou un rable , pour les faire fondre.
- Cela fait, y verfer quarante pots d’eau tiede , & agiter jufqu’à ce qu’il n’y ait plus de fermentation ; y en ajouter alors trente-cinq pots également d’eau tiede , & cinq autres contenant la diiTolution de la potafle , qu’il faut verfer peu à peu.
- Terminer le bain de la cuve par la décodion du bois de fernambouc, faite dans trente pots d’eau réduits à vingt, après, l’avoir palfée au tamis, 8c y avoir fait fondre le fel ammoniac & l’arfenic.
- Cette décodion de bois , chargée de la diifolution du fel ammoniac & de l’arfenic, doit fe mêler au bain lors de la fermentation que la potafle y exfcite. Remuer le tout pendant une heure; laifler refroidirle bain effc d’un
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- DE FEL OU RS DE COTON.
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- rouge clair. LorfqiTil eft tranfparent 5 on peut l’employer ; trouble 3 il rendrait la nuance terne au garançage.
- Gommage du rouge clair , violet, marron , cramoiji, lilas, &c.
- Verser peu à peu un pot de bain du mordant ci-delfus, fur une livre un quart de gomme arabique pilée, palïée au tamis, & mife dans un vafe. Lorlque la gomme eft difloute , on peut fe fervir du bain.
- Premier rouge , ou rouge le plus fonce pour calencar.
- Verser fur trois pots du bain n°. 1, une pfnte de bain de ferraille ; ou mieux encore , pour un rouge plus vif, y dilïoudre une once de fel ammoniac ; délayer vingt-quatre onces d’amidon dans un chauderon , avec un peu du bain précédent : lorfqu’il eft bien délayé, y ajouter le reftant des trois pots de bain , & faire bouillir jufqu’à ce que l’amidon foit cuit. Cette compofition peut être employée auffi-tôt qu’elle eft refroidie.
- Second rouge pour calencar.
- Faire fondre trois onces de fel de Saturne dans une pinte sd’eau ; y ajouter deux livres & demie de gomme arabique tamifée ; bien délayer le tout j verfer delïus trois pintes du bain nQ. 1: on peut alors l’employer. L’opération fe fait à froid, comme pour toutes les couleurs qu’on épailïit à la gomme.
- Troijieme rouge pour calencar6
- Trois onces de fel de Saturne.
- Trois pots d’eau de riviere.
- Cinq livres de gomme arabique.
- Un pot du bain n°. 1.
- Le tout bien mêlé; la gomme pulvérifée avant, paffée au tamisdif-ioute peu à peu dans de l’eau pure, ou dans le bain de rouge.
- Gros rouge pour le fond double rouge.
- Premier rouge.
- Verser <lans une terrine trois pots du bain n°. 1, fur deux onces de fel de Saturne ; faire enfui te bouillir dans ce bain une livre & demie d’amidon. Il faut toujours huit onces d’amidon par pot de bain pour toutes les couleurs qu’on épailïit ainfi, & une livre un quart de gomme arabique pour celles à la gomme. Cependant, fi la compolîtion eft trop épaifle, ou l’éclaircit avec un peu de bain du n®. 1 ; Ci au contraire, on y ajoute d$ Tome XIX, H h
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- LA RT DU FABRICANT
- la goinme^'A l’égard de celles à l’amidon, on les fait recuire dans le dernier cas j & dans le premier on y ajoute un peu du bain n°. i, dans le chaiïis , lors du travail.
- Deuxieme rouge pour le fond du rouge précédent,.
- Faire diifoudre à froid trois onces de fel de Saturne dans trois pots d’eau ; y ajouter enfuite fept livres de gomme arabique j & iorfqu’elle eft diffoute, y verfer trois pots du bain n°. i.
- Rouges pour indienne à deux rouges , fond blanc 3 ou fond de couleur.
- Premier rouge.
- Amidonner deux pots du bain n°. i.
- Deuxieme rouge.
- Dissoudre trois onces de fel de Saturne dans quatre pots & demi d’eau j verfer dedans fept livres & demie de gomme arabique j y ajouter un pot & demi du bain n9. i.
- Rouge pour fond feul.
- Mettre deux onces de fel de Saturne dans quatre pots du bain n°. i > y ajouter cinq livres dé gommé.
- Rouge tirant fur le cramoifi.
- Gommer huit parties du bain de rouge n°. i ; mêler avec une partie du bain de violet ci-aprts n®. i.
- Second rouge , n\ 2,
- Cent pots d’eau.
- Cent livres d’alun de Rome.
- Trente livres de fel de Saturne. ’
- Cinq livres de potafle.
- Quatre livres de foude d’Alicante.
- Trois livres de fernambouc râpé.
- Cinq livres de fel ammoniac.
- Cinq livres d’arfenic blanc.
- Mettre dans un tonneau delà contenance de cent cinquante pots Ialutî pulvérifé j verfer deffus quarante pots d’eau très-chaude & non bouillante ; semuer jufqua ce que l’alun &it diifous j ajouter le fel de Saturne, & re»
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- DE F E L 0 U R S DE COTON.
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- muer pendant fept à huit minutes ; verfer encore quarante pots d’eau chaude , & remuer aufïi long-tems que la première fois j mettre la foude ; remuer un quart d’heure ; ajouter peu à peu, & à différentes reprifes, la potaffe dilfoute dans deux pots d’eau ; terminer le bain par la décodion du fernambouc paffée au tamis, réduite de vingt-quatre pots à dix-huit, dans laquelle, encore chaude , on a fait diifoudre le fel ammoniac & l’arfenic. Cette décodion de bois doit être verfée dans le tonneau pendant la fermentation que la potaffe y a établie ; remuer le tout pendant une heure : le bain refroidi & clair , on peut s’en fervir, ayant l’attention de ne le point troubler j le gommant enfuite, ou l’amidonnant fui vaut le befoin.
- Les couleurs à l’amidon font plus foncées, & moins vives que ceMes à la gomme : ce qui provient de la cuiffon nécelîaire dans le premier cas. On n emploie que la gomme dans les rouges de nuances claires.
- Le rouge n°. i efl préférable, en ce qu’il a plus de fond, & qu’il eft plus fufceptible de dégradation.
- Violet, n°. r.
- Faire bouillir, dans huit pots d’un fort bain de ferraille ,
- Six livres de ferraille rouiüée ,
- Huit onces de fel gemme ,
- Quatre onces de verd-de-gris ,
- Trois onces de fel de falpètre crud,
- jufqu’à ce que le bain foit réduit à lix pots 5 le tirer au clair, & le lailfer refroidir.
- Faire diifoudre ûx onces de fel de Saturne dans 1111e petite partie du bain ci-deffus ; en verfer le refie fur cette diffolution j y ajouter dix-huit pots d’eau froide : le bain efl fini.
- Pour fond de violet plein.
- Prendre trois pots du bain ci-deffus, & les épaifîir à froid , avec trois livres trois quarts de gomme arabique.
- Violet pour fond fur mofaïque noire.
- Gommer un mélange de trois parties du bain ci-deffus, n°. 1,8c d’un» partie d’eau pure.
- Petit violet pour rentrer.
- Gommmer deux parties de bain 8c deux parties d’eau. On ne fauraifc épaifîir le violet à l’amidon,
- H li ij ;
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- L’A R T DU FABRICANT
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- Fond des couleurs qui fi tirent du violet, du rouge > ainfi que du noir, &cl ' - Fond café.
- Dix pots de bain de ferraille le plus vieux poflible»
- Deux pots de bain de rouge , n9. 1.
- Quatre pots d’eau claire.
- Gommer, fuivant la pratique, la quantité néceÆaire*
- Fond marron.
- Neuf pots de bain de violet, n°. I.
- Six pots de bain rouge, n°. r.
- Quatre livres & demie de couperofe verte , calcinée au blanc.
- Remuer le tout à froid , jufqu’à ce que la couperofe foit fondue j gom^ jner cette compofition.
- On calcine la couperofe à feu nu, très-ardent, dans une poêle de fer 5 on la remue; 011 la détache autant qu’il eft poffible avec une fpatule de fer^ quand elle ell en pierre & blanchie, on la retire > on la fait piler & tamifer,
- Fond maure - doré.
- Huit pots de bain de violet, n«. 3.
- Six pots de bain rouge, n°. 1.
- Gommer.
- Fond lilas foncé.
- Prendre pun pot de bain de violet, n°. i‘, un pot de bain du fécond ïouge , pour fond double rouge , & gommer.
- Lilas clair.
- ÜNE?partie de bain de violet, n°, 1 ; trois parties du fécond rouge, & gommer.
- NOIR.
- Bain qui firt au noir garance , au jaune à la rouille, &c.
- Remplir de fort vinaigre blanc une barrique garnie de ferraille jufqu’au haut, & de quatre pots & demi de farine de feigle ; en foutirer cinq à Cix féaux , trois fois par jour, pendant quinze jours de fuite , & les reverfer delïus à chaque fois ; îailfer repofer le tout durant quinze jours , trois feulâmes , ou un mois ; tranfvafer le bain dans une autre barrique , & s’en fervir comme il fuit, (a)
- (a) Il faut laver la ferraille après chaque opération, rétencfre à l’air fur des planches, Si. l’arrofer de teilis en teins , pour la faire rouiller de nouveau , & s’en refervir.
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- Noir a garancer»
- Mettre dans un pot de bain ci-deflus, une once de vitriol de Mars,' & demi-once de vitriol de 'Vénus ; les faire diiToudre fur le feu fans bouillir ; épaiiîîr le bain avec huit onces d’amidon , mais avant de le remettre fur le feu, & lorfqu’il eft refroidi, pour la facilité de le délayer convet iiablement.
- Les couleurs fuivantes ne fe garancent pas.
- Couleurs au pinceau ou a la planche; !
- Jaune, fonce à la rouille.
- Faire diiToudre fur le feu, dans un pot de bain de noir , trois onces de vitriol de Mars, & un quart d’once de verd-de-gris î amidonner la com-pofition lorfqu’elle eft froide.
- Jaune clair à la rouille , bon pour verd, applique fur bleu.
- Trois livres de vitriol de Mars.
- Une demi-once de vitriol de Vénus.
- DiiTous fur le feu, fans bouillir, dans un pot 8c demi d’eau j laiiTer re~ pofèr le bain pendant deux ou trois jours j l’épaiftir à l’amidon , fi c’eft pour imprimer à la planches ou à la gomme, fi c’eft pour l’employer au pinceau.
- Bleu folide au pinceau ou à la planche 3 avec le cannevas.
- Faire bouillir à petit bouillon pendant un quart - d’heure, dans un chauderon de cuivre , douze pots d’eau de riviere, avec huit livres de po-talfe , & deux livres d’indigo cuivré mis en poudre ; retirer le chauderon du feu. Ayant pulvérifé & fait éteindre dans une terrine trois livres de chaux vive dans deux pots d’eau , verfer cette eau' peu à peu dans le chauderon , eu remuant continuellement avec une fpatule j remettre le chaudron fur un feu doux , pour que la chaleur fe maintienne dans l’état où elle fe trouve après y avoir mis la chaux éteinte ; l’y laifler un quart-d’heure ; y ajouter une livre & demie darfenic rouge en poudre , remuant toujours, & maintenant la chaleur au même degré pendant encore une derni-d’heure , après laquelle il faut mettre une nouvelle livre & demie d’arfenic rouge en poudre, remuant également, & avec la même chaleur, pendant un demi-quart-d’heure.
- . Retirer de nouveau la compofition de deifus le feu 5 en verfer fix pots
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- L'A R T DU F A B RI OA N T
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- fur douze livres de gomme pilée ; la remuer jufqu’à ce qu’elle Toit froide. La couleur fera d’un beau jaune verdâtre, & peut ainfi s’employer.
- Couleurs au pinceau ou a la planche , 'qui sans être très-solides, s’emploient dans diverses fabriques.
- V&rd.
- Six livres de gaude, dont les racines font fouftraites.
- Deux livres de bois d’Inde haché.
- Faire bouillir dans dix pots d’eau jufqu’à la réduction de trois pots ; tirer ce bain au clair ; remettre cinq pots d’eau fur le marc ; les faire bouillir jufqu’à la réduâion de deux pots, qu’il faut encore tirer au clair, & les joindre aux trois précédens \ délayer une once de verd-de-gris dans une petite partie du bain, & la reverfer fur le total.
- Amidonner ce dont on en a befoin, à raifon de fept onces d’amidon par pot de bain. Si l’on veut une couleur plus vive, plus claire , foit qu’on la gomme ou qu’on l’amidonne , & dans le dernier cas il faut attendre que la compofition foit refroidie, on y met un quart ou un tiers d’once d’huile de vitriol par pot, ou jufqu’à ce que la couleur , qui eft verdâtre , foit devenue chamois foncé. La couleur employée ainfi, donne au lavage là teinte verte.
- Bleu,
- Faire bouillir une livre de bois d’Inde haché, dans trois pots d’eau , jufqu’à réduction de moitié ; tirer le bain au clair ; y ajouter deux onces de vitriol de Vénus pilé: lorfque le vitriol eft diifous & que le bain eft froid, l’amidonner ou le gommer , & y mettre l’huile de vitriol comme au verd ci-deiïus.
- Jaune.
- Faire bouillir une livre de graine d’Avignon & demi-livre de gaude, dans trois pots d’eau, jufqu’à réduâion de moitié > tirer le clair ; remettre trois pintes d’eau fur le marc s les faire réduire à une pinte : remettre fur le feu , & fans marc , les quatre pintes de liqueur , & les faire réduire à trois pintes ; les retirer du feu i y mettre dilfoudre fix onces d’alun de Rome pilé, une once de fel ammoniac, environ une demi-once de verd-de-gris. Le bain refroidi, l’amidonner ou le gommer, & s’en fervir.
- Rouge.
- Faire boullir & réduire à moitié un pot d’eau, dans lequel on a mis deux
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- DE VELOURS DE COTON.
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- gros de cochenille; tirer le bain au clair; mettre fur le marc demi-livre de bois de fernambouc, & deux pots d’eau , qu’on fait réduire à une pinte: mêler les deux bains ; faire chauffer fans bouillir ; les retirer du feu ; y mettre demi-livre d’alun de Rome , deux onces de fel de Saturne, une once de crème de tartre, demi-once de fel ammoniac, demi-once de potée d’étain, & demi-once de potafie : froid , l’amidonner ou le gommer.
- Autres mordans solides , et pour être garances.
- Violet pour fond , ou pour rentrée.
- Mettre fur le feu, dans trois pots de bain de ferraille, une livre de fel gemme, dix onces de fel ammoniac ; faire jeter un bouillon, pendant: lequel on écume; retirer le bain du feu, & le dépofer dans un vafe.
- Faire bouillir lix onces de graine de kermès dans huit pots d’eau, pendant dix minutes ; mettre le bain dans un vafe.
- VIOLET.nU.
- Pour fond plein , ou fans mofaïque defjous,
- Un pot de bain de noir.
- Trois pintes de pain de kermès.
- Mêler enfemble, & gommer à l’ordinaire.
- Violet pour rentrer.
- Un pot de bain de noir.
- Deux pots & demi de bain de kermès.
- Mêler & gommer.
- Rouge de fond et pour mouchoirs 3 ne. 5. (a)
- Quatre-vingt pots d’eau.
- Vingt pots de vinaigre.
- Cent livres d’alun de Rome.
- Vingt - cinq livres de fel de Saturne.
- Cinq livres de foude d’Alicante.
- Six livres d’orpin ou orpiment.
- Quatre livres de fel de falpêtre crud.
- Six livres de craie dure pulvérifée.
- Cinq livres de tartre blanc.
- (fl) Il ne peut feryir que pour le rouge ordinaire. Le rouge nm i? eft le meilleur;
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- V A R T DU FABRICANT
- Six livres de potaife.
- Trois livres de fernambouc râpé.
- Faire bouillir le fernambouc dans vingt-cinq pots d’eau, & les réduire à vingt pots.
- Mettre dans une barrique , de la contenance de çent cinquante pots:
- Cent livres d’alun de Rome.
- Vingt-cinq livres de fel de Saturne.
- Cinq livres de foude d’ABcante.
- Six livres d’orpin.
- Quatre livres de falpêtre crud.
- Faire chauffer les vingt pots de vinaigre très-chaud & non bouillant ; en verfer deux pots fur une livre de craie pulvérifée & mife dans un feaus remuer avec une fpatule ; & quand la fermentatian eff pouffée au point d e-Jcver la liqueur jufqu’au bord du feau, la jeter dans la barrique, & remuer jufqu’à la fin de l’opération , qui confilte à détremper ainfi toute la craie avec le vinaigre par petites parties à jeter l’un & l’autre dans le tonneau , jufqu’à ce qu’enfin la fermentation foit prefque cefïee : ce qui peut durer de demi-heure à trois quarts-d’heure.
- Ajouter au bain qui eft dans la barrique, quarante pots d’eau tiede, le tartre enfuite ; remuer pendant une demi-heure ; autres trente - fix pots d’eau tiede, compris les vingt pots de décodion de fernambouc mêlés ensemble. Si le bain de fernambouc était plus chauM , il y aurait un plus grand nombre de particules de bois qui y feraient éparfes ; il s’éclaircirait plus difficilement, & il y aurait trop de marc.
- Faire fondre les fix livres de potafle dans quatre pots d’eau froide ; les verfer à plufieurs reprifes dans la barrique, qu’on remue depuis que le vinaigre eft dedans, & qu’on continue de remuer jufqu’à ce que la fermentation foit finie ; y mettre alors la diffolution d’étain.
- DiJJolutian de Pétain.
- Verser , quelques jours avant de s’en fervir , dans une bouteille,, fur douze onces d’étain filé, une livre d’eau - forte étendue dans deux livres d’eau de riviere ; bien boucher la bouteille.
- Prendre le clair de la liqueur, le yerfer dans le bain de rouge, qu’on remue encore une demi-heure j le laiffer repofer, & s’en fervir, toujours bien éclairci, parce que le marc mêlé altérerait la couleur.
- Lorsque le bain de la barrique tend à fa fin , on en prend .çe qu’on peut fans remuer le marc ; on le met dans un vafe ; on le lai.ffe jepofer, jufqu’à ce qu’on en puiffe tirer le clair : c’eft ainfi qu’on en ufe à tous les bains de rouge s rejetant toujours le marc.
- Très-
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- .Très-beau noir pour impression et pour fond , sans être assujetti À LE GARANCER.
- Mettre dans un chauderon , avec dix pots de bain de ferraille , le plus vieux & le plus fort poüible ,
- Dix onces de vitriol de Mars.
- Dix de tartre rouge.
- Cinq de verd-de-gris.
- Cinq de vitriol de Vénus.
- Faire jeter un bouillon à ce nouveau bain, le laifïer refroidir, l’amidonner , & toujours froid , y ajouter deux onces d’eau-forte , qu’il faut bien mêler. La couleur en prend un jaune groilier: on peut l’employer uinfi.
- Apprêts des toiles imprimées.
- Mettre dans une chaudière contenant trois cents trente pots d’eau ou fix cents foixante pintes de Paris , un feau de boufe de vache ; la bien délayer dans la chaudière , qu’on fait chaulfer à y pouvoir tenir les pièces au large avec la main : alors prendre dix pièces de quatorze à quinze aunes , imprimées , & feches de trois à quatre jours ; les mettre dans la chaudière en les enfonçant promptement , parce que la couleur d’impreflion coulerait fi les pièces reliaient fur la furface de l’eau ; leur donner quatre bouts ; les lever , les laver Se battre deux fois en riviere.
- Remettre un demi-feau de boufe de vache dans la même chaudière, & y palfer dix autres pièces.
- Lorsque les fonds noirs font bien chargés en couleur , on renouvelle la boufe de vache aux vingt pièces ; mais on s’en tient à la première, quand ce ne font que des fleurs ou des fonds légers.
- Les pièces bien battues & tirées à l’eau à deux fois ou à quatre , fi elles ont fubi deux boufes, on les palfe en un bain, comme il fuit.
- Suite de bains.
- Faire bouillir pendant deux heures & demie à trois heures, dans une chaudière , quinze livres de bois de campêche râpé ou haché, & mis dans un fac ; lailfer refroidir , remplir la chaudière , ou y mettre alfez d’eau pour qu’il y ait au moins trente-deux pintes de bain par piece ; fix cents quarante pour vingt. Prendre les mêmes vingt pièces qui ont palfé en boule; les jeter dans la chaudière, après y avoir mis quelques livres de fon (a) & l’avoir bien pallié; les enfoncer au plus vite; leur donner quatre bouts: ie noir doit être monté.
- (c) Le fon empêche la teinture de bois de s’attacher aux parties non colorées.
- Tome XIX. I i
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- DA R T DU FABRICANT
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- Lever les pièces en large fur le tourniquet; ajouter au bain trois quarts de livre de jus de citron ; remettre le feu fous la chaudière ; abattre les pièces, en tournant & les tenant au large , pendant huit à dix minutes, le bain toujours bouillant.
- Relever les pièces; les laver & battre en riviere. La chaudière nette, la remplir d’eau ; mettre le feu ; & lorfqu’elle eft prête à bouillir, y mettre quelques livres de fon ; y repalfer dix des pièces lavées & battues ; leur donner trois ou quatre bouts , l’eau toujours bouillante ; les lever , laver & battre encore en riviere.
- Remplir la chaudière dans laquelle refte l’ancien bain ; y ajouter du fon lorfqu’elle eft prête à bouillir; y abattre & travailler de même les dix autres pièces.
- Si les fonds ne font pas alfez blancs, on remet les toiles deux jours fur le pré , ou , fi le tems ne le permet pas , on les repaffe au fon.
- Les toiles pour cette impreflion doivent être préparées comme pour les garancer: ce qui fefait, dans l’un & l’autre cas, comme il fuit.
- Autres bains préparatoires.
- Les toiles mouillées en riviere ou autrement, mais bien pénétrées, les langer dans une cuve par lits de pièces faudées , légèrement & féparément. Le fond cfe la cuve garni , répandre du fon fur les toiles à raifon d’une poignée & demie par pièce. Palfer à un fécond lit de pièces & de fon ; & ainfîde fuite, jufqu’à ce que toutes les toiles à préparer foient dans la cuve.
- Observer de verfer de l’eau tiede fur chaque deuxieme ou troisième lit de pièces, pour qu’elles trempent bien ; & lorfqu’elles font toutes dans la cuve, mettre delfus des planches, les bien charger , & lailfer ainli les toiles dans ce bain, ferrées & eii repos, pendant cinq à fix jours. Les laver en-fuite & battre deux' fois ; les mettre fur le pré fans les arrofer pendant trois ou quatre jours, puis les laver en riviere.
- Mettre dans une autre cuve à moitié d’eau froide,une fuffiiante quantité d’huile de vitriol, pour que fa faveur acidulée pique un peu la langue ; y ajouter la dilfolution de fel de Saturne, faite à part, dans l’eau froide, à raifon de deux livres pour cinquante pièces de toiles : l’eau devient blanche ; pallier; abattre les pièces au tourniquet ; les enfoncer à mefure , pour qu’elles trempent bien toutes également ; les lailfer ainli tremper pendant trois ou quatre jours ; les laver & battre deux fois ; les fécher & cylindrer : elles font en état d’être imprimées.
- Pajjage en boufe avant le garançage , en une ou plufieurs couleurs.
- Délayer un feau & demi de boufe de vache dans une chaudière de cin-
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- quante»cinq' féaux d’eau pour vingt pièces de quatorze à quinze aunes.
- Procéder comme il a été dit ci-devant , avec la différence de pouffer le feu de maniéré qu’on ne puiffe plus tenir la main dans le bain pendant le dernier bout. Lever les pièces fur le tourniquet ; les laver & battre deux fois & même trois , pour qu’il n’y refte ni boufe, ni gomme ; les garancer alors, fi ce font des fonds blancs; mais renouveller la boufe, fi ce (ont des fonds de couleur , parce que la première ne fufïït pas pour ôter la gomme* plus abondante en ceux-ci qu’aux précédens.
- Garançage.
- Mettre dans une chaudière, contenant fix cents foixante pintes d’eau, trente-deux livres de belle garance , bien égrappée ou divilee à la main, & demi-livre de noix de galle blanche, pilée & tamifée , pour vingt pièces de toiles fonds blancs , & autant de couleur fur ce nombre qu’il eft pofiible d’en avoir ; pallier le bain , & y donner aux pièces deux bouts à froid. Mettre le feu fous la chaudière ; travailler les toiles fur le tourniquet; pouffer le feu jufqu’à ce que le bain foit tiede ; le conferver en cet état pendant trois quarts-d’heure ; c’eft-à-dire , qu’après une demi-heure ,on animera le feu , travaillant toujours l’étoffe fur le tourniquet, la maintenant au large , jufqu’à ce qu’on ne puiffe plus le faire avec la main. Ouvrir le fourneau pour s’en tenir à ce degré de chaleur pendant une demi-heure, tenant alors les pièces au large avec le lifoir.
- Pousser encore le feu pendant un quart-d’heure ; arriver au bouillon, & y tenir l’étoffe pendant cinq à fix minutes, fi le bain n’efl: pas tourné: ce qu’indiquerait fa couleur d’un jaune noirâtre , & ce qu’annonce encore une écume aufli volumineufe que celle qui fe forme deffus le bain lorfque les pièces y font & qu’on commence à le chauffer, mais d’une couleur terne & défagréable à l’œil. Il faudrait, dans ce cas, lever les pièces fur-le-champ ; les couleurs perdraient leur éclat.
- , Jeter les toiles à l’eau après le garançage ; les laver & battre , & les mettre fur le pré. Il faut tenir les pièces au bouillon jufqu’à dix à douze minutes , fi la couleur n’eft pas affez montée , & que Je bain ne foit pas tourné.
- Lorsqu’il s’en trouve encore de nuances trop faibles, on les met de côté, pour les garancer de nouveau. Mais au lieu de trente-deux livres de garance , on n’en emploie que douze livres ; & les pièces dans la chaudière , on pouffe te feu deffous par gradation & fans interruption jufqu’au bouillon.
- Est-on preffé d’obtenir le blanc des toiles ? on peut l’accélérer de trois à quatre jours, en les paifant au fon , les lavant & les battant enfuite,
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- Garançage, des fonds de couleur.
- Dans une égale quantité d’eau que pour les fonds blancs, & pour vingt pièces, employer vingt livres de garance, & trois quarts de livre de noix de galle blanche, pilée & ta mi fée ; pallier ; donner trois à quatre bouts à froid* faire tiédir i travailler demi-heure , tenant toujours l’étoffe au large faire chauffer à n’y pouvoir tenir la main ; donner encore deux bouts..
- Si l’on diftingue les diVeffes; couleurs de l’étoffe, il la faut lever fur le tourniquet, la laver & battre une fois à la riviere. Il faut vuider & nettoyer •la chaudière; y mettre, avec la même quantité d’eau que ci-devant, trente-fix livres de garance & demi-livre de noix de galle blanche.
- Traiter ce garançage comme celui des fonds blancs, & fupprimer la noix de galle pour les fonds lilas & violets, qu’elle ternit ; mettre cinq à fix livres de garance déplus pour ces fonds que pour les autres, & les garan-cer également à deux reprifes.
- Obfcrvations fur la manière d'appliquer les jaunes , bleus & verds , à la planche
- ou au pinceau.
- Il eft toujours mieux, lorfaue cela eft poflible , d’imprimer le bleu, que de le pinceauter. L’une ou l’autre opération exige les toiles blanchies fur le pré, & lavées proprement. Imprimées ou pinceautées & feches , jeter les toiles à l’eau; les y enfoncer; leur donner deux ou trois rinçages; les laiffer tremper une heure ou une heure & demie; les rincer encore deux ou trois lois , & les faire fécher.
- Imprimer enfuite avec la couleur jaune , &à la planche ou rentrée, qui contient toutes les parties qui doivent être jaunes ou vertes ; les blanches relient jaunes, & les bleues deviennent vertes. Laiffer fécher les toiles pendant deux ou trois jours; les laver enfuite comme pour le bleu ; les fécher, cylindrer, liffer & plier. Veut-on leur donner de l’apprêt ? il faut, avant de les cylindrer , les paffer dans une eau d’amidon , où l’on a délayé du bleu d’azur.
- Mettre fur dix pots d’eau trois livres du plus bel amidon ; y ajouter quatre onces de cire vierge blanche, & quatre onces de favon blanc; faire cuire le tout enfemble ; puis dans un baquet placé au-deffous d’une médiatique à tordre, ajouter à deux féaux d’eau claire , trois peintes d’eau d’ami-don ; y paffer trois pièces ; les tordre à deux ou trois reprifes, en rapportant dans le milieu les parties qui précédemment étaient au bout ; & plus ou moins fort, fuivant la quantité d’apprêt qu’on veut leur donner toujours plus aux toiles les plus légères j celles qui ne le font pas n’en ont pas befoin.
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- DE V E L 0 U R S DE COTON.
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- Toutes les couleurs à appliquer l’une fur l’autre exigent quelques jours d’intervalle. Il faut toujours que la précédente foit feche , pour qu’elle ne f©it pas fujette à couler par l’humidité de celle qu’on imprime actuellement; tels les deux autres rouges, les violets ou doubles fonds de l’une & l’autre couleur. Ceci feulement pour les couleurs qui s’appliquent l’une fur l’autre , comme on vient de le dire ; mais les dcftins , dont les fonds font d’une couleur , & les tiges ou fleurs doivent être de l’autre, peuvent s’imprimer de fuite, au moyen de deux chafîis.
- Il eftpeu de coloriftes dans les manufactures d’indiennes , qui fâchent parfaitement le procédé du bleu anglais : le voici. Je le donne, comme toutes les autres couleurs, d’après l’expérience, & certain de leur bel effet.
- Bleu anglais.
- Dans un pot de terre bien vernifle , faire bouillir une livre de bonne potafle , quatre onces d’orpiment, avec trois pots d’eau. Clarifier cette leflive, y laifîer tremper , & broyer avec de l’indigo , auquel, mis en bouillie , on donne avec l’amidon la confiltance propre à en imprimer.
- L’impression faite, & la toile bien feche, lapafler fur le moulin rapidement & fucceffivemeiit, & fans interruption, dans trois bains.
- Premier bain.
- Faire éteindre cinquante livres de chaux dans vingt-cinq féaux d’eau ds riviere. Décanter cette eau dès qu’elle eft clarifiée fur fon marc.
- Second bain.
- Faire bouillir pendant une heure vingt livres de la meilleure potafle dans vingt-cinq féaux d’eau , en la remuant & l’écumant de tems en teins. Laiffer dépofer & tirer au clair. Il en eft qui, n’ayant point employé l’orpiment dans Ja leffive, le mettent dans le fécond bain ; mais alors, dans un fac de forte toile, fufpendu dans la chaudière, aufli long - tems qu’elle bout. 11 en faut une plus grande quantité , jufqu’à deux livres.
- Troijieme bain.
- Mettre en volume égal aux bains précédens, quatre parties d’eau de riviere, & une partie d’efprit de vitriol.
- L étoffé , dans le premier bain où on la travaillera un quart-d’heure , fubira un changement peu fenfible. Elle acquerra, dans le même intervalle de tems, dans le fécond bain , une couleur de gris laie. On la travaille fur
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- L’ART DU FABRICANT
- SU
- le troifieme bain jufqu’à ce que le fond foit blanc, & le bleu net & vif. Bien laver la toile : le bleu elf très-folide.
- On obfervera de jeter fes bains dans de grands vafes, où l'étoffe puiffe être travaillée au large & a l’aife avec le moulinet. Le paiiage fubit d’un bain à l’autre, & du dernier au lavage, elf très-important. Cette couleur n’eft affùrée que par le dernier bain. On ne l’applique que fur des toiles fines , & que pour des defîins très-fins, tous ombrés , parce qu’on n’y met jamais qu’une couleur.
- Il eft effentiel que l’indigo foit le plus divifé poffible. Les premiers bains peuvent fervir autant qu’on a à travailler deifus ; mais il faut à chaque fois renforcer le dernier à raifon de ce qu’il s’eft affaibli.
- J’Ai dit dans VArt de préparer & d’imprimer Les étoffes en laine, que tous les procédés d’impreffion à l’huile , qui y font décrits, étaient également applicables fur le velours de coton , fur la toile & fur la (oie ; je le répété , pour les indiquer à ceux qui n’auraient pas lu l’art que je viens de citer, & à qui, dans ce cas-ci , l’application de ces procédés pourrait être utile.
- Quoiqu’on ait beaucoup écrit, plus encore fur l’impreliion que fur fa teinture des matières végétales , je ne trouve pas qu’on ait rien dit de l’im-prelhon à l’huile , qui donne lieu de foupqonner la vafte carrière dont les procédés que je publie ouvrent l’entrée.
- L’Encyclopédie parle de l’impreflion des toiles avec une légéreté bien peu digne de ce grand ouvrage : j’ai un traité tout entier de ce bel art > j’ai lu les nombreufes recettes des fecrets de la nature & des arts, de £ Encyclopédie pratique , &c. imprimée à Liege; des Et rennes de Minerve, & d’une infinité d’autres recueils tant français qu’italiens. Je fuis convaincu qu’ils en renferment d’excellentes; mais il en eft tant dans chacun, qui m’ont prouvé que leurs auteurs , peu ou point du tout ariftes , fe font bien plus attachés à les accroître qu’à s’affurer des faits qu’ils contiennent , que j’ai cru en devoir abandonner le triage à d’autres , & m’en tenir ici à ceux conftatés par ma propre expérience.
- Il eft un procédé à ajouter à ceux donnés dans l’Art d’imprimer les étoffes de laine , de faire Vhuile graffe ou ficcative, que j’ai réfervé pour l’art, plus délicat & qui demande plus de perfection , d’imprimer les toiles.
- Tout le monde fait que le plomb , quelle qu’en foit la préparation, porte fa propriété naturelle de noircir dans toutes les compofîtions où il entre, & prefque toujours en raifon de fa quantité. Sans doute la terre d’ombre » matière ochreufe, a concouru à faire pouffer ainfi les tableaux des peintres Italiens ; mais le plomb y a fa part, comme dans les autres, & je ne fais aucun doute qu’à la longue toutes les peintures ne fuient plus ou moins altérées par l’influence de ce métal.
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- DE VELOURS DE COTON.
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- On prétend, & cette prétention eft fondée fur une tradition foigneufe-ment & fecrétement confervée par un fi petit nombre de perfonnes , qu’elle lia été , que je lâche, rendue publique par aucune : on prétend, dis-je s que les peintures de Rubens & de Van-Dick ne doivent la confervation confiante de la vivacité & de la fraîcheur du coloris , qu’à l’entiere privation du plomb dans la préparation des huiles gralfes ou ficcatives , auxquelles ces grands coloriftes fubftituaient la réfine copale. En voici le procédé : Faites fondre enfemble doucement, à fec & à feu nu , dans une cuiller de fer ,une once de colophane blanche, 8c trois onces de copale, pour une livre d’huile de noix bien claire ; verfez ces matières fondues fur un marbre froid ; lorf-qu’elles font refroidies, pulvérifez-les grofiiérement, & jetez-les par petites parties dans l’huile de noix bouillante 5 remuez bien, & tenez le pot au bain-marie jufqu’à parfaite diffolution j clarifiez l’huile au foleil dans de longues fioles.
- La maniéré d epurer & de clarifier les huiles au foleil, en y mêlant quelque préparation de plomb , eft très-uficée parmi les peintres : mais il eft à obferver qu’il faut toujours alors que le vafe foit débouché i fans cela l’huile ne fe clarifierait pas.
- De quelques ujlenjiles & notions générales fur leur ufage.
- Le chafîis d’impreflion pour les toiles eft le même que pour les étoffes de laine , décrit dans l’art de 8imprimeur d'étoffes , avec la différence qu’on emploie la peau de mouton à celui-ci, & que le drap convient mieux pour l’autre. Il faut que ce foit un vieux drap bien ras , qui ait le moins de duvet poflible; ou s’il n’était pas enlevé par un long ufage, on le fait à la pierre de ponce, ou on le graiife en-deffous , du côté de la gomme, avec du vieux-oing, ou l’on y met une toile de crin ; on y met même une peau de chamois , pour le bleu anglais dont 011 vient de donner le procédé.
- Au lieu d’une gomme quelconque /la plus commune, qu’on met fous le chaflis, toujours tenue molle & élaftique, on peut employer avec fuccès de la graine de lin bouillie, & rendue en confiftance propre au même ufage.
- Je crois inutile, comme j’en ai prévenu, de donner le deflin des tables d’imprefiion , des planches & autres uftenfiles néceifaires à cet art , & connu de beaucoup de monde. L’eilentiel était les procédés , qui au contraire font connus de peu de perfonnes , de celles même qui cherchent à les mettre en pratique.
- Cependant je donnerai quelques notions qui faciliteront & affureront cette pratique. La gravure des planches eft la même que celle des planches pour la gravure en bois fur papier. Le poirier le plus fec eft le feul bois qui y convienne 5 G ce n’eft le buis , qu’on emploie dans les ouvrages fins 3
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- de traits fort déliés , mais qui eft beaucoup plus cher. Ces planches qu’on applique à.la main fur la toile , en frappant deffus avec un maillet de bois, ont des points de raccord aux quatre coins, avec la même planche, fi le deffin eft fini,fur chacune, & que ce ne foit qu’une répétition du même ; ou avec une autre planche, Ci le deffin qu’elle porte eft une fuite du deffin de la première.
- Les pointes qui fuppléent quelquefois à la gravure en bois lorfque le deffin eft très-menuifé , ou celles qui garnirent les planches entières & dont tout le deffin eft formé, font toujours en cuivre. Elles fe redreffent féparé-ment & s’égalifent enfemble, àja lime , la réglé à la main , & non en rem-plilfant la planche de cire , comme on l’a publié dans l’Encyclopédie, avec un tas de mauvaifes recettes & de pratiques impraticables, ou fujettes à mille inconvéniens.
- On donnera moins de confiftance à la compofition ou au mordant, pour être employé à la plume ou au pinceau , qu’à la planche. Ce mordant colore très^eu , différemment cependant , fuivant les couleurs qu’on veut obtenir par le garançage ou autres bains.
- On fait le bleu & blanc en réfervant les parties qui doivent refter blanches. Veut-on deux bleus, & plus? on en ré ferve une partie du premier; on reteint, on réferve une troifieme fois : on reteint encore.
- Peut être le procédé fuivant de la réferve eft~il trop compliqué; peut-être en eft-il ainfi de bien d’autres: je vais cependant le décrire, puifqu’il eft d’ufage dans plufieurs manufactures d’indiennes : j’y ajouterai celui qui eft pratiqué dans les manufactures de Rouen.
- Compofition & application de, la réferve.
- Faire difloudre, d’une part, deux livres de gomme dans deux pots d’eau ; & de l’autre, fix onces d’alun , dans autant d’eau. Ajoutera ce dernier bain une livre & demie de verd-de-gris, & une livre de vitriol de Chypre, pilés & délayés. Mêler ces deux bains, & s’en fervir à pétrir & délayer huit livres de terre à pipe, jufqu’au point de la rendre en confiftance propre à imprimer. On broie fur le marbre cette pâte liquide , après y avoir ajouté une cuillerée d’huile de vitriol & deux cuillerées d’effence de térébenthine.
- ViNGT-quatre heures après l’impreffion de la réferve , on peut paffer les toiles en cuve. On les met enfuite tremper à la riviere pendant deux ou trois heures ; on les y bat bien; puis on les fait paffer par un bain d’acide vitrio-lique , & de beaucoup d’eau , un peu plus acidulé cependant que celui déjà préparation des toiles blanches. Il faut enfin les dégorger, laver & battre, au point de les purger entièrement de l’acide vitriolique.
- Autre
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- DE F E L 0 U R S DE COTON.
- Autre procédé.
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- Faire cÜ/Toudre dans deux pots d’eau une livre d’alun de Rome réduit en poudre ; prendre quatre livres de terre à pipe, également réduite en poudre ; douze onces de vitriol bleu en poudre j vingt onces de verd-de-gris ; mettre bouillir le tout enfemble. Quand ia compofition eft faite , on la gomme avec deux livres de gomme arabique. Le verd-de-gris fert à la faire détacher plus aifément. On procédé du relie 3 comme dans le premier cas.
- Majlic au pinceau.
- Une livre de terre à pipe.
- Un pot d’eau.
- Douze onces d’alun de glace.
- Quinze onces de vitriol bleu.
- Réduire en poudre les parties folides, & faire bouillir le tout enfemble. Ajouter à la compofition faite , une livre de gomme arabique en poudre.
- Réflexion fur Puf âge de P acide vitriolique pour le blanchiment des toiles.
- Le dernier bain d’acide vitriolique nettoie le fond de la toile, & le blan-chit a fin. On pourrait l’employer avec beaucoup de fuccès pour hâter le blanchiflage des toiles en général, & celui des fils de lin, de chanvre , & même de coton , dont on a quelquefois un befoin très-preflant. On y parviendra jufqu a un certain point , en deux ou trois jours, en les trempant & les travaillant pendant quelques heures dans une lellive de cendre de bois, leur faifant prendre un demi-fec , les lailfant tremper , & les retravaillant quelques heures dans une eau de chaux , quelques heures dans une leflive de potalfe , & de fuite dans de l’acide vitriolique , étendu dans beaucoup d’eau pure. Les premiers bains peuvent être chauds ; le dernier doit toujours être froid.
- w§c> "=== -'' :-rsr— -r — T=^g=;"s.--T--.^=r•.- —w 1 '
- EXPLICATION DES FIGURES. (*)
- Planche 1, 11, & III.
- BÆechanique à carder; vues d’oifeau & latérales.
- A. Premier cylindre plein, pl. /, //& III , qui accroche le coton de
- (a) Je me fuis peu étendu fur le de- les chaînes; opérations les mêmes que celles vidage & le doublage des cotons, fur la qui s’exécutent fur la laine, & allez dé-maniere de les retordre, & celle d’ourdir taillées dans l’Art des étoffes de lainerafes Tome XIX, K k
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- a* 8 LA RT DU FABRICANT
- de (Tus la nappe uu,8c qui le fait pafler entre lui & un cylindre fem-blable qui eft en-deffous.
- B. Second cylindre plein, fur lequel pafle le coton en fortant d’entrJ les cylindres préccdens.
- C. Troifieme cylindre creux, en forme de tambour, qui reçoit le coton du cylindre B.
- D. Quatrième cylindre creux, qui porte le coton du cylindre C au cylindre I, affleuré en - deffùs, par un cinquième, fixieme , feptieme & huitième petits cylindres pleins.
- E F G H. Quatre petits cylindres pleins , foutenus dans des croiflans de fer, fur des vis à écrous en-dedans du quart de cercle XX. Le coton pafle fucceffivement du cylindre I en EFG, fe travaillant en même tems en I, y retournant avant de palfer fur H, & en fortant du même.
- I. Neuvième cylindre creux, le plus gros de tous, celui où eft adaptée la manivelle, & qui donne le jeu à toute la machine.
- L. Dixième cylindre creux, dernier tambour, fur lequel fe forment les loquettes, le feuî où les cardes, parallèles fur chaque rang, foient alternes de l’un à l’autre, étant oppofées fur tous les autres.
- M. Cylindre ou rouleau à lames de fer-blanc, qui détache le coton cardé, feparément de chaque carde du tambour L.
- N. Rouleau cannelé , qui roule chaque loquette fur le plan incliné.
- O. Boite ou réceptacle des loquettes.
- PP. Cadres en fer, fichés fur la charpente , vilfée en-delfous , portant vis & écrous par côté , pour avancer ou reculer les talfeaux en cuivre, fur lelquels tourne l’axe en fer des cylindres.
- Q. Vis de fupport, ou fervant d’axe au rouleau N , & pour le ferrer plus ou moins.
- R. Poulie ou roue à rainure, dans laquelle palfe une courroie.
- S. Première roue à rainure , qui reçoit la courroie de la roue précédente, & qui lui communique fon mouvement,
- TT. Taifeaux qui fupportent les cylindres.
- Wo Vis & fupports des quatre petits cylindres, fur le quart de cercle.
- XX. Quarts de cercle élevés fur la charpente de la méchanique.
- & feches, unies <$ croifées, pour craindre à filer, qui n’eft pas précifément le même, d'en groffir inutilement la defcriptîon de mais qui eft corînu par-tout, les rouets de celui-ci. La raifcm de ne pas trop multi- devidage , de doublage, la tournette, les plier les planches , déjà nombre,ufes par buhots, le dévidoir & fon rateau, le mou-celles qu’exigent les nouvelles méchani- lin à ourdir, &c. &c. ne font point repré-ques que je publie, m’a également em- fentes à la fuite de cette defeription , parce pêché d’en répéter aucune : ainfi le rouet qu’ils le font à la fuite de la précédente.
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- DE V EL OU RS D E C 0 T 0 N.
- *Î9
- Y. Poulie mobile, pour tendre la corde qui embraffe les cylindres D , E, F, G, H, L.
- Z. Manivelle.
- a. {PL I & ///. ) Poulie, dont l’axe pafle dans les anneaux y y , eft commun au rouleau A, qui donne le mouvement aux toiles fans fin u u.
- b. Poulie qui, au moyen d’une corde croifée, donne le mouvement à la poulie a.
- bb. Poulie parallèle, & jointe à la précédente, qui reçoit fou mouvement de la poulie n.
- c le reçoit de la poulie e, & la poulie d le communique par une corde croifée, paflant fur la rainure e/, au cylindre D.
- f. Autre poulie plus petite, qui donne fon mouvement aux cylindres E F G H , par une corde qui , après les avoir embralïés fucceffivement, paffe for la rainureM, fait tourner le cylindre L, eft tendue en Y, & fe rejoint en /
- L Poulie à trois rainures ,1,2,3, parallèles & de différentes hauteurs, qui , par une corde croifée , meut la poulie o du rouleau M.
- p. Petite poulie qui donne le mouvement à la poulie q du rouleau cannelé.
- r r. Rebords élevés de la table horizontale , déparée en longueur par une élévation ss, qui la difpofent en deux efpeces de courfieres, ou avancent fins fin les deux nappes u u chargées de coton étendu bien également & en petite quantité à la fois.
- xxx. {PL //&///.) Courbures indiquées du fil de-fer des cardess qui marquent avec la difpofition des cardes, le mouvement de chaque cylindre.
- On obfervera qu’il n’y a de diftance entre les cardes parallèles, que ce qui refte de cuir fans fil-de-fer fur le bord de chacune, pour la facilité de les tendre à la tenaille ,& de les clouer j un demi-pouce au plus fur chacune i ce qui donne environ un pouce d’intervalle entre les fils - de - fer d’une carde à ceux de la carde voifine.
- bi ces fils-de-fer paraiffent plus écartés fur les petits cylindres que fur les gros , ce n’eft que parce que le diamètre étant moindre , la divergence eft plus confîdérable ; car ce font les mêmes cardes pour tous, comme je l’ai déjà obfervé. Le nombre de ces cardes, delà grandeur ordinaire de celles à fi main, eft de cent quarante-quatre.
- Planche première.
- Autres vues & déyeloppemens de la michanique à carder„
- Fig.. 2. Vue en perfpeétive de la méchanique*
- K k ij
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- VA RT DU FABRICANT
- La fuite des nombres naturels 1,2,3, jufqu’à 12, repréfetite celte des. cylindres dans la difpofition de leur axe , depuis le lieu où ils commencent à fe charger du coton étendu fur les nappes u u , jufqu’à celui où le même coton efi; roulé par loquettes fur le plan incliné p i? tombe & s’arrange dans l’intérieur ib de la boîte b <?..
- On voit comment le cylindre n, n , à lames de fer-blanc, détache féparément le coton de deffus chaque carde du tambour , & le rejette par-deflbus lui ; comment ce coton, détaché par le palfage fucceffif d’un certain nombre de lames fur la même carde, parce que le cylindre à lames étant d’un beaucoup plus petit diamètre que le cylindre des cardes ,. le nombre de fes révolutions efl; beaucoup plus grand \ comment, dis-je, il fe trouve déjà, par ce détachement fuccelfif, un peu roulé, & la loquette en partie-formée *, comment enfin , tombant fur le plan incliné , & coulant fous le* cylindre cannelé , il efl; en même tems preifé & roulé mollement entre fui* & l’autre , & il en fort la loquette entièrement achevée.
- Il en efl de la direction des lames de fer-blanc,. dans leur révolution , à l’égard de celle des broches ou fils-de-fer des cardes, comme de celle de ces mêmes broches ou fils-de-fer de chacun des cylindres, refpeélivement les uns aux autres , lorfque le coton pafle de l’un fur l’autre cylindre ; au. heu qu’en travail leur dire&ion efl contraire.
- Quand cette oppofition ne ferait pas marquée par la courbure des broches & la difpofition des cordes , le jugement fuffirait pour l’indiquer,
- La difpofition des cardes alternes fur le tambour , & non oppofées-; comme fur tous les. autres cylindresefl pour que le coton que détachenfc-coiitinueilement les lames de part & d’autre,.ne tombe pas des deux côtés, au même inflant fur le plan incliné, & qu’il 11’y en ait pas plufieurs parties, qui paifent , ou qui entrent du moins à la fois fous le rouleau cannelé elles s’accrocheraient d’abord , & la compreffion enfuite les .réunirait l’une.' à l’autre.
- Fig. 3. Vue géométraîe de l’élévation de la méchanique..
- On retrouve dans cette figure, par la fuite des chiffres, les mêmes cylindres que dans la précédente , vus ou indiqués par leur axe.
- Planche II.
- Fig. 2. AA. Deux roues dentées de cuivre, qui s’engreneiit l’une dans l’autre, & qui font mues par une corde qui pafle fur la poulie b.
- On a enlevé la barre r, fervant de cadre à la table, ainfi que l’appui des quatre cylindres A A y y , pour reconnaître la: difpofition de. ceux-ci, & appercevoir le tour de la nappe fans, fin..
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- DE VE L 0 U R S DE COTON.
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- Ces deux premiers cylindres , également garnis de cardes , tournent fur eux-mêmes, & attirent en - dedans le coton, qu’ils difpofent ainfi à être faifi par le cylindre fuivant.
- u u. Nappes fans fin, qui continuellement approchent des cylindres AA le coton qui eft légèrement étendu fur ces toiles ; lefquelles , après en être dégarnies, paflent en n, reviennent &y repalfent fans celle.
- y y. Rouleaux de bois qui entraînent les nappes dans leur révolution, au moyen d’une corde croifée , palfée dans la poulie a, fig. j de la pi. I & de la pi. II.
- r. Barre de côté , parallèle à celle qui a été enlevée.-
- s s. Séparation de la table en deux parties égales.
- Fig. 3. Difpolîtion refpective, fur le plan incliné , du cylindre' de bois,, à lames de fer-blanc MM, & du rouleau cannelé N-N-. Les lames du premier ont de douze à quinze lignes de hauteur : les cannelures de l’autre font un peu moins profondes, mais aufli évafées , proportionnément au diamètre qui eft à peu près égal à celui du premier rouleau non compris Les lames.
- . On obferve que le nombre des lames & celui des cannelures eft le même,* ou à peu près , à l’un & à l’autre ; & que l’arête de celle - ci doit être aigue , pour pincer plus aifément & mieux rouler le coton,
- P L A î* C H E II I.
- Fig. 2. Coupe verticale & longitudinale du quart de cercle XX. j AB. Vis pour élever ou abailfer les cylindres EFGH , au moyen du croiflànt tournant CC, dans lequel l’axe D repofe. (Voyez en CO &DR9, ce croiifant féparé & tournant fur le prolongement de la vis. )
- VV. Coupe de l’écrou, fa vue intérieure & celle de la vis.
- Fig. 3. Deux cylindres repréfentés en travail, pour indiquer la difpofi-' tion des.cardes, & leur degré de rapprochement.
- Fig. 4. Cadres ou chalfis en fer, à vis & taraux , pour avancer ou reculer les talfeaux en cuivre, fur lefquels porte & tourne luxe en 1er des> cylindres, & pour faire agir ainfi le cylindre à-lames.*
- P L A N C H E I V.
- Michanique> à filer le coton.* h:--: y .
- , • . ! : i •. j -, _
- Fig. 1,2,8c 3. Vue en perfpeèlive 3,vue db- profil ,,vue- d’oifeauL Lieu où eft placée- la<fileufe,~
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- VA RT D U FA B R I CA N T
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- b b. Barre de traverfe roulant dans les rainures 44, fur les côtés lllf ouverte pour le patîage des fils , qui vont des bobines gg, entre les fils de laiton ff, fur les broches uu ; fe refermant au moyen des bafcules ddf & d’un bouton par où 011 la tire , jufqu’à ce que la mortaife ou boutonnière ait atteint le crochet qui fixe la verge de fer tendue & tient la barre ferme. (Voyez cette barre féparée, vue en - deffus B B , de face & fermée B B, & coupée tranfverfalement ouverte & fermée B B.)
- c c. Planchettes, l’une à plat, & l’autre de champ , jointes à angle droit, & fixées à l’extrémité des barres LIL Ces planchettes à deux étages font faites pour fupporcer les bobines défit en gros. (Voyez pl. V, fig. CC,ces planchettes , & les bobines G G, plus développées.) Il ferait mieux , comme je l’ai déjà obfervé, que le foutien de ces bobines fut adapté à la barre, mobile comme elle & avec elle ; j’en ai dit les raifons.
- h h h. Cadre , chaffis , ou porte-broche , à couliffes dans les montans ou piliers de devant pp, pour l’ôter & le remettre à volonté ; fupporté fur une barre fixe en y y, où font les verres ou cailloux , fur lefquels pivotent les broches chargées des noix ii, paffant par les trous {{, & fur le prolongement uu, defquelles fe forment les bobines de Bien fin. (Voyez le porte-broche plus développé , pl. V, fig. HH.)
- LU. Barres de côtés & de longueur de la méchanique , fuppoftées par les fix piliers pp, taillées en couliffes, pour que la barre b b aille & vienne, & qu’elle foit portée, contenue & dirigée , au moyen de fes quatre roulettes en-deffous 4444, & des quatre placées fur les côtés, feuls points où il y ait du frottement.
- m. Manivelle que tourne la fileufe de la main droite, tandis que de la gauche elle pouffe la hauedd. ,
- n n. Barres de traverfe, auxquelles font attachées en-deffùs & en-deffous du tambour t, les boites 6 6, pour le foutenir, le ferrer , l’approcher ou le reculer, au moyen des vis vv, l’une verticale, & l’autre horizontale.
- o o. Autre barre placée fur le devant du métier, en-dehors , tournant fur fon axe, foutenant élevés les fils de laiton ff.
- qq. Pédale { marquée 3, fig. 2) qui attire la corde 4 attachée à la cheville 1, qui s’abaifîe, ainfi que les fils ff, lorfqu’on foule ladite pédale.
- r. Roue ou poulie de l’axe 2, correfpondante, au moyen de la corde*?, à la poulie f, dont l’axe eft commun au tambour /. (Voyez ces parties féparées & plus en grand jM, la manivelle; 22, fon axe; R,la roue ou poulie; T, le tambour ; 6, -la boîte ; V, la vis ; 8c o O, la barre tournante fur fon axe, avec la poulie où eft attachée la corde s, & fyfpendu le poids 8.
- La fig. $ repréfente en outre les fils indiqués 7 7 7, qui partent des bobines c c, paflent dans la barre b b, entre les fils //, & vont joindre Jes
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- DE FELOÜRS DE COTON.
- broches en h h. Elle repréfente encore lés ficelles , ou cordes à boyau s f f 5 , qui patient fur le tambour , & vont embrafler les broches deux à deux, pour les faire tourner.
- On remarque les divifions i,2,$,4,5'&6, proche de la boîte, au moyen de laquelle on avance ou recule la manivelle, ainfî que fon aie ; ces divifions déterminent avec le pinule ou régulateur attaché à la barre bb, le point confiant d’extenfion à donner à la même matière , pour une même filature.
- Planche V.
- Fig. CC. Porte-bobines GG du fil en gros.
- Fig. HH. Porte-broches, où l’on voit le plan incliné des noix , pour que les cordes à boyau confervent des plans parallèles, & ne fe furmontent ni ne fe gênent.
- Fig. CP. Porte-broches de nouvelle invention, où l’on emploie la courroie au lieu des cordes , une poulie au lieu du tambour, & des pouliots de rejets , de deux en deux broches, pour que la courroie les preife toutes egalement.
- On a déjà doublé à plufieurs, ainfi que je l’ai obfervé, le rang des broches , celui des pouliots, la courroie par conféquent , ainfi que la grande poulie. L’idée de ce méchanifme en fait aflez concevoir l’effet, pour qu’il Soit inutile d’en donner la figure.’
- Fig. A, fig. ïïtfig. C. Trois vues d’eflais de la difpofitîon des broches, qui pourraient réuflir, en procurant un frottement égal à toutes ces broches , & en conformant la barre à la courbure déterminée.
- Planche VI.
- fig. i. Moulins à retordre les fils de coton, doublés pour la chaîne des velours.
- O. Roue de champ , à l’axe de laquelle eft adaptée la manivelle, qui tournée par un homme, donne le jeu à toute la machine.
- Les dents ou fufeaux de cette roue s’eBgrènent dans ceux du tambour horizontal N, dont l’axe vertical P efi aufii celui d’une lanterne, dont les fufeaux s’engrenent dans ceux d’une nouvelle roue de champ plus élevée & parallèle à la première O.
- L’axe de cette nouvelle rdue fe prolonge de part & d’autre, & eft commun à deux autres lanternes parallèles , dont les fufeaux de chacune s’engrenent dans ceux d’autres roues de champ , lefquelles roues font chacune Lun des cadres des deux afpes T V très-alongés, pofés parallèlement au-def-
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- VA RT DU FA B R I CA N T
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- fus du moulin, & fur lefquels s’enroulent par écheveaux, les fils de chaque bobine1, dévidés à mefure , & retors dans l’intervalle.
- DDi Premier cadre elliptique , bafe , plan inférieur , dans lequel pivotent , fur du verre ou fur des cailloux, les broches fer vaut d’axe aux bobines & aux pouliots de fupport de la courroie.
- G G. Courroie fans fin , qui après avoir paffé fur le tambour, pris une .direction différente contre le rouleau I, vertical & tournant fur fon axe, preife les broches du premier étage; comme la courroie HH, après avoir également palfé fur le tambour , au-deffus de la première , & avoir changé de direction contre le rouleau K, preife les broches du fécond étage.
- Ces direétions de îa courroie , convergentes du tambour aux rouleaux de cette extrémité , divergentes enfuite , commencent en ce point à indiquer les deux côtés de l’ellipfe, dont l’élévation des broches donne le plan; elles le fuivent & le terminent chacune fur le troifieme rouleau de chaque étage , placé à l’extrémité oppofée des deux précédens.
- " EE. Première banquette, percée pour maintenir les broches du premier rang dans leur fituation verticale , & dont le prolongement intérieur fert d’appui, fur un plan concentrique , aux broches du fécond étage , également maintenues dans leur fituation verticale , par la banquette FF, vue de M en M.
- XX. Cadre finué , foutenu horizontalement par de petites colonnes au-delTus , & parallèlement aux plans précédens. Les angles faillans & rentrans font tels que le prolongement vertical des fils du premier rang de bobines p’affe par la pointe des uns, & celui des fils du fécond rang par le fond des autres. A la pointe & au fond de ces angles font de petits trous, de petits cylindres creux, des tuyaux, des anneaux , par chacun defquels paffe un fil: il fe trouve dirigé & foutenu par-là: le frottement qu’il y reçoit l’unit davantage, & en rend le tors plus égal.
- Ce cadre eit utile , en outre , en ce que, fi les fils fe calfent dans leur prolongement au-delfus , jufqu’aux alpes , au lieu de fe brouiller avec ceux des autres bobines ils retombent fur lui , où'il efi; aifé de les prendre pour les raccommoder.
- Fig. 2. Vue d’oifeau de la méchanique,
- G. Manivelle, & fon point d’appui.
- O. Première roue de champ.
- N. Tambour dans lequel elle s’engerne.
- Q. Lanterne verticale , qui s’engrne dans la fécondé roue de champ R;
- SS. Deux lanternes horizontales , dont l’axe eit commun à la roue R, & qui s’engrenent de part & d’autre dans les roues TT de champ, & de plan à angle droit de celui de la roue R.
- Les
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- D E FE L 0 U R S DE COTON.
- Les lignes ponduées TV, & autres parallèles , indiquent les deux afpes fur lefquels les fils doublés & retors fe dévident.
- DD. Pian du premier étage.
- GG. Direction du premier rang de bobines , & de la courroie inférieure , payant fur les rouleaux II d’une part, & fur le rouleau L de l’autre.
- Y. Direction du fécond rang de bobines, & de la courroie fupérieure s paifant fur les rouleaux K K & M.
- XX. Chaffis fupérieur.
- ZZ. Côtés intérieurs de ce chaffis, dont l’expanfion extérieure, taillée en languettes pour le paifage des fils des deux étages, eft auffi indiquée par la lettre Y.
- Fig. 3. Mouvement vu de face dans la direction de l’axe de la manivelle & de la roue O , laquelle s’engrene dans le tambour horizontal N , dont l’axe élevé fupporte la lanterne I ; celle - ci s’engrene dans la roue de champ R, qui a fon axe commun avec les lanternes SS, lefquelies s’en-grenent dans les roues TT, qui font chacune l’un des cadres du bout des afp es T.
- Fig. 4. Coupe tranfveriàle du moulin, vu du côté du mouvement.
- DD. Bafe au premier étage, fur laquelle pivotent les broches qui fup-portent les bobines, & celles de foutien de la courroie du rang inférieur. ' EE. Bafe du fécond étage, au-deifus de laquelle s’élèvent les premières bobines, &'d’où partent les broches de celles du rang fupérieur, vues au-deifus du plan F F.
- XX. Coupe du chaffis feftontié, dont les points faillans & rentrans des angles dirigent les fils doublés des bobines EE,FF, comme il eft indiqué par les lignes ponduées, fur les afpes ou devidoires TT, lefquels font mus, comme aux figures précédentes, par les lanternes SS; & celles-ci, par la roue R, qui s’engrene dans la lanterne Q.
- Fig. 5. Mouvemement vu de profil, & plus développé que dans la fig. 1.
- O. Première roue mue par la manivelle.
- N. Tambour où elle s’engrene.
- Q: Lanterne élevée fur l’axe prolongé du tambour.
- R. Roue dans laquelle la lanterne s’engrene.
- T. Rouage de l’afpe.
- I & K. Rouleaux tournant fur leur axe, & fur lefquels paifent les courroies',
- D. Premier plan.
- G. Première courroie.
- E. Second plan.
- H. Seconde courroie.
- F. troifieme plan.
- Tome XIX. L !
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- VA RT DU FABRICANT Planche VII.
- Fig. i. Vue perfpe&ive du métier monté & en travail.
- A. Point d’appui de la chaffe.
- B. Barre de fufpenfion de ladite chaffe.
- C. Cadre mobile, pofé en-travers du métier, fur les barres du côté R R s portant les bilbacs.
- PP. Piliers du métier.
- SS. Barres du bas qui les réunifient de lavant en arriéré.
- T. Poitriiiiere fur laquelle paffe l étoffé.
- V. Barre de traverfe du bas, où font fixées les marches.
- a. Marches, au lieu où s’exerce la puilfancej s, leur point d’appui en arriéré, où elles jouent fur une broche de fer xx ; elles font au nombre de cinq : il en part dix cordes , deux de chacune ; cinq correfpondent aux contre-marches b , & les cinq autres aux marchettes c. Celles-ci font nommées les grandes cordes » par comparaifon aux précédentes , qui font les petites cordes.
- Les grandes attirent les marchettes en - bas , les marchettes, les lames d9 8c les lames font baiifer ceux des fils de la chaîne de fond ou de celle de poil, qui y font paffés en liffe.
- Les petites cordes attirent les contre - marches ; les contre - marches, les bilbacs, par des cardes attachées en i; & en leur faifant faire la bafcule fur le point d’appui A, ceux-ci attirent autant en-haut les lames e, 8c les fils de l’une & l’autre chaîne qui y font patfés.
- Les fig. 6, d’une marche a , jouent en s avec fes deux cardes ; 7 , d’une contre-marche b jouant en r, attirée par la marche en y, attirant en £ le bilbac i ; & de la marchette c également attirée par la marche , & attirant la lame en - bas ; & 8, dont la corde i fait bafculer le bilbac au point h3 lequel fouleve la corde ee,8c attire la lame d en - haut : ces trois figures, dis-je, montrent les mouvemens correfpondans & développés de toute l’armure du métier.
- r. Broches de fer fur lefquelles s’appuient & jouent par côté les marchettes & les contre-marches les unes au-deffus des autres.
- f Enfouple de la chaîne de fond , dont les tourillons de l’axe entrent dans les piliers PP, fixée, pour la tenfion de lachaîne, par une.roue d’encliquetage.
- g Enfouple de la chaîne de poil, foutenue & tournant fur des appuis fixés en-dehors du métier.
- /. 1 oids qui y eft fufpendu , dont la corde s’enroule en l’attirant en-arriéré, & qui donne à la chaîne un degré fufiüfant de tendon.
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- DE VELOURS D E C 0 T 0 N.
- 267
- On voit comment ces deux chaînes partent de leurs enfouples, trâver-fent les lames, fe réunifient dans le ros , & après avoir été ouvrées, l’é-tofFe qui en réfuîte ayant pafle fur la poitriniere, fe replie en-deflous, & revient en n s’enrouler fur l’enfouple o.
- /vTendoir de l’étoffe fur l’enfouple , & crochet qui s’engrene dans la roue d’encliquetage r.
- s. Talon des marches.
- xx. Broche de fer qui les enfile.
- q. Appui de la planche mobile, qui fert de fiege à l’ouvrier.
- Fig. 2. Partie du côté droit du métier, avec le foutien D, vu par-der-riere , de l’enfouple du travail.
- Fig. 3. Partie du métier vu de face, jufqu’au-deflus de la poitriniere TT* qq. Difpofition des appuis du fiege.
- Fig. 4. Elévation du métier vu par-derriereJ PP. Piliers.
- co. Barre Jupérieure de traverfe.
- V. L’inferieure.
- ff. Enfouplede la chaîne de fond ,dans laquelle eft tracée la rainure vr, pour y arrêter la chaîne au moyen du verdillon.
- t. Treuil de l’enfouple, par où l’on tend ou détend la chaîne.
- r. Roue dentée , qu’on arrête au moyen d’un crochet, pour fixer la tenfion.
- QSL Mortaifes, dont l’une eft en coulifle de haut en bas, pour y entrer les tourillons de l’axe.
- Voyez au bas de la planche la roue d’encliquetage cr, avec fon crochet scelle de l’enfouple de travail en, avec fon treuil; & la boite 00, pour y placer le tourillon de l’extrémité oppofées et & cc, le crochet de l’une & de l’autre roue s & te, le tendoir.
- Fig. 5. Chaflè du métier vue de face.
- a a. Barre de fufpenfion , avec les lames de fer, qui portent fur des dents de feie de même matière, & horizontales.
- b b. Trous marqués fur fes épées montantes ou defeendantes à coulifle dans la barre de fufpenfion, pour les foutenir, au moyen de chevilles, à la hauteur convenable. cc. Gape. d d. Ros. ff. Sommier.
- gg. Coupe de profil de la chafle. a b. Sa barre de fufpenfion. e. L’épée.
- L 1 ij
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- NA RT DU FABRICANT
- 2^8
- c. La cape,
- d. Le ros.
- f. Le foramier. *
- Supplément de la planche Fil, voir au bas de la planche V.
- a a. Grands çifeaux, ou forces à main, vus de face.
- b b. Les mêmes , vus de profil.
- c c. Couteau vu debout & fur fa monture.
- d d. Le même., vu couché , la vis en-defius, & le tranchant horizontal.
- e e. Navette garnie de la canette ou bobine de la trame , vue en - défias.
- f f. La même, vue de face ,avec le petit, trou d’où fort le fil de la trame.
- g g & h h. Deux fers ou verges de laiton , avec une petite cannelure dans laquelle pénétré le tranchant du couteau , lorfqu’il coupe le velours.
- Planche VIII.
- Fig. i. Armure du velours plein, où font déterminés la pofition & le nombre des. marches, des marchettes, des contre-marches, & celles des lames ;le marcher , d’où réfulte le jeu correfpondant des unes & des autres -, & la rentrée des fils, qui efl: leur pafiage en lifle.
- Fig. 2. Armure du velours cannelé, où les mêmes parties que dans la figure précédente font également indiquées.
- Fig. 3. Armure du velv&t-ret, à fix duites , idem.
- Figl 4. Armure du croife d’un feul côté, avec l’indication de changemens pour opérer le même effet.
- Fig. 5. Armure du croifé des deux côtés, où Ton voit que les marches & les lames fout en nombre différent de celui des marches & des lames de l’armure précédente, mais égal dans celle-ci.
- Fig. 6. Armure du piqué, pour un carreau, quatre points Amples, où la rentrée eft indiquéeavec le nombre des fils en lifies dans chaque lame.
- Fig. A. DefTm ou échantillon du piqué à carreaux, quatre points, fimplô» exécuté au moyen de l’armure & du marcher précédons.
- Fig. 7. Armure du piquée pour un carreau , quatre points, double, avec les mêmes indications que pour le carreau, quatre points, Ample.
- Fig. B. Defiln ou échantillon du piqué à carreaux , quatre points, double, exécuté au moyen de l’armure & du marcher précédens.
- Fig. 8. Armure d’une toile fans liûeres, & pour faire des faes fans fond, où toutes les parties indiquées dans les armures précédentes le font également!.
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- 269
- DE FE L 0 U R S DE COTON.
- Planche IX.
- Fourneaux à tondre, griller ou rafer les velours.
- Fig. i. Elévation & coupe du fourneau, vu du côté du cendrier.
- . Brifure de la charpente pp, pour en lailfer voir l’intérieur en où font des cannelures en arêtes tranchantes , pour relever le poil du velours, & en racler le grillé, lorfque la piece va & vient ; en r, où font, au-deffus les uns des autres, des rouleaux d’appui, pour élever ou bailler l’étoffe, afin qu’elle touche la plaque de fonte en plus ou moins de points ; en t , où l’étoffe elt enroulée ; & en vy, pour fentir les différentes directions à donnera la piece, & les inflexions qu’elle prend fur fes appuis.
- 1. Plaque de fer fondu, faifant voûte ou calotte au fourneau.
- 2. Porte brifée du fourneau, en fer battu.
- 3. Intérieur du fourneau.
- 4. Brifure du mur de face.
- 5. Barreaux de fer forgé , pofés fur la carre.
- . Cheminée du fourneau , vue dans le fond.
- 7. Cendrier très-élevé , pour que l’air chaffe mieux.
- 8. Faqade du mur.
- 9. Mur brifé, vu dans le fond.
- Fig. 2. Plan géométral de la méchanique.
- ABCD eh celui indiqué de la coupe de la figure précédente.
- b b. Cannelures en arêtes.
- rr. Rouleaux d’appui.
- 11. Treuils fur lelquels s’enroule alternativement l’étoffe vv , en tournant l’une des manivelles m m.
- il. Plaque de fonte.
- 4. Mur repréfenté en 8 , & brifé en 4 5 fig 1.
- 66. Plan de la cheminée.
- Fig. 3. Vue de l’une des faces du fourneau, l’étoffe v v paffant fur la plaqué ï 1, fur le rouleau rr, fur les crenelures bby& enfin fur le treuil* t.
- m. Manivelle.
- p p. Piliers de la charpente.
- 6. Cheminée vue fortant du maffif delà maçonnerie du côté oppefé à celm de l’ouverture du fourneau.
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- £70 V A n T DU FABRICANT
- Planche X.
- Atteliers de teintures.
- PREMIERE VIGNETTE.
- Âttelier de teinture pour les couleurs ordinaires , les garançages , &c<
- A. Cuve en ciment, où l’on reçoit Peau du dehors pour l’ufage de l’attelier,.
- B. Chaudière de cuivre , revêtue de maçonnerie & en ciment, au-deifôus de laquelle eft un fourneau pour en chauffer le bain. Deikv ouvriers y font paffer une piece d’étolfe, foit en bain préparatoire, foit en teinture i Pun fait agir le tourniquet, pour amener & ramener la piece dans le bain, jufqu’à ce qu’oti i’en retire ou qu'on Py abatte; l’autre, avec un lifoir, la tient au large, & l’enfonce dans la chaudière.
- C. Autre chaudière de cuivre, également revêtue.
- D. Chaudière femblable à la précédente, où pendent, dans le bain, des pentes de coton , ou d’autre matière végétale, paffées au bâton , que l’ouvrier doit changer & rechanger fréquemment, c’eft-à-dire, plonger dans le bain les parties qui fe montrent au-dehors , & leur en fubftituer d’autres, en les tournant & retournant fur le bâton, jufqu’à ce qu’il les retire ou qu’il les abatte.
- EFGHI. Tonnes ou barrils de bains de bois de différentes efpeces, de placeurs tems , & de diverfes qualités ; de leflives, ou diflfolution de fels quelconques.
- KLMN. Baquets, avec leur planche, pour y aluner ou y engaller les étoffes. ( Voyez vignette h fig. N, un ouvrier qui travaille une piece fur la planche ; fig. C, la piece dans le baquet repofant fur fon bain ; & fig. B , l’étoffe relevée fur la planche , s’égouttant. )
- O. Ouvrier qui tord à la cheville, des pentes de coton, après qu’elles ont été teintes ou lavées.
- P. Plufieurs de ces pentes paflees à la cheville , ou pour égoutter en attendant qu’on les torde, ou pour y lécher.
- QiChevilles plantées dans un poteau placé avant dans lattelier, pour plus de facilité des opérations précédentes.
- R. Ouvrier qui paffe une piece en bain chaud ou froid , fur le tourniquet dans un baquet. Il tourne d’une main , life & tient au large la piece de l’autre. Si le bain eft très-chaud, trop chaud, il la life & la tient au large avec un lifoir.
- S. Bâton pour pouffer les pentes de coton dans la chaudière.
- T. Baquet pour y préparer un bain quelconque.
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- DE VELOURS DE COTON.
- 271
- U. Pot ou vafe de jauge , pour les dofes déterminées de liqueur quelconque,
- V. Seau , de grandeur déterminée, pour le même office.
- X. Sébille emmanchée pour puifer l’eau dans la cuve ou dans les chaudières.
- Y. Sébille à main pour Tubage courant.
- Z. Lifoir ou bille pour tordre les étoffes, ou les pentes de coton paffées à la cheville.
- On a des conduites d’eau , de bois ordinairement, foit en planches jointes en courfiere, Toit d’un arbre creufé en gouttière pour la faire couler du robinet dans les chaudières , dans les baquets , ou ailleurs.
- SECONDE VIGNETTE.
- Attelier de teinture pour Us cuves de bleu.
- A B CD EF G. Cuves de bleu à froid en ciment, qu’on tient couvertes lorfqu’elles ne travaillent pas.
- H. Cuve également en ciment pour y recevoir , du dehors, l’eau néceflaire dans Tattelier.
- I L. Table très-longue , fur laquelle 011 faude, on évente les pièces au fortir de la cuve.
- M. Ouvrier qui tient une piece, la menant & la ramenant dans le bain , toujours étendue fur fa îifiere, pour que la teinture la pénétré également par-tout.
- N. Ouvrier qui, après avoir tiré du bain & relevé fur la cheville la piece fuffifamment teinte, la tord pour en exprimer , fur la cuve même, le bain fuperflu & chargé de parties colorantes, que l’étoffe a emportées avec foi.
- O. Ouvrier vu de face, qui, dans une plus petite cuve, fait la même opération que le précédent.
- P. Ouvrier qui faude ou évente une piece, en la rejetant à grands plis de gauche à droite, & la ramenant ainfi à plufieurs fois, pour que, frappée de Pair, la couleur remonte également par-tout.
- 0^ Ouvrier qui tourne le moulinet, chargé d’une piece fur la cuve G.
- R S T U. Chevilles implantées au mur au-deffus des cuves , pour y lever les pièces, lorfqu’on les tire du bain, & pour les y tordre.
- V. Pentes de coton fufpendues à la cheville , au - deflus de la cuve , avec le lifoir ou la bille, paffé dedans , pour les tordre & en exprimer le fuperflu du bain.
- X. Piece d’étoffe roulée & rejetée fur le bout de la table, après avoir été éventée , pour l’emporter & l’aller laver en pleine eau.
- Y Z. Vue d’une piece au moment où on la faude, où elle eff rejetée à grands plis & par feuillets , d’un côté à l’autre, pour l’éventer.
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- 17* L’ART DU FABRICANT
- TROISIEME VIGNETTE.
- Attdier de teinture pour Us tonnes de noir.
- A A. Cuves en ciment, où l’on reçoit l’eau du dehors ou autrement, & où on la tient en réferve pour les divers ufages de l’attelier.
- B. Baquet & fa planche , fur laquelle repofe & s’égoutte une piece d’étofFe , relevée pli par pli, après avoir été travaillée dans le bain.
- C. Baquet dans lequel une p.iece repofe fur fon bain , entre deux travaux fur la planche.
- D E. Deux baquets avec leur planche , femblables aux précédens.
- F. Cuve en ciment, pour de l’eau pure, des extraits, ou des dilfolutions quelconques.
- G HIK L M. Tonnes de noir , avec leur anche ou robinet, allez élevées , fur de forts tréteaux, pour palfer delfous les baquets dans lefquels tombe le bain de noir, où on le puife avec un feau , un pot, ou une fébille, pour le porter dans les baquets de travail B CD EN O.
- M. Coupe verticale d’une tonne de noir , pour y reconnaître l’arrangement des paniers ou corbeilles de ferrailles, & de l’écorce d’aune , feche & brifée, pour remplir, le mieux qu’il eft poffible , les interftices d’abord, & enfuite le relie de la tonne ; le tout afîls fur un premier lit d’écorce d’aune, & un fécond de vitriol de Mars ou couperofe verte.
- Le nombre des "paniers de ferraille diminue ou augmente , fuivant qu’ils font plus ou moins grands, qu’ils contiennent plus ou moins de ferrailles.
- N. Ouvrier travaillant actuellement une étoffe fur la planche. Il la retire du bain pli par pli, la tenant par les lifieres toujours étendue fur fa largeur, & la jetant par feuillets, du bain fur la planche , puis de la planche dans le bain.
- O. Ouvrier qui, une fébille de bois à la main, puife du bain de noir dans le baquet de la tonne M, pour le vuider dans le baquet O , où il compofe un nouveau bain pour y travailler quelque piece.
- P. Qi Table fur laquelle on voit pîufieurs pièces d’étoffes.
- R. Sébille de bois.
- S. Pot ou vafe de jauge.
- T. Seau pour puifer l’eau ou le bain en plus grande quantité à la fois.
- V. Sébille emmanchée pour puifer l’eau de loin & en quantité indéterminée.
- X. Lifoir ou bille avec laquelle on preffe les pièces fur la planche, lorfqu’on les a travaillées dans le bain, pour les faire mieux & plus tôt égoutter
- Planche
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- DE PE L 0 U RS DE COTON. *7>
- Planche XI.
- Cuve de bleu à chaud.
- Fig. 4. h. Chaudière en cuivre, en forme de cône tronqué rcnverfé , eu-ehâflée & foutenue fur la maçonneriep p.
- i. Entrée du fourneau.
- k. Apperqu du prolongement dans terre de la cuve ou chaudière.
- L Tuyau du fourneau.
- Fig. <ç. Coupe verticale de la cuve m , du tuyau n , & des murs q.
- o o. Efpaces entre les murs verticaux du fourneau , & les parois extérieurs , convergens , de la cuve. C’eft dans ce vuide concentrique à la maçonnerie & excentrique à la cuve , qu’on infinue & dépofele charbon allumé qui doic entretenir la cuve dans un degré de chaleur toujours doux & à peu près égal.
- f. Rable avec lequel on pallie la cuve.
- g. Son couvercle.
- Mèchanique à imprimer au cylindre, Us toiles, croifés , /'admettes , velours de
- coton, &c.
- Fig. 3. c cc. Quatre cylindres ou rouleaux de bois.
- 1, 3 &4 font recouverts de plufieurs plis d’étoffe, & d’un gros drap. L’arfc eft de bien faire les coutures, afin qu’elles ne fe fentent point dans le travail.
- 2. Cylindre d’impreffon , pointé fuivant le deffin , en fil de laiton ; d’où il eft évident qu’il en faut un de rechange pour chaque deffin. Ce cylindre , au moyen de la manivelle M , donne le jeu aux autres , & les fait tous mouvoir.
- mm mm. Mortaifes pour ficher des clavettes en coins, & ferrer plus ou moins les cylindres les uns contre les autres.
- D. Auge dans laquelle eft la couleur. Le rouleau 4 y trempe; il la puife, & la dépofe fur le rouleau 3 , où, plus nettte, le cylindre 2 s’en empare, & va imprimer l’étoffe qui paffe entre lui & le rouleau 1, qui la prelfe. Il faut que la couleur ou teinture foit en confiftauce de firop, moins épaiife que lorfqu’on imprime à la planche.
- E. Table dans laquelle eft emboîtée l’auge.
- B B. Brancard, ou corroi fur lequel eft pofée la piece avant de paffer fous le cylindre.
- R R. Rouleaux tournans fur leur axe ; on paffe l’étoffe deffus & deffous, bien tendue ; on empêche les rouleaux de tourner ; on les enraie quand on veut ferrer davantage.
- A R. Cylindre fur lequel l’étoffe eft roulée avant d’être imprimée.
- Tome XIX. M m
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- t'A RT DÜ TABRICANT
- Z/4
- S S. Montans ou jumelles , qui s’ouvrent à charnière en K II, pour îaiflef palier les cylindres.
- A. Afpe pour enrouler l’étoffe lorfqu’elle eft imprimée.
- P. Poulie fixée fur l’axe de l’afpe, où eft enroulée une corde avec un poids qui fait tourner l’afpe à mefure que les cylindres opèrent.
- Mêchanique à découper les velours cannelés & le velvet - ret, avec Vouvrier vu
- en travail.
- Fig. i. A. Velours plié en feuillet pour l’amener plus facilement fur l’ou-vroir.
- B. Enfouple, treuil ou cylindre , fur lequel l’étoffe , arrêtée dans la rainure par un verdillon, s’enroule pour être tendue convenablement, au moyen de la roue d’encliquetage dont cette eniouple eft armée.
- CD. Longueur d’étoffe tendue horizontalement fur l’ouvroir.
- E. Seconde enfouple où la piece, primitivement arrêtée également par un verdillon , rélifte par fa roue à cheville, à la forte tenfion qui lui eft donnée avec la roue d’encliquetage.
- a /\ Ces deux roues, fur leur monture, vues plus en grand.
- Fig. 2. La même mêchanique vue par le côté C, avec la rainure F de fon enfouple, & fa roue d’encliquetage.
- c c. Couteau armé de fon guide, d’environ vingt pouces de longueur de fer, La longueur du guide , dans lequel entre fa pointe , eft d’environ deux pouces.
- d. Ce meme guide vu plus en grand. .
- de. Réunion, ou enchâlfement dans le guide de-la pointe du couteau* dont le tranchant eft en
- g r. Grattoir de peau de chien de mer.
- Supplément à la planche III.
- Le nombre des cordes de cette mêchanique , la multiplicité des mou vélums auxquels elles donnent lieu, & la variété de l’effet de ces mouvemeiis , m’ont fait penfer, à la leéture des deferiptions précédentes des pl. I, // & IIIP qu’il ferait utile d’en donner par addition une plus étendue, & principalement de ces objets.
- a. Poulie qui reçoit fon mouvement de fa poulie b, par une corde croi-fée, laquelle fait tourner en - avant les deux rouleaux de'bois qui tiennent tendues les toiles fans fin, chargées du coton à carder, & leur font fuivre le même mouvement.
- b. Poulie à double rainure, fur l’une defquelles paffe la corde croifée précédente 5 & fur l’autre, une corde non croifée qui répond à la poulie n du
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- DE FE L 0 ü R S DE COTON.
- 27Ï
- cylindre L de décharge. Cette poulie b fait mouvoir les deux premiers petits cylindres, qui s’engrenent l’un au-deflus de l’autre , & dont les cardes pincent & commencent à applatir le coton, pour le diftribuer fur le cylindre c.
- c. Cylindre qui tire Ion mouvement d’une corde non croifée , paifant fur la poulie e, & dont les cardes , par une pofition contraire & un mouvement différent de celles des précédais, effacent le coton, & le portent fur le cylindre C.
- C. Cylindre qui , par une courroie placée du côté oppofé de la mécha-nique, reçoit Ion mouvement du cylindre I, le plus grand de tous, auquel efi: appliquée la manivelle. Ce cylindre tourne du même côté que le cylindre l, & que le cylindre c, quoique fes cardes foient dans une pofition contraire à celles de ce dernier. C’eft lur ce cylindre C que le coton le prépare bien , & fe carde déjà en plus grande partie.
- d. Poulie qui tient à l’axe du cylindre C, le même qui donne le mou-’ vement au cylindre c.
- ef. Rainure fur Je cylindre D, d’où part une corde croifée qui va palfer fur la poulie d, qui imprime au cylindre D un mouvement oppofé à celui du cylindre C. Ainfi , la pofition contraire des cardes de ces cylindres , & leur mouvement oppofé, font tels que le coton ne fe carde point entre eux, mais qu’il elt feulement pris de l’un par l’autre , pour que ce dernier le diftribne fur le grand cylindre I, qui le donne au cylindre E , celui - ci au cylindre F, le cylindre F au cylindre G qui le rend au cylindre 1, d’où il palfe en H, pour revenir encore en I.
- Les cylindres DEF G H ont tous leur mouvement contraire, & beaucoup plus lent que celui des cylindres I & C. Le mouvement leur eR donné, ainfi qu’au cylindre L, par la poulie d, dont la corde croifée cor-refpond à la rainure ef; & parla poulie /J dont la corde palfe en ghiklM-t en Y enfin, & revient en fd
- Cette derniere corde fait un double tour fur chacun de ces cylindres. Onia tend , on la détend avec la poulie Y, qui monte & defeend au moyen d’un écrou placé dans une coulilîe.
- /. Poulie adhérente au cylindre I. Elle eft à trois rainures de différais diamètres, pour ferrer plus ou moins la corde croifée, par laquelle ils fe correfpondent, & accélérer ou retarder d’autant le mouvement de la poulie S du cylindre M à lames, qui détache le coton du cylindre L.
- M indique une fécondé poulie jointe & parallèle à la précédente, dont la corde non croifée fait tourner du même côté le rouleau cannelé qui achevé de rouler la loquette.
- Les petits crochets qui font au-delfus des cylindres, indiquent les diver-fes directions des cardes.
- M m ij
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- j76 L'ART DU FABRICANT
- --1--l"~- --" ' «-'-=™»«====aÿ.
- TABLE -
- DES CHAPITRES, DES SECTIONS, ET DES ARTICLES.
- PREMIERE PARTIE.
- JCntroduction. pageiôi
- DES COTONS. 163
- De La maniéré de carder le coton. 167 Savonnage du coton. 169
- De La méchanique à carder le coton. 170 De la méchanique à filer le coton ? & de la maniéré de s'en fervir. 17 f
- Du devidage & du tatif 18 V
- Tarif. ibid. Fabrication du velours. 187
- Armure de piqué pour un carreau quatre points , fimple. 189
- Armure dépiqué pour un carreau quatre points , double. 190
- Des premiers apprêts. 192 De la tonte ou grillage du velours de coton. 193
- Du fourneau à brûler, griller ou rafer les velours de coton ; & de la maniéré de faire cette opération. 194
- De la teinture des cotons , des velours de coton, & des autres étoffes de cette matière. 199
- Du dégommage ou débouilli des matières à teindre. ibid.
- Dissolutions et décoctions
- PREPARATOIRES. „ ibid.
- Du bain de galle & de Vengallage. 199 De la diffolutiàn de l'alun , & de Falu-
- nage. 202
- De Veau de couperofe\ 203
- De Veau de verd-de-gris. ibid.
- De Veau de foude. ibid.
- Du bain de rocou. 204
- Du bain de bois de Bréfîl. ibid.
- Du bain de bois d'Inde. ibid.
- Du bain de bois jaune. 20 Ç
- Du bain de gaude. ibid.
- DES COULEURS EN BON TEINT.
- De LA CU VE DE BLEU A FROID, ibid. Autre maniéré de monter la cuve de bleu a froid. 206
- Du bleu à froid. 20 8
- Autre cuve de bleu a froid , telle qu'on s'en fert avec fucces dans divers atte-liers de teinture. 209
- Cuve fuppofée de fîx pieds de hauteur , fur un quarré de quatre pieds & demi de côté. ibid.
- DE LA CUVE DU BLEU A CHAUD. 210 Brevet pour réchauffer & garnir d'indigo.
- 211
- Du bleu a chaud. 213
- DU ROUGE DE GARANCE. 214
- Du MAURE-DORÉ. 215
- Des MARRONS ET BRUNS. 2lè
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- DE F E L 0 ü R S DE COTON.
- Dû JAUNE CITRON ET DU JAUNE
- DORE- 218
- De l’olive ordinaire. ibid.
- Du VERD. 219
- De l’olive verte. 221
- De la cuve ou tonne de noir. ibid.
- Dû NOIR. 222
- Gris de maure, de fer, d’ar-
- DOISE, ET AUTRES A pied de
- BLEU. 224
- Des gris ordinaires. ibid.
- DES LOU LEU ES EN FAUX
- TEINT. 225
- Du CRAMOISI de BOIS , ET MAURE-
- DORÉ FAUX. 226
- Procédé de la compoftion. 227
- Du VIOLET ORDINAIRE. ibid.
- Du CHAMOIS. ibid.
- Du P ON CF A U. 228
- Du CAPUCINE. 230
- Dtj BLEU ET DU VERD de bois
- d’ïnde. ibid.
- DU BLEU ET DU VERD DE Saxe ou
- de Chine. 231
- Du BLEU ET DU VERD DE Prusse.
- ibid.
- Compoftion. 232
- Réf exions générales fur la teinture. 233
- SECOND E P ARTIE.
- Avertissement. 239
- PROCEDES DE L’IMPRESSION.
- Premier rouge. 240
- Gommage du rouge clair , violet, mar-
- ron, cramoif, lilas , &c. 241
- Premier rouge. n°. 1. ibid.
- Va rie tés & nuances de tous les tou-
- ges. ibid.
- Second rouge, n°. 2. •242
- Violet ,n°. 1. 243
- 277
- Variétés & nuances de tous les violets.
- 243
- FOND DES COULEURS qui fe tirent du violet , du rouge, ainji que du noir, &c. 244
- Noir.
- Bain qui fert au noir garance , au jaune à La rouille, &c. ibid.
- Couleurs au pinceau ou a la
- PLANCHE. 245^
- Dfférens jaunes, bleus & verds. ibid. Couleurs au pinceau ou a la
- PLANCHE , QUI SANS ETRE TRÈS-SOLIDES, S’EMPLOIENT DANS DIVERSES fabriques. 240
- Différens verds , bleus, jaunes & rouges,
- ibid.
- Autres mordans solides , et
- POUR ÊTRE GARANCES. 247 Violet pour fond, ou pour rentrée, ibid. Violet , nQ. 2. pour fond plein & pour rentrer. ibid.
- Rouge de fond et pour mouchoirs , n°. 3. ibid.
- Diffolution de Üétain. * 248
- Très-beau noir pour impression
- ET POUR FOND , SANS ETRE ASSU-JfcTTl À LE GARANCER. 249
- Apprêts des toiles imprimées.
- ^ ibid.
- Suite des bains. ibid.
- Autres bains préparatoires. 2jO
- Pafjage en boufe avant le garançage , en une ou plufieurs couleurs. ibid. Garançage. 2ÇI
- Garançage des fonds de couleurs. 252 Obfervations fur la maniéré d’appliquer les jaunes , bleus & verds , à la planche ou au pinceau. ibid.
- Bleu anglais. 2 J 3
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- 2?S L'ART DU FABRICANT DE FELOURS DE COTON.
- Premier bain. a53
- Second bain. ibid.
- Troijierne bain. ibid.
- De quelques uflenfiles , & notions géné-
- raies Jur leur uf âge.
- Compojition & applicationx de larèferve.
- 2^6
- Autre procède. 2f7
- Ma (lic.au pinceau. ibid.
- Explication des figures, ibid.
- Méchanique à carder. ibid.
- Méchanique à filer. 261
- Moulin à retordre. 26%
- Métier, outils & uflenfiles. 266
- Fourneau à tondre , griller ou rafer le?
- velours. ' 26*)
- Atteliers de teintures. 270 Attelier de teinture pour les couleurs ordinaires , les garançages s &c. 270
- Attelier de teinture pour les cuves de bleu.
- 27ï
- Attelier de teinture pour les tonnes de noir. 273
- Fin de £ An du fabricant de velours de coton.
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- F.JÏ.J.
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- il Art du Fabricant de Fe tours de Cûton.
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- PL. IX.
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- D’ÉTOFFES EN LAINES
- RASES ET SECHES, UNIES ET CROISÉES.
- Par M. Roland de la Putieee,
- Infpecleur - général des manufactures de Picardie, affocu des académies royales des Çcicnces , belles - lettres & ans de Rouen , 1‘ illefranche, &c. & correfpon-dant de la fociéti royale des Jciences de Paris & de celle de Montpellier.
- PREMIERE PARTIE.
- Lorlque les terres font également partagées, le pays peut être peuplé, quoi-qu’il y ait peu d’arts. . . . Mais dans nos états, où les fonds de terre font fi inégalement diftrifcuiés ,.. . . fi l’on y néglige les arts, .... le pays ne peut être peuplé. ... Il n’y a que les artifans qui donnent le fuperlîu aux cultivateurs. *
- Montesquieu, Efprit des loix.
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- ART
- DU FABRICANT JD'Â JC O F F JE S J£ir^L*AX]Sr&$<>
- AVERTISSEMENT.
- On agite encore cette queftion : EJl-il avantageux à une nation de rendre publics les divers procèdes de fabriques qui font partie de fes occupations , de fon commerce & de fes richeffes ? A ne confidérer les chofes que relativement à cette politique , qui ne compte ce quelle a que par ce qui manque aux autres, on en jugera bien différemment qu’en envifageant les hommes comme freres , dont la maffe des connaiifances ne peut s’accroître que par la réunion des idées.
- La propagation des connaiffances humaines eft Ci lente, parmi le peuple fur-tout, qu’on voit s’écouler des générations , fans que certains arts acquièrent la moindre perfe&ion : il en eft qui rétrogradent à nos yeux, & l’on en a vu fe perdre entièrement.
- Les facultés de fefprit ne fe développent guere que dans le calme & l’ai-fance , & prefque jamais dans l’efclavage du befoin & l’oppreflion de la mifere. Doit-on s’étonner qu’elles reftent engourdies , & fouvent nuiles pour le progrès des arts confàcrés à la fimple utilité, de ces arts où les facultés corporelles font exercées avec autant d’afliduité que de violence ?
- L’ignorance , d’où naît l’entêtement, ne laide voir au fils que la pra-Tome XIX. N n
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- tique du pere : elle produit en outre cet air , ce ton myftérieux qui carae* térife les hommes à. vues courtes & à petites inventions.
- DisoNS-le hardiment : fi la crainte d’éclairer les autres ôtoit aux hommes inftruits le courage d’allumer le flambeau des connaiffan'Ces , ils en refteraient eux-mêmes, bien plus fouvent expofés aux chocs de l’erreur.
- A ces raifons ajoutons l’autorité.
- Cette compagnie lavante, fi reTpeCtée en France & dans toute l’Europe, au fein de laquelle repofe la véritable philofophie , celle qui intérelfe l’humanité , a donné l’exemple. L’académie des fciences a publié fuccelîiveillent la defcription de plufieurs arts : voilà ma réponfe fur l’utilité de mon ouvrage.
- On ne trouvera guere ici de citations d’arrêts , d’ordonnances, de ftatuts & régîemens , auxquels cependant ont été aflujettis la plupart & prelque tous les procédés dont on fera mention. L’Encyclopédie en cite beaucoup : mais s’il eft dans le plan du vafte amas des connaiflances , de fuivre la marche de l’efprit humain , d’en marquer les progrès & tout ce qui a concouru à nous placer où nous fommes, une telle collection doit être aufti le dépôt de fes écarts & de fes erreurs. Pour moi, je n’ai d’autre but que celui d’in£-truire ceux qui ne le font pas dans les arts que je décris, & de mettreceux qui les exercent fur la voie de les perfectionner.
- On pourra croire que j’aurais dû mieux faire & mieux dire 5 mais qu’on fafle & qu’on dife mieux , je ferai le premier à y applaudir , & je n’en aurai pas moins d’obligation que le public à ceux qui voudront bien me redrelfer. En attendant, je ne puis m’empêcher d’obferver que , fi l’ignorance abfolus des lettres fe fait fentir, &. excite des regrets à-chaque pas, lors même qu’on rencontre des ouvriers intelligens qui veulent bien, ce qui eft rare 9. fe prêter de bonne grâce, & être de bonne-foi dans l’expofé des procédés de leur art, on eft bien autrement peiné de trouver l’art de bien dire, dénué des connailfances de l’art qu’on prétend décrire. Le premier 11’eft que rebutant: l’ardeur de favoir peut vaincre cette réfifiance. Chez celui-ci, les gens de lettres relient incertains des notions à y prendre, & les artiftes étonnés-de n’y pas retrouver les leurs.
- En ceci, je ne prétends parler que de quelques-uns de ceux des arts réunis à la grande collection , & d’an plus grand nombre décrits dans l’Encyclopédie , qu’une longue expérience m’a mis en état de juger. Cette-collection eft fi précieufe à tous égards, & l’Encyclopédie eft fi au-deifus de tout éloge à tant d’autres, que c’eft s’accorder toujours avec leurs auteurs» que de les contredire quelquefois.
- À l’égard du Dictionnaire portatif, raifonné & unîverfe! des arts & métiers , de l’une & de l’autre édition, il eft fi éloigné d*’ être raifonné & uni-
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- verfel, qu’en fuivant la pauvreté de fa nomenclature , fi l’on en éloignait le maigre hiftorique , la petite glofe pour amufer , & les nombreufes citations de ftatuts , d’arrêts & réglemens , il 11e relierait guere qu’un amas de procédés faits fans choix , fans méthode & fans principes.
- On peut divifer cet art en deux parties.
- La. première contient tous les procédés qui font l’objet des foins & des travaux des fabricans : ils fe terminent au moment où chaque efpece d’étoffes fort du métier & eft livrée au marchand qui, de fon côté , refte chargé de faire faire tous les apprêts convenables à chacune d’elles.
- La fécondé partie contiendra, outre leur defcription & celle des outils & uftenfiles propres à chacune d’elles , des diifertations fur le dégraiflage : on en indiquera les méthodes les plus fûres & les plus expéditives , & l’on fera fentir l’importance de dégrailfer les étoffes rafes & feches fans les fouler. On parlera du blanchiffage, des débouillis , des échaudages ou lavages à l’eau froide des étoffes. On expofera les rai fous de préférer Tou vent à ces opérations prefcrites & d’ufage , des procédés nouveaux & d’un réfultat bien fupérieur. On indiquera aufii les différentes maniérés de rafer les étoffes , de les corroyer , de les calendrer , de les preffer, foit en leur confervant le grain en total ou en partie par le moirage , foit en écrafant ce grain par un apprêt mat ou par un apprêt luifant.
- Si quelques perfonnes bien intentionnées , & inftruites dans l’art que je décris, penfàient qu’il ferait utile, pour le progrès de cet art, d’étendre ou de redtifier certains articles, je les prie de m’adreffer leurs obfervations à ce fujet : je les publierai en leur en failant honneur, dans un carton inféré au premier cayer qui fuivra celui-ci ; & fi ces obfervations font importantes & de quelque étendue, ou les imprimera à part, en feuilles de même format , pour être livrées enfembJe ou féparément à ceux qui auront pris le premier ouvrage.
- Déjà je dois à M. Joiron Maret, l’un de nos fabricans les plus intelli— gens, & celui qui réunit le mieux à des pratiques fûres l’art de les raifonner ; je lui dois des remarques utiles, dont j’ai profité dans la defcription de cet art, même depuis l’examen & l’approbation de l’académie.
- Cet art , ainfi que celui du fabricant de velours de coton, étaient décrits en 1776. J’avais remis mes cayers au magiftrat ami des arts & adminiftrateur du commerce : ils pafferent de fes mains en celles de l’académicien cont-miflaire de l’adminiftration en cette partie , qui lui en fit le rapport. Je partis pour l’Italie. Ce voyage long & intéreffant à tant d’autres égards, prit mon tems & remplit mes idées. Ce n’a été que bien après mon retour, que le meme académicien m’a déterminé à foumettre ces defcriptions à l’exàmen de la favante compagnie dont il eft membre.
- N n ij
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- Je préviens de cela , parce qu’il eft des faits qui ont aujourd’hui plus ou moins lieu, mais qui exiftaient ainfi. Cependant, à l’égard des faits tellement relatifs à l’art qu’ils en font une extenfion ou une réformation , ils m’ont fervi à l’étendre & à le corriger. J’ai vu opérer de nouveau -, j’ai répété tous les procédés 5 j’ai relu mes defcriptions avec des gens de 1 art les plus inftruits. Malgré tout, jéTens qu’il relie beaucoup à faire. Les arts fe perfectionnent tous les jours. Jamais on ne porta dans les recherches de ce genre un zele plus ardent ; jamais on n’y répandit autant de lumières : mais ce qui me confole & m’anime, c’elt qu’on ne doit ces recherches & ces lumières qu’au courage de ceux qui, montrant ce qui eft , & arrachant fes bornes, ont ouvert la carrière des polïibles. Je dois encore prévenir qu’une circonstance ayant déterminé de ma part un mémoire précipité fur l'éducation des troupeaux & la culture des laines en France, je puilai plufieurs palfages. dans ces notes. Je croyais ne travailler que pour l’adminiltration , qu’il était queltion d’inliruire : elle a jugé à propos de faire imprimer ce mémoire ». d’où il réfultera quelques répétitions pour ceux qui auront les deux ouvrages. ^
- DESLA INES.
- C> N a beaucoup écrit en France depuis quelque feras fur l’éducation des troupeaux de moutons , & le traitement des laines. On a fait beaucoup de mémoires & quelques expériences. On a montré le mal, & on a indiqué, pour remede la conduite des étrangers à cet égard : mais ces étrangers nos voifins regardent depuis long-tems cette partie de l’économie rurale, comme alfez importante pour en faire une affaire d’état. La leqoti , l’exemple, les moyens marchent à la fois, & l’effet eft immanquable, En France, c’eft feulement par intervalle que l’état a montré qu’il y prenait quelque intérêt. L’exemple y a été rare & momentané ; les fecours ont prefque toujours: manqué; & nous reftons les admirateurs & les tributaires de nos voifins. (a}
- (a^ T.-a laine, cette matière précieufe à deux feules provinces de France où cet tant d’égards, mériterait des foins plus arbre fi précieux , fi lent, puifTe croître , particuliers de la part du gouvernement, pour lui fubftituer le mûrier: on s’eft ôté quand même on réduirait ces avantages l’efpoir de toute récolte dans les fonds, multipliés à celui que nous fommes dans le où cet arbre meur-trier a pris racine, & cas de décrire ici. Nous avons vu donner cela pour une induftrie feche , renfermée à&4 gratifications pour encourager la plan- dans quelques villes, & uniquement con-fation du mûrier; nous en avons vu faire facrée au luxe.
- d’immenfes dans les meilleures terres ; nous Depuis dix ans, les laines ont augmenté avons vu arracher jufqu’à l’olivier dans les de prix dans ce pays, de vingt à vingt»
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- D'ETOFFES EN LAINES.
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- Nous ne répéterons point ici ce qu’on a 'dit fur cette matière. Lorfque radminiftration voudra s’en occuper , les inftruétions paraîtront en foule. Nous prévenons feulement que, fi l’on cherche une fois à puifer dans les fources actuellement connues , il y aura beaucoup à élaguer, beaucoup de faits inexads , d’indications fauifes, & de conjectures hafardées (i>).
- cinq pour cent. Le nombre des individus qui la donnent elt diminué , 6c plus encore la quantité de matière par chaque individu. La trop grande cherté des grains & des fourrages a forcé tous ceux qui ne récoltent que peu ou point, & qui avaient cependant de petits troupeaux , à s’en défaire. Les autres ont plus mal nourri, réfervant pour les vendre, des denrées où l’on trouvait un bénéfice préfent & fupérieur ; d’où tes toifons du poids de quatre livres, taux commun, font réduites au plus à trois. Les maladies de ces animaux font plus fréquentes, plus dangereufes, & l’on fe hâte moins de remplacer. En général le nombre des moutons , dans les territoires où la diminution eft le moins fenlible, dans les lieux de terres labourables mifes en pleine culture, eft égal à celui des journaux à la-foie : un pour trois journaux , & moindre à proportion dans les autres. Cette quantité enfin, dans les tems ordinaires, eft à peu près égaie à la population des campagnes : elle eft moindre aujourd’hui, dans les environs des villes fur-tout, où tout eft plus cher.
- Le prix de l’achat des moutons , depuis l’époque indiquée, a prefque diminué en raifon de l’augmentation du prix de la nourriture. Les toifons valent actuellement, en 3775 en Picardie, 3 liv. l’une dans l’autre. L’agneau fe vend au plus quarante fous : ainft tout ayant réuffi à fouhait, l’animal pourrait rendre ç liv. par an , 6c fa dépenfe fe calcule fur le pied de 9 à lo 1. 11 eft évident que la feule raifon de l’engrais a pu déterminer les fermiers à fou-tenir cette éducation.
- Ne pourraient-rls pas y être encouragés, ainfi que tous les autres qui l’ont aban-
- donné, par une diminution de taille proportionnée à l’objet, au ’lîeu de l’augmentation réelle & toujours arbitraire ? Cet arbitraire , fi nuifible dans tous les tems & à tous égards, écrafe cette partie dont il a fait un objet d'induftrie dans les campagnes , pour y augmenter ceux d’impo-fition ; enforte qu’on ne taxe pas feulement le bien, fa valeur, & fon produit, mais l’intention & les} efforts qu’on fait pour améliorer ce bien & augmenter fon produit, quoique ces efforts foient quelquefois infructueux , quelquefois même ruineux.. Les manufactures en fouffrent au point de craindre, par cette feule raifon de perdre un jour la concurrence avec-l’étranger. La Hollande déjà nous tire des fournies très - confidérables , par le prodigieux débouché de fes matières, & le prix exorbitant qu’elle y a mis ces' dernieres années.
- {b) 11 en eft dans cette partie comme dans les autres : de trois chofes l’une , & fouvent les trois à fa fois : ou le premier fait la planche , & les autres, en gente moutonnière , paffent deffus avec affuran-ce , 6c débitent quelquefois des vérités, fouvent des erreurs, quelquefois en les déguifant par un peu de variété dans le ftyle, fouvent mot à mot, quelque mauvais qu’il foit : ou, pour avoir moins l’air de compilateur , & fe foire croire plus înftruit, on arbore l’étendard de la contradiction , on outre en fens contraire : ou enfin on nous donne des tirades faites à la maniéré dont l’abbé de Vertot décrivait les fieg.es & les batailles, d’imagination , lo-rfque les mémoires lui manquaient.
- J’ai beaucoup de ces fortes d’ouvrages fous les yeux, pour lefquels, ni les fources-
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- DA RT DU FABRICANT
- Parmi les objets que nous avons eu en vue en voyageant dans toutes les provinces du royaume & dans les états voifins , celui-ci a toujours eu une place difiinguée. Ayant rcfidé au centre, & à plufieurs des extrémités du royaume, j’y ai fuivi les diverfes pratiques & obfervé les réfultats, ce qui a donné lieu à plusieurs mémoires.
- Les détails contenus en ces mémoires, mis à la tète de cet ouvrage , éloigneraient fansj doute du but qu’il annonce : ils ne feraient pas directement utiles aux perfoitnes pour lefquelles cet art eft écrit. On s’en tiendra donc à quelques obfervations générales, & à faire connaître les fources où l’on puife, pour palier immédiatement aux détails des opérations que les laines fubilTent.
- La beauté , la finefle de la laine, là longueur plus ou moins confidéra-ble , fa qualité lifle ou feutrante , propre au peigne ou à la carde , aux draperies ou aux étoffes rafes & feches ; toutes ces différences tiennent beaucoup moins à Pefpece qu’au climat, à la nourriture & aux foins. Les animaux , les plantes même prennent une forme fi propre aux climats où ils fe naturalifent , qu’après quelques générations on n’y reconnaît plus rien. Les parties qui fe renouvellent périodiquement , font encore plus fenfibles à ces variations, & la laine en eft un exemple des plus frappans.
- Les plus belles laines de France font, fans contredit, celles des plaines de Narbonne; & la bénigne influence de ce beau climat fe propage par gradation dans les campagnes du Roufïillon jufqu’aux Pyrénées , & dans celles de Beziers jufqu’au-delà de cette ville du côté de Pézenas. Si l’éducation pouvait détruire l’influence du climat, on ferait expofé à avoir à Narbonne les plus mauvaifes laines de France. Il n’y a aucun endroit, au moins que je fâche, où elles foient fi mal traitées. Ce n’eft pas trop dire, pour le faire concevoir, que d’en annoncer le déchet au lavagede 70, fouvent de 7f , & quelquefois de So pour cent. (a)
- indiquées, ni même les noms cités , ne {auraient augmenter ma confiance.
- ( a ) On enferme les troupeaux dans des bergeries mal-propres, étroites , étouffées , dont les planchers de gaules ou de lattes écartées laiffent pafler la pouflîerc & les menus brins de fourrage qu’on met deflîis. Le crotin , l’urine croupiflent dans les toifons; le fuin en devient cauftique, les rend jaunâtres , & les brûle.
- L’idée feule de la chaleur étouffante & de l’air empefté que ces animaux refpirent dans ces étables, où ils font continuelle-
- ment dans l’ordure , jointe à celle de les expofer fubitement à toutes les intempéries de l’air , doit faire juger de leur état de faibleffe & de langueur, du nombre de maladies qui les affligent, & de la quantité qu’il en périt. Ce tableau , plus ou moins conforme à ce qui fe pratique , fui-vant les cantons , préfente exactement la maniéré dont cette partie de l’économie rurale eft traitée au midi de la France. On ajoutera pour dernier trait, que dans beaucoup d’endroits on ne fait parquet les moutons en aucun tems de l’annce.
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- D'E T 0 F F E S EN LAINES.
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- L’espece eft à peu près la même dans toute la province : mais comme il y a grande variété d’afpe&s , d’influences, de productions & de méthodes , il y a grande diverfité dans les qualités. Il en eft ainfi, plus ou moins, dans toutes les provinces méridionales. Dans celles du nord, la température eft plus uniforme > les productions y font moins variées, les inégalités y font moins fenfibles : auffi la différence ne fe fait-elle appercevoir qu’à de plus grandes diltances. (a)
- C’est auffi le climat, fes productions & la culture, qui concourent le plus à donner à la laine cette forte de qualité qui en détermine l’emploi. Les Hollandais tirent des moutons de la baffe-Poméranie, dont la laine, paffablemtnt fine , eft courte néanmoins : elle s’embellit & s’alonge dans leurs gras pâturages. Les belles laines d’Efpagne trouvent leur deltination dans les draperies fines, & elles y font les plus propres qu’on comiaifle. Les mêmes moutons en Angleterre donnent des laines qui s’emploient avec le plus grand fucces dans les plus belles étoffes rafes : mais nous ne parlerons point des premières, qui n’ont aucun rapport à notre objet, ni des autres, dont nous ne confommons plus guere, par la grande difficulté d’en avoir.
- En partageant la France à peu près à la latitude de Tours & d’Angers , on voit que la plupart des établiffemens, en matières nationales, font , du côté du midi, en draperies , & du côté du nord , en étoffes rafes. Les grandes fabriques de ce dernier genre font celles de Flandre, de Picardie, de Champagne & du Mans. < b) Celles de draperies d’Abbeville , de Sedan , de Lou-viers, d’Elbœuf, des Andely, de Dernetal & autres , n’emploient que des matières étrangères, & par conféquent leur pofition eft indifférente, relativement à l’emploi des matières du pays.
- La Flandre confomme les laines de fon crû , & une partie de celles de la Hollande. La Picardie , qui en emploie une très-grande quantité, outre celles de la province , en tire du Soiilonnais , du Valois , de la Brie, & quelquefois de la Champagne, de la Lorraine & de î’Alface : elle fe fournis auffi quelquefois jufqu’en Sologne , & même en Berry, mais avec trop peu de fruit pour que ce foit fréquemment ni abondamment. Elle en tire de la baffe-Allemagne par Hambourg , & de la haute par Strasbourg : la Saxe même commence à lui fournir des laines filées très-fin , qui viennent par Francfort £ par Mayence ; mais c’eft la Hollande qui eft: le plus grand magafin de ces fabriques : il n’y eft queftion ni de perfe&ion , ni de fupériorité en aucun genre , que l’emploi de cette matière ne foit fuppofé,
- (a) Les bergeries y font aufli fouvent (b) On fait quelques ferges à Mende, plus aérées <& moins mal-propres ; mais on y on y fait des malbourougs ; on trouve en-mêle également la laine des bêres vivantes core qà & là quelques établiffemens d’é-ou mortes de quelques maladies que ce toffes rafes: mais ces exceptions ne font foit, & de tous les degrés de maturité , pas frappantes, fans choix des différentes parties.
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- L'A R T DU FABRICANT
- Comme ce commerce devient de jour en jour plus confidérable & plus important} à raifon du haut prix, de la rareté & de la détérioration des laines nationales , il fera néceflaire d’en traiter un peu plus au long.
- On le fent : quiconque a un intérêt dire# à être inftruit de tel ou tel commerce , doit s’attendre à être trompé, s’il l’ignore; & d’ailleurs , on a accrédité fur celui-ci des erreurs plus propres à éloigner l’idée de s’en inf. truire qu’à en donner le goût. Il fera néceflaire auffi d’indiquer d’où Rheims & Rlietel tirent les laines que confomment leurs fabriques. A l’égard du Mans, il ne va pas très-loin au-delà des frontières de la province, pour s’en fournir, (a)
- La gradation de qualité des laines de Picardie fuit aflez'celle de fes distances à la mer : elles font très - communes fur la côte , un peu moins au centre , moins encore dans le Santerre & le Vermandois , fupérieures enfin dans le SoiiTonnais , fur cette lifiere de la Champagne , & dans la Brie. Pénetre-t-on dans la Thiérache , pays plus maigre, où fefpece devient chétive dans les montagnes , dans les forêts ? Toutes les productions fie fentent de l’âpreté des lieux : cependant , en tirant du côté de Charleville , & en pénétrant dans les Ardennes, la laine s’alonge un peu, & devient plus propre au peignage. Tout ce qu’on en peut tirer de plus beau, s’emploie dans les manufactures d’étoffes rafes de Rheims ou de Rhetel. Les autres parties de ces mêmes laines concourent à l’entretien des fabriques de bas & de bonneteries communes, très-répandues dans tous ces cantons.
- Dans les bons cantons de la Lorraine, & mieux dans les plaines de l’AHace & fur les rives de part & d’autre du Haut-Rhin, la laine s’alonge auifi ; & quoique le poil n’en foit pas tres-fin , qu’il foit même un peu dur & roide , elle s’étend néanmoins à la filature, & donne un fil ferme, très-propre à la fabrication de nos étoffes rafes communes.
- La divifion qu’on a donnée de la France, fe fait en même tems fentir par la maniéré de traiter les laines. Ce n’eft pas qu’il y ait quelque partie de ce royaume où l’on fafle parquer, comme en Efpagne, en Angleterre , en Hollande, ou que 1 éducation locale offre des pratiques bonnes à faifir & à tranfplanter; mais on y fuit différentes méthodes dans la tonte & le lavage des bines.
- Dans toutes les provinces méridionales, & particuliérement en Languedoc, on tond en gras, & le commerce des laines fe fait dans cet état; mais en général on leur donne ,auffi-tôt après la tonte , un premier lavage , qui confilte à les agiter fimplement dans l’eau courante : ce qu’on appelle
- (a) Il n’eft ici queftion , à l’égard de draperies, elle tire en partie les laines Rheims, que de la fabrication de fes étoffes d’Efpagne. rafes & fechss. On fait bien que ., pour les
- patrouiller
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- patrouiller la laine. On fent bien que cette opération 11e la dégraiffe pas, mais qu’elle la purge feulement des ordures qui y adhèrent. On la garde en cet état jufqu’au moment de l’emploi ; alors on la dégraiffe à fond.
- Lorsque la laine n’a pas reçu ce premier lavage, & qu’on veut la dé-grailfer fur-le-champ, il fuffit de la tenir dans l’eau chaude à y pouvoir tremper la main , jufqu’à ce qu’011 s’apperqoive qu’elle s’ouvre, que les loquets & durillons s’amollilfent, fe dilatent, s’alongentj de la lever eilfuite fur le bord de la chaudière , de l’y laifTer égoutter un in liant, pendant lequel la chaleur humide & concentrée excite & entretient la diflolution & la défunion des matières gralfes ; de la laver enfin encore chaude au courant d’une riviere.
- A l’égard de la laine qui a reçu ce premier lavage, ainfi que celle d’Elpa-gne , quoique non dégrailfée, elle* ne conferve pas la meme dilatation ; les pores font relferrés ; la matière un peu durcie ; le fuin plus tenace : il fe recuirait à l’eau crue avant de pouvoir svéchapper. On la ramené, en quelque façon, à fon premier état, en mettant au fond de la chaudière de la laine non lavée , ce qu’on appelle garnir le bain en furge ; & lorfqu’il y en a une quantité convenable , ce que l’expérience & l’état des matières indiquent, on y plonge la laine lavée & à dégrailfer , enfermée en un filet, pour qu’elle 11e fe mêle point avec celle dite en furge qui garnit le bain. -, par partie de vingt-cinq à trente livres , plus ou moins , fuivant la grandeur de la chaudière, dans laquelle il convient qu’elle foit fort à l’aife. La fuite de l’opération eft la même qu’au cas précédent.
- Ces pratiques, fur lefquelles je m’étends volontiers 9 parce qu’elles font préférables à toutes les autres, demandent un ouvrier intelligent & exercé pour régler le bain & le feu. Certaines laines demandent une plus grands quantité de furge, une plus grande chaleur, plus de tems dans le bain. Ou renouvelle ordinairement tous les deux ou trois jours le bain du dégrais ; il ferait mieux de le faire chaque jour. On regarnit de furge dans la journée s’il en eft befoin, & à la'fin du jour on lave la laine qui eft au fond de la chaudière, pour la regarnir le lendemain. A’infi il eft toujours nécef-faire que ceux qui font laver leurs laines auiïi-tôt après la tonte, en con-fervent une partie intaéle , pour faciliter le dégraiifage de ces mêmes laines.
- Si quelques fabricans lavent & dégraiifent à fond leurs laines aulli - tôt après la tonte , c’eft que, mal accommodés de la fortune , ils ne peuvent en faire une provifion bien confidérable, puifqu’il eft confiant qu’elle eft inattaquable aux vers dans fon filin , & qu’elle s’y conferve des années entières dans toute fon intégrité , & qu’il 11e l’eft pas moins qu’ils la dévorent le plus fouvent lorfqu’elle en eft abfolument purgée. Il en eft au contraire qui la confervent au-delà d’un an , fans même la faire palier par le premier Tome XIX. O o
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- lavage : ils prétendent qu’elle acquiert en cet état plus de qualité , & qu’elle donne plus de longueur d’étoffe; mais elle eft plus fujette à s’échauffer, & il s’y établit quelquefois une petite fermentation qui lui donne toujours une couleur rouflatre qu’il eft très-difficile de lui faire perdre.
- En baffe-Normandie , au Cotentin principalement, au Maine , & dans les environs , on tond auïïi en gras, & la laine fe vend ainfi aux fabricans. Ceux-ci mettent enfuite ces toifons en monceaux, pour les faire monter en fuin, difent les fabricans , par une petite chaleur & un peu de fermentation qui s’y introduifent, & qu’on ne laitîe pas pouffer loin. La divifion de chaque toifon & le choix de chaque partie fe font incontinent. On met à part les différentes qualités; on en coupe les parties tenaces & durcies qui dont à diftraire ; on les bouchonne par petits paquets, qu’on range ainfi, dans une cuve ; on verfe deffus de l’eau prefque bouillante, jufqu’à ce que la laine en foit fubmergée ; on agite peu apr^s chaque bouchon , & on le tord fortement fur la cuve , à deffein d’y conferver le bain , & d’en dé-graiffer enfuite l’étoffe même. On en ufe ainfi, du moins au Cotentin, à l’égard des ferges de Saint - Lo. On lave fur-le-champ la laine à l’eau courante.
- Toute la Flandre tond aufli & vend fes laines en gras: on y a, pour le dégraiffage, la même méthode qu’en Languedoc. On dégraiffe la laine en toifon à l’eau très-chaude ; mais on y emploie de l’urine pour environ un quart du bain : on la lave enfuite en riviere.
- Dans ces pays, & dans la plupart de nos provinces du nord (a) , on lave les moutons à la riviere avant la tonte, à la fin de mai ou au commencement de juin , un mois avant le parcage , afin que la laine ait le tems de repouffer, pour les garantir du froid auquel ils font très-fenfibles au fortir de leurs bergeries étouffées. Ce lavage n’a pas d’autre effet que le patrouillage du Languedoc. Ce n’eft point un dêfuintage, qui ne s’opère véritablement qu’après le battage & l’épluchage, par le dégraiffage au favon “enfin. Il eft inconcevable combien on tourmente ces animaux dans cette
- ( a ) L’obfervation de quelques auteurs 'de ne pas fécher les laines au foleil qprès le lavage, dans la craince qu’elleçl' n’en deviennent plus dures, plus roidqs, eft tout-à-fait puérile. La pratique du Gévau-dan & de quelques autres endroits eft d’autant moins à citer à cet égard, qu’on y fabrique principalement des étoffes rafes & feches , auxquelles un peu de fermeté eft plutôt utile que nuifibîe ,& que toutes les grandes manufactures de draperies du
- Languedoc en ont. une abfolument contraire. Les féchoirs , fouvent pavés, font toujours expofés au grand foleil , avec l’attention que rien n’y porte ombrage : mais fi l’on a deffein de fabriquer & de laiffer l’étoffe en blanc, ou de la mettre en couleur très-claire, cette méthode eft fondée , parce que l’ardeur du foleil les jaunit un peu; & c’eft ce qu’ûn 4 oublie d’obferver.
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- opération (£)• On les jette au courant d’une riviere , où deux perfonnes les frottent , les agitent , & les fecouent en tout fens, & avec une telle: violence , qu’ils en reftent long-tems étourdis *, ils en meurent même quelquefois. Les gens qui font droits font palfer incontinent leurs troupeaux au foleil, fur l’herbe, pour les réchauffer & en faire fécher promptement la laine avant qu’elle puiffe fe falir. Ceux qui ne le font pas , les conduifent fur un chemin où ils puiffent faire lever & retomber la poufliere fur ces toifons mouillées. Comme cela fe fait à l’inftant du lavage , peu avant la tonte, le poids s’en trouve augmenté , fans apparence d’altération à la couleur. Au midi, l’on pratique auili cette rufe , quoiqu’on ne lave pas la laine fur la bête : il en eft même qui en font affez occupés dans le courant de l’année, pour favorifer l’adhérence des ordures aux toifons, & il n’eft pas fans exemple d’en avoir vu pouffer ainfi le poids jufqu’à quinze livres , réduites à trois livres au lavage.
- Le lavage à la riviere , bien fait, réduit à moitié le poids de chaque toi-
- Cb) Toute l’hiftoire du reffort de la laine perdue au lavage & rétablie fur la bête, lorfqu’on lave avant la tonte , &c. faite uniquement pour vanter cette méthode, n’a pas la moindre vraifemblance ; cependant elle a féduit. On a répété le reffort perdu , rétabli ou non rétabli-: on a fait beaucoup de fuppofitions en l’air ; & de prétentions en prétentions, & d’erreurs en erreurs, on a été jufqu’à vouloir nous perfuader que les brebis , par la feule vifion de bêtes cornues , autres même que celles de leur efpece, comme des vaches , par exemple, concevaient des cornes ; & gravement, dans un ouvrage fé-rieux, long & méthodique , on cite en preuve les baguettes de Jacob. Si les laines lavées après la tonte perdaient ou ne reprenaient pas leur reffort, où en ferait l’Efpagne qui ne les lave qu’après la tonte, & qui nous fournit les meilleures laines pour la draperie ? Où en ferait la Hollande qui nous en fournit de fupérieures pour les étoffes rafes ? Où en feraient la Saxe , l’Autriche, & prefque toute l’Allemagne, qui regarde le tems de cette opération comme perdu , & qui traite de ridicule l’opinion qui la confeille ? O.ù en feraient
- enfin la Flandre, l’Artois, nos provinces méridionales , &c. où l’on ne lave non plus qu’après la tonte ? J’y ajouterai même le Maine , une partie de l’Anjou & de la baffe - Normandie , où l’ufage de laver la laine après la tonte eft plus général que celui de la laver fur la bête , & où l’on fe plaint qu’il ne foit pas univerfel, par les abus qui en réfultent.
- Ce n’eft pas que nous défapprouvions aucune pratique qui tend à entretenir les troupeaux dans la plus grande netteté poflible ; nous en fentons trop les confé-quences. Le cours libre des humeurs entretient le fujet fain , au lieu que la malpropreté , arrêtant la tranfpiration, les rend ftagnantes, & les force enfuite de fe répercuter : de là les maladies de la peau, & enfin la corruption interne. En travaillant à entretenir la force & la fanté de l’animal, on opéré en même degré fur la qualité de la laine qu’il porte : cela eft évident. Mais n’abufons point le public, qui, s’il avoit le malheur de croire à nos petites recettes & à nos déclamations, perdrait bien du tems en effais inutiles, & ferait des dépenfes qui ne le feraient pas moins.
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- fon ; & dans cet état, le taux commurr dans tous les cantons eft d’environ trois livres de laine l’une dans Pautre. Le peignage & dernier lavage, dont on parlera , font encore décbeoir la laine de trente à trente-cinq par cent,, fur quoi on retire dix , douze à quinze livres de peignon , qui fe con-fomme dans les étoffés drapées communes, les.tricots., tiretaines , & autres de ce genre.
- On verra qu’il efl: queftfon en pîiifi'eurs circonfiances, de filatures 8c même de tillage en gras ; mais ce font des matières butyreufes , oléagineu-fes, ou autres également d’application, pour la facilité des opérations dont il elt queftion, & nullement de la graiffe naturelle ou du fùin de l’animal » dont il eft toujours très-bien de purger la laine avant la filature, quoiqu’il; y ait quelques fentimens contraires.
- A l’exception d’une partie des laines de Hollande , qu’on tire toutes filées de Turcoing en Flandre , & de quelques elfais qu’on vient de faire de celles de Saxe, toutes celles qui fe confomment en Picardie, s’y filent. On en pourrait dire autant de toutes les autres fabriques citées s pour lefquek les ces exceptions même n’ont pas lien, comme on le verra plus en détail, lorfqunl fera queftion de chacune d’elles.
- Je reviens à la Hollande, qui en produit une très - grande quantité, St qui en fournit al a France une quantité bien plus grande encore. La Zélande, la Hollande proprement dite , la Nort-Hollande, leTexel & le Wie-ring, la’Frife & la Grcningue, font les. provinces & cantons des Pays-Bas; qui foiimiffent les laines connues fous le nom générique de- laines de Hollande 5 mais elles fe diftingugnt trçs-bien. dans le commerce, par une qualité, propre à chaque endroit.
- La Zélande çfl uades moindres., cantons parmi ceux dé la Hollande confi-, dérés à cet égard. Les laines éprouvent au peignage un déchet de près du. tiers, & ce peignon n’eft propre qu?à la draperie commune. Les deux autres tiers entrent dans les calmandes, les camelots communs, & autres, étoffes de ce genre.
- La Hollande, depuis les. bouches de la Meufe jufqu’en, Nort - Hollande, à l’exception du territoire d’Amfterdam ,. qui e& compris avec la; Nort-Hollande , en produit le double de la Zélande elles font plus efti-mées. Ce ne font point encore leurs laines de première qualité. Les Hollandais n’en emploient guère d’autres cependant, dans les manufactures de camelots de Leyde , fi ce îieft dans, les .camelots poils fuperfins,, dont l’objet n’eft pas confid-érable : ils en font auffi beaucoup de bas., de tricots pour, habits, & la plupart de leurs étoffes raies communes ; ils n’ont chez eux que quelques peigneurs. & peu de filatures , parce que la main-d’œuvre y-ell trop, chere j ils envoient en général les; laines pour filatures rafes qu’ils.
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- confoniment dans leurs fabriques, à Turcoing, où l’on peigne & file convenablement pour toutes les fabriques de ce genre : fcon les leur renvoie en fraude, moyennant quatre pour cent d’affurance , pour éviter un droit de fortie de quinze pour cent, allez mal calculé pour ne rien rendre ; au lieu que s’il n’était que de cinq à ftx pour cent, perfonne ne courrait de rifquej & mieux encore, s’il était fupprimé ,* on ne gênerait pas, on n’arrêterait pas le cours de l’induftrie & le progrès d’une main-d’œuvre par unetaxe de quatre pour cent.
- La Nort-Hollande eft le plus confidérabîe 8c le plus riche filon de cette mine : c’eft la plus belle laine que fo-urnifle la Hollande fur laquelle cependant il fe fait encore un choix de fuperfin, mais tel que rien ne l’égale. C’efl abfolument le fol du canton entre Hoorn fa capitale, Alckmar, & Pur-merent, & fes gras pâturages, qui déterminent cette fupériorité ; & la laine du Beernfter eft toujours la laine par excellence. C’eft un terrein bas , anciennement fubmergé , de prairies très-coupées de canaux , où les -moutons paiflent & parquent toute l’année. A me fur e qu’on s’éloigne de ee centre, la laine perd de fa qualité. Celles de la Weftfrife 8c des Dunes de la mer du Nord font les moins- belles. Toutes les laines de la Nort-Hollande viennent en France ? car je compte pour rien la faible quantité qui s’en reporte à Leyde ? après avoir été filée à Turcoing , pour fcm emploi dans les camelots ^ 81 l’exception à faire de ce qui s’en conforame dans les-étamines glacées de Bruxelles11’eft pas de nature à faire plus de fenfatibn.
- Les isles du Texet & de-Wiering en produifent en beaucoup moins grande quantité? 8c il faut fè garder de les confondre avec la mafle générale ; elles font plus communes que les laines cfe la Hollande? & valent un tiers de moins que celles de la Nort-Hollande, fur-tout celles de Wi’ering, inférieures encore à celles du TexeL
- La Frife fournit auffî de très - belles laines, de qualité à- peu près égale' à celles de la Nort-Hollande, mais un peu plus courte : elles paffent auffî prefque toutes en France. C’eft de- même, en tirant vers le centre de cette province ? aux environs de Snec & de Leuwarde , qu’on trouve les plus belles.
- La Groningue? comme la. Zélande & le Texel, forme auffî l’un dès extrêmes. La quantité des laines y eft moindre, & la qualité plus commune s elles valent un- quart de moins que celles de la Frife. On peigne un peu-en Frife & en Groningue, & il y a quelques* manufa&üres qui en confom* ment entre quarante à cinquante, milliers.-
- • On obferve que les moutons- auxquels on a coupé la queÿ-e étant jeunes 9 s^rrondiifent davantage ? le portent mieux 5>font plus gras , ont plus de laine, 3c. de plus, belle, laine,.Toute la. Hollande ,Ja;. Nort-Hollande. ,, la Erife & 1&
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- Groningue font dans cet ufage. ( i ) Le Texel & le Wiering, dont la race eft la même que celle de la Hollande , ne le fuivent pas , non plus que l’Utrecht ,
- (a) Il eft également commun en Flan-,dre,en Angleterre, en Efpagne , en Saxe, dans toutes les Marches du Brandebourg, en Poméranie, & , à ce qu’il parait, dans tous les états de l’Europe où la culture des laines, formant un objet important de commerce , eft prife en confidération par le gouvernement, où l’attention des particuliers & leur émulation font réveillées & foutenues par les regards, la protection, & les fecours de l’adminiftration.
- Quelques auteurs penfent bien que de couper la queue des agneaux à tel ou tel âge, cela influe fur leur corpulence; mais tous nient que la laine y participe. C’eft, à l’égard de fa qualité, nous affure-t-on, une opération indifférente; mais une telle alfertion ne l’eft pas, & demanderait bien une preuve. Tous les peuples qui la pratiquent, en jugent autrement; & en effet, comment concevoir qu’un opération quelconque, qui changera la forme de l’animal , qui concourra à le rendre plus gras, plus fain, mieux portant, ne contribuera pas en même tems à quelque variation dans une partie telle que la laine , qui tient auffi effentiellement à la conftitution du mouton ? Je ne décide pas le fait ; j’engage à le vérifier: mais je fais que la laine des bêtes foignées & bien nourries, toutes chofes égales d’ailleurs, eft plus fine, plus douce que celle des autres; celle des moutons, que celles des béliers ; celle des chatrices, que celle des brebis. Je fais que les laines , plies, pelures ou pelades , au fujet defquelles on a débité tant d’abfurdités & prefcrit des chofes fi ridicules ,font auffi plus douces, plus fines que les autres, par la feule raifon qu’elles proviennent de bêtes engraiffées avant d’être conduites à la boucherie ; d’où il arrive que, fi elles coûtent un peu moins, comme moins longues, & en cela moins propres à certains travaux qui demandent
- auffi plus de confiftance & de nerf, elles font très - recherchées pour les ouvrages qui exigent de la douceur & plus de tendance au feutrage.
- La pelade a l’inconvénient, & c’eft le feul, d’être un ramas de laines de toutes qualités, & à toutes fortes de degrés de maturité ; mais ce mêlange-là même n’eft pas nuifible dans bien des cas , & il arriverait qu’on le ferait à deffein & avec fuccès. Qui empêche que dans ces toifons on ne faffe un choix & des affortimens, comme dans les autres ? Qu’on voie comment les Turquinois s’y prennent, & l’on faura qu’on en peut tirer le plus grand parti.
- Si nos réglemens, au lieu de les prof-crire avec anathème , comme vuidant ces étoffes aux apprêts, ou y réGliant, comme fujettes aux vers & à la pourriture, &c. euffent donné des méthodes pour les bien faire , elles feraient auffi généralement efti-mées que les autres, & employées avec autant d’avantage, bien entendu qu’il ne faudrait pas y mêler les agnelins avec les toifons faites, celles des bêtes crevées, & fur-tout de maladies peftilentielles, avec celles des bêtes mortes de mort violente : bien entendu encore qu’il n’eft pas ici queftion de laines tirées des plains à'chaux des mégifliers, parcheminiers , & autres ouvriers de ce genre, qui, n’ayant égard qu’à la peau , brûlent la toifon fans difficulté , pour hâter & perfectionner leur travail. Mais qu’on emploie l’alkali fixe , fans en aiguifer, ou même en en modérant la caufticité, foit en leffive ordinairs, foit en empliffant les peaux de cendres humeétées pendant un efpace de tems proportionné à la température de l’air & à ï’expofition des objets; ou , pour le mieux, qu’on abatte ces laines aux ci féaux , & tous les fujets de profcription feront évanouis. Voici de quelle maniéré cette partie fe traite dans les Pays-Bas* Les laines de
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- dont les moutons, de race allemande , portent une laine beaucoup plus commune. Si Ton tranfporte des agneaux de ces cantons dans les bons endroits de la Nort-Hollande & de la Frife, on leur coupe la queue aufîî-tôt, & ils changent en un an ou deux 3 ils fe naturalifent, & deviennent infenfiblement femblables aux autres.
- En Hollande, les moutons parquent toute l’année, même en tems de neige: alors ils grattent & cherchent leur nourriture delîbus.*Efl>el]e gelée? on leur jette du foin deffùs , & ils y vivent fans quitter le champ ni jour ni nuit 3 car il n’y a point de bergeries dans tous ces pays-là , qui, étant bas , découverts , & très-coupés de canaux, font abfolument exempts de loups, ainfi que l’Angleterre.
- Dans l’Utrecht, comme en Allemagne & en France, on renferme les troupeaux l’hiver, & ils ne parquent que l’été. Les laines font très-communes dans cette province, ainfi que dans l’OveriiTel & la Gueldre , dans les duchés de Cleves, Bergues & Juliers, & en continuant de remonter le Rhin & la Meufe, y compris les éle&orats eccléfiaftiques, les états de Liege , & jufqu’en-deçà du Luxembourg. On en pourrait dire autant de prefque toute la Weftphalie , partie de l’Allemagne où les troupeaux font les moins foignés, où l’on voie aux champs , prefque par-tout, un mélange continuel de bêtes à laine avec les cochons, les vaches, les chevaux, & autres beftiaux de ce genre , fous la
- moutons tués depuis la tonte jufqu’à la Saint-André, qui font courtes , & qu’on nomme berhijaine, s’emploient à faire des •couvertures, des molletons, & quelques autres étoffes communes, en les mélangeant avec d’autres laines. Les plus baffes fe mêlent avec la laine des agneaux & d’autres poils qu’emploient les chapeliers. Les laines obtenues depuis la Saint-André jufqu’à la tonte , fe nomment plys ; on les prépare ainfi: Audi - tôt que la peau eft livrée au pelletier, il la lave pour en ôter le fang de l’animal; il l’étend ; il en retire les ordures les plus apparentes, puis il enduit de chaux vive tout le côté de chair, avec l’attention qu’elle n’ait point de contact avec la laine. Cette couche de chaux <doit être légère, proportionnée cependant à l’épaiffeur de la peau. Ceci fait, il plie la peau en deux, la laine en-dehors , & il la roule fur elle-même en forme de nian-ahon. On entaffe toutes ces péaux, ainfi
- préparées,les unes fur les autres pendant vingt-quatre heures, plus ou moins fui-vant la faifon. Les peaux laiffées trop îong-tems en chaux , s’arrachent avec la laine , & donnent de très-mauvais plys. Ont-elle9 trop peu de chaux? la laine ne fe leve pas facilement. On les lave enfuke en eau vive & courante ;on les roule de nouveau ; &, foit à la croffe de bois,foit aux pieds, on les bat, on les foule, pour les purger du fuin & de la chaux. On continue cette opération jufqu’à ce qu’elles foient blanches & nettes : alors on les met fécher ; & tandis qu’elles confervent encore un peu d’humidité , on les étend fur une ckie , la laine en - deffus , qu’on en détache avec précaution , pour que la toifon , autant qu’il eft pofîible , ne faffe qu’une feule piece. On étend de nouveau cette toifon pour la faire fécher parfaitement ; on en forme enfuite une botte ou cotte legere.
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- conduite du même berger. Cette pratique eft nuifible à tous égards, puifqu’il y a Ja plus grande oppofition de goûts , d’humeurs , de fenfations, de befoins : elle entraîne la dégradation de i’efpece ; elle augmente & aggrave toutes les infirmités de diftérens beftiaux, & les communique des uns aux autres.
- On trouve cependant dans ce pays-la des traces de l’amputation de la queue aux troupeaux. Cette pratique gagne des Marches du Brandebourg, par la liaute-Saxe , & les parties de BruniVick & de l’Hanovre, qui l’avoifinent.
- Je fuis bien loin de confondre ici les laines des Marches du Brandebourg, celles des parties de la Poméranie qui l’avoifinent, & celles de la haute-Saxe, avec celles qui font ordinairement connues fous la dénomination de laines d’Allemagne. Les premières méritent la diftinétion la plus marquée ; & je me fie ns 'd’autant plus porté à en faire une mention particulière , qu’elles s’emploient avec le plus grand fiuccès dans toutes les étoffes dont la fabrication fait l’objet de l’art que je décris.
- Berlin , au milieu des fables des Marches, eft en même tems le centre des plus belles laines que rAllemagne produife. Cette qualité fie fait encore remarquer, mais avec quelque altération, dans les terreins fablonneux.que nous avons indiqués ; & par-delà Potfdam , en tirant vers le Brandebourg , un peu au-deffous de Stetin , & plus près encore du côté delaLulace , elles n’ont plus ce même degré de fineffe, de douceur , qui, jointes à la fermeté, à la longueur, & à leur état ras & lilfie, donnent une filature très-unie, toutes qualités merveilleufement propres à porter les étoffes à grains ou à luftrer au plus haut point de perfection. L’exportation de ces laines eft févérement prohibée ; cependant il en deficend de tems en tems par l’Elbe, que les Hollandais nous apportent de Hambourg, avec beaucoup d’autres laines de qualités différentes.
- Les laines des belles & vaftes plaines de la haute-Saxe viennent après’ celles des Marches , & fervent à entretenir les nombreufes manufactures du même genre de ce pays & de Gottingeri, dont nous aurons encore ocçafion. de parler.
- Revenant maintenant aux Pays-Bas, il eft bon, après avoir fait remarquer la grande infériorité des laines d’entre le Rhin & la Meufie de la Gueldre & de l’Overiffiel, de dire que celles de l’Ooftfrife , de la partie de la baffe - Saxe entre l’embouchure du Vefier & celle de l’Elbe , du Holftein & même du Jutland , 6c de la plus grande partie du Danemarck , leur font fiupérieures, quoique très-inférieures à celles de la Hollande.
- Les Hollandais, qui commercent de tout, en tirent beaucoup de tous ces pays-là > & fouvent, après les avoir mêlées avec les leurs, il les vendent toutes comme de leur crû. Les connaiffeurs voient la fraude au premier coup-d’œil 5 mais beaucoup de gens y font trompés. Jls en expédient même quelquefois
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- fois venant de Hambourg ou des côtes de la Baltique, fans mélange des leurs, fous le nom de laine de Hollande ; & quelques-uns en font la dupe. Le caractère le plus diftindif des laines de Hollande eft d’être blanches, fines , très-longues, très-lifles , & toutes très-propres à être peignées: mais indépendamment de ces figues communs, plus ou moins caradérifés , & à parties rufes & Les fupercheries trop ordinaires dans le commerce, les Hollandais, outre la diftinction de leurs laines par canton , font un choix de diverfes parties des toifons très-propres à en favorifer la vente , ce qu’ils appellent les détricher 5 & alors elles font connues dans le commerce fous les noms de
- Norte clofe , première qualité.
- Dü. deuxieme qualité.
- D°. troifieme qualité.
- Fine blanche détrichée , c’eft le fuperfin de ces premières qualités.
- Fine grife , inférieure aux précédentes.
- Commune blanche, qualité ordinaire.
- Commune grifè, très-commune.
- Cuiffards , très-balfe & derniere qualité.
- Les principaux marchands de laine de Hollande fe tiennent à Amfterdam à Leyde , & à Rotterdam ; & c’eft de là que les tirent les riches fabricans de France, que leurs occupations empêchent de voyager, & les marchands qui les achètent, pour les revendre aux fabricans moins riches. Les Flamands qui font un gros commerce de filatures de Turcoing, voyagent alfez régulièrement quelques années de fuite dans les provinces de la Hollande , où ils trouvent bon de fixer leurs achats, & il en eft qui tirent les laines des lieux même qui les produifent. Nulle part en Hollande , où l’on parque toute l’année , on ne lave les moutons avant la tonte , fi ce n’cft aux isies du Texel & de Wiering; on les tond en gras , comme dans nos provinces méridionales. Les toifons pefent alors en fuin de fept à douze livres 5 mais on varie enfuite à l’égard de l’opération du lavage. La Nort-Hollande ne les laveguere; elle expédie généralement en fuin ,8c c’eft ainfi qu’elles arrivent en gras à Turcoing, au contraire des parties méridionales de ces provinces , qui lavent ordinairement celles de leur crû , qui s’expédient par Leyde & Rotterdam.
- Ce premier lavage , fait en riviere à l’eau dormante , dans les canaux, fui-vant la coutume, ne les exempte pas d’un fécond avant le peignage, fi l’on vent les teindre avant d’être filées. On peut le comparer, quant à l’effet, à celui que les Elpagnols donnent à leurs laines avant de nous les expédier: ’ il les diminue en gras du poids de dix-huit à vingt pour cent, & l’on eftime le déchet total du plein fuin au dernier dégrais de ces laines, être de vingt à trente pour cent. Elles nous parviennent enfin en Picardie , en balles du poids de cinq, fix , fept à huit cents livres, par le port de Saint-Vallery, & par la Tome XIX. P p
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- Somme qui y a fon embouchure. Celles qui fe filent à Turcoing, & qui en portent le nom, y arrivent par Oftende ou par Dunkerque, & nous viennent par terre.
- Les Turquinois tirent toutes ces laines en toifons qu’ils nomment pièces dans leur commerce avec les Hollandais, quoique le prix en foit toujours déterminé par le poids. Ils en évaluent la quantité, année commune, de cinq à fix mille balles du poids fpécifié ci-deffus.
- Celles de ces laines qu’ils tirent enfuin, & c’eft la plus grande quantité , au contraire de la Picardie quis’approvifionne plutôt par Liyde& Rotterdam , où l’ufage commun eft de les laver après la tonte ; ils les lavent à l’eau dormante faute d’autre , allez mal par conféquent : mais il les dégraiflent incontinent avec du favon noir à l’huile de colzat, & les font fécher enfuite. Je cite cette opération actuellement , parce que le triage ou détrichage ne s’en fait qu’après : alors ils divifent & féparent chaque toifon en fept ou huit parties , pour en former autant de fortes de laines, qu’on nomme naturelle, fuperfin , fin, petit-fin , demi-fin, gris-cordeau , demi-commune , & commune.
- On peigne toutes ces laines féparément; & le peignon, dit entredem , & les parties trop courtes pour être peignées, fe cardent pour la draperie.
- Le choix de la laine ainfi fait, ils lui font fuccefllvement fubir les autres opérations ; & quoique la filature Ibit un des objets très-confidérables de la main-d’œuvre & du commerce de leur pays, ils en expédient la plus grande partie après le peignage ,blanches ou teintes, pour la bonneterie, en Champagne , à Paris, à Lyon , & jufqu’en Languedoc , mais très - peu par - tout ailleurs qu’en Picardie : ils fourniffent beaucoup dans le Santerre , où la fabrique de bas eft très - répandue , principalement au Pleftier. ( a )
- Ces laines peignées fe nomment fayette au pays, & ici bouchon , nom qui lui vient de la maniéré dont elle eft pliée par paquets, en forme de bouchons de paille.
- Les fils de Turcoing font la bafè de nos plus belles étoffes glacées & à grains, & c’eft de fon fuperfin que la manufacture des Gobelins emploie dans la com-pofition de fes belles tapifferies.
- La plupart de ces obfervations détruifent un peu les idées qu’on nous a
- (a' MM. Senart y ont un établiflement en ce genre, très-vafte, & qui occupe beaucoup de monde dans toutes les campagnes vorfines. Ils ont cela de commun avec quelques autres, de vivifier au profit de l’état un très-grand canton, en y répandant l’induftrie & de l’argent ; mais ils ont cela de particulier, & peut-être d’unique parmi les entrepreneurs de manu-
- factures, de s’être maintenus & confervés de pere en fils dans leur état, avec une fortune très-honnête, fans ambition, avec des mœurs patriarchales, & faifant beaucoup de bien fans la moindre oftentation, D’autres auraient follicité des cordons, de3 penfions, & autres chofes feniblables : ils fe font toujours contentés de répandre le bonheur autour d’eux.
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- données de l’éducation des moutons, de la culture & du commerce des laines de Hollande, abfolument inconnus en France. C’eût été bien autrement encore, fi nous nous fulïions plus étendus furie traitement & les diftindions des nôtres: il aurait fallu faire un traité ; & après bien des difcuffions , on aurait vu qu’on ne femble avoir écrit que pour embrouiller la matière. Si l’erreur n’avait d’effet que de laiffer dans l’ignorance, le mal ferait moins grand ; mais elle agit en fens contraire, & ce 11’eft pas un mince travail que delà détruire. Trop d’auteurs prennent des mémoires de toutes mains, & tranquilles à l’abri de leur célébrité, ils penfent la faire paffer dans la copie de ces mémoires qu’ils publient. C’eft ainfi que quelques-uns ont été trompés, & qu’ils nous ont trompés dans certains articles des defcriptions des arts qu’ils ont données. Mais , fans entrer dans le détail de leurs erreurs, il eft de la fuite de notre travail de faire obfer-ver que les Hollandais récoltent beaucoup de laine, que nous en tirons la plus grande quantité , & qu’ils ont peu de manufactures de ce genre. On doit encore remarquer que la qualité des belles laines de Hollande ne différé point autant qu’on le penfe de celle des laines d’Angleterre de même forte.
- Les moutons de la Flandre Françaife donnent à peu près autant de laine que ceux de la Hollande , lorfqu’ils font également bien nourris, mais un fixieme , & même un cinquième de moins pour l’ordinaire. Cette laine s’emploie prefque toute dans les manufactures de Lille, de Roubais, & des environs : elle eft préférée, pour les objets de ces fabriques , à celle même de Hollande , parce que, difent les fabricans, elle eft plus courfable ; elle couru davantage ; elle donne plus de longueur de fils ; elle elt un peu plus feche, plus roide,plus élaftique,& beaucoup moins blanche; &, à tous égards, elle eft moins propre à la bonneterie , qui demande une matière qui ne fe refufe pas abfolument à toute impreffion du foulage.
- Les Flamands font perfuadés que c’eft à la bonne & ample nourriture qu’ils donnent à leurs moutons , qu’ils doivent la beauté & la quantité de leurs laines. Ils font perfuadés que c’eft le moyen efficace par lequel nous changerions confidérablement la qualité des nôtres , & que nous en augmenterions la quantité. Un particulier nous a donné un exemple qui confirme ces idées. A force de bonne nourriture , de propreté, & de foins , il a obtenu dans la ,même année deux amples récoltes de meilleure laine avec des moutons ordinaires : mais depuis bien des années, les tems n’ont pas été favorables à ces effais, & il faut avouer qu’on ne faurait encore les tenter par intérêt.
- Les moutons ne parquent jamais en Flandre ; ils paillent aux champs le jour , & la nuit on les renferme à l’étable. C’eft de là que la laine eft moins blanche que celle de Hollande , & que celte de France même: mais comme sis font tenus proprement dans l’étable , & qu’on les y nourrit abondamment, au lieu nu’on ne leur donne rien dans nos parcs, on ils paffent des douze à
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- quinze heures de fuite dans les beaux tems, l’inconvénient de l’étable difparaifc devant tous ceux de notre méthode.
- J’ai déjà dit qu’on tond aufii en gras ou en fuin en Flandre , qu’on met ninfî les toifons dans le commerce , & qu’on les lave enfuite à la manne, comme en Hollande; j’ajouterai qu’on y blâme beaucoup la méthode contraire. Les cantons de choix font la châtellenie de Lille, & les environs d’Ar-mentieres. Les fabriques de Lille & des environs , qui confomment ces laines , en tirent aufii beaucoup du Brabant, du Hainaut, du pays de Liege & de l’Artois, fans parler de celles de Hollande. Je dirai ici en palfant, que la filature des plus belles laines qui s’emploient dans les fabriques de Flandre, fe fait aux environs de Lille, à Turçoing , à Roubais, Launoy , Orchies , Saint-Amand , &c. & celle des plus communes en Artois , principalement aux environs d’Hefdin , Frevent, S. Pol, Aire, Arras , Béthune , &c. Celles qui viennent en France du pays de la Reine , font taxées à un droit de fortie de 4fols 6 den. par livre, qu’on trouve bien le moyen d’efquiver.
- On eft forcé d’en ufer ainfi , attendu la prohibition à l’égard des matières filées que nous y introduifons en échange. Dans tous ces parages on trouve des a (fureurs pour tous les objets, mais plus encore de fraudeurs, qui courant tous les rifques , rendent les premiers prefque inutiles.
- 1 Les Turquinois, qui font un commerce fi confidérable de la filature des laines de Hollande & de celles de Flandres, prétendent que le mélange d’une petite quantité de celles-ci fur une beaucoup plus grande de celle-là, fait un meilleur effet que les unes & les autres prifes féparément. Ils diftinguent parfaitement les laines de tous les cantons de ce pays - là, les premières à l’odorat principalement, & celles de France au ta<5h
- Le commerce des laines de ce pays fe fait par des particuliers qui en font leur état, & qui les achètent des laboureurs même. Les uns pouffent ce commerce plus loin, en les faifant filer & les revendant après : les autres les cedent en nature, foit aux fabricans qui fuivent toutes les opérations que fubit la matière dès fou principe', comme à Abbeville, foit aux entrepreneurs de filatures, ou aux fileurs eux-mêmes, qui les apportent enfuite aux marchés où s’en fourniffent les fabricans d’Amiens, (a') Mais que ce foit à façon ou à forfait, toujours eft-il que la filature, objet de main-d’œuvre confidérable,
- (a) Jufqu’ici ce commerce avait été dans un état de contraction horrible, par la néceffité de vendre & d’acheter, & les entraves qu’y mettait une ambition auda-cieufe, d’autant plus révoltante, qu’elle avait établi, fous une apparence légale , la concuiïion la plus décidée. Il en réfui-
- tait journellement des voies de fait odieu-fes, pour autoriler & foutenir une rapine annuelle de dix-huit à vingt mille francs , fur le feul commerce des fils de laine employés à la fabrique d’Amiens. Si l’oppref-fion n’a pas été vengée , le commerce du moins a eu un libérateur. Le Confeil, par
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- eft entièrement réfervée aux campagnes , ainfi. que la plus grande partie du peignage & des opérations qui le precedent. Il eft beaucoup de villages dont le grand nombre des habitans , hommes, femmes & enfans, font entièrement livrés à ce genre de travail. (b)
- Diverfes opérations des peigneurs.
- On livre la laine aux peigneurs par poids , en l’état où elle a été mile dans le commerce : 011 fait à peu près le déchet qu’elle doit éprouver : tout leur eft Fourni, & ils fontpayés à raifon dutravaiî. Ils l’épluchent, la battent, l’épluchent de nouveau, la dégraiifent, & la tordent, FécharpiiTent ou l’ouvrent bien , Wnjiment, c’eft-à-dire, l’arrofent & la frottent d’huile , à moins qu’ils ne la peignent au beurre , & ils la peignent mouillée. Il y a des variations qui feront indiquées à mefure : enfuite, fi c’eft pour teindre , 011 le fait en ce moment; finon on relave la laine une fécondé fois , on la repeigne , & enfin on la relave pour la derniere fois. Ce n’eft qu’alors qu’elle fort des mains du peigneur.
- Premier épluchage de la laine.
- Les toifons font plus ou moins imprégnées de crotin , plaquées de matières réfineufes & colorées , pour diftinguer les bêtes. C’eft un mauvais ufage, contre lequel on perfifte avec raifon à fe récrier. Cette matière , indiifoluble à l’eau & à toute autre menftrue qui n’altere la laine, s’applique ordinairement fur le dos du mouton , qui fait partie de la toifon, du premier choix. Ces toifons font d’ailleurs garnies & comme feutrées avec des brins de paille & autres ordures. Il les faut ouvrir à la main, & en arracher ces ordures , qu’on
- fon arrêt du 25 juillet 177$;, a remis les chofes dans l’état de droit.
- Je cite ce fait, pour apprendre aux autres provinces que le tems eft venu où î’adminiftradon veut connaître les abus pour les réprimer, & le bien à faire pour l’opérer.
- ( b > M. Fougeroux de Bondaroy, l’un des commifTaires nommés par l’académie pour l’examen des arts que je lui ai fournis , avait en porte-feuille l’art décrit du lai nier, fervant de première partie à l’art du fabricant de bas de laine. J’avais traité un peu plus brièvement dans cet art-ci des préparations de cette matière. M. Fouge.
- roux a penfé qu’on pouvait s’étendre davantage; & comme il a détaillé & conduit plufieurs de fes procédés jufqu’au retordage des fils , il croit que des redites , dans des arts qui ont tant de connexité , & faits pour fe trouver dans les mains des mêmes perfonnes, leur deviendraient onéreufes par l’augmentation que ces répétitions donneraient au texte, & fur-tout aux planches. M. Fougeroux m’a fait le facrifice généreux de fon travail. Je l’ai fondu avec le mien, & je le lui rends, autant qu’il eft en moi, par un aveu dont je m’honore, d’autant plus qu’il eft inutile à M. Fouge-reux,
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- n’en (aurait féparer autrement. Les peigneurs font même obligés de couper avec les forces les marques qui ont été mifes au fer chaud trempé dans le goudron. Celles qui font en rouge, délayées Amplement à l’huile, fe dif-folvent au favon.
- Le premier épluchage ou détrichage des laines fe fait fur des tables , fur des planches ou fur les genoux , dans un appartement au grand jour. On nomme détricheurs , pi. l, fig. i & 2 , C D E, les ouvriers qui s’en occupent. Ils mettent dans des cafés bbb , ou par tas à terre, les différentes parties de laine qu’ils féparent les unes des autres ;& ces divifions de qualité, qu’on porte ordinairement à trois ou quatre, s’étendent quelquefois jufqu’à neuf ou dix. On y procédé en déroulant & étendant chaque toifon, dont on commence par émécher les pointes grolîieres avec les forces. Les toifons des béliers demandent d’ètre plus éméchées que celles des moutons ou des brebis ; & lorfqu'il s’en trouve pluficurs dans une balle de Hollande , il y a de la perte pour le fabricant. Les dilférens choix qu’on fait de ces laines ont chacun leur deftination ; ils prennent auffi des noms , dans certaines fabriques, par lefquels on les diftingue, tels que, blanc de Leyde ou blanc fuperfin, blanc demi-fin , blanc cordeau ou blanc bouchon , & ainfi de celles miles en teinture > qu’on défigne par la couleur & par la qualité.
- Battage des laines.
- L’opération à laquelle on alfujettit la laine lavée avant ou après la tonte 8c après le premier épluchage, eft celle du battage. Pour cela , on étend les toifons fur une claie, & un homme, armé de chaque main d’une gaulette ou baguette de houx de la grolfeur du doigt, longue d’environ trois pieds & demi, feche , ferme & élaftique, frappe delfus avec force & vîteffe par coups alternes. ( PL /, fig. 3 & 4. ) La laine s’ouvre , fe dilate , lailfe échapper les ordures qui y font mêlées , & qui palfent au travers de la claie ; & ainfi bien ouverte, dilatée ou purgée, on l’épluche encore pour en diftraire les parties recuites, jaunies , tenaces & durcies par les ordures qui n’ont pu s’en détacher au battage, 8c qui rendraient le peignage plus difficile , & la laine peignée moins blanche & moins douce.
- Ces claies doivent être en cordes de la grolfeur du doigt, paflees dans des barres percées, & qu’on puilfe ferrer en lacet à volonté, pour les entretenir toujours très - tendues, H H : elles en font plus élaftiques, & concourent par-là avec les baguettes à dilater plus mollement & plus promptement la laine & à la purger beaucoup mieux. On fe fert le plus fou vent, dans tous ces pays , de claies de bois faites avec des gaules plus ou moins groftes. Cet ufage eft à réformer. Les gaules font moins élaftiques que la corde tendue : elles s’entament
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- & s’éclatent par efquilles qui accrochent la laine & la brifent : il faut d’ailleurs frapper plus fort fur ces verges de bois, & la laine fe rompt & perd davantage de fon reffort.
- C’est maî-à-propos qu’on n’obferve point, ou rarement du moins, dans nos fabriques, ce que M. Duhamel prefcrit dans fon Art de la draperie , article du battage , de ne b'attre que fur les chaflîs de la menuiferie ; c’eft- à - dire , d’obferver que les baguettes ne frappent point la laine à plomb fur leur longueur , mais feulement par l’effet de leur reifort. Cette opération n’ayant pour objet que de faire tomber les ordures & d’ouvrir la laine, fi les baguettes la frappent directement, elles la relferrent au contraire ^ & tendent à la feutrer.
- Lorsqu’on l’épluche encore après le battage , & qu’on en arrache celles de ces parties durcies ou jaunies qu’on n’a pu féparer par cette opération, on coupe avec de petites forces à main celles qu’on ne faurait diftraire autrement, fans entraîner en même tems des parties meilleures & à conferver.
- La netteté des laines d’Angleterre difpenfe de les battre, comme je l’ai obfervé dans une autre circonftance. Il en ferait ainfi des laines de France & de par-tout ailleurs, fi elles étaient traitées comme celles d’Angleterre. L’at-telier dans lequel fe fait cette opération, fe nomme la batterie: il convient qu’il foit très-éclairé, & qu’il y ait vis-à-vis chaque établi une croifée qu’on ouvre & ferme à volonté V V V.
- Peignage & dégraijfage des laines.
- Le peignage fe fait à l’huile, au beurre ou à la graiffe. Ce n’eft pas toujours l’abondance, d’où réfulte le bas prix, qui détermine l’emploi de Tune de ces matières dans les diiférens endroits: c’eft l’habitude , un peu de préjugé, & la difficulté pour ceux qui n’ont pas de grandes entreprifes, de tirer les beurres de la Hollande ou de l’Irlande , comme font les autres. A Turcoing,à Courtray & autres endroits de la Flandre, on ne peigne qu’au beurre ; à Lille , à K.oubüis & aux environs, on peigne quelquefois à l’huile de graine, de même qu’en Artois, & le plus fouvent en Champagne & dans la plus grande partie de la Picardie, excepté au Santerre, pour les bas & la bonneterie , où l’on peigne tout au beurre Au Mans, au Cotentin , on peigne à l’huile d’olive. A Berlin, en Saxe & à LiHtz , on peigne à la graiffe.
- L’emploi du beurre ou de l’huile de graines ne me fëmble pas indifférent. Le premier paraît préférable à bien des égards: la laine en eft plus coulante, en refte plus douce, & fe dégraiffe mieux. Cettifageeft univerfel en Angleterre & en Hollande ; il eft conftammeiit fuivi dans 1rs grands atteliers de la Flandre, &j’obferve qu’icimème, lorfqu’on a de belles laines à traiter, c’eft par l’intermède du beurre. Cependant ces méthodes ibnt également vantées par ceux
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- qui les mettent en pratique , pourvu que les ingrédiens foient également bien choifis. La perfection, ajoutent-ils j vient des précautions à prendre dans le travail, & de la main de l’ouvrier. L’huile d’olive elt toujours préférable à toute autre matière : 011 n’en ule pas d’autre dans les grandes manufactures de draperies, & au midi de la France , foit pour le peignage & cardage , foit dans la compofition des favons de toutes les fortes ; mais elle elt chere, quoiqu’on n’emploie jamais que la plus commune.
- On fait des huiles de bien des fortes de graines qu’on cultive dans ces pays, de navette, de colzat, de lin , de chanvre , de camomille, de pavot-, &c. Celles de navette & de colzat ont à peu près la même vertu. Ce font les feules qu’011 emploie pour le peignage des laines: les autres , plus ficcatives, durcilfent la matière , & font d’une extraction plus difficile ; d’où il arrive quelquefois qu’elles relfortent à la teinture ou aux apprêts , par des taches qui les terni {feu t. Combinée avec les alklalis , il en réfulte les favons mous , connus dans le commerce fous les noms de favon verd ou noir , & de fa von rouge. Toutes les elpeces d’huiles connues fous la dénomination d’huiles graffes, font propres à former ces favons , mais quelques différences dans la couleur, comme on vient de l’obferver, & quelques autres dans l’effet, que l’on va indiquer.
- Le favon verd ou noir fe fait avec l’huile de chenevis pure , ou mélangée avec l’huile de navette ou de colzat 5 le rouge , ayec l’huile de lin pure aufli, ou quelquefois également mélangée avec celle de navette ou de colzat. On emploie encore dans ce dernier de l’huile de camomille, & même de l’huile de poiffon dans l’un & dans l’autre, mais rarement, à caufe de leur odeur forte & défagréable, & feulement lorfque les huiles indiquées font trop cheres : on pourrait même y employer de toutes fortes de graifles i mais l’odeur en ferait bien plus infupportable encore.
- Le favon verd eff plus doux, & blanchit plus; le rouge a plus d’adion, & dégraiffe mieux : 011 emploie l’un ou l’autre, fuivant les lieux. Mais les perfonnes curieufes, qui veulent avoir des laines bien blanches & à la fois bien dégraiflees., font le premier bain du dégraiffage avec le favon rouge, & le dernier avec le favon verd.
- Le favon noir ou verd fe vend par barril de 70 livres pefant, fur lequel il y a environ dix livres de tare pour le poids du ijarril. Celui de graine de lin , qui produit le favon rouge, fe vend de dix , quinze à vingt fous plus cher par barril que les autres , qui font tous à peu près au même prix. La bonté du favon fe reconnaît à la tranfparence , & à un certain degré de confiftance glutineufe, ni trop dure pour le caffer net lorfqu’on le fouleve, avec une fpatule, ce qui proviendrait d’une furabondance d’alkali fixe , ou d’une évaporation des huiles poulfée trop loin: ce qui reviendrait au même, & tendrait également à en rendre la diffolutioiy moins prompte, mais la
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- caufticité plus grande ; ni trop molle, défaut contraire * qui produirait des effets oppofés & également nuifibles.
- La compofition de ces fortes de favons fait le fecret de tous ceux qui s’en mêlent. Chacun croit, dans fes petites pratiques, être fupérieur à tous les autres: cependant la chofe eft fimple, & toutes ces petites différences peu importantes. Ainfi , attendu l’ufage très - répandu de cette matière & fa grande utilité , nous allons mettre à portée ceux qui en confomment beaucoup , & qui feraient bien-aifes d’en avoir la recette, de le faire eux-mêmes chez eux, & avec aufti peu de frais que les fabricans même..
- Procède du favon mou.
- Prenez 1200 livres de potaffe , qui eft la quantité que les favonniers emploient par bralfin : étendez-la fur le pavé, & écrafez-la avec un maillet de bois garni de tètes de clous : jetez deffus so livres de chaux vive par quintal de potalTe -, arrofez jufqu’à ce que la chaux éteinte n’augmente plus en volume ; remuez le tout avec une pelle, & vous aurez ce qu’on nomme le levain, dont vous remplirez une cuve de bois.
- Chaque fabricant de favon a cinq cuves pareilles^pour lefïiver fes matières , toutes remplies des levains précédens. On charge la plus faible d’eau pure : on fait paffer cette première lefîive fur la fécondé, puis fur la troilleme , fur la quatrième, & enfin fur la cinquième, qui eft celle du nouveau levain , où elle acquiert le degré de force convenable. Par chaque brafîin, on charge une nouvelle cuve de levain , & l’on rejette le plus faible. Deux levains rendent environ vingt barrils de leffive très-chargée.
- Mettez dans la chaudière dix barrils d’huile, fix de chenevis , & quatre de colzat, fi c’eft pour du favon vet*d ; & fept d’huile de lin, & trois de navette , fi vous voulez du favon rouge : ajoutez dix barrils de lefîive ; mêlez le tout ; faites un feu très-doux dans le commencement ; augmentez-le par degrés , jufqu’à ce que le bain bouille au bout de fix heures. Amefure que le bain diminue par l’évaporation , recrutez-le d’un ou deux barrils à la fois de lefîive , jufqu’à ce que la combinaifon paraifï'e fe faire. Si la lefîive eft trop forte , elle faifit l’huile très-promptement, & elle la convertit en grumeaux : on y remédie en verfànt dans la chaudière un ou deux barrils de lefîive faible. Si elle eft au contraire trop faible , la liaifon fe fait plus lentement , & le déchet eft plus confidérable.
- Au bout de dix à douze heures de cuilfon , éprouvez le favon, en faifant couler la matière goutte à goutte , au travers du jour , fur une ardoife. Si vous n’appercevez plus de grumeaux , la liaifon eft intime : -laiffez cuire votre favon encore quelques heures , jufqu’à ce qu’à une nouvelle épreuve Tome XIX. Cf q
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- il parailfe tranfparent, de couleur foncée , qu’il fe fépare net, avec un grain fin : alors il eft au degré de cuiflbn le plus parfait.
- Il faut fe hâter de retirer le feu , & mettre le favon bouillant dans des barrils : autrement, il cuirait trop , & fouffrirait trop de déchet. Vingt-quatre heures après , quand les barrils font refroidis., oh les met en magafin, St le favon fe çonferve long-rems en cet état.
- On a attention de faire choix de la meilleure chaux poffible, de préférer la potaife grife à la blanche, comme plus adive. Cette potafle nous vient ordinairement de Pologne, par la voie de Dantzic.
- A l’égard du beurre employé au peignage, celui qui eft doux & frais eft le meilleur fans doute ; mais il eft très-cher, & l’on en prend en conféquence de fa!é , & de la plus baile qualité , dont on s’approvifionne en Hollande & en Irlande, dans les teins les plus favorables. Mal lavé 8c mal falé , il fe corrompt à la longue , & prend une odeur défagréable qui empêche bien des peigueurs d’en faire ufage : cependant les maîtres qui les fournilfent aux ouvriers , ne font pas fâchés que quelque raifon femblable empêche ceux-ci d’en ufer comme d’alimens ; ce qui arriverait fou vent s’il était fiip-portable. Le fel dont il eft furabondamment chargé , le rend âcre & cauf-tique, & il en deviendrait moins propre au peignage, fi on ne le laiflkit fondre à feu très-doux , pour que cette furabondance de fel fe dépofe au fond du vafe. Si la laine fe trouvait un peu crifpée & durcie par cette acrimonie, le lavage au favon qui s’en fait immédiatement après le peignage, lui rendrait fa première douceur.
- Suite du peignage.
- L’attelier des peigueurs eft difpofé de maniéré que quatre ouvriers travaillent fur un pot, entre deux poteaux , pi. //, vignette. Le pot eft rond, en forme de piédeftal , évafé par le haut, de la hauteur de deux pieds , fait de briques & d’argille , ou de bois enduit d’argille , au deux tiers plein , & creux feulement par le haut. Au-deiTus de ce pot eft un couvercle de tôle ou de terre cuite, en dôme , au bas duquel on a pratiqué des ouvertures longitudinales , pour laiifer paifer le fer des peignes ; & au fom-met, un applatiflement ou une ouverture pour pofer le vaftf qui contient le beurre , & l’entretenir dans un degré de fluidité convenable. On met dans ce pot un peu de charbon allumé, qui entretient une chaleur douce , dont on peut encore modifier l’etfet fur les peignes par le plus ou moins de tems qu’on les y laifle. Ce degré de chaleur eft eflentiel : poufle trop loin , il crifperait & durcirait la laine : trop modéré, il ne donnerait pas à la matière ondueufe la fluidité néceflaire pour pénétrer la laine dans toutes fes
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- parties, & procurer à Tes fibres une dilatation & une divifion douce & infenfible*
- Les poteaux de bois , folidement établis en terre avec une maçonnerie autour, fe placent à une diftance du pot , telle que deux ouvriers, travaillant contre les faces oppofées de chaque poteau , puiflent en même tems atteindre au pot. Les ouvriers , affis fur un trépied ou tabouret de bois ambulant lorfqu’iis peignent , fe lèvent & fe tiennent debout en tirant ia laine du peigne. On fiche dans les poteaux , à environ quatre pieds du fol, une broche de fer à vis , un peu élargie , & même percée dans le milieu , pour la facilité de l’enfoncer ou de la retirer, relevée par le bout à angle droit , & ayant dans la partie la plus proche du poteau , lorfqu’elle y eft enfoncée , un crochet dont la pointe, en courte & forte aiguille , revient parallèlement au-delfus de ladite broche. Le manche du peigne eft percé longitudinalement au bout, & tranfverfaiement au milieu, dans une direction parallèle à celle de la piece de bois où font paifées les broches, de telle maniéré qu’enfilé dans ces crochets , il y tient très-folidement. Le peigne , dont les aiguilles pofées horizontalement forment enfemble un plan vertical, fe trouve en face & à portée de l’ouvrier. 1
- Le peigne eft conftruit de deux rangées parallèles de broches de fer polies & pointues , fur une piece de bois garnie en corne, & emmanchée à angle droit avec le plan des broches.
- La difficulté de donner une échelle pour d’auffi petits objets , m’engage à placer ici les dimenfions de toutes ces pièces.
- Longueur des files ou rangées des broches, de fix à fept pouces.
- Longueur des grandes broches , environ douze pouces.
- Longueur des petites broches, environ huit pouces.
- Diamètre de leur bafe , deux lignes.
- Ecartement de la bafe , une ligne & demie, ou un peu moins que le diamètre.
- Ecartement des files ou rangées , environ quatre lignes.
- Longueur du manche, douze pouces.
- La piece que traverfent les broches eft un peu ceintrée ; la convexité tour-! née du côté de leur prolongement pour la facilité du travail.
- On fent que le plan incliné , par lequel la pointe de ces broches eft formée , doit être pris de leur bafe même ; qu’il faut qu’elles foient bien polies , fans la moindre paillette, & qu’elles foient très - droites. Si elles viennent à fe courber dans le travail , ou par quelque accident, l’ouvrier les redreife aifément au moyen d’un canon de fer.
- Les peignes anglais font plus grands, plus forts que les nôtres : les broches en font mieux trempées, d’un acier plus fin, plus poli; & ceux
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- d’ufàge pour là derniere opération, pour le dernier peignage, ont trois rangs de broches. Les nôtres valent de 8 à 9 liv. la paire ceux des Anglais coûtent Je triple.
- Les chofes étant en cet état, l’ouvrier aftis en face du poteau , à portée du pot à feu, & ayant de l’autre côté le barril qui contient la laine à peigner , bien épluchée , bien écharpie , ou ouverte & enlîmée fi elle doit être peignée à l’huile, ou feulement encore humide du lavage Ci c’eft pour être peignée au beurre j le peigneur, dis-je,prend d’une main l’un des peignes qui chauffent , & de l’autre une petite poignée de laine, qu’il paile peu à peu dans le peigne , en tirant toujours à lui, & répétant cette opération jufqu’à ce qu’il 11e lui refte plus de laine à la main : il en reprend, & continue ainlî, jufqu’à ce que le peigne en foit fuffifamment chargé ; il remet celui-ci au feu, la pointe des broches en-dedans du pot, & la partie garnie de laine en-dehors; il retire l’autre; il le charge de laine également & comme le premier. Prenant alors fes deux peignes , l’un de chaque main , il préfente le plan des broches de l’un dans une fituation à peu près perpendiculaire d’abord au plan des autres ; & inférant celle-ci alternativement en différens fens & à plufieurs reprifes dans la laine dont celui-là eft chargé, par un léger effort en diredion contraire, il la fait paffer de l’un à l’autre fuccefii-vement, jufqu’à ce qu’elle foit parfaitement bien ouverte, & que toutes fes fibres tendent à devenir parallèles , & à fuivre la même direction.
- L’ouvrier , dans ce travail, change de tems en tems fes peignes de main , pour le rendre plus égal fur chacun ; il doit être attentif à ne commencer l’opération du peignage que par la pointe de la laine , dans laquelle il avance & pénétré par degrés jufqu’au plus fort de la matière. Sans cette précaution, il ne démêlerait pas les brins de la laine ; il les briferait en les arrachant ; il la rendrait plus courte , & en augmenterait le peignon. II en arriverait comme à des cheveux très-mêlés , qu’on peignerait avec effort & fans ménagement; on les arracherait , on les briferait plutôt que de les démêler. PL 11, fig. O M N. C’eft en ce moment que le peigne , qui refte feul chargé de la laine, fe place fur la patte ou broche de fer fichée dans le poteau, & que l’ouvrier tire la laine à menu par les deux mains & par reprifes ferrées contre les broches , entre le pouce & Vindex > & relâche à mefure , pour reprendre de nouveau le plus près du peigne , jufqu’à ce qu’il ait tiré la laine d’une feule longueur, & formé une barre de trois à quatre pieds de long, fuivant la hauteur de la laine. Cette barre doit être claire, nette, & d’une dilatation bien uniforme.
- Ce qui refte dans le peigne après le premier peignage, & qu’on nomme entre-deux ou retiron, peut encore fe repeigner , pour avoir une fécondé forte, qu’il faut mettre à part : mais ce qui refte après le fécond tirage ,
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- n’eft plus que du peignon commun, uniquement propre aux étoffes grofîieres?
- Le peigneur , en formant la barre , tire avec quelque effort un peu en-bas ; & de tcms en tems, pour avoir la matière plus aifément , il la fouleve un peu, & lui donne une petite fecoufte dans une direction horizontale. Ces divers mouvemens divifent & amènent la laine beaucoup mieux ;' & les ouvriers qui tirent mollement, aftis, n’ont point les facultés qui concourent à la perfe&ion de ce travail, d’où réfulte en grande partie celle de la filature & des étoffes qui en font l’objet.
- Lorsque l’ouvrier n’a pas fait palfer toute la laine fur un même peigne, le fécond refte au feu , tandis qu’il tire la première barre ; il le prend en-fuite pour tirer une fécondé barre; il le rengraine de nouveau, jufqu’à ce que la battée entière foit peignée $ tirée en barres. A melure que ces barres fe forment, ou plutôt, après que chacune eft formée, on la préfente au jour; on l’examine en la regardant au travers. Si elle ne fe montre pas d’une tranfparence bien égale , on en retire par-derriere , & avec la main , les parties mal peignées, pour les réunir à l'engrainée fuivante : on la repréfente encore au jour, & l’on en tire avec la bouche tous les petits nœuds ou bouchons qu’on apperqoit. L’opération effentielle de décharger ainfî la barre , fe nomme
- rabattage.
- Pour qu’une barre foit bien faite, il faut que la laine foit d’un feul jet, & que, présentée au jour , elle ne paraiife point tirée à différentes reprifes ; qu’elle foit d’une dilatation égale & fans ondulation. Lorfque la laine eft tirée trop longue ou inégalement, ces défauts , qui fe font bientôt remarquer , s’appellent des poujjees. On pofe les barres DDD les unes fur les autres, au nombre de quatre, fix, huit; on les roule enfemble , pour en faire des boulets B , lorfque la laine ne doit plus être peignée , qu’elle l’eft actuellement pour la derniere fois : mais lorfqu’elle doit être repeignée , l’ouvrier ne rabat pas les barres ; & au lieu de les mettre en boulets , il les laiflé en pelote.
- Lorsque la laine à peignera été lavée fur la bête, & qu’on fe propofe de la peigner à l’huile, on l’enfîme après le battage,, fans la relaver. Cette opération confifte à étendre la laine bien battue, bien épluchés, bien ouverte , fur une claie de bois , ou mieux encore , fur un plancher propre, delfiné à cet ufage , à l’arrofer d’huile , à la dofe d’une pinte de Paris fur 24 livres de laine , & à la tourner , frotter, manier , pour que toutes les parties en foient imprégnées : on la met en cet état dans le barril du peigneur. Dans les grandes manufactures, l’enfimage des laines fe fait dans une forte d’auge plate, baife, de forme quadrangulaire, garnie en plomb, & placée fur le plancher , au coin d’un attelier.
- Lorsque la laine n’a pas été lavée fur la bête , ni après la tonte, ou
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- enfin lorfqu’on la veut travailler plus proprement, & prefque toujours lorfqu’on fe propofe de la peigner au beurre , lavée ou non lavée en toi-fou , on la dégraiffe à fond, après le battage & l’épluchage, dans deux bains fucceffifs d’eau chaude , dans chacun defquels on a fait dilfoudre du favon , à raifon de deux livres pour vingt livres de laine. On la tord & on la peigne mouillée. Ce peignage fe fait avec fix onces de beurre pour vingt livres de laine , qui eft la livraifon ordinaire qu’on fait aux ouvriers dans le Santerre. On met le beurre dans une écuelle de terre placée fur le chapiteau du fourneau , pour le tenir en diffolution , & l’ouvrier y trempe un peu de la laine qu’il tient à la main , pour en charger le premier peigne ; il l’en enduit légèrement. Son humidité aétuelle du bain de favon , jointe à la chaleur du peigne , favorife l’écoulement du beurre, qui, dans cet état deffiuidité, pénétré bientôt la laine dans toutes les parties.
- La laine feche affez dans cette opération du peignage , pour être mife en teinture immédiatement après ; & c’eft ce qui fe pratique pour toutes les fabriques de bas & de bonneteries de ces pays , & pour toutes les étoffes qu’on fabrique en laines de Hollande teintes avant la filature, lorf-que ces laines nous parviennent toutes peignées de Turcoing , fous le 110m de bouchon.
- On pouffe les chofes plus loin à Abbeville j puifqu’on y teint les laines de Hollande telles qu’elles arrivent ,. avant même le parfait défuintage ; car nous ne nommerons point ainfi le lavage à la manne , fait en l’eau froide, dormante ou courante. Les laines fe blanchiffent cependant dans cette opération ; mais c’eft plus par l’extraclion des ordures qui y fout adhérentes , que par une entière décompofitioti des matières graifes qui les nourriffent. On les y dé'graiffe enfuite avec une livre de favon verd pour fix livres & demie de laine ; on les peigne une fécondé fois avec un quart de livre de favon , par pelotes de fix livres & demie , réduites à environ cinq livres de houpe. On met un quart ou un cinquième de favon de moins pour les laines blanches que pour les laines teintes , qui, un peu durcies par cette opération , en deviennent d’une dilatation plus difficile. Lorfqu’on y peigne mouillé incontinent après le dégraiffage , c’eft au beurre ; autrement on enfime , & c’eft ce que l’on appelle peigner à l’huile.
- On ne diffimulera pas que la teinture , appliquée fur une matière non dégraiffée après le peignage , ne faurait donner des couleurs vives ; mais ce ne font en général que des couleurs baffes , communes ou éteintes , pour l|fquelles le tems & la maniéré de procéder n’eft pas d’une grande conféquence : on n’en ufe pas ainfi pour l’écarlate' ou autres couleurs éclatantes.
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- Après la teinture, on relave la laine deux fois , chacune dans la moitié d’un bain-où l’on a fait diffoudre trois livres de favon. On repeigne la laine comme la première fois , également mouillée , & avec la même quantité de favon.
- A Rheims & à Rhetel, où l’on fait des étoffes rafes & des étoffes drapées , on tire les laines étrangères d’Allemagne, d’Italie , d’Efpagnè, & de Portugal ; & les nationales , de la Brie , de l’Auxois, de la Sologne , du Berry, des duché & comté de Bourgogne, de la Lorraine & des Ardennes: 011 les traite fuivant l’état où elles font , & la deftination qu’on s’en propofe ; on n’y connaît pas î’ulage du beurre , quoiqu’on peigne également mouillé au fortir du dégrailfage. On peigne au moyen d’un peu d’huile appliqués du bout du doigt, & que la chaleur du peigne répand bientôt fur la totalité de la laine.' Quatre onces d’huile ainfî employées fùffifent pour le peignage de douze livres de laine. Dans les pays où l’on peigne à la graiffe, on l’emploie à raifon de quatre à cinq livres par quintal de laine , de la même maniéré & en fuivant les mêmes procédés que pour le beurre. Le dégraiffage fe fait aufîi de même avec du favon blanc ou noir , ufage déterminé par le prix. En Saxe & à Berlin , pays de plaines, où l’on récolte des graines propres à faire de l’huile , on emploie le favon noir ; à Lintz,au contraire, c’eft du favon blanc : l’alkali y eft plus concentré ; il en faut moins.
- En Gévaudan , on n’emploie ni beurre ni huile pour le peignage s mais 011 frotte le peigne chaud d’une couenne de lard, qui produit le même effet.
- De quelque maniéré que la laine foit peignée , à l’huile de graines ou au beurre, teinte ou non teinte , on lui donne toujours un dégrailfage au favon avant la filature. Au Maine & au Cotentin , où l’on fait ufage d’huile d’olive , & où l’on fabrique toujours en blanc, on Blé & tilfe en gras, & l’on dégraiffe l’étoffe enfuite. Cette pratique, qui eft aufîi celle de l’Angleterre, quoiqu’on y peigne au beurre, eft très-bonne : la matière eft bien plus coulante pour toutes les opérations 5 mais cette graiffe met les ouvriers & tous les uftenfiies dans un état de mal-propreté qui ne leur plait point, lorf-qu’ils n’y font pas habitués.
- La machine à dégraiifer & à laver les laines au favon , confifte en une auge, pi. II , fig. 2 , ou efpece de baquet alongé , placé à terre entre deux montans J J, ou jumelles, à chacune defquelles , à hauteur convenable , eft adapté un crochet de fer C F , vis - à - vis l’un de l'autre , en - dedans. L’un de ces crochets efc fixe, & fautre mobile, & tournant par le moyen de deux leviers en croix M, ou mieux encore , par le moyen d’une manivelle b, placée derrière la jumelle au travers de laquelle il paffe. Dans les grands atteliers, on a une fuite d’auges percées, (î l’on veut, dans le même arbre, comme celles qui reçoivent les piles des moulins à fouler, & entre
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- chacune defquelles font des pièces de bois fortant du mur contre lequel l’arbre des auges eft placé , pour tenir lieu des jumelles de la première machine, c’eft-à-dire , pour y adapter le crochet fixe d’une part , & le croche}; mobile à manivelle de l’autre. Ces auges font percées par le bas pour lç's vuider , au lieu qu’on renverfe les baquets. Quelquefois on met entre les leviers en croix, le moulinet, la manivelle & la jumelle, une roue d’encliquetage , pour que la laine fe tienne autant qu’on veut au degré de tors qu’on lui donne. En lâchant le cliquet, la laine fe détord.
- L’eau de favon chaude verfée dans ces auges , on y agite la matière partie par partie en diltérens fens , plus ou moins , félon le befoin ; on la paffe enfuite d’un crochet à l’autre, de C en F ; on la tourne l'une fur l’autre ; on rentre toutes les parties qui tendent à s’éloigner de la maffe ; & quand le tout eft bien réuni , on tourne la manivelle: la matière fe tord ; & les graiffes , huiles ou beurre, unis pour lors au favon, s’en échappent avec l’eau qui tombe dans le baquet ou dégorgeoir qui eft en-deffous, & qu’on achevé d’exprimer en palfant la main fortement fur la laine lorfqu’elle eft tordue. Si c’efi le dernier dégrailfage, on fecoue la laine, on la fait fécher, & elle eft en état d’ètre filée. Ce bain de dernier dégrailfage peut relfervir au premier dégrailfage fait avant le peignage , ou entre deux peignages.
- Si la laine qu’on dégrailfe eft blanche, un homme fuffit pour la laver & la tordre. Si au contraire elle eft teinte, & que la couleur puiffe fouffrir quelque altération en reftant trop long-tems dans le bain de favon, il faut deux ouvriers, dont l’un tord la première barre, tandis que l’autre trempe la fécondé , & ainfi de fuite.
- On ne palfe dans l’eau de favon qu’une barre de laine à la fois, dont on forme un boulet, comme on voit fig. B, mais fuccelii vement ' l’une toujours dans le bain , & une autre fur les crochets ; au Verrin, on coule à fond la buttée ou rais.
- Lorsque les fabricans veulent un degré de blancheur au-deffus de celui que tous les dégraiifages & lavages ont pu donner à la^laine, on la foufre; mais par cet apprêt , quelque léger qu’il foit, elle devient plus rude ; & ce qu’elle gagne à la vue , elle le perd au tatft. L’ufage de l’alun a auflï des in-convéniens , outre celui de blanchir moins. La légère diffolution de cefel, qui s’entretient dans la matière , lui donne une continuelle humidité un peu poiffante , & là préfence fe fait également reconnaître à l’odorat & au tacft: d’ailleurs cet ingrédient rend la matière moins propre à certaines teintures; le noir fur-tout en eft altéré s il le fait toujours porter au rouge, ainfi que toutes les couleurs très-rembrunies : ce qui trompe quelquefois les fabricans, & ce qui l’a fait bannir des atteliers de Turcoing , où l’ulàge de cette drogue commençait à s’établir , d’après le refte de la Flandre & l’Artois, où il eft
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- général. On y trouve que la laine trempée ,après le dégraiflage , dans une légère diflolution d’alun , devient plus coulante , & fe tire mieux à la filature ; il en réfulte auffi conftamment une augmentation de poids fur la matière filée.
- Il eft des endroits où l’on fait le mélange d’une petite partie d’eau de foude avec le bain chaud de favon pour le dernier dégrailfage, & l’on s’en trouve bien pour cette opération ; mais il faut toujours craindre de rendre la laine trop feche , lorfqu’il eft queftion de la peigner ou de la filer : un peu de foin même, penfe-t-on, ne nuit pas à ce premier travail ; & le dégrais à l’urine eft peu d’ufage, en partie pour cette raifon , qui pourtant pourrait bien n’être pas abfolument fondée.
- La!’laine mife en boulets, on la porte à l’étendage pour la faire fécher. C’eft ordinairement en plein air qu’on l’étend fur des cordeaux attachés d’arbre en arbre ,ou foutenus fur des perches dans un lieu où le foleil donne fans obftacle , & en même tems le-moins fujet au grand vent. On tourne la laine & on la lailfe fur ces cordeaux jufqu’à ce qu’elle foit parfaitement feche : on la leve enfuite, tenant féparées les diverfes couleurs & qualités.
- Il s’attache toujours un peu du duvet de cette laine fur les cordes tendues i elle y adhéré avec quelque ténacité ; elle s’y feutre ; elle en engagerait d’autre à s’y fixer , ce qui formerait un déchet qui pourrait devenir nui-fible au fabricant : il faut donc en dépouiller ces cordes, & les tenir nettes.
- Les laines feches, & liées par qualité de blanc & par nuances, fe portent au pHoir, où on les arrange , pour les remettre aux fileufes. La quantité de laine qu’on prend dans la main pour la plier , fe nomme garotte ou moche. Ces garottes ou moches fe mettent en bottes, & la laine en cet état fe nomme bouchon. On l’envoie ainfi de Turcoing & d’ailleurs , où le peignage eft un objet de commerce : on en envoie d’Angleterre : on la vend ainfi à tous ceux des fabricans qui ne fuivent pas les diverfes opérations que fubit la laine depuis la tonte , comme le font MM. Senart au Pleffier , quelques fabricans à Amiens , & un beaucoup „plus grand nombre à Abbeville.
- On peut remarquer en paffant ,une différence bien fenfible entre les effets du peigne & ceux de la carde. L’opération du premier tend non-feulement à ouvrir la laine & à la dégager des matières grofiieres & étrangères qui s’y trouvent, mais à féparer les poils longs d’avec les courts, pour en distraire ceux-ci qu’on nomme peignons, avec lefqueîs fe confond ordinairement la laine jarreufe : elle alonge fes fibres les unes fur les autres i & dans cette fituation parallèle, elles acquièrent la plus grande facilité à s’unir , & le plus haut degré de force que puiffe donner au fil le rouet, en tordant la matière. C’eft d’après une telle maniéré d’être de la matière, qu’elle acquiert cette qualité ferme , nette , & même luifante , qui eft fi effentielle pour la perfedion des étoffes rafes & feches.
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- . L’opération de la carde au contraire ouvre la laine, & en tiraille les fibres dans tous les fens; elle fe dilate & prend une femblable expansion. Les poils n’ont en particulier ni refpecftivement, aucune direction déterminée. Plus courts , plus brifés, ils ne fauraient fe réunir pour faire un tout folide , quelque degré de tord que le rouet donne au fil en le formant. Chaque partie de ces fibres, peu liées entr’elles, tend à s’échapper & à s’accrocher à de femblables parties ; d'où il arrive que, lorfque des fils de cette efpece font employés à la compofition d’un tiflu , il a la plus grande difpofitionà draper.
- De la filature.
- L’opération du filage fournit peu à la diifertation : les mouvemens en font peu nombreux , peu compliqués : c’eft une répétition continuelle ; & c’elt abfolument de cette répétition exacte, qui eft le fruit d’une grande pratique, que dépend la perfection dans cette partie. Mais comme c’eft de cette perfection que dépendent abfolument, en ce qui concerne la main-d’œuvre » la beauté & la bonté des étoffes , on fent qu’il n’eft pas d’opération plus importante.
- En fuivant les lieux où l’on s’occupe le plus de cet objet, on trouve quelques variétés dans le travail ; on les notera à mefure. La méthode la plus générale eft à peu près la feule méthode en Picardie. On commencera par ia décrire : tout s’y file à la quenouille, au petit rouet & à la main.
- La quenouille, d’environ trois pieds de longueur, eft terminée en fourche ou croiifant, pl. III , fig. AB , pour y attacher la laine, ou , plus généralement , a un renflement un peu avant fon extrémité, pour l’attacher au-deffus. La laine, étendue fur cette quenouille dans la longueur de douze à quinze pouces plus ou moins , eft repliée, fig. B , & retournée fur elle-même par le haut, & fe tire pour le filage par le bas, où elle eft contenue, enveloppée & ferrée par une bande de cuir affez ferme , qu’on nomme le cafiou O V , & par un petit bâton fendu, qu’on nomme le mordant N , qui contient la bande de cuir du côté de fes extrémités , & qu’on rapproche de la laine , pour la tenir toujours ferrée à rnefure qu’elle s’échappe, que la quenouille fe vuide , & que le fil fe forme.
- On met ainfi la quantité d’un quarteron à une demi-livre de laine fur la quenouille, toujours moins à proportion qu’on veut filer plus fin. Ou ne craint pas, dans les filatures en gros, de la charger beaucoup: on fe dé-barraffe bientôt de la gène qu’occafionne une quenouille trop garnie ; & d’ailleurs il faudrait trop fouvent recommencer.
- Les chofes ainfi difpofées, l’ouvriere aftîfe devant fou rouet, paffe le bas de la quenouille dans fa ceinture, & la couche fur fa poitrine diagona-
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- D'ETOFFES EN LAINES.
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- lenrent de droite à gauche, en forme de baudrier; puis ayant enté fa matière fur un bout de fil refté, & qui fort du bout de la broche , elle tire la laine d’une main , tourne le rouet de l’autre ; & le fil s’alonge , fe tord#, & fe roule en même tems fur la bobine.*
- Cette maniéré de filer s’appelle filature en petit rouet ^fig. /, Il, qui eft très-différent du grand rouet à filer la laine pour la draperie, & même du petit rouet à filer le lin & le chanvre. Il a le banc ou la table horizontale T, de deux pieds de longueur, foutenue fur trois ou quatre pieds, à treize à quatorze pouces d’élévation. La roue à manivelle RM eft de vingt-trois à vingt-quatre pouces de diamètre, & il la vaut mieux encore de vingt-quatre à vingt-cinq pouces. Sa circonférence CI, comme celle d’un grand tamis, eft mince , & large de trois à quatre pouces. La broche en fer b b eft longue de douze pouces , & engagé-e de fix dans les cuirs C D qui la foutiennent, & de quatre au moins fous les ailettes L, où eft placé le buhot I : les deux autres pouces reftans la terminent du côté du bout où eft engagée la mouquette E , dans laquelle le fil palfe à mefure qu’il fe forme. Les parties de cette broche , qui tournent fur leurs appuis, font cylindriques: celles dans lefquelles 011 engage quelques pièces, comme les noix F, & fur-tout les ailettes ^ qu’on ôte & replace pour donner palfage à la bobine, font quarrées : fans cela, elles rifqueraient de tourner dans la broche, lorfqu’il faut qu’elles y foient adaptées folidement, comme faifant un même corps , pour fuivre exactement les mêmes rotations.
- Les noix en buis, dont le diamètre eft de fix à dix lignes, font au nombre de trois , tournées de fuite fur la même piece. Cette fuite de noix eft pour changer la corde, lorfqu’elle attire la roue plus d’un côté que de l’autre , c’eft-à-dire, qu’elle lui fait perdre fa fituation verticale ou de champ; & comme le cylindre fur lequel font tournées ces trois noix, ne garnit pas encore tout l’efpace compris entre les cuirs , & qu’il y aurait un balancement qui rendrait le mouvement inégal, on y ajoute de chaque côté d’autres petits canons ou cylindres d’os, de buis o b, le tout fans la moindre gêne,; car c’eft de la grande liberté dans les mouvemens que dépend leur égalité, & celle de la filature par conféquent.
- C’EST pour cela que les cuirs qui foutiennent la broche ne doivent être ni trop durs , ni trop mous ; il les faut un peu fermes , mais d’une douce élafi ticité. Beaucoup d’ouvriers emploient à cet ufage des feutres de chapeaux; mais ils font plus fufceptibles de l’humidité : ils fe gonflent, fe foutiennent bien moins , & jamais bien également. Beaucoup d’autres s’en tiennent à des fou tien s de treftes de paille : il les faut renouveller plus fouvent ; & .ce n’eft jamais fans que le travail n’en ait été fouvent dérangé & toujours inégal.
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- Les poupées pp ou montans qui fixent les cuirs , portent la broche â huit ou dix pouces au-delTus de la table, ce qui en tout l’éleve de terre de vingt à vingt-quatre pouces. Le plus ou le moins dans ces dimenfions , eft la chofe du monde la plus indifférente : l’effentiel eft, que la fileufe Toit fort à l’aife , & le plus à portée de tous les objets de fon travail. La mou-quette eft un court cylindre d’os, percé longitudinalement, pour qu’il puiffè s’adapter au bout de la broche, & tranfverfalement & en bifeau du côté du rouet, pour que le fil qui y pafle aille de là s’accrocher à Vallet , en redefcendre , & s’arranger fur le buhot. Le fil entrant par l’ouverture en bourlet de la mouquette, y forme un angle à peu près droit ; il en forme un fécond aigu fur Vailet. Ces deux frottemens confidérables concourent pour beaucoup à rendre la filature ferme & unie.
- Les ailettes ne font point ici, comme au rouet à filer le lin , garnies de petites pointes, qui lui ont fait donner le nom à'èpinglier. Il n’y en a qu’une également à crochet, mais mobile ,"fixée fur un petit morceau d’étoffe, qu’on fait couler fur la tranche des ailettes, dans laquelle il eft paffé. On a évité d’en mettre plufieurs , parce que la laine plus molle & plus en duvet que le chanvre & le1 lin , s’y accrocherait. On fait donc aller & venir Vailet, pour charger également le buhot & former la bobine , comme au lin on change le fil de crochet. La corde du rouet eft fouvent en laine : le mouvement en eft fort doux ; mais en boyau , elle eft moins fufceptible des influences de l’athmofphere.
- On fent actuellement que la fineffe, le tors & l’uni du fil dépendent d’abord de la fineffe de la matière, de fa netteté , & du peignage bien fait, puis de là grandeur du diamètre de la roue , ou de la petiteffe de celui des noix; de la corde plus ou moins ferrée, parce que le mouvement eft accéléré en raifon du frottement; de la plus ou moins grande quantité de matière qu’on lâche en un teins' donné ; de l’uniformité- exacfte de cet écoulement; enfin de la même uniformité , & du nombre des rotations en im tems donné. On fait peu de diftin&ion dans ces filatures , de cordes ouvertes ou de cordes croifées.
- Les filatures rafes fe font prefque toujours du même côté , à torde ouverte , foit pour la chaîne, foit pour la trame : cependant, comme il eft néceffaire, dans la plupart des étoffes de ce genre, que la chaîne foit un peu plus torfe que la trame, il arrive fouvent que certaines fileufes fe defti-«ent à l’une, & certaines à l’autre ; mais beaucoup plus généralement dans ce pays, elles filent fans deftination : c’eft le fabricant qui la détermine à l’achat fur ce qu’elle lui paraît. A Abbeville , & par-tout ailleurs où le fabricant fait filer pour fon ufage , il en eft tout autrement. On fait la dïftri-bution de fes matières, & fuivant la capacité & les talens des ouvriers aux-
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- quels on confie ce travail, & fuivant l’emploi auquel 011 les deftine.
- ATurcoing, on replie & ferre la laine en une pelote à jour , de forme demi-circulaire, qu’on attache au haut de la quenouille, &dont la matière fe tire avec effort & très à menu. On penfe que cet arrangement concourt *à Puni & au plus de tors, qu’on obferve & qu’on eftime particuliérement dans le fil de Turcoing. Au Mans, on charge la bobine fur un canon de carte, lorfqu’on deltine le fil à la trame j & fur un canon de bois ou buhot, quand c’eft pour la chaîne. En Champagne on file comme en Picardie ; mais indépendamment de la filature au rouet, la plus ordinaire , on file au fufeau ; & cette filature, aufïi égale & plus torfe que celle au rouet, eft préférable pour la chaîne des étoffes, & fe met comme telle à un plus haut prix. Mais s’il y a quelque avantage pour le fabricant qui emploie de préférence une laine filée au fufeau , il y en a plus pour l’ouvrier qui la file au rouet, dont l’ufage gagne exclufivement par-tout, excepté dans les lieux où l’on veut allier à ce travail tranquille & fédentaire une vie active & errante, telle que les bergeres qui filent des laines peignées en Géyaudan, en Auvergne , & dans les montagnes du Rouergue, en Béarn , en Gafcogne , & particuliérement dans le Néboufan, & du chanvre ou du lin dans toutes les provinces méridionales de la France : mais il s’en faut bien que ce foit dans ces filatures qu’il faille chercher de la perfection.
- La méthode de Saxe, celle de Lintz & des Marches du Brandebourg, dont la filature eft fupérieure à tout ce que nous faifons en ce genre , eft auffi préférable aux nôtres. On s’y fert, pour la filature des laines peignées, d’un rouet femblable à celui avec lequel on file le coton. Sa roue a deux pieds de diamètre ; & la broche, toujours en bois , a environ fept pouces de longueur: elle eft de même groffeur pour toutes les fortes de filatures, très-pointue , & fans mouquette. La corde qui la fait tourner eft en laine.
- La fileufe reçoit la matière dégraiftee & arrangée, comme l’eft ici la laine de bouchon rzlie en prend une pincée , qu’elle entortille fur la phalange du milieu de Y index de la main gauche ; elle la tient affujettie , en la comprimant du pouce & du médius. En cet état, elle préfente le dos de Vindex à la pointe de la broche, & les fibres de la laine s’y accrochent fur le travers. L’ouvriere eft debout, & elle alonge l’aiguillée autant que le bras peut s’étendre yobfervant de diminuer par degrés la preftioh du pouce & du médius contre Vindex , à mefure que la main s’éloigne davantage de' la broche, pour lâcher & fournir de la matière également dans un teins donné.
- Plus le fil eft tendu en le tordant, plus la filature eft unie & ferme. S’il fe rencontre quelques bouillons fur la longueur de l’aiguillée , la fileufe quitte la manivelle . & les enleve de ia main droite. La petite quantité de
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- VA R T DU FA B R / CA N T
- matière épuifée, & le fil renvidé , on regarnit le doigt , & ainfi de fuite.
- Cette méthode, quoiqu’également ufitée à Berlin, n’eft pas la feule qui s’y pratique. Cette ville conlidérable , devenue la patrie d’un grand nombre d’artiftes qui y ont été conduits par l’efpérance , par l’adverfité , & par l’inconfiance , femblable , à quelques égards , à l’ancienne Rome , malgré les influences de fon trifte climat , & les différences plus grandes encore de fon gouvernement ; cette ville , dis-je, en naturalifant toutes fortes d’étrangers , s’approprie toutes fortes de talens. La difficulté d’ailleurs d’y vivre iàns rien faire, réveille I’induftrie, & il n’y a pas jufqu’aux foldats qui , la plupart étrangers, ne s’exercent dans les arts qu’ils cultivaient avant d’embraifer cet état,fouvent même dans les métiers dont ils n’avaient que de faibles notions : tant les befoins font impérieux î Auffi eft-il beaucoup d'hommes de cette claffe qui fabriquent des étoffes , tandis que leurs camarades filent les matières qui y font convenables. Ce font ceux-ci qui ont porté & répandu à Berlin la filature au rouet, à pédale, Sc à deux mains.
- On y divife fur la longueur les barres de laine peignée ; on réunit ces parties ; on les roule ; on les ferre devant foi j on tourne le rouet par le moyen de la pédale correfpondante à la manivelle , & l’on a les deux mains libres, pour tirer, lâcher , ouvrir & étendre la matière à mefure qu’elle fe file. Il en eft ainfi du coton, qu’on obtient plus fin , plus tors , & plus uni à la filature au pied , qu’à celle à la main.
- A Lintz , on livre la laine, foit en gras , foit dégraiflee, à un maître-ouvrier, qui rapporte la filature qui en provient. La filature commune, qui eft depuis le n°. io, qualité la plus baffe qu’on puiffe employer dans le baracan , jufqu’au n°. 25", fe fait en gras, & l’on dégraiffe la matière au favon après la filature. Depuis le n<?. 25 jufqu’au dernier degré de fineffe, on file la laine dégraiflee. Les fils , trop fins alors , ne pourraient pas fupporter le torfage à la cheville , ufité & néceflaire pour purger la laine du favon employé au dégrais. On pourrait cependant toujours filer en gras , tifler de même,& 11e dégraiffer les laines qu’après la fabrication.de l’étoffe. On obvierait au dernier inconvénient ; mais il eft à préfumer qu’on n’y a pas encore pouffé I’induftrie jufqu’à ce point.
- Un des grands avantages de filer en gras , eft de pouvoir amener des laines communes à un grand degré de fineffe, par l’intermede des matières ondueu-fes. Les fibres de ces mêmes matières parfaitement dégraiffées reprennent une roideur qui les rend plutôt caflàntes qu’elle ne les difpofe à s’unir.
- Lorfqu’on annonce les filatures de Saxe fupérieures aux nôtres , on ne prétend pas dire qu’il 11e fut poffible de très-bien filer en France. Le fuperfin de Turcoing en laine de Hollande, eft d’une grande beauté \ & au Mans, i’011
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- DETOFFES EN LAINES.
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- file très _ fin la laine du pays. Le fil du Mans eft même plus nourri, plus ferme & plus réfiftant au travail. Ces qualités font dues affurément à l’ufage où l’on y eft de filer en gras. L’huile d’olive, ainfi que le beurre, donne à la matière un onctueux qui facilite le dégagement des fibres fans les brifer : elles s’étendent, fe lient mieux , & prennent du corps ; & le fil qui en réfulte , réfifte à des opérations que le fil de Saxe même ne pourrait pas fupporter.
- Les fils de Saxe font très-unis & très-fins, mais un peu fecs, un peu creux même, ce qui les rend légers. Ils en ont plus de longueur, & ils acquièrent fuffifamment de force par le doublage ufité dans ce pays-là , comme dans celui-ci, pour toutes les chaînes des étoffes rafes. ôn y double de plus celles des étamines fines dans le goût de celles du Mans, & elles y font fuperbes. On y double même la trame de prefque toutes les étoffes, & on la triple dans la plupart des camelots: mais le grand marché de ces laines & de la main-d’œuvre , & la filature généralement très-belle ,& beaucoup plus fine qu’ici, quoique de degrés de fiueffe très-variés, donnent les moyens d’y établir les mêmes efpeces fupérieurement faites à des prix très au-deffous des nôtres.
- Du devidage.
- L’industrie eft aufïi plus perfectionnée dans la fuite des opérations fur la laine & dans fon emploi, en Saxe & à Lintz, qu’en France; non qu’elle y foit plus ancienne , au contraire , c’eft là où les arts font le plus anciens , qu’ils font le plus long - tems à le perfectionner. Une inftruCtion eft plus aifée à faifir, q u’un préjugé à détruire ; & un homme qui ne lait rien peut apprendre , lorlque celui qui lait mal ne le veut pas. Vafipe ou dévidoir eft établi dans tous ces pays, & l’on n’y va au marché que la balance à la main. Le dévidoir n’eft établi en France que dans quelques manufactures particulières ; mais en Picardie il eft entièrement inconnu. Je viens de l’introduire dans le Boulonais, où il n’y avait pas d’induftrie de ce genre, & il prend très-bien dans la manufacture de tricotés anglais, que MM. Delporte ont établie nouvellement à Boulogne.
- Combien de travail cependànt n’éviterait-il pas aux fabricans, & quelle fecurité ne répandrait - il pas dans ce genre de commerce fujet à tant de fraudes FSon importance nous engage non-feulement à en décrire l’ufage, mais même à en donner le calcul. Le coup-d’œil fur la figure indiquera affez fk forme & fa polltion.
- La circonférence de ce dévidoir, pl. III, fig. 4, a cinq quarts d’aune; le fil qui l’entoure a par conféquent la même longueur. On lui fait faire quatre-vingt tours de fuite , en dévidant le fil : ce qui forme des pièces , maques ou fions de cent aunes, 'dont la réunion, au nombre de fept, forme des écheveaux
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- LA RT D ü FABRICANT
- On peut former ainlï autant d’écheveaux que le dévidoir en peut contenir fur fa longueur ; il fuffit qu’ils ne fe furmontcnt pas l’un l’autre, pour éviter le mélange. Les quatre- vingt tours faits & les cent aunes complétés , on arrête par une petite ligature faite du fil même de la piece, maque ou fon. On répété cette opération fept fois de fuite, l’écheveau ordinaire étant compofé de fept cents aunes de fil, & l’on arrête les fept maques à la fois d’une maniéré plus déterminée qu’on ne le fait de chacune en particulier. On réunit plufieurs de ces écheveaux, tant qu’on parvient à faire une livre de fil j & c’effc du nombre qu’il en faut pour ce poids, qu’on établit fon N°.
- TARIF.
- Poids de Ü écheveau. , Poids de la piece,
- Num. Onces. Gros. Gra. Fraft. One. Gros. Gra. Fra£fc.
- I 16 2 2 70 4 7
- 2 8 I I 35 7
- 3 S 2 48 6 6 6 7
- 4 4 4 41 1 7
- 5 3 I 43 r S 3 47 1 i 3Î
- 6 2 5 24 3 3 3 7
- 7 2 2 20 4 7 2 43 49 73
- 8 2 2 20 4 1
- 9 I 6 16 I 4 2 „7
- IO I 4 57 i S I 59 ïïf
- 11 1 3 45 9 IX I 47 S3 77
- 12 I 2 48 I 37 S 7
- 13 I 1 60 12 1.1 I 29 2S 9Ï
- H I 1 10 2 7 I 22 r 22
- I 38 2 ï I 15 8l IOJ
- 16 I 1 10 7
- 17 7 38 17 I 5 _S3 1X9
- 18 7 8 I 1 1 7
- 19 ' 6 53 I 9 69 39 133
- 20 6 28 4 5 *5 29 3*
- 21 6 6 1 2 62 102 Ï47
- 22 5 58 10 11 59 40 41
- 23 5 40 1 6 23 57 39 I6l
- 24 5 24 54 6 y
- 2f 5 8 16 52 116 ni 91
- 26 4 66 6 13 50
- 27 4 53 I 3 48 46 63
- Poids
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- D ETOFFES EN LAINES.
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- Poids de P écheveau. Poids de la piece.
- Num. Onces. Gros. Gra. Fraft. Onces. Gros. Gra. Fra<a.
- 28 4 41 i rX 47 1
- 29 4 29 ï| 45 81 2oj
- 3° 4 19 ? 43 62 7o
- 31 4 9 9 31 42 107 217
- 32 4 4i 1 Y
- 33 3 63 3 IX 39 é lî 119
- 34 3 55 II 38
- 35 3 47 3? 37 ! 131 259
- 36 3 40 36 Y
- 37 3 33 3 37 35 171 259
- 38 3 26 - 3 19 34 ' 13 19
- 39 3 20 _4 13 33 207 II 287
- 40 3 14 2 3 32
- 4i 3 8 32 4Ï 32
- 42 3 3 1 7 31 17 49
- 43 3 2 42 ' 43 3i 43 29 ï
- 44 2 65 S II 29 71 77
- 45 2 60 4 5 29 9 35
- 46 2 56 8 ^3 28 100 161
- 47 2 52 4? 28 _f_4 319
- 48 2 48 27 I 29Ï 3^3
- 49 2 44 4 49 26
- 50 2 40 8 25 26 58 175
- 51 2 36 12 17 25 ïff
- 52 2 33 3 13 25 29 9Ï
- 53 2 29 47 53 24 ill 37i
- 54 2 26 J 24 21
- 55 2 23 31 55 23 3|i 3?5
- 56 2 20 4 7 23 25 49
- 57 2 17 13 19 23 5 49
- 58 2 14 24 29 22 140 203
- 59 2 12 59 22 130 413
- 60 2 9 2 5 21 32 35
- En voilà aflez pour faire fentir combien la fileufe a d’avantage à filer fin, à ne point mélanger fes bottes de fils filés plus gros, & fourrés dans l’intérieur pour n’être pas apperqus, à éviter l’humidité & l’adhérence de tout corps étranger, &c. & combien le fabricant a de facilité, pouvant toujours Tome XIX. S f
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- LA R T DU FABRICANT
- faire la deftination de la matière fans autre examen, fur le nombre des éche-veaux à la livre de fis.
- L’axe de ce dévidoir eft terminé en arêtes, comme des fuféaux de lanterne, & elles en font FoiRce. Le nombre de ces arêtes eft indéfini , mais déterminé relativement -, s’il eft de quatre, la petite roue dentée dans laquelle ces arêtes s’engrenent, a feize dents. L’axe tournera donc quatre fois, & cette roue une feule. L’axe de la roue aura aufti quatre arêtes ; & la grande roue dans laquelle ces arêtes s’engreneront, fera de quatre-vingt dents, & lie fera qu’un tour quand fa lanterne à quatre fufeaux en fera vingt. Donc le premier axe, l’axe du dévidoir, le dévidoir même fera quatre-vingt tours lorfque la grande roue en fera un. Si le premier axe avait cinq arêtes , la roue fuivante vingt-cinq dents , l’axe de cette roue cinq arêtes auffi, & enfin la grande roue également quatre-vingt dents , l’effet ferait encore le même ;& l’on voit qu’il y a encore plufieurs combinations pour y arriver, mais qui font fort inutiles.
- Maintenant , fi l’on place un petit maillet ou marteau de bois fur la table, ou le banc du dévidoir, tout près de la grande roue, & qu’on plante une cheville de bois fur le bord du plat delà roue, de telle maniéré qu’elle preffe fur le manche du maillet, le fouleve & le laide enfin échapper en bàfcule , il eft évident qu’en tombant il frappera un coup qui fera du bruit j & comme ce coup ne pourra être frappé qu’une fois exa&ement par révolution, il eft encore évident que le dévidoir aura fait alors fes quatre-vingt tours, & que les fons feront complets. Après fept révolutions femblables, on arrête, on fait la ligature, & l’on dégarnit le dévidoir, pour recommencer ; car fi l’on dévidait de nouveaux écheveaux fur les premiers , ce diamètre étant augmenté , les fileufes fourniraient plus de longueur de fils, & elles les vendraient moins, eu égard à la furabondance du poids, ce qui ferait une double perte pour elles. Il en eft qui ont déjà vu allez clair dans ces petites pratiques, pour raccourcir un peu la circonférence de leur dévidoir ; mais en melurant un des écheveaux fur la longueur , la fraude eft bientôt découverte. Il eft bon d’ajouter une petite corde qui réponde à l’axe de la grande roue du dévidoir, & de la comparer de maniéré que quand cette roue aura fait fept révolutions, elle agite une petite fonnette qui avertiife l’ouvriere que l’écheveau eft complet.
- La circonférence de l’afpe de Lintz a deux aunes du pays, ou cinquante-fix pouces & demi de France ; on y divife la livre en écheveaux , & l’écheveau en lialfe. La lialfe eft de quarante tours de dévidoir, quatre-vingts aunes du pays ; il faut dix lialTes pour un écheveau : l’écheveau eft donc de huit cents aunes. Cette filature fe paie à proportion du nombre d’écheveaux à*la livre , & elle varie depuis le numéro 10 jufqu’au numéro go, qui eft un point de fineife auquel il eft rare qu’on atteigne.
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- D'ETOFFES EN LAINES.
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- Les fils très-tors tendent au devidage ou après, par l’éiafticité de leurs fibres , contraintes à reprendre leur premier état , ce qui les fait le replier fur eux-mêmes & fe corder. On évite cet inconvénient par plusieurs moyens. Les uns trempent les bobines dans l’eau chaude, & ne les dévident que lorfqu’elles font feches , ce qui eft long & peu commode ; car, à moins d’une grande chaleur naturelle, ou d’une chaleur ordinaire fa&ice , telle que celle d’une étuve , on rifque qu’il ne s’y établiffe de la fermentation. D’autres font le devidage à la vapeur de l’eau bouillantes & je préférerais cette méthode à la précédente. Celle des Turquinois me femble meilleure encore. Ils dévident leur fil ferré fur le dévidoir , tel qu’ils l’ont filé ; & lorfque le dévidoir eft garni, d’un bout à l’autre, d’écheveaux plus ou moins gros, ils palTènt dans chacune des quatre faces un morceau de bois cylindrique, d’un bon pouce de diamètre, entrelacé dans chaque écheveau: ce qui refti-tue , ce qui augmente même la première tenfion de ces fils , & les foutient dans l’uni qu’on leur a donné à la filature ; on les trempe dans l’eau en cet état à plusieurs reprifes , jufqu’à ce qu’ils en fuient imbibés. On fufpend ainli ces dévidoirs au grand air î & lorfque le fil eft fec , on le met en botte , & il fe foutient très-bien au degré de tenfion qu’on lui a donné : il acquiert même par cette opération, qui en couche 8c plaque le duvet, une forte de luftre & un air ras, qui le rend très-propre aux étoffes feches & à grains , telles que le baracan , le camelot, &c.
- On n’eft guere, en Picardie , dans le cas d’exercer aucune de ces pratiques. En général, on y tord peu la matière à la filature ; d’où il arrive qu’on n’y (aurait faire à chaîne fimple prefqu’aucun travail qui ait une certaine confiftance. Cette pratique eft à réformer à l’égard de beaucoup d’objets ; car, fila ferge d’Aumale , de Blicourt, &c. s’accommode bien d’une filature peu torfe, elle ne faurait convenir à la tamife, au duroi 8c à tant d’autres étoffes, qui demandent également, pour faire un bel effet aux apprêts , d’être travaillées à chaîne fimple % de filature fuffifamment torfe.
- Du poil de chevre.
- Le poil de chevre eft, après la laine , la matière dont il fe confomme le plus dans les fabriques d’Amiens. Il s’emploie particuliérement dans le velouté d’une immenfe quantité de pannes , & dans celui des velours d’U-trecht. Mais ces fortes d’étoffes n’ont aucun rapport à l’objet que nous traitons actuellement. C’eft relativement au camelot-poil, que nous en dirons quelque chofe.
- Ce poil fe tire tout filé du Levant, par la voie de Marfeille. Nos marchands le vendent ici aux fabricans , moyennant cinq pour cent de commiftîon, &
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- DA R T DU FABRICANT
- ils répondent des fonds. Cette marchandife eft fouvent à un très-haut prix pour nous. Deux raifons y concourent; les cailles communes à tous les objets de récolte , & aux révolutions quelconques , qui arrêtent ou ralentilient le cours de la culture & le progrès des arts : la fécondé eft la plus odieufe , parce qu’elle ne naît pas de la nature de la chofe , mais de l’acception des perfonnes.
- Il exifte un droit de vingt pour cent fur la valeur du poil de chevre qui nous vient par toute autre voie que celle de Marfeille ; d’où il arrive que fi les Marfeillois s’entendent, ils font la loi dans cette partie, &, quelque dure qu’elle foit, il faut s’y foumettre. Les Anglais, & principalement les Hollandais, nous offrent quelquefois cette matière à un prix au-deflous de dix à douze pour cent, de celui auquel veulent le fixer les négocians de Marfeille ; mais il ne nous eft pas permis d’ufer de préférence ; & les Hollandais font des camelots-poil , des velours d’Utrecht ; ils en répandent dans toute l’Allemagne , & en introduifent en France même par cette feule raifon. Eh! qu’importe à Amiens , à l’état même , que notre argent paîfe au Levant par la voie de Marfeille-, ou par celle de la Hollande ? La chofe elfentielle eft , que les matières premières foientàbas prix, afin que celui des étoffes fabriquées arrête l’introdu&ion des étrangères qu’elles obtiennent par-tout ailleurs , finon ]a préférence , du moins la concurrence.
- Il y a un grand inconvénient à ne pas tirer cette matière en toifon : indépendamment d’une main-d’œuvre confidérable qui réfulterait de la filature , raifon de prohibition de la part des Turcs, qui, penfe-t-on, veulent fe la conferver, c’eft qu’ils ne prennent aucun foin dans l’affiortiment de ces fils; qu’ils mêlent le travail de toutes mains; qu’ils en dévident deux, trois, quatre , cinq à fix , fans réglés & fans fuite fur le même écheveau , & qu’il faut toujours procéder à un nouveau devidage & à un nouvel affortiment ; d’où il réfulte une perte de tems , de nouveaux frais , & des déchets confidé-rables.
- J’avais propofé pour ce devidage, qui fe fait ici fil par fil, durement, & l’on ne faurait plus gauchement , le va & vient de la foierie , aflez doux pour ne jamais forcer , & ne pas faire rompre par conféquent dans les réfif-tances ; mais il n’obvie pas à l’embarras qu’occafionne la pluralité des fils indéterminée dans chaque écheveau, & fouvent dans le même.
- Le dévidoir de Lintz, le même qu’a imaginé & dont fait ufage le fieur Délié de Rheirns , pare à cet inconvénient. Il confifteen une barre élevée fur la bafe du dévidoir , parallèlement à l’axe de Yafpe, & garnie d’anneaux de verre également diftribués , dans lefquels on fait paffer les fils à mefure qu’ils fe préfentent ; car il en vient tantôt un , deux, tantôt trois , quatre & Jufqu’à -jfîx à la fois. L égalé diftribution des anneaux rend femblable celle des
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- écheveaux. Quand il fe préfente des fils qui fe tordent enfemble , on les calfe , pour en rediftribuer le devidage plus en face , & d’une maniéré plus coulante.
- C’est ainfi qu’on eft bien à même d’affortir le poil de clievre : on le fait encore après le devidage en blanc, tant pour la fineffe que pour le degré de blancheur, & l’on répété de nouveau cet alfortiment après la teinture, où il eft plus facile de s’appercevoir des inégalités que les nuances de blanc & les différences de tors occafionnent. Audi les camelots de ce pays-là font-ils parfaitement unis en couleur & en grains. Il eft aifé de juger que la Saxe, qui ne fait que des camelots-laine, mais infiniment fupérieurs aux nôtres , procédé ainfi à leur égard.
- Il eft un poil de chevre très - fupérieur à celui qu’on nous apporte en France, & qui provient d’une efpece particulière de ces animaux qu’on éleve en allez grande quantité dans la province d’Angora, au milieu delaNatolie; mais on le réferve pour la fabrique des camelots de ce pays-là , avec défenfe d’en exporter. Cependant les Hollandais, foit par traité, foit par adrefle , trouvent les moyens d’en avoir; & c’eft en partie à cela qu’ils doivent la fupériorité bien décidée de leurs camelots-poil, & qu’on leur donne la préférence fur les nôtres.
- Ceux de la fabrique d’Angora ne fouffrent aucune comparaifon ; ils font poil, chaîne & trame. On en a tenté ici l’imitation, mais toujours fans un fuccès déterminant.
- Un feigneur Florentin, frappé de ces différences , & remontant à leurs caufes , eft parvenu à avoir des chevres d’Angora, dont le troupeau, fuc-ceflivement fous fa direction, s’eft confidérablement accru. Cette éducation a donné lieu à l’établiifement d’une manufadure, dont les camelots ne le eedent à ceux d’aucune autre. Il ne ferait peut-être pas impoflible d’imiter en France ce feigneur Florentin , dont l’entreprife a eu affez de fuccès pour nous ôter l’efpoir d’un débouché de quelque conféquence , dans un pays où il doit y avoir une grande confommation de ce genre d’étoffes.
- C’Est de la Natolie exclusivement que fe tire le poil de chevre; & l’expédition s’en fait par Smirne principalement, & par Conftantinople.
- Des foies.
- La foie fait encore une partie des matières employées à la fabrication des étoffes rafes d’Amiens, & cet emploi augmente de jour en jour. Les camelots mi-foie , diverfes fortes d’étamines , des ferges de nouvelle invention , & plusieurs autres efpeces d’étoffes en confomment beaucoup. On les a long-tems tirées organdnks & toutes teintes de Lyon & de Paris. On les teint actuel-
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- LA RT DU FABRICANT
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- lement à Amiens, & on les dévidé comme les autres matières. A l’égard du doublage qu’on en fait avec la laine , du virage ou léger retorfage, & de quelques autres opérations qu’elles fubiflent, elles font toutes communes à l’une & à l’autre matière , & l’on en traitera enfemble. Ces foies font en partie du crû du Piémont, & en partie de celui du Languedoc. On les tire quelquefois de Turin en droiture , mais plus généralement par la voie de Lyon, qui en expédie également des organcinages du Languedoc.
- Du premier devidage , de Poperation de doubler , & du fécond devidage pour
- retordre.
- Lorsque le fil vient du marché, ou qu’il eft rendu aux fabricans immédiatement après la filature, l’opération que fubit d’abord celui qui eft deftiné pour la chaîne, eft un premier devidage qui le fait en plaçant l’écheveau lur la tour nette , pl. 111 ,fg. $ , & tournant le fil fur un buhot enfilé dans l'a broche d’un petit rouet. La forme de ce buhot eft d’ètre plus évidé^par le bas , pour qu’il contienne plus de fil, un peu renflé par le haut, pour qu’il s’en échappe moins vite \ fans rebord néanmoins, pour éviter le trop de réfif-tance & le frottement qui le ferait cafler. On donne à la fufée une forme conique, & l’on en pofè ainfi deux, fichées contre une piece de bois placée en face du rouet, de maniéré que les pointes de ces fufées regardant le nouveau buhot fur lequel elles fe dévident enfemble parT l’une de leurs extrémités, le point de rencontre de leur prolongement fe trou vcHur le buhot même, fig. 6. On dirige d’une main la réunion de ces deux fils fur le nouveau buhot, tandis que de l’autre on tourne le rouet. On donne également à cette fufée ou bobine la forme conique, pour que le fil s’en échappe avec la même facilité , lorfque , placé verticalement fur le moulin à retordre, il tend, en fe tordant, à s’enrouler fur le dévidoir.
- On pourrait abfolument ne faire qu’un de ces deux devidages , & former fur-le-champ la bobine à retordre de deux écheveaux placés chacun fur une tournette dont on doublerait le fil en même tems : mais il en pourrait réfuter l’inconvénient ,de la part des ouvrières négligentes , qu’un fil cafiant, on laif-fât courir l’autre feul pendant quelque tems ; ce qui, répété, nuirait beaucoup. Un autre inconvénient très-grand encore, ferait que les échevauxplus ou moins mêlés, oppofant enfin au devidage, par quelque raifon que ce fort, plus ou moins de réiiftance, les fils fe trouveraient inégalement tendus au doublage: on ne ferait donc expofé à rien moins, par cette économie, qu’à avoir fouvent du fil mal uni & prefque toujours inégal en grotieur& en force, en fuppofant même dans le premier cas, ce qui ferait pourtant inévitable, qu’il 11e cafiàtpas fréquemment au moulin à retordre.
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- Le devidage du fil pour la trame confifte uniquement , la matière étant teinte en écheveaux , à la faire paffer de deffus la tournette fur le petit canon , qui, garni pour être mis dans la navette , fe nomme Yefpoule. Cette opération eif la même que celle du premier devidage du fil de la chaîne : un coup-d’œil fur les planch&s achèvera d’éclaircir toutes ces idées ; une defcription plus étendue ferait abfolument inutile.
- Du retordage & devidage pour ourdir.
- Le moulin à retordre eft auffi dans le cas d’être plus aifément compris par le fecours des planches , que par aucune defcription : on ne donnera pas de dimenfion de fes parties, parce que la gravure de cette méchanique doit être accompagnée d’une échelle. Ses effets , pour être bien entendus , demandent quelques défaits, dans lefquels on va entrer.
- Ce moulin , pl. IV ,Jig. 1, 2,3, 4, 5 , 6, confifte en une grande charpente circulaire , fur un des côtés de laquelle (ont tous les rouages qui le meuvent. Sur la bafe de cette charpente, à peu d’élévation du fol, font placées verticalement les broches de fer fur lefquelles on fiche les bobines qui portent le fil à retordre. Le bas de ces broches eft preifé par une bande de cuir M, foutenue de champ, qui, paffant fur un tambour, en même tems quelle frotte fur toutes les broches , leur imprime un mouvement de rotation qui eft en raifon des diamètres du tambour & des broches. Lorfque cette laniere ou courroie de cuir fe trouve trop lâche ou trop tendue , on avance ou l’on recule au moyen d’une vis, une efpecede poulie V , placée dans l’enceinte du moulin fur le devant du tambour, & fur laquelle la courroie paffe, après avoir croifé fur le tambour S. Les fils qui s’échappent du bout de la bobine, s’élèvent dans la dire&ion de fon plan jufqu’au haut de la méchanique, & paffant de là dans un anneau , ils prennent une dire&ion à peu près horizontale & uii peu convergente, pour aller s’enrouler fur Yafpe d3 ou dévidoir, & y former chacun fon écheveau. Une perfonne eft en-dedans de cette enceinte, pour renouveller ou regarnir de bobines & raccommoder les fils qui fe caffent , tandis qu’une autre du dehors tourne la manivelle qui fait tout mouvoir. Il faut quelquefois deux perfonnes en - dedans, lorfque les fils , trop tendus , fe caffent fréquemment ; ce qui arrive encore lorfqu’on veut forcer le torfin , ou que la matière fe trouve altérée par la teinture.
- Toute cette charpente eft fourenue par fix colonnes ou piliers À ; elle porte ordinairement cinquante-deux ou cinquante-quatre bobines en un feui rang , fur le même plan ; {a) fa circonférence eft interrompue fur un fixieme
- (a) On pourrait en mettre beaucoup n'ait pas encore imaginé d’appliquer l’eau plus, en étendant davantage la charpente ou un cheval au mouvement d’une nié-du moulin j & il eft bien étodnant qu’on chanique d’un auffi grand ufage.
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- de Ton étendue, & c’eft là que font placés tous les rouages & Yafpeau-defllis.
- Maintenant , fi l’on fuppofe un axe horizontal qui rempliffe le vuide de l’interruption de la circonférence , & fe prolonge même; qu’il foit tournant , mais immobile ; qu’il lui foit adapté une manivelle à l’un des bouts, une lanterne à l’autre, & une roue de champ dans l’intervalle, on fentira que le mouvement imprimé à la manivelle pourra fe communiquer à deux rouages à la fois , qui peuvent être placés, l’un en - delfus c, l’autre - en deffous S de ce grand axe, & à chacun defquels il eft libre de donner un mouvement très-différent. Si la roue eft fixe, quelle ait le même diamètre, & toujours le même nombre de dents, qu’il en foit ainfi à l’égard de celle dans laquelle elle s’engrene, elle aura toujours le même mouvement ; c’eft celui du tambour S ; c’eft le tambour qui eft en - deffous. Ainfi les bobines doivent tourner fur elles - mêmes avec une vélocité toujours égale, les mouvemens de l’ouvrier étant fuppofés égaux.
- Mais fi la lanterne peut fe déplacer à volonté, & qu’on puiife lui en fubf-tituer une de diamètre & de nombre différens de fufeaux , il eft évident qu’on changera par-là le mouvement du rouage qui s’engrene dans cette lanterne. Or, ce rouage eft adapté à l’axe du dévidoir, lequel ne reçoit de mouvement que celui qui réfulte de l’engrenement de la roue dans cette lanterne , très-variable en diamètre & en nombre de fufeaux. On fait donc tourner le dévidoir aufli vite & aufli doucement qu’on veut, lorfque le mouvement des bobines eft toujours le même. Que l’on conçoive encore que le fil ne fe dévidé de delfus la bobine qu’en raifon de ce qu’il eft attiré par le mouvement de Yafpe , & il fera démontré que plus ce mouvement de rotation eft lent, celui des bobines étant toujours le même , plus la partie du fil dévidé fera torfe. Il n’eft donc queftion, pour tordre plus ou moins le fil , que de changer la tourte ou lanterne. On en a pour cela une grande variétéi & il y a une adreffe à bien juger du degré de tors qu’il convient de donner, eu égard à la qualité de la matière , à la difpo-fition a&uelle, & à fa deftination future, & à la tourte à placer, pour y parvenir.
- Le diamètre de la tourte étant égal à celui de la roue, les rotations de chacune feront égales. Son diamètre étant double , celle - ci tournera deux fois quand celle • ci tournera une feule ; n’étant que de moitié , ce fera le contraire : ainfi , plus la lanterne fera petite, avec un nombre de dents proportionné pour faciliter l’engrenage, plus le dévidoir tournera doucement , plus le fil fera retors ; & ce degré de tors fera toujours en proportion de ce diamètre.
- On a un fécond moyen pour opérer le même effet, & même pour le doubler en même tems, fi l’on veut; c’eft d’agrandir ou de diminuer le diamètre du dévidoir, en éloignant ou rapprochant fes côtés de l’axe , au moyen des tra-verfes à couliffes pratiquées par des mortaifes dans l’axe même. Plus ce
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- diamètre efb petit, plus la longueur du fil dévidé eft de tems à s’y rouler, & plus elle fe tord dans cet intervalle ; & vice verfa.
- Lorsqu’on change de tourte, on éleve & on abaiiTe le dévidoir propor-tionnément au diamètre de cette tourte, pour que la roue s’engrene toujours avec la même facilité -, on l’abaiffe également à l’autre bout, pour la tenir toujours dans une pofition horizontale. Le point extérieur de tangence du tambour n’étant pas tout-à-fait dans le plan circulaire, mais un peu en-arriere, il arrive que la bobine la plus proche de chaque côté ne reçoit qu’un faible frottement de la courroie, qui même n’eft pas abfolument continu ; les fils en font moins tors : on pourrait remédier à cet inconvénient , par des chevilles de bois arrondies , implantées en - avant plutôt qu’en-arriere de ces bobines. La forme circulaire de ces moulins femble devoir retordre les fils inégalement , les longueurs de fils dévidés étant toujours elles - mêmes égales, & la pofition de ces fils toujours inégale s & cela ferait en effet pour la première longueur des fils: mais on y remédie en amenant d’abord tous les fils au centre du moulin , les tordant en cette pofition , & les diftribuant enfuite chacun à fa place fur le dévidoir : alors le tors eft égal, parce que le fil ne fe dévidé plus pour chaque endroit , à proportion de l’efpace que chacun a à parcourir, mais toujours également & en même longueur. Mais il réfulte un autre inconvénient de l’inégale longueur de ces fils , celui de la différence de poids , & par conféquent celle de tenfion dans leur longueur. Leur pofition étant prefqu’horizontale , & leur pefanteur fpécifique augmentant en raifon de leur longueur, il fe fait aux plus longs une plus grande courbure au centre ; & lorfque les fils fe tordent enfemble, ils fe cordent quelquefois dans cette partie par bouts de longueur proportionnée à la moindre tenfion , occafionnée par la plus grande diflance du dévidoir à la bobine.
- On obvierait à ce dernier inconvénient, en employant, au lieu de ce moulin, celui à retordre les foies , où la longueur des fils dévidés efi: toujours verticale.
- Les fils pour chaîne de camelots-laine fe retordent en blanc & à deux fois : on trouve cette pratique meilleure que de le faire en une ; le tors en effc plus égal & plus ferme: la première avec une lanterne de vingt fufeaux, & la fécondé avec celle de quinze, plus ou moins, félon la qualité de la matière.
- Les fils, pour chaînes de camelot - poil & de camelot-mi-foie, fe retordent en couleur, parce que le fil de laine & le fil de foie dont elles font compofées, fe teignent en écheveaux féparément, l’une & l’autre matière demandant des procédés de teinture différens. On les retord auiîî de préférence, & le plus fouvent, malgré la double main-d’œuvre, à deux fois, avec des lanternes de quatorze, quinze à feize fufeaux, ou quelquefois à une Tome XIX. T t
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- •feulement,avec des lanternes de fix,feptà huit fufeaux :on a foin d’augmenter le nombre des fufeaux à proportion que les couleurs font de nuances fortes, parce que les hautes couleurs altérant plus la matière , elle demande plus de ménagement.
- La chaîne des baracans fe retord comme celle des camelots , & plus ferme encore. Celle des étamines, dites viré-fin , ne fe tord qu’une fois avec une lanterne de fept , huit, neuf fufeaux ; & le demi-fin , avec celle de neuf,de dix, & onze, & ainfi des autres. Celle des ferges de Rome, de Mînorque, calmandes , bafins, grains d’orge, &c. fe tord deux fois avec une lanterne de vingt à vingt-cinq fufeaux pour la première, & de quinze à vingt pour la fécondé, fuivant encore la qualité de la matière , fon état a&uel, & fa defti-nation future.
- Le poil de la trame des camelot-poil efl: Amplement viré, ce qui efl: une maniéré de retordre légèrement. Cette opération fe fait d’une feule fois avec une lanterne de quinze, dix-huit à vingt fufeaux. Ne veut-on qu’un virage très-faible ? il n’y a qu’à fubftituer une poulie à la roue du dévidoir , qui s’en-grene dans la lanterne, & une corde ou une courroie paffée deffus ,& qui em-braffe en même tems la lanterne. Cette lanterne beaucoup plus grande que la même j fera tourner le dévidoir beaucoup plusvûte qu’elle ne tournera elle-poulie , & le fil y étant amené beaucoup plus tôt, y fera moins retors.
- On remarquera que la filature à corde ouverte fe fait toujours de droite à gauche , & le retordage de gauche à droite,en fens contraire parconféquent. Chaque fil fe détord un peu au premier mouvement : ils s’ouvrent, s’accrochent & s’incorporent en quelque forte , puis ils fe roulent en hélices , & non en /pires i comme on le dit dans l’Encyclopédie, & enfin ils forment de petites cordes ; autrement chaque fil continuerait de fe tordre fur foi : ils ne s’accrocheraient point l’un à l’autre ; ils fe tortilleraient même de diftance en diftance par brins féparés ; ils fe corderaient dans ces points. Les fils refteraient bâillans , inégaux en tenfion & en force, très-mal unis.
- On dit encore dans l’Encyclopédie , qu’on a vu beaucoup de perlonnes qui ne pouvaient fe faire des idées nettes de la raifon de cette manœuvre , & qui s’opiniâtraient à prétendre qu’il fallait retordre les brins dans le fens où le fil avait été tordu.
- Il ne s’enfuit autre chofe, finon que beaucoup de perfonnes n’ont pas voulu fe donner la peine de réfléchir un inftant à l’objet de leur prétention, ni de jeter les yeux fur un rouet ou un moulin à retordre : ils auraient vu qu’il n’eft aucune de ces méchaniques qui ne foit difpofée pour produire fon effet en fens contraire.
- Ces difpofitions ont toujours lieu lorfqu’il efl: queftion de retordre deux fils enfemble : mais lorfqu’on n’en retord qu’un, pour augmenter feule»
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- ment le tors de la filature, ce qui effc néceffaire dans bien des circonfiances, ce qui ferait avantageux ici à plufieurs égards, fi l’on pouvait fie plier à cette pratique , ce qui fie fiait journellement à Moliens-le - Vidarne , à Govillé, & en d’autres paroiffes des environs de celles-ci, pour la fabrique des rubans de laine qui y efi confidérable: alors * ou l’on file à corde croi-fiée , fi l’on ne change pas la difpofition des moulins à retordre pour cet objet, parce qu’il faut nécelfiairenient retordre dans le fiens de la filature ; eu tordant le fil en fiens contraire , les fibres de la matière fie défiuniraient fans relfiource, & ce ne fierait plus du fil : ou l’on change en effet la dilpo-fition des moulins, comme on en ufie à Rheims.
- Je dis que cette pratique fierait avantageufe , parce qu’un fil de bonne matière en acquiert beaucoup plus de confifiance , & qu’elle nous mettrait dans le cas de monter des chaînes à fils fimples pour la tamifie & autres étoffes à luftrer, qui en fieraient beaucoup plus fiuficeptibles de cette forte d’apprêts. Je dis que ces fils en acquièrent beaucoup de confiftance ; car j'ai vu les ouvriers dont on vient de parler, travailler fur de lemblables chaînes avec force & aétion, & faire ainfi jufiqu’à cent cinquante aunes de rubans en un jour , un fieul ruban à la fois. Les ouvriers ordinaires eu font environ cent aunes : ce qui ne fuppofe pas des ménagemens à garder fur la matière, qui n’efl; cependant pas d’une qualité fiupérieure ; mais qui, à la vérité, efi: filée plus gros pour cet objet, que quand on fie propofie de la doubler & retordre pour le même emploi. Il faut aufîi obferver , dans le cas du retordage à fil double , que la partie du buhot horizontal, tournée du côté de la doubleufie, lui fierve de bafie lorfiqu’il efi: pofié verticalement fur le moulin à retordre ; & dans le cas du retordage à fil (impie , qu’elle fioit tournée du côté oppofié , en même tems que le moulin à retordre agit en fiens contraire.
- Le moulin à retordre, d’ufage dans la bonneterie, n’efl: pas connu dans cette fabrique ; il fierait très-propre à virer les fils, & il a de plus Pavantage de marquer les tours par une fuite de rouages femblables à ceux du petit dévidoir indiqué & calculé; mais il n’efl: fufceptible , ni d’autant de variations , ni d’atteindre jamais à un très-grand degré de tors.
- Le fil tors, lorfque c’efl; pour chaîne , fie dévidé de nouveau fur des buhots , pour en former des bobines à ourdir. Ces buhots ne font point faits comme les précédens, mais en forme de poulie alongée bbb : ils font plus longs & d’un moindre diamètre, mais à rebords très-élevés à chaque bout, pour contenir la matière dont on les charge beaucoup, pour avoir à y revenir moins fouvent : il faut cependant éviter qu’il le foient trop, & dans la crainte que le fil ne s’éboule, & parce que fion poids pourrait augmenter fà .difficulté à tourner, & faire caffer le fil à l’ourdiffage.
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- De Vourdiffage.
- L’ourdissage confifte dans la réunion des fils qui doivent compofer la chaîne, tons prolongés dans toute fa longueur , & la divifion alterne de chacun , qu’on nomme la croifure. Pour y parvenir, on a un moulin vertical , pL. fig. I , qui n’eft qu’une fuite circulaire de grands parallélogrammes , dont la piece du centre eft en même tems un côté commun à tous , & l’axe à pivot fur lequel tourne la machine A A. On lui imprime le mouvement par une roue horizontale r creufée en rainure , placée au bas de l’axe, & fur laquelle pafle une corde qui vient répondre à une femblable. roue placée hors du moulin R, & au milieu de laquelle eft drefle un petit axe à hauteur d’appui a a , avec une manivelle horizontale au bout M.
- A cinq ou fix pieds de diftance de ce moulin , on place la canmlier, qui confifte en deux grands cadres ou chaffis fur le même plan , l’un devant l’autre C C C G : on les traverfe de broches de fer pofées horizontalement de l’avant en arriéré ; & l’on palîe dans ces broches les bobines chargées du fil à ourdir bbb\ on les place de maniéré que les fils fe puiflent à toutes devider du même côté, afin qu’il y ait toujours une diftance plus égale entr’eux ; on éleve les bouts , pour les palfer chacun dans un anneau placé au-delfus. Cet anneau eft de fil-de-fer ou de verre ; celui-ci vaut mieux , le frottement en étant plus doux. C’eft de là qu’on les conduit au moulin , faifant la croifure dans l’intervalle. Cette croifure fe fait au moyen d’un gril de fer GG, dont les broches font percées dans le milieu , & qui, placé dans un cadre de la hauteur du moulin TT, & fufpendu par une corde qui va répondre au haut de l’axe du moulin B, & fe rouler delfus à mefure qu’il tourne, le fait monter ou defcendre, fuivant que la corde fe roule ou fe déroulé , ou que le moulin tourne à droite ou à gauche.
- On pafle tous ces fils alternativement un à un , entre les broches du gril, & les trous de ces broches ; on les fouleve tous à la fois après qu’on les a palfés. Ceux qui font pafles entre les broches , s’élèvent jufqu’au haut du gril ; & ceux qui font pafles dans les trous font arrêtés à cette hauteur. Il fe forme un intervalle entre les uns & les autres ; on y pafle le pouce j on abaifle actuellement les fils ; ils fe divifent de nouveau , mais dans le fens contraire & en fe croifant : on palfe l’index dans ce nouvel intervalle ; l’on amene ainfi le bout de la chaîne où tous les fils font réunis en faifceau , & la croifure , pour attacher le premier à une cheville du haut c du moulin, & palfer la fécondé dans une fécondé & troifieme chevilles plus rapprochées l’une de l’autre que de la première. Cela fait, on tourne la manivelle M; l’axe dévidé la corde qui fait defcendre le gril ; & les fils qui patient au travers , & qui defcendent en même tems, fe rangent d’eux-mèmes en hélice EE fur le moulin , & le garniffent
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- ainfi du haut en bas. Arrivé au bas, on y arrête les fils par une cheville c ; on forme , en revenant fur foi , une nouvelle croifure , mais par demi-portées feulement, & qu’on nomme la petite croifure , parce que la première du haut s’appelle la grande croifure. On tourne en fens contraire ; la corde fe roule fur l’axe; le gril remonte les fils en même tems & fur la même hélice; on forme de nouveau la première croifure, & ainfi de fuite , jufqu’à ce qu’on ait compofé la cliaine du nombre convenable de portées. On dit de ce nombre de fils qu’on met à la fois fur le dévidoir, que c’eft une demi-portée , & que le retour forme la portée.
- Comme on fait des portées depuis vingt - fix , vingt - huit fils , jufqu’à quarante , quarante-deux & quarante-quatre fils , on voit qu’il fuffit d’avoir la moitié de ce nombre de bobines: on en met allez communément vingt, faifant les portées de quarante. Les camelots, & autres étoffes à très-longues chaînes & de matières groffes, s’ourdilfent en deux parties , parce que les portées fe furmomant fur l’ourdiffoir , & celles de ddfus s’éloignant toujours plus du centre que celles de defious, formeraient une plus grande circonférence , & feraient plus longues ; d’où il arriverait qu’elles feraient lâches fur le métier, tandis que les autres feraient très-tendues. Les deux demi-chaînes des camelots-laine, ainfi ourdies féparément, après avoir arrêté la croifure des fils, & celle des demi - portées, au moyen d’une ficelle , & les avoir levées de delfus le moulin, & repliées chacune fur elles-mêmes , on les livre en cet état au teinturier, qui les réunit bouta bout pour les teindre , & ne pas courir les rifques de l’inégalité de nuances en les teignant féparément. On les rapproche enfuite pour les monter fur le métier : ce qui s’opère de la maniéré fui van te.
- s De la maniéré de monter les chaînes fur le mêtiero
- Cette opération fe fait ici dans les rues, fur les remparts, ou en tout lieu où l’on a un efpace fuffifant pour y étendre la chaîne dans toute fa longueur, en ligne droite. On réunit là les deux parties en une ; on paffe un levier à l’un des bouts,/?/. F, fig. 3 , celui de l’extrémité qui fe doit rouler la derniere ; à l’autre , on fait pafler chaque demi - portée entre les dents d’un rateau ( forte de peigne à dents de fer , dont la partie de delfus fe démonte pour donner paiTage aux fils), qui 11e fert qu’à divifer ces demi-portées, & tenir la chaîne dans la largeur où 011 la veut monter, & que 1 étoffé fe doit fabriquer. On paffe enfuite une baguette dans la chaîne, comme l’on a fait du levier à l’autre bout ; on enchâffe cette baguette ronde , qu’on nomme le verdillon, dans une rainure faite à deffein dans Yenfouple9 pofée à cet effet fur un baudet BB, efpece de-chevalet élevé , au
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- moyen duquel on fait aifément tourner Yenjbuple avec des bras de levier E. La chaîne en cet état très-étendue, fbutenue par un homme qui tient, très-près de l’enfouple , le rateau VV dans lequel elle eft paifée , par plu-fieurs autres de diftance en diftance ggg > aifez rapprochées jufqu a l’extrémité , qui la tiennent à poignées très-fermes, & qui , fans jamais la biffer couler entre leurs mains , fe rapprochent tout doucement à mefure qu’on la roule fur l’enfouple-, & ne la lâchent qu’à l’approche du rateau, pour que les demi-portées prennent leur écartement avant d’y entrer.
- Cette enfouple, comme toutes celles d’ufage dans ces fabriques, eft garnie de plateaux circulaires oo très-élevés, pour foutenir la chaîne: ils font mobiles, pour les avancer ou reculer, fuivant la largeur de la chaîne à laquelle on les fixe. On évite par-là les éboulemens , qui détendraient quelques portées , fur-tout celles des lifieres : ce qui eff d’une grande con-féquence dans le camelot, dont les lifieres fermes & nettes , qui annoncent une bonne fabrication en toute étoffe , parent finguliérement celle-ci.
- Il eft un autre moyen de rouler fur l’enfouple une chaîne moins longue , & ourdie à la fois ; c’eft de placer l’enfouple dans les anneaux de deux confoles en fer, attachées contre un mur ,fig. Il, MW; que les anneaux forgés au bout en forme de colliers , foient affez éloignés du mur pour qu’on puiffe faire tourner l’enfouple avec des bras de levier, d’autres ouvriers la tenant très-ferme vis-à-vis, & la lâchant à mefure qu’elle ap-'proche du rateau V, dans lequel elle eft également divifée par demi-portées. On conçoit qu’il faut la même attention à bien divifer cette chaîne fur fa largeur, & à en faire tendre également tous les fils.
- Cette méthode eft pratiquée pour monter la chaîne de toutes les étoffes qui fe fabriquent dans ces pays, à l’exception de celle des camelots.
- La chaîne , ainfi roulée fur l’enfouple, fe porte fur le métier, & fe pafle incontinent dans les lifjes & dans le ros, pour en fixer l’extrémité à la poi* triniere , & commencer la fabrication.
- Quoique ce palfage dans les lijjes & dans le ros, ou peigne, ne fe fade que rarement, au renouvellement de l’uti ou de l’autre feulement, il n’eft pas moins intéreflant de le décrire, comme auffi la méthode abrégée & plus facile qui en tient lieu : mais il faut avant, dire un mot touchant les lijfts & le ros, & donner une idée générale du métier.
- Des lijjes.
- Les lijjes fe font en fils de laine ou en fils de lin : les premières font préférables quant à la durée & à la douceur, mais elles font fujettes à s’a-longer; & ceux des fils qui palfent dans ces parties diftendues, font eux-
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- mêmes moins tendus lors du jeu des lames , ce qui rend le travail inégal ; & à l’égard du camelot, la trame forçant en-detfous ces fils plus mous, ne fouleve plus ceux d’en-dedus , & ne peut former de grain dans ces parties. On ne s’en fert pas d’autre ici cependant dans la fabrication des camelots de toutes les fortes , & de bien d’autres étoffes, dont la chaîne peu garnie demande d’être traitée avec ménagement : mais c’eft une attention à avoir pour réparer ce défaut auffi-tôt qu’il exifte.
- Les fils qu’on emploie à la compofition des liifes fuppofent une bonne qualité de laine , & l’on choifit une belle filature. On réunit une quantité «le ces fils proportionnée à la fineife de l’étoffe qu’on veut fabriquer avec ces filles : quatre , cinq , fix , & jufqu’à fept, qu’on retord à la fois très-fortement. On les dévidé enfuite très - tendus fur un petit afpe , & l’on trempe ainfi le tout dans l’eau bouillante , pour que , féchés dans cette fituation, ils ne fe cordent plus. On double & retord également les fils de lin qu’on deftine à cet ufàge.
- Ces lides ne fe diftendent pas ; elles caifent net : on les emploie , par préférence, pour fabriquer les calmandes, les ferges de Rome, les prunelles , les graius d’.orge , &c. & enfin toutes les efpeces d’étamines de cette fabrique , & toutes les étoffes à chaîue très - fournie, parce qu’elle s’accroche moins , & qu’elle fe dégage mieux.
- On fabrique ces liifes fur les liais ou tringles , fur lefquelles elles ref-tent montées, qui les foutiennent par haut & par bas, pour en faciliter le jeu en-dedus & en-dedous : elles fe font ou à deux grandes mailles palfées l’une dans l’autre, & alors elles fai fi dent & ferrent le fil au point de jonction , l’une en-dedus & l’autre en-dedous , de maniéré qu’il leve & baiife néceffairement à chaque fois que la lide dans laquelle il eft palfé fait ce mouvement j ou à deux grandes mailles femblables, mais féparées par un petit anneau de même matière, ou de verre dans certaines circonftances, dans lequel le fil paife également, & joue de la même maniéré. La première eft la lide fimple, & n’eft d’ufage que dans les fabriques de toiles & toileries , & toute étoffe de fil, de coton, & de fil & coton. La fécondé, comme plus douce , M m,pl. VII, eft préférable dans ces fabriques de laine & dans celles de foie. On la divife , pour ces ufages , en deux clades, fous les noms de lifje double à deux nœuds, & de lijje double à un nœud. Dans la première, la maille du milieu eft arrêtée ; elle ne peut être ni plus grande ni plus petite j elle frotte moins les fils que la précédente ; ils y font à l’aife, & jouent fans contrainte : c’eft la feule dont on fe ferve dans tous ces pays pour les étoffes de laine. Dans la fécondé , il n’y a qu’un nœud en-dedus de la petite maille, & qu’on peut ferrer plus ou moins près du fil de la «haine. Ce feul nœud fait que la liflfe pafle plus aifémcnt entre les fils des
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- chaînes de foie, très-fournies ordinairement, & toujours délicates.
- On fent que les liais des lames doivent excéder un peu en longueur la largeur des étoffes qu’on fe propofe de fabriquer par leur moyen. Les mailles doivent être diftribuées précifément fur cette largeur , & d’un nombre qui foit le produit de la divifion, fans refte de celui des fils de la chaîne, par le nombre des lames ; de maniéré que fi une chaîne fe trouve compofée de dix-huit cents fils, & fabriquée à quatre lames, il faut quatre cents cinquante liifes par lame j car dans aucune circonftance , on ne palfe qu’un fil en lilfe ; mais on les palTe , en alternant toujours de fil & de lilfe, dans la croifure primitive , formée à l’ourdiifage, & qui fe conferve dans le jeu des marches communiqué aux lames. Dans lestas de toile ordinaire, où il n’eft queftion que de deux lames , les fils fe paflent en alternant précifément comme on vient de le dire : mais lorfque le nombre des fils eft plus confidérable, ou qu’ils ont une certaine grolfeur , on augmente le nombre des lames, fans changer celui des liifes : on augmente même celui des marches qui les font jouer ; mais il n’en faut pas moins que la croifure fe conferve , & que la moitié de la chaîne , prife par fils ainfi alternés , s’élève, & que l’autre s’abailfe à chaque fois qu’on marche,. On expliquera ces divers palfages & leur effet, dans un petit tableau qui contiendra, avec la marche fimple , celle des différentes efpeces de croifures: on expliquera auflî le jeu des lames & de toute la monture du métier.
- Des peignes ou ros.
- Les ros font de deux fortes, en fer ou en rofeaux de canne. On emploie les uns & les autres dans ces fabriques , mais avec des diftin&ions bien marquées pour certains objets, & beaucoup moins pour d’autres. Ceux en fer font abfolument nécelfaires pour toutes les étoffes à trame mouillée : le rofeau s’amollirait, fè déjeterait, fe pourrirait enfin par cette humidité; ainfi le baracan, la panne , la ferge de Rome, la turquoife , &c. fe fabriquent toujours avec des ros en fer. Il n’eft pas auffi général de fe fervir de ros de canne pour les étoffes à trame feche ; on n’en ufe plus,guere , même dans la fabrique des çalmelots , mais feulement dans celle des petites étamines où il entre de la foie ; & encore eft-il probable que les fabricans de ces fortes d’étoffes en viendront à les abandonner, comme le font ceux des divers genres de camelots.
- On convient que le rofeau, plus doux, plus flexible, livre plus facilement paffage aux nœuds , & que les ros en fer , lorfqu’ils font neufs , & que le poli n’en eft pas porté au degré convenable, font fujets à coupe» beaucoup de fils j mais on trouve que ceux en canne, dont les broches durent
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- beaucoup moins & fe déjettent beaucoup plus, hachent & coupent aufli les fils , lorfqu’elies commencent à s’ufèr.
- On ne fait plus guere itfiage d’autres ros que de ceux d'acier dans les fabriques de foieries , à Lyon, à Tours, à Paris, &c. fi ce n’eft pour quelques étoffes légères & délicates , & pour la gaze , dont la trame mouillée l’expo-feraic à ternir la blancheur recherchée dans ce difu léger & de pur ornement. On n’eft pas expofé à cet inconvénient à l’égard des. étoffes de laine tille es à trame mouillée. Outre qu’elles font toutes fujettes à être débouillies , dégraiifées , ou lavées du moins pour premier apprêt, on a la plus grande attention , chaque fois qu’on quitte le travail , de tenir la châtie éloignée de la duite avec un bâton. Les ouvriers qui n’ont pas cette- précaution , tachent l’étoffe fans remede : les leffives & le pré , par lefquels on opéré le blanchiffage des velours de coton , ne fuffifent même pas pour enlever ces taches de rouille. ^
- Le peigne ou ros, pi. VU, Jîg. H, n’eft qu’une fuite de broches paffees dans la même filiere, pour leur donner la même épailfeur. On en forme un plan , en les rangeant de champ, à diftance d’un fil doublé & retors , qui, paffanù entre chacune , les ferre toutes fortement en même tenus , les unes à la fuite des autres : elles foiu^bies de haut & de bas entre deuxécülfes de bois applaties en-dedans, & que le fil enveloppe entre chaque féparation de broches. On choifit un bois fec , le moins fujet à fe go'nfler & à jouer : le noifetier y eft très-propre ; mais on termine les bouts du parallélogramme par des morceaux de rebut du rofeau même , qui eft dur , ferme, inflexible. Ces bouts de canne font inférés dans les extrémités des édifies , & fortement arrêtés chacun par quatre croifures du même fil. Les bouts de rofeau , qui font très - rapprochés des broches, leur procure du foutien ; & la derniers qu’ils avoiîinent de chaque côté , eft doublée pour foutenir mieux l’effort de la lifiere , qui tend toujours à s’écarter en pouffant en-dehors , & d’autant plus qu’il arrive fouvent que les fils en font plus gros que ceux du corps de la chaîne.
- Le fer des ros doit être bien battu, bien forgé, fans paillettes, trempé en acier & bien poli. La rraniere de les faire à la main, telle qu’elle fe pratique dans ce pays , eft longue , & fujette à des irrégularités, au lieu que la méchanique leur donne la plus grande précifion : elle ferre les broches par une preilîon toujours égale; & la ficelle étant toujours de même groflèur, les écartemens font toujours égaux : mais cette méchanique, de l’invention du fieur E>eiié de Rheims , & que poffede encore le fleur Fouquier de Rouen, n’eft connue que par fes effets : il ferait à defirer qu’elle devînt publique. Lorfque je confeille la méchanique comme plus propre à opérer également, je ne prétends pas exclure la méthode précédente. Le fieur Sovai, maître Tome XIX. , V v
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- rofctier à Amiens , fait des ros à la main avec autant de vîtelfe, & une pré-cifion que rien n’égale ; mais les ouvriers de cette efpece font rares : il eft le premier de ce genre. Il prépare lui-raème fa matière ; & fes ros montés, il ne leur relie qu’à en redrelfer les broches.
- A l’égard des ros de canne , qui fe font de la même maniéré que ceux en fer ou en acier, on choifit un rofeau convenable à la fin elfe du ros. On tire ces rofeaux du Portugal ,de l’Efpagne, de la Provence ; on préféré ceux d’Efi-pugne pour les ouvrages délicats : ils font d’un bois ferme & plus fin que les autres qu’on emploie dans les ros à fabriquer les diverfes draperies.
- Le poli des broches , fur le plan formé par leur arrangement, fe donne ordinairement après la fabrication du ros. On goudronne le fil employé à la eonftru&ion du ros, & l’on s’en fert allez fraîchement goudronné, pour qu’il lui relie toute la flexibilité convenable. Le goudron ell non-feulement deftiné à garantir le fil de la pourriture , mais aulli pour le rendre moins fufoeptible de l’humidité > d’ailleurs le goudron féché & durci ne permet plus aux broches de jouer dans aucune circonilance : elles font toujours fbutc-nues & ferrées avec un degré égal de fermeté. La longueur du plan formé par la longue fuite des broches , ell égal précifément à fa largeur de fa chaîne, qui eft celle de l’étoffe. Le ros a de pluf1^ après la largeur déterminée de l’étoffe» fes foutiens de canne. La hauteur des broches, dans leur viiide-, eft de deux pouces & demi à trois pouces & demi , fuivant les genres d’étoffe , & elles font arrêtées fur fix lignes environ à chaque bout. A l’égard de l’écartement de ces broches, il eft inaflignable : il dépend & de fa fineife de la matière qu’on emploie , & du nombre des. fils, qui doivent y palier. Pour les étoffes à marches fini-pies , on n’en paflfe ordinairement que deux entre chacune, ce qui s’appelle palier ou mettre deux fils en broche : on en paffe pour les autres quelquefois trois, quatre, cinq, & jufqu’à fix à fa fois.
- Des navettes*.
- Il eft prefque autant de fortes de navettes que de genres d’étoffes. Pour les camelots, par exemple,, dont le travail doit être fait le plu3 près poilible-du ros , & dont l’ouverture de la chaîne refte courte., même en pouffant 1a ehaffe le plus qu’on peut, il faut une navette mince & étroite; aulli n’a-t-elle de convexité d’une part& de concavité de l’autre , que ce qu’il en faut pour éviter les Frottemens, qu’on cherche toujours à faire porter fur le moins de points polfible ; e’eft aulli pour cette raifon qu’elles font évidées en-deffous. Mais eu égard à ce court diamètre » on ne faurait faire des efpoule s, pour 1a trame d’une certaine grolfeur , & il les faudrait renouveller trop fréquemment ; on a donc alongé cette navette , ainfi que 1a poche ou folle qui contient l’efpoule , & Ton fait en coiiféquence celles - ci plus loague.su
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- La chaîne étant large , dans le genre des étoffes feches,ila fallu donner du poids à cette navette , pour que le retard occasionné par les frottemens dans cet intervalle , devînt à peu près nul , qu’elle foutîut le mouvement imprimé dans le jet , & qu’elle pût être lancée avec célérité de part & d’autre alternativement. Pour y parvenir, on les perce longitudinalement à jour fur leur largeur, & l’on remplit ces vuides de plomb, par maffes égales, afin d’y conferver toujours l’équilibre. Celles qui doivent fervir à la fabrication d’étoffes moins larges , font un peu moins longues , ont un peu plus de courbure , ont moins'de poids ; mais elles confervent plus de reffemblauce avec les premières, à mefure que l’étoffe plus ferrée , plus forte de travail , demande à être tiffée plus près du ros. A l’égard de celles employées à fabriquer les étamines & toutes ces étoffes légères , appellées en conféquence étoffes de petite navette , elle eft en effet plus courte, plus arquée, plus large , plus évafée , & fans addition de corps étranger, pour en augmenter le poids-.
- Toutes les navettes font ferrées au bout, pour qu’elles n’accrochent pas les fils , & que, plus pointues , elles s ouvrent mieux le palfage ; ces bouts font relevés & obtus , pour qu’ils 11e heurtent nulle part. La matière dont elles font faites, eft toujours du buis, le bois du pays le plus lourd , le plus dur , & le plus fufceptible de poli ; car il faut éviter par-deffus tout, qu’aucuii fil ne foit accroché dans ce paffage continuel & fubit.
- L’espoule qui garnit la navette pour former la trame à fon paffage dans la chaîne , eft une petite bobine formée fur un canon de rofeau. L’axe fur lequel elle tourne très-librement dans la foffe de la navette , eft en bois duc & ferme , & mieux encore en acier , telle que partie d’une groffe aiguille de bas. L’un des points d’appui de cet axe , celui dans lequel on l’introduit d’abord , eft garni d’un reffort qui fait effort pour le contenir.
- L’espoule fe dévidé toujours en-deffous, parce que le trou par où fort le fil, eft plus bas que ceux de l’appui de l’axe , & qu’il aurait trop d’effort à faire en paffant par-deffus ; il fe cafterait, ou arrêterait la navette chemin faifant. Le fil fortant par la partie convexe de la navette , on fent que ce côté doit être tourné du côté de l’étoffe , & la partie concave vers le ros.
- Du métier.
- Tous les métiers de ce pays font les mêmes; on y fabrique indifféremment des camelots, des pannes ou peluches, des baracans , des ferges, des étamines, des calmandes , &c. Ils ne diffèrent en rien quant à la charpente, à laquelle on donne feulement plus ou moins d’incîinaifon , fuivantle travail; & encore eft - il douteux que cette différence d’incîinaifon , toute inclinaifou
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- même Toit néc.efîaire : j’ai fait faire dernièrement à Paris un métier horizontal , fur lequel on a fabriqué un baracan très-grainé, aufli parfaitement & avec plus d’aiiànce que fur les métiers inclinés 9 d’ufage: c’eft celui dont la planche eh ci - jointe. Mais c’était un baracan, obje&e-t-on , dont le grain ou la cannelure eh formée par la chaîne. Voici fur quoi on fonde l’inclinàifon du métier à camelot. La partie de la chaîne qui eft en-deffus lorfque l’ouvrier foule, étant en ce cas beaucoup moins tendue que la partie inférieure, préfente un logement à la trame, que cette partie inférieure, par fa tenfion , lui force de prendre fous le coup de la chalfe. Cette portion ainfl foulevée par la trame, domine le plan de la chaîne, & forme le grain de l’étoffe. Mais on trouverait le même avantage dans la feule inclinaifon de la chaîne fur un métier horizontal. Voyez celui d’ufage ,/?/. VI, vu fur fes différentes faces, avec toutes les pièces de (on armure, en travail & féparées.
- Quoi qu’il en foit, tout métier doit être monté carrément & folidement fur quatre piliers , avec des traverfes de haut & de bas ,1,2,3 &.,4* Ils ont de dehors en-dehors fix pieds de haut, quatre de long , & quatre de large. On fent que pour des étoffes étroites, cet excès de largeur eft affez inutile. Us font en outre foutenus par les côtés de deux pièces de bois qu’on nomme les coteras , placées au-deffous de Yœuvre ou poitriniere, laquelle eft placée d’un pied en-avant fur le devant du métier. Jufqu’ici ce n’eft que la charpente, dont aucune piece n’eft mobile ; c’eft un métier ifolé de fa garniture ; ce n’en eft , à proprement parler, que la carcaffe. Comme ils different dans ces garnitures, je vais décrire toutes les pièces qui fervent à compofer celle du métier à camelot, pl, VI//, & j’en ferai enfuite remarquer les différences d’avec ceux des autres étoffes.
- 1°. La piece de Yœuvre ou poitriniere P, nommée auffi ventriere dans la fabrique du camelot, par la pofîtion que l’ouvrier eft obligé de prendre , eft celle dont on a déjà parlé , fur laquelle l’ouvrier s’appuie en travaillant, & qui eft à rainure à jour, du deffus en-deffous , pour que la partie de l’étoffe fabriquée y paffe , & s’aille rouler fur une enfouple ou enfelle 0 qui eft en-deffous, par-delà le fommier de la chaffe.
- 2°. La chaffe H qui eft compofée du fommier cc & de la cape b b, entre lefquelles pièces le peigne eft fai fi par des rainures pratiquées en-deffus du fommier qui eft au-bas , & en - deifous de la cape qui le couvre. La cape eft à couliffes dans les épées a a ; on la leve pour placer les ros , &. on l’arrête avec des chevilles. C’eft le fommier très-lourd , & dont l’effet eft de porter en-avant le ros , qui amene avec force & vîteffe la trame au fond de l’angle des fils de la chaîne , qui a donné le.nom de chaffe à ce grand cadre. Il eft fou-tenu fur des créneaux en gradins cr, à plus ou moins d’élévation, pour en faciliter le balancement, .& en faire porter le bas d’autant plus en avant..
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- que le talus pu les gradins plus élevés ont plus de pente. Ces créneaux, ou plutôt ces dents de feie , font fur une ligne horizontale au nouveau métier. Les autres pièces de la chaffe font les épées, ou côtés du cadre qui unifient le fommier , qui y eft fufpendu , à la barre qui ferme le cadre par en-haut. Il y a encore des pièces à la chaffe, mais réfervées à ce genre de travail > c’eft la barre de fufpenjion **, !à un demi - pied de diftance en-avant de celle qui fait la clôture du cadre, & réunies l’une à l’autre par deux gros morceaux de bois qui font entre deux , & qu’on nomme les avelots. Cette forme de fufpenfion concourt encore , à ce qu’on prétend, à faire chaffer le fommier en-avant. C’eft la conftrudion des métiers d’ufage dans cette fabrique. Celui que j’ai fait faire n’a point ces avelots. La barre de fufpenfion eff attachée immédiatement aux épées.
- L’enfouple ou enfelle delà chaîne qui eft fufpendue par des cordes à la réglé placée au-haut, fur le derrière , & qui eft foutenue entre les derniers piliers par des tringles verticales qui y font clouées , & contre lefquelles elle coule ; lorfqu’on veut élever l’enfoüple à mefure qu’elle fe dégarnit, & que le plan de la chaîne s’abaiffe fur le derrière , on tourne une cheville pofés entre les cordes de fufpenfion , & elles s’accourciffent, ou bien on les éleve fur des créneaux en gradins , qui furmontent la réglé dans laquelle elles font paffées. Si l’on veut la dérouler pour fournir au travail à mefure que l’étoffe fe fabrique , ou tourne l’enfoüple avec un étendoir en fer, inftrument à long manche & recourbé en équerre. L’enfoüple percée fur fon extrémité comme un treuil, reçoit de même la partie recourbée du détendoir ; & appuyant deffus le manche en - avant, on fait tourner l’enfoüple à voloncé. On repofe le manche de ce détendoir, dont on laiffe l’autre bout dans le trou de l’enfoüple, fur les broches d’un rateau placé verticalement à cet effet fur le côté droit du métier. On a fubftitué à la fufpenfion dont on vient de parler, des appuis à l’enfoüple ,pl. VI, avec une roue dentée I, & au détendoir, la barre G. Le méchanifme eft plus fimple , 8c d’une toute autre folidtté.
- 4°. L’enfouple du travail o , fur laquelle s’enroule l’étoffe à mefure qu’on la fabrique, eft placée en^delîous, comme on l’a déjà dit, percée en treuil -comme la précédente, & de plus armée d’une roue dentée en encliquetage N, avec fon crochet, qui donne la facilité d’enrouler l’étoffe fabriquée , d’amener en-avant la chaîne déroulée , & de donner le degré de tenfion convenable au travail.
- f0. Les marche.s S ,pl.VII, au nombre de quatre ayant du derrière leur prolongement fur la longueur du métier , font fixées à charnière à cette extrémité ; & la diftance de leur point d’appui au pied de l’ouvrier, eft pour faciliter leur jeu naturellement dur par la forte tenfion de là chaîne,& la tenfion plus forte .encore des lames. Ces marches, qui font
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- toutes des leviers du troifieme genre, ont la puijfance , qui eft la preffi.on. du pied de l’ouvrier, à peu près à égale diftance du point d’appui & du poids, ou de la réfiftance. On verra que dans les autres métiers la puiflance eft plus rapprochée de la réfiftance. Ces marches fe prolongent de l’avant en arriéré , ou, fi l’on veut, de Parriere en avant de l’ouvrier, jufqu’à l’extrémité du métier : elles y reçoivent les cordes, qui, palfant au travers d’une latte à peu près dans le milieu de leur cours, font attachées au haut, chacune à l’une des extrémités des bilbacs x x, qui font la bafcule fur le vinaigrier y y•, avec les cordes qui vont répondre aux lames. Le vinaigrier n’eft autre chofe que la traverfe du haut & du derrière, furmontée du peigne à cinq dents ou broches de bois, entre lefquelles paflent les quatre bilbacs : ceux - ci font enfilés avec les dents du peigne par la fléché qui eft une broche de fer, fans gêner leur mouvement de bafcule ; de maniéré qu’en foulant une des marches foutenues en l’air par des cordes toujours tendues , on fait tirer cette corde qui y eft attachée , baiifer le bout du bilbac correfpon-dant, & lever la lame fufpendue à l’autre bout : enfin , ces bilbacs font des leviers du premier genre, qui ont leur point d’appui fur la fléché.
- 6°. Les lames font un compofé de liffes fixées en-deflfus & en-delfous, ou jde haut & de bas par les liais,/?/. VII, fig. i & 2 , E E, comme il a déjà été expliqué : elles traverfent la chaîne dont chaque fil palfe dans la maille de l’une d’elles ;&, attachées en-deiTus 8c en-delfous , lorfqu’on leve ou baifie chaque lame , on fait lever ou baiifer tous les fils de la chaîne qui y paifent. Il refte à faire connaître comment on fait lever & baiifer ces lames. Le premier de ces deux mouvemens vient d’être décrit : il réfulte de la preftion de la marche, & du mouvement de bafcule du bilbac. A l’égard du fécond, il eft plus difficile à concevoir. Suppofons deux forts morceaux de bois , taillés en-delfous en créneaux par gradins , pour y faire plus ou moins tendre une corde qu’on y palfe, chacun par le côté , fous le métier, fixés contre terre, avec la facilité de faire couler la corde fur les créneaux. Cette corde eft attachée à l’axe d’une poulie , dans laquelle palfe une nouvelle corde qui contient les jutriaux dans le milieu , & leur laitfe la liberté de faire la bafcule fur ce point d'appui. Les jutriaux {ont au nombre de deux de chaque côté; ce font des morceaux de bois de huit à dix pouces de long, aux extrémités defquels font attachées les lames par-delfous en cette maniéré: la première lame à un bout de l’un des jutriaux, la deuxieme h l’autre bout du même, & ainfi de chaque côté; la troifieme à l’un des bouts de l’autre jutriau, & la quatrième à l’autre bout du même. Un des bouts des jutriaux levant, attiré en - haut par la lame , attirée elle - même par la corde du bilbac , l’autre bout du même jutriau bailfe, & attire en-bas la lame d’après celle qui leve, à laquelle il eft attaché. Ces jutriau^
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- font, comme on voit, ainfi que les bilbacs , des leviers du premier genre. Comme le mouvement fe fait des deux côtés de la même maniéré, il eft clair que , du feui élévement de l’une des lames, il en réfulte l’abaiffement de l’autre. 1
- Ceci bien conçu, il eft aifé de voir comment on attire fortement les lames en-bas, pour donner du fond à la chaine,au moyen des créneaux en gradins. Il faut être bien attentif à donner des longueurs & des tentions égales, pour ne forcer pas plus d’un côté que de l’autre. Les lames attirées en . dellbus de chaque côté à la fois & avec même force , réfiftent à ce travail fans fe calfer ni fe déjeter: ce qu’elles ne pourraient faire , fi la réfif’-tnnce était inégale ou fixée en un feul point. C’eft pour cette raifon que chaque corde de fufpenfion des lames, qui part du bilbac , fe divife bientôt en deux, pour aller fai fi r la lame en - deffus, à peu près vis-à-vis les points où elle eft fiiiie par-deffous.
- Il eft bon d’obferver que les traverfes du bas & des côtés du métier font placées à la hauteur convenable, pour foutenir l’axe de Pc-nfouple fur laquelle iè roule l’étoffe , qu’on a dit être placée par-deffous la chaîne , derrière le fommier de la chaife. On remarquera auflî que la traverfe du bas & du derrière , qui eft fous le fiege, fert à repofer les pieds de l’ouvrier lorfqu’il ne travaille pas , & à le foulever îorfqu’il étend le corps & les bras en-deflus les lames, pour raccommoder les fils qui fe calfent par-derriere. On ajoute même à cet ufage, & pour plus grande facilité, une barre en-avant de cette traverfe, qu’on nomme le brnnçon..
- Ufage en Allemagne_
- En Saxe , à Gotingen, & à Lintz , où l’on travaille le camelot fupérieure-» ment, on en monte la chaîne fur le métier tout différemment qu’ici ; & je ne doute nullement que la fupériorité que j’indique ne foit due en partie à leur méthode, que je vais décrire.
- D’abord le métier, qui a à peu près les dimenfions du nôtre , quatre pieds en quarré, eft pofé d’à-plomb fans aucune inclinaifon. L’enfouple fur laquelle la chaîne eft roulée , eft pofée à un pied & demi au - deffous d’une autre enfouple ou cylindre, au - deifus duquel paffe la chaîne, pour en foutenir les Lis à la hauteur convenable. Ce cylindre excede de huit pouces le plan horizontal de l’œuvre., & la direction inclinée de la chaîne n’eft plus interrompue qu’à, fou paffage dans les lames, qui. la tirent en fond d’en.vi-j;on trois pouces.
- Il n’y a pas de bilbacs , & les cordes de fufpenfion des lames roulent fur des poulies,, comme au métier à toile. Le battant, ou chaife n’a point
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- de revers: il eft tout uniment fufpendu verticalement fur la traverfe du haut. On Te fert, comme ici, de quatre lames & de quatre marches ; mais la rentreture & le marcher font différens , comme ou le verra ci-après.
- Je n’oubüerai pas d’obferver que les marches font fixées , ou qu’elles ont le jeu à charnière fous le derrière du métier, comme à celui de velours de coton, & que l’ouvrier foule à l’autre extrémité : ie travail en eft certainement plus doux, & l’étoffe, à ce qu’on prétend, plus graînée.
- En réfléchi (Tant fur la pofition de Penfouple delà chaîne, je m’étonne qu’on n’ait pas préféré de la mettre autant en - deflus du cylindre'qui détermine fa direction à l’œuvre , qu’on l’a mife en-deffous; elle ferait moins près de terre , moins expofée à l’humidité, plus en vue, & plus à la main de l’ouvrier. Les fils qui caffent fe montreraient pendans ; on les pourrait reprendre fans tâtonner, & ils ne feraient pas fiijets à traîner. Cette pofition a fur notre méthode deux grands avantages entre plufieurs autres : le premier , de donner un développement de la chaîne beaucoup plus long , lequel , au moyen de l’appui qu’il reçoit en paffant fur l’enfouple du haut, donne aux fils de la chaîne une tenfion aufîi forte que fi le développement 11e partait de ce point d’appui, & à la fois une beaucoup plus grande élafticité. Il réfulte de ces difpofitions , que les parties développées de la chaîne réagiffent à toute adion , & que les coups de chaffe étant moins durs, il fe caffe moins de fils, & le travail en eft d’autant plus net.
- Le fécond avantage eft de tenir la chaîne dans tout fon développement, toujours à la même élévation : ce qui , toutes chofes égales d’ailleurs , doit rendre le grain égal d’un bout à l’autre de la piece. L’ouvrier qui l’éleve en ferrant les cordes par iefquelles l’enfouple eft fufpendue , ne le fait ni dans des tems affez réglés, ni affezégalement pour que l’inclinaifon ne varie d’une maniéré fenfible , & qu’elle 11e foie expofée à quelque déverfement qui occafion-nerait néceffairement de la variété dans la tenfion des fils de la chaîne.
- Il eft pourtant dans cet ufâge un inconvénient qu’il ne faut pas fe diffi-ïnulerjil ne tient, ou plutôt ne nuit en rien à la bonne fabrication ; 'il en eft abfoluraent indépendant ; mais il dérange un peu plus l’ouvrier , & il. en faut moins pour rebuter des gens dont la routine eft prefque tow-jous la raifon : c’eft qu’un fil venant à»fe caffer au-delà des liffes, le botit qui tient à la chaîne va pendre (ou traîner fur le derrière, & il faut que l’ouvrier forte du métier pour le raccommoder & le ramener en place ; au lieu qu’ici il n’a befoini!que dé fe drelfer & de tendre les bras par-deflus les lames , pour atteindre aifémeut d’un bout du développement de la chaîne à l’autre.
- Mais en. alongeant les métiers, on remédierait aux inconvéhiens de l’une & l’autre nrédrode.1,1 Dans aucun genre de fabrique, ils nè-font aùffi
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- courts que le font ceux d’ici, & il n’eft abfolumcnt bon à rien qu’ils le fuient ainli. Un pied de plus procurera , toutes chofes égales d’ailleurs, plug de longueur d’étoffe fabriquée en un tems donné , & d’une fabrication plus parfaite. Qu’on les alonge de deux pieds , qu’on leur donne la longueur des métiers de la toilerie, celle des métiers de la foierie, & l’ouvrier ne fera plus obligé d’en fortir pour raccommoder les fils qui caffecont: il en caffera beaucoup moins d’ailleurs.
- Paffage des fils en lljje & dans le ros.
- La chaîne roulée fur l’enfouple , & celle-ci mife en place , & tournée de façon que la chaîne fe dévidé en-deffus , on en étend les fils pour les faire paffer un à un d’abord dans les liffes , & enfuite dans le ros, /;/. V 8c Vfifig. E & F. Lorfque la liffe eft (impie , il faut que le fil foit ferré entre les deux mailles , pour qu’il leve & baiffe lorfque la lame fait ce mouvement. Quand elle eft double , le fil paffe tout uniment dans Panneau qui effc entre les deux mailles. Quand il n’y a que deux lames, le paffage fe fait alternativement ; tous les fils de l’un des côtés de la croifure dans l’une , & tous ceux de l’autre côté dans l’autre. Quand il y en a quatre qui doivent produire le même effet que deux, mais feulement pour diftribuer davantage les fils , & rendre leurs mouvemens plus libres, on paffe tous les fils de l’un des côtés de la croifure , alternativement un à un , dans les liffes de la première & de la troifieme lame , & de même ceux de l’autre côté de la croifure , dans les liffes de la fécondé 8c de la quatrième lame. La première & la troifieme s’élevant & s’abaiffant toujours enfembfe , tandis que la fécondé & la quatrième font toujours en même tems le mouvement contraire, il en réfulte que la chaîne s’ouvre aufli également dans la croifure que s’il n’y avait que deux lames.
- S’il eft indifférent de faire lever les deux lames proche l’une de l’autre à la fois, comme cela fe pratique dans la fabrication du baracan , 8c même du camelot baracané, il faut alors paffer tous les fils de l’un des côtés de la croifure alternativement dans les deux premières lames ,& ceux de l’autre côté de la croifure alternativement dans les deux dernieres.
- Les fils ainfi paffés en liffes, on les paffe en ros , au moyen d’une lame d’acier dentée un peu à crochet ; & amenés du côté de la poicriniere, on les y fixe à un verdillon qu’on paffe dans la poitrine même , ou que l’on attache à une autre étoffe ou refte d’ancienne chaîne, pour perdre moins de longueur de celle-ci, qui ne pourrait être tiffée dans cette partie. Ces différens paffages font longs 8c minutieux: on les évite, en laiffant un refte de chaîne dans les liffes & dans le ros, & dont on retord ces bouts avec ceux de la nouvelle chaîne qu’on fe propofe d’y introduire ; puis en tirant Tome XIX. X x
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- tout doucement la verge ou verdillon de bois, auquel les premiers font attachés, on y fait aifément paffer les féconds.
- Ce refte de chaîne, qu’on laide paifer dans les liftes & dans le ros , fe nomme la peignée. On fent que, formé toujours par le refte de la derniere chaîne, il fe renouvelle à chaque piece, & que c’eft: un petit déchet fur la longueur de la chaîne à fupporter à chaque fois. A Amiens le partage de la peignée dans les lifTes eft toujours l’affaire du lamier ou faifeur de James: il ne vend celle-ci qu’ainfi. garnies ; & s’ils arrivait, par quelque événement, qu’une chaîne fe trouvât entièrement dépalfée, on lui remettrait encore les lames , pour y paifer une nouvelle peignée , pour paffr les lames, en terme de fabrique.
- Le. tors des fils de la chaîne avec ceux de la peignée fe Fait en pinçant les deux pointes, les tordant enfembie, recouchant cette partie torfe fur la longueur de l’un des fils & roulant le tout à la fois entre le pouce & l’index. L’ouvrier entre dans le métier, & continue toujours en reculant, laif-fant le travail fait en-avant, & celui à faire en - arriéré , jufqu’à ce qu’il en foit à l’autre lifîere. Dans le premier cas, il faut une grande attention à ne pas' prendre un fil pour un autre dans leur partage en liifes : un feul fil d’un pas mis fur un autre dérangerait le travail * il en ferait de même dans celui-cifi le tors ne le faifait pas de chaque fil avec fon correfpondant:; & c’eft ce qu’on appelle mettre la chaîne hors-pas,
- Réflexions fur les dlverfes fortes de grains dans les étoffes , & moyens d'en produire ou de Us éviter».
- On a déjà dit que tout métier doit être monté quarrément & folidemeni. Celui du camelot eft de plus incliné de l’arriere en avant, quoique la chameau contraire doive l’ètre un peu de lavant en arriéré. Cette différente in-clinaifon eft déterminée, St par la pofitiom de Penfoople de la chaîne, & par le changement de dire&ion de ladite chaîne, qui, dans fon développement & à fon partage dans les lames, reçoit une inflexion en-bas. C’eft de cette difpo-fition que la partie de la chaîne , qui eft en - delfous lorfque l’ouvrier marche , eft plus ouverte & un peu plus tendue que celle qui eft en - deifus; & c’eft par-là que l’effort do Ja trame feche & filée un peu tors-, fe trouve fécondé pour faire furmonter la chaîne : effet d’où- réfulte le grain, qui yfan<s beaucoup d’ufage d’ailleurs-, & d’adreffe de la part de l’ouvrier , ne fe formerait encore que très - imparfaitement. Il eft un moment à faifir pour clorre le pas & ferrer la chiite: c’eft celui où cette duite fe trouvant à une ligne proche du tiflù , il frappe , démarche & marche fubitement , pour ouvrir le pas fuivant. Le coup que l’ouvrier donne eft fec > & la charte en eft
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- répercutée. La trame fe roule & s’arrondit chaque fois pendant quatre à cinq coups de fuite, & par-là même elle concourt le plus à l’effort & à l’effet dont on a parlé, qui eft, difent les ouvriers, de bien faire tourner la trame. Une des chofes qui concourent encore à ramener la trame en-defl’us , eft la forme de la fufpenfion de la chaffe qui porte le fommier très-en-avant , comme on l’a fait remarquer en jparlant du métier.
- L’usage de tenir au pied ^toujours & également , & le moment faifi de frapper entre les deux marches , font ce qui conftitue le bon ouvrier ; mais de favoir de leur part précifémenc à quoi tient cette fupériorité, il n’en eft guere, parmi les meilleurs même , qui foient dans le cas de l’indiquer. Les uns font bien fans beaucoup de peine ; d’autres, avec les plus grands efforts , ne fauraient féuftir. J’inlifte fur ces pratiques , parce que le travail fait mollement laiffe flotter la chaîne , eft toujours inégal, & donne moins de longueur d’étoffe. Il réfulterait les mêmes inconvéniens de chaffer trop tôt. En chaffant ou frappant trop tard, on ne fera qu’une étoffe plate & fans grain, une toile enfin.
- Si toutes ces attentions de l’ouvrier ont été prévenues de la part du fabricant, par le choix d’une chaîne bien affortie à la tramé , il eft évident que l’étoffe aura atteint le degré de beauté & de perfection dont la matière & la filature peuvent la rendre fufceptible.
- Maintenant , fi l’on veut fentir la différence du grain d'une étoffe formé par la trame, de celui formé par la chaîne, il faut favoir qu’au bara-can la chaîne eft beaucoup plus groffe que la trame, quelle eft doublée 8c retorfe fortement à deux fois, au lieu que la trame fimple, plus fine, d’une filature plus molle , eft en outre employée mouillée , que le métier & ia chaîne font très-inclinés d’arriere en avant, l’enfouple de la chaîne étant à peu près horizontale à la vue de l’ouvrier , & 1a direction de cette chaîne abfolument droite dans cette pente ; d’où il ne peut y avoir aucune difïe-rence de tenfion dans quelque partie -de la chaîne en un teras que dans on autre. La chaffe très - lourde retombant par fon poids toujours confi-dérable, eft tout uniment fufpendue par la traverfe qui termine le cadre du côté du haut des épées; & frappant la trame à pas ouvert par un coup dur, Lourd & fans réaCtion, elle plaque & l’empêche de furmonter la chaîne: ce qui ferait draper l’étoffe , eu égard à fon peu de tors. La chaîne plus ronde & d’une confiftance ferme, réfifte à toutes les opérations: elle ne reçoit aucune inflexion de la trame, qui au contraire les reçoit toutes d’elle. Elle conferve par-là fon grain en forme de cannelures prolongées fur la longueur de l’étoffe ; au lieu que celles du camelot formées par la trame , font prolongées fur la largeur.
- On voit par ce qui vient d’être dit, ce qui eft à faire pour qu’une étoffé
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- n’ait de grain d’aucune maniéré , comme à la tamife, au duroi, & autres femblables qu’on deftine à des apprêts luifans , pour lefquels la fabrication la plus ,en toile poflible , e(t la plus convenable. Il faut que la chaîne & la trame foient de fils à peu près de même grofTeur & également tors, que je métier foit horizontal , que la chaîne foit également tendue dans cette direction , que les lames jouent en l’air fans faire d’effort de part ni d’autre, & enfin que l’ouvrier tille continuellement, marchant, frappant, félon leur maniéré de s’exprimer.
- Ces préliminaires fur des différences fi marquées & fi peu fenfibles à la plupart des hommes, m’ont paru nécelfaires pour l’intelligence des opéra-, tions qu’on va décrire. Les raifons feront actuellement fenties,fms être obligé d’entrer dans des détails qui interrompraient inévitablement le cours de la defcription.
- Divijîon & JubdiviJion des efpeces & genres d'étoffes.
- Les feules étoffes comprifes fous la dénomination d'étoffes rafes & feches v peuvent fe repréfenter fous un grand nombre de claffes , & fournir une variété innombrable d’échantillons. On refferrera les premières divifions , fe réfervant à donner dans les fubdivifions les détails dont chaque objet eft fufceptibîe. On commencera donc à divifer ces étoffes en deux claffes : la première contiendra toutes celles à pas JimpU , foit qu’il en réfulte du grain & de quelque maniéré qu’il foit produit, foit qu’on les deftine à un apprêt ras, mat ou luifant ; & cette cîaffe comprendra les camelots de toutes les fortes, les baracans, la grande variété d’étamines, les tamifes, durois, & autres de ce genre.
- Dans la fécondé, on fera entrer toutes les étoffes à pas croïfé, de quelque croifure que ce foit; comme toutes les efpeces de ferges d’Aumale , de Blicourt, du Gévaudan , de Rome , de Minorque , les prunelles, les caïman-des unies & à côtes, les bafîns , turquoifes , grains d’orge, filéfies , mal-bourougs. La première divifion fupportera quatre fubdivifions. Dans la première , on renfermera les étoffes qui grainent par la trame ; tels font les camelots, qu’on fubdivifera par efpeces: i°. en camelot - laine d’Amiens, de Lille, de Saxe , de Gottingen , de Berlin & d’Angleterre ; 2°. en camelot - mi - foie d’Amiens & de Berlin ; 30. en camelot-poil d’Amiens, de Lintz, de Bruxelles & de Hollande.
- Dans la fécondé , ce feront les étoffes qui grainent par la chaîne : tels font les baracans ou autres étoâes, fous quelque dénomination que ce foit, dites haracanles.
- On placera dans la troifieme toutes les fortes d’étamines, dont les unes
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- ne graillent point, les autres grainent un peu plus par l’un des deux moyens, & les autres un peu par les deux.
- Dans la quatrième enfin, ou trouvera les tamifes, les durois, & autres étoffes à pas de toile fans grains, & dont le fil demande d’être applati par l’apprêt.
- La fécondé des grandes divifions comprendra toutes les fortes d’étoffes croifées, dont la fabrication nous eft connue j & comme les croifures, la matière, l’équipage , la monture & la fabrication de prefque toutes font différentes, on en fera autant de fubdivifions qu’il y aura d’elpeces principales.
- PREMIERE CLASSE.
- § I.
- Du camelot - laine.
- On a obfervé précédemment, que c’était le fabricant qui deftinait la matière lorfqu’il l’achetait filée, & que fa deftmation ultérieure dépendait abfolument de fa maniéré actuelle d’être. On ajourera ici, que , pour l’emploi des chaînes à doubler & à retordre, telles qu’elles font toutes dans cette fabrique, on fait toujours choix de fils filés moins tors, réfervant pour la trame ceux qui le font plus. On fera en outre remarquer que toutes les matières employées à la fabrication du camelot-font teintes en fil;favoir, celle pour la chaîne , lorlqu’elle a paffé par toutes les opérations qui précèdent celle de monter la chaîne fur le métier ; enfin, qu’elle fe teint la chaîne ourdie. Les fils de lifieres, au nombre de lix de chaque côté, doivent être de couleur différente, pour indiquer que l’étoffe eft compofée de matières teintes avant la fabrication. La trame fe teint en écheveaux, immédiatement avant d’en former" les efpoules. Ces matières, tant pour la chaîne que pour la trame, en ce qui concerne le camelot-laine d’Amiens, font de fon cru: c’eft toujours laine du pays, de la province , ou des provinces voifines. Il en eft cependant de très-beaux : il en eftauffi de très-communs. On fent à quoi tiennent ces différences : elles font encore diffiliguées par les prix, & chaque cliofe refte dans l’ordre. Le nombre des fils en chaîne pailés toujours quatre en broche, varie de quinze à dix - huit cents, fur la largeur de cinq huitièmes d’aune , qui ne varie guere dans cette fabrique.
- On pourra appercevoir l’effet d’une fixation toujours la même fur la même largeur, lorfqu’on voudra réfléchir qu’il faudrait en même tems obtenir, ce qui eft impoffible, une filature toujours égale. Car enfin , un
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- DA R T DU FABRICANT
- §V0
- ouvrier, quelque habile qu’il puiffe être, pourra très-bien ne jamais parvenir à fabriquer convenablement une étoffe avec tel nombre de fils en chaîne , qu’il la fabriquerait fupérieurement avec un nombre moindre. Il faut toujours entre la matière, les liffes & le ros par où elle doit pafier, des rapports, dont le fabricant peut feul être le juge; & à tout prendre dans ce cas-ci,il vaudrait encore mieux pécher par défaut que par excès: au lieu de faire une étoffe néceffairement bourrée, inévitablement mal tenue au pied, mal unie, mal-propre, elle pourrait n’ètre que légère, elle pourrait même ne l’être pas, quoique très-bien fabriquée: mais, comme c’efb toujours la chaîne qui donne de la confiftance à l’étoffe , on retrouverait à l’ufage l’inconvénient de ne l’avoir pas fuffifamment fournie.
- Outre les camelots de laine ordinaires, qui fe font toujours à Amiens à trame fimple, aflfez paffablement torfe, & jamais retorfe , il s’en fait une efpece très-groffiere , qu’on nomme improprement baracan, où l’on double, où l’on triple même la trame 5 mais il exifte dans la fabrication de celle-ci des différences qui font expliquées ailleurs.
- On fabrique à Lille de beaucoup de fortes de camelots-laine en couleurs unies, de rayés & de jafpés, comme à Amiens ; mais on les y varie de plus dans les largeurs, & il s’en fait eonfidérablement en blanc, pour être teints en pièces. Les plus larges de ces camelots, de trois quarts & d’environ une aune, mefure de France, font peu connus hors la Flandre ; il font légers, communs & à bas prix, & fe conformaient principalement eu habillemens de femme. Ceux de largeur ordinaire de demi-aune un douzième , connus fous la marque diftinétive de quatre , quatre & demi, & cinq barres, fe travaillent tantôt en couleur, tantôt en blanc , pour être teints enfuite. La chaîne eft double & retorfe à ces camelots ; mais à beaucoup de ceux-ci on double aufîi la trame, qu’on vire même un peu fortement; oit les fait encore en plus belles matières que ceux d’Amiens, fouvent en fuperfin de Turcoing, & en plus hauts comptes, ce qui les rend d’une qualité & d’un grain bien fupérieurs.
- Il s’en fait à très-groffe trame fimple, connus fous le nom de gros grains, & ceux-ci font pour être moirés ; d’autres plus légères , à trame plus fine , de la groffeur à peu près de la chaîne , qu’on defline au gautfrage.
- Les camelots ordinairement rayés à larges raies , & dont Lille fournit abondamment , fe défignent par le mot d'étroit, & varient en qualités connues fous les noms de treize , quatorze 8c feiqe tailles, comme les précédentes par les barres.
- On différé beaucoup de nos pratiques en Allemagne , dans la fabrication du camelot laine. On en double , 011 en triple, & quelquefois même on en quadruple la trame; il arrive toujours au moins qu’on la double, même
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- dans les camelots rayes & à carreaux, pour meubles & habillemens de femmes du commun, ou d’enfans -, & aufli dans une efpece de petit camelot, forte de crépon, qu’ils font en blanc ou en couleur unie, & dont ils écra-fent le grain, ainfi qu’au rayé, par un apprêt luifant.il fe fait une con-fommation prodigieufe dans toute l’Allemagne de ces camelots rayés par échantillons très-variés en toutes fortes de couleurs, & elle s’étend beaucoup jufques dans la Lorraine & autres provinces voifines.
- A l’égard de la chaîne, ordinairement double comme ici, on la' triple quelquefois ; mais en général on la tord légèrement au moulin : elle acquiert allez de confiftance par l’encollage , qui fe fait, la chaîne ourdie , à la colle forte difloute dans une fuffifante quantité d’eau chaude , à raifon d’une livre pour treize à quatorze livres de matière , en procédant d’ailleurs comme il eft ufité pour l’encollage des chaînes de draperie.
- Lintz , qui depuis long-tems emploie tous les moyens que les entrepreneurs de cette fabrique impériale imaginent pour la porter au point de perfection de celles de Saxe & de Gottingue , divife fes dfverfes fortes de camelots-laine par centaines de fils en chaîne. Les plus communs ont deux mille fils fur la largeur de cinq huitièmes d’aune de France , & les plus fins jufqu’à trois mille. On proportionne la finefle du fil au compte dans lequel on veuc fabriquer ; de forte que pour une chaîne de deux mille fils , on en prend du numéro 20, ou 21. Lorfqu’on double le fil de la trame, on le choifit du même numéro que celui de la chaîne 5 fi l’on en met trois ou quatre , on le prend d’une filature plus fine : plus le fil eft fin, plus il cft tors.
- Les camelots-laine d’Angleterre , dont la matière & la filature approchent beaucoup plus de celles de Saxe que des nôtres, en tiennent beaucoup plus auftî quant à la compofition. On en double , on en triple quelquefois auftî la trame j & ils n’en font ni moins fins, ni moins beaux.
- On fait en Angleterre, indépendamment dé toutes les fortes de camelots dont on a parlé & dont on parlera dans cet ouvrage, beaucoup de petits camelots de feize à dix-fept pouces de large , de matières très-communes r à chaîne double & retorfe , & à trame fimple , mais très-torfe auftî, brochés à chaînons ; on en donnera la marche ci-après. La laine du broché eft de filature très-ouverte , pour qu’elle s’épate & garnifle mieux , & de couleur toujours tranchante fur celle du fond. On en fait de même à carreaux., avec le bouquet au milieu, ou de rayés, avec les fleurs entre les raies.
- Sï la trame eft teinte d’une couleur différente de celle de la chaîne , la couleur compofée qui en naîtra, aura du changeant ; & cette maniéré de nuancer a été & eft encore fort à la mode. Si l’on veut avec cela , ou fans cela, que l’étoffe foit rayée en chaîne , il n eft queftion que d’alterner fes couleurs
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- VA RT DU FABRICANT
- dans l’ourdiffage , avec une quantité de fils de fuite de la même couleur , proportionnée à la largeur qu’on a de/Tein de donner aux rayures. Veut-on avec cela, ou fans cela, que l’étoffe foit jafpée? Iln’eft queftion que de faire teindre différemment les fils de la chaîne avant de les doubler , pour les retordre ; & de ce mélange il naîtra l’effet defiré.
- De la fabrication.
- Toutes ces chofes en état, la navette garnie , l’ouvrier affis dans le métier , & bien en face de fon travail, il ne lui refte qu’à marcher , lancer la navette , clorre & rouvrir fes pas , comme il a été expliqué au camelot particuliérement qui a quatre marches & quatre lames , pour ne faire l’office que de deux. Il faut fouler deux marches à la fois, pour faire lever deux lames en même tems. Dans l’un & dans l’autre cas, ce font la première & la troifieme, la fécondé & la quatrième. Il ne refte donc pas d’appui à l’ouvrier. Il faut en conféquence qu’il foit folidement affis à plat fur une planche , laquelle eft fufpendue par une corde d’un côté, & foutenue de l’autre par un bout arrondi fur un appui formé par les platines ou réglés inclinées , & une cheville qui y eft implantée à l’angle droit , pour l’élever & l’abaiffer à volonté, & pour lui donner la facilité, par cette tendance au jeu d’un axe tournant, de fe porter aux fituations que l’ouvrier a befoin de prendre dans fes divers mouvemens. Il eft de plus foutenu contre l’œuvre qui lui preffe le ventre, & cette preffion eft la plus favorable pour le foutien du corps, & pour la liberté des deux jambes qui doivent agir à la fois.
- Dans la plupart de! autres métiers , où la planche du fiege tournée de champ appuie feulement l’ouvrier & le rejette en-avant, comme au bara-can & à toutes les étoffes de la petite navette, ferges de Rome, prunelles, turquoifes, &c. ou rryfe à plat, mais courbée de maniéré que l’ouvrier , affis folidement dans la concavité de la planche , puiffe agir avec l’aifance & la force qu’exige la fabrication du camelot baracané ; ou enfin fur quelqu’autre métier que ce foit, où l’on eft libre de marcher & de démarcher de l’un & de l’autre pied alternativement , c’eft plutôt la poitrine qui appuie fur l’œuvre. Mais le corps ne pourrait long-tems être foutenu ainfi , fans en fentir bientôt de très-mauvais effets: auffi eft-il foutenu fur l’un de fes pieds , toujours ou alternativement, fuivant fon ufage, tandis que l’autre agit feul.
- Quoique l’ouvrier, pour ouvrir le pas, doive fouler deux marches à îa fois, il y a cependant un petit intervalle dans lequel on donne un léger mouvement de balancement alternatif, qui fe communique du bas en haut, pour détacher les liffcs & les fils que la tenfion & la preffion uniffent affez
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- D'ETOFFES EN • LA 1 N E S.
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- pouf en cafler dans ce frottement, par une divifion unique & trop brufque. Le pas ouvert, l’ouvrier pouffe la chalfe d’une main par la partie la plus proche de l’ouverture-de la chaîne; & de l’autre il lance la navette , laquelle eft reçue par la main qui a pouffé la chaffe , & qui la foutient jufqu’à Ge que la navette arrive. On laiffe alors tomber la chaffe d’elle-même fur la duite ; on frappe enfuite deux coups , en faififfant alternativement la chalfe par la cape , avec la main qui vient de lancer la navette ; on démarche dans l’intervalle , & enfin on laide encore retomber la chaffe. L’ouvrier ne va pas chercher le milieu de la cape pour frapper , il la prend par l’endroit le plus à portée ; mais comme il alterne à chaque duite, & que la chaffe eft ferme & contient le ros de même, le tiifu n’en eft pas moins égal.'
- Pour étendre le premier fil de la trame, l’ouvrier place en face du trou,’ en-dedans la foffe de la navette , le bout du fil de l’efpoule, & , par une afpiration forte & fubite, il l’attire en-dehors, & l’y prolonge tout de fuite convenablement. Il faut faire ce devidage à chaque nouvelle efpoule, d’une longueur de trame égale à la largeur de la chaîne, fi la derniere s’eü terminée à la lifiere ; ou de ce qu’il en refte à courir , fi elle s’eft terminée dans l’intervalle , parce que le fil n’étant arrêté encore par rien, & l’efpoule n’éprouvant aucune réfiftance, il ne le déviderait pas. Il faut avoir attention de placer en trame les fils bout à bout ; s’ils fe furmontent, ils font double duite dans cette partie ; il y a gonflement & inégalité de grains : s’ils ne fe joignent pas, il y a encore double duite en cette place , & l’étoffe au contraire y eft creufe.
- La navette eft tenue entre le pouce & le médius, appuyée contre YannuJ laris , & lancée par un coup de poignet, aidé de Yindex qui preffe en même teras fur la pointe du derrière de la navette; elle eft reque de l’autre part» entre Vindex & le médius , & non fur la pointe de Yindex, comme font les ouvriers mal-adroits. Indépendamment de ce qu’elle pique le bout du doigt dans ce cas-là , & qu’il s’y forme une callofité à la longue , c’eft qu’elle réagit contre , & la trame n’en eft jamais auftî bien étendue : défaut qu’il faut foigneufement éviter , fi l’on veut avoir un tiffu égal & net. Pour faciliter le jeu du poignet , on fait une échancrure de chaque côté aux coterets, chofe à laquelle on obvierait fort aifément, en les plaqant plus bas , encore plus au-deifous de l’œuvre , dans la conftru&ion du métier. A l’égard des marches fucceffives & du tems de lancer & de chaffer la trame qu’on nomme ici enjlure ou Lanchure, il en a été fuffifamment parle.
- Le temple eft un inftrumentbrifé en forme de réglé , qu’on alonge & qu’on raccourcit à volonté au moyen d’uue crémaillère , ou autrement, & qu’on fixe par un bouton. Il fert à tenir l’étoffe dans fa largeur , & à la foutenir dans le travail. Il eft, à fes extrémités, garni depointes de fer qui entrent dans les lifieres Tome XlXa Y y
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- L'ART DU FABRICANT
- de part & d’autre. On le replace fréquemment en travaillant. Il eff toujours’ mieux de travailler près du temple j la tenlion ferme de la chaîne & de l’étoffe fur la longueur les ferait rentrer fur la largeur j & en templant trop éloigné du travail, cette partie ne fe maintiendrait pas actuellement dans la largeur exaCte du ros ; il fe déjeterait fur fes extrémités ; il 11e pourrait poulîer la* duite alfez avant, & le travail ferait inégalement & mal-proprement fait. Il eft indifférent de templer en-deiTus ou en-delfous du travail , lorfque l’étoffe, moins large que le camelot , laiife la facilité d'agir par-delfous > pour y tendre , détendre Si placer le temple. On le met deffus au camelot toujours deffous aux petites étamines.
- Si un fil fe caffe, il faut ralonger un des bouts, pour rapprocher les-deux: on prend pour cela du dernier penne, fi l’une & l’autre matière eff blanche, ou de femblabie couleur, & de même efpece & qualité : fl elle* différé en l’une de ces chofes ,on dévidé une petite bobine de plus qu’il n’em faut pour ourdir la chaîne, & on l’emploie à cet ufage.
- Le nœud n’eft plus celui du tifferandla laine eft trop molle y elle n’â pas affez de reifort pour fe prêter au paflage rapide des bouts de fils j elle n’aurait même fouvent pas affez de force pour foutenir la fecouffe prompte qu’on a coutume de donner au fil pour ferrer ce nœud. On joint tout uniment les deux fils l’un fur l’autre, & on les noue enfemble , par un nœud limple & ordinaire : 011 fépare enfuite ces deux fils ,'& on les étend de longueur de part & d’autre du nœud', ce qui le ferre fuffifamment.. On coupe les bouts palfans, avec des cifeaux, le plus près du nœud;
- A-t-on du fil de poil de chevre à raccommoder ? il faut faire un fécond nœud ; la matière qui efi: élaftique 8c plus coulante que la laine , s’échapperait du premier , fi l’on ne la contenait par les mêmes bouts qu’on coupe à la laine. On commence par faire un nœud avec les deux bouts j on noue enfuite les deux bouts enfemble ; eu ramené le premier nœud de l’autre côté du fécond , en couchant deffous les deux bouts , & il fe ferre deffus, en tirant les fils prolongés de part 8c d’autre.
- S’il fe lâche quelque fil en travaillant, ou que ceux caffés & raccommodés foient moins tendus , ce qui arrive fouvent, on les arrête fur l’œuvre avec-une aiguille à groffe tète, qu’on nomme épinglent, qu’011 plante dans l’étoffe 9T & qui tient ceux-ci également tendus que tes autres..
- Obfervcitions fur quelques différences du camelot baracanè & du camelot ordinaire
- Les différences dans la fabrication 8c dans l’effet du camelot baracanè ». font trop marquées pour ne les pas indiquer. D’abord, la chaîne de celui-ci* &’eft point retorfe, quoique doublée , mais feulement virée. On prétend que
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- c’eft pour que la trame de trois fils allez communs, & d’un très-gros volume , ait plus de'facilité à s’approcher , par les inflexions de la chaîne ; mais ce ne pourrait être qu’en en énervant le fil, puifqu’il faut que cette chaîne foit tenue très-tendue. La vraie raifon eft , que l’étoffe eft de bas prix , & qu’une chaîne torfe coûterait davantage que lorfqu’elle eft Amplement virée. On trouve même au marché ce fil ainfi préparé, fans que le prix en foit augmenté d’une maniéré fenfible.
- Cette chaîne a peu de confiftance , comme l’on voit, eu égard aux fecouflès qu’elle éprouve ; on la colle pour lui en donner davantage. L’opération de coller , dont on donnera le procédé ci-après , efl: commune à toutes les chaînes fimples , ou virées, ou légèrement retorfes, comme il arrive même quelquefois au camelot ordinaire, qui efl: d’une filature trop tendre.
- L’inclinaison de cette chaîne fur le métier efl à peu près égale à celle des baracans, de vingt, vingt-deux à vingt-quatre pouces, fur une longueur horizontale d’environ trois pieds ; & on ne lui donne point de fond, c’eft-â-dire, qu’elle n’eft pas attirée en-deffous par les lames»
- La chaffe eftfufpendue comme au baracan., parla barre de travers, fans avelots. Cette barre, à toutes les chaffes , eft attachée avec des cordes qu’on ferre plus ou moins , pour élever ou abaiffer la chaffe au befoin : & pour derniere reffemblance enfin avec le baracan , on tiffe ce camelot à trame mouillée. On le fabrique ordinairement en blanc , pour être teint en piece. On en a fait autrefois à trame en quatre & en cinq fils virés enfemble. La trame de ceux qu’on fait aujourd’hui en -beige , couleur naturelle très-rem-brunie , eft feulement double.
- Les Anglais font aufli une forte de camelot baracané à très-gros grains, dont la chaîne, quoique double , eft affez fine , mais dont la trame , à fil fimple , eft très - groffe , & d’une filature très-ouverte. La chaîne en haut compte ferre la trame de près , & la fait regonfler en-deffus par de groffes cannelures terminées en arêtes, & prolongées fur la largeur de l’étoffe.
- La navette eft plus longue ., plus groffe , fa poche ou foffe plus grande , parce que la trame eft voîumineufe , & qu’il en faut peu pour former une sgroffe efpoule. Le vinaigrier, au lieu d’être pôle fur la barre de traverfe , eft fufpendu en-deffous par deux crémaillères qui donnent la facilité de le hauflêr ou le baiffer à volonté; en tenant les cordes moins tendues, la foule ,des marches eft plus douce, & le jeu en bafcule des bilbas plus facile.
- Revenons aux camelots ordinaires : ce qui refte à en dire eft commun à celui dont on vient de parler.
- La piece achevée, l’ouvrier la ramene fur l’œuvre , pli par pli, pour la .vifiter , & la mettre en état d’être rendue au maître. Alors il la vergette en différera fens, avec un petit balai de-bouleau ? pour en faire relever les bouts
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- de fils, les nœuds & autres fùperfluités catits par le roulage ; & avec la pince armée d’une pointe à l’autre extrémité, il arrache les nœuds , tire les doubles duites, épluche & nettoie la piece d’un bout à l’autre. Le fabricant fait une fécondé vifite , plie la piece par feuillets , la roule dans l’un des bouts , & la porte ainfi au marchand , foit qu’il la lui livre comme marchandife de commande , foit que le fabricant l’ayant faite pour fon compte, il la lui vende à prix défendu.
- Un petit tableau de cet objet, relativement à la fabrique d’Amiens ,. ferait ici d’autant moins hors-d’œuvre, que les détails dans lefquels on entrera , jeteront du jour fur fa fabrication, & en même tems fur fon com-, merce.
- Chaque piece de camelot-laine conibmme de vingt-cinq à trente livres de matière, dont les deux tiers environ pour la chaîne , & l’autre tiers.pour la trame. Celle-ci eft d’un prjx moindre que celui de la chaîne, d’un huitième ou d’un dixième. Ce prix ne peut s’aligner, tant il ell variable y mais en le fuppofant , comme en ce moment, de 3 liv. à 4 liv. 10 fols la livre 9 la matière filée & prife au marché , il en réfultera une iomme d’environ 300 liv. La main-d’œuvre de toutes les opérations, depuis la. filature exclusivement auiîi , peut s’e-ftimer à 10 liv. celle du tiffage à 20 liv. l’ouvrier tiffeur gagnant de 20 à 2f fols par jour. La chaîne a communément de Soixante à foixante.cinq aunes de longueur , & fouvent davantage ; elle perd environ trois aunes, & toujours plus, à mefure que l’étoffe fe graine mieux à la fabrication > relie foixante aunes d’étoffe pour le taux commun , qui fe vend depuis 40 jufqu’à fols l’aune : la piece entrera, donc dans le commerce fur le pied de [20 à 1^0 liv. C’eft le moment où le fabricant la livre au marchand , celui-ci fe chargeant de tous les apprêts.
- Il paraît au premier coup-d’œil * que le fabricant, ne gagne rien , on qu’il gagne bien peu dans ce travail, qui cependant eft d’un détail confidérable ; ajoutez, qu’il acheté toujours comptant les matières , & qu’il ne vend pouî l’ordinaire l’étoffe qu’avec des délais de paiement. Il gagne peu, eu effet. C’eft ici, plus que nulle part* que les bénéfices font véritablement le fruit de l’induftrie : mais la confomniation en eft confidérable , & cette faible induftrie en apparence eft d’un grand produit pour l’état. Le nombre, des métiers battans dans.ee feul article eft couramment de cinq , fix à fep: cents , fuivant les tems de l’année j & celui des pièces qu’ils produifènt, de huit à dix mille , année commune. La grande confomniation s’en fait enEfpagne, principalement en couleurs rembrunies , & enfuite dans, toute la France-, fur-tout dans les provinces méridionales.
- On n’entrera pas dans un fsmbluble calcul à la fuite de chaque objet. Celui-ci donnera une idée de la caufommation de la matière , de l’étendue &
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- du prix de la main - d'œuvre, & c’eft tout ce qu’on voulait: il fera bon feulement d’ajouter pour cet effet, que les camelots-poil & ceux mi-foie , dont on va parler, font des objets de quantité de plus d’un tiers chacun du précédent, & que le total du nombre des métiers à Amiens , dans le feul genre de la cameloterie , eh couramment de mille à douze cents, Sc quelquefois de quinze cents.
- Du camelot-mi-foie.
- Le camdot-mi-foie, ainfi que le camelot-poil, fe fabrique, quant aux opérations, précifément de la même maniéré que le camelot - laine. A l’égard de la matière, la différence eh indiquée par leur nom. Il eft compofé en chaîne d’un fil de pays plus fin & mieux choifi que pour le camelot - laine, & d’une foie organcinée de trente à trente - fix deniers retors enfemble. Le nombre des deniers de la foie fe détermine par celui des brins qui fe dévident à la fois des cocons, pour en former un fil. Quoique ce nombre ne foit pas toujours égal, il eft de l’art de le rendre le plus uniforme. Plus il s’en trouve dans la compofition d’un fil, plus il eft gros, plus il a de poids. On a dans les manufactures de devidage & d’organcinage des foies., un moulin , dont un nombre déterminé de tours de cette foie en fixe le denier ou le poids. On l’organcine enfuite : c’eft une opération à.part, qui con-fifte à doubler deux de ces fils , & à les virer légèrement.
- L’usage était précédemment d’employer deux de ces foies organcinées virées enfemble & avec le fil de laine , mais chacun d’une quantité de deniers moindre de moitié que le précédent, Cette quantité de feize , dix-huit à vingt deniers, eft le plus bas des extrêmes de cette progreffion. On pouvait les teindre de différentes couleurs, ce. qui donnait la facilité de mieuxjafper le camelot: mais on ne pouvait pas autant varier le poids de cette foie ; car en le diminuant davantage, elle n’avait plus affez de force & de confif-tance: d’ailleurs on pouvait être moins attentif à en raccommoder fur-le-champ une feule des deux, lorfqu’elle venait à caffer, que lorfqu’il n’y en a qu’une , laquelle même, comme beaucoup plus forte , n’eft guere dans le cas de fe rompre. Les avis à ce fujet ont été. long - tems partagés , & il y a eu d’amples difcuflions fur le paru le plus avantageux. L’autorité des régjemens avait long-tems tranché la difficulté. La liberté a décidé en faveur du parti oppofé ; il faut croire que c’eft le meilleur. Ce n’eft pas qu’on n’emploie encore fouvent une double foie organcinée ; mais c’eft dans les camelots de qualités fupérieures,& alors elle eft d’un titre au-deffus de celui qu’on a indiqué. On en emploie même quelquefois, dans ce cas-ci,, d’organcinée en trois.
- On a obfervé que la foie doit être teinte avant le doublage de la chaîne.
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- à caufe de la différence des procédés de teinture. Lorfqu’on fe propofe d’exécuter un échantillon , il eft tout fimple qu’on ne veuille avoir de foie teinte en couleur convenable, que ce qu'il en eft nécefiaire pour cela. On en ourdit une portée , qu'on mefure & qu’on pefe : le calcul eft enfuite aile à fair.e.
- Veut-on éprouver des foies, pour voir celle qui mérite la préférence? on en double & ourdit une livre , plus ou moins ; on voit ce que cette quantité fournit de longueur, & le fabricant fe réglé là-deflus. La trame du camelot-mi-foie eft auffi un fil de pays bien choifi , & d’une filature très-torfe. On emploie quelquefois des laines de Hollande filées à Turcoing, dans la fabrication de ce camelot ; & la qualité de l’étoffe qui en réfulte, eft fupé-rieure à ce qu’on fait communément en ce genre.
- Il fe fait auffi à Berlin des carnelots-mi-foie, & ils y font très-beaux , fupé-rieurs aux nôtres, & par la qualité de la matière, & par fa filature, & enfin par la trame bien affortie, doublée & fortement virée. Y font-ils plus ou moins chers que chez nous ? Les primes que le roi donne fur la culture de la foie ,les gratifications qu’il accorde par pièces d’étoffes, brouillent le calcul qu’en pourraient faire ceux qui ne font pas parfaitement inftruits de ces détails : cependant je ne penfe pas que Berlin entre jamais en con» currence avec nous fur cet article , ni fur aucun autre objet de fabrique dont 3a matière première ne foit pas purement & naturellement de fon cru ; car les foies de ce pays-là proviennent d’une culture forcée, dont le profit lie fera jamais qu’une çhimere;-
- On en pourrait dire autant de la Hollande relativement à cet objet, & à plufieurs autres du même genre, non quant à la matière, puifqu’elle ne cultive que fes laines, mais eu égard à la main-d’œuvre , qui y eft fort chere.
- Le camelot-mi-fin de Lintz tient un peu., par fon compofé, de notre camelot-mi-foie i mais il lui eft très-fupérieur, non-feulement par les matières , la filature & l’aifortiment, mais par l’addition aux brins de foie & de laine qui forment les fils de la chaîne, d’un troifieme fil de poil de clievre uni aux deux précédens. La trame eft en laine , comme aux nôtres; mais ils different à cet égard, en ce qu’elle eft toujours plus fine par proportion que la chaîne. Il eft de principe chez eux que la chaîne doit couvrir entièrement la trame , & ils l’enrichiffent en conféquence. Nous, au contraire nous cherchons à faire furmonter .& piquer la trame ; & on la fournit relativement à cette intention. Il en réfulte de leur part un grain plus fin , plus uni, & une nuance plus égale ; & de la nôtre , un grain plus marqué, & en forme de cannelure fur la largeur de l’étoffe.
- On a fait des effais dans tous les genres ; on a tenté des imitations de toutes les efpeces;mais dès qu’on veut fortir de fon cercle, on fe trouve
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- en défaut, & du côté de la matière , & du côté de la filature. On n’eft pas non plus allez exercé dans l’art des affortimens. Si l’on veut, & qu’on puifle réunir tous ces objets, on fait auffi bien 'qu’ailleurs ; mais on fort des prix communs, & il n’y a plus de concurrence. Le grand point effc la matière propre ; on efl découragé par ce vuide immenfe ; & tant qu’on ne s’en occupera pas fpécialement , il faudra favoir fe tenir dans l’état de médiocrité.
- Le nombre des fils en chaîne varie peu ici dans cette étoffe : il efl: toujours d’environ deux mille; mais il efl: plus confidérable ailleurs, à proportion que les matières qu’on y emploie font plus belles & de filature plus fine. Sa largeur efl de cinq huitièmes d’aune , ou demi-aune demi-quart, la même que celle du camelot-laine , la même auffi que celle du camelot-poil , à l’égard duquel tous les détails fur la quantité, le poids & la maniéré d’effayer 8c d’employer la foie en chaîne dans le camelot-mi-foie, font de plus abfolument communs..
- Du camelot - pciîl
- Le camelota poil efï fans contredit la plus belle des étoffes rafes qui ne foient pas de pure foie ; & fupérieurement traité, il n’en efl pas d’unie qui lui puiffe être comparée. On varie plus dans la fabrication de cette étoffe que dans toute autre. On ne faurait donc affigner un nombre aux fils de fa chaîne : le moindre d’ufage" efl cependant de deux mille cinq cents à deux mille fix cents , jufqu’à trois mille , comptés pour un , comme en toute autre circonftance , tous ceux qui font retors enfemble, & ayant également quatre fils en dent. Le camelot-poil ordinaire , celui qui occupe ici un grand nombre de métiers , efl compofé en chaîne d’un fil de Tur-coing-plus ou moins fin, fui vaut le degré de beauté qu’on veut donner à l’étoffe , & d’une foie organcinée , l’un & l’autre retors enfemble , 8c la trame de deux fils de poil de chevre virés enfemble. On en fait dons la chaîne efl d’un fil de laine retors avec deux fils de foie, 8c la trame de trois fils de poils virés ; d’autres à chaîne de deux fils de laine , 8c deux fils de foie, les quatre retors enfemble, 8c à trame de quatre fils de poil virés; d’autres à un fil ou deux fils de poil, avec un fil ou deux fils de foie, tramés de quatre ou cinq fils de poil ; d’autres tout foie en chaîne très-fournie , & de cinq fils de poil en trame; d’autres enfin tout poil , chaîne & trame , à trois , quatre , cinq ou fix fils pour celle - ci, 8c deux , trois, quatre à cinq pour celle-là.
- On a fait en France quelques effais de ces derniers, comme on l’a déjà ©bfervé: il ne s’y en fabrique plus , ni nulle part en Europe, que je.fâche, il ce n’eft à Lintz, 8c peut-être quelques-uns à Florence. La feule fabrique
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- qu’on en connaiffe ailleurs, eft à Angora, & il ne vient guere de ces camelots en France. A Leyde , on fabrique des camelots - poil de différentes claffes , connus fous le nom de camelots de Hollande. Cette dénomination ne les défigne pas , car on y eu fait de toutes les fortes : mais le camelot-poil eft fait en chaîne , tantôt d’un fil fin de Turcoing retors avec un , & le plus fouvent avec deux fils de foie ; tantôt d’un fil de poil retors avec deux fils de foie, ou même de deux fils de poil & de deux fils de foie, & toujours tramé de trois, quatre à cinq fils de poil virés. Ce camelot, dis-je, eft très-beau , fur-tout lorfque le poil dont il efl: compofé provient de cette efpece de chevre particulière à la province d’Angora en Natolie, dont on a parlé précédemment : mais que ce foit de l’une ou de l’autre efpece ou qualité de poil, il efl: toujours fort cher; aufîi n’en vient - il en France que ce qui y eft attiré pâr le caprice. Le goût en ce genre peut trouver à fe fatisfaire dans les fabriques de MM. Laurent freres , & de plufieurs autres , tels que MM. Joiron Maret, Henri Martin, &c. qui, par un zele adtif & une induftrie éclairée , les ont portées à un haut degré de perfection.
- Les camelots de Bruxelles jouiffent aufîi d’une réputation diftinguée : ils ne font compofés que de foie & de poil ; il n’y entre jamais de laine, & l’on 11’en fabrique pas au-deffous de trois fils en chaîne, un de poil & deux de foie ; on en met fouvent quatre, dont deux de foie & deux de poil retors enfemble ; ils font toujours tramés de trois , quatre & cinq fils de poil virés. Cet objet n’eft pas confidérable, & ce'n’eft plus par fon importance qu’il fait encore beaucoup de bruit. La manufacture de camelots de Bruxelles pourrait être comparée , par fes effets, à celle des tapifferies de Gobelins : ce font des enfans chéris, qu’on eftime plus par ce qu’ils coûtent que par ce qu’ils rendent; mais 011 n’imitera de long-tems celle-ci, & il yalong-tems qu’on a imité celle-là.
- Le camelot tout poil, façon d’Angora , qui fe fait à Lintz, dans la largeur des nôtres, efl: de trois mille à trois mille fix cents fils en chaînes, fuivant la fineffe de la matière. La chaîne du camelot façon de Bruxelles, efl d’un fil de poil très-fin, & de deux beaux organcins de Piémont de 22 deniers chaque.
- On commmence par retordre le fil de poil de chevre avec un fil de foie; on tord ceux-ci enfuite une fécondé fois avec le fécond fil de foie. Cette main - d’œuvre répétée fernble devoir .en augmenter le prix; mais elle économife deux on.ces de foie par chaîne. D’ailleurs le fil tors plus régulièrement eft exempt de chevilles qui, s’alongeant pendant la fabrication , çauferaient des défauts effentiels.
- Aux foins que prennent les Allemands dans le choix des matières, des filatures, des degrés de tors ,& des alfortimens de nuances avant & après
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- DET 0 F F ES EN LAINES.
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- la teinture , ils ajoutent encore tous les moyens propres à réparer les défauts inévitables dans une fabrication courante. S’il fe trouve une double duite par excès, ils la retirent à la pointe; fi c’eft par défaut, ils enfilent une aiguille de la même matière , & ils la replacent fuivant la croifure de la chaîne comme elle eût dû être.
- Je ne parle pas des camelots anglais ; on ne les fabrique ni fupérieu-rement à ceux que nous venons de décrire, ni à un aufli bas prix que celui où nous pouvons les établir : ainfi nous ne redoutons aucunement la concurrence de leur part dans ce genre de commerce. Que n’en eft-il ainfi d’une infinité d’autres étoffes rafes qu’ils répandent dans tous les pays commerçans du monde, & dont ils inondent la France ! Que n’en eft-il ainfi du camelot-laine, du baracan , de l’étamine , & de toutes les étoffes feches de la Saxe! Je ne puis m’empêcher de le répéter ici, cela tient uniquement à la quantité & à la qualité de la laine. Ce font les taxes de toutes efpeces fur cet objet,qui propage le découragement de la culture dans toute la France, c’eft l’arbitraire dans l’impofition , c’eft la dureté & 2a violence de la perception, qui le font tendre à fa ruine; c’eft le genre d’adminiftration qui ruinerait enfin le commerce & l’agriculture,
- §. 11-
- Du baracan.
- “En expliquant la maniéré de varier le grain dans les étoffes , & d’en former la cannelure fur la longueur ou fur la largeur, on a donné plufieurs inftrudions relatives à la fabrication du baracan: on en va rappeiler quelques - unes , pour marquer mieux la différence des procédés & des mécha-niques entre celle-ci & celle du camelot.
- On a déjà dit que les fabricans de baracans achetaient une grande partie de leurs laines en toifon, qu’ils en faifaient le choix , la deftination, & qu’ils en dirigeaient toutes les opérations : on a dit que la matière fè teignait avant le peignage, & fouvent même avant le dégrais ; que la chaîne des baracans était filée plus gros & plus tors que la trame ; qu’elle était en double , & retorfe fortement & à deux fois ; qu’elle était inclinée fur le métier de l’arriere en avant, de vingt à vingt-quatre pouces; qu’elle fuivaiû la même dire&ion dans tout fon développement fans inclinaifon forcée par les lames attirées en - bas ; que la trame plus fine , & de filature moins torfe , était lancée mouillée; que la chaffe était.fufpendue fur des crémaillères , ou créneaux en gradins , par la barre de traverfe, fans renvois. On ajoutera ici, qu’on ne peigne la laine deftinée pour la chaîne que deux fois.
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- & cela par économie ; qu’on peigne celle de la trame trois fois , & jufqu’à quatre fois , pour qu’elle foit d’une filature plus douce , & que les couleurs en foient mieux mélangées; effet pour la chaîne, auquel le doublage des fils concourt beaucoup ; qu’après avoir chaffé la trame par un coup à pas ouvert, pour la bien enfoncer , 011 la frappe enfuite fortement à deux à trois coups à pas clos ; fur quoi on obfervera qu’en aucune circonftance 9 quoique cela foit quelquefois d’ufage, quelquefois aufli preferit, il n’eft utile, & qu’il effc même toujours nuifible de frapper plufieurs coups de fuite à pas ouvert, parce que le fécond ramene en-avant , par réadion , la matière chaflee au fond par le premier. Il eft inutile, par cette raifon, de frapper très - fort ce premier coup à pas ouvert.
- On ajoutera qu’il n’y a que deux marches aux baracans , quoiqu’il y ait quatre lames , & que les lames lèvent & baiifent deux à la fois, l’une à côté de l’autre, 8c non pas par pofition alterne , comme au camelot, parce que la chaîne beaucoup moins fournie , n’étant que de mille à douze cents fils fur la même largeur que le camelot, il n’y a ni des mouvemens inftantanés à failir pour le détachement des lames les unes des autres, ni les rifques à courir d’un frottement aulîi confidérable. Audi en conféquence de ce nombre moindre de fils , n’y en a-t-il que deux en dent ou en broche.
- On ajoutera encore, que l’ouvrier n’ayant qu’à fouler alternativement , mais la marche étant dure, & par la tenlîon de la chaîne & par fa grande incli-naifon , il faut qu’il fe tienne prefque debout dans fon métier, toujours un pied à terre, & foutenant le poids du corps, tandis que l’autre foule ; il n’eft d’ailleurs appuyé du derrière que par la planche du fiege, pofé ici de champ, & par la piece de l’œuvre, fur laquelle fléchit un peu la poitrine.
- Les lifles font fouvent en fil, foit parce qu’elles caifent plus net que celles de laine, comme on l’a déjà obfervé , foit parce qu’elles font à beaucoup meilleur marché que celles-ci, comme un eft à quatre. La navette eft de celles de la deuxieme forte , dont on fefert dans la fabrication des ferges de Rome , des cahnandes , &c. Tous les autres détails d’opérations font entièrement conformes à ce qui fe pratique pour le camelot.
- On diftingue les baracans en trois fortes, en fins, en demi-fins ou entrefins , & en communs. Pour les uns, comme pour les autres, on choifittoujours une plus belle matière pour la trame que pour la chaîne. Celle - ci en général eft toujours formée de laine de pays, du Soiflbnnais , de la Brie, &c. plus ou moins bien choifie ; & la trame , de laine de pays également pour les communes , & de laine de Hollande pour les autres. A l’égard de cette dernierc, ce n’eft pas fréquemment de celle de première qualité , ou du moins il arrive qu’on en extrait le fuperfin au peignage, pour être employé dans les fabriques d’un autre genre. On en fabrique "bien quelque-
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- fois en laine de Hollande , chaîne & trame , qui font d’une grande beauté , & qu’on nomme baracans anglais quoiqu’ils n’y reifemblent point du tout} mais c’eft dans la largeur de demi-aune.
- On ne dit rien ici de ce qui eit prefcrit quant au poids des pièces, à leur longueur, qui eft de vingt-fix aunes ; ce qui fait qu’on les vend à la piece , & qu’il en réfulte quelquefois des conteftations jufques dans l’étranger, ni à mille autres chofes auffi inutiles à citer qu’à pratiquer.
- Il y a lieu aux mêmes diftin&ions entre les baracans de Saxe , ceux de Gottingue & les nôtres , qu’entre les camelots. Us tiflent auffi leurs baracans à trame double, mais d’une affez grande fineffe pour que la cannelure de l’étoffe n’en refte pas moins nette fur là longueur. Us augmentent auffi la chaîne, & la retordent quelquefois par trois fils. En Angleterre, on fournit auffi beaucoup la chaîne des baracans , & l’on y met une trame fine & filée très-ouvert, ce qui marque fortement cette cannelure en chaîne qui les diftingue fi bien des nôtres. Il ne tient donc qu’à cette cannelure en chaîne fur une étoffe rafe & un grain fec, de donner la dénomination de baracanée à une étoffe quelconque : auffi fait-on des turquoifes baracanées , des caïman-des baracanks , &c. Ce font des étoffes à côtes , & dont chaque côte eft cannelée, comme faifant partie d’un baracan : l’intervalle eft croifé tout uniment , ou latine , &c. & cet intervalle peut être l’envers d’une femblable cannelure, & vice verfa; alors l’étoffe ferait fans,envers.
- On peut encore baracaner une étoffe en enferrant fur le même pas plu-fieurs fils à la fois , beaucoup plus rapprochés entr’eux qu’ils ne le font des autres} il s’en forme une cannelure en largeur, & c’eft ce qu’011 nomme baracan -gros-grain.
- Différence du métier à petite navette , de celui à camelot,
- Quoiqu’ici on appelle plus particuliérement les diverfes fortes d’étamines de cette fabrique , étoffes à petite navette, on y renferme auffi fous ce nom tout ce qui n’eft pas camelot, baracan, ou autres de ce genre. Comme tous les métiers fur lefquels on les fabrique ont une armure femblable , mais qui différé de celui du camelot, il eft à propos , pour n’avoir plus à y revenir, d’indiquer actuellement en quoi confifte cette différence.
- Le mouvement des marches aux lames fe communique dans le métier à camelot, pi. VII, fig. S q x, par des cordes attachées à l’extrémité des premières , correfpondantes par le derrière du métier, aux bilbacs qui, par un mouvement de bafcule , attirent les lames en-haut, & celles-ci, les lames voifines en-bas , par un femblable mouvement de bafcule des jutriaux. La communication du mouvement des marches aux lames, dans la conftru&ioir
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- des métiers de la petite navette , ne fè fait point par le derrière du métier mais par le côté pl. VI, fig. I & 3 , S, io, & c’eft toujours le côté droit. Il n’y a ni jutriaux ni bilbacs ; les marches font attachées à des contre-marches qui les traverfent en-deffus à angle droit, à environ un pied d’élévation. Ces contre-marches font percées par le bout, & enfilées par une broche ou cheville de bois palfée horizontalement, 8c foutenue de deux tringles qu’on nomme fierons , percées & clouées verticalement au métier. Elles jouent ainfî du côté gauche. A l’autre extrémité font attachées des cordes qui montent jufqu’au-haut du métier, & qui vont répondre auyc bricoteaux , autres baf-cules femblables aux' bilbacs, & fàifànt le même office, mais par côté; ils attirent également les lames par une corde qui y eft fufpendue, & qui les vient attacher en fe divifant. Voilà pour le jeu des lames en-haut : voyons maintenant pour celui des lames en-bas.
- Au-deifus des contre-marches , à peu près à la même diftance de celles-ci aux marches , font les marchâtes , attachées de même avec des chevilles de bois , également pafïees dans les fierons. Ces marchettes répondent par-deffus aux lames qu’elles tirent en-deffous, & par-deffous aux marches ; de maniéré que ces dernicres foulées attirent toutes les autres en-bas. Il eft évident que la corde correfpondante à une autre marche qui attire une lame en-deffous , ne doit pas être attachée à la même lame que celle correfpondante à la même marche, qui attire une lame en-deffus ; car les chofes font tellement difpofées , qu’une feule marche foulée fait toujours lever ou baiffer toutes les lames : mais elle en Fait lever plus ou moins, ou baiffer plus ou moins , fuivant la complication du defîin : d’où l’on peut voir que le nombre des marches n’eft pas déterminé relativement à celui des lames ; mais celui des lames eft égal à celui des marchettes , à celui des contre-marches, 8c à celui des bricoteaux , toujours tous égaux entr’eux.
- Dans la fabrication des étamines, où l’on n’emploie que deux marches Bc quatre lames , & où l’on pourrait n’employer que deux lames , fi la chaîne était moins nombreufe , puifque c’eft un pas de toile, on pourrait abfoiu-ment monter le métier comme celui de la toile , fupprimer les contre-marches 8c les bricoteaux, ainfi que les marchettes ou petites marches ; on pourrait attacher les marches tout fimplement aux liais du bas des lames, 8c par-defftis chacune à l’un des bouts d’une corde paflee dans une poulie fixée au-haut du métier. Il arriverait alors qu’une lame attirée en-deffous , attirerait en même tems en-deffus celle qui ferait attachée à l’autre bout de la même corde ; mais le frottement ferait trop confidérable, & ces fortes de chaînes ne le fupporteraient pas.
- Les marches de ces métiers n’ont plus la longueur de celles du métier à camelot, quoiqu’elles aient le talon aulfi éloigné en-arriere j mais elles ne fe
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- U ETOFFES EN LAINES.
- prolongent pas par-delà les lames : c'eft toujours un levier du troifieme genre, mais dont la puilfance eft très-rapprochée de la réfiftance , qui eft la contremarche à laquelle la marche eft attachée ,J’ouvrier foulant prefque fous la contre-marche. Cette contre - marche eft également un levier du troifieme genre, mais dont le lieu de la puillance n’eft déterminé que par la pofition de la marche. Dans les métiers où il y a io , 12 , if ou 18 marches , il peut être très-rapproché , ou du point d’appui , ou de la réfiftance , ou à égale diftance de l’un & de l’autre. A l’égard des marchettes ou petites marches, ce font tantôt des leviers du fécond genre, tantôt des leviers du troifieme genrè. Cela dépend du point par où elles font attirées en - bas , qui eft celui de la puilfance, les lames y correfpondant toujours par le milieu. Si les marches font à la droite de l’ouvrier, les marchettes font des leviers du fécond genre : la réfiftance eft entre la puilTance & le point d’appui. Si elles font à gauche, la puilfance eft entre deux : c’eft un levier du troifieme genre. Lorfqu’il y a une marche au milieu , elle eft attachée à la marchette , & celle-ci à la lame ; de façon que la puilfance eft directement oppofée à la réfiftance , & alors le point d’appui eft nul.
- Les bricoteaux font toujours , comme les bilbacs, des leviers du premier genre : ils jouent féparés par de petites viroles, fur une cheville qui traverfe un cadre ou chaflîs pofé lui-même fur les traverfes du haut du métier, & mobile, pour haulfer , avancer ou reculer les lames.
- C’est dans l’alfemblage de toutes les pièces pour le jeu de ces lames , que l’ouvrier eft le plus dans le cas d'exercer fa fagacité , & de montrer de Fadreffe. Il faut bien que le plan fupérieur que forme la fuite des lames fuive toujours l’inclinaifon de la chaîne, l’état de repos fuppofé; mais elles la doivent toutes varier dans le mouvement d’une ligne ou deux , & cette variation doit fe renouveiler & fe conferver toutes les fois qu’on change le pas, & aufii long-tems qu’il refte ouvert ; autrement les James fe détachant par maifes , pour haulfer & bailler les fils trop ferrés dans les lilfss, où ils feraient contraints de refter à la fois fur un même plan , s’accrocheraient par les nœuds. Le poil ou le moindre duvet, & l’effort de féparation dans l’ouverture du tilfu , les briferait fréquemment : ils éprouveraient les mêmes frottemens , avec plus de dureté encore , de la part du ros , entre chaque broche duquel il palfe fou vent quatre fils, comme dans la chaîne du camelot ; cinq , comme dans celle de la caimande ; fix, comme dans celle de la prunelle , &c. tous forcés, fans les précautions indiquées , de garder la pofition horizontale ; mais fe dégageant les uns au-delfus, les autres par ces mêmes précautions qui confident à tendre plus ou moins les cordes qui font correfpondre les marches aux contre-marches.
- Qu’on faife bien attention qu’il n’eft queftion que de celles-ci, les cordes
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- qui communiquent des contre-marches aux bricoteaux devant toujours être égales , parce que les lames ne doivent avoir d’abord que l’inclinaifon de la chaîne j & celles qui communiquent des marches aux marchettes, & des marchettes aux lames , devant toujours être également tendues , parce que cette différence de hauteur doit fe trouver principalement dans la partie des fils de la chaîne, qui font en-delfus lors de l’ouverture du pas , & être pref-que infenfible dans la partie qui eft en-deiîous , pour que la navette 11e s’accroche à aucun de ces fils.
- L’art confifte donc à donner à chacune des cordes le degré de tenfion convenable , pour que la gradation des hauteurs refpe&ives des lames fe forme & fe maintienne à chaque fois qu’on foule une des marches ; & ceci, pour rendre l’eifet des deux mouvemens alternatifs qu’on donne à la chaîne du camelot * dont chaque pas s’ouvre parla prefîion de deux marches, qu’011 tient toujours l’une d’un pied un peu plus ferme que l’autre.
- Cette opération fe nomme le jumdlage. S’il n’eft pas régulièrement fait, & que des fils de la partie du deifus de la chaîne bâillent ou pendent dans le tilfu, la navette les furmonte , & la trame fait faufie duite. Quand il n’y a que quelques fils unis enfemble , ou arrêtés par un nœud , & que la navette palfepar-delfus ou par-deffous, la duite forme anndU \ c’eft-à-dire que, reliant lâche dans le tilfu, lorfque le ros la ferre contre le travail, elle y forme un anneau ; & les fils de la chaîne qui 11e fe trouvent point liés par celui de la trame, forment un pont. Ces défauts font confidérables. L’ouvrier doit à l’inftant mettre ordre aux fils de la chaîne, rouvrir le même pas, en retirer la duite, & y en lancer une nouvelle.
- Il relie maintenant à expliquer l’ufage varié & multiplié de toutes ces pièces, la raifon d’un plus ou moins grand nombre de lames, & de toutes les parties correlpondantes de l’armure , la maniéré de palfer ou rentrer les fils d’une chaîne , d’attacher les cordes aux lames, de marcher enfin pour la formation de toutes les fortes de croifures, & de tous les deflîns dont l’exécution eltpoffible au moyen des marches. Mais ces chofes tiennent au genre d’étoffes comprifes dans les divifions de la fécondé claffe, & l’on y renvoie pour cet objet.
- J’ajouterai feulement, qu’il y a un terme propre pour exprimer toutes les opérations qu’011 a déjà expliquées , & celles qu’on expliquera dans la fuite , par lefquelles un ouvrier fe met dans le cas de fabriquer l’étoffe delîrée , après qu’on lui a livré le métier, la chaîne & tous les uftenfiles de fabrication. Ce terme eft ambrevage. ; ainfî ambr&ver un métier, c’eft rapprocher toutes les parties de fon armure , & leur donner les difpofîtions convenables pour opérer.
- On a placé ici les variations du métier , parce qu’elles font d’ufage, fans être abfolument nécefiaires au métier fervant à la fabrication des étamines.
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- $. III.
- Des étamines.
- L’ÉTOFFE -de ce nom fe divife en plusieurs fortes, & chaque forte en divers genres. Les principales fortes font : i9. les étamines unies , en laine & foie, telles qu’elles fe fabriquent à Amiens, en Saxe , à Bruxelles & ailleurs : 2°. les étamines de pure laine , en blanc, teintes , rayées & à carreaux , les voiles , &c. qui fe fabriquent principalement à Rheims : 30. les étamines dites du Mans , qui fe fabriquent en effet dans la ville de ce nom.
- Les premières fe divifent : i°. en étamines unies , fines , demi - fines ou communes : 2°. en viré-fines & demi-fines : 3°. en fiaçon de crépon d'Alençon deux Joies , trois Joies , quatre foies : 40. en façon de crépon d'Angleterre, autrement dites cajlignettes : 50. en étamines glacées, &c.
- On peut varier ces étoffes à l’infini ; on les a beaucoup plus variées encore qu’on ne les varie aujourd’hui ; mais on les varie encore plus que je ne l’indique ici. Il fuffit néanmoins de décrire la fabrication des efpeces les plus répandues dans le commerce, & dont toutes les autres fe peuvent déduire. \a) s
- De rétamine unie.
- \Jétamine unie fine fe compofe en chaîne d’un fil de laine de bouchon, ou filé à Turcoing, ou enfin des plus belles laines de pays , doublé & retors avec une foie de Piémont écrue, organcinée de trente à trente-deux deniers, Je tout teint en écheveau , après être retors & en trame , avec un fil de belle laine de pays, peignée , teinte & repeignée avant la filature.
- Les étamines demi-fines & les communes fe font dans les mêmes principes, mais avec des matières afforties & convenables à leur dénomination : celles de ce genre , rayées en chaîne, le font d’une foie organcinée à trois bouts retors enfemble , du titre de quarante-huit à cinquante deniers, teinte de couleur différente de celle du corps delà chaîne. Celles à carreaux fe trament avec des foies femblables à celles de la chaîne , les trois foies feulement virées. Gn pourrait les rayer en chaîne ou en trame avec des laines teintes de différentes couleurs, ou avec du coton. Ces fortes d’étoffes font fufceptibles d’une très-grande variété j on les broche même à petites fleurs faites à la
- (g) On ne répétera aucun des détails titions dont j’ai moi-même fenti le dégoût, de procédés communs aux objets qu’on a il faut cependant le lire de fuite : il faut traités. Si l’on ne lit cet ouvrage que par du moins lire ce qui précédé , pour enten-parties, on s’expofera à le lire fans fruit, dre ce qui fuit.
- Quoiqu’il y ait encore beaucoup de répé-
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- VA R T DU FABRICANT
- marche, Toit par la chaîne , foit par la trame , fur un fond uni, entre desr rayures ou des carreaux : & ce broché flottant à l’envers, & dont la marche fera expliquée en fon lieu , peut être de foie, de laine , ou de coton , d’une feule ou de plusieurs couleurs, mais toujours différentes de celle du fond.
- On aura feulement attention que la matière ainfi employée à former un deflin quelconque , foit peu torfe à la filature, qu’elle foit doublée , légèrement virée, pour qu’elle garniffe davantage, & que le deflîn foit mieux marqué , & la figure plus faillante.
- De t étamine virée.
- L’étamine virée différé de Y étamine fine,çn ce que le fil eft teint d’abord, & enfuite doublé & retors avec une foie de trente-fîx deniers , aulîî teinte , mais toujours de couleur différente de celle de la laine. La trame eft la même à l’une & à l’autre. A. l'étamine virée demi-fine, on teint les matières pour la trame après la filature , & elles font plus communes, foit pour la chaîne, foit pour la trame. L’étamine virée veut un peu plus de grain que l’étamine unie. Il faut donner un peu plus de fond à la chaîne, en tendant davantage les cordes qui font correfpondre les marches aux marchettes, qu’on appelle les grandes cordes, par comparaifon à celles qui correfpondent aux contremarches placées plus près des marches , qui font plus courtes , 8c qu’on nomme en conféquence les petites cordes. Cette étamine n’eft fufceptible d’aucun mélange , parce que fon mérite confifte à être piquée ou jafipée par la foiç teinte différemment de la laine : aufîi fe font-elles toujours en uni.
- Du crépon façon d'Alençon.
- Le crépon façon d'Alençon eft formé en chaîne d’un fil de Turcoing dans les premières qualités, 8c d’un fil de pays dans celles au-deffous, toujours de filature très-torfe , & enfuite viré avec deux, trois & jufqu’à quatre foies, d’où il a tiré fes diverfes dénominations, 8c qui en fixent les variétés. La trame eft d’un fil de laine de pays teint, plus ou moins fin , à peu près comme la chaîne , mais moins tors. La foie de la chaîne eft ordinairement du crû du Languedoc, 8c connue dans le commerce fous le nom de poil d'Alais. Elle eft toujours teinte de couleur différente de celle de la laine j & non-feulement elle jafpe, mais ellq glace çn proportion de fa quantité. Comme cette foie eft peu torfe dans le principe, 8c qu’elle eft ici virée feulement avec le fil de laine , elle reffort & tranche fur le fond , d’où elle brille avec plus d’éclat. La trame eft toujours teinte de la couleur du fil de laine de la chaîne ; on travaille cette étoffe comme la précédente, 8c, par la même raifon, toujours en uni. Du
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- Du façon de crépon d'Angleterre, dite caftignette.
- L’ÉTAMINE fous le nom de crépon d'Angleterre, ne différé en rien par la chaîne du crépon £Alençon-quatrc-fcies ; mais la trame eft de pure foie, en deux fils retors enfemble, toujours également teinte de la couleur du fil de laine, le plus fouvent en brun, mais tranchant toujours beaucoup avec celle des ioies de la chaîne : on Pachete ainfi teinte , doublée 8c torfe, prête à être employée. On la déiîgne fous le nom de trame , & cela fuffit pour la diftinguer dans le commerce & dans la fabrique : elle fe tire de la Provence ou du Languedoc.
- De l'étamine glacée.
- r L’étamine glacée eft à chaîne toute de foie , de deux fils organcinés d’environ trente deniers, faifant quatre brins teints & retors enfemble. On ne les faifait pas retordre autrefois : elles étaient moins cheres , & elles avaient plus de brillant ; mais les ouvriers font devenus plus difficiles fur ce travail fort tendre : on ne les déterminera pas facilement à s’y remettre. La trame eft un fil df bouchon teint en laine peignée & filée après.
- Il eft ordonné par les réglemens, de n’employer dans la fabrique des étamines fines , glacées, &c. que des laines de bouchon venant d’Angleterre; 8c l’on a long-tems & violemment févi contre les contrevenans. Je n’infifte pas fur le ridicule de prefcrire une matière étrangère, mais une matière prohibée à la fortie ; c’était forcer les fabricans , & ne leur laiffer que l’alternative des rifques d’être punis &*ruinés par l’adminiftration d’Angleterre 3 ou par celle de France. Mais ces mêmes réglemens défendent bien à tous fabricans de travailler ou faire travailler à la lumière, 8c cela dans un pays où il y a feize heures de nuit en hiver. (a)
- Toutes ces fortes d’étamines, dans lefquelles on varie encore beaucoup le nombre & la qualité des foies , fe fabriquent dans la largeur de demi-aune , <& fur la longueur d’environ foixante aunes par piece, à la réferve de celles dites d’Alençon , qui ne fe font que de quarante aunes. Le nombre des fils en chaîne eft, pour les ordinaires , de neuf à douze cents; & dans les plus fines, de douze à quinze cents. Elles s’emploient principalement en habille— mens de femmes , & quelquefois auffi en habits d’hommes. La confomma-•tion s’en fait dans l’intérieur du royaume ; elle était autrefois confîdérable
- (a) Statuts & réglemens arrêtés au „ dits maîtres de travailler ou faire tra-confeil pour les fayteurs,hautelhTeurs, hou- ,, vailler à la chandelle au foir & au ma-piers, foulons, & autres ouvriers faifant „ tin, d’avoir proche de leurs étilles au-partie de la manufacture d’Amiens, du 23 J5 eunes lampes ou crades, ni, &c. &c. % août 1766. Art. vs 3. “ Il eft défendu aux-Tome XIX.
- A a a
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- V A RT DU FABRICANT
- au-dehors , & fur-tout dans nos provinces réputées étrangères; mais la Saxe, Bruxelles & l’Angleterre travaillent en concurrence avec nous : ils n’ont pas , comme nous , les entraves de palfe-avant, d’acquit à prendre, à faire vifer, décharger & rapporter, de route à fuivre , fans pouvoir s’en écarter , ou de droits a payer à la fortie , & nous n’en exportons prefque plus.
- On fait encore ici une forte d’étamine qu’on nomme fimplement crépon, de pure laine de pays, à quelques fils de lin près , femés qà & là dans la chaîne pat rayures & échantillon quelconque. Ce fil 4e lin, toujours employé blanc , eft connu fous le nom de fil à'Epinay. Le crépon fe fabrique en blanc , à fil fimple , chaîne & trame , celui de la chaîne très-tors à la filature, ou retors au moulin. On teint enfuite cette étoffe ; mais le fil de lin ne prend pas la teinture applicable fur la laine, il refte blanc, ou très-légèrement teint, & c’eft ce qui la raie fur la longueur. Elle a de la fermeté; à caufe du tors du fil de la chaîne ; mais comme elle fe fabrique toujours en tres-oas compte, elle ne fert guere qu’en doublure.
- De l'étamine du Mans*
- L’étamine du Mans fe fabrique en laine de pays bien choifie& foigneu-fement traitée , comme on l’a indiqué en diverfes circonftances, toujours en gras & en blanc , pour être dégraiifée & teinte en piece. Elle n’a que le nom de commun , fans aucun rapport avec celles de Rheims & celles d’Amiens, qui n’en ont aulfi aucun entr’elles. Cette étoffe rentre toujours un peu aux apprêts , quoiqu’on ufe d’une méthode qu’on penfe ia plus propre à dégraiffer fans fouler ; & fa derniere largeur eft d’environ demi-aune.
- Les fiis de la chaîne font d’une filature très-torfe , & non retors ; ils font cependant toujours employés en fimple, ainfi que ceux de la trame. Le nombre de ces fils , qui varie depuis quinze à dix-huit ou dix-neuf cents , eft: déterminé par leur fineife , ia largeur étant toujours la même.
- On palfe la chaîne dans un bouillon de tripes pour l’encollage , & on la pare à la colle de rognures de peaux.
- A l’égard de la dirpoficion du métier, elle eft la même que celle du métier de baracan : deux marches & quatre lames ; grande inclinaifon du métier & de ia chaîne ; même longueur , ros femblable ; également dçux fils en broche; trame mouillée, fortement tiflee ; liflfes de fils à deux mailles, & un anneau dans le milieu.
- L’étamine du Mans eft d’un excellent ufage. Après le choix des matières le mieux fait, elle exige fur-tout une très belle filature , telle qu’il faut dé-fefpé'-er de l’étendre en France, en matière de pays , tant qu’on s’opiniâtrera à la faire au fec.
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- D'ETOFFES EN LAINES.
- De L'étamine de PJieims.
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- On fait à R.heims des étamines de diverfec fortes ; on les varie beaucoup, foit par le choix des matières , la filature , le nombre de fils en chaîne, le tiifage plus ou moins ferré 3 foit en couleur & en rayures ; mais elles fe font toutes fur ie même principe : de laines de ia Champagne , delà Brie , du Berry, de la Bourgogne , de l’Auxois, ou autres femblables , toujours peignées, filées très-tors au fufeau en grande partie pour la chaîne, & plus mou , plus ouvert : au petit rouet pour la trame fur vingt-quatre pouces de large, pour revenir à une demi-aune après les apprêts.
- Le voile n’eft qu’une étamine fine. Les plus belles laines peignées y font les plus convenables : celles fur-tout d’Angleterre , de Hollande , de Flandres, s y emploieraient avec beaucoup de fuccès. Ce font ordinairement des laines de la Champagne dont on compofe cette étoffe : les plus longues, les plus fufceptibl.es d’un beau peignage , dont on tire le fil le plus fin, le plus uni , le plus ferme, le plus propre à produire une belle étoffe, ferrée , rafe & feche.
- Les burats & les buratés ne varient pas moins dans leurs efpeces & qualités fous ces dénominations génériques, que les étoffes précédentes fous les leurs. Ils fe fabriquent fur la même largeur , avec des matières femblables, plus ou moins torfes , fuivant la douceur ou le grain , le ras & l’uni qu’on veut leur donner.
- Toutes ces étoffes du genre des étoffes rafes & unies , font à fils (impies , fou vent retors au moulin : la chaîne en eft légèrement collée à la colle de Flandre, & parce enfuite avec un parement fait au petit-lait, la trame mouillée , & même légèrement gommée.
- A l’égard des flanelles unies & croilées, façon d’Angleterre, elles fe font, quant à la chaîne, en laines femblables à celles employées dans les étoffes précédentes, & à trame de laine de Ségovie cardée à l’huile & filée au grand rouet : on dégraifle cette laine au favon noir après la filature , & on la fait féche vant de l’employer.
- L& largeur des flanelles eft de fept huitièmes pour trois quarts; & la longueur de cinquante-cinq à cinquante-fix aunes, pour cinquante-deux à cinquante-trois.
- Les métiers deRheims font montés, comme ceux des foiliers, à poulies pour le jeu des lames, fans marchettes ni contre-marches, lis font de la longueur de ceux d’Amiens : mais ils ont moins d’inciinaifon.
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- §• IV.
- De la tamife.
- On a déjà obfervé dans les diverfes diftineftions qu’on a données, que îr tamife n’efl: qu’une toile en laine. On a fait remarquer que les fils dont elle' efl: oompofée , doivent être le plus égaux en filature, chaîne 8c trame , d’une filature très-torfe l’une & l’autre > la trame un peu moins cependant que la chaîne, afin qu’elle entre mieux ; affez enfin , pour que les petits quarrés du tiflu foient parfaits, ou que dans un plus grand il entre un nombre égal de düites & de fils de chaîne, & que ces fils foient toujours employés en fimple.
- ne faut pas de grain à la tamife, puifqu’eîlc eft deftinée à recevoir un apprêt lui faut. Mais lorfque la filature n’efl: pas bien torfe, l’humidité s’y introduit plus aifément. Alors , quelque ferme que foit le cati de la prefife,il fe perd infenfiblement, L’étoffe devient molle 9 & le luftrb difpa-raît. Si la chaîne eft double, elle devient plus dure aux apprêts que la trame 5 elle réfifte davantage au cati, & elle tend également à fe détordre ï mais en employant des chaînes de fils Amples , il les faut plus tors que ceux qu’011 deftine à doubler, plus tors même qu’il n’efl: pofllble de le faire à la filature : ainfi le moulin à retordre devient indifpenfable, foit pour la chaîne , foit pour la trame des tamifes; & les buhots doivent être placés , & le moulin à retordre tourné en feus contraire , comme on l’a obfervé. Il faut en outre coller légèrement les fils de la chaîne en écheveaux , avant de l’ourdir , & ceux de la trame qui en doivent refter encore mouillés lorfl qu’on les emploie. C’eft ainfi qu’en ufe le fieur Chabail, le feul de 110S fabricans qui ait encore parfaitement réufli à imiter les tamifes anglaifes , d’après les principes que lui a donnés le fieur Price, à qui nous devons les apprêts anglais, & beaucoup d’autres excellentes notions de fabrique qu’il a rapportées de fou pays. On placera le procédé du collage à la fin de cette feclion.
- Il ferait à defirer qu’on filât en gras pour cet ufage : non-feulement la filature en ferait plus belle, comme on l’a vu précédemment, mais elle réfiflerait davantage au travail} on dégraiiferait l’étoffe ensuite. C’eft ainfi qu’opèrent les Anglais : ils trouvent le moyen d’employer par-là, avec beaucoup de fuccès, & des fils d’une grande fineiTe, & des fils très-communs, qui fouvent ne réfiftent pas davantage, quand la matière efl feche , courte ou filée peu tors. Mais le moyen qu’on ait tenté cette pratique, qu’on ait fait des elfais, qu’on ait exercé fon induftrie en ce genre! Nos régie-meus proferivent la filature en gras, & l’on a pourfuivi l’exccution de ces
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- L"E T 0 F F E S EN LAINES.
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- régîemens avec auflï peu d’intelligence & autant de dureté à cet égard qu’à mille autres.
- Si la tamife n’efl qu’une toile , il convient que la difpofition du métier foie la même qu’à celui de la toile. La matière n’y fait actuellement rien» toute inclinailon de la chaîne eft donc inutile , & la plus grande liberté dans le jeu des liffes eft néeeffaire. On y emploie deux ou quatre lames, ce qui dépend de la groffeur ou de la fineffe des fils de la chaîne, & par con-féquent de leur nombre. On s’en fert de quatre ordinairement; elles lèvent & baiflent par pofition alterne , comme au camelot, ou l’une à côté de l’autre , comme au baracan : l’effet eft le même, le paffage des.fils y étant relatif. On peut ne mettre que deux marches, & fouler alternativement, ou en mettre quatre, en en foulant deux à la fois ; tout cela eft affez indifférent: cependant plus la chaîne eft fournie de fils, plus il convient de porter à quatre le nombre des lames, plutôt encore que celui des marches.
- La difficulté de travailler nos fils en fimple, les a fait doubler d’abord dans la tamife, comme dans les autres étoffes: on en vient d’indiquer les effets. Quelques-uns ont doublé eu chaîne le fil de la laine avec un fil de foie, qui ne paraiffait point d’abord, mais feulement pour donner de la confiftance à la chaîne. Cette foie ne prend point la teinture comme la laine ; mais elle pique encore plus l’étoffe par la différente impreftion de L’apprèt fur l’une & l’autre matière , que par une nuance qui n’eft pas uniforme.
- On fabrique ordinairement , & il convient de fabriquer toujours la tamife en blanc : j’en déduirai les raifons , en traitant des apprêts auxquels elles font entièrement relatives. On fabrique cette étoffe fupérieurement en Angleterre. La matière longue & lifte fe prête à une belle filature , & elle a une grande difpofition au luftrage. Sa largeur ordinaire eft de vingt-fept pouces, mefure de France; le nombre des fils de la chaîne eft de treize à quatorze cents; la matière prefque égale en chaîne & en trame, très-peu plus fine pour la derniere. La chaîne doit pefer de dix à dix livres & demie pour quarante - fix aunes d’étoffe, qu’on met en deux coupes , pour avoir des longueurs conformes à celles des tamifes anglaifes. Il entre de fept, fept & demi à huit livres de trame dans cette longueur de quarante-fix aunes. Dans les tamifes fuperfines, on porte le nombre des fils au pouce jufqu’à foixante, ce qui fait feize cents quatre-vingt fils dans cette largeur.
- Le duroi eft plus forcé en compte que la tamife, puifquon y met de mille à onze cents fils fur une largeur de dix-huit pouces & demi: il eft suffi plus tifté. On fuit d’ailleurs fur la matière, dans toutes les opérations, le même traitement que pour la tamife, On, en fait aujourd’hui de très-
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- VA RT DU FABRICANT
- beaux à Amiens, & c’eft encore le Heur Chabail, d’après le confeil du fieur Price, qui réufiitle mieux dans cette étoffe beaucoup demandée d’Efpagne, & que fournirait l’Angleterre en très - grande quantité avant la guerre.
- La fabrication de la tamife, celle du duroi & de bien d’autres étoffes ont long-tems mis à la torture l’efprit de nos fabricans. Les apprêts nous manquaient ; nous les avons actuellement auiîî parfaits que ceux des Anglais: nous avons poulfé auffi loin qu’eux l’induftrie en ce genre; & quoique leur filature en gras , encore inufitée chez nous , leur donne beaucoup de facilité & de grands avantages, on peut s’en rapporter à l’efprit adif & curieux de nos fabricans, à leur efprit de recherches, & fur-tout d’imitation ; ils les balanceront du moins en tout ce qui dépend de l’exercice libre des unes & des autres facultés : mais en ce qui concerne la matière fur laquelle-ils peuvent les exercer, il dépend du gouvernement, & de lui feul, de nous placer au niveau des Anglais.
- On fait des tamifes en Saxe & à Berlin , à l’imitation de celles d’An-y gleterre ; car ce nom effc anglais, & il eft le même par-tout: elles y font de la plus grande finelfe s en Saxe fur - tout j mais l’apprêt n’en eft pas porté à fa perfedioti.
- Rheims fabrique une forte de petite étamine à fils très-tors, qui, mife plus en compte & mieux tiffée, peut paffer pour une tamife. Cette étoffe fe* luftre très-bien , & fa beauté d’ailleurs dépend de la finçffe de la matière & de la filature.
- On encolle les chaînes de fils gras , ainfi que les autres. On les pare aufîi,foit avec de la colle à la farine, qu’on nomme parement, foit avec une légère diffolution de colle de peau, un peu chaude,pour qu’elle foit plus liquide.
- Du coliage.
- La colle fe fait avec des rognures ou des raclures de peaux de toutes les fortes, des mufcles , des cartilages, &c. enfin toutes les parties animales fibreufes , gélatineufes, qui, fouples à l’humidité & diffolubles par la chaleur, reprennent du corps , fe durcilfent & deviennent tenaces lorfqu’elles font privées de cette humidité. Il n’eft donc queftion que de faire bouillir ces matières dans l’eau pure,jufqu’à ce qu’elles y foient entièrement fondues : on les lave avant cette cuiflon à l’eau chaude , & l’on en coule le bain après la diffolution, pour en diftraire les parties charnues & indiffolubles , & que la colle, refroidie foit en gelée nette & tranfparente.
- Appliquée fur une matière quelconque, elle lui procure fes qualités, en raifon de la quantité qu’on y en met: ainfi, lorfqu’on veut un encollage plus fort, on étend une plus forte dofe de cette colle dans une quan-
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- tîté d’eau donnée. S’il y en avait trop, devenue feche, elle ferait dure & calante, & elle rendrait telle la matière à laquelle on l’unirait. Les 61s d’une chaîne qui en ferait enduite à ce degré, fe briferaient à chaque inf-tant, & ne foudendraient aucun travail. Il vaudrait beaucoup mieux pécher par défaut que par .excès; il relierait la reifource de parer, & il n’en eft aucune contre un encollage trop fort. O11 a foin que le bain foit très-chaud , pour qu’il foit plus fluide , & qu’il pénétré mieux dans les pores de la matière. On y comprime les chaînes avec une batte pefante par le bout.
- Quand on a beaucoup d’encollage à faire, on fe fert du bain immédiatement apres qu'il eft coulé. Quand on a peu <|e cette matière à employer, pour une, deux ou trois chaînes feulement, on fait rediffoudre de la colle dans l’eau , & on fe fert de cette nouvelle diifolution au degré de chaleur indiqué.
- Alors on arrange une ou plusieurs chaînes à la fois au fond d’un baquet ; on y verfe delfus le bain de colle ; on les y comprime ; on les liffe, & on les tord, pour qu’elles s'imbibent également ; on les fecoue bien , pour que les fils fe détachent, & on les étend ainfi à l’air, pour quelles lèchent. On fent bien que le degré de chaleur du bain n’influe en rien fur la confiftance de la chaîne, mais bien la quantité de colle qui y relie Jorfque fon humidité eft évaporée. S’il était queftion de matière teinte,'il faudrait proportionner le degré de cha'eur à la ténacité de la couleur: il faudrait qu’elle ne fût que tiede pour des couleurs peu folides, & ainft de fuite, jufqu’à la chaleur employée pour les chaînes en blanc.
- Il eft toujours mieux de lécher l’encollage au grand air , la chaîne bien tendue, Sc foutenue de diftance en ditlance : elle fe feche plus également. Lorfque le terns n’y eft pas favorable , on a des fécheries couvertes, & l’on y met des poêles au befoin, ayant attention que la chaleur foit modérée, pour que l’humidité s’évapore infenfiblcment, & que le féchage , fait par degrés, n’ôte rien de leur foupleife aux fils de la chaîne.
- On colie auflî des fils en écheveaux , lorfqu’ils font d’une filature trop molle; ceux principalement venant de l’Artois y fonttrès-fujets, & ils font alunés, à deflèin de leur procurer une apparence de fermeté & de force , que leur aurait réellement donnée plus de tors à la filature, fi l’on n’eût voulu gagner fur le tems néceftaire à porter cette main-d’œuvre à fa perfedion.
- ‘ Ce^t encollage fe fait dans une légère eau de colle , qui n’eft autre que le bouillon que vendent les tripiers, où ils ont fait cuire des pieds de veaux, des oreilles , & autres parties femblables , étendu encore dans une plus grande quantité d’eau. On trempe les écheveaux dans ce bain ; on les tord; on les fecoue ; on les étend pour les faire fécher ; après quoi ou les doii.ble, pour les retordre au moulin. C’eft de cette maniéré que fe fait au Mans l'encollage des chaînes pour les étamines.
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- ParejMine chaîne, c’eft enduire l’efpace des'fils déroules de défias l’enfoùple jufqu’aux lames , d’une colle quelconque. On le fait, en trempant des brodes de crin dans la colle, & les paflant l’une defius, & l’autre deflous la chaîne, vis-à-vis , ou l’une fur l’autre , de maniéré qu’on en vergette les fils dans toute cette étendue. On en ufe ainfi, lorfque cette efpece d’encollage-eft fait avec le parement. Quand on le fait à la colle de peau, plus liquide que le parement, on y trempe un vieux penne ou autre matière femblable, & on le pafie & re.paffe fur cette partie développée de la chaîne. Comme on tifie incontinent après avoir paré , & que l’humidité des fils les expoferait à fe diftendre & à rompre même au travail, 011 les feche , en pafiànt & repaflant dedous un réchaud de feu.
- Il eft des endroits , comme à Rheims, où l’on fait didbudre la colle à cet ufage dans du petit - lait. ( a ) On n’a aucune obfervat ion à faire fur cette préférence. Quand il arriverait qu’elle procurerait à la matière un peu plus de douceur, l’objet eft de donner un peu plus de confiftance à la chaîne pour l’inftant du travail, padé lequel il la faut purger de tous ces ingrédiens, quels qu’ils foient. A l’égard de la variation des effets de la colle ,des influences même de l’intempérie de Pair fur elle , les ouvriers paraiffent y avoir peu d’égards: ils l’emploient fans aucune confidération du chaud ou du froid, du fec ou de l’humide,
- * S-.E,C O N D E C L A S S E.
- s- i-
- De la ferge d’Aumale ,- de Blicourt , &c.
- Ces deux premières efpeces d’étoffes rentrent dans la même , quant' â la fabrication; elles ne different que par la largeur. U Aumale a demi - aune un huitième & trois pouces, pour revenir à demi-aune un huitième après les apprêts ; & \e Blicourt a demi-aune un douzième, pour revenir à demi-aune. Elles different encore par le choix des matières, toujours plus fines & mieux aiforties dans le Blicourt que dans VAumale ^ à 1 egard de laquelle •on réferve, pour les plus communes, les laines les plus groflieres.
- L’objet de travail & de commerce de ces deux articles eft confidé-
- (a) Procédé du collage en Angleterre faire fécher ladite chaîne au grand air; pour la chaîne des tamifes. Pafler la chaîne tremper feulement la trame dans ledit bain; dans un bain compoféde quatre pots d’eau l’exprimer à la main, & l’employer fur-le-de riviere,& un demi-pot de lait, où l’on champ ainfi mouillée, aura fait diffoudre une demi-livre de colle ;
- -râble
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- rable au midi de rAmiénois , dans tout le Vimeu, & principalement dans les environs de Grandvilliers , d’Hardvilliers , de Crevecœur , en fe rapprochant de Beauvais, & conlidérablement encore en tirant du côté d’Aumale, de Poix, & vers Oifemont. Les premiers pays dont on vient de parler , s’adonnent plus particuliérement à la fabrication du Blicourt, & les autres à celle de l’Aumale, quoiqu’on fade l’un & l’autre dans ces différais endroits. On y fait auffi des ferges de Rome, des ferges de Minorque , des turquoifes, & autres petites étoffes de ce genre qu’on travaille bien Supérieurement à Abbeville , & dont on fait beaucoup auffi à Amiens: mais je ferai mention de chacune de ces étoffes , après avoir traité de la ferge à!Aumale & de celle de Blicourt.
- Les laines de la province ou des provinces voifines , font les feules qui fervent à alimenter ces fortes de fabriques , à moins que le halàrd n’ouvre quelque branche de commerce de cette matière dans des pays éloignés, comme il arrive quelquefois d’en tirer pour ces objets, de l’Alfàce , de l’Allemagne, & d’ailleurs , mais de qualité & de prix à peu près les mêmes.
- Après avoir ouvert les toifuns, extrait les ordures & coupé les durillons ou loquets à la petite force, mis à part les parties les plus hautes & les plus fines pour chaîne les fuivantes pour trame , & les rebuts pour lifiere; après avoir battu la laine fur la claie , l’avoir enfimée fur le plancher à l’huile de colfat ou de navette, roulée fur elle-même, l’huile en-dedans, entrée avec force dans le barril vuide de favon noir, bien peignée, lavée audit favon, filée , la chaîne & la trame au fec , & à corde ouverte , mais moins tendue pour celle-ci que pour l’autre, pour qu’il s’échappe plus de matière en même tems, que la trame foit filée plus ouverte, plus molle, & la chaîne au -contraire , rafe , liffe & plus torfe ; après avoir-enfin dévidé., bobiné & ourdi, félon les procédés décrits , on colle la chaîne à la colle de veau, à raifon d’une livre & demie par chaîne du poids de vingt livres, i Cette chaîne ainfi collée , & étendue pour Lécher, fe repaffe encore quelquefois à la colle en cette fituation, comme il arrive auffi quelquefois aux chaînes de camelots-daine , après la teinture; on les fuit dun bout à l’autre avec des brodes imbibées de colle, en maniéré de parement.
- Le nombre des fils de la chaîne eft d’environ quinze à feize cents pour l’Aumale, & de douze à quinze cents pour le Blicourt. On tiffe ordinairement i’Aumale à trame mouillée. Il eft moins queftion de faire draper ces étoffes, que dé former une croifure nette & apparente , qu’elles foient deftinées à un apprêt mat ou à un apprêt luilànt, l’un & l’autre leur convenant également.
- Le métier de la ferge a les mêmes dimenfions que ceux des fabriques d’Amiens, & fon armure eft la même qu’à ceux des étoffes de la petite Tome XJ JC. B b b
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- navette î quatre marches, quatre lames, &c. L’inelinaifon de la chaîne de l’arriere en-avant, plus ou moins grande, eft ordinairement de vingt à vingt-quatre pouces. Les liiTes font en fils de lin , à deux mailles s l’anneau de même matière, intercepté ; deux fils en broche: le paffage des fils de la chaîne, ainfi que le jeu des marches & des lames , font expliqués ci-après.
- En attendant qu’on traite des apprêts , on prévient d’un ufage d’ouvriers, qui y eft très-contraire : pour rendre plus coulant le paffage des fils dans le ros, ils le graillent avec l’huile de la lampe , ce qu’ils appellent faire une pafje. Cette huile brûlée deffeche la matière , & y adhéré avec une tena-nacité contre laquelle les dégraiffages ordinaires ne peuvent rien : il les faut donc forcer pour l’en purger entièrement, & néanmoins toujours éviter le foulage, qui eft auffi très - contraire aux fortes d’apprêts convenables à' çette étoffe , ce qui eft fort difficile à opérer. Si elle n’était pas parfaite» ment nette avant la prelfe , on verrait remonter cette huile à la chaleur > en plaquer la furface, ternir la couleur, & graiffer les cartons qui, à leur tour, tacheraient les nouvelles étoffes dans lefquelles on les emploierait.
- On fabrique beaucoup de ferges dans le Gévaudan : elles font travaillées bien fupérieurement, quoique dans les mêmes principes, à ce que nous faifons de plus beau en ce genre : elles font d’une filature plus fine, plus fournies en compte j mais leur largeur eft moins confidérable. On y met environ douze cents fils paffés dans des ros de vingt pouces , pour leur fournir , après la fabrique & les apprêts , une largeur de dix - huit pouces. La chaîne ourdie fur la longueur de trente - fix aunes en donne environ: trente-cinq d’étoffe, qui pefe de douze à quinze livres.
- Les laines de ce petit pays un peu montagneux , font affez fines , longues, liffes, & très-propres au peignage. On en ufe dans le choix de celles propres à la chaîne & à la trame , & dans la filature de l’une & de l’autre, comme en Picardie : les plus longues & les plus fines , qu’on a foin de filer plus fin & plus tors pour la première, & les autres qu’on file moins fin & plus ouvert pour la derniers.
- Le fil filé pour chaîne fe nomme ejlanu ; & trame , celui qui n’eft employé qu’à cet ufage.
- Les plus belles ferges fe font, chaîne & trame, en ejïame, & fe nomment alors ferges étaminieres , première qualité, féconde , &c. Quoiqu’elles aient éprouvé un peu de foulage pour les purger de toutes les parties hétérogènes, la laine n’ayant reçu qu’un premier lavage d’être peignée ,, le grain en refte fin, & la croifure nette. Il eft vrai que ce foulage ne fe fait qu’à l’eau pure : eau qu’on prétend dans le pays avoir la qualité de faciliter le peignage & les autres opérations, fans l’intervention des matières grades ou huileufes, employées par - tout ailleurs. On frotte feulement le peigne avec une couenne de lard,comme 011 l’a indiquée
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- & ETOFFES EN LAINES,'
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- L’AUTRE efpece de ferge, fabriquée également en bhmc, en même compte & fur la même largeur, fe nomme ferge tramiere , première , fécondé and-dite, &c. Elle eft un peu plus foulée, a plus d’étoffe & paraît moins fine. •On fait encore à Mande des ferges dans le goût des fagatis d’Angleterre, teintes en laine chaîne & trame de couleurs différentes. Les fabriques dit Gévaudan,qui jouiffent d’une réputation bien méritée,-étaient autrefois entièrement fournies de laines du cru de ce canton, ou des cantons voifins. Ces matières ont auffi fouffert des diminutions considérables ; & il faut aujourd’hui, là comme ailleurs , s’en pourvoir à l’étranger. On fupplée à celles qui manquent en Gévaudan , par celles des provinces voifines ; & en plus grande quantité par des laines qu’on tire de diverfes Echelles du Levant. Il n’eft cependant pas rare de voir dans ce pays - là le même particulier récolter la laine , la faire pafler fucceffivement par toutes les opérations préparatoires de la fabrication, fabriquer enfin , & vendre les •étoffes, produit de fa matière & de fes foins;de telle maniéré que le cuL tivateur ell à la fois fabricant 8c 'marchand.
- Ce ferait jbien, quant à la population, à l’agriculture & au commerce, le dernier degré d’extenfion, de force 8c de richeffe, auquel la politique pût atteindre, que de réunir le plus, fur des individus difperfés , de ceux de ces objets qui en font fufceptibles. Les hommes, entaffés avec une feule ref-fource, autre que celles de l’agriculture, quelqu’abondante qu’elle puiffe être, dans des tems auffi prolongés qu’on voudra les imaginer, périront tôt ou tard de la plus affreufe mifere : les moindres crifes dans le commerce en font prefque chaque année dans quelques - uns de ces gouffres murés, d’horribles exemples. Mende, la capitale de cet induftrieux canton, n’a point encore atteint la perfe&ion des apprêts propres à fes ferges. Comme Amiens les poffede fupérieurement , nous lui en ferons part, ainfi qu’à toute la France, par la publication des pratiques qui y conduifent.
- La Gafcogne, & principalement le Néboufàn, fait auffi des ferges avec les matières de fon crû ; elles font très-communes, mais à très-bas prix. La Picardie en tire en affez grande quantité, pour les teindre, les apprêter „ Sc les exporter enfufte en Efpagne. Les différentes provinces par où elles paffent pour arriver en Picardie, font remplies de douanes, de bureaux de vifite, & de droits énormes perçus comme fur marchandifes paffant des provinces de France en provinces réputées étrangères, & viceverfa ; droits qui, fur une étoffe de 17 à 18 fols l’aune , en augmentent le prix d’environ quinze pour cent, fans compter les retards que ces perceptions deftruc-tives occafionnent, & les frais confîdérables de tranfport; droits qui par conféquent font éprouver fur cette branche de commerce des furcharges telles qu’elle court rifque d’être bientôt ruinée, fi l’on n’y met ordre.
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- L'A R T DÜFABRICANT
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- Les ferges d’Aumale s’emploient beaucoup en meubles & en doublures ; teintes & apprêtées : on en imprime auffi une certaine quantité , quoique ce goût très-répandu depuis vingt ou vingt-cinq ans, commence à s’ufer. Le Blicourt, plus fin , plus léger, fait des doublures plus propres ; & la ferge de Mende, plus raie , plus fine, plus belle enfin que le Blicourt, y eft bien plus convenable ; mais elle eft plus chere.
- Il fe fabrique encore des ferges dans le Cotentin , connues fous le nom de ferges de Saint - Lo , parce que cette ville.eft le centre de leur fabrication. On ne peut guere les comparer aux précédentes, fi ce n’eft dans les procédés de la fabrique, qui font les mêmes , à de grandes différences près, indiquées relativement au lavage, quant au triage des laines, à la filature, à la maniéré de rentrer les fils, pour opérer la croifure , de marcher & tifler enfin. On enfime , avant le peignage , à l’huile d’olive la plus commune -, on dégraiife enfuite au favon madré de Marfeille, la laine fuppofée bien hors de fon fuin avant le peignage : la filature & le peignage faits en gras. Mais, avec tout cela , la ferge de Saint-Lo n’eft guere dans le cas d’être comprife parmi les étoffes rafes & feches que j’ai entrepris de décrire. Son foulage, quoiqu’aux pieds, la quantité dont elle rentre, fon feutrage enfin, & le corps qu’elle acquiert dans cette opération , la rapprochent autant du drapé de la ratine, qu’ils l’éloignent du ras de la ferge ordinaire.
- Ces ferges font de plufieurs fortes , connues principalement fous les noms de rafes & finettes, & de fortes , qui les défignent à peu près. Elles fe fabriquent fur la largeur d’environ cinq quarts d’aune , pour revenir à une aune en blanc ; & elles s’emploient ainfi , ou teintes en diverfes couleurs, en habillemens, de même que les ferges d’Agen , qui font encore plus drapées que celles de Saint-Lo.
- Je n’omettrai pas de parler, dans cette fuite de ferges qui fe fabriquent dans le royaume, de celle qui fe fait à Rheims , à l’imitation & au même ufage que les petites flanelles d’Angleterre, dont on fait des chemifettes à mettre fur la peau ; elles font aufîi fines, auffi blanches, plus rafes , & plus fournies en compte que celles d’Angleterre , mais elles ont l’air moins brouillées j elles font moins crépées, qualité que les anglaifes acquièrent par une filature torfe, un foulage léger, & qui les fait préférer, comme plus propres à abforber la tranfpiration.
- §. 11.
- De la ferge de Rome.
- La ferge de Rome, croifée des deux côtés , ou fans envers , rfeft , à bien des égards, qu’une ferge d’Aumale > c’eft le même palTage des fils, le même
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- D'ETOFFES EN LAINES.
- 3 Si,
- nombre de marches & de lames, celles-ci Te foulant, & celles-là levant & baiffant dans le même ordre. Mais elle en différé effentiellement par la qualité de la matière, bien fupérieure dans la ferge de Rome , par la chaîne de fils toujours doubles & retors, par la trame de filature très-ouverte , plus fine, & toujours lancée très-mouillée, & par un tiffage fort & très-rapproché , qui lui donne plus de confiftance & autant de main qu’en acquièrent plufieurs fortes de draperies par un foulage long & ferré.
- Comme la chaîne efl peu fournie , eu égard à fa fineffe & à la largeur de l’étoffe, qui eft de demi-aune , c’eft la trame fine , ouverte , mouillée & fortement chaffée, qui lui donne cette épaiffeur drapante.
- On fabrique toujours cette étoffe en blanc, pour la débouillir , la dégorger, & la teindre enfuite, ordinairement en matières de pays; mais les belles qualités, en laine de Flandre ou de Hollande. La croifure de la ferge de Rome efl: la même à l’endroit & à l’envers , à la feule différence près , qu’elle va de droite à gauche d’un côté , & de gauche à droite de l’autre.
- Lorsqu’on veut faire un envers à la ferge de Rome , on n’en paffe la chaîne que dans trois lames , mais toujours également, chacune par tiers, & l’on ne les fait jouer qu’au moyen de trois marches. Dans la ferge précédente , il leve & baiffe toujours moitié de la chaîne, & toujours deux fois de fuite & à la fois, deux fils l’un à côté de l’autre, le premier avec le fécond, le fécond avec le troifieme, le troifieme avec le quatrième, le quatrième avec le premier, & ainfi de fuite. Ici, tout s’opère également par les fils qui baiffent ; mais il n’en leve jamais qu’un, & la croifure en-deffus fe forme par la trame.
- Ces croifures qui deflînent différemment une étoffe, font fujettes à des variations fans fin. Le nombre de combinaifons efl:-il épuifé avec un tel nombre de lames & de marches ? on varie l’un des deux , ou tous les deux, & à chaque fois il s’ouvre une nouvelle carrière. On en jugera , en obfer-vant la gradation fuivante des marches, & des maniérés de marcher.
- §: III.
- De la ferge de Minorque.
- À la ferge de Rome fans envers , les deux côtés font les mêmes , parce que la chaîne paffée de fuite dans les lames, leve & baiffe par moitié ; à la ferge à envers , elle ne leve que par tiers , & par quart feulement à la ferge de Minorque : ajoutez que la trame efl: beaucoup plus fournie dans celle-ci que dans les autres ; les trois fils contre un la repouffent en-deffus ; & comme le fil qui enferre la trame à l’endroit de l’étoffe 11’eft jamais deux pas de
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- fuite le même, mais le plus proche de celui-ci, il en réfulte une cannelure diagonale, renflée par la trame ordinairement triple , virée , mouillée & châtiée avec force. Cette cannelure eft plus ou moins nette , mieux ou moins bien marquée, fuivant l’uni de la filature , & le plus ou moins de fineffe du fil. La chaîne fine , double & très-torfe , & la trame filée très-ouverte & légèrement virée, font les premières conditions pour faire une bonnjp ferge de Minorque.
- Quelques fabricans ne tifient cette étoffe qu’à trame double, quelques-uns même qu’à trame feche : alors il en entre moins ; & commme elle fur-monte fort à l’endroit les fils de la chaîne qui la preffent en-deffous , elle eft bientôt coupée pas ceux-ci, faute de leur oppofer une conüftance qui réfifte à cet effort. Nous fabriquons toujours en blanc la ferge de Minor-que, ainfi que la plupart de nos petites étoffes croifées , pour les teindre en pièces , de forte que la couleur eft toujours une ; mais dans l’étranger, & fur-tout eu Saxe, on en fabrique beaucoup en couleurs variées eii chaîne & en trame: ce qui tranche par piquures rapprochées & fuivies en diredion diagonale , fuivant l’effet de la croifure. Ces variations, lorfqu’on y oppofe des couleurs afforties avec goût, font un effet affez piquant.
- $. I V.
- De la calmande,
- La calmande eft une étoffe connue & réglementée d’ancienne date ; elle s’eft foutenue avec un accroiflèment continuel, parce qu’on la varie à volonté, qu’elle eft applicable à une infinité d’ufages , & d’un très-bon fer-vice. On en fabrique beaucoup en blanc, en uni, & à côtes, pour teindre en pièces. Il s’en fait auffi une très-grande quantité de rayées en diverfes couleurs , & à fleurs de différens defîins.
- Le pas de la calmande eft précifément celui du fatin. On fe fert également de cinq lames & de cinq marches, dont l’une de celles-ci, foulée, fait lever régulièrement quatre de celles-là à la fois , lorfqu’il n’en baiffe qu’une. En confidérant cette marche , on reconnaîtra que les quatre fils qui lèvent, dominent la trame chacun quatre duites de fuite, toujoursen-avant, quoique toujours parallèlement, mais diagonaîement ; de maniéré qu’au premier pas, les quatre premiers fils levant, le cinquième baiffe j au fécond, les deuxieme, troifieme , quatrième 8c cinquième lèvent, le premier baiffe i au troifieme, les troifieme, quatrième, cinquième & premier lèvent, le deuxieme baiffe, & ainfi de fuite. Il en réfulte une flotté de la part des fils de la chaîne, qui forme le fatiné de l’étoffe & dans le fait, h calmande n’eft qu’un fatin en laine.
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- B ETOFFES EN LAINES.
- Maïs en travaillant cette étoffe , comme on l’indique ici, il arriverait qu’il n’y aurait jamais qu’un cinquième de la chaîne en -deffous lorfqu’on ouvre le tiflu, & toujours par fils féparés de la diftance des quatre qui Ce trouveraient en même tems en - deffus. Cette partie de chaîne ferait trop faible pour réfifter au frottement continuel de la navette, d’un certain poids, & qu’elle fupporterait en entier: on tourne donc la chaîne fens-def. fus-delfous ; ou , ce qui eft la même chofe , on difpofe les pièces de Xarmure? ou l’on fait le jumellage en fens contraire ; & la calmande fe travaille à l’envers.
- Tout ceci eft dit pour les calmandes unies. A l’égard de celles à côtes, dont il fe fabrique confidérablement depuis quelque tems , 011 conçoit quer le paffage des fils & le jeu des lames ne doivent plus être les mêmes, mais que les côtes 11 étant qu’une alternative d’endroit & d’envers, la rentmurc doit alterner d’abord pour produire cet effet; ce qui fera encore expliqué à l’article des marches. Ces côtes font ordinairement de largeur égale en-tr’elles., & de diftance égale à cette largeur ; alors l’étoffe n’a- point d’envers, car tout eft femblable de l’un & de l’autre côté. Elles peuvent être inégales , ainfi que leur diftance : ce n’eft plus une étoffe abfolument fans envers ; & l’endroit eft toujous cenfé être le côté où il y a le plus de fatiné , celui où les côtes un peu eu relief, eu égard an fond, font plus larges que leurs intervalles.
- On fabrique la calmande en blanc, unie, ou à côtes le plus ordinairement, fur la largeur de demi-aune un douzième. On en diftingue la qualité par le nombre des fils en chaîne , indiqué par le nombre des barres qu’011 fait avec des fils en couleur, placés fur une partie de la largeur, près de la lifiere & du chef. Celles dites deux barres , font compofées de deux mille fils en chaîne; les trois barres, de deux mille trois cents; les quatre barres, de deux mille fix cents; les cinq barres, de deux mille huit cents ; les Jix barres, de trois mille ; & les fept barres, qui eft la qualité fupérieure , de trois mille deux cents; chaque fil double & retors ; & la trame fimple, filée moins torfe, fine proportionnément à la chaîne , employée mouillée & tiffée ferme.
- Les calmandes de premiers qualité font déjà très-blanches en comparai-fon des communes , quoique les unes & les autres foient également fabriquées en écru, étant deftinées le plus fouvent, ou à refter en blanc , ou à être teintes en couleurs fines , & beaucoup en couleurs claires. On choifîî les matières les plus nettes & les plus blanches naturellement; & en con-féquence, les laines de Flandre, jaunies par le défaut de parcage, n’y font pas très-propres. On fe fert donc ordinairement , pour ces premières qualités 3 de laine de Hollande. Les autres font très-convenables à la compofition
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- VA R T B ü FA B R I C A N T
- de cette étoffe, quant à la finefle & à la force. On les emploie avec fuccès dans les qualités moyennes & inférieures, qui plus biles d’abord , fe dé-cruent & s’apprêtent fuivant les procédés qu’on indiquera enfuite.
- Quoiqu’il fe faffe une très-grande quantité de eaimandes en écru , il s’en fait beaucoup plus encore de teintes , rayées en couleurs variées de toutes fortes d’échantillons. Celles-ci ne different en rien des autres quant à la fabrication; mais elles font ordinairement de matières plus communes, & prefque toujours de largeur plus étroite, comme de fixa fept feiziemes, & de neuf cents, mille, à douze cents fils en chaîne.
- Le centre de fabrication en France de la calmande, eft la Flandre , & particuliérement Roubais & fes environs : on en fabrique cependant en Picardie, mais plus généralement dans le commun , toujours en écru, & jamais de rayées. On n’y fait pas non plus de eaimandes à fleurs; variétés dont il fe fabrique prodigieufement, ainfi que des autres, à Berlin , & fur-tout en Angleterre. Le fond de l’étoffe des eaimandes fleuries , fe fait de même que les eaimandes ordinaires : le deflin s’exécute en outre au moyen de la tire : mais ce n’eft pas ici le lieu de parler de cette maniéré d’opérer ; on en traitera ailleurs, je m’en tiendrai, pour le moment, à dire que la calmande à fleurs , & celle rayée de toutes couleurs , font une partie confidérabie de cette immenfe quantité d’étoffes de petit lainage , que les Anglais fabriquent dans les plus baffes largeurs , depuis treize à quatorze pouces , jufqu’à dix-huit ou vingt, &. dont ils font un commerce prodigieux dans le monde entier. *
- Je ne puis m’empêcher de répéter à cette oceafion, ce que j’obfervais dans un mémoire à mon retour d’Allemagne , après avoir paffé à Francfort & à Leipfick en tems de foire. Les étoffes rafes étaient en fi grande quantité dans ces deux villes , qu’entaffées , on en aurait pu former des montagnes : la plupart étaient en contravention à nos réglemens , foit par les largeurs fi peu confidérables , que beaucoup ne femblaient propres qu’à faire des ceintures , foit dans le nombre des fils, moindre d’un tiers ou d’un quart, proportionnément à leur largeur, de ce qui nous eft preferit dans les mêmes efpeces. Ces marchandifes arrivent en très - grande quantité : elles fe dilperfent de même. La confommation en eft prodigieufe , & il femble le plus fouvent n’y en avoir pas affez. Eh bien ! on n’y en voyait pas une piece des fabriques de France Je ne voudrais que cet exemple , pour prouver combien font dangereux à l’induftrie & pernicieux au commerce, la plupart de nos réglemens de fabrique.
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- D'ETOFFES EN LAINES.
- S- V.
- De la prunelle.
- SU-
- CETTE petite étoffe , de nouvelle invention & d’un excellent ufage, a déjà fouffert diverfes révolutions dans fa fabrication & dans fon commerce; mais elle fe foutient, & l’on en confomme toujours beaucoup. Sa chaîne eft compofée de deux fils de Turcoing fuperfins , doublés, & fortement retors enfemble ; & fa trame, d’une foie de Languedoc ou de Piémont organcinée, doublée , & virée en trois, quatre ou cinq fils, fuivant fa grof-feur : ce qui forme fix , huit ou dix brins. Le nombre des fils en chaîne eft de deux mille à deux mille quatre cents , fur la largeur de vingt pouces.
- On jugera de la fineffe des matières propres à fabriquer la prunelle , lorfqu’on faura que le poids d’une chaîne fine de quarante à quarante-cinq aunes ne doit pas excéder onze livres : celui de la foie en trame eft d’une livre & demie à deux livres. Cette foie s’emploie de toutes les maniérés, crue , décruèe , ou grefe - blanche. On en a fait en couleur , travaillées en foie teinte: on fait aujourd’hui généralement en écru celles qu’on veut en couleur unie j à l’exception des gris, & des autres couleurs , dont les procédés pour la teinture en foie font différens de ceux pour la teinture en laine. A l’égard des rayées, dont on fait beaucoup aufîi, on en teint les matières avant de les employer.
- On fait quelquefois des prunelles à chaîne , de laine de pays, de la plus belle filature qu’on puiffe trouver ; mais la laine de Hollande fe montre dans cette comparaifon avec toute fa fupériorité. La chaîne de cette dernière laine refte à peu près dans fa longueur après la fabrication & les apprêts ; tandis que la laine de pays , quelque bien choifie quelle foit, s’accourcit d’une aune à une aune & demie. Une chaîne de foixante aunes ne donne guere que cinquante-huit à cinquante-huit aunes & demie d’étoffe, l’une & l’autre fuppofée également tenue au pied. La laine de Hollande , plus fine , plus lilfe, plus longue, eft fufceptible d’un meilleur peignage : elle fe dilate plus aifémcnt ; fes fibres fe détachent, s’étendent, s’alongent davantage. La nôtre plus feche, plus dure , plus courte , cafterait plutôt que de fe prêter à une pareille extenfion. !>
- Pour donner en même tems autant de force & plus de fineffe à la prunelle, on a eflayé d’en faire la chaîne d’un fil de Turcoing fuperfin, doublé & retors avec une foie organcinée ; les prunelles fabriquées en laine font plus communes, mais elles font moins cheres , & d’un bon ufage. Le nombre des fils de la chaîne eft diminué , fuivant la. qualité , d’un Tome XIX. ' 'Ccc
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- L'ART DU FABRICANT
- cinquième ou un (meme de celles tramées de foie. Elles fe tiflent tou-jours à trame très-fine , double , virée, & le plus fouvent mouillée. La pratique de tifler à trame feche eft mauvaife, lorfqu’on fabrique en blanc, & que la chaîne eft fournie en compte. Les duites ne (auraient s’approcher.
- Le travail de la prunelle fe fait ordinairement avec cinq marches: c’eft, pour une plus grande commodité de l’ouvrier. En confidérant le plan des marches, & le mouvement que chacune d’elles procure aux lames , on reconnaîtra que la quatrième foulée fait lever & bailfer les mêmes lames que la première ; & la cinquième , que la deuxieme. Il fufRrait donc de trois marches i mais un même pied ferait obligé de foncer deux fois de fuite, ce qu’on nomme ici brochetter, & ce qui eft pénible pour l’ouvrier : mais il faut toujours (îx lames, & ainfi de toutes les autres parties qui concourent à leur jeu.
- Il y a peu de différence du travail de la prunelle à celui de la calmande, Celle-ci, comme on l’a vu, s’exécute par quatre fils levés & un baiffé, ou le contraire, puifqu’elle fe fait à l’envers, cinq fils en broche par conféquent. La prunelle en a fix, & elle s’exécute par quatre levés & deux bailles ; elle n’a plus befoin d’être tiffée à l’envers, parce que les deux fils de def. fous ont allez de force pour foutenir la navette. Le palfage des lames étant égal dans les prunelles comme dans les calmandes unies, il eft néceflaire que le nombre des lilfes le foit à chaque lame : mais dans les prunelles à côtes. il y a des variations dans l’arrangement par paquets, qui fe feront fsntir à i’infpedion des marches.
- La prunelle eft l’étoffe rafe en laine la plus jolie & la meilleure qu’on ait faite en France. On en doit l’invention , quant à nous du moins., & la perfection, à M. Joiron Maret. (a)
- §• VL
- De la turquolfe. (b)
- De toutes les petites étoffes croifées que je décris, la turquoife eft celle
- (a) On fabrique de très-nouvelle date à Amiens une étoffe fatinée , qu’on nomme prujjttnnc ou fatin turc. Cette étoffe, de la largeur de vingt pouces, eft d’une grande beauté, & fera d’un excellent ufage,puif-qu’il paffe en-deffus les | de fa chaine , très-fournie, & I en-deffous pour l’envers. Je cite encore avec plaifir M. joiron Maret,
- pour la fabriquer fupérieurement.
- ( b ) J’ai mis au rang des étoffes croifées , la turquoife & le bafin, quoique l’une & l’autre fe faffe à pas fnnple & fans croifure, Iorfqu’elle eft travaillée en uni : mais comme on y forme (e plus fouvent quelques petits deffins, & qu’ils exigent des pas croifés, il m’a paru plus convenable de les placer dans cet ordre.
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- HETOFFES EN LAINES.
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- qu’on varie le plus dans la fabrication, & chacune d’elles a une dénomination particulière. On dit donc : turquoife a côtes, turquoife baracanée, gu'tL lochée , croifetu , grande , petite , double , fimple, mille-points , &c. &c.
- On les fabrique généralement en matières de bonne qualité, filées fin » à fils doubles & retors pour la chaîne , fimples & mouillés pour là trame , avec environ mille fils fur la largeur de demi-aune. La turquoife fimple s’exécute avec trois marches & quatre lames : celles à deflius en exigent un nombre proportionné à leur complication, 8c qu’on trouvera déterminé relativement à l’examen des marches indiquées ci-après nos. 8 & 9.
- Cette étoffe, & ainfi de la plupart de celles que je décris, qui fe fabriquent en écru , & de petite largeur, fe monte en chaîne d’environ foixante aunes de longueur, qu’on coupe en deux ou trois pièces , fuivant les demandes.
- §• VIL
- Du bajin.
- Le bajin tire fon nom d’une forte de toilerie, ou étoffe en fil & coton t cannelée fur la longueur, & que celle-ci imite fort bien : c’efl encore une efpece de turquoife qu’on aurait pu nommer tout uniment turquoife bafinèe , fans en faire une divifion à part, fi elle n’eût eu une diflin&ion marquée dans le commerce. Il s’en fabrique d’ailleurs beaucoup en couleurs qui » par leur oppofition, détachent encore mieux la cannelure du fond , ce qui n’arrive jamais à la turquoife proprement dite, qui ne fe fabrique qu’en' blanc. Le bafin fe tiffe, ainfi que la turquoife , toujours à trame fimple & mouillée, lorfqu’il fe fabrique en blanc s & à trame feche, lorfqu’il fe fabrique en couleurs.
- §. vin. ;
- Du grain - d’orge. y
- Si la turquoife eft de nos petites étoffes celle dont on varie le plus les deflins , le grain - d’orge eft celle dont les defîins font le plus faillaus. C’efl: pour y parvenir , qu’on le tiffe à trame double virée. Le principal mérite de l’étoffe ne confifle pas dans fa fineife, on y emploie des matières ordinaires i mais dans fa force, dans fa réfiflance, qui lui a acquis fuccellive-ment les noms déamen ^ d'éternel, de fort-en-diable, &c. Elle fondent mal ces dénominations, lorfqu’on néglige d’en fournir la chaîne du nombre convenable de fils, de huit cents, neuf cents à mille, fuivant la filature, fur t la largeur de demi-auns, & fi on la tiffe légèrement, l’étant toujours au •
- C c c ij
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- L'ART Dü FABRICANT
- fec, fur-tout fi c’eft à trame fimple, comme cela arrive quelquefois , principalement dans ceux qu’on fabrique en couleurs.
- Le nom de grain - d'orge lui vient de celui de fou auteur , & non de celui du defiin de cette forme » long-tems le feui qu’on ait exécuté fur cette étoffe; mais qu’on varie beaucoup aujourd’hui. On réunit & prolonge ces grains en côtes fur la largeur, en carreaux, en lofanges, &c. &c. Il ne le fabrique qu’en blanc, pour être teint, ou en couleur unie , & feulement en gris. Ceux qui fe font en couleurs variées en chaîne & en trame , pour détacher mieux le deflîn du fond, fe nomment, façon de Silèfie, ou tout uniment Jilèfie, & forment en cela une nouvelle divifion.
- §. IX.
- JDu Jilèfie, ou façon de Jilèfie.
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- On vient de voir que le jilèfie ne différé du grain-dorge qu’en ce qu*ll le fabrique à chaîne & à trame de différentes couleurs, & en ce que les deflîns plus variés & fou vent plus compliqués demandent un autre ordre dans le paffage des fils, dans le nombre des marches, dans celui des lames, en un mot, dans Y ambrevage & le jumellage.
- Le fîléfîe eft de nos étoffes croifées, celle qui conforame les matières les plus communes , & l’une de celles qui foient à plus bas prix.
- La rentreture a bien en général une forme déterminée pour chaque efpece d’étoffes décrites, & auffr quelquefois la même pour plufieurs : mais elle varie fouvent auffi dans la même efpeee, ce qui dépend de la nature du defiin. Elle n’eft même pas toujours déterminée pour tel deflîn ; car, comme on peut exécuter différens deflîn s fur la même rentreture, par la feule difpofi-tion des cordes , d’où réfuJte le jeu des lames, on peut quelquefois le varier, en difpofant les cordes de maniéré à ramener les lames à produire le même effet : tout cela dépend de la facilité que l’ouvrier trouve à exécuter un deflîn 9 le grand art c.onfiftam toujours à Amplifier l’état de la. machine.
- §• x..
- JJu malbouroug.
- Le malbourong eft de toutes les étoffes croifées la plus compliquée , celfe dont l’exécution du deflîn demande le plus grand nombre de marches, & dont le paffage des lames préfente le plus d’irrégularité. Cette étoffe, qui fe fait à la marche, relfemble le. plus au ras de Sicile qui fe fait à la tire ?
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- 27 ETOFFES EN- LAINES.
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- dont la figure d’un côté fait fond de l’autre , & dont l’un eft toujours formé par la trame, lorfque l’autre l’eft par la chaîne. Il faut donc qu’il foit fabriqué en couleurs, & que celle de la chaîne foit différente de celle de la trame.
- L’apprêt qui convient & qu’on donne ordinairement au malbouroug , eft ,1e cati fortement luftré : les fils doublés & retors ne font donc pas propres à fi fabrication : on en a déjà inlinué les raifons à l’article de la tamife & .ailleurs ; elles feront expliquées , lorfqu’on traitera des apprêts. Cependant nos fils de laine courte & feche ne duraient guere s’employer autrement. Ils ne réfifteraient pas aux fecoulfes qu’éprouve une chaîne très-fournie , & qui demande d’être tiifée fortement. Les laines de Hollande filées à Turcoing s’y emploieraient à fils fimples avec fuccès, mais elles font très-cheres. C’eft bien un grand mérite de cette étoffe d’être fabriquée avec de bonnes matières & fufceptibles d’un bel apprêt ; mais, en y ajoutant en outre de la confiftance, il la faut établir à bas prix.
- On voit donc encore , relativement à cet objet, de quelle importance il ferait de remonter à l’amélioration de nos laines , pour les rendre propres aux travaux auxquels plufieurs nations , & fur-tout les Anglais , fe livrent avec tant d’avantage.
- On a aufiî retors un fil de foie avec un fil de laine , pour donner plus de fineife , & laiifcr autant de force à la chaîne ; mais on a vu dans la tamife & dans la prunelle les inconvéniens qui réfultent de cette pratique : ils fe réunil-fent ici ; &: cette foie y ajoute un prix de matière & de main-d’œuvre que le mai* bouroug ne fauraitfupporter.il faut donc , pour fabriquer cette étoffe convenablement, n’employer dans fa chaîne que des fils fimples, d’une filature très-torfe , ou retors enfuite au moulin ; dans lequel cas il aurait fallu avoir l’attention de les filer à corde croifée. Le nombre de ces fils fur la largeur de demi-aune , eft de neuf cents à mille, la trame de matières de pays , comme celle de la chaîne , également bien choifie , également filée fin, mais un peu moins torfe , & allez rapprochée au tillage pour que le nombre des fils de trame foit à peu près égal à celui des fils de chaîne.
- ARMURES DES MÉTIERS*
- (^N ne donne ici qu’une trentaine de ces fortes d’armures , qu’on pourrait encore beaucoup varier; mais ce nombre fijffitpour avoir une idée des différences qui le rencontrent dans les tilfus finiples , croifés , à carreaux , à.côtes & à toutes fortes de petits d-efîins praticables à la ma-rcho, & pour faire concevoir le méchanilme de toutes ces fortes de métiers.
- M déiigne les marches , qu’on multiplie félon le deffin des étoffes qu’on
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- VA RT DU FABRICANT
- veut faire ; T le talon des marches, ou le point où eft fixé leur jeu à char-’ niere ; L les lames , dont le nombre quelquefois moindre , quelquefois plus grand, ou égal à celui des marches , eft fouvent déterminé relativement à ce dernier. F défigne les fils de la chaîne. Les petits points noirs marquent leur pacage dans les liftes. Les o marquent i’endroit où font attachées les cordes qui correfpondent des marches aux lames par en-haut, & qui les lèvent lorfqu’on foule la marche correfpondante , tandis que toutes les autres baillent, ce qui forme la foule. C’efF de cet arrangement des fils que fort le dejflîu qu’on veut former, foit par la trame, l'oit par la chaîne.
- N°. I. Planche FUI. Toile.
- La toile fe fait avec deux marches & deux lames. Les fils font paifés dans les liftes, alternativement de la première à la fécondé, &c. On foule les marches en commençant toujours par le pied droit , dans l’ordre fuivant: i : 2 &, recommençant ; la marche i fait lever la lame 2 , & la marche 2 la lame 1. Le nombre des lilfes eft ici égal en chaque lame. Quand il fe trouvera des lames d’un nombre inégal de lilfes, on le fera remarquer.
- N°. 2. Planche FUI. Camelot.
- On emploie quatre marches & quatre lames. On foule à la fois 1, r, qui font lever de même 1, 3. On foule enfuite 2,2, qui font lever 2,4.. On palfe quatre fils entre chaque broche du ros ou peigne , ce qui s’appelle mettre quatre fils en dent. Le nombre des lilfes de chaque lame eft égal. Les fils font rentrés dans les lames à la fuite l’un de l’autre : c’eft pourquoi 011 fait lever les lames 1,3, afin qu’il ne fe rencontre pas une petite cannelure , que les dents du ros occafionneraient, fi elles levaient 1 , 2 , & 3,4. La figure G eft l’armure du métier de camelot en Allemagne : on fouie avec le même pied deux marches à la fois.
- N°. 3. Planche FIII. Camelot baracané.
- Le camelot baracané fe fabrique à quatre marches & quatre lames, comme le camelot fimple. On foule 1 , 3 : 2 , 4 à la fois. Les lames lèvent 3,4 :
- 1 , 2. Le paflage des fils eft différent. On paffe dans la première lame, enfuite dans la troifieme , puis dans la fécondé , & enfin dans la quatrième. La raifon que nous avons donnée du paffage précédent,, eft confirmée par celui-ci j car fi les fils étaient rentrés tout de fuite , il faudrait que les lames levaflent. auffi 1 , 3 : 2 , 4.
- Quatre fils en dent.
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- D'ETOFFES EN LAINES.
- N«. 4. Planche VIII, Baracan.
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- Il faut pour le baracan deux marches & quatre lames, qui lèvent auflî 1,2: 3,4. On foule 1 , & enfuite 2. Les fils font paffés dans les lames I > .3 > 3 , 4.
- Deux fils en broche.
- N°. f. Planche VlIL Serge fans envers.
- On peut faire cette étoffe de différentes maniérés, avec le même nombre de lames & de marches: on peut auffi les varier, pourvu qu’on fafTe lever trois fois de fuite deux lames * l’une à côté de l’autre , & qu’on termine par les deux extrêmes. Voici la maniéré d’arranger les cordes, & de faire lever les lames en foulant les marches. Il y a quatre lames & quatre marches. Les fils font paffés de fuite dans 1 , 2, 3,4. Les o , qui font fur les points de fe&ion des lignes longitudinales 8c des tranfverfales, marquent les lames qui lèvent j tandis qu’on foule fur la marche qui y répond , les autres baiffant en même tems. Ici on ne travaille qu’avec un pied , qui eft le droit : le gauche refte appuyé par terre fur le bord de la foffe , dans laquelle fe fait le jeu des marches. On foule 1 , qui fait lever les lames 4,3 : on foule en-fuite 2, qui fait lever 3,25 puis 3 , qui fait lever 2 , 1 j enfin 4, qui fait lever 1, 4. On recommence à la première marche.
- Quand on veut faire ufage des deux pieds, on fe fert de l’une des deux figures A B. Pour la figure A , on foule avec le pied droit 1 & 3 , & avec le gauche 2,4, & ainfi pour la figure B. On obferve de fouler les marches félon l’ordre des chiffres, pour qu’elles puiifent faire lever les lames qui y répondent, fui van t leur indication. Deux fils en dent. La figure C eft encore une autre manière de paffer les fils, & de marcher , pour opérer le même effet.. On foule J , 4 : 2 , 3 j il leve 2,4 : 2 , 3 : J , 3:1,4,
- N°. 6. Planche VIII. Serge de Rome avec un envers.
- Cette étoffe fe fait avec trois lames & trois marches, qui fe foulent 1, 2,3, avec un.feul pied ; les lames lèvent 3,2, 1. On voit qu’il doit nécel-fairement y avoir une croifure à l’endroit , formée par la trame, & que la chaîne doit former une toile à l’envers , puifqu’il n’y a qu’un tiers de la chaîne qui leve , tandis que les deux autres tiers baiffent.
- Les fils font paifés 1 , 2 , 3 : il y en a deux en dent.
- N®. 7. Planche VIII. Serge de Rome à côtes.
- Il faut, pour former la côte qui eft baracanêe, & à pas de toile, Iorfque-
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- les intervalles font croifés , multiplier le nombre des lames, fans augmenter la fomme totale des lilfes, & faire lever trois lames à la fois.
- Les fils font pafles dans les lifles i, 2, 3 : I , 2 , 3:4, 5, 6: 4, 5,6 , & en recommençant. On voit par cet arrangement qu’il faut laifler des intervalles entre les lifles , puifqu’il s’en trouve un li grand entre les fils pafles dans celle de la lame 1, & dans celles de la lame 6 : c’eft ce qu’on n’apper-çoit pas d’abord , lorfqu’on veut imiter un deflin. Pour éviter un examen trop réfléchi, quand le métier eft monté & les fils pafles , on élague tout ce qui effc inutile. S’il reliait à chaque lame autant de lifles qu’à celle de la ferge de Rome , n°. 6, il y en aurait la moitié qui ne ferviraient pas. Les marches fe foulent 1, 2 , 3 , & les lames lèvent 2,3*6:1,3,5:152,4, & ainfi de fuite en recommençant.
- Deux fils en dent.
- N°. 8. Planche FUI. Turquoife baracanée.
- Comme on veut avoir dans la turquoife cette efpece de cannelure ou raie que les broches du ros forment entre les fils , on les pafle dans les lifles 1 , 2 , 3,4, & on fait lever les quatre lames deux à deux, parle moyen de deux marches , qu’on foule alternativement, comme à la toile. La marche 1 fait lever 3,4; & l’autre ,1,2.
- Deux fils en broche.
- N°. 9. Planche FIII. Turquoife mont-à-loifir.
- Trois marches & quatre lames, les fils pafles 1, 2, 3,4. O11 foule 1 qui fait lever les lames 3,4: on foule 3 avec l’autre pied , qui fait lever 1,4. Le pied droit foule 2, & 1, 2 lèvent. Le pied gauche refoule 3 ; enfuite le pied droit retourne à la première marche , parce que la marche 3 baifle deux fois , tandis que les autres ne baiifent qu’une fois chacune.
- Deux fils en dent.
- N°. 10. Planche FUI. Bafin en turquoife.
- Trois marches & quatre lames , dans lefquelles les fils paflent 1,2,3; 4:3,2, 1:2,3,4, & ainfi de fuite -, de forte que la première & la dernier e lame ne foient garnies que de moitié des lifles des autres. On foule 1, qui fait lever les lames 3,45 puis 3, qui fait lever 4,2; enfuite 2, qui fait lever 3 , 1 , & on reprend 3 : la courfe eft finie , la troüîeme marche allant deux fois avec le pied gauche, contre les deux autres une feule. Si Tonvrier n’eft pas aifez agile du pied gauche, 011 le fait commencer par 3 ,
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- & il marche alors i deux fois ; mais il faut tranfpofer ^arrangement des cordes.
- On appelle courfe le nombre de duites à pafifer pour faire le dcffîn. Il y en a ici quatre , quoiqu’il n’y ait que trois marches ; mais lune d’elles joue •deux fois.
- Deux fils en broche.
- N°. il. Flanche. FUI. Bafin varié du précédent.
- Il y a trois marches & fix lames. Les fils font paffés de fuite i , 2 , 3 , .4, 5,6. On foute comme au précédent 1, 3:3,3. Les lames lèvent 1,3,
- 5 : 4, ç 3 6 : 2 , 4, 6.
- Deux fils en dent.
- N°. 13. Planche Flll. Mille-point en turquoife.
- Quatre marches & fept lames dans lesquelles les fils paffent 1,2, 3,4-, 5, 6 ,7 : 6,5,4,3 , 2 , 1 : 2 , 3,4,fi, 7, &c. Ou voit par-là comment les lifles des lames doivent être comparées. O11 foule 1,4: 1,3: 1., 4: 1,3 13,4:2, 3:2,4, &c. On peut pouffer plus loin la courfe , fui-vant la fineffe de la trame., ou félon la longueur qu’on veut donner au deilin. Les lames lèvent 1,3, fi* 7: 1,3, 5,7; 3,4, 5, & enfin 3, 4, fi. Deux fils en broche.
- N°. 13. Planche FUI. Prunelle unie.
- On pourrait faire la prunelle avec trois lames & crois marches i mais comme il fe trouve beaucoup de fils dans la chaîne , 011 met fix lames 8c cinq marches. Les fils font paffés 1,2,3,4, f , fi. O11 foule 1 , 3,2,4,^,
- 6 la courfe eft finie. Les lames lèvent 3, 3,5, fi: 1, 3 * 4,6:1, 2,4, f : 3, 3 , f , 6: I , 3,,4, f.
- Six fils en broche.
- N°. 14. Planche FIII. Prunelle à côtes.
- Trois marches & fix lames. Les fils fe rentrent 152,3:1,2,3:1, 2,3:1,2,3 :4,f,6:4,5',fi:4, f » 'fi : 4, f, 6, &c. On foule 1 ,2,3. Les lames lèvent 2,3*6: 1 > 3 , f : I * 2,4. On fait aufli cette étoffe à fix marches, & à fix lames, compofées comme celles ci-deffus , fig. A , & elles lèvent ainfi, 2 , 3 , fi : 19 3Y f : 1 9 39 4 : 2 , 3,6 : 1 j $ > 5 *• 1,2, 4 : ce qui eft une répétition.
- Tome XIX.
- D d d
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- N?, 15. Planche, IX. Calmande unie.
- Cinq, marches & cinq lames j les fils rentrés r , 2, 3,4,5*. Les lames lèvent 4, 2, 5 , 3 , 1 : d’où l’on voit que quatre baiffent à la fois , tandis qu’il n’y en a qu’une qui leve. Cette étoffe fe fait à l’envers, & la croifure de l’endroit ne fe forme qu’avec la chaîne.
- Cinq fils en broche.
- No. 16. Planche IX. Calmande à côtes.
- Cinq, marches & dix Iajnes. Les fils fe rentrent 1,2,3,4,5:1,27 3,4, f : 1, 2,3,4, 1 1 6, 7, 8,9,10 : 6, 7,8,9’, 10: 6, 7,83 9, 10 : & ainfi de fuite en recommençant. On marche comme au n®. 1 J", d’un feul pied, 1,2, 3,4, 5”. Les lames lèvent 2,3,4, f > 10:1,3,4,5» 7 : 1, 2 , 3,5,9: 1 ,2 , 3,4,6: 1,2,4 , 5,8.
- Cinq fils en dent.
- N9. 17. Planche IX. Serge de Minorque.
- Quatre marches & huit lames ; les fils paffés 1,2, 3,4 : 1,2 , 3,4 : îy 2,3,4: 536,7,8: 536,7,8: 5, 6, 7,8: on foule dhm feul pied dans Tordre fuivant, 1, 2 , 3,4. Les lames lèvent 2, 3 , 4 , 6 , 7 , 8 : 1, 3,4, 5 s 7 » 8 • 1 , 2,4 , f , 6 , % : 1,2,3 5 5 3 6,7- L’ouvrier a ici fix lames à faire lever à la fois , tandis qu’il n’y en a que deux qui baiffent.
- Pour fa commodité, l’étoffe fe travaille à l’envers , comme il eft tracé en A , le nombre des lames , le paffage des fils, & la marche étant de même. Les lames lèvent 1,5:236:3,7:4,8.
- Quatre fils en broche.
- N°. ig. Planche IX. Grain-d’orge.
- Huit marches & huit lames ; la rentrée des fils, comme à la ferge de Minorque. On ne foule qu’avec un feul pied 1,2, 3,4,5,65 7,8,& en recommençant v les lames lèvent 253,4,8:1,3,4,7: 1,2,4,6:1 > 2, 3, 5 :4, 6,7, 8*. 3 3 5 j 7 > 8 *• 2, 5’ 6, 8: 1,5,6, 7.
- Quatre fils en broche.
- N°. 19. Planche IX. Barré en grain-d’orge.
- Huit marches & huit lames ; la rentrée comme au n°. 18, fe marche de même, les lames lèvent 1 , 5 : 2, 6 : 3 , 7 : 4 , 8 : 1 3 2 ; 3 j 5 : 1,2,4,6 : 13 8>4> 7;253>4> S-
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- D' ETOFFES 'EN LAINES.
- m
- N°. 20. Planche IX. Mille-point cannelé.
- Quatre marches & huit lames : fe rentrent 1,2, 3,4,£,6,7,8: 7,6 , f , 4 , 3 , 2, 1 : 2, 3,4 5 , 6, .7 , 8 , &c. On marche à deux pieds, 1 avec le droit, 4 avec le gauche, répétant autant de fois qu’il eft néceflaire, pour alonger le point convenablement ; enfuite 2,3, &c. avec les mêmes répétitions. Les lames le-vent 1, 1, 3 ,5, 7 : 4, 8 : 2, 4» 6,7, 8:
- 1 , 3 > 5*
- Deux fils en broche.
- N°. 21. Planche IX. Mouches & navettes.
- Huit marches & fix lames : fe rentrent comme au no. 20. On marche 1,8: 1,8: 1,8= 1, 8:2,7:2,7:3,6:3,6:4,î:4,5:4,ï:4,
- 5 , &c. Les lames lèvent 2,4, £,6: 1, 3: 1. 3,5,6: 2,4:1,'2,4,
- 6 : 3 , 5 : 1,2,3 , 5 : 4, 6. Le travail fe fait à deux pieds, lé droit foulant îes quatre marches à droite , & le gauche les quatre à gauche.
- Deux fils en broche.
- N9. 22. Planche IX. Petite fraife de mouche.
- Huit marches & huit lames ; les fils paffés comme aux numéros précé-dens. On marche 1 & 8 s chacun trois fois ; 2 & 7 de même} 3 & 6 de même j 4 & 5 , cinq à -fix fois chacun. On eft actuellement au milieu des marches, les deux pieds l’un contre l’antre ; on s’en retourne comme on eft venu , en foulant 3 & 6 trois fois, 2 & 7 de même, & enfin 1 & 8 aufli trois fois, & l’on revient. Les lames lèvent 1,3,4', 55758:2,6:1,3,5,6, 7:2,458:1,3, 5 , 7,8 : 2, 4,6: 1, 2, 3 , 5,7 : 4, 6,8.
- N®. 23. Planche IX. Petite croifette.
- Les marches, les lames & le paflage font comme au no. 22. Les lames lèvent 1,3,5,6,7:2,4,8:1,35 5, 7,8:2,456: 1,2,456,
- 8 : 3 > * >7 : 3,3,4, 6 , 8 : i-, 5 > 7-
- N°. 24. Planche IX. Zigzag cannelé.
- Huit marches, huit lames, les fils rentrés 1,2, 3,4, 5, 6,7,8,& recommencer. On marche 1,8:2,7:356:4, f. Les lames lèvent 1,2, 5,6, 8:3>4, 7: 3,4 * 5 5 7 : i»2,6 ,8: 2, 3,4,5,8:1, 6, 7: S,3,4*7: 1* 8-
- No. 25. Planché IX. Croifette & fraife>
- Neuf marches & dix lames ; la rentrée des fils comme aux numéros 20 & 21. On marche cinq à fix fois , comme il fuit : I , 8 : 1,9 : 2 , g : 2,9 :
- D d d ij
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- 396 DA R T DU FABRICANT
- 3,8:3, 9 : quatre à cinq fois, 4, g : 4,9: trois fois , ^ , 8 : f , 9 '• trois fois, 6,,g: 6,9 : trois fois, 7.8: 7,9. S’en retourner de la même maniéré, en recommençant par 6,8. Les lames lèvent, en confidérant la progreliion naturelle 1,2,3 , &c. des marches , 1 , 5 , 6, 7 , 8 : 1 , 3 , 5 , 6 * 7 , 9., 10 r 2,4, 6 , 8 , 9 , 10:i,2, 4,6,9, 10 : 2, 3,4,6,85 ro: 1,2,4,. 5 , 6 , 8-» JQ: 2, 3,4,6, 7 , g : I , 3 , 5 ,7, 9: 2, 4,6,85 IO.
- N°. 26. Flanche IX. Croifette fans envers.
- Seize marches & dix lames ; les fils rentrés comme au n°. 24, On marche 1, 16, quatre ou cinq fois; 2,15, deux fois y 13, r4, quatre à cinq;, fois.;, quatre ,13, chacun deux fois ; 5 , 12, chacun deux fois ; 6 , 11 , chacun trois ou quatre fois; 7,10, chacun, deux fois ; 8,9, quatre ou cinq: fois; revenir à la première en travaillant. Les lames lèvent z,4,5,6, 7* § r 1,3,9, iq : 1 , 3 , 5,6,7 , 9 : 2,4,8 , IO: 2 ,.4,6,8,9, 10 : I ,, 3, ^*7:1»35Ï57,9’I®:2»4>^’8:3. ?4’ 5*6,7» 9: 1,2,8, 10:2,4,5 ,6,8,10:1, 3,7,9 : 1,2,3 , î , 7 > 9 : 4> 6 > 8 5 10 : I
- 2,4, 6, 8, 10: 3 , 5 , 7, 9.
- N®. 27. Planche IX. Siléfie en AV, ou zigzag.
- Huit marches, huit lames; les fils font pafles comme au n°. 26, Oiv marche avec un feul pied: 1,2,3,4, 5,6,7, 8 ^ puis on recommence par 1. Les lames lèvent 3 , 4, 5,8:2, 3,4, 7 : 1,2,3 , 6 : 1,2,5,, g : 1,4,7, 8. : 3 , é , 7,8 : 2,5 , 6,7 t 1,4, f , 6.
- Quatre fils en broche.
- Pour faire des yeux de perdrix, il fuffît de marcher de la huitième à 1» feptieme r puis la fixieme , la cinquième, &c.
- N°. 28. Planche X. Siléfie à bâton rompu.
- Dix marches 8c dix lames ; la rentrée des fils comme au n°. 27. On marche comme au même n°. 27, 8c l’on peut faire des yeux de perdrix avec le même changement. Le defini efi: ici plus grand , & il fs. forme un petit bouton qui ne fe trouve pas dans celui ci-deiîus. Les lames lèvent 4 , 5, 6, io:
- 3 » 4,5', 9 • 2 , 3 j 4-s 8 • *,2,35 7 *1,2,6 , 10:1,5 îo: 4, 8 , 10 : 3 , 7, g ,9 *• 2 ,6 ,7 ,g : I , 5,6,7.
- Quatre fils en broche*
- N°. 29. Planche X. Siléfie ou coeur enflammé.
- SEize marches & dix lames ;, les fils rentrés comme au n°. précédent. Oit fouie i,2, 3,4, &c. jufqu’à i6. On revient par 15, I4,&c. jufqua la première. Les lames lèvent 1,2,5 ,6,8,9: 1,2,4,7 , IO r. 1., 2.,. 3 ,
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- & E T 0 F F E S EN LAINES.
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- 6,9,10:1,2, j*, 8,9, 10:4,7,g,9: 3,6,7, 8, 9:2,5*, 6, 7, 8:1,4, f, 6,7:2, 3 , f > 6> 9> 10:1,4,7,9,10:1,2, 5,8, 9 , 10 : 1,2,3,6,9,10:2, 3,4 , 7 : 2, 3 y 4 , y , g : 3,4, ç , 6 ,• 9 : 4’ V» 6,7» îo*
- Trois fils en broche.
- N°. 30. Planche X. Bâton rompu.
- Dix-fept marches & dix lames; les fils pafles comme ci-deffus. On marche 1,2,3,4,&c. jufqu’à la dix-feptieme, & on recommence par la premier e. Les lames- lèvent x , 4, S , 6, 7, 10 : 4, 5,6,9 : 3,4,5 , g : 2 , 3,4,7, 10': 1,2, 3,6,9, 10: 1,2, î,8,9,10:1, 4,7,8,9: 3 >6,7,8 :'J,4»f,6, 7, 1 o : 2 , ^ , 6,7: 3 , 6, 7, 8:1, 4,7, 8*9: 1,2, s > 8 9 9 > 1 o : 1 , 2 , 3 , 6, 9 , 10:2,3,4,7,10: 3,4,. 5 > 8 : i > 4> S > 6, 7,10.
- N°. 3 1. Planche X. Malbouroug.
- Seize lames & feize marches. Les huit premières lames font employées à faire le deffin, & les huit autres la répétition qui eft à côté, ce qui eft dillinguépar des X. On marche 1,2, 3,4: 9, 10,11, 12: 1,2, 3,4: 5 > 6,7,8 : 13, 14,if, 16: f, 6,7,8 : 1,2, 3,4: 9, ib , 11 , 12 :
- I > 2,3,4: 6,7-, 8 : 13 > H > !ï> 16 : f , 6, 7,8» pour agrandir
- le deffin. Il faut répéter de fouler quatre marche autant de fois qu’on le jugera convenable.
- N°. 32. Planche X. Malbouroug.
- ViNGT-quatre marches , & vingt-quatre lames, les fils paffés en AV ou en zigzag ; marcher 1,2, 3 , &c. jufqu’à 24.
- N°. 33. Planche X. Etoffe brochée à chaînons.
- On a parlé ci-devant du broché à chaînons, qiri s’exécute à la marche, fur les étoffes à pas fimple ou croifé. Il fe fait ainfi des camelots , des étamines 8c autres étoffes rafes & feches. Les chaînons font des parties de chaîne , diftribuées fur une fécondé enfouple placée au-deffus de celle de la chaîne principale , & paffée dans d’autres lames que celles qui fervent à faire le fond. Le plan de l’armure fui vante donnera l’idée de cette forte de travail. Pour l’exécution de ce deffin, il faut douze marches & dix lames , dont quatre pour fabriquer le fond de l’étoffe , êc fix pour faire 1a- figure. Le marcher eft I, 12: 1, 11:2, 10 : 3 ,9:4, 8: f,7: 6, 7: f, g: 4,9: 3,10:2,
- II : 1 , 12. Quatre fils en broche , dans les parties* où il y a figure , 8c deux feulement où il n’y a que du fond»
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- 3^3 VA RT DU FABRICANT
- ÜN voit qu’il n’y a pas de fils de chaînons paffés dans les lames du broché i & i2, afin de pouvoir féparer le defini, & former une figure détachée. En répétant l’ufage de ces deux marches , on fait cette réparation à volonté. Cette étoffe fe travaille à l’envers ; le flotté de la matière à brocher fe trouve en-deffus, & les o marquent les lames qui bai fient, pour faire le broché en-deflous. Il en eft ainfi du lancé , maniéré de brocher par une fécondé trame de couleur, & quelquefois de matière différente. Cette autre pratique, beaucoup plus commune, & d’un ufage fréquent dans les fabriques de toileries , ne différé de la précédente , qu’en ce que les marches , qui font mouvoir les lames du fond, ne font pas les mêmes que celles qui font agir les lames par lefquelles on opéré la figure ; & qu’au Heu des fils déchaînons qui font paffés dans celles-ci, ce font des fils de la chaîne du fond qui lèvent ou baiflent dans un tems différent de celui où fe fabrique le corps de l’étoffe. La figure du n°. 34, qui èft le même deffin que celui du n°. 33 , donne l’idée de cette différence.
- Dans la fabrication du lancé, on ouvre le pas de fond ; on trame ; on ferme le pas ; on foule la marche de la figure; on lance la matière du broché ; on rouvre le pas du fond, & ainfi de fuite ; au Heu qu’au broché à chaînons, le fond & la figure s’exécutent en même tems. Le flotté eft fur la largeur au lancé ; il eft fur la longueur au broché à chaînons.
- Moyens de trouver la marche d'une étoffe par Véchantillon.
- Après avoir donné la marche par laquelle on s’élève de l’idée d’un deflîn à fon exécution, il n’eft pas hors de place d’indiquer la méthode de redef-cendre de l’exécution aux élémens, & d’établir les principes qui y conduifent
- Si en tirant un fil de la trame, on apperqoit que les fils de la chaîne lèvent & baiflent alternativement, il eft évident que l’étoffe eft fabriquée à pas (impie, que ce foit à deux ou quatre marches.
- Si à la première duite, deux fils de la chaîne, proche l’un de l’autre , ievent ou baiffent à la fois, & qu’à la fécondé duite il s’en levé ou baiffe également deux, mais l’un de ceux qui ont levé avec l’un de ceux qui ont baifle , & ainfi de fuite, ce fera une ferge ordinaire, &1a marche fera 1 & 2, 2 8c 3, 3 & 4, &c. s’il n’y a que quatre marches.
- Si quatre fils lèvent fur la première duite, & qu’un cinquième baifle, & ainfi de fuite en s’éloignant toujours d’un fil, il y aura cinq lames : elles lèveront 1,2,3,4:253, 4 , f : 3,4, 5 , 1 : 4, y , 1,2 , &c. Ce fera une calmande, un latin.
- S’il eft queftion d’un petit deflîn , croix, mouche , fraife , &c. il faut procéder de même, & fixer les objets de la maniéré fuivante.
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- D'ETOFFES EN LAINES.
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- Tirez fur le papier plufieurs lignes droites, parallèles & rapprochées ; tirez-en d’autres qui coupent les premières à angles droits. Les unes repré-fenteront les marches du métier , & les autres les lames. Dégagez un El de la trame des fils défilés de la chaîne. Si le premier fil de chaîne elt par-deffus le fil de trame , marquez un o fur le premier point de fection de la première colonne , qui annonce que ce fil a levé lorfque l’ouvrier a foulé la marche. Si le fécond fil de chaîne eft par-deffous le fil de trame , ne marquez rien: celui-ci baiffait, tandis que le premier levait, & ainfi de fuite, jufqu’à ce que vous rencontriez une colonne femblable à la première $ ce qui indique que le deffin eft fini quant à fa largeur.
- A l’égard de fa longueur, fuppofez une étoffe figurée telle que le Maï-bouroug du no. 32, & pofez fur les fe&ions de la prochaine ligne longitudinale & de toutes les tranfverfales, des o qui indiquent tous les fils de la chaîne qui lèvent, ceux qui furmontent la trame ; continuez ainfi, jufqu’à ce qu’un nouveau fil indique une répétition exade d’élévation & d’abaiffement des mêmes fils de chaîne. Une nouvelle colonne, femblable à une précédente, annonce l’achevement du delîin ; & foit qu’elle foit longitudinale , foit qu’elle foit tranfverfale , il la faut retrancher.
- La rentrée des fils eft déterminée par la nature de la croifure du deffin ; toujours du même côté, s’il en eft ainfi de la croifure > ou en AV, fi elle eft en zigzag. S’il eft queftion d’une étoffe à côtes, il faut doubler le nombre des lames employées pour une- étoffe croifée unie, & rentrer moitié en-def-fus , & moitié en-deflousj puifque les côtes, comme on l’a déjà obfervé, ne font qu’une fuite alternative d’endroits & d’enVers, qui s’exécutent en même tems de chaque côté.
- Il eft auffi un moyen d’exécuter un petit defîin quelconque quron aurait feulement fur papier: celui de le rayer en long & en large , & la maniéré du papier à defîin. Comme les étoffes figurées uniquement par la chaîne & par la trame, ne préfentent que l’un pour le fond, & l’autre pour la figure, n’importe lequel, il fuffit de favoir que l’envers offre toujours le contraire de l’endroit, c’eft-à - dire, la chaîne oppofée à la trame, ou la trame à la chaîne, & que toutes les parties correfpondantes du deffin fe raf-femblent de part & d’autre. Si l’on fuit un fil de la chaîne , en confidérant le fond de l’étoffe , là où ce fil difparaît plufieurs pas de fuite , commence la figure j & là où il reparaît dominant, elle eft achevée.
- Il en eft ainfi de toutes les raies parallèles à la première, qui repréfen-tent les fils de la chaîne. La trame à ton tour prédominera ou le deffin fera tracé, & l’on multipliera les points de croifure en raifon inverfe de cette prédominance marquée par le plus ou le moins de plein de la figure fur le fond. Si elle couvre beaucoup, ce fera un pas de latin. Ce fera un pas plus
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- alongé encore, Ci elle forme du flotté : je veux dire que la trame flottera , fi la figure ne paraît point piquée : fes fils ne feront point arrêtés par ceux de la chaîne. Si au contraire la figure eft rafe, qu’elle couvre peu le fond , il faudra ferrer la croifure, la faire fur des pas plus rapprochés : la figure fera fréquemment piquée.
- On peut donc ufer de tous les delTins qu’on rencontre, où & comme on les trouve. On peut en former auffi à l’infini 5 &: avec une très-grande facilité. Il n’y a qu’à voir dans les mémoires de l’académie des fciences, année 1704, combien le P. Sébaftien Truchet a tiré de combinaifong de fimples carreaux mi-partis en deux couleurs par une ligne diagonale. Il en a préfenté trente deffins difFérens : il en avait formé cent -, on peut en trouver mille.
- L’ART
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- D'ETOFFES EN. LAINES,
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- L’A R T
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- D’ÉTOFFES EN LAINES.
- SECONDE PARTIE.
- V ainement fabriquerait-011 les étoffes dans la derniere perfection, fi on ne les adùjettit enfuite à un apprêt convenable à chaque efpece : elles perdent leur plus grand mérite , celui de flatter l’œil du confommateur, & de nourrir une idée de luxe en fe montrant avec éclat. La partie des apprêts eft très-variée, très-variable encore, & plus fufceptible qu’aucune autre de s’étendre & d’être perfectionnée. Je vais indiquer les procédés d’ufage pour chaque forte d’étoffes : il reliera fans doute beaucoup de petites pratiques à fuppléer; mais comme elles different confidérablement, attendu que chacun a les tiennes , je m’en tiendrai aux méthodes générales.
- Les étoffes fe fabriquent, ou en matières teintes avant ou après la filature, ou en matières écrues , pour être teintes en pièces. Les apprêts, qui varient beaucoup dans les différentes efpeces, different plus encore dans l’un & l’autre cas. La première attention à avoir à l’égard des étoffes fabriquées en blanc, eft qu’elles foient parfaitement dégraiffées avant la teinture & les apprêts. La grailfe reffort & s’étend à la teinture j elle ternit les couleurs , & tache l’étoffe; elle reffort, & tache autrement encore à la chaleur des apprêts ; elle gâte les cartons à la preffe , & les cartons gâtent les nouvelles étoffes dans l’apprêt defquelles on les emploie. Les ferges d’Aumale, celles de Blicourt, & quelques autres étoffes fabriquées à la campagne , font les plus fujettes à cet inconvénient , par l’ufage où font les ouvriers de grailler les ros avec de l’huile de la lampe, & de travailler mal-proprement.
- Aussi faut-il employer à leur égard des agens propres à abforber ou à fe combiner avec les parties grades ; de maniéré qu’en chadant les uns de l’étoffe , on la purge en même tems des autres. Il faut fouvent beaucoup de travail pour détremper & extraire les matières grades , durcies dans les étoffes ; & ce genre de travail eft fufceptible d’un très-grand inconvénient, Tome XIX. E e e
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- L'ART DU FABRICANT
- relativement à certains genres d’apprêts auxquels on les deftinç j il détord Tes fils ; il en dilate les parties ; il les incorpore les unes aux autres ; il foule l’étoffe enfin. Si laferge d’Aumale ou de Blicourt eft deftinêe à l’imprelfion , il n’en eft que mieux qu’elle foit foulée, elle ferait trop feche autrement : mais fi elle doit avoir du grain , on fent combien tous ces effets y feraient contraires; ils ne le font pas moins à ce qu’elle acquière du luftre & de la fermeté: ce n’eft qu’un fil tors diftinét & écrafé qui peut lui procurer l’un & l’autre. Cependant, lorfqn’une étoffe eft très-mal fabriquée, encore vaut-il mieux en rapprocher les fils, en couvrir les défauts par le foulage, que de les laiffer paraître. Il faut donc dégrailfer les étoffes fans les fouler : on y procédé de différentes maniérés. Celle ufitée à la campagne opéré rarement l’effet complet, & prefque jamais fans nconvénient : on eft toujours obligé , lorfqu’il eft queftion de couleurs claires & de blancs blanchis , de faire un nouveau dégraiflage. Elle confifte à prendre de la terre graffe, telle qu’elle fe préfente aux ouvriers peu inteliigens qui tiennent les moulins , à la détremper , à la verfèr en plus ou moins grande quantité dans la pile, & à y faire battre l’étoffe jufqu’à ce qu’elle leur paraiffe dégraiffée : alors on lui donne l’eau en plein ; on la retire ; on la rend- au fabricant, qui la fait fécher v & elle eft mife dans, le commerce.
- Je dis qu’on rend les étoffes mouillées au fabricant, & il eft bon que celui-ci exige qu’elles foient ainfi, parce que les foulonniers les étendent & les roulent même autour des arbres pour les faire fécher ; & lorfque ce font des chênes, des frênes , & même des pommiers ou poiriers, les étoffes s’y tachent d’une teinture qu’il eft très-difficile de faire difparaitre.
- Je ne dis rien des dangers d’employer de la terre mal choifie , mal paffée y peu détrempée , mêlée de gravois. Les étoffes en font râpées , & l’on voit la bourre qui s’en détache remplir les atteliers dont je parle. Un moyen plus, efficace eft de faire ce travail à l’urine feule, ou mêlée avec un peu de fiente de cochon , ou de crotin de mouton. Ce fluide gras & vifqueux pénétré détrempe la matière, & forme aifément une nouvelle combinaifon avec les corps gras & huileux qu’il rencontre. On fait d’abord un léger foulage > feulement pour en bien imbiber l’étoffe , qu’on laiffe ainfi s’échauffer autant de tems qu’il eft néceffaire pour que la fermentation qui s’y établit agiife fortement fur les matières grades , fans nuire aux parties conftituautes de-l’étoffe , auxquelles elles adhèrent. Ce tems eft de huit ,dix, douze heures en été , dix-huit ,. vingt, vingt-quatre en hiver. Ort remet l’étoffe dans la pila avec la première matière dont elle eft imbue , & on l’y travaille uninftant ; on lâche la pile, & on la lave en pleine eau. Au lieu d’urine feule, ou mêlée avec les iugrédiens qu’on vient d’indiquer, fouvent on n’emploie que le favon en petite dofe, mais toujours avec la chaleur dont il eft fait me;;, tion : l’eau chaude même y ferait favorable dans certains cas. Le dégraiffage
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- &ETOFFES EN LA 1 N E S.
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- s5opere très-bien avec un bain de furge, c’eft-à-dire , avec de l’eau dans laquelle on a dégraiffé de la laine en toifon non lavée avant la tonte : c’eft ainii qu’011 en ufe à l’égard des ferges de Saint-Lo, en les foulant aux pieds dans de grandes auges de bois creufées en forme cylindrique. Mais la manière la plus fimple , fouvent applicable , la moins en ufage en France , faute d’y être .connue, de dégraiffer parfaitement toutes fortes d’étoffes fans les durcir , fans en altérer les couleurs, fi elles font teintes , qui les difpofe à afpirer la teinture & à bien réfléchir les couleurs fi elles ne le font pas, c’eft de mettre du fon dans la pile j de l’employer en plus ou moins grande -quantité , avec peu d’eau d’abord , qu’on fait tiédir, fuivant le befoin.
- C’est ainfi qu’on en ufe en Allemagne & ailleurs dans plufieurs manufactures de draperies j que les dégraiflfeurs nettoient la plupart des habits , non fans quelque fecret, pour fe faire payer cher une opération qui 11e coûte prefque rien : de même qu’ils lèvent les taches les plus invétérées , les madères les plus incorporées & durcies avec l'étoffe , celles même qui réfiftent le plus à la terre à foulon, comme le cambouis, &c, avec du jaune d’œuf délayé fur la tache, & qui, en frottant, forme une écume favonneufe qui s’unit à la graiffe, dont 011 purge ainfi, en lavant, les étoffes de quelque matière qu’elles foient, fans plus d’altération des couleurs que l’eau pure n’eff capable d’en produire.
- Pour le dégraiflage fitnple , il faut des pilons fort légers ; ceux des moulins ordinaires y font peu propres. Lorfqu’on n’a pas un courant d’eau pour les faire mouvoir, il fuffit de deux chevrons de trois à quatre pouces d’é-carriffage , formant un chaflis de quinze , dix-huit à vingt pouces de large , foutenu par des traverfes, terminé au - bas par une traverfe un peu plus longue & plus forte , & fu(pendu verticalement à une planche ou des perches paffées entre les poutres du toit, & formant reflort : on place deffous une auge de bois ; & un ouvrier, en appuyant de la main , fait jouer cette forte de pilon dans l’auge avec une grande facilité. En donnant de Pinclinaifon à l’auge, elle fera l’effet de la pile : l’étoffe y tournera également. Lorfque l’étoffe eft bien dégraiffée & dégorgée en riviere , on la feche , on la grille, & on la met en teinture. Si elle eft deftinée au blanc blanchi, il convient qu’elle foit grillée avant le dégrais. Dans tous les cas , il conviendrait mieux de commencer par l’opération du grillage : mais les ouvriers prétendent que l’étoffe eft alors plus difficile à dégraiffer j que la graiffe plus recuite, plus defféchée , fe détache avec plus de peine. Cette prétention eft très-fauffe, fur-tout fi l’on procédé au dégraiflage , l’étoffe étant encore chaude du grillage. Les pores de la matière font ouverts j la graiffe a commencé d’entrer en diffolution ; elle fe combine plus aifément avec la terre ou le favon , & elle s’échappe plus promptement que d’aucune autre maniéré. Ainfi donc,
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- pour procéder au. blanc fin , on donne un léger foulage d’une fécondé eau de favori; on y laiffe tremper l’étoife pendant quelque tems ; on la lave bien ; on donne une nouvelle eau d’un premier bain de favon : il n’en eft que mieux dans l’un & l’autre cas qu’elle foit un peu chaude , ainfi que l’eau dans laquelle on la lave bienau for.tir de ce dernier favonj on la dégorge en riviere j on la laiffe égoutter quelque tems fur le chevalet; on la paffe au bleu, fleur d’indigo, qu’on délaye en petite quantité dans de l’eau claire ; on la fait égoutter une bonne heure , & on la met au foufre pendant cinq à fix.
- Au fortirdu foufroir , on la lave en riviere ; on la met au blanc d’Efpagne , & en même tems au bleu , qu’on délaye l’un & l’autre enfemble dans l’eau claire : on la met au foufre une fécondé fois ; on la lave dans une légers eau de fàvon , & on la fait fécher; puis on la pafle à l’étendoir ou corroi , & de là à la calandre ou à la preifie / ou à l’un & à l’autre, fui vaut fa nature.
- Quoiqu’on puiiïe en ufer ainfi pour toutes les fortes d’étoffes-, & que ce foit la maniéré dont on les blanchifle le mieux , il s*en faut qu’elle foit le plus pratiquée : ce n’eft point là le blanc ordinaire, pour lequel on fe contente de foufrer l’étoffe en premier lieu , même feche, quelque mal fou» vent qu’elle foit dé^raiffée ; de la mettre enfuite au blanc de craie , de la laver, battre'& bien dégorger en riviere ; dé la paflfer , ou de ne la point paflér au bleu ; de la faire fécher au grand air ; de. la mettre de nouveau au foufrage , & définitivement de la laver dans une légers eau- de favon , pour lui ôter l’odeur pénétrante & dégoûtante du foufre. Il n’eft pas d’agent plus aétif pour blanchir les étoffes , que l’acide vitriolique évaporé par la com» buftion du foufre : il ronge les couleurs, & détruit toute efpece de teinture interpofée fur la laine ; mais indépendamment de l’odeur défagréable qu’il lui donne , il la rend âpre & rude au toucher: ce n’eft que par les bains de favon qu’on lui donne de la douceur elle en acquiert d’autant plus qu’elle y eft trempée & travaillée plus long-tems ; & le dernier bain de favon lui reftitue ce que le dernier foufrage lui avait enlevé.
- Je ne crois pas qu’il foie néceflaire de décrire l’efpece d’étuve dans laquelle Te fait l’opération du foufrage; c’eft tout uniment une chambre bien clofe., dans laquelle font des perches de bois , mifes en travers dans le haut, auxquelles font paffées des unes aux autres les étoffes par plis pendans jufqu’en-bas, & où l’on introduit du foufre allumé dans un vafe de terre,, un plat.
- On ne confidere point le dégraillage comme faifant partie du travail des apprèteurs : leurs fonctions commencent au débouilli des étoffes, & toutes celles dont il eft qneftion , dans cet art y font fujettes , excepté les différentes fortes d’étamines de la fabrique d’Amiens, dont l’apprêt eft particulier à ces fortes d’étoffes. On peut y joindre les tamifes, qu’il eft fort inutile de. dé»
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- bouillir, attendu 'que le principal mérite de l’apprêt de cette étoffe eft bien plus encore de lui donner de la fermeté & du luftre que de la douceur.
- J’ai dit cependant qu’il convenait de griller les étoffes, ou d’en rafer le poil avant toute autre opération j mais il n’y a pas long-tems qu’on fait celle-ci, & elle 11e convient qu’aux étoffes rafes , foit qu’on leur donne un apprêt mat ou brillant , & nullement aux étoffes à grains , comme le camelot , le baracan , &c. Le grillage f« fait à la plaque , ou fur un corroi ou étendoir : méchanique du plus grand ufage dans toutes les fortes d’apprêts, & qui confifte en un affemblage très-folide de quatre piliers verticaux, à hauteur d’appui, par des. traverfês horizontales qui les unifient; haut & bas. Aux deux extrémités, & au-delfous du plan fupérieur & horizontal que forme ce cadre , font des entailles & des fupports deftinés à recevoir les rouleaux de bois fur lefquels s’enroule & fe déroule l’étoffe. Plusieurs autres cylindres & barres de bois & de fer , quelques-uns mobiles fur leur axe , les autres fixes , font diftribués en travers de ce cadre , à des hauteurs différentes , pour que l’étoffe paffe alternativement deffus & deffous les unes & les autres , & que par la réfiftance qu’elle trouve dans ces frottemens , elle fe dépliffe & s’étende parfaitement. S’il eft queftion de corroyer l’étoffe telle qu’elle doit l’être dans les circonftances qu’on indiquera, il faut ajouter deux barres de fer , pofées horizontalement près du fol, pour fupporter une •poêle de feu de charbon très-ardent, fur lequel fe paffe & repalfe quelquefois l’étoffe.
- Si l’on ne veut que la griller, en rafer le poil à Tefprit de vin , on place riine petite auge en gouttière demi-cylindrique, de-cuivre étamé, & remplie de la liqueur, un peu en-avant, tpès-près & au-deffus d’un rouleau mobile, qu’on tourne, recule ou approche fui vaut le befoin , fur lequel paffe l’étoffe fans s’y enrouler. La flamme de l’efprit de vin brûle très-bien le poil de cette maniéré : on pourrait y adapter une brode qui le relevât •avant, & une autre , ou une barre de fer un peu tranchante, pour nettoyer en même tems l’étoffe des bulbes crifpées des poils brûlés. Pour donner le mouvement au corroi, & faire paffer l’étoffe du eylindre qui en eft chargé fur un autre, il faut adapter celui-ci dans l’axe d’une roue dentée qui s’en-•grene dans une lanterne, à laquelle l’ouvrier, au moyen de la manivelle, • donne uiv mouvement qu’il peut faciliter & régler par un balancier.
- Débouilli des étoffes.
- On les enroule fortement fur un rouleau de bois blanc , de trois à quatre pouces de diamètre , au corroi & à froid ; on lés enveloppe d’une triple -toile j & l’on place ainfl autant de rouleaux, verticalement, près les uns des
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- autres, dans une chaudière remplie d’eau de riviere , qu oit a eu la précaution de faire bouillir & d’écumer. On les laide bouillir pendant une heure & demies & on s’en tient là , fi ce font des étoffes légères , faciles à pénétrer , comme les ferges d’Aumale , celles de Bîicourt, les camelots à teindre , &c. Mais les ferges de Rome, de Minorque , les calmandes , les prunelles, les bafins à côtes, les grains d’orge & autres étoffes chargées de matières, & d’une fabrication ferrée, veulent être bouillies une fécondé fois. On les change de rouleau , les parties les plus intérieures fe trouvent en-deffus ; & par cette nouvelle opération, toutes font également pénétrées. On a foin de faire bouillir les premières , celles des étoffes qu’on deffine aux couleurs noire , brune , bleu de roi, verd de Saxe , parce que la crudité de l’eau des premiers bains les noircit toujours un peu. On paffe les dernieres , celles pour les couleurs claires & vives. Au fortir de ce bain, on les laiffe refroidir fur le rouleau même , & on les livre ainfi, pour être mifes en teinture. Je dis qu’il faut les laifler refroidir ; mais j’ajoute qu’il ne faut les laiffer ainfi fur le rouleau , que le tems nécefîaire pour opérer ce refroidiflèment; car elles pafferaient bientôt à une nouvelle chaleur de fermentation qui les gâterait, fur-tout fi elles étaient empilées ou appuyées les unes fur les autres. A l’égard des étoffes fabriquées en couleur , on a beaucoup varié dans la maniéré de les apprêter. On bouillait le camelot comma on vient de l’indiquer j mais on l’a mélangé , ou compofé en entier , de couleurs fi délicates, de nuances fi légères , déterminées par le goût du tems , qu’on a eu raifon de craindre l’effet du bouilli. Les uns le trempent à l’eau chaude, d’autres à l’eau tiede ; ceux - ci feulement à l’eau froide j ceux - là ne font que l’afperger. Quand on le mouille en plein , comme il eft d’ufage général, on le pofe enfuite fur une lifiere j peu après on le pofe fur l’autre & lorfqu’on le juge par-tout également pénétré, & que l’eau en eft égouttée, on le fait fécher ; puis encore moite, on le paffe au corroi fur le brafier ardent ; il y prend du corps par la dilatation de fes parties ; il s’y nourrit même , fi l’on n’abufe pas de la facilité de lui donner une extenfion qui brife le reffort de la matière & dégrade l’étoffe , ou qui la tiraillant outre mefure par parties inégales, fuivant la difpofition de fes fibres, laquelle lui donne plus ou moins de facilité à fe détendre, la fait fe raccourcir & friper de toutes parts , lorfque l’humidité, dilatant de nouveau ces parties contraintes par la preflion, leur laiffe la faculté de réagir fur elles-mêmes. Cette miférable ^pratique, qui ne peut être fondée que fur une mal-adroite cupidité, ajoute un nouvel inconvénient, ou plutôt une nouvelle dégradation au camelot ; elle lui ôte le grain , qui eft le mérite principal de cette étoffe ; elle lui fait perdre de fa largeur, en raifon de l’exten-fion forcée qu’on lui donne fur la longueur. Et ainfi, pour obtenir le prix de
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- quelques aunes d’étoffes de plus, on mécontente un correfppndant , qui reçoit des reproches & fe voit abandonné des confommateurs ; on acquière une mauvaife réputation, & l’on manque de gagner légitimement au centuple de ce qu’on réalife par la fraude. A Lintz, au lieu du brader ardent, on fait paffer l’étoffe fur un cylindre creux, en cuivre, de huit pouces de diamètre , dans lequel on met des boulons de fer rouge, De cette maniéré * la chaleur eft plus égale, elle deifeche moins l’étoffe, & l’opération eft mains fujette aux accidens ; mais elle eft en général peu grainée. Il eft effentiel de vifiter , avant le débouilli ou le bain quelconque, les camelots & autres étoffes fabriquées en couleurs , pour en ôter les taches que les ouvriers peuvent y avoir faites en les travaillant. On enleVe ces taches avec de la craie de Briançon pulvérifée , à laide d’un fer chaud , & d’un papier brouillard interpofé. Ou emploierait le favon de Gènes avec fuccès , fi les couleurs pouvaient en fupporter 1’aétion. Après l’opération du corroi à chaud &: ferré, on laiffe aitifi l’étoffe fur le rouleau pendant vingt-quatre heures, ou plus; on la porte à la calandre , où elle eft remife de nouveau fur un rouleau de quatre à cinq pouces de diamètre ; on en arrête le dernier bouc avec du fil fur les libérés même , & on la met fous la calandre, qui ne {aurait être trop chargée, de même que les étoffes trop ferrées fur le rouleau , pour foutenir l’effort du poids confidérable qui les comprime. Elle n’é-crafe cependant pas le grain , mais elle le roule endifférens fens , & adoucie l’étoffe. On donne ainfi autant de tours de calandre qu’on les juge néceffaires pour produire cet effet.
- Dès que la piece commence à s’ébouler, on la retire de deffous la calandre , 011 la déroule ; 8c fi elle n’eft pas affez calandrée , on la remonte fur îe rouleau, & on la travaille de nouveau autant de fois qu’il eft néceffaire. Si on ne la retirait pas auifi-tôt, il s’y formerait des plis & un tiraillement qui en défordoimerait le tiffu , qui la couperait , la déchirerait enfin.
- Il eft peu d’étoffes à qui la calandre foit très-propre pour dernier apprêt , & qu’il ne foit beaucoup mieux de preiîer enfuite. Le corroi à chaud T à feu nu, durcit toujours la laine ; il ferait mieux, dans tous les cas , de le faire à froid, l'étoffe un peu humide , pour la bien étendre & en effacer les. plis ; c’eft de la preffe qu’on doit attendre de la fermeté , du luftre , & en même tems de la douceur. La chaleur , qui s’infinue lentement dans l’étoffe y qui fe diffipe de même après y être reftée long-terns, eft feule capable de produire tous ces- effets. Le cylindre peut donner du luftre, mais ce n’eft qu’en écrafant la matière , qu’en alongeant l’étoffe & la détériorant,, loin de lui donner du corps. Le baracan, qui eft une étoffe plus fe;rrée, plus dure que le camelot , doit fe traiter différemment. Au fortir du métier , on l’étend lux un hanc.de tondeurs*, on en r.eleve le poil avec une vieille carde.q/i
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- le coupe avec des forces de la même maniéré qu’on tond les draps. En Ali-* gleterre & en Allemagne , on ne tond pas le baracan , on le brûle : on a tenté cette opération en France; mais on s’eft apperçu que lorique la fila-tute & la fabrication n’étaient pas bien égales, les imperfc&ions s’en découvraient davantage ; on a cru d’ailleurs qu’elle le rendait plus fec, & l’on a généralement repris l’ufage de le tondre. On le fait palfer de là aux époin-leufes , épotoyeufes, nopeufes, pour en tirer avec les pinces ou avec la pointe dont elles font armées, toutes les ordures , les nœuds, les bouillons qui s’y rencontrent. Le nopage doit avoir lieu à l'égard de toutes les étoffes qui doivent être mifes en preffe ou paffées au cylindre., à moins qu’elles ne fbient actuellement, ou deftinées à des couleurs noire, brun foncé , bleu de roi, & autres très-rembrunies ; autrement les bouillons qui s’étendent à la chaleur, les pailles & autres ordures noirciffent & font tache. On foule en-fuite le baracan à la terre grade ; on s’en tiendrait à un fimple revicage , s’il fuffifàit pour le purger de la graillé & des ordures qu’il peut contenir. On le corroie pour détendre & le tenir en largeur, & on le fait bouillir dans la chaudière fur le rouleau ,-comme il a été dit précédemment, pendant deux heures ; au bout duquel tems on retire le rouleau, on le met debout dans un coin de l’attelier, & on l’y laide jufqu’à ce que l’étoffe foit refroidie. On obferve , lorlqu’on met plufieurs rouleaux dans la chaudière , que les couleurs des différentes pièces, dont il peut s’échapper quelques parties dans -le bain, ne s’altèrent ou ne fe terniffent point les unes les autres. On revique encore l’étoffe , on la rebout, également très-ferréer avec l’attention de mettre fur le rouleau, en-defîous, la partie qui était en-deffus au premier bouillidàge ; on la repaffe au corroi à chaud , on la met à la calandre , & définitivement à la preffe.
- La baracan d’Amiens, beaucoup plus gros, plus fort, plus dur encore que le précédent , qui fe fabrique en blanc pour être teint en piece , & qui fe confomme principalement en Normandie & en Bretagne, en capotes à l’ufage du peuple; ce baracan, dis-je, fe débouc deux fois fuccefîivement, en le changeant de rouleau; on le fait reviquer, & teindre enfuite. Après la teinture , avant qu’il foit parfaitement fec, on l’afperge d’une eau chaude, dans laquelle on a fait diffoudre une petite quantité de colle forte d’Angleterre; on le corroie à chaud ; on en pofe cinq à fix pièces à côté, & croi-fées les unes fur les autres,fur une chaudière d’eau pure, qu’on fait bouillir. On couvre le tout d’une étoffe groffiere ; la vapeur pénétré les étoffes , elle étend la colle ; après quatre à cinq heures on les leve, on les fait fé-cher, & l’apprêt eft fini. D’autres font fimplement difïoudre de la gomme arabique dans de l’eau chaude; ils y trempent ce baracan , ils le font fécher,
- & le corroient. Son grand mérite, aux yeux du confommateur, eft d’avoir
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- beaucoup de Fermeté, fans être trop dur ni cafïant. Les Anglais font bouillir fur les buhots ou bobines, les fils de la chaîne du baracan , avant de l’ourdir; mais ils n’évitent pas par-là le gripage, auquel il eft beaucoup plus fujet que le nôtre : il eft aulli plus fec, plus fujet à fe couper & à fe grailler , fans doute parce qu’ils ne le reviquent pas & ne le débouillent pas , comme nous le faifons ; opérations qui lui donnent toute la douceur dont il eft fufceptible. Si les baracans anglais font ordinairement plus grainés, plus brillans , plus unis, que la cannelure en foit plus nette, c’eft uniquement à la qualité de leurs matières qu’ils doivent cette fupériorité; & nous ne leur cédons rien à cet égard en ce qui eft de pure induftrie.
- Nous avons obfervé qu’il eft inutile de faire bouillir la tamife , & nous en avons dit les raifons ; ce font les mêmes qui rendent inutile la calandre pour fon apprêt. On fabrique toujours la tamife en blanc , parce que la maniéré de la griller pour fubir l’apprêt anglais ( maniéré propre à beaucoup d’autres étoffes & apprêts fupérieurs à tous les autres ) ternirait la plupart des couleurs. On s’en tient à leur égard à les corroyer au fec & à froid après la teinture, Si à les preffer. Il en eft de même de toutes les étoffes croifées & fabriquées en blanc , avec quelques différences, qu’on va expliquer , pour certaines efpeces. Ces différences n’ont point lieu pour les ferges d’Aumale, ni pour celles de Blicourt, qui, après la teinture, fe corroient également à froid , & fe preffent enfuite. La prunelle fe corroie à chaud , & fe calandre feulement. La caîmande fe corroie à chaud , & fe preffe enfuite. Les turquoifes , les ferges de Rome , de Minorque, doubles croifées , &c. fe corroient Si fe preifent. A l’égard du grain d’orge , du bafin à côtes, & même de toutes les étoffes figurées en blanc, Si qu’on cylindre mal-adroitement quelquefois ,puifqu’on détruit .par-là l’effet du defîin releve, en l’écrafant entièrement, on devrait fe contenter de les corroyer, ou de les preffer dans le goût des étoffes grainées,en adouciffant & luftrant le grain fans le détruire. Si l’on pouvait admettre l’effet du cylindre comme favorable à quelque forte d’étoffe, ce ferait feulement fur les fîléfies, peaux de poule, malbourougs & autres petites étoffes de figures coloriées, qui tranchent avec le fond ; mais en toute circonftance la preffe eft toujours préférable.
- De la preffe.
- L’operation de la preffe eft effentielle dans les apprêts : je ne dirai pas qu’elle l’eft plus qu’une autre , parce que toutes les opérations fe tiennent, Si qu’il fuffic d’une d’entr'elles mal faite, pour faire manquer toutes les autres. Chacun a fa petite pratique , & tous en font un grand fe-cret. Les uns humeeftent un peu les étoffes avant de les preffer ; quelques-uns Tome XIX. F f f
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- même n’y mettent rien, & les preflent feches. On les plie par feuillets , lorfqu’elles font bien étendues par le corroi, & qu’il a produit fur elles l’effet de la rame fur les draps. On y met des cartons à l’endroit & à l’envers i les plus vieux ici, & les plus nouveaux là : les plus fins, les plus durs, les plus liffes & les plus brillans pour les étoffes glacées, afin qu’ils réagiffent fur elles, 8c qu’ils n’en foient pas atteints ; d’infiniment plus mous & fans luftre pour les étoffes dont le grain doit fc conferver, fe nourrir même, & fe luftrer en pénétrant dans le carton. On fait que pour les premières il faut une très-grande chaleur 8c une très - forte prefliou : il faut l’une & l’autre moindre dans le fécond cas.
- On range en pile fous la preffe les étoffes cartonnées ; on en met de vingt-cinq à trente pièces de trente aunes les unes fur les autres, en in-terpofant à chacune, formant la bafe , & couvrant la pile d’une plaque de fer forgé ou battu , de trois à quatre lignes d’épaiflèur , & chaude prefqu’au rouge. On tempere l’effet trop violent de la grande chaleur des plaques fur les étoffes , en les en féparant par une planche & quelques gros cartons : il ferait mieux qu'elles euffent un degré de chaleur tel que l’on ne fût point obligé d’y mettre ces planches. On ferre la preffe avec un levier palfé dans une lanterne adaptée au bas de la vis, ou dans un trou qui y eft percé à defTein : quelquefois on y ajoute un cabeftan , ou autre mécha-nique de ce genre. On laiffe ainfi les étoffes fous le repos de la preffe pendant douze à quinze heures: il ferait mieux de les y biffer refroidir entièrement. On les rechange , c’eft-à-dire , qu’on les replie «St qu’on les cartonne de nouveau j de maniéré que le pli du feuillet formé par le bord du carton, fe trouve placé entre les cartons même , pour y être applati , preffe & luftré comme les autres parties : on les preffe une fécondé fois, en procédant comme à la première. Si les cartons ont été faits avec des chiffons broyés fous des maillets garnis de fer , qu’il s’en foit détaché quelques paillettes, que la pâte n’en foie pas bien purgée,& qu’il s’en retrouve quelques-unes fur les cartons, ce qui arrive fréquemment, il faut éviter avec grand foin d’employer ceux-ci dans les couleurs rofe , écarlate, cramoifi, &c. L’acide nitreux, qui entre dans la compofition de ces couleurs , décompoferait le fer , & tacherait les étoffes fans remede : il faudrait les mettre en noir.
- Mémoire demandé par l’ddminijiration , fur Us apprêts des étamines du Mans,
- Au fordr du métier, on porte l’étamine au bureau de fabrique, pour y recevoir le plomb ; elle paife de là chez le dégraiifeur , pour y être purgée de fa graifle. Avant de parler de cette opération, je vais décrire la compofition du bain qu’on y emploie, 8c les uftenfiles dont on fe fert.
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- Compojîtion du bain.
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- Ce bain eft compofé de Ieflive neuve & de Ieflive vieille, par parties égales. La Ieflive neuve fe fait dans une chaudière contenant environ quatre à cinq cents pintes ; (a) on la remplit d’eau ÿ on allume le feu fous la chaudière î on la chauffe jufqu’au bouillon ; on y met environ dix boifleaux (b) de cendre ; on la fait bouillir pendant quatre heures , puis on la laifle dé-pofer ; on vuide enfuite cette Ieflive dans une fécondé chaudière, dans une troiiieme, enfin dans une quatrième , en laiffant toujours dépofer dans chacune , pour qu’elle foit bien clarifiée.
- f La Ieflive vieille ou bourgeoife , eft celle qu’on acheté chez les particuliers qui font la Ieflive , & qui la vendent quatre fous la feille ou feau contenant quatorze à quinze pintes. Il y a dans l’attelier une chaudière contenant environ vingt féaux, fous laquelle il y a toujours un feu modéré j on remplit cette chaudière de Ieflive, moitié vieille, moitié neuve : on y met quatre à cinq livres de favon noir, & un morceau de favon blanc d’une livre ou d’une livre & demie , pour adoucir le bain ; & à mefure qu’on confomme du bain, on remet de la Ieflive & du favon à proportion. 11 entre communément deux livres de favon noir, & deux livres de favon blanc par piece d’étamine , tant pour la dégraiffer que pour la dégorger au moulin , en fuppoüant toutefois qu’on 11c foit pas obligé de la repaffer.
- UJlmfües.
- Le vaifTeau avec lequel 011 verfe la Ieflive dans la piece , eft un petit feau à anfe de bois, qui peut contenir trois à quatre pintes.
- La table fur laquelle eft dépofée la piece pour être dégraiffée, eft longue, garnie d’un rebord, élevée de vingt-deux pouces , & un peu inclinée vers un bout qui fe termine en bec , pour conduire le bain qui fort de la piece dans une feille placée au-deffous , afin qu’il ne foit pas perdu } & quand elle eft pleine , on la revuide dans la chaudière.
- Le battoir a quatorze pouces de long, un pied de large , trois pouces d’épaiffeur du côté du manche, & va en diminuant vers le bout, qui n’a que deux pouces. Le manche a à peu près dix-huit pouces de long. Ce battoir pefe de dix-huit à vingt-quatre livres.
- Le dégraiffeur a devant lui, en forme & de la largeur d’un tablier, une planche, dans le milieu de laquelle il y a une piece de bois rapportée, qui eft allez épaiffe & creufe dans le milieu \ & après chaque coup de battoir, le
- (a) Trois pintes du Mans font quatre pintes de Paris.
- ( b ) Le boiffeau du Mans pefe trente livres.
- F f f ij
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- bout du manche vient repondre dans le trou,ce qui donne la facilité de l’enlever en formant un arcboutant.
- Il y a auffi des moulins à eau, dans lefquels on dégrai/Te. L’opération s’y fuit comme au battoir: la feule différence eft, qu’au lieu de table on pofe lai' pjece fur une cuve plate, un peu inclinée en-devant, percée à un coiii pour que la leftive qui fort aille s’y rendre, & coule par un bec dans la feille qui eft au-delîous. Un arbre tournant fait lever alternativement deux pilons pofés perpendiculairement, & dont le bouteft en forme de battoir. L’opéra-; tion fe fait également bien par l’un comme par l’autre, plus vite cependant au moulin; mais il eft fujet à beaucoup d’inconvéniens, comme les grandes eaux, la féchereffe, les réparations fréquentes & conlidérables.
- Le moulin à dégorger eft conftruit comme tous les autres moulins à foulon : c’eft une cuve de deux pieds deux pouces en carré & profondeur, dans laquelle,par le moyen de l’arbre tournant, viennent frapper deux maillets ou pilons pofés horizontalement.
- Devrais.
- Pour dégraifîer une pièce detamine, on la plie en deux , puis on la roule de façon que les deux bouts réunis fe trouvent en-dehors : elle prélente un pied de furface , qu’on appelle carre ; on la met après cela tremper deux ou trois heures dans un baquet plein de vieille lefîive dégourdie , relie du dernier bain, lequel fe trouve imprégné de favon ; après quoi le dégraif-feur pofe la piece debout fur une lifiere , verfe dedans plein le petit feau de bain, la remet fur fon plat, lui donne fept à huit coups de battoir alternativement fur une moitié, & fur l’autre, la largeur du battoir ne faifan't guere plus de la moitié de l’étamine; puis il la remet debout fur l’autre liliere , verfe également dedans la petite feille pleine de bain, & la bat, après avoir changé la carre ou furface: il recommence jufqu’à dix ou douze fois cette opération; il déroule après cela la piece , pour la rouler dans l’autre fens,& remettre en - dedans ce qui était en - dedus ; il recommence encore dix ou douze fois la même opération, & la piece eft dégraiilée.
- Dégorgement en blanc.
- On la porte enfuite au moulin à dégorger; on met quatre à cinq pièces dans la cuve ; on arrofe toujours ces pièces avec une eau de favon blanc i il en faut une livre environ par piece; on les fait tourner ainiî trois ou qua-tre heures à l’eau de favon , & demi - heure ou trois quarts d’heure à l’eau eîaire, ce qui fuffit pour les dégorger. “
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- Étzndohs.
- On les met après cela aux étendoirs: ils ont environ cent foixante pieds, de long. Ce font des poteaux à quatre ou cinq pieds de diftauce les uns des autres , le long defquels régné , à fix pieds d’élévation , une traverfe de fer garnie de- plusieurs crochets rivés & tournans. On alfujetiit le bout de la piece dans fa largeur, à un bâton que Ton attache avec des cordes à ces crochets ; on va eiduite accrocher l’autre bout de la piece monté auffi fur un bâton , à la traverle régnante le long des poteaux de l’autre extrémité de l’é-tendoir ; de façon qu’elle relie étendue en i’air dans toute fa longueur & largeur. On la range ainli plus ou moins , fuivant la largeur de l’étendoir „ en laiifant un pied environ entre chaque piece. Le fond de l’étendoir eft en gazon , afin qu’en cas d’accident les pièces 11e puiifent pas fe gâter.
- Épreuve.
- La piece feche, on la plie & on la reporte au marchand, qui l’éprouve plis par plis , pour juger fi elle e(t parfaitement dégraiflee. Cette épreuve fc fait en poudrant chaque pli avec une terre jaune , très-fine & très-feche. Avec le bout des doigts, on frappe dans plufieurs endroits du pli, puis on le fecoue. Toutes les places où il a pu s’attacher de la terre,'font mal dégraifi-fées ; on renvoie la piece en ce cas au dégraiiTeur. Si c’eft d’un bout «à l’autre , il eif obligé de la repayer, c’elt.-à-dire, de recommencer toute fon opération. S’il n’y a que quelques taches, il fe contente de les frotter ,avec du favon blanc; puis il verfe quelques petites feilles de leffive , & la rebat au battoir en proportion du b-efoin. Le mauvais lavage des laines met quelquefois dans îa dure néceffité de repayer jufqu’à trois fois , ce qui fait toujours tort à la qualité de la piece, Dans tous les pas , on ne peut repatFer une piece en tout ou en partie, qu’on-ne Toit obligé delà rapporter au moulin à dégorger, & de la faire tourner le même tems & avec la même quantité de favon;
- Le chardon.
- La piece bieiudégrailfée & bien dégorgée , eft remile entre les mains des chardonneurs. Cette opération fe fait en pafifant le bout de la piece fur un rouleau attaché au mur : on la tire huit ou dix tours , avec des chardons vieux, montés, comme par-tout 5 fur une croix , & on lui donne trois ou quatre tours de chardons neufs, pour lui procurer ce poil ou duvet dont l’étranger efi: fi jaloux.
- Dibouilli. :
- Cette opération faite , on monte la piece bien ferme fur un rouleau 4e
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- bois de trois à quatre pouces de diamètre, auquel il y a une rainure, dans laquelle on pofe le bout de la piece , & qu’on y contient par le moyen d’une vergue ou verdillon qu’on y fait entrer. Il y a à chaque bout du rouleau un tourillon , l’un defquels eft terminé par un dé , dans lequel on rapporte une clef qui fert de manivelle quand on veut le tourner. On met la piece toute montée fur fou rouleau, dans une chaudière pleine d’eau chaude au point d’y tenir à peine la main ; on l’y laiife pendant deux heures, après lefquelles on la retire pour la lifer une & fou vent deux fois, fuivant le befoin. Par la façon dont fe fait cette opération, elle fe trouve, comme on le verra par la fuite , remontée fur un autre rouleau, & on la remet aind dans la chaudière pleine d’eau, au même degré de chaleur ; on l’y laifle quatre ou cinq heures î on la retire, & on la lai/fe trente-fix heures fur le rouleau pour refroidir. Suivant la grandeur de la cuve ,on en met une certaine quantité débouillir à la fois. Quand ce font des pièces fines pour mettre en couleur, on prend la précaution de les envelopper fur le rouleau avec une ferpilliere, pour éviter que la cuve ou quelqu’autre accident puifle la tacher.
- Cette piece bien refroidie, on la déroule, on la porte toute mouillée au bureau des marchands, pour y recevoir le plomb de vu pour noir; elle eft enfuite remife au teinturier, pour être guedée & mife en noir.
- Teinture.
- Ces procédés , connus de tout le monde , & exécutés , comme par-tout," à la cuve au paftel pour le guede , à la couperofe & à la noix de galle pour la bruniture , n’ont pas befoin d’être décrits , ce n'en ejlpas le lieu du moins : on fe rêferve d'en traiter ailleurs.
- Avant d’entrer dans le détail des opérations qui fuiveiit la teinture, je vais expliquer la façon dont fe pratique Je lilàge.
- Lifoir.
- Le lifoir ou drefloir eft un carré de trois pieds & demi de long, fur deux pieds dix pouces de large , compofé de quatre poteaux forts , de trois pieds trois pouces de haut, alfemblés dans le bas par quatre traverfes de deux à trois pouces , & à deux pieds & demi de terre dans le haut , alfemblés par quatre autres traverfes de cinq à fix pouces de largeur. Chaque poteau eft échancré dans le haut, pour recevoir les tourillons des rouleaux qui doivent être pofés à chaque bout du dreftoir ; & dans le milieu du carré long , il y a cinq barres affemblées aux traverfes du haut fur la largeur : elles ont deux
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- pouces de large, & font à un demi-pouce environ de diftance les unes des autres : celle du milieu eft ronde. A la traverfe d’un des bouts ou derrière du dreifoir, il y a de chaque côté un corroi d’un pouce & demi de large , à chacun defquels pend un poids d’environ vingt livres.
- Lifage en blanc.
- Pour lifer une piece d’étamine , on fait entrer les tourillons du rouleau fur lequel eft montée la piece , dans les échancrures des poteaux du derrière du drelfoir , où font attachés les corrois, qu’on palfe par-delfus chacune des lifieres , pour les contenir au moyen des poids qui font au bout j on prend le bout de l’étamine, qu’on palfe fur la première, fous la fécondé, fur la troifieme, fous la quatrième, & enfin fur la cinquième barre ; on conduit le bout jufqu’au rouleau vuide qui eft dans les échancrures des poteaux de l’autre extrémité, au-devant du drelfoir, & fur lequel on l’alfujettit par le moyen de la rainure & du verdillon. Il faut quatre hommes pour lifer une piece : l’un tourne le rouleau de devant pour rouler l’étamine, ce qui déroule en même tems de deifus l’autre rouleau , derrière lequel eft un fécond homme qui contient la piece bien ferme avec fes deux mains , vu qu’elle ne le ferait pas fuffilamment par les deux corrois j & pendant ce tems-là, deux autres hommes tiennent les lifieres des étamines, qu’ils tirent chacun de leur côté, à mefure qu’elle palfe, pour la ramener à fa laize, & la dé-crifper en même tems. Dans l’hiver , lorfqu’il fait bien froid , on met dans le milieu du carré , au-delfous de l’étamine, un réchaud , dans lequel il y a un feu modéré , pour lui donner la facilité de couler ; comme aufti, vu qu’elle eft mouillée , pour empêcher qu’elle ne gele & ne fe calfe.
- Je reviens à la fuite des opérations.
- y Dégorgement en noir.
- Le teinturier , après avoir tiré la piece de la chaudière, & lui avoir donné l’évent, la lave à la riviere , ce qui s’appelle rincer ; puis il la renvoie au dégrailfeur, qui la remet au moulin à dégorger, dans lequel elle tourne à l’eau claire pendant environ une heure & demie 3 il la roule enfuite comme pour le dégrais, c’eft-à-dire , fans rouleau 3 il verfe dedans de l’eau chaudç, au point d’y tenir la main ; il la bat avec le battoir pendant environ un quart d’heure , en verfant de tems en tems de l’eau chaude, tantôt par une lifiere , tantôt par l’autre , & en changeant la carte , comme il fait pour le dégrais 3 & par cette opération il parvient à en faire fortir le teint , au point qu’elle rend l’eau claire 3 après quoi il la remet à l’étendoir.
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- L Epluchement.
- Quand la piece eft bien feche , des femmes l’épluchent & la nettoient avec des pinces & des verges pareilles à celles dont on fe fert pour les draps, à la réferve que les pinces , au lieu d’ètre pointues , ont demi-pouce de large. On tire avec foin toutes les pailles, ordures, fils de laine, & autres corps étrangers qui peuvent s’y trouver ; on la remonte après cela fur un rouleau , pour la lifer en noir,
- Lifage en noir.
- Cette opération eft la même que celle du lifàge en blanc , à la réferve que, comme la piece eft feche , celui qui tourne le rouleau de devant pour remonter la piece, arrofe avec une poignée d’hyfope & de l’eau letamine qui eft dans le .carré, pour donner aux lifeurs la facilité de l’étendre & de la décrifper. Cette opération demande beaucoup d’attention pour ramener rétamine à fa largeur , & la rendre bien unie.
- Le four.
- La piece, par l’opération du lifage, fe trouve toute remontée fur un rouleau; on l'enveloppe de papiers ; on la recouvre enfùite avec une ferpil-liere bien attachée aux deux bouts du rouleau , & on la met ainfi dans un four chaud au même degré que quand on a tiré le pain ; on en met une quantité proportionnée à fa grandeur ; on l’y laiffe cinq heures ; on la retire; on la life encore une fois ; on la remet autant de tems au four ; après quoi on la retire , & on la laiffe trois jours fur le rouleau pour refroidir.
- La preffe.
- Les pièces de couleur, au lieu d’être mifes au four, paffent à la preffe comme les draps ; avec cette différence , que les plaques font modérément chaudes, & font mifes feulement entre de vieux cartons: on les y laiffe vingt-quatre heures ; mais la preffe ne fert pas fouvent dans ce pays -ci , vu que prefque tout fe fait en noir , par la difficulté de trouver des laines, affez blanches & affez unies pour faire des couleurs.
- Le pliage.
- »
- L’étamine ainfi apprêtée, on la plie aubronchoir, qui eft une traverfe de bois d’une aune , adoffée au mur-, garnie de trois broches, l’une à
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- chaque bout, & l’autre au milieu. Ces broches font un peu coudées en remontant, très-longues, fines & pointues, dans lefquelles on enfile d’un bout à l’autre le bord de la lifiere. La piece fe trouve ainfi pliée & aunée en même tems. On la retire des broches, & on achevé de la plier fur une table ; on la porte au bureau des marchands, pour y recevoir le plomb de contrôle : il ne refte plus alors qu’à l’appointer.
- Apprêts des étoffes de Rheims.
- Les burats , buratés, étamines & voiles fe trempent à l’eau tiede pendant une nuit : on les foule aux pieds, ce qu’on appelle faboter; on les bat enfuite jufqu’à ce que l’eau en forte claire ; on les teint, & on les livre mouillés à l’apprêteur. Les petites étoffes qui tendent à draper, comme le ras - de - caftor, le maroc, le croifé, fe foulent à la terre gralfe : quelquefois même on fait fubir cette opération à l’étamine ; du moins on la fait toujours reviquer. Les flanelles , qui 11e font que de petites ferges, fe mettent au foulon & à la rame. On gomme les ras-de-caftor, maroc , croifé , les buratés & les étamines rayées, en les afpergeant avec de l’eau dans laquelle on a fait diflfoudre de la gomme arabique , & qu’on a coulée à travers un linge ; on les bat avec un battoir , & on les pofe fur le feu jufqu’à ce que la gomme les ait pénétrées par-tout, & qu’elles foient prefque feches ; on les met en cartons chauffés à la grille 5 on les prefle deux , trois ou quatre fois, ferrant peu la première, afin que l’excédant de la gomme 11e forte pas par les côtés. Gommer en chaudière ferait fans doute préférable ; il faudrait moins de tems, moins de feu pour l’étendage de la gomme, & il fe ferait plus également : il ferait beaucoup mieux de n’en point employer.
- Jusqu’à ces derniers tems on n’avait connu à Rheims que les preifes de bois; le fieur Forejl en a fait monter en fer. Cet apprèteur très-intelligent travaille avec fuccès à la perfe&ion de fon art ; mais il n’a point encore les apprêts anglais, fi propres à toutes nos étoffes rafes , fupérieurs à tout ce qu’011 poifede de pratique en ce genre ., & à tout ce que j’ai décrit. Le fieur Price, Anglais, apprèteur de Londres , & qui nous les a apportés à Amiens, eft le feul qui les exerce , & le feul fans doute en état de les exercer en France. J’avais envie d’en décrire les procédés à la fuite de ceux des apprêts( ordinaires ; mais la grande dépenfe dans laquelle a entraîné ce nouvel éta-bliflement, m’en fait différer encore la publication.
- En attendant, je dois prévenir d’unê chofe dont dépend entièrement le fuccès de ce travail, & pour laquelle le gouvernement a fait beaucoup de dépenfes inutiles & de recherches vaines ; je veux parler des cartons anglais, dont les procédés fecrets, en Angleterre même , font abfolumenü Tome XIX. Ggg
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- inconnus en France. On vient de publier dans un ouvrage imprimé à Fini-primerie royale, des alertions les plus capables d'égarer quiconque aurait pu être fur la voie de découvrir ces procédés. On y dit qu’on vernit ces cartons d’une compofition , & qu’il réfulte de ce vernis & de cette compofition, des étoffes folides & glacées qui ne s’écrafent plus entre les plis du drap,& que le liifage des cartons agit plus fur la compofition dont on vernit les cartons, que fur l’étoffe ; & enfin on donne à croire qu’avec un vernis & la liife on rendra des cartons propres à l’apprêt des draps : on y avance que tels font les principes qu’il faut fuivre pour avoir des cartons anglais. Ce ferait induire en erreur , puifqu’il n’eft aucune forte de vernis qui puiffe être propre aux cartons ; qu’il n’en eft aucun, au contraire, que la grande chaleur & la forte preffion ne rendiffent nuifible aux apprêts ; & que l’art de faire ces cartons confifte uniquement dans le choix & l’affortiment des matières conftituantes, & dans la maniéré pure fimple de les préparer.
- L’étamine de Rheims, après la teinture, fe vergette, & s’étend trois à quatre fois au corroi à chaud ; & enfuite on la met bruire. Cette opération , dont on a déjà dit quelque chofe , fe fait ici avec plus de précaution. Oïl expofe également les rouleaux, chacun chargé d’une piece, à la vapeur de l’eau bouillante d’une fchaudiere d’environ fix pieds fur huit d’ouverture ; on les couche fur des barres ou grilles de bois , pofées horizontalement au-deifus de l’eau ; on place les premiers fur le même plan, à quelque diftance les uns des autres ; on forme un fécond plan de rouleaux qui croifent fur les premiers ; on en garnit ainfi le haut de la chaudière de plufieurs rangs. O11 a attention que l’étoffe ne touche point la chaudière ; on recouvre le tout d’une groffe toile en plufieurs doubles; & par-deffus, d’un couvercle en cuivre , qui clofe bien la chaudière. O11 a fait bouillir l’eau pendant quelque tems, on laiife enfuite tomber le feu ; & les étoffes , après s’être bien pénétrées de la vapeur de l’eau chaude, fe dilatent autant qu’il eft pofTible à toutes leurs parties contraintes par la forte prefiion du rouleau. Cet effort fpontané & de réaction , qui fe fait dans le repos de la maffe , long-tems encore après que la première caufe eft détruite , puifqu’on les laiffe dans cette fituation pendant cinq à fix heures, & qu’elles fe refroidiffent fur le rouleau , fait que les parties de la furface fe pénètrent, fe ferrent les unes dans les autres; ce qui donne du corps, du grain, de la fermeté & du luftre à l’étoffe. Cette maniéré de bruire une étoffe obvie encore à l’inconvénient du gripage , auquel celle -4ci ferait d’autant plus fujette, qu’elle n’a pas été débouillie avant la teinture. Mais il eft à obferver qu’on ne l’emploie qu’à l’égard de celles de ces étoffes qui font teintes en noir, qui eft la couleur la plus ordinaire: les aurres couleurs en feraient ou altérées, ou ternies.
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- Apprêts des étamines , alençons , crépons & autres étoffes de ce genre, qui fe fabriquent à Amiens.
- La raifon qui a fait varier dans l’apprêt du camelot , a apporté quelque changement dans celui de ces étoffes. On les lavait, on les battait autrefois en pleine eau , & on les faifait fécher. On s’en tient actuellement à les afperger , à les laitier quelque tems en tas , pour qu’elles s’humedtent également par-tout. O11 les lultre ou corroie à chaud , à plufieurs reprifes , jufqu a ce qu’on voie bien fortir & s’élever la vapeur de l'humidité s on fait aller & venir ainfi la piece, dont on augmente la tenfion, pour la bien étendre , la tenir en largeur, & les lifieres égales , en chargeant les rouleaux de poids qu’on fufpend à des cordes paffées fur leurs extrémités. Roulées , ferrées , on couvre chaque piece de ces étoffes de feuilles de papier, & on les met au four. Ce four ou étuve eft une petite chambre de trois à quatre pieds en quarré , fur environ fix pieds d’élévation ; elle eft garnie à plufieurs étages de barres de bois, fur lefquelles on pofe horizontalement les rouleaux. On met un feu de charbon , un brafier ardent, fur le fol de l’étuve 2 on retourne les rouleaux, on les change de place & d’étage jufqu’à ce que les pièces foient également frappées de la chaleur, que lesimpreffions qu’elles en ont reçues foient à peu près égales pour toutes. On ferme le four alors , & l’on y laiffe les étoffes jufqu’au lendemain, plus long-tems fi l’on veut; mais il faut faire la même opération fur d’autres. On retire les rouleaux , on les met debout ; on y laiffe l’étoffe fur fon repos pendant deux , trois & quatre jours -, on la déroule, & on la plie.
- Plus la couleur des foies employées dans la fabrication des caftignettes des alençons, &c. eft délicate & tendre, plus on eft en crainte fur les effets de l’humidité, plus on eft réfervé à cet égard, c’eft-à-dire, moins on les mouille. Ces étoffes, plus légères, moins nerveufes que le camelot, font plus fufceptibles encore de s’alonger, de s’altérer au corroi à chaud > il faut bien les étendre , mais il ne faut forcer cette extenfion en aucun cas & à l’égard d’aucune étoffe.
- Il eft des perfonnes qui les font prefler 2 la fuite de cet apprêt : elles acquièrent par cette derniere opération toute la fermeté & toute la douceur dont la fineffe des matières &: la légéreté du tiflu peuvent les rendre fuf-iceptibles.
- G g g ij
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- 4&3gge=ga. >—a=a===r-------r^^s3a-r=tf=~s----.==s=J'------=a»
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Planche première;
- Première vignette. Âttelitr dès détricheurs.
- Figure i. CD. Deux ouvriers aflis devant une table, fur laquelle ils épluchent de la laine, tenant en main les petites forces pour couper les durillons.
- A A A’. Grandes cafés où la laine, mife en toifon , eft à portée des ou* vriers détricheurs.
- b b b. Petites cafés ou tas fur le plancher , où ils la mettent choifie & féparée.
- Fig. 2. Un homme îiolé, épluchant la laine fur fes genoux, comme cela* fe pratique ordinairement, & formant autour de lui plaideurs tas- féparés d© la laine choilie.
- Deuxieme vignette. Attelier des batteurs.
- Fig. 3. T. Batteur de laine en travail, frappant alternativement, une baguette levée ou baillée.
- R. Claie fur ion pied & vuide.
- Fig. 4. S-. Ouvrier qui retourne la laine avec fes baguetes, qui la réunit & la ramalle pour l’emporter.
- VVV. Fenêtres vis-à-vis de chaque claie: celles en face des batteurs ou* vertes, l’autre fermée.
- Bas de la planche.
- F. Force pour émécher la laine, ou en couper les durillons*
- B B. Baguettes pour la battre.
- CC. Corde de la claie.
- H H. Claie.
- L L. Laqure de la claie , pour la ferrer à volonté.
- Planche II. Vignette.
- Trois ouvriers en travail.
- N charge l’un de fes peignes, tandis que l’autre peigne chauffe fur le pot à feu.
- M tient fes deux peignes prefque à angle droit, & fait en peignant palier fur l’un la matière dont l’autre eft chargé.
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- O tire la laine du peigne placé fur le crochet fiché dans le poteau P.
- V. Vafe ou pot'à feu.
- T. Couvercle en tôle.
- E. Ecuelle où chauffe la matière butyreufe ou oléagineufe pour oindre la laine.
- C. Patte ou broche à vis & crochets.
- B A. Barrils où chaque ouvrier met la laine qu’il a à peigner.
- F. Filet où le peigneur dépofe le peignon.
- S. Tabouret du quatrième ouvrier abfent, dont les peignes garnis chauffent en attendant.
- D D D. Trois barres , ou longeurs de la laine tirée du peigne en une fois. f B. Boulet ou bouchon fait d’une ou de plufieurs barres, & en l’état où l’on expédie ou met la laine peignée dans le commerce.
- Détail des ujlenjî’es nécejjaires à Part du peigneur.
- Fig. i. Poteau où eft fichée la patte / & le peigne / en l’état convenable , pour en tirer la laine.
- Fig. 2. Machine à laver la laine, avant, pendant ou après le peignage.
- J J. Jumelle de cette charpente , qui doit être folidement montée. .
- » CF. Crochets de fer dans lelquels on pâlie la laine pour la tordre au-deflus du baquet B , dans lequel on vient de la laver.
- M. Levier en croix adapté au crochet C, tournant dans la jumelle, avec lequel on tord & exprime ;a lame lavée.
- Fig. $. Levier en croix, armé d’un encliquetage , pour tenir fixe la laine torfe à volonté.
- a. Vue de cet encliquetage avec le crochet, pour tenir le levier arrêté.
- b. Crochet à manivel'e, qu’on peut fubfiituer au levier en croix.
- c. Plaque de fer encadrée dans la jumelle , dans l’ouverture de laquelle tourne le crochet à qui elle fert d’appui.
- f. Peigne vu en - dedans..
- g. Peigne vu par le dos...
- h. Coupe du peigne avec le trou longitudinal & le trou tranfverfal, pour y entrer les deux pointes de la patte.
- L Peigne, anglais a trois rangs de broches.
- m. n.p. q. r. Canon , tenailles , lime, aiguille & marteau , tous en fer , pour, redreder, polir & rendre égales les broches des peignes.
- u. Coupe du fourneau ou. pot-à - feu, pour chauffer les peignes.
- f. Brader très - peu ardent.
- t. Couvercle en tôle du pot-à-feu. • .
- <?. F.cuelle à placer au lomme.t du chapiteau.
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- Planche III.
- Fig. i. Fileufe au petit rouet, à la main & à la quenouille.
- Fig. z. Rouet vu d’un autre côté, le fil paflant des deux ouvertures de la mouquette fur l’épinglier ou les ailettes, & dans l’ailet, vu plus en grand au point d de la fig. L\ & enfin fur la bobine.
- Fig. 3. Rouet pour devider les écheveaux de delfus la tournette T, & en faire des bobines coniques, pour doubler ou tripler les fils,fig. 6.
- Fig. 4.4 Afpe ou petit dévidoir calculé de cinq quarts de tour. *
- Si l’axe A A a quatre arêtes qui s’engrenent dans une roue de vingt dents ; l’axe de celle « ci, cinq arêtes dans une roue de quatre-vingt dents, ou le premier axe cinq arêtes, & le fécond quatre, quatre-vingt tours de fafpe en feront faire un complet à la derniere roue, & le marteau tombera fur la table une fois par chaque révolution de cette roue : ce qui avertit que l'écheveau eft compofé de cent aunes de fil.
- Fig. 5-, Rateau où font pofées fix bobines, de celles tirées du rouet après la filature , pour en former autant d’écheveaux à la fois fur le dévidoir.
- Fig. 6. Trois bobines placées à la fois q q q, pour mettre trois fils enfemble avant de les retordre. Ce font ces mêmes qui ont été dévidés de l’écheveau placé fur la,tournette T, fur la bobine de la fig. 3. *
- A. Quenouille vuide.
- B. Quenouille garnie avec le caflou O V, arrêté par le mordant N".
- CD. Cuirs qui foutiennent la broche du rouet.
- E. Mouquette.
- v. Trou par où palTe le fil en fortant de la main de la fileufe.
- F. Noix de buis fur lefquelles palfe la corde du rouet , & canons d’os qui les féparent , pour les foutenir & les fixer.
- I. Bobine vuide.
- H. Bobine garnie.
- L. Ailettes avec la bande d’étoffe, & le mordant pour la faifir.
- M. Rapprochement de toutes ces parties du rouet.
- pp. Poupées.
- b b. Broche foutenue par les cuirs CD, & chargée fucceffivement de la mouquette, des ailettes , de la bobine, & entre les cuirs, des noix en/orme de poulie, & des canons cylindriques qui les féparent.
- Planche IV.
- Fig. i & 2. Moulin à retordre les fils, vu en travail de deux côtés 'oppo-fés. L’homme placé en-dehors tourne la manivelle, & donne le jeu à toute
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- la machine : une fille, en - dedans, raccommode les fils à mefure qu’il s’en caffe.
- L’axe de la manivelle eft commune à deux roues de champ, qui par con-féquent font parallèles. La première s’engrene en -deffous , perpendiculairement: au tambour S; la fécondé b, la tourte, efpece de lanterne qu’on change à volonté en d’autres d’un plus ou moins grand diamètre, s’engrene en-deifus dans la roue ce, dont l’axe prolongé devient celui de l’afpe dd.
- La courroie M fe croife fur le tambour, & court fans fin entre les broches pour les faire tourner par le frottement , & les pouliots de rejet qui la foutiennent en même tems qu’ils la preffent légèrement & également contre toutes ces broches.
- Cette courroie, fuivant les circonftances, fe ferre ou fe lâche quelquefois au moyen d’une poulie horizontale placée en V ,fig. 3, qu’on avance ou qu’on recule avec une vis, comme il eft indiqué dans le texte. Ici c’eft un rouleau tournant fur fon axe ,dont la bafe eft fixée, & le haut mobile dans une mortaife , pour l’avancer , le reculer & l’arrêter avec une cheville ,fig. 4, Z.
- L’inclinaifon de ce rouleau néceffite une autre cheville qui y eft implantée au-deflus de la courroie, pour la maintenir dans fon niveau.Dans quelques moulins, 011 fe fert d’un poids, pour opérer cette tenfion de la courroie toujours égalé.
- C C. Banquette qui foutient les broches dans leur fituation verticale, & au-deffus de laquelle font les bobines , dont les fils s’élèvent dans la même diredion jufqu’au haut du métier en e, d’où , paflant par des anneaux, on les voit converger jufques fur l’afpe , & y former des écheveaux parallèles.
- Fig. 3. Plan du moulin.
- A A. Piliers qui en foutiennent la charpente.
- BBQ_R. Intérieur & première banquette, dans laquelle , fur verre ou caillou recouvert & contenu par la piece de bois refendue pour s’y encaf-trer, pivotent les broches garnies des bobines , ainfi que les broches fervant d’axe aux pouliots.
- Les points noirs, ferrés fur cette banquette , indiquent la bafe qui porte les bobines i ceux qui font plus écartés , celle de l’axe des pouliots j & la raie circulaire qui pâlie entre les unes & les autres , la courroie fans fin qui tourne de R en S T V X, 8 9 % 9.
- Ss Tambour horizontal.
- a a. Roue de champ, dans laquelle il s’engrene.
- b. Tourte dont l’axe eft le meme que celui de la roue précédente.
- £C. Roue qui s’engrene dans la lanterne é, & dont l’axe prolongé forme celui de l’afpe.
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- VA RT DU FABRICANT
- Fig. 4 & Vues intérieures du moulin de face & par côté. Il eft inutile de répéter les lettres, qui font toutes correfpondantes aux mêmes parties de la figure précédente, ou qui indiquent des parties plus développées dans la figure fuivante : mais il faut remarquer la roue ifolée /z/z, qui eft la même que celle cc, vue du côté oppofé , dont la vis fert à élever ou baiifer Taxe de l’afpe, fuivant la grandeur du diamètre de la tourte ou lanterne, dont on en voit une b ifolée , de rechange.
- Fig. 6. Vue extérieure d’une partie plus développée du moulin.
- B B. C C. Banquettes.
- MM. Courroie.
- N. Point d’appui de Taxe des pouliots.
- H. Taifeau refendu & encaftré dans la banquette, pour diriger & contenir les broches fur leur appui.
- G. Bobines.
- DE. Buhots ou bobines avant qu’elles foient garnies.
- F F. Bobines ou buhots garnis.
- G. Broches qui portent les bobines fur le moulin.
- K. Taifeau encaftré, dans lequel tournent les broches.
- I. Verre ou caillou fur quoi elles pivotent.
- P. Axe des pouliots O.
- Planche V.
- Fig. ï. Moulin à ourdir.
- A A. Axe dudit moulin.
- cc. Chevilles fur lefquelles fe pafle & fe fait la croifure de la chaîne. Ces chevilles (ont au nombre de trois en-haut, par où commence l’ourdiifage , en accrochant la chaîne à la première, & la croifant fur les deux autres. Il n’y a que deux chevilles femblables au bas, pour y croifer de nouveau la chaîne en la repliant fur elle - même, & augmenter ainii le nombre des portées autant de fois qu’on fait defeendre & monter la giette, dont l’anneau ayant réuni les fils en un faifceau, les diftribue ainfipar demi-portées.
- EE. partie de la chaîne ourdie.
- B. Broche de fer qui furmonte l’axe AA, fur laquelle s’enroule la corde Bnpp, lorlque la giette GG remonte, & d’où elle fe déroule lorfqu’elle deicend entre les deux montans du cadre TT. Cette corde eft fixée en z, & paffe fucceiïivement fous la poulie m, fur celle n, pour arriver en B.
- M. Manivelle du petit axe a a.
- R. Roue horizontale ,adaptée à cet axe , pour faire tourner, au moyen de la corde croifée x, 1$. roue r adaptée à Taxe du moulin.
- F.
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- D'ETOFFES EN LAINES.
- 4»r
- F. Fils partaht des bobines b b b, implantés fur le cannelier LLL,paf~ Tant alternativement dans les broches percées & entre ces broches du gril de fer, & fe réunifient en un faifceau au point o, dans i’annean du crochet nulîi de fer^vifie verticalement fur la planchette horizontale de la giette, laquelle giette hauflant & baifiant, dirige toujours la matière de manière à former fur l’afpe du moulin une fuite d’hélices régulières.
- C C. Autre cannelier , très en ufage aufli dans ces fabriques : les bobines b b y font pofées horizontalement, & fe dévident verticalement, chaque ni paflant par un anneau de verre pour reprendre, comme au cannelier précédent, la diredion du gril,& celle toujours horizontale du gril à l’afpe ou moulin.
- Fig. 2. Chaîne montée dans l’atteHer.
- o o. Enfouple fur laquelle la chaîne s’enroule.
- VV. Vautoir ou rateau dans lequel pafife la chaîne par demi - portées, à rnefure que les hommes g g la lâchent.
- h. Chaîne roulée fur elle-même.
- M. Contre-maître qui dirige le travail en tenant le rateau.
- d. Ouvrier qui, au moyen d’un levier & avec effort, tourne l’enfoupîe en treuil, tandis que les ouvriers g g la tiennent ferme, & 11e la lâchent qu’à rnefure qu’elle s’arrange fur ladite enfouple , fous la diredion du contremaître.
- f. Crochet de fer courbé à angle droit, & pafle carrément dans des boucles rr, fichées dans un plateau happé contre le mur aux points a au.
- i9i. Crochet dont le collier eft à charnière.
- 2 j 2. Crochet à collier fans charnière.
- 3.3. Détendoir ou levier courbé, qu’on emploie auffi pour tourner l’enfoupîe.
- 4.4. Rateau dans lequel pafle la chaîne par demi-portées.
- 5, f. Rateau ouvert pour le paffage de ladite chaîne.
- 6,6. Enfouple garnie de la chaîne, avec les verguenoirs ou baguettes qui en maintiennent la double croifure.
- 7, 7. Coupe des pièces du haut du baudet, qui fupportent l’enfoupîe de la chaîne lorfqu’on la monte,fig. 3.
- Fig. 3. Maniéré de monter la chaîne des camelots, étendue fur toute là longueur, & tenue par trois, quatre à cinq hommes §gg,
- B B. Baudet.
- 00. Enfouple.
- V V. Rateau.
- M. Contre-maître.
- Tome XIX.
- H h h
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- E. Levier, & ouvrier qui le fait agir, pour rouler la Chaîne fur Pen-fouple.
- Planc he VI.
- Fig. i. Perfpedlive cavalière du métier à armure du travail de la petite navette , dont le jeu du haut fe fait par côté.
- AA. Chafle.
- B B. Créneaux pour élever ou haiffer la chafle au moyen de la corde qui s’y accroche , & qui eft attachée à la barre de fufpenfion.
- dd. Cordes qui attachent la barre aux épées, & par laquelle la chaife eft fufpendue. *
- a a. Créneaux fur îefquels porte ladite barre.
- CC. Râtelier pofé & mobile fur le haut du métier, au fommet duquel fe fait le jeu des bricoteaux DD. *
- Fig, VF. Vue de face du râtelier, dont 2, Z, eft la broche , fur laquelle les bricoteaux y jouent en bafcule, chacun entre les dents du râtelier.
- Fig. V C. Les mêmes bricoteaux x, x, vus de côté fur la coupe verticale du râtelier, mobiles en y.
- E. Lames attachées aux bricoteaux en-deffus, & aux contre-marches en» deflfous.
- F. Peigne d’acier.
- G. Barre horizontale qui entre dans les dents de la roue I, de l’gnfou-ple de la chaîne qui l’arrête , & foutient la chaîne dans fa tenfion.
- H. Enfouple & chaîne fur laquelle elle eft roulée.
- K. Poitriniere fur laquelle paife l’étoffe fabriquée.
- L. Barre mobile, placée en-avant de la poitriniere, pour que l’étoffe paffe entre l’une & l’autre, & que l’ouvrier ne la comprime pas de fon corps en s’appuyant dans le travail.
- O. Enfouple, enfuple , ou enfelle, fur laquelle s’enroule leüoffe à mefure qu’elle eft fabriquée.
- N. Roue dentée en encliquetage, pour rouler & ferrer l’étoffe fur ladite enfouple , au moyen des leviers en croix qui y font adaptés.
- M. Crochets de fer pour tenir i’enfouple à un point fixe, & l’étoffe tendue à volonté.
- P. Aiguillettes qui uniffent & attachent en-deflfous les lames aux contremarches.
- Q. Contre-marches ayant leur point d’appui, paffées dans une cheville de fer v, fur le côté gauche du métier ; pofées en travers du métier , à angle droit au-deflTus des marches, attachées du milieu aux lames, & par l’extrémité oppofée au point d’appui, c’eft-à-dire, du côté droit.du métier , aux
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- D' ETOFFES EN LAINES. 427
- longs tirans R, qui font les cordes qui font jouer par côté les bricoteaux. • r
- S. Marches attachées aux contre-marches.
- Fig. 2. Vue de côté du métier , dont on a ôté tout le bas de l’armure & les longs tirans. Le râtelier C, de face, laide appercevoir la correfpondance des bricoteaux D aux lames E. '
- a. Créneaux fur lefquels pofe la barre de fufpenfion de la chaffe.
- A. Vue de profil de la chaffe.
- F. Peigne.
- c c. Rainures où paffe le peigne à couliffes entre la cape & le Pommier.
- b. Vis pour ferrer la cape , & tenir ferme le peigne lorfqu’on la mis en place.'
- 0000. Chaîne & étoffe paffant de deffus l’enfouple G dans les lames E,
- le ros F, fur la poitriniere K, entre elle & la barre L, pour venir s’enrouler fur l’enfouple N.
- Fig. 3. Vue de derrière du métier , où l’on n’a laiffé que l’enfouple de la chaîne avec fes bourlets mobiles b b, qu’on fert plus ou moins par les coins cc cc, pofée fur les appuis a a, & arrêtée par la barre G, au moyen de la roue dentée Ij & le jeu réciproque des conrre-marches Q, d’une part, aux lames E par les aiguillettes P, & des lames aux bricoteaux D i & de l’autre part, à l’autre extrémité des bricoteaux , au moyen des longs tirans R.
- L’extrémité des marches, qui croifent fous les contre - marches & qui y font attachées, fe montre aux points mmm.
- Fig. 4. Chaffe, compofée du fommier S O, de la cape C.
- cc et indiquent les rainures , dans l’une & l’autre piece , pour le paffage & l’emboîtement du peigne ou ros.
- bbbb indiquent les vis pour ferrer ,fixer & contenir le ros.
- A A. Epées.
- B B. Crumaliere de fufpenfion par la corde qui fe croife derrière les épees, recroife en-avant fur la barre , retourne, & vient enfin fe nouer au point d.
- T. Barre de traverfe de la chaffe.
- S. Barre de fufpenfion.
- * *. Lames de fer fichées fous la barre , & qui lui fervent de loutien fur les créneaux.
- P L A N C H e VII.
- Fig. 1. Métier à camelot travaillant, vu de côté : l’ouvrier poulie la chaffe de la main gauche, foule la marche, & eft prêt à lancer la navette de la main droite.
- A A AA. Piliers du métier très-incliné en-avant.
- cr & cr. Créneaux également inclinés dans le lensoppoféj ceux du haut,
- H h h ij
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- . LA R T DU F ABRI' CA NT
- pour la fufpenfion de la chaffe ; ceux du bas , pour la tenfion des lame*;
- Les marches font fixées & jouent fur un axe au point S ; elles font foulées en p ; elles attirent les bilbaes x x, par les cordes q , qui' paffent dans les trous b b) de la barre oo.
- Les bilbaes font la bafcule fur le vinaigrier entre les dents du peigneyy? & fur la broche de fer rond & attirent les lames E.
- L’enfouple de la chaîne ££., eft fufpendue en ii9 arrêtée & ténue parle rateau & l’étendoir tr.
- Les fils de la chaîne paffent dans les lames E, dans lerosF; & l’étoffe fabriquée, après avoir paffé dans la rainure à jour de. la poitriniere P, vient s’enrouler fur l’enfouple <?, où elle fe tient tendue au moyen de la roue d’encliquetage N.
- Les cordes dd,& les chevilles ce,.font pour tendre: & tenir les lames plus ou moins en-arriere.
- Fig. 2. Vue du métier par-derriere.
- Fig. 3. Vue du métier paivde.vant ^ pour montrer feulement, la. fufpenfion de la chaffe H.
- C C C C. Piliers de face.
- g g. Raccourci des barres de longueur & inclinées du métier , fur lef-quelles font pofés les créneaux ou. crumalieres en talus pour la fufpenfion de la chaffe.
- c c. Cordes qui enveloppent les aveîots, & attachent les épées à la barre * **
- S. Point où font fixées les marches enfilées dans-la broche uu.
- Fig. 4. H. Chaffe avec le ros placé & ferré entre la cape b b , & le form-mier cc.
- Les épées, a a , font à couliffe dans la cape , qui s’élève & s’abaiffe pour, fortir & replacer le rosî le tout fufpendu par la barre **.
- Fig. Vinaigrier x x- bilbaes , faifant la bafcule fur la broche de fer rond £.?, entre le peigne, y y.
- Fig. 6.'Marche-pied ET, avec la crumaliere cr, la boite à [toulieé,& les jutriaux j, pour tendre les lames en-deffous ; les cordes, d & la cheville c_, pour les tendre en-ariere.-
- b & j. Boîte , poulie , & jutriau détachés , vus de face.
- P. Poitriniere vus du côté du travail, oppofé à l’ouvrier. L’étoffe entre par la rainure à jour, reffort par-deffous , & va s’enrouler fur l’enfouple.
- S. Enfoupie de la chaîne avec fes cordes de fufpenfion*;-& la rainure marquée , pour y placer le: verdillon & fixer la chaîne..
- D. Verdier pour contenir les fils de la chaîne, avec un fil de fer en-deffus..
- M m. Lifles fimple & compofée d’ufage dans les- fabriques de Picardie.
- EE. Lame, avec l’indication de la fufpenfion.-
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- T. Temple ouvert & fermé.
- t t. Rateau & tendoir pour tenir la chaîne bandée.
- r. Roue d’encliquetage vue de profil.
- r f. Roue d’encliquetage vue de face , avec fon crochet.
- m. Enfouple du travail avec là rainure, pour y fixer l’étoffe au moyen du verdi lion h ou i.
- R. Havet ou crochet d’acier très-mince, pour paffer les fils dans le ros lorfqu’ils caffeut.
- N n. Navette vue de face, & fa coupe tranfverfale ,au lieu de fa foffette ©u poche.
- 1. Aiguille 0. La même aiguille garnie de l’efpoule, pour être placée dans la poche de la navette.
- r. Petit reffort pour contenir l’efpoule dans la foffette.
- co. Corbeille pour mettre les efpoules ou petites bobines , compofées du-fil de la trame , dévidé fur des canons de rofeau.
- E G. Epingle pour tendre les fils qui ont fait cheville au moulin à retordre , ou qui fe trouvent trop lâches par toute autre raifon.
- PL. Epincetrc pour éplucher l’étoffe, en tirer les nœuds, les doubles duites , les ordures , &e.
- b a. Balai de bouleau pour tenir lieu de broffe , relever le poil , les-nœuds * &c. avant l’épluchage.
- Planche V I I I, I X & X.
- •
- Les armures des métiers expliquent ces planches -, il fuffit de répéter le nom des efpeces d’étoffes qu’on peut produire par leur moyen.
- N9. 1. Toile, ou toute étoffe rafe à pas fimple, dont la chaîne & la trame1 font de fils d’un diamètre à peu près égal.
- 2. Camelot, ou étoffe grainée, dont la fuite des grains forme une cannelure plus ou moins fine , fuivant les matières , mais toujours fenfible fur la largeur de l’étoffe.
- 3. Camelot haracane., ainff nommé de ce que la cannelure eft beaucoup plus marquée qu’aux précédons , quoique dans la même direction, ce qui rend fauffe cette dénomination d’ufage; ce 11’eft en effet qu’un très - gros camelot, à trame doublée ou triplée.
- 4. Baracan, ou étoffe trés-grainée plus ferrée que le camelot, & dont la-cannelure, plus fenfible, eft prolongée fur. la longueur de l’étoffe.
- 5. Serge fans envers, ou étoffe plus fimplement croifée, & également de .part & d’autre. .
- 6. Serge de Rome, avec un. envers ,,ou- étoffe croifée ei>deffus,j& à pas; fimple en-deffous.
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- 7. Serge de Rome à côtes, ou étoffe à cannelures rapprochées & par bandes Taillantes, avec un envers entre ces bandes.
- 8. Turquoife, étoffe ordinairement croifée, à cannelures ferrées, prolongées ou interceptées , fufceptible d’une grande variété.
- 9. Turquoife mont-à-loijir, nom bizarre d’une variété particulière de la turquoife ordinaire.
- iû. Bafin en turquoife , autre variété remarquable.
- U. B afin ordinaire, étoffe cannelée fur la longueur, croifée ou non croifée , comme la turquoife, mais faifant plutôt cannelure que côte.
- 12. Mille-point en turquoife, étoffe dont les carreaux, plus ou moins petits , font en échiquier, cannelés, & à envers.
- 13. Prunelle unie, étoffe croifée, d’un tiifu très-ferré.
- 14. Prunelle à côtes, en cela feulement, variée de la précédente.
- j Calmande unie, ou fatin en laine.
- 16. Calmande à cotes, en cela feulement, variée de la précédente.
- 17. Serge de Minorque, étoife croifée, d’une cannelure indiquée, diago-nalement & fortement exprimée.
- Ig. Grain d'orge, étoffe à petits carreaux, comme des cannelures tranf-verfaies , coupées, Taillantes & difpofées en échiquier , fur un fond à cannelures plus fines , indiquées diagonalement.
- 19. Barré en grain dorge, la même étoffe que la précédente, avec la différence que les cannelures tranfverfales ne font point interceptées dans la largeur.
- 20. Mille-point cannelé. •
- 21. Mouches & navettes.
- 22. Petite fraife & mouche.
- 23. Petite croifette.
- 24. Zigzag cannelé.
- 25. Croifette & fraife.
- 26. Croifette fans envers.
- Toutes ces petites étoffes ne font que des variétés de la même, & n’ont été placées ici, que pour indiquer la poffibilité & le moyen de les varier -à l’infini.
- 27. Siléjîe en fg{ag.
- 28. Idem, à bâton rompu.
- 29. Idem. cœur enflammé.
- 3 o. Idem, autre bâton rompu.
- Celles-ci varient par la quantité moindre & la qualité inférieure des matières ; mais elles prouvent que le changement de ces petits deffins eft très indépendant des variétés indiquées.
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- D'ETOFFES EN LAINES.
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- 3 T. Malbouroug, petite étoffe figurée d’un côté par la chaîne d’une couleur , & de l’autre par la trame d’une couleur différente.
- 32. Autre malbouroug.
- 33. Etoffe brochée à chaînons, formant du flotté à l’envers.
- Xota. Il ne faut pas confondre ces numéros, qui correfpondent à ceux des armures , avec ceux des échantillons de la pi. XI qui n’y correfpondent point.
- P lanche XI.
- Echantillons de différentes étoffes unies & crolfées, réfultant des armures & des marches cl-devant décrites.
- N°. ï. Tamife , ou toile quelconque en laine, dont les fils de la chaîne 8c ceux de la trame ne different point ou different peu en groffeur.
- 2. Camelot quelconque, comme cannelé, & plus marqué fur la largeur que fur la longueur.
- 3. Baracan plus marqué & effectivement cannelé fur la longeur de l’étoffe £ 8c nullement fur fa largeur. (a )
- 4. Serge de Rome unie, légèrement tracée par des diagonales.
- 5. Serge de Rome à côtes.
- 6. Turquoife baracanée.
- 7. Turquoife mont-à-loifîr. g. Bafin baracané.
- 9. Mille-point en turquoife.
- 10. Prunelle à côtes.
- 11. Calmande à côtes plus marquées qu’à la prunelle.
- 12. Serge de Minorque»
- 13. Grains d’orge.
- 14. Barré en grains d’orge, if. Mille-point cannelé.
- 16. Mouches & navettes.
- 17. Petites fraifes & mouches.
- 18. Petite croifette.
- 19. Zigzag cannelé.
- 20. Croifette 8c fraife.
- 21. Croifette fans envers.
- (a) Ces cannelures, foie en largeur fur tilkm gravé que fur l’étoffe. La difficulté le camelot, foit en longueur fur le bara- de les rendre, y a entraîné, can, font plus fortement fendes fur l’échan.
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- 22. Siléfie en AV ou zigzag.
- 2$. Bâton rompu', rapproché en lofange.
- 24. Cœur enflammé.
- 2f. Carreaux & bâtons rompus.
- 26. Malbouroug.
- 27. Deffin à chaînons.
- 28 Deflîn à lever de deflus l’échantillon pour le remonter fur le métier. Des fils de la chaîne font défilés, & deux fils de la trame, retirés en partie, du tiflu , laiffent diftinguer ceux qui les furmontent de ceux qui pafTent deflous.
- TABLE
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- D’ E T 0 F F E S EN LAINES.
- NOTES DE L’AUTEUR. O)
- Pour VArt du fabricant d'étoffes en laines.
- Page 292, ligne if. sy filent.
- Il eft aniïi mal - adroit que nuifible à fes intérêts de ne pas les y filer toutes. Heureufement la fupériorité des Turquinois dans Taflortiment, le peignage & la filature , n a plus rien qui étonne quelques-uns de nos intel-ligens fabricans ; l’induftrie gagne & fait entrevoir qu’on pourra enfin s’affranchir entièrement de cette dure fervitude : la province le peut avec d’autant plus de fuccès, que dans les laines qu’on lui envoie de Turcoing, fous le nom de laines de Hollande , ce n’eft le plus fouvent qu’un mélange de ces dernieres avec les laines de Flandres, de l’Artois & de la Picardie même, mieux afforties , mieux préparées qu’elle n’avait fu le faire, & parées encore après la filature, par un bain de petit lait, quelquefois même d’un peu de farine. Ces matières additionnelles donnent en effet de la douceur & de la fermeté à la laine, & la rendent fufceptible d’un tiffu plus facile & meilleur; mais aufil elles en augmentent le poids : obfervations qui avaient échappé à l’auteur de l'art des étoffes de laines rafes & feches , &c. ( Almanach de Picardie , année 1782, pag. 50.)
- Pag. 311,1. 33, baquet.
- Quelques peigneurs ont trouvé qu’il étoit plus avantageux , au lieu du baquet entre les deux jumelles , d’y monter un chauderon fur un petit fourneau & de faire fon lavage en eau entretenue au même degré de chaleur ; on lave ainfi plus de laine, on la lave mieux ; & je fuis tellement porté à adopter cette méthode, que j’ai confeillé de graver la machine à dégraiffer, d’après la defcription que je viens d’en faire.
- Pag. 320. Subftituer au tarif, qui a beaucoup de fautes, celui de Cart du fabricant de velours de coton, qui eft le même , mais beaucoup plus corred.
- Pag. 325 , 1. 30........de ce genre d'étoffes.
- M. Airolles, de Carcaffonne , a réalifé la conjedure de l’auteur qui, d’après l’examen qu’il a fait, & du poil filé, provenant de chevres de l’ef-pece dont il s’agit, propagées en Languedoc dans la terre , & par les foins de M. Airolles, & deplufieurs pièces de camelots-poil, qui en ont été fabri*
- (û) L’auteur ne nous ayant fourni ces fenibler ici ; c’eft d’ailleurs une addition qui notes intéreflantes qu’après l’impreflion du manque dans les cahiers in-fol. contenant texte , nous ne pouvions faire mieux, pour les deferiptions de ces mêmes arts, ne pas en priver le public , que de les raf-Tome XIX.
- I i i
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- L'ART Dü FABRICANT
- qués à Amiens, a jugé que ce poil ne le. cede en rien au poil de la Natoîie qu’on tire pour le même ufage.
- P-our dArt du fabricant de. velours de coton-,
- Introduélion, page 163 , lig. r, un calendreur de Manchefler.
- Sept à huit mois après la publication de l’art , piqué contre fon auteur,, offenfé de la vérité , celui qui fe reconnut à fon exprelîion, écrivit en ftÿle de fon premier état, une brochure dans laquelle, à travers un tas de fauife~ tés & d’injures , il déclame contre la publication des arts , fuppofe de grands fervices , & fe montre plein de prétentions. Après avoir répandu ce libelle dans le public , en avoir empoifonné la capitale & les provinces , l’admi-niftration & l’académie des fciences, il fut en perfonne folliciter ... quoi ? lui demanda-t-on , que des faits publics foient dit être faux ? que des alertions & des injures foient prïfes pour des vérités & des preuves ? L’adminiftration rejeta l’homme & la brochure, à laquelle dans l’intervalle , on avait répondu de maniéré à ce qu’on n’y répliqué jamais. L’académie aurait pu en ufer comme l’adminiftration : elle écrivit à l’auteur , dont lesréponfes furent fi publiques, qu’on les imprima à Rouen dans le te ms. Cette correfpondance n’eft pas fans intérêt, à ne confidérer les chofès que par la maniéré dont elles fe mènent dans la vie civile, & même dans la vie littéraire : nous y renvoyons pour tout ce qui eft de procédés , de fyftèmes & de faits fuffifamment éclaircis , excepté un feul, celui qui a le plus remué la bile du calendreur, & dont voici l’a preuve. ...... Extraits faits fur les originaux. (F. au n°. J.)
- Pag. 175 , décider la quejlion. ( 1 ) Subftituez & à la place de la note', Comme cette méckanique , &c. qui eft à fupprimer en entier , fubftituez la fui van te.
- On ne retire pas d;e cette méchantque tout 1 avantage qu’on s’en était propofé : indépendamment de fon prix qui eft confidérable fur un objet de main-d’œuvre de cette nature , puifque ce n’eft pas à moins de 1 500 iiv. que la manufacture de velours de coton de Sens s’eft engagée auprès de l’admi-niftration , d’après les gratifications qu’elle en a reçues 3 d’en fournir au public, & que ces méchaniques ne cardent guere par jour que de 20 , 2^ à 30 livres de coton. Elle eft fujette- à fe déranger , difficile à réparer : il faut peu de ehofe pour détruire le paralléiifme des cylindres : les cardes s’ufent très.-prbmptement : Ci la méchanique joue , elles s’écrafenc en proportion de h différence d’appui ou de frottement. Le coton généralement moins bien cardé , plus brifé , plus arraché, que par le cardage à la main , en devient plus difficile a filer , & le fil qui en. provient n’eft pas également propre aux parties des ffiTus qui demandent-à la fois beaucoup de fineife , dedauceur & dç'force.
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- Portés à croire que la plupart des vices qui proviennent de cette rrtécha-nique font dus à fa complication, à la multiplicité des cylindres qui chargent & déchargent les cardes , qui les garniffent& dégarniflent beaucoup plus de fois qu’à la main , qui effacent trop le coton , qui le déchirent enfin : nous penfons qu’on pourrait en diminuer le nombre, & le réduire à fix, deux grands & quatre petits. Deux de ces derniers, l’un au-deffus de l’autre, & tournant en fens contraire en s’engrenant, par des roues dentées d’un diamètre un peu plus grand que celui de ces cylindres, adaptées fur leur même extrémité, fai'firaient le coton préparé, l’ouvriraient & le porteraient fur le premier grand cylindre. Au - deffus de celui - ci, l’un à côté de l’autre, fans fe toucher, mais agiffant fur le grand cylindre, feraient les deux autres petits. Viendrait enfin le fécond grand cylindre horizontal, parallèle au premier, & de même diamètre que lui : ce fécond grand cylindre eft celui qui fe charge du coton en dernier lieu , celui de deffus lequel il fe détache pour en former la laquette , au moyen du rouleau à lames d’environ fix lignes de hauteur ou de faillie.
- Les conjedures qu’on vient de lire ne font point hafardées ; elles font le réfùltat de plufieurs effais , auxquels il ne manque pour le fuccès qu’on a lieu d’en attendre , que de déterminer le nombre de tours que doit faire la première grande roue , pour un tour de la fécondé. Ge nombre trouvé, que je crois être entre ceux de 12 & if , la méchanique eft conçue ,& fon exécution eft facile ; c’eft le point où nous en fommes. Si nous réuffiffons, je ferai graver cette méchanique, je l’expliquerai, je la publierai : en attendant, je profite de cette occafion pour donner mes idées, afin que celui, quel qu’il foit, qui les joindra aux tiennes , fâche mieux tirer parti des unes & des autres.
- Pag. 216,1.24..............Extraire la couleur.
- Dans l’idée puérile & baffe de donner plus de force , & quelque croyance aux invedives qui compofent le libelle dont on a parlé à la note de la préface, l’auteur de ce libelle y a ajouté une critique ftérile de deux ou trois procédés : celle du mordoré eft la principale: voici la réponfe qu’on y a faite : “ On fait bien qu’on peut faire le mordoré en un leul teint : n c’eft ainfi qu’il fe pratique pour le faux teint fur toutes les fortes d’étoffes, >5 pour le bon teint fur la plupart, & fur le velours même par les teintu-35 riers intelligens & très-exercés-, mais pour les autres , il eft difficile & rare » de faire bien unie cette couleur, facile & fûre en deux teints : il en coûte 5, un peu plus de feu , un peu plus de tems ; les teinturiers inftruits peuvent „. & doivent économifer fur l’un & l’autre ; ceux qui le font moins , feront „ fagement de craindre plus les inconvéniens dont je parle, que la dépenfè w que vous bourfoufflez. »
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- Pag. 237, 1. 3............... pour la ccmpofer.
- Le prum de Monfieur fe fait comme le cramoifi violet : à la compas fition , au lieu de fe fervir d’un bain pur de bois de Brefil, on le coupe à moitié du bain de bois d’Inde i on augmente encore la dofe de celui-ci, au fécond bain, plus ou moins fuivant la nuance qu’on veut obtenir j je confeille d’ajouter ici le procédé de prune de Monjïeur, que M. Pilatre de Rofiers vient de publier dans le Journal de phyfique.
- Pag. ibid. I. f..........acide nitreux
- Par-tout où je me fuis fervi du mot $acide nitreux ou de celui ôl eau-forte , en parlant de l’agent propre à diffoudre l’étain pour la compofition de quelque couleur, fi je me fuis écarté du langage des laboratoires , ç’a été pour adopter celui d#s atteliers ; mais il en a réfulté une erreur à peu près fem-blable à celle qui entraîna M. Hellot à employer pour la diffolution de Pin* digo , l’acide nitreux au lieu de l’eau-forte des favonniers, alkali fixe, rendu cauftique par la chaux, parce qu’on s’était iervi dans le procédé, du terme limple d'eau-forte.
- Voici le fait. L'acide nitreux, rigoureufement parlant, eft un acide pur , dégagé de toute autre fubftance. Réuni à l’acide marin , il forme l'eau régalet & ce n’eft véritablement que par l’eau régale que le fait la diifolution de l’étain pour la compofition des couleurs} mais l’acide nitreux du commerce , plus particuliérement connu fous le nom d'eau-forte <, n’ett jamais pur; il eft au contraire toujours plus ou moins chargé d’acide marin , par lequel cette liqueur eft naturellement régalifée : quelquefois même elle l’eft au point qu’il eft inutile, dans certains cas, d’y ajouter de l’acide marin î on y en ajoute toujours dans les opérations du genre de celles qoi nous occupent ; on le fait en raifon de fun état, qu’on ne peut guere déterminer que par Un effai.
- On régalife l’eau-forte du commerce avec du fel marin, fel commun ou de cuifine , ou avec dn fel ammoniac, préférable au fel marin en ce que îa diifolution également bien faite par les deux fe décompofe ( toutes chofes égales , car la chaleur naturelle ou fa&ice y concourt auifi ) beaucoup plus tôt que par celui-ci : peut-être aulli parce qu’on a cru remarquer que le fel ammoniac donnait à la couleur quelque chofe de plus éclatant.
- Je dois plusieurs de ces obfervations à M. de la Morliere , teinturier ha-t>ile, & l’un des hommes les plus eftimablcs que je connaiffe.
- Pag. 236 , 1. g.............donne lieu de le préfumer.
- Semblable à un enfant qui a perdu ion joujou , & fans que notre auteur l’ait attaqué, un homme chagrin, dont pourtant on n’a pas renverfé le poêlon , effarouché d’un projet vraiment grand , relatif à la teinture , annoncé d^ns le Journal de phyfique du mois de janvier 1781 ,«’eft récrié
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- qu’on lui ait accordé onçe pages. Et dans le même Journal du mois d’avril liuvant, il en prend le même nombre pour déclamer contre les auteurs de ce projet, & le revendiquer; pour citer beaucoup un miniftre & un commis qui n’y connaiirent rien, & pour faire des phrafes très-académiques affuré-raent, mais que ne prouvent pas toujours un homme bien conféquent. On veut croire qu’une réponfe dont M. le diredeur-général a honoré l’auteur, foie un gage précieux de fes bontés & de diflinction , &c. Mais ce gage précieux , ces bontés, cette diftindion , &c. auxquels le public n’a aucune part, ne le convainquent de rien de relatif à la queftion : & les cent couleurs , qui ne font pas des couleurs, mais des nuances , ioo, 200, 300 échantillons qui, bien arrangés comme une carte de marchand qui veut vendre, dont les couleurs tranchent avec art, pour qu’elles jouent mieux à l’œil, qui peuvent être regardées un moment, & faire écrire une lettre à celui qui s’efl: ainfi amufé, n’apprennent pas grand chofe au public, & ne lui feront jamais d’une grande utilité.
- D'apres tout ce que deffiis, il ferait mal néanmoins de regarder l’auteur de tant de nuances , quoiqu’avec le fruit feul du phytolacea cm pût en faire mille , alfez jolies & qui ne joueraient pas mal aulli, fuivant leur arrangement, il ferait mal que perfonne, même le commijfaire de /’ ad minifl ratio n, juge né, en première injlance , de toutes les nouveautés de ce genre, le regardât comme un vil plagiaire du travail dlautrui.
- Le début feul de l’auteur a quelque chofe de vraiment poétique :£t Tout M ce qui peut réfulter de vraiment utile, de l’exécution paifaite du projet x annoncé ,je Cai dit, fait, &c. » Tout ! tout, dans une matière fur laquelle fauteur n’a jamais rien publié ; fur une matière dans laquelle les Dufay, les Hellot, les Dapligny , les Delafolie conviennent que nous fommes dans l’enfance, & fur laquelle les autres favans le prouvent. Tout! pour avoir fait quelques bouiHons de bois, rejetant même toute méthode. J’avais cru jufqu’ici que ce ne ferait pas trop d’être un dieu pour avancer une pareille propofition ;& je ne penfe pas qu’un mortel, quelque flegmatique qu’il foit, puiife entendre, fans rire , prononcer une femblable exagération.
- Voyez le Journal cité, avril 1781 , pag. 306 & fuiv. Voyez les lettres ci-après , de M. Roland de la Platiere , au fecretairede l’académie de Rouen, lefquelles lettres & leur infcription fur les regiftres de l’académie, très-antérieures à l’écrit de M. Dambourney, prouvent alfez fes fentimens pour lui, & combien il était éloigné d’imaginer même qu’il prît part à cette difcuflion , ou du moins qu’il cherchât à s’y compromettre.
- Cl J’ai regret, continue M. Dambourney, de relever cette erreur, d’au-,, tant que M. Roland de la Platiere, infpedeur-général des manufadures, „ qui par état doit favoir dillinguer les feutres d'ejfai des feutres de chapeau,
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- L'ART DU FABRICANT
- „ s’est compromis en la. permettant à Ton coopérateur. „ S’il faut convenir que dans l’expreftion de feutres de chapeau, le mot chapeau fuit de trop, il faut aufli avouer que c’eft difputer fur les mots : la proportion n’en eft pas moins vraie : le regret de M. Dambourney n’y change rien , quant à fon obligation de la releVer, & à fa croyance publiée que M. R. D. L. s’eft compromis en la permettant : Si M. Dambourney ne veut pas donner à croire qu’il fe rend refponfable de toutes les bévues de fes confrères , il s’eft laiffé entraîner par une cruelle envie de critiquer. M. R. D. L. fait que cette lettre , datée du lendemain de la tienne, ne fut écrite que huit ou dix jours après , & qu’elle fut travaillée & retravaillée hyant.de la mettre à l’impref-fion : l’hiftoire en ferait aifez plaifànte, mais-M. R. D. L. ne dirigea jamais la plume de fon auteur , & ces meilleurs different encore plus d’opinions que de ftyle.
- En fuivant M. Dambourney, l’on voit qu’il pourchaife M. R. D. L. qui ne lui en voulait pas. '‘'Quant à la diifertation fur les anciens & fur Pierre M Gobelin , qui fixaient les couleurs au moyen d’une diffolution métallique ; „ on le lavait avant les arts publiés par M. Roland. Le di&ionnaire de chy-„ mie, de M. Macquer , fes mémoires à l’académie des fcienc.es , & bien d’au-„ très ouvrages en inftruifent affez. „ Pas aifez, M.Dambourney , puifque dans ce moment-là, dans l’inftant même où M. Roland écrivait, on fe chamaillait à Paris pour cette prétention ; vous le.laviez; il vous l’avait mandé ; il l’avait mandé à l’académie de Rouen.
- A l’égard des fuccès , entre les mains de M. Dambourney, de tel ou tel procédé, on ne les nie pas; mais on eft en doute fur la valeur propre du mot affurer les couleurs, &c. de l’étendue de fa lignification , & de fon application ; & l’on ne faurait dilîimuler combien il eft pénible , après la ledhire des onzes pages in-40. relatives à cette matière, de ne favoir comment s’y prendre pour conftater aucun des faits, de n’avoir pu même en prendre l’idée.
- Enfin le nom de M. Roland reparaît une troilieme fois, pour dire qu’il a jugé l’auteur fur un apperqu de fon ouvrage \ mais cette maniéré de s'exprimer n’elt point encore exacte. M. Roland n’a point jugé M. Dambour-ney j il n’a jugé, puifqu’on veut qu’il l’ait jugé , que fon ouvrage qu’il avait entre les mains : & quel jugement ? Il a dit que ce projet n’eft pas le lien j il n’a dit rien autre.
- D'apres tout ce que deffus, dirons-nous auflî, 011 voit que toutes les déclamations du grave fecretaire contre M. R. D. L. n’alterentpas plus la gloire de celui-ci, qu’elles n’ajoutent à celle de celui-là.
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- D> ETOFFES EN' LA 1 N ES.
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- JMC Â JZIÆ O Z JR. JE! 0) . ,
- Sur; l’edüca.tion des troupeaux et la
- CULTURE DES LAINES.
- U N royaume piaffant, dont la fplendeur & l’éclat font répandus par toute la terre, qui , ïemblable à l’ancienne Grece , didte aux nations les loix du beau , & leur fait adopter fon langage & fes goûts ; qui, entouré d’états agricoles & commerçans , où fleuriffent les arts & les fciences , n’a qu’à vouloir pour les furpalfer tous ; qui., par fa fituation , fes productions , le génie & l’activité de fes habitans , peut rendre tributaire le refte du monde : la France l’eft du monde entier , fur une des parties les plus importantes de l’économie rurale. Son induftrie eft gênée , fon commerce languit , foii agriculture fe détériore. '
- L’éducation des troupeaux & la culture des laines , une des fources les plus fécondes de la proTpérité des empires , qui font aux manufactures ce que l’argent eft à la guerre , que les gouvernemens les plus fages, même dans la plus haute antiquité, ont toujours fpécialement protégées, font abandonnées au caprice de l’ignorance & du préjugé , & victimes de-l’efprit inconféquent & barbare de la burfalité.
- L’angleterre , la Hollande , le Danemark, le bas - Rhin , prefque toute l’Allemagne & principalement la Saxe & les Marches du Brandebourg, 'qui produifent les plus belles laines de cette vafte contrée , font les fources où notre induftrie va puifer la matière première. Sans elles , il faudrait renoncer aux étoffes remarquables par leur fineffe &' leur légèreté : fans elles , plus de ces chefs - d’œuvres de l’art qui montrent la fupériorité de l’induftrie franqaife. (h)
- Jalouse de cette main-d’œuvre , TAngleterre s’efforce encore de nous en priver ; on ferait effrayé par le calcul des fommes que nous lui faifons paffer chaque année pour l’acquit de la prodigieufe quantité d’étoffes dont
- (rz) M. Roland de la Platiere defirant fupériorité avec laquelle il eft traité, que ce mémoire, quoique déjà publié dans (b) Les camelots , les baracans, les ferle Journal de phyfique , fut ajouté à notre ges, les étamines, les tamifes, les cale-col leéti on, nous y avons fôuforit avec d’au- mandes, &c. &c. la bonnetterie Je tricotté, tant plus d’empreilement, qu’on ne peut &c. &c. les tapifleries des Gobelins & tant trop multiplier un morceau tel que celui- de beaux ouvrages à l’aiguille.. ci, qui réunit, l’importance de l’.obj.et à la
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- V ART DU FA B R î CA N T
- elle inonde la France. La Saxe nous confidere du même œil, & nous lie des mêmes chaînes.
- Du côté du midi, l’Efpagne , l’Italie , la Turquie d’Europe & d’Afie, les côtes de la Barbarie, alimentent nos manufactures de draperies fines, & la plupart des communes , qui fans elles n’exifteraient pas.
- La France , dans toute fon étendue, fabrique des étoffes de laine : elle en confomme beaucoup ; elle en exporte autant : elle pourrait en exporter le double , & plus aifément arrêter l’introduCtion des étrangères. Elle ne récolte pas la moitié des laines qu’elle confomme : elle pourrait en fournir à toutes fes manufactures , & même à celles des autres nations. Elle n’obtient que des qualités altérées par la mauvaife culture : elle pourrait en avoir de toutes les qualités & de toutes les fortes. Quelque médiocres qu’elles foient, elles reviennent à un prix double de celui des laines d’Angleterre : elles pourraient être réduites au même taux. La main-d’œuvre eft beaucoup plus chere en Angleterre , les terres y font à beaucoup plus haut prix î cependant les Anglais font des fpéculations continuelles & très - lucratives fur la culture & le commerce des laines , comme fur la fabrication des étoffes , tandis que nos fermiers font découragés dans l’éducation de leurs troupeaux, & nos manufactures dans leurs entreprifes.
- Indépendamment des grands avantages que l’agriculture doit retirer de la multiplication des troupeaux en France, de ceux qui doivent réful-ter pour le commerce , de l’augmentation & de la perfection des laines ; indépendamment de la plus abondante & de la meilleure fubfiftance qu’on peut fe procurer par-là , il eft une raifon déterminante , fupérieure à toute autre confidération , fur laquelle on n’a point encore infifté , & qui réclame avec force une vigilante attention de la part du gouvernement.
- Qui peut nous promettre que l’Efpagne , l’Italie & les délicieufes contrées du Levant ne fortiront point de ce long afloupilfement où les a jeté la barbarie des fiecles d’ignorance , & où les ont entretenu la bonté des productions naturelles & la douceur du climat ? Qui peut nous aflurer que quelques-uns de ces états ne feront point avec une puiifance intéreifée ou jaloufe , des traités d’exclufion pour nous ? Qui peut nous garantir que jamais des guerres ou d’autres révolutions n’en mettront aucun d’eux dans le cas de nous nuire, fans confidérer s’il fe nuit à lui - même , par l’inter-diCtion du commerce des matières premières ?
- L’angleterre , fi févere dans fes prohibitions , le Brandebourg & les autres états, ne pourraient - ils pas trouver des moyens pins fûrs encore de nous priver de ces productions ? Que deviendrions-nous alors avec toute notre induftrie ? Un état aufli précaire , une dépendance auffi marquée, n’ont - ils pas de quoi nous effrayer ? De
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- D’E T 0 F F E S EN LAINES.
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- De t éducation des troupeaux & de la culture des laines en France ; des mauvais effas qui en réfultent , & des raifons qui s'oppojent à en établir une meilleure. t
- Les animaux , les plantes , toutes les produ&ion» de la nature enfin, changent de forme & prennent un caractère particulier au climat où elles Le trouvent tranfportées. L’éducation, la culture, augmentent ou altèrent les qualités primitives ; & les variétés immenfes des êtres ne proviennent que de l’un ou de l’autre. Sans s’écarter de l’objet qui nous occupe, fans fbrtir de la France , on peut remarquer , en la partageant à peu près à la latitude de Tours & d’Angers, que tous les établiflemensen matières nationales , font , du côté du midi en draperie, & du côté du nord en étoffes rafes. Les grandes fabriques de ce dernier genre font celles de la Picardie, de la Flandre , de la Champagne & du Mans. Les manufactures de draps d’Abbeville, de Sedan, de Louviers , d’Elbeuf, des Andelis, de Darnetal & autres, n’emploient que des matières étrangères, & leur pofition eft indif-férente relativement aux matières du pays.
- Narbonne & Tes vaftes plaines nous fourniffent les plus belles laines de France. La bénigne influence de ce beau climat fe propage par gradation dans les campagnes du Roulïillon jufqu’aux Pyrénées , & de l’autre part jufqu’au-delà de Beziers. Si l’éducation pouvait détruire entièrement l’influence du climat, Narbonne aurait les plus mauvaifes laines de la France. Je 11e dirai rien de trop pour prouver jufqu’à quel point cette partie eft mal traitée : le déchet au lavage des laines de ces moutons eft ordinairement de 70, fouvent.de 75 , & quelquefois de go pour 100. On y renferme les troupeaux dans des bergeries mal-propres , étroites , étouffées ,' dont les planchers de gaules ou de lattes écartées laiffent paffer la poufliere 3c les menus brins de fourrage qu’on met defliis. Le crotin & l’urine crou-piffent dans les toifons: le fuin en devient cauftique , les rend jaunâtres & les brûle. L’idée feule de la chaleur étouffante, de l’air empefté qu’ils refl-pirent dans ces étables, où ils font continuellement dans fopdure , doit faire juger de leur état de faibleffe, de langueur , du nombre de maladies qui les affligent & de la quantité qu’il en périt.
- Ce tableau, plus ou moins conforme à ce qui fe pratique généralement en "France , préfente la maniéré exacte dont cette partie de l’économie rurale eft traitée dans fes provinces méridionales. O11 ajoutera pour dernier trait , que dans beaucoup d’endroits on ne fait parquer en aucun tems de l’année,
- La diverfité desafpects, des productions & des méthodes dans nos provinces méridionales en répand beaucoup dans la qualité des laines. La Tome XIX. K k k
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- température eft plus uniforme dans celles du nord ; les produ&ions font moins variées, les inégalités moins fenfibles , & la différence des laines ne fe fait appercevoir qu’à de plus grandes diftances. Mais la réglé e(t générale , que les troupeaux rentrent à l’étable pendant fix mois de fuite, de novembre en mai , & qu’ils n’en fortent jamais , ni du parc l’été , qu’entre neuf & dix heures du matin , jufqu’au déclin du jour , & invariablement avant le coucher du foleil. Ils n’en fortent abfolument pas durant les pluies , la neige, le verglas: c’eft le tems de la portée des brebis , celui où elles mettent bas, celui de la première nourriture & delà plus grande faibleife des agneaux : on craindrait les avortemens , le dépériiTement , les mortalités,
- On nourrit mal les troupeaux à l’étable , toujours au fec , en gerbées de pailles, en bottes de fourrage compofées de pois , de feves, de vefees * dans lefquelles font des tiges dures, qui réduifenü à une livre au plus la nourriture que chacun de ces animaux prend tu 24 heures. Les béliers , qu’on fait d’ailleurs fervir à tout âge , manquent de force , les brebis de lait ; les agneaux nailfent & vivent en langueur.
- Quand le troupeau fort au printems , échauffé , tremblant, maigre , exténué , il fe jette avec avidité fur les premières herbes qu’il rencontre : les rhumes , les dyfertteries , & une infinité d’autres maladies l’affiegent. Il a beaucoup coûté pour le conferver en un très-mauvais état ; & ce n’eft: qu’en 'courant des rifques & des dangers, & en elluyant des pertes , qu’011 le fait palfer à un état meilleur.
- Le tems de parquer eft-il venu ? on le fait toujours fur une terre que la moindre humidité met en boue : on ne parque jamais fur le gazon. Le troupeau eft aulfi entalfé dans le parc que dans la bergerie. If faut qu’il relie dans cette fituation durant les matinées & les foirées entières. On ne lui donne abfolument rien à manger dans le parc, d’où il n’a la liberté de fortir que lorfque le foleil lance les rayons les plus ardens, que lorfque ceux qui vivent habituellement dans les champs fe repofent <St digèrent en paix. Affamés alors, nos troupeaux haltent en mangeant > & s’ils trouvaient des pâturages gras, ils s’engorgeraient , ils périraient en peu de tems.
- L’opinion fur les dangers de la rofée, pour être une des plus abfurdes , n’en eft pas moins univerfelle en France. Jufqu’aux phyficiens , aux écrivains l’ont adoptée : elle occalionnerait le claveau , des rhumes •& mille autres chimères : cependant la plus grande partie de l’Europe nous montre des fuccès qu’elle doit à une pratique aufîi confiante qu’elle eft oppofée à cette opinion. Je ne vois parmi nous que les bouchers qui n’y croient pas: ils s’imaginent, au contraire, que la rofée engraiffe les moutons : en conféquenee , leurs troupeaux fortent dès le point du jour. S’ils fe trom-
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- pent fur la caufe , il n’en refaite pas moins l’effet qu’ils défirent. ( i )
- Je ne difTerterai point fur l’avantage de laver les laines avant ou après la tonte: l’Angleterre & l’intérieur de la France lavent le mouton avant de le tondre. L’Efpagne , la Hollande , une partie de l’Allemagne , nos provinces du midi, la Flandre, l’Artois & le Boulonnais , ne lavent la toifon que lorf-que l’animal en eCt dépouillé. Cette pratique, qui n’eft pas indifférente pour nous, chez qui les troupeaux font preftjue toujours dans Bordure , peut l’être pour la Hollande & l’Efpagne, où les toifons font plus nettes , où l’on ne confomme pas les laines dans le pays , où on les garde le moins de tems qu’il eft pollible. Il eft bon d’en diminuer le poids pour l’exporter; mais elle fe conferve beaucoup mieux en fuin.
- En Boulonnais & en Artois , où l’on tient les troupeaux plus mal-pro-prement encore que dans les provinces voifines , on fait tremper les laines dans l’eau le jour d’avant celui qu’on fe propofe de les laver ; on les met en tas, pour que la chaleur y établiffe de la fermentation & en facilite le dégraiffage : elles acquièrent dans cette opération une teinte jaune , qui les altéré fenfiblement. En Languedoc, où l’on tond & vend également la laine en gras , & fouvent ailleurs où on la lave fur le dos du mouton , 011 fait marcher, avant la tonte , les troupeaux dans la pouffiere, pour que les toifons s’en chargent, s’en pénètrent, & que leur poids foit augmenté d’autant. Par-tout enfin, nous avons des pratiques ridicules & dangereufes , par lefquelles nous croyons nous affurer un plus grand bénéfice ; comme fi celui qui vend de la laine une fois l’année , la connaiffait mieux que celui dont le commerce eft d’étudier toutês ces petites rufes, pour fe mettre à l’abri de leurs inconvéniens.
- Le poids des toifons du Boulonnais , en plein fuin & avec toutes les ordures qui y adhèrent, eft l’une dans l’autre de fix livres. Celui des toifons
- (a) J’ai trouvé des perfonnes, depuis que ceci eft écrit, quiperfiftentà croire que l’herbe couverte de rofée eft dangereufe pour les animaux qui la mangent, & qui donnent en furabondance de preuve les lapins qui en font malades. Je crois , comme ces perfonnes , que les moutons'échauffés parl’athmofphere raréfiée du lieu où ils font entaffés pendant la nuit, & par la faim devenue dévorante par le long efpace de tems où ils font reftés fans manger, trouvent l’herbe fraîche excellente, qu’ils la mangent avec avidité , qu’ils en mangent trop, & qu’elle leur fait mal; & ainfi des lapins en clapier : mais je crois
- tout aufll fermement que des animaux toujours dans le pâturage, jamais affamés, ne prennent de la nourriture que quand elle leur convient, qu’autant qu’il leur en faut, & qu’elle ne les incommode jamais. Semblables aux enfans de la ville à qui on mefure le pain , & pour qui on compte les heures d’intervalle auxquelles ils doivent le manger, comparés à ceux de la campagne, qui en mangent quand & autant qu’ils veulent: ceux-ci font forts & vigoureux, tandis que les premiers, faibles,maladifs, ont de fréquentes indigeftions.
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- de Picardie & des provinces voifines, où le lavage fe fait avant la tonte, eft d’environ trois livres.. On eftime que ce lavage bien fait réduit nos laines à la moitié de leur poids, non compris le déchet qu’elles éprouvent au parfait dégrais du dernier lavage, qui eft de 12 à 15 pour 100 fur les laines anglaifes, comme fur celles du troupeau du fleur Delportes, & plus con-fldérable fur les nôtres , puifque les fix livres de la toifou boulonnaife font réduites, après le parfait & dernier dégrais, à deux livres un quart.
- On verra que le taux commun des toifons anglaifes, au moment de la tonte, eft de 6 livres, & de y livres T~ après le dernier dégrais j d’où il fuit que les troupeaux du pays ne fournilfent pas , les moutons l’un portant l’autre, 2 livres \ de laine à mettre en œuvre, lorfque les moutons anglais en fournirent plus de 5 livres ; ajoutez à cela , que les ordures dont les toifons de pays font continuellement chargées , altèrent la qualité de la laine , au point qu’il s’y trouve peu de parties fines & fortes à en extraire au peignagei que le peignon en eft fec , abondant, peu propre aux étoffes même les plus groffleres ; & qu’enfin elles déchoient confidérablement dans toutes les préparations, (a)
- Nous gardons nos troupeaux jufqu’à la caducité, jufqu’à la décrépitude des individus; les béliers font ufés, les brebis n’ont prefque plus de lait , fl elles portent encore: leur laine diminue & s’altere par lage : nous voulons en tirer le même profit avant & après le tems de vigueur marqué par la nature j c’eft le moyen de ne le jamais obtenir. On verra combien différé à cet égard, comme à tant d’autres, la pratique des Anglais : on verra comment , en dépenfant beaucoup moins, ils gagnent beaucoup plus ; on verra comment ils fe difpenfent de nos foins , de nos embarras, comment ils font à l’abri de nos inquiétudes & de nos pertes.
- Il ne faut pas tout imputer à l’ignorance & aux préjugés qui en font la fuite. Quoique nos laines , depuis quinze ans, aient augmenté de prix d’environ 30 pour 100, le nombre des individus qui la donnent eft diminué , & plus encore la quantité de matière par individus. La grande cherté des grains & des fourrages , pendant une fuite d’années trop nombreufe, a forcé de fe défaire de leurs petits troupeaux ceux qui n’ont que de faibles récoltes & ceux qui n’en font point : les autres ont plus mal nourri les leurs , réiervant pour les vendre des denrées qui procuraient un bénéfice actuel & plus eonfldérable ; d’où les toifons du poids de 4 livres , taux commun , fe font trouvées réduites à environ 3 livres 5 les maladies de ces animaux ont été plus fréquentes , plus dangereufes ; on s’eft moins hâté de les remplacer , & le nombre des moutons, dans les territoires où la diminution eft
- (a) Le prix commun actuel des laines de pays,prifes en toifon, eft de 24 à 25 G la livre.
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- le moins fenftble dans les lieux de terres labourables miles en pleine culture, n’eft qu’égal à celui des journaux à la foie ; un pour trois journaux-, & moindre à proportion dans les autres endroits. Cette quantité dans les tems ordinaires, va de pair avec la population des campagnes.
- On compte les moutons en Angleterre par millions , & je n’ofe liafarder ici la quantité qu’on y en fuppofe. Le prix des nôtres, depuis l’époque indiquée , a diminué en rai fou de l’augmentation du prix de la nourriture, (a)
- Les toifons en Picardie valent actuellement ^ livres io fols l’une dans l’autre ; l’agneau fe vend de 40 à 50 fols: ainli le produit d’une brebis eft de <; à 6 livres , lorfqu’on évalue fa dépenfe à g, 9 & jufqu’à 10 livres. Il eft évident que la feule raifon de l’engrais a pu déterminer les fermiers à foutenir cette éducation.
- Ne pourrait-il pas y être encouragé par quelque récompenfe, par quelque diminution de taille proportionnée à l’objet, au lieu de l’augmentation réelle & toujours arbitraire ? Cet arbitraire, qui tient fans cefle en fuf-pens & en crainte, qui met tout le monde dans une dépendance humiliante & ruineufe , qui a été & fera nuifible dans tous les tems & à tous les égards, écrafe entr’autres cette partie dont il a fait un objet d’induftrie dans les campagnes pour y augmenter ceux d’impofitions ; enforte qu’on ne taxe pas feulement le bien , fa valeur & Ton produit , mais l’intention & les efforts qu’on fait pour améliorer ce bien & augmenter fon produit, quoique ces efforts foient quelquefois infructueux , quelquefois ruineux.
- De l'éducation des troupeaux & de la culture des laines en Angleterre.
- Un procès-verbal du troupeau du fieur Delportes , le compte rendu des terreins où il paît, du parc où on le retire, des pratiques qu’on obferve , des vues même qu’on a pour la fuite: tout cela eût mal fait concevoir ce qui en peut réfulter,ce qu’on en doit attendre. Il faut des comparaifons dans les chofes de pratique. Où les prendre, fi ce n’eft fur les lieux même des objets qu’on veut imiter ? L’importance de celui-ci m’a fait fouler aux pieds les dangers auxquels de femblabîes démarches expofent, dans un tems fur-tout où la frayeur de fe mettre en mer était égale de part & d’autre , à caufe des hoftilités commencées, qui ne m’ont permis en outre de mettre en ufage que des moyens très-périlleux.
- (cz) Les moutons anglais, maigres ou moutons anglaisFont plus gros, plus gras gras ,mais principalement ceux-ci , fe ven- que les nôtres; & qu’il y a beaucoup à ga-dent plus du double des nôtres ; ce qui gner dans ces fortes d’entreprifes lorfqu’eL prouvera viande n’étant pas beaucoup plus les font conduites avec intelligence.
- «herc en Angleterre qu’en France, que les
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- J’ai pafle en Angleterre pour y vifiter les troupeaux de bêtes à laine , les terreins fur lefquels ils vivent, & y étudier les pratiques relatives à l’éducation de ces animaux & à la perfection de leur laine. Je vais entrer dans tous les détails de ce que j’ai obfervé , & des instructions que j’ai prifes à ce fujet dans les provinces de Kent & de Sulfex, que j’ai parcourues , comme celles où les moutons font en plus grande quantité, & qui fourniiTent les plus belles laines.
- Parmi beaucoup de fortes de moutons que polfede l’Angleterre, il en elt quatre efpeces principales, dont les produits de la croifure forment à peu' près toutes les autres. Je ne remonte point à l’origine de ces moutons , à l’hiftoire de ces troupeaux , que tant d’autres ont faite , fur laquelle même on elt peu d’accord , & qui d’ailleurs ne peut contribuer en rien au projet qu’on a en vue. Il fuffit qu’on fâche qu’en imitant les Anglais dans leurs pratiques , on obtiendra les mêmes résultats qu’eux.
- La plus grolfe efpece fe nourrit dans les gras pâturages de Lincolnshire, province maritime fur l’Océan Germanique ; elle fournit abondamment une laine la plus longue, mais non pas la plus fine. C’eft de cette province qu’on tire les béliers pour foutenir & renouveller les races dans les autres cantons : &de tems en tems elle en tire elle-même de la Barbarie pour la même raifon , comme elle le fait, ainfi que la province d’Yorck, des étalons pour les chevaux de race, les plus eftimés de l’Angleterre.
- La fécondé efpece, qui elt la plus nombreufe & qui fournit la plus grande quantité de laines fupérieures aux précédentes , eft déjà très-belle ^ouvre les vaftes prairies des provinces de Kent & de Sulfex, qui bordent la Manche, & particuliérement celles connues fous le nom deRomeney-Marsh , ou marais de Romeney. Les individus de ce canton l’emportent en grolfeur & en quantité de laine fur ceux de tous les autres , excepté ceux de Lin, colnshire , auxquels ils le cedent à ces deux égards.
- La troifieme eft celle des environs de Cantorbery , plus petite de taill«' que la précédente, & qui fournit une laine plus fine , mais en moins grande quantité. Cette derniere laine eft une des plus belles de l’Angleterre; elle eft très-propre au peigne, ainfi que celle des cantons précédens. La plupart des individus , mâles & femelles , ont des cornes , ainfi que les béliers de Lincolnshire, ce qui eft d’un exemple rare dans les autres troupeaux, où l’on n’a pas mêlé ceux de cette race.
- La quatrième, enfin, eft celle de la partie de l’oueft de la province de Sulfex, aux environs de Lewes & de Bourne , dans la montagne , à 40 à 45 mfiies de Rye ; les moutons y font les plus petits de tous : leur laine, plus courte & plus fine, eft aulfi en moins grande quantité qu’en aucun endroit. Elle eft plutôt propre à la carde qu’au peigne, & elle s’emploie avec fuç*
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- cès dans les draperies, fur-tout en chaîne. Elle a plufieurs degrés de fineffè au-delfus de celui des laines de la Sologne & du Berry ; mais elle eft encore très au - delfous des belles laines d’Efpagne. Le produit de la croifure de cette efpece avec celle de Romeney - Marsh , en eft une de grofleur moyenne , dont la laine fort fine eft très-propre au peignage.
- On apperqoit déjà le moyen de varier les laines & de les obtenir à peu près de la qualité qu’on les defire. Cette croifure des moutons de la plaine avec ceux des hauteurs a encore cela d’avantageux , qu’elle foutient les troupeaux qui , continuellement reproduits par eux-mêmes , dégénéraient enfin ainfi que la laine. Elle eft encore indiquée par une autre raifon , celle d’avoir une efpece propre aux pâturages qu’on lui deftine.
- En général , plus l’efpece eft groife , toutes chofes égales d’ailleurs, plus la lame eft longue, plus elle abonde en poids, & moins elle eft fine: plus elle eft groife, plus les pâturages doivent être gras & abondans. Ainli les premiers pailfent toujours dans les terreins bas , les prairies qui avoi-finent la mer ; les fuivans dans les pâturages des côteaux , & les derniers dans ceux de la montagne. La groife efpece dépérirait bientôt dans les pâturages maigres , & l’altération de la laine fuivrait de près celle de l’individu. La petite efpece s’engraiiferait trop tôt dans les pâturages abondans , & elle ferait incelfamment fujette aux maladies qui proviennent dtf cet état.
- Les béliers font féparés des brebis pendant toute l’année, excepté environ un mois, à commencer vers le 15 novembre. Comme la portée des brebis eft d’environ cinq mois, elles mettent bas en avril, faifonoùle tems devient plus doux , & où la verdure commence à poufler. On ne donne le bélier aux brebis qu’à la fécondé année de fà nailfance , à l’âge de ig à 19 mois, & les brebis ne font couvertes qu’au même âge. La première année que faute le bélier, on ne lui donne qu’environ 20 brebis, avec lefquelles on le met à part durant fept à huit jours, quoiqu’il les faillifle & les remplhfe toutes ordinairement dans la première nuit. La fécondé & troifieme année de fervice des béliers , on les lâche dans le troupeau à raifon d’un pour quarante à cinquante brebis , qui ne portent ordinairement que trois fois , & qui ne pafi fent jamais quatre ans. On les engraiife alors : on les tuerait plus tôt, fi elles devenaient trop graffes.
- Les troupeaux en Angleterre, naiffent , vivent dans les champs , toujours en plein air : hiver & été , en fanté comme en maladie , il n’y a ni étables, ni hangars. Il fe trouve feulement à l’extrémité de l’un des champs fur lefquels ils pâturent, un petit parc en barricades , divifé en plufieurs chambres, où l’on ramaffe le troupeau de tems en tems , pour le vifirer, lui adminiftrer les remedes dont il peut avoir befoin , en faire la tonte,
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- féparer ceux qu’on ne veut pas qui relient avec les autres, faire la caftra-tion , leur couper la queue , choifir & marquer les plus gras pour la boucherie, Sic. &c. ... Sans cette précaution , il ferait impolfible de joindre des animaux vifs, alertes, bien conftitués , dont le regard elt fixe, la marche ferme, & à qui leur maniéré de vivre donne un air fauvage & les rend preique tels.
- La tonte des troupeaux fe fait depuis la Saint-Jean jufqu’au if ou 20 juillet, & même plus tôt à l’égard de ceux qui font deftinés à l’engrais. Le premier de juillet, il n’y avait prefque encore que ceux-ci de tondus. O11 tond les agneaux environ un mois plus tard , & c’ell alors qu’on fait la caftra-tion , qu’on leur coupe la queue, un peu plus tôt ou plus tard. On ne met pas une grande conféquence au tems de cette opération. On coupe même la queue plufieurs fois aux brebis, comme remede pour les faigner , fujvant les cir-çon fiances,
- (a) Plusieurs perfonnes penfent que l’opération de couper la queue 11’influe en rien fur l’animal. J’ai de la peine à croire qu’une opération auflï générale en Angleterre, en Hollande, en Allemagne , en Efpagne & ailleurs, faite avec une exaditude aulïi confiante & une intention auiïi déterminée , aufli raifonnée , foie fans conféquence.
- Les Anglais prétendent que cette opération carre l’animal, lui arrondit la croupe, fortifie fes différentes parties, & lui donne plus de difpofition à engraiffer. C’eft pour cette raifon qu’ils la font fur leurs chevaux. Les Hollandais infiftent fur cette pratique pour la même raifon. Il en réfulte d’ailleurs cet avantage, que les parties qui environnent la queue , le haut des cuiffes , les proximités de l’anus & des parties fexuellcs , fujettes à s’échauffer’, y font moins expofées. En Angleterre , pour éviter çet inconvénient, on leur coupe fouvent tous les poils du bout de la queue qui refte , ceux qui avoifinent toutes les parties qu’on vient de nommer, & où s’attachent ordinairement beaucoup d’ordures. Ainfi, couchant toujours dans l’herbe, expofés à toutes les intempéries des faifons,les moutons font toujours propres ; aucun corps étranger n’augmente le poids des toifons, n'en catit & durcit la laine ; elle fe conferve blanche & nette , ce qui contribue autant à fa beauté qu’à la fanté de l’animal. Malgré toutes ces précautions , pour avoir des laines encore plus nettes , on lave les troupeaux avant la tonte. Cette opération fe fait en riviere, ou dans des réfervoirs dont 011 renouvelle l’eau quand on ne peut en avoir de courante. Dans le dernier cas, ou
- (a) On juge de l’àge des moutons par ans, flx à trois ans, & les huit enfin à qua-l’état de leurs dents. Ils n’ont d’abord que tre ans. Elles fe foutiennent en bon état; huit dents canines à la mâchoire inférieure : environ un an, & leur dépéri (Terncnt fqç. deux de ces dents font au bout d’un an rem- ceffif indique la Cuite de cet âge. placées par des mâchefleres, quatre à deux
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- pratique, autant qu’il eft poffible, des réfervoirs à cet effet près des parcs dont j’ai parié. Le lavage fe fait de 8 à ro jours avant la tonte. Les eaux réchauffées alors par l’ardeur du foleil, diffolvent parfaitement le fuin , ou la graiife naturelle de l’animal ; & l’on ne met cet intervalle du lavage à la tonte , que pour que la toifon fe fourniffe d’un nouveau fuin qui maintient & conferve la laine dans un bon état, qui la rend exempte de féchereffe & a l’abri des vers, jufqu’à ce qu’on l’emploie.
- Le poids commun des toi fous de Romeney-Marsh eft de 7 livres ; celui des toifons des environs de Cantorbéry , de 4 livres > 8c celui des laines de la montagne, de 2 livres \. Les troupeaux qui paiiTent dans les herbages en ont plus: ceux qui pailfent dans les terres jachères en ont moins: & c’eft une remarque générale que plus la nourriture eft abondante, plus les moutons ont de laine. Il eft cependant à obferver que les brebis qui ont des agneaux donnent moins de laine que celles qui ne portent pas , & moins encore que les moutons coupés , dont la laine eft toujours plus belle. Cette diminution peut aller à un tiers ; mais quoique les brebis forment toujours en Angleterre le plus grand nombre des individus dans chaque troupeau , on y voit cependant beaucoup de moutons coupés.
- Le prix courant de la laine eu Angleterre , depuis quelques années , eft pour celles de Romeney-Marsh, de 6 liv. f fterling le pak; (a) celle des environs de Cantorbéry, d’une livre à une livre & demie fterling de plus; & celle de la partie de l’oueft, de deux livres fterling au-tlcftus de celle de Romeney-Marsh ; ce qui établit les qualités ordinaires parmi les belles, que nous tirons pour employer dans nos manufactures, de 12 à 16 fols, & les plus fines de 16 à 18 fols la livre, argent & poids de France, (a)
- ( a ) Le pak eft de 244 livres poids d’Angleterre , qui eft de 9 pour cent moindre que celui de France. Le fcheling vaut 12 f. anglais , environ 2; f. de France. La livre fterling vaut 23 liv. de France ; la guinée vaut 21 fchelings.
- ( b ) Soit l’abondance réelle des laines cette année , Toit qu’on en ait moins employé à la fabrication depuis quelque tems , quoiqu’il en foit beaucoup pâlie en France depuis deux à trois ans, elles font encore baiflees de prix en ce moment. Un fermier du haut-pays, entre Lewes & la Rye , chez lequel je me fuis arrêté allez de tems , où j’ai pu trouver la facilité de vifiter les troupeaux , les pâturages , les laines en maga-fin & de prendre une partie des inftruétions Tome XIX.
- que je defirois ; ce fermier, dis-je , dont les troupeaux font formés de la croifure de l’ef-pece de Romeney-Marsh avec la petite ef-pece des hauteurs, & dont les laines font fort belles par conféquent, me dit qu’il fe* rait content s’il les vendait cette année 6 liv. fterling le pak ( environ 12 f. de France la livre anglaife ). Ainfi la diminution du prix de ces laines ferait cette année fur les précédentes de 12 à 1$ pour 100. Elles fe vendent aujourd’hui en France, de la main du fraudeur qui les amené au premier marchand qui fpécule fur cet article, loo pour 100 & au-delà déplus qu’elles ne valent chez le fermier Anglais. Il eft à préfumer qu’elles coûteraient plus encore, fi la peine de les fortir était moins rigoureufe, quel-
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- Les moutons ou brebis maigres de la plaine, la grande efpece , valeur de 20 à fchelings, & gras de 3 f à 40 fchelings, & jufqu’à 2 guinées 5 ceux de la petite efpece également maigres en foire de même, & pris en troupeaux, le vendent de 16 à ig fchelings. Les béliers font fans prix ; il dépend de leur force, de leur bonne conftitution : on en paie quelquefois 10 guinées ; il eft ordinairement de 3 à 4.
- Le prix des agneaux pour former des troupeaux ,à 6 mois , eft de 14 à 15 fchelings; & pour la boucherie, à 2 à 3 mois , de 10 à 11 fchelings. Celui des béliers dont on a parlé , n’eft tel qu’on l’a dit que lorfqu’ils font formés & en état de fervir , à 17, 18, à 20 mois , avant qu’ils aient fervi. (a)
- Il arrive allez fouvent qu’une brebis falfe deux agneaux , quelquefois trois. On a beaucoup de peine à les faire adopter à d’autres en cas d’acci-. dent: 011 y a réulîî en enveloppant l’adoptif de la peau du vrai agneau : la brebis parailfait d’abord avoir des doutes, marquer de la répugnance j elle s’y prêtait enfuite.
- Dans tous les pâturages bas, ceux des plaines ou vallées qui avoifinent la mer, on n’apperqoit ni haies ni arbres. Les pofleffions ne font divifées & féparées que par des foliés ou des barrières, & la vue fe perd dans l’im-menlité de ces prairies vertes, tachetées de blanc par-tout, par la quantité prodigieufe de moutons dont elles font couvertes.
- En o&obre, dès la fin de feptembre même,lorfque les pluies commencent à devenir abondantes, 011 retire les agneaux des prairies pour les tranfporter fur les hauteurs. Souvent on en ufe ainli à l’égard des béliers., & cette pratique eft la meilleure > on les y garde jufqu’au printems, en avril, qu’on les ramene dans la plaine. A l’égard des brebis, s’il en eft qui tendent à s’engrailfer trop , lymptome & avant-coureur de la pourriture, dont on courrait les rifques en les laifiant plus long-tems dans cette forte de pâturages, on n’attend pas l’événement, on les vend pour la boucherie. On ne tranfporte jamais les autres que dans le cas où les eaux trop abondantes couvrent les prairies, ou que la neige tient au-delà de if jours à 3 femaines, & qu’il y en ait une certaine hauteur. Lorfqu’il y a peu de neige, elles la labourent avec le nez, & elles reviennent fur leurs traces pour manger l’herbe qu’elle couvrait. On y jette un peu de foin qu’on récolte fur des réferves faites dans les prairies > mais comme ces récoltes font faibles en comparaifon de celles des hauts pâturages, où l’on a plus de réferves, on y conduit les brebis dans ces longs intervalles.
- que grandes q-«’en foient tes difficultés, néral un bon figne. On prétend que tes qua-eomme on le verra ci-après. , lités qu’elle annonce s’étendent jufques fur
- (a) Qu’on les choififfe bas fur jambes & la chair de l’animal qui en eft plus déli-bien membres ; la jambe courte eft en gé- cate.
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- Quoiqu’il y ait beaucoup de terres en culture dans le haut pays . la plus grande quantité du terrein eft en pâturages. Les clôtures y font généralement en haies & quelquefois en barrières > cependant on n’y emploie guere ces dernieres que pour fermer les baffes-cours & ceindre les parcs.
- On voit par - là qu’il n’y a ni bergers ni chiens en Angleterre. Il réfulte de ce qui précédé & de ce qui fuit , que les Anglais , outre qu’ils n’ont point de frais à faire à cet égard , dépenfent moitié moins fur toutes les autres avances qu’exige cette culture, & qu’elle leur rapporte moitié plus qu’en France, (a)
- Le mouton eft de tous les animaux, peut-être , celui qui a le plus befoiu de tranfpirer, & celui à qui une tranfpiration forcée foit la plus contraire. Ami de la liberté, il ne re/pire à l’aife qu’en plein air. Libre , il eft toujours divaguant, & il ne le cede qu’à la chevre par Ton inconftance. Jamais on ne les voit fe réunir pour paître-, pour fe coucher : ils n’affe&ent aucune place, ils ne donnent la préférence à aucun lieu , comme les autres animaux. Il craint beaucoup la grande chaleur , & il ne mange point aux heures où elle fe fait le plus fentir, quand il a pu le raffafier dès le matin : on le voit fe lever au point du jour, errer dans les pâturages , y manger dans la rofée & fai faut fon meilleur repas avant le lever du foleil. Il fe couche dans l’herbe au fort de la chaleur j & dans les pâturages élevés , il fe range volontiers à l’ombre des haies ou des arbres, puis il fe releve fur le foir, il bondit & mange avec appétit.
- Quand il n’y a pas de neige , ou qu’elle ne tient que peu de tems, on ne donne abfolument rien aux troupeaux qui paiffent dans les prairies. Dans le haut pays , ou pendant l’été , ils vivent fur les pâturages , lorf-qu’ils font fecs, que le troupeau n’y trouve plus une nourriture fuftifante, non plus que fur les chaumes ou les terres en jachères , fur lefquelles on le conduit aufli j on lui donne des navets qu’on cultive à cette intention, & qu’il mange en terre ou arrachés , fuivant les circonftances, avec réferve quant au terrein & à la qualité, (b) comme je l’expliquerai après avoir parle de fa culture.
- (a) Lorfque j’arrivai en Angleterre, je fus jeté fur la plage à trois heures du matin, à 4 & à ç milles de toute habitation, & j’errai dans les prairies pendant plus de deux heures, fans rencontrer ufie figure humaine ; mais elles étaient couvertes de troupeaux. Ce fut pour moi un fpe&acle affez intéreflant que la groffeur, l’embonpoint de ces animaux, leur blancheur éclatante, leur air étonné _& fugace, femblables à un
- troupeau de biches ou de daims qu’on fur-prendrait dans une forêt.
- ( b ) J’ai rapporté, répandu & fait femer. de la graine de ce navet en France, comme j’ai répandu ici & en Boulonnais de la graine de ce fameux choux du nord qui dure de i ç à 20 ans, & qui fournit abondamment une pâture toujours verte & fraîche, propre aux vaches, aux bœufs & aux moutons.
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- Le navet qui fert de pâture aux animaux en Angleterre , & qui y eft connu fous le nom de common fidds turnïps , fe Terne depuis le 15 de juillet jufque dans les premiers jours d’août, dans une terre préparée à deflein, bien fumée , labourée au moins deux fois , & rendue la plus meuble poffi-ble : terre en Tôle néanmoins , priTe dans Tannée de Ton repos ; elle n’en elt que meilleure pour la récolte des années Tuivantes. On en mêle la graine avec du Table ou de la cendre pour’la Temer également & très-clair. Quand les navets Tout levés, on les éclaircit encore; on les Tarde fouvent,; on les cultive même avec une petite houe, ce qui les fait groflir prodigieufement.
- On retarde TuTage de cette pâture , on la poulie le plus avant qu’011 peut dans Thiver. La petite amertume du navet dans les premiers tems ne plait pas d’abord aux moutons ; mais quand le befoin les a une fois folli-cités d’en manger, ils en font très-avides. Lorfque la neige elf très-abondante , on les arrache , on les coupe par morceaux & on les leur donne ainfi fur la neige même , mais en telle quantité qu’ils puilTent s’engorger, & feulement le Toir lorfqu’ils n’ont pu trouver une nourriture fuffifante pendant la journée. Lorfqu’il y a peu de neige, on les conduit fur le champ, & ils y mangent les navets en terre , pénètrent jufqu’au fond de l’intérieur , & n’en laiflent absolument que la peau ou l’écorce. On a foin de les cantonner fur ce champ pour qu’ils ne le parcourent pas d’abord , ce qui ferait pourrir les navets entamés , s’il venait à pleuvoir ; d’ailleurs le navet ne craint ni la gelée , ni la pluie, il Te conferve très - bien eu terre. On laide ainfi pâturer le troupeau pendant une demi-heure , trois quarts d’heure, plus ou moins, fuivant ce qu’en jugent les perfonnes habituées à les voir & exercées à les foigner.
- On donne aufii de ces navets aux boeufs & aux vaches ; & en généra! ou regarde cette découverte, en Angleterre , comme une des plus importantes qu’on y ait faite depuis long-tems dans l’économie rurale.
- Quelque multipliés que foient les avantages de la méthode anglaife fur la nôtre , ce qu’on comprendra mieux en le rappellant les détails dans lefquels je fuis entré touchant celle-ci , il 11e faut pas croire qu’elle remédie à tout efficacement, & que les troupeaux ne foient fujets en Angleterre à aucune des maladies que la trop grande domefticité , la mal-propreté , la mauvaife nourriture , l’ignorance & les préjugés rendent fi communes & fi dangereufes en France.
- Les maladies les plus ordinaires font le claveau ou la pourriture , & les coliques. Lorfque la première îfefu pas invétérée , onia guérit avec du Tel t(a) les moutons ne parai dent pas s’en Toucier d’abord; on le leur fait avaler,
- ( a) Le Tel paie des droits en Angleterre; avec cela il ne coûte qu’environ 7 fols & déni allais le gallon, ce qui reviendrait en France 2 f. la livre au plus.
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- fondu dans de l’eau , avec une corne ; on en mêle enfuite dans leur nourriture , & ils finirent par le manger volontiers ; on le leur adminiftre en plus ou moins grande quantité, & plus ou moins de tems , fuivant le degré de la maladie. Les coliques fe guériiTent avec de l’huile d’olives pure qu’on leur fait avaler.
- Les moutons ont quelquefois la gale , rarement en Angleterre , où ils font toujours à l’air , quelquefois feulement lorfqu’après avoir voyagé en tems de chaleur, ou avec trop de vîteife, ils fe font échauffés ; alors on fait bouillir du tabac dans de l’urine, & on les frotte de cette liqueur. Il faut avouer que dans ce cas-ci la pommade indiquée par M. Daubenton eft préférable ; elle eft compofee de fuif ou de fain-doux fuivant la faifon, & d’huile de térébenthine : f du premier ingrédient & | du fécond ; d’autres préfèrent la dofe de f de l’un & | de l’autre : le tout fondu & bouilli en-ïemble. On racle légèrement la peau pour en faire tomber toutes les gales, & l’on enduit les parties vives de cette pommade.
- La lourdie eft une maladie qui n’eft guere connue que par fes effets ; c’eft une efpece d’épilepfie qui ne fait pas mourir fubitement le fujet qui en eft attaqué j mais elle altéré fenfiblement fa conftitution, & il périt enfin. Les Anglais ne connaiffent aucun remede à cette maladie ; mais comme elle n’arrive que lorfque le mouton eft fort gras, ils le tuent alors, & il eft fort bon.
- On connaît encore les coups de fang, efpece d’apoplexie , maladie qu’on ne faurait guérir que par une faignée faite au moment même de l’accident, fans quoi ils meurent aulli-tôt ; mais cette maladie eft auftl rare parmi les moutons que parmi les hommes, & prefqu’inconnue en Angleterre, où la maniéré de vivre les en préferve.
- En toute circonftance on reconnaît l’état de fanté du mouton particuliérement à l’infpedion de fes yeux. Lorfque les caroncules en font d’un rouge vif, ainfi que les veines répandues fur le blanc , ils fe portent bien : la teinte violette annonce une mauvaife difpofition : fi la couleur eft pâle, ils font certainement malades.
- A l’égard du jarre , poil dur & roide qui fe refufe à tout apprêt, & qui n’eft fulceptible d'aucune teinture , dont les toifons font plus ou moins affedées par l’âge ou d’autres caufes peu connues , il faut être attentif à -ce que les béliers en foient abfolument exempts , & ne pas fe perfuader d’en guérir un troupeau par les croifures , à moins que la quantité de ce mauvais poil ne foit infenfible dans les brebis : autrement, il faut fans héfiter les engraiffer & les tuer.
- Il n’y a pas de bergers en Angleterre ; mais on a des gens qui vifîtenù les troupeaux de tems en tems, & qui en ont foin. Ces gens demeurent
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- chez eux, & ils font attachés à autant de maîtres qu’ils peuvent en fervir, pour ce feul genre d’occupation ; ils n’ont pas d’autre état. On leur donne un fcheling par acre de pâturages fur lefquels vivent les troupeaux i St l’on nourrit environ dix moutons fur un acre en été , & de trois à quatre eu hiver.
- Ceux qui fpéculent fur le produit des troupeaux & en font leur commerce , n’ont fouvent ni biens fonds ni fermes j ils louent feulement des prairies, & ils s’arrangent avec les fermiers de la hauteur pour les tems de neige feulement, à tant par femaine i car ceux-là ne fpéculent que fur les moutons à engraiffer.
- En Angleterre, comme en France , on marque les moutons fur le dos en noir avec une compofition de goudron & de bray , ou en rouge aveG le rccdoek, terre rouge délayée à l’huile. On n’y croit pas que ces marques ne puilfent pas s’en aller : erreur qu’ont accréditée nos réglemens en les défendant. Elles ne s’en vont pas au lavage des moutons à l’eau pure , où les rétines ne font pas folubles, & qui ne fe mêle pas avec les huiles *, mais il n’en refte rien au dernier dégrais de la laine, qui fe fait toujours par un lavage au favon.
- Après avoir indiqué la méthode d’éduquer les troupeaux en Angleterre ; après avoir donné le prix de la laine & celui des individus dans leurs dilférens âges, il n’eft pas hors de place de faire quelques recherches fur la nature & le montant des dépenfes que cette méthode entraîne. C’eft fur-tout par le prix des chofes qui y font relatives qu’on en pourra juger.
- Les prairies de Romeney-Marsh font loupes chaque année de 30 à 3? fchelings l’acre. Les fermes hors la prairie fur la hauteur font évaluées à iy fchelings l’acre , toutes efpeces de terres les unes dans les autres.
- En Boulonnais elles ne valent, hauts & bas terreins , prairies & coteaux, les unes dans les autres, que 10 liv. la mefure ; & elles font de moindre valeur en Picardie. L’acre d’Angleterre contient environ 8y verges, réduit à la mefure du Boulonnais, qui en contient 100, & à l’arpent de France qui en contient 120.
- Les hommes de journée pour les travaux de la campagne , ont deux fchelings par jour en été , & 16 f. anglais en hiver. Le fcheling vaut 12 f anglais , environ 23 fols de France. Les valets de charrue ou autres des fermes , ont de 9 à 10 liv. fterling par an , outre la nourriture , le chauffage , &c. comme en France. La livre fterling vaut environ 23 liv. de France. Le pain ordinaire chez le boulanger vaut ordinairement d’un fol un quart à un fol & demi anglais la livre. On lait le prix des grains par les papiers publics. Celui du bœuf pris à la boucherie eft de 4 f. |, & celui du mouton de 4 f. £ anglais, à peu près le même prix qu’en France -, le poids de
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- 9 pour 100 au-delfous du nôtre , comme je l’ai déjà obfervé. On ne compte guere la biere , on ne paraît pas la mefurer du moins.
- En général, le prix de la main-d’œuvre (<z) en Angleterre eft plus haut qu’en France de 20 à pour 100 au moins. Les ouvriers dans les arts, qui n’y gagnent que 14 à 15 fchelings par femaine , y font malheureux > ils en gagnent ordinairement de iy à 18 dans les manufa&ures , & beaucoup même gagnent une guiné-e. Ce n’eft pas parce qu’ils travaillent davantage qu’011 le fait en France , qu’il faut qu’ils gagnent plus , ni même que la nourriture commune y foit beaucoup plus chere j mais parce que l’ouvrier dépenfe davantage , qu’il vit beaucoup mieux fur-tout, & qu’il eft mieux vêtu , qu’il prend plus fes aifes , qu’il a plus fes commodités en tout genre : ce qui eft devenu habitude & befoin chez lui , au point de ne devoir attendre ou craindre aucune réforme à cet égard. 11 faut cependant convenir que, fî l’ouvrier Anglais fe repofe beaucoup plus que ne le fait l’ouvrier Français, il met bien une autre adivité que lui au travail lorfqu’ii le reprend.
- On peut donc remarquer & le dire en précis , que la matière eft de 100 pour îoo meilleur marché, prife en Angleterre , que rendue en France, & que ce prix primitif des laines d’Angleterre eft d’environ 80 pour 100 au-delfous du prix de nos laines , celles du moins des provinces où nous employons les leurs ; & qu’enfin la location des terreins y eft auflî à peu près double à ioo pour 100 au-delfous de ce qu’elle eft en Boulonnais , en Picardie, &c.
- Ainsi » ayant autant d’induftrie que les Anglais , eu égard au bas prix de la main-d’œuvre en France , à prix , quantité & qualité égales de la matière première, nous fommes certains d’avoir toujours la préférence fur eux dans tous les objets de concurrence. Et fans s’écarter de notre objet, on pourrait montrer jufqu a l’évidence , que ce n’eft pas en prohibant les étoffes de laine d’Angleterre, qu’on en empêchera l’introdudion en France, mais en augmentant la quantité & perfectionnant la qualité de nos laines, pour établir les mêmes étoffes aufîi belles & à auflî bas prix que celles des Anglais.
- Je 11e veux dans ce moment , pour montrer l’importance d’adopter les méthodes anglaifes que je viens d’expofer, que donner l’idée des craintes de la nation à cet égard. (b) On en jugera par les formes qulelle a impo-
- (c) Les canaux , fofles & abords par (b) Malgré les furveillans on trouve les eau , delà petite ville de Rye, qui ont été moyens d’éluder toutes ces difpofitions, ou faits dernièrement aux dépens du gouver- plutôt on s’y conforme pour s’éloigner plus nement, ont été travaillés en plus grande fùrement du but de l’adminiftration ; & partie par des Français Boulonnais, qui l'on ne manque pas de laines d’Angleterre, vivaient du prix de cette main-d’œuvre, où quand on y veut mettre le haut prix où les les ouvriers Anglais feraient morts de faim, portent les rifques à courir pour les avoir.
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- fées & les peines qu’elle a décernées contre l’extradlion prohibée de-fes matières premières. Il eft dit que les fermiers qui auront des moutons le long des côtes de la mer , julqu’à trois lieues dans l’intérieur des terres , feront tenus de déclarer avant la tonte, à un officier de la douane , le nombre des moutons qu’ils ont: que ce prépofé ira vérifier la déclaration : qu’il fera appellé à la tonte : qu’il comptera de nouveau les moutons , & qu’il pefera les toifons. Et pour toute l’Angleterre, que chaque fermier qui aura vendu des laines, le déclarera au commis prépofé ; que ce commis ferapré-fent à l’emballage ; qu’il comptera le nombre des toifons qu’on met dans chaque balle ; qu’il prendra note du poids, qu’il les numérotera , & qu’il délivrera un acquit à caution pour la deftination , pour la fîireté de laquelle une perfonne qui aura 300 guinées en biens-fonds , fe rendra garante.
- Il eft dit que toutes les balles de laine doivent être numérotées ; & qu’il fera écrit delfus en lettres de 6 pouces de longueur & de 6 lignes d’épaif-feur le mot wooll, qui lignifie laine ; que les voituriers ne pourront les conduire que depuis le lever jufqu’au coucher du foleil > de maniéré que s’ils fe trouvent en route aux approches de la nuit, fût-ce en plein champ , ils y lailieront la voiture , & ils en iront faire la déclaration au maire, fyn-dic , ou toute autre perfonne notable de la ville , village ou hameau le plus prochain.
- Pour avoir le droit d’acheter & vendre des laines en Angleterre , il faut une commiffion ad. hoc du gouvernement, & cette commiffion ne s’accorde que fous une caution de 1000 liv. fterling , environ 23 mille livres de France , pour garantir qu’on n’exportera point de laine hors du royaume, & qu’on n’en vendra à qui que ce foit connu ou foupqonné d’en exporter. Ajoutez à cela la peine de mort contre ceux qui l’exportent.
- Je ne crois pas allez éloignées du fujet que je traite, certaines obferva-tions fur la culture des terres en Angleterre , que j’ai faites pendant mon féjour dans quelques-unes de fes contrées , pour craindre de les placer ici. Les terres y font en général un fonds de fable plus ou moins mêlé d’argille. On y voit beaucoup moins qu’en France des terres en culture & beaucoup plus en prés , prairies ou pâtures; fi les récoltes y font prefque partout toujours plus abondantes que chez nous , c’eft à leur maniéré de cultiver , très-fupérieure à la nôtre , qu’ils les doivent. Ils ont peu de fumier ; ils n’ont point d’étables ; ils ne mettent que les chevaux à l’écurie. Les moutons font toujours en plein champ , & leur crotin efi le feul engrais qu’on donne aux pâturages fur lefquels ils vivent. Les bœufs n’ont que des hangars dans les parcs de barricades où on les enferre : on en fait deux qu’on oppofe aux vents les plus violens & les plus froids , 8c les bœufs relient libres de choifir celui qui peut le mieux les en garantir , ou de n’ètre fous
- aucun.
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- aucun. La nourriture qu’on leur donne dans ces parcs pendant l’hiver eft mife dans une grande auge à claires voies, .plantée au milieu du parc. Voilà déjà une grande économie en bâtimens ; ils là pouffent plus loin à cet égard , car ils n’ont prefque point de granges; ils ne renferment aucune efpece de fourrages. Ils le mettent en monceaux proche des baffes cours , ou des parcs qui en font quelquefois très-éloignés, & là affàiffe & ferré , ils le coupent avec un outil à large lame trempée, par fections verticales , qui le mettent à l’abri des impreftions de la pluie , 6c le rendent impénétrable aux rats ou autres animaux de cette efpece. On met également la paille dehors en monceaux, dont on ^a tire à menu pour les ouvrages journaliers. On fcie le bled fort haut, ce qui donne des gerbes très-courtes qui tiennent peu de place en grange, où ou le bat l’hiver comme dans les provinces du nord de la France. La paille qu’on donne aux chevaux en Angleterre n’eft que la fommité des tiges du bled qui compofent ces gerbes, brifée fous le fléau •& quelquefois hachée. On recoupe le chaume , mais ce n’eft plus que pour la litiere ; on y emploie même une grande partie de la première paille qu’on rejette dans la baffe-cour aufli-tôt que le bled eft battu. Du refte , on nourrit les chevaux au foin , à l’avoine 8c aux feves , & l’on donne des garrottes , dit-on , aux chevaux de race. On nourrit les boeufs au foin &aux navets hachés, l’hiver feulement j car l’été on ne donne de verdure à aucun animal que celle qu’il trouve dans les champs.
- La culture fe fait ici en général par des bœufs : ce n’eft pas cependant un pays où l’on fafle de grandes éducations de ces animaux ; ils viennent en plus grande partie de la province de Galles j mais on les y engraiffe fupérieurement, 6c la viande en eft excellente.
- Les engrais du gros bétail ne fe font ici que dans les hauts pâturages, 6c jamais dans la plaine. L’objet de ce commerce n’y eft pas confidérable. Ce font les provinces de Chefter & de Glochefter , pays de gras pâturages, qui fourniflent cette fubfiftance le plus abondamment.
- La première étude du cultivateur Anglais eft celle de la nature de fon terrein j c’eft ainfi qu’il fe prépare à lui donner le genre de culture & la forte d’engrais les plus convenables. Il fait un grand ufage des vafes de la mer, qu’on mêle par couches avec une petite quantité de fumier, 8c qu’on îaifle ainfi réciproquement fe pénétrer de leurs fels durant plufieurs mois, une année 8c plus même. Le réfultat de cette combinaifon, répandu fur les terres , les fertilife prodigieufement.
- On charie les vafes à plufieurs lieues avant dans les terres , dans d’im-* menfes tombereaux traînés par 4 à f jougs de bœufs de la plus groffe taille & d’une très-grande force j on y ajoute encore quelquefois des chevaux de trait pour tirer devant les bœufs. Ces charges fe font à raifon d’un millier Tome XIX. M m m
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- VA li T D 0 F A B R 1 C A N T
- pefant par boeuf, & l’on ne fait que deux voyages par jour à trois milîës de diftance. La chaux eft aufîi excellente pour divifer & réchauffer les terres , elle s’emploie fur-tout avec le plus grand fuccès fur celles qui abondent en argille & qui, fervant depuis quelque tems, fe trouvent plus garnies de mauv-aifes herbes qu’elle détruit entièrement. On ramaïïe avec grand foin les fucus, les varecs & toutes les fortes de plantes marines, dont on extrait les Tels par la combuftion : il en eft: ainfi des coquillages & principalement des écailles d’huîtres que l’on convertit en chaux pour cet ufàge. La pratique de marner les terres eft aufîi très-répandue en* Angleterre. H; n’y en a guere cependant dans les environs de Rye. On la tire par mer de la côte plus méridionale , à à 30 milles d’ici, & elle- revient toute extraite & amenée fur le rivage , où on lachete , y compris les frais d“e chargement & de voiture* jufqu’au port de Rye, ainfi qu’un nouveau droit au profit du gouvernement', à 4 fehelings- le tonneau de 2000 pefànt. Ce droit , qu’on vient de mettre , dans un befoin fans doute très-preflant, eft ci-environ un feheling par tonneau, (a)
- Par le feul mélange des terres de différentes natures , que-les Anglais mettent en tas en proportions convenables, ils donnent une nouvelle vre à leurs champs & eu augmentent confidérablement lafertilité. On juge bien que la terre des marais , la v-afe des étangs, des foffés , des canaux, &c. toutes enfin font mifes à contribution & à profit. Les terres fe repofent après deux années de production , à moins qu’on ne les mette en pâturages-. & qu’on en rompe d’anciens pour les remettre en culture. Cette alternative eft générale &. fréquente :• un-pâturage éléve ne vieillit jamais, on le remet en culture après quelques années-, & vice verfa. Il eft prodigieux ce que donne de grains- une terre en pâture rompue-de l’année : ceux que j?ai trouvés dans mes courfes font les plus beaux que j’aie jamais vus , extraordinairement garnis , fans la moindre plante étrangère : ils ont au moins, fix pieds de hauteur avec des épis, de 5- à 6.pouces , quarrés & fournis-à, proportion, (à)
- . (a) Ce droit a-paru à quelques Anglaise pas de longue durée chez eux. suffi ridicule qu’injufte. Un de ceux de qui • (b ) J’ai remarqué avec étonnement que-je prenais mes in ft ru étions me dit à cette dans la .plupart de nos provinces tous les occafion, que l’Angleterre n’avait pas ber prés ont des fiecles : on les fume : on les foin qu’on lui fît la guerre pour lâ détruire, cendre : on lès arrofé : on en arrache lès qu’elle fe détruifoit bien elle-même-Mais mauvaifes herbes. Sans cela,les mouffes,. c’eft un moment dffiumeu-r, parce quel.es les renoncules, les joncs, ou toute autre’ Anglais ne fe font des maux de ce genre que plante deftruétive de la bonne herbe , fui-dans des befoins très-preflans ; & ils les ré- -vantlanature du fol-, s’en empare ; & bien-parent toujours lorfque ces befoins n’exif- tôt ce n’eft plus qu’une mauvaife pâture,, tentplus :.ce qui., pour l’ordinaire., n’eft' lorfqu’ûn ou deux labours. le"renouveife*..
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- Toutes les récoltes offrent cette propreté , cette netteté dans les champs » & nulle part on ne voit régner une pareille abondance en tout genre. Point de mauvaife herbe dans les prés ; on en arrache les chardons avec le plus grand foin. On y fait pâturer les bœufs pour manger les groffes herbes, enfuite les chevaux , & enfin les moutons qui trouvent dans Therbe la plus fine & la plus courte , la nourriture qui leur convient le mieux.
- Comparaison du fol de. Kent & de Suffex avec celui du Boulonnais.
- Les vallées & prairies voifines de la mer font également des conquêtes faites fur cet élément, & les pâturages font les mêmes. L’un & l’autre pays eft en coteaux, avec des afpects ab fol liment femblables. On y trouve le même fonds.de terre , du fable plus ou moins mêlé d’argille : les mêmes productions naturelles en arbres & en plantes : les terreins coupés & les pofi fdîions égalememt divifées: le produit des terres cultivées , de la même nature, plus abondant en Angleterre, uniquement par la différence de culture. On trouve de part & d’autre beaucoup de terre à briques, à tuiles , à poterie ,* à faïance , à foulon , &c. des bancs d’argille pure entre des fables cruds, & quelquefois iï proches de la furface de la terre, qu’ils y entretiennent de la fraîcheur en tout tems j & fouvent en Boulonnais , des jones , des bourbiers, des efpeces de marais & des paffages dangereux, dont on a fu tirer bon parti en Angleterre, en les cultivant au profit du champ. On trouve de fortes & larges haies pour défendre les héritages, empêcher la communication des animaux qui paillent qà & là, & plus encore en Boulonnais pour fe procurer du bois de chauffage pour le four , la cui-fine; & en Angleterre, de la rame aux mêmes ufages domeftiques , fur-tout dans les lieux éloignés de la mer & des rivières navigables, où le cliar-
- rait en plein & le fertiliferait pour des années. C’eft la crainte de la dixme, m’a-t-on ditpar-tout ; la culture rend cet impôt exigible : dès que la charrue eft une“Fois entrée dans un champ,il y eft établi à perpétuité. Ainfi on ne cultive point ici, dans la crainte d’un impôt qui n’eft pas mis feulement fur le produit, mais fur le travail , mais fur les femences, mais fur les mifes & toutes les avances, de quelque nature qu’elles foient. On n’ofe là faire un foffé, un mur, planter une haïe , bâtir'-üne grange , uoe maifon , avoir un troupeau , ou l’aug-
- menter ; on tremble de montrer de l’ai-fance , de bonifier fon fonds ; & l’on refte pauvre , parce que l’arbitraire ne calculant jamais que fur les apparences, le pofiefTeur ou le fermier ne paie pas fur ce que le fonds vaut réellement, fur ce qu’il doit naturellement rendre, mais fuivant qu’il a plus ou moins d’art à montrer ou cacher ce qu’il rend. 11 n’exifte rien de tout cela en Angleterre , où l’opération -eft commune de faire fon propre bien & de concourir à celui de l’état. 1
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- bon de terre ne pénétré qu’à grands frais î & par-tout pour en refendre"les plus grofles branches, & les employer à faire les barricades, fi communes en Angleterre pour fermer les parcs, divifer & clorre ceux des champs qui n’ont ni haies ni folfés.
- Etat du troupeau de moutons du Jîeur Delportes , de fa manufacture de tricots , & réflexions fur fa méthode & fes projets.
- Le nouveau troupeau du fieur Delportes eft placé à une lieue de Boulogne , fur un pâturage fort ancien & trop maigre pour l’efpece d’une partie des individus qui le compofent. Le nombre total de ces animaux eft de ioo, dont 2S à 30 tirés d’Angleterre de différens lieux & en différens tems : autant provenus des croifures des précédens : 8 à 10 brebis de France & le refte en agneaux. Les dernieres brebis d’Angleterre font arrivées en France au mois d’avril 1777» elles font au nombre de if, y compris un bélier. Les plus anciennes font de 1774 , ainfi elles ont eu quatre tontes en France,. & les précédentes deux,. en comptant celle qui s’eft faite le 26 juillet dernier, en nia préfence.
- Ces moutons anglais fe diftinguent parfaitement des autres au premier afpecft par la grolfeur & par leur taille plus rapprochée de- la terre , ayant les jambes plus courtes que celles des nôtres : à la blancheur & à la finefle de la laine : à la quantité dont ils en font fournis par-tout, & notamment fous le ventre, à la partie du cou la plus voifine de la tête, & jufque fur la tèteles nôtres, n’en ayant en aucun de ces endroits. Ils ont même en-général une large fraife au haut du cou , d’où la tète , ornée d’une houppe, femble fortir comme d’un capuchon. Ils fe diftinguent enfin par leur air de fanté, de vigueur & d’embonpoint.
- Le changement du climat ne paraît pas avoir influé fur la lanté des, moutons anglais. D’une trentaine tirée d’Angleterre, il n’en eft mort depuis, quatre ans que deux de maladies communes à l’un 8c l’autre pays. A l’égard- de la laine , on en jugera par les échantillons que j’ai pris ; elle ne me parait pas altérée. Cependant je ne penfe pas qu’elle pût fe foutenir iong-tems dans l’état primitif, fi les moutons%ontinuaient .de parquer fur une terre remuée, qui fe détrempe & fait boue à la pluie, & fous'des arbres, ainfi. que le fait aduellement le troupeau du fieur Delportes , faute* d’un terrein plus convenable : inconvénient qu’il fent mieux que perfonne,, & qu’il fe propofe de réformer quand il en aura la facilité.
- Il 11’y a point de ces parcs en Angleterre , il n’en eft pas befoin. Les loups les rendent indifpenfables en France. Il faut raflembler le troupeau tous les foirs ,;& le. mettre en lieu, de fureté pour la nuit. IL faut aufli le*
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- îaiiTcr dans ces parcs l’hiver lorfqu’il y a beaucoup de neige, Toit pour lui donner de la nourriture, Toit à caufe des loups, qui dans ces tems-là le rendent redoutables en bien des endroits , même le jour. Alors , ne pouvant être difperfés proprement & fainement fur le gazon , il faut du moins qu’il foit garanti de la mal-propreté & d’une trop grande humidité, qui lui donneraient des rhumes, lés expoferaient à da pourriture & altéreraient en même teins la laine.
- Le troupeau avait été lavé dix jours avant la tonte. J’en fis pefer trois toifons auiîi-tôt après cette derniere opération. La première, dont l’échantillon eft fous le n°. 1 , pefait de 7 à 8 livres. La deuxieme, fous le n°. 2, pefait de 6 à 7 livres. La troifieme fous le n°. 2 , de 4^ livres à 4! livres ; & les trois toifons mifes enfemble pelaient 18 livres: ce qui donne un poids commun de 6 livres : taux à peu près le même que celui des toifons d’Angleterre , où la groife efpece eft plus abondante que la petite ; fur quoi l’on peut encore obferver que prefque toutes les brebis du troupeau du Heur Delportes ont des agneaux.
- Sur ces trois toifons j’ai pris dix livres de Taine de choix, dans lefquel-les la plus petite toifion eft prefque toute entrée ; elle provient de l’une des-brebis des environs de Cantorbéry , les plus anciennement venues d’Angleterre, depuis quatre ans : ce qui prouve que la laine ne dégénéré pas en France par le tems ou l’inflence d-u climat, & que ce n’eft que par l’éducation.
- Un navire anglais venant des côtes de la Barbarie , il y a environ dix ans , échoua fur celles du Boulonnais : il en rapportait de fort beaux béliers : le capitaine fe prêta en faveur de quelques particuliers qui voulurent bien s’en accommoder, & on fe les répartit. Ils fe dégradèrent en trois à quatre générations, à ne les reconnaître que par une laine plus frifée, que leur poftérité conferve encore , & cela parce qu’on n’eut aucun égard dans leur traitement, à leur maniéré ordinaire de vivre 5 on fuivit la méthode ufitée ici, qui chaque fois qu’on y a introduit l’efpece anglaife , l’a fait dégénérer en peu de tems.
- J’ai fait peigner les dix livres de laine dont on a parlé plus haut; elles en ont donné fept livres peignées à fin & parfaitement dégrailfées. J’en fais fabriquer à Abbeville un baracan qui fera joint à une piece dé tricoté , faite de la laine du même troupeau, 8c à divers échantillons de laine peignée & non peignée.
- J’observerai- qu’il y a un grand choix à faire parmi ces laines, même les plus belles » car on peut remarquer en Angleterre , comme dans le troupeau du fieur Delportes , que plus une- toifon eft de laine fine , plus la partie. des cuiifes: fe. trouve groife à proportion.-
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- Les Anglais font ce choix très-exa&ement, ils peignent leurs belles laines très- fin, & lai fient en-arriéré un peiguon fort gras , qu’ils emploient avec intelligence dans les genres propres de manufactures , dont ils ont un fi grand nombre. La netteté de ces laines difpenfe de les battre lorf-qu’on les veut travailler; on les lave dans une eau de favon fait à l’huile d’olive ; on les peigne encore mouillées à la même huile, une première fois avec des peignes à deux rangs de broches, & une fécondé avec des peignes à trois rangs. Ces peignes font d’un acier bien trempé, très-poli ; iis coûtent de 30 à 36 livres la paire. Ceux de France ne valent que de 7 à g livres. Après le premier peignage on relave la laine dans une nouvelle eau de favon, on la rebrife,& l’on procédé au fécond peignage.
- Lorsqu’on les deftine a faire du tricoté, elles font filées très-ouvert; 011 double les fils, mais on ne les retord point, comme en France , où l’on croit diminuer par cette opération le duvet défagréable dont font couverts ceux que nous fabriquons ; tandis qu’en Angleterre il eft toujours uni, ras, brillant, qualités qui proviennent en plus grande partie de la beauté de la laine.
- Le fieur Delportes imite toutes ces pratiques dans fa manufacture de tricotés, la feule en France à l’inftar de celles d’Angleterre , & dans laquelle' on eft parvenu à imiter ce qu’ils ont de plus parfait en ce genre.
- Mais ce choix des laines que font les Anglais n’eft ordinairement qu’à leur ufage. S’ils nous en envoient quelquefois de peignée , la plus grande partie eft toujours en toifon ; & dans ce cas ils laiflent toutes les fortes de qualités fans en rien diftraire. Il eft alors peu de nos manufactures à qui il convienne de s’en fournir; ce ne font que des entrepreneurs de diverfes fortes d’étoffes, qui le peuvent faire avec avantage par la faculté qu’ils ont de les toutes confommer.
- Les Hollandais, au contraire, trient avec grand foin leurs laines ou celles de Hambourg, de Danemark, de la Poméranie ou d’ailleurs, qu’ils mélangent avec les leurs , & qu’ils nous vendent toutes comme de leur crû ; ils en font de plufieurs claffes , & ils nous en envoient de 4 à ç fortes différentes. Le commerce des laines d’Angleterre en France eft d’ailleurs très-nouveau ou très-renouvellé ; il eft encore très - clandeftin & fort difficile, comme on l’a déjà obfervé. Toutes ces raifons font ordinairement donner la préférence , pour les mêmes ufages, aux laines de Hollande , quoique plus cheres. La différence de celles-ci à celles d’Angleterre peut concourir dans quelques occafions à cette préférence ; & je ne vois aucun inconvénient de déterminer ici leur caraétere pour fixer ces çirconftances.
- Les laines d’Angleterre font plus douces , plus liantes, moins longues, moins propres aux étoffes abfalument rafes & feches j elles font plus con-
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- DE T O F F E S EN LAINES.
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- venables, à raifon de ces qualités, pour les étoffes qui ont quelque tendance à draper. Celles de Holland-e font plus longues, plus lides , plus brillantes, plus fermes ; elles fe tirent mieux encore que celles d’Angleterre :• la filature en eft plus coulante, les poils fe féparent les uns des autres infenliblement & avec moins d’effort : elles font les plus propres aux différentes fortes d’étoffes à grains , telles que les baracans , les camelots , les étamines , &c. pour la chaîne fur-tout.
- Pour revenir à la méthode comparative du Geur Delportes , j’obferverai qu’il ne laiffe pas couvrir fes brebis au teins où l’on eft dans cet ufage en France, où les agneaux naiffent dans les mois les plus rigoureux de l’année, en janvier & février. Il fuit à cet égard, comme à beaucoup d’autres , les pratiques anglaifes. Il ne donne jamais rien au troupeau dans le parc , que durant la neige ou les fortes gelées ; 011 lui jette alors un peu de foin pendant la nuit; & en tout autre' tems de l’hiver , le foir fon paffage plus ou moins long fur les navets, lui fuffit pour fuppléer au défaut de la nourriture. des champs.
- On a obfervé depuis-long-tems que les moutons nourris au fec & même au grain , ont une laine plus grolfiere, plus dure, plus feche que ceux qui vivent d’herbages , de navets ou d’autre nourriture fraîche. L’hiver , M. Daubenton nourrit fon troupeau à la paille ; mais il ne paraît pas avoir eu principalement égard à la laine, qui eft commune ; du moins tna-t-elie paru telle , ainfi qu’aux manufacturiers dans les atteliers defquels j’ai été à portée de la viftter & d’en raifbnner avec- eux.
- Le troupeau du Geur Delportes trouve la nourriture qu’on lui donne fhiver , fous un hangar placé’au fond du parc : les brebis anglaifes y viennent, poulfées par le befoin ; mais elles en fortent auffi-tot qu’elles font raffaGées , & elles n’y reviennent de jour ni de nuit que pour manger. Les brebis franqaifes n’en fortent jamais qu’011 ne les en chaffe. Les premières cherchent bien un abri aux grands vents d’hiver , fur-tout lorfque la pluie s’y mêle ; mais jamais elles ne fe mettent fous le hangar , où elles ne pa-raiffent-pas refpirer à-l’aife : raifon qui a déterminé le Geur Delportes à en faire dans fon nouvel établiffemenr, s’il a lieu, de très^élevés, & qui foient aérés de toutes parts.
- Quoiqu’il foit eifentiel de laiffer toujours les moutons au grand air, & que le froid ni la neige ne leur nuifent pas, que la rofée même leur foit très-falutaire, & qu’ils ne s’en trouvent que mieux d’être expofés à toutes les intempéries des faifons, il eft confiant que la'laine participe de l’âpreté ’ & de la rudeffe des hivers à proportion qu’elle y eft plus expofée. (a)
- ( a ) Les moutons ne craignent rien tant durant le tems qu’elle tombe. Mais dès-: que la pluie.} ils ne dorment ni ne mangent qu’elle, ceflè , ils fe trémo.uffent , fe fe--
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- L'ART DU 'FABRICANT
- On en a bien l’expérience, & l’on en lent les raifons en Angleterre ; mars on y a eu pour principe, dans toutes les méthodes, de réunir toujours les meilleurs effets à la plus grande économie ; & l’avantage qui réfuterait d’un abri quelconque, n’indemniferaic pas des frais à faire pour l’obtenir.
- Les loups qui infedent la France d’un bout à l’autre, ne nous laiffenfc pas libres du choix : le parc y eft indifpenfable, mais les hangars à y faire ajoutent peu à la depenfe. (a) Il n’importe que l’enceinte foit formée par un mur, des fafciens ou un large folié , dont les bords foient élevés & ef-carpés ; & il fuffic pour le hangar, d’un toit de paille, de fougères , de bruyères, de genets, ou autres chofes fembiables, foutenues de quelques piliers très-élevés. On doit avoir attention que le parc foit allez vafte pour que les moutons puiffent s y agiter & même s’y promener à l’aife, & d’y placer les hangars, comme en Angleterre, dans les parcs à bœufs, aux ex-
- trémités des deux côtés oppofés aux
- couent violemment; ils fe déchargent de ce poids très-lourd & très-incommode , & ils mangent ou dorment aufti - tôt fui-vant le beloin le plus preffant. En Ecolfe , où le climat eft rude, âpre, où la nourriture eft peu abondante, peu fubftantielle, où les moutons font une partie de l'année dans la neige & les frimats, les laines font beaucoup plus communes que celles d’Angleterre, quoiqu’elles aient acquis toute la qualité qui peut réfulter des mêmes foins qu’on a pris pour les unts comme pour les autres ;& fi elles font beaucoup plus belles que celles de France, on voit bien que c’eft à ces foins qu’on le doit. Nous avons déjà dit que le prix en Angleterre des laines anglaifes était de iç à 16 f. la livre poids & argent de France; nous ajouterons ici que celui des laines d’Ecofle n’eftque de Io à n f. même poids & même argent, d’environ un tiers ou de 30 à 35 pour 100 moindre que le précédent. Il ne vient guere de ces laines en France; ce font les manufactures d’Halifax & des environs qui les confomment ; & ce n’eft que depuis quelques années que les laines de Hollande étant devenues très-cheres, on a renouvelle les tentatives d’en tirer d’Angleterre. H nous en eft venu environ
- vents les plus impétueux, aux bour-
- 200 milliers, année commune, depuis deux à trois ans. La Picardie feule , Amiens, Abbeville en ont employé les trois quarts au moins. La Suede a perfectionné les laines, fans doute , mais elle a fait de vains efforts pour imiter celles d’fffpagne. La Hollande n’a pas des laines de Barbarie, de l’Inde , ni d’ailleurs ; mais elle a des laines de Hol. lande fuperbes, parce qu’elle a des pâturages excellens & abondans , dans lefquels Tes moutons relient jour & nuit dans tous les tems de l’année ; parce qu’elle ne permet pas que les béliers trop jeunes s’énervent, qu’elle prend , pour les faire faillir, un tems également propre à la confervation de leurs qualités, à celle des brebis , & à tranfmettre ces mêmes qualités à l’être qui doit réfulter de cet accouplement. Il n’y a que la France qui, par la différence de fes climats, par la variété de fes températures & de fes productions , puiffe afpirer à la di-verfité des efpeces comme à la perfection des qualités.
- ( a ) Il ne faut pas même que cet animal cruel ait la faculté de porter un regard avide fur le timide troupeau : l’épouvante s’y mettrait ; il ne mangerait ni ne dormirait plus en paix.
- rafques
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- D’ETOFFES EN LAINES.
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- rafques les plus violentes. Mais quelque tems qu’il fafle, ne fut-ce que pour les promener, il fautfortir tous les jours les moutons du parc. Leur bonne constitution , ainfi que la qualité de leur laine, tient autant au changement d’air & à l’exercice, qu’à la propreté & à la nourriture î ces précautions font indiquées par la nature même de l’animal, couvert d’une toifon épailTe & lourde , qui excite chez lui une transpiration prefque continuelle, qu’il efl aufll dangereux de gêner que de forcer. Telles font celles que prend le (leur Delportes, autant que la (ituation & la petiteffe de fou terrein peuvent le permettre: telles font celles auxquelles il fe propofe de donner, lorfqu’il y aura lieu, toute l’étendue convenable.
- Suivant le mémoire du fleur Delportes, & les objets de ma million, qui s’étend fur l’examen & le rapport de tout ce qu’il contient, j’ai parcouru & examiné les terrein^ dont il demande la conceffion. C’eft la queue d’une forêt immenfe, laquelle partie eft prefque entourée & comme enclavée dans nombre de villages , qui vraifemblablement la confiderent à peu près comme de leur domaine \ elle eft du moins comparée aux autres parties de cette forêt, dans un état de dégradation qui femblerait l’annoncer. A cette caufe il en faut ajouter une qui y concourt pour beaucoup, celle de la nature du terrein , très-aquatique en nombre d’endroits, faute de donner de l’écoulement aux eaux j ce qui ferait d’autant plus facile que le terrein eft en pente. Gette partie de forêt eft ablolument dégarnie de bois & remplie de places vaines & vagues , qui indiquent bien par la verdure du gazon , qu’elle ferait plus avantageufement cultivée en prairies. Le bois de 18 à 20 ans n’a pas l’air d’en avoir 10: il en eft de même de celui de chaque âge ; & j’ai vainement cherché pour y trouver un chêne de quelque groifeur, qui ne fut pas couronné ou écimé. Le haut de cet emplacement eft dans une fituation plus horizontale , le terrein y eft moins argilleux qu’ailleurs, le fable plus crud, plus fec , & il eft fort bien indiqué pour y placer le parc. On verra par le plan raifonné que j’ai cru devoir joindre à ce mémoire, dans quel ordre on fe propofe de difpo-fer les chofes pour former une éducation en grand & s’en alfurer le fuccès.
- Ce terrein y eft le plus convenable ,-c’eft peut-être îpême dans la province le feul qu’on-put y employer. Je ne crois pas qu’il fût poffible d’en trouver une fuite aufïi étendue , tant il eft morcelé, & les héritages divifés dans ce canton. C’eft d’ailleurs de la- part du gouvernement un faible fa-orifice relativement à l’importance de l’établiffement propofe & aux grands avantages qui en réfulteront. Les dépenfes à faire pour défricher ce terrein, l’applanir, le rendre fain, le mettre en culture enfin & en rapport, ne doivent pas laiffer l’adminiftration indifférente fur le choix de la perfonne à qui elle fe propofe de le concéder. Cette entreprife eft majeure ; il 11’çft Tome iFlX. N 11 a
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- 4 66 LA R T DU FA BR I C A N T
- plus tems d’en tenter de femblables avec légèreté, & je ne fais,aucun doute que la régénération des efpeces & la multiplication,des troupeaux en. France ne tiennent à celle-ci.
- Il faut un exemple en grand , une pratique raifonnée & fuivie: plus on a fait d’eifais , plus on a marqué d’inconftance à les. fuivre , plus- il faut aduellement de zele, d’inftrudion & peut - être de dépenfes. Il faut faire oublier fes erreurs au public, qui, les regardant comme des preuves de la difficulté de réuffir , s’eft fortifié dans fes préjugés , & devient d’autant plus difficile fur quelque forte de réforme qu’on lui propofe. Il ne voit pas qu’on a abufé de la confiance & trompé les meilleures intentions, il 11e fait pas qu’il y a des intrigans qui, n’ayant rien, ne rifquent rien , & que ce font le plus fouvent ces fortes de gens qui fe mettent en-avant. Le gouvernement n’a pas pu réuffir : quelle confiance devons-nous avoir en fes inf-trudions ? & que faurions - nous tenter pour réuffir mieux que lui? Tels font les idées & les propos du public ; & le public a raifon. Ajoutez à cela que fi un homme aifé peut rifquer 100 pour gagner 200, que fi un homme riche peut rifquer 1000 pour gagner 10000, ayant même dix chances contre une, un homme qui n’a que le néceifaire ne peut ni ne doit rien rifquer, pas feulement un pour 20 ; & certainement le plus grand nombre des individus i ceux que l’adminiftration doit le plus confidérer ici , parce que c’eft d’eux feuls qu’on doit attendre cette réforme ; ce plus grand nombre, dis-je , font ceux -qui n’ont que le néceftaire, fi ce 11’eft ceux à qui il manque.
- Ainsi , tout confidéré, l’exemple eft le feul moyen que puilfe employer l’adminiftration : c’eft une dette de fa part ; & elle eft très-beureufe qu’il fe préfente une de ces occafions rares , qui fans dépenfes , & confervant toujours fous la main le léger objet de fon lacrifice , la mette dans le cas de s’en acquiter avec le plus grand avantage. Le fieur Delportes jouit dans fa province d’une confidération diftinguéej deux de fes fils ont demeuré en Angleterre pour en apprendre la langue , & étudier le caradere & le génie d’un peuple dont les intérêts individuels fe confondent fouvent avec ceux des commerqans Français ; l’un y a joint le goût de l’agriculture , & a tourné fes vues plus particuliérement du côté de l’éducation des bêtes à laine : il me paraît être entré dans ces détails avec une intelligence & une adivité qui font le préfage le plus affuré de la réuffite de l’entreprife. Ses recherches fe font étendues en fpéculant fur les différens produits qui peuvent réfulter d’une éducation raifonnée.
- La manufadure de tricots eft un objet auquel il fe propofe d’en faire fuccéder d’autres : ( a) pour y concourir autant qu’il eft en mon pouvoir ,
- (a) Si cet établiflement 11e réuflit pas réuflîr2 entre celles de perfonne. L’intelli.’1 entre les mains des fieurs Delportes, il ne gence de la langue, la connailfance du pays,
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- Z)’ ETOFFES EN LAINES.
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- je lui fais paiTer différentes méchaniques, parmi lefquelles eft le dévidoir à l’anglaife , avec le tarif pour la filature. Il elt de la derniere conféquence de monter convenablement une première opération , fur-tout dans uii pays privé de toute efpece de main-d’œuvre', & fans autre induftrie que celle que fes foins commencent à y faire naître.
- VAUTEUR , apres avoir prouve par des échantillons de laines , Jbit de celles d Angleterre , qu'il y a pris en différens cantons , foit de celles du cru de moutons anglais, d'une, deux , trois & quatre tontes , faites en France fous fes yeux , ainjî que de celles des diverfes croifures ; de laines dé Hollande , de Boulonnais, de Picardie , de Soiffnnais ; de brutes & grafjes , de lavées , de peignées ; grajfes & dégraiffées ; & par une piece de baracan & une de tricotés , fabriquées avec la laine de ces croifures de moutons anglais , élevés en France à la maniéré anglaife , qu'il a mis fous les yeux de l'adminif ration ; après avoir proqvé, dis - je , que ces dernières laines dont point dégénéré, puifque les étoffes qui en proviennent font auffi belles que les plus belles étoffes anglaifes du même genre , continue ainfî :
- Pour s’affurer de la pleine & entière exécution du projet , & trouver le moyen de propager les bonnes efpeces par cet établiifement, il convient de preferire au fieur Delportes de former fon troupeau, dans la première année, de 300 individus, tous moutons anglais, fur le nombre defquels il y ait de 1 5 à 20 béliers ; dans la fécondé, de 600 au moins ; & d’y ajouter le complément dans la troifieme, avec un nombre de béliers proportionné, tel enfin qu’il ne foit jamais au-deifous de cinquante fur mille. En faifant vifiter le troupeau chaque année, en s’en faifant rendre compte très-exactement , l’adminifiration infiruite de fon état, de fes progrès , jugera mieux des moyens de multiplier les établifiemens de ce genre ; nous croyons devoir prévenir que c’effc une erreur de croire qu’on peut renouveller entièrement des races dans quelques générations par le moyen des béliers. C’eft le fentiment de quelques auteurs , mais il elf contredit par l’expérience. On foutiendra bien un troupeau une fois monté , en le renouvellant de bons béliers de la race originelle j mais on ne convertira pas une race en une autre , à moins d’une fuite de générations fans fin. Quand je dis qu’on ne convertira pas une race en une autre , j’entends qu’on n’obtiendra jamais les mêmes produits , des laines de même qualité , ce qui efl; 1’dfentiei.
- Les particuliers curieux de monter un troupeau en bonne race , y parviendront en tirant un bélier & quelques brebis à la fois du troupeau du
- les relations avec les fermiers , les mar- difficultés devant eux. Si l’adminiftration chands, les contrebandiers Anglais; leur néglige cette occafion , elle s’expofera aux pofition; la fimilitude des pays & des pro- reproches de la poftérité : il faut des fiecles du&ions; tout enfin concourt à applanir les pour en ramener de femblables.
- N 11 n ij
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- 4*8 VA RT DU FABRICANT
- fleur Delportes. Pour ceux qui ne voudront ou ne pourront faire des effais qu’en petit, il fuffira d’un bélier entre plusieurs propriétaires, à rai fon dû-nombre de brebis indiqué. Il faut feulement préferver ce troupeau naif-fant, du mélange de l’ancien. Je crois qu’il ferait beaucoup plus long de ramener nos races abâtardies par la mauvaife éducation , quelque croifurs qu’on en fit avec d’autres , que de les renouveller entièrement par une autre race. Je voudrais que le fleur Delportes ne livrât fes béliers qu’à l’âge où ils peuvent fervir fans que leur conflitution en foit altérée ; je voudrais que, fans rien faire qui lui fut décidément onéreux, il fe prêtât fur Je prix des béliers , comme fur celui des brebis, de maniéré à ne point apporter d’obftacle à leur propagation. Ii eft elfentiel que Padminiftration elle-même fe prête dans cette circonftance. Quoi qu’elle falîe, une telle régénération fera longue ; elle le fera d’autant moins que fes foins feront plus-actifs ; elle ferait nulle fans les encouragemens qu’on a droit d’attendre des hommes éclairés qui la dirigent.
- Colbert avait porté fes regards fur la culture des laines en France leur augmentation & leur perfection étaient à fes yeux une des caufes de la profpérité des états ; & ce projet, dont l’exécution eût tant ajouté à celle de la France, n’a pas peu contribué à la gloire de fon adminiftration. Mais: l’ignorance & les préjugés , fans pouvoir obfcurcir l’éclat du génie, n’en arrêtent que trop fou vent l’influence. Les vues de ce grand homme refterent des projets ; il était réfervé à celui de fes fucceffeurs qui le mieux en a parcouru l’étendue & fondé les profondeurs , de partager fa gloire en les adoptant, & d’en acquérir une qui n’appartiendra qu’à lui feul en les réa-lifant,
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- D’ETOFFES E N L A I N E S.
- TABLE
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- DES CHAPITRES, DES SECTIONS,
- ET DES ARTICLES.
- PREMIERE PARTIE.
- ^A-VETISSEMENT. page 28 I
- DES LAINES. 284
- Diverfes opérations des peigneurs. 3 01 Premier épluchage de la laine. ibid. Battage des laines. 302
- Peignage & dégraiffage des laines. 303 Procédé du favon mou. 30^
- Suite du peignage, 306
- De la filature. 314
- Du devidage. 319
- TARIF. 320
- Du poil de chevre. 323
- Des foies. 323
- Du premier devidage , de Üopération de doubler , & du Jecond devidage pour retordre. 32 6
- Du retordage & devidage pour ourdir.
- 327
- De la maniéré de monter les chaînes Jur le métier. 333
- Des lijjes. 334
- Des peignes ou ros. 336
- Des navettes. 338
- Du métier. 339
- Ufage en Allemagne. 343
- Paffage des fils en liffe & dans le ros. Réflexions fur les diverfes fortes de
- grains dans les étoffes, & moyens d'en produire ou de les éviter. 3 46 Divifion & fubdivifion des efpeces & genres d'étoffes. 34g
- PREMIERE CLASSE.
- Du camelot-laine. 349
- De la fabrication. 3^2
- Obfervations fur quelques différences du camelot baracané & du camelot ordinaire. 3^4
- Du camelot-mi-foie. 3^7
- Du camelot - poil. 3^9
- Du baracan. 361
- Différence du métier à petite navette , de celui à camelot. 363
- Des étamines. 367
- De Vétamine unie. ibid.
- De l'étamine virée. 35-8
- Du crépon façon d'Alençon. ibid. Du façon de crépon d'Angleterre , dite caftiguette. 369
- De tétamine glacée. ibid.
- De Ü étamine du Mans. 370
- De l'étamine de Rheims. 371
- De la tamife. 372
- Du collage. 374
- SECONDE CLASSE.
- De la ferge d'Aumale, de Blicourt , &c. 376
- De la ferge de R.ome. 3 80
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- L'ART DU F A B R I CA N T ,&c.
- De la ferge de Minorquc. page 381
- De la caimande/ 382
- De la prunelle. - > 38^
- De la turquoife. 38 6
- Du bafin. 3&7
- Du grain d'orge. ibid.
- Du filéfle, ou façon de Jilêfle. 388 Du malbouroug. ibid.
- ARMURES DES MÉTIERS. j89
- Moyens de trouver la marche d'une étoffe par l'échantillon. 398
- SECONDE PARTIE.
- Débouilli des étoffes. 40 f
- De la preffe, 409
- Mémoire demandé par Ü adminifration, fur les apprêts des étamines du Mans.
- Compofltion du bain. 410 411
- Uftenfiles. ibid.
- Dêgrais. 412
- Dégorgement en blanc. ibid.
- Etendoirs. 413
- Epreuve. ibid.
- Le chardon. ibid.
- Debouilli. ibid.
- 7 einture. 414
- Lifoir. ibid.
- Lifage en blanc. 4i ï
- Dégorgement en noir. ibid.
- Epluchement. 415
- Lifage en noir. ibid.
- Le four. 41<>
- La preffe. ibid.
- Le pliage. x ibid.
- Apprêts des étoffes de Rheims. 417 Apprêts des étamines, alençons, crêpons & autres étoffes de ce genre , qui fe fabriquent à Amiens. 419
- Explication des figures. 420 Détail des ufenfles néceffaires à l'art du peignéur. 421
- Echantillons de différentes étoffes unies & croifées, rêfultant des armures & des marches ci-devant décrites. 43 I Note de l’auteur pour l'Art du fabricant d’étoffes en laines. 433 Pour P Art du fabricant de velours de coton. 434
- MÉMOIRE fur l'éducation des troupeaux & la culture des laines. 439
- De P éducation des troupeaux & de la culture des laines en. Fran'ce : des mauvais effets qui en . refultent, & des raifons qui s'oppofent à en établir une meilleure. 441
- De P éducation des troupeaux & de la culture des laines en Angleterre. 44 f Comparaifon du fol de Kent & de Sufl fex avec celui du Boulonnais. 4^9 Etat du troupeau de moutons du fleur Delportes , de fa manufacture de tricots , & réflexions fur fa méthode. & fes projets. 460
- Fin de L'Art du fabricant d'étoffes en laines.
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