Descriptions des arts et métiers
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- DESCRIPTIONS
- DES ARTS ET METIERS
- FAITES OU APPROUVEES PAR MESSIEURS DE L’ACADÉMIE ROYALE JD JE!S SCJEJJWCJEIS JD je: JP^LMJCSO
- AVEC FIGURES EN TAILLE-DOUCE. \
- NOUVELLE EDITION
- Publiée avec des obfervations, & augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux fur ces matières, en Allemagne, en Angleterre, en Suiffe, en Italie.
- Par J. E. Bertrand, Profeffeur en Belles-Lettres à Neuchâtel, Membre de l'Académie des Sciences de Munich.
- TOME
- 1 1,
- Contenant les quatre premières Sections sur les Fers , et l’Art du
- Charbonnier.
- f BIBLIOTHÈQUE
- DU CONSERVATOIRE NATIONAL des AliTS & MÉTIERS
- N0 du Catalogue J
- Prix ou Estimation... ^ s^Enlÿe, le..~-/fté.
- A NEUCHATEL,
- De l’Imïumeme be la Société Typographique.
- M. D C C. L X X I V*
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- AVERTISSEMENT.
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- JLtE volume que je publie aujourd'hui, aurait du paraître beaucoup plutSt. L'empreffement avec lequel il eji demandé, fuffifait pour exciter tous mes efforts* Il n'a pas dépendu de moi de répondre , comme je lotirais fouhaité, aux dejirs du public. Des arran-gemens indifpenfables ont arreté les éditeurs plus long-tems qu'ils Savaient lieu de s'y attendre. Le grand nombre de planches qui accompagnent ce volume , la lenteur des artijles , le dejir de donner de belles gravures , voila les caufes des retards. Elles ne fubjifent plus aujourd'hui , ton peut compter déformais fur une plus grande diligence. Mon travail eji auffi avancé que la traduction allemande r qui a plujieurs volumes d'avance fur cette édition. Les graveurs promettent que les trente-trois planches de ce volume feront fuies avant que le troifeme volume du difcours foit en état de paraître, quoiqu'il doive être mis fous preffe immédiatement après celui-ci. Je ne négligerai rien pour hâter la fuite d'un ouvrage que je crois utile , 0? je ferai tout ce qui eff en mon pouvoir pour le. rendre digne des fuffrages des gens de goût..
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- j S JL 3MLAJTXLSXÉ X3MCJPÉTLXJ1.3E
- CATHERINE II,
- IMPÉRATRICE ET ÀUTOCRÀTRICE DE TOUTES LES RUSSIES 9 &c. &c. &c,
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- JOeï hauauxJ) (S^ Aeï AaJatiïj ^ ' ’uuts ^(jutttzS) $ *9ouil_ £}t-\Acuemeui^. ^ùçclii— ^xeu (a Aa
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- ^Pe.ii'Mne^ j (a vatiete ‘dea moyeua 3 (a couatauct3 ^ea ejfotta j (ea Juccea inouia cjui Viennent—
- teiiàtc, ta ^jjaix eu deux ^ytatu)j- ùiupitez
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- eat_ atâe^ ce^ Jernêfu ^jjouv ^jjfaceu fe^ nom CATHERINE mèm<u au -^eteua <9e celui <9e PIERRE LE GRAND.
- utylaia (a ^ea concjuetaua ne JuJJii— jo a tu-
- jjouü immot ta ftjeu fea c^uncea ; fe Jonèateur'
- ^ t> emvite^ <ufi\.u& tu M6 Jetait- 'JfJa£ (S
- Mioùefç^ oea toia 3 *j?il n* avait— ^J>° ticlS> uro
- ^jtaiu) cj/peuj)fe. jO’ amoun actij <jr-9 eclaiteJ) couuaifâanceX—- utileX^ leX^ JciencetL^ j)totéÿ e€^s t*inèuafxie^ eiicouta^ée^ ; &O foix &s> &c. MOeutàL-te^léeti-, ($-9 JouteuueX^ 3 voi 'Ceo ce cjui Jait— faÿfo ite^ uiouatcjueX^ ; S^ c^eat— par' ùv> (jue VOTRE MAJESTÉ IMPÉRIALE a uiente t? amour' ($-9 feo reconnaissance 9e Jetis ^jjeupfet<U l? admitatioru °() <lD toute-~ feX-, autitc- 9c (} pLuntauitlS*. Sont_ le coûta- V<S) JorU tepnu annonce memeX^ vueXL^. qÆ u m iheu
- ^eS^Jo ma multiphea <9e ûijuetie, VOTRE MAJESTÉ IMPÉRIALE J"Wi_ fi vtee^ avec lcu> meme auteur' aj> our' atttL- fou jjaixJ). jCeS^
- oru
- JOllu J
- \JavantC- &S> leX^ attiateXeru tout— ^trentei> (Ç-9 °èeJ^ toutes &O nation ùl~ ont- et.eS> accueillit^ > la cour'
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- 5e foixj) txacld) ^ur' £e&— ^jtincijpeX^ feX^ jpfuéu-Ja^eX^ 3 vieui— atâuzer' feu jizoJpetit^S' 5e voùl^ £ujetùLG*e$i— co i}'oAjucjuïte JzPtotecfxice^ °èeX^ atttL~ 6r9 ^eX^ enüejptiJeX^ utifeX^ y cjue ^y ojt^ ^jpze^enter^ un havaïf eonjacze au {pieu 5e t KumauiteG). jff’uuts ^eX^ ^jjzemiezeX^ dociéteeu. jaoautéX^, 5e 3Suzojje et concu &. ^jpzojei— 5e ^èeczite^ tou eu, &O atttu- 'jpar' fe$cj uefùL- C’nu)ii3txie^ ^uê vient— eu uoé<— fejoiutu,^ Vaztto no O— coimuoe) itétu- 3~) nom, ^jofaiïi za—. &ffe^ a zatâeméfe toiux— ^jjtiucijPdX^ connue^ ^ tout<—,
- feX->^jjzocel) eo Juuno ero 3^zauce^. <3C))aufaeX^ ouuD enhejptiJ 5e evefojejperJ ceztaïué ^jjtiucijpeé ejui ont-ec^ajpjpe auocD ^jptemiezà auteuzô y *3}exjpficjuer' ^e'O metnoèeX^ ïiwtjjfeX^ *<3^ ^jpfiu ut il eX^ y *^33
- coiujpfetter^ cjuefcjueX^eiczijptioucc. impaz^aiteX^, t JÎfetïuae) e cjue.o tco comjeazaiïou ^jpoutzaii— Jezvir' eu fa ^yez^ectiou °èeé aztô 3 j.?ai tenteS> 5e zeunur' /e'O *5ivezJeX^ metfoàeS^. 3*ai ctu ejidlf detail_ utifej)
- Cà>oJfâ:ir' )u toué feX^ ctoeuvfçX^ voficeô ^auà. une* ù / J. P ‘ ' .PP .
- auQuc* aeuetafement— connue . tableau exaep+o
- Me
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- Cè>eu tzouvez ? Ge ^jzatdè éR.0;
- c^totecteu]^ c)eJ dcienceâ cju if cuftive fui - memeS> avec tant Se pîovte^ > n'a ^J>aô ^eOaipue f?fiommape^ ^u pzemiei^ vofuuie Se cette coffectionj. VOTRE
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- MAJESTÉ IMPÉRIALE * eù acceptant— celui - ci avec feu meme êouteS1 > eucoutapè nied èj^ottt QdS -pattap
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- 3<l, Jui3 avec fe^ ^J)to^oitb zejpecid) 3
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- bE VOTRE MAJESTÉ IMPÉRIALE
- Le très - knmlle fcf très - obéijfànt ferviteur, IfER TRA2LB.
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- DES FORGES
- ET
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- 1
- Par M. le Marquis de Courtiv.ron;
- Et par 31. Bouchu, Correfpondant de P Académie Royale des Sciences,
- SECTION PREMIERE.
- Ztey Mines de fer, & de leurs préparations.
- L’élément du fer eft en fi grande quantité, & fi généralement répandu, qu’il n’y a pas une partie de la terre qui n’en foit enrichie ;,pas une fubftance qui ne foit fufceptible d’en retenir une portion. Toujours prêt à fe combiner, ou à fe décompofer, aufii aifé à détruire qu’à fe
- (a) L’art des forges à fer ne pouvant aujourd’hui à parler des mines de fer, pour* être traité qu’avec une a(Tez grande éten- fuivre ainli les divers objets, due, on a féparé en beaucoup de feétions Gn s’eft fervi, quand on a pu , non-feu-] particulières, ce qui le regarde ; & on les lement des planches, niais de ce qui s’eft donnera féparément, à mefure qu’elles; trouvé dans les papiers de M. de Reau-feront prêtes à imprimer. On commence ’müR , qui eft toujours cité quand on n\ Tome IL ' ~ A
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- DES MINES DE FER.,
- reproduire, l’inftant de fa renaiflance fuccede toujours à celui de fon dépe* rilfement. Parcourez la terre : vous trouverez une montagne entière qui, de fa bafe connue jufqu’au fommet , n’eft autre chofe que du fer: ailleurs, il eft enfeveli à des profondeurs auxquelles l’induftrie & le travail des hommes ne peuvent pénétrer. Souvent fa mine eft en malles dures comme une roche; d’autres fois elle eft tendre, friable, & difperfée çà & là, fous différentes figures. Tantôt elle eft polie & luifante comme une glace , tantôt rude & criblée comme une épongg : il y en a des quantités im-menfes, qui imitent la figure des fruits ou de leurs filiques , celle des coquillages, des rognons, des feves , des pois ; d’autres mines font en grains fins, en pouffiere , &c. Comme le fer cede facilement à toutes, fortes de diifolvans , il change continuellement de forme : tantôt minéralifé avec du foufre, il forme une pyrite : tantôt perdant fon phlogiftique, il tombe en pouiliere , qui, fuivant la matière à laquelle elle s’unit, prend une forme cubique, ereufe, anguleufe, feuilletée, plate, unie, &c. ou fe moule dans les contours des coquillages ; en un mot, s’arrange fuivant lés modèles que lui préfente une fubftance calcaire , vitrifiable ou ré-fra&aire. Cette madere dépofée enveloppe les corps qu’elle ne peut pénétrer $ féchée, elle fe, raifemble en maifes irrégulières ; entraînée par un courant, elle s’arrondit; filtrée à travers un banc de fable, elle fe granule : in-finuée dans les fiffures d’une montagne , elle en parcourt & remplit jusqu'aux plus petits rameaux , qui deviennent femblables aux arteres & aux veines que l’art a trouvé le fecret d’inje&er. On peut parvenir à connaître la nature des fubftances, à la cambinaifon defqueiles le fer a concouru : on aécompofe une pyrite, qui reprenant du phlogiftique, fe minéralifé de nouveau. Auffi admirables par la diverfité de leurs couleurs que par celle de leurs formes , les mines du fer paifent du blanc jfjfqu’au noir, du terne jufqu’à l’éclat du rubis , qui doit à ce métal fa vivacité.
- C’est cette fubftance, en apparence fi groffiere , mais au fond fi fubdle, fi nécedaire, qui mérite fi bien d’être connue, & fi capable de nous rendre une infinité de fervices, que nous eifaierons d’examiner.
- pas marqué par des guillemets ce qui a été extrait de Tes papiers. Quoique les différons arts portent le nom des différens académiciens auxquels ils ent été départis ; comme dans ce travail il a pu leur être affo-cîé , où des Tcitoyens zélés & verfes dans l’art qu’il était queftion de décrire, ou des correfpondans de l'Académie qui ont, en
- tout ou pour îa plus grande partie, contribué de leurs foins & de leur travail à l’ouvrage, on n’a pas héfité de faire paraître auffi ces arts fous le nom de ces particuliers. Ceft à ces différens titres, que ce qui regardera le fer & l’art des forges , paraîtra concurrement fous le nom de M. Bouchu. •
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- DES MINES B E F E R.
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- La comparaifon & l’examen des différentes mines & de leurs différens travaux nous ayant paru propres à; éelairer ; pour multiplier les reffources en .ce genre, on a donné la tradudion du traité du fer de Swedenborg, auquel nous renverrons pour plufîeurs détails, dans lefquels nous aurions fans r cela été obligés d’entrer , et; faifant l’expofition de l’art.. Les libraires fe font portés volontiers à imprimer la traduction. de Swedenborg d’un caradere qui diminuera le prix de l’ouvrage, pour le mettre à portée de l’ouvrier même , dont l’expérience éclairée deviendra plus utile au public. Cet ouvrage , dont nous avons retranché tout ce que le Suédois avait emprunté de M. de Reaumur , fervira, avec celui de ce favant fur l’acier & le fer fondu, de commentaire à celui-ci.
- Pour apprendre à connaître les différentes fubftances que la terre nous offre ou qu’elle renferme dans fon fein, on peut avoir recours à Wallerius , Pott , Gellert , Lehmann , Cramer , Henckel » Schluter (b) & autres, dans lefquels nous avons puifé bien des inf-trudions. D’après ces connaitfances préliminaires, qu’il eft indifpenfable d’acquérir, nous obferverons avec Gellert , qu’il y a quatre efpeces de pierres principales. M
- i°. Les pierres calcaires, quife diffolvent dans les acides\ & que l’adion du feu change en chaux.
- 2°. Les pierres argilleufes, qui ne fe diffolvent pas dans les acides, & qui fe durciilent dans le feu ( I ).
- (b) M. Hellot, de l’Académie des . fciences, a fait une excellente traduction de l’ouvrage de ce dernier, qu’on ne faurait trop confulter.
- (i) Il y a bien des objections à faire contre cette divifion, qui n’eft point d’accord avec les idées de MM.y Gellert & Cramer. On n’y trouve point les pierres qui réfiftent au feu , quoiqu’elles forment indubitablement une claffe principale. Les pierres argilleufes font en trop petit nombre pour la remplacer. Il y en a plufieurs autres , dont la fubftanee n’eft rien moins qu’argilleufe telles font les craies , l’af-befte , le tripoli, différentes fortes de blondes, & d’autres. Les pierres gypfeufes ne peuvent pas non plus former une claffe ,
- IL du. moins il s’agît de rapporter toutes les pierres <$: toutes les terres à certaines
- claffes générales. Il ferait plus commode de ,les ranger parmi les calcaires , & d’en faire une des principales fubdivifions ; car il eft faux de dire , qu’elles ne fe diffou-draient point dans les acides. C’eft une obfervation de M. le profeffeur Pott , qui ne fe vérifie que dans un très-petit nombre de cas ; probablement parce qu’il n’a fait des expériences que fur les pierres de ce genre qui fe trouvent aux environs de Berlin. Mais la plupart de celles d’Autri* che, de Saxe & de l’éleeftorat de Hanovre, fur lefquelles j’ai fait des effais, fe diffolvent dans les acides. Et comme les pierres gypfeufes ont ceci de commun avec les calcaires, que l’adtion du feu les réduit en poudre, on ne voit pas que l’on puiffe avec fondement en faire ‘,une autre claffe générale, 11 eft vrai, que la poudre desprç*
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- "4 DES M DN ES DE FER,
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- 3*. Les pierres gypfeufes, qui ne fe diftolveiit pas non plus dans les acides, & que l’adion du feu change en plâtre, c’eft-à-dire, en une fubftance qui , humedée avec de l’eau, a la' propriété d’acquérir un afFez grand point de dureté. «
- 4°. Les pierres vitrifiables, qui donnent des étincelles lorfqu’on les frappe avec de Parier. Il faut cependant excepter de cette réglé le fpath fufible & la pierre ponce. Les pierres de Gette efpece'ne fe diflbivent point dans les arides i Padion du feu ne les change point en chaux , mais en verre. Le même auteur a encore divifé les pierres vitrifiables- en deux elafles, les unes faciles & les autres difficiles à fondre. Ces dernieres font connues fous le nom d’apyres. Pour plus grande intelligence de ces différentes efpeces de pierres, voyez le §. I, à la fin de la fécondé partie de cette fedion.
- M. Homberg nous apprend que' le caillou & le marbre , expofés fé-parément au miroir ardent du palais - royal, fe calcinent, & que, mis en poudre & mêlés enlemble, ils fondent. Ce fait, dont nous avons ’des expériences journalières, nous conduit à juger qu’après avoir trouvé •des mines de fer, la> première attention, doit être de b-ien connaître leur matrice, & de s’afturer de leur nature, pour y joindre les fon-fdans convenables , e’eft-à-dire , des fubftances dont l’addition fait fondre les mines les plus réfradaires. On doit en conclure que, dans le travail en grand , il- faut contrebalancer les fubftances d’une efpece par d’autres fubftances d’une efpece connue, pour leur fervir de fondans. Dès-lors ne pourrions - nous pas aflurer fans témérité, que lorfqu’on a abandonné des mines qui parailfaient rebelles à la fufion, c’eft faute d’avoir connu les matières qui leur fèrvaient de bafe, & celles qui auraient fait fondre cette bafe. De quelle conféquence, n’eft-il donc pas de s’exercer par des eftàis réitérés fur la connaiifance des fondans ?
- Tout nous conduit à croire que le fer, ainfi que bien d’autres fubf-
- mieres eft d’une autre nature que celles des dernieres ; mais s’il n’y avait à cet égard aucune différence , ces deux fortes ^de pierres feraient exactement les mêmes , & ne devraient pas être diftinguées en deux efpeces comprifes fous le même genre. La diverfité du plâtre ell le caradere diftinc-tif de cette efpece particulière ; mais cette différence ne fuffit pas pour en faire une claffe générale. Toutes les pierres & toutes les terres ont certaines propriétés effen-tielles, certains caractères diftindifs ? par
- lefquels on peut les féparer de toutes les autres pierres ou terres. Si un de ces caractères était fuffifant pour en faire par-là même une claffe générale, nous tomberions dans l’inconvénient de les multiplier autant que les individus. Une claffe fup-pofe des propriétés connues à plufieurs efpeces. Et combien n’y a-t-il pas de terres & de pierres qui donnent du gyps ? En im mot , un efprit philofophique aura bien de la peine à fe déterminer à faire des picr* rçs gypfeufes une çlaffe générale, , -
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- DES MINES DE F E R. ! ' f
- tances, a un élément qui lui eft particulier. Sans cela, depuis le tenis que l’on fait du fer avec les mines que nous désignons par mines du fer , il ferait arrivé quelquefois qu’on aurait fait un autre métal, ou qu’avec des mines connues pour donner un autre métal, on aurait fait du fer. Or, cela n’eft jamais arrivé : bien loin de là, pour la purification & le traitement des métaux quelconques, on a grand fo!n, quand il eft queftion d’en traiter un particuliérement, d'e féparer & extraire les parties élémentàires des autres métaux qui peuvent s’y trouver mélangés : tous les métaux & demi-métaux s’oppofent dans des degrés diffé-rens à la liaifon & connexion des particules ferriigineufes. Donc le fer, comme les autres métaux, a un élément qui lui eft particulier & différent des autres ; car les bafes font les mêmes.
- Plusieurs nous difent que Panalyfe. & la dccompofition 'des corps font bornées ; qu’on ne peut les pouîfer que jufju’à un certain point, au-delà duquel tous les efforts font inutiles ; que c’eft à ces dernieres fubftances qu’on a donné le nom d’élémens : tels.font principalement l’eau, l’air, la terre & le feu ; d’où l’on peut conclure que les éiémens font des fubftarKpes fimples & inaltérables.
- Il eft difficile de concevoir comment quatre fubffances fimples & inaltérables peuvent , par de fimples combinaifons & mélanges entr’elles , produire d’autres fubftances auffi diftinguées & aufli différentes que celles que nous voyons dans la nature; les fels, par exemple. Il eft plus aifé de concevoir que la terre eft un élément fans mouvement, & que le feu, Pair & l’eau fotit"des agens ou éiémens aélifs , qui donnent du mouvement aux fubftances terreftres, & qui occafionnent des combinaifons, des compofés , des mélanges , dans lefquels ils entrent quelquefois comme principes, en exerçant leur aétion fur bêlement paifif, c’eft-à-dire, la terre , qui doit retenir & défendre quantité d’autres éiémens fecondaires & inaltérables , lefquels font en auffi '.grand nombre qu’il y a de fubftances effen-tiellement différentes (2).
- Nous entendons donc par élément 5 non pas la combinaifon des diffé-
- (2) Il eft: fans doute difficile de concevoir comment toutes chofes font produites par la combinaifon des quatre éiémens, la terre, le feu , l’air & l’eau. On ne réuffira jamais à donner de cette production une idée diftincte. Le fyftême que l’auteur adopte ici,eft beaucoup plus probable ; il reifemble à divers égards au fyftéme du régné minéral, dont M. DE JüSTi lut,
- il y a cinq ans, la première efquifte à la fû-ciété royale de Gottingue, & qui fut annoncé alors dans les gazettes littéraires & dans les journaux. Suivant cet effai', l’eau , le vif-argent, ou l’élément métallique , & l’huile , ou l’élément inflammable, font les trois éiémens fimples & immuables, qui font mis en mouvement par la chaleur. L’air n’eft qu’un élément leçon-
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- rentes fubftances qui compofent un corps ,, mais ce qui le cara&érife fpécialement, abftra&ion faite de tous les acceiloires. On fait, par exemple, qu’une telle efpece de fel prend toujours, à la cryftallifation, une telle figure : ce fel fera mille Fois mêlé dans de la terre, mille Fois dilfous dans de l’eau, mille Fois Fondu à un certain degré de Feu; quand on en Fera l’extrait , & qu’on le mettra à la cryftallifation, on aura toujours des cryftaux de la même figure que la première Fois : donc on peut dire que ee fel, ainfi que tous les autres fels primitifs, a un élément particulier ( 3 ). Mais quel eft-il cet élément ? Il n’eft pof-flble d’eii connaître que ce que l’expérience nous apprend ; c’eft-à-dire,
- daire ou fubordonne, parce qu’il eft produit par l’eau , qu’il peut redevenir eau , & qu’à parler en général, il eft d’une même nature avec elle- Ces trois fubftances fim-ples , l’eau , le mercure fe l’air, mis en a&ion par la chaleur , agiflent & circulent perpétuellement. C’eft par elles que fe font toutes les générations, toutes les compofi-tions ; c’eft d’elles que viennent toutes les deftrudtions & les régénérations. Chacune de ces fubftances fimples eft le principe élémentaire d’un des régnés delà nature; l’eau pour les végétaux, l’huile ou la graifle pour les animaux, le mercure pour les minéraux; bien des autres élémens coopèrent auffi dans chaque régné. La terre eft purement paflive dans toutes les générations & transformations qui fe font en elle. Suivant ce fyftême , il n’eft pas même be-foin de fuppofer que la terre contient des élémens fecondaires ou fubordonnés, qui fervent à former les différens corps. Cette fuppofition ne ferait pas fans difficulté , parce que ces élémens fecondaires devraient être en auffi grand nombre qu’il y a de corps & de matières différentes : & de leurs combinaifon# & transformations , fx fréquentes dans la nature , il naîtrait un véritable chaos , ou elles produiraient une infinité de nouvelles produfeions. Chaque corps du régné minéral a, il eft vrai, une terre primitive qui eft propre à fa confti-tution, par laquelle il eft déterminément ce qorps & non un autre , par laquelle il
- eft diftingue de tous les autres corps. Cependant il eft aifé de rendre fenfible que toutes ces matières premières ne font que des mélanges, des préparations des trois matières fimples, qui feules dans la nature ont une force adtive. M. de JüSTI en a déjà montré la poffibiiité d’une maniéré générale , & il le fera mieux encore, s’il publie un jour ce nouveau fyftême avec plus d’étendue.
- ( 3 ) Ce n’eft pas là , fuivant moi, la véritable notion que l’on a communément des élémens, ni celle qfte l’on doit avoir d’après les principes philofophiques. Ce que l’auteur appelle ici l’élément de ce fel, eft proprement Ion eflence. On fait que l’effence d’une chofe eft ce par quoi elle eft ce qu’elle eft, & par quoi on la diftingue de toutes les autres chofes. Cette maniéré de cryftallifation qui eft propre à un certain fel, eft précifément ce qui le rend ce qu’il eft, ce qui le diftingue de tous les autres fels : la falure, la folubi-lité dans l’eau , & d’autres propriétés de ce genre , font communes à tous les fels. Sous le terme générique à’élémens des corps, il femble qu’on peut comprendre les premières fubftances , les particules premières qui entrent dans fa compofition. Il n’eft guere philofophique ; on nuit à la clarté des idées & à la jufteffe des raifonne-mens , lorfque l’on confond l’effence d’une chofe avec fes élémens , & qu’on donne aux uns le nom qui convient aux autres.
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- que cet élément caché eft une fubftanee quelconque, ftmpîe, inaltérable, & propre à conftituer tel corps en particulier ( 4). Nous pouvons même, nous appuyer en ce point, du fentiment de ceux que nous cherchons à éclaircir , puifqu’ils ont dit : A la vérité , les chymijies n'ont pu juf qu'à pré-J eut parvenir à produire une matière Jaline, en combinant enfemble la terre Peau ( paflons , fi l’on veut, le feu & l’air ). Cela pourrait faire foupçomier qu'il y entre que/qu'autre principe que la terre & Peau dans la mixtion Jaline, qui sious échappe, & que nous ne pouvons retenir lorfque nous décompojons les jels.
- “ L’eau qui a été enlevée par l’air, dit Henckel, contient un acide 55’ qui fait du vitriol en s’unifiant avec une terre métallique Par cette propofition , on peut entendre que l’élément des Tels acides peut être enlevé par l’air, & que l’élément des métaux peut être retenu par une terre qu’alors on nomme métallique ; & que quand ces deux élémens en cet état peuvent ié joindre, il en rélulte du vitriol. Ne pourrait-on pas penfer qu’jl y a autant d’élémens pour les métaux , qu’il y a de métaux différens, & que chaque métal a fon élément particulier ? „ Les fubftances 3, métalliques font, dit-on, des corps pefans, brillans, opaques & fufibles , 3, compofés principalement d'une terre v.itrifiable unie avec le phlogif-» tique
- Nous concevons donc qu’un métal eft un sorps pefant, brillant, opa-
- (4) Tout cela ne femblc guere folide. Il ne fuit point de là , que la figure que prend conftamment une certaine efpece de fel dans la cryftallifation , vienne de quelque fubftanee l'impie & immuable. Cette figure peut tout auïïi bien être produite par la po-fition & la forme que les particules confti-tutives ont-prifes en fe mêlant & en fe liant enfemble. 11 eft même probable que c’eft la véritable raifon. L’expérience le montre afiez clairement. Lorfqu’on fature les acides avec des alkalis , & qu’enfuite on eryftallife le fel neutre qui s’y trouve, fi la figure des cryftaux du fel était produite par une certaine figure des particules élémentaires , il faudrait qu’il arrivât l’un ou l’autre de ces deux cas. Si la particule confti-tutive qui détermine la figure était l’efprit acide luLmême, ou un élément caché qui lui eft infeparablement uni, les eryftaux ou le fel neutre devraient avoir la même
- figure que celui du fel, duquel on a féparé par la cryftallifation l’efprit acide. Mais c’eft ce qui n’arrive jamais. Le fel neutre tiré de l’efprit de vitriol & des alkalis, n’a point des cryftaux de la même figure que ie vitriol. Que fi l’alkali, ou un élément inconnu qu’il contient, était la caufe de la figure des cryftaux du fel, il faudrait que tous les feîs neutres tirés par le moyen de l’alkali, de l’efprit de vitriol , de l’efprit de falpêtre , de l’efprit de fel commun , eufi fent la même figure Mais c’eft encore ce qui n’arrive pas. Us font tous d’une figure très - fenfiblement différente. Concluons donc que la figure des cryftaux falins ne vient que delà pofition que prennent dans leur mélange & dans leur union les particules conftitutives. Cela paraît bien démontré ; & il n’y a pas la moindre raifon à oppofer à cela.
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- g DES MINES DE FER.
- que, fufible , dudile& compofé d’une terre vitrifiable , unie tant avec le phlogiftique qu’avec l’élément caché & inconnu, qui caradlérife un métal en particulier (5). Suivant cette définition générale, on doit définir cil darticulier le fer, un métal compofé de fort élément 'particulier, de fel, de phlogiftique combinés & retenus dans une jufte proportion par une bafe vitrifiable.
- Connaître les fubftances qui contiennent l’élément du fer; les tirer du fein de la terre; les faire paifer par les travaux fucceflifs qui amènent ces fubftances à la qualité du fer ou de l’acier; les fuivre autant qu’il fera poflible , dans les didérens degrés de leur compofition & de leur décompo-fition artificielle, fera précifément la defcription de l’art.
- Cette première fedion des mines de fer fera divifée en deux parties: îa première traitera des matières qui contiennent abondamment du fer; la fécondé traitera du travail de ces matières avant qu’elles foient expofées au fourneau de fufion.
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- PREMIERE PARTIE.
- Des matières qui contiennent t élément du fer.
- A our donner plus d’ordre à cette partie, nous allons fuivre 'Wali.erius, & rapporter ce que nous avons recueilli dans les autres auteurs : nous la réfumerons enfuite le plus brièvement qu’il fera polïibie, pour en tirer des inftrudions convenables à l’idée générale que nous devons nous former des mines de fer qu’on peut travailler, & de celles qui, pour le travail en
- (5) Cet élément cache & inconnu eft plus propre à embrouiller la chofe qu’à l’éclaircir. Henckel & d’autres favans lïiinéralogiftes nous apprennent que chaque métal eft formé d’une forte de terre qui lui elf propre , qui le détermine , qui en fait ce métal & non un autre. Pourquoi ne pourrait-on pas nommer ainfi cette terre primitive des métaux ? Pourquoi en ferait-on un élément particulier & inconnu ? D’ailleurs cette dénomination eft - impropre. Cette terre eft trop grofllere pour qu’onpuilfe l’appeller élément; dans pluüeurs métaux on la diftingue à l’œil j en y ajoutant quelque matière combuftible ,
- on peut en faire de nouveau du métal. Le nom ^élément ne convient qu’aux particules premières & abfolument fimples. Il y aurait auüi bien des chofes à objeéter fur la définition du fer. Dès que l’on a pris la terre métallique , ou le prétendu élément de l’auteur , pour la bafe du fer, iUn’eft plus permis d’y faire entrer de nouveau la terre vitrifiable. Qn ne îaurait la montrer à part dans le fer : fi , en fuivant les principes de Becker, on veut admettre fon exiftence , c’eft une particule fondamentale de la terre métallique du fer , c’eft l’élément inconnu de l’auteur.
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- grand , ne doivent pas être niifes au nombre des mines, mais feulement des fubftances qui contiennent une portion de, fer (6).
- §. i. : - ;
- Mines que Von peut traiter. Première Espece.
- Fer natif ou vierge.
- <s La plupart des auteurs nient l’exiftence du fer natif, fai été long-tems] n dit Lehmann (c)9 Au même fentiment; mais AI. Margraff, célébré cbymifte r de Berhn, nia pleinement convaincu du contraire. Il elt poflefleur d’un morceau „ de fer natif à'EybeuJlok en Saxe , dans lequel on voit encore deux côtés laté-„ raux ou lizieres du filon , ce qui fuffit pour décider la queftion. C’eft une „ mine de fer brime , dans laquelle on voit pîufieurs morceaux allez gros „ de fer natif, attirables par l’aimant, flexibles comme du fil de fer, ductiles „ fous le marteau (7), fondans au leu comme le fer pur, & qui ont toutes „ les propriétés que doit avoir le fer natif,,.
- Suivant Cramer , fi le régné minéral recele du fer natif, il doit y être
- (6) On trouvera des éclairciflemons im* portans fur tout ce qui fe rapporte au fer, dans le Diftioniiairt univerjel desfojjiks, art. Fer.
- (c) Tome I, p. ni.
- ' (7) Si l’on examinait tout cela de près, il pourrait paraître infuffifant pour montrer que ce morceau de fer elt du fer natif. M., DE JüSTl allure ici dans une note , qu’il poflede un morceau de fer natif, qui a toutes les propriétés du fer ; mais il eft fi mpu , qu’on peut le couper avec un canif. En le faifant rougir & en le lavant dans l’eau-forte , il devient blanc comme de l’argent. Sa folution dans l’eau régale n’eft point jaune, ou d’un rouge brun, comme celle du fer ; elle demeure conftam-ment blanche. 11 n’eft point du tout im-poffible qu’il fe trouve de l’argent au milieu du fer. *M. de Justi a un morceau de cuivre blanc qui a été trouvé dans une Tome IL
- mine de fer : ce qui fe voit aifément, puif-que ce métal tient encore à un des côté# latéraux du lilon. L’hiftoire des fameufes mines de Schneeberg en Saxef, nous apprennent qu’elles produifirent d’abord du fer , enfuite de l’argent, & enfin du co-bolt. Lorfqu’on eut prsfqu’épuifé le fer , & que l’on fut près d’atteindre la mine d’argent , ce dernier métal était fl richement mêlé avec le fer , que l’on ne pouvait plus le forger. M: de Justi fe rappelle d’avoir lu quelque part , qu’en démoliflant un fourneau qui avait fervi pendant long-tems à fondre du fer , on avait trouvé une quantité confidérable d’argent. Ainfi il vaut la peine d’examiner fi dans ce minerai de fer vierge il n’y a pas plus d’argent que de fer. De ce que l’aimant l’attire, on ne peut pas en conclure, que c’eft: du véritable fer. Ce métal , mêlé avec plus de la moitié d’étain, eft encore attiré par .l’aimant.
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- bien rare. “ On regarde comme tels, dit-il, de 'petits minerais odaedres, w cubiques, folitaires ou grouppés de différentes maniérés, reffembians à 35 des pyrites qui font le minerai propre du foufre, qui eft fujefc à tant de « figures , & qui contient toujours du foufre , avec une quantité de fer. 5, Le fer natif préfente quelquefois des fibres ligneux, jaunes, rouilles, „ bruns, roux, très-riches en fer à la vérité, mais incapables d’être attirés 55 par l’aimant,- il a la dureté de l’acièr, & eft dépourvu de la malléabilité, 3, ainfi que des autres caraderes diftindifs du fer} enforte qu’on doit „ moins le regarder comme du fer natif, que comme de très-riches mines „ de fer
- Henckel nous dit qu’il n’eft pas encore bien décidé s’il y a dans la nature & fans le fecours du feu, un fer qui foit non-feulement attirable par l’aimant, mais encore qui s’étende fous le marteau. “ Cependant, ajoute-33 t-il, je regarde la chofe comme très-pofiibie, depuis qu’il m’en eft venu ,3 un morceau qui a été trouvé dans une terre jaune, & qui pouvait être „ étendu fous le marteau , fans qu’il parût avoir pâlie par le feu : car la 33 terre jaùne'qui l’environnait, aurait du aufft entrer .en fufion , lors de „ fa rédudion en métal. Les autres morceaux que j’ai eu oecafion de voir 33 me paraiffent fort fufpeds , d’autant plus que tous fe reffemblent beau-,3 coup par la figure „.
- Swedenborg doute fort qu’il y ait du fer natif. “ Plufieurs, dit-il ,
- 33 prétendent qu’on en trouve dans les minières en morceaux ronds,
- 33 comme en Saxe; en grains, comme à Saltzbourg, dans les montagnes 33 de Siléfie. Wormius en annonce en Norvège, d’autres en Stirie, &e, „ Selon Gellert, il n’y a que très-peu ou pointde fer natif ou pur, à moins qu’on ne veuille donner ce nom au fable ferrugineux & aux mines qui font attirables par l’aimant, ainfi qu’à d’autres mines où le fer fe trouve fous une forme cubique & odogone,- mais il leur manque la malléabilité.
- Le fer natif, fuivant ’W&llerius , n’eft pas toujours parfaitement pur: cependant il l’eft plus que le fer de fonte. On a le fer natif folide, irrégulier, & le fer natif en grains.
- Aujourd’hui cette queftion paraît être décidée. M. Rouelle , de l’académie des fciences, a reçu, par la compagnie des Indes, du fer natif dont il y a des roches entières aux environs de la riviere du Sénégal. On,en a forgé des barres fans aucune préparation préliminaire (g).
- (g) Quand toutes les circonfiances rap- mées, on par un volcan, ou par quelqu’au-portées au fujet de ce fer, feraient auffi cer- tre feu accidentel. Il faudrait examiner le.ro taines qu’elles le font peu dans la plupart cher avec le plus grand foin, voir le fer natif des relations , on pourrait encore deman- dans fa matrice, confidérer attentivement der fi ces roches n’ont jamais été enflant fa figure ^ avant de pouvoir affirmer que la
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- Seconde Espece.
- Mine de fer cryftallifée.
- Cette mine eft de differentes couleurs, tantôt brune, tantôt de couleur de rouille: elle eft compofée de cryftaux odaëdres, ou cubiques, dont la figure relfemble affcz à celle des marcaffites. Cette mine eft très-riche en fer-, mais elle n’eft pas • malléable , & l’aimant ne l’attire point : on la diftingue en o&aë.lre, & en cubique. C’cft de cette derniere dont parle Swedenborg , lorfqu’il dit qu’il y a en Suede de la mine cubique fi riche , qu’on la peut comparer au fer natif, quoique ce n’en foit pas.
- Troisième Espece.
- Mine de fer blanche.
- Une mine de fer (inguliere eft celle qui eft en forme de fpath : elle tire communément fur le jaune, le gris & le blanc; quelquefois elle elt un peu tranfparente. Elle donne à peu-près depuis 30 juiqu’à to livres de bon fer par quintal, bien qu’à fou infpe&ion elle ne paraiffe pas en contenir la moindre quantité.
- Cette efpecc de mine eft communément d’un tiffu feuilleté, fcm-blable à celui du fpath. Elle eft ordinairement de couleur ifabelle, ou tirant fur le jaune. Cependant les feuilles ou lames dont cette mine eft compofée , ne font pas fi finguliérement placées les unes fur les autres, que celles du fpath, & elles ont différentes directions. La mine blanche
- nature l’a produit d’elle-même & fans le fecours du feu. Nous avons dû rapporter tous les doutes de M. de Justi ; c’eft au leéteur à les apprécier. Suivant d’autres auteurs, cette queftion, favoir s’il y a du fer natif, pouvait être décidée avant l’arrivée de cette mine du Sénégal. 11 eft certain que l’aimant n’attire qu’un fer parfait , & jamais une terre ou pierre ferru-gineufe. Combien de fois n’a-t-on pas trouvé des fables attirablcs par l’aimant, tout comme fi c’était de la limaille de fer ? Un ruiifeau de l’Oberland, au canton de Berne , fournit de ce f^ble. Broemel allure que l’on en trouve dans la Gothie orientale, il y en a près de Colberg en
- Poméranie, au rapport de Denso. Zinck , dans fon Diélionnaire , allure même qu’il y a des mines de fer natif en Norwege & en Stirie. On trouve, félon le témoignage deSTAHL, des grains de fer, que l’on peut étendre en lames, dans le pays de Saltzbourg & d’Eiful, & dans les montagnes de Siléfie. Eller , Margraff & plufieurs curieux ont eu des morceaux plus ou moins confidérables de fer natif dans leurs cabinets. Ainfi les doutes de Woltersdorft , de Cramer & des autres ne peuvent rendre douteufe l’exif-tence du fer natif. M. Bertrand l’avait déjà reconnue dans fon Diâionneiire des fojjiles : voyez à l’article Fer.
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- MINES
- DE F E R.
- fournit un fer propre à être converti en acier. De cette efpece eft la mine1 d'Alvar en Dauphiné , & quelques-unes des mines de fer dans les Pyrénées» comme nous le ferons voir dans le détail des manufactures de France.
- Extrait d’une lettre de M. George Platon , écrite de. Scliritfhâtes
- dans le Shropshire,.
- “ Je vous ferai part d’une obfervatio-n que j;’ai faite depuis peu dans ct nos mines de fer, fur-tout dans celle qu’on appelle dans le pays la mine 33 b'anche, & qui fournit !a meilleure pierre de fer. En brifant cette pierre ,. ,3 les mineurs trouvent communément une grande quantité de liqueur 33 blanche & laiteufe , renfermée dans fon centre. Quelquefois une feule-33 cavité en contient un muid : elle eft douce fur la langue j mais elle & 33 un goût de vitriol & de fer..
- „ Pour elfayer fi c’eft du fpath ou de la mine dé fer, il n’y a qu’à-3, la faire un peu rougir au feu ; & fur le champ la couleur noire qu’elle 33 prendra, indiquera le fer. C’eft faute de cette connaiflance, que fouvent 33 on prend pour du fpath ce qui n’en eft pas. Souvent l’air fuffi-t pour mar-33 quer cette différence ÿ. mais il faut qu’elle y ait été expofée quelque tems. „ Il eft rare que cette mine foit riche en fer
- Par la defcription que Swedenborg nous a. donnée des fleurs dé fer,, il paraît qu’il .fout ies rapporter g cette efpece.
- H E N G K E E nous dit que les fleurs de fer, que le nom ferait prendre pour une mine de fer, ne font rien moins,,& ne doivent être regardées que comme des ftalacftites talqueufes & fpatliiques. Leur nom leur vient des. mines de Stirie. Il s’en trouve pourtant à Freyberg & ailleurs.
- Suivant Cramer, la nature imite dans les mines de fer,, la reflefn-blance de plufieursobjets , & les fleurs de fer végètent en arbrifleaux , figure de corail j les blanches font les plus belles. Il arrive auflî que ces mines repréfentent tantôt un bois folide & pefant , d’autres fois de grands arbres avec leurs troncs & leurs branches. Au refte , il paraît que c’eft parce qu’on rencontre quelquefois ces efflorefcences aux environs des minières de fer, qu’on leur a donné le nom de fleurs de fer } car elles ne le méritent point d’ailleurs ,. ne contenant pas une grande quantité de ce métal (9-X , - •
- (ç) Les métallurgiftes font fort partagés pour favoir fi les fleurs de fer contiennent une portion confidérable de métal. Et cette diverftté d’opinion n’a rien de furprenant,fi l’on confédéré que ces auteurs
- oublient prefque tous la différence effen-tielle qu’il aurait fallu obferver.. Les fleurs de fer qui font abfolument blanches,, peuvent être envifagées comme de Amples ftaladites ; elles ne ^renferment <ftic peu
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- Observation de Charles Ohinb, fur une ftaladtite ferrugineufey appellée par les chymifles fluor , flos ferri, tirée d’une mine de fer de Sti-lie. ct On trouve cette mine de fer dans un village de la haute Stirie,. » fur les frontières de l’Autriche. Il s’y forme quantité de ftalaélites qui „ font adhérentes- à la fuperfici-e des pierres métalliques des cavernes de jj la minière. Cette ilala&ire adopte différentes figures : pour l’ordinaire jj elle s’élève en forme de rameaux blancs qui ont pour bafe un bloc de jj même matière; tantôt cejs rameaux parailfent entièrement brutes, & ,j ne different entr’eux que par diverfes courbures qu’ils ont prifes } tan-y, tôt leur forme eft fi fiiigultérement variée, qu’ils repréfentent diffé-jj rens objets de* la nature, comme des branches de corail blanc , ou j, de petites feuilles frangées, ou des protubérances de dents molaires, jj ou des réfeaux très-fins. Quelquefois cette matière qui fert de bafe , au j, lieu de s’élever en rameaux , paraît difpofée en ftrîes de différentes ,j grandeurs. D’autres fois elle refte en ma fie , & ne forme qu’un bloc j, de pierre femblabie à de l’albâtre. Dans quelques endroits elle parak ,j ftriée comme l’hématite ou la mine d’antimoine. Enfin , dans d’autres jj endroits, elle préfente des herborifations femblables à celles que la 3, gelée forme en hiver fur nos vitres. La ftrueture intérieure de cette
- matier» n’eft pas toujours la même* elle varie par l’arrangement & la „ connexion des particules dont tous ces corps font composés. La fubC-„ tance de ces fia la dites différé par la couleur, la dureté & la tranfpa-„ rence. Elle eft blanche comme de la neige, ou fa couleur imite celle „ de l’argent. Quelquefois elle a une confiftance très - dure,-, d’autres fois M elie eft beaucoup plus tendre, & fe caffe très-fa ci le ment. Enfin, tantôt „ elle paraît opaque, tantôt on la voit tranfparente, & difpofée comme „ un amas de cryftaux contigus.
- „ A l’égard de la formation de ces fta la élites, j’ai oui dire à un de mes „ amis qui demeure près de la minière dont il eft queftion , que l’on voit „ l’eau filtrer à travers les parois des cavernes, & que e’eft cette eau „ quife congele en cette efpece de pierre. J’ai reçu , fe mois de feptembre » dernier, une lettre de J e an Adam, dans laquelle il m’apprend d’où
- ou point de métal , quand même elles deces fleurs dans plufieurs cabinets d’hif-auraient été trouvées dans les mines de toire naturelle, & on les reconnaît à leur Stirie. Mais il y a des fleurs defet, qui poids ; mais elles font de Amples ftala&ites, contiennent beaucoup de métal ; elles ne 11 eft probable que l’intérieur des . vé-font blanches qu’en dehors ,• leurs bran- ritables fleurs de fer eft une efpece d’hé-ches renferment dans l’intérieur un fer matité. EUes doivent fe former d’une ma-noirâtre, qui eft fouvent marqué de rayons niere toute différente de celles que l’aiK qui fe réunifient vers ie centre. On voit teur va décrire*.
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- „ proviennent ces eaux, & pourquoi elles fe congèlent. Voici ce qu’il „ me dit ... Cette mine de fer eft couverte d’un banc de pierre calcaire, „ qui s’étend fur toute la croupe de cette montagne, jufqu’au fommet.. „ L’eau des pluies & des neiges , qui eft retenue par la couche de terre 3, fupérieure, tombe fur ce banc de pierres calcaires, fe charge de la partie „ la plus foluble de cette matière calcinable, pénétré à travers les mines „ de fer, & fe filtrant dans les grottes inférieures, où l’air a un libre accès, 33 y forme ces différentes concrétions. Voici comment cette matière con-,3 crete prend différentes figures. L’eau qui tombe goutte à goutte, com-33 mcnce par former une croûte continue fur le fond de la caverne. Les J, gouttes qui diftilient enfuite fur cette croûte, fe congèlent les unes fur s, les autres, & laiifent dans le milieu une ouverture ou un petit conduit, „ par lequel les gouttes qui viennent enfuite, forment au-deffus ou à côté, des „ rameaux qui fe dincident en fe congelant. L’augmentation & la pofition „ de cette matière font toujours les mêmes jufqu’à ce qu’elle fe foit élevée 3, à une certaine hauteur, & qu’elle ait bouché l’ouverture du petit con-33 duit central. Quand l’eau tombe avec plus d’abondance, elle s’épanche „ alors dans de petites fentes de la caverne qui font vuides , & forme -33 des fortes de roupies de différentes grandeurs, ou bien elle fe congele ,3 en des blocs de pierre proportionnés à l’efpace qui les contient.... A. ,3 l’égard de la tranfparence de quelques-unes de ces ftaladlites, je crois 33 qu’elle provient de ce que les eaux dont elles font formées, circulant 33 plus iong-tems fous terre , ou fe filtrant à travers des veines femblables „ à celles qui préparent la matière des pierres précieufes, acquièrent un 33 degré de pureré & d’homogénéité que n’ont pas celles auxquelles les fta-„ ladites opaques doivent leur origine „ (io).
- Voici le fentiment de "Wallerius fur la mine blanche: la couleur en eft blanche ou jaunâtre ; & à la (impie vue, on ne la foupçonnerait pas de contenir du fer : cependant le quintal peut en donner depuis 30 jufqu’à 60, & même 90 livres. Cette mine n’eft point attirable par l’aimant, ‘Sous cette efpece , font:
- i®. La mine de fer blanche ramifiée : elle eft blanche comme de la neige, croit en rameaux, & n’eft prefque que du fer vierge, comme on peut s’en appercevoir lorfqu’on la fait fondre avec de la matière inflammable, ou
- (10) C’eft ne rien dire du tout. Il eft faire d’une maniéré toute différente de ce évident que là matière des pierres tranfpa- qu’on vient de dire. Au refte , on peut rentes eft plus pure & par conféquent plus toujours fuppofer comme une chofe cer-fiitrée que celle des pierres opaques, taine, que les fleurs de fer qui font un Mais il feraitaifé de prouver que la forma- peu tranfparentes, renferment peu ou point tion des fleurs de fer tranfparentes doit fe de minéral.
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- du charbon ; car alors elle fe réduit en fer tout pur fans fcories. •
- 2\ La mine de fer blanche en cryftaux: elle eft aufti toute blanche, pleine de tubercules, parailTaiit comme vermoulue, candie & fpongieufe.
- 3\ La mine de fer ferablable au fpath : elle eft d’un jaune clair, grife’, ou blanche, -quelquefois demi-tranfparente , & compofée de petits filets pareils à ceux de l’ardoife ou de la félénite, ou compofée de cubes & de rhomboïdes femblables à ceux du fpath de cette efpece. Il y en a qui dé-fignent cette mine fous le nom de mine blanche , ou jaune, Jpéçulaire ,oit à facettes luifantes.
- 4*. La mine de fer blanche en grenats, auxquelles elle reffemblc beaucoup par fa figure, .excepté que fa couleur eft blanche ou jaune.
- Q_u atrieme Espece.
- Mme de fer noire.
- On a obfervé que le fable noir était riche en fer ou en plomb (d): fou poids indique la quantité qu’il en contient. On exploite avec avantage, dans différens endroits, cette efpece de fable ou de terre noire ou brune; !c fer en eft bon. Pour l’ordinaire, il fe trouve dans l’eau. Suivant Henc-KEL, la mine de fer noire eft démontrée par l’expérience, la meilleure &la plus riche} telle eft celle qui fe trouve en quelques endroits de Suede (e), dont on fait qu’on tire le meilleur fer, tandis qu’on n’y trouve que peu ou point de mine de fer jaune ni rouge. Cette mine eft trés-attirable par l’aimant.
- “ La mine de fer noirâtre, dit Wallerius , eft pëfante , d’un gris plus „ foncé que n’eft la couleur du fer lui-mème. Ordinairement cette mine „ eft riche, & contient du fer pur. L’aimant l’attire fortement. Elle rend „ à 80 livres de fer par quintal. Les fondeurs la mettent au nombre „ des mines feches, c’eft-à-dire, qui ont befoin de fondansSous cette efpece font; ' •
- i°. La mine de fer noirâtre folide: te grain en eft très-fin 5 elle eft pelante & Ci compa&e, qu’on a de la peine à difeerner les particules qui la compofent.
- 2\ La mine de fer noirâtre, pleine de points brillans. Elle eft intérieurement remplie de taches & de veines luifantes } il s’y trouve des paillettes brillantes , qui Varient pour la finefle.
- (d) Nous pourrons ajouter en or; car plus grande quantité affemblées & mêlées à dans toutes les rivières oriferesdu royaume un petit fable noir , & attirable à l’aimant, (de France)les paillettes d’or fe trouvent en (e) Henckel dit à Falhun. * >
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- DES JH LN E S. .DE FER.
- 3*. La mine noirâtre en grains. Elle efl compofée de petits grains fem-bl’ables à ceux dé la cendrée-ou petit plomb. On peut les féparer à coups . de marteau ou d’une autre maniéré. On appelle quelquefois cette efpece , mine grainelèe parce qu’elle parait compofée de grains grands & petits, joints les uns aux autres , & parce qu’elle fe divife en grains quand 'on .la. rompt, âj.
- 4*. La mine de fer noirâtre en cubes. Elle parait être un affemblage de grands & petits cubes, ou.dés, dont on reconnaît la figure par leurs côtés .brillans.
- La mine de fer noirâtre écailleufe. Cette mine paraît compofée d’é-cailles arrangées les unes fur les autres en différentes couches; cependant - elle ne fe divife point par écailles , lorfqu’on vient à la brifer.
- 6°. La mine dejer noirâtre feuilletée. Elle* efl compofée de lames ou feuillets très-vifibles & très-aifés à diftinguer; quelquefois elle fe divife en ce feus, d’autres fois elle ne le fait pas.
- C’est à cette efpece qu’on doit rapporter la mine de Dannemore en Rof~ lagie. Cette minière efl fi abondante , dit Swedenborg , qu’elle fuffi.c chaque année pour l’entretien de plufieurs fourneaux. La mine que l’on y tire , l’emporte fur toutes les autres , tant par fa pureté que par fa richelfe. Le
- * fer qu’elle donne, n’eft caftant ni à froid ni à chaud. Il efl très-propreà fabriquer toutes fortes d’uftenflles. Elle fournit l’acier le plus fin & le plus
- : propre à la lime ; aufli le recherche-1-on en Europe & aux. Indes , où ii fe ' .vend plus chèrement que tous les autres. Ce fer paraît entièrement com-poféde.fils& de .petites lames entrelacées.
- Cette mine efl très-pefante, couleur de fer ou de plomb, reflemblant ' au fer qui en provient. Elle efl compofée, comme l’acier, de grains fins,*
- • mais elle efl mêlée de fils très-déliés , de pierre calcaire & de quartz , qui la traverfent en tous fens, comme des veines ou des àrteres. Les grains du fer font li mêlés avec ces fibres, que cela forme une efpece de couleur de plomb,,une certaine blancheur fondant la couleur noire du fer dans du blanc; ce qui fait aufli qu’elle fond très - aifément, car elle porte avec elle
- _ ? fou fondant. ’ '
- „ .Les morceaux de cette mine ont leur fuperficie noire & polie, & couverte d’une petite membrane de pierre de corne : il y a aufli des morceaux entourés d’amiante verte, & régulièrement divifibles, félon leur plan.
- Cinq_uiemë Espece.
- ; ' Mines de fer gris de cendre.
- Si l’on nomme, cette mine cendrée ou d’un gris clair, ce n’eft pas qu’elle
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- D E S MI NES DE FER. *7
- jfoit en elle-même chine ou-blanche.: elle n’a ce nom qu’en comparaifon de •la mine noirâtre. Ces mines ont differentes nuances.
- La mine grife, félon Schluter, eft très-commune: on la trouve en ;grains ou en roche. Il y en a une efpece en forme de fpath, quelquefois aufli jaune/blanche & un peu tranfparente. Elle donne à.peu-.près depuis 50 jufqu’à 60 livres de bon fer par quintal, quoiqu’à Iba infpeétion elle ne paraiffe .pas en contenir la moindre quantité
- Selon Henckel, la -mine-grife, dont la couleur reiTemble déjà très-fort au fer, eft: compoCâe de petites lames ou feuillets gris, qu’il ne faut pas confondre avec d’autres fubftances feuilletées, ftériles & calcaires. IU faut s’alfurer, autant qu’on le peut, fi ces fubftances étrangères font nuifib'les ou avantageufes à la fufion„.fi elles ne préjudicieront point à la .bonté du métal , &-comment 011 pourra remédier à cet inconvénient. D’autres fois cette mine eft arrangée de façon qu’on ne peut point remarquer la figure des parties qui la compofent. Celle-ci fe reconnaît à fa couleur. Elle fournit de bon fer: l'hématite brune qui-, quand on l’écrafe, devient jaune, en eft une variété. La couleur brune n’annonce pas une mauvaife efpece de fer, comme on peut s’en convaincre par les mines de Stirie, quoique fouvent il s’y trouve des fubftances qui peuvent nuire au traitement & à la bonté du fer que l’on en tire.
- La mine grife , fui-vant Wallerius, eft cette efpece qui eft d’un gris à-peu-.près comme celui de la cendre, quelquefois plus clair. Elle tire fur le blanc quand on l’a brifée. Cette blancheur vient de la pierre avec laquelle elle eft combinée, ou de l’antimoine .& de.l’arfenic qui y .fontmèlés. C’eft par la même raifon que l’aimant n’attire que peu ou point cette mine* quoiqu’elle foit affez riche en fer. Il y en a qui éft folide 5 il y en a en grains; d’autres on cubes ,.rem plies de points brillants ^feuilletées & .ftrîées. Cette derniere a des ftries déliées ou groflieres ,,produites par l’antimoine qui s’y trouve mêlé. Il y a de ces efpeces de mines qui font moins,foncées les unes que les! autres. ,
- S I X I E M E E S P E C E.
- Mine de fer bleuâtre,ou rougeâtre.
- La mine de fer bleuâtre., fuivant Cramer , tirant fur le rougeâtre, eft fpït pefante ,.fort dure & très-riche en bon fer; elle donne communément dans la première fonte depuis 60 jufqu’à 80 livres .par quintal. La raine rouge de fer., dit Henckel-, de même .que ,1a jaune, varie pour la confif-tance &Ja dureté. Il 11e,faut ,pas.cep.endant mettre dans ce.nombre-la pierre de corne ,‘oujafpe rouge, qui.fe trouve quelquefois iparmi les mines.de fer;,
- Tome IL C
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- ï8 DES MINES DE FER.
- * fans‘fournir néanmoins de ce métal. 'Cette mine éft ordinairement fphéri-que, & d’un tiflu ftriéjelle donne beaucoup de fer, mais ii eft caftant. Pour y remédier, & lorfqu’on traite cette mine à la forge, on y joint d’autres mines de fer. Celle d’un brun rouge, ou foncé, ou bleuâtre, a les mêmes qualités que la rouge.
- Selon Wallerius , cette efpece eft tantôt d’un beau rouge, ou foncé » ou bleu , tantôt d’un gris tirant fur le bleu , ou d’un bleu tirant fur le rouge, fur-tout dans l’endroit de la fraéture.'Extérieurement elle eft ou brune ou foncée, fuivant les matières qui entrent dans fa compofition. Quelquefois elle eft un peu attirable par l’aimant j d’autres fois elle ne l’eft point du tout. Elle eft riche en ferj & on la met au nombre des mines aifées à fondre , quoiqu’il y en ait qui ne foit fondue que difficilement. Il y a la mine bleuâtre folide à points brillans , qui eft d’un bleu foncé. Il y en a en grains, de la cubique, de i’écailleufe > de lai feuilletée.
- Septième Espece»
- Tête vitrée , où pierre hématite, fanguine, fehift.
- Voyez ce qu’en dit Swedenborg, qui en a traité fort au long.
- L’espece que nous allons décrire, eft convexe d’un p.ôté , plate de l’autre, mais angulaire, rangée en forme de plans, qui tous tendent au même point, enforte qu’elle repréfente à-peu-près une pyramide irré* guliere, ce qui fe manifefte à fa calfure. Elle eft allez polie, fi l’on ôte la rouille qui couvre fa furfaee. Son intérieur préfente des filets d’amiante radiés, pourvu qu’on la cafle parallèlement à fes ftries , car (f la fracture leur eft perpendiculaire, on voit des grains approchans de ceux d’un acier d’une trempe médiocre. Cette mine eft d’un rouge brun, très-pefante & très-dure,* propriété qui la fait mettre en œuvre par ditférens artifans pour polir le verre & l’acier. Au refte cette mine, dans fa totalité, n’eft prefque que du fer : fi on la rôtit à un feu médiocre , elle fe fépare en écailles, qui font du vrai fer, ainfi que le montrent l’épreuve par l’aimant, & toutes les menftrues humides , qui avant cela n’avaient aucune prife fur elle. Ces écailles fondues donnent un vrai régule de fer, blanc, aigre & qui ne devient malléable qu’avec beaucoup de difficulté.
- L’hématite ou fanguine, dit Henckel, eft communément demi-fphé-tique, fouvent en mamelons, ou formée en grappes, comme du raifin. On la nomme fanguine, parce que, répandue fur les plaies , ou même prife intérieurement, elle paffe pour arrêter le fang. Quand on l’écrafe , & qu’on la mêle avec de l’eau a elle la rougit. Il y en a de brune & de jau«
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- DES MINES DE FER,;
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- nâtre, qui font réellement de la même nature que la rouge. A Stgntarœgen en Souabe, & en France dans le Béarn, il y a des montagnes qui four-niffent une quantité inépuifable de petits globules jaunâtres & terreux, qui relTemblent à des pois, des lentilles, des feves, des noifettes, &iqui fe trouvent dans une terre jaunâtre & ferrugineule. On l’appelle mine en feves* & on en retire une très-grande quantité de très-bon fer.
- Ïl yaplufieurs fortes de fanguines qui contiennent à la vérité du fer,1, niais que nous ne rangeons pas entreies mines de fer.
- La terre ap'pellée brouillamini, eft rouge, vifqueufe, ayant peu d’odeur & de faveur. On la trouve dans les mines de fer, & on s’enfert par préférence à la terre iigillée, comme d’un remede contre le venin. Un auteur rapporte qu’une terre appellée adamica rubray expofée à l’air, & fou-vent abreuvée de, rofée , étant, après quelques digeftions, devenue très-pefante, avait produit, linon du mercure, au moins du fer: on fe fert en Sicile de cette terre pour faire des tuiles.
- Les bols ont beaucoup de parties ferrugineufes. Mathiole croit que le bol approche beaucoup du crayon rouge. Les nouvelles expériences ont appris que ces folïiles étaient remplis de beaucoup de parties vitrioliques.
- La pierre hématite, fuivantWALLERius, eft une mine de fer , ouftriée, ou comme cryftallifée, alTez pçfante, rouge par, elle-même, ou tirant fur le rouge, & donnant cette couleur au corps que l’on en frotte : elle n’eft point attirable par l’aimant. Le fer qu’elle fournit eft aigre, & l’on a beaucoup de peine à le rendre malléable. Le quintal de cette mine en contient quelquefois jufqü’à 80 livres. Sous cette efpece font :
- i0’ L’hématite rouge qui eft remplie de ftries non interrompues, lef-quellessdemblent fe réunir à un même point ou centre : ces ftries ou rayons font d’une ügure pyramidale.
- 2°. L’hématite noirâtre qui eft ftriée, compofée de la même façon que la précédente, mais un peu plus dure. Elle eft noire; cependant quand on récrâfe, elle prend une couleur rougeâtre ou jaunâtre. Cette efpece broyée donne quelquefois trois couleurs ou teintes différentes, du noir, du rouge & du blanc, ce qui la fait nommer trichrus.
- 3\ L’hématite pourpre , qui donne une teinte rouge. Il y en a dans le pays de Helfe.
- 4°. L’hématite demi-fphérique, qui reffemble à la moitié d’un crâne ,& qui eft de différentes couleurs. Il y en a de la rouge, de la noire & de la brune.
- 5°. L’hématite fphérique. Cette efpece de mine fe forme en maffes rondes,, ou dans fa matrice ou minière., ou toute feule* quelquefois elle n’eft pas fi grotte, qu’un pois. /
- ' " ' *,v 4 .... " C ij
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- 6*. L'hImatite en grappes. Elle paraît compofée de petits grains ou. mamelons qui fe font grouppés, & qui forment une maffe reiTcmblante à une grappe de raifin.
- 7*. L’hématite en pyramide. Cette efpece eft parlèmée de pyramides ©u de pointes difpofées comme celles d’un hériffon.
- 8°. L’hématite cellulaire. Cette mine eft compofée de Feuilles minces & ferrées, qui forment des creux ou cavités, femblables à celles d^irn rayon de miel. Il y en a à MoHgrtêe^ à Norbtrg, & à Rïwlorre en Ltiko, dans la Lappome Suédoife.
- ÏXy ade l'hématite qui paraît fériée à l'extérieur, mais qui inférieurement eft compofée de lames ou de feuilles. Je fuis perfuadé , dit Lehmann , que l'hématite ne doit fa formation qu’au deffechement dès gurhs ferrugineux en effet,. dans certaines hématites , fur-tout celles qui font en mamelons, & qui rdfemblent à des grappes de raiftrr, on voittrês-difbimfte-ment, par les feuillets dont elles font eompofées, qu’elles ont été formées fucceflivemeuE, & que ces feuillets fe font placés les uns fur les autres».
- H u i t r e m b Espece.
- Mine de fer fpéculaire*.
- Cette mine eft de differentes couleurs, mais ordinairement d’un grfe tirant fur le noir ; elle a toujours au moins un côté uni & luifant comme un miroir : elle eft riche en fer& l’aimant Pattrre. Cette efpece de mine eft fou vent mêlée avec l’hématite. Il* y en a en lames ,.. de la feuilletée, de* la contournée, fui vaut la nature des matières avec lefquelles elle fe trouve^ mêlée : il y en a.auffi de la quadrangulàire, qui a affez de rdiemblance avec, le fpath rhornbeïdal ou cubique..
- La mine de fer grife , îuifante,. a prefque la même couleur que le fer : elle-paraît foüvent compofée d’un sffemblage de petits feuillets minces & de couleur grife ; mais quelquefois on ne peut difeerner la figure de fes parties.. Celles qui font dans ce cas, font plus attirables par l’aimant,. & foumiffent un meilleur fèt que les autres.
- NEUVIEME Es P E C E«
- Vaimant.
- L’aimant eft une pierrebruneou rougeâtre, pefante, peu dure, quand elle eft pute 3 fouvent mêlée de cailloux & de fpath , ce qui diminue de
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- DES MI N'ES fi E FER.
- Zî
- Fa qualité. Il peut “quelquefois être regarde comme une mine propre à être traitée à la forge.. Il y en a en Suède, qui fournit beaucoup de fer: mats pour l’ordinaire, il n’en donne que très-peu & d’une mauvaife qualité. Lémery conjeéhrre que l’aimant pourrait originairement avoir été du fer, dont la chaleur de la-terre aurait enlevé les parties huileufes j mais cette conjecture n’a aucun fondement. A Saint* Naza ire en Bretagne, à une demi-lieue du moulin de la Noë'Sc du village de Ville Samt-Martin, fl y. a un champ nommé le Cfjamp d'amant, pare® que les cailloux qu'on y trouve font des pierres d’aimant. En Greufanü, un particulier en trouva une pierre qui fut eftimée deux cents piftoles.
- L'aimant, près de la limaille de fer, onde quelques morceaux de fer, les attire fur le champ,* il a auffi la propriété d’indiquer les pôles : la canfe de ces phénomènes eft inconnue. On trouve de l’aimant fo’ide dVn gris de fer, de couleur de fer grainelé, rempli de points briflans, du bruii ou rougeâtre , du-bleuâtre ou blanchâtre, &c. .i
- Les mines d'aimant que l-on trouve au pays bas de Ran sbire, tant celles où .l’aimant eft difpetfé cà & là par petits fragmens, que celles que l’on trouvé en grandes maires, & unies à fa mine de fer , font toutes dirigées dé l’eÉfc à ï’oueft, 8c non du nord au fud î ce qui détruit l’opinion de ceux qui prétendent que l’aimant doit fa dire&ion polaire à celle qu’il avait originairement dans la minière. '
- D i x i i m ê Espece. / •
- Fer minéralifi dans le fable* . . •
- Ce fable n’eft qu’un affembîage de petits grains de fer très-déliés. Il eft aifé de le diftinguer du fable ordinaire, tant par fa couleur qui eft noire ou foneée, que par l’aimant qui l’attire fortement. Il y en a du noir a (fez riche en fer. Quelques-uns Fe regardent comme du fer vierge* Il y en a auffi de différentes couleurs, du brun ou rougeâtre : cette dernière efpece ne contient pas beaucoup de fer. On l’a fait quelquefois paffer pour du fable d’or î mais fi l’on en met dans de l’eau-forte , elle lui donne une couleur de brun foncé, & le fable refte blanc comme du fable ordinaire. GEiiEU'Ei parlant de la mine limorïneufe, dit qu’il faut mettre dans le même rang le fable noirâtre, ou brun, dont, en quelques endroits, on tiré dé très-bon fer. ‘ • - -
- Onzième Espece. '
- Fer dans du limon : mines de marais, des lacs.
- Voyez ce qu’en a dit S^wedenborO qui eft entré dans un grand détail , & très-intéreilant par les conclurions qu’on en peut tirer.
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- DES MINES DE FER,
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- Suivant Wallerius , cette mine eft toujours d’une couleur brune ou foncée : lorfqu’elie a «té durcie à i’air, ellereiremble à du fer rouillé Elle eft intérieurement bleue , ou ordinairement couleur de fer. Elle fe trouve fous l’eau, au fond des lacs ou des marais ,* elle y eft fous une forme ter-reftre, & d’une conliftance limonneufe & peu compade. On en tire du fer qui eft caftant, foit à froid , foit à chaud. L’aimant ne l’attire point. Il y a :
- iV La mine de fer limonneufe rougeâtre: celle-ci eft d’un brun tirant fur le rouge, & fe trouve quelquefois en grains comme du fable , d autres fois en maffes plus groftès. Quand elle n’a point été féchée à l’air , on ne la ,trouve pas compade, mais feulement rude au toucher.
- . 2°. .La mine de fer limonneufe verte : elle e$ ou en grains de fable ou
- en mafles. V
- 3°. La mine de fer limonneufe d’un noir bleuâtre : elle reffemble dans l’extérieur à de l’acier brûlé, & eft d’une couleur très-foncée, tirant fur le bleu.
- 4°. La mine limonneufe brune, de figure indéterminée : il y en a au fond dss lacs. Elle n’a point de figure déterminée, & relfemble à du gravier. Cette mine eft très-tendre>& très-friable. Lorfqu’on la cafte, on la trouve intérieurement entre-mêlée de bleu ; à l’extérieur, elle parait d’un brun foncé.
- 5°. La mine limonneufe en globules : fa figure eft fphérique. Elle eft .feuilletée & de la grofteur d’une feve.- Quelquefois elle eft compade & de la grofteur d’un pois : on la nomme alors mine de pois. Celle qui eft feuilletée ou par écailles , renferme fouvent un grain ou un noyau.
- 6°. La mine de fer limonneufe lenticulaire : elle eft compofée d’un aflem-blage de petits gâteaux minces, applatis, formés par de petites ? écailles, & renfermant au-dedans un grain, tantôt plus gros, tantôt plus petit. Ces petits gâteaux reflemblent à de la monnoie.
- 7°. Il y a une efpece de mine limonneufe que les mineurs appellent mine à tuyau : elle eft comme criblée de trous. Ce n’eft autre chofe qu’une mine limonneufe; & les trous qu’on y voit, n’ont été occaliomnés que par les racines d’herbes , qu’elle a enveloppées & embcaflees , lefquelles fe font pourries par la fuite. -,
- Toutes les mines limonneufes fe trouvent également dans des endroits creux & fecs, ainfi que dans les lacs & les marais. Elles font graveleufes & fablonncufes, En les brifant, elles deviennent iuifantes à l’intérieur , & «ntre-mëlées d’une couleur bleuâtre.
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- DES MINES DE FER. %i
- Douzième Espece,
- ' Dochre martiale,
- -L’ochre martiale, ditGELLERT, eft ordinairement formée par la dé-compofition d’une mine de fer, & fur-tout par celle d’une pyrite tombée en efflorefcence. Elle eft de la couleur de la rouille, & d’une nuance plus ou moins vive, fuivant les circonftances. On en trouve quelquefois dans les eaux de certaines fources , fur-tout dans celles qui font minérales, que l’ocbre rend troubles & jaunâtres, & au fond defquelles il fe fait un dépôt. On la r encontre mêlée avec l’argille, les terres bolaires & ta marne, ce qui la rend impure. Elle eft quelquefois atffez riche pour qu’on puijfe en tirer le fer avec profit.
- L’ochre , fuivant'Cramer , doit fon origine à une mine de fer réfoute, & fur-tout au débris d’une pyrite jaune \ car l’art & la nature font également capables de convertir en ochre le fer & fes mines. Il y a d’ailleurs des pyrites, principalement les jaunes, qui fe métamorphofent en peu de tems, d’abord en vitriol,- puis en ochre. Cette matière ed mêlée d’une terre un peu graffe. Le rouge, qui eft fa couleur, jaunit, & il devient quelquefois plus brun par l’addition d’une autre terre, dont les différentes préparations occafionnent les variétés de fon poids. Elle fe trouve également dans les lieux fecs & marécageux. Les eaux des fontaines, principalement les minérales, en charient > ce qui les rend jaunes & bourbeufes. U y en a prefque par-tout : tantôt elle eft mêlée aux marnes, aux terres glaifes, aux bols ,* tantôt elle eft par filons ou gangues , ou par couches. Elle eft ordinairement affez riche en fer pour payer les frais de fon exploitation, aufli bien qu’une bonne mine de fer.
- - Un auteur nous dit que les ochres font des terres ferrugineufes qui fe trouvent parmi les métaux, & font compofées de fubftances hétérogènes^ dont la couleur provient toujours d’une fubftance métallique, telle que le fer, laquelle pénétré & diffout leurs parties. Ainfi on pourrait appeller les ochres , des terres métalliques.
- L’ochre, dit Henckel, ou terre brune des mines, & les ochres qui fe trouvent dans les eaux minérales, fur-tout dans les acidulés qui font produites par la décempofition des pyrites, donnent, par l’eflai, un vrai régule de fer, 5
- Suivan i Wallerius, l’ochre eft une pure terre qui en a la confiftance, & qui n’eft minéralifée ni par le foufre ni par l’arfenic : lorfqu’elle n’a point été rouge auparavant, elle le’devient au feu. Lorfqu’on y joint une matière inflammable, elle fe réduit entièrement en fer, à moins qu’elle
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- D £ S M.l NES ,D E v F £ R.
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- néfoit mêlée avec de la terre qui s’oppose à cette (réduction. L’ochre fournit un fer qui eft calant à chaud. Sous cette efpece font :
- i°. L’ochre jaune, plus.ou moins»foncée : quelquefois elle a la couleur du fafran, fur-tout lorfqu’elle fe trouve jointe à des pierres. On la nomme pour fors >mùinte de pierre où écume de mer. Sa confiftanoe- eft tantôt ferme, tantôt friable-# elle colore les main*.
- 2°. L’OCHRE 'brune. C’êft une terre brune, qui .prend au feu -une couleur plus fbneéfe : elle tache les mains * fa couleur lui vient du mélange de quelques 'fubftahces étrangères.
- 3*. L^ocHRe rouge : elle eft d’un rouge pâle, «mêlée d’une matière friable 9 qui fe réduit-eu poufEere. Elle devient aufti dans -le feu* d’une couleur plus fbWcéè. Elle colore les mains # mais elle ne vaut rien pour defïiner , & l’on ne peut s’en fervir en crayon.
- 4°. La ftàgüftte ou crayon rouge, dont nous avons parlé , eft une efpece d’Oehre dure , «d’«fn rouge foncé , mêlée avec une argille qui la rend gradé au toucher, qui fe détruit dans le feu-, & y devient d’une couleur plus foncée , propre à fervir de crayon.
- c C’ÔGHRE dans le bois pétrifié. L’ochre fe précipite fur les arbres qÜifont ’daits les entrailles de la terre : ils -deviennent d’une couleur brune* & Contiennent du fer, -quoiqu’ils confervent toujours leur figure & leur tilfu végétal. Les ittlnes de fer* qui portent les apparences d’avoir été -du bois , telles que Celles ’&'QrbiJJ'm -en Boheme,où il s’en-trouve une quantité, foit!par couches ouautremertt (/)* donnent une petite -quantité d’un excellent fer, cfe qui vient des ;p art tes étrangères qui ont spu s’y :joindre pendant leur formation.'
- ' !Lh conSftance & la figure ‘varient 'dans toutes les efpeces d’ochres. Il y a ': i°. l’ochre en pouffiere # telle eft l’ochre rouge & la jaune qui fe trouvent'dans lés pierres': V. celles en 'croûte , comme l’efpece d’ochre à écorce (£j) qui eft cornpofee de ^croûtes ou d’écorces placées «les unes fur les autres : :3°. 1-ochre en pierre, & dure comme le crayon. Cette ochre eft une terre ferrugfnreüfe*dont «il faut 'chercher l’origine, dans la décom-pofition d’une pyrite ou d’une mine de fer fulfureufè.
- (y )'Un-auteur en-a donné un traité fous (g') Cmftacea. le titre ; Delignô in mineramferri immu-tate.
- §. II.
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- DES MINES DE F EK S. I i.
- Mines de fer réfraSaàres , voraces, £ÿ o« m tire rien.
- Treizième Espece.
- Emeri.
- L’Émeri (i i) , dit Geleert , eft d’une couleur grife femblable au fpath : il eft très-dur , très-difficile à mettre en fufion , &. contient fort peu de fer. Suivant Cramer , c’eft une fubftance qui n’a pas été fuffifamment examinée; c’eft la plus dure de toutes les mines de fer connues. Elle eft, pour l’ordinaire, entre-mëlée de pierres talqueufes, molles, & on ne la trouve que rarement pure. Elle eft très - réfra&aire, couleur de fpath , tirant fur le gris, & le cede un peu à l’hématite en pefanteur. Cela n’eft pas étonnant, car elle contient beaucoup moins de métal. On néglige de l’en extraire, parce qu’il ne ferait pas capable de dédommager des frais.
- L’émeri , fuivant "Wallerius, eft de toutes les mines de fer la plus dure: elle eft très-compa&e, fans être auffi pefante que la pierre hématite. Sa couleur eft d’un gris de fer ; elle 11e contient que très-peu de métal, & n’eft point attirable par l’aimant. Elle eft réfra&aire au feu, & n’entre que très-difficilement, en fufion ; cependant on parvient à en tirer un régule, que l’aimant attire. Sa dureté eft fi grande, qu’on peut s’en fervir à polir le verre & les pierres les plus dures. Il y a : i*. l’émeri brun ou rouge; on doit le regarder comme une efpece de pierre à fufil, entremêlée de particules brillantes de fer. Il s’y trouve quelquefois de petits points, ou des veines d’or ou d’argent.
- 2°. L’émeri noirâtre. Cette efpece eft d’un gris de fer*, elle contient plus de fer que la précédente : il s’y trouve même quelquefois un peu de cuivre. «.Comme l’émeri devient très - dur au fèu , & que d’ailleurs il ne. contient que très-peu de fer , on ne le travaille point dans les fonderies.
- QUATORZIEME ESPECE.
- Màgnêjie , manganefe , pierre brime.
- Suivant Gellert, la magnéfie eft un minéral de figure indéterminée, ftriée, & dont la couleur eft grife, ou d’un brun noirâtre, comme
- (ri) Vémail, ou émeri, dit M; Ber- dre, il fert à polir divers ouvrages dans TR AND dans fes Elémcns d’Oryclologie, différens arts. Re font des grains ou des p. tùZ , eft une mine de fer très-dure, vo- aiguilles dures , roides , propres à ufer le race, réfra&aire & pauvre , de couleur fer & l’acier, grife , brune , ou noirâtre : réduit en pou-
- Tome II,
- D
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- 2,6
- DES MINES DE FER.
- de la fuieî elle donne un fer caftant & en petite quantité (i2). C’eft, dit Cramer , une mine de fer d’un gris brun, qui n’a de figure confiante que celle que lui donnent des ftries fines & en aiguilles* difpofées comme le bois d’un éventail. Elle contient du fer, & fe trouve dans les mines de ce métal : mais elle ne vaut pas la peine d’ètre traitée ; car elle eft vorace , & donne un fer aigre & caftant. Elle a aflez de retfemblance avec une autre mine martiale , d’un gris obfcur, refpendiftante & ftriée, mais vorace & arfenicale ; ce qui l’empêche d’ètre exploitée. Les Allemands nomment cette derniere eifenmam , eifenglimmer , & la première braunjleïn.
- Un autre nous apprend que la magnéfie efi une efpece de mine'de fer pelante, friable & brillante, approchant alfez de l’antimoine, mais plus-tendre & plus caftante. On lui donne fouvent le nom de favon de verre-Il y en a de la rougeâtre & de la noire, qui font en ufage chez les email-leurs & les potiers de terre,ainfi que chez les verriers, pour purifier le-verre, lui donner de l’éclat & vernifler leurs poteries.. Ce minéral vient des; carrières de Piémont. '
- Suivant Henckel , Ta magnéfie efi ordinairement ftriée,* quelquefois-ccailleufe, quoiqu’aftez foîide r-elle eft mêlée d’une terre alumineufe , & contient peu. de fer. l^a magnéfie qui reirembte à de la fuie, & qui fouvent efi ftriée comme la mine de l’antimoine, fert aux potiers pour vernifler en noir leurs pots.
- La magnéfie, fuivant Wallerius , efi une mine très-friable, lemblable à de la fuie,quelquefois-un peu rougeâtre, mais plus communément noire.. Elle noircit les mains, & l’on y voit répandues des ftries qui fe croifent.. On en trouve aufli avec des fines groflîeres & des écailles. Sa figure varie, & l’aimant ne l’attire point. Quand on la fait entrer en fufion, elle produit un verre jaune ou tirant fur le violet. Elle contient très-peu de fer. Il y a la magnéfie folide , la ftriée j, cette dèrniere eft grofliere & a de grandes ftries. Elle eft mêlée avec une pierre qui eft aufli ftriée.. Il y a encore la magnéfie écailî'eufe, la magnéfie en cubes brillans. Le quintal contient dix livres^ de far , quelquefois, un peu- plus-..
- On ne tire point de fer par la fufion de la magnéfie , quoique le quintal en contienne dix livres, & même un peu plus, & qu’elle foit mêlée d’une terre alumineufe; Voyez Pott , de fale cotnmuni (13).
- (12) Dans k fufion elle donne un verre nefe , aux potiers de terre pour vernir leur jaune ou-violet. ouvrage: Celle que ion vend eft femblable
- (il) La pierre de Périgueux eft, félon à du mâche-fer., ou à des fcoriers de fer, M. ue. B.o-mar,e , cité par M. Bertrand, formées dans les fonderies , ou par des Elcmem d'Oryftologïc , une autre, mine feux fouterreins.
- 4e fer pauvre. EUe fert., comme la manga-
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- DES MINES DE FER.
- Q_uinzieme Espece.1 Mines de fer arfenicale. Wolfram (14).
- Cramer obferve que ce n’eft pas Parfenic par lui-même, qui rend les mines réfra&aires, mais une terre qui eft toujours unie à fes mines propres , & principalement à celles du cobolt, qui réfifte à la fulion , & adhéré opiniâtrement aux métaux, fur-tout au cuivre & au fer, par Pintermede de Parfenic qui çft fixé en partie.
- Gellert range entre les mines de fer arfenicales, i9. la blonde , qui au - dehors relfemble beaucoup à la mine de plomb : outre du zinc, il entre dans fa compofition, du foufre, de Parfenic , beaucoup de fubftances non-métalliques , & une terre martiale.
- 2*. Le wolfram qui eft un minéral d’un gris-brun foncé, ftrié, quelquefois compofé de fibres qui forment un tilfu irrégulier ; d’autres fois il eft formé par un aflemblage de feuilles minces , placées les unes fur les autres : ce qu’on détache de ce minéral, en le raclant avec un couteau, eft d’un rouge foncé.
- 3°. Le fchirrl (15). Ceft un minéral qui, à l’extérieur, différé très-peu du wolfram, excepté que communément il eft d’une figure prifmatique : quand on en‘détache quelques parties avec le couteau , il ne devient point rouge. Ces deux derniers minéraux n’ont pas été encore fuffifamment examinés.
- A en juger par fon poids, le wolfram contient beaucoup de fer qu’il eft difficile d’en tirer. Il fe trouve dans les minières d’étain. C’eft un minéral d’une mauvaife efpecej qui ne dévore pas Pétain, comme fe l’imaginent les ouvriers des mines , mais qui le rend dur, réfradtaire & très-caflant, à caufe du fer qu’il contient. Ce minéral eft proprement une mauvaife mine de fer qui, outre le fer, eft compofée d’une terre calcaire, d’une terre réfractaire , d’acides fulfureux, & d’un peu de foufre & d’arfenic.
- (14) C’eft le terme allemand. Nous l’avons conlervé dans notre minéralogie, ainfi que plufieurs autres que nous tenons des Allemands , qui ont été à divers égards les maîtres des autres nations dans la métallurgie. Plutôt que de chercher d’autres mots , il eft utile d’employer ceux que l’ufage autorife. Les Suédois , les Anglais , les Danois l’ont adopté , & c’eft une raifon d’imiter leur exemple,
- (10 C’eft encore les mineurs Allemands qui ont inventé ce terme. 11 eft vrai qu’ils
- ne s’accordent pas toujours dans la Lignification de ce nom. Quelques-uns le confondent avec le wolfram ; mais il différé en ce qu’il eft en petits prifmes minces & alongés , qu’il eft plus léger au point de furnager fur l’eau , & que quelquefois fa couleur eft bleuâtre. On voit par le texte de notre auteur, qu’il fait de ce fchirrl pris pour du wolfram,une quatrième efpece qui n’exiftp pas. Voyez M. BERTRAND > Diclionnairç des fojfîles,
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- Il y a encore un autre minéral qu’on nomme -wolfram, qui difïere thi premier en ce qu’il eft en petits prifmes minces & oblongsj qu’il eft plus; léger, au point de furnager même à l’eau r & que quelquefois fa couleur eft blanche. Voilà ce qu’en dit Henckel. ’
- La mine de fer arfenicale , fuivant Wallerims , eft d’un brun tirant fur le noir, ou un peu rougeâtre. Elle eft cryftailifée- en cubes , en ftries, ou d’autres figures. Elle reifemblc beaucoup aux cryftaux minéraux d'étain mais elle eft plus légère. En l’écrafant , elle donne une couleur rouge: Tes çôtés font unis & brillans, & fesangles pointus. Frappée avec l’acier, elle donne des étincelles, &. contient toujours du fer » ainfl que de l’arfeniCj, On a:
- i°. La mine de fer arfenicale cubique: on la confond fouvent avec lamine d’étain cryftailifée.
- 2°. La mine de fer arfenicale ftri-ée. : cette mine a de petites ftries qui paraiffent femblables à celles de la mine d’antimoine , avec laquelle on la cqnfond aifément : fes ftries viennent fe réunir dans un centre.
- 3°. La mine arfenicale compacte à petits points polyèdres : c’eft un affem» blage de plufteiirs petits cryftaux polyèdres étroitement unis les uns aux autres.
- 4°. La mine de fer arfenicale demi-tranfparente. Ce minéral eft de couleur rouge , corapofé de cryftaux polyèdres , feuilletés & demi-tranfparens » qui relfemblent beaucoup à des grenats. La miae de fer arfenicale fe trouve-très-fouvent ‘dans les mines d’où l’on tire l’étain. Il y en a une efpece toute particulière qui eft cubique , dans les mines de Weftoufôrs & de Wejî^ mannlcmçl (i 6}.
- Seizième Espece..
- Mica ferrugineux..
- Le mica ferrugineux, fuivant Gellert, donne très-communément un fer aigre & caftant : on le travaille cependant quelquefois dans les forges j mais on donne la préférence à celui qui eft rouge fur celui qui eft noir.. C’eft une mine d’un, brillant obfcur. Outre le fer, elle contient beaucoup d’arfeniç, qui eft la caufe de fa fragilité ou de fon aigreur..
- Le miça ferrugineux eft une efpece de talc, mais plus claire & plus brillante. Cette matière réfifte au feu & à l’eau. Elle eft de différentes cou* leurs, d’or, d’argent, noir. Cette derniere eft le mica noir, fterile nigrum,. L’efpece la plus diaphane & la plus éclatante , eft compofée de grandes
- (16) Je rétablis ces noms, dont plusieurs f$ni défigurés.
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- lames , qui peuvent fe féparer les unes des autres , & demi-flexible s.’ Eilè s’appelle félénite-talc , felenites, gtacies Maria i nom que l’on donne quel* quefois, mais improprement, à un fpatft transparent &•' brillant (ry)1,.' & qui y fi on le cafle, préfente des fragmens rhomboïdes qui fe levant par écailles: c’eft une matière gypfeufe. Henckel dit que. miGa ferrugi-w neux qui eft ou rouge tru noir, jaune, brun, &g, quand on eft-à portée.: d’en avoir, fc travaille quelquefois, avec faccès dans les forges ; cependant; que les rouges font à préférer aux noirs, attendu que ces dérniers: Gon^ tiennent quelque chofe dé nuilible, qui- eft de la nature du crayon noir.
- Suivant ’Wallerius> , le mica ferrugineux eft. une mine compoféed’é-1 cailles très-déliées. Sa couleur eft ou rouge ou gris de fet; mais la1 poudre! qu’on en détache avec la lime, eft rouge & femblable à celle qui-vient de la pierre hématite. .Elle eft très-peu compadejon peut i’écrafer entre les doigts i & ces petites parties écrafées rendent les doigts, ou luifans, ou rou* geâtres. Elle eft un peu arfenicale. Il y a :
- i°. Le mica.ferrugineux, qui eft un minéral gris de fer, ou d’un gris tirant fur le noir : il eft compofé- d’éeailles qui furnagent à la furface de? l’eau'U réduit en poudre , il eft rougeâtre & luifant j mais: il ne colore point les mains.
- 2°. Le mica ferrugineux rouge. Il eft d’un rouge foncé comme: le crayo» rouge , rempli de petits points brillans, & gras- au toucher, comme la mine de plomb. Il tache les doigts, & donne une couleur rouge & l'eau, au fond de laquelle il tombe. Si on le réduit en poudre , & quioncalcine au feu, il ne fouftre point d’altération fenfible.
- I I I*
- Fer qui fe trouve mêlé a différentes fubjimees du régné minérctk
- i°. Terres martiales. On ne peut en donner une defcriptïoh pattîcu-i
- liere. Il y a du fer en pouffiere , dans la'terre, dans le limon, dansTàrgilîe,
- •
- (17) C’eft au fpath tranfparent & bril- « dé gÿpfe, ce’dont lés mica ne font point lant que convient plus proprement le nom fufceptibles. Oh- peut confulter la Chÿmit de glacia Maria : tous les minéralogiftes de Neumann , à l’article Talc. Cet atù le lui donnent ; & fi l’on appelle auffi de ce teur diftingue foigneufemerft le .mica,, la nom une forte de mica blanchâtre, c’eft félénite~, une efpece defpath .écailleux:, une erreur qui n’eft commife que par ceux & enfin le glacies Maria ; il les'fait con-qui n’ont pas fur ce point toutes les con- naître, chacun parles propriétés qui. là» naiflTances néceffaires. Le véritable glacies eonvienaeiife.* - ;
- Mari*, fe cakine. & devient*une efigec» ~ r . ^ . î •. _ .. -
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- dans la marne, mais fur-tout dans les terres bolaires, c’eft-à-dire , dans le* efpeces de terres vifqueufes & grades, qui font brunes, rouges% ou noires.
- 2°. Pierres martiales. On ne peut point non plus en déduire exactement les efpeces. On trouve du fer dans toutes les pierres rouges , brunes ou noires} dans la pierre à chaux, les marbres, les fpaths de différentes couleurs} dans la pierre à fufil, l’agathe, la cornaline, les pierres de roche, les jafpes, les grenats, les quartz, les améthyftes, les hyacinthes, les rubis, &c.
- 3°. Vitriol verd, vitriol martial, couperofe : la couleur de ce vitriol eft verte. La chaleur le décompofe, & le réduit en une poudre’grife : lorfqu’il a été diflbus dans Peau, il fe dépofe au fond du vafe, une matière jaune ; & au bout d’un certain tems » il donne une couleur jaune au verre dans lequel on fait la düTolucion, Il yen a en cryftaux, en ftalaétites & en fleurs.
- 4°. Le vitriol mêlé ou mixte. C’eft ainfi qu’on nomme le vitriol com-pofé de plus d’une fubftancc métallique, & qui contient du fer & du cuivre à la fois, ou du zinc, du cuivre & du fer.
- 5°. La terre vitriolique, qui eft une pure terre mêlée de vitriol, ou une pyrite décompofée & tombée en efflorefcence, qu’il eft aifé de reconnaître àfongoût ftiptique, comme celui de l’encre. Il y en a de la rouge, de la jaunâtre, de la noirâtre, de la verte, de la bleue: les noires, jaunes & rouges contiennent ordinairement du vitriol martial} les bleues & les vertes, du vitriol cuivreux, mais rarement fans mélange.
- 6\ La pierre atramentaire ou pierre, vitriolique, qui eft une pierre de différentes couleurs, laquelle contient du vitriol, comme on peut s’en convaincre en la portant fur la langue pour la goûter. Elle a la propriété de fe décompofer. Il y en a de la rouge, de la jaune qui eft tendre, & pour l’ordinaire d’une couleur changeante & variée} de la noire, de la grife , qui eft ou d’un gris clair, ou d’un gris foncé. A l’air elle tombe aifément en efflorefcence.
- 7*. La pyrite qui eft un minéral de figure indéterminée, dont la couleur eft d’un jaune pâle & brillant, Il fait plus ou moins de feu, lorf-qu’on le frappe avec l’acier, à proportion de fa dureté. Les étincelles qui en partent font grandes, & accompagnées d’une odeur fulfureufe. La pyrite fe caife dans le feu : elle y produit une flamme de couleur bleue, d’un jaune brillant, devient une poudre d’un rouge foncé. Elle contient du fer (i$), Il y â: i°. la pyrite folide, qui donne beaucoup d’étincelles
- (18) Les recherches les plus exaétes.., appris que les pyrites n’ont que rarement, Faites par le célébré Hençkel , nous ont ©u plutôt qu’elles n’ont jamais au-deffous
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- lorfqu’on la Frappe avec l’aciejr ; c’eft la vraie pierre à feu eîes anciens ; 2°. la pyrite dure, qui donne auiïi des étincelles lorfqu’on la frappe avec l’acier, cependant moins que la précédente ; elle eft mêlée avec de la pierre dure, c’eft ce qui l’empêche de tomber elle-même en efflorefcence à l’air;' il faut pour cela qu’elle ait été grillée auparavant. 30. La pyrite molle, qui, frappée avec l’acier, ne donne que peu ou point d’étincelles, parce qu’étant mêlée avec une pierre tendre, elle fe caffe & fe met en grains plutôt que de faire feu : elle fe décompofe d’elle-mème à l’air, & contient moins de fer que les deux autres dont on vient de parler.
- 8°. Pyrites en globules. Elles font de différentes couleurs, plus ou moins fphériques, delà forme de rognons, ou en gâteaux, mêlées de terre & de parties étrangères. Elles font intérieurement, ou folides ou compadtes, ou feuilletées, ou ftriées. Elles contiennent tantôt plus, tantôt moins de fer & de foufre , & ne font pas toujours feu lorfqu’on les frappe avec l’acier. Il y en a en globules fphériques, demi-fphériques , oblongs, en grappes de raifins, en gâteaux. Il yen a d’un jaune pâle, des noirâtres, d’un gris clair, de couleur de rouille.
- 9°. Marcassites ou pyrites cryftallifées. Il y en a de différentes figures & en cryftaux de différentes formes : elles font d’un jaune brillant.' Frappées avec l’acier, elles donnent beaucoup d’étincelles ,• elles perdent leur couleur dans le feu, & y deviennent, ou brunes, ou rouges. Enfin elles contiennent du fer, du foufre , & fouvent beaucoup de cuivre.
- io°. Pyrite brune, qui eft d’un rouge foncé, comme la couleur du foie, contenant beaucoup de foufre, beaucoup de fer, prefque point d’ar-fenic, & point du tout de cuivre. Il y en a en lames à gros grains, & de la cubique (19).
- ii°. Fer avec l’arfenic. Il fe trouve dans la mine d’arfenic teftacée, cubique blanche, ou pyrite blanche, la pierre arfenicaîe.
- 12°. Avec le zinc dans.la mine blanchâtre, bleuâtre, ondulée, brune eouleur .de fer. Henckel ’ dit'que la mine de zinc que l’on trouve aux environs de Goskr, eft une vraie mine de fer (20).
- de 10 à 12 livres été fer ; quelquefois elles faire une cl'afle à part. Si c’eft la pyrite en renferment plus de 20 livres. Plus elles d’eau, comme plufreurs l’appellent, elle font d’un blanc pâle , plus elles font dures eft prefque toujours fenfiblement arfenicaîe, & plus elles ont de fer. Les jaunes ont (20) Ce n’eft pas ce que Henckel a toujours quelque portion de cuivre. voulu dire. La mine de Goslar, d’crù l’on
- (19) On ne comprend pas bien de quelle tire le zinc , eft un mélange de plomb,, forte de pyrite l’auteur veut parler ici’, de foufre, de zinc, & d’une fort petite: S’il entend par-là une forte de pyrite déjà portion de fer. à demi confirmée , il était fort inutile d’en
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- Ç)if trouve encore! le fer dans la calamine, ou pierre calaminaire , la blonde, lamine 4^ enivre azurée, vitreufe, grife? hépatique, ou coulent de fuie » blanche,. jaune* ou pyrite cuivreufe, d’un jaune pâle, mine de cuivre yerdâtre, figurée dans 5de l’ardoife , terreufe. ;
- i^.^Av-ec l’étain, dans la mine eryftallifée, dans la pierre d’étain.
- 150. Aygg l’argent, dans la,mine d’argent, rouge , noire, grife.
- 16* Il y a des. raifons de douter s’il y a du fer fans le mélange de quelques particules, .d’or. Ce qu’on appelle communément mine d'or (21), contient auffi des parties de fer. Un phénomène digne de remarque, fui-vant Lehman#, eft que dans toutes les mines, de fer, on trouve un léger yeftige d’or j, & même en général, on peut parvenir à tirer du fer un atome d’or. Il n’y a point de mines, difent les mineurs, quelque riches qu’elles fuient, qui n'aient un chapeau de fer.
- §. IV.
- Fer"qui fe trouve mêlé a. différentes eaux,
- I*. Il y a l’eau acide vitriolique fpiritueufe, qui contient une vapeur vitrioiique fi fubtile qu’il n’eft pas difficile de la reconnaître, foit à l’odeur , fur-tout après avoir fortement fecoué l’eau dans une bouteille bien bouchée, foit à i’infufion de noix de galles, avec laquelle elle noircira peu à peu, fi elle contient un vrai vitriol, propre à former des cryftaux.
- 2°. L’eau vitrioiique martiale, qui contient un vitriol de mars ; auflî noircit-elle; toujours lorfqu'on y. verfe de I’infufion de noix de galles : cette épreuve eft fi fûre, que toute eau qui ne devient pas noire lorfqu’on y verfe de I’infufion de noix de galles, ne contient point de vitriol martial, quand même elle en aurait l’odeur & le goût.
- 3°. Les eaux acidulés martiales, ou vitrioliques, qui ne contiennent point.de particules ferrugineufes groffieres, comme on pourrait fe l’imaginer. Elles font fimplement chargées de.vitriol martial, qu’on peut reconnaître au goût d’encre qu’elles ont pour l’ordinaire,- &à la couleur noire ou pourpre que, leur donne I’infufion de noix de galles, félon qu’elles font plus ou moins chargées de partiés'îvitrioliques. D’ailleurs , elles déponent toujours une ochre ou matière jaune, lorfqu’elles ont féjourné quelque tems dans un verre. On voit auffi Communément cçtte même ma-
- (21). Qu’eft-ce quç l’auteur entend ici qui eft le plus généralement un quartz par ce mot de mine d’or ? On fait que l’or blanchâtre qui ne renferme que peu où eft toujours pur, enveloppé dans fa matrice, point de- fer,
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- tïere s’attacher aux tuyaux de la fouree. Il y a des acidulés vitrioliques-volatiles, des acidulés vitrioliques-martiales fimples; il y en a auffi des alkalines des bitumineufes, d’autres qui contiennent du fel marin.
- 4“. Les eaux thermales, martiales ou vitrioliques, alkalines, neutres , &c. Voyez SWEDENiîORQ. 1 ' '
- L’eau, dit M. Rouelle , entraîne facilement le fer , & quelquefois Pem* porte fort au loin. Il faut, pour cela, qu’il foit vitriolifé. Lorfqu’il fe rencontre quelque terre abforbante, l’acide vitriolique quitte ce métal, qui-flotte encore quelque tems dans l’eau, mais qui enfin fe dépofe dans la terre, & y forme les terres martiales , les géodes (22), les œchites ou. pierres d’aigle, fuivant les diflérens arrangemens qu’il prend.
- §. v.
- Fer qui fe trouve dans le régné végétal & animal.
- ££ Plusieurs fübftances du régné animal & du régné végétal, dit „ Lehmann , donnent beaucoup de très-bon fer, tels que font le bois de. „ chêne à’OrbiJJaiiQn Bohême j les grandes coquilles de Freyenvald, à fix „ milles de Berlin, qui font changées en mines de fer* la mine de fer. „ de Ruttenrode, dans le pays de Blankenboiirg, q.ui eft remplie de tur-„ binites, &c. „ D’ailleurs, le fer étant fi généralement répandu dans le régné minéral , comme nous venons de le voir, & ce métal étant dif-pofé à fe diifoudre & à être décompofé par tous les acides, il n’eft pas furprenant qu’il Ibit porté dans les végétaux , pour fervir à leur accroif-fement, & entrer dans leur compofition. Il y en a même qui ont penfé que c’eft le fer diverfement modifié, qui eft le,-principe'des différentes couleurs qu’on y remarque (23). S’il était ainfi, il n’y aurait pas lieu de s’étonner s’il fe trouve du fer dans les cendres des fübftances animales. Il eft aife de voir qu’il .a du palier néceflairement dans le corps des animaux, au moyen des végétaux qui leur ont fervi d’alimcns. Voyez dans, les mémoires de l’Académie des fciences, la longue difpute de MM. Lemery & Geoffroy , fur l’origine du fer tiré des cendres des végétaux.
- -Des expériences réitérées prouvent qu’il fe trouve plus ou moins de fer dans le fang des animaux. C’eft la chair & le fang des hommes, qui ; eu contiennent la plus grande quantité. Les quadrupèdes, les poilfons,!
- ;(22) En allemand ercLJîdn. C’eft une ,} fôjjïtes , au mot GÉode. .
- pierre caverneufe, qui contient de la terre. (2?) Voyez VEncyclopédie d’Yverdun ; Qnélqùès^nalurâliftes la nomment pierre . article CRISTALLISATION. .. ;i. ,
- d’aigle bâtarde. Voyez LïHionndire' deiJ , - , '
- Tome II. -a...), ....
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- 34 JD £ Si MINÉS &E FER
- tes oifeaux vienflenl en-fuite. Il faut pour cela , que les parties d’animaux lofent réduites en cendres : & alors on trouvera que dans les os & les grailles, il n’y a point du tout de fer5 qu’il n’y en a que très-peu dans la chairi mais que le fang en contient beaucoup. Ces parties de fer ne fe trouvent point dans la partie féreufe, mais dans les globules rouges; qui donnent au fang fa couleur & la conflftauce, •
- Mbîighini , fa vaut Italien, a cherché à calculer la quantité de fer contenue dans chaque animal, & il a trouvé que deux onces de la partie rouge du fang humain donnaient vingt grains d’une eendre attirable par raitnant : d’où il conclut, qu’en fuppofànt qu’il y ait dans- le corps d’uu adulte vingt-cinq livres de fang, dont la moitié rouge dans la plupart des animaux , on doit y trouver foixante-dix fcrupules de parties de fer attirables. par l’aimant. Gessner rapporte ces expériences j & il y joint fes conje&ures , qui font que les parties de fer qui fe trouvent dans le fang , doivent contribuer à fa chaleur, en ce qu’elles doivent s’échauffer par le frottement que le mouvement doit caufer entr’elles j, & il infinue que ces phénomènes étant examinés avec foin , peuventéclairer fa médecine , & jetter du jour fur les -maladies infl'ain-matoires. D’ailleurs on fak que les remedes martiaux, excitent , dans. les Gommencemen'S m mouvement de fiovre dans ceux qui: en font ufage (j 24.). v
- Les remedes qu’on tire du fe-r ont été connus dans dès tems très-reculés,. Homere nous apprend qu’Achille, éleve du centaure Chiron, guérit Télephe*, roi- de Mylie-, par la rouille de la lance qui l’avait bielle.
- A » T I, e LE P R E M: I E Rv
- Réfulfiat de F examen des fiièjiawes qui contiennent du fer,.
- Si est examen fait voir le peu d?ac.oord- dés minéralogiftes fur certains; points -, & conféquemment combien il y a encore de chemin à faire avant que de pouvoir parler avec précilion des lùbftances qui contiennent l’élément
- (24) M-. de JjusTI met en queftion liy ME-RY , au contraire , n’a fait autre Ghofe-le fer attkable par l’aimant r que l'on que d’établir la pdflibilité de ces particu--trouve dans lçs cendres des plantes & dans les de fer dans les plantes & dans le fang; celles du fang, y était avant la calcina- des animaux Mais la probabilité s’éva. tion. Il lui femble plus probable qu’il a nouic, dès qu’on examine lès expériences, été produit par la calcination. M- Geqf- de M. Geoffroy. Comment arrive-1-il1 FROY , qui avait embriffe cette; opinion ,, que"l’auteur , à qui-cette controverfe était l’a appuyée de raifons h folides & d’ex- connue , parie de l’opinion de LeM£RX; périences fi exactes , qu’il a attiré dans comme'd’un fait, certain..
- Ion. parti les plus fameux chymiftes, M. Le-
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- n
- DM S 31J M £ $. D E rF E. R. {
- $u fei* j d’art autre côté, il répetld quelques Lumières ftrr laqiKtrttitê, k formation jd’aecroîffement & la décornpolitkm de fes mines. La compa raifort» peut nous montrer combien nous avons en France de mine& de-marrisf aéluellement delféchées. Il eft aifé.de fent-ir d’ou vient q.ue dans ces marais les parties enrichies de mines.forment des efpeses de tombeaux-, des élévations; fur quoi on peut voir Swedenborg ,dont-la remarque eft intétef-fante. On peut tenter d’expliquer là- formation des pierres d’aigle , des empreintes, le remplilTage de quelques cavernes, de quelques tuyaux remplis de fer qui fe trouvent dans le fein des montagnes-., La couleur blanche des ftala&'ites ferrugineùfes. nous- dit aifez qu’elles font totalement privées du phlogiftique. Le gouvernement,, dit Swedenborg, en pariant des lieux où font les ftalaélites ferrugineufes » en fait tenir la porte fermée i on craint que l’air ne gâte leur couleur. Nous remarquerons", i°. que les mines privées du phlogiftique , ne- font point attirâbles par l’aimaiit.
- 2”. Qu’il n’y en a aucune que fe grillage 11e foumette à fou adtiori:
- 3°. Que les différentes couleurs des mines du fer viennent du degré de, chaleur qu’elles-ont elfuyé. , i. ' - .
- 4°.- Que ces d-iftérens degrés de chaleur.ont donné aux.mineS; du fer dïffé-rens états qui les ont plus ou moins approchées de celui du fer, -dont le plus parfait eft celui que nous appelions fer natif.
- Nous avons encore vu' que l’élément du fer eft répan’u en plus ou moins grande quantité, non-feulement dans les minéraux, végétaux & animaux, mais encore dans l’eau,*, nous pouvons meme ajouter dans l’air. D’où nous pouvons conclure :
- i°. Que cet élément eft- une matière très-fubtile , puifque l’eau , l’air & le feu peuvent la voiturer , la raifembfer, la diiSper, la combiner ,-la* voiatilifer, &c. (2$)
- 2°. Que pour être à l’abri de ces agens , il faut que l’élément du fer foit uni à des baies qui puiifent y rélifter. Il eft-certain , ditf,Lfci*MANN, que> chaque matrice doit avoir un corps folide, fans quoi elle ne ferait point en état de retenir les métaux : &.nvème nous avons; lieu d’admirer la fageffêr de la nature , en voyant qu’elle a eu foin de joindre les,métaux: qui font
- (2 O II y aurait beaucoup déchoies à niables des pyrites, & d’autres mines de objecter à toutes ces conféquences. Lorf- fer; il fe charge de l’acide vitrolique., que l’auteur affirme qu’il y a du fer dans mais ni l’un ni Fautr’e ne font' les élémens l’air, cela n’eft vrai que de l’acide vrtrro- cfu Fer. D’ailleurs ^‘tontes ces difcuffions lique. Mais peut-cm l’appeler fer? Les font-elles fbrt‘Utifeâ^?'Si jë les jugeais tèl-particules élémentaires du fer peuvent être les , je medé terminerais à les; examiner en voiturées, difiBpées,;& volatilifées par Fair*_ 1 détail. j r , r; , ; î r
- Il: volatilife en effet les particules inflam- ••• :• tjl j ...
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- DES MINES DE FER*
- M
- rriinéralifes par des fubftances rapaces & volatiles , telles que l’arfenîc, lè foufre , &c, avec des corps folides qui fervent à les retenir dans la rnfion. Parm ‘ces bafes,il y en a qui aifedent une figure déterminée ; les unes paraiirent d’une formation ancienne , les autres formées plus nouvellement. Il y a desfmines qui font dures, d’autres molles, d’autres qui fe forment, s’accroiifent, dépendent, &c.
- • 3°.' Que l’élément du fer eft fufceptibie de prendre toutes les formes & figures que les bafes, auxquelles il eft joint, peuvent prendre elles - mêmes. C’eft par cette raifion que nous la voyons tantôt cubique, feuilletée, rondes tantôt fuivre les modèles des pétrifications, les jeux des ftaladlites, &c..
- • 4°. Qu’il faut connaître la nature des fubftances qui fervent de bafe? à l’élément du fer, pour leur donner les préparations préliminaires, les, fondansjdes foyers convenables.
- 5°. Nous obferverons fur-tout que nous ne devons appeller mines: de fer que celles qui, d’une part, ont avec elles une affez grande quantité de l’élément du fer , pour être- traitées à profit dans les travaux en grand * & qui d’autre part peuvent être amenées au point de donner un métal utile : connaillances que nous n’ofons efpérer que de la comparaifon & de Fexamen.
- Article II» »
- • Des mines de fer répandues dans la maffe entière du globe*
- Les chofes naturelles font fi liées les unes aux autres, qu’on ne peut traiter cette queftion fans recourir aux agens généraux qui font, l’eau, le feu l’air , que nous voyons journellement travailler dans la nature.
- Presque par-tout, 8c même dans des corps très-durs, on trouve des coq.uil!est& des débris dé la mer j ouvrage de l’eau.
- Dans plufieurs endroits , on trouve des vitrifications, des calcinations,, des pierres-ponces, des fcories ,* effet du feu.
- Sur toute la fuperficie de la terre, nous voyons des dépôts des pluies; eu des rofées ; production de Pair.
- ‘ On fe rend aifément à la vue de ce que le feu a foulevé , fondu , ou réduit en cendres: on fe'rçnd aufli à la vue des dépôts des pluies & des rofées, ; dont Je réfidu, fpécialeinent des dernieres, eft martial. On conçoit que l’air eft chargé de toutes fortes de matières , & conféquemment que tout ce iuiiluLeft expofé doit ou fe durcir ou augmenter de volume par l’af-dition du dépôt, ou s’amollir, même fe réduire en pouftîere, fuivant les menftaîes ayec lefqueiies l’air les attaque. On conçoit bien que ee qui
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- DES MINES DE FER.
- fait la confervntion de Pun , peut occafiormer le dépériffement de l'autre* ou que, fi lé corps ne peut être entamé, le dépôt augmente fa fuperficie. ..
- On convient'bien encore que les eaux peuvent vuider, combler, voi-turer, mélanger : on le voit journellement. Mais quand il s’agit de ces malfies énormes de coquillages connus , de leur dilperfion prelque générale, de leur pofition dans de vaftes étendues & élévations, de leur incrustation dans les corps les plus durs; quand on voit les marbres, les pierres, les craies, les marnes, lesargilles, les fables, & presque toutes les matières terreftres, dans certains cas, remplies de coquilles & d’autres débris de la mer, if faut convenir que la furface de la terre a eiluyé quelque grand bouleverfement. En nous foumettant au texte des livres famts, qui l’attribuent à un déluge univerfel (26) , nous dirons que, même avant le déluge, les eaux avaient déjà occafionné de grandes mutations dans la fuperficie de la terre f comme il en arrive encore journellement. (Les Suédois donnent tous les ans , dans les mémoires de leur académie, le calcul de ce que la mer perd annuellement de terrein chez eux. J Ainfi il pou-
- (26} Si l’on examine la ftruéture intérieure de la terre dans cette petite portion où nos mines les plus profondes ont pénétré , on fent que le déluge n’eft pas la feule caufe des ehangemens qu’a éprouvés , notre globe. La nature des pierres , leur pofition dans l’intérieur de la terre, aide à diftinguer avec allez de certitude celles qui fe font formées après le déluge , de celtes qui exéftaient auparavant ; & parmi res dernieres , il 5 en a qui très-probablement ont pafle par le feu , où elles ont éprouvé une forte de fufion. D’un autre côté, il n’eft pas rare de trouver fous d’énormes amas d’antiques rochers, des coquillages pétrifiés , & d’autrçs veftiges de la mer. A quelque profondeur que l’on pénétré dans la terre , on trouve par-tout, exepté dans les rochers, une variation perpétuelle de couches de terres àhfolumcnt différentes. Dans plufieurs endroits on a trouvé juf. qu’à ^o de ces couches, à une profondeur allez peu confidérable. M. PE Justi ob-ferve à ce fujet, qu’il n’eft pas aifé de concevoir que toutes ces couches aient été formées~par le deluge. Les différentes matières chariées çar les eaux , ont dû fe dé'
- . pofer en proportion de leur poids ,^enforte que les plus pefantes auraient dû fe trouver au fond; mais c’eft ce que l’on ne trouve pas toujours : la même forte de tèrre reparaît au-defl’ous de plufieurs autres couches d’une gravité différente. On dirait que chaque couche a été dépofée par une inondation particulière. C’eft ainfi que M. de ^Justi, propofe d’une maniéré générale f fes idées fur cette queftion. Je ne fais s’il a publié la DiJJ'ertation qu’il annonce , & où il pourrait développer & confirmer fon fyftême. Si'elle a paru , elle ne m’eft pas connue , & je puis obferver que la révolution par le feu , antérieure au déluge, reviendrait au fyftême de Wiüstok , fy aux cometes qui doivent avoir opéré tant de ehangemens fur notre globe Quant à la difpofition des couches de terre faites par les eaux , elle ne me parait pas avoir dû fe faire conftamment fuivant la loi delà gravité : la nature des terreins fur lefquel& fe faîfaienc les dépôts, & l’agitation plus op moins grande des eaux , des* courans , & d’autres circonftances pareilles ? ont dû y apporter biçn des exceptions, ' *
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- vait y avoir des débris de la mer déjà répandus; & incruftés dans bien des -Corps avant le-déluge même , quelle qtfien ait été tacaufe. ,
- Après la dividendes eaux, dont les unes refterent fur la terre, & les autres furent élevées pour compofer fiathmofphere ; la léparation de celles qui étaient fur la terre , fe fit par les loix de la nature qui font celles de Dieu même : les vallées furent approfondies par le cours des eaux, qui formèrent la mer* & les montagnes qui eiï réfuItèrent, fervirent dans leurs cavités dé réceptacle aux eaux qui remédient à l’aridité, en remplaçant celles que l’air & la chaleur pompent continuellement. Les eaux tombées pendant quarante jours & quarante nuits avec une abondance & une force que Ton pourrait prouver par la hauteur à; laquelle elles montèrent & refterent pendant cent cinquante jours-, en y joignant le mouvement du flux & reflux, ont pu changer la furface de la terre» Les vallées ont d’abord été comblées par les terres les plus aifées à-enlever, enfuite par les minéraux, les rochers , &c. Il ne faut donc' point être étonné- de trouver des rochers maiîîfe fous des arènes-légères, non plus que des charbons de.terre fur des argilles ; des glaifes fur des marbres qui fe font durcis depuis> des métaux fur dJes fabl'es ,' des mines fans fuite j des bois-, meme étrangers , pétrifiés & minéralifés. ;
- .Apres fi effort d’une telle puixlance latranquillké n'étant revenue que quand les badins, inférieurs^ ont été remplis , l’eau n’a plus eu de pouiféet alors des fubftances qu’elle foutenait & qu’elle; broyait , fe font dépofées; & cette eau, en- fe retirant, a' fiilonné' de nouvelles5 vallées , 1 aillant dans la nouvelle croûte' &.les nouvelles montagnes qu’elle formait, des veftiges-de fon bouleverfemcnt. Quant aux coquillages qu’on trouve à une certaine profondeur, & en grandes maffes., plufieurs raifons ont pu concouru; à les raflembler, les difperfer, les enfouir.
- La première vient de Ge que l’eau chargée des déblais qu’elle entraînait,, aura comblé dés portions de la nrr, pendant’qu’elle aura5 creufé d’autres efpaccs, comme cela arrive journellement.
- La fécondé , que pendant le féjour des eaux, des montagnes de coquillages auront pu^-fe raflembler fur un terrein-nouveau, & demeurer à fec lors de la retraite des eaux* Sc enfuite , par des fucs lapidifiques ou métalliques , former des mafles folides, & devenir marbres, au mines i ou bien ,» faute de fucs lapidifiques, former les marnes.
- La troifieme , que les eaux, dans:l’agitation qu’bn leur fuppofe, purent" faire périr une quantité prodigieufe de poiflons & de coquillages qui furent' poufles par les flots, & demeurèrent en partie brifés & mêlés avec d’autres fubftances , qui à la; longue fe font durcies , & en partie dépofées. Des^ maifes entières de ces coquillages ont pu être? voiturées- & tranfportées
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- au îoin. Par conféquent, ces umas peuvent aujourd’hui fe trouver dans le même état que dans le fond de la mer, où certains individus vivent dans une efpece de fociété, fans fe confondre avec les-autres.
- Les naturaliftes ont pu avancer que la rencontre des courans, qui, pendant la cliûte des eaux, étaient auflï multipliés que des côtés des montagnes, aura formé de nouvelles montagnes , & qu’il y a eu des montagnes qui n’auront -pas fouffert beaucoup de dérangement : celles, par exemple, qui étaient-aiTez fo.lides pour ré.fifter à la force de l’èau, 8c celles dont la bafe aura été promptement environnée. Les premières ont oppofé -la force y les autres, preffées également de tous côtés, font- reftées fans altération. Ils difent qu’on peut diftinguer alternent aujourd’hui ces montagnes, parce qu’on n’y trouve point, comme'dans les autres, des débris de la mer : e’eft ce qui a occafionné la diftinétion que l’on a faite de la terre., en ancienne & nouvelle, de fuhftancesanciennes d’avec celles de nouvelle formation.
- Il fera donc relié des minières que nous appel Ions fondamentales, dans ces ^montagnes anciennes $ des accidentelles* dans les terreins nouvellement formés par la rencontre des courans, & des minières â'alluvion ou de tranf-fort prefque par-tout. On ne doit pas être étonné de trouver ces dernier es minières très-difperfées , très-inégales, 8c mélangées avec toutes fortes de, matières. -
- S’il n’efl: pas aifé de fe perfuader que l’eau ait eu allez de force pour faire un û grand bouleverfement , quelques effets journaliers peuvent nous fervir d’objets de comparaifon. Pour trouver la puiffance de Peau aduelle, ou , fuivant MM. Perrault & Mariotte , l’eau de pluie eft en état d’entretenir les eaux qui vont fe rendre à la mer j ou, fuivant M. de la-Hire & d’autres, ce font les eaux de la meu même , qui en traverfa'nt le fein de la terre par une multitude de canaux, fe fubliment en vapeurs dans l’intérieur , & qui, rafraîchies & condenfées.enfuite en approchant de la fuper-ficie, fourniffent à l’entretien des fources. Sans entrer dans ce détail, oit a obfervé en France, qu’à prendre les années l’une dans l’autre , il tombe annuellement 2f pouces d’eau de pluie. M. Mariotte, par un calcul» fait feulement fur If pouces, a trouvé que dans une hauteur médiocre ,, la Seine fous le Pont-royal , donnait 288,c.oo,€»co pieds cubiques d’eaux par vingt-quatre heures , cè calcul ayant été fait fur les racines de lai Seine, évaluées à 3000 lieues quarrees.
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- • Conclusion.
- Vraie diftinïiion des mines de fer.
- Nous pouvons confidérer i\ que les minières anciennes ne peuvent être demeurées que dans les montagnes folides, où l’on doit les trouver fans aucun mélange des débris de la mer. C’eft dans la terre primitive, dit M. Rouelle, que fe trouvent les mines des métaux. Ces mines fuivent allez la diredion des couches où elles fe trouvent, & fe diftribuent à la façon de la racine d’un arbre ; ce font ces branches qu’on appelle veines métalliques, & que les mineurs nomment filons.
- 2°. Que les mines accidentelles, celles d’alluvion & de tranfport, doivent être très-inégales dans leurs portions, leurs fuites, leurs mélanges. On remarque que ces minières vont du nord au fud : cela eft vrai pour quelques-unes j mais cette diredion, ou toute autre, ne peut venir que de la diredion des courans qui les ont voiturées. '
- 3°. Comme on peut avancer que non feulement le fer eft répandu dans tous les corps qui compofent la malle folide de la terre, mais encore qu’il n’y a prefque point d’eau qui n’en foi t imprégnée, qui n’en dépofe , ou qui n’en charie journellement j point de feux fouterreins qui n’en travaillent j point d’air qui n’en retienne & n’en dépofe ( 27 ) ; nous diftribuerons les mines du fer conféquemment à ces différentes caufes* & relativement à la malfe entière du globe :
- i°. En anciennes ou fondamentales , qui fe trouvent dans les montagnes de toute antiquité , fous la forme de racines d’arbres, & à une grande profondeur j ce qui leur a fait donner le nom de mines enfilons. Elles ont ordinairement de la fuite & de la ri ch elfe ; & cela, à mefure qu’elles fout plus profondes. Lehmann dit qu’on reconnaît les montagnes anciennes, l°. en ce qu’elles font plus hautes-, 2°. en ce qu’elles ont une pente plus roidej 3*. en ce qu’elles font toujours environnées de couches.
- Il ajoute que leur ftrudure intérieure différé de celle des autres montagnes 5 i°. en ce que la nature de la roche n’eft point 11 variée j 2°. que les lits ou bancs font perpendiculaires ou inclinés à l’horizon 30. que ces bancs ne font point fi minces ni fi multipliés que dans les montagnes
- (27) 11 aurait été tout auiïî bien de 17e point un des élémens du fer, beaucoup parler point de cet ak qui retient & dé- moins le fer lui-même. Mais que peut pofe les fers. Nous avons déjà vu plus - faire l’air lorfqu’il s’agit des mines de fer ? haut que l’on ne faurait dire avec quelque --.Gomment concevoir des mines de fer pro-vraifemblance que l’air contienne du fer. duites & dépofées par l’air ?
- 11 renferme de l’acide , mais l’acide n’eft
- nouvelles j
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- nouvelles ; 4®. que ces lits ou filions vont jufqu’à une profondeur dont on n’a encore pu trouver la fin. La figure 1 , planche ï , repréfente une de ces montagnes anciennes : AA, BB, C font des filons.
- 2°. En minières accidentelles qui fe trouvent dans des montagnes moins élevées que les premières, quelquefois à fond, d’autres fois plus près de la fuperficie, avec différens degrés de richeffes. Ces montagnes font toujours par couches : (fg. 2, pi. 1. ) C, D, E, F, G font des couches.
- 3*. En minières d’alluvion, communément proche la fuperficie de la terre avec beaucoup de mélanges & d’irrégularités , ce qui leur a fait donner le nom de mine de chajje, c’ell-à-dire, mines qui n’ont pas beaucoup de fuite ni d’étendue.
- 4*. En mines plus nouvellement dues au travail de l’eau, &' formées journellement, foit par dépôt, foit par tranfport, foit par filtration.
- 5°. En mines dépofées par l’air. On trouve fur la fuperficie des pierres, au-delfus des plus hautes montagnes, une efpece d’efflorefccnce ou de mouffe qui n’eft que du fer.
- 6°. En mines torréfiées ou fondues par le feu. Nous eflaierons de prouver que ce font celles auxquelles on doit la découverte du fer, & les premiers fers qui ont été fabriqués.
- “ S’il fe trouve des mines, dit M. Rouelle , dans la terre primitive, il „ s’en trouve auflî dans la nouvelle terre 5 mais elles y font dans un état bien j, différent. Il peut être arrivé que l’eau ayant trouvé une couche de fable , „ s’y fera filtrée, & aura dépofé le vitriol qui forme les pyrites, ou qui w s’eft décompofé On conçoit aifément que ces mines ne peuvent être difpofées comme celles de l’ancienne terre : elles ne font pas enfilons ( 28), quoiqu’il y ait quelquefois des filons de l’ancienne terre qui y conduifent. Quelquefois elles font en nappes , formant une grande couche métallique, femblable aux autres lits de la terre. D’autres fois on trouve un grand tas de mine qui ne garde aucun ordre : il y a même fouvent de ces tas qui fe pénètrent les uns les autres, & fe confondent : on les appelle minera
- (28) Tous ces principes font conteftés par les minéralogiftes Allemands, & peut-être détruits par l’expérience. La nature ne pourrait-elle produire des mines , foit dans les anciennes terres, foit dans les nouvelles , que par le moyen des eaux qui contiennent du vitriol décompofé ? On ne trouvera pas un feul endroit où les mines de fer foient difpofées par filons dans une ancienne montagne de roc. On ne peut Tome IL
- pas non plus affirmer que les mines de fer ne trouvent jamais un filon dans les terres nouvelles. Il eft vrai qu’elles font le plus fouvent en couches ; mais il n’eft pas rare de les voir s’étendre fort loin en filons réguliers & dans les terres nouvelles , & même dans les marais. M. DE Justi cite , pour prouver fon opinion, les mines de Ruhl, dans le duché de Saxe-Gotha.
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- gwglomraM) mines cumulées- Quelquefois ces tas font difpofés comme des efçaliers.. C’eft ainfi qu'on trouve fouvent les pyrites martiales, & fur-tout les arfenicales. Henckel les appelle des mines par efçaliers. D’autres fois ces mines font par petits morceaux logés dans une petite grotte formée dans le milieu d’une pierre ou d’une ardoife ,* c’eft ce qu’on appelle* minera nidulans. M. Rouelle appelle mine maromiée, une mine qu’on trouve éparfe par petits pelotons de la groifeur d’une châtaigne. C’eft fouvent une mine de fer qui, après avoir été dépofée, s’eft de nouveau réminéralifée, parce que fouvent ce métal perd & reprend fon phlogiftique. En général il appelle métal mmèralifé, un métal uni à du foufre ou à de l’arfenic, ou à tous les deux enfemble y & c’eft de cette combinaifon qu’il voudrait qu’on tirât le caracftçrs des ditférens genres de mines. Pour celles que l’on trouve dans de fa-rgille, de la pierre à chaux,. &c. on pourrait les appeller des mines combinées avec telles ou telles fubftances.
- Nous avons en France des mines de bien des cfpeces différentes j. & lorfque nous en ferons l’hiftoire, nous tâcherons de les faire remarquer: foi vaut fi. divifion que nous venons de donner».
- Article I I R
- De. la recherche des mines de fer».
- La fuperftitiori s’eft infirmée parmi les ouvriers qui travaillaient aux œnines& elle y a paru d’autant plus enracinée, que les minières étaient plus profondes, comme fi elles aimaient l’obfcurité. C’étaient des divinités bien ou mal faifantes, qui confervaient les filons utiles ,* ce qui a. donné oecafion a une multitude de fables, que nous nous difpenfons de; rapporter : nous en conclurons feulement que la recherche de certaines, mines eft bien équivoque.
- .D’autres auftl peu raifonnables, ont prétendu qu’avec une baguette que* l’on décore du nom de divinatoire , ils avaient le lecret de trouver & de* diftinguer les différentes efpeces de tréfors cachés dans le fein de là terre». Quelques-uns ont eu recours à l’influence des aftres& à la domination des planètes, dont les métaux portent encore le nom , fans parler de bien d’autres préventions , toutes filles de l’ignorance (29)»
- De meilleurs fpécu'ateurs ont remarqué qu’une telle efpece de mine* paiaiffait fe plaire avec certaines matières. Or, quand ils trouvaient de ces,
- (29) On ne parlait point de 1^ baguette divinatoire avant le XVe fiecle. Depuis, lors on a beaucoup écrit pour & contre t
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- rtmieres, ils fe font attachés à travailler & à chercher la raine qu’ils foup-donnaient. Première probabilité*
- D’autres ont pris garde que telles efpeces d’herbes ne ctoiifaient pas ou croifïaient mal, ou même , fi l’on veut, croiifaient bien , dans les endroits expofés à telles exhaîaifons minérales : ç’a été un autre motif de recherches. Seconde probabilité.
- Ceux-ci fe font apperçus que les mines du fer aimaient & affectionnaient certaines plantes : voyez Swedenborg. Ceux-là ont obfervé que la couleur des feuilles des arbres prenait fur une minière des nuances différentes. Nouveau motif de recherches , & troifieme probabilité.
- “ On peut regarder, ditLEHMANN, des arbres difformes, des lieux „ fecs & arides, comme des lignes de minéraux cachés au-deffous de ces „ endroits. Ne parviendrait-oil.pas à découvrir.des mines , en examinant le „ fuc des végétaux qui croiffentlur les lieux que l’on voudrait fouiller ?.... „ Des forêts de chênes annoncent des mines par couches (30). Les forêts „ de pin & de fapin défignent des montagnes qui renferment des filons
- Il y en a qui ont cru voir que certains minéraux aimaient un tel afpeét, un coteau d’une telle façon : enfin il y en a qui ont eu recours aux vapeurs. “ Quelquefois, dit Lehmann, on apperçoit des exhaîaifons & des va-„ peurs qui peuvent faire foupçonner la nature des fubftances renfermées „ fous terre. Que dirai-je, ajoute-t-il, des étincelles qu’on voit fouvent j, fauter & s’élever à trois ou quatre pieds au-deffus de la neige pendant l’hi-„ ver, lorfqu’il fait un beau foleil, fur les endroits de la terre qui ren-,s ferment des charbons fofliles , des fources, des pierres à chaux & des „ mines? Je les regarde comme des efpeces de mouffettes que les rayons ,3 du foleil font fortir de la terre
- De plus habiles, à ces premières confidérations qu’ils ont fu apprécier, ont joint l’examen des torrens, des ravins & de toutes les excavations faites par quelque caufe que ce foit. Ils ont examiné les lavanges des volcans , mais fur-tout ils ont vu, fuivi & effayé les eaux (31 J.
- ‘ ( ?o ) Tout cela ne fournit que de bien faibles indications. Si l’on parvient à en tirer quelques lumières, ce ne fera qu’après avoir découvert les mines par d’autres moyens.
- ( ? 1 ) On n’a dit que des chofes vagues fur les indices auxquels on peut reconnaître les mines, les chercher & les trouver. KtR-CKER dans fon Monde fouterrein, & JüN-C-KËR dans fa Ghymie, difent ce qu’on fait îà-deffus de plus certain. M. Bertrand lçs
- a réfumés dans foft Dicîionnaire des fojjî-ics. C’eft d’après ces auteurs que nous ajouterons quelques idées. Pourobferver les mines , examinez d’abord des fentes des collines rapides, les lieux abruptes , qui décèlent quelquefois dès mines. 2«\ Les rivières, les fables où l’on trouve des pierres métalliques , indiquent qu’il y a des mines daris les lieux d’où elles ont été entraînées. 3». Les eaux minérales qui défeendent dès montagnes, annoncent qu’il y- a des miné-
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- DES MINES DE FEE.
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- Nous no nous mêlons pas d’appliquer les probabilités aux autres métaux. Comme nous ne traitons que le fer, nous pouvons aiïurer que fes minières ne préfèrent point lin endroit à un autre ; qu’elles ne font point périr tes végétaux; qu’elles n’aifeétionnent aucunes plantes; & que leur recherche n’a de principe alTuré, que l’examen des minéraux & des eaux, qui ne manquent jamais d’indiquer la préfence du fer, comme on le verra à la partie des effais. La raifon eft, que l’élément du fer s’accommode & s’allie également & indifféremment avec toutes les différentes efpeees de minéraux. Nous avons, dans un jardin où on a fait mettre différentes efpe-ces de. mines féparément , la preuve que les mêmes herbes , les mêmes arbres y font venus naturellement, & y croiflènt fans diftin&ion & fans affectation (32).
- La recherche des mines de tranfport & d’alluvîon, proche la fuperfieie de la terre, ne demande que quelque eonnaiffanee des minéraux, quelques réflexions fur le cours de l’eau, des fondes, comme nous le dirons, ©u quelques puits. Lorfqu’il fe trouve, dit Lehman N, des mines dans les endroits où l’eau fait ou a fait un coude, ayant rencontré un obftacle qui a interrompu fon cours, les mines fe font amaffées dans le lieu qui leur a été le plus commode. Les Allemands nomment ces fortes de mines feiffemverke, mines formées ou amaifées par tranfport.
- Pour celles du dépôt des eaux, voyez Swedenborg, & appliquez ce qu’il dit à une grande partie des minières formées dans des marais actuellement
- raux. 40. Les terres:métalliques, lesochres, font des métaux décompofés par l’air, l’eau & les fels. çc. Les exhalaifons fulfureufès , les feux follets, les météores ignés, qu’on appercoit de nuit en certains lieux, indiquent auffi des matières minérales enfermées dans la terre. 6e. Souvent les arbres & les plantes font plus petits furies terreras remplis de minéraux ; les feuilles jauniffent plus vite en automne. Cependant au pays des Grifons y la valléede Sckams , très-fertile en mines , l’eft auffi en excellens pâturages. 7Q. Les talcs , le fînter, le fpath , le gur & d’autres fofïïles de ce genre, trouvés au - défions de la furface de la terre, indiquent auffi la préfence des minéraux, gç. Si la terre d'une colline eft teinte d’une couleur frappante, rouge, jaune ou verte , c’eft l’effet des minéraux de la montagne voifine.
- Li neige eft plutôt fondue fur les mon-
- tagnes remplies de minéraux. Chacun deces indices pris féparément,eft très-équivoque : plufteurs réunis forment une plus grande probabilité. Lorfqu’elle eft affez forte pour engager à faire quelques tentatives, on emploie la fonde pour connaître le terrein ; on £iit enfuite des- effais pour féparer le métal des minerais, il faut fe défier des apparences, & ne pas commencer des travaux confi-dérables T qu’on ne foit bien aflùré d’en être dédommagé.
- (32) Cette preuve paraît faibleà M DE J'JS'ï’T, & je ne puis, m’empêcher d’être de fon avis. II doit y avoir une grande différence entre les minéraux dans leurs filons environnés des vapeurs qui leur font propres, & quelque portion de minéraux que l’on tranfporte davis un jardin, & que l’on s’avife d’enfouir dans la terre.
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- «leflechésî mais pour celles qui font renfermées dans le fein des montagnes;, nous en devons la découverte à la force de l’eau qui entraîne ; à un tremblement qui détache; à un feu fouterrein qui fe fait jour; à la recherche d’autres matières ,• à l’eau en général, même aux plus petites voies qui rongent infenfiblement, & entraînent quelques indices. Dans les plaines on examinera les pierres détachées qui y font répandues, & qui doivent être regardées comme desSfragmens & des débris que différens accidens ont fé-parés d’une malfe. On trouvera de la facilité dans ces recherches , fi l’on examine les carrières de pierres qui font ouvertes, les glaifieres, & fi l’on fait attention aux chemins creux & profonds: ces fortes d’examens peuvent tenir lieu de fouilles, & conduifent fouvent à des découvertes très-avan-tageufes, ainfi que les veftiges des anciens travaux, des ouvertures faites à la terre, des débris des mines.
- A l’égard des eaux, outre leurs propriétés internes, il faudra examiner leurs fources, leurs bords, leurs lits, &c. On obfervera fi les pierres, les terres, le fable qui s’y trouvent, contiennent quelque chofe de ferrugineux. Les mines formées par tranfport & par ailuvion , doivent nous exciter à cet examen : fi par cette voie l’on a rencontré quelques fubftances, on en fuivra les traces jufqu’à l’endroit où elles fe perdent, parce qu’on fait que ce font des fragmens arrachés des filons par la violence des eaux.
- Nous aurons occafion de faire voir que nous avons beaucoup de rivières qui charient un fable ferrugineux, dont on tire beaucoup de fer ; mais dans l’examen des mines , nous remarquerons que nous en avons qui ne font dues qu’à un fédiment dépofé par les eaux; d’où il eft aifé de tirer la con-clufion pour de grandes quantités qui doivent leur formation à la même caufe , quoique le terrein foit actuellement defleché.
- SECONDE PARTIE.
- Travail des mines du fer.
- Jusqu’ici nous avons cherché à examiner les mines du fer par leurs couleurs, figures, mélanges ou combinaifons avec les minéraux. L’objet de cette fection fera d’indiquer les préparations qu’il faut leur donner pour êtfe miles au fourneau de fufion. Quelques-uns ont divifé les mines en mines feches & en mines vives. Les mines feches font celles qui, faute d’avoir avec elles un fondant, ne fe mettent que difficilement en fufion. Les mines vives au contraire font celles qui ont avec elles une quantité de fondans*
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- D’autres ont divifé les mines en froides & en chaudes: c’eft la meme chofg que feches & vives. On les diftingue ailleurs en mines caflantes & mines pliantes > c’eft le langage des mineurs & des fondeurs du Maine. La mine pliante n’eft pas plus pliante que la mine chaude n’eft chaude i mais c’eft qu’ils la croient propre à faire un fer doux, & qu’elle eft très- fondante. Âuffi mélangent - ils les mines caiTantes avec les pliantes, comme on mêle les froides avec les chaudes. Quelques-uns enfin les divifent en mines pauvres & mines riches j diftincftion fondée fur leur produit: d’autres en mines fines & en mines en roche, &c.
- Le travail des mines confifte au tirage , à la réparation des corps ou fubf-tances nuifibles , & à l’addition des matières convenables à la fulion que l’on appelle fondant. :
- Article I.
- Tirage des mines.
- Ce travail confite à les tirer du fein de la terre: pour cela il faut fe fouvenir que les mines font, ou fur la fuperficie de la terre, ou à différens degrés de profondeur,- qu’il y en a en poulf ere , en grains fins , en pois , en feves, en rognons, en fable, en malfes plus ou moins dures, en roches ; que les unes ont de la fuite , d’autres n’en ont point ; qu’il y en a de combinées avec toutes fortes de minéraux, ou minéralifés avec du foufre , de l’arfenic ; qu’il y en a des quantités immenfes qu’on tire des marais, des lacs, des fleuves. Tout cela demande des détails particuliers.
- §. 1
- Tirage des mines qui ne font pas a fond.
- Il y en a des quantités immenfes, ou fur la fuperficie ou proche de la fuperficie de la terre. Nous ne pouvons pas douter que ce ne foient des mines nouvelles , reliées de la décompofition des pyrites, ou des pyrites mêmes , ou des mines voiturées & dépofées par l’eau : dès-lors elles doivent être mêlées avec des matières de toute efpece, avec lefquelles elles ont fait un corps plus ou moins folide , fuivant les différens alliages.
- Pour trouver celles qui font fur la fuperficie , il ne faut que des yeux. Si l’on croit que c’eft wrcourant qui lésa amenées, il eft aifé de remarquer quelle était fa dire&ion , les angles ou finuofités qu’il a décrits, les obftacles qu’il a pu rencontrer. Si au contraire on a lieu de foupqonner que c’eft un dépôt que les eaux ont laide dans un terrein maintenant delféché, il n’y a .qu’àyoir ce que dit Swedenborg , des mines de marais.
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- DES MINES DE FER.
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- Si la mine s’enfonce dans de l’argille on autre matière aiféeà percer, avant que d’y mettre des ouvriers, il faut commencer par employer la fonde. Une fonde eft un outil propre à percer. La meche doit être acérée , tranchante fur les côtés, arrondie , polie , foudée à une barre de fer de moindre volume, dans laquelle barre on ménage des mortaifes pour paifer un morceau àé fer ou de bois , à l’aide duquel on tourne la fonde. On peut aufîi l’alongec fuivant le befoin. Pour tout ce détail, il n’y a qu’à confulter la figure 3 ÿ planche 1. Quand on eft aifuré d’un banc de mine, & de fou épaifteur, des pics & des pelles fuffifent pour tirer la mine. Pour ces efpeces, il ne faut aux gens du métier que la vue, le poids & l’habitude. E11 la tirant, faites fépa-rer la partie la plus riche en fer; ôtez les pierres à la minière même, «St faites conduire ce que vous aurez mis à part, fur l’attelier deftiné à le nettoyer.
- Si ce font des mines en grains fins ou en pouffiere, comme du menu fable, mêlées dans de la pierre, dont les morceaux fe féparent aifément, le pic en viendra à bout : ayez feulement foin que les tranchées foient aflezr larges pour lailfer dans la minière les plus groifes pierres & les moins riches en mines-} féparez enfuite le minerai le plus menu. Si les pierres font* affez riches en mine pour mériter d’être employées, vous trouverez ci-après l’attelier qui leur convient.
- Quand les bancs de mines font extrêmement folides, comme il n’eft pas effentiel d’avoir des morceaux tranchés nettement & avec précilion , puif-qu’il faudra les divifer, vous avancerez l’ouvrage quand le banc fera bien découvert, en vous fervant d’un morceau de fer rond d’environ un pouce de diamètre, ayant une de fes extrémités, en pic, & l’autre comme un ci-feau à deux bifeaux, bien acéré, & trempé, que vous faites entrer dans le banc de mine d’un pied & demi ou deux pieds. La pefanteur feule & la chute de l’outil fuffifent. O11 verfe feulement un peu d’eau , ayant foin à chaque coup de changer la pofition du tranchant; on a en peu de tems un trou cylindrique de la profondeur convenable. On met au fond de ce trou environ une ou deux onces de poudre, fuivant Yépaiffeur du banG & fa folidité ; fur la poudre , un chiffon de papier ou de moude feche qu’011 fait traverfer par une baguette de fil de fer, qui vient jufqti’au-deiius ; on achevé d’emplir le trou de terre feche bien battue ; ou retire la baguette de fer; on verfe de là poudre dans le vuide qu’elle a laide , & on y met le feu avec une meche lente. (V oyez planche 1 , figure 4.) Avec cette méthode., deux ouvriers détacheront de la mine plus qu’un grand nombre ne ferait (3 3)»
- (3 O C’eft ce qu’on appelle faire fauter garantir des éclats de pierres qui font très.» lamine, en allemand fc/iiejjen r mais il dangereux Au relie, Ton a bien rarement y a bien des précautions à prendre que occaiion de fe fervir de cette méthode* fauteur n’indique pas fur- tout pour fe
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- DES MINES DE FER.
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- §. I I.
- Tirage des mines à fond de dix à vingt-cinq pieds.
- Supposons d’abord des mines à fond de 10 à is ieds. Le terrein qui les couvre, eft ou peu folide ou très-ferme. Sous un tenein peu compad, comme ferait une terre fablonneufe qui s’effondre aifément, il faut faire une ouverture de 6 pieds fur 12. Quand on eft defcendu à moitié, on retranche fix pieds pour percer jufqu’à la mine qu’on jette fur le premier repos, & de-là fur le bord de l’ouverture. On en fait de même , quoique le terrein foit folide, fi le banc de mine n’a pas une certaine épaiffeur > mais s’il eft épais, faites un trou cylindrique d’environ trois pieds de diamètre, établiffant au-deffus un tour ( voyez planche 3, figures 1,2, £•? 3 ). On le pratique ainfi pour tirer les mines jufqu’à 2f & 30 pieds de profondeur, & même bien au-delà. A chaque puits il faut deux ouvriers,* quand celui du bas a enlevé tout le banc de mine perpendiculairement à fon puits , il fait plufieurs tranchées dans les environs, les étendant le plus loin qu’il eft poiîible , avec attention néanmoins de laiffer des piliers. Quand il y a du danger, ou trop de travail à s’étendre un peu loin, les ouvriers percent un fécond puits dans le voifinage du premier, dans l’endroit où ils voient que le banc de mine a plus d’épaiffeur & de richeffe. Ils s’arrangent ordinairement de façon que les tranchées des nouveaux puits fe rencontrent dans celles du puits qu’ils ont abandonné. On peut faire beaucoup de chemin dans une minière de cette efpece, où l’on rencontre, par ce moyen, plufieurs percemens qui y donnent du jour. Il y a beaucoup de danger à les vifiter pendant les pluies & la fonte des neiges. C’eft ordinairement dans ces tems-là qu’elles s’effondrent. Au bout de quelques années, les ouvriers auxquels l’expérience a appris qu’un certain efpace de tems fuffifait pour raffermir ces terres, percent de nouveaux puits, & font leurs tranchées dans les piliers qu’ils avaient laiffés. Les terres effrondrées & affermies , fervent à leur tour de foutien(34).
- §. III.
- Tirage des mines de 80, 100, I f o pieds de profondeur & au-delà.
- ' Lorsqu’il s’agit de creufer à de grandes profondeurs , il faut, avant que d’en faire la dépenfe, être bien aifuré de l’exiftence, de l’étendue &
- (54) Tout cela eft vrai des mines par des piliers, & l’on pratique des percemens Couches, mais non pas de celles qui fe pour donner du jour , & pour tirer les mi-trouvent en filons. Dans le dernier cas, on nerais. fuit le filon en appuyant la fouille pax
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- 4e la ricbefTe de la minière, ou tout au moins,^ il ne faut avoir rien négligé pour sren alfurer, fur-tout dans certaines circonftances. Les dépenfes que l’on aura à faire, ont trois objets : le percement des puits, les galeries & les eaux dont il fautfe débarralfer, quand ce ne ferait que celles que donnent les fuintes des terres. Lorlque ces eaux font trop abondantes, il faut quelquefois abandonner, amû qu’on a fait, peut-être trop légèrement , la minière de Mmtujfam, la plus riche de toutes celles de la Franche-Comté.
- Ck n’eft jamais, comme nous l’avons dit, que dans les montagnes qu’on trouve & qu’on peut tirer des mines à fond. La minière à'Alvar^ dans le Dauphiné , a des galeries très-longues. Celle du Val-Saint-Amarin^ dans les montagnes de Vauge, font fous une épailfcur immenfe de terre. Pour exploiter ces minières, le plus expédient eft de percer la montagne par le côté , & par le moyen des galeries on fuit le filon. Quand il n’eft pas poifible de percer la montagne de côté, alors, fuivant les différens degrés de profondeur, on emploie des tours fimples, ou à deux manivelles, ou bien un tambour qu’un cheval peut faire tourner, ou des roues avec un gros cylindre. Pour cela il n’y qu’à voir les figures ç & 6 de la planche I. Tour faire ce travail, il faut profiter de la faifon la plus feche ; & fouvent à caufe des eaux, on eft obligé de le poulfer jour & nuit, La figure 7,, planche r , montre l’intérieur d’une minière (3? ).
- Nous trouvons dans les papiers de M. de ReauMur , Phiftoire de k mine d'Excideuil dans le Périgord ; elle développe très-bien la maniéré de tirer une mine à fond. Cette mine fe trouve dans le voifinage & la banlieue de la ville d’Excideuil, fituée dans la fénéchaulfée de Périgueux, dans les lieux les plus élevés, limitrophes du Limoufin. O11 creufe dans ce pays un minaret, en forme de puits, jufqu’à 20 ou 26 brafifes de profondeur, pour trouver cette mine, dont la plus grande partie eft en forme de rochers qu’on brife avec des pics à roc. On y trouve aufli de la mine menue , en forme de grenaille revêtue de terre rouge qui n’eft pas tout-à-fait fi riche que celle qui eft en roche, Toutes les forges voifines du Limoufin fe fervent de cette mine, & la font tranfporter d'Excideuil à dos de mulets.
- Pour fortir cette mine du fein de la terre, on fe fert de paniers* & on établit un tour avec un cordage au-delliis du minaret, auquel cordage
- (H) EnSaxe, on tire le rainerai à une faire cette opération. Ces places qui dettes- grande profondeur , par le moyen mandent peu de force, font données à d’un filet d’eau , que l’on fait tomber à titre de récompenfe , à d’anciens mineurs1, volonté iur une roue adaptée à cet ufage. qui confervent le même appointement Deux ouvriers, dont l’un eft au bas & que s’ils travaillaient dans là; mine même, l’autre au haut du puits , fuffifent pour
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- rï® D E S M I N E S D E F E R.
- eft Attaché, un panier dans lequel les mineurs defcendent pour enfuité£ après avoir fouillé, le remplir de mine.
- Ces mineurs font ordinairement deux ou trois dans le fond du minaret» Quand ils ont trouvé la mine, ils en fuivent la veine & les rameaux; & par des fouterreins en forme de chambres, qu’ils pratiquent avec de& appuis de bois de chêne, il fouillent & tirent toute la mine qu’ils y trou-, vent par divers minarets qu’on fait à la diftance de 8, io ou 12 pieds les uns des autres (35 ) , non feulement pour en fortir plus facilement la mine, mais encore pour garantir les mineurs qui bechent & fouillent dans ces fouterreins , des vapeurs de la terre qui très-fouvent les étoufferaient immanquablement, s’ils n’avaient pas la précaution, lorfque la vapeur les faifit, de courir à un de ces puits ou minarets , de remuer fortement la corde qui eft le lignai, & de fe mettre dans le panier pour être montés ea diligence. Quand ils font à moitié chemin, & qu’ils commencent à ref-pirer un air plus pur, ils fe trouvent foulages & garantis, même avant que d’être fortis du minaret. Il n’eft arrivé que trop fo-uvent que des mineurs <S>nt été étouffés fans pouvoir être fecourus.
- Il faut obferver qu’à mefure qu’on creufe, il fe trouve une grande quantité d’eau qui les empêcherait de travailler, s’ils ne fefaient pas deux minarets plus profonds que les autres, pour, après avoir percé la terre des uns aux autres , y faire couler les eaux des autres minarets où l’on a tiré la mine, & enfuite épuifer promptement ces eaux par le moyen des tours, auxquels on met des ouvriers qui travaillent nuit & jour. Cette précaution donne aux mineurs la liberté d’agir plus facilement, de rompre les rochers de mine , & de la fortir aulîi bien que celle qui eft en grenaille.
- Il y a une circonftance eurieufe , c’eft que lorfqu’on a creufé à la profondeur de 24 brades , plus ou moins, on trouve très-fouvent un fable mouvant de couleur de chair, d'où il fort une grande quantité d’eau qui bouillonne dans ce fable, comme il arrive fou vent dans les grandes fources des fontaines ; & les mineurs ne trouvant plus de terre ferme pour pofer leurs appuis pour chambrer, & fortir la mine qu’ils avaient déjà découverte, font obligés d’abandonner & de fe retirer, pour y revenir deux ou trois ans après , avec la précaution de faire de nouveaux minarets, foit un peu plus haut, foit un peu plus bas.
- (4 S’il n’y a pas ici' quelque faute d’im-'preffrm , ces minarets font beaucoup trop près. Si on prétendait en faire à cette distance,ils feraient écrouler la terre. Ce ferait nêtne trop de les placer à 10 ou iz toifes
- les uns des autres. Dans les mines d’Allemagne & de Boheme , ils font à plus de 16 à 20 toifes les uns des autres, & les ouvriers ne courent aucun danger d’être étouffés...
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- DES MINES DE FER, il
- §. IV.
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- Tirage de la mine de marais, de la fluviatile*
- Il nous paraît inutile d’entrer à cet égard dans aucun détail: celui que donne Swedenborg eft fuffifant, & nous y renvoyons.
- Article II.
- De la féparation des corps ou fuhjiances nuijibles.
- Pour ce qui regarde le nettaiement des mines de marais, des lacs, des fleuves, on peut avoir recours à Swtedenborg; & afin de mieux entendre ce que nous avons à dire des autres mines, nous les rangerons fous différentes efpeces : i°. celles qui font jointes à la terre feule ; l’efpece n’y fait rien ; 3°. celles qui font mêlées avec des pierres & des terres en petits volumes; 3°. celles où il y a moins de terre & peu de pierres liées faiblement ; 4°. celles où il y a moins de terre & plus de pierres liées plus étroitement ; 5°. les mines jointes très-fortement à de la pierre très-folide ; 6°. enfin les mines minéralifées avec le foufre, ou avec l’arfenic, ou avec tous les deux enfemble.
- L’attelier propre à nettayer celle de la première efpece, s’appelle pet-touillet. Voyez-en le deffein, figures i & 2 de la planche 3.11 faut, pour fervir un patouillet, deux ouvriers exaéts & attentifs, parce que s’ils different de faire écouler la mine quand elle eft nettayée, les morceaux,.de quelque groffeur qu’ils foient, font ufés par le frottement, & cela en pure perte. Il faut que.ces ouvriers foient munis de pics, de pelles, de rabots, de bons paniers pour la mine à grains fins, lefquels, autant que cela eft poffible, ne doivent laiifer paffer que les grains de mine, ou retenir la mine, quand elle eft en gros grains; c’eft alors la terre qui pafle à travers les paniers. (Voyez la planche 2, figures 3,4, 5.) Un rabot ou ruart, comme quelques ouvriers le nomment, eft un morceau de fer battu de la longueur de 13 à 14 pouces, acéré à fon extrémité, recourbé en H de 5 à 6 pouces, pour prendre aifément le fond du lavoir, fans gêner l’ouvrier ; finiffant à Ja partie fupérieure en écrou V, propre à recevoir un long manche de bois L.
- Le patouiUet eft compofé de 2 ou 4 chaffis en bois, les deux des extrémités, éloignés de 6,7 ou 8 pieds l’un de l’autre, fur 3 à 4 pieds de hauteur , arrêtés par le bas par de fortes traverfes G , & terminés aufli par le bas en plein ceintre H : 011 ménage une feuillure profonde au-dedans de ces chaffis ', pour y attacher , ou des membrures bien jointes //, ou des plaques de,fonte cou-
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- îées au fourneau, ce qui eft le mieux. On garnit de même les côtés L ; c’eft ce qui forme la huche (37) ouïe réfervoir dans lequel onjette la mine pourêtre nettayée.
- Av dessus de la huche, du côté de la riviere, on ajufte un petit canal A près du côté oppofé à la roue; ce canal, fait de bois ou de pierre, quarré ou rond , il n’importe, & de. quatre pouces de diamètre, fournit à la huche de l’eau du réfervoir. Si Ton n’a pas l’eau élevée à une aflez grande hauteur, pour y fuppléer, on y fait verfer de l’eau par des féaux ou fabots dont la roue eft garnie. Au milieu du bas de la huche , du côté oppofé à ce canal, on ménage une ouverture Cde 6 pouees en quarré , fermé en dehors par une pelle de bois D. Cette pelle doit avoir une queue affez longue pour pouvoir la placer commodément : elle eft appuyée contre l’ouverture de la huche , par deux lifteaux entre lefquels elle coule, ou Amplement par un morceau de bois qui traverfe le delfus du petit canal M qui fert de déchar* geoir : toute la difficulté eft d’empêcher cette pelle de reculer.
- Du côté du courfier ou courant qui donne l’eau à la roue, & tout au-de du s de ta huche, on ménage une ouverture E deux fois plus large & un peu moins haute que l’ouverture par laquelle Tenu entre dans la huche , afin qu’il puilfe en fortir autant qu’il y en entre, mais cependant fur une moindre hauteur, de crainte qu’en remuant & fou levant la mine, elle ne s’échappe avec l’eau»
- La huche eft traverfée par un cylindre de bois N qu’on appelle V'arbre , garni aux deux extrémités de tourillons de fonte ou de fer 0 , portant fur des empoifes P. Ce cylindre eft traverfe par les bras d?une roue qui tombe exa&ement dans le courlier. Il eft auffi garni, vis-à-vis de la huche, de trois barreaux de fer R coudés, à deux branches, dont les racines entrent & font affermies dans les trous de l’arbre qu’elles traverfent. La partie du barreau, entre les deux courbures, doit être à un pouce près de la même circonférence que celle de la huche. Ces barreaux font placés à tiers-point dans l’arbre, de façon que,, quand un de ces barreaux fort de la huche, un autre y entre, & eft fuiv-i du troifiemc, toujours en recommençant & tournant; au moyen de quoi ils tiennent la mine dans un mouvement continuel au fond & furies bords delà huche.
- L’ouverture C du bas de la huche fervant de déchargeoir, eft garni© en dehors d’un canal en bois fur la longueur d’environ 3 pieds. Il faut que ce canal aille un peu en pente, & aboutilfe au lavoir S de fix pieds en quarré. Au - deffus de ce lavoir, du côté qui regarde la huche, il y a une ouverture très-large, fans être profonde, fuffifànte pour palfer l’eau de la huche quand on laiffe courir la mine dans le lavoir. On ménage à un des. côtés éloigné du cours de l’eau, & dans ce même lavoir, une autre ouvex*
- (3 7) En allemand' trog.
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- ture fermée par une fpelle T> laquelle coule entre deux rainures-. Il eft avantageux d’avoir, à la fuite de ce lavoir , un fécond lavoir V qui puilfe recueillir la mine que la force de l’eau pourrait faire échapper* ( Voyez fig. 2 , planche 2. ) -
- Le jeu de cette machine confifteà laiiïer entrer dans la huche l’eau pau le canal A. L’ouverture B étant fermée de fa pelle C, la huche s’emplit d’eau jufqu’au niveau de l’ouverture E, on emplit alors la huche de terre à mine environ aux deux tiers, quand c’eft delà mine à grains fins fort chargée de terre : lorfque les morceaux font gros & durs, on en met moins. La roue une fois mife en mouvement par l’eau du courfier, le premier.bar*-reau s’enfonce dans la huche, regagne le deifus & fouleve la: terre, chemin faifant, proportionnellement à fon étendue. Le deuxieme en fait autant * enfuite le troifieme, puis revient le premier, &c. Par ces mouvemens réitérés & continuels qu’on donne à la terre à mine, l’eau bourbeufe s’échappe pat l’ouverture £, pendant qu’elle fe renouvelle par l’ouverture:^; en très-peu de tems on eft débarraifé de la terre qui était adhérente à la mine qui fe délaye perpétuellement, & dont l’eau fe décharge pendant que la mine plus lourde gagne le fond.
- On connaîtra, avec un peu d’habitude, qnand la mine ferafuffifamïpent lavée/, elle l’eft toujours quand, à eau égale, on voit que le mouvement d* la roue eft beaucoup rallenti, parce que la mine nettayée s’entalfe fi fort que les barreaux coudés ont peine à y pénétrer. De là il réfui te que, pour fat** lager leurs efforts, il eft avantageux de les tailler en prifmes , & de leur faire préfenter à la mine leur côté tranchant; alors on tire la pelle D, ayant foin que celles des lavoirs au-deflous foient bailfées. La minçde la huche, aidéepar l’eau nouvelle qui furvient toujours , & par le mouvement des bar* reaux, defeend avec l’eau dans le premier lavoir; la mine plus lourde y refte pendant que l’eau s’échappe par l’ouverture du deifus du premier lavoir* Il en eft de même du fécond lavoir qui, dans le lavage des mines très-fines * n’eft fait que pour recueillir ce qui aurait pu s’échapper du premier.
- Quand toute la mine de la huche eft coulée, vous fermez la pelle I>; 8c pendant qu’un ouvrier va remplir la huche de nouvelle terre à mine, l’autre ouvrier (voyez planche 2, figure i ) nettaye avec un rabot le devant des pelles des lavoirs, & les lave : comme elles tirent l’eau du fond, la mine feule refte à fec. De-là cet ouvrier va aider à emplir la huche, afin que le lavage s’opère pendant que tous les deux viendront achever le refte de l’opération. ‘
- Pour cela à'quatre ou cinq pieds de diftanee du premier, lavoir , il faut en avoir umautréqui tire directement fon eau du réfervoir (, voyez la figure 7 de la planche 2}.- Les deux1 ouvriers avec leurs pelles tirent la miné *
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- placent dans l’efpace intermédiaire de deux lavoirs. On met enfuite le panier dans le lavoir abreuvé d’une eau toujours nouvelle, & le fécond ouvrier jette la mine dans le panier. En le remuant continuellement & par petites fecoulTes , quand c’eft de la mine à grains fins, elle pallie à travers le panier, tandis que les morceaux mal nettayés ou trop gros y relient: on les jette à côté de la huche : quand au contraire , c’eft de la mine à gros grains ou à gros morceaux, la mine refte dans le panier, pendant que la terre qui aurait pu y être encore mêlée, pâlie à travers le panier, & eft entraînée par l’eau. Les ouvriers, avec leurs rabots, ralfemblent la mine ainfi criblée, vers un des côtés du lavoir, d’où ils la tirent pour égoutter & être voiturée au fourneau. Pendant cette opération , la nouvelle terre à mine qu’on a jettée dans la huche, fe nettaye.
- On place le canal A tout contre le côté oppofé à l’ouverture D , afin que l’eau foit obligée de faire tout le tour de l’intérieur de la huche , avant que de fortir, ce qui donne le tems à la mine de gagner le fond. Ou place l’ouverture D du côté de la roue, tout au-deiFus ; & on la fait plus large & moins profonde par la même raifon : d’ailleurs les barreaux poulfant toujours la mine fur le devant, il n’eft pas pôiïible qu’il s’en échappe , à moins que ce ne foit des écorces légères, qu’on appelle folles mines, & que le vent des Jimfftets jette hors du fourneau à caufe de leur légéreté.
- L’arbre du patouillet peut être garni de fix barreaux au lieu de trois, ou de barres droites multipliées ( voyez la figure 13 , planche 3), ou d’ef-peces de cuillers de fer qui fe fuccedent ’( voyez la figure 6, planche 2 ). Plus 011 oppofe de réfiftance , plus il faut employer d’eau ; ainfi , avant cet éta-bliflement, ü faut calculer ce que l’on en peut dépenfer. Quand il ne s’agit que de relever des mines fines au-deifus de la huche, dans l’endroit par lequel l’eau entre, il y a une efpece de baflin d’eau , alfez large pour palFer la mine par le panier, & de là être entraînée dans la huche. Pour des grolfes mines dures , mais chargées extérieurement de terre , ou enfermant des noyaux terreux, fouvent il y a au-delfus du patouillet un boccard d’où la mine tombe dans la huche. Une feule roue, par le renvoi d’un rouet & d’une lanterne, fait marcher les deux équipages. Quelques-uns, dès la minière même , paflent le minerai à travers une claie : c’eft ce qu’indique lafigure 10, planche 3.
- Pour les mines en grains fins, les patouillets fuppofent un minerai plus chargé de terre que de pierre, ce que quelques-uns appellent mine en terraffe, fans quoi le frottement ufera le grain fans diminuer la pierre. C’eft une faute dans laquelle quelques-uns font tombés, ce qui leur a fait .décrier la machine. Nous avons dit que les morceaux de terre qui reliaient dans.lerpanier, fe mettaient à côté de la huche. Le foir, quand les ouvriers quittent l’ouvrage.
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- ou même pendant leur repas , ils mettent ces morceaux dans la huche ; avec le tems , ils y prennent Tenu, & à force de fe froitfer les uns contre les autres, la mine fe détache. Le patouillet eft excellent pour les mines de la première & troifieme efpece de notre fubdivifion ; & de$ paniers d’ofier {planche 2, fig. f ) , ou d’autres bois fuffifent : pour plus de précifion , on en a fait de fil de fer.
- Les mines de la fécondé efpece veulent des lavoirs & égrappoirs. Les premiers fontcompofés d’un trouquarré, ou quarré long, dont le fond eft garni de planches enterrées d’un pied de profondeur fur fix à fept pieds d’étendue, & les côtés garnis de membrures épaitïes , encochées par leurs extrémités, & arrêtées par des piquets de bois, A la partie fupérieure de la côtiere du deifus , & de celle du bas , il y aune entaille pour lailfer entrer & fortir un petit courant d’eau : pour tout cela, voyez les figures j & 6 de la planche 3. ,
- On emplit de terre à mine un des côtés du lavoir, & un ou deux ouvriers fe placent du côté que vient l’eau j après avoir tiré au courant le minerai le plus proche du bas du lavoir, ils le font palier de l’autre côté , en changeant eux - mêmes de pofition, & le tirant à eux : de là ils le ramènent à fa première place , en le remuant toujours par le fond : chaque changement s’appelle un demi-tour. Suivant la connaiffance qu’on acquiert aifément, 01a décide qu’une telle mine a befoin d’un , deux , trois, quatre demi-tours j c’eft-à-dire, que pour être fuffifamment nettayée & lavée, il faut la mener & la ramener un certain nombre de fois dans un courant d’eau qui fe renouvelle inceffamment, & qui, en s’échappant, eramene la terre dont l’eau s’était chargée. Quand la mine eft fuffifamment nettayée , les ouvriers la tirent & la mettent en morceaux à côté d’eux, avec les pierres ou fable qui y font demeurés , jufqu’à ce qu’il y en ait une allez grande quantité pour, fi la mine & le fable font de grolfeur inégale, être portée à Végrappoir, nom qui vient de ce qu’on appelle grappes les petites pierres, ainfi que le fable mêlé, fur-tout dans les menues mines.^-Ces lavoirs fe font quelquefois en quarré long, ce qui donne de la force au courant: c’eft l’affaire d’un maître intelligent, de difpofer fes lavoirs fuivant les circonftances.
- Plusieurs, pour égrapper les mines, fe fervent de chaudières de fer ou de Guivre battu , percées de l’échantillon de la mine ou de fable. L’anfe de la chaudière eft paifée dans un crochet de fer qui tient à un morceau de bois attaché par le moyen d’une corde à une perche flexible : ce travail eft long & gênant. ( Voyez la figure 8* planche 3.)
- D’autres , pour détacher la terre qui tient fermement à la mine , ont imaginé une'roue creufe, garnie en-dehors de planches percées de plufieurs trous, & en-dedans de plufieurs barreaux de fer. La mi rte renfermée dans cette roue en mouvement, peut, par Je frottement, être débarraffée d’une partie des terres gralfes qui l’enveloppent,
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- -.Mff R S M I ¥ E t . B:E F E R.
- M. RoiERT , maître cte la forge de Raffec en Angouoaois ; dont le mémoire a remporté en 17^6 > le prix propofé par l’Académie de Befançon , a imaginé un lavoir , dont voici la defcription telle qu’elle a été donnée par l’auteur ,fuivant une copie manufcrite de ce mémoire,qui nous eft parvenue.
- Ce lavoir eft pofé dans un baftln formé de bois qui à un écoulement pour évacuer avec l’eau fais les fables & terres grades qui palfent au travers de la fonqure du lavoir. Il eft élevé de 12 à 15 pouces, foncé de feuilles de fer appuyées fur deux gros madriers. Les feuilles font percées de trous longs , de dimenfion à ne point lailïer échapper de mine. Le, tour du lavoir eft de planches percées & clouées en talud aux madriers. Un canal dont la fe&ion perpendiculaire eft un quatre de huit pouces de ,côté, qui pafle dans un petit réfervoir, fournit abondamment deux lavoirs de quatre pieds en quarré. A chaque lavoir il y a un homme qui, avec un. rabot de fer percé de huit trous, remue la mine à force bras , jufqu’à ce qu’il ne refte plus que le grain : il n’y a point de terre qui ne cede au frottement de fer contre fer.
- Il eft à croire que, fl l’auteur eût connu les, machines que nous décrivons., il aurait d’abord fait paffer la mine au patouillet, qui détache & enleve parfaitement la terre; & de-là , (î le grain de la mine, dont il 11e dit point la groffeur , l’eût permis , il l’aurait portée à l’égrappoir fuivant, qui fait par jour un très-grand travail, avec toute la précifion &*l’exaditude qu’011 peut lui donner. Le travail des machines, plus exad que celui des bras, eft fait fur-tout pour diminuer le nombre & la peine des ouvriers.
- b'égr-appoir du meilleur fervice (voyez la figure 8 , planche 2 ^ eft compofé de deux: membrures B B de fix pieds de long fur 8 pouces de hauteur; elles font tenues par des traverfes CC de 8 pouces de longueur „ dans l’intérieur des membrures qu’elles aifemblcnt, au moyen des tenons qui paffent pâlies mortaifes DD. Ces tenons font mortaifés eux-mèmes en-dehorsE, pour être arrêtés par des clefs F dans le bas des membrures : à un pouce du bord , 011 forme une rainure GG} on arrange dans ces rainures,des baguettes de fer H de la longueur de 9^pouces, drèllées à la Iime, & évafées par-dedous. On les éloigne les unes des autres, autant qu’on le juge à propos , au moyen de petits morceaux de bois qui laiifent entre elles un intervalle proportionné au fable ou à la mine , fuivant celle de ces deux fubftances qui, comme la plus petite, doit palfer dans ces intervalles , tandis que l’autre qui ne peut y paffer, eft portée au bas du crible : le total fait un grillage dont les côtés ont fept à huit pouces de hauteur.
- On pofe ce grillage fur le côté du lavoir 7, de façon que le bas foit au-delà de la coftiere L; on éleve le deifus M où aboutit le,courant d eau, au point de former un plan incliné de 24 ou 24 degrés : l’eau du réfervoir vient par le canal N aboutir fur la trémie O, dans laquelle on jette la mine. On fe fert
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- de trémie, afin que la mine ne tombe point en mafles dans le petit courant d’eau qu’elle ferait regonfler : il ne faut point d’ailleurs que cette trémie ,foit arrêtée, parce qu’on peut l’avancer ou la reculer en débouchant le .canal de l’eau, fuivantque l’état de la mine le demande pour s’en approcher. La mine entraînée panl’eau fur le grillage , paire à travers les baguettes, ou bien c’eft le fable qui eft criblé, fuivant la difpofition de la mine > l’un ou l’autre qui pafle à travers les baguettes, tombe dans le lavoir j tandis que l’autre, qui n’y peut paffer,eft chafle au bas du crible.Toutes les fois qu’il y a inégalité de grof-feur entre le fable & la mine, le triage eftfait promptement & exadlement(3 8).
- Il faut pour cette opération, deux ouvriers j l’un jette la miné dans la trémie , & l’autre avec un rabot la tire de delfous le crible , & la met en tas à côté du lavoir. Si l’on met un troifieme ouvrier, il n’y a point d’interruption. Par cette manœuvre, qui va très-vîte, on eft au moins afluré que les fables qui relient dans la mine, ne font que du même échantillon.
- Les pierres qui fe trouvent dans la mine de la quatrième efpece, ou font par bancs dans la minière , un de pierre , un autre de mine, ou font pêle-mêle en gros volume: alors on peut, avec, des pics ou des marteaux, en féparer la mine. Cette première réparation faite groffiérement, on pafle en-fuite la mine au lavoir, de là à l’égrappoir j li ce font des mines en grains, ,on peut lailfer les pierres qui. ne font que médiocrement fournies de grains, fi la m’nicre peut d’ailleurs fournir aux befoins & à l’approvifionnement du fourneau ; finon il faut les mettre à part pour les faire travailler au boccard, ainfi que celles qui fuivent ; ou, pour le mieux, il faut les divifer par le feu, comme nous le dirons ci-après.
- - Les mines en roche, ou, celles de la cinquième efpece, peuvent être aflez riches pour être brûlées fans être déparées de la pierre , ou demandent à en être féparéesî ou enfin, comme celles de la fixieme efpece , elles font jointes à des matières dont il faut les féparer néceflairement.
- Au premier cas, il ne s’agit que de les mettre en plus petits volumes, ce qu’on peut faire avec des marteaux à main , mieux encore avec des boccards, que l’on emploie aufïi quelquefois dans le fécond cas ; ce qu’il faut néanmoins
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- (î8) Toutes ces manipulations font Ion- . l’ufage auquel on les deltîne. Ce grillage , gués & pénibles: la plupart font incon- par exemple, expofe à perdre une grande nues en Allemagne, où l’on fait qu’il y a quantité de mine qui ferait toutaufli riche beaucoup de mines. Le traducteur de ce que celle que l’on conferve & qui a déjà traité a été obligé de lailfer les mots Ff*an- coûté bien des frais ; à moins qu’on ne qais !de plufieurs inftrumens, parce qu’ils fuppofe que fous les.morceaux.de mines, font abfolumeut inconnus à fes compatrio- "tous les grains de fable, font de même-tes. Les machines même employées en grofleur , ce qui n’eft guere probable; France, font la plupart infuffifantes pour ,,
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- éviter, par les raifons que nous en donnerons dans un moment.
- Les boccards, dont on trouvera le développement dans une des plan elles pour les fourneaux, font compofés de poutres ferrées par un bout A , & tenues verticale ment par des traverfes de bois B, entre lefquelles elles peuvent monter & defcendre par le moyen d’un gros cylindre de bois C garni de cammes on dents Z>, qu’une roue à eau fait mouvoir, & qui, en tournant, rencontrent d’autres dents ou mentonnets F pratiqués aux pilons, les éle-vent & les laiifent tomber, lorfque les cammes viennent à échapper du def-fous des mentonnets. Le bout ferré du pilon, frappe, en tombant, dans-une auge G % où l’on jette la'mine à boccarder, & l’écrafe. De cette mine cfcraféei, les parties métalliques étant les plus lourdes , tombent'& reftent'au fond de l’auge. Les parties pierreufes & plus légères font entraînées par un courant d’eau qu’on fait palier fous les pii on s v
- Nous ajouterons, pour les mines qui demandent à être divifées & purgées, d’une partie de terre qui fe trouve dans leur intérieur, que les pilons font garnis par le bas de pièces de fonte coulées , àplufieurs pointes, afin de di-vifer feulement, au lieu de mettre en poufîiere ; qu’au; lieu d’auge , ils fr a pipent fur une plaque de fonte & que le derrière des pilons doit être garni de barreaux de fer, qui ne laillênt paifer que ce qui eft divifé,. La mine, au* fbrtir des barreaux, tombe dans un lavoir , & l’eau entraîne les parties les plus légères.
- Dans le fécond cas, les lavoirs fimples n’y feront rien. Le patouillet ufe'ra fans féparer j- le boccard éerafera- la mine comme la.pierre, & ce qui reliera fera toujours dans la même proportion de mine & de pierre. Il ne faut pas, pour ces efpeces de mines, héfiter de recourir à la macération (39) : il y a là naturelle & l’artificielle : la naturelle s’opère , en expofant aux grandes chaleurs & aux gelées, ce qui demande du tems, les pierres à mine déjà brifées au marteau, en leur laiffant peu d’épaiffeur. Voyez, à ce fujet un mémoire dans ceux de l’Académie desfciences en 1747.
- La macération artificielle va pluà vite, &confifie à donner à la mine utî certain degré de chaleur ; ce qui s’appelle la calciner, la griller , la torréfier : d’ailleurs la calcination efi le feul rernede qui convienne aux mines de la fixiemc efpece , c’eft-à - direVà celles qui font minéralifées avec le feufre oul’arfenic, on avec tous les deux enfemble , & cela quelques formes & figures que ces mines puiffcnt avoir. Il ferait de la derniere conféquence qu’on prît enfin le parti de calciner la',pi us grande partie des mines de France, comme 011 fait qu’on en1 calcine utilement quelques-unes. Il y a même des fontes que l’on fait paffer à la macération, comme nous lèverez?) Cette-: opération pourrait aufli bien s’appellex caïèïnatïon , que macération.
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- jpotis : n’y aurait-il pas plus de raifort & d’épargne défaire^ fubiricët te opération aux mines ? Bien des maîtres de forges ont peine à fe rendre fur cet article. Serait-ce la nouveauté qui les effraie ou les embarraffe? Serait-ce le manque de confiance? Ils peuvent fe raffiner , en voyant qu’on câline les mines en Angleterre, en Suede, en Boheme, ffuivnnt Swedenborg, qui donne plufieurs exemples de calcination , tant des mines en pierres que des mines en grains’, même de celles des marais & des lacs (40}} mous allons de n'otre côté indiquer encore quelques autres méthodes.
- On peut avoir près des minières, ou près des bois, fuivant la plus grande commodité, des trous préparés comme pour la calcination de la pierre : il faut en avoir plufieurs relativement au travailr Les fours étant dreffés avec les pierres à mines, comme on les dreffe avec les calcaires, on faitallumer le feu, qui fera entretenu avec les rebuts de l’exploitation des bois mis en fagots (41 )*: la cuiffon eft bientôt faite. Si enfuite la mine n’a pas befoin d’être lavée, il 11’y aura plus qu’à la tranfporter près le fourneau. Il y a même
- < (40) Il eft toujours utile de cuire les mines de fer, lors même qu’elles ne contiennent ni foufre, ni arfenic. Ce procédé eft avantageux meme dans les mines de marais, .quoique dans ce cas on me l’emploie point en^AlIeiiingne. ’ Il eft aifé de •comprendre l’importance de cette torréfaction. Les mines de fer ne renferment que la terre métallique, & point du tout du , fer réçl, qui n’eft produit que lorfque la fub'ftancé inflammable dp charbon s’unit'à la terre métallique de la mine. ‘Dans les fourneaux , -la quantité du ruinerai & la force des foufflets diffipent beaucoup de fubftances inflammables, qui ne peuvent point s’unir avec la terre tirée de la mine. Delà il arrive qu’une portion confidérable de cette mine va à la fonte fans avoir été" métallifée1. C’eft ce qui rend le fer aigre ;
- il faut retravailler le1 feF au feu pour unir la fubftance inflammable xàl cette partie qui avait paffé brute à la fonte. Mais dans les, travaux fubféquens, le fer eft en groffes maffes , le feu ne peut agir librement/que v fur la furface extérieure^ & c’eft ce qui fait qu’on a'befoinde le faire pa’ffer fous les marteaux pour le rendre malléable. C’eft la. mine -brute quiffe fépare alors en écailles,
- qui fe perdent, & qui fendraient , fi on avait eu foin de les métallîfier avant de les jetter en fonte. C’eft ce que d’on fait en cuifantla mine ; & la meilleure méthode1, c’eft de mêler alternativement une couche de mine & une de charbon. Plus le feu s’allume lentement, plus le degré de chaleur eft modéré , & plus auflî la fubftance inflammable s’unit avec la terre. M: de Justi croit que, fi l’on.recouvrait de gazon 1s tas de mine & de charbon , comme 'font les charbonniers , pour né làiffer allumer le feu que lentement, au moyen d’une petite ouverture, l’opération ferait beaucoup plus avantageufe. Si l’on pefe .mûrement les raifons que nousr venons d’en donner, il-ne faut-pas douter que le fuccès n’ën fût affuré ; fur-tout fi l’on confidere que, lorfque le fer eft découvert, une grandie portion de matière in-flammable jva fe perdre dans Pair.
- (41) Le bois n’eft pas fi propre que le charbon à communiquer au minerai h matière inflammable dont il a befoin.. On ne peut ’donc'confeiller de cuire la mine avec du bois \ qu’au cas qu’il n’y ait pas i moyen de faire autrement. 'ï
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- des cas où il faut la tenir à couvert ; mais s’il eft néceflaire de la nettayer & d’en féparer les matières étrangères, il faut la tranfporter fur les lavoirs. A la première eau , tout peut être dégagé , ou bien on fe fervira du boccard , fuivant l’efpece de la mine & que les circonftances le demanderont. Comme l’eau qui fort des mines calcinées, îorfque leur bafe eft calcaire, pourrait être dangereufe , en fe déchargeant dans les ruilfeaux ou rivières à portée des lavoirs, il faut alors faire au bas de ces lavoirs, plufîeurs grandes & fpacieufes foftes qui s’empliront les unes après les autres, des eaux de ces mines à bafe calcaire, ce qui donnera letems à l’évaporation & au dépôt des parties nuifibles. Par le lavage ordinaire des mines chargées de terre, on peut, avec un peu d’adrelfe, remplir des terreins bas! Quand l’ouvrier reprendra le travail le matin, il achèvera de vuider ces réfervoirs par le moyen d’une pelle & d’un petit déchargeoir qu’on y aura ménagé. Lorfque lefédiment aura entièrement rempli ces folfes, il faudra les vuider & jetter la matière fur les bords. On emploiera utilement cette efpece de marne à l’engrais des terres fortes & humides, ce qui dédommagera de la dépenfe.
- Voici l’extrait de ce qu’on trouve dans les mémoires de M. deReaumur , fur différentes maniérés de calciner, griller & faire cuire la mine de fer.
- w On fefert, dit-il, affez indifféremment de tous ces termes pour ex-„ primer la préparation dont nous voulons parler. On cuit les mines du M Dauphiné, du comté de Foix, du Rouftillon & delà Navarre, dans des „ fours affez femblables aux fours à chaux, mais conftruits différemment „ dans ces différens pays. Ce font pourtant toujours des trous creufés en 53 terre, entourés de tous côtés de maçonnerie, & dont le deffuseft décou-33 vert. La maçonnerie a par en-bas une ouverture où l’on met le feu. On 33 y arrange la mine & le bois par lits. On 'compofe les premiers lits de la 33 plus groffe mine. Ce four s’appelle en Dauphiné, une regraine. Il contient 33 environ 14315 milliers pefant de mine cuite > & l’on y confomme en bois ,3 deux charges de mulets pour 14 ou 1500 de mine cuite. Le feu refte allumé 33 dans ce four au moins pendant un jour, & quelquefois plufîeurs. On a 33 l’attention de faire les derniers lits de mine avec les morceaux les moins 33 gros , afin qu’ayant moins d’air, le feu dure plus long-tems, &que la mine 33 la plus éloignée de la grande chaleur foit auffi la plus aifée à griller. Dans 33 la même province, la figure extérieure de ces fours eft cylindrique, & ,3 l’intérieur refTembleà un cône tronqué & renverfé. L’ouverture lupé-33 rieure du four a environ 9 pieds de diamètre, & il ri’en a que quatre près 3, du fond. Sa profondeur eft d’environ 10 pieds, comme on le voit dans J, la planche IV, figures 14 , 15, 16, gravées fur les deffeins procurés par J, M. d’Orsai , lors intendant de la province. *
- p Quand cette mine eft cuite 3 on concaffe encore les morceaux les plus
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- „ gros. On n’en veut point*dont-la groflfeür-excede celle d’une tioix'; Ils.: 3, font alors aifés à brifer. On fépare en même terns les matières* étrangetés; 35 qui y font mêlées. On la tranfporte enfuite près-des fourneaux , & on îa > 33 met'en tas ,iexpofée aux-injures de l’air. On prétend que plus'elle y refte,’ 33 plus elle donne de fer. Les maîtres: des fourneaux difent même que>tânti ,3 qu’on la laifl’e, elle produit cinq pour cent de l’argent qu’elle ’a coûtée ,3 foit de premier achat, /oit de voiture. En cas que cela.fôit vrai,('ceiie 33 peut être qu’avec des exceptions.’‘Il fe fait apparemment à l’ainüne fépara-33 tion femblable à celle qui ferait faite.dans un fourneau, mais plus lente 33 & moins confidérable. La mine ÜAlvar cuite donne environ le tiers de „ fou poids en fer fondu; carde I2beines pefantes chacune environ iaoli-,3 vres, ou enfemble entre I4àji ? quintaux, on retire cinq quintaux de fonte.,
- • „ L’usage du pays de Foix & autres circonvoifins, eft de conftruire ces 3, fours fur’une bafe quarrée, dont chaque.côté a neuf pieds dans œuvre. Ils 3, en élevent les murs perpendiculairement jufqu’à 6 à 7 pieds- de hauteur. 3, On y laifle auifi par en-bas une ouverture pour allumer le feu. On couvre ,3 le fond du four d'un lit de charbon, .fur lequel on en met un de bois. Sur 33 ce dernier on en étend uiv’compofé’ de la plus grofte mine! On recouvre 33 la mine d’un lit de charbon, & le charbon d’un lit de bois.: enfin onfpofe „ le dernier liti de mine , à qui on. donne beaucoup plus d’épaiffeur qii’aü 33 premier. On lui fait prendre auffi'une autre figure. On le terminerpar 33 une pointe arrondie, qui s’élève fouverit d’un pied ou deux au-deifus des' 33 murs. Le feu refte quelquefois près de huit jours allumé dans ces fours, „ fans qu’on y porte d’autres matières combuftibles que celle qui a été mife 33 à la première fois. Les deifeins de, ces fours (planche IV, figures ij.& 18 ) s, ont été envoyés par Ms d’Angervilliers , alors intendant de ces pays.
- . ,3 Dans la Navarre Efpagnole, on fe fert depuis quelque tems d’un four „ allez femblable nu précédent; mais,le bois & lamine y font mis dans un 33 autre ordre. Il eft conftruit à peu près comme les fours à plâtre , & on y 3, arrange la mine , comme on arrange les pierres dans ces derniers fours. » Celui-ci eft renfermé entre quatre .‘murs, ouverts entièrement par en-„ haut ; & il a d’un côté une porte*ouiouverture -, de 18 pouces en quarré, 3, pour y mettre le feu. 1O11 forme la. première couche de: mine, en'deux ,3 pieds ou davantage. Sur,cëtte voûteiOft arrange diverfes couches de mine, » dont» les plus balles font;toujours compofées aies plus>gros. morceaux, 3, les dernieres des plus petits* & elles..ont moins de diamètre. La malfe fe » termine en pyramide. Elle contient jufqu’à 230 quintaux de mine. On 33 allume le feu atr-delfous de la voûte-,on'd'y entretient environ pen-3pr dant 24 heures.,' en .faifant 'de.temsien.tems entrer du bois par la porte : A Fordmbsrg^en Allemagne», le: -four à. grillée lamine ^planche IX des four»
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- wmm.ii fg- fait de, quMr'e itîiMrs qpii’enfQrmentaîa quatre dont tes côtés
- ont 20 pieds j 'ils ont 44 pieds de hauteur yfè rd’épaiSeur 'par- embas, & un & demipar.endiaut; umde eesmurs a uneporte voûtée de fix pieds de haut, qui fert.à- retirer la cxiine lorfqu’ejle efi: grillée,; mais lorfqu’bn veut charger lerfaur,*) abouche ce t tep ar t e: a vè c Ti x b a r r es de fer,' Toutenues horizontalement pardés crochets dé fer^à diftaticp àpcu-près, égale les unes desjautres* on, applique'en fuite contre ces barres , des, pierres , 'qui' refirent au feu. .Pour-chargèr eeifourri;eàU;j on couvre d?abotd Ton, fond d'une'couche » âe..chàtboa de deux pieds .& dem i d’épailTeur, fur laquelle on met une couche de mine épailFe de quatre pieds; 011 foi t cnfuite un fécond dit de.charbon , mais feulement d’un/pied demi;:,0.11 le recouvre d’un lit de mine épais de deux-pieds,& demiv opnie domiej qu’un pied:à.ld itro;ifîeme couche de charbon ,: & deuxpieds à libtroifierne.couche. de mine. La mine relie à b cu ire , c’eft-à-diie. fe/cfaarhoh :à etre.eonfommé:, environ 1 ç^jours. Quànchlajmine.-éft. profqueflcnite,"bp jette dellus une nouvelle couche de charbon d’environ un, demi-pied d’épaiifeur. Qn vuide ces fourneaux à mefure qu’on a befoin. de matière Ten tirant la mine, 011 la coneaffej 011 neulailfe aux plus.gros, morceaux que la, grolfeur d’une noix; il y a tau.jou.rsI deux fourneauxipaieils * à, k , C),rd;,’{ planche F1HÏ)1 dont TuiTelVen feu . pendant qu’on tire lamiiine defiautre. EnTityrie ;&»Gariiithie, on grilleihp mine de: la même, manière , exqepté que: dainsdes-fours pareils, on'ne donne à, cçhaqne couche de char--bo:n?que lej quart' d’épâiifeur de da-couche de mine qui ell au-deiTus. Mais nous avons à,Taire remarquer une pratique iinguliere fur une préparation qu’on donne à la mine.gril lie avant de la porter au fourneau., Après l’avoic: pilie, cçncalfée en mbrceapx gros comme de petites noix, on en fait un. grand.tas qu’on lentoure.dé- planches de tous côtés,; & qu’on» applanit par-delTtis ; jon:rCQ;nduit de.l’eau iurce itas-,*» on fait divérfes .rigoles, afin q..ue l’eau p.uilFe îparvenir à:une ’grande'partier det£a<fu rfaee$ on perce de diftance. en diftance des trous dans'ce tas, afin que l’eau puiiTe le pénétrer : on lailfe le tas en* cet-état au moins pendant’un an , & quelquefois pendant deux.& trois; & 011 prétend que lamine efi: d’autant meilleure qu’elle efi: reliée plus, de teins en tas. Cette, pratique revient pourtant ace lie que nous avons fait obferver, en parlanfdes mines frAharl en Dauphiné, où on lailfe iong-tems la mine cuite expofée à fiairymars on nly conduit point d’eau delius. ' *
- LEarième mémoire nous apprend que les mines de différentes couleurs prennent kpeu-près la même, après; avoir été grillées , c’efix- à-.dire une couleur ro'ugeâtre;, qui tire, fur celle de la rouille. Elles font plus tendres, plus douces au toucher , deTorte qu’à la vuednpeut d-iftinguer une milieu grillée de celle qui ne fia pas été.>.11 y aikEfcaron’dans le-Rouilillon, fine, mine. quLaÆeladje finguliècs qu’^laiibriiei de-J«*;terré‘ëüe> eft .parfaitement
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- jj femblable aux mines cuites, & ce nreftpas feulement,par Pe^tériëuif qif’éilef J, leur reffemble. Onfait cuire toutes les autres mines dirmëmè^âÿk1; aVtfnr ,, de les porter au fourneau: elle feule eft exceptée’cfela réglé. If s’éft nppaic jj remment trouvé1 des feux fouterreins qui' ont opéfo/foüs'fofrefobhèm# „* grillage qui fe fait dans les foürs, "n" 0 ?.u;ro(i o,, omoiupnjp «
- Voici , fuivant M. de Reaumur / les raifons du grillage'de çés" tttinèsp j, Si on les jéttait au fourneau , immédiatementaprès-qüfoilés ont.'ëté^éta^ „ chées de la veine ; quoique richesl, elles ne d'oUnefaient point j ,dtl préfqiueî „ point de fer. Elles font pénétrées detrop: d<efoufres,,]o‘ü dë'trojÿftèfélsî* „ ou peut-être de tous les deux enfembîe, qu’urr feu1 modéré fait* évàpprer. „ Si pendant qu’elles en font chargées , bn|les éxppfaitlf à.ünë ciml^UT;Vfo-„ lentev le fer ne pourrait fe féparer ,• il fe bfûierait. ’OiVfait avec qîïeïleiaci-,j iité cemétal fe'brûle dans les forges ordinaires j c’eft mème tfri défaut '<}u£ „ le diftingue des autres métaux. On ne parvient, dan^îa plupart des four-neauxj à rendre fluides les grains ferrugineux qui font'dohtdhusi“dans 1» a 1 mine', qu’avec léfeéôiirkd?ùn fondant terreux ,-qui!luiinTêinë'fe.liq.U^fie n aifément.’ On’ aurait beau jetter dé ce fondantl‘dans-lé ' foui'tfeàti’ Vî? làF „ mine n’en eft^pas^elle-même affez remplie ,o’eft^dirë,'fl ellehVpaVtfÀe# de matière terreufe‘, &- que la place de cette-m’a tieré y-foiébocupée pa‘r des „ foufres ,'OU par des fels propres à brûler promptement çc métal, ou à- lo „ vitrifier, lefocours du fondant extérieur devient imitile. ' ! ’ '
- r ,y A en ju'gér par nos mines à'tfhar 8t de Navarre'1 ( c’eft toujours M. de „ Reaumur qui parlé5), if eft naturel de conclure quelles fouftes &‘lcs fels entrent pour beaucoup dans la eoHipofidën dé^ês fortes’de mines. Ie? Après „ avoir réduit cètte mine efue-en poudre , eriJafoeauiui préfenter fé'cdntëais jÿ aimanté , on n’enrretire aucun graiii ferrugineux, au lieu qu’après qu’elle „ a été cuite, prefque toute la poudre qui eft proche du couteau , s’y attache, J, Il femble que cette poudre lbit tout' fer ? mais il femb!ei!au/ïr quetçe' ,fet „ était auparavant' pénétré d-acides y fpuifqu’il ’était i nfenfibl e àùx apprbche$ „ du couteau aimanté ( 4$). ' fc*. La facilité avec laquelle cette miné feentt >
- à,' montre auffi qu’elle abonde" en fouffe. 3 *7 Enfin j le poïefè de ïé miné dimtë
- :r 1 ! :* :>r nu:" ''Tô-;h?ir 9> . rr.rrt
- ‘ (42) Si fefoufre, lès acides1, cm d’aul _dès que la mine a été recuite à 'découvert très fels empêchaient les effets rlél’aimanfc , dans un feu de charbon , alors-1 elle eft :foiU pn deyrait le voir-i lorfque pkr vise longuer. mife à tous] les efforts de Pattraétioéu La cuiffon dans des vaiffeaux bien fermés , raifon de cette différence eft toujours celle dn a réuffi à dégager ,1a paine de, Iput^ cç qqç^nops, avons touçhée.,plus haut.- r Pour qm pourrait'empêciiëï’Ei^ion d'e'htfmàritj que la 'rpiné’acqjuieré Fës^yertus dû fqü r iî Mais il eft bien rare que la çùiftnri prqçqrç faut 'qqg.la’.terre i^ëtklîique^’impregpë.dç cet avantage1 à'ïàjmîneT, C.eqtfe Îraîjniânt fy matiéfe igné©, Vp
- en. attire eft bienj*peu confid&rablë.J'Ma»
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- rHueaflez condcléra^lement pendant qu’on la Tait cuire jce qui prouve que. ,j *la, quantité des ,fpufres ou. des fels fuperflus , eft grande*par rapport au „frefte ( 43 ). J’ai.fait nuire , fur des charbons un morceau de mine de la 35 'groireutd’un0œuf. Je 1 \y aLlaifle une heure j fon. poids eft diminué d’un 5, cinquième. Je ne fais fi c’eft la quantité que cette mine perd ordinairement ,, de fon poids ; mais je fais que ce qu’elle perd eft alfez confidérable pour M) ayoir mérité l’attention de ceux qui travaillent à la convertir en fer. Ils ne », la transportent jamais an fourneau qu’après l’avoir fait nuire auprès de la p minjefè, .afin de n’avoir pas* voiturer un poids inutile „.
- ^Oïci quelques remarques fur le grillage de la mine , tirées des articles Ça;LCINation{.& Grillage , àeyEncyclopédie.
- , ct On fe propofe en général, dans la calcination, deux objets difterens. Le premier objet eft de féparer une fubftance volatile, qu’on ne fe met point „ en peine de retenir, d’une autre fubftance fixe qu’on a feule en vue, „ comme d^nslà calcination des mines, dont, par cette opération, on dif-„ fipe les màt.ieres ^volatiles , étrangères au métal qui eft l’objet du travail, 33* principalement le foufre & l’arfenic. Cette opération eft plus connue dans „ le traitement des mines , fous le nom de rôtijjage>, ou de grillage: (
- 33 Le fécond objèt de la calcination, c’eft d’ouvrir certains corps^de rom-33 pre la liaifon, de détruire le maftic naturel, le gluten de certaines matie-„ res, telles que les parties dures des pierres & des terres alkalines & gyp-„ feufes , qnffournilfent, par.la calcination , ces produits, connus de, tout le „ monde fous le nom de chaux de plâtre; telles, encore que les gangues „ dures , réfracftairesou fauvages, des mines, d’ailleurs peu fulfureufes & „ peu arfenicales, qu’on ne,grille que pour difpofer cette gangue à la fufion Les réglés générales à obferver pour le grillage desmines du fer, fur-tout forfqu’on a pour objet de les purger de matières nuifibles, font de le faire à l’air libre ,vpuifqu’il eft queftiop de donner paffage à des matières rendues volatiles., qu’on veut faire partir i d’employer un feu doux , parce que , s’il était violent, en dégageant les parties volatiles, fon impétuofité entraînerait aufli les parties métalliques, qui font écartéesjes unes des autres dans, la mine , & divifées en particules d’autant plus déliées que le feu eft plus grand ; ce qui eft la même chofe que de dire que le feu les a plus raréfiées , comme nous le verrons dans la fe&ion qui fuit , fur l’art du fer,
- ; La plupart préfèrent le feu de bois à celui de charbon -, pour le grillage
- , , ' ' .• i r'-'i'!.») r U i ' I ît. , •'
- (4;) L’expérience eft rarement' d’accord peut rien conclure d’une petite diminution, avec cette fuppofition. Il y a des mines On fait que toutes les terres, toutes les qui perdent fort’ peu ’ il y en a qui 'rie per pierres, ont toujours 3 quelque humidité dent rien du tout k la cuiflon} & on ne que le feu évapore.
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- des mines , tant parce qu’il eft moins coûteux que le charbon , que parce qu*ü ne chauffe pas fi vivement, & remplit mieux les vues qu’on fe propofe dan» cette opération. On regarde le bois de pin & de fapin , comme préférable en ce point à tous les autres> mais les bois de chêne & de hêtre font très-bons. On peut même fe fervir des fagots. Il y a des endroits où l’on grille les mines avec du bois verd ,• mais l’expérience a* fait voir que i’ufage du bois fec y était beaucoup plus avantageux.
- Nous tirons de la tradu&ion de Schluter , les indices que donnent les fumées pendant le grillage d’une mine. Quand elle a beaucoup defoufres communs, on voitdiftinélemcnt, dans l’obfcurité, une flamme bleue , avee une fumée d’un blanchâtre obfcur. Il eft bon d’avertir qu’il ne parle que de grillages en petit pour effai, ce qu’il effc aifé d’appliquer au grillage en grand. La fumée des mines qui ne font pas fort fulfureufes, eft feulement bleuâtre, fans aucune flamme bleue. Si la mine contient de l’arfenic, la fumée fera abondante. Vous appercevrez un peu de bleuâtre dans cette fumée i mais pour s’alfùrer encore mieux que cette fumée eft arfenicale, il faut tenir une lame de fer poli au-deflus de la fumée qui s’élève de la mine, feulement pendant quelques minutes : s’il s’y fublime une matière parfaitement blanche* s’il y en a une aflez grande quantité , on peut être afluré que c’eft de l’arfenic.
- Lorsqu’on fait griller des mines, on eft fouvent obligé d’y faire des additions qui, unies à l’adion du feu, fervent à les développer, & à détruire les fubftances étrangères qui font unies au métal dans fa mine. Lorfque la mine eft fulfureufe , on y joint de la chaux qui, dans le grillage , abforbe la trop grande quantité de foufres. Par cette addition, la mine eft plus développée, & plus propre à recevoir le feu de fufion i mais c’eft le fujet de l’article fuivant.
- Article III.
- Addition des matières convenables à la fufion (44)*
- Quelques-unes des opérations que nous^ venons de décrire , font déjà partie de cet article. On joint aux mines expofées à la calcinaiton, des pierres calcaires qui abforbent les foufres, dans la vue de divifer le tilïii qui eompofe lamine de ferj & cela afin que chaque partie préfentant au feu plus defurface, elle en foit plutôt & plus ailément pénétrée. Une autre raifon de la divifion qu’on cherche à procurer aux parties conftituantes dé la
- (44) On appelle fondant, ou flux, toute difficilement, ou à la procurer à celles qui matière propre à accélérer la fufion des fibnt par elles-mêmes infufibles, fubftances métalliques qui n’y entrent que
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- mine, eft afin de mêler plus intimement les matières qui fervent de fon-dans, c’eft-à-dire, qui fondant elles-mêmes (45) , fervent d’intermede & de préfervatif à l’élément du fer, qui par lui-même eft trop fubtil pour pouvoir être fondu, c’eft-à-dire, divifé dans un fluide pour qu’il puilTe fe précipiter en une telle quantité, ne devant, pour être fer , conferver des matières fondues que la quantité qui lui eft néceflaire pour lui fervir de bafe , d’enveloppe, defoutien. Il me femble, dit Lehmann,qu’il ne manque au mercure, pour devenir réellement un métal, c’eft-à-dire , un corps dur, tenace & dudlile , que l’addition d’une terre vitrefcible & plus gralfe, qui foit intimement combinée avec lui. Il n’y a pas d’apparence que par cette terre il ait entendu une terre mercurielle. C’eft dans ce fens que ces matières font partie eflentielle du eompofé métallique que nous appelions fer. De-là il eft aifé de fentir combien il eft difficile que dans la première fonte, le fer neconferve de ces matières que la quantité néceflaire ; matières dont le défaut ou l’excès le rend fragile. La compreffion des coups qu’011 lui fait efluyer, après avoir été chauffé nu point de fondre, c’eft-à-dire, extrêmement raréfié & pénétré de feu, ne tend, qu’à en rapprocher les parties, en le privant de l’excès de ces matières .Tiuifîbles & fuperflues. C’eft ce qui oecafionne le grand déchet de la fonte réduite en fer, & c’eft ce qui nous montre qu’à proportion qu’il en a été dépouillé au premier feu, ce déchet doit être relativement moins grand. Quelquefois, pour avoir poufle ce dépouillement jufqu’à un certain degré, le fer en eft forti plus ou moins malléable, comme nous le verrons dans certains travaux. Concluons-en qu’il faut donc une certaine quantité de matière vitrifiée pour retenir une telle quantité de l’élément du fer. Conféquemment il peut fe faire que le bain dans lequel il s’unit à la matière vitrifiée, ne foit pas aflez con-fidérable : on eft obligé d’y remédier par des additions. Il n’eft auffi que trop commun que la bafe que l’on foumetà la fufion, eft infufibie par elle-même. Il faut donc encore dans ce cas-là, addition d’autres matières reconnues pour fe mettre en bain avec l’efpece qu’on a à traiter. C’eft ce qui nous
- (4 O Les matières qui fervent de fan-dans , ne font pas toujours fondantes elles-mêmes. Souvent elles fe fondent très-difficilement, quelquefois même point du tout. M- DE Justi cite ce qui fe fait à Rothen-burg dans le comté de Mansfeld , où l’on emploie une efpece de pierre calcaire , au lieu de fondant, pour le cuivre. 11 aflùre que dans plufieurs endroits qu’il connaît, mais qu’il ne nomme pas , on ne fe fert, pour cuire la mine de fer , que de pierres calcaires qui, comme l’on fait, ne font
- point du tout fondantes par elles-mêmes. Suivant ces obfervations, le raifonnement de l’auteur ferait renverfé par l’expérience ; il y aurait même diverfes chofes à obje&er dans la théorie. Les loix , les rapports , les principes, fuivant lefquels les minéraux , les pierres , les terres fe fondent, au feu , font jufqu’ici entièrement inconnus. M. Pott aurait rendu* un fervice ef« fentiel aux minéralogiftes, s’il avait tourné fçs recherches de côté là.
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- a engages à mettre dans les paragraphes fuivans quelques-uns des problèmes de Gellert. On peut aufli recourir à la table de Pott. Mais dans les matières qui fe trouvent jointes à la bafe du fer, il.y en a qui le vicient: telles font les fulfureufes, les arfenicales, les élémentaires des air.res métaux. Il a fallu chercher des moyens pour les en féparer, & ces moyens font de deux efpeces : l’un, en leur préfentant des fubftances qui ont plus d'affinité & de rapport avec celles dont on veut fe débarrafler; l’on peut voir la table des rapports, drelfée par Gellert , en y joignant celle de M. Geoffroy; mais ce moyen n’étant pas toujours praticable dans le travail en grand , on a eu recours à un autre, qui eft la calcination, comme nous l’avons vu; moyen facile & immanquable, nous ne pouvons trop le répéter, parce qu’on a reconnu que ces matières vicieufes s’évaporaient plus aifément à un moindre degré de feu , que l’élément du fer ne quitte fa bafe, dont il ne fe dégage qu’à un degré fupérieur de chaleur. On ne peut trop effectivement le féparer de fa bafe, comme nous le voyons dans le fer brûlé: mais nous remettons ces obfervations à la fuite de l’examen des mines. Nous devons tout employer , pour nous affermir dans ce que nous croyons devoir penfer fur la nature de ce métal, aufli diverfifié que fes bafes. Nous devons nous tenir fur nos gardes , jufqu’à ce que nous ayons vu, comparé , examiné la plus grande quantité de mines qu’il nous fera pofllblej feul moyen de tirer Une ligne entre ce que nous favons, ce que nous pouvons efpérer, & ce que nous tenterions peut-être inutilement. Voilà, par exemple, une telle mine de fer. Nous favons.qu’avec tels procédés nous réduifons tant de cette mine en tant de fer, de telle qualité. Nous pouvons efpérer de tirer de cette mine, ou une plus grande quantité de fer, ou de rendre ce fer meilleur dans fou eTpece ; mais pouvons-nous changer cette mine en une autre? La mine de Jujjèy ne paraît pas pouvoir être amenée au point de donner du fer, pour ainfî dire, organifé comme celui de Pefmes , quoique le fer qui provient des mines de Jujfey, paraille fufceptible d’amélioration. C’eft conféquemment à ces idées, qu’on peut penfer que l’acier fin , durable & traitable tient fa qualité de l’efpece de la mine , travaillée d’ailleurs comme il convient. Des perfonnes très-habiles ne font pas de ce fentiment ; mais lorfqu’il en fera tems, nous détaillerons des raifons, & on jugera de leur folidité. Nous verrons, à la vérité, avec étonnement, mais avec grande fatisfaélion , &au grand avantage de la fociété, faire de l’acier fin , durable & traitable, avec toutes fortes de fer. Cependant tous ceux qui en font réellement, ne prennent jamais que certaines mines ou certaines fontes (46). Au relie , il eft très-certain que
- (46) Sans doute: parce qu’ils font plus donne toujours de bon acier , lorfqu’il eft à portée des lieux d’où ils le tirent; car bien travaillé.
- de bon fer, de quelque mine qu’il vienne j / ' ^
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- &
- nous avons en France des mines Semblables à celles que l’étranger emploie pour s’en procurer. On pourrait objeder qu’on voit tous les jours des ouvriers avec les mêmes fontes, faire du fer plus ou moins caffant à leur gré * c’eft une iffiofe accidentelle, & non effentielle. La trempe feule le rend caffant. N’y a-t-il pas des degrés dans le dépouillement que l’on fait effuyer à la fonte? Si on ïaifle trop de bafe à l’élément du fer, il eft caffant. Paffez à la fonderie de ce fer que , par un fyftême mal entendu , vous faites caffant, parce que vous croyez -qu’il fe coupe plus nettement, & vous verrez fi le déchet n’en eft pas plus con-ifidérable. Ne remarquons-nous pas que lacomprefîion des cylindres , lors de î’applatifTementjfait fortir de la bande applatie une grande quantité de matière vitrifiée? On ofe dire que, pour un pareil changement, il faudrait détruire toute la bafic du fer. Toutes les fois que l’on a fondu du fer, qu’on l’a mis en chaux, en fel, en liqueur, on a bien détruit une partie de fa bafe ; mais suiffi il y eii a d’évaporé: on a changé fon état métallique. Si on le fait revivre, on en a moins; mais il fera le même, s’il n’eft pas détérioré. Réitérez: ces changent,ens, à la fin il ne reftera plus rien , parce qu’à chaque mutation on lui donne occafion de s’évaporer, en mettant fa bafe dans l’impoffibilité de le retenir en entier. Mais quittons cet objet, pour revenir à un autre que nous ne pouvons trop recommander , c’eft la calcination des mines. Elle eft des plus effentielles dans la plupart des cireonftances. Ceux qui font les plus convaincus de fa néceffité, prétendent que la hauteur qu’on a donnée aux fourneaux de fufion, fait le même effet que la calcination, & y fuppiée. Une feule raifon détruit ce motif. Il faut que la calcination foit faite à l’air libre ; & , comme nous le verrons , l’air n’eft pas libre dans un fourneau de fufian. D’ailleurs en Suede , en Angleterre , &c. on calcine les mines ; cependant les fourneaux y font aufii élevés qu’en France
- Il nous refte à parler de la qualité des matières propres à l’addition, & que l’on appelle fondans. Pour cela, nous allons un moment fuivre Cramer (47).
- “ On appelle , dit-il,finx ou fondant, toute matière capable de procurer r„ la fufion d’un corps qui n'en eft pas fufceptiblc , ou qui n’y entre que ,9 difficilement. L’adion par laquelle les fondans facilitent la fufion des 3, métaux réfradaires , confifte principalement en ce que ces matières ont 3, la propriété de diffoudre les feories qui proviennentde ces métaux ; en-3, forte que, fi on leur ajoute un fondant, il donne aux molécules métalliques a, la facilité de fe ramaifer en une feule maife, par la propriété qu’il a de dif-s, foudre les feories qui enveloppent chacune de ces molécules en particulier, & qui conféquemment empêchent la contiguïté de leurs parties, On eft
- Ç47) Cramer , Probîerkunjï f 185.
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- „ oblige de reconnaître une vertu particulière dans certains corps j m$ i, moyen de laquelle ils facilitent la fulion d’un autre corps, fans qu’on en „ fâche la raifon.' Au moins ne peut-elle être découverte que par les circonf-„ tances propres à chaque corps particulier. C’eft ce qui fait q.u’on voitdêUîi? ,, corps réfraâàires & rebelles à la fufion, tant qu’on les.exp.ofe .au feu „ chacun à part, fondre aifément fi on les met enfemble au feu. D’aUr „ très au contraire entrent facilement en fufiou quand ils fontfeuis » & ttê „ peuvent s’y mettre qu’avec une difficulté prefque infurmontable , quaué ,, on les met fondre avec d’autres corps
- Il eft aifé de s’alfurerde la vérité de ces derniers faits : voyez les paragraphes fui vans. Nous ajouterons qu’il faut que les matières que l’on emploie , ne puilfent par elles - mêmes communiquer aucun vice aux mines à fondre. Pour le travail en grand, ces matières doivent être communes, & ne pas demander beaucoup de préparation. Ces deux objets font parfaitement rem-, plis par l’argille d’une part, connue dans quelques fourneaux fous le noni à'harbue,• &Ja pierre à chaux de l’autre , connue fous le nom de cafline (47). En un mot, les fubftan ces d’une efpece font les fondans d’une autre, & ainfi réciproquement ; mais quelle préparation demandent-elles ? quelle doit être leur dofe ? quel en eft l’effet ?
- Les préparations font d’être feches, en petits volumes, autant qu’il eft poffible, & mêlées auffi exa&ement que contiguement. Quant à la dofe, elle n’eft pas aifée à déterminer, parce qu’il eft très-rare que l’argille, qui .eft mêlée avec la mine, ou qu’on y ajoute, foit fans mélange. En la fuppofant telle, nous croyons pouvoir dire, en attendant des éclairciffemens plus détaillés , que dans dix parties d’argille il faut quatre parties calcaires j c’eft-à-dire, que fi dans un quintal déminé combinée avec de l’argille il y a cinquante livres de parties élémentaires du fer, il faudra , pour mettre en bah* les cinquante autres livres d’argille , vingt parties de caftine.
- L’effet de ce bain eft de lèrvir de filtre à l’élément du fer , qui doiife précipiter. S’il y a trop d’argille, la liqueur a trop de ténacité ; elles’enfle & fe bourfouffle. C’eft àce fujet, que M. Rouelle a remarqué que l’argillea une vertu expanfive * effet qui quelquefois n’eft que trop fcnfible, & en même tems trèsnuifible dans nos fourneaux, puifqu’une partie de l’élément _dn fer, ne pouvant traverfer cette matière tenace , eft obligée d’y refter empâtée j quand la dofe d’argille n’eft pas totalement outrée , on le trouve raf-femblédans lesfeories, en forme de grenaille , figne évident d’une fufiou trop épaiffe ; mais fi l’excès d’argille eft outré, on trouve le fer répandu, dans le total de fes bourfouftiures, & on n’obtient qu’une feorie noire & fpongieufe. Si l’argille qu’on ajoute a la mine,, au beu d’être réduite en petites
- (4$) Lapis calcarius ûlbefam
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- ï*
- 'parties ] eft mife en gros morceaux coagulés, plufieurs de ces morceaux ,'au lieu de fondre , fortent par le bas du fourneau , enduits d’une efpece d’émail , qui refTemble à de la porcelaine : Ci au contraire i! y a trop de caftine , ou de pierre à chaux, l’effet en eft nui'lîble ; parce qu’en rendant le bain trop fluide , il yaduferquife précipite trop aifement, pendant qu’une partie coule & s’échappe avec les feories. Il parait au refte que ces fondans ne peuvent fe combiner que jufqu’à un certain degré} c’eft-à-dire, que pour faire un bain convenable, il y a une dofe dans leur mélange, un point de faturation. Quand il y a trop’de chaux, on voit dans les feories , des veines, des zones, qui ne font que chaux. Voyez la table de Pott , touchant l’effet du mélange des différentes fubftances (49).
- Il ne faut pas'être étonné Ci je n’ai pas employé le mélange trop généralement recommandé, des différentes mines , comme fe procurant des fondans réciproques. Il femble que tout foit dit, quand on a imaginé & débité que pour faire du bon fer, il n’y a qu’à mélanger les mines. Il y a fans doute bien des cas où ce mélange réuftit à merveille : mais il n’eft.pas poflible d’en faire une réglé générale ; elle fouffrirait trop d’exceptions. J’ai vu des effets extraordinaires de ce mélange des mines , ce qui nous détermine à attendre que nous foyons mieux inftruits pour en parler ,& probablement pour en tirer des réfultats de la derniere conféquence. Ii eft cependant aifé de fen-tir que le mélange d’une mine chargée d’argilie , avec une autre chargée de pierre à chaux , peut être fait utilement. Il en eft de même de celui d’une mine fülfureufe avec une mine privée de foufres : notre but, dans ces préparations & additions, doit être de donnera toutes les efpeces différentes de mines , une égale difpofition à la fufion, ou à peu-près. Ce font ces préparations & additions qui ontoccafionné les différences que nous remarquerons dans les fourneaux. Si nous pouvons amener ces mines à une difpofition prefque égale pour la fufion , il ne s’agira plus que d’un fourneau prefque uniforme : fur quoi nous propoferons nos vues. Cette uniformité dans les fourneaux eft un point dont le détail ne fera que trop fentir les conféquen-ces, puifqu’il ne peut y avoir de comparaifon entre préparer les mines pour leur fufion dans un fourneau uniforme, ou faire autant de fourneaux qu’il y a de mines différentes ; l’un pouvant s’exécuter à mefure des be-foins, & en connaiffance des manières ; & l’autre, nous difons, la conf-truclion des fourneaux, 11e fe fefant qu’à grands frais, toujours en tâtonnant & d’une façon d’autant plus équivoque, que quelquefois les mines qu’on doit briller font encore enfermées dans les entrailles de la terre , quand le fourneau qui doit les fondre eft conftruit.
- Les paragraphes fui vans font tirés de Gellert.
- (49) A la fin du fécond volume de fa LithogJognoJïe.
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- $• 1-
- EJfai des terres £f des pierres pour favoir a quelle clajje eïlesX appartiennent.
- “ Pulvérisez la terre ou la pierre, & féchez-la fi elle eft humide î „ verfez par-deflus un acide, & obfervez s’il fe fait un mouvement d’effer-„ vefcence. Quand il y en a , on peut regarder comme calcaire, la fubf-„ tance éprouvée. S’il ne fe fait point d’eifervefcence, détrempez la fubftance. ,, dans de l’eau, & voyez fi elle prend ainfi toute feule la confiftance>& „ la dureté d’une pierre : fi cela eft, vous la mettrez au rang des fubf-„ tances gypfeufes. Si vous ne remarquez ni l’un ni l’autre de ces phénome-,, nés, faites fécher peu à peu la fubftance humide qui formera une pâte \ „ donnez pendant quelques heures un feu violent. Si elle fe durcit, vous la „ mettrez au rang des fubftances argilleufes. Si rien de tout cela n’arrive , 9, rangez-la au nombre de celles qu’on nomme vitrifiables ou apyres (5c).*
- §. IL
- Réfultat du mélangé des pierres de différentes natures'.
- “ Les pierres argilleufes & calcaires fe diffolvent les unes les autres, „ & fe changent en verre. Il en eft de même des pierres argilleufes & gyp-„ feufes.
- „ Les pierres argilleufes & les pierres vitrifiables, difficiles à fondre,1 „ ne fe diifolvent pas les unes les autres. Le contraire arrive entre les pierres 33 argilleufes & les pierres vitrifiables aifées à fondre.
- „ Les pierres gypfeufes & calcaires ne fe diifolvent point les unes les » autres. Il en eft de même pour les pierres gypfeufes & les pierres vitri-„ fiables difficiles à fondre ; mais le contraire arrive entre les pierres ;gyp-,3 feufes & les pierres vitrifiables aifées à fondre. . i . . .
- „ Les pierres calcaires & les pierres vitrifiables difficiles à fondre, ne,fi,
- ,3 diifolvent point les unes les autres, non plus que celles aifées à fondre. ,
- „ Le fpath fufible eft de toutes les pierres vitrifiables aifées à fondre,, cellç J, qui poflede à un plus<haut point la propriété de dilfoudre ,. &.elle eft pr©-.
- 33 pre à faire entrer en fufion les autres pierres ,3. , : . , „
- (fo) Il n’eft pas démontré que les fubftances argilleufes ne doivent pas être rangée» parmi 1 es : vitrifiables. , r - - ...
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- w U ES M r N:FS\ B M FER,
- §. II h
- Dijfoudre les unes par les autres, & fans addition, les pierres
- ci-dejfus.
- *i’. Faites un mélangé d’une partie de craie avec trois parties d’argille 5 ’jj ou d’une de craie contre cinq parties d’argille.
- a 2°, MeleZ une demi-partie de gypfe avec une partie d’argille j ou cinq ,9 parties dé gypfe avec fix parties d’argille,
- ,, 3*. Melez deux parties d’argille avec une partie de fpath fufible, ou » bien une partie d’argille avec deux parties de fpath fufible.
- „4°. Melez deux parties de gypfe avec une partie de fpath fufible j ou 59 une partie de gypfe & une de fpath fufible.
- 55 Melbz deux parties de craie avec une partie de fpath fufible; ou „ bien quatre parties de craie avec une partie de fpath fufible ; ou renverfez » les dofes.
- „ 6°. Mettez chacun de ces mélanges dans un creufet fort, & qu’on 5i puifTe fermer d’un couvercle -, plaéez-ies pendant quelques heures dans un ,5 fourneau à vent, & donnez le feu le plus violent.
- ,5 Les mélanges du numéro f font fi aifés à fondre, que fouvéntils per-55 cent les creufets. Il efl vrai que le fpath fufible eft le plus facile à mettre 5a enfufion ; & plus il en entre dans une compofition, plus elle fond aîfé-,s ment, toujours néanmoins fuivant certaines bornes,,.
- §. I V.
- Mettre en diffolution deux pierres qui ne fe dijfolvent point, par le moyen d'une troifie me ejpeee de terre.
- “ 1*. Melez enfemble une partie de craie , trois parties d’argille, & une M partie de fable.
- j, 2°. Melez une partie de craie, cinq parties d’argille, & une partie î5 de fable.
- ,9 3*. Melez enfemble parties égales de craie , d’argille & de fable.
- 5,46. Melez enfemble une demi-partie de gypfe, fix parties d’argille & „ deux parties de labié.
- M S9' Melez enfemble cinq parties de gypfe, fix parties d’argille & deux
- parties de fable.
- ,5 6e. Melez deux parties d’argille, une partie de gypfe, & une partie » de craie,
- 7*. Melez
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- 7, *7** Melez une partie 4e craie,, quatre parues>dc fpath fufible, & une 7, demi-partie de fable.
- „8\ Melez eufemble une partie d’argille , quatre parties ,de fpath fu-„ fible, ,& une partie de fable.
- ,Melez une partie de gypfe, une partie de fpath fufible, $ç une „ pa.ttie de fable,,.
- , Lorsqu’on, veut.uiettre 0en difTolution, par le mocyn d’une troifieme, deux pierres qui ne fe dilfoiyent pas les unes les autres, il faut qu’elle doit de nature à, pouvoir .,mei;trc ,qne de ces deux pierres ,en diffolution, ou même toutes les deux. On ppurraitjéparguer bien des travaux, ^des charbons & des frais, fi, lorfqu’on traite des mines aux fourneaux, on fefait attention aux dilfolvans ou fondans qui leur conviennent.
- §. v.
- Dffolution des différentes fitbflances. '
- On peut à cet égard confulter la table que Gellert a drefiee. Suivant fon obfervation, on trouvera à la table de chaque article , la fubftance qui a la propriété d’en diflbudre d’autres , & enfuite les fubftances qu’elle met en dilfolution, ayant mis les dernieres celles qu’elle diftout le plus facilement. Parce moyen, il y a plufieurs articles, dans lefquels on verra fur le champ l’ordre de la précipitation. Par exemple, dans le 14e article, le fer eft de toutes les fiibltances celle que le foufre diifout par préférence, en-fuite le cuivre, l’argent, le bifmuth , le régule d’antimoine, le mercure & le cobalt; d’où l’on voit que, fi une des fubftances dont on vient de parler, eft mife avec du foufre , on pourra l’en dégager par le moyen du fer ; c’eft ce qu’on appelle affinités, rapports. Dans l’exemple préfent, le foufre a plus d’affinité avec le fer qu’avec les autres fubftances dont nous venons de parler ; mais on voit encore que , pour dégager le foufre du fer par la difTolution, il faut avoir recours à quelque matière qui ait plus d’affinité avec le foufre que le fer n’en a. C’eft ce qui fait qu’à la table de Gellert , il faut joindre celle de M. Geoffroy ,• au moyen de laquelle on trouvera que le foufre,a plus d’affinité avec le fel alkali fixe, avec la chaux vive , qu’avec le fer : çpufé-quemment ces matières font propres à lui faire abandonner le fer, & à s’en charger elles-mêmes. On en doit conclure que ces matières font utilement employées dans le traitement des mines fulfureufes. Ne pourrait-on pas même trouver des moyens pour appliquer ce remede au fer & aux fontes, comme nous le tenterons ?
- Tome II.
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- « des mines de fer.
- OBSERVATION.
- ! Nous avons cru qu’il était inutile d’entrer dans le détail des différentes maniérés de voiturer & de mefurer les mines. Suivant que le local le permet, on fe fert d’animaux de trait, ou de bêtes de fomme. Ici la mefure eft une tomberée,* ailleurs c’eft une queue divifée, comme le vin, en quatre feuillettes. La planche 1 > figure 9 , eft une feuillette à mine : le bas de cette feuillette eft à jour, afin de pouvoir l’enlever commodément quand elle eft pleine. Nous ne parlerons pas non plus du poids de la mine,* comme il eft relatif à l’efpe ce, on le trouvera dans le détail de celles de France»
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- t 7f ]
- «K____
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- SECTION IL
- DU FEU APPLIQUÉ AU TRAVAIL DU FER.
- L E feu fera toujours pour nous un objet d’admiration, de crainte & de fpéculations. Emblème de la divinité; admirable dans la lumière ; bienfaisant dans le développement des fubftances ; terrible dans les embrafemens, dans les tonnerres , les volcans, les exhalaifons fouterreines & l’éle&ricité ; fenlible & impénétrable dans mille effets; pere & deftrudeur; eft-il furpre-nantque dans l’antiquité, la crainte plus que la reconnailTance lui ait élevé des autels ? Devons-nous nous étonner que quelques phyficiens l’aient pris pour un efprit, plutôt que pour un corps; ou que d’autres, frappés de ce que le feu n’a pas de tendance de haut en bas, en aient fait une clalfe d’ètre mitoyen entre l’efprit & la matière ? Et cela, parce qu’ils ont confondu l’élément du feu mis en adion, avec le même élément tranquille & enchaîné dans les matières combuftibles. L’expérience nous a montré que le feu eft une fubltance matérielle ,* & quoique nous ne puifîions former que des conjectures fur la nature de cette fubftance, quoiqu’elle produife une infinité d’effets que nous ne pouvons expliquer , nous n’en fommes pas moins convaincus que cette fubftance a toutes les propriétés de la matière , l’étendue, la folidité ,1a mobilité , la pefanteur, comme on le peut voir dans Boyle, Muschenbroek, & Boerhaave. Son étendue eft démontrée par l’augmentation des corps dans lefquels le feu entre fenfiblement, & dont le volume diminue quand il en eft forti. Sa folidité fe manifefte par celle même de certains corps, qu’il pénétré , & qui en deviennent plus durs ( f i ). Sa mobilité fe manifefte par l’état de divifion où il tient les parties de quelques corps qui ne reprennent leur état que par fon abfence. Enfin fa pefanteur fe prouve par l’augmentation du poids dans les corps où l’on peut parvenir à le fixer.
- On s’accorde affez à diftinguer le feu , en feu élémentaire & en phlogijlique» Par le premier , on peut entendre cet élément fimple , pur, compofé de particules feches, fubtiles, impénétrables & répandues par-tout. Le nom de l’autre
- (çi) Je ne fais fi Ton peut conclure bien plus bas, que le feu pouffé à un degré logiquement que le feu a de la folidité % fuffifant , eft capable de rendre liquides parce qu’il rend certains corps folides. tous les corps. 11 faudrait donc dire , fui-On ne pourrait l’affirmer que d’un certain vant le même principe, que le froid eft degré de feu ; car l’auteur avance un peu folide, parce qu’il change l’eau en glace.
- K ij
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- 7s DU FEU APPLIQUE'
- indique que c’eft l’aliment du feu, d*où nous croyons devoir inférer que le phlogiftique n’eft autre chofe que des parties élémentaires du feu , contenues & enveloppées dans des fubftances qui les recèlent par un méchanifme au-deflus de nos lumières.
- L’expérience nous a appris que la qualité caracftériftique du feu était de donner de la chaleur, & celle de la chaleur de1 raréfier les corps. Ii n’y a point de chaleur fans mouvement ; mais le feu eft-il une matière particulière # ou n’eft-ce que la matière des corps mife en mouvement ? Sur cette queftion les philofophes font partagés. Lorfque nous excitons du mouvement dans-Fair, par exemple , on conçoit que nous écartons les parties groflieres de l’air iiiterpofées entre les particules élémentaires du feu , dont elles empêchaient le rapprochement; & l’on conçoitaufli que ces dernieres, comme plus fluides , fe raraalfent& fe meuvent dans l’efpace que nous leur avons dégagé, & où la chaleur fera d’autant plus grande qu’il y en aura une plus grande quantité de raflemblée ; que l’efpace qu’elles occuperont, fera plus dégagé des. corps étrangers ; que ces particules ignées recevront des corps environnans. line preiïion plus forte, & un mouvement qui occasionnera des frottement plus Vifs & plus redoublés , effet du mouvement décrit fuivant certaines cir-"conftances : à quoi nous devons ajouter que, s’il y avait un moyen de retenir ces particules élémentaires du feu dans une égale quantité & un mouvement égal, on aurait toujours un égal degré de chaleur..
- Ce moyen de fe procurer de la chaleur,. nyétantpour nous, en quelque façon , que momentané , lorfque nous voulons foutenirun tel degré de feu, nous fommes obligés de recourir à des fubftances qui, dilatées & entamées par un premier feu , nous rendent, par le déchirement de leurs enveloppes & le dépérilfement de leurs fubftances, les particules de feu qu’elles retenaient cachées dans leur intérieur. On perpétuera le degré de feu , pourvu que l’on continue d’employer un aliment convenable, qu’on entretienne le même mouvement, & que la diftipation ne foit pas plus confidérable en un tems qu’en un autre ; ou bien pourvu qu’on remédie jufqu’à un certain point, & les unes par les autres, au dérangement de ces conditions ; c’eft-à-dire, que dans le befoin on emploie ou plus d’aliment, ou un aliment plus fort, fi la diftipation eft trop confidérable,* ou des corps environnans plus compares, pour mieux retenir la chaleur; ou une forme plus convenable dans ces corps, environnans , pour mieux profiter de la chaleur réunie. C’eft dans cette com-binaifon , que confifte l’art du feu; & c’eft au feu ainfi alimenté , que Stahl a donné le nom grec (phoyfcov, qui fignifie eombuftible , inflammable , & que l’on a traduit en Français par celui de phlogiftique.
- Quelques - uns l’ayant regardé comme un feu terreftre & groflier, en comparaifon du feu élémentaire , lui ont donné les noms de foufre} frinctye
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- AU TRAVAIL DU FER.
- te.
- fulfureux, foufre principe, principe huileux, principe inflammable j ÛVYt biffant* mable & colorante. î
- Quoique l’élément du feu foituniverfellement répandu , & qu’il n’y ,aît aucune fubftance qui n’en contienne plus ou moins, ij ne faut pas, pour cçla, penfer que toutes les matières foient également capables de fervir d’aliuient au feu. La dalle des inflammables doit être reftreinteà celles connues fous le nom de combuftibles, dont il y a bien des efpeces dans les trois régnés de la nature, & que l’on peut employer fuivant les opérations qu’on fe propofe. ïl faut nous fouvenir , qu’outre cette nourriture, pour ainfi dire , terreftre, dont le feu a befoin , il eft néceflaire qu’il ait le contad libre de l’air, que les parties groflieres de l’aliment qu’on lui donne , comme les fumées, s’en éloignent, ce qui revient à priver cet aliment de fon humidité, enfin qu’il foit retenu dans un foyer qui ne donne qu’une évaporation convenable , & qui d’ailleurs ait la forme la plus capable d’appliquer le feu , & de le faire agir fur les matières qui lui font expofées. Toutes ces conditions font au fond les mêmes que celles dont nous avons déjà fait mention.
- Comme nous ne nous propofons de traiter l’art du fèu que relativement au travail du fer, nous avons pafle une multitude d’effets qui ont mérité l’attention & l’examen des philosophes, & qu’on peut voir dans leurs ouvrages.
- Puisque les effets du feu font dus à fa propriété de raréfier, nous devons faire tous nos efforts pour nous former une idée précife de la raréfa&ion. Nous remarquerons en paifant, que la fluidité des liquides, ou des fubftances que nous connailfôns fous cette dénomination , ne leur eft point effentielle-ment attachée j elles ne la doivent qu’à la quantité des molécules de feu qui les pénètrent : ce qui nous prouve qu’il n’y a aucun corps qui ne puifle être rendu fluide, & qu’à cet égard toutes les fubftances ne different entr’elles que par le plus ou le moins de feu qu’elles exigent pour fe mettre en fufion, & conferver cet état de fluidité (52).
- Raréfier un corps, c’eft augmenter fon volume. Tout corps chauffe eft raréfié, c’eft-à-dire, qu’il a augmenté de volume jufqu’à un certain point, & proportionnellement à la quantité de chaleur qu’il a reçue. On peut voir l’étendue de la raréfaéliou des métaux dans les EJfais de MusCHENBRQJEK. Un corps raréfié, en fe refroidilfant, diminue de grofleur & de grandeur, & reprend fon premier volume. Prenez un anneau & une baguette de fer,
- ('ç2 ) Cette afiertion ne faurait être ad- connaiflent un grand nombre de corps mile dans toute fa généralité. Le feu folaire, qui ne fauraient être mis en fufion par le réuni par les plus grands verres ardens, ne feu le plus violent, dans les meilleurs four-peut pas même rendre fluides tous les corps neaux } il faut y joindre d’autres corps pouî fans exception, beaucoup moins encore les réduire dans l’état où on veut les le feu grollier & terreftre. Les chymilles
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- ; D U F E U APPLIQUE1
- l’un & l’autre difpofés de façon que la baguette entre exa&ement dans Vanneau. Si l’on fait chauffer un des bouts de la baguette, ce bout chauffé n’entrera plus dans Vanneau, mais il y rentrera d’abord que la baguette fera refroidie.
- Ne pourrait-on pas dire que cette augmentation de volume a été produite par les particules du feu , qui font entrées dans le bout de la baguette chauffée, & qui en font forties enfuite ? N’eft- il pas aifé de concevoir que, fi par quelque moyen on avait pu retenir cette matière fluide dans le bout de la baguette qu’elle avait pénétrée, il s’en ferait fuivi, malgré fon refroidifTe-ment, l’augmentation permanente de fon volume? Ceux qui veulent fabriquer de l’acier par la voie de la cémentation » pour retenir les particules du feu qu’ils ont introduites dans le morceau de fer à convertir en acier, n’ont d’autre expédient que le prompt refroidifTement, mieux connu fous le nom de trempe, qui durciffant & relferrant les parties extérieures, empêche le feu qui occupe encore les parties intérieures, d’en fortir, mais aufii lorfqu’on fait chauffer de l'acier de cette efpece , ou, pour mieux faire entendre ce que nous voulons dire, lorfqu’on préfente au feu cette croûte durcie, elle fe dilate & fe raréfie : pour lors les particules de feu , qui avaient d’abord été retenues dans l’intérieur, en fortent comme elles y étaient entrées ; & tel ouvrier qui a cru faire un outil d’acier , n’a réellement fait & dû faire qu’un outil revenu à fon premier état de fer. Ce détail, convenable d’ailleurs à notre fujet, nous difpofe à comprendre que, pour préparer de l’acier plus durable, il faut joindre au durciffement, ou plutôt, avant le durciffement, il faut faire quelques opérations capables d’arrêter le phlogiftique d’une maniéré plus fixe & plus permanente.
- Si après avoir confidéré ce premier degré de raréfa&ion, nous augmentons le feu , le réfultat doit être que la raréfadion fera plus grande j c’eft-à-dire , que le fer recevant une plus grande quantité de matière ignée, doit augmenter de volume plus que la première fois; mais fi on poulfe toujours le feu , n’arrivera-t-il pas à un point où les particules du feu feront fi fort dilatées qu’elles n’auront plus de cohcfion ? Alors il doit leur arriver ce qui arrive à différentes parties de matières jettées dans un liquide : elles doivént fe précipiter (53). Maisfe précipitant dans un fluide, ces parties de matière plus
- ("çO Lorfque le feu eft poufle au plus haut degré poffible, on peut dire que dans le même efpace, on a mis en mouvement un plus grand nombre de particules élémentaires ; mais on ne peut pas affirmer qu’elles n’ont été que plus raréfiées. La fimple raréfadion ne faurait produire un
- plus haut degré de feu. Cela eft aifé à comprendre , & entièrement conforme à l’expérience. S’il n’y avait qu’une fimple raréfaction des particules du feu, le feu le plus ardent ne confirmerait pas plus de charbon que le plus faible. C’eft ce que l’expérience contredit manifeftement. Plus le
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- AU T R AF AI L DU FER: n
- groflïere doivent occuper des efpaces différens, & s’y mouvoir relativement à leur maffe. Le fer en cet état de*divifion, eft ce qu’on appelle en fufion. Comme c’eft une fubftance compofée d’autres fubftances d’inégale pefanteur, & devenues fluides par l’a&ion d’un autre fluide , il ne faut pas être étonné de voir que la matière fondue forme des couches diftin&es. L’une plus pe-fante occupe le fond du v-ilfeau , dans lequel fe fait la fufion : c’eft la partie métallique. L’autre plus légère, & qui fumage la première, eft ce qu’on appelle les feories. Cette féparation relative à la gravité & à l’adion du feu, eft un effet trop journalier pour nous y arrêter davantage.
- Pendant que ces feories furnagent, fi l’on continue de pouffer le feu, la matière du fond fera moins fluide. Cet effet fingulier dans le cas où il y aurait excès, tient de trop près à notre travail, pour ne pas chercher h l’éclaircir. Ne pouvons-nous pas dire que le fer, en cet état, fe trouve, en quelque façon, réduit à ces parties élémentaires par fa trop grande divifion, & par la fublimation des matières qui contribuaient à fa liaifon ? N’eft-il pas croyable que le feu ne peut plus avoir d’aftion fur ce fer trop divifé , parce qu’il n’oppofe plus de réfiftance ? Les parties du feu , plus adtives que celles du fer & plus légères, doivent 'furnager ( 54), & faire tous leurs efforts contre cette efpece de couverture fluide, mais un peu tenace, que les feories ont formée, & qui, par leur contiguïté , empêchent la diflipation des particules métalliques, û fort atténuées, que-} pour fe volatilifer&s’évaporer, elles n’attendent qu’un courant de feu quifoit libre (h).
- Si l’on prend la matière du fer en cet état, on ne peut en faire une maffe compare & folide : refroidi, il eft caffant, parce qu’il n’a point de liaifon 5
- feu eft violent, plus il confume de charbon dans un tems donné. Ainfi la fuppo-fttion de l’auteur paraît être faufile. Il n’eft pas plus heureux dans la comparaifon qu’il fait, en difant qu’il doit arriver aux particules du feu ce qui arrive à des partiel plus groffieres de matière , jettées dans un liquide. Les particules du feu font toujours infiniment plus fubtiles qu’un métal fondu. Cette précipitation fuppofe une plus grande quantité de matière fluide que de particules de feu , & elle ne fait point comprendre comment la matière a pu être niife en fufion.
- (>4) Comment l’auteur fait - il que les particules du feu doivent fùrn&ger ? Juf-qu’à quel point font-elles foumifes aux loix de la gravité ? M. DE Justi ne com-
- prend pas non plus pourquoi le métal en fufion eft moins fluide que les feories qui furnagent. Si cela arrive quelquefois, ce n’eft que par le concours de certaines cir-conftances. Il faut pour cela que les feories extrêmement atténuées, laifiTent échapper plufieurs particules étrangères, dont elles s’étaient chargées, & qui s’étaient vitrifiées: comme ces particules font d’une nature fort hétérogène avec le fer en fufion, dans lequel elles retombent, elles peuvent altérer fa liquidité. Cette forte de fer eft beaucoup plus aigre que tout autre ; & cette propriété, dont l’auteur convient, eft une preuve que cette explication eft jufte.
- (A) Voyez Cramer , tome I, p. 17s,
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- & on ne peut lui donner du corps' qu’en lui rendant la partie terreftr.e nécef-faire à fa liaifon, le tout néanmoins jufqu’à un certain degré j car, comme il il ne faut point une trop grande abondance de ces parties terreftres, il lie faut pas non plus d’excès dans les particules de feu qui y feront unies. C’eft cequ’ileft aifé de prouver par l’acier qui, lorfqu’il en eft trop pénétré, quand il a été refroidi trop fubitement, tombe en poufllere au fond de l’eau. D’après ces éclairciifemens, je crois pouvoir rappeller ici que leferejlm métal compofé de fon élément particulier, de fiels & de phlogifiique combinés & retenus dam une jujle proportion par une bafe vitrifiée.
- Pendant que le fer elt en füfion, comme nous venons de le dire, .fi l’on enleve totalement les fcories, & qu’il n’y ait plus que. quelques particules du fer qui en foient pénétrées, il pétillera jufqu’à un certain degré de refroidiflemeiit. Si dans cet état on fait frapper fa fuperficie nue par une flamme vive , cette fuperficie fe convertira en une.poudre d’autant plus légère & rouge, que le'feu fera plus fort 8c continué plus Jong-tems» ce qui nous montre que, pour obtenir du fer, il faut que fa mine, lorfqu’on veut la fondre, foit mêlée à travers les charbons, & qu’elle ,ne fait pas ainfi frappée parune'flamme qui détruit au lieu de combiner. Qu’eft-ee que cette poudre que l’on a nommée fafran de mars ? .C’eft du fer privé de fa liaifon par l’a&ion du fou mal dirigée, qui lui enleve le phiogiftique. La raifon eft, que la flamme ne fefant que frapperovivement la fuperficie par une efpece de courant, elle atténue & divife j jau< lieu de pénétrer & de fe combiner ; conditions nécelTaires pour obtenir du fer. Nous pouvons donc en conclure qu’il ne fuffit pas d’avoir tes matières nécelTaires pour faire du fer, mais qu’il y a beaucoup d’art à les combiner , à les diriger , à les faire travailler par le feu j par conféquent, il eft de la derniere importance, après avoir connu & difpofé les mines à la fufion, d’employer les moyens propres i produire lin très-grand degré de feu, ainfi que l’art de l’appliquer utilement & convenablement fur le fer qui, de tous les métaux, eft le plus difficile à fondre. Ces moyens fe réduifent à quatre :
- i\ A la qualité de l’aliment du feu. Comme jufqu’à préfent, malgré les tentatives qui ont été faites, nous n’avons pu réuffir à employer utilement que des charbons de bois{ ), il eft efTentiel d’examiner fcrupuleufement
- cette partie.
- 2°. Au courant d’air employé pour exciter le feu & ranimer.
- 3°. A la quantité de l’aliment.
- 4°. Enfin à la maniéré de placer des fubftances à traiter, dans un lieu tellement difpofé qu’on puifle y diriger la chaleur du corps brûlant, fans la
- (ç$) Nous aurons occàfion dé prouver que les charbons de pierre font auffi utiles.
- lailfer
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- AU. T R Ara IL DU FER. jg*
- laiffer difliper par une communication, trop libre avec l’athmofphere. La machine employée à cet effet, eft connue fous le nom dq fourneau.
- Nous, allons entrer dans le détail des trois premiers moyens : le quatrième fera la matière de la feélion fuivante. La première partie de celle-ci traitera des bois & de la maniéré d’en faire du charbon y la fécondé, de la, maniéré de donner umcourant d’air aux foyers deftinés à fondre la mine du fer* dans latroifieme, nous examinerons la quantité de l’aliment du feus c’eft-à-dire , du charbon néceifairje à,la fufîon de la mine.
- PREMIERE PART I E.
- .. Des bais, 65L de la manière de les convertir en, charbons.
- "Voie tune des parties des plus eflentieHes des manufa&ures ( <f6 ) du fer. Le détail des fourneaux & des forges ferai voir l’immenfité de la con-l'ommation de charbon, . , .s .
- La première chofe eft de favoir ce.que nous-devons entendre par charbon. Le charbon de bois eft un corps noir, friable, affez léger, provenu de la combuftion du bois, ménagée de façon que fes progrès ne puilfent pas s’étendre jufqu’à la deftrudion du bois une fois allumé. Des fia vans ont dit qu’en général le charbon eft formé par la combinaifon d’une terre & du principe inflammable x ou du feu.,Le compoféqui réfultc de cette union, eft mêlé, dans la plupart des charbons , avec.des parties falines,, foit alkalines , foit neutres, qu’il enveloppe, ou qu’il mafque d’une façon finguliere.
- Ne pourrions-nous pas dire que lebois eft un compofé de terre , de Tels, d’eau & de phlogiftique , le tout combiné fous la forme & fous la texture, qui font ladiftindion des différentes efpeces de bois ? Qu’eft-ce que le charbon? C’eft la terre, lefel , le phlogiftique qui étaient dans un tel bois, réduits par le feu, ou pour mieux dire, par l’évaporation, en une fubftanGe très-privée d’eau, fubttance connue fous le nom de charbon; ou bien c’eft une éponge privée d’humidité & remplie de phlogiftique, ainfi que d’une partie de fel. De cette définition , tirons les conféquences fuivantes :
- J*. Que le phlogiftique d’un tel charbon , toutes chofes d’ailleurs dans l’ordre, fera toujours dans une raifon exa&e avec le phlogiftique du bois qui l’a fourni. ),
- (ç 6) Cette expreflion n’efl pas jufte. Le mot de manufa&ure fuppofe un genre de travail plus fjmple, Le terme àe, fabrique parait plus convenable aux travaux des fers.
- Tome IL L
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- si
- B Ü FEU A JP P L I Q U Ef
- ft\ Qu’on ne connaît d’agent propre à donner ce réfultat, que le feu lui-même qui fait évaporer la plus grande portion de l’humidité, & les parties qui donnaient de la fermeté & de la folidité au bois, fuppofé qu’elles foient différentes.
- ! 3°. On a l’expérience, qu’en mettant fur un foyer allumé, du bois imprégné d’eau, il s’élève une grande fumée qu’il eft pofïible d’allumer d’autant plus aifément, que la fumée fera plus preffée de fortir en grande abondance, & de paffer par une ouverture plus étroite : d’où l’on conclud que l’humidité chaffée promptement du bois verd, entraîne avec elle une portion confidérable du phlogiftique que l’on peut allumer fuivant quelques procédés^
- 4°. On a encore l’expérience que le bois enflammé, laifféà l’air libre, fe confume & fe détruit entièrement : donc’, pour avoir du charbon avec un tas de bois deftiné à cet ufage, il faut lui ôter, autant que cela eft pofïible, le contadl de l’air, fans cependant que le feu puiffe s’éteindre, faute d’être animé.
- 59. Concevons que tout ce qui tend à la deftru&ion du bois, tend aufli à la deftrudion du phlogiftique qu’il contenait. Un bois pourri, un bois paffé , un bois trop vieux, laides trop long-tems à l’air , font autant de degrés ' qui annoncent le plus ou le moins de phlogiftique.
- 6°. On fait enfin que dans un même arbre, toutes les parties qui le com-pofent, le cœur, l’aubier, l’écorce, le bas, le haut, les branches greffes ou menues, ont des degrés différens de pefanteur. D’ailleurs, les mêmes efpeces de bois à âges égaux, font dans le même cas, & le tout encore relativement aux différens terreins, ainfi qu’aux différentes exportions.
- Disons encore que le bois vif, dur &pefant, donne le charbon le plus vif, ou le plus rempli de phlogiftique, & fe connaît à fa pefanteur. Les autres charbons font toujours en raifon de la pefanteur du bois dont ils font formés. Il eft donc extrêmement effentiel de connaître les divers poids des différens bois j & comme on eft obligé dereeourir à l’a&ion du feu, pour leur conver-fion en charbon, il faut être inftruit de la maniéré de ménager & conduire ce feu d’une façon utile & convenable ; ce qui dépend de deux chofes : parce que fans air on ne peut obtenir de feu;&avec un trop fort courant d’air, on ne peut avoir du charbon. D’ailleurs les parties humides du bois , preffées de fortir trop promptement, entraînent avec elles une quantité de phlogiftique. Il faut donc chercher des moyens doux & lents de le débarraffer de ces parties humides , en le confervant le plus qu’il eft pofïible. Il en eft un facile; c’eft de laifferle bois à l’air libre: mais d’un autre côté, l’air feul étant capable à la longue de détruire le bois , il y a un point qu’il faut faifir pour le convertir en charbons.
- Mais fur tous ces objets, il faut confulter l’art du charbonnier, qui ne laiffe rien à deflrer.
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- AU T R A F AU LJD U FER.
- Nous ajouterons feulement pour l’objet particulier des manufactures de fer, par quelles raifons , i \ les charbons venus de différens bois, abftraélion faite de la quantité de phlogiftique , ne font pas tous le même effet dans les foyers à fondre la mine, ou dans ceux à affiner le fer j 2*. d’où vient la même chofe fe remarque dans des charbons provenus de la même efpece de bois, mais qui fera crû dans différens terreins.
- Si l’on avait des raifons pour croire que la terre qui entre dans la compa-Gtion dubois, eft la même pour tous les bois , on ne découvrirait pas pourquoi les charbons peuvent communiquer au fer différentes qualités, bonnes ou mauvaifes. Nous fommes toujours bien embarraffés, lorfqu’il faut parler de la combinaifon myftérieufe qui fait croître un végétal auffi facilement qu’elle donne une forme contantede l’action & du mouvement à un animal. Mais ne pourrait-on pas hafarder pour réponfe à la première queftion, qu’il y a des bois qui, par leur nature, leur difpofition, leur ftructure, tirent de la terre différentes fubftances, par exemple, de l’huile d’une telle efpece, de la réfine , &c. ainfi que différens fels , qu’après l’incinération, nous ne connaiffons que pour des alkalis ou des fels neutres ; tandis que d’autres bois qui ne font pas de la même efpece, n’ont pas de difpofition par leur texture à pomper les mêmes huiles, les mêmes fels? Ou bien peut-on avancer que les différentes fubftances qui conflituent l’eflence des différens bois, cachent & enveloppent diverfement le phlogiftique, qui au fond eft toujours le même dans toutes les efpeces, mais qui s’infinue dans les corps qui fui font expofés, avec ces enveloppes différentes? Ces deux poffibilités expliquent la diftinc-tion que nous éprouvons parmi les charbons qui font tantôt aigres, tantôt doux, &c.
- Quant àla fécondé queftion, la réponfe qu’on y pourrait faire, ferait que la terre qui entre dans la ftruéture des bois de même efpece, doit être de la même qualité que celle de la terre qui les a nourris. Or, nous avons des terres de différentes efpeces, mêlées & combinées de cent façons différentes ; par conféquent le même bois crû dans deux terreins différens, peut être chargé d’une terre toute différente l’une de l’autre. Donc il n’eft pas étonnant qu’il ne produifc pas toujours le même effet. Cela me parait d’autant plus probable que les parties terreftres, foit de la mine, foit du charbon, fondant avec la partie métallique, elles lui communiquent leur qualité. En effet, ayez à traiter une mine de fer dont la bafe qui retient l’élément du fer, foit une terre vitrifiable, & pour cela ayez un charbon nourri dans une terre auffi vitrifiable ; cette portion de terre du charbon n’en rendra la mine que plus difficile à fondre, puifqu’il faudra lui donner un fondant calcaire, dans la proportion des parties terreftres de la mine & du charbon ; au lieu que, fi vous aviez eu à traiter la même mine avec un charbon à bafe calcaire, ce
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- U DU FEU APPLIQUE'
- charbon aurait porté avec lui le fondant ( 57 ), & la fufion de la raine aurait été plus facile.
- Il ne faut pas dire que les fels des cendres étant tous des alkalis, ils doivent fervir de fondans. Cette propofition devient très-équivoque» & pour mieux nous entendre , il faut difttnguer les tems» Nous conviendrons que, dans les cendres, tous les fels font alkalis ou neutres* mais on a lieu de croire qu’ils ne font pas de même dans le charbon ( i). Les fels dans les charbons ne font pas deftruétibles, ni ne peuvent en être tirés que par l’incinération du charbon même ,• au lieu que dans les cendres , la moindre humidité les diffout * & nous avons vu qu’il fallait que la mine du fer, pour fondre, ait le eontadt du charbon. La partie myftérieufe du charbon, fon incorruptibilité par tout autre agent que le feu, eft un phénomène fin-gulier. Puifqu’en général les acides agiffent fur le fel alkali, comment1 les acides que Pair charrie en grande abondance, n’agiffent-ils pas fur le fel alkali enfermé fur le charbon mis en poudre, pendant qu’une fimple vapeur humide agit fur celui qui eft dans les cendres? Il faut conclure que le fel du charbon ne s’alkalife que par le brûlement, & que nous connaiifons peu îa nature du mixte qui eft dans le charbon. C’eft cette différence dans les
- (57) C’eft une fuppofition bien hafar-dée , que de dire que le bois tire du fol- ©ù il croît, certaines parties terreitres. Des expériences exaétes ont convaincu les phyfi-ciens , qu’il ne palfe dans les plant-es aucune portion de terre qui ait quelque pe-fanteur. On a calciné de la terre pour en ehaffer toute l’humidité : dans cette terre ainfi défféchée , on a nourri des plantes, dont le poids s’eft augmenté au-delà de quatre-vingt livres. Le vafe était foigneu-fement préfervé de la pouffiere, il n’admettait aucun mélange de terre étrangère ; cependant celle qu’il contenait, & dans laquelle la plante avait fi fort profpéré , n’avait rien perdu de fon poids, comme cela fut démontré lorfqu’on pefa de nouveau la terre calcinée. La fuppofition de l’auteur eft donc hafardée. D’ailleurs il admet deux principes qui font évidemment faux. Le premier, qu’une mine de fer, dont^a bafe qui retient l’élément du fer, ferait une terre vitrifiable, fera plus difficile à fondre , û l’on emploie pour cela du charbon
- nourri dans une terre vitrifiable. Comment eft-il poflible qu’une terre vitrifiable, & par-là même très-aifée à mettre en fufion , devienne plus difficile à fondre par l’addition d’une autre portion de terre de même nature ? Enfin, l’auteur femble croire que les particules de terre , qu’il fuppofe pafler dans les plantes, confervent leur nature & leurs propriétés ; c’eft-à-dire, qu’un arbre planté dans un terrein calcaire, renferme aufli une terre calcaire. Si l’on confidere l’extrême délicate fie des vaiffeaux parlef quels les plantes pompent les fucs qui fervent à leur nourriture; fi l’on fe rappelle le changement confidérable qu’éprouvent ces fucs en paffant dans les vaiffeaux , comme cela eft démontré par la théorie & par l’étonnante différence qu’il y a réellement entre les fruits & les fucs qui les pro-duifent; on eft furpris que l’auteur ait pu imaginer que la terre calcaire & grolfiere puiffe conferver fes propriétés en paffant dans les corps.
- (i) Voyez Gellert , tom. I, p. 169.
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- parties terjreftres & falines des charbons 5 qui fait que ceux qui proviennent de différens bois , ou du même bois crû en différens terreins, ne font pas également propres à toutes fortes d’ufages. Dans des manufa&ures du fer» employez les charbons les plus vifs au foumeaur, & mêlangez-les à la forge, fur-tout ceux qui viennent de terreins inégaux en bonté , -afin que leurs cendres fe fervent réciproquement de fondans. ,
- D’après ces premières notions, il faut encore conOdérer les bois, eu égard à leurs différentes efpeces. Comme il n’eft ici qucftion que de leur produit en charbon, diftinguons-les en bois pefans, bois moyens & bois légers ; & remarquons encore que la même efpece de bois , fuivant le local, participe à ce§ trois degrés : le chêne, par exemple , dans un bon fonds où il croit promptement j eftbois dur; fur le fommet d’une montagne, à fonds calcaire, ilefl bois moyen; & expofé au midi, fur un céteau, il eft bois tendre. Indépendamment des degrés différens de bonté qui fe rencontrent nécelfairement dans la même efpece, il y en a de très- confidé râbles encore entre une efpece de bois & une autre, entre un chêne & un hêtre, un hêtre & un tilleul, &c. Il y a aufîi des efpeces qui demandent un certain fonds,, une certaine humidité, & qui ne viennent jamais que torfqu’ils trouvent dans le fol certaines modifications qui leur font rtéceffaires; Nous jetterons encore un coup-d’œil fur les caufes qui préjudicient à la quantité ou à la qualité du charbon.
- Ces caufes font, tout ce qui s’oppofe à la cuiffon, ou tout ce qui ocea-fionne le brûlement du bois. Les unes viennent du locali les autres, ou du travail, ou des chofes extérieures.
- Celles du local font, la nature du fol qui forme l’air; le terrein plus ou moins compacte, folide, en pente, garni de racines, d’eftocs, de pierres, de crevaffes, expofé à l’humidité.
- Celles du travail viennent de l’inégalité de longueur des morceaux” de bois; du mélange indifcret des tendres avec les durs; de leur arrangement mai-entendu, trop ou pas affez couchés, ferrés, penchans fur les côtés.1 Le gros bois occupant un côté ou l’extérieur ; le menu, un autre côté ou le cœur, du bois verd d’une part, du fec de l’autre; des débris de bois dé-périffans avec du bois vif; des bois longs avec des courts ; trop de terre ou pas allez; le manque de feuilles ou d’herbes, qui laiffant entrer la terre ou les frazins dans l’intérieur des fourneaux , peut y occafionner un grand dérangement,
- A cetre occafion, nous dirons que nous avons vu des fourneaux qui, ayant été fenil lés avec peu d’attention , avaient été couverts d’une épai£ feur très-confidérable de terre minérale, provenant de mine de fer, .qu’011 avait tuée dans le bois même : à la longue cette terre entra dans le bois »
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- de façon que, quand le charbonnier, qu’on défait habile, voulut mettre fes fourneaux en feu , le bois étant découvert par-tout, il prit le parti de mettre de nouvelle terre & du frazin. Le reu d’abord eut bien de la peine à prendre j mais enfin ayant commencé à travailler , on ne voyait qu’évents & foufflures de toutes parts : on entendit un bruit continuel, & les premiers fourneaux tournèrent au grand dommage du maître & au défefpoir du charbonnier, qui, étonné & fatigué d’un travail continuel & inutile, perfuadé d’ailleurs que fes fourneaux étaient maléficiés, abandonna le tout à la voracité du feu.
- Les chofes étaient dans ce fâcheux état, lorfque nous fûmes invités de les aller voir. La terre qui avait fervi de chemife à ces fourneaux, était noirâtre , bourfoufflée , un peu coagulée, fonore, reflêmblante à des fcories très-mauvaifes : d’où il était aifé de conclure que cette terre qui était ferrugi-gineufe, avait eflùyé un très-grand degré de chaleur, parce qu’elle était entrée dans l’intérieur du fourneau , & parce que fon épaifleur trop confidé-rable & fa ténacité avaient concentré le feuj ce qui avait occafionné les bruits & les évents continuels. Cela combiné avec le feu qui avait été abandonné à Jui-mème, on ne dut pas être étonné de trouver un commencement de fufion : on efpérait même trouver une réduction dans le cœur du fourneau , attendu que cette terre ferrugineufe avait eu le contaél immédiat du phlogiftique , & que des parties de terre végétale, dont elle était mêlée, avaient pu lui fervir de fondant. '
- On penfait qu’il fallait débâtir les fourneaux, nettoyer les places & les redrefler, feuiller & couvrir de nouveau frazin j mais comme on était dans une faifon peu convenable , au milieu de l’hiver, & que le maître de forge avait compté fur ces fourneaux pour fuivre fon travail fans interruption , il ne reliait de relîource que d’oter, le plus qu’on pourrait, de terre dans le delTus & le bas des fourneaux, & de les laiffer ainli jufqu’à ce qu’ils fulfent bien enflammés, le charbonnier ayant feulement foin de boucher les évents les plus confidérables, & de remplir les entonnoirs qui fe formaient. Le maître effc convenu avoir eu un quart moins de charbon, d’ailleurs moins bon que celui qu’il devait naturellement efpérer.
- Il ne faut pas oublier de mettre en compte l’abfence ou l’ignorance du charbonnier, pour donner ou ôter l’air à propos, fermer les évents qui donnent lieu à la combullion d’une partie du bois ,• ce qui va fi loin, que nous avons vu un charbonnier qui tomba & manqua d’être brûlé dans un vuide de cette efpece que le feu avoit formé. C’ell ce qu’on appelle un entonnoir.
- Les caufes extérieures font les grands vents. Pour s’en garantir, les charbonniers doivent être munis de claies i ils doivent être vigilans à les drefler fuivant les différentes directions du vent. Ayant befoin que les fourneaux
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- foient couverts d’une croûte légère de feuilles, terre &frasitt, les grandes pluies qui entaifent, battent & entraînent, les gelées qui foulevent, les grandes chaleurs qui dilatent, font autant de caufes préjudiciables à la quantité ou à la qualité des charbons. Un tems calme & une légère humidité font ce qu’on peutdeiirer de plus favorable.
- Lorsqu’on a bien confidéré la maniéré de convertir le bois en charbon£’ n’a-t-on pas raifon de penfer qu’il faudrait qu’un charbonnier fût très-inf-truit, très-a&if & très-vigilant? Expofé à toutes les rigueurs de l’air, dans les faifons les plus rigoureufes, les nuits les plus obfcures , & les variations continuelles du vent, il a à gouverner un élément fougueux & vorace, duquel un maître de forge voit dépendre journellement fa fortune.
- SECONDE PARTIE.
- Maniéré d'obtenir un courant d'air pour les foyers definés au travail du fer•
- Il n’eft pas poffible d’avoir du feu fans un courant d’air j fon aétion eft même proportionnée à ce courant : c’eft ce qui donne le mouvement aux particules élémentaires du feu, & nous avons vu que fans mouvement il n’y a plus de chaleur. Une once de charbon debois , enfermé dans un creufet bien lutté, y reliera , fans déchet, pendant 14 ou 15 jours à la chaleur d’un fourneau toujours en feu , tandis que la millième partie du feu qu’on y a confu-mé, ^auraitmis en cendres dans un air libre. Van-Helmont ajoute que, pendant tout ce tems-là, le charbon ne perd pas même fa couleur noire i mais que s’il s’y introduit un peu d’air, il tombe aulîi-tôten cendres blanches. Il faut dire la mèmechofe de tomes les fubftances animales & végétales qu’011 ne faurait calciner qu’à feu ouvert, & qui, dans des vailfeaux fermés, ne peuvent être réduits qu’en charbons noirs. N’avons-nous pas nous-mêmes l’expérience qu’un fourneau à fondre la mine du fer, que l’on bouche plein de charbons enflammés, fe trouve, au bout de 15 à 20 jours, auiîi plein que quand on l’a fermé , pourvu que l’air n’ait pu y pénétrer ; fans quoi, en peu de tems, on ne trouve au fond que de la cendre. Il faut remarquer, d’un autre côté, que lî l’on donne un grand courant à un petit feu, le feu , au lieu d’en être animé, fera dilîtpé ; & fi ce feu était foufflé par un courant d’air trop humide , il ferait éteint. Dans la nature tout a des bornes, & fes effets font tous afïujettis à de certaines conditions.
- Puisqu’il n’y a point de feu fans air, & que l’on abefoin , dansjks foyers
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- D U FR U À RP L I Q U Er '
- des forges, &.fur-tout des fourneaux, d’un feu de la derniere violence, il faut donc joindre aux matières inflammables & à l’arrangement nécefTaire, un grand courant d’air : & comme, dans certains cas, on a befoin d’un feu plus ou moins grand , & que d'ailleurs il faut que* le phlogiftique foit immédiatement appliqué au fer pour fe combiner avec lui, au lieu de le détruire il eft ellentiel qu’on puilfe diriger, diminuer, ou augmenter ce courant, fui-vant que le travail le demande. Pour remplir ces vues, on ne pouvait rien imaginer de mieux que les moyens qu’on a employés. L’invention de certaines machines démontre bien l’étendue de l’efprit humain. Qui fe ferait attendu de voir l’eau & le feu lui - même fervir à procurer ce courant d’air, comme on le voit par le ventilateur & par les trompes ? On peut, pour cet ufage, fe fervir de tout ce qui eft capable de ralfembler une certaine quantité d’air, &de le pouffer avec un certain degré de vîteffe. Voici les deux moyens aujourd’hui en ufage, & nous nous y bornons quanta préfent, puifque, comme nous l’avons annoncé , il n’eft queftion que du travail a&uel. L’hif-toire des trompes & des foufflets eft entièrement tirée des mémoires de M. de Reaumur.
- Article I.
- Des trompes ou foufflets À chute,d'eau, appelles auffi artifices en Dauphiné.
- cc L’eau feule, en tombant dans des tuyaux verticaux, pouffe continuel-„ lement autant d’air, & avec autant de vîtefl’e , que les foufflets que nous « décrivons. L’aétion de cet air immédiatement chalfé par l’eau , eft de „ même affez forte pour fondre les mines du fer & des autres métaux. On „ appelle ces foufflets finguliers, des trompes. On s’en fert dans quelques pro» j, vinces du royaume, & fur-tout dans le Dauphiné & dans le pays de Foix, s, foit pour fondre la mine de fer, foit pour affiner la fonte & la convertir „ en fer ou en acier. On n’a prefque jamais recours à d’autres foufflets dans „ le pays de Foix: nous ne parlerons pourtant de ceux-ci, qu’après avoir „ décrit les trompes du Dauphiné. Les mefuresque nous allons déterminer, « doivent toutes fe rapporter à ces dernieres
- §. I
- Trompes dans le Dauphiné.
- (Voyez la planche f des fourneaux, & fon explication.)
- “ Tout ruiffeau d’eau n’eft pas propre à faire une trompe : fa fituatiori
- „ doit
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- &
- 15 cfoit ay moins être telle qu’on püifle lui donner une chute alTbz confidé-M rable. Cette eau eft amenée à la trompe par un canal prefque horizontal, „ ou qui n’a d’inclinaifpn au’environ un demi-pouce par toife. Le corps „ de la trompe eft un tuyau vertical, qui a environ 27 pieds de hauteur, „ & un pied 4 pouces de diamètre. Ces mefures, quoique les plus ordi-„ naires, peuvent être variées ; mais nous nous y arrêterons, pour fixer M celles que nous avons à donner dans la fuite. Le tuyau HH (planche V) „ eft ordinairement compofé de deux pièces de fapin creufées, liées en-„ femble par autant de frettes de fer qu’il eft néceifaire pour rendre leur j, affemblage folide.
- „ La façon dont ce tuyau eft creufé, eft ce qui contribue leplus à l’effet „ de la trompe. Son ouverture fupérieure C, celle où le canal prefque heu 3j montai verfe de l’eau, a 13 pouces de diamètre; de-là;; en defeendant, w la cavité du tuyau fe rétrécit infenfiblement jufqu’à trois pieds de dif. „ tance de l’ouverture fupérieure; dans cet endroit qu’on appelle Vétran-„ guiïlon, le creux du tuyau n’a que 4 pouces de diamètre : mais immédia-j, tement au^deffous de l’étranguillon, la cavité s’élargit; elle a neuf pouces, « & elle les conferve dans tout le refte de la longueur. Ainfi la cavité fupé-„ rieure du tuyau eft une efpece d’entonnoir qui finit à l’étranguillon.
- j, AUtDëssous de l’étranguillon , il y a 10 trous, ou foupiraux Ot G% M qui donnent entrée à l’air dans la trompe. Six de ces foupiraux font à 5, même hauteur, & quatre font au-deifous de ceux-ci, & en font également „ éloignés. Ces. foupiraux ou trous, tant fupérieurs qu’inférieurs, font cy-„ lindriques, mais taillés obliquement dans répaideur du parois, de telle „ forte que l’ouverture intérieure des foupiraux fupérieurs, eft plus de $ „ pouces au-delFous de l’étranguillon, & que leur ouverture extérieure n’eft „ qu’à S pouces plus bas que l’étranguillon. Les quatre foupiraux inférieurs „ font taillés avec la même obliquité que les fupérieurs , & n’en font diftans „ que de quatre pouces. Ils font tous cylindriques, & ont tous deux pouces „ de diamètre.
- „ Le corps delà trompe eft foutenu par un chevalet, c’eft-à-dire , par „ une pièce de bois DD coupée quarrément, & percée au milieu pour j, laiifer paffer la trompe : cette piece de bois eft portée par quatre pieds eiv „ foncés en terre. La piece de bois percée au milieu ne touche pourtant ,3 pas immédiatement la trompe : il y a d’efpace en efpace divers crampons 33 de fer attachés à Lune & à l’autre de ces pièces.
- „ Le bout inférieur / du corps de la trompe eft logé dans une cuve MM*
- „ quia environ 6 pieds de hauteur, & qui, dans quelques fourneaux, ca 33 prefqu’autant de diamètre. Il y defeend jufqu’à environ i'8 pouces de fon » bord Supérieur;.c’eIUudire,qu’il eft éloigné du fond de cette cuve, d’en-Tome 11. M
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- So : JD U FEU APPLIQUE*
- » vîron 4 pieds & demi. La cuve eft fortement liée par des cerceaux de feft' „ Il y a dedans une efpece de table ronde L d’un pied quatre pouces dédia*. „ métré , qui eft tantôt de pierre & tantôt de fonte de fer. Sa furface fupé*
- ,y> rieure eft environ à la moitié de la hauteur de cette cuve. Elle eft foute* „ nue par une efpece de croix de bois , dont les quatre bras font égaux , & „ appuyés chacun par un pied qui porte fur le fond de la cuve. Le deifus
- de la cuve eft recouvert ; mais outre l’ouverture qui donne entrée au corps
- de la trompe , il y en a une fécondé , dans laquelle eft un tuyau qui con-53 duit au foyer l’air qui eft pouffé par l’eau j quelquefois ce fécond trou eft w percé dans le corps, de la cuve.
- iy Avant de connaître les autres parties de la trompe, nous pouvons déjà „ voir comment elle fait les fonctions d’un violent foufflet. Suivons dans 5, fa route l’eau qui vient s’y rendre : la partie qui eft faite en entonnoir, 5> eft toujours pleine d’eau, jufqu’à quelque hauteur au - deffus de l’étran* 55 guillon j de forte que l’eau forte à gueule-bée par cet étranguillon; mais 5, elle n’eft pas plutôt fortie, que trouvant une ouverture plus largeelle s, fe difperfe. Les gouttes d’eau, pour ainfi dire, s’éparpillent : il arrive 55 ici ce qui arrive à l’eau qui fort de tous les ajutages. Après la fortie , elle 55 n’eft plus renfermée, comme elle l’était, par une furface cylindrique ; elle 35 ne prend même aucune figure confiante. Le jet eft comme compofé de 5, différens filets, d’eau, qui changent continuellement d’arrangement, les 53 uns par rapport aux autres. Or les intervalles qui font entre différens w filets & ces différentes gouttes d’eau, font occupés par l’air qui eft dans 55 la cavité de la trompe. Si, entre deux filets féparés par l’air, un nouveau ,5 filet vient à defcendre, il pouffera cet air en-bas, avec toute fa vîteffe, 35 il le conduira avec foi dans la cuve. L’arrangement irrégulier que pren* 53 nent les filets , foit à leur fortie de l’étranguillou, foit en continuant 3, leur chute , eft fans doute caufé qu’il y a peu de gouttes d’eau qui ne foit 33 en état de conduire de l’air dans la cuve, pourvu que cet air trouve place j, pour y entrer j & il la trouve, parce que l’air qui y eft conduit a une 55, iffue pour échapper, & qu’il eft même pouffé par l’eau à prendre cette 33. route.. L’eau, à mefure qu’elle fort de la trompe , agit contre l’air qui eft 53 dans la cuve, avec toute fa pefanteur & toute fa vîteffe acquife pour le 35 faire fortir : & cet air trouve une ouverture où rien ne lui réfifte, ou lui 33, réfifte-peu, & par conféquent il s’échappe.
- „ L’eau fait plus encore : arrivée dans la cuve , elle tombe avecimpé-33 tuofité fur la table , d’où rejailliffant de tous côtés , elle pouffe en haut le ,3 même air qu’elle a conduit en bas : elle donne moyen de fe dégager à celui 53 qui, s’étant trouvé renfermé entre différens filets, avait été comme 5* conduit dans un tuyau d’eau* Enfin les. jeta d’eau en s’élevant, pouffent
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- » tout l’air qu’ils rencontrent, & il ne peut céder qu’en enfilant l’ouver-. 3, ture qui aboutit au tuyau qui fe rend au fourneau ; l’eau & l’air qui defcen-„ dent par la trompe, ne lui permettent pas de prendre une autre route. L’air ,, l’enfile encore d’autant plus naturellement quand le feu eft au fourneau , „ qu’il trouve de ce côté-là un air raréfié qui cede continuellement ($8).
- M A mefure que l’air fort de la cuve, il en entre de nouveau dans la „ trompe, & cela par la loi du plein (f?). De nouvel air fouffle , pour ainfi „ dire , continuellement par les dix foupiraux : il en entre par eux tous „ enfemble , autant qu’il en fort par le tuyau du foufflet. Le nouvel air, „ à mefure qu’il arrive , fe trouve expofé aux percuffions des filets d’eau „ qui le conduifent dans la cuve, & l’en chaifent enfuite pour le renvoyer „ au foufflet. Cette circulation d’air ne durerait pas long-tems, fi l’eau „ ne trouvait pas une ilfue ; elle remplirait bientôt la cuve. Il ne faut pas 9, non plus que l’ouverture, pour la fuite de l’eau, donne pafTage à Pair, ,, & elle ne le donne pas tant que le niveau de l’air fe trouve au-delliis du ,, trou P qui lailfe échapper l’eau. Pour entretenir l’eau dans ce niveau, „ & pour favoir fi elle le conferve , il y a auprès de la cuve , une efpece „ de petite éclufe QRS (fi l’on peut pourtant donner ce nom à une efpece „ de cailfe fans fond, qui a environ 2 pieds de hauteur ). Le bas de cet
- (ç8') La defcriptlon de M. de Reaü-MUR eft exarte, & la machine extrêmement curieufe. Mais a-t on bien faifi le principe fur lequel repofe tout fon jeu ? Si l’effet qu’elle produit n’avaic point d’autre caufe que l’air qui pénétré par les trous de l’étranguillon , & qui, pouffé
- par l’eau jufques dans la cuve , ne fe trouve point d’autre ilfue que le tuyau qui rend au fourneau , il aurait été inutile de divifer cette eau en petites parties , & plus encore de la faire tomber fur la table qui eft au fond de la cuve. La machine aurait produit le même effet fans cette préparation ; l’air qui pénétré par les trous & qui eft entraîné dans la cuve par le mouvement de l’eau , n’aurait point d’ilfue que les tuyaux qui aboutiffent au fourneau. Peut-être eft-il plus naturel de croire que la plus grande partie de l’air qui allume les fourneaux , fe fépare de l’eau lorfqu’on la divife en petites parcelles , & qu’on la fait tomber fur la table de fonte. Dans une
- ; ... -t- k UD û.j.
- differtation lue à l’académie de Gottingen, & inférée dans le fécond volume des Oeuvres morales £? philofophiques de M. de Justi , cet auteur célébré foutient que l’eau eft de même nature que l’air , & que l’un eft produit par l’autre. Cette opinion eft prouvée par une foule d’expériences , & l’effet de cette machine peut encore la confirmer. Pour changer l’eau en air, il ne faut autre chofe qu’un mouvement violent. Une grande chaleur & un grand froid qui l’agitent beaucoup , fuffifent pour cet effet. Voilà ce que fait aufti la machine dont on donne ici la defeription. En di-vifant l’eau en petites parties , en la fe-fant tomber d’aflez haut fur la table placée au fond de la cuve , on n’a cherché qu’à favorifer le changement de l’air. Au refte, il eft probable que les tirous placés au-delfous de l’étranguillon ne font point néceffaires.
- (ç9) Ou par la loi de l’cquilibre des fluides*
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- 5, affemblage de planches eft de niveau avec le bord fupérieur de Pou-ver-. ,, ture de la cuve qui donne l’écoulement à l’eau ; & le canal P qui con-„ duit l’eau dehors de la caiffe , eft aufii au-deffous de cet affemblage de= „ planches. Au : milieu de cette caiffe » deux tringles forment de chaque « côté une couliffe , où eft une planche qui s’élève au-dehors de la caiffe ,. » & qui peut s’élever ou s’abaiffer davantage : elle eft, à proprement par-», 1er, la patte de notre petite éclufe. Qn voit que la largeur de cette planche a?, eft parallèle à l’ouverture delà cuve.. Dès qu’on a abaiffé cette efpece „ de patte, on' étrécit le canal qui laide écouler l’eau,- on l’élargit, fi on „ l’éleve : & par conféquent il eft aifé d’en faire refter dans la cuve jufqu’à », quel point on veut ; ce qui ne doit jamais aller au plus que jufqu’au ,, tiers de fa hauteur. Enfin on connaît quelle hauteur l’eau occupe dans „ la cuve , en regardant dans la petite éclufe» puifque par les lois de », l’équilibre des'liqueurs, elle eft la même dans l’une & dans l’autre.
- ,» UîlE trompe pareille à celle que nous venons de décrire, fuffit fouvent », pour un foyer à forger ou à affiner; mais pour un fourneau à fondre ,» la mine-, an en emploie tantôt deux, tantôt trois (jtg. f ). Une feule », pourrait faire autant d’effet que les trois enfemble, fi l’on avait l’eau à ,» diferétion » mais lorfqu’on n’a qu’une certaine quantité d’eau, celle qui », », de trois trompes, fait un fouffle affez fort » en ferait un trop faible , ft », elle tombait dans une foule. Quoiqu’on donnât à chacune des parties du ,, corps de cette trompe, autant de capacité qu’en ont enfemble dans les.
- trois corps des parties fomblables , on ne rendrait pas fon effet égal ; l’eau », ne fo difpsrforait pas autant fartant de l’étranguillon de celle-ci » qu’elle-», fo difperfe enfornble dans,les trois autres l’on voit que ee n’eft qu’au» », tant que l’eau fo difperfo , qu’elle peut pouffer l’air dans la cuve. Si, en? », tombant » elle formait une colonne qui eûttpour bafe l’étranguillon,,
- elle ne produirait aucun effet.
- », Quand on a plus d’une trompe» elles ont chacune un petit tuyau par-„ ticulier, appelle cnijfolepar les ouvriers : ces petits tuyaux aboutiffent à un ,, plus gros porte-vent qui leur eft commun. La longueur du corps de la », trompe n’eft nas arbitraire non plus , quand on n’a qu’une certaine quan-», tité d’eau. Plus le corps de la trompe eft long , plus il contient d’air f „ plus long-te ms l’eau agit contre cet air & plus fortement ; la même quan-. »» tité d’eau-en chaffe certainement plus d’air il en rentre toujours, à peu M près autant qu’il y en a de ehaffé.
- Mais quand o-n a- affez- d’eau, de plus groffes trompes ou plus courtes »» peuvent faire le. même effet que de plus petites & plus longues. Peut-être „ augmenterait-on l’eîfét des trompes , fi l’on employait ces moyens pour » obliger; l’eau à; fe difperfor davantage à la fortie de l’étranguillon ; fi ,par
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- AV TRAVAIL D V TER.
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- » exemple, elle rencontrait à fa fortie des fils dé fer diverfement incite M nés, qui traverferaieiit le corps de la trompe. Il éft vrai qu’on perdra i'ï j, quelque chofe de la vîteffe que l’eau a acqùife ; mais peut - ëfrë gagner „ rait-ori davantage par Paugmefitatioît dé la quantité dé i’ëàü qui ferait « en état d’agir contre l’air.
- „ Le porte-vent a environ un pied de diamètre dans les trompes cPùrt pétié ,3 fourneau jil fait un ou plufieurs coudes ; il eft plus ou moins incliné feloft ,3 la pofition des trompes par rapport à celle du fourneau. Il fé terminé f>a£ „ Une canne de fer, femblable aux büfes dès fôufttets , & qui entré dé mêmë 3.3 dans le fourneau. Tout ce que nous avons à y remarquer, c’eft qu’auprèS; 3, du fourneau il y a une ouverture d’environ 8 pouces en quarré, q,uron „ bouche par le moyen d’un clapet ou efpece de petite porte de pareille grân-'
- 2, deur , & qui s’ouvre avec une charnière. On l’ouvre toutes les fois qu’orti 33 veut arrêter ou diminuer le vent du foufflet. En-dedans de cette ouvete w ture, il y a un morceau de cuir qu’on bailfej ce cuir eft une foupape qué „ le Vent tient àbaidée pendant qu’il fouille* & trouvant alors pour iftiief „ l’ouverture en queftion, il fort & n’arrivé point jufqu’aü fourneau. Ai& s., refte , le tuyau, du porte-vent eft pour l’ordinaire de fer - blanc, jufqu’à. la. ,3 tuyere.
- ,3 Le fouffie du porte-vent ferait inégal, -fi Ton ne réglait Peau qui entre ^ dans la trompe. Plus il y aurait d’eau , plus il y aurait de vent ; aufti à la 33 tète du canal qui la conduit, on a foin de conftruire une petite éclufe,, „ ou de mettre une patte que Pon éleve , ou bailfe, fuivant la quantité d’eau ,3 que l’on laiife couler dans la trompe. Nous avons dit qu’on ne donne à ce „ canal qu’environ un demi-pouce de pente par toife ; ce n’èft pas que l'effet,
- 3, de Peau ne foit d’autaut plus grand qu’elle a plus de chute,- mais une eau „ qui arriverait trop rapidement pourrait déranger le tuyau de la trompé' „ de fon à - plomb, ce qui en diminuerait beaucoup l’effet. D’ailleurs ellfif j, uferaitplus vite la partie de la trompe faite en entonnoir*. elle perdrait' j» même une grande partie de favîteffe* en tombant entre les parois, ellè' M rejaillirait en partie. Il vaut mieux que Peau ait moins de chute en arri-r 3.5 vaut à la trompe , & que 'e corps de la trompe foit plus haut. L’eau peut: >, de même acquérir autant de vîteffe, fans caufer de dérangement.
- ,v Les forgerons-prétendent avoir remarqué que les trompes foufHent plus; ». fortement en. hiver qu’en été , & le raifonnement paraît d’accord avec leur' 3, obfervation. L’eau a éertainemeut moins, de volume en Hiver, qu’en été S; „ & par confqquent elle eft alors plus pefnnte, & en état d’agir plus effica-j, cernent contre Pair: cette remarque s'accordé avec celle, des forgerons. quM 3, fe fervent de foufflets mus par l’eau.
- 33 La tïompeôu tuyau dôft; être bieiiaffujéttiè paf les crampons, dé fer quil
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- jj la portent; autrement elle s’enfoncerait dans la cuve. Les crampons la tien» ,, lient ifolée de façon qu’elle ne touche point les parois du tiou du che-jj valet, & cela afin qu’extérieurement elle foit plus feche , qu'elle fe pour-33 riffe moins vite. Quand elle s’ouvre quelque part, on bouche les trous j, avec de la filalTe , ou de quelqu’autre maniéré équivalente. Dans les en-„ droits où l’on peut placer les cuves fur un teriein pierreux , on ne leur jj donne pas de fonds dans d’autres endroits, on leur donne un corroi de „ glaife -, & quand on leu* fait un fond de bois, ce fond porte par - tout fur „ un terrein. Elles ont environ un pouce de diamètre de moins par en-haut „ que par en bas.
- „ On met deux petites planches où le vent fort de la cuve , quand ce trou j, eft percé dans la hauteur de la cuve s elles fervent à arrêter en partie les s, particules d’eau qui feraient emportées par l’air dans le porte-vent. L’une j, de ces petites planches eft attachée au fond fupérieur , & l’autre contre les 33 côtés. Le bout de l’une defcend plus bas que le bout de l’autre , fans cepen-33 dantfe toucher. Le vuide qui eft entr’elles deux, eft le chemin qu’enfile *9 l’air > & où il eft plus difficile à l’eau d’arriver,,.
- §. I I.
- Trompes dans le pays de Foix,
- (Voyez la planche 7 des fourneaux , & leur explication. )
- “ Il y a quelque différence entre la conftru&ion des trompes du Dau* phiné, & celle des trompes du pays de Foix. La plus remarquable eft que s, ces dernieres n’ont point, comme les autres , de foupiraux placés au-defi-j, fous de l’étranguillon j elles tirent l’air de plus haut: il vient d’au-deffus j, de l'a furface de l’eau qui entre dans la trompe. Le réfervoir d’eau fournit „ en même tems deux corps de trompes, deux tuyaux verticaux parfaite-9, ment femblables ; ainfi il fuffit de connaître la ftruôture d’un de ces tuyaux. „ Depuis la caiffe où ce tuyau conduit l’eau & l’air jufqu’à une certaine hauteur au-deffus , il a un diamètre égal. Arrivé à cette hauteur , il com-», mence à s’évafer, & continue de même en entrant dans le réfervoir, d’où „ il reçoit l’eau ; arrivé à ce réfervoir , il fe divife en trois parties ou en trois ,, tuyaux, fi pourtant on peut appeller la partie du milieu qui eft ouverte „ des deux côtés , un tuyau. Les deux tuyaux des bouts font faits en coins; as on les nomme les trompilles. Ils s’élèvent chacun jufqu’à peu de diftance „ des bords fupérieurs du réfervoir. Leur pofition eft telle que l’efpace qui si refte entr’eux, & que nous avons appelle 1 z, tuyau, du milieu , a aufti la
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- £ü TRAVAIL DU FER. 9?
- „ figure d’un coin , & il en porte le nom. Cet efpaee eft ouvert de deux aa côtés depuis le fond du réfervoir jufqu’en haut.
- 33 C’est par ces ouvertures que Peau entre dans le corps de la trompe, s, Les deux tuyaux qui font à côté, les deux trompilles fournilfent l’air: 3, l’eau n’y entre jamais , parce qu’on ne permet pas qu’elle s’élève dans le a, réfervoir à la hauteur de leurs bords fupérieurs depuis le fond du réfer-3, voir jufqu’un peu au - delfous ; le corps de la trompe eft donc divifé réel-3, lement en trois tuyaux, qui font les deux trompilles & l’efpace qui eft. 33 entr’eües , ou le coin ; car alors cet efpaee eft renfermé de tous côtes. Les. 33 ouvertures inférieures de ces trois tuyaux aboutiffent enfemble à un canal 33 commun, (6o) dans un endroit où le diamètre du corps de la trompe n’eft pas aulli rétréci quijl l’eft un peu plus bas.
- x, De cette difpolition il fuit un effet pareil à celui que produit la difpo-33 fition des autres trompes. L’eau du réfervoir entre dans la partie du mi-33 lieu ou dans le coin* à la fortie de ce coin, elle rencontre un canal plus 3, large; elle s’éparpille; elle chaffe l’air qu’elle trouve devant foi; elle le 33 conduit vers le bas du tuyau. La nouvelle eau qui arrive, trouve de 33 même de nouvel air à pouffer : il eft continuellement fourni par tes deux 33 trompilles.
- 33 Nous avons dit que ces trompes font' compofées de deux tuyaux ver-33 ticaux ; ils aboutiffent à une eaiife commune , car ici on ne donne pas l§t 35 figure de la cuve à la capacité où l’eau & Pair font conduits. Cette caiffa 33'. eft d’une grandeur eonfidérable ; elle a près de 16 pieds de longueur fur 33 ]>refque 6 de largeur, & 3 de hauteur intérieurement dans l’endroit où „ elle en a le moins. Les deux tuyaux de la trompe font à un des bouts de: 33 la eaiife, qui eft de quelque qhofe plus large que l’autre; mais en récom-,3 penfe , cet autre bout eft beaucoup plus élevé : il a près de 4 pieds de: ,3 hauteur au-deffus de la partie dans laquelle entrent les tuyaux. Aux deux » tiers de la longueur de la eaiife, les pièces de bois, du deffus font mifes. 33 dans l’inelinaifon né'ceflaire pour arriver à cette hauteur.
- 33 Le conduit par où l’air s’échappe , part du bout le plus élevé. L’en-
- (60) La defcrîptioti de cette machine n’eft pas.aulïi complette, ni aufti diftinéte que la précédente. Les mefures font indéterminées ,, & l’on fait que deJà dépend toute la chofe. S_ans doute que les mémoires fournis à M. de Reaumür n’en difaient pas davantage. On ne conçoit pas comment il eft poffible' que les ouvertures inférieures de ces. trois tuyaux aboutiffent
- à un canai commun. Les tuyaux des deux petites trompes doivent aboutir dans un. endroit où le canal oommun ne foit pas; rempli d’eau. Si eda n’était pas , l’eau r.e-poufferait l’air qui y pénétré. Il ne peut entrer que bien peu d’air dans un efpaee, rempli d’eau. 11 eft impoffible qu’il s’y em forme, un courant confidéiabAe*,
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- SD U F EJJ A F P L I O Ü Ef *
- „ droit où ü commence n’eft pourtant qu’à la hauteur de la furface harî-„ zontale du defTus de la trompe ; de-là , en allant vers le fourneau, le tuyau „ s’incline en-bas. La partie de la cuve plus élevée elt apparemment faite 33 pour augmenter la capacité de cette cuve, pour réfléchir l’air, &c.
- „ Nous n’ajouterons point ici que l’eau qui tombe dans la cailfe, y „ tombe fur des éfpeces de tables , pareilles à celles que nous avons vues „ dans les cuves des autres trompes. Nous n’entrerons point non plus dans „ le détail des mefures des tuyaux des réfervoirs & des autres parties de jj la trompe : il y a bien de l’arbitraire en tout cela,,.
- On peut encore voir dans Swedenuorq, une defeription de trompe, & la réflexion qu’il fait à ce fujet.
- Article I I.*
- Des foujfiets.
- Si nous avions mis par ordre d’ancienneté les moyens de donner un courant d’air aux foyers du travail du fer, il elt probable qu’il aurait fallu commencer par les foufflets. D’abord on les a fait de cuir, & on les fefait mouvoir à force de bras : enfuite on les a fait beaucoup plus-grands ; ils étaient mus par l’eau, & relevés par des contre- poids. Comme ces foufflets font extrêmement communs, nous ne nous y arrêterons pas.
- Depuis peu on a trouvé une maniéré fujette à moins d’entretien, en les fefant de bois. On s’en fert depuis 1620, dans les fonderies du Haut-Hartz. On en attribue l’invention à un évêque de Bamberg. On dit dans le Berry & le Nivernois, qu’ils ont été apportés par un Allemand; & dans le Dauphiné , on dit qu’un Suiffe y a conftruit les premiers. En Franche - Comté , c’eftim Allemand qui en a montré la conftruéiion aux nommés Gaucherot, habiles en cette partie. Ce qu’il y a de certain , c’eft que du tems d’AGRi-cola , ils étaient inconnus. Jufqu’à cette ingénieufe découverte, 011 fe fervait de foufflets de cuir ; &il eft très-probable que nous la devons à l’Allemagne, ainfique bien d’autres chofes concernant le travail du fer, comme nous aurons fouvent occalion de le remarquer. Voici la defeription desfouf-fîets de bois, telle qu’elle fe trouve dans un mémoire de M» DE Reaumur.
- <c On ne s’en fert pas feulement pour les fourneaux, on s’en fert aufîî jj pour les forges où nous verrons convertir la fonte en fer. Ceux des four-5, neaux font les plus grands; on leur donne depuis 14 jufqu’à if pieds de 55 longueur, fans y comprendre la bufe des foufflets, quia ordinairement „ trois à quatre pieds au-dehors du foufflet. Pour ceux des forges, on en fait depuis 7 pieds jufqu’à 10 : la planche VIII rept-éfente un de ces petits
- jj foufflets.
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- Aü T R AV AIL DU FER.
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- 3, foufflets. La grandeur & le nombre des parties croilfent proportionnelîe-5> ment dans les grands. Ici nous ne nous arrêterons qu’aux me lu res des
- grands.
- „ Les foufflets (planche i ) font Compofés de deux caides de bois, Tune „ immobile; c’eft l’inférieure B ; la fupérieure A eft mobile ; nous la nom-« merons avec les ouvriers le volant. Le Volant s’élève & s’abaitfe alternati-„ vement fur la cailfe inférieure, à-peu-près comme on éleve & abailfe le » delfus d’une tabatière à charnière, quand on l’ouvre & quand on la ferme ; „ mais ici les bords du deflus defcendent bien au-delfous du fond de la boîte „ qu’il recouvre, & dans le tems même qu’on releve le plus le delfus , une « partie de ces bords eft au-delfous de la cailfe inférieure ; jamais le derrière D „ de ces fortes de foufflets, c’eft-à-dire, le bout le plus éloigné de la bufe F, „ ne doit être en ligne droite. Il doit faire la portion d’un cercle qui aurait „ pour centre la cheville ouvrière K} tous les autres côtés, & même celui-„ là dans la cailfe inférieure, & les autres dans le volant, font en ligne „ droite. Le fond de la cailfe inférieure a douze pieds & quelques pouces de ,3 longueur, jufqu’à la tètiere S, c’eft-à-dire , jufqu’à l’endroit où la cailfe ,3 inférieure eft recouverte par quelques petites planches immobiles S qui „ forment une partie de la cailfe. a F eft une partie du tuyau ou canal, qui „5 conduit le vent dans la bufe bb} une partie de la bufe £Feft engagée dans „ ce tuyau où commence la tètiere S ; le fond de la cailfe n’a guere qu’en-33 viron 14 pouces en-dedans, près du bout du foufflet,• elle a 4 pieds & 3, demi en-dedans j & où cette cailfe eft plus large, elle a moins de profon-3, deur, qui n’eft guere que de cinq pouces près du derrière, pendant qu’elle 33 en a près de neuf près de la tètiere. Le delfus du volant a une figure fem-„ blable à celle du fond de la cailfe, confidéré feulement jufqu’où com-33 mence la tètiere. Il eft de quelque chofe plus- grand en tout fens ; mais le 33 volant ne forme point une caille 5 ou fi Ton veut le confidérer comme 33, une cailfe , c’en eft une ouverte par un des bouts A, & inégalement pro-„ fonde en différens endroits des côtés. Cette cailfe imparfaite a trois pieds „ de profondeurs bout le plus large BD} de-là fa profondeur va en dimi-,, nuant également jufqu’au bout/f le plus proche de la tètiere, où il n’a „ qu’un pied de profondeur.
- „ On imagine aifez comment ce volant fe pofe fur la cailfe inférieure, „ & que c’eft afin qu’il s’applique mieux delfus, qu’il Ta aucun reî ord à „ fon petit bout. Nous ferons feulement remarquer qu’il eft retenu en place ,, par un boulon PP qui traverfe de part en part la tètiere. On imagine en-5, core aifément qu’il tourne fur ce boulon, comme le delfus d’utife tabatière j, fur fa charnière j & qu’à mefure qu’on l’éleve , la cavité comprife entre 3, la cailfe inférieure & le volant augmente, ou, ce qui eft ’a même chofe, Tome IL N
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- DU FEU APPLIQUE'
- v,
- qu’elle contient plus d’air. Quoique nous n’ayons pas encore dit où eft l’ou verture qui donne entrée à l’air entre ces deux cailfes , les autres fouffbts donnent allez d’idée de la maniéré dont on peut placer les fou-papes nécefraires. Toute la difficulté gît à ne frire for tir l’air introduit, que par la hufe ; & cette difficulté a dû paraître confidérabie à celui qui a, cherché, le premier à conftruire de pareils fou filets. Qn ne. peut pas fe promettre d’ajufter l’une fur l’autre» deux cailles fi grandes» allez exactement pour ne lailTer entr’elies aucun palïage. à l’air. Si dans une certaine pofition, elles, fe touchent bien» elles fe toucheront inégalement dans une autre. D’ailleurs les changemens qui arrivent au bois» fait par féche-relfe » foit par humidité > ouvriraient bientôt des palfages à l’air » entre les cailfes qui auraient été le plus, parfaitement emboîtées l’une fur l’autre. Un emboîtement même trop, parfait produirait de rudes frottemens, & demanderait une, augmentation, de force dans le moteur des fouffiets. Un expédient ingénieux, & d’autant plus eftimable qu’il effc très-fimple, remédie à tous çes inçonvéniens. ; pourvu que les côtés de la çailfe foient des furfaces à-peu-près planes , & qui ne foient pas éloignées de ceux de la cailfe inféKeure de plus de deux pouces» on bouche à merveille tout le. vuide qui relie entr’elies ; en voici tout le myftere.
- Sur. les. bords de la cailfe inférieure» il y a des liteaux ou tringles de bois. //,. qui n’y font point attachés. Selon qu’ils font pouftes, fis peuvent avancer vers, le dehors, de la cailfe * &; aller de ce côté-la par-delà fes, bords i iis peuvent de même revenir fur leurs, pas j mais, jamais le. bord du liteau, n’excede. le bord.de la cailfe vers le. dedans , & jamais ils, ne peuvent s’élever y des mentonnets Y, Z> &; i , 2, zx les. arrêtent dans, ces deux fens. Le manche » la racine de. chaque mentonnet,, eft attaché verticalement. cancre les parois de la cailfe, &. le mentonnet porté, par çç manche horizontal. Les mentonnets forment enfemble une elpece de couliife à jour, dans laquelle le liteau peut aller & venir fans pouvoir s’élever. En quelques, endroits on fait ces mentonnets de bois , ce gui eft ordinaire* & le meilleur» dans, d’autres ils font, de fer,
- „ Qe font les, liteaux qui bouchent tout palfago au vent :. ils font continuellement preffiés par des relîorts qui les obligent de s’appliquer contre les parois intérieurs du volant. Ces. relforts font des lames d’acier qui tendent à fe fermer jufqu’à un certain point. Entre deux mentonnets zzy eft attachée une. petite pièce de. bois , alfez femb.lable à la racine du men-toijiiet» & placée femblablement. Elle eft, & on l’appelle l z porte-r effort i le milieu du reTort eft attaché contre cette pUce» & les. deux bouts du même reiTort tduchent le. liteau quand ces relforts, font autant fermés
- v» ftuhls: le peuvent être * il n’y a de largeur du liteau fur le bord de la cailfe *
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- AU TRAVAIL DU F EmJL
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- qu’autant qu’il en Faut pour y être Foutenu. Le refte du liteau eft en-dehors jj de cette caille. Chaque liteau des côtés eft compofé de plufieurs tringles „ qui s’emboîtent par les bouts les unes dans les autres, ce que montrent „ 11 & 14. Un liteau eft large de deux pouces & demi fur 18 lignes & quel-„ queFois fur 12 lignes d’épailFeur. Sept reiforts preiîent un côté dans uil „ grand foufflet. Concevons à préfent la caiife inférieure emboîtée dans le „ volant, & qu’elle a été d’abord tellement conftruite que fes parois tou-,, chaient, à quelque chofe près , celles du volant : l’air pour cela ne trouve „ pas entrée entre les deux caillés, parce que les refforts contraignent les liteaux à s’appliquer contre les parois du volant. Si les changemens de ,, température d’air étendent le volant j s’ils font que ces parois s’éloignent „ davantage, il ne refte pas plus de vuide ; à mefure que les parois s’éloignent, ,, les liteaux les fuivent ; de même fi, en éicvant le volant, il fe trouve en „ certains endroits des vuides plus grands que dans d’autres, les liteaux ,, en approchent davantage & les bouchent; fi au contraire d’autres chan--„ gemens d’air rétrecillent ce volant, & fi, en s’abailfant, il forme des ,, vuides plus petits, alors le volant repoulfe les liteaux , il les fait rentrer „ dans la caiife inférieure. Dès lors que les côtés du volant feront bien „ plans, l’entrée fera donc bouchée à l’air.
- „ Tout ce jeu eft aifé à imaginer : il n’y a aucun endroit où il foit plus „ néceffaire que vers le derrière du volant. Il le ferait encore davantage , fi ,, l’atfemblage dont le derrière du volant eft formé, était perpendiculaire „ au-deftus du même volant : car il eft fur que plus le volant s’élèverait* „ plus il relierait de vuide entre ce dernier & celui de la caiife; & cela pa,r „ la raifon que dans les triangles rectangles qui ont un côté commun , celui „ qui a l’autre côté plus grand, a une plus grande diagonale. Par cette rai-„ fon, dis-je, la ligne tirée du boulon par le milieu d’un des reiforts juf-„ qu’à la parois du volant, ferait d’autant plus longue,- ou, ce qui eft la „ même chofe , la diftance de la furface intérieure des parois du volant, à „ la furface extérieure des parois de la caillé, ferait d’autant plus grande „ que le volant ferait plus élevé. Pour diminuer ce vuide qui pourrait être „ tel qu’il ferait difficile de le boucher avec le liteau, on donne à la parois ,, du derrière du volant, une direction inclinée vers la caiife inférieure. „ On donne même à ce dernier une courbure, comme on la voit en BD; ,, mais comme il eft difficile de mefurer exactement la courbure, & de „ donner la courbure mefurée, le mouvement du liteau fupplée à ce qui „ manque ; il s’applique toujours aifément contre les parois.
- „ Dans les plus petits foufflets, & même quelquefois dans les grands,
- ,j on fe contente de plus grands liteaux & des reiforts dont nous venons de ,j parler, & on ne laiife pas que de faire de bons foufflets; car, après tout,
- . N ij
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- x oo DU FEU AFP Ll QUE*
- » il ne s’agit pas de vaiifeaux qui foient bouchés hermétiquement ; cepen-' ,3 dant ils font d’autant plus parfaits que l’air y trouve moins d’iffues. Il eft 5? encore une précaution qu’il eft mieux de prendre pour les grands fou£. 33 flets , & que l’on prend dans les endroits où on les fait avec le plus d’exac-33 titude. Avant que de dire en quoi elle çonfifte, faifons connaître le défaut 3, auquel elle remédie. Les liteaux appuyés fur les côtés de la calife, n’ont 33 précilément que la longueur du côté fur lequel ils font appuyés. Suppofons 33 que fur le derrière il n’y a qu’un liteau , qui n’a qu’une longueur égale 33 à celle du bout qui le porte. Cela étant, ces trois parties du volant qui 33 font vis-à-vis des liteaux , font plus longues que le liteau. Il reliera donc 33 un vuide qui ne fera point occupé par des liteaux, quoiqu’ils touchent, 33 autant qu’il leur eft pollîble , le volant ; ce vuide formera deux petits cubes-33 ou deux petits parallélipipedes. redtangles aux deux bouts du liteau du *3 derrière ; & ces deux vuides feront d’autant plus grands , que la cailfe fupé* 33 rieure furpalfera plus la cailfe inférieure.
- „ Ces deux vuides, comme tous les autres, fe bouchent par le moyen des 33 refTorts, mais qui agilfent dans un féns différent, comme on peut le voir 33 aux figures 8,12 & 14, Pour entendre l’eifet de ces refforts, au lieu d’un ,3 liteau, on en concevra trois derrière le foufflet, & ils y font effectivement. 33 Ils font tous trois pofés fur une même ligne; les deux bouts de celui du 33 milieu font deux tenons, deux efpeces de languettes qui entrent chacune ,3 dans une mortaife, dans une çoulilfe taillée dans le bout d’un des autres. 33 Ces trois liteaux étant engagés l’un dans l’autre , autant qu’ils le peuvent ,3* être , n’ont enfembleque la longueur du derrière de la cailfe ; mais ils peu-33 vent occuper une plus grande longueur.Quand ceux des bouts s’écartent de 33 celui du milieu (& ils s’en écartent aifément) , les couliifes fe meuvent 5i) facilement fur leurs.languettes : deux refTorts leur font faire ce mouvement ; a, au lieu que les autres relîorts tendent à fe fermer , ceux ci tendent à s’ou-33 vrir. Us font pofés au-deifus des liteaux, & couchés horizontalement com-w me les autres. Dans le d'effus d!es liteaux, les relforts font attachés par leurs 33 extrémités,par le moyen d’un clou ou.bien il y a des entailles qui don-„ lient. p ri le à leur bout, & qui fuffifent même pour empêcher les relforts 33 de tomber. Un de ces rf(forts prelfe contre un des liteaux du bout & eon-33 tre celui du milieu 5 de même l’autre reffort prelfe contre le liteau de l’autre 33 bout, & contre celui du milieu ; ainfi le relfort du milieu refte toujours 3, en même place; mais ceux des côtés s’éloignent autant que les parois des 33 côtés de la cailfe fupérieure le permettent : cela n’empêche pas que les ret ». forts ordinaires , ceux dont nous avons parlé ci-devant, 11’approchent en a, même tems les mêmes liteaux contre le derrière du volant, & qu’ils ne bouchent tout le. vuide. Gn pourrait fe contenter derrière de deux relforts
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- AU TRAVAIL BU FER:
- loi
- yy placés femblablement à ceux des côtés, qui tendraient à s’ouvrir comme y, le dernier dont nous avons parlé, & dont les deux bouts feraient arrêtés » dans des entailles ou par un clou $ pourvu qu’ils eulfent une certaine gran-yy deur, ils fourniraient aux deux mouvemens diiférens des liteaux; quand » ils auraient autant écarté les liteaux les uns des autres qu’ils le peuvent ,5 être, lerefte de leur effort fervirait à les rapprocher du volant.
- y> Il y a des foufflets où l’on met encore un liteau , ou, fi l’on veut, deux 55 lite ux ademblés comme ceux de derrière auprès de la têtiere : ces liteaux 33 pouiiés par des reflorts ordinaires , s’approchent de la partie de la têtiere 35 dont le volant s’éloigne en s’élevant ; & le volant, en s’abaitfant, les ra-. 3, mené en leur première place. Enfin, quelques ouvriers mettent deux, s, trois liteaux fur chaque côté, difpofés comme ceux de derrière , & pouffes 35 de même par des relions ajoutés en-dedus: les foufflets en valent encore ,, mieux.
- „ Les ouvertures qui donnent entrée à l’air dans le fouffiet pendant que 3, le volant s’élève , font taillées dans le fond de la caille inférieure , comme. 35 on les voit en A A. Les ouvriers les appellent venteaux ou éventeaux, nom 35 qu’ils donnent auffi aux foupapes qui les bouchent. En quelques provins a, ces il y a deux pareilles ouvertures dans un grand foufflet. Elles font cou-33 pées quarrément, & ont chacune environ cinq pouces de large & dix de 33 long. Elles ne font di liantes que de deux ou trois pouces l’une de l’autre ,, % & elles le font de cinq à fix du derrière du foufflet. Chacun de ces venteaux 33 a fa foupape de grandeur proportionnée , & qui tourne; fur deux charnie-. 33 res, fi l’on peut donner ce nom à deux bandes de cuir , attachées par un 33 bout au venteau, 8c par l’autre au fond de la caiHe. Autour des venteaux * ,3 le fond du foufflet eft garni de peau de mouton , couverte de fa laine. Il y 33 a auffi des morceaux de peau couverte de laine , attachés contre les bords 33 des venteaux j de forte que quand les venteaux s’abaiflént, la laine dont ils. 33 font revêtus, tombe fur celle du fond de la eâiifei ce qui ferme alîez bien.
- „ Comme l’air entre avec une grande viteffe dans .le foufflet quand on « éleve le volant, il pourrait quelquefois relever les foupapes à un tel point 33 qu’elles tomberaient en fuite du côté oppofé à celui de l’ouverture, &
- ,5 alors l’air fortirait par où il eft entré. C’eftà quoi remédie une corde atta-35 chée contre le fond de la caille. Elle pade à travers le milieu des deux 33 foupapes. Comme elle eft lâche, elle les laide élever jufqu’à un certain ,3 point, & les arrête avant qu’elles foi-ent montées trop haut. En d’au très 35 pays, on eft dans l’ufage de ne larder qu’un venteau au foufflet, qui feu!
- 35 a la grandeur des deux précédens. Sa foupape a de même pour charnière-35 deux morceaux de cuir. Une bande de cuir empêche cette charnière de » s'élever trop. Cette pratiques une commodité qui la rend préférable ; elle
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- 10» BU FEU APPLIQUE'-
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- 35 laiife au-delfous du foufHet une porte alfez grande pour qu’un ouvrier 3, y puifle entrer, quand il y arrive quelque dérangement, fans être obligé „ de le démonter. Peur cela on ne fait que lâcher la bande du cuir , qui ar-„ rête la foupape.
- „ Depuis la têtiere jufqu’à environ trois pieds par-delà, le fond de la „ cailfe eft recouvert de feuilles de fer: on appréhende les étincelles qui' 3, peuvent venir par la bufe. Comme ces étincelles pourraient même aller „ beaucoup plus loin , on met quelquefois une traverfe B C où finiifent les ,3 feuilles de fer. Cette traverfe eft elle-même recouverte de feuilles de fer, „ du côté qui regarde la bufe.
- ,, Il ne nous relie qu’à faire quelques remarques fur la maniéré dont les ,3 pièces d’un foufflet font alfembléês. On les fait prefque par - tout de plan-„ ches de fapin , des plus ëpaiiîes & des plus dures. Les planches qui font ,3 pofées les unes à côté des autres , ainfi que celles qui compofent le delfus 33 du volant, le fond de la caille , &c. ont des rainures des deux côtés. On 33 alfemble deux pareilles planches ^Sr le moyen d’une tringle, qui a des „ languettes de chaque côté. Les planches qui forment les parois du volant „ & de la cailfe , s’alfemblent à queue d’aronde j toutes les «hevilles qu’on „ emploie font de bois.
- „ On remarquera que les liteaux ne doivent point avoir de nœuds. Le j} liteau & le volant s’ufent par le frottement mutuel. Comme les nœuds' „ font plus durs que le refte, ils feraient caufe que les liteaux & les parois ,3 du volant s’uferaient inégalement en ditFérens endroits, ce qui pourrait „ donner des entrées à l’air. Quoiqu’on falfe tous les aifemblages le plus ,3 exa&ement qu’il eft poftible , on craint, avec raifon , que les jointures ne ,3 donnent entrée à l’air: dans quelques endroits, on colle fur ces jointures ,3 du papier avec de la colle de farine de feigle. Ailleurs on cherche à faire' „ quelque chofe de plus durable; on fe fert de colle forte, & au lieu de „ papier on emploie des bandes de peau. Enfin , avant de fe fervir de fouf-33 flets neufs , ou de ceux qu’on a raccommodés , on frotte avec de l’huile 33 toutes les parties mobiles. Outre que les mouvemens en font plus doux , „ tout pâlfage en eft encore mieux bouché à l’air
- Nous ajouterons à ce mémoire , que lorfque les fouffletsne font plus leur travail ordinaire , par la perte du vent, on peut les raccommoder ; ce qu’on appelle les relever. Cela s’exécute én delferrant la cheville ouvrière, & en ôtant la cailfe ou lé volant; en Vifitant & nettayant les joints & les liteaux, les mentonnets, les relforts , enfin en. collant des bandes de bafane fur les endroits que l’on entrevoit donner palfagô à l’air. Le devant de la tète ex-pofé aü feu, & conféquemment facile à fe gercer, fe garnit de coins de bois avec colle forte, & s’enduit de bourre mêlée avec colle de farine de feigle*
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- A U T R A V A I L B ü FER.
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- L’extrémité du fond des foufflets porte fur deux chevalets qui y font atta-chés , & la tête eft appuyée par en-bas fur un banc de pierre qui eft p'acé devant , mais plus bas que la tuyere, On a encore foin de faire porter le milieu des grands foufflets fur un fécond chevalet, qu fur des pièces de bois, que l’on place où l’on juge à propos. Les foufffets font arretés par des coins de bois, chaffés à force entre la tète & la marâtre de la tuyerei & les chevalets font cloués, au çhaffis traînant, qui eft placé deffous, afin de rendre le fond immobile.
- La caiffe des foufffets eft garnie au-delfits de deux anneaux de fer {planche 2 ) dans lefquels paffe un crochet double, plié dans le dellus, & répondant à un autre crochet mobile, enclavé dans le bout des bafcifies ou contrepoids , au'moyen d’une cheville de fer. La bafçulq eft un levier de bois, dont le point d’appui eft environ aux deux cinquièmes de fa longueur. Un bout répond aux crochets des foufflets, & l’autre eft chargé à volonté, pour faire le contrepoids auffi fort qu’il eft néeeffaire. Il y a plufieurs autres maniérés de faire relever les foufflets ; on les trouvera gravés fur les difFérentes planches des fourneaux &, des forges.
- Le delfus de la caille eft auffi garni d’une boîte de fer, dans laquelle paffe & eft arrêtée une lame épaiffe de fer laquelle déborde le delfus de la caiffe de 4 à 5 pouces. Cette lame eft un peu courbée eux, & s’appelle bajjecontre, ou balifeorne. Pour donner le mouvement nécellaire aux foufflets de forges ou de fourneaux, il y a un courfier qui communique à l’empallemeut de travail, ou une huche avec rouet & lanterne, comme on le voit dans la planche 2. L’eau du courfier fait tourner une roue, dont les bras traverfent; un gros cylindre de bois , qui tourne devant les balFecontres,
- Cet arbre eft armé de fix cammesà tiers -point,trois pour chaque foufflet. Une çamme eft un morceau de bois, enclavé & ferré dans des mortaifes* pratiquées dans l’arbre, La camme doit être bien çvuidée, du talon, & arron-die comme la baffeqontre i afin que, quand elle travaille, elle tende àabaiffer 1a caille,. & non à la pouffer. Lorfqu’une camme, par fa rencontre fur la balle-contre, a fait baiffer un foufflet, & élever le contrepoids dans le bout qui eft au-delà du point d’appui, fi-tôt que la camme eft échappée de deffus la baffe-contre , le contrepoids dégagé de cette force étrangère, & fupérieure à fou propie poids , retombe, & en defçen.dant fait relever le volant qui, comme nous l’avons dit, répond par des crochets au bout de la bafcule ou contrepoids qui eft en-decàdu point d’appui, & qui fe releve. néçeffairement quand l’autre bout bai.le, comme il bailFe, par la preffiou de la çamme, quand, l’autre s’élève :.les cammes font difpofées de façon que toujours, quand un des volans. s’élève , l’autre s’abailfe ; çnforte que, pour avoir un vent qui foufffe fans dif, continuités il faut avoir deux foufflets.. Lorfque chacune des caillés fupé-rieures des foufflets, s’élève, le venteau s’ouvre par l’infpiration, & laille
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- DU FEU APPLIQUE'
- entrer Pair. L’infpiratioti celTée , le venteau fe ferme par fou propre poids ; & l’air enfermé, prelfé par le volant que la camme abaiffe, n’a plus , pour fortir, d’autre iflue que les bufes des foufflets.
- Les foufflets de forge étant d’une moindre étendue que ceux de fourneau, demandent moins de force pour être abaiifés & relevés : auiii ne fe fert- on point de bafcules pour cela. Le jeu des uns & des autres eft le même , à cela près que les anneaux qui font de côté & d’autre de la balfecontre , & qui font attachés au volant, retiennent un crochet double , plié dans le delfus, & qui répond à un autre crochet enclavé dans un levier de fer ou de bois, lequel eft attaché par le milieu à une perche flexible. Le même levier fert pour les deux foufflets ; & comme c’eft à chacun des bouts de ce levier que répond l’enchaînement d’anneaux & de crochets qui doivent élever chaque foufflet, on conçoit que, lorfqu’une camme preife la balfecontre d’un foufflet, elle fait baiffer le volant, & en même tems les crochets qui y tiennent, ainiî que le bout du levier qui les retient; mais pendant que ce bout du levier cédant à une force étrangère, s’abailfe , il faut néceflairement que l’autre bout s’élève, & qu’en s’élevant, il éleve auffi le volant de l’autre foufflet, dont la ré G fiance eft inférieure à la force de la camme qui preife. Ce fécond foufflet eftabailîé à fon tour par la camme qui approche ; & en s’abailfant avec le bout du levier qui y correfpond, il fait relever nécefsairement le premier foufflet par le moyen du levier qui remonte. En un mot, un foufflet ne peut monter que l’autre ne s’abailfe ; & la perche, par fon élafticité, fe prête à ces dilférens mouvemens.
- Nous voici déjà à portée de voir à-peu-près ce qu’il faut d’air pour faire un feu qui puifTe fondre une certaine quantité de mine de fer. M. de Reaumur a calculé qu’un foufflet de forge , de fept pieds & demi.de longueur jufqu’à la tête, & de 43 pouces de largeur, Gnilfant à 14 fur l’élévation de la cailfe de 14 pouces , à fa plus grande portion du cercle, donnera 201 f 11 pouces cubes pour le volume d’air poulie par chaque coup de foufflet. Un pareil foufflet en un quart-d’heure, donne 206coups, les deux enfemble 412 : un foufflet de fourneau fournira , fans être de la plus grande dimenfion, 98280 pouces cubes par chaque coup, & il donnera en un quart-d’heure 120 coups, les deux enfemble 240.
- Pour voir ce que nous pouvons conclure de-!à , fuppofons qu’un foufflet de forneau fût rempli d’eau , au lieu d’air. Contenir 98280 pouces cubes, c’eft contenir bien près de 57 pieJs cubes, qui, à raifon de foixante livres, poids de chaque pied cube d’eau, peferaient 3420 livres; mais on fait que la pefanteur de l’air eft à celle de l’eau comme un eft à mille. Donc à chaque coup de foufflet de fourneau , qui ne fera pas même de la plus grande dirnen-lion , nous aurons bien près de trois livres & demie pefant d’air. Ce calcul revient à-peu-près à celui de M. l’abbé Nollet , qui eftime que la pefanteur
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- AU TRAVAIL DU FER.
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- abfoîue d’un pied cube d’air, eft de près d’une once & deux gros. Wolf. Eiem. aè'rom. l’eftime d’une once vingt-fept grains. Suppofons encore que deux foufflets de fourneau donnent chacun huit coups par minute, comme il eft affez ordinaire ; nous aurons donc par minute près de cinquante - fix livres d’air qui entrent dans le fourneau, ce qui revient à 3360 livres par heure. Par ce calcul ne pourrions-nous pas approcher de la quantité d’air néceffaire pour une telle quantité de phlogiftique, appliqué à Une telle quantité de mine de fer? Ou, Ge qui eft la même chofe, la mine connue par fa quantité, ne pourrait-on pas déterminer la quantité de phlogiftique & d’air s nécelfaire pour la mettre en fufion ? Ou bien, la quantité du phlogiftique connue, ferait-il fi difficile d’indiquer la quantité d’air & de mine , relative à celle du phlogiftique pour faire fondre cette quantité de mine ? Toutes ces queftions fuppofent que la machine qui les contient ( c’eft le nom que Boerhaave a donné aux fourneaux) , fût de la forme la plus convenable , pour appliquer le plus utilement Pa&ion de l’air 8c du phlogiftique j mais avant, nous devons voir ce que , dans le travail aétuel, on dépenfe de phlogiftique pour une quantité de mine déterminée ; ou, ce qui eft la même chofe, nous devons trouver combien on emploie d’aliment, ce qui eft le troifiemc moyen de l’art du feu, & l’objet de notre troifieme fe&ion.
- Avant que d’y paffer, nous devons faire remarquer que l’air qui, ainfi 'que l’eau, ne doit peut-être fa fluidité qu’aux particules du feu , eft fi néceffaire pour avoir du feu, qu’on pourrait dire que cet élément ne tire fa force que du mouvement qui naît de fon mélangé avec l’air. Ne pourrait - on pas dire que l’air n’anime pas le feu feulement par fes parties propres, mais qu’il augmente encore fon aliment parles corps qu’il y porte ? L’air d’ailleurs eft dilaté par la chaleur,* & fon élafticité , qui ne vient peut-être en grande partie , que des particules d’eau dont il eft chargé , en eft augmentée proportionnellement. Gellert nous apprend , qu’au degré de l’eau bouillante , l’air eft dilaté d’un tiers de fon volume, & que pour lors fon élafticité eft à la pefan-teur de l’athmofphere comme 10 eft à 33. Amontons l’avait trouvé de même. Quelques-uns ont eftimé qu’il pouvait occuper un efpace quatre mille fois plus grand. Boyle va jufqu’à 13979. Mais comment évaluer fa dilatation .dans un fourneau de fufion? Introduit avec force par le bas , paflant au travers d’une très-grande quantité de matières enflammées de différens volumes, repoufle par les corps intérieurs & les environnans, quelle a&ion doit en réfulter dans un vuide ! Quelle rapidité dans un courant rétréci par la difpo-fition des matières ! Comment ofer lui fermer toute iflue? N’y aurait-il pas des effets terribles à en craindre , comme nous l’éprouvons dans ces explorons épouvantables qui font jetter quelquefois au loin toutes les matières qu’un fourneau contenait? On ne peut attribuer cet accident qu’à la grande
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- raréfa&iott de l’eau que l’air entraîne avee lui, lorfque quelques matières attachées dans Un fourneau, lui ferment tout paflage. La machine de Papin & les pompes à Feu nous montrent de quoi eft capable cette raréfadion. Loin donc d’empêcher l’air de fortir, ne doit-on pas plutôt lui ménager une iflue? Alais quelles en doivent être les proportions ? Jufqu’à préfent nous n’avons d’autre réglé que ce que la conftrudion ordinaire des fourneaux a pu nous ênfeigner.
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- SECTION III.
- QUATRIEME MOTEN DE VART DU FEU APPLIQUE AU TRAVAIL DU FER.
- Cettt feflioh & les deux premières ont été diejfées fur le plan , la revif on, Tes retranchemens, les cor réel ions & les changeniens ae M. le marquis de Courti-VRON , par M. Bouchu qui y a fait entrer une partie des différens mémoires qu’il avait précédemment adreffes à M. de Malesherbes , premier préf dent de la cour des aides, en y joignant tout ce qui a été extrait des papiers de M. DE ReaÙMUR, 8f toutes les planches gravées que Al. de Coürtivron lui a communiquées.
- Des fourneaux•
- La définition que M. de Villiers (61 ) nous a donnée d’un fourneau* eft fi précife , fi exa&e & fi convenable en particulier à notre travail, que nous ne pouvons mieux faire que de l’employer.
- Un fourneau.eft un vaiffeau, au moyen duquel on peut tenir du feu!, le gouverner & l’appliquer comme inftrument, & quelquefois comme principe, aux corps qu’on veut changer par le feu ; d’où il faut conclure que le meilleur fourneau fera celui qui fera capable de produire les effets qu’on en attend, autant de tems qu’on le voudra, avec toute l’égalité qu’on peut fou-haiter, de façon qu’on puilfe le gouverner aifément, le tout avec le moins de frais pofiible. Ce qui nous donne quatre conditions à remplir : la durée de la machine , l’égalité du produit, la facilité du gouvernement, la moindre dépenfe.
- Quoiqu’il femble que Swedenborg fe foit épuifé fur le nombre des fourneaux de fufion qu’il a cherché à décrire , & fur le détail de leurs différentes parties , nous croyons devoir multiplier ces objets de çomparaifon, d’autant plus à propos d’ailleurs, que nous profiterons de cette occafion pour mettre au jour les démarches que le gouvernement a faites pour être
- (61) Elémehsde docimaflique, traduits Elle différé de la métallurgie, en cé que de l’allemand de Cramer. La docimafti- celle*-ei s’occupe, des mines en grand, que eft l’art d’effayer en petit les mines.
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- io8 DES FOURNEAUX.
- inftrmfc d’une matière dont il a toujours fenti l’importance ; le concours de MM. les intendans à un projet fi utile à lamation j les foins de Meilleurs de l’académie à folliciter & recueillir des connaiffances fur le travail intérieur & étranger , dans la vue d’y porter la perfection ; & les peines particulières de M. de Réaumur , qui paraît avoir plus fpécialement fuivi & travaillé cette partie , comme il e.ft amplement démontré par ce que nous avons tiré de fes papiers & de fes ouvrages, dont nous avons beaucoup à employer fur toutes les différentes branches du travail du fer. Ces objets de compa-raifon auront encore une utilité particulière , en ce qu’il y en a qui traitent des parties dont Swedenborg a parlé, & on fera à portée déjuger les obfer-vateurs français & étrangers» Tant de circonftances & de travaux réunis prouvent bien la difficulté & l’importance de la matière.
- Les différens travaux par lefquels il faut faire pafier la mine pour fe procurer du fer, annoncent d’ailleurs deux difficultés en quelque façon étrangères au travail aCtuel, mais dont la folution » fi elle eft poffible, ne laifferait pas que d’y jetter de la lumière la première, comment on a pu d’abord s’en procurerj la fécondé, par quel degré on a pouffé le travail jufqu’au point où il eft aujourd’hui»
- Nous donnerons nos conjectures fur la première, & nous ferons voir que la fécondé difficulté eft la fource des différences que nous remarquons dans les fourneaux de fufion : d’où l’on pourra conclure d’une part, que. quoique tous aient le même but & certaines chofes dans lefquelles ils font femblabtesd’autre part, les préjugés , l’habitude, la dépenfe des mutations néceffaires, peut-être même certaines formalités de la part de nos loix,. comme nous le prouverons ailleurs, forment un obftacle prodigieux à la perfection du travail.
- Les fourneaux pouvant remplir deux objets différens à beaucoup d’égards , celui de fe procurer fimplement du fer , & celui de fe procurer des chofes moulées ,.nous avons cru devoir les traiter féparément. Pour fuivte quelque ordre dans notre travail, nous le diviferons en quatre parties»
- La première rapportera les différentes parties de conftruCtion & travail, d’un fourneau , avec l’examen de quelques autres fourneaux tant français qu’étrangers, pour achever de former le tableau du travail aCtuel, en le comparant à ce q,u’en dit Swedenborg.
- La fécondé, les conjectures, fur les premières connaiffances du fer, &. raccroiffement de fbn. travail..
- La troificme , les moyens employés pour remplir les quatre conditions effentielles à la bonté d’un fourneau à fondre la mine du fer*
- La. quatrième traitera des fontes moulées.
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- DES FOURNEAUX.
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- PREMIERE PARTIE,
- De la conJlruEHon de* fourneaux f & de la maniéré dont on y fond la mine en Berry & en Nivernois*
- Mémoire tiré de M. »elReaumur (k}.
- Pô u R tirer le fer de la mine, il ne s’agit que de raffembler les grains ferrugineux qui y font diftribués, de les débarraifer de la terre , ou des autres corps étrangers avec lefquels ils font mêlés, & de les lier tous enfemble; e’eft ce qui fe fait par le moyen de la fufion. La mécanique en efl auffi (impie-que commode i la mine fondue devient un liquide compofé de parties inégalement pefantes , ou plutôt elle forme deux liquides de différentes pesanteurs : l’un n’eft fait que de parties terreufes fondues j comme plus, léger * il prend le delïiis : l’autre contient des parties métalliques, & quelques parties terreufes qui y retient mêlées ; il prend le deflous : à mefure que les, grains de mine fe fondent, cette féparation ne manque pas de fe faire. La fluidité qu’acquierent les parties de poids différens , les met en état d’aller occuper la place vers laquelle elles font pouffées par l’excès de leur pefanteurj il nerefte donc qu’à tirer féparément du fourneau ces deux fluides j mais: avant de voir comment cela s’exécute , nous devons connaître la conftruc-tion des fourneaux. Quoiqu’il y ait bien des variétés, dans la conftruéiiôm des fourneaux , ils fe reflemblent tous dans l’elfentiel j & comme l’imagination a befoin- d’avoir à quoi fe tenir, nous en décrirons un en particulier, dont nous déterminerons les mefores & les proportions j nous ne laiderons pas d’avertir en paffant, de ce que les proportions ont quelquefois de différent dans d’autres fourneaux ; nous en dirons les variétés autant que nous croirons le pouvoir, fans faire perdre de vue l'objet principal. Nous; ne nous arrêterons néanmoins qu’aux mefures les plus néceffaires ; les planches & leur explication fatisferont ceux qui auront befôin d’une inf-truétion plus détaillée.
- Les. chofes néceffaires à un fourneau indiquent le lieu où il doit être eonftruit.. Ce ne ferait pas. affez que les, minières en fuffent proches, if n’eft pas moins effentiel que le bois y foit commun. Un fourneau en fait-une confommation très-confidérable, comme on le verra mieux dans la? fuite. Nous dirons feulement en-paient , que, félon?des mémoires envoyés.
- ( k ) Il efl probable que le fourneau qu’iî décrit eft, celui de GroJJouvr^
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- à M. de Pontchartrain, chaque fourneau de Hainault en brûle par an 5000 cordes.
- La mine ne fefond (62) qu’avec le charbon de bois(/). Lorfqu’on a cefle de faire du fer dans quelques endroits du royaume, q’a prefque toujours été faute de bois.
- L’eau eft auiîi abfolument néceflhire à un fourneaui elle eft le moteur qu’on emploie pour entretenir le mouvement des fouffiets; c’eft un moteur confiant & qui ne coûte rien. Elle engage à conftruire les fourneaux dans des fonds. On les place le plus bas qu’il eft poflible. Il eft avantageux d’avoir une chûte d’eau à conduire fur les roues.
- En général, tout fourneau (planche 1 , figures 1 & 2 ) eft une grolTe mafle de maçonnerie, de figure à-peu-près quarrée, je veux dire qu’elle a quatre faces à peu-près également larges i leur largeur eft d’environ 20
- (62) On ne peut pas employer le charbon dans nos fourneaux, tels qu’on les conftruit maintenant, parce que tous les charbons de pierre contiennent beaucoup de foufre, ou du moins beaucoup d’acide fulfureux. Les mines de fer en ont auffi, quoique peut-être en moindre quantité. En fefant pafler la mine dans les fourneaux fous les marteaux, on fe propofe de féparer ces matières étrangères, pour ne laiffer que du fer bien pur. Mais dans nos fourneaux on eft obligé de mêler la mine avec le charbon, ou telle autre matierè inflammable, enforte qu’elles fe trouvent confondues dans le même lieu & qu’elles fe touchent immédiatement : ainfi on ne faurait féparer les matières fulfureufes tant qu’on fe fervira de charbon de pierre. Au contraire , le foufre ou l’acide fulfureux du charbon fe communiquera à la mine ; le fer en fufion s’en chargera encore plus , & s’éloignera ainfi de l’état du vrai métal. D’un autre côté , les particules terreftres eu pierreufes du charbon de pierre font auffi un obftacle bien confidérable. Après qu’il eft entièrement confumé , il en laifle toujours une grande croûte que l’on appelle 1 ts fcories du charbon de pierre, Suivant la conftruélion aétuelle de nos fourneaux , ces fcories tombent dans le métal
- fondu, elles augmentent la quantité des fcories ordinaires ; & fi cette terre n’eft pas fufceptible de fufion, elle empêchera l’opération. Le charbon de bois, au contraire, ne laifle qu’un peu de cendres, qui, bien loin d’empêcher la fufion , la favori-fent. Tout cela ne veut pas dire que le charbon de pierre eft abfolument inutile dans le travail des mines. Pour qu’on puiffe l’employer, il faudrait écarter les deux inconvéniens. Le charbon ne devrait pas toucher immédiatement le minerai : les fcories du charbon de pierresne devraient pas fe mêler avec la mine en fufion. Les fourneaux à coupole des Anglais préviennent ces deux inconvéniens. M. DE JüSTI a introduit en Allemagne des fourneaux de ce genre, qu’il croit propres à produire l’effet défi ré : auffi , fans rien changer à la forme des fourneaux, on a réuffi à purifier le charbon de pierre, enforte qu’il eft très-utile pour la fonte des mines. Je rendrai compte de cette opération dans les fupplémens.
- ( l ) On a tenté en France d’y employer le charbon de terre : les expériences n’ont pas réuffi, faute fans doute d’avoir donné au charbon la préparation qu’on lui donne en Angleterre , par un grillage qui diflipe en partie le foufre.
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- pieds ; leur hauteur en a quelquefois 2f & davantage.
- Les quatre faces du fourneau {planche i , figure 5 ) ne font pas entière-, ment femblables. Elles fervent à des ufages différons. Elles portent miffi les noms pris de ces ufages. Il nous feroit mal-aifé de nous exprimer, fi nous n’avions expliqué ces noms. Ils nous épargneront de longues phrafes. On appelle, & nous appellerons le devant du fourneau ou le côté de la dame SM ( figure f ) celle des faces par où fort la matière en fufion , lorfqu’on lui a donné iifue hors du fourneau ST. Si on la nomme côté de la dame, c’eft qu’il y a du même côté une piece de fonte à/, appellée dame, au-deffus de laquelle paife la matière que l’on fépare du fer , comme on le voitplancbe 1, figures 19 2, & 3*
- Le côté ^ (planche I , figure f ) oppofé à celui de la dame., eft le côté par où on porte la mine, comme le fait la figure 2 ( planche 1 ) dans le four*, neauj 011 le nomme pied de rufiine , ou côté de pied de rufiine, plus Amplement rujiine.
- On fait, quoique nous ne l’ayons pas dit encore, que l’on y entretient le feu par le moyen de l’air que pouffent des foufflets. Le côté N (planche r» figure 5 ) où font placés ces foufflets , eft nommê le côté de la thuyere .9 parce qu’on appelle thuyere l’ouverture O du fourneau dans laquelle ils foufflent*.= Enfin la face T oppofée à celle des foufflets, eft appellée le contrevent.
- La maçonnerie AA, CC ( figures 1 2) comprife entre ces quatre faces» n’eft bâtie que pour entourer fefpace vuide qui en occupe le milieu» Cet efpace eft en même tems le creufet, le foyer & la cheminée du fourneau» Sa capacité //, GG, E ifï’eft pas confidérable par rapport à la grandeur de la maffe qui l’entoure,- rùais cette malle a à foutenir la plus violente aéfion du feu. Elle n’y réfifterait pas long-tems , fi elle était moins épaiffe.
- L’espace que nous prenons pour le creufet, le foyer & la cheminée du fourneau, n’a pas autant de hauteur que les faces du fourneau. Il n’a fou-vent que 21 pieds au-deffus du rez-de-chauffée de L en E (figure 1); & c’eft là, à proprement parler, la hauteur du fourneau, ou, fi l’on veut même» elle eft moindre encore de trois pieds de L en F. Le maflif, le folide de la maçonnerie, n’a qu’à-peu-près J 8 à 19 pieds de haut. Le refte confifte en quatre. murs A A % DD% d’épaiffeur médiocre» qui renferment une plateforme FF. Ces murs font nommés les batailles' du fourneau; on monte fur la plate-forme qu’ils renferment, lorfqu’on veut jetter la mine ou le charbon dans le fourneau, comme on le voit à la figure 2 9 car ici on jette les matières combuftibles & fufibles par le haut de la cheminée.
- L’espece de cheminée dont nous parlons, n’eft élevée au-deffus de la plate-forme, que d’environ deux pieds huit pouces GE. Son ouverture E, eft appellée le gueulard-, elle eft rectangle, comme on le voit à la figure B»
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- deux de fes côtés ont chacun à-peu-près 18 pouces, & les deux autres ont chacun plus de deux pieds. La maçonnerie G G qui forme cette cfpece de cheminée, eft appellée la petite majfe, la buze. Ses murs ont environ deux pieds neuf à dix pouces d’épaifseur; un de ceux d’un des bouts X(fig. 1 ) aune embrafure de neuf pouces de profondeur, & de telle largeur qu’un homme peut s’y placer. Celui-qui porte la mine ou le charbon (planche i, figure 2 ) au fourneau, entre dans cette embrafure pour jetter les matières plus commodément dans le gueulard, ou dans l’ouverture de petite mafse, ou buze.
- Quoiqu’extÉrieurement la petite mafse foit re&angle, & que Ton ouverture ou le gueulard foit auifi redlangle intérieurement, la petite mafse eft à huit pans. Ce qui rend l’ouverture du gueulard redangle , ce font quatre plaques , ou , en langage de l’art, quatre taques de fonce , pofées fur la fur-face fupérieurede la maçonnerie de la petite mafse , depuis le gueulard juf-qu’à r3 pieds au-delà de Een II. Le vuide du fourneau va infenfiblement en s’élargifsant; les murs qui le renferment font toujours à huit pans. C’eft ce qu’on peut voir dans les coupes horizontales (figures 3 & 4). La première eft faite àl’origine de la petite mafse , & la fécondé à 13 pieds du gueulard. On y voit que l’efpace renfermé par les murs de la derniere , eft beaucoup plus grand que l’efpace renfermé par les murs de la première. Tout cet efpace , qui eft depuis le gueulard jufqu’à environ 13 pieds de diftance, s’appelle , en divers endroits, la charge du fourneau; les murs qui en forment le contour font faits de briques en quelques pays, & dans d’autres, de pierres qui ré- » liftent au feu.
- Mais depuis la charge , ou depuis les 13 pieds 11, jufqu’au bas du fourneau L (figures 1^2), le vuide fe rétrécit infenfiblement; de forte quë l’intérieur du fourneau refsemble en quelque façon à deux entonnoirs, dont le fupérieur eft renverfé fur l’inférieur. Pour continuer, & nous fervir de la comparaifon de deux entonnoirs, l’inférieur IL n’a que huit pieds de hauteur ou environ; il n’a plus, à fon extrémité, que quatre pans, comme on peut le remarquera la coupe horizontale (figure f ); elle eft prife vers le milieu de la thuyere.
- Le fécond entonnoir n’eft pas conftruit de la même maniéré dans toute fa longueur; il y porte aufiî deux noms différens. Sa partie fupérieure K I {figures I 2 ) eft nommée Yétalage. Elle a environ 3 pieds de hauteur: elle eft faite de fable. Depuis l’origine K de l’étalage jufqu’au fond L du fourneau, le refte de l’efpace eft appellé Youvrage i auiîi les fondeurs , c’eft-à-dire, ceux qui veillent à la fonte du fer , le regardent-ils comme l’ouvrage par excellence. C’eft le leur : ils prétendent que l’art de le faire eft un grand fecret qui leur eft réfervé. L’art n’eft pourtant pas la difficulté d’en bâtir la
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- maçonnerie , puifque les parois de l’ouvrage L K ne font compofées que de pierres plates, affiles les unes fur les autres, fans être liées ni par la chaux> ni par le fable, ni par la terre. La chaux ni le fable ne réfifteraient pas à la chaleur terrible qu’il y a dans l’ouvrage. L’ouvrage KL eft le creufetqui contient la matière en fufion. Le fond de l’ouvrage L eft-fait fouvent d’uné feule pierre, & c’eft le mieux ,* quelquefois il y en a deux'ou trois. Les deux premières qui font pofées fur le fond, dont l’une eft du côté de la thuyerè], & l’autre du côté oppofé, ou du côté du contrevent, ont leur nom particulier; on les appelle les cojîieres. ü,i
- Il en eft de la hauteur de l’ouvrage, comme de fon fond; elle doit être compofée avec le moins de pierres qu’il eft poffible : quelquefois elle n’ënâ que trois ou quatre ; quelquefois elle en a davantage. Il èft'bien certain qué moins il y a de pierres diftêrentes dans l’ouvrage , & plus il eftdurable. Les joints offrent des routes au feu, qui s’infinuant alors entre les pierres, les confume plus vite. • '
- En général, la qualité elfentielle aux pierres d’ouvrage , c’eft . de bien ré* fifter au feu. Les pierres qui fe fondent comme les cailloux., ne vaudraient abfolument rien ; celles qui fe calcinent comme les pierres à chaux, ne feraient pas meilleures. Souvent on eft obligé d’aller chercher fort loimdu fourneau les pierres propres à l’ouvrage : quoi qu’elles coûtent, il faut;en avoir. Dans le Berry & dans le Nivernois, on en emploie de deux efpeces. L’une eft rouge comme de la brique; l’autre eft d’un blanc fale. Celle-ci a quantité de veines jaunâtres. Dans l’une & dans l’autre, on rencontre divers grains de gros fable. Ces grains ne compofent^néanmoins querla plus petite partie de la pierre ,• le refte n’eft pas formé de grains fenfibles aux yeux même armés d’un microfcope ordinaire ; mais un bon microfcope y fait apperce-voir de petits chapelets de grains extrêmement déliés, tous ronds ou oblongs, & d’une très-grande tranfparence. Ces grains font, fans doute , un fable très-fin & très-blanc. Ils ne font qu’une petite partie de la maffe de la pierre ; ils remplirent peut-être les vuides qui fe font trouvés dans la vraie matière de cette pierre. ' 1 ^
- La pofition delà thuyere, ou, comme nous l’avons-dit, la pofition de l’ouverture qui donne palfage au vent des foufflets , eft regardée comme une des chofes des plus importantes de l’ouvrage. Lorfque cette ouverture eft trop baffe, lèvent n’agit pas alfez fur les charbons, 8c lorfqu’elle eft trop haute , la grande ardeur dut feu eft trop éloignée de l’endroit où la mine eft-en fufion; cependant il n’y a encore rien d’affez déterminé fur la hauteur où on la place. Dans le Berry, nous avons vu des fourneaux où elle eft à 18 pouces du fond , d’autres où elle.n’en eft qu?à 17, & d’autres où elle en eft éloignée de 25. ' J '
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- Au refte, comme l’ouvrage ne dure pas à beaucoup près autant que le fourneau (car on -eft obligé de le faire en certains endroits tous les trois k quatre mois-, dans d’autres tous les fix mois, & dans d’autres plus rarement), on change la thu.yere dans le nouvel ouvrage;» oit la haufle , ou oir la bailfe, luivant qu’on le juge à propos.
- Les parois de l’efpace vuide qui eft au milien du fourneau, font donc bâties de trois matières différentes. Le bas ou l’ouvrage, de L en K (jîg. a)*, eft fait de groftes pierres, aftifes les unes fur les autres ,* l’étalage , de K en I, ou l’endroit où le fourneau a le plus de largeur , eft de fable bien battu ; & enfin ce-qui refte depuis l’étalage jufqu’au gueulard-, de I en E (jig. i ), c’eft-à-dire, ce que les ouvriers nommentdes parois, & qui eft la cheminée , eft bâti de briques, ou de grès. La partie fupérieure des parois £& , c’eft-à-dire* celle qui répond à rorigine de la petite mafTe , de la buze ». eft: nommée les guides - hors.
- Mais il eft à remarquer que la Brique ou lés pierres ne font point jointes enfemble avec de.la chaux & du.fable ; elles ne font liées qu’avec de la terre. La terre franche réfifte beaucoup mieux au feu que la chaux & le fable;, auflfnten emploie-t-on de. l’un ou.de l’autre dans la maçonnerie, qu’à deux pieds de diftance de l’intérieur- du fourneau.
- Si. l’onfait l’étalage avec dafable , ce n?eft pas qu’on ne pût le conftruire’ de pierre telle que celle de l’ouvrage ; mais fa conftrudtion ferait beaucoup plus chere, & ne vaudrait pas mieux. Tout ce qu’on a en vue , c’eft dedéfen-dre les murs duTourneau contreda-violente.adlion du feu ; ils en ont fur-tout befoin depuis lé1 fond'dafourneau jufqulà quelques pieds au-deffüs de la thuyere; c’eft là où. la chaleur eft la plus ardente ; or le fable dont on fait l’étalage, eft un fable qulréfifte auffibien au feu que les pierres de l’ouvrage,. & qui n’a- pas befoin d’être employé avec la chaux ; quand il eft bien battu , bien preffé , il refte dans l’état où on. l’a mis ; il eft aftis fur le bout fupérieur du mur de l’ouvrage en K I & 2 le grand talus de K en I qu’on donne à V:étalage 5.fait’.que ce fable fe foutient, aifément.. Nous avons vu. quantité de fourneaux dont l’ouvrage était entièrement ruiné , où il ne paraillâit aucune’ altération-dans, l’étalagela'chaleur même avait lié les grains de fable les. uns avec les autres. Il a environ deux pieds d’épaiffeur.
- Lorsqu’il refte quelque efpace vuide entre les pierres de l’ouvrage & la* maçonnerie du fourneau on les remplit du même fable dont on forme l’étalage.- Il y a même des endroits où l’ufage eft de mettre une ceinture de fable épailfe* de* plufteurs pouces entre* l’ouvrage & la maçonnerie. Quoique ce-fàbfie réfifte bien au feu:, il n.’eftjpas étonnant qu’on- ne puiffe l’employer à* former: l’ouvrage il ne: réflfterait pas à: la matière en fufion qui y eft contenue lefable, quelque battu qu’il fo.it v fait, toujours, une, malfe, poreufe *
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- îa matière fondue s’y insinuerait aifément; elle l’entraînerait, 5: dans peu elle ruinerait tout: mais la matière en fufion ne va jamais jufqu’à l’étalage; il n’y a que la flamme du charbon. *
- On demandera peut-être pourquoi l’on donne au creux du fourneau la figure d’un double entonnoir :4on aurait peine à en tirer une bonne raifon des ouvriers i cependant il y a apparence qu’avant de lui donner cette figure, on lui en a donné pluGeurs autres qui ont été trouvées moins commodes, & il paraît que celle-ci eft fort bonne. On voit que de cette Gonflruétion, où l’ouverture fupérieure eft plus étroite que ne l’eft le fourneau vers l’étalage , il eft clair que la chaleur du feu s’en diflipe moins ; que les parois réfléchiflent vers la mine une partie du feu qui s’élèverait, fi le creux était par-tout d’une égale largeur. Il femble néanmoins que l’on ferait encore mieux de donner une circonférence rondeau contour des parois ; le feu y agirait également par-tout , il ne les uferait pas plus dans un endroit que dans un autre.
- Si l’entonnoir qui forme l’ouvrage & l’étage, eft placé dans un fens contraire , une au£re raifon y a apparemment déterminé; il fallait de la largeur vers l’étalage pour contenir le charbon & la mine qui fourniflent continuellement le foyer; car le vrai foyer eft à-peu-près à la hauteur de la thuyere; enfin, il eft à propos que l’ouvrage qui, comme le creufet, contient la matière en fufion, foit plus étroit par en-bas que par en-haut. Quand le fourneau eft en train, on ne tire jamais à la fois qu’une partie de la matière liquide qui y eft contenue. On y lailTe le refte pour faciliter la fufion de la nouvelle mine ; car plus cette partie eft étroite, moins on eft obligé de laifler de fer fondu dans le fourneau, pour qu’il y en ait jufqu’à une certaine hauteur.
- Il ferait plus mal-aifé de rendre une bonne raifon de ce que l’on ne donne que quatre pans à l’ouvrage , pendant que.le defliis de l’étalage en a huit. Il y a même lieu de croire qu’on ne faurait trop multiplier le nombre de fes faces, ou , ce qui eft la même chofe, qu’on ne faurait trop diminuer la profondeur de fes angles. La matière en fufion attaquerait les pierres plus uniformément $ lèvent circulerait avec plus de facilité dans tous les recoins, & la chaleur ferait plus égale par-tout ; les défordres qui arrivent aux fourneaux par une matière fondue qui fefige , feraient plus rares ; la figure d’un cône tronqué femble celle qui conviendrait le mieux, & le mieux encore ferait que ce cône eût pour bafe une efpecc d’ellipfe plus ouverte à un des bouts de fon grand axe qu’à l’autre, femblable au delfus d’une raquette. L’endroit le moins ouvert devrait être du côté de la thuyere ; c’eft l’endroit où il y a le moins de chaleur, & où il conviendrait par conféquent que le creufet fut moinsfiarge : mais maiheureufement les fondeurs , qui font ceux qui bâtiflent l’ouvrage , font mauvais maçons & mauvais tailleurs de pierres.
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- S’ils font l’ouvrage à quatre pans , c’eft qu’il eft plus aifé à faire. Il y a pourtant quelques ouvrages dans le royaume, comme font ceux des fourneaux de S. Gervais en Dauphiné , à qui on etrdonne huit; mais ils font très-rares.
- M. DE Bezons allure avoir vu en Franche - Comté des ouvrages, dont la coupe horizondale était un ovale, différent néanmoins de celui que nous propofons; mais ces fourneaux font rares. Ceux du même pays, dontM. LE Guerchois, alors intendant de la province, nous a envoyé les deffeins , tont leur-ouvrage à quatre pans,
- - .L’endroit L(fig. i & 2), qui eft immédiatement au-defTus de l’ouvrage, «ne porte point fur la terre; on craindrait que l’humidité ne pénétrât jufqu’à ... l’ouvrage. La bafe en cet endroit eft foutenue par une voûte £, ou par une
- très-grande pierre. Les figures de coupes verticales le font aifez entendre.
- - Dans la plupart des fourneaux, cette voûte forme une efpece de canal qui 'oçcupe tout le delfus de la maçonnerie. Un de fes bouts eft ouvert; il donne iiTiie à l’eau qui pourrait s’y alfembler ; la chaleur du fourneau la fait fortir continuellement en vapeurs. Dans quelques fourneaux la voûte n’occupe que le deifous de l’ouvrage ; mais il y a un tuyau de fer K H (planche 4 , fig. 1 ), dont un des bouts eft dans le vuide de la voûte , & dont l’autre bout eft eu-dehors vers le devant du fourneau ; il a deux ou trois pieds de hauteur. La vapeur fort par ce tuyau de dellous le fourneau; c’eft une efpece d’éolipyle.
- Quelque folide que foit la maçonnerie qui forme le fourneau , on craint .qu’elle ne réfille pas, & qu’elie ne s’entr’ouvre confidérablement quelque part: pour la contenir, on l’entoure de trois ou quatre liens de bois D D ( planche 3 , fig. 1 ), & RR (planche 1 ) , pofés les uns fur les autres : chaque lien a environ un pied d’équarnftage : ces liens affemblés forment trois ou qnatre chafîis : ils font foutenus horizontalement par des pierres qui fortent extérieurement de la malle du fourneau : le plus haut des chaffis eft à-peu-près à la hauteur de l’origine de la petite malle.
- Malgré néanmoins toute la folidité delà maffe, malgré ces fortes de liens, il n’y a prefque point de fourneau nouvellement bâti, qui réfifte à l’aétion du feu ; ils s’entr’ouvrent quelque part les premières fois qu’on y fond la mine : de forte qu’il n’y a guere de fourneau qui n’ait des fentes dans-quelques- unes de fes faces; mais ces fentes ne les empêchent pas de durer 100 ans & plus.'
- Nous avons lufqu’ici regardé tout l’ouvrage ou le creufet, comme s’il était entièrement formé d’une pierre dure ; mais fi cela était, par où donnerait-on ilfue au fer fondu & à la matière qu’on en fépare ? Pour donner un écoulement à ces deux liquides, une partie de l’ouvrage CDEI (planchez) n’eft bouchée qu’avec une piece de fonte £ à côté de la figure principale , & cachée fous F F, & avec de la terre l. Ce qui eft bouché avec de fa terre.
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- ne l’eft pas bien folidement ; mais auffi on le raccommode fans peine , & a befpin de le réparer au moins une fois par jour.
- C’est dans la face du devant du fourneau , qu’eft placée l’ouverture D bouchée d’une maniéré fi folide : cette ouverture eft précifétnent au. milieu de la face : elle eft recftangle, & femblableà une ouverture de porte ; auffi eft? elle en quelque façon la porte du fourneau : elle va à-peu-près depuis le fond de l’ouvrage jufqu’à 15 ou pouces de hauteur: fa largeur eft de 17 à 18 poupes; les deux côtés de cette ouverture font marqués par deux pièces de fonte C C, pofées verticalement : on les nomme bouflasa & le deifus delà même ouverture eft une gueule : c’eft par cette ouverture qu’on entre dan^ l’ouvrage lorfqu’on le bâtit, & lorfqu’on a à y travailler.
- Une partie de cette ouverture eft bouchée par la dame Q, La dame eft une piece de fonte d’une longueur à-peu-près égale à l’épaiffeur des parois de l’ouvrage ; fa hauteur eft de huit à neuf pouces ; la bafe en a douze de largeur,- elle eft plate, mais le deifus delà dame eft arrondi. Sur la dame il y a deux barres de fonte R R , larges chacune de quelques pouces , & longues de deux pieds & demi ou trois pieds: on les appelle les gentihhommes (6 3). Ils font placés l’un auprès de l’autre ; il n’y a qu’un de leurs bouts qui porte fur la dame ; l’autre bout s’appuie à terre en dehors du fourneau : ils ne fervent qu’à donner une pente douce à la matière inutile.qui fort de l’ouvrage, La dame ne bouche que la plus petite partie de l’ouverture D/; ce qui en refte à la hauteur de la dame en / & au^delfus en JD, eft rempli avec de la. terre. Qn perce cette terre çn /, près du bas de la dame, lorfqu’on veut donner un écoulement au fer fondu ; on défait même de terns en tems la terre qui eft au-deifus de la dame, pour nettayer le dedans du fourneau, fan§ pourtant en éteindre le feu.
- Devant le fourneau ( vignette delà deuxieme planche ) ify a un appentis qui a au moins 20 pieds de longueur & autant de largeur; c’eft une efpece de chambre qui donne le couvert aux ouvriers qui font occupés à veiller à lafufion de lamine, Le toit d de cet appentis commence fort près de l’extrémité fupérieure de la Lee du fourneau. En-dehors du fourneau,*il y a encore un autre appentis, qui fou vent communique avec le précédent; il met les foufflets à l’abri des injures de l’air j d’où il fuit que cet appentis eft
- (6?) On reproche avec quelque juftice aux ouvriers Français, cette multitude de noms qu’ils donnent à des parties de leur ouvrage ou de leur machine, qui n’ont nul befoin d’une dénomination particulière. Cette polynomienuit aux arts autant que le défaut de mets peur les choies n&»
- ce flaires pourrait leur nuire. Plu fleurs de ces objets, fi finguliérement nommés en France, n’ont point de nom en Allemagne. Nous aurons occafion de décrire, dans les. fujjplémens, les fourneaux à l’allemande, leurs différentes parties,
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- appuyé contre îa face du fourneau que nous avons nommée face delà thuyere.
- L’ouverture de la thuyere (planche i, fig. 2 & ^ )> en-dedans de l’ouvrage, n’eft pas confidérable : elle n’a que quelques pouces de diamètre; mais elle eft fort grande en-dehors ; elle y forme une vafte embrafure : on en verra les raifons dans la fuite.
- Nous avons averti que la nécefflté de profiter de l’eau, engageait à bâtir les fourneaux dans les fonds: il eft commode, comme on le voit à la vignette de la planche 2, qu’auprès du fond où le fourneau eft placé, il y ait un terrein plus haut de 12 ou 15 pieds que le bas de l’ouvrage, & fur^ tout il ce terrein eft tel que l’an y puide bâtir une halle P, ou un hangar: la halle eft néceffaire pour loger le charbon que le fourneau confomme. IL faut qu’elle foit fpacieufe : on en jugera par la quantité de charbon qui s’y brûle en un an. La longueur de cette halle eft ordinairement parallèle à la face de rufline, ou à la face par où on porte la matière dans le fourneau. Il y a un petit pont de bois qui joint le terrein de la halle avec la plate-forme qui eft au-delfus du fourneau, ou, plus exactement, qui eft à la naiifance de la petite mafle.
- Il y a un fourneau en Berry, auprès du faux Morigny, où l’on n’a pas pu placer ainfi la halle: elle eft dans un endroit alfez bas & auprès du côté nommé contrevent, Cette mauvaife difpofition de la halle oblige à faire une fois pref-que plus de dépenfe pour charger ce fourneau, qu’on n’en fait pour charger les autres.
- Les foufflets pouffent continuellement de l’air dans le fourneau par l’ouverture de la thuyere: les planches expliquent affez les machines qui les font mouvoir. Pour voir comment le fer fe fépare , fuppofons non feulement que les foufflets agiffent, mais même que le feu eft actuellement dans le fourneau ; que le vent des foufflets l’entretient, & que l’extrême chaleur de ce bradera déjà fondu une certaine quantité de mina: nous examinerons en-fuite comme la nouvelle mine fe fondra*.
- Tout ce qui compofait la mine, terre, fer, &c. eft devenu un liquide ,* ce liquide defcend jufqu’au fond du fourneau; il y occupe plus ou moins de hauteur, fuivant qu’il y a eu plus ou moins de mine fondue : mais on ne le laiife jamais s’élever jufqu’à la thuyere : on en voit affez les raifons. Les matières qui compofaient la mine étant de pefanteur différente, elles com-pofent aufti, comme nous l’avons déjà dit, deux liquides de pefanteur différente : l’un, qui eft le plus léger, eft compofé de terre, de pierre & des autres parties étrangères au fer; il prend le deffus: l’autre eft le fer fondu, ou le fer mêlé avec les parties le plus pefantes du liquide précédent: car ees deux liquides nefe féparent pas de telle forte qu’ils nereftentun peu mêlés. Le fer liquéfié, ou, fi l’on veut, le fer mêlé avec une partie du liquide
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- fourni parles matières étrangères, occupe le fond de l’ouvrage. Nous donnerons à ce fer le nom de fonte avec les ouvriers: fur cette fonte fumage le liquide plus léger ; & enfin fur ce liquide font pofés les charbons & la mine prête à fondre.
- A chaque inftant le charbon.fe confirme, de nouvelle mine fe liquéfie. Pour entretenir l’àdtion du fourneau, il faut y jetter de tems en tems de nouvelle matière à fondre; c’eft ce qu’on appelley porterune nouvelle charge % on y porte cette nouvelle charge de deux heures en deux heures, quelque* fois plus , quelquefois moins fréquemment..
- La charge eft compofée d’une certaine quantité de mine, de charbon & de cajîine. La eaftine eft une matière très-eflentielle, & dont nous n’avons point encore parlé : c’eft le fondant de la mine. Il y en a de bien des efpeces ; communément, c’eft une efpece de pierre à. chaux qui; eft blanche dans le Berry & le Nivernois, & grife dans d’autres pays: ailleurs la eaftine n’eft qu’une marne commune,- en quelques endroits c’eft une marne graveleufe ; ailleurs c’eft une efpece de terre mêlée avec du fable & de la pierraille. Les cailloux même & le fable peuvent être regardés comme, une efpece de caf-tine, mais, qu’on emploie plus rarement (64)*.
- En un mot,.chaque pays a la fienne , ou plutôt on eft obligé d’c fe fer-vie, de celle que fournit le pays. Toute eaftine ne doit pourtant pas être égale pour toute efpece de mine : les plus difficiles à fondre & les plus aifées à brûler en demandent de différentes. Celle qui convient aux mines, en gros morceaux , ne convient pas à celles qui font déliées comme des grains de navette : celle qui eft en pierre ou en marne , eft employée pour les greffes mines ; on la concaffe en morceaux gros comme des noix , ou au plus comme, des œufs.. ,
- Mais pour les mines en grains fins , comme font celles de Bourgogne & de Franche-Comté, la eaftine qu’on emploie eft une efpece de terre graffe, qu’on tire en malles affez greffes & fort dures ; eîle eft femblable à celle que
- (64) On a de.là peine à concevoir, comment les cailloux & le labié peuvent fervir de fondant ou de charge à une mine. Les propriétés du fondant, font d’être lui-même très-fufible , & de favorifer ainfi la fufion dominerai, ou d’abforber le foufre & fon acide. Le. fondant doit être d^une nature alkaline & calcaire, comme nous aurons occafion de-le remarquer- dans lés additions* Or les fables & les cailloux ne font ni alkalins ni calcaires. Ils font, fulibles > il eft vrai,- mais la plus grande.
- violé,nce du Feu peut à peine les mettre enftjfion,- comment favori feraientils la fufion des minéraux T Ils ne pourraient le faire que dans un feu 1 cas v fi la mine fe trouvait fi exeeflivement fufible, que l’on, fût forcé de modérer cette fufibilité- Mais cela eft très-rare ; les mines de fer font toutes fort difficilës * à fondre , en compa-raifôn des autres minéraux. Les fàbles &r lès cailloux ne furent jamais employés comme fondans, en Allemagne^.
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- les forgerons emploient pour empêcher leur fer de fe brûler; on la nomme, je ne fais pas pourquoi, terre d'herbue ou arbue (6$). Celle de Bourgogne eft rouge: en Franche - Comté, il y en a de rouge & de grife. Cette terre eft apparemment plus aifée à fondre que les autres caftines; elle eft plutôt en état d’agir contre la mine, & d’empêcher l’a&ion immédiate du feu , qui, an lieu de fondre , brûlerait vite le fer de ces petits grains. On brife cette terre d’herbue avant de la jetter dans le fourneau ; on la mêle même dans quelques endroits avec un gros fable de riviere, ou de qualité femblable ; au lieu que, fi on employait une caftine trop aifée à fondre pour les mines qui font en gros morceaux , elle fe fondrait & fe rendrait au bas de l’ouvrage avant que la mine eût eu le tems d’être alfez échauffée pour fe fondre : il y a pourtant des mines en grains fins , comme celles â'Elen, bailliage de Baune, qu’on fond avec une caftine qui eft une efpece de pierre compofée de feuilles très-minces.
- Selon la qualité de la mine & de la caftine, on fait entrer plus ou moins de caftine dans chaque charge ; dans différens pays, & même dans des pays peu éloignés, on fuit là-deflûs différens ufages. On porte la mine & la caftine au fourneau dans des corbeilles faites en maniéré de van , appellées paniers , dons, couches (66). A, B, C, D, E, F, G (planche 3 ) en montrent de différentes grandeurs. En quelques endroits un panier à mine a quinze pouces quelques lignes de longueur, neuf pouces dans la plus grande largeur, & fept pouces de profondeur. Ce panier contient environ un demi-boifseau mefure de Paris ,• les paniers à caftine font plus grands : ils ont la même profondeur; mais leur largeur eft de 11 pouces, & leur longueur de 19.'
- Le charbon eft porté dans des paniers plus grands que ceux de la caftine y comme la caftine , plus légère que la mine, eft portée dans des paniers plus grands que ceux de la mine. Les paniers à charbon font aullî faits en maniéré de vans ; ils ont cependant leurs noms particuliers ; 011 les nomme rejfes, rafles , rajjees. Chaque rafse contient le quart d’un fie de charbon, environ 31 livres pelant (ni).
- La charge du fourneau eft compofée, à GroJJouvre en Berry, de huit raf-fes de charbon , onze paniers de mine & trois paniers de caftine : ce qui varie, fuivant la qualité de la mine & de la caftine. En Franche-Comté, la charge eft auffi de onze ou douze paniers de mine , pefant chacun 40 à 50 livres, & de terre d’herbue, au lieu de caftine, quand on fond de petites mines. O11 porte toutes ces rafses & ces paniers fur la terrafse du fourneau, on les y arrange le long d’une des batailles. Lorfqu’il en eft tems, le chargeur vuide
- En allemandgraferde. (m ) Livre de 16 onces.
- (66) En allemand füllkorbc.
- dans
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- dans le gueulard du bord , les uns après les autres , les rafses de charbon , enfuite les paniers de caftine, & enfin ceux de mine.
- Au refte le chargeur a une réglé y {planche i, fig. 1,& x y, planche 3 ) * qui lui apprend quand il eft rems de porter une nouvelle charge. Quand le fourneau eft entièrement chargé, il eft plein jufqu’au gueulard : à mefure que le charbon inférieur fe confume , le charbon fupérieur defcend. De tems en tems le chargeur fonde jufqu’où la matière eft defcendue; quand elle eft éloignée du gueulard d’environ deux pieds & demi, il eft tems de jetter la nouvelle charge. Il ne ferait pas commode de s’approcher trop pour fonder; ils le font d’un peu loin, avec un outil dont la figure refsemble à celle d’un, fléau à battre le bled : on le nomme une bécajjè. La partie femblable au battait du fléau eft de fer ; elle eft auili attachée au manche avec des anneaux de f«r. Le battant de la bécafse a 2 pieds & demi. Il eft tems de charger, quand il entre tout entier perpendiculairement dans le gueulard.
- Le chargeur prend fes rafses & fes paniers les uns après les autres ; pour les vuider plus commodément, il fe place dans l’embrafure de la petite mafse. Souvent il lui arrive de fe griller les cheveux & même le vifage, fur-tout lorfque le vent eft grand. Pendant le jour, il ne paraît pourtant pas de flamme fur le fourneau; il femble qu’il n’en fort qu’une fumée blanchâtre; il y a cependant certains momens.où l’on appcrçoit quelque lueur. Mais la nuit, le defsus du gueulard paraît tout en feu : & ce feu qu’on ne voit pas le jour, brûle le chargeur, lorfqu’il veut s’en approcher de trop près.
- Le charbon, la caftine & la mine étant tombés dans le fourneau , on voit bien une partie des chofes qui doivent arriver: il y en a quelques-unes qu’il fera peut-être bon que nous faftions remarquer. Le charbon s’enflamme; il calcine & fond la caftine; & la caftine fondue, fournit au feu plus d’adivié, ou des parties plus propres à faire impreflion fur la mine. La mine chaude fe fond la première ; elle fert en quelque façon de fondant à la mine froide , comme la caftine lui en a fervi à elle - même.
- L’endroit du fourneau où l’adion du feu eft plus violente, eft l’endroit où eft poufsé le vent des foufflets. Ce n’eft pas feulement parce que tout y eft plus vivement enflammé, il y a encore quelque chofe de plus. Les parties du feu y font poufsées parle vent contre les corps qu’elles rencontrent, & alors elles font capables de faire beaucoup plus d’effet. Les lampes des émailleurs en font une bonne preuve.
- C’est unfpedacle fort fingulier, que celui qui s’offre lorfqu’on eft placé dans l’embrafure de la thuyere. Il en coûte d’abord quelque chofe aux yeux; mais ils s’accoutument infenfiblement à foutenir la grande lueur qui les a fatigués. La prunelle fe refserre; elle ne donne plus entrée à une fi grande quantité de lumière. Les bouts ou les busses des foufflets n’occupent pas tout Tome IL Q,
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- refpace de la thuyere ; cela eft à propos*même', comme on le verra dans la fuite. A côté de ces buzes , on apperç.oic ce qui fe pafse dans l’intérieur du fourneau : tantôt on voit des morceaux de charbon tomber& laifser tomber des grains de mine ; tantôt on voit des grains de mine qui s’alongent, & qui enfuite laifsent tomber une goutte, à-peu-près comme la cire d’Efpagne que l’on fait fondre fur la chandelle, & tout cela avec certaines variétés.
- La mine n’arrive pas tout d’un coup à l’endroit où eft cette violente chaleur; elle n’y defcend qu’à mefure que le charbon fe confume. Il eft vrai que les morceaux de charbon mis les uns fur les autres, forment des efpeces de cribles par lefquels les grains de mine , ou au moins ceux qui font déliés , peuvent pafser ; mais les grains qui pafsent les premiers font les plus menus, & par conféquent les plus faciles à fondre.
- Au refte , il eft à propos que la mine ne defcende pas trop vite vis-à-vis la thuyere. Ce n’eft pas feulement parce qu’il faut qu’elle ait été échauffée auparavant 3 & qu’il ne faut pas qu’elle s’y affembie : c’en font de bonnes rai-fons , mais ce ne font pas les feules. La meilleure peut-être, c’eft que lamine ne contient qu’un fer extrêmement fec, un fer dépouillé, femblable en quelque forte au fer réduit en rouille, au fer chargé de rides. Ce fer a, befoin d’être pénétré d’une huile. Les charbons qui brillent au-deffous de la mine , & qui y brûlent pendant du tems , la fourniffent. Ce n’eft pas avancer une pure hypothele phyfique, que de dire que les charbons fourniffent une matière oncl.ueufe, qui pénétré le fer de la mine. Les expériences rapportées par M. Geoffroy l’aîné, fur ce qui arrive au fer tenu en füfion au., foyer du miroir ardent de M. le Duc d’Orléans , paraiffent le prouver. Il a pris différentes rouilles de fer , foit de celle qu’on trouve fur le fer qui a; été expofé à la. pluie , foit de celle que l’on trouve fur les barres qui ont été pendant, long tems expofées au feu ; il a pris aufti du fafran de mars préparé avec le foufre, le caput - mortuum du vitriol verd calciné long-tems au grand féu, toutes matières qui ne font que du fer plus ou moins dépouillé. Il a. mis ces matières au foyer du verre ardent, & leur a donné premièrement pourfùpport un morceau de grès; elles s’y font fondues; elles paraiflaient liquides comme de l’huile;, étant retirées du feu , elles fe font figées en une maffe réguline (07) friable. 11 expofa enfuite au foyer du même verre , tantôt ces matières ferrugineufes, tantôt la matière réguline que la première fiufîon avait produite; & leur ayant donné pour fupport. des morceaux de-charbon, les mêmes matières fe font fondues, comme dans la première expérience ; mais étant retirées du feu & refroidies , elles n’ont plus paru une anaffe réguline elles femblaient un vrai fer fondu. Pourquoi a-t-on eu. du,
- <$?•)'. On;appellérpsrô’e réguline ,1a partie métallique pure d’un demi- métal*
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- fer après cette expérience, c’eft-à-dire, une matière plus fouple ? & pourquoi ira-t-on eu qu’une maflè réguline dans l’autre , c’eft-à-dire, une matière plus caffante ? fi ce n’eft, comme le penfe M. Geoffroy, parce que la matière gralle du charbon, le phlogiftique s’eft infinué dans le fer.
- M. Geoffroy rapporte auparavant une expérience qui paroît confirmer parfaitement que la matière grade du charbon s’infinue dans le fer. Si on. expofe du fer & de l’acier au foyer du verre ardent , lorfqu’iis font foutenus par du grès , ils s’y fondent parfaitement jufqu’à devenir coulans comme de l’huile ; mais la maife refroidie ne paraît plus qu’une matière réguline. Si on expofe du fer au foyer du verre ardent fur des charbons, il arrive deux chofes remarquables ; premièrement, le fer jette quantité d’étincelles lorf-qu’il eft en fufion; ces étincelles font tout autant de petits globules parfaitement ronds ; & tous ces globules font de véritable fer. Si on continue de tenir le fer en fufion , il fe difiipe tout en pareils globules. Le feu qui fond le fer , y fait apparemment entrer l’huile du charbon ; & peut-être que cette huile , jointe à celle du fer, fe raréfie & pouffe les petits globules. La fécondé chofe remarquable , c’eft qu’il arrive quelquefois que ce métal ceffe de pétiller; M. Geoffroy a obfervé en même tems que cela n’arrive que lorlque le charbon s’eft confumé en partie , lorfqu’il s’eft couvert d’un lit de cendres fur lequel le fer fe trouve pofé : ce lit de cendres arrête l’huile du charbon ; il l’empêche de pafser dans le fer ; mais fi quelque mouvement dérange les cendres , le pétillement recommence.
- En revenant à ce qui fe paffè dans le fourneau, nous dirons que la mine qui arrive près de lathuyere , y arrive pénétrée de la matière grade du charbon , & extrêmement échauffée; une plus grande chaleur qu’elle rencontre, achevé de la liquéfier ; & liquéfiée , elle tombe par gouttes le plus bas qu’il eft pofiible.
- La charge de mine , de caftine & de charbon ayant été prefque confommée, on en porte une fécondé, qui, comme la premiers, fe réduit en fufion. Ce n’eft pas la mine feule qui s’y réduit: la cendre du charbon & de la caftine , &c. ne fe retirent point du fourneau en chaux ni en cendres ; elles fe~ liquéfient comme la terre qui eft mêlée avec la mine. Toutes ces matières fondues fe confondent, & elles forment un liquide plus léger que le fer fondu. On le nomme litier, laitier, fcories ( 68 ).
- Quand la quantité de matière fondue eft affez grande pour s’élever jufqu’à la dame , on donne iffue au laitier; on perce la terre qui eft immédiatement au-dellus de la dame ; le laitier fort par l’ouverture qu’on lui a donnée : il coule fur les deux gentilshommes. Afin même qu’il puifle couler plus
- <Uj
- (6g) En allemand eifenfchladce.
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- aifément , on lui a préparé une efpece de lit, en étendant du frafil ou frai-fin, (fis) & de la terre mêlée enfemble fur ces deux pièces. E F, G G (planche 2) montrent une grande quantité d.efcories forties par le deffus de la dame.
- Le laitier eft. un fluideaffez épais ; comme il eft cependant très-chaud, il. arrive fur la terre avant de s’ètre figé, & il y refte même du tems encore liquide. On ne bouche point l’ouverture qui lui donne pafsage , quand il a une fois commencé à fortir; on a même foin de l’ouvrir & de l’élargir dn tems en tems., lorfque du laitier qui s’eft refroidi ou des matières étrangères l’ont trop rétréci. Toutes ces ouvertures fe font avec un ringard, outil des plus (impies, mais dont l’ufage eft fréquent dans, les fourneaux & les forges de fer : ce n’eft autre chofe qu’une barre de fer, plus ou moins grofse,. longue de huit à neuf pieds,. & pointue par le bout.
- On. ne s’embarrafle pas de la maniéré dont le laitier s’arrange en-dehors; du fourneau : on le laide refroidir ; alors il eft dur & caftant ; c’eft une matière vitrifiée, jou même , pour parler plus exactement, lorfque le fourneau-va bien, c’eft un vrai verre. Entre les laitiers des différens pays , il y a des différences affez confiantes dans la couleur ; & félon que la fufion fe fait bien ou mal, il y a de la différence & dans la couleur & dans la eonfiftance du laitier d’un même fourneau. Dans les fourneaux du Berry les plus éloignés, du Nivernois , comme ceux à’Ardentes, & ceux de Mareuil, le laitier qui con-. tente le fondeur, & celui qu’on tire ordinairement, eft noirâtre. Lorfqu’il eft en maffe , ils difent qu’il eft couleur de poix, Les morceaux épais de plu-fieurs pouces , ont cette couleur; mais les morceaux minces , ceux qui ont moins d’épaiffeur qu’une demi-ligne., font très-tranfparens ,& ontun petit œil violet.
- Ailleurs , le-laitier eft d’un affezbeau bleu , tirant quelquefoisfur celuh de l’azur,- quelquefois il a la couleur de l’aigue-marine. Les forges de Concises en Normandie, en donnent de l’une & de l’autre couleur.
- Dans leNivernois, communément la couleur du bon laitier eft'verdâtre & veinée de blanc; il imite le jafpe. La différence des terres qui fervent dé matrice à la mine, & qui entrent dans la mine même, eft apparemment là* caufé de ces variétés.
- J’ai vu d’autre laitier qui était parfaitement femblablcau verre des grof. fes bouteilles ; il en avait & le degré de tranfpnrence, & le degré, de couleur. Si. on ne prend pas ordinairement le bon laitier pour dü verre , ce n’eft que parce que fon épaiffeur empêche dé remarquer fâ tranfparence. Mais lorfque le laitier eft bien mince , il eft aufli tranfparent que notre verre corrr-mum Si on obferv.e le laitier qui vient de fortir du fourneau,, on voit fou-.
- (6:9) C’eft delà p011ffiere.de charbon;
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- vent s’y-former des boules ou des demi-boules de verre creufes, à-peu-près femblables à celles que les enfans forment avec le favon. La matière fluide,, en coulant, a renfermé de l’air qui était mêlé avec lès corps fur lefquels elle a paire} Si cet a:r ,.en fe dilatant, forme les boules dont on vient de parler, comme l’émailleur en forme au bojjtdu tuyau dans lequel il foulïle. Quel-ques-unes fe crevent; mais d’autres fubfiftent jufqu’à ce que les ouvriers qui enlevent le laitier viennent les brifer. Les parois de ces boules de verre ou de laitier font extrêmement minces & extrêmement tranfparentes. On n’y reconnaît point la couleur du laitier eli mafle.
- Mais tout le laitier n’eft pas fi femblable au verre : quand le fourneau va mal, on en retire un laitier fpongieux, dont toute la fubftance eli remplie, d’une infinité de petits trous à-peu-près ronds. Entre ces laitiers, il y en a aufiî de différentes couleurs , & de plus ou moins poreux.
- Il y en a d’un verd jaunâtre, d’un verdblanchâtre , enfin il y en a d’uii: très-beau blanc. Les uns aufiî font plus ou moins poreux que les autres : il y en a de tellement poreux, qu’il nage fur l’eau, & qu’il nagerait même fur un fluide beaucoup plus léger. Le laitier blanc eft un laitier dont la plupart des parties font féparées par des bulles d’air;, le verre pilé eft blanc r d’ailleurs toute écume d’eau & même l’écume d’encre eft blanche. Le laitier, qui eft le plus blanc & qui eft aufiî le plus léger , n’eft, pour ainfi dire, qu’une, écume de laitier, vu au microfcope. : il fait un effet affez agréable ; on distingue les bulles.. On voit fouvent une bulle un peu grolfe, dont la bafe eft. entourée d’un anneau d’autres bulles extrêmement petites.
- En ôtant le laitier du fourneau, non-feulement on ôte. la matière terreufé. qui féparait les grains ferrugineux les uns des autres , on enleve en même, t.ems des fiels qui ont fervi à la vitrifier : ces-fels rendraient le fer plus aigre,. Si moins propre à devenir malléable. Probablement, mieux le laitier eft vitrifié , plus il reffemble au verre, Si plus il eft chargé de fiels: dê-là vient que" les fondeurs ont raifon de prendre pour un augure favorable à la qualité de. leur fonte, le laitier' qui eft le plus.coulant. Après avoir gardé, du tems quelques morceaux, de ce laitier, on peut en voir dont la furfaoe eft chargée de fiels jufqu’à fournir une liqueur fia'line qui mouille la planche fur laquelle ils font. Les verres qui abondent, trop en fiels , comme ceux qu’on nomme, vulgairement de cryflaU n’en ont pas tant que ce laitier.
- On voit bien que, fi on n’avait pas fbin.de retirer cette matière de deffus, Pàppentis du fourneau , elle s’y accumulerait en trop grande quantité. A me-fure qu’elle eft refroidie, on la cafte avec des ringards ; on la tranfiporte en-fiüite de différentes façons hors-du fourneau-, on l’y affemble dans un tas y ce.4 tas devient infenfiblement une petite montagne : les fourneaux qui font en, feu.depuis cent ans & plus, en ont.des montagnes affez confidérables..
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- ï2£ dès fourneaux.
- Il eft dommage qu’on ne fâche rien faire de cette matière dont les fourneaux fournirent abondamment (n ) > on ne l’emploie guere qu’à combler des trous ou à réparer les mauvais chemins dans les endroits voifins du fourneau. On allure que le laitier réduit en poudre , eft excellent pour fervir de fable dans les bâtimens ; mais il faut le pulvérifer, & c’eft une peine que l’on ne prend guere que pour une efpece de laitier dont nous parlerons dans la fuite , parce qu’ii donne des morceaux de fer qu’on en retire,
- Apres qu’un certain nombre de charges ont été confumées dans le fourneau, on donne l’écoulement à la fonte j Ci on y en laifsait afsembler une trop grande quantité, elle parviendrait jufqu’au-defsus de la dame ; elle s’échapperait par la même ouverture qui donne ifsue au laitier > & refroidie , elle ne compoferait que divers morceaux peu épais, d’une figure irrégulière, & par conféquent incommodes à manier : aufti ne manque-t-on pas de faire fortir la fo'nte avant qu’elle fe foit élevée jufqu’au-defsus de la dame, c’eft-à-dire, qu’011 la tire dans quelques fourneaux après huit ou neuf charges, dans d’autres après dix ou onze ; cela dépend de la richefse de la mine & de la difpofition de l’ouvrage.
- Avant de la faire fortir , on prépare un moule L L (planche 2 ) pour la recevoir. Nous 11e voulons pas encore parler des moules M, AT, N, où la fonte prend tantôt la figure d’un contre-cœur de cheminée, tantôt celle d’un vafte , d’un canon , &c : nous examinerons en détail ces différens moules. Le moule dont nous voulons parler, eft le plus fimple & le plus ordinaire ; il contient feul toute la fonte qui fort du fourneau , c’eft-à-dire, ordinairement une mafse de fer du poids de 200o, quelquefois de 1500, & quelquefois de 2?oo. Cette mafse prend la figure d’un prifme triangulaire , terminé pourtant en pointe par l’un & l’autre de fes bouts ,• c’eft ce qu’on nomme une gueufe (70). La gueufe a communément 12 ou if pieds de long.
- Son moule 11’eft pas bien difficile à former ; c’eft une efpece de fillon : 011 ne commence à le préparer qu’une demi-heure ou un quart - d’heure avant de laifser écouler la fonte. Le terrein qui eft devant le fourneau eft couvert d’une couche de fable, épaifse de huit ou neuf pouces: c’eft dans ce fable que l’on creufe le moule. Sa longueur doit être à - peu - près perpendiculaire à la face du fourneau , 8c placée de façon que la fonte s’y rende fans détour. Aufti fait - on toujours le nouveau moule , à - peu - près dans la place de l’ancien ; d’où il fuit qu’on retire la derniere gueufe qui a été moulée, avant de
- (n) J’aipropofé en Ï744 , dans un mé- à l’ufage des jardins ; quelques pièces de moire lu à l'Académie , fur les mines, les ce verre fe fontaffez bien Contenues, & fontes & le fer, de faire ufage du laitier ont confervé une demi - tranfparence, le mieux vitrifié , pour en tirer des cloches (70) En allemand eine gant.
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- préparer le canal qui en doit recevoir une nouvelle.
- Quoiqu’on ne retire la gueufe du fable que dix ou douze heures après qu’elle y a été moulée , elle eft encore très-chaude ; alors elle brûlerait les fouliers, ii on les tenait long-tems defsus : le fable qui l’entoure eft donc chaud auffi, & par conféquent fec ; or le fable trop fec ne conviendrait pas pour former le moule. L’ancienne gueufe ayant été enlevée, on commence par jetter de l’eau fur le fable qu’elle a échauffé 3 ou laboure enfuite ce fable avec une beche femblable à celle des jardiniers.
- On creufe enfuite le fillon avec la même beche; 011 fait une efpece de petit fofsé,en jettant fur un de fes bords une-pellerée de ce qu’on a enlevé du fond, & jettant fur l’autre bord l’autre pellerée , ce qu’on répété jufqu’à ce qu’on ait donné afsez de longueur au fillon. Pour lui donner mieux fa figure, pour marquer l’angle de fon fond, on fait pafser dedans, depuis un bout jufqu’à l’autre , un rable de bois S (planche 2). Pour donner la dernière façon au moule de la gueufe, on bat avec une pelle de fer les faces des côtés de ce fillon, ce qui fert à les unir & à leur donner plus de confiftance;. le fable s’en éboule moins.
- Comme on eft bien aife de favoir ce qu’a produit un fourneau dans un certain tems, on numérote chaque gueufe, comme on le voit en P (planche 2). On marque fur une gueufe, quelle eft la dixième, la vingtième, &c. Cela n’eft pas difficile : il 11e s’agit que d’imprimer dans le moule le n°. qu’on veut faire paroître en relief fur la gueufe 3 ils ont leurs chiffres en fer femblables, aux chiffres romains , comme on le voit (planche 2).
- Nous n’avons encore rien dit de la qualité du fable dans lequel eft creufe le moule de la gueufe ; il n’y a auffi que peu à en dire. On prend ordinairement un gros fable deriviere, ou quelqu’autre gros fable. Il eft nécefsaire qu’il foit humide , lorfqu’on en formels fillon; l’humidité lui donne de la confiftance : auffi ne doit-il pas être trop mouillé 3 lorfque la fonte coulerait defsus , elle bouillonnerait 3 elle jetterait de tous côtés cliverfes parcelles de fer: une matière fi embrafée échauffe promptement toutes les gouttes d’eap qu’elle rencontre, ainfi que l’air qui y eft mêlé; de.- là naît dans chaque goutte d?eau une raréfaction fubite & très-eonfidérable, qui pouffe la fonte de tous côtés.
- Le moule étant préparé , on arrête le mouvement des foufflets 3 l’air qu’ils poufseraient, ne fervirait qu’à incommoder: on donne, enfuite ifsue à la fonte. Un ouvrier, muni d’un ringard,. perce le fourneau en 1 (planche 2 ) près du bas de la dame.. Auffi-tôt fort un petit torrent de matière enflammée, qui va fe rendre dans le moule: on a eu foin de difpofer le chemin pour l’y conduire. Quand le moule eft rempli, ou à-peu-près rempli, il ne peut plusfortir de fonte du fourneau 3, mais le.laitier qui était, refté au-defsus..de:
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- la fonte dans le fourneau , fort: on n’a garde de s’y oppofer ; mais on l’empêche , autant qu’on peut, de couler fur la gueufe. A l’origine du moule, ou jette une petite piece de fer qui y forme une efpece de digue. Pour la rendre plus confidérable , on jette vers le même endroit quelques pellerées de frai fin & de terre.
- On a foin de jetter dans le moule de la gueufe tous les petits fragmens de fonte que l’on a. Iis font corps enfuite avec la matière qui le remplit. Il refte toujours de la fonte dans le fourneau. On y en laifse prefque afsez pour compofer une demi - gueufe. Le trou par lequel la fonte s’échappe , n’eft pas au fond de l’ouvrage. Il y refte de plus beaucoup de laitier, & d’un laitier moins fluide que celui qui elt forti par la voie ordinaire. Pour enlever ce laitier, pour nettayer l’ouvrage, on fait une nouvelle ouverture bien plus grande que la précédente ; on abat tout ce qui eftau-dedus de la dame , jufqu’à un demi-pied de haut. Par cette ouverture, on fait entrer des ringards & des crochets recourbés dedans l’ouvrage. Avec ces diiférens outils, on en retire tout ce qu’on en peut retirer , c’eft-à dire , ce qui n’eft pas bien fluide./
- Le laitier qu’on retire de la forte , eft appel lé laitier de hallage (71). Il contient ordinairement de la fonte : auffi dans plufieurs fourneaux ne le confond-on pas avec l’autre laitier -, 011 le pile , comme nous le dirons. Le même laitier eft ordinairement mêlé avec quantité de charbons. Il eft peut-être affez inutile de faire remarquer que le mouvement des foufflets eft encore arrêté pendant tout le tems que les ouvriers font occupés à tirer le laitier de hallages la flamme que les foufflets poufferaient hors du fourneau, empêcherait les ouvriers d’approcher affez près. On voit même que c’eft fur-tout à caufe des ouvriers qui font obligés d’approcher du fourneau, qu’on arrête le cours de l’air , lorfqu’il eft tems de faire fortir la gueufe ; le braifier du fourneau 11e refte encore que trop ardent pour eux ; rien ne leur eft plus ordinaire que de fe brûler, quoiqu’ils fe brûlent plus difficilement, & qu’ils ref-fentent moins les brûlures que les autres hommes. Dans les premiers mémoires de l’Académie, première édition, page 301, M. Duhamel rapporte que M. Homberg a vu en Suède des fondeurs ( on ne dit point de quel métal) qui, avec leurs mains, retiraient des morceaux de bois qu’on avoit jettes dans du métal fondu. On ajoute dans le même endroit, que feu M. l’abbé Gallois a vu dans le Maine des ouvriers qui, avec leurs mains, difperfaient qà & là le fer fondu en petites boules. Le feu qui agit continuellement fur ces fortes d’ouvriers, leur endurcit fans doute la peau; il faut que ce foit à un point étonnant. Nous ajouterons un fait pareil, & confirmatif de ceux-ei; c’eft qu’au fourneau de Compajfewr en Bourgogne, nous
- (71) En allemand ziehfchlacke.
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- avons vu, il y a environ 18 ans, un garde-fourneau qui, de la guetife encore bouillante, emportait par un coup de main très-prefte, de la fonte qui retombait en grenaille.
- Quand le dedans de l’ouvrage a été bien nettayé, on rebouche les ouvertures qu’on a faites j celle qui a donné paflage à la fonte , & tout ce qu’il y a d’ouvert jufqu’au haut de la-dame, fe bouche avec de la terre» mais la plus grande ouverture eft au-deflus de la dame. Pour la reboucher, on y jette d’abord une rajjee (o) de charbon: ce ne ferait pas une barrière bien durable j mais le charbon fert du moins à remplir pour un inftant le vuide du trou j fur le charbon on jette enfuite du frafil $ & fur le frafil, du frafil mêlé avec la terre, & enfuite un peu de terre.
- Il n’y a pas grand inconvénient quand il relierait quelques petits jours : il y en a prefque toujours quelques-uns j on voit toujours un peu de flamme en-dehors du fourneau: mais auffi-tôtque ces fentes s’agrandiflfent un peu trop, on jette de la terre mouillée,
- La flamme & la fumée qui s’échappent de la forte par le devant du fourneau , portent une efpece de cendre très-fine, qui s’attache contre la voûte qui eft au-deflus de la flamme. Cette cendre y eft arrangée d’une maniéré aflez finguliere > elle forme de petits filions profonds d’une ligne ou deux 9 dont la diredion n’eft pas régulière, & qui forment de petits zigzags.
- On ouvre enfuite la thuyere ,• on laifle agir les foufflets, & on porte une nouvelle charge au fourneau. Dans la plupart des fourneaux , on ouvre une fécondé fois le defliis de la dame , après qu’une charge ou deux ont été confumées, pour mieux retirer le laitier de hallage. Le volume de la matière fondue étant accru, le laitier qui était refté , s’eft élevé juf-qu’auprès du haut de la dame , & par conféquent eft plus aifé à retirer» Enfin , on bouche encore cette ouverture , & on répété toutes les manœuvres que nous avons expliquées, fouvent pendant dix ou onze mois fans difcontinuer. Le feu étant allumé une fois dans le fourneau , on ne l’éteint que lorfqu’on y eft obligé. Il y a dans le Berry des ouvrages de fourneaux qui durent au plus cinq à fix mois j cela dépend de diverfes circonftances que nous examinerons en leur lieu.
- Suivant que le vent des foufflets eft plus eu moins fort, la matière d’une gueufe eft fondue en plus ou moins de tems. Communément on tire deux gueufes en 20 , 22 ou 24 heures. Chaque gueule eft plus ou moins pefante , félon que la mine eft plus ou moins riche.
- (o) On eft obligé d’adopter les termes quantité de charbon; rajfjee, fuivanteux, que ;les ouvriers préfèrent ; ils appellent eft un de ces paniers aulfl plein qu’il peut rafle un panier qui contient une certaine l’être.
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- On pefe la gueufe immédiatement après qu’elle a été tirée du moule : ce n’eft pas par pure curiofité * l’intérêt du fermier de la marque du fer y en-, gage. On leur paie une certaine fomme par millier. Quelque lourd que foifc le poids de la gueufe, on la remue affez aifément ( voyez la vignette de la flanche % ) avec des rouleaux & de longs leviers, d’une maniéré fort çon-nue & fort en ufage dans les bâtimens. Les rouleaux font ce qu’il y a de plus fimple & de meilleur.
- Il eft encore moins difficile de la pefer ( planche 2, fig. S ) ' on Ie avec une romaine foutenue par une chevre. On pâlie fous la gueufe une efpece de chaîne compofée de quatre ou cinq chaînons oblongs. Cette chaîne eft appellée grille dans les fourneaux*
- Les ouvriers fe fervent du nom àe fondée pour exprimer la -durée de fix jours dans le fourneau. On leur entend l'ouvent dire : nue telle fondée n’a froduit que vingt milliers, pour dire qu’on n’a eu que vingt milliers de fonte pendant fix jours. Ils difent de même qu’on pouffe les fondées d’un tel fourneau à vingt-cinq , à trente milliers, pour faire entendre que ce fourneau donne tous les fix jours vingt-cinq à trente milliers de fonte*
- Mais, pour marquer le tems au bout duquel on éteint le feu du fourneau* ils fe fervent du mot & ouvrage. Ils difent: un tel ouvrage a duré fix mois* un tel ouvrage a duré neuf mois > il a donné fix cents ou huit cents, milliers de fontepour dire qu’au bout de fix mois, qu’au bout de neuf mois, l’on a éteint le feu du fourneau , après avoir eu fix ou huit cents milliers de fonte. Les ouvriers appellent aufîi en quelques endroits , le tems qu’un fourneau a fondu fans interruption , unfondage. On ne ceffe guere de tenir un fourneau en feu quand il a commencé à travailler, que par le défaut de l’ouvrage. Les pierres expofées à l’air s’ufent * comment celles qui ont à fou-tenir continuellement l’a&ion du fer fondu, ne s’uferaient-elles pas? Il eft furprenant, malgré leur épailfeur, qu’elles y réfiftent fi long-tems j car, comme nous l’avons dit, il y a des fourneaux qui reftent en feu pendant onze mois j il y en a d’autres qui n’y reftent que trois à quatre. La qualité de la pierre contribue beaucoup à leur durée * mais la qualité de la mine & celle de la caftine doit aufïï être comptée pour beaucoup ( p )* Plus çes matières feront maffives, ou encore, plus elles feront propres à s’infinuer entre les pierres, moins l’ouvrage durera.
- Il faut encore ici que nous employions un mot confacré par les ouvriers : éteindre le feu d’un fourneau, s’appelle en leur langage mettre hors y apparemment parce qu’après qu’on a ceffé d’y entretenir le feu, on
- (p) Voyez à cet egard ce que nous & du moyen d’attaquer certaines pierre# »1«» dit des fondons, première fedicn a les unes par les autres,
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- ïetire die l’ouvrage toutes les matières qui y font contenues. Si l’on ne mettait pas hors lorfque l’ouvrage eft ufé jufqu’àun certain point ,1’on courrait rifque de ruiner le fourneau ; la mine parviendrait à des pierres peu capables de lui réfifter. Cet inconvénient n’eft pas à craindre. On fait que , quand l’ouvrage eft ufé jufqu’à un certain point, la fufion de la mine ne s’y fait pas fi bien.
- Amefureque l’ouvrage s’ufe , il s’agrandit j la mine & le laitier s’infinuent infenflblement entre les pierres, & les vitrifient en partie. Les morceaux de pierre pénétrés par la mine & le laitier, fe détachent, la capacité du fourneau en devient plus grande j en regardant par la thuyere , on voit quelquefois ces morceaux de pierre flotter furie liquide du fourneau.
- Souvent on ferait obligé de mettre hors avant que l’ouvrage fut ufé , fi la vigilance du garde-fourneau n’apportait remede à un mal qui eft continuellement à craindre. Le feu du fourneau n’agit vivement qu’autant qu’il eft excité par lèvent des foufflets -, fi on n’y veillait, tout paiiage ferait bientôt bouché à cet air. Il y a une efpece de rocher qui tend continuellement à fe former autour des bords de la thuyere 5 il s’augmenterait infenfiblement jufqu’à la boucher , fi on ne s’oppofait pas à fes progrès. Ce rocher eft com-pofé de laitier, de mine mal fondue , de caftine , &c. Pour appercevoir la caufe de la formation & de l’accroiifement de ce rocher , il fuffit de remarquer que, quoique l’air qui fort des ouvertures des foufflets donne au feu l’adlivité néceflàire à la fufion de la mine, cet air néanmoins eft froid lorf-qu’il entre dans le fourneau ; il refroidit par conféquent les endroits qui font proches des bouts des foufflets : d’ailleurs cet air n’agit pas contre les corps qui font immédiatement placés à côté de l’ouverture de la thuyere. Le laitier & la mine , qui touchent les parois du fourneau , prennent dans cet endroit une confiftanee femblable à celle qu’ils ont hors du fourneau ; ils fe durcif-fentj & comme il fait continuellement moins chaud en cet endroit qu’ail-leurs , quelques-unes des parties qui y arrivent fe refroilfent & s’attachent à celles qui ont commencé le rocher,- de nouvelles parties l’augmentent , & l’augmenteraient à la fin à tel point que la thuyere ferait bouchée ; c’elt à quoi le garde-fourneau s’oppofe autant qu’il lui eft poffible. Pour détruire le rocher , pour en arrêter les progrès, il fait entrer un ringard dans l’ouverture de la thuyere ; avec ce ringard , il abat tout ce qui eft auprès des bords j lorfque tout eft abattu , la thuyere eft nette, félon leur expreffion ; elle parait comme une belle lune à ceux qui la regardent : mais lorfque le rocher s’eft trop augmenté, lathuyere eft obfcurcie; ils difent qu’elle fe barbouille à la fin , à tel point qu’il n’y a plus de remede. Nous avons vu des fourneaux en feu & prêts à être mis hors, où lathuyere était fi obfcurcie , qu’on 11e pouvait voir dans le fourneau un efpace de la largeur d’un écu.
- Nous avons dit que l’ouvrage s’aggrandit àmcfure qu’il s’ufe ; il paraîtra
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- peut*être paradoxe de dire à préfent, que lorfque l’ouvrage eft ufe à un eer^ min point, il contient bien moins de matière en fufion , qu’il n’en contenait auparavant: cela -eft* vrai néanmoins , & ne fera pas merveilleux, lorfque nous aurons ajouté, qu’outre le rocher de- la thuyere , il fe forme dans le milieu même de l’ouvrage degroifes malfes-que le feu ne peut plus fondre o£ qui croifient continuellement : on les appelle des renards. Ces renards parviennent quelquefois à une telle grolFeur, qu’ils occupent la plus- grande par*, tie de l’ouvrage ; & fi on n’a pas foin de mettre hors dans un certain tems ,, l’ouverture du devant du fourneau*, qui eft bouchée de terre, n’eft plus fuffi* faute pour les lailfer fortir : il faut démolir une partie du mur du fourneam
- Il femble qu’une des caufes les plus ordinaires de l’origine des renards vient des morceaux de pierres de l’ouvrage qui fe détachent. Ces pierres ne font pas de nature à fe fondre par un feu ordinaire. Divers morceaux qui ont échappé aux ouvriers qui enlevent le laitier de hallage, s’attachent enfenu ble , les grains.de mine qui fe trouvent entr’euxs’y collent & ne fe fondent; point i dès lors qu’ils ont commencé, leur accroiftement devient- néceflTaire> l’ouvrage fournit de tems en tems de nouveaux morceaux de pierre qui s’eu détachent; le renard étant placé entre la thuyere & la mine, empêche la fufion de cette mine; on em trouve les renards remplis; ils font aufli corn-pofés de fonte & de laitier. Il femble que, fi on était bien attentif à nettaver le fourneau aprèsTécoulement de la giieufe, on empêcherait ou retarderait beaucoup la formation de ces renards.
- Si l’humidité parvient jufqu’au fond du fourneau , fi elle le refroidit juf-qu’à un certain point-, c’en eft aiTez* pour donner naiifance à un renard ; la fonte la plus baffe perdra fa fluidité, elle deviendra une malfe. folide qui ne manquera pas de slaccroître;
- Peut-être que du laitier qui fe fond - malou qui fe refroidit quelque part vers la thuyere , commence aufii les renards; car il y a du laitier qui, pour ainfi dire , n’eft pas bienfondu. Tel eft apparemment ce laitier poreux dont nous avons parlé ailleurs. Les gardes des fourneaux , quand ils le voient fortir, le prennent pour un très - mauvais figues C’eft pour eux une preuve que la fufion fe fait mal. Peut-être -n’eft-il compofé que de caftine, ou d’autres matières terreufes qui, quoiqu’elles deviennent fluides, ne le deviennent pas alfez pour que leurs-parties s’approchent les unes des autres ; elles fe re-froidiflent avant de s’être touchées., ce quide rend poreux. Quand ce laitier parait, le fondeur fait fou vent jetter dans le fourneau quelques pellerées de cailloux : ces cailloux fe liquéfient plus aifément que les autres matières ; ils accélèrent leur fufion , & la rendent plus parfaite.-
- Il y a beaucoup de fourneaux où l’on voit, après qu’on a mis hors , la furiace de la plupart des pierres de l’ouvrage, vitrifiée;; il s’en,eft quelquefois
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- trouvé qu’on aurait ctu couverts d’un vernis tel que celui que l’on voit fur les pots de terre verds par-dedans : il y en a quelques-uns de fort noirs ; mais il s’en rencontre d’autres d’un blanc éclatant: il y a des pierres d’uneépaif-feur confidérable , dont cependant la nature de la pierre eft toute changée.: elles parailTent formées de grains extrêmement petits ,à-peurprès égaux, & tout blancs; il n’y paraît aucune des inégalités qui font dans ces fortes de pierres lorfqu’on forme l’ouvrage5 les.gros grains de fable, les veines, tout eft devenu uniforme.
- Les fourneaux où l’on a mis hors, donnent aufli occafion d’obferver un fiait auquel le raifonnement feul conduirait; c’eft que le côté du contrevent s’ufe beaucoup plus que les autres. Il ferait de la prudence de le revêtir de pierres plus épaiflès. Nous avons vu un fourneau où le côté du pied de ruf-tine était fi peu altéré, qu’on le confervait pendant q:u’on était obligé de refaire l’ouvrage du côté, du contrevent.
- Quelquefois il fe forme dans la cheminée même du fourneau, c’efLà-dire, au-deffus de l’étalage, de groifes maifes d’une matière vitrifiée, qui obligent à mettre hors. Nous en avons vu une qui occupait près de la moitié du diamètre de l’ouverture du fourneau. Quand la matière a commencé à s’attacher & à s’alTembier quelque part, l’amas croît vite. Ce qu’il y a de fixe eft une efpece de barrière qui arrête toutes les matières qui s’élèvent. Au refte il 11’eft pas nécelfaire d’avertir que ces malles font d’une matière; plus folide que la fuie. La fuie ne fe conferverait pas dans un pareil feu.
- La négligence des chargeurs pourrait obliger à mettre hors, comme celle du garde - fourneau. Il eft. très-elfentiel de charger à propos : fi on attendait à mettre une.nouvelle charge, jufqu’à ce que la derniere fût confumée , les matières que l’on jetterait, defcendraient tout d’un coup trop bas; elles ne trouveraient rien qui les foutînt; la mine avant d’avoir été échauffée , avant d’avoir été pénétrée par l’huile du charbon, & avant que la caftine fut calcinée, parviendrait au-deifous de la thuyere. Là il n’y a plus ni.la chaleur ni.les matières nécefiaires pour la fondre,- elle y refterait crue.
- v Aussi les chargeurs font-ils jour & nuit auprès du gueulard , pour examiner quand il eft-tems de porter une nouvelle charge. Ilsfondent avec leur bécalfe la quantité du charbon qui refte dans le fourneau. Afin qu?i!s y foieut moins.mal à leur aife ,,.près d’une des batailles A, A( planche 3 ) , il y a en H un petit toit, fous lequel ils fe couchent ; on le nomme la bierre. En générai la durée de l’ouvrage dépend beaucoup de la vigilance des chargeurs & de: celle du garde - fourneau.
- Apres- que le feu du fourneaux été éteint,, on met véritablement hors ; jè: veux,dire qu’on tire de l’ouvrage tout ce qui y eft contenu : on y trouve de. la fonte ; on y trouve 1e. laitier & le.renard qui cpnüentjui-même.beaur.
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- coup de bonne matière. On eonferve la mine & la fonte ; on retire meme du renard le fer qui y eft renfermé, & cela par le moyen du bocard, ce que nous expliquerons bientôt. On rebâtit enfuite l’ouvrage avec les pierres dures dont nous avons parlé.
- Le tems où l’on met hors, eft ordinairement le tems où l’on fait fes provisions de mine & de charbon. On fait enforte que ce foit en automne, parce que c’eft la faifon où l’on a le moins d’eau, & où par eonféquent les foufflets agiftentavec le moins de fuccès. Enfin ,'lorfque le fourneau eft rétabli, & que les proviüons nécelfaires pour l’entretenir font faites, on le met en feu»
- Il faut, la première fois qu’on charge le fourneau depuis qu’on a mis hors, commencer par le remplir de charbon jufqu’au gueulard. La thuyere alors eft bouchée. On met enfuite.le feu au charbon par en-bas , c’eft-à-dire, auprès de la dame. Lorfque le charbon , en brûlant, eft aifez diminué pour laiifer la place d’une charge, on y porte la première. Elle eft, comme toutes les autres, compofée de huit raifes de charbon, mais feulement de quatre paniers de mine , un de chaude, & trois de froide , & d’un panier de caftine.
- La fécondé charge eft de cinq paniers de mine & deux de caftine. La troi-fieme, de fix paniers de mine & deux & demi de caftine. La quatrième , de fept paniers de mine & trois de caftine; la caftine n’augmente pas davantage. Lafixieme, de neuf paniers de mine.
- On regarde de tems en tems par-devant le fourneau, jufqu’où eft defeen-due la première mine que l’on a jettée. Lorfqu’on la voit arrivée à-peu-près à la hauteur de la dame , on fait la grille ; c’eft - à - dire, qu’on difpofe plu-fieurs ringards horizontalement, à-peu-près dans un même plan , & proche les uns des autres. Un des bouts des ringards eft appuyé contre la face de ruftine , 8c leur autre bout eft foutenu par la face de la dame.
- , Ces ringards font aifez proche les uns des autres pour arrêter tout ce qui pourrait tomber dans le fond de l’ouvrage: on ne les arrange que pour cela. Pendant qu’ils foutiennent tout ce qui tend à defeendre, on le nettaie ; après quoi ou le couvre d’une couche de frafil, épaiife de quatre à cinq pouces ,* on la tape 8c l’unit bien. Cette couche eft le lit fur lequel tombe la mine fondue; elle empêche qu’en tombant, la mine n’agiife trop fur le fond de l’ouvrage. Ce frafil ne doit pas durer long-tems; mais dans la fuite, la matière fondue ne tombe pas immédiatement fur le fond. La fonte qui le couvre, tient lieu de frafil.
- Après tous ces préparatifs, en retire les ringards, l’on bouche le devant du fourneau, & l’on débouche la thuyere; enfin l’on tire la pâlie : l’eau met les foufflets en mouvement; tout fe continue enfuite, comme nous l’avons vu ci-devant. On porte de tems en tems de nouvelles charges; on dorme l’écoulement au laitier &àla mine , fclon qu’on le juge nécedaire.
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- Nous avons diftingué le laitier de hallage , c’eft-à-dire, le laitier qu’on retire du fourneau avec des ringards ou des crochets, du laitier qui s’écoule continuellement au-defsus delà dame. Nous avons dit qu’il contenait fou* vent beaucoup de fonte ou de mine mal fondue. Auffi dans la plupart des fourneaux a-t-on foin de ne pas confondre ces deux laitiers. On conferve celui du hallage pour en féparer le fer. On le porte fous des pilons qui redui-fent en poufiïere la matière vitrifiée ou le charbon qui eft mêlé avec le fer. L’eau entraîne loin cette pouffiere , & laifse les morceaux de fer afsez proche des pilons. La machine MNOPQ, &c. {planche 4) dont ces pilons font la principale partie, eft appellée bocardou bocambre j ellen’eft pas fort compofée. Nous en avons fait la defeription dans la préparation des mines. On n’emploie pas toute l’eau du ruifseau à faire tourner l’arbre ; on en conduit une partie par le moyen d’une dalle ou gouttière de bois fur la pièce de fonte où le laitier eft pilé, Cette eau entraîne le laitier réduit en pouffiere; mais comme elle entraîne auftî, quoique plus difficilement, les pe-tits grains de fer ou de mine , on ne la laifse pas s’épancher à la fortie de la plaque. Elle eft reque par un canal de bois de 12 ou iç pieds de longueur, ouvert par-defsus, qui eft incliné comme la pente de l’eau le demande ; ce qu’il a de particulier, c’eft que d’efpace en efpace, il a de petits bouts de planches difpofés les uns par rapport aux autres comme des degrés. Chaque degré a un rebord de quelques lignes de hauteur. Comme l’eau coule avee quelque vîtefse le long de ce canal, ces rebords ne fuffifent pas pour arrêter Je verre réduit en poudre fine ; mais ils empêchent les grains de fer de def-cendre. Les plus gros demeurent aux premières planchettes ; les plus déliés vont jufqu’auprès des dernieres, mais toujours moins loin que le laitier.
- Un homme eft occupé à mettre de tems en tems de nouveau laitier fous les pilons * & à ramafser le fer qui a été dégagé. Ce fer eft prefque tout eu grains ronds : il yen a beaucoup d’obîongs i mais on en trouve quelques-, uns auffi bien moulés que les grams de plomb à tirer. Il y en a de toutes fortes de grofseurs ; depuis cellesde balles de moufquet, jufqu’à celle des plus petits grains. Si on cherche la raifon de la rondeur de ces grains, on la trouvera en remarquant que les liquides qui font parmi d’autres liquides ave® lefquels ils ne fe mêlent pas aifément, prennent volontiers une figure ronde,. Quand on a enlevé le laitier de hallage, la fonte était mêlée avec la matière vitrifiée; les grains ferrugineux avaient donc une figure ronde pendant qu’ils étaient liquides : ils l’ont confervée pendant qu’ils fe fuit figés.
- Au refte , les procédés qui regardent la fulion de la mine , varient en différons pays. Ceux que nous avons rapportés, font cependant afsez. uniformes dans tout le royaume. Il y a des endroits où i’on eft obligé de brûler la mine * somme nous Layons dit ; il y en a d’autres où on la fond deux fois ? te
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- ttere venue de la première fulion n’eft pas encore de bonne fonte. BoccoNE ^ dans fon. livre intitulé : Mufeo di ji'ïca & di experienze , page 244, dit qu’on en ufe ainfi dans les fourneaux qu’il a vifités auprès de Rome. On y jette la mine , & de fix heures en fix heures on lui donne écoulement. On forme des mafses de deux ou trois cents livres de cette première fonte. Il dit qu’elle eft fort femblable à une marcaiïite blanche que l’on rencontre dans les montagnes. Quand elle eft refroidie, on la cafse en petits morceaux. Après que le fourneau a été vuidé , c’eft-à-dire, apparemment après qu’on en a fait for tir toute la matière en fulion , on y jette ces morceaux de la première fonte. Huit heures après, on débouche le trou pour la laifser écouler une fécondé fois. La fonte, dit-il, venue de cette fécondé fulion , n’a plus la couleur de marcaiïite j elle forme des pièces d’un fer brut, raboteux, inégal, femblables à des morceaux de vieux fer. Cette defcription ne regarde apparemment que la furface extérieure de la fonte. Il dit que la mine dont on fait cette fonte eft une terre rouge. Le fer y eft peut-être plus embarrafsé dans la matière terreufe. Les parties de fer y font plus petites. Il faut, pourainli dire, la travailler plus d’une fois , pour faire la fépara-tion parfaite.
- Article î.
- Des fourneaux du Dauphiné, appelles petits fourneaux*
- On fond dans le Dauphiné la mine de fer dans des fourneaux appelles petits fourneaux , qui n’ont qu’environ 21 pieds de hauteur, où le vent eft excité par des foufflets à chute d’eau (planche 5 ) que nous avons décrits. La coupe horizontale de leur cavité eft par-tout un trapeze dont deux des côtés font égaux. Le plus grand des côtés de ce trapeze eft celui qui eft du côté de la dame vers le fond du fourneau. Ce côté a un pied neuf pouces. Le côté qui lui eft oppofé & parallèle, a un pied fix pouces, & les deux autres côtés ont chacun un pied trois pouces. Depuis le fond jufqu’en-viron la moitié de fa hauteur, le fourneau va en s’élargilfant. Le trapeze, formé par une coupe prife à ce milieu, a quatre pieds fix pouces du côté de la dame , trois pieds fix pouces du côté oppofé, & les deux autres côtés ont chacun quatre pieds. Depuis cet endroit jufqu’au gueulard, le fourneau s’étrécit dans les mêmes proportions qu’il s’eft élargi depuis le fond jufqu’au milieu.
- Dans ces fortes de fourneaux , le côté de la dame ou le côté par où l’on donne écoulement à la fonte , & celui de lathuyere, font les mêmes. Un feul tuyau appelle porte-vent, conduit l’air dans le fourneau. Le centre de cette Jthuyere y entre environ à quinze ou feize pouces de haut du
- fond.
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- fond. Au-delïbus eft le trou qui donne l’écoulement au laitier i 8t de l’autre côté un peu plus bas , on ouvre celui par où l’on veut faire couler la foùte. Du refte , leur conftruétion n’a rien de particulier. Son mur s’élève de deux côtés par des retraites, comme il parait par la figure; mais cela peut convenir à tous les fourneaux, & contribuer à les rendre plus fiables. Cette defcription eft tirée des papiers de AL de Reaumur. Voyez h planche & fon explication.
- Article IL Fourneaux de la Navarre Espagnole.
- Dans la Bifcaye & la Navarre Efpagnole, il y a des mines qu’on fond avec bien moins d’appareil , & dont on retire un fer qui pafie pour un des plus doux de l’Europe. Voyez la planche 6 , & fon explication, pour mieux entendre le détail qu’en a fait M. de Reaumur.
- Toute la capacité du fourneau n’a que deux pieds '& demi de profondeur.’ Il ne reflemble point du tout à ceux dont nous avons parlé # mais il eft peu différent de ceux où nous verrons dans la fuite affiner la fonte pour la con-vertir en fer. Aux environs de Bayonne, on s’eft fervi autrefois de cette efpece de fourneau pour tirer des mines de Biriatou ( q ) un fer de même qualité que celui d’Efpagne; mais il y a plus de quarante ans [en 1716 ( r) ] que ces mines ont été abandonnées. On y fut contraint par l’eau ; & le défaut de bois a fait qu’on ne s’eft pas beaucoup embarraflé de chercher des moyens de l’épuifer. Comme les fers d’Efpagne font en grande réputation , & que cette façon de fondre les mines contribue peut-être à leur qualité, nous avons fouhaité avoir un détail fidele des procédés & des delfeins exa&s des fourneaux ; & ce n’a pas été fans peine, que M. le Gendre , pour exécuter les ordres de S. A. R? a obtenu d’un Efpagnol, maître du fourneau Dender/ats, fitué fur la riviere de Bidajjoa ou Bidafle, à l’entrée de la Navarre Efpagnole , la liberté de faire lever les delfeins dont nous avions befoin.
- Toutes ces mines reffemblent allez à celles de la montagne â’Jllevard en Dauphiné i elles font en malle ou en roche, 8c on les tire comme les pierres des carrières. On les fait brûler pendant vingt-quatre heures, comme nous l’avons dit ; 011 les concalTe en morceaux gros comme des œufs , 8c ou
- <
- ( q ) Pour conferver la mémoire de ces d’un côté à la paroifle de Verra, entrée mines , elles font dans les montagnes de de la Navarre Efpagnole, & de l’autre la ‘paroifle de Biriatou, au lieu appellé • côté à la riviere de Bid .jjoa, vis.à vis la Fagalmiaca , dans le pays de Labour, paroifle Diron de la province de Guipufcoa. Frontière de France , tenant ladite minière (r) L’obfervation était ( écrite en 1716»
- Tome II, ' S ' ' "
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- I) £ S. FO ü RN EAU X.
- les laiife plusieurs mois expofées à l’ait avant de les fondre.
- < Le fourneau de fufion eft compofé d’une chaudière de cuivre qui a fix pieds de diamètre dans le fens qu’elle en a le moins, & environ deux pieds & demi de hauteur j fes parois intérieures & fon fond font revêtus d’une maçonnerie d’un pied d’épaiffeur, dont les pierres font liées avec de la terre •à four. Enfin cétue maçonnerie;eft revêtue elle-même de plaques de fonte de fer qui y font bien enchâlfées, & ce font ces plaques qui forment, à proprement parler, le creufet. L’unique ufagede la chaudière decuivre* eft de le défendre de l’humidité. Le vuide ou le creufet eft un cène tronqué à bafe ovale. Il eft plus large par en-haut que par'en-bas. Par éfi-haut, fon grand diamètre eft de près de quatre pieds & demi ,• fon petit diamètre a un demi-pied de moins. Par en-bas, il n’a que trois pieds quatre à cinq pouces dans, le fens ou il eft le plus large, & un peu moins dans l’autre.
- L’ouverture de la thuyere eft à environ dix-huit pouces du fond. A un des bouts des petits diamètres , elle reçoit les buzes de deux foufflets de cuir, inclinés fous un angle qui approche de quarante degrés. L’ufage des foufflets de bois n’eft pas encore connu dans le pays. Près du fond , le fourneau eft; percé par un autre trou de quelques pouces de diamètre incliné vers le dehors. Il eft à un des bouts de la plus grande longueur (72). C’eft par ce trou qu’011 fait fortir le laitier ; car ici c’eft la feule matière qui forte fluide. On ne retire la fonte qu’en malle aifez dure.
- Il y a encore un troifieme trou , mais incliné de dehors en dedans, dont l’ouverture extérieure n’eft qu’à quelques pouces du bord fupérieur du fourneau i elle laiiTe pafler un ringard , avec lequel on remue de tems en tems la matière qui eft dans le fourneau.
- La chaudière de cuivre ne s’applique pas contre toute la furface extérieure du fourneau. Elle l’abandonne de chaque côté à quinze ou feize pouces de l’ouverture qui donne écoulement au laitier , & cela pour former au - devant un demi-ovale , coupé fur fon petit axe , & dont la moitié du grand axe a deux pieds & demi de longueur.
- On couvre le fond du creufet ou fourneau d’une couche de charbon de hêtre. On n’emploie le charbon de chêne qu’au défaut de celui - ci. O11 l’allume par le moyen des foufflets mus à l’ordinaire par l’eau. Quand ce charbon eft bien enflammé, que le fourneau eft échauffe , 011 poufTe prefque tous les charbons dans ledeaff-ovale qui eft du côté de la thuyere, & on jette la mine dans le demi-ovale oppofé. Onia couvre enfuite de charbons j on y en porte de nouveaux, à mefure que les premiers fe confument ; on porte suffi en même tems un peu de mine plus menue que la première. Le feu pouflfd
- (72) ^’tft-à-dfre, a ube des'extrémités du plus grand diamètre,
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- avec violence contre lamine,la. met en fufion ; la matière terreufe.:vitrifiée, ou- le laitier , s’en dégage.. Onde fait écouler en débouchant.de t§ms en temç l’ouverture la plus proche du Fond. A l’çgnfcl des,parties de^fer,.elles fie-ptc-cipitent ; elles Te joignent enfemble ; le ringard qu’on fait entrer par l’ouverture fupérieure , & qu’on remue dans le fourneau ,.facilite encore cette réunion ; mais arrivées au fond du fourneau & dépourvues de laitier, il leur manque une partie de la chaleur &du liquide étranger, néceilaite pour leur donner à elles-mêmes de la fluidité * de forte qu’elles ne forment qu’une mafle un peu molle, dont le volume s’augmente à mefure que de nouvelle mine fe fond.
- La fufion d’environ 600 livres de mines eft faite en quatre heures. Alors on prend la.mafle de fer qui eft au fond du fourneau ^pendant que des ouvriers la foufe,vent avec des ringards, d’autres la faiffifent avec des tenailles, & la portent fur. une enclume, où ils la font, frapper par un marteau qui pefe environ, 400 livres. La fuite de ce travail regarde plus le forgeron que le fondeur. No,usen parlerons quand'nous verrons convertir le fer en barres.
- Mais il y a une remarque que nous ne pouvons nous empêcher de faire, c’eft que dans,les pays voiftns on a auffi de grands fourneaux femblables aux premiers que nous avons décrits , mais qu’on n’y fond que les mines qu’on veut mouler en fonte; d’où il femble que l’expérience a appris que cette petite efpece de fourneau eft plus propre pour faire le fer doux ; & le raifon-nement eft allez d’accord avec l’expérience. i°. Il y a apparence qu’il refte plus de laitier dans les gueufes que dans les fontes qu’011 relire ainfi en malfe du,fond du fourneau. 2°. Mais une autre circonftance qui mérite peut-être plus d’attention , c’eft qu’en donnant écoulement à lagucufe,en expofant cette matière bouillante à l’air froid, & la faifant entrer dans un moule encore plus propre à la refroidir fubitement, on fait peut-être plus que lorf-que l’on trempe le fer pour le changer en acier. Auffi les grains des fontes moulées en gueufes , approchent-ils de ceux des aciers. Cette efpece de trempe leur donne une difpofition à devenir un fer aigre &calfant, qu’il n’eft pas aifé de leur faire perdre; au lieu qu’on porte ici la matière toute bouillante fous le marteau. 30. Enfin la matière portée (ous le marteau , eft plus molle que celle qui a été fondue dans les affineries; les coups en expriment plus aifément le laitier. Mais on verra mieux combien cette diflerence de procédés, toute petite qu’elle eft, peut influer fur la qualité du fer, quand on aura lu les defcriptions des dilférentes forges & des fabriques d’acier. Peut-être au refte qu’il y a quantité de mines trop difficiles^ fondre, pour être traitées de la forte.
- On en fond de celle-ci entre 6 à 7 quintaux en quatre à cinq heures* On. en met la première fois dans le fourneau,pris de % à 3 quintaux, & on jette,
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- le relie avec le charbon ,'dont on confume à-peu-près autant pefant que de mine. On a dure que de 67? livres de mine , on retire environ 22$ livre s. di. fer en barre 5 ce qui eft un produit allez confidérable.
- Article III.
- Fourneaux dit pays de Foix, du Béarn, 0? du RouJJtllonv
- Pour entendre mieux ce que que M. de Reaumur dit de ces fourneaux », il faut avoir recours à la planche 7 , & à fon explication..
- La réputation où font les fers d’Efpagne, nous a déterminés à décrireleurs? pratiques pour la fonte des mines de fer , avant de parler des pratiques à-peu-près femblables qui font en ufage chez nous. Le Béarn , le cornté de Foix; & le Rouffillon fe relfentent, fur cet article, du voifinage de l’Efpagne. Ces; pays fournilfent. de fort bons fers , qui' font auffi tirés de mines en roche j 011 fait auffi'griller ou brûler ces mines j on lès concalfe par petits morceaux, & on les fond dans de petits fourneaux, qui ne different de ceux de la Navarre Efpagnole, que parce qu’ils ne font, pas logés de même dans une- grande chaudière de cuivre y en un mot,. ces fourneaux relfemblentfôrt à ceux où nous verrons affiner le. fer, qu’on appelle affineries dans la.plupart des pro* vinces du royaume,, & renardières dans quelques autres (73). Dans le Béarn-,. Te fe 1 y eft animé par des foufflets de cuir ; & dans le pays de Foix, par des foi.fïbts à. chute d’eau ^appelles. trompes, dont nous avons donné; la defcrip-tion dans le deuxieme moyen de l’art du. feu appliqué aux forges & fourneaux à,fer. La planche 7 où, les 'foufflets. du pays de Foix font repréfen-tés, fera voir auffi la figure finiple du fourneau., dont il ferait inutile de donner une plus longue, defcription. Nous ramarquerons feulement que dans ceux de. Foix, 011 fond'en cinq heures environ cinq quintaux de mine, dont on retire une ma (fe dé fer pefant depuis deux jufqu’à-trois quintaux, félon la richeiTe. dé la mine. Cette maffe eft. à-peu-près ronde j on l’appelle suffit.
- Une autre remarque plus importante qu’il nous refte à faire , c’eft que dans tous ces fourneaux dé même dans ceux de la Navarre Efpagnole ,. on ne donne à la mine aucun autre fondant que le charbon ; l’üfage. dé la caf-tine y eft entièrement inconnm(74). On en peut foupqonner. plufieurs rai-
- (7;) l&irAllemagnefrifchlieerd. qu’elle fert principalement à abforber les'
- (74.) On* a. pu voir dans une remarque acides. Ainfi le fer qui ne contient que précédente, quels font les principaux ufa- peu ou point d’àcides ni de-foufre, n’a ges de lacaftine; M.de J.ust-i répété ici befoin d’aucun fondant, Il y a fans doute-
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- ions; mais il n’y a que des expériences qui puiflent Faire décider quelle eft la véritab’e. Peut - être eft - ce que ces mines font de nature à ne pas demander de fondans étrangers. Peut-être que le grillage en rend l’ufage inutile. La mine , dépouillée de la plupart de fes foufres fuperflus, n’eft plus fi fort en danger de fe brûler ,* de-là vient apparemment qu’on ne mêle point aufli de caftine avec la mine en roche à'Allevard en Dauphiné, quoiqu’on la fonde dans de grands fourneaux , pareils à ceux des autres provinces du royaume ; car on fait toujours cuire ou griller cette mine avant de la porter au fourneau. Nous allons encore trouver dans les pays étrangers, des exemples de mines auxquelles on n’ajoute point de caftine , mais qu’on a foin de faira griller.
- Article I V.
- Des fourneaux' drAllemagne
- - K: Nous n’àvons pas été à portée de voir par nous - mêmes ( c’eft toujours ; M. de Reaumur qui parle) les fourneaux qui font en 'ufage en Allei „ magne,* mais la protection que S. A. R., monfeigneur le Duc d’Orleanst n- donne aux fciences , r-amene, pour ainfi dire , tout fous nos yeux. Pour „ exécuter fes ordres, M. d’Angervilliers a envoyé en Allemagne le „ fieur Anthés , maître de forges intelligent , & lui a jointun deffînateur » habile. Le premier a raffemblé des mémoires fur la conftrudion des four-» neaux. Ges mémoires font datés de Strasbourg, du ro avril 1719.
- „ Les fourneaux d’Allemagne ne font pas feulement différens des nôtres-„ par quelques circonftaneesj ils different même entr’eux. Dans les uns, „ on donne écoulement à la fonte, comme dans nos fourneaux ordinaires » du royaume : on retire des autres la fonte en ma(fe folide , comme on 1& „ retire de nos fourneaux de Béarn , de Rouflillon , du pays de Foix &? 33 de Navarre. Ge font ceux dont nous parlerons d’abord* : leurs procédés „ fe trouvent naturellement placés à-la fuite de ceux que nous venons de-33 rapporter ,,.
- §. P --H-.
- Fourneaux cC Allemagne' y dont an' tire la matière' en maffe folidei
- Les delleins de ces fourneaux ('planche' S) ont été pris à Fordérberg, „ qui-eft un bourg. de Stirie , éloigné de Lenben de quatre lieues. Cè bourg-
- de-telles mines , mais elles font rares. Si; propriété, comme il y a bien apparence, on' celles: des pays dont il s’agit ici T ont cette fait très-bien de ne pas fe fervir de caftine*.
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- JD E S .FOURNEAU. X
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- 33 feulj a q.u^tQr^e^füurneTOX'pareUs, qui fourni/font une partie!de la fonte w dont o)i; fafo l’acfor. .de-Seine, & outre cefa<* de quoi faire beauGoup plus >33 de feri.. Quoiqu’on: eiiiitire; la foute en. maife, ils refomblent plus ànos w grands fourneaux du royaume,.à ceux où l’on donne écoulemem-à la 33 fonte, qu’aux petits de Béarn, de Navarre, du pays de Foix & du Rouf-39 ij 1 l.on. Ce. font réellement de grands fourneaux -, leur bafe eft uiv rcc-53 tapgle;-pr:e.%ue'q.uarré.'îLe.côté des foufflets. & celui qui lui elt oppofé, 3, ont chacun, par dehors treize pieds. & demi de roi : les deux autres côtés 33 unjt:chacun onze pieds.& demi. La hauteur réelle du fourneau ( je la prends 3i depuis.le fond jufqu’à, l’ouverture qui. reçoit, le char.brn & la mine)eft „ de quatorze pieds quatre pouces ; mais la hauteur apparente elt bien plus „ contidérable : au lieu que la plate-forme du deifiis des nôtres n’eft entou-„ rée que d’une efpece de parquet, de delfus celles-ci il s’élève une chemi-,3 née qui a quelquefois plus,' de '1,8 pieds : ainii le fourneau femble avoir „ plus de 32 pieds de hauteur.
- ,3 Extérieurement il va. en fe. rétréci/Tant. depuis-la/bafe jufqu’à l’ori-* „ gine de la cheminée. Les, côtés, qui eiirbas ont treize pieds, demi, n’en j, ont en-haut que onze j & ceux qui ont onze pieds demi en-bas , n’ont „ que neuf pieds, ou neuf pieds.fepc pouces en-haut. La cheminée.fe rétrécit w auiîi,à mefuçe qu’elle s’éleye. : . ;i
- j. Ces fortes de fourneaux for chargent par-cn-liaut >j ainfi les, ouvriers ,3 qui les chargent , font dedous la cheminée : c’effc pour leur donner en-33 trée, que trois des côtés de là cheminée ont-des arcades qui forment des 33 efpeces de portes qu’on 11e bouche jamais. Il n’y a que le côté des fouf-33 fle.t$ ,t qui n’ait point de pareille porte maisjil donne une autre çomnio-; „ dité aux chargeurs j depuis trois pieds & demi de hauteur ou environ» ,3, au-dedus de l’ouverture du fourneau ou gueulard.» il s’avance, félon un 33 plan incliné , jufqu’au bord; de l’ouverture «i il l’entoure même en partie , „ & prend fa figure. Dans toute fa hauteur , il a une courbure qui forme en-,3 viron une moitié d’entonnoir, qui 11e nianqqe.jamais.de conduire dans le „ fourneau les matières qu’il a reçues. Le mémoire de M. AnthÉS ajoute „ que dans le coin de ce talus, en-haut du côté de la roue, il y a un trou „ qui a huit pouces en quarré, dans lequel tombent les étincelles, qui def-,3 cendent dans un conduit, & qui produifent une madere dont 011 fo, fort v pour mettre dans le bas du fourneau , afin que la maife ne s’y attache pas,
- ,3 A l’égard de la maçonnerie du propre corps du.fourneau, elle n’a d’au-3, tre voûte que celle qui reçoit les tètes des foufflets. L’embrafure qui fo „ trouve à nos fourneaux du royaume du côté de la dame, du côté où „ l’on donne écoulement à la fonte, manque à ceux-ci. On tire la-maife de ,, fonte Joiide par le même côté où font les foufflets -, la voûte fous laquelle
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- h'tè
- ,3 ils font en partie, a quatre pieds cinq pouces'de hauteur’'à foîfeiitréeî huit’ pieds neuf pouces de largeur» Immédiatement au-deftus des buizes à, des foufflets , il y a une gueufe de fer, qui èftla pieceTolide qui foutient les parois, & qui tient lieu de vouffoirs des voûtes. Depuis cette gu'euM „ jufqu’au fond dji fourneau, il 7 a un pied huit-pouces. Cette hauteur * », fur une largeur d’environ cinq pieds deux pouces , eft la’ porte par laquelle ,, on fait fortir du fourneau la maife de fer qui y à été fondue. Cette ou-„ verture n’eft guère bouchée plus 'folidemenC que l’eft; dans-nos four, 9, rieaux ordinaires, i’efpace-qui eft'àuprès de la dame,-
- „ L’intérieur du fourneau depuis le gueulard , ou l’ouverture fupé-,j; rieure, jufqu’à environ quatre pieds & demiMu fond , forme une efpeee „ d’entonnoir ovale renverfé. L’ouverture fupérieure, dans fon plus grandît diamètre, n’a que deux pieds, -& un pied & demi dans fon plus petit; »> & lorfque cette cavité eft parvenue , en s’élargi fiant infenliblement à quatre „ pieds & demi du fond dans fon plus petit diamètre', depuis le côté de „ la thuyere jufqu’à celui du ccmtrëvênt, 'if y'a quatre pieds un pburçe'huit „ lignes , & cinq pieds & un pouce entré les deux autres faces oppofées. 3, Il eft pourtant:à remarquer qii’ils s?élargilfent plus du côté d;es foufflets que du côté du contrevent ; l’uii s’incline moins que'l’autre. Des 2 pieds j, & 7 pouces-d’écartemen-t ,vie 1 côté'desrfôûfflets èil ' prend deux pieds,' & s, n’en lailfe qu’ên'virôn fept pouces au côté *^u co'ntrevent. Les deux autres „ côtés ont chacun une inclinaifôn égale. De-là en en-bas, le fourneau „ conferve la même grandeur ; mais il a'pris une figure'différente 'de celle „ qu’il a plus haut. Sa circonférence, fa coupe horizontale n’eft plus ovale. ,,ï II n’y a d’ovalqùe le côté du contrevent!, Celui de la thuyere eft taillé en „ ligne droite. Les deux:côtés qui'touchent celui-ci, font auffi avec lui un angle droit. Ces côtés s’arrondilfent feulenient:;'pôur y joindre celui du 99 contrevent. " ' !il 1 ?
- 5, Ses parois font rèVêt-ûes d’une ‘couche de terre à-cteüfet, quïypàren*. 99 bas , a un pied d’épaiffeur , & par en-haut feulement un demi - pied* ,'j On eft obligé de*racebmmoder cet enduit une fois ou'deux par an. Le j, fond eft aulft recouvert d’une couche5de pareille terrev'épaiflé de fept ,3 à huit pouces. ï El le élffoUtenuê par1 une pierre degrés-auffl grande que 3? le fond même. Cette terre1 dusfond cd'oit êtfè'-bien'de tiivéau.r!Ç)n tient „ la furface plus balle dé quar.torze pouces-, que celle du tehrein du dehors 33 du fourneau. ' vher^1 mr?œbf*t, -.•«<, --.ce- •»* -• , <
- „ Nous avons dit que-chaque fois qu’on a retiré une mafïe de fonte du 3, fourneau , ou- ouvré un trbu du côcé des foufflets depuis‘la" gueufe! de jj fer dont nous av-ons-détetmhré* là pofition ,“ jufqidénibàs f il faut donc te-jj boucher ce grand trou chaque fois qu’011 veut allumer le feu. On le fait
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- „ en partie avec une terre jaune qui peut être chauffée plus brufquemenfc „ que celle qui revêt les parois. On met dTabord une pie je de cette terre „ large de fix pouces, & épaiffe de fix,* au milieu de l’ouverture, elle „ avance d’un pied en-dedans l’ouvrage, ou en dedans le fourneau. iSuc ,s cette piece on bâtit la.thuyere, qu’on fait auifi de pareille terre. Un noyau „ de bois la foutient pendant qu’on la forme. On ne donne à cette thuyere J, qu’environ deux pouces de diamètre du côté de l’ouvrage j mais le côté „ qui reçoit les buzes des foufHets , eft plus évafé. Il a au moins trois à „ quatre pouces. On a grande attention à po.fer la thuyere bien de niveau , jj & à la placer ptrécifément à fept pouces du fond.
- „ Le reite *du vuide de cette cfpece de bouche du fourneau , fe remplit „ avec des pièces de terre qui ont une hauteur égale à celle de l’ouverture , „ larges d’environ huit pouces, épaiffes par en-bas de quatre pouces, & „ .feulement de deux par en-haut. On bouche les intervalles que ces pièces n laiffent entr’elles, avec une terre pareille à la leur. Mais il eft à remarquer ,3 que, de crainte qu’il n’arrive à ces pièces de plier vers le dedans du four-5, neau, on ne les pofe qu’après l’avoir rempli de charbon.
- - „ Les fouffiets font ici de bois, femblables à ceux de nos fourneaux, k „ cela près qu’ils font plus petits , parce qu’on eft obligé de les remuer fou-„ vent. Leurs buzes plongent un peu dans la thuyere. Elles font éloignées „ delà thuyere, dans les uns de trois pouces, dans les autres de quatre & „ plus j & j’ai remarqué , dit M. Anth£s , que ceux qui étaient avancés le „ plus vers le trou de la thuyere, étaient ceux qui allaient le mieux, parce „ que le vent pénétrait mieux dans l’ouvrage.
- „ La mine qu’on jette dans les fourneaux de Forderberg , eft de la mine „ en roche. On la tire du roc d’une montagne éloignée de deux lieues de „ ce bourg. Cette montagne , félon la tradition du pays , en fournit depuis „ plus de mille ans. On la concalfe en morceaux qui égalent au plus en grof-jj feur.des œufe^oie. Après quoi on la fait griller ou cuire dans des fours „ qui font proches des fourneaux à fondre.
- jj Chaque fois qu’on veut mettre le feu au fourneau, on commence par j, le remplir entièrement de charbon i on lui en fait même un comble qui. „ s’élève le long du demi - entonnoir que nous avons décrit. Sur ce charbon. „ on étend,deux cuveaux comblés de mine recuite. Le cuveau a en-dedans. ,j de hauteur un pied huit pouces & quelques lignes. Par en-haut, il a en ,j quarré un pied huit pouces, & par en-bas un pied fix pouces quatre lignes.
- „ Le fourneau ainfi chargé, on fait agir les fouffiets ; & quand le charbon „ & la mine font defcendus environ un pied au-deffous de l’ouverture du y fourneau ,; on* remplit ce vuide de charbon > on ramafle la mine qui eft v ;;.1 .. . 3) tombée
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- tombée fur les bords du trou ,• ’on la fait entrer dedans ,* ce qu’on répété ,j quatre fois de fuite. . ' / '
- „ Lorsque le charbon â encore baiffe, on Recharge lè fourneau de la „ ! groife charge. La greffe charge eft corapofée de deux cuveaux de mine ; ,, cette groife charge fe met cependant à deux fois, & en fait deux petites.. „ On donne ainfi au fourneau quatre groifes charges ou huit petites. Les „ trois premières font égales ; mais les deux dernieres ne font que la moitié „ d’une des autres
- Nous remarquerons en paflant, qu’il n’entre point decaftine dans les charges ; qu’on ne s’en fert point ici, non plus que toutes les autres fois que nous avons vu employer la mine cuite. k
- Lés huit charges dont nous venons de parler , tiennent le fourneau en feu pendant environ 18 heures. Quand la derniere y a été une fois jettée, on Taille agir les foufflets jufqu’à ce que le fourneau fe foit vuidé , & que le charbon foit entièrement confumé.
- On a foin ici, Comme dans nos fourneaux ordinaires, de donner écoulement au laitier. Pour cela , après chaque charge , on perce le fourneau avec un ringard, environ un pied au-deflbus de la thuyere, quelquefois de l’un & de l’autre côté de cette thuyere, quelquefois d’un côté feulement. On bouche enfuite avec de là terre les trous qui ont laifle fortir le laitier. On connaît à la flamme, dit l’obfervateur', la quantité du laitier. Quand il y en a trop, la flamme eft rouge ; quand il y en a peu , elle elUblanche.
- Quand le charbon eft prefqueconfumé, on fonge à tirer du fourneau la fonte qui en occupe le fond. Les fouffiets embarrafleraient ; on les ôte de leur place, on les met à côté ; on abat ce mur de terre jaunâtre qui va depuis le fond du fourneau jufqu’à la gueufe de fer qui foutient la voûte. Cette large ouverture étant faite , on retire avec des crochets, tout le charbon qui y était refté ; on a même foin de l’éteindre, parce qu’il peut fervir encore pour le grillage de la mine. On retire de même tout le laitier, toute la crafte qui environne la maife de fonte ; on la découvre bien!de toute part;; on creufe un peu la terre tout autour de cette mafle , afin de pouvoir la remuer plus facilement. Il li’eftpas aifé d’en approcher, par la grande chaleur qu’elle répand» Pour la modérer , on jette dédits une dixaine de baquets d’eau ; quatre hommes enfuite la fouvelent peu-à-peu environ d’un demi-pied avec des ringards de fer. Quand elle a été ainfi foulevée, ils jettent encore deffous environ dix autres baquets d’eau. < . . < .r, n
- • Cette malle s'appelle un halmus. Elle pefe' quelquefois t 800. Elle a la figure du fond du fourneau ; .fon épailfeur va depuis fept jufqu’à huit àaleufl pouces. Ce ferait un grand ouvrage, que de la retirer à bras d’hommes ; on] emploie une force moins coûteufé &’ moins embarraflfante r appliquer, celle Tome JL • T
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- D E S 'Fi&U R N EAU 3f.
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- de Peau qui fait mouvoir les foufflets. On entoure cette malfe d’une chaîne de fer i on en accroche à celle-ci une autre qui tient à l’arbre des foufflets; on donne l’eau à la roue de cet arbre, & auffl-tôt la malle eft tirée. Au moyen même des poulies de retour,, on la conduit du.côté quïon veut-, & 011 la couvre avec du. frafiL . ai • • 1: 2 r- ,,
- s On; travaille enfuite à la dfvtfer en deux, afin-qu’elle fuit plus maniable. Deux hommes s’occupent à y faire une entaille d’environ trois pouces de profondeuravec des cifeaux bien acérés ; ils la lailfent; en cet état jufqu’au lendemain , qu'ils achèvent de la fendre avec des coins de fer.
- *r<QN fe fertaufli,dans la plupart de ces fourneaux, de l’eau des foufflets pour enlever plus commodément la mine. Sur ce même courant, il y a une roue , autour de farbreffle laquelle une corde fe dévidé. Cette corde pafte fur une poulie foutenue à la hauteur dû-commencement de la cheminée du fourneau. On éleve ici le cuveau plein de mine , comme on tire un feau d’eau d’un puits. Il y a même en quelques endroits des crochets qui font renverfer.ee: cuveau quand il éft rendu où il doit arriver,. Cela devrait être repréfenté. dans la planche $li le delTeki eut été’ levé par nos deftinateurs ordinaires ^ mais il eft aile de fuppléer d’idée, à ce qui y manque,.
- - ‘ " ; " §. il.
- Foitrntwicc d'Allemagne, ou. l'on donne: écoulement a la finie...
- Les fourneaux d’Allemagne, où l’on donne écoulement à la fonte , refîem^ blent allez à nos grands fourneaux.-dm royaume. Ils ont pourtant:, comme les derniers que nous venons de décrireune haute cheminée que n’ont pas, les nôtres. Les deffeins de ceux que nous avons fait graver planche 9 ( ceci\ eft toujours extrait deM. de Reaumür ), ont été pùsk.Durach en Stirie, & à Gmind en-Carinthie, Labafeau mafiîfde maçonnerie eft un quarté dont; les côtés ont quatorze pieds deux, pouces s leur hauteur jufqu’à l’origine, de. là: cheminée,.eft de^ dix--fept pieds.. Là les.côtés de la maçonnerie n’ont, que-douze-pieds. Là malfe furétrecit à l’ordinaire , à- mefure qu’elle s’élève; Le-trou par où l’omjette la. mine <& le charbon^, eftiquarré,. & a dix-huit pouces Si demi de chaque côté. Depuis cette-ouverture>. le fourneau va en s’élargif. faut jurqu’à la moitié-de la-hauteur où les deux parois parallèles font diftau-. tes de quatre pieds. La capacité du fourneau diminue enfuite jufqu’am fond1* où il a , comme a l’ouverture fupérieure , dix-huit pouces & demi en quarré,. L’ouvrage eft’conftruit de pierres qui réfiftent au feu, & les parois fupérieures-fcnt revêtues dé terre;
- La thuyere eft feulement à & pouces du fondi,- apparemment parce qu’on
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- ifa pas befoin d’une grand'© cavité pour ^contenir la fonte , parce qu’on ia coule de deux heures eu deux heures, ou au plus de trois heures en trois heures. On n’y veut que des gueufes de trois à quatre quintaux,- mais ce que cette chuyere a de plus fingulier, c’eft fon obliquité, qui eft telle que fi le vent arrivait jufqu’au fond du fourneau ,; en fuivant la direction qu’elle Lui donne, il rencontrerait ce fond à un endroit plus proche d’environ trois pouces du côté de la thuyere, que de celui du contrevent.
- Ici on retrouve la dame, & l’embrafure fur laquelle elle eft placée ,- car ou. 11e donne pas écoulement à la fonte par la face où font les foufftets.
- La mine qu’on jette en ces fourneaux à Durach enStirie, &à Gmirid en Carinthie, eft de la mine en roche, comme celle de Forderberg ., qu’on a eu foin de faire griller , comme nous l’avons dit première fedtion. Nous ferons encore obferver que l’on ne fe fert‘point de caftine dans ces fourneaux d’Allemagne, fi Ge n’eft dans quelques circonftances rares , lorfque le fourneau femble s’embarraffer-par des matières mal fondues. -
- Le charbon qu’on emploie dans ces fourneaux , &dans les forges-ùmmême pays, eft de bois de lapin. ' . > f - ; ^ u
- Dans les états de Venife voifins de l’Allemagne , les fourneaux reSemblent à ceux de Durach & de Gmind en Carinthie, à cela près qu’ils n’ont qu’une voûte. On donne écoulement à la fonte du côté des foufflets, ou au bas de cette voûte. On fait les gueufes de cinq à fix quintaux j mais afin de n’ètre pas dans la nécefiité d’ôter les foufflets chaque fois, on les place haut. Ils pouffent leur vent dans un 'tuyau recourbé qui le conduit dans l’ouvrage. Les petites forges de nos orfèvres peuvent donner quelque idée de cette difpofition. On voit fouvent leurs foufflets élevés jufqu’au haut de la cheminée. v
- La mine qu’on fond dans un de ces fourneaux à Bagolino , éloigné de if lieues de Brejcia, eft blanche , feuilletée ou talqueufe. On la fait cuire dans des efpeces de foursù chaux, avec du bois & non avec du charbon, comme on le pratique dans les fours d’Allemagne; mais on l’arrofe comme nous avons vu arrofer les mines grillées en Carinthie. O11 la fait fondre aufiifans caftine.
- Article V.
- Des fourneaux de VAngoumois du Poitou, tirés du mémoire
- couronné par /’académie de Befançon en I7f6.
- Avant d’entrer en matière fur la difpofition d’un fourneau à fondre la mine de fer, l’auteur fe croit obligé de dire quelque chofe de la propriété de celles qu’il a connues, perfuadé que l’expérience eft le plus fur flambeau
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- DES EQURNEAÜ’X::
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- qui puiffe guider dans une route qu’on ne-parcourt qu’à tâtons, toujours à: grands frais , & dans laquelle il ferait à propos, pour le. bien public, de ne? voir que des. hommes, confommés, en état de profiter de leurs-, épreuves.
- Les mines dé fer font; réfractai res à proportion- des parties hétérogènes, dont elles font chargées. Elles le font plus lorfq.u’on les tire dhine terre graffe. Cette efpece de mine prefque toujours riche, caufe fouvent dans le, fourneau des embarras confidérables , & dérange même un fondage, dans fes» commencemens , fi .l’intérieur- du, fourneau n’a. pas des difpofitions capables., de parer à ces inconvéniens.
- , De toutes les. mines de fer , les, plus faciles à fondre font celles qu’on? 'trouve dans une terrefablonneufe & caillouteufe,. fans doute parce que le$ fables & les cailloux de nature à fe vitrifier , .occupent moins de degrés der chaleur que les terres grades, étant impoffible, quelque attention qu’on ait-à faire lav.er les mines, de les débarraffer-en entier de leurs impuretés.;
- Toutes,les mines de-fer font encore réfraétaires, eu égard à, la.groffeur de leurs grains, qui*ne préfe.ntantàradion,du feu que des folides difficiles à défunir, en retardent les effets plus long-tcms queffi cesffolides rompus,. avant que de les- mettre au-fourneau-, multipliaient leurs furfaces s ce qui ferait entrer plus vite la matiere; en fufion. %
- Il e(t donc ejfentiei de.bien. laver les mines & de les caffer en petits mor-. ceaux;.il ne l’effi pas. moins, de faire caffép la caftine, qu’on fuppofe fuffi-famment- éprouvée
- Apres avoir pris.les-plus. fages .précautions , on doit établir un fourneau dans, les .proportions relatives, aux efpecss de; mines qu’on veut y, fondre ,. le revêtir d’une épaiffe.maffe--à: chau,xi& à, fablej ou, fi la.pierre eft rare & qu’on foit obligé defe. fervir de fimple terre battue entre les murs , il faut au moins ;paver le deffus- tout autour du^ gueulard*, de fac.on que les;caux; s’égouttent fans la pénétrer. Il eff, encore effentiel d’en éloigner tout ce qui peut rafraîchir l’ouvrage , .en fefant les canaux qui conduifent. l’eau à îaroue, à chaux. & à ciment ,?ainffique ceux,qu’on fait fous terre pour écouler les, eaux, Cpmme.l’auteur du mémoire nous a donné îar difpofition de deux fourneaux, un pour les mines chargées de terre grade, & un pour celles qui n’en font pas chargées,, nous,les rapporterons féparéroent.
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- # MS F 0 U RNE A ü %
- H9
- §. L
- Wtifp option d'un fourneau à fondre les mines de fer chargées en partie de terre grajfe.
- Hauteur du fond au gueulard, . . . . Si pieds f pouces.
- Largeur du gueulard, 24
- Sa largeur fur la tyrape.* ....... 18
- Sa largeur fur la ruftine, ... . . ... 15;
- Ce fourneau a huit pans inégaux.
- Les deux fur la longueur de 24 pouces ont . ; 18
- Celui de deffus la tympe, ... . ... 1,3,
- Le pan fur le pied, de ruftine ,, . * .. ., 11
- Les deux petits fur la tympe ont ..... 4|
- Les deux fur le pied de ruftine ,, . 4
- On, fait un chaffis de cette dimenfion, dans les trous duquel on paffe des Gordeaux que f on élargit,, les éloignant à proportion jufqu’à la cuve du fourneau, à l’aide defqnels. on place les briques qui fervent à faire les pa* rois : elles doivent, être bien cuites pour réfifter à la vivacité du feu. f Ces proportions ,, plus petites que celles dont ont fe fert pour conftruire' un fourneau à fondre des mines de fer tirées d’une terre maigre , ont paru néceifaires pour éviter les embarras que caufent les, mines graifes, p^rce qu’alors-l’air Ipécifiqne excite avec plus de force la chaleur dans les en., droits où ces embarras commencent, à fe former.ce qui les détache & en arrête le progrès*
- $ Les fourneaux font toujours, plus longs que larges parce qu’il eft né* ceffaire d’oppofer à la ténacité.du métal, une force fùpérieure pour le faire entrer en fufion 5.ce qu’on fait en ferrant l’ouvrage au creufet dans lequel la matière fe précipite,, à l’endroit qui eft vis-à-vis le jeu des foufflets; en-forte qu’un ouvrage qui a, de la tympe au pied de ruftine., 24 pouces, U-en a que 1.8 du contrevent à la thuyere..
- Difpoftiôn dè ? ouvrage de ce fourneau»,
- On trouve'ordinairement dans le voifinage des forges ,. fur-tout dans les terres fablonneufes,.des pierres de différentes couleurs, qu’on appelle.£r/yb». Ce font des fables pétrifiés qui réfiftent fortement au. feu... Avec une provi-fion de ces pierres & du fable lêmoins, terreux, on conftruit ainfi l’ouvrage.
- On attache au milieu du gueulard un cordeau, au, bout duquel pend un plomb qui fert à pofer la pierre du fond., Enfuite, on place celle du pied de
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- ruftine , après laquelle on poFe la pierre de dedfous de la thuyere, dans laquelle oncreufe la place du fer qu’on doit mettre fous les buzes, des fout-flets. On éloigné de 18 pouces 6 lignes la thuyere du fond. L’entrée de là thuyere dans l’ouvrage eft large de quatre pouces & demi. Du coin de la thuyere au pied de ruftine, dimenfion appeliée petite vanne, il y a 8 pouces 6 lignes. Du coin de la tympe de pierre , dimenfion appeliée grande v&r~ me, il y a onze pouces. On place enfuite la première pierre du contrevent, qui doit être éloignée de celle de la-thuyere, le long du pied de ruftine, de 13 pouces; vis-à-vis le milieu de la thuyere, iç pouces;'&le long de la tympe, 18 pouces. •• 1
- Quand ces pierres effentielles font pofées, il faut les garnir par derrière, jufqu’à fépaillèur de la malfe du fourneau, de fable bien battu , dans lequel on peut mêler des meilleurs débris de l’ancien ouvrage, enforte que le tout fade un corps impénétrable.
- On continue l’opération en montant d’autres pierres fur ces trois premières, à la hauteur de % pieds 6 lignes, & creufant dans celle qu’on met fur la première pierre de thuyere , une petite voûte pour donner au* gardes la liberté d’y travailler en cas de befoin. Ces pierres doivent être évafées, favoir, les pierres de thuyere & de ruftine de deux pouces à la nai{Tance des étalages, celle du contrevent de quatre pouces. On garnit par derrière comme il eft dit ci-dedus. Il faut après cela placer les coftieres, qui font deux pierres qu’on met au bout des deux premières de la thuyere & du contrevent, enforce qu’elles aient 2$ pouces de l’une à l’autre , le long de la dame, & que tout l’ouvrage ait quatre pieds de long, du pied de ruftine jufqu’à la dame. Les pierres de tympe fervent à fermer l’ouvrage. Elles font évafées à. la naiffance des étalages de quatre pouces , comme celles du contrevent, pofées à dix-huit pouces du fond, pour donner entrée aux ringards avec lefquels les gardes décralfent l’ouvrage.
- Après avoir pofé les pierres, on fait par-deflus les étalages avec des morceaux des mêmes pierres & du fable battu à force de bras; il faut monter celui qui eji fur la thuyere de quatre pieds & demi, les trois autres feulement de trois pieds & demi, un peu plus plats fur les tympes & le pied de ruftine, que fur le contrevent, de façon que tout ce compofé ait la figure d’une trémie irrégulière. x '
- De toutes les parties d’un ouvrage de fourneau à fondre la mine de fer, celle qui doit être la plus échauffée & la moins embarralfée, c’eft le fond qui reçoit la matière. Cette raifon oblige à placer les foufflets à 18 pouces & demi pour fondre les mines grades qui entraînent avec elles des parties nok métalliques, qu’on ne pourrait réduire, fi on ne favorifàit le travail des gardes par la proximité des foufflets. Il ferait même néceifaire de placer la
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- " D ES F G U R N E A'U X
- Mi
- thuyere à 17. pouces du fond, fi toutes les mines à fondre étaient tirées d’une terre grade : on opérerait plus fûrement, en fefant à la vérité moins de matièrej parce que plus on éloigne l’aire des foufflets delà cüve de fon fourneau où la: mine fe fond, moins l’a dion du feu eft vive moins par eonféquent 011 peut y fondre de mine.
- • On place la thuyëre fou vent plus près du pied de ruftine que de la tympe, afin de tenir par ee moyen la partie que les gardes décraffent avec le plus de difficulté * moins fujette aux embarras que les autres.
- On donne ici aux pierres de thuyere & de ruftine moins d’évafement, parce que les matériaux qui paffent deffus , n’ont pas befoin d’être portés au centre du. vent. Ils en font afsez proches par la dîfpofition de l’ouvrage , à la différence de ceux qui tombent fur les pierres du contrevent & des tym~ pes-, à qui il faut une pente proportionnée à leur éloignement. On la donne égale aux-tympes & au contrevent, quoique les tympes foient plus près de la thuyere, parce que les matériaux font moins échauffés dans cette partie par l’air qui tourbillonne» que ceux qui tombent fur le contrevent, où la direction du vent eft plus forte.
- On éleve la partie des étalages qui portent fur la thuyere, plus que les.autres , pour éloigner les mines qui entraînent avec elles des parties non réduites-, ce qui empêcherait levjeu des foufflets, & conféquemment refroidirait l’ouvrage. Lés deux parties qui font fur les tympes & fur le pied de ruftine , font un peu plates, afin de favorifer la defcente des matériaux au. centre de l’ouviagei.
- “ §. I l *
- Difpojition dPun fourneau propre à fondre les mines de fer non 'chargées, de terre grajjh
- Bü gueuîard'au fond- il y % „ . .. ... . .. . 2? pieds 6 pouces..
- Le gueulard a de long . . . . v. . . 3
- De large... ... . . . .. . . . . ..t x 9
- Ce fourneau eft auffi à huit pans.
- Les deux pans fur la longueur de trois pieds ont 1 9.
- Le pan fur-la tympe a . . . .. . . . . i; 4.
- Celuifur le pied de ruftine a . . .. .. ... . . I . 3,
- Les quatre petits pans ont................ . 8
- t, Ie faut faire un chaffis comme ci-deflus, & opérer avec des cordeaux de? l'a- même façon. On fond a la forge de Verrieres près Poitiers depuis tiè$^ bngyténiS: à profit dans un fourneau de cette éfpece».
- ‘•il-.. •: #
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- Difpojltion de ? ouvrage de ce fourneau.
- Il faut obfervcr dans cet ouvrage , les proportions détaillées ci-defius, k l’exception de la thuyere qui doit êcre placée au moins à 20 pouces du fond,- ainfi placée, ou n’a pas à craindre les embarras qui Parviennent lorf. qu’on fond des mines grades. Il faut élevez fa tympe d’un demi-pouce , & bailler de lîx pouces la partie des étalages fur la thuyere, fans quoi elle fe trouverait trop dégarnie de mine , ce qui la ferait échauffer de façon •que les ouvriers auraient de la peine a préferver les buses des foufflets.
- Article VL
- • * ' 5
- Fourneaux dans le Périgord, fuivant les mémoires d'artillerie de M. de Saint - Remj.
- Considérant les foins qu’on s’eft donnés pour perfectionner les mémoires de M. de Saint-Remy, il y avait lieu de croire qu’on ne manquerait pas de trouver dans l’édition de 174s, l’intérieur des fourneaux deftinésà •couler des canons de fonte de fer, fur-tout n’ayant riep négligé pour les fourneaux à fondre ceux de cuivre s mais par la fuite d’une diftra&ion in-•compréhenfible, cette partie femble toujours avoir été négligée, ou, pour mieux dire, ignorée, comme nous pourrions même le prouver par les mémoires qui femblent les plus détaillés, dont il ne ferait pas poffible d’excepter ceux même de M. DE Reaumur , excufable cependant en ce qu’il n’a pu voir que par les yeux d’autrui, ni même ceux qui ont été fournis par des artiftes. Pour revenir à notre objet, voici ce qu’on lit dans les mémoires de M. de Saint-Remy , tome II, page 268 :
- “ Il faut que le fourneau ait 24 pieds de haut, plus ou moins, & que ,, fes côtés foient égaux avec deux voûtes , l’une d’un côté pour mettre les „ foufflets, & l’autre pour tirer le fer, & travailler au fourneau, duquel „ côté on bâtit l’ouvrage dans le milieu du fourneau, de 18 à 20 pouces „ de large, & 36 à 40 pouces de long.
- ,, Axj-dessüs du fourneau, il y a une augmentation de maçonnerie de „ quatre pieds ou environ de hauteur, & 25 à 3c pouces de diamètre en-„ dedans , qu’on appelle \eguide-hors, à la cime duquel on jette les provi-,, fions, & depuis l’ouvrage jufqu’au guide-hors le dedans en diminuant. ,, Pour bien affurer la maçonnerie du fourneau qui eft fujet à crever par la „ force du fer, on lie les pièces avec des bois qui ferrent à clef.
- „ On commence à remplir le fourneau de charbon. On y met feulement „ deux bafches de mine & deux bafches de caftine fur le charbon i la bafche
- * eft
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- DES FOURNEAUX.
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- », eft faite comme une écope qui fert à jetter l’eau de dedans mr bateau „ &une chaloupe} & lorfque le charbon a baillé de f à 6 pieds, l’on re-„ commence à mettre fix rappes de charbon, qui l'ont des grands paniers, „ une bafche de caftine, delà mine par-delfus , toujours en augmentant le „ nombre des bafches, autant que les ouvriers connailTent que le feu du „ fourneau en peut fupporter. Pour bien fondre, on fait, pendant l’inter-„ valle qu’on demeure à tirer la pâlie , 5 à 6 grilles fur l’ouvrage du four-,3 neau , pour bien échauffer le fond fur lequel le fer fondu doit s’aftembler. „ Après cela on ouvre la pâlie qui fait aller les foufflets ,• & dès que les pro-3, vifions du fourneau ont baillé de mefure de f à 6 pieds, fui vaut la cou-5, tume , on recommence à mettre fix rappes de charbon , deux bafches de „ caftine & de la mine , autant que le feu en peut fupporter, ce qui fe con-» tinue ainfi. Si l’on mettait trop de mine dans le fourneau , le ferfe cail-,, lerait à 11e pouvoir fervir à nul ouvrage, & au rifque de le faire fortir de-„ hors ; trop peu de mine brûle l’ouvrage , qu’on travaille à décralfer toutes „ les heures
- Article VIL
- Fourneaux en Champagne , Bourgogne, &c.
- L’intérieur des fourneaux de la plus grande partie de la Champagne & de la Bourgogne, eft un quarré long, différent néanmoins, fuivant les fondeurs, qui n’aiment pointa faire comme leurs voifins ,‘ & qui dans des mines femblables allèguent la qualité de la mine. Il y a des fourneaux de ï8 pieds de hauteur; il y en a de 26. Le gueulard varie de 22 à 28 pouces de deux côtés , fur 2f à 30 des deux autres. Les mêmes inégalités fe retrouvent dans le plus grand efpace au-deifus des éckelages de ^2 à ^8 pouces d’un côté, fur 60 à 72. Les échelages montent de fix jufqu’à 8 pieds. La thuyere eft éloignée du fond de 12 jufqu’à 20 pouces. La largeur du crcul’et eft ordinairement pareille à la hauteur de la thuyere. La thuyere fe place toujours au milieu du côté du gueulard qui lui répond à un tiers de dif-tance de la ruftine, deux tiers de la tympe. On la pofe plus ou moins horizontalement. On monte & bâtit les parois au moyen de quatre cordeaux qu’on éloigne de la perpendiculaire, fuivant l’ouverture du gueulard & l’ouverture du deiîus des échelages, ce qui forme la pente des parois. Les mines fondent-elles difficilement ? on éleve le fourneau, on rétrécit l’ouverture du delfus, on aggrandit la partie au-deifus des échelages, on met la thuyere plus proche du fond. Voilà les moyens prétendus pour augmenter la chaleur, mais très-efficaces pour brûler l’ouvrage , comme il n’arr ve que trop fouvent. Les mines fondent - elles aifément ‘t 011 élargit le gueulard, Tome IL Y
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- DES FOURNEAUX.
- on rétrécit le deflus des échelages, on éloigne la- thuyere du fond , & ou brûle beaucoup de charbon inutilement. Enfin, il n’y a aucune proportion décidée entre le bas , le deflus, le milieu, & la pofitionde la,thuyere. C’eft dans cette étendue que & joue la myftérieufo indufirie des fondeurs. Qyant à la matière qui fert à la conftruôtion: des.fournetiux, les uns font leurs pa-rois de briques ou de grès , avec l’ouvrage degrés ou de fable battu,} d’aur-tres font le total avec des pierres, à chaux , & nous en avons vu, de ces derniers qui ont fait quinze cent milliers pcfont de fonte d’un foui feu.
- Il ne faut pas douter qu’il y a des mines qui par elles-mêmes fondent plus, aifément les unes que les autres y mais étant poifible , comme nous, l’avons vu , de donner à toutes les efpeces de préparations préliminaires qui les amènent à-peu-près au même degré de difpofition: à la fufion , nous devons donc, en profitant de cette remarque furies difforens travaux, tâcher de parvenir à trouver un fourneau qui remplifle également pour toutes fortes de mines les conditions que nous avons propofées. Il eft certain qu’il y a grand nombre de nos maîtres de forges,, qui auraient déjà fait & feront des redifications plus utiles, même que celles que nous propoferons, lorfqu’ils auront fous les yeux toutes les différentes façons de travailler le fer en ufag.e , depuis la,Laponie jufqu’en Efpagne-j, ce qui| juftifiera d’une part la néceffité des détails dans lefquels nous fommes en-. trés,& d’autre, combien la tradu&ion de-Swedenborg.nous em&épar^ gné, en nous fourniifant beaucoup d’objets de comparaifon.
- S E: G ONDE PARTI E.
- ÇonjeBuresfur les premières connaifamés. dufer, taccroiffe*: ment de fon travaiL
- S i des recherches dé pareille nature parai (font , au premier coup^d’œil plutôt curieufes qulutiles , on verra cependant qu’en rapprochant les cir-confiances, elles tendent à éclaircir deux points de quelque conféquence-:: î’hifioire du fer natif, & la fouree des variétés que nous avons remarquées dans les diiFérens foyers deftiués à fondre la mine,.
- A. R T ï c L e I;
- Des premières conmijfcwces du fer* peu qu’on-foit verfé. dans la métallurgie, il eft ai$ de fentir que
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- SES FOURNEAUX,
- ïf?
- ïa découverte du fer, & l’art de le mettre en oeuvre , ont dCi fe préfenter très-difficilement & plus tard que celles des autres métaux. Anciennement on employait le cuivre à tous les ufages auxquels on a fait utilement fuccé-der le fer. Depuis peu , M* le comte de Caylus, de l’académie royale des inferiptions, a cherché & retrouvé la façon de tremper le cuivre. Nous avons vu entre fes mains une épée à la romaine, qu’il avait fait forger & tremper à fa maniéré.
- Plusieurs témoignages cependant nous autorifent à croire que quelques peuples ont polfédé , dès la première antiquité, le fecret de fe procurer du. fer. Il y avait une tradition chez les Egyptiens , qui portait que Vulcaitt leur avait appris à forger des armes de fer. Ces peuples ne voulaient devoir qu’à un dieu l’ufage de l’épée dont ils fe fervaient. On fait qu’une colonie venue de l’orient, vers le tems d’Abraham, s’empara de la Grèce* Les chefs de cette colonie furent ces princes û connus fous le nom de Titans» Saturne, Jupiter, &c. qui furent déifiés, moins peut - être parce qu’ils avaient été conquérans , qu’à caufe des connaiiTances dont ils avaient enrichi leur nouvelle habitation. On croit que ces Titans venaient d’Egypte. Cela ferait foupçonner que l’art du fer était connu dans cette contrée. Les Cretois, au rapport de Diodore , plaçaient également la découverte & le travail du fer dans les tems les plus reculés de leur hiftoire. Les Da&yles du mont Ida prétendaient avoir appris de la mere des dieux l’art de travailler ce métal. On croit les Da&yles originaires de Phrygie , province de l’Afie mineure, aujourd’hui laNatolie. On dit que ces peuples vinrent habiter Pille de Crete. On les choilit pour les prêtres de Cybele , & c’eft à eux qu’on attribue l’invention du fer. Les uns établirent leurs atteliers fur le mont Ida de Phrygie ; d’autres , fur le mont Ida, de l’isle de Crete.
- Prométhée, dans Eschile, fe vante d’avoir enfeigné aux hommes la fabrique de tous les métaux.
- Quelques auteurs attribuent la découverte & l’ufage du fer aux Cyclo-pes , qui, fui vaut Brochart, occupaient la partie occidentale de la Sicile.
- D’autres l’attribuent aux Chalybes, peuples très-anciens & très-renommés pour leur habileté à travailler ce métal. Les Chalybes habitaient une contrée d’Alie , fituée entre la Colchide & l’Arménie. Il y avait encore un peuple du même nom dans la partie orientale de la Paphlagonie, fur le rivage méridional du Pont-Euxin, & un troifieme dans le Pont, entre les Moyfinaciens & les Tibériens. Les auteurs ne font point d’accord fur ces peuples : les uns les confondent; d’autres prétendent être bien fondés à les diltinguer. Pline donne encore le nom de Chalybes à un ancien peuple d’Afrique, habitant de la Troglodyte ; & Justin, à un ancien peuple d’Efpagne , habitant des rives de la riviere de Chalybs, dont les
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- DES FOURNEAUX.-
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- eaux avaient îa réputation de donnerune trempe Ci excellente à l’acier, que les Latins le défignent du nom de cette riviere > qui aujourd’hui s’appelle Cake.
- §. . I.
- De ce qrfil y a de plus probable à tirer de fhifloire fabitleufe au
- fujet du fer.
- Ce que nous venons de rapporter, parait prouver que la découverte.du fer & l’art de le travailler remontent à des tems très-anciens dans l’Egypte, îa Paleftine & la Grece ; mais à travers les ténèbres dont ces premiers tems font enveloppés, nous pouvons remarquer:
- 1®. Que la connailfance du fer a une époque particulière que nous ignorons , & que celui qui le premier a eu la réputation d’en avoir fait part aux autres, a été mis au nombre des dieux,- que chaque nation a voulu avoir îa gloire de cette découverte. C’eft à quoi les poètes , & ceux qui ont fait î’hiftoire des nations dans des tems éloignés , ont aflez généralement donné lieu.
- 2°. Que Vulcain inftruit par quelque hafard , comme nous le dirons, du travail du fer, fefera retiré en Sicile avec des gens pour y travailler le fer.
- 3". Pour ce qui regarde l’œil qu’on a ôté aux Cyclopes , pour ne leur en lailfer qu’un au milieu du front, on peut croire que les premiers forgerons travaillant à feu ouvert, la crainte du feu leur avait fuggéré de fe couvrir les yeux& levifage,- ce qu’ils auront pu exécuter avec un morceau de peau , dans lequel ils auront fait un trou plus bas que les yeux, & alfez grand pour voir & refpirer. Si l’on voulait appuyer ce détail, on pourrait renvoyer aux planches d’AoaicoLA., qui repréfentent en Cyclopes les ouvriers de foti tems.
- 4°. Les Cyclopes maniaient le feu 8c les minéraux, qui font les emblèmes du ciel 8c de la terre, dont la poéfie les a fait enfans.
- 5°. Les Da&yles fe vantaient d’avoir été inftruits de l’art de travailler le fer, par la mere des dieux : on la difait fille du ciel & de la terre. N’eft-ce pas faire entendre qu’ils avaient été inftruits à faire du fer par le moyen du feu & d’une efpece de matière terreftre ( 70? Les uns refterent en Phrygiej les autres pafferent en l’ifle de Crete. Tous furent les prêtres de Cybele.
- 6°. Les Chalybes inftruits de cet art néceftaire , fe partagèrent, 8c vinrent habiter di.férentes contrées. Une partie vint s’établir jufqu’en Efpagne,
- (?5) Eft-il.permis, même aux antiquaires, de s’abandonner à de fi faibles conjedures ?
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- D ES FO U R N E A ü X.
- où ayant trempé dans une riviere différens ouvrages d’acier , on donna le nom d’acier à cette riviere, en y ajoutant le merveilleux, que fes eaux étaient les plus propres à l’endurcitfement de l’acier ; efpece de fuperftition qui dure encore à préfent, puisqu’il eft affez commun d’entendre dire : les eaux d'un tel pays J ont propres à la trempe.
- % IL
- Motifs qui peuvent déterminer à croire que la découverte du fer ef due aux volcans.
- Ne pouvons-nous pas dire qu’il y a eu beaucoup de volcans? On ne peut raifonnablement nier qu’un volcan enflammé ne calcine ou ne fonde , fuivant ce qui les accompagne , les minéraux qui fe trouvent expofés à un tel degré de feu. Un volcan a dû terriblement effrayer les premiers hommes ; mais enfin il s’appaife, faute de matières combuftibles. Nous en avons plu-fieurs d’entièrement éteints. On en compte jufqu’à foo. Les relies, les lavanges d’un volcan font, entr’autres chofes, de nous avoir donné différentes combinaifons, que nous appelions aujourd’hui mines du fer , dont les unes ont été calcinées, d’autres en partie fondues , d’autres réduites à un état très-approchant de celui du fer. Il pourrait paraître naturel d’attribuer aux volcans le fer natif. Voici les raifons qui femblent appuyer ces conjedures.
- La première eft, que ceux qui avaient part à cette découverte, s’étaient unis pour la mettre en ufage, & la tenir fecrete. Examinez l’origine de tous ceux auxquels on attribue cette connaiflance ; elle eft la même pour tous, les Dadyles , les Cyclopes , les Ghalybes ; ce qui doit déterminer à croire que l’heureux hafard qui a fait découvrir le fer , a été réfervé par les premiers auxquels il s’eft préfenté. Nous voyons l’art duferpafler en Crete, en Corfe , en Sicile, en Efpagne. C’eft une confufion dans les auteurs ; mais ce qui eft univoque , c’eft que ce font des Dadyles , des Cha-lybes & des Cyclopes qui l’y ont porté.
- 5 La fécondé remarque eft , que ces premiers ouvriers ont tous habité des montagnes, dont quelques-unes font connues pour avoir été travaillées par .le feu. Les volcans ayant fourni le premier fer, il était très-naturel que ceux qui en voulaient fabriquer, allaient toujours en chercher vers les montagnes dans lefquelles ils trouvaient les matières qui avaient donné lieu ,à leur première découverte.
- La troifieme eft, que les anciens Raccordent affez à rapporter la découverte des métaux à l’embralement des forêts plantées fyr des terres qui en
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- DES FOURNEAU Z
- ï T8
- renfermaient. La violence du feu ayant, fuivant leur récit, fait fondre le métal, on le voit couler & fe répandre fur la furface de la terre. C’eft de cette maniéré que, félon l’ancienne tradition delaGrece, le fer avait été découvert fur le mont Ida. Les lettres édifiantes difent que le condu&eur d’une nouvelle peuplade établie depuis peu dans le Paraguai, ayant apperqtf une pierre extraordinairement dure & femée de plusieurs taches noires , 1^ prit & la jetta dans un feu très-ardent, & qu’il en vit couler , quelque tems après, un fer auiïi bon que celui qu’on trouve en Europe. Les volcans ont donc pu régulifer aifément les mines de fer ; il y en a qui font de très-facile fufion. M. Duhamel nous a appris qu’il avait une mine de fer qu’on régu-liferait au Foyer ordinaire d’une cheminée; & nous avons tiré des boutons de fer de plusieurs mines fondues dans un creufet, à la forge d’un maréchal, fans le contadl immédiat du charbon de bois; nous difons des boutons de fer, & non pas de fonte, parce que ces boutons avaient toute la qualité d’un fer fait, qu’ils s’applatiflaient à froid fous le marteau, & que la lime mordait leur fuperficie. Mais ce n’eft pas ici le lieu d’entrer en de plus grands détails fur cet objet.
- Article II.
- *
- Progrès du travail du fer.
- La connaiffance du fer acquife fuivant la conjecture que nous venons de propofer, il n’aurait pas été polîible de s’en procurer ni .une grande quantité , ni des pièces d’une certaine étendue, fi l’orf n’avait pas trouvé la maniéré de joindre un morceau à un autre. L’art de fondre & de fouder le fer a dû venir d’uné réflexion alfez naturelle , ou au moins fe montrer par un événement qui n’eft que trop commun, puifqu’il n’eft queftion que de laiifer les morceaux de fer expofés à un certain degré de chaleur, au moyen duquel ils fe calcineront, fi le feu eit très - violent, ou bien un morceau approché d’un autre s’y attachera , fuivant les Girconftances : c’eft ce qu’on appelle Jouder pour le fer. Ces effets connus, il eft naturel que,pour obtenir des mafles confidérables, on ait d’abord fait brûler une grande quantité de bois pour fe procurer une quantité de matières embrafees, fur laquelle on aura placé plufieurs morceaux de fer qui par la fufion fe feront réunis au fond du foyer. C’eft la méthode qu’on pratique encore dans les fourneaux de Gyq-ningue , comme nous l’avons vu; mais ayant dû remarquer que le bois enflammé, lailfé à l’air libre , fe difiipait en grande partie, il a donc été naturel de faire un trou en terre, pour y raffembler le brader avec moins de difiîpa-tion; ç’a été là le premier fourneau. Ayant remarqué d’un autre côté , que
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- l’opération n’avait pas de fuccès ,. lorfque fe fol de cette efpece de foyer enterré était humide , on a cherché à parer à cet inconvénient, en l’environnant de matières léchés & folides. Mais ayant acquis l’expérience que le brafier ainfi. enfermé n’avait plus d’aCtion, & s’éteignait en quelque façon , cet événement a donné lieu à deux découvertes intéreilantes:. la. maniéré de préparer le charbon, & celle?de l’animer par un courant d’air. C’eft ainfi probablement que font venues les fojjes à charbon ; dénomination qui s’efl: con-fervée julques dans nos ordonnances, & l’invention des foufflets qu’on a d’abord fait mouvoir à force de bras.
- Voila l’origine des premiers foyers à fondre le fer & fa mine , qui fe font de plus en plus multipliés, jufqu’à ce que, devenus très-abondans, par une fatalité qui leur ell commune avec d’autres matières de première nécefllté, ils font tombés dans une efpece d’eubli & de mépris dont nous ne nous apper-cevrions peut-être pas encore, fi d’autres befoins n’avaient commencé à faire une grande fenfation, dont on trouvera une des caufes dans les vices de nos foyers*.
- Il eft aifé de nous repréfenter comme on a varie ces premiers établiffe-mens * en cherchant à les perfectionner. Celui qui a remarqué que fon,foyer placé en, terre, était à l’humidité , l’a bâti aurdeflius du fol de la terre, & l’a entouré de matières fecbes en état de réfifter à la violence du feus mais celui qui a fenti que cette élévation nuifait à l’aifance de fon travail,. & donnait beaucoup depeine pour porter au-delfus le charbon & lamine, &pour tirer le fer qui s’était ramallé.au fond, l’a laiifé proche de la terre, mais en a voûté ledeirous,.eny laiifant une ouverture pour l’évaporation. Un autre, l’a environné de matières folides & bien jointes. Un autre enfin , pour parer, à tout par un feul expédient, l’a.entouré d’une chaudière de cuivre. Celui auquel cette reilource. ne s’eftpas préfentée, a cherché à établir fon attelier proche un endroit un peu élevé , de delius lequel on jettait commodément les matières dans fon fourneau , ayant eu foin de ménager une ouverture par le bas, pour tirer la matie.ee qui devait s’y ralfembler. Au lieu de la force des hommes, le tems a appris à fe fervir de l’eau pour faire mouvoir les foufflets.. Une plus grande nuiiUnc.e trouv ée, on a, dû faire les foufflets plus grandss d'autres ont imaginé les trompes ,.&c. On peutfe convaincre de ces faits par cfautres faits connus ,.& qu’il ell aifé de voir dans les différentes, méthodes de fondre la mine , employées en Dalécarlie , en Angermanie , à Groningm dans l’atiGienne & la nouvelle préparation du fer à’Ofmmd, dans le fourneau Efpagnol du pays de Foix, dans le. fourneau Allemand duquel ou tire la mafTe3, dans celui d’AtïRicOLA, &c;.
- jusQji’i ci nous croyons pouvoir foupçonner qu’on raifemblait au fondl dhrfoyer le fer en une. malle qu’on divrfait enfuite pour être employée à dit
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- férens ufagês ; mais il n’eft pas difficile d’imaginer comment on eft venu au point de coïiief le fer. Une fimple fente dans les parois d’un fourneau aura laiifé échapper la matière fondue qui fe fera moulée fuivant le terrein qu’elle aura rencontré. Il n’aura donc plus été queftion , pour fe procurer des fontes figurées , que d’un moule figuré, comme pour fe procurer de grandes mafses , il n’aura fallu que faire l’intérieur plus grand. Mais il y a lieu de croire que c’eft une autre raifon qui aura déterminé à élever les fourneaux.
- La maniéré ancienne de fe procurer du fer, peut-être avec du fer déjà préparé par les volcans , au moins avec des morceaux qui avaient une certaine confiftance , n’aura pas permis de fondre de même de menues mines, par la raifon qu’elles auraient trop aifémentpalfé à travers les charbons , avant que d’être allez travaillées & purgées par le feu , pour fe réduire en une maife au fond du foyer. Comme l’emploi de cette efpece de mine n’aura été tenté probablement que bien long-tems après celles que nous foupqonnons avoir fourni les premiers fers, ce que nous dit Swedenborg des mines de marais qu’on croit avoir donné les premiers fers en Suède, montre que la connaiifance du fer n’eft pas des plus anciennes dans cette contrée. Lorfqu’on aura voulu fe fervir de ces mines, il aura été naturel de penfer que , pour obviera l’inconvénient dont nous parlons, il n’y avait qu’à les faire patTer à travers une grande épaiifeur de charbon , afin qu’elles fuifent convenablement préparées avant de fe précipiter dans le foyer. Pourcela , le remede était d’élever les fourneaux , comme on l’a fait peut-être avec excès j ce qui par la fuite aura été exécuté fans diftineftion de mines par ceux qui n’avaient pas la connaif-fance des autres méthodes, ou qui les ont méprifées. La mine fondant dans un fourneau peu élevé, & fondant dans un fourneau de 25 pieds , celui qui dans une telle contrée a donné une telle' élévation , a cherché à faire valoir fon fuccès, fans peut-être en favoir les raifons. L’intérieur a changé fuivant les accidens & les hafards qui ont fait réullir. Mais au lieu de nous arrêter plus long-tems à une multitude de variations qu’il eft aifé de remarquer dans les différentes méthodes que nous avons parcourues, il eft plus elfentiel de chercher à découvrir fi, en retranchant ce qui paraît oppofé à la bonté d’un fourneau, & en y ajoutant ce qui pourrait contribuer à le rendre meilleur , nous ne pourrions pas parvenir à en former un en état de fondre toutes les efpeces de mines avec plus d’économie que ceux que nous avons examinés,
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- TROISIEME PARTIE.
- Moyens qui tendent à remplir les conditions ejfentielles a U bonté d'un fourneau.
- QLuatre conditions font elfentielles à la bonté d’un fourneau: fàvoir, la durée de la machine , l’égalité du produit, la facilité du gouvernement, là moindre dépenfe.
- Nous avons déjà averti qü’il n’était ici queftion que des fourneaux établis dans la vue feule d’en obtenir du ferr On peut les diftinguer en fourneaux bas & fourneaux élevés. Nous prendrons, en palfant, pour objet de com-paraifon de ces deux efpeces, le fourneau de la Navarre Efpagnole, & ceux dont nous avons rapporté la conlommation & le produtt dans la troilieme partie de la fécondé fe&ion.
- Je crois qu’il eft inutile d’entrer dans aucun détail fur la durée de U machine, l’égalité du produit, la facilité du gouvernement & la confomma-tion pour le fait de conftrucïioii. Le fourneau Efpagnol l’emporte fans contredit à ces égards. Il nous refte à examiner la dépenfe en charbon.
- On nous allure que dans le fourneau Efpagnol, de 67Ç livres de mines, 011 retire un tiers de fer mis en barres, &. qu’on a coiifumé autant pefant de charbon que de mine. Nous fuppofons que dans cette évaluation , on a compris celui qui a été employé pour le grillage de la mine. Dans ce cas, pour obtenir une livre de fer forgé, on n’aura donc employé que trois livres de charbon.
- Le fourneau à'Excideuil confumeune livre 13 onces de charbon par livre de fonte 5 mais pour une livre de fer, employant une livre & demie de fonte, c’eft donc pour la partie du fourneau quarante-trois onces & demie de char* bon. Suppofant environ autant pour la converfion de la fonte en fer-, c’eft donc cinq livres fépt onces de charbon pour une livre de fer.
- Fourneau de Rujfect pendant la régie, plus de fix livres.
- Après la régie , cinq livres.
- Fourneaux dans une partie de la Champagne, & dans la Bourgogne: Travail ordinaire, fept livres & demie.
- Travail redifié, cinq livres.
- Trav ail encore re&iêé, quatre livres deux onces. Le travail des forges donnera ce détail avec plus de précifioh.
- Nous aurions bien fouhaité pouvoir comparer la dépenfe du fourneau Efpagnol avec celle du fourneau Allemand, dans lequel on ne donne point
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- écoulement à la fonte, afin fie voir fi l’élévation fie ce dernier était une chofe utile > mais l’obfervateur Français ne nous en dit pas affez fut cette partie» Suivant ce point dé vue , il peut donc demeurer pour certain que le fourneau Efpagnol, & conféquemment ceux du pays de Foix , rempliflent plus parfaitement-leur objet, qu’aucun des autres fourneaux.
- Il eft naturel d’objetfter qu’il faudrait, pour les mettre en ufage, avoir des mines femblables. Comme c’eft un des points que nous chercherons à éclaircir dans l’hiftoire particulière fies manufactures, nous répondrons alors & cette objection, pouvant nqannmonis affurer d’avance que nous en avons plus qu’on ne croit, fufceptibles de ce travail ; il ne s’agit pour cela, que de voir, comparer &>difpofer. Maintenant, nous renfermant dans les fourneaux élevés, notre attention doit être de chercher & propofer les moyens d’en former un qui approche le plus qu’il fera polfible des quatre conditions néceiTaires. Pour cela, nous fommes obligés d’examiner les différentes parties fiir lefquelles nos obfervarions doivent s’étendre.
- Article I,
- Emplacement d'un fourneatu
- - L’emplacement qui remplira mieux le but qu’on fe propofe , fera celui qui , aveede moins de dépenie pofiible, donnera un fond peu difpendieux pour une bonne fondation; la facilité de fe débarralfer de toute humidité; le moins d’embarras & d’attirail pour faire mouvoir les foufflets ; la commodité de monter.au-deifus dumaftif; l’aifance des halles à charbon & places à mine à couvert & à portée. ,
- On peut, ace qu’il nous fembîe , remplir aifément tous ces objets, en donnant le moyen d’éloigner les foufflets & leurs équipages du corps du fourneau. Dès-lors, à quelques toifes de l’eau, on fera maître de choifir un endroit élevé , connu pour donner une fondation folide & aifée, le delféehe-ment du terrein, un emplacement commode pour les halles : ce qui en même tems fupprîmera les rouets, les lanternes & ces difpendieufes méthodes de forcer l’eau pour faire mouvoir les roues d’ün certain côté, comme on peut le remarquer dans.le bas de la planche 3. D’ailleurs, le côté de la thuyere fe trouvant débarralfé des foufflets & de leurs équipages , on n’aura plus befoin que d’une ouverture convenable au travail du fondeur , & conféquemment on ne fera pius obligé de tant affaiblir le bas de la maçonnerie du corps du fourneau en cette part.
- Ce moyen eft d’avoir un tuyau placé,comme il conviendra le mieux d’ailleurs, même fous terre, qui des buzes des foufflets, conduife le vent ju£
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- qu’au fourneau,* & par des tuyaux convenablement courbés, le diriger ainft 'qu’on le jugera à propos (76). Des arbres fendus, creufés, rapprochés, emboîtés les uns'dans les autres , gaudronnés, fi l’on veut, feraient d’une longue durée. On penfe que l’air eft un fluide trop fouple pour fe refulerà cet arrangement. Les porte-vents dans les trompes en font des garansj l’utilité de ce projet eft trop fenfible, & l’exécution trop facile, pour ne pas être excité à en tirer tout le fervice dont il eft fufceptible. Dans le cas que le fourneau fût fort éloigné de l’eau , un réfervoir qui recevrait une partie des eaux des halles, ferait plus que fuftifant pour le fervice ordinaire.
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- Article I I.
- Majjtf £un fourneau.
- On diftingue dans un fourneau la maçonnerie intérieure de celle qui forme ce que communément on appelle la tour ou le majfif Cette derniere (flanche 1, fig. 1^2) comprend T T S S. Il eft aifé de remarquer qu’iL fe trouve une plus grande épaifleur à compter du vuide intérieur en G D, que"en I S ou 1 P. Cet excès de maçonnerie, & conféquemmentdedépcnfe, n’eft cccaliomié que parce qu’on veut laifler un grand efpace fur la plateforme. Or cet efpace devenant inutile dans le fyftême de placer la tour à un certain éloignement des foufflets , comme nous venons de le propofer, & comme il eft aifé de s’en former une idée par la vue du fourneau du Dauphiné ( planche 5 ), appuyé contre un monticule , nous pouvons retrancher de cette maçonnerie , en conftruifant à-peu-près comme on le voit à ce même fourneau. Il fuffit qu’il y ait allez de place pour qu’un homme puilfe paiTer autour de la petite malle, le côté de la montagne étant libre pour faire les charges 9
- (76) Ce moyen de perfectionner les fourneaux , eft fujet à bien des diffisul-tés. Le vent, après avoir parcouru tant de tuyaux différemment contournés , doit fe trouver bien affaibli. Il eft vrai que l'extrême dilatation de l’air dans le fourneau , augmente la force de celui qui fort des foufflets. Sans cette caufe étrangère à la machine, le vent n’aurait que plus de force, en fortant des foufflets. C’eft en vain que l’auteur s’appuie ici de l’expérience des .trompes.,. Elles font d’une nature bien différente. Le vent y eft produit par la répa-
- ration de l’air d’avec les particules de l’eau; mais les tuyaux qui le conduifent dans les fourneaux , ne font pas longs. D’ailleurs , combien de réparations n’exigeraient pas ces longstuyaux? Que de peine ne faudrait-il pas prendre , s’il fallait creufer pour la moindre chofe qui fe dérangerait dans la machine ? Si ces canaux étaient de bois, comme l’auteur le veut, les incon-véniens feraient augmentés du double. Les variations du froid & du chaud, jointes à l’humidité , „Us gâteraient bientôt.
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- & ranger les paniers de charbon & de mine. L’épailTeur du maffif dans cette partie , peut d’ailleurs être d’autant diminuée que le fer y a moins d’adion j de façon que , fi en l P ( planche I, fig. 2 ) il y a huit pieds , il fufïira qu’il y en ait 6 en C D, au lieu qu’il y en*a dix. Il eft aifé de placer les chargeurs dans un autre endroit, d’autant que la plate-forme eft communément dan-gereufe par les exhalaifons & fumées qui en fortent. Il en arrive journellement des aecidens : les mendians, les pauvres fe retirent aux fourneaux pour fe mettre à l’abri j au mois de mai 1761, deux pauvres femmes s’étant couchées, pour fe repofer, au fourneau de Compaffeur en Bourgogne, il y en eut une de fulfoquée, & qu’il fut impofiible de fauver.
- Le maffif dont nous parlons , quoique d’une grande épaideur , & quoique garni, dans les parties qui le demandent, d’une grande quantité de marqflres, ou pièces de fonte, eft fujet à fe fendre & fe cravalfer fouvent depuis le bas jufqu’en-haut; ce qui ne peut être attribué qu’à l’eau renfermée dans la maçonnerie, mife en expanfion, qui ne trouvant aucune fortie, force la maçon neriei à fe fendre- Le plus fur expédient eft de ménager aux vapeurs , des ilïues qui ne puiifent préjudicier au travail.
- À ce fujet nous croyons devoir expofer un moyen que nous avons con-feillé, & qui a été employé par un propriétaire qui fefait rebâtir fon fourneau.
- L’emplacement de ce fourneau eft tel que le côté Q (planche 1 ,fig, f par lequel on le charge, eft appuyé contre une roche auffi élevée que le maffif. Ses piliers font conftruits de quartiers taillés de pierre calcaire \ le refte eft de pierre mureufe auffi calcaire , mais plate, allez grande , épaiife de 2,3 34 pouces j le mortier de chaux & fable calcaire.
- A chaque deux pieds de diftance, tant en hauteur qu’en largeur, on a placé dans prefque tout ce qui eft conftruit en pierre mureufe, des tuyaux de fer battu de 6., 7, 8 , IQ lignes de diamètre. Ces tuyaux font alfez négligemment roulés & rapprochés ; ce qui eft un bien, en tant que la vapeur y pénétré plus aifément , & par plus d’ouvertures.
- Le feu mis au fourneau, les tuyaux fupérieurs ont commencé à îaiffer voir quelque écoulement, & fucceffivement en defcendant. En deux fondages, la partie P> qui eft fur les champs expofée à l’air, & la partie qui eft fur les fouffiets, n’ont pas elîuyé le moindre dérangement j feulement dans le pilier entre le devant & les foufflets, quoique de gros quartiers taillés, il s’eft fait depuis le pied jufqu’au-delfus,une crevalfe allez légère, mais qui a fait fendre quelques pierres qui s’oppofaient à fa route * & dans le pilier de X en P, il s’eft fait en - dedans & dans le haut une crevalfe qui a pénétré dans la partie fupcrieure du devant, & s’eft terminée eu-haut, dans'les batailles, par une fente d’environ huit pouces»
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- Il faut remarquer que la fente du pilier entre le devant & les foufflets* n’ayant aucune communication avec le corps du fourneau, on croit devoir l’attribuer au fol du terrein, qui n’a pu réfifter à une fi grande charge , d’autant qu’il eft appuyé fur l’endroit où la roche finit.
- La crevaffe de l’autre pilier vient de la raréfaâàon, de l’effort de l’eau enfermée dans la maçonnerie. Les indices s’en tirent : i°. de ce que le bas du pilier n’a rien fouffert, pareequeles pierres ont des déjoints très-confi-dérables : 2*. de ce que dans le deffus delà maçonnerie, il n’y avait point de tuyaux : 3°, de ce que le feu de l’intérieur ayant travaillé, & la flamme qui fort par le devant, ayant auiïi extérieurement échauffé cette partie , il s’eft fait le combat dont parle Swedenborg, entre le chaud & l’humide dans un corps dur. L’eau enfermée & dilatée n’a eu d’autre route pour fortir, que celle qu’elle s’eft ouverte en en-haut. A quoi l’on peut ajouter que, lors de la conftrudion , les pierres ayant manqué, on en a employé dans cette partie, tout au fortir de la carrière, au lieu de les laiffer fécher pendant quelque tems.
- Nous ne nous étendrons pas davantage fur cet article, parce qu’il eft aifé de former de petits tuyaux qui circulent dans la maçonnerie. Il fuf-fira que les pierres qu’on y emploie ne puiffent fe décompofer à l’air, & foient arrangées avec du bon mortier, dans.la forme que nous propofons. La fortie des tuyaux doit être dirigée dans des endroits qui ne puiffent point incommoder les ouvriers, Le point effçntiel eft , de cribler le corps du fourneau. Une petite barre de fer , un bâton,, un bout de corde qu’oiî; retire quand les pierres font aflifes, & les mortiers un peu raffermis, & mille autres moyens qu’il eft aifé d’imaginer & de mettre en. œuvre , peuvent rendre ce fervice. -
- Article III,.
- Hauteur à'un fourneau*
- : À chaque pas nous trouvons des difficultés & des embarras que la vue des différens fourneaux que nous avons voulu parcourir ne fait qu’augmenter. Il y-u des fourneaux élevés feulement de 14 pieds , & la fufion de la mine s’y fait bien. Il y en a de 2f , dont on a cru avoir lieu de fe louer. Pour choi-fir un terme fixe à cette partie , nous fommes obligés de recourir à notre expérience particulière; reffource qu’on nous rendra juftice de n'employer que quand les moyens que nous cherchons à tirer des autres,, nous manquent totalement. Nous craignons le reproche qu’on peut légitimement feire à ceux qui , fans raifon , veulent généralifer leurs faits particuliers.
- Ayant vu d’abord travailler dans un fourneau de 2,1 pieds d’élévation»,
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- & ayant vu les memes ouvriers avec les mêmes dimenfions & les- mêmes mines» travailler dans un autre de pieds, il n’a pas été poffible de remarquer d’autre différence dans la confommation , le produit & la qualité, finon que le fourneau de 21 pieds donnait quelque chofe de plus, & plus uniformément ; ce qu’on a cru devoir attribuer aux yëux du maître, qui était fur les lieux , & le fuivait de près. Ce fourneau de2i pieds d’élévation, étant expofé à être incommodé dans les grandes crues d’eau , on ne fit aucune difficulté, pour les fondages fuivans, d’élever le fond de deux pieds & demi, fans élever le deifus. Par ce moyen, le fourneau fe trouva réduit à dix-huit pieds & demi.
- Ayant établi des machines pour nettayer les mines plus exactement qu’on ne l’avait fait jufqu’alors , ce même fourneau en travail , dans les mêmes dimenfions d’ailleurs que celui de 25 pieds , produific, avec épargne de charbons, beaucoup plus que ce dernier, plus régulièrement & avec moins de travail. Enfin l’intérieur de ce fourneau de 18 pieds & demi, changé à bien des égards, pour être amené aux dimenfions que nous donnerons*, continuant d’ailleurs à bien nettayer les mines, & à les additionner convenablement, la dépenfe du charbon a été encore confidérablement diminuée.
- A cette première comparaifon, nous pourrons en ajouter une autre que Swedenborg nous fournit dans la defcription des fourneaux de Stiriej car nous n’ofons en faire d’autres , dans la crainte qu’on ne nous objeéte la dilférence des mines ; difficulté néanmoins qui doit s’évanouir à mefure que nous avons préfenté les moyens de les rendre également difpolées à la fufion. Les petits fourneaux, dit-il, étaient conftruits fuivant les mêmes proportions que les grands; elles étaient fimplement moins grandes ; & on n’a pas remarqué jufqu’ici de différence pour ce qui' regarde la fufion. En effet, dans les petits fourneaux , on obtient en 24 heures 8 à 10 quintaux de fer pour 21 charges, qui ayant coûté un tiers defac de charbon chacune, font un total de fept facs ou 70Q pefant de charbon. Dans un grand fourneau on obtient en 24 heures neuf à onze quintaux pour trente-deux charges qui ayant coûté un quart de fa s de charbon chacune, font un total de 8 facs ou 800 pefant de charbon.
- Ajoutons néanmoins à ces confédérations, que nous avons plufieurs fourneaux qui n’ont que dix-huit pieds d’élévation , comme nous le montrerons dans la defcription particulière des manufactures de France. Si de-là on pouvait conclure qu’un fourneau de 18 pieds & demi d’élévation eft d’une hauteur convenable , voici les avantages qui en réfulteraient.
- i°. Pour le fait de conftru&ion, il eft très-clair que non-feulement il coûterait beaucoup moins, mais même qu’il fe conlerverait plus long-tems.
- 2q. Pour le fait du travail, il eft bien évident que moins un fourneau
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- fera élevé, lorfqu’on aura varié les dofes des charges, comme Fouvent on eft obligé de le faire à caufe de la variété des charbons, on fe refïentira bien plutôt de cet expédient, que lorfqu’il y a une grande quantité de charges mal conditionnées à defcendre dans l’ouvrage j circonftances qui pouf-, fentquelquefois le mal à l’excès, avant que l’ouvrier puiffe profiter du remede que la hauteur du fourneau rend trop tardif à fe prçfenter.
- Article IV,
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- De la plate-forme d'un fourneau*
- La plate-forme (planche r , figure I ) eft l’efpaçe FF au-deflus du mafïif du fourneau. On éleve fur les bords les batailles A, D , & au milieu la petite maire G G qui renferme le vuide dans lequel on jette l’aliment du fourneau. Les batailles n’ont été élevées à une certaine hauteur, que pour défendre le fourneau & la flamme, du vent & des injures de l’air. Dans la plu-* part des fourneaux, cette partie eft fort négligée. Aufli voit-on les mines que la flamme fouleve , ou celles qui attendent fur ,1a buze qu’il y ait lieu de defcendre , jettées dans tous les environs a qui fouvent en font couverts de quelque épailfeur.
- Le mieux eft d’élever fur les batailles , comme çn l’a exécuté utilement en plufieurs. endroits , une efpeçe de voûte qui vient en fe rétreciflanr vers le milieu du fourneau, fous laquelle on peut palfer commodément. C’eft une fécondé cheminée qui enveloppe la plate-forme & la petite matfe , laif-, Tant au milieu un vuide pour palfer la flamme. La planche 8 des fourneaux d’Allemagne trace allez bien l’idée de cette cheminée, qu’en France on appelle couronne y & qui eft fort peu élevée au-defllis de la petite maflç.
- Article V,
- Des matières propres à environner le vuide intérieur d'un fourneau*
- Il faut plus de choix pourries matières que l’on deftine à entourer le vuide intérieur d’un fourneau , que pour celles qu’on emploie à conftruirç le maifif. Ces murs intérieurs s’appellent les parois & Vouvrage. Comme ils font expofés à l’action immédiate du feu qu’ils doivent appliquer aux matières qu’on jette dans le vuide, il faut proportionner l’épaiflèur, la qualité & l’arrangement à la force & à- l’aétion de cette puiflanee. Maintenant il n’eft queftion que de l’épaiflèur & de la qualité.
- Qjjant à l’épailfeur des parois s on a remarqué 5 par la calcination de celles
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- qüi font Cdnftruites de pierre calcaire , qu’il y en a beaucoup que la chaleur ne travaille pas au-delà de deux pieds, fi ce n’eft dans l’ouvrage: au (fi cette partie eft beaucoup plus épaiife , comme on a dû le remarquer. Ainfil’épaif-feur de deux pieds & demi pour les parois parait très-fuffifante.
- Quant à la qualité de là matière, rien ne paraît plus naturel que d’employer celles qui font connues pour réfifter plus parfaitement au feu , ainfi que nos obfervateurs Français & étrangers n’ont cédé d’indiquer, d’autant qu’alors ou peut faire plufieurs fotidages dans les mêmes parois. A quoi nous devons ajouter'que les pierres s’cchauifant & rédéchiflant la chaleur en raifon de leur malfe & de leur dureté, il eft concluant que plus la matière qu’on emploiera fera en grand volume & dure, mieux elle remplira les vues qu’on fe propofe. Par exemple, les parois taillées dans un bloc de pierre réfraétaire & dure, allez confidérable pou? etre tout d’une piece, feraient fans contredit les meilleures. Conféquemment celles qui font bâties de grand volume, dont les côtés feront bien joints, feront celles qui approcheront le plus de cette conftruéHon. Malgré ces raifons que la fimple réflexion préfente, nous en voyons beaucoup de bâties avec des feuilles de pierres à chaux de quelques pouoès, afiemblées par une épaifleur confî-dérable de mortier multiplié en raifon du peu d’épaifleur de la pierre. Nous n’ignorons pas que , dans de pareilles parois, on n’a pas laifsé que de faire des fondages très-confidérables, parce que la pierre à chaux feule ne fond pas, & que tant quelle eft pénétrée de la chaleur, elle ne fe décompofe pas, ce qui prouve feulement qu’elle peut être de fervice, comme l’expérience en eft acquife ; mais ce que nous devons chercher, eft de favoir fi elle l’eft avec une moindre dépenfe.
- i°. Il eft certain que , dans des parois ainfi conftruites , il y a une quantité prodigteufe de déjoints, dont les mortiers fe dégradent très-aifément, & par conféquent abforbent la chaleur.
- 2°. A mefure que la pierre à chaux eft pénétrée de feu, elle devient fpongieufe, par conféquent peu en état de réfléchir la chaleur, comme on. peut le remarquer fur les fins d’un fondage long-tems continué. Elle participe en cela de la qualité des corps rares & caverneux ,qui nous rendent grandN fervice dans d’autres circonftances, par la propriété qu’ils ont de cqnferver long-tems le foible degré de chaleur qu’ils font en état d’acquérir.
- 3*. A chaque fondage, il faut renouveller en entier ces parois. Quand nous paierions fous fiience l’embarras & les foins de cette conftrudtion , nous ne pourrions nous difpenfer de mettre en compte le charbon qu’on brûle inutilement pour échauffer des parois remplies de nouveau mortier & d’eau ; dépenfe que, fans excès, on peut porter à 6o bannes de charbon par fondage, par la raifon que fi en dix jours on peut échauffer des parois
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- qui ont déjà Terri, Retenues à l’abri de toute humidité par le moyen de là couronne, il faudra trente jours pour échauffer des parois de pierre calcaire. Echauffer, dans ce fens , eft mettre plus de charbon , relativement au produit, qu’on n’en mettra par la fuite quand le fourreau fera échauffé.
- Un autre avantage des parois qui réfiftent au feu, eft que dans le cas oà on ferait obligé d’arrêter le fourneau, en tout tems il eft aifé de faire un ouvrage & recommencer promptement le travail ; ce qui, pendant les gelées, devient impoffible avec des pierres à chaux, & toujours très-long, puifqu’ii faut rétablir en entier les parois.
- Pour cp qui regarde ce qu’on appelle Vouvrage, & que nous prendrons ici pour toute la partie inférieure depuis les parois, nous ne.pourrons nous difpenfer de confeiller d’employer les meilleures matières qu’il fera pofîîble 5 mais il faut fur-tout préférer les plus durables pour les parois , parce que, comme nous l’avons dit, un ouvrage peut être renouvelle en très-peu de tems.
- Nous nous propofons de répondre à ce qu’011 nous oppofera , qu’on eft dans la néceffité d’employer les matières qui font à portée.
- i°. Il eft raifonnable de demander que cette néceffité , ou la difficulté & la dépenfe des matières éloignées ,'foient bien calculées avec la perte qu’oc* cafionnent celles qu’011 a fous la main.
- 2°. EsT-iLbien démontré que le pays ou le voifinnge lie founvÜïe pas à une diftance & un prix raifonnables ce qu’on délirerait ? E11 cherchant, on a trouvé des argilles fupérieures à celles qui étaient de longue main en fï grande réputation , qu’011 les transportait au loin : 011 ne foupçonnait pas même en pouvoir trouver d’auffi bonnes. Mais pour trouver, il faut être inf-triât.’ Alors, loin de nous plaindre, nous aurons des fujets de nous louer de la nature, qui fait dédommager par des équivalens. Si les pierres de grès ou autres femblables vous manquent, vous trouverez de l’argille , & l’argille pour cet effet vous rendra aü moins un auffi bon fervice , fur-tout fi dans cinq parties vous avez foin de mêler quatre parties de fable , comme des per-fonnes inftruites l’ont pratiqué pour d’autres objets. S’il y avait à choifir dans les matières ordinaires, il y aurait des raifons pour préférer l’argille , parce qu’elle eft très-durablè, qu’on la façonne comme 011 le juge à propos* on la moule; 011 peut l’employer à demi féchée , en la battant fortement & fouvem ; ou bien on peut la faire durcir qu feu , & il eft à croire que c’eft le mieux pour les parois. La brique étant façonnée & cuite,fuivant des modèles qu’il eft aifé de faire, en très-peu de tems des parois peuvent être montées & travaillées. Pour l’ouvrage , lefefant d’argille , il ferait à propos qu’après être dreffée au modèle, elle ne fut féchée qu’au point de pouvoir fefou-tenir & prendre encore de la liaifon, lorfqu’on la battra tout autour avec un moule de boispour former l’ouvrage, comme nous le dirons. Si - l’on était * Tome IL Y
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- preffé, au lieud’argille qui eiè très - longue à-féeher, on pourrait faire Tou-. vrage de fable gras qui fouffre promptement le feu ainfi qu’on le pratique* dans p'ufieurs fourneaux ; cette matière manquant, on peut , au pis-aller, le; faire de pierres calcaires qui ne laiifent pas dans cette partie de durer un cer^ tain tems * au, moins ont-elles l’avantage de pouvoir être renouvellées aifé-. nient & promptement.
- On pourrait donc diftinguer les matières qui* peuvent être* employées.* quoiqu’avec des qualités inégales, pour entourer, le vuide intérieur d?un fourneau * en trois efpeces : en matières qui réfiftent au feu, mais qui font en. gros volume, comme on le voit planche I y-jjg. I & 2 ; en matières analogues à ces premières* telles que la brique pour les parois, & l’argilie non. durcie au feu , ou. le fable, pour l’ouvrage ; enfin en pierres calcaires.
- Dans, ce qui précédé , on trouvera affez de détails fur l’emploi des matières, en gros volumes ; mais pour former un ouvrage de fable ou dlargille pétrie* & battue, comme on en trouvera un exemple dans, les fourneaux Allemands defquels on ne donne point écoulement au fer,, il faut faire des chaiîis de-planches façonnés & femblables au.vuide qui doit relier. A mefure qu’on pla-géra ces ehaffis les uns dur les autres * on aura foin de battre autour le fable* ou l’argilie. Les ehaffis ôtés* le fable feche très - promptement; mais pour ,l’argilie, il faut la rebattrq pendant plusieurs jours *en quelque façon * comme fi elle devait féqher fous les coups..
- Pour ce qui.regarde l’emploi des pierres calcaires *les parois feront bâties, fie deux murs.élevés. l’un contre l’autre. Celui de dedans s’appelle fatijje-pa mV. La raifon de cet arrangement eft,que les parois étant converties en chaux à chaque fond âge, on les détache facilement dés fauffes- parois, fans endommager ces derniers > & lorfque le feu a pénétré dans quelques - unes de leurs parties 7 on peut les réparer fans toucher au. maffif *dans lefquels ils ne s’en-lient point. Quant à l’ouv.rage,le fond & les côtés jufqu’à la hauteur de la» thnyerc, feront faits de gros quartiers taillés.. Dans tous les cas on fuppofe que le fond* eft bien defféché.
- Article V I.
- Dimenfîon du, vuide; intérieur..
- Sr nous avons trouvé beaucoup de variétés & de difficultés dans les différentes parties d’un fourneau , cellesvque-préfentent les formes qu’on a données à leur vuide intérieur, femblent fe multiplier & s’éloigner quelquefois, fi confi.lérablement les unes des autres * qu’on ne croirait pas qu’elles aient îemême objet à remplir* Nous ne pouvons pas alléguer la différence des
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- mines, puifque nous avons vu qu'avec de la mine de marais , on fe procurait du fer par le moyen de foyers très - différens entr’eux, dans un creufet de forge & dans un fourneau élevé. On nous a fait remarquer auffi que la mine qu’on emploie dans la Navarre Efpagnole, eft femblable à celle du Dauphiné. - Le vuide intérieur du fourneau {planche i, fg. 2) eft l’efpace qui s’étend de L en E, entre K I G. Ce vuide peut être diftingué en différentes parties: i’ouvrage de L en K, les échelages de K en Z, les parois de / en E.
- I<L Il faut obferver que (dans les parois G, E eft la partie qu’on appelle la charge ou l’efpace qu’011 remplit de charbon & de mine toutes les fois que ces matières font defcendues en G.
- f 2°. Que les parois s’éloignent de la perpendiculaire à mefure qu’ils approchent de I.
- 3°. Que ces échelages fe rapprochent de la perpendiculaire , à mefure qu’ils defcendent en K.
- 40. Que l’ouvrage qui ne refte plus que pour l’efpace qui eft au-deffous de K, peut aufii être diftingué en plufieurs parties. M eft la thuyere ou l’orifice par lequel le Vent des foufflets entre dans Le vuide intérieur. On peut appeller creufet l’efpace M L qui eft au-deffous de la thuyere; c’eft où fe raffemble le métal fondu. M eft l’autre partie de l’ouvrage au-deffus de la thuyere , finillànt en K I, où les échelages commencent.
- La hauteur totale fuppofée de dix-huit pieds & demi, voici l’efpace 8c Îsl forme que nous propofons de donner à chaque partie. Nous détaillerons enfuitc les motifs qui nous ont déterminés.
- Nous propofons donc : i°. de donner au creufet 13 pouces de largeur, à compter de la thuyere au contrevent, & 18 pouces & demi de longueur de la ruftine à là tympe ; les côtés de tympe & de ruftine arrondis par un rayon de cercle de fix pouces & demi. Le centre de ce dernier cercle peut être regardé comme le foyer inférieur.
- 2°. De placer le milieu de la thuyere fous la perpendiculaire qui tomberait du milieu du côté du gueulard qui lui répond; la thuyere à 13 pouces du fond, à fix & demi du quarré de la ruftine, & à douze pouces du quarré de la tympe.
- 39. De placer la thuyere horizontalement, de donner à fa bouche, contre le vuide intérieur, la même dimenfion qu’une des buzes.des foufflets; l’extérieur fort évafé pour l’aifance du travail, plate deffous, arrondie par-delfus.
- 40i De donner 13 pouces de hauteur à l’efpace au-deffus de la thuyere & des autres côtés du creufet. On* donne ordinairement un peu d’évafement au-deffus de cette partie ; ce que nous croyons devoir éviter, puifque c’eft affaiblir d’autant la garniture de la thuyere. . *
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- y®. De’donner 52 pouces de hauteur perpendiculaire aux éèhdagés»: l’endroit où ces échelages fe joignent aux parois,, formant un vuide du diamètre de 60• pouces de la ruftine à. la tympe-, & du- diamètre de 50 pouces de la thùyere au contrevent : les côtés de ruftine & de tympe arron-’dis par un rayon de 25, pouces. Swedenborg, appelle ce grand efpace le foyer Supérieur , & nous lui conferverons ce* nom.
- 6®. Toutes les parties dont nous venons de parler, occupant fix pieds ,& demi de hauteur, il relie douze pieds pour les parois à compter du. foyer Tupérieun à l’ouverture du delfus qu’on appelle gueulards Les parois doivent fuivre la même figure, mais avec des diamètres proportionnés aux Hgnes’droites qui feraient tirées du-. foyer fupérieur au gueulard , qui doivent avoir le même centre, quoiqu’avcc des diamètres inégaux. Gelui du. •gueulard eft de 24 pouces de la ruftine à la tympe , & de 20 pouces de la, thuyere au contrevent; les côtés de tympe & de ruftine arrondis par un-i rayon de 10 pouces,
- A R T I C L E VI I,
- Maniéré de donner ces dimenfons au vuide intérieur*
- Il fera toujours à propos de répéter qu’èn Suède l’intérieur des four*-neaux eft parfaitement rond & qu’en France nous en avons beaucoup de-quarrés, & que les. moins défedueux en cette part font à huit- côtés inégaux. Nous devons croire, comme le dit M. deReaumur, qu’ayant été totalement abandonnés aux ouvriers,, ils ont employé la,figure qu’ils ont cru la plus aifée*à former. La preuve même peut s’en tirer d’un mémoire répondu par M; le Guerchois en 1717; “ Il fe trouve-, dit-il,.. un maître de* „ forge dans, le comté de Bourgogne ,, qui a fait faire les parois de fes. „ fourneaux, les unes en cône tronqué,, les autres oétogones ou décagcL „ nés ; mais comme l’exécution eiv étoit difficile, il s’en eft tenu à ce que ,, les parois confervent une forme plus quarrée qu’ovale , &c. Sweden-BORG.cependanfc nous a : montré comment, ,auimoy,en d’une échelle graduée* ©n formait aifément 8c exactement la figure ronde. Comme nous croyons avoir- des motifs pour nous, éloigner un peu* de cette figure, nous allons montrer qu’il n’elb pas plus, difficile de former- celle que nous avons pré* fentée; Pour cela il faut être muni d’un anneamde fer de. la> dimenfion & figure du gueulard; Cét anneau doit être percé de trous principaux àd’eXr trê nité dés diamètres., & de plusieurs-autres trous dans les contours.- Oui pafiféra dans ces trous, des cordeaux qui defeendront de la profondeur de. 12- pieds, hauteur des. parois.. Dans cet endroit on fera-paffer des cordeaux èvus des trous c.orrefpondaus i. ces premiers.ménagés dans unlecQjud;
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- anneau qui aura l’étendue & la"figure du, foyer fupérieur/ Ces'anneaux arrêtés perpendiculairement & relativement à la place de .la thuyere & au.de-vant j il fera aifé de former les parois, puifqu’il ne s’agira plus, en mon-ftant la maçonnerie, que de fuivre les cordeaux^- - ,
- II eft néceftaire que ces anneaux, & fur-tout celui du foyer fupérieuç, foient de plufieurs pièces affemblées par des vis j fans quoi,!lorfque le tout fera fini, on ne pourrait plus retirer l’anneau. ' . 7 -
- Nous remarquerons qu’en commençant les parois qui portent fur la
- * maçonnerie inférieure qui doit être perpendiculairement montée , il faut
- laiiîer un petit vuide fur la- première affile des pierres ou des briques , afin que quand on joindra le detlus des échelages à la naiffitnce des parois , cm ait un peu de profondeur pour-engager les matériaux qui terminent ies échelages, -
- Pour former l’ouvrage le fond doit être d’abord pofé bien de niveau-, à 18 pieds & demi de diftance du gueulard. Le fond placé, on laide tomber
- • un plomb du milieu du côté du gueulard fur le contrevent, & un autre plomb du milieu du, côté oppofé fur la thuyere. Au moyen des deux points que ces plombs donnent, on trace fur le fond une ligne droite qui- doit fe trouver au milieu des deux foufflets, fi la pofition du gueulard a été régulièrement ordonnée. Cette première ligne fert à régler & former le refte de f’ouvrage , en traçant avec une équerre une perpendiculaire fur le point que de plomb du côté de la thuyere a. donné.,, prolongeant, enfuite cette perpendiculaire.
- * A treize pouces de cette nouvelle ligne/on traGe une parallèle. -Ces deux dernieres lignes doivent être terminées du côté de la ruftine par unejigne droite à 6 pouces &. demi de la première ligne f. &. du côté de la tympe.:, auffi par une ligne droite éloignée de tzpouces.de la première ligne j ou trace, fi l’on veut, avec le compas, ou avec un panneau de bois préparé.-, les demi-cercles qui doivent être à la ruftine & à la tympe., i Ces lignes tracées, il eû aifé d’arranger les pierres de côté, qu’on appelle eoftieres. Si deux pierres ne font pas aflez grandes,j étant taillées,-pour,former les eoftieres & la ruftine, on peut en ajouter une troifieme à la ruftine, même une quatrième & une cinquième pour- prolonger les eoftieres. • , i La pierre'de coftiere de la thuyere eft donct perpendiculaire au côté du gueulard qui lui répond. ; & l’autre coftierequi lui elj parallèle eft-à la dif-tance de. 13 pouces. Mais- comme le diamètre du gueulard dans ce feus eft 'de 20 pouces^ f cette-coftiere^oppofée. rentre donc, dans ft’intérieur, de fept pouces,, .. • , ' .,v . v
- La ruftine étant arrondie par un rayoïf dë cercle dé 6; pouces & demi, «font le centre eft dans une de&partiesrde.la, ligpe du. milieu, répondant, à.
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- ta thuyere; & îe demi-diamètre du gueulard qui répond à cette partie de la ruftine, étant de 12 pouces , la ruftine entre donc aufti dans l’intérieur de f pouces & demi.
- Pour le côté de la tympe, comme il eft éloigné de la ligne du milieu de 12 pouces, il eft perpendiculaire au côté du gueulard qui lui répond.
- On place la thuyere ou l’ouverture qui fWt d’entrée au vent fur fa cof-tiere, précifément au milieu de la ligne qui répond au petit diamètre du gueulard. Par cette pofition, elle eft à 6 pouces & demi du quarré de la ruftine, & 13 pouces de la coftiere oppofée. On ta dirige horizontalement.
- Pour placer la thuyere, on taille dans la coftiere un efpace convenable pour loger une plaque de fer peu épaitfe, figurée comme la bafe delà thuyere, ‘c’eft-à-dire, moins large du côté du feu que du côté des foufflets. L’objet de cette plaque eft d’effuyer le frottëment des buzes des foufflets & des outils. Lorfque dans cette partie on emploie de gros quartiers de pierre, on taille dans celui qui doit couvrir la coftiere de la thuyere, l’efpace convenable qui doit fervir de thuyere ; mais quand on emploie des matières de petit volume, 011 fe fert d’une feuille de fer taillée, & moitié arrondie comme nous l’avons dit. On encaftre bien cette demi-feuille dans la maçonnerie, l’argille ou le fable. Son ouverture du côté du foyer, peut être un demi-cercle de deux pouces & demi à trois pouces de rayon.
- La thuyere arrangée & garnie de matériaux de la hauteur de treize pouces, à compter du deffus de fa coftiere , on continue de monter à la même hauteur , le delfus de la coftiere parallèle & de la ruftine, laiflknt le côté de îa tympe ouvert pour fournir les matériaux néce/faires à l’ouvrier.
- Ces trois côtés montés dans les mêmes figure & dimenfion à treize pouces au-deflus des coftieres, ou vingt-fixà compter du fond, on préfente & on attache à cette hauteur un troifiem'e anneau de fer figuré comme cet efpace. Cet anneau , comme les autres , doit être percé de plulieurs trous, relativement aux trous de l’anneau qui eft refté au-delTous des parois. On palfe réciproquement dans leurs trous un nombre de eordeaux , au moyen defquels on forme très-aifément les échelages.
- Il eft aifé de fentir que les parois montant toutes à la même hauteur , les côtés delà thuyere & de la tympe, perpendiculaires aux côtés du gueulard qui leur répondent, approchent moins des diamètres du gueulard & du foyer fupérieur que les deux autres côtés qui entrent dans l’intérieur. Par conféquent les échelages de ces deux premiers côtés ont moins d’incli-naifon, c’eft-à-dire, s’éloignent moins delà perpendiculaire, que le côté du contrevent qui rentre de fept pouces, & le côté de ruftine qui rentre de cinq & demi.
- Quand il ne refte plus à arranger que le devant ou la tympe; comme
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- ce côté ne defeend pas fur le fond, mais qu’îl eft appuyé fur les coftieres 5. pour former cette partie , il faut être muni, î\ d’une piece quarrée de fer qui ait dix-fept pouces de longueur : comme le vuide d’une coftiere à l’autre qu’elle doit couvrir eft de treize pouces, chacune des extrémités de cette piece de fer portera de deux pouces fur chaque coftiere.
- 2°. D’une plaque de fonte de deux pouces plus longue que cette piece de fer, afin que, pofée fur cette piece, elle puilfe avoir des appuis dif-férens. Par ce moyen, on pourrait, dans un beloin, ôter cette piece de fer fans déranger la plaque de fonte.
- 3°. Avoir préparé une pierre taillée de ira 12 pouces de hauteur, fur une épaiffeur convenable j ce qui dépend de l’épaitlêur du mur de devant & de la profondeur du ereufet. Si, par exemple, il y a 4 pieds de la dame à laruftine, ayant dix-huit pouces & demi de la rufiine à la tympe, & laif-fant en-dehors 9 à 10 pouces de la dame à la tympe, il reftera environ 20 pouces, d’épaifteur pour la tympe. Sur quoi ayant à diminuer la piece ou tympe de fer que nous avons dit être de 4 pouces , il y aura environ 16 pouces pour répaiffeur que nous cherchons, non compris les arcs du demi-cercle intérieur.
- Extérieurement on place la tympe de fer fur le bout des coftieres. Sur cette tympe on pofe la plaque de fonte , en l’inclinant un peu fur le devant. Derrière cette tympe & cette plaque, on arrange la pierre taillée dont nous venons déparier. Le tout étant bien garni, fuivant l’efpece de matière, il eft aifé, an moyen des, anneaux & des. cordeaux, d’achever cette partie.
- Remarquez que la tympe dé pierre n’ayant pas 13, pouces de hauteur, & la partie fupérieure devant être élevée de 13 pouces fur les coftieres, il doit refter deifous un vuide plus grand que fous la tympe, ou piece de fer. Ce vuide eft néceifaire pour que le ringard puilfe travailler en en-haut, jufqu’à la hauteur convenable.
- On trouvera dans Swedenborg & dans la première partie de cette feç-tion, tout ce qui concerne la dame, le moule, réchauffement du fourneau, &c,.
- A R T I C L E YHI;
- Motifs des dimenfîons du vuide. intérieur*
- Tl nous refte à examiner quels font les motifs, qui ont déterminé à don*, ner à l’intérieur la figure oblongue & arrondie ; quelle eft la raifon de l’étendue du gueulard avec l’étendue du foyer fupérieur y d’où vient qu’on a placé ce foyer fupérieur au tiers de la hauteurà compter du fond j pour-
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- quoi unetellé,pc)fition dans la thuyere f par quelle raifon ces* différences remarquables dans l’iu’clinaifon des échelages i enfin qu’eft-ce qui peut donner lieu à la difpofition du creufet. ' . »
- Pour ne point'confôndre des objets fi intérelfans, nous allons répondre féparément à chaque partie.
- §. I- . ' b °
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- De la figure obiongue arrondie.
- En cherchant la figure la plus convenable aux parois du fourneau, nous ne devons pas perdre de vue qu’il faut qu’elle remplifte trois objets , qui font r i°. qu’elle donne le plus grand efpace avec le moindre contours 2*.qu’elle foit capable de réfléchir la chaleur avec le plus d’eflét & le plus uniformément ; 3°. qu’elle convienne au total.
- Si la figure quarrée remplit le premier objet, elle eft totalement oppofée au fond , ce qui n’a pas befoin de preuve. A in fi il y a lieu de s’étonner Comment dans plufieurs provinces delà France, on a emplové cette figure, ainfi que celles qui font d’autant vicieufes qu’elles en approchent le plus l & d’autant convenables qu’elles s’en éloignent davantage > mais celle qui s’en éloigne le plus , eft la ronde qui, environnant un très-grand efpace, réfléchit également de toutes parts. Nous l’aurions adoptée,fur ces confidé-fations , comme on l’a fait en Suede ; mais malheureufement elle ne s’accommode pas à la troifieme condition. La raifon en eft que, pour avoir le même efpace par une figure ronde , que celui que nous avons par notrb figure alongée, efpaceJqui ne peut être diminué , il faudrait que le diamètre du gueulard & du foyer fupérieur fulfent alongés deUa thuyere au contre--vent j mais ces diamètres 11e peuvent pas être plus grands, le creufet ref-tant comme nous l’avons tracé, que les échelages du contrevent ne s’ap-<-platiflent davantage : & alors les matières s’arrêteraient delîus j inconvénient qu’il faut éviter. '
- Si pour obvier * on alonge le diamètre du creufet de la thuyere^u con-‘ trevent, le vent ne pourra plus agir dans un fi grand efpace. II. ne paraît donc relier d’autre moyen que d’avancerda thuyere dans l’intérieur , comme on le fait en Suede ; mais le vice qu’on cherche à éviter d’un côté , re-palfe à l’autre , puifque, par cet arrangement j l’inclinaifon des échelages au-deflus de la thuyere s’éloigne trop de la perpendiculaire, les matières s’y amaHent, comme circonvient Swedenborg, & ne roulent dans le-foyer que lorfque l’amas eft très-confidérable , ce qui occafiônne cette maladie pé-; tiodique qu’il a comparée aux retours réglés de lafievre*.
- - Une autre relfource a paru fe montrer ,• & quelques - uns l’ont employée.
- ’ en
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- en élevant les échelages ; mais ayant des raifons pour croire qu’il convient que le foyer fupérieur foit au tiers de ia hauteur , quand ce ne ferait d’ailleurs que pour què la defcente des matières ne fût pas précipitée, comme on le voit dans ces fourneaux, nous croyons devoir rejetter cet expédient, & nous en tenir à la figure que nous avons préfentée, qui parait mieux remplir les trois conditions.
- §. IL
- De la relation de rétendue du gueulard avec celle du foyer fupérieur.
- Nous avons befoin d’un très-grand degre de chaleur également foutenu avec le moins de dépenfe poffible. Plus le courant d’air qui animera ces matières combuftibles fera vif & rapide, plus la chaleur augmentera , en fup-pofant toutes circonftances difpofées à y concourir j mais dans ce cas la difpofition & confommation des matières combuftibles fera très-grande. D’un autre côté, plus le courant d’air fera divifé , retardé, retenu, moins la chaleur & la diffipation feront grandes. C’eft dans le milieu de cet excès qu’il faut chercher la raifon du courant d’air , & la combiner avec la qualité, la quantité & l’arrangement de tant de matières de telles efpeces & tellement difpofées dans un tel efpace. Quiconque fendra la multitude de ces difficultés , dont les circonftances & les rapports varient à chaque inftant, ne fera pas tenté d’effayer cette combinaison.
- Un regiftre, dit un homme intelligent, eft une ouverture pratiquée à l’ouverture fupérieure des fourneaux, pour fervir de paflage aux vapeurs fournies par l’aliment du feu, & au torrent de l’air qui l’anime. On n’a point encore de réglés certaines pour les proportions que les regiftres doivent avoir avec le refte du fourneau. Glauber demande un tiers de fon diamètre j Boerhaave n’en veut qu’un quart pour le même fourneau de fufion. Les regiftres doivent être au plus un tiers , au moins un quart. Mais, ajoute M. de Villiers , c’eft une affaire d’expérience; réflexion à laquelle nous nous conformons.
- Nous remarquerons feulementque le regiftre ou gueulard de notre fourneau n’eft qu’environ de la fixieme partie de l’efpace du foyer fupérieur j mais que cet efpace gagnant le deifus, en s’étrecilfant également fur une perpendiculaire de 12 pieds, il paraît convenable de chercher la relation du regiftre avec l’efpace qui fe trouve à fix pieds au-deffus du foyer fupérieur ; d’autant que fi le degré de chaleur & conféquemment de raréfadion de l’air pouffé dans le fourneau , eft plus confidérable dans le foyer fupérieur, ces qualités doivent diminuer à mefure des différens degrés de refroidiffemeilt qu’elles éprouvent en gagnant le deffus. En calculant l’étendue du gueulard fur cela, '
- Tome IL Z
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- DES F 0 U R N EA üX
- notre registre aura plus du quart * & un peu moins du tiers. Ce qui nous approche beaucoup des proportions indiquées par Glauber , homme expérimente, & par Boerhaye, grand maître dans l’art du feu. Nous n’avons employé ici ni calcul ni analyfe; l’extrême précifio-n étant impraticable.dans la conftru.ciion,, nous avons c.ru inutile d’ên donner la théorie..
- §, ni.
- De remplacement du foyer fupérieur*
- La pofition la plus avantageufe du foyer fupérieur, fuivant Swedîî^--50lia, eft d’être un peu pl us bas que le milieu du vuide intérieur. Or , dans une hauteur de dix-huit pieds & demi , en le plaçant à fix pieds & demi, à compter du fond, e’eft remplir le précepte , puifque e’eft le placer à moins: de moitié & plus du tiers; mais un motif très - déterminant vient de l’inclinaifon des échelages , réfultante de eet arrangement.
- L’inclinaison ducôté delathuyere ti’eftqu’environ de dix-huit degrés,*, e’eft à-peu-près la moindre: poffible » pour qu’un, corps foit déterminé à def-cendre fiirenienr. Il eft bon de remarquer que, fi les mines commencent à être di doutes au foyer fupérieur , elles ne fondent pas d’une façon bien liquide au-deffus de la thuyere , mais comme une matière poiffeufe. Si nous fuivons ce coips dans fa chute, nous verrons qu’il viendra palier à trois ou? quatre pouces de la thuyere, ainfi qu’on peut s’en affiirer en continuant la ligne de cette inclinaifbn. Ce corps pourra donc, par la force du vent, comme on le voit en regardant par l’ouverture delathuyere , être pouffé un peu plus loin; ce qui le jettera dans le foyer qui eft à fix pouces & demi de la bouche-delà thuyere, mais qui n’eft qu’à quatre ou cinq de l’alongement que nous, verrons qu’on a foin d’y entretenir.
- Pour ce qui regarde l’incjinaifon de la plus grande partie des échelages. du.: contrevent & du total de la ruftine ; fi vous en continuez la ligne , ou fi vous faites rouler un poids, comme fes parties font plus applaties,. le poids défi-cendra moins vite , mais tombera au centre du foyer.
- Pour la- partie de la tym-pe & l’excédent du contrevent, le poids qui eu defeendrait en fuivant l’inclinaifon de l’échelage du contrevent, ira aü centre-du cercle que nous y avons formé, & en fuivant l’inclinaifon de l’éche-. lage de la tynipe , ira à un tiers de ce centre, dans, lequel il eft aifé de le poul fer , comme nous le verrons..
- Si la matière fondue defeendait en même tems , & également des quatre' côtés , quand une chmge viendrait à fe préfenter , il y aurait certainement; 4le grands embarras >;par l’abondance des. mader.es. qui arriveraient, à. la fois
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- cPun plus grand efpace dans un plus petit; au lieu que, par l’arrangement pro-pofé, les matières qui fui vent les inclinaifbns de la ruftine & du contrevent, peuvent, par la difpofition de ces parties , attendre pendant que le côté de la thuyere Fournit abondamment. Et il eft fur-tout elfentiel que cette partie foit débarraflée par préférence, comme ces différens degrés d’inclinaifon le permettent.
- LEsraifons d’ailleurs qui ont déterminé à changer la ruftine & le contrevent plus que les autres côtés, font que ces premières parties ne font point affaiblies,comme la thuyere & le devant le font néceifairement par la retraite extérieure des murs, nécelfaire au travail.
- De ces différentes dimenfions & confidérations , ne peut-on pas conclure qu’il eft tout au moins inutile d’élever le côté de la thuyere plus que les autres, ainfi queM. Robert nous a dit qu’on le pratiquait depuis long-tems dans certaines provinces, d’autant que dans les fourneaux conftruits de pierre calcaire, on voit parfaitement les degrés du feu par les dégâts que cet agent y occafionne ? Nous remarquons que dans ces fourneaux les côtés de thuyere & de tympe font toujours les moins endommagés , pourvu qu’ils aient été conftruits régulièrement, quoique fuivant les anciennes méthodes.
- §. IV.
- De la thuyere,
- i\ Nous plaçons la thuyere horizontalement, par la raifon qu’avec de î’argille on la prolonge & fait entrer dans l’ouvrage. On hauffe, on baille cet alongemenc à volonté ; ce qui eft extrêmement nécelfaire dans le travail, & ce qui doit être la vraie fcience & l’objet des foins de celui qui la gouverne. Il y a des motifs de croire qu’il convient que le vent ne s’éloigne pas de la fuperficie du métal en bain, parce que par la direction du vent, on attaque plus efficacement les parties dans lefquelles on remarque de l’engour-dilfement; ce qu’on exécute parfaitement lorfque leereufeteft étroit & uti peu profond, & la thuyere horizontale, parce qu’on peut plus facilement rapprocher le vent des endroits qui le demandent, & le diriger fuivant la hauteur du métal en bain.
- 2°. La thuyere eft à lix pouces & demi de la ruftine. Cette dimenfîon du tiers du creufet, que nous retrouvons dans prefque tous les fourneaux , eft d’autant plus convenable, que l’angle de la thuyere à la ruftine eft l’endroit qui ferelfent le moins de l’aôtion du vent ; raifon pour laquelle nous avons effacé cet angle , en arrondilfant cette partie. La ruftine d ailleurs étant la plus éloignée du devant, eft la plus difficile à travailler; raifon pour la»
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- quelle on a du rapprocher de la- thuyere & du devant;.
- 3°. La thuyere eftàdouze pouces, de la tympe ; il aurait peut- être été'-àdefi-rer qu’il eût été poflible- die l’en approcher davantage : mais.pour cela il aurait fallu ou raccourcir le creufet, ou donner plus d’inciinailbn aux éche-. lages de cette-partie: ce qui aurait rendu, la.maconnerie trop épaiire, & con-. Jèquemment nuifible au travail du ringard ; inconvénient qu’il a fallu pré-, voir. Au refte, indépendamment de l’effet que-produira en cette partie le foyer du demi-cercle que nous y avons, établi,, elle eft très à, portée,. comme fous, la main.de l’ouvrier. Conféquemment elle peut-être travaillée; commodément, quand il eft néceffaire,- d’ailleurs il n’eftpeut-être pas indif-, fièrent que les fcories qui fur nagent, chaflees parle v,ent,& trouvant.des.obf-tacles par- tout, excepté de ce côté, dont l’étendue vient jufqu-’à la dame eiîuient un moindre degré de chaleur pour rallembler & laitier couler le fer qu’elles contiennent, & qu’il eft-aifé de mêler avec le refte par un coup de* ringard qui.donne une efpece de mouvement de fluctuation àtoute. iajmtieja; sn bain.
- § V..
- Du creufet».
- Comme il n’eft- pas. ici queftion dés fourneaux dans, lëfqueî's on- a-um objet à remplir, qui demande une-gramle-quantité de. matière fondue , les di>. mentions que nous avons données au creufet, étant très-proportionnées à fa< force du vent, à:- l’élévation- de: lk thuyere , font d’ailleurs füfififiantes pour fournir; à chaque coulée environ \ &capefant de fonte.
- Sirvéanmoins on avait des raifons pour demander un efpacequfi contînt plus ds fonte , alors i-1 faudraitaugmenter le creufet, le- foyer fupérieur & le-gueulard-proportionnellement aux mefur.es- que nous avons propofées , & éloigner un; peu plus la-thuyere- du fond. Il faudrait dans ce cas un plus fort courant d’air, & i-l eft à croire qu’on brûlerait plus.de charbon* pour un pro-. duit relativement moins grand-; mais enfin il y a des.circonftances-, comme nous le verrons.dans le détail des fontes moulées, fur-tout pour les canons^, qm doivent-l’emporter fur ces.confijérations^
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- Effets du. fourneau propofé, mis en travail».
- C’est fur les motifs & les confidérations que nous venons de détailler,, qu’on, a cru devoir faire exécuter, le. fourneau que nous propofons j.& pour
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- fe convaincre davantage qu’il était en état de fondre avec épargne différentes, efpeces de minesvoici ce qui a été exécuté :
- i°. Il eft k propos d’être prévenu que nos cantons ne fourniffent que des mines à grains fins, les unes combinées avec de l’argille , les autres avec de3 matières calcaires > d’autres font négligées , parce qu’elles donnent des fers, viciés parle foufre, fans que jufqu’ici on ait employé le remede de la calci*-nation avec un mélange d’abforbans.,
- 2°. Il faut encore être prévenu que les fourneaux dont nous avons parlé dans la troifieme feétion du fécond mémoire, fous le nom de travail ordinaire & de travail re&ijté,. font ceux dans lefquels nous avons travaillé , donfe L’un avait 2i pieds de hauteur qui ont été réduits à dix-huit & demi, & l’autre vingt- cinq pieds qui , en le rebâtiffant, ont été réduits à vingt - un } & le fourneau dont nous parlons ici, eft celui dont il était queftion dans le travail encore re&ifié». & qui a. donné le: produit le plus utile , comme nous L’avons dit.,
- . 3°. Nous avons re&ifié le travail dès premiers fourneaux feulement en nettayant mieux les mines' j alors nous n’avons rien changé à l’intérieur des. fourneaux , qui était quarré,.un peu longavec un'creufet & une pofition de thuyere très-différens, mais avec des inclinaifons. tant dans les parois que, dans les échelages ^extrêmement différentes dè ce que nous propofons.
- 4°. Présumant, que la forme* de l’intérieur du fourneau devait influe» pour beaucoup fur le travail,.nous avons fait exécuter celui'dont il eft queftion , & dont le travail eft entretenu avec des mines combinées partie avec de l’argille partie avec des matières calcaires ,,mais mêlées, & nettayées fî exaétemenc que nous femmes obligés de recourir aux.matieres calcaires que le erible a-Yejettées à caufe de leur volume qui eft plfis eonfidérable que celui1 du grain de la mine. Ces matières fervent de fondans au lieu de caftine , ce qui eft d’autant plus utile qu’elles font encore chargées de quelques grains, de mines. Un panier-dans lequel on les crible, fert à les clioifir de l’échantillon qu’on juge à,propos jJe plus petit eft toujours le meilleur,.
- $°. Les parois & ouvrages dès fourneaux précédens étaient, comme: ceux du fourneau aéluel , bâtis totalement de pierres calcaires : ce qui nous, donne un degré dlefpérance pour le mieux ,, lorfqu’ils feront conftruits avec des. matières plus convenables , comme nousJepropofons. Nous ajouterons encore , que n’ayant monté les parois de ce nouveau fourneau qu’avec.huit cordeaux, la figure n’à pas été auflî exade &. arrondie, que nous, comptons le faire.
- 6°: Une obfervation que nous ne croyons pas devoir palier fous filen ce g, eft de favoir fi<la,.manierez de donner l’aliment au fourneau, ne contribue-tait pas, au plus grand, produit.,, comme, il y, a des., raifons. de. le.préfumeiv.
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- Par exemple , {avoir s’il eft plus avantageux die mettre une.grande dofe de charbon , & deifus de la mine en quantité convenable, ce qui devrait diminuer le nombre des charges ; ou mettre moins de charbon avec une partie relative de mine, ce qui devrait multiplier le nombre des charges.
- Dans nos ‘fourneaux anciens de comparaifon , nous mettions par charge 360 pefant d.e charbon, & dans le nouveau nous ne mettons que deux cent quatre vingt. On a même ouï dire qu’il y avait des fourneaux qu’on chargeait d’une bien plus grande quantité de charbon, & jufqu’à-fix cent pefant; comme alors ihfallait un plus grand efpace à la charge, c’était peut-être une des raifbas. de la grande élévation des fourneaux.
- On ne peut fe refufer de croire qu’une grande quantité de matières com-buftibles miles enfembl.e dans un fourneau , doit donner un plus grand degré de chaleur que la même quantité de matière divifée ou mife à différentes fois; mais ici, quoique grand que foit le degré de chaleur, la mine 11e fond que quand le phlogiftique lui eft immédiatement appliqué par le contait du charbon, embrafé ; raifon pour laquelle, dans la tentative faite en Angleterre de fondre la mine avec des charbons foflîles , 011 fefait des boules de mine & de charbon pour les expofer au feu de reverbere. Autant vaudrait dire qu’on cherchait à appliquer immédiatement le phlogiftique à la raine. Aitilj la queftion doit fe réduire à favoir dans lequel cas , ou du charbon à grande dofe ou du charbon à moindre 'dofe, mis dans le fourneau & lamine deifus, le phlogiftique eft le mieux appliqué, & agit le plus efficacement.
- Quand dans un vaifteau qui n’eft pas fort large, il y a une grande quantité de charbon , par exemple , 360 pefant, & de la mine deifus , il eft cer-taiirqu’il y a beaucoup de charbons qui fe brûlent, fans avoir fatisfait à la condition nécelfaire , qui eft de toucher la mine ; il en réfulte même un inconvénient, qui eft que les charbons doivent fe confumer plus promptement dans des endroits que dans d’autres ,• mais les vuides peu uniformes des charbons brûlés promptement, & des charbons qui par leur application à la mioefe dépouillent plus lentement, doivent faire naître différens acci-dens, comme une trop grande ardeur d’une part, un manque de chaleur de l’autre, la chute précipitée des matières peu échauffées, &c. Il en doit réfulter fur-tout qu’une grande quantité de charbon ainfi difpo* fée, fera relativement plutôt diflipée qu’une plus petite.
- Tous ces.elfets fe font trouvés conformes à l’expérienGe : 36b pefant de charbons n’étaient pas plus de tems à être confumés dans l’ancien fourneau , que 280 dans le nouveau. Si-ce fait paraît étonnant au premier ooup-d’œil, il devient fort aifé à entendre * lorsqu’on fait attention que dans ce-dernier cas tous les charbons fo;it uniformément 'Occupée :à travailler toute
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- la mine ; & ce qui achevé de prouver que quand on a mis une grande quantité de charbons enfemble, il y en abeaucoup débridés inutilement, c’eft te plus, grand produit en fonte que donne relativement une moindre quantité de charbons» mais appliquée plus régulièrement. De-là on doit voir encore combien les.qualités particulières ou relatives des charbons doivent influer fur le travail d’un fourneau. Par exemple, lorfqu’ils font très-gros ou très-menus, très-fecs ou très - mouillés, &c , plus ou moins remplis de phlogif-tique,&c; vraies eaufes des variations continuelles que nous remarquons dans nos fourneaux, & que les différences même de l’athmofphere rendent fenfibles.
- Nous obferverons que,lorfquenotre nouveau fourneau fera plus exactement formé avec de meilleurs matériaux, la charge contiendra un feptieme moins de charbons qu’elle ne contient dans le travail a&uel. Nous ne croyons pas au relie qu’il loit poiîible de diminuer cette quantité , parce qu’alors les, mines pourraient paffer trop aifément à travers une épaiifeur trop peu cunfi-dérable, ce qui occafîonnerait de grands inconvéniens.
- Si nous ajoutons aux avantages que donne notre fourneau, qu’il ne demande qu’un travail très-ordinaire qu’un garde & deux chargeurs rerriplif-fent parfaitement & pendant très - long-tems , nous pouvons conclure que pour les mines telles que nous, les employons dans la province de Bourgogne,, la machine bâtie avec des matériaux convenables, fera celle qui approchera le plus de remplir les conditions nécefTaires:.
- Il ne refèera donc qu’à favoir Ci elle fera capable de les remplir également, pour toutes les efpeces de mines , fur quoi voici les motifs qui peu vent déterminer à le croire.
- Des mines combinées avec de t’argiîîe, fans mélange d’autres mines mifes dans ce fourneau , avec addition de caftiiie, ont d’abord occafionné plus de travail » & donné de la fonte peu-coulante. Ayant foupqonné que cesaccidens pourraient venir de la caftrne qui n’était pas en dofe convenable , d’ailleurs trop grolTe & mêlée peu exactement avec la mine» on l’a fait cribler &'mèler avecprécilîon dans la quantité, requife ; le produit, l’exaditude & l’aifance du travail fe font retrouvés : ce qui a été continué plufieurs jours.
- L’épreuve avec les mines combinées avec des matières calcaires,fans mélange d'autres mines , mais avec la dofe d’argille * a donné un moindre produit, parce qu’au fond ces mines font moins riches; mais elles font venues, fort également & prefque fans travail, ayant feulement diminué le vent » augmenté la quantité déminés : ce qui a été continué plufieurs jours.
- Les mines fulfureu-fes non calcinées n’ont pas donné de plus mauvais fer que dans le fourneau de vingt-cinq pieds, dans lequel on en avait fondu ci-ievaut.. La dofe. d’argille. & de.Gaôine ajoutée à ces mines ,;ell.ês'dr» fondis
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- affez egalement, le vent néanmoins augmenté: ce qui a été continué plu-fleurs jours. N’ayant pas d’autres mines à éprouver, on a rendu au four* neau fon aliment ordinaire.
- Par l’analogie, nous trouvons qu’il y a beaucoup de variétés dans une multitude de fourneaux qui emploient des mines femblables à celles dont nous venons de parler * donc on peut fupprimer ces variétés, puifque les fondais & les charbons employés font fenfiblement de même qualité.
- Par une autre analogie, nous trouvons que des fourneaux femblables à* peu-près à ceux dont nous nous fervions , fondent en Champagne des mines appellées de roche,• mais nous favons d’ailleurs que ces mines donnent exactement des fers femblables à ceux de Fraifetn en Franche - Comté , dont les mines font en grain : donc on peut remplacer les fourneaux qui les fondent, par le fourneau dont nous avons parlé. Nous n’étendrons pas davantage ces analogies , parce qu’elles feront plus fenfibles quand on aura fous les yeux l’hiftoire particulière des mines & des fourneaux de France.
- Dans tout ce que nous avons dit, nous fuppofons qu’on donnera aux mines les préparations nécelfaires, calcination , lavage, addition bien entendue.; Ce n’eft pas fans raifon que nous demandons que l’addition foit bien faite j ce point eft important. Pour des mines combinées avec de l’argille, nous pouvons donner pour exemple ce que nous dit Agricola. Le maître jette, dit-îl, des charbons dans le foyer deifus de lamine de fer pulvérifée, l’arrofe de chaux non éteinte, autant qu’une mefure connue en contient : que peut-on de plus exad que ce procédé ?
- Au lieu de chaux, on peutfe fervir de matières calcaires, mais toujours avec les conditions d’être en petits volumes, mêlées exadement, comme l’indique le ternie iVarrofer, dans la dofe convenable, c’eft-à-dire, avec une mefure connue.
- Si au contraire on n’avait que des mines combinées avec une matière calcaire , on pourrait les préparer en les arrofant d’une eau chargeé convenablement d’argille , remuant le tas, & laiffant fécher. Enfin nous devons toujours avoir préfent que les matières argilleufes & calcaires fe didolvent les unes les autres s que conféquemment l’addition de ces matières en dofe, arrangement & préparation convenables, fournit aux mines un bain dans lequel elles fe dilfolvent & fe précipitent. Il ne doit donc pas être queftion de chaud , de froid , de fufible, de réfradaire. Quant aux mines en gros volumes , dont la bafe eft très-dure , calcinez 5 pour les fulfureufes , les arfenicales, ajoutez de la chaux, ou pierre calcaire , & calcinez ; pour celles qui ont une trop grande quantité de matière calcaire, ou lorfque cette matière eft mal diftribuée, calcinez.
- Nous devons remarquer que des mines calcinées, on tient les unes féche-
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- ment, pn laide les autres à Pair* quelquefois afscz long-tems; on arrofeles autres d’eau. -
- Les raifons de ces différons procédés font que, quand une mine calcinée nJaque ladofe convenable de chaux, bien répandue & divifée dans toutes fes parties, il faut la tenir à couvert, de peur de préjudicier à cet arrangement qui eft précifément celui que nous demandons.
- Quand la bafe de la mine, malgré la calcination , a encore quelque chofe de réfradtaire, il effctout (impie & très-utile de la laiifer long-tems expofée à l’air, où la dilfolution aidée des menftrues que cet agent lui fournit, achevé de s’opérer : il eft alors probable que ces mines font infedées de cuivre.
- Quand la partie de chaux qui eft jointe à la mine calcinée, eft en trop grande quantité, la lotion bien ménagée peut être très-utile.
- Quand la dofe de chaux n’eft pas trop conlidérable , mais qu’elle eft inégalement diftribuée, on produit un mélange uniforme & plus intime, en environnant de planches le tas, & le faifanypénécrer par de petits ruifseau^ d’eau.. **
- Il nous refte une derniere obfervation, qui eft de favoir (Î le fourneau propofé n’aura pas un trop grand degré de chaleur pour les mines qui fondent très-aifément. La réponfe eft (impie , puifqu’il ne s’agit que de favoir employer les deux puifsances que nous avons à notre difpofition , & cela avec d’autantqjius d’avantage que dans cette circonftance il faudra moins de charbon, éc d’air , & plus de mine ; ce qui revient à ce que nous ayons dit, que _d^fis les conditions nécelfaires à l’art du feu, on pouvait réparer ces conditions les unes par les autres î ce qui fera toujours d’une grande utilité, pourvu que de ces remedes on ait retranché l’augmentation du charbon, comme nous le ferions dans le cas propofé i au lieu que, Ci on a un fourneau ..qui par fa çpnftruétion ne puifle pas acquérir le degré de chaleur dont on a befoin , il n’y aura d’autre reifource que le plus de charbon & d’air, pendant que notre moyen ferait l’emploi de plus de mine & de moins de charbon.
- Nous -n’avons pas cru devoir entrer dans les détails de ce qui regarde l’hif-toirq fte lafufion, les (ignés qu’on tire du feu, des feories, &e. On les trouvera abondamment répandus dans ce qui précédé. D’ailleurs, tous les bons artiftes ne les ignorent pas ,•& ce fout des çpnpailTances , comme le dit Swedenborg , qui s’acquierent mieux par l’expérience que par les préceptes.
- Ce qu’on nous pardonnera de répéter, eft que de tous les fourneaux que nous ayons examinés , il en refte deux qui parailfent mériter notre confidé-^ration : ,1’Efpagnol, & celui que nous avonsformé. La valeur du premier ne ;geut êtremife en évidence que .par la comparaifon des mines, fuivie de l’eifai ..dans.un fourneau femblable ; & le fécond peut être regardé maintenant <comme.;iJtil.fi,.julqu’à ce qu,e l’expérience induftrieufe d’artiftes inftruits Tome IL A a
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- nous en trace un qui approche davantage des conditions néceiTaires à la meilleure conftrudtion du fourneau que l’on peut defirer.
- QUATRIEME PARTIE.
- Des fin tes moulées.
- L orsquè nous avons cherché les moyens qui pouvaient amener les différentes efpeces de mines à-peu-près à une même difpofition à la fufton , nous 11’avons pas prétendu que les fontes qui en proviendraient, en auraient toutes des qualités égales. Il eft bien vrai qu’il y a de ces qualités qui dépendent du travail ; mais il y en a d’eifentielles à la chofe, dont on croit qu’il n’eft pas poflîble de les priver. Cette partie mérite d’être très-fpécia-îement travaillée » mais elle ale fi grandes difficultés que, pour la traiter convenablement, nous croyons devoir attendre que nous foyons mieux inftruits. Nous nous renfermerons donc maintenant à voir quelles font les fontes qui conviennent à notre objet préfent.
- En général, les fontes propres à être moulées font celles qui peuvent être bien fondues, & acquérir un grand degré de liquidité, qualité relative aux dofes convenables déminé, de charbon, & au travail, & celles qui en même tems font les plus tenaces à froid. D’où on pourrait conclure que certaines efpeces de mines, & conféquemment les fontes qui en proviennent, peuvent donner d’excellentes pièces moulées, pendant que, converties en fer, elles pourraient donner du fer d’une qualité très-médiocre. Swedenborg nous a plufieurs fois répété que des mines chargées de foufres donnaient des fers caffians à chaud & très-tenaces à froid.
- Lès matières qui coulent de nos fourneaux , ne nous apprennent que trop les différens états de la fonte , relativement à la liquidité.
- Qu’il y ait trop de mine, eu égard à la quantité de charbon, la fonte qui en provient étant chargée de matières étrangères qui n’ont pu s’en fépa-rer , coule difficilement, pefe moins relativement à fon volume que les efpeces dont nous allons parler. Sa furrace eft élevée , convexe , inégale , caf-lee,- elle eft blanche, fans apparence de lames ou grains,- elle eft très-fragile, très-dure, & elfuiera un grand déchet fi onia convertit en fer.
- Qu’il y air la quantité convenable de mine & de charbon, la fonte coule aif:ment, pefe davantage ; fa furface eft unie, quelquefois un'peu concave: caffiée , on y voit des grains blancs avec quelques parties qui noirciront d’autant qu’il y aura plus de charbons relativement à la mine. Eli? eft tenace,
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- plus pefante que la première, & clfuiera moins de déchet pour être convertie en fer (77).
- Qu’il y ait peu de mine , relativement au charbon & au travail, la fonte eft très - grife , coule allez difficilement, eft lourde, tenace, approche de la ductilité , & fouffrira encore moins de déchet pour être convertie en fer.
- Ces degrés font remplis d’une multitude infinie de nuances , dont le dernier approche le plus de l’état du fer, & le premier en eft le plus éloigné,-mais ce que nous devons remarquer, c’eft que dans les fontes , les mots de dur & decajfant ne font ici que ce qu’ils font en tous genres, des expreffions relatives.
- Quant à la couleur, on peut remarquer que la dureté & la fragilité augmentent à proportion que les fontes approchent plus du blanc, comme la ténacité s’accroît à mefure que leur couleur approche du brun ,* de façon qu’on peut prendre très-blanc pour très-dur & fragile , très-gris pour très-tenace & moins dur.
- A Poccafion de la couleur blanche , nous devons faire obferver que, fi elle eft naturelle à la fonte, dans le, cas que nous venons de parler, elle peut être accidentelle à toutes les efpeces de fonte , & ce , à proportion de la promptitude & du degré de refroidilfement qu’elle aura eifuyé.
- La fonte de la qualité moyenne en petit volume, refroidie promptement, blanchit; elle doit donc, fuivant ce que nous avons dit , devenir plus dure, plus calfante, & augmenter de volumei & c’eft ce qui arrive effectivement. Si la'malfe eftépailfe , & que le prompt refroidilfement nepuilfe pas pénétrer jufqu’au milieu , les contours auront acquis les qualités que nous difons de
- (77) Tous ces caraéteres, par lefquels on prétend faire fervir l'extérieur de la fonte à connaître fes qualités réelles & intrinfe-ques , parailfent fort incertains à M. DE Justi. La couleur dépend d’abord, fans doute, des matières étrangères mêlées avec la mine, telles que le foufre, l’arfenic , lès fels & les terres,- elle eftauffi produite par le plus ou moins de tems qu’elle met à fe refroidir. Le charbon y contribue beaucoup , félon qu’il eft travaillé & qu’on a pris pour le faire , dès bois plus ou moins durs. Enfin, la Couleur change félon les fondans qu’on emploie , la chaux , la caftine , le laitier , &c. On n’entreprendra jamais férieufement d’eltimer comme il faut la qualité intrinlèque de„ la fonte
- par fa forme extérieure après qu’elle eft refroidie. Cette forme dépend de tant de càufes différentes , qu’on ne faurait les rapporter toutes; tel eft, par exemple, le degré de charleur qu’a éprouvé la fonte dans le fourneau , le plus ou moins de viteffe avec laquelle elle a coulé , le plus ou moins d’enfoncement du terrein fur lequel fe fait l’écoulemenc , la nature & la forme du moule dans lequel la fonte fe durcit : cent autres caufes que l’on pourrait encore indiquer , mettent dans tout cela une foule de différences. Il n’eft donc pas furprenant que les obfervations que l’auteur fait ici, foient directement oppo-fées à celles de M. de Reaum uk.
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- blancheur & de dureté, & le milieu aura confervé fa couleur , fans que fa dureté foit augmentée. Ce qui nous montre que, fi nous avions befoin que le milieu d’une piece fût très-dur * il faudrait qu’il y eût dans ce milieu une ouverture pour y porter le refroidiflement par préférence au reftede la piece* Si nous appliquons cette cônféquence à la maniéré de couler les canons fans noyau ou fans vuide intérieur, il fera aifé de fentir quel en doit être le ré-fultat , ce qu’on pourra voir plus amplement dans un mémoire de M. Dam-tic , fur les foufflures des métaux.
- Ce qu’il nous convient â&uellement de favoir, eft que la fonte grife peut, par l’efpece de refroidiiièment, devenir dure, blanche & caffante, & que, réduite en fer, elle en donnera la même quantité que fi elle fût reftée grife j d’où l’on voit qu’on ne doit pas la confondre avec les fontes nature U lement blanches dont nous avons parlé.
- Nous fommes bien fâchés que ce que nous établirons, foit totalement ©ppofé aux idées que M. de Reaumur nous a données des fontes dans le premier mémoire de l’art d’adoucir le fer fondu, page 130. Le point eft d’une trop grande cônféquence pour nous taire, comme nous l’aurions fou-haité ; d’autant qu’il nous a même ôté la relfource que nous avons tentée de l’interpréter par le moyen des fontes devenues blanches accidentellement. cc On fait, dit-il, & nos mémoires précédons l’auront appris de refie, que la matière qui coule du fourneau immédiatement après que la mine ^ de fer a été fondue , eft ce qu’on appelle fonte y & eft un fer qui n’eft pas malléable. En général, on peut diftinguer les fontes , & on les diftingue 3J en deux claffes, par rapport à la couleur qu’on voit fur leur enflure* les. ,3 unes font des fontes blanches, & les autres font des fontes grifes : la dif-.3 férence des mines a quelquefois part à cette différence de couleur -, fou-33 vent elle vient de la maniéré dont le fourneau a été chauffé & chargé, s, Quand on les divife en fontes blanches & en grifes, on ne prend p^ur-33 tant que deux des termes moyens qui expriment leurs différentes coulèurs 33 intérieures. Les fontes blanches font plus pures que les fontes grifes j, 33 elles contiennent plus de fer. Nous l’avons déjà vu, & nous en donne-,3 rons encore une preuve, qui eft que dans les forges , on retire plus de fer forgé d’un certain poids de fonte blanche, que du même poids de 33 fonte grife. Il y a plus de matières étrangères dans les fontes grifes, & j, fur-tout probablement plus de matière terreufe , plus de matière vitrifiée, 3, de ce qu’on appelle , dans les fourneaux à mine de fer, du laitier
- M. de Reaumur a encore parlé, dans fon ouvrage, d’une remarque qu’il penfe avoir faite fur l’efpece de volume qu’acquiert la fonte en refroidiftant, ce qui donne à cette matière le moyen de fe mouler mieux 5 cette ohferva-tmi méritait la plus grande attention, Un fait auffi contraire à ce qui arrive
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- aux autres matières, ne pouvait être trop regardé avant d’en conclure nbfo-lumen t l’exiftence d’un phénomène qui peut n’être qu’une illufion allez fub-tile pour en avoir impofé aux yeux de ce favant.
- A ces propositions , nous pouvons oppofer ce que nous dit SWEDENBORG à la fin de fes obfervations fur les foyers Allemands & Français,
- “ Dans les foyers Allemands, dit-il, on demande du fer crud qui foit te-33 naee, & qui dans#fa fra&ure foit de couleur grife. Ici on veut du fer qui 33 foit plus crud, fragile, & dont la^caffure brille de petits grains & points 33 éclatans ; car fi on n’a pas du fer de cette efpeçe, la liquidation fe fait » plus difficilement. Le fer crud qui eft tenace & qui a été bien recuit dans 53 le fourneau , non-feulement rélifte plus long-tems au feu, mais même le 33 déchet eft moins grand, quand il eft converti en fer, que celui des ,3 fontes blanches & calfantes
- Si on a recours à l’expérience pour décider entre ces deux obfervateurs , elle n’eft pas favorable au Français. Au relie, il nous ramene à notre objet» en nous difant que , de prefque tous les fourneaux à fer dont on coule la fonte en moule, on ne tire que des fontes grifes, foit que les mines qu’on y fond donnent naturellement ces fortes de fontes, foit qu’on les y rende telles pat les çirconftances qu’on obferve en les fefant fondre.
- Ces circonflances dépendent de la jufte proportion de la mine & du char-, bon, de l’intelligence, du travail & de l’aftiduité du fondeur,* ta réuffite des pièces dépendant de la qualité de la matière, notamment de fa fluidités de la bonne conftrudlion des moules, de leur matière, &de l’adrefte induf-trieufe du mouleur.
- M. de Reaumur cherchant à perfectionner cette partie, a remarqué que, quoique les limes & les cifeaux eulfent quelque prife fur les fontes grifes, néanmoins les ouvrages qui en proviendraient, quoique cifelés , limés, polis, n’auraient ni la blancheur, ni le brillant du beau fer ; que leur cou-leur ferait toujours foncée & trop terne. Pour remédier à ces inconvéniens , il a fait des expériences qui l’ont conduit à obtenir des fontes très-blanches, conféquemment très -dures ; il a retrouvé le fecret d’adoucir, de rendre traitables ces fontes pour les travailler, avec le moyen de les duroir quand elles font travaillées. Enfin il a réuffi à faire des ouvrages de fer fondu, qui avaient la blancheur & l’éclat des beaux ouvrages de fer. Découverte flatteufe par la multitude des objets eftentiels qu’on fe promettait de remplir; mais découverte prefque auffi-tôt abandonnée que remife au jour, parce qu’on ne l’a effectivement appliquée qu’à des objets de curiofité ou de luxe, qui ne peuvent avoir de valeur qu’autant que le goût en changera fouvent, & que l’exécution en fera plus difficile. Mais nous devons nous occupe? des feryices
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- que le? fontes nous rendent, pour des objets plus ordinaires & do nécef-fité reconnue.
- En général, des pièces moulées , les unes peuvent être coulées , plufieurs même à la fois ; la fonte venant directement d’un fourneau dans des moules préparés à découvert dans le fable : tels font les contre-cœurs, marteaux, enclumes de forge, &c. D’autres veulent être coulées dans des moules Cachés en terre, & demandent le produit de plufieurs fourneaux: tels font les canons. Pour d’autres pièces , il faut puifer avec des poches la fonte dans le fourneau , pour emplir desmoules préparés les uns avec de la terre , les autres avec du fable -, tels que font ceux qui font difpofés à donner la forme à des pots, des marmites, &c.
- Pour donner plus de clarté à ces ditférens procédés, nous croyons devoir en parler féparément fous ces dilïérens points de vue : moulage à découvert ; moulage dans de la terre ; moulage dans du fable ; moulage dans des coquilles. Il y a lieu de s’étonner du filence de Swedenborg fur ce travail. Il a feulement indiqué quelques endroits où on fefait de ces efpeces de marchan-difes. Aurait-il craint de nous inftruire ? Ce qui pourrait déterminer à le croire, c’elt l'avidité avec laquelle il a fai fi l’ouvrage de M. de Reaumur,
- Article t.
- Moulage à découvert dans du fable»
- L’inspection feule du bas de la planche 2, montre combien il eftaifé de fe procurer des pièces moulées de cette faqon. Pour un contre - cœur, par exemple, muni du modèle O qui devrait avoir à gauche ce qu’on veut qui foit à droite dans la piece, on prépare à côté de la gueufe le fable de l’efpace N AT, en l’humeCtant légèrement , & le remuant comme on le fait pour le moule de la gueufe. Ce--fable uni avec le rabot, on renverfe delfus le modèle pour que la figure foit préfentée au fable; on preife fortement le modèle, ayant foin de le tenir horizontalement; on bat du fable dans les contours pour former les bords; on creufe en partie la coulée A/, fur le bord de la-quelleon lailfe une boule d’argille molle, pour la boucher lorfqu’il en fera tems. On enleve le modèle. Dans cet état , fuppofant que le métal dans le moule de la gueufe fût un peu plus élevé que dans celui du contre-cœur , en achevant de déboucher la coulée AI, le moule M M s’emplira. Lorfqu’il y a coulé du métal en quantité fulfifante, on l’arrête par le moyen de la boule d’argille , dont on ferme la coulée. La piece levée , elle efl en tout femblable au modèle , excepté qu’elle porte à droite ce que le modèle doit avoir à gauche. Suivant ce que nous avons dit, il n’efi; pas étonnant que la fonte de pareilles
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- DES FOURNEAUX.
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- pièces, qui ont une grande furface fur peu d’épaifleur, coulées d’ailleurs fur du fable très-froid, dureifle & blanchifle.
- Si au lieu d’un modèle de contre-cœur, nous imprimons dans le fable celui d’une enclume de forge , ou de quelques autres pièces de cette efpece, nous les obtiendrons auffi facilement. Pour les .marteaux, ils demandent un peu plus d’appareil, à caufe de l’ouverture qu’ils doivent avoir dans le milieu pour paifer le manche. Il eft aifé de ménager cette ouverture par îe moyeu d’un chaffis de planches arrêtées par des crochets. On emplit le vuide de ce chaffis de fable battu; en décrochant, on enleve aifément les pièces du chaiiis qui entourent ce fable qui demeure au milieu du moule.
- Cette méthode eft fi fimple , qu’ïfeft toujours aifé de multiplier les fer-vices qu’elle peut procurer, fur-tout pour les manufactures de fer. À la forge de Fraifcm , les jambes de l’équipage du marteau , la clef tirante ,.les mortiers font de fontes. Il eft commun d’en voir de fonte; on les a faits pendant long-tems de fer forgé. On commence à couler des colliers avec quatre dents, pour embraffier l’arbre du marteau , & remplacer les bras qui obligeaient à le percer, ce qui l’aifaiblilTait beaucoup; & c’eft une. piece prqcieufe qu’on ne peut trop ménager.
- Il y a des fourneaux où l’on trouve difficile de fe procurer des enclumes &des marteaux d’un bon fervice , par les raifons que, fila fonte tire trop en blanchie eft fi dure qu’aucun outil ne peut mordre deifus, comme il ferait néceliaire pour dreifer & polir les aires ; d’ailleurs elle eft fi fragile que quelquefois une enclume qui a demandé bien du tems &. de la dépenfe pour être difpofée & placée , ca/fera au premier-coup de marteau. D’un autre côté, fi la fonte eft grife, à,la vérité elle fera tenace ; mais les grains font fi durs que le cifeati & le travail les détachent plutôt que de les couper ou applatir : ce qui rend les aires fi défeétueufes, qu’on ne peut s’em fervir à unir, du,fer qui en reçoit toutes les empreintes. Nous parlerons quelque part des moyens de parer à une partie de ces inconvéniens par des recuits , où en employant, au moyen de quelques attentions, les matières brûlantes qui font la fécrétion des fourneaux , on empêche la fuperficie des fontes d’être trop promptement faifies par un air froid qui durcit trop la première lame de la piece fondue.
- A ces deux inconvéniens, deux remedes fe préfentent: l’un fourni par Swedenborg,.convient aux fontes grifesi l’autre eft une fuite , ou plutôt une application de ce que nous avons dit, & convient aux fontes blanches* Par gris- •&, blonC i nous n’entendons pas les extrêmes..
- Le premier remede eft de fouder fur l’aire d’une eneffime, une feuille d’acier, comme on le, pratique en Su.ed.e ;. procédé dont on peut voir tout le détail dans Swedenborg. *
- Pour le. fécond, qui regarde les fontes blanches 5 il couviént dé diftinguer
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- LES FOURNEAUX.
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- (i cette blancheur , ou, ce qui efl la meme choie, la dureté & fragilité des pièces moulées viennent de la matière ou par accident. Si o’eft par accident, c’eft-à-dire, par un refroidiifement trop fubit, le recuit leur rendra leur première qualité; ii c’eft de la matière, le recuit avec des matières abfor-bantes, les amènera au point qu’on pourra les employer utilement.
- Ges remedes ne font jamais mis en ufage en France , probablement parce qu’ils ne font pas alfez connus : car il n’y a point de comparaifon entre la perte de pluiieurs enclumes & marteaux, & la dépenfe des correctifs que nous propofons. Unfour de reverbere, un four de fonderie ordinaire , dont beaucoup de forges font fournies, fuffit pour ces recuits, dont l’effet fera d’autant plus prompt qu’on y expofera les pièces encore chaudes , comme ii eft très-poffible de le faire , puifqu’il n’eft queftion que de les tirer plus promptement du moule. Ces mêmes fours peuvent encore fufïire pour les pièces qui demanderaient à être recuites avec des abforbans, puifqu’il ne s’agit que de les environner de chaux, matière d’autant moins coûteufe qu’elle peut fervlr pluiieurs fois à la même opération. On peut voir les raifons de fon effet, au §. V de la troifieme partie de la première feCtion. L’utilité de ces recuits peut s’étendre à bien d’autres pièces que celles qui font nécelfaires au fervice des forges, telles que les affûts de mortiers , &c.
- Nous avons vu quelques maîtres de forges payer alfez chèrement un ouvrier qui leur coulait des marteaux dans des moules de terre au lieu éfe fable.,* mais l’effet n’a pas répondu à leurs efpérances. Il eft très - aifé de fentir que ces moules ne peuvent procurer l’effet ni des recuits ni des abforbans, qui demandent un feu d’un certain degré & d’une certaine durée. Il y a quelques années que, pour opérer une partie de l’effet des recuits, nous avons em-_ployé au fourneau de Compcijfeur en Bourgogne, les matières enflammées qui Portent du fourneau, le laitier même,auquel on lailfait prendre aflez de con-fiftance pour le tranfporter à la pelle tout enflammé fur les pièces à recuire, &ou le remplaçait par de nouveau laitier enflammé, dès qu’il paraiiTait fc trop refroidir: ce procédé fi fimple nous a bien réufîi.
- Article IL
- Moulage en terre•
- De toutes les maniérés d’obtenir des pièces figurées, celles qu*on emploie en les coulant dans des moules préparés avec de la terre , demande le plus d’appareil & de dépenfe. Aulfi, pour certains objets, on lui a utilement fubf-titué le moulage en fable, comme nous le verrons.
- Pour mieux entendre la fuite de l’opération du moulage en terre, nous
- avons
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- DES FOURNEAUX.
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- avons cru devoir commencer par l’explication des planches qui y ont rapport. Elles ne parlent que des marmites ; mais l’exemple d’une marmite fera plus que fuffifant pour avoir une idée très-claire de toutes les pièces qu’on peut obtenir de même, comme des tuyaux pour la conduite des eaux , des vafes , &c. On trouvera à la fin de cette fe&ion ce que MM. Duhamel & Deparcieux nous ont communiqué fur la fonte des tuyaux ; & ce qu’ils ont donné fur ce moulage & ceux faits en fable & en terre, fuppléera à ce qu’on pourrait defirer fur ces objets.
- Nous ferons une fection à part de ce qui regarde le moulage des fontes deftinées à l’ufage de la guerre; M. Camus , infpe&eur des écoles d’artillerie & de génie-, membre de l’Académie royale des fciences , nous ayant fait efpé-rer des mémoires inftrudifs fur cette partie, au moyen defquels nous pourrons inftruire des meilleures & des plus nouvelles pratiques fupérieures à celles qui étaient employées du tems de M. fîE Saint - Remy.
- Les fourneaux dans lefquels on puife la fonte avec des poches pour la couler dans des moules, n’ont rien de particulier, finon que pour avoir un plus grand efpace devant la dame , on en éloigne un peu plus la tympe ; & la coftiere du contrevent quitte un peu la parallèle pour s’élargir fur le devant; quelquefois pour avoir plus de profondeur, la thuyere eft à quinze pouces du fond. Il faut bien fe conformer à ce que l’efpece du travail exige.
- PLANCHE X
- La vignette repréfente un attelier où l’on prépare la terre , où l’on forme les moules, & où on les fait fécher.
- a, æ, a, murs du devant de l’attelier qu’on a brifé.
- Ln figure icre pétrit , corroie la terre.
- b , b , b, planches qui entourent le marchoir.
- £cy endroit du marchoir où l’ouvrier jette avec la pelle la terre fuffifam-ment pétrie.
- d, d, piquets qui foutiennent les contours du marchoir.
- e, brouette qui apporte la terre dans le marchoir. On la monte fur une planche inclinée.
- /, chaudière où l’on fait chauffer en hiver l’eau pour pétrir la terre ; g, le feu fous la chaudière.
- Les figures 2, 3 , travaillent au moule. La fécondé applique un lit de terre»
- h, b 9 h, pieds de l’établi de la figure 2.
- i, /, traverfes des côtés de cet établi,
- <è, le calibre ou l’échantillon,
- /, la manivelle.
- Tome IL
- Bb
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- DES FO IT RN E AV X.
- m
- mm, planche commune aux établis des figmes % & 3 , fur laquelle ces ouvriers pofent leur terre.
- n,. partie de la planche qui fert de rebord aux établis : on la brife pour ne-point cacher les moules.
- La figure 3 détermine avec un cordeau la place des anfes du moule.
- 00 p qrr, rôtÜFerie. On l’a coupée en p p i on ne lui a, pas donné toute; fa longueur.
- pp,. charbon qui eft dans la rôtiflerie.
- r, r, moules à fécher fur la rôtiiTerie.,
- s, s, les tablettes foutenues au - delfus dë la rôtiflerie, où les moules î, t ,t, à qui on ôte l’arbre & la torche, fontà fecher. Ces planches fonte écartées les unes des autres, pour donner pafTage à,l’air chaud.
- La figure 4 retire la torche d’un moule u..
- La figure s met des pieds à un moule;.
- x, traverfes contre lefquelles font appuyés divers moulés y,,y, après; qu’ils ont été blanchis avec de la craie.,
- z, le feau à la craie avec le pinceau de filafle;
- La .figure 6 arrange & retourne des marmites qui font à fécher autour du feu de charbon , après que leurs pieds ont été mis.
- 8 j 8> moules finis.avec leurs piedsanfes & jets,.
- Bas de la- planche»,
- FC,, manivelle ou double-manivelle.
- C, cheville à laquelle eft arrêté le bout dé la torche;
- jpcette torche.
- j E F GHI, arbre fur lequel fe bâtit le noyau;
- E F, la partie prifmatique.
- G , tourillon d’un des bouts î Hcollet quLeft à l’autre bout > Jvtenoiîî aù s’engage la manivelle,
- K, manivelle pour faire tourner l’arbre fur rétabli;
- L , marmite finie telle qu’on fe propofé d’en faire une.
- M, premier calibre ou échantillon. Celui qui conduit à devidèr la- touche fur le moule,
- N, arbre recouvert de torche.
- O O, fécond calibre qui détermine l’épaiiTeur dès enduits de terre; qu’ôm rpet fur le noyau;
- P, noyau* finffur le calibre.
- QQ, troifieme calibre qui réglé l’épaiiTeur de la,couche de.-.terre, ‘qjiii occupe,la place de la fonte,.
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- DES FOURNEAUX
- *9?
- R., moule couvert de terre fuivant ce calibre,
- S S, moule dont la chape eft finie, & où les moules des anfes font appliqués j St S, moules des anfes.
- T,Tt T, marques des trous où doivent être les pieds.
- V Vt ligne marquée par le doigt du mouleur, & félon laquelle la chape fera fendue.
- Xs X, moules des anfes vus féparément.
- Z, a , les deux pièces dont ce modèle eft compofé. bc à, terre appliquée fur le modèle des anfes. c , pièce du modèle qu’on retire la première, e y couteau à fendre la chape. ft moule dont on a fait fortir l’arbre.
- g h, le même moule vu du côté de la gueule de la marmite , ou de celui par où eft fortie la torche. h, torche qui a été tirée de ce moule.
- i , maillet ave® lequel on frappe l’arbre pour le faire fortir.
- 3,2, moule dépouillé à moitié de la chape. On voit en 3 le trou de l’arbre.
- /, moitié de chape qui recouvre encore le noyau. m t n t deux moitiés de chape à qui les pieds ont été ajoutés,
- 0,0,0, pieds.
- p, modèle de partie q du pied. q , partie du pied. y t modèle du bout du pied. s, moule du bout du pied.
- uuiit noyaucommencé à recouvrir de fa chape, un u marquent les balles de plomb qui empêcheront la chape de toucher le noyau.
- x, partie de la chape en place. xz eft le trou du noyau bouehéa
- y, boîte aux balles de plomb»
- z, modèle des jets.
- 1, jet.
- 4,4, jets appliqués au moule fini.
- PLANCHE XL
- B
- La vignette repréfente des atteîiers où des ouvriers travaillent à moüîer* à puifer la fonte dans le fourneau pour la verfer dans les moules, à tiret des moules les pièces moulées & à réparer ces pièces.
- / La figure Ier e eft un mouleur en fable \ a a eft fon établi i b, le chalîisfuE lequel il travaille.
- B b ij
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- DE S ' F O U RN E A V X.
- La figure 2 prend avec une grande cuiller de fer de la fonte dans i’oir-vrage du fourneau,- ^eft la dame de ce fourneau> e eft le devant du mur;. /, le toit du fourneau coupé en^^.
- Les figures 3^4 verfent de la fonte-dans, les jets d’une marmite moulée-c«n terre; h, les jets où ils verfenL
- it i, /, d’autres moules entablés, prêts à recevoir la fonte , ou qui Tout déjà reçue,
- k , moule qu’on a eommencé-à retirer du fable, x
- /, chaftis où font des moules en fable , prêts à recevoir la fonte,. Figure 5 ,,ouvrier qui cafte le moule d’une marmite moulée en terrer. m, font les débris de ce moule.. n, n , divers chaftis à mouler.
- 1 Les figures râpent des marmites tirées.des moules,.
- op , hangards où l’on fait recuire les moules de terre. q, marmites placées dans ce hangardmais qui n’ont, pas, encore, été. couvertes de charbon,.
- r . Bas de la planehei.
- Lé bas de h planche eft principalement, employé, à faire voir en quoi-, les-; fourneaux où l’on coule de la, fonte en moule, different de ceux où on la? coule Amplement en gueufe,
- La figure 1 eft le devant du fourneau pris depuis la dame, jufqu’à la hauteur A du profil (figure 3 ).
- La figure 2 eft un plan de ce fourneau.
- Lx figure 3 eft un profil d’une partie de fa hauteur.
- $ota. Les. mêmes lettres marquent les mêmes parties quand les unes £f? les autres fie trouvent dans ces 3 figures.
- AA B B, le davant>du fourneau.
- C( figure 1 & 3), le mur qui eft au-deflus de l’endroit par où-vient la fonte. D D (figure L ) la dame qui eft plus longue en ces fortes de fourneaux que dans les autres....
- F (figures 1 £5? 2 ) , endroit par où 011-fait couler la fonte,, quand?on veut la mouler en gueufe.
- F (figurez), moule d’une gueufe;
- G , endroit où on puife la fonte avec les cuillers.
- H, mur fous lequel paffe la fonte pour fe rendre dans l’endroit où on îæ puife.-
- J, l’intérieur du fourneau.
- L, rabot avec lequel on attife le feu de charbon dans les mouleries où l’on fait fécher les moules» !
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- C ?$7
- : D E S . FOU R N E Â U;X.
- Mi autre outil’pour attifer le*feu 'dans les rôtiiTeriesi.
- Nt cuiller à couler la fonte.
- O P y banc à qui deux pieds manquent en P y c’eft fur le bout 0 qu’on râpe les marmites.
- Qi marmite:.fur lebane.-
- jR, râpe.
- S, outil pour cafter les moules. Je terre.
- Les figures 4, f <5 regardent le travail du mouleur en-terre, repréfente dans la flambe précédente. Elles donnent des plans & des profils de fon établi vu en perfpe&ive.
- Lk figure 4 eft le profil ou coupe verticale de l’établi qui fert à deux ouvriers , prife félon fa longueur.
- La figure 5 eft. le profil ou coupe verticale de cet établi, prife fuivant fa largeur.
- La figure 6 eft le plan du même établi ; 7,8 font les endroits où travaillent , Jeux ouvriers. Ces figures, comparées avec, celles de h flambe précédente, ne demandent aucune explication.
- §. 1.
- Moulage cfîine marmite
- Le moule du corps d’ime marmite eft eompofé de trois parties : Tîntérieur ou le noyau autour duquel doit s’arranger le métal ; l’efpace que doit occuper le métal , & l’enveloppe ou la chape qui doit retenir le métal dans une telle dimenfton. Le noyau & la chape fe forment avec de la terre qui fe-îie & durcit bien } & la partie que le métal doit occuper, fe fait avec une terre moins grajTe, afin qu’elle fe détaclië plus aifément : à quoi contribue l’eau, de craie qu’on emploie , comme nous le verrons. On donne la derniere pré-cifion à toutes ces parties par le moyen des échantillons , & nous avons vu qu’un échantillon eft-un bout de planche entaillé, comme on veut que foit la piece qu’on lui préfente j ce qui fe fait d’autant plus aifément que, par. le moyen d’une manivelle , on ia fait tourner contre l’échantillon.
- Il eft inutile d’avertir que, pour qu’un attelier puilfe. donner un grantf nombre d’ouvrages , il faut plusieurs ouvriers avec ditférens degrés d’intelligence; il faut d’ailleurs que ies matières ne manquent pas. Quoique la. defeription des planches puilfe fuffire , pour plus d’éxaeftitude, nous allons, détailler brièvement chaque partie.
- ; . Du noyaux
- J O .
- Là. terre préparée & la torche de paille. Liée, un ouvrier-prend l’arbre:,,
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- DES FOURNEAUX.
- ï$8
- l’arrange dans la place qui lui eft de&inée à fon établi , comme on te voit planche 10 , figures % & 3. Il attache fur le plus épais de l’arbre le bout de la torche , &par le moyen de la manivelle , fait tourner cet arbre qui fe couvre de torche proportionnellement à l’échantillon, comme on le voit en M H ( bas de la planche ). Sur cette torche l’ouvrier met de la terre pétrie, du volume & de la figure que réglé l’échantillon O O. Cette partie finie, on la porte à la rôtilferie pour fécher ; féchée, on la couvre de craie au moyen d’une eau qui en eft chargée, & on la laiife encore fécher.
- On peut remarquer que la torche de paille rend plufieurs fervices: I*. elle épargne la quantité de terre, qui feche d’autant plus aifément, qu’elle eft en moindre épaideur > 2°. elle donne la facilité de retirer l’arbre*
- De Fefpace que doit occuper le métal.
- Le noyau enduit d’une eau de craie, fe couvre d’une couche de terre moins grade, dont l’épailfeur eft réglée par un deuxieme échantillon. On feche, on met une eau de craie.
- De la chape.
- La chape fe fait de même par une certaine épaifleur de terre dont on couvre cette fécondé couche. Cette épaideur eft toujours réglée par un échantillon. L’ouvrier marque fur la chape , l’endroit des pieds , des anfes, & celui dans lequel on la fendra avec un Gouteau pour ôter la fécondé couche de terre.
- Des anfes.
- Le moule féché, un ouvrier y applique le moule des anfes préparé par le' moyen des morceaux de bois autour defqueis on arrange de la terre, comme le montrent adez les figures», y9 z (bas de la planche 10). Le moule des anfes tient à la chape par un enduit d’argilie. On laiife fécher. t
- Maniéré de tirer Farbre & la torche.
- Le tout féché , un ouvrier frappe avec un maillet de bois fur le bout de l’arbre qui eft du plus petit volume, ce qui lefait fortin mais il ne peut fortit qu’il n’amene en même tems la partie de la torche qui eft clouée fur le gros bout qui fort le premier. On achève aifément de tirer la torche, & dans cet état on porte le moule fur des planches, où il feche doucement, en attendant une quantité convenable au produit du fourneau.
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- DES F&URNEAUX.
- De fefpaee du métal, des pieds & des eôuUesl
- Un ouvrier place le moule fur fbn établi ; avec le couteau , il achevé défendre la chape fui vaut la ligne qui a été tracée , & qui ne doit pafler ni dans les anfes ni dans les pieds. La chape fendue , les deux morceaux fe détachent aifément de la fécondé couche à caufe du léger enduit de craie qu’on lui a. donné. On enleve enfuite cette féconde couche, qui fe détache aufli très-aifé-ment du noyau» de-làil eftaifé de voir que, fi on approche les deux pièces de la chape autour du noyau, il reliera un vuide proportionné à Pépaifleur & à la forme de la fécondé couche enlevée. Mais avant que de rapprocher ces pièces, on place les moules des pieds préparés d’avance. On les fixe avec de: Pargille j on bouche aufii la partie du trou que l’arbre a laide à la partie inférieure du noyau.
- Les pieds placés,, on rapproche les deux parties dé la chape, quron tient également éloignées du noyau, par l’interpofition de quelques balles de; plomb, du diamètre que doit avoir le vuide qui entoure le noyau. La fente-que le couteau a faite, fe recouvre d’argilie, afin que les pièces tiennent enfem«-ble. Qn place les, coulées: préparées fur leur modèle. O» fait lécher..
- Du moulage
- Peuseeurs; moules en cet état fe portent au fourneau Çplancbeii') j on Tes?' enterré dans le fable , comme on le voit en ///. Les coulées étant plus longues que les pieds, il n’y a qu’elles qui débordent au-deifus du fable, Les; figures 2,3;,4, montrent: la maniéré de puifer la fonte dans le fourneau & delà verfer dans les coulées. Les autres figures montrent comment on tire du: fable les pièces,, comment on calTe la chape : on les porte enfuite à l’attelier deftiné à les réparer, ce- qui fe-fait avec des^rapes & d’autres outils appro«. priés à l’intentiBn; de l’ouvrier..
- A R T IL C L B I I !..
- Moulage en- fable.,
- Le y a des chofcs fficorrïmunes;, qu’on ne fe donne plus îfr peine dé remar-' quer l’intelligencer St: l’àdtefFe qu’il a^ fallu pour les imaginer & les .mettre; en pratique. Le moulage en fableeft de cette efpeee. Il nous,procure en uns inftant des pièces qui , avec la terre, demandent, comme nous l’avons vu beaucoup de tems & beaucoup^ de dépenfe. S’il s’agit d’une marmite, l'objet; eft dé. lamettre-dansune: certaine quantité de: fable contenue & ferrés, dans.
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- D E S E O U R N E A U X.
- 20®"
- unchaffis, &d’enlever enfuite cette marmite fans déranger le fable, ce qui revient à laifler un vuide dans du fable enfermé dans un chaffis, & que ce vuide foiten tout femblable à la pièce qu'on a retirée. Le point, comme ôn le voit, «‘eft pas d’enfermer un modèle dans le fable mais la queftion eft de l’en tirer fans troubler la forme de la matière quil’enveloppe. Cette difficulté s’évanouira à mefure qu’on confuitera la planche qui a rapport à ce travail.
- PLANCHE X IL
- AA, planche à mouler.
- B C D, chaffis à mouler; B, JB, les trous des goujons ou des guides* €, un des portans ; D, la couliffe.
- E, le chaffis à mouler, pofé fur la planche à mouler F.
- G, chaffis fur la planche à mouler , dans lequel a été mis le moule de la marmite renverfé H. On y voit les ouvertures des pieds,- G, marque auffi une des coulilfes du chaffis.
- I, lemoule de la marmite. Près de I, font les trous d’une des anfes.
- K K K eft le plan de ce moule, & ces trois lettres marquent les trois ouvertures des pieds.
- L eft le même chaffis G, où la marmite eft recouverte de fable.
- MM M, le même chaffis dont on a ôté du fable en MMM pour mettre les pieds de la marmite, r
- N, patin.
- O, pied.
- P fait voir îe moule du jet & la place de trois patins.
- , le moule du jet, qui eft un fimple morceau de bois arrondi par-deffous comme le fond du modèle. 1
- R RS S, faufle piece de deffus, dont R R marque les goujons; en SS doi. vent être les anneaux qui reçoivent les crochets de la faulfe piece de delfaus.
- T VT Xi coupe qui montre comment la marmite V eft renverfée fur la planche à mouler T7, la faulfe piece de deffus TT, & le jet X.
- Z Z eft la figure T VT en perfpedive. La faulfe piece de deffiis eft remplie de fable ; le moule du jet eft entièrement enterré.
- abc eft le chaffis des figures précédentes , renverfé ; a eft la faufle piece de deflus vue en delfous ; c, la marmite qui a la gueule en-haut. *
- def eft une coupe du moule de la marmite, qui rpontre lapofîtion des deux pièces qui fervent à mouler une des anfes.
- g h, le moule de la partie inférieure de l’anfe ; g, la partie qui refte dans la marmite; h , celle qui moule la courbure de l’anfe.
- ik, moule delà partie fupérieure de l’anfe; h fertpour la mouler; i refte
- dans
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- DES FOURNEAUX, w
- clans la marmite, & fert feulement à retirer cette piece.1
- II mn, fauifc piece de deifous qui va fe mettre delfus ; m, les languettes ou tringles qui s’emboîtent dans les couliffes d’un chaffis; n n, -crochets qui s’arrêtent dans les crampons du chaffis de delfus.
- o, la fauife piece II mife fur le chaffis; p marque l’endroit où le crampon a s’accroche. K t
- qr s, le chaffis & fauife piece qui a été retournée après que la marmite a été entièrement recouverte de fable; r eft la fauife piece de delfus ; s, la fauife piece de deifous, qui eftpa même que la piece o de la figure précédente ; q, ouverture du jet un peu agrandie, parce que fes arrêtes ont été abattues,
- u u , fauife piece de delfus avec partie du moule du jet enlevée.
- xx, endroit d’où a été enlevée la fauife piece de delfus h; on y voit auffi la place du jet d’où le moule a été retiré.
- z z, fauife pieee de deifous, fur laquelle eft le noyau .y de la marmitej après que le chaffis xx a été enlevé.
- , i , cuiller à réparer le noyau.
- 2, marmite moulée , à laquelle le jet tient encore.
- 3,3, marmite à laquelle le jet a été ôté.
- 4, cuiller à mouler.
- S , manche pour couvrir le bras du mouleur.
- 6, couteau à parer.
- 7, le fecoueur,
- 8, râpe pour réparer.
- 9, réglé du mouleur.
- 10, fac pour la pouffiere de charbon.
- 11, bouchon de laine pour les anfes.
- 12, houiroir. ;
- 13 , tire-laine qui eft au bout du houlfoir.
- 14, bâtte ronde.
- 1f , batte à anfe.
- l£, la pofe-par-tout, ou batte plate,
- 17, 19, battes quarrées. ,
- 18, marteau.
- 20 , pelle de bois.
- 21 , le fas. f .
- Moulage. ?
- Un attelier fourni fuftifamment de toutes les pièces que nous venons de voir, du nombre de fableurs , de fable qui doit être gras & fin, connu fous le nom de fable des fondeurs, d’un menuifier pour raccommoder les chaffis ; il
- Tome IL Ce
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- eft aifcde Sentir combien l’opération du moulage doit être prompte, & que pourréùflir, il rie faut-que l’exadtitude dans le rapport des pièces à moulée & des chafiis. Ce travail va fi vite pour une petite piece, qu’elle fe. voit peut-, être moulée en moins de tems que nous ne Faurons décrit.,
- 1 Un fableur qui veut faire le moule d’uné marmite, ayant, pour plus grande' commodité ,,fur Fon blanc, fou fable tamifé., humeété & bien remué, place la planche /tf /f, & lui donne un coup de houiFoir pour qu’il n’y ait aucune ordure ou partie de fable.. Il place fur la planche lechaflis G\, & au milieu du chafiis le modèle H qui doit être renverfé* Remarquez que le chafiis (9 doit être exactement de la même hauteur que. le corps, de la marmite & les pieds, qu’on placera enfuite.
- Le modèle H renverfé dans Te milieu du chaifis l’Ouvrier met petit petit du fable tout autour , & le confolide en le frappant avec fes battes. Le;-fable étant à la-hauteur de la marmite, il place fur le fond la coulée, comme-on le voit en F,.&continue.Omettre.& battre du.fable autour jufqu’à ce que le chafiis. en foit rempli..
- Le chafiis entièrement rempli de fable battu, comme on le voit en MM, l’ouvrier ouvre le fable dans les endroits où doivent être les pieds , & qui font marqués fur le modèle. Ces endroits découverts , il y préfente les modèles O de la monture du pied , bat du fable autour, & place enfin le modèle du patin au bout de la monture de chaque pied. Il continue à mettre & battre du fable jufqu’à la hauteur des bords du chafiis ; avec fa réglé, il fait tomber tout le fable excédant, & fàupoudre de blanc. Nous dirons après, ce que c’eft que le blanc. Maintenant il fuffiÈa de fa voir qu’il empêche cette partie de fable de fe lier avec celle qu’on doit mettre deiFus.
- Le chafiis rempli de fable contient donc le corps de Ta marmite avec les différentes pièces des pieds qui n’exçedent pas la hauteur du chailis. Il 11’y 3 que la coulée qui déborde , comme on le voit en P.
- Sur ce chafiis F ainfi préparé, l’ouvrier place la faufFe piece Im dont les boulons fe rapatronnent exactement dans les trous pratiqués au chafiis, ainfi qu’on le voit : on met dans la rainure la partie m, & on accroche la partie n. Il eft aife de fentir que toutes ces précautions ne font que pour que la faufFe piece lm,n. nepuilîepoint être dérangée quand elle fera placée fur le chafiis F. •
- On met du Fable dans cette faufFe piece ; on le bat ; on l’évafe avec la, réglé .. & alors on ne voit plus que fable & au.milieu.le moule de la coulée 3 tomme zz le fait voir.
- On renverfe alors le chafiis, comme le montreabc , & par-là la gueulé-fie la marmite eft en-hâut. Ort voit Tes trous percés dans le modèle pour for-, tftçr. les, anfes». Poureela, l’ouvrier y. fait entrer les modèles gt3ih3ii>.k
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- Comme on le voit en def, & retire enfuite les modèles , dont il bcucîie l’entrée avec des tampons de laine, puis faupoudre de blanc la partie de fable qui eft autour de la marmite ; il accroche une feeonde fauffe piece, eomnfe on le Voit en D> & emplit de fable tant l’intérieur de la marmite que la fimlfe piece, ayant toujours foin de battre le fable; puis il paffe la réglé.
- Nous avons donc aduellement un chaffis rempli avec une faulfe pièce s chacune de ces extrémités : celle de deffous dans l’état aétuel portant la coulée. '
- L’ouvrier renverfe le chaffis, & alors la fauffe piece qui fe trouve def-fous , porte le noyau, ou le fable qui a été mis dans le vuide du modèle. Il décroche cette fauflè piece ; & foulevant le chaffis, on voit le noyau à découvert en zy. Cette partie z s’eft féparée du fable qu’elle recouvrait, à caufe du blanc dont on l’avait faupoudré. îl n’eft plus queftion à préfeiït que de retirer les différentes pièces que nous venons d’enfermer.
- Pour tirer le modèle du corps de la marmite dans le chafïis , l’ouvrier avec le crochet du houffoir tire des bords, les tampons de laine qui fermaient les entrées des anfes ; & frappant enfuite quelques petits coups contre le modèle, il le détache fort aifément quand il eft bien en dépouille. Etre en dé* fouille, pour un modèle, c’eft quitter aifément le fable , ce qui fuppofe une forme convenable, &une matière dure & polie. Le modèle ne peut pas être ôté que les montures des pieds ne fuivent, par la raifon qu’elles font plu? larges vers la marmite. Il répare alors avec fes cuillers & fon couteau ce qui le demande , fecoue de la poudre de charbon tant fur le noyau que fur la partie qui doit le recouvrir, & remet enfuite le chafïis fur la fauffe piece qui porte le noyau. Cette partie bien accrochée, il décroche la fauffe piece qui porte la coulée, lafouleve; mais il ne peut pas la foulever que la coulée ne fuive, puifque par fa forme elle eft plus étroite vers le fond de la mar* mite. Les modèles des patins font alors à découvert, & fortent doutant plus facilement qu’ils font plus larges en-dehors. On prépare , on faupoudre de charbon , enfuite on remet & on accroche la fauffe piece qui porte l’empreinte de la coulée, & le moule eft fini, comme on le voit en qr, puif-qu’il ne refte que le vuide des pièces. ,
- On porte le moule en cet état proche le devant du fourneau pour remplir de fonte, lorfqu’il yen aura un nombre fuffifaut, & que le fourneau fera difpofé à fournir une matière convenable, >4
- Il y a, comme on le voit, aux différens chaffis, des poignées, pour que l’ouvrier puiffeles tourner commodément. Quand les pièces font confidéra* blés , ils fe mettent plufieurs pour les travailler.
- Le couvercle fe moule dans un chaffis de deux pièces rapprochées. L’in* térieur du couvercle porte la coulée. L’anneau fe perce avec deux morceaux
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- de bois arrondis, & qu’on fait [rencontrer,- en retirant ces morceaux de bois, le vuide refte.
- f ÏL faut que devant la dame il y ait aflez d’efpace pour y faire entrer & mouvoir la poche qui peut porter 40 à f© liv. Le bouchage ne fe perce que les fêtes & dimanches, jour de repos pour les fableurs. Tout ce qui fe trouve de pièces manquées & de bavures, fe portent à la forge pour être converties en fer.
- La;Facilité d’ajouter des pièces aux chaflis, fait voir celle d’exécuter dif-férens modèles. Si, par exemple , on voulait mouler une’ marmite à gros-ventre , la.feule infpedion fait voir qu’il ne dépendrait que d’un corps de marmite & d’un corps de chaffis féparés dans le-, plus grand diamètre du. ventre&c.
- Coulage,,
- Quand les ouvriers ont une quantité de moulés , relative à la fonte qui-eft dans l’ouvrageils enduifent leurs poches d’argille pétrie avec de la f ente dé cheval, pour que la fonte ne s’y attache pas , & ils les font chauffer. La poche 4 eft compofée ordinairement d?un manche de fer que le fa-ble.ur enveloppe de deux morceaux dé bois encavés & arrêtés par un anneau de fer.. Lorfqu’on efr prêt de coulerle fableur met à fou bras gauche le manche 5., & va par le dêfïus de la dame , puifer de la fonte dans l’ouvrage; La poche appuyée fur'le bras gauche , tenue & tournée par la main droite , il verfe la fonte dans la coulée des moules. Comme if faut que les pièces foient faites d’un feul jet , quand* elles font conhdérables, pendant qu’un fabieur coule , les autres- en entretiennent le métal dans, fa poche , en y Verfïmt les leurs,
- * Le fable fe foutient à merveille dans ce travail; quand il eft gras, tuimeds àpropos & bien battu. Il faut que le fondeur entretienne faTonte , toujours, très - coulante ; fans quoi elle feraft manquer les pièces, ou les rendrait défedüeufès.
- \ On fait des marmites de toutes fortes d’échantillons de deux livres jufqu’à; trente, & des chaudières jufqu’à cinquante livres. On fait même dans le befoin dé plus groifes pièces. Le poids eft ordinairement marqué fur la pieee,, & leur nom vient de- ce poids. On les appelle des marmites* de 4 , de 10, &c;
- Quatre Tableurs peuvent fervir un fourneau qui produirait environ deux mille à deux mille cinq cent livres de fonte en 24 heures;
- .Au Porrir de ce chaftis, on caife la coulée & les bavures, Se on achevé dé perfe.dio.nner les pièces avec des marteaux acérés & tratiGhans, des râpes ,, &e. Les;tapes font dés morceaux dé fonte coulés avec des entailles: en les paifantfur Les pièces ,, elles en détachent le: fable & quelques parties de métal;
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- Ce fable eft ce qu’on appelle le blanc peur faupoudrer. Les ouvriers font payés à la piece, tant par douze de chaque échantillon, quelquefois au poids. Les droits du roi fe paient dans les endroits de marque , ou à la fortie de la province, comme fontes ouvrées.
- AVERTISSEMENT.
- JM. Duhamel, de l'Académie royale des,Sciences, qui, plus que personne , a contribué par Son %ele à V ouvrage de la description des arts, que le public parait recevoir avec empreffement, non content de lavoir enrichi de la, description de plufieurs arts particuliers qui ont déjà paru, a bien voulu communiquer ce qiCil avait dans Ses porte -Seuilles Sur des arts dé~ partis à d’autres académiciens. Il nous a remis la partie du moulage en Jable, que Ion va lire : on reconnaîtra au détail, àl exactitude, à la préci-jjon dans la maniéré de rendre les procédés, la main qui y a travaillé. Les dejfeins des planches qui y ont rapport & qui Sont les 13 , 14,15, Sonl de lui ; £5? comme nous n'avions trouvé dans les porte - Seuilles de M. de Reaumur qu'une Soûle planche, beaucoup moins détaillée Sur cet objet, les libraires n'ont pas héjité de S aire la dépenSe d'une nouvelle gravure > pour donner de plus eu plus au public, lieu d'être content de l'exactitude qu'ils apportent à l'exécution de l'ouvrage qu'ils ont entrepris.
- On avait déjà imprimé ce qui eft dit ci-devant ftur le moulage en terre. lorSque M. Duhamel nous a encore envoyé un article ftur ce même mou~ lage. Nous le donnons tel qu'il nous a été remis..
- Maniéré de mouler les marmites de fonte de fer*
- Voyez planches 13 , 14 if..
- On moule les ouvrages ou en fable-ou en terre ; c’eft-à-dire, qu?on fait les moules où l’on doit couler le métalfoit avec du fablefoit avec de lai terre: nous^llons fuivre en particulier ces deux pratiques.
- De la façon de mouler en fable*
- Il faut d’abord fe procurer un fable: fin & gras :: fin,.pour que* là fuperficre des ouvrages qu’on;jettera en moule ioit unie j, & co.mme.il eft rare dû trouve*:
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- du fable fin qui ne îbit pas mélé .de cailloux, de pierres, ou de gros grains de fable, il faut palfer ce fable*par un tarais de crin afïèz fin (fig. % ).
- ÏL eft évident que, fi l’on voulait faire des moules avec un fabîon très, coulant, comme ferait du grès pilé, ou le fablon blanc qu’en emploie à Paris pour écurer la vailfelle, le moule n’aurait aucun foutien. Il faut donc que le fable foit un peu gras; il faut que les grains adhèrent un peu les uns aux autres; il faut que, quand on le preffe, il faile corps, qu’il fe foutienne, & qu’il puiire conserver la forme qu’on lui aura donnée. On trouve aux environs de Paris un fable jaune qui a ces qualités , & que les fondeurs en cuivre emploient pour faire leurs moules. •
- Il eft encore à propos d’avoir du frafil, qui eft de la pouflîere de charbon pilé & tamifé, ou celle qu’on trouve attachée aux murs & à la voûte du tra. vail des grands fourneaux: on verra dans la fuite les circonftances où l’on en fait ufage.
- On met fur la table à mouler ou table aux mouleurs, qui a douze à quinze pieds de longueur , large de quatre pieds, & élevée de terre d'un pied &’ demi » des tas de fable tamifé , & encore la planche à mouler, qui doit faire, en quelque façon la fondation de l’ouvrage. On voit (fig. 4 )a a, Pépaiffeur de cette planche ; b b\ les barres qui font clouées deflous; cc, l’étendue de cette planche vue par-defFous; d d, les barres b b dont 011 vient de parler.
- Le mouleur pofe fur cette planche ( fig. 4 ) & bien quarrément un fort chafîis de bois, dont on voit le plan fig. 5 ; & l’on apperçoit que les planches a a font fortifiées dans le fens horizontal, par des équerres de fer bb$ & dans le fens vertical, par ces barres de bois, dont on ne voit que l’épaif-feur en e e e ; enfin d'd font des oreilles ou portans qui fervent à manier le chafîis; e e font des couliffes dont nous parlerons dans la fuite.
- La figure 6 repréfente l’élévation du chafîis dont on vient de voir le plan ; on l’a repréfentë du côté d’un des portans; a a, les planches qui forment le chafîis: an voit ici qu’elles fontaffemblées à queue d’aronde, & qu’elles ont une hauteur & une largeur proportionnées à la grandeur des marmites. Indépendamment de l’afTemblage des planches à queue d’aronde , elles font, comme nous l’avons dit , liées par des équerres b, b, & par les barres c, c : on voit en d la forme des portans qui font fermement attachés au chafîis par deux fartes chevilles,
- La figure 7 repréfente l’élévation du même chafîis vu du côté des coulifTes e e de la figure ï ; a 9 n, les planches qui forment le chafîis, aflemblées à queue d’aronde les équerres de fer ; e c, les barres de bois & une des couliffes.
- On voit aux figures 8 9, comment ce chafîis eft pofé bien quarrément
- fur la planche à mouler {figure 4); & on conçoit qu’il dbitfervir à retenir h fable qui formera le moule.
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- Le mouleur met dans ce chaffis & place bien? dans le milieu le modèle de la marmite.. Ce modèle (figures IQ & il) eft une marmite de cuivre jaune, fondue bien régulièrement, & à laquelle on adonné l'épaiffeur qu’on fe :propofe de.donner à celle que l’on doit fondre en fer; c’eft ordinairement une ligne & demie.,
- La figure io repréfente donc le plan du modèle ou delà marmite de cuivre fondu, vue par-deffus;a, or, les bords,* b, le fond; e,Cy ouvertures qui font aux endroits où doivent être les pieds de la marmite ; car ce modèle, n’en a point: on en appercevra la raifon dans la fuite ; d, d, échancrures feites aux endroits où doivent être les anfes ; car il n’y en a pas non plus au modèle.
- La figure r I repréfente le même modèle de cuivre jaune pofé fur fon fond ; ü , a , les bords ; b y le fond ; c, un des trous pour placer les pieds yd, les trous pour recevoir les anfes.
- Maintenant qu’on doit avoir une idée du modèle,, it faut s’imaginer qu’il eft placé fur la planche à mouler, & dans le chalîîs ; le fond tourné en-haut , & les bords appuyés fur la planehe , & tourné de façon que les trous d (figures io & i l) où doivent être les anfes, regardent les angles du chak iis. On en conçoit la raifon : comme la marmite doit être ronde, & que le chaffis eft quarré, il refis néceflatrement plus d’efpace qu’il n’en faut vis-à-vis les angles pour loger les anfes ; au lieu qu’il faudrait augmenter la> grandeur du chaffis , û l’on mettait, les, anfes vis-à-vis quelques-unes de fes, feces.
- La figure 8 repréfënte la planche à moulerA A i le chaffis B B pofédef. fus, & le modèle en place dans fon intérieur; a, a, les bords du modèle qui pofent fur la planche; b, fon fond qui eft en-haut; &tc> les trous pour les pieds; d, d, les trous pour les anfes.
- La figure 9 repréfente la même chofe vue en hauteur; AA, la planche à-mouler ;. B B, le chaffis ; le modèle eft dans l’intérieur a, a, les bords qui pofent immédiatement fur la planche A Ai b, le fond qui eft tourné en-haut ; les pieds c ne devraient pas y être,, mais feulement les trous pour les recevoir..
- Tout étant ainfi difpofé , le mouleur remplit avec du fable le vuide qui eft entre le modèle & le chaffis ; cet efpaee eft marqué / dans les figures 8 &$. Gn met le fable peu-àrpeu, on le comprime à mefure ,&on le bat avec le pefife-ferr-tout (figure 16 ), jufqu’à la hanche de la marmite , marquée par ïa ligne gg (figure 9 ): Duns les angles, on comprime le fable avec une e£. pece de pilon qu’on nomm q batte ronde (figure 18 ) la partie A repréfente; le bout de cette batte. On continue à ajouter, du fable jufqu’àu haut di|; Corps du chaffis 9 ayant l’attention de. le comprimer peu-à-peu. avec la batt&
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- DE S FOURNEAUX,
- 2og
- quarrêe (figure 19 ) : de c'ette façon la marmite fe trouve entièrement enterrée, au moins à trois reprifes : èn> premier-lieu, jufqu’à la hanche ; enfuite jlifqu’au haut du fond /», <&'enân jufqu’au bord du chaflis. i »-
- On fe rappellera que le modèle de cuivre jaune n’a point de pieds, qu’il y a feulement des trous c pour les recevoir} fi on lailfait le moule en cet état, la marmite n’aurait point de pieds : voici comme on les y ajoute.
- On fouille dans le fable aux endroits où doivent être les pieds, pour découvrir les trous c ( figure 8) ; l’ouvrier prend les modèles des pieds (fig, 21 ), & il les met en place, en feTant entrer le tenon a {figure 21 ) dans le trou c ( figure 8 ) : il pofe fur le tenon b ( figure 21 ) le patin e (figure 22 ) : les modèles du pied & du patin font de fer fondu.
- On en fable bien ces pieds & ces.patins, & on talTe le fable avec le manche de la batte quarrée ( figure 16 ). ,
- Quand les pieds ont été bien enfablés, on met en place le jet : c’eft une pièce de bois en forme de coin abcd; fon épaifleur en cd, eft marquée en e3 &rfon épaifleur en abïe voit en/; car e/eft la coupe de la piece abcd par la ligne ghi le côté a b eft courbe, parce qu’il s’ajufte à la courbure da, fond/» de la marmite (figure 9 ).
- On fouille le fable pour mettre en place le modèle du jet a b cd, de maniéré que le côté le plus mince «Z»foit au milieu de la fuperficie convexe du' fond du modèle de cuivre , parallèlement à la face du chaflis qui eft tournée du côté du mouleur : D E (figure 9 ) repréfente le modèle du jet mis en place fur le fond du modèle de la marmite aebea : on enfable cette piece, & on talfe le fable avec laxbatte à anfe (figure 25 ) ; le mouleur ajoute encore du fable plus haut que les bords du chaflis, & il le talfe avec la batte ronde, & autour du jet avec le bout du manche de cette batte ; puis pofant la réglé (figure 26 ) fur les bords du chaflis, il retranche le fable qui excede ce chaf. fis , & il emporte avec le couteau à parer (figure 27 ) celui qui eft auprès du Jet : par cette opération , il découvre les patins des pieds qui doivent être à cette hauteur, & le délfus du chaflis fe montre comme il eft repréfenté par la figure 2% \ am, les patins ; bb, le jet; cccc9 le fable bien taîré.
- Il eft qùeftion enfuite de mettre une haujje fur les bords du chaflis ; les mouleurs la nomment faujfie piece du dejfus; on la voit repréfentée en GG (figure 9 ) ; la figure 32 repréfente le plan de cette haulfe ou faufte piece , & la figure 33 en repréfente l’épailfeur ou l’élévation. Pour mettre la haufle en place, on vuide le fable qui eft entré dans les trous HH (figure 8 ) qui font fur les rebords du chalîis, avec un e gouge ( figure 31 ), afin que les gougeons / de lafaufle pieceffigures 32 & 33) puiflent entrer dans les trous H du bord du chaflis (figure 9).' > , >
- En fefant entrer les gougeons dans les trous, on pofe la faufle piece dont
- nous
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- nous venons de parler fur le bord du chaffis, ainfi'qu’on le voit]en GG ( figure 9 ).
- Le mouleur prend enfuite un fac de crin , danslequel il y a de là poudre de charbon {figure 34 ), & qu’on nomme pour cette raifon fac au fraifil ; & le fecouantfur le fable qui eft dans le chaffis , il le faupoudre de ce charbon , pour empêcher que le fable qu’il ajoutera dans la faufle piece ne fe joigne à celui qui eft dans le chaffis; ce fable couvert de poudre de charbon eft re-préfenté dans \z figure 2%.
- Il met du fable fur cette couche de fraifil ; il le tafle avec le bout de la batte ronde ; & quand la faufle piece eft remplie de fable bien tafle r il en bat & en racle la fuperficie avec la réglé (figure 26) pour que le fable fe trouve au niveau du bord fupérieur de la faufle piece. Alors il renverfe à, la fois fens-ddfus-delfous le chaffis &lafaufte piece de deflus, de forte que cette faufle piece repofe fur la planche à mouler. Alors la marmite fe trouve avoir la gueule en-haut, & le fond & les pieds font en-bas.; le plan en eft repré-fenté par la figure 3 ^ & l’on en peut prendre une idée jufte , en renverfant
- la figure 9 , de forte que les bords G G portent fur la planche à mouler.
- Les mouleurs fe fervent plufieurs fois du même fable , qu’ils rebattent &• qu’ils patient au tamis ; mais pour remplir l’intérieur du modèle de cuivre, ils commencent par mettre au fond environ l’épaifleur de deux pouces do fable neuf qui réfifte mieux à la fonte qui tombe d’abord fur cette partie qui eft immédiatement nu-deflus du jet.
- Avant de remplir entièrement le modèle, le mouleur fouille le fable pour découvrir les trous des anfes Ii ( figure 9 J; il place les modèles du deflus & du deflous des anfes (figures 36 & 37 ) , comme on le voit en élévation A B (figure 38 ), & en plan (;figure 35 ) : les modèles étant mis en place, il les recouvre de fable qu’il tafle en frappant avec la batte quarrée , la batte à anfe & le manche du marteau (figure 39 ) ; il bat aufli fur les bords du modèle avec la batte à anfe, pour que les bords de la marmite foient bien unis dans tout leur pourtour.
- APRès que le fable a été ainfi bientaifermi, le mouleur retire les modèles des anfes par le dedans du modèle de cuivre, celui de deflous le premier, en fuivant fa courbure, & il tire enfuite celui de deflus tout droit : fur le champ, il-met’, parle dedans du modèle, de petits tampons de laine dans chacun des quatre trous des anfes, pour empêcher qu’ils 11e fe rempliflent de fable.
- Quand le moule des anfes eft formé, on met en place la haufle ou la fauife piece de deflous., dont le plan eft repréfenté (figure 40); «, n, les quatre pièces de côté ; b, les gougeons qui doivent: entrer dans les trous du bord du chaffis ; c , c , les crochets dont on dira, l’ufage dans un. inftaiit,
- Tome IL D d
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- DES F 0 U R N E 4 (T X.
- La figure 41 repréfente l’élévation de cette faulfe piece de deflous ; dd 2, il un des côtés dont on voit i’épailfeur , & l’on apperqoit qu’il eft aflemblé à queue d’aronde avec les autres côtésj b, b, les gougeons qui entrent dans les trous du chaffis ,• e/, l’épaiiTeur de deux planches verticales qui entrent dans les coulilfes ee de la figure f , oxidd de la figure 7.
- La figure 42 repréfente la même chofe ; dd eft un des côtés de la faulfe piece; eff la piece qui entré à coulifse >g, crochet qui fert à joindre, par le moyen de la piece à coulifse, la faufse piece de defsous avec la faufse pièce de defsus.
- Lb figure 43 repréfente toutes les pièces, rafsemb.lées ; aa^ la planche à mouler,- b, b, les barres qui font clouées defsous; dd> la faufse piece de. defsous; ec, la faufse piece de defsus; ef, la piece à coulifse; g, le crochet qui la joint à la faufse piece de defsus ; h h , le chaffis garni deTes barres & de les équerres,- /, r, les portails.
- Le chaffis compofé de trois pièces étant monté, comme nous venons de l’expliquer, le mouleur faupoudre une fécondé fois avec du. fraiffi;. puis il remplit de fable toute la concavité de la marmite de cuivre, & il foule le. fable avec la batte ronde tout autour & en-dedans : il remet du fable jufqu’à la hauteur de la faufse piece de defsous , & le comprime encore avec la batte ronde: il ajoute du fable beaucoup plus lia ut que les bords delà faufse piece j il- le comprime avec les mains,- puis il bat encore avec la batte rondeh il frappe en tout feus avec le côté de'cette même batte 1 il racle avec la réglé le fable qui excede la faufse piece » enfin il fait avec ta main huit petits tas de fable épais d’un pouce, aux angles, & au milieu des faces de la faufse piece.
- Tout étant ainli difpofé, il retourne le chaffis & les faufs.es piècesfens-defsus-defsous fur la planche à mouler, pour pofer la faufse piece de def-fous, comme on le voit (figure 43 ) , où la faufse piece de defsous dd eft iramédiatemenLpofée fur la planche à mouler u a,. on voit fur la face de la faufse piece c c (figwe 43 / le jet h b (figure 2.8 X
- Le mouleur tafse encore le fable tout autour du jet avec la batte ronde,-, il tape auffi en tout feus avec la réglé; & enfuite il racle pour emporter le fable qui excede la faulfe piece cc (fig. 43 ) avec le couteau à parer (fig. 27 X Il découvre le jet ^ il tranche les. arrêtes de fable tout autour du jet, & forme un chanfrein pour faciliter le paitage de la fonte ; enfuite il retire le model* du Jet qui eft repréfenté ( figure 2 3.).
- Il s’agit maintenant de démonter les différentes pièces du moule pour retirer le modèle de cuivre qui occupe la place où doit couler le métah
- Et pour cela, i°. le fondeur ouvre les crochets^(fig. 43), puis il enleve-la faulfe piece c c & le fable qu’elle contient ; il fouffie dans la cavité du jet pour la nettayer » & ümet cette piece fur la table à côté de lui
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- Nota, que le fable contenu dans cette piece fe fépare de celui qui eft dans le chafîis-, à caufe du fraifil dont il a faupoudré le fable du chaffi?.
- 2*. Quand la faulfe piece cc{fig. 43) eft ôtée , on apperqoit la fuperficie du fable qui remplit le chafîis, comme elle eft repréfentée^re 28 , excepté qu’on ne voit que le vuide du & alors on apperçoit les patins a a
- des pieds. *
- Le mouleur frappe avec le marteau (fig. 29) fur les côtés du chafîis, & avec le bout du manche fur les patins puis, à l’aide d’un garqon,
- tous deux foulevent doucement le chafîis, en le prenant par les portansz {fig. 43 & fig* 8 ) j étant conduits par les couliffes e,/, (fig. 43 ).
- Le chafîis & le fable qu’il contient, fe féparent du fa b 1 e qui eft dans la fauffe piece de deflbus , à caufe du fraifil dont il a été faupoudré. Le modelé de cuivre fondu s’enleve avec le fable du chalîis , & le noyau de la marmite refte fur la fauffe piece de deifous , comme on le voit figure 4$.
- Le fondeur pofe le chafîis fur la table , & l’appuie fur un de fes côtés, de maniéré que l’on voit le dedans du modèle de cuivre , ou la chape du moule, comme il eft repréfenté^-. 3 5 , excepté que les moules des anfes n’y font plus.
- Ensuite le mouleur répare toutes les défeduofités, principalement à la place des pieds, avec le couteau à parer* & en ajoutant du fable , il frotte & •racle proprement leidedans du moule avec la batte à parer {fig. 46); après quoi avec le couteau {fig.2 7) & la cuiller {fig. 47) qu’il frotte auparavant contre fes cheveux, & qu’il palfe fous fon bonnet, il répare de tous côtés le noyau (fig. 4^ ), en bouchant les petites cavités avec du fable.
- Après qu’il a fini le noyau, il paffe à la chape qui eft reftée dans le chafîis: d’abord il ôte les tampons de laine qu’il avoit mis dans les trous des anfes; & pour cela il fe fert d’un petit crochet de fil de laiton, que l’on nomme tire-laine {fig. 48): il nettaie l’intérieur de la chape avec le houlfoir {fig. 49) ; puis il frappe doucement en-dedans avec la batte ronde * & avec ménagement & précaution, il fait fortir le modèle de cuivre qu’011 voit figure 38, excepté que les modèles des anfes n’y font pas, & qu’il n’y a que les trous par lesquels ôn les a retirés après les avoir mis en place. Il faut que ce modèle foit un peu plus large par la gueule que par le fond , pour que la dépouille foit plus facile, & qu’on puiffe le retirer plus aifément.
- Jusqu’à préfentle modèle des pieds eft reftéen place ,'noyé dans le fable : on ne pouvait pas les retirer de dedans en dehors , parce que le côté qui doit tenir à la marmite eft le plus gros: pour retirer ces pieds , on frappe avec le marteau fur le bout le plus menu , c’eft-à-dire, fur celui qui eft marqué an dans la fig. 28 > & en renverfant le chafîis, les trois pieds qui traverfent le dedans de la chape tombent d’eux-mêmes.
- Après avoir réparé les défeduofités, s’il y en a encore, le mouleur* à
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- l’aide d’un compagnon , repofe doucement le chaffis où eft la chape, fur la fauife piece de deflous où’eft le noyau, étant conduit par lés coulilfes e,f ( fig. 41,42 & 43 ). Il met auffi en 'place la faulfepiece de deifus c c (fig. 43) » & au moyen des crochets , les ttfois pièces du chaffis fe trouvent montées », comme on le voit dans la fig. 43. Pour empêcher qu’il ne tombe rien dans l’intérieur du moule, il couvre le palfage du jet avecfune planche (fig.. 50), qu’on nomme le bardeau.
- Voila un moule fini : il ne s’agit plus que de le remplir de métal y mais on ne coule que quand il y a dix à douze moules préparés : alors le fondeur, qui eft fouvent le même ouvrier» fe garnit le bras & la main droite d’une manche de groife toile (fig. 51 ) qu’on nomme manche à couler, elle garantit le bras de l’ouvrier de la grande chaleur où il fera expofé. Enfuke il puife du métal fondu, avec une cuiller de fer garnie de left ^/^. 52). A l’entrée-de l’ouvrage du grand fourneau, eft un compagnon qui, avec un morceauide 'bois , ôte une partie des cralfes de deifus le métal,- le fondeur verfe le métal parle jet, pendant qu’un compagnon retient au bord de la cuiller avec un. bâton l’écume de la fonte , & l’empêche de paffer dans le moule : lorfqu’on apperçoit le métal dans le jet, la marmite eft coulée..
- Quand la marmite eft entièrement refroidie, on démonte les trois pièces du chaffis ; on brife le fable avec un inftrumént de bois (fig.j 4) qu’on nomme lefecoueuxon tire la marmite du moule, & on rompt le jet, qu’on recherche avec le marteau & une grollerape de fer fondu (fig. 53).
- Pour fondre ces râpes, on emploie un modèle de bois femblable à fe fig. S 3- Comme le fable doit fervir plusieurs fois ; quand on l’a brifé avec le fecoueux , on le remue pluGéurs fois avec la pelle ( fig. SS )•
- Les fontes de fer font toutes des aciers (78 ) très - fufceptibles de prendre
- (78) Cette propofition eft infoutenable pour tout homme qui a étudié la nature de l’acier. Celui-ci eft un fer furçhargé de matières ignées, au lieu que la fonte eft un fer furcliLrgé de matières étrangères. L’une & l’autre n’ont rien de commun, fi ce n’eft qu’ils font fort aigres: mais l’aigreur de 3’acier vient de là quantité de matières ignées; celle de la fonte au contraire, vient de la quantité des matières étrangères qui fe glîflent entre les particules du fer, & les empêchent de fe réunir. Quelle différence ! les matières étrangères fè réparent de la fonte lorfqu’on la remet en-' travail, il s’en forme des feories terreufes >•
- on les voit fenfiblement fortir, fe dégager-d’avec le fer, lorfqu’il eft fous les marteaux. En travaillant l’acier , il n’aura rien de pa~.. reil. S’il s’en fépare quelques portions, ce font de petites écailles, d’où l’aétion du feu a chaffé les particules ignées ; fi l’on fond ses feories au creufet, on en tire toujours de très-bon for. C’eft donner une bien fauffe idée de la trempe , que d’imaginer qu’elle confifte dans une plus grande aigreur dü fer. Que l’on éprouve cette prétendue trempe fur des petites pièces de fonte ; que l’on effaie de s’en fervir pour limer ou pour couper de bon fer , c’eft la< véritable marque de la trempe , ^ ç’eft
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- la trempe jainfiil eft important,:pour diminuer l’aigreur de cette matière; de ralentir le plus qu’il eft poflible fon refroidifsement; ainfi, il ferait à deiirer qu’on pût retirer-des moules les marmites toutes rouges, 5c les mettre recuire dans des fours très-chauds; mais comme la fonte de fer eft très-fragile lorfqu’elle eft chaude, ihferait important d’imaginer des moyens de réuifir dans cette opération.
- Un mouleur habile fait ordinairement deux douzaines de marmites dans un jour», avec d’aide de quelques compagnons pour préparer le fable, fournir la fonte, 5c conduire le grand fourneau.. Les mouleurs font payés à rai-•fon de 15 ou 16 fols du*cent pefant.
- Les différens moules font numérotés depuis \ 5c 1 jufqu’à ro, 5c les marmites, pcfent autant de livres: la onzième pafle pour douze; la douzième pour quatorze ;; la treizième pour feize ; la quatorzième pour dix-huit j la quinzième pour vingt; la feizieme pour vingt-deux ; la dix-hui-•tiemepour trente ; la. vingtième pour quarante, 5c la vingt-quatrieme pour cinquante...
- Lk chaiHs qui nous a fervi d’exemple,, eft celui de la marmite numérotée 10 : ainfi cette marmite doit.pefer dix livres.
- On coule en;fable delà même façon , des chaudières-; 5c parce qu’elles n’ont point de piedson n’emploie que deux chaffis. Comme nous avons ^détaillé les procédés de la fonte des marmites qui ont*des pieds 5c des anfes, •il fera aifé de concevoir les -cas ou il faudra employer deux ou trois chafiis, fuivant qu’ôn aura fondre, doit des poêles à cloche d’antichambre , ou 'plufieurs autres-pièces ,, à la maniéré d’Allemagne , foit dés braiiers ou des fourneaux de<cuifine. :>nous remarquerons-feulement que, quand il doit y avoir une anfe, comme aux cloches des poêles , ou un trou, comme au corps de ces poêles,.il faut mettre le, jet fur un des côtés y„5c. non dans le milieu-.-
- On fait des chaudières de 6y 7 » 9 > 10, 12, 14, 16, >ï8,20,24,
- 50, 40, ?o, 70,5c 100 livres pefant. On coule aufli des marmites 5c autres ouvrages en moule de terre qui ne fervent qu’une, fois ; nous allons en parler.
- -ainfi qu’on parviendra à la connaître. M.ï)E M. UE ReaüMüR, celles fur le fer & l’acier .JüSTi obferve que, de toutes les recher^ ont le moins bien réuffi, parce qu’il tKU.. dies qu’a, faites le, laborieux & exaêt vailîàit d’après use fauife théorie,
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- SU4
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- Additions fur le moulage en terre, par M. Duhamel
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- Mémoires pour fervir à l’art de fondre en terre.
- La fonte en fable eft bien plus expéditive que la fonte en terre ; c’eft en cela que confifte fou principal avantage. Les avantages de la fonte en terre confident en çe que, i°. on peut fondre des ouvrages qui par leur forme ne font point de dépenfe : telle eft la forme des marmites qui font repréfentées dans les planches io & il.
- 2°. Quand on a foin de choifir une terre bien fine, les pièces tiennent plus propres & moins raboteufes que quand on emploie le fable, quelque fin qu’il puiife être.
- 3°. Les ouvrages fondus en terre font moins aigres que ceux qui font fondus en fable ; ce qui peut venir de ce que la fonte qui tient beaucoup de l’acier, fe trempe & devient fort aigre quand elle eft refroidie trop fubitement. Or il n’eft pas poffible de chauffer les moules en fable , comme on eft forcé de chauffer les moules en terre, ce qui occafionne le prompt refroidilfement \ d’ailleurs , & par cette même raifon, il refte plus d’humidité dans le fable que dans la terre , ce qui occafionne des bouillons.
- Il fuit déjà de ce que nous venons de dire, que toutes les terres ne font pas également bonnet pour faire les moules. Les terres trop chargées de fable n’auraient point aflez de confiftance pour conferver la forme qu’on doit donner au moule. Comme les terres trop graffes & trop approchantes de la nature de la glaife, fe fendent en fe féchant, & diminuent trop de volume , il faut , pour fe procurer une bonne terre à mouler, joindre la terre graffe avec le fable ,* & , fuivant que la terre eft plus ou moins grade, ou que Iq fable eft plus ou moins fin , 8c plus ou moins pur , il faut varier ces mélanges. C’eft un avantage bien heureux pour un fondeur, quand il peut trouver fous fa main des terres bien compofées par la nature même j fans quoi il ne pourrait parvenir à fe procurer un mélange parfait, qu’en fefant beaucoup d’effais. Pour empêcher la terre de fe fendre, on pourrait augmenter la dofe du labié i mais comme alors elle ferait moins duétiie , on préféré d’y mêler, foit de la cendre, foit de la fiente de bœuf ou de cheval deffechée , foit de la bourre ou des étoupes coupées menues , ou encore les balles qu’on retire des fleurs du rofeau. On croit aulli pouvoir donner plus de folidité aux moules , en y mêlant un peu de limaille de fer ou de mâche-fer pulvérifé. Enfin le fable doit être fin ; la terre graffe ne doit être alliée d’aucun corps étranger, tels que des marcailites ; & il faut que le mélange que l’on fait avec la terre naturelle que l’on emploie , puüfe foute-nir le feu fans fe fondre ni fe fendre.
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- Quelque bonne que foit la terre , il faut la rendre dudilé , en lapètrif-fant & ia corroyant, comme le font tous les potiers de terre , ce qui fe fait, en la battant peu-à-peu fur un gros billot de bois , avec un gros barreau de fer; & quand cette terre a pris une certaine du&ilité, on la ramafle peu-à-peu avec la paume de la main qu’on fait gliffer deffus , ' afin de la bien cor-, royer , & pour en ôter les corps étrangers ; ou , comme on le pratique en plufieurs endroits, on la corroie avec les pieds, dans ce qu’on nomme le marchoir que nous allons décrire.
- ' Le marchoir eft une efpece de parc (planche io 3fg. r ) formé dans une cour avec de fortes planches, retenu par des piquets : fes bords perpendiculaires £ont environ deux pieds de hauteur i le fond en eft planchéié.
- On jette la terre dans ce marchoir; on l’arrofe avec une fufnfante quantité d’eau qu’on fait chauffer en hiver dans la chaudière/(Jig. I ). Un ouvrier jambes, nues, corroie cette terre avec fes pieds j d’abord , pour que l’eau la pénétré, il la marche, comme le repréfente l’ouvrier de la jigure iere,- & quand elle a été réduite en une efpece de boue épailfe, le même ouvrier achevé de la corroyer en fe foutenant fur un de fes pieds, & en prenant peu«^ à- peu avec l’autre la terre par parties , pour la ranger à un des bouts du marchoir. Cette opération qui exige de l’habitude & de la force, réduit entièrement la terre en une pâte uniforme ; c’eft alors que l’ouvrier mêle avec la terre grade qu’il a corroyée, les fubftances qui doivent la rendre, propre à former les moules, telles que du crottin de cheval, de bonne étoupe, du fable fin, &c. Il répand ces fubftances peu-à-peu fur fa terre , & ii continue à la piétiner & à la corroyer jufqu’à ce que le tout paraiffe faire un corps homogène ; il finit par en faire des mottes a qu’on porte enfuite aux mouleurs. ,
- Avant de parler de la faqon de faire les moules, il eft bon d’abferver qu’ils font formés de deux pièces principales; favoir , le noyau & la chape. Le noyau doit avoir la forme de l’intérieur de la piece qu’on doit mouler ; dans le cas préfent, ce fera la marmite L du bas de la planche io. Cette partie devant former un creux, eft un moule en relief. La chape au contraire doit faire un moule en creux , parce qu’elle doit former la partie extérieure de la même marmite L; ainfi il faut ménager entre le noyau & la chape, un vuide pour recevoir le métal. Voici en gros comme on forme ces différentes parties,,
- l\ O'n fait le noyau ; 2e* on le recouvre d’une couche de terre qui doit avoir la même épaitîeur qu’on veut donner au métal ; 3Q. on recouvre cette couche par la chape; 40. on ôte la chape; 5°. on ôte la terre qui tient la place du métal ; 6*. on remet la chape fur le noyau , de forte qu’il refte entre, l’un& l’autre l’efpace qui eft deftiné pour le métal. Voilà en général toute l’opération du mouleur y maintenant je vais entrer dans les détails,.
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- Les noyaux fe-font fur un tour. La» piece principale de ce tour eft un arbre de bois F F (? H' I ( planche IQ;}: le corps; E- F de cet arbre eft à pans, & plus gros par le bout F que par l’aucre bout E, afin* qu’on puiile le retirer plus aifément : cette partie FFeft un peu plus longue que le noyau. Au gros bout eft un collet l-l, &aux deux extrémités, des tourillons /, G qui feront reçus dans des collets} enfin le tourillon qui répond au gros bout, eft de forme quarrée pour recevoir une manivelle.
- L’usage de cet arbre eft de tourncrle noyau P (planche io), ce qu’on pourrait exécuter en chargeant l’arbre de terre, & en le montant fur un pied de charpente (fig. 2)-, car en le fefant tourner au moyen de la manivelle/ (fig. 2) & en préfentant à la terre le calibre k (fig. 2 ) qui eft le même que O ou M, la terre prendrait peu-à-peu la figure que doit avoir le noyau. Mais comme il feroit bien long de faire toute la malle*du noyau en terre, & que peut-être même il ferait bien difficile de faire tenir fur l’arbre une auffi grolfe malfe de terre qui fe fendrait en fe féchant, on commence par former une grande partie de la maife du noyau avec des cordons de paille en cadenettes ou cordelées , comme 011 le1 voit en N (planche 10).
- On cadenette la paille comme pour en faire des paillaiTons, ou on la tord de la maniéré fuivante: un ouvrier fait tourner la manivelle^ F, & un autre qui tient fous fon bras une botte de paille longue & mouillée, en fournit pour faire cette corde marquée D.
- Le mouleur qui veut faire un noyau, place horizontalement un arbre fur un établi h (fig. 2 ) , formé de quatre pieds, & de deux traverfes i qui font alfemblées par un bout dans la piece m qui lui fert de table, fur laquelle il? met fa terre , & de l’autre dans une piece parallèle qui eft du côté de l’ouvrier. Cet établi eft repréfenté vu de diflférens côtés au bas de la planche n , figures 4, S & 6.
- L’arbre étant mis en place fur l’établi , comme on le voit (planche 10, fig. 2), le mouleur* aftujettit fur le devant de l’établi & devant lui le calibre qui eft fait d’une planche mince taillée en creux , fuivant le profil du moule* en relief j ce calibre fert à conduire l’ouvrier pour donner au noyau de paille à - peu - près la forme que doit avoir le noyau de terre;
- On conçoit que, pour former ce noyau de paille , il doit attacher à l’arbre un bout de la cadenette ou de la corde de paille qu’il emploie , & qu’en tournant la manivelle / que l’on appelle en quelques endroits chigmtte, il forme un peloton auquel il donne la figure convenable au noyau , en mettant plus de révolution aux endroits où le noyau doit être plus gros, ainfi que le guide le calibre qu’il a fous les yeux.
- L’intérieur du noyau étant fait avec les cordons de paille, comme on le voit en N ( planche 10 le mouleur commence à couvrir cette paille avec
- de
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- 4e la terre préparée, & il n’en met que ce qu’il en faut pouï remplir les inégalités que forment les cordons de paille, de forte que le noyau paraiffe aulfi uni que s’il était entièrement formé de terre. On voit (jîg. 2) i’ouvrier quiapplique la terre avec la main droite , & qui , de la gauche, fait tournée la manivelle. Nous obferverons feulement qu’il tourne toujours cette mani~ velle en la rappellant à lui, afin que la terre qu’il met en plus grande quantité qu’il n’eft nécefTaire, foit emportée par le calibre. Comme le mouleur a placé le premier calibre fort près des révolutions de paille, il en réfulte qu’il ne peut pas s’attacher une trop grolfe épailfeur de terre autour du noyau, parce que le calibre emporte ce qu’il y a de trop*, il eft important de ne pas mettre à la fois une trop grande épaififeur de terre , afin que la terre qui eft molle, ne fedétache pas de la paille j & c’eft pour éviter cet inconvénient, qu’on fait fécher la première couche avant de mettre la fécondé, & que l’oit fait enfuite fécher la fécondé couche avant de la couvrir, puis la troifieme, &c.
- On ôte donc les noyaux chargés d’une couche de terre de delfus l’établi 9 & fi c’eft en été , on les expofe au foleil pour les faire fécher j mais en hiver on les place ( planche 10, jîg. 7 ) fur une grande auge conftruite de briques , au fond de laquelle font des charbons allumés *,& de tems en tems on retourne les noyaux , dont les axes portent fur des planches attachées en long fur les murs de cette auge que l’on appel le la rôtijferie (79).
- Quand la première couche eft feche, 011 reporte le noyau fur l’établi,’ auquel le mouleur a ajufté un autre calibre échancré plus profondément que le premier, & qui permet de charger le noyau d’une plus grande épaiifeur de terre. A l’égard des marmites , ce fécond calibre fuffira pour finir le noyau ; mais pour des ouvrages qui exigent plus de précifion, 011 en emploie un plus grand nombre j & les mouleurs qui veulent faire de beaux ouvrages, appliquent ces couches de terre minces, & en plus grand nombre.
- Le mouleur plaque donc une nouvelle couche de terre avec la main droite 5 il tourne continuellement le noyau avec fa main gauche, & il continue ainft jufqu’à ce que le calibre fojt plein & qu’il porte dans tous fes points. Alors on remet à la rêtilferie le noyau qui eft fini , & qui repréfente exa&ement l’intérieur de la marmite. Quand il eft fec, on le couvre avec un pinceau d’une couche mince de craie fine , qu’on nomme de la potée (80) i d’autres emploient de- la cendre palfée au tamis fin t l’ufage de cette couche eft d’em-pêdier que la terre que l’on mettra fur le noyau, pour ménager l’épaiifeur du métal, ne s’attache à celle du noyau,* car on fait qu’il faudra ôter cette terre avant de couler le métal. '
- Lqrsque la, couche de craie eft feche , ce qui ne tarde pas, on remet h
- (80) En allemand glafmgrund.
- E e
- (79) En allemand trockenheerd. ^ Tome IL
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- noyau fur l’établi, auquel on ajufte un troifieme caîibrequi repréfènte exaev tement la forme extérieure de la marmite , & qui doit être alfea près du noyai* pour n’y laifler que l’épaiffeur que doit avoir le métal. On applique donc cette derniere couche, comme on a fait les précédentes , en faifant continuel-lement tourner la manivelle. On la fait lécher à la rôtilferie, puis on la recouvre, avec le pinceau-, d’une couche de craie ou de potée, afin que la-couche appliquée en dernier lieu ne contrarie aucune adhérence avec la chape qu’on doit mettre par-deffus. Il y a des fonderies où l’on fait cette çouche avec une terre maigre, qui fe rompt très-aifément quand on veut la détacher.
- - Quand le blanc eft fec , on reporte le noyau à l’établi pour former la chape (8-0, ee qu’on exécute en appliquant fur ie fécond blanc une couche de terre d’environ neuf lignes d’épaifléur ,• & l’on reporte ce noyau à la rôtilferie pour le faire fécher, enfuite on le remet à l’établi pour le charger d’une-couche de terre pareille aux précédentes, & de l’épaiffeur convenable. Pour les marmites qui nous.fervent d’exemple , cette couche eftfla derniere ; mais-, quand on fait de plus gros ouvrages, il faut y revenir un plus grand nombre de fois.j quelques-uns même fortifient îa chape par des bandes de terre qu’oii: voit au moule f( planche io),
- Je remarquerai ici qu'on applique toutes les couches de îa chape avec de» calibres, afin que l’épaitfeur de la terre foit égale par-tout; mais la forme* régulière du calibre n’eft maintenant d’aucune importance, puifquelle n’in-. flue point fur celle de la piece qu’on fe propofe de couler. Enfin on fait fécher à la rôtifferie cette derniere couche; pour que le.moule.foit,parfait, il' «e lui manque plus que des pieds- & des anfes..
- lu faudra que les deux, anfes foient diamétralement oppoféës l’une à-Pautre,- ainfi, pour marquer leur place für l’extérieur du moule , les ouvriers fe fervent d’une ficelle qui a pour longueur la demi-circonférence du moule, prife à l’endroit où doivent être placées les anfes ; & aux deux bouts de cette ficelle qui doit indiquer la place du haut de l’anfe , ils font une marque avec, le doigt; puis avec la corde qui doit marquer l’endroit où doit être placé^ le bas de l’anfe, ils font d’autres marques.; par cette méthode la place des anfes eft défignée avec une précifion fuflSfante.
- Les anlés X, X font formées par deux cylindres qui fe réunifient l’un à* l’autre par un de leurs bouts , & qui forment un onglet : la réunion de ces deux cylindres, fait un angle aigu.: leurs boucs qui ne font point-joints Lui* à, l’autre, font taillés en bec de flûte, ou plutôt d’iine forme propre à s’ajufter à la partie de la, marmite ou elles doivent sépondre ; le modèle de ces.
- {$0 fin allemand àu£>
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- fl 19
- anfes eft forme par deux pièces de bois Z a, qui font aflemblées en onglet, & à tenon & mortaifes par un de leurs bouts , comme on le voit en Y.
- On applique de la terre fur le modèle de bois, & l’on retire l’une après l’autre, les pièces de bois a, Z, ou cd> du tuyau de terre que l’on fait fécher au feu. Quand il a pris confiftance, le moule étant mis fur la table, 011 perce la chape jufqu’à la rencontre de la couche de terre qui doit former l’épailfeur du métal, & on met en place les tuyaux de terre X, X qui doivent former les anfes,* on a encore foin, pour les mieux alfujettir, de les fortifier avec un p'eu de terre.
- On fe rappellera qu’il eft indifpenfable de retirer la couche de terre qui fixe l’épaifleur du métal : pour cet effet, il faudra dans la fuite couper en deux la chape i le mouleur marque où doit être faite cette féparation, qui eft toujours précifément entre les deux anfes S, S (planche 10).
- On fait encore fécher les moules, & on les arrange pour cet effet autour d’un feu de charbon (planche 10, figure 6 ). Quand ils font bien fecs, on retire l’arbre & les cordons de paille qui fefaient l’intérieur du moule : l’un & l’autre s’enflammeraient par la chaleur du métal en fufion,* la terre du noyau doit avoir alfez d’épaifleur pour fe foutenîr indépendamment de la paille.
- Après avoir détaché toute la terre qui s’était attachée à l’arbre , on le fait fortir aifément, parce qu’il eft confidérablement plus gros par un bout que par l’autre * un coup de maillet frappé fur le petit bout, fuffit pour le faire fortir. On tire enfuite ( planche 10, figure 4, & gh du bas de la planche) le cordon de paille, qu’on fait fortir par le trou où était formé le gros bout de l’arbre , & qui répond à l’ouverture de la marmite. Ce cordon eft mis à part pour fervir dans le befoin.
- Quand le noyau a été ainfi vuidé, on le répare en-dedans avec de la terre qui le fortifie : on pofe fur le rôtiftoir des traverfes fur lefquelles on met les marmites debout, l’ouverture la plus évafée en en-bas, parce que l’intention eft de fécher plus parfaitement l’intérieur du moule (planche 10, figure 9).
- ÏLrefte àajufter les pieds à ce moule qu’on fuppofe fec. O11 commence par marquer fur le moule les trois points où ils doivent être placés jT, T, T (planche 10). Ces pieds font formés de deux parties : l’une conique en forme la tige cannelée i.elle fe moule comme les anfes fur le modèle P (plancheio) i l’autre qui fait la patte, fe forme en imprimant ia forme de cette patte fur un moule de terre Y (planche 10 ) qu’on ajoute au gros bout du tuyau q ; puis ayant percé la chape du moule jufqu’à la couche de terre qui doit faire l’épailTeur du métal, on met les pieds en place , comme on a fait pour les anfes. Quand les pieds ont été attachés au moule , 011 les reporte auprès du feu (pl 10 ,fig.6)> E e ij
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- Lorsque le moule eft bien fec* il faut ôter la couche de terre qui occupe la place deftinée au métal. Pour enlever cette couche,, on coupe en deux la chape par la ligne VVque nous avons dit plus haut que le mouleur avait tracée fur l’extérieur. On coupe cette chape avec le couteau e (pl. ïo), comme on le voit en 2 & 3 (même planche ). On enleve ces deux parties , qui fe détachent aifément,. parce que le blanc ou la potée ont empêché' la terre de la chape de s'attacher à la couche de terre fur laquelle on l’a appliquée : il4 faut bien prendre garde d’endommager ces deux pièces; car il faudra les remettre en place : après quoi on rompt & l’on enleve la couche de terre qu’on avait interpofée entre le noyau & la chape.
- Nous avons dit que les mouleurs perçaient la chape pour appliquer les anfes & les pieds ; néanmoins la plupart les pofent fur la chape qu’ils ne percent que- par le dedans $. & quand elle eft féparée en deux, ils polilfent ces. ouvertures avec un couteau & un tampon d’étoupes mouillées.
- On voit aux pièces m&n, qu’il refte à la chape une ouverture par où paffait l’arbre, & qu’il y en a une autre au noyau, n\ 3. Après avoir bouché le trou du noyau avec de la terre qu’on unit avec une palette, on le met fécher pour la derniere fois : ce trou eft fermé au noyau, x u. On ferme de même l’ouverture de la chape ; & quand les terres qui'ont été nouvellement appliquées font bien fechcs , on donne une impreflîon avec un pinceau ,. tant à l’intérieur du noyau qu’à l’extérieur de la chape ,. pour que le métal adhéré moins à la terre. Quand on veut que l’ouvrage vienne plus parfait , on met fur le noyau & dans la chape plusieurs couches d’une terre très-fine, que l’on unit encore avec un morceau de feutre frotté de vieux oing.
- Il faut maintenant ralfembler fur le noyau les deux moitiés de la chape , mais de façon qu’il refte entre l’un & l’autre un vuide égal à l’épaiifeur qu’avait la couche de la terre qui a été détachée. Si la chape touchait le noyau de quelque côté que ce fût, la marmite ferait percée en cet endroit : fi-, fans la toucher, elle en approchait plus d’un côté que de l’autre, l’épaiifeur du métal ne ferait pas égale par-tout. Il faut donc abfolument qu’il refte entre la chape &le noyau un vuide égal dans tout le pourtour; c’eft-à-dire, qu’il faut que le noyau foit ifolé dans la chape , comme s’il y étoit fufpendu. Ce problème, dont il ne ferait pas aifé d’imaginer la folution , eft très-ingénieu-fement réfolu par les fondeurs, & d’une façon d’autant plus admirable qu’elle eft fimple.
- iLs fe fervent de petites balles de métal fondu, qui ontprécifément l’épaif-fèur que doitavoir la marmite. Ils les placent fur le noyau à différers points, comme on le peut voir en u (planche 10 ). Ces petites pièces de métal fixent la diftance qui doit fe trouver entre la chape & le noyau; & comme elles Sent corps aveatemétal qui doit être coulé.,, elles font.partie de la. marmite^
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- Le travail que nous venons de décrire, s’exécute fur la table ( flanche 10? fgure O-
- L’épaisseur du métal étant fixée par ces petites pièces de fonte, on ajufte fur le nq.yau les deux moitiés de la chape, & l’on recouvre les jointures avec un peu de terre : il ne refte plus, pour que le moule foit fini, qu’à ajufter les jets 4, 4 (flanche 10) qui confiftent en deux tuyaux de terre qui fe réunifient en*un feul, à l’endroit où ils s’inferent dans la chape.
- C’est alors que les moules font finis j mais comme il eft important qu’ils foient parfaitement fecs , on les porte fous un hangard , où on les couvre de charbons ardens, & on les y tient affez long-tems pour que la chaleur puiffc pénétrer jufqu’au centre.
- Quoique le recuit ait donné de la fermeté à la terre , le moule pourrait bien ne fe trouver pas alfez folide pour réfifter au métal. Pour lui faire acquérir la folidité fuffifante, on enterre les moules dans du fable qui eft ordinairement devant l’ouvrage, & dans lequel on coule les gueules. Pour cet effet ,.on fait dans ce iable un trou k (flanche 11, figure 5 ) ,• on y def-cendle moule, puis on le comble de fable que l’on foule avec les pieds, ou avec la dame y de forte qu’il n’y a que les jets /, *, /, ( flanche 11» fg. f ) qui excédent la furface du terrein. Il ne faut pas oublier de remarquer que r pendant cette opération, on bouche avec des étoupes l’ouverture de ces jets, afin qu’il ne puiffe tomber de fable entre la chape & le noyau
- Des ouvriers ayant le bras garni d’une manche de groffe toile, puifent dit fer fondu dans l’ouvrage (voyez flanche il, fig. 2) avec des cuillers ; & après avoir débouché les jets , ils verfent le métal fondu , comme 011 le voit $f. 3. Je dois feulement faire remarquer, r°. qu’il faut verfer continuellement & fans interruption du métal y ainfi il faut que quelques-uns des ouvriers foient fans cefse occupés à puifer , pendant que d’autres verfent : c’eft pour cela qu’on établit deux jets, parce que , quand un ouvrier a prefque vuidé fa cuiller,un autre commence à verfer la fienne;2*.que pour les grandes pièces de fonte, il faut y employer au moins- quatre ouvriers, afin qu’il y en ait toujours deux à la fois occupés à verfer; 3^. je crois qu’il faut de tems en tems écumer lè laitier qui nage fur le métal, avec: un morceau de fer ou avec un bâton.
- It eft bon de laifser le métal fe refroidir lentement dans les moules, pour que la fonte en foit plus douce. Lorfqu’on juge qu’elle eft entièrement refroidie , on retire les moules du fable; enfuite on rompt avec un pic 51a’ cbape & le noyau (flanche 11, fig. 5) y enfin on décrafse & on ébarbe ces marmites de la même maniéré que celles qui ont été fondues en fable, avec; une grolse lime R de fer fondu .(planche 11 , .fs* & 7
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- B ES F 0 ü R N E A U X.
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- Remarques*
- On ne Eut guère d’ouvrages de fonderie que dans les forges où le fer ell aigre: les maîtres de forges trouvent plus de profit à convertir en barres les fers doux. Néanmoins les ouvrages de fonte feraient bien meilleurs, fi l’on y employait la fonte de la meilleure qualité. Comme on charge de beaucoup de charbon les fourneaux qu’on deftine pour couler, & qu’ôij y met peu de caftine , la fonte en devient plus coulante & plus blanche ; mais auflî je crois qu’elle cft plus fulfureufe & plus aigre.
- Je crois qu’on coule les contre-cœurs de cheminée fur une furfacc de fable, dans laquelle on imprime les ornemens fculptés fur un modèle de bois. Comme les boulets de canons doivent être fphériques & pleins de matières, on les fond dans des moules en coquilles, faits avec de la fonte ou du cuivre.
- Je crois que les bombes fe font par les procédés que nous venons d’ex-pofer; excepté qu’on fait le noyau avec une terre fort maigre , pour qu’on puilfe la retirer plus aifément.
- Maniéré de faire les tuyaux de fer coulé ou fondu. Par M. Deparcieux,
- Il y a deux fortes de tuyaux de fer coulé; les uns fervent dans les' grands bâtimens à conduire la defcente des eaux des toits , depuis les cheneaux juf-qu’à terre, ou on n’en met que 8 à io pieds en bas, pour ne pas y employer du plomb , qui ferait fujet à être boffué & à s'engorger.
- Les autres tuyaux, incomparablement plus nécelfaires, font qeux dont on fe fcrt pour conduire les eaux d’un lieu à un autre, foit pour les befoins des villes ou des grandes maifons , foit pour l’arrofement ou la décoration des jardins.
- La maniéré de mouler les tuyaux de defcente, a toujours été la même que celle qui a été en ufage pour ceux de conduite. Tant qu’on a moulé ces derniers entièrement en fable , à la réferve du noyau qui a toujours été fait en terre , on a de même moulé les autres en fable ; ils rendaient le même fervice, & ils étaient auffi bons que ceux qu’on fait aujourd’hui : rien ne portait donc à defirer qu’ils fuflent mieux faits.
- Mais dès qu’on eut imaginé de faire les bouts des moules des tuyaux de conduite, avec des platines de fonte pour former la furface plane des brides & porter les petits noyaux qui forment les trous des vis, on mit tout auffi-tôt des platines aux chaiïis des tuyaux de defcente, parce qu’il était mieux qu’ils fuifent terminés quarrément, que de l’être par deux bifeaux, l’un à
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- droite & l’autre à gauche , venant fe réunir aux joints du moule qu’on nomme les coutures, comme on verra que cela était ci-devant j mais l’heureufe idée de terminer les moules par des platines de fonte, n’a pas été imaginée pour ceux-ci.
- Ainsi l’art de mouler & de couler les tuyaux de defcente n’ayant rien de particulier, nous n’en parlerons qu’à la fuite des autres. Nous allons commencer par faire connaître comment étaient faits les premiers tuyaux de fer qu’on a employés à conduire les eaux: ces connai/fances faciliteront l’intelligence de ce qui fe pratique, aujourd'hui.
- Des anciens tuyaux de conduitev
- Les premiers tuyaux de fer qu’on a employés à conduire les eaux d’uft lieu à un autre, furent faits à l’inftarde ceux degrés ou de terre cuite, s’emboîtant les uns dans les autres avec d.u maftic & de la filalfe , comme on fait pour ceux de grès il en exifte encore en quelques endroits, entre autres à Serras près de Baville. Vers 1746 ou 1747 , on a démonté aux Tuileries une-conduite qui fervait à porter les eaux de décharge du grand baflin rond au*, baffin odtogone : il relie encore plulieurs de ces tuyaux dans les magalins; du roi.
- Pour concevoir comment on fêlait ces premiers tuyaux de conduite.,, repréfentés par les figures 1 &2 (s) , il fuiïit prefque de favoir comment était fait le modèle repréfenté par les figures 3 04 les fgures 5 0 6 repré.-fentent Je noyau qui formait le dedans.
- L’explication du modèle de ces tuyaux devantlervir pour l’intelligence de ce qui fera dit dans la fuite : nous allons entrer dans quelques détails, comme li on s’en ferv.ait encore.
- Ce modèle Cfig. 3, 0 4 ) confiftait en une efpece de cylindre qui repré-fentait & contenait à la fois toute la folidité du noyau & celle du tuyau la partie A BCD, en fefant abftra&ion du relie, repréfente te tuyau tel qu’il devrait paraître à rextérieur aufortir du moule j les relfauts^, D, JS, C repréfentent l’épaiifeur du tuyau i les parties G & Jîrepréfentent les bouts dit noyau excédant le tuyau de trois à quatre pouces par chaque bout > ayant les mêmes diamètres que le tuyau devait avoir intérieurement par chaque bout,, ils font portion du modèle f ils formaient dans le fable la, place oit fe pofait le noyau.,
- ( O, On a cru que les figures feraient fait pour là plupart,- on a mieux aimé les plus fenfibles & plus intelligibles fi on lés faire plus petites, que de les donner.fimples.; préfentait de deux maniérés , c’eiî-à-dire, & plus grandes,
- en perfpeftive & en coupe, çomme. on a
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- Le bout B Ç était renflé dans une longueur de fix à fept pouces parallèlement au refte du tuyau, de maniéré que le diamètre intérieur de cette partie renflée était plus grand de fix à fept lignes que le diamètre extérieur de l’autre bout.
- Ces fortes de modèles cylindriques font divifés en deux moitiés, fuivant la longueur, par un plan qui palTe par Taxe ,• ou , pour mieux dire , ils font communément faits de deux pièces de bois aflemblées par deux chevilles, après en avoir bien drelfé l’entre-deux i le modèle étant fait, on raccourcit un des bouts de chacune de ces chevilles , pour en faire les gougeons qui fervent à tenir d’aecord les deux moitiés du modèle quand on veut faire la fécondé moitié du moule.
- La forme ronde de chaque moitié du modèle ou de chaque demi-cylindre, donne par elle-même toute la dépouille nécelfaire aux côtés ï il fallait alors en donner un peu parles bouts, tant aux extrémités de ce qui forme Pem-preinte du noyau, qu’aux reflauts qui formaient l’épailfeur que devait avoir le tuyau ; il fuffifait de donner une ligne de dépouille, ou une & demie tout au plus, fur la hauteur du demi-diametre du modèle.
- Cette dépouille fefait que les bouts des tuyaux n’étaient pas coupés bien quarrément, étant plus longs à l’endroit des joints du moule ou des coutures, qu’aux deux entre-deux j mais cela ne fefait aucun tort à ces fortes de tuyaux.
- Ce modèle ainfi préparé , & ayant des chaffis tels que le fable peut avoir aux environs de trois pouces d’épaifleur delïus, deffous & aux côtés ; on prenait la moitié du chaffis (/) qu’on pofait fur la planche à mouler: on prenait de même la moitié du modèle $ on la mettait au milieu du chaffis (fig. io), & on moulait cette moitié du modèle: cela fait , on renverfait le demi-chaffis avec les foins néceiïaires ; on plaçait la fécondé moitié du modèle fur la première, on mettait la fécondé moitié du chaffis , & l’on achevait le moule en réfervant trois jets le long de cette fécondé moitié.
- On. préparait fans doute alors les noyaux comme on les prépare à pré-fçnt: nous l’enfeignerons ci-après. Le noyau étant prêt à mettre dans le moule, on pofait les extrémités dans les empreintes faites dans le fable par les bouts excédans G & H âu modèle que nous avons dit ci-devant être des mêmes diamètres que ceux des bouts de l’intérieur du tuyau. Les deux moitiés du moule étant affemblées , il ne reliait qu’à y couler la fonte.
- Il y en avait (jtg. 3 ^4) où l’on réfervait un bourrelet àfix ou fept pouces du petit bout, pour retenir le ma{Hç& U filaflp quand on les emboîtait.
- Une conduite de pareils tuyaux fans défauts 5 & pofée avec foin dans
- ( t) Il y a des forges où l’on nomme les d.emi-chaffis desjfquJJcs-jpiecçs^ en allemand fütterjïücken.
- un
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- un terrein folide, durait aflez long-tems, pourvu que Peau ne fût pas trop forcée ; mais quand les conduites étaient chargées par une hauteur d’eau un peu confidérable , l’eau pénétrait le maltic, en s’introduifant peu-à-peu dans fes petits interftices, & le détruifait.
- Il elt aifé de fentir que , quand il arrivait quelque accident dans le cours d’une pareille conduite, il n’était pas poffible d’ôter le tuyau où était le mal, fans le carter ; fouvent on endommageait fes deux voifins ; & il n’étaifc pas non plus poffible d’y en fubftituer un autre en fer : il fallait y mettre deux bouts de tuyau de plomb , avec une foudure au milieu.
- La difficulté qu’il y avait à ôter un tuyau tel que les précédens, du milieu d’une conduite toute pofée, & l’impoffibilité d’en fubftituer un autre en fer à la place quand le premier était ôté, fit imaginer une autre maniéré de faire & d’ajufter ou de joindre les tuyaux enfemble , qui, comparée à la précédente , dut paraître très-bonne.
- Ce fut de faire des tuyaux toujours de la longueur ordinaire de 3 pieds à 3 pieds & demi, & d’un même diamètre dans toute leur longueur j on fit de plus d’autres tuyaux ou grandes viroles auffi en fer fondu , qui n’avaient qu’un pied ou quinze pouces de long, mais dont le diamètre intérieur était plus grand de fix à fept lignes que le diamètre extérieur des premiers ; on aflemblait les tuyaux bout à bout, en mettant une de ces grandes viroles fur le joint, avec du maltic & de la filalfe ; & on nommait cet artem-blage , des conduites en manchons, à.caufe de la forme des viroles. Voyez les fig. 11 & 12.
- On crut qu’au moyen de cette difpofition, s’il arrivait qu’un tuyau fe calfât, ou qu’ily furvint quelqu’autre faute, on pourrait aifément l’ôter en chauffant les deux manchons pour en amollir le maftic, & les pouffer en-fuite l’un à droite & l’autre à gauehe; mais le maftic ayant perdu une partie de fon on&uofité , lorfqu’on l’avait chauffé la première fois pour l’employer, & venant à en perdre encore lorfqu’il fallait échauffer les tuyaux jufques à ce qu’ils échauffaffent eux-mêmes le maftic, joint à la rouille qui s’y était formée, il arrivait que celui des bouts du manchon était tout-à-fait derte-ché , avant que celui du milieu fût fuffifamment chaud , & qu’il était impof-fible de faire couler le manchon; il fallait donc encore carter le tuyau, & fouvent fes deux voifins ; ce qui devenait très-coûteux, & a dégoûté pour toujours de fe fervir de ces tuyaux. D’ailleurs le maftic neréfiftaitpas long-tems aux grandes charges d’eau , comme on l’a déjà dit : il. était fâcheux de ne pouvoir faire un ufage p’us étendu , c’eft-à-dire, pour les grandes char--ges d’eau, d’une matière auffi folide, auffi commune, & par conféquent à auffi bon marché.
- Tome 11 F f
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- On appercevait fans doute depuis long-teras , que des tuyaux à oreilles* qu’on pourrait joindre & ferrer autant qu’on le voudrait ave« des vis , & du cuir entre deux, fatisferaient à tout ce qu’on pouvait defirer à cet égard; mais il fallait imaginer le moyen de faire fortir du moule les tuyaux avec leurs oreilles toutes percées & prêtes à recevoir les vis, fans beaucoup augmenter leur prix : percer les trous après coup , aurait été une befogne longue, pénible & coûteufe ; mouler les tuyaux , comme on moule pour le cuivre avec des pièces de rapport, aurait peut-être été tout auftî coûteux, s’il ne l’avait pas été davantage : une heureufe idée en adonné le moyen ; ce fut, dit-on, vers la fin du flecle dernier, tems où Louis le Grand voulait embellir Verfiailles 8c Marly, qu’on imagina enfin-le moyen de faire des tuyaux à bride, qui fortaient du moule avec les oreilles percées , tels ou à-peu-près Jqu’ on les emploie maintenant par-tout.
- C’est principalement dans le chaffis qui fert à mouler ces tuyaux,que fe trouve toute l’invention; moyen fi fimple, que bien des gens diront fars-doute , quand on verra en quoi il confille, que cela y?était pas bien difficile à* trouver : tant tout devient fimple ou aifé , quand, on le connaît. On a néaru. moins été des fiecles à imaginer ce moyen , tout fimple qu’il paraît. Quel ufage n’en auraient pas fait- les Romains, s’il avait été connu de leur tems h
- Maniéré de. faire les tuyaux à brides-, ou à oreilles percées..
- Du moule
- Le modèle d’un tuyau fimpîe à oreilles, tel que celui qui eft repréfenté par les figures 13 14, eft compofé de fix pièces ; favoir, de deux pièces
- à-peu-près demi-cylindriques , telles que les repréfentent les figures 15^? 16, & de quatre pièces repréfentées par les figures 17, 17, dont deux en-femble forment la bride 18.
- Deux demi-brides & la moitié du cylindre font la moitié du modèle repréfenté par les figures 19 g? 30; les figures 21 & 22 repréfentent le modèle entier.
- Les deux bouts excédant A 8c B ( figures Tf &?r<0, doivent pvoit, comme aux modèles des anciens tuyaux , le diamètre (u J qu’on veut donner à l’intérieur des tuyaux , & environ 3 pouces à 3 pouces & demi de long. Les reflauts GG repréfentent l’épaiffeur qu’on veut qu’aient les tuyaux, obfer-
- (u) Quand on dit un tuyau de tel ou tel diamètre , il faut toujours entendre quç ç’eft du diamètre intérieur dont on parle.
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- vant néanmoins que , pour donner plus de force à la bride , il eft à propos quecereifaut ait deux à trois lignes de plus contre la bride que dans le corps du tuyau , allant en diminuant, pour fe réduire à rien à deux pouces loin de la bride.
- On fait que Pépaifleur des tuyaux doit fe régler d’après leur diamètre & la hauteur de la charge d’eau qu’ils doivent fupporter. Perfonne que je fâche, n’a encore fait d’expériences fur la force de la fonte de fer : il faut néanmoins partir de quelque point fixe^ On ne peut jufqu’à préfent confeiller rien de mieux, que de voir dans les lieux où l’on en a fait grand ufage, comme à la machine de Marly, l’épaiiïeur de ceux qui ont rélifté , & celle de ceux qui ont calfé ; tâchant de favoir où ils étaient placés , pour connaître la charge d’eau qu’ils fupportaient, en voir plufieurs, & pécher plutôt par un peu plus que par un peu moins, vu que ce n’eft pas une matière bien chere 5 c’eft le moyen le plus fur que je connailfe , & cela eft eifentiel à obferver pour ceux qui font faire des modèles particuliers.
- L’épaisseur la plus ordinaire pour les tuyaux de fix pouces, eft de fixa fept lignes,- mais s’ils doivent porter une charge d’eau de cent à cent vingt pieds, il faut leur donner huit à neuf lignes d’épailfeur; on fent afTez, d’après toutes que nous venons de dire , que fi une conduite doit être pofée dans des lieux hauts & bas, il faut que les tuyaux des endroits bas foient pins forts que ceux du haut ; ce qu’on peut faire fans changer de modèle, comme on le dira en parlant des noyaux.
- Les modèles des brides forment une ouverture au milieu du même diamètre que doivent avoir les tuyaux intérieurement; ils s’appliquent fur les bouts excédans du modèle tout contre les rehauts ; ils doivent avoir dix à onze lignes d’épailfeur pour les tuyaux de deux à trois pouces de diamètre, onze à douze lignes pour les tuyaux de quatre à cinq pouces, & quatorze à quinze pour les tuyaux de fix à huit pouces.
- Les trous des vis doivent être tels que leur bord intérieur foit à huit ou neuf lignes loin de la furface extérieure du tuyau, pour la place nécelfaire à l’écrou , à la tète de la vis , & à l’anneau de la clef qui fert à les tourner pour les ferrer: il faut toujours faire les trous d’une ligne & demie ou de deux lignes plus grands que la tige des vis qui doivent y être employées , pour n’être pas gêné en les pofant : il faut pour cela donner à ces trous dix lignes de diamètre pour les tuyaux de deux à trois pouces, onze lignes pour les tuyaux de quatre à cinq pouces, douze à treize lignes pour les tuyaux de fix à huit pouces , & donner fix à fept lignes de force à la partie de l’oreille qui fait l’extérieur du trou.
- On fait les brides des tuyaux de deux pouces ovales , avec deux trous pour
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- les vis ; & en les pofant, on obferve de mettre les brides verticales, c’eft - à-dire, une vis defTus & l’autre deffous ; de femblables brides feroient aufii luffi-fantes pour les tuyaux de trois pouces i on y met ordinairement trois vis ,, quelquefois quatre.
- La rondeur des demi-cylindres fait heur dépouille pour les tirer du fable aifémentj il faut donner la même facilité aux modelés des demi-brides. On peut le faire de deux maniérés : i\ en fefant la ligne A B ( fg. 17 ) un peu plus courte que la ligne CD » une ligne de chaque côté donne une dépouille fuftifante: 2°. on peut encore donner la dépouille, en fefant le tour de la bride un peu en pente du côté du tuyau; c’eft-à-dire ( fig. 20 ), faire B un peu. plus bas que A, parce qu’on verra ci - après qu’on peut tirer les demi - brides par les bouts du moule quand le tuyau eft moulé; d’autres donnent les deux dépouilles à la fois , & c’eft mieux.
- On donne ordinairement moins d’épaiifeur aux brides que ce qu’on marque ici ; mais c’eft une économie mal entendue : cette épargne 11e va jamais à deux livres de fonte par bride, même pour des tuyaux de 8 pouces ; ce qui fait une épargne de cinq, fix à fept fols tout au plus par tuyau ; & faute de cette force fuftifante, il arrive très-fouvent à ces tuyaux, dont les brides font trop peu épaiffes , qu’en ferrant les vis, les oreilles fe calfent, ou bien par la charge des terres après qu’ils font employés ; ce qui eft encore plus coûteux..
- Pour fortifier d’autant plus les brides, & les mieux lier en même tems au corps du tuyau, fans qu’il en coûte beaucoup de matière , il fout, comme il a déjà été dit, augmenter l’épaifseur du tuyau en-dehors à l’approche des brides, commençant à deux pouces de la bride, & augmentant en pente juf-qu’à elle ; donnant près de la bride jufqu’à deux ou trois lignes d’augmentation d’épaifleur tout autour , fi ce n’eft à l’approche des trous des vis, pout n’en pas gêner la tète ni l’écrou,
- La conftruétion de ce modèle étant bien entendue, on fentira aifément celle des autres tuyaux à une ou à plufienrs branches , courbes , coupés en biais, &c. dont 011 dira pourtant encore quelque chofe ci-après , pour en foire connaître la commodité & l’utilité. Nous paflbns à la conftrudion du challis propre à mouler avec le modèle qu’on vient de décrire, & nous ferons voir tout de fuite l’ufage de l’un & de l’autre, afin d’être plus courts fur tout le lefte , dont on devinera une bonne partie par la feule infpeéiion des figures.
- De la conJiruBion des chajps des tuyaux à brides..
- Ces chaflis font compofés de deux moitiés féparées, comme ceux des autres tuyaux. Pour des tuyaux de fix pouces & de trois pieds & demi de long , ces
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- demi-chaffis doivent avoir quatre pieds & demi de long , quinze à feize pou* ces de largeur , & huit pouces de hauteur ? en bois de quinze à feize lignes d’épailfcur , & davantage fi c’effc pour de gros tuyaux : ils doivent être afsem-blés à queue d’aronde, & folidement Ferrés par des équerres dans les encoignures , & garnis de quatre forts crochets. Voyez la figure 23 ; elle repréfente un de ces demi-chaffis, & la figure 24 en repréfente le plan.
- ClüX-ci different des chaffis des anciens tuyaux, en ce qu’ils, portent deux platines de fer fondu A B & C D mobiles d’environ un pouce & demi dans les rnortaifes F, F, & fuivant le fens de la longueur du chaffis : la figure 25 repréfente une des platines vue de face ? le demi-cercle A doit avoir le même diamètre que doit avoir l’intérieur du tuyau, pour notre exemple fix pouces: les trous F & C doivent être exa&ement placés comme ils le font au modèle de la demi-bride, & de la même grandeur,- on fent aifément qu’il faut faire un modele en bois pour mouler ces platines entre deux fables ; elles doivent être d’égale épailfeur par-tout, par la raifon qu’on verra ci - après cette épailfeur elï ordinairement de douze à quinze lignes ? leur longueur D E. ( fig. 25 ) entre les entailles, doit être égale à la largeur intérieure A, B du chaffis (fig. 23 çf? 24) ,afin qu’elles ne puiflent jouer de droite à gaucho y les parties excédantes H, G qui entrent dans les rnortaifes F, F, &c, doivent être égales à-l’épaifseur des planches du chaffis, & avoir même quelques lignes de plus , parce que cela ne nuit pas > la hauteur des platines doit être la même-que celle des demi-chaffis j celle des entailles I K, égale à la hauteur dubois, qui refte au - defsous des rnortaifes, afin que ledefsus des platines réponde exactement au defsous du demi-chaffis : on y laifse communément deux pouw ces de bols ou deux pouces & demi, & autant par-defsus y par - là les mortai-fes & les tenons des platines.qui y entrent, ont au moins trois pouces? quand ils en ont quatre , les platines font moins fujettes à.avoir du devers, ce qu’il cft bien efsentiel d’éviter.
- La diftance entre les rnortaifes F, F fur un même côte du demi - chaffis,. doit être égale à la longueur que doit avoir le tuyau, brides comprifes , dans notre exemple trois pieds & demi? les rnortaifes ont trois pouces dans le fens de la longueur du d-emi-chaffis ? refbe encore trois pouces de bois entre la mor-taife&leboutdu demi-chaffis? on fait enfin une petite entaille F, au milieu dit joint des petits côtéspour la place de l’arbre de fer qui eft au milieu du noyau.
- Du noyau*.
- Pour faire le noyau, on prend une barre de fer dêfBnée à cet ufage, de. 7à 8 pouces plus longue que le chaffis3,elle doit.être quarrée , h ce n’eftaux:
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- deux endroits où l’on verra cf après qu’elle doit être ronde : on l’enveloppe d’une torche ou corne faite avec du foin , bien torfe & bien ferrée, qu’on fait plus ou moins groife, & dont on met plus ou moins de tours, félon que le diamètre des tuyaux eft plus ou moins grand. Pour les tuyaux de grand diamètre , on palfe l’arbre de fer dans une piece de bois, afin qu’il y ait moins d’épaifieur de foin autour -, on arrête la piece de bois à l’arbre de fer par une clavette à chaque bout.
- Il y a des forges où l’on nomme l’arbre de fer feul, ou l’arbre & le bois enfemble, troujjeauj d’autres 11e le nomment trüujfeau que quand il a reçu l’enveloppe de foin : le dernier paraît mieux convenir.
- Le diamètre de ce troulfeau ainfi compofé de l’arbre de fer & de la torche de foin, doit être moindre que celui que doit avoir le noyau d’environ un pouce & demi à deux pouces, afin de pouvoir y mettre encore huit, dix à douze lignes de terre autour, pour, achever de lui donner le diamètre nécef-faire pour des tuyaux de quatre, fixa huit pouces, un peu moins pour les moindres diamètres , & davantage pour les plus grands.
- On fait, par tout ce qu’on a vu jufqu’à préfent fur l’art de mouler pour la fonte de fer, que la terre qu’on emploie pour faire les noyaux doit être mêlée avec de la fiente de cheval bien battue , bien mêlée & bien épluchée de pierres de gravier & autres ordures, & être d’une confiftance un peu mollette pour être employée.
- Le tour fur lequel 011 forme ces noyaux, & qu’on nomme Vattelier, con-fifte en deux pièces de bois folidement arrêtées ou fcellées dans un mur à trois pieds de hauteur, ou environ, & diPcantes entr’elles d’environ quatre pieds, qu’on nomme les appuis : on met fur le derrière, ou contre le mur, une ou deux planches pour y mettre la terre pétrie & prête à employer,* on fait une entaille dans chaque appui, dans lefquelles puiifent entrer deux portions de l’arbre du noyau, qu’on arrondit de maniéré qu’ils n’y foienc ni trop juftes , ni trop aifés.
- On a une planche bien droite par Tes deux côtés, aufii large par un bout que par l’autre , & un peu tranchante par un de fes bords; on pofe cette planche fur les appuis, par-devant, mettant le côté tranchant du côté des entailles faites fur les appuis 5 on place la planche de maniéré que ce rebord tranchant foit diftant du milieu des entailles, de la moitié du diamètre que doit avoir le noyau ou l’intérieur du tuyau. O11 marque alors, fur les appuis , le derrière de la planche , & on fait fur chaque appui un trou dont le bord réponde à la ligne qu’on vient de marquer , qui fêlait le derrière de la planche , afin que mettant une cheville de bois ou de fer dans chacun de ces deux trous, & y appuyant le derrière de la planche, l’autre côté fe trouve
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- di-ftant du milieu des entailles dans lefquelles doit tourner l’arbre du noyaua de la moitié du diamètre que doit avoir le tuyau ou le noyau.
- On fait deux autres trous fur les appuis, tels que les chevilles qu’on y mettra tiennent la planche deux lignes plus près des entailles j deux autres qui rapprochent encore la planche de cinq à fix lignes, & encore deux autres, &c, félon le nombre des couches de terre qu’on doit ou qu’on veut mettre autour du troulfeau : on n’en met ordinairement que deux aux tuyaux de deux & trois pouces ; on en met trois pour les tuyaux de quatre à cinq pouces, quatre pour les tuyaux de fix à fept pouces , & pour les autres au-d.eiius cinq couches & tout au plus fix.
- Tout cela préparé, & la planche étant aux trous les plus près du trouf-feau ou des entailles, on applique de la terre fur la torche de foin , tâchant de Pinfinuer, de la faire entrer & pénétrer le plus qu’on peut entre les tours de la torche & les brins de foin , fefant tourner le troulfeau devant la planche pour rendre la couche égale par-tout ; cette première couche appliquée 9 on met le troulfeau fécher fur la rôtilferie : lorfqu’il eft fec, on met la fécondé couche qu’on fait de même fécher, & ainfi jufqu’à la derniere qui doit être très - unie ; & pour cela elle eft faite avec de la terre palfée au tamis , & pétrie avec la fiente de cheval comme l’autre : la derniere couche, qui n’a que deux lignes d’épailfeur, étant feche,un peu avant que d’enfermer le noyau dans le moule dont nous allons parler , on fait recuire le bout du noyau, en lui donnant un feu plus vif ,* après ce recuit, on remplit les crevalfes > s’il y en a , avec de la charrée , ou cendre détrempée,* & étant, bien fec, on finit par le laver avec du poulîier de charbon détrempé , pour faciliter la réparation de la terre d’avec le fer.
- Il faut faire ce lavage tandis que le noyau eft encore chaud, & ne Peu-fermer dans le moule que quand on voit qu’il ne refte plus aucune marque d’humidité : on fait de ces noyaux à la fois , autant qu’on a d’arbres de feu
- Les arbres des noyaux ont un bout un peu applatipoury adapter une-manivelle de bois , avec laquelle un homme ou un enfant tourne le trouf-feau , tandis qu’un autre met la terre.
- Veut-on faire des tuyaux de moindre épailfeur, & de différons degrés de diminution, pour des parties de conduites qui doivent avoir de moindres charges d’eau à porter que les autres ? on peut le faire fans changer de mo-* dele ni de chaflis , & c’eft mieux.
- On voit aifément qu’on diminuera Pépailfeur d’autant qu’on voudra , en grofliifant le noyau j ce qu’on ferait en reculant la planche fur les appuis de Patteiier d’une ligne, ou de deux lignes, &c. Mais en s’y prenant do la forte j le. noyau ne pourrait plus entrer dans le demi - cercle des platines.
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- duchaflîs: on pourrait difpoferles mortaifes du chaflis de maniéré qu’on pût changer les platines fans les démonter ; mais il fera beaucoup mieux de le fervirdes mêmes platines ; & on le peut, en fefant toujours les bouts des noyaux de la même groffeur qu’ils avaient pour les premiers tuyaux, & ne donnant l’augmentation de groffeur aux noyaux qu’entre les platines.
- Cette augmentation doitfe faire en pente , ou peu-à-peu , comme celle qu’on a faite en-dehors , pour mieux marier les brides au corps du tuyau, & encore ne faut-il pas commencer fi près des platines.; il eft mieux de laif-fer toute l’épailfeur de la bride du même diamètre à tous : pour cela , quand on aura fait tous les noyaux de la plus forte épauleur de tuyaux, on marquera le milieu delà longueur de la planche qui a fervi à calibrer les premiers noyaux : on mènera plufieurs lignes parellélementau bord tranchant; la première à une ligne de diftance de ce bord , une à deux lignes , une à trois lignes , &c. Si les tuyaux ont trois pieds & demi, on prendra vingt pouces de part & d’autre du milieu delà planche; &à partir de ces deux derniers points en revenant vers le milieu, on diminuera la largeur de la planche d’une ligne, ou de deux, ou de trois , &c. Venant rencontrer celle qu’on voudra des lignes parallèles à deux pouces loin des points où l’on commence la diminution , on échancrera ainfi la planche d’une ligne , ou de deux, &c. On la rendra de nouveau tranchante , & l’on aura un calibre ou échantillon , qui fera les noyaux tels que l’épailfeur des tuyanx fera diminuée de ce qu’on aura déterminé , tout le relie étant comme aux premiers.
- On dira peut-être que par ce moyen la conduite fe trouvera alternativement large dans les corps des tuyaux, & étroite dans les brides , & que l’eau aura moins de liberté pour couler à l’endroit des brides , qu’ailleurs. Mais elle n’ell pas plus gênée dans les brides de ces parties de la conduite, qu’elle ne l’eft dans la partie entière faite avec les tuyaux de la plus forte épailfeur; il faut fuppofer qu’on a fait faire ces premiers d’un diamètre fuffifant. On ne fait point cette diminution pour donner plus de palfnge à l’eau; on la fait pour diminuer la dépenfe, & cet objet eft alfez important dans une grande longueur de conduite , pour qu’on doive y prendre garde. Il faut avoir foin de faire dans le moule des marques différentes pour les différentes diminutions d’épaiffeur, afin de les reconnaître plus aifément.
- On fait avec la même terre dont on fait la derniere couche des noyaux, mais pétrie un peu plus ferme, un nombre de petits rouleaux bien droits, d’environ trois pouces & demi à quatre pouces de long, qu’on moule dans deux demi-cylindres de bois creux faits pour cela, du diamètre que doivent avoir les trous des vis; on y enfonce la terre par un bout qu’on prelfe bien, tenant l’autre bout appuyé fur une table ou planche; on fépare les
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- coquilles ou demi-cylindres de la terre, en les fefant glifTer en long; il faut ohferver que les bouts foient coupes quarrément-; on les fait fécher, recuire , & on les lave avec le pouilicr détrempé tout comme les noyaux. Où en fait une grande provifîon à la fois, qu’on a foin de tenir en lieu fec, même un peu chaud ;.c’eft ordinairement la befogne des enfans.
- Du moule-.
- On prend la moitié du moule du tuyau, c’eft-à-dire, la moitié du cylindre (celle qui n’a pas les gougeons ), & deux demi-brides qu’on affemble fur une planche à mouler ; on prend de même le demi-chaflis qui ne porte pas les gougeons} on pouffe les platines vers les bouts du demi-chafîïs ; on fie pofe fur le demi-modele; les platines de fonte tombent hors des demi-brides fur les bouts excédans du modèle j on rapproche alors les platines contre les demi-brides : le tout s’arrangeant & prenant fa place, on voit que les platines venant s’appliquer contre les demi-brides , s’appliquent en même tems contre les bords de leurs mortaifes , puifque leur diltance a été faite égale à la longueur du tuyau ou du modèle. On arrête les platines par des coins qu’on met dans les mortaifes, & qu’on cliaife un peu avec un maillet, afin qu’elles foient bien appliquées contre les demi-brides & contre les bords de leurs mortaifes : on met alors le pouiîier de charbon , & enfuite le fable qu’on met feulement entre les platines, & l’on moule cette moitié du tuyau à l’ordinaire, remarquant que les platines font portion du moule ; elles en font les bouts.
- Cette moitié étant faite, on retiverfe le demi-chafîîs ; on met l’autre moitié du modelé delfus, puis l’autre dcmi-chaflis & le refte comme pour la première moitié, & on achevé le moule en réfervant trois jets fur le corps du tuyau, & deux fur chaque bride,- les jets ont ordinairement fix à fept lignes de diamètre, un peu moins pour les petits.
- Tout cela étant fait, on fépare les deux demi - moules, dont on ôte les deux demi-cylindres : on ôte enfuite les coins qui fixaient les platines dans leurs mortaifes, on les pouffe vers les bouts des demi-chafîîs, & l’on ôte les modèles'des demi-brides; on met dans chacun des trous de ces platines un rouleau de terre bien fec, tel qu’on a enfeigné à les faire ci-devant, les fefant excéder du1 côté du fable d’une quantité égale à l’épaifTeur du modèle des brides ; on rapproche enfuite les platines du fable, & on les fixe de nouveau avec les coins contre les bords des mortaifes ; on poulfe les petits rouleaux de terre pour les’faire entrer Un peu dans le fable , afin que la fonte ne les dérange pas.
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- On met alors les deux demf-chaflis l’un fur Fautre payant mis le noyau au milieu , on examihe fi les derrières des platines conviennent bien enfern* fele, & fi elles forment bien un même plan , en éclairant par - delfous avec une lumière, & bornoyant par-deifus* ce qui doit être , fi le tout a été fait ainfi qu’on l’a expliqué : fi quelque platine .voile, lâc^iant un coin &. en refi ferrant un autre , on raccommode le mal qu’il peut y avoir c’eft pour cela, qu’on a recommandé ci-devant d:obferver que les platines fuifent bien d’égale, épailfeur.
- Tout cela, fait, on remplit de fable le derrière êtes platines qu’on foule fimplement avec la main , & le moule du tuyau, eft prêt k recevoir la fonte»
- On met trois jets fur le corps du tuyau & deux fur chaque bride, afin que plufieurs. ouvriers puiifent verfer. à. la fois i finis quoi ja>matiere. ne.rem-plirait pas les extrémités du moule, ou les remplirait mal, la matière perdant de fa fluidité quand on veut la taire allée trop loin payant à échauffer les parties, du.moule où elle pafle ,• on a déjà dit qu’il elt très-,effe.otiel que les verfeurs de fonte fe fuccedent fans interruption, & pour cela il faut qu’il y en ait toujours un avec fa cuiller pleine de fonte prêt, à.verferjorfqu’un des. premiers, achevé de verfer la tienne.
- On. commence toujours par les.jets des brides-; pendant qu’on, verfé par les jets des brides & par quelques-uns. du corps du. tuyau , les autres fervent de ventoufe; mais dès qu’on voit que le moule elt plein.- par les. jets où l’on verfe, i1. faut promptement verfer de la matière par les. jets qui fefaient. l’office de ventoufe, fans quoi il pourrait s’y. trouver quelque défaut. j(
- Comme la matière fe retir.e , ou que fon volume diminue à mefure qu’elle perd de fa chaleur, & que le milieu de l’épaiffeur du tuyau eft encore,liquide,, tandis que ce qui touche le moule & le noyau, a déjà commencé,à perdre de fii fluiditéil arrive que la matière du milieu du jet > encore liquide eft atr tirée pour aller, remplacerda diminution de volumequife fait dans le moule; & que fi on n’a pas foin de mettre un peu, de fonte fur les jets du corps du tuyau-quelque tems après qu’on.les a vus pleins, il. arrive,, dis-je v que les. jets.deviennent de petits tuyaux, & que les ayant caffés„.le tuyau,eft percé-; on prévient ce défaut, en fourniflant un peu de fonte fur chaque jet, àrnefure qu’on-voit que le deffus du jet s’enfonce tandis qu’il eft encore, liquide. ,0<l?
- La même raifon qui fait que la matière de l’intérieur des jets fe retire , & que les tuyaux, fe-trouvent percés,, fi on n’y prend garderait qu’il fe forme quelquefois des. fentes auprès des bridesfi on nia foin- de caffer, le moule dès qu’on préfume que la upatiere eft prife ou figée fiyis- attendre-que la. pièce fe. refcoidiffeyce qui vient.de ce. que; le. corps du: tuyau perdant dfi;
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- fâ chaleur, tend à s’accourcir} le fable du moule, comprimé comme il l’eft, ne permet pas aux brides de s’approcher, comme il le faudrait, pour fuivre le raccourcilTement' du tuyau, & alors la matière fe fend aux environs du collet de la bride: on évite ce défaut en lâchant les crochets du chaffis, & le renverfànt pour faire rompre le fable lorfqu’on juge que la matière eft prife.
- Voila pour les tuyaux fimples coupés quarrément ou d’équerre par les deux bouts, tels qu’on les a faits depuis qu’on a imaginé de mettre dans les chaflis les platines de fonte pour faire portion du moule, former la furface plane des brides, & porter les petits rouleaux de terre qui fervent de noyaux pour les trous des vis.
- Mais quoique ces u^aux foient incomparablement plus commodes, & aifés à ôter du milieu d’une conduite , & à remettre, il ne laide pas d’y avoir encore de la difficulté} parce que dans une conduite bien pofée, chaque tuyau eft autant ferré ou approché des deux qui le touchent, qu’il eft poflible de i’ètre} les deux bouts étant coupés quarrément, & par-là parallèles en-tr’eux , un tuyau aiufi pris 11e fort pas aifément d’entre les deux qui le joignent : ou les ôte néanmoins à force de levier, fans endommager les deux voifins, parce que les cuirs qui font dans les joints les plus près , permettent un petit mouvement, & le tuyau fort; mais il faut beaucoup de foins & de précautions pour y en mettre un autre de fonte : on en vient pourtant à bout ;
- le pis-aller, fi on n’en a pas de fonte qui puiffent y entrer, eft d’en mettr* un de plomb , ce qui eft beaucoup moins difficile ; mais il eft plus cher.
- On en fait à préfent, aux forges de Dampierre & de Senonches dans le Perche , à cinq ou fix lieues de Dreux , qui font coupés en biais par un bout & quarrément par l’autre ( voyez les fig. 2d& 27), ce qui les rend incomparablement plus commodes} car mettant les deux bouts biais enfemble du fens convenable, & les bouts d’équerre enfemble, 011 va droit comme avec les autres} a-t-on befoin de tourner? on joint un bout coupé quarrément -avec un bout biais, & l’on tourne jufqu’à faire le tour d’un baffin fi i’011 veuts comme avec des tuyaux de plomb.
- A-t-on befoin de fe détourner plus promptement à droite ou à gauche? on met deux bouts biais enfemble du fens convenable pour cela , &C} & la même chofe pour monter ou pour defeendre obliquement, après avoir été horizontalement. Arrive-t-il qu’un tuyau creve, qu’une oreille cafse, ou autre faute ? le biais permet la fortie du tuyau défectueux & l’entrée de celui qu’on, veut y fubftituer.
- La fig. 30 , quoique pour un tuyau plus compofc ,fait voir comment font faits les chaflis des tuyaux fimples qui ont un bout coupé en biais.
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- Bien des gens croiront d’abord qu’il aurait été encore mieux de faire les deux bouts biais: je le crus de même dans les premiers inftans que-l’idée de ce biais me vint; mais en y penfant mieux , je vis qu’après avoir été horizontalement, & s’être difpofé pour tourner à. droite ou, à gauche comme il le faut prefque toujours , on ne pouvait ni monter ni defcendre,. s’il en était befoin , fans un raccordement de plomb ; que fi on avait des tuyaux à branche’ à mettre dans le cours de la conduite , on ne pouvait mettre la branche ni defsus ni defsous, s’il en était befoin : un bout coupé quarrément facilite tout cela.
- On fait dans les mêmes forges de Dampierre & de Senonches des tuyaux qui portent une branche fur le côté 28 & 29 )-, ce qui eft très-commode.-pour les conduites dans les potagers ,& épargne beaucoup de plomb & de fou-, dure ; la fig. 30 montre le plan du chaffis avec le modèle en place, où l’on voit; que , pour rendre la platine O P mobile , il a fallu mettre dans le chaffis les, deux planches. GE, I K pour porter la platine O P ; la planche I L,pour porter, le bout D de la platine CD ; & la planche G F, pour recevoir le bout. B de la; platineyf Bi les deux efpaces F G EM,. L 1 K H-, reftent toujours vuides , & c’eft par-là qu’on met & qu’on ôte les coins qui fixent les platines dans les, mortaifes B , P, O, D.
- On. a rendu les derniers chaffis de ces fortes de tuyaux un peu plus (impies ; on a fupprimé les planches /!,. IK, GE, G F y les platines C D, A B. viennent jufqu’en N& Qy & elles ont chacune une mortaife pour recevoir les bouts de la platine O P qui eft plus longue ; tout cela,doit s’entendre à préfent. ;
- L’arbre du.noyau de ces tuyaux à branche porte une mortaife à l’endroit où doit être la branche; on y met un morceau de bois fait comme l’arbre de fer qu’on.y mettra pour lenoyau de la branche, maiscourt, pour qu’il n’em-. pêche pas de tourner le trouffeau avec la terre, & l’on achevé ce grand noyau; jufqu’à la derniere couche inclulivcment, comme, s’il ne devait point avoir, de branche. • •
- jOn fe repaire fur l’arbre dëfér pour reconnaître où eft le morceau dé bois qui fetrouve alors caché par les couches.de terre; on le découvre , 011 l’ôte, & l’on y met le petit arbre de fer fait pour cela qu’on y enfonce un peu à force ; on y. met la torche de foin, & la terre qu’on ajufte à la main , avec un. calibre de bois cretifé en demi-cercle, du diamètre* que doit avoir la branche.;, l’ayant mené jufqu’à laderniere couche , 011 le recuit, onle lave avec le poufr-fiër de charbon détrempé, & on l’enferme dans le moule, & c. ' '
- On, fait auffides piscesà deux.&. à; trois branches-,foit pour des pompe? k
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- «hevaî, foit pour de grandes machines , en leur envoyant le modèle de ce qu’on demande, ce qui devient incomparablement moins cher qu’en cuivre; & tout ce qui ne touche pas les piflons, eft tout auffi bon & auffi folide en fer fondu.
- La fig. 31 montre le plan du chaffis .& du modèle d’un tuyau à deux branches, dont les brides devant fe trouver dans un même plan, font formées parles mêmes platines A B ; il en eft de cechaffis comme du précédent, que les efpaces C DEF, IK LO doivent relier vuides , & que l’on peut faire porter la platine AB par les deux autres, pour éviter de mettre les quatre morceaux de planche D C, DE, KL, Kl : on fait le noyau de cette piece comme on a fait celui de la précédente.
- La fig. 32 montre le plan du çhalîis d?un tuyau courbe', dans lequel on a fait le retranchement^ ZLCpar la planche^ B, dans lequel 011 ne met point de fable , tant pour rendre le chalîis moins pefant, qu’afin que le fable tienne mieux ; l’efpace DE F G relie aulîi vuide, par la même raifon qu’aux chalîis précédons, & qu’une platine peut porter le bout de l’autre , pour ne pas avoir les deux planches ED, EF.
- On fait le noyau de ces pièces à la main, en fefervantd’un calibre en bois fait en demi-cercle creux, du même diamètre que doit être l’intérieur du tuyau.
- On pourrait néanmoins faire ce noyau plus régulièrement quand la courbure du tuyau eft une portion de cercle , en fêlant tourner le calibre autour du centre de l’arc, dont le tuyau eft portion , foutenant l’autre bout du calibre à la hauteur convenable par une réglé fixée à la hauteur du milieu du noyau ; mais lepeu de tuyaux qu’on peut faire faire de la forte, ne vautpas la peine qu’il y aurait à prendre tous ces foins, d’autant qu’on les fait fuffi-famment bien fans cela.
- Pour tenir le noyau à fa place, on amis des crochets fous les entailles <H&I, avec lefquels on accroche les bouts de l’arbre du noyau quand il eft en place; & avec des cales plus ou moins épaiffes qu?on met entre le crochet & le bout de l’arbre , on. met le noyau exactement à la hauteur où il doit être ; on met enfuite des coins par-deïfous dans l’entaille, & le noyau, eft fixé»; 011 met l’autre demi - chaflis par - delTus , on l’arrête avec les crochets, & le noyau fe trouve pris de maniéré à ne pouvoir ni monter, nii defeendre.
- Toutes ces différentes pièces ont été exécutées pour la machine de Creciy qui n’eft qu’à trois lieues de ces forges; & je ne fâche pas qu’on en eût: exécuté de pareilles nulle part auparavant;
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- On voit aifement à préfent que tant que lè moule des tuyaux: de cofi~ duite n’a été qu’en fable , fans platine de fonte, celui des tuyaux de def-cente a dû être de même: c’en était allez pour des tuyaux qui n’ont jamais eu befoin d’autant de foins que les autres , & ce n’eft vraifemblablerUent pas pour eux qu’on s’eft appliqué à chercher à mieux faire ; mais dés qu’on a eu imaginé les platines pour les uns , on les a aulü-tôt employées aux autres, pour les terminer d’équerre & fans bifeau.
- Les tuyaux de defcente ne different pas beaucoup des premiers tuyaux de conduite ; ils s’emboîtent de même les uns dans les autres , mais feulement d’un pouce & demi, ou de deux pouces ; le diamètre intérieur du bout qui reçoit, n’a qu’une ligne ou deux de plus que le diamètre extérieur du bout qui eh reçu, n’y ayant ni maftic ni filaffe à mettre ; il y en a (fig. B ) où l’on fait un bourrelet qui fait recouvrement fur le hord de l’emboiture quand ils font en place, comme on en fefait un aux anciens tuyaux de conduite (figures l 2); il y en a d’autres (figure 7) où, pour ne pas faire l’emboiture fi grolfe, on diminue la moitié de l’épaiffeur du bout qui doit entrer dans l’emboiture.
- Du couler a la poche*
- “On ns doit jamais rifquer de couler à k cuiller les pièces de grand volume, dans lefqiielle3 il entre beaucoup de matière; il cil: toujours à craindre que dans un long fervice , aulli pénible & auffi rifquable , il n’arrive du retard de fervice par quelque ouvrier, & que ce manque ou retard de fervice ne faffe manquer la piece.
- Pour éviter cet inconvénient, on enterre à fix, huit ou dix pieds du fourneau, ou plus près fi l’on peut, le moule ou chalïis des pièces dans lefquelles il doit entrer plus de quatre à cinq cent livres de matière , feknt le creux affez profond pour que le deffus du chalïis foit fuffifamment plus bas que la fortie de la fonte à l’œuvre ou fourneau; le moule étant enterré & le fable battu autour, on fait dans le fable une rigole eu pente depuis le trou du fourneau jufqu’au trou du jet, autour duquel on fait une efpece d’entonnoir en fable ; on s’imagine bien que pendanttoutes ces préparations, on a grand foin de tenir les jets & ventoufes bouchées.
- Cela fait, & la fonte étant prête à couler, on débouche le fourneau avec le ringard; la fonte coule & s’achemine vers le moule ; un ouvrier met alors une pelle de fer au travers de la rigole, à un ou deux pieds du moule pour -arrêter la fonte j on en laide amaffer une certaine quantité z pendant cf
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- terns on ôte les tampons qui- bouchaient les.ouvertures du moule ; on leve alors la pelle à moitié ou à-peu-près , pour ne laiffer couler que la matière du-fond ^ parce qu’il fe forme toujours une croûte à la fuperfieie du. bain retenu par la pelle, formée par le fer qui commence à fe figer , & par une craife ou refte de laitier qui fort- continuellement; de la fonte, qu’il eft effentiel de ne' pas laiffer entrer dans le moule; la pelle n’étant levée qu’à moitié, arrête, cette craife qui étant plus légère que la foute plus épurée, occupe toujours; le haut. Dès que le moule eft plein, : on- bouche le fourneau-, on enfonce la. pelle dans la rigole pour arrêter l’écoulement; on met du.fab.lepar-d,erriere ,. & on ôte la pelle ; la fonte qui refte dans la rigole forme une petite gueufe», qu’on nomme gueufillon, dont on fait du fer après.
- Les pièces qui ne l'ont que médiocrement groffes, on les coule à la poche t fo poche eft un vailfeau de fonte fait comme ; 1 es chaudières , G ce n’eft qu’elle a le double d’épaiifeur ,. quatorze à feize pouces de diamètre , & huit à neuf.' pouces de hauteur; elle a un trou à la hanche Cx) de huit à neuf lignes de-diamètre ; elle contient communément cinq à fix cuillerées de fonte , & chaque cuillerée en contient communément trente-cinq à quarante livres.
- Quà.nd on veutie fervir de la poche, on- en lutte tout l’intérieur, aufti; bien que celui des cuillers ; .ombouche le trou, en -, dedans avec de la terre »-, on place le chaftls ou ïe moule le plus près qu’on peut du fourneau , pourvu qu’on ait toute la liberté de manœuvrer ; on. difpofe tout ce qu’il faut pour foutenk la poche par-derriere , fon: devant étant appuyé fur le chaiïis, & £on trou tout près du jet, autour duquel, on a fait un baftin ou entonnoir s pour recevoir la fonte quand elle fortira de la poche.
- Tout cela fait, on met la poche chauffer fur le fourneau jufqu’à rougir , aufti bien que les cuillers,; la fonte étant bien préparée & bien épurée par-deffus , on porte la poche à la place qu’on lui a préparée fur le moule ; on prend la fonte avec les cuillers , & on la verfe dans la poche : dès que la poche eft pleine, ou. qu’il y a au moins une quantité de fonte fuftifante pour efpérer que les ouvriers n’en laifferont pas manquer en continuant de porter , tandis que ce qui eft dans la poche s’écoulera , on pouffe le bouchon de terre en-dedans , avec un dabouehoir de fer, & la fonte tombe dans-, le moule » pendant qu’elle coule, les ouvriers continuent à porter de la fonte dans la poche, jufqu’à ce qu’ils jugent qu’il y en a de refte; & dès--, qffils voient les jets pleins ou prêts à l’être , ils verfent avec la cuiller même dans les jets.
- (») Les ouvriers des forges nomment la mite, la partie arrondie par laquelle Jïançàe d’une, chaudière, ou d’une nrar- fond fe lie ou fe joint avec, le tour»
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- Les p'erfotittes qui ôrtÊ de'$l devis à faire , dans lefquels il entre beaucoup de fonte, & qui la réduifant au pied cube, croiraient devoir la compter furie pied dé; cinq cent qüaftre-vingt livres le pied cube, comme les pefe celui de fer forgé, feront peut-être bien aifes de favoir que la fonte pefe beaucoup moins que le fer forgé : je ne dirai pas bien précifément ce que pefe le pied cube de fonte; il peut d’ailleurs y en avoir qui pefent plus, & d’autres moins ; mais j’aiaflez bien examiné celle de Dampterre, pour af-furer qu’elle ne pefe qu’aux environs de quatre cent quatre - vingt- feize à quatre cent quatre-vingt-dix-huit livres.
- SECTION
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- SECTION IV.
- TRAITÉ DU fer; PAR M. SWEDEHBORGi Traduit du latin par M. Bovchu (82)..
- AVERTISSEMENT.
- La traduBion de Fouvrage de M. Swedenborg , qui fait la quatrième JeBion de fart des forges, eft donnée pour la comparaifon des travaux de Suede à ceux de France. Le J avant étranger, qui a fait piaf car s ouvrages dè métallurgie, a été cni-ployépar le gouvernement de Suede dans les ma nufa Bures de fer &? de cuivre de ce royaume , pour y porter les vue* éclairées quefes connaiffances lui 'donnaient. ' M. Boù CHU ayant fait la traduBiondu traité du fer de M. Swedenborg, on avait penfé qu’on pouvait répandre en forme de notes dans les différentes fcBions de l’art des forges , l’ouvrage même de Fétranger , en le dépouillant de toifi. ce qu’il avait emprunté de M. DE ReauMUR fur f acier & le fer fondu} mais fcfarit attention qu’il ferait trop 'cmbarraffarit pour tout le monde Es? difficile fi de’firnples ouvrier s d’aller chercher dans des notes c’parfes, des procédés qui les injlruiraienton a incliné, fuivünt le defr du traduBeur , à ce que Fouvrage fut .imprimé tel qu’on va le trouver , en admettant pour l’impreffion le même caraBere qui aurait été employé dans les notes ; & les retranchemens, dont nous avons parlé dans un autre endroit. Le traduBeur s’ejl fervi des mêmes planches & figures du livre de M. Swedenborg,* le défi, finateur , pour diminuer le nombre des planches, a changéfeulement quelque chofie dans F arrangement des figures fur chaque planche \ fans changer rien aux figures ; ce font les mêmes lettres qui y font employées dn a coté les figures comme elles le font dans F original ; il afeulement fallu, pour les arranger en moins de planches; tranfpofer deux ou trois figures d’une, planche dans une autre ori a préféré cet arrangement à F inconvénient défaire renchérir Fouvrage par F emploi d’un plus grand nombre de planches.
- PREMIERE CLASSE,
- «• I.' /
- . :ï ^
- De la maniéré'de calciner, fondre, & affiner la mine de fer, ujîtêe en plusieurs endroits de la Suede.
- Les mines de fer que l’on exploite dans les divers, endroits de la Suede * ne font pas en nulli grand nombre de genres & de qualités que celles que l’on
- L’Académie a publié une fuite 'de compte d’une nquvçlle. méthode radoucis la troifieme feétion, dans laquelle on rend le fer fondu, inventée par M.de Reaumür. Tome IL H h
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- travaille en Allemagne » en Angleterre, & dans les autres parties de l'Europe; Elles ne different pas beaucoup entre elles par la couleur. Pour l’ordinaire >. elles préfentçnfc celle du fer. Il eft très-rare d’en trouver de jaunes, rouges,. brunes, blanches, &c. On ne s’attache guère à tirer que la mine qui fe fait connaître^ au'premier'Poùp-dfêeii, par fa, couleur & par Ion brillant. Les mines de fer different cependant, en ce qu’un genre, eft pauvre , & l’autre riche. Il y a des veines dont Un quintai dbririer'a- 5© à 9,0 livres. D’autres ne donneront que 20 livres & encore moins par quintal.La principale différence des mines entre elles, vient*ou de leur quantité,. ou de leur richeffe , ou de, leur qualité intrinfeque. Une autre différence , eft qu’un genre eft imprégné-de beaucoup de foufres groffiers,. & qu’un autre en eft prefque totalement-privé. Le premier, éijant travaillé , donne un fer quiétant chaud, fe fépare & tombe en morceaux ou éclats fous les coups du marteau : quand il efti froid, il eft très - tenace; On l’appelle. ,fer cajjant à. chaud, enfuédois roedbxecht (83)* L’autre'genre donne du fer d’une qualité toute contraire. ; c’eft-à-dire , qui eft très-ferme, & fe lie bien fous le marteau quand; il eft chaud : mais il caffe aifément étant froid. On l’appelle/er cajfantàfrold, en fuédois kallbrécht A 84). D-dutl réfui te que les mines de fer, en Suède, ont des qualités,, différentes, relativement au plus., ou, au moins de foufre qu’elles contiennent. Il y en avqui font d’une qualité intermédiaire, c’eft-à-dire , qui ne pechent ni par excès ni- par défaut de ce minéral. Ce font celles qui font les plus eftimables ,. parce que la bonté du fer confifte principalement à pouvoir être travaillé à chaud & à froid * qualité néceffaire pour qu’il puiffe être employé à toutes, fortes d’ouvrages.. Toutes les fois qu’en exploitant une mine*de fer on, rencontre des marcallites , ou quelques veines tenant du cuivre j c’éftun indice affuré que cette mine eft imprégnée de foufre, & que conféquemment elle donnera du fer du premier genre dont hous!vertoiis de' parler. On la préféré cependant à celle qui a très-peu de fourre, parce que cette derniere efpece de mine eft très-difficile à réduire en
- j’ai cru devoir placer cette piecê après lé tradufleur français a ajouté un grand nom-traité de Swedenborg , parce que ce dêr- bre dénotés-, pour expliquer fonauteun nier ouvrage contient diverfes chofex qui J’ai, p*ris foin qu’elles fuffent diftinguées , férviront à sdévelopper, à, confirmer' les, en les fefant marquer par des lettres-, tan-procédés de M. de Reaumür. On n’a, dis que les miennes feront indiquées par pas donné dans I’éditiôn allemande des' 'des chiffres.
- cahiers des arts, la traduftion de l’ouvrage (8?) E11 allemand rot/ibruchifches eifen-de Swedenborg ; & on Ta remplacée-par ertz. 1 -
- deux morceaux précieux, dont j’enrichirai- (84) En allemand, kaltbruchifcha eijtïu mon recueil, fans priver-mes lefleurs des crtz!m découvertes du minéralogifte Suédois, te ;
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- fer qui foit propre à toutes fortes d’ouvrages. Celui qui.en provient , ne cou* vient qu’à certains ufages économiques. Les mines deiSuedc different auffi pat* lés matières avec lefquellés elles font combinées. On trouve ordinairement le fer dans la pierre de corne (8? ) / dans certaines efpeces de talc, de pierres calcaires, de fpath *‘de quartz , & différentes autres pierres, Les mines de fer different encore par leur plus ou moins de difpofition à la fufion dans les fourneaux; ce qui vient pour l’ordinaire de la pierre avec laquelle elles font combinées. Si, par exemple , une mine porte avec-foi: beaucoup de pierre calcaire, elle fond très-facilement, parce qu’elle a en1 foi une efpece de menk true (à) qui lui donne dé la fluidité : mais fi elle eft'combinée avec du fpath, de la pierre de corne, du talc, il eft difficile de la faire fondre, & de la féparer de ces efpeces de matières. Le plus ou moins de foufre occafionne auffi des différences. Il y a d’autres efpeces de mines qui ne fe trouvent point dans les pierres dures, & qu’on ne tire pas des lieux élevés, mais que l’on va chercher dans les marais, les étangs , les lacs , les fleuves. Comme il faut les traiter différemment, je remets à en faire la defeription lorfque je parlerai de la façon de les travailler. Ordinairement les mines de Suede offrent le même extérieur, excepté les dernieres dont nous venons de parler. La variété de leur couleur, qui eft toujours la même que celle du fer, ne préfente qu’une faible diftin&ion. Il arrive feulement quelquefois que cette couleur eft d’un bleu plus foncé, obfcur ou pâle; ce qui eft du au plus ou au moins de pierre qui y eft joint. . t
- Calcination ou préparation de la mine crue au feu de fujîon.
- Lorsque la pierre de fer eft tirée de la minière, & voiturée pour être fondue, il faut, proche le Fourneau , la calciner; ce qui la prépare à la fu-
- (8;) Lapis oorneus ; en allemand, korn- contortus ; en allemand ,falband. z°. Cor* felsftein- Les particules qui compofent cette ns us Joli dus niger} en allemand, Jlhwarte pierre, font fi petites qu’on ne faurait les horn-fcbfiein. 3^, Corneas fijjïlis $ en aile-difeerner à l’œil. Elle eft affez dure, point mand ^ horn-fthieffer. 49. Corneus cryfîaU grade àu toucher , elle réfifte à l’aâion du iifatus prijhiaticus latcribus inordinatis , feu ; fa couleur eft femblable à la corne fchéris Voyez Bertrand , Dîâiohnaire dp pied des chevaux & des quadrupèdes, des fojjilcs, au mot Corne (pierre de) ; Il ne faut pasda confondre avec une forte -HlLLY^far Theo-phrastè , traite des de pierre de roche, opaqü'é , brune:, qui pierres,-p, 160 fdè la tradutftiori françaife, fe diftin-gue de celle- ci parce qu’elle'eft Paris 17Ç4!; Waï,LERIUS0 minerai. n. vitrifiable , "âü ‘liéir que totitèsfles pierres -- Ça) La.mineieombinée /avec une: pierre decorne font t'éfraftaires.‘S^ALLÉrRiusen calcaire, ne Fond très-faciiement , que diftingue-^plufieurs efpeces.: i°. La piètre parce,que la pierre calcaire:eft un puiffant à''écbrcè',u wrmui" nioUièi friperfkidlis abforbânt-du-féufre. ï?s,h‘s: ....
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- fiorc. La.maniéré de le faire eft la*même par to-ut* la- Suède, que les mines foient fulfureufes ou non. On fait une folTe capable, de contenir la quantité de mines que l’on veut calciner : ou bien on choifit Amplement une place unie ’, qu’on fait entourer d’une paliflade de trois côtés. Il n’y a point de di-meiiAon néceiTaère pour ces foifes. On leur donne, fui vaut qu’on le juge à propos, ou dcux(.&), ou trois r ou quatre aunes de profondeur fur trois {c )-> fix , dix , vingt d.e longueur & de largeur. Enfin on choifit une aire, que l’on environne d’un m.ur ou d’une paliifade. Sur cette aire onamade & on amoncelé la mine. Il faut que l’endroit foit très-fec ; & pour qu’il le foie encore davantage v on garnit le fol de poudre de feories choifies, ou. d’une efpece de gravier qui fe trouve après la èalcination , ou des débris d’uue vieille minière, ayant foin de mêler ces matières avec des feories groflieres ( 86). Ou donne la préférence à ces matières, parce que, de leur nature, elles font très-feches ,. & que les feories étant fort poreufes & trouées comme la-pierre-pouce, elles reçoivent &.abforbent L’humidité,. & rendent la place feche , même en quelque façon aride. Quand on trouve un endroit fec pau Lui même, i l eft inutile d’y rien mettre : cependant, pour plus grande fureté^ pour prévenir toute humidité , on- choifit un endroit un peu incliné, où l’on en façonne un. Il faut que le terrei-n foi-.t incliné du. côté du paifage que 1 aille le mur ou la paliifade- On eu profite pour faire écouler l’eau qui pourrait.s’y rencontrer, ou pour que l’adion du feu puiffe plus aifément difi.
- . fiper toute humidité. Quoique ce f'ecret ne. foit pas, difficile. y plufieuxs ont jufqu’à préfent négligé de l’employer.
- On couche de gros bois ou troncs d’arbres... Le meilleur eft celui qui eft fec :. pour cela; on 1e. laide au. moins pendant un an expofé au foleil, parce que le bois veud-diminue la- force du feu. par fes vapeurs, humides & froides. Le bois le plus foc , le plus compad , le plus dur, eft Le meilleur. On amoncelé de ces pièces, de.bois jufqu’à la. hauteur de deux ou trois aunes (d). On
- (h) f & demi-, ç,. 7 pieds.: ployés dans f original; mais pour finfi-
- ( c ) ç10, 17-, ; 4> pieds. traction des ledteurs, nous donnons dans ^ (86 ) Voyez;la defeription-des fourneaux cette note le rapport de Panne fuédoife. à calciner dans ié Dauphiné , le comté de « 3% pied français. L’aune fuédoife revient à Foix , le Roudillon- & la Navarre , p. 60 & plus, d’un pied crois quarts, c!eft.-à-dire, 21. fuiv. M. de R.EÆüMUR4les. a décrits avec pouces de roi 11 lignes deux cinquièmes, fou exactitude ordinaire. On en voitle def- M. Camus, de L’Académie royale des feien-fein dans ht planche 4 de la première fec^ ces,qui a demeuré en Suède, nous a dit que tion. Les fourneaux à l/allemande dont faune fuédeifè était exactement la derni-repréfeaüés planche 9 de la première fec- aune dé France; Le traducteur, allez gé-tion. ! > f ;di • ’ , -> néraiementlprfqudl s’eft fetvf du. terme
- Çd) On æconfervé d'ans- lie corps du aune, a mis à la marge l’évaluation de. difcuurs les termes des .diiasnhons. ém- faune ». un pied 9, pouces,. n’ayantvpas.
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- met îa mine delTus, les. plus gros morceaux proche le bois, enfuite les plus petits, jufqu’à ce qu’on ait formé une pyramide quadran gui aire ou d’autre forme. Il y en a qui, en amoncelant la mine, infèrent des couches de charbon , afin que le feu pénétré mieux par-tout ( 87 ). Quand le tout eft arrangé, on couvre le deffus de fcories mifes en poudre (e) , afin de concentrer le feu, qui ne doit paraître que dans les endroits où on lui donne ouverture. On met encore fur le bois quelques morceaux de pierres calcaires , ou l’on en mêle dans la mine, afin que du même feu cette pierre fe convertifle en chaux & devienne plus propre à.la fuilon.
- Cette pierre eft très-utile à la fulion de la mine : on y en ajoute àpropor-tionque l’on voit qu’elle en abefoin, & que de fa nature elle paraît plus ou moins difpofée à fondre. Il y a. des mines qui font combinées avec la pierre calcaire& dans lefquelles on voit des veines & des zones blanches. Dans ce cas il ne faut pas en ajouter , puifqu’elfes en portent la quantité néceffaire , comme la mine de Roslagie , qui fond feule. Enfuite on allume le bûcher , qui brûle pendant plus ou moins de tems , 1 ,2,3,4, & 8-jours, plus ordinairement trois.
- Toutes les mines de fer , en Suède, ne fe grillent jamais qu’une fois avant que d’ètre portées au fourneau: je ne fâche pas que dans ce royaume, quelque chargées qu’elles foientde foufre, on les grille deux ou trois fois, comme cela fe pratique en d’autres endroits.
- L’ancienne méthode famé , eft que cette opération ne doit durer au plus qu’une femaine(88). On calcine enfemble des mines de plufîeurs efpe-ces : mais 011 les range de maniéré que chaque efpece ait une place convenable & diftinéle. La plus fulfureufe fe met la plus proche du feu , dont on éloigne la mine , à mefure qu’elle contient moins de foufre. Chaque efpece intermédiaire fe place relativement au plus ou moins de foufre qu’elle contient : en-fuite on les fépare pour les porter au fourneau.
- Par ce grillage , on chaife les fotifres nuifibles & faperflus qui font cachés dans la mine : pendant la durée du feu, ils font fenfibles à l’odorat, & on voit la vapeur qu’ils fournilFent, flotter comme un nuage léger, & carelfer la faper-ficie de la pyramide, fembiable à ce que nous appelions feux follets. On chaffé encore les parties arfenicales & tout ce que la pierre peut avoir de contraire à la Fufion.
- jugé fans doute une plus grande préeifion. Voyez ci-deiïus , p.çç, note 40. -uéceflàire. ( e ) Mêlées avec une efpece de gravier
- (87) Si l’on en croit l’expénenGe ,, il.eft q,ui tombe du bûcher de calcination, très - important d’ajouter ces couches de (88) (Il paraît qüfc l'opération^ doit être
- charbon , qui communiquent à lamine une plïré ©u moins longue, à proportion d«fc plus grande quantité de matière ignée, plus qumoins de dureté de lamine.
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- Par ce feïi pféparatoire, la pierre qui fait partie de la mine, & qui s’y trouve mêlée, eft changée eh une efpece dechaux ; ce qui lui ôte une certaine crudité , & la difpofe à la fufion (89). Voilà pourquoi, après le grillage, & dans fa calfure , la mine parait plus pâle , & en quelque façon livide , parce que, par la calcination , la pierte blanche éclaircît la couleur obfcure de la mine , & la rend plus pâle(/). Par le grillage, la partie du fer eften’quelque façon dégagée des liens de la pierre qui la retenait fortement : ce qui fait voir que fi là miné n’étàit pas calcinée, on aurait de la peine à dégager la partie métallique* C’eir auffi ce qui a donné lieu à la réglé reçue par-tout, que plus la mine en pierre a été calcinée, plus , lorfqu’on l’a mife au fourneau , elle éft difpofée à la fufion \ plus la partie métallique fe détache aifément de fà roche Sc des fcories, plus on retire de métal avec une moindre quantité de charbons. D’ailleurs , par la calcination , la pierre devient plus aifée à être réduite en petits morceaux.
- Des fondement d'un fourneau de) fufion.
- Quand il eft queftion de bâtir un fourneau, il faut choifîr un terrein à l’abri de toute humidité : plus il fera fec , meilleur il fera. De - là il s’enfuit qu’un endroit élevé eft préférable à un endroit bas (90) , & le fable ou gravier à toute autre efpece de matière. Il faut fur-tout examiner fi, dans le voi-finage,il 11’y a point quelque éminence qui fourniffe de l’eau laquelle pourrait s’infinuer fous la fondation , toucher ou rafraîchir la pierre qui Fert de fond à l’ouvrage. En général, fous quelque fourneau que ce foit, il faut pratiquer une efpece de foife couverte ou voûtée, qui non feulement attiré & reçoive toutes les eaux, mais qui ait encore communication avec l’air libre » ce qui le fait par le moyen d’un tuyau ou petit canal de fer , qui aboutit ou fous les foufflets ou au-devant du fourneau, pour lailfer une libre fortie aux vapeurs , iefquelies arrêtées fous le fond de Pouvrnge, le tiendraient toujours humide & empêcheraient l’accroiffement & l’effet de la chaleur. Comme l’humidité eft nuifible à la fufion, il faut, toutes les fois.qu’on recommence le travail, nettayer avec foin cette efpece de réfervoir , de crainte qu’en fe rem-pliflant, la vapeur ne puilfe plus avoir une libre fortie. Comme il peut fe trouver quelque fource dans la proximité de ce réfervoir ; s’il y arrivait tant d’eau qu’un fyphon ne put fuffire , où fi la terre qui touche k fond était pères*)' Voy. YEricÿd. art. Calcination. (9g) Cependant l’eau eft nécefïaire au
- (/) Le brillant de la mine difparaît, j'eu des foufflets ; mais il eftaiféde con/ parce "que la calcination enleve celui de la ciller tout cela, pierre* - -
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- pétuellement imbibée d’eau , fi même le feu l’attirait, & qu’elle fe communiquât aux murs & parois du fourneau , alors il faudrait faire le réfervoir beaucoup plus large & plus profond , y placer deux Typhons, afin que l’eau mife en expanfion par le feu , pût fortir librement & en quantité fuffifaute :: pour garantir même plus fûrement le fond d’une humidité qui lui ferait per-nicîeufe , il faudrait faire une tranchée fous une partie du fourneau, même tout autour, qui raffemblât & écoulât toutes les eaux environnantes , de façon qu’elles, n’en puiffent incommoder le fond.
- Un endroit pierreux ou fablonneux, ou pour le mieux , garni de feories , foit anciennes 9 foi,t nouvelles 9 eft le meilleur que l’on puiffe choilir pour la fondation d’un fourneau. Si vous bâîtffez fur le comble d’un, craffier, vous aurez un terrein très-fec ; car il femble que les feories abforbent ou challênt toute humidité : outre qu’elles font pleines de trous & de petits canaux,, & d’une contexture peu ferrée, c’eft qu’elles s’échauffent à un feu médiocre;, enforte que la chaleur rempliffant les pores & les vuides, toute humidité s’en éloigne.. Il y en a cependant qui penfent qu’il ne faut pas que le fol fur lequel on veut bâtir un fourneau, foit (à aride , de crainte que la pierre qui fertde fond ,n,e pui-lfe auffi bien réfifter à la violence du feu ; ce qu’on dit être arrivé en quelques endroits-: mais il parait qu’il faut plutôt attribuer cela à l’efpece de pierre qu’on a employée pour le fond. EffebUvement, il y a des pierres: qui fondent a-ifément à; un feu médiocre , tandis que d’autres réfiftent à fa: plus grande violence. Si en creufanü pour foire la fondation, on rencontre-ou de la pierre ou un terrein ferme ron ne travaille pas immédiatement; mais on fait une efpece d’excavation , comme un petit réfervoirque l’on couvre d’une groffe pierre , afin de recevoir les eaux qui,s’infinuen t & qui ferpentent dans les interftices de la pierre, ou qui découlent de quelque hauteur voifine.. Il fout néceifair.ement les foire évaporer , fans quoi ces eaux enfermées fatigueraient & briferaient la pierre fondamentale du. foyer qu’elles refroidiraient. On doit:, s’il eft permis de s’expliquer ainfi , donner une cfpece devie & de refpiration aux eaux qui filtrent & qui s’infinuent fous, l’ouvrage. Le propre de la chaleur eft de divifer continuellement l’eau , de la difliper fuc-eeftivement, de l’attirer, enfin de la réduire en vapeurs : ce qui arrive probablement parce que l’eau, qui s’infinue par des voies cachées,, étant montée où il y a un certain degré de chaleur fe réfout en vapeurs, & par ce moyen: eft enlevée de; l’endroit qu’elle occupait, Ces endroits néanmoins font toujours fujets à l’humidité, parce que les paffages s’élargifTant par cette efpece . de travail d’une eau qui fuccede à une autre, après une partie évaporée , il s’en retrouve une nouvelle à évaporer. Il fout excaver*le terrein fur lequel on veut bâtir, jufqu’à ce qu?on ait trouvé la roche ; fi on ne la trouve pas à une profondeur convenable,, il faut y fuppîéer par des grillages en bois, ainfe
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- qu’on le pratique pour tous les bâtimens confidérables. Comme on eh nécef-Iité de bâtir les fourneaux proche d’une riviere ou d’une chute d’eàu, afin de faire mouvoir la roue qui fait travailler les foufflets, on ne peut pas toujours choilir l’endroitque fon fouhaiterait; alors il faut recourir à l’art & à l’adrelfe pour rendre le terrein convenable.
- Une obfervation eflcntielle , c eh que l’eau éft tellement capable de cnufer du refroidillement à unfourneau, que quoique fur la folle du fond il y ait une lame ou table de fer très-épaitfe, déflus cette table une bonne quantité de fable , & fur le fable une pierre de grès d’un pied d’épailfeur (g) , cependant le feu a de la peine à augmenter & à acquérir le degré nécelfaire pour la fufion. D’une part l’eau refroidit, & en pénétrant la pierre, va en quelque façon au-devant du feu : d’autre , la chaleur chalfe beau & la fraîcheur , de façon que dans un corps très-dur il fe fait une efpecè de combat entre le chaud & le froid; & la chaleur fe trouvant atténuée par le froid , elle ne peut parvenir au degré que la fufion demande : cela eh prouvé par plufieurs autres expériences. Par exemple, tant que le côté d’un corps dur fera également refroidi, en vain l’autre côté de ce corps fera travaillé par une chaleur modérée & uniforme; elle ne pourra augmenter que conféquemment à l’étendue occupée d’un côté par le froid, & de l’autre par le chaud : à moins que dans un corps dur la chaleur ou le froid n’aient un grand efpace, dans lequel ils puilfent par degrés augmenter ou diminuer, relativement à leur dihance de leur origine; il n’eft pas poffible de les accroître dans le point où ils fe rencontrent: mais nous parlerons de cela ailleurs. Voilà néanmoins ce qui arrive fi l’on tient l’humidité enfermée fous un fourneau , & fi les vapeurs , excitées par le feu , en frappent perpétuellement le fond : au lieu que fi on lailfe une libre fortie aux vapeurs, elles ne pénètrent pas les pierres ou autres corps durs qui les avoifinent, mais échauffent Amplement la fuperficie qu’elles touchent, & n’arrêtent point ni ne détruifent la chaleur qui les pénétré.
- Dans les fourneaux de fufion , il y a bien des chofes qui indiquent- que les eaux font capables de diminuer, même de détruire ,'l’achion du feu. Par exemple, le tems eh-il pluvieux ou l’air humide ? dans l’inhant les foufflets, foitdeculr, foitdebois, pompent l’humidité & l’expirent: s’il fe trouve quelque voie d’eau , ou s’il y a de l’eau arrêtée fous l’afpiration des foufflets (h) , alors leur fouffle devient humide.; il porte i’humidité dans le fourneau: & dans tous ces cas on s’apperçoit que le feu & la fufion font moins vifs que lorfque l’air eh aride & ferein , & qu’il n’y a aucune humidité fous les foufflets. L’expédient le plus alluré pour éloigner toutes les eaux du
- (g) De façon que l’eau eft éloignée du fou leur, i pied 9 pouces ou j pieds 8c demi, par un mur d’une ou deux aunes d’épaif- (ù) Le venteau, -
- foyer,
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- foyer, eft de voûter la foffe dont nous avons parlé, & de la tenir ouverte aux deux extrémités, afin de donner à l’eau un libre cours : on conftruit en fûreté le foyer d’un fourneau de fufïon fur une voûte.
- ConJlrziEhon du corps du fourneau , c ef-à-dire , du mur qui entoure le vuide quon laijje dans le milieu un fourneau de fujion.
- Les fondemens faits, on travaille au mafïif du fourneau .qui doit être d’une grande épaiifeur. O11 vuide le terrein, comme on l’a déjà dit, jufqu’à ce qu’on trouve la roche ou bien un terrein allez ferme pour foutenir une fi grande mnffe. Si on ne trouve point la poche , 011 emploie des grillages en bois en état de foutenir la conftruélioni Pour cela, on obferve les memes réglés que pour les autres grands édifices. Quant au mafïif & aux parois, on les bâtit, favoir , le mafïif avec de grands morceaux de roche grife , qui eft commune, en fuédois graujlen (91 ) ; & les parois qui font le mur intérieur, de pierres d’une autre efpece. Quelquefois on bâtit le mafïif, partie avec de groffes pierres, & partie avec de groffes poutres, qui enchevêtrées les unes dans les autres, foutiennent tout l’édifice. Voici la maniéré de bâtir fuivant cette derniere méthode, qui eft pratiquée par ceux qui ne font pas en état de bâtir plus folidement : elle coûte beaucoup moins que l’autre.
- Ce mafïif, qui renferme le vuide intérieur, dans lequel s’opère lÉjjFufïon , fe fait de quatre murs l’un contre l’autre. Le premier, qui forme Extérieur & qui eft expofé immédiatement à toute la violence du feu, doit être conf. truit de pierres choifies & reconnues par l’ufage pour être en état de réfifter au feu & de fouffrir les matières fondues, fans fondre elles-mêmes. Le fécond, contigu à ce mur intérieur, eft bâti déroché grife commune, d’environ la même épaiffeur que le premier. Le troifieme eft fait avec de menues pierres, des feories pulvérifées, & autres matières de cette efpece j de façon qu’il faut moins le regarder comme un mur, que comme un mélange de différentes matières raifemblées pour donner de PépaifTeur aux deux murs dont 011 vient de parler. Le dernier rang eft bâti de groffes pierres & de groffes pièces de bois entrelacées, pour foutenir le total. Le vuide intérieur eft de figure ronde ,• dans un moment nous en donnerons la deicrip-tion : conféquemment le mur qui l’environne eft rond. Le fécond eft encore arrondi, mais moins que le premier. Le quatrième, compofé de pierres &
- (91) En allemand , grauenfehjîein. On les pierres vitrefcibles dominent dans une en diftingue plufieurs efpeces qui varient piece de roc, elle n’efl pas propre au tra-felon les différentes matières qui entrent vail dont il s’agit ici. dans leur compofition. On conçoit que , fi Tome IL
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- de bois, eft quarré. On emplit, comme nous l’avons dit, l’efpace entre le fécond & le quatrième mur avec des déblais de minières , des fcories , des rebuts de mines calcinées, le tout calfé & pilé. La partie extérieure d’un fourneau eft donc quadrangulaire : mais pour avoir une idée plus claire de ces fourneaux, qui font très-communs, nous allons décrire chaque mur en particulier.
- ' Le mùr intérieur, ou celui qui eft expofé à l’adlion immédiate du feu, s’appelle en latin muras miclearis ; en fuédois , kermnur ; en français, parois ou mur d’tnvelopps. Il doit être conftruit dans des dimenlions très-exactes. Les autres murs qui l’environnent, doivent, à la vérité, être bâtis avec foin & adreife : mais la grande exactitude doit être réfervée pour le mur intérieur. Il faut d’abord n’employer pour le faire, que des pierres choifies , c’eft-à-dire, qui réfiftent bien au feu ,• car fi on fe contente de la pierre ordinaire , il peut arriver que la violence du feu la fera ou éclater ou fondre: ce qui occafionnerait des accidens quelquefois Ci fâcheux, que dès les premiers jours il faudrait abandonner un fourneau en travail après avoir brûlé inutilement bien du charbon. On ne trouve pas par-tout de cette efpece de pierres qui réfiftent parfaitement à faction du feu. En Suede, on les appelle pipjten, & en France, du nom général de pierres de parois, du genre des apyres. On entire de diverfes couleurs. En certains endroits elle eft grife avec des veines^lrdâtres reffemblantes à des fibres, ou ftries, qui traverfent la pierre, & qui puraiiient la remplir de petits trous. Quelques-uns emploient, pour les murs de parois , une efpece de pierres feuilletées, de celles qui fe débitent aifément, & fi tendres qu’on les coupe, pour ainfi dire, au couteau; enforte que l’on peut, tant qu’on le fouhaite, l’amincir uniquement dans fa longueur. Cette efpece de pierre eft fort rare, & comme le talc , elle ré-fifte très-bien au feu. Dans quelques endroits on fe fert encore d’une roche de couleur noirâtre , mais quelquefois garnie de grains brillans. Elle a des ftries dans fa longueur , & elle nefe cafTe bien que dans le fens de ces mêmes ftries. Cette efpece eft encore du genre des apyres & de la nature du talc. Ou s’en fert communément dans l’Helfingland (/) & ailleurs. A la longue , le feu la fait rougir; enfuite expofée à l’air, elle fe met en pouffiere couleur de briques. Il y a encore d’autres efpeces de pierres propres à la conf-truélion des murs de parois ; on peut même fe fervir de grès , ou de la pierre meuliere. En quelques endroits , au lieu d’employer ces matières que nous venons de dire , on a tenté de faire le mur intérieur des fourneaux avec de feuls récrémens ou rebuts de fer, bien entendu de ceux qu’on tire d’un fourneau quand il eft arrêté s vulgairement mis hors ; ces rebuts tirent fur le
- (z) Province de Suede.
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- noir, à caufe des particules de fer dont ils font remplis. Comme ils réfiftent bien au feu , non-feulement on les emploie à bâtir les murs de parois les plus expofés à la violence du feu ; mais dans plufieurs endroits , on en fait même la partie fupérieure de ces murs , quoique la chaleur y foit bien moins con-fidérablc ( h ). Ces récrémens expofés à l’air humide, tombent facilement en poufîiere. Quoiqu’ils réfiftent bien au feu, il y a cependant un certain danger de s’en fervir , parce que l’humidité , foit de l’air , foit de quelque voie d’eau, occafionnée par les pluies, les attaquant & les fefant peu-à-peu tomber en poufîiere, le foyer s’élargit, & n’efî plus propre au travail. Ce mur , dont nous donnons la defeription , doit avoir deux pieds, & en quelques endroits‘deux pieds & demi d’épailfeur. Plus'il eft épais, plus il dure. On le monte ordinairement à la hauteur de treize ou quatorze aunes. Celui qui le bâtira , aura foin qu’il n’y ait aucuns joints ni trous qui ne foient exactement remplis avec du mortier fait de fable & d’argille. Si les pierres lie font pas jointes de maniéré qu’il n’y ait aucun vuide, on donne paffage au feu , qui, s’infinuant par-tout, fouleve les pierres , dérange les mortiers, & fait tomber les matières dans le foyer : ce qui nuit au travail au point qu’on efl obligé de finir la fufion. ( Ceft mettre hors. ) Ce mur peut aifément être féparé des autres,* de façon que, quand le feu l’a endommagé, & que ce qui en refte ne convient pas au travail, on le démolit entièrement, & en fa place on en conftruit un nouveau, fans toucher aux autres. On peut même refaire ce mur, foit dans fa totalité, foit en partie feulement, fans faire tort au refte du fourneau.
- Le mur attenant ce premier, fera bâti de bonne roche grife commune ( en ïuédoh gnwfltn ). Il n’eft pas expofé à la plus grande violence du feu, dont il eft garanti par le premier mur intérieur. Il doit en avoir l’épnilfeur, deux pieds ou deux pieds & demi, ainfi que la hauteur. Il faut auflî en joindre bien exactement les pierres avec du mortier de fable & d’argille. S'il y a quelque vuide , la chaleur y pénétré ,* & l’on voit qu’elle y augmente & y travaille au point de corrompre les mortiers, de brifer toute liaifon, de déranger les picnes, qui à la fin culbutent dans l’ouvrage, comme nous l’avons dit. Lorfque le fondeur s’en apperçoit, il eft obligé d’arrêter fon fourneau, pour pouvoir raccommoder ces breches , & remédier, pour ainfi dire,
- ( k) Non feulement on en fait l’ouvrage & le foyer fupérieur au-ddfus des échela-gesmais même la totalité des parois. Pour entendre ce que c’eft que les récrémens dont parle Swedenborg’, il faut favoir que c’eft la même chofe que ce que nous appelions des laitiers tranc/wns. C’eft de
- l’argille à moitié fondue, qui s’eft infinuée avec quelques parties de fer recuit, dans les interftices des pierres ; ce qui fait que lorfque l’on défait un ouvrage, on en trouve de . très - grottes mattes. C’eft de l’argille , quelques particules de fer, & des parties de pierres liées enfemble.
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- à ces bleffures avant que de recommencer Ton travail.
- L’espace vuide entre ce mur & le mur extérieur, fe remplit de toutes fortes de matières, comme éclats de pierres, argille feche , L.mes pilées & débris de pierres déjà brûlées. Il ferait trop fatigant & trop coûteux de le remplir avec de groifes pierres qu’il faudrait monter avec des machines. Comme les murs, de part & d’autre, retiennent ce rempiiflage, on comprime toutes ces matières en les pilant avec des marteaux, les battant à la demoifelle , & les foulant avec les pieds.
- Le mur extérieur eft bâti de gros quartiers de pierres entrelacées , & fou-tenues par degroifes pièces de bois. Ces pièces font très-fortes ; on en met dix ou douze de chaque côté. Elles fe tiennent & s’accrochent à chaque extrémité par des encoches , enfortè qu’elles embralfent & ferrent le mur.
- Un fourneau bâti ainfi , ne dure pas long-tems ; car , quoique ces diifé-rens murs & ce remplifiage fuient fortement ferrés enfemble par les pièces de bois, avec le teins ces poutres font obligées de céder au poids d’une malfe énorme ,• peu-à-peu elles fe courbent , les encoches des angles échappent, & quelquefois une partie confidérable culbute. D’ailleurs, quoique l’on emploie des bois fains & fecs, comme ils font expofés à l’humidité de l’air & à la chaleur, ils fe: ramollirent & pourriflent. Il y a aulfi à craindre du côté du feu , qui fe met aifément à cette charpente , & renverfe tout l’édifice : ce qui ne peut arri ver lorfque tout le mur eft bâti de bonnes pierres.
- On avait encore la coutume de mettre des chaffis en bois fous les diffé-rens murs dont nous venons de parler : mais les injures dutems dérangeant peu-à-peu ces bois , cela fefait fendre & pencher J’édifice ,• ce qui fait qu’au-jourd’hui tout le bas eft bâti de grolfes pierres.
- Quand les murs font à la hauteur convenable , on éleve deffus, par le moyen des appuis, un cloifonnage de bois de la hauteur de fix pieds (/). C’eft une efpece de fécond étage quadrangulaire , arrêté par des chevrons & foutenu par des pieds-droits. On y emploie quelquefois de très-fortes pièces de bois, ou bien on le fait de briques. Ce cloifonnage s’appelle la couronne, qui ferme l’endroit où l’on dépofe la mine, & où on la met à couvert, ainfi que les ouvriers deftinésà charger le fourneau & à y veiller continuellement. D’autres, pour mieux garantir les ouvriers des injures de l’air, forment cette partie en voûte, lailfant au milieu & au-delîus du feu une ouverture pour lailfer échapper la fumée & les étincelles.
- Pour ce qui regarde l’épaiifeur de ces murs , pris'enfemble, depuis l’extérieur jufqu’au vuide intérieur, elle eft de neuf ou dix pieds de chaque côté j Se comme le vuide eft de fix pieds , il y a extérieurement, d’un angle à l’autre, vingt à vingt - fix pieds.
- (/) Les b itailles.
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- Le total de l’édifice eft quadrangulaire & bâti de pierres : mais des quatre murs extérieurs , il y en a deux (m) qui font perpendiculaires & fans difcon-tinuité j les deux autres («) ne font ni perpendiculaires ni entiers : l’un & l’autre viennent obliquement rentrer au Foyer : il y a une retraite dans le mur du côté des fouffléts. La raifon de ce procédé elfe, qu’il Faut de fefpace pour que ces fouffléts puiîfent fe mouvoir librement, être remués , levés , abaif-fés par les eammes & les leviers. Il faut aufti pouvoir placer les buzes des fouffléts , & les diriger au milieu du Foyer , afin que le feu l'oit entretenu & animé par le vent, comme on le fouhaite. Si ce mur ne rentrait pas en-île-dans , il n’y aurait pas de place pour ees opérations , & le ventile pourrait être dirigé vers le milieu du foyer. L’autre retraite eft dans le mur de devant du Fourneau , celui où le-fondeur & les autres ouvriers travaillent, tirent les feories , coulent le métal , lèvent &- mettent hors la gueule avec des rou* lets. Il faut que l’obliquité vienne jufqu’au foyer : car comme à chaque inf-tant on eft obligé de travailler dans l’ouvrage , on ne pourrait le faire , fi le mur n’était pas incliné , comme on l’a dit.
- Quant à l’obliquité de ces deux murs & leur inefinaifon vers l’intérieur, il convient d’ètre inftruit que cette inefinaifon doit commencer environ au milieu du fourneau, & aboutir infenfiblement au foyer. Les angles & la hauteur de cette inefinaifon ne font pas- par-tout les mêmes. Les uns font plus grands, les autres plus petits , c’eft-à-dire , plus aigus ou plus obtus; 8c conféquemm^ft l’obliquité commence, ou au milieu du fourneau, ou plus bas. Si , eu égardà la perpendiculaire , on donne une moindre obliquité , il faut alorJ^ue le plan incliné monte plue haut, & conféquemment qu’il occupe une plus grande étendue. Au contraire, plus grande eft l’obliquité, eu égard à la perpendiculaire , ou bien plus l’angle eft obtus , moins le plan incliné occupe d’efpace : voilà ce qui eft caufe que la hauteur de ri-nclinaifon varie. J’ai obfervé que, dans quelques endroits, l’angle d’obliquité eft de quarante degrés : conféquemment le plan incliné eft plus élevé. Dans d’autres endroits , on donne à cet angle jufqu’à cinquante ou foixante degrés ; ce qui fait autant de variétés.
- Le mieux eft, que le plan incliné ne foit pas élevé,- ce qui rend l’angle plus grand ou plus obtus. La raifon eft, qu’aiors il n’occupe pas ime fi grande portion des parois, & conféquemment leur épaiifeur n’eft pas tant diminuée. Plus le mur s’éloigne de la perpendiculaire pour s’approcher du foyer, moins il refte d’épailfeur aux parois , par conféquent moins ils font en état de réfif-ter à l’acftion du feu. On ne peut' empêcher qu’il ne les fende , ne les cre-vaffe', ne brûle & détruife les mortiers > 8c après s’être fait un pafiage en-
- (m) La ruifine 8c le contrevent, (n) Le devant & la thuyere..
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- dehors, la chaleur de l’intérieur diminue, fon aétion s’affaiblit, & la Fufion en devient plus lente.
- Comme Pépaiflcur des murs eft d’environ neuf pieds, la bafe de cette partie déclinée égalera donc un plan horizontal de neuf pieds j mais attendu que la plus grande partie de l’édifice eftconftruite de gros-quartiers de pierres , de peur que cette inelinaifon ne le falfe tomber , on le garnit de fortes marâtres de fonte , qui par leur extrémité entrent & tiennent dans les murs de côté, ce qui foutient cette partie : il faut que ces marâtres foient plus ou moins longues fuivant la place qu’on leur deftine, plus haute ou plus baffe. Elles ont depuis douze jufqu’à dix-fept pieds de longueur, fur un pied d’é-pahfeur, & fontde forme triangulaire. Les uns en'mettent plus, les autres moins : plus il y en a, plus l’ouvrage eft folide. J’en ai vu trois, neuf, & jufqu’à quatorze ; ce qui garantit le mur de toute ruine. Plus on en met, plus l’angle d’obliquité eft obtus, ce qui diminue la hauteur du plan incliné : alors tout eft bien foutenu. J’ai cependant vu de ces marâtres de fonte courbées fous le poids qu’elles foutenaient ; & d’autres qui, d’une nature fragile , étaient caffées. Dans quelques endroits, lorfque les propriétaires ne font pas riches, ils foutiennent ces plans inclinés avec des pièces de bois : mais outre qu’elles plient aifément, elles font fi fort expofées aq^feu , qu’il eft impoffible de les en garantir j & une fois brûlées, toute la partie tombe.
- Comme une (impie defcription ne laiffepasdes idées a£[|Z claires, je vais en donner le deffein. A BC(planche I ) eft la cavité inférieure, ou cheminée du fourneau , dans laquelle on met les charbons & les mines, & où fe fût la fufion. D MMD, eft 1 j mur intérieur qui comprendSes parois & l’ouvrage. £ £ eft le mur voifin des parois. FF eft l’efpace entre le mur rempli de moellons , crades , & autres matières. G G G eft le mur extérieur qui enferme le refte , &le rend folide par la façon dont il eft bâti avec de grofTes pierres & pièces de bois. HH font les batailles relfemblantes à lin fécond étage. P eft l’appui de bois qui entretient la liaifon à la naiffance des diflférens murs , fai faut l’office d’un pilier , d’un foutien. 7 7 eft la fondation faite de bons matériaux. eft l’obliquité du côté des foufîfets. Il y a un autre côté pareillement incliné, où le fondeur & les ouvriers travaillent : on l’appelle la poitrine ( le devant ). On ne voit que trois marâtres. K eft la folle qui reçoit l’humidité. L, des pièces de fonte , des plaques qui couvrent la voûte. Ar, du fable amoncelé fur ces plaques. M, la pierre fondamentale du foyer. C, le foyer qui reçoit le métal fondu, & où il fe cuit & fe purifie , fuivant les réglés qu’on établira ci-après. 0 0 0 eft un efpace au - delfus du foyer, que l’on fait plus ou moins grand , plus ou moins étroit, fuivant les diftërens degrés nécelfaires à la fufion. Cet efpace eft enfermé par un mur in-eliné, de façon que la mine fondue coule dans le foyer fur ce plan incliné.
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- ( On l’appelle les èchelages ou foyer fupêrieur. ) Jamais la fufion ne fe fait plus haut.
- Autrefois on bâtilfaitles fourneaux bien plus fimplement: on n’ofefer-vait pas des réglés fi exades pour le vuide intérieur ; l’ouvrage ne s’arrangeait pas avec fondre que nous avons décrit ; & le tout n’avait ni tant d’épaif-leur ni tant de hauteur. L’édifice était informe , comme on l’apprend d’AGRi-COLA & de quelques autres anciens, qui en ont donné la defcription. Ces ouvrages rendaient moins de fonte, & confommaient plus de charbon. Dans la fuite , quand un fourneau en travail a été taxé , & obligé de payer tous les jours au gouvernement une certaine fomme , pour en augmenter le produit & diminuer la dépenfe , on les a élevés davantage & bâtis plus folidement : on a fait le foyer plus grand & dans des dimenfions exades.
- Formation de la cheminée on du vuide qui occupe le milieu d'un
- fourneau.
- Pour former le vuide intérieur d’un fourneau , il faut beaucoup d’exactitude : c’eft là où le feu agit avec violence , & fond la mine. Si on ne donne pas à ce vuide des mefures exactes , c’eft-à-dire, fi on ne donne pas l’efpace convenable à la partie fupérieure, au milieu & au fond , on travaille inutilement. On fait que la force du feu augmente ou diminue , félon fa quantité & l’efpace qu’il occupe. Plus l’efpace & le feu font grands, plus l’adion du feu eft grande. II n’y a pas tant de chaleur dans la flamme d’une chandelle, que dans un grand bûcher enflammé, & cela dans certaines proportions. Lorf-qu’on a mis une quantité de matières allez confidérabîes pour procurer un grand degré de feu , il s’enfuit que la figure du vuide intérieur qui contient cette quantité , contribue beaucoup à lui donner l’adion néceffaire pour la fufion. Quand l’efpace eft plus grand & plus ample , la force du feu & con-féquemment la fufion augmentent. Comme il ne faut pas que la mine jettée dans un fourneau fonde d’abord , & qu’il eft néceifaire que fucceftivement elle s’échauffe , fe torréfie , blanchilfe & fonde , il faut ufer d’induftrie & de réglés pour que tout cela s’opère par degrés. Par l’adion continuelle du feu, les murs s’échaulfent de plus en plus : ce qui, par la réadion , augmente en-fuite confidérablement la force du feu.
- Les ouvriers , qui n’ont d’autres réglés que leur ufage , & qui ne fe font inftruits qu’à force de dangers & de pertes, ne s’accordent pas furl’efpece de réglé qu’on doit fuivre. Les uns veulent que le vuide intérieur foit étroit au - deflus, plus large en-bas , mais très-large au milieu ; d’autres le veulent plus étroit en-bas qu’en-haut : en un mot, ils ne font pas d’accord fur l’étendue & les dimenfions que l’on doit donner à ce vuide: c’eft ce dont
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- D’E S F 0 U R N E Alü X.
- nous parlerons ci-après. Pour ce qui regarde ce qu’ils appellent le ventre (o), nom qu’ils ont donné à cette partie du vuide intérieur à caufe de fa figure, ils conviennent tous qu’il faut qu’il foit plus ample dans le milieu que dans le deffus ou le delfous; mais ils ne s’accordent pas encore s’il faut que cette plus grande étendue foit précilement au milieu , ou un peu plus bas , ou un peu plus haut. Ils ne lavent pas que c’eft la nature des mines à mettre en fufion, qui doit donner cette différence. Une mine chargée de foufre , veut une autre dimenlion pour fe mettre en fufion , qu’une mine qui en eft privée. Une efpece fond aifément ; l’autre réfifte long-tems au feu avant qu’il puilfe Ja féparer de fa roche ; & comme les ouvriers ignorent ces différences, ils préfèrent aveuglément une méthode à une autre , & fe font illufion fur leur expérience particulière. Je ne puis pafîer fous filence que les fondeurs négligent de prendre foin du total du vuide intérieur ; ils ne penfent qu’au foyer : mais le feu dans le foyer étant comme un torrent dont l’aélivité & la force s’échappent par le deffus , & animant toutes les matières contenues dans l’intérieur , files fondeurs ne connaiffent pas les raifons &la méthode de rendre leur foyenanalogue au total du vuide, ils ne peuvent efpérer de réufîir.
- D’abord , il faut lavoir qu’il n’y a pas cinquante ans , ou cent au plus, qu’en Suede on fefait la cheminée des fourneaux moins haute qu’à préfent, & de forme quadrangulaire , comme il fe,pratique encore dans plufieurs endroits de F Allemagne & de la Suede. Quelques-uns font attachés aux coutumes de leurs peres , & les confervent fcrupuleufement. D’autres ayant re-connu que la fufion fe fefait mieux dans des fourneaux ronds, leur ont donné la préférence ; & aujourd’hui on ne trouve prefque pas un intérieur de fourneau qui ne foit rond dn-haut jufqu’en-bas.
- , - Nous allons donner le deifein de la machine qui fert à tracer cette rotondité. On a une échelle graduée H H H 11{planche ï, fig. 2) , qui eft arrondie fuivant la courbure que l’on veut donner au fourneau : on la place dans le milieu ou le centre du fourneau. Un des montans, armé d’un pivot de fer, eft porté fur la pierre du fond CD, & fa partie fupérieure eft arrêtée par un collier, au moyen d’une potence attachée dans le deffus, B 11D repréfente l’axe , autour duquel tourne l’échelle pour pouvoir être préfentée à toutes les parties du mur à bâtir, & lui donner la dimenfion requife. A mefure qu’on éleve les parois, ainfi qu’on le voit en H H, on la fait tourner pour les bâtir avec exactitude , & en ne la démonte que quand les parois font pouffes jufqu’au-delTus.
- Les dimenfions de l’échelle graduée, ou pour mieux dire du vuide qui fe forme par fon moyen, 11e font pas les mêmes dans toute fon étendue. Si le
- (,0 ) Le foyer fupérjeur, ou le deffus des échelages, C’eft là qu’eft le plus grand vuide.
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- plus grand diamètre du ventre égale quatre partie?, le haut en aura trois * le ventre quatre & le bas deux; de maniéré que le rapport des trois diamètres ou circonférences fera comme trois, quatre, deux. Il n’y-a cependant pas d’inconvénient de faire le bas plus ample & égal au delfus , parce qu’on bâtit dans le bas un nouveau mur qui, rejoignant infenfiblement le grand efpace du foyer fupérieur, va par degrés rejoindre le foyer d’en-bas (p). Dans la plus grande partie des fourneaux que j’ai eu occafion de voir , je vuide intérieur eft à l’orifice fupérieur de huit à neuf aunes de circonférence, au ventre de dix à douze, & au bas de fix & demie ou feptaunes : il y a d’autres cheminées qui if ont ni une fi large ouverture , ni un fi grand ventre.
- Four chercher la meilleure proportion & la dimenfion qu’il faut préférer, je n’ai pas voulu recourir aux rai fous à priori, ni aux préceptes géométriques ; je me fuis plutôt arrêté aux raifons à pofteriori, & à l’expérience. Les rai fous des ouvriers qui s’appliquent à cette partie, ne font que de fimples expériences tirées de leur travail journalier; ce qui me détermine à ne rapporter ici que les méthodes que j’ai tirées des ouvriers même : ce n’eft pas ici le lieu de donner des réglés en forme.
- D’abord, pour ce qui regarde le ventre ou le milieu du vuide & fou efpace, dont la circonférence eft ordinairement de dix à douze aunes fué-doifes , il faut confidérer, i°. que fi le ventre eft trop grand , les parties métalliques font foudainement rompues, & il arrive plutôt un déchirement qu’une réparation : quand la pierre qui accompagne la mine , elt defeendue dans cet endroit, elle fond d’abord & coule dans le foyer. Le plus grand feu eft là: e’eft en quelque façon le-centre de la chaleur ; elle y eft entretenue, non-feulement par le feu du foyer qui pouffe en-haut, mais encore par la réa&ion & preflion de celui de deffus , & principalement par le poids des matières fupé-rieures. Plus grand eft l’efpace du ventre , plus grand eft le volume du feu : ou plus eft grand le gouffre qu’on emplit de feu, plus le degré en eft augmenté & approche du feu de l’enfer. Quand les mines, déjà échauffées, viennent à defeendre dans ce gouffre, elles y font déchirées, & coulent d’abord dans le foyer encore crues ., &fans être fufftfamment féparées de leur roche & autres corps, avec lefquels elles font combinées : dès-lors elles gâtent néceffairement je métal. Plufieurs parties métalliques s’empatent'& fe convertiffent en feo-ries , ce qui occafi-onne une grande perte.. Le fer , en quelque façon , fort impur & crud. La ehaleur même du foyer eft comme diminuée & affaiblie par ces matières gluantes, ce qui retarde la fufion & y nuit beaucoup. Les bons fondeurs n’aiment pas ces ventres fi larges, parce qu’ils ne font pas proportionnés pour diifoudre & digérer, comme il convient, les alimens qu’on leur fournit.
- (p) Le creufet.
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- ïl y a encore une autre raifon pour ne pas les faire fi grands, railon qui n’a été connue des fondeurs que par la peine & le travail que cette dimenfion leur a occafionnés. En effet, quand le milieu du ventre eft d’une grande étendue , il eft néceflaire que fa partie inférieure foit plus oblique qu’il ne convient, en defcendant fur le foyer ; car le foyer n’a qu’un pied & demi de largeur : un de fes côtés répond au centre du ventre. Le diamètre du ventre étant d’environ quatre pieds, conféquemment ce côté du foyer qui répond au milieu du ventre, fe trouvera dans fa partie fupérieure d’une obliquité trop confidérable ; de maniéré que la mine fondue tombera prefque toute fut le plan incliné de ce mur , e’eft - à - dire, qu’il la recevra prefque toute avant qu’elle puiffe gliffer dans le foyer. Il faut remarquer que l’obliquité dont je parle, eft celle qui réfulte de fon éloignement de la ligne perpendiculaire, & non de l’horizontale: 1e fer une fois en fufions’épaiflit ailément, c’eft-à-dire,. qu’il perd facilement fa fluidité. Si donc en tombant il eft retardé par la longueur d’un plan trop incliné relativement à la perpendiculaire , il s’attache au mur , & yrefte agglutinécomme de la poix: il ne coule dans le foyer que îorfqu’étant amaffé en très-grande quantité, fon propre poids le fait gliffer fur le plan incliné. De-là il arrive que ce fer plus froid & moins fluide que celui qui eft en bain dans le foyer, fait avec ce dernier une efpece de combat & de bouillonnement, comme il arriverait à du cuivre fondu , fur lequel on jetterait de l’eau. La chûte de ces malfes dans le foyer , fait foule ver & bouillonner des fcories noirâtres , excite des flots qui fe terminent en pointes. Le volume, la malîe fondue, s’enfle, bouillonne & fe répand parle deffus du foyer,.comme Peau bouillante par-deffus le vafequi la contient*, la thuyere s’emplit de fcories noires , & fe bouche. Celles qui fortent du fourneau , font couleur de fer & de fumée, contenant beaucoup de parties métalliques. Ce dérangement revient périodiquement comme la fievre froide , & cela toutes les fois qu’il y a affez. de fer amaffé fur les échelages , pour que fon propre poids l’entraîne dans l’ouvrage: à moins que le fondeur ne fâche appaifer ces flots , en tirant les fcories avecle crochet, en travaillant avec le ringa'rd îa matière qui s’enfle & qui bouillonne, & qu’il ne cefte en quelque façon d’écumer, le foyer fe remplira de matières vifqueufes & tenaces , les ouvertures fe boucheront, & il n’y aura plus de foin ni de travail qui puiffe garantir l’ouvrage.
- Outre ces raifons, il y en a encore une que l’expérience a mife à découvert. Le vent qui eft chaffé par toute la cheminée, rafe les parois , & par une efpece de cours fpiral, fait effort pour fortir en s’échappant proche des bords: au lieu que, fi cette partie du ventre eft très-large, fi elle s’éloigne beaucoup de la perpendiculaire, ce même vent eft pouffé vers ce côté incliné , ou il eft arrêté par les matières, ou il eft réfléchi, ou il prend une autre route, & gagne
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- ainfi le deffus par des chemins tortueux, mais uniformes. Alors le vent agif-fant continuellement fur cette partie ( le plan incliné ), il arrivera qu’à la longue & peu-à-peu il la liquéfiera ; ou bien à Force de ronger, il la creufera : ce qui non-feulement affaiblit cette partie expofée à toute l’ardeur du foyer, mais rend inégale & difficile l’opération de la fuflon. Il fe ramalfera beaucoup de fer fondu dans l’efpace qui fera ainfi rongé & creufé. Il fe formera une efpece de croûte, qui defcendra moins vite par le défaut de la chaleur; & ce fer, ainfi refroidi, tombera dans le foyer, où la chaleur eft extrême. Ajoute* à cela que, quand on arrêtera le fourneau, il faudra rétablir cette partie dégradée : voilà les vices attachés au ventre trop large d’un fourneau, & les inconvénient qui en réfultent.
- Sa pofition la plus avantageufe eft d’être placé un peu plus bas que le milieu du fourneau ; car il faut obferver que4a mine, qu’on jette par le deffus, doit paffer par tous les différens degrés de chaleur, avant que de parvenir à celui néceffaire à lafufion. Dès-là, quand la partie fupérieure delà cheminée a une certaine élévation, & que les murs font prefque parallèles jufqu’à une certaine étendue, d’abord la roche de la mine s’échauffe doucement dans le deffus. Sa chaleur augmente de plus en plus en defcendant & par degrés, jufqu’à ce qu’elle blanchiffe , & qu’enfin parvenue au gouffre, elle fonde & tombe dans le foyer en forme de pluie. Si le plus grand diamètre du ventre n’eft pas au-deffous du milieu de la cheminée , la mine ne peut paffer par tous les degrés de chaleur qu’on fouhaite, avant que de venir à celui de fuflon: d’où il faut conclure que la vraie place du plus jprand efpace du foyer fupé-rieur, eft au-deffous du milieu du fourneau.
- Il faut auffi prendre garde que la grande largeur du ventre ne foit placée trop proche du foyer d’en-bas ; cela occafionnerait cette obliquité dangereufe dont nous avons parlé. Ce plan trop plat ( q ) retiendrait le fer, lui donnerait occafion de s’amonceler, jufqu’à ce que fon poids l’entraînât dans le foyer.
- D’un autre côté, fi la largeur du ventre eft placée au-deffus du milieu du vuidc intérieur, alors la mine arrive trop tôt dans le grand feu ,* & n’ayant point paffé par les différens degrés de chaleur qui doivent l’y préparer, elle fe diffout &fe met en gouttes, avant que les foufres groffiers & nuifibles foient évaporés.
- Pour ce qui regarde la partie fupérieure du fourneau , qui arrête infenfi-blementla mine pour la laiffer peu-à-peu defeendre dans le gouffre, qui ab-forbe & diffout tout, elle fera bâtie fuivant la dimenfion des parois, auxquels on fait un peu quitter la parallèle, pour former infenfiblement un plus grand vuide. Les murs qui forment cette partie, formeront par leur retraite & leur
- ( <7 ) Les échelages.
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- obliquité, le grand efpace du foyer dont nous avons parlé. Il faut,touchant cette partie du déifias, obferver , i°. que les îmirs étant parallèles, le feu augmente par degrés ; qu’il eft moins violent au-deflus > que depuis là il va en augmentant, & qu’il travaille de toutes parts for la mine qui defcend lentement. D’autre part, les charbons s’enflamment davantage & fucceffivement; ce qui occaflonne dans les parois une chaleur graduée, qui pénétré la mine fuivant fes degrés diiférens, & la dûfout après avoir rongé & cbafle les corps étrangers. Si au contraire ces murs ont trop d’inclinaifoti, la mine defcend trop vite, & fond avant que les foufres en foiemt chaflés. 2c'. Il faut avoir égard à la nature de chaque mine. Si elle eft chargée de'foufres grofliers, la partie fupérieure de la cavité doit parallèlement defeendre plus bas que lorfque la mine en eft privée. Pour que la partie fulfureufe foie chaffée par cette efpece de calcination ou de grillage , il ftfut que la mine ait efluyé tous ces difterens degrés de chaleur avant que d’arriver au feu de fufion. On a beaucoup de peine à expulfer ces foufres , qui unis au fer, le gâtent entièrement : d’où il s’enfuit que plus le fourneau eft élevé & les murs parallèles, plus on s’en dé-r barraffe, ainfi que du phlogiftique groflier.
- Quant à l’entrée fupérieure du fourneau (r ) , les uns la font plus’large, îes^autres plus étroite. Dans certains endroits elle a trois’pieds de diamètre ; dans d’autres elle en a fix. Eft-elle trop étroite ? l’acftion du feu fur la mine eft moins grande. Le vent enfermé dans cette cavité, ne s’échappe pas fl promptement : il dépouille le charbon de fafuperhciç enflammée, en détache des étincelles, & lui enleye fa chaleur,* ce qui diminue l’acftivité du feu, & retarde la fuflon. Si au contraire l’ouverture eft trop large, le vent, qui eft Pâme de la fuflon , s’échappe trop aifément, & ne fait point l’eifet qu’il faut fur la mine. D’où il fuit qu’une bouche large confomme en peu de tems les charbons fans travailler fur la mine, & le fer qui eft trop fubite-ment mis en fufion par un violent degré de chaleur, refte imprégné de corps étrangers dont le feu ne peut plus le féparer : alors on recuit infruélueufe-ment le vice & les matières inutiles. D’où il faut conclure qu’en prenant le milieu , c’eft-à -dire, en ne fefant la bouche ni trop large ni trop étroite-», on travaillera en fureté.
- Quelquefois, pendant qu’un fourneau eft en travail, on voit à la longue cette ouverture (s) s’élargir. J’en ai vu une élargie d’environ un pied , de façon que de ronde elle était devenue ovale. Cela vient en partie du paf-fage continuel de la flamme , qui leche «St emporte toujours avec foi quelques parties des pierres & mortiers, ce qui eft prouvé par la feule infpec-tion des murs, qui, par le travail, deviennent polis comme du verre ou dû
- (r ) On l’appelle "la bouche ou gueulard. (s) La bouche. - ;
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- marbre. Cela vient auffi du vent, qui, pouffé en abondance dans ce gouffre de chaleur, fe dilate prodigieufement, & par cette dilatation écarte & rompt principalement les murs de deffus. Cette ouverture fupérieure s’élargit.plus aifément s’il y a la moindre .fente dans le mur extérieur , ou fi les poutres qui les foutiennent, fie font courbées ou dérangées. Le feu & le. vent profitent de ces accidéns pour fiéparer les murs expofés à leur adtion.
- Quant à la partie inférieure , cell-e qui eft proche du foyer , il eft peu important qu’ellefoit plus ou moins large : car il faut la rétrécir par un petit mur (if), duquel nous parlerons ci-après , & par ce moyen, la joindre au foyer inférieur & au ventre. Peu importe donc , quand on forme le vuide , que cette partie inférieure foit plus ou moins large; mais on ne peut avoir trop d’attention pour que du haut en bas, les parois ne s’éloignent pas beaucoup de la perpendiculaire, & que les différentes inclmaifons foient faites fiuivant les réglés. .
- De la fondation du foyer.
- Nous avons dit ci-devant quelque chofe de la foffe qui doit être fous P ouvrage. Cette excavation elf faite pour recueillir toute humidité & pour s’en débarraffer; car le feu attire l’humidité par des voies cachées,- &. lorsqu’elle eft ainfi raffemblé-e, elle fie met en vapeurs & fort par les foupiraux. Cette foffe a la même longueur que le foyer fur la hauteur d’une palme ( n), & la largeur d’un pied. Si l’endroit eft fort humide, il faut la faire plus grande. Eile Je fera affez, fi l’on peut y fourrer le bras pour en tirer les matières qui pourraient y être tombées. Cet endroit doit être nettayé ue tout ce qui pourrait nuire à l’évaporation. Le fol de cette folfe doit baiffer du côté des foupiraux qui fervent à exhaler l’humidité. Elle doit être entourée de pierres ou feories choifies , comme il eft reprefenté dans la figure Z. Le deffus efic couvert d’une grande plaque de fonte épaiffe & de forme quarrée, dont les côtés ont deux pieds & demi fur quatre ou cinq pouces d’épniifeur , pefant environ huit cent. Cette piece eft pofée & fcellée avec de l’argilie , de façcir qu’il n’y ait pas de jour par où la vapeur puiffe s’exhaler, & gagner le fable qui eft au-delfus. Quelques-uns, au lieu d’une plaque de fonte , cherchent une pierre quarrée & épaiffe pour couvrir cette foffe ; ayant foin de bien fermer toutes les jointures avec de l’argilie. Sur cette pierre, on met du fable qu’on répand également de tous côtés , afin qu’il ne puiffe fortir de vapeurs-que par les foupiraux que nous avons dit. Suc cette aire de fable bien unie, & qui eft épaiile-de fix à neuf pouces, on place une grande pierre taillée , toile que la figure E la repréfetne. Cette pierre fondamentale du foyer eft
- (O Les échelages. ( u ) Environ 8 pouces,.
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- épailTe de neuf pouces ou un pied, défiguré quarrée ou autre, comme cela fe trouvera, longue &.large de cinq pieds, de façon qu’elle rempfiffe l’ef-pace du foyer, & fervedèbafe aux murs de l’ouvrage. On prend pour cela de la pierre vitrifiable ou calcaire, ou toute autre efpece reconnue propre à foutenir le fer en fulion pendant plufieurs ferriames. Il ne faut pas fe fervir d’une pierre nouvellement tirée , parce qu’elle ferait humide, & qu’elle conferverait intérieurement des partiesaqueufes, qui, dilatées par le feu, ne pourraient s’échapper qu’à travers le fer en fulion, & conféquemment arrêteraient en quelque façon l’ardeur du feu & la fluidité du métal. Pour évite'r ces inconvéniens , il faut lailTer cette pierre expofée au foleil d’été pendant un certain tems : peu-à-peu l’humidité intérieur^ fe diliipera. On peut encore, dans le befoin, la faire fécher au feu. L’expérience a appris que les pierres qu’on deftine à cet ufage, fechent mieux fi on les lailfe pendant un an devant le feu, mais à une diftance raifonnable. Un feu fubit, au lieu de chafser l’humidité, la fait en quelque façon rentrer comme dans une prifon, d’où la chaleur la fait fortir avec effort ,* ce qui fefait quelquefois avec tant de violence, que la pierre fe brife en éclats.
- On garnit de fable mêlé d’argille, cette pierre fondamentalevdans tous fes côtés : ce mélange fe durcit confidérabîement au feu. Il faut bien join-tayer toutes les ouvertures avec cet enduit, de crainte que l’humidité, au lieu de pafser par les foupiraux, ne s’échappe par l’ouvrage. Les plus ha* hiles éprouvent tous les jours, que la moindre humidité renfermée dans les pierres , ou infinuée fous le fable , fait plus de tort au fer en fufion, qu’un ruifseau qui viendrait frapper le defsous de la plaque de fonte. Le fond du fourneau échauffé repoufse l’humidité -, mais l’humidité enfermée dans la pierre ou autres matières , ne cherche point d’autre fortie que du côté où la flamme eft la plus violente. Où le feu eft le plus grand, là les pores font le plus ouverts, & l’humidité s’y infinue. Peut-être auflî que les pierres fonttiflùes de façon qu’elles ne peuvent donner d’autre ifsue. Puifque l’humidité dont on parle eft fi nuifibîe, tant au fer en fufion, qu’à celui qui eft à fondre, il faut employer tous fes foins pour qu’elle ne puifse s’échapper par l’intérieur du fourneau, & encore moins par l’ouvrage (92,).
- Du foyer (oc) Ê? de fa confrüSion.
- Sur la pierre fervant de fond, 011 en place trois autres, du genre de celles qui réfiftent au feu ; elles entourent de trois côtés cet efpace de figure
- (92) Toute cette defeription des four- haut, feftion III, page 107 & fuiv. neaux & de leurs différentes parties doit (a?) L’ouvrage, être comparée avec ce qui en a été dit plus
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- ©blongue. Le vuide qu’elles forment, s’appelle le foyer (y ). Les deux pierres qui font pofées fur la longueur, s’appellent: de coté (z). La troifieme ,
- placée tranfverfalement (a), ferme un des côtés de ce creufet. Ces trois pierres pofées, on les entoure & on les fcelle avec du fable qui doit boucher & remplir toutes les jointures & ouvertures. A la chaleur, ce fable fe vitrifie, & ferme alors encore plus exactement tous les déjoints; il fait de ce côté une mafse avec le fond, de façon que le fer en fufion ne peut s’échapper : & dans le cas où l’humidité aurait pénétré le fable qui eft defsous le fond, elle ne pourrait s’infinuer ni percer dans le creufet. Outre cela, on remplit de fable l’efpace qui refte entre les pierres de coftiere & les parois, pour qu’il n’y ait aucun vuide; ce qui confolide & affermit ces pierres, & empêche que le poids du métal en fufion ne puifse les déranger ou y occa-fionner , foit une ouverture, foit toute autre dégradation. Les coftieres ont un pied & demi de longueur 8c d’épaifseur; on les choifit du genre des grès ou des ardoifes, même des calcaires : il n’importe, pourvu qu’elles ré-fiftent bien au feu. Le total du foyer eft d’une figure oblongue de trois pieds à trois pieds & demi de longueur, d’un pied & demi à trois quarts de largeur, fur neuf pouces de hauteur, & pouvant contenir 2400,3000, ou 3600 livres de métal fondu.
- La grande fcience & l’art du fondeur, confident principalement dans la formation &jufte dimenfion du foyer : à moins qu’il n’y ait un rapport, une proportion convenable entre la hauteur & la largeur, il ne faut point efpérer de fuccès dans le travail. C’eft.par cette raifon que ceux qui entendent cette partie, ont des modèles en bois , ou patrons précis , fur lefquels les dimenfion s font exactement tracées, & dont ils fe fervent pour diriger celle des pierres. S’il faut que les ouvertures ou les murs aient quelque obliquité , ils la dirigent, ou par des mefures graduées, ou en verfant de l’eau pourvoir la pente, ou par mille autres méthodes induftrieufcs & communes. Le foyer eft comme la chaleur vitale, ou la place du cœur : le vent & îesfoufflets tiennent lieu de poumons , & représentent la vie & I’ame. Le moindre dérangement dans le creufet, eft une maladie qui fe communique à tout le fourneau : alors tout le travail de la fufion languit, 8c la féparation des parties métalliques, ou la digeftion, ne s’opère plus comme il faut : le fourneau ne reçoit d’alimens qu’au prorata de ce que le foyer en peut lui-même recevoir & digérer. De-là il fuit que, fi l’humidité s’infinue dans l’ouvrage par quelques ouvertures, la fufion eft fur le champ retardée,, & con-féquemmentla coClion ou digeftion de la partie métallique fe fait plus lente-
- (if) Lebaffin ,le creufet, catinus-? en . (2 ) Coftîeres ; en fuédois, Jleljlenari
- foédois, Jlelle» (a) Laruîxine.
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- ment. La chaleur vitale ne fuftit plus à tenir en bain un 'grand volume de fer, ni à opérer la féparationdes'parties métalliques d’avec les corps étrangers, de façon’qu?un tel’ouvrage (93) refufe de fondre une grande quantité de mines-.
- Pour ce qui regarde donc la plus ou moins grande capacité du creufet, il réfulte de ce qu’on a dit , qu’un foyer d’un plus grand efpace a plus de chaleur , & tient en bain plus de métal qu’un foyer d’une moindre capacité. Les fourneaux des anciens, mais qui ne font1 plus d’ufage, étaient plus petits que eeux d’aujourd’hui , & leur creufet ne pouvait contenir que 800 livres de métal; ce qui fefait que par vingt-quatre heures, ils: n.e rendaient que le tiers de ce qu’ils rendent aujourd’hui. La raifon eft, que les parois de pierres, qui enferment un fi petit efpace , attirent & donnent une certaine fraîcheur qui pénétré d’autant plus le métal, que l’efpaçe eft plus petit, & communique au métal non-feulement un engourdiirement, mais un refroidilfe-ment alfez considérable pour que le fer s’attache au fond & aux côtés, Les fcories même s’endureilfent au point que, ne pouvant les détacher , l’efpaçe .du creufet devient toujours plus étroit & plus ferré : enfin, le volume total fe coagule au point d’arrêter le feu. Lorfque ce refroidilfement eft parvenu au cœur, il n’y a plus de vie ÿ l’œuvre de la fufion s’éteint. De-ià , il parait que les plus grands foyers font les meilleurs. Il yen a même qui contiennent jufqu’à f200 & 624.0 livres de métal en fufion. (&) , favoir, ceux où l’on coule des canons pour la guerre , parce qu’on eft obligé d’y tenir en bain autant de métal fondu qu’il en faut pour compofer un gros canon. Dans ce cas, il y a ordinairement deux fourneaux placés l’un à côté de l’autre, avec chacun leur foyer : le métal des deux fert à former un feul canon. J’ai été bien aifeque l’on fut inftruit qu’on fait des fourneaux aflez amples pour donner le double de matière : nous verrons ailleurs les inconvéniens qui réfultent de ces foyers fi grands.
- Si l’efpérance de la réuftite & du produit doit venir des dimenfions & de la capacité du foyer9 il ferait aifé de lui donner la figure qui enferme le plus grand efpace , telle que la ronde , l’ovale, ou la quarrée. Au premier coup-d’œil, en raflemblant ce que nous avons dit, on croirait pouvoir déterminer la figure la plus avantageufe, tant du foyer ou creufet, que de la cheminée. Malgré cela , les plus habiles fondeurs n’en veulent point d’autre que l’oblongue pour le creufet ; ils veulent que la longueur foit double de la largeur , & la largeur double de la hauteur : ils rejettent toutes les
- (pD N’eft pas propre à fondre. Tonte (b) 10 à i% pieds de marine. Le poids façon de parler figurée devrait être prof- de marine de fer crud, dont SwEJ).Eïs% écrite des ouvrages purement didactiques, borg parle dans fon traité, pefe s2° bvres.
- autres
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- autres figures. Il y a plusieurs raifons qui autorifent leur fentiment. i°. Si la figure du foyer était ronde ou quarrée, le vent ne pourrait pas être pouffé jufqu’au côté oppofé. Les buzes des foufflets font appuyées fur une des cof-tieres , & y font pofées de façon que le vent eft pouffé obliquement contre le côté oppofé qui le réfléchit, & qui par ce moyen lui fait rgfer la fuperficie du fer en bain, en y excitant une efpece de mouvement & d’ondulation avant que de gagner le deffus. Si le foyer était quarré , ovale ou rond, quelque violent que fût le vent, jamais il ne pourrait être pouffé contre le côté oppofé : mais en fe raréfiant en chemin, il perdrait toute fa force, & gagnerait fans retard le deffus ; ce qui n’arrivera pas, s’il eft pouffé contre le mur oppofé , qui le répercute contre le fer, & le fait circuler avant qu’il puiffe s’échapper. Sans cela le fer ne fe cuirait pas , & les fcories , que leur légéreté tient à la fuperficie, ne fe répareraient pas du métal, ni le vent ne fe répandrait pas également dans la cheminée, & ne s’échapperait pas en ferpentant. Voilà ce qui a déterminé à faire la largeur du foyer de la moitié de fa longueur, ayant reconnu que cet efpace , que le vent doit parcourir, eft relatif & convient à fa force. 2°. Il faut fou vent nettayer le creufet, détacher & enlever les récrémens qui s’attachent au fond & aux côtés; il faut avec des ringards remuer le fer en fufion & le foulever; ce qui s’exécute commodément dans un foyer oblong, & ce qui ferait très-difficile dans un rond ou un quarré , puifqu’il faut avec les outils frotter & racler les côtés. Si l’efpace était rond , ce ferait une befogne difficile de tourner le ringard tout autour; de le mouvoir à droite & à gauche pour vifiter & nettayer toutes les parties , étant obligé de foulever les fcories attachées & de les tirer hors du feu. 3°. Si le foyer avait trop d’étendue, le fer effuierait un trop grand degré de chaleur; & une partie, ou fe convertirait en fcories, ou fe brûlerait fans reffource. D’ailleurs, les parois du foyer, par une trop grande chaleur , fe briferaient & fondraient : alors le fer s’attacherait dans les endroits qui feraient dérangés & brûlés, & s’y ramafferait en maffes d’un volume immenfe, dont on ne pourrait plus 1e débarraffer. Voilà les raifons pour lefquelles on fait le creufet oblong, & non pas quarré ou rond; figures néanmoins qui renferment plus d’efpace & qui raffemblent plus de chaleur, mais qui ont été abandonnées jufqu’ici, comme peu convenables au travail qu’exige la fufion , par les ohfervations que nous venons de faire. D’ailleurs, les ouvriers ne font pas gens à s’écarter d’un point des mefures qu’ils o/nt reçues de leurs parens ou de quelques maîtres, ou que leur propre expérience leur a enfeignées. 1
- Le foyer ne fe met pas au milieu du fourneau ; c’eft-à-dire, il n’eft pas placé de façon qu’une perpendicalaire, tombant du milieu de l’ouverture du deffus, vienne au centre du foyer du creufet ; mais cette perpendiculaire
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- tombe & affleure la coftiere où eft pofée la thuyere, au moyen de quoi le centre eft tout d’un côté. (Voyez la figure. ) la perpendiculaire. C efl: la
- coftiere des foufflets. Le poids B paifant par le centre, tombe vers la coftiere Ct ou tout contre. Les ouvriers difent pour raifon , que c’eft; afin que le vent frappe plus aifément le côté oppofé , d’où étant repouifé , il circule fur la fuperficie du fer en fufion , & de là, comme du centre, s’échappe par le deffus. Si lafource de ce foufflet n’-était pas dans le milieu, le fer qui fe trouverait au vent fe refroidirait, ce qui n’arrive pas dansja ligne du centre. D’autres éloignent un peu la colfiere de ce centre, quand la mine efl: d’une nature à fondre facilement, & qu’un ventfroidne l’endurcit & ne l’agglutine pas aifément.
- Jusqu’ici nous avons vu que le foyer eft compofé de trois murs qui le ferment de trois côtés. Le quatrième (c} eft parallèle au troifieme tranf-verfal (dfi C’eft feulement une barrière ou un morceau de fer qui a quinze pouces de longueurfur un demi-pied d’épailfeur, pefant environ quatre cent. En S.uede on l’appelle âamrn ( e ). Cette partie antérieure du creufet ou foyer, ou, Ci; l’on veut,Ton entrée, eft fermée par une piece de cette grofleur, afin qu’elle foit folide par fon propre poids. Eu quelques endroits , au lieu de ce morceau de fer, on met une pierre beaucoup plus grande & plus groife » par conséquent plus lourde. Cette barrie/e eft plus. balTe que les autres côtés du foyer, afin que les fcories qui furnagent fur le métal, puilfent palier & forcir par-delTus , couler d’elles-mêmes, ou être tirées fans obftacle. On ne peut, fe débarraffer des fcories que quand elles font montées à la hauteur des coftieres. Au côté droit de la dame (f), on lâifle une ouverture de la largeur de la main, : ou s’en fert pour couler le fer*.Il fuit de là qu’il faut que la dame foit arrangée de façon que le métal puifse fortir par le côté, & les fcories par defsus.
- Quant à cette ouverture pratiquée à côté de la dame ( g ) , & par laquelle fort le métal en, fuifion, qui a été plusieurs heures à fe rafsembler dans le foyer, on la ferme avec une pâte de fable & d’argille (h) qui s’endurcit au feu, remplit exactement l'ouverture, & ne peut être rompue qu’à coups de ringard , quand il faut donner pafsage au fer en fufion. On bat fortement le bouchage pour le confolider , afin que le poids du métal eu bain.ne puifse le déranger. Si on ne bouchait l’ouverture qu’avec du fable , le feu le vitrifierait , & fermerait entièrement l’entrée ; c’eft ce qui fait qu’on y mêle de l’ar-gille.Toutes les fois qu’on veut couler le fer, on perce le bouchage à coups de
- (c> Le devant. le fourneau eft tourné.
- {d) La ruftine. (g) La coulée.
- ( e ) La dame. ( h ) Le bouchage.
- £ f) Cela dépend de la maniéré dont'
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- ringard, & îe métal fort comme une fontaine : enfuite on jette un morceau de pâte d’argille dans le fourneau au-devant de la coulée : on y met des pouf-Heres de charbon, après quoi on bouche la coulée, comme nous avons dit (i).
- Les fcories fortent par le defsus de la dame j à en tenant ce pafsage libre, elles coulent d’elles-mêmes. Quand on veut les arrêter, on tire des charbons fur le devant, & on jette du fable defsus avec des poulîieres de charbons & des fcories pilées. Dans quelques endroits on ne tire point de charbons du foyer i mais on emplit le devant de poudre de charbon , & l’on jette defsus du fable & des fcories pulvérifées & mouillées. On arrête aifément l’écoulement des fcories , parce qu’elles font au-defsus du fer en fufion , & qu’elles n’occupent pas une grande hauteur. Dehors la coulée, il y a du fable préparé, dans lequel on fait, un peu en plan incliné, une efpece de fofse qui a l’air d’un tombeau, dans laquelle coule la partie métallique. Quand le fourneau eft ouvert, on peut tirer plus ou moins de fcories, fui-vant que le percement du bouchage fait une plus ou moins gra'nde ouverture, plus haut ou pius bas.
- On ne met le bouchage que quatre ou cinq jours après avoir mis le feu au fourneau. Les premiers jours , comme la mine fondue tombe dans un foyer froid, le métal s’attache aux pierres qui font encore froides, & quelquefois humides, & s’unit étroitement au fond & aux côtés du creufet, de façon que fi on ne le détachait pas continuellement avec le ringard, il y aurait à craindre que le foyer ne s’emplit au point qu’on 11e pourrait plus le débarraifer. Voilà pourquoi, dans ces premiers jours , au lieu d’argille , on 11e met qu’un monceau de fable à la coulée , parce qu’on le perce très-aifément ; & comme il faut que le fondeur travaille fans relâche pour nettayer les angles, & empêcher que rien ne s’attache dans l’intérieur, il ferait gêné fi la coulée était fermée avec de l’argille , qui s’endurcit & qui lui ferait un obftacle. C’eft aufii par la même raifon , qu’on n’emploie de l’argille qu’au bout de quatre ou cinq jours. Elle devient extrêmement tenace , non par la raifon de fon poids, mais par la vitrification du fable, avec lequel on la mêle , ce qui l’attache au fond‘& aux côtés.
- De T ouverture antérieure du four ne au & de la tympe.
- * Quand on bâtit un fourneau , on laide dans le devant une ouverture aifez grande pour que le fondeur y puilfe entrer en fe bailfant, pour faire
- ( i) Il devait ajouter que le morceau & qu’enfuite, avec le ringard & le cro-qu’on jette eft pour arrêter le métal pen- chet , on retire ce morceau de pâte par-dant qu’on nettaie la place de la coulée ,• deflus la dame.
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- l’ouvrage ou pour le raccommoder dans le befoin : c’eft fur la dame dont nous avons parlé , que relie cette ouverture. On la bouche d’une piece de fer, à l’exception d’une portion au-defTus de la dame , par laquelle fortent les fcories , & fe Fait le travail dans l’ouvrage, avec les ringards , pour les nettayer: cecte partie s’appelle la tympe, en fuédois timp. Dans quelques endroits , elle ell de fer de fonte : dans d’autres , de pierre. Elle efl haute de trois pieds à trois pieds & demi , & l’ouverture qu’elle laiife au-deifus de la dame, eft d’un demi-pied : cette tympe ell appuyée par fes extrémités îur les collieres. La raifon pour laquelle on laide une ouverture bouchée de cette façon , eft que, lorfqu’un fourneau finit fon travail, il en faut retirer non-feulement des mines en partie fondues avec des fcories & des charbons , mais encore une prodigieufe malfe de fer recuit qui s’y trouve , & qui occupe le fond & les côtés ( h ). Il faut détacher & foulever cette malfe à forpe de coins & de leviers , pour la retirer à force de bras ; ce qui ne pourrait fe faire, s’il n’y avait pas une ouverture réfervée à cet effet fur le devant : il faut même, à chaque nouveau feu, renouveller tout l’ouvrage, & c’eft par >cette ouverture que palfent les ouvriers & les matériaux. Il y a encore une raifon , c’eft que l’ouvrier travaille d’autant plus commodément dans l’ouvrage avec fes ringards , que cette partie eft bouchée par une plaque de peu d’épaifleur : ce qui n’arriverait pas, fi l’ouverture était fermée par un mur trop épais.
- La tympe blanchit par l’ardeur du feu; & fi on a à fondre des mines fulfu-reufes qui la touchent, elles la rongeront & la brûleront entièrement ; pendant le travail d’un fourneau, il faudra la renouveller trois , quatre , juf-qu’à dix fois. Au contraire , fi on peut la préferver du contad des mines ful-fureufes , en les fefant defeendre dans l’ouvrage par le côté oppofé , elle pourra durer très-long-tems.
- De r'endroit dans la cheminée au-dejjiis du creufet, appellé foyer , fupérieur ( / ).
- La partie antérieure qui eft immédiatement furie foyer ou creufet, s'appelle 1 ç foyer fupérieur ; en fuédois , œfwerjîelle. C’eft cet efpace , dont la maçonnerie defeend uniformément depuis le ventre fur le creufet : mais comme les parois, qui ont été précédemment bâtis, ne font point liés avec ce qui doit former l’ouvrage , on fait, contre ces parois , un mur en plan incliné (m), qui les cache & les couvre. On éleve les étalages à la hauteur qu’un homme, ayant les pieds fur le fond, peut atteindre en levant les bras
- ( k )On appelle cette mafle ortûau ; en (Z) Le deflus des échelages ou étalages, fuédois, klot. (/?ï) Les étalages.
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- au-deffus de fa tête , environ quatre aunes (k). Ce double mur, ou foyer fupérieur, fe bâtit de pierres qui réfiftent au feu avec partie de fcories choi-fiesjointes & affermies,par un mortier de fable & argille : on voit ce mur à la lettre O 0 O de la figure. Si l’on ne joignait pas les parois au foyer par la bonne conftrmftion & la pente qu’on donne aux étalages, la plus grande partie de la mine coulerait le long des parois ; & au lieu de profiter du plan incliné pour defcendre doucement dans l’ouvrage, elle y tomberait direéïe-ment.
- Il faut obferver qu’il convient d^élever ce mur intérieur le plus haut qu’il eft poflible, parce que,fi on ne l’éleve pas haut, l’obliquité eft moindre, c’eft-à-dire , qu’elle n’approche pas affez de la perpendiculaire pour defcendre au foyer : le plan étant trop plat, recevra & confervera trop long-tems le-métal , au lieu de le lailfer couler dans le foyer , ce qui n’arrivera pas fi l’ii.c'.inaifon commence très-haut. Dès-lors, il importe beaucoup de favoir comment doit être formée cette obliquité , & à quelle hauteur doivent monter les échelages, ou ce mur intérieur qu’on peut regarder comme une croûte, un enduit appliqué très-contiguement aux parois : plus on l’éleve, plus il approche de la perpendiculaire, & mieux la mine en fufion tombe dans le creufet, parce qu’elle n’a rien qui la .retarde.
- Toutes les fois qu’on recommence un fondage , on défait tant le foyer fupérieur que les échelages , de façon qu’on renouvelle les deux foyers; car il faut démolir entièrement celui d’en-bas. Il ne refte que quelques parcelles de l’ancienne maçonnerie , tout efi: rempli de fer fondu , de façon qu’on n’en faurait rien tirer, qu’on ne détruife tout le foyer , dans les débris duquel on voit briller des parties du fer qui y font enfermées. Il faut de même renou-veller le foyer fupérieur, qui eft auffi rempli, partie de fer , partie de fcories. Il y a des endroits rongés , d’autres crevaifés , de façoû qu’il faut le démolir, & en faire lin nouveau femblable au premier, toutes les fois qu’on recommence un fondage. $
- Des foufflets du vent*
- Il eft inutile de donner ici la conftruétion des foufflets: non-feulement je m’éloignerais de mon objet, mais je ne ferais que redire ce qui a été dit cent fois par d’autres. Il fuffit d’indiquer qu’ils font faits de tables épaiffes de fapin, & que leur partie fupérienre eft baiffée par des dents (o) faites en cycloïdes, & relevées par des contre-poids, au moyen d’une roue à eau, dont l’arbre porte les dents qui abaiiTent les foufflets , en les comprimant.
- Aujourd’hui on fait les foufflets beaucoup plus grands qu’autrefois, parce
- (n) Sept pieds.
- ( o ) Les cammes.
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- que plus on a fait le fourneau & la cheminée fpacieu'x , plus il a fallu de vent: il était donc néceflaire d’aggrandir les fouffiets ; car il faut que leur grandeur foit proportionnée à celle du fourneau. Comme les fourneaux des anciens étaient plus petits, leurs fouffiets étaient auffi plus petits, & le^fe-faient de cuir. Les fourneaux ayant été augmentés , il a Fallu auffi augmenter les fouffiets, & on les a faits de bois au lieu de cuir. Autrefois on fefait les fouffiets très-larges, mais courts. Aujourd’hui on préféré les longs , qui, fans être d’une plus grande capacité % ont été jugés d’un meilleur ufage : non-feu* lement iis pompent l’air abondamment, mais ils le pouffent plus aifément par les buzes ; & par une force méchanique., en quelque façon plus confidé-rable , le lancent contre le parois oppofé.
- Pour ce qui regarde la dimenfion qu’on leur donne aujourd’hui, voyez la fig. 3 , planche I. La table fupérieure a douze pieds & demi de long , ou quatorze jufqu’à l’endroit où les buzes fortent du bois : la hauteur du volant, qui monte & baifle , eft de trois pieds & demi. On donne à cette partie une petite courbure , afin que, fuivant l’arc qu’elle décrit, elle leve & baifle plus aifément : la largeur de la partie inférieure eft de quatre pieds & demi , & de la partie antérieure de trois pieds deux pouces. Voyez la figure dans laquelle A B^ i21, A D== 14, A C= 3B F — 5» la largeur de la partie inférieure vers B ou ce qui renferme M N=2 \ , la largeur de la partie antérieure vers B, ou O P = 31. Encore aujourd’hui, dans quelques endroits, 011 donne, comme autrefois, moins de longueur aux fouffiets ; mais en récom-penfe on leur donne une très-grande largeur. Les tuyaux ou buzes qui fortent des fouffiets , ont quatre pieds de long, dont trois & demi aü fortir des fouffiets , de façon qu’il y a un demi-pied dans le bois : le diamètre de l’ouverture des buzes égale trois doigts. Ces buzes font de fer battu d’une épaif-feur convenable : on a grand foin qu’il n’y ait aucune fente par où le vent puiffe s’échapper. La porte (p), par où le vent eft attiré, eft longue d’un pied & un quart, large d’un pied. Le trou vers O P creufé dans le bois, & qui conduit à la buze, eft haut de | de pied , & large de la buze va un peu obliquement en fe rétreciflant. La portion de bois qui enferme la naiflance des buzes (q), a un pied de largeur fur un pied de hauteur: la dent ouïe menton qui abaiffe la partie fupérieure du foufîiet, fe nomme en fuédois kamp(r), ou aile formée en cycloïde. Elle eft un peu courbée au fortir du cylindre qui en arrête la racine, & de là fe termine comme un coin par une courbure infenfible : elle a un pied f de longueur fur quatorze pouces de largeur. Quant à la formation du foufffet, l’ouvrier aura foin que l’intérieur en foit bien uni, afin que rien n’en arrête le jeu : on choifft du bois de fapin
- (p ) Le venteau.
- (5) La tête.
- ( r ) En français , comme.
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- mûr, que l’on met en planches ou feuilles épaiifes. Ces planches doivent être féchées aufoleil ou au feu : plus elles fontfeches, meilleures elles font. On les tient épaiifes, parce que la réglé ordinaire eft, que les foufflets lourds font meilleurs que les légers. D’ailleurs, la feuille fupérieure eft prelfée par les cammes avec une grande violence : il faut donc qu’elle foit forte pour ne pas plier & pour réfifter à cette preilion, ainfi qu’à la réa&ion du vent qu’elle fait fortir par les bu2es.
- Dans le commencement, lorfqu’on met un fourneau en travail, il ne faut pas tant de vent que dans la fuite. Avant que les murs foient échauffés , ils redoutent line chaleur trop forte & trop fubtile 5 car fi le vent donnait une trop grande a&ivité au feu, les murs étant encore froids, ou les pierres éclateraient, ainfi que les enduits d’argille ; ou la chaleur, qui doit être donnée par degrés, ferait pouifée comme un torrent dans les parties intérieures : voilà pourquoi les foufflets doivent aller lentement dans le commencement On, augmente ou retarde leur mouvement, au moyen de la roue ; plus on lui donne d’eau, plus elle va vite , & conféquemtnent les foufflets. Quand le fourneau fera échauffé, on leur donnera un mouvement uniforme & égal, qui fera bien réglé lorfqu’ils font abailfés & relevés fix cent fois par heure.
- L’art du fondeur eft encore de favoir placer la thuyere fui van t les réglés, & d’y diriger les buzes des foufflets :cela étant drefié comme il faut, le fuccès eft alluré. Les buzes des foufflets fe joignent prefque dans l’intérieur de la thuyere ; leur éloignement , à compter de leur fortie de la tête des foufflets , eft d’environ un pied deux tiers: dans la thuyere, elles fq rapprochent à un demi-pied. Elles entrent; de deux pieds dans le mur qui forme la cavité de la thuyere , laquelle en fuédois s’appelle forma r de façon que de leur extrémité au foyer , il ne refte qu’un pied un quart.
- Pour ce qui regarde la maniéré dont on forme l’efpace dans lequel on place les buzes des foufflets, voici fa conftrudtion. On ménage une ouverture quadrangulaire , large du côté des foufflets , & fe rétreciilant du côté de l’ouvrage, ce qui forme une efpece de cône. Trois de fes parties font obliques , le delfus & les côtés: le bas eft uni. On bâtit les murs qui forment cette ouverture, avec des pierres eu récréinens choifis , liés avec du mortier de fable & argilie. Cette ouverture , comme on l’a déjà dit, fe rétrécit de façon que contre le foyer ce n’eft plus qu’une ouverture fémi-circulaire & très-étroite, réduite à la même dimenfion que celle d’une.des buzes des foufflets. Lèvent fortant avec force, eft prelfé dans cette ouverture. Il arrive alfez communément que la partie Ultérieure de cette ouverture s’élargit, principalement s’il tombe delfus des mines fulfureufes en fufion , qui rongent & détruifent tout. Si-tôt qu’elle eft élargie , il faut la
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- refaire avec des récrémens choifis & maçonnés avec de l’argille, de façon que l’entrée du vent foit toujours égale. La bafe de cette efpece de caverne le garnit d’une plaque de fer de forme triangulaire , égale en longueur & largeur, portant un pied & demi fur fépaifleur d’un pouce. On l’appelle en fuédois formulant ^ c’eft-à-dire , bafe de la forme. On la fait un peu bailfer du côté du foyer: mais cette inclinaifon eft de peu de chofe , c’eft-à-dire , d’environ douze degrés fur le plan horizontal. Les ouvriers fa-veut mefurer cet angle avec leurs doigts, en fuppofant un pouce par partie. La hauteur donnée, ils favent combien il en faut pour que l’obliquité foie bien obfervée.
- On emploie cette plaque de fer pourfoutenir les buzes des foufflets qui pofent delfus , & qui font fortement ferrées & arrêtées dans leur pofition oblique, de maniéré que rien ne puilfe les déranger. Le vent qui en fort, eft porté fur le foyer coulant fur un plan incliné, uniforme. D’ailleurs , fi le fond de la forme était de pierre, il pourrait facilement être détruit par le feu, ou excavé par le mouvement des buzes ; outre que l’air répercuté par l’efpece d’obftaele qu’il rencontrerait, pourrait fe difliper. La profondeur dé cette caverne , ou autre , eft d’environ trois pieds. Au refte, toute cette partie doit être arrangée avec la derniere précilion , fans laquelle ont court rifque d’être trompé dans fon attente.
- Le vent, en fortant des buzes, eft donc dirigé fur le foyer; & coulant fur une efpece de plan incliné , il va frapper le mur oppofé , non pas dans la partie fupérieure de la coftiere , mais un peu au-delfus , dans l’endroit où monte le métal en bain ,* d’où il fuit que le vent qui frappe le côté qui lui eft oppofé & le fer en fufion , eft réverbéré, & circule fur la fuperficie de ce fer en fulîon , lui donne une efpece de mouvement de commotion ,' ainlî qu’aux feories liquides; & après s’être répandu dans tout l’intérieur du foyer, il fait effort pour s’échapper, à la faveur des parois, en fuivant des chemins tortueux. Voilà pourquoi, lorfqu’on veut former l’ouverture dont nous parlons, 011 fe fert d’une réglé graduée qui marque l’inclinaifon qu’on doit lui donner. Cette inclinaifon eft bonne îorfque le vent va en ligne droite frapper dans le mur oppofé , le point que nous avons dit. Quelques-uns , à la vue feule, dreifent cette partie , & lui donnent l’obliquité convenable.
- Il y a ici plusieurs chofes à remarquer. Le fuceès du travail dépend beaucoup de la jufte diredion du vent ; car dans un fourneau il eft aux poumons & à la refpiration, comme la chaleur à la vie; fi les poumons 11e font pas fains & entiers, & fi la refpiration eft embarraffée, la chaleur vitale s’-éteint. Voyez donc les préceptes fuivans.
- Si la bafe de l’orifice ventilatoire eft placée de façon que le vent
- dirigé
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- B E S F 0 U R NÎE AUX.
- cfirigé fur ce plan aille horizontalement , il s’enfuit que dans l’inftant qu’il eft entré dans le fourneau, il cherche à s’échapper par le haut : car d’abord qu’il a touché la fuperficie extrêmement chaude du fer en fufion, il ne fait que la rafcr, & la balayer légèrement, fans agir furies parties inférieures, à-peu-près comme une balle ou une pierre jettée horizontalement fur la fuperficie d’un liquide ; il réfléchit donc & s’élève en-haut, au lieu d’aller frapper le côté oppofé , comme s’il était énervé & s’il avait perdu toutes fes forces fans avoir donné aucun mouvement au fer en fufion , ce qui eft cependant néceffaire pour que les fcories fe féparent des parties métalliques. Lorfque cette ouverture eft dirigée horizontalement, on voit que le fer fond plus difficilement, qu’il fe fépare de fa roche avec plus de peine, & que la mine refte crue jufques dans le foyer, On voit que le vent agit fur les charbons , qu’il les confume & les diffipe infruéhieufement. La mine ne fond point proportionnellement à la quantité de charbon ; ou fi elle fond, elle n’eft point dépouillée des corps étrangers & nuifibles. Tels font les vices qui réfultent de la direction trop horizontale du conduit du vent.
- 2°. Si au contraire il eft pouffé trop obliquement dans le foyer, dans l’inftant qu’il le frappera, il fera repouflé par la matière en bain , & gagnera le deffus avant que d’avoir été frapper le mur oppofé. Alors le fer en. fufion ne fera point agité ; le vent ne fera point répandu & n’agira pas dans tout le foyer ; il gagnera le defsus en coulant contre les parois ; ou réfléchi par le métal en bain, il cherchera à s’échapper en un feul volume, profitant d’une ifsue qu’il trouvera centre une des parois ou dans le milieu,’ ce qui rend l’adion du vent inégale & infuffifante, tant fur le fer en fufion que fur les charbons : ce qui eft caufe que la confommation de la mine n’a plus de rapport avec la dépenfe des charbons. Il y a plufieurs indices pour connaître file vent eft dirigé fuivant une inclinaison convenable. Par exemple, ii le foyer ne peut fe charger d’une certaine quantité de [mine, s’il ne cuit pas bien celle qu’il a reçue , enfin , fi en quelque façon il refufe de faire le travail ordinaire, c’eft une marque que l’orifice ventilatoire a, ou trop, om trop peu d’inclinaifon. Il en eft de même, fi les gouttes de métal fondu qui tombent en forme de pluie dans le foyer, comme on peut le remarquer par l’orifice dont nous parlons, font toutes noires, fans qu’il yen ait aucunes brillantes j ou bien fi la flamme qui fort par le deffus, s’élève plus haut que de coutume, emportant beaucoup d’étincelles,- fi elle fort en un volume épais plutôt d’un côté que d’un autre; enfin , fi elle s’échappe inégalement. Vous connaîtrez encore que l’obliquité eft trop grande, ou que le vent plonge trop dans le foyer, fi le fer en fufion s’endurcit vers l’ouverture de la thuyere &y noircit, ce qui eft caufe que le volume entier, dont la defeente dans le creufet a été retardée par - là, paraît creufé, ou dans le Tome 11; , jMm
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- milieu, ou dans quelque autre partie, de façon que la mafle parailfe plus épaiffe fur les bords que dans le milieu ; ce qui montre que le fer en fufion s’endurcit, & que le vent frappe un endroit du foyer plus qu’un autre. Auffi, quand le fondage fera fini, vous verrez que l’ouvrage & les parois font rongés inégalement , parce que le feu pouffé parle vent, a été plus fort dans un endroit que dans un autre. Il y a encore plulieurs autres indices qui ne font pas feu-lementfoupçouner, maisqui démontrent clairement à ceux qui. s’y connaif-fent, qu’on n’a pas donné à cette ouverture l’obliquité convenable.
- 3°. Si cet orifice eft trop ouvert, trop grand, de façon que le vent paiTe trop aifément par une ouverture trop large, & qui excede la mefure que nous avons dite, foit que d’abord on ne l’ait pas alîez refferrée, foit que lors de la fufion de la mine les foufres métalliques l’aient agrandie , le vent n’aura plus la même force que s’il était chatffé par une ouverture plus étroite. Il n’eft plus pouffé contre le côté oppofé : mais, comme s’il avait perdu fes forces, il cherche à gagner le déifias, fans travailler ni remuer le métal en fufion : privé de la plus grande partie de fon humidité, il abandonne le foyer ; ce qui fait que le métal, dans le creufet, n’eft point féparé des foufres ni de fa roche, & que conféquemment ou ne peut pas mettre dans le fourneau autant de mine qu’il faudrait.
- 4°. Si cette ouverture eft trop étroite , le contraire arrive. ,Ne donnant pointau foyer la quantité néceffaire de vent, la fufion.retarde, & fe rallentit. C’eft comme il l’on employait des foufHets trop petits pour fournir le volume d’air néceffaire. Aulfi eft-ce de ces obfervations qu’on a conclu que la vraie largeur de cette ouverture devait égaler celle de la buze d’un fouftlet.
- 5 . Si l’orifice était rond , comme cela fe pratique dans les foyers purificatoires du cuivre & ailleurs, le vent paffantpar une telle embouchure, ne pourrait point être pouffé avec la force convenable contre la parois oppofée : c’eft pourquoi la figure demi - circulaire , à caufe de la bafe qui refte plate, eft celle qui convient le mieux.
- 6°. Les buzes des foufflets fe p’acent dans cet orifice , de façon qu’elles font éloignées de l’ouverture qui donne fur le foyer, de trois quarts de pied ou un pied : fui vaut qu’elles font plus ou moins proches , on voit fur le champ le vent augmenter ou diminuer. Si elles font éloignées , on dit que lefouffle eft plus grand que fi elles étaient plus, proches : ce qui d’abord ne parait pas probab'e ; car plus on approche la buze de l’ouverture, plus il paraît que le vent doit être introduit avec force : cependant les fondeurs qui ont de l’expérience , foutiennent le contraire. La caufe de ce phénomène eft peut-être, qu’étant très-proche de l’ouverture, l’air entre tout humide ; au lieu que , s’il y a un efpace , il fe deffeche en chemin, de façon qu’il n’entre qu’un air plus fec. Peut-être auffi que le vent étant trop proche de l’orifice, la force avec
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- laquelle il fort des buzes, le fait paffer trop rapidement furie plan incliné de l'orifice : ce qui occasionne un grand bruit, & une déperdition de parties qui entreraient dans le foyer , fi les buzes en étaient plus éloignées. Peut-être y a-t-il queîqu’autre raifon: c’eft ce que nous examinerons ailleurs.
- On a l’expérience de la différence que donne un air pur & fec , & un air humide : la fufion fefait mieux & plus heureufement l’hiver que l’été. Quand le tems eft couvert, chargé de nuages ou de pluie, la force du vent eft moins vive que quand le tems eft ferein & fec. Si fous les Soufflets il y a de l’humidité , ou que dans le voifinage il y ait quelque voie d’eau, comme ils attirent la vapeur, qu’ils l’infpirent & la Soufflent dans le foyer, le fer noircit, fur-tout à l’embouchure de la thuyere : ce qui eft une marque infaillible que la fufion perd de Son a&ivité , & que la mine fe dégage plus difficilement de la roche.
- Il nous refte à détailler quelle place il faut donner à l’ouverture ventilatoire , relativement au foyer &r à la cheminée. C’eft un ufage reçu prefque par-tout, que labouche de la thuyere foitdans la ligne centrale de la cheminée ; de façon que, fi on laifse tomber une ligne au centre , on a l’axe perpendiculaire du fourneau. Cette ligne touche la bouche de la thuyere : d’où il fuit que le côté du foyer qui porte la thuyere , eft au milieu du fourneau. Ou peut encore en conclure qtie le foyer, au lieu d’être dans le milieu du fourneau, eft dans uii des côtés de la cheminée 5 ce que l’on fait à caufe de la thuyere, qui doit fe trouver dans le centre du vuide intérieur: ce qui fe pratique fur-tout pour que le volume du fer en bain 11e foit point refroidi par lèvent, tantôt froid, tantôt humide-, car la chaleur étant plus grande au centre , le métal ne fe refroidit & ne s’engourdit pas fi aifément que fi le foyer en était éloigné. On a encore l’expérience que , fi l’on éloigne cette ouverture du centre, le fer en fufion eft figé par je ne fais quelle fraîcheur; que l’ouverture de la thuyere eft bouchée par les Scories qui fe refroidilfent : auquel cas , fi 011 n’y remédie pas à tems , en chaffant les parties qui s’attachent à l’orifice , la bouche de la thuyere, qui eft la voie d’expiration des poumons, fe ferme aifément; & l’ouvrage manquant d’ame & de vent, eft Suffoqué : il périt. '
- Si l’on a à travailler une mine de fer qui fond aifément, c’eft-à-dire , de celles qui font mélangées de beaucoup de parties de chaux, on éloigne la thuyere du'eentte : cettè ’efpece de mine ne fe refroidit & ne fe coagule pas au premier vent froid, comme un fer qui proviendrait dune autre mine, qui n’a pas une quantité fuffifante de ce menftrue. On apporté’ encore une autre raifon pour éloigner du centre l’ouverture dé la thuyereÇ1& la mettre à une certaine diftance : c’eft la crainte & le danger que cette ouverture ne foit endommagée par la chute d’une trop grande quantité de métal, qui fe ramaffe-
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- rait deflus : car fi un des côtés du foyer eft dans le milieu du fourneau, la moitié de la mine coulera deflus , l’autre moitié coulera dans le foyer fans toucher la thuyere : d’où il fuit qu’une fi grande quantité de fer tombant devant la thuyere, il y a une partie de la mine qui n’eft pas encore bien dépouillée, & qui paflant très-proche du vent, s’épaiflït & fe eoagule. D’ailleurs, cet orifice eft attaqué & néceflairement rongé par les foufres , ce qui oblige de le rétablir très-fouvent & avec beaueoup de peine : mais tous ces diffé-rens raifonnemens des ouvriers, tirés de leur expérience particulière, viennent au fond des différentes efpeces de mines. Celle qui fond aifément & qui eft mêlée de chaux, ne perd pas fa fluidité , quoiqu’on éloigne la thuyere du centre : une autre fe refroidit d’abord, pour peu qu’on l’en éloigne. Alors les parties qui font proche du vent, s’épaiffiflent dans le moment* & cet épaiftiflement devient d’autant plus grand, que la mine y arrive en plus grande quantité.
- Il faut encore obferver qu’il ne faut pas que la thuyere foit placée au milieu de la coftiere, mais qu’elle doit être plus proche de la partie intérieure du foyer (s ), oppoféeà la tympe : elle n’eft éloignée de la ruftine que de trois quarts de pied. On dit pour raifon, que le vent pouffé alternativement par les deux buzes des foufflets, l’une ne porte qu’une partie de la flamme vers cette partie intérieure , d’où le vent réfléchi, circule perpétuellement dans cet efpace ,• tandis que le vent de l’autre buze, pouffé obliquement contre le mur oppofé, eft à fon angle d’incidence , réfléchi dans l’autre partie du foyer, où il chafle en-devant les fcories qui furnagent j ce qui donne un certain mouvement à toute la maffe en Fufion : de cette maniéré , il n’y a aucune partie du foyer qui ne foit travaillée par le vent, & dont la fuperficie ne foit dans un mouvement perpétuel & égal.
- De-la , il réfulte qu’il faut donner tous fes foins à la pofitidn de la thuyere & à la direction du vent. Depuis long-tems l’expérience a appris que le fuccès du travail en dépend f on aura lieu d’en être content, fi le vent eft dirigé & diftribué comme nous venons de le dire. Il arrive fou vent que les foufflets perdent leur vent par la trop grande chaleur, ou ficcité, qui les faitgerfer; en ce cas, & quoiqu’on foit en plein travail , il faut les raccommoder. Pour cela, on les arrête pendant fix ou huit heures. Pendant ce tems, il n’y a plus de flamme dans le fourneau : mais fi on a foin de tenir la thuyere bien bouchée & exactement fermée, & de faire travailler les foufflets aufli-tôt qu’ils font raccommodés , on ne voit jamais que ce retard porte aucun préjudice au fourneau ni au travail : il faut cependant .de l’adrelfe & de la prudence pour le mettre en.train.
- (j) La ruftine.
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- Il arrive aufli quelquefois, que pendant un fondage il Te dérange quelque chofe, ou à la roue, ou à l’arbre, ou aux foufflets * ou que l’eau manque. Dans tous ces cas, il n’y a point d’autre remede que d’arrêter le fourneau ; mais fi l’on voyait qu’on pût le remettre en travail dans peu de tems, on commencerait par en tirer tout le métal, & on le boucherait même par le deffus, de façon à arrêter l’ardeur du feu : & pendant trois ou quatre jours , &même pendant huit, on rétablirait ce qui manque; puis débouchant le fourneau , on continuerait le travail. Les ouvriers prétendent qu'on l’aainfî pratiqué, & que cela a réufîi : jufqu’ici je n’ai pas eu Poccafion d’examiner l’état du travail & de la fufîon , après un fi long retard & un fi long manque de vent.
- Comment on met un fourneau en travail ; comment on emplit la cheminée de charbons du haut jufqu’en bas ÿ çjf comment on la bouche enfuit e pendant quelques jours.
- Quand un! fourneau eft bâti à neuf, les mortiers & les pierres qui forment L’intérieur étant encore humides , on jette dans le foyer quelques morceaux de bois qu’on allume pour les fécher, & les difpofer à foutenir un feu qui doit durer long-tems. Toutes les fois qu’on commence un fondage, après avoir rétabli le foyer du bas, le creufet & le foyer fupérieur, il faut voir fi le fond du foyer eft bien fec ; s’il ne l’eft pas, on le feche en le couvrant de fable ou de cendres, fur lefquelles on fait du feu; enfuite on emplit le fourneau du haut en bas de charbons: la cheminée, dans les dimensions qu’on lui donne aujourd’hui, en peut contenir depuis douze jufques à dix-huit leftes ; chaque lefte, qui en Suede s’appelle laeft, rifs (O, ou fiigi tient douze tonnes. Autrefois, quand le fourneau était plein de charbons , on mettait fur le champ le feu par le bas , -afin que fans l’aide des foufflets , la chaleur fe communiquât doucement à tous les charbons, & l’on travaillait ainfi très-lentement pendant quelques jours. Aujourd’hui, on n’allume pas la ma fie entière des charbons fur le champ ; mais après y avoir mis du feu par bas, on bouche exactement le deffus & le deffous du fourneau , afin que la chaleur gagne toute la maffe doucement, & d’une maniéré in-fenfible. L’ouverture du deffus fe bouche avec des plaques de fonte, coulées pour cet effet , & fur lefquelles on jette des pouflieres de charbon, pour fermer avec précifion toutes les iflues , & conferver la chaleur des charbons allumés : fi l’on n’a point de plaques de fonte, on y en met de bois, en ob-fervant de les couvrir de feuilles , & de mettre fur le tout des pouftieres de
- (t) C’cft peut-être dc-là que nous avons fait notre mot rajje de charbons.
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- charbon, qui empêcheront toute évaporation. Cependant, pour que le tout ne foit pas rempli de charbons feuls, on met defl’us une petite quantité de mine de fer, environ deux ou trois mefures qui, en Suede, s’appellent skoflar ( u ) : ces mefures refFemblent à un van, ou à un plateau de bois. Cette mine , à ce que difent les ouvriers, fert à nourrir les charbons : mais je crois qu’il eft aifez indifférent que les charbons loient feuls, ou qu’on leur donne une pareille nourriture, avec le faible degré de chaleur dans lequel on tient pendant quelques jours les charbons, qui ne peuvent non plus avoir d’aclion fur la mine , que celle-ci en a fur eux, attendu que par ce bouchage l’activité du feu eft fuffoqùéc, & que les charbons 11e font animés que par une certaine chaleur noire : 011 lailfe le fourneau dans cet état pendant huit jours & huit nuits, quelquefois pendant quatorze. Si pendant ce tems-là on profite de quelque petite ouverture dans le delfus pour introduire une baguette de fer, on connaîtra à quelle hauteur font les charbons 5 car peu-à-peuils diminuent, une chaleur fourde & cachée les confume. Au bout de douze jours, les charbons font-baiflés d’environ lix à fept pieds : mais fi les ouvertures ne font pas exactement fermées, ayant foin d’enduire d’argille toutes les jointures, ou s’il furvicnr quelque fente, foit par vétufté, foit par quelque autre caufe, de façon que l’air puiffe s’y introduire, on voit fur le champ que la chaleur, nourrie par l’air, a fait beaucoup diminuer la maffe des charbons, de façon qu’il eft baiifé de huit ou dix pieds. .
- Il importe peu qu’on mette dans le fourneau des charbons qui ne foientpas affez cuits, & même quelques morceaux de bois mal paffes au fourneau, comme des fumerons ou autres qu’on laiffe fur les places à fourneaux; car ils prennent bien la chaleur, & par cet échauffement fe convertiflcnt en charbon : on a même expérimenté qu’011 peut emplir la cheminée de morceaux de bois fciés , au lieu de charbons, &Ia boucher, comme on a dit, après les avoir allumés : ayant foin d’arranger le bois comme il faut, on le trouve au bout de huit, même de.douze jours, converti en charbons. On fait que le feu eft , ou digeftif, ou torréfiant, ou partie l’un & partie l’autre , fuivant qu’il eft difpofé : ce qui fait voir qu’on peut employer du bois à demi cuit, mêlé avec du bois fcc.
- Pendant ce tems la chaleur entre dans les murs qui font près de la cheminée, & félon l’expérience elle les pénétré d’un demi-pied , même de trois quarts de pied, ce qui eft fenfible au taeft : cette chaleur n’eft pas au degré de fufion, mais paraît être du fécond degré. Non-feulement elle feche les pierres, & en fait fortir l’humidité nuifible; mais elle les difpofeà recevoir une chaleur très-grande , même de fufion; car Ci un grand feu attaquait lii~
- (u ) En France, jwjiier ou rajjc couche.
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- bitement des murs froids, alors ou la chaleur s’introduirait & ferait prefféc irrégulièrement dans les fibres des pierres, ou elle enfermerait & bloquerait les parties humides qui fe feraient preffées, ou elle détruirait ,& ferait éclater les murs les plus forts : mais en les f'efant d’abord palier par une chaleur douce, leurs pores s’ouvrent petit à petit, puis fe referment & fe dif-pofent à recevoir le plus grand feu.
- Quand le fourneau a été bouché & la chaleur fuffoquée , comme on l’a dit, lorfqu’on débouche les ouvertures, on augmente tous les jours la quantité des mines, bien plus que fi l’on avait fur le champ donné le feu ouvert aux charbons & à la mine. Il n’y a pas long-tems qu’on a trouvé cette nouvelle méthode, que l’on emploie utilenrent & avec épargne des charbons. Autrefois , comme' dès les premiers jours on donnait le feu ouvert aux charbons, on ne mettait qu’une mefure ou deux de mine, pendant que l’on bridait beaucoup de charbon ,• au lieu que dans la nouvelle méthode, dès que le fourneau eit débouché, on peut d’abord y en mettre cinq , & à chaque charge fuivante , fix, fept, &c , fans y-mettre plus de charbon que >dans<l’ancienne méthode, qui n’en pouvait fondre que deux ou trois.
- D’ailleurs , on a obfervé que cette chaleur renfermée avait beaucoup de force élaftique & extenfible ; car quand on met de la cendre , ou d’autre poufîiere légère au-deflus d’une ouverture faite à une cheminée de fer , ces matières font enlevées.» comme une paille le ferait, & fouvent à la hauteur de trois ou quatre pieds : ce qui montre que l’air renfermé étant dilaté par la chaleur, & s’échappant par fa force extenfive, entraîne & enleve ce qufil rencontre. Je n’ai cependant pas encore éprouvé le rapport du poids ou de la légéreté de çette chaleur renfermée avec l’air libre.
- •» • 'V' Jt y .
- Du débouchement du fourneau quand il eji échauffe.
- Quand les murs de la cheminée font échauffés doucement & difpofé-s à recevoir un grand degré de chaleur, on leve.la plaque de fer qui couvre le delfus, & on met les charbons à découvert. Quand on ouvre cette partie , elle jette une grande chaleur qui frappe le vifage de ceux qui y regardent. Cependant les charbons , quoiqu’échaufFés , font demeurés noirs , & on ne voit nulle part de feu clair. Au bout d’un quart d’heure , la flamme fe montre de plus en plus , circulant légèrement fur la furface des char_ bons noirs. Enfin , avec le tems, toute la fuperficie des charbonsVallume, & la.maffe entière donne une flamme claire qui s’échappe dans l’air. ^
- La Gheminée ouverte après un fi long efpace de tems, il fe préfente pîu-fieurs chofes remarquables fur les charbons ainfi échauffés, auxquels on donne l’air.
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- i\ Comment la chaleur, fi long-tems renfermée , peut-elle , lion-feulement fe conferver dans les charbons & les bois chargés de parties fulfureu-fes , mais même pendant ce tems-là augmenter à un degré très-confidérable ? car de ces charbons mis à l’air, quoique noirs, & quoiqu’il n’y paraifle aucune étincelle ou marque de feu & de lumière , il fort une très-forte chaleur, égale à celle d’un foyer enflammé dont on a éteint les charbons (94). »
- 2°. Après un quart d’heure, le feu fe montre dans les charbons, par le feul contaél de l’air & comme de leur gré, fans aucun fouffle > il fort d’abord une flamme légère qui voltige autour des charbons , & fe nourrit de ce qui en échappe avant que le charbon paraiflTe enfeu. J’ai obfervé une petite flamme qui s’échappait par une fente d’un mur de- deux pieds d’épaif-feur (x) , & qui s’entretenant par le contact & l’aétion de l’air , paraiifait périr à mefure que le fourneau prenait l’air. Elle femblait s’animer & être pouflee en l’air où elle jouait, & cela pendant le quart d’heure que les charbons ne paraphaient point enflammés, c’eft à-dire, pendant le tems qu’il fallait pour perdre la quantité de phlogiflique qui y était enfermée. Voilà les indices qu’une vapeur fulfureufe ou nitreufe , enfermée long - tems dans le fourneau, & condenfée à travers la matière qui la produit, ell femblable à un phofphore qui s’allume à l’air feul, fans attaquer les charbons , iufqu’à ce que ces vapeurs pernicieufes foient brûlées. On voit encore line flamme très-légere & dangereufe, qui fe termine en pointe & difparait, puis fe montre de nouveau, femblable à ces feux qu’on voit pendant les nuits obfcures errer dans les bois ou dans les lieux fulfureux ou aquatiques. Je tirais à l’air un des morceaux de bois réduits en charbon pour favoir fi cette haleine fulfureufe venait des charbons qui étaient delfous, ou fi c’était le bois qui la fournirait i j’ai vu que cette flamme continuait à l’air libre , où elle cft devenue plus légère & pointue, & que le bois ainfi cuit, n’a pris feu qu’après cinq ou fix minutes.
- 3°. J’ai encore obfervé que ce feu n’eft fourni que par les charbons qui font fous ce qui eft découvert. Comme j’admirais cette flamme circulant autour des charbons fans prefque les toucher, j’ordonnai, pour mieux faire mes obfervations, qu’on ne découvrît que la moitié de l’ouverture, laiflant l’autre moitié bouchée. Alors, comme je l’ai dit, on voyait les charbons
- (94Ù Ce phénomène ne fera pas difficile à expliquer, fi l’on admet , avec tous les phyficiens , l’exiftence de la matière du feu,- d’une maciere très-fubtile & très-active, qui pénétré tous les corps, & qui mife en aétion, produit le feu. Cette matière s’évapore .d.ans un fourneau ouvert , &
- emporte avec elle les particules des corps combuftibles qui la contenaient. Le fourneau fermé avec foin , retient l’une & l’autre, empêche la matière du feu de s’évaporer , & les particules du bois ou du charbon de fe confumer & de fe perdre.
- (#) La hune.
- dans
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- dans leur entier, & comme endormis par un feu mort : mais après un peu de tems , le feu forfait de ceux qui étaient à l’endroit découvert, & non des autres, quoiqu’ils fuirent baitfés de fix à fept pieds. De-là, j’ai jugé qu’il n’y a que la partie que l’air touche & qui peut s’élever perpendiculairement, qui prenne feu» Il n’en eft pas de même pour la partie des charbons qui, quoique contiguë, ne reçoit le contaél de l’air que par un angle oblique.
- 4°. Mais fi l’on débouche en même tems les ouvertures du bas du fourneau qui conduifentau foyer, vous verrez fur le champ la chaleur enfermée s’échapper en flamme. Elle eft excitée par l’air , qui entre comme un torrent par le bas & qui gagne le deflus , animant la chaleur qui a été long-tems renfermée , & qui s’échappe avec violence de toutes les parties du charbon , pour gagner le deflus.
- Comment & dans quelle proportion on met dans le fourneau la mine & les charbons, pour que la fufon fe fajje bien.
- Quand les parois font échauffées au premier & fécond degré , & difpofées à recevoir le feu de fufon, il faut augmenter le feu par degrés. Voilà pourquoi, quand le fourneau eft débouché, on ne donne point d’eau à la roue pendant dix ou douze heures, afin que les foufflets ne travaillant pas, il n’entre point de vent dans le foyer ni dans les charbons allumés. Après ce tems, on fait Tnarcher les foufflets doucement dans les premiers jours, ce qui ne donne aux charbons qu’un vent modéré. On augmente le feu par degrés pendant douze ou quatorze jours. Si on n’a pas l’attention de graduer ainfi le feu, on oecafionnera quelque dégradation à la cheminée,* ce qui, à la longue, fera tort au travail. Nous verrons dans un autre endroit le préjudice qu’un feu fubit & trop violent peut porter aux murs.
- Pour ce qui regarde la maniéré de mettre la mine & les charbons (y ) , le premier jour que le fourneau eft ouvert, on ne met que quatre ou cinq me. furesde mine, avec la quantité convenable de charbon. La mefure dont on fe l'ert pour porter la mine, eft de bois ou de fer battu, un peu excavée en forme de panier ou de van, & contenant quarante ou cinquante livres de mine. En Suede (9O on l’appelle tourg ou fat (z). Par le nombre de paniers , on fait la quantité de mine que l’on met. Pour ce qui eft de la mefure de charbon , qu’cn Suede on appelle korg(96), elle eft faite de baguettes dé bois ou d’ofier entrelacées. Elle reflemble à une corbeille. On la place fur une
- (y) Faire une charge ,• en fuédois, ( 2 ) En France, couche, de coucha, co.
- ’epfcttning. quille.,
- (9 O En allemand, füllkorbe. (96) En France, rajfe , rejfe.
- Toute IL N n
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- brouette. Chaque corbeille tient quatre tonnes (a), & à chaque charge on* en met trois ou quatre. Trois de ces corbeilles valent douze tonnes ou un left , qui eft en Suede la mefure ordinaire du charbon. On emplit le deflus du fourneau, en y verfant les corbeilles de charbon ; & quand il eft prefque plein jufqu’au deflus, on égalife le charbon avec un rabot, & on met autant de mefures de mine que le fourneau en demande & qu’il en peut digérer,. Le total du charbon & de la mine s'appelle une charge ,* enfuédois, opfett-?ting (97). Quand la charge eft baillée à la mefure ordinaire , on remet du charbon & de la mine: c’eft ce dont nous allons parler..
- Le premier jour, chaque charge de mine fera de quatre ou cinq mefures ; le fécond jour, comme la chaleur eft augmentée, elle fera de fept ou huit ;; le troifieme, de neuf ou dix i le quatrième, de onze ou douze ; le cinquième,, de quatorze ; le fixieme,de quinze,.& par ordre ,defeize, dix-fept, dix-huit,, dix-neuf, jufqu’à ce qu’on foit venu, à la quantité qu’il ne faut plus paf. 1er (98). On dit alors que le fourneau en a.ajfez ; en fuédois,.fulloegt.. La rai-, fon eft , comme nous l’avons dit, qu’il faut donner la chaleur par degrés: car fi elle ne pénétré pas lentement & fucceffivement le mortier & les pierres on ne peut en chaffer l’humidité fans leur faire tort. De - là on peut conclure que l’effet du feu fur les murs & fur les corps durs, augmente en rai fou double dans des tems. égaux , & qu’il faut augmenter lamine dans les dix ou quatorze premiers jours, dans l’ordre fuivant : favoir , le premier jour cinq mefures., le fécond fept, le troifieme neuf, le quatrième dix, le cinquième onze, le quatorzième environ vingt j ou bien fuivant cette progreffion, 4. 7., 9. 10. 1 !.. Il |. 12. 20. Lesquarrés de ces nombres font, 29. 49. ou 50. 79. ou 81. ICO. 129. 1-.5Oi,. 179. 200. 400. La différence eft toujours 29 ; de façon que les tems étant égaux, la chaleur eft augmentée dans la raifon parabolique, ou quarrée , comme on l’a dit.
- L’expérience affait voir que la nature fuivait exactement cette proportion ; car fi l’augmentation va plus vite en moins de tems, c’eft-à-dire, fi îe premier jour on met,quatre mefures de mine-, le deuxieme huit, le troifieme douze,. & ainfide fuite, après un certain tems , cela nuit au travail : car fi on force le feu à pénétrer les murs- trop promptement, dans la fuite du travail il faut payer cette précipitation. Si l’on veut faire un long fondage,
- ( a ) La tonne vaut 3 pieds cubiques un charge ferait de 3.9 à. 52 pîeds cubiques de troifieme ; chaque corbeille valant 4 ton- charbon.
- nés , la corbeille vaudrait environ 13 pieds (97-) Voyez fe&ion III, p. 120. cubiques. Le left de Suede pour le charbon (98- En France , les chargeurs ont une vaut 12 tonnes ; ainfi il reviendrait à 40 efpece de réglé de fer, avec laquelle ils pieds c îbiques. Par conféquent, mettant fondent l’abaiffement du charbon. Voyez dans le fourneau y à 4 corbeilles , la feefion III, p. 12 \ , & planche I,,fg. j,
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- t?eft<à-clire, fi on a beaucoup de mine & de charbon à brider, il faut en-core aller moins vite dans le commencement , & mettre quatorze jours â venir au plus haut degré de la mine : Ci on n’a pas un long fondage à faire , il n’eft pas nécefïaire d’attendre Ci long-tems. Par exemple, li l’on fait un travail de trente ou quarante femaines, l’augmentation de la mine doit aller moins vite, & l’on doit mettre quatorze ou quinze jours pour venir au dernier degré : mais fi l’on ne fait un travail que de quatre ou cinq femaines, on peut porter la mine au dernier degré en neuf ou dix jours. Quelques-uns méprï-fant cette réglé, & attirés par l’appas du gain, n’ont pas fuivi ces degrés, & font venus au plus haut point de mine dès le dix ou onzième jour; c’eft-à-dire , qu’au dixième jour ils ont mis vingt-quatre paniers de mine & plus, ce qu’où n’a coutume de faire qu’au quatorzième ou quinzième jour : mais après quelques femaines ils ont appris, à leurs dépens , que leur fourneau commençait à être malade, & que la force digeftive étant diminuée , le foyer ne voulait plus une fi grande quantité de mine, & qu’en quelque façon ralfafié, il refufait la quantité ordinaire. Quand le fondeur s’en apperçoit, il cherche à y porter remede : pour cela, il fait mettre fur le champ moins de mine, comme s’il voulait retrancher àfon fourneau une partie de fes alimens. Voici comment il diminue le nombre des mefures de mine : au lieu de vingt-quatre , il n’en met que vingt ou dix-huit j ce qu’il continue d’obferver jufi-qu’à ce que le fourneau foit rétabli, & redemande la quantité ordinaire. Le fondeur doit remercier Dieu de ce rétablifsement, & employer tous fes foins pour faire regagner à fon fourneau ce qu’il a perdu. Cette maladie vient d’avoir donné une chaleur trop forte & trop fubite aux parois & au foyer ; car fi la chaleur travaille fortement un mur bâti de pierres dures, les parties froides & humides qui font dans les pierres, ne peuvent point s’évaporer comme il faut ; au contraire, une partie de cette chaleur fubite refserre davantage ces parties froides & humides, pendant que l’autre partie delà chaleur travaille contre l’intérieur & les côtés, & s’y accumule : ce qui eft caufe que le mur, encore froid & humide, combat perpétuellement contre le feu , poufsé à un violent degré, jufqu’à ce qu’enfin le mur culbute dans le feu, ou qu’il fouifre beaucoup de bleffures dans les parties qui réfiftent à fon action, & aux efforts qu’elles font obligées de foutenir. Il arrive de-là que la mine en trop grande,quantité , mal digérée & toute crue, s’attache aux parois, & les couvre comme d’un enduit qui empêche ces parois de donner à la mine qui defcend , le degré de chaleur convenable. Mais fi le travail ne doit durer que quatre ou cinq femaines, il n’y a pas de danger de lui donner le plus haut degré de mine, au bout de dix ou onze jours : car ce n’eft qu’a-près quatre ou cinq femaines, que la maladie du trop d’alimens donnés à ürt fourneau, ou fon indigeftion, femanifefte.
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- Le même accident peut encore arriver au milieu du travail)* car fi vous étouffez le foyer par la trop grande quantité de miné, &fi vous remplirez ce gouffre d’une trop grande abondance d’alimens ( 99), de façon qu’il descende dans l’ouvrage, des parties crues & mal digérées*alors la cheminée fe retient de ce vice au point que, dans les jours fuivans, le fourneau, pourra à peine porter la moitié de la mine; & eu rétrogradant par degrés , comme vous avez commencé , vous-ferez obligé de revenir peut-être à moins de moitié; ce qui fait une grande perte du côté du charbon , que l’on met toujours en même quantité..
- Plus la cavité ou capacité du fourneau eft grande, plus il demande de mine. Un grand fourneau reçoit jufqu’à vingt ou vingt-huit mefures de mine, pendant qu’un petit n’en portera que douze du quinze : j’ai oui, dira qu’il y en avait un qui allait jufqu’à trente.
- Il arrive auffi que de deux intérieurs de fourneau, ayant l’un & l’autre les mêmes dimenfions, l’un ne portera que quinze ou dix-huit mefures de mine, & l’autre vingt-quatre ou vingt-huit. On donne plufieurs rations de cette différence : fi , dans les premiers jours , vous avez étouffé le fourneau par une trop grande quantité de mines , de façon qu’elles defcendent crues & mal digérées dans le foyer; s’il y a de l’humidité, foit detious, foie aux environs du fond , qui ne puiffe fortir qu’à travers, le feu; fi pendant le travail, le fond eft brifé & fendu, de façon que le fer en fufion s’échappe par le bas ; fi le fourneau , par vétufté ou autrement, eft fendu & qrevafsé ; fi les charbons font humides; s’il y a. quelque humidité qui fe communique à la mine & aux parois; s’il n’y a pas la quantité nécefsaire de menftrus {b'), c’eft-à-dire , de pierre à chaux qui aide à donner de la fluidité au. fer ( t©q) ; ou enfin , s’il y a des mines mélangées qui épaiilifsent & engourdifsent en quelque façon le fer en fufion,.
- Toutes les fois que le travail eft retardé par quelque maladie , on brûle inutilement beaucoup de charbon : on en met toujours la même quantité, foit qu’on mette quinze mefures de mine , foit que l’on en mette vingt-huit. Avec la même quantité de charbon , on fond peu ou beaucoup de mine : par conféquent, avec égale quantité de charbon , on a moins de fer; ce qui eft une grofse perte.
- On fait ordinairement quatorze ou dix-huit charges par jour, de façon
- (ççô Tons- ces termes métaphoriques ceftaire pour que tout vienne à bien, de maladie , de digefrion , d'aliment-, font ( b) De fondant, on ne peut pas plus déplacés. Le travail, (100) Jufqu’ici l’auteur n’a pas fait met*,
- pouffé avec trop de force dans les corn- tion- des fondans ce qui aurait fait foup-mencemens , dégrade le fourneau , & em- çonner que l’ufage en eft inconnu en Suède, pêche la codion fucceflive de la mine, né-
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- que pendant vingt-quatre heures on a mis dans le fourneau quatorze ou dix-huit fois du charbon & de la mine, ce qui eft || ouff. Dans les premiers jours on en fait moins, feulement dix ou douze par vingt-quatre heures : ©n en augmente enfuite le nombre. Quand lesfoufflers vont moins vite , les charbons durent plus long-tems, & conféquemment les charges ne demandent pas à être fi fouvent renouvellées, que lorfque lefeu& le ventagifsent pleinement. Quand-ou voit que les charbons font defcendus à une certaine profondeur, qui eft marquée aux parois environ cinq pieds, il faut faire .une nouvelle charge.
- Mais pour faire mieux connaître comment fe fait Pauvre de la fufion, H faut en détailler par ordre toutes les parties. *
- La mine, préalablement grillée ,fe met partie en petits morceaux, partie eu pouifiere, au moyen d’un marteau que l’on fait mouvoir ( c) i la mine grillée,. & dont la pierre eft en chaux, fe brife aifément : on chafse par cette opération 1 e gluten > qui liait les morceaux ; les liens déjà rompus & brifés par le feu, lâchent prife> confcquerament la mine fe met aifément en pouf-.fiere & en morceaux gros comme du gravier. Il faut que la mine foit réduite en petits morceaux , St non en pouifiere : d’une part, fi elle était totalement en pouftiere , elle remplirait tous les vuides que les charbons laiffent. entr’eux, St par-là fermerait au feu tous les paftages , lui ôterait fon activité * & empêcherait la flamme de fortir: fi d’un autre côté les morceaux étaient trop gros, comme du fable, ils paiferaient aifément à travers les charbons* St par leur poids ils tomberaient dans le foyer fans être fondus..
- Dans les premiers jours, le fourneau étant plein de charbons, on met lamine au milieu, & non contre les parois. La rai fon de ce procédé eft* que les paro!s, encore froides, expirent une certaine fraîcheur ( 10O* au moins quelque chofe de moins chaud, qui fe communique même au feu à travers les charbons ardens , de façon que la mine ne peut fondre que lorf-, qu’elle en eft éloignée* St parce q.u’alors le feu eft plus violent au centre* dans ces premiers, jours, on y met la mine pilée, afin que defeendant fui-vant la ligne centrale , elle fonde pins aifément : ce qui ne fe ferait pas proche les parois, ou fi l’on avait mis une trop grande quantité de mine..
- A la longue, comme les parois s’échauffent de plus en plus en mettant la mine fur le charbon , on l’étend davantage St. on la retire un peu du centre* Enfin, au bout de feptà huit jours, on approche la mine des parois * c’eft-à dire-, que lorfqu’on fent que les parois renvoient une chaleur auffi confi». •dérable que celle des charbons allumés dans le fourneau,. on répand la mine.
- ( c ) Un boccard'. que l’air contenu dans les parois, & dilaté:
- (io.i) Cette fraîcheur: n’eft autre chofe par Faction du feu.
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- dans toute l’étendue de l’ouverture : enfin , lorfque les murs ont acquis un plus grand degré de chaleur que les charbons, on met plus de mine contre les parois que fur le refte des charbons. Les ouvriers difent que les parois une fois échauffées, demandent autant déminé, ou, pour parler leur langage, en attirent une aulii grande quantité que le volume du feu enfermé dans les parois. De-!à , on peut conclure que dans les premiers jours où les murs n’ont pas un auliî grand degré de chaleur que le refile, ils ralentiilent l’aétion du feu fur les matières qui les avotfinent : enfuite ces murs prennent le même degré de chaleur que les charbons allumés. Enfin , la chaleur y devient plus grande; car elle s’accroît & fe concentre plus dans les corps durs que dans les corps légers. Il en eft de même du froid ; il arrive la même choie au foyer ; dans les premiers jours , le fer en fiifion s’attache aux parois , tant qu’elles ont encore quelque choie de froid & d’humide : enfuite elles s’échautfem de plus en plus, comme nous le dirons.
- Lorsque les charbons font defeendus à la profondeur d’environ cinq pieds, ce qui eft le tems d’une heure & demie , deux heures moins un quart, ou deux heures au plus , on y en met de nouveaux , en renverfant dans l’ouverture les corbeilles qui en font pleines ; on unit la fuperficic du charbon avec un rabot, pour y placer la mine également. Après cela, on met la mine, 4, f, 10, 15 , 24 ou 30 mefures , fuivant que le fourneauen demande ou en peut porter, ai 11 (I que nous l’avons dit. Le charbon eft entièrement couvert de cette mine écrafée ; de façon qu’on ne voit que de la mine , ce qui réverbere & pouffe la flamme vers les parois. On remarque encore l’endroit où la chaleur eft la plus grande , fait le milieu, foit les côtés , & c’eft là où l’on met les plus gros morceaux de mine grillée : car plus ils font gros, plus il faut de chaleur pour les dilloudre & les fondre.
- Si l’on a plusieurs efpeces de mines , il faut les mêler. Dans certains endroits, on en mélange de dix ou vingt fortes; dans d’autres, on 11e mêle que deux ou trois efpeces. Un habile ouvrier doit les avoir elTayées pour connaître la nature de chacune : au moyeu de quoi, en chargeant le fourneau , il donnera à chaque efpece la place qui lui convient le mieux dans la cheminée. Celles qui font chargées de foufres , feront miles contre les parois oppofées à la thuyere ; car la flamme du foufre fondu ronge le fer & les pierres , conféquemment élargirait l’ouverture de lathuyere, & rongerait la plaque de fer qui-eft fur le devant (d ). Les mines qui font chargées de beaucoup de pierres calcaires, feront mifes du côté de la thuyere.
- La fcience du fondeur confifte principalement à favoir déterminer pré-
- (<f) La tympe.
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- eifément la quantité qu’il faut de chaque efpece de mine, pôur avoir du fer d’une bonne qualité,- en mêlant, par exemple, une mine chargée de fpufre, avec une autre qui n’en a point. S’il en a de vingt efpeces différentes, il doit avoir une note de chacune , pour les mélanger dans la proportion qui doit lui procurer du fer d.e la meilleure qualité (102)»
- Par elle-même, la mine de fer fond très - difficilement, en particulier fi elle eft riche & n’eft pas chargée de matière calcaire. Alors il eft néceifaire d’y mêler , à chaque charge , une partie de pierres à chaux (e), cuites ou non, il n’importe ; & pour que la pierre fe mêle mieux avec la mine, on la met fur les charbons, dans le milieu ou au centre de la cheminée. Dans quelques endroits , on en met une mefure , dans d’autres deux & trois ,. fui vaut que la mine eft rebelle à la fufion il faut que préalablement la mine ait été grillée, ou pafTée au feu de calcination. Plus elle a, été grillée , plus elle eft difpofée à fondre s car tous fes liens , foit de foufre , fbit d’eau o-u de fel , font bri.fés & rompus : ce qui fait que non-feulemenü le feu la pénétré mieux, mais qu’il la diifout plus aifément., La chaux vive fert de menftrue d'ans les düfolutions feches. Sans ce menftrue ou ce dif. folvant, on 11e peut féparer la mine de fa roche, ou , ce qui eft le même , le fer des fcories.. Le fer en fufion , s’il n’y a point de chaux, s’épaiffit,- & les fcories qui furnagent , ne lâchent pas. toutes les parties métalliques qu’elles retiennent. Dans quelques endroits, comme à Roslagie & ailleurs , les mines, n’ont pas befoin de chaux, parce qu’elles contiennent des veines de pierres-calcaires. La pierre eft jointe aux plus petites parties de mine, dans laquelle, la chaux forme des efpeces de ruiifeaux, comme,!] c’était des veines ou des arteres. On a encore expérimenté de fubftituer le filex (103.) calciné, à la pierre à chaux ; ce qui a réuiTi,. parce que le filex. brûlé fe convertit en une efpece de chaux. D’ailleurs , le filex donne beaucoup de fluidité aux mines de fer chargées de foufre, comme il en donne aux mines de cuivre: par fon intermede,. la. fécrétion de ce métal fe.fait aifément, ainfi que nous le dirons ailleurs.
- Par. la. vapeur qui fort des fyphons placés fous l’ouvrage dans la fofTe fur laquelle il eft, conftruit , on juge de quel degré de chaleur les corps durs,, comme le fond & les coftieres, font pénétrés, & de la force du tourbillon q.uc cette chaleur y excite. Dans les premiers fours , que la chaleur n’a pas.
- (102) On a pu voir , feétion ï, p 70, féfant toute la fcipnc.e du fondeur, mais que fauteur Français n?approuve guere le Gomme contribuant au fuçcès des fontes, mélange des mines. Il n’en dit pas là rai-. ( e ) Gaftine;
- fon ; & l’on peut, en attendant, s’en-rap- (103) Les cailloux , en latin flices ^ du porter à l’expérience-, qui paraît décider genre des pierres vitrifiables, fe changent: en faveur de ce procédé ; non pas comme en. chaux lorfqu’on les expofe au.feu.
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- encore pénétré le fond , cette vapeur eft froide ; après quelques Jours de travail, elle devient tiede , & la chaleur eft parvenue au degré néceîlkire à la fuüoiï. Alors cette vapeur mo'nteà un tel point de chaleur , que l’cn n’ofe plus en approcher le vifage ni les mains : alors l’eau s’évapore en volume plus épais & comme une fumée plus condenfée; ce qui eh un ligne que la chaleur a pénétré le fond jufqu’à la fol Te qui eft delious.
- D’ailleurs, dans les premiers jours, le fer s’attache aux ta:ois& au fond qui n’eft pas encore échauffé, & s’y condenfe de plus en plus. Avec le tems, cette matière agglutinée s’adoucit & le liquéfie, mais limpiement fuivant la longueur du foyer; de façon que le foyer fe nettaie d’abord dans le milieu , enfuite par les côtés: & plutôt ces matières attachées quittent le fond & les côtés, plus on juge que l’ouvrage eft pénétré d’un plus grand degré de chaleur.
- Des fgîtes fur lefqnels le fondeur juge de la quantité de mine 0f de charbon qu il faut mettre au fourneau*
- La principale feience du fondeur, eft de favoir donner au fourneau la jufte quantité & proportion de mine & de charbon qu’il peut porter. Il faut donc qu’il connaiffe les indices fur lefquCls il doit juger s’il doit en retrancher ou en ajouter ; car li on met du charbon au-delà de la quantité de la mine à fondre, l’excédant fe brûle en pure perte : & le fer qui en provient , étant, pour ainli dire , trop cuit & comme brûlé, n’a plus la même qualité qu’il aurait eue , fi la proportion avait été bien obfervée. Si au contraire , on met une trop quantité de mine relativement à celle du charbon, le fer qui en provient, n’ayant ^oint^ été ailez purgé des matières qui le vicient, comme fa roche & les foufres, eft encore crud , mai épuré & rempli de grandes lànies brillantes. Ajoutez que, quand la cheminée eft une fois trop chargée de mine, elle perd en quelque forte fou appétit, & ne veut plus recevoir tant de nourriture; de façon qu’elle ne peut plus digérer la quantité ordinaire , & en rejette une partie : ce qui prouve combien il eft effentiel qu’un fondeur facile régler la proportion de la mine & du charbon qu’il confomme à chaque charge de fon fourneau.
- Dans les premiers jours de travail, il obfervera encore foigneufement dans quelle quantité il faut mettre de la mine, & enfuite l’augmenter. Par ce qui a été dit, il paraît qu’il faut chique jour augmenter la dofe , juf-„ qu’à un certain terme que les indices doivent apprendre.
- Mais avant qu’un habile fondeur puiffe fc fier aux indices & àfes remarques, il faut qu’il connaiffe la nature du fourneau & de fon foyer ; c’eft-à-dire, qu’il foit inftruit des vices ou des qualités de la cheminée, de fa
- conftrudion.
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- conftruélion. Il faura fi le fond eft humide, fi la foffefous le foyer eft d’une dimenfion requife, fi la vapeur palfe librement par les fyphons ; fi le fol qui environne le fourneau , eft humide ou fec ; fi les pierres de l’ouvrage ont été récemment tranchées dans la carrière , ou non ; fi les pierres des parois font franches ou bâtardes ; fi le fourneau, par vieilleiFe ou par caducité , ne peut fouffrir le degré néceffaire de chaleur ; fi à force de travailler, les murs ne font point fendus; fi l’ouverture du delfus n’eft point trop grande ; fi le ventre n’eft point trop large , ou rongé tout autour : outre mille autres chofes que le fondeur doit bien connaître , avant que , par les indices que nous décrirons dans un inftant, il puiffe régler ies charges.
- Il faut encore qu’il connaifle la qualité de la mine qu’il brûle, fans quoi les figues ne feront que tromper. Il doit favoir fi cette mine eft imprégnée , ou non; de parties fulfureufes , arfenicales, ou autres de mauvaife nature ; quelle efpece de pierre eft mêlée avec fa mine; de quelle nature eft fa roche ; fi elle cede aifément au feu , ou fi elle y réfifte ; fi elle eft mêlée de chaux , ou non ; quelles font les fcories qui en proviennent; quelle eft la couleur du feu ; quels font le mouvement & la cuiifon du métal ,• quel eft fon degré de fluidité.
- Ce n’eft pas tout : il doit encore connaître la nature des charbons qu’il emploie, de quel bois ils font faits; s’ils font durs ou tendres, fecs ou humides.
- Un fondeur prudent a-foin de donner à fon fourneau toujours un peu moins de mine qu’il ne femble en demander, afin qu’en quelque façon il en appete & defire davantage. La raifon eft, qu’alors les parties nuifibles fe fépa-rent mieux des métalliques , & que l’on obtient un fer de meilleure qualité. On empêche aufli par ce moyen , que le fourneau ne foit gonflé par un excès de mine ; ce qui eft caufe que dans la fuite il ne peut quelquefois fouffrir que la moitié des charges ordinaires.
- Les indices qu’il faut mettre une plus grande quantité de mines ou âc charbons, font:
- i°. S’il parait des grains brillans ou des écailles dans les fcories, principalement dans celles qui fortent avec la gueufe quand on la coule , & qui relient fur le fer coulé comme des grains brillans. Enfin, toutes les fois1 qu’on voit de pareilles écailles dans les fcories, ou dans le fer, c’eft une marque que le fourneau demande de la mine , ou qu’il y-a trop de charbons relativement à la quantité de mine. Ces taches brillantes reifemblenfc au Jîerile nitidum, ou gîacies Mariœ, comme on les appelle. Du premier jour de travail'jufqu’au douzième, on trouve de ces écailles dans les fcories. D’abord qu’on a mis la quantité de mine néceflaire, on n’en voit plus-, Si-tô£
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- que l’ouvrage ou la cheminée demande une forte dofe de mine, elles repa-raiifent, quand même ce ferait au milieu d’un fondage. D’abord que le fondeur s’en apperçoit, il fait augmenter chaque charge d’un ou deux paniers de mine. Ce brillant fe remarque aux ringards qu’on met dans le foyer. Lorfque la mine eft très-riche , on n’y en voit pas beaucoup.
- 2°. Si les fcories qui fortent du foyer font blanches, fur-tout dans leurs extrémités, fi elles font d’un verd blanc, c’eft aufii une marque qu’il faut mettre plus de mine. Dans les premiers jours, les fcories font blanches, ce qui vient delà pierre calcaire; car on en met la même quantité au commencement & à la fin d’un fondage , quoique dans les premiers jours on ne mette que quatre à douze mefures déminé, & que par la fuite on en mette jufqu’à vingt-quatre : mais fi la mine eft pauvre , & fort chargée de pierres calcaires ou autres, les fcories font d’un verd blanc. La raifon eft que » s’il y a une moindre quantité de mine qu’il n’en faut, toute la partie métallique fe dépouille, de façon qu’il ne refte dans les fcories que la partie pierreufe changée en verre , quoique la couleur verte annonce qu’il y a encore quelques parties métalliques. Il n’en ferait pas ainfi s’il y avait moins de chaleur, ou , ce qui eft la même chofe, s’il y avait plus de mine.
- 3°. Si pendant leur écoulement les fcories font très-légères & comme une eau limpide , fi elles n’ont point de ténacité , fi elles fe durcilTent d’abord qu’elles prennent l’air, c’eft la marque d’une chaleur trop concentrée, qu’il faut tempérer par une plus grande quantité déminé.
- 4°. Les fondeurs entendus regardent fouvent par la thuyere. Cet orifice peut avec raifon s’appeüer l'œil des fondeurs-y c’eft par-là qu’ils examinent le progrès de la fufion» & l’état du creufet ; ils fréquentent fouvent cette ouverture , & il n’y a pas de quart-d’heure qu’ils ne s’en fervent pour introduire un ringard dans le foyer. C’eft par-là qu’ils voient le volume du fer en mouvement, les fcories qui le furnagent , & les gouttes de fer fondu qui tombent dans le foyer. Qn voit des gouttes , ou , pour mieux dire, des étincelles, partie blanches comme de la neige, partie noires , tomber comme une menue pluie , fur le fer qui eft dans l’ouvrage. Si donc cette pluie eft compofée d’une plus grande partie de gouttes blanches que de noires, c’eft ligne d’une trop grande chaleur , d’une trop grande quantité de charbon , & qu’il faut plus de mine. Si le nombre des gouttes noires eft le plus grand , c’eft marque que la mine qui tombe en forme de pluie , n’eft pas entièrement dilfoute, & qu’il faut une plus grande quantité de charbon , un feu plus violent : le bon état de la fufion fe manifefte lorfque les gouttes noires & blanches tombent en égale quantité.
- 5°. En regardant par la thuyere, on connaît aufii aux fcories la quantité qu'il faut de charbon & de mine. Si les fcories font d’une couleur opaque &
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- atfirâtre, c’eft: marque d’un défaut de chaleur ; pour l’augmenter, il faut plus 4e charbon : mais li les fcories font trop blanches & trop claires, c’eft un figne qu’il faut un moindre degré de chaleur, c’eft-à-dire, moins de charbon, pu plus de mine. Enfin, fi la couleur des fcories eft verdâtre, & que leur fluidité foit par-tout bien égale, c’eft marque qu’il y a dans le fourneau ce qu’il faut de mine & de charbon.
- 6’. Si le fer coulé & refroidi montre dans fa fradure un certain brillant calcaire, c’eft-à-dire mat, on peut en conclure qu’il y a trop de mine; au contraire , fi le fer , dans fa fradure , reflemble à de la glace, c’eft ligne qu’il n’y a pas alfez de mine, eu égard au charbon. La preuve que la proportion a été bien obfervée, c’eft quand la fonte dans fa caflure, préfente des grains clairs , mêlés de grains gris & opaques. Au refte , les lignes tirés du fer & de fa couleur, font fort équivoques ; car ce 11’eft pas le plus ou le moins de mine t mais fa qualité, qui dans la fonte opéré la différence des couleurs & les nuances du blanc ; de façon que du brillant, du terne, ou de l’obfcur des lames 8c des grains que l’on voit à la caflure de la fonte , 011 ne peut pas juger faine-ment du rapport de la quantité de mine & de charbon qui ont été employés. On fait feulement que, fi le degré de chaleur ou les charbons ne font pas en alfez grande quantité, la blancheur eft argentée dans les grains, & que dans la caflure on trouve des parties de mine.
- 7\ Si à l’embouchure de la thuyere on voit le fer fe refroidir dans le foyer, au point qu’il femble boucher fon orifice , c’eft marque que les charbons fe font confervés fans avoir liquéfié la mine comme il faut. Nous parlerons de cela ci-après.
- 8*. Si les fcories qui relient fur la gueufe, paraiflent trouées, noires, de couleur de fer, mais néanmoins légères , c’eft une preuve qu’on a employé la jufte proportion de raines & de charbons. Les fcories compades, trop pe-fantes & trop imprégnées de fer, dénotent le contraire.
- 9°. La fumée & la flamme qui s’élèvent dans l’air par le deflfus du fourneau, & qui le foir dans les ténèbres parailTent fluides & bien répandues, indiquent la maniéré dont la mine fe cuit dans le foyer ; car , fi la flamme mêlée de fumée monte trop haut, c’eft marque d’ébullition & d'intumefcence dans le foyer; c’eft ligne que le métal ne fe fépare pas bien des fcories : auquel cas on confomme des charbons en pure perte. Là preuve que la mine fond & fe dépouille bien , c’eft lorfque la flamme fort du fourneau en pointe blau-chiflante , ou blanche, fans tirer beaucoup fur le rouge, & fans jettertrop haut des étincelles avec de la fumée.
- io\ Non-seulement on connaît l’état de la fufion à la couleur & à l’élévation de la flamme, mais même à la couleur des parois ou des mqrs que la flamme touche continuellement en s’échappant. Si la flamme & la fumée
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- donnent une couleur verte au-devant du fourneau , c’eft figne qu’il faut plus-de mine ; il en elt de même des murs du deflus: fi au contraire ils noirefifent, il faut plus de charbon.
- T i°. Si le deflus d’une gueufe paraît uni & comme poli, c’eft marque qu’il fout plus de mine * li le fer, quand on le coule , feintiile, c’elf un figne qu'il faut plus de charbon. Il y a encore plusieurs autres chofes que nous dirons, en traitant le myfterc de la cuilfon du fer dans le foyer.
- De la trop grande chaleur <£? ébullition du fer dans le foyer.
- Le fer, le plus froid & le plus difficile à fondre de tous les métaux, donne, îorfqu’il coule dans le foyer échauffé par le métal en bain , l’exemple d’un combat & d’une réaction. Il faute d’abord comme un liquide chaude dans un vaiffeau d’airain ; comme un furieux, il s’enfle , il jette une écume noirâtre, femblable à de petits flots qui fe terminent en pointes & en dards. Ce métal en fureur force l’efpace du foyer, s’enfle & s’élève comme de l’eau bouillante. La thuyere eft bouchée de feories noires : celles qu’on tire du foyer, font brunes , couleur de fer, & fort chargées de parties métalliques. Cette effervefcence, ou ce combat, a coutume de revenir à de certains tems réglés, comme la fievre froide. D’abord qu’il y a allez de fer ramafle fur la thuyere pour que fon poids le folle tomber dans le foyer, cette froide efifer-vefcence revient: le fer impur qui y elt tombé , elt comme un levain. Si le fondeur ne fait pas appaifer ces flots , en tirant du foyer les feories bourfouf-fiées, comme mourantes & hors d’haleine par le combat qu’elles ont efluyé ÿ fi , par le moyen des ringards & des crochets , il ne remue & agite continuellement le fer enflé; s’il ne débarralTe les feories attachées à la thuyere, en écumant, comme on l’a dit, le foyer bouillonnant: fans tous ces fecours,. le foyer fe remplirait d’une matière agglutinée & tenace, les orifices fe boucheraient, il ferait impoftible de continuer le travail, & on perdrait le bénéfice qu’on doit en attendre. Outre cela, les feories contiennent beaucoup de fer, qu’elles entraînent avec elles: de façon que,par cette fureur & ce combat, ©il perd beaucoup de métal.
- Pour ce qui regarde la caufe de cette effervefcence, elle eft la même que-celle qui arrive dans tous les autres liquides plus légers , dans le vin nouveau , ou autres liquides mêlés & couverts quand ils fermentent; car fi on met un mélange d’alkaiis & d’acides, ce qui fert de ferment dans une liqueur qui n’a point de fermentation, auffi-tôt la liqueur bout en dilfolvant les parties, rompant les liens qui les attachaient* & forçant les bulles de monter, elle forme une écume à la fuperficie. Il arrive la même chofe à la mine en fufion, quoique plus pefante : fi, fans être épurée & dégagée des corps étran-
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- gers j elle tombe dans le foyer, ou dans une grande quantité de métal en fu-fîon, fur le champ il fc fait un mouvement, la liqueur s’enfle, les bulles s’élèvent & fe terminent en écume. La mine ainfi crue & mal digérée, fert de ferment, & la fureur de la fermentation ne finit que lorfque les parties fermentantes , quelles qu’elles foient, font forties du foyer , ou féparées les unes des autres. Cela arrive encore toutes les fois qu’il tombe dans l’ouvrage de la mine crue & imprégnée de matières hétérogènes , ou fi le fer qui s’effc ramafTé dans.le plus grand efpace du ventre , au-deflua de la thuyere, fe refroidit un peu, & fi, ainfi coagulé, il ne tombe pas en forme de pluie, & qu’entraîné par fon propre poids, il tombe en gros volume dans le fer en fufion , qui eft déjà dans l’ouvrage. On voit fur ie champ le fer liquide fe bourfouffier, fe battre &fe tourmenter, comme fi deux liqueurs fpiritueufes, de nature contraire, étaient rnifes enfemble dans un vafè. Il n’eft pas aifé de déterminer les vraies caufes de ce phénomène ; car ce combat & cette fluctuation viennent du mélange du chaud & du froid : en elfet, fi on jette une pierre ou un morceau de métal froid dans une liqueur très-chaude , fur-tout fi c’eft du métal en fufion, il fe fait fur le champ un combat du chaud & du froid. Conféquemment ce qui eft le plus fluide & le plus chaud bout & faute le premier. Ou bien le combat dont nous cherchons la caufe, provient de ce que le fer & la mine a ma (Tés en gros volume , foit contre le creux des parois, foit au milieu de la cheminée, fans être féparés des parties étrangères , & tombant dans le foyer , ce volume eft d’un poids mitoyen entre les feories & le fer : d’où il arrive que cette ma (Te 11e peut point fe mêler avec le fer pur qui eft plus lourd, ni avec les feories qui furnagent & qui font plus légères 5 mais elle fe tient au milieu des deux , de façon qu’en remuant le métal qui eft dans le foyer , on mêle ces parties avec le fer , puis elles fe reîevent & fe mêlent avec les feories > enforte qu’elles confondent les unes avec les autres, & dérangent leur réparation , mêlant les feories avec le fer, & le fer avec les feories, comme il arriverait en remuant de l’eau qui aurait dépole des ordures : ce qui occafionne encore une efpcce de combat, parce que le fer plus lourd cherche à eh a (Ter les feories plus légères,- d’où il réfulte une grande commotion au total, La fermentation dont nous parlons , peut venir encore des parties crues qui, de l’endroit qui eft en pente (fur les échelages ), tombent en grand volume dans le foyer. Lorfque dans cette malle il refte des parties humides ou fulfureufes, tombant dans le bain de métal, elles font failles d’une grande & fubite chaleur , & comme l’air ou l’eau , elles fe raréfient & s’élèvent en bulles & en écume. On donne enfin une autre raifon de cette' fermentation, mais que nosfens n’ont encore pu pénétrer. On croit que la chofe doit fe pafîer dans les corps durs & pefans mis en fufion, comme dans' les corps légers tels que l’eau, l’huile, les efprits, pourvu que le degré d&
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- liquidité fait le même. Les particules des corps durs peuvent alors s’attaquer & combattre eutr’elles, comme feraient les particules des corps fluides légers. Au refte , ce que nous avons dit, eft confirmé par les expériences fuivantes.
- ia. Si les charbons font humides , ou s’ils font trop vieux , ce qui confé-quemmentleur a fait perdre une partie de leurs forces, de faqon qu’ils ne peuvent plus fondre la mine comme il faut & lui donner le degré convenable de liquidité, nous voyons arriver le combat dont nous parlons (104X Alors les charbons chargés d’humidité, ne s’enflamment point en defcendant dans la cheminée , ni au premier degré , ni au fécond j & quoiqu’ils commencent à blanchir , toute l’humidité n’en eft pas chaifée : mais on voit fen-fiblement, qu’il y a encore des parties humides qui fe communiquent au feu & à la mine qui eft à fondre, comme le démontrent les fumées qui s’échap-pentavecles étincelles : ce qui diminue la force du feu , & retardefonadionj de faqon que la mine defcend dans le foyer encore crue , & fans être purgée des parties étrangères , ce qui excite le mouvement que nous avons dit. Il arrive encore la même chofe, s’il ny a pas une quantité de charbons proportionnée à la mine.
- 2°. Cette effervefcence arrive encore , s’il n’y a pas afiez de chaux dans la mine, ou fi la pierre calcaire eft de mauvaife nature. La chaux, comme on l’a déjà dit, tient lieu de menftrue dans les diflolutions feches j de faqon que fi la fufion ne s’opère pas , foit manque de chaux , foit par la mauvaife qualité de celle qu’on a employée , les parties légères ne fe féparent pas des pefantes, lés métalliques des pierreufes, les tendres des dures, les mixtes des pures ,* mais elles ne s’arrangent & ne fe mêlent dans le foyer , qu’après avoir combattu eutr’elles ( iOf ).
- 3°. Ces combats viennent eneore fouvent de l’obliquité des parois ou murs, qui du ventre defcendent fur le foyer. Cette partie eft prefqu’entié-rement occupée par le foyer fupérieur. Si cette obliquité eft telle que les petits ruifleaux de mine 11e puiflent pas couler perpendiculairement, mais qu’ils foientarrêtés dans des endroits trop creux, où ils fe repofent & à la longue s’amaflent en gros volume * alors la mine fe coagule & s’attache aux murs , d’où elle pend comme une matière vifqueufe ou poiiïeufe , & ne coule point dans le foyer qu’il n’y* en ait une allez grande quantité pour, en profitant du plan incliné , être entraînée par fon propre poids dans l’ouvrage,
- (104.) C’eft ce qui prouverait que ce faine phyfique. mouvement d’effervefcence eft produit par (ioç) La fufion ne fefait parfaitement, la dilatation extrême des particules d’air les matières minérales ne font entièrement renfermées dans le charbon. Toutes les & librement pénétrées par la matière du conjectures que l’auteur vient de harfarder, feu, que lorfque l’air contenu eft tout-à-font bien éloignées des principes d’une fait dégagé.
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- ©u à coûter lentemerjt contre les murs, comme de la poix. De-la il fuit que le fer, le plus lent fy le plus froid des métaux, arrivant au foyer, dans lequel il y a déjà du métal en bain , fait l’efpece de combat dont nous avons parlé. L’expérience prouve même que c’eft cette chute en malle ou cet écoulement tardif qui en font la caufe : car fi vous regardez par la thuyere peu avant que cette commotion arrive, ou quand elle commence, vous verrez devant la thuyere cette matière couler lentement par gros morceaux, comme de la poix, & être fubmergée dans le foyer, où il y a déjà de la fermentation j de faqon qu’à l’œil vous pouvez en découvrir l’origine & la caufe. Cette maladie relfemble à la fievre froide, qui a des retours réglés & périodiques. Cette effervefcence revient régulièrement toutes les lix ou les douze heures. Elle commence par un certain froid, une efpece de frilîonnement : enfuite le tout s’échauffe & fe tranquillife. Quand par la thuyere on ne voit que dès gouttes noires fans aucunes brillantes, c’eft un figne que ce refroidiife-ment ou cette fievre font près d’arriver.
- Lorsqu’un fendage eft fini, on voit que la parti,e-du mur qui recevait 8c arrêtait ces matières , eft rongée & fort creufée,' le plus fouvent fur la thuyere. Il fe forme de pareilles cavités dans la partie du fourneau que le vent attaque & frappe continuellement: car fi le vent eft dirigé de faqon qu’au lieu de circuler & aller en fpirale avant que de gagner le deflus., tout fon volume attaque continuellement le même endroit,- alors aidé du feu, il excaveaifément cette place, il détruit & ronge les mortiers, & par ce moyen il creufe & prépare des efpeces de lits, dans lefquels le$fer s’arrête 8c fe repofe.
- Quand auffi le foyer eft bâti fur un endroit humide, ou quand les fy-phons ne tirent pas toute l’humidité , mais qu’une partie de l’humidité s’in-finue par le fond & rafraîchit l’intérieur, elle diminue la force du feu , & arrête la fluidité du bain. C’eft de cette faqon qu’eft occafionné l’élancement du métal en forme de pointes & de dards. Tout cela prouve que ces mouve-mens n’arrivent que par la jondion des mines crues & mal liquéfiées , au métal en bain. Pour furcroît de preuves, on ajoute encore que cette effer-vefcence arrive parce que les mines ne font pas bien calcinées,- car plus la mine eft torréfiée, mieux les parties métalliques dans le fourneau fe fépa» rent des pierreufes & autres : au lieu que, fi leurs liens ne font pas rompus , il eft difficile de les difloudre, à moins qu’il n’arrive dans le foyer une fermentation & une réadion. On apporte auffi pour raifon de l’etFervefcence dont il s’agit, la trop grande ténuité de la mine quand elle eft , pour ainfi dire , réduite en pouffierej parce qu’alors paflant facilement dans les vuides que les charbons lailfent entr’eux, elle coule toute crue dans le foyer, yoici les lignes d’une prochaine ébullition * au moyen defquels les
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- ouvriers prévoient que l’effervefcence eft fur le point d’arriver.
- i°. Si les fcories fortent avec abondance & font bourfouffiées, fi elles coulent au loin & fans difcontinuation, c’eft une marque qu’il y a déjà du tems que le fer s’eft enflé, auili bien que les fcories qui furnagent, & que le total en fermentation eft très-raréfié ; de faqon que, pour s’échapper, il remplit entièrement l’efpace au-delfus de la dame.deftiné pour l’écoulement des fcories: ce qui ferait croire qu’il y a quatre fois plus de fcories qu’il n'y en a véritablement. Cette fermentation reflemble à celle qui arrive au bled mêlé avec l’eau , aux cerifes , aux cormes , lorfqu’on y a mis un ferment.
- 2°. Les fcories qui fortent du feu, peuvent encore indiquer les mou-vemens prochains, & i’intumefcence de la matière dans le foyer. Si elles paraiffent d’abord enflées & défenfient aufïi-tôt qu’elles font forties, paraif-fant en quelque façon rentrer en elles-mêmes, c’eft figue qu’il y a déjà du tems que la fermentation a commencé, & qu’il va y avoir une forte agitation. Une marque enfin de cet événement, eft lorfque les fcories refroidies font très - légères, fiftuleufes, & dans leur fuperfkig remplies de trous comme une éponge.
- 3Q, La couleur des fcories relferrées & refroidies, annonce aufii qu’il va arriver dans le foyer une trop violente cuiflon , fi elles ne font plus de leur couleur ordinaire , c’eft-à-dire, bleuâtres ou verdâtres, mais d’un brun rougeâtre ou noirâtre : car d’abord qu’elles s’épaiffilfent, elles parailfent obfcures & noirâtres 3 ce qui eft un figue évident qu’elles ont avec elles des parties de mines mal digérées, & chargées de fer. En effet, fi la pierre n’eft pas féparée du métal, ou le métal de la pierre, les fcories font imprégnées de pouifieres minérales, ce qui en obfcurcit la couleur, de façon que la pierre ne peut point fe changer en verre de fa couleur, & que tout le fer ne peut s’en féparer. Et parce qu’il y a une grande quantité de mines mal cuites dans les fcories qui font forties du fourneau, elles jettent çà & là beaucoup d’étincelles, comme le fer chauffé au blanc en jette fous le marteau j ce qui eft autant d’indices qu’il y a beaucoup de fer dans les fcories , qui, ne pouvant s’en féparer, met en fluctuation tout le métal qui eft en bain.
- 4°. Un fondeur habile peut bien, même de loin , juger de l’état de fou fourneau par la flamme feule ,• il connaît s’il y régné du trouble ou de la tranquillité : de façon qu’à la vue feule, même à la diftance de plufieurs milliers de pas, il raconte à fon compagnon ce qui fe paffe dans fon fourneau , s’il y a du dérangement, fi la cuiffon fe fait bien , ou s’il n’eft point arrivé quelque autre accident; mais il n’en peut juger que lorfque la nuit étant obfcure, & la flamme fortantavec force du fourneau, elle fe voit de loin: car fi la flamme s’élève beaucoup au-deffus du fourneau, fi elle fe raflemble en tourbillons ou flots épais, c’eft-à-dire, fi des volumes de flamme
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- font élancés du fourneau," s’ils tourbillonnent, fe brifent & périment en l’air, quand ils font bien épais, c’eft une marque qu’il y a du trouble dans le foyer, & que le fer eft élancé dans le fond du fourneau , comme la flamme dans le deilus. La couleur du feu & de la flamme eft auftî un indice du trouble ou de la tranquillité du foyer. Si elle eft trop rouge & comme épaifiie par la fumée , fi elle eft condenfée par la pouftiere noire du charbon, fi les étincelles interrompent la flamme & voltigent dans l’air en grande abondance, attendez-vous aune tempête prochaine dans le foyer.
- La flamme aufii, qui fort par le devant & qui s’échappe le long du mur antérieur, peut annoncer les mouvemens qui vont arriver. Si elle paraît inégale , & fort par intervalles; fi elle a des pointes brillantes , & fe difiipe par inégalité; fi elle meurt tout d’un coup, & reparaît en fui te, c’eft une marque d’un commencement d’ardeur dans le foyer.
- 5°. Le mur de devant, qui reçoit & réverbéré continuellement la flamme, & qui eft obfcurci par une efpece de fumée, indique encore fi le fer en fufion dans le foyer, eft dans un mouvement égal ou violent. La couleur brune & de fumée qu’on remarque fur ce mur, fignifie effervefcence & grande chaleur ; elle dénote que la mine ne fond pas bien , & que les parties nobles & pefantes 11e fe féparent pas des mauvaifes & légères , mais qu’elles combattent enfemble. Cette fumée , ou couleur noire, vient de la flamme, qui, mêlée de parties de foufre & de charbon , noircit le devant du fourneau. Si au contraire ce mur eft d’un verd tirant fur le blanc, c’eft un figne d’une bonne cuiflon. Le mur extérieur, qui eft au-deflus de la thuyere, prend aulfi les mêmes couleurs , ainfi que l’efpace excavé & deftiné à placer la thuyere: la vapeur de la fumée, qui fort continuellement du foyer, teint les murs de fa couleur.
- 6°. A l’œil, on peut voir clairement le commencement & les progrès de cette effervefcence. Si vous paffez un morceau de fer par le trou de la thuyere, & fi vous regardez dans l’intérieur, on voit d’abord, vers l’orifice de la thuyere , des feories qui s’élèvent vers fon embouchure & contre le vent : elles frappent le mur de coups fiéquens, comme les flots d’une rivière en battent les bords. Ces flots fe terminent en pointes; c’eft-à-dire, qu’ils font aigus à leur extrémité, comme des piques, & ne font point dans un mouvement uniforme : c’eft une marque que la liqueur s’enfle & s’étend en bulles. Les feories noirciifent de plus en plus, & montrent à leur fuperficie les mines noires & crues. La furface du volume commence à s’abaifler; & enfin tombant dans le métal en bain, elle le fait fauter & fait foulever tû(ute la liqueur en flots , en écume & en bulles. Cette impétuofité ne ceffe point que l’on n’ait retiré toutes les feories du foyer, qu’il faut, pour ainfi dire, écumer : pendant ce tems-là le métal tombe en pluie noire. Une partie de la Tome IL P P
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- mine mal digérée prend fur l’orifice de la thuyere : le fer épaiffi coule plus lentement 5 ilrehefur l’embouchure de la thuyere, comme une ha! a dite ou un glaçon. On dirait qu’il ne coule dans le foyer que d’une façon engourdie, touiours en gros volume, de la même façon qu’une matière froide & épailfe tombe dans une matière très-liquide. Il ne faut pas être étonné fi de-là il vient une fermentation , & fi ces matières refroidies par un fouffle froid, peut-être humide , fe durciflent aifément & fe hériffent : ce qui efc caufe qu’il faut les détacher de l’orifice de la thuyere, avec des crochets ou des ringards , fans quoi elles en boucheraiant aifément l’ouverture, qui ch le canal de la refpiration. Comme cette matière ferrugineufe & intraitable eh pouffée par une efpece de tourbillon, il y en a une partie confidérable, qui, en forme d’étincelles, eh jettée dans la chambre de la thuyere, la bouche entièrement, ou, en occupant une grande partie, obftrue fenfi, biement fon orifice, qu’il faut promptement dégager. Voilà les principales obfervations, fans parier de plufieurs autres en grand nombre, que l’on peut faire en regardant par le trou de la thuyere,.
- La difficulté eh; d’appaifer ces mouvemens & ce trouble intérieur j car fi on n’y remédie pas à tems, on travaille enfuite très-inutilement : le rernede vient trop tard. Si la thuyere eh remplie de façon que le vent ne palfe plus, ou fi le volume du métal eh prodigieufement gonflé dans le foyer , voiciles remedes qu’on pourra apporter à ces accidens.
- i°. Quand on voit que le foyer demande un rernede prompt, avec un ringard qu’on introduit dans l’ouvrage, on remue le morceau qui y eh tombé & qui en fait enfler les matières. Quand on agite la liqueur en fermentation, peu-à-peu fon ardeur diminue & s’appaife, femblable à l’eau bouillante dans un vafe : dans l’inhant qu’elle eh prête à palfer par-deifus les bords, on l’arrête en y jettant une pincée de fel froid, ou quelque liqueur froide qu’on remue avec une cuiller. Sur le champ l’intumefcence eelfe, & l’eau rentre en elle-même ; de même le remuement opéré avec le ringard , arrête le gonflement du fer liquide : on le voit diminuer & bnilfer •feniiblement, par le mouvement de flux & reflux que donne le travail du ringard ; on mêle toutes les parties amies ou ennemies, & avec le tems on vient à bout de féparer les légères des pefantes, les métalliques des pier-reufes. Chaque partie prend fa place dans le foyer relativement à fon poids.
- 2°. L’ouvrier ne ceife pas pour cela le travail ; il tire dehors , avec les crochets , les feories ainfi dégagées du métal : comme elles font fort enflées, elles fortent par longues traînées & en gros volume ; & attendu que leur fuperficie eh gonflée par des bourfoufflures & de grands vuides, elles pa. raiffient être en auffi grande quantité que fi c’était le produit de deux ou trois fourneaux. Elles font enflées comme de la farine mêlée avec de l’eau
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- ou du lait, dans laquelle on a mis du levain : mais d’abord qu’elles Tentent l’air, leur volume diminue & elles s’affaiffent.
- 3°. Les (codes qui obftruent la thuyere, doivent être foigneufement détachées avec le ringard , & on doit en'tenir l’ouverture bien nette : fi l’on néglige cette précaution, la voie des poumons &de la refpiration Te bouche aifément, & le foyer à ce moyen perd la chaleur & la vie.
- 4°. Voici les moyens expérimentés de prévenir ces accideris : fi la mine a été préalablement calcinée & brûlée ; s’il n’y en a pas une trop grande quantité réduite en pouftlere , de faqon que, profitant des interftices qui Te trouvent entre les charbons, elle defcende jufqu’au foyer fans être préparée à la fufion ; fi les charbons n’ont point été mouillés, ou fi l’ayant été, on les mêle avec des charbons fecs ; fi le ventre du fourneau n’eft point trop creux, ou n’a pas alfez d’obliquité ; s’il n’y a pas une trop grande inclinaifon à la partie de la thuyere , ou fi cette partie qui entre dans le foyer eft trop horizontale; fi la foife qui eft fous le fond eft bien dégagée & bien nettayée de toute impureté ; enfin, fi on obferve bien d’autres chofes , que ies bons fondeurs regardent comme les préceptes d’un travail utile.
- Voici encore la maniéré d’éviter les pertes & dommages que PefFervef-cence d’un fi grand volume de fer occafionne.
- i°. Si la fermentation n’eft que médiocre, & non pas à l’excès ; c’eft-à-dire, fi chaque jour , ou tous les deux jours, lafievre, dont nous avons parlé, revient régulièrement, les ouvriers prétendent que cela ne fait aucune perte au maître, ni dommage à la fufion : au contraire, la folution & réparation des parties s’opère mieux par ce mouvement inteftin , comme une liqueur en fermentation, après le trouble, s’éclaircit & fe clarifie. Ce qui fait que le foyer fe purge des fcorks ; enforte que la fufion fe fait plus avati-tageufement par la fuite, & que le foyer bien guéri, Tentant les befoins de fon eftomac, femble demander plus de nourriture, c’eft-à-dire, plus de mines.
- 2°. Mais fi cette maladie revient trop fréquemment, comme deux ou trois fois par jour , ou fi la fermentation monte à un excès confidérable , il y aune grandp perte. Alors les parties métalliques ne fe féparent pas bien dans le foyer, mais y demeurent attachées, & Portent avec les fcories; ce qui eft caufe qu’elles parailîent remplies de fer, comme on en juge à leur couleur & à leur poids.
- 3°. Si un fondeur adroit ne débarraffe pas continuellement la thuyere des matières qui s’y attachent, afin que le vent ne foit point gêné, l’orifice fe boucherait aifément, & le feu ferait étouffé.
- 4°. Dans ce cas , comme une grande partie du fer s’en va en pure perte , onconfomme beaucoup de charbons inutilement, fans fruit & fans effet.
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- 5°. Le fer qui a efTuyé cette fureur, eft tout criblé de trous , & de la plus mauvaife qualité : car quand le combat entre le fer & les fcories eft fini, on voit la fuperficie du fer refroidi, pleine de fentes, de petites cavernes ou pullules j ce qui dénote qu’il a effuyé une violente intumefcence.
- Indices extérieurs de Fintérieur dénn fourneau, de la fujion dans le foyer, tirés principalement de la flamme.
- Nous avons déjà dit ci-devant que de loin, par la flamme & d’autres lignes, on pouvait juger de l’intérieur d’un fourneau , du feu, de fon action, de Ton degré de chaleur, & de plufieurs autres chofes -, de façon que, pour favoir l’état de la fufion , il n’eft pas toujours néceflaire de voir & de fonder le dedans. Les lignes extérieurs font :
- i9. Si la flamme eft d’un verd clair mêlé de blanc, le travail va bien.
- 2°. Ensuite fi la flamme blanchit.
- 3°. Si la chaleur de la flamme eft trop bleue, c’eft une marque que la mine eft encore crue, & qu’elle a beaucoup de foufres grolîiers : de façon que, lî la même mine eft bien grillée au feu de calcination, cette couleur azurée blanchit & fe dilîipe.
- 4*. La couleur jaune de la flamme dénote dans le foyer une fufion trop feche.
- 5 S. La couleur rougeâtre indique qu’on vient de mettre du charbon dans le fourneau , & que ce charbon n’eft pas encore allumé ,• ou bien c’eft un ligne de bouillonnement & de combat dans le foyer , comme nous l’avons déjà remarqué. On en eft encore plus certain, fi les étincelles fortent de la flamme avec la fumée , & fi les parois font noircies par une efpece de fuie.
- 6°. Une petite flamme , & qui ne s’élève pas beaucoup, dénote que les paffages par lefqueis elle doit gagner le delfus-, font bouchés, ou par la mine , ou par la pouffiere des charbons.
- 7°. A la grande hauteur & expanfion de la flamme, on juge que la mine tombe dans le foyer , crue & ma! digérée 5 ce qui eft la marque d’une etfer-vefcence prochaine. Le feu paflant librement à tiavers de grands vuuks & interftices, eft porté au-deflus en volume épais,- de façon que la flamme qui ne s’élève pas trop haut, eft la meilleure.
- 8°. La flamme, dans les premiers jours de travail d’un fourneau, eft prefque la même que dans la fuite , quoique la quantité de mine foit bien différente. Dans les premiers jours feulement, la flamme eft plus blanche: dans la fuite elle eft d’un bleu plus foncé.
- 9°. La flamme réverbérée , lorfqu’elle s’échappe par l’ouverture du def-fus, fort feulement le long des parois , & non pas au milieu , par la raifon
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- que la mine mife dans le milieu, lui ferme les paffages, & la force de fe gifler le long des parois. Elle paraît toujours s’élever plus haut de deux côtés, favoir, le devant du fourneau, & le côté oppofé (/) j mais non pas du côté de la thuyere , ni dans le refte de l’ouverture.
- Par le volume du fer, on peut auffi juger de la quantité refpe&ive de mine& de charbon, ainfi que de la qualité du fer. Si, quand on le coule , il fort une grande quantité d’étincelles brillantes, c’eft un ligne que le fer eft dur, & il l’eft d’autant plus qu’il jette plus d’étincelles. Dans ce cas, il faut augmenter les charbons ou diminuer la mine : mais quand on veut de la dureté, comme lorfqu’on veut fondre de groffes enclumes, ou autres agrêts de fer , qui doivent réfifter à des coups fréquens , il faut mettre plus déminé : ce qui ne s’exécute que fur la fin d’un fondage, parce qu’étant près de la fin de fon travail, on ne craint plus les dangers auxquels cette augmentation de mine expofe. Pour faire des uftenfiles d’un fer moins dur, il faut mettre la quantité ordinaire de charbon, ou même l’augmenter : ce qu’on ne fait encore que fur la fin d’un fondage , de crainte que le fourneau 11e confervât trop long-tems le degré de chaleur qu’on a cherché à lui donner. Enfin , il eft indifférent que, près de finir un fondage , on augmente ou 011 diminue la quantité des charbons ou de la mine. Qu’importe que la cheminée ou le foyer gagnent une maladie ? c’eft comme fi l’on tuait un moribond qui n’en peut pas revenir.
- Des fcories de leur for fie du fourneau.
- La plus grande partie de la mine fe réduit en fcories , fur-tout fi elle eft pauvre. Les fcories proviennent de la partie pierreüfe, féparée de la partie métallique ; & comme plus légères, elles furnagent le fer : car ce qui eft fpé-cifiquement plus lourd , occupe la partie inférieure. C’eft pourquoi , dans le moment que le fer eft féparé de la pierre , il paffe à travers les matières plus légères, & va fe joindre aux parties lourdes de fon élément : de-là, la plus grande partie des fcories vient de la pierre & du foufre. Elles ne font cependant pas fi épurées & fi dénuées de métal, qu’elles ne recèlent quelques particules de fer , qui fe montrent fous une forme ronde ou ovale , ou qui, mêlées en petit volume avec la pierre, fe vitrifient avec elle, & teignent en verd ou en noir le verre qui en provient ; d’où il eft aifé de conclure que ces fcories ont encore avec elles une partie de fer : outre cela, le volume des fcories eft beaucoup plus grand , occupe plus d’efpace, & ccnféquemment paraît s’augmenter plus vite que celui du fer.
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- Un fondeur attentif a foin de regarder avec beaucoup d’afliduité par la thuyere , à quelle hauteur montent les Icories, pour favoir quand il fera teins de les faire forcir. Il a pour cela une marque certaine ; & quand elles y font parvenues, il donne un coup de ringard : auili-tôt les fcones luivent de leur gré le chemin qu’on leur ouvre. Il ne relie dans les foyers que celles qui ne font pas à la hauteur prefcrite. On les y retient jufqu’a ce qu’elles montent à la levre inférieure delà thuyere. On ne les 1 aille pas aller plus haut, de crainte qu’elles ne coulent par fou embouchure, & ne ferment le paliage du vent.
- On a l’expérience que les fcories facilitent beaucoup la fufion du métal & la féparatiou de la pierre ; de façon que, s’il n’y avait point de fcories pour occuper le deifus du cceufet & faire l’office d’un voile, en cachant le métal qui eft deffous , le fer fe brûlerait aifément, & acquerrait de la dureté, en perdant la ténacité qui lui eft nécelfaire. Les fcories le mettent à l’abri & à couvert , comme le ferait de l’eau fous de l’huile, qui ne fe corrompt point l’été , & rélifte l’hiver à la gelée. On a fouvent remarqué que , fi on ôte de deifus le fer toutes les fcories , il fermente & brûle aifément ; car la mine tombant dans une liqueur très-chaude & très-pefante , ne peut pas d'abord s’y accommoder paifiblemcnt quant à la chaleur, ni quant au poids. Il en réfulte une efpece de difcorde ; ce qui occafionne une commotion qui ne finit que quand la fermentation eft paffée, & lorfqueles parties légères font féparées des pelantes, ou pour mieux dire , celles qui peuvent foutcnir un grand degré de chaleur, de celles qui ne le peuvent pas. On a appris par l’expérience, qu’en ce cas les fcories tiennent lieu de menftrue, & qu’en aidant la fécrction , elles facilitent la fufion. Si le fer eft continuellement couvert de fcories , il en fort mieux cuit & plus tenace ; il n’en eft pas de même, fi on le lailfe à nud , en le dépouillant de cette efpece de vêtement. La raifoneft, que la mine tombe d’abord fur les fcories , qui font plus légères & plus froides que le fer en fu-lion. Lamine, quoiqu’encore crue, peut s’arrêter pendant un tems parmi les icories, en raifon tant de fon poids que de la chaleur; conféquemment elle peut s’échauder & fe dilfoudre , comme étant dans fon élément ou fon menftrue. Ce qui eft le plus lourd, palfe d’abord à travers les parties les pli^S légères; de façon que-la mine éprouve fucceffivement tous les degrés de chaleur, avant que d’être diffoute & féparée. Si au contraire elle tombe tout d’un coup dans un volume de matières pefantes, elle eft torréfiée & brûlée trop féchement ; les parties légères fe féparent difficilement des lourdes. De même, fi elle tombe fubitement dans une matière très-chaude, avant que d’avoir palfé par les différens degrés de chaleur, il fe fait un combat entre les parties froides & chaudes ; ce qui prouve que les fcories contribuent beaucoup à la féparatiou & au dégagement des différentes matières. Quand le
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- .foyer bouillonne, on tient long-tems les fcories defTus, avant que dèles laifl fer échapper s car fi on iaiifait le fer à découvert, & que la mine en gros volume vînt à tomber defTus , la violence du bouillonnement augmenterait, & le foyer ferait troublé du haut jufqu’en - bas : au lieu que, s’il eft couvert d’une grande quantité de fcories, la matière du fer tombant defTus, ne trouve pas une matière qui lui foit entièrement contraire & oppofée , mais une amie dans le fein de laquelle elle peut plus aifément demeurer & fe purifier.
- Dans les premiers jours , que le fer vient plus doucement & moins abondamment dans le foyer, on tient delfus une plus grande quantité de fcories que par la fuite : moins la chaleur eft grande dans la cheminée & au foyer, plus & plus long-tems il faut y tenir des fcories au-dedus. Au contraire, fi 011 lailfe le fer à nud , la liqueur s’engourdit, elle devient tenace & eft mal épurée, parce qu’il n’y a plus de menftrue qui lui aide à fe liquéfier. Moins il arrive de fer dans le foyer, plus il fe refroidit ; moins il fe dépouille, moins il fe purifie aifément : ce qui eft caufe qu’alors il faut laiffer plus de fcories, ou , fi vous voulez, le couvrir d’une peau plus épailfe & plus chaude,
- Dans quelques endroits, fur-tout quand la mine eft riche, ou quand elle ne porte pas avec foi allez de chaux ou de pierre calcaire, on tient les fcories à une allez grande hauteur ,* on garantit ainfi le fer en fufion , d’un épaiftifle, ment nuifible, 8c on ne fait fortir les fcories que quatre ou cinq fois dans l’efpace de fept, même de dix heurps. Au contraire, fi la mine eft trop char-» gée de chaux ou de pierres calcaires , on les fait fortir plus fouvent, de façon qu’elles coulent prefque continuellement: dans ce cas, le fondeur n’a pas grande peine à veiller à cette partie.
- Les fcories coulent lentement, au fortir du fourneau, fur un terrein garni de fable, & un peu en plan incliné : enfuite on les fouleve avec une pelle mouillée, & on les met dehors du fourneau avec une brouette.
- Quand il eft forti une afTez grande quantité de fcories, on ferme fur le champ leur paifage. Pour cela , on tire du feu quelques charbons ardens, & on jette delTus deux pelleteés de poudre de charbon & des parties de fcories mêlées avec du fable 8c de la poudre de charbon humeétée.
- Comment on fait fortir du fourneau le métal fondu.
- Lorsque le creufeteft plein de fer jufqu’à l’orifice de la thuyere, de façon qu’il ne puilfe plus être bouché & couvert de fcories qui pour lors entreraient dans la thuyere, il eft tems d’en faire fortir cette maife en fufion : mais avant que de renverfer le bouchage de la coulée par laquelle elle doit fortir, on met un gros ringard dans le foyer 5 on l’y tourne & retourne, en frifant & rafant les côtés a ainfi <jue les angles i 8c parce moyen, on détache tout ce
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- qui peut être arrêté aux côtés & au fond, depuis la derniere fois qu’on a coulé. Le fondeur continue cette opération, jufqu’à ce que les fcories & autres corps ainfi détachés, foient portés au-delfus du fer en fulion. Comme ces matières font plus légères que le fer, d’abord qu’elles font détachées, elles gagnent le delfus, à proportion de leur légéreté. Cela fait, on y enfonce un morceau de fer qu’on appelle rabot ou crochet; on le tient fur le fond, & en raclant avec cét infiniment, on détache tout ce qui y eft adhérent ,* on le polit en quelque façon, & on le dégage d’une efpece de croûte qui s’y attache. Si à chaque coulée on néglige cette manœuvre, la croûte augmente. Quand ce travail eft fini, & que les fcories ont gagné le delfus , après uh moment de repos on les tire avec le même crochet: de Cette façon, on nettoie deux fois le foyer entre chaque coulée ; favoir, un peu avant que d’en faire fortir le fer en fulion , & un peu après qu’il eft coulé. Cette opération fait fuer le fondeur: c’eft fou travail le plus pénible ; car pendant qu’il le fait, il eft expofé à l’ardeur de la flamme qui eft pouilée comme un torrent, & qui attaque fon vifage & fes membres nuds.
- Après cela, on fait faire au crochet le tour du foyer, & on tire fur le devant quelques charbons enflammés , jettant delfus des fcories mêlées de cendre & de fable, préférant celui qui a déjà été au fond du moule & fur la gueufe , avec des pouflîeres de charbon. Par ce moyen, on retient les fcories qui couleraient en abondance : mais on ne bouche pas cette ouverture de façon à ne pouvoir pas l’ouvrir aifément, parce que ce mélange ne peut fe vitrifier.
- Cette matière qu’on a détachée de l’ouvrage , & qui nage fur le métal en bain, vient non-feulement de la pierre & des foufres de la mine, mais encore de beaucoup de particules de fer, dont elle eft imprégnée ; & comme ces parcelles ne fe précipitent pas aifément, & qu’en fortant avec les fcories, elles ne fe joindraient pas au fer coulant, on les laifle pendant un tems fur le métal en fulion, afin que par le concours des fcories elles aient le tems de fe dégager, & de lâcher les parties métalliques.
- Il y a des foyers où ces matières qui s’attachent au fond, font en plus grande quantité que dans d’autres: ceux dans lefquels on ne brûle que des mines riches & feches, c’eft-à-dire, qui ne portent point avec elles beaucoup de pierres calcaires ; ou bien fi on n’y a pas joint la quantité nccef-faire de chaux; ou fi le fond du foyer eft humide, & que par une tranfpi-ration infenfible, l’humidité refroidifle le fer en fulion : dans tous ces cas les fédimens fe trouvent abondamment aux parois du foyer, notamment fi on met beaucoup de charbons & peu de mines. Cette partie féculente dans le foyer, n’eft fournie que par des matières crues & mal féparées du métal, c’eft-à-dire, du fer joint à fa roche. Cela arrive encore , fi les parois du foyer
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- font froides, ou refpirent une humidité froide. Il y a, à la vérité, des foyers qui, quoique fecs & alimentés de mines pauvres & fort chargées de pierres calcaires, ne làiiTent attacher aucun fédiment aux parois ni au fond du foyer : mais ces mines étant fondues , reifemblent à une eau très-fluide. Leurs fcories ont néanmoins la couleur de turquoifes. Quelque fluidité qu’acquierc le fer, il faut l’agiter & le remuer une fois ou deux entre chaque coulée, & cela dans la vue d’empêcher que rien ne s’attache au fond du creufet ni aux côtés. Cette agitation rend le fer plus fluide, & donne occafion aux parties métalliques de fe féparer des fcories dans lefquelles elles étaient cachées. Ce mouvement, les dégage > enfuite , par leur poids , elles fe joignent au métal. De même, en triturant & en retournant les 'fcories, elles fe féparent des corps plus lourds, & abandonnent ainfi la richelfe qu’elles recelaient. *
- Quand les fcories font forties , on voit diftin&etnent, par la thuyere , le fer à nud dans le foyer, Il parait d’une couleur rouge ; ce qui le diftin-gue des fcories , dont la couleur eft plus blanche : lorfque le fer eft ainfi bien dégagé & épuré, il eft tems d’ouvrir le bouchage pour le laifler couler.
- Avant que de laifler fortir cette liqueur martiale rouge (106) , on prépare dans le fable, qui ordinairement eft un fable fin de riviere, un ré-fervoir pour la recevoir. On creufe pour cela dans le fable une fofle longue, qui tient depuis la coulée jufqu’à l’autre extrémité de la place, qui eft devant le fourneau : cette folle eft triangulaire, laiflant au fond un côté étroit. On a coutume de partager le moule en plufieurs clafles , & de mettre du fable pour fervir de féparations , mais non pas jufqu’à la hauteur du moule : ce qui fe fait afin que le fer coule d’une féparation dans une autre. S’il y a beaucoup de fer enfufion , on fait plpfieurs moules , & dans chacun d’eux des féparations , comme nous venons de le dire. Ces dififérens moules fe font cependant de façon qu’ils ont tous une entrée commune à la fortie de la coulée , afin qu’ils fe remplirent également de métal ; on fe réglé, pour le.nombre des moules & leur profondeur, fur la quantité de métal en fu-fion/ on en fait un , deux , trois, & dans chacun, fix , fept & jufqu’à douze féparations, félon qu’on fait qu’il y a de fer fondu dans le foyer. On fe fert de fable de riviere, qui ne doit être ni trop fec ni trop humide $ s’il eft trop fec , on l’hume&e : mais il faut avoir attention que le fond du moule ait abforbé toute l’humidité, & qu’il ne refte point d’eau ftagnantc dans aucune des cellules. Il faut qu’elle puifle filtrera travers le fable. On jette enfuite légèrement fur le moule , du fable brûlé ou des cendres chaudes enfin , on met à chaque moule fon numéro particulier, ainfi que la marque diftinélive de chaque fourneau.
- (106) C’eft-à-dire, le fer en fufion.
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- • Lorsque les moules font ainfi préparés , an bouche d’abord la thuyere* en y mettant un enduit qui arrête & réverbere le vent. St on ne bou». chait pas cette ouverture r le vent , qui fe trouverait en grande liberté dans le Foyer, chafierak au loin la flamme par le devant qui eft ouvert , par le deiius de la dame & par la coulée, ce qui incommoderait le fondeur voilà pourquoi on bouche la thuyere.
- L’endroit par lequel le fer coule, eft, comme on l’a dit ci-devant,, entre la dame & une des coftieres : c’eft là qu’eft la coulée bouchée de fable & d’argille. Quand le foyer eft plein de métal en fufion , on chaffe un ringard dans le bouchage , & on réitéré à grands coups : mais comme une grande partie du bouchage eft vitrifiée, & que les bras ne fuffifent pas à le percer , on fe fert de marteaux pour faireentrer le ringard jufqu’au métal en bain ; quand le bouchage-eft percé , on retire le ringard : le fer fuit, fort, avec impétuofi'té , & va remplir les moules quilui fontdefti-nés. Cetteliqueur pefante coule d’abord comme un torrent rapide; car la matière en fufion, étant à une grande hauteur, elle preife les parties inférieures qui en font chargées ; elle coule enfuite plus lentement & par degrés, à mefure que la hauteur diminue dans le foyer. Au commencement de la coulée , le fer paraît très-fluide & de couleur- rouge,* fur la fin , on voit un petit ruilfeau de fcories , qui coule continuellement fur la fuperficie-; on les diftingue facilement à leur couleur jaune; A la fin de la coulée du métal, il fort une autre efpece de fcories qui fe placent à la fuperficie; elles font com-pofées de parties de fer & de pierres, & font de la nature de celles qui réfiftent très-bien au feu.
- Le fer coulé paraît rouge & brillant: mais de crainte qu’à fa furface il ne s’élève des bulles , on jette deflus , des cendres chaudes & calcinées, fous lefquellesil fe durcit mieux & plus lentement qu’à Pair. D’ailleurs , on peut voir qu’à mefure que la fonte fe refroidit, il fe forme deflus , desondu-îations & des rides,, qui vont en circulant & en ferpentant, & rempliflent toute la fuperficie de replis tortueux. Enfin , on jette du fable humide fur l’arrête de chaque féparation parce que ce fable humedfé rend le fer caf-fant par-tout où l’on en» met : de faqorj que, quand il eft refroidi , il eft aifé de le divifer fuivant la même- ligne ,ainfi on le caflè en autant de morceaux qu’il y a’de réparations.
- Il arrive fouvent qu’une gueufe, par la rencontre de l’eau qui peut fe trouver delfous le moule, commence à s’enfler , s’élève & s’élance enfin jufqu’au faîte du-hallage, & met le feu par-tout, au grand: danger des affiftans:’ la raifon de ce-phénomène provient de l’eau qui fe trouve fous la gueufe. Si elle eft arrêtée, & qu’elle foit forcée de palier à travers le métal encore en fufion, elle s’élève en vapeurs & en bulles, relativeaieiit à Ton élafticité &
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- à fa légéreté. Ces vapeurs font pouflees en - haut par une force légère (107), mais violente , à travers le métal fluide, fuivant les loïx communes de i’hy-droftatique, jufqu’à ce qu’éclatant par les parties fupérieures de la gueufe , elles entraînent avec elles le fer, lancent des globes de métal & de feu , & remplirent tout l’édifice de fer en fufion, qui porte l’incendie par-tout. Cela arrive rarement} mais d’abord qu’on s’en apperqoit, on jette deifus du fable mouillé, qui arrête fur le champ cette impétuolité , paree qu’il fe forme une croûte fur le métal : fi cette fureur augmente, le plus court eft de fuir & de chercher un endroit à l’abri de cette pluie de feu.
- Il y a des fondeurs qui, devant les étrangers, font, pour les étonner, une chofe extraordinaire : ils trempent leurs doigts & même toute la main dans le fer liquide, puis le retirent fans être brûlée } ils prennent même quelquefois du métal en fufion, & le jettent en l’air; mais avant que d’y tremper la main, même un doigt, ils le^mettent fous l’aiflelle ou ailleurs ; & Tayant comme enduit de fueur , ils peuvent, fans crainte , le plonger dans le métal en fufion ,• car la fueur eft non-feulement aqueufe, mais iàlée ; ce qui bouche les pores , & empêche que la chaleur ne pénétré dans la peau : il faut aulïi tenir les doigts extrêmement ferrés , de crainte que le métal n’entre dans leurs interftices.
- Obfervations fur le fer de fonte quand il eji coulé & refroidi»
- Les maifes de fonte, fuivant la capacité de leurs cellules , font de différentes grandeurs : elles pefent ordinairement j, , J de poids de marine (gj. C’eft le deifus qui fe durcit le premier ; & dans l’inftant de l’induration, on peut voir 1a chaleur onduler (108) à la fuperficie , couler & courir par mille petits détours & circuits , comme l’eau qui fe convertit en glace. Cela s’opère dans le moment que la fonte fe durcit, & qu’il fe forme une croûte par-delftis. Quoique la fuperficie foit durcie au point de réfifter au tad & à un bâton , le dedans eft encore fluide , & cela à proportion qu’il approche du centre. Au bout de douze heures, elle eft froide au point qu’on peut la toucher avec la main , & qu’on peut l’enlever de fa place.
- De la caflîire d’une gueufe & de l’arrangement de fes parties intérieures , on peut induire aifément quelle eft la qualité du fer , & fi l’on a mis la quantité convenable de mine & de charbon. Car fi on y voit briller de grandes lames d’un roux ardent comme l’or, c’eft une marque que non-feulement
- (i®7) Qu’eft-ce que ce peut être qu'une ( ro$) La chaleur ne peut, pas onduler, forcelégere? C’eft la matière du feu, qui eft dans un
- (g) 130,200, i®o , 300 livres, mouvement violent.
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- Ja fonte eft très-crue, mais encore que par des coûtions réitérées on aura de la peine à la purifier. Cela vient principalement de la qualité de la mine, & pour en avoir trop mis relativement à la quantité de charbons. Si la fonte n’eft pas bien liquide , & qu’au lieu de couler avec une fluidité égale à celle de l’eau pure , elle forte comme une matière tenace, grade & épailfe , c’eft un ligne que la pierre n’a pas été bien féparée du métal , ou que ce dernier eft encore mêlé de fcories qui le rendent impur.
- Si la fonte, en coulant, jette des étincelles qui fe répandent en forme de rayons éclatans, de même que s’il paraît une efpece de flamme blanche , c’eft une marque de dureté dans le fer.
- Si on jette de l’eau froide fur le métal coulant-, cela durcit prodigieufe-ment le fer, mais feulement dans les parties qui ont été arrolees d’eau, & dans celles que le froid aura d’abord reflerrées. Dans ces endroits le dedans eft garni de lames brillantes. Si Je fer eft d’une bonne qualité , les lames en font fines , ou il eft compofé de petits grains brillans, qui fe font afl'emblés par morceaux: mais fi le fer eft d’une mauvaife qualité, les lames font grandes , très-brillantes , planes comme le bifmuth ou la glace calfée , ce qui eft une marque de crudité. D’ailleurs , d’abord que la fonte refroidit trop vite , comme il arrive aux petites parties extérieures , aux angles , aux bavures, aux oreilles, comme difent les ouvriers, on y voit briller des grains blancs. Le trop prompt refroidiflement, non-feulement trouble l’arrangement des parties, mais il empêche encore que l’une ne s’applique à l’autre, & ne fe mette dans fa pofition naturelle en les tenant divifées. Ce qui contribue à les mettre en cet état, c’eft l’effort que fait la chaleur pour s’échapper : d’où l’on doit conclure que cette blancheur vient feulement de l’arrangement des parties , & de leur liaifon moins ferrée: & comme c’eft en quelque façon un commencement de vitrification , leurs parties fe trouvent arrangées à-peu-près comme elles le font clans le verre. Si même le refroidiflement était plus fubit, la fraéhire fe vitrifierait davantage : c’eft ce qui eft caufe que la partie du fer qui eft ainfi en grains & en lames brillantes, eft plus fragile que le refte. Elle eft -aufîi plus legere ; car , à volume égal, elle pefe moins que le fer , dont les parties , dans leur état naturel, font très-ferrées & très-compactes.
- Si la couleur de la caflure eft grife , femblnble à un morceau d’étoffe -d’un gris rude , ou à un mélange de laines blanche & noire , & fi le fer eft pefant, on juge qu’il eft de bonne qualité. Alors on ne peut le enfler à coups de marteaux: il eft très-ferme , & rélifte mieux au feu que le fer qui brille comme le bifmuth.
- Le fer à grains fins ne fond pas fi difficilement au feu de la forge. La fineffe des grains blancs peut venir , ou de la qualité de la mine , ou de la
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- trop grande quantité de charbons, ou d’avoir été cuit & endurci au feu comme l’acier , ou d’avoir été refroidi trop vite : ce qui eft caufe que le grain eft encore plus fin aux extrémités, aux angles & aux oreilles.
- Si , à leur fuperficie, les malfes de fonte font polies & planes, c’eft une marque que le fer eft d’une bonne qualité: mais fi la fuperficie eft trouée & élevée par bulles , on en conclut que le fer abonde en foufres.
- Il y en a aufli qui croient pouvoir connaître la qualité du fer, parles gouttes de mine fondue , que l’on voit par la thuyere tomber dans le creufet. Si ‘elles font grandes , ils difent que la mine eft fulfureufe : au contraire , félon eux , elle manque de foufres , fi les gouttes font petites (109).
- Quoique la mine fulfureufe foit difficile à traiter , l’adreiTe du fondeur peut néanmoins en tirer du fer qui n’eft pas d’une fi mauvaife qualité. Si, par exemple, quand elle eft nouvellement tirée & crue, on la torréfie à un feu violent de calcination , c’eft le moyen de chajTer ce qui eft fulfu-retix , & de faire évaporer les parties malignes de ce phlogiftique, & cela d’autant mieux qu’on la fera paffer deux ou trois fois à la calcination. Des refroiditfemens réitérés contribuent auffi à la purification des foufres de la mine. Par ces différens refroidilfemens , les parties font dérangées de leur pofition ordinaire*, elles en prennent une nouvelle; enforte que fi on les expofe de nouveau au feu , les foufres, tant groffiers que fubtils, s’évaporent par des pores nouveaux.
- Si la mine eft fort fulfureufe, il faut faire la cheminée du fourneau plus haute que fi la mine à traiter manque de foufres. Ayant à parcourir un grand efpace dans un fourneau élevé, elle ne fond pas d’abord, mais efte eOuie différens degrés de chaleur ; ce qui fait que dès la première impreilion du feu, les foufres commencent à fe diffiper, & continuent de plus .en plus jufqu’au foyer où elle fond , & où fe réduifant en gouttes , elle tombe dans le creufet en forme de pluie : au lieu que, fi le fourneau était moins haut, cette mine fulfureufe tomberait trop tôt dans le feu de fufion, & avant que d’être dégagée de ce phlogiftique étranger qui gâte & vicie le foyer.
- Si les mines font fort fulfureufes , on met une plus grande quantité de charbons , de façon que le foyer femble demander plus de mines ,* ce qui fait brûler les'foufres inutiles & nuifibles.
- D’ailleurs , un fondeur habile doit connaître la nature de la mine qu’il va brûler, & faire en conféquence fon ouvrage fuivant de certaines réglés : il doit ajufter convenablement & pofer la thuyere j lui donner l’obliquité
- (109) Voyez ci-deffus, p. 187, note Justi , fur ces lignes extérieurs par Jef. 77 > ce que nous avons dit d’après IY1. de quels on prétend deviner la qualité du fer.
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- requife ; donner plus ou moins d’eau à la roue, c’eft-à-dire, plus ou moins de mouvement aux foufHets. Connailîànt ce que demand' ’a q n ité de la mine, il faura tout difpofer pour obtenu de bon ter» ou du moins pour le purger, autant qu’ii fera poflible, des corps étranger & nuinbies.
- On n’a pas tous les jours la même quantité de fonte dans chaque fourneau. C’eft la qualité de la mine qui donne la quantité. Xes produits varient fui-vant qu’elle eft riche ou pauvre, fuivant qu’elle s’épure facilement ou non. Il n’elt pas même extraordinaire qu’une mine riche donne peu de fer : ce qui arrive fi le foyer n’eft pas conftruit dans tes réglés de l’art j fi le vent fouffle trop obliquement ou trop horizontalement j Ci la cheminée ou la cavité intérieure n’elt: pas dans les dimenfions requifes ; fi le fondeur ne fait pas fou métier: outre bien d’autres attentions qui contribuent beaucoup au plus ou moins de produit. Si le travail va bien après les douze premiers jours, on peut avoir par 24 heures neuf à dix milliers de fonte, quoique dans la plupart des fourneaux on n’aille qu’à 7500, 6000,4000, & même 3500 par jour : au lieu que fi la mine elt pauvre, les charbons humides, la cheminée balle & étroite , le fourneau vieux , le fond humide, le fondeur ignorant, fou-vent avec la même quantité de charbon, qui en 24 heures aurait fondu 7500 ou 10000 de fonte , on 11’en aura guere que 1500 ou 2000.
- En 24 heures on a coutume de coùler deux ou trois fois, ou bien cinq fois en 48 heures. Selon la méthode ordinaire, on coule lorfque la fixieme charge eft au fourneau, ou avant la feptieme; de façon que, fi on fait dix-huit charges en 24heures, on coule trois fois par jour : mais fi dans le même efpace de tems on ne fait que quinze charges, alors on ne coule que cinq fois en 48 heures ; fi on ne fait que douze charges par jour, on coule deux fois. Ce qui fait voir que l’intervalle entre les coulées vient de la qualité de la mine, qui fond plus ou moins facilement j de façon qu’entre les coulées il y a quelquefois huit heures , d’autres fois neuf, dix , même juf-qu’à douze heures.
- Si la mine eft riche, le fondeur adroit, le fond du foyer fec, on con-fomme ordinairement douze ou quatorze tonnes de charbons pour avoir cinq cents de fonte. Dans l’hypothefe contraire, on en confommera 24, 36,40 tonnes, quelquefois plus.
- Dans les premiers jours, on coule aufiï fouvent que dans la fuite , quoique le creufet 11e foit pas plein , & qu’il y ait peu de métal en fufion. Alors, comme les parois font froides , le fer s’y attache en partie & s’y durcit, ce qui fait qu’il s’en trouve moins dans le foyer, de maniéré qu’à chaque coulée on n’a guere que ^00,1000 ou 1 çoo livres de fonte.
- Quand le fer eft entièrement coulé , & qu’il ne relie prefque rien dans le oreufet, on bouche la coulée avec de l’argilie mêlée de deux parties de fable
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- qui fe vitrifie ou fe change en une efpece de brique par la violence du feu» Ce mélange bouche affez fondement l’ouverture de la coulée > ce qui eft nécef-faire, parce qu’elle porte le poids du fer qui la charge, à proportion de fa hauteur dans l’ouvrage.
- Dans les premiers jours, il s’attache aux-parois & au fond une efpece de cralfe qui s’encroûte fur les pierres : à la longue , cette croûte fe fond, de façon que le loyer s’en débarrafle ,& que le fer touche le fond. Au cinq ou fixieme jour , le foyer commence à fe nettayer, mais d’abord fuivant fa longueur» Dans ce même tems , c’eft-à-dire , lorfque le foyer eft nettayé , & que le fer touche le fond, il fort des, foupiraux une vapeur chaude, qui jufques-là était prefque froide..
- Des accidens ou cas imprévus pendant la fufionv.
- Si le fondeur netravaille pas affidument, & n’eft pas aulïi foigneux que prudent,, il peut arriver des accidens, au point qu’avec la même quantité de charbons , on a bien moins de fer : quelquefois même, il faut arrêter le fourneau. Ces accidens viennent de pi ul leur s caufes comme
- 1*. Si l’on met trop de mines , ou qu’elles ne-foi eut pas en proportion avec le charbon :' alors en fe liquéfiant,. la mine s’attache aux parois , & les encroûte par-tout j ce qui fait périr cette chaleur & cette action, que les parois doivent réfléchir» Conféquemment il faut dans la fuite mettre moins de: mines. De maniéré que fi dans les premiers jours on a eu 9.000 de fonte par 24 heures', avec la même quantité de charbons on n’en aura pas la.moitié:, ce qui fait qu’on ne doit jamais raffafier, ni en quelque, façon fouler de. mine un fourneau. Il la rejette enfuite , fi on veut lui en donner la même, quantité.
- 2**. Au contraire, lî on ne met pas aflèz de mine & beaucoup de charbons ,. alors les parois nues & expofées à un feu fec, fe dégradent aifément. Il faut * pour ainfi dire, qu’elles foient engraiflees par la mine. Il arrive aufli que la grande chaleur brife le fond de l’ouvrage, & que te fer en fufion s’échappe par les ouvertures que le feu y jl faites., IL fe forme un nouveau fond de métal, qui eft.moins propre à recevoir le fer en fufion : de-làon voit qu’il faut avoir grand foin de régler la quantité néceflaire de mine & de charbon , de crainte que la quantité de l’un n’excede la quantité de l’autre.
- 3\ Si le fourneau eft nouvellement conftruit, de façon que les pierres de l’intérieur n’aient point encore fenti le feu ; fi le mortier d’argille eft encore, humide : alors , fi on expofe ces murs pendant trop long-tems au feu, ils fe dérangent demanierequequand on veuty faire un fecond ou troifieme fon-dage,ils refufent la quantité.ordinaire déminé., C’eft ce qui eft caufe que:
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- dans un fourneau neuf, on 11e fait le premier fondage que de trois ou quatre femaines : enfuite on le laide refoidir, & à la fin 011 parvient à y faire fans danger de longs fondages. Il y a cependant des endroits où l’on néglige ces précautions.
- 4°. Si par vétufté la cheminée eft comme ufée, elle ne peut fouffrir beaucoup de mine ; car les pierres ne peuvent plus recevoir le degré de chaleur qu’elles recevaient quand elles étaient neuves. Elles abforbent bien le feu ; mais elles 11e le réfléchirent pas , comme elles fefaient auparavant A la longue, les pierres deviennent plus poreufes & plus légères ; & plus elles font légères, moins eft grand le degré de feu qu’elles reçoivent. Une cheminée eh excellente au trois , quatre , ou cinquième fondage, c’eft-à-dire, quand les pierres femblent être vitrifiées , ou que les murs parailfent enduits d’une efpece de verre verdâtre. Il arrive encore que , quand ces murs font vieux, il s’y forme plufieurs fentes , qui font caufe que les foufflets agilfent inégalement fur les charbons.
- 5°. Si les murs de l’intérieur, ou proche de la cavité, ne font pas bien joints & garnis d’argille , ou s’il y a des vuides entre les pierres, alors il peut aifé-ment arriver que la violence du feu dérange les jointures, & que pénétrant dans l’intérieur de ces murs , il déloge quelques pierres de leur place, qui dès-lofrs tombent dans le foyer. Quand on s’en apperçoit, & que l’on voit des pierres nager dans le creufet, il faut finjr le fondage , & n’en pas recommencer un autre que le mur 11e foit rétabli.
- 6°. C’est encore un grand accident pour le foyer, s’il eft humide, c’eft-à-dire , fi les eaux de deflous font ftagtiantes. Je ne parlerai point ici de beaucoup d’autres inconvéniens ; comble fi le fondeur eft ignorant , s’il s’amufe à dormir, à boire , &c.
- Fin du travail de la fufion.
- Dans plufieurs endroits , quand on veut finir un fondage , on met les derniers jours la même quantité de mine & de charbon. Dans d’autres , on diminue lamine les derniers jours, dans la même proportion qu’on l’a raife en commençant; par exemple, 18, 17, 16, 14, 12 , jufqu’à 4 mefures : mais c’eft par-tout la coutume de jetter de la poufliere de charbon fur la dernière charge : ce qu’011 fait, à ce que l’on dit, pour concentrer la chaleur en empêchant la flamme de s’échapper. Quand on a mis cette poulliere, les charbons qui en font couverts, foùt 18 à 20 heures à defcendre , en fe con-fommant, jufqu’au foyer. Pendant ce tems-là on coule le fer deux ou trois lois, de la même maniéré que nous l’avons dit.
- Tandis que les charbons gagnent le fond avec la mine, il eft à remarquer,
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- J*. qu’au,moyen de la poudre de charbon mife fur la derniere charge, il fort une fi grande quantité d’étincelles de feu, que les batailles, qui font de bois , rifquent d’en être brûlée's. Ce tourbillon enflammé reilemble à celui qu’un vent impétueux excite en paflant fur un banc de fable , qu’il enleve & difpérfe dans les environs comme un nuage épais. 2°. Lorfque les charbons font defcendus au ventre du foyer, ils 1 aillent au-dellus un grand vuide, & l’on entend un fracas, un grand bruit, tel qu’un vent violent en excite dans les bois. Le vent fait un bruitLourd , parce que la flamme roule dans la cavité, très-échauffée, & s’échappe comme un tourbillon de feu qui fort de l’ouverture d’un volcan. C’eft ce que nous repréfente fi bien Virgile , lorR qu’il dit :
- ... . . . . . . . In vajîo Æolus antro Liicîantes ventos tenipejiatefque fonoras Emittit........
- 3". Quand le feu & les charbons font au milieu de la cheminée,la flamme s’élève au-deifus du fourneau, plus haut que quand il eft plein. Elle fe montre fous plufieurs formes, mais particuliérement en gros volume,- de maniéré qu'on en voit qui s’échappent du gouffre en ondes pures , fe raflem-Jbleat en l’air, & forment une grolfe malfe,- puis rompant toute liaifon avec celles qui fuivent, s’élèvent & difparaiffent. C’eft ce que l’on remarque bien diftindement pendant les ténèbres. Au foleil, ou quand le jour eh ferein , on 11e voit pas en entier ces volumes de flamme ; mais ils fe montrent de même que ces exhalaifons qu’on voit en été & par la chaleur s’élever de la terre & dans les campagnes. Dans ce tems-là les parois paraifl'ent enflammées comme du fer rouge. On dit qu’alors le fourneau fbufîre la plus grande adion du feu ; de façon que, s’il y réflfte , c’eft une preuve qu’il eft bâti de pierres qui réfiftent bien au feu, lequel fe conferve deux ou trois jours dans le foyer avant que de, s’éteindre.
- De F état du fourneau quand le finâage ef finL
- Alors la cheminée eft toute en feu; les parois font rouges de toutes parts. Enfin , quand le refte du fer en fufion eft forti, ce qui peut aller à cinq cents ou un millier, on bouche la thuyere avec de l’argille, & l’on interdit toute communication avec le vent. On continue cependant à faire marcher les fouffiets pendant huit ou dix jours, pendant lequel tems le venr eft réfléchi contre les murs extérieurs du fourneau ; de crainte que les fouffléts, & les poutres qui affermilfent la tour , ne foient attaqués par la chaleur, qui alors pénétré les murs j de crainte encore qu’elles ne reçoivent un feu
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- caché : tous inconvéniens auxquels on obvie par le vent réfléchi, qui refroidit les murs. Il eft digne de remarque que le fondage fini, & la cheminée vuide, la chaleur ne fe jette plus vers l’intérieur du fourneau comme auparavant; mais elle attaque l’intérieur des murs, & par une route contraire à celle qu’elle tenait d’abord, elle tend à forcir par l’extérieur des murs. C’eft ce qui fait que dans quelques endroits , & après quelques jours écoulés, le mur extérieur s’échauffe de plus en plus, & que conféquemment il eft bon de le refroidir par le vent des lbulflets, fans quoi les liens de bois pourraient prendre feu, & le bitume, dont les lbuffiets font frottés & enduits, pourrait fondre. D’ailleurs, pendant le travail, lorfque le feu eft le plus violent, la chaleur ne pénétré pas les murs de plus d’un pied & demi ou deux pieds ; ce qui eft une preuve évidente que leurs pores font ouverts du côté du feu , & tendent tous de ce côté-là : enfuite ces pores qui étaient ouverts vers l’intérieur étant bouchés, la chaleur cherche une ill'uc par le côté oppofé. C’eft encore ce qu’on pourrait prouver par la vapeur qui s’exhalait des foupiraux de fer. Le fondage fini, cette vapeur parait plus chaude q-ue pendant le travail. On voit le foyer prendre un degré de chaleur extraordinaire : ce qui dénote que la’chaleur alors pénétré plus le fond qu’elle ne le fêlait auparavant.
- On arrache la tympe de fer qui eft au-devant du foyer. On en fait autant à la plaque de fonte ( h } qui eft deffus , fefant ainfi une grande ouverture pour mettre le dedans du foyer à découvert. Le creufet eft rempli de mines, partie fondues, partie brûlées , formant une maffe; il parait comblé de matières mal digérées. Souvent le fond eft occupé par une maife de fer de l’épaiffeur d’un demi-pied. D’autres fois le foyer étant ufé & brûlé, on trouve une maife énorme de 2^co, 3^00, 5 ou 6 millions, qui tient la place du fond & des coftieres : mais quand la mine a fondu aifément, cette maffe eft très-petite ; fouvent même il 11’y en a point; îorfqu'au contraire lamine fond difficilement, 011 en trouve une coiifidérable. En Suède , on appelle cette maffe klot (i). Quelquefois 011 eu trouve deux ou trois; l’uine occupe le fond, les deux autres les côtés. Ces malles ne font pas de fer pur; mais 011 y remarque de la mine crue , de la pierre calcaire , de la pierre même du foyer , enfermée dans le fer : on ne peut tirer ces morceaux, qu’après les avoir foulevésavec des coins ; encore faut-ii des machines, & lefecours de bien du monde, pour s’en débarralfer. Si ces malles font trop confidérables, 011 les met proche le fourneau, & on les abandonne : car on 11e peut ni les tranfporter dans un foyer de forge , ni les faire fondre.
- Le fondage fini, fi 011 regarde dans l’intérieur du fourneau, 011 verra
- (û) Le taqueret.
- (i) En France , orniau.
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- que les murs, depuis le bas , font enduits d’une efpece de matière pierreufe, la même à-peu-près dont les fcories font formées,* on remarque encore , que cette croûte la plus balfe eft la plus épaiffe, & fe trouve mélangée-de parties de fer. Dans quelques fourneaux , les parois paraiflent encore entières ; mais les pierres font vitrifiées ou enduites d’une matière verdâtre vitrifiée. Dans d’autres fourneaux , où les pierres ne ré fi firent pas fl bien au feu, on verra les murs rongés d’un & d’autre côté, & creufés fur-tout dans l’ouvrage. Car fi le vent, par la pofition de la thuyerc , a été horizontal, le mur paraît rongé au-delfus de l’ouverture de la thuyere ,• & fi la thuyere a été trop oblique , le mur paraît rongé au dcifus de l’ouverture, qui fert de pafïage au fer 8t aux fcories, Il faut encore obferver que la partie fupérieure du fourneau (k) a été dilatée par la grande violence du feu ; au moins, quand on a fait plufieurs fondngcs, cette ouverture paraît élargie, & fa circonférence ag-grandie. La raifon en eft , que les poutres qui tiennent le tour du fourneau, cedent infenfiblement, & s’éloignent par le poids des murs : les-plus groffes pierres fe retirent aufli de cette ouverture ; ce qui élargit néceffairemcnt la bouche de ce gouffre , au point que fouvent on la trouve de figure ovale.
- Au-dessus du ventre ou du milieu du fourneau, le mur parait enduit & comme teint d’une couleur rouge, & cela à la diftance de trois aunes ( /), depuis l’ouverture du deffus,- ce qui eft une marque que les foufresles plus groffiers font fortis de la mine , & qu’ils ont teint le mur de cette couleur. Dans cet endroit, le mur paraît encore brillant & luifant, comme s’il avait été frotté d’huile, femblable en un mot à une pierre qu’un courant d’eau polit continuellement, ou qu’une chute d’eau creufe : ce qui femble venir du flux continuel, & de l’adion réunie de la flamme & du vent.
- „ Observations touchant un fourneau ruiné.
- Dans un fourneau ruiné , dont une partie de la maçonnerie eft dérangés par le feu , on voit quel eft fon effet fur les pierres & fur le mortier d’argille. Si on examine l’argille qui a fervi à affermir les pierres, on voit d’abord que la chaleur a fenfiblcment pénétréjemur de trois pieds d^épaiffeur. A cette épailfeur, l’argille qui eft entre les pierres eft d’abord de couleur blanche ; en fe rapprochant du feu, elle eft d’un jaune clair, mais friable, & facile à écrafer entre les doigts. Proche de l’intérieur, l’argille eft de couleur brune, comme de la brique, & lui reffemblant entièrement. Plus proche encore de l’intérieur, elle eft d’un jaune foncé : le feu l’a beaucoup durçie ; elfe eft cn&ueufe& douce, comme fi elle avait été enduite d’huile, ce qui annonce
- K r ij
- ( k ) Le gueulard,
- (Z) Cinq pieds.
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- le commencement de la vitrification. De-là, .elle eft d’üne couleur obfcure £ tirant fur un bleu obfcur. Enfin» ellefe change en une efpece de verre» alors elle prend des nuances de verd. Mais proche l’intérieur, elle eft jaune » enfuite elle blanchit, & brille comme de la porcelaine ou de l’argille des. Indes. Le labié & la pierre, enfermés dans l’argille, font d’une couleur très-blanche, quoique l’argille foit bleue, d’un jaune, clair rouge , & d’un, jaune foncé.
- Pour ce qui regarde les couleurs que l’argille prend , eu égard à fa dif-. tance du feu, celle du contour intérieur de la cheminée eft blanchâtre, en-fuite roulfe : à la diftance de deux doigts, elle eft bleue j à trois ou quatre doigts, la couleur s’obfcurcit, & pâlie au bleu obfcur » à cinq ou fix doigts, elle eft brune ; l’argille parait on&ueufe; c’eft là que finit la vitrification % à la diftance de neuf doigts, elle eft comme la brique ; en avançant-dans la profondeur du mur „ le rouge de la brique pâlit, & l’argille blanchit de plus, en plus, jufqu’à la diftance où elle eft friable, & s’écrafe aifément en la-, frottant entre les doigts.
- La pierre , dont les parois font bâties, a pris une couleur rouge, & d’au-, tant plus rouge qu’elle eft plus proche du feu ou de la cavité. Si on calTe ces pierres, on voit une efpece de conduit poreux , allant de la cavité directement dans leur intérieur ; ce conduit eft formé par la chaleur & le feu , qui coulent horizontalement : ces pierres , une fois arrachées du mur & ex-pofées à l’air, ou jettées à l’eau, tombent en pouffiere.
- La pierre change aufii de couleur dans les murs ; d’abord elle eft comme vitrifiée , mais le verre parait troué en plufieurs endroits ; à la diftance d’un demi-pouce ou d’un pouce, elle tire fur le verd : enfin elle rougit, comme on l’a dit ci-devant.
- On peut auffi voir des changemens de couleur dans les feories. Si on plonge un ringard froid dans le foyer rempli de métal en bain , & qu’on le retire, il eft environné de feories tout autour : celles qui font les plus proches du fer, rëffemblent dans l’épaifleur de quelques lignes à un verre pur & très - tranfparent. A mefure qu’elles s’éloignent du ringard, elles font vertes , bleues , ou d’une autre couleur , fuivant la nature de la mine ; mais fi le ringard qu’on plonge a été préalablement chaufté , on ne retire point de feories vitrifiées.
- Quelquefois auiïi il part des feories, des étincelles très-billantes, qui ne •font autre chofe que du fer. Dans cet endroit, la mafse des feories s’enfle & fe crevafse : elle bout un peu , & c’eft par un bouillonnement que s’échappent ces étincelles. Si on les ramafse , on verra que c’eft du fer pur : mais aufli-tôt qu’on bouche ces crevafses des feories, en y mettant quelque matière froide alors le fer , qui produisit ces étincelles , fe rafsemble dans
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- Bire efpece d1 endroit creux & arrondi, fous la forme d’une houle plus ou moins grofse non peut retirer ces globules de fcories., eu les pilant, comme; on. fait en quelques endroits..
- Enumération des fourneaux & des forges en Suède Çmf
- Dans le territoire de Kopersberg fk fes dépendances,. il y a 79 fourneaux & 47 forges.
- Dans la province de Wefimanie , S7 fourneaux & 78 forges..
- Dans Ig diftrièt dyOrebro, on compte 177 fourneaux & forges.
- Dans la province d’Uplande & dans la Rojlagie, il y a 24 fourneaux & forges..
- Dans la Gejlricie & YHelfinghnd,. 6 fourneaux (»). & 54 forges..
- En Sudermomie,, 2 fourneaux, fans compter plufieurs autres qu’on ne nomme point, & 23 forges.
- Enfin , dans la province d’Ojlrogotliie , il y a 17 fourneaux & 24 forges..
- De toutes ce s forges, il y en a beaucoup qui ont 3 , 4 & jufqu’a 10 feux. Le nombre des fourneaux & des forges ferait bien plus grand, fi on fefait mention de toutes les ufines à fer j. qui font dans les diftri&s de Jonckop, Calmar, Cronenbourg, dans la Smalande & dans la Bothnie occidentale & orientale , c’eft-à-dire , dans la Lapponie & la Finlande: mais nous; allons pafser à des. e.hofes de plus grande importance.,
- Argent natif, trouvé en 1726 dans la mine de fer de Noormark
- eu Wermlande, des obfervations faites tant fur cet argent: '* J&r rargillequi luifervait d ematrice..
- Je ne crois pas qu’il foit hors de propos ,. ni m’éloigner de mon objet s de joindre ici l’hiftoire & les obfervations qu’on a faites fur de l’argent natif, trouvé dans la minière de Noormark,; & tiré de la mine pure de fer. Cette richefse était cachée dans le fer, comme un enfant dans le fein de fa mere; & après y avoir été long-tems nourrie , on l’en a tirée en 1726. Les annales nous apprennent qu’on vit, il y a 70 ou 80 ans, quelque chofe de femblable; Il y avait une efpece de. couche qui traverfait la minière & la divifait en deux parties d’orient en occident : cette minière a plufieurs-puits & galeries. C’elt dans celle qu’en fuédois on nommait brattfors -gruf~
- (m) On fupprime icfle détail des noms , ( n ) Swedenborg ajoute qu’il y en a
- qui dans cette traduction ,| ferait auffi en- encore plufieurs autres, fans les dénomnisre, jwyenx. qu’il, eft inutile.
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- ytcm, qu’était* la matrice de cette veine précieufe. ' La matière de la couche qui diviftiit.la minière , était une efpece d’argille grafse de la largeur d’un quart, & quelquefois d’une demi-aune ( o). Cette couche cependant n’était pas entièrement d’argille de la même efpece , c’effc-à-dire , de celle qui contenait de l’argent : on en trouvait'de la groffiere , jaunâtre, comme il y en a beaucoup. A fa jon&ion avec la mine de fer , cette argille avait des deux côtés la dureté d’une pierre : on découvrait auffi très-facilement dans cette argille groffiere des glandes ou noyaux, de l’efpece fine & fubtilede couleur bleue obfcure , quelquefois jaunâtre , facile à diftinguer par la couleur & par fes autres qualités. Dans ces glandes d’argille, on voyait une efpece de fpath brillant, jaunâtre, de contexture régulière; on découvrait auffi de l’argent natif en alfez grande quantité , tant dans les grains auffi fins que le fable , que dans des morceaux plus gros. Ces parcelles d’argent avaient toutes fortes de figures; les unes fe terminaient en pointes & en aiguilles, ou par des filets tortueux embrasaient l’argille; d’autres en grains, comme des pois ou des feves , formaient une maife ifolée; ai-nfi toutes par différentes formes , femblaient fe jouer dans leur matrice, comme le fait ordinairement l’argent natif : j’en ai vu un morceau qui pefait fept onces & demie; d’autres trois, cinq & fix onces. Cette argille fubtile & bolaire brillait de grains d’argent; en la frottant contre une pierre ou une meule, elle acquérait la couleur d’un argent très-pur,* regardée au raicrofcope, elle reffemblait à un fable d’argent; elle était très-pefante ; paflee à la coupelle , elle rendait trente-huit marcs & demi, ou foixante & dix-fept livres par quintal. Cette veine n’eut pas de fuite ; au bout de quelques mois elle dif-parut entièrement; à mefure que l’on approfondiffiut, le filon allait toujours en diminuant de volume, & fe perdit enfin totalement au mois d’août 1727 : depuis ce tems, & quoiqu’on ait creufé à la profondeur de huit ou neuf aunes (/>) , 011 n’a pu retrouver ni.la couche, ni aucun veftige d’argent. Cependant aux deux extrémités, c’eft-à-dire, à l’orient & à l’occident de cette minière , il y a un rameau d’un quart ou un cinquième d’autie (q ), qui, au lieu de cette argille douce tenant argent & mêlée de fpath brillant, eft compofé d’argille dure & groffiere , ainfi qu’on l’a éprouvé & qu’on l’éprouve tous les jours. Aux deux extrémités où cette couche argil-leufe divife la roche, il 11’y a point de mine de fer, ce qui porte à croire qu’on n’a trouvé de l’argent que lorfqu’ii fe trouvait entrelacé ave® le fer ; on a auffi trouvé dans cette argille une efpece de mine de fer, réduite en pouffiere auffi fine que de la farine : à l’eifai, la mine de fer, voifine de cette couche d’argille, n’a jamais donné le plus petit grain d’argent.
- (o) 5 pouces, io pouces, (p) 1$ pieds un quart, 15 pieds, ( q ) ç &4pouces.
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- * Au refte, on fait qu’en Suède on a ttouvé, dans plufieurs minières de fer , des traces d’argent. Il y a déjà plufieurs années que, dans la mine de Dame-more en Roslagie, on a remarqué une efpece de veine d’argenr; dans celles â'Uthoé & de Snigoé , il y> a des filons qui tiennent argent, mais qui font détériorés & viciés par la grande quantité de fer. L’elfai a prouvé aulfi qu’il y a de l’argent dans la mine de Grengiesberg. On rapporte encore, qu’autrefois on a trouvé des particules d’argent natif dans la minière de Bisberg. En Norvège, d’où l’on tire tous les ans une fi grande quantité d’argent natif, on voit une efpece de fer réduit en ochre, fuivre, & couvrir les endroits qui font fertiles en argent; ce qui lert à prouver que le fer & l’argent s’allient & fe joignent très-étroitement. Dans un filon , on diftingue aifément deux ou trois rameaux de nature différente jdeux rameaux parallèles, l’un tenant argent & l’autre fer, couleront également fins fe quitter: là , on trouvera une efpece de mine d’argent, renfermée dans une couche épailfe de fer : ici, le fer & l’argent auront entrelacé leurs veines & leurs fibres, au point qu’il n’y aura que faction du feu qui puilfe les dégager.
- Voici les effais chymiques auxquels le doéleur Brandt a fournis cette argille, douce, fubtile, bleuâtre , & tenant argent, dans le laboratoire du college métallurgique de Stockholm.
- On a mis douze onces de cette argille dans une petite rétorte de terre. Le récipient ajufté, les jointures lutées , on a donné le feu ; lorfque la rétorte a commencé à rougir, on a vu monter une efpece de liqueur, fans qu’il y eût encore de vapeurs arfenicales : mais lorfque la rétorte a été entièrement rouge , une fumée arfenicale s’eft montrée pendant quelques heures. Le feu ôté & le tout refroidi, on a vu, diftin&ement des grains d’argent, auffi fins que des pointes d’aiguilles: l’argille brûlée était de couleur brune, friable, aifée à réduire en poufliere très-fubtile , fans avoir pu la vitrifier, ni la fondre en une maife par le feu de fufion qu’on lui a fait elfuyer.
- Pour s’alfurer fi l’on avait chafle toutes les parties arfenicales, on a fondu cette argille au fourneau d’effais, même fous la moufle , partie feule, partie avec du plomb: elle n’a pas fourni le moindre indice d’arfenic.
- Les douze onces d’argille mifes dans la rétorte après la diftillation, pe-faient avec l’argent neuf onces &uo huitième. La liqueur qui était montée , pelait un feizieme d’once , & l’arfesaic une once & onze feiziemes: le total du poids était diminué de deux onces & demie.
- La liqueur bîanchifiait à l’efprit denitre, & fe précipitait avec les alkaîis.
- L’arsenic était de couleur de cendres , ougrife; mais impur, relfemblant alfez à farfenic ordinaire ; il était foluble dans quelques menftrues acides, tels que l’efprit de fel & J’eau régale.
- On a eflayé de découvrir fi cette argille, née, pour ainfi dire 9 dans le fer,
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- n’en recelait point quelques particules» Mife en pouifiere, l’aimant n’en a point attiré, foit qu’il n’y en eût point, foit que le fer réduit en fafrati & enrouille, ne lui donnât p'us de prife : quelques procédés qu’on ait mis en-œuvre , on 11’a pu tirer aucune efpeèe de vitriol de cette argille ainfi calcinée.
- L’esprit de vinaigre, connu pour didbudre le fer & le zinc, verfé fur cette argille, n’en a reçu aucune teinture : mais de ce que cet efprit diifolvait quelques-unes de ces parties , on a conclu qu’en y -ajoutant de l’huile de tartre par défaillance, il fe précipiterait une efpece de poulïiere, qui n’était qu’une matière terreftre, que le vinaigre diilout & corrode ordinairement jufqu’a un certain point.
- L’eau régale avait plus d’a&ion fur cette argille que le vinaigre ; la couleur en était changée; l’huile de tartre par défaillance lui donnait une couleur verte &Jefait précipiter une efpece de chaux de couleur brune ; on a auliî eifayé de découvrir fi cette chaux avait quelques particules métalliques : mais on n’en a pas découvert le moindre vertige.
- On a mis deux quintaux, poids d’elfai, de cette argille ainfi brûlée, dans deux creufets, un quintal dans chacun , avec du fel de tartre pur & bien calciné, pour fondant. Quand la matière a été fondue, chaque creufeta donné un grain de métal pefant cinquante-neuf livres ; ce qui eli de plus fingulier, c’elt que chaque grain paraillàit divifé, comme s’il avoit été de deux métaux différens: une partie montrait de l’argenr pur, & l’autre du bifmuth. Les deux matières qui formaient ce régule extraordinaire , n’étaient pas confondues, comme il arrive ordinairement quand on fond enfemble deux métaux différens , mais étaient vifiblement dilfinguées & appliquées l’une à l’autre , chacune formant une feélion du globule: il ne fallait qu’un coup léger, pour féparer l’argent du bifmuth. Le grain de ce dernier pefait 22 marcs ; il fe mettait aifément en fufion, par le moyen de cendres gravelées ; le poids de l’argent était de 96 marcs qui, paffés à la coupelle, donnaient 94 marcs & 2 onces d’argent purifié, ne rendant aucune fumée alkaline ; en diminuant le grain de plomb , il reftait77 marcs & 7 onces r— d’un argent très-pur: de faqonque, fuivant cet efFai, ce quintal d’argille contenait 77 marcs 7 onces & ou 38 livres & demie d’argent.
- On a enfuite eifayé le réfidu de l’argille , imprégné du fel alkali qui avait fervi de fondant : on l’a mis dans une quantité d’eau qui s’eft chargée du fel dont on a débarraffé l’argille en décantant & réitérant: l’argille.féchée pefait 41 livres , ou l’excédant des ^9 livres dujquintal fourni pour l’effai ; eette argille ainfi purifiée par l’eau, éprouvée à l’aimant, n’a donné aucun indice qu’elle contînt du fer: quant au bifmuth mis en poudre, l’aimant a fait voir qu’il en contenait quelques parcelles.
- Cette portion de bifmuth méritant d’ètre examinée, voici les eifais qu’on
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- en a faits : il fe dilTolvait entièrement dans 'Peau-forte ; la folution était verte ; elle devenait îaiteufe par l’addition de l’huile de tartre, & il fe précipitait en même tems line chaux blanche , qui enfuite palTait à la couleur jaune : à l’eau pure feule , cette folution blanchilfait, & il s’en précipitait une chaux blanche.
- L’eau régale diffolvait encore entièrement ce bifmuth. La diffolution verdiffait comme celle du cuivre, avec cette différence cependant, que la diffolution du cuivre, par l’eau régale , prend une couleur bieue par l’addition de l’huile de tartre, au lieu que cette huile ne change rien à la diffolution du bifmuth: l’eau pure n’y fait lion plus aucun changement, & ne précipite point de chaux.
- L’ esprit de vinaigre n’a pu diffoudre ce bifmuth étranger : on a cependant remarqué qu’il en a détaché quelques petits filets très-déliés, parce qu’en y ajoutant de l’huile de tartre , il s’en précipite quelque chofe, comme il arrive au bifmuth ordinaire , lorfqu’après l’avoir fait diffoudre dans de î’efprit de vinaigre un peu échauffé, ou en fermentation , on y verfe de l’huile de tartre.
- Ce bifmuth n’était nullement rongé par I’efprit de fel ammoniac, qui n’en recevait qu’une teinture bleue, couleur que le cuivre lui donne ordinairement.
- Ce grain de bifmuth a fondu feul dans un creufet; mais il a fallu un degré de feu très-violent5 il n’a répandu aucune fumée: ce qui eft bien différent du bifmuth ordinaire, qui fond aifément, & prefque à tous les degrés de feu, jettant beaucoup de fumée.
- On a fait un autre effai de ce bifmuth extraordinaire, afin de pouvoir conftater par plufieurs expériences la différence de fa nature avec celle du bifmuth ordinaire. Pour cela, 011 l’a mis dans un creufet avec .deux parties de cendres gravelées , & deux parties de caillou ; fur ce creufet on en a renverfé un autre 3 on a lutté les jointures. Après, la fufion , les creu-fets féparés , on a trouvé autour des parois, des fcories de couleur bleue , qui y étaient adhérentes.
- De-la, & de ce que nous avons dit, on peut conclure que ce nouveau bifmuth diffère de l’ordinaire , en ce qu’il donne des fcories bleues 3 qu’il eft fragile 5 que le marteau le réduit aifément en pouffiere , qu’011 le fond , & le met en bain avec peine 3 qu’il ne donne point de fumée , pendant que le bifmuth ordinaire donne des fcories jaunes 3 qu’il réfifte au marteau > qu’il fond à un médiocre degré de chaleur ,• qu’étant fondu, il donne de la fumée.
- La folution du bifmuth ordinaire par l’eau-forte, ou l’eau régale, n’eft point verte: mais par l’addition de l’eau pure, elle devient Iaiteufe, & il fe,,précipite une chaux blanche 3 au lieu que la folution par Peau-forte, Tome IL S s
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- de cette efpece nouvelle de bifmuth, eft verte» & que l’addition de Tenu ri’en précipite rien. Le bifmuth ordinaire dans l’efprit de fel ammoniac ne change point de couleur comme il arrive à celui que fournit la mine de Moormark.
- Malgré toutes, ces différences , jufqu’iei cependant plufieurs indices » comme les fcories bleuâtres & autres, montrent qu’il faut regarder cette matière nouvelle comme une efpece de bifmuth vitrifié par le fer.
- §• U
- Des forges f de leurs foyers, delà, liquation affinage dé lafonte % de. Fextenfon du fer fous le marteau en Suede.
- Nous avons, parlé de la mine de fer» de fa féparation » & de la maniéré la plus, ordinaire de. la fondre en Suede., Il s’agit maintenant de décrire la. façon d’affiner la fonte à la forge , & d’étendre le fer fous le marteau. La maniéré de refondre & de rendre le fer de fonte pur & malléable» n’eft pas la même dans toutes les provinces de la Suede, où l’on travaille ce métal mais cette différence n’eft pas affez grande pour mériter qu’on les décrive toutes, féparément.. Nous ferons cependant une exception en faveur de la méthode ufitée en Rofiagie, qui eft fort différente des autres. Celles-là s’appellent travail à iallemande \ en fuédois, tyfca fmidet. L’autre, c’eft-à-dire , celle de Roflagie, fe nomme travail à la françaifc ;, *en fuédois , francifca fmidet.. Nous expliquerons ci-après & féparément cette derniere méthode » quand il en fera tems..
- L’intérieur du bâtiment ou de la forge, qui renferme les. cheminées, jes fouffiets , les foyers , les marteaux » les, enclumes , c’eft-à~dire » toutes les machines pyrotechniques, pneumatiques » & hydrauliques, n’eft pas par-tout de la mémo dimenfion. On le fait plus ou moins étendu » fuivant îés çirconftances du local. On choifit ordinairement un endroit fpacieux. S’il y a des inégalités » on l’unit pour fe procurer une place d’une grande étendue: plus elle fera grande» mieux elle fera» fur-tout fi l’on, veut y placer deux ou. trois cheminées.. Chaque ouvrier fera plus à fou aife pour Ton travail » lorfqu’il faudra remuer » voiturer & battre les loupes, alon-ger le fer fous le marteau , ainfi que nous le dirons..
- Lès.cheminées,. qu’en Suede on nomme hxrd , & qu’AGRicOLA appelle ifàwnèau , fornax ,, ne; font pas; non plus, par-tout de la même dimenfion» inais elles font plus grandes, ou plus petites » fuivant que. le permet la place «pion eft obligé de choifir proche d’un courant d’eau.;, ce qui fait qu’on ne peut donner aucune régie ni raifon des. différentes, dimenfions, que l’oit
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- obferve ; car j’ai vu des cheminées (nom que nous leur donnerons) allez grandes , & d’autres très-petites. La mefure ordinaire eft de leur donner quatre aunes de longueur(r), & trois & demi de largeur (s). Les cheminées en ufage aujourd’hui , font ouvertes de deux côtés , de façon qu’en fe baillant, l’ouvrier peut y entrer. Des deux autres côtés , il n’y a pas d’ouverture , & l’un & l’autre font fermés par un mur de groffes pierres. La cheminée étant ouverte de deux côtés, on met à l’un de fes angles un pilier, foit de bois, foit de fer, ou bien on le fait avec de groffes pierres de roche taillées. Dans la plus grande partie des forges , on y emploie des enclumes & des marteaux hors de fervice, de crainte que cet angle , qui porte prefque tout le poids de la cheminée, ne culbute. O11 en fait de même à l’autre angle où commence le mur de pierres de roche : pour le fortifier, on emploie encore de vieilles enclumes, & des marteaux caffés. Sur ces deux piliers & les murs de côté, on éleve la cheminée quadrangulairement. Elle paffe à travers la couverture du toit de la forge , & fe termine en une ouverture aifez grande pot\r donner une libre ilfue aux fumées & aux étincelles : ce qui eft caufe qu’en montant, la cheminée va toujours en fe rétreciffant,• & au-deifus du toit, elle reffemble au tuyau quarré d’une cheminée ordinaire. La grande ouverture du devant, où fe tient l’ouvrier, & par laquelle il remue & travaille la fonte qui doit être affinée, eft ordinairement baffe j finon on y met une lame de fer ou de bois, pour, par cette efpece de défenfe , garantir le vifage de l’ouvrier de la grande ardeur du feu, & de la vibration continuelle de la flamme. Au mur de derrière, 011 laide une ouverture quarrée d’une demi-aune de largeur ( t ), pour paffer les barres de fer caflées, que l’on veut fouder enfemble, parce qu’il faut mettre à la grande chaleur & au milieu du feu les bandes qu’on veut rejoindre & fouder, avant que de les porter fous le marteau qui les réunit. Aujourd’hui il y a bien des cheminées où l’on ne laide point de pareilles ouvertures.
- On peut juger combien une fpacieufe & grande cheminée eft préférable à une petite , en ce que dans une grande on peut avoir une place pour les charbons entiers , une autre pour les menus charbons, & une troifieme pour les pouffieres de charbons. D’ailleurs, l’ouvrier qui a les poumons échauffés par l’ardeur du feu , a plus de facilité de refpirer, quand il en eft un peu éloigné. Il a auffi plus d’efpace pour remuer & étendre fes bras, que le travail l’oblige de laiifer nuds.
- Mais la figure d’une cheminée fera plus fenfible qu’une defeription: voici une cheminée, accompagnée de fouffiets & de leurs équipages ^ 110). A eft
- (r) Sept pieds. ( t) Neuf pouces,
- (j) Six pieds un pouce. (noj Plane. 1 ,Jecf. IV, /g. j 2 , & 4.
- S s ij
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- la cheminée, & fou foyer bâti de briques. B B, des liens de bois attachés enfemblc aux angles pour foutenir la cheminée , & empêcher qu’elle ne fende. On voit les deux côtés de la cheminée, ouverts comme on l’a dit. Ceft le mur de derrière , dans lequel on lai (Te une ouverture quadrangulaire. II font des anciennes enclumes ou marteaux fervant de piliers. Z eft un vieux marteau, dont l’œil ou le trou de l’emmanchure fert de conduit aux fcories qui fartent du foyer. On profite auffi de cette ouverture pour foule-ver avec des coins le fer qui s’attache aux parois du creufet. G eft un bois creufé, ou une auge(u), pour recevoir de l’eau. Cette eau puifée par un feau , ou une febille H ( écuelle à mouiller)-, fe jette fur levier, quand il eft trop ardent. On jette encore dans ce bafehe, les fcories qu’on veut pulvérifer : on s’en fert auffi pour rafraîchir les ringards. Dans chaque forge, il y a ordinairement deux de ces cheminées, & dans quelques-unes jufqu’à trois, ce qui eft très-rare. Il y en a même beaucoup dans lefqueltes il n’y en a qu’une. Un marteau avec fon enclume fuffit pour forger le fer qu’on peut faire dans deux cheminées. La planche au-deflous (in) de celle ci-deifus repréfente le dehors d’une forge. F & Ffont deux maifonnettes ou petits bâti mens qui enferment les machines & les roues que l’eau fait mouvoir. AI K T font les pâlies , qui étant levées, ouvrent le paifage à l’eau qui tombe fur les roues. C C eft un long conduit de bois, qui du réfervoir mene l’eau vers les roués. D D font les tuyaux des cheminées par lefquelles la flamme & les étincelles s’évaporent.
- Autrefois il n’y avait rien de fi fimple que la conftruétion d’une cheminée de forge.. On trouve encore aujourd’hui cette fimplicité dans celles dont le maître eft pauvre. La cheminée était entièrement ouverte de trois côtés. Il n’y avait autre chofe qu’une aire très-grande avec le foyer : feulement du côté des foufflets, il y avait un mur en briques, ou de grofles pierres de roche, de la hauteur de trois aunes ( x) , au moyen duquel les foufflets étaient garantis du feu, auquel la poix dont on les enduit, les expofe ; de façon que la cheminée était comme à nud & à découvert. Il y avait fi triplement un trou dans le toit pour laifter pafler la fumée,- ce qui était caufe que fowvent la fumée fe trouvant chargée de feu & d’étincelles, le feu prenait à la charpente, pour peu qu’elle fût vieille. Il enflammait auffi le toit qui était extrêmement fec, ou la clôture de l’attelier qui était de bois tout enfumé, &, pour ainfi dire , cuit par la chaleur. Si pendant fon travail, l’ouvrier n’avait pas tou jours" l’œil fur ces parties, & s’il n’avait pas foin d’y jettec continuellement de l’eau, la maifon & l’attelier étaient bientôt confumés, comme on n’en a que trop vu d’exemples. Dans quelques endroits , il y a
- ( *0 L* bafehe. (i 11) Flanche 2 , fecl. IV , fig. ç, ( x ) Cinq pieds % pouces.
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- des cheminées qui ne font formées que de deux parois de briques ; mais le deflus eft très-ouvert, & les étincelles s’échappent par nnevouvertiire faite au toit. Voilà la fimplicité des cheminées d’autrefois, telles qu’AGRicOLA les a décrites & deffinées : mais, devenus plus habiles avec le tems, mous avonsappris aies conftruire mieux & d’un meilleur ufage. >-
- Je ferai mention ici d’une cheminée de forge, bâtie à Stiernfwid par M. Polhemius. Le deflus était couvert d’un double arc, ou voûte; on avait feulement laifle à l’un des angles une ouverture pour le palfage des fumées. Mais comme l’auteur , qui eft.très-expérimenté , ne m’a pas paru faire grand cas de cette invention , j’en furfeoirai quant à préfent la defeription.
- ConflruElion d'un foyer de forge,
- r
- On appelle foyer de forge, un endroit pratiqué dans l’aire delà cheminée pouf recevoir le fer, ouTendroit dans lequel s’opère la cuiflon ou la fulion du fer crud : quelques-uns l’appellent catinus, tigillum\ en Suede, hœrd (y ). Au refte, quelque nom qu’on lui donne, il fuffit de favoir que par foyer de forge , on entend un lieu dans l’aire de la cheminée , arrangé avec des plaques defer, pour recuire le fer crud.
- Pour placer la fondation & le fond d’une cheminée de forge, il faut, de même que pour un fourneau à fondre la mine, choilirun endroit fec ; car, fi la terre de deflous eft humide & rafraîchie par des voies cachées d’eau , qui fe gliflent & pénètrent à travers , l’eau s’infinue aifément fous le foyer , & par les interflices qui s’y trouvent, même par les pores ouverts par la chaleur, l’humidité perce jufqu’au feu, en diminue la chaleur, & par une certaine fraîcheur l’énerve & l’engourdit. De-là on doit conclure qu’il faut que le ter-rein , fous le foyer , fuit exempt de toute humidité. Mais pour plus grande fureté, on fait deflous une efpece de fofle , comme fous le- fond d’un fourneau de fulion : à cette folfe on ^ftifte un fyphon de fer , pour évaporer la vapeur: par ce moyen, on empêche l’eau qui croupit, d’attaquer & de brifer la contexture & les fibres de la pierre du fond : on tourne le tuyau d’évaporation du côté des foufflets, ou fur le devant.
- A Stiernjnnd, faire de la cheminée & du foyer eft établie fur une voûte qui occupe tout l’efpace. L’eau s’évapore librement par un des côtés de cette voûte , qui eft ouvert: ce qui fait que ce foyer, privé de toute humidité , eft très-propre à la liquation.
- Dans plufieurs endroits , où le fol eft très - fec & en état d’abforber toute l’humidité, on ne fiait point de pareilles foliés. Si le fond du foyer eft humide,
- 0$]) EnJFrance , foyer , crcufet, ouvrage.
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- la liquation eft difficile y le Fer eft comme infufible ï on ne peut le féparer des fcories & d’autres corps qui le vicient > une grande^partie fe change en fcories; les charbons n’agiffent pas avec la même force & la même adion ; on confume inutilement beaucoup de fer & de charbon: enfin cela rend le fer non fufible & réfradaire.
- On met fur la foffe une grande pierre,- & fur cette pierre, on forme faire de la cheminée: enfuite on ferme le foyer du côté des foufflcts, par un mur de groifes pierres, comme le dit Agricole. Ce foyer, ou ce creufet, dans lequel on fait la purification du fer crud, eft d’une figure prefque quadran-gulaire, co.nfiftanten un fond & des côtés , qui doivent être de fer de fonte, & non de fer forgé. Trois plaques de fonte forment trois côtés, un autre fait le fond. Celle-ci eft épailfe de quatre doigts , longue d’une aune fs) & deux doigts , fur une aune de largeur ; fon poids eft d’environ 800 : chaque plaque des côtés eft longue d’une aune deux doigts, large de quatorze doigts, & épaiife de trois ou quatre.
- Pour placer la plaque du fond fur la pierre fondamentale, 011 met d’abord du charbon pulvérifé, & des fcories en poudre ; là-deffus on pofe la pla--que du fond, dont on vient de donner les dimenfions ; enfuite on éleve autour du fond les trois plaques qui forment les côtés , & le ferment dans ces trois parties ; on tient droites deux de ces plaques , & on les affermit, en les garniffant par-derriere, de poudre de charbon, que l’on bat fortement entre le mur & la plaque, de crainte que l’humidité ne perce jufqu’à elles, & parla ne refroidiffe l’ardeur du foyer ; un des côtés eft , comme nous l’avons dit, fermé par un mur intermédiaire entre le foyer & les fouftlets: c’eft celui fur lequel on pofe lathuyere, qui reçoit les buzes des foufftets , comme nous le dirons. C’eft fous la thuyere qu’on met la troifieme plaque de fonte, qui doit être aufti toute droite. Pour ce qui regarde le devant, on n’y met point de plaque de fonte,- on y place fimplementun vieux marteau hors de fervice, qui ferme le quatrième côté du foyer,* l’œil du marteau fert de paffage aux fcories qui doivent fortir du foyer : depuis ce marteau jufqu’au derrière (a), il y a ordinairement trois pieds à trois pieds.& demi de diftance;de la thuyere à fon côté oppofé (b), il n’y a que deux pieds & deux doigts. Si la plaque qui fert de fond, n’était pas aftez grande pour remplir entièrement l’efpace qui lui eft deftiné , comme il faut que les dimenfions foient exactement fui-vies, on éloignerait un peu de fes bords les plaques qui ferment les côtés: la ditnenfion du fond donnée, on connaît l’étendue du foyer , qui eft dans la même proportion , & qui conféquemment a une aune deux doigts de longueur, une de largeur, & douze ou quarorze doigts de hauteur.
- (2 ) Un pied 9 pouces, (a) Du devant à l’aire. ( b) De la varme au contrevent.
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- Ceux qui exercent eétte profeflîon, ont grand foin de donner exactement ees mefures au foyer: mais ils portent fur-tout le plus d’attention à donner à la thuyere» qui reçoit lés buzes. des fouffiets, l’obliquité & lapofitionnécef-faire. Cette pofition doit cependant varier fuivant la qualité du foyer & la nature du fer : mais voyez ce que nous allons dire de la thuyerc & du vente
- De la thuyere, des bittes & du vent» ,
- La thuyere eft de cuivre » d’une figure hyperbolique, & finiffànt en un orifice demi-circulaire j elle eft faite d’une lame de cuivre battu, très-épaiffe; on la place fur le mur dont nous avons parlé, afin que., recevant les buzes des fouffiets» le foyer reçoive le vent par une feule ouverture , & afin que le vent,ainfi concentré ait plus, d’action fur le fer liquéfié, & fur celui qui eft à liquéfier , comme aufli pour obvier à ce que le vent, comme s’il était las & fatigué , n’arrive fans force au foyer, & que dès fon entrée il ne. foi t comme mourant: par le moyen de la thuyere, qui eft placée fort avant dans le creulèt, le vent entre avec force , & le pénétré tout entier avec activité.. La plus grande dimenfîon de la thuyere doit être de huit parties j la plus grande largeur de fix & un tiers» & la moindre de trois & un quart (r 12). La lettre T reprefente l’orifice d’une thuyere faite fur ces dimenfîons, quoique dans tous. les. atteliers. cet orifice ne. foit pas le même, parce que différentes efpeces de fer demandent quelques changemens. Il ne faut placer les buzes des. fouffiets,, ni trop avant dans la thuyere, ni trop lojn de fon extrémité qui eft dans, le foyer,. mais à une certaine diftance mitoyenne : autrement le vent eft pouffé avec trop ou trop peu de force , ou il s’échappe par des angles trop obtus, ou trop aigus. Du bout des buzes à l’extrémité de la thuyere , il refte ordinairement, un demi-pied on donne aux buzes la même obliquité qu’à la thuyere.
- On, pouffe la thuyere. au-delà du mur » pour qu’elle entre dans le foyer. Les uns l’avancent plus» les autres, moins,, fuivant qu’on le leur a montré» mais fur-tout fuivant la qualité du foyer & du fer. Depuis le mur, la thuyere eft ordinairement avancée d’un demi-pied..
- Pour ce qui regarde fa direeftion » on 11e doit point la. placer horizontalement ; alors, le vent irait contre le fer » qui eft de l’autre côté : il faut un peu la baiffervers le fend. C’eft une grande habileté dans un ouvrier» defavoir donner à la thuyere l’obliquité convenable , ou de lui faire décrire exactement l’angle preferit par les réglés. Ordinairement , on la dif-pofe de façon que- le vent aille, frapper la jondioii du côté oppofé avec 1e.
- (112) JPlan&he 1, JtUion IF, fig. 4>>
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- fond; c’eft-à-dire, que le vent , paffant à travers le vuide du foyer^ aille frapper la partie du fond la plus éloignée & la plus baife du contrevent, donnant ainfi entre ces deux plaques de fonte , dans l’endroit où elles fe joignent. D’autres la baiifent au point qu’au lieu de toucher l’endroit où le-fond & le contrevent fe touchent, le vent balaie le fond. D’autres, au contraire, l’éîevent de façon que le vent ne donne fur le fond en aucun endroit, mais Amplement fur le côté oppofc à la thuyere. Comme ces différentes méthodes ont chacune leur caufe , nous les examinerons ci-après.
- La bafe de la petite ouverture de la thuyere , ou le diamètre inférieur du demi-cercle F.O, ne doit point être horizontale, mais un peu oblique: il y a cependant le plus ou le moins , fuivant la qualité du fer. Pour l’ordinaire, il faut que l’orifice de la thuyere, quittant la ligne horizontale, ou la ligne parallèle au fond, baille un peu fur ce fond ; de façon qu’en regardant par la thuyere , il faille tourner les yeux obliquement pour voir le fond.
- La thuyere ne doit point regarder le milieu du foyer ; c’efl-à-dire , que le vent qui en fort, ne doit point partager le foyer en deux parties égales; elle ne doit pas non plus être pofée au milieu de fa paroi (r): mais elle doit être pincée de maniéré que le vent qui en fort, au lieu de palier par la ligne du centre du foyer , s’en éloigne & paffe derrière, en tirant fur le côté oppofé au devant ( d ). Pour cela , il faut que la plaque de fonte ( e ) qui porte la thuyere, Doit divilée en trois parties égales ; la thuyere fera pofée à la fécondé divifîon , enforts que du marteau qui ferme le devant, elle fera éloignée de deux parties , & d’une feulement de la paroi oppofée.
- On lailfe dans le mur des foufïlets, une ouverture quarrés pour pafTer la thuyere , que nous avons dit être faite d’une feuille de cuivre bien battue &bienfoudée. On la place fur la plaque de fonte (/) adoffée à ce mur ; & fur la thuyere , ainfi pofée , on mec une feuille de fer : enfuite avec de l’argille , on joint la thuyere au mur , afin qu’elle ne puiife pas remuer , ni être dérangée. Outre cela, on attache avec des doux un morceau de fer, dont un bout entre dans le vuide de la thuyere , à fa partie poftérieure (g): tout cela fe fait pour que la thuyere conferve la pofition qu’on lui a donnée , & pour qu’elle 11e puiife être dévoyée d’aucune part. 1
- Un ouvrier adroit doit fil voir donner à fa thuyere la fituation qui lui convient , & qui ne doit être ni trop horizontale, ni trop oblique : ce qui fait
- (c) La varme. ^ (g ) C’eft apparemment une efpece de
- ( d ) Il deit palfer plus proche de faire, crochet qui tient le] deflus de la thuyere à ( e ) La varme. la plus grande ouverture.
- (/) La varme.
- que
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- que chaque ouvrier qui entend fon métier, a fes mefures tracées fur une réglé , dont il fefert pour arranger fon foyer & fa thuyere ; il a grande attention de laitier ces mefures à fa famille , comme le fecret de fon art, & il ne les montre ni ne les donne jamais à des étrangers.
- Il arrive fouveut qu’ayant à travailler un fer de différente qualité, les mefures, tant pour la hauteur que pour l’obliquité de la thuyere, telles que l’ufage d’un premier fer les avait enfeignées, ne peuvent l'ervir à la liquation ni à la purification d’un fécond ; ce qui eft caufe qu’au milieu du travail il faut changer la pofition de la thuyere , l’avancer dans l’ouvrage ou la reculer, l’incliner ou la relever : enfin , il faut tâtonner jufqu’à ce qu’on ait trouvé le point qui convient au fer que l’on a à traiter. Si on n’obferve pas ^ cela fcrupuleufement, ou les charbons fe braient fuis fruit * ou le fer périt, difparait & fe tourne en quelque façon en fcories , ou bien il demeure mêlé à des fcories crues, ou l’opération de l’affinage fe fait lentement j fans parler de bien d’autres inconvéniens qui réfultent de la mauvaife pofition de la thuyere.
- Si elle eft trop avancée dans le foyer, c’eft-à-dire, fi elle y entre déplus d’un demi-pied, on prétend que le fer en fond mieux , & cela parce que le vent a moins d’efpace à parcourir pour arriver à la paroi oppofée : ce qui eftcaufeque le fer eft frappé plus à plein parle vent. D’autre part, fi on met la thuyere trop avant dans le foyer, elle fond aifément, & le fer, qui occupe le bas du foyer, n’étant pas agité par le vent, s’agglutine, fe durcit & fe fépare du fer, qui eft en fufion. Enfin, fi la thuyere eft trop retirée en arriéré , le feu a moins de force & moins d’acftion fur le fer qui lui eft ex-pofé. Dans ce cas , il arrive encore que le côté du foyer , fur lequel elle eft pofée, s’échauffe par la réverbération continuelle de la flamme, & fe ronge, fe dégrade fenfiblement par le concours continué de l’a&ion du vent : ce qui eft caufe qu’autour du mufeau de la thuyere, on voit le mur tout enflammé , tout rongé & fou vent percé par le feu ; c’eft pour cette raifon'qu’on fait lfe mur autour de la thuyere, & notamment deffous, très - épais. En Suede , on appelle ce mur huggajid (/_>).
- Si la thuyere eft pofée trop horizontalement , & que fon embouchure foit trop éloignée du fond, le vent fediffipe en l’air avant que d’aller jufqu’au fer & d’y faire l’effet qu’on en attend ; dans ce cas, on confomme beaucoup de charbons, ce qui eft une grande perte : car le vent ne touche point le fond ; mais frifant le fer , il s’élève en-haut. Il y a cependant des ouvriers qui font pour la pofition trop horizontale de la thuyere , parce qu’alors le fer fe liquéfie mieux, & l’affinage fe fait plus vivement, quoiqu’avec une
- ( h ) En France y le mur eau. Tome il.
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- plus,grande dépenfe de charbon. A la vue feule de la flamme & du fèr qui eft dans le foyer, on voit fur le champ fi la thuyere eft trop élevée; car alors la maife du fer qui eft plus haute, & les charbons qu’on amoncelé def-fus, font une efpece d’éminence de hauteur , avec] des côtés inclinés. : la flamme auffi s’élève plus haut.
- Mais fi la poiition de la thuyere eft fi oblique que le vent fe préeu pitefurle fond, la cuiflon du fer fe fait plus difficilement & plus lentement: le fer fond avec peine, parce que la flamme n’a pas la vigueur & la force convenables , quoique les charbons ne fe confomment pas inutilement..
- Dans lapofition de la thuyere, on obferve ordinairement qu’il ne faut pas que le vent balaie le fond, ni qu’il aille directement au côté oppofé:: mais il doit frapper l’endroit où le fond & le contre-vent fè touchent. Dans, ce feus, le vent frappe jufqu’à la derniere partie & là plus bafle du fer crud * qui lui eft expofé dans le foyer. D’autres dirigent la hauteur de.la thuyere, en difpofant la levre fupérieure de fon orifice de façon qu’elle foit en ligne droite avec le delfus du contre-vent. L’orifice de la thuyere fera donc fous, ^cette ligne droite,. & regardera, le bas du, contrevent ; c’eft-à-dire, q.u'e cette partie fupérieure de la thuyere* doit être à douze doigts an-delfus du fond, ce qui eft la. même hauteur que celle du contrevent, j
- Pour ce qui regarde encore la direélion du vent, il faut avoir grande attention qu’en for tant de lathuyere , il n’aille pas frapper un certain angle du foyer. C’eft celui qui eft le plus éloigné (i ). Il faut même foigner que ie vent ne foit pas dévoyé de ce côté-là,; on a remarqué qu’alors il périt beaucoup de fer, qui fe convertit comme en feories; au lieu que, fi le vent va à; la paroi oppofee, le fer fond bien , & étant fondu, fe dégage bien des feo-ries. Pour .éviter cet inconvénient, on tourne la thuyere de façon qu’elle regarde plutôt le devant du foyer.
- On arrange de cette façon la bouche de la thuyereafin que. la bafe ouïe.: dja-metrede fon orifice étant comme incliné, regarde le devant du foyer:: mais cette inclinaifoti de la. bafe de l’orifice de la thuyere doit être plus ou moins grande, fuivant les différentes qualités du fer., dette indinaifon fera-plus grande , fi le fer n’eft pas chargé de foufres, c’eft-à-dire, s’il calfeaifé-. ment à froid,. ce qu’en Suede on appelle kalbrecht ( Æ) ; car alors le vent n’eft pas porté fur le fer oppofé en volume fi épais ni avec tant de force ; mais ,, comme difent les ouvriers , il ne fait que le frifer & le couper de côté. Gette: efpece de fer fe recuit aufil beaucoup mieux. Il eft forcé d’abondonner les, corps, étrangers qu’il renferme; enfin , il devient fer d’une bonne qualité, &. vraiment purifié: mais au contraire, ftlefer eft vicié, & chargé d’une grands;
- ( i) L’angle du contrevent à faire, ( k ) En. franco:, fer, cojfmt à froid;.
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- quantité de foufres, c’eft-à-dire, s’il calfe facilement à chaud, quoiqu’il foit très-ferme à froid , ce qu’en Snede on appelle roedbrecht (/) > alors on ne donne pas tant d’inclinaifon à l’aire ou bafe de la thuyere, fans cependant la mettre parallèlement à l’horizon ou au fond du foyer. Dans cette pofition, le vent eft chalfé fur le fer plus amplement, & comme plus pleinement ; il ne le touche pas tant de biais.
- Ce que nous difons ici de là direction du vent & de la pofition de la thuyere, s’apprend beaucoup mieux par l’ufage que par les préceptes. On a même de la peine à entendre les préceptes, fi les yeux 11e font pas habitués à voir les chofes. La plus grande fcience d’un ouvrier eft de fa voir diriger le vent, & placer la thuyere avec exa&itude. S’il ne connaît pas bien ces deux points, on perd tout au moins du fer ou du charbon qui fe cônfument inutilement ; ou même fi le fer eft vicié par quelques corps étrangers, on ne pourra jamais l’en dépouiller.
- Il faut obferver que la thuyere , quoique de cuivre , ne fond pas aifément, ni par la grande chaleur, ni par le contact du fer fondu. Elle ne fond jamais que par la négligence ou l’ignorance de l’ouvrier. Quelquefois elle eft environnée de toute part, de fer en fufion -, elle y eft cachée & comme enterrée : on la voit aufli quelquefois brillante de feu au milieu des flammes, fans cependant qu’elle en reçoive aucun dommage ; la raifon eft , que fon intérieur eft continuellement rafraîchi par le cours du vent; c’eft par un de fes côtés que le vent excite le feu : fon autre partie n’en eft point altérée, quoique l’adion de la chaleur agilfe continuellement fur elle. Si l’ouvrier 11’a pas foin de la vifiter fouvetit, & de la nettayer en challant & éloignant le cours des étincelles, s’il ne veille pas à préferver du feu tant fon intérieur que fon orifice, elle fond & fe joint au fer. Il y a deux raifons pour lefquelles la thuyere a coutume de fondre. La première, fi fon orifice & le palfage du fouffie font bouchés, de façon que le vent ne puilfe percer ; s’il travaille inutilement contre un obftacle qui empêche fa fortie, fans pouvoir le vaincre ni s’ouvrir une route, & qu’il foit comme fulfoqué dans fon intérieur, alors le feu du foyer travaillant fur la thuyere, elle fond aifément. En effet, l’air enfermé s’échauffant, & le vent 11e refroidiffant plus l’intérieur de la thuyere, le feu pénétré aifément la malfe entière du cuivre, que rien ne garantit plus ,* dès-lors elle fond , & tombe avec le fer. La fécondé raifon eft, qu’il y a encore beaucoup de crudité dans la maffe du fer [enflammé ; car ce qui eft crud , ce qu’on appelle en Suede raudt-, 11e fond pas aifément, mais par la violence du feu s’élance en étincelles & étoiles brillantes, qui entrent en grande partie dans la thuyere , & venant à en occuper toute l’ouverture, ou la plus
- T t ij
- (Z) En France, fer cajj'ant à chaud,
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- grande partie , elles réchauffent. Alors ily a à craindre qu’elle ne fonde, n’y ayant aucunes de fes parties, tant intérieures qu’extérieures , qui lie foient attaquées par le feu. Quand on s’en apperçoit, l’ouvrier détourne fur le champ cette partie de fer crud , pour empêcher que les étincelles ne s’y infl-nuent & ne s’accumulent, & pour qu’elles fe difïipent dans quelqu’autre partie du foyer. On retourne cette matfe , qui contient du fer crud , expo-fant au vent ce qui était de l’autre côté i de façon que ce qui eft crud peut jetter en-haut fes étincelles fans aucun préjudice. On jette deffus des fcor'ies pulvérifées, à l’aide defquelles ces parties crues fe mettent en'fufion. On voit affez communément l’orifcedela thuyere bouché par les fcories , en-forte que le palfage du vent en eft fermé. Si on n’a pas foin de les détacher , & de les éloigner fur le champ avec une baguette de fer , la thuyere fondra très-facilement.
- Il eft remarquable que le foyer n’étant fait que de plaques de fonte, dans lefquelles on fond du fer tant de fois , & où l’on pouffe le travail pendant plusieurs mois de fuite, ces plaques cependant ne fondent pas avec le fer y mais au contraire qu’elles réfiftent au feu , ne s’endommagent pas , quoiqu’elles foient attaquées par le meme vent qu’on emploie à fondre les gueufes. Cela fait voir que la fufîon fe fait à merveille dans un creufet garni de fonte » & que s’il n’eft pas détruit, c’eft qu’il n’eft pas environné & attaqué de tous côtés par le feu & le vent: car il y a un côté des plaques qui n’eft point expofe à l’adlion du foufflet & du feu y ce qui eft caufe qu’elles n’en font pas pénétrées , & qu’elles ne fondent pas avec le fer qui y eft contenu. L’action de la chaleur ne peut aller plus loin que ne le permettent le chaud d’un côté & le froid de l’autre. D’abord que la chaleur n’eft pas égale dans toutes les parties, le fer fe défend, & quoique dans le foyer & la flamme , il demeure in-taél. Il arrive affez fouvent que le fond du foyer blanchit,- il ne fond pas pour cela : mais le fer en fufion qui nage deffus, s’y joint de façon qu’il y tient très-fortement, & qu’on a bien de la peine de l’en détacher -t ce qui eft caufe qu’il faut de tems en tems refroidir le foyer, même tous les jours, lorfqu’il travaille affidument. Pour cela , on vuide l’ouvrage , & on le rafraîchit avec le vent des foufflets , ou bien on le laiffe pendant quelque tems vuide, & expofé à l’air froid. D’autres fois on y jette de l’eau quand il eft vuide, comme cela fe pratique encore dans quelques forges. Dans la plupart on a abandonné cette reffource.
- Pour ce qui regarde le vent, il n’eft pas toujours égal pendant qu’on affine la fonte: tantôt on le donne plus violemment, tantôt moins. Dans le commencement du travail, lorfque le foyer eft encore froid, & qu’il n’a pas encore échauffe ni le fer ni les charbons , on fait aller les foufflets moins vite, en leur donnant moins d’eau, au moyen de la bafcule qui gouverne la vanne,
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- Dans la fuite , on donne plus d’eau à la roue, & on fait marcher les foufflets plus vite. Au milieu de l’opération , on pouffe le vent au plus haut degré, & fur la fin on le diminue. D’ailleurs , les foufflets vont inégalement par l’inégalité de l’eau, qui tantôt eft plus élevée dans le réfei voir , tantôt moins. Comme les roues vont plus doucement pour les forges que pour les fourneaux, où elles doivent marcher également, les foufflets de forge ne donnent guere que 400 coups par heure.
- De la première ctiijjon de la fonte.
- Lorsque le foyer efl: muni de toutce qu’il lui faut, qu’il cft arrangé , la thuyere pofée , on nettaie bien l’ouvrage pour qu’il 11e refte rien qui puilfe nuire à la fulion : pour tout dire, 011 le balaie. Le foyer étant bien net, on y met des feories qui font reftées du dernier travail ; & s’il n’y en a point, on en met de plus anciennes. O11 en emplit le creufet jufqu’au tiers. Sur ces feories, & dans tout le tour , on met des pouffleres de charbon récent, binon de vieilles : enfuite on met tout autour du foyer, des cendres provenantes des étincelles des charbons brûlés, des feories en pouiîîere, &c. qu’on a ramalfées avec le rabot & le balai dans l’attelier pendant quelques liquations. Ces cendres, comme on vient de le dire, font un compofé de petits morceaux de fer, d’étincelles, de feories , de pouffleres de charbons. On en met dans le foyer jufqu’aux deux tiers. Si on 11e met pas de ces feories fous le fer, comme pour luifervirde lit, on dit que le fer pénétré la cendre & s’attache fortement au foyer, qu’il ne fe liquéfie pas comme il faut, & que conféquem-ment il ne fe fépare pas bien de fes crudités ; car les feories étant très - aifées à fondre , fervent de menftrue. Elles enduifent le fond d’une efpece de graillé,- elles empêchent que le fer ne s’y attache au fond , de faqon qu’il fe dépouille plus aifément des parties crues : elles aident à la fufîon du fer en fondant elles-mêmes; & comme le foyer en eft tout rempli, par cet intermède , les parties légères fe féparent des pefantes , les étrangères des métalliques; ce qui ne s’opéreroit pas, s’il 11’yavoit pas préalablement une grande quantité & un grand bain de feories fondues.
- Cela fait, à l’aide de roulets & de ringards , ou à force de bras , on porte-une malfe de fer crud dans la cheminée, & on l’arrange dans le foyer, de forte qu’elle foit au côté oppofé de la thuyere. On place cette malfe fur un de fes côtés, & on la pouffe de maniéré qu’un bout entre dans l’ouvrage, tandis que l’autre refte en-dehors. On l’approche de la thuyere, dont elle ne doit être éloignée que de quatre à cinq doigts, placée à la hauteur de fa bouche. La partie fupérieure de la malfe doit être dans le même plan horizontal que la levre fupérieure de l’embouchure de la thuyere, pour que le vent frife &
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- *afe le bas delà malfe,* ce qui fem d’autant mieux, fi on a donné à la malfe la même obliquité qu’à la thuyerç. Il faut toujours l’arranger de façon que le vent rafe la partie inférieure de cette malfe : mais fi le fer n’a point de foufre, & qu’il foit très-caiTant à froid, on arrange l’orifice-de la thuyere de maniéré qu’une partie du vent touche dire&ement la malfe, tandis que l’autre en ‘rafera la partie inférieure, comme fi le vent la divifoit en deux» Le poids de la malfe de fonte que l’on met au foyer, n’eft pas toujours le même; tantôt on y en met deux cents, tantôt trois, quelquefois quatre, fuivant qu’on veut forger de groflès ou de petites barres.
- Si une feule malfe ne fuffit pas pour faire le poids dont on a befoin , on en met deux, trois, jufqu’à ce qu’on ait la quantité que l’on fouhaite. On les met Tune fur l’autre, fans cependant qu’elles fe touchent exa&ement; & pour l’empêcher, on met entre deux de petits morceaux de fer qui lesfépa-rent. On fe conduit ainfi , principalement fi l’on a des fontes de deux ou trois efpeces différentes , qu’il eftà propos de mêler pour avoir du fer d’une bonne qualité. Si, par exemple , on en a qui donnent du fer, l’un calfantà froid & l’autre à chaud, il faut néceffairement mélanger ces deux efpeces de fonte, pour avoir du fer d’une qualité mitoyenne. Le fer caifant à froid fe met deirous; & quand ils font ainfi placés, on les arrange pour recevoir le vent, comme on vient de le dire.
- Ces malfes ainfi arrangées, on jette des deux côtés , de la poufiiere de charbon,- enfuite on accumule delfiis un tas de charbons, fous lequel elles font cachées, &, pour ainfi dire, enterrées , de façon qu’on ne voit point de fer, mais feulement un comble de charbons. Après avoir mis du feu delfous , on donne de l’eau à la roue pour faire mouvoir les foufflets, que l’on fait aller très-doucement dans le commencement.
- CEsmafses, enterrées dans le charbon ardent, fout petit à petit confu-mées par le feu animé par le vent. La partie expofée au vent fe liquéfie, & tombe en gouttes dans le foyer, ce qui forme dans la mafse une efpece d’excavation qui, conféquemment, éloigne le relie de la thuyere. Quand on s’en apperçoit, on rapproche le reliant de la mafse à l’aide des ringards, & on le met à la diftance fufdite de cinq à fept doigts ; pour , étant ainfi expofé au vent, être fenfiblement réduit en liqueur.
- Quand les charbons font confumés, on en met de nouveaux: il y en a d’amonceîés au pied & fur faire de la cheminée, d’où on les tire avec un râteau, de façon que le fer déjà chaud en foit toujours couvert. L’ouvrier fonde fouvent les angles & le fond du foyer > & quand il y fent quelques matières attachées, il les éleve & les met au vent, afinqu’expofées à fon adion, elles fondent de nouveau , & que le fer fe ramafse en un feul volume.
- Après avoir palfé une baguette de fer dans la thuyere pour la nettayer,
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- il eft amufant & agréable de voir le fer fe liquéfier, & d’examiner ou Jaifir les tnomens de la liquation. On voit à fon aife, par la thuyere, le fer chaud:, parce qu’il eft directement au palfage du vent. Le fer, dans, un endroit, paraît blanc comme la neige ; dans un autre » rouge comme: du fang. La malfe paraît d’une figure inégale &. raboteufe ; enfuite.on voit tomber les gouttes de fer fondu, comme nous avons dit qu’on les. voyait dans le, fourneau. Les unes font blanches, les autres obfcures & noirâtres. On voit aufli les fcories qui occupent le fond: elles ne font pas blanches ou rouges , mais d’une couleur brune mêlée , prefque noire, comme de l’eau obfcurcie par des nuages. Si , en ôtant les charbons, on; découvre le fer, la partie expofée au vent rougit de plus en plus ; & par le feul contad de l’air, il s’en échappe des étincelles & des grains, qui fe dilfipent en l’air , & cela en d’autant plus grande quantité qu’il y a plus de crudité dans le fer; car ce font les parcelles crues qui les. foumilfent : au lieu que, fi le fer eft couvert de charbons , ces parcelles, ne fautent pas en l’air; mais la plus grande partie fe ralfemble en gouttes ». & coule dans le foyer..
- 'Pendan-t ce tems-là on retourne dans le foyeravec des ringards, le* fer chaud, & on l’expofe au vent, pour que la flamme & le vent puilfent. paiTer de tous côtés ; de façon que la malfe du fer paraît nager dans un grand courant de feu , où elle'eft comme noyée. Il faut foigner à ce que le; vent aille par-tout également; car fi un côté eft embarralfé,.& qu’il ne puilfey-pafler.s’il va plus d’un côté que d’un a-utre, ou fi les poufiieres de charbon», ou bien quelques morceaux de fer, empêchent le vent de pafl'er d’un côté, fur. le champ on tourne la mafle & on la range de façon qu’elle reçoit le vent également de toutes parts. Ici, l’ouvrier ouvre un palfage ; là, il enferme un. autre.. Il agit dans le tour du foyer, relferre ,éleve, bailfe, & n’épargne point fon travail pour que le fer foit par-tout également dans, l’élément du feu. Parce travail, on augmente & accéléré l’adion de la liquation, & le fer ne fe? fond: ni.par un trop grand feu , ni par un trop petit..
- Si on s’apperçoit que la flamme devenant très-ardente , domine fur tout le delfus du foyer , on modéré fur le champ cette violence , ou en bouchant les ilfues par lefquelles elle fort, ou en jettant de l’eau delfiis; on prend de l’eau dans le bafche avec le-feau-(*»)., & on la. jette fur la flamme; autre* ment, la flamme exerce fon adion fur les charbons, & les confume inutilement : on dirait qu’étant une fois déchaînée, au lieu de combattre le fer fon ennemi, elle exerce fa fureur fur les charbons fes amis.
- L’oumiER- a foin de regarder fi,fe fer, ne jette point d’étincelles, ou.lia
- {m,} Ecuelle à mouillexi.
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- bouche point l’ouverture de la thuysre : auftî-tôt qu’il s’en apperqoit, il la nettaie avec uns baguette de 1er , & donne un libre patl’age au vent-Enfin, quand on voit que la malle eft liquéfiée de toutes parts, qu’elle eft tombée dans le foyer, & qu’il ne refte rien qui ne foit en fufion , alors l’ouvrier fonde les angles du foyer; & quand il y fent quelque morceau dur, il le détache, l’éleve & le met au vent. Il ramalfe. ainfi tout le fer épars, & ne celfe de l’élever & de le mettre au torrent du vent, jufqti’à ce qu’il ait réuni & alfemblé en une feule malle toutes les parties qui s’étaient retirées vers les endroits frais du foyer. Quoique les charbons foient alors confumés & leur volume diminué , on n’y en met pas de nou.» veaux, mais on tient le volume du fer à demi découvert: c’eft alors que la cuilfon commence ; le fer cuit & bout comme de l’eau dans un pot. On peut voir toute la fuperficie qui s’enfle & s’élève lentement, comme une grolfe bulle, & comme s’il y avait un levain. U s’enfle & le gonfle de plus en plus, fi on n’arrète pas ce mouvement. Le fer, dans cet état, eft doux & maniable, lui qui, de fon naturel, eft fi dur & fi inflexible. Il s’élève jufqu’à palfer les bords du creufet ; l’ouvrier ôte fur le champ les charbons allumés, fous lefquels il s’enfle, & met la liquation à nud : c’eft ainfi qu’il diminue & arrête cette fureur. Cette cuilfon peut s’opérer pendant l’efpace d’une demi-heure : mais il eft de la prudence'de l’ouvrier de la faire durer plus long-tems, parce qu’il faut évaporer les corps nuifibles & vicieux, & par leur féparation rendre le fer duôtile & malléable. Voilà pourquoi il faut qu’il foit entièrement fluide, & pourquoi on le tient en bain, & dans une efpece de mouvement pendant quelque tems, fans quoi les parties légères ne fe fépare-raient pas des pefantes, ni les métalliques des étrangères : ainfi il faut donner fes foins pour que le fer vienne au degré de chaleur & d’eflfervefcence que nous avons dit: c’eft pour cela que l’on donne au feu la nourriture la plus forte. On choifit pour cet effet , & on met delfus , les charbons entiers, & les plus gros, qui font un feu du dernier degré, & entretiennent toujours cette efpece d’ondulation dont nous parlons. On n’en met pas beaucoup à la fois, parce qu’il ne faut pas que le feu cache le métal en cuilfon : mais il faut qu’il foit à un feu à demi ouvert ; alors le vice du fer fe dégage plus facilement que fi le feu le couvrait entièrement. Pour rendre néanmoins le feu airez fort, on emploie les meilleurs alimens : il y a une efpece de fer qui a de la peine à fe mettre en liqueur , & fur lequel l’ouvrier travaille en vain pour qu’il devienne liquide, s’enfle & bouille comme une liqueur ordinaire. Cette efpece de fer demeure tenace & comme infufible, confé-quemment ne fe dégage pas des crudités qui le vicient : c’eft là qu’il faut de Part & du travail, pour mettre en liqueur un femblable fer; fans quoi, après
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- la cuiiîoti , il demeure réfradlaire & immalléable («)•
- Pendant que le ferfue'& s’élève dans le foyer, pendant que la cocfion & l’elfervefcence fe font, l’orifice de la thuyere fe bouche en partie par des efpeces de fcories noires qui s’y attachent, & vont en s’alongeant comme un nez. Cela eft nécelfaire, parce que fi le vent, qui eft partie froide, partie humide , a un conduit large & bien dégagé pour aller fur le fer, l’intumef-cence & l’ardeur s’appaifent fur le champ : dans ce cas , il ne faut pas que le fer foitfrappé ni refroidi parmi vent d’une grande violence ,* fi-tôt qu’on détache les fcories de la thuyere, & que le vent a un paifage libre , la liqueur enflée s’abaiife, & le fer qui était liquide, fe condenfe & fe met en une maife tenace..
- D’abord que cette liqueur qui cuit eft figce, & qu’elle commence à fe découvrir , on ouvre un paifage aux fcories ; ce qui fefait par l’emmanchure ou l’œil du marteau , qui ferme le devant du foyer. Pour cela , par le moyen u’un ringard on y fait un trou,- les fcories Portent fur le champ : mais on ne laifle pas long-tems cette ouVerture débouchée ; on la referme promptement, pour ne pas priver le foyer d’une trop grande quantité de fcories; car les fcories tiennent lieu de dilfolvant. Par leur moyen, non-feulement le fer fe liquéfie bien, mais il fe dégage & fe fépare des corps nuifibles, & ainfi Pon rend le fer fufible , ducftile & purifié.
- Une maife de fer, groife & pefante, fe met plus difficilement en fufioli qu’une petite & une légère; il faut une plus grande quantité de charbons & de feu pour la fondre : au refte , on en peut fondre en deux heures une de quatre cents livres.
- Enfin, cette première cuilfon finie, ilfautôter tous les charbons du foyer, ainfi que toutes les pouffieres & cendres ; on laiffe la maffe du fer feule. On arrête le vent, lailfant ainfi cette maife brûlante dénuée de charbons & de feu pendant une heure ; on ne la touche point qu’elle ne foit couverte d’une efpece de croûte noire. Dans quelques forges, c’elf la méthode que fur le champ les ouvriers fe difpofent à lui donner la fécondé cuilfon, à l’expofer pour la fécondé fois toute rouge au vent, enfin à commencer une nouvelle cuilfon & liquation.
- De la fécondé cuiffon ou liquation du fer.
- Quand cette maife de fer eft refroidie, elle tient ordinairement aux parois & au fond du foyer : on ne peut l’en arracher qu’à force de coins que - l’on infinue entre la maife & le côté de la thuyere, & que l’on chalfe de plus
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- ( n) Voyez ce qu<s Swedenborg ajoute à la partie de l’acier. Tvme IL
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- en plus, jufqu’à ce que par fou effort on ait féparé la maffe de la thuyere,. qui y eft prefque cachée : fi cçtte maffe tient au fond, on l’en détache en'y mettant un coin par l’œil du vieux marteau , qui ferme !e: devant du foyer;, on le chaffe à coups de marteau, & on le fait entrer : enfuite-, à force devras, les ouvriers foulevent cette maffe ; fi la force de bras ne iuffit pas, ils-emploient un ringard, qu’ils abattent de toute leur force , jufqu’à ce qu’en-fin ils tirent la maffe du foyer.. Il arrive fouvent que cette maffe fe fépare aifément du fond au premier mouvement. Ce qui peut occasionner que le fer tient aux parois & au foyer , c’eft que le travail ufe & creufe les plaques, & que le fer fondu , en prenant l’empreinte de ces cavités, s’y. attache fortement. Il en arrive de même fi le foyer eft échauffé ; il y a beaucoup d’affinité-& de rapport entre un foyer de fonte ardent. & du fer ardent: au lieu que ff l’un des deux eft froid , ils ne s’attachent point;, c’eft' pour cela qu’il faut: refroidir le foyer. Dans quelques endroits, on leve la maffe toute„rouge,.&. on la laiffe refroidir à quelque diftance des parois du creufet,.
- Enfin , quand la maffe eft levée & féparée du foyer,, on la retourne en, plein , pour que le deffous fe retrouve deffus elle paraît aux yeux rude inégale ; le deffus a une certaine rondeur,, pendant que le deffous eft prefque plat: Cette maffe renverfée , &, pour ainfi dire , fur Ton dos, ne fe met pas, comme la première fois , à une certaine diftance du vent ; mais on i’éleve,, Çc on la place fur la thuyeremême, de façon qu’une partie.de la maffe pôle fur la partie fupérieure de la thuyere, & l’autre fur le fond ou fur les fco-ries qu’on a laiffées fur le fond, & qui font* arrangées avec la même obliquité que celle de la thuyere ou du vent.: ce qui fait que le ve-ntva.à la partie inférieure , & par ce moyen travaille fur toute la maffe. L’ouvrier doit: avoir grande attention à mettre la maffe exactement dans cette pofition , afin qu’elle foit convenablement expofée au vent qui doit la frapper, &: qu’elle reçoive la flamme également & de toutes parts.,
- La maffe ainfi arrangée , on met fur fes côtés de la poufliere dè charbons,., & des cendres brûlées que l’on ramaffe avec le rabot autonr de la cheminée:: on met de la cendre fur les cotés , & non vers la partie antérieure de lai maffe, Là, on emploie des charbons entiers & fecs , qui non - feulement confervent long-tepas le feu, mais qui jettent une flamme que le vent porte* contre la maffe, pour l’attaquer avec une efpece d’augmentation de légèreté? & de force. Alors.on fait marcher les fouffléts,,mais doucement dans les, commencemens; enfuite on augmente leur mouvement; Le vent donné, om «fitoure la maffe d’une grande quantité de charbons , & l’ouvrage s’échauffe.. L’ouvrier examine avec beaucoup d’afüduité foji feu& la flamme ; c’eft fur* ®ux qu’il fe réglé,, pour découvrir quel eft l’état de la liquation, & s’ilyA* ans gartie dg la maffe qui fond mi eux qu e l’autre. Il ne ceffe de. remuer.G$£t&
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- iîiafTe; il la place flans le milieu du feu , pour que la flamme Pattaquè égale-, ment dë tous côtés : elle nagera en quelque façon dans la flamme, comme dans fon élément. Si la flamme parait plus d’un côté * il le bouche pii en ouvre un autre. Voit-il un endroit où la flamme doive palier? il élargit le paf-fage_avec un ringard , afin de rendre en quelque forte la refpiration plus libre. Là , il met des poulïîeres de charbons & de feories, & il les bat pour mieux remplir le vuide : ici, il fouleve la maife, & donne une ouverture au vent & à la flamme, qui doivent s’échapper enfemble: ailleurs , il abaifle cette même malFe : enfin , il la gouverne comme un pilote gouverne fa barque fur les flots. Quand la flamme eft diftribuée par-tout, & qu’elle coule également, le feu & le vent agiflentavec une très-grande adion furie fer. On a foin fur-tout que la flamme agiife continuellement fur la partie la plus éloignée du vent ; car alors, c’eft une marque qu’elle peut circuler & travailler par-tout. On a aufli grande attention que la flamme ait une ilfue dans la partie la plus éloignée de la thuyere , & qu’elle ne s’échappe pas en grand volume par les côtés du foyer, parce qu’alors le feu n’agit pas avec toute fa force fur le fer, mais fur une feule partie, au détriment des autres. D’ailleurs, li le vent eft réfléchi vers la thuyere , il y a grand danger que cette réverbération ne la falfe fondre. Par la flamme & le comble du charbon, on peut juger de l’obliquité de la thuyere. Si la maife du fer parait trop élevée & le comble des charbons trop haut, c’eft un ligne que la thuyere eft trop élevée , & qu’elle n’eft point allez oblique : au contraire, fi la maife dû fer parait comme écrafée & enfoncée dans le foyer , & que le comble des charbons n’excede pas beaucoup le delfus du foyer, c’eft uu indice que la thuyere eft trop oblique. Quand les premiers charbons qu’on a employés fontcon-fumés , on en met de nouveaux jufqu’à la même hauteur qu’auparavant i la maife du fer en doit être entièrement couverte & cachée par-tout. Il faut ordinairement deux ou trois paniers de charbons à chaque charge } & quand là maife eft très-élevée, il en faut une plus grande quantité pour la couvrir * parce que les côtés du comble ont plus d’étendue.
- Pendant ce tems-là, on approche du feu des malfesde fer crud, & oii les met fous le même comble de charbons , mais à la diftance de deux pieds de là thuyere, afin qu’avec je même charbon ces malfes s’échauffent toujours , & fe difpofent à être plus promptement mifes en fufion. Plus la maife, qui occupe le milieu du foyer, s’échaulfe & s’amollit, plus on approche la nouvelle de la thuyere, pour l’échauifer par degrés : par ce moyen, la nouvelle maife profite du même feu & des mêmes charbons qui contribuent à la liquation de la première.
- L’adresse de l’ouvrier confille principalement à distribuer la flamme également autour de la maife qui eft à fondre: c’eft par cette raifon qu’il lui
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- facilite des iflues autour de cette raalfe, qui, en quelque façon , fe trouve en équilibre au milieu du feu. Si l’ouvrier s’apperçoit que la flamme eft moindre d’un côté, il fouleve cette partie & donne un paflage au vent : au contraire, s’il y a un endroit où la flamme fe porte trop , il arrange, retourne, baiflc, éleve, ferre, ouvre , fuivant le befoin, jufqu’à ce jqu’il voie tout remis dans l’égalité convenable. Il emploiera tous fes foins, jufqu’à ce que le plus grand torrent de la flamme foit vers la partie postérieure de la mafle; car, fi la plus grande vivacité du feu en attaquait la partie antérieure, la tbuyere fondrait facilement,- le mureau s’échauflferait, & ferait pénétré par un très-grand degré de chaleur. C’eft une marque que la mafle oppofée au vent eft couchée trop à plat, quand le vent réfléchit ou remonte vers fa fource. Une réglé connue de tous les ouvriers , c’eft que la mafle à fondre doit être diminuée & rongée par la flamme également de toutes parts. C’eft pour cela qu’ils la retournent, afin d’oppofer au vent toutes les parties faillantes & les angles ; parce moyen, ils viennent à bout, quoique lentement, de l’arrondir en quelque forte. Pour y réuflir plus fùrement, ils tournent au vent, & petit à petit, tantôt une partie, tantôt l’autre , la plus proche comme la plus éloignée , fuivant qu’ils apperçoivent des inégalités. Us expofent auvent ce qui a trop d’étendue , ou pour mieux dire , tout ce qui s’éloigne de la figure circulaire , de façon que ces'parties anguleufes fondent avant les autres. C’eft ainfi qu’infenfiblement la malle fe confomme tout autour. Il eft bon de favoir que fa partie poftérieure, c’eft-à-dire , celle qui eft éloignée du vent, fe diffout plutôt que celle qui en eft la plus proche.
- Lorsqu’on en eft là, il ne faut pas beaucoup de charbons ; la mafle fond à demi découverte, & enfin diminue tant qu’elle n’a plus de liaifon , mais tombe en morceaux que l’ouvrier ramalfe dans le tour du creufet, pour les remettre au vent. Il répété cette manœuvre, jufqu’à ce que les morceaux détachés foient fondus, & que tout fon fer liquéfié fo.it réuni en une feule mafse : alors on découvre le fer en ôtant tous les charbons. Pendant ce tems , on lui laifse efsuyer l’action du vent ; & comme les menus charbons qui font reftés fur la fuperficie, font très-légers , vous voyez lèvent exercer defsus fa fureur , les agiter, les foulever & les mettre en tourbillons, comme de la poulliere ou de menus brins de paille ; il jette très-haut les étincelles ; il divife en une efpece de pluie les feories qui furnagent, & les répand par toute la cheminée ; il emplit auffi cette cheminée & une partie de la forge, d’une grêle de feu & d’une pluie d’étincelles ; ces étincelles s’amoncelent en haut, & tombent en abondance dehors du foyer, en décrivant des courbes paraboliques. Cela donne une idée & la repréfentation en.petit d’un volcan en fureur, qui épouvante & force à s’éloigner ceux qui fe font trop approchés de fa bouche. Ces étincelles ne font pas compofées de particules de fer, mais
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- de la matière qui donne les fcories. Elles font, ordinairement, ou rondes, ou ovales. D’abord qu’elles font à terre, elles noircilFent. Voilà l’inftant delà véritable recuitTon du fer, qui dure fept à huit minutes. Toute l’opération de la liquation dure environ deux heures.
- On obferve qu’à cette fécondé liquation , il s’attache encore au fond & aux angles du foyer , des morceaux de fer crud & tenace, qui s’y retirent & s’y refroidirent. Si on ne les rejoint pas au relie de la matière en bain , ils fe durcifsent davantage. On a foin de les chercher & de les détacher avec le ringard. On les ôte de leur place, & 011 les expofe au vent de la thuyere , pour qu’ils fe fondent & fe mêlent au relie. On éleve une fécondé fois ces morceaux, qui s’étaient cachés dans les angles,* & on continue à les punir de leur fuite, en les expofant à l’adion du vent, comme on punit des foldats qui ont quitté leur camp. Plus le fer eft d’une mauvaife qualité, plus il faut avoir de foin de le retirer de ces retraites, de le tenir expofé au vent, & quand i) eft fondu , de le plonger dans le foyer. Le vent, fans la flamme & le feu, ne pouvant disjoindre ces parties , ni les réduire en fufion , il faut mettre deft fus de gros charbons choifis, qui viennent à bout en les fondant, de les enfe-velir, pourainfi dire, avec le relie.
- Dans cette fécondé liquation, on ôte trois fois les fcories. La première, vingt minutes après qu’on a donné le vent au foyer. On jette ces fcories dans l’eau froide , parce qu’elles font fort chargées de fer, & que les corps étrangers qui les accompagnent, font très - fulibîes : en les éteignant ainli dans Peau , elles tombent en une efpece de poufliere qu’on conferve pour les ufages auxquels elle efl propre. La fécondé fois on fait fortir les fcories au bout de 30 ou 40 minutes après la première : comme elles ne contiennent point de métal, on les met nu rebut. Enfin on les fait fortir du foyer pour la troilieme fois , vers la fin de la codtion. On a encore obfervé quVors il fort une petite quantité de fcories , fi on les a lailfées trop long - tems lur le fer en cuilfon, c’eft-à-dire, fi l’opération de cette derniere cuilfon a duré long-tems, parce qu’en ce cas-là une grande quantité des fcories s’en va en étincelles, Sc qu’ainfi elles fontpour la plupart difiipées avant qu’on leur ait, pour cette troifieme fois , donné la liberté de fortir.
- En tournant les yeux par la thuyere , il eft alors amufant d’examiner la malfe du fer oppofée au vent; on la voit qui eft blanche comme de la neige 5 011 voit auffi les charbons allumés voltiger devant la thuyere , comme des plumes blanches & légères. Au furplus, il faut prendre garde qu’il ne s’attache des fcories aux levres delà thuyere, parce qu’alors il faudrait les en détacher, afin que le vent continue de paifer librement.
- Dans plufieurs.endroits, après ces deux liquations, on porte le fer fous le marteau, & 011 le tire en barres. Il n’a pas befoin d’autre préparation, s’il eft
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- d’une bonne qualité, & qu’il ne foitpâs gâté ni Ÿicié par fnàtierës ïmâ pures & hétérogènes. Dans quelques forges , on le fond une troifiéme fois, fur-tout s’il n’a pas été bien purifié par les deux premières. Plus on le cuit , plus il fie purifie : ainfi, plus il a été cuitde fois, plus il eft pur. Cette troi-fieme liquation fe fait comme la fécondé: le vent fe donne d’abord doucement, enfuite plus fort 5 enfin, 011 le diminue à proportion qu’on approché de la fin.
- De l'emploi du charbon dans les foyers de forges , lorfqu'on y cnit
- le fer crud.
- Il y a beaucoup de choix dans les charbons *. car toute efpece de bois ne donne pas du charbon de la même bonté, Il y a plus : les charbons de la même efpece de bois ne rendent pas tous un fervice égal dans les foyers de forges , comme ils le rendent dans les fourneaux de fufion. Les charbons durs font moins utiles pour les forges , que ceux qui font doux à un certain degré : par exemple, les charbons de chêne & de hêtre, qui font durs & pefans, 11e conviennent pas aux forges : car non-feulement ils brûlent le fer, mais en le durciffant ils en détruifent le nerf , & lui ôtent fa du&ilité. Il en eft de même des charbons de bouleau , quoique dans la plupart des forges on ait foin de les mêler avec des charbons doux ,• au lieu que dans les fourneaux de fufion, cette efpece de charbons durs eft d’une excellente qualité. Les eharbons de pins & de fapins font très-bons pour les forges ; cependant on doit donner la préférence à ceux qui proviennent d’un bois ni trop jeune ni trop vieux, c’eft-à-dire, d’un âge mitoyen. En effet, les charbons provenus d’un bois trop vieux, ou de hautes & anciennes futaies, ne conviennent point aux forges; parce qu’un vieux bois non-feulement a perdu fon fuc vital, mais avec le tems il a acquis une certaine rigidité; ce qui eft caufe que les charbons qu’on en tire , étant très-durs, font, par la raifon qu’on a dite, de mauvaife qualité pour les forges.
- L’art & la fcience de l’ouvrier confident à épargner les charbons , & à les empêcher de fe difiîper en fumée & en étincelles , fans faire d’effet fur le fer ; ce qui eft perdre & dépenfer du bien inutilement. Comme c’eft un objet de conféquence , & qu’avec de l’attention & de l’induftrie on peut éviter cette perte, nous allons détailler les circonftances dans lefquelles les charbons fe confument en vain , & celles où il faut les épargner avec prudence.
- i°. Il fe brûle inutilement beaucoup de charbons, fi on n’a pas foin de féparer exa&ement ceux qui font un peu éloignés du feu , & mis comme fous la main de l’ouvrier pour s’en fervlr dans le befoin , de ceux qui font
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- act U elle mçîit clans le foyer, deftin.es à la liquation du fer. Un ferviteur négligent accumule autour du foyer une granule quantité de charbons, qu’il laille allumer de toutes parts, tant en-dedans qu’en-dehors du foyer. On dirait, de tous-ces charbons confumés inutilement, que c’eft un facrifice ridiculement offert à Vulcain, qui s’en moque. On ne peut attribuer une pareille perte qu’à l’ignorance ou à la négligence de l’ouvrier. Celui qui fait fon métier , a foin de féparer les charbons qui font hors du foyer , de ceux qui font dedans. Il ne foudre pas que* comme un furieux, le feu attaque tout ce qui eft dans fon voiftnage , ni qu’il exerce fa violence fur tout ce qui .l’environne.
- 2°,. La prudence, économique de. l’Ouvrier exige qu’il ait foin non-feule-. ment que le feu ne s’étende pas au-delà du foyer , mais encore qu’il foit ref-ferré dans l’intérieur , comme ilconvient : fans cela, on dépenfe des charbons en pure perte. Pour calmer les éruptions qu’il tente, on arrofe d’eau le deifus du foyer , & laflamme qui le domine. Ainfî , par une efpece de pluie abondante & bien distribuée , on empêche le feu de palier les bornes qui lui font prefcrites. Le contaél de l’eau fait noircir les charbons , & retirer la chaleur dans l’intérieur. Elle s’y tient concentrée pendant un tems, après lequel &aUimoindre ligne d’une nouvelle éruption, on l’arrofede nouveau. En reftreignant ainfî la chaleur, dans .l’intérieur du foyer, & lui fermant lés ilfues par lefquelles elle cherchait à s’échapper ,,on la renferme pour ainii .dire, dans fon laboratoire, oinelle travaille, plus efficacement fur le fer3 enforte que pendant ce temsJà. 3. an; épargne, les, charbons, qui fe feraient •confumés fans effet,;.
- 3®. Il fe, perd encore beaucoup^ de charbons inutilement * fi on en met trop. Tout ce. qui eft excès, eft vice : l’ouvrier, doit favoir proportionner les, charbons & le feu au travail de la.liquation.
- 4°. Si la thuyere eft pofée trop horizontalement,, de façon que le vent qui fort des fouftlets»aille à peine.frappet le fer & le côté oppofé\ il périt inutilement beaucoup de charbons, qui fè diffipent en étincelles , fans que leur flamme travaille fur le fer quleft deftous. Le vent qui eft trop borizon-tal , gagne le haut, & fe contente de travailler fur la malle des charbons qui occupent Je défais-, fans faire le. moindre effort contre le fer qui eft de£-fous. Par-tout où le vent s’accumule, il bouleverfe tout,- & comme il eft trop horizontal,, il exerce fa force fur les charbons, & les eonfume en vain j ce qui fait que. cette, fituation déjà thuyere , ou: cette direction du vent3 brûle inutilement.les charbons..
- f°. Ceux qui favent épargner les charbons& en éviter la dépenfe fuper» Eue, ne 1 aillent pas long-tems refroidit dans le foyer la maiî'e de fer qui' vientd’èire. cuite pour la: première, fuis jamais iis. la renverfent tout de
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- fuite, & pendant qu’elle eft encore enflammée , ils l’expofent au feu & au vent. Quelques-uns par parefle, & quoique le fer foit d’une excellente qualité, laiffent la maffédansle foyer pendant une ou deux heures, jufqu’àce qu’elle foit durcie ; ce qui lui fait acquérir de la fermeté & de la force, pour rélifter à l’adtion du feu. il en arrive que , lorfqu’on remet au feu cette mafle froide , elle a plus de peine à fondre, & ne cede point qu’on n’ait mis delfus une grande quantité de charbons , fous laquelle il faut la cacher. Confé-quemment* il faut alors'beaucoup plus de charbons quel! cette malfe avait été expofée au vent pendant qu’elle était encore enflammée.* ~
- 6°. L’ouvrier doit encore favoir employer à propos les menus char-* bons : car, quand on doit chauffer les barres de fer pour les étendre fous le marteau, on peut auiil bien les chauffer avec ces menus charbons , qu’avec des charbons entiers. Àulfi ceux qui lavent leur métier, confervent pour le befoin , de ces menus charbons dans un angle* de la cheminée , & ils s’en fervent pour emplir le fond du foyer : ce qui remplace utilement les charbons entiers, iqu’à ce moyen l’on épargne.
- 7°. Un ouvrier perd fa peine & fon bien , quand il emploie des charbons trop humides. Dans ce cas, la cuiflon le fait lentement ; car la force du feu eft diminuée, & comme affaiblie par les vapeurs aqueufes qui s’exhalent des charbons ,• ce qui eft caufe qu’il en faut mettre une plus grande quantité pour avoir un certain degré de chaleur ; c’eft-à-dire , que dans les dernieres cuifTons, il faudra mettre une beaucoup plus grande quantité de charbons,
- 8°. Le fer lui-mème contribue à la confommation inutile des charbons. S’il eft en grande mafle , alors on eft néceffité de le couvrir entièrement; & le comble ayant plus d’efpace, il faut une plus grande quantité de charbons. Au refte ,les mafles font ordinairement du poids de 400, 300,240, 200, 130, 100. Si donc la mafle eft plus petite , & qu’au lieu de pefer 400, elle ne pefeque 130, ou i©0, elle fond plus aifément qu’une mafle plus grande & plus pefante; ce qui montre que, fl l’on veut épargner les charbons, ib faut employer des morceaux de fonte moins gros.
- 9°. On perd encore la peine & fon charbon , quand on n’a pas afîez d’eau pour faire mouvoir comme il faut le gros marteau ; car s’il va lentement, ce qui vient du peu d’eau, le fer eft battu moins vite; à chaque coup il s’étend moins, ce qui eft caufe qu’il faut le chauffer plus fouvent & le reporter fous le marteau, ce qui ne peut fe faire fans une plus grande confommation de charbons.
- Pour empêcher que l’ignorance ou la parefle des .ouvriers ne donnent lieu à une dépenfe inutile & fl préjudiciable des charbons, on a réglé en Suède de pafler à un ouvrier, tant pour recuire que pour forger 400 livres de fer , vingt-quatre tonnes de charbons. Si l’ouvrier en confomme moins,
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- c’eft du bénéfice pour lui : s’il en confomme plus, c’eft à fa perte. Je fais cependant qu’il y en a qui , pour avoir la même quantité de fer forgé, n’ont confomme que dix-huit tonnes de charbons : je tiens même d’un maître, qu’on n’en brûlait que quatorze. Cela eft caufe encore que dans plufieurs forges on fait un magafin de charbons, que l’on donne à employer à un ouvrier à fes rifques, moyennant un certain prix qu’il en doit donner.
- Il y a encore une groffe perte à elfuyer fur les charbons, qui vient, comme on l’a dit, de leurs vices particuliers : s’ils font trop humides, trop menus, faits de bois trop jeune, trop doux; s’ils ont elfuyé un feu trop violent & trop prompt en lescuifant; s’ils font légers, & conféquemment peu propres à donner une certaine quantité de feu , fans parler de plufieurs autres vices qui occafionnent de la perte dans leur confommation.
- Si les charbons font humides, il s’enfuit, i°. que la liquation fe fait plus lentement j parce que l’ardeur du feu eft ralentie par le froid des vapeurs, qui fe communique au foyer, & au fer même qui y eft placé. 2°. Cela eft caufe que le fer ne cuit pas bien dans le creufet. Il demeure crud, & ne fe fépare pas de tous les corps étrangers, dont il doit être débarrafle pour devenir duétile. 30. Quand les charbons font humides, la mafle du fer que l’on chauffe dans le foyer, paraît d’une couleur blanche, comme fi elle était pénétrée d’autant de parties de feu qu’elle en peut recevoir: mais quoique cette couleur paraiffe à fa fuperficie, cette blancheur ne pénétré pas jufques dans l’intérieur, & elle n’en eft pas imprégnée comme il faut. C’eft une illufion qui trompe ceux qui la regardent. Les ouvriers expliquent èette fingularité , en difant que cette blancheur apparente vient de la quantité des fcories qui occupent le foyer, & qui font d’une couleur blanche, lefquelles environnant, pour ainfi dire, de leur couleur la mafle à fondre, fafcinent les yeux, & tranfmettent à cette mafle une apparence de blancheur. 40. Quoiqu’il paraiffe une grande quantité de charbons quand ils font trop humides, & quoique le fer ne fe purge pas bien de fes crudités, l’humidité des charbons eft cependant de quelque utilité. Elle contribue à amollir le fer qui ferait trop dur ; & celui qui eft caflant, en devient plus tenace. Au contraire, fi les charbons font trop fecs , on dit que le fer fe durcit, parce qu’il eft brûlé par un trop grand feu ; d’où les ouvriers ont établi leur réglé , que les charbons humides amolliflent le fer,
- & que ceux trop fecs le durciffent dans la recuiifon, & non quand on le chauffe pour le porter au marteau. '
- D’ailleur's , on a coutume d’arrofer les charbons du foyer, quand on voit que la flamme perce à travers, s’élève trop haut. On renferme ainfi le feu dans fon champ de bataille,* ce qui fe fait pour plufieurs raifons:
- pour empêcher que la flamme ne confume inutilement trop de char-Tome 11. " X x
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- bons, notamment ceux qui font en dépôt proche du foyer, & fous lef-quels il n’y a point de fer à mettre en fulîon. 2°. En concentrant le feu dans l’intérieur du foyer, & ne lui permettant pas de palier fes bornes, il travaille fur le fer avec plus de force & d’a&ion ; c’elt donc un moyen d’augmenter la chaleur.' 3°. Non-feulement la chaleur ainfi renfermée augmente, mais le fer s’amollit par l’afperfion de l’eau ; ce qui eil trop dur, s’adoucit. Il arrive tout lecontraire.fi le fera été cuit dans un feu trop fec ÿ le fer arrofé fe tire aufiî plus facilement en barres fous le marteau. 4°. Quand par le moyen de l’eau on arrête fubitement la flamme qui dominait tout le foyer, on peut voir dans l’inftant de quel côté le feu eft îe plus grand: car,lorfque la fuperficie du charbon elt une fois éteinte, îe feu s’échappe bientôt après par l’endroit où il elt le plus prefle par le vent, & où il y a une ouverture plus libre > ce qui eit caufe qu’on ar-range incontinent la malfe dans îe foyer, de manière que le feu l’enveloppe également de toutes parts.
- De la fortie des feories d'un foyer de forge, de leur ufage
- pour remuer le fer.
- Les feories font fort utiles au raffinage du fer crud: ce font elles qui font fondre le fer, qui effectivement fe liquéfie par leur fecours , comme îe fel dans l’eau. Elles tiennent lieu de menitrue & de dilfolvant. En effet, il le fer en fufion ne tombait pas dans un bain de feories liquides, les parties légères ne pourraient fe féparer des pelantes, les pierreufes. des métalliques, ni les chaudes des froides. On en doit conclure qu’il faut néceffairement dans le foyer une certaine quantité de feories. Non-feulement elles fervent à fa divifion, mais elles purifient le fer, & le rendent fufibîe & dudile. Un habile ouvrier fait en faire ufage à propos.
- Les feories qui en ditférens tems fortent du foyer, font de plufieurs efpeces. Les ouvriers rejettent les unes, & détournent les autres pour certains ufages, auxquels ils les deftinent : par exemple, les feories que l’on tire du foyer-, quand on recuit le fer pour la fécondé fois , font de la meilleure efpece : elles font remplies de fer & de pierres très-fufibles. Etant remifes au foyer, non-feulement elles fondent,* mais en facilitant au ‘fer le moyen de fondre avec elles , elles lui fervent de menitrue ou dè dilfolvant. Quand elles fortent du foyer, on les jette fur le champ dans une folle remplie d’eau , dans laquelle elles fe reduifent en une efpece de poufliere. Après qu’elles font ainfi préparées , on les met dans quelque coin proche de la cheminée , pour s’en fervir dans le befoin. Toutes les fois que l’on remarque dans le fer un ou plufieurs endroits cruds
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- & comme polis , qui en même tems foient rouges, comme du fang ( couleur qui fait facilement distinguer ces endroits cruds ) , fur le champ on y jette de ces fcories éteintes dans l’eau, qui emportent les crudités, les diffipent, & leur ôtent cette difpofition qu’elles ont à éclater en étincelles : enfin elles précipitent ces parties crues dans le fer en fufioii. Si le fer ne fond pas ailément , ou s’il a été altéré par un trop grand feu , il ne donne pas beaucoup de fcories. Si alors on jette deffus quelques pelletées de ces fcories choilies , .non-feulement elles temperent la trop grande chaleur, mais elles font fondre le fer, elles le défendent du feu qui le brûlerait, elles le rendent duélile & malléable , pendant que, privé du fecours de ces fcories, il ferait relié dur & fragile. Leur principal ufage , c’eft quand on recuit le fer pour la fécondé fois, & lorfq-u’il faut chauffer les barres, qui par leur moyen s'échauffent plus facilement, & en deviennent plus douces & plus ductiles. Le foyer doit être plein de ces fcories jufqu’à un certain point ; & quand les barres de fer paraiffent brûlées par un trop grand feu, on les trempe dans ces fcories liquides , comme dans un bain. Lorfqu’on les en a retirées , on les met au feu fec ; par ce moyen on tempere à fon gré leur chaleur. En voilà allez pour faire juger combien elles font utiles, tant pour la fécondé cuiffon du fer , que pour échauffer les barres.
- Au, premier coup-d’œil, les ouvriers connaiffent fi le fer que l’on doit porter fous le marteau , ell trop ou trop peu chauffé. S’il jette des étincelles qui, mêlées de flamme , paffentà travers les charbons , c’eft la marque d’une trop grande chaleur. Sur le champ on plonge le fer dans les fcories, & on l’y rafraîchit comme dans un bain j c’eft-à-dire, qu’on le réduit au degré de chaleur convenable. On juge encore à la couleur de la flamme, trop blanche, & d’un brillant blanc, Ci le,fer efluie un trop grand degré de chaleur.
- On mêle ordinairement à ces fcories , des battitures & autres menus morceaux de fer qui tombent autour de l’enclume. On les jette fur lesmaffes de métal qui ne font pas d’une nature bien fufible ,* ce qui les fait fondre aifément. En fondant elles-mêmes, elles fe joignent au fer, dont elles augmentent le poids. Ces battitures, qui reffemblent à des lames, à des écailles, ou à des filamens , fe mettent auffi dans le foyer , Ci les fcories , qui en occupent le fond , font trop crues, ou Ci le fer eft chauffé dans un feu trop fec qui lui ait fait perdre fa dudilité. On ne peut pas déterminer au jufte la quantité qu’il faut mettre de ces battitures: une efpece de fer en demande plus, un autre moins. Si le fer par lui-même fond aifément, & qu’il donne des fcories d’une bonne nature, il en faut moins: Ci le fer eft d’une moindre qualité, il en faut davantage. J’ai vu mettre une, deux, cinq, fix? &
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- jufqu’à fepfc pelletées de ces battitures. Sur-tout fi l’on voit dans la malfe du fer des parties crues, on met delîus , comme on l’a dit, de ces fcories en poudre, & par-là on découvre la qualité du fer, s’il eft fec ou fluide dans la liquation.
- Les fcories en bain dans le foyer donnent des Agnes très-manifeftes de la nature du fer ; s’il eft d’une mauvaife qualité ; s’il eft encore crud ou purifié; quel eft le degré de liquation & de purification ; fi le fer eft tenace & ferme , doux & réfrntftaire , fufible ou non , &c. En effet, fi on plonge un ringard ou quelqu’autre morceau de fer dans les fcories en fufion , on connaît par celles qui s’y attachent, les qualités dont nous venons de parler. Si les fcories s’attachent trop fortement au ringard , & que cette efpece de croûte 11e puiffe en être détachée par aucune pereuftion , ni par aucuns coups de marteau, c’eft la marque d’un fer dur, rebelle & brûlé. Lorfque cela arrive, on met dans le foyer, des fcories dont il s’agit, lefquelles fe mêlant aux fcories réfractaires , chaffent du fer les parties qui le viciaient. Dans ce cas , & à chaque fois, on met au moins trois pelletées de nos fcories , jufqu’à ce qu’on en voie au fond du creufet une fuffifante quantité en bain. On en jette trois ou quatre fois pendant le tems de chaque recuiffon. On les place vers la partie poftérieure de la maffe ; & comme la liquation faite dans un bain de mauvaifes fcories a porté préjudice au fer, on répare ordinairement ce tort par l'addition de ces battitures ramaffées autour de l'enclume ; ce qui non-feulement augmente le poids du fer , mais encore le rend plus doux & plus tenace.
- Si les fcories attachées au ringard font de couleur verdâtre ou tirant fur le noir, c’eft la marque d’un fer de très - mauvaife qualité : au contraire, fi elles blanehiffent, c’eft preuve d’un bon fer; la couleur rouge n’eft pas une bonne marque. Tels font les fignes par lefquels les ouvriers experts jugent de l’état de la liquation & de la qualité du fer; c’eft pour cela qu’ils ne font pas long-tems fans fonder l’état du foyer & la qualité des fcories en fufion , afin de la corriger au befoin , foit par l’addition des battitures, foit par celle d’une partie de meilleur fer, foit enfin par le mélange d’autres fcories, qui, fefant l’office d’une menftrue , dépouillent le fer de fes parties nuifibîes.
- Au commencement de la recuiffon , on emplit la plus grande partie du foyer de,fcories de la meilleure efpece, de façon que la folution du fer fe fait dans une liqueur & une menftrue convenables : ce qui améliore le fer. Sur la fin , on laide une affez grande partie des fcories, pour n’avoir pas befoin d’en ajouter d’autres pour une nouvelle cuitfoti. D’ailleurs, les fcories qu’on .biffe quand la cuiffon eft finie, recèlent beaucoup de fer , quoiqu’elles paraifsent légères, bourfoufflées & remplies de bulles. On connaît
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- qu’elles contiennent du fer , à leur couleur, & fur-tout à leur fufion réitérée.
- Au refte , les ouvriers, à l’aide des fcories , font dans l’ufage de rendre non-feulement fufible, mais malléable & ducftile, le fer le plus mauvais & le plus crud. Si en effet il eft encore crud, rempli de mines & très-caffant à froid, on n’a qu’à le mettre dans un bain des meilleures fcories , ou de celles qui proviennent d’un fer fulfureux : il fe dépouille des parties nui-fibles; il perd fa crudité & fa fragilité , au moyen des parties de foufre qui s’infinuent dans le fer, & contribuent à fa du&iüté. Les fcories qui ref-tent après cette cuiffon , font de très-mauvaife qualité & d’un ufage nuifible.
- Pendant que j’en fuis à la defeription des fcories , il faut remarquer que, fi on les jette toutes enflammées dans un baquet d’eau , elles tombent en une efpece de pouffiere. Si même au fortir du foyer, on les précipite dans l’eau , enforte qu’elles en foient entièrement couvertes , avec la précaution de ne point les écrafer , il arrive qu’elles éclatent fous l’eau en mille parties , avec bruit & grand fracas , non fans expofer les afliftans à quelque danger. C’eft de-là qu’on a établi la réglé , qu’il faut donner paffage à Pair & au feu enfermés dans les fcories. D’autres fois, on voit le feu fe conferver long-tems fous l’eau: il y brille dans les fcories , & la flamme qui en fort, s’ouvre un paffage à travers de l’eau. Enfin , s’il n’y a que la moitié des fcories plongée, on voit celle qui eft dans l’eau s’éteindre tout de fuite , noircir fenfiblement, & fe couvrir d’une efpece de croûte de fer, tandis que l’autre partie, qui eft hors de l’eau, refte long-tems rouge ; toute la force du feu s’y retire d’abord , & après un petit efpace de tems elle fe réfugié en un feu! point qui s’éteint le dernier : après quoi les fcories prennent partout leur couleur naturelle.
- Ce n’eft pas tout : fi on jette avec violence dans-de l’eau froide un morceau de fer chauffé à blanc , ou fi l’on plonge avec effort un ringard rouge dans l’eau , aufiî-tôt on entend un grand bruit femblable à un coup de pif. tolet, ou pareil à celui que ferait un morceau de fer froid, frappé avec violence contre un corps dur,* de même, fi on jette de l’eau entre le marteau &une barre de fer qu’on y étend , il en réfulte un fi grand bruit que , pendant quelques momens , il occafionne au tympan de l’oreille une certaine furdité. La réfiftance ou le combat du chaud & du froid , c’eft-à-dire , du feu & de l’eau, eft fi grande, que du choc de ces matières ennemies, il provient un bruit auffi violent que défagréable.
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- Signes de la liquation du fer dans un foyer de forge , tirés du feu 0? de la flamme.
- Nous venons de rechercher les indices que peuvent donner de la qualité du fer , les fcories dans lefquelles on le fond : il y en a d’autres qui manifeffcent fa nature & l’état de la liquation, favoir, la couleur de la flamme,- car, fortant du foyer au travers des charbons, elle change de couleur & de figure , comme un autre Protée. On juge donc , par la flamme du foyer , fi la liquation fe fait bien $ fi le fer efl crud ; s’il eft allez purgé de les fcories & parties vicieufes ; s’il eft rebelle intraitable. Et comme la flamme change de couleur depuis le commencement de la recuiflon iufqu’a la fin, on peut, avec fon lecours , connaître les degrés, ainfi que le fuccès de la recuiflon. D’ailleurs , les ouvriers ont une réglé cntr’cux > c’eft que fi la flamme parie librement, fa couleur eft la même que celle des fcories : car les particules de fcories mêlées avec la flamme, s’élèvent enfemble au-dcflus des charbons, & parce mélange lui donnent leur couleur. De-là, ils jugent fi la flamme eft rouge comme l’aurore , ou du fang , ou bien de couleur d'écarlate , ou de fafran ; que le fer eft dur ; qu’il manquera de duétilité ; qu’il a befoin, pour fe purger de les parties hétérogènes & vicieufes , de l’addition d’une grande quantité de meilleures fcories & de battitures. Dans le commencement de la liquation , la flamme eft toujours rouge , ou de couleur roufte & fafranée ; mais on n’en peut alors tirer aucuns indices certains. En voici la raifon: la flamme, très-blanche par elle-même , rougit par le mélange de la poudre de charbons. Quoique ces pouflieres noires foient allumées , ^€lles font très-épailfes, & en fe mêlant à une flamme brillante, elles changent en rouge , en roux, ou en pourpre,fa couleur naturelle. La même chofe arrive encore , fi les fumées viennent de quelque autre caufe, qui attire & entretienne le feu. Dans la fuite de l’opération, la couleur jaune-claire palfe au bleu-blanc, & enfin au blanc-brillant, tirant fur la couleur de chair. Plus la flamme eft blanche , mieux l’opération fe fait dans le foyer.
- Si la flamme a quelques teintes de verd , c’eftune marque qu’il y a dans le fer beaucoup de foufres, dont il faut le dépouiller entièrement; car la quantité de foufres rend le fer caftant à chaud. Dans la fécondé euiffon , comme le foyer eft rempli de fcories, la flamme, ainfi qu’on l’a déjà dit, imite leur couleur , paraiflant tantôt rouîfe , tantôt couleur de gris-cendrc > & fouvent mêlée de verd par-ci par-là , fur-tout quand on vient de mettre des charbons qui ne font pas encore allumés. Si, au contraire, il y a peu de fcories dans le foyer , la flamme prend à l’inftant une autre couleur.
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- Si elle blanchit trop , ce qui indique qu’ellc'eft mélangée , comme cela arrive fouvent, avec des étincelles de fer , blanches, denfes & volatiles , c’eft une marque d’une liquation trop vive , d’un trop grand degré de chaleur : il faut dans ce cas éloigner le fer de la flamme , ou diminuer le fer; autrement on brille ordinairement la barre de fer , que l’on voulait fimplement chauffer.
- Les étincelles qui fortent du foyer, ne font pas toujours ni de la même nature , ni de la même couleur. Sont - elles pâles, volatiles, fubtiles & très-brillantes? alfurez-vous qu’elles font de fer pur: mais fi elles font rouges & épaiiîes, concluez-en qu’elles proviennent des fcories. Les premières font très-petites, vives , de figure ronde ou ovale, rendant le feu , pour ainfi dire, étoilé, fleuri, gai &vif: les autres font épaifles, languifsantes , & fouvent, mais pas toujours , de forme angulaire.
- De Ia dijfeBion de la grande majje chaude fous le marteau.
- La fécondé cuiiïbn étant finie, & après que le fer eft bien purifié & ramafTé en une feule mafse , on enleve de fa place cette mafse au bout de 30 ou 60 fécondés : elle paraît aux yeux groffiere & informe, t couverte de beaucoup de poudre de charbons & de fcories. Avant que de là porter fous le marteau, on ôte cette poudre & ces fcories , jufqu’à ce que le fer foit à découvert : ainfi, enlevée du foyer & de la cheminée, & fuffifàmment nettayée, on la met à terre fur le fol. de la forge. Quant à la figure, elle eft plate d’un côté, ronde & inégale de l’autre. Quand eiîe eft poi'ée fur l’aire de la forge , on la bat en tous feus , avec des marteaux & des mafses, pour effacer toutes ces inégalités. Sans cette précaution, on ne pourrait pas retourner facilement cette mafse fur fend unie , ni la tenir affermie fous les coups du gros marteau ; car s’il y reftait quelques inégalités, quelques parties anguleufes, elle ferait bientôt ren-verfée de defsus l’enclume. Avant que cette mafse brûlante y foit placée, il en fort çà & là des ruifseaux de fcories , comme le fang coule d’une veine ouverte. On voit même des veines cachées de cette mafse , dégoutter une eau rougeâtre. Ici ,il part un tourbillon d’étincelles: là , la flamme paraît & s’échappe avec force : ailleurs, on voit dans l’intérieur même delà mafse, des endroits brillans , les uns rouges , les autres roux. On dirait que cette mafse prend plaifir à nous offrir une nombreufe & agréable variété de couleurs. Par la maniéré dont le feu agit dans les grandes mafses , il repréfente fes effets fur une petite. v
- Cette mafse groffiere & informe fe place fur l’enclume, à l’aide d’un levier & d’un contrepoids , ou avec des ringards } elle y eft portée par quatre hommes vigoureux. On a foin que d’avance le marteau foit levé à fa plus grande hauteur, pour qu’il y ait afsez d’efpace pour la recevoir. Tout étant
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- ainli bien difpofé, on fait mouvoir le marteau, qui par fon propre poids frappe la mafse, faiblement d’abord, parce que les chûtes ne font pas hautes. A force de frapper, il égalife & diminue l’élévation de la mafse ; enforte que l’efpace parcouru à chaque chûte augmentant à proportion que l’épaiffeur de la maife diminue, les coups du marteau deviennent plus forts. On continue ce travail jufqu’à ce que la mafse foit diminuée , & réduite à la forme d’un gâteau épais. Dans le commencement on épargne l’eau à la roue, afin que les dents, qui font enclavées dans l’arbre qu’elle fait mouvoir, foulevant moins vite le morceau de bois auquel le marteau eft emmanché, ce marteau aille moins vite lui-même, & frappe la mafse plus doucement. Dans la fuite, quand elle eft unie , & qu’on peut la tenir fermement fur l’enclume, on donne plus d’eau à la roue , qui précipite l’exhaufsement & les chûtes du marteau, qui alors frappe plus rapidement. Ses coups forts & redoublés font nécefsaires : fans eux la mafse, chaude & molle depuis long-tems, fe durcirait au point de réfilier au cifeau avec lequel on doit la partager.
- Quand la mafse de fer eft diminuée de volume, & réduite en forme de gâteau, on la coupe eircinq , ou iix , ou fept morceaux. Cette divifion fe fait par le moyen d’un cifeau taillé comme un coin , & tel qu’on le voit dans la figure ABC. Il eft rond, & non pas aigu en M. B eft un manche de fer que l’ouvrier tient dans fes mains, ayant eu foin de le garnir de linge ou d’étoffe. Avec le fecours de ce manche, qui n’eft pas long, l’ouvrier tourne le cifeau à volonté , le préfente , le place entre le marteau qui frappe à grands coups , & la mafse à couper ; le retire, & le replace jufqu’à ce qu’il y ait un morceau de coupé. Cela fait, il met le cifeau dans l’eau froide j puis il l’emploie de nouveau pour couper un autre morceau : ce qu’il réitère jufqu’à ce que la mafse foit divifée comme il l’avait projetté. Chaque morceau coupé tombe au bas de l’enclume. Si à chaque féparation d’un morceau de la mafse entière , on n’a pas foin de plonger le cifeau dans l’eau, il s’échauffe & fe détrempe ; enforte que l’acier, privé de fa dureté, n’eft plus en état de couper le fer.
- Il fautfe dépêcher dans cette opération , de crainte que la mafse venant à fe refroidir , au lieu de céder au cifeau , ne le fafse rejaillir. L’ouvrier partage la maffe , comme nous l’avons déjà dit, en cinq , lix , ou fept parties égales , fuivant que fon ouvrage le demande , c’eft-à-dire, fuivant qu’il veut faire les bandes de fer plus ou moins longues &plus ou moins épailfes. Quelquefois , quand la maife n’eft point aifez groife pour être divifée en lix morceaux, on fe contente de la partager en quatre ou cinq.
- Un ouvrier faifit avec les mâchoires d’une tenaille le premier morceau coupé qui eft tombé , & le porte au milieu du foyer enflammé , où on le tient enfermé jufqu’à ce que le refte de la maife foit divifé. On porte de même le
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- recoud morceau coupé à côté du premier, & ainfi des autres fuccefTivement. Pendant ce tems-là, on arrofe d’eau fraîche le marteau & l’enclume. Sans cette précaution, & à force de frapper fur une malle brûlante, & d’être environnés de-feu, ils s’échaufferaient prodigieufement l’un l’autre; l’acier s’amollirait, & ne ferait plus propre à dompter le fer.
- Cela, fait, on retire du foyer le premier morceau, & on Pexpofe aux coups du marteau, fous lequel on le tourne & retourne , jufqu’à ce qu’il s’alonge, quefes inégalités foient effacées, & qu’il foitbien uni. On en fait de même pour les autres morceaux, qui'tous étant chauffes à différences repri-fes, font plus aifement réduits en barres.
- Maniéré de mettre en barres les morceaux coupes.
- Après que les morceaux de fer ont été unis & polis fous le marteau, de la maniéré que nous avons dit, on en rapporte un au milieu du feu , & proche le vent, afin de le chauffer à blanc , & qu’en cet état il puiffe être battu & étendu en bandes par les coups de marteau. Pendant ce tems, on tient un autre morceau dans le feu le plus ardent, pour le chauffer au point de pouvoir être porté au marteau, après que le premier a été fufEfamment battu. On tourne & retourne dans le foyer ie morceau que l’on chauffe pour le réduire en barres; de façon que l’on oppofe au vent, tantôt un de fes côtés, tantôt l’autre, afin qu’il foit également adouci par-tout. Quand tout cela eft fait, l’ouvrier fouleve fon morceau , pour examiner s’il a le degré de chaleur requis., & s’il a la vraie couleur du feu. Un ouvrier qui n’a pas l’habitude de fe connaître au feu , eft facilement trompé par de fauffes apparences. Lorf-qu’on voit que le fer n’eft pas aifez chaud pour être porté au marteau , on l’approche du vent, & on met de nouveaux charbons pour augmenter la chaleur; on y tient le morceau à façonner, jufqu’à ce qu’il ait acquis une véritable couleur de feu. Alors, quand il voit que ce morceau a le degré de chaleur fuffi faut, on le porte fur l’enclume, & on met un autre morceau à fa place.
- Avant que de tirer le fer du foyer, Pouvrier examine avec attention * ainfi que nous l’avons déjà dit, quelle eft la couleur que le feu lofa donnée. S’il eft intelligent, il voit au premier coup-d’œil, s’il eft aifez chaud, ou non , & fi on doit le porter fous le marteau. La marque que le morceau de fer à étendre eft pénétré d’une chaleur fulïifante, c’eft quand il eft blanc, tirant un peu fur le bleu , de façon que la couleur change du blanc au bleu , ou verd-d’eau. Si le fer manque de chaleur, ou on le tient plus long-tems expoféau vent & à la flamme, ou l’on augmente la chaleur dans le foyer. Au contraire, fl le fer eft trop chaud , ce qui fe connaît à plufieurs figues, Tome IL Y y
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- on l’éloigne du vent, en le plaçant fur les charbons , afin que dans un feu plus modéré il tempere fa trop grande chaleur. Si ce remede eft inutile, & que le Fer foit encore trop chaud & brûlé, on le plonge dans le bain de feories qui occupe le fond du foyer. Par cette immerfion , qui fait, pour ainfl dire , le même effet que l’eau jettée fur le feu , on ramène le fer au degré convenable de chaleur, dont on ralentit & modéré l’excès.
- Il arrive quelquefois que l’on eft trompé à la couleur du fer enflammé : voici ce qui en efteaufe. Des feories crues & d’une mauvaife qualité, donnent au fer enflammé une couleur verdâtre ou bleuâtre qui fédùit l’ouvrier parles apparences , qui lui dénotent ordinairement que le fer eft fuffifam-ment chauffé, tandis que ce n’eft qu’une efpece de croûte qui offre à fes yeux la couleur qui le trompe. Quelquefois même cet ouvrier ainfl trompé, porte au marteau une piece qui n’a pas la moitié de la chaleur qu’elle devrait avoir. Il ‘connaît bientôt, mais à fou défavantage, l’erreur qui l’a féduit, & qui lui prouve la néceftitéoù il eft de bien connaître la nature des feories qui font dans fon foyer. Il eft fouvent obligé de tremper & retourner fon morceau de fer dans les feories en bain , d’où il ls retire comme enduit de ces feories. Sous cette croûte, ou fi vous voulez , cette enveloppe, le fer chauffe mieux, & ne brûle pas fi aifément. D’ailleürs, de crainte qu’il île foit altéré par un trop grand feu , on le trempe, comme nous avons dit, dans des feories fluides , qui ont un moindre degré de chaleur. Lorfqueles feories font trop crues, & d’une mauvaife qualité, il faut en débarraffer entièrement le foyer, & l’emplir de meilleures.
- L’opération qui fe fait au marteau, dure ordinairement une heure & demie, ou deux héure's, pendant lefquelles on retient les feories dans le foyer, fans les en laifFer fortir. On a vu combien leur fecours eft néceffaire pour forger le fer. Pendant le tems de la malléation , le feu & le vent doivent toujours être trèé-vîfs dans le foyer, que l’on ne charge pas de beaucoup de charbons : une médiocre quantité fuffit.
- La flamme qui s’échappe’de toutes parts à travers les charbons , lefqueîs , vu leur petite quantité, font répandus çà & là, monte à la hauteur d’un demi-pied, comme une efpece de colonne : elle eft alors de couleur verd-jaunâtre, plus foncée dans le delfus. Aux endroits où le vent n’eft pas impétueux, la flamme ne monte pas fi haut, & elle eft violette & bleue. On voit de tems en tems s’élever à travers la flamme , de petites étincelles blanches & brillantes. C’eft autant de fer pur qui fe voiatilife. D’abord que l’ouvrier en appefqoit, ou il jette des charbons 'deifus le fer qui'darde cette grêle d’étincelles, ou il le plonge dans les feories liquides : par ce moyen, il éteint la trop grande chafeiir qui brûlait le fer. Plus fouvent, au lieu de charbons, én jette fur le fèr trop ardent, du fable ou des feories" piiées, qui forment
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- fur fa fuperficie une efpece de croûte ; c’eft un moyen afîiiré de faire ceffer la fcintillation. D’autres fois , on l’expofe è un moindre degré de‘chaleur,, en le mettant'au-deffus des xharbons. Ordinairement le fer fcintille quand il brûle. Si P ouvrier rfy regarde pas fouvent, & ne veille pas attentivement aux différens degrés de chaleur, le fer eft fouvent brûlé ; ce qui fait non feulement une diminution pour la quantité , mais encore une perte pour la qualité.
- Les ouvriers entendus , en découvrant le mal, voient aufîî-tôt îe remede qu’il y faut apporter : mais chaque efpece de fer n’eft pas ramené de la même façon au degré de chaleur qui lui convient. Les uns réfifient au point qu?à force d’.étre brûlés, om les [plonge inutilement dans les feories fluides,'Au qu’on les expofe en vain à un moindre .degré de chaleur. C’efi donc Uiie raifon pour lavoir donner un remede convenable à chaque maladie. Pour peu que le fer foit une fois brûlé , il perd fa ductilité. Ses fibres & fes nerfs font détruits & coupés. On tente inutilement de les rétablir ; ce qui doit déterminer à-augmenter la chaleur fucceffivement & par degrés. '
- ' Avant que de porter le fer fous le marteau , l’ouvrier l’expofe pendant quelques momens au plus grand feu, afin quhl foit légèrement pénétré d’un feu violent. L’y laiifer trop Iong-tems, ce ferait courir rifque de-le brûler.
- Quand enfin le fera acquis le degré de chaleur convenable, on le tire fur ie champ du-foyer, &on le faifit avec une tenaille pour le porter fous le marteau. -Si ce morceau qu’on va battre, jette trop d’étincelles, on le roule dans des feories froides & puivérifées : ce qui fait à l’in fiant mourir des étincellesparce que l’on bouche les ilfues par lefqueiles elles s’échappaient. ;C’eft par la même raifon, que le fer battu par le marteau n’en jette point nomplus-une fi grande quantité. Au furpius , qiiand on traîne ce morceau de fer dmfoyer au marteau , il jaunit, à caufe des feories èn fufion dont il efi environné , & qui, feinblables à un petit ruiifeau , découlent fur le fol de la -forge. En fe refroiditfant, les gouttes fe convertiflent en efpeces de petits globules. *.• ' - >
- ' Apres que le morceau1 chauffé & fai fi par une tenaille-,Ma" été porté fur l’enclume, on commence par le faire battre ^diminuer dans-le milieu, fans toucher aux* deux extrémités. On tient d’abord le morceau de fer en travers fur l’enclume, & on le tourne & retoiirne de côté & d’autre fous le marteau , jufqu’à ce qu’on lui ait donné une forme quarrée. -Si on a delfein de lé tirer en-bande applptie, ic’eft-à-dire, fi de fes quatre faces deux doivent être plus1 larges ;que les-autres1, -on commence^," dans cette première extenfiôn, à le faire approcher1 de la;forme p'rojettée. -Dans ce premier travail,'‘l’ouvrier étend fon morceau de fer de deux ou trois pieds } après quoi il le poufle avec force fur le travers de. L’enclume, jufqu’au bout faifi par fa
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- tenaille ; enforte que l’autre bout qui excede l’enclume , va frapper contre le fupport de l’arbre de la roue : ce qui fait courber fon morceau de fer, qu’il retire enfuit-e , toujours fur le travers de l’enclume, petit à petit, fuccef-fivement, & à chaque coup de marteau, fous iequel il s’applatit& s’élargit de deux faces* Cela fait, l’ouvrier change de place, & quittant de travers de l’enclume , il place fa bande fuivant la longueur de l’aire de l’enclume : là , il la tourne & retourne continuellement, expofant tantôt aux coups du marteau les deux faces qui doivent être les plus larges, tantôt celles qui font l’épaiileur de la Iran de. Il faut être adroit & prompt à la retourner, fur-tout Il, comme on le doit, on fait aller le marteau très-vite'; on doit éviter qu’il donne deux coups au même endroit, crainte que l’on n’en voie les traces.. Quand cette partie de la bande eft ainfi battue, & diminuée de volume fur fa longueur, l’ouvrier la rapporte fur le travers de l’enclume, la repoulfe une féconds fois contre le fupport de l’arbre de la roue , & la retire à foi petit à petit, jufqu’à ce que par les coups fucceflifs du marteau, il lui ait donné la largeur & l’épaiffeur qu’on demande; mais, comme alors les coups de marteau donnés fur le fer en travers de l’enclume, y paraiffent, il replace une fécondé fois fa bande fur la longueur de l’aire de l’enclume ; & là ,, après avoir ralenti le mouvement du marteau, il la drelfe fur fes quatre faces.. Enfin, pour la polir , on fait aller le marteau encore moins vite, & un enfant jette de l’eau , qui découlant du marteau fur la bande & fur l’enclume, hume&e toute la fuperficie de la bande, d’où la chaleur la fait fur le champ diiîiperen vapeur. Alors, & à chaque coup de marteau, il fe fait un-grand bruit, capable de caufer aux oreilles une efpece de furdité momentanée* Cela vient nécellairement de l’interpofition de l’eau & de fa prompte évaporation* C’eft ainfi qu’on polit le fer, & ces pereuflions froides enlevent toutes fes. inégalités & fes pailles. Fendant toute cette opération, un autre morceau de fer que. l’on a placé devant la. thuyere , acquiert le degré convenable de chaleur. Qu le travaille de même fous le marteau;. & quand il eft ce qu’on appelle étiré dans, le milieu , on le reporte, de même que le premier, dans le foyer, y plaçant un des deux bouts, qui eft refté entier , pour être, adouci par le feu. Lorfqu’il eft fuffifamment chaud , on le reporte fous le marteau, où on le bat & on l’étire en bande ou barreau , de l’échantillon demandé* En Suede , on appelle ce morceau de fer à moitié forgé, utreckia-ikolf (o)..
- On expofe à l’air la barre ci-deflus forgée , pour qu’elle y refroidiffe. Pendant que l’on porte au marteau,le-fecoud morceau, on eu approche untroi»-fieme du vent, & on le met dans le centre du feu : &. ainfi des autres fuccef-fivement* S’il eft néceifaire, ou que le [travail preiïe, ou porte la macquet.te
- (o) En France > on l’appelle macquettt,. . _ ... ;
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- hors de la forge , & on l’y expofe à l’air humide : on la plonge même quelquefois dans l’eau, afin qu’elle foit plutôt refroidie. Quand il y a quatre ou cinq morceaux en macquettes, on en met deux à la fois dans le foyer, non loin du vent, & on les y tient jufqu’à ce qu’on ait forgé, comme les autres , le ftxieme ou dernier morceau de la mafie qui a été divifée enfuite on obferve exactement l’ordre qui fuit; favoir, qu’il y ait deux macquettes à côté du vent, e’eft-à-dire , au fécond degré du feu, pendant qu’une troi-fieme elf immédiatement expofée au vent, & dans le plus grand feu du foyer : parce moyen, on a toujours quatre morceaux , dans l’ordre qu’ils • ont été forgés pour la première, la fécondé, ou la troilieme fois.
- Chaque morceau de la malfe partagée, eft ordinairement porté trois., quatre , & jufqu’à cinq fois, fous le marteau , fuivant qu’il bat vite ou que l’on veut une bande plus ou moins longue : à chaque fois, on falonge de trois, pieds à trois pieds & demi. Si on compte les coups qu’il edhie à chaque fois, cela va pour l’ordinaire à 450 pour la première , à 380 ou400 pour la faconde , à foopour la troifaeme, &tà 4.C0 ou environ pour la quatrième, en tout 1700 coups de marteau , pour forger une bande :..cela différé cependant fuivant que le fer elf plus ou moins chauffé.
- Quant à l’extenfion du fer fous le marteau , voici ce qu’il faut obferver* 1°. il faut prendre garde que le marteau ne frappe plufieurs coups de fuite fur le même endroit; car s’il tombe deux ou trois fois fur la même place, la bande prend trop de largeur & s’amincit trop; de façon que, quand on la retourne furie côté, elle plie , & ne peut plus fe rapprocher comme on le voudrait. C’eft pour éviter cet inconvénient, qu’011 la tourne & retourne continuellement en tous fens , pour que les coups de marteau ne faffent pas de plus profondes impreflions en un endroit qu’en un autre. 2°. Sous,les coups de marteau, il s’élève fur la fuperficie des bandes, des lames & des pailles qui y font adhérentes : on les coupe avec le cifeau (p), pendant que la bande eft encore fous le marteau. Si cependant les pailles font confidéra-bles ,011 coupe la bande dans l’endroit défectueux, & on en refoude les deux bouts, en la maniéré accoutumée. Pour ce qui regarde la caufe efficiente de ces pailles, on peut croire qu’elles tirent leur origine de la nature du fer. Celuipar exemple , qui eft caftant à chaud, parce qu’il abonde en foufres non-feulement fedivife en lames & en morceaux, mais il a encore ce défaut, que fa ma fie qui n’a point de cohérence , fe réduit en poufiiere fous le marteau, comme le ferait une terre qui manque de liaifon. Mais G, fans pécher par un excès de foufres , le fer n’en a qu’une certaine quantité, alors il s’y îeye des. feuilles qui couvrent fafurface,, comme des écailLes ou des grains,
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- brillant, & qui s’en détachent & tombent d’elles-mêmes , par la feule vio. lence des coups de marteau. Cette furface écailleufe du Fer peut aulïi provenir quelquefois, ou des charbons humides qu’on a employés pour le chauffer, ou du trop de chaleur que le fer a effuyée en chauffant, ou de quelque cru-dite refbée dans le fer, ou enfin de la mauvaife qualité du.fer même, fans parler de,plusieurs autres caufes. ;
- L’ouvrage d’une femaine dure 132 heures. A chaque cuiffon , y compris le forgeage, on emploie 8 heures, ou 8 heures 48 minutes : mais s’il y a deux feux dans.une forge , il ne faut que 4 heures 24 minutes. ' Par femaine, ou pendant l’efpace de (32 heures de travail ,on fait 17 ou 18 cuilfons de fer crud, outre le forgeage. Si à chaque fois on a coupé la maffe en fix morceaux , 011 a 90 bandes par femaine , pefant environ 3600 ou 4000, par chaque feu; le double pour deux feux. Le poids du fer forgé par femaine varie cependant, & dépend du plus ou moins de longueur des bandes, ainli que de leur plus ou moins d’épailfeur. Un feul feu de forge peut dans une femaine produire 4800 à f6oode fer. J’ai oui dire qu’en une femaine, deux feux avaient produit quatorze & jufqu’à fieize mille de fer: ce qui doit être bien rare.
- A la fin de chaque femaine , on laiife fix morceaux de fer, dont.on a.feulement abattu les angles (q ), pour le travail de la femaine fuivante, & pour être étendus fous le marteau. Cette réferve a pour objet de profiter du même.feu qui, en liquéfiant & cuifant le fer çrud, fertà chauffer ces fix morceaux pour les étirer en barres. J’ai vu aufîî une maffe laiffée dans le foyer & refroidie avant que d’être recuite. On l’avait lailfée pour commencer lenravail de la -femaine fuivante : mais il n’y a point de profit à cela, parce qu’il faut beaucoup plus de charbons pour recuire une mafse froide , que fi elle-était"encore chaude.
- De la maniéré de durcir les greffes enclumes.
- On enfonce beaucoup les grofses enclumes dans leur tronc ( r). On met defsous des lames de fer , de crainte que par la péfanteur des coups réitérés & fans nombre du marteau, elles ne creufent & n’a-pprofondifsent fleuri gîte.
- C’eft donc pour empêcher que, en s’enfonçant trop, le marteau ne frappe plus à plomb fur l’enclume, qu’on met defsous des plaques de fer, quelquefois une feule, d’autres fois trois, même jufqu’à fix ou fept, qui entretiennent l’enclume toujours à la même hauteur. Il faut obferver que le tronc de l’enclume, ou le ftoc, doit être profondément enfoncé dans le fol de la forge, -en mettant defsous -un épais grillage de bois, fur lequel!il fera pofé'Hmple-
- (*<7)-Des pièces.
- ( r ) Le ftoc.
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- 'ment, fans y être attaché , afin que,cédant à chaque coup du marteau ,’qu’ou fait être très-pefant, il plie & fereleve, & qu’ainfi il chancelé à chaque coup Y & qu’il en fuive le mouvement : il en fera de même pour le bloc(j) qui foutieiit l’arbre du marteau. Il doit être couché fur le même chafîîs, pour füivre & fè prêter au mouvement réciproque du marteau & des dents de l’arbre (*). Cette ondulation & cette uniformité de mouvement dans le ftoc & le chevalet, facilitent l’extenfion du fer fous le marteau; la barre y eft tenue plus ferme , & étendue plus commodément : on peut lui donner une figure plus exacte, & une furfaceplus polie. D’ailleurs, à la faveur de tous ces mouvemens réciproques, toutes les machines qui font mues & tourmentées par une action très-violente, ne fe dérangent ni ne fe brifent li facilement.
- L’enclume de forge , qui eft de fer crud , pefe ordinairement 12 ou 1400. La partie fupérieure (tt ) doit avoir la dureté de l’acier, afin qu’elle puiife réfilter long-tems aux coups fréquens de marteau : fans cela, elle s’écaillerait, & on ne pourrait plus unir ni polir le fer que l’on forge deifus. Chaque trou, ou , fi vous voulez , chaque plaie que lui fait le marteau , parait dans l’aire de l’enclume , & leur empreinte s’imprime dans les barres de fer que l’on doit polir deflus : par .conséquent, cette partie de l’enclume doit être très-dure. Pour la rendre telle , on fait blanchir au feu un morceau d’acier , qui a été préparé pour cela. On l’applique & on le foude enfuite à la partie fupérieure de l’enclume , fuivant la méthode de faire les fou-dures ufitées dans-les forges, c’eft-à-dire, en chauffant au blanc les deux morceaux qu’on veutfouder enfemble. Après cela , on unit le deifus de l’enclume à coups redoublés de plufieurs marteaux à main , & on ne laifse pas un feul endroit qui ne foit battu , jufqu’à ce que le tout foit uni & droit en tout fens: pour en juger , les .ouvriers fe fervent de réglés & de niveaux. L’enclume doit être fur-tout très-bien .dreffée dans le milieu, où les coups de marteau tombent le plus fouvent , c’eft-à-dire , à la diftance d’un demi-pied de chaque extrémité. De-là, & en tirant vers les deux bouts, on lui donne un peu de pente. Pendant que les ouvriers prelfent ce travail , & qu’à force de coups ils unifient Paire de l’enclume, on doit la pofer dans l’ouverture qui lui eft préparée dans le ftoc : on met deiious des lames de fer,'que Pon arrofe d’eau. L’enclume étant ainfi placée fur ces lames de. fer,-fa partie inférieure baigne dans Peau, de façon que pendant que le-deifus eft1 frappé fans relâche , cette eau. empêche que la chaleur lie gagne le. bas. Dans le deifein d’unir toujours mieujç le deifus d’une enclume , on trempe-à chaque coup le marteau à-main dans de Peau, & l’oii en frappe
- (r) Le chevalet, ( t ) Les fabots, (w) L’aire. - é
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- B E S F 0 R G E S.
- fa furface-brûlante , qui s’en polit mieux. Pendant qu’on fait oette •opération , fi on froide avec un morceau de fer ou un marteau , lafurface encore enflammée de l’enclume, ce li-.nple froidement en fait fortir une quantité d’étincelles très-blanches , & femblables à celles que produit le choc d’un caillou contre de l’acier. Après avoir ainfi poli l’aire fupérieure de l’enclume, on la tire de fa place & on.la porte vers une eau courante, fur le bord de laquelle on place cette partie unie qui doit être oppofée au marteau, de façon néanmoins que l’eau ne fade que la toucher légèrement , & , pour ainfi dire, la lécher. On la laide ainfi pendant plulieurs heures, & on ne la retire que quand cette aire eft refroidie & conféquemment durcie : ce qui s’opère d’autant mieux , que l’eau efl: plus froide & continuellement renouvel lée. Pour cela , on met fous l’enclume une lame de fer , fur l’aire de laquelle l’eau coule en petite quantité , mais fans difcontinuation , & touche légèrement la partie enflammée de l’enclume, qui lui eft oppofée & tournée à l’envers.
- Du mouvement plus vf ou phis lent du gros marteau.
- Les marteaux, dont on fe fert ordinairement dans les forges , font très-gros & très-pefans. Ils ne font pas tous du même poids : les uns ne pefent que soo , d’autres 1200 {x). C’eft un grand travail, que de faire un marteau , façonner les mafses de fer qui doivent le compofer , & les bien fouder. On confomme ordinairement à cet ouvrage , douze leftes ou 144 tonnes de charbons. Pour les enclumes, on les fait de fonte ou de fer crud. On attend les derniers jours du travail d’un fourneau , pour les couler dans des moules préparés dans le fable. Quelquefois on fait auiii les enclumes de fer pur dans jti foyer de forge. Alors on a coutume de les faire moins grofses que celles de fonte. Pour la confection d’une enclume de fer, on confomme dix leftes de charbons : pour donnera faire du marteau la dureté nécefsaire , on s’y prend de la même maniéré que nous venons de détailler.
- Voici quels font les profits ou les pertes qui peuvent réfulter du mouvement plus lent ou plus rapide du marteau : i°. fi le marteau bat trop lentement, on ne peut pas couper la grande mnfse recuite, en autant de morceaux que fi elle avait été battue à coups précipités, parce qu’alors elle fe refroidit & réfifte au tranchant du eifeau : ce qui oblige de remettre au feu une partie de cette mafse , d’où réfulte une dépenfe fuperflue de charbons & de tems. 2°. Si le marteau va vite , on peut à chaque chaude (y) donner
- ( x ) Le IiJJTpund de Suede pefe 4^ gran- (y ) Terme ufité par les forgerons pour des livres , fuivant notre auteur, qui dit défigner le tems qu’une bande met à être auifi que les marteaux de forges font de 45 chauffée, .avant qu’on la porte fous le mar-à 60 UJJpunds. teau.
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- -aux bandes une plus grande extenfion ques’il allait doucement. En effet, une bande de fer,-encore amollie par le j feu, peut dans un certain efpace de t ems être alongée d’un demi-pied ou d’un pied j au lieu que, fi le-marteau va lentement, le fer fe refroidit & fe noircit avant qué d’avoir, dans le même efpace de-teins* acquis cette extenfion-: en for te que , dans le premier cas , on n'aura befoin que de trois chaudes pour perfectionner une barre , tandis qu’il en faudra quatre ou cinq dans h fécond cas. 30. Du manque de vîtdfe dans le marteau, il réfulte plufieurs inconvéniens. Le premier, dont nous avons déjà parlé , c’eft qu’011 ne peut couper tout de fuite la grande-matfe, -étant obligé de la chauffer une fécondé fois pour achever de la di-vifer. Le fécond , qu’il faut donner aux pièces plus de chaudes qu’on n’aurait fait fi le marteau eût battu promptement} ce qui confomme en pure perte du tems & des charbons. Le troifieme , que plus le fer eft chauffé de -fois , plus ordinairement il s’en brûle , & plus il perd de fa bonne qualité : car fes nerfs font feniiblement defféchés , & il devient moins duétile , outre •que fon poids diminue. Le quatrième inconvénient, c’eft qu’à la fin il faut «battre à froid la bande que l’on forge ï dès-lors le fer durci, réfléchit les coupsuti marteau qui ne peut plus l’étendre. Le marteau tombant toujours fur un corps dur, fe brife à la fin , foit à la tête., foit aux jointures du col $ .nubien il fe défoude ailleurs, & ne peut plus être de fervice : il faut en faire un antre pour le remplacer. Tels font les principaux incpnvéniens qu’occafionne la chute trop lente des coups du marteau. Que l’on juge par-là des pertes confidérables & des dommages qui en réfultent,r
- Obfervations générales fur le fer purifié, battu en barres.
- Il n’y a que le Feu du foyer, qui mette bien à découvert la nature du fer Crud. Tous les autres figues font fort équivoques. U11 fer crud, quoique très-caffant, donne fouvent un fer très-du&ile & très-pur. En revanche , un fer crud , qui offre dans fa calibre des lames & des points très-brillans-, donne quelquefois du fer caffant à chaud j d’autres fois, du fer caffant à froid. Si fa contexture intérieure préfente de grandes lames brillantes & de grands yeux , & qu’avec cela il foit léger & très-caffant, c’eft une marque certaine d’une mauvaife qualité. Ii faut cependant attendre que le fer ait pàfsé par le foyer de’la forge , pour connaître s’il fera cafsant à chaud ou à froid. Si une mafse de fer elt tenace quand elle eft cfiaude, & très-ferme quand on la coupe au cifeau , c’eft in ligne que le fer eft de la meilleure qualité :• fi , au contraire , elle eft tenace à froid , & fragile à chaud, c’eft un indice d’un fer rempli defoufrè.5 comme on juge qu’il n’en a point* lorfque la mafse eft tenace à chaud , & fragile à froid.’ De toutes ces con-
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- DES" F 0 R G ES.
- naiftnnces, on tire des lignes afsurés de îa qualité du fer pour fon exteiî-h lion en barres. On en tire auiîi de la flamme & desfcories , &c.. ainfi que nous l’avons dit. Il y a une efpece de fer qui ,, à la premiers fois qu’on la porte fousie marteau, parait tenace , & qui à la fécondé ne peut que rougir r fans acquérir cette blancheur-qui indique le degré de feu convenable j, il tombe eu morceaux fous le marteau. Enfin-, il y en a qui. eft caffant à chaud & à froid; c’eft le plus mauvais.de tous.
- D’ailleurs-, par les geifures ou crevaffes qui fe trouvent à la fuperfi.cie d’une bande, ou qui en pénètrent l’intérieur, 011 peut encore juger de la qualité du fer forgé. Si les gerfures font fuivant la longueur de la, bande r ©il n’en peut rien conclure ; car il y a de l’excellent fer auquel cela arrive. On trouve fouvent dê ces gerfures, fur-tout dans les endroits qui ont été trop applatis : mais fi elles font tranfverfales aux angles de la bande., & qu’elles en rendent la fuperfieie rude & raboteufe, c’eft une marque que le fer eft fulfureux. Cette efpece de fer étant chauffée , ne fouffre pas. les coups de marteau : il fe brife , & fe fend- en divers endroits , quand il eft chaud. Lbrfque le fer eft taché de ce vice > ou voit de petites ouvertures & des fentes» aux angles des bandes. On porte le même jugement, lorfque ces angles font mal tranchés-, rudes, mal unis., & remplis de petites inégalitésj car cette efpece de fer n’a jamais les angles aigus. &nets. Il y a encore plufieurs. autres indices., dont j’ai jugé à propos de-renvoyer l’examen à. la fécond® partie.de cet ouvrage. ,
- On a obfervé plufieurs.fois que » dans* une même barre de fer, une partie était d’un excellent fer,. & l’autre d’une très-mauvaife qualité.. Si on met cuite dans le même foyer , du fer de deux efpeees., chacune fe range de fon côté ,1e bon à un bout, & le mauvais à l’autre. A l’un d’eux , on voit des nerfs & des fibres qui le rendent tenace ; & à l’autre;, des lames, des yeux,. & des points brillans, qui auuoncent un mauvais fer. De même, fi une barre de fer eft. plu9 chauffée- dans, un endroit que dans un autre, on voit le. bon & le’ mauvais fef fe féparer & prendre chacun une place différente..
- Le fer crud ne fort pas du foyer de la- forge avec le même poids qu’il avait quand on l’y a mis.. Par le moyen du feu , on en expulfé une grande quantité de pierres, de foufres , & d’autres crudités , fins quoi l’on 11e pourrait le- purifier, ni le rendre duétile. La diminution qu’elfuie le fer purifié, eft ordinairement de ou c’eft-à-dire , que quand.on met, par exemple,, vingt-fix livres de fer crud dans un foyer de forge, pour l’y purifier, on. 31’en doit retirer que vingt de fer forgé-. S’il y en a- moins » c’eft une perte pour l’ouvrier j comme tout ce q,ui eft au-deffus, eft un bénéfice- pour lui1.. Telle eft la. loi du.paysi & l’ouvrier perd ou: gagne à proportion de ce qu’il y a plus on moins de vingt livres, de fer forgé,, fur vingt- fix qui ont. été
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- mifes au foyer. ;On conçoit qu’au moyen de cètte loi, l’ouvrier doit mettre * tous fes foins pour rendre la quantité de fer qui doit fe trouver après le déchet qu’occalionnent les fcories & la fumée. Cependant , Ci on lui four-niifait du fer.mal digéré & trop crud , comme on ne peut le rendre ferme
- & dudliie que par une plus grande confommation & de fa fubftance & de
- charbon il doit 'en prévenir,fou maître*, ?fans quoi toute la perte qui Ee trouverait au-delà du déchet accordé par la loi, ferait pour le compte de' l’ouvrier. •
- §. III.
- De la mine de marais ,* de la maniéré de la préparer 0? de la travailler en Suede, principalement dans PAngermanie la Da-
- léearlie ; eu du fer appelle en Suede myrjern. ! ::> -r r
- . .1 !. 'J <- I • : • ! : ' • :1 • • :! ;
- Otf pourrait en quelque façon refufer le nom de mine de fer à celle de
- marais (u 3) ; car , au lieu de la détacher, comme les autres mines dont nous avons parlé dans les paragraphes précédens , de la roche’ dure qui y efl adhérente, on la ramaife dans les terres molles , fur-tout dans les lieux marécageux & humides. Une remarque qui mérite attention ,* c’eft qu’on la trouve principalement dans des endroits'feptentrionaüx de" la Suede , les plus expofés à la neige & aux fortes gelées , & non dans lès provinces méridionales. "Le pays natal de la mine de marais , û l’on peut hafarder cette exprefîion ,font finguliérement le Jempterland ,1a Dalécarlie, & la Bothnie occidentale ( 114). Oh'eh trouve encore des/‘veftiges ailleurs, mais Ci peu ’quevTdit à raifon du peu de fer qu’ehe contient, loit à caufe de fa petite.quantité , on dédaigne der*l’employer. ' Cette efpece de mine's’appélle êîvSuede myrmaln ou mine de marais. Elle rclfemble à de l’och're , ou à une terre rouge , & elle s’amaife en tas fous la furface des marais. Elle n’eft pas d’üne feule couleur ; mais elle en adopte plufieurs , que nous indiquerons féparément ci-après. - >
- ’ "'L’invention de forger du'fer, rqui eft très-ancienne en Suede, paraît devoir fan* origine à la’facilité de découvrir les mines de marais : car avant que les hommes ofalfent & fulfent fouiller dans les entrailles de la terre , il ’eit probable qu’ils bornaient leurs recherches à fa fimple furface'; c’éft là
- ! qu’ils recueillaient leurs métaux. Qna îiüffi lieu de croire que les Sujous (z)
- it. jç : .v» * ;.o .v.-o •;, • -.'à - ’V, ; "
- ’ ?ii3)'Èn zllçrmnàfumpf-crtz; L'anime' ^V(irij.)' Provinces de Suede; ;
- "de Fér ' Kmorineufer'eft une mine décompo- iu » - ( N iAridens1’ * peuples de l’Éütopé'Tep* feeï,).ou atténuée & charriée:par les eaux... . tehtriunale, ou! deda Scandie. 'i »-:<'> Cïr Avyçzjlerpem d'Oryclvlogit), piio}. .J, f0 ., ..T,.iCi ip '‘h.iC nn r-r}*
- Z z ij
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- D FS MINE S.
- avaient de ’toute’anciennetéj l’habitude de:forger le fer pour, s’en procurer des haches d’armes, des lances, des boucliers &' des dards armés de pointes de fer. On en juge par les morceaux d’armes, de toutes efpeces que l’on .a découverts en fouillant la terres & qui, par la fuccefliotiides (iecles,, fe-font trouvés enfouis fous de vaftes forêts très-an demies: en forte qu’il y a appa-. rençe que c’eft'd’eux'&de, leufiferque Virgile voulaidparler, quand if
- u dit : j ” , ? i ^j , f ![ v“" *.• s ' . j ; ; ( '. t
- ...... Qjt-od noricus excoquit ignis. ,
- On appelle aujourd’hui ces morceaux d’armes cachées fous terre , les; firfenaux des païens. La (implicite des anciennes forges vient auffi à l’appui de notre conjecture.
- s.Au fortir de la minière, la mine de marais paraît d’abord d’un rouge" obfcur, tanné ou châtain. Après avoir été expofée à l’air, & quand, elje a éperdu fon humidité, elle s’éclaircit , c’eft-à-dire , qu’elle prend quelques, nuances de blanc. Elle eft plus pefante que toutes les efpeces de terres ou de limons quelconques. Dans quelques endroits , par exemple, dans le: Verrai!and., & entr’autres dans la paroiffe de Jarboauhs, on trouve de cette efpe.ce, de mine , non-feulement dans les marais & autres lieux humides,, mais encore, dansfes prés & les bruyères , quelque fecqu’en foit le fol. On en trouve même dans.les! bois,, & fur-tout dans le penchant des,.collines, •ainfi que dans les vallons deJléchés. Il y a apparence qu’anciennement ces vallons étaient autant de marais où les eaux croupiffaient, lefquelles s’etant évaporées avec le tems , ont lailfé à. fec ces vallons. C’eft par cette raifon que fur le bord de ces anciens marécages, & au pied de leurs coteaux, on, trouve encore abondamment de la mine de marais. Elle eft , c.ommeft’autre,. d’un rouge r.o.ux, tirant un peu fur le blanc. Cette mine.eft tellement dénuée de toute humidité , qu’on peut labrûler & la faire fondre fur le champs On a remarqué que dans les lieux qui la recèlent, il ne vient point d’herbes; graffes. On. a auiîi reconnu que les meilleures minières de cette efpece, font: celles qui font expofées au midi , fur un coteau faiblement incliné. La mine-que l’on en.tire , fe, trouve pour l’ordinaire de la meilleure qualité : au lieu^ que ces mêmes minières,,, expofées au, nord1, ne donnent qu’une, mauvaife. mine fans; foufre , qui. procure un fer caffant.à froid. {
- Il y a diverfes'efpeces de mines de marais , que l’on diftingueprincipa* lement par Jours différentes couleurs. Les unes font, noirâtres comme du: eliarbon , & fe nomment en Suede braudoercke. Comme cette efpece efttrès-mauvaife ,.on.en,;tire rarement... D’autres.fpnt un peu verdâtres,.comme, la; racine de; buis ou un ppjreauc:';eljes.fe trouvent mêlées .avec une matière: dure & anguleufe; Breffées,* entre, les doigts elles exciteut la même fenfa-tien que ferait, le. fel broyé , ou. de la pouiîiere tamifée, Cette., efpece, eft:
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- plus enfouie en terre que la première j & prenant fon nom de fa couleur, elle s’appelle mine verte, ougroenoercke (ri 5). Elle eft d’une qualité moyenne, & médiocrement riche en fer. La troifieme efpece eft d’un rouge 'obfcur', ee qui lui a fait donner le nom de roedoercke (i itf). Broyée entre les doigts,, onia prendrait pour du- grosfel en grains, & elle a fous leadents la ténacité de la réfine. Elle s’amafte- en monceaux, que l’on nomme en Suede fkhehignar, , & qui mêlés & calcinés avec le refte du minerai fe réduifent en pouftiere. Ce troifieme genre déminé marécageufe eft riche en fer, fur-tout celle que l’on tire dans, iaparoiife de Lima, qui donne quarante-neuf livres de fer par quintal..
- Il y a dans l’Angermanie trois efpeces principales de mines dé marais. La première eft d’une couleur châtaigne prefque brune; le fer qui en provient * eftfulfureux , ou caftant à chaud. La-fécondé , au contraire , donne* du fer caftant à froid, & eft de couleur brune prefque noire. La troifieme enfin , tient le milieu-entre le rouge & le brun ,* elle eft très-riche en fer , & de la meilleure qualité. On ne fond:point fcparément ces trois efpeces de: mines mais,, pour fe procurer un fer aulH bon qu’on peut le defirer, oris a foin de les mélanger dans le fourneau de fufion.,
- ' Ceux qui cherchent cette mine, connaiftent, à la feule infpeétion d’un: marais, s’il y en a> ou non : car,. fi la fur face de ce marais eft également plane & unie partout, ils jugent qu’il 11’y en a point : au lieu que , fi elle-s’élève par-ci par-là en petits monticules qui forment de petites pentes, ils concluent que l’on y en trouvera.
- f La furface des lieux marécageux 11’eft pas le feu 1 indice fur lequeUes gens habiles connaiftent. s’ils contiennent ou non des mines de fer : ils en* jugent encore- par les plantes dont fis font garnis. En effet, chaque efpece' de terre aftecfte en particulier une forte d’herbe &de plante qu’elle nourrit . & entretient préférablement aux. autres. Or, lorfqu’une terré fe trouve chargée de beaucoup de fer en folutionftelle le communique néeefïàirement par la voie de la feye ,.comme une efpece de fuc ou de lait, à la plante, qu’elle chérit Par conféquent, dans les. endroits marécageux où il y a de cette herbe ou plante favorite plus épaifte & plus forte que de coutume , on conclut que ees endrofts font remplis de mine de fer;,& ces végétaux indiquent même la place de& minières , pourvu cependant que ces marécages fuient d’une nature ferrugineufe.
- Lorsque dans le voifinage’il y a des eaux ftagnantes, fur - tout de celles qui découlent d’un marais , elles donnent encore un témoignage aftùré des
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- (nç.) Cette couleur vient de quelques (-1-16) Cette efpece eft rougie par le me*
- parties de vitriol, qui s’y trouvent mêlées, lange de. Pochr.e qu’elle, contient r
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- 1) E X Ml IV E a.
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- minières de fer qui y font cachées quelque part, futrce à la diftance de cent, de mille, & même de dix mille pas ; car li ces eaux rougiffent à leur furface, ou fi elles font couvertes d’une petite pellicule onélueufe, tenace & un peu rouge , il n’y a qu’à remonter à leur fource ,• on eft fur d’y trouver la minière qui fournit cette teinture ou cette pellicule. Toutau moins on peu£ en conclure, avec toute fureté, qu’il y a une minière dans le marais voifin. Plus l’eau charrie au loin cette teinture martiale, plus on juge que la minière eft abondante. Si nu contraire les eaux dont nous parions , font claires & fans altération de leur couleur naturelle, qu’on ne cherche point de minières dans leur voifinage : on fe verrait trompé dans fou efpérance. Les gens du pays ont encore d’autres indices pour découvrir les minières: mais on doitfe contenter de ceux que nous venons de déligner, favoir, la furface des marais plane, unie, ou enbolfages; lapnaniere dont les herbes & les plantes y végètent; enfin, la couleur des eaux voifines qui entraîueut de la mine avec elles.
- En été , lorfque les chaleurs ont defféché les marais , & que l’on peut en. fureté marcher fur leur furface , impraticable en tout autre tems , on fouille & on fonde le terrein que l’on foupçonne receler de la mine. Pour cela, un ouvrier, muni d’un bâton defapin ou d’un petit pieu quatre, aiguifé par un bout, ferré, & faifant l’office d’une tarriere, le tient parie manche , & l’enfonce en terre à la profondeur d’une aune (a) ou environ. En le tournant pour pénétrer plus avant, il. fent au tacft s’il .y a de la mine , & quelle peut être fa profondeur : car fi la terre eft molle & facile à percer, s’il ne fent aucun frémilfement dans la.main, c’eft un ligne qu’il n’y a point déminé dans l’endroit que l’on fouille. Si au contraire il fent une certaine réfiftance, comme s’il enfonçait un bâton dans un tonneau plein de fel, ou dans un tas de farine groffiere , ou comme s’il coupait un morceau de cuir avec un mauvais couteau ; alors c'eft une marque qu’il y a de la mine dans l’endroit fondé. Il peut arriver qu’en enfonçant la fonde on ne fente aucun trémouffement dans la main ; cependant, fi en la retirant on la trouve environnée de quelques parties de terre rudes comme des grains de fel, les gens entendus ne doutent point qu’il n’y ait de la mine , ce qui les engage à ouvrir une folie pour s’af-iurer, jufqu’à une certaine profondeur, delà qualité decette mine, par le témoignage & de leurs yeux & de leurs mains.
- Les ouvriers ont aufti.la coutume de goûter de cette efpece de mine. Si elle fe diffoiit facilement dans la bouche, & fi elle s’attache aux dents, comme ferait la réfine, c’eft une preuve que la mine eft de la meilleure qualité. Ou en juge tout différemment, fi preifée entre les dents, elle réfifte, comme du fable.
- ( a ) Un pied neuf pouces. > . -
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- Quant à la fituatioii & à V'épai fleur des différentes couches de terre & de mine, on a obfervé que dans les minières de marais, la première couche, celle qui occupe le deifus , eft d’une- terre ftérile & marécageufe , épaiffe tantôt d’une demi-aune, tantôt d’un quart (b). Vient enfuite la mine de fer, dont la couche n’a pas par-tout la même épaiiieur. Ici elle e ffc plusépaiHe, là elle i’eft moins , fuivant la nature doterrein. L’épailfeur ordinaire d’une Couche de mine de marais eft d’un quart » une demie , & quelquefois trois-, quarts d’aune (c). Deffous le banc de mine , eft un lit de pures pierrailles , ou d’une terre plus, molle & marécageufe; enforte que ces deux terres d’ef-j?eces. différentes, qui enveloppent la mine , femhlent conferver & alimenter dans leur fein le tréfor qu’elles y renferment. Il eft rare de trouver à la fur-face d’un marai-s r des bancs de mine , dont la profondeur excede un quart d’aune C d): paifé cette épaiiieur , il ie perd. Il y a eu des curieux qui , fous: le lit inférieur, fur lequel la minerepofe, croyaient trouver des montagnes: de mine, ou des pierres chargées de mine. Vainement ont-ils creufé& cherché y leurs expériences ont toujours été infruciueufes.
- Si avec le bâton ferré en forme de-tarriere, on fonde tout un marais, il ne faut pas s’attendre à trouver delà mine par-tout, ni croire que la minière n’occupe q.u’une feule & même place; on verra au contraire qu’elle fe partage en petits ruilfeaux qui ferpentent dans le marais , & fe répandent qà &• là. Ici le banc eft plus épais 8c plus large : là , il n’offre qu’un petit fentier : ailleurs , il fe répand au large fans épaiifeur. Sur ces obfervations, un fondeur retourne fur fes pas ; & imitant les tours & détours d’un ruiffeau d’ar-rofement qu’on promene à fon gré fur les prés,, il fuit les autres bancs de mine du marais , & fur-tout les monticules fous lefquels elle fe cache. S’il eft habile, en fuivant & remontant un banc de mine , iL parviendra enfin à leur commune origine.. Les différons dépôts de mine de marais n’ont pas tous la même étendue les uns ont.un diamètre de ço aunes ( e); dans d’autres, il n’eft que de 6 ou 8 aunes (/) : à. l’égard de leur configuration ,, elle? eft ronde , ou ovale, mais communément inégale. —
- Nous l’avons déjà dit ci-devant,. la. mine marécageufe traverfe ordinairement les monticules épars de côté & d’autre fur la furface d’un marais : elle s’attache aufli très-fouvent aux racines des arbres. On dirait que le fuc minéral eft retardé Sc arreté dans fa courfe par ces racines, entre lefquelîes il' fe fiât un lit pour s’y repofer- On voit alors les racines entrelacées dans le lit. de mine qui les enveloppe., C’eft dans ces-endroits & parmi ces racines, que
- (b) Djix pouces & demi ou 5 pouces & (d) Cinq pieds & un quart,
- un quart-, , (t?) Quatre-vingt-fept pieds & denxk
- ( c) Cinq pouces & un quart, iopoucts (jf) Dix pieds & demi à 14pieds, fe demi15 pouces trois quarts.
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- l’on tire ta meilleure mine & la plus-abondante. Quelquefois elle s’attaclie par préférence, aux racines d’un arbufte qu’elle aime, quireifemble à l’algue, & que l’on nomme en Suède liimggreas. Elle embraie fi étroitement les racines de cet arbufte, que les malles de raines qu’on enleve, parailTent percées de toutes parts, par les filamens même les plus déliés de ces racines. Cette forte de mine eft très-riche ; & fur les lieux on l’appelle pipmalm, ou mine en rofeaux, mine criblée. Rarement on trouve dans les endroits plats & unis d’un marais, de la mine dont les couches aient plus d’un quart d’aune d’épaif-feur(g); encore cette efpece de mine eft-elle très-pauvre en fer: ou dirait que le fuc martial ne s’eft point arrête dans fon écoulement, faute d’avoit trouvé une retraite ou un port convenable.
- Les gens du pays prétendent que l’on voit les lits de mine qui font, foit fous les monticules dont nous avons parlé , foit ailleurs , s’accroître & s’augmenter feufiblement tous les ans. Ils difent aufli qu’après que ces lits ont été vuidés, ils fe remplirent au bout de quelques années,
- La mine de marais ne reflemble pas toujours à du gravier , & n’eft pas toujours menue comme du fablon. Quelquefois on la tire en malles allez grolfes, & qui brillent dans leur point d’interfedlion. L’endroit de la eaf-fure eft d’une couleur brune , & alfez femblable à un cuir coupé , ou à la mine ftuviatile, dont nous parlerons dans le paragraphe fuivant.
- On ne tire que la mine qui occupe le milieu du banc, principalement celle qui eft autour des racines d’arbres & d’arbuftes dont nous avons parlé. On lailfecelle qui eft deffus & délions.; on ne choifit, pour ainlî dire, que la moelle, parce qu’elle eft la plus riche enfer : enforte que, fi le banc qu’on exploite, a un pied d’épailfeur, on n’en tire que le milieu ; e’eft-à-dire, environ un demi-pied.
- En générai les mines de marais font peu fertiles en fer; il y en a qui rendraient à peine f pour cent, d’autres 20 : ainfi cela va de s à 20 pour ico, ou un peu plus. Cette efpece de mine n’eft attirable par aucun aimant , à moins qu’elle n’ait été grillée. Elle tient en cela beaucoup de l’ochre & de la rouille, qui font également rebelles à faction de l’aimant. Aulft le fer qui en provient, eft-il plus aifément réduit en dilfolution & en rouille, que celui que fournirent les autres efpeces de mines.
- • * De la maniéré de griller ou calciner la mine de marais•
- On tire lamine de marais au printems , dès que la terre eft dégelée. Séparée de la terre qui la couvrait, ou la lailfe èxpofée au foleil, pour que l’hu-
- ( g ) Cinq pouces & un quart.
- mi di te
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- midite s’évapore. On attend jufqu’à la fin de l’automne, avant que de la calciner & de la fondre. Lorfque les endroits d’où on la tire (ont fecs, on n’attend pas fi long-teras à l’employer ; car à la longue elle fe confomme-rait. Les pluies la font en quelque façon pourrir , & la dépouillent de les parties métalliques. Il fautpalfer au grillage cette mine fablonneufe , avant que delà fondre: autrement le feu de fufion ne pourrait en féparer les parties terrcftres , & le fer qui en proviendrait ferait rempli d’impuretés.
- En Dalécarlie, on fait le bûcher dans l’endroit même où on tire la mine: à chaque grillage, on met fur le feu 20 charriots de mine. On emploie pour cela des bois longs de 8 ou io aunes (/;),• on en fait trois couches l’une fur l’autre, celle du milieu en travers , & Ton a foin que ces bois ne foient pas ferrés. On met par-deflus une couche de mine d’un quart ou deux cinquièmes d’aune (/') d’épailfeur,* ou, pour mieux dire , on en met autant que la quantité de bois que l’on emploie en peut griller. * On allume le bûcher de toutes parts, afin que la mine foit également environnée 8c pénétrée du feu de tous côtés, Quand il eften partie brûlé , on tire le bout des pièces de bois , afin que la mine, déjà calcinée, puiife couler entre les vuides qu’on leur ouvre , 8c gagner le fond où eliefe refroidit d’elle-même. Pendant ce tems , on remet de nouveau bois & de la mine par-deffus , jufqu’à ce que toute la mine, que l’on a à fa portée , foit grillée. Enfin , pour la préferver de la pluie, on la couvre de planches, ou on la tranfporte dans un lieu couvert.
- Dans le Jemptetland, PAngermanie , ou la Bothnie occidentale, on fuit une autre méthode. On pôle deux poutres , fur lefquelles on place trois rangs de bois fcié, fec, & d’une grolfeur convenable. On éieve le bûcher à l’air, & on lui donne fix aunes en quarré(Æ ), Ordinairement, pour griller une charretée de mine , il faut une aune cubique de bois ( / ). On charge le bûcher de mine , à la hauteur d’un pied ; mais pour que le feu falfe mieux fou effet, il faut qu’elle ait été préalablement delféchée au foleil. On allume en-fuite le bûcher j & pour chaque calcination , il faut 24 heures : lorfqu’elle eft finie , on voit que la mine s’eft ramalfée en tas & en malles.
- A Graning en Angermanie, 011 a autrefois elfayé de fondre lamine de marais , fans la palier par le grillage. O11 penfait que les parties étrangères & nuifibles qu’elle contient, fe diiliperaient allez par l’adtion du feu de fufion. Dans cette idée, 011 fe contentait de la delTécher , 8c à l’aide d’un feu doux, de la dépouiller des corps vicieux 8c hétérogènes; mais cette épreuve n’a pas réufiî. Non-feulement le fer qui provenait d’une pareille mine , fe trouvait chargé d’impuretés ; mais en le forgeant en barres, ou
- (h) Quatorze piecL, ou 17 pieds & demi. ( k ) pieds quarrésT
- (i) Cinq pouces & un quart, ou 8 pouces, (Z) 9261 pouces cubes.
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- en perdait les deux tiers, tandis que le déchet ordinaire n’eft que d’un tiers. On en a conclu qu’il fallait nécelTairement griller la mine de marais; que c’était le feul moyen de la dépouiller, par un feu du fécond degré, des corps nuifibles , qui fans cela réciteraient au feu de fufion , & altéreraient la qualité du fer de fonte.
- De la maniéré de conjiruire le fourneau de fufon.
- Dans la Dalécarlie , pour conltruire un fourneau de fufion , on choifit unterrein uni, dans lequel on creufe une folfe de trois pieds de profondeur , fur cinq de long& quatre de large. La grandeur du fond eft de deux pieds , fans tuyau d’évaporation & fans pierre fondamentale , fans même que le foyer ait l’efpece de coaftrucftion & d’arrangement qu’on lui donne dans un grand fourneau. On le forme fimplement avec de grolfes pierres plates , qu’on arrange dans la folle, & que l’on enduit d’argille : le fond eft fait de terre feche, mêlée de quelques fcories.
- Dans l’Angermanie, on fait différemment ; on met deux foufflets au fourneau, & le foyer relTembîe aftez à ceux dans lefquels on purifie le cuivre. Il eft feulement plus profond & plus large au-defïus , que ceux dont on fc fert en Dalécarlie. L’eau fait mouvoir ces foufflets qui font de cuir , & les fourneaux y font aufîi plus grands , au moyen de quoi on y peut, à chaque fois , fondre une plus grande quantité de mine. Cette conftrucftion n’eft pas en ufage dans toute l’Angermanie'; On met auili deux foufflets, & on fait les fourneaux plus grands & plus larges , dans la partie occidentale de la Dalécarlie, entr’autres à Lima, que dans le tefte de cette province. On y pratique nuffi une ouverture pour l’expulfion des fcories ; enforte que dans le même efpace de tecns, on y fond le double de mine.
- Dans l’Angermanie, le fond du fourneau fe fait avec une table de pierre ÿ le foyer a une aune & demie profondeur; l’ouverture fupérieure,
- une aune & demie de diamètre ; & il eft de forme ronde jufqu’à la thuyere fous laquelle le foyer eft quadrangulaire de trois huitièmes d’aune («), avec des angles arrondis. La thuyere n’eft éloignée du fond que de quatre doigts.
- On ne fait à ce fourneau aucune ouverture , comme dans les autres , pour laiffer écouler les fcories ; mais lorfqu’il y en a une trop grande quantité, & qu’elles montent à l’orifice du vent , on les tire par le trou même de la thuyere. Ordinairement, on les lailfe jufqu’à la fin de chaque coulée , & quand elles font refroidies, elles couvrent la furface du fer.
- (/??) Deux pieds 7 pouces & demi. ( n ) Cinq pouces & demi.
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- Tout petit qu’eft un pareil fourneau, il n’en eft pas moins digne d’attention par fon antiquité & fa {Implicite. Je ne puis donc me réfoudre à pafler fi légèrement fur fa conftru&ion, dont je vais donner un détail plus ample. On le bâtit dans un lieu très-fée , dans un bois ou fur le plan incliné de quelque coteau , à l’abri du vent & des tempêtes. S’il eft, poflible, on choific par préférence un endroit voifin d’un petit courant d’eau , allez fort pour faire tourner la roue qui fait mouvoir les foufflets , fans quoi il faudra les faire aller à force de bras. On le fonde à nud fur le fol. D’abord , on maçonne un mur épais d’une demi ou trois quarts d’aune (o),- fur ce mur, on pofe une pierre de roche, blanche ou grife , épaiffe d’un demi-pied , & fur cette roche on fait le creufet, auquel on donne une forme oblongue , ayant cinq quarts d’aune de long (p) fur une demi ou trois quarts d’aune de large, & une aune(^) d’élévation perpendiculaire. A l’endroit même où fe termine ce réceptacle du fer en fufiou, commence la cavité du petit fourneau , qui, comme une efpece de cône renverfé , s’élargit à fa partie fupé-rieure , dont le diamètre eft de deux aunes & demie (r). Du fond du foyer au fommet du fourneau, on donne quatre aunes & un quart de hauteur, fur un quart ou une demi-aune d’épaiifeur (s). On enduit d’argille l’intérieur des parois & du foyer. On étend de la poufliere de charbon fur le fond, mais feulement la première fois , quand on commence un fondage dans un fourneau neuf: enfuite,& pour conferver le fond,on y met une grande quantité de cette poufliere de charbon. On arrange dans le bas une ouverture , par laquelle le vent doit pénétrer dans le foyer. Cette ouverture eft à une demi-aune au-deffus de la pierre du fond. Elle n’eft inclinée qu’au-tant qu’il faudrait à une goutte d’eau pour y couler d’elle-même j autour des parois du fourneau , on met des pièces de bois taillées & entrelacées, dif-tantes néanmoins des murs de trois quarts ou feulement un quart d’aune (/). On emplit l’entre-deux jufqu’à l’ouverture fupérieure, avec de la terre en poufliere , bien battue & comprimée. Si pendant le travail on voit que le feu veuille percer les murs, & brûler les chaflîs de charpente qui tiennent le tout en refped , on l’empêche en les arrofant d’eau. On entretient le feu du fourneau avec deux foufflets de cuir ; & alors ce fourneau s’appelle twehïtümg à deux vents, & enkieüwg à un vent, s’il n’y a qu’un foufflet. Le diamètre de la roue eft de trois aunes («) , & l’arbre qu’elle fait mouvoir
- ( 0 ) Dix pouces & demi, ou 1 ç pouces (s) Sept pieds çpouces & un quart, ou ç trois quarts. pouces & un quart, ou 10 pouces & demi,
- (y) Deux pieds 2 pouces & un quart. (£) Quinze pouces trois quarts, ou2f
- ( <7 ) Un pied 9 pouces. pouces un quart.
- ( r) Quatre pieds 4 pouces & demi. (u) Cinq pieds 3 pouces.
- Aaa ij
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- B E S 311 N E &
- a fi:< aimes de longueur (*). S’il n’y a qu’un feul fouffiet, en le fait moud voir par un homme ou une femme. Pendant cetem-s-là celle-ci debout peut filer & tenir fon fuieau & fon fil; enforte que rempüffant deux objets à la fois , elle travaille en même tems des pieds & des mains, dans l’efpoir d’un double gain.
- A Grnnïng dans l’Angermanie , on a conftruit pour le meme ufage un petit: fourneau d’une autre figure. Depuis le fol jufqn’eu-haut, le mur n’avait que trois aunes d’élévation (y). Il était fait avec de la roche grife. La capacité du foyer était de cinq aunes & un quart (z) de longueur, fur trois aunes de: profondeur, vers le mur de derrière , qui avait trois quarts d’aune d’épailfeur.. A l’endroit où finiffait cette partie du mur élevé perpendiculairement, coru-menç-ait un autre mur élevé obliquement à la hauteur de dix aunes (a) }uf-. qu’à l’ouverture fupérieure , qu’il gagnoit en fe rétrecilfant. La cavité de la cheminée avoit trois quarts d’aune de large, & une de long (£). Il y avoit deux foyers, qui étaient joints l’un & l’autre par le deifus. Chaque foyer était élevé de deux aunes, fur deux aunes de diamètre (c). Le fond était garni d’une lame épaifle de fer crud, pofée horizontalement à quatre doigts de la thuyere. Ils étaient enduits l’un & l’autre d’argille commune. Le côté du foyer, depuis le fond jufqu’à la thuyere , était élevé perpendiculairement; le refte allait en s’élargiiTant. De l’orifice de la thuyere jufqu’au fond , le foyer était de forme quarrée, profond de quatre doigts , fur une demi-aune de diamètre ( d). A un des côtés de ce petit fourneau de nouvelle conftrudion , il y avait une ouverture pour la fortie des fcories, de la même hauteur & largeur que le foyer.. Pendant lafufion , cette ouverture était bouchée de fable: & de fcories pulvérifées, comme dans les grands fourneaux.
- On. peut mieux voir la conftrudion de ces fourneaux,.par le deflein (i 17), qui aux figures A & B repréfente un ancien fourneau & un ordinaire. A repréfente, la fedion horizontale du fourneau, avec l’arrangement des bois, qu’on met au-deffus. B, la coupe perpendiculaire.. C, un nouveau fourneau >, & detux foyers ou creufets. D, la coupe horizontale des foyers.
- Do la maniéré de fondre la mine de marais».
- Quand il eft queftion de fondre cette mine, on emplit le fourneau de* bois fec , qu’011 laide brûler jufqu’à ee que le fourneau foit échauffé.. On le:
- (x ) Dix pieds & demi.: pied neuf pouces.
- (y) Cinq pieds \ pouces. ( c ) Trois pieds & demi.
- ( s ) Neuf pieds 4 pouc* s & un quart. ( d) Dix pouces & demi*
- (a) Dix-fep, pieds & demi (117) Flanth&z, JcéHon ÏV, fig. C
- (è) Quinze pouces trois quarts, & un,
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- remplit une fécondé fois de bois fec & fcié» & lorfqu’il eft allumé, on inet par-deifus une petite quantité de mine calcinée. Lorfque le bois eft converti en charbon, on fait mouvoir les foufflets lentement d’abord, enfuite plus vite. Si-tôt que la première mine que l’on a mife, commence à fondre, on en met de la nouvelle 5c ainfi de fuite. Ii y a des endroits où l’on en met jufi-qu’à fept fois.
- On trouve au milieu du fond le fer environné de fcories: on arrête le vent; enfuite avec une tenaille on enleve une petite malle de fer que l’on partage en deux. Cela fait, & à l’aide d’un marteau pareil à ceux dont fe fervent les chauderonniers, ou d’un autre infiniment de fer, on détacKe du fond & des côtés les fcories, que l’on jette au rebut. Il faut obferver que la fonte qui provient de la mine de marais, n’eft jamais fi liquide que celle que donne la mine de montagnes. La première eft épaiife, grainelée , coule lentement» & s’épailfit avec facilité. Pendant vingt-quatre heures, on fait fept de ces coulées, & à chaque fois on peut avoir 67, ou 90, ou même 110 livres de fer crud, qu’on purifie enfuite dans un foyer de forge. Dans un fourneau à un feul vent, qu’on appelle enkieliitig, on fait, tant le jour que la nuit, fix^fept» & huit coulées, à chacune defquelles on a 30 ou 40livres de fer. Dans un fourneau à double vent, autrement tvoekielUng> comme on a deux mafTes à chaque coulée, onafeize mafTes en huit coulées, c’eft-à-dire, 1024 livres de fer , ce qui équivaut à un poids de marine , & douze grandes livres.
- Pour ce qui regarde le petit fourneau dont 011 fe fert en Dalécarlie & en quelques autres endroits, quand il eft préparé, & que les bois font arrangés dans l’ordre prefcrit, on y met le feu par le trou de la thuyere. Les bois font bientôt confumés & réduits en petits charbons ardens : alors on répand deifus un panier de mine calcinée. Lorfque la flamme a pénétré In mine au point que l’on puilïe voir les charbons à découvert, on met un autre panier déminé, & l’on continue jufqu’à ce qu’il y en ait 24 ou 30, quelquefois plus. Lorfque les charbons font defcendus au milieu du fourneau , on ne met plus qu’un demi-panier de mine. Il faut obferver que, plus 011 fait de charges de mine, plus on peut en augmenter la quantité à chaque charge , parce que le fourneau eft échauffé davantage. Enfin , quand les charbons font defcendus à la hauteur de la thuyere, on arrête le vent, &à l’aide d’un «rochet de fer, on tire dehors les charbons qui relient : enfuite on découvre la maffe ou l’efpece de pain de fer cuit, qui eft au milieu du foyer. A l’aide d’une tenaille, on l’enleve toute rouge & toute brûlante ; après quoi 011 nettaie le foyer de toutes les fcories que l’on jette dehors, ce qui doit fe pratiquer nécef-fairement à chaque fufion. Au commencement , attendu que le fourneau n’eft pas bien échauffé , on n’a qu’une maffe de fer, à peine du poids de 2® livres t mais, après trois jours & trois nuits, on en a jufqu’à 68 & 90 livres,
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- La maflc ainfi tirée du foyer, & tenue avec une tenaille, fe porte fous le marteau, & fe bat en forme prefque ronde. On a foin de ne laiffer aucune partie faillante qui puifle s’en détacher. Cette petite opération de fufion dure à chaque fois deux heures. Pendant ce tems, un ouvrier peut fendre autant de bois qu’il en faudra pour la fufion fuivante.
- Le bois , pour être propre à la fufion de la mine de marais , doit êtrefec, facile à briller, & gras , afin que non-feulement il s’allume facilement, mais qu’il conferve & nourrilfe bien la flamme. Il y a deux ouvriers à chaque fourneau,- U41 qui fait marcher les fouffiets avec les pieds , lorfque l’eau ne les fait pas mouvoir, & l’autre qui Fend & place le bois.
- On a encore elfayé à Graning, d’échauffer le fourneau avec du charbon , au lieu de bois, & de faire la fufion comme dans les fourneaux ordinaires ; mais cela n’a pas réufii. & le fer qu’on obtenait, était plein de feories ; ce qui fait voir que, pour la fufion delà mine marécageufe, il faut un feu de flamme très-vif.
- Si on veut brûler de la mine crue, qui n’ait pas été grillée, le fer qui eu provient eft rempli de feories & d’impuretés, & fouffre un très-grand déchet quand on le purifie dans un foyer de forge.
- Il faut encore obferver que, iorfque le fourneau s’échauffe trop, il faut un peu le rafraîchir avec de l’eau ; autrement on dit que la mine ne rend pas tant de fer.
- Comme le fer qu’on obtient ainfi, effc encore impur, crud, & mal cuit, il faut le purifier & le recuire dans un foyer de forge animé par des fouffiets. Quand il eft bien purifié, on le porte fur l’enclume , & on le fait battre au point que toutes les feories en font expulfées 5 ce qui rend le fer tenaee , quoiqu’il diminue de près de moitié.
- De la maniéré de faire de !acier avec cette efpece de fer.
- Lorsque cette efpece de fer eft durcie, elle reffemble à l’acier. Les gens du pays difent qu’on en peut faire le plus excellent acier, mais de nature à s’amollir aifément, & à redevenir fer fi 011 le tient trop au feu. Audi les Dalé-carliens portent-ils par toute la Suede des inftrumens qu’ils fabriquent avec ce fer, comme des haches , des faux, &c.
- Lorsque l’on veut faire de cet acier, on met la malfe de fer en plufieurs morceaux , & l’on choifit ceux des bouts , & non ceux du milieu , qui font trop tenaces pour être convertis en acier. On met une fécondé fois au feu ces morceaux choifis, fans cependant les mettre en fufion; s’ils fondaient, 011 tenterait inutilement de les convertir en acier. Quand cela arrive , on y jette du fable,- on arrête le vent, afin que le fer liquide s’épaifîifle : enfuite par le
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- moyen des fcories on le met en fufion , & o.n fe procure du fer d’une bonne qualité; après quoi on eiTaie une fécondé fois d’en faire de l’acier: mais fi en le chauffant , au lieu de fe liquéfier , il demeure épais, prêt à fe féparer en groifes molécules , on le retourne fur le champ , pour lui faire efluyer de l’autre côté une pareille fueur. Avec ces préparations, on obtient de l’acier qui eft tenace jufqu’à ce qu’on l’ait trempé dans l’eau froide. Le fer dont nous avons parlé, peut encore être converti en acier parla méthode ordinaire.
- Pour ce qui regarde la conflrudtion des petits fourneaux , voyez les planches 8, 9, i o ( 118 ). Dans l’une , à la lettre A, on voit la mine de marais non calcinée. B elt le bûcher préparé pour la calcination. M , de la mine calcinée. D , F. F, G , F/, I, F, font des outils de différentes efpeces. On y voit auffi la partie inférieure d’un fourneau.
- Dans l’autre , on voit en A B le delfus d’un petit fourneau ; en BCFG, les bois dont il eft entouré; en G G , le fond du foyer ; en C D, le vuide rempli de terre entre les bois & les murs ; DF, l’épaifîeur du mur; en FF, l’ouverture du delfus ; en H, le foyer qui reçoit le fer en fufion ; en 11, la pierre fondamentale; en FF, la place des foufflets; en L, le trou de la thuyere ; en M M, le commencement de la cavité d’un petit fourneau (i 19). .La troifieme planche repréfente en A le delfus des bois qui foutiennent le fourneau ; en B , la marge fupérieure du mur; en D , fa partie la plus balfe ; en B C D F, l’épailfeur des poutres y en F G , celle du mur ; en GG, la largeur de l’ouverture du delfus ; en H , le foyer ou le creufet ,* en I, l’ouverture pourfortir les fcories ; en FF, la place des foufflets ; en L, le trou pour le vent; en M, les deux foufflets; & en N , les leviers au moyen defquels on met les foufflets en mouvement.
- §. iv.
- De la mine faiviatile en Suède, de fa ré du Bien en fer.
- Dans quelques endroits, on tire des lacs & des fleuves de Suede , une mine qui ne diifere pas beaucoup de celle dont» nous venons de parler. Elle femble
- ( 118) Les planches qu’on a jointes à cette quatrième fection dans l’édition de Paris, ne lent pas celles qui font citées dans le texte , enforte que tous les renvois font faux. Le deffinateur, qui a changé l’arrangement. des figures, aurait dû rendre compte des tranfpofitions qu’il a faites. Ici, par exemple , la mine de marais non calci-
- née fe trouve planche 8 , F. Le bûcher préparé pour la calcination , planche 3 , B. Les différens outils , font dans la même planche, D, F, F, G, H, 1, F, L, Jl, N. Planche 4, figure 9 , eft la coupe d’un petit fourneau.
- (119) Voyez p/a/zc/ze 3 , figure 8.
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- devoir Ton origine à lin fuc martial , qu’on voit quelquefois à découvert découler d’un marais voifin: c’eft pour cela que nous la mettons à la fuite de la mine de marais. Non-feulement en Augermanie , en Dalécarlie & autres lieux feptentrionaux , le fond des lacs eft enrichi de cette efpece de mine j mais on en trouve encore dans le Smaland & en quelques endroits del’Oftro-gothie , qui font plus proches du midi.
- Cette efpece de mine offre des chofes remarquables, qui peuvent nous donner des notions , tant fur la formation & la production de la mine du fer, que fur fa maturité : car on voit fenfiblement le fer s’engendrer dans les eaux ftagnantes ; on le voitfe combiner avec les terres marécageufes , & fermenter, pour ainfl dire, avec elles, fur-tout quand elles font expofées à l’ardeur du foleil & au grand froid: mais nous verrons cela ailleurs.
- De la mine de fer des lacs.
- En Angermanie, cette mine eft d’une forme rude & inégale , comme une éponge de couleur brune. Dans un lac , on ne la trouve point par-tout, mais à part, dans certains endroits particuliers qui lui conviennent. IL y en a en petits morceaux , de la grandeur de la paume de la main : quelle que foit fa figure, ronde ou applatie, elle eft toujours rude & inégale. Dans fa fradture , elle reffemble à du cuir coupé, & ordinairement elle en a l’épailfeur. Elle a fi peu de dureté, qu’on l’écrafe aifément entre les doigts. Quant à fon origine, on la voit fenfiblement venir d’un marais voifin, d’où elle fe précipite dans les eaux du lac, comme un fuc très-fubtil. Sa pefanteur eft caufe qu’on ne la trouve pas loin du rivage: elle ne s’en éloigne pas au-delà de «8 aunes fe). Là, elle s’attache aux rochers & aux pierrailles du fond } ce qui fait qu’on en trouve des morceaux qui renferment une pierre, ou qui y font attachés par un des côtés. Quand on a tiré toute la mine d’un endroit, au bout de 2o ou 30 ans, il y en revient d’autre que l’on tire de nouveau. Avant la calcination, cette mine n’eft point attirable par l’aimant.
- Elle n’eft pas riche ; mais après le grillage, elle fond très-aifément. On la tire du fond en été avec des barques. On a repréfenté , planche 2 (120) la figure de la bourfe qui fert à la ramalfer & l’enlever. Deux pêcheurs s’aident. Un racle le fond avec la bourfe ; & L’autre, avec une efpece de rabot, va au-devant , & pouffe la mine dans la bourfe 5 ce qui fe continue jufqu’à ce qu’elle foit pleine : on l’enîeve enfuite , & on la rcnverfe dans la barque. Cet inftru-ment B M, eft long de cinq quarts d’aune (f): il eft fait de gros fil. Son
- (c) Trente-un pieds & demi., (/) Deux pieds 4 pouces,
- (120) PL 2 ,fecï. iy , jig. 7,
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- •manche AB, a cinq aunes de long (g). Deux ouvriers peuvent tirer quatre tonnes de mine par jour. Il y a des places où il y en a peu ; dans d’autres , elle eft epaj.de de trois quarts d’au-ne(ù); ce qui eft le plus qu’on ait coutume d’en trouver. Elle eft plus abondante parmi les cannes & les rofeaux. Il femble qu’elle cherche leurs racines. Les pierres auxquelles elle s’attache , iont ordinairement des cailloux , ou dos pierres communes de couleur grife. Quelquefois elle y eft fi fort adhérente , qu’on ne peut fenféparer qu’à l'aide du feu j ce qui fait qu’on la calcine , d’autant qu’elle eft viciée par l’alliage de beaucoup de corps étrangers que la calcination en fépare.
- Par tout le Smaland , il y a des lacs au fond defqueîs on trouve de cette mine, & d’où on la tranfporte pour l’approvilionnement des grands fourneaux, où on la fond en la maniéré ordinaire: Dans cette province & les autres voifines,il y en a en fi grande abondance,, que l’Gn peut enfournir plufieurs fourneaux.
- Cette efpece de mine adopte plufieurs figures, quelquefois rondes, d’au-très fois ovales, ou inégalement granulées comme du fable, mais plus communément arrondies comme des grains d’orge , de froment, ou des feves.
- • Ces grains pefent peu : au milieu, ou dans la cafiùre , ils font jaunes & rougeâtres, quelquefois femblables au fiiique des noix ou du gland j c’eft une croûte, une écorce légère, qui enferme un noyau. Dans bien des morceaux, -lorfqu’üs font cades, on voit un certain arrangement & des convolutions de cruftacées. Dans quelques - unes de ces mines, la couleur noircit plus ou -moins : dans d’autres elle jaunit, & cette derniere efpece eft la meilleure.
- Cette mine eft très-légere : fon poids & fa couleur n’annoncentj pas du 4fer. On dit que, mouillée , elle eft plus pefante , parce que l’eau emplit fes pores & fes finuofités. Expofée au vent ou au foleil, elle fe delfeche & revient à fon premier poids. Plus elle eft légère , moins elle donne de fer., & moins il eft de bonne qualité : au refte, fi cette efpece de mine lie pefe pas, cela vient beaucoup de ce que fa contexture n’eft point ferrée , & paraît comme du fafran de mars (121), ou de la rouille.
- Quand 011 rencontre de cette mine dans un lac, il y a ordinairement fix pieds d’eau qui la couvrent, quoiqu’il puiffe y en avoir plus ou moins. Elle de place toujours à une certaine diftance des bords, paffé laquelle on n’en trouve plus -, ce qui arrive , ou parce que le fuc minéral, venant d’un marais voifin , ne peut être foutenu par les eaux , que jufqu’à une certaine diftance avant qu’il fe précipite ; ou bien parce que la mine eft amie ou analogue avec
- (g) Huit pieds trois quarts. mars plufieurs préparations qui ont une
- (h) Quinze pouces trois quarts. .couleur jaune fafranée, &en particulier la
- ^(121) En ch y mie, on appelle fafran de rouille de fer , qui a cette couleur.
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- DES MINES.
- le fond qui l’attire , comme l’aimant attire le fer ( 122). Ce qu’il y a de certain, c’eft que dans un lac la mine paraît préférer un endroit à un autre.
- Il eft encore très-remarquable que cette mine, au bout de quelques années, fe reproduit, à ce qu’il femble , & vient d’elle-mème fe replacer dans le même endroit qui a été vuidé. Le tems de la génération n’eft pas le même pour tous les lacs. Aux uns, il faut dix ans , à d’autres vingt, à d’autres trente. Dans cet intervalle de tems, on eft sûr que, fembiable à un champ qui d’année à autre fe couronne d’une riche moiffon, l’endroit du lac déjà épuifé fe remplit d’une nouvelle mine. C’eft un tréfor perpétuel & inépuifable. Ce qui prouve que la mine des lacs tire fou origine d’un marais voifin , c’eft le fuc martial qui en découle journellement.
- Quelquefois on tire cette mine l’hiver très-commodément, quand la glace porte. Les ouvriers y font un trou, & y palfent une efpece de bourfe ou de truble, attachée au bout d’une longue perche. A vec cette bourfe , ils raclent le fond & enlevent ce qui s’y trouve , que l’on dépofe fur la glace : on fait à-peu-près de même l’été, à l’aide des barques, ainfi que nous l’avons
- dit (123). , -
- Comme cette mine n’eft pas égale, que l’une eft riche & l’autre pauvre-, que l’une donne du mauvais fer, & l’autre du bon, il la faut trier. Les pêcheurs en Gonnailfentfurle champ la qualité,foit par le poids,foit par la couleur , foit par la figure : ils en jugent même par l’eau & par la matière du fond.
- Comme il arrive fouvent que dans le même endroit on tire de la meilleure & de la plusmauvaife mine tout enfemble , il faut, quand elle eft dépo-fée , foit fur la glace , foit dans les barques , la trier avec foin. Pour en venir à bout, on la met dans une efpece de bourfe , qu’on trempe & qu’on fecoue plulieurs fois dans l’eau , qui fouleve la mine folie & légère , pendant que la bonne & la plus lourde refte au fond. Par ce moyen & à force de plonger , retirer & fecouer la bourfe dans l’eau , la mine la plus légère , qui vient au-def-fus, eft emportée. On fe fert encore d’une autre méthode ; c’eft-à-dire , que l’on jette la mine au vent, comme iî on remuait du bled ou de l’avoiue : celle qui va le plus loin, eft la plus lourde , & meilleure que celle qui eft trop légère pourftorcer le vent.
- De la maniéré de calciner la mine des lacs.
- Quand 011 veut calciner cette mine, on en rafîemble cinquante ou cent charriots : on la met fur un bûcher d’une aune de longueur (i ) , fur fix à fepü
- (122') La première raifsn eft bien plus (12$) Voyez plane. 2 ,fe£l. IV,Jig. 7. phyfique que la fécondé. (£ ) Un pied 9 pouces.
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- aunes de large ( k ) :1a calcination dure ordinairement deux jours. Sur la fin de l’opération , la mine fe coagule en malle vers les extrémités ou dans le bas du bûcher. C’eft un ligne que la calcination eft bien faite. La mine ainfi calcinée fond 'plus aifément au fourneau.
- De la maniéré de fondre la mine des lacs.
- En Angermanie & dans la Dalécarli-e, on fond cette mine dans les mêmes fourneaux que ceux dont on fe fert pour fondre la mine de marais. Dans d’autres endroits, on la fond dans des cheminées de forges, dans lefquelles on la convertit en une efpeee de fer crud , appellé en Suede ofmiiml. Enfin , dans le Smaland oïl la fait fondre dans de hauts fourneaux, femblables à ceux que nous avons décrits dans le paragraphe premier. La hauteur de ces fourneaux elt de vingt-quatre à vingt-fix pieds, le diamètre fupérieur de quatre pieds & demi , l’inférieur de cinq ou fix. Le ventre eft alfez ample. Juf-qu’ici, on n’a pas vu qu’après le travail il ait été rongé ; ce qui prouve que cette mine n’eft pas beaucoup fulfureufe. On fait le foyer d’une pierre de grès , qui a un pied d’épaifleur.
- Dans quelques endroits , on laide les charbons brûler fans vent, pendant les huit premiers jours, & pendant ce tems on met tous les jours un ou deux paniers de mine : après cela on augmente le feu , en fefant»mouvoir les fouf-flets. Dans les jours fuivans, on augmente aufli le nombre des charges, qui vont jufqu’à 6,7 ou 8 par 24 heures. Au bout de 10 ou 12 jours > 011 les poulfe jufqu’à 12 ou 13 dans le même efpaee de tems; c’eft-à - dire, qu’on renouvelle les charges toutes les deux heures. Comme cette mine eft pauvre , elle ne rend pas beaucoup de fer. Au refte, la fufion fe fait comme dans les fourneaux dont nous avons donné la defcription dans le premier paragraphe.
- S- V.
- Du fer qii en Suede on appelle ofmund, 0? de fa préparation, '
- Pierre Saxolus , Suédois, nous a laide la maniéré de préparer le fer ofmund. C’eft ce qui m’a déterminé à tranfcrire ici une partie de la defcrip-tion qu’il en a faite.
- Ancienne méthode de cuire ce fer.
- Autant qu’il a été poflible de découvrir la vérité par les anciens monw-
- (£) Dix pieds & demi, ou 12 pieds & un quart.
- Bbb ij
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- mens & par le témoignage de gens dignes de foi, dans les commencemens-qu’on a mis en ufage cette efpece de fer, il était fait de ce gravier bleu ou rouge, ou d’autres femblables matières tirées des-marais & des lieux humi* des. Quand le tas que l’on en avait amafie, avait été expofé afiez long-tems au foleil ou au feu pour que la plusgroffe humidité fut évaporée, on mettait une , deux , trois ou quatre pelletées de cette mine , dans des fourneaux bâtis fimplement fur la terre, & remplis de charbons. Le fourneau était bâti de maniéré qu’à la partie poftérieure , proche de la terre, il y avait une petite ouverture , laquelle communiquait a l’intérieur du fourneau. On y ajoutait des foulHetS', que l’on fefait marcher à force de bras : car anciennement or 11e connaiGTait pas l’ufage des machines hydrauliques. Au-devant du.fourneau , était une plus grande ouverture, que L’on fermait néanmoins avec des pierres qui la bouchaient exactement pendant la cuijTon , & jufqu’à ce que lamine fût en fufion. Lorfqu’elle y était, -on démolitfait les pierres de cette ouverture, par laquelle on tirait la-matière , telle qu’elle était fondue. Et afin de pouvoir, par faCtion d’un feu plus violent, purger la ma fie des parties impures & inutilesqui la viciaient , on fiexpofait à.une fécondé euif-Lon. Cette fécondé opération fe fefait comme la première, avec cette différence néanmoins, que le feu rendait alors le fer fi pur, que fans autre préparation , o'n en pouvait fabriquer dirférens ufienfiles. On ne mettait qu’un jour & une nuit à perfectionner deux ou trois de ces cuilfons.
- Nouvelle méthode de cuire, le fer ofimincL
- Dans la fuite, lorfqu’on eut découvert des minières plus riches ,-&'que l’on eut commencé à connaître l’ufage des machines hydrauliques , on établit fur le bord des ruilïeaux & des rivières, de petits atteliers femblables, à peu de chofe près, à ceux qui ont été conftruits enfuite. Alors, comme à pré-fent, on fefait le fer avec de la mine diifoute & domtée par le feu. La malle, qui provenait de cette mine , ne fe remettait plus une fécondé fois au même î'o urneau , comme 011 le pratiquait dans l’ancienne méthode dont nous avons parlé ; mais on fefait la fécondé euilion dans un foyer de forge, où le fer fondu convenablement, était tellement purifié & adouci, qu’il fe prêtait à tout ce que l’induftrie des ouvriers en pouvait attendre. Quoique cette opération différé de l’ancienne, on a cependant confervé à ce fer fon .ancien nom, & on l’appelle toujours ofmund. En général, tout ce qu’on peut dire iur les progrès delà fufion du fer, doit être appliqué à cette efpece, c’dt-à-dire , qu’avec le tems cette partie s’ell de plus en plus perfectionnée & fe perfectionne enco:e tous les jours, par l’adreflè & l’intelligence de ceux qui s’appliquent à ce travail.
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- ConJîrtÆon d'un foyer pour la cuiffon du fer ofnlnnd , fuivant
- la nouvelle méthode.
- Maintenant que l’on fait préparer des atteliers convenables à la cuiffon de cette efpece de fer, il eft aifé devoir qu’ils ont bien des chofes communes avec les autres forges : il y en a cependant qui font fi différentes , qu’on peut dire qu’elles leur font en quelque façon propres & particulières : nous ne ferons que jetter un léger coup-d’ceil & comme en paffant, fur les objets qu’on peut voir par-tout. La ftru&ure intérieure d’une cheminée eft-fembiabie à celles dans lefqueiles on chauffe le fer pour le forger : avec de longues poutres , on fait un petit bâtiment quatre. Quand l’ouvrage eh: monté à la hauteur du toit, 011 l'affermit par trois forts chaffis de bois, arrêtés dans le milieu par une groffe poutre mife en travers , qui fert de pilier pour fou tenir les bois de la couverture. Ou pofe tranfverfalement une plus petite pièce de bois, pour ioutenir les foufflets & leur équipage. On arrête fermement cette piece de bois , pour qu’elle ne vacille point quand les foufflets feront en mouvement. Tout cela eit ici comme dans les autres fabriques , ainfi que la roue , fou arbre & les contre-poids qui règlent le mouvement des foufflets.
- Pour ce qui regarde le fourneau de fufion, qui eft notre objet, il 11’eft pas fait comme les autres, non plus que la plupart des outils. Nous allons employer tous nos foins à l’examiner avec exactitude.
- Quand on en fait la fondation , on arrange, autant qu’on en peut juger , de grandes pierres brutes , dont on emplit & garnit les joints avec du fable & de la terre. On éleve ainfi ce maffif de maçonnerie , jufqu’à l’endroit qui doit former le foyer. Quand on en eft là , il faut laiifer une grande ouverture dans le côté , par lequel les ouvriers doivent jetter les charbons , mettre le fer qu’on veut cuire , & le retirer quand il eft cuit. Au côté qui reçoit les fouf-fiets, on en lailfe une plus petite quadrangulaire, par laquelle on infinuedans le foyerune feuille de fer pliée pour recevoir les buzes des foufflets. Au bout de ce canal (/) on laiffe un efpace d’une’fflimenfion déterminée: c’eft l’endroit deftiné à la cuifîbn du fer ( 771 ). Cet efpace doit être exactement enfermé par le mur qui environne deux des côtés. Les parois extérieures du mur en pierres doivent être élevées à leur hauteur, ayant foin néanmoins que quand ils feront au-delfus de la grande ouverture dont nous avons parlé , on mette line grande & forte lame de fer pour fervir de foutien. A mefure qu’on éleve la cheminée , on va toujours en rétreciifant, comme fi 011 formait une pyramide.
- Voyons maintenant le dedansdu foyer. D’abord , pour en faire le fond',
- (/) La thuyere.
- (m) Le foyer , le creufet.
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- on couche une plaque, quelquefois de pierre , d’autres fois de fer, épaifle de deux doigts fur dix-huit en quarré. Souvent on la met plus petite , fur-tout li l’on a lieu de croire que les foufflets n’auront pas un vent proportionné à un grand efpace. Pour ce qui regarde la matière de ce fond , comme il n’eft pas douteux que la pierre eft fujette à moins d’inconvéniens , noitfs voyons qu’on la préféré au fer. Cette premiers piece polée , on forme trois côtés avec des plaques de fer , qui font comme les parois du foyer. Leur épailfeur eft égale à celle du fond , & leur hauteur eit de dix doigts. I! faut les placer de maniéré que celle qui eft la plus proche des foufflets foit également partagée par la thuyere; c’eft-à-dire, que de la thuyere au* devant il y ait huit pouces , & de la thuyere à la plaque oppofée huit autres pouces. Le foyer eft exactement qu.idrangulaire ; mais ordinairement de ces plaques qui fervent de parois , deux font prolongées au-delà du foyer , ce qui caufe un changement dans leur longueur. En eftet, celle qui eft oppofée au devant aune coudée (n) de longueur. L’autre n’a que iç pouces f de long , & la troilierne 21 pouces. La raifon pour laquelle la première & la troilierne plaques font plus longues que la deuxieme , c’eft que quand ces deux efpeces de parois ont paile les limites du foyer, leur excédant fert à foutenir une efpece de plaque de fer , qui forme le quatrième côté du foyer , étant placée fur le devant qui eft ouyert. C’eft dans ce côté ouvert qu’on ménage une fortie pour les feories.
- Après que les parois du foyer font bien arrangées , il faut' employer toute fafcience pour placer comme il faut la feuille de fer pliée ( o), qui eft plate dans fa partie inférieure , & ronde au-delfus & aux côtés. Elle eft plus évafée du côté dans lequel on place les buzes des foufflets , d’où , comme une efpece d’entonnoir , elle vient toujours en rétreciffant jufqu’au bout par lequel le vent doit entrer dans le foyer. Voici comment on doit la placer. On l’introduit par le mur qui eft proche des foufflets : on l’avance un peu dans le foyer, de façon que de fon extrémité à la paroi oppofée il y ait 14 doigts d’intervalle. Il faut remarquer que , tantôt on incline fa bouche , & tantôt on l’éleve : par exemple, quand le fer que l’on veut fondre eft en menus morceaux, i’ex-trêmité de la thuyere n’eft diftante du fond que de fix doigts feulement > au lieu que, fi l’on veut foudre du fer de la même efpece, mais qui a le défavan-tage d’être en grolfe malfe, comme elle occupe plus d’efpace, le vent doit venir de plus haut, & pour lors la thuyere doit être à fept doigts du fond.
- (pftd& demi. (0) La thuyere. *
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- 'Enumération des inf rumens néee[[aires à cette mine.
- La figure de la planche onzième montre le foyer & les foufflets (124) , avec la machine qui les fait mouvoir par le moyen de l’eau. Nous fuivrions le travail du fer ofmund, en mettant des charbons dans le foyer & expo-fant à l’action du feu la matière qui doit le former, fi nous ne devions préalablement fournir les ouvriers d’outils néceffaires. Voici la defeription de ces outils , dans laquelle nous ne nous fommes attachés à aucun ordre. On remarque entr’autres un gros tronc de bois qui , je penfe , eft bien avant en terre ( il eft repréfenté en A), fur lequel on a mis une plaque de fer B ; cette piece e(t on ronde ou quarrée , à fix & à huit faces ; les bords en font élevés , afin que, quand on bat ou qu’on coupe le fer ofmund, aucuns morceaux ne puiiTent tomber & être perdus. Il y a un trou au centre de cette plaque de fonte , lequel répond à un autre qui eit au défit:s du tronc de bois. C’eftdans ce trou qu’on place l’enclume, & qu’on en arrête la racine. Il y a outre cela deux ringards ; un grand C s & un petit L} un crochet E\ deux tenailles , une grande («25) & une plus petite F; une hache fingulié-rement faite G j une maffe d-e fer H : il y a aufli un petit marteau plataux extrémités , .rond d’ailleurs, R j un crochet E> une pelle de fer pour mettre dans le foyer les menus morceaux de fer (126), & pour nettayer le creufet après chaque cuiffon ; un rabot K ; un morceau de fer pour nettayer la thuyere , D (127) 5 un petit marteau M pour le chalîer ; un bafehe pour mettre de l’eau, O h unefebille Ar ; un panier à charbon avec laciviere , V, Je paffe fous filence le refte des outils , comme étant trop connus.
- Méthode encore plus nouvelle de cuire ce fer en ufage aujourd'hui.
- Après que les ouvriers font munis de tous les outils néceffaires , rien n’empêche d’emplir le foyer' de charbon & de pouffiere de charbon ; ou •bien, comme quelques-uns le (pratiquent, de charbon pilé & de fer dur : ou fi l’on n’a point de fer en maffe , on l’emplit de menus morceaux. On place la maffe avec laquelle on doit faire du fer ofmund , contre la première paroi, c’eft-à-dire , celle qui eft diredement oppofée à la thuyere. On met le feu aux charbons, & on fait mouvoir les foufflets qui animent le feu, lequel pénétrant le fer de toutes parts, le faitfuer & diifoudre. Les gouttes
- (isff PL TV, fig. 11. f planche 5 , feêîion IV, fig. 10, F.
- ( 12$ ) La grande tenaille eft deflinée (127) Cette machine fe trouve plane., 3 , planche y,feciion IV , fig. io. Jeèïion IV, fig. 10 , D.
- (126) La figure de cette pelle fe trouve ,
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- .qui tombent au fond du foyer, fe coagulent -, & comme le feu n’y eft pas Il ardent, elles fe durcilfent. Cette coagulation formant une malle dans 1s •foyer, a donné lieu aux ouvriers d’appel 1er cette maire loppe (p). Quand ils croientque cette maife eft fuftîfamment coagulée, on la fonde avec le crochet. Si elle abienréuffi, on la refferre avec les ringards , & on la tire avec les •tenailles. Quand elle eft dehors , on la pofe fur la plaque qui eft autour de l’enclume, & les ouvriers la frappent avec une maife de fer pour lui faire prendre la figure qu’ils jugent à propos. A ce premier travail, on fait fuccé-dercelui du petit marteau, avec lequel on la frotte pour en détacher les fco-ries. On la iailït enfuite avec une tenaille j & fi on la trouve bien difpoiee., on la met fur l’enclume, pour la divifer plus commodément avec le cifeau., en autant de morceaux qu’il convient, ordinairement au nombre de 42. Cette divifion fe fait de maniéré que tous les morceaux tiennent enfemble, comme les doigts-font attachés à la paume de la main. Après cette opération , on l’appelle fer ofmuud.
- Mais fi la maife eft li greffe qu’on n’ait pu la tailler commodément, & qu’on foit obligé de la laiifer entière , on ne lui donne plus ce nom. Quant à l’elpece dont on fe fert actuellement pour faire ce fer, on n’en prend ni de calTant à chaud, ni de caffant à froid : 011 choifit celui qui eft de la meilleure qualité. A l’égard de la quantité de matière nécetfaire pour avoir une tonne de ce fer ainli divifé , il faut un poids de marine de fer crud, ou trente petits poids de fer calfé en petits morceaux. On confomme par chaque cuilfon un panier de charbon : mais quand la cuilfon fe fait avec les gros morceaux qui relient dans le foyer , lorfqu’on celfe le travail ( q) , il faut, pour avoir la même quantité , plus de fer & plus de charbon. Pendant l’opération de la fution, l’ouvrier doit travailler avec le ringard , de façon que rien ne s’attache au fond.
- Après avoir parlé de ce travail, il faut parler des ouvriers. Il eft à obfer-ver que dans les forges deftinées à la fabrique de cette efpece de fer, il n’y a pas d’ouvriers à demeure , & qui fe fatfent un-état réglé de ce travail particulier. Ils vont où ils trouvent le plus à gagner, comme font les marte-leurs. Au refte , ce font ordinairement les propriétaires qui font à la tète de ces atteliers, à moins que ce ne foient des perfonnes d’un rang qui les oblige de reçourir au travail d’autrui. Il n’eft pas néceffdire d’avoir des ouvriers qui fe relaient pour travailler fans relâche. Qn arrête le foir , pour recommencer le lendemain matin, s’il eft néceffaire; on ne travaille pas même aflidument toute l’année, mais feulement dans de certains tems, comme 011 le juge à propos. Si tout réuflît bien , un ouvrier avec fon com-
- (p ) Loupe. ( q ) La forne.
- pagnon
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- B ES MI N ES. 38*
- pagnon , peut faire en une femaine autant de fer ofmuml, qu’il en peut tenir dans dix à douze tonnes.
- Au refie , ce fer fe vend par tout le royaume aux fabricans, qui en font des doux , des chaînes , des clefs, des ferrures , des gonds , & d’autres petits ouvrages de ferrurerie, qui étant d’un excellent uf'age, les colporteurs en fourniflent par-tout. Celui qui n’eft pas divifé, relie pour la plus grande partie dans la manufacture pour le compte des propriétaires , qui ont foin de le faire battre en feuilles dans leurs fabriques, comme cela fe pratique dans quelques batteries établies dans la paroi de de Nora. De ces feuilles de diver-ies épaifteurs , on fait divers ufteniîles , comme des lames propres à ferrer & garnir les portes, des chanlates ( 128) , des garnitures de foyer, &c. On en fait même de la batterie de cuifine , comme des poêles , des coquemars, des coupes , des cafferolles , & plufieurs autres chofes qui font d’un ufage journalier.
- $. V I.
- De la maniéré de griller fondre gf cuire la mine de Danmorie
- en Roslagie.
- Cette mine, qui fe tire des minières de Danmorie, eft lî abondante, qu’elle fuffit chaque année à l’entretien de plufieurs fourneaux : elle l’emporte fur toutes les autres par fa pureté & fa richeffe , ail point qu’à tous égards, elle mérite la préférence , étant la plus propre à toutes fortes d’ufa-ges. Le fer qu’elle donne eft tenace à froid & à chaud, propre à toutes fortes d’uftenfiles, même à être converti en acier très-fin, & convenable aux ouvrages les plus délicats de la lime: aufïi le recherche-t-on en Europe & aux Indes, & on le vend plus chèrement que tout autre. Ce fer paraît compofé de fils ou de petites lames entrelacées.
- Cette mine eft très-pcfante, couleur de fer ou de plomb, à-peu-près comme le fer qu’elle procure; compofée de grains très-fins comme l’acier, & mêlée de fils très-déliés de pierre calcaire & de quartz, qui la traverfent par-tout, comme autant de veines ou d’arteres. Les grains de fer font fi intimement mêlés avec ces veines, que cela donne à la mine une efpece de couleur de plomb , mêlée de quelques nuances de blanc qui fe fondent avec la couleur du fer, qui eft noire. Elle eft aufli très-fluide; car elle porte avec elle fa menftrue, c’eft-à-dire, la pierre qui lui fert de fondant.
- Les morceaux de cette mine ont leur fuperficie noire & polie, couverte
- (128) Late Forte , qu’on place à l’extrémité des chevrons d’un toit, pour foutenis les dernieres tuiles.
- Tome IL
- C c c
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- DES MINES.
- d’une petite membrane de pierre de corné. J’ai vu auflides morceaux garnis extérieurement d’amiante verte, & divifibles félon leur plein : car cette excellente efpece de mine eft eompofée de plufleurs pièces quarrées, & fe divife en pièces rhomboïdales comme des dez. Dans les minières voifines , appel-lées Silfwerborgs Grufwor, elle efl: la même que dans la grande qui s’appelle Storgvufvoan : mais elle eft plus verte , & contient un peu de foufre. Non loin de ces mines , on en trouva une, il y a long-tems, qui tenait de l’argent. On trouve auffi çà & là, dans la minière, des morceaux gros comme des noix ou des glands, de mine d’argent mêlée avec celle de fer; mais cela eft rare. Proche de là, efl: aujourd’hui une vieille minière très-ruinée, qui s’ap-pelle le puits de Joufre , parce que toute la pierre qu’on en a tirée autrefois, eft tombée en pouffiere , fans doute parce qu’elle contenait du foufre. Les morceaux choifis de cette excellente mine donnent 64 livres de métal par quintal de minerai. Elle produit tant de fer qu’elle efl préférable à toute autre , tant par fa richeffe & fon abondance , que par la qualité du fer qu’elle donne.
- Pour ce qui regarde la maniéré de la traiter, tant à la calcination qu’à la fufioii, il y a beaucoup d’affinité avec la méthode ordinaire dont nous avons parlé: mais comme il y a cependant quelques différences, que d’ailleurs cette mine eft la meilleure de toutes , la plus fluide , la plus pure; j’ai cru devoir parler de fon grillage, feulement en ce qu’il a de différent de la méthode ordinaire, afin que l’on puiffe juger comment cette mine, fl pure & fl fluide , fe gouverne dans le fourneau.
- Maniéré de calciner la mine de Danmorie.
- Quoique cette minenefoit pas mêlée de foufres nuiflbles, on ne laiffe pas de la calciner , &- d’autant plus qu’on fait le bûcher plus grand , & en état de porter beaucoup de minerai. Car , plus il y a de bois enflammé , plus la flamme qui attaque la mine efl violente. On ne fuit cependant aucune réglé pour la dimenflon de ces bûchers. Là on les fait plus grands , ici plus petits. Aux environs de Léojiadt, j’ai vu l’aire d*un de ccs bûchers qui avait 22 aunes de long fur 17 ou 18 de large (r). Le mur dont elle était entourée, 11’avait qu’une aune & demie de hauteur (0- A un des angles du mur , il y avait une ouverture, par laquelle on pouvait entrer & fortir.
- Sur l’aire de cette foffe à calcination , qui en Suède s’appelle rojîgrop , on couche de gros bois , & des arbres entiers , félon la longueur de la folie., & à la hauteur de 3 aunes ou 3 aunes f (t) ; de forte que le bois arrangé avec
- (r) Tfente-huit pieds & demi, fur 29 (r) Deux pieds 7 pouces & demi.
- Irois quarts ou 31 & demi.. ( t ) Cinq pieds & un quart, ou 6 pieds.
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- 3*7
- ordre, excede le mur d’une aune & un quart (A). Dans le bas, & proche de l’aire, on couche de gros bois qui ne font pas fendus , fur lefque's on jette, non pas de petits morceaux de mine, mais les plus gros, à la hauteur d’une aune un quart : enfuite on arrange un fécond rang de bois fur la mine ; il doit pour lors être refendu. Sur ce bois on met delà menue mine à la hauteur requtfe. Enfin , on couvre le comble de pouffiere de charbon, mêlée avec de la terre pulvérifée.
- Le feu étant mis aux angles , & le bûcher allumé , la mine brûle & fe calcine pendant 48 ou 72 heures.
- Il y en a qui ont cru qu’il ne fallait pas calciner toutes les efpeces de mines, fur-tout celles qui 11’ont point de foufre ni aucune autre impureté: cependant on a toujours calciné celle de Damnorie , quelque pure qu’elle foit. On dit que, fi on ne la calcinait pas , elle fondrait très-difficilement, & rendrait moins de fer. Au moyen de la calcination, les liens fe brifent, & elle efi; mieux difpofée à céder au feu de fufion.
- Si vous regardez les morceaux de cette mine quand elle efi: calcinée, vous verrez que le feu lui a fait perdre fon éclat. Par tout où l’on voyait du brûlant, 011 ne voit plus qu’un blanc mat & éteint, parce que la pierre calcaire, mêlée avec la mine, fe trouvant calcinée, le feu a répandu les veines de chaux par-tout, ce quia éteint le brillant métallique. Nous avons dit qu’il y a des morceaux enduits ou somme enveloppés d’une membrane de pierre de corne. Après la calcination , les endroits où étaient ces membranes, font de couleur de foie de foufre , ou d’un jaune rouge. Si 011 mouille cette mine calcinée , elle brille de différentes couleurs , bleu, verd , pourpre , imitant, pour ainfi dire , la beauté de l’arc-en-ciel j car ces différentes couleurs parait-fent en cercles égaux , & féparées par des lignes parallèles , ce qui vient des ditférens degrés de chaleur. Dans certains endroits , la petite membrane de pierre de corne paraît enduite & couverte de vitriol blanc : mais c’eft une pouffiere de chaux infipide.
- De la maniéré de faire le fourneau ^ déformer la cavité du ventre.
- Pour la conftru&ion d’un fourneau , on choifit jci, comme ailleurs , le lieu le plus convenable. Sous le fond, on fait une foffe de 6,8 ou 12, pouces de largeur, fur laquelle on met une pierre de roche un peu épaifle. Dans d’autres endroits , on couvre cette folle d’une plaque de fonte, dont nous avons parlé dans le paragraphe premier. Sur cette pierre on met du fable , & fur ce fable une pierre épaiife, comme cela fe pratique aulîi ailleurs. De la folle, il
- ( u ) Deux pieds 4 pouces.
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- fort deux tuyaux de fer, l’un par le mur antérieur, c’eft-à-dire, celui par 01? i’on fait les coulées , & l’autre fous les buzes des foufflets. La vapeur ne fort chaude dufyphon qui eft fur le devant, que le quatrième jour depuis le travail , & plus tard de celui qui eft fous les buzes des foufflets : on conftruit le fourneau de pierre grife ordinaire, avec des piliers de pierre. On ne met point de poutres de bois, pour le foutenir, comme ailleurs. La hauteur de la cavité intérieure ou de la cheminée , depuis le fond du foyer , eft de 12 aunes ou 12aunes f (%) : 011 fait la cheminée de pierre de grès. Onfefert de la même pierre pour le foyer , parce qu’elle réfifte bien au feu. L’ouverture fupérieure a 6 pieds ou 6 pieds f de diamètre : le ventre 7 f ou 8 pieds. A l’égard du bas, le diamètre en eft à volonté, parce qu’on le rétrécit à la hauteur de 3 aunes (y ) , ou à celle qu’un homme debout fur le fond , peut atteindre en levant le bras & la main. Il y a en Roslagie des fourneaux qui ont quelques légères différences. J’en ai vu , dont le diamètre de la partie fupérieure était de 7 ou 7 pieds \ : on fait ordinairement cette ouverture moins large, parce que le feu, la flamme & le tenis la rongent aftez. L’obliquité des murs, fur le devant & fur les foufflets , monte très-haut: on les fait foutenir par onze marâtres de fonte: la pierre eft arrangée par degrés. Dans d’autres endroits , on fe contente de cinq ou ftx marâtres. Dans ces fourneaux, le deffus eft garni d’un mur de brique : il enferme l’efpace fupérieur, & fert à mettre à l’abri les ouvriers, la mine & les charbons j ce qui eft très-commode toutes les fois qu’il eft nécelfaire de renouveller les charges.
- Aux environs de Léofiadt, il y avoit deux fourneaux accollés, c’eft-à-dire, 'enfermés dans une maçonnerie commune. La diftance entre leurs cheminées ©u cavités particulières , était de 6 ou 7 aunes (?.) : leur devant était féloigné l’un de l’autre de quelques aunes. Lafufion fe fait à merveille dans 'ces fourneaux rapprochés , fans néanmoins que le feu de l’un puilfe augmenter ni diminuer, ni rien changer à celui de l’autre , quand même ils auraient entr’eux une communication par quelque fente , ou par quelque autre ouverture cachée ; ce qu’on découvre aifément , quand les charbons allumés d’une ^cheminée mettent le feu aux charbons encore froids de l’autre cheminée : la communication de cette chaleur furnuméraire, 11e nuirait en aucune façon au travail, comme je l’ai appris d’un fondeur.
- Du foyer, du vent, & de la thuyere.
- Sur la pierre fondamentale du fourneau , on éleve le foyer en la maniéré
- (#) Vingt-un , ou près de 22 pieds. (z) Dix pieds & demi, ou 12 pieds &
- (y) Cinq pieds 3 pouces. un quart.
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- ordinaire, de la largeur d’un pied & demi, fur la longueur ordinaire de trois pieds, & de la hauteur de quatre palmes, pour pouvoir contenir 4000 ou 4SOO de fer en iufion. Le devant fe ferme d’un bloc de pierre, & non de fer, comme dans les autres fourneaux : ce bloc eft de figure quarrée. L’ouverture qui eft au-deifus & qu’on 1 aide pour la fortie des fcories , eft fermée par un morceau de pierre, & non de fer. Cette porte, qu’on appelle tywp , réfifte à un feu extrêmement violent l’efpace de vingt femaincs. Quelquefois neanmoins elle fe trouve confumée par une feule liquation * ce qui parait venir du foufre qui eft dans lamine'que l’on brûlealors, & qui petit à petit ronge le fer & la pierre. La coulée fe bouche avec de la groife argille mêlée de fable: à chaque fois que Ton faitfortir le fer en fufion du creufet, 011 détruit aifément ce mélange.
- On pofe ici la thuyere comme ailleurs, c’eft-à-dire , qu’elle doit être dans la ligne centrale de la cavité, de façon qu’un corps grave defeendant fuivant l’axe de la cavité , doit tomber perpendiculairement à l’orifice de la thuyere.
- Elle eft ici un peu plus grande que dans les autres fourneaux. Lesbuzes des foufflets , pofées fur une lame de fer , font afléz éloignées du bout de la thuyere. Cette lame de fer ne va pas jufqu’au foyer j mais avec de l’ar-gille on l’alonge d’un demi-pied. Elle eft pofée horizontalement, de maniéré que le vent introduit dans le foyer, ne touche pas obliquement la fuperficie du fer en fufion , & qu’il ne frappe pas à l’endroit où la paroi oppoféc touche le fer : ce qui eft caufe que le vent 11’agit pas , comme dans les autres fourneaux, fi fortement fur les chai bons que fur fa mine. On fe conduit ainfi , parce que la mine de Damnorie fond aifément , & qu’elle femble demander cette direction du vent. Si quelquefois les fcories s’accrochent à la thuyere , & empêchent la fortie du vent, fur le champ on les détache : les foufflets ne font pas plus grands que ceux des autres fourneaux 5 mais on les fait aller un peu plus vite.
- De la cuijjon £5? de la fujîon de cette mine.
- Après que le fourneau a été ainfi conftruit, & le foyer préparé, on commence à travailler. Pour cela , quoique les murs fuient froids & les mortiers humides, on y fait d’abord un feu aufTi violent que dans un vieux fourneau bien fec & accoutumé à la chaleur. On ne prend point le foin d’échauifer doucement les murs, & de deffécher l’argille qui fert d’enduit.
- On emplit la cheminée de feize leftes de charbons, fi elle peut les contenir, mettant par-delfus un demi-panier de mine calcinée & réduite en petits morceaux, pour fervir d’aliment au feu qu’on allume fur le champ. On lailï'e les chofes en cet état quatre jours & quatre nuits, au bout def-
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- quels on donne l’eau à la roue, & le vent au Foyer : on augmente pendant huit à quatorze jours , la quantité de mines de différentes charges , fuivant les indices que donnent le feu , les fcories, ou le fer.
- Enfin , quand on eft parvenu au plus haut degré des charges , e’eft-à-dire , lorfqu’on ne peut plus augmenter la dofe de la mine , alors en 24 heures 011 fait dix-huit charges, à chacune defquelles on met 17 a 18 paniers de mine , & douze tonnes de charbon : telle eft la réglé pour tout le •fondage. Le vaiffeau pour porter la mine eft de fer, & peut en contenir 50 à 5"2 livres. Ainfî , on peut favoir chaque jour combien pefant on met de mine , & combien on retire de fer ; d’où l’on juge de la richeile de la mine. Aux environs de Léofladû, où ce travail réuiîit avec tout le fuccès poiïible, on confommc chaque mois ÇOO leftes de charbon ; & ailleurs , comme aux environs de Tobo , fix ou fept cents.
- On tire, comme nous l’avons dit , lamine de deux minières, qui font de différente efpece. La mine de la grande eft très-riche & très-pure ; celle de la fécondé, quoique fans vice apparent, eft plus verdâtre, & on lare-garde comme plus fulfureufe. Sur 14 ou 17 paniers de la première , 011 en met deux de l’autre. C’eft de leur mélange qu’on fait un excellent fer, qui eft le véritable fer d’Orégrunâ. D’ailleurs, cette mine fond aifément : les interftices font remplis de chaux , ce qui eft caufe que l’on 11’y en ajoute point, comme ailleurs. Autrefois on y en mettait; mais aujourd’hui l’expérience a appris à la fondre fans aucune addition : ce qui fait qu’avec la même quantité de charbon, le produit en fer eft plus grand.
- Nous avons enfeigné dans le paragraphe premier, que l’on donnait une pofition oblique à la thuyere , de façon que le veut poutfé dans le foyer allait frapper la paroi oppofée, dans l’endroit même où il fe joignait au fer en fufion. Ici, on la pofe prefque horizontalement ; ee qui fait que le vent, au lieu d’aller frapper la paroi oppofée , gagne d’abord le haut, comme s’il était hors d’haleine dès fon entrée. Les maîtres prétendent qu’en donnant cette direction au vent, la fullon fe fait mieux, qu’on tire plus de fer , & qu’il eft d’une meilleure qualité que il la thuyere & le vent étaient inclinés : ils prétendent encore que par ce moyen, les grains du fer acquièrent une certaine blancheur. D’ailleurs, comme la mine de Damnorie fond aifément, & qu’elle porte avec elle fa menftrue , qui eft la chaux , il ne faut pas que le fer foit beaucoup cuit, ni beaucoup agité dans le foyer, afin qu’on puiffe mieux le purifier dans le feu de la forge. Voilà pourquoi la pofition horizontale de la thuyere & du vent convient à cette mine, & 11e convient pas aux autres efpeces.
- La mine calcinée donne beaucoup plus de fer, parce que les impuretés & les crudités en font ehaffées par le premier feu. Si elle n’a pas été calci-
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- née, on voit une fermentation & une ardeur pareille à celle de l’eau qui s’enfle & qui bout. On entend même de tems. en tems dans le fourneau, un bruit femblable à celui d’un coup de piftolet, ou comme fi les pierres de la voûte ou du foyer fe brifaient : ce qui ne vient que de ce que la pierre crue, qui e fl dans lamine, tombant dans le foyer, eft faifie fubi-fcement par l’extrême chaleur du fer en fufion, qui la met en pouffiere avec éclat.
- 1 Au commencement d’une ébullition dans le foyer, c’eft-à-dire , quand la mine y tombe fans être allez liquéfiée , la flamme qui fort par le haut du fourneau , rougit d’abord. Elle paraît mêlée de fumée , ce qui fait noircir l’intérieur des parois dans le delfus. Celle qui fort par le devant, eft ch a fte e-par un mouvement violent, qui de tems en tems eft inter* rompu. Si on regarde par la thuyere la liquation du fer & des fcorics , on verra clairement cette efpece d’agitation : la matière eft en grand mouvement. Une partie s’élève contre l’orifice de la thuyere , où elle fe refroidit , noircit, & jette des étincelles dans fon embouchure. Les ouvriers ne fe preffent pas de remédier à cette effetvefcence ,• ils ne veulent l’appai-fer qu’après un certain tems. Pour cela , ils mettent un ringard dans le foyer, & foulevent le fer en fufion, ainfi que les feories qui font con-denfées ;• ils tirent enfuite ces feories, ce qu’ils continuent de faire jufi-qu’à ce que la fufion foit achevée.
- Si la flamme s’élève bien haut au-deffus du fourneau , -on dit que c’eft une marque que la mine fond bien , & que le fer eft très-liquide dans le foyer: mais fila flamme ne s’élève pas, c’eft un figne que le fourneau eft ©bflrtié d’une trop grande quantité de mines & de charbons : on dit alors qu’il eft malade. Si la flamme rend un certain bruit fonore, on dit auffl que c’eft un figne que la fufion va bien ; au contraire , fi ce bruit eft faible , c’eft un mauvais figne. Quand-le feu a bien endommagé le foyer , ce bruit ne fe fait plus entendre.
- Rarement , dans les fourneaux dont nous parlons, le foyer eft embar-raflé de feories , & on n’y trouve point de fer attaché après le fondage , comme il arrive dans les fourneaux où l’on brûle de la mine viciée par le foufre, l’arfenic , ou quelque pierre de mauvaife qualité-, qui fond difficilement. Au commencement d’un fondage , il y a des feories qui s’attachent au-devant du foyer : il faut l’en débarrafler fur le champ. Au refte , ce foyer doit , comme les autres, être purgé de feories à chaque coulée.
- On fait fortir les feories toutes les fois que l’ouvrage le demande. Si le feu attaque la tympe, ce qu’il eft aifé de voir, parce qu’alors elle eft toute^ enflammée , il faut les faire fortir plus fouvent que quand elle paraît froide. Lorfque la chaleur pénétré trop le mur de devant , il faut les laiffer
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- continuellement couler. Dans ces fourneaux , elles font de couleur pâle, & non de couleur de fer , lorfqu’elles font froides.
- On coule le fer en fufion trois ou quatre fois par 24 heures : quand on a fait la fixieme charge , il eft tems de le couler.
- On fait une efpecede folle dans du fable blanc très-fin : c’eft une efpece de lit, dans lequel on doit faire couler le fer en fufion. On humede ce fable de beaucoup d’eau ; en fuite 011 abat i’nrgille qui ferme la coulée , pour ouvrir un paifage , par lequel le fer fort comme un torrent très - limpide , 8c va s’étendre dans les lits qui lui ont été préparés , en une ma (Te longue en quelques endroits de 9,10 , ou 11 aunes (a). Le poids de chaque gueufe eft ordinairement de 8, 8|-? 9 , ou 10 petits poids de marine , ou de Stockolrn. Ce poids de marine équivautà 400 livres métalliques, 011320 livres ordinaires j ce qui eft caufe que , quoiqu’on ait par femaine 189 de ces poids de marine, comme le poids de marine de fer crud doit être de 520 livres, fi on réduit à ce poids les 189 qu’on coule par femaine, on n’aura que 126 poids de marine, tels qu’on les compte dans les autres provinces de Suede , où 011 travaille les métaux : & on aura confommé 125 leftes de charbons.
- Pour Lavoir fi la fufion va bien ou mal dans ces fourneaux, on tireaufli des indices des feories, des couleurs 8c de la flamme. Ces lignes font prefque les mêmes que ceux dont nous avons fait mention ci-devant. Si on voit furie fer ou fur les feories , des écailles ou lames brillantes, comme \ejie-rilc nitiâum , c’eft une marque qu’il faut plus de mine. Si vous regardez par la thuyere , vous verrez l’état du fer & de la fufion s c’eft-à-dire, combien il y a de gouttes noires & combien de blanches; fi la mine ne fond point trop ; fi elle 11e tombe pas toute en gouttes blanches, ou fi elle n’y tombe pas alfez ; fi les «gouttes mal dilfoutes & noires n’offufquent pas le foyer. Il y a encore ici un autre indice particulier , que js ne me fouviens pas d’avoir obfervé ailleurs, 8c qui dénote fi le fourneau demande plus ou moins de mine. En effet, fi la gueufe , longue de 9 ou 10 aunes, paraît bien égale partout , c’eft un figne d’une jufte proportion de mine & de charbon : fi au contraire elle eft plus bafle dans le milieu , c’eft-à-dire , un peu concave , c’eft une marque qu’il n’y a pas eu aTez de mine.
- Du fer crud de Roslagie d? Orégrimd,
- Le fer crud, qui fort des fourneaux dont nous venons de parler, eft com-pofé de petits grains très-blancs, & d’une couleur brillante à la fradure. Il
- (a) Qumzeftûeds trois,'quarts, piedsu& demi., 19 pieds & un quart,
- - . >. ; .-v- ' ' . •. .;cft
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- eft fi fragile , qu’avec un marteau on peut] le’mettre en pièces. Dans ce fer crud, on n’aime pas la ténacité que l’on recherche dans toutes les autres efpeces. On ne fouhaite pas non plus , que la couleur des parties intérieures de la fonte foit plombée , grife ou livide. On dit pour raifon , que ce fer à grains fins & peu cuit, fe fond & fe réunit plus aifémentà la forge : ce qui n’arriverait pas , fi la mine avait eifuyé un grand degré de chaleur dans la fufion. On recherche par préférence le fer le moins cuit, parce que notre mine'eft d’une qualité fi fupérieure & fi diftinguée, que la fonte, loin d’ètre détériorée par une faible cuilfon , donne au contraire un fer qui rentre mieux en lui - même , fe foude &Te rapproche mieux. La polition horizontale de la thuyere contribue à lui donner ce grain fin & brillant. Il faut charger la cheminée de beaucoup de mine 5 il n’eftpas befoin de lui en refufer, comme dans.les autres fourneaux , &il ne faut pas lui laitier defirer de la nourriture : on peut fans crainte lui en donner, jufqu’à ce qu’elle en foie rafla fiée.
- A la longue 3 ce fer granulé & brillant à la fra&ure, prend à l’air une couleur violette, & fe rouille aifément. Au fourneau à’Àlkarleby, où l’on mêle la. mine de Dawnorie avec celle d’U^bo, le fer crud eft , àlafraéture, de couleur brune , grife dans le milieu de la gueufe , & blanche & brillante proche la fuperficie.
- Il y a des fourneaux en Roslagie , qui, avec la même mine, ne donnent pas une fi grande quantité de fer j par exemple, à Ojlerby, où à chaque charge on ne met que douze paniers.& demi de mine, chaque panier pefant ,€o livres , les charges vont à 16 ou 17 au plus par jour. Aux environs de Tobo, les charges vont pareillement à 16 ou 17 , & à chaque charge on met 38 paniers déminé , pelant chacun 45 livres. Dans le canton à'Alkarîeby^ 011 met 18 paniers de mine par charge , & on fait 140U charges par jour. •En 48 heures on coule cinq fois , & chaque coulée donne une maife de fer de 6 petits poids de marine, ce qui fait par femaine 70 à 77 de ces poids.
- §. V I I.
- Des forges de Roslagie de la liquation Çg? cuiffon du fer crud ? de fin extenfion fous le marteau.
- La méthode de recuire & d’étendre le fer fous le marteau en Roslagie eft toute différente de celle dont nous avons parlé , qui s’appelle à PaUemande, pendant que celle-ci eft à la françaife ou à la valotme. Suivant celle-ci, c’eft-à-dire , la méthode franqaile , on peut avoir en une femaine 50 à 60 poids, /demarine de fer battu* tandis que la méthode allemande n’en peut procui Tome 11. Ddd
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- m
- DES FORGE S..
- rerque 16 ou 20 :: cette différence prodigieufe m’engage à décrire en entier la méthode ufitée en France..
- De la cheminée de la forge*.
- Cette cheminée eft conftruite de la même maniéré, & dans les mêmes, dimenfions , que celles que nous avons décrites au fécond paragraphe. Il n’y a aueune différence fînon qu’au-d&ffus de l’ouverture antérieure , il un mur de briques qui defeend jufqu’à la hauteur du vifage de l’ouvrier, de: crainte que le feu ne l’incommode 5 car l’ouvrier, ne celle de remuer, de tourner & de retourner, le fer qu’il affine, ce qui l’oblige d’avoir toujours la flamme devant- les yeux. Au côté, oppofé, eft une grande ouverture de trois pieds de long & deux pieds & demi de large , au-delà de laquelle il y a un petit édifice couvert. C’ëft par cet édifice & cette ouverture que l’on avance fur des roulettes la- gueufe dans le foyer : la cheminée eft ordinaire* ment de 3 \ ou 4 aunes ( b) de longueur, fur 3 à 3 | de largeur (c )..
- D’un foyer de forge, qu’on, appelle de liquation ( df
- Dans chaque forge, il y a deux foyers 3,mais qui ne font pas femblabiés * comme ailleurs. Dans l’un, on fond & on recuit feulement le fer crud, que l’on prépare à être étendu fous le marteau on l’appelle foyer defufion ou de liquation. Dans l’autre , on ne fait que chauffer le fer déjà ramafïe en une malfe, pour l’alonger fous le marteau:, on le nomme foye?* extenfeur. Le premier, ou celui de fufion , a deux pieds & demi de longueur, deux pieds & un quart de largeur , fur un pied'& un quart de hauteur. La lame de fer qui fert de fond , a été coulée fur cette dimenfion ; deux des parois font aufîi faites avec des plaques de fer crud coulé ; la thuyere n’eft pas fur une lame-de fer, mais fur une pierre pofée fur le mur ; les parois du foyer font per* pendicuîaires. A la partie antérieure., qn met un vieux marteau , par l’œit duquel on fait fortir les feories quand: il eft néceflaire : ou bieii, au lieu; d’un vieux marteau , 011 pratique une ouverture de figure oblongue.
- L’art de l’ôuvrier eft de favoir arranger fon foyer, & de lui donner les, dimenfions requifes. Il faut qu’il fâche placer fa thuyere de façon qu’il confomme le moins de charbon qu’il eft pofiible , & que la liquation s’opère dans le plus court efpace de tems. Au refte , les ouvriers ne font pas d’accord: fur ces dimenfions. Chacun d’eux fait fon foyer fuivant fon expérience particulière, & cache aux autres fa méthode j ce qui. eft caufe qu’à la fin de
- Wj Six prédis tin ponde, & demi, ou 7 pieds,, (c) Cinq,pieds un quart, (d) Une affiqerië,
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- chaque femaine il dérange fon ouvrage & en efface les traces , pour qu’on ne puiiîe pas en prendre les mefures. Au commencement de chaque femaine, quand il faut recommencer le travail, il rétablit fon foyer fur fes dimen-fions j qu’à cet effet il conferve tracées fur des réglés de bois. Cette défiance eft caufe qu’on ne peut pas donner ici des mefures communes & invariables , parce que l’un préféré la figure exactement quarrée, l’autre i’oblongue, celui» ci la plus profonde.
- De la thuyere.
- On fe fert ici de thuyeres de cuivre, mais beaucoup plus épaiffes que celles de fer. L’orifice en eft demi-circulaire , comme dans les autres endroits , avec cette différence que la bouche eft plus grande , ce qui eft caufe que dans le même efpace de tems il peut entrer une plus grande quantité de vent dans le foyer; car pour cet ouvrage il en faut beaucoup. On place ici la thuyere plus proche du fond que dans les autres foyers. Il faut que fon dos, ou fa partie fupérieure convexe , foit horizontale avec ia marge fupérieure de la paroi oppofée. La partie plate du deffous de la thuyere ne paraît plus alors être diftante du fond , qu’environ de trois quarts de pied. On ne la dirige pas de façon à couper le foyer en deux parties égales. Elle eft éloignée du devant de fept parties, & de cinq feulement du côté oppofé au devant. On pofe la thuyere allez obliquement pour que le vent rafe & balaie le fond, & qu’il n’aille pas frapper loin de la jondion du fond avec la partie inférieure de la paroi oppofée à la thuyere. Il faut beaucoup d’exa&itudc pour la placer , «St beaucoup d’art pour ne pas manquer ces mefures.
- De la maniéré de liquéfier & de cuire le fer crud.
- On emplit d’abord le foyer de gros charbons entiers «St choifis , dont il faut avoir bonne provifion , parce que les charbons menus «St en pouiliere rendent un meilleur fervice au foyer extenfeur. A l’aide de deux roulettes qui portent la gueufe , on l’avance vers le foyer, dans lequel on la fait entrer. Elle y eft inclinée , & cette inclinaifon vers le fond eft d’environ vingt degrés. Au moyen de cette inclinaifon & des roulettes, on l’avance aifément tant qu’on le juge à propos. On l’arrange de façon qu’un de fes bouts , environné de feu &de charbon , foit directement frappé par le vent. D’abord que le feu a diffous la partie qui lui était expofée', on l’avance, pour en ex-pofer une autre à fon adtion. Quand on a donné le vent au foyer, il nefe liquéfie que la partie de la gueufe (qui lui eft oppofée, & à chaque fois on n’en détache & l’on ne fond que ce qu’il faut pour faire une barre, qui doit être étirée fous le marteau.
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- Pendant la liquation , l’ouvrier tient continuelîemement fon ringard dans le feu : il travaille, remue, agite de tous côtés Je fer liquéfié. Tantôt il ramené au feu le fer qui fe cache dans les angles : tantôt il arrache du fond& des parois , celui qui s’y eft attaché: tantôt il expofe au vent celui qui était fous la thuyere : enfin il ne foufïre point qu’aucune partie du fer liquéfié fuit feule & éloignée du ventv Si on regarde l’extrémité de la gueufe qui fe liquéfie , on voit comment, fe fait cette opération,. Cette partie parait grofliere , inégale , de couleur bleue tirant fur le blanc. Il en dégoutte fans difcontinuité, du fer qu’il faut chercher par tous les angles du foyer pour 1e remettre au vent. Enfuite l’ouvrier raifemble toutes les parties difper-fées , &lesamaffe en une efpece de pain , ce qui demande bien du travail. Il éleve enfuite un peu cette malle fur les charbons , où il la -laiife à nud pendant une minute ou 90 fécondés. On dit que cela purifie le fer: mais la grande induftrie , le grand art, c’eft de remuer & d’agiter continuellement la mafTe fluide ; autrement on prétend que le fer ne peut pas être bien purifié;
- Pendant cette liquation , on augmente ou diminue le ventfuivant le be-foin : pour cela , l’ouvrier ouvre ou ferme la vanne qui donne de l’eau à la roue, par le moyen d’une bafcule qui eft fous fa main contre le foyer. Par ce moyen, il augmente ou diminue le vent ; ce qu’il fait fouvent, lailfant feulement quelques petits intervalles entre le plus ou le moins. Au refte , on fait mouvoir les foufflets plus vivement qu’ailleurs.
- Chaque liquation dure ordinairement une demi-heure,- cependant fi l’ouvrier eft habile & laborieux , elle ne doit durer qu’un quart- d’heure. Dans ce.dernier cas , il fera continuellement occupé à. agiter le métal ,.&à donner un vent proportionné. S’il faut faire une maife, ou un pain(e); plusgros., il Faudra plus de temsv
- A chaque fois on ne fond pas plus dé fer qu’il n’en faut pour faire une bande, qui doit être étendue fousje marteau, moyennant quoi on n’eft pas dans le cas de faire de ces maifes conficjérables , qu’il faut encore recuire, couper fous le marteau avec le cjfeau , & dont il faut encore chauffer les morceaux. Ici on prépare des pains de la groileur & du poids qu’il convient pour faire une barre. Cependant cela n’eft pas toujours exactement d’un poids égal: ce qui eft caufe que l’on fait des barres ou des barreaux de trois ou quatre façons , & de différens.poids. Un barreau , par exemple, portera un pouce quarré; un autre, un pouce & demi,- celui-ci , deux pouces & demi, & ainli de fuite,..
- Pour chaque pain , on confomme environ une tonne de charbons: dans les autres endroits de Roflagie, on en brûle une & demie, & quelquefois
- (c) Une loupe.
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- cTeux. D’une gueule longue de neuf ou onze aunes (/) , on fait trente-cinq pains , c’eft-à-dire, trente-cinq barres ou barreaux. Il y a une forge, dans la-quejle on ne brûle que 28 tonnes de charbons pour la confommation d’une gueufe , pendant que dans les voifines- on en brûle trente-cinq.
- Quand le fer liquéfié eft ramaffé en une mafle , on la tire du foyer, & 011 laplace fur une efpece d’enclume baffe , fur laquelle on la bat de tous côtés de r5 ou 16 coups de malle , ayant foin de l’applanir , & de détacher toutes les parties anguleufes & inégales. Cette mafle enflammée reffcmbie à un fromage creux: elle efic déformé ronde fans être fort épaiiie, creufe dans la milieu, où il y a un grand degré de chaleur.
- L’ouvrier porte fous le marteau cette mafle refoulée, & à force de coups il la réduit en un morceau oblong , qui s’appelle une pièce, en fuédois Jmicla ut tii holf ; il la reporte enfuite dans fon foyer , la plonge dans' le feu , & l’ex-pofe au vent. Quand un côté eft chaud , il la retourne pour expofer l’autre côté au vent. Cette pièce eft autant de tems à chauffer , qu’il en a fallu pour la fondre & la mettre en mafle. Pendant que l’on en prépare une nouvelle, il y a toujours une de ces pièces qui chauffe dans le même foyer. Lorfqu’on retire la piece qui a été plongée dans le foyer , & tournée de tous côtés à fimpétuofité du vent, elle parait rongée & diminuée. On voit qu’une partie dufer a péri par l’adtion réunie du feu & du vent; alors on la donne à l’ouvrier qui travaille au foyer extenfeur , & qui fait la mettre en bande ou barre fous les coups du marteau. Ilfaifit avec une tenailie cette piece enflammée; & dès la première fois qu’il, la fait battre au marteau, il l’alonge de trois pieds.
- .. On ne îaiffe point fortir de feories du foyer de liquation; mais on les y retient comme enfermées. Là, ou elles fe diffipent en l’air, ou le feu les détruit, ou elles demeurent dans le fer : à la fin de l’ouvrage, il refte feulement une malle informe. Comme il ne fort point de feories de ce foyer* les maîtres ouvriers prétendent qu’il ne fe perd point de fer.
- Dans quelques autres endroits de Roflagie, où le fer crud eft fait avec de la mine de Danmoi-ie, mè!ée*à celle d’U/ffo, ou à d’autre, on laifle fortir les feories du foyer , mais feulement deux fois par 24 heures. Si on ne les laifi fait pas. fortir, les ouvriers prétendent que la liquation & la recuiflon fe feraient difficilement , ou Jéchement, pour fe fervir de leur expreflion^-
- Sur le fer liquéfié & continuellement remué , on jette de tems en tems des feories & des battitures , que l’on ramafle autour de l’enclume: on dit que cela rend le fer plus fluide. On doit aulîi agiter le.fer fans difeontinuation,,
- de crainte qu’il ne demeure trop liquide, & qu’en cet état il ne brûle ou-nee
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- (/) Quinze pieds trois quarts , ou 19 pieds & un quart,
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- fe recuife trop. Si on le laiffc , comme on le fait dans les autres foyers, juf-qu’à ce qu’il commence à fe recuire, on prétend que cela fait tort à cette efpeçe. Cela eft caufe que, d’abord qu’on remarque dans quelques parties quelques figues d’ébullition , on fait fortir les fcories, ce qui ne fe fait jamais que dans cette occafion. On a foin que la liquation nefoiü pas trop liquide. Les ouvriers prétendent que non-feulement cela dégrade le fer, mais encore qu’il en périt une grande quantité.
- C’est ici qu’il convient de faire la comparaifon de la méthode allemande avec la françaife.
- i°. Dans les forges d’Allemagne, ou celles que nous avons décrites dans le fécond paragraphe , il y a à la vérité deux foyers ; mais ils font tous deux pareils , & fervent au même ufage. Dans les forges à la françaife, il y a de même deux foyers ; mais Punfert à la liquation & à la reciiiiion du fercrud, tandis que l’autre rie fert qu’à chauffer le fer qui doit être étendu en barres : ce qui fait que ces deux foyers font fort diiférens , à raifon de l’ufage différent que l’on en fait.
- 2°. En Allemagne on conftruit le foyer , ou le creufet, différemment qu’on ne le conftruit eu France. Là il y a trois parois de fer ; ici il n’y en a que deux, & la thuyere n’eft pas pofée fur une lame de fer , mais fur le mur.
- 3*. Dans la méthode allemande, la thuyere eft plus éloignée du fond, & dans la françaife, plus proche. Dans la première, les foufflets vont plus lentement que dans la fécondé, où l’ouvrier eft le maître de les faire mouvoir fuivant que fon ouvrage le demande. L’orifice delà thuyere eft auiîi plus grand, afin de pouvoir donner plus de vent.
- 4°. La plus grande différence eft dans la méthode même de la recuiffon. En Allemagne , on liquéfie tout à la fois une ou plufieurs maffes , jufqu’à la concurrence de près d’un poids de marine. En France , on ne liquéfie que la portion néceffaire pour faire une bande, ce qui ne fait que la 20e ou 30e partie d’une gueule.
- 5°. Dans le travail allemand, on cuit & recuit le fer de façon qu’il eft fondu & refondu ; au lieu que, fuivant la méthode françaife , on ne le cuit qu’une fois feulement; car, quand on a fondu une partie de la gueufe , fufti-fante pour faire une barre , on tire tout de fuite cette partie du foyer, fans la remettre au vent ni la faire refondre une fécondé fois. Après la première liquation , on la tire du feu, & 011 la porte fous le marteau : cela ne demande que l’efpace d’un quart-d’heure , ou d'une demi-heure , pendant que dans les foyers à l'allemande , il faut plufieurs heures à chaque liquation.
- , 6°. Dans le travail à l’allemande ,011 laitfe le fer plus long-tems tranquille
- dans le foyer. A la françaife, on le remue & on l’agite continuellement; on le cherche par tous les recoins, pour le ramaffer eu un pain.
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- 7*. Dans un foyer allemand , il faut cuire le fer deux ou trois Fois : ici une feulefois fuffit, &-on ne le laitfe point, comme une liqueur , entrer en eifervefceace , ni bouillonner, comme cela fe pratique dans la méthode allemande : pour l’empêcher, on l’agite fans relâche avec les ringards, en augmentant le vent; ce qui fait qu’il fe coagule , &fe ramaife en une mafle d’une certaine confiftance.
- 8°. On tire les fcories des foyers allemands ; on les laiffe en France. Si elles, relient dans le fer, elles en fortent bientôt en forme de fueur, dans le foyer d’extenfion.
- 9°. Suivant la méthode allemande, on emploie des charbons mêlés, & gros & petits , entiers ou en poufliere. Ici on n’emploie que les entiers capables de procurer une grande chaleur. Toutes les pouilieres & menus charbons font rélervés pour le foyer extenfeur.
- Par tout cela, on voit les différences de recuire le fer fuivant cette dernière méthode , ou félon celle qui eft indiquée dans le fécond paragraphe* Il y en a encore plusieurs autres, mais de peu de conféquence. Il faut examiner auffila différence du fer. Dans les foyers allemands, on demande du fer crud , qui fuit tenace-, & qui, dans fa fradture, foit de couleur grife., Ici„ on veut du fer qui foit plus crud & moins cuit * fragile , dont la caiîure offre de petits grains & points brillans ; car fi l’on n’a pas du fer de cette efpece , la liquation fe fait difficilement dans le foyer, & avec plus de peine. Au moyen du mouvement & de l’agitation, que l’on donne au. fer dans les foyers de.forges, il s’améliore & fe purge de fes crudités.
- Le fer crud, qui eft tenace, & qui a été bien cuit dans le fourneau, non-feulement réfifte plus long-tems au feu, & ne veut pas en être dompté ; mais fou déchet eft moins grand que. celui des fontes blanches & caffantes. Le plus, ou le moins de produit n?étant point ici une perte ou un gain pour Pouvrier, il n’aime & ne recherche que le fer qui fe liquéfie le plus aifément, & qui exige moins de travail pour être amaffé en pains; ce qui,aurefte, revient prefqu’au même ; car autant on a épargné de charbons au fourneau pour fondre beaucoup de mine & en tirer du fer. crud, autant il en coûte pour le. recuire, dans les foyers de forges..
- Dm fécond foyer y. que: Ton appelle- foyer extenfeur„.
- L’autre foyer, dans lequel ontranfporte le fer auquel le marteau a déjà* donné une certaine forme oblongue, eft d’une ftruéture différente. La cheminée eft pareille à celle- dont nous venons de parler , avec, un petit mur de: briques fur le devant, pour garantir de faction du feu les yeux des ouvriers*, ElLe. eft bâtie d’ailleurs tout de. même. & dans.les mêmes dimenfions mais Je:
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- foyer ou creufet eft abfolumént différent. Il a deux pieds de largeur depuis la thuyere jufqu’au côté oppofé, & trois à quatre pieds de longueur. On lui donne cette longueur, parce que les barres que l’on doit y chauffer, s’y intro-duifent & fe placent fuivant leur longueur. Le côté qui eft long , 11’eft pas élevé perpendiculairement; mais à fa partie fupérieure, il fe renverfe 1111 peu en dehors , de Façon qu’il eft plus large au-defius qu’au fond, fans néanmoins que cette obliquité foit confidérable.
- Pour ce qui regarde la thuyere, elle eft éloignée du Fond , entre dans le foyer , & a autant d’inclinaifon que celle du Foyer defufion que nous venons de décrire.
- Le fécond foyer ne Fe remplit pas de charbons gros & entiers, mais de pouftiere & de menus charbons. On jette cette pouftiere mêlée de menus charbons , dans tous les coins & au milieu de ce Foyer, dans lequel ou les accumule jufqu’à une certaine hauteur ; ce qui Fait que ce tas reiiemble à un tombeau , ou à un bûcher de pouftiere de charbons. Il Faut pour cela huit ou neuf tonnes de pouftiere de charbons, que l’on mêle avec de menus charbons , ceux qui ont été rebutés au foyer de fufion , comme n’y étant pas propres. Plus il y a de ces pouftieres, mieux oti dit que les barres ou barreaux qu’on y chauffe réuftiifeiit. Sur ce Fondement, 011 a grand foin de ramaiïer par-tout ces pouftieres de charbons , laiffaut les gros & entiers pour le foyer de fufton.
- Lorsque le foyer eft plein de cette pouftiere, on jette défais un panier de meilleur charbon, auquel on met le feu. Les barres qu’on a déjà commencé à battre , ainfi que nous l’avons dit, ayant encore des parties qu’il faut faire étendre fous le marteau, on expofe au vent qui perce dans le foyer, la portion qui re.fte à travailler , & 011 la rapproche du vent quand elle eft fur le point d’être portée fous le marteau. Celles qui n’ont pas encore été fous le marteau , 11e fe mettent pas tout contre le vent ; on les en éloigne un peu , parce qu’il ne faut pas un ft grand degré de chaleur. On tient toujours au vent le fer qui eft prêt à être porté fous le marteau. On peut donner différens degré-s de chaleur au fer, foit en l’éloignant de la thuyere , foit en le plaçant dans tel ou tei endroit du foyer ; en le mettant deifus ou deffous la thuyere; enfin, en le plongeant dans une plus ou moins grande quantité de.charbons allumés & en pouftiere.
- Il y a pîufieurs indices pour juger de la maniéré dont le-fer eft clmirfé dans le foyer extenfeur, foit liquide ment, foit féchment, comme on dit. Si le fer étant chaud & rouge, ou d’un rouge obfcur, même ft la flamme paraît plus obfcure que de coutume , c’eft un figne que le fer ne chauffe/-pas bien , & qu’il chauffe féchement. On en juge encore de même, lorfque les fpories ont de la peine à fortir du foyer. Les ouvriers difent qu’alors les
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- fcories fe retirent vers la thuyere, 8c c’eft ce qui les empêche de couler par l’ouverture qui leur eftdeftinée. Ordinairement elles fedurcitrent ver; l’ouverture de la thuyere. Si le fer eft chaud au blanc, & qu’il jette beaucoup de menues étincelles, blanches auffi, c’eft une marque qu’il chauffe bien. Le meilleur indice d’une chaleur convenable , c’eft lorfque la couleur du fer & des étincelles tire un peu fur le bleu. Ici la couleur du fer chaud eft d’un bleu fondu dans beaucoup de blanc. Dans les autres endroits, cette fcintillation eft la marque d’une trop grande chaleur, & d’un fer brûlé , au lieu qu’ici c’en eft une que le fer eft chaud comme il faut, & qu’il eft bon à être porté fous le marteau.
- If. Au relie , on temnere la trop grande chaleur du feu avec du fable & des fcories. On regarde de rems en tems le fer , pour voir s’il eft trop ou pas allez chaud. O11 en juge à fa couleur,* car fi l’ouvrier voit que la chaleur fe communique trop (cchement, il met du fable, mêlé avec des fcories pilées, fur le fer brûlant, & cela fur tous les côtés : après quoi il le remet au feu,
- 8c le place ou au vent ou proche du vent, fuivant le degré de chaleur qui lui eft néceffaire.
- Souvent on ôte les fcories du foyer extenfeur , deux , trois, quatre , & .jufqu’à cinq fois pendant la durée de chaque liquation , ce qu’on appelle une tournée, qui eft l’efpace de tems qu’il faut pour mettre fept pains en barres. On dit que c’eft bon figue, lorfque le foyer abonde en fcories. Dans le cas contraire , on tient que l’ouvrage fe fait trop féchement.
- On choifitpour ce foyer, de menus charbons inutiles à d’autres ufages. Il n’en faut pas tant qu’au foyer de fufion.On ne remplit le creufet qu’aux deux -tiers. Dans une forge fimple, pour avoir trente-cinq pains dans un foyer de liquation , 011 confomme 28 paniers de charbons choifis , & 20 dans l’autre foyer pour les forger. Au refte , dans ce dernier, il faut une tonne de menus charbons pour le forgeage de chaque bande , au lieu qu’il en faut une & demie, deux, & jufqu’à deux & demie, dans les autres forges de Roslagie. * s*
- Dans ces forges , le marteau ne celle de battre le fer , 8c n’a point de repos ,* de façoirqu’il s’échauffe beaucoup, ainfi que l’enclume. Pour y remédier , car la trop grande chaleur les amollirait, il y a un petit courant d’eau qui vient continuellement arrofer le tronc de l’enclume , dont le pied en eft environné de toutes parts. Lorfqu’une bande eft étirée, & qu’on la bac fur le plein de l’enclume pour la drelfer & l’unir, un enfant frappe fur l’eau avec un bâton , ce qui fait jaillir des gouttes d’eau froide fur le fer chaud , fur le marteau & fur l’enclume , qui en font arrofés j ce que l’on continue de faire jufqu’à ce que la barrefoit unie.
- Pour ce qui regarde la quantité de fer qu’on peut forger dans une femaine Tome IL E e e
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- dans une forge fimple, c’eft-à-dire, où il n’y a pas tant d’ouvriers, d'aides; & de goujats, que dans les autres forges, chaque femaine on en fait quarante grands poids de marine, ou 44. de Stockholm. Dans celles où il y a beaucoup d’ouvriers , d’aides & de valets, on a éprouvé que dans un foyer extenfeur , on pouvait en une femaine mettre en barres 72 poids de marine de Stockholm. L’ouvrage d’une femaine eft de 128 heures.
- Quant au déchet du fer crud, les ouvriers ne s’embarraffent pas qu’il s’en perde plus ou moins. Les uns penfent qu’il ne s’en perd pas beaucoup, parce qu’on ne laide point fortir de fcories du foyer.. Il y a cependant une grande-diminution dans le fer, ainfi qu’il eft aifé-de le prouver par le calcul. Dans, une forge 011 raffine & on tire en barres ordinairement 11 gueufes & demie par femaine. Chaque gueufe pefe communément environ neuf poids de marine. Or, onze gueufes & demie ne rendent que 66 poids de marine de Stockholm de fer forgé : il eft donc clair que de 104 parties de fer crud, on n’en a que 66 de fer pur & forgé. Dans une forge fimple on fond fept mânes & demie de fer crud par femaine , ou, ce qui eft la même chofe, 67 poids de marine, qui rendent 42 ou 43 poids de marine de fer forgé. Donc le fer crud diminue dans la proportion de 104 à 66, ou d§ 67 3 42 , ou de 26 à 17 f ; ce qui prouve qu’il périt plus d’un tiers de for crud , pendant que, fuivünt la méthode allemande , il n’en périt que ^ ; la différence eft de 13 à 9. Cette diminution provient beaucoup de la qualité du fer crud. Les ouvriers aiment celui qui a des gçains, qui eft blanc & peu cuit : ainfi il 11’eft pas étonnant qu’il y ait plus de déchet.
- Les poids dont .011 fe fert ici, font bien différens des poids ordinaires. Un poids qu’on appelle ivicht, équivaut à un poids & demi de marine de Stockholm : deux wickts. 8c demi font un poids qu’on appelle»/*//, ou crois, poids & demi de marine.
- Dans chaque forge , il y a huit ouvriers : deux maîtres , un qui préfide au foyer de liquation, l’autre au foyer extenfeur ; pour trois poids 8c demi de marine, on leur donne à chacun un thaler 8c demi de cuivre (.129) : un compagnon, qui par mtll gagne un thaler & un quart ( 130) : quatre goujats auxquels pour la même quantité de fer on donne un thaler chacun (131),. 8c l’enfant qui bat l’eau, lequel gagne un demi-thaler (1-32). Outre cette rétribution , on leur donne encore tous les. ans une petite gratification , qu’on appelle lapiece pour boive.
- L’office de l’enfant qui s’appelle goujat, eft de jetter de l’eau fur les
- (129) Vingt-quatre fols dix deniers de (131) Seize fols quatre deniers de
- ïrançe. France.
- (130) Vingt fols cinq deniers de Francs.. ( 13 2.) Huit fols deux, deniers de Francs»;
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- Narres qui font fous le marteau, d’y imprimer la marque; & pendant î’ex-tenlion , de la foutenir avec une efpece de crochet, afin de la retenir fur l’enclu me.
- Lorsqu’un bout de la barre eft forgé, 011 le trempe dans l’eau pour îe refroidir : peu de feras après , on le retire fur le botd du bafehe , où il refte un moment. On le replonge une fécondé fois dans l’eau, d’où 011 le retire encore promptement fur le bord du-bafehe. Enfin , on le replonge une troiiieme fois dans l’eau , où on le îaiife jufqu’à ce qu’il foit refroidi : alors on le porte au foyer extenfeur, & 011 y enfonce la partie qui refte à forger.
- Si l’on était obligé défaire réparer le foyer d’extenfion , ou fi l’on manquait , foit d’eau , foit de pouiiiere de charbons, on ne laide pas pendant ce tems-là de travailler au foyer de liquation (g). On y fait plufieurs pièces, que l’on forge par la fuite : on en fait en une (èmaine, jufqu’à concurrence de 90 poids de marine.
- Nous pouvons encore voir ici ce que les méthodes allemande & françaife ont de différent pour mettre le fer en barres. i°. Le fécond foyer allemand 11’eft point différent du premier. On fait également la même bclogne dans l’un & dans l’autre ;au lieu qu’en France 01111e fait que chauffer le fer dans le fécond foyer , fans l’y fondre lorfqu’il eft encore crud. 2°. Le foyer allemand eft prefque quarré ; le français eftoblong, outre que la paroi oppofée au vent eft inclinée en-dehors. 3°. On y chauffe le fer uniquement dans la pouiiiere de charbons , mêlée avec de menus charbons , ce qui ne fe pratique pas dans un foyer allemand. 40. Il y a d’autres ufages touchant le degré de chaleur du fer dans ce dernier foyer, que dans un français, où l’on cherche une chaleur allant au blanc mêlé de bleu. On cherche même à donner au feu un affez grand degré de chaleur. , pour que de toutes parts il jette des étincelles , comme des rayons de feu ; ce que l’on évite pour le fer chauffé dans un foyer allemand. 5°. Il faut moins de charbons pour fondre & forger la même quantité de fer, fuivant la méthode françaife , qu’il 11’en faut félon l’autre. 6°. Indépendamment de cette épargne, l’ouvrage va plus vite en France ; car, dans une forge à deux foyers , on y raffine & on y bat par femaine 40 à 60 poids de marine de fer ,• tandis qu’à fuivre la méthode allemande, dans le même tems & dans deux foyers , on nê peut fondre & forger que 16 à 22 poids de marine de fer.
- Il ferait trop long de rapporter les autres méthodes de fabriquer éc travailler le fer en Suede. Il y en a qui fe fervent de la françaife : mais comme ils rrçèîangent des mines de nature différente, dont ks fers ne peuvent fe
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- (g) L’affinerie.
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- dilfoudre au vent de la thuyere , mais veulent être fondus plus lentement, & demandent plus de tems pour être faifis par le feu., ils ne peuvent le purifier par cette méthode, ni ramaiTer en un feul pain le fer liquéfié. Ils font, obligés de faire fortir les parties v-icieufes , lorfqu’elles-font féparées des autres ; c’eft-à-dire , qu’ils fontfouvent obligés d’écumer-le foyer , quoiqu’il-ne foit qu’à demi plein de fer liquide. Ils font même forcés de modérer le. feu & le vent, de crainte que ces parties vicieufes ne fe mêlent encore dans.-le fer à l’aide de la chaleur , & ne le fadent plutôt brider : ils ont donc recours à leur expérience particulière pour amollir le fer , le rendre dudlile &. doux , enfin pour le bien battre & le polir fous le marteau.
- Quelques-uns cependant ayant une autre efpece de mine que celle dont ou fe fertdans les forges dont nous venons de parler , & prenant modèle fur ces foyers à la franqaife, ont tenté d’en faire de pareils, &, d’adopter cette méthode en coulant de longues malles triangulaires, les ex-pofant au vent, les liquéfiant comme en France, les ramallant en pains en remuant continuellement le fer avec un ringard, & en le portant, après lepre-mier forgeage, dans le foyer deftiné pour l’étendre; mais le fuccès n’a pas» répondu à leur efpérance : car le fer à recuire n’était pas de la même qualité , ni de la même configuration ; il n’était plus fi fulibîe dans les foyers de forges; il femblait- réfifter au feu avec opiniâtreté; une grande partie fe convertirait en feories , dont il fallait fouvent débarraller le foyer : ainfi ,. ils ont été obligés de recourir à leurs anciens foyers , & à leurs ufages ordinaires. Le fer de Danmorie fond aifément, & fe coagule auili - tôt qu’il eft. fondu, ce qui fait qu’on le ramaiTe aifément en pains. Il n’a pas befoiiv d’une fécondé cuiifon , parce qu’il n’eft pas chargé de beaucoup de foufre, ni de pierres nuifibles ; ce qui eft caufe qu’il n’eft pas nécelfaire de le cuire. Si recuire , pour ie purger, par le fecours d’une grande chaleur .des impuretés qu’il n’a pas. Il Fuit de-là que chaque efpece de fer a fa manière particulière d’être travaillée , & qu’elle fe refufe à toutes les autres..
- §. VII I.
- De la maniéré de fondre la mine de fer en France.
- * *
- Il y a beaucoup de fourneaux en France, pour la fufion de la mine & la préparation du fer crud; favoirrdans le Nivernois , les fourneaux de Sauvage, Chante-Merle, Bizy , la Sanoderie, Corbolhi, de Pot, de Ch au doux , de Guichy , Cramin, Ravau, la Bloufe , Première , Moulin - Biloufi , Mouti^ny , Cigogne t Azy- Calotte-Sadonue , Charbouuerie : dans le Berry, ceux de Me-lim î GroJJb uvre, Sont et, Torteran, Feuillardes, Prejjy , Courbanjou, la Qui-
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- kderie, Bonnau , Crcuzon, Àrdante ou Clavicre, 21or cuit, la Forge - Neuve, Bigny, Ivoyele-Frez : dans la Tourraine, celui de Prévilly : dans le Poitou, ee.ux de Meiüeuret, Charneuil, &c. Il y a encore plusieurs autres fourneaux en Lorraine , en Champagne, aux environs de Bar-fur-Aube, de Troyes $ dans le* Ardennes, à Dagny & à Giromie : il y en a auffi en Normandie , en Bretagne, & en plusieurs autres endroits.
- Ce royaume ne fournit pas beaucoup'de mine dans les montagnes , ni qui •foit unie à une roche dure. La plus grande partie eft répandue fur terre , & dans les lieux marécageux,- ce qui fait que l’on en ramafle cîe petits morceaux , qui font répandus qà & là fur la fuperficie de la terre , & couverts de terre & d’argille. Par le lavage qui s’en fait à l’aide d’un petit courant d’eau, en détache la partie terreftre dont cette mine peu riche eft imprégnée j & quand elle à été brûlée & calcinée , on la met dans le fourneau. On trouve des mines en roche , in Fay & Perige ( h). On dit que les mines que l’on tire de ces montagnes , font fort fulfureufcs : on en fait cependant du fer , mais d’une mauvaife qualité. Les habitans connaiflent à la marque & aux lettres mifes fur le fer, de quelle qualité il eft: on l’emploie à certains ufages, faute d’en avoir de meilleur. La meilleure efpece .& le plus deux fe travaille dans la Bourgogne , le Nivernois, & même dans quelques lieux de la Champagne , comme le fer qu’on fabrique à Poche , & qui en porte le nom : pour celui qui fe fabrique dans la Normandie , la Bretagne & le Périgord , on dit qu’il eft caifant. -
- -En Champagne , Lorraine, Bretagne & Normandie , les fourneaux font à-peu-près conftruits comme ceux de Liège, dont nous allons, parler. Il n’y a guere que 20 ou 30 ans ( i ) qu’011 s’y fervait de foufflets de cuir. On tire la mine de la terre. En 24 heures on fait 16 ou 2o charges , & à chaque charge on met if ou 16 paniers de mine & trois vans de charbons, avec deux paniers de. pierre calcaire : cela produit 2000 à 2^00 de fer crud , que l’on coule en malles longues. Chaque malfe pefe 12 à 15CO; elles font longues de ï ou 6 aunes, & larges de 12 doigts. On fait les charbons avec les bois les plus compactes , comme le châtaigner , le hêtre , le chêne i ce qui fait que le charbon eft très-dur , & qu’il tient bien le feu : cela fe pratique ainfi depuis plusieurs années.
- (h) On a lieu de croire que , par ces bourg- appelle Perignc. On fait d’ailleurs mots,Swedenborg a voulu défigner l’An- qu’il y a beaucoup de forges dans ces deux jou & le Poitou. 11 y a dans l’Anjou un provinces, bourg qui s’appelle Paye, & dans le Poi- (i) Il écrivait en 17341 tou , élection de Saint-Maixent, un autre
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- Du fourneau de Grofouvre dans le Berry,
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- Aujourd’hui les fourneaux font mieux bâtis & meilleurs que ceux qu’on fêlait autrefois , & dont nous avons déjà en quelque maniéré donné la def-cription. Je donnerai pour exemple celui de GroJJbuvre, proche l’Allier, dans le Nivernois : les autres font à-peu-près de même. Sa hauteur eft de 25 pieds français ou de 27 de Suede , depuis le fond du foyer* le dedans eft quarré * au milieu il y a une cavité très-large , & qui fe rétrécit vers le deifus. L’ouverture d’en-haut, par laquelle on met les charbons & la mine , eft large de deux pieds & demi * en approchant du fond, il a fept pieds en quarré ; dans le milieu, où eft la plus grande dimenfion quarrée, le ventre a fept pieds &demi ; le foyer eft haut de 19 ou 20doigts, long de 3 pieds & large de 18 doigts : l’orifice de lathuyere eft dans le milieu du foyer.
- Les foufflets font de bois * & fuivantM. de Reaumur, ceux des forges ont les dimenilons fuivantes. Leur langueur eft de fept pieds & demi ; ils s’élèvent de 14 doigts* leur plus grande largeur eft de 42 pouces, la p^us petite de A4; un fouftlet fe leve 206 fois par quart d’heure , les deux en-femble 412 fois : il a trouvé par le calcul , qu’à chaque coup un fouftlet donne 2015 r pouces & demi cubes d’air; mais les foufflets de fourneau font beaucoup plus grands , & en donnent à chaque coup 9 8220. Chacun d’eux fe leve 120 fois dans un quart-d’heure , & les deux enfemble 240 fois. Les charges fe renouvellent tous les cinq quarts - d’heure , lorfque les charbons font defeendus à quatre pieds deux pouces. Chaque charge eft de neuf rai-fées ou puni ers de charbon, avec douze paniers de mine , dont trois de la meilleure efpece , & par-deflus trois ou quatre paniers d’une efpece de lilex qui fert de menftrue. Dans d’autres fourneaux, ce mélange eft différent. Four un millier de fer, il faut deux tonnes de charbon : en fix jours & fix nuits on coule dix fois, & 011 a dix longues maifes de fonte , qui en France, comme en Suede , s’appellent gueufes.
- D'un fourneau a fondre la mine de fer dans le Dauphiné,
- Dans le Dauphiné, aux environs de la ville d\4lvar, il y a dans la montagne de Fauche 9 plu.iieurs galeries pour tirer la mine de fer: il y en a-qui ont de 300 jufqu’à 603 aunes de longueur (k). On continue toujours d’y travailler; mais au lieu de foufflets, on a établi des efpeces de machines hydrauliques (/), qui fourniifeut du vent comme feraient des foufflets. On le pratique de même en quelques endroits d’Italie ( 133).
- (je) ou îoço pieds. (/) Cette machine s’appelle trombe, (13$) Yoy. p. $7 &fuiv.
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- On bâtit le fourneau* proche une eau courante , ordinairement au pied' d’un coteau ou d’une montagne , d’où fe précipite le courant d’eau. On fe fert de tuyaux pour amener l’eau à la trompe : il y a 90 ans qu’on a commencé en Italie àfe fervir de cette machine » d’où elle a pafle en d’autres endroits , s’il faut s’en rapporter à ce qti’on en dit (134).
- La figure montre la machine, planche 12. A, elt un canal en bois qui n’eftpas bien confidérable , & qui amene l’eau où il convient* B , eft la partie fupérïeure du thuyau perpendiculaire, qui s’appelle trombe. Ce fyphoii elt percé en rond, & formé de deux pièces de bois jointes & rapprochées». Le diamètre de la partie fupérieurc en C, elt de 12 pouces, & de fon inférieure en E, de .io pouces. La partie C, C, s’appelle élranguilfon, parce qu’elle fe rétrécit, & fe termine en-bas par un orifice de cinq pouces de diamètre, ce qui fe fait afin que l’eau foit mieux contenue dans la partie fupé-riepre , & qu’elle tombe perpendiculairement fur une pierre qui eft deifous £ fi la trombe a vingt-pieds de hauteur , l’étranguillon doit en avoir quatre * e’eft-à-dire , qu’il doit faire le cinquième du fy pfton.
- Il y.a deux trous D, D, DyD, au bas de l’étranguillon, un de chaque côté , & félon la longueur de la piece , afin que l’air puiffe entrer & être attiré par ces ouvertures. A la diftancede deux pouces, il y a encore deux trous pareils 8c pour le même objet. E, eftlefyphon ou tuyau fait de deux morceaux de bois rapprochés: quelquefois on 1 e fai t de fer-blanc. Ce fy-phon entre d’un pied& demidans un réceptacle qui eft deifous, &repréfenté par F: il a quatre pieds de hauteur, & autant de diamettre. G, 6r, G, G9 font deux pièces de bois pofées en croix, qui portent une pierre ronde qui a U pouces de diamètre, fur laquelle tombe l’eau du fyphon : cette chute augmente le reffbrt de l’air. H, repréfeute cette pierre, entre laquelle & le bas du réceptacle , il y a une ouverture de cinq ou fix pouces. /, eft un autre canal,, par lequel l’air que l’eau a entraîné, va en ligne droite au foyer, ne trouvant point d’ilfue pour s’échapper autrement. Ce réceptacle s’appelle caiffoni il eft de figurequarrée de ïo pouces: mais 011 peut lui donner telle longueur que l’on veut. On obferve cependant de le tenir perpendiculairement, de crainte qu’il ne donne pacage à l’eau. If, eft le canal par lequel l’air eft conduit au fourneau: il a cinqpouces de diamètre fur la longueur néeelTaire. L, eft une valvule de «uir qu’on appelle arrêt ou bafcule, faite de bois, mais couverte de cuir * en l’abaiflant on donne une iifue à l’air, & on l’empêche d’entrer dans le fourneau : d’ailleurs, l’air par fa force ferme très-exadement cette valvule. M% eft un canal de fer bien joint à celui de bois* il eft contre le fourneau , & «ntre dans, le foyer X. 0,. eft le fourneau: l’eau qui tombe fur la pierre, coule
- (134) Blanche 4, ftftion 1V, §g,
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- de tous côtés. P, eft une ouverture quarrée au fond du réceptacle : cette ouverture a un pied de diamètre. De-là , l’eau coule en Q, qui eft un autre réceptacle que l’on appelle cajfette, faite avec des chevrons: elle eft longue de trois pieds , & large d’un. Au milieu de ce réceptacle Q, -eft une valvule, nommée palette , qui étant fermée empêche la fortie du vent. Elle donne feulement ilfue à l’eau qui ne peut pas tenir dans le réfervoir , & qui -eftau-delfus de la valvule: l’eau coule continuellement par - delïus les parois du réceptacle.
- Si le lieu permettait d’établir un fyphon de 30 ou 36 pieds de hauteur, il ne feroit pas îiéceiîaire d’en avoir plufieurs. Mais 11 l’on 11’a que 20 ou 24 pieds à donner, il en faut trois : car plus le fyphon eft haut, plus il fournit de vent. De cette maniéré on a un veut très-fort , égal, & continuel i mais on penfe qu’il eft trop humide & trop froid ( 135).
- De quelques fourneaux établis eu France pour y couler des canons.
- On prétend qu’il y a long-tems que le duc de Ne-vers fit'eonftruire des fourneaux pour fondre des canons, & que pour cet effet il tira des ouvriers deSuede, mais que dans les commencemens l’entreprife ne réuffit pas ; que ce travail fut cependant fuivi dans le Périgord, & qu’ayant fait venir des ouvriers d’Atigleterre, l’entreprife s’augmenta au point qu’il y eut douze fourneaux d’établis, même un plus grand nombre. Quelques - uns de ces fourneaux étaient doubles ; c’eft-à- dire, qu’il y avoit deux cheminées & deux foyers l’un contre l’autre , enclavés dans la même maçonnerie , féparés néanmoins par un maflif, afin de pouvoir ramaffer alfez de métal pour couler les plus gros canons. Il y a encope aux environs d’Angoulême des fourneaux pour couler des canons que l’on envoie de-là à Rochefort. Il y a aulfi quelques-uns de ces fourneaux dans la Bourgogne , & en quelques autres endroits.
- Au commencement , on efiaya des mines de differente qualité : mais à pré-fent on emploie , à ce que je crois, la mine en. roche, qui fe caffe,aux environs de Nortrou , d'Ejjideuil, de Mareull, & la Chapelle-Pownier. Ces minières ne font pas éloignées les unes des autres: la mine 11’eft pas bien profonde; mais fes veines font couchées horizontalement qk & là dans les champs, & 11e s’enfoncent guere daus la terre.
- Ces fourneaux avaient 24 à 26 pieds de hauteur,* ils étaient bâtis de roche
- (155) La froideur du vent ne faurait nuifible, à moins qu’on ne puiffe dire qu’elle, nuire ; mais l’humidité dont’peut être eft diffipée par l’ardeur du feu,avant qu’elle chargé le courant d’air, ell; probablement ait pu atteindre le minerai en fuiion,
- pure.
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- pure. Les murs du foyer étaient faits avec de grandes pierres de meules, ou des pierres de grès. La cheminée ou cavité intérieure était de figure ronde. L’ouverture fupérieure avait deux aunes (»i), & même était plus grande dans les fourneaux où l’on coulait de plus gros canons. La cavité devenait plus ample vers le milieu du foyer, & de-là lé rétrccilfait en defcendant. Le foyer était long d’une aune f, une aune f , ou deux aunes («) fur une aune de large. O11 fefervait anciennement de fouffi.ets de cuir, qui étaient mus par de petites roues à eau.
- A chaque charge on mettait deux ou trois mefures de mine, avec trois paniers de charbons de châtaigner. En 24 heures on Fêlait 18 à 2c charges. Tous les deux ou trois jours on coulait le fer, mais plus ou moins, fuivant la grofieurdes canons. Quand on a éprouvé les canons faits avec de la mine de Mareuil, on a reconnu qu’ils étaient d’un fer très - calfant. Jufqu’ici la .grande fluidité de cette mine a été caufe qu’on l’a mêlée avec d’autres efpeces réfractaires, & qui ne fondent pas ailèment.
- Maniir e de recuire le fer cmd çf de f étendre fous le marteau en
- France.
- M. deReAUMUR, dansfon magnifique Traité de la converfmn du fer forgé en acier, parle brièvement delà manière de faire recuire le fer crud dans les forges de France. On peut voir par ce qu’il dit * que c’eft la même méthode que celle que nous avons décrite au paragraphe feptieme , & que nous avons appellée à la freinçaife. Voici ce qu’il en dit:
- Veut-on faire du fer, & fur-tout du fer bien doux? 011 prend par préférence des fontes blanches. Cette fonte a été moulée en forme de gueufe. Un des bouts de la gusufe eft placé au-deflùs de l’afiRncrie, qui eft une efpece de grand creufet formé par des plaques de fer, qui n’a que fe’pt à huit pouces de profondeur. L’affinerie eft remplie de charbons ; il y en a même aflèz pour couvrir le bout de la gueufe. Deux fouffiets entretiennent un feu niiez violent,- qui amollit le bout de la gïieufe , & la fait fondre. Elle laide tomber des gouttes, comme il en découlerait d’un bâton de cire d’EPpagnc pofé au-deflus d’une bougie allumée. Un ouvrier tient dans cette affinerie un long ringard, aveclequei il raflemble la matière qui y tombe. Il la pétrit en quelque maniéré; il la retourné, & en fait une malfe de 80 ou 90 livres , qui eft apnel-lée dans les forges une loupe. Cette matière,, {bit avant qu’elle ait pris la forme de loupe , foit après, eft environnée de charbons allumés. Le vent des fouffiets fait de toute part circuler la flamme autour de la loupe. Il n’y a
- (ni) Trois pieds & demi. (n) Deux pieds 7 pouces & demi, trois pieds & un quart.
- Tome IL F f f
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- même aucune partie de la mafle, contre laquelle elle ne foit dardée violemment : mais ce à quoi il faut fur-tout faire attention ici, c’eft la façon de pétrir la fonte & la loupe avec le ringard. Au moyen de cette manœuvre , toutes les parties font fucceffivement expo-fées à- l’action immédiate de la flamme.. L’expérience a appris que mieux la loupe a été pétrie, mieux & plus long-tems elle a été chauffée , plus le fer q-u'on en tire efl: doux ; mais aufîî moins on en a : on brûle plus les foufres, an emporte mieux les fels ; mais en même-tems on brûle plus de fer. Auffi plus on fait le fer doux avec, des foutes médiocres, plus on trouve de déchet.. On imagine bien que , pendant que la loupe a été tenue dans raffinerie , une partie de ce qui lui reliait de matière terreufe & vitrifiée, s’en eff féparée ; cette matière ell plus aifée à ramollir que le fer. Elle en ell encore expulfée, quand on porte la loupe fous le gros marteau qui pefe un millier, & quelquefois jufqu’à quinze cents. On y forge-cette loupe à diverfes reprifes , après lui avoir donné chaque fois une nouvelle chaude , comme on la donne à toute barre de fer que l’on doit forger..
- U*un nouveau petit fourneau proche de Bayonne..
- Au nord de Rayonne,À un mille de la ville de Dax , contrée de Chalofe,. on-fit au commencement de l’année 1723 , pour fondre de la mine , un fourneau-prefque femblable à un foyer ordinaire de forge, ouvert par le devant, avec cette différence que le bas était rond. I! était auffi plus grand qu’un foyer ©rdinaire.de forge, de façon qu’il pouvait contenir I2f oui^o livres de fer.
- On emplit ce foyer de charbons; enfuite on met deffus de la mine qui fe-liquéfie , & gagne le fond en paflant à travers les charbons. Pendant ce terns-là on ne ce (Te ug remuer & de retourner le fer en fufion , qui ell tombé dans: le c'reufet, jufqu’à ce qu’il en foit prefque rempli. Quand le fer efl ramaffe en une maflfe qu’on appelle loupe, ou renard,. & en quelques endroits hournade,. on tire les feories, & enfuite on coupe la maffe en cinq ou fix morceaux,, qu'on porte fous le marteau, chacun à leur tour.
- La mine qu’on fond de cette maniéré ne fe trouve pas dans les montagnes, en malle ou en pierre; mais dans une efpece de terre rougeâtre, & peu à-fond. Cette mine efl pauvre ,* car 1 Ï à 1800 de mine fourniffent à peine une.' liournade , c’efl-à-dire ,150 livres de fer.,
- §. I X.
- Fourneaux: des environs de Liège.
- Aux environs de Liège, il y a des fourneaux & des forges, entre autres: proche de Huy & de Nav>ni:\ il y en a auffi près de Limhourgg, de Metz., de:*
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- Luxembourg. Par le moyen des rivières, le fer fe tranfporte à Liège , & de là à Amfierdiwt. I! y a quelques années que dans le pays de Liège il i:’v avait que huit fourneaux.
- La mine avec laquelle on Fait le fer, fe ram a {Te en plufieurs endroits. Elle eft ordinairement jaune ou rouge. Onia tire dans les marais & dans la terre végétale, ce qui eft caufe que les morceaux font enveloppés de beaucoup de terre. On la calcine d’abord feulement pendant 24 heures 5 après la calcination , elle relie de couleur rouge. Le fer qui en provient, eft très-tenace & très-fonore quand on le frappe , ce qui fait qu’on le coule en lames minces , pour former différentes marchandifes, comme des pots, des marmites, &c. Au relie , lé-fer en barres n’en eft pas d’une excellente qualité ; il eft très-caf-Fant à froid.
- On éieve le fourneau de 20 pieds au-delfus du foyer : la largeur eft de cinq pieds , dans la plus grande étendue ; la cavité du ventre eft de 6 ou 7 pieds, & de forme quarrée. O11 choifit, pour le bâtir, la meilleure pierre connue pour bien ré lifter au feu. Par ce moyen on peuple faire travailler fans relâche pendant un an entier. Toutes les deux heures, on renouvelle la,charge qui eft de 20 ou 2';, paniers de mine, & on coule deux fois par jour, c’eft-à-dire, au bout de 12 heures ; & à chaque coulée on a 1700 de fer, ou 3 poids de marine & un tiers, ce qui en fait près de fept en 24 heures. L’été, 011 travaille en marchandifes , & l’hiver on coule des gueufes , qu’on fond enfuite dans des foyers deforges, pour en Faire du fer en barres. Chaque jour on con-fomme douze charretées de mine,- ci-dcvant on lefervair de foufftets de cuir qui avaient fix ou fept aunes de longueur (0).
- Lorsque le fer eft'mis en barres , cent livres de fer crud rendent quatre-vingt-fix livres de fer battu. La perte jdu le déchet n’eft que de 14 par cent.
- §. X.
- Maniéré de traiter la mine de fer en Italie , de la calciner , de
- la fondre à Brejce.
- La ville de Brefce, où il y a des fourneaux à fondre la mine de fer, eft fous la domination de la république de Venife. Il y aplulîeurs puits à mine qui 11e font pas profonds ; ils ne font guere qu’à 20 ou 24 aunes de profondeur (/?). Cette mine parait n’ètre pas fulfureufe ; ce qui eft caufe que ie fer qui en provient, eft calfant à froid. On fépare les veines de bonne qualité. Les couches de mine n’ont pas de largeur. Celle de JRozza Ifèlv aggia donne du fer callânt.
- (o) Dix pieds & demi, ou 12 pieds & un quart. (jj) Trente-cinq ou 42 pieds.
- Fffij
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- La mine d’une bonne qualité, & qui n’cft pas fulfureufe , que l’on dif-, tingue même à l’odorat* elt mifc dans le fourneau , fans être ca'cinée : mais celle qui eft fuîfuteufe , eft grillée préalablement. Ou cliaiie à l’aide d’un feu doux, les parties les plus grofïieres , & on dénoue en quelque façon la pierre , en lui fefant perdre foï\gluten.. On metd’abord à part la mine qu’on-veut griller; on la range par couches fur des charbons , mettant un lit de charbon & un lit de mine , & ainli de fuite. La derniere couche doit être de menue mine de deux pieds d’épaiffeur. Après cela, on met le feu à la pyramide, & on laide brûler le tout jufqu’à ce que le feu s’éteigne,. & que le-bûcher fe refroidiffe de lui-même.
- pENDANT-c.e tems-là on prépare un fourneau,, en italien cawnechio , d’environ 24 pieds de hauteur. On le bâtit de pierre de roche feuilletée , qu’on afiermità merveille au moyen d’un mortier fait de craie, de iable & de poudre de charbon. L’ouverture fupérieure eft de trois pieds, de figure quarrée* Veis. le bas , cette ouverture fe rétrécit defaqon que ion diamètre n’eft plus enfin que de trois quarts d’aune (q). Sous le fond, on fait une foflè à l’ordinaire ; oh placo. un fyphon d’évaporation à un des côtés du fourneau. Sur la pierre fondamentale , on met une couche du. mortier ci-deffus , épaiffe de. près d’une palme.
- L’ouverture par laquelle on coule le fer, elt garnie de pierres qui refirent bien au feu , liées avec le mortier en queftion. Hors du foyer, oa prépare avec des potiffieres de charbon, une aire unie, fur laquelle le fer liquide doit couler. La thuyere occupe un des côtés. On fe fert de foufflets de cuir, & dans quelques endroits d’une trombe. Le canal qui porte le vent,, n’eft pas arrêté à demeure : il eft mobile,. & peut fe. placer & fe déplacer à-volonté. A
- On met la mine calcinée fur des lames de pierre feuilletée de douze pieds de long fur fix de large. On lave cette mine avec de l’eau qui y eft amenée par un petit canal. Cette eau détache les impuretés & les parties terreftres». On remue la mine jufqu’à,ce que fepu en forte limpide ;. enfuite on la laifle Lécher dans un endroit incliné, jufqu’à ce qu’elle n’ait plus d’humidité après, quoi on la porte au fourneau pour la fondre.
- On emplit d’abord le fourneau de charbon , auquel on met le feu par la thuyere , en y paifant des charbons allumés, & en foufflant un peu’jufqu’à ce que le tout foit bien enfiammé. Quand ces charbons font brûlés jufqu’au-fond , on en remplit de nouveau le fourneau : alors 011 fait marcher les fouL ftets pour donner le vent, & en même tems on met une mefure , appellce-ZwlettOy de mine qui pefe environ 50 livres, & par-ddlûs, vingt-cinq,livr.a&
- iq') Quinze.pouces & trois quarts,.
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- d’un Certain fable jaune, qui fcrt de menftrue & de fondant. C’eft avec h fecours de.^e fable, que tous les ouvriers font leurs foudures. Delfus ce panier de mi$§B , couvert de labié , on met du charbon , enfuitc de la mine, & puis du fable autant, que le fourneau, en peut contenir , & l’on continue ainfi pendant fept jours.
- Quand le fondeur , ilfunditore, voit, en regardant par la tlniyere , que la mine eft bien liquéfiée, & couverte par-tout de fcories; à l’aide d’un ringard-pointu , il ouvre la partie antérieure du foyer , qu’on appelle/W,. & le fer coule avec, les fcories. Enfuite on bouche cette ouverture avec mi mélange de craie & d’argille. Si le fer eft pur, liquide, & bien écume, ow en lait des munitions de guerre, comme des bombes & des boulets : linon on le-coule en malfes pour en faire du fer. Si on-le. deftine à ce dernier ufage , oiï le cafte avec un marteau avant qu’il foit refroidi, pour avoir des morceaux' d’un petit volume. Si on a de la mine 8c du charbon, on continue ce travail jufqu’à la. fin de la femarne. S’il le trouve une fête , on arrête & on emplit-le fourneau de charbons qu’on allume le lundi ou le lendemain de la fête.. D’ailleurs , ce travail ne fe fait guere de fuite que pendant deux ou trois; jours. Pendant une femaine on peut fondre 60 ou 70 quintaux de fer crud„
- Manier e d'étendre à Bref ce le fer crud fous le marteau.
- Le foyer deftine à chaufferie fer qu’on doit faire battre par le marteau-,, eft élevé d’une aune (r) avec une efpece de fofte d’évaporation fur le fond.. Sur cette fofte on met une pierre calcaire d’un demi-pied d’épaifteur , & fur cette pierre, de la poudre de charbon bien comprimée. Les côtés font fermés par des pierres, excepté un endroit vers le mur de côté, où il y a Un fer-percé de plufieurs trous pour fournir, fui vaut les termes du pays, la lat— tarvola C s On lutte bien le tout d’argille , & on met la thuyere au milieu’ de la paroi. Elle avance de quatre pouces dans le foyer au-delà du mur , & eft éloignée du fond de jix unzers. Enfuite 011 met fur le fond des pouflieres mouillées de charbon, de l’épailfeur d’une palme ; on emplit après cela le-creufet de charbon : enfin on donne le vent.
- Quand les premiers charbons font confumés, 011 en met de nouveaux^ & au.-delfus, des morceaux de fer ,.les uns après les autres , en les couvrant de charbon ,. fur lequel on met d’autres morceaux de fer, autant qu’il en faut pour remplir le foyer: ce que l’on continue jufqu’à ce que les fcories fe: féparent du fer. On les fait fortir par un des trous de la lame de fer, dont; nous avons, parlé.. S’il en refte trop , on les fait fortir une fécondé fois,,
- (j?) Ujaçied. & trois quarts..
- ( O L’écoulement des fceriesv,.
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- cette éjeélton fe répété tant qu’il y a trop de fcories , c’eft-à-dire , jufqu’à ce que le fer en Toit bien purgé. Après cela, l’ouvrier principal prend un ringard pointu, qui a dix pieds de long ; il le chauffe dans le foy#r jufqVà ce qu’il jette des étincelles ; & après qu’il eft ainli chauffe , il l’enfonce dans la mafle de fer enflammée, & l’ayant foudée à fou ringard , il la tire du foyer & la porte fous le marteau. Pendant ce tems un valet nettaie le foyer, le laifle refroidir , & le difpofe à un nouveau travail.
- De quelques autres foyers d'Italie.
- Le fer qui fe confomme dans la Romagne , vient d’Ancône. Il y a là & ailleurs des fourneaux , mais plus petits. La mine y eft portée de l’isle d’Elve, qui eft fous la domination du pape & du duc de Florence. Les uns la fondent dans-des fourneaux , les autres dans des foyers de forges. Les fourneaux font établis aux environs de Coucha , à 40 milles de Rome, proche de Not-toua, C'ijhrna, Montsvuna, Cari i zi 0 , & ailleurs, furie territoire de Naples. On travaille dans ces fourneaux pendant deuxvou trois mois de fuite, fur-tout dans le voilinage de Piombino & de Cervetto. Comme la maniéré de fondre la mine eft la même que celle que nous avons indiquée dans ce paragraphe, nous y renvoyons.
- On a établi autour de Rome des foyers qu’on appelleferrariers. Il y en a un tout proche de la porte S. Jean , compofé de deux feux, dans l’un desquels on fond les vieilles ferrailles que l’on acheté çà & là , avec les relies ou petits régules qui fe trouvent dans les petites boutiques. On y joint feulement une partie de fer crud, qui s’appelle venu Ai ferro, & qui vient de Piomhim. On chauffe le fer dans l’autre foyer; & quand il eft chau-hon l’ap-planit d’abord fous le gros marteau., enfuite 011 le bat avec des marteaux à main. On fe procure du vent par je moyen d’une trombe.
- Le premier foyer s’emplit de charbons, fur lefquels on jette une partie de vieux fers mis en morceaux, & des régules dont nous avons parlé , qu’on couvre d’autres charbons avec du fer crud. On donne alors le vent, & le fer commence à fe liquéfier, & dans l’efpace de deux heures à former une mafle. Pendant que le 1er eft encore tenace & peu liquide, on y fait entrer un ringard pointu , au moyen duquel on tire la malle, qu’on porte fous le marteau: enfuite on beat le fer, qu’on--alonge en barre, de la longueur de quatre aunes Çt)^ lur l’épailfeur de deux pouces.
- Pendant l’efpace d’une femaine, on peut fondre trois milliers de fer, & chaque jour quatre ou fix quintaux: on emploie des charbons de châtaigner & de hêtre, & il en faut 20 facs pour un millier de fer.
- (t) Sept pieds. 1 '
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- 4.1?
- De quelques autresforges*
- Lorsqu’on va de Romék Florence, on trouve fur îe chemin des forges très-renommées. On y porte le fer crud de Fiombino , & l’on y donne îe vent par des trombes. Dans le cas où l’on a bcfoin d’un plus grand vent, on en a deux pour le même foyer : d’ailleurs , on peut l’augmenter ou le diminuer* en ouvrant ou fermant plus ou'moins les ouvertures qui le conduifent.
- La mine eft de qualité à être mife au fourneau, fans être calcinée: on la pnlvérife feulement avec des marteaux. D’abord qu’elle eft defcendue dans le foyer, elle fond. Toutes les quatre heures, on a tme mafle de fer qui s’appelle il mazaro, & qui pefe 150 livres. En 24 heures, on a 4 ou 6 ma-zari, ou bien 6 cant ari 5 & dans l’cfpace d'une femainc , on peut fondre & battre fous le marteau 36 à 40 quintaux. On mélange fouvent la mine avec de vieux fers, comme des bomoes & autres ferrailles ,• (1 l’on n’a pas de vieux fers , on y joint des morceaux de fer crud , afin que la mine fe liquéfie mieux, pour que les fcoties & autres impuretés fe féparent mieux du fer. A chaque fourneau, il y a quatre ouvriers. Pour un cent de fer, il faut 2 à 3QQ. de mine. Voyez à cefujet les planches 13 & 14.
- §. X I..
- De la mine de fer (gf des forges aux environs de LefTo 0? de Palagio, pas loin de S». Sébaflien.
- A deux ou trois milles de S. Sébaflien, aux environs de Lejjo & de Palagio,, il y a le long des fleuves , des forges qu’en Suède on appelle rehmvcrck.. Les minières en font éloignées d’environ un mille ou un mille & demi. On ne cherche pas la mine plus avant que de 40 ou 50 aunes : après cela on l’abandonne. Dans les couches de la mine , on a trouvé des morceaux gros comme la tète,placés dans l’argille. A l’extérieur, ces morceaux font de couleur brune 4 mfliscatfés, ils ont un noyau de couleur noirâtre. A côté de cette couche, if y avait une argille dure mêlée avec du fable. Dans cet endroit, la montagne n’était pas appuyée fur des matières tendres : aufli fallait-il caifer & détacher la mine à force de coins..
- Chaque forge a deux foyers. Dans quelques endroits , la mine fc calcine pendant 2 ou 3 jours & autant de nuits, avant que de la faire fondre» Dans d’autres, il n’eft pas nécelfaire delà calciner, fur-tout quand elle n’a pas de foufres fuperflus. La mine divifée avec un marteau, fe met dans un foyer, mêlée avec de menus charbons, & on la fond au vent. La malfe de fer crud préparée dans c.e foyer, eft portée à l’autre foyer, pour la fondre unp
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- fécondé fois, & l’étendre enfuite fous le marteau. On peut dans une Femaine fondre & battre 40350 quintaux de fer : la mine rend \ , | , quelquefois plus.
- Le tronc qui reçoit l’enclume, eft proche de la cheminée; il eft fout peu élevé , ann que l’ouvrier ait moins de peine à y porter une maffe pe-fante, & qu’au fortir du foyer il puifle commodément la placer fur l’enclume. Il y a de petites roues à eau , avec des foufflets dfc cuir, & on brûle des charbons de hêtre & de chàtaigner.
- Aux forges qui font plus près de la mer , on apporte la mine de la Bif-caye : on la tire proche de Bilbao , & on la tranfporte par eau à S. Sébajlieu. Elle eft plus riche que celle que l’on tire dans la province de Guipnjcoa. Il y a aulli des forges dans les provinces de Gwpnjcoa, la Navarre & la Bif-caye , mais les fourneaux & les forges font bâtis comme nous l’avons déjà détaillé.
- §. XII.
- De la manière de fondre la mine & de recuire le fer crud, en
- Angleterre. 1
- La mine de fer dont on fe fert en Angleterre , s’exploite ordinairement par le fecours de ptufieurs puits & galeries , qui vont fouvent à une très-grande profondeur. Quelquefois néanmoins on trouve la mine à 10 ou 20 pieds, après avoir percé une couche de fable & une d’argille : mais fous l’ar-gille rouge, grade & propre à féconder les terres, lamine fe trouve plus à fond. Dans bien des endroits, on trouve tout contre lamine un banc de roche qui la couvre. On mêle de cette roche avec la mine , pour lui fervir de menilrue ou de fondant, au lieu de pierre calcaire , dans la proportion de jï de cette roche , avec ^ de pierre calcaire. A la calcination , cette efpece déminé prend une couleur pourpre: on s’en fert ordinairement, au lieu d’étneril, pour polir le verre.
- En quelques endroits de l’Angleterre, la mine fe trouve fouvent dans’ les lieux marécageux, même par couches de l’épaiifeur d’un pied & plus : cette efpece eft très-riche. Quand il faut la fondre , on la mêle avec une autre efpece plus dure, de crainte que celle-là n’obftrue la cheminée, &ne la bouche en quelque façon. Cette mine , au fortir de la minière, eft d’abord d’une couleur jaune , graffe au toucher; mais expofée à l’air pendant un certain tems , elle feche , & tombe eu pouiiiere de couleur noire.
- On détache auiîi la mine des montagnes, c’eft-à-dire , d’une roche très-dure: mais cette fécondé eipece eft fouvent pauvre; ce qui fait qu’on la mêle avec la première. I! y en a encore une troilieme efpece de couleur grife, quife montre ordinairement à la fuperficie des montagnes, de la lar-
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- gèur foüvcnt eTune demi-aune (u), quelquefois moins. Cette efj e^e, que l’on appelle pinmine, n’eftpas dure} elle reliembleàde la craie ou a de l’ar-gille durcie, ce qui fait qu’on peut la tirer en morceaux plus ou moins gros: quand on calîe ces morceaux, on voit qu’ils recèlent intérieurement une eipece de noyau minéral.
- On tireauffi de la mine de couleur bleue, fur-tout à Deau-Forêt. Elle eft très-pefante , & a de petites lames blanches & brûlantes , ce qui rend caftant le 1er qui en provient, à moins qu’on ne la mêle avec de vieilles feories , ou des cendres de charbon foffile.
- On trouve enfin de la mine de fer, mêlée avec des pierres de dilierentes-cfpeces. Il y en a qui, comme la mine de cuivre , eft rangée entre des feuilles d’ardoifes, & dans le charbon foilile , fur-tout à Siaffbrdshire : elle prend fon nom de ces couleurs.
- Des fourneaux de fujion en Angleterre.
- •
- Les fourneaux & les forges font très-florilîans en Angleterre, & l’on dit que depuis quelques années leur nombre y eft fort augmenté , ainft que le travail perfeeftionné. Il y en a plusieurs dans la province de Lancashire , de Lichton-beck, de C'unjcy , & de Backbarrov. Les minières font à I-knmngvoode & à Adgarley, aux environs de la ville d'Uierjon. Au fortir delà minière, la mine eft graile, pâteufe, de couleur rouge. Celle qui fie tire dans le voifi-nage de Fhitehavers, eft la plus riche} car de trente - fept poids & demi de marine de Suede en mine, on tire vingt - deux poids & demi de marine en fer j de façon que la proportion de cette mine au fer crud , eft de ioo à 60} & pour que la mine fonde mieux, oh y mêle d’anciennes feories, c’eft-à-dire , celles qui font depuis long-tems forties du iourneau , & qui contiennent du fer.
- Dans la province de Lancashire, on a bien Tillage des charbons de bois pour fondre la mine : mais à leur défaut, on a recours à la terre combullible, ou à la grafte. On a reconnu que le charbon foftiie communique au 1er des parties fulftireufes , & le rend difficile à traiter} il cafle à chaud , & on n’en peut pas faire une barre qui n’ait par-tout des fentes & des gerfiîres : ce qui eft caufie qu’il ne (aurait être d’un grand ufiage , à moins qu’on ne le mêle avec du fer de meilleure qualité. ' '
- C’eft aux environs de Starbridge, que fleurit principalement l’art de fondre la mine. Les fourneaux y font très-hauts: ils ont, depuis le fond juf-qu’au deflus, 26 pieds de Suede. On ne le fait pas cependant comme en Suede.
- (u ) Dix pouces & demi.
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- D E S M 1 N E S..
- L’extérieur & l'intérieur font conftruits différemment des autres endroits.. En dehors, ils font de figure quarrée : chaque côté a 13 aunes de long ée )„. Les murs de l’intérieur font élevés parallèlement ju {qu’au tiers de leur hauteur , .où commence l’obliquité ; de-là , ils vont en rétreciifant.jufqu’au-dtîf-. fus , qui finit par une ouverture quarrée de 20 à 22 pouces.
- Le foyer eft de figure oblongue : il a 2 pieds 4. pouces de la partie antérieure à la paroi oppofée , fur 18 pouces de largeur. Il y a s pieds de hauteur-fnfqu’à fendroit où les parois vont en s’inclinant: tout cet efpac.e fait le foyer,.
- L’intérieur eft bâti de briques ou de pierres qui réfilfent bien au feu:, •le dehors eft de pierres ordinaires. Le foyer eft fait de quatre groifes pierres dures, dont chacune pefe environ une tonne ou une tonne & demie: la plus grande de cespierres fende fond; les trois autres font les parois. On en met une cinquième fur l’ouverture de la coulée : il arrive fouvent que le feu ronge les pierres, de façon que le foyer qui 11’avait que 17 pouces de largeur, fe trouve avoir 3 pieds..
- L’orifice du vent eft aulîi de pierre. O11 garnit le deffous d’une feuille-de fer , fur laquelle pofent les buzes des foufflets qui font de bois , quoiqu’en quelques endroits il y en ait encore de cuir.. Ces derniers ont 18 pieds de-longueur, & 4 pieds 2 pouces de. largeur : les buzes ont 16 pouces de longueur. Ceux de bois font faits de planches de chêne , épaules de > pouces, dans leur plus grande largeur , & de fix. pouces & demi dans des autres endroits. La tête des foufflets, c’eft-à-dire,. l’endroit où ils ont moins de largeur , & où fe place la cheville ouvrière , a 7 pouces de profondeur, & 8 de largeur. La longueur eft de 18 pieds, la largeur de 4 ,& quelquefois plu?., Les foupape.s ont 17 pouces de long & 19 de large. Les buzes ont 4 pieds f de longueur. Elles excédent les foufflets de 3 pieds 3 pouces. Ces foufflets font garnis d’étain dans l’étendue de 7 pieds depuis les.buzes : on croit que cela fait couler le vent plus rapidement, & que cela les empêcherait de brûler,, quand même il y entrerait du:feu en infpirant.
- La. roue à eau eft de 22 pieds ; la profondeur des ailes, de 23 pouces,, avec 6 pouces de diftance de l’une à l’autre : i’arbre a 2 pieds 9 pouces de diamètre , & 24 pieds de longueur.
- Il n’y a point d’endroit préparé , & entouré de mur , pour faire la calcination des mines : cette opération fe fait à l’air. On met fur le fol une ef-pece de couche de charbon ; on prend pour cela les plus petits, ceux qui ne, conviennent pas au fourneau, ou ceux qui fe tirent du fourneau quand la-, liquation eft finie. On met la mine.fur cette couche , enfuite du charbon,, & puis de la mine ; on continue, ainfi jufqu’à la hauteur que l’on veut : aprè&
- (») Yingt-un pied®,.
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- quoi le feu étant mis aux-charbons qui font delfous, il s’étend par - tout 8c brûle pendant une femaine, quelquefois .même plus long-tems. Il faut cependant prendre garde que le feu ne foit trop fort, de crainte que la mine la plus expofée à fon adion ne fe liquéfie.
- On mêle différentes efpeces déminés , telles que celles nommées iron/îone & iron-ore : ce qui èftcaufe qu’il faut que ce mélange foit fait dans une certaine proportion avant que de les griller. I! yen a de deux efpeces: Tune ironjione fe tire d’une terre molle & argilleufe , 8c fe trouve en morceaux près de la fuperfide de la terre : elle eft très-feche & pauvre. L’autre efpece iron-ore eft plus riche : deux de fes parties en donnent une de fer. Cette fécondé efpece fe fubdivife encore en deux autres : l’une eft chargée de foufies, l’autre n’en a point.
- On emploie pour ce travail, du charbon de chêne de moyenne grofteur : on conferve les gros pour la forge. Pour fondre un poids de marine, on dit qu’on ne brûle qu’une demi-1 elle ou fix à fept tonnes de charbon. A Lan-cashire, on mêle de la terre combuft-ible au charbon de bois: mais cela donne du foufre au fer , 8c le rend caftant à chaud.. Cependant , dans quelques endroits , on emploie des charbons fofftles: alors on fe fert de ceux qui ont -été préalablement calcinés & mis en cendres. On allure qu’on a l’expérience qu’avec ce charbon , on obtient moins de fer qu’avec du charbon de bois ; car avec le feul charbon de bois , il m’a été rapporté que dans l’efpaced’une femaine, on avait fondu J5 à i 6 tonnes de fer j an lieu qu’en les mêlant avec des charbons foiftles”, on n’en a eu que ç à 6, fans ajouter que cela rend le fer caftant à chaud , l’avilit, lui donne une qualité détefta-ble, & le met hors d’état de rendre beaucoup de fervice.
- On emplit d’abord le fourneau de charbon : îorfqu’il eft bnifte de cinq pieds, on en remet trois paniers que l’on couvre de dix paniers de mine. Quand le tout eft encore diminué de cinq pieds , on renouvelle la même charge, & ainfî de fuite. Il y a des endroits où l’on met vingt paniers de mine, dix-huit de celle qu'on nomme ironjione, & deux de poudre minérale, menue comme du fable, qui fe trouve après la calcination. En douze heures on fait fix charges , & en vingt-quatre heures on coule deux fois. A chaque coulée on a quelquefois , mais pas toujours , fept poids & demi de marine en fer, que l’on divife ordinairement en vingt-trois malles. Les feories font en partie vertes & vitrifiées , & fe portent de là dans les fours de verrerie, l e verre que l’on en fabrique eft fragile : pour que cela n’arrive pas , il faut choilir les feories qui font privées de fer.
- A chaque charge, on met quatre ou cinq paniers de charbon avec la mi-né dell’us. On continue toujours dans le même ordre, avec attention de mêler à la mine | ou £ de cette pierre ou de ce fable qui fe ram a fie , comme nous
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- avons dit, autour des fourneaux de calcination : niais il faut prendre garde; de n’en pas mettre une trop grande quantité.
- Si les fourneaux font, grands, on coule le fer par l’ouverture ordinaire dans des moules ou des lits préparés pour cela.. Si au contraire les fourneaux font petits , on ramaiFe le fer en fufion dans un réceptacle , & de-là on le coule dans, des moules préparés. On coule deux fois en 24 heures, & à chaque coulée-on obtient 12 à 1300 de fonte, ou quatre poids de marine. Lorfqu’oii veut couler de gros canons , on retient pendant deux jours le fer en fufion dans le foyer, au refte plus ou moins,félon la qualité de la mine , & la capacité du fourneau.
- Pour ce qui regarde la conftruclion de ces fourneaux, on peut la voir à la planche 15 (136). On y a repréfenté celui de Glocefier'e 11 Sujjex, qui eft le plus haut &le plus célébré d’Angleterre. Sa hauteur eft de 28 pieds,, pendant qu’aiüeurs ils n’en ont que 24. A, montre la partie fupérisure du fourneau, par laquelle fe font les charges. En cet endroit, il eft large de 2Z. pouces en quarré. Dans les autres endroits , cette ouverture n’a pas tant de largeur : le dehors eft de 4 ou s pieds & de forme quarrée.
- B , B , font les parois du fourneau, qui ont 28 pieds de hauteur. A l’endroit de C, C, la hauteur eft de 20 pieds : elle n’eft que de 1 5 ou 16 , lorfque les. fourneaux n’ont que 20 ou 24 pieds d’élévation.
- C, C, eft la plus grande amplitude du fourneau ; c’eft-à-dire, à un pied ou l 8 pouces au-detiusde D , D, l’amplitude intérieure eft de 7 pieds f, & de f’autre côté de 8 pieds. D’autres lui donnent la figure quarrée de 8 pieds. En D, D , commencent les obliquités ou boshes , comme 011 les appelle , formées fuivant le deifein. Ou le pratique ainfi, pour empêcher que la mine &: les charbons ne tombent tout de fuite dans le foyer , ce qui pourroit nuire à l’œuvre de la fufion. Ces obliquités font très-amples vers le deffus : proche le foyer, elles n’ont plus qu’un demi-pied;
- E, E, font les obliquités qui font de 18 pouces. Si on leur ajoute la hauteur dujbyer, qui eft encore de 18 pouces, on aura 3 pieds pour la hauteur de ces parois de Zjufqu’en G , où.commence le delfus du foyer. La hauteur depuis D, D , jufqu’à E, iv, eft de 7 pieds. On fuit ces mefures , fi le fourneau a 24 ou 25 pieds de hauteur. : mais s’il eft plus haut, les obliquités.doi-vent aulli être plus hautes &plus longues, en raifon donnée ou-à proportion. F, F,.F, eft l’épaiffeur de ces murs, qui varie auffi fuivant la plus ou. la moins grande étendue du fojœr.
- Après lefondage, on démolit ces parois : mais les pierres fondamental durent long-tems avant que d’être déplacées*.
- Planche a , fai ion IV, fig,
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- Refile foÿer qui eft long de <; pieds de l’ouverture anterieure au côté ©ppofé, large de 26 pouces & haut de 18 , à laquelle hauteur monte le fer eu fufion, c’eft-à-di.rejuiqu’à l’orifice de la thuyere. On ne donne cette grandeur au foyer » que quand on a de gros canons à fondre : fi ce n’eft que pour des marchandifes., comme marmites , &c.. le foyer aura feulement 4 pieds de; long fur 18 pouces de large,. & 10 à 12 de hauteur.
- H, eft l’ouverture du devant, par laquelle on coule le fer. /, eft l’orifice de la thuyere , qui eft plus proche^ de la paroi oppofée au devant : elle n’eft éloignée de cette paroi, que de 8 pouces.. On la difpofe ninfi , pour que, quand le foyer eft plein , le vent puiftê aller au côté oppofé. On ohferve ici, que la mine-ne fe liquéfie que quand elle eft-parvenue à l’ouverture de la thuyere. K, eft le fond du foyer. Nous devons- cette defeription à l’i.lluftr4 «ommiflaire Suédois ,. M. Kahlmeteel.
- Des fourneaux £our couler des canons , en Angleterre
- Il y a plusieurs fourneaux pourcouler de£ canons, dans les provinces de Kent & de Sujjex, qui font proches la mer, & où l’on a trouvé de la mine delà plus excellente qualité.
- Les fourneaux font conftruits comme ceux dont nous venons de parler-. Dans ^quelques endroits , il y en a deux enclavés dans les mêmes murs. Aujourd’hui, un fourneau à fondre des canons n’a qu’une cheminée, une cavité un foyer, & fait le même effet que deux, pourvu qu’il foit plus grand & plus ample que les ordinaires. Au refte, on y fait, les charges, & la mine y eft fondue comme dans les fourneaux communs , dont nous venons de donner la defeription : en hiver on coule des canons, l’été du fer Grud. Les fourneaux, dans le comté de SuJJex, font un peu plus grands que ceux de la province de Kent. Aux environs de TunbriJge, on dit qu’011 peut fondre en 15 heures deux canons , qui peferont chacun 1 foo. veights ( 137). Selon la méthode ordinaire, les foifes & les moules fe font d’argiüe, dans laquelle on mêle de la bourre & du fumier : on met les deux moules en terre , l’un contre l’autre, perpendiculairement.
- Le prince Robert a fait bien dès expériences pdur fondre la mine avec dès charbonsfofîiles , fur-tout avec ceux qu’on appelle pikkühl. On dit même que l’épreuve a été continuée pendant quelques femaines , mais que le foyer s’eft rempli de craffe , & d’une matière tenace & bourbeufe : outre cela, ces, charbons donnent trop de foufres au. fer , ce qui le rend caffant à chaud.
- Le même prince Robert, habile en cette.partie., ainfi que dans.
- 03;,?3 Poids, de. 2 5.6 livres à 16 onc es la livrer
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- chymie , s’eft occupé à faire des expériences fur le fer. Il a mêlé au fer eu fufion des fels de différentes efpeces , & d’autres matières. Son but était de préferver les canons de la rouille; car elle ronge le canal intérieur & la lumière , ce qui les rend inégaux & galleux. Je crois qu’il réuiïtt jufqu’au point de les en préferver pendant neuf à dix ans : il effaya aufii de fondre des canons légers, & néanmoins en état de rendre le même fer-vice que les plus lourds.
- La mine que l’on calfe dans les comtés de Kent & de Sujfex, eft plus douce que dans les autres provinces de l’Angleterre. C’eft à caufe de cela qu’elle elt en quelque façon réfervée à fondre des canons , pour lefquels on cherche une mine tres-fluide , & qui n’ait pas beaucoup de foufres ; ce qui les rendrait pleins de pullules, d’inégalités & de fentes. Il ne faut pas cependant que la mine en foit totalement privée; l’a&ion & la réaction des coups redoublés pourrait les faire éclater; on évite ces deux inconvéniens, enfefer-vant de mine qui participe aux deux qualités.
- Des forges £ Angle terre.
- Ces forges font doubles ou fimples : dans celles-là , il y a trois foyers & un marteau. Deux de ces foyers s’appellent finevies , & le troifieme chaferie. Les deux premiers font de figure oblongue , bâtis avec des lames de fer, qui ont deux pieds trois pouces de longueur, fur environ dix-huit pouces de largeur. La lame qui fert de fond , a deux pouces d’é-paiffeur : elle eft pofée fur le fond , qui n’eft autre ehofe qu’une couche de charbons pu'vérifés. Sur le devant , où les ouvriers travaillent , il y a line mafe de fer de forme quarrée, égale à la largeur du foyer : au milieu de cette malfe , il y a une ouverture-pour la fortie desTcories. Pour tenir le foyer dans ces limites , & pour que les parois en foient inébranlables , toutes ces pièces font arrêtées avec des appuis de fer. On dit que tous’ces foyers ne font pas également profonds , mais que cela varie fuivant la qualité de la miné; A Mïlhron , la profondeur du foyer n’eft, dit on , que de neuf pouces. On dit an ilî que les lames qui forment les côtés , font enclavées dans ’!e mur; que celui de derrière eft couvert d’unê efpece de lame de fer, fur laquelle on place les morceaux de fercrud qui doivent être fondus ; que quand les fcoi ries font forties, & que ieTereft condenlé & tenace , on le porte fous le marteau , fous lequel on lui donne une certaine longueur , laiffant une partie bruce à une des extrémités. Dans cet état, il s’appelle anconies ou bloonts. Ort achève enfu-ite de forger ces barres.
- Le troilieme foyer ell fait comme les deux premiers , avec cette différence qu’il ell un'peu plus grand & plus profond : il eft long de trois pieds, large
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- de deux, & profond d’un pied quatre pouces. Les foufflets de ce foyer font plus longs , mais vont moins \ îte que dans les autres. L’enclume »& le marteau font de fer fondu.; Le poids du marteau eft de 60Q ou 660 : avec 8oco de fer crud , on obtient 6000 de fer forg-é..
- On mec les maffes de fer crud , qui s’appc!lent/>/]ggï?r, dans le foyer à liquéfier,ou finery. En une heure , on en fond la quantité qu’il faut pour faire un veight y qui s’appelle une loop. La malfe enflammée efl; frappée par des marteaux à main*, de crainte que le gros marteau ne la mit en pièces. On la’ porte enfuite fous le gros marteau , & ou la fait battre en une maffe de forme: cubique, ayantfies côtés d’environ une demi-aune : après quoi on reporte, au même foyer ce cube de fer, Si pendant une heure on le tient dans une' lueur chaude ; enfuite on l’étend fous le marteau, à commencer par le milieu. On l’alonge de trois pieds, iaii'fant les extrémités- brutes, qui, chauffées-; dans l’autre foyer, fe tirent entièrement en barre.
- On coniomme trois load (i 3.3) de charbon dans le foyer appelle fimry T pour une tonne de fer , & un load dans le foyer qui s’appelle chafery. Fendant une fc-maine on peut fondre & purifier deux tonnes y mais dans une chafery, on peut forger cinq à llx tonnes
- Nouvelle tentative faite en Angleterre pour fondre la mine de fer dans des fourneaux de réverbere, avec des charbons de pierre y ou des charbons fojjtles.
- On dit qu’en 1729 on tenta en Angleterre , à trois milles de Vhitlmvsrs, de fondre de la mine de fer avec des charbons foffiies bridés le bruit en a couru même encore long-tems après. On dit que , pour cett»éprcuve, on fit venir de la mine du duché àe*CiunberJandm, que fous des pilons , ou marteaux de fer, on fit écrafer la mine, jufqu’à ce qu’elle fût réduite en menus morceaux comme du fable,- qu’011 fit pulvérifier les charbons fous une meule ; que pour cet.effet on mit d’abord dans un four de réverbere , établi St v-oûté le mieux qu'il fut poffible , huitmefures ou 172 livres de mine pu-îvérifée; qu’elle fut grillée ou ca’cinée eu 8 ou lo minutes ; on éprouva que des huit mefures , il en relia 6 \ ou 144 livres ; que l’on y ajouta & mêla une derni-mefuré'd’autre mine. Le tout enfemble pefàit f ^4 livres. On le réduifit en poudre fine fous une meule. À cette poudre on ajouta f d’une mefiure,ou 3? livres de charbon foilile & une mefure de terre à potier. On mêla Sè on pétrit bien le tout au moyen de deux féaux d’eau. Enfin, cette pâte mile au fouu> de réverbere, & étendue par-tout fur Faire 011 donna le vent1 en ouvrant,.
- (.1 3.8), Trois charges^
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- les regiftres. On laifla la pâte pendant uneheurequarante, minutes , n’ayant ouvert la gueule du four qu’une fois. Pendant ce teins la mine fut liquéfiée par ce feu caché ,& fe raflemjda en une maffe grofiiere. On la tira enfuite de ce gouffre > on la battit avec des marteaux de bois pour lui faire jetter les fcories <^t autres matières fuperflues ; après quoi on la remit au même foyer pendant une demi-heure, afin qu’en l’expoianc plusieurs fois à i’affion du feu , les parties vicieufes fuifent d’autant mieux brûlées , & qu’on pût, fous un marteau pefant trente-cinq livres , la battre & la mettre en barres.
- On dit que le fer ainfi chauffé était mou , & que les coups du marteau y entraient profondément : ou avait brûlé pour cela 286 livres de charbon, ou 6 mefures Ce qu’il y a de certain jufqu’ici, c’eli: que la mine par un feu fec, tel que celui de réverbere, peut fondse & être mife en fufion; mais qu’elle ne peut être purgée de fes impuretés , de fes vices, de fes parties hetérogenes, que par un feu rempli de beaucoup de vent; & que les parties vicieufes inhérentes au fer, loin d’être chalîees par la cuitfon avec des charbons foililes , font plutôt recuites avec le fer. Il réfulte encore que les foufres dont les charbons foliiles font imprégnés, vicient le fer, de façon que ce qu’il a de doux & de duétile par lui-même , devient dur & ré-fra&aire ; ou bien , que la meilleure partie du fer eft changée en fcories, fur-tout quand les charbons agilfent fur la mine; ou enfin , que le fer fe dilïîpe en fufée ; car la partie fulfureufe fai fit par préférence le fer, & le fait évaporer ; ou eile détruit la partie nerveufe du fer,,au point que , foit à chaud , foit à froid , il s’ouvre, fe gerfe & fe fend de toutes parts. Loin donc que le fer foit rendu plus doux & plus traitable par ce feu foufré & piriteux, il n’en fort que plus aigre & pius intraitable. Ain il nous laiffe-ttoiis les Cyclopes , qui forgent le foudre fubûreux de Jupiter, préparer leur fer avec des charbons foliiles, faute Se charbons de bois.
- Maniéré de torréfier, en Angleterre , les charbons fojfiles , fjf de
- leur fiaire ejjuyer un fieu de calcination qui les prive de leurs foujres J h per fins.
- Comme les charbons foiïiles abondent en foufres , i’s ne font pas propres à la liquation d’aucun métal , particuliérement du fer : il faut lés eu purger, ce qu’on fait en les calcinant. Pour cela on éleve une elpece de pyramide avec des charbons foliiles : ou met les plus gros tant au bas qu’au-tour. On, ménage dans le milieu une efpecc de vdiJe grand comme la forme d’un chapeau. Autour de ce vuide on arrange les charbons de la hauteur convenable. On emplit cette chambre ou ce vuide, de menus bois fecs, qui s’enflamment aifément, & communiquent le feu. Comme on les
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- allume par-deflus, le feu gagne petit à petit le fond & les côtés *, ce qui fait que le milieu eft brûlé le premier, & que de là le feu vient exercer fon activité fur le contour. Si le feu eft trop fort dans un endroit , & que les charbons femblent fe perdre en étincelles & fe réduire en cendres , on couvre fur le champ cet endroit avec delà terre, ou quelqu’autre matière en pouffiere , qui le ferme exactement. C’eft ainfi qu’on ralentit le feu, & qu’on l’empêche de s’étendre, ou de travailler de toute fa force & en pleine liberté fur toutes les parties du bûcher, qu’alors il réduirait en cendres & en terre inutile. Enfin , la flamme éteinte & le feuappaifé , les charbons parailfent également brûlés tout autour. Pour les éteindre plus fûrement, on les couvre de pouffiere, & on ferme au feu toute iflue. Voilà comment on ôte les foufres du charbon fofifile , & comment on le réduit en une matière inflammable qui s’appelle cendres. Quand le tas eft entièrement refroidi, on le découvre en ôtant la terre & les pouffieres. On dit que ce charbon privé de fes foufres groffiers ( on l’appelle alors chavcoal') , eft propre à la liquation du cuivre & du fer ; mais le fer qui eft fait avec , n’eft propre à aucun ufage.
- §. XIII.
- De la maniéré de fondre la mine de fer de recuire le fer crud ? dans le Æarjland Eenfilvanie, ainf que dans les Indes
- occidentales.
- Il y a dans les Indes occidentales quelques fourneaux de fufion & quelques forges pour travailler le fer crud, qui n’y font pas établis depuis iong-tems. Le principal ouvrage s’appelle Pvincipio , dans la partie fupé-rieure de la province de Maryland, fur les bords du fleuve Pvincipio , qui lui a donné fon nom. On dit que l’eau de ce fleuve tombe de 25 pieds de hauteur. Pour avoir du fer, on fe fert de galeres , ou petits vaiifeaux, qui apportent la mine, qui fe tire à milles de là. On ajoute que cette mine eft de couleur blanche ou grife, femblable à la terre de potier de Hollande , ayant la moitié de fon poids de fer.
- Il y a environ neuf ans, que le gouverneur delà province, fir William Keith , établit une manufacture de fer proche le fleuve Chrijline. Elle fournit pendant deux ans une quantité affiez considérable de fer : mais la troifieme année, la mine ayant manqué , on fut obligé de l’abandonner. On dit que la mine de cette contrée eft fort riche, mais trop feche, & privée d’un fondant, calcaire , fans lequel on ne peut réduire le fer. A un mille de là, on a aufti bâti un fourneau : mais faute de fondant calcaire, & au lieu d’employer le fourneau de fufion , on fe fert de foyers de forge Tome 11 Hhh
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- fembîables à ceux dans lefquels on recuit le fer crud.
- Il y a un femblable petit ouvrage proche le temple de Saint-J âmes , furie fleuve Hnitleer , qui appartient à JeanBall. On fond de même la mine* & on'affine-le fer dans une cheminée de forge; Il n’y a qu’un feu. On trouve un plus grand étahiid’ement fur le fleuve SkuUhïll, fait par Samuel Nuts, avec un fourneau & plulleurs foyers de forge. A jix milles plus loin, furie bord du même fleuve, il y a un pareil établiflêment , appartenant à Rutter. Il y en a deux autres fur le fleuve Delavare , d’où l’on dit que l’on tire beaucoup de fer crud, ai n fi que du fourneau-dont nous avons parlé , & que l’on appelle Principio , pour être traniporté en Angleterre. Xi y en a encore plulieurs autres où l’on fond la mine-, comme dans, les fourneaux ordinaires. Il y en a cinq fur le fleuve Delavare , qu’on appelle blonnneries : on en compte encore quatre j il y en a même beaucoup d’au-, très que je ne connais pas..
- Maniéré de fondre Ict mine crue*.
- On fait d’abord une couche de bois où l’on mêle du charbon. On accumulé deffiis un monceau de mine, qui au moyen d’un grand feu , eft fuffifamment brûlée , & difpofée à la fufion. La mine ainfi calcinée fe cafle en morceaux gros comme, des œufs, & un la porte avec des.paniers au-delfus du fourneau,, La mefure connue dans le pays, s’appelle peck. On met deux pecks , ou dix-huit paniers de mine, & fur la mine, vingt-quatre bushils, nom de la mefure du charbon. Environ toutes les deux heures , & fui.vant que le demande le fourneau , on recommence de la même maniéré; on y ajoute de la pierre calcaire , ou à défaut, des coquilles d’huîtres , & autres.. Par 24 heures on coule trois fois, & à chaque fois 011 tire 1500 de fonte, ou 4Ç quintaux par 24 heures. Le fer le moule dans du fable , en petites malles qu’on appelle pigs , 011 en marchandi-fes comme pots, marmites , &c. On le puife avec une poche dans le fourneau , quand 011 veut couler des uRenfiles. Les fourneaux ont 2Ç pieds de hauteur. Les fouffiets font très-longs , & larges de cinq pieds. L’ouverture par laquelle 011 fait les charges * sR défiguré obiongue.
- De la recnijjbn du fer crud...
- La recuiflbn du fer crud fe fait dans des foyers de forgé. En 24 heures, on peut recuire & affiner fept poids & demi de marine de Suède, ou 2000; de ces petits poids qu’on appelle vigths, équivalons à un ton qui vaut pounds jlsrling, fuiv.anc.la maniéré de compter ordinaire dans ces pays,. Mais.
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- •un ?ow de Fer cruel , eu Angleterre, ne vaut qu’environ 9 ou 10 poimds Jîerling.
- De la liquation immédiate de la mine dans leurs foyers de forge
- quils appellent Blommeries.
- Quand 011 veut fondre la mine dans une cheminée de forge , on met à chaque fois dans le foyer trois pecks , ou un bitshil de mine , préalablement calcinée & rnife en morceaux gros comme des noix ou des glands. On la fond , & 011 la réduit en une maife de 60 ou 70 vights , que l’on met enfuite en barres dans l’efpace de 4 heures. Le poids du marteau eft de 300 vights. On apporte à grands frais la mine de très-loin , fans qu’il y ait de rivières navigables. Il faut payer très-chèrement ceux qui la tirent, ainfique ceux qui préparent le charbon , le bois, ceux qui préfident aux foyers , ceux qui les fervent, & ainii de tous les autres ouvriers.
- .§. X I V.
- Des fourneaux & des forges de RuJJie de Sibérie»
- Il elt connu que ce n’eftque depuis quelques années qu’on a commencé à établir des fourneaux & des forges en Rullie & en Sibérie. Aujourd’hui le nombre en eïl augmenté au point que non - feulement le royaume en elt fourni, mais encore qu’on en tranfporte quelques parties chez l’étranger. Cependant les provinces où font actuellement ces établilfemens , & dans le!quelles on tire la mine , font très-éloignées de la mer ; ce qui occafionne beaucoup de dépenfe pour tranfporter le fer jufqu’à un port.
- Il y a déjà plulieurs provinces qui abondent en fer & en mine , & dans lefquelles on travaille bien ces métaux. Il ferait trop long de faire l’énumération de toutes les minières & les manufactures. J’ai préféré de dref-fer une carte géographique , qui comprend les provinces où ces métaux abondent, & j’ai marqué les iieux avec des figues particuliers, qui défignent les fourneaux & les forges. Elle commence à fept ou huit journées de chemin de Tobolskoi, tournant à l’occident vers la manufacture de fer de Kuminiemka jufqu’à la ville de Kungur, proche le fleuve Rama, Enfuite elle continue au nord vers la province appellée Vergaturie, qui elt fous la junfdiétion d’un vaivode particulier. Au levant, elle va jufqu’au pays des ilafcirs. Les habitant des environs de la ville de Kungur prétendent être en poifelïion , depuis très-long-tems , de l’art de fondre le fer, & ils difent qu’ils l’exerçaient avec une certaine matière terreftre, de couleur brune & rougeâtre, qui donnait un fer de mauvaife qualité.
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- Il y a un établiiïement célébré, fait par Dimidoff : il y a plufîeurs fourneaux & plusieurs forges dans une grande étendue de pays , quoique ces atteliers ne foient pas fort éloignés les uns des autres. Le plus fameux éta-b’ilferaent pour le travail du fer en Ruine , fenomme Sekoffka. Dans les commencement, il conlîftai-t en un fourneau & trois forges. C’eft là que Di-mi-doff exerça l’art qu’il connaiifait bien de faire du fer.. Le czar Pierre Alexiowits lui donna non-feulement ces forges, mais encore d’autres qui étaient vers Knjfka , y ajoutant une étendue de terrein en quarré , contenant près de fept milles fuédois. Il ajouta à cette concehion , de grands privilèges.. Les criminels pouvaient s’y réfugier, & y trouvaient un afyle alluré j ce qui était, en quelque façon, les condamner à paifer leur vie au travail dufer* Ces établilFemensr, & ceux qu’il pourrait former par la fuite , lui furent donnés affranchis de tous droits, à condition néanmoins de rendre par chacun an à fon fouverain 3000 punis de fer battu , chaque pund valant 30 copecks. O11 dit qu’il établit dix forges autour de Sekoffka, avec huit petits foyers pour fabriquer des uftenfiles de ménage , lefquels foyers s’appellent en Suède* kniphambrar , & quatre fourneaux à fondre la mine. Autour de Beuge , il y a une manufacture de fer, dans laquelle on compte douze foyers de forge & huit petits feux pour de menues marchandifes. A Siovoli il y a deux forges, & aux environs de Togilla deux fourneaux, huit foyers de forge , & quatre petits feux à ouvrages..
- Dans les fourneaux de Dimidoff, on met tous les jours 240punis de-mine , & mefures de charbon. Une mefure tient fix tonnes deSuede. On coule deux fois le jour, & à chaque fois on a 80 ou 90 punis de fer, plus ou. moins cependant,fuivant la qualité de la mine & le fuccès de la fufioii. Quand le fer eft recuit à la forge, & battu par le marteau , avec roo livres de fer crud on n’a. que 60 livres de fer forgé. Pour le pouffer jufques-là, on con-fomme 200 tonnes de charbon. Si on travaille une année entière dans une forge , on peut y fabriquer 5000 punis , chacun d’eux équivalant 36 ou 37' livres de Suede..
- En. Sibérie , la manufacture à fer, établie aux environs àyAlapaika, appartient au czar. Il y a deux fourneaux. On tire la mine dans un héritage voifin, qui s’apelle Lapaikot. On dit qu’en 1717 on trouva proche le fourneau, une minière très-riche que l’on continue d’exploiter , de façon qu’aujourd’hui le fourneau en 24 heures produit 180 ou 200 punis de fer crud,. pendant qu’auparavant il n’en rendait que 100. On dit que dans les forges aux environs de Capaika, on fait tous les ans I icoo punis de fer ,. pendant qu’aupara-¥ant,cela n’allait qu’à f ou 6000. On n’y travaille pas toute l’année.
- Non loin à'Alapuika, aux environs de la ville de Dolmaziova , fur le bord ruilfe.au, 5 on a bâti à SGlikanis.fi 3 une petite forge pour battre le fer en
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- feuilles , defquelles 011 fait des chaudières pour la cuiflbn ou l’evaporatioiî du fel commun.
- Aux environs à'O&m, il y a deux forges ou deux foyers, avec un fourreau double , dans les mêmes murs,- il y a deux cheminées. Cet ouvrage elft très-beau. On y peut forger tous les ans iocoo punds de fer : mais de 2fo funds de fonte, on n’en retire que 101 de fer forgé. On raconte que cet éta-bliffement des environs âlOBus a été tranfporté fur les bords du fleuve Ifet? &. que toute cette manufacture s’appelle Catharinaberg.. Le fer qui y efl forgé, fe tranfporté à la riviere de Sufava , & de là fur le fleuve Utka. Mais avant que d’arriver à la riviere Sufava, il faut faire40 ou $0 verjîss ou milles par terre : c’eft là que fe tranfporté tout le fer de cette centrée , d’où il eft porté par eau à Pétersbourg.
- Le fleuve Utka eft allez grand: mais on ne tranfporté le fer qu’au prin-ferns*,- ce qui oblige à le garder d’une année à l’autre , parce que dans ce tema le fleuve groftit, & peut porter des vaiffeaux qu’011 nomme colnmenckov. Pendant l’été , la riviere Sufava eft trop baîTe, & le fleuve Utka trop rapide.. Les; manufactures qui appartiennent à Dimidoff, en font éloignées de ioo milles. On fait tous.les ans des vaiffeaux neufs, parce que ceux qui ont fait le voyage ne peuvent retourner. De là on tranfporté le fer à Pétersbourg par lès fleuves Cama, Volga, Tverza & le lac Ladoga. Ce tranfport fe ferait plus aifément, en pratiquant des canaux de communication entre les fleuves Tver & Emfa.,
- Il y a pîufieurs manufactures de fer en Sibérie : celle qui eft appellée Ka~ mimky, eft à 50 milles à'OBus. Wy a deux fourneaux bien bâtis, mais non pas fi élevés que dans les autres endroits : la mine eft à quatre verjres ou milles. Elle eft partie en pierre ou morceaux de pierre , de couleur rouge* partie en terre rouge, ou jaune comme de l’ochre. Cette efpece de mine parait répandue dans les champs, fouvent de retendue d’un mille. On en peut ramaffer tant qu’on veut prefque par-tout. Elle ne s’enfonce pas en terre de plus de fix aunes Les plus gros morceauxpefent à peine deuxpunds. On la calcine proche les petites cavernes ou les puits d’où on la tire. Quand elle a été mife en morceaux médiocres, on la porte au fourneau , proche-duquel on la pulvérife avec des marteaux ou des pilons. À chaque charge,, 011 met 18 ,20 ou24 paniers de mine, mêlée de 3 ou4 paniers de pierre calcaire ; ce qui donne un fercrud plus doux que tous les autres fers.
- En 1723 ,on fit avec cette efpece de mine , des canons , des boulets, des-; bombes, &c. Il y a aufîi à Kamimky, deux forges ou trois foyers, & quatre-feux pour la préparation de l’aGier., De là, à la diftancc de trois müie&fKEle
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- même fleuve , il 7 a deux Forges ou quatre feux , qui en Terrible fourniflent tous les sms 20000 punds de Fer forgé, & 800 d’acier. Il y a là plus d’ouvriers que dans les autres forges. On, s’y fert de charbons de bouleau , qui font plus durs que ceux des autres bois. Le fer paraît caflant à chaud : il fe bat cependant fort bien en feuilles minces & très-grandes.
- Il y a encore plu fleurs autres manufactures de fer ; mais c’efl: dans le dif-triét de Pétersbourg, c’elt-à-dire, dans la Carélie & dans la principauté d’O/o-neski1, qui a pris l'on nom du fleuve O/onetz, dont la partie feptentrionale le joint à la Lnpponie & à la mer Blanche. La-partie orientale de ce fleuve le joint avec le lac Onega Sc le fleuve Sver. Quelques - unes des manufactures établies pour ie 1er dans cette contrée s font dues aux foins d’un certain Danois, nommé BaLLNart , qui dans la fuite a pris le nom de Pv.QSENBUSCH. Une manufacture établie proche la partie boréale du lac Onega, s’appelle Peirofskoifarod. Une autre à la partie auitrale fe nomme Olonetz. Elle efl; éloignée de la première de 130 milles: elle eftcompofée de quatre fourneaux de quatre forges.
- Dans ces forges, on affine tous les jours une maffe de fer crud de 20 à 24punds. Ceferfe travaille enfuite en labres, en épées, en fuflls, &c. A 60 miiles de Petrofskoi, il y a fur le bord d’un ruifléau qui fe décharge dans le lac Onega, une manufacture qui s’appelle UJirika Savood, compofée de deux forges. Il y en a encore une autre qui s’appelle Povenitz, à 96 milles de Petrofskoy : on y fond des canons comme à Petrofskoy. Les manufactures de Tillekin & d’Aiexi font abandonnées. Toutes celles de la Carélie prennent la mine dans un marais proche de Konjofero : elle reiiemble à un fablon marécageux de cou!eur jaunâtre.
- Dans les principautés ou voivodfcaper de Befcbecouy Si Ajljufma, qui font féparées de la Carélie, le travail du fer efl; tellement en vigueur, qu’il n’y a pas une ville ou un village, dans lefqueîs on ne trouve des foyers pour fa fabrication. Us fe fervent de mines de marais : ils mettent cette terre maré-cageufe dans des forges ou petits fourneaux , dont ils font mouvoir les fouf-flets à bras. La mine fondue en fer crud dans un foyer de forge , fe tranfporte dans un autre petit foyer, auquel on donne le veut par des fouffiets à main, & enfuite on le bat avec des mafles de fer. Si un ouvrier eft vigoureux & diligent, on dit qu’il peut battre en une femaine 80 punds de fer : mais ce? fer efl;d’une mauvaife qualité. Aux environs de la ville de Galetz, les' payfans fe fournilfent abondamment de fer, qu’ils fabriquent eux - mêmes avec la tene de marais.
- Thule efl: une ville très-renommée. La plus grande partie de fes habitans font occupés au travail du fer: ils le préparent dans des forges avec des fouf-flets à main. Le fer fe fabrique là avec une efpece de terre rouge, ou avec
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- des morceaux d’argille qui paraiOTent pétrifiés. On rencontre de ces morceaux, tantôt plus gros, tantôt plus petits : on les trouve & on les amafle autour de la ville dans les champs, d’où on les arrache pour les vendre au marché.
- Entre Thule & Mofcou,. il y a une manufacture, confiftant en cinq forges , & quelques fourneaux, appartenant à deux freres nommés Moellers. On y fabrique par an 20000 punis de fer, que l’on tranfporte à Archangel • on prétend que c’eft laque le fameux czar Pierre Alexiovits forgea lui-même deux ou trois barres de fer.
- Non loin de la ville de Serpent ov , eft une manufacture royale , compofée de cinq forges & quelques fourneaux. Entre Thule & Veronits, il y aies manufactures fuivantes , favoir , Lipsky , éloignée de Mofcou de 107 verjîes, ou milles ruifienséquivalens- à 44.Ç milles fuédois:. elle eft compofée de quatre forges & quatre fourneaux. On y fait aulfi des munitions de guerre.. Vingt milles au-delà furie fleuve Veroni, il y a une manufacture appellée' Kofmimky, compofée de deux forges, avec une troifieme pour la fabrication des ancres. Proche de là on trouve celle de Borna, compofée de deux forges & deux fourneaux. La mine fe tire dans la terre aux environ^ de Thule elle donne du fer caflant à chaud. Il y a encore plufieurs ouvriers enfer , autour de la ville de Paulava, qui fond des fabres & des épées de damas : c’eft ainfi qu’ils les appellent..
- Pour ce qui regarde la mine de fer de Rufîie & de Sibérie , on la trouve rarement en roche ou pierre dure; mais ordinairement on la tire de terre.. On trouve les pierres minérales diffoutes & éparfes dans les champs, jufqu’à la profondeur de quelques aunes. Il y a aufîi une efpece déminé, qui ref-femble à de la pierre feuilletée : on dirait que c’eft une argille durcie. Dans quelques endroits , onia tire d’une terre marécageufe: elle reüemble à une mine de fer décompofée , comme de l’ochre..
- Il n’y a que deux endroits , defquels on puilfe tranfporter par terre les fers & autres marchandifes , favoir, des environs de lliuisk , & Jenïfcirshy. Les autres fers & marchandifes arrivent au port & à la ville de Petersbourg , par le moyen des fleuves Utka, Cctma, Volga. Tverza , & le lac Ladoga.
- La plus grande partie des manufactures de fer , en Ruilie & en Sibérie,, doivent leur origine & leurs grands fuccès à MM. Mari ski n & Moellers. On dit qu’en Sibérie, il y a cinq manufactures royales , & vingt -fept qui appartiennent à des particuliers. Les royales^en Sibérie font, Neviauskoy 5 ou Alapinskoy, Kamemkoy , JJBushoyi & deux en Ruliie,. qui font Fetrovfskoy & Glinitzkoy.
- On dit que la manufacture de ferla plus célébré , eft celle de Tetkovskoy 3. appartenant à Mikita.Dimidoeje: on fait même l’éloge du fer qui en pro-
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- vient. Voyez au furpius la carte géographique que j’ai drêflee C* 39)-
- §. XY.
- Des fourneaux de fujion 9 des forges autres foyers h fer de la
- Norvepe.
- C_3
- Il y a en Norvège phifieurs fourneaux & plu (leurs forges femblables à celles de Sucde. Je me contenterai , par cette nuion , d’en h-tire Peuuméra-tion , étant fort inutile de décrire leur conltrudlion , non plus que leur méthode , foie de fondre la mine , foit d’étendre le ter fous le martc.m.
- i°. En i7io, on rétablit la manufacture de Lejfoè\ qui s’approvifionne de mine dans deux minières, où elle fe es (Te aifément. On en tire plus en un an , que l’on ne peut en confommer en plaideurs années. On dit qu’on ne fait travailler le fourneau que tous les trois ans. Dans trente paniers de mme , on en mêle quatre de pierre calcaire. D’un quintal de mine , on tire 20 ou 30 livres de fer crud : on en coule 60 poids de marine en une femaine. On pulvérife lesfeories , pour en extraire le ier qu’elles recèlent ; pour cela, 011 les écrafe à l’aide de neuf pilons ferrés , que Peau lait mouvoir (c), & qui en les brifant mettent le fer à découvert: dans une forge-, on affine & on purifie eu une femaine fix ou fept poids de marine de fer forgé.
- 2b II y a une autre manufacture à Edsvald, compofée d’un fourneau & d’une forge à deux feux: le fourneau eft entièrement conftruit de pierres de roche pure. Sa hauteur eft de 12 aunes ( d): le diamètre de l’ouverture fu-périeure en a deux & demie, & il eft de trois aunes & demie dans la largeur du ventre ,• le foyer eft fait à la francaife : le diamètre de la roue à eau eft de cinq aunes & demie ( e ). On calcine à la fois 200 à 250 tonnes de mine; ce qui fe fait en mettant d’abord du gros bois & des charbons, avec de la mine par-delfus , mêlée de charbons. Au milieu de la pyramide , eft une ouverture qui pénétré à fond : c’eft par-là qu’on met le feu qui fe répand partout. Il dure pendant 4, f ou 6 jours, 8c autant de nuits; on calcine de cette maniéré , mais féparément , chaque efpece de mine : lorfqu’elle eft calcinée, on la fait écrafer par des pilons.
- .Le fourneau travaille 30 ou 3ofemaines de fuite. On fait 10 ou 12 charges par jour , & à chaque charge on met 20 ou 24 paniers de mine , c’eft-à-
- Or;9) On n’a pas cru néceffuire de don- ( c ) Un boccard.
- ner cette carte dans l’édition de Paris. On (d) Vingt-un pieds,
- peut la voir dans l’original de Sweden- (e) Neuf pieds & un quart.
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- dire }
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- *ttre,.une demi-tonne , qui équivaut à 30 grandes livres, Ufpund, avec 1 z tonnes de charbons. On coule deux fois par jour-, mais à chaque fois ou, n’obtient que deux poids de marine de fer crud. Cette mine, pour fondre, n’a pas befoin de pierre calcaire étrangère , parce qu’elle en porte fuiEfamment avec foi. Dans deux foyers de forge, on fond à la fois un poids & demi de marine de fer crud i & il 11e faut pas plus de 12 heures pour le cuire, l’étendrç fous le marteau , & en tirer un poids de marine de fer purifié : pour cela, on a brûlé trois leftes ou trois leftes & demi de charbon: 011 dit qu’autrefois il y avait dans cette manufacture quatre fourneaux & fix forges.
- 3°. A 4 milles de là, il y a encore une antre manufacture appellée Hac-kmdalm, compofée d’un fourneau & de deux forges. Le fourneau travaille 10 ou 12 femaines de fuite. En 24 heures , on fait 10 ou r 2 charges, à chacune defquelles on met 12 tonnes de charbon , avec 23 ou 24 paniers de mine : ce qui produit 4, Ç , ou 6 poids de marine de fer crud. La mine eft alfez fulfureufe. O11 y travaille en marchandifes, comme pots , marmites, garnitures de feu , &c. Le fer en'barres eft de vil prix. On dit que le travail y a été continué un an de fuite. Les pierres du foyer ont trois pieds & demi de longueur , & un pied & demi de hauteur : à l’égard du fond, il a deux pieds & demi de longueur, fur deux pieds neuf pouces de largeur. r 40. On dit qu’aux environs de Barum en Norvège, on fabrique d’excellent fer, Il y a encore plusieurs autres manufactures à Dickemark, Schade , Eongfelf \ ou HaJJel & Edfojs : dans cette derniere, il y a un fourneau double, deux forges & quatre fours à acier. Le fourneau travaille un an de fuite# quelquefois deux. On fait chaque jour 1© ou 12 charges, à chacune defquelles en met 24 paniers de mine & 12 tonnes de charbon. On coule deux fois en 24 heures, ce qui procure environ 3 poids de marine de fer crud: •dans la forge , on peut par femaine recuire & étendre fous le marteau i'8 à 20 poids de marine de fer pur.
- XVI.
- Maniéré de traiter la mine de fer en Siléjîe,
- On a commencé en 1717, à fondre en Siléfiela mine de fer(l4o), dont la pierre ou matrice-eft de couleur jaune-brune, & très-friable. La meilleure eft celle qui eft la plus pefante , fur-tout celle qui eft d’un bleu-elair, ref-femblant au fmalte. On dit qu’elle eft mêlée de morceaux durs comme les pyrites * qui feraient inutiles, s’ils ne contribuaient pas à donner àlafuiion une certaine fluidité.
- (140) Brcslawifchm 1datur~md\Mcdicin gefchichte. Tome IL
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- On pafTe d’abord cette mine au crible pour en-ôterles pierres & la pou£ fîere de mauvaife qualité. La mine rendue plus pure par cette opération, eft inife en tas, d’où on la tranfporte aux fourneaux & aux forges. Il y en a .pl u fieurs, fa voir , Malm:ts , Qker-Eylau , & AUenhamner. On tranfporte aufH cette mine hors Je la Si lé fie , lavoir aux fourneaux de Heiliv.genfée , Sckue11-ftu t, Lipjehan, Heuh animer, Lors, Eifevibcrg, H ai b au, Nenhaus , Schuelifor-thell, Muhibock , Nickotfchmide, Zerbeutel, Tfchimdorj'Si Tortzendorjf.
- On mêle d’abord cette mine avec de la chaux, ou quelqu’autre menf-true qui lui convienne» enfuite on la met au foyer , mais par ordre ce qui s’exécute de la maniéré fui vau te. On fait dan3 une cheminée un foyer alfez ample, derrière lequel on arrange les foufflets. Ali bas eft une ouverture pour la fortie des feories. Au milieu , il y a une efpece de petit puits-,. au-deifus duquel font les buzes des foufflets, qui parailfent le dominer.. On met des charbons dans ce petit puits, & bientôt, après de la mine réduite en petits morceaux, mife lits fur lits. Le feu allumé parle vent, s’augmente par degrés. Quand les charbons diminuent, on en met de nouveaux jufqu’à ce que la mine foit fondue. On continue ainfi pendant cinq 'Ou fix heures, en mettant par ordre du charbon & de la mine. Enfin, le petit puits s’emplit de fer en fufion. Alors, en détournant les charbons & îaiffant le fer à nud, on voit une maffe très-groiliere de fer. En la foulevgnt: un peu, les feories qui furnagent, s’écoulent: par l’ouverture qui leur eft deftinée fous les foufflets., La maffe de fer qui s’appelle déjà loupe, étant .tirée du foyer, eft portée fur renclume par deux hommes vigoureux , & on l’y façonne en pains ronds, grands comme un chapeau , & épais d’une palme. On dit que , par les coups fréquens du marteau , cette loupe fe condenfe & fe ramalFe aifément, même que toutes les feories qui y étaient enfermées , en font expulfées. Cette maffe ainfi réduite fe coupe enfuite , à l’aide d’un cifeau , en morceaux longs, que l’on appelle âaulinge , & qui étant chauffés, fe mettent en.barres, à la maniéré ordinaire.
- Sr la mine eft bien purgée de fes parties hétérogènes , il en faut 18 me-fures de Breïlau pour une maffe qui s’appelle loupe, & qui donne zoo livres; de fer forgé..
- . ; §. X V IL
- De la maniéré de recuire la mine de fer en Saxei
- A Sanger-hufe, à 4 milles d’Eisleben > & dans plufîeurs autres endroits de' la Saxe, il y a de petites forges , telles qu’on en voit beaucoup en Allemagne * où on les appelle rennverck. On prend la mine dans une montagne qui s’appelle Dovmhrg,. Sa. matrice;eft. de couleur jaune > mêlée de. veines gii-fes. &
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- hanches. Les couches n’en font pas larges. Cette manufa&ure a deux foyers 3 dans l’un on fond la mine , & dans l’autre ou recuit le fer crud , afin de l’étendre fous le marteau. Le foyer a huit pieds de long fur quatre de large , & le foyer a 18 pouces de profondeur. Il eft fait de beaucoup de poudre de charbon. On ôte les fcories par une ouverture pratiquée au côté. La thuyerq eft de fer, & les.foufflets de bois. On met la mine fur une pierre , pour l’é-crafer avec un marteau.
- Quand le foyer ou creufet eft échauffé & rempli de charbons , on met fur les charbons, aux environs de l’orifice de la thuyere , de la poudre de fer , de façon que la mine , qui a été criblée pour en féparer les morceaux trop gros , puid’e fondre & coulera travers les charbons. Quand cela eft fait , on en met davantage ; on arroiè cependant toujours la mine avec de l’eau. De teins en tems on éieve& on expofe au vent la mine fondue, jufqu’à ce qu’on en ait employé la quantité de deux tonnes. Si Peau 11e manque pas, on peut avoir tous les jours cinq mafles , que I on appelle loupes ,• ce qui fait 13 poids de marine par femaine. Cha ^ue malfe , ou loupe , fe divife en deux parties qu’011 chauffe dans un autre foyer. On divife encore ces parties en morceaux plus petits , pour être étendus en barres fous un marteau qui pefe 300. Les barres ont trois aunes de long (/), &deux pouces & demi de large.
- En quatre ou cinq heures on peut avoir une malfe , & la forger. Pour cela on brûle 4 mefures de charbon, je n’ai pas vu moi-même cette petite manufacture : mais tout ce que j’en ai dit, je le tiens d’une perfonne digne de foi, qui l’a vue il y a long-tems, ainfi que les fui vantes, aux environs de Rothen-thahl.
- D efer ipt ion (T un fourneau une forge à Rothenthahl.
- , /
- A Rothenthahl, le fourneau eft bâti de gros quartiers de pierres de grès , qui ont toutes une aune trois huitièmes de longueur fur trois quarts d’aune de largeur, & une demi-aune d’épaiffeur (g). La cavité du fourneau eft relierrée à la partie fupérieure. On y apporte la mine des minières de Bohême. Elle eft de couleur rouge , très-riche, mêlée defehifte & à,hévnîitite,ghskopff‘. Elle eft très-fluide ; il y en aune partie qui s’emploie fans être calcinée. On mec deux paniers de cette mine fur quatre mefures de charbon , qui s’appellent Les charges fe font d’heure en heure ,& 011 coule deux fois le
- jour. A chaque coulée , on a 7 quintaux |, même S , de fer crud.
- Le fourneau eft conftruit de même que ceux de Boheme. La hauteur de J.a cheminée, ou le vuide intérieur, depuis le fond jufqu’à l’ouverture du
- (f) Cinq pieds & un quart.
- (g ) Deux pieds £ pouces \ 15 pouces trois quarts, 10 pouces & demi.
- lii ij
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- deffus » eft de T2 aunes ( h ). Sa forme eft quarrée. Quand il faut bâtir un? fourneau, on creufe d’abord une foffe pour l’évaporation de l’eau. Sur ce vuide , on met une pierre épaiffe d’un quart d’aune , qui fert de fondement, Si le fond eft humide , on met fur cette pierre un lit d’argille , mêlée avec d’autre terre pulvérifée, de l’épaiffeur d’un quart d’aune. On eftdifpenfé de mettre cette couche , fi le fond eft fec.
- Sur cette pierre fondamentale , de fon diamètre à l’ouverture du devant, on drelfe une pierre de grès haute d’une aune f , & épaiffe d’une demi-aune. A côté des foufflets on met une pierre taillée, qui s’appellera//, déformé quarrée, & épaiffe de cinq quarts d’aune. Sur le milieu de cette pierre , on forme le trou pour le pallage du vent. Ce trou dans l’intérieur eft de quatre doigts, & fe couvre d’une pierre taillée, longue de cinq quarts d’aune, large d’une aune, & épailTe de 22 pouces. On place deffus & par ordre, des pierres taillées, dont le côté quarré eft d’une demi-aune. En dehors contre l’orifice du vent, on pofe trois ou quatreaflifes de pierres ordinaires , qui ont cinq quarts d’aune de longueur, de façon que de la pierre fondamentale elles ont la même hauteur que la pierre qui forme le dedans. Sous le mur de devant , & fur la pierre du fond, on place deux pierres qui ont une aune d’épaiifeur, & qui font éloignées l’une de l’autre d’une demi-aune, ce qui eft aufii la largeur du foyer. Parleur hauteur elles joignent la hauteur de celles qu’on a déjà pofées. Sur ces deux pierres on en met une troifieme-qu’on appelle timpeljiein > longue d’une aune & demie , haute d’une aime , & épaiffe de | d’aune ; ce qui achevé d’entourer & de fermer les parois du foyer, qui a 22 pouces de longueur, unedemi-aune dé largeur, & autant de hauteur depuis la tympe jufqu’au fond.
- A l’extérieur de la pierre dite timpelfiein, on applique une autre pierre que l’on nomme kuckoljfehi , qui eft foutemie de même dans fes extrémités fur les deux pierres dont nous avons parlé. Cette pierre a une aune & demie de longueur fur une demi-aune de largeur, & autant de hauteur. Sous cette pierre eft rouverture pour la fortie tant du fer que des feories. Sur la tympe on met une pierre ordinaire , de l’échantillon ci-deiîus ; depuis cet endroit, la cavité eft faite de pierre ordinaire, & va toujours en augmentant, jufqu’à ce qu’elle forme un quarré dont les côtés ont trois aunes-(/). Enfuite elle fe rétrécit vers le deffus, dont l’ouverture quarrée eft de cinq quarts d’aune. Voilà quelle eft la conftruction du mur intérieur. En dehors on met de la terre ; & enfin on entoure le tout de poutres entrelacées, comme on le fait en Suede.
- Avant que de commencer à fondre la mine , on met quelques charbons
- (/i) Yingt-un pieds.
- ( i ) Cinq pieds & un quart.
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- allumés devant Couverture de la coulée, & cela pendant un ou deux jours, pour ôter de ce paflage toute humidité. L’ouvrage eft fait tout contre cette ouverture avec pierres & argille. Trois pierres l’entourent. On prépare enfuite unréfervoir pour lesfcories , vers un des piliers du fourneau.
- fOn emplit le fourneau de 30 kiibels , ou cinq voitures de charbons , qui s’allument par le moyen de ceux qu’on a mis fur le devant. On met d’abord un panier de pierre calcaire , mêlée avec de la mine ; & quand ce mélange eft baille, on met trois mefures de charbon, & deux paniers de mine , qui font deux heures à defeendre. On augmente ainfi par degrés la mine, jufqu’à ce que l’onfoit parvenu à cinq mefures , ce qui arrive au bout de 24 heures. Alors on voit des feories dans le foyer, & c’eft le moment où l’on commence à faire mouvoir les foufflets.
- Le vent donné, on met fix ou fept paniers de mine pendant l’efpace de 4 ou f femaines. Lorfque le fourneau eft bien échauffé, on en ajoute 2 ou 3 paniers de plus , ft la qualité de la mine le permet. On fait les charges au bout d’une heure & demie. On fait la première coulée quand on donne le vent, & la fécondé au bout de 14 ou 16 heures : mais on n’a pas la même quantité de fer que quand on coule trois fois en 24 heures. A chaque coulée, on a pour lors 7 ou 900 de fer crud ; & pendant tout le travail , cela va quelquefois à 2COO quintaux.
- La mine eft d’une fi excellente qualité , qu’elle n’a pas befoin d’être calcinée, pourvu qu’on la calfe en morceaux gros comme des œufs de pigeons, & qu’elle foit mélangée avec un quart de pierre calcaire. De 1 charrettes de mine ou a 100 quintaux de fer. Chaque charrette peut s’évaluer à ce que deux chevaux peuvent traîner.
- Quand j’ai eu l’occofion de voir pour la fécondé fois un de ces fourneaux , il était rebâti à neuf. Le côté des foufflets & le devant étaient artiftement conftruits & voûtés. Il y avait une thuyere de cuivre pofée horizontalement. Le foyer pour recevoir le fer en fufion était de pierres de grès : celles des côtés étaient épaiffes de f d’aune, Si longues de La pierre fondamentale avait auiîi | d’aune de largeur, ce qui forme la largeur du foyer. La hauteur du fourneau était de près de neuf aunes.( k) en dedans , de forme quarrée , ainfi que l’ouverture du delfus. Le ventre était très-ample, & fe rétrécirait vers la partie inférieure. O11 coulait deux fois en 24 heures , même cinq fois 01148 heures. A chaque coulée , on avait 10 ou 12 quintaux de fer crud ; de façon qu’en une femaine on en avait 1 3^ > un par heure. Le foyer pouvait contenir 12 quintaux , & l’on confommait un kubd | de charbon par quintal.
- ( k ) Quinze pieds & trois quarts.
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- Je ne veux pas oublier de faire la defoription d’un fourneau particulier que j’ai remarqué en Boheme , non loin à" Al fat tel. Il était bâti fous le même couvert que deux feux de forge. Il avait quatre aunes ou 4 aunes \ de hauteur (7), depuis le fol juiqu’au - delfus. La cavité avait cinq quarts d’aune de diamètre dans le milieu, mais de forme ronde. Onycenfom-mait 30 à 40 quintaux de mine par femaine , & chaque jour un fuder de charbon j ce qui donnait 12 quintaux de fer. On le fervait de mine de marais cruftacée , eu pouiiiere & de couleur jaunâtre.
- Exteufou du fer fous le marteau eu Saxe.
- UNT quintal de fer crud eft ordinairement de 140 livres , & de i20Îorf-qu’il elt recuit & forgé , de façon qu’on perd y , c’elt-a-dire, 20 fur 140. Ce fer crud , pour être tiré en barres, fe fond & fe recuit t!'ois fois au foyer. On y plonge un ringard pointu , avec lequel ou tire la ruade qui s’y attache, & on la porte eufuite fous le marteau , poury être battue & convenablement étendue. S’il faut puriher le fer davantage , comme lorfqu’on veut le battre en feuilles propres à l’étamage , on retient plus de fcories dans le foyer ; on les écrafe enfuite avec un marteau , & on les remet au fourneau.
- Proche de Hausjiirgenjhid & ailleurs, j’ai vu des forges dont ie foyer e ft faitde lames de fer , comme à l’ordinaire; la plus éloignée elt la plus épaule. On donne au foyer l^uit pouces de profondeur , cinq quarts d’aune de longueur (m}, & une aune de largeur ou environ. Une thuyere de cuivre, très-inclinée , entre dans le creufet. On fond 32 quintaux de fer par femaine, pour lefquels on brûle 7<> kubds de charbon, ou un lefte par quintal. À chaque fois on recuit environ un quintal ou un quintal & demi. La cheminée elt comme remplie & futfoquée des fcories qui fe diilîpent en étincelles. Dans une forge où l’on bat le fer en feuilles pour être étamées, on met à la fois fous le marteau 70 ou 80 feuilles , dont chacune pefe une demi-livre : on confomme par femaine 90 kubds de charbon.
- §. XVIII.
- De la maniéré de cuire de recuire la mine de fer, en Boheme.
- On trouve en Boheme des minières & des mines de plufieurs efpeces. Celle do Lodebleir , à Brawijitmp , donne de la mine noirâtre & de bonne qualité, tout au contraire de celle de Sonegrub , qui eit prefque rouge. Proche
- (/) Sept pieds ou 7 pieds 10 pouces & demi. (m) Deux piedsfq pouces & demi.
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- celle-là , à Kitrin , il y a une minière, dans laquelle on cade la menftrue qui tient lieu de pierre calcaire. La mine de Mujfelberg effc rougeâtre, celle de1 Holtzfiein noirâtre , celle de Sabrbchni prefque brune-, celle de MHtelberg rougit , & à FjtHberg il y a des veines de.differentes couleurs.
- On détache & on cafte encore de la mine de fer d’uné montagne remplie de marbre. Il y a quelques années qu’il yen avait de douze fortes pour le moins. Je ne fais combien il y en a aujourd’hui. On les calcine de différentes maniérés , fuivant leur nature ; c’eft-à dire , qu’on calcine une ef-pece pendant 24 heures , une autre pendant deux jours, une autre pendant une femaine entière , celle-ci deux ou trois fois. Un quintal de la mine qui eft dans le territoire de BUmcksnboitrg, donne 30 & jufqu’à 60 livres de fer, Il n’en eftpasainfi des autres.
- D'ailleurs , il y a le mont Tberhu long d’un quart de mille, & haut d’un huitième, qui eft compofé en partie de pierres tendres d’un gris obfcury & qui fournit au fud-oueft des veines de cuivre rouge. Les couches en font parallèles les unes aux autres. On en trouve aufli de la brune , avec de l’ar-gilie noirâtre , dans les fentes & cavernes de cette montagne. Elle reifemble à l’hématite, ou au fehifte , qui s’appellent dans le pays glaskopjf & bhit-Jiemy car elle paraît ftriée. Outre la mine de ces cavernes , il y en a encore une efpece qui eft en ftaîadlite , ou comme des glaçons qui pendent à l’extrémité d’un toit. La minière s’appelle Oberjïiege. Dans d’autres endroits de la même montagne, il y a des morceaux & des couches de mine extrêmement riche. O11 la tranfporte au fourneau qu’on appelle Gittel.
- Il y a encore en Boheme plusieurs autres minières qui fourniffent plu-fieurs efpeces déminé. Le quintal de celle nommée gtaskopjf, donne 40 à fo livres de fer. Une autre efpece, dont les grains.font cubiques, n’en donne que 30 340 livres par quintal. La blanchefeftheaucoup plus pauvre , puif-que par quintal elle ne fournit que 14 ou if livres de fer. On a coutume de mêler dansquelques endroits de la Boheme 10 ou 12 efpeces de ces mines, & feulement deux ou trois dans d’autres endroits.
- iLy a des fourneaux & des forges en pluffeurs endroits j favoir, à Zorge-viède, à Tanne, à Gittel, à Stollberg, à Rubelancle , à Bos, à Voigtsfeld, & ailleurs.
- Les fourneaux ont 20 à 24 pieds de hauteur. Dansquelques endroits leur cavité eft ronde , dans d’autres quarrée. Le diamètre de la partie fupé-rieure eft d’environ trois pieds : en defeendantil devient plus ample , principalement dans les fourneaux de forme quarrée, qui reifemblent à une pyramide tronquée.
- Le deffus eft bâti de Briques jufqu’au tiers,* le refte eft de bonnes pierres-quf'réfiftent au feu.
- Qiianü lamine eft calcinée, onia réduit eiipouftiere à l’aide, d’un mar-
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- teau : elle reffemble alors à de la poudre rouge. La mine qui fe porte à Gît-tel, ne fe calcine ni 11e fe pulvérife : on la met feulement en petits morceaux. On mêle aulft avec cette mine, de la pierre à chaux grillée9 qui tient lieu de menftrue.
- Lorsque le fourneau eft fufEfamment échauffé, on confomme par fe-maine fo charretées de charbons; & l’on a dans quelques fourneaux , 130 ouijo quintaux de fer crud,* dans d’autres 170, &jufqu’à 190. La différence du produit vient de la qualité de la mine. O11 met à chaque charge le quart d’un fuder déminé. Quand on coule le fer, on en fait des mafles de 10 à 12 quintaux. Ailleurs , ces mafles font feulement de 4 ou * quintaux, que l’on dit pefer dans les forges 114, & à la viile 112 livres de Cologne. Un fuder peut être charrié par deux chevaux : il contient dix mefures de mine, & la mefure a au fond trois quarts d’aune de diamètre , fe rétrecif-fant au-deffus fur la hauteur d’une demi-aune (w).
- Les fcories du fourneau fe pulvérifent fous des marteaux, pour en tirer le fer: on les paffe enfuitc dans un crible, qui eft fait de barres de fer, éloignées d’un pouce l’une de l’autre. Cela forme de longs canaux, au fond defquels le fer, comme plus pefant, s’arrête , tandis que l’eau emporte les parties les plus légères : ce fer fe remet au fourneau avec la mine.
- L’orifice de la thuyere eft pofé très-haut, c’eft-à-dire, à trois pieds au-deffus du fond. Le foyer eft quarré , compofé de groffes pierres qui ont une aune& demie de longueur, fur trois quarts d’aune de hauteur. La longueur du réceptacle eft de 3 pieds f ; 011 fond 30 fuder s ou 480 quintaux de la mine rouge, dont nous avons parlé. Chaque fuder, ou 16 quintaux de mine, produit 338 livres de fer çrud ; enforte que de 480 quintaux de mine, on a 100 quintaux de fer. On tire outre cela -du foyer 11 ou 12 fuders de fcories qui contiennent du fer: à ce que l’on dit, les plus vieilles égalent prefque en fer la richeffe même de la mine.
- Des foyers employés en Boheme pour recuire le fer crud.
- Il n’y a qu’un foyer dans les forges. Le fond & les parois font formés avec des lames de fer fondu, épaiffes de 3 ou 4 pouces. Il y a fous le fond, une foife & un tuyau d’évaporation. Le marteau pefe ordinairement $00* On peut, dans quelques forges, faire & forger par femaine foà 60 quintaux de fer. Ailleurs, où il eft plus dur à traiter , on n’en forge que 24, avec le déchet d’un tiers du fer crud. On confomme pour chaque quintal , quatre mefures & demie, ou une demi-voiture de charbon. Le fergillel eft préférable à tous les autres, parce qu’il eft plus ferme.
- ( n ) Quinze pouces trois quarrs, 10 pouces & demi.
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- §. XIX.
- De la maniéré de fondre la mine, a Fordenberg , en Stirïs, en Carinthie & d’abord, a For de nberg.
- Il y a de'jà plus de 2o ans qu’à Fordenberg il y avait 16 fourneaux qui travaillaient prefque toute l’année : on tirait la mine d’un grand nombre de puits , aux environs à' Eiffen-Eertz*
- La mine était de couleur noirâtre, & fa matrice de couleur brune. Plu-, fieurs des couches de cette mine étaient couvertes & comme enveloppées d’une pierre dure, femblable au talc ouglacies Maria, & qui refilait à un très-grand feu. Cela était caufe qu’on féparait cette pierre réfraécaire de la mine, avant que de la jetter au fourneau. Sous une veine de mine , bonne & mûre , on en tirait une autre qui ne l’était pas , & qu’on îi’eftimait pas encore allez remplie de parties métalliques. On la tenait à part proche du fourneau , afin que , comme on le difait, elle pût acquérir la maturité : on croyait le terme de quelques années fuffifant pour cela , après quoi on la mêlait avec l’autre pour la fondre.
- A la diflance d’environ 60 aunes ( o ) du puits.à mine, appelle foder-Jiol/ens on en voyait un autre , ou un fouterrein , dont l’entrée était fermée par une forte porte: perfonne ne pouvait y entrer fans permiffion. On voyait au-dedans , des.cryftaljifations ferrugineufes , qui étaient attachées à la voûte, comme des ftala&ites, formées par l’écoulement de l’eau, précifément comme celles des cavernesde Baumaim, & autres. On y voyait aufîi des efpeces de concrétions, ayant, comme le corail, la forme d’arbuftes ou de ramifications. Ces végétations métalliques imitaient les glaçons que l’on voit pendre au bas des toits pendant l’hiver. On ouvre rarement la porte de ce fou-terrein, & on y laiife entrer peu de monde, de crainte que l’air ne noirci (fie cette magnifique cryftallifation. D’ailleurs, lorfqu’on y touche, les rameaux fe détachent aifément de la voûte ,& de l’efpece de tronc auquel ils tiennent. On porte la mine de ces minières avec beaucoup -de peine, & par des chemins difficiles , jufquY.u fourneau de Fordenberg.
- Le 1 ong du même courant d’eau, il y avait plufieurs fourneaux établis à la file l’un de l’autre. Je palierai leurs noms fous filence , parce que je ne fais pas fi aujourd’hui ils fub fi lient encore , ou fi on n’y en a point ajouté de nouveaux: chaque fourneau a fon couvert, & un petit bâtiment joignant pour la calcination des mines. *
- La hauteur du fourneau eft de 14 pieds. Le diamètre de la cavité fupc-
- (o ) Cent cinq pieds.
- Tome IL
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- rieure du ventre proche le foyer , efl de quatre pieds, & celui de dicflus de deux pieds : le mur de cette cavité était bien enduit d’argille.
- Lorsqu’on calcinait cette mine, on mettait d’abord'un lit de charbon & un de mine de lîx pouces de haut > ce que l’eu répétait jufqu’à trois fois dans le môme ordre. La derniere fois, on amoncelait de la mine en terme de bûcher , autant qu’il en fallait. Ou y mettait en-fuite le feu, qui durait pendant trois femaines., a£Ln qu’a près cette longue calcination , la mine pût être plus facilement écrafée & réduite en fer: la mine pilée ou écrafée , s’élevait au-delfus du fourneau , à force de brasou par le moyen d’une roue à eau.
- Quand la cheminée étak pleine de charbons , on mettait par-delfus une meiure de mine,-équivalente à une tonne. Avec le tems ce charbon baillait ; & lorfqu’il était baiifé,. on en remettait huit paniers, avec de la mine par-def-fus , mais par couches ÿ ce qui fe continuait pendant l’efpace de heures,, au bout defq.uelles les charbons étant confumés , & la mine defeendue dans, le foyer ,.on voyait dans le creufet, une malfe appellée ballmajfsn.
- Ici, les fouiïlets étaient placés du même côté par lequel on tirait cette-malle : & les fcori.es foutaient- tout contre les buz.es des foufflets.
- Après que la malfe était découverte, on voyait toujours au-delfus une partie de fer encore liquide , qu’on tirait féparément de celui de delfous c’était la matière d’un fer excellent que l’on appellait kroglvch , propre à être converti en acier, ou réfervé pour les ouvrages qui demandent du fer de la meilleure qualité; Cette première partie tirée , on enlevait le relie du foyer : ce reliant était large de cinq pieds. Pour le tirer , iPfallait des leviers de fer & deux forts ouvriers. Pendant que cette malfe était encore chaude, on la divifaiten deux parties , dont chacune pelait io quintaux ; de façon que , dans l’efpace d’un jour & d’une nuit , on avait une malfe de-fer cruel de 20 quintaux.
- Les ouvriers difent que cette méthode de fondre la mine , en recommençant tous les jours l’opération, & tirant la malfe du foyer, était en ufaga depuis plus de 8oo ans : & quoiqu’ils conviennent qu’on aurait une plus, grande quantité de. fer, lî la fufion fe fefaitfans relâche , comme en Carin-thie, ils foutiennent cependant que la nature de la mine demande que les liquations foient interrompues. Ils croient que Pefpece qu’ils emploient,, ne pourrait fouffrir un feu continuel, & qu’ils n’obtiennent pas cet excellent fer qui occupe le delTus de la malfe : au relie , ils peuvent dans un fourneau fe procurer fe.pt de ces tnalfes par femaine.
- , • En Sîirie.
- Ici la mine fe fondait de là même maniéré qu’à Fordmberg, & dans des. fourneaux femblablcs : mais il y en avait de. trois efpeces., des grands ,.cU§;
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- moyens & des petits. Ces derniers étaient le plus en ufage. Voici la conf-truélion des grands , appelles Jluck-ofen.
- On bâtiflfait de pierres grifes le Fourneau, dont chaque côté avait 4 ou 6 aunes de face (p). Le mur intérieur de la cheminée dans le defîus , était épais d’une aune , & dans le bas il en avait une demie de plus. Au pied du fourneau, ou proche fa partie inférieure , il y avait une efpece de chaiîis de bois , fur lequel on plaçait les foufflets avec leurs bancs & leurs équipages. Sous le fond , il y avait une petite folle double en forme de croix. La hauteur égalait prefque-celle des plus grands fourneaux d’Allemagne , ap-pellés hoch-ofeu. Dans le mur extérieur du devant, on pratiquait une cheminée de forme quarrée, ayant trois pieds de diamètre, & qui, vers le foyer , était conftruite avec des pierres de Bergen.
- La hauteur du foyer était d’une aune 8c demie ; & depuis là , le vuide intérieur s’élargiifait petit à petit & par degrés, jufqu’à ce qu’il fût de figure ronde. Cette rotondité ne commençait qu’à 3 aunes du foyer. Le diamètre de cette partie arrondie était de 3 aunes : mais depuis là elle allait en étre-cilfant jufqu’à la hauteur de i§ pieds depuis le fond, & fondait par une ouverture d’une aune-de diamètre , par laquelle on mettait dans le fourneau la mine & les charbons.
- Le mur, du côté des foufflets, où était le chaffis dont nous avons parlé , avait une aune de hauteur , un pied d’epaifleur, & neuf pouces d’élévation for le fond. Sur ce mur, on plaçait en travers une efpece de malle de fer, & on fefait delfus , avec de l’argilîe , un maffif d’un pied d’épaiÏÏeur. La profondeur du fourneau était telle que le fer pouvait couler for le fol, où l’on préparait, pour le recevoir, une folle remplie de pouffiere de charbons humeélés. On enduifait d’argille l’orifice du vent, de façon qu’il reffemblait à un cône tronqué, plus large en-dehors que vers le foyer. La conflruction du fourneau avait la figure d’un tonneau d’Italie, plus large au milieu que dans les deux bouts.
- Les foufflets dont bn fe fervait, étaient très-bas, 8c ne s’élevaient guere qu’à la moitié des foufflets ordinaires. Ils n’étaient pas plus longs que ceux des foyers de forge. Au lieu d’ètre attachés à leur fuppÔrt, ils étaient mobiles, afin que l’on put aifément les ôter de leur place toutes les fois qu’il fallait tirer le for.
- Les petits fourneaux & les moyens étaient bâtis comme les grands, & fur le même modèle : toute la différence qu’il y avait, c’eft qu’ils étaient plus petits. Les moyeni fourneaux avaient en-bas deux pieds en quarté , quatre
- . (P ) Sept pieds, ou 10 pieds 6ç demi.
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- de diamètre dans îe milieu , & un pied feulement au-cfefius. Les ouvriers, difaient que cês fourneaux pourraient durer plufieurs années , en renouvel-lant l’ouvrage feulement quatre fois par an. On verra mieux la conftru&ion de ces fourneaux par la figure , que par le fecours de la defcription que l’on en ferait.
- Lorsqu’on commençait le fondage , on empliffait d’abord le fourneau- de charbon , mêlant les tendres avec les durs : on y nréttait le feu , & on fefait aller les fouffiets. Quand les charbons étaient defcendus d’une charge , on en mettait de nouveaux, avec de la mine de (Tu s. On a remarqué qu’il fallait que les charbons fuifent defcendus Je deux charges, avant que la mine commençât à fondre.
- A chaque charge on en mettait deux paniers , après qu’elle avait été préalablement cal ci-née-cSc réduite en morceaux. Chaque panier pefait un demi, quintal. Si la mine n’était pas riche, on en mettait trois ou quatre paniers, fur une corbeille de charbon. Quatre corbeilles font un fac, & cinq facs font un faifceau-, qui s’appelle dans le pays , knippa. Deux faifceaux & demi, ou xmfoûppor, font un foder. En continuant l’ouvrage, on mettait de la mine-tous les trois quarts d’heure, & en: vingt quatre heures on fefait 30 ou 32 charges qui, p*ar la fufion , fe réunifiaient en une feule maife.
- LA.mefu.re dont on fe fervaitpour élever la mine aUrdeflus du fourneau*;1 avait deux aunes fept pouces de longueur, une demi-aune & fept pouces de-largeur, & une demi-aune de profondeur.. La mine qui y était contenue,, pefait neuf quintaux.
- Après ees 32 charges, c’efi-à-dire, à 7 heures du foir, on rangeait les; fouffiets à côté, pour qu’ils n’empê.chadent pas la fortie des fcories que l’on fefait couler jufqu’à ce que le fer fût à oud. Ces fcories n’étaient pas fi légères ni fi blanches que celles du fourneau dont bous parlerons ci-après r & qui fe nommeflojf-ojen: elles étaient plus noires & plus pefimtes , femblabies. aux fcories de la mine d’étain. Comme on penfait qu’elles ne contenaient? point de fer, on les jettait à la riviere;
- Les fcories forties, on arrofait d’eau le tas de poudre de charbon , que-l’on confervait dans une folfe devant le mur antérieur du foyer. On fefait. couler cette pouffiere fur le fer enflammé, pour le rafraîchir doucement & par degrés. Lorfque tout ce qui était dans la fofle était employé , le fer qui était dans le foyeaffie trouvait refroidi, & parafait d’une couleur rouge tirant fur le noir. Lorfqu’il avait acquis une ‘couleur obfcure, on détruifait avec, un ringard pointu la partie antérieure qui était-d’argi 11c ?ainfi que l’orifice: du vent. On rafraîcHilfait avec de l’eau le fupport de fer mis en travers. On enduifait d’argille, avec un fer fait exprès, la maife qui était- dans le foyer* On y mettait encore de la poudre de charbon , qui achevait de la couvrir
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- Pour lors on la faififfait avec trois crochets de fer attachés au Bout d’une chaîne, laquelle s’enroulait fur un cylindre qu’une roue, ou des leviers, fefait tourner. Parce moyen on la tirait du foyer, & fi - tôt qu’elle était dehors , on la divifait en plufieurs parties pefant chacune un demi-quintal.
- D’abord que la maife était tirée, on rempliffait fur le champ la foffe de pouflîere de charbon» on raccommodait avec de l’argille l’orifice du vent* & on remettait les foufflets à leur place, pour les faire travailler de nouveau.
- Il faut une heure pour tirer une matfe, ce qui ne fe fait pas fans travail & fans fueur. Son poids eft en 24 heures de 11 à 12 quintaux. L’efpece de fer qui provient de ce travail & de ces fourneaux, n’eft pas fi crud n^fi rempli de parties étrangères, que celui des autres fourneaux: ce qui eft caufe, comme on le dit, qu’il n’eft pas nécelfaire de le cuire de nouveau. On allure que, dès cette première fufion , il eft dudite & malléable.
- Quoique ces trois efpeces de fourneaux foient de différentes dimcnfions & grandeurs, cependant on 11’a pas remarqué jufqu’ici de différence entr’eux pour ce qui regarde la fufion, finon que dans les grands fourneaux on tire une malle toutes les douze heures, & une dans les autres par fix heures. Le poids d’une malfe dans un petit fourneau , eft de 2 quintaux \ ou 2 quintaux f. En 24 heures , on fait 20 à 22 charges, à chacune defquelles on met 2 paniers de mine , & une mefure de charbon, dont trois font un fae : voilà la maniéré de fondre la mine de fer en Stirie , telle qu’elle m’a été racontée par des gens dignes de foi.
- Des hauts fourneaux- de Carinthie, appelles floff-ofen.
- Les hauts fourneaux appe\)ês foJJ-ofen, font en ufage en Carinthie : ils ne font pas fort différens des fourneaux allemands. On tire lamine des montagnes de Lo'èllinger : elle eft de couleur châtaigne - brune , partie jaunâtre & rougeâtre. Avant que de la mettre au fourneau , 011 la calcine avec de menus charbons, qui auraient été peu propres à la fufion. Sur la place deftinée à la calcination, on met les bois fendus , afin que les charbons puiffent s’allumer plus aifément j fur ces bois, on met de petits charbons, & fur ces charbons, de la mine : quand elle eft calcinée & refroidie, on la cafte en morceaux de la groffeur d’une noix, & on l’éleve au-deffus du fourneau.
- Le mur extérieur du fourneau eftconftruit de groffes & fortes pierres, à-peu-près delà même façon que ceux d’Allemagne , & de forme quarrée. Chaque côté a 12 ou 14 aunes (q ) fur f ou 6 d’épaiffeur , avec deux voûtes, l’une au-devant du fourneau, de l’autre du côté des foufflets : ces voûtes font
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- Lf) Vingt-un pieds, 24 pieds & demi, % pieds deux quatrième ? ir pieds & demi
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- foutenues par un arc de grottes pierres dures. Au milieu, on forme la cheminée, dont le mur qui renvironne, eft fait de pierres de grès groiïieres, tirant fur le rouge, qu’on apporte de Crain. Le fond eft d’une pierre de la même efpece , de 4 pieds en quarré , fur 1 3 pouces f d’épaitleur. La pierre de la paroi antérieure a quatre pieds de longueur , un & demi de hauteur, & quatre pouces d’épaiiîèur. Celle dans laquelle on taille , pour ainfi dire, l’orifice du vent, eft longue de s pieds fur 18 pouces de hauteur, & 20 d’é-paiifeur. Tout le bas du foyer eft.fait de la même pierre : on emploie pour le deflus, de la pierre grife ordinaire.
- On pofe lefond horizontalement, les autres pierres deflus , de façon*que le foyer ait 24 pouces vie largeur & 26 de longueur : ces pierres font taillées de maniéré que le-deflus eft plus large que le bas. Par ce moyen , il fe trouve à l’élévation de deux pieds & demi du fond , un quarré de deux pieds dix pouces. Plus haut, le foyer & la cavité vont en s’élargiffant, non pas en continuant la forme quarrée , mais en prenant la ronde infenfib'ement. A la hauteur de 9 pieds, le diamètre eft de 72 pouces. De-là , il va en fe rétrecif-fant jufqu'au-deflus, pour finir en une ouverture quarrée d’un pied feulement. La hauteur du fond au-delfus, eft de 24 pieds : le denus eft cquvert d’une voûte, pour préferver le tout des pluies & des vents , qui dérangent le feu.
- L’orifice, pour la coulée du fer, eft adroite contre le fond. A gauche & à la hauteur à laquelle monte ordinairement le fer en fufion , eft une ouverture pour le paflage des feories , que l’on faitfortir avant que d’ouvrir îa coulée pour le fer. L’orifice du vent eft de 14 ou if pouces au-deflus du fond, au milieu de la longueur du foyer. On le tient d’un pouce plus haut , lorfqu’on veut fe procurer de plus grottes mafles de métal. Cet orifice pour lèvent, ne fe fait point avec de TargUle; maison le taille avec exactitude dans la pierre , de façon qu’il eft julte au milieu , afin que le vent puilfe aller par tout le foyer , qui doit être bâti avec beaucoup de précifion. Quand cet orifice eft taillé, 011 y verfe de l’eau: fi les gouttes coulent vite dans le foyer , c’eft une preuve d’une trop grande obliquité. Si au lieu de couler elles retient en la même place, c’eft une marque d’une pofition trop horizontale. Il faut tailler cette ouverture , de façon que l’eau puifle couler f&n-fiblement, mais lentement: c’eft en cela principalement que confifte l’art du fondeur.
- Les ouvriers prétendent aufîi, qu’il eft d’une très-grande conféquence que les foufflets foieut bien placés : on fe fert de ioufflets de cuir , qui ne font pas hauts, mais longs.
- Un fourneau ainfi bâti à neuf s’emplit d’abord de charbons. Quand ils font allumés , on les laiiTe bailfer deux fois fans vent, avant que de mettre de la mine: enfuite à chaque charge on met une mefure de mine, de la conte-
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- nance de f d’aune cubique , & pefant deux quintaux , avec deux fa es de charbons par-deflus. Quand le tout eft baille , on recommence , & les charges, fe renouvellent tous les trois quarts d’heure. Lot fque l’on a fait cinq charges» ce qui demande environ trbis heures ou trois heures & demie, il y a dans le foyer aifez de fer en fufion pour le couler. Avec un morceau de* bois on forme dans du fable un moule d’une grandeur convenable. Avant que d’y iaifler entrer le fer , on débouche le trou à gauche, pourie débar-ràlTer des feories. Si elles font ftftuleufes & blanches, c’eft une marque que 1a fufion eft: bien faite. Si au contraire elles font d’une couleur brune ou noirâtre, c’eft un ligne qu’elles contiennent encore beaucoup de fer. Cela indique aulfi que le creufet n’a pas fes juftes dimenfions, ou que l’orifice du vent manque de l’obliquité convenable.
- Apres que les feories font ferties , on débouche l’ouverture pour la coulée du fer. Dès qu’il a couié , on la referme. Le fer refroidi pefe 4 ou £ quintaux. On continue ainfi le travail ; & en coulant toutes les trois heures ou trois heures & demie , on obtient fept malfes , ou 35 -quintaux par 24. heures. Chaque coulée confomme 9 ou 10quintaux de mine, & 8 ou 9 facs de charbons , un peu plus ou un peu moins , fuivant que les charbons fonS plus durs ou plus tendres. Si on ne les mêlait pas » on ne pourrait les employer.
- Dans un fourneau de cette efpece , 011 travaille ordinairement28 3 33 fe-maines de fuite. Il y a des fondeurs qui fe flattent de donner autant de fer la première fernaine de travail, que les autres en ont au Bout de trois ou quatre. Lefecret , difent-ils , eft de faire deux ou trois charges de feories mêlées avec de l’ardoife , lefquelles en fondant enduifent les parois d’une efpece de verre. Ils en concluent que dès la première femaine on peut mettre la quantité ordinaire de mine.
- On pile fous un marteau que l’eau fait mouvoir , les feories pefantes & de couleur noire : on lave enfuite dans l’eau les pouflieres pilées. Le fer qui en fort, fe remet au fourneau avec la mine., & fe mêle à la maffe de fer en; fufion..
- §. X X..
- Maniéré particulière de travailler la mine de fer auprès: de F!aélre.y dans Iarchevêché de Saltzbourg.
- La mine que l’on fondait dans Ge fourneau, était en partie noire, bruner ©u jaune. On en tirait une grande quantité des montagnes voifines. Ici on la; eaflait & on la détachait avec peine: là on la trouvait abondamment répandue-par petits-morceaux, dans, la-campagne.. La. mefure dont, on fe fervait:, était
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- longue d'une aune L( r) , large & profonde d’une aune ; on 1’appellai.t karreu. Mais la petite mefure était de | d’aune eu quarré : il fallait trois de ces dernieres pour en Fnire une grande ou un havre». On caffait la mine en morceaux gros comme des noix. Il y en avait de deux efpeces ; l’une de meilleure qualité que l’autre. La première était de couleur brune & jaune: on la mettait à part, parce qu’on la regardait comme très-propre à faire de l’acier. La fefcondefe calcinait dans une foile qui lui était defiinée : on y employait de gros bois , & un feu allez violent.
- Quant au fourneau & à fa confirutfiion , le dehors reffemblait aux fourneaux d’Allemagne , & notamment à ceux de Saxe; avec cette différence, qu’il y avait une efpece de plancher ou de voûte au-deifus de l’endroit de la coulée. Cette voûte était peu élevée, & feulement à la hauteur de trois aunes ( s ). Depuis le fond jufqu-’à l’ouverture du dclfus, il avait 24 pieds de hauteur. Le fond avait une aune \ en quarré. De-là h’eavité s’élargillnit jufqu’à la hauteur de 12 pieds, qui était le milieu-de ce fourneau. Les côtés quarrés avaient trois aunes. Du milieu du fourneau, la cavité fe rétrécirait en montant, & confervait la figure quarrée. Enfin le deifus était un quarré, dont chaque côté avait une aune.
- Au-dessus il y avait une voûte pour garantir le fourneau & le feu des injures de L’air. Le mur intérieur ccait fortifié par un autre mur , fait avec de grolfes pierres bien liées. Le fond était un peu incliné vers le devant, afin que, lors de lacoulée , il ne refiât point de fer dans le creufet. L’orifice du vent était à 13 pouces du fond, Il fallait la plus grande précilion pour placer les buzes des iouiflets, afin que le vent touchât comme il faut le fer dans le foyer , & le parcourût également. Le mur du foyer était fait d’excellentes pierres. Le travail pouvait durer 20 ou 30 Semaines.
- Au commencement de la fufion Qc’eft-à-dire, pendant les trois ou quatre premières femainés, on n’avait pas tant de fer que par la fuite , lorfque le fourneau était échauffé , les murs ayant acquis un certain degré de chaleur. Dans les premières fernaincs , on n’avait que 80 eu 90 quintaux de métal par femaine. Au bout d’un mois & demi on en avait davantage , au point que dans 24 heures on fêlait 28 , 30 & jufqu’à 40 charges. A chaque charge on mettait une mefure de mine appellée kuhel. On ne l’empliîfait pas entièrement; -mais quand la mine était de nature à fondre facilement, on la mettait toute pleine. Une telle mefure pleine pefait un quintal de Vienne & un quart. On mélangeait fouventles mitms pauvre & riche , pour les fondre enfemble. Pendant 24 heures , on confommait à quintaux de mine calcinée , avec un demi-fac de charbon par chaque mefure ou kubd. On
- (y) Cinq pieds & un quart.
- employait
- (r) Deux pieds 9 pouces.
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- employait par préférence les charbons durs. ,On jettait d’abord les charbons, & fur ceux-ci de la mine, que l’on répandait également avec un rabot ou un trident. Quatre facs de charbons fêlaient enfemble un faifceau ou mi knippa ; & deux knippor & demi fêlaient unfoder, qui eft ce que deux chevaux peuvent traîner aifément.
- On renouvelait les charges tous les trois quarts d’heure; & après cinq ou lix charges, on avait une malle de fer nommée/o/r, du poids de deux quintaux & demi, ou trois quintaux, ordinairement trois quintaux avec la mine dont il s’agit. Par 24 heures on avait 6 ou 7 de ces mafles de fer, c’elf-à-dire, 18 ou 20 quintaux poids de Vienne , pour lefquels on brûlait 3 à f knippor de charbons; 'ce qui fefait par femaine 126 > 130, à 140 quintaux de 1er crud, même 200 lorfqu’on employait de la mine choilie, appellée mine d'acier 1 &24Ï, 279, 3 1 ï à 3 )0 quintaux de mine, fuivant la bonté & fa qualité , avec 44 htippor , ou 180 facs de charbons.
- Dans la partie inférieure du fourneau , où fe ramafle le fer, ou à la hauteur de | d’aune du fond , le foyer confervait fa largeur: mais delfous cet efpace 011 mettait un gros quartier de pierre de fix pouces d’épaifleur, pour fervir de fond. On plaçait de même une pierre au côté droit, contre le fond. On ménageait une ouverture pour la coulée, dont la grandeur était telle que le bras pouvait y entrer commodément. Au côté gauche , on plaçait encore une pierre de coltiere, qui ne devait pas être 11 élevée que celle qui était fur la droite. Elle n’était élevée fur le fond que d’une demi aune. De cette façon , fa partie fupcricure était plus balle d’un quart d’aune. On bouchait cette ouverture avec de l’argille , afin qu’on pût l’ouvrir commodément, & faire fortir les feories. Par le moyen de forts crochets de fer , placés bien profondément dans les pierres de côté , on empêchait que cette pierre ne pût être dérangée. Ces deux pierrèsfe nommaient l’une & l’autre la paroi antérieure , ou foerveg.
- Lorsqjj’on était parvenu au point de pouvoir couler la mine réduite en fufion , on débouchait ce premier orifice , fermé avec de l’argille, au^ delfus de la pierre antérieure ; ce qui donnait une iflue aux feories très-fluides, & lailfait à nud la malfie du fer. Les feories étaient de couleur verte, limpides, poreufes, filluleufes , & conféquemment très - légères. Elles ne parailfiaienf pas contenir la moindre parcelle de fer. La raifon pour laquelle on attachait cette pierre avec des crochets de fer , était de crainte que fon dérangement n’occafionnât quelque ouverture quand on ouvrait le palfiage deftiné à la fortie des feories : car s’il y avait eu quel-quelque iflue , le fer aurait pu couler à contre-tems , au lieu qu’on le retenait dans le foyer jufqu’à l’entiere évacuation des feories.
- Après leur fortie, on débouchait l’ouverture à droite, par laquelle le
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- fer devait couler. On préparait un lit dans du fable pur pour le recevoir. Lorfqu’il était coulé, on détachait les matières qui reliaient contre le fond , pour faire fortir tout ce qui était liquide. Les ouvriers difaient que ce qui ferait relié dans le foyer aurait nui à la fulion fuivante. On bouchait enfuite les deux ouvertures avec de i’argille, jufqu’à une autre coulée. On fe fervait de fouffiets de cuir.
- De la maniéré d’y purifier le fier crud.
- «
- Le fer coulé dans ces fourneaux , était très-fluide, parce qu’il était rempli de beaucoup defoufre: ce qui était caufe que , ni après une première fulion, ni même après une fécondé dans un foyer de forge , on ne le portait pas fous le marteau. Il fallait d’abord le fondre dans une efpece de foyer de forge , fait comme les foyers purificatoires du cuivre , profond , de forme ronde, d’une aune de diamètre fur \ d’aune de profondeur , & fait de bonnes pierres enduites d’argilfe , comme ceux à purifier le cuivre.
- La thuyere était de fer , & entrait dans le foyer d’un quart d’aune. Elle était inclinée de façon que le vent touchât & ralat le milieu du foyer. On y plaçait la malle de fer, & on la fondait comme dans les forges. On la tenait en fulion jufqu’à ce qu’on vît le fer limpide comme du cuivre fondu. Ce.travail durait trois heures.
- Apres ce tems , lorfque les charbons étaient bridés , on agitait fortement cette maife ; & lorfqu’elle était bien liquéfiée , le maître y inlinuait un ringard froid , non loin de la thuyere, pour fonder fi elle était allez liquide, & fi le foyer était également rempli. Quand le fer était bien liquide , on voyait autour du ringard une matière appellée j'pan , comme en pareille occalion on en voit lorfqu’on foude du cuivre en fulion. Alors on jugeait qu’une grande partie des foufres était diiiîpée. Au contraire , fi le fer n’était pas bien liquide , ce ffnm , au lieu d’envelopper le ringard, ne s’y attachait que par places détachées & interrompues. Alors on augmentait la chaleur jufqu’à ce que tout fût bien liquéfié. On enlevait enfuite les charbons & les feories qui furnageaient, & on laillait quelque tems le fera découvert, jufqu’à ce que la croûte qui couvrait fa fiuperficie , fût affermie. On jettait après cela de l’eau deifus, & on en tirait des morceaux & des lames, comme on fait pour le cuivre. Cet ouvrage durait quatre heures. En une demi-journée ou devait purifier trois de ces ma (Tes, & con-fommer pendant ce tems deux knippor de charbons. Sur chaque maffe de fer crud , on éprouvait ordinairement un déchet d’un demi-quintal. C’eft ainfi que proche de Fladre , dans l’archevêché de Saltzboiivg, on purifiait le fer, & qu’on lui ôtait les parties fulfureufes dont il eft imprégné.
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- Maniéré dyy recuire purifier ce fer une fécondé fois.
- On recuifait le fer de la maniéré que nous avons enfeignéej & lorf-que par ce moyen on l’avait dégagé de tous les foufres groiîiers, on le voyait fortir plus dur, fans cependant pouvoir être étendu fous le mar-teau, avant que d’avoir été recuit une fécondé fois. Les croûtes de fer fe grillaient avec du bois dans une efpeee de foyer de calcination. Il y avait pour cela trois cheminées de fuite, dans lefquelles on pouffait le fer au feu jufqu’à ce qu’il commençât à fe liquéfier , en y employant principalement la flamme du bois. 'Ces lames , ainfi calcinées & refroidies, fe mettaient en fer à la maniéré ordinaire, ce qui s’appellait anjjhitzm. A chaque fois, on liquéfiait un quintal & 22 livres de fer crud , poids de Vienne , ce qui fe fe-fait dans des foyers de forge , comme on a coutume de le pratiquer en Eoheme & en Saxe. Un quintal & 20 livres de fer erud, poids de Vienne, rendaient un quintal, même poids, de fer purifié & étendu fous le marteau : ce qui annonce que le déchet était d’un fixieme par quintal. On mettait ce fer en paquets de deux quintaux ou deux quintaux & demi, lefquels s’appellaient/oW. Quatre de ces John, ou dix quintaux, fe nommaient mu-Isr. On trouvera la maniéré, après ce premier travail, de faire de l’acier avec le fer dont il s’agit.
- §. XXI.
- Maniéré de traiter la mine de fier , fuivant Agricola.
- Je crois qu’il ne fera pas inutile de rapporter ici la méthode de fondre & de recuire la mine de fer, telle qu’AGRicoLA nous l’a tranfmife. Cette defcrip-tion fervira à comparer la nouvelle méthode avec l’ancienne : car je veux mettre fous les yeux du leéteur toutes les façons connues de travailler la mine ds fer. Voici les propres paroles de cet auteur.
- ££ La mine de fer, qui eft bonne/fe cuit dans un fourneau prefque fem-,9 blable à ceux de la fécondé efpeee. Son foyer eft haut de trois pieds &
- 5, demi, long & large de cinq pieds. Au milieu , il y a un creufet haut d’un „ pied, & large d’un demi-pied, quoiqu’à vrai dire , il puifle être plus haut ,9 ou plus bas, plus large ou plus étroit, fuivant que la mineeft plus ou « moins riche. Le maître doit régler la mefure de la mine fuivant qu’elle ,5 eft riche, & ne doit pas moins* fe connaître que veiller à cette partie.
- „ D’abord, il jette des charbons dans le foyer, & deda mine de fer pul-vérifée par-deflus. Il l’arrofe de chaux non éteinte, autant que la mefure de fer en contient. Enfuite, il jette des charbons, puis de la mine, & continue jufqu’à ce qu’il ait un amas allez confidérable. Enfin, après
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- „ avoir donné le feu, il en augmente i’a&ion par le vent des foufflets „ placés avec art, & il cuit lamine. Cette opération peut durer B» 1©»
- & quelquefois 13 heures. Pour garantir fon vifage du feu , il le couvre „ entièrement de fon chapeau, dans lequel on ménage des trous, par lef-„ quels il peut voir&refpirer.
- J, Il faut que, vers le foyer , il y ait une bafcule , par lemoyen de laquelle „ il arrête ou retarde le mouvement de Peau & des foufflets ; ce qu'il ne
- 33 manqué pas de faire lorfqu’il met de la mine & des charbons , ou lorfqu’il
- „ tire les fcories. De cette façon, le fer fond. & fe ramalfe en un morceau „ de deux ou trois quintaux, fuivant que la mine eft riche.
- „ Alors le maître débouche , avec un ringard, l’ouverture pour le paf. „ Page des fcories : & lorfqu’elles font toutes évacuées , il lailTe un peu J, refroidir la malfe de fer. Après cela, le maître & fes aides foulevent la
- 33 malfe avec des ringards, & la tirent dehors fur la terre. Ils la frappent
- „ avec des rnalTes de bois , dont les manches font petits, mais de cinq pieds 33 de longueur, tant pour détacher les fcories qui y tiennent encore, que 3, pour en rapprocher les parties & l’étendre : li on la portait fur le champ „ au gros marteau que l’eau fait mouvoir, elle fe mettrait en pièces.
- ,3 Cependant , peu après, on la faifit avec des tenailles, on la porte au 33 marteau ; & à l’aide d’un cifeau que l’on tient entre le marteau & la malfe » „ on la partage en 4, 5 ou 6 morceaux, fuivant qu’elle eft plus ou moins 3, grolfe. On recuit ces morceaux dans un autre foyer, & on les porte fuccef-3, fivement fous le marteau, où l’ouvrier en fait des maifes quarrées., des „ focs , des bandes , mais fur-tout de petites barres , dont 4,6 ou 8 pefent ,3 la cinquième partie d’un quintal, & dont on fabrique dilférens inftrumens..
- „ A chaque coup de marteau , un enfant lailfe couler de l’eau fur le fer 33 chaud, ce quieftcaufe du grand bruit qu’on entend au loin. La malfe 3, étée du creufet dans lequel le fer était en fufian , il refte un peu de fer 3, dur, lequel fe bat difficilement. On s’en fert pour ferrer des pieux, & 3„ pour d’autres ouvrages qui demandent du fer de cette qualité : voyez la „ planche 20.
- „ At eft le foyer. B, le tas de charbon & de mine. C, l’ouverture pour „ fortir les fcories. D, la malfe. E, les marteaux de bois. F, le marteau. „ G, l’enclume. Quant à la mine de fer cuivreufe & brûlée , comme elle 3f, fond difficilement, il faut plus de travail & plus de chaleur. Non-feule* 3, ment il faut la calfer avec des marteaux pour en féparer les parties „ dénuées de métal, mais il faut la calciner pour diffiper les autres métaux „ & les fucs nuifibles. Il faut enfuite la laver, pour féparer les parties pefan-3, tes des légères , & la cuire dans un fourneau femblable au premier, mais a, plus ample & plus haut 5 afin qu’il puiffe contenir beaucoup de mine &
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- „ de charbons. On fe fert de l’efcalier qui eft à côté du fourneau, pour „ jetter par le deflus la mine mife en morceaux comme des noix, ainfi „ que les charbons. Avec la mine, qu’on eft obligé de cuire une & deux „ fois , on fait un fer propre à être porté au foyer de la forge , & propre, „ après qu’il a été étendu fous le marteau , à être coupé avec un cifeau » „ en plusieurs parties. A, eft le fourneau. B, les degrés. C, la mine. D % „ les charbons (141) ,5>
- §. XXII.
- EjJai de fondre la mine avec du bois en menus morceaux > de la terre combufible melée avec des charbons.
- En 1726, 011a elfayé en Suede d’employer des bois fendus, mêlés aveo-une certaine quantité de charbons , au lieu d’ufer de charbons feuls,pour fondre la mine. On fait que les bois à moitié cuits, font d’un excellent ufage pour fondre le fer dans les fourneaux defufion : c’eftcequia engagé à tenter fi ce mélange pourrait être de quelque utilité fi , par ce moyen on épargnerait du charbon , & fi une flamme vive aurait plus d’efficacité pour fondre la mine , que le feu caché des charbons. On dit qu’on tenta la même chofe en Ruffie il y a quelques années , avec une efpece de fuccès. Mais pour mieux juger de l’effet de la flamme vive fur la mine , j’ai cru devoir rapporter ici tout au long le progrès de la fufion opérée pendant l’elfai. On y verra la dépenfe & le produit jour par jour , & comment tout s’eft paffé les premiers & les derniers jours.
- (141) Planche 6, fciîion IV, fi. 19.
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- Jours. Janvier. Le fourneau plein de charbon avant que Paniers de mine. * Charg es. Mafles de fer par iour. Poids de marine.
- 7 IO U O 0 O O
- 23 24 2r 26 27 28 29 dy donner le vent. Avec le vent. 12 12 12 1 3 13 14 i4| 15" 15 M M 15 if u O 2 I I 1 2 I O 45 3i 3 3? 8 4i
- 1 e, femaine. 9oj 1 l°4 8 26 4
- H H H 13 H 14 14 2 0
- 30 31 1 2 3 4 février. i4 H H 14 h! m 16 2 2 2 3 2 2 y 8 8| Si ir| 7 4 9
- f 62.
- 2e. femaine. 1014 16 4 17 18 18 4 19 20 20 * 97 13 ' H 13 13 13 13 13 If
- 3 2 2 2 ' 3 2 2 12 |
- 6 7 8 9 10 11 12 ** 4 S4 si 81 i3i si 9 4
- 3 e. femaine. 128 i _.92_ 1 f6 69 4
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- 13 H if 16 17 18 I9_ ! ! i 22 234 1 23 23 23 23 *4 H 13 H 13 13 À 3 2 2 2 3 I3i 9| i°i loi Mi
- 23 13, 2 9i
- if9ï 94 16 1 - 7S 4
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- DES MINES. Récapitulation.
- 4ÏÏ
- Charges. 1 Leftes de charbons. Mefures de beis. Paniers de mine. Poids de marine en fer.
- 3 e. femaine. ie. fufion. . . . 92 ‘ 107 O . O I700| 69 1
- 2e. fulion. . . . lof 122 6 O 2047 i 60 |
- 3e. fufion. . . . *3* - 78 2 28 2038 77 ï
- 4e. femaine. le. fulion. . . . 91 “ 109 8 O 21341 78 I
- 2e. fufion. . . . 105 122 6 O I99S 61 0
- 3e. fufion. . . . 13 f 76 S 28 20 96 78 0
- 3e. tfj' 4Q.jtmames enfemble. le. fufion. . . . 00 o\ 216 8 O 383s 1481
- 2e. fufion. . . . 210 24î 0 1 °r I 40+2i 121 J
- 3e. fufion. . . . ! . 26S 1 >7 7 4134 ! !
- Par Is^moyen de la table qui précédé, on peut voir combien on a fait déchargés par jour, combien on a u£e de mine & de charbon, combien on a eu de fer par jour & par femaine : on peut aulTi voir le produit de la chaleur occaiionnée par le mélange du bois & du charbon , comparé avec celui de la chaleur produite par les feuls charbons. I! faut obferver que le bois doit être très-court, pour pouvoir le mieux mêler avec les charbons : il doit auiïi être très-lec.
- On a du obferver dans la même table , 1*. que fi on mêle du ! ois avec le charbon , on fait plus de charges dans le même efpacede tems : par exemple, dans la troifieme femaine, avec le mélange de bois & de charbon, il y a eu 134 charges.; & en fe fervantde charbons feuls, il n’y en aurait eu que 92 ou igs au plus. De même, dans la quatrième femaine, il y a eu 131 charges,- & avec des charbons feuls , il n’y en aurait eu que 94 ou lof. Veut-on réunir enfemble ces deux femain-es ? on voitqu’il y a eu 26f charges, & qu’il n’y en aurait eu que 210 avec des charbons feuls. Il faut croire que cette différence, elf caufée , parce que les charbons mêlés à un feu de flamme, ont bridé plus vite. Or, les charbons étant plutôt confiâmes, il a fallu plus de charges : il arrive auih que l’eflet & la force du vent font augmentés par un feu de flamme.
- 2°. Quoiqu’il y ait eu plus de charges, on n’a cependant confommé que la même quantité de charbon, le bois compris, dans le même efpncc de tems ; par, fuivant lecalcul, on a brûlé 154 1 elles, & 7 tonnes de char-
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- bon , avec mefures de bois fecs & coupés , appellées fiafrum. Si on réduit une mefure de ce bois en charbon, de maniéré qu’elle équivaille à 17 tonnes , on aura brûlé 233 leffces & il tonnes ; au lieu que , fuivant la méthode ordinaire , on aurait confoni né 216 à 245 leites de charbon.
- 3q. L’EXPc-RiENCE nous apprend que la même quantité de charbon, mélangée de bois, a pendant le même teins fondu une plus grande quantité de mine que fi on ne s’était fervi que de charbons feuls. On a employé 4f 34. paniers de mine ,& , fuivant la méthode ordinaire , 3835 ou 4°42i environ.
- 4°. Que le produit en fer a conféqnemment été plus grand. En mêlant du bois , on a eu 155 poids \ de marine de 1er crud ,• tandis qu’à la maniéré ordinaire, on n’en aurait que 121 \ à 148 f ; d’où il eft aifé de voir qu’il y a eu une différence de 20 à 25 poids de marine.
- f Mais il y en a euauifi une confidérable entre les produits en fer des troi-fieme & quatrième iémaines , relativement à la quantité de mine employée ; car pendant le même efpace de tems, on a eu, dans l’une 148 poids { de marine en fer , avec 383 5 paniers de mine , & dans l’autre 1 21 poids f de marine en fer, pour 4042 paniers j de mine. La raifon de cette différence paraît venir, ou de la différente qualité de la mine, ou de ce qu’il s’était attaché du fer. ou de la mine aux parois du fourneau, qui, par l’augmentation de la chaleur, eft enfin fondue & tombée dans le foyer.Concluons-en qu’il eft très-difficile d’établir une réglé précife à ce fujet, fi ce n’eft après avoir recommencé fouyent cette expérience , & l’avoir continuée jufqu’à 5 , 6 & 7 femaines.
- On peutauffieii conclure dès à préfent, i\ qu’on peut faire 100 poids de marine en fer, avec i5oleftes| de charbons , car alors les bois font réduits en charbons ; au lieu que , fuivant la méthode ordinaire, on peut faire la même quantité de fer avec 147 leftes de charbons. 2q. Suivant l’épreuve, pour ces 100 poids de marine en fer, on ufe 2 66'ï paniers de mine ; au lieu que, fuivant la méthode ordinaire, on a eu la même quantité de fer, avec 259i paniers de mine, quoiqu’à la fécondé fois on en ait employé davantage, c’eft-à-dire, 3 3.13 ,.fuivant la table. De là , & eu égard à la première fufton , il n’y a prefque pas eu de différence ; mais eu égard à la fécondé, elle eft très-grande. Jufqu’à préfent, on peutdonc conclure que l’ancienne méthode de n’employer que des ch.Tt.bons feuls , eft préférable.
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- Autre ejjai de fondre la mine de fer avec de la terre comhf-
- tible (142).
- Quelques perfonnes ont auffi tenté de Fondre les mines de Fer & d’ar-gent,avec de la terre combuftible. Ils ont réuffi, à ce que l’on dit, au point d’employer une moitié, & enFuite deux tiers de cette terre, avec les charbons. Mais au moyen d’un Feu Fec & concentré, ils commençaient par chaf-, fer de cette terre lesfoufres & les huiles malignes & Fétides. O11 ajoute que .4000 morceaux de terre crue ont donné environ deux fuders de terre brûlée, privée de FouFrés ; & que les cendres ou charbons , après le grillage, Font d’autant meilleurs.qu’ils Font reftés plus long-tems en Feu , c’eft-à-dire,. depuis 30 jufqu’à 72 jours , & s’ils ont été , lors de la cuifFon , couverts de beaucoup de pouffiere , de Façon que leurs Fucs nuifibles aient pu s’évaporer lentement .& par degrés.
- Chacun faitque cette terre marécageufe,'bourb’eufe & pourrie, rend un très-^grand fervice pour l’évaporation de différens fels 5 le commun, par exemple, le vitriol , l’alun; & qu’on l’emploie auffi dans tous les Fourneaux où le Feu Frappe le deflous & les côtés des chaudières de cuivre. Elle eft encore d’un grand uFage dans les cuifines & ailleurs : mais il relie encore à Favoir fi cette terre combuftible eft auffi utile dans les Fourneaux qui demandent un feu violent, capable de dompter les métaux qui y font expofés à nud , & de les mettre en fufion.
- Les morceaux de cette efpece de,terre étant, comme on l’a remarqué, après le grillage , extrêmement légers, Font aifémentchafles & pouffés parle vent, Fur-tout quand il eft violent ; notamment s’ils fe trouvent vis-à-vis delà thuyere , & qu’ils ne dèfcendent pas le long des parois: ce qüi les fait diffi-rper en flamme & en fumée. Si d’ailleurs, par le moyen du feu , on ne purge pas cette terre de Fes foufres greffiers & impurs, elle communique fes vices aux métaux , principalement au fer qu’elle empoifonne, pour ainfi dire,de fon venin ; & quoiqu’à l’aide d’un feu lent & couvert , ori expulfe une partie de Fon huile & de (es foufres , cependant il lui en refte encore trop, pour ofer expofer de la mine à Fon adlion , Fur-tout celle de fer, qu’elle couvre d’une cfpeçe de croûte impure & Fablonneufe.
- (142) Voyez traité de la, fonte'des mines par le feu du charbon de terre , du traite de la ccnJhuBïcn & ufage des fourneaux propres à la fonte & affinage des métaux & des minéraux par le feu du charbon de terre, par M. DE Gens ANNE Tome IL
- cejfonnaîre de mine d Alfa ce & comté dé Bourgogne.Paris^cliez Vatlàde, 1770 in-4®. Jer donnerai dans les additions fur les fers1 l’extrait de ce que dit cet auteur fur h maniéré d’épurer le charbon de pierre, _
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- Il y a trois principales efpeces de cette terre combuftible & marécageufe. L’une vient des racines des plantes, & des branches d’arbres,-qui ne font pas encore bien pourries. Cette efpece étant brûlée , ne donne pas tant de fubf-tanqe charbonn.eufe, parce que les filamens délicats des racines. & les autres: parties des plantes abandonnent leurs enveloppes & leurs écorces r ce qui eft caufe que le feu qui en provient, n’a pas beaucoup d’ardeur. La fécondé efpece eft aufti formée de racines, mais pourries & converties en une efpece ’de terre mêlée d’autres matières bourbeufes, qui , par la combuftion, fe convertit' en une efpece de cendres ou de matière ftérile. La troiiïeme doit fou exiftence aux feuls fédimens des eaux marécageufes qui fe ramaifent & s’agglutinent dans des. puits.creufés dans un marais. Cette troifieme efpece preft fée & mife en forme de brique , femble donner un feu plus ardent: quant à fon utilité dans les foyers de fourneaux, on peut confultex le tome où. j© traite des mines d’argent.
- • §. XXI IL
- Maniéré défaire de ! acier dans les Indes avec du fer forgée
- Quelques voyageurs rapportent que les Japonais ayant mis le fèr en barres, ils le plongent dans des lieux marécageux , & l’y lailfent jufqu’à ce. que la plus, grande partie, foit rongée par la rouille. Ils le retirent alors, & le battent de nouveau: puis, ils le remettent dans le marais pendant S à ia ans, jufqu’à ce que l’eau en ait dilfous tous les fels : la partie de fer qui refte , relfemble,, dit-on ,à de Parier, & ils. en font des focs de charrue, ainfi que. tous leurs autres inftrumens & uftenfiles.
- Dans la partie orientale de l’ifle des Célebes , & dans l'a contrée de 7b??;-haco , on dit qu’on fait du fer qui fe recuit, & qui s’éteint à plufieurs fois* ce que l’on continue j.ufqu’à ce qu’il- ait acquis la dureté de l’acier ; ce qui en procure d’une efpece excellente , à laquelle l’eau elle- même contribue* Extrait, de Rumehius ,.dans le mufaum. de Vaxentin.
- Il y a d’ailleurs une. tradition qui nous apprend que les Chinois & les: Japonais ont l’art, d’adoucir le fer , au point de lui faire recevoir les figures & les impreflîons que l’on veut, tout de meme que fi c’était du plomb , & qu’enfuite ils lui rendent fa première dureté. Bechet fe vante auffi d’avoir: eu le mèmefecret :. c’eft ce qui m’a. déterminé à en parler ici. Au refte, nous aurons occasion de voir, par la fuite,. Ta méthode d’adoucir le fer, qu?eB-frigne. le favant & très-ingénieux M. de REA.UM.UiU
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- §. XXIV.
- De la maniéré de convertir le fer cruà en acier, tant en Suède
- qu' ailleurs , par le J'ettl travail qu'on lui donne dans un foyer de . forge.
- J’aï !ong-tems balancé fi je m’en tiendrais à enfeigner le travail de la mine & du fer, fans parler de celui de l’acier. A la fin , j’ai cru qu’il ne ferait pas hors de propos d’expliquer Feulement ici les méthodes de convertir le fer crud en acier, Fans entrer dans le détail de la maniéré dont, en plufieurs endroits , on Fe procure de l’acier avec du fer forgé.
- Quant au premier objet, c’eft-à-dire, la converfion du fer crud en acier , je crois que voici le véritable lieu d’en parler, parce que cette converfion ie fait dans un foyer de forge, & avec le même feu qui icrfc à l’affinage du fer. Il aurait donc paru que quelque chofe manquait à cet ouvrage, fi j’avais omis d’y inférer les différentes méthodes en ufage pour fe procurer de l’acier avec du fer crud.
- Quant à l’autre objet, je veux dire la converfion du fer forgé en acier, c’eft un travail tout différent. Le fer eft déjà purifié j on l’a fait paffer par les différens degrés de chaleur qui lui ont donné la qualité de fer pur ; &, vu cette différence, je n’aurais pas manqué de traiter féparément les différentes méthodes employées pour parvenir à l’une & l’autre fabrique d’acier j mais le Favant & laborieuxM. de Reaumur ayant, dans fou livre précieux , & à la fuite d’une multitude d’expériences choifies, donné la méthode de convertir en acier le fer forgé j lorsque nous en ferons là , je ne ferai que quelques additions , pour faire voir quels Font les différens ufages reçus à cet égard en différens pays : mais nous en parlerons ailleurs.
- Comme il eft dans notre plan d’étudier la nature du fer par les différentes expériences que l’on a faites à fonlfujet, je me contenterai de rapporter, ainfi que je viens de le dire , les différentes méthodes de convertir le fer crud en acier, furlefquelles M. de Reaumur, dans fon ouvrage admirable , a gardé le filence, ou ne s’eft expliqué que très-légérement. Dans le paragraphe fui-vant, je rapporterai la maniéré d’adoucir le fer fondu, telle que M. de Reaumur nous l’a donnée.
- Non loin d'Ehdcmohre > en Dalécarlie, aux environs de Viâ ou de Trollbo, on a fait un très-bel établiftement, dans lequel, par le moyen du feu & du vent, on convertit le fer crud en acier dans un foyer de forge. Le fer crud , qui eft très-propre, fe fond dans un fourneau, aux environs de Vikmcmf-hyttan. La mine Fe tire d’une minière peu éloignée , appellée Bisberget. Cette mine eft d’une nature excellente : le fer qui en provient, eft très-eftimé , &
- M m m ij
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- propre à être converti en'acier. La mine eft noire, peu compare, &compofée' d’une infinité de petits grains qui» broyés entre les doigts, fe réduifent’ âifémenten pouiîiere. Elle eft très-lourde , & donne un fer très-tenace , qui-ïi’eft compofé que de fibres & de tendons.- Du fourneau de fufion qui eft à* Vikmawhyttcm, on tranfporte le fer crud à Trollbo , où on le convertit en acier.. La cheminée conftruite pour ce travail, eft tout-à-fait fernblable à celle' d’une grofte forge élevée, & fe rétreciffant jufqu’à l’ouverture jdu deffùs,-, par où fortent les fumées & les étincelles.
- Le foyer, pour recuire le fer crud, eft de la même figure qu’un foyer dé‘ forge : il eft feulement un peu plus petit. Sur l’aire dé la cheminée, il y, a un endroit deftiné pour y placer des charbons. Les parois du foyer font-faites avec des lames de fer fondu , ainfi que le fond , pour lequel on choifit une lame plus épaiffe. La thuyere eft de cuivre*, & doit être artiftemewt placée fur une des lames de côté. La largeur du foyer eft d’environ 14 pouces la longueur eft plus grande : au refte , elle eft indifférente. De la levre:-inférieure de la thuyere , jufqu’au fond du foyer, il y a fix pouces & demi. Il faut obferver très-exacftement ces dirnenfions pour fa pofition , &: pour la conftruétion du creufet. C’eft en cela principalement que confifte le feeret de convertir le fer crud en-acier : fans ces précautions rigoureu-fes, le travail ne peut réuffir. A la partie antérieure du foyer , il y a une ouverture oblongue pour l’écoulement des fcories fuperftues : on s’en fert auffipoury paffer des ringards, lorfqu’il s’agit de lever du foyer la mafte.. de fer fondu, que l’on appelle fmeltan..
- Comme on l’a déjà dit , la thuyere eft à 6 pouces \ du fond. On lur donne très-peu d’inclinaifon, & elle en a a (fez , pourvu que de l’eau mife-fur fa partie plate, puiffe couler du coté du foyer. Une ligne droite,, prolongée fuivant cette- inclinaifon, n’aboutirait pas, comme dans les* autres foyers de forge , à l’endroit où le fond-fe termine vers le contrevent, mais elle irait au pied du contrevent. La bouche de la thuyere eft plate dans le bas , & ronde dans le délfus , de même que dans les autres-forges ; avec cette différence, qu’elle eft plus petite & moins ouverte. Les buzes. des foufflets font ici pofées plus haut. Il faut beaucoup d’adreife & d’expérience pour placer la thuyere, de même que les buzes des foufflets, avec toute la précifion requife.
- Il faut encore beaucoup plus d’art, à ce que difent les maîtres ouvriers , pôurdonner aux foufflets un mouvement égak& uniforme, & pour diftri-buer le vent comme il convient. IJ s ajoutent que fi, par hafard, les foufflets, la thuyere, ou les buzes, font un peu dérangés de cette précifion , tout habile que l’on puiffe être , on ne parviendra pas à convertir le fer crud en acier i ce qui eft caufe que les foufflets & leurs équipages font attachés
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- là fol idem en t qu’aucun mouvement lie peut les déranger. Il faut auffi que Peau qui fait mouvoir la roue , tombe fur. cette roue , & ne la frappe pas de côté, parce que la force de l’eau eft plus grande , & le vent plus fort & plus égal. Si la thuyere eft trop inclinée , de façon que le vent rafe le fond , le' fer qui eft deftus, fera , dit-on , brûlé par l’acftion combinée de la flamme & du vent : car dans notre opération en ne couvre pas le fond de fcories, comme on le fait dans les autres forges -, il eft expofé à être rongé par lin feu fecs-au point qu’il ne peut y réfifter que pendant quinze jours ou trois femaines, après quoi il faut le renouveller. On voit aufli que levc-nt ronge & creufe la paroi qui lui eft oppofée & qui en eft frappée ; ce qui fait que l’on eft de même obligé de la renouveller très-fouvent. On ne travaille à notre ouvrage-que le jour , & chaque jour on fait trois ou quatre cuites.
- Tous les matins , quand on commence l’opération , on met dans le foyer, des fcories, enfuitc du charbon, avec une légère portion de poufliere de' charbon. On couvre le tout de fer crud. Le meilleur , & le plus propre à être converti en acier,- eft celui qui a été coulé ou coupé en petits morceaux. On remet des charbons fur ce fer crud , & on tient les morceaux dans le feu,-jufqu’à ce qu’ils foient d’un rouge-blanc , ce qu’on appelle blanc de lune. Il ne faut pas qu’ils relient aftez de tems au feu pour qu’ils commencent à fondre. Quand donc le feu les a bien pénétrés , on arrête le vent , & on porte-fous le marteau la maife enflammée. Le poids du marteau eft de j8 à 20 livres fortes, ou lifpmd. A l’aide de ee marteau , on met la maife en menus* morceaux , & on la fait battre jufqu’à ce que les plus gros ne pefent plus que-3 à 4 livres. Si le fer eft caftant à chaud , ou ce qui*eft le même, s’il a beaucoup de foufres , il fe met en morcêaux aufti aifément que du verre : mais IL e’eft un fer tenace à chaud, & caftant à froid, il faut bien du tems & des coups de marteau pour le mettre en pièces. On remet fous le marteau-celles-que l’on juge trop grolTes*
- On reporte enfuite au foyer ces morceaux informes & groiïiers , & on les^ y place de façon qu’ils foient , pour ainfi dire, à l’œil & fous la main de' l’ouvrier, pour qu’il puifle les plonger dans lefeu quand il le faut-. Il tire" d’abord dans le foyer une partie de ces morceaux, & les couvre de charbon,. Pendant ce tems les foufflets vont plus lentement, parce qu’il faut un vent? modéré jufqu’à ce que le fer foit liquéfié. De Ton côté , l’ouvrier armé d’un-ringard pointu , fonde les angles du foyer, pour favoir s’il n’y a point de^ morceaux qui y foient cachés , ou bien hors de la fphere du vent. Quand if en trouve , il les retire & les ramène au vent. Lorfque le fer eft liquéfié an» point d’occuper le fond du foyer, comme ferait une matière fluideouï augmente le vent. Il faut employer toute fon attention à connaître au jufte-' le. goiut auquel il eft propre à être converti en acier, & celui auquel il
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- dans un état mitoyen entre le fer & l’acier. On s’en affine par quelques indices , foit en le fondant aveG un ringard, foit aux étincelles qui, provenant du fer & des fcories, palfent à travers les charbons & la flamme. Au commencement de l’opération, la flamme eft d’un noir jaunâtre ; enfuiteelle s’éclaircit & blanchit, fur-tout lorfque les fcories font forties.
- Quand le fer a été tenu atfez long-tems en fufion , on laide écouler les fcories dans une fofle ea, forme de puits, pratiquée au pied de la cheminée. A peine font-elles forties que le fer fe durcit. On fonde de nouveau l’état de la liquation, afin déjuger fi le fer eft encore aflez mol pour fe laitier pénétrer par le ringard , ou bien s’il lui réfifte ; c’eft à-dire , afin de connaître s’il a acquis la dureté de l’acier. Cela fait, on tire dans le foyer de nouveaux morceaux pour les joindre aux premiers, qui font déjà recuits. On les iond de même que les autres l’ont été, & en continuant ainfi fuccelfivement, on augmente la maiTe qui eft dans le foyer. On y remet encore une troifieme & une quatrième fois de nouveaux morceaux de fer crud ; enforte que pendant quatre.heures on fait quatre fufions différentes, & l’on augmente la malfe au quadruple. Enfin , on a une mafl'e d’acier du poids d’environ 4 ou 5 livres fortes, lifpund , ou de 100 petites.
- Lorsqu’on juge que cette maffe a été aflez long-tems travaillée parle feu, on la fouleve à l’aide d’un ringard que l’on infinue à cet effet dans l’ouverture pratiquée au-deflbus du foyer. Elle paraît alors de forme ronde, un peu creufe dans le deffus. Tirée du foyer , on la porte fous le marteau pour d’abord en rapprocher les parties, & enfuite la couper en quatre avec le fecours d’un cifeau, prefque de la même maniéré qu’on le pratique dans les forges. À chaque travail, on n’a pas une maffe d’un poids égal : elle eft tantôt plus groffe, tantôt plus petite; c’eft ce qui fait qu’on la divife en 3,4 ou 5 portions, fuivant qu’elle le demande. Il en fort, comme à l’ordinaire , des étincelles très-fubtiles , quelquefois même en grande quantité, d’un endroit plutôt que d’un autre; mais elles 11e vont pas loin.
- Quand 011 fond le fer pour le convertir en acier, fi le vent eft inégal, fl la thuyere n’eft pas bien pofée , ou s’il y a quelque autre dérangement, il arrive qu’il n’y a point de fcories dans le foyer, ce qui eft caufe que le fer fe met difficilement dans une fufion bien liquide. Ce menftrue manquant, le fer brûle & acquiert de la fragilité , ce qui le rend d’une médiocre qualité. Pour remédier à cet inconvénient, on met dans le foyer une ou deux pelletées de fable de riviere. Le fond ne réfifte pas long-tems aux fcories qui s’y attachent; ce qui occafionne une perte & un déchet fur l’acier.
- Après que la maffe a été coupée fous le marteau en quatre morceaux, on les replace au feu du foyer pour y être chauffés; & lorfqu’ils ont acquis le degré de chaleur convenable, on les met en barres fous le marteau; ce qui
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- fe fait pendant qu’on fond de nouveau le fer crud dans le foyer. De ces morceaux coupés, on en met d’abord deux dans le feu , l’un plus proche du vent que l’autre. Lorfque le premier eft chaud, on le porte fur l’enclume, où il ëft, à coups de marteau , alongé de moitié. Pendant ce tems-ià on fubftitue à fa place & 0.11 rapproche du vent le fécond morceau, qui étant chauffé convenablement, eh: à fon tour porté fous le marteau. On en fait-autant pour les deux autres morceaux, après quoi on bat l’autre extrémité qui relie à aîonger , donnant à chacun de ces morceaux la forme d’un barreau quarré, de ï s lignes par face, fur 4 ou 5 pieds de longueur. O11 appelle alors ces morceaux fmeltarejïaul y ou acier de fonte. Il n’eft pas nécelfaire pour cette première façon , que les barres foient forgées avec exa&itude , parce qu’il faut qu’elles foient encore battues & rebattues. Leur extenfion fous le marteau, fe fait comme dans les. forges ordinaires.
- L’acier que l’on veut battre fous le marteau, ne doit pas être chauffé au blanc, mais feulement d’un rouge tirant fur le blanc j ce qui fait que la couleur de l’acier, chauffé à propos, différé de celle que l’on donne au fer. Les; coups de marteau doivent être plus précipités. Aufortir duforgeage ,011 jette l’acier dans, uhe eau courante , afin qu’il puiile plus facilement être mis en morceaux ; car il faut le caflèr de nouveau en petits morceaux , comme nous, le dirons ci-après. L’acier crud qui n’a eu qu’une cuiifon, n’a pas encore la vraie qualité de l’acier. Il ne montre pas encore dans fa caflure les petits, grains qu’il doit avoir. Quelquefois on apperçoitau centre un cercle plus ou moins grand , d’une couleur obfcure , & compofé de grains de la même, nature; -
- On porte cet acier greffier & crud dans un autre foyer voifin , dans lequel on le travaille pour le purifier , & lui procurer ces grains très-fins. Pour cela , on le bat à plufieurs reprifes. Dans cet attelier il y a un marteau du poids-d’environ deux grandes livres & demie, hfpundy & une enclume avec fon ftoc, en fuédois jlœjiok y placée proche de terre. Vis-à-vis le. ftoc il y aune feile à trois pieds, fur laquelle l’ouvrier eft affis pour tourner & retourner, habilement la barre. L’arbre qui fait mouvoir le marteau , a douze dents, qui. le font battre fi vite que l’œil n’en peut fuivre les coups , lefquels fout pref-q.ue auffi précipités que les battemens d’une petite montre. Qu’011 juge de-là s’il faut un habile ouvrier pour façonner fous le marteau une barre d’acier.
- Dans ce même attelier, il y a une petite cheminée & un foyer, tantfoit peu différens de la cheminée & du foyer que nous venons de décrire. La thuyere eft pofée comme dans, le premier foyer. Elles ont l’une & l’autre la. même grandeur, la même forme, le même orifice. L’ouverture de celle-ci eft feulement un peu plus élevée. A B eft un peu plus grand , de forte que fou arifice reffemble à un demi-cercle, au lieu que dans le premier foyer il rcf-
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- femble à un fegment d’ovale. Depuis la thuyere, qui s’appelle forme , jufi. .qu’au fond du foyer, il n’y a que deux ou trois pouces. Le foyer a n ou 12 pouces de largeur , fur 14 à 16 de langueur. On 11e demande point pour ce foyer une il grande précifion que pour l’autre. Il importe peu que la thuyere, qui eft de cuivre, foit placée un peu plus ou un peu moins haut. Au-devant de la cheminée eft une ouverture défiguré oblongue<’ pour U fortie des fcories , & au-delfous un petit puits pour les recevoir.
- L’ACikR grofîiérement cuit dans le premier loyer & forgé en barres, fie cafte en morceaux pour être mis dans le fécond foyer. Il eft facile de le mettre en pièces : pour cela il fuffit de le lailfer tomber fur quelque corps dur , ou bien on fe fert d’un marteau , parce qu’ayant été éteint dans l’eau, il a acquis de la dureté & de la fragilité. On arrange ces nouveaux morceaux avec un certain ordre. D’abord on en pofe deux , coupés de la largeur du foj'cr , eu guife de chenets, fur lefquels on en met 7 ou 8 autres, fuivant la longueur .de ce même foyer; on les charge encore d’autres mis en travers fur les féconds. Il eft indifférent que ces morceaux foientou non de la même longueur; mais il eft eflêntiel de prendre garde qu’ils ne fe touchent par les côtés :-cela les gâterait, à ce que l’on dit. Sur cette efpece de grillage on met un panier de charbons choifis ; on donne enfuite le feu & le vent. Gomme ce' grillage eft fur la thuyere , le vent qui pafte g travers les interftices , fait un grand bruit.
- Au bout d’une demi-heure*ou de- trois quarts- d’heure, ces morceaux ainfi rangés l’un far l’autre peuvent-être aftez chauds. On arrête alors le vent, & on les tire du foyer les uns après les autres. On prend d’abord! celui de deffus, qui eft fous la main ; on le porte fur le’ champ au marteau pour y être forgé en petits barreaux de longueur inégale , depuis-un demi-" pied jufqu’à deux pieds. Deux ouvriers font afîts proche de l’enclume, fur leurs felies à trois pieds; l’un d’un côté du marteau', l’autre de l’autre; &* quand le morceau qu’on a apporté fous le marteau ., eft étendu &- façonné d’un bout, l’ouvrier qui eft du côté façonné le faifît aveocélérité, & forge & façonne l’autre bout; enforte que chaque morceau eft battu dans" toute fa longueur tout de fuite. Pendant qu’il eft encore chaud,' oiv le jette lur le champ dans le bafehe (t) , rempli d’eau courante., pour qu’il 'y prenne1 la dureté de l’acier. On n’y jette pas les deux gros morceaux qui ont fervi defupports. Enfuite on met tous -ces morceaux , façonnés en acier , en un paquet; & par le moyen des deux gros morceaux dont'nous aVons parlé, à, Avec lefquels on les contient, on les arrange de façon qu’ils lie paraiftent
- (t) Petit réfervoir d’eau, creufé dans un tronc d’arbre, qui fê'reniplit perpétneîkr d’eau à mefure qu’ilfevuide.
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- plus faire qu’une feule malfe. Après qu’on a ainfi arrangé un tas de 16 ou 20 morceaux , on le ferre avec une tenaille , & on le reporte au foyer, où on le chauffe jufqu’au blanc. Qu ne les rafifemble ainfi en un feul faif-eeau , qu’afin que, quelle quefoit la qualité de chaque barre , toutes enfemble ne falfent plus qu’un même corps *e’eft-.à-dire , que fi l’une d’elles elt défec-tueufe en quelque point, par exemple, fi elle avait été trop ou trop peu chauffée , les autres la récompenfent, & par leur mélange forment un touf uniforme : & fi on les chauffe toutes jufqu’au blanc , ce n’eft qu’afin que l’acier acquière la vertu qui le rend élaftique. Ces 16 ou 20 morceaux accol-lés l’un contre l’autre, fe foudent plus aifément les uns avec les autres, au moyen de fargille feche & pulvérifée, dont on les faupoudre.
- Lorsque le paquet dont il s’agic , parait chaud d’un côté, on jette deffus de fargille en poudre dans toute fa longueur , & au milieu ; après -quoi on le retourne. Au moment même de ce changement, on jette deffus ,' des fcories en fufion, & enfuite de fargille en poudre. Tout cela fait, on retire le paquet du foyer,* on le frappe avec un marteau à main, pour rapprocher fun de l’autre les différens barreaux; on le remet au feu ; on jette de nouveau par-deffus , de fargille pulvérifée, & quelque portion de fcories en fufion. Enfin à force de feu, d’argille, & de coups de marteau à main, on réunit tous ces barreaux en un feul, que l’on tire par un des bouts en une barre quarrée de quatre pouces d’épaiffeur, qu’on laiffe refroidir à l’air.
- Le bout qui n’a pas été étendu , fe bat de même que l’autre, après avoir été fuffifamment chauffé. On lailfe le milieu plus épais que les deux bouts. Pour cela, il ne faut que deux chaudes, & aller deux fois au marteau.
- La. longueur de ces barres d’acier eft pour l’ordinaire de 9 ou lopieds.> On les caffe pour les mettre enfuite en paquets. Chacun de ces paquets pefe huit grandes livres, lifpimd, & trois petites ; environ un quintal.
- Cette efpece d’acier, s’il n’eft meilleur, eft tout au moins aufïï bon que celui de Carinthie & de Stirie.
- Obfervations touchant la converjlon du fer crud en acier.
- Il y a encore bien des chofes à favoir & à remarquer, que je n’ai pu placer commodément dans la defcription qui précédé & que je rapporte ici fous la forme d’obfervations.
- T. L’excellent acier doit être immédiatement fabriqué avec du fer crud , afin de le préparer , pour ainfi dire, dès fon origine à en prendre la nature. Les fabres , les épées , les refforts, &c. fe font avec cet acier* Celui qui eft fait avec du fer forgé, n’acquiert pas la même qualité. Il perd
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- fa dureté, fi 011 le met fouventau feu, qui chaffe les parties fulfureufes & falines qui s’étaient infinuées dans fes pares. Il revient même à fa première qualité de fer forgé, au lieu que l’acier fait de fer crud n’y revient que très-difficilement.
- 2°. Pôur la converfion du fer crud en acier , on doit ehoifîr celui qui eft dur , ferme , & connu pour donner un fer tenace & de bonne qualité. Celui qui eft mou, ne vaut rien pour cela. L’acier qui en provient, fe fent de fon origine : il eft trop doux, & plieaifément. On ne peut en fabriquer des inftrumens qui demandent une certaine dureté. Si le fer cnidelt fi ferme qu’il cafte difficilement, même étant chauffé , l’acier qui en provient eft excellent pour ces fortes d’inftrumens : mais fi on emploie du fer crud, doux & tenace, femblable à celui de Danmorie qui vient des. mines de Klacka ou de Tabsrg, lefquelles donnent une efpece de fer doux & pliant, l’acier participe à ces qualités ; ce qui fait qu’étant d’ailleurs, bien préparé , il eft très-propre à faire des épées & des refforts. On pré-, tend que l’acier, qui vient d’un fer crud trop dur , eft fragile' & fans nerfs. Il n’en eft pas de même fi le fer eft médiocrement dur, mais d’ailleurs très - tenace*
- Pour eboifir donc du fer qui donne de l’acier d’une bonne'qualité, il faut prendre celui qui fond aifément. On affure que le vent & la chaleur le pénètrent plus facilement. Cette efpece de fer eft.grife , couleur qui vient de ce que dans le fourneau il y a eu plus de charbons que de mine lors de la fufion. Le fer caffant à chaud & à froid n’y eft pas. propre : on en fait difficilement de l’acier; & ceux qui le tentent, au lieu d’acier, n’ont fouvent qu’un fer dur , brûlé & corrompu. C’eft pourquoi dans quelques endroits de l’Allemagne on appellt.mines Iacier, des mines de fer, parce que leur converfion en acier eft plus facile. Si le fer contient une petite partie de foufre doux , 011 dit qu’il eft excellent pour la converfion en acier; & que celui qui en provient, eft très-tenace. Il faut porter plus fou-vent fous le marteau le fer chargé de foufres , &. l’amolLir par des coups, réitérés* On rejette le fer caffant à froid, comme étant de nulle valeur» Si on n’a-pas de mine qui donne du fer dur & tenace tout à la fois, 011a coutume d’y mêler une partie de mine fulfureufe : mais il faut beaucoup de prudence dans ce mélange, pour obtenir de l’acier d’une bonne, qualité;.
- 3°. On coule le fer crud,, deftiné à être, converti en acier, dans des. lits de fable pur de riviere.. On prétend que cette précaution contribue à; faciliter fa converfion en acier, & à fa bonté. On 11e le coule point, comme l’autre , dans des lits, faits de feories pulvérifées., ni fur du gros, fable, mais; fur un fable menu, par, & tiré d’un marais ou. d’une riviere.. La. poudre de. feories liquéfie très-facilement le. fer., il eft. eiientiel que le. fer crud ne
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- foit pas en trop gros morceaux , parce qu’alors il fond & fe convertit en acier avec moins de charbons»
- 4 • La première efpece d’acier qui s’appelle en fuédois fmœltare-jhmhl, ou de l’acier de fonte , eft propre aux inftrumens de la campagne , & à laire des briquets : mais- il n’eft pas encore aftèz travaillé pour faire des épées & des reiforts. On tient qu’il eft trop fragile , raifon pourquoi on le prépare & on le purifie dans le fécond foyer.
- 5°. La mafle deftinéeà faire de l’acier, ail fortir du feu du premier foyer & encore toute bouillante, fe roule dans de l’argille pulvérifée , avant que d*ètre travaillée & enflée fous le marteau.
- ' 6°. On tire quatre fois les feories du premier foyer avant que la mafle
- foit préparée & divifée en quatre morceaux foiis le marteau, c’eft-à-dire, à chaque fois--que l’on y met de nouveaux morceaux.
- ' 7°. Dans le fécond foyer on chauffe les morceaux d’acier jufqu’au blanc, & l’on a foin que le feu n’aille pas plus loin : autrement ils fe fondraient & fe mettraient en une efpece de malle , ce qui nuirait à leur converfi.on en acier. Ce motif doit bien engager à obferver foigneufement le degré de chaleur.
- • 8°. On dit que , pour cette opération , les charbons de hêtre & de chêne
- font excellens : on emploie aulîî avantageufement ceux de bouleau & de pin. Les charbons fecs & nouveaux font préférables à ceux qui font vieux & humides , lefquels ne font d’aucune utilité. Pour faire ces charbons , il faut que le bois foit fec & bien fendu : il faut auffi préferveu les charbons de toute humidité , en les tenant à couvert. Les charbons récens font les meilleurs , parce qu’ils font très-fecs. Ils liquéfient le fer plus efficacement. Il faut obferver qu’il ne faut pas mêler ici les charbons doux & tendres avec les durs, comme ceux du bouleau. Il faut auffi qu’ils ne foient point mêlés de pierres ni de terre. Une mefure de charbons de bouleau fait autant d’effet qu’une mefure ou une mefure f de charbons de pin. Pour échauffer la fécondé fois l’acier & le porter enfuite fous le marteau , il faut auffi du charbon excellent, tel que celui de bouleau , de hêtre , ou de chêne. Le charbon foffile peut encore être de quelque utilité, parce que l’acier qui en eft chauffé foude bien.
- Les foufflets doivent être d’une grandeur moyenne j & plus le bois dont ' iis feront faits, fera compact & dur , meilleurs ils feront. On met trois cam-mes pour bailfer les foufflets, au lieu de deux que l’on met ordinairement dans les forges, parce qu’on a befoin , pour notre opération, d’un feu violent. Quelques-uns prétendent que les foufflets doubles de cuir font meilleurs que ceux de.bois : il faut auffi que les buzes entrent davantage dans la thuyere.Les caif-fes doivent être relevées par des leviers courbés, comme en Stirie & en Carin*
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- thie parce que le mouvement eft plus prompt & plus égal. Plus les fouf-flets vont vite, plus, s’il eft permis de hafarder ces expreffions, ie feu eft léger, gai, vif ; plutôt la converfion en acier eft faite. Plus on veut que l’acier foit dur, plus il faut que le charbon foit fec&fort , & le fer en petits morceaux. Quand il n’y a plus qu’à mettre l’acier en barres, il n’eft pas néceflaire que les foufflets aillent fl vite : il ne faut alors les faire prelfer que par deux cammes. '
- io°. Le déchet du fer, pour être converti en bon acier, eft de près de moitié : 26 livres de fer crud ne rendent guere que 13 livres d’acier. Un habile ouvrier peut en avoir 14. La perte dans le premier foyer , eft de’ 24 fur 60 ou 64, & de 8 dans le fécond : ou, ce qui. eft le même, de 8 parties, il en périt trois dans le premier foyer, & une feulement dans le fécond.
- il0. On tire beaucoup de fcories du fécond foyer , & on peut Pèn débar-ralfer toutes les fois qu’on le juge à propos. Les fcories qui en fortent, font très-rouges & d’une confiftance épaifle : on a cependant remarqué qu’il ne faut pas totalement en priver le foyer, parce qu’alors l’acier ,- trop brûlé & trop defleché,- perd de fa qualité.
- Pour faire de bon acier avec du fer crud il faut qu’il foit chauffé à propos, fans quoi la converfion ne s’opère pas. On dit qu’à l’odorat, on peut diftin-guer fi l’acier n’eft pas trop chauffé, parce qu’alors il en exhale une mau-vaife odeur. L’art & la Icience confident donc à le chauffer convenablement &à propos, c’eft-à dire, à brûler & faire diftiper par le feu ce qui le rendait fer. Il faut qu’il foit aufli bien liquéfié que dans un fourneau de fufion. Si la flamme & le vent ne le pénètrent pas bien, il n’acquiert jamais la qualité d’acier. Pour que cette opération réuflilTe, on fera un foyer capable de contenir au plus 3 ou 4 grandes livres , lifpiwd, parce qu’une petite quantité fe liquéfie mieux & fe rallembie mieux en malle qu’une grande -, outre que la malfe eft plus intimément pénétrée du feu , que fi elle contenait 8 ou 9 de ces grandes livres. Quelques-uns font de plus grofles malfies , & opèrent plus vite dans le même efpace de terns ; mais on a remarqué que l’acier qu’ils fefaient, n’eft pas entièrement dépouillé des parties qui conftituent le fer. En Stirie, on ne fait que de petites malfes} aufli y fabrique-t-on de l’acier de la meilleure qualité.
- La profondeur de ce foyer, fous l’orifice du vent, doit être de 6 pouces, la largeur de 12. L’orifice de la thuyere eft étroit, & n’a qu’un pouce, afin que le vent foit plus pénétrant, plus aigu & plus fort. La thuyere eft plus longue deflus que delfous , afin que le torrent du vent foit dirigé vers le fond du foyer : pour cela, on la pofe fort obliquement. La partie antérieure de la thuyere ne doit être élevée au-deffus du foyer que de cinq pouces, fi le fer
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- crud ne fond pas aifémentj mais s’il eft d’une fufion facile, le fond fera éloigné de la thuyere de fept pouces ou fept pouces & demi, & alors on ne la met pas fi obliquement: car autrement, on prétend que l’opération fe Ferait <avec tant de force, qu’on, n’aurait point de mafle d’acier. Il faut avancer la thuyere de deux pouces dans le foyer. Plus le Fond en fera proche, plus l’opération ira vite. La lame de fer, fur laquelle on pofe la thuyere , doit être un peu inclinée en-dedans. Le fond doit auflî être incliné vers le devant, •prenant garde néanmoins que cela ne lui donne un trop grand degré de chaleur. Il faut aufli avoir foin que l’ouverture pour la fortie des fcories foit bien Fermée : fi la lame de fonte , qui fert de fond , ne réfifte pas bien à l’action du vent & du feu, on peut y en mettre une autre de pierre.
- Pendant que l’on tient le fer en fufion dans le creufet, il faut poufler lèvent jufqu’à ce que toutes les fcories foient évaporées & diflîpées parle feu , de façon que toute la matière foit convertie en acier , & qu’il ne refie ni fibres , ni filamens du fer. Si par lui-même le fer n’eft pas fluide, il faut jetter defliis du fable de riviere fec & pur, ou des cendres de bouleau ; cela rend la liquation chaude , fluide & dure : mais il ne faut pas, au lieu de fable ou de ces cendres , y jetter des fcories en poufliere. D’abord qu’on en voit une certaine quantité dans le foyer, au point qu’elles furnagent par-deflus la malle d’acier, il faut les faire fortirj autrement, elles empêcheraient la converlion du fer. Si la matière eft trop liquide, & qu’on ne puifle obtenir de l’acier, il faut jetter des fcories, mais en petite quantité : car fi on en met trop, on la réduit en fer. Pour avoir de l’acier le plus pur & totalement dénué de fer, il faut fondre trois fois la matière avant que d’avoir une mafle; & quand elie eft formée, il faut jetter defliis une petite partie de fer crud en poulïiere, de cette efpece qui a été fondue avec plus de charbon que de mine : une ou deux petites livres de cette poufliere fufiifent, & aident à convertir en acier la totalité du fer.
- 12°. La ma/fe ainfi difpofée eft portée fous un marteau qui pefe 16 grandes livres, lifpund. Si on veut de l’acier excellent, on cafle les barres, 011 les raflemble, on les chauffe , on les bat huit fois 5 au lieu qu’on ne fait toute eette befogne que deux ou trois fois, quand on 11e veut que de l’acier deftiné à certains ufages. Celui que l’on veutfouder, s’arrofe de menu.fable, de peur qu’il ne brûle.
- Quand on étend l’acier en barres, il en périt trois petites livres par grande: mais quand on le refoude & qu’on l’étend, il en périt près de fix. Si on veut avoir un acier qui tire bien des étincelles de feu du caillou contre lequel on le frappera , il ne faut pas tant l’étendre fous le marteau 5jni fi fou-vent: pour un quintal d’acier, ou fnivant la façon de compter des ouvriers, pour 8 grandes livres, il faut deux leftes & demie , ou 30 tonnes de charbons.
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- 13*. On a coutume d’effaÿer fi l’acier de fonte eft d’une bonne ou mau-vaife qualité , c’eftà-dire , s’il peut le ramaifer & s’étendre fous le marteau, aulfi aifément que le fer de la meilleure efpece. S’il n’a ni gerfures ni fentésT, c’eit une marque d’unie bonne qualité. Celui dans lequel on voit de gros grains ,fans qu’il y ait ni parcelles de fer^ ni fcories, eft très-dur : cela vient de ce que cet acier a été médiocrement brûlé. Le meilleur ligne d’un bon acier eft, lorfqu’il ne devient pas mou , quoiqu’il ait été fouvent porté au feu : on en porte le même jugement lorfqu’ii eft dur , fort & nerveux tout enfem-b!e. Quand on calfe du bon acier, il rend un fou défagréable: on en juge favorablement , quand il jette beaucoup de feu. Lorfqu’ou veut l’éprouver, on en fait, par exemple, un relfort de fufil, parce que celui qui y eft propre, convient à toutes les efpeces de relforts, aux épées, aux aiguilles & autres nls d’acier. Si un cifeau peut tailler fix ou fept livres , avant que l’on foit obligé de le palier fur la meule, c’eft la marque d’un excellent acier, qui pGut être employé à toutes fortes d’ouvrages. Il y a trois efpeces d’acier, qui ont chacune leur famille, fi on ofe le dire, & avec lcfqueîles‘On peut ajufter & polir tout ce qui eft fufceptible d’acier. D’autres en comptent 8 ou io elpéces: car on peut le durcir plus ou moins, fuivant les diftèrens ufages auxquels on le deltine , & par ce moyen en faire d’autant d’efpeces que i’on veut. , .
- D'une autre manufa&ure d'acier en Suede,
- On dit qu’il y a iong-tems, & même dès celui de Gustave-Adolphe (u) que la manufacture d’acier de Qiimrnbacka eft établie. Il y a deux foyers. La cheminée eft fi élevée , qu’un ouvrier peut s’y tenir debout. Au lieu de plaques de fer , pour le Fond & les parois du foyer , on fe fert d’une efpece de pierre talqueufe. On emploie des foufflets de bois aulfi grands que ceux des forges. Il y a deux marteaux, pefant chacun un poids de marine. A chaque fois , on met dans le foyer io grandes livres de Fer crud, qui fe recuit à merveille, comme dans un foyer de forge : mais on tire fouvent les fcories , de façon que cette malfe de fer fond dans un bain fec, & non dans un bain de fcories. Quand on veut recuire le fer,Ion jette fouvent deflus , des cendres mêlées avec du vitriol & de l’alun. Les ouvriers prétendent qu’au moyen de ce mélange, on fait de meilleur acier. Ils n’ont point de réglé pour la quantité de fer à recuire en même tems. Tantôt ils en mettent plus , tantôt moins. Lorfquele fer fondu eft ramalfé en une malfe , on la porte fous le marteau: b il l’y divife en piufieurs morceaux ,que l’on tire enfuite en barres. Ces barres calfées de nouveau en plus petits morceaux, on les met en croix dans le
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- foyer* & en forme de grille. On y jette par- deflus , des cendres mélangées d’alun & de vitriol ; après quoi on les étend une fécondé fois en barres, que l’on recalïè encore ; & on continue dé réitérer la même opération autant de fois qu’il eft nécefîaire pour avoir de l’acier tel qu’on le demande.
- L’acier groffier, que l’on appelXefatjiaubl, ou ce qui eft de même, celui qu’on a coutume de mettre dans des barrils > fe fait avec la première mafse qui eft tirée du foyer, & battue fous le marteau. On l’éteint enfuite dans l’eau, ce qui le durcit ; l’acier le meilleur, tel que celui pour épées, fe met quatre fois en grilles, & fe bat quatre Fois. La plus excellente efpece y eft mife & battue huit fois. A chaque fois on l’éteint dans l’eau, & on la deftine à faire des reilorts. On marque l’acier toutes les fois qu’il pafle au feu, afin qu’on puilfe en connaître Ja qualité. Au refte, les habiles ouvriers en jugent au grain. Si l’on y voit des (tries & des taches obicurcs , ils prétendent que c’eft un figue que l’acier n’a. pas été ou bien cuit, ou afsez battu, ou bien mélangé. Le meilleur eft celui qui blanchit comme de l’argent..
- L’enclume pefe un poids de marine : elle eft large de deux palmes. Chaque femaîne on peut faire 1400 pefant de gros acier , ou acier en barrils, I20Q d’acier à épées , & 800. d’acier à refsorts.Ùn quintal ici eft de 8 grandes livres , lifyimd , ou de 160 petites.
- Pour un quintal du meilleur acier, celui à refsorts , il faut treize grandes livres & demie de fer crud & 26 tonnes de charbon. Pour un quintal de la qualité moyenne,, l’acier à épées , il faut 10grandes livres de fer crud (143) & 24 tonnes de charbon. Enfin , pour un quintal de gros acier, celui en barrils, il faut 10 grandes, livres de fer crud, & 9- tonnes de charbon. Aujourd’hui on emploie beaucoup d’acier préparé dans les manufactures de Vedeva}i{ÿ&* Qttuarnbacka.
- Maniéré ordinaire en Suède , de fe procurer de racier dms les foyers de forge, lorfquon y recuit le fer crud*
- Quoique j’aie déjà indiqué , dans le fécond paragraphe, de cet ouvrage , la méthode dont fe ferventjes ouvriers pour Fabriquer de l’acier dans les foyers de forge, cependant je crois devoir encore rapporter ici cette méthode, d’autant plus qu’il s’agit de la converfion immédiate du ter crud en acier. Lorfqu’on cuit le fer une première fois dans les foyers de forge , & lorfque la liquation eft extrêmement Fluide , il fumage ordinairement de petites mafses ou morceaux d’acier, qui, bien éloignés de s’attacher aux angles , ou de defeendre au fond du foyer , flottent çà & là fur la matière en -,
- (iç 3") 200 livres communes. < . ' .
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- bain. Ces morceaux font inégaux, & d’une forme grofliere ; mais ils font; ronds dans la partie qui touche le métal. Par leur couleur on les diftingue du fer. Outre que l’acier fumage le fer, il ne s’y joint pas facilement, à moins qu’on ne l’approche du vent. Alors il. fond & fe mêle au métal en fufion, fans quoi il ne s’y joindrait pas. Ces morceaux pefent ordinaire, ment 6, 10 ou if livres. Les ouvriers difent que c’eft un très-bon acier, & très-propre à acérer tous les outils. Ils prétendent auffi que le fer privé de cet acier n’y perd ni n’y gagne. On affure que de toutes fortes de fer on peut avoir de l’acier, mais plus d’une efpece que de l’autre -, que les fers cafsans à chaud ou à froid en donnent; mais que la nature de l’acier varie fuivant celle du fer. L’acier qu’on obtient ainli, eft, dans fafra&ure, de couleur grife, tirant fur le blanc, compofé de grains très-petits & très-durs. On dit que le point principal de la converfion du fer en acier, conlifte à obferver que la thuyere foit pofée obliquement dans le degré d’inclinaifon convenable. L’ufagea appris que, li la thuyere n’eft pas dans fa véritable polition, on ne peut avoir un morceau d’acier. Il faut pour cette converfion , que le vent foit dirigé plus obliquement. Les ouvriers ont, pour la pofer , des réglés & des mefures fuivant lefquelles on la place dans la plus grande pré-cifion. Sans cela, il ne faut pas s’attendre à avoir de l’acier.
- Maniéré de faire de P acier, en Snede, avec dit fer crud, fait avec des mines de marais de Dalécarlie.
- Voyez le §. III, page 363.
- Maniéré de convertir le fer crud en acier dans le Dauphiné.
- En Dauphiné , dans la montagne de Fauche, aux environs de la ville d'Alvar, il y a plufieurs galeries, par le moyen defquelles on tire beaucoup de mine de fer. O11 met dans un foyer, que l’on appelle affinerie, le fer crud qui en provient. Ce foyer eft plus profond qu’à l’ordinaire ; on dirige le vent directement fur la malle qui fond petit à petit. Le creufet eft environné & conftruit de plaques de fer. On n’agite point, comme ailleurs , le fer en fufion ; mais on le laiiTe en repos jufqu’à ce que le foyer en foit plein ,* après quoi on arrête le vent, & on débouche un trou deftiné pour l’écoulement du fer, & par lequel tout celui qui eft fondu s’échappe & fe met en petites malfes de différentes grolfeurs. On ôte la partie extérieure de ces malfes, ou pour mieux dire, l’efpece de croûte qui couvre le fer, parce que ce ne font que des feorjes. Le refte fe porte fous le marteau, & fe met en barres de la forme ordinaire.
- Dans
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- Dans un autre foyer voifin, qui s’appelle chaufferie , on chauffe ce fer jufqu’au blanc. Là, il n’eft pas néce/Taire; d’avoir un feu fi ardent. On met une efpece de fable fur le fer , pour, à ce qu’on dit, modérer la chaleur. Lorfque la barre eft fuffifamment chauffée , on la porte au marteau > après qu’elle efl: forgée , on la jette dans l’eau pour la'durcir. Il faut, pour cela, que la barre foit encore très-chaude. . r
- Defcription pins exaSe de la maniéré de convertir le fer crnd • en acier, fuivant M. DE Reaumür,
- M. de Reaumur, dans fon admirable traité de la couverffou du fer forgé en acier, donne aufli la méthode dont on fe fert en France pour faire de l’acier avec du fer crud. Voici ce qu’il en dit :
- Pour faire de l’acier, on prend du fer crud qui foit blanchâtre , en préférant néanmoins celui qui tourne à la couleur grife. On met l’extrémité de la gueufe dans un foyer, comme fi on voulait forger du fer à l’ordinaire. Ce foyer eft plus profond que ceux ordinaires des forges. En quelques endroits il a depuis deux jufqu’à deux pieds & demi de profondeur. On laifle la<maffe tranquille, & Amplement couverte de charbons allumés. La flamme excitée par le vent, eft dirigée fur le fer qu’on veut fondre. Lorfque dans le creufet il y a autant de fer en fufion qu’on le defire , c’eft-à-dire, quand il eft préfque plein , on arrête lèvent. Dans quelques endroits on ouvre pendant un peu de tems , puis on referme un trou qui eft proche le fond ; ce que l’on fait de moment à autre pour laitier couler en petites maffes le fer liquide. Dans d’autres endroits, on laide la maffe dans le foyer , afin qu’elle s’y durciffe & s’y fige. Quand la croûte extérieure eft prife de PépaiiTeur d’un pouce, on l’enleve fur le champ : mais avant que d’ôter cette croûte, on enleve d’abord le lit de matière vitrifiée qui fumage & qui fe refroidit le premier. Lorfqu’on coule la maire ., comme nous l’avons dit , on voit ce lit fur la furface de la maffe. On fépare ainfi le fer de fa partie terreftre : pour les ful-fureufes & les falines , elles relient. ; '
- Dans quélques endroits où l’on fait le meilleur acier de cette efpece, tantôt les parois du foyer font faites avec des plaques de fer , tantôt elles ne font que de pierre. De façon ou d’autre, elles font intérieurement garnies ou enduites d’un lit de poudre de charbons , enforte que le fer^ fondu prend la forme d’une boîte ou panier de charbons en pouffiere. » Quelques ouvriers jettent,aufli dans leurs foyers, de la corne, de la!, fuie, & autres chofes pareilles. „ h-., j „r; - ,
- ‘ Cette maffe ainfi liquéfiée fe porte enfuite dans un autre foyer nommé' Tomé II. O oo
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- chaufferie , où on la chauffe pour en palTer une partie des fels & des foufres fuperflus. On n’a pas befoin d’en féparer la matière vitrifiée ; il ne faut pas non plus un feu bien violent. Il luffit que l’acier foit chauffé, & il n’eft pas nécelfairc de le remuer & retourner , comme on fait pour le fer. La grande fcienceeft, de connaître quand il faut le tirer du feur car fi on le tient trop long-tems en fueur, ou prétend qu’il fe remet en fer. De-là , quelques précautions que l’on prenne, il arrive qu’une portion de la maffe f, J, &c. conferve fa nature de fer. Il eft bien difficile qu’elle chauffe Ci également par-tout , qu’une partie n’effuie pas un plus grand degré de chaleur que l’autre. ; ce qui la fait retourner en fer, & eft caufe que fouvent la même barre eft en partie fer, eu partie acier. Ce- n’eft pas en ce cas un grand mal : mais c’en eft un , lorfque l’acier recele quelques veftiges de fer , tantôt au centre, tantôt à lafurface, fui-vant la différence de- la chaleur & des coups de marteau , qui peuvent pouffer une parcelle de fer d’un endroit à l’autre. Il réfulte de-là qu’il eft très-difficile d'obtenir par cette voie un acier totalement dénué de fer.. Dans plufiéurs atteliers lorfqu’on met l’acier au feu pour la féconds fois , on jette déifias une efpece de fable, ou de matière' vitrifiée, réduite-en pouffiere. Le fable- entoure & enveloppe la maffe métallique, & em~: pêche qu’elle n’effuie une trop grande chaleur ,- & conféquemment qu’clie ne retourne à fa première qualité de fer.
- Dans quelques endroits, on prépare l’acier immédiatement avec la miner on la laiffe refroidir après qu’elle a- été fondue , dans le fourneau même'-1 où on l’a fondue. La maffe reffemble à une boule, applatie , que l’on coupe en morceaux parallèles -. enfuite on les porte dans le foyer nommé chaufferie ? & quand ils font chauds, on les porte fous le marteau. On a remarqué que le milieu des barres forgées était de fer pur , & le tour d’acier , quoique le tout eût été également battu- & chauffé. La circonférence ou 1 enveloppe de la barre eft d’acier , & l’intérieur eft de fer. Au rapport des ouvriers , les morceaux qui fe détachent de lamaife, donnent le meilleur acier.
- Dans un autre endroit de fou traité, M. de Reaumur annonce que le!) fer crud a beaucoup de reflêmblance avec l’ader y & qu’il eft compoféj d’un mélange de parties terreftres, fulfureufes , falines & métalliques : qu’en examinant de la fonte pure & bien brillante, on remarque, i°. fou-extrême affinité avec l’acier : 2°. que fi à l’aide du feu on challe les parties fulfureufes du fer crud , il en réfulte un acier intraitable, & plein de-gerfures , qui réfifte aux coups de marteau tant qn’il eft chaud , & qui fe. durcit merveilleufement lorfqu’on l’éteint dans feau : 3°. que fi on chauffe-le fer crud jufqu’au point d’en expulfer les parties inflammables & falines, l’aciér devient traitable , & fe durcit en l’éteignant dans i’eau: : 4°. que
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- il on le chauffe feulement jufqu’à un certain point, il fe change bien en acier , facile à traiter , mais qui ne peut fe durcir, quoiqu’on l’éteigne dans l’eau : enfin, que fi on le chauffe une fécondé fois, il donne un acier
- que l’on appelle acier pâmé.
- M. de lit a u mur traitant toujours le même objet de la converfion du fer crud en acier, 'dit encore, qu'il faut ob fer ver que ce fer crud foitbicn purge de parties terreftres j mais que jamais cette efpece d’acier ne peut l’être auliî bien que celui fait avec du fer forgé ; qu’il faut bien prendre garde de le brûler , ce qu’on empêche parle moyen de fable & de fcories pul-vérifées ; & que les ierremens rongés & ufés à force de fervir, tels que des clous, &c. peuvent fe liquéfier, & font très - propres à être convertis en acier.
- Manière de convertir 1e fer crud en acier, a Saltzbourg.
- Pour avoir de l’acier , on ehoifit la meilleure mine , de couleur brune & roufie, qu’il faut d’abord calciner : eu fuite , à Paide d’un fourneau de fufion, on la fond en petites mafles, propres à êtres; mifes en acier. Ces malfes pefent feulement quatre quintaux. Les foyers à faire de l’acier font femblables à ceux des forges de Saxe. Ils different feulement en ce que dans les foyers à acier la thuyere elt placée un peu plus obliquement qu’en Saxe. Chaque ma fie fe fond féparément. Le métal en fufion ne doit pas être fi clair , mais un peu épais en coulant. La première fois qü’on met la mafie de fer crud dans un foyer de converfion en acier, il faut la tenir au feu , dans une efpece de liquation, pendant l’efpace de douze heures , durant lequel tems il faut, comme dans les forges, faire écouler les fcories fuperflues. Pendant leur écoulement, on dit qu’avec un ringard il faut agiter & retourner la mafie.
- On la tire enfuite du foyer, & on la divife fous le marteau en plufieurs morceaux , que l’on éteint à mefure dans Peau. On remet ces morceaux dans le même foyer, & on les y tient dans une efpece de fueur continuelle l’efpace de fix heures , pendant lequel tems on fait couler les fcories. On retire une fécondé fois du foyer la nouvelle mafie qui s’y eft formée j on la porte enfuite fous le marteau, où on la partage en nouveaux morceaux, qu’on éteint encore dans l’eau. Par ces cuifions & extin&ions réitérées, la matière fe durcit prodigieufement. Elle n’eflt pas cependant encore convertie en véritable acier , & ne peut être forgée en barres qu’on puiflê dire être d’acier: e’eft pour cela qu’on la reporte au feu pour la troifieme fois, & qu’on l’y tient pendant fix heures , au bout defquélles on Peu retire pour la mettre en barres épaifles, qu’on éteint encore dans l’eau. O o o ij
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- On caffe en morceaux ces barres groflîeres, & on les rebat pour les réduire en quarrés de fix lignes. Chaque fois qu’on les éteint dans l’eau, il faut qu’ils foient chauds pour prendre de la dureté. On met du fel commun dans l’eau, pour lui donner un plus grand degré de froid. Quand les barres font achevées, ri faut les chauffer au blanc, & les éteindre une dernière fois dans l’eau falée. Cet acier eft extrêmement eftimé.
- On en fait des paquets de livres pefant chacun, qui s’appellent bijjou. Quatre quintaux de fer crud rendent deux quintaux & demi de bon acier. Le quintal & demi de déchet fe perd en fumée & en fcories. On mêle par moitié les charbons durs & doux , & à chaque chaude on en confomme fix fies. Deux ouvriers pendant une femaine peuvent faire rç à 16 quintaux de bon acier. Ou fait en Carinthie , & fuivant cette méthode , une grande quantité d’acier qu’on vend fous le nom d'acier de Stirie ©u de Steiermarck.
- Maniéré de convertir le fer crud en acier dans la Carinthie , U
- Tirol 0? la Stirie.
- Il y a dans ces trois provinces plufieurs foyers d'effînés à forger le fer & à convertir la fonte en acier. Ces derniers font conftruits de la même maniéré que les foyers de Saxe, que l’on appelle frifeh ou zerrenfeuer. La thuyere entre a/Tez avant dans le foyer, & y eft poféeaffez obliquement. A chaque fois, on met dans le foyer & on y fond quatre quintaux & demi de fer crud que l’on tient dans une ëfpece de fueur & de cuifton pendant trois ou quatre heures , ayant foin d’agiter la maife avec des ringards, & y jettant à chaque fois de la pierre à fufil calcinée & pulvérifée. On dit que cette poudre fert à détacher les fcories du fer qu’on veut convertir en acier, & qu’elle aide à la féparation des matières impures. Lorfque le fer a été tenu pendant 3 ou 4 heures dans la cuidon que nous avons dite , on fait fortir les fcories par une ouverture pratiquée à cet effet. Au refte il demeure toujours fur l’acier , des matières que par l’épreuve 011 reconnaît pour du fer qui ne peut fe convertir en acier. On tire ces matières par lames & par morceaux, que l’on met en barres fous le marteau. Après cela 011 tire du foyer la maife d’acier , & 011 la partage fous le marteau en quatre parties que l’on éteint dans l’eau, & que l’on fond enfuite de nouveau.
- La maniéré de fondre ces morceaux, eft la même que celle que nous venons de décrire, & on recommence la fufion trois ou quatre fois, fuivant la qualité du fer, c’eft-à-dire, fuivant qu’il eft plus ou moins propre à être converti en acier. Enfin, lorfqu’ôii Voit que la converfion eft
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- faite , on l’étend fous lé marteau en barres longues de 3 pieds, & à chaque chaude on fétcint rdaïis dé l’eaii d’argillè. Enfuite on met Ces bâtreé dans des barri!s du poids de deux quintaux & demi chacun.
- De 4 quintaux \ de fer crud , appelles ewfojs, il refte un dèmi-quintal de fer pur; le refte fe convertit èn acier : ou plutôt de dix quintaux, qui enfemble fe nomment meuler , il y en a trois qui fe perdent en fer & en fco-ries. Un maître avec deux ouvriers peut en une femaine faire 10 quintaux d’acier , pour lefquels il faut 10 kmppor de charbons. Le mieux eft de mêler les charbons doux avec les durs ; & s’il y avait à choifir, il faudrait prendre les durs. Le poids du marteau eft de deux quintaux. L’enclume a fa forme ordinaire, La partie du fer qui refte fur l’acier , fe recuit une fécondé fois dans le foyer , & fe forge enfuite à l’ordinaire. En 48 heures, on travaille 10 quintaux de fer. Les foufflets font de cüir. Les ouvriers penfent que ceux de bois 11e font pas propres à cet ufage. L’ex*. cellent acier vient de Carinthie , où il y a plufieurs de ces atteliers.
- Aux environs de Veiih , 011 fait chaque année environ fix mi}\epufchen d’acier ,• mais on n’eftime pas tant cette efpece que les autres. On croit que cela vient de la différence de l’eau de riviere , dans laquelle on l’éteint. La méthode eft la même en Carinthie qu’à Mund : c’eft le même mélange. La pierre à fufil fe tire très-pure des rivières ; enfuite on la calcine & 011 la pul-vérife, afin que , par fon fecours , l’acier entre bien en fufion. Lorfqu’il eft en barres , il montre fa véritable couleur. Avec 1000 livres de fer, on a 6co livres d’acier. -
- C’est prefque de la même maniéré qu’en France on fait de l’acier avec du fer crud, dans les provinces de Champagne , Nivernois, Franche-Comté, Dauphiné , Limofin, Périgord & Normandie. Nous en avons parlé plus haut.
- Con verjton immédiate de la mine du fer en acier, dans la Stirie, a Fordenberg ailleurs.
- Cette méthode différé de la première , en ce qu’on convertit immédiatement la mine de fer en acier, quoiqu’à vrai dire, il y en ait toujours line partie qui refte en fer. On fait cette converfion immédiate en Stirie , à Fordenberg, & en plufieurs autres endroits, comme en France, dans le Rouftlllon , & notamment dans lé comté de Foix. On fond la mine de fer dans le fourneau, où elle fe moule, fuî’vànt la forme du foyer, en une maffe ou pain, arrondie par delfous & plate par-deffus , que l’on'appelle un rmjjet. Ce malfet tire du feü, fe divife en cinq ou fix ‘morceaux, qu’on chauffe féparément dans un foyer de forge, & que l’on met
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- en barres fous le marteau. Souvent une partie de la barre eft de fer pur, & le relie d’acier : fouvent même il n’y en a qu’un,quart ou un tiers de changé en acier, pendant que tout le relie elb demeuré fer. Cette fingu-larité détermine bien des gens à croire qu’il y a des mines d'acier. On trouve effectivement des mines de fer , qui fe convertifTent en acier plus facilement que d’autres.
- Maniéré de convertir le fer crud en acier, fuivant Agricola.
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- cc Voici la maniéré , dit Agricola , de faire du fer & de le convertir „ en acier, que les Grecs nom liaient 2rè^/-,-x. Prenez du fer difpofé à la „ fulion, cependant dur , & facile à travailler fous le marteau : car quoi-M que le fer Fait de mine vitriolique puilfe toujours fe fondre , cependant „ il efb ou doux, ou caifaut, ou aigre. Prenez un morceau'de ce fer j „ faites-le chauffer rouge ; coupez~le par parcelles , mettez-les avec des 55 pierres qui fondent ailément, réduites en petits morceaux. Placez ces ,j morceaux coupés dans une forge de ferrurier , ou dans un fourneau , un „ creufet d’un pied & demi de diamètre, & d’un pied de profondeur -, rem-,j plilfez-le de bon charbon ; environnez-le de briques , qui forment autour „ du creufet une cavité qui puilfe contenir le mélange de pierres fulibles J, & de morceaux de fer coupés.
- „ Lorsque le charbon du creufet fera bien allumé & le creufet rouge, 5, foufflez & jettez dedans peu à peu le mélange de pierres & de morceaux „ de fer.
- „ Lorsque le mélange fera en fulîon , jettez dans le milieu trois ou qua-jj tre morceaux de fer* poulfez le feu pendant cinq ou lix heures ; prenez „ un ringard ; remuez bien le mélange fondu, afin que les morceaux de „ fer que vous avez jettés dedans, s’imprégnent fortement des particules ,j de ce mélange , lefquelles confumeront & diviferont les parties groffieres j5 des morceaux de fer auxquels elles s’attacheront, & ce fera, s’il eft per-jj mis de parler ainlî, une efpece de ferment qui les amollira.
- j, Tirez alors hors du feu un de ces morceaux de fer»; portez-le jj fous un gros marteau > faites-le tourmenter & tirer en barres > & fans le „ faire chaulfer plus qu’il ne l’eft , plongez-le dans l’eau froide,
- „ Quand vous l’aurez trempé, calfez-le ; confîdérez fon grain, & voyez x s’il eft entièrement acier, ou s’il contient encore des parties ferrugineufes.
- ,3 Cela fait, réduifez tous les morceaux de fer en barres ; foufflez de „ nouveau ; réchauffez le creufet & le mélange ; augmentez-en la dofe, ,j & rafraîchiffez de cette maniéré ce que les premiers morceaux n’ont pas » bu 5 remettez-y de nouveaux morceaux d;_fer i, G vous êtes content de
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- la transformation des premiers, ou les memes, s’ils vous paraiflent en-M core ferrugineux, & continuez comme nous avons dit ci-deffus
- De la maniéré de convertir le fer en acier, favant Vanoccio.
- M. de Reaumur nous a donné cette méthode* & l’a appuyée de quelques eflais. La voici : il faut tenir en fufion une certaine quantité de fonte. Dans ce bain, on met du fer forgé: on l’y laide tremper quelque tems. Lorfqu’on l’en retire, on le trouve acier j mais le déchet en eft confidéra-ble. Un morceau de la grofleur du petit doigt, tenu dans la fonte fluide un quart d’heure , s’y fondra en partie: mais ce qui reliera, fera acier. Plus le morceau de fer fera gros, moins il y aura de déchet; mais il faudra le tenir plus long-tems dans le fer crud en fufion : des efpeces de fer ainli plongées, les unes donnent un acier intraitable, d’autres un acier facile à forger.
- Voila ce que j’ai cru à propos de rapporter fur la convérfion du fer Crud en acier. Pour ce qui regarde celle du fer forgé dans les fours à acier, c’ell une chofe qui mérite d’être traitée féparément : elle demanderait un volume entier. En attendant , voyez ce qu’en a dit M. de Reaumur dans fon ouvrage fur Y art de convertir en acier le fer forgé: mon but ell dé 11e rapporter ici que ce qui lui eft échappé.
- . • §. XXV.
- r
- IJ art I? adoucir & ( de purifier le fer , fuivant Æ. DE ReâU-- 1 : ; ^ MUR (l44).
- Ce favant académicien,, dans fon traité , qu’on ne peut aflez louer r fur Yart de convertir le fer forgé en acier, enfeigne la méthode de fondre le fer crud, & de le purifier au même degré que. le fer forgé eh barres fous le marteau. Il commencé;, par indiquer les différentes efpeces de fonte , & leurs diverfes qualités. ; -
- Le fer crud, dit-il,r&c. (se).
- (144) L’ouvrage de M. de Reaumur Swedenborg n’a fait que copier M. de fera joint dans cette édition aux autres Reaumur, nous réfervons de donner mémoires fur les fers. dans nos' mémoires particuliers, l’extrait
- (x) Comme dans tout ce paragraphe de l’ouvrage de ce favant académicien.-
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- §. XXVI.
- EJfais & expériences fur Fadouciffement, la trempe , la fufon, la foudure du fer; £5? d'abord , fur F adouciffement ^ fff la trempe du fer (j).
- Différentes méthodes de fondre le fer forgé par le fecours des menftrues, extraites de différens auteurs.
- Je crois devoir avertir qu’on ne doit compter fur toutes ces méthodes différentes, qu’après en avoir fait foi-même l’épreuve.
- i°. Kunckel, dans fon art de la verrerie , dit que, fi on lave de la limaille de fer dans une leflîve de cendres, & enfuite dans de l’eau ou du vinaigre, qu’on y mêle moitié de fa pefanteur de foufre en poudre, & que l’on pouffe ce mélange placé dans un four de réverbère au degré de feu qui ferait fondre le cuivre , le fer fondra à merveille.
- 2°,. Faites rougir dans un creufet une livre & demie du meilleur acier, avec pareille quantité d’acier d’une autre êfpece ,* .ajoutez - y huit ou dix onces d’arfenic préparé, & tenez le mélange dans le feu, jufqu’à ce qu’il devienne liquide comme de l’eau.
- Préparez l’arfenic, en mêlant enfemble une livre d’arfenic & deux de falpêtre, le tout pulvérifé & fec 5 mettez ce mélange dans un vailfeau de terre , que vous couvrirez & que vous tiendrez pendant trois heures au feu de réverbere. La fumée dangereufe fortira par les regiftrels du fourneau, que vous boucherez quand il n’en fortira plus ; laiifez enfuite refroidir. On dit que l’on obtient par^là une pierre de couleur verte , qu’il faut tenir féchement, fans quoi elle tombe en défaillance. Prenez cinq onces de cette pierre, & trois de borax; pulvérifez ce mélange ; mettez-le dans un creufet; lorfqu’il fera fondu, vous aurez ce menftrue arfenical, qui tombe en défaillance, fi 011 ne le tient pas féchement. -
- 3°. Prenez deux parties de cendres, & deux de chaux vive, que vous ferez bouillir dans du vinaigre de vin. Verfez ce mélange bouillant fur de nouvelles cendres & de nouvelle chaux , pour avoir une leffive très-
- 1 i • ^ •
- (y) Nous n’avons pas cru devoir hion férens auteurs, fans les avoir éprouvés foi. plus traduire la première partie de ce para- même ; & qu’en fécond lieu il a copié graphe , parce qu’en premier lieu Save- M- de Reaumur ’, dont nous confervons denborg convient lui-même qu’il ne faut l’ouvrage pour nos mémoires particuliers, pas fe fier aux procédés qu’il a tirés de dif-
- forte j
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- forte ; mettez en digeffion dans ce mélange , de la limaille de fer ou d’acier pendant fix jours & fix nuits ,• lavez enfuite, & faites fécher ; mettez-la dans une nouvelle lefiïve, qui furnagera ; laiflez-l’y'pendant quatre heures. On dit que le fer y prend la couleur du cuivre. TFaites-le fécher, & fondez-!e avec du borax * en le couvrant de tartre calciné , auquel vous aurez mêlé une partie d’arfenic préparé , comme nous venons de le dire: le fer devient fluide comme de l’argent. '
- 4°. Prenez une livre de limaille de fer, & huit oiices de la poudre fuivante, que vous ferez fondre enfemble dans un Greufet : le 'tout fe mettra en une maife. Cette poudre fe fait avec parties égales d’arfenic , de tartre , de fel alkali & de lalpètre pulvérifés, mêlés & fondus.
- Pour ce qui regarde les autres menftrues, par le moyen defquelles 011 fond le fer & fa mine, voyez la dallé fuivante, qui traite de l’elfai des mines de fer.
- Manière de blanchir facier , ou de le rendre femblable a ? argent.
- Becker & d’autres alchymiftes nous difent à ce fujet plulieurs chofes. Le premier ordonne de prendre de la limaille d’acier & de l’arfenic , de mettre ce mélange dans un creufet neuf bien lutté, & de le tenir pendant une nuit au feu de calcination : ce qui rendra , félon lui, le fer auffi fluide que du plomb. Il faut ôter le delfus de ce qui elt fondu, laver le refte , & le mettre dans un creufet, placer ce creufet dans un vailfeau de terre percé par-delfous & empli de charbon; allumer le feu, & faire marcher le foufflet : fi on répété fept fois cette manipulation, Becker alfure que l’acier fera blanc comme de l’argent.
- Ou bien , prenez & mêlez ico onces d’aimanr , 60 d’arfenic , 8 de verre ; lavez ce mélange avec deux ou trois parties d’eau ; réitérez la lotion avec de l’eau , dans laquelle vous aurez mis du fel: félon le meme auteur, vous aurez de l’acier très-blanc.
- Autrement , prenez des 61s d’acier, que vous laverez & fécherez ; ajoutez y une livre d’arfenic, & enveloppez ce mélange d’un linge , que vous enduirez de cire; prenez enfuite du crottin d’âne , détrempé avec de l’huile j couvrez-en le paquet & la cire ; féchez, puis mettez pendant trois heures, dans un four de réverbere ; laiffez refroidir, & vous trouverez que le fer a fondu, & qu’il eft blanc comme de l’argent. Si le fond du paquet fe gerfe, ou bien s’il s’ouvre, il faut, en recommençant l’opération, y mettre de l’arfenic lavé, de la cérufe & du verre; c’eft-à-dire, pour une partie de fils d’acier, fix onces d’arfenic, une de verre & deux de cérufe lavée , le tout placé dans un vafe de terre percé par-deflous : on aura Tome IL Pp p
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- du fer femblabîe a de l’argent. Voilà ce que nous enfeigne Becker.
- D’autres difent qu’il faut prendre huit onces de tartre, deux de faî-pêtre, quatre de raclure de plomb ; pulvérifer le tout ^ & le réduire en pâte, par le moyen de l’huile ; ajouter ifl onces de limaille de fer j mettre ce mélange , qu’il faut couvrir de verre pulvérifé, dans un creufet bien lutté, La matière fondra,- & lorfqu’on verra qu’elle veut palTer les bords pour s’échapper par le delfus, on la verfera., O11 aura un fer très-tenace, & brillant comme de l’argent.
- Ou bien, fondez dans un Greufet*parties égales de tartre, de falpêtre, d’arfenic & de limaille d’acier : verfez dans un cône la matière, fondue y une partie fera convertie en fcories. De 3 2 onces , on aura une mafle blanche de deux ou. trois : fi 011 l’amalgame avec de l’argent , elle deviendra calfante.
- Autrement , mêlez du tartre , du falpêtre , de l’huile , avec de la limaille de fer ou d’acier ; ou jettez ces matières fur de la limaille d’acier} mettez ce mélange dans un creufet : il fondra Gomme de l’argent, & le ré-fidu fera fragile comme le régule d’antimoine : on prétend même qu’en le pulvérifant on peut en tirer du mercure.
- Autrement , mêlez & mettez dans un creufet parties égalés, par exemple, fix livres de limaille de fer, de falpêtre, de tartre calciné, de cendres-gravelées, d’arfenic blanc, & de favon de Vende : tenez le tout en fufion pendant quatre heures. Quand-il fera refroidi, caliez le creufet, & vous aurez un régule de fer, blanc comme de l’argent, & qu’on peut réduire en poudre. Remettez au feu une fécondé fois ce régule : tenez-le en fufion pendant deux heures, & il blanchira de plus en plus. On peut le fondre une troiGeme fois ; il blanchira toujours de plus en plus& deviendra ‘fluide au point de pouvoir être coulé dans des moules : on ajoute que.cette matière expoféeà un air très-humide, n’eft point attaquable par la rouille.
- Encore autrement, prenez quatre onces détartré calciné, deux de nitre, quatre de plomb ; ajoutez de i’huile, & faites une pâte du tout. A fix-onces de cette matière, ajoutez 18 parties de limaille de fer; couvrez ce mélange de verre pulvérifé, & mettez-le dans un creufet fi exa&ement lutté, qu’aucune vapeur ne puilfe s’échapper : animez le feu , & tenez long-tems la matière en fufion. Ouvrez enfuite le creufet, & mettez-le fur le champ dan& un autre feu* après avoir laiffé bouillir, verfez la matière: on dit que r fui vaut cette, méthode, on obtient du fer fi blanc, qu’il relfemble à de l’argent.
- :«• Je crois inutile d’ajouter plusieurs autres fecrets que l’on pourrait tirer des écrits des chymiftes.
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- Des foulures:
- Il y a differentes méthodes de fouder, joindre & mettre en une feule malle plusieurs morceaux ou lames de fer. La plus commune eft celle qui s’opère par l’intermede du fable & d’un grand feu. Les ouvriers en emploient bien d’autres.
- i°. On fe fert de fable de riviere fin , de celui qui fond bien , & que le feu réduit aifément en verre ou en fcories.
- 2°. En fefant bien chauffer les deux morceaux à fouder, & répandant fur leur point de réunion de la poudre de verre de Venife, que l’on y fait fondre.
- 3°. On peut fe fervir du mélange de deux onces de cuivre jaune , & autant de litharge : ou bien ,
- 4*. En polillant les endroits qu’on veut fouder, y mettant de la poudre de verre , & faifant chauffer au blanc.
- S°. Faites une pâte de craie en poudre , & d’eau de gomme : enduifez les endroits que vous voulez fouder, & tenez-les au feu.
- 6°. Si l’on veut fe pafler de feu, prenez deux onces de fel ammoniac, une de fel commun , deux de tartre calciné, deux de métal dé cloche , & fix d’an-, timoine. Pulvérifez le tout, que vous mêlerez ; mettez enfuite de cette poudre , de l’épailfeur d’un doigt, dans un linge j faites fécher, & mettez ce linge dans un creufet, fur lequel vous en renverferez un autre ; tenez la matière au feu , jufqu’à ce qu’elle foit fluide ; caifez le creufet, tirez la malle qui y fera , & pulvérifez-îa : mettez de cette poudre fur les endroits à fouder; faites diffbudre du borax dans de l’efprit-de-vin 5 trempez une plume dans cette folution , & frottez légèrement le fer aux endroits où il eft couvert de poudre ; il fe fera une efpece de fermentation & d’effervefcence. Lorfqu’elle fera finie , l’opération de la foudure le fera auffi. - ; 1
- Maniéré de garantir le fer de la rouille.
- Les charlatans en métallurgie fe vantent de quantité 'de fecrets : mais comme les bons & les mauvais font confondus enfemble , voici ceux que j’ai cru devoir rapporter :
- i\ Suivant Kunckel , dans fon art de la verrerie, prenez de la litharge & de l’huile dé lin, que vous réduirez fur le porphyre en poudre impalpable. Mettez cette poudre dans une boîte de tilleul, dont le fond’ foit lî mince qu’on voie prefque le jour au travers; pendez la boîte à l’air, au foleil , ou autre endroit chaud : il fortira à travers le fond une efpece d’huile douce & pure, avec laquelle vous frotterez les outils de fer, comme les
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- lames d’épée, &c. ce qui les préfervera de'la rouille.
- On détache auiîi très - aifément la rouille du fer, en le frottant avec urt linge fur lequel on a mis une couche d’eau de colle, & faupoudrant cette couche de verre pulvérifé, puis mettant une fécondé, même une troifieme couche d’eau de colle & de verre.
- Prenez de la meilleure huile, & éteignez dedans cinq ou fix fois du plomb fondu : confervez dans un vafe cette huile ainfi préparée , en y ajoutant de petites feuilles de plomb, qu’il faut agiter fortement. Puîvérifez enfuite ces feuilles fur le porphyre, aufii finement qu’on le ferait pour l’ufage des peintres; mettez cette matière dans une phiole de verre; l’huile furnagera le plomb. Telle effc la préparation de cette huile, que l’on alfure préferver le. fer de la rouille.
- 3°. Pulvérisez les creufets dans lefqueîs on aura fouvent fondu de l’argent ; tamifez cette poudre, & prenez-en 32 onces; 64 d’émail calciné & préparé; 32 de mine d’argent, dont on peut néanmoins fe palTer. Puîvérifez,, tamifez , & mêlez le tout avec$6 onces de limaille de fer : la poudre fera préparée. Lorfque vous voudrez vous en fervir , il faut imbiber un linge d’huile-préparée, mettre delfus de la poudre , & frotter le fer dont 011 veut détacher la rouille: cela fervira encore à l’en préferver. Pour ce qui regarde l’émail, il faut le calciner & le pulvérifer.
- 4°. Prenez une demi- livre de graiiTe, que vous tirerez des ongles de bouc, une demi-livre d’huile d’amandes, 8 onces de camphre, 24 parties de plomb brûlé avec du foufre & pulvérifé; faites une pâte du tout, & frottez-en le fer.: on prétend que la rouille ne l’attaquera point.
- Voici comment on brûle le plomb avec le foufre.. Sur du plomb fondu, jettez du foufre en poudre; remuez avec une baguette de fer; vous aurez une poudre noire.
- 5°. Prenez de la pierre ponce , en fuédois bimften> de l’étain , de la cendre, de l’émail, pulvérifés & tamifés. Mettez de cette poudre fur un linge, ou un morceau de bois , & frottez le fer.
- 6°. Prenez 8 onces d’aimant, 8 de limaille de fer, 8 de pierre ponce, 8 de graiffe tirée.des ongles de bouc, & une once d’autre graille : puîvérifez les matières dures, mèlez-les avec les grades, & faites-en un total par le moyen du porphyre. On dit que cela préferve admirablement le fer des attaques de -la rouille.- S •
- 7°. Mettez de l’bématite dans un pot de terre bouché ; placez le pot dans 2e four d’un potier. Par la calcination , elle devient friable. Réduifez-la., en y joignant de l’eau & à l’aide de deux meules, en une poudre impalpable que vous mettrez dans un vafe. La poudre fe précipitera : décantez l’eau , & faites Pécher la poudre, elle eif préparée. Parfon moyen, on polit à merveille les
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- outils de fer & d’acier, & on les préferve de la rouille.
- 8°. Mêlez de l’huile avec du cinnabre en poudre ; frottez - en le ferr on dit que la rouille ne s’y attachera jamais.
- 9** Prenez quatre livres de pierres à feu calcinées & pulvérifées, 2 onces de tartre, 2 d’alun; mêlez le tout avec de l’eau ou de l’huile : ce mélange enlevera la rouille. Si enfuite on frotte légèrement le fer d’huile de brique, il n’y fera plus fujet.
- io°. Faites bouillir enfemble des feuilles de plomb & de l’huile,* tenez-les enfuite pendant quelques jours au foleil, ou dans quelqu’autre endroit chaud, pour purifier ce mélange ; & frottez le fer avec cette huile.
- ii°. Jettez de la chaux vive fur le fer; hume&ez un peu la chaux avec de l’eau ; on dit que cela détache la rouille. Frottez enfuite le fer avec un charbon éteint dans l’huile ; on affure que cela eft excellent pour l’en pré-ler ver.
- 12°, On dit aufli que la graille de porc y eft très-bonne.
- I3°- On peut encore amalgamer du mercure & de l’étain , & en frotter le fer.
- 140. Prenez de l’huile, dans laquelle 011 aura éteint plufieurs fois du plomb fondu , de la graille de poule, & de la cire fondue avec l’huile ; mêlez le tout, & frottez-en le fer. En voilà alfez fur cette matière.
- §. XXVII.
- De la maniéré de fendre £5? couper le fer en baguettes, ainjt que de détendre fapplatir fous les cylindres , telle qu’elle je pra« tique dans le pays de Liège, en Angleterre (ÿ en S uede.
- A Liège.
- Aux environs de Liège , il y a plufieurs fenderies pour appîatir le fer, & le couper en verges. Il y en a aulli en Allemagne & en Angleterre. Voyez la planches), qui repréfente au naturel cette double opération.-
- On prend du fer en bandes , quelquefois épailfes de deux doigts & larges de quatre : on les calfe de la longueur d’environ une aune Çz ). Dans quelques fenderies, le four eft fimple ; dans d’autres , il eft double. O11 y place les bandes de fer. Le cendrier eft fous le foyer. On met dans un four environ 200 morceaux de fer, que l’on arrange obliquement les uns fur les;
- (a) Un pied 9 pouces.
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- autres, afin que la flamme & le feu puiflent aller librement par-tout. On les difpofe ainfi, afin qu’ils forment une efpece d’arc, fous lequel on met les charbons fofliles. Les morceaux de fer ainfi chauffés au feu de réverbere, font tirés du four pour être applatis fous deux cylindres d’acier.
- Lorsqu’un morceau de fer, de la dimenfion que nous venons de dire; a palfé fous les cylindres, il eft alongé & étendu de façon qu’il a deux aunes de long & fix doigts de large. Les morceaux ainfi applatis fe remettent une fécondé fois au four ; & quand ils font chauds , on les repafle fous les cylindres , qui leur donnent environ cinq aunes de longueur. Lorfque le fer fort d’entre les cylindres , un ouvrier le faifit avec une tenaille, & le préfente aux taillans , qui le divifent en trois , quatre, fix verges , fuivant qu’on le juge à propos. Une fenderie qui travaille tous les jours, peut fendre f à 6000 poids de marine de fer dans un an.
- L’utilité de cette opération eft , de difpofer le fer à être employé à dif-férens ufages , en épargnant le tems , le charbon & le travail.
- Il faut obferver que, pendant que le fer paflê entre les cylindres ou les taillans, il y a un courant d’eau qui tombe continuellement fur les cylindres & le fer rouge. On croit que fans ce fecours le fer paflerait difficilement: d’ailleurs les cylindres qui font d’acier, s’échaufferaient & perdraient leur dureté. Quant à ce qui regarde le détail de la machine , & les fours, les deffeins de la planche 9 ,fig. 29 , en donneront une idée plus nette que 11e pourrait faire une defcription.
- * En Angleterre.
- Dans ce royaume , il y a auflï plufieurs manufa&ures pour applatir le fer fuivant la longueur des bandes , & le divifer en lames minces propres à façonner des cercles, avec lefquels on relie les vaiffeaux deftinés à recevoir les liquides. On y amincit encore le fer en feuilles, dont quelques-unes font étamées : mais on dit qu’à ce travail en perd la vingtième partie du fer, & même davantage , s’il eft d’une mauvaife qualité.
- En Sue de.
- Il n’y a pas long-tems qu’à Vedevaug, en Suede, on a auflï établi une fenderie, dont on peut voir les proportions dans la planche 9,fig. 29. A, font les grandes roues à eau avec leurs arbres; le diamètre des roues eft de 17 à 18 aunes {a) ; les arbres ont 22 pieds de longueur. CE, font les roues dente-
- («) Vingt-neuf pieds trois quarts, ou 31 pieds & demi.
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- îées, qui ont cinq pieds | de diamètre, & qui portent 2§ dents. Les roues qui leur correfpondent, ont cinq pieds de diamètre. Celles dentelées font un peu plus haut. D, font les cylindres ou les axes de fer quarrés qui font ferrés dans les arbres. E, eft la place des cylindres qui applaniffent le fer. A la partie poftérieure de cet attelier, eft le four de réverbere pour chauffer le fer. Derrière le four eft la petite boutique pour forger les outils : elle eft munie d’une groffe enclume pour forger le taillant à couper le fer. Cette enclume a 20 pouces de long , & 9 de large. F, eft l’équipage des taillans i & à l’angle du bâtiment, il y a un plus grand four pour chauffer le fer. L’intérieur de cet attelier, fans compter la boutique ni le four de réverbere, a 40 pieds de long fur 30 de large. G, font les rondelles acérées pour couper le fer. H, les cylindres pour l’appîatir. Ils font de fer, & les rondelles font forgées au marteau. B , le grand four de réverbere , eft un peu élevé : il eft voûté en-dedans, comme un four à cuire pain. Il y a de gros barreaux, à la diftance d’un pouce les uns des autres, dont les bouts font arrêtés dans les murs. C’eft fur ces barreaux que l’on pofe & l’on arrange le fer deftiné à la fente.
- On ne fe fert pas là de charbons foftiles, comme dans les environs de Liège, mais de bois coupé de la longueur de deux pieds |, ou trois pieds. On chauffe le four pendant 24 heures; enfuite on y met du fer, 2500 ou 300a à chaque fois. Lorfqu’il eft aifez chaud, on le préfente , à l’aide d’une tenaille, aux cylindres pour y être aminci i enfuite on le livre aux taillans pour être' divifé. Dans l’efpace d’un an , on peut refendre 2600 poids de marine de fer.
- Il y a aufli à Afvedfiad en Suede , un petit équipage pour applatir & fendre le cuivre & le fer. Les taillans y ont le double de grandeur de ceux ordinaires. Non-feulement ils fervent a fendre le fer, mais encore le cuivre. Dans cet attelier, on n’applatit pas le fer : mais une barre chauffée eft d’abord fendue en trois ou quatre parties, fuivant fa longueur. Les baguettes de fer n’en fortent pas droites , comme dans les fenderies précédentes j toutes courbées qu’elles font, on les emploie aux mêmes ufages.
- D ’une machine a fendre le fer à Stiernfund , en Suede.
- Il y a une autre machine nouvelle pour couder le fer en barreaux, exécutée à Stiernjund, & inventée depuis quelques années parle très-noble & très-expérimenté feigrreur Christophe Polhemus , confeiller du college royal du commerce de Suede. On chauffe les barres de fer au blanc , dans un four qui eft aufti long qu’elles. Oii 11e les applatit point ; mais fur le champ, & au moyen d’une certaine machine, on les divife en trois , fuivant leur longueur. Il y a un fer qui preffe & qui coupe des deux côtés, comme une tenaille qui ferait fortement preffée entre deux fers de côté,! qui font auffi aigus &
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- coupans, au moyeu d’une roue à eau & de leviers (b). La barre chaude," mife dans la tenaille, eft par ordre & peu à peu , c’eft-à-dire fucceiïivement, coupée entrois, fuivant fa longueur. Les petites barres ainfi coupées font très-courbes & peu unies j mais fur le champ on les remet au four , pour les unir enfuite fous un marteau ,• après quoi on met ce fer en paquets, & il s’appelle alors klippjerb : cela veut dire fer coupé.
- ( b ) Il n’eft pas aifé d’entendre le jeu de cette machine.
- Fin de la première Clajfe.
- SECONDE CLASSE.
- Des mines £5? pierres de fer , fjf des différentes maniérés de les
- ejjayer.
- §. I-
- De Vejfai des mines de fer par /’aimant.
- L E s anciens négligeaient d’eifayer la mine de fer, tant parce que ce métal eft commun, que parce que les elfais exigent un très-grand degré de feu. Ils croyaient que l’aimant leur fuffifait ; & voici ce qu’ERKER nous dit de cette méthode :
- Si vous voulez elfayer la mine de fer, il faut la calciner ( d’autresl’ef-faient fans la calciner ) , lapulvérifer & fur cette poudre rouler une bonne pierre d’aimant. Tout ce qui eft fer s’y attache, & s’enleve avec une patte de lievre. On prefente de nouveau l’aimant , & on recommence jufqu’à ce qu’il ne refte plus que la pierre ou des matières qui ne contiennent point de fer. On voit par-là Ci la mine eft riche , ou non, parce que l’aimant n’enleve que les particules du fer.
- Pour ce qui regarde la mine d’acier, dont parle Erker, & qui ref-femble allez à la mine de fer, & au fpath jaunâtre, il dit qu’elle n’eft pas attirable par 1 aimant , non plus que quelques autres efpeces de mines de fer î mais li on la calcine, elle prend la couleur d’une mine très-riche, 8c l’aimant l’attirera même plus aifément que celle du fer. Lorfqu’on en aura tiré une certaine quantité, il confeille de la faire pafter par les foyers ordinaires d’elfais, pour connaître fa richefle, fa nature & fa valeur.
- Mais
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- &ÆS \M I NE 5.
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- Mais cet effai par l’aimant eft très-fuperficiel , ne donne rien de plue affiné que le coup-d’œil des connailfeurs. L’aimant enleve, beaucoup de là, pierre jointe à la mine , '& on ne peut point compter fur ce qui s’y .attache!, « à moins que la mine ne doit réduite-en pouffiere impalpable*, r& qu’elle n’ait effuyé plufieurs lotions & calcinations : même après avoir plufieurs fois réitéré ces préparations, on 11e peut pas efpérer que le réfidu foifc purement martial.,
- Il y a, comme le dit Erker, plufieurs mines de fer qui ne font pas attirables par l’aimant-i celles par exemple , qui ont beaucoup de foufre : .auffi confeille-t-il de les calciner, fans quoi cet effai ferait inutile.
- D’ailleurs on fait que l’aimant n’attire pas beaucoup de corpufcuks de fer, lorfqu’iîs font accrochés par des parties fa fines : il n’agi t..pas non *plus fur le fer le plus pur , réduit en fafran ou en rouille j fur Pochre martial ; la mine de marais ou des lacs ; les'rbattitures qui tombent des enclumes , ni fur le fer cotnbiné avec l’antimoine ; celui qui eit vicié par trop de foufre, comme les pyrites non calcinées , &c.
- On afait avec l’aimant bien des expériences pour fa-voir avec quel degré -de feu il attirait le fer , mêlé aux foufres & aux fels : mais je ne veux rapporter que celles qde lefavant Henckel nous a données dans fa -pyritologie*
- Si on grille, dit-il, dans un fort feu une pyrite ferrugineufe , & qu’on la réduife en une terre d’un rouge-brun , l’aimant attirera cette pouflîere aufiî facilement qu’il attirerait de la menue paille. Si on réduit cette poudre en fer, l’aimant l’attire encore.. Au relie, il n’y a aucune efpece de pyrite que l’ai niant n’attire, lorfqu’on en aura chatTé les foufres. Ellàyez quelles pyrites vous voudrez, des vitrioliques, d’autres trouvées dans l’eau , dans les pierres , même les pyrites cuivreufes, quand bien meme il y aurait une certaine quantité de cuivre , fans être exceflive , & le foufre arfénical qui fe trouve en Saxe, l’aimant les attirera.
- On a eifayé plufieurs pyrites cuivreufes, venant de différentes minières : après que leur foufre a été chaifé , l’aimanta agi fur elles , mais non pas -avec tant d’adtivité quefur des pyrites ferr-ugineufes. On a remarqué que la force de l’attradlion était différente,fuivantle degré de calcination & d’évaporation des foufres. Jufqu’à préfent, il a été difficile de reconnaître jufqu’à quelle quantité le cuivre pouvait être mêlé au fer, fans nuire à l’adlion de l’aimant, l’expérience ayant appris que fouvent dans les pyrites il y a une partie con-fidérable de cuivre, & une médiocre de fer. D’ailleurs, il peut fe trouver dans les pyrites d’autres fubftances qui empêchent l’effet de Paimant. Henckel dit avoir mêlé dans un cretrfet un demi - quintal de limaille de fer, & un quintal & demi de cuivre, ce qui lui adonné un régule d’un quintal & demi & quatre livres, qui, étant divifé en parcelles, était attiré Tome IL ’ CLq q
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- par l’aimant, quoique dans ce mélange le cuivre fût au fer comme 2; eft à I, & même moins : d’où il conclut que l’aimant attire une partie- de fer mêlée à 2 de cuivre.
- Il a fait, en même proportion , un mélange d’or & de fer , qui a été attiré par l’aimant : la même épreuve a été faite , avec pareil fuccès, fur de l’argent.
- Le fer s’amalgame avec l’étain, & l’aimant agit aflez puiflamment fur le régule : ce qui eft tiré de Roesler.
- L’amalgame du fer & du zinc donne un régule tenace reflemblant à; l’argent, & que l’aimant attire très-bien.
- Si on mêle du fer & du bifmuth, on obtient un régule très-caffant ,-femblable au bifmuth j & quoiqu’il y ait \ de bifmuth contre | de fer v l’aimant l’attire.
- Il attire aulîi le fer mêlé avec du cuivre jaune , qui doit fa couleur à* la calamine qui y eft jointe.
- L’aimant exerce encore fon aélion fur le régule d’arfenic & de fer , & même fur l’orpiment & l’arfenic, tirés par la fublimationd’une mine ou marcaffite arfenicale , & fondus avec une partie de fer.
- Il refufe d’attirer le fer, mêlé avec l’antimoine ou avec la pierre de tri-lus C c’eft ainfi qu’on l’appelle ) , quoique fondue en une malle avec le fer.
- Il ajoute que l’aimant exerce fa vertu fur un régule par parties égales de fer & d’étain.
- - Sur l’amalgame de ces deux derniers métaux, voici ce que nous dit Roesler : Comme en pîulieurs endroits d’Allemagne la mine d’étain eft mêlée de fer, au point que le quintal en contient 20 à 28 livres , que l’on tenterait inutilement d’enlever avec le fecours de l’aimant, il confeille d’abord de pulvérifer la mine d’étain , enfuite de la calciner , & par le moyen de l’eau de féparer les parties du fer de celles de l’étain. Il convient cependant que l’aimant peut être de quelque fecours pour faire cette réparation , en broyant & lavant plusieurs fois la mine, & la féchant à plusieurs reprifes ,• ce qui pourrait s’exécuter fur un banc de bois propre au lavage, en promenant l’aimant fur la poudre humide , & en le préfentant en difterens endroits , le plongeant enfuite dans l’eau, pour en détacher ce qu’il aurait attiré. Voyez Yhif-toire de l'aimant, qui vous apprendra bien des chofes ià-deifus.
- §. II.
- , De /’ejfai de la mine de fer dans le creufet.
- '“'îiE plus fur eft d’èiïayer la mine de fer, à peu-près de la même maniéré que l’on eiTaie celle de cuivre. Prenez un quintal de mine de fer, deux quintaux
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- DES \MJ N "ES,
- flux noir, un de fel ammoniac , un demi de borax* un'quart de fuie » un quintal de tartre , un de fiel de verre yglafgall, &.un quart de poudre de charbon : yous pouvez ajouter de la poudre de verre cryftallin. Tout cela mêlé ;enfemble, donne la meilleure menftrue pour elTayer une mine de fer,* mais, avant que d’en venir à l’efsai, il faut d’abord réduire en petits morceaux la mine de fer, comme on le pratique pour le cuivre , & la calciner, enfuite l’ccrafer davantage, & la calciner de nouveau j recommencer ces opérations, jufqu’à ce que la minefoit entièrement privée de foufre, & réduite en poudre impalpable. Voilà ce que vous pratiquerez , lorfquil s’agira d’une mine qui _a beaucoup dc foufres, d’arfenic & de phlogiftique : autrement,, une (impie calcination fuffira. Mettez dans un .creufet la" mine ainfi calcinée , & .mêlée >avee le fondant dont nous venons de parler,* couvrez^la de l’épaifseur d’un doigt de fel commun: mettez un autre creufet defsus, & luttez -les exactement, de crainte qu’il n’y entre des charbons, qui gâteroient le mélange; On place ces creufets dans un fourneau à manche, qu’en Suede on appelle afchia, dans lequel il y a une efpece de creufet renverfé, éloigné de trois doigts de la thuyere , &à un doigt fous le vent. On place fur ce dernier creü*. fet, les deux autres qui contiennent le mélange. A la diftance de la main , on fait tout autour un mur avec de la brique , pour retenir lés charbons. Après avoir empli ce vuide de charbons d’une moyenne gtofseur, & en avoir couvert le creufet., on les allume par le defsus, en y appliquant un charbon 'enflammé , qui petit à petit met tout le refte en feu , & échauffe le creufet par degrés. Lorfque le fel a décrépité, on donne le vent., & on continue de fouffler pendant 30 ou 40 minutes, plus ou moins, fuivant la capacité du foyer, la force du vent & la qualité de la mine. Il faut pendant ce tems-là veiller à ce que les creufets ne manquent point de charbons; ils doivent en être toujours couverts. Lorfque la fufion eft faite, on tire, à l’aide d’une tenaille arrondie, le creufet du feu, & on le pofe fur une plaque de fer, à laquelle on donne quelques coups., pour que tous les grains de fer répandus dans les fcories , fe joignent au régule. On peut, à l’infpeétion de la flamme» juger quand la fufion eft faite. Les fondans, tant qu’ils travaillent, donnent une couleur jaunâtre, qui pafsc au bleu quand l’opération eft finie. Lorfque ies mines de fer font rebelles à la fufion, comme l’hématite, le fchift ou glafcopf, comme on l’appelle en Suede , il faut préalablement les calciner dans un creufet fous la moufle, & joindre au fel commun dont on couvre le mélange , des coquilles d’œufs, enfuite tenir le tout au feu pendant une heure entière. ~ ~ ^ ’
- On peut employer aufii le fel atkali, fur-tout fi la mine eft imprégnée de quelque fel minéral nuifible. -
- On a encore eflay é de fubftituer les cendres gravelées, aux fondans dont
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- nous avons parlé : mais on a trouvé que la mine s’était changée totalement en fcories noires, & que le régule n’avait pu fe raflembler.
- 3 : Autre méthode*
- Selon d’autres auteurs, dans un quintal de mine pulvérifée, mettez une demi-once de verre de plomb, trois dragroes de la menftrue que l’on emploie' ordinairement dans l’efïai des mines de cuivre, dont nous parlerons ci-après mélangez le tout dans un creufet, & mettez par-deiïùs l’épaifleur d'un demi-doigt de fel commun : bouchez le creufet, & placez-le dans un foyer de forge' ou autre.. Lorfque le tout eft fondu , on retire le creufet , & on le oaiTe pour avoir le grain de fer qui fert à déterminer la quantité & la qualité de la mine-qu’on a foumife à l’eflai. La menftrue dont nous avons parlé, fe fait avec ime demi-livre defalpëtre, quatre onces de favon de Venife, & une petite partie de fiel & de poudre de verre du même pays.
- _ Il faut obferver , i°. que pour être eflayée, la- mine de fer demande un plus grand feu que celle d’or & d’argents 2°. Que fi on fond dans le creufet la mine toute crue, comme elle a beaucoup de foufre£, il périt beaucoup de fer, &on ne peut découvrir fa qualité : d’où il fuit que la mine doit être préalablement calcinée. 3°. Si à la mine de fer pur on mêle de la poudre de verte de Venife ou autre,, les fcories que l’on obtient, font de couleur de fer i mais ô la mine eft cuivreufe, les fcories f©nt de couleur verte.
- Antres méthodes
- Voici quelques autres eflais que j’ai tirés des collections curieufes de chymie métallurgique. Je laide à l’expérience à décider quelle foi on doit y ajouter: les trois précédens doivent fuffire.
- i°. Prenez deux parties de flux noir, & deux de poudre de verre , une partie de ce caput mortuum- qui refte après la diftillation de l’eau-forte, une partie de poudre de charbon, & | d’antimoine : pu^vérifez & ajoutez une quantité relative de mine de fer. On dit que par ce moyen on a la vraie quantité du fer.
- 2a. Prenez deux parties de verre de Venife, une de flux noir, une de poudre de charbons, une du caput mortuum ci-deflùs, £ d’arfenic & | d’antimoine: pulvérifez & mëlez-y la quantité requife de mine; mettez au vent Je creufet qui contient ces matières, qui vous donneront la quantité de fer contenue dans la mine éflayée.
- 3Ç. Pulvérisez, mêlez & fondez comme ci-devant deux parties de fiel «e verre, deux de tartre, une de verre de Venife, une de felalkali, & une deJpoudre.de charbon.
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- * une partie déminé de fer, deux parties de flux noir, deux
- de fiel de verre, une demi-partie de poudre de charbon, autant de poudre de verre blanc, du fable fin à volonté: mêlez le tout dans uii creufet avec du fel fondu ; couvrez le creufet ; laiffez allumer lentement. Lorfque le creufet fera échauffé, faites marcher le foufflet. La fu fi on faite, vous trouverez au fond le grain de fer, comme on trouve celui de cuivre dans l’effai de ce dernier métal. ' • .
- 5°. Prenez une partie & demie de caput mortuum provenant de l’eau-forte, cuite trois fois dans l’urine, & que l’on délaie enfuite dans une quam-tité d’eau de pluie pour la filtrer & eryftallifer , une partie d’arfenic blanc, une de nitre,- une de tartre : pulvérifez & mêlez le tout ,< en y ajoutant une partie de mine de fer pour deux parties de ce mélange : fondez enfuite; vous obtiendrez un régule des plus; beaux : & fi vous le voulez encore plus purifié, il n’y a qu’à le refondre avec la même menftrue.
- I
- §. III.
- De l'ejfai du fer & de fa mine , pour Javoir ce qu'il y a d'or &
- d'argent*
- \ ,
- No-us parlerons plus amplement de cet effai dans le traité de l’or, & de l’argent. Je crois cependant qu’il eft à propos de rapporter ici une ou deux méthodes de faire cet êfîai.
- 1°. SuivahtKELLN'ER , dans fon Art des ejjhis-, il faut faire une leflive de cendres de hêtre & d’urine, dans laquelle on fait éteindre pîufieurs fois le fer qu’on fait rougir jufqu’à ce qu’on l’ait rendu caffant au point qu’on puiffe aifément le pulvérifer. Il faut-'enfuite faire une autre lefiive d’une partie de chaux <Sc une partie de nifre , dans laquelle on fera cuire le fer réduit en poudre; pulvérifez4 enfuite la maffe qui en réfultera, & mêlez-la avec de la mine de plomb, à laquelle vous ajouterez une petite partie d’antimoine: fondez le mélange dans un creufet : faites paffer le régule à la coupelle , & s’il y avait-quelques parcelles d’or., vous les aurez dans l’argent.
- 2°. Prenez du Fer, de celui qui fe trouve dans les affineries en grand pour le cuivre ; faites-le chauffer, & à chaque fois éteignez-le dans l’urine jufqu’à ce qu’on puiffe le réduire en poudre : faites chauffer cette poudre , & pilez-la dans un mortier ; verfezdeiîus de l’eau-forte, qui la diffoudra, & fe chargera de tout le Fer. La chaux de l’or- tombera au fond : ramaffez-la , édulcorez & fondez à l’ordinaire : par ce moyen vous aurez l’or qui étoit recelé.
- 3°. Calcinez de l’acier de St-irie, & mettez-le au feu de réverbere avec dufoufre, jufqu’à ce qu’il loit réduit en une poudre rouge & légère f ajoutez
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- à cette poudre fixfois fa pelanteurde plomb, avec une menftrue compofée de verre arfenical & d’autres fels, & fondez dans un creufet qu’il faut enduire de craie en-dedans. Tenez ce mélange au feu pendant fix heures , jufqu’à ce qu’il foit liquide comme de l’eau: refroidirez & détachez le régule. Les fcories feront noires, mais tranfparentes comme du verre. PalTez le régule à la coupelle félon l’art. Ces trois méthodes font de Kellner: en voici d’autres de quelques autres chymiftes.
- 4°. Réduisez le fer en limaille très-fine. Fondez un quintal de ce fer* avec feize quintaux de plomb grenelé, & un quintal de verre de plomb, comme vous feriez pour une mine fulfureufe, rebelle & réfraôtaire. Cela formera des fcories. L’or & l’argent fe retireront dans le plomb, dont il faudra les féparer par le moyen du feu.
- On croit qu’il vaut mieux réduire d’abord le fer en régule avec deux parties d’antimoine, fondre enfuite le régule avec du plomb. Faites, à l’ordinaire , palfer le plomb à la coupelle , ou réduifez-le en fcories par le moyeu du nitre.
- 5°. Mettez un demi-quintal de limaille de fer dans un vaiffeau de verre propre pour l’évaporation ; verfez delfus du fort vinaigre: bouchez le vaiffeau pour que rien ne s’évapore : plaçez-le au bain de fable ; & lorfque pendant un jour la liqueur fe fera chargée de tout ce qu’elle peut porter , ôtez la matière qui eft au fond , & mèlez-laavecun quintal de verre de plomb ; ajoutez huit quintaux de plomb, & fondez comme vous feriez pour une mine réfraétaire. On dit que par ce moyen on a ia quantité d’or & d’argent qui y était contenue. Au lieu de vinaigre , on peut employer le phlegme de l’ef-prit de fel, ou de vitriol.
- 69. Mêlez un demi-quintal de limaille de fer avec un quintal de foufre; tenez le mélange à une chaleur médiocre , il fuffit que le foufre fonde & qu’il pénétré le fer : c’eft -le moyen d’enlever au fer fa qualité métallique. Chaf-fez enfuite le foufre par un feu de calcination , & lailfez refroidir : pulvé-rifez ce qui relie, mêlez-y deux parties de verre de plomb & douze de pl omb; recommencez la calcination , & fondez comme vous feriez pour le traitement d’une mine d’argent difficile.
- 7°. Prenez une demi- partie de limaille de fer, une demie de marcaf-fite aquatique qui ne tienne point d’argent, douze parties de plomb , & faites l’effai comme vous le feriez pour une marcaffite crue tenant argent. Le foufre, qui eft dans la mareaffite, divife le fer, & le réduit en fcories: il le difpofe à laiifer. entrer le plomb ; ce qui n’arriverait pas, fi on n’avait pas chalfé les foufres du fer.
- g”. Fondez enfemble, dans un creufet, une demi-partie de fer & une partie d’antimoine ; calcinez enfuite dans une coupelle ; puivérifez &
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- ffiëîez-les avec le diflfolvaht & le plomb : procédez comme vous ferlez pour une mine d’argent difficile & duré.
- 9°. Mêlez du fer avec de la minerde plomb, & fondez-les à travers la poudre de charbon, comme on fait à Goslar, parce que dans la mine cfe plomb il y a de l’antimoine qui fe faifit du fer, le confirme prefque en entier, ou le réduit en feories,
- §• iv.
- De la maniéré d'éprouver £5? de connaître la qualité du fer crud!
- £5? du fer forgé.
- Pour ce qui regarde le fer crud, on juge d’abord de fa qualité par la couleur qu’il a à la calfure, par fon grain, fa légéreté, fon poids, fa ténacité , fa fragilité , mais fur-tout parce qu’on découvre à fa calfure. Si elle préfente des lames grandes & brillantes, & qu’en mêmetems le fer foit très-caflànt, c’eft une marque que la mine n’a pas été bien cuite & bien purifiée , e’eft-à-dire, qu’elle n’a pas été allez purgée de tous fes vices : mais comme les indices les plus apparens font fouvent trompeurs , on ne peut rien décider de fa nature que lorfqu’on le travaille, & qu’on le,recuit au foyer delà' forge pour le tirer en barres ou barreaux C’eib alors qu’il eft aifé de juger de fa qualité, & des ufages auxquels il eft propre. Il n’y a point de preuves ni d’indices plus fur s :4:ar il y a du fer crud très-calfantqui peut être réduit en fer pur & très-ferme , par le moyen de l’affinage à la forge. Il y a auffi du fer crud très-ferme & très-tenace , qui cependant fond avec peine, & qui, vicié par le foufre , tombe en morceaux fous les coups du marteau , fi facilement qu’il n’eft pas poffib'le de le mettre en barres. Voilà pourquoi la recuilibn du fer crud eft la preuve la plus aifurée de fes qualités bonnes1 ou mauvaifes.
- Les ouvriers en jugent par les feories , leur couleur, leur fluidité, leur qualité , ou par la flamme & plufieurs autres indices , mais fur-tout par le mélange d’une efpece de fer avec une autre, connue pour être d’une meilleure ou plus mauvaife qualité. Le fer , qui feul peut être travaillé & amené à une qualité excellente, eft de la meilleure efpece. Il y çn a qu’il faut abfolument mêler avec d’autre fer crud d’une meilleure qualité , & cela dans les proportions fuivantes de^, § , f, § ,J ,&c. Au moyen de ce mélange
- on obtient un fer propre à toutes fortes d’ufages. %
- On juge fur-tout de la bonté du fer crud, lorfqu’on peut le battre en lames très-minces. S’il n’eft pas de la meilleure qualité , on ne peut le réduire en feuilles, finon très-cafla'ntes, *& défigurées par des fentes, des crevafles, des inégalités défirgréables, & autres viêes qu’on peut remarquer dans le fer en feuilles.
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- Quant au fer forge, on connaît auffi fa qualité à la caflure. Une efpece eft tenace à chaud , & enflante à froid, de façon qu’une barre fe mettra tout à la fois en plusieurs morceaux. La raifon -eft., que .cette efpece caftante à froid , eft totalement dénuée de foufre & <>lu gluten métallique. Outre cela, il y a différens degrés de la même efpece de fer ; l’une eft plus fragile; l’autre moins. Plus il eft fragile , plus il eft de mauvaife qualité. Les barre» de fer de cette efpece paraiffent extrêmement polies & fe dreffent bien fous le marteau, parce qu’il cede aifément aux coups. On ne voit point dans les angles, de fentes tranfverfales, parce qu’il eft très-tenaçe étant chaud, & femblable à une maffe de verre. Aux points brillans & aux grains qu’offre ce fer dans fa caflure , on connaît fa qualité. Si les lames font grandes & brillantes comme des yeux ou des rayons, c’eft une marque qu’il eft encore çrud, mal purifié , & propre à peu de chofes, On en porte un jugement tout différent, il les grains font très-petits , comme nous le dirons ci-après.
- L’autre efpece de fer forgé eft celui qui eft très-caflant à chaud , 8c très-tenace à froid. Il eft plus difficile de juger de celui-là par les grains & les points brillans. Le fer de la meilleure qualité doit être très-tenace à froid 8c à chaud, ce qui vient de la quantité de foufres dont il eft imprégné. L’efpece dont nous parlons , ne cede pas aifément aux coups demar* teau. On vient difficilement à bout de le dreffer & de l’unir. On ne peut, aviver les angles; on y voit une quantité de fentes tranfverfales, & if eft rude au toucher. Malgré cela, le plus fur eft d’en façonner une feuille, ou quelque outil délicat. S’il eft trop fulfureux, en l’aminciffant il caftera en plufteurs morceaux fous le marteau.
- Il y a auffi du fer qui participe des deux qualités ; c’eft-Ldire , qu’il eft très-tenaçe à froid & à chaud. Il n’a que la quantité fuffifante de foufre, & le mélange jufte de fes parties conftituantes; il eft très-ferme, fe bat bien , fè polit à merveille , & fa fubftance eft çompofée de fibres qui vont fuivant la longueur des barres.
- Il y a une autre efpeçe déteftable , qui eft caftante à chaud & à froid, qui s’étend difficilement fous le marteau , & qui étant étendue , calfe & rompt de toutes parts, pour peu qu’on veuille la plier. Celle-là eft .totale* ment à rejetter.
- Il me refte à parler de la maniéré ufîtée en Suede 8ç en Angleterre, d’ef-fayer la qualité du fer, lorfqu’on en vend une certaine quantité , & qu’il eft deftiné à être embarqué pour pafler chez l’étranger, les marchands étant bien aifes de s’aflurer de ce qu’ils achètent,
- i°. Ils examinent l’extérieur des barres. S’il eft rudç au toucher, que les angles ne foient pas nets, qu’il y ait des fentes, des gerfures , c’eft une marque qu’il eft vicié par trop de foufres : ils regardent encore s’il eft égale-
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- ment uni & poli par-tout. 2°. Ils choififlent une quantité de barres, environ deux ou trois par cent, qu’ils pafTent, l’une après l’autre, dans une encoche pratiquée dans un gros bois ou dans un pieu fixement arrêté dans la terre: d’abord, ils font décrire à la barre un léger arc de cercle, & la ramènent à la ligne droite. Si ellefouffre la courbure , & qu’elle feredrefsc bien, c’eft un indice d’une certaine ténacité. Ils recommencent à la plier, & à lui faire faire un ou plusieurs tours, en la ramenant enfuite à la ligne droite : fi la barre peut fouiîrir cette épreuve, c’en eft afsez , le fer eft autant tenace qu’on peut le defirer. 3°. Quand ils doutent de la nature d’une barre de jfer, ils la jettent de toute leur force fur un coin de fer arrêté dans un morceau de bois, ou fur quelqu’autre point d’appui de fer, & bien aigu ; ou bien ils pofent la bande fur ce coin , & font toucher delfus avec des maf-fes: fi les coups marquent fur le fer, fans qu’aucune partie de la barre fe calTe , c’eft un figne de ténacité. Ils emploient encore plufieurs autres moyens inutiles à décrire , pour juger de la ténacité ou fragilité du fer. 4*. S’il fe rompt en plufieurs morceaux, en 2, 3, 4, 5, comme il arrive fouvent, ou bien en plus ou moins de parties , fuivant le degré de fragilité qui eft dans la totalité de la barre, alors ils ont recours à l’infpection des grains, pour découvrir la nature du fer. Ils le caiTent en plufieurs endroits, afin de pouvoir décider fi le vice eft total, ou s’il n’attaque que certaines parties. Souvent une barre enflera dans un endroit qui aura été trop chauffé, ce qui fera un mauvais figne, pendant que le relie de la barre eft d’une bonne qualité. 50. Les marchands portent encore de ce fer dans une boutique, pour l’efFayer au feu & fous le marteau, & favoir fi étant chauffé , il cede aifément aux coups, ou s’il y réfifte, quelle quantité d’étincelles ou d’é-Cailles il jettera. Là, ils ne manquent pas fur-tout de le faire étirer en verge, & façonner en clous très-pointus , & du plus petit volume. Quand ils font forgés, ils les tournent-pour les faire cafler, afin d’examiner encore le grainj, & de comparer l’état du fer après l’épreuve du feu , à fou ctat avant l’épreuve. Ils en font aufîi battre en feuilles minces, qu’ils plient enfuite & replient, ayant foin de compter combien de fois elles auront eftuyé cet effort, pour en juger & décider fûrement du degré de ténacité du fer. Ils le font encore chauffer & tourner en fpirales , en fils greffiers , & autres menus ouvrages de différentes efpeces,qui, à force d’être pliés & repliés, montrent la ré-fiftance & la force du nerf ferrugineux. Enfin» lorfqu’ils font venus à bout de les cafler, ils jugent de fa qualité par l’ordre des grains & des fibres , ainfi que par leur dimenfion & leur couleur.
- Au refte, comme on peut, à l’infpection feule des grains , bien juger de la qualité du fer forgé, & que M. de Reaumur a exactement comparé les caffures du fer & celles de l’acier, & qu’il lésa même fait deffiner, je Tome IL R r r
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- vais rapporter ce qu’il nous en a dit, ainfi que les planches qu’il a fait graver. ’ ,
- Des indices qui , fuivant fpî. de Reaumur , Je prennent à-fai cajfure du fer pour juger de fa bonne ou mauvaife qualité ( c ).,
- . §. VI.
- De la mine de fer, & de fes différentes ejpeces, dans laSuede..
- Les mines de fer, qui fe trouvent dans le royaume de Suede, ne font: pas fort différentes les unes des autres : leur extérieur eft allez égal, & d’une* couleur qui les annonce,- car, à proprement parler , elles ont toutes, plus, ou moins, la couleur du fer, les unes un peu bleuâtre, les autres verdâtre.. La principale différence qui les diftingue , c’eft i°. qu’une efpece plus riche-en fer qu’une autre, tire plus furie noir ou le bleu :;ce qui ordinairement: vient de la pierre qui y eft attachée, ou de fa matrice. Si c’eft une pierre de-corne noire ou autre , la mine parait plus noire. Si c’eft une pierre à chaux,, ou une efpece de fiiex ,. de fpath , de quartz > elle tire fur le bleu. Il y en a même qui tire un peu fur le^erd, ce qui vient de la pierre verte qui y eft jointe : quelquefois elle eft couverte d’une efpece de croûte ou fils dva-miante. D’autres fois la gangue eft très-ferme, & fecaffe en rhomboïdes.: c’eft la plus noble & la plus riche efpece. Elle eft compofée de plans égaux, polis & doux au touchercomme s’ils avaient été frottés d’huile. Suivant fa matrice , la mine eft plus feche, plus difficile, ou plus ailee à.fondre ,- & quelquefois, pour en détacher le fer, on eft obligé de la mêler avec une autre efpece , ou d’y ajouter plus ou moins de chaux. 2°. Que les unes font riches,
- 3es autres pauvres : leur variété, en ce point, eft fi grande, que les unes donnent io , 20,30,40 , & les autres fo , 60,70, 80 , & même 90 livres, de fer par quintal. 30. Qu’une efpece eft gâtée par'beaucoup de foufre & de cuivre , de façon que l’on voit briller çà & là les particules du foufre , lef-quelles font enfermées dans la contexture intérieure, ce qui donne du fer
- (c) Swedenborg n’ayant fait que fixieme paragraphe ; i<?. parce que , pour copier M. de Reaumur dans cet article les parties non traduites , on peut avoir re-&lefurvant, ainfi que dans le paragraphe cours à l’ouvrage de M DE Reaumur;. cinquième, où il examine les caraéteres dif-. 2°. parce que nous ferons ufage , dans, tindifs du fer & de l’acier , & compare les nos mémoires particuliers , des connais, différentes qualités de l’acier, nous n’a-, fances de cetilluftre académicien, commet: vons pas cru devoir donner cette partie ,• étant un bien appartenant à.la nation, nous, allons donc tout de fuite pafler au.
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- enflant à chaud; tandis qu’une autre efpeee n’a prefque point de foufre ni de cuivre , effc ordinairement riche , & donne du fer caiTant à froid» En un mot, la mine de fer de nos pays froids, a toujours quelque choie de défia* gréable dans fa figure, & ne réjouit point les yeux par fes differentes couleurs, comme dans les autres contrées. Cependant nous eu trouvons prefque par-tout, & nous avons de très-grands efpaces , des montagnes entières , qui ne font autre chofe que des amas de mine. Tel elt le mont Taberg en Oftrogothie, le territoire de Norberg en Dalécarlie, & fur-tout à Griu~ gierde , où une montagne entière dans l’étendue de plufieurs mille pas, tant en longueur que largeur, & à quelque profondeur que l’on creufe , renferme une mine de fer qui rend 60 à 80 livres par quintal : on peut dire que c’cft une montagne de fer. Pour s’en procurer, on n’a d’autre peine que de faire fauter,^ avec de la poudre, de très-gros quartiers , & de les rouler au bas de la montagne. Un poëte dirait que c’eft le magalîn de Mars, capable de fournir des armes à tout l’univers pendant plufieurs fiecles , s’il n’étaic pas caftant. Le gouvernement a donné à ceux qui font valoir des fourneaux dans le voifinage, des différentes parties de cette montagne , & a diftribué à chacun fon canton, comme un propriétaire de fonds partage fes champs à fes fermiers. Suivant l’eifai qui en a été fait, la qualité de la mine eftla même au bas de la montagne qu’au-defsus.
- On trouve de la mine de fer mêlée avec des mines d’autres métaux* comme i°. avec la mine de cuivre à Fhalun, Schilo, & prefque dans toutes les minières de cuivre. Quelquefois il y a moitié de chaque efpeee différente , comme à Schilo ou Riddarhyttan en Suede , & ailleurs : on a auffi trouvé du cuivre natif, mêlé à une mine de fer très-riche. D‘un côté , étoit rangé le cuivre natif très-pur, de l’autre le fer, & dans le milieu du fafran de mars , ou du fer diffous par l’acide du foufre, remplacé à la fin par du cuivre y de façon que, dans ces morceaux, on voyait clairement la naiffance du cuivre. Le fer était d’abord changé en une efpeee de fafran, auquel le cuivre fuccé-dait. 2°. On trouve fouvent du fer dans les pyrites , lesquelles en donnent depuis 5 jufqu’à 40 livres par quintal, ainfi qu’on peut l’éprouver dans la minière tendre & fulfureufe de'Èmlun. 3°. On trouve aufiî du fer en abondance dans la mine d’argent: telle eft celle de Sala, & autres, en Suede. Il y a des minières, dont le quintal de mine donne 20 à 30 livres de fer , & cinq onces d’argent; & d’autres où il rend 70 à 80 livres de fer, avec une ou deux onces d’argent.-40. On atrouvé en Suede, de la manganefe, dont le quintal procurait 12 livres de fer.
- Il y a auffi des mines de fer dans les marais , ainfi que nous l’avons expliqué au troifieme paragraphe de la première clalfe. On peut l’appel 1er à jufie titre veine de fer, parce qu’elle parcourt les lieux marécageux •> comme autant
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- «le veines ou d’arteres. On la trouve principalement dans les lieux fepten-trionnux les plus froids, & expofes à la neige. Son régné favori eft dans le Jempterland, laDalécarlie & la Bothnie occidentale : on en trouve ailleurs encore quelques traces. Elle reflemble à une terre rouge ou ochre, qui, raf-femblée enmaife, eft cachée fous la première couche de terre des marais. Cette efpece eft d’abord'de couleur rouge obfcur, ou châtain, ou roux ; mais féchée, ou expofée à l'air, elle rougit, & fa couleur s’éclaircit. Elle eft plus pefante que les autres terres ou limons. Dans quelques endroits, comme, dans laparoifle dq Jarbomihs dans le Vermeland, on tire de cette mine , non-feulement dans les marais & les lieux humides, mais même dans les prés & les bruyères les plus feches ; dans les bois, & fur-tout dans le plan incliné des, collines,' dans les vallons maintenant deiféchés ; apparemment où des eaux ftagnantes formaient anciennement un marais qui, en fe deffechant, alailfé le fonda fec. La preuve eft, qu’aujourd’huifur le penchant des bords d’un ancien marais, on remarque que la terre eft enrichie de cette ochre ferrugu neufe: elle eft de même de couleur roufle , mais tirant fur le blanc. Jufqu’à préfenü, aucune herbe grade ne peut croître dans ces endroits. Les marais, qui podedent ces riched’es, font ceux dont les bords vont en pente , & regardent le midi, G’eft là où l’on trouve la meilleure mine : mais fi le bord incliné du marais eft au nord, la mine eft moins bonne , n’a aucun, foufre & donne du fer caiTant. Il y en a de la noire comme du charbon : c’eft la plus mauvaife efpece. Il y en a de la verte, comme du buis ou du poireau : elle a quelque chofe de piquant & approchant du fel. Cette efpece eft plus à fond dans la terre: on l’appelle mine verte* Elle eft d’une qualité médiocre, & cependant plus riche que la dernière. Il y en’ a encore d’un rouge obfcur. Au tad y on la prendrait pour du fel grofliérement broyé : elle eft tenace fous la dent, comme de la réfine. Elle fond fans addition, eft riche, & donne 49 livres de fer par quintal. En Angermanie, il y a trois efpeces particulières de cette mine marécageufe : l’une de couleur fauve ou prefque brune, qui donne du fer caflfant à chaud ; la fécondé rouge brune , très-riche eu fer : la troifieme d’un brun tirant fur le noir, & qui donne du fer calfant à froid. A la figure & au fol des marais ,les habiles mineurs favent s’ils^con-tiennent du fer; ils tirent aufii des indices des arbuftes & des plantes qui y eroiffent. Cette mine s’attache par préférence aux racines qu’elle embraiTei l’aimant n’a point d’adion furelle, à moins qu’elle n’ait été calcinée. Comme-c’eft de cette mine que nous tirons des connailfançes de la génération & formation du fer, ie me fuis attaché,dans le troifieme paragraphe de la premier® claflê, à en déduire tout au long les différens earaderçs, Voyez les pages 363» 364, 36^ , & autres qui fuivent..
- On trouve aufii de cette efpece de mine, dans prefque tous, les lacs de k
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- Smaîandie & de l’Oftrogothie, d’où on les tire. Il y en a encore en Anger-manie : elle eft d’un tiifu rude & inégal, femblable à une éponge de couleur brune. On en trouve de difiérentes formes, tantôt en morceaux grands comme la main , tantôt plats, tantôt ronds : dans fa fra&ure, elle refïemble à du cuir coupé. Elle eft (i peu dure , que l’on peut aifément l’écrafer entre les doigts, C’eft un marais voifin qui la fournit, d’où elle vient fe dépofer dans l’eau , fous la forme d’un fuc très-fubtil. Elle fe place ordinairement à ï& aunes (d) du bord, & ne va pas plus loin. Elle s’attache aux pointes de rochers & aux menues pierres du fond jce qui fait qu’en la calfant, on trouve qu’elle renferme une pierre , ou y tient par quelque côté. On la trouve aufïi à travers les racines descannes & des rofeaux , qu’elle femble chercher & em-bralfer par préférence. Cette mine des lacs eft de différentes figures, ronde * ovale, granulée inégalement Les parties les plus rondes reffemblent à des, grains de bled, d’orge, à des feves : dans le milieu & dans la fracfture, ces grains font de couleur de rouille , & jaunes. Ils font très-légers, & quelquefois enveloppés d’une croûte ou écorce légère, comme une noix ou une. amande font couvertes de leur lilique. Souvent on y remarque des convo-lutions de coquillages. Cette mine eft très-légere. Son poids & fa couleur n’annoncent pas qu’elle contienne du fer: mais voyez ce que nous avons dit au paragraphe quatrième de la première claffe, page 37^ fuivantes.
- On découvre de l’ochre de différentes figures & couleurs dans une multitude d’endroits, fur-tout dans le voifinage des eaux vitrioliques & médicales r dont il y a un grand nombre. Elle eft jaune, ou jaunâtre, ou tirant fur le rouge. Si-tôt qu’elle eft calcinée, elle eft attirablepar l’aimant. On trouve des mines de fer par toute la Suède, de façon qu’il n’y a point de minéraux ou de mines d’autres métaux, qui ne contiennent aulii de la mine de fer. On pourrait peut-être en conclure que, plus on approche du nord, & par confé-quent des lieux froids & expofés aux neiges, plus on trouve de fer, & meilleur il eft, comme fi cette expofition était plus favorable à fa formation & à fa maturité.
- Outre cela, il y a quelques lacs, dans. îefqueîs on trouve un véritable fable de fer, gris & noir comme le fer même , très-pefant & très-riche.
- Il y a encore en Suede, d’autres efpéces de mines que je.paife fous filence* parce qu’elles ne font pas abondantes: on croirait que ce font quelques par--ties de fer répandues qà & là. Le célébré médecin Bromell, d’heureufe mémoire, en avait une magnifique colle&ion, ainfi que des autres minéraux de Suede, qu’il avait promis de donner au public.
- On trouve auiîi de l’aimant dans la Laponie, laDalécarlie & dans diffé~
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- Tentes minières, d’on Ton en tire des morceaux très- confidérables. J’en ai vu un compofé de trois parties de quartz jaune, fur lequel on voyait des grains de fer. Il y a encore , mais en petite quantité , des terres bolaires rouges, de l’hématite, dufchifle , des grenats : ces derniers font riches en fer. Je n’ai point encore vu en Suede, de fleurs, ni de cryftaliifations martiales, parce qu'il n’y a ni grottes , ni cavernes , ni fentes de rochers , par où le fer puilfe chercher à s’étendre.
- Dans la Siléfie , £5? aux environs du Danube.
- Volckman , dans Ton ouvrage intitulé la Siléjîefouterrews , fait l’énumération des minières de fer de cette province, & dit qu’à Schreisberfan la mine ell en grains rougeâtres, qui contiennent du fer & de l’or ; qu'à Lehn , on tire une pierre brune ou de la manganefe, qui contient du fer ,- qu’à ftfodlan, la mine efl rouge & jaune ; qu’à Buntzlau, elle efl grifequ’à Grünthal, elle efl rouge , tant dans les fontaines que dehors; qu’à Goldberg, la mine eflfablon-neufe & d’un rouge obfcur. D’autres ajoutent qu’on trouve encore en Siléfie de'la mine en grappes, & de l’hématite.
- Louis-Ferdinand comte deMarsilly, dans fon tome troifieme du cours du Danube , dans la Hongrie & la Mœfic , donne la description, de plu-lleurs minières, entre autres de Komsberg, & en a fait graver les figures. Il dit avoir dans fa poflefîto'n une mine de fer enrichie d’or, & qu’on peut, fui-vant les principes de l’art, extraire des grains d’or une portion d’argent. l°. Il parle d’une autre tirée d’une minière au-delfus de Neudal, fur les bords du Gran. La forme de fon échantillon efl: admirable. Il y en a de figure ronde ; d’autres , cylindrique. L’extérieur des morccaux*ronds efl garni de plufieurs pointes , comme le cryflal de roche ; ils contiennent ordinairement des marcaflites. Les morceaux cylindriques font percés par le milieu dans toute leur longueur. 2°. Il poifede un morceau pefant de fer, qui par fa contexture & fes fibres repréfente un morceau de chêne. Le fer en efl: de la meilleure qualité; fa couleur efl: jaune foncée. 30. Un autre morceau plus pefant, de couleur jaune. 4°. Un autre jaune clair. 50. De couleur obfcure, noire, tachetée de blanc. 6°. Un morceau couleur de fangdu côté par où il tenait à la terre ; couleur qu’il a reque d’un tuf rouge , mêlé de fer , dont il était proche , & lequel morceau ne parailfait à l’extérieur qu’une véritable pierre rouge : mais il était bien plus dur. y\ Des fleurs de fer, imprégnées de cin-nabre. Ces morceaux croilîent dans lesvuides que laiflent les pierres. Ils font fragiles comme du verre. Le cinnabre efl joint au fer. 8°. Un morceau de fer qui fert de bafe à du cinnabre, puifque dans le milieu de ce morceau on découvre du cinnabre pur. La pierre de ce morceau reflfemble à du gypfe.
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- Soi
- 9*- Un morceau de mine de fer, mêle avec beaucoup de plomb. Sur l’articîe-des flcuis de fer, il dit que l’on n’cn trouve que dans les minières qui ont des erevafies ou (entes , qui communiquent à la furfacede la terre. 10°. Un morceau alfez grand de pierres de fer, qui cafîê en deux, montre des grains de-minium, ou de cinnabre natif,, répandus qk & là. La couleur n’en eh pas il vive que dans les autres mines de cinnabre.. il0. Un autre morceau, dans lequel on découvre du plomb & du -cinnabre d’une couleur très-vive., 12°. Une pierre couleur defoufre . trouvée dans la m-iniere de Soit s, de forme oblongue, & contournée en entourée d’une couche de cinnabre très-vif., 13°. Un autre fragment de la même minière. C’eit une couche de pierres favonneufes, qui entoure & enveloppe des grains de fer & de cinnabre natif entre-mêlés. Le mercure eh en plus grande quantité que le fer. Il a auffi. donné la figure de pluheurs marcaffites, telle que celle dont la bafe eh de quartz : la marcaffite encroûtée , parce qu’elle s’eh zmnilëe fur un filex, comme du tartre s’attache au vafe; on dit que c’eh un fédiment des eaux qui fe trouvent dans le plus profond des minières de Schemmtz , & qu’il tient en quelque façon du- la nature du plomb : la marcaffite compofée de grains irréguliers, de la nature de fon minéral propre défendue par une enveloppe de fer : une autre marcaffite compofée de grains plus unis, & tenant de la nature de fon minéral propre avec une pareille enveloppe de fer.
- En Angleterre*.
- Lister, dans fon traité des eaux médicales d'Angleterre, fait l’énumération des mines de fer, dans lefquelles il comprend celles qui fuivent : i°. l’aimant. 2°. Une mine rouge , brillante comme du fable. 30. Une autre également rouge, & quelquefois auffi tendre que de l’argille. 40. L’hématite, dont nous allons parler.. 5*. Du fer dans du fable, fin , & dans le grès. 6°. La mine de fer qui fe trouve dans le voiiinage, & même au milieu des charbons foffiles , entre les couches & les fentes des rochers. 7°. La marne. 8°. L’ochre de couleur roui'Te ,. provenant de la décompofition des pyrites. 5>°. Les pyrites elles-mêmes. D’autres auteurs ajoutent qu’en Angleterre on trouve encore de la mine de fer jaune, & en Ecolfe de la noire 3 d’autre brillante comme de l’acier 3 de la rouge avec une enveloppe blanche 1 du crayon, rouge , &c..
- En, St2rie.
- f~N.
- On prétend que l’on y trouve, quoiqu’affez rarement, de la mine d’acier-îtatif, brillante comme l’acier lui-même, qui n’eft point attirable par l’aimant avant que, d’avoir palfé par. le. feu». On. dit auffi qu’indépendani--
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- ment des efpeces ordinaires de mines de fer, il y en a une dans laquelle on trouve des grains d’or : qu’on trouve aufli dans les fleuves , des grains de fer natif, & des fleurs de fet très-blanches , dont nous parlerons ci-après : qu’il yen a qui affe&ent la figure de bois de cerf, ou de branches de corail , dont on trouve quelquefois des morceaux qui pefent jufqu’à 20 & 30 livres.
- En Franconie.
- Ç)N affine qu’en Franconie on trouve de l’acier & du fer natif, & qu’il y a des mines fphériques, cendrées, noires , en grappes, que l’on nomme fchvartzkopff' ; d’autres blanches & jaunes ; d’autres noires , hftuleufes, jau* nés, & auifi légères que la terre ordinaire * d’autres jaunes & brillantes, qui repréfentent diverfes figures d'autres rouges & dures , mêlées avec des mines de cuivre ; d’autres qui dans leur couleur repréfentent l’arc-en-ciel, ou 1111e queue de paon j d’autres d’un bleu d’azur 3 d’autres polies , brillantes & rouges comme du fer ; d’autres violettes ; d’autres fpéculaires, avec des points brillans , couleur de fer ; on l’appelle eifenglimmer, eifmmmm ; d’autres fpéculaires, de couleur brune,- mêlées avec des mines de cuivre & de fpath , & dont aujourd’hui 011 ne fait plus d’ufage.
- A Ilmenau fur la Sala.
- On y trouve de la mine rouge, & d’autre couleur de fer. Il y en a avec des points rouges & brillans , qui, regardés au travers du microfcope, reffemblentà des rubis. Il y a encore la pierre martiale, en forme de pois, & ondulée. Elle a quelque rapport avec un crâne, & l’on y trouve de petites dendrites. Cette mine eft de la meilleure qualité.
- Dans le comté rfHohenftein.
- Bruchmann rapporte qu’à Zuerg, dans la Boheme , on trouve du fehifle ou glaskopjf : qu’il y en a auffi , & en plus grands morceaux , à Fifchbach, Bennikenjisin & Hartznig : que celui de Krippenberg reffemble à du fer natif. Dans les montagnes à'llefeld3 il s’y en trouve encore du plus groffier, en morceaux ronds comme des pois ou de l’orge. Il y en a même qui-eft tiffu comme le cerveau, partie rouge , partie couleur d’ardoife. A Linâenberg, Brnndenberg, Braufendvajfer, Holunder, le fchifte eft en plus petits grains. Le quintal produit 60 livres de fer, & celui du minerai à'Ilefeld en donne jufqu’à 92. On trouve de tems en teins dans ces minières, dujafpe, & un-
- minéral..
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- minerai rare, que l’on appelle eifenmann (e), & quneft fort recherché par les alchymilies. ' ' '
- Dans Varchevêché de Treves.
- On dit que dans cet archevêché il y a une roche blanche & brillante , qui étant fondue, donne du fer : qu’à Stahl-Ertz, il y a une minière de cuivre qui rend 80 livres par quintal : enfin , que le minerai des minières de Mujjen donne une livre d’argent, 42 de plomb, 12 d’acier, & 34decuivre, par quintal.
- Différentes autres efpeces de mines,
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- Indépendamment de l’aimant, l’hématite , le fehifte , & les autres mines les plus riches , on en trouve en plufieurs endroits , qui different des mines ordinaires. Il y en a des grifes , des blanchâtres , avec des teintes de jaune reffemblantes au fpath, & donnant 24 à 32 livres de fer par quintal.
- On trouve du fer dans les terres bolaires , les marnes, les ochres , fou-vent dans l’argille & autres efpeces de terre. Les dendrites , ou pierres herboriiees, & les autres pierres figurées , tiennent aufîi communément du fer. Il y a une efpece de mine, qui fe trouve en plufieurs endroits , & qui approche beaucoup du fer natif. Les morceaux en font ou unis, ou anguleux, ou cubiques, ou arrondis. On trouve des cubiques , & de ceux appla-tis &unis, dans plufieurs endroits de laSuede, tels que les minières de Gren-gierd, Dcimnorie , & autres , qui donnent 70 à 8 S livres de fer par quintal de mine. On dit qu’en Suiffe il y a une efpece de mine qui reffemble à des feves. Dans le marquifat de Rareith , il y en a une autre efpece, couleur de foie, qui contient des paillettes d’or très - pur. A Vonfteâel, on trouve du fer natif & de la mine noire , très-riche , & brillante comme l’or.
- Kônig , dans fon Régné minéral, fait l’énumération de plufieurs efpeces de mines de fer , & dit que dans la montagne de Gmitzen , au comté de Sarim, il y a des galeries très- anciennes, dans lefquelles on a trouvé , i°. une corne d’ammon entièrement de fer, non pas qu’elle eut été coulée , mais parce qu’elle était enfermée dans fa matrice , fous cette forme extraordinaire , que la mine de fer avait remplie. Il ajoute que, lorfqu’on l’eut ouverte & féparée de fon moule, 011 trouva une corne d’ammon de la derniere beauté, fefant fix circonvolutions qui charmaient les yeux j que le moule ou la matrice avait confervé l’empreinte de ce coquillage, & que l’on y voyait diftinétement les linéamens des fix volutes. 2Ç. Une pierre fyria-
- ( e ) C’eft une mine fpéculaire, que l’on trouve auffi en Franconie.
- Tome IL S s s
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- que ( 14Ï ), ou judaïque , changée en fer. A cette occafion, il dit qu’il y a beaucoup de différence entre les pierres fyriaques & les judaïques } qu’on en trouve en Suiffe quelques-unes de cette derniere efpece, que celle dont il eft queftion, reffemblait affez à une prune fauvage qui aurait perdu quelque chofe de fa rondeur & de fes (tries , & que celles de Suiffe fe trouvent au mont Saint-Leger, canton de Zurich. 39. De petits dés ou cubes de fer, ou, fi l’on veut, des grains de mine en cubes. Il dit encore que le même mont Saint-Leger en eft rempli. 40. Des légumes convertis en fer, comme des feves, des lupins, des pois. Le même auteur avance qu’il y a une autre mine de ter dans le finage de Bollcnvaar au-deffus de Brnck dans YArgov , fur l’/far, canton de Berne , dans une montagne formée d’ochre pâle. On y trouve de la mine de fer en globules, ou en forme de pois , dans une telle abondance, qu’on pourrait l’ap-pelier la montagne des pois. Une terre jaune & friable fert de matrice à ces globules , & prend différentes figures , de feves , de lupins , de pois chiches, & de pois communs , gros & petits , tous de couleur de fer. Un morceau de mine en forme de teftacée , &; une coquille , convertis en fer. La coquille reffemblait à la pinne-marine, contournée fur elle-même en forme décor, & était digne d’admiration par fa beauté & fa rareté. Selon Kônig, le mont Saint-Leger, dont nous avons parlé, produit auffi de femblables coquilles converties en fer, & admirablement travaillées. 6°. Des coquilles en forme devis, une grande 8c plufieurs petites, le tout changé en fer, & ayant confervé la déîicateffe de leurs contours & de leurs pointes. Notre auteur prétend encore que le mont Saint-Leger renferme de femblables coquilles, aufiî recommandables par leur beauté que par leur rareté. 70. Des fruits étrangers , du poivre mufqué, tout de fer ; le mont Saint - Leger en produit auflï, qui , par leur grandeur, leur couleur, leur forme & leur queue, repréfentcnt ce fruit exotique. 8Q. Des grains de poivre , ronds , noirs , & barbus, changés enfer, admirables par leur grandeur, comme par leur figure. 90. Un anacarde de fer. La montagne de Gant zen 8c celle de Saint-Leger, font remplies de femblables morceaux de fer , qui repréfentent à merveille ce fruit étranger. io°. Des grains de coriandre, de fer. Ces plubules ferrugineux , par l’élégance & le brillant de leur figure , relfemblent parfaitement à la graine frifée de la coriandre , 8c , par un jeu fingulier de la nature, fe trouvent aufti dans la montagne de Saint-Leger. Ii°. Des morceaux de cannelle changés en fer. Konig dit enfin que ces morceaux de mine de fer font noirâtres, affez finguîiers pour que l’on en faffe mention , & que le mont Saint-Leger en renferme de pareils parmi fès curiofités.
- (14O La pierre fyriaque ou judaïque , des melons , des olives changées en pier-eft une pétrification de figure ovale. Les res. Aujourd’hui 011 fait que ce font les pé-anciens ont cru que c’étaient des glands , trifications des dards de i’hérifiun de mer.
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- Des fleurs de fer.
- La fleur de fer ( 146) eft une pierre couleur de neige , quelquefois d’ar-geiit (147),tirant fon origine d’une mine de fer, & femblable à une cryftallifa-tion. Voyez la planche9 ,fg. 36. C’eft principalement en haut que cette fleur pouffe dans les pierres de fer. Elle imite dans fa figure ,ou de jeunes rameaux, ou des branches de corail, ou des grouppes de cryftaux, ou autres deffeins. On en trouve beaucoup dans les minières de la haute Stirie ( 148 ), joignant l’Autriche, ainfi que dans celles dont la matrice eft de pierre calcaire ; ce qui fait que la fleur de fer n’eft point dure, mais friable, comme cette pierre. La preuve qu’elle contient du fer , c’eft qu’elle eft attirable par l’aimant, & qu’elle eft (f) aftringente (149). Je paffe fous filence les végétations ou cryftallifations fer-rugineufes de couleur brune ou noirâtre, allez femblables aux cryftaux des autres métaux j de même que celles qui font en croûtes , en écailles, celles qui paraiffent être rongées , vermoulues, & plufieurs autres.
- Du fer natif
- Plusieurs auteurs prétendent qu’en différens pays il y a des minières qui fournifTent du fer natif, ou pur, en grains, comme en Saxe: d’autres le révoquent en doute. Les premiers difent que dans les montagnes de Siléfie, dans l’archevêché de Saltzhmg, & à Eifef il fe trouve des grains de fer qui, fans aucune préparation préalable, peuvent être étendus fous le marteau. Vor-Mi-Us dit aufti qu’il y en a dans les minières de Norvège, & Ruland dans celles de Stirie , même dans les fleuves de cette province. Enfin , fi l’on en •.croit quelques modernes, on en trouve dans bien d’autres endroits. Malgré tout cela , je doute fort que ce fer foit aufii pur que celui qui eft fondu dans les foyers ordinaires. Au refte, il y a eu Suede une mine cubique de fer fi •riche qu’on pourrait la comparer au fer natif, quoique ce n’en foit pas (150).
- fi 46) Flos ferri , minera ferri alba germinans : en allemand , cifen. blüthe, eifcn-b lumen.
- (147) Elle tire quelquefois fur le jaune.
- Bertrand , diftionnaire oryclologique.
- (148) Cakol. Oheimb. S. Ohmy , obfervat. de flore ferri JUriaco. Mifcell. nat. curiof. dec. II. ann. VI, obf. 14?.
- (f) Valentini ex E es lcr o, & Mifcell. dcad. nat. curiof.
- (149) D’autres foutiennent que , fans
- b ss ij
- être attirable par l’aimant , fans doute avant la torréfaction, elle rend fouvent 60 jufqu’à 90 livres pour un quintal de glebe. C’eft moins une mine , dit M. Bertrand, qu’une concrétion accidentelle, un tuf compacte & ferrugineux , une forte de ftalaétite fpathique, formé dans les cavernes des mines , ou dans les fiflures des rochers.
- (150) Voyez ce que nous en avons dit ci-deflus,
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- 5ôS DES MINES.
- Du mélangé du fer dans le minerai des autres métaux
- Le fer a coutume de fe mêler au minerai de tous les autres métaux, enforte que l’on n’en trouve aucun fans fer. i°. On en trouve , cqmme nous l’avons déjà obfervé , dans les mines de vitriol & de foufre , au point qu’un quintal de pyrites donne fouvent depuis io jufqu’à 40 livres de fer. Henckel a merveilleufement traité ce fujet, fur-tout dans le fixieme chapitre de fa Pyri-tologie, où , après différentes preuves, il conclut que , même dans le foufre crud, il fe trouve une certaine terre ferrugineufe , attirable par l’aimant, & qui peut être réduite en fer ; car fi on fond dans un creufet les fcories qui ref-tent après la purification du foufre, on aura, félonie même auteur, une cendre ferrugineufe que l’aimant enleve, & dont 011 peut faire un régule de fer ; ajoutant que, fi l’on elfaie quelque pyrite que ce foit, on aura toujours beaucoup de fer, quand même la pyrite efTayée & du genre fulfureux , paraîtrait abfolument dénuée de fer. Au refte, nous en parlerons plus amplement, & nous examinerons à fond la nature des pyrites, dans notre traité fur le foufre & le vitriol. 2°. On trouve ordinairement du fer dans le suivre. L’art de purifier ce dernier métal, confifte principalement à le purger du fer qui y eft inhérent î ce qui s’exécute par la calcination , quelquefois par la fufion ou purification. Dans les fourneaux purificatoires du cuivre , on trouve beaucoup de fer attaché au fond & aux angles. 3*. L^s mines d’argent recèlent aufïi beaucoup de fer. On l’éprouve affez dans les endroits où l’on affine l’argent :j\ eft même rare de trouver une mine de fer fans quelques parcelles d’argent. En Norvège, où l’on trouve de l’argent natif, on dit que l’on 11’en tire point fans le trouver accompagné d’une mine de fer. Dans la minière d’l7//jo enSuede, 011 trouve parmi la mine de fer, ci & là, des morceaux & des couches de mine d’argent. C’eft la même chofe dans la minière de fer qui eft à Danmor ; &, ce qui eft encore plus remarquable , on a découvert, dans la minière de fer de Noormarck dans le Vermeland , une couche de quelques pouces d’épaiffeur, qui traverfait cette minière, & quia fourni une affez grande quantité d’argent natif. On en conferve encore des morceaux dans le college royal de métallurgie, établi à Stockholm : mais nous en avons parlé plus haut affez amplement. 40. Le fer fe trouve toujours mêlé avec les mines d’étain, de plomb , d’antimoine, de mercure, & autres métaux : ce dont on donnerait des preuves fans nombre , s’il était néceffaire. L’or lui-même n’eftpas fans fer, même en affez grande quantité» &c.
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- Du fer quife trouve dans la terre en poujjiere, le limon 0? Pargille.
- Dans les endroits marécageux, on trouve fouvent des matières ferrugi-nenfes dans le limon , la terre végétale , I’ârgillc : dans d’autres endroits, c’eft de l’ochre martial. On trouve auiïi du fer dans les rerres bolaires, comme dans la terre figillée de Laubach. Hellmqnt le jeune, allure qu’il fait une méthode pour extraire du fer de toutes les efpeces de limons ou de foufres. Bêcher a fait du fer avec du limon & de l’huile de lin. Geoffroy a réitéré cette expérience. Après avoir féehé du limon , l’avoir réduit en poudre , & en avoir fait une pâte , à l’aide de l’huile de lin qu’il avait verfée dellus, il forma de cette pâte plusieurs petits globules qu’il fit calciner à feu ouvert, & qu’il pila enfuite dans un mortier. Le réfultat de fou expérience fut de trouver au fond du mortier, de petits morceaux noirs, attirables par l’aimant. C’eft ce qu’on lit dans les mémoires de P académie royale des fciences, année 1704. On dit qu’un autre curieux a encore répété la même expérience avec de la terre de Laubach, & qu’il a eu le même fuCcès ; & qu’en Sibérie, comme en Ruflie, on ne tire la mine de fer que de l’argille, qui lui fert de matrice. Il n’y a point de métal qui fe réduife aufti facilement en terre que le fer : la limple humidité le fait tomber en fafran ou en ochre. A Norberg en Suede, j’ai vu une tenaille qui, pour avoir été cachée en terre pendant 40 ou <j,o ans, était changée en pyrite : en la caffant, on vit que c’était un e pyrite aquatique? c’eft ainfl qu’on l’appelle, qui fe réfout facilement en terre & en poufïiere.
- Du fer qui fe trouve dans les animaux £? les végétaux.
- On obferve que la terre qui recele une minière de fer, produit abondamment des arbres & de l’herbe. O11 peut s’en convaincre à la feule infpecftion des environs d’une minière, d’uncraifin de forge, ou d’autres endroits remplis d’ochre ou de quelque matière ferrugineufe : c’eft une chofe facile avoir en Suède. On en peut conclure que les particules de fer contribuent à l’aliment des végétaux; & on le confirmerait par l’ufage où font les japonais, lî l’on en croit les voyageurs, de faire croître une certaine efpece d’arbres dans la limaille de fer & le fable.
- Lejviery , par différentes expériences, s’eft efforcé de prouver que les plantes ont des particules de fer. Pour cela , il en a réduit en cendres quelques-unes , & a trouvé, à l’aide d’une pierre d’aimant, qu’il y avait réellement du fer. Il a fait la même découverte dans quelques parties du caftor réduit en cendres; car ces cendres & celles des plantes donnaient au miroir ardent les mêmes phénomènes que la limaille de fer, c’eft-à-dire, qu’elles jettaient des paillettes, & fe ralfembîaient en gouttes; ce qui a fait naître la queftion de
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- favoir, fi on peut avoir des cendres fans fer, & Ci le fer effc dans les plantes ». avant ou après l’incinération.
- Le célébré Wolf parle d’un certain bois ( J f i ) , qui, par la fucceffion des tems, n’était point pétrifié , mais qui, par la grande abondance de vitriol qui y était caché , tombait en pourriture. Mylius fait mention d’un autre morceau de bois changé en fer. Scifpius dit que , dans des cavernes proche de Pierremont, on a trouvé un morceau de bois imprégné de pierre & de mine de fer : que deux onces de ce bois pulvérifées & fondues avec le fecours d’un flux noir, ont donné un culot attirable par l’aimant; ce qui dénotait que ce bois pétrifié contenait auffi du fer. Liebeknecht ( 152 ), de fon côté , parle d’un certain bois, dont il donne la defcription , changé en mine de fer, & dont il a fait un traité particulier. L’auteur, témoin oculaire, alfure avoir reconnu que c’était du bois , par l’écorce & les fibres qui fe détachaient facilement. La mafle entière était très-compade & très-dure, & frappée contre l’acier , elle jettait de petites étincelles. Il a , dit-il, aifé-ment fcparé le cœur dubois de tout le refte , & l’a réduit en pouffiere. Il paraiflait qu’ancienncment c’avait été un tronc de hêtre, & il était de couleur de fer auffi brillant que s’il avait été poli. En le pilant dans un mortier, il ferait du bruit , & réfillait aux coups. Sa pefanteur fpécifique était plus grande que celle de la mine même : pour fe confimer encore davantage que ce morceau de bois était converti en fer , il pila dans un mortier parties égales de ce bois ferrugineux , & d’une autre mine de fer ; mit de l’eau fur cette pouffiere pilée, afin d’en féparer les particules de terre, & remarqua que les parties du bois defcendaicnt plus vite dans l’eau que celles de la mine , & qu’enfin , après plufieurs lotions réitérées, elles descendaient prefqu’auffi vite l’une que l’autre. Après avoir purifié cette pouffiere par la calcination , il verfa defius de l’eau & de l’huile de vitriol : ce qui caufa une grande chaleur & efifervefcence , avec beaucoup de vapeurs, tandis que la mine ordinaire du fer s’échauffait beaucoup moins, Non feulement les parties du bois ferrugineux étaient mifes en ébullition par l’huile de vitriol , mais l’aimant les attirait. Liebeknecht réduifit encore en poudre groffiere, un morceau de ce bois ferrugineux. Après cela, il la calcina & la mêla avec du fel fixe de tartre : il mit ce mélange dans un creufet, & l’expofaàun feu de fufion. Quand il fut fondu , il frappa doucement le creufet, & verfa la matière en fufion dans un cône propre
- (i ;i) Le bois ferrugineux , ou pénétré (iça) J. G. Liebeknecht , difcurfus a ochre martial, eft affez commun ; fouvent de diluvio magno, pag- 206 , in-g°, GieJfît on reconnaît I efpece du bois. Sam, Stal- £5* Früiicof. 1714, cuiri fig.
- LUTTI dijjertatio de ligno fojjîli miner ali %
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- à cet ufage , chauffe & graifle de fuif : le régule martial s’aflembla au fond du cône, & au moyen d’un ou deux coups de marteau, fut fépaïé des fcories.
- On peut auflî voir à Londres, des os humains devenus du fer véritable.
- Du renouvellement des mines de fer.
- Voici ce qu’AGRicoLA nous dit d’un certain endroit de fa patrie. En Allemagne , proche de la ville de Sagau, on tire la mine de fer dans les prés. On y fait des foiTes de deux pieds de profondeur, qui fe rempliffent au bout de dix ans, comme il arrive aux minières de Tille d'Elbe. Gérard expofe de fon côté que, Il on doit ajouter foi aux rapports , un mineur lui a dit que, proche de la ville d'Amberg , on fépare la mine de fer de la terre inutile, qui s’appelle gummer -, qu’après l’avoir mêlée avec des fcories de fer, nommées Jhider, on en fait de gros tas qu’on laide expofcs au foleil & à la pluie pendant quinze ans, au bout defquels on remet au feu ces fcories, qui produifent un fer fi tenace, qu’on l’emploie tout entier à le battre en feuilles. Non-feulement les anciens, comme Pline & Strabon, nous ont parlé des mines de fer qui fe renouvellent dans une ifle de la Méditerranée , fur les bords de la Tofcane ,• mais les métallurgiffes modernes, tels que Fallope & Cesalpin, attellent encore précifément la même chofe : ceci efi: tiré de Boyle.
- A Malmitz, en Siléfie , on a remarqué qu’une minière de fer , dont la ruine était fiftuleufe, s’était remplie dix ans après avoir été tirée, & que la même chofe était déjà arrivée auparavant à Laufnitz. Acktelme]ER raconte la même fingularité arrivée dans l’isle d’Elbe , non loin de Florence. Cette mine fiftuleufe eft de couleur jaune tirant fur le brun , très-dure , épaiife & longue comme le doigt, à en juger par le deifein que nous a donné Al-DOVRAND, dans fa colle&ion métallurgique : il l’appelle bois fijluleux. On la calfe en morceaux, & on la mêle avec une autre efpece de mine , pour les fondre enfemble, & s’en procurer un fer de bonne qualité. George Fa-bricius, & plufieurs autres auteurs, alfurent qu’en Siléfie les minières de fer fe renouvellent après avoir été tirées ,* que la terre même , les troncs 8c les racines des arbres fe chargent d’une matière ferrugineufe, femblable d’abord à une liqueur épaiife , mais qui fe durcit enfuite de plus en plus. Hencksl confirme ce témoignage, en difant qu’en Siléfie, à Sagau, on tire de la mine de fer dans les prés , & qu’elle s’y reproduit au bout de dix ans, d’où on la tire une fécondé fois, comme à l’isle d'Elbe, ou comme on tire le plomb de la montagne de Fiefoli, & le cuivre en Dalmatie , proche de la ville d'Apolionie. Quant à ce qui regarde la mine de Siléfie , dont nous
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- avons parlé plus haut, on lit dans un ouvrage intitulé, Breslauifche nattir* _ und-medicm-Géfchichten , que fa couleur tire lur le jaune brun i qu’elle eft friable * que la plus pefitnte eft la meilleure , fur-tout celle qui eft d’un bleu clair , ce qui la fait rdfernbler animait : iU’y rencontre par ci par-là, des morceaux durs comme des pyrites , & qui ieraient prelqu’mutiles , s’ils ne fervaient pas defondans.
- Il eft fort commun en Suede , fur-tout dans la Smalandie & l’Oftrogothie, de voir renaître dans les fleuves & les lacs, la mine de fer , préciférnent aux mêmes endroits d’où on l’a tirée , 3c cela dans l’efpace de 15 a 20 ans. On a coutume de l’y pêcher de nouveau, comme un fédiment que les eaux affluentes d’un marais voilîn ont dépofé au fond de ces places déjà tirées. La même chofe arrive dans les endroits marécageux : mais nous avons détaillé aifez amplement ce renouvellement des mines, dans les paragraphes III & IV de la première clalTe , auxquels nous renvoyons.
- §. VIL
- De F hématite £5? du fchifte.
- Puisque l’on a mis l’hématite au nombre des mines de fer, j’ai cru devoir en parler ici féparément ,• & comme Joli. Laur. Bausch , dans fon ouvrage , où il parle de l’hématite & de la pierre d’aigle , a tiré à cet égard beaucoup de chofes d’AGRicoLA, Encelius , Boodt, Pline & autres, je vais d’abord rapporter ce qu’ils nous en ont dit, fur le témoignage de Bausch, dont voici les propres termes:
- L’hématite (r f 3), a tiré fon nom de la relTembîance de fa couleur avec du fang} on dit que , broyée avec de l’eau, elle donne un fuc femblable à du fang : on ajoute même qu’elle arrête l’épanchement du fang (l 54).
- On diftingue l’hématite, par les difterens pays d’où on la tire. I! y en a en Moravie , en Boheme , en Italie, en Pologne, en Ethiopie, en Afrique, en Arabie. Dans tous ces pays, 011 la tire dans des minières qui
- (1 ç D En latin , hœmatides , fchifus en allemand , blutjlein , biutfieinartz ; en fuédois , boldjïcn ; en anglais, blood• Jione. Vallerius définit ainfi ce minéral : fer ram miner alifatum , minera figurât a , rlibra , aut tritura rubente. L’hématite eft donc une mine de fer minéralifée dans une glebe figurée, rouge , ou qui étant
- écrafée devient rouge. M. Bertrand diftingue fix efpeces d’hématites. Voyez Biciionnaire des fo[pics, à ce mot.
- (154) Les anciens , comme Gallien & Dioscorides, font pleins d’idées faulfes fur ce fujet. Ils ont été copiés par beaucoup de modernes.
- lui
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- lui font particulières. C’eft la même chofe en Allemagne, dans la Forvt-Noire , à Northoujen , à Hartzerode ; dans la Mil nie , à Anneberg , à Geur y à ZtbliCy en Saxe , à Hildesheim & à Gojlar. Celles que l’on tire en. Italie, dans le Breffan , font moins bonnes que celles qui nous viennent des pays étrangers. On trouve encore l’hématite parmi les terres rouges, d’où, fui-vant Agricole , elle tire fon origine, & finguliérem.ent dans celles de Sinope, de Miftiie, & de Su’tzbach en Bavière. Enfin, on la rencontre aulîï dans les minières de fer, comme à Lijfk en Boheme, proche de Sohlackeverda , & dans la partie de la Bavière qui eft en-deqà du Danube.,
- i\ On peut Cire du fer avec l’hématite, qui en contient ( i ff) une fl grande quantité, que l’on ferait tenté de croire que cette pierre eft toute-de Fer. On la trouve auffi dans les minières d’aimant, dont on dit qu’elle eft une elpece; & comme il y a une grande affinité entre le fer & l’aimant *. on remarque que quelquefois l’hématite attire le fer, mais faiblement i, auffi n’a-t-elle pas, pour cette attra&ion, une auffi grande vertu que l’aimant, qui eft attiré lui-même par i’hématite d’Ethiopie. On trouve encore* des hématites dans les minières, & parmi les petites pierres d’où l’on, tire l'étain & le plomb blanc, ainfi que dans les mines d’argent du val. Saint-Joachim. Dans le territoire &Hildesheim 9 la nature change l’oftracite en hématite.
- 29. Il y a des hématites de différentes figures. Les unes ont des fines»,, comme l’antimoine : plus ordinairement elles font globuîeufes, & quelquefois garnies de petites cavités : telle eft l’hématite à'Hildesheim. D’autres croiflent en forme de raifin, comme celles de Boheme. Cette efpece d’hématite s’appelle hématite en grappes, & par les mineurs glashopjj. Quelquefois elles ont la figure d’une cervelle découverte : telles font les hématites de la Forêt-Noire, de Northaufen & d’Hartzerode, que l’on trouve dans une pierre dure , couleur de cendres , enduite d’une efpece de croûte ferrugineufe , dont la fuperficie eft toute pleine de trous. Voyez la planche 3 5 fig’ 37* Dans la vallée de Saint-Joachim, on trouve des hématites noires en pyramides, en ftaladlites, & armées de pointes comme un ourfon. Ailleurs , il y en a des noires & des contournées ; telles font celles de Geur, d'Anneberg & de Salfeld. Au furplus , voyez la planche 9.
- (isO Cette pierre donne plus ou moins fer malléable après la première fufion. Le de fer, fuivant les lieux.Selon VaLlerius, premier de ces auteurs dit que le fer qu’on elle fournit jufqu’à go livres de fer pour tire de i’hématite eft toujours aigre , que cent de minerai. JYI. Hill dit feulement moins elle en donne , & plus il eft difficile qu’elle contient fouvent plus de la moitié de le rendre malléable» Dictionnaire dtt de fer. Celle d’Angleterre en particulier JoJJiles. donne cueiquefois trois cinquièmes d’un
- 7me IL . Ttt
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- 3®. Les hématites different entr’elles par la couleur de leurs pierres, & par le fuc qu’on en peut tirer. Quant aux pierres , elles font ou couleur de fang, ou couleur de fer, & alors on voit quelquefois à leur extérieur , des taches de couleur femblable à celle qu’on trouve à Mifene. Les pierres d’hématite font auffi quelquefois noires, comme à Goslar, Anneberg, SaU feld, Amberg-, ou couleur de pourpre, comme dans la Heffe, ou d’un jaune antipathes (g) : cette derniere efpece, qui eft noire , fans être tranfparente , n’eft autre chofe qu’une hématite noire, quoique plufieurs penfent que c’eft du corail noir.
- Quant au fuc des hématites, les unes donnent aifément leur teinture, 8c c’eft le plus grand nombre : les autres, comme celles d’Arabie 8c de Mifene , ne le peuvent faire que difficilement, à caufe de leur trop grande dureté. Quoiqu’ordinairement cette teinture foit couleur de fang, cependant celle qui provient des hématites d’Arabie, eft couleur de fafran. Une partie des hématites de Goslar, celles qui font en grappes , donnent une teinture noire, les autres en donnent unef jaune mêlée de noir. L’hématite noire de Goslar, donne une teinture fafranée : c’eft fans contredit le me dm niger d’Albert.
- On apporte aullî d’Afrique, une pierre particulière d’hématite, appeî-lée trichrtis : elle eft noire, & donne trois teintures différentes, blanche par le haut, couleur de fang au milieu, & noire dans le bas , fi nous en croyons Pline. Suivant Encelius, on peut auffi trouver des hématites de trois couleurs , coniques & dures à Geur , Amieberg & Salfeld. Plufieurs auteurs donnent le nom d’androas au érichrus noir , qui eft recommandable par fon poids, 8c que l’on regarde comme une efpece de pierre précieufe. Au ' refte , le trichrus n’eft autre chofe qu’une pierre compofée de deux hématites , l’une noire & l’autre rouge; & encore, fuivant qu’il parait, d’une ftalatftite & autre pierre femblable. Boodt met le véritable trichrus entre les pierres inconnues.
- Lorsqu'on arrofe de vin l’hématite calcinée, fi elle était couleur de fang caillé, elle prend la couleur du minium ou du cinnabre. Si au contraire fa couleur était noire , fa noirceur augmente. On calcine l’hématite en Parrofant de vin, comme celle de Phrygie, quoique quelques chymiftes prétendent que l’on doit fupprimer le vin. Si l’on veut attraper le véritable point de la calcination , il faut qu’elle foit légère, & il fuffit que l’hématite jette quelques bulles. Après la calcination , on la lave, ou dans l’eau fimple, ou encore mieux dans de Peau diftillée de plantin & de pourpier, avec l’attention de changer fouvent d’eau. Quand bien même on ne calci-
- (g) De corail noir.
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- fanerait pas l'hématite, il Faut toujours la pulvérifer & la laver , comme nous venons de le dire : il y a de la différence pour la Force & la qualité , entre> l’hématite lavée, & celle qui ne l’eft pas.
- L’hématite fadice fe Fait avec de l’aimant, ou décompofé , ou calciné au feu. Quelques-uns croient qu’il n’y a qu’à calciner de l’aimant, & que ce qui en provient, peut leur tenir lieu d’hématite.
- Le fchifte rellémble fi fort à l’hématite, & a tant .d’affinité avec elle, qu’on le regarde comme une efpece d’hématite. On ne l’appelle Jchijh,qu’à caufe de gerfures & petites fentes; dont il paraît rempli. Far la contexture de fes parties, qui Font droites comme les fibres du bois, ilreilemble, fuivant Agricola , au fel ammoniac. Les lignes qui divifent le fchifte, font en long comme les dents d’un peigne, au lieu que celles de l’hématite font placées au hafard. Oribas dit, que cette pierre eft couleur de Fafran , lorfqu’elle eft de la meilleure qualité 3 qu’autrement, elle tire fur le noir} qu’elle eft compofée de feuillets minces, collés les uns fur les autres, comme la pierre fpéculaire, brillans & tranfparens & que fi on regarde le foleil au travers, il paraît couleur de fafran. Il femble que le fchift l’oit une efpece de talc, dont il diifere néanmoins en ce qu’il Fe divife en lames droites , au lieu que celles du talc font flexibles, & entrela cécs de plufieurs maniérés.
- Le fchifte & l’hématite étant compofés de la même matière , & ayant la même origine, il eft naturel que les efpeces du fchifte aient entr’elles les mêmes différences que celles que nous avons remarquées entre les divcrfcs efpeces d’hématites. Ces deux pierres ne different donc eifentieliement en-tr’eîles, que par la figure & quelques autres accidens. La première différence vient des endroits où le fchift s’engendre. On trouve le véritable à Rome dans les fondemens du Vatican , & encore proche Anglarium , dans un petit monticule , dont tout le fommet eft de fchifte. On en trouve aulïi, que l’on dit contenir de l’or , en Mifnie , à Anneberg , à Zeblic & à Bobetane, à un mille de Freyberg. On tire le fchifte dans ce dernier endroit, dans une minière qui lui eft particulière. Enfin , on trouve du fchifte dans le territoire de Marienberg, dans la Forêt-Noire, proche IlacekoroJe ; & ailleurs, comme en Boheme , en Saxe, en Efpagne, en Afrique (1 ï<5) ,&c. 2°. Le .fchifte diifere encore de l’hématite par la figure ,-car il fe termine en pointes par un, & quelquefois par fes deux bouts. Ces pointes font tantôt larges, tantôt étroites, tantôt grandes, tantôt petites. Laurent Bausch dit avoir
- (rç6) A llnicnau , dans le comté de gnons. Voyez Henckel , Pyritologie , Hcnnebcrg , en Franconie , on trouve des pag. 958' Langius , in ephem. natur. concrétions fehifteufes , dont la forme curiqf. append. vol. VI, pag. 196 & 146; oblongue eft femblable à celle des ro- Bertrand , Diâ,oryâ. ad hanevoeem,
- , ’ T11 i j
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- vu une pierre de fchifte venant de Mifene, qui pefait 14 livres. Le {chiffe eft compofé de ftries, comme la bélemuite, ou comme celui de Goslar , de Boheme, & celui qu’on trouve dans les minières de fer de Lejfa ; ou bien r il fe forme en grappes, comme celui de la Forêt-Moire , & quelquefois celui cle Goslar, qui eft très-noir,- ou bien , il eft demi-fphérique , reffemblant k un crâne ; ou enfin, il eft plus large que long., comme celui de Boheme, Ordinairement il eft uni & brillant comme du fer poli : quelquefois il a une tache de cinnabre. Lorfqu’il eft caffé, il ne laide pas que de briller intérieurement, mais moins qu’à la furface, D’autres fois, )e fchifie ne brille point à l’extérieur, & intérieurement il relTemble au minium factice, que les peintres appellent cmnabre, & brille comme lui : la Forêt-Noire en donne de cette efpece. Si on le réduit en poudre, il brille comme s’il avait c-té-enduit de vif-argent. Dans le fchifte de Mifene, il y a de certains nœuds de la grolfeur d’une noix , & fi durs que, mis fur l’enclume , ils réfiftent aux coups de marteau. Les orfèvres, après avoir bien uni ces nœuds , s’en fervent pour polir l’argent qu’ils ont couvert d’une mince feuille d’or ; & fuivant Agricole, ils s’en fervent encore à polir ces petites lames colorées qu’ils mettent fous les pierres précieufes , pour en relever L’éclat : quelquefois ces nœuds font naturellement polis & arrondis. Ces morceaux durs & rond3 s’appellent les racines du fchi/le : mmet&is on les calcinait, & on s’en fervait pour contrefaire l’hématite. Le fchifte différé encore par fa couleur , foit'de la pierre qui lui fert de matrice, foitdu lire qu’on en peuttirer. La couleur delà pierre eft, ou fafranée , ou noirâtre , tel que le fchifte d’Afrique , qui, parce qu’il a la couleur d’un charbon éteint , a été appelle anthracite f ou très noire r comme le fchifte en grappes qui fe trouve à Goslar. Nous avons déjà obfervé , avec Oriba-s, que la pierre du fchifte , de la meilleure qualité , eft couleur de fa Iran j qu’autrement, elle tire fur le noir ; qu’ej!e eft compofée de feuillets minces collés les uns fur les autres comme la pierre fpéculaire, b ri llans>' 8c tranfparens v & que, fî ©n regarde îefolei! au travers, il parait couleur de fafran : on le diftingue de l’hématite, par fa couleur plus pâle. S’il eft de la couleur du fang caillé, il prendra, à la calcination, la couleur du cini-nabre; & s’il eft noir , il noircira encore davantage : tout autre fchifte calciné a la couleur vive. Quoiqu’il donne une teinture cou’eur de fang , cependant la racine de celui d’Afrique en donne une noire , & le refte , une fcfranée. De même , le fchifte en grappes de Goslar donne une teinture ,• partie noire, partie fafranée, tirant fur le noir.. Broyé fur une pierre à aiguifer, il donne une teinture aftringente, couleur de fang ou de fafran. 4°. Il différé encore par fa dureté. Comme il eft ordinairement dur & conï-pa&e, plus il eft brillant & approchant de la couleur du fer , plus il eft dur ; ei eft celui qu’ou tire de la Forêt -Noire 8c de Mifsner
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- Il y a trois efpeces de fauflfes hématites, l°. Celle de Siléfte qui eft friable s & que l’on nomme blutjlein, brauflenu On en trouve proche de la citadelle de Lehn fur le Bober , & aux environs de Neydeck en Boheme. Les potiers de terre s’en fervent, en y ajoutant de la mine de plomb , pour colorer en noir leurs ouvrages. En y mêlant des écailles de cuivre, elle fert à donner au verre une couleur rouge ou fafranée, & une d’écarlate aux verres : calcinée, elle reflemble aufafran de mars , & par la couleur & par les effets. La fécondé cfpece de fauiTes hématites, fe trouve dans les mines de fer : elle eft fphéri-que , & par la couleur elle relfemble à une mine de fer noirâtre , ou au crayon rouge. Voyez la planche 9. Quoique dure, cette efpece eft friable àcaufe de fes inégalités. La t&oifieme elL une pierre ferrugineufe, pefante, enduite d'une couche de fanguine rouge, & par-deffus d’une craie pâle; le tout couvert d’une croûte , comme la pierre d’aigle , mais plus petite & plus caffante, qui, comme une couverture, l’enveloppe du haut en bas. Broyée fur une pierre à aiguifer, cette efpece de faufle hématite donne une teinture couleur de fang ou de fafran. On en trouve à Aret, où il y a des eaux minérales froides ; elle relfemble à l’ollracite. Tout ceci eft tiré de Laurent Bausch.
- De fon côté , Ruland compte fix efpeces d’hématites : i\ la foftile très-rouge. 2°. La noire , qui donne une teinture fafranée , & qui eft plus dure que les autres. 3°. L’hématite foftile couleur de pourpre. 40. Celle foftile & plus belle que les autres, dont les orfèvres fe fervent pour polir leurs ouvrages. s°' L’hématite foftile, noire, & appel lée trhhrus, qui, broyée.fur une pierre à aiguifer, donne trois teintures différentes. 6°. Enfin , la rouge qui vient d’Afrique , & qui eft très belle.
- Lemery, dans la defcription qu’il nous a donnée de l’hématite, dit que c’eft une pierre dure & pefante, d’un rouge brun , qui s’éclaircit lorfqu’on la: puîvérife. Il en vient d’excellente de Compoj/elle en Elpagne. Elle y eft pure & pefante : fes pointes font d’un rouge brun : par-dehors elle a des ftries <& des lignes noirâtres ; mais au-dedans elle relfemble au cinnabre. Il en vient aufti d’Angleterre, qu’il faut regarder comme de fauffes hématites. Elles different des véritables, en ce qu’elles ne font ni pointues ni aufti dures ; car 011 les coupe en morceaux comme de la craie : aufti les appelle-t-on delà crate rouge. Il faut choifir dans les hématites, celles qui font d’un rouge brun y pefantes, compades, égales par-tout, & douces au toucher.
- Barchusen prétend que, ft on fait cuire enfemble & long-tems du vitriol de mars & dufuere de faturne , on aura une matière rouge fort fera-blable par la ftgure'à l’hématite native : aufti dit-il que plufieurs auteurs font portés à croire que l’hématite tire fon origine de ces deux principes.
- , L’emeril a beaucoup de relfemblance avec l’hématite couleur de fer j &
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- comme il eft auffi dur que le diamant, on s’en fert pour couper le verre & polir le fer. Broyé fur la pierre à aiguifer, il donne, comme l’hématite, une teinture c04leur .de fan g.
- . Fin de la fécondé Clajfe.
- TROISIEME CLASSE.
- §. I.
- De la limaille de fer ou d'acier.
- l IUsieurs chymiftes parlent de la limaille , du fafran de mars & des teintures martiales, &c. de façon que les uns les appellent d’acier, & les autres de fer. Ceux-ci veulent que l’on y emploie du fer, ceux-là de l’acier. Il en elt de cet ufage comme de celui où l’on eft d’appeller miroirs £ acier , certains miroirs dans lefqueîs il n’y en entre point du tout, & que l’on fait avec trois livres d’étain , une livre de cuivre, fix onces de tartre rouge , une once & demie de nitre, deux drachmes d’alun , & deux onces d’arfenic. Le réfultat de ce mélange, lorfqu’il. eft fondu, a beaucoup de relfemblance avec l’acier.
- Quant à la Ümaiiie d'acier, ou-à ceiie de fer , dont les chymiftes , ou pour mieux dire , les médecins, font beaucoup de cas, ce 11’eft autre chofe que des pouffieres, foit de fer, foit d’acier, qu’il eft aifé d’avoir bonnes chez les ouvriers qui les mettent en oeuvre , fur-tout dans une manufacture d’aiguilles. Voici comment 011 éprouve la qualité des limailles. On réjette comme inutile, celle qui, approchée de la flamme d’une chandelle , ne s’allume qu’à moitié, & éteint la chandelle. On préféré celle qui eft en poudre impalpable , comme la fleur de farine. Il y en a qui eftiment plus la limaille de fer , que celle d’acier. Voyez Kônig dans fon ouvrage fur le Régné minéral : il dit que la limaille de fer fimpie , réduite en poulliere fine, eft meilleure que celle d’acier qui eft plus dur que le ter, parce que i’acier a été altéré & raréfie par le feu , qu’il y a perdu beaucoup de fes efprits & de fon foufre volatil, & que fa contexture naturelle eft changée. Selon le même auteur, on peut encore préférer à la limaille d’acier , les battitures de fer, ou parce que l’acide dont on lesarrofe y conferve fa faveur , ce qui n’arrivé pas avec la limaille en general ; ou parce que ce même acide, au bout de quelques heures, s’adoucit dans les battitures ; ou enfin, parce quelles humeurs âcres & mordicantes agiflent plus facilement fur cec acide ,fe cachent plus profondément dans les
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- SAFRAN APERITIF DE FER OU L'ACIER.
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- pores des battitures, s’apprivoifent, pourainfi dire, avec elles, & contractent enlemble une plus grande affinité : enforte que ces battitures, détrempées d’acide, font préférables à tous les fafrans de mars apéritifs & aftringens. Je penfe de même, qu’elles ne font pas inférieures au fafran de mars préparé avec le foufre.
- D’autres préparent autrement la limaille : ils la lavent dans l’eau, enfuite dans le vin , & la font cuire & bouillir avec du vinaigre ; après quoi ils la pulvérifent fur le marbre. Si l’on eft curieux de favoir les autres préparations & mélanges de la limaille de fer, on n’a qu’à confulter Kônig , dans fon ouvrage déjà cité , & les autres chymiftes.
- §. IL
- , ' Safran apéritif de fer ou d'acier.
- l°. En employant la limaille que nous venons de dire, il eft aifé de préparer avec du foufre le fafran de mars apéritif : pour cela , il ne faut que brûler parties égales de limaille & de foufre. D’autres veulent qu’on luive le procédé fuivant :
- 2°. Faites une pâte de limaille de fer , & de foufre pulvérifé ; mettez 'cette pâte dans un pot de terre, & tenez-la en digeftion pendant 4 ou S heures j placez enfuite le pot fur le feu, & avec une baguette de fer remuez la pâte : à la fin , elle s’enflammera, la partie de foufre fe brûlera, & il ne reftera qu’une matière noire. Si on la pouffe à un grand feu , & qu’on la remue pendant deux heures, elle prendra une couleur de fang: cela fait, laiflez-la refroidir, & confervez-la. Si l’on prépare à la fois 2f ou 30 livres de fafran de mars , le mélange s’échaulfe & fe calcine de lui-même ordinairement jufqu’au point de foufl’rir un déchet de moitié de fon poids avant que d’être expofé à l’ardeur du feu. Avec une demi-livre de limaille de fer, on peut faire au moins une livre quatre onces de fafran de mars. Lemery.
- 3°. D’autPvEô prennent un morceau d’acier bien enflammé , & en approchent des bâtons de foufre; ce qui fait fondre le fer ou l’acier comme du beurre, dans un vafe plein d’eau que l’on tient deflous. Enfuite on expofe la matière fondue à un feu de réverbere , jufqu’à ce qu’elle foit changée en une poudre rouge. Valentin.
- 4°. Prenez une barre de fer que vous ferez chauffer dans ung forge ou dans un fourneau garni d’un foufflet, & expofez-la au feu le plus violent de fufion , jufqu’à ce qu’elle foit chauffée au blanc : alors, à l’aide d’une tenaille, tirez du feu cette barre emflammée , & fans le moindre retar-
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- SAFRAN APERITIF
- dément rapprochez-en deux ou trois bâtons de foufre. Dans le moment, le foufre en s’ailumaut fera fondre la barre de fer , qui jettera des étincelles brillantes, & tombera gouttes par gouttes que vous recevrez dans un vafe rempli d’eau de fontaine. Quand vous aurez ce que vous defiriez de fer fondu, décantez l’eau; ôtez les particules de foufre, qui, comme des filamens , font adhérentes à celles du fer ; prenez enfuite les grains de fer fondu , & pulvérifez-les en poudre impalpable fur le porphyre. Vous aurez du fafran de mars apéritif. Hoffmann.
- 5°. Prenez parties égales de foufre & de limaille de fer non rouillée; broyez-les , & arrofez-les d’eau commune en allez grande quantité pour en former une pâte, que vous mettrez dans un pot de terre. En moins d’une heure , elle s’échaudera prodigieufement; & lorfqu’elle fera refroidie d’elle-même , vous aurez du fer changé en fafran de mars. Si fur ce fafran vous jettez de l’eau, & que vous fafiiez bouillir & réduire cette folution lorfqu’elle fera épaifiie, fuivant les réglés de l’art, ce fera du vitriol de mars. Boerkaavf.
- 6“. Exposez pendant plufieurs jours , des lames de fer à la rofée du matin , ou à de Peau de rofée : vous les verrez petit àlpetit couvertes de rouille. Ocez-la, & expofez de nouveau à la rofée les lames de fer; continuez même jufqu’à ce que vous ayez la quantité que vous defiriez de rouille , ou de fafran de mars. Cette préparation eft la meilleure de toutes. D’autres fe contentent d’expofer les lames de fer fimplement à l’eau de pluie. Lemery.
- 7°. Mettez de la limaille de fer dans un pot de terre non vernifle, & expofez la à l’eau de pluie , jufqu’à ce qu’elle forme une efpece de pâte: mettez enfuite le poedans un lieu fec , & à l’ombre ; le fer fe réduira en rouille , que vous pluvériferez. Expofez-la de nouveau à la pluie, jufqu’à ce qu’elle acquière une certaine confiftancé épaiiîe; après quoi remettez le pot au fec & à l’ombre , pour avoir encore de la rouille. Vous pourrez répéter cette opération jufqu’à 12 fois. Alors la limaille fera aflez réduite en fafran. Au lieu d’eau de pluie, on peut fe fervir d’eau de miel. Lemery.
- 8°. Faites une leflive de cendres d’herbes apéritives , telles que le chardon béni, la fumeterre , l’aigremoine , l’abfynthe, &c. Verfez cette îefiive, ou pour mieux dire, partie d’icelle , fur la limaille que vous ferez fécher: arrofez-la enfuite delà même Iefiive, jufqu’à ce que la limaille foit changée en une poudre jaunâtre & fubtile , que l’on peut tenir quelque te'ms au feu de réverbere , pour lui faire prendre une couleur rouge. Vede-lius enfeigne la maniéré de compofer ou préparer le fafran de mars , emmé-nagogue fpécinque , en fefant diffoudre du borax dans de l’eau de mélilfe & d’armoife, dont on arrofe le fer à plufieurs reprifes, jufqu’à ce qu’il foit réduit en fafran. Hoffmann.
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- DE FER 0 U D' A C I E R.
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- ? 9®. Prenez deux drachmes de'liraaille de fer, que vous mettrez dans un vafe de verre un peu élevé, & que vous arroferez d’eau-forte goutte à goutte* Lorfque l’ébullition collera, & que la limaille commencera à fe dilfoud re , vous remarquerez que le verre s’échauffe, que la liqueur écume & rend une mauvaife odeur,* enfin, que l’acier fe dilfout de plus en plus. Laiiiez la matière en digeftion pendant la nuit, & faites enfuite évaporer jufqu’à ficcité ; vous aurez une poudre rougeâtre , qui rougit encore, & devient une poudre de fafran infipide, fi vous la mettez dans un creufet au feu de réverbere. Voici comment il faut faire ef. fuyer le feu de réverbere à cette efpece de chaux. On doit, après qu’elle effc bien feche, la mettre dans un creufet que l’on pofera fur les charbons ardens, enforte que la flamme frappe l’intérieur du creufet : lorfque la fumée fera paflée , tenez votre creufet dans le même degré de feu , & remuez fans dif-eontinuer la matière avec une baguette de fer, jufqu’à ce que vous jugiez qu’elle l’a été fuflifarnment. Après cela , retirez la chaux en queftion , & puîvérifez-la comme de la fine fleur de farine, qui doit être légère , rouge , & infipide. C’eil ce qu’on appelle du fafran de mars apéritif. Collet, de Leyde.
- io°. Prenez du fafran préparé comme nous venons de le dire,* fondez du falpêtre dans un creufet, & mettez-y de ce fafran à différentes repri-fes , puis laiffez-les enfemble en fufion pendant une demi-heure : verfez-les enfuite , & féparez le nitre du fafran ; après quoi, faites fécher ce dernier , & pulvériez : vous aurez le fafran de mars fubtil , & de couleur de pourpre. CoUcB. de Leyde, & Kônig.
- ii°. Prenez la quantité que vous voudrez de vitriol d’acier préparé avec l’huile de vitriol. Calcinez-le d’abord à un feu doux que vous augmenterez enfuite; la matière doit être dans un pot de terre à fond plat. PoufTez le feu jufqu’à ce que vous ayez une poudre rouge. ColIeB. de Leyde.
- i 2°. Mettez du vinaigre diftillé , & le plus fort, dans un vafe de terre à col étroit, dans lequel vous fufpendrez une lame d’acier. Mettez enfuite le vafe au bain de fable : les vapeurs raferont la lame fufpendue, qu’il faudra nettayer pour en détacher la rouille, ou le fafran , qui y eft fur venu. r
- 130. Prenez une once de vitriol factice , foit de fer , foit d’acier ; faites-la diffoudre dans une quantité d’eau ii ffifante, enfuite précipitez la folu-tion par le moyen d’une demi-once d’hufie de tartre par défaillance. Il fe précipitera en premier lieu une poudre blanche , qui , édulcorée & féchée plufieurs fois , prendra une couleur rouge. ColleB. de Leyde.
- Au réfte, à l’aide de l’efprit de fel, ou de lel ammoniac, on fait un Tome IL V V V
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- SAFRAN ASTRINGENT
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- fafran de mars très-fubtil, qui devient fixe lorfqu’on, emploie l’huile de vitriol, Pefprit de nitre , & l’eau-forte.
- & III
- Du fafran aflringent de fer ou T acier*.
- i*. C’est avec le feeours d’un feu violent de réverbere, que l’on parvient à faire du fafran de mars aftringent. Kiînckel le prépare,, en mettant dans un pot de terre de la limaille de fer , de Pépailfeur d’un doigt couvrant bien exadement le pot, & le mettant à un feu très-violent * dans un fourneau de cémentation.. Le fer s’enfle , & par fublimation il s’élève une fleur rouge & très-tendre. On enleve cette fleur & on continue de faire agir le feu de réverbere fur la limaille , & de réitérer l’opération , jufqu’à ce qu’on ait une quantité fuffifante de fafran. KôNIG.
- 2°. On fait très-facilement& avec le feul. feu de réverbere , du fafran aftringent. Four cela, il faut placer les lames, d’acier dans le four, de* maniéré que la flamme puilfe les toucher de toutes parts. Si l’on continue* pendant quelques jours la calcination, enverra fur la furface des lames d’acier, un fafran léger & très-beau.,, que l’on détachera avec une patte de lievre, lorfqu’il fera refroidi.
- Si vous ne voulez pas briller des charbons pour cette opération particulière ,. il.n’y aura qu’à placer tranfverfalement vos lames d’acier dans un four de verrerie , ou les placer deffiis & delfous la retorte dans un four def-tiné à la diftillation de l’huile de vitriol..
- On trouve-auffi de ce fafran. chez les, ouvriers en fer , qui ont foin de le ramaflfer fur les morceaux de fer qu’ils expofent à un feu très-violent.
- D’autres ajoutent du fel- commun à la limaille de fer , ou lafontdif-foudre dans l’eau-forte, puis la tiennent au feu de réverbere, jufqu’à ce qu’ils’éleve au-deifus un fafran auffi rouge que-léger, Hoffmann/» laborat.
- 3°.' Rolfincius lc prépare en mettant du fafran;de mars fucré dans un creufet , ;avec un peu d’efprit de vitriol ou de foufre* On le fait encore par le moyen d’une légère calcination : il eft. bon de remarquer qu’à la; ealcinatiom, ih augmente de poids.
- 4°; Prenez'du foufre préparé, comme nous l’avons dit au nombre % du paragraphe II de-cette clafle j lavez-le-cinq à fîx fois dans du fort vinaigre ; & à chaque lotion, laiifez-le pendant une heure en digeftion; cal-cinez-le enfuite dans un fort feu , ou fur une tuile creufe ,.ou dans umpot de; terre, & cela-pendantl’efpace de cinq ou fix heures; après quoi laiffez-le; sefroidir a, & confervez-le avec foiu : plus Le fer eft calciné, plus il eftaftiit^
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- DE FER OU D A C I ER.
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- gent. Dans les fourneaux de diftillation de l’eau-forte, fi elle a duré long-teras & a été faite à un fort degré de chaleur, on voit fur les lames de fer qui portent la retorte , une poudre fubtile , fine, rouge ou brune, qu’on peut» aifément en détacher : lavez cette poudre dans de l’eau bouillante, & faites fécher. Lemery.
- ?°. Mettez du vitriol dé mars dans un creufet, pour le faire fécher. Sitôt qu’il eft fec, il perd fa couleur verte, & fe change en une poudre blanche; ou bien il fond, & fe met en une malfe folide, & enfuite en cendres, qui s’appellent du vitriol de mars, calciné au blanc. Si on poulfe cette cendre à un plus grand feu, elle fe changera en une poudre rouge , qui s’appelle colchotar de vitriol, ou chaux rouge. Si on fait fouffrir un feu de la derniere violence à cette chaux ainfi préparée, & que l’on appelle fafran aflringent du vitriol de mars, ellefe tourne en véritable fer. Boerhaave.
- Si l’on met cette chaux rouge du vitriol de mars fur une lame de verre, & qu’on l’expofe en plein air, alors elle attire l’humidité comme le fel alkali fixe, & tombe en deliquiwn fous la forme d’une huile rouge : on l’appelle en ce cas huile de vitriol de mars par défaillance.
- 6?. Faites fondre du falpêtre dans un creufet, mis fur des charbons ardens; lorfqu’il fera en fufion , mettez-y des petits morceaux de fer, autant qu’il en pourra tenir i tenez le tout fur le feu : bientôt le falpêtre s’enflammera. Retirez alors le creufet, & édulcorez la poudre dans l’eau chaude : 1g fer reftera au fond du creufet. Après avoir remué l’eau, îaiflez-la pendant 24 heures, vous trouverez au fond une poudre rouge ; lorfqu’elle eft féchée, le poids d’une drachme fufïit pour emplir la main. ColleSl. de Leyde.
- 7*. Il y a encore une autre méthode pour tirer du Fer & de l’acier, un remede aftringent. Verfez fur de la limaille de fer, de l’efprit de fel de l’épaif-feur de trois ou quatre doigts , & laiiTez le tout en digeftion, jufqu’à ce que l’efiervefcence foit palfée, & que la limaille foit devenue douce. Faites évaporer à moitié, & ajoutez-y parties égales de fucre de faturne : mettez le tout dans une retorte & faites fécher à un feu doux , fans quoi il y aura ébullition , & la matière emplira toute la retorte. Lorfque la matière eft entièrement defFéchée , on a une maire de couleur rouge, que l’on enferme avec foin dans un lieu fec, de crainte qu’elle 11’attire l’humidité de l’air.
- 8°. Le fel facilite la calcination j c’-eft pour cela que quelques-uns arro-fent d’abord le Fer avec de l’urine d’enfant ou de l’eau falée , ou du vinaigre : on le fait enfuite fécher, après quoi on le met à la calcination. Far ce moyen , on a du fafran de mars en un ou deux jours ; & de crainte qu’il ne fe diffipe & 11e fe noirciiî'e, ii faut l’eîîuyer ou le nettayej: tous les jours. Lorfqu’il y a quelques parties qui ne font pas allez calcinées, on peut verier de l’eau deifus, remuer & laifler. le fafran fe précipiter au fond1: en décantant
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- P R EP AR A TI ON
- l’eau, on aura un fafran très - léger.
- Pour en faire une grande quantité, qui coûte peu , & que l’on puiffe donner à bas prix, il faut faire la calcination de la limaille dans un four à potiers ©u à briques : & Il dès la première fois la poudre n’elf pas affez- fine, on en fera quitte pour la mettre à une fécondé fournée. Ôn peut encore , pour la calcination dont il s’agit, profiter dufeudelïiné à la diftillation de l’efprit de vitriol au de nitre , en plaçant fur le ventre de la retorte , une tuile ou une mince lame de métal, chargée de limaille. Dans ce cas, comme le fer ealciné prend un petit goût de vitriol , pour l’en dégager & en faire mi remede aftringent, il faut laver la poudre dans de l’eau. Barchusen.
- §. IV.
- De la maniéré de préparer le fafran de mars pour hijage de la
- verrerie.
- Le fafran de mars eft très-utile pour la verrerie , fur-tout pour colorer le verre. C’eft ce qui a déterminé Kunckel , Neri , Mëret & autres, à donner des méthodes pour en préparer, qui foit non-feulement du meilleur ufage, mais encore capable de’ procurer les plus belles couleurs : ce motif d’utilité m’a engagé à rapporter ici féparément leurs différentes méthodes y qui d’ailleurs fe relfemblent en bien des points.
- Après la calcination du fer, la teinture que l’on en tire*& qui eft très-rouge dans le verre , agit tellement, que non-feulement elle fe manifeft-e lorf-qu’elle eft appliquée fur le verre, mais encore qu’en décelant toutes les autres couleurs métalliques qui y étaient cachées, elle leur donne de l’éclat & de la beauté. O11 peut donc regarder cette teinture comme le furet des autres métaux, qu’elle met à découvert. Neri enfeigne quatre procédés pour fe la procurer.
- i°. Prenez de la limaille de fer , ou pour le mieux, d’açier, que vous mêlerez avec trois parties de foufreen poudre , & que vous calcinerez dans uii creufet. Vous brûlerez tout iefoufre, ce qui ne durera pas long-terns , & tiendrez de creulet pendant quatre heures fur les charbons ardens. Retirez enfuite le creufet, pulvérifez la matière, & tamifez-la par un tamis fin ; remettez après cela la poudre dans un large creufet, fur lequel vousluttefez un couvercle, & placez-le dans un four de verrerie, proche de l’ouverture, qu’on appelleoc/j/o j laiflez-l’y au moins pendant quinze jours ; la matière , qui était prefque roulfe , y prendra un rouge éclatant, prefque’pourpre : confervez-la foigneufement dans unvafe fermé , & fervez-vous-en pour teindre le verre, üù elle produira plufieurs effets admirables. ... .i
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- DU SAFRAN DE MARS, &c.
- 2®. Prenez de la limaille de fer, & encore mieux d’acier, que vous mettrez dans des pots de terre , & que vous arroferez de fort vinaigre , jufq-u'à.ce que toute la limaille foi t bien détrempée. Etendez-la ër. fuite dans un vafe, & faites-la lécher au foleil ou à l’air. Lorfqu’elle fera léchée , écrafez-la ; car elle fe fera mifeen globules ; & arrofez-la une fécondé fois de nouveau vinaigre, puisféchez & pulvérifez comme ci-devant : recommencez l’opération jufqu’à huit fois. Lorfque" la limaille aura été bien puîvérifée & palfée par un tamis fin , vous aurez une pouffiere trés-fubtile, couleur de brique pilée, que vous renfermerez avec foin dans un vafe bien bouché , & que vous emploierez à colorer le verre: le Ikfran de mars , aiiifi préparé, donne au verre une couleur de rouge foncé comme, du fan g,
- 3°. Mettez dans un vaillent! de terre verniffé , de la limaille de fer ou d’acier, que vous arroferez avec de l’eau-forte, puis lailfez-la fécher au foleil: après cela , pulvérifez, remettez de l’eau-forte, féchez & réitérez cette befogne plusieurs fois. Lorfque la matière aura pris une couleur pref-que rouife, comme il arrive au fafran de mars fait avec du foufre, il faut la pulvérifer , la tamifer , & la conferver pour teindre le verre. Avec du fafran ainfi préparé, la couleur du fer fe développe à un point qui n’eft pas croyable, comme il eft aifé de s’en convaincre par le verre.
- 4°. Dans un vailfeau de verre bien bouché, faites diffoudre de la limaille' d’acier ou de fer, par l’eau régale, préparée à l’ordinaire, avec du fel am-nnoniac. Lailféz ce mélange pendant trois jours , ayant foin de le remuer' tous les jours. Il eft bon d’avertir qu’il faut mettre la limaille peu à peu, parce qu’elle fe gonfle confidé'rablement. Sans cette précaution ,1e verre ferait en danger de calfer , ou la dilFolution s’échapperait par-deflus les bords. Au bout des trois jours, faites évaporer l’eau à un feu lent; vous trouverez au fond du vailfeau , du fafran de mars de la meilleure qualité, qui teindra le verre d’une façon à vous étonner, & que vous conferverez pour le befoin : tels font les procédés de Neri , extraits de fou ouvrage intitulé Part de la verrerie.
- 5°. Toutes ces méthodes font très-bonnes fans doute : il faut cependant leur préférer celle qui peut procurer la teinture de fer, fans l’addition -d’aucuns corps étrangers. Mettez dans un pot de terre de la limaille de fer ou d’acier,' de l’épailfeur d’un doigt feulement, & mettez ce pot dans un foyer de calcination, foit au cendrier, foi t à la flamme. Le deflus delà .limaille rougit à merveille & s’enfle au point que, non-feulement il emplit tout le pot, mais encore qu’il en fait fauter le couvercle. Il faut enlever cette efpece d’écume ferrugineufe; après quoi, la limaille qui eft reftée an fond s’enfle de nouveau. On recommence cette opération jufqu’à ce qu-e l’on ait une quantité fuftifan te de teinture de fer, qriii,iuivant cette nié-
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- PREPARATION
- thode, eft excellente. Cependant l’auteur n’ofe alfurer que ce fafran de mars, ainfi préparé, foit d’un aufii bon ufage pour la teinture du verre, que celui fait avec du vinaigre: car l’un & l’autre donnent des couleurs différentes. Kunckel. *
- 6°. Les préparations du fafran peuvent fe réduire aux trois principales que voici: 1°. à la fimple calcination au feu de réverbere, fans addition d’aucuns mélanges. Telle eft celle qui arrive naturellement aux barres de fer qjui foutiennent les fourneaux : c’eft par cette raifon que celles d’un fourneau où l’on travaille continuellement à diftiller l’eau-forte, fournirent la meilleure teinture de fer, en fe diifolvant petit à petit en fafran de mars, dont on peut ramaffer une allez bonne quantité en raclant les barres. 2°. A la même calcination au feu de réverbere, avec addition de fel, de foufre d’urine, ou de vinaigre. 3". A la diffolution dans l’eau-forte , l’eau-régale, & l’cfprit de fel ou de nitre. Toutes ces matières, après l’évaporation de la partie aqueufe , procurent un fafran de mars très-rouge. Le fer diifous dans de Pefpritde vitriol ou de foufre, devient un véritable vitriol de mars, prefque femblable en bonté à celui;-qu’on nous apporte d’Angleterre , quoique cependant un peu inférieur en force à ce dernier , pour la teinture & la médecine. En calcinant ce vitriol , on fait le colchotar allez femblable au vitriol ordinaire, & qui peut fournir aux peintres de quoi compofer une couleur faulfe. Elle n’eft d’aucun ufage dans la verrerie, parce que le colchotar eft mêlé de parties terreftres , qui rendent le verre craffeux & obfcur. Pour ce qui regarde la teinture de mars , tous les acides , tous les lues corrofifs, tout ce qui agit furie cuivre, a fur le fer la même adtionj de fnqon néanmoins qu’agiffant fur le fer , ils produisent toujours une couleur rouge , excellente, & plus ou moins brillante , d’un grand ufage pour nuancer les couleurs , & que l’on peut différemment mélanger avec les autres couleurs métalliques. C’eft ainfi que le fafran de mars, fait avec du vinaigre , convient à la couleur verte , à celle d’émeraude, & au verre de plomb on l’ajoute aüfii quelquefois au verd-de-gris. Pour avoir un beau rouge, il faut du fafran de mars fait avec le foufre : pour l’avoir encore plus beau , il faut qu’il foit fait avec l’eau-forte. Au refte, comme le vitriol de venus eft une magnifique couleur qu’on tire du cuivre , de même la première & la plus belle couleur que donne le fer ou l’acier, eft celle qui fe fait avec l’eau-régale : ce qui provient fans doute de l’addition du fel ammoniac, ou parce que la diifolution eft plus parfaite. MERET,dans fon ouvrage fur Part de la verrerie de Neri.
- 7*. Suivant Stahl, fi on réduit en verre noir, qui, caffé en petits morceaux, ne paraîtra plus que de couleur obfcure, de la mine de fer par l’intermede de la litharge & du caillou, ou bien avec le fecours du
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- BU S A P R A N B E M A R S, gfo
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- minium, de la eérufe & des pyrites, ou enfin avec le fable deriviere, on fe procurera un verre de gradation (h ). Pour cela , il faut qu’un chÿ-mifte prudent, en mettant la dofe convenable, ait attention, i^. que fon verre (oit allez fluide: 2°. qu’il refte-long-tems en bain, avec le métal le plus noble. S’il s’épaiffit, il doit ajouter dans le moment ce qui convient 'pour le rendre liquide , & l’y tenir très-long-tems : tout cela bien entendu & bien exécuté, il doit s’alfurer qu’il poifede un grand tréfor. Stahl.
- - 8°. On peut fe procurer une allez grande quantité de fafran de mars dans les fourneaux où on fublime le foufre , & où les retortes, dont'on fe fert , font de fer. Après l’opération , on trouve toujours le dedans de ces retortes rongé par l’acide du foufre ; & en recelant le dedans, on peut aifémentfe procurer une certaine quantité de fafran de mars ; d’autant plus qu’après la fublimationachevée, les retortes font corrodées au point qu’elle# ne peuvent plus fervir à rien. C’eft une chofe que l’on peut voir à Dy.lta, en Suede.
- 9e. Le fer peut de lui-même fe changer en fafran de mars, par l’addition du foufre & de l’eau. Si l’on prépare beaucoup de ce mélange à la fois, il s’enflamme d’ordinaire , & à ce moyen le fer fe calcine de lui-même , & fe change en une efpece de fafran de mars mais fur cela confultez mou traité du foufre..
- Comment on fait a Dylta en Suede, une couleur rouge avec les fédimens les rejles du vitrioh
- Cette couleur rouge, que l’on prépare fur-tout avec le vitriol de mars, approche beaucoup du fafran que l’on tire du fer : cette affinité de leurs couleurs rouges me détermine à dire quelque chofe de l’origine de celle qui fe fait | avec le vitriol.
- On la prépare , tant avec les fédimens des vafes & creufets, qu’avec la matière même, qui s’épaiffit lorfqu’on réduit le vitriol. On met cette matière dans une auge quarrée de bois , ou autre r & on la remue fans relâche. L’eau trouble que l’on en fait découler, eft reçue dans un autre vailfeau de bois; & lorfque la partie la plus groffiere eif précipitée, on fait encore couler l’eau dans un autre vailfeau., & de-là dans un grand réfer-voir, garni de planches, duquel toute l’eau s’échappe.. On trouve au fond une matière fubtile , que l’on calcine enfui te pour fe procurer la couleur rouge dont il s’agit. Pour qu’il n’y ait rien de perdu , on peut délayer la terre qui doit donner du vitriol, avec la demiere eau dont nous venons de
- ( A) C’eft-à-dire , propre à donner aux verres teints là nuance que l’on juge à propos,
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- F R E P A R A TI 0 N l
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- parler, au lieu de fe fervir de celle qu’on trouve dans les minières : Tune & l’autre font également propres à cet ufage. La matière qui fert à faire cette couleur rouge, doit être très-fine: elle eft couleur de brique, & a le goût de vitriol. On en forme des boules groifes comme le poing, & on Ues place dans un long four de réverbere fublimatoire, ou bien dans un de ceux où on fublime le foufre ,• le même feu qui fert à la fubîimation , fert aufli à calciner ces boules qui, au bout de 24 heures, acquièrent une couleur très-rouge. Voyez la conftruélton de ces fours, dans mon traité duJoufre. Il y a dans l’intérieur un endroit élevé comme un fiege ou un efcaüer. Derrière eft la porte , qu’on ouvre ou que l’oii ferme fuivant le befoin : c’eft par cette porte que l’on introduit dans le four les boules à calciner. On dit qu’aujôurd’hui, au lieu d’un liege , il y en a deux, au moyen de quoi, avec le même feu & daiis le même efpace de tems , on fe procure une plus grande quantité de couleur rouge qu’auparavant. Il faut obferver que , de tems en tems, on doit retourner ces boy les , fans quoi la grande ardeur du feu les coagulerait en gros morceaux , quoique , fuivant ce qu’on en dit, ces gros morceaux foienc d’une auili bonne qualité que les petits.
- Dans la Scanie, en Sue de.
- Aujourd’hui , dans les manufacftures d’alun, établies dans la. Scanie , on 11e fait plus une li grande quantité de couleur rouge qu’autrefois : on fe contente d’en faire quelque peu , pour les ufages économiques. On trouve un fédiment, qu une efpece de lie , appellée jhmtm , au fond des vailfeaux à rafraîchir, & du réfervoit où tombe l’eau qui a ferviàlaver l’alun. Deux ou trois fois l’année, 011 nettaie ces vailfeaux & le réfervoir, & 011 porte loin de la manufacture1 les fédimens qui étaient au fond. Des ouvriers en font ordinairement des boules, qu’ils jettent dans le feu , fous des chaudières de plomb, où elles acquièrent la couleur rouge, au moyen de leur calcination. Ces boules ont, pour l’ordinaire, un demi-pied de diamètre. On n’en met que trois à la fois dans le feu , & au moyen des charbons ardens dont on les entoure , elles font calcinées en huit heures de tems : on dit que cette terre rouge eft plus fine, & de la meilleure qualité. Il y a quelques années qu’on bâtit un four de réverbere , deftiné à ce genre de travail. IL avait près de 8 pieds de long, 5 pieds 3 pouces de large, & 2 pieds 7 à 8 pouces de haut. L’épaifleur des murs & de la voûte était de près de 20 pouces , & au fond, de 27 pouces. L’ouverture du devant avait 17 pouces de haut, autant de largeur, & près de 20 pouces de long , avec des regiftres pour donner l’air : la flamme frappait à jmerveiile la matière qui y était expofée. En deux jours, ©n [pouvait y
- calciner
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- DU SAFRAN DE M A R S, &c.
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- calciner 12 à 13 tonnes de colchntar ou couleur rouge, pour lefquelles ou brûlait une mefure de bois de trois coudées. Au furplus , on piétendque, plus les boules que Ton calcinait avaient été long-tems expofées à l'air,, mieux elles étaient diipofées à recevoir la couleur rouge , parce que plus la partie alûmineufe avait été dégagée à l’air, plus la couleur était‘foncée & rouge : 011 humecte avec de l’eau ces boules de vitriol ou de fédimens vittioliques , avant que d’ètre expofées à la calcination.
- A Gejer.
- Lorsque la lefïive de vitriol a été chauffée dans la première chaudière, avant que de la paifer dans une fécondé , on trouve ordinairement au fond une matière grofîiere de couleur jaune, après que le deihis de cette leiïive , qui efi limpide, a été tranfvafée : on jette cette lie épailfe dans un vailfeau de bois, & on la conferve pour s’en fervir. A la longue, elle s’y épaiffit, & y prend la confiftance d’une argille molle. En cet état , on la met dans de vieux vaiifeawx , même dans ceux qui ont fervi aux lellives du vitriol; on la calcine enfuite dans un four de potier, où elle acquiert un rouge foncé couleur de fang , & femblable au cinnabre : on puîvérife enfin cette terre rouge, & on la met dans des barrils pour la vendre.
- s. V.
- Du fafran de mars vitriolé £? fucrê.
- On fait le fafran de mars vitriolé , foit avec du vitriol de mars artificiel, calciné dans un creufet jufqu’au rouge, foit avec ce qui refie fur le filtre, lotfqu’on a pa(Té la diifolution de mars, pour préparer le fafran dont il s’agit , après l’avoir mis dans un creufet, & l’avoir expofé à une légère calcination. Dans l’une & l’autre efpece , ce font les parties d’ochre& de foufre , qui, répandues dans le fel de vitriol, forment ce fafran. Hoffmann , dans [on laboratoire.
- Prenez du vitriol àdifcrétion, & faites-le dilfoudre dans de l’eau commune: faites - le enfuite bouillir, & dans la liqueur bouillante plongez des lames de fer, que vous y laifferez jufqu’à ce que vous les voyiez chargées d’une efpece de limon rouge. Alors retirez-les de l’eau bouillante, 8c ôtez en l’enveloppe rouge , que vous ferez tomber dans un vaifleau propre,
- à moitié plein d’eau : elle gagnera le fond fous la forme d’un fédiment rouge, Replongez.enfuite ces lames de fer dans l’eau de vitriol, que vous ferez bouillir fur le champ. Après les avoir retirées, vous en détacherez le Tome IL Xxx
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- PREPARATION DU SAFRAN DE MARS, gfr.
- limon rouge, & vous recommencerez l’opération, jufqu’à ce qu’elles ne donnent plus de ce limon, que vous tirerez de l’eau , & ferez fécher : alors vous aurez une poudre rouge; & en jettant tout ce qui peut s’y trouver de noir ou d’impur, vous ne ramalferez que la rouge , que vous mettrez dans de l’efprit-de-vin bien redtifié, pour la conferver & l’employer dans le besoin : c’eft ce qu’on appelle joufre vitriolé de mars. Voyez à ce fujet PlERRE-Marie Canepar, dans fon livre fur les encres.
- Pour faire le fafran de mars fucré, prenez des lames de fer larges & minces i enduifez-les deux ou trois fois , même plus fouvent, à votre volonté , d’efprit de vitriol, & pofez-les furfquelques morceaux de verre creux. Au bout de quelques jours, vous y verrez une efflorecencë de fafran blanchâtre , que vous ôterez doucement, & que vous ramalferez, tant que ces lames de fer, de nouveau enduites d’efprit de vitriol, pourront donner de «es efflorefcences de fafran. Hoffmann , dans fou laboratoire.
- §. VI.
- Du fafran de mars fait avec Tantimoine.
- TreneZ une partie de fafran, & fondez - la lentement avec deux parties -d’antimoine, en ajoutant dès le commencement ou pendant la fufion, une huitième ou une dixième partie , foit defel de tartre , foit de cendres grave-îées purifiées : auffi-tôt que le tout fera fondu , coulez le régule, avec fes fcories, qui jettent quelques faibles étincelles de couleur brune j foit que Vous lailîiez le tout en malle, ou que vous le caillez , pour plus de commodité, en différens morceaux, foit que vous Fexpofiezà un air humide,à l’ombre ou dans une cave, il tombera promptement en une poudre blanche. Vous remuerez fortement cette poudre dans de l’eau froide ou tiede , de façon que fes parties fe féparent, & que les plus légères , qui furnageront, s’écoulent avec l’eau , tandis que les plus grofîîeres relieront au fond. Vous recommencerez ce lavage, jufqu’à ce qu’il ne fe perde plus avec l’eau aucunes parties légères , dont il fort une petite quantité , par proportion à celles qui ref-tent dans le fond du vafe. Voici quelles fout les différentes qualités de ces deux fubftances. La plus légère, fans aucune addition , acquiert, après un faible grillage, un rouge clair j & l’autre, par le même procédé, une couleur de pourpre , tirant fur le noir. Les parties légères, qui ont été tranfvafées, en écoulant l’eau , verfées fur le triple de nitre en détonation , dans un creu-fetun peu rouge, après l’édulcoration , donnent une poudre d’un beau rouge, comme la plus belledanguine. La fécondé, après le même procédé, donne une poudre plus obfcure & plus noire. Tiré du do&eur Stahl, par Hoee-MANN, dans fon laboratoire.
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- DU SAFRAN DE MARS FAIT AVEC L'ANTIMOINE,
- S°. Prenez parties égales de nitre & de régule martial. Après les avoir pulvérifées, mettez-les enfemble, & fiuccelfivement, dans un creufet médiocrement rouge. Lorlquetout y fera, fi ie mélangé paraît mou & pultacé, ajoutez-y une partie du même régule pulvérifc, jufqu’à ce que , après avoir augmenté le Feu , le mélange foit dur. LaiiTez-le au feu pendant une heure ou deux, prenant garde qu’il ne tombe dedans quelques charbons. Otezenfuite le creufet; caliez-le, détachez-en la matière, pendant qu’elle eft encore chaude, & ferrez-!a dans des vafes de verre , qu’il faut boucher exactement : il y a plusieurs obfervations à faire fur ce fel. La preuve qu’il fout attribuer ce qu’il a de cauftique au foufre martial, c’eft qu’il eft certain qu’un régule d’antimoine pur ne donne jamais de pareil fel, dont voici les propriétés fingulieres : il eft blanc à la vue , avec quelques nuances de verd ou de bleu, comme tous les autres alkalis bien calcinés; & quoiqu’il contienne beaucoup d’une fubftance pulvéruîante, comme la cérufe du régule martial, il eft cependant également brillant & tranfparent. On conclut qu’il eft très-fixe, de ce qu’après avoir été calciné pendant plusieurs heures , & enfuite mis en fufion à un feu très - violent, il n’a point perdu de fon poids lorfqu’il eft refroidi. Ce fel eft fi cauftique, que le moindre petit grain, légèrement humeCté, s’échauffe prodigieufement, & que, fi on en approche la langue un moment, c’en eft allez pour exciter la falivation pendant plufieurs jours-Quel que fois, pour badiner, on s’amufe à en glifferdans la paume de la main de quelqu’un , un petit brin qui foit fec. A la plus petite humidité qu’il contracte , il s’enflamme & brûle comme ferait un charbon ardent. Au refte , il faut le garantir foigneufement du contaCtde l’air,1 car s’il tombe en défaillance , ou qu’il fe diifolve par l’addition d’eau commune , il fie précipite une grande quantité de poudre blanche; & quelle que foit l’attention qu’oit apporte à féparer le fel de cette poudre, il n’eft plus aufli cauftique qu’il l’était auparavant. Dans l’efpace de quelques heures , il donne à fefprit-de-vin une couleur de fang très-foncée & un goût cauftique : il y produit encore l’effet fingulier d’en chalfer les parties fpiritueufes, quelque reClifié qu’il foit, 8c de le réduire en peu de tems à près de moitié , c’eft-à-dire, à la partie phlegmatiquc. Ce fel cauftique eft infufible par lui-mênie dans le feu le plus ardent : mais par le feul contaCt d’un charbon allumé , il fond fur le champ. Si on prend de ce fel, & qu’on ie mette en fufion dans un creufet, en y ajoutant un charbon, le fel deviendra obfcur, & perdra toute fa cauf-ticité : on n’aura plus qu’un régule groflier, relativement au fel & au charbon employés, qui fera raboteux 8c devenu volatil, à caufe de l’addition des parties fulfureufes du charbon ; un régule enfin qui fera impur, par com-paraifon avec fa première pureté. Stahl , dans fon ouvrage des fondement <k (a chymie dogmatique.
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- MARS DIAPHORE TIQUE.
- §. VII.
- Mars diaphorétique.
- i°. On îe fait en prenant parties égales de limaille de fer & d’antimoine, que l’on pulvérife & que l’on réduit.en fcories, en les remuant continuellement fur le feu, pour empêcher qu’il 11e fe précipite un régule. Il faut enfuite -pulvérifer ces fcories, lefquelles, par l’addition de l’efprit de fel & enfuite de l’eau commune, donnent du vitriol, dont on peut extraire de l’efprit, ou, pour mieux dire, la meilleure effence martiale. Faites détonner cette poudre dans un creufet rouge & enflammé, en y ajoutant trois fois autant de nitre ; & après la détonation , il faut verfer la matière toute chaude , pour en féparer le nitre, l’édulcorer, & la réduire fur le porphyre en une poudre très-fine , qui eft de couleur de foie : ce qui lui a fait donner le nom de bézoard martial jaune. Kônig. - >
- 2’. Prenez deux onces de fer ou d’acier, & mettez-le dans un creufet rouge. Lorfquele fer ou l’acier fera bien chaud, il y faudra ajouter quatre onces d’antimoine pulvérifé. Tenez le mélange au feu de fufion pendant ^une heure ,ou jufqu’à ce que le fer fondu avec l’antimoine, foitbien liquide. Cela fait, ajoutez une ou plusieurs parties de nitre, afin que la matière fe mette encore mieux en fufion, ce dont on peut s’aifurer avec un crochet. Tirez enfuite le creufet du feu , & faites-le refroidir avec précaution, pour que le régule fe précipite. Lorfque le creufet fera refroidi, calTez-le. A l’égard du régule, qui ne peut être encore aifez pur, il faut le pulvérifer dans un mortier, & le refondre fur le champ dans un creufet, en y mêlant un peu de nitre.
- 39. Melez enfemble une demi-drachme de limaille de fer, deux fcrupules defoufre,& trois de nitre.- Après la détonation, ce mélange formera une malfe noire, friable, ayant l’odeur & le goût du foufre : ajoutez-y cinq fcrupules d’antimoine, deux de nitre, & mettez le tout petit à petit dans un creufet, & édulcorez comme pour l’antimoine diaphorétique firnple. On peut encore donner à cet antimoine diaphorétique martial , une couleur blanche par le procédé fuivant : Prenez de la limaille de fer à volonté, & arrofez-la plufieurs fois d’eau de pluie, afin de la réduire en une efpece de fubltance mucilagineufe. Faites-la enfuite fécher, après quoi vous la broierez en une poudre fi fubtile, que par l’addition de l’eau, elle paraît avoir augmenté dix fois de volume. Prenez parties égales de cette poudre & d’antimoine , que vous ferez détonner avec le nitre s vous aurez enfuite de l’antimoine martial, beau & blanc. Kônig.
- 4*. Prenez une livre de clous de fer, & une livre de. meilleur antimoine
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- MARS D-IAPHQRETIgU R
- ftrié de Hongrie ; mettez ces clous dans un creufet, que vous placerez dans un fourneau à vent, jufqu’à ce qu’ils fuient fondus ; alors, mettez fuccefïi-vement,avec une cuiller de fer, l’antimoine pulvérifé; & pouffez le feu , jufqu’à ce que le tout loit en fufion-, en ajoutant en petite quantité, mais parties égales, de nitre & de tartre , & de nitre détonné ; coulez enfuite le mélange fondu dans un mortier de cuivre chauffé, & pulvérifez le tout-enfemble* ajoutez à cette poudre trois fois autant de nitre fec : faites détonner, édulcorez & confervez pour le befoin , la poudre brune qui fera reftée lur le filtre. Konig.
- 5°. Outre le régule d’antimoine martial, fait de i?gros d’antimoine> 4 demi-gros de limaille de fer, 9 gros de fel de tartre & de!nitre, il y a des fcories tres-noires,qui, pulverifées & exactement mêlées avec trois fois autant de nitre, donnent après la détonation, l’édulcoration , & tout ce qui convient d’ailleur-s pour achever l’opération , un beau bézoard martial, de bonférvice, & d’une couleur de cannelle foncée. Si l’on expofe pendant quelque tems ces fcories à l’air libre, qu’on en tire enfuite tous les fels & le foufre, & qu’on faffe précipiter le&foufres avec le vinaigre diftillé, en y en,verfant jufqu’à faturation ; fi enfin on achevé d’opérer fuivant l’art, ces fcories donnent la terre foliée du tartre, combinée avec le foufre le plus fubtil de l’antimoine , qui eft d’un bon ufage. L’auteur , dans la vue d’épargner , confeille de prendre parties égales, par exemple, 3 gros d’antimoine pulvérifé, avec autant de limaille de fer, ou même, à fon défaut, de mine de fer pulvérifée, &
- 18 gros de nitre le plus pur & pulvérifé ; de les mettre fucceffivement, comme pour l’antimoine diaphorétique ,. dans un pot ou un creufet de terre commune, mais fort grand , à caufe des ébullitions eonfidérables, & préalablement échauffé de remuer le mélange avec une fpaft^Je ; de le faire détonner ,* & après avoir tiré fur les bords-du creufet les fcories mal calcinées, & les effiorefcencesviciées par l’antimoine, de tranfvafer la matière qui eft reftée dans le creufet, & de l’édulcorer,- car il refte toujours quelques parties grof-fleres du fer, qui ne font pas affez fondues , enforte que le réfidu; peut avoir perdu 1 demi-gros ou 1 gros de fon poids; Il dit que l’antimoine qui refte, & .qui» dans le combat inopiné , lors de la détonation , s’eft fuffifamment mélangé ou faturé des parties ferrugineufes & nitreufes , ne cede en rien , ni pour la couleur, ni pour les effets, à l’autre qui coûte un peu plus à faire. Une chofe. curieufe , c’eft que le bon poids , qui fe'tro-uve manifeftement fur cette poudre édulcorée, ne peut qu’à peine s’attribuer à l’humidité extérieure, attirée par les écoulemens de-la chaleur, ou :aux> parties détachées de la fpatule.i KôNIG. Mais1 fur tout cela, ypyez mon traité de Vantimome. ;.. ; ... ” /
- 6°. Prenez du fafran de mars, ou de là rouille ,/& du- fel ammoniac; metlr tez ce mélange dans une cucurbfte ,;que vous» placerez dans mi petit four-i
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- neau d’effai. Bouchez le bas avec de l’argüle, de façon que le Feu ne puiife shnfinuer dans le four que par quelques petites ouvertures : couvrez la cucurbite de fou chapiteau, & donnez le feu, d’abord doucement , enfuite plus fortement, jufqu’à ce qu’elle rougi de. Tenez - la dans ce degré de chaleur , jufqu’à ce qu’il ne monte plus de fumée. Lailfez eniuite refroidir le vaiiTeau, ôtez le chapiteau, ramaifez les fleurs, & faites-les dilfoudre dans une quantité d’eau fuffifante : filtrez la dilfolution , & verfez deflus, goutte à goutte , de l’huile de tartre , faite per defcenfum, ou de l’efprit de fel ammoniac: vous aurez un prcc’p.ité au rond du vafe. Verfez par inclinailou la liqueur qui fumage, & laiiïez fécher le précipité. Leiviery. Mais iur tout cela j voyez mon traité de P antimoine.
- §• viii.
- Régulé de fer ou d'acier.
- i°. Prenez chez les ouvriers en acier, quatre onces de rognures d’acier, de la meilleure qualité, que vous ferez chauffer au blanc dans un creufet, pendant un quart d’heure, à un feu affez violent? ajoutez-y huit onces d’antimoine pulvérifé, tenez le creufet dans le feu , jufqu’à ce que le mélange foit fondu ; jettez-y de tems en tems un peu de nitre pulvérifé , environ une demi-once, afin de faciliter la fufion , & de la rendre liquide comme de l’eau. Retirez du feu le creufet, donnez-lui quelques petits coups, & 1 aidez-le enfuite refroidir. Après l’avoir caffé , vous trouverez au fond une mafle métallique blanche , femblable au régule d’antimoine martial. Les fcories font au-deffus du régule, qu’il faut pulvériler, & fondre enfuite dans un nouveau creufet la poudre qui en provient : on ffaura pas befoin d’un grand feu pour cela. Ce régule en devient plus pur& plus beau, fur-tout fi l’on y ajoute une petite pincée de nitre, C’eft ainfi que les chymiftes font ce régule , & ils s’en fervent pour préparer le beurre martial & bézoardique : ils croient aufiî que , lorfqu’i! eft véritable , c’eft-à-dire , bien fait, il eft capable d’augmenter l’or l’argent, ainfi que de fixer le mercure. Telle effc la préparation du régule d’acier. Colled. de Leyde,
- 2°. Mettez dans un creufet, de vieux clous de fer , des feuilles de fer ou de la limaille , & expofez le creufet à un feu aflez vif : lorfque le tout fera chauffé au blanc, ajoutez-y deux cuillerées d’antimoine. ( Si vous avez pris de la limaille de fer, au lieu de feuilles de fer, alors il faut la pulvérifèr avec partie égale d’antimoine, & la mettre, cuillerée par cuillerée, dans le creufet qui doit être rougi par la flamme i
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- REGULE DE FER OU D'ACIER
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- après quoi, vous mettez le refte de l’antimoine, relativement à la quantité des clous employés.) Couvrez le oreufet de charbons, & foutenez le feu, jufqu’à ce que tout l’antimoine foit en bouillie ; alors ajoutez une pincée dè nitre , & remuez avec une baguette de fer ; un moment après, mettez une fécondé pincée de nitre , enfuite une troifieme , une quatrième , jufqu’à ce que vous ayez employé autant pefant de nitre que vous avez mis de métal ; c’eft-à-dire , qu’il doit y avoir dans le mélange, un tiers de métal, un tiers d’antimoine , & un tiers de nitre. Pendant ce tems , ayez foin de fou tenir le feu. La matière en fufion, coulée dans un cône, donnera un régule , avec beaucoup de fcories brunes & prefque tranfparentes. Si on les pulvérife , qu’on les fade bouillir dans l’eau , qu'on filtre la décoction pendant qu’elle eft chaude, qu’on édulcore le fédiment , & -qu’on le mette au feu de réverbere , on aura un fafran de mars ou de cuivre très-fubtil.
- Autrement , mettez dans un creufet du fel alkali de cendres, ou du nitre fixe, ou du fel de tartre, que vous ferez fondre à un grand feu , dans un creufet , jufqu’à ce qu’elles foient liquides 3 plongez dans la matière en fufion, les clous dont nous venons de parler ; &un moment après, mettez-y le double pefant d’antimoine, relativement au poids des clous. Faites fondre le tout à un grand feu bien entretenu : vous vous affinerez de la fufion, avec le fecours-d’une baguette de fer. Alors , verfez la matière fondue dans un cône, & vous aurez un,régule & des fcories qui , traitées fuivant le procédé de l’article précédent, vous donneront de même un fafran métallique très-fubtil. I! faut remarquer que, dans cette préparation , le poids de l’alkali doit répondre à celui de l’antimoine. & que l’on ne doit mettre ce dernier que par petites cuillerées , & fucceflivement : autrement , il s’échapperait par-deffus les bords du creufet, lors de fon ébullition. Le àoBeur Stahl.
- 30. Prenez deux livres d’antimoine pulvérifé, que vous mettrez dans un creufet, avec une once de fer en limaille ou en petits morceaux,* faites-les fondre, & pendant ce tems jettez y à différentes reprifes deux onces de falpêtre j coulez enfuite la matière fondue dans un cône enduit de fuif ou de cire : vous trouverez au fond un régule, qu’il faut la.ver pour lui ôter toutes fes impuretés, & par l’addition de deux onces de falpêtre que vous y jettez une fécondé fois , ce régule fera étoilé ; aufil l’appelle-t-on régule étoilé de mars, de Lancelot.
- Il faut obferver que d’autres chymilles prennent une partie de fer,
- deux d’antimoine pulvérifé ,* que les uns veulent du fer neuf, les autres du vieux 3 que le fer fond plus facilement, fi on le fait d’abord chauffer feul dans le creufet, & qu’on ne mette l’antimoine qu’après : il fautauili couvrir le creufet. Pour que le régule fe fépare aifément des fcories, &
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- REGULE DE FER O.U B^âCIER.
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- purifier ces dernieres, on doit à trois parties de nitre ajouter \6 parties d’antimoine. Quand la décrépitation eft cedée , il faut frapper le creufet, pour que le régule fe détache des fcories & fe précipite au fond. Lorfque le régule n’eft pas bienpurihé, il faut Je fondre une feconJe fois dans un creufet, avec deux nouvelles parties d’antimoine ; & lorfque le mélange fera en fulion , on y ajoute trois parties de nitre ,ce qui donne un régule martial plus pur. On peut meme le refondre jufqu’à trois & quatre fois, toujours avec l’addition de nitre , ce qui le purifie toujours de plus en plus; e-n forte- -que, plus il a elfuyé de fuirons , plus le régule eft pur; il devient même alors étoilé. Il y a des chymiftes qui ont obfervé qu’il eft plus difficile d’avoir un régule étoilé quand i’air eft ferein, que quand il eft humide.
- - Lëm-e-RY-, dans fon traité de P antimoine, indique encore de meilleurs procédés pour la préparation & confection des régules d’antimoine : voici ce qü’il dit. Il a mis 8 gros de clous de fer dans un creufet qu’il a faille enfuite chauffer jufqu’au blanc pendant une heure. Après cela il a ajouté ffucceftivement, & par cuillerées, 16 gros d’antimoine pulvérifé , lequel s’eft mis en fufi-on avec le fer. Alors il a, petit à petit, jetté dans le creufet •r3:gros de falpètre. Après la détonation, le tout a fondu à merveille. Il a verfé la matière fondue dans un mortier chauffé, & qu’il frappait pour que le régule fe raffemblât au fond. Lorfque le tout a été refroidi , il a féparé les fcories du régule , qui brillait admirablement» pefait dix gros , & était plus dur que tous les autres régules , dans lefquels il entre de l’antimoine. Les fcories formaient une maffe noirâtre, compacte, ferrugi-neule,'-& par leur poids , indiquaient que le mélange mis en fufion , avait perdu 4 gros de fes parties. Pour rendre ce régule plus pur, il l’a pulvérifé & fondu de nouveau avec addition de 3 gros d’antimoine & 3 gros de falpètre-. Après la détonation , le mélange s’eft très-bien mis en fufion : il l’a verfé dans un-mortier graiffé , &. a obtenu un nouveau régule pefant 8 gros, plus beau & plus pur que le premier. Les fcories qui furna--geaient, & qui étaient de couleur cendrée, pelaient 3 gros & 6 demi. Le •déchet avait été de 2 gros & demi. Il a encore refondu ce régule avec addition de 3 gros de falpètre. Après une légère détonation , il a e,u un nouveau régule pefant 8 gros & 4 demi-gros , ce qUii fefait un déchet de 3 demi-gros. A l’égard des fcories, elles étaient de couleur grife ou cendrée. Il a , pour la troifietne fois , fait refondre ce régule a verfé la fufion dans un cône ; il a eu un nouveau régule pefant 8 gros, & rnerveilleufement étoilé. Ledechet -avait été de 4 demi-gros : pour les fcories, elles étaient d un blanc jaunâtre. La preuve que ce régule , tant de fois purifié, contenait du fer, fe tirait de fa dureté, & de l’action de l’aimant qui l’attirait. Après avoir
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- REGULE DE FER OU & ACIER.
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- pulvérifé les fcories, i! les a fait bouillir dans l’eau pendant une heure. La liqueur pafîee à travers du filtre, était teinte d’une couleur tirant fur le rouge : le vinaigre la troublait, & précipitait au fond une matière jaune ‘ de mauvaife odeur. Cette poufliere précipitée , & enfuite filtrée , édulcorée & fechée , pefait4 fcrupules. Elle était rouge , & afléz fembiable au foufre doré ordinaire. L’auteur n’a pu découvrir [fi cette poufiiere renfermait encore quelques parcelles de fer.
- Autrement.
- Il faut mêler en Pénible 16 gros d’antimoine crud , 8 gros de rognures ou limailles d’acier, pulvérifer le tout, & y ajouter 2 gros de tartre , & 6 gros de falpêtre; mettre ce mélange , cuillerée à cuillerée, dans le creufet, où, après la détonation , il fondra comme il faut. Le régule qui en provient , coulé dans un mortier cliaud, pefera 12 gros & 7 demi-gros : il fera brillant, compaél, pefant tranfparent, fembiable à du marbre à l’extérieur, mais intérieurement violet, pourpre , avec des teintes de jaune. Les fcories feront noirâtres , ferrugineufes , d’un poids médiocre , c’eft-à-dire, 14 gros, & le déchet de 1 f gros & 1 demi-gros. Si on refond ce régule avec -addition de 2 gros d’antimoine , & parties égales de tartre & de” falpêtre , le nouveau régule que l’on aura, fera encore plus beau & plus pur; il pefera 12 gros; les fcories peferont 3 demi-gros, feront couleur de fer, & le déchet fera de 3 gros & 3 demi-gros. Refondez une fécondé fois ce même régule avec 2 gros de falpêtre & une de tartre, il en réfultera un nouveau régule toujours plus beau & plus pur, qui pefera II gros. Quant aux fcories, qui feront partie noires , blanches & jaunes, leur poids fera de 2 gros & 1 demi-gros, & le déchet de 1 gros & 8 demi-gros. A la troifieme fois qu’on refond je régule, il en renaît un autre très-pur, étoilé, & pefant 9 gros avec des fcories jaunes.
- Autrement.
- Seize gros d’antimoine crud, 12 gros de tartre, 10 gros de nitre, & 8 gros d’acier en poudre, & mis dans un creufet cuillerée à cuillerée, donnent, après la fufion , un beau régule étoilé & très-pur, pefant 6 gros. Les fcories pefent 22 gros , & le déchet eft de 18 gros. Par cette opération , on a un régule plus petit qu’en fuivant le procédé ci-deflùs ; mais aulïi on i’a plus promptement ,& dès la première fufion il eft étoilé.
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- Tome IL
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- 538 REGULE DE FER OU D ACIER,
- Autrement,
- Mettéz dans uü creufet chauffe, 8 gros. de clous de fer, ou feulement, de pointes de clous, 32 d’antimoine pulvérifé , que l’on ajoutera à différentes reprifes , & 3 gros de falpêtre, le tout par cuillerées. Vous aurez; unemafte après la. fulion, de. 39 gros, & le déchet fera, de 4 gros.. De çette mafte , il y en aura 27 gros pour les fcories, qui feront de couleur de fer, ou grifes , & 12 gros pour le régule qui fe détache aifément. Si on le fait refondre avec 3 gros de falpêtre, il donnera un beau régule du. poids de 10 gros, avec des fcories d’un jaune brun , pefant 3 gros & 2 demi-gros ; enforte que le déchet fera de 1 gros & 6 demi-gros. Faites refondre le régule une fécondé fois avec 3 gros de falpêtre j vous aurez un nouveau, régule du poids de 8 gros & 6 demi-gros, avecd.es fcories couleur de boue, pefant 2 gros & 3 demi-gros : le déchet fera de 1 gros & 7 demi-gros., Enfin , ce régule , fondu pour la troifieme fois avec 3 gros de nitre , donne un dernier régule étoilé. , pefant 7 demi-gros , & des fcories blanchâtres du poids de 2 gros & un demi-gros ; le déchet eft de 2 gros & un demi-gros. Ce dernier régule eft des plus, beaux, avec des rayons brillans * mais il n’y a pas tant de fer que dans les autres, puifqu’à une livre d’amimoine on n’a joint que 4 gros, de fer, au lieu, que dans les autres procédés, ou en a. mis le double..
- Du régule étoile..
- On voit , dans ces régules purifiés , principalement la figure d’une étoile,, qui , d’une efpece de centre, répand des rayons vers, la circonférence. Ce centre eft ordinairement plus élevé que les parties adjacentes : cependant; il y a des. régules qui ont au centre une petite cavité.. Dans d’autres, tout; eft également plein & uni. Les rayons fortent du centre comme des lames, d’épées , qui d’abord s’élargilfent de plus en plus , puis fe rétreçiffent'en approchant de la circonférence. Ces rayons font tous differens par leur figure , & repréfentent ceux du foleil. Quelques-uns. penfent. que ces régules font étoilés, tant au-dedans qu’au-dehors ; mais en ayant cafté, un, on n’a. trouvé dans l’intérieur qu’une mafte confufe , remplie d’une multitude de: points brillans en forme de cryftaux. Dans, quelques régules, ces cryftaux; femb.lent tendre, à un centre commun : mais, dans tous les régules, ces, cryftallifations intérieures ne paraiftent. pas toujours avoir du rapport avec l’étoile extérieure, & ne tendent pas toutes à un même centre. L’étoile dont il s’agit, n’eft que fu,perficieile , & elle tire fon. origine des fcories qui. tiennent au régule. C’eft par cette raifon qu’on, la trouve également fur tous; les, régules, grands, & petits^ Le, régule martial fe charge plus difficilement
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- TEINTURE DE MARS A PERI TI VE. 539
- de cette figure étoilée que le régule d’antimoine commuh : mais on eft fur de l’avoir, fi la matière du régule eft en tufion bien liquide. Quelquefois on remarque de la confufion dans l’étoile du régule, fur-tout fi , en le ver-fant, on a un peu penché le mortier , ou le cône qui l’a reçu : car alors la iurface du régule n’a pu prendre une certaine figure déterminée. D’autres fois 011 ne voit fur le régule que la moitié de l’étoile; d’autres fois 011 y voit une efpece de végétation, d’autres fois , des rayons fans aucun ordre régulier. Il y en a même où les veliiges de l’étoile 11e paraiîfent que fur les bords de la circonférence. Tout ceci elt extrait de Lemery , fur Vantimoine.
- Au relie , fi l’on veut favoir plus amplement la maniéré de fe procurer des régules d’antimoine martial, fes différentes diftillations & les autres opérations de chymie , employées pour avoir un régule martial, on n’a qu’à voir mon traité de Iantimoine.
- §. ix.
- De la teinture de mars apèritive.
- i°. Pulvérisez & mêlez 12 onces de fafran de mars & 32 onces de tartre blanc : faites cuire ce mélange dans un pot de fer pendant 12 heures, avec 12 ou 15 livres d’eau de pluie. Remuez le tout avec une baguette de fer; & lorfque la première eau fera réduite, remettez-en d’autre bouillante : laiifez enfuite repofer la décoction. Il furnagera une liqueur noire, qui , filtrée, & mife dans un pot de terre fur le feu jufqu’à ce qu’elle ait pris la confiftance du miel , ou d’un firop épais , pefera 44 onces. Au fond du pot, il relie une matière blanchâtre que l’on rejette comme inutile. C’elt un mélange des parties grolîieres du tartre & du fer ; on appelle cette teinture , teinture de mars tartarifée , & firop doux de mars. Elle eft très-apéritive. Lemery.
- 2°. Prenez une partie d’écailles de fer , & deux du meilleur tartre crud ; mettez-les dans un grand pot de fer avec beaucoup d’eau, & laites bouillir le tout. Plus il bouillira long-tems , mieux ce fera. Si par hafard la matière s’épaillit, il faut mettre dedans de l’eau nouvelle,- enfuite vous goûterez la décoCtion , pour favoir fi elle a un goût de lel, & vous verrez fi la liqueur qui fumage noircit. Si cela elt , paifez la décoCtion à la chaude , & faites-la enluite réduire en une efpece de firop liquide. Quelques chymilles le fervent de cette décoCtion avec de l’efprit-de-vin rectifié , pour faire de la teinture de mars : mais elle elt bien inférieure en bonté à l’autre. Après que vous aurez delféché le rélidu grofiier qui eft refié lur le filtre, & loriqu’ii ne fumera plus, vous aurez un fafran de mars d’un goûtfalé : telle eft la
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- TEINTURE DE MARS AT ERITIFE.
- teinture de mars tartarifée, ou la teinture de tartre martiale. Barchusen.
- 3°. Prenez 8 onces de rouille de fer, qu’il faut humeder avec de l’eau de rofce j mêlez-les dans un pot de fer avec trois livres d’eau de miel, & quatre livres de vin doux ; ajoutez-y quatre onces de fuc de poirée ,• couvrez le pot, & l’expofez à un feu modéré : laiflfez le tout en digeftion pendant trois jours : faites enfuite bouillir pendant 3 ou„ 4 heures > après quoi découvrez le pot, & remuez le mélange que vous reboucherez fur le champ , de crainte que l’évaporation ne foit trop précipitée. Lorfque la liqueur eii noire, on la retire du feu , & on la pafle encore toute chaude par un linge ; après quoi on la met dans un vafe de verre que l’on met dans un bain de fable pour faire évaporer toute l’humidité : c’eft ainfi que l’on fait la teinture de mars. Ce qui refte au fond du pot, ePb une matière terreftre & ferrugi-neufe , qui n’eft d’aucune uîi ité Lemery.
- 40. Prenez deux onces de vitriol de mars pulvérifé, mèlez-les avec autant de fel de tartre, & broyez le tout dans un mortier jufqu’à ce qu’il fqit réduit en poudre impalpable. Il eft agréable de voir que , quoique ces deux fels foient blancs , cependant lorfqu’iis font mélangés , ils prennent une couleur rougeâtre. Il faut bien remuer le mélange ; ce qui le fait mettre en écume qui, expofée à l’air humide, fe réfout en liqueur d’un excellent ufige dans la médecine. Il faut pefer la matière rouge avant & après qu’elle aura été réfolue en liqueur, & faire évaporer au bain-marie l’excédent de fon poids, qui n’efl autre chofe que l’humidité qu’elle tient de l’air, & remplacer cet excédent par autant d’efprit de venus : enfuite il faut lailfer le tout en digeftion dans un bain de vapeurs pendant 24 heures. Lorfque le tout fera réduit à la conftftance du miel, il faudra verfer delfus de l’ef-prit-de-vin tartariféde la hauteur de quatre doigts , & le lailTer en digeftion pendant trois jours & trois nuits : filtrez enfuite la teinture quand elle fera refroidie , faites-la évaporer doucement, & réduifez-la à la moitié ou au tiers. En fuivant ce procédé , on fe procure un excellent remede apéritif. Le Febvre.
- 5°. Ecrasez grofliérement des fcories de fer, celles que rejettent les ouvriers , & verfez deffus du vinaigre de la hauteur de trois ou quatre doigts : laiffez le tout en digeftion pendant trois jours ,afin que le vinaigre fe charge d’un rouge brillantj décantez, & lailfez-le repofer jufqu’à ce qu’il foit bien clarifié. Décantez-le une fécondé fois j c’eft le moyen d’avoir une teinture de mars très-brillante. Kônigéx Boe Silvio.
- 6°. Sur delà limaille de fer bien lavée dans l’eau claire, verfez du fuc de pommes de Borfdorff : mettez cette compofition dans un lieu chaud pendant quelques jours , & pendant cet intervalle ayez foin de remuer fou vent le mélange : paffez la liqueur au travers d’un linge, & laifîèz-la en digeftion
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- TEINTURE DE MARS A PERI TI VE.
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- dans un lieu chaud , jufqu’à cc qu’elle ait acquis de la confiftance ; vous aurez alors ce qu’on appelle Yejjence douce de mars , ou Y extrait doux de ni an. Si vous verfez fur cette eflence de l’efprit-de-vin , & que vous* la îaifliez encore en digeftion pour la filtrer enfuite, vous aurez l’eflence ou l’extrait de mars doux. Konig & Hoffmann.
- Voici comment Valentini décrit cette teinture ou eflence de mars, qu’il dit n’en mériter le véritable nom , que lorfqu’on a 1 aiilé en digeftion , dans un lieu chaud , de la limaille de fer avec du lue de pommes de Eorfdorjf, jufqu’à ce que le tout noircide comme de l’encre, & que par le moyen de la cuiflon, le fuc en foit tiré par extrait, pour le faire enfuite dilfoudre dans l’efprit-de-vin ou celui de cochléaria. Valentini.
- 7°. Sur du vitriol de mars calciné jufqu’au blanc, verfez du vinaigre diltillé de deux doigts de hauteur : laiifez enfuite digérer; lorfque le vinaigre aura pris une teinture rouge , filtrez-le , & réduifez-le en une efpece de iirop comme du miel : verfez enfuite deifus de l’efprit-de-vin redifié , & remettez-le une fécondé fois en digeftion, jufqu’à ce que l’efprit-de-vin foit bien chargé de la teinture * filtrez , faites évaporer au bain-marie juf-qu’au tiers. ColleB. de Leyde.
- 8°. Laissez en digeftion pendant deux jours une partie de rognures de fer calcinées au feu de réverbere, fur laquelle vous aurez verfé trois parties d’efprit de nitre doux, & jufqu’à ce que le mélange fe foit chargé d’une couleur rouge. ColleB. de Leyde.
- 9°. Prenez 14 onces de menus morceaux de fer, une once d’efprit de fel commun, & 8 onces d’eau : laiifez le tout en digeftion durant 3 ou 4 jours, pendant lefquels il faudra remuer le mélange deux fois par jour j ajoutez-y trois onces de cryftaux de tartre pilés , & de l’eau commune en fuflfifance. Faites bouillir le tout dans un pot de fer pendant deux heures , & ajoutez-y de nouvelle eau, s’il en eft befoin ; faites enfuite filtrer la décoction , ou laiflez-la repofer jufqu’à ce que les matières épaiflés foient précipitées : décantez la liqueur clarifiée qui furnagera , & faites-la réduire en firop !éger , que vous conferverez pour l’ufage, après avoir verfé defl'us une demi-partie d’efpr'it-de-vin redifié.
- Ou bien faites bouillir dans autantd’eau que vous voudrez, 3 parties de fer en rognures, & 8 parties de cryftaux de tartre, &cela pendant trois ou quatre heures.' Remuez comme il faut le mélange, & remettez-y de nouvelle eau jufqu’à ce qu’elle foit allez colorée. Faites-le réduire en confiftance de firop, en prenant garde de le laifler brûler. Les parties groffieres & pe-fantes occuperont le fond du pot, tandis qu’au-deflus furnagera le plus clair, qu’il faut décanter & réduire à la confiftance de l’huile, & qui vous donnera la teinture de.mars.
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- U2 TEINTURE DE MARS AP E RI TI VE.
- Ou bien à deux ou trois onces d’eau-de-vie commune, mêlez une once de fleurs de fer ou d'hématite; & pour avoir la même teinture, procédez comme nous venons de l’enfeigner.
- io°. On vante beaucoup comme excellente, belle & couleur de fang , la teinture de mars qui fe fait avec le vitriol de mars, & le fel eflentiel du vin , par l’intermede de l’efprit-de-vin , fuivant le procédé qui fuit de Volfin-Cius. Prenez parties égales de tartre, & de poudre d’efprit de mars non calciné : mêlez-les &expofez-les à la cave, ou dans un lieu humide, pendant trois jours & trois nuits. Au moyen de ce que l’air s'infinue dans les pores, la couleur fe change, & devient en quelque façon fluide. A ce mélange, ajoutez de refprit-de-vin : fur le champ vous aurez une couleur magnifique, qui, mêlée dans du vin , donne une odeur agréable , & exalte les autres couleurs. Kônig.
- ï i°. Sur des morceaux d’acier , nettayez , verfez , autant qu’il en faudra, de vinaigre fait avec du vin tendre & doux. Laiflez ce mélange pendant une heure ou deux : tirez enfuite doucement la liqueur , & verfez de nouveau du vinaigre , ce que vous réitérerez piuiieurs fois. Mêlez enfcmble tous les diflerens extraits , & laili’ez repofer tranquillement, afin que les parties grollîeres le précipitent. Verfez, par inclinaifon , la partie la plus claire, & confervez-la : on l’appelle ejfence noire de mars & apéritive.
- 12°. Voici ce que Barchusen nous enfcigne fur la maniéré de fe procurer ces teintures apéritives. i°. Sur des fleurs martiales préparées par le fel d’antimoine , verfez de l’alkool de vin de la hauteur de deux ou trois doigts. Laiifez digérer à une chaleur modérée: la teinture filtrée à travers le papier fe nomme teinture de mars apéritive volatile. 2°. La teinture de mars, celle que Zvelî'er appelle la véritable, fe fait, quand, a parties égales de vitriol de mars & de terre foliée du tartre, ou pour le mieux, lorfqu’à une once de vitriol de mars, & à une demi-once de terre foliée , expcfees à un feu doux dans un vafe de fer , jufqu’à ce que la couleur vertefoit enlevée , on ajoute fix ou huit fois autant d’efprit-de-vin , laiifant digérer pendant quelques jours & après avoir filtré , confervant cette matière dans une bouteille de verre. 3°. Vedelius eftime beaucoup la teinture qu’on appelle anti-Jcorbutique , & dont voici la préparation : mêlez parties égales de vitriol martial, & de fleurs martiales , de fel ammoniac, verfez fix fois autant d’efprit de cochléaria bien re&jfié; digérez, & filtrez enfuite. 4°. Il faut aufli faire cas de celle dont on attribue l’invention à Lemort. Prenez d’écailles d’acier 4 gros, de tartre blanc 12 gros, d’efprit de fel ammoniac 2 demi-gros, d’eau 3 gros. Mettez le tout dans un vaiifeau de terre ou de verre à col large ; remuez deux fois par jour avec une baguette de fer, en ajoutant chaque jour 2 drachmes d’efpnt-de-vin ordinaire, ce qu’il faut continuer pendant deux
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- TEINTURE ASTRINGENTE,
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- ou trois femaines. Après ce tems, il faut ajouter chaque jour quatre onces de ce qui fuit, d’eau rofe 12 gros , d’efprit de fel ammoniac 8 gros, &
- à la fin ajouter io grains d’huile de géroflie : filtrez enfuite. Barchusen.,
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- §• X.
- Teinture de mars de Ludovic.
- Prenez une partie de vitriol de mars bien préparé, quatre de cryfïaur de tartre, & vingt d’eau ; faites bouillir le tout enfemble, jnfqu’à ce que la matière foit épailïie ,• mettez-la dans un vafe élevé ; verfez deilus douze fois autant d’fprit-de-vin qui aura été rectifié, une fois : faites bouillir pendant 24 heures & plus. Il furnagera une teinture rougeâtre, qui fe fera féparée des matières g-rolfieres qui fe font précipitées. Si par la diitillation on réduit cette teinture à moitié, il fe forme au fond, des cryllaux qui, fondus de nouveau dans l’efprit-de-vin , donnent la teinture de mars. Boerhaave..
- Teinture de mars avec des coings r cydoniata.
- Prenez i gros de limaille de fer très-fine & bien lavée ; verfez deffus dans un vafe de verre à fond large, 6 ou 7 gros de fuc de coings par expreilion ; laiffez digérer pendant quelques jours , jufqu’à ce que le tiers ou la moitié foit évaporée, & que ce qui relie montre au goût qu’il eft fuffifamment chargé de vitriol} filtrez.} & après avoir ajouté un peu d’efprit-de-vin & d’efprit de cochléaria , laiffez à une digeftion douce , remuant de tems en tems le vailfeau : vous aurez ainfi la teinture de mars que nous avons dite. Hoffmann.
- §. XI.
- Teinture ajiringente de fer ou d'acier*
- Prenez trois onces de limaille de fer bien nettayée, mettez-les dans une çucurbite de verre : verfez-y alfez d’efprit de vénus pour les humeéter, & en faire une malle. Mettez, le chapiteau à la cucurbite, & diffcillez jufqu’à. ficcité. Cohobez, s’il y a de la faveur , finon , mettez; plus, d’efprit de> venus fur ie fer, & pouifez à ficcité , comme nous venons de dire : ce qui fe répété trois fois , ou jufqu’à ce que le fer foit changé en fafran fubtil & rouge ,. qu’il faut enfuite broyer fur le porphyre > pour le remettre dans la cucurbite, avec de l’efprit de venus de la hauteur de quatre doigts,. & le diftiliex au. bain-marie, jufqu’à ce qu’il m.oute; de. l’efprit de couleur rouge..
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- Séparez la teinture , mettez de nouveau menftrue , mêlez toutes les teintures , faites-Ies réduire en confiftance de firop, fur lequel vous verferez de l’efpL'it-de-vm , delà hauteur de trois doigts , qu’il faut laitier digérer à la chaieur du bam , verfer , filtrer, & remettre du menftrue , jufqu’à ce qu’on ait toute la teinture. Filtrez toutes les teintures , faites-en évaporer les trois quarts : ce qui reliera , elt la teinture de mars aftringente. Le Febvre.
- 2°. Prenez des récréments ou feories de fer, ou ce qu’on appelle le mâche-fer , que les ouvriers rejettent, & dans lequel il y a encore du fer; calcinez, pulvérifez , mettez dans un vafe, & verfez de l’efprit de vinaigre. Lai.lez le mélange en digeftion dans un vaille au de verre bouché pendant quatorze jours & quatorze nuits , ou jufqu’à ce que i’efprit de vinaigre {bit chargé d’une couleur brune rouge. -Séparez la liqueur : laiifez-la repoier, pour que le plus épais fe précipite. Décantez la partie la plus claire, & vous aurez une teinture rouge pure & limpide, qu’on appelle teinture ajlringente. Colle a. de Leyde.
- 3°. Prenez 2 gros de fer ou d’acier, & trois onces d’efprit dé vinaigre ; metfrez-les dans un vafe de verre, & faites- les digérer au bain de fable pendant 24 heures ; augmentez le feu par degrés, & pouffez-'e jufqu’au troi-iieme ; en un jour, vous aurez une couleur rouge. Filtrez par le papier, & confervez. ColleB. de Leyde.
- 4°. Mettez & mêlez dans un creufet, deux onces de poudre d’hématite & de menus morceaux de fer, avec trois onces de fel ammoniac: tenez le creufet au feu pendant deux heures , jufqu’à ce qu’il ne donne plus de fumée. Que le feu foit doux dans le commencement, & dans l’efpace d’une demi-heure pouffez la matière au blanc : pulvérifez ce qui refte. Prenez de cette poudre, ou deux onces du caput mortimm qui refte après la fublimation des fleurs d’hématite. Verfez fix onces d’efprit de- vin de France : plus vous laifferez en digeftion, mieux vous ferez. Séparez la teinture de ce qui s’eft précipité. ColleB. de Leyde.
- 5. Versez vingt parties de bon vin du Rhin fur de la limaille de fer récente & fans rouille. Laiffez-ies pendant trois ou quatre femaines au frais dans un vafe bouché, l’agitant fouvent. Le vin prendra une couleur noire, avec un goût fiicré, ftiptique , qu’il faut garder pour l’ufage. Si on merdu vin fur le réfldu, il ne prendra prefque plus de cette couleur j ou faites bouillir le fer dans un vaiffeau élevé , & vous aurez la même teinture : filtrez & gardez pour l’ufage. Boerhaavk.
- 6°. Si au lieu du vin de Rhin, on met fur le fer douze parties de vinaigre diftillé , on aura une teinture très-faturée , couleur defang, d’une odeur naufabonde, ftiptique, douce, très-chargée de fer. Il faut les faire bouillir enfemble pendant quelques heures. Si on met de nouveau du vinaigre fi r
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- DE FER OU D' A C I E R.
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- le réfidu , on n’obtiendra plus la couleur du fang, mais Amplement une ma. tiere compofée finguliérement. Si l’on met une once de cette teinture ou de la precedente, dans quelque firop épaiflî, on aura un firop potable de mars. Boerh aaye.
- 7°. L’eau d’acier, ou celle dans laquelle on éteint l’acier, eft d’autant meilleure & d’autant plus propre aux ulages de la médecine, que les extinctions ont été plus nombreufes.
- 8°. Choisissez des fleurs de fe! ammoniac les plus pures, & de la couleur la plus foncée : verfez defsus de l’cfprit-de-vin reélifié. Par le moyen d’une chaleur digeftive, vous obtiendrez une teinture de couleur d’or , que vous filtcerez, & conferverez dans un vaifseau de verre bien bouché. Hoffmann.
- Ou bien prenez le quart d’une livre de limaille de fer , une demi-livre de fel ammoniac, fublimé au bain de fable ; confervez à part les fleurs jaunes, & garantifsez-les de l’air , de crainte qu’elles ne tombent en âeiiquium. Confervez aufli à parc les fleurs noires , qui fe diffolvent à l’air : elles font fort aftcingentes.
- 9°. Des fcories de fer, que les ouvriers abandonnent, on tire une liqueur aflringente , en les arrofant de vinaigre, 8c lardant en digeftion, jufqu’à ce que la menftrue rougi lie. Alors mettez-la dans un pot de fer, & faites - la réduire à la confiltance de miel , duquel on tirera-la teinture , par le moyen de l’efprit-de-vin. On en fait encore en verfant de l’alkool de vin fur le réfidu de la fubiimation des fleurs martiales, principalement fur les petites fleurs noires, qui s’arrêtent au milieu du vaifseau de verre qui a fervi à là fubiimation : mais ces teintures, & bien d’autres que l’on vante, font des opérations fort douteufes , ce qui fe prouve par le peu d’accord desauteurs entr’eux, l’uu difant de la même teinture, qu’elle eft apéritive * 8c l’autre qu’elle eft aflringente. Barchusen.
- Extrait de mars ajiringent.
- Prenez 8 onces de fafran pulvérifé; mettez-les dans un pot de fer; verfez defsus 4 onces de vin rouge ( on peut employer celui qu’on appel le vin de teinte') i couvrez le pot, 8c mettez-îe fur le feu pour cuire la matière; re-muez-la avec une Ipatule, 8c réduifez-ta au tiers : paflez ce qui eft clair par un linge, & faites évaporer jufqu’à ficcité. Lemery.
- 2°. Prenez 4 livres de vinaigre, une livre de fuc de tamarin, faites-les. bouillir en-femble dans un pot de fer : paflez à la chauffe, & éteignez dans la liqueur filtrée une livre de fer. Faites cuire une fécondé fois dans un pot de, Tome IL Z 2 %
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- EAU MA RT I AL E
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- fer, jufqu’à ce que le fuc ait un goût de vitriol: filtrez de nouveau, &’faites évaporer jufqu’à la confiftance d’un firop^épais. Barchusen.
- §. X 1I.
- Eau martiale femhlable a Peau acidulé , ou eau acidulé artificielle.
- Vous aurez de l’eau martiale artificielle en arrofant la mine de fer qui a été pendant plufieurs années expofée à l’air, pour reproduire du vitriol (i)1 d’eau de rofée du mois de mai, ou de quelqu’autre eau diftillée, & filtrant ce qui fe diffout. On rejette fur la mine vitriolique ce qui a été filtré , jufqu’à ce qu’il ne puiffe plus fe charger d’une plus grande quantité de fels: alors cette liqueur eft une eau acidulé artificielle. Pour fe procurer plus promptement du vitriol, il faut broyer la mine , & la mettre dans un lieu humide pour qu’il fe détache. Par ce moyen , on dégage & on fait partir la matière graffe du foufre , & l’acide du foufre ronge le fer , ce qui produit du vitriol. Lorfqu’on a extrait le vitriol, on le met dans un vafe de terre ver-niffé, qu’on place dans une cave ou autre lieu humide. Le vitriol le plus pur paire à travers le vafe, fous la forme de fils très-déliés. Avec line plume ou détache ces fils, & on les fait dilfoudre dans de l’eau de rofée de mai, pour avoir la liqueur dont nous parlons.
- 2°. On tire par la diftillation de la mine de fer récente , mieux encore de celle qui a été quelque tems expofée à l’air, comme celle deHetîe, &c, une liqueur fpiritueufe qui, verfée fur le caput mortuan , & rectifiée par plufieurs coliobntions, donne, à ce qu’on dit, une odeur fembîable à celle de l’ambre & du mufc, & peu différente de l’odeur de fefprit vitriolique de mars, amené à un goût acidulé, agréable par l’addition de l’eau de fontaine. Cette eau mêlée de même, imite les acidulés, & eft très-falutaire dans certaines effervefcences dans les humeurs du corps humain. Kônig.
- 3°. Melez parties égales de poudre de fer ou d’acier, avec du tartre de vin du Rhin j verfez deifus de l’eau de pluie filtrée : vous pourrez former des boules que vous ferez fécher , comme le fcl, dans un four ordinaire à cuire pain. Pulvérifez-les denouveau, & formez-en des boules, à l’aide de Peau de pluie: faites fécher dans le four, & répétez jufqu’à ce qu'il femble que l’acier puiffe fe réfoudre en une efpece de liqueur.
- 4°. Pulvérisez une partie de poudre d’acier, deux de fleurs de foufre î ajoutez de l’eau de fontaine , pour réduire le tout en une efpece de pâte : laif-
- (i) C’eft ce qui fe pratique pour que mortuum qu’on laide long-tems à l’air , eft la mine de fer , dont on a tiré du vitriol, du véritable fafran de mars, qu’il eft aile dç puiffe en donner de nouveau. Ce caput réduire en fer par la fufion.
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- OU EAU A CID U LE ARTIFICIELLE\
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- fez en digeftion pendant i 2 heures -, verfez de nouvelle eau de la hauteur de 3 ou 4 doigts : faites cuire, jufqu’à ce que vous ayez une teinture jaunei' veriez, filtrez, réduifez à un quart : après quelques jours, vous aurez une très belle couleur rouge. CoiieS. de Leyde. '
- 5°- Voici comment Hoffmann prépare les eaux acidulés artificielles. Il dit qu’il eft difficile de préparer les eaux acidulés, au point non-feulement d’avoir la même odeur & de fermenter avec les acides , comme les véritables,* mais encore de leur donner une grande quantité d’efprit élaftique , éthéré , & de les amener au point de jetter des bulles, & d’exhaler une odeur pénétrante : circonftances qui fe trouvent dans les eaux de Se lier, Bach, Arron & Vildiwy. Pour en venir là, voici Comment il s’y prend. J’ai mis, dit-il, dans un vafe de terre à col étroit, une quantité, d’eau fimple la plus pure : d’abord, j’y ai mis une drachme ou un peu plus de fel de tartre bien calciné, & tombé en défaillance. J’ai ajouté de l’efprit de vitriol , plus ou moins, fui van t qu’il était dijfous, mais en allez grande quantité pour l’emporter, après l’ébullition , fur des alkalis que j’y ai joints : après la fermentation, j’ai bien fermé le vafe. Par cet artifice, j’ai obtenu une odeur fem-blable aux acidulés , avec des bulles qui s’élevaient très-haut lorfqu’on ver-fait la liqueur : j’ai auffi obtenu les autres vertus & qualités , au point que je m’en fuis fervi utilement dans les maladies qui demandaient l’ufage des eaux acidulés , lorfqu’il n’était pas poflible defe les procurer. C’eft par cette raifon que je crois qu’on peut imiter les eaux à'Ems , en fe fervant de l’eau la plus légère & la plus pure, & mettant un peu plus de fel de tartre. Si on veut en faire comme celles de Pyrmont, qui font fort chargées d’ochre martial, il n’y a qu’à prendre des eaux martiales naturelles ou artificielles, &y ajouter un peu plus de fel de tartre & d’efprit de vitriol, de façon cependant que la partie alkaline ait le deiTus. Hoffmann.
- 6*. Il y a encore des acidulés qui ont une vertu purgative : comme celles cVFgrœ, qui, quoiqu’elles failent effervefeence avec les acides, donnent après l’ébullition, une troifieme efpece de fel qui eft amer. On peut lesimiter, en y ajoutant une partie de fel d’Epfom, ou de Sedlitz, ou de Glauber, ou de celui que je tire de la magnéfie 8c du vitriol. Par la même raifon , on peut imiter les eaux imprégnées de fel moyen , & qui font très-purgatives , en mettant dans de Peau fimple, d’une bonne qualité, du fel de Glauber, & l’y lailfantfondre ; ou encore mieux, Ci ou tire du fel du mélange de la magnefie & de l’huile de vitriol, par l’intermede d’une terre calcaire & de l’acide vitriolique, comme le fel de ces eaux fe forme naturellement en mettant de ce fel dans l’eau, à la même quantité que la nature en a mis dans les eaux naturelles, quantité connue parleur évaporation & le poids. Enfin, fi quelqu’un eft curieux d’imiter les eaux de Carlsbad, qui font laxatives & très-
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- EAU MARTIALE;
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- alkalines, il pourra réuffir, non pas en choififfant l’eau la plus légère, mais en prenant de celle qui eft chargée de matière calcaire, & en y ajoutant d’abord une difiolutio-n de fel de tartre, enfuite de vitriol, jufqu’à ce que la partie alkaline fc manifcftc, atin que la terre calcaire , marchant avec i’cfprit de vitriol, & formant un fel neutre,, donne à l’eau une vertu purgative. Hoffmann.
- 7*. Mars potable de Viliis. Prenez parties égaies de tartre calcine à blancheur, & de limaille de fer très-pur y pilez-les finement dans un mortier de fer y verfez deflus de l’eau de thériaque & de vers de terre y pilez fortement ce mélange pendant une demi-heure jformez-en une boule , que vous envelopperez d’un double papier, que vous lierez fortement : fufpendez-la dans un lieu chaud & fermé pendant trois ou quatre jours., jufqu’à ce qu’elle foit très-dure. Pulvérifez enfuite, criblez5 & pour un fcrupule de cette matière, mettez deux livres d’eau : vous aurez l’eau, ferrugineufe acidulé de Viliis y, qu’on peut, avec le tems, préparer en auiîi grande quantité qu’on le fou-liaite. Kônig.
- 8°. On fait encore le mars potable de Viliis y en mettant parties égales de fer & de crème de tartre pulvérifé, & y ajoutant de l’eau , ou un autre liquide, comme du vin, du vinaigre, &c. On en forme des boules , qu’on fait cuire à la fumée. Le grand travail eft de pulvérifer ces boules , y mêlant quelque liquide pour les former de nouveau j ce qu’il faut recommencer, jufqu’à ce que la matière foit auffi fubtile que l’eau. Ce mars potable eft femblable par le goût, les qualités & la compofttion, à la teinture d’acier tartarifée, dont nous avons parlé.. Leurs, principes font les mêmes,. Bar-e.nusEN.
- §. XIII..
- Fleurs de fer ou d'acier*
- Prenez parties égales de fafran de mars , calciné avec le foufre, 8c de fel! ammoniac pulvériféj mettez ces matières dans une cucurbite de verre , couverte de fon chapiteau, les jointures bien luttées, & placée au bain de fable j, donnez par degré le feu de fublimation. Lorfq.u’une partie du fafran & du fel ammoniac fera élevée fous la forme de fleurs jaunes , il faut tirer ces fleurs, les broyer & les mêler avec ce qui refte dans la cucurbite : ce que l’on répétera cinq à fixfois, & même jufqu’à ce que le fafran de mars foit entièrement; monté fous Informe de fleurs, avec le fel ammoniac. Hoffmann.
- 2°. Prenez parties égales de limaille de fer non rouiilée, & de fel ammoniac fec ; mettez-les enfemble en poudre très-fine ; lublitnez dans une cucur-feite de. verre, garnie d’un chapiteau, de même matière , mife au bain de fable»
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- Il fortira d’abord une liqueur enflammée, très-vive, volatile, prefque fuffo-cante, après laquelle il montera des fumées blanches, .qui fe condenseront en fleurs defel ammoniac» En augmentant le feu, il s’élève des fleurs de toutes efpeces& de différentes couleurs ,que leur variété -fait appeller demars. Le corps du fer relie au fond, fi fort pénétré par le fel ammoniac, que mis à l’air, il entre prefqu’en fermentation. Sa fubftanee eft donc changée, puif-qu’il s’enfle, qu’il devient fpongieux, fe décompofe, & fe réfout en liqueur oléeufe : fi on expofe ces fleurs à un air humide, elles fe réfolvent en huile, & ce qui eftrefté au fond donne la teinture. Bqerhaave.
- Prenez des écailles de fer, de celles qui tombent quand on bat le fer à chaud, avec parties égales de fel ammoniac. Pulvérifez le tout, & mettez-Ie dans une cucurbite bien luttée; fublimez enfuite à feu ouvert, comme c’efl: la coutumej il viendra d’abord de l’efprit urineux du fel ammoniac ; à la fin il montera des fleurs couleur d’orange, qu’il faut ôter fi-tôt que l’opération efl: finie , pour les eonferver dans un vailfeau de verre. L’air les fait changer de couleur & de figure. On fait de pareilles fleurs avec la pierre hématite broyée en poudre impalpable , comme nous le dirons. Ces dernieres ont une couleur plus brillante que lorfqu’on a employé du fer» Le réfidu de la fubli-mation tombe à l’air en liqueur, qui eft aftringente appliquée eu dehors, & apériiite prife intérieurement. Barchusen*
- S. XIV»
- Huile de Mars*
- Prenez du fafran de mars fait par réverbération ; verfez defliis de l’efprit de vitriol bien concentré : laiffez digérer ; tirez plufieurs fois la teinture, en y mettant de nouvel efprit-de-vin, avec de l’eau de fontaine : faites réduire ces teintures à la confiftance du miel ; faites enfuite fublimer cette matière dans une cucurbite peu élevée , & vous aurez des fleurs qui, expofées à l’air fe réfoudront en*une liqueur couleur d’or, qu’on appelle huile demars.
- S*. D’autres peunent du fafran de mars fait par Peau-forte, qui dilfout toute forte de fer. Ils y ajoutent deux livres de cailloux calcinés » & diftil-lent dans une retorte bien îuttée, donnant un feu doux pendant 12 heures 5 enfuite en augmentant le feu , ils obtiennent une huile couleur de fang.
- 30. Prenez du fer à volonté, que vous ferez dilToudre dans de l’efprit de fel ammoniac; diftiilez la folution dans une retorte, vous aurez un .efprit chargé, de la vertu du fer, de faveur douce : il s’appelle huile blanche de mers.
- 4\ Vitriol de mars $ar défaillance, Si vous mettez, de la chaux rouge de
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- vitriol de mars dans un vaiffeau ouvert de verre , & que vous l’expofiez a l’air libre , elle attire l’humidité , comme le fel alkali fixe, & fe réfout en forme d’huile rouge, C’eft une production des huiles métalliques. De-là il paraît que l’art peut tirer de tous les métaux, du beurre ou de l’huile par défaillance. ' Plus vous lailferez liquéfier de fois le fer & le fécherez, plus vous dégagerez fes parties , de façon qu’à la fin il deviendra volatil. Boer-HAAVE.
- §. XV.
- Du fel de mars, ou du vitriol préparé avec le fer.
- Il n’eft pas queftion ici du vitriol de mars proprement dit, mais du fel de mars. Nous parlerons du vitriol dans un autre endroit.'
- i\ Si d’un morceau de fer, chauffé au blanc & jettant des étincelles, on approche un bâton de foufre jaune, dans l’inftant l’acide du foufre ronge le fer , ce qui le fait fondre. On reçoit les gouttes dans un vafe où il y a de l’eau , & cette eau prend fur le champ le goût du vitriol. Ayant fait évaporer cette eau , lorfqu’il paraît delfus une efpece de croûte , & qu’enlùite ou la place dans un endroit frais, il fe forme du vitriol Barchusen.
- 2°. La méthode la plus ordinaire eft de verfer de l’efpnt de fel ou' de l’huile de vitriol fur des écailles de fer. Lorfque la fermentation e:L pailëe , on ajoute de l’eau , & on les fait cuire dans un pot de fer ; enduite on filtre & on évapore fuivant l’art. On fait de même un concret lalin avec le fer, en verfant defsus, ou de l’efprit de fel , ou de l’efprit de nitre, ou du vinaigre diftillé , ou quelqu’autre acide.- Les vitriols cependant lune diherens , fuivant les différentes efpeces des;acides ; car chaque acide a un arrangement, une configuration qui lui eft propre , & qu’il communique au fer ainfi qu’il eft aifé d’en juger à la couleur & au goût.
- Si vous préfentez un morceau de papier allumé à des écailles de fer fermentantes avec l’acide vitriolique, vous verrez à la fuperficie une flamme accompagnée d’un certain bruit, & qui s’éteindra â l’inftant. Barchusen.
- 3°. On en obtient de la précipitation du vitriol qui eft fort chargé de fer. On plonge des morceaux de fer rouge dans ce vitriol, difsous dans l’eau, jufqu’à ce qu’on ait fait partir une faveur arr.ere qui vient des particules du cuivre, & que la difsolution foit d’une laveur douce. Le vitriol d’Angleterre, ou tout autre qui fera doux & verd, convient mieux à cette opération que celui de Goslar, d’Hongrie ou du Tiroi, qui eft chargé de cuivre. Cependant, fi l’on fait cuire quelque vitriol que ce foit dans un pot de tprre avec des écailles de fer , & une quantité d’eau fuffilànte , les particules
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- tle cuivre fe précipitent, & s’attachent au fer. Si, à la première cuiiTon, il refte du cuivre , il faut en répéter une faconde , avec de nouvelles écailles de fer , jufqu’à ce que vous ayez lieu d’être content. Barchusen.
- 4. Avec des lanies minces de fer, on fait aifément le vitriol de mars, enverfant delîus , comme 011 l’a dit, de Pefpritde vitriol ou defoufre, qui corrode les particules falines du fer, fur-tout lorfqu’il eft en cryftaux: mais il faut préférer au foufre Pefprit de vftriol, ou celui qui a beaucoup de parties métalliques. Cet efprit de vitriol , joint à la limaille , mis dans un vafe de verre, & arrofé d’eau , s’échauffe au bout de fix heures, & forme une malTe brune tirant fur le noir, qui , tirée fur du vafe, & allumée avec un charbon, donne du vitriol blanc d’un goût très-agréable.
- Villis dit que le fel ammoniac, tombé en défaillance, diflout de même le fer , & le difpofe à la cryftallifation , & que le vitriol a une faveur douce, avec une efpece d’afpérité ftiptique. Kônig.
- ï°- Dans de l’eau pure, qui foit chauffée, mettez la quatrième partie d’huile de vitriol , en y ajoutant de la limaille de fer : elle s’échauffera dans L’in fiant avec une grande effervefcence & une odeur de foufre , pareille à celle que l’on fent dans les minières. Le vafe caffera , fi on n’a pas eu foin de le boucher. Alors la liqueur n’eft plus acide , mais d’un goût vitriolique doux. L’acrimonie a été entièrement îeparée par l’huile de vitriol. C’efl ce qu’on appelle la calcination des métaux par la voie humide ; opération qui les rend capables de fe mêler à l’eau, & par conféquent potables. Lorfqu’à ce mélange on ajoute un peu de limaille de fer non rouillée, il y aura dans l’inflant une violente effervefcence , avec une odeur d’ail ou d’œufs pourris. La liqueur deviendra fur le champ toute laiteufe. Il faudra continuer ,en jettant toujours de la limaille, jufqu’à ce qu’il n’y ait plus d’eflervefcence notable. Cette liqueur eft douce, fans acidité : elle eft la bafe de toutes les couleurs noires. Si on la filtre , elle devient verdâtre. Réduite à pellicule par un feu doux, elle donnera des cryftaux verds d’une faveur douce. On donne différens noms à ces cryftaux. Ils font entièrement folubles dans l’eau, & fondent aifément au feu. Ce vitriol difîbiis dans une grande quantité d’eau , refîemble fi fort aux eaux de Spa , qu’on 11e peut les diftinguer. Pour cela, dans trois livres d’eau pure, il faut mettre trois grains de fel, &une goutte d’huile de vitriol. BoêrhaAVE.
- 6°,. Si on met de l’eau fur du fafran de mars, fait avec parties égales de limaille de fer & de fleurs de foufre, qu’on tire la dilfolution , & qu’on la faffe épaifîir fuivant fart, on obiiendra du vitriol de mars.
- 7*. Si on met parties égales d’efprit-de-vin S d’huile de vitriol dans un pot ou vafe de fer 3 qu’après l’avoir expofé quelque tems au foleil, on!le mette à l’ombre , on verra comment la liqueur s’unit au fer dü vafe, & forme
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- un fel. Séchez, tirez ce feldupot, & confervez-le dans une bouteille bien bouchée. Il eft à propos de fe fervir d’un pot neuf de fer. De deux onces d’efprit-de-vin , & deux onces d’huile de vitriol, on obtient cinq onces de vitriol de mars. Si on employait le vitriol demarsfeul, comme il pénétré aifétnent le fer, & qu’en peu detems il le brûle, on n’obtiendrait qu’un fel ou vitriol impur. On peut mettre de la liqueur d’un doigt de hauteur, & la laiflfer pendant deux jours. On prépare ce fel plus aifément l’été que Phi-ver-, il faut quelquefois if jours dans cette derniere faifon. Si on met à la cave ce fel ou ce vitriol, il tombe en une liqueur qu’on appelle huile de mars. Le MER Y.
- 8°. Mettez 8 onces de menus morceaux de fer dans un grand matras î verfez delfus deux livres d’eau commune, & une livre d’efprit de vitriol; remuez le mélange : mettez en digeftion au bain de fable pendant 24 heures. La partie la plus pure du fer fera dilToute. Décantez la liqueur , & jettez la matière terreftre quielt au fond. Filtrez la liqueur, mettez-la dans une curcubite au bain de fable, & réduifez à pellicule. Placez enfuite ce vafe dans un lieu frais : il fe formera des cryftaux verds , qu’on peut tirer en verfant la liqueur doucement & avec précaution. Faites une fécondé fois-évaporer cette liqueur jufqu’à pellicule, & mettez enfuite à cryftallifer dans un lieu frais; ce qu’il faut réitérer jufqu’à ce qu’on ait tiré tous les cryftaux, qu’il faut fécher & conferver pour l’ufage dans une bouteille bouchée. Pendant que fe fait la dilfolution , la liqueur s’échauffe beaucoup , & fe purifie. Lemery.
- 9°. Mettez en digeftion de la limaille de fer avec dix fois autant de vinaigre diftillé , jufqu’à ce qu’elle foit dilToute en entier , ou pour la plus grande partie : la folution a un goût fucré ; fi non il faut ajouter une nouvelle portion de limaille. Diftillez la folution au bain-marie jufqu’à ce qu’il n’en refte que le tiers ou le quart, que vous mettrez tout chaud dans un vafe bien bouché. LaiiTez-la refroidir, & mettez-la à la cave : au bout de quelques jours , elle vous donnera des cryftaux , qu’011 appelle fel de mars. En verfant la liqueur, on tire les cryPcaux avec un fil de fer ; on les met fécher fur du papier, & on les enferme, Stahe.
- io°. Mettez dans une'cucurbite de verre ,de la limaille d’aiguille très-pure; verfez dediis , à plusieurs reprifes, de l’efprit acide de vitriol non déphlegmé , jufqu’à ce que la limaille en foit bien pénétrée : remuez avec une baguette de fer, prenant garde que le vafe de verre ne calfe. Verfez fur le champ de l’eau de pluie diftillée , ou non, mais recueillie dans le-tems des équinoxes. L’eau doit préalablement être chaude & prefque bouillante. Mettez la cucurbite au bain de fable; tenez le tout eii digeftion pen-' dant 13 heures ; après cela , filtrez la liqueur très-chaude, & faites évaporer
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- à moitié , puis lailfez cryftallifer dans un lieu frais. A la longue, vous verrez au fond les cryftaux, ainü qu’aux parois du vafe. Ils font beaux, de couleur verte : on les fait fécher,en les plaçant dans un papier roulé. Si on en veut une plus grande quantité , il n’y a qu’à continuer l’opération , en verfant de i’efprit de vitriol fur la limaille quirefte, y mettre de l’eau chaude , filtrer, évaporer & cryftallifer jufqu’à ce que toute la fubltance métallique foit changée en vitriol. Quand le fer eft pur, il refte peu de terre; mais la quantité de vitriol eft beaucoup plus confidérable que celle de la limaille. Quelquefois cela va au triple, ce qui vient de I’efprit de vitriol qui s’incorpore avec le fer. Il faut aulli obferver que la meilleure efpece fe fait avec le vitriol commun : elle eft même plus efficace en médecine, & agit plus promptement. Ceux qui veulent faire le meilleur fafran de mars, & le plus utile, doivent calciner quatre onces de ce vitriol à feu ouvert, dans une boite de fer , & continuer la calcination jufqu’à ce qu’on ait une très-belle poudre fubtile, rouge , & fans faveur. Le Feëvre.
- il*. Prenez une demi-livre de. limaille de fer ou d’acier , fine & pure; mettez-la dans un vafe de terre ; arrofez-la de vinaigre diftillé, jufqu’à ce qu’elle foit réduite en pâte , qu’il faut faire fécher au bain-marie. Lorsqu'elle fera feche, il faut la porphyrifer , enfuite l’humeéler avec du vinaigre , fécher, pulvériler, & humecfter jufqu’à ce qu’au goût on puilfc être alluré qu’on a un fel doux : mettez enfuite la poudre dans une cucurbite ; verfez delfus du phlegme de vinaigre de la hauteur de fix doigts. Mettez la cucurbite au bain de fable; chautFez jufqu’à ébullition, pour mieux extraire la partie du fer. Il faut obferver que i’on doit mettre de nouveau phlegme de vinaigre en place de celui qui s’évapore, jufqu’à ce que la menftrue foit allez chargée. La liqueur refroidie, il faut la filtrer, & la remettre enfuite au bain-marie , pour la réduire au tiers ou au quart : mettez enfuite la cucurbite dans un lieu frais, pour que le fel fe cryftallife. Faites encore évaporer la liqueur qui fumage les cryftaux, & continuez ainfi à évaporer & cryf-taîlifer, pour en obtenir une plus grande quantité. Faites fécher ces cryftaux; & lorfqu’ils feront fecs , verfez delfus de l’alkool de vin, à la hauteur de trois doigts. Luttez bien le vafe , & laillez en digeftion pendant fept jours. Ouvrez enfuite le vafe, mettez-y le chapiteau , & fubiimez l’efprit-de-vin au même degré de chaleur. Vous trouverez au fond du vafe le fel de mars 9 excellent pour les obftru&ions. Le Febvre.
- 12e1. 'Il faut d’abord préparer de la meilleure eau-forte, avec parties égales de vitriol & de falpètrc. Dans une livre de cette eau-forte , faites ditfou-dre quatre onces de falpêtre pur & fec ; enfuite mettez une cucurbite fur des cendres chaudes , & dans la cucurbite , fix onces d’acier. Les morceaux d’acier peuvent avoir deux doigts de longueur & un d’épailfeur. Ver,fez Tume il Aaaa
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- deffus l’eau forte , &îai(Tez-la travailler. Il faut que la cucurbite foit grande," parce qu’il vaut mieux di(foudre de la limaille d’acier , que des morceaux plus gros. Dans ce cas , le vafe s’échaude promptement , il fe fait une grande ébullition > au lieu que , quand les morceaux d’acier font plus gras, ils ne font pas fi aifément pénétrés, & l’eau-forte agit plus lentement. Néanmoins la diflblution prend un certain degré de chaleur. Lorfqu’elle elt foi te, il fout verfer delfus deux livres de vinaigre diftillé , chaud, mais par reprifes, & en petite quantité à chaque fois. Il fout auffi un peu remuer la matière du fond. Lailfez digérer au bain-marie pendant trois jours., ce qui fait beaucoup rougir la folution $ enfuite filtrer , réduire au tiers par la chaleur du bain & la diftillation , & mettre la cucurbite dans un lieu frais. Il fe formera des cryftaux rouges , qui ont encore quelques impuretés , dont il fout les priver. Faites évaporer la liqueur qui refte, afin d’avoir tout ce qui peut fe cryftallifer. Mettez tous les cryftaux enfemblei verfez delfus une quantité convenable de vinaigre diftillé : filtrez la folution , & réduifez-la à moitié au bain-marie i mettez à cryftallifer , continuez cette opération ,.di(fol-vant, filtrant, diftillant & cryftallifant , jufqu’à ce que vous ayez de beaux cryftaux rouges & tranfparens , & qu’il ne refte plus rien dans le vafe oùfe foit la cryftallifotion. Faites fécher les cryftaux dans du papier roulé, à une chaleur douce > mettez-les dans une bouteille , & confervez-ies pour i’ufoge. Ce fel apéritif eft excellent : on l’appelle vitriol de mars, ou cryftaux de mars. Le Febvre.
- 130. Faites diifoudredu tartre dans de l’eau qui a fervi aux ouvriers à éteindre l’acier : mettez-y des morceaux de fer ; l’acide du tartre les attaquera. Filtrez , évaporez , mettez à cryftallifer dans un lieu frais. C’eftun excellent apéritif : on le compte parmi les meilleurs fecrets.
- Brandt rapporte que , fi on a foit diffoudre de la limaille d’acier dans Peau-forte, qu’enfùite on ait foit évaporer à ficcité la folution , & chafle* Je phlegme, en mettant le réfidu dans une cucurbite , d’abord à un feu lent , & enfurte plus fort, il monte un efprit brûlant, & auffi fort que l’huil e de vitrioL
- Remarques.
- ' Je' paffe fous filen.ee cette quantité immenfe de préparations chymi-ques, qui fe font avec du vitriol de mars, & dont je parlerai en traitant des vitriols, comme les divers efprits tirés du vitriol i le doux, le tarta-rifé, lefulfuré, le coagulé, l’apéritif de Penot j le tartre vitriolé > fon efprit volatil, philofophique, anti-épileptique de Paracelse & de Qjüer-cetan, anodin & narcotique de Pinerius & de Mynsicht ; le foufre de yitriol .anodin , fixe & volatil, la teinture & i’eifence de ce foufre, fon
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- DE D H E M A T I T E.
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- baume foporifique ,* les fleurs de ce foufre rouge par le vitriol; la terre métallique ou ochre du vitriol ; la terre douce du vitriol ; le Tel de vitriol ; l’eau ftiptique ; la pierre médicinale & admirable; la pierre philofophique de Hellmont ; Yarcanum duplication ; les huiles du vitriol de mars, Tes teintures ; les fafrans,- l’ame de M y n s i ch t ; la panacée du vitriol ; la poudre de fympathie ; & plufieurs autres, pour lefquels vous pouvez recourir à mon traité dit? vitriol.
- §. XVI.
- De l'hématite.
- Sublimation de l'hématite en fleurs.
- Quelques-uns penfent qu’on peut fublimer le fer en fleurs très-fubtiles, qu’ils appellent neige de fer : d’autres prétendent qu’on ne peut avoir ces fleurs , ou neige dé'fier, que lorfqu’il eft mêlé avec de l’antimoine.
- i Prenez une partie d’hématite fubtilement pulvérifée , deux parties de fel ammoniac aufii pulvérifé : mêlez-les biens enfemble , & faites fublimer dans un alambic , par un fort feu de fable : mettez à part l’efprit de fel ammoniac qui fortira le premier ; délayez dans de l’eau7 ce qui montera en-fuite : filtrez au papier brouillard ; faites précipiter par l’infufion de l’huile de tartre par défaillance, jufqu’àce que l’eau devienne blanche & claire édulcorez le précipité , & vous aurez les fleurs de la pierre hématite.
- 2°. Prenez une partie d’hématite , une demi-partie de fel ammoniac ; ré-duifez en poudre impalpable ; filtrez, & mêlez-les dans un mortier pendant un quart d’heure. Mettez ce mélange dans une cucurbite, luttez les jointures : augmentez le feu par degrés jufqu’à ce;que la fiublimation fe fade. Au feu doux, monte l’efprit de fel ammoniac ; enfuite , le feu étant augmenté , les fleurs d’hématite montent & s’attachent aux parois de l’alambic, & font de couleur d’orange : quand tout eft refroidi, on ôte le chapiteau,, on tire les fleurs , & on Les conferve , en les garanjtiflant de l’air. On.trouve au fond 1 eca-put mortuum de l’hématite , brillant de lames très-belles. A l’aide d’un violent .degré de feu on pourrait en tirer du fer. ColleS. de Leyde.
- Dans la fublimation , il vient d’abord un peu d’efprit volatil urineux ; à la fin"; les fleurs jaunes montent ; il 'faut les conferver , après l’opération , dans une bouteille bouchée. Elles attirent aifément l’humidité , & pâliifent : dan-s ce cas , il faut les mettre dans un vafe , & les fécher doucement fur le feu ; elles reprendront leur couleur vive. Earchusen. < : . , . » _.Jr
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- fî(? SI I: II E M A ‘7 I T E:
- Liqueur Jliÿtiqm d’'hématite*
- Exposez à Pair le réfidu de la fubltma-tionTTuîqifà ce qu’il foit réduit en liqueur; ou bien a joutez-y allez d’éau pour qu’il (oit en liqueur é.pailie, qu’il 3tVy a plus qu’à filtrer , pour la confier ver, Barçhusen^ - ]
- Teinture d'hématite*. * - • *
- La meilleure hématite , pour les ufàges de la chymie, eft celle qui fe* çalfe aifément, qui eft friable , d’une dureté égale , iàns taches , qui a des, veines , & qui eft de couleur de fang caillé. Lavez dans plusieurs eaux le ca-. put mortuum refté au fond de la cucurbite après la fubiimation des fleurs; d’hématite, jufqu’à ce qu’il ne donne plus de teinture :, filtrez chaudement ces diflolutions ; faites - les'coaguler à un feu violent; tirez enfuite la couleur, en y ajoutant de l’efprit-de-vin ( il vaudrait mieux employer l’efprit; de coings ou de prunes fauvages), & cela autant de fois que vous colorerez la teinture, qu’il faut filtrer à travers le papier. A la longue , il fe précipite une: poudre très-fubtile, qu’il fautfécher après avoir verle la teinture. Lorsqu’elle eft féchee , il faut y verfer de l’eau , qui fe chargera du fel ammoniac , dont, elle eft encore imprégnée. Enfin, il faut fécher'cette poudre , & la conferver feule pour l’ufage de la médecine ou la. mêler aux fleurs de l’hématite. On doit faire évaporer l’eau, pour que le fel ammoniac puitfe fe coaguler. Quand; on l’a_purifié , c’eft un diaphorétique pour les fievres , parce qu’il eft com-pofé de fel ammoniac & d’hématite , ce.-qui fait qu’on l'appelle fel ammoniac diaphorétique d'hématite.. .On pourrait encore calciner & laver le dernier refit, du ou caput moYtuwm de l’hématite, ou de la fubftaiicc qui a fourni leS'fljeurs, & la teinture. Crollius , des. fcories de l’hématite ou du fchifte , dont on a: tiré le fer , comme des fcories bleues, tire d’abord une teinture , enfuite de l’elfence de fafran de mars. Perfonne ne doute même qu’on ne puilfe obtenir delà teinture. B A u.scit. ' J j
- Sur le réfidu de ladiftillation , mettez de l’efprit-.d'e-vin* de la hau-. teur de deux doigts : laiifez digérer pendant plufieurs jours ; filtrez la teinture^ confervez-la dans une bouteille bien bouchée. Dans l’ëfpaçe de l’alambic, qui eft entre le caput mortuum & les fleurs , il s’attache de petites ' fleurs noirâtres , d’un goût très-auftere, qui,mifes dans l’elprit-de-vinv augmentent la force aftringente'de la teinture. Barghüsen.
- 3°. Prenez deux parties de la pierre' hématite broyée , trois de fel am-. «îoniac ; mêlez exactement dans un creufet que vous tiendrez à un feu, doux pendant une heure ou deux , jufqu’à ce que les vapeurs paraiflent; ççflk,. Augmentez le feu 3; & foutenez>ie pendant un jour, au point qua
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- îecretifetfoit rouge. Pulvérifez le réfîdu, & mettez-en5 une drachme dans trois d’efprit-de-vin rectifié : 1 aillez , digérer pendant 24 heures : tirez le clair, que vous confervevez pour i’ulage. Hoffman..
- 40. Prenez du caput mortuum après la fublimation des fleurs d’hématite» avec le fel ammoniac; mettez-le trois fernaines à la cave, où il tombera en défaillance. Cette liqueur eft de couleur d’or, ou jaune, & très-aftringente.. Si on la fait évaporer àûçcité , on obtient une menftrue ,j à l’aide de laquelle on diffoutles métaux» en la préparant de la maniéré fui-vante. Prenez douze onces de ce fel, & fix onces, d’efprit-de-vin redifié ,, que vous mêlerez-,& lailferez digérer pendant quelques jours.. Mêlez avec une quantité; fuffifante de terre ordinaire ou d’argille, le fel qui refiera.. Diftillez dans une retorte. de verre, au point que la retorte i’oit rouge : vous aurez un efprit acide, qu’il faut conferver dans une bouteille de verre.. On l’emploie pour tirer les parties les plus fiibtiiqs,. ou les foudres , des métaux,, comme l’or, l’antimoine., Collecr. de Leyde,
- •)\ Versez fur des fleurs d’hématite grofïiérement broyées , de l’efprit». de - vin redifié de la hauteur de deux doigts. Laiffez digérer fix ou . fept jours. Le plus long-tems eft le mieux. Vous aurez une teinture de couleur d’or , qu’on appellq ejfence apéritive. St la teinture & les fleurs ne font pas belles , on peut fublimer ces fleurs avec de nouvelle hématite, au lieu de fel ammoniac., Qn obtient du caput mortuum une pareille teinture.,. Colletï, de Leyde.-, ,
- Magiftere d'hématite».
- Calcinez 6 gros d’hématite en pourdre, avec 8 gros de foufre très-, pur, jufqu’àee que le foufre foit eonfumé : pulvérifez la matière , verféz deffus du fort vinaigre diftillé » animé, d’efprit de vitriol : après avoir lai!fé digérer pendant quelques jours dans un lieu chaud, ou fur du fable-chaud , la liqueur qui a été tirée , faites précipiter par le moyen de l’huile; de tartre en défaillance; édulcorez plufieurs fois le précipité avec de l’eau chaude ; fé.chez & gardez pour l’ufage le. ré fi du qui eft de couleur rouge*. Bausotl.
- jEfprit dhématite çjf de fer
- • L’hematite donne , par la retorte , un; efprit femblafele au vitriol par-Podeur & le goût, Bausch%
- 2°. Distillez enfemble de; l’hématite & du fel ammoniac, fublile-ment pulvérifés, & mélangez avec foin : il monte d’abord l’efprit de fel ammoniac, ardent, urineux. Si on augmente ie feu , le fel ammoniac fe: fubiime , &. entraîne, des fleurs d’hématite. colorées, comme, des écorces,
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- DE V H E M A T I T E.
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- d'oranges. Réduifez en poudre fine ces fleurs ; verfez deflus de l’efprit-de-vin re&ifié , pour tirer la couleur; ce que vous répéterez tant que l’el-prit-de-vin fera coloré. Diftillez ces ditférens elprits au bain de fable; il reliera au fond de la cucurbite un feDmagnifique en couleur, qui aura l’odeur du fafran , & qu’il faut conferver. Mettez en poudre le captif mor-tuunii verfez deflus du meilleur efprit-de-vin (on pourrait fe fervir de celui qui a été dittillé des cryftaux ) pour tirer la couleur ; répétez tant qu'il, y aura de la couleur : diftillez au bain ; il reliera au fond un fel comme la première fois. Ce fel dillillé à un feu doux dans une retorte de verre, luttée au fourneau à vent, donnera l’efprit de fel ammoniac acide corrofif : en augmentant le feu, on obtient des fleurs. Après la dillillationmêlez l’efprit corrofif avec les fleurs qui font reliées dans le col de la retorte; dillillez lentement dans une retorte de verre ; l’efpri; fortira , & les fleurs refieront au fond : mêlez ces fleurs aux premières, & mettez-les à la cave pour qu’elles tombent en défaillance. Bausch.
- 3e. On peut, du vitriol de mars , tirer un efprit acide, en le- difbillant dans une retorte au feu de réverbere , comme on fait pour le vitriol. Cet efprit a la même force que celui du vitriol ordinaire. Le caput mortuum effc un compofé de fer, qui peut êcse dégagé de l’efprit de vitriol : c’ell l’efprit acide de mars. Lemery.
- 4°. Au vitriol de mars , fait avec la mine de fer, mêlez partie égale de fel ammoniac; verfez delfus dë l’efprit-de-vin commun, de la hauteur de quelques doigts,- laiflez en digeftion pendant huit jours ; décantez la dif-folution ; remettez de l’efprit-de-vin, & réitérez jufqu’à ce que toute Ja couleur & la faveur foient extraites; mettez ces dilfolutions dans une retorte faites partir l’efprit-de-vin, par le moyen du feu ; ayant augmenté la chaleur, vous aurez l’efprit de mars acide, avec des nuages blancs,-d’une odeur très-agréable de foufre. Konig ex Hoffmann.
- Huile d'hématite.
- Pulvérisez fubtilement l’hématite , & calcinez avec partie égale de verre ou de foufre; lavez plufieurs fois dans l’eau de pluie , & féchez; verfez de l’efprit-de-vin , & laiflez en macération : diftillez une fécondé fois; calcinez ce qui relie au fond, lavez, diftillez jufqu’à ce que le réfidu fonde dans l’efprit-de-vin, comme de la neige : enfin, par la cuif-fon , on obtient un fel qui, mis dans un lieu humide, tombe en défaillance. Bausch.
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- DEL' HEMATITE. ^9
- PêduBion de P hématite en quint effen ce & enfeL
- Mettez en poudre impalpable de l’hématite , avec le double de foufre» cémentez pendant fix heures > calcinez & remuez la matière fous la moufle pendant deux heures, dans un Fourneau d’eflai ; jettcz la matière enflammée dans le plus fort vinaigre cîiftillé ; édulcorez la poudre dans de l’eau commune; féchez; faites-en enfuite des boules avec de l’eau-rofe, fur lefquelles vous verferez de l’efprit de genievre; digérez un peu de tems , jufqu’à ce que toute Pelfence foit extraite; filtrez par le papier; tirez l’efprit au bain-marie, afin que Peffence demeure au fond ; édulcorez le réfidu ; jettez delfus de l’eau corrofive de miel ; ôtez l’eau ; par une féconda diflillation , édulcorez le fel avec l’efprit-de-vin. Bausch.
- Ame de l'hématite*
- Sublimez une partie d’hématite , & deux de fel ammoniac ; vous aurez un beau fublimé rouge. Edulcorez ; vous trouverez au fond du vafe , ce qu’on appelle l'ame de mars, ou ce qu’il y a de plus fubtil dans le mars t faites l’extraélion du fel d’or : fixez cette ame de mars pendant fix femai-nes; le réfidu fe changera en argent : ce fel qui aura été tiré , eft aluifè brillant que les rubis. Bausch ex Vittigiug.
- Hématite brûlée*
- Préparez l’hématite en la chauffant, & l’éteignant dans du fiel de bœufi c’eft ce qu’on appelle l'hématite] brûlée. Bawsch.
- Pilules d'hématite.
- Pulvérisez finement l’hématite, faites-la cuire dans de l’eau commune & de plantin : diftillez pendant 7 ou g heures , afin qu’elle devienne comme une terre graflè. L’eau évaporeé, on peut en faire des pilules , & les marquer. Galenus les prépare, en frottant l’hématite, fur une pierre àaiguifer, & ramaflant le fuc~
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- fSo OBSERVATIONS SUR LE FER.
- §. XVII.
- Recueil de différentes obfervations touchant le fer•
- De la p efauteur fpécifique du fer, & de V augmentation de Jon poids.
- L’eau de pluie eft au fer forgé, comme 1000 eft à 7217* D’autres, fondés fur l’expérience, ont trouvé que le rapport était de 1000 à 7645, ou de 1000 37914. D’autres, de icoo à 8000 , ou à 8166. Ces différences viennent du différent poids & de l’eau &du fer qui ont fervi aux expériences, & qui n’ont pas tous la même pefanteur.
- Le poids de quatre drachmes de menus morceaux de fer, tenus dans un creufet fous la moufle pendant deux heures, a augmenté d’une drachme fix grains un quart, fuivantBoyle.
- La grande affinité du fer avec le vitriol , eft caufe que nous parlerons ici de la pefanteur fpécifique des vitriols , de leurs huiles , de leurs efprits. Le vitriol de Dantzic eft à l’eau , comme 1815 eft à 1000 : celui d’Angleterre, comme 188 eft à T00.
- L’huile de vitriol eft à l’eau de pluie , comme 1877! à ioso» d’autres difent, comme 1700 eft à 1000. Comme on a fait ces expériences en différentes faifons, on a découvert qu’en été le poids eft de 7 gros 59 grains, & en hiver de 7 gros 71 grains : l’efprit de vitriol eft en été 5 gros 33 grains, & l’hiver 5 gros 38 grains..
- Pour ce qui eft des autres efprits acides, on a remarqué que celui de nitre, eft l’été de 6 gros 24 grains, & l’hiver 6 gros 44 grains ; l’efprit de fel, l’été f gros 49 grains, l’hiver 5 gros ^7 grains ; l’eau-forte, l’été 6 gros 23 grains, l’hiver 6 gros 35 grains; l’efprit de fourre , l’été 5 gros 34 grains, l’hiver ç gros 39 grains ; le vinaigre, l’été ï gros if grains , l’hiver f gros 21 grains,* le vinaigrediftillé, l’été 5 gros 11 grains, l’hiver 5 gros if grains: toutes épreuves faites fur un pouce cubique de France. Quant à la proportion de ces liqueurs fpiritueufes avec l’eau , l’eau-forte eft à l’eau comme 1300 eft à 1000, l’efprit de nitre comme 131^ eft à 1000 , & l’huile de vitriol comme 1700 eft à 1000.
- Il eft confiant que certains corps tirent, du contad de l’air , de nouvelles particules dont ils fe chargent. Cela eft prouvé par la chaux vive, le caput mortuum du fel, du nitre , de l’alun , du vitriol , & par l’épreuve qu’une terre dont on a tiré du vitriol, s’en recharge de nouveau , Ci elle eft mife à l’ombre & en tas pendant fept ans. Il y a eu une belle expérience de faite fur l’huile de vitriol. L’auteur a pris trois drachmes d’huile déphlegmée, au point qu’elle diifolvait un fil de fer allez gros; il les a mis dans un vailfeau
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- OBSERVATIONS SUR LE FER.
- de verre découvert, de trois pouces de diamètre, & a placé avec foin ce vafe fur une balance , dans un endroit à l’abri du foleil & de toute autre chaleur : enfuite il a remarqué plusieurs fois, & tenu un état du poids, en marquant les orages & changemens de vent. Il a reconnu que le poids augmentait tous les jours, au point qu’en 17 jours, les trois drachmes d’huile de vitriol pefaient 9 drachmes & 30 grains. Cet accroilfement de poids n’a pas été égal chaque jour ; il allait au contraire en diminuant. Celui du premier jour a été d’un grain , pendant que celui du dernier à peine a été d’un demi-grain. Plus la liqueur a été faturée , moins l’augmentation de poids a été fen-fible, fans cependant fuivre de proportion certaine, puifqu’il a obfervé qu’elle avait été plus grande par les orages , pendant l’humidité & la neige , que durant les gelées & un tems fec , pendant la nuit que pendant le jour. La couleur de cette liqueur , avant que d’être faturée, était rouge : elle eft devenue enfuite plus claire. Cette matière mife à la diftillation , a d’abord donné une Liqueur aufli infipide que l’eau claire. En pouffant le feu, il eft venu des gouttes acides: l’huile demeurée dans la retorte , était aufïi cor-rofive qu’auparavant. On a encore obfervé, qu’à quantités égales, plus la liqueur a préfenté de furface à l’air, plus l’accroilfement a été prompt. C’eft ainli que trois grains de cette huile, mis de la largeur de trois quarts de pouce fur un morceau de verre, ont, dans les iix premières heures , attiré trois autres grains ; & en moins de 48 heures, la liqueur, qui n’était pas encore pleinement faturée, avait acquis le triple de fon premier poids. On dit qu’il arrive la même chofe à l’huile de foufre , tirée par la cloche ; à l’huile de tartre par défaillance; à la liqueur du nitre fixe, &<S. Voyez Vilh. Gould, dans les tranfacî. phi lof. & aB. de Leipfic, année 1
- Le vitriol de vénus expofé à l’air pendant quelques femaines, va d’une once à une once quatre grains & demi, & de fix onces calcinées au rouge , expofées à l’air pendant fix mois, à fix onces cent grains, à ce que dit Boyle. Voici fes paroles : Il a mis huit onces de vitriol calciné à blancheur,1 dans un vafe de métal plat, mais peu large ; & fur un autre vafe de métal, plus large, il a expofé à l’air deux onces de colchotar , & cela dans le mois de juin. Les huit onces ont augmenté d’une drachme & dix - fept grains , les deux onces d’autant moins un grain. Au mois d’août, ces deux onces étaient augmentées de quarante-deux grains ; de façon qu’en moins de fix mois, elles l’étaient de cent, par confisquent de plus de la dixième partie du poids principal. Boyle.
- Il a pris du colchotar du vitriol de vénus, bien édulcoré, qu’il a laide dans fon laboratoire pendant les mois de janvier & de février. Il en a pefé une once jufte, qu’il a expofée à l’air; après quelques femaines, il a trouvé que le poids était augmenté de quatre grains un quart, fans compter un peu Tome IL £ b b b
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- de poufliere qui étaitattachée au verre. Sur deux portions de chaux de vitriol deDantzic , bien édulcorée, après en avoir retiré l’huile par une longue distillation , on a verfé de l’eau qui devait fe charger des particules vitrioliques reliées dans la chaux. Quand l’eau d’une de ces portions a été allez imprégnée, on l’a filtrée j'& après avoir enlevé la partie humide, elle a donné, plusieurs drachmes d’un certain fel vitriolique, qui différait peu du vitriol calciné. Quant à l’eau qu’on avait verfée fur l’autre portion de vitriol calciné, elle fut expofée à l’air, dans un ample vafe, pendant quatre ou fix Semaines. Après ce tems, comme il y en avait beaucoup d’évaporée, elle a donné plufieurs drachmes de fel qui, ni alors , ni depuis, n’avait point la figure du vitriol ordinaire, ni du fel précédent, mais qui donnait des cryf-taux prefque femblables au nitre , ou à quelqu’autre fel fans couleur. Boyle.
- Le poids d’une marcatîite, partie brillante, partie obfcure, chargée de deux onces de vitriol , & expofée à l’air, dans une chambre , pendant Sept Semaines, a augmenté de 12 grains. Boyle.
- Voici ce que dit Hoffmann : Si vous expofez long-tems à l’air de l’huile de vitriol, que vous aurez pefée exactement, & qu’enfuite vous la repefiez, vous en trouverez le poids augmenté du double ou du triple. Comme elle attire les parties humides de l’air, elle peut Servir à faire connaître l’humidité de l’athmofphere î mais quand cette huile a tiré de l’air une quantité d’eau fuffifante, elle ne s’échauffe plus quand on y ajoute de l’eau. La même chofe arrive à la chaux vive , qu’on a laiflée trop long-tems expofée à l’air. C’clt un phénomène lingulier, que l’huile de vitriol, qui a été tirée parla force de la calcination-, rectifiée enfuite dans "une retorte de verre , au bain de fable, qui eft tranfparente, claire & limpide comme de l’eau, prenne cependant aifément une couleur alfez rouge , foit au contact de l’air, Soit par l’addition de quelqu’autre fu-bftance , qui contienne un peu du principe inflammable*
- Des diJJohitÎQUs du fer dans les acides,
- VoiCï les observations du docteur Brandt , faites dans le laboratoire du college royal de Stockholm. Il a fait diffoudre une once de menus morceaux de fer dans vingt onces d’efprît de vinaigre : la Solution était de couleur rouge. En y ajoutant de l’alkali fixe, il n’y avait aucune effervefcence , ce qui dénotait que le fer était intimement mêlé à l’acide. La couleur de la folu-tion ne fe changeait pas, & il ne fe précipitait rien : mais un alkali volatil, comme Pefprit de fel ammoniac, troublait la Solution, & il fe fefait un précipité.
- Ayant fait diffoudre une once de morceaux de fer dans deux onces & demie d’eau-forte a la Solution s’échauffait & paffait à la couleur verte obfcure,
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- OBSERVATIONS SUR ILE FER.
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- Après la filtration , & y avoir verfé de l’huile de tartre par défaillance , il fe précipitait une chaux d’un brun obfcur : la folution du fer, diffous dans l’eau régale’, était rouge brune. L’huile de tartre n’occafionnait aucune effervef-cence , même en agitant le vafe : cependant la couleur paffait au blanc obfcur, & il fe précipitait une chaux de la même couleur. Outre ces menf-trues, le fer fe dilfolvait encore dans L'huile de vitriol , dans Pefprit de vitriol, dans l’efprit de foufre tiré par la cloche, dans l’efprit de fel, celui d’alun , & autres acides. *
- Du fer calciné , mis dans vingt parties de vinaigre, donnait une teinture jaune brune. L’huile de tartre n’y occafionnait aucune effervefcence, ni ne troublait la folution. Il ne fe fefait pas non plus de précipitation , mais l’ef-prit de fel ammoniac fefait un précipité.
- Il n’a pu diffoudre du fer ealciné dans l’eau-forte j cette menftrue n’avaifc aucune action fur lui, & la couleur n’en était pas changée : l’addition de l’huile de tartre a occafionné une allez grande efferveicence , mais fans précipité.
- L’esprit de fel de Glauber, qui cependant eft acide, n’a pu di flou dre le fer calciné, quoiqu’il diiîolve & ronge bien celui qui n’eft pas calciné.
- L’eau régale a dilTous la quatrième partie d’une once de fer calciné-, la folution était rouge: mais après quelques heures, elle eft devenue d’un rouge pâle , & alfez femblable à une huile légère. L'huile de tartre a fait efferveicence j la folution a pris une couleur brillante de rubis, mais fins précipitation. L’efprit de fel ammoniac a troublé la folution : il y a eu une efpece d’effervefcence avec chaleur, & il s’eft précipité une chaux d’un brun obfcur. Brandt.
- D’autres ont obfervé que l’efprit de fel diiTout le fer & l’acier : mais s’il eft réduit en fafran , quoique finement pulvérifé, il ne l’attaque plus, & la teinture eft jaune, prefque rouge, pendant qu’avec les autres la folution eft verte. Ce fiifran rélifte aufti aux attaques de l’huile de vitriol, qui diiTout le fer avec écume & effervefcence. Voilà ce qu’en a dit Stahl.
- Selon Hoffmann , l’efprit de fel différé de l’efprit de vitriol & de nitre, en ce qu’il ne dilfout pas fi promptement la limaille de fer, & qu’il n’agit pas fur l’hématite & le fafran de mars, quoique réduit en poudre très-fine* pendant que le fel commun, ou pour mieux, le fel ammoniac, agit beaucoup plus vivement & plus promptement fur les mines de fer , l’hématite & la limaille* & qu’en les dilfolvant fortement, il en fait du vitriol aftringent, pourvu qu’étant mêlés enfemble, on les tienne au feu dans un creufet, & pendant un certain tems : ce qui n’arrive , ni avec le vitriolant,, avec le nitre. C
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- Muschenbroek dit qu’à refprit de nitre on a ajouté une drachme de limaille de fer , qui a donné une grande eflfervefcence, avec écume & des fumées jaunes, abondantes & fétides -, que la chaleur a été de 46 à 145 degrés , & que la mafle s’eft réfolue en une efpece de pâte. On;a mis une même quantité de limaille avec de l’efprit de nitre, dans le vuide, qui ademême beaucoup bouilli, & jette d’épaitîes fumées jaunes; la chaleur a monté de 46 a 120 degrés , & la malfe était, comme celle ci-defsus , de couleur de rouille, épaifse & remplie d’écume: les fumées étaient diadiques, ce qui fit defcendre le mercure de quatre «pouces & demi. Il n’y a pas de danger à faire cette expérience avec de l’efprit de nitre : mais lorfqu’on la fait avec l’efprit de nitre préparé à la maniéré de Gkoffroi ou de Glauber, il s’excite une chaleur fi violente & il fubite, qu’elle faitfoulever le thermomètre, & l’on ne peut plus juger du degré de chaleur. Il a encore ajouté une drachme de pierre hématite à l’efprit de nitre, ce qui n’a point occafionné; d’effervefcence ni de couleur. Cependant la couleur de la pierre fut changée , le degré de chaleur un peu augmenté de 46 f à 47 f, & il n’a pas pu favoir s’il y avait quelque chofe de diffous. Il mit de même de la pierre hématite avec de l’efprit de nitre dans le vuide : la pierre effuya une grande ébullition, mais fans écume. A la longue cependant, elle donna une teinture comme rouge , & la chaleur monta de 46 ~ à 47 \ ; la couleur de la pierre qui reftait, était d’un rouge plus éclatant: le baromètre n’effuya aucun changement. Ayant mis trois drachmes d'efprit de fel marin fur une drachme de limaille de fer, on a remarqué une faible effervefcence avec chaleur. La folu* tion eft devenue trouble & jaune : mais avec le tems le métal s’eft précipité, & l’efprit s’eft éclairci ; la chaleur a augmenté de 47 à 77. Il a répété la même expérience dans le vuide ,• le fer a donné une grande eftérvefcence , avec écume ; erFervefcence qui a duré long-tems, & qui a dilfous plus de métal. La folution était opaque , noire : la chaleur a augmenté de 47 à, 70, fans que le baromètre ait varié. Il a mis deux drachmes de limaille de fer dans une once d’eau-forte ; fur le champ, il y a eu une forts eifervefcence, qui a jetté beaucoup de fumées rouges & chaudes, néanmoins en plus petite quantité que l’étain 11’en jette : la chaleur a augmenté de 44 à 188. La maiTe était noire, très-épaifse : elle eft reftée dans cet état pendant un mois , la partie métallique occupant le defsous. Il n’a pas remarqué jufqu’à préfent, que l’eau-forte ait produit aucune effervefcence plus chaude. HuiGÉNS a mis une égale quantité d’eau-forte dans deux vafes ; il a expofé l’un à l’air, & a mis l’autre dans le vuide , après avoir mis dans l’un & dans l’autre: une partie femblable de ferpour voir lequel ferait plutôt difsous ,* il a remarqué qu’il arrive le contraire du cuivre : le fer dans le vuide a été plutôt difsous que celui qui était à. l’air. Ii a mis une once d’eau-forte fur une
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- marcaffite jaune: il y a eu fur le champ une grande effervefcence, avec quelques écumes & fumées épaifses , jaunes ., abondantes ; la chaleur a monté de 44 à 99 : dans l’efpace d’un mois, prefque tout le métal a été difsous.
- Mêlez une partie de limaille de fer, une demie d’huile de vitriol, & dix d’eau * faites préalablement chauffer à un feu doux l’huile de vitriol* mettez enluite la limaille de fer: il fe fait une grande ébullition, qui donne long-tems l’odeur de foufre : elle a auflî un petit goût de vitriol. Si on évapore à pellicule, on obtient des crvftaux verds très-brillans, qui fondent aifément à l’eau & au feu. O11 les appelle cryjïaux, fucre, vitriol, & feldefer. Ce fel perd au feu fa couleur verte , fa tranfparence , & jaunit au - deffus. Si on le poulie à un plus grand feu, il blanchit & fe calcine. Si on augmente encore le feu , il devient ce qu’on appelle jafrande mars ajïringent. Si on expofe à l’air lefafran rouge, il fe ditfout en une huile de couleur d’or. Il eft foluble par le vinaigre, le vin du Rhin, & même l’eau : mais il faut le faire bouillir douze heures.
- Si, fur deux drachmes de fer ou d’acier , on verfe de l’eau-forte goutte à goutte , jufqu’à ce que l’effervefcence foit paflee & le fer diiious, ce qui chauffe le vailfeau de verre, le fer s’enfle, donne de l’odeur, & devient de plus en plus friable. Laiffez. la folution en digeftion pendant une nuit, puis faites évaporer à ficcité * vous aurez une malfe rouge, qui calcinée, fait une poudre rouge & infipide : c’eft le fafran de mars, apéritif, ou la chaux de fer ou d’acier. CoüeB de Leyde.
- Si vous faites une dilfolution de fer par l’eau-forte, qu’enfuite vous, faffiez évaporer à ficcité, qu’ayant mis la matière dans une retorte , vous avez chalfé le phlegme par un feu doux ; en augmentant le feu , il monte un efprit qui eft brûlant & fort comme l’huile de vitriol. C’eft à caufe de cette affinité que je vais parler de la vertu corrofive du vitriol, principalement du martial & de fon huile. Le plus fort acide liquide & le plus corrofif,. peut devenir infipide , par la feule mixtion avec une terre infipide , pénétrée de phlogiftique. Hoet.ivia.nn.
- Différentes effervefeences, couleurs , changement , précipitations 9. tant du fer que du vitriol de mars, fou huile & fou efprit* -
- Si par la diftillation on extrait l’huile cfe vitriol des corps fulfureux , du régné végétai ou animal, par exemple , dufuc de pavots , de l’orpiment,, de l’antimoine,, ce violent acide eft fi fubtil, qu’il fe réfout en un efprit volatil ptefqu’entiérement privé de toute acidité : il en refte feulement
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- 166 OBSERVATIONS SUR LÉ ÉER:
- un peu dans le caput mortuum. Cet efprit qui» joint aux huiles diftillées, excite de la flamme, effc fi fort corrofif, qu’en peu de teins il ronge & détruit les métaux les plus durs , & qu’il s’évapore entièrement dans l’air, lui que les plus forts obftacles ont bien de la peine à contenir. Hoffmann.
- Si vous frottez légèrement d’huile de vitriol quelques parties de la main , vous reflentez une grande douleur , une ardeur brûlante, & un déchirement > au lieu que , fi vous employez une plus grande quantité & que vous la prefliez fortement contre la main, vous ne fentirez prefque point de douleur ni de brûlure. Idem.
- Quoique l’huile de vitriol puifle difloudre jufqu’à un certain degré tous les métaux, il n’y en a cependant point fur qui elle agilfe plus promptement que fur le fer : enfuite vient le cuivre} & comme elle attaque beaucoup plus aifément le cuivre que l’argent , on peut tirer de la monnaie qui eft faite de cuivre & d’argent, toute la partie de cuivre, en verlan t delfus de l’huile de vitriol, qu’il faut un peu chaufl’er pour lui donner de l’a&ion. De limpide qu’elle était, elle devient obfcure , noire , & comme delà poix, rendant une forte odeur de cuivre. Quand on a lavé dans de l’eau de la monnaie qui en a été rongée , elle reprend fa couleur d’argent. Idem.
- L’hui le acide de vitriol précipite toutes les dilfolutions métalliques, pierreufes , animales , les écailles , coraux , perles , par l’efprit de fel ou de nitre : pour celles faites avec le tartre , elle les réduit en poudre légère, plus brillante que tous les autres précipités, fur-tout les coraux , les perles , la mere-perle , les coquilles, dont la poufiîere eft aulîî brillante que les perles orientales. Cette poudre fera encore plus belle , fi on la précipite par l’efprit acide du foufre -, de façon qu’elle pourra fervir de cofmé-tique. Glauber.
- A une chaleur médiocre, l’huile de vitriol change le mercure en chaux blanche. En y ajoutant de l’eau, elle le change en chaux jaune. Le feu & l’agitation contribuent à la ditfolution qu’elles facilitent. Parties égales d’huile de vitriol & d’efprit-de-vin, digérées & diftillées, donnent une liqueur un peu corrofive , comme fi l’on avait mis une partie d’huile de vitriol dans dix parties d’eau.
- L’huile de vitriol diflout le fel gemme, le cuivre , le fer, l’antimoine, le zinc, le pain, le camphre, la pierre calaminaire, les chairs, les coquilles , la craie , les cornes de cerf. Elle n’a point d’aétion fur le fafran de mars fait par le feu, pendant qu’elle diflout le fer avec eflervefcence & écume.
- Il faut bien du tems à l’huile de vitriol pour difloudre le vif-argent, précipité par lui-même.
- Elle diflout le fel commun avec bruit, en jettant des vapeurs & des bulles.
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- • OESERFA f-IONS SUR LE FER. fS7
- Le caput mortuum de l’eau-forte, ou du vitriol, fert de menftrue dans la fufion des métaux, & les rend plus fluides.
- Si on mêle de l’eau à de l’huile de vitriol, & qu’on la verfe fur du cuivre ou du fer, elle en tire un nouveau vitriol, bleu & verd.
- La folution du plomb avec le vitriol de mars, donne une couleur d’opale jaunâtre. Hiærne.
- Le fublimé fait d’une folution de fer par la chaux vive & les cendres gravelées, donne une couleur fafranée , comme la gomme gutte.
- La folution de mars par l’alun avec le fel de tartre, donne le plus grand blanc.
- Le fucre de faturne avec la dilTolution de mars, donne un beau rouge, comme le grenat.
- L’esprit de tartre avec la dilTolution de mars, donne le rouge obfcur tranfparent.
- Le nitre fixe avec la dilTolution de mars , donne la couleur châtain, blanc nayé dans le brun.
- Le nitre fondu avec les cendres gravelées & la chaux vive , mêlé à la folution de mars , donne la couleur de fumée noirâtre.
- Le vitriol de mars & la folution de mars , avec l’efprit de fel ammoniac & refprit-de-vin, donne un verd obfcur.
- Les noix de galle avec la pierre martiale âe Sparmanndonnent un verd noirâtre.
- De l’urine avec du vitriol de mars , & de la folution de mars , les fcories du régule d’antimoine avec le vitriol de mars, donnent la couleur de la poix.
- Les fcories du régule d’antimoine avec la folution de mars par l’alun * donnent le gris obfcur. Hiærne.
- La folution du fer par l’efprit de nitre , donne une odeur plutôt douce que défagréable.
- La folution de fer donne au cryftal la couleur d’hyacinthe.
- Le fer jette dans le vinaigre , rongé par fon acidité „ & pafle dans fa fubf-tance , convertit fon âcreté en une douceur fucrée , fuivant Stahl. L’eau-forte diftillée par une retorte de fer , prend une couleur d’or plus haute , & en devient plus pure.
- Ayant mis pendant 4 jours deux clous de fer dans deux onces d’eau commune, rendues acides par l’addition de l’huile de’foufre , on y a encore, ajouté de la noix de galle : au bout d’une heure 011 a remarqué du noir j & dans un jour, la liqueur eft devenue noire comme de l’encre. Grisonius.
- Huile de vitvioL Quand on mêle de l’huile diilillée de lavande à de l’huile de vitriol hien concentrée , le mélange s’enflamme.légèrement, & jette une
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- fumée qui fent le foufre : néanmoins leréfidu refte clair, & n’acquiert point une confiftance épaifse.
- Il arrive la même ehofe avec l’huile de marjolaine , avec cette différence que la couleur eft plus délayée & la confiftance plus fluide.
- L’hüïle de menthe acquiert une couleur obfcure noirâtre : mais la fumée a une odeur de foufre plus pénétrante.
- L’huile de cédra de bergainotte ne fait pas‘beaucoup d’eftervefcence : îe mélange ne s’épaillit pas ; il eft d’une couleur entièrement jaune.
- Si on mêle à cette huile de l’huile pure de gérofle , & en égale quantité, il furvient une grande chaleur, & une odeur pénétrante de foufre j le mélange prend la couleur du fang, & la matière fe coagule promptement comme une réfine.
- Cette huile mêlée à l’huile pure de faffafras , diftillée par l’intermede de l’eau, fe coagule en une matière noirâtre, tenace, d’une couleur chargée , & d’une mauvaife odeur.
- L’huile pure de genievre jaunit & prend une confiftance épaiffe , mais avec moins dé chaleur & de fumée. Si l’on emploie de cette même huile falfifiée , il furvient une très-grande chaleur avec beaucoup de vapeurs, & la matière s’épaillit-fortement. Si on fe fert d’huile faite avec le bois dugenevrier, en agitant le vaifîèau, la couleur fe charge & devient noirâtre. Il fe fait une grande ébullition qui fait monter la matière jufqu’aux bords du vafe.
- L’huile de térébenthine, mêlée-à‘Celle de genievre, lorfqu’on agite le vafe , fait effervefcence , avec une très-grande chaleur &-des bulles, donnant beaucoup des vapeurs de foufre.
- Le baume de Copahu fait avec cette huile une1 ébullition chaude & forte lorfqu’on a agité le vafe, & donne une couleur rouge obfcure, tirant fur le noir, avec une fumée défagréabîe &'fétide.
- Avec le baume du Pérou, il réfulte un mélange très-rouge, comme' de l’écarlate, fans chaleur, ayant la confiftance d’un firop.
- L’huile de vitriol concentrée attaque même le camphre, qui eft comme line huile diftillée, & fous une forme feche ; elle le diflout en une' liqueur épaiffe, d’un jaune tirant fur le rouge.
- Les huiles par exprefïion des raves, des olives, des amandes douces, mêlées à cette huile, rougiffent à la vérité, mais fans chaleur & fans ébullition. Hoffmann.
- Des fleurs légèrement teintes, comme celles du bluet, de la lavande,’ de la violette, de la marguerite, des rofes infufées dans de l’eàü chargée d’efprit de vitriol, donnent une teinture rouge , brillante, très-belle. On découvre par-là pourquoi tous les efprits acides * pu1 oléagineux, diftillés,-
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- avec le tems, ou par la digeftion , deviennent très-rouges , ayant d’abord été très-limpides, comme cela arrive avec l’efprit de tartre, de manne, de lucre , de miel.
- L’huile de vitriol , ou l’huile de fel, ou l’efprit de fel très-concentré, produifent, par l’addition d’une quantité convenable d’eau très-froide, une forte eifervefcence avec grande chaleur. La glace même jettée dans de l’huile de vitriol , produit une chaleur qui approche prefque de celle du feu. Il faut obferver que, fi on emploie une trop grande quantité d’eau, la chaleur eft beaucoup moins confidérable , & qu’elle eft d’au-t-ant plus forte qu’il y a moins d’eau , cependant jufqu’â une certaine proportion. Si dans une demi-once d’huile on ne met qu’une drachme d’eau, il 11’y a pas tant de chaleur ni d’cffervefceiice que fi on en avait mis deux drachmes. Le degré ferait encore plus grand avec une demi once , & une once entière d’eau : mais fi on en emploie une plus grande quantité, comme deux ou quatre onces, pour une demi - once d-huiie de vitriol, l’effèrvefcence eft très-faible. Idem.
- / Si on mêle de i’efprit-de-vin très-rectifié dans de l’huile de vitriol, il y a chaleur fans beaucoup d’ébullition , avec changement de couleur qui pafle au couleur de rofe, la chaleur eft moins grande que fi .on avait ajouté de l’eau. L’huile diftillée, mêlée à l’huiïj? de vitriol & à l’efprit de nitre fumant, bout fortement, fans grande chaleur & fans changement de couleur. Il fefait de même une eifervefcence très-chaude avec l’efprit acide du nitre , & I’efprit-de-vin très-reclifié, de même qu’avec les huiles diftillées. Idem.
- Si on mêle de l’huile de vitriol au fel ammoniac ou au fel commun , il s’élève fur le champ une fumée blanche très-pénétrante, pendant que du mélange de cette huile & du nitre fec, il s’élève une vapeur rouge, jaunâtre & très - pénétrante. Sur quoi il faut remarquer que l’huile de vitriol, jointe à Yamanum dublicatum, au tartre vitriolé, ou au nitre antimonié, qui font des fels neutres, ne produit point oet effet : le mélange relie tranquille & entier. Idem.
- L’esprit de fel fumant, très-concret, fait avec le fel ammoniac 8c l’huile de vitriol, mêlé h l’huile de vitriol, fait une violente ébullition avec bruit, & fait partir des fumées blanchâtres , peudaat que nul autre acide , pas même l’efprit de nitre fumant, n’occafionne cet effet. Idem.
- Si on mêle au point de faturation, de l’huile de vitriol avec du fel de tartre , il vient un efprit qu’ii faut diftiiier dans une retorte à feu doux : il eil infipide , néanmoins très-fubtil , puifqu’ilfe volatiüfe à un moindre degré de chaleur que l’eau commune. On l’appelle efprit purifié de Niedner , qui a gagné beaucoup d’argent à le vendre. Idem.
- L’huile de vitriol, verfée fur de la limaille de fer pure & fans rouille>
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- par l’addition d’une quantité d’eau, convenable, fait une grande efFervefcence-avec chaleur. Il en part une odeur fulfurée, qui retenue dans le vafe avec le pouce , prend feu avec grand bruit à l’approche de la flamme d’une chandelle, & part comme un éclair , brûlant même dans, l’orifice de la bouteille. Idem.
- Si on met dans unecucurbite poids égal d’huile de vitriol & de fel commun , par exemple, une demi-livre, il s’élève fur le champ de la fumée , ou une grande vapeur blanche, fubtile , d’une odeur acide pénétrante. En mettant le chapiteau , & fe fervant du bain de fable , il monte un efprit d’une odeur très-acide ( ce qui eh rare dans les efprits acides minéraux ), très - concentré & très-volatil, qui, allumé , donne une vapeur fubtile. Voilà le véritable efprit de fel, qui fe tire fans peine au bain de fable, & qui mérite la préférence fur tous les acides minéraux.. Idem.
- Quand on verfe dans une cucurbite de l’huile de vitriol fur du nitre de la meilleure qualité, tel que celui de Rullie ou des Indes , il s’élève fur le champ une abondante fumée rouge. Si on met à diflijler au bain de fable,, il part un efprit qui donne à l’alambic &. au récipient une couleur de feu. Cet efprit e'ft très-concentré & très-acide ; ce n’eft autre chofe que de l’eau-forte-très-faturée , qui monte à un feu doux.. Comme elle n’a point de phleg-me, fi on lui donne l’air, elle fume. J1 relie au fond du vafe un fel coagulé, trèsrdur , tranfparent comme la glace * mais très-acide. Cet efprit bien préparé , non-feulement fermente vivement avec toutes les huiles., dift.iliées. & l’efprit-de-vin reétifié, donnant beaucoup de vapeurs rouges, mais même il enflamme les huiles pefantes aromatiques diltiliées, qui ne furnagent point l’eau , &il les réduit en cendres feches , comme nous l’avons dit. Idem.
- Quand on diftille au bain de fable dans une rctorte de verre , de l’huile de vitriol, mêlée avec de l’orpiment pulvérifé , il en réfulte une liqueur glacée, épaiffe comme du beurre d’antimoine, avec une odeur.très - pénétrante de foufre. En peu de tems cette odeur furfocante s’évapore, & laide-un réfidu acide comme l'eforit de vitriol, fans faveur , fur lequel nagent des feuilles de foufre*. On voit dans le col de la retorte, des fleurs qui reffem-blent parfaitement à celles du foufre. Il y en a en allez grande quantité , de façon que de 4 onces d’orpiment & 3 onces d’huile de vitriol, on a au moins une once de ces fleurs. Elles font infipides , fudorifiques. La vapeur qu’elles exhalent eft blanche, avec odeur de foufre. Le caput mortuum efc brun fale, fans odeur : approché de la flamme, il brûle en quelque façon. Idem.
- L’huile de vitriol, verfée fur des pavots cruds & hachés en petits morceaux, mife à la diftillation, à la quantité de fix onces pour les deux matières enfemble, donne environ deux onces d’une iiqueur très-fétide & tranf-, parente, d’un goût acidedéfagréabie. Lçcaput mortuum eft.de. couleur noires.
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- la matière en eft légère, fpongieirfe, prefqu’infipide. Approchée de la flamme , elle donne Podeur du foufre ordinaire.
- Si vous tenez pendant quelques mois de l’huile aromatique de vitriol doux dans une bouteille bien bouchée, & garnie d’une veiiie, petit à petit elle ronge & diifout le verre, & ce qui relie dans la bouteille, prend une couleur rouge & une faveur acide. 2°. Si on y ajoute du vif-argent, il s’échaude, & en eft attaqué. 3°. Cette huile aromatique récente fe dilfout parfaitement dans l’efprit-de-vin rediné, & lui donne une faveur, une odeur, une vertu anodine & fédative. 4°* C üet efprit imprégné d’huile de vitriol doux, mêlé en petite quantité à une folution d’or , fait une teinture jaune, qui, mile fur le fer , lui donne la couleur de for. f°. Quand on laide 'repofer pendant 12 heures cette folution d’or , il tombeau fond une poudre noire, qui marque que le foufre du vitriol eft joint à la poudre du fel, & qu’ils fe précipitent enfemble.
- Si on verfe de fhuile de vitriol fur une leffive de fel, fur le champ il y a -grande effervefeence, avec exhn!aif:>n d’un efprit de fel très-fubtil, comme il arrive avec la ieifive de nitre. La matière fe change en un coagulum blanc , auquel ajoutant une quantité convenable d’eau commune , on trouve au fond beaucoup de poudre blanche. Hoffmann jitfqifid.
- Ce qui fuit eft de Muschenbroeck. Il dit qu’il a fait fes expériences au mois de juin, le baromètre étant à 29 degrés yj, par un vent de bife, & un cems fec &ferein.
- Il a mis dans un vafe ouvert trois drachmes d’huile de vitriol , avec pareille quantité d’eau commune : il n’y a eu ni mouvement ni effervescence. La chaleur a monté de 48 à 92.
- Il a joint trois drachmes d’eau de cochléaria à trois drachmes d’huile de vitriol : il n’y a eu ni effervefeence ni mouvement,- mais la chaleur a été plus grande , & a monté de 48 à 98 : le mélange eft refté limpide.
- A trois drachmes d’eau de fureau , il a joint trois drachmes d’huile de vitriol -, effervefeence : la chaleur de 48 à 70.
- Lorsque les deux mélanges prccédens ont été refroidis le lendemain jusqu’au 43e degré, il les a mêlés enfemble : dans Pinftant de la mixtion , il y a eu un mouvement fans écume & fans effervefeence : la chaleur a monté à 60.
- Il a mêlé trois drachmes d’huile de vitriol avec autant de vin du Rhin dans un vaiifeau ouvert: il n’y a point eu de mouvement fenfible ; mais la chaleur a monté de 49 à 99 \ : la couleur s’eft obfcurcie.
- ; Il a mêlé trois drachmes d’huile de vitriol avec fix de vin du Rhin : point de mouvement : la chaleur a monté de <>9 à 97. Enfin , à trois drachmes d’huile de vitriol, il a mêlé neuf drachmes du même vin du Rhin; la chaleur a monté de 79 à 9> |. C c c c ij
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- Sur trois drachmes d’huile de vitriol il a verfé trois drachmes d’efpritv de-vin reétifié : il n’y a point eu d.’effervefcence,. mais une..prompte chaleur , qui a monté de 5.0 à 90.
- A trois drachmes d’huile de vitriol, il a ajouté une drachme de tartre pulvériféj. obtenu du vin du Rhin ; point d’efferveicence.- la chaleur a augmenté lentement de douze degrés.
- Il a pris trois drachmes, d’huile de vitriol, d’ans lesquelles il a verfé autant de vinaigre de France il n’y a pas eu d’effervefcence notable , mais une «chaleur confidérable de <?4 à 38. Il a répété cette expérience dans le. vuide il y a eu une grande-effervefcence avec écume, & chaleur fi' confidérable -, qu’il n’a pu la remarquer, fur-tout parce qu’il y avait une écume-épaitfe qui a duré long-tems.
- Sur une drachme de marbre blanc pulvérifé, il a verfé trois drachmes d’huile de vitriol,- il y a eu grande effervefcence, & chaleur de <>4 à 68:; le marbre a été diffous.
- Une drachme de pierre bleue deNamur , mêlée à trois drachmes d’huile de vitriol , a donné une grande effetvefcence, avec chaleur de 54 à 66.
- Du mélange d’une drachme de pierre roulfe de Brème,.à trois drachmes; d'huile de vitriol, il n’eft réfulté aucune effervefcence y à peine y avait - il de la* chaleur.
- Une drachme de craie blanche & trois de vitriol , grande effervefcence,. chaleur de 54 a 86. Craie rouge, nulle effervefcence , ni chaleur..
- Le mélange d’une drachme de charbon fofille de Bretagne & trois d’huile; de vitriola donné fans effervefcence , une grande chaleur de ^4 à S7 b
- Celui d’une drachme de corail rouge avec trois drachmes d’huile de. vitriol, a occafionné une forte effervefcence , & une chaleur de 54 à 78.
- Une drachme de pierre calaminaire, mêlée à trois drachmes d’huile de; vitriol, a procuré un certain mouvement, & une effervefcence à, peine, vifible , quoique la chaleur ait monté de 60 à 79.
- Dans trois drachmes d’huile de vitriol il a jette une drachme de limaille, de fer; àpeine y a-t-il eu un mouvement & une effervefcence fenfible; on a feulement eu une petite chaleur de 64 à 71 : à peine paraifiàit-il que le fer fut rongé. Cette huile craffe 11e peut agir fur les métaux; c’efi: pourquoi il a. délayé dans trois fois autant d’eau de nouvelle huile de vitriol ; il a laiffépaf-fer un jour pour refroidir, parce qu’avec, l’eau il y a chaleur.. Dans trois, drachmes de cette huile noyée d’eau, il a mis une drachme de limaille de fer, qui fur le champ a fermenté & donné des écumes., La fermentation, a. toujours augmenté pendant une heure ,. au bout de laquelle elle a monté au; plus haut point. La chaleur a été de 64a 80, avec une forte odeur de foufre ,, diftlvant. le. métall’opération ayant: duré plus, de fix;rheures, Enfin^dans;
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- de l’huile de vitriol il a mêlé fix fois autant d’eau ; au bout d’un jour il a mis delà limaille de fer, comme dans la precedente expérience: le thermomètre a'monté lentement de 64 à 72 ,* mais il y a eu effervescence , avec des fumées blanches,. qui prenaient feu à la flamme d’une chandelle., & qui fulminaient avec bruit, comme le dit Duhamel. , hiji. de Pacad. des fciences , année 170©..
- Avec trois drachmes d’huile de vitriol , & une de limaille de cuivre , point d’effervefcence ni de Solution , le cuivre ayant confervé fon éclat pendant 4 heures: il doute qu’il y ait eu chaleur.,* e.11 tout cas, elle n’a pas été .fen.fi b le,.
- A trois drachmes d’huile de vitriol, il a ajouté une drachme de mar-caflite jaune point d’eftervefcence ,• mais pendant l’efpace de trois jours-, il n’a vu aucune difsolution : il y avait une petite chaleur de 59 à 61. Il a mis trois fois autant d’eau dans l’huile de vitriol ; alors il y a eu une petite fermentation, avec un petit mouvement & un peu de difsolution: à peine, la chaleur a-t-elle augmenté, de ^9 à 601.
- Il a encore ajouté une drachme de nitre pulvérifé à trois d’huile de vitriol ; il eft monté fur le champ des fumées corrofives jaunes , qui ont élevé le thermomètre de trois degrés. En fui te, il a- pris de l’huile de vitriol, qu’il avait la veille mêlée avec trois fois autant d’eau $ & dans trois drachmes , il en a jette. deux de nitre : il n’a pas vu de fumées ; mais il a remarqué du froid. Le baromerre eft defcendu de neuf degrés. Lorfque les deux mélanges ont eu repris le degré de chaleur ordinaire (60), il les a mêlés enfemble : ils ont donné de la chaleur jufqu’à 7? , parce que la même quantité d’eau fe. trouvant dansjftus d’huile , la menftrue a du.avoir plusde force., & donner de la chaleur.
- A trois drachmes d’huile de vitriol ,. il a ajouté deux drachmes de fel ammoniac ; il y a eu fur le champ grande effervefcence avec écume , jettant d’abondantes fumées, qui ont rempli toute la chambre, avec une odeur très-âcre, fi chaudes ,. que le thermomètre a monté de 10 degrés, pendant que le même thermomètre , préfenté à un autre mélange, defcendait, par rapport au froid., de 60 à 48 après l’effe.rvefcence j. il y. avait beaucoup de fel difsous. Si pendant que l’huile eft. en effervefcence avec le fel , & que le baromètre defcend, on ajoute un peu d’eau, fur le champ il furvient de la chaleur,. & la liqueur du thermomètre monte. Sur un pareil mélange il fufpendit un thermomètre ,. de façon qu’il fût éloigné de 4 à ç pouces de la hauteur à laquelle l’écume montait : il plaça un autre thermomètre dans un vafe , dans lequel il avait mis une drachme de fel ammoniac. Il mit trois drachmes d’huile de vitriol dans une phiole qu’il pouvait remuer, aifément. Tout cet appareil placé fous le récipient, il pompa Pair, & laiflk te tout en repos pendant une heure, pour que tout prît un égal degré de*
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- chaleur: enfuite il verfa l’huile de vitriol fur le fei ammoniac. Il y eut dans le moment grande eifervefcence , avec beaucoup de fumées, qui em-plilfaient tout le vaifseau , au point qu’on diftinguait à peine les degrés du thermomètre. Au bout d’une demi-minute, la plus grande partie des vapeurs s’attacha aux parois du verre, partie tomba au fond, partie em-plilfait le récipient, qui était néanmoins encore aiièz tranfparent. Le thermomètre placé dans le mélange, était defcendu pendant l’elfervefcence de 67 à 46. L’autre thermomètre était relié au même degré 67 , qu’il avait avant l’expérience. Le thermomètre relia pendant une minute au degré 46 i enfuite il commença à monter j lorfqu’il fut au ï# , l’autre thermomètre était à 69. Quand le premier fut à 60, le fécond fut à 69\\ mais après deux minutes, le premier à 68 , le deuxieme à 70 : une minute après , i’un & l’autre à 70. Cinq minutes enfuite, la liqueur de celui qui était dans le vafe fut à 72, & l’autre relia à 70. Après un quart-d’heure-, n’ayant plus d’-effervef-cence, le premier était 374, Je fécond toujours à 70 : 'l’erFervefcence dura au moins 20 minutes. Pour plus grande fi reté, il a répété deux fois cette expérience, & il eli arrivé la même chofe : la vapeur qui monte dans le vuide, a donc trois degrés de chaleur, & le mélange 2ï degrés de froid.
- En mélangeant trois drachmes d’huile de vitriol & une drachme de fel gemme, point d’etfervefcence : néanmoins , pendant que le fel fe diifoivait petit à petit, la chaleur a monté de 60 à 63.
- Trois drachmes d’huile de vitrioi, & une drachme de fucre brun ordinaire, ne donnent point d’etfervefcence : il le diifoivait un peu de fucre. La chaleur a été augmentée de trois degrés & demi : dans le vuide, le fucre a donné une petite eifervefcence, avec 4 degrés de chaleur.
- Après avoir mêlé trois drachmes d’huiie de vitriol avec trois drachmes d’efprit de fel ammoniac, il y a eu grande eifervefcence qui s’eft appaifée fur le champ. La chaleur a monté de 42 à 92 , le mélange reliant limpide & fans couleur. Cette expérience a été faite en hiver.
- Il a mêlé les matières des deux expériences précédentes, faites avec le fucre & Pefprit de fel ammoniac ; il y a eu de la chaleur qui a monté au 42e degré. Elles ont donné une efpece d’etfervefcence avec beaucoup de bulles d’air, & une augmentation de chaleur jufqu’au cinquante-deuxieme degré: le fucre s’était raifemblé , & nageait au milieu de la liqueur , n’ayant pas fou dilfoivant.
- Ayant mêlé une drachme de fel volatil d’urine à trois drachmes d’huile de vitriol, il y a eu une eifervefcence froide conlidérable, donnant des écumes & de la fumée : le thermomètre eft defcendu de 60 à 44 ; tout eft demeuré limpide.
- Il a mêlé trois drachmes d’huile de vitriol, à une drachme d’huile de
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- fenouil diftillée j le mélange s’eft parfaitement fait fur le champ ; il n’y a point eu d’effervefcence ; mais la chaleur a monté de 62 à 70. Il a ajouté à ce.mêlange, des yeux d’écreviffes ,• il y a eu fur le champ grande effervefcence, & la chaleur a été pouffée jufqu’à 86. La matière eft devenue femblable à de la poix , & allez unie , mais fans être inflammable : elle a même éteint à moitié des charbons ardens.
- Il a enfuite mêlé une drachme d’huile d’anis diftillé, dans trois drachmes; d’huile de vitriol, ce qui s’eft parfaitement mêlé ; mais une partie , qui s’eft réduite en une malfe noire, pouvait être allumée & brûler : il n’y a point eu d’eifervefcence , mais un peu de chaleur de 62 à 69.
- A trois drachmes d’huile de vitriol,. il a ajouté une drachme d’huile diftillée de rofée du matin j il ne fait 11 > dans le commencement de la mixtion », il n’y a pas eu un peu de froid ; mais enfuite la chaleur a monté de 62 à 70» ians effervefcence notable : la plus grande partie de l’huile de rofée fe mêla exactement avec l’huile de vitriol..
- Enfin , à trois drachmes d’huile de vitriol, il a ajouté un fcrupule d’huile de briques : la matière's’eft ralfemblée en une fubftance homogène, fans effervefcence, mais avec dix degrés de chaleur. JufqiCid Muschenbrof.k.
- L’esprit de vitriol, tenu pendant quelque tems fur du fer , produit une efpece de vitriol fixe » comme lorfqu’on mêle de l’efprit de nitre avec du fel de tartre ,, il réfulte une efpece de nitre. Lemery.
- Si on a de forte huile de vitriol, & qu’on la mêle: à d’autre huile de' vitriol, ou à un efprit acide de vitriol, ou à de l’eau de vitriol, ou à de l’huile de térébenthine, il Ce fait une fi grande chaleur, que fouvent le vafe; eu eft caflé. Idem..
- Si ou verfe quelques gouttes d’efprit de vitriol, ou de fon huile , dans; un peu d’eau chaude , dans laquelle on aura fait infufer des rofes rouges , eu peu de tems l’eau prend une couleur de vin rouge. Idem.
- Si l’on emplit une phiole de verre d’une décocftjon purifiée de bois néphrétique, lorfqu’on regarde à travers, la lumière parait jaune : mais fi vous; tournez le bas de la phiole à la lumière, elle parait bleue.. Si on y verfe' quelques gouttes d’huile de vitriol, elle paraît jaune par-tout, & bleue avec; une petite portion d’huile de tartre. Si dans une teinture de violette ou autre teinture bleue , vous verfez quelques gouttes d’efprit de vitriol, elle rougit fur le champ : fi vous y mettez quelques aikalis , elle reprend fa première couleur. Si dans une teinture bleue vous mettez une liqueur aîkaline, comme de l’efprit volatil de fel ammoniac,, dans l’inftant elle verdit : fi, vous ajoutez un peu d’efprit de vitriol, elle prend un rouge obfcur. Si vous; verfez de l’elj?rit de vitriol fur-une décoétion de bois-d’inde, elle jaunit s, fi. vous ajoutez un peu de fel ammoniac.,, fur le champ elle noircit,. Si vous,
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- Faites digérer pendant trois ou quatre heures du bois-d’inde dans du jus de citron, la couleur n’en eft pas altérée : ajoutez-y quelques gouttes d’huile de tartre par défaillance , elle prend fur le champ une couleur brune. Si vous ajoutez de nouveau de Pefprit de vitriol ,* elle reprend fa première couleur * fi vous verfez quelques gouttes d’huile de tartre dans du vin rouge , il ver-dit : fi vous ajoutez de l’efprit de vitriol, il reprend fa première couleur. lient.
- Le vitriol de venus découvre tous les alkalis, fur-tout les* volatils. Tous les alkalis fixes , mè’és à une folution de vitriol de venus, fe précipitent Tous la forme d’un fédiment bleu & verdâtre. Les volatils, au contraire, donnent un précipité d’une légère couleur de faphir : de façon qu’il n’y a rien qui découvre lesfels volatils comme ce vitriol. Celui de mars découvre de même les alkalis , mais non pas fi clairement. Ce qu’il y a de fingulier dans le vitrioi de mars, c’eft qu’il développe dans un infant tout ce qu’il a de force & de qualité : voilà pourquoi il donne aux (blutions une couleur noire ou noirâtre , ou violette obfcure. Les diiiolutions de venus & de mars par l’eau-forte, & étendues dans de l’eau de pluie diftillée ^ donnent les mêmes effets que les vitriols ; avec cette différence cependant, que s’il n’y a pas une allez grande quantité de fels volatils, elles ne fouffrent pas un grand changement, mais Amplement un mouvement inteftin prefqu’infen-fible : la couleur & la confiftance demeurent les mêmes. Hiærne.
- Le fucre de faturne, avec une once d’eau diftillée, en y ajoutant une goutte d’efprit de vitriol, donne une couleur diaphane un peu'trouble, comme de l’eau un peu chargée de vafe. *Idem.
- Le mercure fublimé avec une liqueur faite de vitriol & de chaux vive, donne une couleur d’opale. Idem.
- L’esprit de vitriol, avec l’efprit-de-vin ordinaire , donne une couleur plus foncée d’opale. Idem.
- La diflolution d’étain , avec le vitriol de mars, donne la couleur d’opale jaune. Idem.
- Le vitriol de Chypre , avec une lefiîve d’écaille, donne une couleur d’o-paîe, tendant à la couleur de rouille. Idem.
- Le fel de rhue, avec l’efprit de vitriol , donne une couleur jaune , claire & diaphane. Idem.
- Les feories du régule d’antimoine , mifes dans une once d’eau où l’on aura verfé cinq gouttes d’efpric de vitriol, donnent la couleur du fafran. Idem.
- Le fel de faule , avec l’efprit de fel ou l’efprit de-vitriol, donne une gou-îeur jaune, tirant fur le rouge. Idem.
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- Le fel de chardon-bénit ,avec l’efprit de vitriol, donne une couleur jaune ob fleure. Idem.
- Le fel de pulmonaire , avec le fel de vitriol , donne une couleur jaune enfumée. Idem.
- Si à ‘une diifolution de foufre , avec la chaux vive , on ajoute de l’efprit de vitriol digéré dans l’huile d’anis, on obtient une couleur grife tirant fur le blanc, comme les étincelles du feu : les huîtres calcinées , avec le vitriol de mars , donnent une femblable couleur. Idem.
- Le vitriol de mars, avec le fel ammoniac , donne une couleur verdâtre, comme celle du frefne ou du peuplier. Idem.
- L’esprit de vitriol digéré dans l’huile d’anis, avec des cendres gravelées, donne une couleur poncenu , comme les fleurs de grenats. Idem.
- Le fel defcabieufe, de fauge, d’aurone , avec fhuile de vitriol, donne une couleur brune claire. Idem.
- La foîution du bol d’Arménie, avec l’efprit de vitriol, par l’addition du fel de tartre, donne un gris clair. Idem.
- Le vitriol de vénus ihftillé, avec de l’eau de rofée du mois de mai, donne une couleur jaune, tirant fur le verd. Idem.
- Les fels fixes, avec le vitriol de venus, donnent une couleur verd céladon ou de Venife. Idem.
- Le fel de chardon-bénit, avec le-vitriol devenus, donne la même couleur , mais plus claire. Idem.
- L’esprit de vitriol digéré dans l’huile d’anis, avec une foîution de lune , donne une couleur verte de bonis. Idem.
- L’esprit de vitriol, avec le fel de fanicle , de meme que le fel d’aneth, le vitriol de mars, & la foîution de mars , avec l’efprit de fel ammoniac, Si l’efprit-de-vin ; enfin, le vitriol de vénus, avec le fucre de faturne , donnent tous une couleur verte plus foncée , comme celle du poireau: Idem.
- Le vitriol de mars & la foîution de mars, avec l’efprit de fel ammoniac & le fel diftillé par le minium , donnent le verd de palmier. Idem.
- Le fel d’aneth, avec le vitriol de vénus, donne une couleur verte dé-fagr-éable. Idem. '
- Le fel ammoniac & le tartre diftillé par le minium, avec le vitriol de venus, donnent une couleur bleue célefte (l’azur). Idem.
- Le fel de tartre , avec le vitriol de vénus, donne la même couleur plus claire. Idem.
- Tous les fels purement volatils , avec le vitriol de vénus, 'donnent .une couleur bleue , tirant fur le pourpre. Idem.
- Le vitriol de vénus , avec le nitre 'fixe , donne une . couleur bleue, tirant fur le rq,ugç. Idem.
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- Le fei de fumeterre , avec le vitriol devenus, donnent un bleu tirant fur le verd. Idem.
- L’urine, avec le vitriol & la folution de mars, donne la couleur de la poix. Idem.
- Les fcories du régule d’antimoine, avec le vitriol de mars , donnent de même une couleur de poix. Idem,
- L’esprit d’heuphorbe, avec le vitriol de mars, donne une couleur noire, tirant un peu fur le verd. Idem.
- Le vitriol de mars, avec la diffolution des métaux, faite par l’eau-forte , en y joignant des urineux, par exemple, l’eau diftillée de l’argille cubique , donnent d’abord une couleur obfcure qui s’éclaircit enfuite. Idem.
- L’esprit de vitriol, avec une diffolution de foufre , par lefel de tartre, donnent une couleur de chair, d’un rouge un peu grifâtre. Idem.
- La folution du foufre , par la chaux vive mife dans du vitriol de mars, donne une couleur d’abord noire, enfuite cendrée. Idem.
- Faites une forte teinture de noix de galles. En agitant cette infufion, mettez une quantité de forte folution de vitriol , vous aurez une encre très-noire. Si vous y ajoutez une petite quantité d’huile de vitriol * en remuant le vafe , vous verrez que la liqueur reprendra fa blancheur & fa tranfparence : mais vous la ferez repalfer au noir, avec une petite quantité de fel de tartre. Il n’en eft pas de même de l’encre, à caufe de la gomme qui y eft jointe , & qui, par fa ténacité , rénfte à l’opération qui doit s’exécuter fur les fels. Boyle.
- Si à de l’huile de vitriol reéiifiée vous mêlez une quantité convenable d’huile etfentielle , par exemple , d’abfynthe , avec de l’eau , que vous faf-fiez diftilier , il reftera une quantité furprenante d’une matière feche, & noire comme du charbon. Si, au lieu d’abfynthe, vous employez de l’huile pure elfentielle de fariette, en mêlant petit à petit à cette liqueur poids égal d’huile de vitriol redifée , & que vous mettiez le mélange à la diftillation dans une retorte, indépendamment de ce qui palfe dans le récipient, ces deux liqueurs , limpides par elles-mêmes , lailfent une quantité de fubftance noire comme de la poix , que l’auteur dit qu’il conlèrve comme une chofe rare. Boyle.
- L’huile de vitriol précipite pîufieurs fubftances , tant, minérales, que celles qui ont été diffoutes, non-feulement dans l’eau-forte , mais fur-tout dans l’efprit de vinaigre : la chaux ou la poudre qui a été précipitée par cette liqueur, eft très-blanche & très-belle. Idem.
- Si on met une dilfolution de minium dans une teinture de rofes rouges, faite par l’eau , la liqueur fe change en une fubftance verte , comme il arrive par l’huile de tartre : en ajoutant de l’huile de vitriol, il fe fera
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- une pareille opération : le plomb fe précipite en poudre blanche, & la liqueur s’éclaircit ; la couleur rouge reparaît, & prend beaucoup de force. Idem.
- Le vitriol dans le fuc de rofes noircit : par l’addition de l’efprit de fel ammoniac , il jaunit. Si on fait macérer des rofes rouges feches dans de l’huile ou de l’efprit de vitriol, l’eau rougit.
- La teinture bleue rougit ordinairement par l’efprit de vitriol: en y ajoutant du fe! alkali, on lui rend fa couleur. La teinture bleue , par l’efprit-dç-vin & les efprits urineux , verdit : par l’efprit de vitriol , elle rougit. L’efprit de vitriol jaunit ordinairement ce qui eft rouge : l’efprit urineux le noircit.
- Le vitriol de mars devient verd - brun , & donne un précipité noir, par la diiiolution du mercure dans l’eau-forte.
- Si à l’huile de vitriol on mêle de l’iiuile de tartre par défaillance , après l’eflervefeence le fel fe précipite. Si on filtre l’eau , qu’on l’évapore , & qu’on cryffallife, on aura des crylhux de tartre vitriolé, non pas acides ou âcres , mais tenant des deux.
- Le fel commun change la couleur de-la folution du vitriol de venus en verd clair.
- L’efprit & l’huile de vitriol fermentent beaucoup avec les alkaüs j & s’il y a quelque chofe de fulfureux , l’efprit de vitriol en devient plus obfcur & plus gris.
- Les alkalis font de la folution du vitriol de vénus un précipité verd, & plus épais que les urineux : le fel commun précipite le vitriol de mars , ce qu’il ne fait pas dans les pays froids.
- Le lucre de faturne iliifous dans une once d’eau diftillée, par l’addition d’une goutte d’elprit de vitriol , prend une couleur diaphane nébu-le ufe.
- Le mercure fubîimé, avec une folution de vitriol ou de chaux vive, donne une couleur d’opale.
- La folution d’argent, par le vitriol de mars, prend une couleur d’opale tirant fur le jaune.
- La folution du vitriol de mars, par l’efprit de fel ammoniac, prend une couleur grife ou blanche. Le vitriol de mars & la folution de mars, avec l’efprit de fel ammoniac & l’efpi it-de-vin, prennent une couleur verte: les fels urineux, avec le vitriol ou la folution de mars, font une couleur noire.
- L’esprit de vitriol, avec une folution de foufre par le fel détartré, prend d’abord une couleur d’incarnat, qui fe change enfuite en rouge-brun.
- Si on mêle une partie d’huile de vitriol avec trois parties d’eau , & qu’on remue le mélange, ii ie fait fur le champ une chaleur qui dure
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- îong-tems. Si on met un morceau de glace dans l’huile de vitriol , l’huile s’attache à la glace , & la réduit en fumée , de façon que le vafe s’échauffe beaucoup : mais fi on met l’huile de vitriol fur la glace , elle fe coagule avec la glace.
- Hauksbee , après Hook, a obfervé que le volume de Tenu , par l’addition de l’huile de vitriol , occupe moins d’efpace , jufqu’à ce que l’eau s’échauffe, mais qu’elle ne perd point de fon poids. Aâ. de Leipfic y année 1719.
- Deux parties de colchotar ou de vitriol calciné au rouge, avec deux parties d’huile de vitriol , s’échauffent en une minute.
- L’huile de pétrole rectifiée, & partie égale d’huile de vitriol , l’une agit fur la furface de l’autre avec mouvement & ébullition , enfuite elle s’échauffe.
- L’huile de vitriol, avec des œufs durs , du pain , de la viande, s’échauffe-beaucoup.
- Si du mercure , diffous dans l’huile de vitriol , vous tirez l’huile par la diftillation, le réfidu pulvérifé donne à l’eau une chaleur fenfible.
- L’huile de vitriol devient froide , par l’addition du fel ammoniac. Une partie d’huile de vitriol & douze parties d’eau, font un mélange qui s’échauffe : mais en y ajoutant une petite partie de fei ammoniac , le thermomètre que vous y aurez plongé , baillera. Douze parties de fel ammo. niac & douze d’eau, donnent du froid : en y ajoutant 12 parties d’huile-de vitriol, elles s’échauffent fur le champ.
- Si vous jettez du fel commun dans l’eau , on fent du froid : mais fi à huit parties de fel vous en ajoutez trois d’huile de vitriol, l’eau s’échauffe.
- Si on mêle une partie d’huile de vitriol avec une demi-partie d’efprit-de-vin, & qu'on agite la liqueur, elle s’échauffe & donne de la fumée. Plus l’efprit efb rectifié , plus la chaleur elf grande: elle eit encore plus grande , lorfqu’on mêle de l’huile de vitriol avec de l’huile de térébenthine.
- L’huile de vitriol digérée, avec le vin d’Efpagne, donne une odeur agréable.
- Parties égales d’huile de vitriol & d’efprit-de-vin , digérées pendant un mois, étant diftïllées, donnent une odeur brûlante & très-douce, qu’elles, répandent au loin.
- De petites perles, diffoutes avec l’efprit de vitriol, répandent une odeur demufc, lorfqu’on débouche la phiole où elles font.
- Parties égales d’huile de vitriol & d’huile de térébenthine diftiîlées, donnent un capnt mortmim noir comme du charbon & très-fixe. Si, après avoir laiffé digérer, on, tire l’huile de l’efprit de vitriol & de l’efprit-de-vin
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- re&ifié , on a une grande quantité d.e cette matière noire fixe.
- Le camphre & l’huile de vitriol dihillées, reftent au fond de la cucurbite comme un caillou, & 011 n’en peut rien fublimer.
- Si on calcine du vitriol bleu jufqu’à ce qu’il foit friable, il devient blanc : fi on poulie la calcination, il prend une couleur bleu-turquin , enfuite jaunâtre, puis rouge , bientôt après pourpre-obfcure, enfin noire.
- Sî on mêle de l’huiie de vitriol re&ifiée, avec de l’huile eifentielle d’ab-fynthe , qu’on diftiîle enfuite avec de l’eau , on a un caput mortuum très-noir.
- L’esprit d’urine mêlé à de la poudre de cuivre , devient verd : mais en y ajoutant un peu d’huile de vitriol, ilfe tourne eu une efpece d’eau.
- Deux ou trois parties de mercure & d’huile de vitriol, palfées à la retorte, font une chaux blanche comme la neige. Si on verfe detfus beaucoup d’eau claire, elle paile de la couleur laiteufe à une couleur jaune, fi magnifique, qu’on ne peut pas en voir une plus belle.
- L’huile de graine d’anis, avec l’huile de vitriol, donne fur le champ une couleur de fang.
- Dans la diftillation du vitriol verd, il monte des vapeurs blanches , & dans celle du nitre la fumée efr rouge pendant un tems.
- Le vitriol de vénus mis fur une barre de fer, y laide des taches rouges.Il n’en eh pas de même du vitriol de mars.
- Le camphre puivérifé avec l’huile de vitriol , prend d’abord une couleur bleue , enfuite il rougit, enfin il devient rouge obfcur ,làns odeur. Par l’addition de l’eau , le camphre fe dégage , & gagne le dedus. Quand 011 dihille un mélange de camphre & d'huile de vitriol, le camphre reprend fon odeur. Le réfidu elt de couleur très-noire..
- Si on met une lame de fer ou d’acier dans une folution de vitriol bleu , il fe précipite quelque ch-ofe du cuivre fur la lame de fer en forme d’écailies,. qui s’épa.Ulilîent de plus en plus. Si on jette du fer dans une eau bleue vitriolée avec du. mercure, le cuivre fe précipite, le fer fe dilfout, & le cuivre s’amalgame avec le mercure. L’eau bleue devient par-là d’un bleu pâle. Si tout le cuivre eh précipité, la liqueur prend une couleur verte. Le vitriol précipite le plomb au fond du vafe ; après cela le plomb précipite le fer. De même le mercure eh précipité par l’huile de vitriol, après que la folution par l’eau-forte a eu précipité l’or.
- Le mélange de nitre & de vitriol donne l’odeur de l’eau-forte.
- L’or diifous dans l’eau régale, & précipité par l’huile de tartre , fulmine & donne une odeur brûlante de mufc.
- L’huile de vitriol avec la poudre de camphre, donne d’abord line couleur hleue, enfuite rouge, rouge foncée , & perd fon odeur. Si on verfe de l’eau , le camphre fe dégage., & vient au-dejfus. Ce mélange dihillé reprend fou odeur ; le réfidu eh très-noir*.
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- De DeTprit de vitriol & de vin , lentement diftillés pendant quinze jours ou trois femaines, donnent d’abord une odeur agréable, enfuite une odeur forte & fulfureufe. Le ré G ci n eft comme de la poix, & fragile; iL ne peut brûler faus odeur ,& relie très-long-tems dans l’eau avant que de s’y dif-foudre. *
- Du mélangé du fer avec les métaux avec le foufre.
- Le fer ne peut point s’amalgamer avec le p’omb , mais le fumage toujours : cependant le fer peut entrer dans l’étain . avec lequel il fait un régule blanc, fur lequel l’aimant agit fortement. Le fer avec le zinc, fait un régule dur, malléable , femblable à l’argent. Il s’amalgame auiîi à merveille avec le bifmuth, & donne un régule auiîi fragile que le bifmuth : quoiqu’il y ait trois quarts de bifmuth, l’aimant ne laide pas que d’avoir de la prife fur lui. Henckee , dans fa Vyritologie. Le fer ne peut s’amalgamer à l’or ni à l’argent fans l’intermede du cuivre , dont les particules s’accrochent fortement au fer : c’ell ce qu’on éprouve en frottant du fer avec du vitriol de cuivre; on voit la partie frottée de couleur du cuivre. Barchusen.
- Le mercure ne peut point fe mêler au fer. Le fer & le cuivre ne peuvent s’amalgamer avec le mercure , & être enfuite réduits en poudre très-fubtile. Si on mêle du cuivre ou de l’argent au fer, ils s’accrochent très-folidement. Le cuivre mêlé au fer ne peut être battu en feuilles minces , & il rend le cuivre dur.
- Voici les expériences faites fur le mélange du fer avec le foufre. Lemery a mêlé du fourre, de la limaille de fer, & de l’eau; il a mis de ce mélange dans dirférens pots, petits, grands, & élevés. La matière s’eft échauffée , & a voulu palfer par-delius les bords. Il a pendant l’été, empli un des grands pots , de cinq livres de cette matière. Après avoir enveloppé le pot d’un linge, il l’a mis en terre, d’une demi-aune de profondeur, & l’a recouvert de terre. Au bout de 8 ou 9 heures , la terre a commencé à s’enfler & à s’échauffer : il a paru non - feulement des vapeurs fulfurées , mais même de la flamme , qui a dilaté la crevaife qu’elle avait occalîonnée. Enfin, il s’eft fait une ouverture, d’où il eft forti une poudre jaune, tirant fur le noir. La terre a confervé de la chaleur a fiez long-tems. En retirant le vafe, on trouvait encore une poudre noire. Cette expérience réulîit mieux l’été que l’hiver. Henckel.
- Le même Lemery a cherché à démontrer par une expérience la génération des éclairs & du tonnerre. Si on met de l’eau pure dans de l’efprit de vitriol, & qu’on y ajoute de la limaille de fer, il part une vapeur fulfu-reufe, qui s’enflamme au contaêl d’une bougie allumée, &qui fait du bruit
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- comme un coup de tonnerre. On a aufli. expérimenté que , Ci on ferme le vafe de verre , la vapeur le perce. Ayant mis une allez grande quantité de ce mélange dans un'grand vaiffeau de verre, ce vailTeau fut réduit en pièces, avec un fi grand Fracas s que les alliftans en lurent aiîourdis pendant un certain tcms. La matière une fois allumée fe dilîipe , & par conféquent peut fervir à former un nouveau tonnerre. Méui. de ducad. des fcienc. Voyez les a&ss de Leipfic, année 1710, pug. 204.
- Si vous mêlez parties égales de fer & de foufre , & qu’on humecte le mélange avec de l’eau pour en faire une pâte , cette pâte prend d’elle-même un certain degré de chaleur. Si on la met dans un pot fur des charbons ardens, ordinairement elle prend feu, & acquiert une couleur rouge. Le réfidu eft du véritable fafran. Si la matière elt en une certaine quantité , elle peut d’elle-même s’échauffer & fe calciner jufqu’à ce qu’il né relie que du fafran. Elle diminue prefque de moitié. Quoique cette maife foit diminuée de moitié , cependant d’une partie de fer on obtient ufie partie \ de fafran ; ce qui montre que l’acide du foufre eft palTé dans la fubftance du fer. Au fur-plus, voyez mon traité du foufre.
- Recueil ddobservations fur le fer«
- Il faut que le fer qu’on expofe au miroir brûlant, foit en lames minces,* une pareille lame rougit dans le moment, & eft percée de plufieurs trous. ABes de Leipfic, année 1697. Le miroir brûlant a fondu un clou de fer en 30 fécondés.
- Il eft connu que ke fer enflammé, mis fous le marteau , tandis qu’il le refroidit, & que la couleur s’en obfcurcit dans la partie qui eft au-delà de l’enclume & du marteau , blanchit cependant fous le marteau , & même de plus en plus , ainfi qu’il eft aifé de le remarquer dans les manufactures , fur-tout dans celles oû on l’étire en barres minces pour être réduites en fils. De même le fer s’échauffe beaucoup fous le marteau, la lime, le cifeau. On dit qu’un nommé Hautsch a eu l’art de faire rougir le fer en cinq ou ftx coups de marteau. Le fer s’échauffe aifément fous le marteau , s’il eft de forme quarrée , & que les coups tombent fur le plan , & non fur les angles , ce que les ouvriers habitués à le manier peuvent faire aifément. Le fer refroidi de lui - même au fortir de l’enclume & du marteau, eft plus propre au travail que celui refroidi dans l’eau.
- Il eft confiant que la chaleur raréfie le fer, & que par l’augmentation de fon volume , elle le conduit par degrés, à la diffolution & féparation de fes parties : mais quoique le fer & tous les métaux puiflent être raréfiés > & leurs parties dégagées des liens qui les accrochent & les retiennent, rela-
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- tivement au degré de chaleur qui les pénétré , cependant , fuivant leur nature , un métal cede plus aifément au feu qu’un autre métal ,• c’eft-à-dire , que l’un entre plus aifément en fufion qu’un autre. D’ailleurs , l’expan-fion que donne la chaleur , eft un degré de liquation ; car les particules les plus fubtiles commencent le plus facilement à le mettre en mouvement, & les particules qui tiennent le moins .- fondent auili plus aifément. Pour mefurcr la raréfaction de chaque meta! & Pin fiant de la fufion, relativement aux diiiérens degrés de chaleur, AJ uschenbroek a imaginé line machine très-curieufe , compoiée d’un cadran mobile par le moyen de roues dentées & de pignons , cornue une horloge, & d’une réglé auffi. dentée, & appliquée aux roues , que !e moindre de.-;fé de chaleur pouvait mettre en mouvement. Il a appliqué a la réglé, fuivant-fa longueur, un fil de métal d’un diamètre bien égal. Ce fi! était'd’un bout appuyé fur une entaille faite dans un reiibrt, & de l’autre fur la réglé qui pouvait faire mouvoir les roues. Deifous il y avait cinq meches à Del prit- de-vin , par le nombre desquelles, lorfqu’elles étaient allumées , on voyait au jufce l’effet du plus ou moins de chaleur (k). Voici les expériences qu’il a faites avec cette machine , qu’il appelle ion pyrometre, le thermomètre étant au 32e degré par un vent d’oueft, le ciel couvert, & le baromètre à 29 L
- Le fer, par une meche à l’efprit-de-vin , était raréfié à 80 degrés; par deux , à 1 i7 j par trois , à 142 ; par quatre , à 211 ; par cinq , à 230. L’acier par une flamme,à 8S ; par deux, à 123 ; par trois, à 168 > par quatre, à 270; & par cinq , à 3 10.
- Il a obfervé que le fer eft celui de tous les métaux qui fe raréfie le moins, foit qu’il y ait une ou plufieurs flammes : voilà pourquoi il eft très-commode pour conftruire les machines qui ne doivent point varier fuivant les diftérens degrés de chaud & de froid , comme les pendules des horloges, les mefures, les aunes, les pieds.
- L’expansion du plomb & de l’étain, à la même flamme, eft prefque double de celle du fer.
- Il a pris la valeur de latenacité des métaux, comme elle eft évaluée dans le traité de firmitate corporum. Le cuivre 299^; le cuivre jaune 360; le fer 450 ; le plomb 29 l’étain 49 dont les gravités fpécifiques font du cuivre 9000 ; du cuivre jaune 8000 ; du fer 7645' ; du plomb 11325 ; de l’étain 7320. Il a pris des fils de fer de différentes grolfeurs , & qui étaient dans la raiflm de 1,2,3,4 ; il les a marqués par les lettres A , B , C , D. A eft le dixième d’un pouce. Le fil de fer A, pafîant dans un cône tronqué du diamètre de o. 07. pouces a été lentement, & un peu alongé par 450 livres. B, par un poids
- ( k ) On peut voir ce pyrometre dans les leçons de M. l’abbé NotLET, tome IV.
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- de 310, a eté amené au diamètre de 0.08 pouces. Le diamètre du cône tronqué étant 0.06 pouees , le ferC, par 230 livres, a été amené au diamètre de c. 06 pouces i & D , par un poids de 130 livres, a été amené au diamètre de o. os. pouces ; de façon que la ténacité , félon l’épaifleur des fils, a été À = 450 ; B — 337 § ; C = 225 ; D — 1 j 2 b : il ajoute que les fils de tous les métaux dans la filiere fe font fortement échauffés.
- Il a aulli cherché quel était le degré de chaleur du plomb , qui commençait à fondre. Pour cela, il a appliqué le bout d’une baguette de fer à fon pyrometre, & mis l’autre bout dans le creufet qu’il deftinait à fondre le plomb. Au commencement de la liquéfaction , & le plomb fondant à peine , il a étendu la baguette de fer au 217e degré ; l’étain à 109, moitié moins que le plomb ; le bifmuth liquide, à 300 j la marcafïite jaune,à 169 ; le fer de l’eau commençant à geler à l’eau bouillante, a été raréfié de 5 3 degrés, l’acier de s[6. Il faut favoir que chaque degré vaut 7^55 de pouce: ce qui fait voir que dans l’eau bouillante, le fer a augmenté de yj^y pouce : la longueur de la baguette f pouces |.
- Il a encore obfervé le tems qu’il fallait au fer pour être raréfié à une meche allumée. Par une flamme en 9 fécondés un degré j une minute & 2 fécondés , 19 degrés ; 2! 4" 340 ; 3' 4", 470 5 4' 2/;, 55° ; j' 0" 62e j 6r 6"9 68 °i 7! 2" 71 « j 2", 730 59' 3", 76Qj io' 15", 78° j l’expanfîon acefTéf: mais lorfque le fer était chauffé par cinq flammes, voici le.réfultat, , 5° ; i' 3"i 801450} 3' 3";2oo°; 4' 9" ; 230°. Il y a encore plu-fieurs expériences, qu’on peut voir dans l’auteur. En comparant ces expériences, il a remarqué que les tems & les expanfions varient perpétuellement, que même les expanfions ne fuivent pas la proportion des flammes » mais que proportionnellement elles font plus grandes de 1 à 2,2 à 3,334, & ainfi de fuite.
- Il a encore remarqué que l’étain fe raréfie très-promptement, ainfi que le plomb, le cuivre jaune , enfuite le cuivre rouge : le fer veut plus de tems. En 4 fécondés,^ l’étain a pris 5 degrés. Le fer en 9 fécondés, n’en a pris qu’un ; de façon que l’étain eft 9 fois plus prompt que le fer, c’eft - à - dire , que Pétain fe raréfie à un neuvième de la chaleur, que demande pour cela le fer froid au trente-deuxieme degré du thermomètre. La vîteffe de la première expanfion du plomb, eft à celle du fer comme 9 eft ii du cuivre jaune , comme 5 eft à 1.
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- Ee e ê
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- 0 B $ ER FA TI ON S SUR LE MER.
- Voici lai table qui en. a été dreffée.
- H
- 2 flan
- EXPANSION.
- a
- 1 flamme dans le milieu. . . .
- 2 flammes dans le milieu près Tune de l’autre. .
- 2 flammes à 2 pouces l’une de l’autre.
- 3 flammes au milieu proches.
- 4 flammes dans le milieu proches. . f flammes.
- Fer. Acier. Cuivre Cuivre Etain. Plomb,
- 1 rouge 1 jaune.!
- 8o 00 ' 89 100 M5
- IT7 123 200 274
- 109 94 92 14* 219 263
- 142 168 19? 2-7 V
- 211 270 270 3$i
- 230 310 3 ro 377
- Par le moyen de ce pyrometre, il a encore expérimenté comment le fer & les autres métaux, poulies à une grande chaleur, font condenfés parmi grand froid. Il a choilî un jour qu’il commençait à fe former de la glace;, le thermomètre était au trente-deuxieme degré, dans un endroit fpacieux,. mais exactement fermé. L’expérience a été faite fur le fer & les autres, métaux, chauffés prefqu’au rouge. Il a remarqué que , plus les métaux étaient chauffes, plutôt ilsfe condenfaient au fortir du feu : de même que plus, un métal effaifé à raréfier au feu, plus aifément il fe condenfe.. Il a auflï examiné dans le vuide , ces rapports & ces degrés ; pour cela, il a pris des cubes d?un pouce, qu’il a plongés dans des tems égaux dans du plomb? fondu, pour leur faire elfuyer le même degré de chaleur : enfuite il en fut pendit un à l’air, & l’autre dans le récipient privé d’air. Il a obfervé que le: corps fufpendu dans le vuide , a confervé fa chaleur plus long-tems que celui qui était à l’air. Voici la,table qu’il a donnée.:
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- OBSERVATIONS SV R LE FER. T«7
- DEGRES DU PYRGMETRE.
- | Fer dans Fer à Acier dans Acier à j Plomb dans Plomb à
- g le vuide. l’air. le vuide. l’air. le vuide. l’air.
- g ° O O O O O
- S *3 IO 11 IO ï I j îO
- | 23 20 22 20 22 20
- 35 30 33 30 35 30
- 44 40 42 40 47 40
- 55 50 53 50
- 65 6o 63 60 54 45
- 70 65 73 70 60 50
- 75 70 82 80 65 55
- 8o 75 87 85 70 60
- 8t • 76 93 90 - 74 65
- 77 97 95 79 70
- 82| 78 102 100 83 75
- 79 107 IO? 87 80
- S3| 80 ï 13 110 91 85
- 84 Si 113 ni 93 86
- 82 114 j 12 93| 87
- oo 83 115 113 93 88
- 84 114 89
- 86 85 ' II63 iî>
- 86 116 94 90
- 87 87 117 117 91
- 88 118 I 93
- 89 1 1 93
- 88 90 119 95 | 94
- 91 118 120 1 95
- 89 92 121 96 ] [ 96
- 93 123 1
- 90 94 119 323 I ! 1 1 I
- 95 124 1 !
- 96 120 125 J
- 9i 97 | ! 1
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- E e e e ij
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- OBSERVATIONS S.UR LE FtER.
- Il dit avoir fait de.? pyrometres abfolument femblabies, au moyen defquels il a fait des obfcrvations dans l’air & dans le vuide , & qu’il s’eft fervi de baguettes de mêmes dimenfions. Jufquici Muschenbroek.
- Zanichellijs dit que le fer fondu & refroidi a montre de petites particules pyramidales à quatre côtés", dont il a donné la figure.
- J’ai vu du fer qui était relié en terre, dans un endroit humide , environ 70 ans : il était comme décompofé & très-fragile. Dans la calibre, il ref-fembiait à une marcalîite aquatique, avec des taches brillantes , d’une couleur jaune.
- Un morceau de vieux fer, mangé par la rouille, & placé dans le feu fous la cendre , donne une odeur très-fubtile de foufre , & une flamme très-légère qui dure fort long-tems.
- Si on met de la mine de mercure fur le feu dans un pot , afin que le mercure s’évapore en fumée, on juge', quand la fumée eft noire tirant fur le jaune, qu’il y a de la mine de fer qui y eft jointe.
- Si vous tenez long-tems le fera un grand feu, il peut, par lui-mêniie , être vitrifié.
- Geoffroy a foutenu que , par le moyen du feu , on produit du fer nouveau , parle mëbange de l’argille avec l’huile de lin , comme avec l’huile de vitriol ou de térébenthine. Il ajoute que , de tous les métaux , le fer eft le feul qui, diifous dans refprit de nitre , par l’addition de l’huile de tartre par défaillance, monte au - deAns du vafe, en végétant en forme' d’arbulte. Il prétend encore que la différence du vitriol & la couleur noire de l’encre vient des feules particules du fer que'l’acide du foufre extrait des noix de galles, autres concrets terreux pareils-, & des alkaüs fulfu-reux. De l'académie royale des [tierces. Voyez ailes de Ltipfic r armée 1709,,
- §. XVII I.
- De ? élément [f des particules du fer , [y' du vitriol dé mars , dans
- les eaux des lacs, des fleuves f des fontaines y, fuivaut diffé-
- rens. auteurs«
- Je ne parlerai que des eaux qui font, imprégnées de fer,, fans entrer dans le détail des lacs, au fond defquels on trouve de la mine de fer en forme de fable. Il ne fera ici queftion que des eaux & des fontaines chargées des parties élémentaires du fer; on trouvera plufieurs chofes.là-delfus dans le traité du vitriol : mais comme les eaux , avec du^ vitriol & du foufre font aufll chargées de particules de fer, qui font leurs premiers, élémens * elles méritent à ce titre de trouver place ici.
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- DES P ARTICULES 'DU FER, &c.
- 5 §9
- On fe fert des aftringens , pour eifayer fi les eaux contiennent du vitriol de mars : ce qui fait que la folution eft noire’ou pourpre, fuivant. que l’acier du vitriol diminue , ou étend la couleur des particules alkalines. Sur l’elfai des eaux , voyez ce qui fuit. Il eft connu que le vitriol fait avec du fer pur , mêlé à des noix de galles , donne à l’eau une couleur rouge » tirant fur le noir : mais fi le cuivre eft mêlé au fer, alors la folution eft très-noire. J
- On trouve en Suede plufieurs eaux médicinales & acidulés ; elles font prefque toutes imprégnées de vitriol de mars, & ont un goût d’encre : on a fait fur ces eaux plufieurs expériences, qu’il ferait trop long de rapporter en entier.
- Des eaux de Paflÿ*
- Vous trouverez dans les mémoires de l'académie des fciences , bien des chofes fur les eaux minérales , fur-tout fur celles de Pajjy & à'Auteuil. On conclut qu’elles font un peu imprégnées d’efprit vitriolique fulfuteux, de ce que la noix de galles en poudre, mife dans ces eaux nouvellement pui-fées , leur donne une couleur rouge , qui difparaît fur le champ, lorfqu’on lui donne un degré de chaleur. L’efprit de fel ammoniac , qui a été tiré du tartre calciné , verfé dans cette eau, lui donne une couleur laiteufe, & il fe précipite un peu de poudre blanche & fubtile. De-là, on peut conjecturer que ces eaux contiennent quelque chofe de vitriolique, puifque les noix de galles leur donnent la même couleur que le vitriol ferrugineux , finon que la couleur qui en provient tire davantage fur le noir. Mais, par la couleur, qui part lorfqu’on l’a fait chaufier, il eft aifé de voir que ce qu’il y a de vitriolique , confifte dans quelou’efprit volatil. On conclut encore , que cet efprit n’eft pas acide , de ce que l’efprit vitriolique , mêlé à l’eau avec la noix de galles, ne lui fait pas perdre fa limpidité. Ayant d'iftillé au bain-marie fept livres de cette eau , on tiouva au fond de la cu-curbite environ cinq fcrupules d’une terre jaune, compofée de fibres brillante^, & des lames, allez femblables nu taie. Cette matière, purgée par plufieurs lotions, après que la couleur jaune fut enlevée , refiembiait à de la poudre de talc brillant ; mais placée fur un fer rouge-, & vue au microf-cope , elle avait perdu fon brillant & fa.tranfparence : elle refiembiait alors à du gypfe calciné. La poudre jaune & légère, provenue de cette matière gypfeufe, mife dans un autre vafe de verre rempli d’eau , fe dépofa comme un limon jaune : cette poudre ne parait pas avoir la vingtième partie de la pefanteur du gypfe. Placée fur un fer rouge, elle relTemblait à de la rouille de fer 5 de façon qu’on a conjecture que cette rouille venait des marcaffîtes ferrugineufes aqui font en grande abondance en cet endroit : cm ne décou-
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- f9<>
- DES PARTICULES DU FER)
- vrit rien de falin, ni de vitriolique , ni rien de nitreux. Au refte, il eft démontre que ces eaux ont un peu de fer & beaucoup de gypfe, & qu’elles font peu utiles (157).
- Eaux de Forges.
- Les eaux renommées de Forges en Normandie , font imprégnées d’une mine naiifante de fer, ou, fuivant le langage ordinaire, de parties élémentaires de fer. On en juge par l’effet.que font fur elles les noix de galles, & par le fel & le foufre qu’on en retire ; elles teignent en verd le fuc épaifli de l’iris ; l’efprit de fel ammoniac n’en fait rien précipiter : à la diftillation , 011 en-tire un peu de fel foufré.
- M. Morin a efiayé les eaux de Forges, & il a trouvé qu’elles étaient chargées de fer & de vitriol. Il dit qu’il eft confiant, par les expériences ordinaires , que la folution de vitriol, mêlée à une teinture de noix de galles, noircit dans l’inftant, ce que ne fait pas l’efprit du même vitriol : que la même teinture de noix de galles, mêlée à de la limaille de fer, prend la même couleur noire, mais pas il proprement que fi elle était mêlée à la folution de vitriol. Lorfqu’011 met de la poudre de noix de galles dans l’eau de Forges, elle prend fur le champ une couleur rouge foncée , qui en une demi-heure fe charge encore plus, jufqu’à ce qu’elle devienne noirâtre} ce qui prouve que ces eaux ne font pas chargées de vitriol, mais de particules de fer très-déliées, ou d’une efpece d’efprit vitriolique, qui a la nature du fer. Dans cet endroit, il y a trois fontaines, la Cardinale, la Royale, la Reyuette. En quatre ou cinq jours l’efprit de vitriol , dont ces eaux font imprégnées, s’évapore } après ce tems , elles perdent la couleur que l’infufion de noix de galles leur avait donnée : cette teinture s’évanouit avec l’efprit de vitriol. Ces trois fontaines jettent continuellement de petite Eoccons de matière de couleur de rouille ; ils font fl légers, qu’au taél on ne les fent pas , fans que l’eau les diflolve, ni qu’ils perdent leur figure,- ils ont beaucoup de reifemblance avec le fafran de mars, qui n’eft autre- chofe que de la rouille de fer, faite à la rofée ou à la pluie la fuper-ficie des mines de fer , fur lefquelles ces eaux paient, en eft fenfiblement rongée : c’êft de là que ces eaux détachent ces membranes légères de rouille.
- (1^7") Ce texte n’eft pas exad : les ulage de ces eaux, pour guérir plufieurs excellentes analyfes qu’on a faites de ces maladies. L’académie ayant remarqué cette eaux, depuis les premières éditions de erreur , a jugé à propos d’en avertirpe pu-l’ouvrage de Swedenborg, y ont blic, dans une note imprimée à la tête démontré- la préfence de plufieurs Tels du traité des enclumes. J’ai cru devoir moyens ; & l’expérience journalière four- la placer ici. nit des preuves très - fréquentes du bon
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- ET BU VITRIOL DE MÆRS.
- Eaux de Vieili.
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- Geoffroy a effayé les eaux de Vichi, & autres. Il a remarqué que celles de Bourbon , mifes féparément dans des bouteilles, à la quantité de 18432 grains , après avoir été réduites en vapeurs à un feu doux, laiifaient au fond du vafe 63 grains d’une certaine matière terreftre & faiine, & que les eaux de Vichi font plus pefantes, & donnent en même quantité le double d’une efpece de matière minérale ; ce réfidu n’eft autre chofe qu’un fel âcre , lixiviel , femblabîe en tout à celui qu’on tire des plantes , & qui fermente avec tous les acides : qu’il y a quelque chofe qui tient du foufre i ce qui fe connaît à la lumière allez fenfible & durable, que donne cette matière faiine , fi on la met dans un lieu obfcur fur un morceau de fer chauffé» Les eaux de Vichi contiennent une plus grande quantité de ce fel, & outre cela quelque portion de fel vitriolique. IlURLET a auflî examiné les eaux de Bourbon & de Vichi. Il y a fept fources ; mais il n’en a effayé que iix. L’eau des deux puits des Capucins , eft très-chaude. Dans le baffin de la fource même, elle paraît obfcure & blanchâtre ; néanmoins dans un verre, on la trouve alfez limpide. Elle a une odeur forte , fcmblable à celle du foufre brûlé. Au goût, elle eft très-falce & défagréable. Elle conferve long-tems fa chaleur. Il avait un thermomètre de 9 pouces de longueur, au-deifus de la phiole. A l’air libre, il était à la vingt-quatrième marque» Plongée dans le grand puits quarré , il monta à ^o, & dans le petit à 51 Cette eau , mêlée à une dilfolutien d’alun & d’efprit de vitriol, a fait une grande effervefcence. Avec l’eau de chaux , elle s’eft fimplement troublée:: elle n’a point rougi le papier bleu, & a pris une faible couleur avec la teinture de noix de galles. Elle n’a point changé la teinture de tournefoî» & a changé en verd le firop de violettes. Quatre livres de cette eau, évaporées dans un vafe de terre , ont donné deux drachmes 60 grains de matière terreftre. Chamel , de huit livres de ces eaux, en a tiré cinq drachmes & demie : enfuite il a mis à évaporer fur des cendres chaudes fix drachmes & trente-deux grains de cette eau. ^Apres l’évaporation , il a trouvé une matière blanche & feche , tant au fond du vafe qu’attachée à fes parois. Le poids du vafe était augmenté de trois grains & demi, d’011 il a conclu qu’une bouteille ordinaire de cette eau contient environ vingt grains de cette matière. La fource delà Grille eft moins chaude que celle des Capucins. En y plongeant le thermomètre ,il a monté à la cinquantième ligne. Elle a donné à-peu-près autant de matière terreftre : elle a l’odeur du fel lixiviel, & eft très-tranfparente. En fortant de fa fource , elle donne des bulles , avec une odeur de foufre fondu j elle conferve fa chaleur , comme celle des Capucins 5. &. on-n’a point remarqué de différence entr’eîles. La fource de Gros-RulUt
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- rs>3 ' DES PARTICULES DU FER
- eft tiede, très-limpide, d’une faveur plus piquante que celle delà Grille.Son odeur ferable participer du fer en quelque chofe. La terre fur laquelle coule cette eau , & dans laquelle l’eau même fe dépouille , eft noire. On a remarqué que l’aimant attire quelques parties de cette boue defféchée. Par i’iu-fuiion de noix de galles, elle prend une couleur forte, & elle fe trouble. Une bouteille de cette eau évaporée , a donné dix-huit grains de matière terreftre plus que celle de la Grille. Elle fermente avec tous les acides. Ces eaux ont rendu la couleur à du papier bleu, palfé au rouge par les acides. Le fel, dont les eaux de Vichi font chargées, eft le même dans toutes les fources. C’eft un fel alkali minéral, qui , dans les eaux thermales , eft probablement compofé de parties volatiles jointes à des parties fulfureufes ; cependant l’art n’a pu en tirer aucune partie de foufre.- L’auteur croit avoir découvert du foufre dans le réfidu de ces eaux, parce qu’en ayant jette fur des charbons allumés , dans un endroit obfcur , outre le bruit que les parties Câlines ont fait en décrépitant , elles ont donné quelques fumées bleues, qui, allumées, avaient l’odeur de poudre à canon. Outre cela,, ayant conlervé pendant quelque tems de ce rélldu diiTous dans de fefprit-de-vin, il a vu nager fur la liqueur quelques particules gralfes. Enfin» ce qui eft un indice encore plus alluré du foufre , il a jette cette matière ter-reftre bien purgée de tout fel, dans de l’efprit-de-vin. Après quelques jours il a vu fur la fuperücie une efpece de membrane huileufe. Avec le foufre, il y a quelques particules de fer , fur-tout dans la fource de la Grille , du Gros-Ballet, & celles de Gorgnier. L’aimant en a attiré quelques parties. Enfuite il a elfayé l’eau de la fontaine des Buveurs, 8c celle du petit puits quarré des Capucins ; par du papier bleu, de la teinture de tournefol, il a vu que l’ayant lailfé pendant une nuit entière dans l’eau , la couleur n’avait reçu aucune altération. Il a donné à ce papier la couleur rouge par le moyen des acides ; en le mettant dans l’eau le jour fuivant, ce papier a recouvré fa couleur bleue; ce qui démontre que ces eaux ne contiennent point d acide volatil.
- jEaux de Carenfac.
- Lemery a examiné l’eau minérale de Carenfac dans le bas Rouergue ; il l’a trouvée froide 8c ' fans odeur , avec un goût un peu âcre & vi-triolique. Douze onces de cette eau, évaporées, ont donné 18 grains d’une efpece de fel gris tirant fur le blanc, falé , & un peu vitriolique.
- Eaux de Pougues.
- Les eaux de Fougues, dans le Nivernais, n’ont pas par elles-mêmes
- beaucoup
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- ET D U VITRIOL DE MARS, &c.
- vn
- beaucoup d’acidité, & ne r.ougiflent pas à l’infufion de noix de galles: cependant, lorfqu’elles font fraîchement puifées , elles rougirent par la poudre de noix de galles, & elles font très-acides. Avec quelques gouttes d’efprit de fel ammoniac, il fe fait un précipité blanc & compaét L’eau évaporée, le réfidu était feuilleté & faîé. Difious dans de l’eau commune chaude & filtrée, il a teint en verd le fuc de fleurs d’iris. Il n’a fait aucune efFervefcence avec l’huile de vitriol, mais feulement un petit frémmilfement > ce qui a fait foupqonner que cette eau traverfe des terres bitumineufes, dans lefquelles néanmoins il y a plus de vitriol que de bitume.
- Eaux des bains d*Avignon.
- Grisonius a écrit fur ces eaux, & a obfervé que, fraîchement puî-lécs, elles font limpides & d’un goût auftere. Mlngus dit qu’elles contiennent plus d’aiun que de fer. Savonarole a cru qu’elles étaient imprégnées de fer, d’alun & de cuivre. Bacciüs les a de même jugé ferrugineufes & alumineufes. L’auteur doute qu’il y ait du fer; mais par les expériences fuivantes , il veut prouver qü’indépendammeiit du foufre, il y a du tartre vitriolé : mais il exclut le fer, quoiqu’il foit rare de trouver des pyrites & du vitriol qui n’aient quelque portion de fer. L’eau mêlée à la décoction de noix de galles a pris une couleur jaune , & non pas noire. Une portion du dépôt durci, qui fe trouve au fond de ces eaux, pulvérifée & mile dans de l’eau commune avec de la poudre de noix de galles, n’a donné aucune'couleur noire à l’eau. Il a mis de l’huile de tartre dans une once de cette eau: elle s’eft troublée, mais s’eft promptement éclaircie, & a pris une couleur jaune, tirant fur le rouge. Verfée dans un vaiifenu de terre & deiTechée, elle a pris une couleur d’orange mûre & feche, ou de rouille de fer. Cela arrive avec l’eau ompha-tique de Mathiole, mais non pas avec celle des bains à'Avignon, qui 3 mêlée à l’huile de tartre, a fur le champ pris une couleur blanche comme du lait, jufqu’à ce qu’il fe foit précipité une petite quantité de terre blanche. Enfuite il a mis parties égales d’eau dans deux vafes de verre: dans i’un il a verféquelques gouttes d’efprit d’urine, dans l’autre quelques gouttes d’efprit de Ici ; l'une & l’autre ont paru laiteufes, fans être rouges ni jaunâtres, comme il ferait arrivé , à ce qu’il dit, s’il y avait eu du fer.
- A une demi-once d’eau il a mêlé une drachme de chaux vive, & au bout de huit heures l’eau était encore blanche : enfuite elle a pris la couleur jaunâtre d’une eau ferrée. Il a mis dans un vafe de verre un peu d’efprit.de vitriol romain ; l’addition de quelques gouttes d’huile de tartre a occafionné une grande ébullition & efFervefcence, qui étant paifée, il s’efl: précipité Tome II. % F f f f
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- DES PARTICULES DU FER
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- une fubftance faline-, de couleur rougeâtre, qui eft le fer cache dans cette liqueur. Il a encore mêlé de la poudre de noix de galles à quelques gouttes de cet efprit de vitriol, jointes à une once d’eau commune 5 aufli-tot la couleur noire s’eft montrée. Ayant fublimé une partie d’une certaine terre jaunâtre de la vallée de Roze dans le territoire de Sienne, qui paffe pour fer-rugineufe , avec une égale portion de fel ammoniac , le tout refroidi a pris, une couleur d’orange mûre S. dedéchc-e , ayant trouvé dans la partie concave du chapiteau des particules lai in es de la même couleur ; ce qui n’arrive pas avec le fédiment de l’eau des bains d'Avignon, mais qui donnait une cou-, leur blanche à la matière qui reliait au fond, comme à celle qui était attachée au chapiteau de l’alambic. L’intérieur de ces matières était routfâtre;. U pour mieux s’aifurer qu’il n’y avait pas de fer fur un grain tiré par le feu, il verfa de l’huile de tartre, fans que la couleur ait changé,- elle devait cependant en prendre une jaune, ou dérouillé. Il eft aulfi démontré qu’il n’y a point d’alun car ayant tiré de la teinture de bois de Hrélil , mis en menus morceaux, & infufé pendant une nuit dans de l’eau commune,, cette teinture , mêlée, avec une partie d’alun de roche , d Lifo us dans de l’eau commune, perdit beaucoup de la couleur rouge, ce qui n’arrive pas !orf-, qu’on la. mêle avec du fédiment de l’eau des bains d'Avignon-. Outre cela,, l’addition d’alun fubtilement puîvérilé dans du, vin fait avec des grenades, n’a occafionné aucune fermentation, ni aucun changement de couleur; au lieu que la poudre du fédiment de ces bains, mêlé à ce vin , a fait une grande fermentation , avec ébullition & écume. Un peu après, le vin fut plus clair qu’auparavant. Ayant fait évaporer une grande quantité de cette eau, il eft relié deux onces de fédiment de couleur fauve - obfcure, appellée léonine, d’une faveur douce, & un peu falée* Si elle tenait du fer ou de l’alun , 011 aurait trouvé des parties noires & rougeâtres, proportionnellement aux parties du fer, & des cryltaux attachés aux parois du verre proportionnellement à la quantité d’alun : car de la dilfolution d’une livre d’alun faite dans un vailfeau de chêne avec fix livres d’eau commune , Si lailfée pendant plufieurs jours dans ce vafe , l’eau pâlie goutte à goutte à travers les pores, & lailfe l’alun cryftallifé. Il a obfervé la même chofe dans une portion d’alun de roche diffoute & lailïëe dans un vafe rempli d’eau commune; enfuitc fur de l’alun déroché pulvérifé, & mis dans un vafe de verre, il a verfé quelques gouttes d’huile de foufre, ce qui n’a rien donné de nouveau. Après cela , fur du fédiment des eaux d'Avignon pulvérifé , il a mis un peu d’huile de foufre , & il y a eu une grande fermentation. Par les expériences Suivantes, il a prouvé qu’il n’y avait point de cuivre. I! a mis dans l’eau pendant trois jours un anneau de fer poli, lequel ne s’eft point chargé de JîQuille» Il a diflbus dans de l’eau.tiede un peu de. vitriol de Chypre, dont ou;
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- ET DU VITRIOL DE MARS, &c.
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- peut tirer du -cuivre 5 ayant plongé une lame de fer dans cette eau , fur le champ la rouille s’eft manifeftée. Outre cela, cette eau, par l’addition de quelques gouttes de fel ammoniac, a pris une couleur bleu îurquin , comme on l’appelle, ce qui n’arrive pas à l'eau des bains Avignon, qui-devient îaiteufe par l’addition de l’cfprit de fel ammoniac. Six livres de cette eau , paliée par le papier, ont laide fur le filtre une très-petite quantité de terre blanche , infipide , & delà confiftanee du beurre : enfuite, l’eau évaporée à un feu doux, il eft relié trois drachmes de fédiment de la confiftanee du miel , d’une faveur douce, défagréabie,• diffoutes dans de l’eau commune & évaporées, 011 a trouvé un fédiment de la même couleur, faveur & confif-tancej tenues dans le vafe de verre pendant deux jours, delléchées & calcinées pendant un quart d’heure, elles 11e fe font point*allumées, ni n’ont point fait de bruit : mais tirées du feu , elles ont donné fur le champ , même après leur refroidiiîement, une odeur de fourre, & au goût une fenfation de fel ; ce qui n’arrive pas avant la calcination , parce que les particules iaiines & fui-fureufes en étaient enveloppées & détenues dans les parties terreftres. En-fuite il a rnis un peu de cette chaux dans une teinture de fleurs d’amarante ; à l’inPiant te rouge a difparu , & a été remplacé par une couleur jaune foncée. Il a encore éprouvé fi cette eau, verfée fur une teinture d’amarante, lui rendrait fa couleur rouge , & la chofe a reuffi à merveille. Il a remarqué que fenu-forte, ni l’cfprit-de-vin tartarifé & bien déphlegmé , iront aucune prife fur des morceaux de cette matière fulfureufe & faillie. Il a diifousdans de l’eau commune le fédiment de quinze livres de cette eau évaporée, & a tenu ce mélange pendant trois heures proche le feu, afin que la diifolution fe fit mieux ; il a filtré par le papier ( ce qu’il a recommencé trois fois) , il a trouvé une demi-once d’une terre un peu falée , couleur d’ambre gris. Cette eau évaporée au bain ordinaire, a laiiié un fédiment de couleur léonine obf-cure, de faveur falée & âcre, prefque comme le fel marin , qui prenait un goût doux, à mefure qu’il fe diflol vais davantage dans la bouche. Le relie du fédiment fe durcit beaucoup pendant une nuit, & pefait environ trois drachmes , avec une faveur falée. Une demi-drachme calcinée à un feu violent, a donné l’odeur de foufre, & s’eft évaporée en peu de tems,- d’où 011 conclut qu’elle abonde en parties extrêmement volatiles. L’autre partie calcinée à un trop grand feu, a lait une forte ébullition : retirée du feu, après un quart d’heure , elle était encore d’une faveur falée. Fulvcrifée de non, veau.fubtilemeiu, & diffoute dans onze onces d’eau commune, pendant unq heure, à une chaleur modérée,.une once & demie filtrée par le papier, a donné un.peu de terre falée, de couleur bleue célefte. Evaporée derechef à . ficcité, on a trouvé une once de fel un peu acide, blanc comme le tartrç vitriolé. Ces calcinations n’ayant donné aucune odeur fétide on conclut.
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- qu’il n’y- avaifpoint de foufre impur , mais du volatil. Enfin , il dit qu’outre le Tel & le foutre , il y a beaucoup de terre travertme , ou autre femblable , & que le fédim.ent du bain eft compofé de ces trois matières : car ce fédiment, de même que la terre qui a été extraite de l’eau , ou qui relie fur le filtre , bouillonne & fermente par l’addition de l’huile de foufre, qui eft prefqus privé de fon acidité : mais dans cette terre il n’y a point de parties acres cachées , comme dans celle de travertin*. On découvre en quelle proportion font lefel & le foufre dans l’eau des bains d’Avignon, en ce que neuf livres de cette eau ontétédiitiftées, jufqu’à ce qu’il n’en refta qu’une livre & demie > qui filtrée a donné prefq-u’onze drachmes d’une terre iniîpide , couleur d’ambre gris. L’eau filtrée, étant en fui te évaporée, a laide cinq ferupuies d’une matière rnielleufe , qui, étant calcinée, n’a donné qu’une demi - drachme » ayant perdu trois ferupuies & demi de fes parties volatiles & épaiffes. Il a encore diiïbus ce réfidu dans deux onces d’eau ; après- la filtration, il eft demeuré fur le filtre quinze grains d’une-terre infipide de couleur bleue* L’eau évaporée au bain accoutumé, il eft refté vingt grains femblabies ait tartre vitriolé , tant par la faveur que par la couleur..
- Fontaine de Laiichftad.
- Voici ce qu’HoFFMANN nous en a dit. Elle jettait fur fes bords de l’o-ehre jaune: mifê dans un verre, elle était un peu trouble , & laiflaitfur la-langue une faveur martiale & vitrfolique. La poudre de noix- de galles lui donnait une couleur pourpre. Il a cherché à connaître fa pefnnteur par un hydrometre de fou invention. Il a remarqué qu’au forcir de la fontaine, elle furpaiîait le poids de l’eau de pluie, & que, portée à la maifun , elle était plus légère. Il y joignit de l’efprit de vitriol & de nitre, qui n’occa-lionnerent aucun mouvement ; ce qui n’arrive jamais lorfq-ue l’eau eft imprégnée de l’élément qui donne la nature aux matières alkalines. Il a ajouté une folution de mercure fùbümé : il n’en eft point ré fui té de teinture rouge, jaune, ou laiteufe, comme aurait fait l’alkali fixe , ou combiné avec un acide ou un élément volatil. Il a ajouté de la folution de mars , fans qu’il foit arrivé de changement. Cette folution , lorfqu’elle produit de petites fleurs jaunes, ou qu’elle donne une couleur noire, eft l’indice d’une matière calcaire & aftringente. Outre cela, il y a mis des gouttes d’huile de tartre par défaillance, ce qui n’a occafionné aucune ébullition ; cette addition a feulement un peu troublé fa tranfparence , & a fnitfoulever quelques fleurs légères , à caufe du fubtil élément terreux qui était dans l’eau. Enfin , il a ajouté de l’infufion de noix de galles , qui a donné une teinture brune foncée : cependant il n’en eft rien forti qui puilfe fervir d’indi-ce alfuré que Tenu contenait un principe martial : mais il a mieux reconnu l’élément du fer, en ce que les ehemifes des baigneurs étaient tachées de jaune, & que la coque des;
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- «cms qu’on y mettait, prenait la même teinture. L’élément du fer fe manu ferait fur-tout par cette terre jbolaire rouge, qui non-feulement s’attache aux parois des canaux par lefquels Peau coule, mais encore qui fe dépofè & fe recueille abondamment au-fond d'n réfervoir de pierre, dans lequel on tient l’eau pendant l’hiver. Cette terre 11’eft autre chofe q-u’une vraie' terre fuifureufe martiale, & un vrai fafran de mars , ainfiqu’il l’a démontré par les expériences, fui vantes. Il a pris deux onces de cette terre lavée, privée des parties les plus groffieres de fable j il les a féchées dans un creu-fet.-Au bout d’un quart d’heure cette ^erre a pris une. couleur grife de fumée. Le feu augmenté, & calciné plus fortement, elle a commencé à rougir, & & a formé un véritable fafran de mars. Après l’avoir lai lié refroidir, il l’a tirée du creufet j, & en lui ajoutant feulement la moitié de fon poids de fel ammoniac* il l’a remife à un feu convenable til en a retiré, des fleurs très-blanches , du poids de quatre fcrupules.Sur ces fleurs il a verfé de i’efprit-de-vin très- re&ifié ; iia obtenu une magnifique teinture martiale, qu’il a employée , fort feule , mieux encore avec des effences ameres, pour fortifier i’eftomac. Outre cet élément martial, il a reconnu que cette eau avait encore le principe commun à toutes les eaux minérales que la médecine emploie avec fuccès , c’eft-à-dire , le foufre fubdl, & cet efprit éthéré,, dont plufieurs phénomènes démontrent la préfence. lia déjà fait voir ci-deifus par fon hydro-metre , que cette eau ,. nouvellement puifée ,aune gravité qui difparaît par le. mouvement & le contad de l’air. Cette eau. mifedansun vafe.deverre, ou pour le mieux, d’étain , placé fur des charbons allumés , jette beaucoup de bulles, dont une grande partie s’attache, au fond & aux parois du vafe~ Ces bulles ne font autre chofe que des parties étliéré.es ,.très-fubtiles,. que l’eau contenait. Outre Gela , on tire une preuve de la préfence de ce fubdl élément parla vapeur légère qui fort de ces eaux j au point que* fi l’on en infpire trop abondamment, la tête en effc engourdie, & comme endormie. C’eft par la même raifon qu’elles ne gel eut point par les plus grands froids r. & qu’enfermées dans une bouteille, bien, bouchée y elles fe confervent très-long-te ms..
- Il y a encore eu d’autres expériences de faites fur les eaux de Lauchjlad rivée la folution d’alun,. d’abord il ne parait aucun changement : mais enfuite il s’élève quelques bulles.. Avec la folution de lune , elles prennent une couleur d’opale q'ui tourne au.rouge,. Nul changement avec la folution de mercure , ni avec l’efprit de vitriol ou de nitre. L’huile de vitriol par défaillance produit: des flo®.ons blancs., qui furnagent. Avec la diflblutiom du cuivre jaune .par la chaux vive* elles prennent une couleur verte , fans perdre leur tranfparence. Par la folution du foufre, par la chaux vive , il fe.. fait un précipité gris noir. Avec la folution de. noix de galles, elles prennent
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- une couleur, rouge tirant au noir. Enfin , avec la foîution de gomme lac-que , elles tournent un peu au rouge.
- Eauoc- thermales de Carlsbad.
- Eerger , en fe propofant de chercher la matière &la nature de ces eaux , prétend qu’il faut d’abord examiner les ditférens fofiîes de cette contrée’, perfuadé qlie leur chaleur vientde la pyrite , du fer , d’un.certain fel nitreux, de la pierre calcaire qu’on appelle fypje , 8c fur-tout des mines qui y abondent. Dans environ une livre d’eau fortant de la fontaine, li vous jette-z deux ou trois grains de poudre de noix de galles , aulîi-tôt l’eau rougit, & par l’addition de l’huile de tartre par défaillance , elle devient toujours lai-teufe : elle fe mêle fans trouble avec le faipètre & le fel commun. Avec le fcl ammoniac , le fel volatil fe dégage : avec la foîution de vitriol , elle fait ehfervefcence. Une livre d’eau évaporée a donné un fédiment blanc d’une demi-drachme; & en retirant la foîution , on obtient environ vingt-cinq grains cryftallifés de faveur nitreufe. L’auteur montre enfuite , qu’en général ces eaux contiennent quelques petites portions de fel de nitre, de gypfe ; de pyrites fuîfureufes & ferrugineufes , &ce, dans la proportion fuivante. Pour nue livre d’eau au moins 20 grains de fel ,4011 5 de gypfe , & un peu moins de pyrites: quant à l’efpece du fel, il croit que le fel nitreux des bairis chaudseft le fel mural , aphrouitrwn.
- Non loin de là dit-il, il y a des minières d’alun qui donnent une grande quantité de pyrites. La pierre , qui fe trouve dans les canaux, eft rouge comme de la brique : c’eft du fer venu des pyrites. Si on calcine, & qu’011 pulvérife cette pierre , en verfant delTus de l’eau 8c remuant le vafe , on verra fe précipiter une poudre pelante , brillante & ferrugineufe , & furnager une poudre rouge & brillante. Il dit que Paimant a attiré cette poudre, qui y reliait attachée, comme de la limaille d'acier. En jettant de la poudre de noix de galles dans cette eau chaude , fur le champ elle prend une couleur rouge, comme il arrive à une infufion de noix de galles, dans laquelle ou jette de la limaille de fer : cette couleur part, il on fait chauffer l’eau. La poudre des noix de galles tombe au fond ,• elle eft d’abord d’un verd défa-greable , à caufe de injonction de l’ochre, qui eft un peu rouge, ce qui dure quelques jours : mais cette couleur pafie à celle de l’or , ou à celle du'fuccin. Ces eaux étant refroidies, Ci on y jette de la poudre de noix de galles , on ne voit aucune nuance de pourpre : mais petit à petit l’eau fe trouble,- enfuite elle s’écîaurcit, 8c lailfe tomber au tond une matière couleur de lait. En fa îailTant une nuit dans cet état, d’abord elle paffe au Verd , enfuite à là couleur d’or. Si vous faites chauffer une fécondé fois ces eaux, les noix de galles
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- ne leur donnent plus de couleur pourpre : mais fuccefiivement & dans le même ordre que ci-defïus, elles acquièrent une couleur blanche, verte & jaune. Qu’elles foient froides ou chaudes, l’huile de tartre par défaillance', ou autre fel femblable , les rend*, fans elFervefcence , laiteufes comme une émulfion. Elles teignent en verd le fircp de violettes, & le lue de choux •rouge ; exaltent la teinture rouge du bois de Bréfil-; rétabiitfènt la couleur bleue du tourneiol, paffée au rouge par les acides; précipitent le mercure fous une couleur dorée, & fe mêlent amicalement avec la folution du fel commun , l’efprit de fei ammoniac , & les autres efprits volatils. Enfin, elles dégagent l’or de l’eau régale , fermentent avec tous les acides , & jettent beaucoup de bulles qui durent long-tems.. Les efprits de foufre & de vitriol leur donnent une faveur femblable à celle des acidulés, fans rien changer à leur couleur. Réduites à moitié par la diftillation , elles rendaient une odeur ée-e , volatile & fuifureufe, fi confidérable, & dont on était fi frappé, qu’il n’était pas poffible de lafoutenir. Le fédiment était blanchâtre, avec quelques taches rougeâtres , jaunes, de faveur alkaline & faiée , fans^ nulle' odeur, fefant grande effervefcence avec, les acides. A l’approche de l’aimant, il a donné quelques particules ferrugineufes., Délayé dans de l’eau pure & filtrée , i! a donné un fel alkadi fixe nitreux , (trié & en plumes , partie de couleur blanche , partie jaune claire. Diifous une fécondé fois , on a obtenu nue odeur agréable de violette , comme la îefïive de fel de tartre & de nitre fixé. La liqueur évaporée convenablement,. le fel était plus pur & mieux cry[tallife : il parailTait fous la forme de fils longs & fins-de nitre, mêlés avec les cubes du fel marinu II avait une laveur pénétrante, alkaline ,.falée avec une certaine amertume nitreufe , refroidilfante , laiîfant fur le filtre une poudre blanche, de la même nature calcaire que celle qui nage dans les eaux des bains & dans, les folutioils des tufs calcinés. Il eft à remarquer que ces fels donnaient les mêmes phénomènes que les eaux mêmes avec le firop de violette, le mercure fubiiméj que même ils réuffiifaicnt mieux. Iis, fefaient aulîi une grande fermentation avec tous les acides , & une fi furieufe. avec l’efprit de vitriol, que le vafe en était chaulfé. On obtient un fel neutre , femblable au nitre vitriolé , ou à Vaycanum cluplïcaturn, en joignant ce fel à l’acide du vitriol, on du nitre à la tGrre foliée du tartre, en fefant le mélange parPacidedu vinaigre, il fermente aulîi avec la folution du vitriol, d’où il réfulte, par la réparation de l’ocbre, une eipece de nitre vitriolé» mais il fermente plus vivement, avec la.difïolution d’or dans l’eau régale;, il précipite l’or fulminant : & fi au lieu de fei de tartre, on ajoute deux, parties de foufre & trois de falpètre , il donne une poudre fulminante. Ce même fel, placé fur une barre de fer rouge , fond fur le champ ; il s’enfle & &rme des‘bulles 5 lorfqu’Ii eft calciné, il donne quelque chofe. d’un fel alkali;
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- blanc, avec l’amertume ordinaire : Ci on le remet fermenter avec les acides,. & qu’on l’expofe de nouveau à un fer rouge , il ne tond pas ; mais il décrépite & faute. Berger.
- Eaux de Prudel, aux environs de Carlsbad
- Deux livres d’eau évaporées ont laide une drachme de matière, qui a donné un fcrupule & 8 grains defel, avec 15 grains de.terre. La folution d’alun nefefait pas beaucoup de précipité : celle de lune la rendait laiteufe, pour palier enfuite à la couleur bleue. Elle devenait laiteufe par la folutiou du Lucre defaturne, & fe précipitait fur le champ. Par la folution du vitriol de mars, on avait un précipité verd pâle, fêlait grande cffervefcence par Pefprit de vitriol, moins grande par l’efprit de nitre. L’huile de tartre par défaillance , donnait des fleurs blanches: la chaux vive fêlait un précipité. Par la folution du cuivre jaune , avec la chaux vive, il fe fefait un précipité blanc, mais en petite quantité,- devenait laiteufe, par la folution du foufre avec la chaux vive, & fe troublait ; par la folution du foufie avec le fel de tartre , prenait une couleur jaune tro.uble -, avec la folution de noix de galles, point de changement j avec le firop de violette, jaunilfait.
- Acidulés chaudes aux environs de Prudel.
- L’eau, par la folution d’alun, blanchirait ; par celle de lune , devenait laiteufe ; enfuite prenait une couleur bleue d’ametifte : au fond, il fe précipitait des flocons blancs. Par la folution du mercure fubiimé, il n’arrivait aucun changement. Par celle du lucre de faturne, elle devenait laiteufe , & fe précipitait promptement. Par l’efprit de vitriol , fefait grande effervefcence , & très-peu par l’efprit de nitre. Par l’huile de tartre par défaillance, devenait laiteufe , enfuite fe précipitait fous une forme blanche; était troublée par l’eau de chaux vive , enfuite fe clarifiait. Par la folution de cuivre jaune avec la chaux vive, il fe précipitait quelque chofe de' blanc. Par la folution du foufre avec la chaux vive , elle prenait une belle couleur d’opale. Par la folution de foufre avec le fel détartré, clic prenait une couleur jaune blanchâtre, & il fe précipitait peu déchoie. Avec la folution de noix de galles, il 11e fe fefait aucun changement: le firop de violette elt relié bleu.
- Eaux TEgra.
- De trois livres & demie d’eau évaporées, il efi refié une drachme deux fcrupules, lefquels étant féparés, on a eu quatre fcrupules trois grains de fel, & dix grains d’ochre. Cette eau fermentait avec la folution d’alun, & demeurait blanche avec des flocons épais » la folution du mercure fubiimé
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- bîanchiffaitun peu , avec écume & pellicule ; devenait laiteufe avec la folu-•tion de fucrede faturne, & s’éclairciffait promptement; avec la folution de vitriol de mars, fe précipitait en poudre blanche, avec les couleurs de Parc-en ciel; avec la folution de vénus, fe précipitait en blanc , tirant fur le verd ; fermentait médiocrement avec l’efpritde vitriol; s’échauffait peu avec l’efprit de nitre; avec l’huile de tartre par défaillance , donnait un précipité blanc; avec l’eau de chaux vive , demeurait limpide ; avec la foiu~ tion de cuivre jaune par la chaux vive, noirciifait, & donnait une odeur d’œufs pourris; avec la folution de foufre par la chaux vive, il fe fefait un précipité blanc, dont le delfus était noir; avec la folution de noix de galles , d’abord elle était jaune ; enfuite , par différentes nuances , elle prenait la couleur de rouge brun , & verdiffait avec le firop de violette.
- Acidulés a Klein Engftinger.
- Par la folution d’alun , cette eau a pris à la longue la couleur d’opale ; enfin, il s’eft fait un précipité en forme de flocons ; par la folution de lune , a un peu fermenté, mais a pris des teintes de rouge par degrés, & a rougi entièrement; avec la folution de mercure fublimé, elle eft reftée limpide, ayant néanmoins une efpece de pellicule ; avec la folution defucre de faturne, elle a pris fur le champ la couleur d’opale opaque , & il s’eft fait un précipité; avec la folution de vitriol de mars, d’abord nul mouvement ; à la fin , un précipité; par la folution devenus, elle devenait enfin d’un verd céladon ; par l’efprit de vitriol , fefait effervefcence avec bulles; fermentait peu avec l’efprit de nitre; par l’huile de tartre par défaillance, fe troublait, enfuite s’écîaireiflàit, & fe retroublait, fi on y en ajoutait de nouveau; par la folution de foufre par la chaux vive, à la longue elle prenait une couleur jaune , & il fie fefait enfin un précipité blanc, avec mauvaife odeur; par la folution de foufre par le fel détartré, elle jauniffait lentement, & enfin blanchiffait; par la folution de noix de galles, elle eft devenue obf-cure par degrés , avec pellicule; a verdi avec le firop de violette : avec la folution de gomme lacque , a d’abord été limpide , a enfin pafifé au rouge.
- Fontaine de Tfchagun.
- Vicarius, dans fou nouveau traité des eaux, parle aufîi de la fontaine de Tfchagun. Il dit que dans le delfus de cette fontaine, il y a deux mines, une de foufre , l’autre.de vitriol; que l’eau puifée & mife dans une bouteille, donne ^ne odeur acidulé, mais qu’elle laiffe à peine fur la langue quelques indices d’âcreté , & que prife au-delà de la mefure ordinaire , elle
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- excite l’appétit; qu’à l’endroit où la fontaine-jette , il s’eft dépofeunequaîK tité de terre rouge bolaire , ou jaune tirant fur le rouge; que cette eaun’eft point propre-à faire vivre les paillons, ni a cuire les légumes, qu’elle durcit; elle coagule le lait. Chaque once de cette eau donne prefque deux grains de matière minérale; Di-ftillée à ia maniéré des anciens , elle donne un vrai phlegme in lipide , & inaltérable par tous les autres liquides.. Le au putmortuum eft auffi- in-fipide. Evaporée, elle a d-onné de petits cryftauç pointus , infipi-des, qui n’ont fait effervefcence , ni avec les alkalis, ni avec; les acides. Ils ont cependant été d [flous par les acides , mais fans bruit. A. la longue , l’eau a été troublée par L'huile de tartre par défaillance , & l’efpnt; d’urine, avec un précipité prefque blanc., femblable au précipité qu’on obtient ordinairement du vitriol blanc : les acides fpiritueux, ni les diiTîK lutions de nitre, d,e fel commun. & d’alun , ne l’ont point troublée..
- Fontaine de Spa.
- Parmi les fontaines de Spa-, celle* qu-’on appelle Gèronfler ,. à caufe dut fer , du foufre & du vitriol , eft fort chargée de mine de foufre & de fer. Oa remarque que l’eau des quatre-''Montâmes- de Spa , mife dans lin vafe de terro, montre à fa fuperficie une matière huileufe de plufieurs couleurs, comme; Larc-en-ciel : cette matière retfemble â un fuecin liquide par fon odeur, & par Tinflammabilité que le foufre qui y eft contenu lui donne. Elles, ont aufti cela de commun, que leurs réfervoirs & canaux font teints de-rouge ou de jauj|||£e , ce qui vient d’une minière de fer ou de crayon rouge. Outre cela , ellëSront mourir les grenouilles & les petits poilfons qu’on y jette : ce qu-’on n’a pas encore éprouvé avec de gros poilions.
- Ces eaux ont une faveur acide & ferrugineufe : par l’addition des noix, de galles , elles prennent la couleur de vinaigre rouge; l’efprit de fel ammoniac n’y fiit point de précipité : après la diftillation , il refte une poudre,, comme de la rouille de fer , dont on tire du fel martial..
- Eaux- de Provins.,
- Guir-E , dans fontraité' dss eaux minérales, parlant de celles de Provins',. dit qu’elles ont la même faveur que celles qui ont fervi à éteindre le fer des< ouvriers. lia remarqué que les ditférens fédimens de ces eaux étaient teints,, fuivantles difFérens degrés d:e chaleur qu’ils avaient eftuyés , les uns parait fant rouges, d’autres jaunes, & quelquefois noirs. Ayant expofé pendant; deux, jours cette matière ferrugineufe au foleil, elle eft reftée molle , comme-uae.argille-détrempée dans de. l’eau •. mais deiTéchée.au, feu0 elle avait L’odeur:
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- du fer. Lorfque cette mine eft molle , & qu’on la détrempe dans de l’eau, elle reffemble à de la lie d’huile. Lorfqu’on l’expofe long-tems à l’air , ell&, fe durcit &fe granule : & ces grains 11e donnent aucune qualité à l’eau.
- Eaux minérales tfllmington.
- Deerham , écrivant des eaux d''llmington, penfe qu’elles tiennent du vitriol de mars , parce qu’elles font d’une couleur fort pâle, & que , mêlées avec le firop de violette, elles prennent un couleur verte. Avec la poudre de noix de galles , elles acquièrent une couleur, tantôt pourpre, tantôt noi^e. La feizieme partie d’un grain de noix- de galles a donné à une pinte d’eau une couleur prefque pourpre, que l’addition de la huitième partie d’un grain de noix de galles a rendue auiîi foncée & brillante que du firop de rofes rouges , délayé dans de l’eau. Une plus grande quantité a donné une couleur obfcure , & prefque noire comme de l’encre. Cette eau, dans un tems fec , pefe à-peu-près une demi-drachme plus que l’eau commune ; mais par un tems humide , l’ochre étant dépofé , leurs poids étaient égaux .1, d’où il conclut qu'il eft bien difficile de trouver le poids jufte de Peau des fontaines. Par la comparaifon qu’il en asfaite avec les eaux alumineufes, il Gonclut qu’elles ne tiennent point d’aiun. Les eaux alumineufes font cailler le lait, ce que ne fait pas l’eau à'llmington. Quelquefois le fédiment qui fe trouve dans le baifin de ces eaux, eft noir , comme celui des eaux impré-, gnées d’alun; ce qui ferait croire qu’elles en contiennent, fi elles fefaient effervefcence avec les efprits urineux, par exemple, de corne de cerf, pendant que la poudre rougeâtre v que ces eaux laid'ent après l’évaporation , ne fermente qu’avec les acides : cette poudre paraît auffi être fort différente du nitre. Partie de ces eaux paife entièrement à la diftillation , comme une liqueur infipide , & fans odeur de foufre ; partie donne un fédiment qui, placé fur un fer rouge, donne une flamme femblable à celle du foufre commun. Pour ce qui regarde la pellicule onétueufe qui fe ramaife fur la fu-perficie de ces eaux , lorfqu’elles ont été en repos pendant un tems, & l’odeur fétide qui en exhale, ii ne l’attribue pas tant au foufre commun , qu’à la putréfaction des principes du foufre, un peu exaltés par le minéral qui y cft joint. Des changemens que les noix de galles occafionnent à ces eaux, ii conclut qu’elles font vitrioliques : & comme on en obtient une oclire qui tient plus du fer que du cuivre, il inféré que ce vitriol eft un vitriol de mars. Pour le prouver, il ajoute 1®. que ces eaux lai lient fur la langue la même împreflion que l’ean-commuue, imprégnée de vitriol de mars; 2°, que cette eau factice & celle de la fontaine ont pris upe couleur de pourpre*.
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- rence, que la couleur pourpre de l’eau naturelle tendait plus au rouge* & celle de la fadice au violet ; ce qui venait de l’ochre rougeâtre, dont la naturelle était imprégnée : il fait tous fes efforts pour prouver qu’elles ne contiennent pas d’autre matière. 3*. L’une & l’autre, par une plus grande quantité de noix de galles, ont pris une forte couleur d’encre: 011 leurra rendu leur tranfparence , par l’addition d’un acide, & on ieur a redonné la couleur d’encre, par l’addition d’unalkali. 4*. L’une & l’autre caillent le lait. 5*. Elles donnent toutes les deux peu de précipité , par l’huile de tartre par défaillance. 69. La terre rouge, laillee après l’évaporation, de même que l’oGhre qui fe dépofe de lui-même, font effervefcence avec écume & fumées, par l’addition de quelques gouttes d’efprit de vitriol & de ni|re» comme il arrive au vitriol de mars par l’efprit de nitre : ce que ne fait pas, l’efprit de vitriol, parce que dans ce vitriol de mars, le fer eft plus parfait que dans, l’eau minérale, où il eft faturé par un acidç. 7°. Le fel tiré de la terre quirefte après l’évaporation , a une couleur pâle & une figure irrégu..* iiere 3 & produit les mêmes effets que le vitriol de mars*
- Bains de Pife.
- Zambeccari penfe que dans les bains de Pifs, il y a du fel commun* du nitre, du talc, du gypfe, ou de la terre blanche, & du vitriol mêles -enfemble. La chaleur au trentième degré du thermomètre, eft, par la chaleur du bain , montée au trente - fixieme , qui eft le même que celui delà canicule & du corps humain. 2°. L’eau a la tranfparence du cryftal. 3°.EfIe eft prefqu’inftpide, n’excitant aucune naufée quand on en a bu. 4°. IJHftil-léedans desvaiffeaux de plomb, & mêlée à lafolution de mercure futyimé, ©u à l’huile de tartre , elle donne une couleur de lait tirant fur le j.aur\e , fi l’on emploie une folution de vitriol dans de l’eau commune. 50. A la diftil-lation , chaque livre d’eau fournit un fédiment du poids d’un denier!, qui s’attache, partie au fond, partie aux parois du verre, fous la forme d un voile blanc , ou couleur de gypfe, dans lequel on voit des filamens, en maniéré de cryftaux. 6°. Avant que ce fédiment fût totalement delféché, il avait la faveur d’un fel piquant qui, s’évaporant aifément, refte infipide* 7'. Avec l’efprit de nitre, il fait la même effervefcence que l’huile de tartre avec le même efprit. 8°. Ce fédiment diffous dans de l’eau de vitriol, paffe du verd clair au verd obfcur, & jaune foncé. 90. Mêlé à la noix de galles,, il prend une couleur verte obfcure, avec un précipité couleur de cendres, comme du gypfe, qui même délaie la teinture de noix de galles. io°. Ce fédi--tnent édulcoré & privé de fes fels, a produit les mêmes effets. 11°. Il eft pré-eifément la même chofe que le gypfe quife trouve dans le voifinage de. ces
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- tains, & que la nature emploie à former ces eaux thermales. ia\ Ses fils menus & brillans viennent du talc, qu’on appelle ordinairement fpechio (PafinO y miroir d'âne, qui eft très- abondant dans les environs. 139. En filtrant l’eau qui a édulcoré ce fédiment jufqu’à l’inJfipidité , on a obteuu du fel gemme ou fel commun, qu’il a été aifé de reconnaître au goût & à fa figure cubique. On a suffi trouvé du fel de nitre, reconnu par fes cryftaux hexagones , & une certaine faveur piquante & rafraîchiffante. Il conclut que ce qui s’attache aux parois, & ce qui eft au fond en forme de fils entrelacés, eft peut-être la matrice du nitre, avec fes prifmes hexagones. 149. Cette eau a une force fin gu lie re. Elle donne au linge blanc une couleur entre Je jaune & le rouillé, comme feraient des eaux vitrioliques. Les pierres même qui font au fond du bain, fe chargent de cette couleur. 150. Autour des murs, qui font à fleur - d’eau , il y a une efpece de fubftance de couleur de vitriol, & d’une faveur auftere & ftiptique. 16°. Enfin , il y a une matière ©ndueufe qui fumage, & qui, répandue fur la terre , la rend extrêmement, gliffante. Il croit que le fel de ces eaux thermales eft inflammable , parce qu’il eft compofé d’une efpece d’huile de foufre ou de bitume , femblable à l’huile de pétrole, ou autre huile de cette nature.
- Le même auteur décrit encore les bains de Pife du Mont - Saint-Julien. Le premier bagnetto s’appelle petit bain : il a fait monter la chaleur d’un thermomètre, divifé en 50 degrés, au 57. Le fécond bain chaud, bagno caldoy à 39. Le troifieme , autrement le grand bain, bagno grande, ou bain pour la galle , à 37. Le quatrième,. appelle le petit puits du grand bain , el pozzett.e del bagno grande, au degré 37. Le cinquième & le fixieme bain du due & de la ducheffe , de duccii, delà duccia, l’un pour les hommes , & l’autre pour les femmes, au 36V Le 7e bain de la reine, au 40. Le 8e, la fource de ce bain, au 37. Le 9e bain pour les nerfs,,-au degré 34- Le 10® bain pour la teigne-, au 36. Comment ferait-il poffib.le qu’il y eût entre tous ces bains beaucoup de différence, puifque les matières qui les forment font prefque les mêmes ? A cela plès , que ces bains ne contiennent point de crayon rouge , ni de talc, ils font femblables aux autres bains, & leurs eaux ont du fel commun, du nitre, du vitriol, du bitume, du foufre, du gypfe, qui fe trouvent abondamment dans le Mont-Saint-Julien : elles donnent l’odeur du foufre , mais légèrement, & fans offenfer Todorat, Dans leurs canaux, le fel de nitre fe eryftallife. Il fait effervefeence avec chaleur, avec le cuivre jaune. Il fe détache du fond & des parois des vaifleaux qui contiennent de ces eaux, une certaine onéluofité bitumineufe qui fumage , dont le réfidu , obtenu par le feu, & mêlé à l’huile de tartre, ne fait aucune effervefeence, & ne Jette ni bulles*, ni écume : ce quhfait décider que dan» ce mixte, il n’y a point d’alun.. Gette eau mêlée avec de l’eau de vitriol, prend une couleur
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- €o€ DES PARTICULES DU FER
- jaune, mais plus foncée , lorfqu’on emploie l’eau du petit puits. Elles Wan-. chufent avec la diffolution du fublimé. Mêlées à la folution de noix de sal-les ou d’alun , leur couleur ne change pas. L’huile de tartre & l’eau-rofe les rendent laiteufes. Les fédimens de ces eaux différent par la quantité. Treize livres du petit puits du grand bain , ont donné treize deniers j pareille quantité du bain de la reine» cinq feulement. Tous ces fédimens, excepté ceux du petit puits, font infipides : on y découvre à peine quelques vef-tiges de fels , pendant que ceux du petit puits font falés , mais d’un fel très-foluble dans la bouche , & peu piquant. Ce fédiment du petit puits donne à l’eau de vitriol une couleur jaune très-vive. Diiious dans de l’eau avec du fublimé, il prend une couleur blanchâtre , & paffe au verd par la teinture de noix de galles : ce qui eft une grande preuve qu’il y a du vitriol.
- Il y a une partie de foufre en diïfolution dans le bain pour les nerfs ; ce qui fe reconnaît en ce que l’eau donne à l’argent une couleur d’or, comme les eaux de Bath en Angleterre. Le tartre qui s’attache au bain du duc , eh de deux efpeces. L’une compacte & fixe eft parfaitement femblable au tartre du vin ; l’autre eft très-légere, & fe montre fous la forme d’une, vapeur qui s’èft élevée de l’eau , & qui enfuite s’eft raffemblée fur iafuperfieie , fous la forme d’une matière compoféede fils très-déliés, aifés à réduire en pouiïiere, avec une légère faveur de nitre : cette poudre, mêlée à l’eau commune, eft excellente pour laver les ulcérés, & en ôter l’inflammation.
- Aquœ Blandulœ. Eaux,
- Valisnerius, ayant fait évaporer au foleil de ces eaux, dit qu’il trouva au fond du vafe un fédiment noir, glu'aut, tendre, & femblable , par le goût & la couleur , aux fleurs dccaile; il frappait la langue d’une acidité agréable ; il ne s’eft point durci au foleil, mais eft toujours refté un peu mou : delà il conjecture que ce fédiment pouvait être compofé de bitume balfamique & de fleurs de vitriol.
- Eaux dans le Modénois.
- Valisnerius dit que ces eaux font ll-chargées de parties vitrioliques, qu’elles teignent en noir les linges blancs qu’on y plonge : cependant elles font limpides, fans faveur, donnant une couleur jaune à la terre & aux herbes qu’elles touchent. Il fumage une matière légère comme une toile fine,avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, qui, féchée, imite une pouf-lîere d’or. La boue du fond eft très-noire, & utile pour la teinture. Les pay-fansfe fervent de ces.eaux pour teindre en noir des toiles, des* laines, après avoir employé quelques préparations préliminaires, afin que la couleur pénétré plus profondément.
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- IT BU VI TRIOL DE 31A RS, &c. *07
- Fontaine de meme qualité dans la Weftrogothie.
- En Vejbrogothie il y a une efpece deréfervoir d’eau, comme un petit las „ qui reçoit l'es eaux de trois fontaines qui font proche les unes desautres-de 7 à 9 pieds.. La première ck> une rdeTe.au douce & fans faveur j la fécondé, de l’eau un peu viuriolique , & la troifieme, de l’eau extrêmement vitris-Idque : ce dont il eft aifé de fe convaincre par l’abondance d’ochre & de crayon rouge qu’on peut recueillir autour de fes bords , & fur le terrein que fes eaux arrofent. Toutes ces fontaines fe mêlent & fe ralfemblent en un endroit dont la terre du fond eft noire. On l’emploie à teindre en noir les habiliemens; elle leur donne une couleur noire & luifante : mais il faut auparavant quelques préparations , comme pour les eaux du Mvdénûis., dont nous venons de parier.
- Fontaine de LæJius»
- Gratten, dé Bergame, a parlé de cette fontaine, & l’a examinée. Les» eaux en font tranfparentes comme du cryftal avec une odeur de foufre & de fer ,& une faveur qui excite fur la- langue un picotement agréable. Au ta<ft, outre leur fraîcheuron y fent une certaine afpérité, comme h on y avait düfous ducuivre jaune ou du nitre. Leur poids eft plus-léger que celui de l’eau commune , ce qui a été reconnu avec le fecours de l’aréometre & de la balance.. Enfuite après les avoir éprouvées parles couleurs il les a fou-mifes à l’évaporation , au* delféchement, à- la putréfa&ion, à la diftilhtion.. Il 11’a découvert autre chofe qu’un certain efprit fubtil, pénétrant,. acids,, très-dilfoluble, & une mine de fer décompofée, & fe précipitant par elle-même ; tous effets, que le vitriol a coutume de- produire.
- Des fontaines bains D’Italie.,
- Baccius en fait l’énumération , & dit qu’une bonne partie de la campagne de Rome , & de la terre de Labour, dans le royaume de Naples, eft: couverte d’une poudre noire, feche , femblable à la mine du fer ; de façon qu’il eft difficile d-’y trouver des eaux pures. Elles font prefque toutes ou acides, ou Talées,, ou d’un goût ferrugineux. Dans le territoire de Baies, il y a plufteurs mines de fer. Autrefois 011 les connailfait fous le nom dm foleil & de la lune , qu’on leur avait donné.
- Le bain & Avignon dans le Siennois , eft d’une nature ferrugineufe , & les-, matières qui s’attachent-à fes canaux montrent de la rouille,, tantôt vif-queufe, verte, & livide.,
- L’emi de Lkuneslla, eft médiocrement chadde, & très - limpide, fans.
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- DES PARTICULES DU FER
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- odeur défagréable : elle a feulement un petit goût ferrugineux 5c fec. Elle abonde en fer, qu’il eft aifé de découvrir par le goût & la rouille, ou par l’ochre qui fe dépofe par-tout où cette eau pafle,.
- L’eau du bain de Buxo eil également chaude, mais moins piquante & moins efficace que celle ci-defïus. Elle à beaucoup de fer, avec un peu d’or , à ce qu’on croit.
- L’eau du grand Bain & celle de Saint - George participent, à ce que l’on croit, du fer & du cuivre : ce qui fait que le fédiment eft verd, & que Léché au foleil , il noircit.
- Il en elt de même des eaux de Calâaneïîe & des bains appelles Rufellis, dont la derniere eft plus claire & moins chaude. Etant refroidie , elle eft fi agréable qu’on ne la prendrait jamais pour de l’eau minérale. On la boit avecnlaillr, lorfqu’elle eft mêlée avec le vin.
- Une des meilleures de toute l’Italie, eft celle de Villa dans le territoire de Lacques : elle eft fur-tout imprégnée de fer. L’eau eft claire & chaude, quoiqu’on y appergoive une efpece de couleur de fer, avec un goût ferrugineux & ftiptique i ce que la boue qui fe trouve aux environs des -bains confirme bien, puifqu’elle eft de fer pur, mêlé de quelques particules d’une pierre alumineufe : ce qui lui donne un goût ftiptique.
- Les eaux de Calâana, dans le P if an, font chaudes & compofées de mines de fer & d’alun. L’eau des bains de la Reine, dans le territoire de Pife, participe auffi du fer & de l’alun.
- L’eau du bain Cardinal, dans le Véronnais, eft fur-tout imprégnée de fer, d’alun & de fel, ou plutôt d’une fubftance nitreufe, & d’une vapeur de foufre.
- L’eau du bain long, dans Bullicam , tire des matières fur lefquelles elle paffe, des particules de fer & d’alun.
- Il eft étonnant de voir qu’à chaque inftant ces eaux changent de couleur, tantôt dorées & brillantes, comme c’eft leur ordinaire, tantôt troubles & noires par les vapeurs étrangères qui les tourmentent.
- L’eau du bain proche de la riviere de Nera, en Ombrie, eft claire , froide, avec un peu de faveur, & fans nulle odeur. Un curieux a diftillé cette eau avec foin , & a examiné le réfidu qui était blanc , d’un goût âcre , & qui décrépitait dans le feu. Ce réfidu contenait plufieurs particules falines, ni-treufes & alumineufes ; il participait auffi du fer & de l’alun.
- Baccius continue la defcription des eaux ferrées & vitrioliques des autres pays , & dit : L’eau de Tongres eft aujourd’hui dans la principauté de Liege. Suivant Pline , cette fontaine eft renommée ; l’eau donne des bulles, fe trouble, & enfin devient rouffe , avec une odeur fte fer qui ne fe fait fen-tir que quand on l’a bue. Cette eau mife au feu , s’épailfit, fans doute parce
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- qu’elle eft imprégnée de fel ou d’alun, comme on le reconnaît au goût après la diftillation. Elle rougit fur la fin, comme celle cî-deffus dans le territoire de Narni fur Ja Nera, à caufe du limon ferrugineux que l’une & l’autre dépofent.
- L*eau ferrée dans le territoire de Bdks, d’où elle a tiré fon nom, & autres eaux dans la même contrée.
- Il y a encore de l’eau ferrée à Çuciillictno, proche Naples. La fource à droite donne une eau limpide, quoique peu de tems après elle blatichilfe dans le vafe, avec une faveur âcre , acidulé, ftiptique, & peu agréable, & une fubftance gralfe ,& de pareille odeur. Celle à gauche donne une eau laiteufe, plus grafle & moins âcre. Cependant, lorlqu’on en laide repofer dans un verre , elle prend à la furface une certaine couleur violette, brillante* couleur que les deux fontaines, jointes enfemble, donnent à un fédiment très-dur qu’elles dépofent. Comme elles font imprégnées de plufieurs minéraux de différentes qualités, elles dépofent une matière comme réduite en cendres, & calcinée, dans laquelle on découvre une certaine quantité de foufre , & un peu de fer. Les lieux plus élevés que ces eaux & les puits fou-frés , qui font plus bas, indiquent allez qu’elles contiennent du foufre, qu’il eft aifé d’ailleurs de reconnaître par l’oii(ftuofité qui engrailfe ces eaux , & par une petite odeur de foufre.
- Les indices du fer fe tirent de la nature de la montagne, dont les pierres, la roche & la glebe font très-pefantes, de couleur brune, avec des lames longues & brillantes, comme celles de l’antimoine, qui communiquent leurs qualités à l’eau, puifque le canal , par lequel elle palfe , eft encroûté de ce crayon rouge qui y eft très-adhérent, & que les matières, qui font proche de l’eau,' peuvent être ramaffées comme un fable d’antimoine, livide , brillant & pefant. Ce qui refte après la diftillation de l’eau , ne paraît plus fi analogue à la nature du terrein , puifqu’on n’en retire qu’une poudre blanche ; ce qui vient de ce que cette matière, qui eft détachée d’une pierre, ne fe mêle point à l’eau, mais par fa pefanteur tombe au fond; au lieu qu’expofée au feu, elle fe ramollit : la partie graife monte, & il ne refte au fond qu’une poudre fine & très-blanche : il y a suffi des eaux ferrées dans l’isle d’J/c/j/a, & dans la campagne de Rome. Jufqu’ici ÜACCius.
- Des eaux de Stirie.
- Dans le duché de Stirie, & fur-tout dans la comté de Cilley, fur les confins delà Croatie, proche la ville de Rohitz> on trouve des fources qui ont l’odeur du foufre & du fer, femblable en tout à celle que donne l’infufton d’ef-prit de vitriol, verlé fur des écailles ou de la limaille de fer; elles frappent Tome //., H h h h
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- DES ? ARTICULES DU FER
- agréablement l’odorat : relativement à leur acidité agréable, on boit, avec plaifir, ces eaux qui font tranfparentes comme du cryftal, Le firop de violette & les rofes feches leur donnent une couleur verte, que quelques gouttes d’efprit de vitriol changent en rouge, & que de l’huile de tartre par défaillance ramene au verd : ce'qu’on peut réitérer, jufqu’à ce que la liqueur blanchiflè comme du lait. L’infuHon de noix de galles leur donne une couleur obfcure & noirâtre, d’autant plus foncée qu’on les gardera plus ïong-tems : en leur ajoutant quelques grains de vitriol, on obtient de l’encre propre à l’écriture.
- Des fontaines cf Angleterre.
- Martin Lister, parlant des fontaines d’Angleterre, nous dit qu’on y trouve rarement du vitriol formé , ou , pour mieux dire , qu’on ne trouve jamais de vitriol dans les eaux médicinales d’Angleterre; mais il foutient que comme , par leur propre qualité , les pyrites expofées à l’air fe changent entièrement en vrai, vitriol, ces pyrites ou ces pierres métalliques, qui ne font compofées que d’efprits & d’exhalaifons fulfureufes & d’ochre , doivent leur formation aux efprits de foufre & de pierre calcaire, qui pénètrent ai-fément & intimement les bois qui fe trouvent dans les eaux de certaines fontaines : il fait tous fes efforts, pour prouver que la chaleur des eaux thermales d’Angleterre vient des mêmes exhalaifons.
- Fontaine de Raderberg.
- Lehmann a fait pluGeurs. expériences fur cette fontaine, & a trouvé qu’elle contenait beaucoup de ruine de fer ou de vitriol : d’où il conclut qu’elle eft très - ferrugineufe. L’eau eft limpide, claire & tranfpa rente. Quoiqu’on la tienne. 6 ou 8 fematnes dans une bouteille bouchée , elle ne fe trouble ni ne fe gâte point ; mais expofée-à l’air, en 24 heures elle dé-pofe fur les parois du vafe un fédiment qui eft une efpece d’ochre : elle donne quelques bulles qui fe tiennent au fond, & non aux côtés du vafe. Elle ne contra été point de mauvaife odeur, quoiqu’on la porte au loin, pourvu qu’elle foit dans un vaiffeau fermé : mais s’il n’eft pas bien bouché, elle répand une odeur de foufre de vitriol de mars. Son goût n’eft pas dé-fagréabîe, & elle ne provoque aucune naufée. Elle change le firop de violette, & le rend feulement un peu plus pâle. Elle 11’altere pas la couleur violette du tournefol. Par l’addition de l’efprit de fel , elle ne fait monter aucunes bulles ; avec l’efprit de vitriol, elle demeure limpide, fans aucune e-haleur ni écume > l’efprit de nitre ne la rend que plus limpide> la folution
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- ET DU VITRIOL DE MARS, &e. en
- d’alun n’y fait rien ; le vin du pays la trouble un peu. Par la diffblution du foufre avec le lel de tartre , elle jaunit > chauffée avec le lait de vache, elle ne fe coagule pas ; elle dillout la poix , qui s’y unit bien, de Façon que dans la retofte elle monte avec la poix , & donne à l’eau ion odeur,* la décoction de bois de Bréfil la Fait rougir; la folution de vitriol de cuivre la trouble, & il Fe précipite une chaux bleue : le Fer s’y rouille, mais Fans taches de cuivre. La folution du fucre de faturne la trouble; mais elle fe clarifie fur le champ , par l’addition de la folution du mercure fublimé. L’eau de chaux fait précipiter la partie de fer : le tartre en Fait autant, mais plus lentement. L’efprit de fel ammoniac la trouble, mais non fur le champ. L’infufion de thé lui donne une couleur grife-brune ; la décoction de fleurs de grenade, une brune ; par l’infufion de noix de galles , du jaune elle paffe au brun-obfcur ; dans levuide, elle jette plus de bulles que l’eau commune : fon ochre calcinée eft attirable par l’aimant, & un miroir ardent la convertit enfcories de fer.
- C 0 N C L U S I 0 N.
- J’aurais pu rapporter bien d’autres expériences, qui ont été Faites fur les eaux vitrioliques ou ferrugineufes : mais comme ce ne ferait que répéter toujours la mêmechofe, je craindrais d’ennuyer le leéteur. Il n’y a point de pays qui ne poffede des mines de Fer, & des eaux qui tiennent du Fer & du vitriol ; avec cette différence néanmoins, que dans les unes le vitriol eft plus pur, plus mûr, mieux formé , que dans les autres. Dans quelques-unes, il fe trouve mêlé avec des particules fulFureuFes , falines, calcaires : dans d’autres , il n’efl: pas mûr , & on n’y reconnaît que les parties élémentaires, qui, avec le tems, Forment le fer ou fon vitriol. Ce font ces différences qui m’ont fait croire qu’il n’était pas hors de propos de rapporter plufieurs des expériences qui ont-été Faites, afin qu’on pût diftinguer les différences qu’il y a dans les eaux vitrioliques, & favoir comment d’habiles chymiftes s’y font pris pour les examiner.
- FIN de la quatrième SeBion.
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- EXPLICATION
- JO MS JP JL^AJST C JE-IM S
- DES QUATRE PREMIERES SECTIONS SUR LES FERS,
- Contenues en ce volume.
- SECTION PREMIERE.
- Nous croyons devoir avertir , par rapport aux 3 & 4e planches, que nous nous fervons de celles que M. DS Reaumura fait graver, conféquera-ment à des matières auxquelles il n’a pas eu le tems de donner la forme. Il n’eft pas étonnant que l’on n’ait pas fuivi pied à pied l’ordre de fes def. feins, & qu’à la 4e planche il y ait des figures de mines particulières, dont nous ne parlerons que dans le détail que nous, comptons en faire fépa-rément.
- PLANCHE L
- Figure i. Montagne ancienne avec des filons -, B B, filons perpendiculaires ; A AA , filons obliques.
- Fig. %. C, D , F, F, G, diiférens lits d’une montagne par couches.
- Fig. 3 , une fonde : A , la meche i C, trou ménagé dans la fonde pour paffer un morceau de fer ou de bois B, qui fert à tourner la fonde, D, vis pour l’alonger fuivant le befoin.
- Fig. 4, ouvrier qui fait un trou dans un banc de mine avec une pince, à deffein d’y placer de la poudre pour détacher des morceaux de mine} AB, vers le haut de cette vignette, montre cette pince plus en grand. Le bout B eft formé en pic j le bout A eft fermé par deux bifeaux; C, c’eft une baguette de fer fervant, lorfqu’on a mis au fond du trou de la poudre, & qu’on l’a garni jufqu’à la fuperficie, de chiffons de papier & de moufle , à faire au travers une ouverture pour y introduire une meche lente, quand on veut y mettre le feu.
- Fig. ï- A, puits ou minaret. B, ouvrier qui tire la mine d’une beine E‘, CCC, treuil foutenu par deux pièces de bois fourchu, que .deuxautres ouvriers font tourner avec chacun une manivelle. D, deux cerdes fervant à monterdefeendre les beines alternativement, dont l’une file furie treuil, peudant que l’autre défile.
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- EXPLI CATION DES PLANCHES.
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- Fig. 6. A, tambour que fait tourner le cheval B. C , font deux greffes cordes , dont l’une file furie tambour pendant que l’autre défile. F, ouverture du puits, où un ouvrier enleve la mine de dedans une beine. JD, beine. F, (eau pour tirer i’eau.
- Fig. 7. A, C, R't B,*. T, différens bancs de matière. bancs de mine* F\ ouvrier qui détache la mine. F”, lampe. G, pics. H, coins. I , maffe, Ki ouvrier qui emplit une beine. L, beine remplie , fur laquelle fe met lin ouvrier pour remonter.
- PLANCHE IL
- Les figures ï & 2 repréfèntent un patouilîct ou moulin à laver les mines , vu de diiïérens côtés. H , ( fg. 2) huche ou auge formée de pluiieurs chaifis en bois , arrêtés par le bas par de fortes traverfes G G, & terminés dans le fond en plein ceintre. /, I, I, I, membrures ou plaques de fonte bien jointes , attachées nu chafîis. L , (fg. 2 ) autre côté de la huche également garni de chaifis & de membrures. A A, petit canal ou tuyau qui conduit à la huche l’eau du réfiervoir. C C, ouvertures de fix pouces en quarré , pratiquées au bas de la huche , pour ! aider couler la mine. D, (fg. 1 ) pelle de bois , avec un manche qui le meut entre deux rainures pour fermer ou ouvrir dans le befoin l’ouverture C. J-/, morceau de bois qui traverfe le petit canal, pour contenir la pelle D fermée, au lieu de rainure. Ei(fig. 2 ) autre ouverture ménagée au haut de la huche, un peu moins haute que l’ouverture^ , afin qu’il puiffe fortir un peu moins d’eau -qu’il n’en entre. N,(fig. 1 FA 2 ) arbre de la roue garni à fes extrémités de tourillons O O , & qui porte fur des empoifes F P. Q, canal en bois; R R Ri barreaux de fer coudés à deux branches , qui traverfent l’arbre pour agiter en tournant la mine dans la huche & la laver. SS, lavoirs. TT, pelles. VV, autres lavoirs. Dans la figure 1 , l’ouvrier qui eft furie de_ vaut de la vignette , nettaie avec un rabot le devant de la pelle du lavoir ; & l’ouvrier qui eft dans le fond, emplit la huche de mine avec fa pelle. Dans la figure 2, l’ouvrier eft occupé à dégorger la mine avec un rabot s Jorfqu’étant nettayée , elle fort de, la huche & defeend dans le lavoir.
- Fig. 3 , Feft une pelle ; GH fl, eft un rabot ou mardi c’eft un morceau de fer de 13 à 14 pouces , acéré à fon extrémité G , recourbé en H ; à la partie V, eft un écrou pour recevoir le manche L.
- Fig. 4, eft un autre lavoir qui tire fon eau directement du réfervoir. A Ei font, les çoftieres. B} eft l’eau. F, le tuyau ou canal par où i’eaif entre. ' . .. , ; ,
- Fig. 5panier d’ofier.- .. - .
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- <514 DES M INES DE F E R.
- Fig. <5,arbre du patouiilet, avec des cuillers de fer, pour agiter la mine dans la huche.
- Fîg. 7, autre lavoir femblahle à celui ( jîg. 4), dans lequel eft un-panier pour paffer la mine.
- Fig. 8, un crible dit égrappoir. B B , membrure de 6 pieds de long fur 8 pouces de haut. CC, traverfes qui les retiennent au moyen des tenons qui paffent par les mortaifes D. EE, trou ou mortaifes à l’extrémité des traverfes pour retenir l’écartement des membrures, à l’aide de la clef ou clavette F; GG, rainures,* HH, baguette de fer; 7, lavoir fur lequel dt placé l’égrappoir en pente, de façon que le bas eft au-delà de la cof. tiere L; M, haut de l’égrappoir , contre lequel vient aboutir le courant d’eau fous la trémie 0\ F , ouvrier qui jette de la mine dans la trémie \A, mine qui paiie au travers de l’égrappoir. Des deux ouvriers qui font fur le devant de la vignette , l’un avec un rabot retire la mine de deifous le crible ; l’autre , avec une pelle , la met en tas à coté du lavoir.
- Fig. 9, feuillette à mine, dont lebaseità jour }A> dedans de la feuillette;? B B , cercles de fer ; C C, mains.
- PLANCHE II L
- Vignette.
- Figure i, ouvrier occupé à détacher de la mine en terre ou terrage,
- Fig. 2 , autre qui emplit de mine un fèau ou chauderon.
- Fig, 3 , autre qui tourne l’arbre C, & fait monter le vaiifeau E plein de mine. En D font liées enfemble les trois pièces qui foutiennsnt l’arbre, autour duquel la corde fe roule & fe déroule.
- Hg. 4, ouvrier qui conduit au lavoir la mine dont un mulet eft chargé. Cette mine efb dans une beface.
- Fig. S FA&•> ouvriers qui lavent la mine ; E, eh: un canal qui conduit l’eau nu lavoir; F G , tas dô mine en terrage , dans lequel l’ouvrier f prend celle qu’il fait tomber dans le lavoir ; H, autre tas de mine , mais nettayée, où l’ouvrier 6 met celle qu’il retire du lavoir,* 7, 7, 7, planches qui fou-ticnncnt les bords du canal & du lavoir.
- Fig. 7, ouvrier qui porte à l’égrappoir la mine lavée; K, planche fur laquelle e(t l’égrappeur ; L, chauderon percé , dans lequel il crible la mine; M , bâton auquel ce chauderon eft fufpendu ; N, perche à laquelle ce bâton ell attaché ( cette perche efl trop haute, & par conféquent le bâton trop long); O, tas de mine égrappée.
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- LES MINES D FER. &if
- Bas de la planche.
- Figure 9, eft une des planches qui foutiennent les bords du canal par où beau pa ife, ainli que ceux du lavoir ; A, A , font les piquets qui fou-tiennent cette planche. Le mieux eft d’avoir un canal creufé dans un morceau de bois. C, B, montrent la difpolition des piquets, entre lefquels la planche A A eft maintenue.
- Fig. Jo, claie au travers de laquelle, en quelques endroits, on pafle la mine en terrage pour en féparer la terre.
- Fig. 11 , pelle de bois. Ces pelles ne font pas fi commodes que celles de la planche-2, fig 3, avec lefquelles un ouvrier ifeft pas obligé de fe bailler.
- Fig. 12, efpece de cuiller ou baquet à queue , avec lequel en quelques endroits on prend & on remue la mine dans l’eau.
- Fig. 13 , rable ou rabot avec lequel on agite la mine dans le lavoir, panier pour tranfporter lamine. ;
- Fig. 15 , chauderon percé, dans lequel on égrappe ou crible la mine.,. - •
- Fig. 1(5, tas de mine nettayée. f \ r
- Fig. 17, les principales parties du moulin à laver les naines, appelle patouillet. Il y manque feulement la roue qui eft portée par l’arbre N (fig. i8)> la même roue peut verfer de l’eau dans l’auge ; O, lavoir dans lequel 011 achevé de laver à bras la mine qui l’a déjà été dans l’auge.
- Fig. 18 , arbre pour le même patouillet , hériflé de chevilles en 3 , 3 : c’eft en deux qu’on place la roue.
- Fig. 19 , eft la bafe du patouillet, auquel on a ôté & l’arbre & l’auge , autrement dite la huche ; Q, Q , font les pièces qui portent la huche 5 K, S, pièces de l’auge vues féparément ; T, trou par lequel on fait fortir [amine, actuellement ouvert ; X, le même trou bouché par une petite pelle F*
- Fig. 20, l’arbre avec trois doubles équerres; on lui eina ôté unç 5 Z.y eft: une des équerres, vue féparément. .
- PLANCHE IV. ., '
- r
- Fig. I , Ai A, morceau de mine du pays de Foix , tiré des minières de, Gudarwes > la furface qui eft ici en vue , eft du plus beau noir, &i a tout 3e brillant de l’émeri; L, £, £>, E, marquent,qüelques-unes des parties plus élevées que le refte , qui ont été formées à-peu-près comme le fon.t: en hiver les glaçons.qui, pendent des toits ,, par l’eau qui dégouttait le;,long-, de la malle, &.qui, en chemin fefant, dépofait.de la matière minérale dont elle était chargée ; B , B, GG font , des filets de la matière brillante.
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- 6l6
- EXFLICATI ON
- & noire ; ils pénètrent jufques dans l’intérieur du morceau ; en H , la ma-tiere eft femblable à celle de diverfes autres mines de fer.
- Fig. 2, I K L, autre morceau de mine tiré de la même minière que le précédent. La furface fupérieure eft auffi couverte d’une matière cryftal-line noirâtre, mais un peu moins brillante que celle de l’autre morceau. Les inégalités' qui font fur la furface, dont K, K en marquent quelques-unes, font femblables à celles qu’on voit dans le fond des grottes, de la voûte defquelles tombe une liqueur chargée d’un fuc pierreux. La liqueur métallique, qui dégouttait le long d’un morceau AA, ou d’un pareil, tombait fur celui-ci en L L. 11, la fubftance de la mine parait femblable à beaucoup d’autres mines.
- Fig. 3 , M, mine fpongieufe de couleur rougeâtre. Celle fur laquelle ce morceau été deiliné , vient de Guinée : elle fefait partie d’un fort gros morceau.
- Fig. 4, N, autre efpece de mine fpongieufe d’auprès de Bayonne. Les cavités font remplies de filets déliés qui imitent aifez bien ceux d’un bois pourri i ils en ont même la couleur. La mine eft noirâtre.
- Fig. Ç, 0 0, mine plate & compofée par feuilles, mais de couleur rougeâtre. On en trouve de cette efpece dans le Maine.
- Fig. , 6, P, mine qui fembie talqueufe , & qui eft très-blanche ; fes feuillets font arrangés avec quelqu’ordre. On en trouve de pareille à Alvar en Dauphiné.
- Fig. 7, Q, autre mine talqueufe , de differentes Couleurs.
- Fig. 8 , iî, morceau déminé à'Alvar , dont les feuillets font moins marqués. '
- Fig. 9 , SS, morceau de mine, formé de plusieurs grains réunis.
- Fig. io, T, eft un grain de mine ronde , qui a été caifé pour faire voir qu’il était compofé par couches.
- Fig. Il, V, coupe d’un autre grain de mine ronde lorfqu’il était entier, qui eft plus fingulier. On voit la coupe de flx grains qui étaient dans celui-ci.
- Fig. 12, X T T, mine qu’on appelle en Limoufin , mine en coquilles. Les morceaux font plats & creux au milieu. TT, marque l’ouverture de la cavité de ce morceau.
- Fig. 13, ZZ, Z~ Zz, fefaient. enfemble un feul morceau de mine, que l’on pouvait regarder comme une aëtites ; il était rempli entièrement d’une terre fine ; on l’a laiifée dans le morceau Z2jil paraît plein, mais le morceau Z Z eft vuide. Il eft repréfenté fans la terre qu’il renfermait.
- Fig. 14, a ,bb, vue en perfpe&ive d’un four à'cuire la mine, en ufage ch Dauphiné : a j en eft la porte j b b, le deflus.
- Fig.
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- DES EÈ AN CH ES.
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- Fig. le plan du même four. -
- Fig. 16, c en eft la couper d, profil de la porte.
- Fig. 17, /, plan d’un-autre four à griller la mine 3 en ufage dans le pays de Foix, & pays voifins. ,
- Fig. 18 * g-> la coupe de ce four,, où l’on voit l’arrangement du bois ou du charbon, & de la mine, mis lit fur lit ; b , lit de charbon ; i, lit compofé de la plus grolfe mine; k, lit de charbon & de bois.
- Fig. &c. mine en grains.
- S- F. C T I 0 N I I.
- PLANCHE I.
- f4IGUR.E 1. A B CT) repréfente un foufflet de bois tout monté, §c à-pea« près autant ouvert qu’il peut l’être.
- AA A, delfus du volant ou de la caiffe fupérieute.
- A B , hauteur du volant vers le derrière; an voit que la ligne ADB eft une portion d’ellipfe.
- C, le boulon autour duquel tourne le volant quand il s’élève oü s’abaiiTe. D C, ligne ,ponduée qui marque, jufqu’où va dans le foufflet la caiffe inférieure.-
- jE, tètiere du foufflet. F, la bufe.
- G, H, deux pièces de bois, fur lefquelles pofe le refte de la charpente qui porte le foufflet.
- „ I, K, deux alfemblâges de charpente ,'fur lefqueîs pofe lé foufflet.
- L L, -groiTes pierres ou billots qui portent la tètiere.
- M N, pièce que les bras de Parbre preffent en pour fermer le foufflet Fig. 2, 00, P Pi plan du delfus du volant.
- P Pi le boulon autour duquel il tourne, f), la tètiere.
- R i Sifig. 13 , montrent comment les pièces des angles font alfemblées ; ce que l’on voit encore en ADB.
- Fig. Si TVTf coupe de la cailTe inférieure; TTi fond de la caiffe ; Vi derrière de la caiffe ; XX, liteau ou plusieurs liteaux mis bout à bout fur le bord de la caiffe; T T, mentonnets qui empêchent les'liteaux de s’élever; Z Z, porte- refforts ; a, tètiere; b b, la bufe. 1 '
- Tome IL X i i i
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- EXPLICATION
- !%I ff'
- c c , fig. 7, un des liteaux des côtés, entaillé en cc, afin qu’on puiffe mettre chaque'bout fur un liteau entaillé de la même façon, mais ren-verl e'i d, porte - refforc ; fe, relfort qui tend à fe fermer , & qui poulfe le liteau c c ; f, l’endroit où le relient eft attaché au porte - relfort.
- Des deux fig. 4 & 6, h i kl mnbp, l’une eft le plan de la caifTe inférieure, & l’autre la mèmecailfe en perfpe&ive. On a marqué les mêmes parties avec les mêmes lettres 5 hh, les mentonnets; i i, porte-reffort des côtés , kk, porte - reiforts de derrière, dont les reiforts , comme ceux des côtés, tendent à fe fermer,-//, reiforts de derrière qui tendent à s’ouvrir, [pint, les deux fou papes j «», bandes de cuir qui fervent de charnière aux foupapes; 0, bandes de cuir qui empêchent les foupapes de s’ouvrir trop; p, traverfe revêtue de fer-blanc, qui arrête les étincelles ; q , endroit ou le fond du foufflet eft revêtu de fer-blanc; r, endroit où quelques - uns mettent des liteaux;/, la têtiere.
- Fig. S, t t, profil de la cailfe inférieure, vu par-dehors.
- Fig. 8, u xx, vers le haut de la planche, eft un porte-relfort avec fon relfort y un de ceux qui tendent à fe fermer.
- tig. 9>yi Ie niême porte - relfort retourné*
- Fig. 10, z, un mentonnet; 1 , 2 , les deux pièces dont le mentonnet eft compofé:
- Fig. 11,3,4, vcrs le bas de la planche, fait voir la difpolition des entailles des liteaux des bouts; 3,4, font deux portions de ces liteaux; 5, le bord du foufflet fur lequel ils pofent.
- 6. 6, porte - reiforts ordinaires qui pouffent ces liteaux vers le bout du fou filet.
- 7,7, refforts qui tendent à s’ouvrir, & qui pouffent les liteaux vers les côtés , dans les angles des (oufflets. On a repréfenté les liteaux plus écartés qu’ils ne le fon{; dans le fouffîec, pour faire voir comment ils font entaillés.
- Fig. 12,9, 1o, il, 12, 13 , eft encore une portion des deux liteaux précédens, vus hors de deffus le bord du foufflet. 14, jon&ion de ces deux liteaux.
- P L A N C H E IL
- Haut de la planche.
- Fig. 14 eft partie de la thuyere d’un fourneau; B, B, les foufflets; Ci C, cfiaînes qui fervent à élever les foufflets ; D, D , pièces de fer auxquelles font attachées les deux chaînes d’un même foufflet; B1, balancier qui éleve alternativement un foufflet; F, l’arbre auquel le balancier eft fufpendu ,• G G , arbre des roues * HH, rouet dont ia circonférence, eft
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- DES PLAN CHES.
- C\ç?
- garnie d'un double rang do dents » bras ,d;e Katbr-e quiabaifife un des fou filets ; K,_ capnf .qjuf.conduk d’eau .dans d’qfpeçe de.rjéîetjVQir ; L .refer-voir ; M, roue de bois fur laquelle tombe l’eau du réfervoir L ; N,d’arbre de cette roue ; 0 , lanterne portée par le même arbre„: C’qft cette lanterne qui - fait tourner le rouet B H. r , . . ,
- Bas de la planche*
- Fig. if, a a a, partie du toit qui recouvre le double harnois ; bb^ arbre qui eft chargé du balanciers; dcl, charpente qui porte l’arbre bb \ee, canal qui conduit l’eau-dans une efpece de réfervoir /; gy canal qui conduit l’eau fur la ro.ue.qui produit-tout- le- mouvement ; if, cette ;roue; k , fon arbre; /, lanterne portée parle même arbre* w<«,. rouet mu par la lanterne précédente; oo, arbre de la lanterne; pqy dents de l’arbre du rouet qui abaiifent alternativement-un foufilet.-
- S E C T IO N I II.
- PLANCHE L '
- Lés pg. l £#2 font deux coupes Verticales d’un fourneau. La-coupe de la première pâlie par le milieu du côté de la dame!, & par le milieu du côté du pied dé rulfine. La cOiipe*de la fécondé paiîe par le milieu3 du côté de la'thuÿere-, & par le milieü du côté du contrevent.
- A Ay B B ,fig. r & 2 , hauteur du fourneau au-de «Tu s du1' r ez- d e- ch a u ifé e. B B-, C C, la partie du fourneau qui efl nu-deifbus du rex-de-chnulfée;
- •DD marque la:hàuteut üù; finit la grolfe- mafie, ’& où commencent' les batailles & la petite maife.
- D A A D, un des murs appelles les batailles. - ' ô ’>
- le gueulard aif l’ouverture lbpéileivre:dü3 fourneau.£ ;’dl'i:~ -
- G, G, coupes de la petite malle. ;
- F, F, coupes de la plate-forme qui eft--âu-deifus du foiu’neaü', & fur laquelle les ouvriers marchent. ‘
- ' ;F7 f mur qui foiitient l’appentis-foiisdeqtieî couchent les chargeurs dans quelques fourneaux. ^ 3- ' -î
- 7f j-fendroit bù:commence : l’e&ilàgep Féfpncê^ F7F eft' fqûerquefoisappelle la charge i plus ordinairement \t$-{pidrùis.'y- ' •!;o:’ A
- • rv. <V-'' .:Vi‘s ' ff-r ---J"';; I'iü i> - '
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- «Q
- EX FLICA T I0 W
- K K, fin de l’étalage & commencement de l’ouvrage.
- IK 2, IK i, font des coupes de l’étalage , où l’on voit qu’îl eft fata de fable.
- L, le fond de l’ouvrage.
- Mi figure i, l’endroit par où l’on fait fortir la fonte;
- N, la dame.
- O, ringard qu’un ouvrier fait entrer au-delTus de .la dame pour ouvrir un palfage au laitier. Immédiatement au-delfus dû ringard', il y a un-endroit qui n’eft bouché que de terre.
- P B , coupe de l’efpece de voûte ou de Pembrafure qui eft devant ta fourneau , au - delfous de laquelle fe placent- les ouvriers.
- La figure 2 , M, la thuyere;
- .N , un des foufflets.
- P B., coupe de la voûte ou de l’embrafure où font- logés les foufflets...
- Q , figures i & 2,. coupe de la voûte, au - deffus de laquelle eft bâti,le.* fond de l’ouvrage.
- ! Ri R'9 liens de bois.
- S S marquent les pavemens qui font dè pierre dé tailîè; <*
- T Ti le maftifde.hi.maçonnerie qui eft de pierre ordinaire;
- Xi figures i ^2, ouvrier qui jette du charbon oude la mine dans-ta-fourneau.
- T, fig. I , ouvrier qui, avec fa bécaffe, fonde fl le charbon eft alfez-defcendu. L’ouvrier X & l’ouvrier % n’agiffent cependant pas en même: tems , comme on l’a repréfenté.
- La figi 3. eft une coupe horizontale d-u> fourneau , fait par le gueulard*,, où l’on voit plufieurs des. parties placées au-deftous de. ce gueulard.
- A, Ay les murs appel lés batailles,
- R, R, liens de bois.
- Bi l’endroit où, aboutit le pont qui conduit.fùr la plate-forme du fourneau.
- C G, la petite maffe.
- Di embrafure de la petite, maife , dans laquelle entre le chargeur pour charger le fourneau.
- FF , plate-forme du fourneau;,
- E, le gueulard.
- G Gi plaque ou taque de fonte percée au milieu ,& qui fait l’ouverture du gueulard.
- Hi mur qu’on* ne trouve que dans quelques fourneaux : il foutient le toit fous lequel couchent le.s-chargeursvr;. _
- La fig. 4 eft une coupe faite à f origine de l’étalage, qui montre la figure & l’étendue de l’étalage.
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- DES P i A N C H E S.
- 421
- M, embrafure du devant du fourneau.
- Nj embrafure des foufflets.
- O, O, les deux autres faces..
- J , K, font les quatre grands pans de l’étalage.
- X, K, font les quatre petits pans.
- K eft un quarr.é long , qui marque le commencement de l’ouvrage & la. Êa de l’étalage. Au-deflous de K, le fourneau n’a plus que quatre pansv & au-deflus de L lL y il en a toujours huit.
- La fîg. f eft une coupe horizontale faite par la thuyere..
- K eft l’ouvrage.
- M , le devant du fourneau ou Je côté de la dame*
- M marque auffi la coupe, de là damé*
- N, N,, les foufîiets.
- O, la thuyere.
- Q, le côté du pied de ruftine..
- P , le contrevent.
- R, coupe des gentilshommes qui font pofés fur la dame;, l’endroit par lequel on donne écoulement à la fonte..
- S, Ti le Gllon, le moule qui reçoit la fonte.
- X,Xi le contour extérieur, du mur de Pouvrage.
- PLANCHE IL
- La vignette repréfente l’ènfemble d’im fourneau; on a pourtant dé* ©ouvert quelques-uns de fes toits & abattu des murs qui ferment lés-appentis , afin qu’on vit divers endroits qui autrement auraient été entièrement cachés.
- a, a , font les batailles..
- ecddy. toit qui recouvre le devant des fourneaux & qui fait une efpece.de chambre; ou. d’attelier pour les ouvriers. Qn a découvert ce toit en c c.
- emarquent les reftes des.murs des toits qui ont.été abattus, & qui; formaient le devant & un des côtés du fourneau.
- g eft:1a porte.
- h eft Pembrafüre du.devant du fourneau.
- V eft la fenêtre par où les-chargeurs demandent ce dont iis ont befoin*.
- k eft l’embrafure de la thuyere. Ici les foufflets font mus d’une maniéré, très-fimple , par une petite roue fur laquelle, l’eau tombe^
- Li l’arbre qui les meut.
- Mi la roue..
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- iz EX PLI-CATION
- 71, le réfervoir où l’eau s’aiféfnbfe avant que d’être portée fur la roue.
- o, le canal qui la conduit.
- p, la halle au charbon, où des mulets' q chargés font prêts à entrer. La fig. i prépare le moule ife la gueufe.
- Les figures 2* 3 & 4conduifent une gueufe pa"r le moyen des rouleaux. La jtg. y pefe une autre gueufe \ r, le pied de chevre ; s , la chaîne ; t, la
- n
- •
- La jtg. 6 tranfporte du laitier ; la montagne u u en eft formée.
- Bas de Ja planche.
- A, A, 5, C, Ci D repréfentent féparément l’embrafure du devant du fourneau. On a fur-tout eu en vue d’y faire voir par où fortent le laitier & la fonte.
- C, C, font deux boudas de fonte. Tout ce qui eftentr’eux, comme en D, eft bouché avec de la terre.
- E eft l’endroit où l’on perce pour faire fortir le laitier.
- Left la pente le*long de laquelle il s’écoule ; il tombe de côté & d’autre comme en G G.
- 1 eft l’endroit par où on fait fortir la fonte.
- K K eft i’efpace couvert de fable.
- L L eft un moule a gueufe creüfé dans ce fable. ;
- .A/eft une efpece de canal qui conduit la fonte dans un autre moule NNt qui eft préparé pour former un contre-cœur,
- O eft la piece de bois en relief qui a fervi à faire le moule.
- V eft une gueufe tirée du moule.
- 1,5, îo, 20, ico, marquent les chiffres avec îefqucls on la numérote, & marquent en même tems la valeur de chacun de ces chiffres.
- Q eft une dame.
- R, R font les deux gentilshommes pofés fur la dame. Ils font couverts de terre en E F.
- S, rable pour creufer le lit de la gueufe.
- T, Fi ditférens ringards.
- XX T, bécaife,- T eft la partie qui entre dans le fourneau.
- Z, grille qui porte la gueule pendant qu’on1 la pefe.
- 6 eft un morceau dé laitier de mauvaife qualité, fur qui s’eft formé une bouteille de verre.
- 8, morceau de laitier de mauvaife qualité /poreux , quoique pefant.
- 5>, il, morceaux de laitier du plus blanc &‘dù plus léger,
- ©
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- DES FLANCHES 6z3
- PLANCHE III.
- Le haut de la planche repréfente un fourneau vu par derrière, ou du coté où on le charge.
- La fg., j , caife de la caftine.
- La fig. 2, porte du-charbon au fourneau.
- A y Ay les batailles ou les murs élevés au-delfus de la plate-forme du fourneau.
- fl B y le terrein où eft conftruit la.halle à la mine & au charbon , & fur lequel eft appuyé un des bouts du pont qui conduit fur la plate-forme du fourneau.
- C C eft le canal qui reçoit l’eau qui vient de faire tourner les roues des foufflets. Ce canal ne ferait pas vilible , fi on n’avait imaginé d’emporter la terre qui devrait être en Baaj Baa eft la coupe de cette terre. L’eau prend fa route le long du pied du mur du fourneau , & pâlie fous le pont.
- Dy Dy les liens de bois du fourneau.
- R, le gueulard.
- F y partie du deflys de la plate-forme du fourneau i on voit aufti près de F Pembrafure où fe place l’ouvrier pour charger.
- G G , partie des murs de la petite maffe.
- H y le petit appentis fous lequel couchent les chargeurs.
- Iy la fenêtre ou l’ouverture par où les chargeurs appellent ceux qui font vers le devant du fourneau.
- K K, le pont.
- . LM N y la halte.
- M, porte-charretiere.
- N, petitê porte plus à portée des chargeurs.
- La halle ferait encore mieux difpofée, fl cette porte était proche dupont. Ordinairement la halle eft parallèle à la face où il eft. On a confervé cette difpofition dans le bas de la planche. On l’eût mife aufji dans le haut, fi elle n’eut pas caché la plupart des choies qu’011 avait en vue de faire voir,
- 0 , le réfervoir d’où fort l’eau qui fait mouvoir les foufflets. L’eau qui en tombe, fait tourner une roue qu’on ne (aurait- voir ici. Cette roue met en. mouvement le rouet Fi ce qu’on voit mieux repréfemé dans la plancha Z des foufflets.
- F y le rouet. -
- Q y l’arbre de ce rouet, :
- JB R y les foufflets que l’arbre £ abaiffe alternativement.
- SS, le toit qui recouvre le double harnais des foufflets.
- T T y endroit où 011 a abattu le mur qui devrait s’éleverjufqu’au toit SS» pour faire voir les foufflets.
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- <?24 EXPLICATION
- Bat de la planche.
- Le bas de la phncht eft un plan du fourneau qui fait voir le double har-îiois, comment l’eau eft conduite pour le faire agir, & la route qu’elle prend enfuite.
- aaa font les murs qui foutiennent les toits qui mettent à couvert les ouvriers qui travaillent devant le fourneau 5 les foufïiets & les machines qui les font mouvoir.
- b b eft la porte pour entrer fous ces toits.
- cc, l’embrafure du devant du fourneau.
- d eft la coupe du moule d’une gueufe *, l’efpace qui eft autour eft cou® vert de fable qui fert à divers ouvrages de moulerie. d, l’ouvrage qui devrait être e. f, la coupe des gentilshommes. g g , le malîif de la maçonnerie du fourneau. h h j l’embrafure des foufflets.
- ii y le ruifteau qui fournit l’eau qui fait mouvoir les foufflets. llmm, conduit de bois qui porte l’eau au double harnois j en //eft la poêle qui fert à arrêter l’eau.
- nnn , efpece de réfervoir que reçoit l’eau du canal précédent, o, l’ouverture par où elle y entre.
- p y ouverture par où elle fort pour tomber fur une roue, o , cette roue devrait être q. -
- r s y l’arbre de la roue précédente qui en s porte une lanterne. tty arbre foutenu horizontalement au-dedus d’une parcie de l’arbrer#5 il porte un rouet un, dont les alluchons s’engrenenc dans les dents de la lanterne s.
- xx, cammes de l’arbre tty qui abaiflent alternativement un des fouf. flets.
- y y, le reflort auquel eft fufpendu la courge ou le balancier qui releve le foufflet qui a été abaifTé. zz> la coutge ou le balancier.
- 1,2, 1,2, pièces de bois qui portent les foufflets. '
- 3 3, eau qui, après être tombée de delfus la roue, prend fa route pour fortir de l’appentis.
- 4,4, l’endroit par où l’eaü fort de l’appentis.
- Ç , 5 , route que fuit l’eau pour paifer fous le pont.
- 6 , le pont.
- 7 , eau conduite loin du fourneau.
- 8,8, plan de la halle à mine & à charbon.
- 9*
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- DES PLANCHES. 62s
- 9,9, autre canal qui conduit l’eau dans le tems que la pâlie il eft âbaiflee , que l’on ne veut pas faire agir les foufflets.
- 10 , pâlie qui eft abaiflee quand les foufflets agiflent, & levée quand ils n’agiflent pas.
- 11 , la route que prend l’eau quand on lui donne paflage en 10 , pour fe rendre en f
- A A B B, rafles de charbon.
- C, coupe de cette rafle faite félon B B.
- D t coupe ou plutôt plan félon A A.
- EEF F » clou ou panier à mine.
- H, coupe de ce panier félon E E G, plan de ce panier félon FF.
- PLAN C HE IV.
- La vignette repréfente un fourneau à qui on a ôté fes appentis. On vient d’y donner écoulement à la gueufe. a, a , font les batailles. b , b , les liens de bois.
- c, la thuyere.
- d, la roue qui fait tourner les foufflets. Elle eft plus grande que celles qui ont été repréfentées ci-devant. L’eau la prend par-deftous.
- e, font les bras de l’arbre qui dans cette difpolition n’agiflent pas immédiatement fur les foufflets. Ils abaiflent la piece /.
- g, le reflort auquel eft attaché le balancier des foufflets. h eft l’embrafure du devant des fourneaux. i eft la gueufe qui vient d’ètre coulée.
- La fig. 1 jette de l’eau fur les matières allumées qui font près de l’ouverture du fourneau.
- La fig. % eft prête à jetter un panier de terre pour boucher le trou par où eft fortie la fonte.
- La figure 3 porte une rafle pleine de charbon pour commencer à -.boucher le trou au-deflus de la dame.
- k eft le ruilfeau qui fait mouvoir les foufflets. llmn, &c. Le boccard.
- I, 1 en font les deux piliers ou montans. m, le canal qui conduit l’eau fur la roue w.
- 0eft le canal le long duquel l’eau, en s’écoulant, emporte le laitier & les grains de fer.
- p eft l’endroit où s’aflemblent les grains de fer.
- Terne IL
- Kkkk
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- 626
- EXPLICATION
- q eft un courant d’eau qui ne paffe point dans le tuyau w, & qui eft conduit fous les pilons pour emporter les graihs de fer & le laitier pul-vérifé.
- Bas de la planche.
- A A B S eft Pembrafure du fourneau.
- A A font les côtés de Pembrafure.
- B B, eft la voûte foutenue en partie par trois gueufes de fer, B» B, B.
- CCfont les deux bouftas.
- D i eft la partie du fourneau qui fe trouve ouverte après que l’on a donné écoulement à la fonte , & qu’on a tiré le laitier de hallage.
- F eft le chemin par où defeend le laitier ordinaire.
- G eft le canal qui a été creufé pour conduire la fonte dans le moule de la gueufe.
- K H, tuyau de fer qui condu.it dehors l’humidité qui s’affemble fous le fourneau.
- L L MN 0 Pt le boccard yu en perfpeétive ; L, les deux montans ; N, la roue : 0, le canal le long duquel le laitier eft emporté par Peau jufques en 1\
- Q R SS, le boccard en perfpe&ive dans une autre vue : en Q, font les bras de l’arbre, dont l’un éleve le bras R d’un pilori.
- S y S y les deux traverfes auxquelles les pilons montent & defeendent comme dans une efpece de coulifl’e.
- f f, i ,2,3, coupe verticale du boccard , prife tout du long de l’arbre ; 1,2,3, f()nt les pilons au-deffous defquels on met le laitier.
- y y y autre profil du boccard , pris le long d’un des montans.
- Z, N y 4 , 4 , plan du boccard ; e’eft en 4 ,4, qu’on met le laitier.
- 5 » 6,7,8» morceau de laitier de hallage.
- 6 y 6 y eft un morceau de charbon qui eft refté dedans.
- 8 , 8 j font des globules de fonte.
- 9 font divers de ces globules qui ont été féparés du laitier par les pilons du boccard.
- PLANCHE V.
- La vignette repréfente un petit fourneau où le vent eft pouffé par Peau qui tombe dans une trompe.
- abyCCy &c. petit fourneau vu en perfpeclive.
- a le gueulard.
- b y Pendroit où monte le chargeur pour jetter la charge.
- $ c y appentis du devant rompus»
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- DES FLANCHES. «27
- d, le devant du fourneau, qui eft ici en même feras le côté par où le vent fouffle, & celui par où on donne écoulement à la matière.
- e, partie du porte-vent. En e eft le clapet qu’on leve lorfqu’on' veut le laillër échapper.
- /f, continuation du porte-vent, qui eft ici caché enterre. g , fource qui fournit d’eau les trompes. h , canal qui conduit l’eau à la trompe.
- il, canal par où 011 laide épancher l’eau lorfqu’on ne veut pas faire agir la trompe. Le canal doit avoir une éclufe qu’on n’a point marquée , placée vers i.
- i, efpece de réfervoir où fe rend l’eau qui tombe dans les trompes.
- L L, planche qui foutient les tuyaux des trois trompes. ram n , les cuves des trois trompes.
- 0, porte-vent commun, où fe rend l’air qui fort des trois trompes. p p, éclufe des deux trompes de devant. q q , eau qui s’en écoule.
- Bas de la planche.
- ABC B E F, &c, repréfente le profil d’une trompe feule, comme elles le font fouvent. ,
- A A, tréteaux qui foutiennent le canal qui porte L’eau à la trompe.
- B, partie du canal de bois.
- C C , origine de la trompe.
- D D, chevalet qui porte la trompe.
- E-, Et crochets ou mains de fer qui la foutiennent, & l’empêchent de toucher aux parois du trou qui la lailfe paffer.
- F FCC, l’étranguillion ou la partie faite en entonnoir.
- G , G, les ventoufes.
- G & G, figures fépurées, montrent auffi des coupes horizontales faites pour les ventoufes.
- Ht H , frettes de fer qui lient la trompe.
- J, bout de la trompe IC.
- Kt pierre fur laquelle elle verfe l’eau.
- L , une des pièces qui foutiennent cette pierre.
- M M, la cuve.
- N, le porte-vent.
- O, fa bufe ou canne du porte-vent. '
- PQRS, profil de l’éclufe j P Q R S , profil de deux des côtés de la
- boite qui la forme.
- Kkkk ij
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- EXPLICATION
- T, piece de bois qui eft élevée dans une coulifle.
- FFTeft un plan de la trompe i V V marquent les quatre bras de la croix qui foutient dans la cuve la table de pierre, la table de pierre. y i le porte-vent.
- zz i le plan de l’éclufeoù l’on voit comment la piece marquée T>figure précédente, & z z dans celle-ci, eft logée dans deux couliffes > a > a * a , les montans qui portent la table de pierre. b , la table de pierre.
- c c i dd 9 f f i ee i partie d’une trompe deffinée fur une plus grande échelle pour faire mieux entendre l’eifet de i’eau. ce i ddi l’étranguillon. eetdd, le large de la trompe.
- f9 g i les ventoufes. On voit en h , i, des filets d’eau qui renferment de l’air.
- K Lmn, partie du porte-vent ; L, le trou par où|on laide échapper l’airl» *», foupape.
- », la thuyere ou canne.
- op q, autre difpolition d’une partie du porte-vent yp eft l’ouverture par où on laide fortir l’air. On la bouche avec un tampon. q> la thuyere.
- rr ss, profil d’un petit fourneau pris fur la ligne 10, 10 du plan. x t u i profil du même fourneau fur la ligne 2,3. ;
- u, l’entrée du porte-vent.
- y i Zi deux plans du fourneau, l’un fur une plus grande» & l’autre fuir une plus petite écheile.
- 1,2,3,4,5,6 i 7, plan d’un petit fourneau avecfes trompes.
- 2,1e milieu du fourneau.
- 3 le devant du fourneau & le porte-vent.
- ?»?»'?» plan des cuves.
- 6 , 6,6i corps des trompes. ?
- 7 , réfervoir qui leur fournit l’eau. 1 V
- 8 » 8 s 8 , les éclufes. :
- 2 r écoulement de l’eau.
- PLANCHE VL
- Ce Fourneau a été deffiné par le fieur Dumotier , ingénieur de Bayonne. Il eft en Darlats, le long de la riviere de Bidafle.à l’entré de la Navarre Efpagnole*
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- DES FLANCHES.
- 62$
- La figure i eft le fourneau & fa forge vus en perfpedlive.
- La figure 2 eft un profil du fourneau & de fa forge. Le profil eft pris fur la ligne B B (fig. 3 ).
- La figure 3 eft le plan de ce fourneau & de la forge.
- La figure 4 eft un profil defiiné fur une plus grande échelle qusle refte, & pris lut la ligne A A du plan.
- La figure f eft un plan particulier du fourneau pris au-delfous de la thuyere ; favoir , à l’endroit où eft l’ouverture qui laiflefortir le laitier.
- La figure 6 eft un plan du même fourneau pris à la hauteur de la thuyere.
- Les parties femblables qui fe trouvent dans les différentes figures, y font marquées par les mêmes lettres.
- C C D D, chaudière de cuivre qui entoure le fourneau de toutes parts pour le défendre de l’humidité.
- D D eft la partie de cette chaudière où tombe le laitier.
- E, maçonnerie du fourneau faite avec de la pierre & de la terre.
- F F» taquets de fonte qui revêtent le dedans du fourneau, encaftrés dans la maçonnerie.
- G, la thuyere.
- H, {fig. 3*4,f) trou qui donne écoulement au laitier.
- I, (fig- 4) trou qui laiffe entrer un ringard avec lequel on remue de t*ms en tems la matière.
- EK, {fig. f ) partie du fourneau où l’on jette d’abord la mine.
- L , L , les foufflets.
- M, { fig. I ^ 2) piece contre laquelle eft arrêté le fond d’un foufftet,.
- N, {fig. 2 ) barre de fer qui abaiffe le volant fupérieur de ce foufftet.
- O , partie du foufftet à qui elle tient.
- P, piece de bois qui eft le levier auquel tient la barre de fer ON.
- Q, piece mobile , à laquelle tient la piece N O. ,
- R, R, R, (fig. 1 , 2,3) doubles équerres de fer qui abaiffent la piece F Q, & par conféquent le volant du foufftet.
- S, l’arbre qui porte & fait tourner ces doubles équerres.
- T, {fig. 1 & % ) roue qui fait tourner l’arbre S S.
- V, {fig. 1 ) canal qui verfe l’eau fur la roue.
- X,{ fig. 1 & 2) refforts qui relevent les volans des foufflets quand une des équerres les a laiffé échapper.
- a, enclume fur laquelle on forge le fer.
- b, le marteau.
- c, fon manche.
- d, arbre qui» en tournant, éleve le marteau.
- e e, eammes ou chevilles de l’arbre qui ont prife fur la queue du marteau.
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- 630
- EXPLICATION
- f, roue île cet arbre.
- g, (fig. i ) canal qui verfe l’eau fur cette roue.
- i, * , pièces- qui portent le manche.
- k , k , montans de bois qui foutiennent les pièces i, i.
- PLANCHE VIL
- Cette planche repréfente les trompes, fourneau à fondre la mine , & martinet du pays de Foix.
- La figure I fait voir le tout en perfpedive.
- La figure 2 eft un profil ou coupe félon la ligne A B b du pian (fig. 3 ).
- La pgnre 3 eft le plan des trompes , fourneau & martinet.
- La figure 4 eft une coupe des trompes , prife parallèlement à la ligne d d du plan(^. 3 )•
- Les parties femblables font marquées dans ces figures par les mêmes lettres.
- A , canal qui conduit l’eau au réfervoir des trompes.
- B, réfervoir qui fournit les trompes d’eau.
- C, C, montans qui portent les traverfes qui foutiennent le réfervoir.
- D D , ( fig. I ) les traverfes des montans.
- E E, (fig. 1 ) autres traverfes qui fervent à entretenir les montans.
- F G, (fig. 1 0? 4 ) partie du corps de la trompe, du tuyau vertical ou arbre creux , qui eft d’un égal diamètre.
- HH, ( fig. 15 3 4 ) les trompilles. I, l’efpace qui eft entre deux trom-
- piiles , appelle coing, ou le tuyau qui conduit l’eau dans le corps de la trompe.
- K (fig. 2 ) fait voir le canal vertical, ou corps de la trompe ouvert dans un autre tems que dans la figure 4 i auiïqn’y trouve-t-on pas la figure d’entonnoir. 1
- L, la caiife dans laquelle les corps des trompes ou canaux verticaux ren*
- dent l’eau. #
- M, (fig. 2 & 4 ) les pièces fur lefqnelles l’eau tombe.
- AT, (fis- I 3 ) ouverture par où l’eau fort de la caide.
- 0 P , ( fig. 1 £5? 2 ) partie de la cailfe plus élevée par l’inclinaifon qu’ont les pièces pofées en 0 P.
- jQ,, conduit par où le vent fouffle dans le fourneau.
- En Q eft une ventoufe qu’on ouvre en partie , lorfqu’on veut diminuer îa force du vent dans le fourneau. Elle fe ferme par une planche qui entre dans deux couliiles.
- R, le fourneau.
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- DES FLANCHES.
- 631
- S, (fig. i & 2) trou qui dorme écoulement au laitier ou crafles.
- T, coupe de ce fourneau , fuivant la ligne A bb (fig. 3 ).
- V, plan de ce fourneau félon la figure 3.
- e e //, canal qui fournit l’eau qui fait tourner la roue du martinet.
- g 9 (fig. 3 ) trou qui laifle échapper l’eau qui tombe fur la roue du martinet ; quand on veut arrêter l’eau , ou le bouche avec une plaque de fonte.
- h y canal qui porte l’eau fur la roue du martinet.
- /, cette roue.
- K, le martinet.
- L , le ringard pour remuer le maflet dans le fourneau pour déboucher le trou qui laifle pafler le laitier.
- M , tenailles pour prendre le maflet.
- N , une de leurs branches.
- 0, ringard crochu , avec lequel on retire le maflet du fourneau.
- p , gros marteau de fer , ou mafle avec laquelle 011 raffemble, à force de bras, les parties du maflet lorfqu’on vient de le tirer du fourneau.
- q , le taillant avec lequel on coupe le maflet.
- 22, 33 , 44, montrent félon quelles lignes on divife le maflet en quatre parties. Quand il y a du fer fort ou acier , il eft dans les parties 22, 44.
- PLANCHE VI IL
- . ' ' 1
- Cette planche repréfente les fourneaux d’Allemagne, dont on tire la fente en mafle , tels que font ceux de b'oâerberg en Stirie.
- La vignette repréfente un de ces fourneaux vu en perfpedive. La difpoft-tion des roues , des foufflets , des bâtimens qui entourent ce fourneau, n’eft pas précifément la même ici que dans le pays. Le deffinateur avait négligé d’en tirer les defleins ; mais cela n’eft de nulle importance par rapport à la conftrudion du fourneau , qui eft ce que nous avons befoin de connaître. On a fuppléé au refte , autant qu’on a pu , par les inftrridions que les mémoires ont données.
- A A eft le toit d’une grande halle qui met les ouvriers à couvert, 8c où l’on ferre aufti le charbon.
- JB s la. cheminée du fourneau qui _pafle au travers de ce toit.
- - Cy tas de charbon qui eft dans la halle.
- D y l’arcade qu’on bouche avec une porte de fer de côté, pour empêcher les étincelles d’aller gagner le charbon. ' • • -
- Ey autre arcade pâr laquelle les ouvriers portent la mine au fourneau;
- F, chariot plein de mine, pofé fur une planche inclinée , attaché à un des bouts d’une corde.
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- EXPLICATION
- 6*35
- Au-deflous de G doit être une poulie, fur laquelle pafTe la corde à laquelle le chariot eft attaché.
- H , arbre autour duquel fe rouie la corde pour faire monter le chariot.
- Js la roue de cet arbre.
- K, tuyau qui conduit! l’eau fur cette roue.
- I, ouverture fupérieure du fourneau.
- mur bâti en portion d’entonnoir, qui conduit le charbon & la mine dans l’ouverture du fourneau.
- a a b & d, deux fours à rôtir la mine.
- b, la porte d’un de ces fours..
- C i la porte de l’autre. ' - .
- Bas de la planche.
- La figure i eft un plan pris à la hauteur des foufflets.
- La figure 2 eft un plan pris un peu à l’origine de la cheminée. La ligne C C de ce plan fe trouve directement au-deifus de la ligne C C du premier pian.
- La figure 3 eft une coupe de fourneau de haut en bas , qui pafTe par les lignes C C des deux qftans.
- La figure 4 eft une coupe du même fourneau, qui pafTe par les lignes tfii D, des plans.
- La figure f montre comment on tire la maffe, du fourneau.
- Les mêmes lettres marquent, dans les différentes figures de fonte, des parties femblables.
- EF, (fig. 3^4) hauteur du fourneau.
- F G, (fig. 3 & 4 ) hauteur de la cheminée.
- H, (fig. 3 ) une des arcades ou efpeces de portes par lefquelles les chargeurs entrent deflous le fourneau.
- I » (fig. 2,3,4) gueulard ou ouverture fupérieure du fourneau.
- K, cfpece de demi-entonnoir qui conduit le charbon dans le fourneau.
- L3(fig. 3 ) endroit jufqu’auquel le fourneau s’élargit.
- M, ( fig. t ) , montre la circonférence du fourneau à la hauteur des foufflets Sc de tout Touvrage.
- NN, (fig. 1,2,3) eft la couche de terre dont les parois font revêtus.
- O O, (fig. 1 ) embrafure où font les foufflets, & par laquelle on tire la malle de fonte.
- P (fig. 3 ) eft la coupe de la gueufe qui foutient le mur depuis cette embrafure jufqu’en haut, & au-defTous de laquelle 011 ouvre le paffage pour tirer la mafle.
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- fig. i ^.-3 ) l-a thuyere.:,..
- Æ (fig. 2) eft Je plan d’un trou qui .reçoit la, cendre ou la pouffere qui vient des étincelles qui font rabattues par ja cheminée ; 011 fe fert de cette, cendre p'our couvrir le fond du- fourneau. ..
- Là figure f donne quelqu’idée de la façon dont on tire la maifle de fonte du fourneau. On n’y a cependant pas mis les poulies neceffaires pour changer fa dire dion ; mais cette figure fuffic pour ce qu’011 veut faire
- eaTÎC% f f .«-Vfnirc' =!
- S eifc 1 ouverture faite au fourneau.
- T, la mafTe, de.rfonte .entauççe ii’une chaîne. ; ..
- F, autre chaîne accrocliéé à la prëééàérfte. ''0i -• ^
- fV X, arbre des/ouiRets qui tirent cette phaîne.. .
- P LAN CEE IX. .
- La fig. 1 eft la figure 4 de la planche précédente mife en perfpedîve \ c’eft- à-dire , une coupe fur la ligne DD ( fig. 1 de la planche précédente)* a eft la malfe de fonte.
- b, l’ouverture de la thuyere dans le fourneau.
- c c-, le deifus du fourneau. —
- d, le gueulard. N 'l\ • ^T;î • ^ fv*,
- /, le derni-entonnoir. '
- ff, les arcades ou portes par léfquelles les ouvriers viennent dans le1 fourneau. ' , _ * *' % ^ -
- g g, la cheminée.. :
- La fig. 2 eft un four à rôtir, la mine^ coupé du côté IKLMN O, pour faire voir les couches de mine & de charbon i /, couche de charbon ; K, couche de ruine f ^j]Coifofoi de_(^r^onj[i^, i;ouche-de. mine i N , couche de charbon; 0, couche de mine: h eft la porte avec des barres de fer qui la traverfent.
- Les autres figures font pour donner une idée des fourneaux d’Allemagne, où l’on coule la fonte en gueufe.
- La fig. 3 eft un plan de ce fourneau à la hauteur des foufflets.
- La fig. 4 eft un plan pris à la hauteur du gueulard.
- La fig. 5 eft la malfe du fourneau jufques un peu au - deifus de Poriginç de la cheminée mife en perfpe&ive.
- La fig. 6 eft une coupe fur la ligne A A du p^an {fig. 3 ).
- La fig. 7 eft une coupe fur la ligne B B (fig. 3 )•
- La fig. 8 eft une coupe de la cheminée en perlpedive.
- Les mêmes lettres marquent les mêmes parties dans ces différentes figure».
- Tome IL Llil
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- Ç34 EXPLÎC'A TI ON DES [PLANCHES.
- C, embrafure par où on donne écoulement à la fonte. 1 DD, embrafure des foufflets. ' '
- F, C//- 6 & 7 )' fond du fourneau.
- F, endroit jufqu’auqTîel le fourneau monte en s’élargiiïant* d’où il fe rétrécit enfuite jufqu’en Gv
- G, le gueulard.
- H, la cheminée. . -
- J y entrée pour venir fur le fourneau. t
- Z 'explication des planches Io , I l & Î2 , Je trouve ci-devant*.
- Vexplication des planches de la fe&ion IV 3 fe trouve dans le corps meme dk
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- X - tX X
- TABLE
- DES QUATRE PREMIERES SECTIONS SUR LES EERS.
- Contenues en ce volume.
- SECTION PREMIERE.
- jDesmines de fer.&de leurs préparations. page i
- Première Partie. Des matières qui contienne ut du fer*. 8
- §. I. Mines que Von peut traiter. 9
- Première Efpece. Fer natif ou vierge* ibid.
- Seconde Efpece. Mine de fer tryjiattifée. il
- Troifieme Efpece. Mine de fer btanclje. n ibid.
- Entrait d'une lettre àe M. GeOrghs ! :
- Quatrième Efpece. Mine de fer noire.
- Cinquième Efpece. Mines de fer gris de cendre. ‘ 16
- .Sixième Efpece.. Mine de fer bleuâtre oh rougeâtre* y ; a ’r< ' 17
- Septième Efpece. Tête vitrée, ou pierre hématite ,fanguiw ,fchifte. 18 Huitième Efpece. Mine de fer fpéculaire. ; 23
- Neuvième Efpece. Vaimant. v: '* ibid.
- Dixième Efpece. Fer minéraiifé dans le fable. 21
- Onzième Efpece. Fer dans du limon {jniti.es de mctrtds ,des lacs. ibid. Douzième Efpecé, L'ochre tdartiak. ^ 23
- §. IL Mines de fer réfra&aires, voraçes, & dont on ne tire rien. 2f Tret^ieme‘Èfpeee. Emeri. <'- . . ' s > ibid.'
- Quatorzième Efpece, Magnifie , manganefe , pienre èrme. -. A ibid. Quinzième Efpeçej..Mmes de fer .arfinioale^ , - rr-~ - 27
- SéïzienteEfpece. Mica ferrugineux. ' * ** '/Li' J n : ' a £8
- §. III. Fer>quije'frmV€*mêlé àâijférente&Jùbfletôvgs.ï j.yg\ 29
- §. IV. Fer qui fe tràme-Mélê -À -éiffjmntés tfmxi .11 : 3$
- §. V. Fer qui Je troimè -jdqns. le -régné ïdgétal ,&. mimai. 33
- «Article1. Réfuitat de l'examen des:fubjtances^ Fâ^ .Ci / ; 34
- LUI ij
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- T L E
- €36
- Article II. Des mines etc fer. répandues dans Jet mtxfe entière du globe. page 3,6 Conclufîon. Vraie diftiniïion des mines de fer. _ 40
- Article III. De la recherche des raines de fer. ' ' 42
- Seconde Partie. Travail des mines de fer* 47
- * ARTrCLÈl:lTiragè‘des mines'. ‘ ‘ ; ‘ * 46
- §. I. Tirage des mines, qui ne font pas.à fond. ibid.
- §. IL Tirage des mines1 hfohd'dée dix à vingt-cinq pieds. 48
- §. III. Tirage, des mines de' %ox} 00^1 $q_pieds de.profondeur,&c. ibid. §. IV. Tirage de la mine de marais , &c. 51
- ArtiCLE II. De ht féparntion.des corps ou fuhjiances nuifibles. ibid.
- Article III. Addition desmatieres convenables à tafufion. 65
- l *\rfhb ES&À ^es J . - . 71
- Réfultat du'melangè des-pierres de différentes natures, ibid. 0 §. WDDiffoudre lesunes par les autres, &jc* 72
- 0 §. YV;Mettre- en diffohàibn d'eux pierres*V&è. - -d • ibid.
- a §, V. Diffolution des différentes fubjiances.. . 73
- Obfervation. ‘ " ' 74
- ;f SEC T 1 0 N IL
- ;;Bu feii appîiqiïé ap travail 7f
- ^Première Partie. Des bois^fffe* 8ï
- Seconde Partie. Maniéré déobtenir un courant à'air, &c* 87
- o? Article I.. Des trompes ou foufflets à chute dé eau, , 88
- §. I. Trompes dans le Laûpbiné.' ibid
- §. IL Trompes dansTe pays.de^ Foix^ - V'r 94
- Article. II. Des foufflets* W'- 96
- fs SECTION I IL . :)<v ,
- Quatrième moyen de l’art du feu appliqué au travail du fer. 107
- Des fourneaux. > , a ibid
- Premtere Part i e. De la confru&ion desfourneaux^ &c., 109
- Article I. Des fourneaux du Dauphinéappellés petits fourneaux. \ *3&
- Article IL Fourneaux de la Navarre Efpag'nolé* ". 137
- Article III.- Fourneaux, du pays de Folx V \ . I . 14°
- Article IV. Des fourneaux d'Allemagne* V 141
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-
- DES S E C T I Cf N S.
- *rt
- §.I. Fourneaux d'Allemagne, &c, - .page .141
- * §• Iï. Fourneaux d'Allemagne, &c. \ 145
- Article V. Des Fourneaux de /’Angoumois & du Poitou , &c. 147
- §• I. Difpofition d'un fourneau à fondre les mines de fer, &ç. 149
- Difpofition de l'ouvrage de ce fourneau. ibid.
- ? §. IL Difpofition d'unfourneau propre à fondre les,mines, &c, 151
- • ' Difpofition de l'ouvrage de ce fourneau, 1^2
- Article VI. Fourneaux dans le Périgord, &c. ibid.
- 'Article VIL Fourneaux en Champagne , Bourgogne, &c. ... 153
- Seconde Partie. ConjeBuresfur les premierès 'connaijjances du fer\, Faccroisement de fin travail* 174
- .ArticleL £><?/ premières connaijfances’dtlfer. ibid.
- §. I. De ce qu'il y a de plus “probable à tirer de Vhifioire fabulerfe au fujet du fer. ' * 156
- §. IL Motifs qui peuvent déterminer à croire que la decouverte du fer efi due aux volcans. 157
- .Article IL Progrès du travail du fer. 158
- Troisième Partie. Moyens qui tendent a remplir les con-
- , dit ions effenti elles a la bonté Sun fourneau. 1 I 61
- ArticleL Emplacement d'un fourneau* ' 162
- Article IL Majfif d'un fourneau. - .
- Article III. Hauteur d'un fourneau. ïôÇ
- Article IV. De la plate-forme-d'un fourneau. 167
- Article V. Des matières propres à, environner le vuide intérieur d'un , fourneau.. ' ' ' ' - ibid.
- Article VI. Dimenfion du vuide intérieur. 170.
- Article VII. Maniéré de donner ces dimenfions au vuide intérieur.. 172
- ARTICLE VIII. Motif des dimenfions du vuide intérieur. ' - 17?
- §. I. De la figure qblongne arrondie. 176
- §. IL De la relation de l'étendue du gueulard, &c.. . 177
- §. III. De Vemplacement du foyer fupésieur. \ 178
- §. IV. De la thuyere, , • 179
- §. V. Ducreufet. ^ . t fi, t ' 180
- Article IX. Effets du fourneaupropofe, mis en travail* ' ; Ibid*
- Quatrième Partie. Dés fontes moulées* - i$,6
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- t Ü S U
- *3&
- Article I. Mùtilage à découvert itix Sa fitkh.
- Article II. Moulage en terre*
- Planche X.
- ÎJacf de lu plctnèhe.
- Planche XL Bus de la planche.
- Moulage d'une marmite*
- Du noyau.
- De l'efpace que doit -occuper te métal De la chape.
- Des anfes.
- Maniéré de tirer P arbre & la torche.
- De l'efpace du métal, des .pieds & des coulées.
- Du moulage.
- Article III. Moulage en fable*
- Planche XII*
- Moulage.
- Coulage. ,
- Avertijfement.
- Maniéré de mouler les marmites de fonte de fer*.
- De la façon de mouler en fable.
- Additions fur le moulage en terre, Ëfc.
- Remarques.
- Maniéré de faire les tuyaux de fer coulé oufo-nâu*
- Des anciens tuyaux de conduite.
- Maniéré de faire les tuyaux à brides f&c.
- Du moule.
- De la conftru&ion des chajjls des tuyaux à brides.
- Du noyau.
- Du moule.
- Du couler à la poche.
- SECTION IV. Traité du fer par M. Swedenborg.
- AvertiJJement.
- Première Classe. §. I. De la maniéré de calciner, IgPl*. Calcination ou préparation de la mine au feu de fujion* Des fondemens d'un fourneau de fujion.
- Conjlru&ion du corps du fourneau, &c.
- Formation de la cheminée , &c.
- De la fondation du foyer*
- page 190
- 1*3
- 193
- 194
- I9T
- 195
- 197 ibid.
- 198 ibid. ibid. ibid.
- 199 ibid. ibid.
- 200
- 201 204 2ov ibid. ibid. 214 222
- ibid.
- 223
- 22$
- ibid.
- 228
- 229 232 238
- 241
- ibid.
- ibid.
- 243
- 24$
- 249
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- DES SECTIONS. *39
- 'Du foyer & de fa confiru&ion. page 262
- ' * -De l'ouverture antérieure du fourneau & de la tympe. 26j
- * -De l'endroit dans la cheminée au-de(Jus ducreufet, 268
- De/ foufflets ffi du vent. 2 69
- Conmtent on met un fourneau en travail, £5^. 277
- D« débouchement du fourneau quand il efi échauffe.. 279
- Comment èfij dans quelle proportion on met dans le fourneau la mine & le' charbons, pour que la fufion fe faffe bien. 28 r
- De/ fignes fur lefquels lé fondeur juge de la quantité de mine , &C. 288
- De la trop grande chaleur & ébullition du fer dans le foyer. 2 92
- Indices extérieurs de l'intérieur d'un fourneau, g 00
- Des fcories & de leur Jortie du fourneau. 301
- Comment on fait for tir du fourneau le métal fondu. 303
- Obfervations fur le fer de fonte, quand il efl coulé & refroidi. 307
- Des accident ou cas imprévus pendant la fufion311 Fin du travail de la fufion. 3 1 %
- De l'état du fourneau quand le fondage efl fini. 3 13;
- Obfervations touchant un fourneau ruiné. 3 1 Ç
- Enumération des fourneaux & des forges en Suède, 3 17
- Argent natif y trouvé en 1726 &c. ibid.
- §. IL Des forges, de leurs foyers, &e. 322
- ConfiruBion d'un foyer deforge.. 327
- De la thuyere, Éfr.. 327
- De la première cuiffon de la fonte„ \ 33 3
- De la fécondé cuiffon ou liquation du fer. 337
- De l'emploi du charbon dans les foyers de forges, ffc.. 342
- De la fortie des Jcories d'un foyer de forge , &c. 346“
- Signe de la liquation du fer dans un foyer de forge, 3 ?0
- De la dffe&ion de la grande ma/je chaude fous le marteau. 3)1
- Maniéré de mettre en barres les morceaux' coupés. 3)3
- De la maniéré de durcir les groffes enclumes. 3)%
- Du mouvement plus vif ou plus lent. du gros marteau. 360
- Obfervations générales fur le fer purifié ffj battu en barres. 361
- §. III. De la mine de marais y &c. > 363
- Delà maniéré de griller ou calciner la mine de marais. 3^8
- - De la maniéré de conflruire le fourneau de fufion. 37°
- : Delà maniéré de fondre la mine de marais. 37%
- De la maniéré de faire de l'acier avec cette efipece de fer. 374
- §. IV. De la mine fluviatile en Suède, &c. 37S
- De la mine de fer des lacs. 37&
- De la maniéré de calciner la mine des. lacs.. 37 ^
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- *43 . .'[T,A B . L EC .... G
- • „ De la manière de fendre la mine des-Lacs. ; !G •« . 'page 379
- §. V. Du fer qu'en Suède on appelle ofmund, de fa préparation, ibid.
- Ancienne méthode de cuire ce fer.... ibid.
- Nouvelle méthode de cuire le fer ofmund. 380
- Conjlrit&ion d'un foyer pour la cuijfon du fer ofmund , &c. 381
- C Enumération des infirumms mcefjaires à cette mine. 383
- Méthode encore plus nouvelle de cuire ce fer , enufage aujourd’hui, ibid. §. VI. De la maniéré de griller, &c. -G 38Ç
- Maniéré de calciner la mine de Dânmorie. \ 3§6
- De la maniéré défaire le fourneau, &c. . . ! . : 3^7
- Du foyer, du vent, & de la thuyere. . „ • • 388
- De la cuijfon & de lafufion de cette mine. 389
- Du fer crud de Rofla^ie <i’Oré.gruud. 392
- §. VII. Des forges de Roslagie , &c. , . .• . . ... 393
- De'la cheminée de la forge. , c . . ,1/ 394
- D’un foyer de forge qu'on appelle de liquation. v' I ibid.
- De la thuyere. ' ’. . . . s . v.-. 39V
- De la maniéré de liquéfier & de cuire le fer crud. ... ibid.
- Du fécond foyer , que l'on appelle foyer extenfeur. 399
- §. VIII. De la manière de fondre lamine de fer en France. 404
- Du fourneau de GiodovLvrQjdans le Berry. . . .._ 406
- D'un fourneau à fondre la m'me de fer dans le Dauphiné. > ibid. De quelques fourneaux établis en brame pour y couler les canons. 408 Maniéré de recuire le fer crud , fifjc. 409
- D'un nouveau petit fourneau proche de Bayonne. 410
- §. IX. Fourneaux des environs de Liege. ibid.
- §. X. Maniéré de traiter la mine de fer en Italie , &c. 4 r r
- Maniers d'étendre h Brefce le fer crud fous le marteau. *. . 413
- De quelques autres foyers dl Italie. 414
- De quelques autres forges. 1 - 4^
- §. XL De lamine de fer & des forges, aux environs de Leffo ,:&c. ibid. §. XII. De la maniéré de fondre la mine, &c. . 415
- Des fourneaux de fujion en Angleterre. 417
- Des fourneaux pour couler des canons , en Angleterre. •/, ,421 Des forges d'Angleterre. w. - jC* 422
- Nouvelle tentative faite en Angleterrè pour fondre la mine de fer,&c. 423 Maniéré de torréfier, est Angleterre , les charbons fin files ,.&c. 424
- §. XIII. De lajnaniere de fondre lamine de fer, &c. 42 f
- Maniéré de fondre lamine crue.. . i . ..v ’ .. .-.I .VI 42 5
- De la recuijfon du fer crud. ... .... ibid.
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- DES SECTIONS.
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- De la liquation immédiate de la mine , &c. page 437
- §. XIV. Des fourneaux & des forges de Ruffie & de Sibérie. ibid. 1§.XV. Des fourneaux de fujion , &c. de la Norvège. 432
- §. XVI. Maniéré de traiter la mine de fer en Siléfie. 433
- §. XVII. Delà maniéré de recuire la mine de fer en Saxe. 434
- Defcription d'un fourneau & d'une forge à Rothenthahl. 43 Ç
- Extenjion du fer fous le marteau en Saxe. 438
- §. XVIII. De la maniéré de cuire , &c. en Boheme. ibid.
- Des foyers employés en Boheme pour recuire le fer crud. 440
- §. XIX. De la maniéré de fondre Iq mine , à For dent erg, &c. 441
- En Stirie. 44Z
- Des hauts fourneaux de Carinthie, appelés floiT-ofen. 44 V
- §. XX. Maniéré particulière de travailler la mine de fer, &c. 417
- De la maniéré d'y purifier le fer crud. 4^0
- §. XXI. Maniéré de traiter la mine de fer, fuivant Agri co la. 451
- XXII. Effai de fondre la mine, &c. < 4^3
- Autre ejfai de fondre la mine deferavecdelaterrecombujlible. 4S7 §. XXIII. Maniéré défaire de l'acier dans les Indes, &c. 458
- §. XXIV. De la maniéré de convertir le fer crud en acier&c. 4S9
- Obfervations touchant la converfion du fer crud en acier. 4^ T
- D'une autre manufacture d'acier en Suede. 470
- Maniéré ordinaire, en Sue de , de fe procurer de l'air j &c; 471
- Maniéré de faire de l'acier , en Suede , &c. 47 Z
- Defcription plus exa&e de h maniéré de convertir le fer crud en acier, fuivant M. de Reaumur. 473
- Maniéré de convertir le fer crud en acier , a Satlzbourg. 47?
- Maniéré de convertir le fer crud en acier , dans la Carinthie , &c. 475
- Converfion immédiate de la mine.du fer en acier, dans la Stirie , &c. 477
- Maniéré de convertir le fer crud en acier, fuivant AGRICOLA. 478
- De la maniéré de convertir le fer crud en acier, fuivant VANOCCIO. 479 §. XXV. L'art d'adoucir & de purifier le fer&c. ibid.
- §. XXVI. Lffais & expériences fur l'adoucijfem eut, îfic. 480
- Maut re de blanchir l acier, &c. 481
- D=s fou dur es. 483
- Maniéré de garantir le fer de la rouille. ibid.
- §. XXVII. De la maniéré de fendre & couper le fer en baguettes,&c. 48 f A Liege. ibid.
- En Angleterre. 486
- En Suede. ibid.
- D'une machine à fendre le fer à Stiernfund , en Suede.
- Tome II.
- Mmmm
- 487
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- Seconde Classe. Des mines & pierres defer, page 488
- §. I. De Peffai des mines de fer par V aimant. ibid.
- §. IL De Pejjdi de la mine de fer dans le creufet. 490
- Autre méthode. 492
- Autres méthodes. ibid.
- §. III. De Peffai du fer & de fa mine, &c. f 493
- §. IV. De là maniéré d'éprouver & de connaître la qualité du fer criai & du fer forgé. 495
- Des indices qui, fuivant M. DE Reaumur , fe prennent a la caffure du fer pour juger de J a bonne ou mauvaife qualité. 498 §. VI. De la mine de fer, &c. ibid.
- Dam la Sdéjie , çj aux environs du Danube. S °2
- En Angleterre. S O3
- Eu Stiris. ibid.
- En franconie. <j 04^
- A Ilmenau fur la Sala. ibid.
- Dans le comté ^’Hohenftcin. ibid.
- Dans P archevêché de Treves. SOf
- Différentes autres efpeces de mines. ibid.
- Des fleurs de fer. s 07
- Du fer natif. ibid.
- Du mélangé du fer dans le minerai des autres métaux. 5 08
- Du fer qui fe trouve dans la terre en pou.fiere , le limon £5? P argile. 509
- Du fer qui fe trouve dans les animaux & les végétaux. ibid.
- Du renouvellement des mines de fer. 5 11
- §. VIL De P hématite & du fchijle. 51 2
- Troisième Classe. §. ï. De la limaille de fer ou d'acier. fis §. IL Safran apéritif de fer ou d'acier. 519
- §. III. Du fafran aflringent de fer ou d'acier. 522
- §. IV. De la maniéré de préparer le fafran de mars, &c. 524
- Comment on fait à Dylta en Suède, &c. 527
- Dans la Scanie, en Suède. 528
- A Gejer. 529
- §. V. Du fafran de mars vitriolé £5? fucré. ibid.
- .§• VI. Du fafran de mars fait avec l'antimoine. 530
- §. VIL Mars diaphorétique. 532
- §. VIII. Régule de fer ou d'acier 534
- Autrement. 537
- Autrement. ibid.
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- 643
- DES SECTIONS.
- Autrement. page f38
- Du régule étoilé. ibid.
- §. IX. De la teinture de mars apéritive. 539
- X. Teinture de mars de Ludovic. V43
- Teinture de mari avec des coings, cydoniata. ibid.
- §. XI. Teinture aflr ingénié de fer ou d'acier. ibid.
- Extrait de mars ajiringent. 54Ï
- § XII. Eau martiale femhhdde à l'eau acidulé, &c. 546
- §. XIII. Fleurs de fer ou d'acier. ' 548
- §. XIV. Huile de mars. 549
- §. XV. Du felde mars, ou du vitriol préparé avec le fer.' 550
- Remarques. f>4
- §. XVI. De l'hématite. Sublimation de l'hématite en fleurs. s S S
- Liqüeur Jiiptique d'hématite. 1 S <>6
- Teinture d'hématite. ibid.
- Magiflere d'hématite. SS7
- Efprit d'hématite & de fer. - ibid.
- Huile d hématite. 558
- Rédu&ion de l'hématite en quintejfence £*? en fel. SS9
- Ame de l'hématite. * ibid.
- Hématite brûlée. ibid.
- Pilules d hématite. ibid.
- §. XVII. Recueil de différentes obfervations touchant le fer. 160
- De la pefanteur fpéciflque du fer , £5? de /' augmentation de fon poids, ibid. Des dijfuliitions du fer dans les acides , &c.
- Differentes ffervefcences , couleurs, Çflc.
- Du mélange du fer avec les métaux & a vec Ie fotlfre,
- Recueil d'obfervations fur le fer.
- §. XVIII. De l élément & des parti eide s dufer, &c.
- Des eaux de Paflÿ.
- J-aux de Forges.
- Eaux de Vichi.
- Eaux de Carenfac.
- Eaux de Pougues.
- Eaux des bains D’Avignon. lontaine de Lauchftad.
- Eaux thermales de Carlsbad.
- Eaiix de Prudel, aux environs de Carlsbad.
- Acidulés chaudts aux environs de Prudel.
- , Eauxd'Egra.
- 5 62
- W
- 583
- *88
- 589
- 590
- 591 *92 ibid.
- 19 3 19<5 598 €00 ibid. ibid.
- M m m m ij
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- $44
- TABLE DES
- SECTIONS.
- Acidulés à Klein-Engfïinger. page for
- Fontaine de Tfchagun. ibid.
- Fontaine de Spa. . 602,
- Faux de Provins. ibid.
- Eaux minérales JTlmington. ' <503
- Bains de Pife. 604
- Aquæ Blanditlœ. Eaux. 606
- Faux dans le Modénois. , ibid.
- Fontaine de même qualité dans la Weftrogothie. 607
- Fontaine de Læli us. ibid.
- Des fontaines & bains J’Italie. N ibid.
- Des eaux de Stirie. 609
- Des fontaines ^Angleterre. 610
- Fontaine de Raderberg. . ibid.
- Conclufion. 6 n
- Explication des .planches des quatre premières festions fur les fers.
- Section I.
- Se & ion IL Section III.
- 612 617 619
- * *... F I N de la Table des Sedions.
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- ^V,'i
- A - R T
- DU CHARBONNIER,(O
- OU MANIERE
- DE FAIRE LE CHARBON IDE BOIS, (a)
- Par M. ! D u h a m £ l du Monceau.
- JLj A maniéré de faire le charbon de bois, eft allez finiple pour que l’art du charbonnier paraifle peu intéreflant. Peut-être en fera-t-il plus propre à faire voir qu’il n’y a aucune partie dè laphyfique & des arts, qui ne mérite d’être examinée , & qu’il nous manque encore bien des connaiûances utiles fur les chofes les plus communes (b).
- Ce que c eft que le charbon.
- Un morceau dé bois embrafé & alfez confumé pour que l’acHon du feu ait pénétré j u fqu’au centre, étant éteint, ou , comme l’on dit, étouffé,
- (i) Avant de pouffer plus loin la def-cription des différons arts qui s’occupent à préparer le fer, j’ai cru devoir donner ici l’art de faire le charbon de bois , fans lequel on ne faurait exécuter aucun de ces travaux. J’y ai joint des obfervations importantes , & qui fe rapportent directement à la fonte des mines , par M. Dan-genoost, capitaine en premier dans le corps royal d’artillerie , & un abrégé de ce que dit M. de Gensanne fur la fonte des mines avec le charbon de pierre. Je
- me flatte qu’on appercevra fans peine îa néceflité de placer ici tous ces détails.
- ( a ) L’ufage du charbon eft fort ancien, puifque Théophraste & Pline parlent de la maniéré de faire le meilleur charbon, & de l’ufage des charbons de différens bois.
- (i) je n’ai trouvé dans les portes-feuilles de AI. de Reaumur , que la planche & une explication un peu ample des fi. gures.
- Mm mm iij *
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- <?4 6 A R r% D U CHARBONNIER. 1
- parce qu’on a empêché la communication de l’air qui eft néceftaire pour entretenir le feu ; ce morceau de bois Fait une efpece de charbon , mais un charbon qui Le confume promptement, fans donner beaucoup de chaleur , parce que la matière inflammable a été en partie diftipée. Auiîi diftingue-t-on cette efpece de charbon, de celui qui eft bien conditionné: celui-ci s’appelle charbon, & l’autre de la braife {c).
- Quand , dans la cheminée d’un appartement, le bois eft allez confume pour ne plus fumer, on couvre ce qui refte avec line cloche de fer: la communication avec l’air étant fupptimée , le feu s’éteint, & on trouve-delà braife fous la cloche (2). Les boulangers font de même de la braife, en étouffant une portion du bois, qu’ils emploient pour chauffer leur four, avant qu’elle fait réduite en cendres. La façon de faire la braife , fe réduit donc à brûler le bois , jufqu’à ce que, 11e répandant prefque plus de fumée * il foit en partie confume j, alors on fupprime fubitement la communication de l’air qui eh nécelfaire pour alimenter le feu, foit en couvrant les parties etnbrafées avec une cloche de métal , comme nous venons de le' dire , foit en le renfermant dans des boites de tôle , qu’on nomme des étouf-foirs ; le feu s’éteint, & il relie, une fubftance noire, légère, poreufe,.
- ( c.) Le terme de braife s’emploie aufïi pour lignifier cette portion embrafée qui relie dansfâtre aptes que le bois eft brûlé. On met de ia braife clans les chaufferettes. Sur les ports de Paris, on appelle le charbon réduit en petits morceaux, de la braife, & dans ce fens l’on dit : le :liarbon de ce bateau défi pas bon , ce nefi prefque que de la braife. Effectivement, ce défaut peut venir de ce qu’il a été trop brûlé. Voyez ci-après, l’explication des termes de l’art, au mot brafe.
- (2) On peut aulTi éteindre la braife avec de l’eau. Elle n’en eft pas moins bonne , pourvu qu’on fâche y mettre la quantité d’eau convenable , ni trop ni trop peu. Il faut auffi avoir la précaution de remuer avec un harpon de fer les charbons que l’on veut éteindre, & les étendre enfuite en lits ou couches fort minces. Si l’on prenait foin de cette braife , on pourrait s’en fervir avec grand avantage pour éco-nomifer le bois. M. DE Justi fe plaint de ce qu’on la néglige fort en Allemagne. En plusieurs endroits de Suiffe , on en fait peu
- de cas , parce qu’elle eft mal faîte, & qu’on: s’en fert à des ufages auxquels elle ne convient point du tout. Lorfqu’on difpofe pour cet effet le foyer. & les uftenciles de cuiline, rien n’eft plus commode que cette braife : onpeut s’en fervir pour cuire des ragoûts, des rôtis, & toutes fortes de mets. Elle donne un degré de chaleur toujours uniformejeiie ne conimunique jamais le goût, de fumée , ni aucun autre mauvais goût. On n’a pas lieu de craindre que les chofes fe brûlent, & par - là même les ragoûts, exigent une attention moins foutenue. Elle ne donne aucunes vapeurs nuïfibles,. & l’épargne du bois ferait confidérable , fi l’on prenait l’habitude de s’en fervir-dans les cuifines. Alors les boulangers , les brafleurs & les autres profeffions qui confirment beaucoup de bois , s’appliqueraient à faire de bonne braife. Ils en feraient beaucoup plus, & ils la prépareraient mieux. Aujourd'hui ils n’y longent pas parce que perforine n’en acheté ; l’intérêt les rendrait attentifs & plus foigneux..
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- tres-aifee à embrafer , & qui fe confirme promptement ,;fans prefqtie former de flamme & fans produire une chaleur vive. Voilà qui donne une idée aifez exacte de cette efpece de charbon qu’on nomme de la braife (d). Oïl apperçoit que dans la façon de faire ce charbon il y a deux grands défauts: premièrement, on dépenfe beaucoup de bois pour obtenir peu de charbon : fecondement, ce charbon eft très-pauvre de parties inflammables, ce qui fait qu’il fe réduit promptement en cendres, fans produire beaucoup de chaleur. Nous ferons voir dans la fuite, par quelle induftrie les charbonniers remédient à ces inconvéniens ; mais avant d’entrer dans aucun détail fur l’art du charbonnier, il faut encore mieux établir la différence qu’il y a entre la braife & le charbon.
- De la différence qn’il y a entre le bon charbon la braife.
- Le bon charbon répand, en s’embrafant, une vapeur très-pernicieufc , & capable de futfoquer les animaux qui refpirent l’air qui en eft chargé. Les lumières s’éteignent , ou du moins brûlent difficilement', quand on les tient long-tems dans un air très-chargé de ces vapeurs. Cela n’arrive pas à la braife ; il s’en faut beaucoup que les vapeurs qu’elle répand, quand on l’allume, foient auffi pernicïeufes que celles du charbon: elle a cela de commun avec les charbons qui produifent peu de chaleur ; car ilsrépan-dent moins de ces vapeurs, que ceux qui chauffent beaucoup (je):
- La reftemblanee qu’il y a entré les vapeurs qui s’exlralent'du charbon & celles du foufre brûlant, ou des liqueurs qui fermentent, prouve aifez clairement qu’il y a une plus grande abondance de phlogiftique dans le charbon que dans la braife. Car ce ferait fans aucun fondement qu’on regarderait la chaleur de l’air où l’on allume du charbon, comme la caùfe qui éteint les lumières & qui fuffoque les animaux , puifqu’on fubfifte lorf-que la- chaleur de l’air fait monter le thermomètre de j\L. Reaumur à 30 degrés au - deflus de zéro: au lieu qu’on ferait fuffoqué fur le champ, dans un cabinet où le charbon qu’on y allumerait ne ferait monter le même thermomètre qu’à 12 ou 15 degrés. D’ailleurs, l’abondance du phlogiftique dans le charbon, eft prouvée par la régénération du Soufre, au moyen de l’acide vitriolique, par la'revivification des chaux métalliques, &c. Il
- ( d) Le prix de la braife eft ordinaire- vapeurs du charbon font connues, depuis ment à celui du charbon, comme ?^eft long-tems ; car il eft dit que le proconftil à 8 : à Paris, elle ne peut être vendue Julien , gouverneur des Gaulés , penfa qu’à la petite mefure. être fuffoque par.,la vapeur du charbon.
- (e) L«s propriétés mal - fefantes des
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- ART DU CHARBONNIER.
- 648
- faut donc conclure de ce que nous venons de dire, que le phlogiftique ou la matière inflammable exifte dans la braife, mais en beaucoup moindre, quantité que dans le charbon bien fait, où il eft probablement animé par un peu d’acide vitriolique (3). Si l’on remarque encore que la fumée du bois 11’eft pas fuff'oquante comme celle du charbon, quoiqu’elle excite une c union très - douloureûfe dans les yeux, 011 peut ateribuer cette diiïérence à ce que le phlogiftique qui s’échappe avec la fumée du bois embrafè , eft mêlé de beaucoup d’eau & d’huile groffiere qui en tempere l’a&ivité, au lieu que le phlogiftique du charbon 11’eft pas embarrafle d’une allez grande quantité de matière étrangère pour lui ôter fou activité ; & il n’eft pas douteux que la fumée du bois étoufferait à la longue , Ci elle avait Acquis une certaine denlité.
- Idée générale des changent en s qui arrivent au bois , quand on le ... cuit en charbon.
- 1 >
- Si l’on remplit une cornue de morceaux de bois, & qu’on conduife le feu par degrés pour l’entretenir long-tems très-violent , il pafte d'abord dans le récipient une liqueur phlegmatique : cette liqueur jaunit peu à peu , parce qu’elle devient d’autant plus chargée d’huile empyreumatique, qu’on avance plus dans la diftiilation ; il s’élève quelques portions de Tel s une huile fétide & épaijfe paife en fuite dans le récipient j & enfin le bois étant privé de tout ce qu’il peut fournir, il ne fort prefque plus rien de la, cornue. „
- Si l’on rompt la cornue pendant qu’elle eft encore toute rouge , on trouve au dedansrune braife ardente qui fe confurne à l’inftant ,• mais (i on laiife refroidir la cornue fans la rompre, on trouve, au lieu dubois qu’on y avait mis , des charbons qu’on peut allumer pour en faire du feu , ainft qu’avec les charbons ordinaires. Que s’eft-il paflé dans cette opération? D’abord prefque toute l’humidité du bois s’eft diftipée. Il s’eft auîli élevé , à l’aide d’un feu plus violent & avec un refte d’humidité ,
- (Q C’eft une préemption très-hafardée, que l’exiftence de cet acide vitriolique , dont l’auteur fe fert ici & en plufieurs autres endroits, pour expliquer divers phénomènes relatifs aux charbons. On ne voit pas même comment on peut concilier cela avec les vrais principes de h chymie. Il eft vraijque le bois renferme quelque chofe d’acide; mais c’eft un acide végétal très-different de l’acideyittiolique , dont on ne
- peut, fans impropriété, lui donner le nom. Cet acide végétal ne demeure point dans le charbon ; il s’évapore, il change de nature , avant que le bois fort réduit en charbon. Si la moindre partie d’acide vitriolique fe trouvait dans le charbon , il y a tant de moyens chymiques de le découvrir , qu’il n’aurait pas échappé aux recherches des gens de l’art.
- uni
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- ART DU CHARBONNIER.
- 649
- une portion de l’huile contenue dans le bois. Je dis que cette portion d’huile a paflé à l’aide de l’humidité & de l’aétion du feu , parce que quand l’humidité ell entièrement diiïîpée, le feu le plus violent ne peut détacher le phlogiftique ou la maticre inflammable du charbon, puifqu’il en refte dans le charbon , quelque violent qu’ait été le feu , pourvu que les vaifleaux foient bien clos. Cela ell fi vrai, que fi l’on met dans une cornue du charbon bien cuit, le feu le plus violent 11e pourra en enlever qu’une petite quantité de phlegme légèrement^chargé de l’huile empyreumatique : peut-être même n’obtiendrait-on rien du tout, fi le charbon était bien fec & nouvellement tiré du fourneau.
- Pour que ces expériences réufiilfent, il eft important de les faire dans des vaifleaux bien fermés,* car le contact de l’air ferait dilfiper le phlogiftique, & le charbon confumé ne lai/ferait que de la cendre. La même chofe arrive dans les métaux imparfaits , qui ne peuvent fe réduire par eux-mêmes en chaux dans les vaiiTeaux clos , mais qui s’y réduifent lorfqu’on les calcine dans dès vaiiTeaux ouverts.
- L’huile quia paifé par la diftillation avec le phlegme, contient certainement beaucoup de matière inflammable , & le charbon en ferait plus ardent, s’il avait été pofîîble de la lui conferver. On prouve que l'huile empyreumatique contient de la matière inflammable , non - feulement parce que cette huile deiféchée brûle, mais encore parce qu’avec elle on peut produire une matière charbonneufe qui fait détonner le nitre ; & enfin, parce qu’avec cette matière deiféchée , on peut régénérer les chaux métalliques. Joignons à cela, que la fuie de bois, qui contient certainement beaucoup de cette huile, s’enflamme & brûle allez long tems.
- Je foupçonne que dans les vaiiTeaux cios , oû il ne peut pas y avoir un renouvellement d’air , les fuliginofités chargées de matière inflammable, étant réverbérées fur le bois que le feu décompofe , elles le pénètrent intimement , & elles en changent la nature, comme nous allons le prouver.
- On ne peut pas douter que, dans la diftillation du bois dans une cornue, il ne s’élève un peu de fel : il en fort aufli des grands fourneaux à charbon , dont nous parlerons dans la fuite ; car on apperçoit , aux iiTues par lef-quelles la fumée s’échappe, une matière jaunâtre , qui a une forme vermi-culaire : elle 11e s’enflamme point; mais mife fur la langue , on y trouve un goût piquant : c’eft donc une matière faline.
- De la différence qu'il y a entre le bois le charbon•
- Les bois, de quelque efpeee qu’ils foient, perdent leur couleur lovfqu’ils font convertis en charbon; tous tirent plus ou moins fur le noir, ce qui Tome IL Nnn n
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- peut venir en partie de leur grande porofité , qui fait qu’ils réfléchiifent peu de lumière. Mais ce noir eft quelquefois terne & obfcur ; c’eft la couleur de la braife & des charbons trop confumés. D’autres charbons font d’un noir violet & comme cuivré ces efpeces de charbons font produits par les bois durs bien cuits. Les bois blancs & les bois réfineux donnent du charbon d’un noir pâle, tirant quelquefois fur le jaune, & d’autres paraiifent verdâtres. Comme ces couleurs font plus fenfibles à la furfnce que dans l’intérieur des charbons , on pourrait en quelque maniéré les comparer à un vernis huileux, qui ferait deiféché à la fuperficie du charbon ; mais je laiffe aux phyficieus à rechercher plus particuliérement la caufe de fes différentes couleurs.
- Le bois fe fend fuivant la direction de fes fibres , parce qu’elles éprouvent moins de difficulté à fe féparer les unes des autres , qu’à fe rompre : le charbon fe rompt à peu près avec autant de facilité , de travers que fuivant la direction des fibres ligneufes , parce que dans fa cuiffon il eft devenu en quelque forte un corps homogène. On parviendra à donner aux fibres ligneufes une décompofition à peu près pareille, en fefant bouillir un morceau de bois dans de l’huile ; ce fluide gras diftout la matière grade dubois; la chaleur de l’huile bouillante fait évaporer toute l’humidité, & après cette exficcation le morceau de bois n’éprouvera guere plus de difficulté à fe rompre qu’à fe fendre ; ainfi il aura, à cet égard, acquis quelque chofe de la nature du charbon.
- Le bon charbon eft plus fonore que le bois , parce qu’ileft beaucoup plus deiféché ; car on remarque que les bois deviennent d’autant plus fonores qu’ils font plus fecs ; & fi l’on met tremper-dans l’eau un morceau de charbon , il n’eft plus fonore : les fumerons , qui ne font pas aflfez cuits pour faire de bon charbon , ne rendent prefque pas de fon. La raifon de cette différence eft facile à appercevoir; cardans lp bois les fibres ligneufes font féparées par des parties d’eau , au lieu que dans le charbon , les parties fondes n’ont entr’elles que de l’air. L’air tranfmct le fon, & l’eau l’abforbe (4). Quelle différence, par exemple, ne remarque-t-on pas entre le fon d’un 'infiniment qui refte dans l'air iibre , ou de celui qu’on plongerait dans l’eau ? Mais de plus, la fubftance du bois a éprouvé dans la cuiflon un changement confidérable , & elle a acquis une dureté qu’elle n’avait point auparavant , puifque le charbon mord fur les métaux ($) : elle fe préfente dans
- (4) L’eau offre à l’air agité qui propage plus mob , tels que le plomb ou l’étain? le fon , un milieu plus denfe, qui réfifte da- On fait que le bois produirait le même vantage. effet. Entend-il peut-être que l’on peut
- (;) L’auteur voudrait-il dire qu'un char- polir les métaux avec la poufiiere de charbon bien dur pénétré dans les métaux bon ? On peut en faire autant avec la craie
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- le charbon fous l’apparence d’un vernis très-defféché ; & fes parties rigides font propres à produire le fon.
- Le bois , en brûlant , répand beaucoup de fumée, fur-tout quand il eft humide ; & qvuand il elt bien fec , il produit une grande flamme. Le charbon bien cuit & bien fec ne fume prefque pas; il s’en échappe feulement cette vapeur pernicieufe dont nous avons parlé plus haut. Au lieu des grandes flammes blanches qui s’élèvent du bois, on n’appercoit fur un brader de charbon qu’un petite flamme bleue ou violette, qui même carac-térife le charbon bien fait,-ce qui vient de ce qu’il a perdu , non-feulement la plus grande partie de l’humidité que contenait le bois, mais aulfi fon huile la plus groiîîere. Le charbon jette donc peu de flamme; mais il peut être pénétré plus vite par le feu qui s’y eft; ouvert des paflages de toutes parts, en chaflnnt l’humidité qui, comme l’on fait, fait un obftacle à la propagation du feu ; & delà vient que le feu de bois eft, à quelques égards , moins ardent que celui du charbon , parce que l’aétion des parties ignées eft: tempérée par les vapeurs humides qui s’en échappent.
- Le bois fe pourrit en terre & fe réduit en terreau ,• mais le charbon eft une matière incorruptible, qui refte en terre des fiecles entiers fans fe décompofer. Beaucoup d’infectes fe nourrirent du bois ; je n’en connais aucun qui attaque le charbon (/).
- & d’autres corps qui ne font rien moins „ très ; elle a une forte odeur de foie de~ que durs. Enfin , fi l’on a voulu parler de „ foufre ; & fi l’on en fait ia leflive , qu’on l’impreflion que fait le charbon fur les „ la précipite avec un acide & qu’on la métaux en fufian, on ne voit pas com- „ filtre, on a une poudre grife, laquelle ment on a pu en conclure avec juiteiTe que „ mife fur les charbons embrafés, brûle , les charbons font durs. Divers fels pro- „ dorme une flamme bleue , & répand une duifent le même effet. & l’on ne peut pas „ 'forte odeur d’acide fulfureux volatil ; dire qu’ils font durs. En general ,1a dureté „ en un mot, c’elt du vrai foufre. Cette ne peuc pas être attribuée au charbon. „ expérience m’a réulfi avec toutes fortes ( f) 11 n’eft point ici queftion de la dé- „ de charbons, avec cette différence qu’il y compolition qu’on peut faire du charbon „ a des bois qui en donnent plus les uns par les opérations de chymie ; néanmoins „ que les autres, & ce font ceux'qui con-ce que je viens de dire fur l’incorruptibilité tiennent plus d’acide vitriolique, comme ' du.charbon, a engagé M. le comte de Lau- „ celui de chêne,
- KAGvüAiS à me, fournir la note fui van te ; « Lorfque j’ai fait cette expérience, je
- c’eft lui qui parle: „ croyais être le premier; mais Stahl
- u Tout charbon de bois mis en poudre „ l’avait faite avant moi, &c.
- „ & projette fur un fel alkali fixe, très- Quoi qu’il en foit de cette note de M. 3J pur & fondu dans un crcufet embrafé , Je comte de Laukagüais , l’incorrupti-„ s’y diflout avec une efiérvefcence allez bilité du charbon était, connue du tems de „ vive. La mafle refroidie &caflee eft par- Vitruve qui en parle: il dit qu’an met-fcniée d’une infinité de points rougeà- tait alors du charbon fous les pierres qu’ea.
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- En réfléchUfant fur ce parallèle, il femble que dans la cuilfon du bois pour le convertir en charbon , il fe diilîpe beaucoup d’humidité & une portion huileufe très-inflammable, mais intimement mêlée avec du phleg-me ; £ peut-être que ce phlegme , qui fe réduit en vapeurs , augmente l’acftivité du feu, & contribue à divifer les parties les plus intimes du bois. D’un autre côté, il paraît que, quand on forme un obftacle à la diffipation de la matière inflammable , elle fe réverbere fur la partie ter-reufe du bois; elle met en fufion une huile plus fixe, & elle en fait comme une efpece de bitume qui produit les différences elfentielles qu’on remarque entre le charbon & le bois.
- On fait une efpece de charbon avec le charbon foifile, en enflammant cette fubftance dans des fourneaux, & en l’éteignant dans de l’eau: par l’inflammation on diffipe une maticre fulfureule qui rend une mauvaife odeur,- c’eft pourquoi on l’appelle du charbon défulfuré, & on cuit le bitume qui abonde dans ce foffile(6). Quoique ce charbon différé beaucoup de celui du bois , il s’en rapproche à quelques égards, puifqu’il devient plus aifé à allumer, & qu’il répand beaucoup moins de fumée} de plus, il devient un peu fonore , & fes parties prennent un œil brillant, différent de ce qu’elles étaient lorfque le charbon de terre était crud, ce qui fait appercevoir que le bitume s’eft fondu, comme nous foupqonnons que cela arrive au charbon de bois.
- On voit par ce qui vient d’être dit, que le charbon de bois peut mériter l’attention des phyficiens; mais de plus , cette fubftance eft intérêt fante pour la fociété : car le charbon fourniffant l’aliment du feu ,011 le brûle dans les cuifines ; & dans quantité d’arts on ne peut s’en pafler, puifque, indépendamment des ufages qu’on en fait dans les maifons , il eft d’une abfolne néceffité pour l’exploitation des mines. Il eft bon d’être prévenu à cet égard, que non-feulement le charbon eft néceflaire pour fondre fa mine de fer, mais même que les différentes efpeces de charbon influent beaucoup fur la qualité du ferj on prétend que certains charbons de bois
- plaçait juridiquement pour borner les héritages. Car, s’il arrivait quelque contefta-tion , on levait la pierre , & l’exiftence du charbon marquait qu’elle avait été placée pour fervir de borne , & non pas par hafard.
- (6) Il ne peut jamais y avoir dans le charbon de pierre beaucoup de cette fubftance huileufe ou bitumineufe. Lorfqu’on brûle du charbon de pierre , c’eft parce qu'il contient réellement beaucoup de
- foufre ; fouvent on l’y découvre à l’oeil. Comme on ne pourrait pas s’en fervir dans une maifon, fans la remplir d’une odeur forte , très - défagréable & encore plus dangereufe, on prend le parti de le purifier. Si l’on y procédé comme il faut, l’odeur fe diflîpe entièrement, fans que le charbon perde rien de fa qualité , parce que le foufre y eft abfolument inutile au but qu’on fe propofe,
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- rendent le fer doux , pendant que d’autres l’aigriflent. Mais d’où peut venir cette différence? Quels font les charbons les plus propres à faire du fer doux ? N’y a-t-il point de choix à faire dans l’efpece de bois dont on fait le charbon , dans le tems où on coupe les arbres , dans l’âge des arbres ? Toutes ces queftions font intéreflântcs. On fait, à n’en pouvoir douter, que le charbon de bois eft très-propre à fondre les mines, & qu’on ne peut pas ufer de charbon de terre pour cet ufage, à moins qu’on ne fâche empêcher le foufre du charbon foliile d’attaquer le métal ; au lieu que le phlogiffique du charbon de bois fert à l’adoucir, & à revivifier celui qui ferait réduit en chaux: au contraire, quand il s’agit de forger de groifes malfes de fer, par exemple des ancres , il faut avoir recours au charbon de terre , qui produit plus de chaleur (7). Toutes ces obferva-tions nous préfentent autant de queffions de phyfique qui ne font pas aifées à éclaircir. Lorfque i’occafion s’en préfentera , nous jetterons fur ces difficultés le plus de lumière qu’il nous fera poffible; nous hafarderons même quelques conje&ures, bien perfuadés que nos efforts engageront les phyfi-ciens à porter leur attention fur des objets qui en font bien dignes. Pour le prouver , nous allons donner une idée générale de la confommation énorme qui fe fait du charbon de bois.
- La quantié de bateaux remplis de charbon, qui arrivent journellement à Paris (g), eff; une preuve fuffifante qu’il fe fait dans les villes confidérables une grande confommation de cette matière > mais qu’efl-ce que cette con-fommation , en comparaifon de celle qui fe fait dans les fourneaux des forges ? Il n’y a perforine qui ne foit étonné des grands approvifionnemens qu’011 en fait fous de vaftes hangars , où on le tient à l’abri des injures de l’air: mais ce premier coup-d’œil ne fuffit pas pour faire nppercevoir jufqu’où va cette confommation ; fl eff: bon cependant qu’elle foit connue au moins de ceux qui, après avoir fait la découverte d’une mine, feraient tentés de réxploiter, afin qu’ils puilfent calculer 11 les bois de leur voifi-
- (7) Ceci refferable fort à un préjugé. L’auteur témoigne lui-même un peu plus bas, qu’il ne compte pas beaucoup fur cette opinion. Si les fourneaux font bien conftruits , fi toutes les autres mefures ont été bien prifes , on peut, avec le charbon de bois , mettre en fufion une mafle de fer de plufieurs quintaux. Pourquoi ne ferait-il pas poffible de le faire rougir alîez , pour qu’on en puifle forger des ancres?
- (g) 11 arrive à Paris du charbon par char-rois, des boqueteaux voifins de Crecy-en-
- Brie , des bois de Tournan , d’Ozoy-Ia-Feiiere, de Montent- Lamaury, &c. lî en vient par eau du Morvant, du Ni-vernois, de'.la Bourgogne, qu’on charge à Auxerre, à Joigny, à Sens , à Ville-neuve - le - Roi. On en, fait palfer par les canaux de Briare & d’Orléans. Il en arrive par l’Oife , qui vient de Chauny, de Compiegne , de Conflans - Sainte - Honorine ; par la Marne, qui entre dans ta Seine à Conflans-1’Archevêque.
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- nage fuffiraient pour leur entreprise.
- Un fourneau confume'.chaque jour environ huit mefures de charboa appellées bannes : il faut.quatre cordes de bois pour faire une banne de charbon ; ainfi un feul fourneau brûle chaque jour la valeur de trente-deux cordes de bois; & fur ce pied , un fourneau confume par an 11680 cordes de bois. Or, un arpent de taillis en coupe de vingt ans, ne donne à chaque ooupe qu’environ trente-Gx cordes de bois ( û)*
- Quoique cet expofé de la dépenfe qu’occaGonne un fourneau de forge ne foit que le réfultat de calculs qui ne peuvent fournir que des à-peu-près, je les regarde néanmoins comme fuffilans pour guider dans la plupart des entreprifes, & pour faire appercevoir bien fenfiblement l’importance des recherches qu’on peut faire fur cette matière.
- Des différentes efpeces de bois qu'on emploie pour faire le-charbon.
- On peut faire du charbon avec toutes fortes de bois ; mais une des premières conditions eft, de n’employer que du bois dont l’efpece foit très-commune: car, comme on vient de le voir, la confommation en étant très-conGdérable, le prix doit en être modique, puifque le bois diminue pref-que des trois quarts de fon volume en fe convertidant en charbon.
- La qualité du charbon varie fuivancj’efpece de bois qu’on brûle. On fait avec les bois durs, du,charbon qui donne beaucoup de chaleur (/'). C’eft ce qui fait que dans certaines occaGons on donne la préférence au charbon d’épine & à celui de chêne (8): le charbon de hêtre & celui de charme viennent enfuite; mais les charbons de bois durs font fujets à beaucoup pétiller; ce qui, dans certains cas, peut produire des inconvéniens.
- Les charbons de bois tendre , comme le bouleau , le tremble , le peuplier, le tilleul , le pin , n’out pas ce défaut ; & s’ils ne font pas autant de chaleur que les autres, on prétend qu’ils procurent ( & particuliérement celui de pin) plus de douceur aux métaux ,peut-être parce qu’ils contiennent moins
- (h) M. Robert, maître de forge en tr'autres le chêne & l’arboufier; il veut qu’ils Angoumois ,‘n’héfite' pas de dire qu’une fuient jeunes , droits, unis; & il dit que forge confume plus de bois qu’il n’en faut les bois qui ont cru en terrem.feç &,expo-pour chauffer deux petites villes. Ce qui fés au foleil , font meilleurs que les autres, eit dit fur h confommation d’un fourneau, (8) il femble qu’à tous égards, & pour m’a été fourni par un bon maître de forge ; toute forte d’ufages , le charbon de hêtre néanmoins j’ai peine à me perfuader qu’il mérite d’être préféré. I! eft fort équivoque n’ait pas exagère la confommation du bois. qu’il fourniffe moins de charbon. S’il a été
- (i) Théophraste donne la préférence bien cuit, il n’eft point fujet à pétiller ni aux bois durs & compactes, indiquant en- à aucun autre inconvénient.
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- d’acide vitriolique (/t). On veut suffi que le charbon de bois blanc foit préférable aux autres pour faire de la poudre à canon : ce fentiment eft généralement adopté dans l’artillerie, & l’ordonnance veut qu’on n’emploie, pour la poudre à canon , que du charbon de bourdaine (/). On m’a afluré que les Anglais emploient, pour la poudre a canon , du charbon fait avec les jeunes branches de faule. Le charbon de bois blanc eft fort doux & d'une dureté uniforme, ce qui fait qu’on l’emploie à polir les métaux , & à faire des crayons pour les delîinateurs ; mais pour ce petit ufage, le charbon de fufain mérite la préférence» La poudre de ces charbons tendres fert aux brodeurs & aux tapifîiers, à tranfporter leurs deifeins fur les étoffes, au moyen d’un papier piqué fuivant les contours du deflein, ce qu’on appelle poncei\
- De Page que doivent avoir les arbres qtion abat pour en faire du
- charbon.
- Comme il faut que l’aélion du feu pénétré jurqu’au centre des morceaux de bois qu’on cuit en charbon , il y aurait de l’inconvénient à employer pour cet ufage de trop gros bois; la fuperficie en ferait confumée avant que le centre des bûches fut réduit en charbon. Quand il arrive donc que les bûches font trop grolfes, on les fend , & on les réduit en cotrets ; mais outre qu’on eftime mieux le charbon de jeune bois & de rondin , ce travail ne lailfe pas d’ètre pénible , & d’occafionner une dépenfe qu’il faut éviter , pour une marchandife d’une auffi grande confommation que le charbon, & dont on ne peut porter le prix fort haut ; d’ailleurs, le gros bois à brûler étant plus cher que le menu , on trouve plus de profit à n’employer que ce dernier pour faire du charbon. Enfin le bois trop vieux , & qui tomberait en pourriture, 11e ferait que de mauvais charbon, dangereux pour le feu , comme nous le dirons dans la fuite : voilà bien des raifons pour deftiner à faire du charbon les taillis de i8 à 20 ans , qui fournif-feivt des rondins de 6 à 12 pouces de circonférence, plutôt cjue des branchages, qui ayant prefque toujours le défaut d’ètre tortus , occafionnent des vuides dans l’intérieur du fourneau, qui empêchent les charbonniers de bien conduire leur feu. Au refte , dans les pays de forges , on convertit en
- (*) TiîÊophrâSTE die que les char- lui des bois réfineux convientaux orfe-bons de différens bois ont des avantages vres, &c.
- particuliers ; que celui qui eft fait avec le (/) M. le chevalier d’Arcy penfe que bois de noyer , rend le fer doux,- que ce- le charbon de bois dur, même de gayac, eft
- auffi bon que celui de bois blanc.
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- charbon prefque tous les taillis; mais dans les forêts qu’on exploite en bois de charpente & eu bois à brûler, on deltine a faire le charbon tous les bois de branchage, & les mauvais taillis qui ne fonc point propres à fournir du bois de corde ,• ou bien dans les bons taillis on fait, aux dépens des fagots , de la corde menue pour convertir en charbon ; ce qui fait que dans une forêt où la bonne corde coûte Iz livres , la corde pour le charbon ne fe vend que 7 à 8 livres.
- De P exploitation des bois pour faire du charbon.
- On abat le bois deftiné à faire du charbon, dans la même faifon que tous les autres bois , c’eft-a-dire, depuis celle où les feuilles tombent, juf-qu’au mois d’avril où la feve s’élève dans les arbres. 11 y a quelques per-fonnes qui penfcntque le bois abattu l’hiver, étant moins chargé de feve, ie deifeche plus promptement: mais c’ell une erreur; car les pores du bois étant très-ouverts l’été, & la feve en mouvement, la dillipation de l’humidité fêtait très-promptement j c’eft un fait dont je me fuis alluré par nombre d’expériences. Cependant l’ordonnance-a agi très-fagernent, en pref-crivant qu’on abattrait les bois l’hiver , parce que la Touche en foufre moins, & qu’en abattant un bois lorfqu’it poulie, on perd immanquablement un bourgeon. Au relie, je n’ai point fait d’expériences qui me mettent en état de décider fi la circonllance d’abattre les bois en différentes faifons , influe fur la qualité du charbon.
- Le bois n’elt pas propre à faire du charbon quand il eli trop humide, & quand il contient toute fa feve ; parce qu’il jette alors une fumée humide, qui dérange les terres dont-ou couvre le fourneau. Comme ce bois brûle difficilement, on a peine à communiquer également le feu dans tomes les parties du fourneau, & les meilleurs charbonniers ne peuvent empêcher qu’il ne relie beaucoup de.fumerons. Quand on cuit le bois trop verd,on perd un quart de fou charbon (ni). D’un autre côté , le bois trop fec ferait fujet à d’autrrs inconvéniens : comme le feu fe porterait rapidement dans les différentes parties du-fourneau , il y aurait beaucoup de déchet, & le charbon approcherait de l’état de la braife : l’ufage le plus ordinaire eft donc de îaiffer ie bois un an dans la vente, on dans l'ourdou (n) avant de
- (/«) Néanmoins Pline recommande que le bois qu’on veut convertir en charbon , foit jeune & verd.
- ( n ) Depuis qu’on a commencé à travailler dans un taillis , foit à le couper , foit à convertir le bois en charbon, il eft nommé un ourdou. Les abatteurs & les charbon-
- niers fe fervent également de ce terme: les uns & les autres difent qu'ils vont travailler à leur ourdon ; que leur ourdon ejl en tel état. Dans d’autres provinces, ou fe fert du terme de vente, & l’on dit : telle vente nçj} propre qu'à faire du charbon , &c.
- le
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- le brûler. La plus grande partie du «charbon deftiné pour les fourneaux, fe fait dans les mois de fe.ptembre & octobre ; mais pour les particuliers, ou commence dès le mois de juillet. Néanmoins quatre mois d’été fuffîlènt • pour delTécher alfez le menu bois; il en faut au moins cinq pour defle-cher les bûches refendues : H ce font des mois d’hiver , il faut fîx femaines ou deux mois de plus.
- Les bûcherons coupent à deux ou deux pieds & demi de longueur le bois deftiné à faire le charbon pour les forges , & à deux pieds & demi ou trois pieds pour Pufage ordinaire Qfig. if), entre les deux coupes (n); c’eft-à-dire„ que la partie cylindrique de chaque morceau de bois a 2 pieds ou 2 pieds & demi, & fuivant la groifeur du morceau de bois, les bouts forment un onglet B, ou une entaille ( e.n terme d’ouvriers , une gueule A ) : il ferait mieux que les deux bouts fe terminaflent par des onglets. Chaque coupe a environ 3 pouces de longueur; ainfî chaque morceau de bois de deux pieds peut être regardé comme ayant 27 pouces de longueur cylindrique , & ceux de trois pieds à proportion.
- A mefure que le bûcheron coupe le bois avec la coignée s’il eft gros, .ou avec le volin s’il eft menu , toujours fuivant les longueurs ci - dellus marquées, il le jette à fes côtés , & il en forme un tas dilpofé en dos d’âne ( Jtg, 10). Quand le bois eft allez gros pour qu’on le coupe avec la coignée , le manche de cet outil fert de mefure ; mais quand on coupe le bois menu avec la ferpe ou le volin , les bûcherons n’emploient aucune mefure; & néanmoins quand ils veulent ne pas faire de fraude, ils le coupent fort jufte à la longueur qu’on leur preferit. Il faut leur recommander de couper les branches bien près du bois de corde, pour qu’il 11e refte point d’ergots qui empêcheraient de bien arranger le bois en formant le fourneau.
- On fait qu’après que le bois a été ainfî débité , on le difpofe en cordes, ou , ce,qui eft la même choie , on en forme des tas ou de petites piles -auffi larges fpar en-haut que par en-bas ; en un mot, des piles de figures .paraîlélipipédiques , en couchant les bâtons les uns fur les autres. La longueur de chaque corde doit être de.8 pieds , fa hauteur de 4 tpieds , & fa largeur .eft fixée par la longueur-des morceaux de bois, qui eft de 2 0113 pieds., non compris la coupe ; ainfî une corde de bois forme un paralléli-qfipede qui contient 64 ou 96 pieds cubes, & la coupe , en onglet ou en ;gueule, peut faire 8 pieds cubes.
- Avant de former la corde , on enfonce perpendiculairement en terre deux pieux y y (.fig. 11 ) éloignés l’un de fautre de 8 pieds : leur diftance
- (0) Voyez au vocabulaire le mot corde.
- Tome il.
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- marque la longueur de la corde î ils doivent avoir plus de 4 pieds au-defFu$ de la furface du terre-in. On remplit de morceaux de bois , couchés les uns fur les autres, Pefpacc qui eft entre les deux pieux qui forment les deux bouts de la corde. Dans quelques forêts on alfujettit les pieux perpendiculaires avec des morceaux de bois' fourchus qui forment des avcboutans. (jîg. il..}; &. dans d’autres on alfujettit ces pieux avec une ou deux rames, c’eft-à-dire, avec des branches garnies de rameaux déliés, qu’on entortille autour de ces pieux, & dont on engage les bouts entre les morceaux de bois, qui forment la corde.
- Quand on a arrangé fuffifamment de b’ois entre les deux pieux extrêmes pour qu’il y en ait 4 pieds d’epailTeur , on dit que cette corde eft levée, '&/que dans un tel ourdou ou une telle vente , il y a » par exemple , loa-ou' 2CO cordes levées.
- Comme les marchands de bois en paient la façon à la corde , ris ont intérêt d’examiner fi toutes les cordes ont leurs dimenfions ; ils les mefurent donc les unes après les autres , ayant attention que les cordes qui ont été faites avec du bois verd , & qu’on ne mefure que long-tems après , diminuent néeelfairement d’épaiffeur, parce que le bois fe reiferre , fur-tout dans, le fens de fa grolTeur ; & pour ne pas mefurer la même corde deux fois,, ils font couper un des pieux qui terminent la- longueur de la corde r le bois qui s’écroule de ce côté-là , marque que la corde a été mesurée. A fiez fou-vent ils. fe contentent de faire coucher fur le delfus de la corde quelques, bâtons qui croifent les autres zz ( fig. H )j, ils examinent encore fi la corde a été établie fur un terrein uni, & où il n’y ait pas defouches , enfin fi le bois eft bien arrangé.
- Choix-de la place pour faire les fourneaux a charbon..
- Les charbonniers appellent place a charbon, fojje a charbon , ou faulâe îe lieu où ils affeyent leurs fourneaux. Ils nomment fourneau la pile de-bois, arrangée comme elle doit l’être pour en faire du charbon. Quand la pile n’eft que commencée , ce n’eft pas un fourneau , c’eft une allumelle : cuire le charbon , c’efi: brûler le bois au point où il doit l’être pour en faire du; charbon : il eft bon d’être inftruit de la lignification de ces différens termes.
- . Comme les ouvriers cherchent à s’épargner du travail , ils effaient de placer leur faulde àportée des cordes, pour faciliter le tranfport du bois* ils choifilîent aufii un endroit un peu élevé , afin que, s’il venait à pleuvoir,. Peau ne fe rendît pas fous le fourneau. Ils diminuent encore leur travail,, quand ils peuvent trouver des places unies, ou bien des endroits où l’on ait déjà cuit du. charbon. Enfin , pour que la place foie propre à faire ( comme
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- A R.T nu, CHARBONNIER. Sj9
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- iîs difent ) un bon ciùfiage , il faut que le terrein ne foie ni pierreux , ni fableux. On verra par la fuite , que ces circonftances font importantes pour bien former la couverture du fourneau : toutes ces attentions regardent les charbonniers. Mais comme ces travaux ont fouvent occafionné des incendies, & que d’ailleurs il faut ménager les taillis, l’ordonnance veut que les places où l’on doit cuire le charbon , foient marquées par les officiers des eaux & forêts , qui doivent choilir un lieu où il y ait peu de-fou-ches, & allez éloigné des endroits garnis de bruyères ou d’autres herbes' combullibles , pour n’avoir rien à craindre du feu.
- On commence par bien unir le terrein , ce qui fe fait avec des pics G ( fig- 18 ) , des pioches & des pelles. L’ouvrier qui fait ce travail , fe nomme le drejjenr {fig. i ) a. Cet ouvrier trace la circonférence de la faulde, à laquelle il donne, pour les grands fourneaux, huit enjambées de diamètre a b, & moins pour les petits. Cette mefure eft fuififamment exaéte pour conduire leur travail.
- Le terrein étant ainfi difpofé & net de broulfailles , le charbonnier plante au milieu & dans l’axe du fourneau une perche e de douze à quinze pieds de hauteur , grolfe comme la jambe au bout d’en-bas (p ). Il met au pied de cette efipecc de mât un petit tas de bois fec & facile à allumer. Quelques-uns étendent fur le terrein une couche de feuilles , & fur ces feuilles un lit de fra/il ( q) ; mais ordinairement on néglige ces attentions.
- Quand il y a eu des fourneaux dans un ourdon à portée des cordes, les -charbonniers en profitent pour en faire d’autres aux mêmes endroits : ils s’épargnent ainfi la peine de drelier une nouvelle faulde, & ils ménagent le taillis ; car les fouches ne pouffent plus ou ne pouffent de long-tems aux endroits où on a fait les fourneaux : l’ordonnance veut que les charbonniers replantent la place des fourneaux ; cependant cela ne s’exécute
- (p ) Tl y a des charbonniers qui, au lieu de la perche dont nous venons de parler , mettent au milieu de leur fourneau plu-fieurs grandes perches qui y entretiennent un vuide qu’ils rempliffent avec du menu bois , à mefure qu’ils élevent leur fourneau
- ( fig• 2 O- „ ,
- Dans d’autres forets, on arrange autour du mât des rondins de bois fec couchés les uns fur les autres, & qui forment une chambre triangulaire, qu’on remplit de menu bois fec {fig- 24.).
- (q) Il y a des forêts où les charbonniers
- prennent des précautions qui nous paraif-fent inutile s ou même nuifibles. Ils font un plancher avec des bûches de bois blanc,qui forment des rayons autour du mât qu'on place au centre du fourneau ; ils rempliffent. les vuides qui fe trouvent entre ces bûches avec du menu bois. Quelques-uns mettent encore par-deflfus un lit de feuilles & un autre de frafil ; ils arrêtent les bûches du plancher avec des piquets qu’ils enfoncent en terre, & ils forment un pareil plancher à chaque étage. Cette derniere opération Kie parait plus nuifible qu’utile.
- O o o o ij
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- point. Les premières années après que ces places à charbon ont été net-tayées, elles fe trouvent couvertes de fcaifiers , & enfuite il y parait fou-vent beaucoup de tremble. Nous allons maintenant expliquer la façon de charger les fourneaux.
- Maniéré de voit tirer le bois de charger le fourneau.
- Les charbonniers voiturent le bois, de l’endroit où il a été cordé, auprès du fourneau , avec des brouettes un peu différentes de celles qui fervent au tranfport des terres,- elles font'plus commodes pour tranfporter le- bois. Pour faire ufage de ces brouettes (fig. 12 & )>on arrange le bois fur des bras II {fig. 13 ) , de maniéré qu’il forme une petite pile {fig. 12 )- , qui eft foutenue par les montans K K, MM, qui s’élèvent affez au-delfus des bras I I pour que le bois ne touche 'point à la roue : ces montans font tous quatre inclinés à l’horizon , mais ceux de devant le font plus que ceux de derrière. Les montans de devant fe prolongent au-delïbus de la brouette pour former deux pieds L L ; ceux de derrière fe prolongent auflî au-dçlfous de la brouette , où ils s’aflemblent avec ceux de devant. La figure rj achèvera de donner une idée de cet inftrument qui eft fort fimple, & dont nous parlerons encore en expliquant les figures.
- Pendant que plu-fieurs ouvriers approchent le bois, le maître charbonnier commence à charger fon fourneau ( r ) , les premiers morceaux de bois dont on environne le pied du mât, doivent être fecs , & ils s’y appuient par leur bout fupérieur leur bout inférieur porte à terre , & ils font un peu inclinés dde { fig. I ). Autour de cette première enceinte de morceaux de bois fec , s’il eft permis de parler de la forte,. 011 en forme une fécondé avec la corde à charbon s en appuyant les bâtons qui forment cette enceinte fur ceux qu’on a placés en premier lieu ; cette fécondé enceinte étant formée , on en fait une troifieme , puis une quatrième, une cinquième , &e, jufqu’à ce que l’aire applanie & marquée loit entièrement couverte de morceaux de bois placés prefque debout. A chaque enceinte du premier lit, on lailfe un petit efpace large de ^ à 6 pouces K {fig. 2 ) , qui n’eft point rempli parles bâtons verticaux ; & le vuidc d’une enceinte étant toujours vis-à-vis le vuide d’une autre, depuis la circonférence de la derniere jufqu’au centre du fourneau , il refte un canal qui
- (r> Pline dit en gros, qu’on arrange les iffue à la fumée. Cette defcription fommaire bûches- en pyramide, qu’on couvre le bû- des fourneaux à charbon indique qu’ils di& cher avec de Pargille , & qu’après. y avoir feraient peu de ceux d’aujourd’hui,, mis le feu, on perce le haut pour donner- 1 •
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- doit s’étendre jufqu’au bois fec qu’on a mis au pied de la perche ; ce canal peut être regardé comme un foyer qu’on remplit de branchages fecs qui doivent porter le feu au centre du fourneau,* & l’on, verra dan& la fuite que e’eft à cet endroit feul qu’on met le feu(r).
- Quand ces différentes enceintes remplirent un efpace de cinq àiix pieds de diamètre , on éleve fur le premier lit/(fig. 2 );formé par l’aflêmblage de toutes les enceintes que nous avons vu pofer, on élevedis-je , fur ce premier lit un fécond lit ou étage g , qu’on homme l'édifie.. On le forme par enceintes tout comme le premier lit » & le charbonnier peut encore en arranger le bois étant à terre : e’eft pour cette raifon qu’il le commence avant d’avoir achevé le premier. Nous ferons feulement obferver , queutant qu’il eft poftible , on met les morceaux de bois les plus menus dans les lits inférieurs, & les plus gros font réfervés pour les lits plus élevés. On a encore foin de choifir, dans le boisdeftiné pour chaque lit, les plus gros brins qu’on met entre le centre & la circonférence.. Lorfque le fécond lit elt devenu prefque âuffi grand que le. premier , on augmente celui-ci , puis le. fécond , jufqu’à ce que le premier lit couvre tout le terrein a b (fig. i ) que doit occuper le fourneau. Les charbonniers forment ainfl fucceffive-ment les deux premiers lits , pour avoir la facilité d’arranger le bois ’à la-main , fans monter fur le fourneau.
- Le troifieme lit h > qu’on nomme le grand haut, fe forme par un affem-blage d’enceintes , comme les deux premiers; mais il faut monter fur le fécond Ht pour Arranger le bois : ainfi le fécond étage fert de foutien au^ troifieme , comme le premier en fert au fécond. Sur le troifieme étage/j „ on en éleve ordinairement un quatrième i, qu’on nomme le petit haut ; & quelquefois un cinquième. On continue à ajouter du boisa la circonférence des lits, commençant toujours par les inférieurs , jufqu’à ce que-tout le terrein deftiné au fourneau toit garni ,, & que le tout repréfente; un cône tronqué , terminé par une calotte {fig. )..
- Les fourneaux prennent cette figure conique & arrondie par-deffas , à l’égard du premier lit, parce que les bâtons les plus proches; du mât étant moins inclinés que ceux de la- circonférence, le plan fupérienr de ce lit fe trouve bombé vers le milieu.. Le fécond lit l’eft encore davantage, parce-qu’outre la raifian que nous venons de rapporter & qui fubfifte , les bâtons, du premier lit portent fur une bafe plane , au lieu que ceux du fécond lit portent fur une bafe convexe. Les bâtons du centre des lits les-pîus hauts doivent s’élever encore dans une plus grande proportion par rapport à ceux;
- (s) Les charbonniers, qui’ ne mena- le haut du fourneau». Je ne puis approuve®-gent point la galedeff,, mettent le feu. par leur méthode.
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- de la circonférence des mêmes lits , ce qui arrondit le haut.du fourneau à la partie tronquée du cône , comme on le voit (Jtg. 25 ) , où les bâtons du petit haut ii font prefque horizontaux.
- Quoique jufqu’ici nous ayons toujours employé le mot de fourneau, il eitbon de fe rappellerque les ouvriers ne s’en fervent que quand les étages font finis. Nous avons déjà dit qu’un fourneau commencé & qui n’a que deux ou trois étages , s’appelle , en terme de charbonnier , une allumelle.
- La longueur des,morceaux de bois & le nombre des étages indiquent quelle doit être à peu près la hauteur du fourneau : il a plus ou moins de circonférence par en-bas , fuivant qu’on veut cuire une plus ou moins grande quantité de bois ; car on fait pour les particuliers de petits fourneaux, pour convertir en charbon feulement cinq , iix ou huit cordes de bois i & pour le fervice des forges : on en cuit quelquefois , dans un feui fourneau , cinquante cordes. Dans la forêt d’Orléans , où il n’y a point de forges , les plus petits fourneaux font de cinq cordes , & les fourneaux ordinaires de dix.
- Il y a un avantage confidérable à faire de grands fourneaux : car le bois qui fe confume pour former le foyer central dont nous parlerons , eft à peu près le même pour les petits fourneaux que pour les grands : ainli la perte du bois ell proportionnellement plus grande pour les petits. Comme .d’ailleurs il convient de faire les fourneaux d’autant plus grands que le bois eft plus gros, je voudrais que les fourneaux faits avec du bois de jeune taillis fulfent de 30 accordes, & ceux de bois plus gros ou de fente, fulfenc de fo à 60 cordes. La confommation du bois pour le foyer central & pour ce qui fe perd dans le bougeage , peut être eftimée un cinquième* à l’égard des petits fourneaux de dix cordes j mais elle eft beacoup moindre lorfque les fourneaux font de 50 cordes.
- Maniéré de bouger le fourneau.
- Le fourneau étant ainfi dreffé , il refte , pour l’achever, une autre opération , mais qui exige moins d’adrelfe que les précédentes : il s’agit de le bouger, ou de le couvrir de terre & de cendre : on emploie à cet ufage la terre qui fe trouve aux environs du fourneau ; c’eft pour cela qu’on évite d’établir le fourneau fur un terrein fablonneux , & où il y ait beaucoup de pierres , fur-tout quand le charbon eft deftiné à l’ufage des forges i car s’il fe mêle des pierres avec le charbon, certaines efpeces dérangeraient tellement la fonte, qu’il y a des maîtres de forges ( () qui mettent leur char-
- (O Entr’autres M. Robert.
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- bon dans l’eau, afin que les pierres fe précipitant au fond , ils foient fûrs qu’il n’en refte pas dans le charbon ( 9 )
- Deux charbonniers piochent la terre qui environne leTourneau , & un autre prend cette terre avec une pelle, & l’applique (fig. 3 ) fur tout l’ex-terieur du cône formé par les morceaux de bois arrangés comme nous l’avons dit : on eifaie de la faire tenir , en la battant avec le plat delà pelle j mais comme on aurait peine à l’empêcher de couler fi elle était bien feebe , on a loin de la prendre un peu humide. Il faut que l’extérieur du fourneau foit entièrement couvert d’une couche de terre de trois ou quatre pouces d’épaiiîeur, excepté un efpace d’un demi-pied de diamètre à fon fommct' près l’extrémité fupérieure du mât , où l’on ne met point de terre, pour laidcr une iffue aux premières fumées, & afin de déterminer le feu à ft porter dans l’axe du fourneau. Dans quelques forêts on ne ménage point cette ouverture, & l’on a grand tort, comme nous le ferons remarquer dans la fuite. Les charbonniers qui ne forment point non plus de galerie pour conduire le feu au centre du fourneau, & qui l’aliu.mcm par-enhaut, ont l’attention, en bougeant leur fourneau, de laitier le bois découvert tout autour & vers le bas à la hauteur d’un demi-pied, pour que l’air puilie-entrer par cet endroit 5 & quand le fourneau eft bien allumé, ils bougent cette partie.
- Si le maître charbonnier, qu’on nomme le drejfeur, s’apperqoit que la couche de terre n’eft pas bien jointe en quelques endroits , il y met quelques pellées de terre, & il monte fur le fourneau fans échelle, pour la battre & l’unir. Comme on ne manque pas de cendres dans les endroits où l’on cuit le charbon , on a coutume d’en jetter une couche mêlée avec du frafil ou poufiîer de charbon fur la couche de terre, qui en prend plus de confiftance , & le fourneau en eft mieux bougél Quelques charbonniers ne mettent cette couche de frafil, que quand le fourneau eft allumé. Un ter-
- (9) Cette crainte chimérique n’annonce pas des connaiflànces fort profondes. La plupart des pierres qui peuvent fe trouver par hafard dans le charbon , les pierres graveleufes , les cailloux , les quartz , les marbres bâtards , les fpaths , ne font pas le-moindre obftacle à la fulion en général, ni à celle du fer en particulier. 11 eft rare qu’il fe rencontre parmi les pierres ordinaires,de celles qui renferment du fou-fre, de l’arfenic ou de b bleude. Et quand il s’en trouverait par hafard' un ou deux
- morceaux , ils ne (auraient produire aucun effet fenfible , fur la grande quantité-de matières à fondre. Comment eft-il donc poflibie qu’un maître de forges intelligent fade , fous un prétexte fi frivole , les frais confidérables qu’exige le lavage du charbon ? Comment n’apperqoit - il pas que cette crainte ridicule d’une perte imaginaire l’expofe à un dommage réel? Il ne faut pas être bien habile dans l’art du fondeur , pour favoir que l’humidité efl: très» préjudiciable à ce genre de travail..
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- 1 RT D II V ïïd RR 0 JST.N 1ER.
- ZCdr
- rein trop pierreux, ou ;d%i fable trop coulant , -ou d’une glaife trop compare , ne ferait pas propre à faire une bonne couverture > ainfi la nature du terrein où l’on afïied<l:es fourneaux , intérelfe beaucoup les cha bonniers. On conçoit encore qu’il ire ferait pas polïible de bouger le fourneau , fi la terre était gelée ; c’eft pourquoi ceux qui ont befoin de grands approvifion-nemens de charbon , feront très-bien de faire bouger leurs fourneaux avant le mois de novembre. Les pluies ni la neige n’empêchent point de cuire , pourvu que le fourneau doit établi en terre faine & un peu légère, qu’on puilîe manier pour recouvrir le fourneau quand il s’y forme des fentes.
- Quand on établit des fourneaux dans des terreins où il y a beaucoup de pierres , on habille les fourneaux avec une couche épailfe de feuilles , r!c par-detfus du frafil mêlé avec un peu de terre. L’ufage d’employer des feuilles , fait que les charbonniers de ces forêts ne difent point qu’i/r bougent leurs fourneaux , mais qu'ils les feuillent ( 10 ).
- Comment on doit cuire ou réduire en charbon le bois contenu dans
- le fourneau.
- Quand le fourneau efl: entièrement bougé, on Vy peut mettre le feu; 8c pour cela, fi on ne l’a pas fait d’avance, on fourre dans la galerie que nous avons nommée le foyer , des branchages & des feuilles d’arbres bien feches , en un mot, des matières qui s’enflamment aifément. On introdift ces matières par l’ouverture K (fg. 2 ) qu’oiua ménagée à la couche inférieure du fourneau, & qu’on a évité de fermer<avec la terre qui a fervi à le bouger. Si-tôt qu’on a allumé le feu, il s’établit un courant d’air qui entre par cette ouverture K, & qui fort par l’ouverture d’en-haut p (fg. 4). Si on fe rappelle qu’on a mis au pied du mât du bois fec ; que la première couche efl: faite avec le bois le plus menus & qu’entre :ce bois menu on a mis celui qiii a moins de grolTeur vers l’axe du fourneau,* on concevra que le feu doit fe communiquer promptement à cet endroit, & agir d’abord fur la première couche : car, comme le feu misa l’ouverture K, (fg. 2 ) ne
- (10) On ne parle point dans toute cette avoir de quatre à cinq‘pouces dfépaifleur, di(Tertation,de l’ufage très-commun en-Alle- il n’y a rien de mieux pour garnir exacte-magne, de bouger les fourneaux avec des ment l’édifice. On n’a -prefque-pas befoin pièces de gazon quarrées. Lorfque la na- de réparer les ouvertures , ‘le gazon îbattu Cure dtfterrein le permet, cette méthode Jne laiiïe échapper aucune 'fumée que par efl préférable à toute autre. On coupe le 'les ouvertures pratiquées exprès pour cela, gazon fur la place même où le fourneau 1 L’ouvrier eft plus libre de donner tous fes doit être placé, & fi les pièces peuvent foins à l’entretien du feu.
- rencontre
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- rencontre en fon chemin que des matières qui s’enflamment aifément; 8c comme il eft pou/fé vers le centre du fourneau par la circulation de l’air, parce que le faite du fourneau p (fig. 4 ) n’eft point couvert de terre , l’air que la chaleur raréfie, prend fa route le long du mât qui eft dans l’axe, & il s’échappe avec cet air, une fumée épaiffc , blanche & aqueufe, par l’ouverture fupérieure p , qu’on peut regarder comme la cheminée du fourneau. L’air extérieur, qui n’a d’autre ouverture que celle K (fig. 2 ) où on a mis le feu , par laquelle il puifle s’introduire , fouffle continuellement la flamme, & porte le feu vers le centre de la couche inférieure ; mais ce feu , pour ainfi dire , central occafionne une chaleur qui fe répand dans routes les parties du fourneau ; car il n’y a point de morceau de bois qui ne fume, & qui ne fe deifeche plus ou moins. Sans doute qu’une partie de cette humidité, s’échappe par la cheminée du haut du fourneau , & qu’une partie s’imbibe dans la terre qui le recouvre , puifque cette terre ..devient un peu humide. Quoi qu’il en foit, pendant que cette circulation d’air continue , le feu qui agit principalement vers l’axe de tout le fourneau, ie porte d’abord au centre de la première couche , enfuite au centre de la fécondé , & ainfi de fuite , d’étage en étage , tant qu’il relie une ouverture au haut du fourneau j de forte que, fi l’on n’avait pas l’attention de la fermer au bout d’un certain tems , tout..le bois fe confumerait.
- Le charbonnier reconnaît que le milieu du fourneau eft bien embrafé, & que la perche que nous avons nommée le mât, eft confumée , à la fumée qui diminue , ou qui perd de fon intenfité , à mefure qu’elle prend de l’âcreté, qu’on fent quand on eft forcé dfi la refpirer , ou qu’on en reçoit dans les yeux,- & cela arrive ordinairement dans les grands fourneaux au bout de 10, 12 ou 15 heures: alors le charbonnier longe à fermer l’ouverture qu’il avait ménagée au haut du fourneau , en obfervant certaines précautions dont nous allons parler. La raréfaction des vapeurs humides qui fortent du bois, fait quelquefois un bruit fourd dans l’intérieur du fourneau s qui fe termine par une explofion qui rompt la couverture de terre. On doit y remédier fur le champ 5 car il faut être continuellement attentif à mettre de la terre & de la cendre à tous les endroits où il fe montre de la fumée. Comme elle indique la route que prend le courant d’air, & celle que doicfuivre le feu, il eft important qu’elle ne paraille que vers les parties où le charbonnier veut porter le feu.
- Qûand le charbonnier juge, aux marques que nous avons rapportées, & à un petit aflaiifement qui fe fait au haut du fourneau , qu’il eft tems dè fermer l’ouverture de cet endroit p p (fig. 4 ), il y monte avec une échelle placée comme dans la figure 3. Il ne court aucun rifque d’être incommodé de la chaleur,- car la furface extérieure eft encore prefque froide, Tome lï. Pppp
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- fur-tout au bas du fonrneau. Il jette quelques rafées ou paniers de charbon dans le fourneau , pour entretenir le brafier qui doit être au centre, remplir le vuicîe qui s’eft fait dans l’axe, prévenir que le fourneau ne s’af-failfe trop tôt, & donner un appui à la terre &à la cendre qui-doivent fermer cette ouverture. Si-tôt qu’il a mis allez de terre & de cendre pour qu’il ne forte plus de fumée par l’ouverture/j/> ( jîg. 4 ) , il ne perd point de tems pour fermer l’ouverture K (fig. 3), par laquelle on a mis le feu; car fi l’air continuait à entrer dans le fourneau , il pourrait exciter le feu au point de faire crever la couverture ou le bougeage du fourneau ; ce qui ferait fujet à inconvénient, fi on 11’y remédiait pas fur le champ. En un mot, il eft nécelfaire que le charbonnier foit toujours maître de diriger l’aéhon du feu vers les parties qu il juge n’en avoir pas été aifez pénétrées.
- Si le fourneau reflait ainfi fermé de toutes parts , le bois celferait bientôt ds brûler; car le feu ne s’entretient que par le renouvellement de l’air: mais pour cette même raifon, le charbonnier eft le maître de porter le feu qui eft au centre , à la partie du fourneau où il juge qu’il eft nécelfaire pour cuire le bois : il n’a qu’à faire des ouvertures à ces endroits , la fumée en fortira, & le feu prendra fa route vers ces efpeces de cheminées. Quoique le feu foit amorti quand on ferme les ouvertures dont on vient de parler, il ne s’éteint pas fubitement ;il s’excite même une violente chaleur dans tout le fourneau > & c’eft alors que le bougeage paraît humide.
- Le charbonnier examine les endroits où le fourneau eft le moins échauffé , t & c’eft ordinairement vers le bas ; il perce , avec le manche de fa pelle , le bouge du fourneau , de dix à douze trous diftérens , éloignés les uns des autres d’un demi-pied : ce font autant de petites cheminées par lefquelles on voit s’échapper beaucoup de fumée , & ce côté du fourneau s’échauffe de façon qu’on ne faurait le toucher, pendant que les autres parties relient prefque froides.
- On juge que le feu fe diftribue bien , quand l’affaiftement du fourneau fe fait également ; s’il s’affaiffait trop dans quelques endroits , on y mettrait de la terre , & il faudrait faire des ouvertures aux endroits où il ne fe ferait point d’affaiffement.
- Les raifons des pratiques que fui vent les charbonniers dans la conftruc-tion de leur fourneau & dans leur maniéré de conduire le feu , fe*pré-fenteront d’elles-mèmes à ceux qui voudront confidérer que , pour convertir le bois en charbon , il faut diffiper l’humiditc du bois, & mettre en fufion la partie gralfe & inflammable qui ne s’échappe pas en fumée avec l’humidité : il 11e s’agit donc que de faire brûler le bois en partie. Or, pour
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- brûler le bois jufqu’au point convenable , il faut commencer par établir au centre du fourneau un brafier confidérable , & être enfuite maître de porter lucceffivement iVêîion du feu aux différentes parties du fourneau , de façon qu’il n’agiile fur le bois qu’autant qu’on le juge à propos. On n’eft pas maître d’arrêter ni de graduer l’aétion du feu , quand elle s’exerce fur lin monceau de bois qui brûle en plein air, mais la terre qui couvre le fourneau, fait que l’ouvrier conduit le feu comme il luitplaît, & qu’il l’arrête quand il le veut. Nous avons vu qu’il l’a attiré d’un côté du fourneau ( fig. f ). Veut-il ralentir fon action de ce côté & l’exciter du côté oppofé: il n’a qu’à boucher les trous ouverts , & en ouvrir de nouveaux de l’autre côté,* c’eff ce que nous lui verrons faire tout à l’heure. Mais, pour porter ainfî l’adtion du feu dans les différentes parties , il était né-ceffaire , comme nous l’avons déjà remarqué , d’avoir un grand brader au centre du fourneau ; c’eft ce qu’on s’eft procuré en laiffant d’abord l’ouverture/> p ( fig. 4) libre un aifez longefpace de tems. On apperçoit préfente-ment ce qui nous a fait blâmer la pratique de ceux qui, au lieu de cette grande ouverture , en font d’abord un nombre de petites tout autour du fourneau.
- Peut-être demandera-t-on pourquoi on a préféré de mettre , en élevant le fourneau , les morceaux de bois dans une position verticale, plutôt que dans une horizontale ? pourquoi on les a mis debout, au lieu de les coucher par terre , ou les uns fur les autres (jtg. 20 ) ? Sans doute qu’on a tenté l’une & l’autre maniéré , & qu’on a choifi celle que les expériences ont montré être la meilleure: indépendamment de ces expériences qui probablement ont été fouvent répétées , il faut convenir que la figure qu’011 donne aux fourneaux eft une des meilleures pour les rendre fiables. Si on leur donnait la même figure en couchant les bâtons (fig. 20 ), les enceintes de chaque couche feraient plus garnies , & auraient moins de vuide du côté du mât ou de la perche qui occupe le centre , que vers la circonférence , puifque les bâtons feraient des rayons divergens ; au lieu que , par l’arrangement qu’on fuit, 011 ménage un vuide à peu près égal par-tout $ d’où il réfulte que le feu 11e trouve pas plus de difficulté à avancer dans un fens que dans un autre. La fumée & l’air chaud ont par-tout un cours à peu près également libre , puifque par la difpofition des bâtons , ils trouvent autour de chacun d’eux une efpece de petite cheminée , par le moyen de laquelle la chaleur agit fur toute la longueur de chaque bâton. Si dans une cheminée d’appartement on veut former beaucoup de braife , rien n’eft mieux que de mettre le bois debout. D’ailleurs , fi les charbonniers difpofaient le bois comme dans la figure 20 ( J1 ) , il fe ferait au
- (ti) La figure ronde eft préférable, plus folide, mais auffi le feu agit plus linon feulement parce que le fourneau eft . brement par-tout. Toutes les parties du
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- centre du fourneau, lorfqu’on ferme Vouverture p (fg. 4) , un grand vuide qu’on ne pourrait remplir ,• au lieu qu’en mettant les bâtons fuivant i’ufage ordinaire , ils s’écroulent , & ils remplirent d’eux-mèmes le vuide qui s’y forme , à mefure que le bois fe confume.
- Quoi qu’il en foit des raifons qui ont déterminé les charbonniers à placer le bois debout > quand ils jugent que le bois efi: réduit en charbon du côté où ils ont attiré le feu, ils bouchent les trous qui laiiraient échapper la fumée, & ils en ouvrent de nouveaux d’un autre côté, où ils défirent qu& le feu fe porte ( 12). Le côté oppofc fe refroidit peu à peu, pendant que celui-ci s’échauffe ; & par cette induftrie, le charbonnier fait parcourir tout? à tour au feu toutes les parties du fourneau : mais quand faut-il boucher les anciens trous, & en ouvrir de nouveaux ? C’eft là la fcience du charbonnier, dont le jugement eft principalement guidé par la quantité & la den-lité de la fumée.
- La fumée eft formée par l’humidité qui fort du bois, & par une portion de l’huile du bois qui s’échappe avec cette humidité , ou par cette fubftance-volatile qui forme la fuie. Or le bois eft plus chargé que le charbon , de matières propres à former la fumée : & moins le bois eft brûlé, moins il approche de l’état de charbon ; plus il donne de fumée. Ainfi , quand la fumée 11e fort plus fi épaiffe par les trous , quand elle eft devenue rare à un certain point, quand elle 11’eft plus qu’une vapeur piquante, le charbonnier fait qu’il eft tems d’y arrêter le feu , l’ufage lui ayant appris à diftinguer la fumée du bois de celle du charbon. S’il laiflâit trop long-tems le feu dans un même endroit , le charbon s’y cou fumerait trop , & s’y réduirait en braife ; «St fî on ôtait le feu avant que le bois fût affez brûlé, on aurait quantité de fumerons, «Scie charbon ne vaudrait rien. L’habileté du charbonnier confifte donc à faire bien brûlerie bois fans le trop- copfumer,. & à le: faire brûler à ce même point dans toutes les parties du fourneau.
- Si l’on fe rappelle que nous avons dit plus haut qu’011 peut faire très-aifé-
- fourneau font également éloignées du centre ; le feu les pénétré aifément. 11 ferait fort difficile de conduire le feu dans les angles , s’il y en avait dans le fourneau. Si l’on convient que la figure ronde doit être préférée , il fuit de là tout naturellement que les bûches doivent être placées debout; parce que de cette maniéré il eft beaucoup plus aifé de donner à tout l’édifice la forme defirée. En couchant les bâtons, il aurait fallu beaucoup plus de peine pour les arranger en rond; on. au-
- rait été obligé de leur donner une longueur différente, ce qui aurait exigé des me. fures , &c.
- (rO M. DE JüST1 obferve qu’il y a ici7 une forte de répétition. Cela peut être ; mais je ne fais fi c’eft un défaut dans un-ouvrage de ce 'genre : on ne faurait être-trop exaét à obferver tous les procédés. 11 vaut mieux répéter que d’omettre la-moindre chofe, ou de laiffer la moindre obfcurité.
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- ment du charbon dans.des vaiflfeaux clos j,que c’eft dans ces fortes de vaif-feaux qu’on fait le charbon de fufain pour les deiiînateurs ; qu’on fe contente en ce cas de remplir de bâtons de fufain un tuyau de fer ou un creufet exactement couvert > & qu’après avoir tenu un tems fuffifant ce tuyau ou ce creufet dans un grand feu, on en retire du charbon très-bien cuit: il l’on joint à cela que , quand on fait diftiller du bois dans une cornue, il s’y convertit en charbon , on concevra que, pour faire de bon charbon de bois * fl faut beaucoup de chaleur, mais peu ou point de flamme ; & c’eft ce qui arrive aux fourneaux des charbonniers , lorfqu’ils font bien conduits. Le grand brafier qui eft au centre , produit beaucoup de chaleur ; on entretient le feu; on empêche qu’il ne s’éteigne entièrement, en fefant les petites ouvertures dont nous avons parlé ; maison les tientalfez petites pour qu’il n’y ait point de flamme. Ces ouvertures fuffifent pour lailfer échapper ce qui , dans la diftillation à la cornue , pafle dans le récipient ; & aufli-tôü que cette fumée inutile eft diftipée, on ferme les ouvertures qu’on peut regarder comme les regiftres des fourneaux de chymie..
- Les artiftes font fouvent fort incommodés dans leurs opérations par le vent qui frappe dans leurs fourneaux , & excite le feu plus qu’ils ne voudraient; alors ils ferment les fenêtres ou les portes qui donnent immédiatement fur leur ouvrage. Il y a auffi des tems où les grands vents incommodent fort les charbonniers , en excitant trop l’ardeur du feu: alors ils entourent leur fourneau d’une efpece de paravent qu’ils font avec: des claies de 7 à 8 pieds de hauteur & de 6 à 7 de largeur: elles font ordinairement faites avec des genêts ou des rofeaux qu’on retient entre des: perches.
- Un grand fourneau de charbon eft ordinairement en feu fîx à fept. jours 5 & un petit, trois ou quatre, auparavant que tout le bois foit fuffifamment cuit : alors, quand on s’apperçoit que le feu s’eft répandu par - tout, que la terre fort échauffée paraît rouge dans l’obfcurité, on bouche tous les trous, & on charge de nouveau la chemife de nouvelle terre ou de fraftl* afin que le feu s’éteigne par-tous*
- Le volume du bois diminue à mcfure qu’il fe change en charbon (u) ; & par la même raifon le volume du fourneau diminue : les fourneaux où l’on vient d’éteindre le feu , n’ont pas la moitié de la hauteur qu'ils avaient après avoir été bougés. On ne conclura pas pour cela que le volume du bois ait diminué de moitié en fe couvertiflTant en charbon (13)-: car lai
- Un morceau de bois qui aurait iz & il pe-‘J 2 otr 3 pouces fur fa longueur> pouces de circonférence r eft réduit à 8 qui eft de 2 ou ? pieds,
- pouces lorfqu’il eft converti en charbon* (13) Dans une correction, imprimée ai
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- bafe du fourneau ne diminue pas en même proportion que fa hauteur ; la diminution n’y eil préfque pas fenfible. La terre qui couvre le fourneau , le fuit à mefure qu’il s’arïailïe ; & cet alfailfement occasionne fréquemment des crevaftes qui donneraient des ilfues à la fumée, aux endroits où le charbonnier n’a pas deilein de les placer; mais il a toujours attention de les fermer, ainli que les trous qu’il a faits à dellèin , avec de la terre qu’il bat du plat de fa pelle (f4).
- la fin des additions fur l’art du charbonnier , on explique ainfi cette phrafe : <c Quand on dit qu’il ne faut pas conclure j3 que le volume du bois elt diminué de „ moitié , il faut concevoir qu’on entend ,j en plus ou en moins : car par ce qui eft ,3 dit enfaîteau fujet du produit en char-33 bon , il eft établi qu’il excede la moitié. 33 Mais, toutes ces conféquences font don-33 nées comme des à-peu-près. „
- (14) On ne parle point, dans cette difter-tation , de la maniéré de faire du charbon de tourbe. Cette invention eft une des plus utiles de notre flecle. Non feulement on peut employer le charbon de tourbe à tous les ufages auxquels on fait fervir le charbon de bois , mais on obferve qu’il contribue à tirer des mines une plus grande quantité de fer , fans qu’il en devienne plus caftant. Cette invention eft connue en Allemagne depuis plus de quarante ans. En Saxe on fe fervait, pour faire le charbon de tourbe , de fourneaux conftruits comme ceux dont on a donné la description. On obfervait feulement de les faire moins hauts; on laiflaità l’entour du mât un ef-pace vuide, & on en ménageait un d’environ un pouce entre chaque tour de tourbes. Depuis environ feizeans on a inventé des fourneaux exprès , beaucoup plus commodes , qui facilitent le travail & donnent de meilleur charbon. C'eft dans le comté de Vernigerode , que l’on a commencé à cuire le charbon de tourbe dans des fourneaux de fer ronds, pof ;.s fur un murquarré & fort épais. Ces fourneaux ont trois étages, qui vont tous en diminuant
- & fe pofent les uns fur les autres. Dans la partie fupérieure on ménage une ouverture qui fe ferme avec une porte par où on met la tourbe que l’on veut cuire. Au haut de l’étage in'féùeur eft une grille , fur laquelle font placés les morceaux de tourbe. Les quatre murs fur lefquels re-pofe la machine , ont aufti une porte de fer , qui peut fe fermera volonté. Quand on veut cuire le charbon , on allume du feu fur la grille avec un peu de bois fec ; on arrange par-deftus les tourbes par couches. Dès que la tourbe eft fuffifammenÈ allumée , on ferme la porte pratiquée dans le mur inférieur, & on l’enduit exactement de terre grafle. C’eft alors feulement qu’on achevé d’emplir le fourneau. Lorfqu’on s’apperçoit que toute la cuite eft enflammée prefque jufqu’au haut, on ferme aufti la porte fupérieure & on l’enduit de même. On a foin de bouger aufti toutes les jointures des trois pièces & tous les endroits . par où l’air pourrait s’introduire. C’eft ainfi qu’en moins de 12 heures la tourbe légère , & en 24 heures la tourbe noire & compacte fe trouvent changées en très-bon charbon. Avec 6 ou 8 fourneaux, fi l’on fait difpofer le travail avec un certain ordre, les ouvriers font toujours occupés , & peuvent préparer une très-grande quantité de charbon. Le principal eft , que les tourbes foient bien feches. En Hollande , où l’on a des tourbes fortes & .très-compaCtes, on fait du charbon , en étouffant la tourbe bien allumée dans des marmites de fer qu’on bouche exactement.
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- Du refroidijjement du fourneau.
- Quand toutes les ouvertures du fourneau font fermées, l’a&ivité du ieu y eft considérablement diminuée,- mais dans l’intérieur il fubfifte.une grande chaleur qui pendant un tems contribue encore à cuire le charbon: néanmoins le feu s’éteint peu à peu; & quand les charbonniers jugent qu’il l’eft entièrement, pour précipiter le refroidiifement du charbon , ils le découvrent de la maniéré luivante. Un ouvrier (jig. 6) emporte avec un rateau qui a de longues dents de fer D C (Jig. 16 ) , qu’ils nomment arc, la plus grande partie de la terre qui recouvre le fourneau. Un fécond ouvrier (Jig. 7 ) qui le fuit, ôte, avec un rable de bois H (Jig. 17), la terre feche, & pour ainli dire, pulvérifée , jufqu’à ce que la forme du charbon parailïè, fans pourtant le mettre^entiérement à découvert. Comme, pour peu qu’il reliât de feu dans le fourneau, l’embrafement fe rétablirait, un troilieme ouvrier (jig. 8) vient après celui qui manie le rable j & avec une pelle F (jig. 19 ), il reprend la terre qui vient d’être ôtée, & il la rejette fur le fourneau. Par cette'Opération (15) ils précipitent le refroi-dilfement du charbon, & ils ne courent point le rifque de le voir fe rallumer. Enfin le fourneau étant entièrement refroidi, on ôte toute la terre, & on en tire le charbon, pour le tranfporter , comme nous allons l’expliquer.
- Mais il,eft prudent, quand on ouvre le fourneau , de ne tirer le charbon que d’un côté , afin que, fi l’on appercevait encore du feu, 011 pût-interrompre le travail , & remettre de la terre pour prévenir un em-brafement général ; ce qui eft quelquefois arrivé.
- Maniéré de tranfporter le charbon aux forges ou dans les villes.
- Quand le charbon eft bien refroidi, 8c qu’on eft certain qu’il ne contient plus de feu, on le tranfporte à fomme, ou par charroi, aux endroits où on doit le confommer, eu au bord de quelque riviere , où 011 le charge fur des bateaux. Quand 011 veut le tranfporter à fomme, on le met quelquefois dans de grands facs qu’on charge fur les bêtes de fomme , comme 011 le pratique pour le tranfport des grains & de la farine. Dans d’autres forêts, on met le charbon dans de petits facs qu’on arrange en pyramide parallèlement à la longueur du cheval: l’une & l’autre façon de faire ces fommes eft repréfentée dans les figures 21 & 21*; mais quand les chemins font praticables, 011 préféré le tranfport par charroi ; & il fefait, ou dans des fourgons , ou dans des bannes.
- (iç) En attendante»! ou deux jours de plus, on s’épargnera ce.travail.
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- Les fourgons font de grandes charrettes (fig. 22 ), dont les ridelles font garnies de claies,- il n’y a point d’enfonqure à ces charrettes , ou plutôt l’en-fonqure eft formée par des claies retenues avec des cordes qui forment uu dos de bahu renverfé. Comme le charbon n’eftpas une matière fort pefante, on augmente la capacité de la voiture par cette enfonqure concave, & on emplit la voiture comble, auffi en dos d’àne. Puis, pour empêcher que le charbon ne tombe , on le couvre avec des claies qui font alfujetties par des harts. La concavité de i’enfonqure rend les voitures moins fujettes à verfer; mais on ne peut la pratiquer que dans des chemins où il n’y a pas d’ornieres profondes.
- Dans les pays de forges, on tranfporte communément le charbon dans des bannes jaugées ( fig. 14) : ce font des efpeces de charrettes , ou plutôt des tombereaux j elles font de même revêtues tout autour de planches légères. On ne les vuide point par derrière, en les renverfant, comme les tombereaux ; mais le fond eft formé par quatre trapes R S T V (fig. 14*), qui s’ouvrent quand ou veut vuider la banne.
- J’ai dit qu’il fallait être bien certain que le charbon était entièrement éteint avant de le tranfporter du fourneau : cela eft de la plus grande importance i car le feu couve quelquefois long-tems dans les gros charbons, & on a vu le feu prendre comme de lui-même à des charrettes qui étaient remplies de charbon , & même aux bâtimens où on l’avait mis en magafin. C’eft principalement pour cette raifon que les charbonniers n’aiment pas à cuire en charbon du bois de branchage , parce que le feu fe con-ferve , fans qu’on s’en apperqoive, dans les morceaux de bois creux, les nœuds pourris , &c.
- Quatre cordes de bois produifent communément une banne de charbon. La banne contient 14, 1 f, ou 16 poinçons, jauge d’Orléans, de 240 pintes , mefure de Paris. Le grand facde charbon pefe environ I2f livres. La verfe de charbon en contient environ livres,& la banne 2^00 1 ivres.Quand le bois eft verd & menu, il en faut quelquefois f à 6 cofdes pour faire une banne de charbon ; mais un habile charbonnier, qui cuit de bon bois, n’emploie que quatre cordes pour faire une banne de charbon. Un arpent de bois taillis bien garni rend environ 36 cordes de bois, & par confé-quent neuf bannes de charbon.
- Ces mefures ont été fournies à l’Académie par M. Tresaguet, un de fes correfpondans, & elles ne s’éloignent pas beaucoup de nos propres obfervations ; car on remarque en gros, qu’un petit fourneau compofé de quatre cordes , mefure de la forêt d’Orléans , ce qui fait à peu près 12 milliers pefant lorfque le bois eft encore verd , & qu’on voiture en quatre charrettes attelées chacune de quatre chevaux 9 fournit une charretée de
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- charbon qui pefe deux mille quatre à cinq cent livres; de forte qu’une corde de bois verd produit 4 poinçons de charbon, qui pefent chacun 150 livres. Mais le bois fec rend plus de charbon , & dans ce cas on eltime que la diminution du bois qu’on convertit en charbon eft des trois quarts. Suivant M'. ÏRESAGUtT , la banne de charbon pour les forges de Nivernois, coûtait , prife dans le bois , 4 liv. 3 fols 2 den. Mais ce prix a beaucoup augmenté : maintenant la corde, pour faire du charbon, coûte, dans la forêt d’Orléans, depuis 6 jufqu’à 7 & 8 liv. Il en coûte 1 liv. f fols par corde pour les cuire. Ain H une charretée de charbon qui eft le produit de 4 corde* de bois, coûte au moins 25 liv. dans la forêt d’Orléans.
- Deux livres ou 32 onces de bois de chêne nouvellement abattu dans le mois d’oélobre, étant mis en diftiNation dans une cornue, m’ont rendu 6 onces 2 gros de charbon; ainfi 2^6 gros de bois verd ont rendu gros de charbon, ce déche^ eft de 206 gros, & l’on n’a pas en charbon un cinquième de ce qu’on à employé de bois.
- Dans le même tems 32 onces de bois de chêne très-fec » mais fain, ont rendu 9 onces 4 gros de charbon ; ainfi 256 gros de bois fe: ont rendu 76 gros de charbon , c’eft ï8o gros de déchet, & 011 a en charbon entre le tiers & le quart du bois qu’on a employé.
- Le charbon du bois verd était plus dur que celui qui était fait avec- le bois fec.
- Du choix du charbon, & defes différent ufâges.
- > Le bon"charbon doit être léger , fonore , en gros morceaux brillans qui fe rompent aifément. On eftime celui qui eft en rondins, & qui ne relie pas chargé d’une grolfe écorce. Le charbon réduit en petites parcelles ne lailTant pas allez d’air entre les morceaux , s’allume difficilement, produit de la fumée , & répand une mauvaife odeur: celui qui étant trop cuit, eft réduit comme en braife , donne peu de chaleur. Le charbon qui a été mouillé ell lourd, a le défaut de s’allumer avec peine, & de ne jamais brûler avec vivacité, & il fe confume fans produire la chaleur vive qu’011 defire , à moins que le feu ne foie animé par de forts foufflets. Je ne crois pas que les parties du charbon foient pénétrables à l’eau; car il fe conferve très-bien dans les caves, & même mieux que dans les lieux lecs, où il fe brife en petits morceaux; l’eau cependant s’infinue entre fes pores, puif-qu’il devient pelant.
- - La plupart des forgerons, & Jousse dans fon traité deferrurerie, prétendent que le charbon gardé en lieu fec, eft d’autant meilleur qu’il eft plus vieux. Pour les forges, if 11e faut point employer le charbon, qu’il ne foifc refroidi au moins pendant trois femaines ; le charbon trop nouveau fe con-Tome il. Q_q q q
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- fume très-vite: fa chaleur très-brufque altéré le fer. Le charbon qui n’efb pas ajffiz cuit, a une couleur grife ; il fe rompt difficilement, & en brûlant il fait une flamme blanche, & répand beaucoup de fumée ; il brûle à la maniéré du bois, ce qui fait appeller ces morceaux de charbon des fumerons.
- Les qualités que nous venons d’indiquer, conviennent au charbon, à quel-qu’ufage qu’on le defline ; & fes avantages fur le bois font de faire un feu allez vif & réglé, fins répandre de fumée, ce qui le rend néceffaire dans les cuifines pour allumer les fourneaux fur lefquels on fait les ragoûts , quittant chauffés avec du bois, contracteraient fouvent une odeur de fumée très - défagréable, & feraient fouvent brûlés, parce que la flamme du bois produit une chaleur très - vive , mais paifagere.
- Ces mêmes raifons font que les ouvriers qui fondent en foudure forte , ne peuvent fe paflèr de charbon, & même de charbon qui ne foit point fujet à trop pétiller. Il en eft de même des fondeurs , qui fouvent couvrent leur métal avec le charbon , pour empêcher qu’il ne fe réduife en chaux: en cela le charbon de bois dilïere beaucoup du charbon foffile; car celui-ci contient des parties fulfureufes qui détruifent le métal, au lieu que le charbon de bois reftitue au métal le phlogiftique que l’adion du feu aurait pu lui faire perdre. C’eft cette même raifon qui rend le charbon de bois fi utile pour l’exploitation des mines. On conçoit bien fans doute que , quand nous-avons parlé des fondeurs, nous n’avons point eu en vue ceux qui mettent l;e métal en fonte par la réverbération de la flamme du bois : tels font ceux qui fondent les cloches , les canons de bronze, &c.
- Quoique le charbon de terre foit préférable au charbon de bois pour les forges, parce qu’il produit une chaleur plus vive, on ne laifle pas , dans les endroits où le charbon de terre manque , de réuffir à forger de grofies pièces de fer avec le charbon de bois. Il y a dans les provinces , des ouvriers qui favent augmenter l’aeftivité du charbon de bois par la flamme du bois même; & quoique le charbon de bois ne donne pas une chaleur auffi vive que le charbon foffile, ce qui fait que celui-ci eft meilleur pour fouder, la; chaleur du charbon de bois pénétré mieux le fer, fans en brûler la fuperficie^ ce qui fait que certains forgerons le préfèrent pour le gros fer. Mais, comme nous l’avons déjà dit, il n’y a aucune occafion où on confume autant de; charbon que pour l’exploitation des mines *, c’eft ce qui nous engage à infifter un peu plus fur ce point que fur les autres..
- On ne confume guere que de gros charbons dans les grands fourneaux, comme font ceux où on fond la mine de fer. Il y aurait même de l’inconvénient à y employer des charbons trop menus; auffi ne met-on dans les* facs & dans les bannes dont on fe fert pour trànfporter le charbon aux four-SLeaux, que les gros charbons qu’on a féparés. des petits- Cette féparatiou
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- Ce Faic d’une façon très - expéditive,; car, comme on remplit les verfcs avec l’arc ou le grand rateau (-ftg. 16J, dont nous avons parle plus haut, les longues dents de ce rateau font adez écartées les unes des autres pont qu’on puifle ne tirer à foi que les gros charbons, tandis que les petits paf-fant entrejes dents , reftent fur le cas. Ce triage elt fuffifamment exact; car, quand il paierait quelques menus charbons en même terris que les gros, ce ferait en trop petite quantité pour produire aucun inconvénient.
- Les deux meilleures qualités du charbon deftiné aux forges & aux fourneaux , font de chauiFcr beaucoup & d’etre doux. Quand je me fers du terme de charbon doux, qui eft impropre, c’eft pour m’exprimer comme les ouvriers, qui appellent charbon doux ceiui qui fait le fer le plus doux, & charbon aigre celui qui rend le fej aigre : car il pâlie pour certain que la qualité du charbon influe fur celle du métal. Malheureufement les deux qualités de chauffer beaucoup & d’être, doux, vont rarement enfemble. Tous ceix qui exploitent des mines, penfentque le charbon de bois blanc eft aifez doux, mais qu’il chauffe peu : le charbon de bois dur, tel que le chêne, donne beaucoup de chaleur ; mais on penfe qu’il eft aigre. Les perfounes les plus expérimentées en ce genre (car je ne parle point d’après mes propres ob-fervations ) difent qu’il y a un milieu à choifir entre les charbons aigres qui chauffent beaucoup , & les charbons doux qui chauffent peu ; & qu’entre les charbons de chêne, il y en a qui font plus aigres les. uns que les autres. Le charbon de chêne aigre eft, félon eux, celui qui eft fait de branchages & de vieux chênes refendus. Le charbon de taillis de chêne a de l’ardeur, & eft allez doux, ce qui lui fait donner la .préférence. Comme la douceur du fer peut dépendre de beaucoup d’autres circonftances que de la qualité du charbon , il n’eft pas certain que le charbon influe, autant que quelques maîtres de forges le penfent, fur la qualité du fer ( 16); néanmoins , li en admettant lofait comme bien prouvé, on demandait pourquoi le charbon fait de vieux chênes eft aigre, & que celui qui eft fait de chêneaux eft. doux, je ferais d’abord remarquer que les jeunes chênes étant prefque tout aubier , ils lie peuvent pas être regardés comme du bois dur en comparaifon du cœur des vieux chênes ; mais c’eft éluder la question , & non pas la réfoudre : car il s’agit de favoir pourquoi le charbon de bois blanc & tendre rend le fer doux, pendant que ceux de vieux chêne , d’épine , &c, le rendent aigre.
- (i6) La difiinétion entre les charbons arfenicales qui peuvent rendre le fer aigre aigres & doux , eft une invention desfon- M* & caftant : mais il faut pour cela des cir-deurs , pour déguifer leur inattention ou confiances bien particulières, qui font très-leur ignorance. Il fe peut que le charbon rares, & qui ne fauraient autorifer la dif-contradle quelquefois certaines propriétés tindion.
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- On fait qu’il y a des charbons qui font plus vitrioliques que d’autres. On fait encore que le foufre & toutes les matières qui en font imprégnées donnent de l’aigre au fer : ceux qui ont travaillé à la converfion du fer en acier , fa vent que le fer peut fe furcharger de phlogiftique; & que toutes les matières en qui le phlogiftique & le fel volatil abondent, rendent le fer acèrein (tenant de l’acier). J’en donne pour preuve la trempe en paquet. Un fer acérein eft un fer aigre: or les charbons très-ardens contiennent beaucoup de phlogiftique probablement mêlé de fel volatil & de l’acide vi-triolique (17), puifqu’il s’en échappe des vapeurs prefqu’aulfi fuffoquantes que du foufre brûlant. Je crois donc qu’on peut foupqonner que l’abondance ou la qualité de ce phlogiftique eft la caufe de l’aigreur que certains charbons communiquent au fer; quelques phyficiens même ont déjà penfé que les charbons aigres contenaient plus de fels que d’huile, & les charbons doux plus d’huile que de fels ; mais ce ne font là que des conjectures auxquelles il ne faut pas s’arrêter plus long-tems.
- Les delfiuateurs qui emploient des crayons de charbons, & les orfèvres , ainfi que divers autres ouvriers qui fe fervent du charbon pour polir les métaux, emploient le terme de charbon doux dans une lignification plus exaefte que les forgerons, puifqu’il veulent exprimer un charbon tendre qui a le grain fin, comme font les charbons de bois b’anc.
- On broie le charbon , pour en faire une poudre noire qu’on emploie dans la peinture.
- En calcinant des morceaux d’os & d’ivoire dans des vailfeaux clos , ils deviennent d’un très-beau noir, par la réverbération des fuliginofités fur la partie terreufe des os ; & quand ils font broyés , les peintres en font aufll un très-bon ufage.
- Tous les charbons font détonner le nitre ; 8c c’eft.pour cette raifon qu’ils entrent dans la compolition de la poudre’à canon.
- (17) On a déjà ofcfervé plus haut, que l’on ne faurait guere prouver l’exiffence de çct acide vitrielique.
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- ADDITIONS relatives à Fart du charbonnier. Par M. Duhamel du Monceau , de l’académie royale des fciences.
- y Uoiqne j'aie vifitê plufieurs groffes forges où l'on fond lamine & où Ton travaille le fer, je n'y ai pas fait un ajfez long fêjour pour connaître par moi-même certains détails, tels que la quantité de charbon qui efi né-cejfaire pour entretenir en feu ces grands fourneaux. J'ai donc été obligé de m'en rapporter à quelques mémoires qui m'avaient été fournis par des gens qui devaient, ' par leur état, en être infiruits. Il efi vrai que ces mémoires ne m'avaient été donnés que comme des à-peu-près ; car il efi certain que la confommation du charbon doit varier fuivant différentes circonftances, telles que la confiruBion du fourneau, la qualité du charbon , la nature de la mine. Cependant je foupqonnais que la confommation de la matière eombuftible , telle que je l'ai donnée dans l’art du charbonnier, était exagérée ; & je defirais la refireindre , finon à me quantité précife, ce qui ne me par affait pas pojjible pour toits les fourneaux, au moins à un terme moins éloigné du vrai , que ce que j'avais mis dans l’art du charbonnier.
- J'appris que M. Dangenoust , capitaine en premier dans le corps royal d'artillerie, ayant été chargé pendant plufieurs années de fe tranfporter dans différentes forges du royaume qui travaillent pour l'artillerie, il avait fidvi ajfidument le travail de ces forges , ê? tenu des mémoires exaBs de fes obffrvatïons. La confiance que j'avais au fentiment de cet habile officier > me fit efpérer qu'avec fin fecours je ferais en état de rectifier , dans l’art du charbonnier,^ qui regarde la confommation du bois pour le fervice des grojjes forges.
- M. Dangenoust, qui n'a pour objet que ce qui peut être avantageux au fervice , & utile au public, m'envoya fur le champ les mémoires que je me fais un plaifir de publier tels que je les ai reçus ; invitant ceux qui ont Part du charbonnier, cfe les joindre a la fuite, comme un article très-intéreffantpour ceux qui fe propoffraient d'établir des fourneaux pour la fonte & le travail des mines de fer. •
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- ADDITIONS
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- DETAILS fur la confommation du charbon pour les forges £5? fourneaux a fer , par M, DangENOUST, capitaine en premier au corps royal d'artillerie ; avec des réflexions utiles pour l'exploitation des mines de fer, des tentatives pour y employer du charbon de houille.
- Avant d’entrer dans le détail de la confomation d’un fourneau , il faut établir les mefures en ufage dans la province où l’on a fait les ob-fervations.
- En Champagne , la corde charbonnière a prefque par-tout S pieds de hauteur , 7 pieds de longueur ; & la longueur des bûches elt de 33 pouces.
- L’arpent de bois en coupe de 25 à 27 ans , produit environ 40 de ces cordes de bois.
- Par-tout on coupe , dès le mois d’octobre , le bois deftiné à être converti en charbon pour les fourneaux. On prétend qu’il y aurait de la perte à le laiiler trop long-tems fécher fur la vente ; ainfi la coupe qui commence au mois d’odtobre d’une année, eft ordinairement réduite en charbon & confommée au fourneau pendant les n mois fuivans. Cet ufage provient peut-être de l’impofîibilité où font les maîtres des forges , de s’approvifionner fufHfamment de bois pour avoir toujours une coupe en avance.
- On prend toutes les précautions qui font bien détaillées dans * Part du charbonnier, pour choilsr l’emplacement des fourneaux, les charger , les bouger, & cuire le bois qu’ils contiennent. Toutes les différences qu’on remarque quelquefois , coufiftent dans quelques pratiques particulières à chaT que fondeur ou dreifeur : elclave de fa méthode, il la croit, préférable à toute autre , quoiqu’aflez fouvent elle n’ait rien de plus avantageux que les autres pratiques. ,\
- Quatre cordes 8c demie de bois , & cinq au plus, des dimenflons rapportées ci-deTus, produifent une banne de charbon : cependant, lorfque le bois cft tortueux ou mal arrangé , il en faut iix.
- La banne contient 20 poinçons , dont dix doivent être combles.
- Le poinqon donc il s’agit , a 20 pouces de diamètre , fur 28 de hauteur. Le.poids du charbon varie trop pour évaluer celui'de la banne. J’en ai trouvé qui ne pefaient que 1400 livres > il cft vrai que le charbon était de bois blanc , qui cft fort commun en Champagne i mais dans le pays de Liège, entre la Sambre 8c la Meufe, on eftime que la banne pefe 25 60 livres.
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- A DA R T BU CHARBONNIER. 679
- On préféré pour les fourneaux le charbon de chêne,parce qu’il produit plus de chaleur , & que pour cette raifon il porte plus de mine.
- Très-peu d’ouvriers favent Pemployer à la forge, pour laquelle 011 recherche celui de châtaignier ou de bois blanc.
- Je 11’ai point vu jettcr le charbon dans l’eau ; on le conferve autant qu’it eft pofftble fous des hangars j & j’ai toujours vu les fondeurs diminuer la charge de mine fur la quantité ordinaire de charbon lorfq.u’il était mouillé : j’en trouve la raifon dans l'art du charbonnier, page 673.
- Un fourneau relie en feu, dans l’Angoumois & quelques autres provinces pendant huit mois au plus : la qualité des pierres ne foutient pas plus long-tems l’adion du feu animé par le vent des foufflets. L’ouvrage fe dégrade fouvent dès le troifieme mois ; & comme il s’agrandit proportionnellement au dommage qu’’il éprouve, on fondrait à perte , fi l'on voulait continuer » puifqu’en chargeant toujours la même quantité de charbon, on eft obligé de diminuer celle de la mine à proportion que l’ouvrage ou le creufet s’agrandit.
- Dans la Lorraine, la Champagne , la Normandie , le Luxembourg & le pays de Liege, un fourneau relie en feu au moins un an : quelques-uns fe foutiennent même deux ou trois ans y ce qui dépend de la qualité des pierres & de «celle delà mine.
- La confommation d’un fourneau en 24 heures, eft communément de-deux bannes & demie de charbon , ou de 3 bannes au plus, que l’on divile en 18 charges qui refient chacune un peu plus de cinq quarts d’heure à paffer.
- Il eft cependant bon de faire remarquer que cette quantité de charges n’efl pas la même dans toutes les forges : il y en a où l’on ne porte que 12 ou 14 charges en 24 heures ; mais comme elle font plus fortes, la confommation totale revient à peu près au même,* j’en excepte les forges à canons , où l’on obferve une manutention différente.
- Il fuit de ce qu’on vient de dire, qu’en comptant même fix cordes de bois pour obtenir une banne de charbon , il s’enfuivrait que l’entretien d’un fourneau ne monterait qu’a 6570 cordes de bois > ou 1095 bannes de charbon, pourlcs 365 jours d’une année.
- E'n comparant le produit en fonte de différens fourneaux que j’ai eo occafion de voir en travail , je trouve que le réfultat moyen eft de trois milliers en fonte de gueufe par 24 heures , & rarement autant en ouvrages moulés.
- Un plus grand produit , s’il y en a dans quelques forges , provient d’une1 mine plus riche , qui 11’exige pas une plus forte-confommation du charbon-
- On peut inférer de ces observations , qu’une bannesde charbon fert à
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- .fondre la quantité de mine fuffifante pour produire un millier de fonte on à peu près ; & qu’un fourneau en rend près de onze cent milliers dans une année.
- Je ine fuis propofé de connaître combien il y avait de déchet fur les matières expofées au feu d’un fourneau. Pour cela , j’ai fait mettre a part les crafles qui en font provenues pendant la fonte d’une quantité déminé connue dont on avait chargé le fourneau.
- E'1 ............fioooliv. ? gî00iIiv-
- En charbon,.. ... . . 2500 J Il en eft forti
- En 1 itier ......... 1837 ? 2/1‘Q-
- En fonte ............S
- Il s’eft donc perdu en évaporation ou autrement, ....
- L’objet d’un particulier qui éleve un fourneau, eft, ou de fondre la mine pour des ouvrages moulés, comme canons , mortiers , bombes, boulets , tuyaux, marmites , chaudières, contre-cœurs, & autres uftenciles j ou de couler fimplement de la gueufe , qu’il convertit en fer forgé.
- Dans le premier cas , j’ai détaillé la plus forte confommation de bois qu’il pouvait faire.
- Dans le fécond , il lui faut d’autres établiffemens & une nouvelle dé-penfe de charbon , pour l’opération indifpenfable de l’affinerie & de la chaufferie.
- On emploie une banne & un quart de charbon, pour affiner, chauffer & forger quinze cent livres de fonte, qui rendent un millier de fer > & en travaillant à double, c’eft-à-dire, jour&nuit, à une affinerie , on forge de 1600 à 1800 livres de fer : de maniéré qu’en déduifant les jours de fêtes, defécherefle , ou d@ gelée , pendant lefquels on 11e travaille point à la forge , on peut faire dans l’année quatre milliers de fer , qui confomment cinq cent bannes de charbon , ou 30C0 cordes de bois.
- En fuppofant donc qu’un fourneau , une affinerie & une chaufferie, foient en feu toute l’année , le maître de forge emploiera 9^70 cordes de bois. Mais avec une feule affinerie , il ne-'peut faire que 400 milliers de fer , pour lefquels il ne lui faut que 600 milliers de fonte : par conféquent il eft inutile qu’ibfaffe aller fon fourneau au-delà de ce qu’il lui faut pour l’entretien de fa forge. D’où il fuit qu’en le tenant en feu feulement pendant Gx mois , il fe procurera affèz de gueufe pour occuper fon affinerie toute l’année , avec feulement onze cent bannes de charbon , ou 6600 cordes de bois pour fatisfaire aux deux objets, à rai fon d’une banne dao millier de fonte, & d’une banne un quart par millier de fer.
- On peut juger d’après ce détail, qu’il faut deux affineries & une chaufferie ,
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- Tie, pour convertir en fer forgé , la quantité de fonte que rendrait un fourneau pendant une année *, & c’eft fur ce pied , & d’après lesobfervations que j’ai rapportées , qu’un maître de forge doit fe pourvoir de bois & de charbon.
- M. Dangenoust m\x déplus fait part de.quelques épreuves qui ont été faites pour cuire la houille, & la rendre propre à être employée comme le charbon de bois pour les grands fourneaux des forges. Ces expériences font trop intérejfantes aux maîtres de forges , pour ne les pas rapporter ici.
- On a^fait ( c'ejl M. Dangenoust qui parle) depuis dix ans à Saurbrick, des effaisfans nombre pour rendre la houille propre à être employée comme le charbon de bois, à fondre la mine de fer. M. Jars , de l’académie des fcienees, qui l’avait vu employer avec fuccès en Angleterre, a renouvellé cette idée à fon paflage par ici.
- J’ai été voir avec lui les établifTemens de Saurbrick j il rendra compte mieux que moi des fourneaux établis pour débarrafler la houille de fcs foufres & bitumes, & en tirer une huile, dont on prétend fe fervir pour différentes chofes.
- Nous avons appris fur les lieux, qu’on n’avait pu réuffir à fondre la mine avec la houille feule, quoique décompofée, mais qu?on s’en était fervi avec fuccès pour des fourneaux de poterie , en la mêlant à partie égale avec du charbon de bois , fur la quantité ordinaire de raine. Le produit en fer ayant été moindre qu’avec Je charbon, & le fer forgé de mauvaife qualité , on a pour ces raifons cefré d’employer pour les fourneaux du charbon de bouille* mais on a continné à.décomposer la houille, parce .que l’huile & le bitume qu’on a retiré , joint avec le charbon de houille qui peut fervir pour chauffer les appartenions * a dédommagé amplement du travail.
- Mais d’après les éclaircUTemens que nous a donnés M. Jars, 'M. de Hayange a mis de cette houille dans un de fes fourneaux pendant 34 heures dans les proportions fui vantes :
- 14 charges déminé, avec ^ dixièmes de charbon, & un fixieme de hoüille.
- 13 charges de mine, avec 2 tiers de charbon , un tiers de houille.
- 18 charges déminé , avec moitié de charbon, & moitié de houiile,
- Les deux premières proportions ont 'parfaitement réufîi ; la fonte a été belle , ‘8c le litier fort coulant » mais avec la derniere , la fufion a été p’us lente f ie creiifet plus embarrafle, les feories feêhes, & le fondeur affujetti à un travail continuel * cependant’la tbuyere toujours claire, f* Le produit élu fourneau a été à l’ordinaire. On a forgé les différentes fontes avec fuccès : elles fe font trouvées aifées à affiner. ♦
- Cette épreuve-aiîure qù-on peut tirer parti de la houille Jîour^éeono-TomelL Rrtr
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- mi fer le bois ; & qu’en.- changeant quelque chofe à la conftruélion intérieure du fourneau, ou parviendra à unefufion parfaite , fur-tout en donnant plus de châteaux étalages.. Elle invite, les maîtres de forges qui fe trouveront à portée des houillères , à tenter ce procédé , qui conduira peut-être à trouver des moyens: de fe fervir de la houille en plus grande quantité que le charbon de bois, lorfque les ouvriers feront plus expérimentés. fur la façon de l’employer.
- M. Jars a indiqué des moyens plus fimples de réduire la houille en charbon, que ceux qu’on emploie à Saur brick.
- M Dangenoust me marque qu’il a été témoin des efTais qu’on a faits depuis le départ de M. Jar.s , & qu’ils promettent, pour les fourneaux qui fe trouvent à portée des houillères, une grande économie fur le bois ; ce qui eft très à defirer pour le bien de l’état.. Déjà M. DE Hayange fe pro-pofe d’en faire ufage dans fes fondages.
- C’eftce qui m’engage à terminer ce- petit mémoire d’additions» par un de feu M. Jars , de l’académie des fciences, qui. a été adreifé à la compagnie par M. fon frere.
- MANIERE de préparer le charbon minéral y autrement appelle houille ,* pour le fubjîituer au charbon de bois dans les travaux métallurgiques , mi je en ufage dans les mines de Sainbel, fur les documens defeu MJars , de tacadémie royale des fciences r pratiquée ) perfectionnée gf décrite par -^/. Gabriel Jars , fin frere , intérejjé auxdites mines,.
- L’utilité des houilles ou charbons de pierre, eft depuis long-tems reconnue en France, & rend, précieufes les carrières de ce minéral qu’elle pofTede..
- On l’emploie dans les forges, & on le fubftitue avec avantage dans plufieurs cas au charbpn.fait avec le bois , dont il importe d’autant plus de diminuer la confommation, que l’on fe plaint avec raifon que la quantité en diminue fenfiblement dans le royaume, & que les forêts fe détruifent par les coupes „ fans être remplacées par des plantations équivalentes.
- Il ferait donc à defirer pour l’état, que dans tous les lieux à portée de fe pourvoir de charbons de pierre ou. de terre , on s’habituât à s’en fervir, à l’exemple de la» ville de Lyow , dans laquelle, depuis un certain, nombre à’années * le. peuple l’emploie, comme à. SnïnuEtienm & à.Smt-Qhmont *
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- à tous les ufages domeftiques ; ce qui produit une épargne pour le confom-. mateur, & un bénéfice pour le royaume.
- A plus forte raifon eft-il d’une grande importance qu’on puifle lefubfti-tuer au charbon de bois dans le traitement des mines , qui en exige une û grande quantité. Mais il fe préfente plufieurs inconvéniens ,• le charbon foffile , tel qu’on le tire de la carrière , nuit finguliérement aux opération* métallurgiques , & le plus grand de fes défauts elt de détruire une quantité confidérabie de métal dans les fontes.
- Les Anglais , qui ont beaucoup de mines de charbons de pierre & peu de bois, parailfent avoir été les premiers à faire des tentatives pour obvier à ces inconvéniens. J’ai vu dans un manufcrit fur fart d’exploiter les mines de charbon , que les premiers elTais faits à ce fujet , remontent à des dates très-anciennes i & Swedenborg, très-habile minéralogifte , en parle, mais comme d’un art qui de fon terns n’avait pas été porté à fa perfection.
- L’industrie des Anglais furmonta dans la fuite les difficultés, & ils ^parvinrent par des opérations aflTez fimples au but defiré , c’eft-à-dire , à ôter au charbon minéral fes qualités nuifibles à la fonte des métaux} ils reconnurent bientôt tous les avantages qu’apportait cette découverte : mais ils fefaient un myftere de leurs procédés, & la France à peine inftruite de leurs fuccès, n’en partageait point le bénéfice * lorfque feu M. Jars, de l’académie des fciences , & àlfocié de celle de Lyon, fut envoyé par le<mi-niftere dans tous les pays où l’on exploite les mines, pour y faire des ob-fervations fur divers objets relatifs à l’avancement des arts.
- Un des objets fur lefquels cet académicien crut devoir jetter les yeux, fut la maniéré de préparer le charbon de pierre , pour l’employer utilement dans les opérations métallurgiques ; il fit à ce fujet toutes les recherches poffibles, & me fit part de fes conjectures & des moyens qu’il imaginait pour arriver au même point que les Anglais. Un voyage que bientôt après nous.fîmes enfemble dans le Nord, fufpendit les expériences que je me propofai de faire fur cet objet dans les mines de Sainbel. Au retour de mon voyage , je ne tardai pas à m’en occuper > la réuffite de mes premiers eflais m’encouragea : je continuai les tentatives i j’eus bientôt la fatisfa&ion de voir que mes travaux n’étaient pas dnfrqdueux , & dans l’efpérance de les rendre plus utiles encore , je me fais un devoir de les foumettre au jugement fie L’académie, qui en alTurera le fuccès.
- Toute efpece de charbon foffile nuit aux fontes des métaux , quoique dans différens degrés , fuivant fes diverfes qualités ; le but que l’on doit fe propofer , eft de détruire les1 principes.nuifibles qu’il renferme, & de conserver ceux qui font utiles à la fonte.
- Sans vouloir entrer dans*une analyfeprofonde de ce minéral, on fait en
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- général qu’il eft, comme tous les bitumes, compofé de parties huileufes & acides i dans ces acides , on diftingue un acide fulfureux , à qui je crois que l’on peut attribuer principalement les déchets qu’on éprouve, lorfqu’on l’emploie dans la fonte des métaux. Le foufre & les acides dégagés par l’a&ion du feu dans la fufion, attaquent, rongent & détruifent les parties métalliques qu’ils rencontrent : voilà les ennemis que l’on doit chercher à détruire i mais la difficulté de l’opération confifte à attaquer ce principe rongeur , en confervant la plus grande quantité pofîible des parties huileùfes,^phlogiftiques & inflammables , qui feules opèrent la fufion , & qui lui font unies.
- C’est à quoi tend le procédé dont je vais donner la méthode ; on peut le nommer le défoufrage. Après l’opération, le charbon minéral n’eft plus à l’œil qu’une matière feche, fpongieufe , d’un gris noir, qui a perdu de fon poids & acquis du volume, deux obfervations qui paraiflent intéreflan-tes. Je remarquerai encore que ce charbon s’allume plus difficilement que le charbon crud , mais que fa chaleur eft plus vive & plus durable.
- Le charbon minéral ainfi préparé, fe nomme en Angleterre coaks, & fe prononce coks -, les Anglais s’en fervent ^vec avantage pour fondre dif-férens minerais > les orfèvres l’emploient pour fondre les métaux fins : on en brûle aufll dans les poêles & les grilles des appartemens.
- Le procédé, au moyen duquel le charbon de pierre devient coaks, eft facile en apparence j il ne s’agit que de faire brûler la houille, comme on brûle le bois pour faire du charbon i mais il exige une pratique bien entendue & beaucoup de précautions , foit dans la eonftruélion des charbonnières , foit dans la conduite du feu, fans quoi l’on n’obtient que des eeah imparfaits & incapables d’ètre employés utilement : ce qu’il eft aifé dé reconnaître à la feule infpeétion , & par le déchet que doit faire telle ou telle qualité de charbon , après des épreuves faites avec exa&itude , ainfî qu’on peut en juger par celles des houilles des mines de Rivedegier , dont if eft fait mention-dans le procès-verbal ci-après.
- Pour réuffir â obtenir de bons coaks , il eft de la plus grande importance , & même indifpenfable , d’avoir une bonne qualité de charbon qui foit exempt de pierre ou roche , c’eft-à-dire , tel qu’eft celui de Rivedegier , dénommé charbon de maréchal ; c’eft le feul dans ces mines qui foit propre pour les. forges & à l’ufage auquel nous le deftinons; car l’autre efpeee appellée charbon pérafyqm ne fert ordinairement que pour la grille , comme tenant plus iong-tems. au fèu, eft mêlé de beaucoup de piêrres qui lui donnent de la pefanteur. Le premier au contraire eft très-léger , luifknt & friable, en un mot , tel qu’il doit être pour s’en fervi-r avec avantage.
- La betute ou banne du charbon pérot, pelé' brut,. . 25.0 à 300 livres».
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- La benne du charbon de forge, . . T . . . . 270 à 280.
- -7 La benne des coakt. . . . ,......................170 liv.
- ' ^Lorsqu’on s’eft alluré de cette qualité de charbon , les ouvriers charbonniers 11e doivent point encore en négliger le choix; ils doivent en fé-parer la roche que l’on rencontre quelquefois dans les gros morceaux : on fait ce triage en les caffant. 1 ’
- ; Pour défoufrer la houille avec profit, il eft reconnu que les morceaux doivent être réduits à la groffeur de 3 à 4 pouces cubes, afin que le feu puilTe agir & pénétrer dans leur intérieur.
- - Après avoir formé un plan horizontal fur le terrein , on arrange ce charbon morceau par morceau ; on en compofe une charbonnière d’une forme à peu près femblable à celle que l’on donne pour faire du charbon de bois & de la contenue d’environ 50 à 60 quintaux , quantité fuffifante pour obtenir de bons coaks ; car j’ai obfervé, après diverfes épreuves , qu’en les fefant plus fortes, il en refte beaucoup après l’opération , que le feu n’a pénétré qu’en partie , & d’autres où il n’a pas touché. v
- Il en arrive autant, li l’on donne aux charbonnières trop d’élévation , quoique dans le même diamètre : l’inconvénient eft encore plus grand , fi comme je l’ai éprouvé, on place le charbon indifféremment & de toutes, groffeurs.
- Une charbonnière conftruite de la maniéré que je viens de l’indiquer ; peut & doit avoir 10 , 12 , jufqu’à 1* pieds de diamètre, & 2 pieds à 2 pieds demi au plus de hauteur dans le centre. "j < v< :
- Au fommet de la charbonnière , on laiffe une ouverture d’environ 6 à 8 pouces de profondeur, deftinée à recevoir le feu que l’on y introduit avec quelques charbons allumés lorfque la charbonnière eft achevée > alors on la recouvre, & l’on peut s’y prendre de diverfes manieresJ '
- Une'des meilleures & la plus prompte , eft d’employer de la paille 8c de la terre franche qui ne foit pas trop feche ; on recouvre toute la fur-face de la charbonnière avec cette paille , que l’on mlft affez ferrée pour qu’une épailfeur d’un bon pouce de terre que l’on jette par-deffus & pas davantage, ne tombe pas entre les charbons, ce qui nuirait à i’a&ion du feu. '• ,?'-
- A-défaut de paille, on peut y fuppléer par des feuilles feches ; mais on n’eft pas toujours dans le cas de s’en procurer. J’ai fait effayer au lit' de'recouvrir .avec des gazons ou mottes; mais il n’en réfulta pas un bo» effet ( 18 ).
- UNE'autre mthode qui, attendu la rareté & cherté de la paille , eft mife Sacs doute parce qy’oîi s’v prit mal.
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- C$6
- v A. D cD I T j 1)0 ms u
- en pratique aujourd’hui aux mines fie Rivedegier, par les ouvriers que les intérelfés des mines de .cuivre, y .emploient à .cette opération avec un fuc-cès que j’ai; éprouvé, êft celle de recouvrir les charbonnières avec le même charbon; cela fe fait comme il fuit : : • '
- L’arrangement de la charbonnière étant achevé, on en recouvre la partie inférieure depuis le fol du terrein jufqu’à la hauteur d’environ un pied avec du même charbon crud,, tel qu’il vient de la carrière & des déblais qui fe fout dans le choix; du gros charbon; le reliant de la furface eft recouvert avec les déchets 1 des coh qui .font en très-petits morceaux.
- Par cette méthode , on 11’a pasbefoin , comme par les autres , de pratiquer des trous autour de la circonférence pour l’évaporation de la fumée; les interftices qui fe trouvent entre ces coks y fuppléent, & font le même effet ; le feu agit également par-tout.
- Lorsque la charbonnière elf recouverte jufqu’au Commet , alors l’ouvrier apporte , comme il a été dit , quelques charbons allumés qu’il jette dans l’ouverture , & achevé d’en remplir la capacité avec d’autres charbons. Quand il juge que le feu a pris , & que la charbonnière commence à fumer, il en recouvre le fommet, & conduit l’opération comme celle du charbon de bois ,* ayant foin de reboucher les endroits où le feu a patfé , afin d’empêcher que le charbon ne fe confirme; & ainfi du relie, jufqu’à ce qu’il ne fume plus, ou du moins que ia'fumée en forte très-claire , ligne confiant de la fin du défoufrage. \,
- Pour toute cette manœuvre , l’expérience des ouvriers eft très-nécef-faire.
- Une telle charbonnière tient le feu quatre jours , & plufieurs heures de moins, li l’on a recouvert avec de la paille & de la terre ; lorfqu’il ne fume plus, on recouvre le tout avec de la poulîiere de charbon, pour étouffer le feu, 8c on le, lailfe ainfi pendant 12 ou 15 heures; après ce tems on retire les coh partie par partie, à l’aide de rateaux de fer , en féparant le menu qui fort à recouvrir d’autres charbonnières. 1
- Lorsque les coh font refroidis, on les enferme dans un magafin bien lcc ; s’il s’y trouve quelques morceaux de charbons qui ne foient pas bien défoufrés, on les met à part pour les faire paifer dans une nouvelle charbonnière : on en a de cette façon plufieurs en feu, dont la manœuvre fe iuocede. •.'< : r v ‘ o .• n -
- Trois ouvriers ayant un emplacement affez grand, peuvent préparer dans une femaine 3^0 jufqu’à 400 quintaux de coks.
- Il eit elfentiel de bien dépouiller le charbon minéral de la roehe & des pierres qui peuvent y ènre mêlées; car il eft arrivé , foit par défaut d’expérience des ouvriers , foit par leur négligence , que plufieurs charbon-
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- A L’A R T DU CHARBONNIER. 687
- nieres n’ont produit que des coh imparfaits , qui dans la fonte ont ocea-lionne beaucoup d’embarras ; d’où j’ai conclu que les acides deftrudteurs n’avaient pas été fuffifamment détruits , & que l’on n’en avait, pas féparé des pierres qui, ne fondant point, s’accumulaient dans l’intérieur du fourneau, ;
- J’en ai la preuve dans l’eflTai que j’ai fart de la bouille de Saint e-Foi 4’Ar-gentiere, à trois lieues de Sainbel, qui a préfenté les mêmes inconvéniens au bout de quelques heures de fonte, puifqu’elle eft unie à une grande’quantité d’une efpece de fchifte très-réfraétaire , & par conféquent peu. propre à cette opération j, au lieu que les coks produits de la bouille ehoifie des mines de Rivedegier , ont procuré dans l’a fonte des minerais de cuivre , tout le fuceès qu’on.pouvait- en attendre,, comme il eft prouvé ci-après.
- Par le décompte détaillé des charbons de terre des mines de Rivedegier mis en défoufrage à Sainbel depuis, fe 20 janvier ’ 1769 j jufq.u’au 10 mars fuivant, il eft conftaté que ces charbons perdent ou déehetent dans cette opération, de 35 pour 100 ; c’eft-à-dire , que 100 livres de charbons cruds-font réduites à livres de coks. Ce fait a été vérifié plufieurs fois 'aux mines de Rivedegier , où. depuis le premier avril 1769 , les intéreffés des mines dit Lyonnais occupent trois ouvriers à cette préparation.
- D’ou il réfui te que le quintal de ces coks, rendu à Sainbel tous frais faits„ achat du charbons façon des ouvriers, emplacement pour la préparation*, provifion & tranfport x revient à environ 44 fols poids de marc..
- Fonte de comparaifotu
- Le 7 mars 176$ , à deux heures & demie après midi, 011 commença læ fonte de comparaifon dans' deux fourneaux courbes ou à manche, d’une grandeur femblable , &• allant d’une égale vîteffe y on garnit l’un en coks , & l’autre en charbon de bois à l’ordinaire ; la fonte fut continuée jufqu’au 18 à la même heure elle avait été interrompue pendant. 13. heures le dimanche 12 , pour réparer & refaire les baffins d’avant-foyer & de réception. On employa donc pour le total de la fonte 251. heures-pour fondre en toutvOnze cent quatje-vingt deux quintaux de minerais mêlés' de la mine dit Filon & de celle de Chevinay rôtis à 4 feux, fuivant l’ufage, ci 1182 quintaux,.
- Savoir, v
- 6%2 quintaux dans le premier fourneau garni de; coks, ont produit en matte,. 114 quintaux, if' Ils ont Gonfommé 33.0 quintaux,- poids*
- „ ( de marc de coks , ce qui, à 44 fols fait 57v, | w . monter, la liépenfeà*. , . . , , , , , . 72éTivr.es>
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- 688 A 3D' & T T I O N' ST
- I
- 51a quintaux dans le fécond fourneau avec le charbon de bois , n’ont produit en tnatte, que 89 quintaux.
- > Ils ont confommé 316 voies de charbon de bois, qui à 47 fols prix commun, fait _____monter la dépenfe à ‘................. . 742 livre s i2rfols.
- n%i.
- ' D’où il ré fui te :
- Si f 10 quintaux minerais fondus avec le charbon de bois , coûtent 742 livres 12 fols, les 672 quintaux fondus de même , auraient coûté 978 livres, 9f f 8 d.
- Mais les 672 quintaux minerais fondus avec lès coks, n’ont dépenfé que...........................................725 Iiv.
- Donc , il y a un bénéfice dans une fonte de 12 jours &
- à un feul fourneau, de............................... 252 liv. 9 f. 8d.
- ce qui fait environ le quart.
- Le gain fur le tems eh encore un objet de conféquence, puifqué dans les tems de^ fécherelfe la riviere fournit fi peu d’eau , qu’on eft obligé de fuf-pendre les fontes jon a .donc un avantage réel dans l’opération : car, fi pour fondre f 10 quintaux de minerais, on a employé avec le charbon de bois 2ÇI heures, il aurait fallu, pour fondre les 672 quintaux, 330 heures trois,quarts.
- Mais avec les coks, les 572 quintaux ont été fondus en 251 heures.
- Donc, on gagne . . . . . . ... . ... 79 heures trois quarts,
- ou trois jours fept heures dans une feule fonte.
- Pour parvenir à reconnaître plus particuliérement l’emploi que l’on peut faire du charbon de terre au lieu de charbon de bois , dans'différentes opérations, de métallurgie, j’ai fait, après la fonte mentionnée'cj-deffus , fondre dans le même fourneau avec des coks, une partie d’un grillage de'matte de cuivre, de laquelle on a obtenu environ trois quintaux de cuivre noir, pour le raffiner, le fondre enfuite & le battre au martinet, à l’effet He reconnaître fi quelques portions acides, fulfüreufes, qui auraient pu refter dans les coks, n’altéreraient point le métal.
- Les trois quintaux de cuivre ont été raffinés fur le,petit foyer , fondus & étendus fous le marteau, autant qu’il a été poftrble, fans qii’011 y ait remarqué aucune fente ni gerfure.
- Toujours dans la même vue, on a fait rôtir.à part les .114 quintaux de matte , produits de la fonte du minerai avec les coks i 011 a obtenu le cuivre noir qui a été raffiné , fondu & battu fous le marteau comme le premier avec tout le .fuccès poffible ; d’où il 's’enfuit qu’il eft bien prouvé que les coks ne nuifent point à la qualité du cuivre, & peuvent être employés utilement. OBSERVATION <T.
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- OBSERVATIONS.
- En détaillant le mérite de l’opération, je ne dois pas en diflïmuler les inconvéniens. J’ai fait ouvrir les fourneaux, & j’ai obfervé que celui où l’on a fondu avec les coks, a été beaucoup plus endommagé que l’fetre, il s’agit é.Q l'ouvrage v& qu’il s’y eft formé dans l’intérieur , des cavités plus grandes.
- On ne s’étonnera point de cette différence , Ci l’on remarque que la chaleur des coks eft bien plus vive que celle du charbon de bois; mais pour peu qu’on réfléchifle fur cet inconvénient, il eftprouvé qu’il n’cft rien en com-paraifon des avantages qui réfuîtent de l’emploi de cette matière combuf-tible ; l’augmentation de dépenfe ne roulera que fur une réparation un peu plus considérable à la fin de chaque fonte, & fur la durée de Vouvrage des fourneaux, qui fera dans le cas d’être renouvellé chaque année, au lieu de ne l’être que tous les deux ans, fuivant l’ufage.
- Pour prévenir en partie cet inconvénient, & parce qu’il ne ferait pas poflible de fe procurer dans ce moment-ci la quantité de coh dont on aurait befoin, à raifon du fervice public qui a lieu journellement au bord des carrières de Rtvedegiev , j’ai trouvé qu’en le mêlant à moitié ou à tiers avec le charbon de bois, il en réfultait un très - bon effet; & cela fe pratique actuellement dans nos fonderies depuis le premier avril dernier avec fuccès.
- On comprend aifénient que le mélange dans la fonte des deux.matières combuftibles , 11e donne pas les mêmes avantages que l’emploi des coks feuls,* mais ils feront toujours alfez grands pour le faire préférer à tous égards au charbon de bois fans coks.
- Les ouvriers fondeurs en ont remarqué , comme moi , la différence , 8c donnent la préférence au mélange , pour avoir une fonte plus égale ; d’ailleurs, il eft confiant que, de quelque maniéré qu’on emploie les coks, ils accélèrent la fonte des matières ; les fourneaux fupportent une charge plus forte de minerais , fans augmenter la quantité de charbon, & la dépenfe eft moindre.
- Une autre obfervation très-effcntielie, c’eft celle du degré de chaleur qu’acquiert la matte ou maffe réguline dans l’intérieur du fourneau pendant le cours de la fonte, dont j’ai fait plufieurs fois la comparaifon dans les percées de l’avant-foyer au baffin de réception ; de cette augmentation de chaleur réfulte un très-grand avantage.
- On conçoit que la matte plus échauffée fe purifie & fe dégage d’autant plus des parties fulfureufes qu’elle renferme; on l’obtient, il eft vrai, en ipoindre quantité, mais elle eft plus riche en métal, d’où naît néceffaire-Tomc IL S s s s
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- ment l’éconnomie du bois dans les rôtiffages qui fuivent l’opération, & du charbon dans les fontes.
- Les Anglais fondent la plupart des minerais de fer avec les coks, dont ils obtiennent un fer coulé excellent, qui fe moule très-bien : mais jamais ils ne font parvenus à en faire un bon fer forgé.
- Les coks ont donc leur utilité pour tous les ouvrages qui fe jettent en moule. Feu M. Jars , dans la tournée qu’il fit en 1768 , dans les forges d’Alface, en fit faire un elfai qui réuffit très-bien.
- Les Anglais ont encore une autre méthode de préparer le charbon de terre pour les fontes , dont ils retirent non - feulement les coks, qu’ils nomment pour lors cmders , mais encore la partie grade, avec laquelle ils fabriquent du goudron. Cette opération fe fait par la diftillation .dans un fourneau fermé. Les Liégeois, à leur exemple , fuivent cette méthode depuis un an, & emploient avec fuccès les coks dans la fonte des minerais de fer*
- De toutes ces obfervations, il réfulte qu’indépendamment du bénéfice que la nouvelle méthode introduit dans le traitement des mines, elle affine une diminution de confommation en charbons de bois : ce qui doit, avec le tems, faire bander le prix de ces charbons. On peut objeéter qu’en même tems cela fera haurfer celui du charbon de terre: mais cet inconvénient n’elf que momentané. Il eft naturel de penfer que, pour profiter de cette confommation, les propriétaires des mines extrairont une plus grande quantité de charbons , qui ramènera bientôt l’ancien prix.
- Il n’en eft pas de nos mines de charbon comme de nos forêts ; leur abondance eft bien reconnue ; mais c’eft un nouveau motif pour exciter à la recherche de nouvelles carrières , pour faciliter l’exploitation, & pour encourager ceux qui , en fecondantles vues du gouvernement, travaillent à la perfection des arts.
- Envoyé à l’académie, par M. Gabriel Jars, le 9 janvier 1770*
- IIWII IIII IWUTTIUM'IHIH 'IWFWIhWJ
- EXPLICATION DES FIGURES.
- Cette planche repréfente une vente, un ourdou, ou un taillis qu’on abat pour en faire du charbon.
- Figure 1, dredeur qui, avec un pie a , applanit l’endroit où on veut conC-truire un fourneau : a diamètre du terrein que doit occuper le fourneau: f], perche plantée au milieu de ce terrein ; nous l’avons nommée le mât: dd., les premiers bâtons qu’on a dreffés contre la perche. Ils doivent être de bois fec.
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- A L> AIR T D U CHARBONNIER. 691
- Figure 2, un homme monté fur un fourneau, ou plus exactement, fur une alumelle , y arrange le bois de la quatrième couche. Cette alumellc a déjà trois couches finies , f g h-y l’ouvrier travaille à la quatrième i. On ap-perçoit au centre l’extrémité fupérieure du mât. Kq9o l’endroit où il a lailfé un vuide qui s’étend jufqu’au mât, pour mettre le feu au fourneau. On y voit un bâton qu’on retire pour fourrer , dans cette efpece de foyer , des branchages fecs , des broulfailles, des feuillages. On apperçoit encore fur la troïfieme oouche h un tas de bâtons , ainfi que fous le bras de l’ouvrier : c’el^ le bois qu’il doit arranger.
- Figure 3 eft un fourneau qu’un ouvrier eft occupé à bouger ou à habiller. La partie / m eft bougée , la partie n o ne l’eft pas encore: / eft la pelle avec laquelle il place la terre : m eft une échelle pour monter fur le fourneau quand il eft nécelfaire. On ne s’en fert ordinairement que quand le fourneau eft allumé: avant ce tems on peut marcher fur la terre. En 0, tout autour de la perche , on-laide un petit efpace qu’on ne couvre point de? terre, & par lequel s’échappe la fumée.
- Figure 4 eft un fourneau entièrement bougé, & où on a mis le feu depuis peu: la fumée n’a d’ilfue qu’en pp, autour de la perche: quand elle eft chargée d’humidité , elle eft fort épailfe , comme on le voit en q q.
- Figure 5 repréfente un fourneau où le feu eft déjà depuis du tems, & qui s’eft affailfé : rr, trous qu’on a faits avec le manche de la pelle pour déterminer le feu à fe porter de ce côté - là : la fumée fort de ces trous. On les a faits dans la figure plus grands qu’ils ne devraient être, par rapport à la grandeur du fçurneau j mais cela a paru nécelfaire pour les rendre plus fenfibles. L’ouverture du haut du fourneau eft fermée.
- Figure 6, 7, 8. On voit trois ouvriers occupés à refroidir un fourneau cuit. L’ouvrier 6 tire, avec un arc s, une partie de la terre de deflus le fourneau. L’ouvrier 7 fuit le précédent, & découvre davantage le fourneau avec un rablew. Enfin l’ouvrier 8 qui fuit, rejette, avec une pelle x, fur le fourneau la terre que les autres en ont ôtée.
- Figure 9, abattfeur de bois. Cette opération fe fait avec une coignée. Le bûcheron coupe les bâtons ou bûches de longueur avec une coignée, fî le bois eft gros j & aveo une ferpe ou un volin , s’il eft menu.
- Figure 10 , on voit comme les bûcherons arrangent le bois en dos-d’âne, a mefure qu’ils l’ont coupé de longueur. 1 f
- Figure iï,yy , corde de bois drefiée: zz, autre corde de bois qui a ete mefurée , ce qu’on reconnaît aux morceaux de bois qui font couchés delfusî &, ’ pieu vertical & un arc-boutant pour foutenir le bois de la corde.
- Figure 12 , brouette chargée de bois.
- La planche au-deffous de la vignette repréfente les outils dont fe fervent les charbonniers. Ssssij
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- Figure- î 3 > Ta brouetté e if grand. Il C les deux bras ; K L , 2TL, les d'eux grands montans qui forment les pieds au-deffous de la brouette } MM, les - petits mo-ntans qui s’affemblent au-deffous de la brouette avec les grands.
- Figure 14 , la banne jaugée N OPQ, qui fert à voiturer le charbon. Oit voit auprès de Q les deux volets du devant, qui forment renfoncure de la banne. Ces deux volets font repréfentés ouverts : auiïi voit-on le charbon, qui tombe en Q. Les volets de derrière font fermés.
- Figure 14 *. R ST V marquent le plan de l’enfonçure de la banne jaugée , & les quatre volets 5 XX TT eft une des deux pièces égales & pareilles , qui ferme un des bouts de la banne , & X T fait voir la profondeur de la?, banne. TT étant plus grand que X X, fait voir auiïi que la banne eft pluf large par en-haut que par en-bas.
- Figure if , deux morceaux de bois coupés de longueur pour en faire du. charbon. A B eft coupé en gueule du côté de A, & en onglet du côté de B. àheCc coupé en onglet aux deux bouts. Quand ils fout ainfi coupés, le bois; s’arrange mieux.
- Figure 16 , arc D € : e?eft un grand rateau, dont les dents de fer ont 7 à 8 pouces de longueur.
- Figure 17 ,. râble H , femblahle à celui que les jardiniers emploient pour unir les allées.
- Figure 18, pic G, dont le fer fe termine en pointe.. Les charbonniers fe fervent aufti de pioches dont le fer eft large & coupant.
- Figure 19, pelle L.-Les charbonniers fe fervent de celles qui font en ufage dans le pays où ils travaillent. '
- Figure 20 ; eette figure fert à expliquer comment feraient conftruits les fourneaux, Ci on mettait les morceaux de bois horizontalement, & à faire appercevoir les défauts de cette méthode.
- Figures' Zi ^ 21 * repréfentent des mulets différemment chargés de facs remplis de charbon.
- Figure 22, un fourgon pour le tranfport du charbon.
- ligure 23 indique comment, dans certaines forêts, on raflemble plufieurs perches au centre du- fourneau, au lieu du mât e,fig. i.Le vuide qui eft entre ees perches , eft rempli de menu bois fec, pour que le feu fe porte promptement dans- Taxe du fourneau: il y a des charbonniers qui appellent alfez exactement cet efpace vuide , cheminée lu fourneau. .
- Figure 24. Dans d’autres forêts, on forme la cheminée de T’axe avec des Mcftes qu’on pofe-horizontalement, ce qui fait une cheminée triangulaire qui s’eleve jufqu’au haut du mât , & on remplit cette cheminée triangulaire avec du menu bois fec.
- Ftgune<2 f eft la coupe perpendiculaire. d?un fourneau, tel que celui de la fig. 3*, ce qui forme un plan à peu près triangulaire, qui palfe par l’axe du fourneau & par les. lettres n op des figures 2 & 2*
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- X C93 X
- EXPLICATION
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- De quelques termes qui ont rapport a l'Art du Charbonnier.
- A
- Allumelle (19). C’eft ainfi que les charbonniers nomment leur fourneau quand il 11’eft que commencé ; il ne prend îe nom de fourneau que quand il eh bougé.. Les alumelles font ordinairement formées de quatre étages de bûches pofées les unes fur les autres : fur le premier étage, qui fait la bafe , s’en éleve un fécond qu’on nomme écliffe (20) ; le troifîeme eft \e grand hault } le quatrième eft 1 q petit hault. Il paraît que le mot alumelle vient de ce que ce tas de bois eft deftiné à être allumé.
- Arc (21). C’eft un rateau à grandes dents de fer, dont les charbonniers fe fervent pour ôter la terre de delfus leur fourneau quand le charbon eft cuit : il fert encore à charger le charbon dans les rafées ou paniers.
- B
- Banne (22) , voiture roulante qui eft figurée comme un coffre, jaugé peur favoir ce qu’il tient de charbon. Le fond des bannes s’ouvre comme des trappes qui tombent en bas lorfqu’on veut décharger le charbon.
- A Paris on appelle du charbon de banne tout celui qui arrive par charrois » pour le diftinguer de celui qu’on apporte en facs à dos de mulet, ou en bateau par la riviere.
- Bouger ou habiller ou feuiller (23) un fourneau , eft couvrir le bois qui eft arrangé en alumelle avec de la terre tkdüfrafîl, & quelquefois des feuilles.
- Braise (24) , bois à demi brûlé , ou charbon trop confumé. C’eft dans ce fens qu’on dit , de la braife de boulanger, de loi braife de foyer.
- On appelle auffi de la braife les charbons qui brûlent dans l’âtre après que le bois eft confumé i c’eft dans ce fens qu’on dit: chaud comme braife.
- A Paris fur les ports, on appelle aufil de la braife les charbons brifés &
- (19) En allemand , ein zünder. (2;) Ail. den meiler bedecken t bckleir
- (20) AU. die fcliindel. den , belaubm.
- (21) Ail. bogen. (24) AU. Jchlechte kohlen„
- (22) Ali, ein karren, oder fuhrverck.
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- réduits en petits morceaux , qui font néanmoins trop gros pour faire du pouftier.
- C
- Charbon ( 2f ) , bois à demi confumé , qui ne répand point de Fumée , mais une vapeur délice , & qui ne produit qu’une flamme ténue, & ordinairement de couleur bleue.
- Le charbon foilïle , qu’on appelle communément charbon de pierre ou de terre , eft une terre chargée d’une fubftance bitumineufe & inflammable.
- Charger un fourneau ( 26 ) eft arranger le bois pour former une alumelle. Voyez Alumelle.
- Cheminée du fourneau ( 27 ) , eft l’efpace vuide qu’on conferve dans l’axe du Fourneau pour laifler échapper les premières fumées.
- Corde ( 28 )• C’eft une certaine mefure de bois deftiné à être brûlé. On arrange les morceaux de Jbois parallèlement les uns aux autres entre deux piquets pour en faire un parallédpipede. La corde deftinee pour l’appro-viûonnement de Paris doit avoir quatre pieds de hauteur , huit pieds de longueur , & les morceaux de bois doivent avoir trois pieds & demi de longueur, ce qui fait un folide de cent quarante pied'; cubes. Le bois d’’Aude Ue, qui fe vend à Paris au compte , n’a que deux pieds & demi de longueur.
- On dit : ce bois fera de bonnes cordes, quand il eft d’une grofleur convenable pour brûler , & qu’il eft bien droit. La corde à charbon eft faite avec du menu bois qui n’a ordinairement que deux pieds 8c demi ou trois pieds de longueur , & communément la corde a huit pieds de couche fur quatre pieds de hauteur ,• cequifait, quand le bois a trois pieds de longueur , quatre-vingt-feize pieds cubes. J’ai dit communément, parce que les dimenfions de la corde & la longueur du bois varient fuivant les différentes provinces. Le bois tortu ne fe corde pas bien.
- Cuire le charbon , c’eft mettre le feu au fourneau & le conduire de façon que le bois fe convertille eu bon charbon. Quand cette opération a bien réufli, les charbonniers difent qu’ils ont fait un bon cuifage.
- D
- Dresseur ( 29 ). Les charbonniers appellent ainli celui qui trace & unit le terrein fur lequel 011 doit élever un fourneau. Comme c’eft un des plus
- (aO AU. kohlen. (28) AU. faden.
- (26) AU. einen meiler aufrichteti. (29) AU. zuriç/iter.
- (27) A.ll.fc/iornJ}ein des meilers.
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- ( «9Ï )
- habiles ouvriers, c’eft lui nuffi qui dreife & arrange le bois pour former l’alumelle.
- E
- Eclisse ( 30). Le fécond étage débuchés. Voyez AlumeUed
- F
- Faulde (31). On nomme ainfi les places à charbon , ou les endroits où l’on aifeoit les fourneaux & foiTes charbonnières.
- Fosses charbonnières ( 32), la même chofe que faulde. On fe fert encore de ce terme, quoiqu’on ne cuife point le charbon dans des folles.
- Fourneau (33 )• On appelle ainfi la pyramide de bois, quand elle eft bougée , habillée ou couverte de terre. On dit : mettre le feu au fourneau, rafraîchir le fourneau , vuider le fourneau.
- Foyer du fourneau ( 34), eft l’endroit par où on met le feu.
- Frasin ou Frasil ( 3 0» ou j fuïvant Furetiere , fraisil , en Angou-moisFOlsiL. C’eft du charbon menu, ou de labraife, ou du pouflier mêlé avec de la cendre & de la terre qui a fervi à couvrir le bois. Il y a dés charbonniers qui habillent ou bougent prefque entièrement leur fourneau avec du frafil.
- Fumeron (36) : c’eft un charbon qui n’étant pas alfez cuit, tient de la nature du bois , répand de la fumée , & produit de la flamme,
- G
- Grand hault (37), troifieme lit de bûches qui forment une aluni elle. Voyez AlumeUc.
- H
- Habiller un fourneau. Voyez bouger.
- O
- Ourdûn (38)5 vente qu’on exploite. Ce terme n’eft pas ufité dans toutes les forêts. Voyez Vente.
- P
- Petit hault ( 39 ) , quatrième lit ou étage de bûches qu’on éleve pour
- (30) Ail. die fchindel.
- (31) Ail. meiler-platz.
- (32) Ail. kdhler.graben.
- (33) Ail. wciler , kohlenoffen. (3 4) Ail. heçrd des mcilers.
- (35) Ail. ungereinigte àfeher.
- (36) Ail. ein râucher.
- (37) Ali. dafsgrojjen obin.
- (38) Ail. kühkrgchàus.
- (3 9) Alt dafs kleine obéré.
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- C )
- former un fourneau. Voyez Alumeile.
- Place a charbon ( 40). Voyez Fauîâe.
- Poussier (41 ). On appelle ainfi, dans les endroits où l’on vend & débité le charbon, celui qui eft réduit en pouiiiere ou en fort petits morceaux.
- R
- Rasée ou panerée de charbon , iynonyme de verfe.
- V
- Vente (42), étendue de terrein qu’on détermine dans une Forêt , eu dont on adjuge la coupe. Les officiers des eaux & forêts vont alfeoir les ventes. On divife une forêt en ventes & coupes réglées. Les adjudicataires font obligés de vuider les ventes dans un tems fixé. Il y a tous les ans tant d’arpens en vente , &c.
- Verse. Une verfe eft une manne qui contient environ livres pefant de charbon.
- (40) AU. rutiler plat*. (42) Ail. holtzfchlag.
- (41) Ail, kohlenjiaub.
- FIN de P Art du Charbonnier.
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- A-D D £ T $ O N- S.
- METHODE T épurer le charbon de terre 1 pour remployer dans la fonte des mines de fer.
- O U
- Maniéré d’enlever le bitume & le foufre du charbon de terre, pour le rendre propre à la fonte du fer.
- Extrait du chapitre XII du Traité de la fonte des mines par le feu de charbon de terre, ou traité de la conJlruBion- & ttfage des fourneaux propres à la fonte 8? affinage des métaux & des minéraux par le feu du charbon de terre ;par M. de Gensanne , conceffionnaire des mines d'Alface & comté de Bourgogne , tom. I.
- Tout l’art de cette préparation confifte à dégager le charbon de terre de fa furabondance de matières bitumineufes, & fulfureufes qui le rendent trop gras ou trop a&if, lorfqu’oiv l’emploie dans fon état naturel à la fonte des matières métalliques, dans les fourneaux à manche, où il fe trouve mêlé parmi ces. dernieres matières : ce qui eft caufe que les fontes font pâteufes , que le métal fe brûle & ne s’épure point des fcories, qui elles-mêmes ne fopt point affez liquides pour couler hors des fourneaux.
- Ce principe une fois.conftaté , ileftaifé de, concevoir que ce n’eft que par la voie de la-diftillation & de l'évaporation libre tout à la fois , qu’on peut parvenir à féparer ces deux matières du. charbon: ( le foufre & le bitume}. Et comme l’une de ces fubftances eft fixe & i’autre volatile , & qu’il s’agit de les féparer toutes deux à la fois» dans une feule opération en grand, on fent combien il:était difficile detrouver un expédient qui remplît en même tems ce double objet.
- On,a;, vainement tenté en,France ,, en Angleterre & ailleurs, de cuire le charbon en meules, comme:celui de. bo.isf,.en couvrant les tas.avec de la terre & du gazonnage. Ces couvertures n’interceptaient point affez le con-taél de l’air, pour empêcher que le charboffune fois échauffé, ne s’embrafât tout:à-coup , & ne fe réduisît en cendres s & fi par des foins particuliers, on parvenait à empêcher ce contaél, le charbon ne s’allumait pas & ne fe cui-îait pointi enforte qu’on a toujours été forcé d’abandonner cette méthode, Tome JI. Tttt
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- A D D I TI O N S
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- que M. Jars détaille dans le cayer du fupplément à l'art du charbonnier , dans les defcriptions de l’académie.
- Il était réfervé à M. le prince de Nassau Saarbruck , de furmonter toutes ces difficultés , par fa confiance & par les dépenfes considérables qu’il a faites pour y parvenir. Les uiines que. ce prince a fait confiraire à- la forge âe SuItzbach, & que nous avons examinées avec attention , nous ont paru également ingénieufes & propres à remplir toutes ces vues.
- Dans un hangar bâti exprès, on a confirait plusieurs fourneaux atte-nans les uns aux autres, placés fur un même alignement, & dont nous donnerons ci-après la conflrudion & l’ufage. Il y a toujours au moins trois de ces fourneaux allumés pendant que les autres fe refroidirent.. Lorfque le charbon efl à moitié cuit dans les trois premiers, on met le feu aux trois autres; & à demi cuidbn de ceux-ci, on allume les trois derniers. Et comme ïa cuiflbn dure fouvent trois fois vingt-quatre heures, il arri ve que chaque jour", on retire le charbon cuit de trois fourneaux, qu’on en charge trois autres, & que le charbon cuit dans trois autres. D’où l’on voit qu’il yamu moins neuf fourneaux en tra vail pour l’entreti en de la forge.
- Il efl vrai que le fourneau ne confomme point tout le charbon que l’on cuit chaque jour , ainfi que nous le verrons bientôt; mais comme on efl obligé de faire de tems à autre quelques réparations aux fours à cuire, on a la précaution de faire une provifion de charbon d’avance , pour ne point être expoféà un chommage qui, comme on fait., efl fort coûteux dans une forge.
- Ce charbon perd à la cuiflbn environ un huitième de fa pefanteur; & fera poids , lorfqu’il cft cuit, efl à celui du charbon de hêtre , à-peu-près comme 5 efl à 3.
- Comme le fourneau , où Ton tente de perfectionner le charbon de terre pour le rendre propre à la fufion des métaux & pour échauffer les poches, efl allez compliqué , au lieu d’achever de copier la defbription , telle que la donne M. de Gensanne, je vais tenter de l’éclaircir ; i°. en fefànt confi-dérer les parties extérieures de ce bâtiment, 2°. les parties intérieures. 3*. Je' ferai des obfervations fur le plan géométral. 40. Je détaillerai l’ordre & les dimenfions de chaque partie. çc. Je rapporterai les obfervations générales de M. de Gensanne fur les ufages de la cornue; 6°. En&n j’indiquerai l’ufage du charbon de terre pour la fonte des mines-
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- A Ü A R T DU CHARBONNIER, 69?
- Article premier.
- Defcription des parties extérieures du batiment.
- Tl paraît que ce fourneau ingénieux a été conftruit fur le module des Fourneaux ordinaires de coupele. En eifet, ce que nous appellerons ornue pour épurer le charbon , n’eft qu’une grande moufle de terre, dont le fol eft incliné , & qui ne reçoit la chaleur qu’à travers fes pores. Voilà une idée générale du fourneau, examinons fes dehors.
- Dans la figure 1, planche 1,011 voit le plan de la Face antérieure d’un fourneau. Le mur B C DE a quatorze pieds de haut. Dans la partie fupé-rieure, on voit quatre ancres ou tirans de fer A A A A. Au-dclfous on apper-çoit lîx ouvertures ; les quatre fupérieures font garnies de portes de fer , les deux inférieures F F font deftinées à fervir de cendrier & de foupirail pour attifer le feu. Au-delfus de chaque cendrier eft l’ouverture H H pour mettre fur la grille de fer le bois ou le charbon de terre qui doivent échauffer la cornue. Les deux ouvertures du milieu GG ne fervent que pour remplir la cornue du charbon de terre que l’on veut épurer.
- La fig. 2 , planche 1, repréfente la face extérieure du derrière du même fourneau. On n’apperqoit que le mur à la même hauteur. On y voit également les quatre ancres ou tirans de fer 1111, qui traverfent les murs du fourneau. Au bas de ce mur & à deux pieds de diftanee, l’on voit la marmite JF, où tombent l’huile & le bitume qui s’écoulent de la cornue. Contre le mur eft adolfé un tuyau ou foupirail NM L , par lequel s’exhalent les vapeurs fuîfureufes. Comme la cornue n’occupe qu’à peu près la moitié du bâtiment, on a ménagé au-delfus une chambre, pour recueillir la fuie, ou le noir de fumée précieux , qui fert à faire le noir d’imprimeur, ou le bleu d’Erlmgheiu On voit la porte d’entrée de cette chambre O, environ à 9 ~ pieds au-delfus du rez-de-chaulTée. Au-delfus, on,a élevé un canal de cheminée , par où s’exhale la fumée furabondante du feu qui rougit la cornue P,
- Article II.
- Examen des parties intérieures.
- La figure 3, planche 1 , repréfente le plan du fourneau, lorfque l’on a abattu le mur de face de la fig. 1.
- A repréfente la bafe. inclinée de îa cornue , qui a la forme d’un V , pour faciliter l’écoulement du bitume dans la marmite ; fa partie fupérieure eft formée en niche. Cette cornue de terre n’a que deux pouces d’épaifleur
- T tft ij
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- ADDITIONS
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- 'dans le haut, trois pouces d’épailleur à fa bafe, & deux pouces & défiai dans fes côtes. B efl le maflif de maçonnerie qui foutient la cornue. C e& l’ouverture du cendrier, Z eft la grille de fer où l’on allume le feu pour rougir la cornue. D repréfente la flamme & la fumée qui s’échappent, au centre de la voûte de maçonnerie, & qui pénétré par une ouverture de huit pouces dans la chambre fupéiieure E. La fumée Ce répand enfuite dans les chambres voiftnes par les ouvertures F. Enfin, la partie la plusfubtile s’échappe par la cheminée G,
- I & K repréfentent les murs de refend qui féparent les fourneaux & les chambres où fe dépofe la fumée.
- Apres avoir examiné la coupe du fourneau dans fa largeur, il faut con-fidérer dans la fig. 4 , planche 2, le profiL de ce même fourneau coupé par le milieu dans fa longueur.
- A repréfente le maffif de maçonnerie en talut •, B eft la bafe de la cornue qui eft faite en V, & qui outre cela eft inclinée du côté de la marmite. On voit la forme de la voûte de cette cornue qui eft de terre-glaife blanche. C 8c D font les deux fenêtres qui fervent pour remplir la cornue du charbon de terre que l’on veut épurer. F repréfente l’ouverture quarrée de huit pouces , qui eft faite au centre de la voûte en maçonnerie , pour faire exhaler la flamme & la fumée des matières qui brûlent fur les grilles pour rougir la cornue.
- L’on apperçoit i°. que la cornue eft percée dans l’endroit le plus bas, en fi 2°. que l’on y place un tuyau F G, que l’on recouvre de quelques pouces de terre-glaife •> 30. & qu’enfin ce tuyau perce le mur & dirige les matières bitumineufes dans la marmite H, tandis que les parties fulfu-reufes s’exhalent par un fécond tuyau extérieur 1K, adolfé contre le mur.
- Article IIL
- Examen dut plan géométral, Jig. f , 6 & 7 , planche 2.
- Dans ces figures l’on a réuni trois fourneaux de la même efpecc , pour montrer l’enfemble des ufines.
- EF 8c G H repréfentent les murs du hangar ou halle fous laquelle on doit établir les fourneaux. Dans la même planche on a rapproché ces murs du plan géométral des fourneaux ; mais on a indiqué les vraies diftances , en marquant que le mur E F doit être éloigné du mur A B de neuf pieds, & que le mur G G du hangar doit être éloigné de dix pieds du mur CD des fourneaux. Si l’on excepte cet article, le plan géométral & toutes les figures précédentes peuvent fe mefurer à-peu-près exactement fur la même échelle.
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- Dans la fig. ?, l’on voit le plan du fourneau tracé fur les fondations en maçonnerie , lorfqu’elles font parvenues à la hauteur du rez-de-chaulfée.
- La fig. 6montre le plan du fourneau, lorfque les murs font élevés à deux pieds fur terre ; l’on voit en Z les barres de fer qui font fur le vuide du cendrier , & qui doivent fupporter la grille.
- Dans la fig. 7 on voit les dix barreaux de fer qui forment la grille fur laquelle on fait le feu pour faire rougir la cornue. L’on a défigné d’une maniéré particulière tout ce qui eftgros murs, avec leurs arrondiffemens,&c.
- Article IV.
- Manière de cmjtruire les fourneaux propres a préparer le charbon de terre pour le mettre en état de fondre des mines de fer , &c.
- Quoique l’on doive toujours conftruire à la fois environ neuf fourneaux àdojfés & attenans les uns aux autres fur le même alignement, pour fe procurer laquantitéde charbon préparé qui eft néceifaire , cependant nousne donnerons le détail de la conltrudtion que d’unfeul fourneau , parce que tous les autres doivent être bâtis fur le même modèle & placés fous la même halle Ou hangar, qui aura trente pieds de large dans œuvre, & une longueur proportionnée au nombre des fourneaux.
- Du bord intérieur du mur du hangar au mur de face où l’on charge les fourneaux , on laiïlera un intervalle de dix pieds -, & du bord extérieur du mur de face des fourneaux au bord extérieur du fond du même fourneau, l’on donnera huit pieds & demi v & de ce bord à la façade intérieure du mur du hangar, on donnera neuf pieds de diftance. Tracez enfuite vos parallèles AB, CD, dans lefquelles vous devez élever le nombre de fourneaux qui vous font nécelfaires.
- i°. Il faut creufer fuffifamment les fondations entre ces lignes parallèles A B, CD, jufqu’à ce que l’on ait trouvé un terrein folide pour les affeoir.
- 2*. Il faut faire dans tout cet efpacé un malfifde bonne maçonnerie, juf-qu’à ce que l’on foit parvenu au niveau du rez-de-chauffée du terrein où l’on veut affeoir les fourneaux.
- 3*. On tracera fur ce maflif de maçonnerie le plan de chaque fourneau, & fur-tout du cendrier qui doit relier vüide. Ce cendrier doit avoir fix pieds de profondeur , à compter depuis le bord extérieur du mur de face , quinze pouces de largeur dans le fond , & trois pieds d’élévation.
- 4\ On élevera enfuite le relie du malîif de la maçonnerie d’environ un pied de hauteur.
- 5 e. Il faudra tracer fur ce maffif le relie du détail des fourneaux : c’eft-à-
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- dire , i°. les-rtiurs de face & du fond ,rqui doivent avoir dix-huit pouces d’é-pailfeur; 2°. les murs de féparation de chaque fourneau, qui doivent avoir quinze pouces d’épailfeur; 30. il faudra laitier une ouverture en quarré de fix pouces , tant fur le fond du. maffif qui fupporte la cornue , que dans le mur du fond du fourneau. Gette ouverture marquée de la lettre S,fg. S, 6 çfi 7, fervira pour placer un tuyau '..pour l’écoulement du bitume de la cornue dans la marmite. Ce trou doit être élevé à neuf pouces au-delfus du fol ou hors du mur , & à douze pouces en dedans du mur du fond du fourneau. Voyez la Jîg. 4, qui donnera le détail de ce plan incliné de maçonnerie, auquel on donne une pente d’environ un fixieme de fa longueur. Parvenu à ce point, l’on arrondie en niche les murs du fond du fourneau, comme ii eft marqué par la lettre P, dans les figures f & 6. On éleve le mur arrondi perpendiculairement de trois pieds de hauteur, pour y former la naitfance de la voûte, dont la coupe verticale eft défignée dans ]<ijig. A.
- 6°. Dans le tems que l’on éleve le mur du fond du fourneau , il fautaufïï élever i°. les murs de face & ceux de refend ou de féparation. On obfer-vera de placer les pierres plates qui doivent couvrir les portes des cendriers , lorfque le mur de face fera élevé à deux pieds de hauteur, ninfi qu’on le voit marqué en G, jîg. 3. Sur ces traverfes on mettra fix barreaux de fer, qui auront quatre pieds de long & un pouce en quarré. Les fix barres doivent former le grillage , fur lequel doivent s’allumer les matieresfqui doivent rougir la cornue.
- 7°. Parvenu à ce point, égalifez toute votre maçonnerie des murs du fourneau , jufqu’au-deiius de ce grillage : alors vous pratiquerez au mur de devant, trois portes de quinze pouces en quarré , & à quinze pouces de diftance l’une de l’autre , conformement à laj^. 1. Remarquez i°. que les deux portes des foyers doivent fe rétrécir en dedans & n’avoir que dix pouces en quarré du côté de la grille ; 2°. qu’en conftruifant les portes , il faut avoir foin de feeler dans le mur , des gonds qui font deftinés à foutenir en dehors des portes de fer.
- 8°. Elevez après cela tous vos murs du pourtour, jufqu’à la hauteur d’un pied neuf pouces, au-deffus du niveau des grilles. Ici vous commencerez la voûte du fourneau , qui doit être en niche dans fa partie poftérieure , & être à plein ceintre contre le mur de face, où font les portes des cendriers, îùnli qu’on le voit dans la^. 3. Lefommet de la voûte des murs doit être élevé de quatre pieds cinq pouces au-delfus des grilles. Au milieu de la voûte, vous laiiierez un trou de huit pouces en quarré pour le paRage de la fumée. Voyez Jtg. 3^4.
- En élevant enfuite d’un pied de hauteur votre mur de face , il faut faire une fixieme porte quarrée. Elle aura également quinze pouces de hauteur.
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- Voyez fig. r, lettre^. Cette porte fert à achever de remplir la cornue du charbon de pierre que l’on veut épurer. On remarque qu’il ferait à propos de Jaiffer une ouverture d’environ un pied & demi le long du mur de.face du fourneau , pour pouvoir perfectionner la partie fupérieure de la cornue, dont on parlera dans la fuite. On bouchera cette ouverture lorfque la cornue fera achevée. En finifsant les murs de côté qui foutiennent la voûte, il faut y placer deux tirans de fer ou ancres pour folider le fourneau.
- Egalisez bien le deflus de votre voûte , & continuez les murs du pourtour jufqu’à quatre pieds de hauteur ; alors vous commencerez la voûte en croifillon de la chambre fupérieure deftinée à recueillir le noir de fumée» Voyez la fig. 3.
- Sur le derrière du fourneau vous laifserez une ouverture de dix-huit pouces pour une cheminée notée de la lettre G , fig. 3. Vous laifserez aufit de petites fenêtres de quinze pouces en F, pour faciliter la communication de la fumée d’une chambre à l’autre.
- Enfin , vous fermerez une fenêtre A, jig. 2, pour entrer dans la chambre avec une échelle, dans l’objet de recueillir le noir de fumée. Cette fenêtre doit être garnie d’une porte de tôle luttée avec de la terre grafsc, pendant que le feu eft allumé fur les grilles. On voit qu’il faut mettre dans le haut des murs de refend des tirans de fer. L’on ne doit point être furpris de la conftrutftion des chambres qui ne fervent qu’à recueillir le noir de furhée parce que ce noir eft très-bon pour les imprimeurs,- & il fert, comme on l’a dit, à faire le bleu à'Erlinghen , qui ne cede rien au plus beau bleu de Prufse.
- 9°. Il ne refte plus alors qu’à conftruire la cornue ou vafe de terre qui fert à épurer le charbon. A Sultzbach on tenta de faire cette cornue en tôle : mais les vapeurs fulfureufes la réduifirent d’abord en crocus. On voulut enfuite revêtir la tôle avec de la terre-glaife ; mais le fer fe dilata , la terre le rétrécit parla chaleur , & le foufre eut bientôt détruit le fourneau. On la conftruifît après cela de briques faites avec de la bonne terre blanche , dont on fait les creufets des verreries; la cornue ne rélifta que quelque tems. Enfin , l’on conftruifit la cornue d’une feule piece , & elle rélifta parfaitement.
- Mais avant que d’entrer dans le détail de cette conftru<flion , il eft à propos de faire quelques obfervations fur le choix de la terre, & la maniéré delà préparer pour en faire la cornue. L’on connaît les terres propres à faire' des creufets, i°. en ce qu’elles ne.-fermentent pas dans les acides ; 2°. elles-durcifsent au feu r fans pou voir s’y réduire en verre. L’argilie blanche , fa terre à pipe , le tripoli blanc, la craie!de Briançon blanche, &c. font in-fufibles » à ce qu’afsure M. d’A^cet de l’académie des fciences de Paris „
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- dans 1e mémoire.qu’il a publié eà 1766. On doit obfèrver, 1*. que les terres gypfeufes fe vitrifient & ne valent rien pour conftr-uire des creufets; 2°. que plus une terre elt colorée, & moins elle eft utile pour faire les cornues & les creufets , parce qu’alors elle fe vitrifie facilement j 30. que lorfque l’on fait rougir de la terre-glaife, on brûle fon gluten : alors elle fe réduit en cendres & n’a plus de corps, à moins qu’on ne la détrempe dans de l’eau de colle , ou dans quelque liquide vifqueux ; 40. que pour épurer de la bonne terre-glaife ouargille blanche , il fuffit de la démêler dans une grande quantité d’eau, & de la décanter plufieurs fois pour en féparer'les pierres & le labié, f®. Lorfque votre terre aura été fuffifamment épurée, vous conftrui-rez, i°. le maflif de maçonnerie en double talut, conformément à h fig. 3 , lettre B, 8c fig. 4, lettre A. Lorfque ce maflif fera fec, vous étendrez fur fon plan trois pouces de hauteur de la terre blanche préparée, que vous battrez & que vous applanirez parfaitement avec des malles de bois. Lorfque vous aurez formé le double talut conforme au plan , vous le garnirez de planches pour ne point L’endommager avec les pieds. Vous ferez un modèle ou calibre de la coupe de votre cornue avec quelques planches, 8c par ce moyen vous pourrez facilement l’élever conforme aux dimenfions des plans , fig. 4. Il fuffit d’avertir à ce fujet qu’il faut, I®. bien pétrir & refserrer les parties ,* 2*. ne lailfer aucune crevalfc & conduire l’ouvrage de façon que la cornue ait dans le bas de ies côtés deux pouces & demi d’épaif-feur , & deux pouces dans la partie fupérieure de fa calotte. Elle doit avoir en dehors cinq pieds neuf pouces de profondeur, & trois pieds trois pouces de largeur contre le mur de face. En un mot, il faut fe conformer au plan. 3°. Il faut garnir de terre pétrie le derrière de la cornue, jufqu’au niveau de la grille, après que l’on y aura lutté un tuyau de métal de trois pieds neuf pouces de long, de cinq pouces de diamètre du côté de la cornue, & de trois pouces de diamètre du côté où il s’emboite dans le mamelon delà marmite de fer. En dehors vous fouderez un tuyau de trois pieds de long & de trois pouces de diamètre ( voyez la fig. 4 ) pour faciliter l’écoulement du bitume qui fortira des matières renfermées dans la cornue. 4^. Après que fon aura bien garni & lutté la cornue centre le mur de-face du fourneau, on lailfera fécher la cornue , & on la vérifiera une fécondé fois. On luttera exactement les crevafses, fi par hafard il s’en était formé quelques-unes. Vous laifserez encore lécher quelques jours la terre qui vous a fervi à réparer la cornue. Enfin, vous boucherez & garnirez l’ouverture que vous aviez laifsée au mur de face pour cônftruire & perfectionner la cornue. Vous mettrez enfuite un peu de braife allumée dans la cornue,* vous aug* menterez peu à peu le feu , jufqu’au point de faire rougir pafsablement là cornue } après cela vous la laifserez refroidir.
- L’on
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- AJIL'ART DU CHARBONNIER. 707
- L’on obferve que, fi la cornue était plus grande, le charbon 11e pourrait pas s’y préparer exa&ement. * ,
- Article V. <
- Ufage de ce fourneau pour épurer le charbon de terre.
- Faites entrer un homme dans la cornue, il arrangera dans le fond le charbon de terre que l’on veut épurer , il l’en ta fiera comme s’il voulait faire un mur à fec. Les morceaux doivent être tout au plus gros comme les deux poings s & l’on doit les arranger doucement, de crainte de caifer la cornue. Lorfque l’on n’en pourra plus entaffer , alors l’ouvrier fortira par la fente Dde la fig. 4, & il achèvera de combler la cornue lorfqu’il fera forti. On luttera les deux fenêtres avec de la terre-glaife , mêlée de fiente de cheval, 8c l’on fermera les portes de fer.
- Lorsque le fourneau eft chargé, on allume le feu fur les grilles de fer avec un peu de bois ; on y met enfuite par-delTus un peu de charbon de terre. Peu à peu on augmente le feu , jufqu’à ce que la cornue foit légèrement rouge i l’on entretient le feu dans un degré moyen. Le charbon qui eft dans la cornue, laiife d’abord écouler fon bitume dans la marmite ; & lorfqu’il commence enfuite à rougir , il laide évaporer fon foufre par le tuyau extérieur.
- - A Sultzbach, on emploie trois fois vingt-quatre heures pour faire une cuite de charbon. La charge de la cornue contient environ deux milliers de charbon crud. On confume neuf cent pelant de charbon, pour épurer les deux milliers, mais on ne brûle fur ces grilles que du charbon pierreux & de rebut. On connaît que le charbon eft fuffifamment épuré, lorfqu’il ne fume plus, & qu’il n’exhale aucune odeur de foufre parle tuyau qui eft près de la marmite. Alors on ouvre la porte par où l’on charge la cornue, & l’on retire le charbon lorfqu’il eft encore rouge ; il s’éteint dès qu’il eft hors du fourneau. . s -
- Ce charbon ainfi épuré a un avantage fur le charbon'de bois, il dure le double de tems au feu; il échauffe davantage, & il ne rend aucune odeur. L’huile & le bitume que l’on retire de la marmite, paient en partie les frais de la cuiflon. On verfe dans un tonneau les matières contenues dans la marmite, & on les remue avec une grande fpatule de bois : par ce moyen, l’huile fe détache du bitume & fumage , on la ramafle avec des cuillers de fer. L’huile fert pour la lampe des mineurs de Sultzbach. Elle a l’odeur du bitume , & exhale beaucoup de fumée ; elle ne différé de l’huile pétrole qu’en ce qu’elle eft un peu moins inflammable. Le bitume pur devient gras & Tome IL V v v v
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- ADDITIONS
- coulant; il necede en rien au meilleur cambouis pour graiffer les voitures. Si le bitume ne fe fépare pas facilement de fon huile, on le fait bouillir dans l’eau commune, on rejette les matières cotonneufes qu’il forme, & par ce moyen on le fépare facilement. On peut voir fur cette matière , dans les mémoires de l’académie des fciences de Berlin , l’article 34 , c’eft-à-dire * le mémoire que M. Spelmann publia en 17^8 , furie bitume d’Alfaee. On y trouvera i°. les différens ufages auxquels on peut employer le bitume» par exemple , pour le calfat des vaifseaux, &c. 2\ La maniéré d’extraire Je bitume de la mine & de le féparer des parties hétérogènes. Nous obferve-rons ici, qu’il y a des mines qui ne peuvent fe fondre facilement que par le moyen du charbon de terre fulfureux. 3 s. Que fi le foufre eft trop abondant , il vitrifie les parties métalliques, & que par-là on y perd beaucoup. 40. Que le charbon bitumineux a la propriété de rendre la malléabilité au métal qui a été calciné; par conféquent, il peut être d’une utilité infinie pour minéralifer certaines efpeces de mines. s°- Le charbon fulfureux rend le feu très-ardent, très-a&if; le charbon bitumineux a très-peu de chaleur, à moins qu’on 11e le dirige en réverbere.
- Article VI.
- ZIf âge dît charbon de terre pour la fonte des mines•
- Le fourneau où l’on fond la mine de fer avec ce charbon, eft entièrement femblable à ceux des autres forges, & différé très-peu, pour les dimenfions» de celles que M. le marquis DE Courtivron a déterminées dans fon excellent mémoire fur Vart des forges. Quant aux précautions qu’on prend dans le travail de la fonte , M. DE Gensanne dit , qu’elles ne lui ont pas paru différer de celles qu’on a coutume de prendre pour les fontes au charbon de bois, fi ce n’eft qu’il lui a femblé que le vent des foufftets eft un peu plus vigoureux, & que l’œil de la thuyere a moins d’éclat que lorfqu’on fond au charbon de bois. On fond ici deux fortes de mines de fer , dit M. de Gensanne, -femblables à celles dont on fait ufage dans le pays de Treves, & dans quelques forges de la Lorraine Allemande. La première eft une efpece de fchifte ferrugineux, de couleur d’ochre, feuilleté à fafurface, la plupart plat. D’autres morceaux ont la figure d’une lentille , avec un noyau fouvent creux , comme celui des pierres à'Aigle. Dans quelques forges de France on donne à ce minerai le nom de mine à galets. L’autre efpece eft noire , marquetée de taches rouges : ce minéral 11e fe trouve guere que dans; des couches de fable. C’eft en eifet une efpece de fable ferrugineux » qui eft très-commun en France.
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- Cette derniere efpece de mine ne fe calcine point; on la fond crue. Quant à la première efpece, on la calcine légèrement,. & cette opération fe fait encore au charbon de terre cuit ; on prend pour cela la poufîiere & le plus menu de celui qu’on retire des fourneaux. Cette opération fe fait à peu près de la même maniéré que l’on cuit la chaux en France avec le charbon de terre , mais avec un feu inférieur. Au furplus , ces peuples ne font pas riches. Elles rendent au plus le tiers de leur poids en fonte, & leur produit pafse rarement 30 à 32 pour cent. On charge le fourneau de la maniéré qui fuit : on commence par jetter dans le fourneau deux couches de mine calcinée, e’eft-à-dire, environ fo liv. Enfuite on y jette cinq paniers de charbon, pefant chacun environ cinquante livres : puis on jette troisycouches déminé crue , c’eft-à-dire, en total environ 150 livres.Enfin , trois couches fcmblables de pierre à chaux , nommée en allemand çaljkjlein. Par-defsus le tout, on met cinq couches de mine calcinée.
- Il réfulte de ce détail , que chaque charge du fourneau eft compofée d’environ ï 00 pefant de minéral, de 75 à 80 livres pefant de caftine, & 250a 2C0 livres de charbon de terre préparé. On charge fix fois le fourneau toutes les 24 heures ; par conféquent l’on confomme pendant cet intervalle <ç milliers de "minéral, 7à8 quintaux de pierre à chaux, & 2600 pefant de charbon de terre; ce qui produit en 24 heures î6oo livres degueufe.
- L’on doit obferver que les dofes ne conviennent qu’à la forge dont nous parlons, & que , dans un autre pays , on devra fe régler fur la qualité de la mine de fer.
- La fonte qui provient de ce fourneau eft Ci bonne qu’elle ne diminue à î’affinerie que de 2^ à 26 p. §. Elle rend un fer qui n’a prefque aucun grain * Il eft fi doux, qu’on le deftine tout pour les manufa&ures de fil de fer* Telle eft la conduite que l’on tient à Sultzbach, où l’on n’emploie que du charbon de terre préparé.
- FIN du Tome IL
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